Préface

Introduction : sur le mouvement islamique

Que voulons-nous dire par mouvement islamique ? Le mouvement islamique est une œuvre populaire accomplie pour l’amour d’Allah

Insuffisance du travail officiel

Le Mouvement est une œuvre organisée et collective La mission du Mouvement est de revivifier l’islam Comment le renouveau requis doit-il être réalisé ? La multiplicité des domaines d’action du Mouvement, et lequel est le plus digne d’intérêt Diversification des domaines d’action

Il existe un travail éducatif

Il existe un travail politique

Il existe un travail social

Il existe un travail économique

Il existe un travail de lutte (jihad), un travail médiatique et de propagande, un travail intellectuel et scientifique, ainsi qu’une répartition des forces entre les domaines d’action. Que faut-il mettre en avant et à quoi faut-il donner la priorité ?

Chapitre 1 : Le mouvement islamique dans le domaine de l’intellect et de la connaissance

Le gouvernement dans le domaine de l’intellect et de la connaissance

Notre besoin d’un nouveau fiqh

Les types de fiqh [compréhension] dont nous avons besoin

Le fiqh des équilibres

La nécessité de deux niveaux de fiqh ; l’intégration des deux types de fiqh dans l’examen des intérêts et des méfaits ; la difficulté de la mise en pratique dans la vie réelle ; la preuve du fiqh des équilibres dans le Noble Coran

L’avis de Sheikh al-Islam Ibn Taymiyya

Lorsque le fiqh des équilibres fait défaut

Le fiqh des priorités

Le fiqh des priorités dans la sîra du Prophète L’interrelation entre le fiqh des priorités et le fiqh des équilibres

La nécessité d’observer les proportions entre les taklîfs de la charia [Légales

Injonctions ou prescriptions] La négligence du fiqh des priorités chez de nombreux musulmans L’imam al-Ghazali et le fiqh des priorités

Le jugement de l’imam Ibn al-Qayyim sur les actes de dévotion préférables

Chapitre 2 : Le mouvement islamique dans le domaine de la propagande et du public

Connaissance

L’expansion horizontale du mouvement islamique dans le domaine de la prédication

Le mouvement et l’élite intellectuelle

La mauvaise compréhension de l’islam par nombre de personnes cultivées : comment le réveil islamique doit-il traiter avec les personnes cultivées ?

Le mouvement islamique et les masses populaires

Dire la vérité, et non anesthésier avec des rêves

La correction des conceptions erronées

Le mouvement islamique et les classes laborieuses

Le mouvement islamique et les hommes d’affaires et financiers

Le mouvement islamique et l’activité féminine

Les lacunes du travail islamique dans les milieux féminins Quand le travail islamique des femmes réussira-t-il ?

La propagation d’idées rigoristes dans ce domaine

Le problème du travail islamique dans l’activité féminine

Une objection possible et sa réfutation

Chapitre 3 : Le mouvement islamique dans le domaine de l’éducation et de la formation religieuse

L’éducation fondée sur la croyance est le fondement La nécessité d’une certaine éducation soufie appropriée

Quatre points d’attention

Mettre l’accent sur la recherche de la vérité en plus de la pureté de l’intention
L’importance de la formation idéologique des futurs dirigeants Préparer les dirigeants pour l’avenir Un institut spécial pour la préparation des dirigeants

Caractéristiques de l’idéologie nécessaire

Une idéologie scientifique

Caractéristiques de l’esprit scientifique dont nous avons besoin

Certaines pratiques qui vont à l’encontre de l’idéologie scientifique

Une idéologie réaliste

Concilier les ambitions et les capacités

Enterrer les anciens problèmes

Un débat dont nous n’avons pas besoin aujourd’hui

Une idéologie traditionaliste

Les fondements de la véritable méthodologie traditionaliste — L’injustice faite au « traditionalisme » par ses partisans comme par ses adversaires

Adopter la méthodologie des premiers musulmans, et pas seulement leurs jugements

Une idéologie revivaliste

Le revivalisme n’est pas opposé au traditionalisme

L’islam approuve le revivalisme

La nécessité de renouveler les moyens Hassan Al-Banna n’était pas rigide La rigidité est une maladie grave Ce que je crains pour le mouvement islamique

Une idéologie équilibrée

L’attitude de l’idéologie équilibrée à l’égard des grandes questions

Le déclin de l’attitude équilibrée chez certains islamistes à certaines périodes

L’équilibre va de pair avec la facilitation

Le mouvement devrait adopter une ligne de facilitation

Une idéologie tournée vers l’avenir

Le Saint Coran et l’avenir Le Prophète et l’avenir

Chapitre 4 : Le mouvement islamique aux niveaux politique et mondial

Vers un fiqh politique rationnel

Phénomènes idéologiques néfastes

Une lacune à laquelle il convient de remédier dans le fiqh politique

Un dialogue important sur le fiqh politique
L’emploi erroné de la sîra du Prophète pour déduire absolument des jugements
Le mouvement et la libération des territoires musulmans

Le mouvement et les mouvements de libération

Le mouvement et les minorités musulmanes

Faits importants sur les minorités musulmanes

De quoi ces minorités ont-elles le plus besoin ? Une nation sans direction [ni calife ni pape]

La mission du mouvement à cet égard

Le mouvement et les expatriés

Pourquoi cet intérêt pour les expatriés ?

La nécessité d’une présence islamique en Occident

Un conservatisme sans isolement et une ouverture sans dissolution

Les cinq devoirs des musulmans expatriés

Mise en garde contre deux choses

Le mouvement et la liberté politique et la démocratie

Le mouvement islamique et les minorités ethniques et religieuses

La question des minorités ethniques est résolue en islam. Comment résoudre la question des minorités religieuses ?

Le mouvement et le dialogue avec les autres

Le dialogue avec les laïcs raisonnables

Le dialogue avec les dirigeants raisonnables

Le dialogue avec les Occidentaux raisonnables

Le dialogue religieux islamo-chrétien

Le dialogue intellectuel (avec les orientalistes)

Le dialogue politique avec l’Occident

Le mouvement islamique et l’institution religieuse officielle

Le mouvement et les groupes du réveil islamique

Conclusion

La nécessité d’un travail à temps plein consacré aux tâches du mouvement par des personnes compétentes

Personnes

La qualification des spécialistes

Un centre d’information et de recherche

ANNEXES Fatwas prononcées par le cheikh al-Islam Ibn Taymiyya

La licéité d’assumer une fonction publique dans un État injuste, si son titulaire

atténuait une partie de l’injustice ou endiguait le mal et la corruption

Le conflit entre le bien et le mal (dans une même situation)

GLOSSAIRE

Avant-propos

De toutes les conspirations ourdies contre l’islam à l’époque moderne, la plus dangereuse est une fausse prétention à la prophétie formulée au début de ce siècle. Cette prétention a été la principale cause du vaste chaos mental qui a sévi au sein de l’Oumma au cours des soixante dernières années. Comme dans tous les autres schismes, la cause profonde de ce méfait réside dans l’ignorance générale des musulmans à l’égard de leur religion. S’ils en avaient été véritablement imprégnés par la connaissance et avaient acquis une compréhension claire de l’article de foi relatif à la clôture de la prophétie, il aurait été presque impossible qu’un quelconque faux prétendant à la prophétie prenne racine et prospère parmi les musulmans après la dernière mission du prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). À ce stade, le remède le plus parfait et le plus efficace pour éradiquer ce mal consiste à instruire le plus grand nombre possible de personnes, de la meilleure manière qui soit, au sujet de la vraie foi en la clôture de la prophétie de Muhammad (paix sur lui), tout en soulignant l’importance et la valeur de cet article de foi dans la religion islamique. Il est également impératif que tous les doutes et les notions sceptiques concernant la dernière mission du prophète Muhammad (paix sur lui) soient dissipés par la raison et la logique. Ce livret a été préparé précisément à cette fin. Les lecteurs qui le jugeront utile devraient aller plus loin et apporter leur entière coopération à la diffusion de son contenu. Ce livret devrait parvenir à toutes les personnes lettrées qui, après l’avoir étudié elles-mêmes, devraient le lire aux personnes illettrées. Il est à espérer que l’étude de ce livret non seulement immunisera les personnes qui n’ont pas été contaminées par cette maladie, mais fera également apparaître la vérité aux personnes sensées parmi celles qui en ont reçu quelques germes. Quant à ceux qui sont tombés victimes du mensonge et sont imperméables à toute raison — pour eux, l’espoir et le salut ne résident qu’auprès d’Allah.

Abul A’la Maududi

Lahore : 12 février 1962.

Introduction

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
« Ô gens ! Muhammad n’a pas de fils parmi vos hommes ; mais, en vérité, il est le Messager de Dieu et le dernier des prophètes. Et Dieu est parfaitement informé de toute chose. » (Sourate Al

Ahzab : 40)

Ce verset a été révélé dans le cinquième rukū‘ (juz’ ou passage) de la sourate al-Ahzab. Dans ce rukū‘, Allah a répondu à toutes les objections soulevées par les hypocrites, lesquelles avaient provoqué une tempête de calomnies, de diffamations et de méfaits au sujet du mariage du Saint Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) avec Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée).
Ces hypocrites prétendaient que Zaynab était l’épouse d’un fils adoptif du Saint Prophète et que, de ce fait, elle occupait la position de la belle-fille du Prophète. Ainsi, après son divorce d’avec Zayd, le Prophète aurait pris sa propre belle-fille pour épouse. Afin de réfuter cette accusation, Allah a clairement déclaré au verset 37 que ce mariage était autorisé par décret divin et qu’il devait servir de précédent légal permettant aux hommes musulmans d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs après que ceux-ci les auraient répudiées. Puis, aux versets 38 et 39, Allah a affirmé qu’aucune puissance ne pouvait empêcher le Prophète de s’acquitter d’une obligation divine. Il est prescrit aux Prophètes de craindre Dieu, et non les hommes. Il a toujours été de la pratique des Messagers de transmettre le message divin sans aucune considération étrangère et d’accomplir, sans crainte ni hésitation, les devoirs qu’Allah leur avait imposés. Ensuite fut révélé un verset qui anéantit le fondement de toutes les objections. En premier lieu, ils avaient porté cette accusation : « Vous avez pris votre belle-fille pour épouse, en violation de votre propre loi selon laquelle la femme d’un fils est interdite à son père. » En réfutation de cette accusation, le Tout-Puissant déclara : « Muhammad n’a pas de fils parmi vos hommes… », établissant ainsi parfaitement que l’homme dont le Prophète avait épousé l’ex-femme n’était pas son fils véritable ; cet acte n’impliquait donc aucune violation de cette règle. Leur seconde accusation était formulée ainsi : « Admettons que le fils adoptif ne soit pas le fils véritable et que, sur cette base, un père puisse légalement épouser l’ex-épouse de son fils adoptif ; mais quelle nécessité obligeait le Prophète à le faire ? » Allah répondit à cette accusation : « Mais, en vérité, il est le Messager d’Allah. » Cela signifie qu’Allah avait chargé le Saint Prophète d’abolir tous les préjugés et de déclarer licites tous les interdits que les coutumes païennes avaient inutilement imposés aux hommes. À cet égard, l’acte du Prophète était sans équivoque et ne laissait place à aucun doute. [À ce stade, ceux qui nient la finalité de la prophétie de Muhammad (PBUH) demandent à connaître la tradition dans laquelle cette accusation aurait été rapportée. Cette question révèle en réalité leur ignorance. Le Saint Coran répond en plusieurs endroits aux accusations des fauteurs de troubles sans mentionner directement l’accusation. Dans chaque cas, cependant, le texte concerné fournit une indication incontestable de l’accusation à laquelle il répond. Dans le cas présent également, la réponse contient la substance même de la question. L’emploi du mot de liaison « mais » à la fin de la première phrase suppose qu’une partie de la question restait encore à traiter. La deuxième phrase répond donc à la partie restante de la question. La première phrase avait fourni aux objecteurs la réponse à leur accusation selon laquelle « Muhammad avait épousé sa belle-fille ». Toutefois, le second point de la question — « quelle nécessité obligeait le Prophète à le faire ? » — appelait encore une réponse. Cette réponse fut donnée par la phrase suivante du texte : « Mais, en vérité, Muhammad est le Messager de Dieu et le dernier des Prophètes de Dieu. » On peut expliquer davantage ce point par un exemple tiré d’une conversation ordinaire. Quelqu’un dit : « Zayd ne s’est pas levé, mais Bakr s’est levé. » Cette phrase signifie que Zayd ne s’est pas levé, mais l’affaire ne s’arrête pas là, car elle suscite la question : « Si Zayd ne s’est pas levé, qui donc s’est levé ? » La proposition subordonnée « mais Bakr s’est levé » fournit la réponse à cette question. Il en va de même dans le cas présent.] Afin de mettre particulièrement l’accent sur ce point, Allah dit : (Khatim al-Nabiyyin) « Et il est le dernier des Prophètes », ce qui signifie qu’aucun messager, ni même aucun Prophète chargé d’accomplir des réformes dans le domaine de la Loi ou de la société qui auraient pu avoir été omises — à Dieu ne plaise — durant la vie de Muhammad (PBUH), ne lui succédera jamais. Puisque Allah avait décrété que la mission du Prophète Muhammad (PBUH) serait finale, il était donc nécessaire qu’il accomplisse la tâche d’extirper cette coutume païenne. Ce point fut ensuite davantage souligné dans la révélation (Wa kana Allahu bi-kulli shay’in ‘alīman) : « Dieu est parfaitement informé de toute chose. » Le véritable sens de cette révélation est qu’Allah jugea préférable de supprimer cette coutume païenne par l’intermédiaire du Prophète Muhammad et que Lui seul pouvait mesurer le mal qu’aurait entraîné la perpétuation de cette coutume infidèle. Allah savait parfaitement que la chaîne de la prophétie s’achevait avec Muhammad (PBUH), dont toute la ummah suivrait l’exemple ; s’il n’avait pas aboli cette coutume, aucun homme d’un rang comparable à celui du Prophète Muhammad n’aurait pu surgir pour accomplir cette tâche. Et même si un réformateur était apparu plus tard pour abolir cette coutume, son acte n’aurait pas constitué un précédent universel et permanent que les musulmans de tous les temps et de tous les pays auraient pu suivre. Aucun autre homme venu après lui ne posséderait la sainteté divine attachée à la personne du Prophète Muhammad. Ainsi, l’exemple d’aucun homme hormis Muhammad ne pouvait avoir la capacité d’effacer pour toujours de l’âme des hommes l’idée de toutes les coutumes païennes.

Le verdict du texte coranique

Un groupe qui, à l’époque moderne, a suscité l’hérésie d’une nouvelle prophétie explique l’idée de la « finalité de la prophétie » par l’expression « sceau de la prophétie », laissant ainsi entendre que tous les prophètes qui succéderaient à Muhammad (PBUH) porteraient son sceau et n’accéderaient à la prophétie que par ce sceau. Autrement dit, nul ne pourrait atteindre le rang de prophète s’il ne portait pas le sceau de Muhammad (PBUH). Mais le contexte dans lequel l’expression « le dernier des Prophètes » a été révélée dans le Saint Coran ne laisse aucune place à une telle spéculation. Si l’expression « le dernier des Prophètes » avait réellement le sens que lui attribue ce groupe, elle serait certainement déplacée dans le contexte où elle a été révélée. De plus, lui attribuer ce sens déforme entièrement le but du verset révélé. Dans ce verset, Dieu réfute l’accusation et dissipe les doutes suscités par les fauteurs de troubles au sujet du mariage du Prophète Muhammad (PBUH) avec Zaynab (qu’Allah l’agrée), l’ex-épouse de son fils adoptif Zayd. Est-il raisonnable d’introduire soudainement, dans ce contexte, l’idée que Muhammad (PBUH) était le « sceau des Prophètes » et qu’Allah lui avait délégué le pouvoir d’attester l’authenticité des prophètes qui viendraient après lui ? Cette interprétation n’a absolument aucun rapport avec le contexte et contredit le but de l’argument divin contre les hérétiques. Si cette interprétation était vraie, les incroyants auraient fort bien pu dire : « Il n’est pas urgent d’abolir cette coutume maintenant. Vous pouvez sans danger laisser cette tâche à vos prophètes successeurs, qui porteront votre sceau. » Selon une seconde interprétation de la finalité de la prophétie avancée par ce groupe, l’expression « le dernier des Prophètes » signifierait « le Prophète éminent ». Ils expliquent en outre que la chaîne des Messagers continuera, bien que l’excellence de la prophétie ait atteint son apogée dans la personne de Muhammad (PBUH). Cette interprétation n’est pas moins erronée ni nuisible que la première. Elle n’a pratiquement aucun rapport avec le contexte et transmet en fait un sens contraire à celui du verset. En suivant ce raisonnement, les infidèles et les hypocrites auraient pu dire de façon plausible : « Seigneur, il y aura d’autres prophètes après vous, même s’ils vous sont inférieurs en rang, pour accomplir la mission divine ; pourquoi devez-vous donc vous charger également de supprimer cette coutume ? »

Le sens lexical du terme « Khatam al-Nabiyyin »

Il est évident que le texte ne peut avoir qu’un seul sens : Khatam al-Nabiyyin désigne la finalité de la prophétie, avec l’implication claire que la prophétie a atteint son aboutissement et a été achevée en Muhammad (PBUH). Ce n’est pas seulement le contexte qui confirme cette interprétation, mais aussi la lexicographie. Selon le lexique arabe et l’usage linguistique, khatam signifie apposer un sceau ; fermer ; parvenir à sa fin ; et conduire quelque chose à son terme ultime. Khatama al-‘amala équivaut à « faragha min al-‘amali », c’est-à-dire « achever la tâche ». Khatama al-inā’ signifie : « Le récipient a été fermé et scellé de sorte que rien ne puisse y entrer ni que son contenu puisse s’en répandre. » Khatam al-kitāb signifie : « La lettre a été enfermée et scellée, de sorte qu’elle est définitivement protégée. » Khatama ‘alā al-qalb signifie : « Le cœur a été scellé, de sorte qu’il ne peut plus rien percevoir de nouveau ni renier ce qu’il a déjà assimilé. » Khitāmu kulli mashrūbin désigne « le goût final qui reste dans la bouche lorsque la boisson est terminée ». « Khātimatu kulli shay’in ‘āqibatuhu wa ākhiratuhu » signifie : « La fin de toute chose en exprime la disparition et l’achèvement ultime. » Khatm al-shay’i balagha ākhirahu signifie : « Mettre fin à une chose, c’est la conduire jusqu’à sa limite ultime. » Le terme khatm al-Qur’an est employé dans le même sens, et les versets de clôture des sourates coraniques sont appelés khawātim. Khātim al-qawm ākhiruhum signifie : « Le dernier homme de la tribu. » (Voir Lisān al-‘Arab, Qāmūs et Aqrab al-Mawārid.) [Nous avons cité ici trois lexiques, mais l’explication de ce point ne se limite pas à ces ouvrages. Tous les dictionnaires faisant autorité dans la langue arabe interprètent le mot khatam dans le sens que nous avons indiqué. Pourtant, les négateurs de la finalité de la prophétie, dans leur tentative d’attaquer subrepticement la religion de Dieu, soutiennent que lorsque nous qualifions quelqu’un de « dernier des poètes », de « dernier des juristes » ou de « dernier des commentateurs », nous ne voulons pas nécessairement dire qu’aucun poète, juriste ou commentateur ne viendra après lui ; nous voulons seulement dire que toute l’excellence de son activité s’est concentrée en lui. En réalité, lorsque nous employons pour quelqu’un ces épithètes hyperboliques, nous ne remplaçons ni n’abolissons le sens premier du mot « dernier ». Il est absurde de supposer que, par son emploi métaphorique pour désigner l’excellence ou la perfection d’un homme, le mot « dernier » perde sa signification originelle et réelle, qui est « final ». Une telle supposition ne peut être acceptée que par quelqu’un qui ignore les règles élémentaires de la grammaire. Dans aucune langue, il n’existe de principe grammatical selon lequel le sens métaphorique d’un mot pourrait être pris pour son sens réel ou originel. De plus, le sens métaphorique ne remplace ni n’efface en aucun cas le sens réel et fondamental du mot. Lorsque vous dites à un Arabe : « Jā’a khātam al-qawm », il ne comprendra certainement pas : « L’homme parfait ou le plus éminent de la tribu est venu. » Il comprendra au contraire : « Toute la tribu, jusqu’au dernier homme, est venue. » Un autre point doit être pris en considération. Des expressions telles que « le dernier poète », « le dernier juriste » ou « le dernier transmetteur de hadith » sont des éloges que les hommes adressent à d’autres êtres humains qu’ils considèrent comme parfaits et excellents. Ceux qui emploient ces hyperboles pour d’autres hommes ne peuvent certainement pas affirmer, pas plus qu’ils ne peuvent savoir, si des personnes d’une telle excellence apparaîtront ou non dans les temps à venir. Ainsi, dans le langage humain, ces appellations sont des hyperboles ; mais lorsque Dieu dit d’une personne qu’une qualité donnée a atteint en elle son accomplissement, il n’y a aucune raison de l’entendre au sens métaphorique propre à l’expression humaine. Si Allah avait déclaré quelqu’un « dernier poète », il aurait été le dernier poète au sens littéral du terme. Si Allah désigne quelqu’un comme Son « dernier Prophète », il n’existe absolument aucune possibilité qu’une autre personne atteigne ensuite cette dignité. Dieu est Omniscient. L’homme, lui, n’a qu’un savoir limité. Dans ces conditions, comment pourrait-on interpréter la louange humaine d’une personne comme « dernier poète » ou dernier des juristes dans le même sens que la déclaration divine désignant une personne comme « dernier Prophète » ?] C’est pourquoi tous les linguistes et les commentateurs s’accordent à dire que Khatam al-Nabiyyin signifie « le dernier des Prophètes ». Dans son sens lexical et son usage linguistique, le mot khatam ne désigne pas le timbre postal apposé sur le courrier sortant. Son sens littéral est le « sceau », lequel est apposé sur l’enveloppe pour en protéger le contenu.

Les paroles du Saint Prophète (PBUH) sur la finalité de la prophétie

Le sens du mot khatam qui ressort du contexte du Saint Coran et qui est identique à celui donné par tous les lexiques de la langue arabe est également confirmé par les paroles du Saint Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui). Nous citerons quelques traditions authentiques pour illustrer ce point. Le Saint Prophète (PBUH) a dit : « Les enfants d’Israël étaient guidés par des prophètes. Lorsqu’un prophète mourait, un autre prophète lui succédait. Mais aucun prophète ne viendra après moi ; seuls des califes me succéderont. » (Bukhari, Kitab al-Manaqib.) Le Prophète de Dieu (PBUH) a affirmé : « Ma position par rapport aux prophètes qui m’ont précédé peut être expliquée par l’exemple suivant : un homme construisit un édifice et le décora avec une grande beauté, mais il laissa une niche vide, dans un angle, à l’endroit où manquait une seule brique. Les gens regardèrent l’édifice et s’émerveillèrent de sa beauté, mais se demandèrent pourquoi une brique manquait dans cette niche. Je suis semblable à cette brique manquante et je suis le dernier des Prophètes. » (Bukhari, Kitab al-Manaqib.) (En d’autres termes, avec l’avènement du Prophète Muhammad (PBUH), l’édifice de la prophétie a été achevé et il ne reste dans cet édifice aucune niche vide pouvant accueillir un autre prophète.) Quatre traditions relatives à ce sujet sont rapportées dans Muslim, Kitab al-Fada’il, Babu Khatim al-Nabiyyin. La dernière tradition contient la phrase supplémentaire suivante : « Je suis donc venu, et en moi la chaîne des Prophètes a pris fin. » La même tradition, en des termes similaires, a été rapportée dans Tirmidhi, Kitab al-

Manaqib, Bab-Fadlin Nabi et Kitab-Adab, Bab-ul-Amthal. Dans le Musnad d’Abu Dawud

Tayalisi, cette tradition a été rapportée parmi d’autres traditions transmises par Jabir ibn Abdullah ; sa dernière phrase est ainsi formulée : « C’est en moi que la lignée des Prophètes est parvenue à son terme. » Le Musnad Ahmad contient des traditions rapportées par Hazrat Ubayy ibn Ka‘b, Hazrat Abu Sa‘id al-Khudri et Hazrat Abu Hurayra (qu’Allah les agrée) sur le même sujet, avec de légères variantes dans les termes. J’ai reçu le don d’une parole concise et parfaite. J’ai reçu la victoire grâce à la crainte révérencielle que j’inspire. Le butin de guerre m’a été rendu licite. La terre entière a été établie pour moi comme lieu de prière et elle est également devenue un moyen de purification. En d’autres termes, dans ma religion, l’accomplissement de la prière n’est pas limité à certains lieux de culte déterminés. Les prières peuvent être accomplies en tout lieu sur la terre. Et lorsque l’eau n’est pas disponible, il est permis à mon peuple de faire ses ablutions avec la terre (tayammum) et de se purifier avec le sol lorsque l’eau nécessaire au bain fait défaut. J’ai été envoyé par Allah pour transmettre Son message divin au monde entier. Et la lignée des prophètes est parvenue à son terme en moi. (Muslim, Tirmidhi,

Ibn Majah)

Le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Allah m’a accordé six faveurs dont les Prophètes précédents ne jouissaient pas : Le Prophète d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a affirmé : « La chaîne des Messagers et des Prophètes est parvenue à son terme. Il n’y aura après moi ni Messager ni Prophète. » (Tirmidhi,

Kitab-ur-Rouya, Babu Zahab-un-Nubuwwa, Musnad Ahmad, Marwiyat-Anas ibn

Malik) Le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Je suis Muhammad, je suis Ahmad, je suis l’Effaceur, et la mécréance sera effacée par mon intermédiaire ; je suis le Rassembleur. Les gens seront rassemblés au Jour de la Résurrection après mon époque. (En d’autres termes, la Fin des temps est mon seul successeur.) Et je suis le dernier, en ce sens qu’aucun prophète ne me succédera. »

(Bukhari et Muslim, Kitab-ul-Fada’il, Bab : Asma-un-Nabi ; Tirmidhi, Kitab-ul-

Adab, Bab : Asma-un-Nabi ; Muatta’, Kitab-u-Asma-in-Nabi, Al-Mustadrak de Hakim,

Kitab-ut-Tarikh, chapitre : Asma-un-Nabi.)

Le Prophète de Dieu (PSL) a déclaré : « Dieu Tout-Puissant n’a envoyé dans le monde aucun messager qui n’ait averti son peuple de l’apparition du Dajjal (l’Antéchrist ; toutefois, le Dajjal n’est pas apparu de leur vivant). Je suis le dernier de la lignée des prophètes et vous êtes la dernière communauté des croyants. Il ne fait donc aucun doute que le Dajjal apparaîtra parmi vous. » (Ibn Majah, Kitab al-Fitan, chapitre : Dajjal.) ‘Abdur Rahman ibn Jubair rapporta : « J’ai entendu ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘As raconter qu’un jour le Saint Prophète (PSL) sortit de sa maison et vint se joindre à nous. Son attitude nous donna l’impression qu’il allait nous quitter. Il dit : “Je suis Muhammad, le prophète illettré d’Allah”, et répéta cette déclaration trois fois. Puis il affirma : “Il n’y aura aucun prophète après moi.” » (Musnad Ahmad, récits de ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘As.) Le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Allah n’enverra aucun messager après moi, mais seulement des annonciateurs de bonnes nouvelles. » On lui demanda : « Que signifie al-Mubashshirat ? » Il répondit : « Une bonne vision, ou une vision pieuse. » (Musnad Ahmad, récit d’Abu Tufayl ; Nasa’i ; Abu Dawud.) En d’autres termes, il n’est plus possible qu’une révélation divine survienne à l’avenir. Au mieux, si quelqu’un reçoit une inspiration d’Allah, elle lui parviendra sous la forme d’un « rêve pieux ». Le Saint Prophète (PSL) a dit : « Si un apôtre devait me succéder, ce serait ‘Umar ibn al-Khattab. » (Tirmidhi, Kitab al-Manaqib.) Le Saint Prophète (PSL) dit à Hadrat ‘Ali : « Tu m’es lié comme Aaron l’était à Moïse (que la paix soit sur lui). Mais aucun messager ne viendra après moi. » (Bukhari et Muslim, Kitab Fada’il al-Sahaba.) Cette tradition est également rapportée par Bukhari et Muslim dans le récit de la bataille de Tabuk. Le Musnad rapporte à ce sujet deux traditions transmises par Hadrat Sa’d ibn Abi Waqqas (qu’Allah l’agrée). La dernière phrase de l’une d’elles est la suivante : « Sachez qu’il n’y a pas de prophétie après moi. » Les récits détaillés des traditions conservées par Abu Dawud Tayalisi, l’Imam Ahmad et Muhammad ibn Ishaq rapportent qu’à la veille de son départ pour la bataille de Tabuk, le Saint Prophète (PSL) avait décidé de laisser Hadrat ‘Ali derrière lui afin qu’il s’occupe de la défense et supervise les affaires de Médine. Les hypocrites commencèrent alors à répandre des insinuations et des rumeurs au sujet de Hadrat ‘Ali. Celui-ci se rendit auprès du Prophète et lui dit : « Ô Prophète d’Allah, me laisses-tu parmi les femmes et les enfants ? » Pour l’apaiser, le Saint Prophète (PSL) déclara à cette occasion : « Tu m’es lié comme Aaron l’était à Moïse. » Autrement dit : « De même que Hadrat Moïse, sur le mont Tur, avait laissé Hadrat Aaron pour veiller sur la tribu d’Israël, de même moi, Muhammad, je te laisse pour veiller sur la défense de Médine. » Craignant toutefois que cette comparaison avec Hadrat Aaron ne donne ultérieurement naissance à des hérésies, le Saint Prophète (PSL) précisa immédiatement : « Il n’y aura aucun prophète après moi. » Thauban rapporte : « Le Saint Prophète (PSL) a dit : “Trente imposteurs surgiront dans ma communauté ; chacun d’eux annoncera au monde qu’il est un prophète. Mais je suis le dernier de la lignée des prophètes de Dieu et aucun messager ne viendra après moi.” » (Abu Dawud, Kitab al-Fitan.) Abu Dawud, dans le Kitab al-Malahim, a également rapporté une tradition d’Abu Hurayra sur ce même sujet. Tirmidhi a lui aussi rapporté ces deux traditions, transmises par Hadrat Thauban et Hadrat Abu Hurayra. Le texte de la seconde tradition est le suivant : « Il arrivera que trente imposteurs apparaîtront et que chacun d’eux prétendra être le Messager de Dieu. » Le Saint Prophète (PSL) a dit : « Parmi la tribu d’Israël qui vous a précédés, il y eut effectivement des hommes qui communiaient avec Dieu, bien qu’ils ne fussent pas Ses prophètes. S’il devait surgir parmi mon peuple un homme qui communie avec Dieu, ce ne serait nul autre que ‘Umar (qu’Allah l’agrée). » (Bukhari, Kitab al-Manaqib.) Une version de cette même tradition dans Muslim contient le terme Muhaddithuna au lieu de Yukallimuna. Mais Mukallim et Muhaddith ont le même sens : il s’agit d’un homme qui jouit du privilège de communier directement avec Dieu, ou d’une personne à qui le Tout-Puissant s’adresse depuis l’invisible. Nous concluons donc que s’il avait existé parmi les disciples de Muhammad quelqu’un capable de communier avec Dieu sans être élevé à la dignité de prophète, ce n’aurait été que ‘Umar.

Le Prophète de Dieu (PSL) a dit : « Aucun prophète ne viendra après moi et, par conséquent, il n’y aura aucune autre communauté de disciples d’un nouveau prophète. » (Bayhaqi, Kitab al-Ru’ya ; Tabarani.) Le Saint Prophète (PSL) a déclaré : « Je suis le dernier des prophètes de Dieu et ma mosquée est la dernière mosquée » — faisant référence à la mosquée sacrée du Prophète. [En se référant à cette tradition, les négateurs de la finalité de la prophétie soutiennent que le Saint Prophète (PSL) a appelé sa mosquée « la dernière mosquée », alors qu’elle ne serait pas la dernière, puisque d’innombrables autres mosquées ont été bâties après elle dans le monde entier. De même, lorsque le Saint Prophète (PSL) a déclaré : « Je suis le dernier Prophète », cela ne signifierait pas que la lignée des prophètes a pris fin, mais que Muhammad (PSL) était le dernier quant à son excellence parmi les prophètes de Dieu, et que la mosquée était la dernière dans le même sens. Un tel raisonnement insensé prouve irréfutablement que ces gens ont perdu la capacité de comprendre le véritable sens des paroles de Dieu et de celles de Son Prophète (PSL). Un simple examen de l’ensemble des traditions dans le contexte duquel cette tradition particulière a été rapportée suffit à rendre clair à tout homme le véritable sens des paroles du Saint Prophète. Dans ce contexte, plusieurs traditions rapportées par l’Imam Muslim d’après Hadrat Abu Hurayra, Hadrat ‘Abdullah ibn ‘Umar et la Mère des croyants, Hadrat Maymuna, indiquent qu’il n’existe dans le monde que trois mosquées auxquelles est attachée la plus grande sainteté et qui sont sacrées au-dessus de toutes les autres mosquées. Le culte accompli dans ces mosquées reçoit une récompense mille fois supérieure à celle des prières offertes dans les autres mosquées. C’est pour cette raison qu’il est permis d’entreprendre un voyage vers ces mosquées afin d’y prier. Aucune autre mosquée que ces trois ne possède une telle sainteté qu’il soit justifié de voyager jusqu’à elle pour y adorer Dieu en délaissant toutes les autres mosquées. Parmi les trois mosquées qui jouissent de la plus grande sainteté en Islam, la première est la Masjid al-Haram, bâtie par Hadrat Abraham (que la paix soit sur lui) ; la deuxième est la Masjid al-Aqsa, édifiée par Hadrat Salomon (que la paix soit sur lui) ; et la troisième est la Masjid al-Nabawi, dans la ville sainte de Médine, fondée par le Saint Prophète (PSL). La déclaration du Saint Prophète au sujet de « la dernière mosquée » doit être comprise dans ce contexte. Les paroles du Prophète (PSL) signifiaient qu’aucun prophète ne viendrait après lui ; il n’y aurait donc pas de quatrième mosquée après la dernière, la Masjid al-Nabawi, mosquée du dernier Prophète. Il s’ensuit qu’aucune autre mosquée ne doit posséder une sainteté telle que le culte qui y est accompli soit récompensé par des bénédictions supérieures à celles du culte accompli dans les autres mosquées ; de plus, il n’existe pas de quatrième mosquée vers laquelle il soit permis ou même recommandé de voyager afin d’y offrir des prières.] (Muslim, Kitab al-Hajj ; chapitre : Fadl al-Salat bi Masjidi Makka wa al-Madina.) Un grand nombre de traditions de ce genre, rapportées du Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ont été transmises par ses compagnons et enregistrées par de nombreux compilateurs à partir de sources faisant autorité. L’étude de ces traditions montre que le Saint Prophète a déclaré explicitement, à plusieurs reprises, de diverses manières et avec des formulations différentes, qu’il était le dernier Prophète de Dieu, qu’aucun prophète ne lui succéderait et que la lignée des prophètes s’était achevée en lui. En outre, ceux qui prétendraient être des prophètes ou des messagers de Dieu après lui seraient des imposteurs et des menteurs.

[À l’encontre des déclarations du Saint Prophète, les négateurs de la finalité de la prophétie citent les paroles suivantes, attribuées à Hadrat ‘Aisha : « Dis, certes, que le Saint Prophète est le dernier Messager de Dieu ; mais ne dis pas qu’aucun prophète ne viendra après lui. » Tout d’abord, c’est une audace que de citer les paroles de Hadrat ‘Aisha pour contredire l’ordre explicite du Saint Prophète (PSL). De plus, les paroles mêmes attribuées à Hadrat ‘Aisha ne sont pas authentiques. Aucun ouvrage faisant autorité sur le Hadith ne contient cette déclaration de Hadrat ‘Aisha, et aucun compilateur notable de traditions ne l’a rapportée ni même mentionnée. Cette tradition provient d’un commentaire intitulé Durr-i-Manthur et d’une compilation de Hadith connue sous le nom de Takmilah Majma-ul-Bihar, mais sa source et son authenticité sont inconnues. Il est extrêmement audacieux de produire la déclaration d’une compagne afin de contredire les paroles explicites du Saint Prophète, que les éminents traditionnistes ont transmises par les chaînes de transmission les plus authentiques.]

Il ne peut exister d’interprétation authentique, digne de confiance et concluante des paroles du Saint Coran, Khatam-un-Nabiyyin, autre que celle donnée par le Saint Prophète (PSL), car les titres et les qualités du Saint Prophète (PSL) n’ont nullement besoin de preuve et l’autorité de ses paroles est incontestable. Ses paroles sont authentiques et constituent en elles-mêmes une preuve. Lorsque le Prophète explique un nass du Saint Coran, son explication est la plus authentique et constitue une preuve décisive. Qui, en dehors du Saint Prophète (PSL), à qui le Coran a été révélé, est mieux qualifié pour en comprendre le sens et nous en expliquer le contenu ? Et celui qui propose une autre explication, devons-nous considérer ses prétentions comme dignes de notre examen, encore moins de notre adhésion ?

Le consensus des Compagnons

Après le Saint Coran et la sunnah, le consensus des compagnons du Saint Prophète (PSL) occupe le troisième rang. Toutes les traditions historiques authentiques révèlent que les compagnons du Prophète (PSL) ont unanimement engagé la guerre contre ceux qui prétendaient à la prophétie et contre leurs partisans après la mort du Saint Prophète (PSL). Le cas de Musaylima est particulièrement significatif à cet égard. Cet homme ne niait pas que Muhammad (PSL) fût le Prophète de Dieu ; il prétendait que Dieu l’avait nommé co-prophète avec Muhammad afin qu’il partage sa mission. La lettre qu’il adressa au Saint Prophète peu avant sa mort disait : « De Musaylima, le prophète de Dieu, à Muhammad, le Prophète de Dieu (PSL). Je souhaite t’informer que j’ai été nommé ton associé afin de partager le fardeau de la prophétie. » L’historien Tabari rapporte une tradition selon laquelle l’appel à la prière (adhan) que Musaylima avait conçu pour ses disciples comprenait les mots : « J’atteste que Muhammad est le Prophète de Dieu. » Malgré son affirmation claire de la prophétie de Muhammad (PSL), Musaylima fut déclaré apostat et exclu de la société islamique. Non seulement cela, mais la guerre lui fut déclarée. L’histoire témoigne également du fait que la tribu de Hunaifa (Banu Hunaif) avait accepté de bonne foi la prétention de Musaylima à la prophétie. On l’avait sincèrement amenée à croire que Muhammad (PSL) avait de son propre gré déclaré Musaylima son associé dans la prophétie. Un homme qui avait appris le Coran dans la ville sainte de Médine se rendit auprès de la tribu des Banu Hunaifa et attribua faussement à Musaylima les versets du Coran comme s’ils lui avaient été révélés. Bien que les Banu Hunaifa eussent été délibérément mal informés, les compagnons du Saint Prophète ne les reconnurent pas comme musulmans et envoyèrent une armée contre eux. Il n’est pas possible de soutenir ici que les compagnons les combattirent en tant que rebelles et non en tant qu’apostats. La loi islamique établit que, dans le cas d’une guerre contre des musulmans rebelles, les prisonniers capturés au combat ne doivent pas être réduits en esclavage. La loi exige en outre que même les dhimmis rebelles, lorsqu’ils sont capturés au combat, ne soient pas réduits en esclavage. Mais lorsque des opérations militaires furent menées contre Musaylima et ses partisans, Hadrat Abu Bakr déclara que les femmes et les enfants de l’ennemi seraient réduits en esclavage ; lorsqu’ils furent faits prisonniers, ils furent effectivement asservis. L’une des jeunes filles fut donnée comme esclave à Hadrat ‘Ali. Elle lui donna un fils nommé Muhammad ibn al-Hanafiyya, personnage renommé de l’histoire de l’Islam. (Al-Bidaya wa al-Nihaya, vol. VI, p. 316 et 325.) Cet événement prouve clairement que, lorsque les compagnons combattirent Musaylima, ils ne l’accusèrent pas de rébellion. L’accusation portée contre lui était d’avoir revendiqué la prophétie après que la lignée des prophètes eut pris fin avec Muhammad (PSL), et d’avoir ainsi égaré d’autres personnes en les amenant à croire à sa prétention prophétique. L’action contre Musaylima fut menée immédiatement après la mort du Saint Prophète (PSL), sous la direction de Hadrat Abu Bakr Siddiq (qu’Allah l’agrée), et elle reçut le soutien unanime de l’ensemble des compagnons. Il est impossible de trouver meilleur exemple, plus clair, du consensus des compagnons.

Le consensus de tous les oulémas de la communauté

Après le consensus des Compagnons vient, par ordre d’autorité, le consensus, en matière religieuse, des oulémas musulmans qui vécurent après l’époque des Compagnons (qu’Allah les agrée). Un examen de l’histoire de l’Islam, du premier siècle jusqu’à l’époque moderne, révèle que les oulémas de toutes les périodes et de tous les pays islamiques du monde sont unanimes à croire qu’aucun nouveau prophète ne peut être suscité après Muhammad (PSL). Ils sont tous d’accord pour considérer que quiconque revendique la prophétie après Muhammad (PSL), ainsi que quiconque croit à une telle prétention, est un apostat et un exclu de la communauté islamique. Les faits suivants sont cités à titre d’illustration : à l’époque de l’Imam Abu Hanifa (80-150 de l’Hégire), un homme revendiqua la prophétie et dit : « Laissez-moi vous montrer les preuves de ma prophétie. » Le grand Imam avertit alors le peuple : « Quiconque demandera à cet homme les preuves de sa prophétie deviendra apostat, car le Prophète de Dieu (PSL) a déclaré explicitement : “Aucun prophète ne viendra après moi.” » (Manaqib al-Imam al-A’zam Abi Hanifa, Ibn Ahmad al-Makki, vol. I, p. 161, Hyderabad, Inde, 1321 H.) ‘Allama Ibn Jarir al-Tabari (224-310 H.), dans son célèbre commentaire du Saint Coran, donne l’interprétation suivante du verset walakin Rasul Allahi wa Khatam al-Nabiyyin : « Il a clos et scellé la prophétie, et la porte de la prophétie ne s’ouvrira pour personne jusqu’à la fin du monde. » (Voir le commentaire d’Ibn Jarir, vol. 22, p. 12.) Dans son ouvrage Aqida-i-Salfia, en expliquant les croyances des pieux prédécesseurs, notamment celles de l’Imam Abu Hanifa, de l’Imam Abu Yusuf et de l’Imam Muhammad, l’Imam Tahawi (239-321 H.) écrit que Muhammad (PSL) est un serviteur de Dieu hautement vénérable. Il est le Prophète choisi, le Messager préféré d’Allah, le dernier des prophètes, le guide des pieux, le chef des messagers d’Allah et le bien-aimé du Seigneur. Après lui, toute prétention à la prophétie est une erreur manifeste et un culte de son propre moi malfaisant. (Sharh al-Tahawiyya fi al-‘Aqida al-Salfiyya, Dar al-Ma’arif, Égypte, p. 15, 87, 96, 97, 100, 102.) ‘Allama Ibn Hazm al-Andalusi (384-456 H.) écrit : « Il est certain que la chaîne des révélations divines a pris fin après la mort du Saint Prophète (PSL). La preuve en est que nul autre qu’un prophète ne peut recevoir les révélations divines, et que Dieu a affirmé que Muhammad n’a pas de fils parmi les hommes, qu’il est le Messager de Dieu et qu’Il a scellé la fonction de prophète. » (Al-Muhalla, vol. 1, p. 26.)

Ibn Maryam ; Muslim, chapitre : Bayan Nuzul ‘Isa ; Tirmidhi, Abwab al-Fitan ; chapitre : Fi

Nuzul ‘Isa ; Musnad Ahmad, récits rapportés par Abu Huraira)

Dans une autre tradition, le mot djizya a été substitué à harb, « guerre », c’est-à-dire qu’il abolira la djizya imposée aux non-croyants. [En d’autres termes, cette expression signifie que les différends entre les adeptes des diverses religions disparaîtront et que toute l’humanité rejoindra la fraternité de l’islam. Par conséquent, il n’y aura plus ni guerre ni raison d’imposer à quiconque un impôt religieux. Cette interprétation est étayée par les traditions nos 5 et 15 citées ci-après.] Une autre tradition rapportée par Hadrat Abu Huraira dit : « L’Heure dernière ne sera pas établie avant la descente de Jésus, fils de Marie », et ces mots sont suivis du texte donné dans la tradition ci-dessus. (Bukhari, Kitab-ul-Muzalim :

chapitre : Kasr-ul-Salib ; Ibn Majah, Kitab-ul-Fitan al-Dajjal.)

Hadrat Abu Huraira rapporte que l’Apôtre d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Que deviendrez-vous lorsque le fils de Marie descendra parmi vous et qu’un homme parmi vous exercera la fonction d’imam (dirigeant la prière) ? » [Cela implique que Jésus (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne dirigera pas la prière. Il priera derrière l’imam des musulmans déjà en fonction.]

(Bukhari, Kitab Ahadith Anbiya, chapitre : Nuzul Isa ; Muslim, Nuzul Isa ; Musnad

Ahmad, récits rapportés par Abu Huraira)

Hadrat Abu Huraira rapporte que l’Apôtre d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Le Christ, fils de Marie, tuera alors les porcs et enlèvera la Croix. Une prière collective sera organisée pour lui. Il distribuera une quantité si énorme de biens que personne ne restera dans le besoin. Il abolira les impôts. Il établira son camp à Rauha (un lieu situé à 35 miles de Médine) et, de là, partira accomplir le Hajj ou la Umrah, ou les deux. » (Le rapporteur doute de laquelle de ces deux pratiques le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait parlé. (Musnad Ahmad, Silsila

Récits d’Abou Houraira ; Muslim, Kitab-ul-Hajj ; chapitre : Jawaz-ul-Tamattu fil-Hajj wa-al-Qir’an)

Al-Qir’an) Hadrat Abou Houraira rapporte que le Prophète de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), après avoir mentionné l’exil du Dajjal, dit : « Les musulmans se prépareront à combattre le Dajjal et se mettront en rangs pour accomplir la prière ; le takbir aura été prononcé pour la prière lorsque, entre-temps, le Christ (que la paix soit sur lui), fils de Marie, descendra et dirigera les musulmans dans la prière. En le voyant, l’ennemi de Dieu, le Dajjal, commencera à fondre comme du sel dans l’eau. Si le Christ (que la paix soit sur lui) laissait le Dajjal tranquille, celui-ci fondrait et mourrait de toute façon ; mais Dieu fera tuer le Dajjal par le Christ (que la paix soit sur lui), et le Christ montrera aux musulmans sa lance maculée du sang du Dajjal. » (Mishkat, Kitab-ul-Fitan, chapitre : al-Malahim, cité par Muslim) Hadrat Abou Houraira rapporte que l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a affirmé : « Aucun prophète ne viendra pendant la période entre moi et Jésus (que la paix soit sur lui). Et Jésus descendra. Reconnaissez-le lorsque vous le verrez ; c’est un homme de taille moyenne, au teint clair et vermeil. Il sera vêtu de deux pièces d’étoffe jaune. Les cheveux de sa tête sembleront laisser couler de l’eau, bien qu’ils ne soient pas mouillés. Il combattra pour la cause de l’islam. Il brisera la croix en morceaux. Il tuera les porcs. Il abolira la jizya imposée aux non-croyants. À son époque, Dieu mettra fin à toutes les autres religions, excepté la religion de l’islam. Et le Christ tuera le Dajjal. Il vivra sur cette terre pendant quarante ans, puis, à la fin de cette période, il mourra. Les musulmans accompliront la prière funéraire du Christ

(que la paix soit sur lui). (Abou Dawud, Kitab-ul-Malahim, chapitre : Khuruj-ul-Dajjal ; Musnad Ahmad,

Récits d’Abou Houraira)

Hadrat Jabir ibn Abdullah rapporte avoir entendu le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) dire : « Alors le Christ, fils de Marie, descendra. Le chef des musulmans lui dira : “Viens, dirige-nous dans la prière”, mais il répondra : “Non, que vos propres chefs vous dirigent dans la prière.” » [Le sens de cette remarque du Christ (que la paix soit sur lui) est que « quelqu’un parmi vous doit agir comme votre chef ».] Il dira cela par respect pour la dignité que Dieu a accordée aux gens de l’islam. » (Muslim, Bayan Nuzul Isa ibn Maryam ; Musnad

Ahmad, Basilsila Marwiyat Jabir ibn Abdullah)

À propos de l’épisode d’Ibn Sayyad, Jabir ibn Abdullah rapporte qu’Umar ibn Khattab (qu’Allah l’agrée) déclara : « Ô Envoyé de Dieu, permets-moi de le tuer. » Le Prophète de Dieu répondit : « Si cet homme est effectivement celui-là (en faisant référence au Dajjal), il sera tué par le Christ, fils de Marie. Tu ne le tueras pas. Mais si cet homme n’est pas celui-là (le Dajjal), alors tu n’as pas le droit de tuer un individu parmi ceux auxquels nous avons garanti notre protection (les dhimmis). » (Mishkat, Kitab-ul-Fitan, chapitre : Qissa Ibn Sayyad, cité par Shara al-Sunnah al-Baghawi). Jabir ibn Abdullah rapporte que, relatant l’épisode du Dajjal, le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) observa : « À ce moment-là, le Christ, fils de Marie, descendra soudainement parmi les musulmans. Une assemblée sera réunie pour la prière et on lui demandera : “Ô Esprit de Dieu, avance et dirige-nous dans la prière.” Mais il dira : “Non, que votre propre imam s’avance et dirige.” Ainsi, lorsque les musulmans auront accompli la prière du matin, ils partiront combattre le Dajjal. Lorsque ce menteur verra le Christ (que la paix soit sur lui), il commencera à fondre comme du sel dans l’eau. Le Christ (que la paix soit sur lui) s’avancera vers lui et le tuera. Et il arrivera que chaque pierre s’écriera : “Ô Esprit d’Allah, ce Juif se cache derrière moi.” Pas un seul adepte du Dajjal n’échappera au massacre. » (Musnad Ahmad, Basissila

Récit de Jabir ibn Abdullah)

Hadrat an-Nawas b. Sam’an rapporte (en relatant l’histoire du Dajjal) : « Entre-temps, tandis que le Dajjal se livrera à de tels actes, Dieu enverra le Christ, fils de Marie. Le Christ (PBUH) descendra près de la tour blanche, dans le quartier oriental de Damas, vêtu de deux pièces d’étoffe jaunes et appuyant ses mains sur les bras de deux anges. Lorsqu’il inclinera la tête, on croira que des gouttes d’eau tombent de sa tête ; et lorsqu’il la relèvera, on croira que des perles ruissellent sous forme de gouttes. Aucun infidèle qui se trouvera à portée de son souffle — et son souffle portera aussi loin que pourra voir son œil — n’échappera à la mort. Ensuite, le fils de Marie poursuivra le Dajjal, le rattrapera à la porte de Lydda [Veuillez noter que Lod (la Lydda moderne) est située à quelques milles de Tel-Aviv, la capitale de l’État d’Israël en Palestine. Les Juifs y ont construit une grande base aérienne.] et le mettra à mort. » (Muslim, Dhikr Dajjal ; Abu Dawud, Kitab ul-Malahim, Bab: Khuruj Dajjal ; Tirmidhi, Abwab-ul-Fitan, Bab: Fi Fitna al-Dajjal ; Ibn Majah, Kitab ul-Fitna, Bab: Fitna al-Dajjal.)

Abdullah b. Amr b. al-As rapporte que l’Apôtre de Dieu (PBUH) a dit : « Le Dajjal apparaîtra parmi mon peuple et survivra quarante [le rapporteur n’est pas certain que le Prophète ait mentionné quarante jours, quarante mois ou quarante ans]. Ensuite Dieu enverra le Christ, fils de Marie, dans le monde. Il ressemblera, par son apparence, à ‘Urwa b. Masud (un compagnon du Prophète). Le Christ poursuivra le Dajjal et le mettra à mort. Après cela, pendant une période de sept ans, l’état du monde sera tel qu’aucune querelle entre deux individus ne sera connue. » (Muslim, Dhikr-ul-Dajjal.)

Hudhaifa b. Usaid al-Ghifari rapporte : « Un jour, le Saint Prophète (PBUUH) nous rendit visite alors que nous étions assis ensemble et parlions entre nous. Le Saint Prophète (PBUH) demanda : “De quoi parlez-vous ?” Les gens répondirent : “Nous parlions de la fin du monde.” Le Saint Prophète (PBUH) dit : “La fin du monde ne surviendra pas avant l’apparition de dix signes.” Il énuméra alors ces signes : la fumée ; le Dajjal ; la Daabba ; le lever du soleil à l’Occident ; la descente du Christ, fils de Marie (PBUH) ; l’apparition de Yajuj et Majuj ; la formation de trois énormes cavités ou affaissements sur la terre, l’un à l’Orient, le deuxième à l’Occident et le troisième dans les îles Arabes ; enfin, un immense incendie qui surgira au Yémen et poussera les gens vers la plaine du Jugement. » (Muslim, Kitab ul-Fitan wa Ashtrat-us Sa’h ; Abu Dawud, Kitab ul-Malahim, bab: Amarat ul-Sa’h.)

Thauban, l’affranchi du Saint Prophète, rapporte que le Saint Prophète (PBUH) a dit : « Dieu préservera du feu de l’Enfer deux groupes parmi les gens de mon Ummah. L’un de ces groupes sera composé de ceux qui envahiront l’Inde ; l’autre sera composé de ceux qui se rangeront aux côtés du Christ, fils de Marie (PBUH). » (Nasa’i, Kitab ul-Jihad ; Musnad Ahmad, Bisilsila Riwayat Thauban.)

Mujamme b. Jaria Ansari rapporte : « J’ai entendu le Saint Prophète (PBUH) dire : “Le Christ, fils de Marie, tuera le Dajjal à la porte de Lod (Lydda).” » (Musnad Ahmad, Tirmidhi, Abwab-ul-Fitan.)

Abu Umama al-Bahli (mentionnant le Dajjal au cours d’une longue tradition) rapporte : « Juste au moment où l’Imam des musulmans s’avancera pour diriger la prière du matin, le Christ, fils de Marie (PBUH), descendra parmi eux. L’Imam se retirera pour laisser au Christ la place de diriger la prière. Mais le Christ, posant la main au milieu des épaules de l’Imam, lui dira : “Non, tu dirigeras, car cette assemblée s’est réunie pour prier derrière toi.” L’Imam dirigera donc la prière. Lorsque la prière sera achevée, le Christ (PBUH) ordonnera : “Ouvrez la porte.” La porte sera ouverte. Le Dajjal se trouvera à l’extérieur avec une troupe de soixante-dix mille soldats juifs. Dès que le Dajjal apercevra le Christ (PBUH), il lui dira : “Je vais te frapper avec une telle force que tu ne survivras pas au coup.” Le Christ (PBUH) le poursuivra et le rattrapera à la porte orientale de Lod (Lydda). Dieu fera vaincre les Juifs. La terre sera remplie de musulmans comme un récipient rempli d’eau jusqu’au bord ; le monde entier récitera la même Kalima et nul autre que Dieu Tout-Puissant ne sera adoré. » (Ibn Majah, Kitab-ul-Fitan ; Bab: Fitan Dajjal.)

‘Uthman b. Abi al-‘As rapporte avoir entendu le Prophète de Dieu (PBUH) dire : « Le Christ, fils de Marie, descendra au moment de la prière du matin. Le chef des musulmans lui dira : “Ô Esprit de Dieu, sois notre imam dans la prière.” Il répondra : “Les membres de cette Ummah sont les dirigeants les uns des autres.” Alors le chef des musulmans s’avancera et dirigera la prière. Une fois la prière terminée, le Christ (PBUH) prendra son arme et avancera vers le Dajjal. En voyant le Christ, le Dajjal commencera à fondre comme du plomb. Le Christ (PBUH) le tuera avec son arme. Les compagnons du Dajjal seront vaincus. Ils s’enfuiront, mais ne trouveront nulle part où se cacher. Même les arbres crieront : “Ô homme pieux, cet infidèle se cache derrière moi”, et les pierres diront : “Ô homme pieux, cet incroyant s’est réfugié derrière moi.” » (Musnad Ahmad, Tabarani, Hakim.)

Samura b. Jundub (dans une longue tradition) attribue cette parole au Saint Prophète (PBUH) : « Puis, au matin, le Christ, fils de Marie, descendra parmi les musulmans. Allah infligera au Dajjal et à ses armées une défaite écrasante. Même les murs et les racines des arbres crieront : “Ô homme pieux, cet infidèle se cache derrière moi. Viens le frapper à mort.” » (Musnad Ahmad, Hakim.)

Une tradition rapportée par ‘Imarn b. Husain dit que le Prophète de Dieu (PBUH) a déclaré : « Il y aura toujours, parmi mes disciples, un groupe de gens qui demeureront fermes dans la vérité et qui triompheront de leurs adversaires jusqu’à ce que Dieu rende un décret et que le Christ, fils de Marie (PBUH), descende sur la terre. » (Musnad Ahmad.)

Au sujet de l’épisode du Dajjal, Hadrat ‘Aisha (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Hadrat ‘Isa (PBUH) descendra et tuera le Dajjal. Après cela, Hadrat ‘Isa (PBUH) gouvernera la terre comme un dirigeant juste et un souverain bienveillant pendant quarante ans. » (Musnad Ahmad.)

Safina, l’affranchi de l’Apôtre de Dieu (PBUH), rapporte, à propos de l’épisode du Dajjal : « Hadrat ‘Isa (PBUH) descendra et Dieu mettra fin à la vie du Dajjal près de la pente d’Afiq. » [Afiq, appelé Fiq à l’époque moderne, est une ville de Syrie située sur la frontière entre la Syrie et Israël. À quelques milles à l’ouest de la ville se trouve un lac appelé Tibriya. Ce lac est la source du fleuve Jourdain. Au sud-ouest de ce lac, un passage entre les montagnes descend de deux mille pieds jusqu’à l’endroit du lac Tibriya où le fleuve prend sa source. Ce passage montagneux est appelé la pente d’Afiq.] (Musnad Ahmad.)

Hadrat Hudaifa b. Yama rapporte, au sujet du Dajjal : « Lorsque les musulmans se mettront en rang pour prier, le Christ, fils de Marie (PBUH), descendra du ciel sous leurs yeux. Il dirigera la prière. Lorsque la prière sera terminée, il dira aux gens : “Dégagez le passage entre moi et cet ennemi de Dieu.” Dieu donnera aux musulmans la victoire sur les armées du Dajjal. Les musulmans infligeront à l’ennemi un terrible châtiment. Même les arbres et les pierres crieront : “Ô Abdullah, ô Abdul Rahman, ô musulman, viens ; voici un Juif derrière moi, tue-le.” Ainsi Dieu anéantira les Juifs et les musulmans seront victorieux. Ils briseront la Croix, égorgeront les porcs et aboliront la Jizya (prélevée sur les non-musulmans). » (Mustadrak Hakim — Une version abrégée de cette tradition a été rapportée dans Muslim. Hafiz Ibn Hajar, dans Fath-ul-Bari, vol. VI, p. 450, déclare cette tradition authentique.)

Les traditions ci-dessus sont au nombre de vingt et une ; elles ont été transmises par quatorze compagnons du Saint Prophète et consignées, avec des références exactes, dans les ouvrages les plus autorisés du Hadith. En plus de celles-ci, il existe de nombreuses autres traditions sur le même sujet, mais nous ne les avons pas reproduites ici par souci de brièveté. Nous avons choisi comme exemples uniquement les traditions qui sont solides et authentiques quant à leur chaîne de transmission.

Le verdict de ces traditions

Quiconque lit les traditions ci-dessus arrivera à la conclusion qu’elles ne mentionnent ni l’avènement d’un Masih promis, ni un Masih semblable, ni une projection de Masih. Les textes cités plus haut ne laissent aucune place à un homme né du sperme humain dans le sein d’une femme pour déclarer : “Je suis ce Masih dont l’avènement a été annoncé par le Saint Prophète Muhammad (PBUH).” Toutes ces traditions proclament clairement et définitivement la descente de ce Saint Christ qui naquit de Marie sans l’intervention d’un père, il y a deux mille ans. Il est certainement inutile, à ce stade, d’ouvrir le débat sur la question de savoir si le Saint Christ est mort ou s’il existe vivant quelque part dans le monde. En supposant qu’il soit mort, Dieu a le pouvoir de le ressusciter [Que ceux qui nient cette possibilité lisent le verset 259 de la sourate al-Baqarah, dans lequel Dieu affirme clairement qu’Il laissa l’une de Ses créatures morte pendant cent ans et qu’à la fin de cette période Il la ressuscita.] ; et, dans le cas contraire, le pouvoir divin de Dieu n’est pas incapable de maintenir un homme vivant quelque part dans le cosmos pendant des milliers d’années et de le ramener dans le monde à Sa volonté. Quoi qu’il en soit, celui qui croit à la véracité et à la sainteté des traditions ne doutera pas qu’elles annoncent l’avènement du “Christ, fils de Marie”, et de nul autre. En revanche, celui qui ne croit pas aux traditions ne croira à la descente de personne, car les traditions sont la seule base de la doctrine de la Descente. Dans ces conditions, c’est une logique étrange et risible que de prendre la doctrine de la Descente, tirée des traditions, puis d’en arracher la référence claire au Christ, fils de Marie, pour établir à la place du fils de Marie un “Christ incarné” des temps modernes.

Un autre point que les traditions établissent tout aussi clairement est que le Christ, fils de Marie, ne descendra pas en qualité d’Apôtre de Dieu nouvellement nommé. Il ne recevra aucune révélation divine. Il ne sera porteur d’aucun message nouveau ni dépositaire d’un mandat inédit de la part de Dieu ; il ne modifiera, n’étendra ni n’abrégera la Shariah de Muhammad (PBUH), et le Christ, fils de Marie, ne sera pas davantage envoyé dans le monde pour accomplir le renouvellement de la foi. Le Christ, fils de Marie (PBUH), n’appellera pas les gens à croire en sa propre prophétie et ne fondera pas une communauté distincte de fidèles [Les Ulema de l’Islam ont expliqué cette question en détail. ‘Allama Taftazani (722 A.H. – 792 A.H.), dans Shara ‘Aqaid-i-Nasafi, écrit : “Il est établi que Muhammad (PBUH) est le dernier Prophète… Si l’on dit que, selon le Hadith, la descente du Christ (PBUH) aura lieu après le Prophète Muhammad (PBUH), nous répondrons : ‘Oui, ce fait est mentionné dans les traditions. Mais le Christ (PBUH) apparaîtra comme disciple de Muhammad (PBUH). La Shariah du Christ est abrogée. Il ne recevra donc aucune révélation divine et n’établira aucun canon. Dans toutes ses actions, il ne représentera que Muhammad (PBUH).’” Le même point de vue a été réaffirmé par ‘Allama Alusi dans Tafsir Ruhal-Ma‘ani : “Lorsque le Christ (PBUH) apparaîtra, il conservera sa dignité de prophète ancien. Certes, Dieu ne le dépouillera pas de cette dignité, mais il ne suivra pas son ancien mandat, car les Shariahs de tous les prophètes, y compris celle du Christ, sont abrogées. Il sera donc de l’obligation divine du Christ (PBUH) de suivre à la lettre et en esprit la loi de Muhammad (PBUH). Il ne recevra aucune révélation divine et ne sera pas chargé de donner de nouvelles lois religieuses. Dans toutes ses actions, le Christ agira comme représentant du Saint Prophète Muhammad (PBUH) et remplira les fonctions de délégué et de l’un des dirigeants des fidèles de Muhammad (PBUH).” L’Imam Razi éclaire encore ce point ainsi : “La période des prophètes s’étendit jusqu’à l’avènement du Prophète Muhammad (PBUH). Lorsque Muhammad (PBUH) fut suscité comme Prophète, l’ère de l’avènement de nouveaux prophètes prit fin. Il n’est pas inconcevable qu’après sa descente le Christ (PBUH) agisse comme disciple de Muhammad (PBUH).”]. Il sera chargé d’accomplir une tâche particulière : extirper le mal du Dajjal.

À cette fin, Jésus (PBUH) descendra de telle manière que les musulmans parmi lesquels il apparaîtra n’auront aucun doute sur son identité : celle de Jésus, fils de Marie, dont l’avènement à un moment particulièrement opportun fut annoncé par le Prophète Muhammad (PBUH). Jésus (PBUH) rejoindra la communauté des musulmans et priera derrière l’Imam en fonction des musulmans. [Bien que deux traditions (nos 5 et 21) attestent amplement que Jésus (PBUH) dirigera la première prière après sa descente, la majorité des traditions, qui sont relativement plus authentiques (voir nos 3, 7, 9, 15 et 16), indiquent que Jésus (PBUH) refusera de diriger la prière. Il invitera l’Imam en fonction des musulmans à s’avancer et à diriger la prière. Tous les savants des traditions et les commentateurs sont d’accord sur ce dernier point.] Il laissera l’Imam en fonction des musulmans le dépasser afin de rendre absolument clair qu’il n’est pas descendu pour affirmer sa position de prophète ou exercer la fonction prophétique. Il ne fait aucun doute qu’en présence d’un prophète au sein d’une communauté, nul autre ne peut assumer la fonction d’Imam ou de dirigeant. Ainsi, lorsque Jésus (PBUH) deviendra un membre individuel de la Fraternité de l’Islam, ce fait proclamera au monde qu’il n’est pas descendu pour assumer la fonction de prophète.

Sur cette base, la question de l’ouverture du sceau de la prophétie lors de la seconde venue du Christ est complètement dépourvue de pertinence. On pourrait dire — sans comparer réellement les deux situations — que l’avènement de Jésus ressemblera à la nomination d’un ancien chef d’État pour accomplir une fonction publique sous le régime du chef d’État actuel. Il n’est pas difficile à un homme doué de bon sens de comprendre que la nomination d’un ancien chef d’État pour accomplir une tâche publique sous le régime du chef actuel ne constitue pas une violation de la constitution de l’État. Deux cas, toutefois, violent la loi de l’État. Dans le premier, un ancien chef d’État tenterait de reprendre cette fonction. Dans le second, quelqu’un nierait l’existence de l’ancien régime d’un chef d’État disparu ; ce serait contester la validité des tâches accomplies par l’ancien régime. En l’absence de l’une ou l’autre de ces éventualités, la simple nomination d’un ancien chef d’État à une fonction publique ne modifie pas la position constitutionnelle.

Il en va de même pour la seconde venue du Christ, fils de Marie. Le sceau de la prophétie n’est pas violé par sa seconde venue. Toutefois, s’il assumait de nouveau la fonction de prophète et commençait à accomplir les devoirs d’un prophète, ou si, inversement, un homme niait la sainteté du Christ (PBUH) en tant qu’ancien prophète, ces deux cas constitueraient une violation de la loi de Dieu concernant la création des prophètes. Les traditions ont clairement exclu ces deux possibilités. D’une part, elles affirment qu’aucun prophète ne viendra après Muhammad (PBUH). En même temps, elles annoncent la seconde venue du Christ, fils de Marie. Cela suffit à montrer que, lors de sa seconde venue dans le monde, le Christ n’accomplira pas les devoirs d’un prophète.

De même, son avènement ne fera pas naître une nouvelle question de foi ou d’apostasie parmi les fidèles de l’Islam. Quiconque nie la sainteté du Christ en tant qu’ancien prophète est un apostat. Le Saint Prophète (PBUH) lui-même a affirmé la sainteté du Christ en tant qu’ancien prophète. Les fidèles de Muhammad (PBUH) ont donc, depuis l’origine, toujours cru à la sainteté du Christ en tant qu’ancien prophète. Cette croyance restera valable même au moment de la seconde venue du Christ. À ce moment-là, les musulmans ne croiront pas au ministère d’un nouveau prophète ; ils conserveront leur foi en la sainteté du Christ en tant qu’ancien prophète. Cette position n’est aujourd’hui ni contraire à la foi en la Finalité de la prophétie, ni ne portera atteinte à cette croyance au moment de la seconde venue du Christ dans le monde.

Le dernier point établi par ces traditions, ainsi que par de nombreuses autres, concerne le fait que le Dajjal — pour réprimer les graves méfaits duquel Dieu enverra le Christ, fils de Marie (que la paix soit sur lui) — apparaîtra parmi la nation des Juifs et se fera passer pour le “Masih”. Personne ne peut comprendre la réalité de ce fait sans étudier l’histoire des Juifs et leurs croyances religieuses. Après la mort de Hadrat Sulaiman (PBUH) [c’est-à-dire Salomon], la tribu d’Israël déclina constamment, jusqu’à devenir esclave des empires babylonien et assyrien, dont les maîtres impériaux la dispersèrent sur toute la surface de la terre. À cette époque de leur histoire, les prophètes des Juifs commencèrent à annoncer la bonne nouvelle de l’arrivée d’un “Masih” envoyé par Dieu, qui les délivrerait de l’humiliation. Sur la base de ces prophéties, les Juifs attendirent longtemps l’avènement d’un “masih” qui serait un roi. Ce roi combattrait et gagnerait des territoires. Il rassemblerait les Juifs du monde entier et les réunirait en Palestine. Il créerait un puissant empire juif.

Contrairement à toutes leurs attentes ardentes, lorsque le “Masih” envoyé par Dieu, le Christ, fils de Marie (PBUH), vint sans armée pour conquérir des pays, les Juifs rejetèrent sa prophétie et décidèrent de mettre fin à sa vie. Depuis lors, les Juifs du monde entier attendent l’apparition d’un “Masih Mau’ud”, le “Messie promis”, dont l’arrivée leur avait été annoncée par leurs prophètes d’autrefois. Leur littérature regorge de rêves pleins de souhaits concernant ce millénium. Depuis des siècles, les Juifs se délectent du plaisir imaginaire procuré par la description de ce millénium dans le Talmud et les ouvrages des rabbins. La nation juive a nourri l’espoir que ce “Messie promis” serait un grand chef militaire et politique. Il leur rendrait le pays compris entre les fleuves Nil et Euphrate, que les Juifs ont toujours convoité comme leur patrimoine. Il rassemblerait les Juifs de toutes les parties du monde et les réunirait une nouvelle fois dans ce pays.

Aujourd’hui, lorsque nous considérons les affaires du Moyen-Orient à la lumière des prophéties du Prophète Muhammad (PBUH), nous constatons immédiatement que la scène est préparée pour l’apparition du Dajjal qui, comme l’avait annoncé le Saint Prophète (PBUH), surgirait comme un “Messie promis” des Juifs. Les musulmans ont été chassés d’une grande partie de la Palestine et, dans cette partie, un État juif nommé “Israël” a été établi. Des Juifs du monde entier convergent vers cet endroit. L’Amérique, la Grande-Bretagne et la France ont contribué à faire de cet État juif une formidable puissance militaire. Les savants et les techniciens juifs développent rapidement ce pays avec l’aide massive des capitaux juifs. Le potentiel militaire et technique d’Israël représente une grave menace pour les pays musulmans voisins. Les dirigeants d’Israël n’ont jamais dissimulé leur projet de récupérer “la terre de leur patrimoine”. La carte du futur État juif qu’ils publient depuis longtemps figure à la page suivante. [Carte omise]

Elle montre qu’ils souhaitent inclure dans l’État juif la totalité de la Syrie, du Liban et de la Jordanie, presque toute la superficie de l’Irak, ainsi qu’Askandron pris à la Turquie, le Sinaï et le delta pris à l’Égypte, et les régions du Haut-Hedjaz et du Najd prises à l’Arabie saoudite. Cela comprend naturellement aussi la ville sainte de Médine. Dans ce contexte, il est tout à fait clair que, profitant des conditions critiques créées par une guerre mondiale, les Juifs tenteront certainement de s’emparer de ces régions. C’est alors qu’apparaîtra le Dajjal, que les Juifs considéreront comme leur “Messie promis”.

Le Saint Prophète (PBUH) n’a pas seulement prophétisé l’avènement de ce Dajjal ; il avait aussi averti les musulmans qu’ils subiraient d’immenses épreuves et qu’un jour semblerait durer une année de souffrance et de calamité. C’est pour cette raison que le Prophète de Dieu (PBUH) priait pour être protégé du grand mal du “Dajjal Masih” et exhortait ses fidèles à implorer Allah de les préserver de la rigueur de ces temps mauvais.

Il est certain qu’Allah n’enverra aucun “Christ incarné” pour combattre ce “Dajjal Masih”. Il désignera le véritable Christ, celui qui naquit de Marie et que les Juifs refusèrent de reconnaître comme prophète il y a deux mille ans. Il enverra le même Christ dont les Juifs croyaient s’être débarrassés en le tuant. Le lieu où le véritable Christ descendra ne se trouve ni en Inde, ni en Afrique, ni en Amérique. C’est à Damas qu’il apparaîtra, car cet endroit sera alors le véritable champ de bataille. Regardez la carte n° 1 [la carte doit être omise] : vous constaterez que Damas se trouve à peine à cinquante ou soixante milles des frontières d’Israël. Si vous vous rappelez le texte des traditions que nous avons citées plus haut, vous comprendrez sans trop de difficulté que le Dajjal pénétrera en Syrie avec soixante-dix mille soldats juifs et prendra position devant Damas.

À ce moment de crise, le Christ, fils de Marie (PBUH), descendra près d’un minaret blanc dans le quartier oriental de Damas. Après la prière du matin, le Christ (PBUH) avancera avec les musulmans pour combattre le Dajjal. L’ennemi reculera devant l’assaut puissant du Christ, fils de Marie, et le Dajjal fuira vers Israël en passant par la pente d’Afiq (référence à la tradition n° 21). Le Christ (PBUH) poursuivra le Dajjal et le détruira sur l’aérodrome de Lydda (traditions nos 10, 14 et 15). Un grand massacre des Juifs s’ensuivra et chacun d’eux sera anéanti. La nation juive sera exterminée (traditions nos 9, 15 et 21). À la proclamation de la vérité par le Christ, la religion chrétienne disparaîtra (traditions nos 1, 2, 4 et 6). Et les fidèles de toutes les religions, ayant renoncé à leurs anciennes allégeances, se fondront pour former l’unique fraternité de l’Islam. Les traditions révèlent ce fait avec une parfaite clarté.

À la lumière de ce qui précède, le réseau de propagande établi dans notre pays au nom du Masih Mau’ud, le “Messie promis”, est incontestablement une entreprise fausse et frauduleuse. L’un des aspects les plus risibles de ce mouvement vil est que l’homme qui se considère comme l’objet des prophéties de Muhammad (PBUH) a donné cette explication singulière de son identité en tant que “Christ, fils de Marie” : « Lui (Dieu Tout-Puissant) m’a nommé Marie dans la troisième partie de Barahin-i-Ahmadia. Ensuite, comme cela ressort de Barahin-i-Ahmadia, j’ai été élevé sous la forme de Marie pendant deux ans. Puis mon corps fut rempli de l’âme du Christ, de même que le corps de Marie fut rempli de l’âme du Christ, et, au sens métaphorique, je devins enceinte de l’âme du Christ. Enfin, après une période de nombreux mois (ne dépassant pas dix mois), je fus transformé de Marie en Christ par une révélation divine qui a été consignée à la fin de la quatrième partie de Barahin-i-Ahmadia. C’est ainsi que je devins le fils de Marie. » (Kashti-e-Noah, p. 87-89.)

Autrement dit, il devint d’abord Marie, puis tomba enceinte et, enfin, sortit de son propre abdomen sous la forme du Christ, fils de Marie. Il restait cependant un obstacle. Selon les traditions, le Christ, fils de Marie, devait apparaître à Damas, qui est depuis plusieurs milliers d’années un lieu important et célèbre de Syrie et existe encore sous ce nom sur la carte du monde. Cette difficulté fut écartée par une autre déclaration fantaisiste : « Qu’il soit connu qu’en ce qui concerne l’interprétation du mot “Damas”, Dieu Tout-Puissant m’a expliqué dans une révélation que, dans ce passage, le nom de Damas a été donné à un village dont les habitants possèdent les caractéristiques de Yazid et suivent les habitudes et les idées de l’impur Yazid. Cette ville de Qadian, parce que la plupart de ses habitants possèdent dans leur caractère les traits de Yazid, est apparentée à Damas et lui ressemble sous certains rapports. » (Note marginale d’Izala-i-Auham, p. 63-73.)

Mais ce n’était pas tout. Un autre problème devait encore être résolu : les traditions avaient annoncé que le Christ descendrait près d’une colonne blanche. Ce problème fut finalement réglé lorsque le nouveau “Christ” fit construire pour lui une colonne blanche. Les traditions mentionnaient que la colonne blanche serait déjà debout avant la descente du Christ près d’elle ; à Qadian, la colonne fut construite après l’apparition du “Masih Mau’ud”. Mais peu importe cette contradiction. Quiconque lit les interprétations ci-dessus de ce “Masih Mau’ud” avec les yeux ouverts parviendra à la conclusion qu’une fraude manifeste a été publiquement commise par un imposteur.

Camarades de travail ! Nous allons nous disperser après quatre jours de Convention. Nous avons achevé la tâche que nous nous étions proposée d’accomplir lors de cette Convention. Au cours de notre séance spéciale, nous avons également examiné, dans une certaine mesure, notre travail antérieur. Maintenant, avant notre départ, j’aimerais m’entretenir quelques instants avec vous tous — membres et associés — et vous donner les instructions nécessaires pour poursuivre correctement, à l’avenir, l’Iqamat al-Din (l’établissement du mode de vie islamique).

Ta’alluq Billah

(L’attachement à Allah) Le premier et le plus important enseignement toujours donné par tous les Prophètes, les califes bien guidés et les pieux de l’Ummah (communauté musulmane) à leurs compagnons était d’inculquer la crainte d’Allah, d’implanter Son amour dans leur cœur et de développer l’attachement à Allah. Suivant donc leurs traces, j’en ai moi aussi fait le premier conseil à donner aux militants et je continuerai à le faire à l’avenir chaque fois que l’occasion se présentera, car il mérite un traitement préférentiel et prioritaire. La foi en Allah est l’article de foi le plus important entre tous. C’est pourquoi l’attachement du cœur à Allah doit avoir la priorité dans la prière. La crainte d’Allah doit avoir la priorité dans la moralité, et la recherche de l’agrément d’Allah doit avoir la priorité dans toutes les relations personnelles. En bref, l’orientation correcte de toute notre vie doit être fondée sur le désir de gagner l’agrément d’Allah, et cela doit avoir la priorité sur tous les autres motifs, efforts et entreprises. En particulier, notre tâche difficile, pour laquelle nous nous tenons comme une Jama’ah islamique (groupe organisé) et un Mouvement, ne peut prospérer que grâce à la force motrice de notre attachement à Allah. Elle sera forte ou faible proportionnellement à notre attachement à Allah. Il est admis que, quelle que soit la tâche à laquelle un homme se consacre, qu’elle soit de ce monde ou de l’au-delà, la force principale qui la sous-tend est le but pour lequel il s’est levé, et l’ardeur ne peut naître que lorsqu’il éprouve un intérêt profond et un enthousiasme véritable pour atteindre cet objectif. Celui qui ne recherche que son intérêt personnel ne peut réussir sans être égoïste. L’intensité de l’amour de soi le conduit à se mettre au service de lui-même avec un empressement d’une force égale. Un homme qui œuvre pour ses enfants, étant dévoué à l’amour qu’il leur porte, sacrifie ses propres plaisirs et son confort pour leur bien-être et met parfois en jeu non seulement ses gains terrestres, mais même les bénéfices de l’Akhirah (l’Au-delà), afin qu’ils prospèrent au plus haut degré. Un homme qui œuvre pour sa nation ou son pays est captif de l’amour qu’il lui porte et, à cause de cet amour, il endure des pertes financières ainsi que les épreuves de la détention et de la prison. Il travaille dur jour et nuit et sacrifie parfois même sa vie pour la liberté, la défense et la suprématie de sa nation ou de son État. Or, si nous luttons pour établir le mode de vie islamique, non pas pour nos propres fins égoïstes, ni pour un quelconque intérêt familial, national ou étatique, mais uniquement avec le désir sincère de plaire à notre Créateur, Allah Tout-Puissant, et si nous nous sommes engagés dans cette œuvre uniquement parce que nous sommes convaincus qu’elle est Son œuvre, vous pouvez certainement comprendre que cette œuvre ne pourra progresser tant que notre attachement à Allah ne sera pas réel, fort et profond. L’ardeur pour cette œuvre ne se développe que lorsque toutes nos inclinations se concentrent dans les efforts visant à propager la Parole d’Allah. Pour tous ceux qui se sont joints à cette œuvre, il ne suffit pas qu’ils soient liés à « Allah aussi », mais il faut que leur lien soit avec « Allah seulement ». En d’autres termes, il ne doit pas s’agir d’un lien parmi d’autres, mais du seul lien véritable et authentique. Nous devons toujours rester vigilants et conscients afin que notre attachement à Allah ne diminue pas, mais qu’il augmente toujours et devienne de plus en plus profond avec le temps. L’attachement à Allah est l’esprit directeur principal de notre mission. Louange à Allah, aucun membre de notre Jama’ah n’est inattentif à ce fait ni ignorant de son importance. Pourtant, beaucoup ne comprennent souvent pas clairement ce que signifie exactement le terme Ta’alluq Billah, quelle est la méthode pour l’inculquer et le développer, ni comment déterminer si l’on possède réellement un lien avec Allah ou non et, dans l’affirmative, à quel degré. J’ai souvent constaté que le manque de connaissances et de compréhension à cet égard laisse les gens dans le désarroi, ne sachant ni où ils en sont, ni où ils doivent aller, ni quelle distance il leur reste encore à parcourir. Par conséquent, certains militants se perdent dans des idéaux vagues et d’autres se tournent vers des voies et des méthodes qui ne les conduiront jamais à leur destination. Certains éprouvent des difficultés à distinguer les choses étroitement liées de celles qui le sont de façon plus lointaine, tandis que d’autres restent tout simplement stupéfaits. Je ne me limiterai donc pas à donner des conseils sur le Ta’alluq Billah, mais je m’efforcerai également de présenter, autant que mes connaissances me le permettent, des réponses claires aux questions susmentionnées.

La signification de Ta’alluq Billah

Selon le Qur’an, cela signifie qu’une personne doit vivre et mourir pour Allah, et que son adoration et ses sacrifices doivent également Lui être consacrés exclusivement. Certes, ma prière, mon sacrifice, ma vie et ma mort sont tout entiers pour Allah, le Seigneur des mondes. (An‘am : 162) Elle doit adorer Allah avec une entière dévotion et soumettre exclusivement sa vie à une soumission absolue à Allah. Le Qur’an dit : « Il ne leur avait été ordonné que d’adorer Allah en Lui vouant un culte sincère et en étant fidèles dans la foi envers Lui. » (Bayyinah : 5) Le Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) a, à différentes occasions, expliqué cette relation en des termes si clairs qu’il ne subsiste aucune ambiguïté quant à sa signification et à son objectif. Ses déclarations montrent explicitement que la nature de cette relation n’est autre que : Craindre Allah en toute circonstance — ouvertement ou secrètement — (Bayhaqi) Et compter sur la puissance d’Allah plutôt que sur ses propres moyens. (Bayhaqi) Il doit être prêt à affronter la colère des hommes afin de rechercher l’agrément d’Allah, et ne jamais être disposé à faire l’inverse. Lorsque cet attachement à Allah s’élève au point que tout amour, toute inimitié, tout don et toute privation d’une personne soient exclusivement pour Allah, sans aucun autre motif, cela signifie qu’elle a atteint la perfection dans son attachement à Allah. Le Prophète (p) a dit : « Celui qui a aimé pour Allah, détesté pour Allah, donné pour Allah et refusé pour Allah est celui qui a parachevé sa foi. » (Bukhari) Considérez maintenant le sens du Qunut que vous récitez chaque nuit. Chacun de ses mots indique la relation que vous devez avoir avec Allah. Méditez simplement sur ses paroles et voyez par vous-mêmes la promesse que vous faites à Allah concernant les types de relations que vous devez avoir avec Lui. Ô Allah, nous implorons Ton aide et sollicitons Ton pardon. Nous croyons entièrement en Toi et ne dépendons que de Toi ; aussi Te louons-nous par les meilleures paroles, nous Te sommes reconnaissants et ne sommes pas ingrats envers Toi. C’est pourquoi nous abandonnons et rejetons tous ceux qui transgressent Tes commandements. Ô Allah, nous T’adorons seul, nous prions pour Toi, nous nous prosternons devant Toi, et toutes nos entreprises et tous nos efforts tendent à nous conduire vers Toi. Nous espérons Ta miséricorde et craignons Ton châtiment. Nul doute que Ton châtiment atteindra les négateurs. Cet attachement à Allah se reflète également clairement dans la Du‘a particulière du Prophète (p), qu’il récitait au moment du Tahajjud. Il disait : Ô Allah, je me suis incliné devant Toi, j’ai déclaré ma foi en Toi, j’ai placé ma confiance en Toi, j’ai toujours eu recours à Toi, j’ai combattu pour Toi et j’ai présenté mon cas devant Toi.
Comment accroître le Ta’alluq Billah ? Ce qui précède constitue l’interprétation correcte de cette étude, qu’il faut reprendre encore et encore afin de la conserver dans l’attachement qu’un croyant ferme doit avoir envers Allah. Examinons maintenant la manière de l’acquérir et de l’accroître. Le seul moyen de l’acquérir consiste à croire en Allah et à Le reconnaître comme l’Unique, sans associé, comme le Pourvoyeur, la Divinité et le Maître de sa propre personne aussi bien que de tout l’Univers, et à accepter que tous les attributs, droits et privilèges de la divinité soient réservés à Allah seul, purifiant ainsi son cœur de tous les effets possibles du polythéisme (Shirk). Une fois cela réalisé, la relation avec Allah est véritablement établie. Le renforcement de cette relation avec Allah repose alors sur le fait que vous êtes Son vicaire et le dépositaire de nombreuses responsabilités. Il y a, d’une part, la réflexion et la compréhension, et, d’autre part, la mise en pratique. Vous devez d’abord saisir et comprendre pleinement votre relation avec Allah, tant par sa nature que par les raisons qui la rendent logiquement obligatoire dans votre vie pratique, avec l’aide du Qur’an et du Hadith (paroles du Prophète (p)). La perception, le discernement et l’appréciation corrects de cette relation ne sont possibles que par une étude approfondie et intensive du Qur’an et du Hadith, ainsi que par la répétition de cette étude, encore et encore, afin de la retenir dans votre esprit. Par conséquent, quels que soient les aspects de votre relation avec Allah qui se révèlent à vous, méditez-y et examinez-vous pour voir dans quelle mesure vous répondez aux exigences de cette relation, et où et jusqu’à quel point vous y manquez. Votre attachement à Allah augmentera proportionnellement à votre auto-évaluation et à votre compréhension du rôle qui vous incombe. Par exemple, votre première et principale relation avec Allah est celle de l’adorateur envers Celui qui est adoré. Votre deuxième relation est celle d’un dépositaire et d’un responsable d’innombrables dépôts (Amanat). Votre troisième relation avec Allah est que vous avez conclu un acte de vente en déclarant votre foi et votre conviction en Lui ; par ce Contrat, vous Lui avez troqué votre vie et vos biens, et Il les a achetés en vous accordant en retour le paradis. Votre quatrième relation avec Allah est que vous êtes responsable devant Lui. Vous ne Lui rendez pas compte uniquement de vos actes et de vos œuvres visibles et manifestes ; un registre est également tenu de vos intentions et de vos aspirations. En bref, ces relations, ainsi que beaucoup d’autres, existent entre vous et Allah. Par conséquent, le renforcement ou l’affaiblissement de votre relation avec Allah dépend de la compréhension correcte, de la prise de conscience et de l’accomplissement des exigences de ces relations. Votre relation avec Allah s’affaiblira de plus en plus si vous ne vous souciez pas des exigences de cette relation ; elle s’approfondira et se renforcera si vous êtes pleinement conscient de ces exigences et attentif à celles-ci. Mais cette méthode conceptuelle ne peut être ni fructueuse ni durable si elle n’est renforcée et consolidée par des moyens pratiques. Or cette méthode pratique est l’obéissance absolue au commandement d’Allah et le déploiement de tous les efforts pour accomplir les tâches qui Lui plaisent. L’obéissance véritable aux commandements d’Allah signifie une conformité totale — ouvertement comme secrètement — non pas à contrecœur, mais avec empressement et ardeur, sans aucun objectif mondain et uniquement pour plaire à Allah. En même temps, abstenez-vous ouvertement comme secrètement de toutes les activités interdites par Allah, avec une profonde aversion et un mépris total, sans craindre aucune perte mondaine, si ce n’est la crainte de la colère d’Allah. Cette conduite dans la vie vous élèvera au rang de Taqwa (abstention de ce qui déplaît à Allah). De plus, lorsque vous vous employez à répandre tout ce qui plaît à Allah et à supprimer et éliminer tout ce qui Lui déplaît, vous n’hésitez pas à sacrifier quoi que ce soit, y compris votre vie, votre argent, votre temps, vos efforts et votre intelligence, à cette fin. En outre, vous ne vous vantez d’aucun de ces sacrifices et ne les considérez pas comme une faveur accordée à qui que ce soit. Au contraire, vous considérez même votre plus grand sacrifice comme inférieur au droit dû à votre Créateur. Telle est alors l’attitude qui vous élève au rang d’Ihsan (soumission magnifique à la volonté d’Allah).

Moyens d’accroître le Ta’alluq Billah

En réalité, il n’est pas si facile de développer une telle attitude. C’est une tâche ardue qui exige beaucoup d’énergie. Cette énergie peut être produite à l’aide des quatre éléments suivants. 1. Salah (prières) : Vous devez accomplir non seulement les prières obligatoires (Fard), mais aussi la Sunnah (prières supplémentaires) que le Prophète (p) accomplissait régulièrement, ainsi que les prières Nafl (surérogatoires), autant que cela vous est facilement possible. Mais veillez à accomplir les Nafl chez vous et en secret, afin que votre attachement personnel à Allah augmente et que la sincérité de votre intention se développe en vous. L’accomplissement ostentatoire des prières Nafl ou du Tahajjud ouvre la voie à l’hypocrisie et à la suffisance, ce qui nuit à la croyance sincère. Il en va de même pour les autres actes Nafl, que l’ostentation et la publicité diminuent en valeur. 2. Dhikr-Allah (souvenir d’Allah) : Le souvenir d’Allah est un processus continu durant toute la vie et en toutes circonstances. La meilleure manière, et la plus appropriée, de se souvenir d’Allah est celle que le Prophète (p) pratiquait lui-même et enseignait à ses compagnons, non les techniques inventées ou empruntées à d’autres par les soufis à une époque ultérieure. Efforcez-vous d’apprendre par cœur autant de Du’as que possible, parmi celles enseignées par le Prophète (p), d’en saisir pleinement le sens et de les réciter de temps à autre en gardant leur signification présente à l’esprit. Cela est très efficace pour maintenir votre attention et votre dévotion envers Allah. 3. Sawm (jeûne) : En plus du jeûne obligatoire du mois de Ramadan, observez également quelques jeûnes Nafl. La manière la plus facile et la plus pratique consiste à jeûner trois jours chaque mois, avec la détermination d’atteindre durant ces trois jours le même degré de Taqwa, qui est le véritable objectif du jeûne selon le Qur’an. 4. Infaq-fi-Sabilillah (dépenser dans la voie d’Allah) : Ces dépenses, Fard comme Nafl, dans la mesure de ses moyens, doivent être effectuées continuellement. Mais il faut toujours garder une chose à l’esprit : ce qui compte véritablement n’est pas la quantité de ce que vous dépensez, mais l’esprit de sacrifice pour l’amour d’Allah. Un sou donné par un pauvre qui réduit ses dépenses alimentaires est beaucoup plus précieux devant Allah que les milliers dépensés par un millionnaire, lesquels ne représentent qu’un dixième ou un vingtième de ses dépenses de luxe. Vous devez également comprendre l’importance attachée à la Sadaqah (dépense dans la voie d’Allah), qu’Allah et Son Prophète Muhammad (paix sur lui) décrivent comme le meilleur moyen de se purifier soi-même. Vous pouvez vous-même éprouver les effets de la Sadaqah. Supposons que vous commettiez involontairement une faute. Lorsque vous vous en rendez compte, vous vous repentez (Tawbah) et implorez Son pardon. Puis la même chose se reproduit. Cette fois, vous ajoutez une Sadaqah à votre repentir. Vous ressentirez vous-même la différence que cela produit. Vous constaterez que le repentir accompagné de Sadaqah vous rend plus pur et plus fort pour résister aux inclinations viles. C’est la méthode pure et simple pour se rapprocher d’Allah, que nous ont enseignée le Qur’an et la Sunnah. Si vous suivez cette méthode, vous pouvez accroître votre attachement à Allah sans adopter les techniques et méthodes soufies typiques, tout en menant une vie normale chez vous avec votre famille et en poursuivant comme d’habitude toutes vos activités mondaines.
Mesure du Ta’alluq Billah :
Vient maintenant la question d’évaluer l’étendue et le degré de votre relation avec Allah, et de savoir comment déterminer si cet attachement augmente ou diminue. Je vous le dis : vous n’avez pas besoin d’attendre une révélation dans vos rêves, une inspiration divine, un pouvoir surnaturel ou une lumière céleste dans des cellules obscures et solitaires. La mesure a déjà été placée par Allah dans le cœur de chaque homme. Vous pouvez la juger éveillé et en pleine lumière du jour. Passez en revue les activités, les efforts et les désirs de toute votre vie. Examinez-vous pour savoir dans quelle mesure vous honorez l’engagement que vous avez pris en déclarant votre foi et votre conviction en Allah. Êtes-vous fidèle à Allah dans l’accomplissement des dépôts et des responsabilités, ou trahissez-vous la confiance placée en vous ? Quelle part de votre temps, de vos efforts, de vos capacités et de vos biens est consacrée à la cause d’Allah, et quelle part est réservée à d’autres activités ? Comparez le degré de votre irritation, de votre chagrin et de votre malaise lorsque vos intérêts et vos passions personnels sont touchés, avec vos sentiments et votre réaction lorsque l’autorité et les commandements d’Allah sont transgressés. Vous pouvez ainsi éprouver votre attachement à Allah de nombreuses manières et découvrir chaque jour si cet attachement augmente ou diminue. Ne vous préoccupez pas des subtilités techniques soufies de la Basharat (bonne nouvelle), de la Karamat (excellence), du Kashf (inspiration) et des Tajalliat (lumières divines). En réalité, il n’existe pas de conscience (Kashf) plus grande que la conscience de l’unicité d’Allah dans ce monde de tromperies et de sophismes. Aucune excellence (Karamat) n’est supérieure au fait de rester ferme face aux appréhensions suscitées et aux tentations offertes par Satan et ses adeptes. Il n’existe pas de meilleure perception des lumières d’Allah que de discerner la vérité dans les ténèbres tâtonnantes de l’infidélité (Kufr), de l’impiété (Fisq) et de la perdition (Dalalat) qui nous entourent. La plus grande Basharat qu’un croyant puisse recevoir réside dans sa foi ferme en Allah et sa constance dans Sa voie. Certes, ceux qui disent qu’Allah est notre Pourvoyeur puis s’en tiennent à cette déclaration, Allah leur envoie Ses anges qui leur disent : « N’ayez pas peur et ne soyez pas affligés, mais réjouissez-vous de la bonne nouvelle du Paradis qui vous a été promis. » (Ha-Mim : 30)
Préférence de l’Akhirah (Au-delà)
Mon deuxième conseil, après le Ta’alluq Billah, est de donner la préférence à l’Au-delà sur ce monde, en toute chose. Dans chaque affaire de cette vie, votre objectif doit être d’atteindre la réussite et la bénédiction dans la vie de l’Au-delà. Le Qur’an nous dit que notre demeure éternelle est l’Au-delà ; nous ne sommes dans ce monde que temporairement, afin d’être éprouvés pour savoir lesquels d’entre nous se montreront capables de gagner la vie éternelle du Paradis en agissant correctement dans les limites imposées par Allah — bien entendu dans les limites de nos ressources, de notre autorité, du temps qui nous est accordé et des possibilités qu’Il nous offre. Nous ne sommes pas éprouvés ici pour nos réussites dans l’industrie, le commerce, l’agriculture ou l’art de gouverner, ni pour les bâtiments et les routes splendides que nous construisons, ni même pour l’ampleur de notre réussite à établir une grande culture. La véritable épreuve concerne l’étendue de notre capacité à accomplir nos devoirs en tant que vice-gérants d’Allah relativement aux dépôts qui nous ont été confiés, et à savoir si nous menons notre vie comme des hors-la-loi et des rebelles ou comme des personnes obéissantes et respectueuses de la loi. Nous conformons-nous à la volonté d’Allah sur Sa terre, ou à la volonté de notre propre âme ou d’autres prétendants à la divinité en dehors d’Allah ? Essayons-nous d’embellir et d’administrer le monde d’Allah selon Ses normes, ou essayons-nous de le corrompre et de le détruire ? Et luttons-nous contre les forces sataniques pour l’amour d’Allah, ou déposons-nous docilement les armes et nous rendons-nous à ces forces ? La première épreuve d’Adam et d’Ève (paix sur eux) au Paradis fut exactement la même. Ainsi, toutes les personnes choisies parmi l’humanité entière pour habiter éternellement au Paradis devront passer cette épreuve. Le véritable critère pour déterminer la réussite ou l’échec ne réside donc pas dans le statut de l’individu au moment de l’épreuve : son mérite a-t-il été éprouvé alors qu’il était roi, ou sa tête a-t-elle été placée sur le billot du bourreau ? Cet individu disposait-il d’un vaste royaume, ou devait-il subir l’épreuve dans son humble chaumière ? Ces phases temporaires de réussite ou d’échec dans la vie mortelle ne prouvent nullement la réussite ou l’échec dans la vie de l’Au-delà. La véritable réussite, qui doit être notre objectif, consiste, quelle que soit la position que nous occupons dans ce monde et quels que soient les bienfaits par lesquels nous sommes éprouvés, à nous montrer les serviteurs obéissants d’Allah et les adeptes de Ses volontés, afin d’atteindre dans l’Au-delà la position réservée aux serviteurs fidèles d’Allah. Telle est la réalité. Il ne suffit pas de la comprendre ou de l’accepter une seule fois : un grand effort est nécessaire pour la raviver sans cesse. Sinon, il existe toujours la possibilité que, bien que nous ne soyons pas incroyants, nous adoptions les manières de ceux qui œuvrent pour les gains mondains en oubliant l’Au-delà. Cela se produit parce que l’Au-delà est imperceptible et ne devient évident qu’après la mort. Dans ce monde, nous ne pouvons percevoir ses bons ou ses mauvais résultats que par l’intellect. Au contraire, ce monde est une réalité facilement perceptible, qui nous fait goûter sans cesse ses saveurs douces et amères ; ses réussites et ses échecs sont toujours là pour nous tromper. La perte de l’Au-delà ne nous cause peut-être qu’une légère piqûre de conscience, si tant est que celle-ci existe encore. La perte de ce monde, en revanche, est ressentie physiquement. Notre famille, nos proches, nos connaissances, nos amis et les gens en général ne se contentent pas de la ressentir eux-mêmes : ils nous la font également ressentir. De même, l’accomplissement de l’Au-delà n’apporte qu’un peu de réconfort et de satisfaction à la conscience, si l’insouciance ne l’a pas étouffée. Mais la prospérité dans ce monde procure du plaisir à toute notre existence. Nous la ressentons par tous nos sens et tous ceux qui nous entourent partagent ce sentiment. Il est donc réellement très difficile de traduire la foi en l’Au-delà dans la pratique et de fonder sur cette foi toute la perspective et toute l’organisation de la vie quotidienne, même s’il peut ne pas sembler difficile de l’accepter comme foi et conviction. Il peut être facile de dire que le monde n’est qu’une chose insignifiante, mais affronter et rejeter les attraits mondains et refuser de céder aux désirs mondains n’est nullement une tâche facile. Cela n’est possible qu’après une grande lutte et ne peut être conservé que par des efforts persévérants.
Moyens de développer la préoccupation de l’Akhirah
Vous pourriez me demander quelle est la méthode pour acquérir cette qualité et quelles en sont les exigences. Je répondrais encore qu’il existe deux méthodes : la méthode réflexive et la méthode pratique. La méthode réflexive consiste à ne pas vous contenter de déclarer : « Je crois en l’Au-delà », mais à prendre l’habitude d’étudier le Qur’an en en saisissant pleinement l’esprit et le sens. Cette manière d’étudier le Qur’an développera progressivement en vous une conviction envers l’Au-delà, comme si vous l’aviez vu de vos propres yeux. Il n’y a probablement pas une seule page du Qur’an où l’Au-delà ne soit mentionné d’une manière ou d’une autre. En certains endroits, vous le trouverez décrit avec tant de détails qu’il semble s’agir d’un témoignage oculaire. En de nombreux passages du Qur’an, la vie de l’Au-delà est présentée avec une telle beauté que le lecteur se sent lui-même présent comme observateur. Si seulement le camouflage de ce monde était retiré, on pourrait voir de ses propres yeux tout ce qui est raconté dans le Qur’an. Ainsi, l’étude continue du Qur’an avec une pleine compréhension peut progressivement élever une personne à un degré où la préoccupation de l’Au-delà s’empare entièrement de son esprit, et où elle commence à sentir réellement, à tout moment, qu’elle doit se préparer dans cette vie mondaine temporaire à sa demeure permanente après la mort. Cette attitude et cette perspective se renforcent par l’étude du Hadith, où les détails de la vie après la mort sont souvent décrits comme des récits de témoins oculaires. Cela nous rappelle combien la conviction et la foi ferme en l’Au-delà dominaient la vie du Prophète (p) et de ses compagnons. Cette conviction en l’Au-delà est encore renforcée par les visites aux cimetières, qui doivent être faites uniquement dans le but de se rappeler sa propre fin, comme l’a conseillé le Prophète (p). Tout en vivant dans ce monde de désirs et de passions, il faut se souvenir qu’un jour viendra où l’on quittera soi-même ce monde comme ses prédécesseurs. Il faut cependant veiller à ce que ces tombes et ces sanctuaires ne servent pas les gens égarés qui les présentent comme des centres où tout souhait est exaucé et où tous les problèmes sont résolus. Vous devez plutôt visiter les cimetières des gens ordinaires ou les grands mausolées de monarques dépouillés du faste et de l’apparat des gardes du corps et des aides de camp chargés de faire respecter les formalités en leur présence. Prenons maintenant la méthode pratique. En vivant dans ce monde et en participant aux affaires de votre communauté, de vos amis, de vos connaissances, de votre ville, de votre pays ou à vos propres activités, vous vous trouvez souvent à la croisée des chemins. La croyance en la vie de l’Au-delà vous appelle dans une direction, tandis que les gains et les intérêts matériels vous pressent d’aller dans l’autre. Faites tout votre possible pour emprunter la première voie. Si, par faiblesse ou ignorance, vous avez choisi l’autre voie, revenez sur vos pas dès que vous prenez conscience de votre erreur, sans vous soucier de la distance parcourue dans la mauvaise direction. Examinez-vous et cherchez à découvrir combien de fois les intérêts et les attraits mondains ont réussi à vous absorber, et combien de fois vous avez réussi à éviter de vous écarter du droit chemin, la considération pour la vie de l’Au-delà ayant dominé en vous. Cette évaluation de vous-même vous dira exactement dans quelle mesure votre préoccupation pour la vie de l’Au-delà a augmenté et jusqu’à quel point vous devez combler vos insuffisances. Quelle que soit l’insuffisance que vous ressentez, efforcez-vous de la combler en vous éloignant de la compagnie des matérialistes et en développant des liens d’amitié avec les gens pieux qui préfèrent les gains de la vie de l’Au-delà à ceux de ce monde. Mais souvenez-vous qu’aucun moyen ne permet encore de développer ou d’éliminer en soi une qualité sans ses propres efforts et capacités.
Éviter le Takabbur (arrogance)
Mon troisième conseil est de ne pas vous enorgueillir des progrès que vous avez accomplis en vous-même et dans votre moralité collective. Vous ne devez pas, individuellement ou en tant que Jama’ah et Mouvement, tomber dans l’illusion d’avoir atteint la perfection, d’être parvenus à votre but, de n’avoir plus aucune possibilité d’amélioration dans votre vie pratique et de n’avoir plus aucun objectif à atteindre. Je suis souvent confronté, avec les autres responsables de la Jama’ah, à un problème irritant. Certaines personnes cherchent à rabaisser la position de la Jama’ah et, en fait, celle du Mouvement islamique, qui constitue le véritable objectif de la Jama’ah. Elles la présentent comme un parti politique poursuivant le même but que les autres organisations politiques. La piété, la pureté et la spiritualité n’y seraient nulle part visibles. Elle manquerait totalement d’attachement à Allah et de préoccupation pour l’Au-delà ; sa direction n’aurait aucun lien avec une école du soufisme et n’aurait reçu aucune formation dans un centre soufi de piété et d’excellence spirituelle. Ses membres n’auraient donc aucune possibilité de recevoir une telle formation. L’objectif de cette campagne est de répandre le mécontentement parmi les travailleurs de la Jama’ah afin qu’ils retournent aux anciens centres religieux qui considèrent comme un grand accomplissement tout service partiel rendu à l’Islam sous le patronage général du Kufr (infidélité), et qui ne peuvent même pas imaginer l’établissement de l’Islam comme code de vie complet et global. Ils ont qualifié toute tentative de ce genre de mouvement antireligieux avec toute l’éloquence dont ils disposent. Ils se sont toujours opposés à toute démarche visant à établir l’Islam comme force dominante dans la société face à l’infidélité et à l’impiété (Fisq), en présentant toutes ces tentatives comme purement mondaines et motivées par les ambitions matérielles et les gains terrestres. Dans ces circonstances, nous sommes contraints d’expliquer la différence réelle entre le concept de piété proposé par la spiritualité soufie et le concept de piété et de pureté islamiques. Nous devons expliquer ce que sont réellement la Taqwa (crainte d’Allah) et l’Ihsan (excellence dans la soumission à Allah) tels que l’Islam les exige, et en quoi ils diffèrent de la Taqwa et de l’Ihsan enseignés par les prétendues autorités de la piété et de la religiosité. Nous devons également expliquer en détail les techniques et les méthodes de réforme et de formation adoptées par le Mouvement islamique ainsi que leurs conséquences, afin que toute personne sincère envers l’Islam et possédant une conception correcte et authentique de l’ordre islamique puisse comprendre aisément qu’une fois convaincue et impressionnée par le message révolutionnaire de l’Islam, elle subit automatiquement un grand changement dans sa manière de voir et dans ses conceptions. Cette conviction produit une véritable piété, la crainte d’Allah et l’excellence dans la soumission à Sa volonté. Une telle sincérité et une telle conviction font entièrement défaut dans les méthodes soufies stéréotypées de formation à la piété et à l’excellence, non seulement chez les élèves, mais aussi chez leurs maîtres et leurs guides. Nous devons expliquer tout cela en raison de l’attitude injuste et partiale de nos critiques. Nous ne cherchons pas à nous défendre, mais nous estimons cette explication nécessaire dans l’intérêt du Mouvement islamique. Nous demandons à Allah de nous protéger de toute vanité ou fierté envers nous-mêmes suscitée par l’exposé précédent, ou de toute idée fausse selon laquelle nous nous serions perfectionnés. À Allah ne plaise, une telle méprise et une telle fierté trompeuse pourraient nous priver de tout ce que nous avons acquis jusqu’ici. Pour éviter ce malheur, je voudrais que vous compreniez pleinement les trois points suivants et que vous ne les oubliiez jamais : Mon premier point est que la perfection n’a pas de limites et que son sommet d’excellence est hors de notre vue. Continuez à gravir les degrés sans jamais considérer un point comme le plus élevé. En réalité, vous n’êtes jamais parfaits. Dès qu’une personne se considère parfaite, sa lutte pour s’améliorer et, par conséquent, son développement s’arrêtent, et le déclin commence. N’oubliez jamais qu’une lutte continuelle est nécessaire non seulement pour atteindre une hauteur, mais aussi pour y rester. Dès que vous cessez de vous élever, la force qui vous tire vers le bas commence à agir. Les sages ne regardent jamais vers le bas pour évaluer leurs accomplissements, mais lèvent les yeux pour savoir combien il leur reste à atteindre et à quelle distance se trouve leur objectif. Mon point suivant est que le modèle d’humanité établi par l’Islam est si élevé qu’il commence là où les autres ismes et idéologies terminent leur excellence et leur perfection. Ce n’est nullement un idéal utopique. Il se reflète dans la vie pratique des Prophètes ainsi que dans la vie des compagnons dévoués du Prophète Muhammad (paix sur lui) et des pieux de l’Ummah. Gardez toujours ce modèle à l’esprit. Il vous préservera de l’illusion d’avoir atteint la perfection. Il vous fera prendre conscience de votre propre faiblesse et vous présentera en même temps de nouvelles hauteurs à atteindre. Même après une vie entière de lutte, vous sentirez que bien des sommets restent encore inatteints. Ne soyez jamais fiers de votre santé tandis que les malades autour de vous rendent leur dernier souffle à chaque instant. Regardez les monuments de moralité et de piété du passé, que vous remplacez dans la lutte contre le mal. Un véritable croyant garde toujours à l’esprit ceux qui sont plus riches que lui en connaissance et en œuvres islamiques, afin que la soif d’accumuler cette richesse ne s’éteigne pas. Pour ce qui est de la richesse matérielle, il se compare toujours aux plus pauvres et remercie Allah pour ce qu’Il lui a donné, apaisant sa soif avec ce qu’il possède. Mon troisième point est que les qualités que nous avons effectivement acquises jusqu’ici paraissent impressionnantes uniquement parce que la détérioration nous a beaucoup avilis, nous et notre société. La faible lumière qui apparaît dans l’obscurité profonde a acquis de l’importance ; autrement, il est un fait que nos vies personnelles sont très déficientes lorsque nous nous évaluons selon le critère et les exigences minimales de la foi en Islam. Ainsi, l’aveu de nos insuffisances ne doit pas être une formalité. Il doit aboutir à une purification complète de toutes les fautes et de tous les vices que nous découvrons et identifions dans notre vie personnelle.
Occupez-vous de vos proches
Je vous conseillerais également d’accorder une attention particulière à la réforme de vos proches. Le Qur’an dit : « Préservez-vous, ainsi que vos proches, du Feu. » (Tahrim : 6) Vous veillez beaucoup à la nourriture et aux vêtements de vos familles. Mais vous devez veiller bien davantage à les préserver du combustible de l’Enfer. Faites de votre mieux pour améliorer leur vie dans l’Au-delà et les placer sur le chemin du Paradis. Si l’un d’entre eux s’égare malgré vos efforts, vous n’en serez pas tenu responsable. L’essentiel est que vous ne soyez en aucune manière impliqué dans son échec dans l’Au-delà. Je reçois souvent des plaintes selon lesquelles les travailleurs de la Jama’ah ne prêtent pas autant d’attention à l’amélioration et à la réforme de leur propre famille qu’à celles des autres. Ces plaintes peuvent être fondées dans certains cas et exagérées dans d’autres. Il ne m’est pas possible d’examiner le cas de chaque individu. Je donne donc un conseil général. Nous devons tous non seulement éprouver le désir et l’aspiration, mais aussi nous efforcer sincèrement de mettre nos proches sur le chemin de la paix et du salut, afin d’obtenir une véritable consolation. Je conseille à tous les travailleurs de la Jama’ah de s’intéresser à la vie les uns des autres et de s’efforcer d’améliorer non seulement leurs propres enfants, mais aussi les enfants de leurs compagnons de travail. Souvent, un enfant n’est pas influencé par son père, mais est profondément impressionné par les amis de celui-ci.
Islah mutuelle (amélioration)
Je vous conseille également de ne pas vous efforcer seulement à améliorer et réformer votre propre personne et vos familles, mais aussi vos compagnons de travail. Ceux qui se sont unis pour œuvrer comme une Jama’ah islamique pour l’amour d’Allah et pour établir Son autorité et Sa suprématie dans le monde doivent coopérer et se coordonner les uns avec les autres. Ils doivent comprendre qu’ils ne peuvent atteindre leur idéal élevé sans devenir forts dans leur moralité collective et leur discipline de groupe. Cette compréhension doit produire une aide et une coopération mutuelles dans leur amélioration morale, leur perfectionnement et leur progression dans la voie d’Allah. C’est la seule manière d’accomplir la purification collective (Tazkiyah) en Islam. Si vous me voyez m’écarter du chemin, hâtez-vous de m’y ramener ; et si je vous vois trébucher ou chanceler, je dois vous tendre une main secourable. S’il y a de la poussière sur ma manche, chassez-la, et si je trouve une tache sur votre vêtement, je la nettoie. Faites-moi part de tout ce que vous estimez bon pour moi et conforme à mon intérêt véritable, et je vous communiquerai tout ce que je jugerai nécessaire à votre amélioration. Nous savons que nous prospérons dans notre vie mondaine grâce à nos échanges mutuels. Il en va de même dans notre vie morale et spirituelle : nous progressons et prospérons en tant que Jama’ah islamique dans ce domaine également lorsque nous nous soutenons et nous complétons moralement et spirituellement. La bonne méthode de réforme consiste à attendre et à observer, en évitant toute action précipitée chaque fois que vous constatez quelque chose de répréhensible chez un compagnon de travail ou qu’une plainte est formulée contre lui. Essayez d’abord de comprendre la situation, puis contactez la personne concernée et parlez-lui directement et en confidence de la plainte, sans même en faire mention devant qui que ce soit ni nulle part en l’absence de la personne concernée. Ce dernier comportement n’est que de la médisance, qui est très abhorrée en Islam.
Ihtisab collectif (critique)
La critique mutuelle est également un moyen fécond de réforme collective. Signalez à vos compagnons de travail leurs fautes et leurs insuffisances avec beaucoup de politesse et de sincérité. Mais soyez prudents, car cela peut avoir des conséquences désastreuses si les règles de la critique sincère ne sont pas dûment respectées. Les règles d’une critique équitable sont les suivantes : 1. La critique ne doit pas être formulée à chaque instant ni en tout lieu. 2. Avant de critiquer quelqu’un, examinez d’abord votre propre cœur en prenant Allah à témoin : le faites-vous par sincérité et pour son bien, ou votre critique est-elle motivée par une impulsion personnelle ? Dans le premier cas, la critique est pleinement justifiée ; sinon, retenez votre langue et efforcez-vous de vous débarrasser de cette impureté de votre personnalité. 3. Vos paroles et votre manière de critiquer doivent faire sentir à chacun que vous souhaitez réellement la réforme et l’amélioration. 4. Avant de critiquer quelqu’un, assurez-vous que votre plainte repose sur des faits réels et solides. Une critique sans fondement, formulée sans s’être assuré des faits, est un péché et crée le désordre. 5. La personne critiquée doit écouter calmement la plainte, puis y réfléchir sans préjugé. Elle doit reconnaître franchement la vérité et réfuter ce qui est faux par un raisonnement impassible. Se mettre en colère face à la critique montre l’arrogance et la vanité. 6. La critique et sa réfutation ne doivent pas se prolonger ni se transformer en querelle permanente. La discussion est utile tant que les deux points de vue sont dûment exposés ; mais si l’affaire n’est pas réglée, il faut ajourner la discussion et laisser chacun reconsidérer l’ensemble de la question calmement et séparément. La critique exercée dans de telles limites est non seulement utile, mais également nécessaire pour redresser notre vie sociale. Aucune Jama’ah islamique ne peut rester dans la bonne direction sans une telle critique constructive. Personne dans la Jama’ah ne doit être au-dessus de la critique. Je la considère indispensable à la stabilité du Mouvement islamique et je suis certain que le jour où cette critique saine cessera, le Mouvement succombera à divers maux qui entraîneront sa destruction. C’est pourquoi, depuis la création de la Jama’ah, j’ai toujours convoqué une réunion spéciale après la réunion générale, afin d’évaluer de manière critique l’ensemble du travail de l’organisation et de sa structure. Dans ces réunions spéciales, je m’offre le premier à la critique, afin que toute objection ou plainte contre moi ou contre mon action soit présentée ouvertement devant tous, sans aucune hésitation. La critique me corrigera, ou bien mon explication dissipera le malentendu du critique ainsi que de tous ceux dont la manière de penser est semblable.
Sama’a et Ta’at (obéissance et discipline)
Un autre fait que je considère nécessaire de porter à votre connaissance est le manque de discipline et de soumission. Il ne fait aucun doute que nous paraissons très disciplinés lorsque nous nous comparons à d’autres organisations. Mais lorsque nous considérons le modèle établi par l’Islam et la tâche difficile qui nous attend, nous constatons réellement que notre discipline est très en dessous du niveau requis. Vous savez parfaitement que vous êtes très peu nombreux et que vos ressources disponibles sur le terrain sont encore plus limitées. Votre tâche consiste à transformer, dans sa forme et dans son esprit, tout le système de vie fondé sur l’impiété et l’ignorance, un système mille fois plus puissant et plus riche en ressources. Que vous vous compariez à lui par le nombre ou par les ressources, vous ne lui êtes pas de taille. Dans cette lutte, vous ne pouvez compter, pour réussir, que sur votre supériorité morale et une discipline stricte. Vous ne pourrez réussir dans votre grande mission que lorsque vous aurez établi votre crédibilité morale et démontré une discipline et une organisation telles que vous puissiez montrer votre force à tout moment et en tout lieu avec une pleine confiance. Dans une Jama’ah islamique qui s’efforce d’établir le mode de vie islamique, obéir aux commandements licites des autorités de la Jama’ah revient en fait à se soumettre à Allah et au Prophète (p). Quiconque consacre son temps et son énergie à cette mission uniquement pour l’amour d’Allah, et se soumet à l’autorité du chef de sa Jama’ah (Amir ou Nazim) afin de servir la cause d’Allah, obéit à Allah et au Prophète (p). Plus l’attachement à Allah et au Prophète (p) est grand, plus l’esprit d’obéissance est fort chez lui. Inversement, plus cet attachement est faible, plus l’esprit d’obéissance est faible. Quel sacrifice pourrait être plus précieux que celui que vous offrez en obéissant à une personne qui, autrement, n’a aucune autorité sur vous, mais que vous avez acceptée comme votre chef uniquement pour œuvrer pour l’amour d’Allah, et dont vous exécutez les ordres sans rancune, comme un subordonné loyal, même si ses ordres vont parfois à l’encontre de vos souhaits et de vos intérêts ? Puisque ce sacrifice est accompli pour la cause d’Allah, sa récompense est également très grande auprès d’Allah. En revanche, si quelqu’un refuse d’accepter une position subordonnée, considère cette subordination comme indigne de lui, ou se sent blessé lorsqu’on lui ordonne de faire quelque chose et manifeste de l’inquiétude ou de l’hésitation à obéir à des ordres contraires à ses souhaits ou à ses intérêts, il prouve en pratique qu’il ne s’est pas encore soumis à Allah et que son propre moi domine toujours ses pensées et ses actes.
Conseil aux responsables locaux (Nazims) :
Je juge nécessaire de donner ici un conseil aux responsables de l’organisation à différents niveaux, en complément de mes conseils précédents aux travailleurs : eux aussi doivent apprendre les techniques du commandement. Quiconque se voit confier une responsabilité dans la Jama’ah et exerce, du fait de cette responsabilité, une autorité sur autrui ne doit pas s’imposer indûment aux autres ni se délecter de son autorité comme s’il leur était supérieur. Il doit se comporter poliment et courtoisement avec ses collaborateurs. Il doit veiller au plus haut point à ce qu’une mauvaise conduite de sa part ne provoque ni désobéissance ni esprit de contestation chez l’un quelconque des travailleurs. Il doit différencier, dans ses relations et son comportement, les jeunes des vieux, les faibles des forts, les aisés des pauvres. Il doit connaître pleinement les circonstances de chaque individu et traiter chacun selon sa position et sa situation, avec égards et indulgence. Il doit insuffler à ses travailleurs un tel esprit qu’ils considèrent le conseil ou l’appel de leur chef comme un ordre et l’appliquent avec le même esprit. Ce serait véritablement un manque de discipline si l’appel du chef ne suscitait aucune réponse et le contraignait à donner un ordre. Les ordres ne sont donnés qu’aux mercenaires. Ceux qui se sont volontairement unis pour œuvrer à la cause d’Allah n’ont pas besoin d’ordres d’une personne qui est leur chef par leur propre choix. Ils ont seulement besoin d’un signe indiquant où ils peuvent servir leur mission, et ils s’y rendent. Dès que cet esprit est engendré parmi les travailleurs et leurs dirigeants, vous ne trouverez plus aucune trace de ressentiment ni de malveillance.
Dévouement et sacrifice
Mon dernier conseil est que tous ceux qui se consacrent à cette mission et à ce mouvement développent en eux la tendance à dépenser pour la cause d’Allah et à donner à cette cause la préférence sur leurs propres intérêts et activités matériels. Efforcez-vous de cultiver un attachement si profond à cette mission qu’il ne vous laisse aucun repos tant que vous n’avez pas consacré chaque parcelle de votre énergie et de vos ressources à cette cause. Consacrez non seulement votre personne, mais aussi votre bourse et vos finances à la cause d’Allah. N’oubliez jamais qu’Allah a des droits non seulement sur vous et votre être, mais aussi sur votre temps et votre argent. Allah et le Prophète (p) ont fixé une limite minimale, mais il n’existe aucune limite maximale. C’est à vous de décider et d’évaluer dans quelle mesure vous devez dépenser dans la voie d’Allah pour avoir la certitude d’avoir acquitté votre dû. Personne ne peut en juger mieux que vous-même. Le meilleur juge est votre propre conviction et votre conscience. Je n’ai pas besoin d’en dire davantage, sinon que vous devez tirer une leçon de ceux qui n’ont aucune foi en Allah ni en l’Au-delà et qui, pourtant, consentent de grands sacrifices pour leurs idéaux factices. Nous qui croyons en Allah et en l’Au-delà devrions avoir honte de nous-mêmes. Je constate également que la plupart des travailleurs manquent du degré d’intérêt et de dévouement nécessaires à l’établissement de l’ordre islamique. Certes, certains d’entre nous travaillent avec le plus grand zèle, ce dont nous devons nous réjouir, et je prie pour eux du fond du cœur. Mais la plupart des travailleurs manquent du dévouement requis. Seuls quelques-uns parmi nous ressentent, comme devrait le ressentir un croyant, de la peine face aux vices répandus, à la misère et à l’impuissance de ceux qui professent croire en Allah le Tout-Puissant. Cette situation devrait susciter au moins autant d’inquiétude et de désespoir que lorsque votre enfant est malade ou que votre maison risque d’être incendiée. Ici encore, il est très difficile de fixer une limite ou de déterminer jusqu’où doivent aller ce désespoir et cette inquiétude, ainsi que l’ardeur qu’il faut manifester. C’est une fois encore à chacun de décider, à l’appel de sa propre conscience, jusqu’à quel point il doit s’efforcer d’avoir la certitude que, en tant que croyant en la réalité ultime, il a accompli son devoir. Pourtant, à titre de comparaison, il suffit de jeter un regard sur les efforts de ceux qui s’efforcent d’établir leurs idéaux factices et faux, et qui risquent tout ce qu’ils possèdent.
Conseil aux femmes
Une grande partie de ce que j’ai déjà dit s’applique aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Je vais maintenant dire quelque chose exclusivement aux femmes qui sont, d’une manière ou d’une autre, attachées au Mouvement islamique. La première exigence, et la plus importante, est d’acquérir autant de connaissances de l’Islam que possible. Étudiez non seulement le Qur’an, mais aussi le Hadith et le Fiqh (jurisprudence islamique), avec une pleine compréhension. Ne vous limitez pas aux connaissances fondamentales de l’Islam et aux exigences de la foi (Iman), mais cherchez à connaître les injonctions islamiques concernant votre vie personnelle, votre vie familiale et votre vie sociale en général. L’une des principales causes de la généralisation des coutumes et pratiques non islamiques dans les familles musulmanes est l’ignorance de nos femmes concernant l’enseignement de l’Islam et les injonctions islamiques. La chose suivante que vous devez faire est de modeler votre vie pratique, votre moralité et votre caractère, ainsi que la vie et l’atmosphère de votre foyer, selon votre connaissance de l’Islam. La musulmane doit être si ferme et si stricte qu’elle s’en tienne à ce qu’elle considère comme juste malgré l’opposition et les obstacles de sa famille ou d’autres proches. Elle ne doit céder à rien de mauvais sous quelque pression que ce soit. Certes, les parents, le mari et les autres aînés de la famille méritent obéissance, respect et considération, et ils ne doivent jamais être traités avec insubordination ni arrogance ; mais les droits et la volonté d’Allah et de Son Prophète (p) règnent en souverains. Quiconque vous pousse à suivre la voie de la désobéissance à Allah et à Son Prophète (p), refusez catégoriquement de lui obéir, qu’il s’agisse de votre père ou de votre mari. Ne vous inclinez jamais devant qui que ce soit à cet égard. Placez votre confiance en Allah et affrontez courageusement les pires conséquences, même si cela entraîne la destruction de votre vie mondaine. Plus votre détermination à vous conformer à l’Islam sera forte, meilleur sera son effet sur l’atmosphère de votre famille, par la grâce d’Allah. Vous aurez ainsi une occasion précieuse de réformer votre foyer. En revanche, si vous cédez à des exigences injustifiées et anti-islamiques, votre vie personnelle sera privée des bénédictions de l’Islam et vous donnerez aux gens qui vous entourent un mauvais exemple de faiblesse dans la foi et la moralité. Votre troisième responsabilité est d’accorder la priorité à vos proches dans la réforme et l’amélioration de leur mode de vie islamique. Celles de nos sœurs auxquelles Allah a accordé des enfants passent en réalité une épreuve dans laquelle, si elles échouent, aucune autre réussite ne pourra compenser cet échec. Leurs propres enfants méritent toute leur attention. Leur responsabilité première est de bien former leurs enfants dans l’Islam et de leur en enseigner les convenances. Les femmes mariées ont également la responsabilité de maintenir leurs maris sur le droit chemin et de les aider à rester constants dans leur marche s’ils se trouvent déjà sur ce chemin. Une fille peut également transmettre la vérité à ses parents tout en leur témoignant le respect et la considération qui leur sont dus. Le moins qu’elle puisse faire est de leur offrir des livres islamiques à lire. Quatrièmement, consacrez autant de temps que vous pouvez épargner de vos tâches domestiques à transmettre la connaissance de l’Islam aux femmes qui vous entourent. Instruisez les jeunes filles et les femmes âgées non instruites. Fournissez une littérature islamique utile aux femmes qui savent lire. Organisez des réunions de femmes et expliquez-leur l’enseignement de l’Islam. Si vous ne pouvez pas parler en public, lisez-leur simplement des extraits pertinents et utiles de la littérature. Bref, faites tout votre possible, en employant tous les moyens et toutes les voies disponibles, pour éliminer l’ignorance et l’analphabétisme chez les femmes qui vous entourent.

CHAPITRE PREMIER : LES DROITS DE L’HOMME, L’OCCIDENT ET L’ISLAM

Avant d’aborder les droits de l’homme en Islam, j’aimerais exposer quelques points concernant deux grandes approches de la question des droits de l’homme : l’approche occidentale et l’approche islamique. Cela nous permettra d’étudier cette question dans sa juste perspective et d’éviter certaines confusions qui obscurcissent habituellement ce genre de discussion.
L’approche occidentale : Les Occidentaux ont l’habitude de s’attribuer tout ce qui est bon et cherchent à prouver que c’est grâce à eux que le monde a reçu ce bienfait ; autrement, le monde serait resté plongé dans l’ignorance et totalement inconscient de tous ces avantages. Examinons maintenant la question des droits de l’homme. On affirme avec beaucoup de force et d’insistance que le monde a tiré la notion des droits fondamentaux de l’homme de la Grande Charte de la Grande-Bretagne, bien que la Grande Charte elle-même ait vu le jour six cents ans après l’avènement de l’Islam. Mais la vérité est que, jusqu’au XVIIe siècle, personne ne savait même que la Grande Charte contenait les principes du jugement par jury, de l’habeas corpus et du contrôle parlementaire du droit de taxation. Si les personnes qui avaient rédigé la Grande Charte vivaient aujourd’hui, elles auraient été profondément surprises si on leur disait que leur document contenait également tous ces idéaux et principes. Elles n’en avaient nullement l’intention et n’avaient pas conscience de tous ces concepts qu’on leur attribue aujourd’hui. Pour autant que je sache, les Occidentaux n’avaient aucune notion des droits de l’homme ni des droits civiques avant le XVIIe siècle. Même après le XVIIe siècle, bien que les philosophes et les penseurs de la jurisprudence aient présenté ces idées, la preuve et la mise en pratique de ces concepts ne se trouvent qu’à la fin du XVIIIe siècle, dans les proclamations et les constitutions de l’Amérique et de la France. Par la suite, les constitutions de différents pays commencèrent à faire référence aux droits fondamentaux de l’homme. Mais, le plus souvent, les droits accordés sur le papier n’étaient pas réellement accordés aux populations dans la vie concrète. Au milieu du siècle dernier, les Nations unies, que l’on pourrait désormais décrire plus justement et plus fidèlement comme les Nations désunies, adoptèrent une Déclaration universelle des droits de l’homme, votèrent une résolution contre le génocide et élaborèrent des règlements destinés à le combattre. Mais, comme vous le savez tous, il n’existe pas une seule résolution ou un seul règlement des Nations unies qui puisse être appliqué par la force. Ce ne sont que l’expression d’un pieux espoir. Ils ne disposent d’aucune sanction, d’aucune force, physique ou morale, pour les faire respecter. Malgré toutes les résolutions ambitieuses et grandiloquentes des Nations unies, les droits de l’homme ont été violés et piétinés en divers endroits, et les Nations unies en ont été un spectateur impuissant. Elles ne sont pas en mesure d’exercer un contrôle efficace sur les violations des droits de l’homme. Même le crime odieux du génocide est perpétré malgré toutes les proclamations des Nations unies. Dans le pays voisin qu’est le Pakistan, le génocide des musulmans se poursuit depuis vingt-huit ans, mais les Nations unies n’ont ni le pouvoir ni la capacité de prendre la moindre mesure contre l’Inde. Aucune action n’a même été engagée contre un quelconque pays coupable de ce crime particulièrement grave et révoltant.
L’approche islamique : Le deuxième point que j’aimerais clarifier d’emblée est que, lorsque nous parlons des droits de l’homme en Islam, nous entendons réellement que ces droits ont été accordés par Dieu ; ils n’ont été accordés ni par un roi ni par une assemblée législative. Les droits accordés par les rois ou les assemblées législatives peuvent également être retirés de la même manière qu’ils ont été conférés. Il en va de même des droits acceptés et reconnus par les dictateurs. Ils peuvent les accorder quand bon leur semble et les retirer quand ils le souhaitent ; ils peuvent aussi les violer ouvertement quand cela leur plaît. Mais puisque, en Islam, les droits de l’homme ont été conférés par Dieu, aucune assemblée législative au monde ni aucun gouvernement sur terre n’a le droit ou l’autorité de modifier ou de changer les droits conférés par Dieu. Nul n’a le droit de les abroger ni de les retirer. Ils ne sont pas non plus de ces droits fondamentaux de l’homme accordés sur le papier pour la mise en scène et l’apparat, puis refusés dans la vie réelle une fois la représentation terminée. Ils ne ressemblent pas davantage à des concepts philosophiques dépourvus de toute sanction. La charte, les proclamations et les résolutions des Nations unies ne peuvent être comparées aux droits sanctionnés par Dieu, car les premières ne s’appliquent à personne, tandis que les seconds s’appliquent à tout croyant. Ils font partie intégrante de la foi islamique. Tout musulman ou tout administrateur se déclarant musulman devra les accepter, les reconnaître et les faire respecter. S’ils ne les font pas respecter, commencent à nier les droits garantis par Dieu, y apportent des amendements et des changements, ou les violent concrètement tout en leur rendant un hommage purement verbal, le verdict du Saint Coran concernant de tels gouvernements est clair et sans équivoque : Ceux qui ne jugent pas d’après ce que Dieu a révélé sont les mécréants (kafirun). 5:44 Le verset suivant proclame également : « Ce sont les injustes (zalimun) » (5:45), tandis qu’un troisième verset de la même sourate dit : « Ce sont les pervers (fasiqun) » (5:47). En d’autres termes, si les autorités temporelles considèrent leurs propres paroles et décisions comme justes et celles données par Dieu comme erronées, elles sont mécréantes. Si, en revanche, elles considèrent les commandements de Dieu comme justes, mais les rejettent sciemment et imposent leurs propres décisions contre ceux de Dieu, elles sont des fauteurs de troubles et des injustes. Le fasiq, celui qui enfreint la loi, est celui qui méprise le lien d’allégeance, et le zalim est celui qui agit contre la vérité. Ainsi, toutes les autorités temporelles qui se déclarent musulmanes et violent pourtant les droits sanctionnés par Dieu appartiennent à l’une de ces deux catégories : elles sont soit mécréantes, soit injustes et fauteurs de troubles. Les droits sanctionnés par Dieu sont permanents, perpétuels et éternels. Ils ne sont soumis à aucune altération ni modification, et aucun changement ou aucune abrogation ne peut y être apporté.

CHAPITRE DEUX : LES DROITS FONDAMENTAUX DE L’HOMME

La première chose que nous trouvons en Islam à ce sujet est qu’il établit certains droits pour l’homme en tant qu’être humain. En d’autres termes, cela signifie que tout homme, qu’il appartienne à ce pays ou à un autre, qu’il soit croyant ou incroyant, qu’il vive dans une forêt ou se trouve dans un désert, quelle que soit sa situation, possède certains droits fondamentaux de l’homme simplement parce qu’il est un être humain ; ces droits doivent être reconnus par tout musulman. En fait, ce sera son devoir de remplir ces obligations.

1. Le droit à la vie

Le premier et le plus fondamental de tous les droits est le droit de vivre et le respect de la vie humaine. Le Saint Coran énonce : Quiconque tue un être humain sans raison (telle que le meurtre ou la corruption sur terre), c’est comme s’il avait tué toute l’humanité… (5:32) Quant à la question de donner la mort en représailles d’un meurtre ou à celle du châtiment pour avoir semé la corruption sur cette terre, elle ne peut être tranchée que par un tribunal compétent et régulièrement constitué. S’il y a une guerre avec une nation ou un pays, elle ne peut être décidée que par un gouvernement dûment établi. En aucun cas, aucun être humain n’a le droit de prendre de sa propre initiative la vie d’un autre en représailles ou pour semer le mal sur cette terre. Il incombe donc à tout être humain de ne jamais, en aucune circonstance, se rendre coupable de prendre une vie humaine. Si quelqu’un a assassiné un être humain, c’est comme s’il avait tué l’ensemble du genre humain. Ces instructions ont été répétées ailleurs dans le Saint Coran, en ces termes : Ne tuez pas l’âme qu’Allah a rendue sacrée, sauf en application régulière de la loi… (6:151) Ici aussi, l’homicide est distingué de la destruction d’une vie accomplie dans la poursuite de la justice. Seul un tribunal compétent et régulièrement constitué pourra décider si un individu a ou non perdu son droit à la vie en méprisant le droit à la vie et à la paix des autres êtres humains. Le Prophète, que les bénédictions de Dieu soient sur lui, a déclaré que l’homicide est le plus grand péché après le polythéisme. La Tradition du Prophète dit : « Les plus grands péchés sont d’associer quelque chose à Dieu et de tuer des êtres humains. » Dans tous ces versets du Coran et les Traditions du Prophète, le mot « âme » (nafs) est employé dans un sens général, sans distinction ni restriction qui aurait pu donner à penser que les personnes appartenant à sa propre nation, les citoyens de son pays ou les membres d’une race ou d’une religion particulière ne devaient pas être tués. L’injonction s’applique à tous les êtres humains et la destruction de la vie humaine en elle-même est interdite. Le « droit à la vie » n’a été accordé à l’homme que par l’islam. Vous constaterez que les personnes qui parlent des droits de l’homme, si elles les ont jamais mentionnés dans leurs Constitutions ou leurs Déclarations, y impliquent clairement que ces droits ne s’appliquent qu’à leurs citoyens ou qu’ils ont été conçus pour la seule race blanche. Cela ressort clairement du fait que des êtres humains furent traqués comme des animaux en Australie et que le territoire fut débarrassé de ses populations autochtones pour l’homme blanc. De même, la population autochtone d’Amérique fut systématiquement exterminée et les Indiens rouges qui survécurent tant bien que mal à ce génocide furent confinés dans des zones déterminées appelées réserves. Ils pénétrèrent également en Afrique et y traquèrent les êtres humains comme des animaux sauvages. Tous ces exemples prouvent qu’ils n’ont aucun respect pour la vie humaine en tant que telle et que, s’ils en ont un, il repose uniquement sur la nationalité, la couleur ou la race. À l’inverse, l’islam reconnaît ce droit à tous les êtres humains. Même si un homme appartient à une tribu primitive ou sauvage, l’islam le considère comme un être humain.
2. Le droit à la protection de la vie Immédiatement après le verset du Saint Coran mentionné à propos du droit à la vie, Dieu a dit : « Et quiconque sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvé la vie de toute l’humanité » (5:32). Il existe plusieurs façons de sauver un homme de la mort. Un homme peut être malade ou blessé, indépendamment de sa nationalité, de sa race ou de sa couleur. Si vous savez qu’il a besoin de votre aide, il est alors de votre devoir de faire en sorte qu’il reçoive des soins pour sa maladie ou sa blessure. S’il meurt de faim, il est de votre devoir de le nourrir afin qu’il puisse échapper à la mort. S’il se noie ou si sa vie est en danger, il est de votre devoir de le sauver. Vous serez surpris d’apprendre que le Talmud, le livre religieux des Juifs, contient un verset de nature similaire, mais le rapporte sous une forme tout à fait différente. Il dit : « Quiconque a détruit la vie d’un Israélite, aux yeux de l’Écriture, c’est comme s’il avait détruit le monde entier. Et quiconque a protégé et sauvé la vie d’un Israélite, à la lumière de l’Écriture, c’est comme s’il avait sauvé le monde entier. » Le Talmud contient également l’opinion selon laquelle, si un non-Israélite se noie et que vous essayez de le sauver, vous êtes un pécheur. Peut-on appeler cela autrement que du racisme ? Nous considérons qu’il est de notre devoir de sauver toute vie humaine, car c’est ainsi que le Saint Coran nous l’a ordonné. En revanche, s’ils estiment nécessaire de sauver la vie d’un être humain, ce devrait être celle d’un Israélite. Quant aux autres personnes, selon cette conception, elles ne semblent pas suffisamment humaines pour mériter la protection de leur personne. Dans leur littérature, le concept de « Goyim », pour lequel sont employés le mot anglais « Gentile » et le mot arabe ummi (illettré), signifie qu’ils ne jouissent d’aucun droit humain ; les droits de l’homme sont réservés aux seuls enfants d’Israël. Le Coran a mentionné cette croyance des Israélites et rapporte que les Juifs disent : « Nous ne serons pas blâmés pour ce que nous faisons à l’égard des gens illettrés (c’est-à-dire les ummi) » (3:75).
3. Le respect de la chasteté des femmes Le troisième point important que nous trouvons dans la Charte des droits de l’homme accordée par l’islam est que la chasteté d’une femme doit être respectée et protégée en toutes circonstances, qu’elle appartienne à notre propre nation ou à celle d’un ennemi, que nous la trouvions dans une forêt sauvage ou dans une ville conquise ; qu’elle soit de notre religion, appartienne à une autre religion ou n’en ait aucune. Un musulman ne peut lui faire outrage en aucune circonstance. Toute relation de promiscuité lui est interdite, quel que soit le statut ou la position de la femme, qu’elle soit une partenaire consentante ou non à cet acte. Les paroles du Saint Coran à cet égard sont : « N’approchez pas des limites de la fornication » (17:32). Une lourde peine a été prescrite pour ce crime, et l’ordre n’est assorti d’aucune condition. Puisque la violation de la chasteté d’une femme est interdite en islam, un musulman qui commet ce crime ne peut échapper au châtiment, qu’il le reçoive dans ce monde ou dans l’au-delà. Cette conception du caractère sacré de la chasteté et de la protection des femmes ne se trouve nulle part ailleurs qu’en islam. Les armées des puissances occidentales ont besoin des filles de leur propre nation pour satisfaire leurs appétits charnels, même dans leurs propres pays, et si elles viennent à occuper un autre pays, le sort de ses femmes peut mieux être imaginé que décrit. Mais l’histoire des musulmans, à quelques écarts individuels près çà et là, a été exempte de ce crime contre la féminité. Il ne s’est jamais produit qu’après la conquête d’un pays étranger, l’armée musulmane se soit mise à violer les femmes du peuple conquis, ou que, dans son propre pays, le gouvernement ait organisé la fourniture de prostituées1pour eux. C’est également une grande bénédiction que le genre humain a reçue par l’intermédiaire de l’islam.2
4. Le droit à un niveau de vie élémentaire En parlant des droits économiques, le Saint Coran enjoint à ses fidèles : « Et dans leurs biens, il y a un droit reconnu pour le nécessiteux et l’indigent. » (51:19) Les termes de cette injonction montrent qu’il s’agit d’un ordre catégorique et sans réserve. De plus, cette injonction fut donnée à La Mecque, où aucune société musulmane n’existait et où les musulmans étaient généralement amenés à entrer en contact avec la population des mécréants. Le sens évident de ce verset est donc que quiconque demande de l’aide et quiconque souffre de privations a un droit sur les biens et les richesses des musulmans, indépendamment du fait qu’il appartienne à telle ou telle nation, à tel ou tel pays, à telle ou telle race. Si vous êtes en mesure d’aider et qu’une personne nécessiteuse vous demande de l’aide, ou si vous apprenez qu’elle est dans le besoin, il est alors de votre devoir de l’aider. Dieu a établi ce droit à votre charge, et vous devez l’honorer en tant que musulman.

5. Le droit de l’individu à la liberté

L’islam a clairement et catégoriquement interdit la pratique primitive qui consiste à capturer un homme libre pour en faire un esclave ou le vendre comme esclave. À ce sujet, les paroles claires et sans équivoque du Prophète (S) sont les suivantes : « Il y a trois catégories de personnes contre lesquelles je serai moi-même demandeur le Jour du Jugement. L’une de ces trois personnes est celle qui asservit un homme libre, puis le vend et consomme cet argent » (al-Bukhari et Ibn Majjah). Les paroles de cette Tradition du Prophète ont également une portée générale ; elles ne sont pas restreintes et ne s’appliquent pas seulement à une nation, une race, un pays ou aux adeptes d’une religion particulière. Les Européens tirent une grande fierté de leur prétention à avoir aboli l’esclavage dans le monde, bien qu’ils n’aient eu la décence de le faire qu’au milieu du siècle dernier. Avant cela, ces puissances occidentales menaient des razzias à très grande échelle en Afrique, capturaient des hommes libres, les réduisaient en servitude et les transportaient vers leurs nouvelles colonies. Le traitement qu’elles infligeaient à ces malheureux était pire que celui réservé aux animaux. Les livres écrits par les Occidentaux eux-mêmes en témoignent.
Le commerce des esclaves des nations occidentales : Après l’occupation de l’Amérique et des Antilles, le trafic d’esclaves se poursuivit pendant trois cent cinquante ans. Les côtes africaines, où les Africains capturés à la peau noire étaient amenés depuis l’intérieur de l’Afrique puis embarqués sur les navires qui quittaient ces ports, finirent par être connues sous le nom de Côte des Esclaves. Au cours d’un seul siècle (de 1680 à 1786), le nombre total de personnes libres capturées et réduites en esclavage pour les seules colonies britanniques s’éleva, selon l’estimation d’auteurs britanniques, à 20 millions d’êtres humains. Pour la seule année 1790, nous dit-on, 75 000 êtres humains furent capturés et envoyés dans les colonies pour y accomplir des travaux serviles. Les navires utilisés pour transporter les esclaves étaient petits et sales. Ces malheureux Africains étaient entassés dans les cales de ces navires comme du bétail, jusqu’au sommet, et beaucoup d’entre eux étaient enchaînés à des étagères de bois sur lesquelles ils pouvaient à peine bouger, car celles-ci n’étaient séparées que de dix-huit pouces et étaient disposées les unes au-dessus des autres. On ne leur fournissait pas une nourriture convenable et, lorsqu’ils tombaient malades ou étaient blessés, aucune tentative n’était faite pour leur procurer des soins médicaux. Les écrivains occidentaux eux-mêmes affirment qu’au moins 20 % du nombre total de personnes capturées pour l’esclavage et le travail forcé périrent durant leur transport des côtes africaines vers l’Amérique. On estime également que le nombre total de personnes capturées pour être réduites en esclavage par les diverses nations européennes à l’apogée de la traite s’élevait à au moins cent millions. Tel est le bilan de ceux qui dénoncent jour et nuit les musulmans pour avoir reconnu l’institution de l’esclavage. C’est comme si un criminel pointait un doigt accusateur vers un innocent.
La position de l’esclavage en islam : En bref, j’aimerais vous exposer la position et la nature de l’esclavage en islam. L’islam s’est efforcé de résoudre le problème des esclaves qui se trouvaient en Arabie en encourageant de diverses manières les gens à affranchir leurs esclaves. Il fut ordonné aux musulmans, en expiation de certains de leurs péchés, d’affranchir leurs esclaves. Affranchir un esclave de son plein gré fut déclaré être un acte de grand mérite, au point qu’il fut dit que chaque membre de l’homme qui affranchit un esclave sera protégé du feu de l’Enfer en échange du membre correspondant de l’esclave qu’il aura libéré. Le résultat de cette politique fut qu’au moment où arriva la période des califes bien guidés, tous les anciens esclaves d’Arabie avaient été libérés. Le Prophète à lui seul affranchit jusqu’à 63 esclaves. Le nombre d’esclaves libérés par ‘Aishah fut de 67 ; ‘Abbas en affranchit 70 ; ‘Abd Allah ibn ‘Umar en affranchit mille ; et ‘Abd al-Rahman en acheta trente mille et les libéra. De même, les autres Compagnons du Prophète affranchirent un grand nombre d’esclaves, dont les détails sont rapportés dans les Traditions et les ouvrages historiques de cette époque. Ainsi, le problème des esclaves d’Arabie fut résolu en une courte période de trente ou quarante ans. Après cela, la seule forme d’esclavage qui subsista dans la société islamique fut celle des prisonniers de guerre capturés sur le champ de bataille. Ces prisonniers de guerre étaient gardés par le gouvernement musulman jusqu’à ce que leur gouvernement accepte de les reprendre en échange de soldats musulmans capturés par lui, ou organise le paiement d’une rançon en leur faveur. Si les soldats capturés n’étaient pas échangés contre des prisonniers de guerre musulmans, ou si leurs proches ne payaient pas leur rançon afin de leur rendre la liberté, le gouvernement musulman les distribuait alors entre les soldats de l’armée qui les avait capturés. C’était une manière plus humaine et plus convenable de disposer d’eux que de les retenir comme du bétail dans des camps de concentration, de leur imposer le travail forcé et, si leurs femmes étaient également capturées, de les réserver à la prostitution. Au lieu d’une manière aussi cruelle et révoltante de disposer des prisonniers de guerre, l’islam préférait les répartir au sein de la population et les mettait ainsi en contact avec des êtres humains ordinaires. De plus, il était ordonné à leurs gardiens de bien les traiter. Le résultat de cette politique humaine fut que la plupart des hommes capturés sur des champs de bataille étrangers et amenés comme esclaves dans les pays musulmans embrassèrent l’islam, et que leurs descendants produisirent de grands savants, imams, juristes, commentateurs, hommes d’État et généraux d’armée. À tel point qu’ils devinrent par la suite les dirigeants du monde musulman. La solution à ce problème proposée à l’époque actuelle consiste, après la cessation des hostilités, à échanger les prisonniers de guerre des pays belligérants. Or les musulmans la pratiquaient depuis les tout débuts et, chaque fois que l’adversaire acceptait l’échange réciproque des prisonniers de guerre, celui-ci était effectué sans la moindre hésitation ni le moindre délai. Dans la guerre moderne, nous constatons également que, si un gouvernement est complètement vaincu et se trouve dans l’impossibilité de négocier au sujet des prisonniers de guerre, tandis que le vainqueur récupère facilement les siens, l’expérience a montré que les prisonniers de guerre de l’armée vaincue sont maintenus dans des conditions bien pires que celles des esclaves. Quelqu’un peut-il nous dire quel fut le sort des milliers de prisonniers de guerre capturés par la Russie dans les armées vaincues d’Allemagne et du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale ? Jusqu’à présent, personne n’en a rendu compte. Personne ne sait combien de milliers d’entre eux sont encore en vie ni combien de milliers ont péri en raison des rigueurs des camps russes de concentration et de travail. Le travail forcé qui leur fut imposé est bien pire que le service qu’on peut exiger d’esclaves. Peut-être même qu’à l’époque des anciens pharaons d’Égypte, on n’imposa pas aux esclaves, pour construire les pyramides d’Égypte, un travail aussi pénible que celui imposé aux prisonniers de guerre en Russie pour développer la Sibérie et d’autres régions arriérées de la Russie, ou pour travailler dans les mines de charbon et autres mines par des températures inférieures à zéro, mal vêtus, mal nourris et brutalement traités par leurs surveillants.

6. Le droit à la justice

C’est un droit très important et précieux qu’Islam a accordé à l’être humain en tant qu’être humain. Le Saint Coran énonce : « Que la haine que vous éprouvez pour un peuple ne vous incite pas à l’agression » (5:2). « Et que l’animosité envers un peuple ne vous incite pas à vous écarter de la justice. Soyez justes : cela est plus proche de la piété » (5:8). Insistant sur ce point, le Coran dit encore : « Ô vous qui croyez ! Soyez fermes dans l’équité, témoins pour Dieu » (4:135). Cela montre clairement que les musulmans doivent être justes non seulement envers les êtres humains ordinaires, mais même envers leurs ennemis. En d’autres termes, la justice à laquelle l’Islam appelle ses adeptes ne se limite pas aux citoyens de leur propre pays, aux membres de leur propre tribu, nation ou race, ni à la communauté musulmane dans son ensemble : elle s’adresse à tous les êtres humains du monde. Les musulmans ne peuvent donc être injustes envers qui que ce soit. Leur habitude et leur caractère permanents doivent être tels que nul ne puisse jamais craindre de subir une injustice de leur part, et ils doivent traiter tout être humain, où qu’il se trouve, avec justice et équité.

7. L’égalité des êtres humains

L’Islam ne reconnaît pas seulement l’égalité absolue entre les hommes, sans distinction de couleur, de race ou de nationalité ; il en fait également un principe important et significatif, une réalité. Le Dieu Tout-Puissant a énoncé dans le Saint Coran : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme. » En d’autres termes, tous les êtres humains sont frères les uns des autres. Ils descendent tous d’un même père et d’une même mère. « Et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez » (49:13). Cela signifie que la division des êtres humains en nations, races, groupes et tribus vise à les distinguer, afin que les membres d’une race ou d’une tribu puissent rencontrer et connaître ceux d’une autre race ou tribu, et coopérer les uns avec les autres. Cette division de la race humaine ne vise ni à permettre à une nation de s’enorgueillir de sa supériorité sur les autres, ni à permettre à une nation de traiter une autre avec mépris ou déshonneur, de la considérer comme une race vile et dégradée, ou d’usurper ses droits. « En vérité, le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux » (49:13). En d’autres termes, la supériorité d’un homme sur un autre ne repose que sur la conscience de Dieu, la pureté du caractère et la noblesse des mœurs, et non sur la couleur, la race, la langue ou la nationalité ; et même cette supériorité fondée sur la piété et la conduite pure ne justifie pas que ceux qui la possèdent se comportent en maîtres ou affichent leur supériorité à l’égard des autres êtres humains. Se donner des airs de supériorité est en soi un vice répréhensible qu’aucun homme craignant Dieu et pieux ne pourrait jamais songer à commettre. Les gens vertueux n’ont pas non plus des droits privilégiés par rapport aux autres, car cela serait contraire à l’égalité humaine, énoncée au début de ce verset comme principe général. Du point de vue moral, la bonté et la vertu sont toujours préférables au vice et au mal. Le Prophète l’a illustré dans l’une de ses paroles en ces termes : « Aucun Arabe n’est supérieur à un non-Arabe, et aucun non-Arabe n’est supérieur à un Arabe. Aucun homme blanc n’est supérieur à un homme noir, et aucun homme noir n’est supérieur à un homme blanc. Vous êtes tous les enfants d’Adam, et Adam a été créé d’argile » (al-Bayhaqi et al-Bazzaz). Ainsi, l’Islam a établi l’égalité de l’ensemble de la race humaine et s’est attaqué à la racine même de toutes les distinctions fondées sur la couleur, la race, la langue ou la nationalité. Selon l’Islam, Dieu a accordé à l’homme ce droit à l’égalité comme un droit de naissance. Aucun homme ne doit donc être discriminé en raison de la couleur de sa peau, de son lieu de naissance, de la race ou de la nation dans laquelle il est né. Malcolm X, le célèbre dirigeant des Noirs africains d’Amérique, qui avait mené une lutte acharnée contre les Blancs d’Amérique afin d’obtenir les droits civiques pour ses compatriotes noirs, se rendit en pèlerinage et vit comment les musulmans d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique, ainsi que ceux de races, de langues et de couleurs de peau différentes, portaient un même vêtement, se hâtaient vers la Maison de Dieu — la Kaaba — et accomplissaient leurs prières en rang unique, sans aucune distinction entre eux. Il comprit alors que c’était là la solution au problème de la couleur et de la race, et non ce qu’il avait jusque-là cherché ou tenté d’accomplir en Amérique. Aujourd’hui, un certain nombre de penseurs non musulmans, exempts de préjugés aveugles, admettent ouvertement qu’aucune autre religion ni aucun autre mode de vie n’a résolu ce problème avec le même degré de réussite que l’Islam. 8. Le droit de coopérer et de ne pas coopérer L’Islam a prescrit un principe général d’une importance capitale et d’une portée universelle, en disant : « Coopérez les uns avec les autres dans la vertu et la piété, et ne coopérez pas les uns avec les autres dans le vice et l’agression » (5:2). Cela signifie que l’homme qui entreprend une œuvre noble et juste, qu’il vive au pôle Nord ou au pôle Sud, a le droit d’attendre des musulmans leur soutien et leur coopération active. En revanche, celui qui commet des actes de vice et d’agression, même s’il est notre plus proche parent ou notre voisin, n’a pas le droit d’obtenir notre soutien et notre aide au nom de la race, du pays, de la langue ou de la nationalité ; il ne doit pas non plus s’attendre à ce que les musulmans coopèrent avec lui ou le soutiennent. Il n’est pas davantage permis aux musulmans de coopérer avec lui. L’homme mauvais et vicieux peut être notre propre frère, mais il ne fait pas partie de nous et ne peut recevoir de nous aucune aide ni aucun soutien tant qu’il ne se repent pas et ne réforme pas sa conduite. En revanche, l’homme qui accomplit des œuvres de vertu et de justice peut n’avoir aucun lien de parenté avec les musulmans, mais les musulmans seront ses compagnons et ses soutiens, ou du moins lui souhaiteront du bien.

CHAPITRE TROIS : LES DROITS DES CITOYENS DANS UN ÉTAT ISLAMIQUE

Nous avons examiné les droits de l’homme en général. Nous voudrions maintenant aborder la question des droits des citoyens dans un État islamique. Comme ces droits sont plus étendus que les droits de l’homme généraux qui ont été décrits précédemment, ils nécessitent un traitement distinct.
1. La sécurité de la vie et des biens Dans le discours que le Prophète a prononcé à l’occasion du Hajj d’adieu, il a dit : « Vos vies et vos biens sont inviolables les uns pour les autres jusqu’à ce que vous rencontriez votre Seigneur le Jour de la Résurrection. » Dieu Tout-Puissant a établi dans le Saint Coran : « Quiconque tue délibérément un croyant aura pour récompense une demeure éternelle en Enfer. Dieu sera irrité contre lui, le maudira et lui préparera un terrible châtiment » (4:93). Le Prophète a également dit au sujet des dhimmis (les citoyens non musulmans de l’État musulman) : « Celui qui tue un homme lié par un pacte (c’est-à-dire un dhimmi) ne sentira même pas le parfum du Paradis » (al-Bukhari et Abu Dawud). L’islam interdit l’homicide, mais n’admet qu’une seule exception : lorsque la mise à mort est accomplie dans le cadre régulier de la loi, ce que le Coran désigne par bi alhaqq (en toute vérité). Ainsi, un homme ne peut être tué que lorsque la loi l’exige, et il est évident que seul un tribunal peut décider si l’exécution est menée avec justice ou sans justification. En cas de guerre ou d’insurrection, seul un gouvernement juste et droit, qui suit la charia ou la Loi islamique, peut décider si une guerre est juste ou injuste, si la mise à mort est justifiée ou non, si une personne est rebelle ou non, et qui peut être condamné à mort à titre de châtiment. Ces décisions importantes ne peuvent être laissées entre les mains d’un tribunal devenu indifférent à Dieu et soumis à l’influence de l’administration. Une justice de ce genre peut rendre une décision injuste. Les crimes d’État ne peuvent pas non plus être justifiés par l’autorité du Saint Coran ou des Traditions (hadith) lorsque l’État assassine ouvertement et secrètement ses citoyens, sans la moindre hésitation ou sous le moindre prétexte, parce qu’ils s’opposent à ses politiques et à ses actions injustes ou le critiquent pour ses méfaits, tout en protégeant ses assassins à gages coupables de l’odieux meurtre d’une personne innocente ; de sorte que ni la police n’agit contre ces criminels, ni aucune preuve ou aucun témoin contre eux ne peut être présenté devant les tribunaux. L’existence même d’un tel gouvernement est un crime, et aucun des meurtres commis par lui ne peut être qualifié d’« exécution au nom de la justice », selon la terminologie du Saint Coran. Parallèlement à la sécurité de la vie, l’islam a conféré avec la même clarté et la même précision le droit à la sécurité de la propriété, comme cela a été mentionné précédemment à propos du discours du Hajj d’adieu. En revanche, le Saint Coran va jusqu’à déclarer que l’appropriation des biens ou des possessions d’autrui est totalement interdite, sauf s’ils sont acquis par des moyens licites, conformément aux lois de Dieu. La Loi de Dieu déclare catégoriquement : « Ne dévorez pas vos biens mutuellement par des moyens faux et illégaux » (2:188).

2. La protection de l’honneur

Le deuxième droit important est le droit des citoyens à la protection de leur honneur. Dans le discours prononcé à l’occasion du Hajj d’Adieu, auquel j’ai fait référence précédemment, le Prophète n’a pas seulement interdit que les musulmans portent atteinte à la vie et aux biens les uns des autres ; toute atteinte à leur honneur, à leur respect et à leur chasteté leur a également été interdite. Le Saint Coran énonce clairement : (a) « Ô vous qui croyez, qu’un groupe ne se moque pas d’un autre groupe. (b) Ne vous diffamez pas les uns les autres. (c) Ne vous insultez pas en vous donnant des sobriquets. (d) Et ne médisez pas les uns des autres et ne dites pas de mal les uns des autres » (49:11-12). Telle est la loi de l’Islam pour la protection de l’honneur ; elle est véritablement bien supérieure et meilleure que la loi occidentale sur la diffamation. Selon la loi islamique, s’il est prouvé qu’une personne a porté atteinte à l’honneur d’une autre, alors, que la victime soit ou non capable de prouver qu’elle est une personne respectable et honorable, le coupable recevra dans tous les cas la peine qui lui est due. Mais ce qui est intéressant dans la loi occidentale sur la diffamation, c’est que la personne qui intente une action en diffamation doit d’abord prouver qu’elle est un homme d’honneur et jouit de l’estime publique ; au cours de l’interrogatoire, elle est soumise aux attaques calomnieuses, aux accusations et aux insinuations de l’avocat de la défense à un point tel qu’elle subit davantage de déshonneur que n’en avait causé l’attaque contre sa réputation pour laquelle elle avait saisi le tribunal. De plus, elle doit produire des témoins qui attesteraient devant le tribunal qu’en raison des accusations diffamatoires du coupable, l’accusé est déshonoré à leurs yeux. Grand Dieu ! Quel point de droit subtil, et quelle fidélité à l’esprit de la loi ! Comment cette loi injuste et inéquitable peut-elle être comparée à la loi divine ? L’Islam a déclaré le blasphème crime, que l’accusé soit ou non un homme d’honneur, et que les paroles blasphématoires aient effectivement déshonoré la victime et nui à sa réputation aux yeux du public ou non. Selon la loi islamique, il suffit de prouver que l’accusé a prononcé des paroles qui, selon le bon sens, auraient pu porter atteinte à la réputation et à l’honneur du plaignant pour que l’accusé soit déclaré coupable de diffamation.
3. L’inviolabilité et la protection de la vie privée L’Islam reconnaît à chaque citoyen de son État le droit à ce qu’aucune ingérence indue ni aucune atteinte ne soit portée à l’intimité de sa vie. Le Saint Coran a établi cette injonction : « Ne vous espionnez pas les uns les autres » (49:12). « N’entrez dans aucune maison autre que la vôtre, à moins d’être certains d’avoir obtenu le consentement de ses occupants » (24:27). Le Prophète est allé jusqu’à recommander à ses disciples qu’un homme ne devait même pas entrer soudainement ou furtivement dans sa propre maison. Il devait, d’une manière ou d’une autre, informer ou avertir les habitants de la maison qu’il entrait, afin de ne pas voir sa mère, sa sœur ou sa fille dans une situation où elles ne voudraient pas être vues, et où lui-même ne voudrait pas les voir. Il a également été strictement interdit d’épier dans les maisons d’autrui ; à tel point que, selon une parole du Prophète, si un homme surprend une autre personne en train d’épier secrètement sa maison et lui crève un ou les deux yeux en guise de punition, il ne peut être appelé à rendre des comptes et ne peut faire l’objet de poursuites. Le Prophète a même interdit de lire les lettres d’autrui ; ainsi, si un homme lit sa lettre et qu’un autre lui jette des regards en biais pour essayer de la lire, son comportement devient répréhensible. Telle est l’inviolabilité de la vie privée que l’Islam accorde aux individus. En revanche, dans le monde civilisé moderne, nous constatons que non seulement les lettres d’autrui sont lues et leur correspondance censurée, mais que même leurs photocopies sont conservées en vue d’un usage ultérieur ou d’un chantage. Des appareils d’écoute sont même installés secrètement dans les maisons des gens, afin que l’on puisse entendre et enregistrer à distance les conversations qui se déroulent derrière des portes closes. En d’autres termes, cela signifie qu’il n’existe rien de tel que la vie privée et que, à toutes fins pratiques, la vie privée d’un individu n’existe pas. Cet espionnage de la vie des individus ne peut être justifié moralement par le gouvernement au motif qu’il serait nécessaire de connaître les secrets des personnes dangereuses. Pourtant, en pratique, le fondement de cette politique est la peur et la suspicion avec lesquelles les gouvernements modernes considèrent leurs citoyens intelligents et mécontents des politiques officielles du gouvernement. C’est exactement ce que l’Islam a appelé la cause fondamentale de la corruption en politique. L’injonction du Prophète est la suivante : « Lorsque le gouvernant commence à rechercher les causes du mécontentement parmi son peuple, il le corrompt » (Abu Dawud). L’Amir Mu‘awiyah a dit qu’il avait lui-même entendu le Prophète dire : « Si vous cherchez à découvrir les secrets des gens, vous les corromprez certainement, ou du moins vous les conduirez au bord de la ruine. » Le sens de l’expression « les corrompre » est que, lorsque des espions (agents du C.I.D. ou du F.B.I.) sont dispersés dans tout le pays pour découvrir les affaires des hommes, les gens commencent à se regarder les uns les autres avec suspicion ; à tel point qu’ils ont peur de parler librement chez eux, de crainte qu’un mot ne s’échappe des lèvres de leurs femmes ou de leurs enfants et ne les mette dans des situations embarrassantes. De cette manière, il devient difficile pour un citoyen ordinaire de parler librement, même dans sa propre maison, et la société commence à souffrir d’un état de méfiance et de suspicion généralisées.

4. La protection de la liberté personnelle

L’islam a également établi le principe selon lequel aucun citoyen ne peut être emprisonné tant que sa culpabilité n’a pas été prouvée devant un tribunal public. Arrêter un homme sur le seul fondement d’un soupçon et le jeter en prison sans procédure judiciaire régulière et sans lui donner une possibilité raisonnable de présenter sa défense n’est pas permis en islam. Il est rapporté dans un hadith qu’un jour, alors que le Prophète prononçait un sermon dans la mosquée, un homme se leva pendant le sermon et dit : « Ô Prophète de Dieu, pour quel crime mes voisins ont-ils été arrêtés ? » Le Prophète entendit la question et poursuivit son discours. L’homme se leva une nouvelle fois et répéta la même question. Le Prophète ne répondit pas davantage et continua son discours. L’homme se leva une troisième fois et répéta la même question. Alors le Prophète ordonna que les voisins de cet homme soient libérés. Si le Prophète était resté silencieux lorsque la question avait été répétée deux fois auparavant, c’était parce que l’officier de police se trouvait dans la mosquée et que, s’il existait des motifs valables pour l’arrestation des voisins de cet homme, il se serait levé pour expliquer sa position. Puisque l’officier de police ne fournit aucune raison pour ces arrestations, le Prophète ordonna que les personnes arrêtées soient libérées. L’officier de police connaissait la loi islamique et ne se leva donc pas pour dire : « L’administration connaît les charges retenues contre les hommes arrêtés, mais celles-ci ne peuvent être divulguées publiquement. Si le Prophète s’enquérait de leur culpabilité à huis clos, je l’en informerais. » Si l’officier de police avait fait une telle déclaration, il aurait été renvoyé sur-le-champ. Le fait que l’officier de police n’ait fourni aucune raison pour les arrestations devant le tribunal public constituait une raison suffisante pour que le Prophète ordonne immédiatement la libération des personnes arrêtées. L’injonction du Saint Coran est très claire sur ce point : « Lorsque vous jugez entre les gens, jugez avec justice » (4:58). Et Dieu a également dit au Prophète : « J’ai reçu l’ordre d’établir la justice entre vous. » C’est pourquoi le calife ‘Umar a dit : « En islam, nul ne peut être emprisonné si ce n’est en application de la justice. » Les termes employés ici indiquent clairement que la justice signifie le respect de la procédure légale. Ce qui est interdit et condamné, c’est qu’un homme soit arrêté et emprisonné sans que sa culpabilité ait été prouvée devant un tribunal public et sans qu’on lui ait donné la possibilité de se défendre contre ces accusations. Si le gouvernement soupçonne un individu donné d’avoir commis un crime ou d’être susceptible de commettre une infraction dans un avenir proche, il doit exposer les raisons de ses soupçons devant un tribunal et le coupable ou le suspect doit être autorisé à présenter sa défense en audience publique, afin que le tribunal puisse décider si le soupçon qui pèse sur lui repose ou non sur des fondements solides ; et, s’il existe une bonne raison de le soupçonner, il doit être informé de la durée de sa détention préventive. Cette décision doit, en toutes circonstances, être prise en audience publique, afin que le public puisse entendre les accusations portées par le gouvernement ainsi que la défense présentée par l’accusé, et constater que la procédure légale lui est appliquée et qu’il n’est pas persécuté. La bonne manière de traiter de telles affaires en islam est illustrée par la célèbre décision du Prophète rendue avant la conquête de La Mecque. Le Prophète préparait l’attaque de La Mecque lorsqu’un de ses Compagnons, Hatib ibn Abi Balta‘ah, envoya par l’intermédiaire d’une femme une lettre aux autorités de La Mecque pour les informer de l’attaque imminente. Le Prophète l’apprit par une inspiration divine. Il ordonna à ‘Ali et à Zubayr : « Partez rapidement sur la route de La Mecque ; à tel endroit, vous trouverez une femme portant une lettre. Récupérez-lui la lettre et apportez-la-moi. » Ils partirent donc et trouvèrent la femme exactement à l’endroit indiqué par le Prophète. Ils lui prirent la lettre et l’apportèrent au Prophète. Il s’agissait assurément d’un cas manifeste de trahison. Informer l’ennemi d’un secret militaire, qui plus est en temps de guerre, est une infraction très grave, assimilable à une trahison. En réalité, il est difficile d’imaginer un crime plus grave en temps de guerre que de révéler un secret militaire à son ennemi. Quel cas aurait pu être plus approprié pour une audience secrète ? Un secret militaire avait été trahi et le bon sens exigeait qu’il fût jugé à huis clos. Mais le Prophète convoqua Hatib devant le tribunal public de la mosquée du Prophète et, en présence de centaines de personnes, lui demanda d’expliquer sa position au sujet de sa lettre adressée aux chefs de Quraych, qui avait été interceptée en chemin. L’accusé dit : « Ô Messager de Dieu — que les bénédictions de Dieu soient sur toi — je ne me suis pas révolté contre l’islam et je n’ai pas fait cela dans l’intention de trahir un secret militaire. La vérité est que ma femme et mes enfants vivent à La Mecque et que je n’y ai pas de tribu pour les protéger. J’avais écrit cette lettre afin que les chefs de Quraych me soient reconnaissants et protègent ma femme et mes enfants en témoignage de leur gratitude. » ‘Umar se leva et déclara respectueusement : « Ô Prophète, permets-moi de mettre ce traître à mort par le glaive. » Le Prophète répondit : « Il fait partie de ceux qui ont participé à la bataille de Badr, et l’explication qu’il a avancée pour sa défense paraît correcte. » Examinons cette décision du Prophète dans sa juste perspective. Il s’agissait clairement d’un cas de trahison et de divulgation de secrets militaires. Pourtant, le Prophète acquitta Hatib pour deux raisons. Premièrement, son passé était irréprochable et montrait qu’il n’aurait pas pu trahir la cause de l’islam, puisque, lors de la bataille de Badr, alors que les musulmans étaient très largement en infériorité numérique, il avait risqué sa vie pour eux. Deuxièmement, sa famille était effectivement en danger à La Mecque. Ainsi, s’il avait fait preuve d’une certaine faiblesse humaine envers ses enfants et écrit cette lettre, le fait que son délit secret ait été divulgué publiquement et qu’il ait été déshonoré et humilié aux yeux des croyants constituait pour lui une punition tout à fait suffisante. Dieu a fait référence à la faute de Hatib dans le Saint Coran, mais n’a proposé pour lui aucune punition, si ce n’est le blâme et l’exhortation. L’attitude et les activités des kharijites à l’époque du calife ‘Ali sont bien connues des étudiants de l’histoire musulmane. Ils insultaient ouvertement le calife et le menaçaient de mort. Mais chaque fois qu’ils étaient arrêtés pour ces infractions, ‘Ali les libérait et disait à ses officiers : « Tant qu’ils ne commettent pas effectivement d’infractions contre l’État, le simple emploi d’un langage injurieux ou la menace de recourir à la force ne constituent pas des infractions pour lesquelles ils peuvent être emprisonnés. » L’imam Abou Hanifa a rapporté la parole suivante du calife ‘Ali (A) : « Tant qu’ils ne se soulèveront pas en armes, le calife des croyants n’interviendra pas contre eux. » Une autre fois, ‘Ali prononçait un sermon dans la mosquée lorsque les kharijites y lancèrent leur slogan particulier. ‘Ali dit : « Nous ne vous priverons pas du droit de venir dans les mosquées pour adorer Dieu et nous ne vous empêcherons pas de recevoir votre part des biens de l’État, tant que vous êtes avec nous — et que vous nous soutenez dans nos guerres contre les mécréants — et nous ne prendrons jamais d’action militaire contre vous tant que vous ne nous combattrez pas. » On peut imaginer l’opposition à laquelle ‘Ali faisait face ; une opposition plus violente et plus injurieuse ne peut même être imaginée dans un État démocratique actuel. Pourtant, la liberté qu’il accordait à l’opposition était telle qu’aucun gouvernement n’a jamais été capable d’accorder une liberté comparable à la sienne. Il n’arrêta même pas ceux qui le menaçaient de mort et ne les emprisonna pas non plus.

5. Le droit de protester contre la tyrannie

Parmi les droits qu’Islam a conférés aux êtres humains figure le droit de protester contre la tyrannie du gouvernement. À ce sujet, le Coran dit : « Dieu n’aime pas que l’on profère publiquement de mauvaises paroles, sauf de la part de celui qui a subi une injustice » (4:148). Cela signifie que Dieu réprouve fortement les insultes ou les paroles sévères de condamnation ; toutefois, à la personne victime d’une injustice ou d’une tyrannie, Dieu accorde le droit de protester ouvertement contre le tort qui lui a été infligé. Ce droit ne se limite pas aux individus. Les termes du verset sont généraux. Ainsi, si un individu, un groupe de personnes ou un parti usurpe le pouvoir et, après avoir pris les rênes de l’autorité, commence à tyranniser des individus, des groupes de personnes ou l’ensemble de la population du pays, alors élever ouvertement la voix pour protester contre lui est un droit de l’être humain accordé par Dieu, et nul n’a le pouvoir d’usurper ou de nier ce droit. Quiconque tente d’usurper ce droit des citoyens se rebelle contre Dieu. Le talisman de l’article 1444 peut protéger un tel tyran dans ce monde, mais il ne peut le sauver du feu de l’Enfer dans l’Au-delà.
6. La liberté d’expression Islam accorde à tous les citoyens de l’État islamique le droit à la liberté de pensée et d’expression, à condition que ce droit soit utilisé pour promouvoir la vertu et la vérité, et non pour propager le mal et la perversité. Cette conception islamique de la liberté d’expression est bien supérieure à celle qui prévaut en Occident. En aucune circonstance Islam ne permet que le mal et la perversité soient propagés. Elle n’accorde pas non plus à quiconque le droit d’employer un langage injurieux ou offensant au nom de la critique. Le droit à la liberté d’expression afin de promouvoir la vertu et la droiture n’est pas seulement un droit en Islam, mais aussi une obligation. Celui qui tente de dénier ce droit à son peuple est ouvertement en guerre contre Dieu, le Tout-Puissant. Il en va de même pour la tentative d’empêcher les gens de commettre le mal. Que ce mal soit commis par un individu, un groupe de personnes, le gouvernement de son propre pays ou celui d’un autre pays, le musulman a le droit — et même l’obligation — d’avertir et de réprimander celui qui fait le mal, et de tenter de l’empêcher de le commettre. De plus, il doit le condamner ouvertement et publiquement, et montrer la voie de la droiture que cet individu, cette nation ou ce gouvernement devrait suivre. Le Saint Coran a décrit cette qualité des croyants en ces termes : « Ils ordonnent ce qui est convenable et interdisent ce qui est blâmable » (9:71). En revanche, en décrivant les qualités d’un hypocrite, le Coran mentionne : « Ils ordonnent ce qui est blâmable et interdisent ce qui est convenable » (9:67). Le but principal d’un gouvernement islamique a été défini par Dieu dans le Coran comme suit : « Si Nous leur donnons autorité sur la terre, ils accompliront la prière, acquitteront l’aumône légale, ordonneront ce qui est convenable et interdiront ce qui est blâmable » (22:41). Le Prophète a dit : « Si l’un d’entre vous est témoin d’un mal, qu’il s’efforce de le changer par sa main (en usant de la force) ; s’il n’est pas en mesure de le changer par sa main, qu’il s’efforce de le changer par sa langue (c’est-à-dire qu’il s’élève contre lui par la parole) ; et s’il n’est même pas capable d’utiliser sa langue, qu’il le réprouve au moins dans son cœur. C’est le degré le plus faible de la foi » (Muslim). Cette obligation d’appeler les gens à la droiture et de leur interdire d’emprunter les voies du mal incombe à tous les vrais musulmans. Si un gouvernement prive ses citoyens de ce droit et les empêche d’accomplir ce devoir, il entre alors directement en conflit avec le commandement de Dieu. Le gouvernement n’est pas en conflit avec son peuple, mais avec Dieu. De cette manière, il est en guerre contre Dieu et tente d’usurper ce droit de son peuple, droit que Dieu lui a conféré non seulement comme un droit, mais aussi comme une obligation. Quant au gouvernement qui propage lui-même le mal, la perversité et l’obscénité, et qui entrave ceux qui appellent les gens à la vertu et à la droiture, il est, selon le Saint Coran, le gouvernement des hypocrites.
7. La liberté d’association Islam a également accordé aux gens le droit à la liberté d’association et à la formation de partis ou d’organisations. Ce droit est lui aussi soumis à certaines règles générales. Il doit être exercé pour promouvoir la vertu et la droiture, et ne doit jamais servir à propager le mal et la corruption. Nous n’avons pas seulement reçu ce droit afin de répandre la droiture et la vertu : il nous a également été ordonné de l’exercer. S’adressant aux musulmans, le Saint Coran déclare : « Vous êtes la meilleure communauté suscitée pour les hommes. Vous ordonnez ce qui est convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Dieu… » (3:110). Cela signifie qu’il incombe à l’ensemble de la communauté musulmane d’inviter et d’exhorter les gens à la droiture et à la vertu, et de leur interdire de faire le mal. Si l’ensemble de la communauté musulmane n’est pas en mesure d’accomplir ce devoir, alors « qu’il y ait parmi vous une communauté qui appelle au bien, ordonne ce qui est convenable et interdise ce qui est blâmable. Ceux-là seront les bienheureux » (3:104). Cela indique clairement que si la nation musulmane tout entière commence collectivement à négliger son obligation d’appeler les gens au bien et de leur interdire de faire le mal, il est absolument nécessaire qu’elle compte au moins un groupe de personnes capable d’accomplir cette obligation. Comme cela a été dit précédemment, il ne s’agit pas seulement d’un droit, mais d’une obligation, et de son accomplissement dépendent la réussite et la prospérité ici-bas comme dans l’Au-delà. C’est une ironie de la religion de Dieu que, dans un pays musulman, l’assemblée et l’association formées dans le but de propager le mal et la corruption aient le droit de gouverner le pays, tandis que l’association et le parti formés pour promouvoir la droiture et la vertu vivent dans la crainte perpétuelle d’être harcelés et déclarés illégaux. Les conditions qui règnent ici sont exactement l’inverse de ce que Dieu a prescrit. On prétend que nous sommes musulmans et que ceci est un État islamique, mais l’action menée vise à propager le mal, à corrompre les gens et à les dégrader et les avilir moralement, tandis qu’un contrôle actif et efficace s’exerce sur le travail accompli pour réformer la société et appeler les gens à la droiture. De plus, la vie de ceux qui s’emploient à répandre la droiture et à empêcher la propagation du mal et de la perversité est rendue intolérable et insupportable.
8. La liberté de conscience et de conviction Islam accorde également à ses citoyens, dans un État islamique, le droit à la liberté de conscience et de conviction. Le Saint Coran a établi cette injonction : « Nulle contrainte en matière de religion » (2:256). Bien qu’il n’existe aucune vérité ni aucune vertu supérieure à la religion de la Vérité — l’Islam — et que les musulmans soient exhortés à inviter les gens à embrasser l’Islam et à avancer des arguments en sa faveur, il ne leur est pas demandé de leur imposer cette foi. Aucune force ne sera employée pour les contraindre à accepter l’Islam. Celui qui l’accepte le fait de son propre choix. Les musulmans accueilleront ce converti à l’Islam à bras ouverts et l’admettront dans leur communauté avec les mêmes droits et privilèges. Mais si quelqu’un n’accepte pas l’Islam, les musulmans devront reconnaître et respecter sa décision, et aucune pression morale, sociale ou politique ne sera exercée sur lui pour le faire changer d’avis.

9. Protection des sentiments religieux

Parallèlement à la liberté de conviction et à la liberté de conscience, l’islam a accordé à chaque individu le droit de voir ses sentiments religieux respectés comme il se doit, et de ne rien entendre dire ni voir faire qui puisse porter atteinte à ce droit. Dieu l’a prescrit dans le Saint Coran : « N’injuriez pas ceux qu’ils invoquent en dehors de Dieu » (6:108). Ces instructions ne se limitent pas aux idoles et aux divinités ; elles s’appliquent également aux dirigeants et aux héros nationaux d’un peuple. Si un groupe de personnes adhère à une conviction qui, selon vous, est erronée, et tient en haute estime certaines personnes qui, selon vous, ne le méritent pas, il n’est alors pas justifié, en islam, d’employer à leur égard un langage injurieux et de blesser ainsi leurs sentiments. L’islam n’interdit pas aux gens de débattre et de discuter des questions religieuses, mais il veut que ces discussions se déroulent avec bienséance. « Et ne discutez avec les gens du Livre que de la manière la plus courtoise » (29:46), dit le Coran. Cet ordre ne se limite pas aux gens des Écritures ; il s’applique avec la même rigueur à ceux qui suivent les autres religions.

10. Protection contre l’emprisonnement arbitraire

L’islam reconnaît également à l’individu le droit de ne pas être arrêté ou emprisonné pour les infractions commises par autrui. Le Saint Coran a clairement établi ce principe : « Nul ne portera le fardeau d’autrui » (6:164). L’islam croit en la responsabilité personnelle. Nous sommes nous-mêmes responsables de nos actes, et les conséquences de nos actions ne peuvent être transférées à quelqu’un d’autre. En d’autres termes, cela signifie que chacun est responsable de ses actes. Si un autre homme n’a pas participé à cet acte, il ne peut en être tenu responsable ni être arrêté. Il est profondément regrettable et honteux de voir ce principe juste et équitable, qui n’a été établi par aucun être humain mais par le Créateur et le Nourricier de l’univers tout entier, être bafoué et violé sous nos yeux. Au point qu’un homme est coupable d’un crime ou qu’il en est suspecté, mais que sa femme est arrêtée pour son crime. Les choses sont allées si loin que des innocents sont punis pour les crimes d’autrui. Pour donner un exemple récent, à Karachi (Pakistan), un homme était soupçonné d’avoir participé à un attentat à la bombe. Au cours de l’enquête policière, il fut soumis à d’horribles tortures afin de lui extorquer des aveux. Lorsqu’il maintint son innocence, la police arrêta alors sa mère, sa femme, sa fille et sa sœur et les amena au commissariat. Elles furent toutes dénudées en sa présence, et lui-même fut entièrement déshabillé sous leurs yeux, afin de lui extorquer des aveux. Il semble que, pour les besoins de l’enquête criminelle, il soit devenu convenable et légal dans notre pays de déshabiller les femmes innocentes de la famille afin de faire pression sur le suspect. Cela est véritablement révoltant et honteux. C’est le comble de la bassesse et de la dépravation. Ce que je rapporte ici n’est pas une simple rumeur : je dispose d’informations complètes sur cette affaire et je peux prouver mes allégations devant n’importe quel tribunal. Je voudrais demander ici de quel droit de tels tyrans, qui commettent ces crimes contre l’humanité, peuvent nous dire qu’ils sont musulmans, qu’ils administrent les affaires de l’État conformément aux enseignements de l’islam et que leur État est un État islamique. Ils transgressent et bafouent une loi claire du Saint Coran. Ils dénudent des hommes et des femmes, ce qui est strictement interdit en islam. Ils déshonorent et humilient l’humanité, puis prétendent être musulmans.
11. Le droit aux nécessités fondamentales de la vie L’islam a reconnu aux personnes démunies le droit de recevoir aide et assistance. « Et dans leurs biens, il y a un droit reconnu pour le nécessiteux et le déshérité » (51:19). Dans ce verset, le Coran n’a pas seulement conféré un droit, sur les biens des musulmans, à tout homme qui demande de l’aide ; il a également établi que si un musulman apprend qu’une personne est privée des nécessités fondamentales de la vie, qu’elle demande ou non de l’aide, il lui incombe d’aller à sa rencontre et de lui apporter toute l’aide qu’il peut lui fournir. À cette fin, l’islam ne s’est pas appuyé uniquement sur l’aide et la charité accordées volontairement, mais a rendu obligatoire la zakat, troisième pilier de l’islam, après la profession de foi et l’adoration de Dieu par l’accomplissement régulier des prières. Le Prophète a clairement enseigné à ce sujet : « Elle sera prélevée sur les riches et remise à ceux qui, dans la communauté, sont dans le besoin » (al-Bukhari et Muslim). Il a également été déclaré que l’État islamique devait soutenir ceux qui n’ont personne pour les soutenir. Le Prophète a dit : « Le chef de l’État est le tuteur de celui qui n’a personne pour le soutenir » (Abu Dawud, al-Tirmidhi). Le mot wali employé par le Prophète est un terme très complet, qui recouvre un vaste éventail de significations. S’il y a un orphelin ou une personne âgée, un infirme ou un chômeur, une personne invalide ou pauvre qui n’a personne d’autre pour la soutenir ou l’aider, il incombe à l’État de la soutenir et de l’assister. Si un mort n’a ni tuteur ni héritier, il incombe à l’État d’organiser convenablement son enterrement. En somme, l’État est chargé de veiller sur tous ceux qui ont besoin d’aide et d’assistance, et il en a la responsabilité. Un véritable État islamique est donc véritablement un État-providence, qui sera le tuteur et le protecteur de tous ceux qui sont dans le besoin.

12. Égalité devant la loi

L’islam accorde à ses citoyens le droit à une égalité absolue et complète devant la loi. En ce qui concerne les musulmans, le Saint Coran et les hadiths donnent des instructions claires : dans leurs droits et leurs obligations, ils sont tous égaux : « Les croyants sont frères les uns des autres » (49:10). « S’ils se repentent, accomplissent la prière et s’acquittent de l’aumône légale, alors ils sont vos frères en religion » (9:11). Le Prophète a dit : « La vie et le sang des musulmans ont la même valeur sacrée » (Abû Dâwûd ; Ibn Mâjah). Dans un autre hadith, il a dit : « La protection accordée par tous les musulmans est la même. Même le plus ordinaire d’entre eux peut accorder sa protection à n’importe quel homme » (al-Bukhârî ; Muslim ; Abû Dâwûd). Dans une autre Tradition plus détaillée du Prophète, il est dit que ceux qui reconnaissent l’unicité de Dieu, croient en la mission prophétique de Son Messager, abandonnent les préjugés primitifs et rejoignent la communauté et la fraternité musulmanes, « ont alors les mêmes droits et obligations que les autres musulmans » (al-Bukhârî ; al-Nisâ’î). Ainsi, il existe une égalité absolue entre les nouveaux convertis à l’islam et les anciens adeptes de la Foi. Cette fraternité religieuse et l’uniformité de leurs droits et obligations constituent le fondement de l’égalité dans la société islamique, où les droits et obligations d’une personne ne sont en aucune manière supérieurs ou inférieurs à ceux des autres. Quant aux citoyens non musulmans de l’État islamique, la règle de la charia islamique (loi) les concernant a été parfaitement exprimée par le calife ‘Alî en ces termes : « Ils n’ont accepté notre protection que parce que leurs vies peuvent être comme nos vies et leurs biens comme nos biens » (Abû Dâwûd). En d’autres termes, la vie et les biens des protégés [dhimmis] sont aussi sacrés que la vie et les biens des musulmans. La division des gens en différentes classes comptait parmi les plus grands crimes auxquels, selon le Coran, Pharaon se livrait : « Il avait divisé son peuple en différentes classes »… « Et il opprimait un groupe d’entre eux au profit des autres » (28:4).

13. Les dirigeants ne sont pas au-dessus de la loi

L’islam exige clairement que tous les fonctionnaires de l’État islamique, qu’il s’agisse du chef de l’État ou d’un simple employé, soient égaux devant la loi. Aucun d’eux n’est au-dessus de la loi ni ne peut revendiquer l’immunité. Même un simple citoyen, en islam, a le droit de présenter une requête ou de déposer une plainte en justice contre le plus haut responsable exécutif du pays. Le calife ‘Umar a dit : « J’ai moi-même vu le Prophète, que les bénédictions de Dieu soient sur lui, se faire justice à lui-même (se punir pour une insuffisance ou une faute). » À l’occasion de la bataille de Badr, alors que le Prophète alignait les rangs de l’armée musulmane, il frappa le ventre d’un soldat pour tenter de le repousser dans le rang. Le soldat se plaignit : « Ô Prophète, tu m’as fait mal avec ton bâton. » Le Prophète découvrit aussitôt son ventre et dit : « Je suis vraiment désolé ; tu peux te venger en me faisant la même chose. » Le soldat s’avança, embrassa l’abdomen du Prophète et dit que c’était tout ce qu’il désirait. Une femme appartenant à une famille noble et de haut rang fut arrêtée pour un vol. L’affaire fut portée devant le Prophète, et l’on recommanda de lui épargner la peine du vol. Le Prophète répondit : « Les nations qui vécurent avant vous furent détruites par Dieu parce qu’elles punissaient les gens du peuple pour leurs fautes et laissaient leurs dignitaires impunis pour leurs crimes ; je le jure par Celui (Dieu) qui tient ma vie dans Sa main : même si Fâtimah, la fille de Muhammad, avait commis ce crime, je lui aurais fait couper la main. » Sous le califat de ‘Umar, Muhammad, fils de ‘Amr ibn al-‘Âs, gouverneur d’Égypte, fouetta un Égyptien. Celui-ci se rendit à Médine et déposa sa plainte auprès du calife bien guidé, qui convoqua immédiatement le gouverneur et son fils à Médine. Lorsqu’ils comparurent devant lui à Médine, le calife remit un fouet au plaignant égyptien et lui demanda de fouetter le fils du gouverneur en sa présence. Après s’être vengé, alors que l’Égyptien allait rendre le fouet à ‘Umar, celui-ci lui dit : « Donne également un coup de fouet à l’honorable gouverneur. Son fils ne t’aurait certainement pas battu s’il n’avait pas été poussé par le faux orgueil qu’il tirait de la haute fonction de son père. » Le plaignant répondit : « Celui qui m’a battu, je me suis déjà vengé de lui. » ‘Umar dit : « Par Dieu, si tu l’avais battu, lui (le gouverneur), je ne t’en aurais pas empêché. Tu lui as fait grâce de ton plein gré. » Puis il (‘Umar) se tourna avec colère vers ‘Amr ibn al-‘Âs et lui dit : « Ô ‘Amr, depuis quand avez-vous commencé à réduire les gens en esclavage, alors que leurs mères les ont mis au monde libres ? » Lorsque l’État islamique prospérait dans sa gloire et sa splendeur premières, les gens du peuple pouvaient tout aussi bien porter plainte devant le tribunal contre le calife de l’époque, et le calife devait comparaître devant le qadi pour répondre aux accusations. Et si le calife avait une plainte contre un citoyen, il ne pouvait pas utiliser ses pouvoirs et son autorité administratifs pour régler l’affaire, mais devait la renvoyer devant le tribunal afin qu’elle soit dûment jugée.

14. Le droit d’éviter le péché

L’islam confère également à chaque citoyen le droit de ne pas être contraint de commettre un péché, un crime ou une infraction ; et si un gouvernement, un administrateur ou un chef de service ordonne à quelqu’un de faire quelque chose de mal, celui-ci a le droit de refuser d’obéir à cet ordre. Son refus d’exécuter un crime ou des instructions injustes ne serait pas considéré comme une infraction au regard du droit islamique. Au contraire, donner à ses subordonnés l’ordre de commettre un péché ou de faire le mal constitue en soi une infraction, et une infraction si grave que le fonctionnaire qui donne cet ordre pécheur, quels que soient son rang et sa fonction, peut être immédiatement révoqué. Ces instructions claires du Prophète sont résumées dans le hadith suivant : « Il n’est pas permis de désobéir à Dieu en obéissant aux ordres d’un être humain » (Musnad d’Ibn Hanbal). En d’autres termes, personne n’a le droit d’ordonner à ses subordonnés de faire quoi que ce soit qui soit contraire aux lois de Dieu. Si un tel ordre est donné, le subordonné a le droit de l’ignorer ou de refuser ouvertement d’exécuter ces instructions. Selon cette règle, aucun coupable ne pourra prouver son innocence ni échapper au châtiment en affirmant que l’infraction a été commise sur l’ordre du gouvernement ou de supérieurs hiérarchiques. Si une telle situation se présente, la personne qui commet l’infraction et celle qui ordonne qu’elle soit commise seront toutes deux passibles de poursuites pénales. Et si un fonctionnaire prend des mesures inconvenantes et injustes contre un subordonné qui refuse d’exécuter des ordres illégaux, ce dernier a le droit de saisir le tribunal pour protéger ses droits, et il peut demander que le fonctionnaire soit puni pour ses ordres fautifs ou injustes.
15. Le droit de participer aux affaires de l’État Selon l’islam, les gouvernements de ce monde sont en réalité les représentants (khulafa’) du Créateur de l’univers, et cette responsabilité n’est confiée ni à un individu, ni à une famille, ni à une classe ou à un groupe particulier de personnes, mais à l’ensemble de la nation musulmane. Le Saint Coran dit : « Dieu a promis de faire de ceux d’entre vous qui croient et accomplissent de bonnes œuvres Ses représentants sur la terre » (24:55). Cela indique clairement que la khilafah est un don collectif de Dieu, dans lequel le droit de chaque musulman n’est ni supérieur ni inférieur à celui de toute autre personne. La méthode correcte recommandée par le Saint Coran pour administrer les affaires de l’État est la suivante : « Leurs affaires sont réglées par la consultation entre eux » (42:38). Selon ce principe, tout musulman a le droit soit d’avoir directement voix au chapitre dans les affaires de l’État, soit d’y être représenté par une personne choisie par lui et par les autres musulmans pour participer à la consultation de l’État. En aucune circonstance, l’islam ne permet ni ne tolère qu’un individu, un groupe ou un parti d’individus prive les musulmans ordinaires de leurs droits et usurpe les pouvoirs de l’État. De même, l’islam ne considère pas comme juste ni convenable qu’un individu mette en scène une fausse apparence d’établissement d’une assemblée législative et que, par des manœuvres clandestines telles que la fraude, la persécution, la corruption, etc., il se fasse élire lui-même ainsi que les hommes de son choix à cette assemblée. Il s’agit non seulement d’une trahison envers le peuple, dont les droits sont usurpés par des moyens illégaux et iniques, mais aussi envers le Créateur, qui a confié aux musulmans la gouvernance de cette terre en Son nom et a prescrit la procédure d’une assemblée pour exercer ces pouvoirs. La shura, ou assemblée législative, n’a pas d’autre signification que les principes suivants : 1. Le chef de l’exécutif et les membres de l’assemblée doivent être élus par un choix libre et indépendant du peuple. 2. Le peuple et ses représentants doivent avoir le droit de critiquer et d’exprimer librement leurs opinions. 3. La situation réelle du pays doit être présentée au peuple sans dissimuler aucun fait, afin qu’il puisse se faire une opinion sur le bon fonctionnement ou non du gouvernement.
4. Il doit exister une garantie suffisante pour que seuls ceux qui bénéficient du soutien des masses gouvernent le pays, et que ceux qui ne parviennent pas à obtenir ce soutien soient démis de leur position d’autorité.

CHAPITRE QUATRE : LES DROITS DES ENNEMIS EN GUERRE

Après avoir traité des droits des citoyens d’un État islamique, je voudrais examiner brièvement les droits qu’Islam a accordés à ses ennemis. À l’époque où l’Islam entra en scène, le monde ignorait totalement la notion de règles humaines et décentes de la guerre. L’Occident prit conscience de cette notion pour la première fois grâce aux travaux du penseur du XVIIe siècle, Grotius. Mais la véritable codification du « droit international » en matière de guerre ne commença qu’au milieu du XIXe siècle. Avant cela, aucune notion de comportement civilisé dans la guerre n’existait en Occident. Toutes les formes de barbarie et de sauvagerie étaient perpétrées pendant les guerres, et les droits des belligérants n’étaient même pas reconnus, encore moins respectés. Les règles élaborées dans ce domaine au XIXe siècle ou durant la période qui suivit jusqu’à nos jours ne peuvent pas être qualifiées de « lois » au sens véritable du terme. Elles ont seulement la nature de conventions et d’accords, et les appeler « droit international » est en réalité une sorte de dénomination impropre, car aucune nation ne les considère comme contraignantes lorsqu’elle est en guerre, sauf, bien entendu, lorsque les adversaires conviennent eux aussi de les respecter. En d’autres termes, ces lois civilisées impliquent que, si nos ennemis les respectent, nous les respecterons également, mais que, s’ils ignorent ces conventions humaines et recourent à des méthodes barbares et cruelles pour mener la guerre, nous adopterons nous aussi les mêmes techniques ou des techniques similaires. Il est évident qu’une telle pratique, qui dépend d’une acceptation et d’un accord mutuels, ne peut être appelée « loi ». C’est la raison pour laquelle les dispositions de ce prétendu « droit international » ont été enfreintes et ignorées de toutes les manières, et que, chaque fois qu’elles ont été révisées, on y a apporté des ajouts ou des suppressions. Le droit de la guerre et de la paix en Islam : Les règles établies par l’Islam afin de rendre la guerre civilisée et humaine ont la nature de lois, car elles sont les commandements de Dieu et de Son Prophète, que les musulmans observent en toutes circonstances, indépendamment du comportement de l’ennemi. Il appartient maintenant aux savants de déterminer dans quelle mesure l’Occident a tiré parti des lois de la guerre données par l’Islam il y a treize cents ans ; et, même après avoir adopté certaines lois de l’Islam, dans quelle mesure l’Occident a atteint ces sommets de méthodes de guerre civilisées et humaines que les musulmans ont atteints grâce aux bénédictions de l’Islam. Les auteurs occidentaux ont souvent affirmé que le Prophète avait emprunté tous les éléments de son enseignement aux juifs et aux chrétiens. Plutôt que de dire quoi que ce soit pour réfuter cette affirmation, je recommande simplement au lecteur de se reporter à la Bible6, afin qu’il puisse voir quelles méthodes de guerre sont recommandées par le Livre sacré de ces prétendants occidentaux à la civilisation et à la culture. Nous avons examiné assez en détail les droits humains fondamentaux qu’Islam a accordés à l’homme. Voyons maintenant quels droits et quelles obligations Islam reconnaît à l’égard d’un ennemi.
Les droits des non-combattants : L’Islam a d’abord tracé une ligne de démarcation nette entre les combattants et les non-combattants du pays ennemi. En ce qui concerne la population non combattante, c’est-à-dire les femmes, les enfants, les vieillards, les infirmes, etc., les instructions du Prophète sont les suivantes : « Ne tuez aucun vieillard, aucun enfant ni aucune femme » (Abu Dawud). « Ne tuez pas les moines dans les monastères » ou « Ne tuez pas les gens qui se trouvent dans les lieux de culte » (Musnad d’Ibn Hanbal). Au cours d’une guerre, le Prophète vit le cadavre d’une femme gisant sur le sol et déclara : « Elle ne combattait pas. Comment a-t-elle donc été tuée ? » De cette parole du Prophète, les exégètes et les juristes ont déduit le principe selon lequel les non-combattants ne doivent pas être tués pendant ou après la guerre.
Les droits des combattants : Voyons maintenant quels droits Islam a accordés aux combattants.
1. La torture par le feu Dans un hadith, on rapporte cette parole du Prophète : « Le châtiment par le feu ne convient à personne si ce n’est au Maître du Feu » (Abu Dawud). L’injonction déduite de cette parole est que l’adversaire ne doit pas être brûlé vif.
2. La protection des blessés « N’attaquez pas un blessé », dit le Prophète. Cela signifie que les soldats blessés qui ne sont pas aptes à combattre et qui ne combattent effectivement pas ne doivent pas être attaqués.
3. Le prisonnier de guerre ne doit pas être tué « Aucun prisonnier ne doit être passé au fil de l’épée » : telle est l’instruction très claire et sans équivoque donnée par le Prophète (S).
4. Nul ne doit être attaché pour être tué « Le Prophète a interdit de tuer quiconque est attaché ou se trouve en captivité. »
5. Ni pillage ni destruction dans le pays ennemi Le Prophète a également ordonné aux musulmans que, s’ils entraient sur le territoire ennemi, ils ne se livrent ni au pillage ni au brigandage, ne détruisent pas les zones d’habitation et ne touchent aux biens de personne, à l’exception de ceux qui les combattent. Il est rapporté dans un hadith : « Le Prophète a interdit aux croyants le pillage et le brigandage » (al-Bukhari ; Abu Dawud). Son injonction est la suivante : « Le butin n’est pas plus licite que la charogne » (Abu Dawud). Abu Bakr al-Siddiq avait coutume d’ordonner aux soldats, lorsqu’il les envoyait à la guerre : « Ne détruisez ni les villages ni les villes, ne ravagez pas les champs cultivés et les jardins, et n’abattez pas le bétail. » Le butin de guerre acquis sur le champ de bataille est tout à fait différent de cela. Il se compose des richesses, des provisions et du matériel capturés uniquement dans les camps et les quartiers généraux militaires des armées combattantes.
6. L’inviolabilité des biens Il a également été interdit aux musulmans de prendre quoi que ce soit aux habitants d’un pays conquis sans le payer. Si, pendant une guerre, l’armée musulmane occupe une région du pays ennemi et y établit son camp, elle n’a pas le droit d’utiliser les biens appartenant aux habitants sans leur consentement. Si elle a besoin de quelque chose, elle doit l’acheter à la population locale ou obtenir l’autorisation des propriétaires. Abu Bakr al-Siddiq, lorsqu’il donnait ses instructions aux armées musulmanes envoyées au front, allait jusqu’à dire que les soldats musulmans ne devaient même pas utiliser le lait des animaux laitiers sans la permission de leurs propriétaires.
7. L’inviolabilité des dépouilles Islam a catégoriquement interdit à ses adeptes de profaner ou de mutiler les cadavres de leurs ennemis, comme cela se pratiquait en Arabie avant l’avènement de l’Islam. Il est dit dans un hadith : « Le Prophète nous a interdit de mutiler les cadavres des ennemis » (al-Bukhari ; Abu Dawud). La circonstance dans laquelle cet ordre fut donné est très instructive. Lors de la bataille d’Uhud, les mécréants mutilèrent les corps des musulmans tombés sur le champ de bataille et ayant sacrifié leur vie pour l’Islam : ils leur coupèrent les oreilles et le nez, puis les enfilèrent ensemble pour les porter autour de leur cou comme trophées de guerre. L’abdomen de Hamzah, l’oncle du Prophète, fut ouvert par Quraysh ; son foie fut retiré et mâché par Hind, l’épouse d’Abu Sufyan, le chef de l’armée mecquoise. Les musulmans furent naturellement indignés par cette scène horrible. Mais le Prophète demanda à ses compagnons de ne pas infliger un traitement semblable aux cadavres des ennemis. Ce grand exemple de patience et de retenue suffit à convaincre tout homme raisonnable qui n’est pas aveuglé par les préjugés ou les partis pris qu’Islam est réellement la religion envoyée par le Créateur de l’univers, et que, si les émotions humaines avaient eu une quelconque place dans Islam, cette scène horrible sur le champ de bataille d’Uhud aurait incité le Prophète à ordonner à ses compagnons de mutiler les corps de leurs ennemis de la même manière.
8. Restitution des cadavres de l’ennemi Lors de la bataille d’Ahzab, un guerrier ennemi très renommé et redoutable fut tué, et son corps tomba dans la tranchée que les musulmans avaient creusée pour défendre Médine. Les mécréants offrirent dix mille dinars au Prophète et demandèrent que le corps sans vie de leur guerrier tombé leur soit remis. Le Prophète répondit : « Je ne vends pas les cadavres. Vous pouvez emporter la dépouille de votre compagnon tombé. »
9. Interdiction de violer les traités Islam a strictement interdit la traîtrise. L’une des instructions que le Prophète donnait aux guerriers musulmans lorsqu’il les envoyait au front était : « Ne vous rendez pas coupables de trahison. » Cet ordre a été répété maintes et maintes fois dans le Saint Coran et les hadiths : même si l’ennemi se montre traître, qu’il le fasse, vous ne devez jamais revenir sur votre promesse. Il existe un épisode célèbre lié au traité de paix de Hudaybiyyah. Après que les conditions du traité eurent été établies, Abu Jandal, le fils de l’émissaire des mécréants qui avait négocié ce traité avec les musulmans, arriva au camp musulman en courant, entravé et couvert de sang, et implora de l’aide. Le Prophète lui dit : « Puisque les conditions du traité ont été fixées, nous ne sommes pas en mesure de te venir en aide. Tu dois retourner auprès de ton père. Dieu t’offrira une autre occasion d’échapper à cette persécution. » Toute l’armée musulmane fut profondément touchée et attristée par le triste sort d’Abu Jandal, et beaucoup furent émus jusqu’aux larmes. Mais lorsque le Prophète déclara : « Nous ne pouvons pas rompre l’accord », pas une seule personne ne s’avança pour aider le malheureux prisonnier, si bien que les mécréants le traînèrent de force jusqu’à La Mecque. C’est un exemple sans égal du respect des conditions d’un accord par les musulmans, et l’histoire islamique peut fournir de nombreux exemples similaires.

10. Règles concernant la déclaration de guerre

Il est établi dans le Saint Coran : « Si tu crains une trahison de la part d’un peuple, alors rejette ouvertement le traité à leur figure » (8:58). Dans ce verset, il est interdit aux musulmans d’ouvrir les hostilités contre leurs ennemis sans leur déclarer dûment la guerre, à moins, bien entendu, que l’adversaire n’ait déjà commencé à les agresser. Sinon, le Coran a clairement prescrit aux musulmans de faire savoir à leurs ennemis qu’aucun traité n’existe entre eux et qu’ils sont en guerre avec eux. Le « droit international » actuel a également établi que les hostilités ne doivent pas commencer sans déclaration de guerre ; mais, puisqu’il s’agit d’une règle humaine, ses adeptes sont libres de la violer chaque fois que cela leur convient. En revanche, les lois applicables aux musulmans ont été établies par Dieu ; elles ne peuvent donc être violées.

Conclusion :

Ceci est un bref aperçu des droits que, il y a quatorze cents ans, l’islam a accordés à l’être humain, à ceux qui étaient en guerre les uns contre les autres et aux citoyens de son État, droits que tout croyant considère comme sacrés au même titre que la loi. D’une part, notre foi en l’islam se trouve renouvelée et renforcée lorsque nous constatons que, même à l’époque moderne, qui se targue si bruyamment de progrès et de lumières, le monde n’a pas été capable de produire des lois plus justes et plus équitables que celles qui furent données il y a quatorze cents ans. D’autre part, il est douloureux de constater que les musulmans possèdent un système de droit aussi remarquable et complet, tout en se tournant pour être guidés vers les dirigeants de l’Occident, qui n’auraient même pas pu rêver d’atteindre ces sommets de vérité et de justice réalisés il y a bien longtemps. Plus douloureuse encore est la constatation que, partout dans le monde, les dirigeants qui prétendent être musulmans ont fait de la désobéissance à Dieu et au Prophète la base et le fondement de leur gouvernement. Que Dieu leur fasse miséricorde et leur accorde la véritable guidance.

Témoin devant l’humanité

par Sayyid Abul Al’a Maududi

Traduit et édité par Khurram Murad Témoin de la vérité

La Fondation islamique

Louanges et salutations

Notre message

La finalité et le devoir de l’Oumma musulmane Responsabilités et devoirs

L’unique raison d’être

Témoignage de la vérité Nature et importance Responsabilité de l’Oumma
Comment devons-nous témoigner de la vérité ? Témoignage par la parole Témoignage par les actes

L’État islamique

Où en sommes-nous ?

Notre témoignage par la parole

Notre témoignage par les actes

Et avec quelles conséquences !

Notre châtiment

Dans ce monde

Le châtiment dans l’au-delà
Quel est notre véritable problème ?

Les faux problèmes

Notre véritable problème

Louanges et salutations Toutes les louanges reviennent à Dieu, qui est le seul Créateur, Maître et Souverain de l’univers. C’est Lui qui le gouverne avec une sagesse parfaite, un pouvoir absolu et une miséricorde infinie. C’est Lui qui a créé l’homme, l’a doté de connaissance et de raison, en a fait Son lieutenant sur terre, et lui a envoyé Ses Livres et Ses Messagers pour le guider. Que Dieu bénisse tous Ses serviteurs justes et nobles qui furent chargés d’enseigner à l’homme comment vivre en véritables êtres humains, qui lui firent prendre conscience du véritable but de sa vie et lui montrèrent la bonne manière de vivre dans ce monde. Toute part de véritable guidance, de moralité, de piété et d’altruisme que le monde possède aujourd’hui, il la doit aux enseignements de ces serviteurs de Dieu, que la paix soit sur eux. C’est une dette qui ne pourra jamais être suffisamment acquittée.

Notre message

Frères et amis, nous divisons habituellement nos réunions en deux parties. Dans l’une, nous examinons entre nous nos activités et discutons des plans visant à les faire progresser. Nous consacrons l’autre à transmettre notre message aux habitants de la région où se tient notre réunion. Nous vous avons donc invités à vous joindre à nous afin que nous puissions vous expliquer notre message. D’une part, notre message s’adresse aux musulmans et, d’autre part, à tous les êtres humains qui sont en dehors de l’islam. Il est toutefois regrettable que je ne voie ici aujourd’hui personne appartenant à cette seconde catégorie. Nos erreurs passées et présentes sont responsables de l’éloignement d’un grand nombre de personnes à notre égard. C’est pourquoi nous avons rarement l’occasion soit de les rapprocher de nous, soit de nous rapprocher d’elles, afin de leur transmettre le message envoyé par Dieu, en qui nous croyons tous, par l’intermédiaire de Ses Messagers, pour nous guider tous. Puisque aucun non-musulman n’est présent parmi nous, je me concentrerai uniquement sur la partie de notre message destinée aux musulmans.

Le but et le devoir de la communauté musulmane

Responsabilités et devoirs

Aux musulmans, nous n’avons qu’une chose très simple à dire : comprenez et assumez les responsabilités et les devoirs qui vous incombent du fait que vous êtes musulmans. Vous ne pouvez pas vous en tirer en vous contentant d’affirmer que vous êtes musulmans et que vous avez accepté Dieu comme votre seul Dieu et l’islam comme votre religion. Au contraire, dès que vous reconnaissez Allah comme votre seul Seigneur et Sa guidance comme votre mode de vie, vous assumez certaines obligations et certains devoirs. Vous devez toujours garder ces obligations à l’esprit et vous efforcer constamment de vous acquitter de ces devoirs. Si vous cherchez à les éluder, vous n’échapperez pas aux funestes conséquences de votre conduite ici-bas ou dans l’au-delà. Quels sont ces devoirs ? Ils ne se limitent pas à affirmer la foi en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses Messagers et au Jour du Jugement. Ils ne se limitent pas non plus à accomplir les prières, à observer les jeûnes, à effectuer le pèlerinage et à verser l’aumône. Ces devoirs ne s’épuisent pas davantage dans l’observation des prescriptions de l’islam relatives au mariage, au divorce et à l’héritage. Au-delà de tous ces devoirs, il en est un qui est le plus important : faire de vos vies le témoignage, devant toute l’humanité, de la Vérité que Dieu vous a donnée, cette Vérité que vous tenez pour vraie.

L’unique but de l’existence

Le Coran affirme clairement que témoigner de la Vérité d’une manière qui ne laisserait à l’humanité aucun motif légitime de la nier est l’unique raison pour laquelle vous avez été constitués en une Ummah distincte, appelée musulmane. « Et c’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu, afin que vous soyez témoins de la Vérité devant toute l’humanité, et que le Messager soit témoin devant vous » (al-Baqarah 2:143). Cette mission est l’objectif unique pour lequel votre Ummah a été créée ; elle est la raison d’être de son existence en tant que société humaine. À moins de l’accomplir, vous gaspillez votre vie. Car il ne s’agit pas d’un devoir ordinaire : c’est un devoir que Dieu vous a imposé. C’est un commandement et un appel divins : « Ô croyants, soyez toujours fermes en vous levant pour la cause de Dieu et en témoignant avec équité » (al-Ma’idah 5:8). Ce n’est pas une chose insignifiante, mais un mandat solennel et grave, car Allah dit également : « Et qui est plus injuste que celui qui dissimule un témoignage qui lui a été confié par Dieu ? » (al-Baqarah 2:140). Vous avez été avertis des conséquences de votre esquive de ce devoir. Regardez l’histoire des enfants d’Israël. Eux aussi furent chargés de témoigner ; mais tantôt ils dissimulaient la Vérité, tantôt ils témoignaient contre elle. Par leur conduite, ils devinrent en fait des témoins du mensonge plutôt que des témoins de la Vérité. Il en résulta que Dieu les abandonna et qu’une malédiction s’abattit sur eux. Ainsi, l’humiliation et l’impuissance les frappèrent, et ils encoururent la colère de Dieu (al-Baqarah 2:61).
Témoigner de la Vérité Que signifie ce devoir de témoignage ? Réfléchissez-y attentivement : vous avez reçu la guidance divine, on vous a montré la Vérité. Vous devez donc établir, par votre témoignage, son authenticité et sa véracité devant toute l’humanité. Il s’agit d’un témoignage qui rendra l’authenticité et la véracité de la guidance divine évidentes par elles-mêmes, aux yeux de tous, et d’un témoignage qui les rendra claires et incontestables pour tous les hommes. C’est précisément pour cela que tous les Messagers furent envoyés dans le monde ; telle était leur mission première. Après eux, leurs disciples furent chargés du même devoir. Et maintenant, l’Ummah musulmane, en tant que successeur du Dernier Prophète — que les bénédictions et la paix soient sur lui —, est chargée de cette même mission, tout comme lui en fut chargé durant sa vie.
Nature et importance Quelle est l’importance de ce témoignage ? Vous n’en comprendrez l’importance que lorsque vous aurez compris que l’homme est tenu responsable de sa conduite et qu’il sera récompensé ou châtié dans l’Au-delà selon la Loi divine, qui repose entièrement sur ce témoignage. Dieu est parfaitement Sage, infiniment Miséricordieux et parfaitement Juste. Sa miséricorde, Sa justice et Sa sagesse ne sont pas telles qu’Il châtierait des gens pour avoir vécu contre Sa volonté alors qu’ils n’en avaient aucune connaissance, qu’Il demanderait des comptes à des gens pour s’être écartés du droit chemin dont ils ignoraient l’existence, ou qu’Il tiendrait des gens responsables de choses dont ils n’avaient pas conscience. [1] C’est pour parer à cette éventualité que le premier homme qu’Il créa fut un Messager, et qu’après lui beaucoup d’autres furent envoyés de temps à autre. [2] Ils devaient tous témoigner devant l’humanité, afin de lui faire comprendre et lui rappeler la volonté de Dieu. Ils devaient tous enseigner aux êtres humains la manière correcte de conduire leur vie, le code de conduite qu’ils devaient adopter pour obtenir la faveur de Dieu, les actes qu’ils devaient accomplir, ceux qu’ils devaient éviter et les choses pour lesquelles ils seraient appelés à rendre des comptes. [3] Les Messagers d’Allah ont apporté ce témoignage afin que les gens ne puissent pas dire à Dieu : « Comment pouvons-nous être châtiés pour des choses contre lesquelles nous n’avons pas été avertis ? » Le Coran dit : « Nous avons envoyé les Messagers comme annonciateurs de bonnes nouvelles et avertisseurs, afin que les hommes n’aient aucun argument à opposer à Dieu après la venue de ces Messagers ; et Dieu est Tout-Puissant et Sage » (al-Nisa’ 4:165). De cette manière, Dieu a confié à Ses Messagers la responsabilité cruciale de guider l’homme en Son nom. Ils furent ainsi chargés d’une responsabilité très délicate et grave : s’ils témoignaient correctement de la Vérité, les gens seraient responsables de leurs propres actes ; mais s’ils manquaient à leur devoir, ils seraient eux-mêmes appelés à rendre compte de l’égarement de leur peuple. En d’autres termes, si les Messagers ne rendaient pas les gens responsables de leur conduite en leur apportant un témoignage concluant et incontestable de la Vérité, les gens tiendraient les Messagers responsables de leurs propres méfaits, en disant : « La connaissance que Dieu vous a donnée, vous ne nous l’avez pas communiquée ; le mode de vie qu’Il vous a montré, vous ne nous l’avez pas montré. » [4] C’est pourquoi tous les Messagers demeurèrent toujours profondément conscients du poids de cette responsabilité, et c’est pourquoi ils s’efforcèrent avec tant d’ardeur de témoigner devant les gens de la Vérité qui leur avait été confiée. [5]
Responsabilité de l’Ummah Tous ceux que les Messagers avaient conduits à la connaissance de la Vérité et de la guidance divine furent constitués en une communauté, une Ummah. Chaque Ummah fut chargée de la même mission que les Messagers : témoigner de la Vérité. En tant que successeur des Messagers, chaque Ummah a le même rôle crucial et la même responsabilité qu’eux. Ainsi, si une Ummah s’acquitte correctement de son devoir de témoigner de la Vérité et que, malgré cela, les gens n’y prêtent pas attention, elle sera récompensée et les gens seront appelés à rendre des comptes. En revanche, si l’Ummah néglige son devoir ou rend un faux témoignage, elle méritera d’être châtiée plus sévèrement que les gens. L’Ummah devra rendre des comptes non seulement de ses propres méfaits, mais aussi des méfaits de ceux qui se sont égarés ou qui se sont tournés vers l’erreur et la perversité parce que le témoignage que l’Ummah leur avait apporté était trompeur ou mensonger. Telle est, frères, la nature et la logique de ce devoir grave et crucial qui incombe à moi, à vous et à tous ceux qui se considèrent comme faisant partie de l’Ummah musulmane, ou qui ont pris suffisamment connaissance du Livre de Dieu et de la guidance apportée par Ses Messagers.

Notes de Khurram Murad

1. La loi de Dieu pour le Jugement : Le Coran a expliqué en détail la loi selon laquelle la responsabilité de l’homme au Jour du Jugement dépend du témoignage rendu devant lui en faveur de la Vérité par ceux qui la portent. Il est important de comprendre ce que le Coran dit à cet égard. Premièrement, pourquoi l’homme a-t-il été placé sur terre ? Afin qu’il utilise tout son immense potentiel pour se conduire de la manière juste qui donnera un sens à sa vie. Et c’est Lui qui a créé les cieux et la terre en six jours, tandis que Son Trône était sur les eaux, afin de vous éprouver et de voir lequel de vous se conduit le mieux (Hud 11:7). Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver et de voir lequel de vous se conduit le mieux (al-Mulk 67:2). Nous avons fait de tout ce qui est sur la terre une parure pour elle, afin de les éprouver et de voir lequel d’entre eux se conduit le mieux (al-Kahf 18:7). Deuxièmement, quel est le sens et le but de la vie de l’homme ? Il doit vivre comme son Créateur désire qu’il vive : dans la soumission et l’adoration de Lui seul. Non parce que Dieu a besoin de son adoration d’une quelconque manière, mais parce que l’homme doit adorer uniquement son Créateur et nul autre, afin que sa propre nature ne soit ni pervertie ni corrompue, et qu’il ne vive pas en opposition avec son caractère intrinsèque. En outre, ce n’est qu’en vivant ainsi que sa vie terrestre sera mise sur la bonne voie et prospérera, lui apportant paix et bonheur — ce que le Coran appelle falah. Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils Me servent et M’adorent. Je ne leur demande aucune subsistance et ne désire pas qu’ils Me nourrissent (al-Dhariyat 51:56-57). Troisièmement, par conséquent, la vie terrestre de l’homme doit être jugée. Il doit rendre compte de sa conduite et faire face aux conséquences de la manière dont il vit sa vie. Évidemment, pour être jugé équitablement, ce jugement ne peut avoir lieu qu’après la fin de sa vie terrestre, et uniquement par Celui qui lui a donné cette vie, qui sait toute chose, qui est Tout-Puissant et parfaitement juste. Alors seulement il pourra être jugé équitablement, récompensé ou puni comme il se doit, pour tout : depuis les pensées les plus secrètes et les plus intimes jusqu’aux conséquences de sa conduite, qui s’étendent au loin et au-delà de la vie, jusqu’aux générations à venir. Le juge doit donc être le Roi et le Maître du Jour du Jugement. Pensiez-vous que Nous vous avions créés en vain, comme un simple jeu, et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ? Exalté soit donc Dieu, le Roi, le Vrai ! Il n’y a de dieu que Lui, le Seigneur du Trône noble (al-Mu’minun 23:115-116). Nous n’avons pas créé les cieux, la terre et tout ce qui est entre eux en vain, comme un simple jeu ; Nous ne les avons créés qu’avec vérité [un sens et un but], mais la plupart ne le comprennent pas (al-Dukhan 44:38-39). Ceux qui commettent de mauvaises actions pensent-ils que Nous les placerons au même rang que ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres, dans leur vie comme dans leur mort ? Quel mauvais jugement ! Dieu a créé les cieux et la terre avec vérité [un sens et un but], afin que chaque être humain soit rétribué pour ce qu’il a acquis, et qu’ils ne soient pas lésés (al-Jathiyah 45:21-22). Tout être humain goûtera la mort ; et vous recevrez certainement votre pleine rétribution au Jour de la Résurrection. Celui qui sera alors éloigné du Feu et admis au Paradis aura certes remporté le triomphe ; la vie de ce monde n’est qu’une jouissance trompeuse (Al ‘Imran 3:185). Nous dresserons les balances de la justice au Jour de la Résurrection, et aucune âme ne sera lésée en rien ; fût-ce le poids d’un grain de moutarde, Nous le ferons venir, et Nous suffisons pour demander les comptes (al-Anbiya’ 21:47). Il connaît le regard furtif et ce que les cœurs dissimulent (Ghafir 40:19). Quatrièmement, le destin ultime de l’homme se trouve donc dans la vie future, dans l’Akhirah. Il est tout aussi important de constater que le récit de l’Akhirah donné par le Coran démontre clairement et souligne à maintes reprises que l’homme y sera jugé selon une justice régulière, équitable et impartiale, avec miséricorde et bonté. Personne ne sera lésé ni traité injustement, fût-ce du poids d’un atome. Rivalisez donc les uns avec les autres, hâtez-vous vers le pardon de votre Seigneur et vers un Paradis aussi vaste que les cieux et la terre, préparé pour ceux qui sont conscients de Dieu (Al ‘Imran 3:133). Ô mon peuple, la vie de ce monde n’est qu’une brève jouissance ; la vie future est certes la demeure durable. Celui qui y commettra une mauvaise action ne sera rétribué que par son équivalent ; mais ceux, hommes ou femmes, qui accomplissent de bonnes œuvres tout en étant croyants entreront au Paradis, où ils recevront des bienfaits sans mesure (Ghafir 40:39-40). Dieu ne fera certes pas la moindre injustice, fût-ce du poids d’un atome (al-Nisa’ 4:40). Cinquièmement, en toute justice, l’homme doit donc être informé de la manière dont il doit vivre sa vie terrestre. Autrement dit, il doit connaître son Créateur et Seigneur, ce qu’Il attend de lui, la manière dont Il veut qu’il L’adore et se soumette à Lui. Tant que l’homme ne connaît pas tout cela, il ne peut être tenu pleinement responsable et comptable s’il suit une mauvaise voie de vie. Cette connaissance lui a été donnée dans sa propre nature, dans l’univers qui l’entoure et dans les révélations transmises par les Messagers de Dieu. Et lorsque ton Seigneur tira des reins des fils d’Adam leur descendance et les fit témoigner contre eux-mêmes : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? » Ils répondirent : « Si, nous en témoignons », afin que vous ne disiez pas au Jour de la Résurrection : « Nous étions inconscients de cela. » Ou que vous ne disiez : « Nos pères avaient auparavant associé des partenaires à Dieu, et nous n’étions que leurs descendants après eux. Vas-Tu donc nous détruire à cause de ce qu’ont fait les fauteurs de vanité ? » (al-A’raf 7:172-173). Que de signes il y a dans les cieux et sur la terre, auprès desquels ils passent sans y prêter attention et auxquels ils tournent le dos ! La plupart d’entre eux ne croient pas en Dieu sans Lui associer des partenaires (Yusuf 12:105-106). [Et Dieu dira :] « Ô communauté des djinns et des hommes, des Messagers issus de vous-mêmes ne sont-ils pas venus à vous, vous communiquant Mes révélations et vous avertissant de la rencontre de ce jour qui est le vôtre ? » … Cela parce que ton Seigneur ne détruit pas injustement des cités alors que leurs habitants sont ignorants (al-An’am 6:130-131). Sixièmement, pour un certain nombre de raisons, qu’il n’est pas possible d’examiner ici, seul Dieu, et nul autre, peut fournir à l’homme la connaissance de la bonne direction. Premièrement et avant tout, parce que Lui seul peut lui dire comment il doit se rapporter à Lui. Deuxièmement, parce que seul le Créateur peut lui dire comment il doit se rapporter à lui-même, aux autres êtres humains et à toutes les autres choses de l’univers. Enfin, parce que Dieu seul peut donner à l’homme une direction applicable universellement et en tout temps. Dis : « Parmi ceux que vous associez à Dieu, y en a-t-il qui guide vers la Vérité ? » Dis : « Dieu seul guide vers la Vérité. » Celui qui guide vers la Vérité mérite-t-il davantage d’être suivi, ou celui qui ne peut guider qu’à condition d’être lui-même guidé ? Qu’avez-vous donc ? Comment jugez-vous ? La plupart d’entre eux ne suivent que des conjectures, or les conjectures ne sauraient jamais tenir lieu de vérité (Yunus 10:35-36). Dis : « Invoquerons-nous, en dehors de Dieu, ce qui ne peut ni nous être utile ni nous nuire, et retournerons-nous sur nos talons après que Dieu nous a guidés dans la bonne voie ? Serons-nous comme celui que les démons ont séduit et rendu perplexe sur terre, tandis que ses compagnons l’appellent à la bonne direction : “Viens à nous !” » Dis : « La direction de Dieu est la seule véritable direction ; il nous a donc été ordonné de nous soumettre au Seigneur des mondes » (al-An’am 6:71).
Telle est donc la loi divine concernant le jugement de l’homme. Cette loi a pour principe central que la Vérité soit attestée devant l’humanité pleinement, fidèlement et par tous les moyens possibles. Car sans la direction de Dieu, la vie terrestre de l’homme, individuelle comme collective, aboutira à la misère et à la souffrance. Mais, plus important encore, sans cette direction l’homme ne pourra jamais rendre glorieux son destin ultime.
2. La promesse de Dieu de guider : Adam, selon le Coran, n’est ni un personnage mythique ni simplement un symbole de la race humaine. Il est mentionné comme Messager, avec Noé et Abraham. Dieu a élu Adam, Noé, la famille d’Abraham et la famille d’Imran au-dessus de tous les mondes, comme descendants les uns des autres (Al ‘Imran 3:33). Il reçut la connaissance et la direction (2:31-35) ; lorsqu’il erra et que ses faiblesses lui furent révélées, Dieu se tourna vers lui avec miséricorde, l’éleva, le guida et lui promit, ainsi qu’à sa descendance, une direction permanente (20:115-127, 2:38-39). Adam désobéit à son Seigneur et s’égara. Puis son Seigneur l’élut, se tourna vers lui et le guida. Il dit : « Descendez tous deux d’ici, vous serez ennemis les uns des autres. Cependant, une direction viendra certainement à vous de Ma part ; quiconque suivra Ma direction ne s’égarera ni ne sera malheureux. Mais quiconque se détournera de Mon rappel aura une vie étroite, et au Jour de la Résurrection Nous le ressusciterons aveugle. » Il dira : « Ô mon Seigneur, pourquoi m’as-Tu ressuscité aveugle alors que je voyais ? » Dieu dira : « Il en est ainsi. Nos signes te sont venus et tu les as oubliés ; aujourd’hui, tu es donc oublié » (Ta Ha 20:121-126).
3. Les Messagers et leur mission : C’est pour accomplir cette promesse faite à l’humanité que, premièrement, Dieu envoya Ses Messagers avec Sa direction et la Vérité à chaque peuple — le Coran en a nommé certains, mais pas tous. Nous t’avons envoyé avec la Vérité, annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur ; il n’est pas de communauté qui n’ait déjà reçu un avertisseur (al-Fatir 35:24). Nous t’avons révélé ce que Nous avions révélé à Noé et aux prophètes après lui, et ce que Nous avions révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et aux descendants de celui-ci, ainsi qu’à Jésus, Job, Jonas, Aaron et Salomon ; et Nous avons donné les Psaumes à David. Il y a des Messagers dont Nous t’avons parlé auparavant et des Messagers dont Nous ne t’avons pas parlé ; et Dieu a réellement parlé à Moïse. Des Messagers annonciateurs et avertisseurs, afin qu’après la venue des Messagers les hommes n’aient aucun argument à opposer à Dieu. Dieu est Tout-Puissant et Sage (al-Nisa’ 4:163-165). Deuxièmement, Il leur confia à tous cette mission et ce devoir : communiquer la Vérité, inviter les gens à adorer le Dieu unique et à se soumettre à Lui comme à leur seul Seigneur, par la parole et par l’exemple. En d’autres termes, témoigner de la Vérité devant les hommes et les femmes auxquels ils étaient envoyés, afin qu’ils n’aient aucun argument à présenter devant Dieu, qu’ils puissent être interrogés sur la manière dont ils avaient vécu leur vie, que ceux qui avaient vécu selon la Vérité soient récompensés et que ceux qui ne l’avaient pas fait soient punis. Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager sans lui révéler : « Il n’y a de dieu que Moi ; adorez-Moi donc et servez-Moi seul » (al-Anbiya’ 21:25). Tel fut Notre argument, que Nous donnâmes à Abraham contre son peuple. Nous élevons en degrés qui Nous voulons. Ton Seigneur est Sage et Omniscient. Nous lui donnâmes Isaac et Jacob, et Nous les guidâmes tous deux ; et auparavant Nous avions guidé Noé, ainsi que parmi sa descendance David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron — c’est ainsi que Nous récompensons ceux qui font le bien — Zacharie, Jean, Jésus et Élie, qui étaient tous des justes ; ainsi qu’Ismaël, Élisée, Jonas et Loth. Nous avons favorisé chacun d’eux au-dessus des autres hommes, de même que certains de leurs ancêtres, de leurs descendants et de leurs frères. Nous les avons élus et guidés vers le droit chemin. Telle est la direction de Dieu : Il guide par elle qui Il veut parmi Ses serviteurs. S’ils avaient associé des partenaires à Dieu, tout ce qu’ils avaient accompli aurait été vain. Ce sont ceux auxquels Nous avons donné le Livre, le Jugement et la Prophétie. S’ils la renient, Nous l’avons confiée à des gens qui ne la renient pas. Ceux-là sont ceux que Dieu a guidés ; suis donc leur direction. Dis : « Je ne vous demande pour cela aucune récompense ; ce n’est qu’un rappel pour les mondes » (al-An’am 6:83-90). Nous avons certes envoyé Nos Messagers avec des preuves claires et fait descendre avec eux le Livre et la Balance, afin que les hommes établissent la justice (al-Hadid 57:25). Le Prophète Muhammad fut le dernier d’entre eux. Il n’apporta aucune Vérité, aucun message ni aucune direction nouveaux ; il vint avec la même Vérité et fut chargé de la même mission et du même devoir que tous les Messagers qui l’avaient précédé. Ce devoir et cette mission ont été exprimés de plusieurs manières : avertir (indhar), annoncer de bonnes nouvelles (tabshir), inviter et appeler (da’wah), communiquer (tabligh), rappeler (dhikr), enseigner (ta’lim), transmettre et propager (tilawah), ordonner et promouvoir le bien et le juste, interdire et éradiquer le mal et le blâmable (amr bi ’l-ma’ruf wa nahy ’ani ’l-munkar), établir le Din (iqamah), établir la justice (qist), faire prévaloir la direction divine et le Din (izhar), ou témoigner (shahadah). Toutes ces expressions désignent la même mission, bien que sous des angles différents et avec des accents différents. Ô Prophète, Nous t’avons envoyé comme témoin [de la Vérité], annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur, comme celui qui appelle à Dieu avec Sa permission, et comme une lampe lumineuse (al-Ahzab 33:45-46). Ô Messager, transmets ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur ; si tu ne le fais pas, tu n’auras pas transmis Son message (al-Ma’idah 5:67). De même, Nous avons envoyé parmi vous un Messager issu de vous-mêmes, qui vous communique Nos révélations, vous purifie, vous enseigne le Livre et la sagesse, et vous enseigne ce que vous ne saviez pas (al-Baqarah 2:151). C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la direction et la voie de la Vérité, afin qu’il la fasse prévaloir sur toutes les autres voies de vie ; et Dieu suffit comme témoin (al-Fath 48:28 ; voir aussi 9:33, 61:9). … ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré, qu’ils trouvent mentionné chez eux dans la Torah et l’Évangile, qui leur ordonne le bien et leur interdit le mal, leur rend licites les bonnes choses et illicites les mauvaises, et les décharge de leurs fardeaux et des carcans qui pesaient sur eux. Ceux qui croient en lui, le soutiennent, l’assistent et suivent la lumière descendue avec lui, ceux-là sont les bienheureux (al-A’raf 7:157).
4. La responsabilité de l’homme et le témoignage : Le témoignage rendu par les Messagers et par tous ceux qui sont chargés du même devoir est le fondement de la responsabilité de l’homme dans l’Akhirah, ainsi que de sa récompense et de son châtiment. La Vérité leur est attestée afin qu’ils ne puissent opposer aucun argument à Dieu ; ils seront tenus pour responsables parce qu’ils l’ont reçue. Cette position est exposée dans de nombreux passages du Coran et sous des perspectives diverses, comme nous l’avons vu précédemment. Quiconque suit la bonne voie la suit dans son propre intérêt, et quiconque s’égare ne s’égare qu’à son propre détriment ; aucune âme chargée ne portera le fardeau d’une autre. Nous ne châtions jamais avant d’avoir envoyé un Messager (al-Isra’ 17:15). Le Jour où Nous rassemblerons tous les peuples et leur dirons : « Ô communauté des djinns et des hommes, des Messagers issus de vous-mêmes ne sont-ils pas venus à vous, vous communiquant Mes révélations et vous avertissant de la rencontre de ce jour qui est le vôtre ? » Ils répondront : « Nous témoignons contre nous-mêmes. » La vie de ce monde les a séduits et ils témoigneront contre eux-mêmes qu’ils étaient mécréants (al-A’raf 7:6-7 ; al-An’am 6:130). Et lorsque Nous avons pris l’engagement de tous les prophètes — de toi, ô Prophète, ainsi que de Noé, Abraham, Moïse et Jésus fils de Marie —, Nous avons pris d’eux un engagement solennel, afin qu’Il interroge les véridiques sur leur véracité ; et Il a préparé pour ceux qui renient la Vérité un châtiment douloureux (al-Ahzab 33:7-8). Le jour où Dieu rassemblera tous les Messagers et dira : « Quelle réponse vous a-t-on donnée ? » Ils diront : « Nous n’en avons aucune connaissance ; Tu es le Connaisseur des choses invisibles » (al-Ma’idah 5:109). [Et Dieu dira :] « Ô communauté des djinns et des hommes, des Messagers issus de vous-mêmes ne sont-ils pas venus à vous, vous communiquant Mes révélations et vous avertissant de la rencontre de ce jour qui est le vôtre ? » Ils diront : « Nous témoignons contre nous-mêmes. » La vie de ce monde les a séduits et ils témoigneront contre eux-mêmes qu’ils étaient mécréants (al-An’am 6:130). Puis les mécréants seront conduits par groupes vers la Géhenne. Lorsqu’ils y arriveront, ses portes seront ouvertes et ses gardiens leur diront : « Des Messagers issus de vous-mêmes ne sont-ils pas venus à vous, vous communiquant les révélations de votre Seigneur et vous avertissant de la rencontre de ce Jour ? » Ils répondront : « Si, certainement ! » Mais la parole du châtiment se sera accomplie contre les mécréants, et il leur sera dit : « Entrez par les portes de la Géhenne, pour y demeurer éternellement. Quelle mauvaise demeure que celle des orgueilleux ! » (al-Zumar 39:71-72). Nous aiderons certainement Nos Messagers et ceux qui ont cru dans la vie de ce monde, ainsi que le Jour où les témoins se dresseront ; le jour où leurs excuses ne profiteront pas aux injustes : la malédiction sera sur eux et ils auront la pire demeure (Ghafir 40:51-52).
5. Le sens de la responsabilité : Le Coran donne un récit très émouvant de la manière dont les Messagers de Dieu se consacrèrent avec le plus grand sérieux à leur mission, travaillèrent durement à accomplir leur devoir et souffrirent lourdement pour leur cause. Leur histoire en apporte un ample témoignage. Mais deux exemples devraient ici suffire : premièrement, celui du Prophète Noé et, deuxièmement, celui du Prophète Muhammad, que les bénédictions et la paix soient sur eux. Nous avons certes envoyé Noé à son peuple, et il demeura parmi eux mille ans moins cinquante années… (al-‘Ankabut 29:14). Il [Noé] dit : « Seigneur, j’ai appelé mon peuple nuit et jour, mais mon appel n’a fait que les faire fuir davantage. Chaque fois que je les ai appelés afin que Tu leur pardonnes, ils ont mis leurs doigts dans leurs oreilles, se sont enveloppés dans leurs vêtements, ont persisté dans leur refus et se sont enorgueillis avec orgueil. Puis je les ai appelés ouvertement ; je leur ai parlé publiquement et je leur ai parlé en secret » (Nuh 71:5-9). Te tourmenteras-tu donc jusqu’à en mourir parce qu’ils refusent de croire ? (al-Shu‘ara’ 26:3).
Le but et le devoir de l’Ummah musulmane
Responsabilités et devoirs
Aux musulmans, nous n’avons qu’une chose très simple à dire : comprenez et accomplissez les responsabilités et les devoirs qui vous incombent du fait que vous êtes musulmans. Vous ne pouvez pas vous en tirer en affirmant simplement que vous êtes musulmans et que vous avez accepté Dieu comme votre seul Dieu et l’Islam comme votre religion. Dès lors que vous reconnaissez Allah comme votre seul Seigneur et Sa direction comme votre mode de vie, vous assumez certaines obligations et certains devoirs. Vous devez toujours rester conscients de ces obligations et vous efforcer constamment de vous acquitter de ces devoirs. Si vous les éludez, vous n’échapperez pas aux mauvaises conséquences de votre conduite dans ce monde ni dans l’Au-delà. Quels sont ces devoirs ? Ils ne se limitent pas à l’affirmation de la foi en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses Messagers et au Jour du Jugement. Ils ne se limitent pas non plus à accomplir les prières, observer les jeûnes, effectuer le pèlerinage et verser l’aumône. Ces devoirs ne s’épuisent pas davantage dans l’observation des injonctions de l’Islam relatives au mariage, au divorce et à l’héritage. Par-delà tous ces devoirs, il en est un qui est le plus important : que vos vies témoignent devant toute l’humanité de la Vérité que Dieu vous a donnée, de la Vérité que vous tenez pour vraie.

L’unique but de l’existence

Le Coran affirme clairement que témoigner de la Vérité d’une manière qui ne laisserait à l’humanité aucun motif légitime de la nier est l’unique raison pour laquelle vous avez été constitués en une Ummah distincte, appelée musulmane. Et c’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu, afin que vous soyez témoins [de la Vérité] devant toute l’humanité, et que le Messager soit témoin [de celle-ci] devant vous (al-Baqarah 2:143). Cette mission est l’unique objectif pour lequel votre Ummah a été créée ; elle est la raison d’être de son existence en tant que société humaine. À moins de vous en acquitter, vous gaspillez votre vie. Car ce n’est pas un devoir ordinaire : c’est un devoir que Dieu vous a prescrit. C’est un commandement et un appel divins : Ô croyants, soyez toujours fermes à vous dresser, pour la cause de Dieu, en témoins de la justice (al-Ma’idah 5:8). Ce n’est pas une chose insignifiante, mais un mandat impérieux et grave, car Allah dit également : Et qui est plus injuste que celui qui dissimule un témoignage qui lui a été confié par Dieu ? (al-Baqarah 2:140). Vous avez été avertis des conséquences de l’évasion devant ce devoir. Regardez l’histoire des enfants d’Israël. Eux aussi furent chargés de se tenir dans le box des témoins ; mais tantôt ils dissimulèrent la Vérité, tantôt ils témoignèrent contre elle. Par leur conduite, ils devinrent en réalité des témoins du mensonge plutôt que des témoins de la Vérité. La conséquence en fut que Dieu les abandonna et qu’une malédiction s’abattit sur eux. Ainsi, l’humiliation et l’impuissance les frappèrent, et ils encoururent la colère de Dieu (al-Baqarah 2:61).
Témoigner de la Vérité Que signifie ce devoir de témoignage ? Réfléchissez-y attentivement : la guidance divine vous a été donnée, la Vérité vous a été montrée. Vous devez donc établir, par votre témoignage, son authenticité et sa véracité devant toute l’humanité. Il s’agit d’un témoignage qui rendra évidentes à tous l’authenticité et la véracité de la guidance divine, et d’un témoignage qui la rendra claire et incontestable pour tous les hommes. C’est précisément dans ce but que tous les Messagers furent envoyés dans le monde ; telle était leur mission première. Après eux, leurs disciples reçurent le même devoir. Et maintenant, l’Ummah musulmane, en tant que successeur du Dernier Prophète, que les bénédictions et la paix soient sur lui, est chargée de cette même mission, tout comme il en fut chargé durant sa vie.
Nature et importance Quelle est l’importance de ce témoignage ? Vous n’en comprendrez l’importance que lorsque vous aurez compris que l’homme a été rendu responsable de sa conduite et qu’il sera récompensé ou puni dans l’Au-delà selon la Loi divine, laquelle repose entièrement sur ce témoignage. Dieu est infiniment sage, infiniment miséricordieux et parfaitement juste. Sa miséricorde, Sa justice et Sa sagesse ne sauraient être telles qu’Il punisse des gens qui vivent contre Sa volonté alors qu’ils n’en avaient aucune connaissance ; qu’Il demande des comptes à des gens qui s’écartent du droit chemin dont ils ignoraient l’existence ; qu’Il tienne des gens responsables de choses dont ils n’étaient pas conscients. [1] C’est pour parer à cela que le premier homme qu’Il créa fut un Messager, et qu’après lui beaucoup d’autres furent envoyés de temps à autre. [2] Tous devaient témoigner devant l’humanité, afin de lui faire comprendre et de lui rappeler la volonté de Dieu. Tous devaient enseigner aux êtres humains la manière correcte de conduire leur vie, le code de comportement qu’ils devaient adopter pour obtenir la faveur de Dieu, les actes qu’ils devaient accomplir, ceux qu’ils devaient éviter et les choses pour lesquelles ils seraient appelés à rendre des comptes. [3] Ce témoignage fut apporté par les Messagers d’Allah afin que les gens ne puissent pas dire à Dieu : Comment pouvons-nous être punis pour des choses contre lesquelles nous n’avons pas été avertis ? Le Coran dit : [Nous avons envoyé] des Messagers comme annonciateurs de bonnes nouvelles et avertisseurs, afin que les hommes n’aient aucun argument à opposer à Dieu après [la venue de] ces Messagers ; Dieu est certes Tout-Puissant et Tout-Sage (al-Nisa’ 4:165). De cette manière, Dieu chargea Ses Messagers de l’immense responsabilité de guider l’homme en Son nom. Ils furent ainsi investis d’une responsabilité très délicate et très grave : s’ils témoignaient correctement de la Vérité, les gens seraient responsables de leurs propres actes ; mais s’ils manquaient à leur devoir, ils seraient eux-mêmes appelés à répondre de l’égarement de leur peuple. En d’autres termes, si les Messagers ne rendaient pas les gens responsables de leur conduite en leur apportant un témoignage concluant et incontestable de la Vérité, les gens tiendraient les Messagers responsables de leurs propres méfaits, en disant : « La connaissance que Dieu vous a donnée, vous ne nous l’avez pas communiquée ; le mode de vie qu’Il vous a montré, vous ne nous l’avez pas montré. » [4] C’est pourquoi tous les Messagers demeurèrent toujours profondément conscients du poids de cette responsabilité, et c’est pourquoi ils s’efforcèrent tant de témoigner devant les gens de la Vérité qui leur avait été confiée. [5]
Responsabilité de l’Ummah Tous ceux que les Messagers avaient conduits à la connaissance de la Vérité et de la guidance divine furent constitués en une communauté, une Ummah. Chaque Ummah reçut la même mission que les Messagers : témoigner de la Vérité. En tant que successeur des Messagers, chaque Ummah possède le même rôle crucial et la même responsabilité qu’eux. Ainsi, si une Ummah s’acquitte correctement de son devoir de témoigner de la Vérité et que, malgré cela, les gens n’y prêtent pas attention, elle sera récompensée et les gens seront appelés à rendre des comptes. En revanche, si l’Ummah néglige son devoir ou rend un faux témoignage, elle méritera d’être punie plus sévèrement que les gens. L’Ummah devra rendre des comptes non seulement de ses propres méfaits, mais aussi des méfaits de ceux qui se sont égarés ou se sont tournés vers l’erreur et la perversité parce que le témoignage que l’Ummah leur avait apporté était trompeur ou faux. Telle est, frères, la nature et la logique de ce devoir grave et crucial qui incombe à moi, à vous et à tous ceux qui se considèrent comme faisant partie de l’Ummah musulmane, ou à ceux qui ont pris suffisamment connaissance du Livre de Dieu et de la guidance apportée par Ses Messagers.

Notes de Khurram Murad

1. La loi de Dieu concernant le Jugement : Le Coran a expliqué en détail la loi selon laquelle la responsabilité de l’homme au Jour du Jugement dépend du témoignage rendu devant lui à la Vérité par ceux qui la portent. Il est important de comprendre ce que le Coran dit à ce sujet. Premièrement, pourquoi l’homme a-t-il été placé sur terre ? Afin qu’il utilise tout son immense potentiel pour se conduire de la manière juste qui donnera son sens à sa vie. Et c’est Lui qui a créé les cieux et la terre en six jours, tandis que Son Trône était sur les eaux, afin de vous éprouver et de voir lequel d’entre vous est le meilleur en œuvre (Hud 11 : 7). Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver et de voir lequel d’entre vous est le meilleur en œuvre (al-Mulk 67 : 2). Nous avons fait de tout ce qui est sur la terre une parure pour elle, afin de les éprouver et de voir lesquels sont les meilleurs en œuvre (al-Kahf 18 : 7). Deuxièmement, quel est le sens et le but de la vie de l’homme ? C’est qu’il vive comme son Créateur désire qu’il vive : dans la soumission et l’adoration de Lui seul. Non pas parce que Dieu a de quelque manière besoin de son adoration, mais parce que l’homme doit adorer uniquement son Créateur et nul autre, afin que sa nature propre ne soit ni déviée ni corrompue, et qu’il ne vive pas en opposition avec son caractère intrinsèque. De plus, ce n’est qu’en vivant ainsi que sa vie terrestre sera orientée dans la bonne voie et prospérera, lui apportant paix et bonheur — tout ce que le Coran appelle falah. Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils Me servent et M’adorent. Je ne leur demande aucune subsistance et ne demande pas qu’ils Me nourrissent (al-Dhariyat 51 : 56-57). Troisièmement, par conséquent, la vie terrestre de l’homme doit être jugée. Il devra rendre compte de sa conduite et affronter les conséquences de la manière dont il aura vécu. Évidemment, pour être jugé équitablement, ce jugement ne peut avoir lieu qu’après la fin de sa vie terrestre, et uniquement par Celui qui lui a donné cette vie, qui sait toute chose, qui est Tout-Puissant et parfaitement juste. Alors seulement il pourra être jugé équitablement, puis justement récompensé ou puni, pour tout : depuis les pensées intimes les plus cachées jusqu’aux conséquences de sa conduite, qui s’étendent au loin et au-delà de la vie, sur les générations à venir. Le juge, autrement dit, doit être le Roi et le Maître du Jour du Jugement. Pensiez-vous que Nous vous avions créés en vain, comme un jeu, et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ? Exalté soit donc Dieu, le Roi, le Vrai ! Il n’y a de dieu que Lui, le Seigneur du Trône sublime (al-Mu’minun 23 : 115-116). Nous n’avons pas créé les cieux, la terre et tout ce qui se trouve entre eux comme un jeu vain ; Nous ne les avons créés qu’avec vérité [sens et dessein], mais la plupart ne le comprennent pas (al-Dukhan 44 : 38-39). Ceux qui commettent de mauvaises actions pensent-ils que Nous les traiterons comme ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres, durant leur vie comme après leur mort ? Quel mauvais jugement ! Dieu a créé les cieux et la terre avec vérité [sens et dessein], afin que chaque être humain soit rétribué selon ce qu’il a acquis, et qu’aucun ne soit lésé (al-Jathiyah 45 : 21-22). Toute âme goûtera la mort ; et vous recevrez pleinement votre rétribution au Jour de la Résurrection. Celui qui sera alors éloigné du Feu et admis au Paradis aura certes remporté le triomphe ; la vie de ce monde n’est qu’une jouissance illusoire (Al ‘Imran 3 : 185). Nous établirons les balances de la justice au Jour de la Résurrection, et aucune âme ne sera lésée en rien ; fût-ce le poids d’un grain de moutarde, Nous le ferons venir, et Nous suffisons comme comptables (al-Anbiya’ 21 : 47). Il connaît le regard furtif et ce que les cœurs dissimulent (Ghafir 40 : 19). Quatrièmement, par conséquent, la destinée ultime de l’homme se trouve dans la vie future, dans l’Akhirah. Il est tout aussi important de constater que le récit de l’Akhirah donné par le Coran montre clairement, et souligne à maintes reprises, que l’homme y sera jugé selon une procédure de justice, équitablement et impartialement, avec miséricorde et bonté. Personne ne sera lésé ni traité injustement, même du poids d’un atome. Rivalisez donc dans la hâte vers le pardon de votre Seigneur et vers un Paradis vaste comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux (Al ‘Imran 3 : 133). Ô mon peuple, cette vie présente n’est qu’une jouissance passagère ; la vie future est la demeure durable. Quiconque y commettra une mauvaise action ne sera rétribué que par son équivalent ; mais ceux, hommes ou femmes, qui accomplissent de bonnes œuvres tout en étant croyants entreront au Paradis, où ils recevront des bienfaits sans compter (Ghafir 40 : 39-40). Certes, Dieu ne lèse pas, fût-ce du poids d’un atome (al-Nisa’ 4 : 40). Cinquièmement, en toute justice, l’homme doit donc être informé de la manière dont il doit vivre sa vie terrestre. En d’autres termes, il doit connaître son Créateur et Seigneur, ce qu’Il attend de lui, et la manière dont Il veut qu’il L’adore et se soumette à Lui. Tant que l’homme ne sait pas tout cela, il ne peut être tenu pleinement responsable s’il suit une mauvaise voie de vie. Cette connaissance lui a été donnée dans sa propre nature, dans l’univers qui l’entoure et dans les révélations transmises par les Messagers de Dieu. Et lorsque ton Seigneur tira des reins des enfants d’Adam leur descendance et les fit témoigner contre eux-mêmes : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? » Ils répondirent : « Oui, nous en témoignons », afin que vous ne disiez pas au Jour de la Résurrection : « Nous n’en étions pas conscients. » Ou que vous ne disiez : « Nos pères avaient auparavant associé des partenaires à Dieu, et nous n’étions que leurs descendants après eux. Vas-Tu donc nous détruire pour ce qu’ont fait les gens du faux ? » (al-A’raf 7 : 172-173). Que de signes dans les cieux et sur la terre ils traversent sans y prêter attention et auxquels ils tournent le dos ! La plupart d’entre eux ne croient pas en Dieu sans Lui associer des partenaires (Yusuf 12 : 105-106). [Et Dieu dira :] « Ô communauté des djinns et des hommes, des Messagers issus de vous ne sont-ils pas venus à vous, vous transmettant Mes révélations et vous avertissant de la rencontre de ce jour ? » Cela parce que ton Seigneur ne détruirait pas injustement des cités alors que leurs habitants étaient ignorants (al-An’am 6 : 130-131). Sixièmement, pour un certain nombre de raisons, qu’il n’est pas possible d’examiner ici, Dieu seul, et nul autre, peut fournir à l’homme la connaissance de la bonne direction. Premièrement et surtout, parce que Lui seul peut lui dire comment il doit se rapporter à Lui. Deuxièmement, parce que seul le Créateur peut lui dire comment il doit se rapporter à lui-même, aux autres êtres humains et à toutes les autres choses de l’univers. Enfin, parce que Dieu seul peut donner à l’homme une orientation applicable universellement et en tout temps. Dis : « Parmi ceux que vous associez à Dieu, en est-il un qui guide vers la Vérité ? » Dis : « Dieu seul guide vers la Vérité. » Celui qui guide vers la Vérité ne mérite-t-il pas davantage d’être suivi que celui qui ne peut guider qu’à condition d’être lui-même guidé ? Qu’avez-vous donc ? Comment jugez-vous ? La plupart ne suivent que des conjectures, et les conjectures ne sauraient jamais remplacer la vérité (Yunus 10 : 35-36). Dis : « Invoquerons-nous, en dehors de Dieu, ce qui ne peut ni nous être utile ni nous nuire, et retournerons-nous sur nos pas après que Dieu nous a guidés ? Serons-nous comme celui que les démons ont égaré sur terre, tandis que ses compagnons l’appellent à la bonne direction : “Viens à nous !” » Dis : « La direction de Dieu est la seule vraie direction, et il nous a été commandé de nous soumettre au Seigneur des mondes » (al-An’am 6 : 71).

Telle est donc la loi divine concernant le jugement de l’homme. Le point central de cette loi est que la Vérité soit attestée devant l’humanité pleinement, fidèlement et par tous les moyens possibles. Car sans la direction de Dieu, la vie terrestre de l’homme, individuelle et collective, aboutira à la misère et à la souffrance. Mais plus important encore, sans cette direction, l’homme ne pourra jamais rendre sa destinée ultime glorieuse.

2. La promesse de Dieu de guider : Selon le Coran, Adam n’est ni un personnage mythique ni un simple symbole de la race humaine. Il est mentionné comme Messager, aux côtés de Noé et d’Abraham. Dieu a élu Adam, Noé, la famille d’Abraham et la famille d’Imran au-dessus de tous les mondes, comme descendants les uns des autres (Al ‘Imran 3 : 33). Il reçut connaissance et direction (2 : 31-35) ; lorsqu’il erra et que ses faiblesses lui apparurent, Dieu se tourna vers lui avec miséricorde, l’éleva, le guida et lui promit, ainsi qu’à sa descendance, une direction continue (20 : 115-127, 2 : 35-39). Adam désobéit à son Seigneur et s’égara. Puis son Seigneur l’élut, se tourna vers lui et le guida. Il dit : « Descendez d’ici, tous deux, vous serez ennemis l’un de l’autre. Pourtant, une direction viendra certainement de Ma part ; quiconque suivra Ma direction ne s’égarera pas et ne sera pas malheureux. Mais quiconque se détourne de Mon rappel mènera une vie étroite, et au Jour de la Résurrection Nous le ressusciterons aveugle. » Il dira : « Seigneur, pourquoi m’as-Tu ressuscité aveugle alors que je voyais ? » Dieu dira : « C’est ainsi. Nos révélations te sont venues et tu les as oubliées ; aujourd’hui, tu es donc oublié » (Ta Ha 20 : 121-126).

3. Les Messagers et leur mission : C’est pour accomplir cette promesse faite à l’humanité que, premièrement, Dieu envoya Ses Messagers avec Sa direction et la Vérité à chaque peuple — le Coran en a nommé certains et n’en a pas nommé d’autres. Nous t’avons envoyé avec la Vérité, annonciateur et avertisseur ; il n’est pas une communauté qui n’ait reçu un avertisseur (al-Fatir 35 : 24). Nous t’avons révélé comme Nous avons révélé à Noé et aux prophètes après lui, comme Nous avons révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et leurs descendants, notamment Jésus, Job, Jonas, Aaron et Salomon, et comme Nous avons donné les Psaumes à David. Nous t’avons parlé de certains Messagers auparavant et de certains dont Nous ne t’avons pas parlé ; et Dieu parla directement à Moïse. Des Messagers annonciateurs et avertisseurs, afin que les hommes n’aient aucun argument contre Dieu après la venue des Messagers ; Dieu est Tout-Puissant et Sage (al-Nisa’ 4 : 163-165). Deuxièmement, Il leur confia à tous cette mission et ce devoir : communiquer la Vérité, inviter les gens à n’adorer que le Dieu unique et à se soumettre à Lui comme à leur seul Seigneur, par la parole et par l’exemple. Autrement dit, témoigner de la Vérité devant les hommes et les femmes auxquels ils étaient envoyés, afin qu’ils n’aient aucun argument à présenter devant Dieu, qu’ils puissent être interrogés sur la manière dont ils avaient vécu, que ceux qui auraient vécu selon la Vérité soient récompensés et que ceux qui ne l’auraient pas fait soient punis. Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager sans lui révéler : « Il n’y a de dieu que Moi ; adorez-Moi donc et servez-Moi seul » (al-Anbiya’ 21 : 25). Tel fut Notre argument, que Nous donnâmes à Abraham contre son peuple. Nous élevons en degrés qui Nous voulons ; ton Seigneur est Sage et Omniscient. Nous lui donnâmes Isaac et Jacob, et Nous les guidâmes tous deux ; et auparavant Nous avions guidé Noé, ainsi que parmi sa descendance David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron — c’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants — Zacharie, Jean, Jésus et Élie, qui étaient tous du nombre des justes ; Ismaël, Élisée, Jonas et Lot. Nous les avons tous favorisés au-dessus des autres peuples, ainsi que certains de leurs ancêtres, de leurs descendants et de leurs frères. Nous les avons élus et guidés vers le droit chemin. Telle est la direction de Dieu ; Il guide par elle qui Il veut parmi Ses serviteurs. S’ils avaient associé des partenaires à Dieu, toutes leurs œuvres auraient été vaines. Ce sont ceux auxquels Nous avons donné le Livre, le jugement et la prophétie. S’ils renient cela, Nous l’avons confié à des gens qui ne le renient pas. Voilà ceux que Dieu a guidés ; suis donc leur direction. Dis : « Je ne vous demande pour cela aucune récompense ; ce n’est qu’un rappel pour les mondes » (al-An’am 6 : 83-90). Nous avons envoyé Nos Messagers avec des preuves évidentes et fait descendre avec eux le Livre et la Balance, afin que les hommes établissent la justice (al-Hadid 57 : 25). Le Prophète Muhammad fut le dernier d’entre eux. Il n’apporta aucune vérité, aucun message ni aucune direction nouveaux ; il vint avec la même Vérité et fut chargé de la même mission et du même devoir que tous les Messagers qui l’avaient précédé. Ce devoir et cette mission ont été exprimés de plusieurs manières : avertir (indhar), annoncer la bonne nouvelle (tabshir), inviter et appeler (da’wah), communiquer (tabligh), rappeler (dhikr), enseigner (ta’lim), transmettre et propager (tilawah), ordonner et promouvoir le bien et le juste, interdire et éradiquer le mal et le blâmable (amr bi ’l-ma’ruf wa nahy ’ani ’l-munkar), établir le Din (iqamah), établir la justice (qist), faire prévaloir la direction divine et le Din (izhar), ou témoigner (shahadah). Toutes ces expressions se rapportent à la même mission, quoique sous des perspectives et avec des accents différents. Ô Prophète, Nous t’avons envoyé comme témoin [de la Vérité], annonciateur et avertisseur, comme celui qui appelle à Dieu avec Sa permission, et comme une lampe lumineuse (al-Ahzab 33 : 45-46). Ô Messager, transmets ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur ; si tu ne le fais pas, tu n’auras pas transmis Son message (al-Ma’idah 5 : 67). De même, Nous avons envoyé parmi vous un Messager issu de vous, qui vous récite Nos révélations, vous purifie, vous enseigne le Livre et la sagesse, et vous enseigne ce que vous ne saviez pas (al-Baqarah 2 : 151). C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la direction et la voie de la Vérité, afin de la faire prévaloir sur toutes les autres voies de vie ; Dieu suffit comme témoin (al-Fath 48 : 28 ; également 9 : 33, 61 : 9). Ceux qui, parmi les disciples de Moïse, suivent le Messager, le Prophète illettré, qu’ils trouvent mentionné chez eux dans la Torah et l’Évangile : il leur ordonne le bien et leur interdit le mal, leur rend licites les bonnes choses et illicites les mauvaises, et les décharge de leurs fardeaux et des chaînes qui les entravaient. Ceux qui croient en lui, le soutiennent, l’assistent et suivent la lumière descendue avec lui, ceux-là sont les bienheureux (al-A’raf 7 : 157).

4. La responsabilité de l’homme et le témoignage : Le témoignage rendu par les Messagers, et par tous ceux à qui le même devoir est confié, constitue le fondement de la responsabilité de l’homme dans l’Akhirah, ainsi que de la récompense et du châtiment qui en découlent. La Vérité est attestée devant eux afin qu’ils ne puissent présenter aucun argument contre Dieu ; ils seront tenus pour responsables parce qu’ils l’ont reçue. Cette position est énoncée dans le Coran en de nombreux endroits et sous de nombreuses perspectives, comme nous l’avons vu précédemment. Quiconque suit le droit chemin le fait pour son propre bien ; quiconque s’égare ne s’égare qu’à son propre détriment ; nul ne portera le fardeau d’un autre. Nous ne châtions jamais avant d’avoir envoyé un Messager (al-Isra’ 17 : 15). Au Jour du Jugement, Nous interrogerons certainement tous ceux auxquels le message a été envoyé et Nous interrogerons certainement les Messagers ; puis Nous leur raconterons en connaissance de cause ce qu’ils auront fait, car Nous n’étions pas absents (al-A’raf 7 : 6-7). Lorsque Nous prîmes des prophètes leur engagement — de toi, ô Prophète, de Noé, d’Abraham, de Moïse et de Jésus fils de Marie — Nous prîmes d’eux un engagement solennel, afin qu’Il interroge les véridiques au sujet de leur sincérité ; et Il a préparé pour les mécréants un châtiment douloureux (al-Ahzab 33 : 7-8). Le jour où Dieu rassemblera tous les Messagers et dira : « Quelle réponse vous a-t-on donnée ? » Ils diront : « Nous n’avons aucune connaissance ; Tu es le Connaisseur des choses cachées » (al-Ma’idah 5 : 109). [Et Dieu dira :] « Ô communauté des djinns et des hommes, des Messagers issus de vous ne sont-ils pas venus à vous, vous transmettant Mes révélations et vous avertissant de la rencontre de ce jour ? » Ils diront : « Nous témoignons contre nous-mêmes. » La vie de ce monde les a trompés, et ils témoigneront contre eux-mêmes qu’ils étaient mécréants (al-An’am 6 : 130). Les mécréants seront conduits par groupes vers la Géhenne. Lorsqu’ils y parviendront, ses portes s’ouvriront et ses gardiens leur diront : « Des Messagers issus de vous ne sont-ils pas venus à vous, vous transmettant les révélations de votre Seigneur et vous avertissant de la rencontre de ce Jour ? » Ils diront : « Oui, certes ! » Mais la parole du châtiment se sera réalisée contre les mécréants, et il leur sera dit : « Entrez par les portes de la Géhenne, pour y demeurer éternellement. Quel mauvais séjour pour les arrogants ! » (al-Zumar 39 : 71-72). Nous aiderons certainement Nos Messagers et ceux qui ont cru, dans la vie présente et au jour où les témoins se dresseront — le jour où leurs excuses ne profiteront pas aux injustes ; la malédiction sera sur eux et ils auront la pire demeure (Ghafir 40 : 51-52).

5. Le sens de la responsabilité : Le Coran donne un récit profondément émouvant de la manière dont les Messagers de Dieu se sont consacrés avec le plus grand sérieux à leur mission, ont travaillé durement pour accomplir leur devoir et ont beaucoup souffert pour leur cause. Leur histoire en témoigne abondamment. Mais deux exemples devraient suffire ici : premièrement celui du Prophète Noé, et deuxièmement celui du Prophète Muhammad, que les bénédictions et la paix soient sur eux. Nous avons effectivement envoyé Noé à son peuple, et il demeura parmi eux mille ans moins cinquante (al-‘Ankabut 29 : 14). Il [Noé] dit : « Seigneur, j’ai appelé mon peuple nuit et jour, mais mon appel n’a fait qu’accroître leur fuite. Chaque fois que je les appelais afin que Tu leur pardonnes, ils mettaient leurs doigts dans leurs oreilles, s’enveloppaient de leurs vêtements, persistaient dans leur refus et s’enflaient d’orgueil. Puis je les ai appelés ouvertement ; puis je leur ai parlé publiquement et je leur ai parlé en secret » (Nuh 71 : 5-9). Vas-tu [ô Prophète] te tourmenter jusqu’à en mourir parce qu’ils refusent de croire ? (al-Shu’ara’ 26 : 3).

Comment devons-nous témoigner de la Vérité ? Voyons maintenant de quelle manière nous devons nous acquitter de notre devoir de témoigner de la Vérité. Le témoignage est de deux sortes : le témoignage par les paroles, ou témoignage verbal ; et le témoignage par les actes et les œuvres, ou témoignage par les actes.

[6] Le témoignage verbal

De quelle manière nos paroles doivent-elles témoigner de la Vérité ? Par notre parole et notre écriture, nous devons proclamer et expliquer au monde la direction qui nous est parvenue par l’intermédiaire des Messagers de Dieu. Voilà, en résumé, le témoignage verbal. En employant toutes les méthodes possibles d’éducation, en utilisant tous les moyens possibles de communication et de propagation, en maîtrisant toutes les connaissances fournies par les arts et les sciences contemporains, nous devons informer l’humanité de la voie de vie que Dieu a prescrite à l’homme. La direction que l’islam apporte à l’humanité dans la pensée et la croyance, la morale et le comportement, la culture et la civilisation, l’économie et les affaires, la jurisprudence et la justice, la politique et l’administration civile — c’est-à-dire dans tous les aspects des relations humaines — nous devons l’exposer clairement et pleinement devant l’humanité. Par un discours rationnel et des preuves convaincantes, nous devons établir sa vérité et sa solidité. Par une critique solidement argumentée, nous devons réfuter tout ce qui est contraire à la direction donnée par Dieu. La tâche est immense. Il ne pourra lui être rendu pleinement justice que si la pensée de guider l’homme vers le droit chemin saisit toute l’Ummah avec la même force qu’elle saisissait personnellement chaque Messager. Il est également essentiel que cette tâche devienne l’objectif central de tous nos efforts collectifs, que nous y consacrions tous nos cœurs et tous nos esprits, ainsi que toutes nos ressources. Cet objectif doit être au premier plan de toutes nos actions. Nous ne devons en aucune circonstance permettre qu’une voix en nous témoigne contre la Vérité et la direction divine que nous possédons.

Témoignage par les actes

De quelle manière nos actes et nos œuvres doivent-ils témoigner de la Vérité ? À cette fin, nous devons mettre en pratique la direction que nous tenons pour vraie. Nos actions doivent démontrer les principes auxquels nous professons croire. En termes simples : que nos vies disent la vérité, et que le monde l’entende non seulement de nos lèvres, mais aussi de nos œuvres ; que l’humanité soit témoin de toutes les bénédictions que la direction divine apporte à la vie humaine. Que le monde goûte, dans notre conduite individuelle et collective, cette douceur et cette saveur que seule la foi en Dieu unique peut insuffler au caractère et à la moralité. Que le monde voie quels beaux exemples d’humanité l’islam façonne, quelle société juste il établit, quel ordre social sain il fait naître, quelle civilisation pure et noble il fait surgir, comment la science, la littérature et l’art s’épanouissent et se développent selon des principes solides, quelle économie juste, compatissante et libérée des conflits il instaure. En vérité, comment chaque aspect de la vie est remis en ordre, développé et enrichi. Nous ne nous acquitterons pas de notre devoir envers cette tâche tant que nos vies, individuelles et collectives, ne deviendront pas une incarnation vivante de l’islam : tant que nos caractères personnels ne seront pas une preuve vivante de sa vérité, que nos foyers ne seront pas imprégnés du parfum de ses enseignements, que nos entreprises et nos usines ne seront pas éclairées par ses règles et ses lois, que nos écoles et nos institutions ne seront pas façonnées par ses idées et ses normes, et que notre littérature et nos médias ne refléteront pas ses principes. En vérité, jusqu’à ce que toute notre politique nationale et toute notre vie publique rendent sa vérité manifeste et évidente par elle-même. En bref, partout et chaque fois qu’un individu ou qu’un peuple entre en contact avec nous, il est de notre devoir de le convaincre, par notre exemple, que les principes et les enseignements que l’islam proclame vrais sont effectivement vrais, qu’ils améliorent la qualité de la vie humaine et l’élèvent vers des niveaux meilleurs et plus élevés.

L’État islamique

Enfin, je dois mentionner encore une chose importante. Notre témoignage ne serait pas complet à moins que nous n’établissions un État fondé sur les principes et les enseignements de l’islam. En transposant ses idéaux et ses pratiques, ses normes et ses valeurs, ses règles et ses lois dans les politiques et les programmes publics, un tel État montrerait comment la guidance divine conduit à l’équité et à la justice, à la réforme et à l’élévation, à une administration attentive et efficace, à la protection sociale, à la paix et à l’ordre, à de hauts standards de moralité chez les agents publics, à la vertu et à la droiture dans les politiques intérieures, à l’honnêteté dans les politiques étrangères, à une conduite civilisée en temps de guerre, ainsi qu’à l’intégrité et à la loyauté en temps de paix. Une telle conduite publique serait un témoignage vivant pour toute l’humanité qu’en effet l’islam est le véritable garant du bien-être humain et que seule l’observance de ses préceptes peut assurer le bien de l’humanité. Ce n’est que lorsque la Vérité sera attestée de cette manière, par les paroles comme par les actes, que la responsabilité cruciale confiée à l’Ummah musulmane sera pleinement assumée. Alors seulement il ne restera à l’humanité aucun motif de nier la guidance divine ou de s’en détourner. Alors seulement, dans l’Au-delà, l’Ummah musulmane sera en mesure de prendre place au banc des témoins après le Prophète, que les bénédictions et la paix soient sur lui, et de déclarer : Toute vérité et toute guidance que ce Prophète nous a transmises, nous les avons communiquées à l’humanité ; ceux qui ne les ont pas suivies sont eux-mêmes responsables de s’être égarés, et non pas nous. Tel est le véritable sens et la véritable portée du témoignage que nous, en tant que musulmans, aurions dû rendre au monde, par nos paroles comme par nos actes. Mais tournons-nous maintenant vers la réalité des faits et examinons le témoignage que, de fait, nous rendons en faveur de la guidance divine.

Notes de Khurram Murad

6. Les types de témoignage : Le témoignage par la parole peut être considéré comme relevant globalement de la terminologie coranique de l’avertissement (indhar), de l’annonce de bonnes nouvelles (tabshir), de l’invitation et de l’appel (da‘wah), de la communication (tabligh), de l’enseignement et de l’instruction (ta‘lim), de la transmission et de la propagation (tilawah). La terminologie du témoignage par les actes comprend l’établissement de l’islam (iqamatu ‘d-din), la prééminence de la guidance de Dieu et de Son mode de vie sur tous les autres (izhar), l’établissement de la justice (qist), la prescription du bien et l’interdiction du mal, ainsi que le Jihad. Où en sommes-nous ?

Notre parole — Témoignage

Commençons par examiner le témoignage rendu par notre parole. Peu nombreux sont ceux parmi nous qui utilisent leur langue et leur plume pour témoigner de la vérité de l’islam. Plus rares encore sont ceux qui le font de manière appropriée et suffisante. Pour le reste, dans presque tous les domaines, les musulmans, dans leur ensemble, témoignent contre l’islam et non en sa faveur comme ils le devraient.
Quel est le témoignage de nos propriétaires fonciers ? Que le droit islamique de succession est erroné et que les coutumes héritées de l’époque préislamique sont justes. Quel est le témoignage de nos avocats et de nos juges ? Que toutes les lois de l’islam sont mauvaises et que leur fondement même — la souveraineté de Dieu — est inacceptable. Ils nous disent que seules les lois faites par l’homme, qui nous sont parvenues par l’intermédiaire des Britanniques, sont de bonnes lois. Quel est le témoignage de nos enseignants et de nos établissements d’enseignement ? Qu’en philosophie et en science, en histoire et en sociologie, en économie et en politique, en droit et en éthique, les seules connaissances et conceptions vraies et valables sont celles qui découlent de la vision séculière occidentale du monde. Et que, dans toutes ces disciplines, l’approche islamique ne mérite même pas d’être prise en considération. Quel est le témoignage de nos écrivains ? Que leur littérature transmet le même message que celle des écrivains athées de l’Occident séculier. Ils montrent qu’en tant que musulmans, ils n’ont aucune approche littéraire particulière qui leur soit propre. Quel est le témoignage de notre presse et de nos médias ? Que les seuls sujets et débats qu’ils jugent importants et qui les préoccupent, ainsi que les seuls moyens et critères de communication qu’ils estiment convenables d’employer, sont ceux qui portent la marque des médias non musulmans. Quel est le témoignage de nos hommes d’affaires et de nos industriels ? Que les règles établies par l’islam pour les transactions économiques sont impraticables et que les affaires ne peuvent être menées que selon les méthodes conçues par les mécréants.* Quel est le témoignage de nos dirigeants et de nos gouvernants ? Qu’ils ont les mêmes slogans de nationalisme et de patrie pour mobiliser les gens, les mêmes objectifs à poursuivre au niveau national, les mêmes méthodes pour résoudre les problèmes nationaux, les mêmes principes politiques et constitutionnels que ceux pratiqués par les mécréants. Ils déclarent que l’islam n’a aucune guidance à offrir dans ce domaine. Et quel est le témoignage de nos masses ? Elles attestent qu’elles n’ont rien à dire en dehors des affaires mondaines, qu’elles ne possèdent aucun Din qui désire être propagé ou qui exige qu’elles consacrent une partie de leur temps à cette fin. Tel est donc l’état du témoignage rendu par l’ensemble de notre Ummah au moyen de ses paroles. Il en est ainsi non seulement dans ce pays, mais dans le monde entier.

Nos actes — Témoignage

Tournons-nous maintenant vers notre témoignage par les actes et examinons le témoignage rendu par nos actions et nos œuvres. Ici, notre conduite est encore plus scandaleuse que ne l’est notre témoignage par les paroles. Il ne fait aucun doute qu’il existe quelques bons musulmans dont la vie constitue un véritable exemple de l’islam. Mais considérons comment se conduit l’écrasante majorité de l’Ummah, la société dans son ensemble. Quel témoignage la vie d’un musulman typique et ordinaire rend-elle ? Que les personnes façonnées et formées par l’islam ne sont en rien meilleures que celles que façonne le Kufr, ni différentes d’elles. S’il faut établir une comparaison, les premières sont pires que les secondes : par exemple, il est plus probable qu’un musulman dise un mensonge, trahisse et viole une confiance placée en lui, opprime les gens et leur fasse du tort, manque à sa promesse, vole et détrousse, se livre à une conduite désordonnée et violente, ou s’abandonne à toutes sortes d’actes indécents. En vérité, pour toutes ces actions immorales, le niveau de « performance » des musulmans n’est pas inférieur à celui de n’importe quel peuple kafir. Quel témoignage notre vie sociale rend-elle ? Regardez nos modes de vie, nos coutumes et nos cérémonies, nos festivités, nos foires et nos rassemblements religieux, nos réunions et nos processions : sous aucun aspect nous ne représentons véritablement l’islam. Bien au contraire, notre vie sociale témoigne de façon pathétique que les adeptes de l’islam considèrent les voies non islamiques comme meilleures et préférables aux voies islamiques. Le témoignage de nos autres institutions sociales et de nos activités collectives est semblable. Lorsque nous créons des établissements d’enseignement, nous importons des kafirs tout : nos connaissances, notre système éducatif, notre philosophie, notre esprit et notre objectif. Lorsque nous formons des partis et des associations, nous modelons tout sur les modèles établis par les kafirs : nos idéaux et nos buts, nos structures et nos constitutions, nos politiques et nos méthodes. Lorsque, en tant que peuple, nous lançons une lutte, notre cause, nos slogans et nos revendications, nos questions et nos débats, nos programmes et nos procédures, nos résolutions, nos déclarations et nos discours sont tous de fidèles répliques des pratiques des communautés et des nations kafires. Les choses en sont arrivées au point que même nos États indépendants, là où ils existent, ont emprunté leurs constitutions, leurs codes de loi ainsi que leurs politiques et principes directeurs aux kafirs. Dans certains États, la loi islamique a été réduite à un simple droit personnel ; dans d’autres, même ce droit personnel a été modifié. Un écrivain anglais fait cette remarque avec ironie : « Au vu des nombreuses accusations portées par les Indiens contre l’administration britannique, il est important de comprendre que les Britanniques furent extraordinairement lents à introduire la moindre innovation dans le droit… [En effet] en ce qui concerne l’islam, le résultat de la présence britannique en Inde a été d’établir sur une base plus solide le droit personnel et religieux musulman… tandis que tout le reste de la sharia a été aboli… En revanche, l’Albanie et la Turquie sont toutes deux devenues des États laïques [adoptant les codes pénal et civil européens, et modifiant même le droit pénal musulman]… [Ainsi, comme le dit Lindsay, on peut affirmer que] “La doctrine musulmane selon laquelle la législation ne relève pas de la compétence d’un souverain terrestre n’a, en réalité, jamais été autre chose qu’une pieuse fiction…” » Voilà donc le témoignage rendu par les actes de presque tous les musulmans. Ce témoignage aussi va à l’encontre de l’islam. Il ne plaide pas en sa faveur. Quels que soient les hommages verbaux que nous puissions rendre à l’islam, notre conduite publique prouve qu’il n’est aucun aspect de l’islam que nous approuvions, et que nous ne considérons pas ses lois comme bonnes et favorables à notre bien-être. Et avec quelles conséquences !

Notre châtiment

Au vu de notre conduite, nous sommes coupables de porter un faux témoignage, de parjure et de dissimulation de la Vérité. En conséquence, nous subissons précisément le même châtiment que la Loi de Dieu a prescrit pour des crimes aussi graves et odieux. Quelle est cette loi ? Lorsqu’un peuple rejette et délaisse la guidance de Dieu, lorsqu’il se rend coupable de parjure et de déloyauté envers son Créateur, et lorsqu’il Le trahit, alors Dieu le châtie sévèrement dans ce monde comme dans le monde à venir. [7] Cette loi fut appliquée aux Enfants d’Israël. [8] À présent, c’est nous, l’Ummah musulmane, qui nous trouvons sur le banc des accusés. Dieu n’éprouvait aucune vendetta personnelle contre les Juifs qui L’aurait conduit à ne les châtier qu’eux seuls. Il n’a pas davantage de lien de parenté ni de relation particulière avec les musulmans qui devrait Le conduire à nous libérer, alors même que nous commettons aujourd’hui le même crime qu’eux à cette époque. [9]

Dans ce monde

Le châtiment infligé aux musulmans pour leurs crimes en ce monde est visible de tous. En vérité, l’ampleur et la rapidité de notre déclin ont été exactement proportionnelles à l’ampleur et à la rapidité de notre négligence et de notre manquement à notre devoir de témoigner de la Vérité, ainsi qu’à notre « progrès » dans le témoignage rendu au mensonge. Au cours des cent dernières années, du Maroc à l’Indonésie, pays après pays, nous avons été soumis à la domination étrangère ; peuple musulman après peuple musulman est tombé sous le joug de la domination et du gouvernement coloniaux. Désormais, le mot « musulman » n’est plus synonyme de dignité et n’impose plus le respect ; il est devenu au contraire la marque de l’abaissement, de l’humiliation, d’un retard grossier et d’une totale impuissance. À quel point sommes-nous devenus impuissants ? Nous avons perdu tout honneur et tout respect aux yeux du monde. En certains lieux, notre sang a coulé comme de l’eau et nous avons été victimes de massacres à grande échelle ; ailleurs, nous avons été chassés de nos foyers ; ailleurs encore, nous avons été torturés et persécutés ; et en d’autres endroits, nous avons été réduits à vivre comme des serfs. Là où des États musulmans ont survécu, ils ont subi défaite après défaite, jusqu’à être réduits à des positions de peur et d’impuissance face aux puissances étrangères. S’ils avaient seulement témoigné de l’Islam par leurs paroles et leurs actes, les puissances séculières auraient été saisies de crainte devant eux. Pourquoi aller si loin ? Regardez simplement votre situation en Inde. + Parce que vous avez esquivé votre devoir de témoigner de la vérité de l’Islam, et même parce que vous êtes allés plus loin en portant contre lui un faux témoignage par vos paroles aussi bien que par vos actes, le pays tout entier vous a été arraché. D’abord, vous avez été vaincus par les Marathes et les Sikhs, puis la servitude sous la domination britannique est devenue votre destin. Et maintenant, de plus grands malheurs encore se profilent devant vous. Aujourd’hui, votre statut minoritaire est devenu votre plus grande source d’angoisse ; vous vivez dans la crainte de la majorité hindoue, de peur qu’elle ne vous soumette et que vous ne connaissiez le même sort que les intouchables. Mais, pour l’amour de Dieu, dites-moi : une majorité aurait-elle pu vous menacer si vous aviez seulement été de véritables témoins de l’Islam ? Ce problème de majorité et de minorité ne disparaîtrait-il pas en quelques années si, aujourd’hui, vos paroles et vos actes rendaient un véritable témoignage à l’Islam ? En Arabie, une majorité extrêmement hostile et oppressive entreprit d’exterminer une minorité insignifiante, représentant environ une personne sur cent mille. Avec quel résultat ? En l’espace de dix ans, cette minorité, par son témoignage véridique et digne de confiance en faveur de l’Islam, se transforma en une majorité de cent pour cent. Plus tard, lorsque ces témoins de l’Islam sortirent d’Arabie, en l’espace de vingt-cinq ans, du Turkestan au Maroc, peuple après peuple fit confiance à la probité de leur témoignage et se joignit à eux dans leur foi. Là où ne vivaient autrefois que des zoroastriens, des chrétiens et des païens, seuls des musulmans vivent désormais. Ni l’intransigeance, ni le chauvinisme, ni le sectarisme religieux ne se montrèrent assez forts pour résister au témoignage vivant et véritable de la guidance divine apportée par les musulmans. Si vous êtes aujourd’hui piétinés, si vous craignez de plus grandes catastrophes demain, n’est-ce pas là le châtiment de votre faux témoignage et de votre dissimulation de la Vérité ?
Châtiment dans l’Au-delà Voici le châtiment que vous recevez en ce monde ; mais un châtiment plus sévère risque de vous être infligé dans l’Au-delà. Comment pourriez-vous être absous de la responsabilité de tout le mal et de toute l’injustice auxquels l’être humain a été soumis, simplement parce que vous avez manqué à votre devoir de témoins de la Vérité ? À moins que vous n’accomplissiez votre devoir, quelles que soient l’oppression et la corruption perpétrées dans le monde, et quelle que soit l’immoralité et la perversité qui y prévalent, il n’y a aucune raison pour que vous n’en soyez pas tenus responsables. Vous n’êtes peut-être pas responsables de les avoir vous-mêmes engendrées, mais vous êtes certainement responsables, à cause de votre faux témoignage, de les maintenir et de les perpétuer, de leur apparition par l’action d’autrui et de leur permettre de se répandre.

Notes de Khurram Murad

7. Conséquences de l’échec et de la négligence : La mission de témoigner de la Vérité et d’inviter l’humanité à se soumettre à son Créateur a le statut d’un pacte avec Dieu. Ceux qui abandonnent cette mission, ou qui ne l’accomplissent pas pleinement, ou la négligent, sont coupables d’avoir violé leur pacte. C’est pourquoi ils sont maudits par Dieu et privés de Ses bénédictions. Ils sont également maudits par les anges, car la lumière qu’ils avaient apportée a été éteinte par ces gens tandis que l’humanité tâtonne dans les ténèbres ; et par l’humanité elle-même, car ses souffrances et ses malheurs sont principalement dus à la conduite de ceux à qui cette lumière avait été confiée. Ceux qui dissimulent les messages clairs et la guidance que Nous avons fait descendre, après les avoir rendus clairs pour les hommes, dans le Livre, ceux-là seront maudits par Dieu et par ceux qui maudissent ; mais ceux qui se repentent, se réforment et rendent [le Livre] manifeste, Je me tournerai vers eux ; Je suis Celui qui accueille le repentir, le Très-Miséricordieux. Mais ceux qui demeurent dans le déni et meurent en négateurs, sur eux sera la malédiction de Dieu, des anges et de tous les hommes… (al-Baqarah 2 : 159-161). L’humiliation et l’impuissance les frappèrent, et ils encoururent la colère de Dieu ; tout cela parce qu’ils persistaient à nier les signes de Dieu et à tuer les prophètes injustement ; tout cela parce qu’ils se rebellèrent [contre Dieu] et persistèrent à transgresser [les limites de Dieu] (al-Baqarah 2 : 61). De toute évidence, le devoir est négligé ou abandonné pour des gains mondains. Le Qur’an décrit ces gains comme une chose insignifiante qui attire la colère de Dieu sur ceux qui manquent à leur devoir. Le châtiment de ce crime mentionné par le Qur’an est véritablement unique en son genre, car aucun autre crime ne fait l’objet d’un tel châtiment. En vérité, ceux qui dissimulent ce que Dieu a fait descendre dans le Livre et le troquent contre un prix dérisoire ne remplissent leurs ventres que de feu. Dieu ne leur parlera pas au Jour de la Résurrection, ne les purifiera pas, et ils auront un châtiment douloureux. Ce sont eux qui ont acheté l’égarement au prix de la guidance et le châtiment au prix du pardon. Comme ils ont patiemment accepté le Feu ! Tout cela parce que Dieu a fait descendre le Livre avec la Vérité ; et ceux qui divergent au sujet du Livre sont dans une profonde opposition (al-Baqarah 2 : 174-176 ; voir aussi 3 : 77-78).
8. L’exemple juif : L’histoire du peuple d’Israël est racontée en détail par le Qur’an. Elle fournit l’exemple le plus instructif d’un peuple guidé par certains des plus grands Messagers de Dieu. Ils conclurent avec Dieu un pacte selon lequel ils ne seraient que Ses serviteurs, n’obéiraient qu’à Lui et seraient Ses témoins. Ils s’élevèrent à de grandes hauteurs et contribuèrent beaucoup au bien de l’humanité en respectant leur pacte. Mais finalement ils rompirent leur pacte, souffrirent cruellement et devinrent ainsi une leçon sur la manière dont des peuples choisis par Dieu pour témoigner de Sa guidance peuvent s’égarer et attirer Sa colère. Le but de raconter leur histoire n’est ni de susciter la haine envers une religion ou un peuple particulier, ni de prendre plaisir et réconfort à leurs souffrances et à leur humiliation. Cela ressort clairement du fait que, malgré les sévères reproches adressés par le Qur’an au peuple d’Israël, les jours les plus paisibles et les plus glorieux de l’histoire juive, durant les deux derniers millénaires, se sont déroulés sous la domination islamique. En réalité, leur histoire doit servir de miroir que le Qur’an tend aux musulmans afin qu’ils puissent se reconnaître lorsqu’ils s’égarent et rester conscients des douloureuses conséquences d’une telle conduite. Un autre objectif était, bien sûr, de réveiller les Juifs à l’époque du Prophète — que les bénédictions et la paix soient sur lui — et de les inviter à croire au Dernier Prophète et à le soutenir, comme l’exigeait leur propre mission. Le récit coranique ressemble au récit biblique ; s’il diffère, c’est par un ton et un langage beaucoup plus modérés. Premièrement, le Qur’an montre que Dieu a accordé de grandes bénédictions au peuple d’Israël, la plus grande étant le Livre et la guidance venant de Lui, et qu’ils furent choisis pour être Ses serviteurs particuliers. Enfants d’Israël, souvenez-vous de Ma bénédiction dont Je vous ai comblés et de la préférence que Je vous ai accordée sur tous les peuples (al-Baqarah 2 : 47). Et lorsque Moïse dit à son peuple : Ô mon peuple, souvenez-vous de la bénédiction de Dieu sur vous, lorsqu’Il a établi parmi vous des prophètes, a fait de vous des rois et vous a donné ce qu’Il n’avait donné à aucun être (al-Ma’idah 5 : 20). Et lorsque Nous avons conclu un pacte avec les Enfants d’Israël : vous ne servirez et n’adorerez que Dieu ; soyez bons envers vos parents, vos proches, les orphelins et les nécessiteux ; dites de bonnes paroles aux gens, accomplissez la prière et acquittez l’aumône (al-Baqarah 2 : 83). Et lorsque Nous avons conclu un pacte avec vous [ô Enfants d’Israël] et élevé au-dessus de vous le Mont : tenez fermement, de toutes vos forces, à ce que Nous vous avons donné et souvenez-vous de ce qui s’y trouve, afin que vous demeuriez conscients de Dieu. Puis vous vous êtes détournés après cela… (al-Baqarah 2 : 63-64). Nous avons certes fait descendre la Torah, dans laquelle se trouvent guidance et lumière ; par elle, les prophètes qui s’étaient soumis [à Dieu] rendaient leur jugement pour ceux qui étaient juifs, ainsi que les hommes de Dieu et les rabbins, conformément à une partie du Livre de Dieu dont la garde leur avait été confiée ; et ils en attestaient la vérité (al-Ma’idah 5 : 44).
La Bible donne un récit semblable : Faites cela parce que vous appartenez au Seigneur votre Dieu. Parmi tous les peuples de la terre, Il vous a choisis pour être Son peuple particulier. Le Seigneur ne vous a pas aimés ni choisis parce que vous étiez plus nombreux que les autres peuples ; vous étiez le plus petit peuple de la terre (Deut. 7 : 6-7). Au mont Sinaï, le Seigneur notre Dieu a conclu un pacte non seulement avec nos pères, mais avec nous tous qui vivons aujourd’hui. Là, sur la montagne, le Seigneur vous a parlé face à face du milieu du feu… Le Seigneur a dit : « Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai fait sortir d’Égypte, où vous étiez esclaves. N’adorez aucun dieu à part Moi » (Deut. 5 : 2-7). Israël, souviens-toi de ceci ! Le Seigneur, et le Seigneur seul, est notre Dieu. Aime le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. N’oublie jamais ces commandements que je te donne aujourd’hui. Enseigne-les à tes enfants. Répète-les lorsque tu es chez toi et lorsque tu es absent, lorsque tu te reposes et lorsque tu travailles. Attache-les à tes bras et porte-les sur ton front en guise de rappel. Écris-les sur les montants des portes de tes maisons et sur tes portes (Deut. 6 : 4-9). [C’est une très bonne exégèse des paroles coraniques « et souvenez-vous ».] N’oublie jamais le Seigneur ton Dieu et ne te tourne pas vers d’autres dieux pour les adorer et les servir. Si tu le fais, je t’avertis aujourd’hui que tu seras certainement détruit (Deut. 8 : 19). Peuple d’Israël, vous êtes Mes témoins ; Je vous ai choisis pour être Mon serviteur, afin que vous Me connaissiez, croyiez en Moi et compreniez que Je suis le seul Dieu. En dehors de Moi, il n’y a pas d’autre dieu ; il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais (Isa. 43 : 10).
Deuxièmement, le Qur’an exhorte et invite le peuple d’Israël, comme le fait la Bible, à respecter son pacte avec Dieu, à croire à Son dernier message et à témoigner de sa vérité, en lui rappelant la promesse et la menace qui lui furent faites. Enfants d’Israël, souvenez-vous de Ma bénédiction dont Je vous ai comblés et remplissez Mon pacte [avec vous], et Je remplirai votre pacte [avec Moi] ; et de Moi seul soyez remplis de crainte ! (al-Baqarah 2 : 40). Souvenez-vous que le Seigneur votre Dieu est le seul Dieu et qu’Il est fidèle. Il gardera Son pacte et manifestera constamment Son amour pendant mille générations à ceux qui L’aiment et obéissent à Ses commandements, mais Il n’hésitera pas à châtier ceux qui Le haïssent (Deut. 7 : 9-10). Si vous obéissez au Seigneur votre Dieu et faites tout ce qu’Il ordonne, Il fera de vous Son propre peuple, comme Il l’a promis… Le Seigneur votre Dieu fera de vous le chef des nations et non leur suiveur ; vous prospérerez toujours et n’échouerez jamais… Mais si vous désobéissez au Seigneur votre Dieu et ne gardez pas fidèlement tous Ses commandements et Ses lois que je vous donne aujourd’hui, tous ces malheurs vous arriveront… le Seigneur maudira tout ce que vous entreprendrez… (Deut. 28 : 9-19). Je serai votre Dieu et vous serez Mon peuple (Lév. 26 : 12).
Troisièmement, le Qur’an accuse le peuple d’Israël d’avoir rompu son pacte et négligé son devoir de n’adorer et de n’obéir qu’à Dieu et d’être Ses témoins. Non seulement ils se détournèrent eux-mêmes du message de leur Seigneur, mais ils empêchèrent aussi les autres de l’accepter et de le suivre. Gens du Livre, pourquoi mécroyez-vous aux révélations de Dieu alors que vous-mêmes en témoignez [la vérité] ? Gens du Livre, pourquoi revêtez-vous la vérité de fausseté et dissimulez-vous la vérité, alors que vous le savez ? (Al ‘Imran 3 : 70-71). Dis : Gens du Livre, pourquoi détournez-vous du chemin de Dieu ceux qui croient, cherchant à le rendre tortueux, alors que vous êtes vous-mêmes témoins de sa vérité ? (Al ‘Imran 3 : 99). Dieu a certes conclu un pacte avec les Enfants d’Israël lorsque Nous avons désigné parmi eux douze chefs, et Dieu a dit : Je suis avec vous. Si vous accomplissez la prière, acquittez l’aumône, croyez en Mes Messagers, les soutenez et prêtez à Dieu un prêt généreux, J’effacerai certainement vos mauvaises actions et vous ferai entrer dans des jardins sous lesquels coulent les rivières. Mais quiconque parmi vous mécroira ensuite se sera certes égaré loin du droit chemin. Puis, pour avoir rompu leur pacte, Nous les avons maudits et avons endurci leurs cœurs… (al-Ma’idah 5 : 12-13). Nous avons certes conclu un pacte avec les Enfants d’Israël et leur avons envoyé des Messagers ; chaque fois qu’un Messager leur apportait ce qu’ils n’aimaient pas [ils se rebellaient], ils traitaient certains de menteurs et en tuaient d’autres (al-Ma’idah 5 : 70). Les gens du Livre te demanderont de faire descendre sur eux un Livre du ciel ; ils avaient déjà demandé à Moïse quelque chose de plus grand encore, en disant : Fais-nous voir Dieu face à face ; alors la foudre les saisit à cause de leur injustice. Puis ils prirent le veau pour objet d’adoration, après que la Vérité claire leur fut parvenue ; pourtant Nous leur pardonnâmes cela et donnâmes à Moïse une autorité manifeste [au service de la Vérité]. Nous élevâmes au-dessus d’eux le Mont en concluant un pacte avec eux, et Nous leur dîmes : Entrez par la porte en vous prosternant ; et Nous leur dîmes : Ne transgressez pas le Sabbat ; et Nous conclûmes avec eux un pacte solennel. [Nous les maudîmes donc] pour avoir rompu le pacte, rejeté les révélations de Dieu, tué les prophètes injustement et dit : « Nos cœurs sont fermés [à la fausse guidance]. » Non ! Dieu les a scellés à cause de leur mécréance, si bien qu’ils ne croient que peu ; et pour leur mécréance, pour avoir proféré contre Marie une calomnie monstrueuse et pour avoir dit : « Nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le Messager de Dieu » (al-Nisa’ 4 : 153-157). Les mécréants parmi les Enfants d’Israël furent maudits par la bouche de David et de Jésus, fils de Marie ; cela parce qu’ils se rebellèrent [contre Dieu] et persistèrent dans la transgression. Ils ne s’interdisaient pas mutuellement les actes répréhensibles qu’ils commettaient. Comme étaient mauvais les actes qu’ils accomplissaient ! (al-Ma’idah 5 : 78-79).
La Bible parle dans le même esprit. Son accusation ne diffère pas de celle du Qur’an, bien qu’elle soit formulée plus durement et avec des reproches plus sévères. En outre, les chefs de Juda, les prêtres et le peuple suivirent l’exemple pécheur des nations qui les entouraient en adorant des idoles ; ils profanèrent ainsi le Temple que le Seigneur Lui-même avait sanctifié. Le Seigneur, le Dieu de leurs ancêtres, avait continué d’envoyer des prophètes pour avertir Son peuple, car Il voulait épargner le peuple et le Temple. Mais ils ridiculisèrent les Messagers de Dieu, méprisèrent Ses paroles et se moquèrent de Ses prophètes, jusqu’à ce que la colère du Seigneur contre Son peuple devienne si grande qu’il n’y eut plus d’échappatoire (2 Chr. 36 : 14-16).
Dieu m’a dit d’écrire dans un Livre ce que sont les gens, afin qu’il reste un témoignage permanent de leur méchanceté. Ils se rebellent toujours contre Dieu, mentent toujours et refusent toujours d’écouter les enseignements du Seigneur. Ils disent aux prophètes de se taire. Ils disent : « Ne nous parlez pas de ce qui est juste. Dites-nous ce que nous voulons entendre. Laissez-nous garder nos illusions. Écartez-vous de notre chemin et cessez de nous barrer la route. Nous ne voulons pas entendre parler de votre saint Dieu d’Israël » (Isa. 30 : 8-11). Mais Ton peuple s’est rebellé et T’a désobéi ; ils ont tourné le dos à Ta loi. Ils ont tué les prophètes qui les avertissaient et leur disaient de revenir vers Toi. Ils T’ont insulté maintes et maintes fois ; alors Tu as laissé leurs ennemis les conquérir et les gouverner (Néh. 9 : 26-27). Les enfants que J’ai élevés se sont rebellés contre Moi. Les bovins savent à qui ils appartiennent, et les ânes savent où leur maître les nourrit. Mais mon peuple Israël ne le sait pas, lui ; il ne comprend absolument rien… La ville autrefois fidèle se comporte comme une prostituée ! Elle était autrefois remplie d’hommes justes, mais il ne reste maintenant que des meurtriers. Jérusalem, tu étais autrefois comme de l’argent, mais maintenant tu ne vaux plus rien ;… Tes dirigeants sont des rebelles et les amis des voleurs ; ils acceptent sans cesse des cadeaux et des pots-de-vin. Ils ne défendent jamais les orphelins devant les tribunaux et n’écoutent pas lorsque les veuves présentent leur cause (Isa. 1 : 2-23).
Voici également comment Jésus réprimande le peuple d’Israël. Jérusalem, Jérusalem ! Tu tues les prophètes et lapides les Messagers que Dieu t’a envoyés !… Ainsi donc, ton temple sera abandonné et désert (Mt. 23 : 37-38). Ils chargent les gens de fardeaux lourds et difficiles à porter, mais eux-mêmes ne veulent pas lever le petit doigt pour les aider à les porter. Ils agissent uniquement pour être vus des gens. Regardez les bandes portant des versets de l’Écriture qu’ils portent sur leur front et leurs bras, et voyez comme elles sont larges ! Remarquez aussi comme les franges de leurs manteaux sont longues ! Ils aiment les meilleures places dans les festins et les sièges d’honneur dans les synagogues ; ils aiment être salués avec respect sur les places publiques et être appelés « Maître »… Hypocrites ! Vous fermez aux gens la porte du Royaume des cieux ; vous n’y entrez pas vous-mêmes et vous n’y laissez pas entrer ceux qui essaient d’entrer !… Vous nettoyez l’extérieur de votre coupe et de votre assiette, tandis que l’intérieur est rempli de ce que vous avez acquis par la violence et l’égoïsme… Vous êtes comme des tombeaux blanchis à la chaux, qui paraissent beaux à l’extérieur mais qui sont pleins, à l’intérieur, d’ossements et de cadavres en décomposition… Vous reconnaissez donc vous-mêmes que vous êtes les descendants de ceux qui ont assassiné les prophètes ! Allez donc, et achevez ce que vos ancêtres ont commencé ! Serpents, race de serpents ! Comment espérez-vous échapper à la condamnation de l’enfer ? C’est pourquoi Je vous le dis : Je vous enverrai des prophètes, des sages et des maîtres ; vous tuerez certains d’entre eux, vous en crucifierez d’autres, vous en fouetterez d’autres dans les synagogues et les poursuivrez de ville en ville (Mt. 23 : 4-34).
Le récit le plus émouvant du destin d’Israël se trouve peut-être dans les lamentations du prophète Isaïe, que la paix soit sur lui. Décrivant Israël comme une vigne plantée par Dieu, il commence par montrer comment Dieu l’a comblée de toutes Ses faveurs, puis explique comment elle produisit des fruits amers et comment Dieu la châtia — d’une manière très semblable à ce que Sayyid Mawdudi a dit au sujet des musulmans. Mon ami avait une vigne sur une colline très fertile. Il bêcha la terre et la débarrassa des pierres ; il y planta les meilleurs ceps. Il bâtit une tour pour la garder et creusa une cuve pour y fouler le raisin. Il attendit que les raisins mûrissent, mais chaque raisin était amer. Alors mon ami dit : « Vous qui habitez Jérusalem et Juda, jugez entre ma vigne et moi. Y a-t-il quelque chose que je n’aie pas fait pour elle ? Pourquoi a-t-elle donc produit des raisins amers au lieu des bons raisins que j’attendais ? Voici ce que je vais faire à ma vigne : j’enlèverai la haie qui l’entoure, je démolirai le mur qui la protège et je la laisserai être dévorée et piétinée par les bêtes sauvages. Je la laisserai être envahie par les mauvaises herbes. Je ne taillerai plus les vignes et je ne bêcherai plus la terre ; je laisserai au contraire les ronces et les épines la recouvrir. J’interdirai même aux nuages de laisser tomber la pluie sur elle » (Isa. 5 : 1-4).
Enfin, le Qur’an précise également qu’après Israël, ce sont les musulmans qui ont été désignés pour accomplir la même mission que celle accordée à Israël. Nous avons certes donné aux Enfants d’Israël le Livre, le jugement et la prophétie ; Nous leur avons accordé de bonnes choses et les avons favorisés au-dessus de tous les peuples. Nous leur avons donné des preuves claires concernant cette affaire [de leur Din] ; ils ne divergèrent qu’après que la connaissance leur fut venue, par rivalité entre eux… Puis Nous t’avons établi [ô Muhammad] sur la Voie [Shari‘ah] concernant cette affaire [de ton Din] ; suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas (al-Jathiyah 45 : 16-18).
9. Illusions et excuses : Lorsqu’une foi aussi totale, pénétrante, profonde et dynamique que l’islam — qui consiste à se soumettre au Dieu unique, et qui est un appel et un engagement — se transforme en une religion héréditaire et sectaire, ses adeptes inventent certaines croyances populaires pour apaiser et réduire au silence leur conscience. Grâce à ces illusions et à ces excuses, ils peuvent vivre paisiblement tout en manquant à leur engagement total envers Dieu. Ils négligent la mission qu’Il leur a confiée et refusent également d’accepter tout appel à renouveler leur foi et à assumer leur devoir. Le Qur’an mentionne certaines de ces idées populaires qui étaient devenues partie intégrante de la foi juive et les rejette catégoriquement. Là encore, l’objectif n’est ni de condamner une foi et un peuple déterminés pour tous les temps, ni d’entretenir la haine contre eux, mais de les inciter à corriger leurs croyances erronées et, plus important encore, d’avertir les musulmans de se méfier de telles idées. Il est ironique de constater que toutes ces croyances populaires font aujourd’hui également partie de la foi des musulmans ; par exemple, que notre Ummah est aimée de Dieu, que les musulmans, quel que soit l’état de leur foi et de leur conduite, ont le monopole du Paradis, que les miséricordes et les récompenses de Dieu leur sont exclusivement réservées et que, même s’ils sont châtiés, leur châtiment ne durera que quelques jours. Les Juifs et les chrétiens disent : « Nous sommes les enfants de Dieu et Ses bien-aimés. » Dis : « Pourquoi donc vous châtie-t-Il pour vos péchés ? » Non ! Vous n’êtes que des êtres humains parmi ceux qu’Il a créés. Il pardonne à qui Il veut et châtie qui Il veut (al-Ma’idah 5 : 18). Ils disent aussi : « Nul n’entrera au Paradis s’il n’est juif ou chrétien. » Telles sont leurs vaines prétentions ! Dis : « Apportez votre preuve, si ce que vous dites est vrai ! » Non ! Quiconque se soumet entièrement à Dieu tout en excellant dans le bien, sa récompense sera auprès de son Seigneur ; ils n’auront ni crainte ni tristesse (al-Baqarah 2 : 111-112).
Ils disent : « Le Feu ne nous touchera que quelques jours. » Dis : « Avez-vous conclu un pacte avec Dieu — car Dieu ne manque jamais à Son pacte — ou dites-vous de Dieu ce que vous ne savez pas ? » Non ! Ceux qui acquièrent le mal et que leurs péchés enveloppent, ceux-là sont les habitants du Feu… (al-Baqarah 2 : 81). Et lorsqu’on leur dit : « Croyez à ce que Dieu a fait descendre », ils répondent : « Nous croyons à ce qui a été descendu sur nous. » Ils nient ce qui est au-delà, alors que c’est la vérité qui confirme ce qu’ils possèdent. Dis : « Pourquoi donc avez-vous tué autrefois les prophètes de Dieu, si vous étiez croyants ? » (al-Baqarah 2 : 91). Dis : « Si la demeure de la vie dernière vous est réservée à vous seuls, à l’exclusion de tous les autres hommes, souhaitez donc la mort, si ce que vous dites est vrai ! » Mais ils ne la souhaiteront jamais, à cause de ce que leurs mains ont préparé. Dieu connaît les injustes… (al-Baqarah 2 : 95).
Quel est notre véritable problème ?

Pseudo-problèmes

À présent, frères, vous devez avoir compris comment nous, en tant que musulmans, aurions dû vivre et nous comporter, et comment, en réalité, nous vivons et nous comportons. Vous devez également avoir compris les graves conséquences que nous subissons à cause de notre conduite. Vous ne devriez donc avoir aucune difficulté à voir que les problèmes que les musulmans considèrent comme cruciaux pour leurs sociétés et qu’ils s’efforcent de résoudre par divers moyens — dont certains ont été inventés par eux, mais dont la plupart ont été copiés sur d’autres — ne sont pas leurs véritables problèmes. Le temps, l’énergie et les ressources qu’ils consacrent à résoudre ces problèmes sont tout simplement gaspillés. Par exemple, nous nous considérons comme une minorité submergée par une écrasante majorité étrangère, ou comme une majorité privée de sa souveraineté sur son propre territoire, ou comme une nation assujettie et exploitée par une puissance étrangère, ou encore comme un peuple souffrant de retard et de pauvreté. Nous consacrons alors tous nos efforts à atteindre des objectifs qui découlent de ces conceptions et de ces images que nous avons de nous-mêmes. Par exemple, nous poursuivons des objectifs tels que la sauvegarde et la préservation de notre statut dans un pays où nous sommes minoritaires, l’établissement de notre souveraineté à l’intérieur de nos frontières territoriales, la libération de la domination étrangère, ou encore l’atteinte des mêmes niveaux de progrès et de développement économiques que les nations avancées. Ces questions, et d’autres du même ordre, peuvent être les préoccupations majeures de ceux qui ne sont pas musulmans, qui n’acceptent pas Dieu comme leur Seigneur et leur Guide, et peuvent constituer l’objet central de leurs efforts. Mais pour nous, musulmans, elles ne sont pas les problèmes primordiaux ; nous y sommes confrontés uniquement parce que nous avons négligé, et continuons de négliger, l’accomplissement de notre devoir. Si nous avions été de véritables témoins de l’islam, nous ne nous serions pas retrouvés perdus dans une jungle aussi dense de problèmes complexes et inextricables. Si, au lieu de disperser nos énergies à défricher cette jungle, nous consacrons désormais toute notre attention et tous nos efforts à accomplir notre devoir, elle disparaîtra en un rien de temps, et pas seulement pour nous-mêmes, mais pour toute l’humanité. Car maintenir le monde propre et l’améliorer relève de notre responsabilité ; puisque nous avons abandonné le devoir qui nous avait été assigné, le monde s’est couvert de fourrés épineux. Il n’est donc pas étonnant que la partie la plus épineuse nous soit échue. Malheureusement, nos dirigeants religieux et politiques ne cherchent pas à comprendre cette réalité simple mais cruciale. Partout, ils continuent de convaincre les musulmans que leurs problèmes sont ceux d’une minorité face à une majorité, du progrès matériel, de la sécurité nationale, de la conquête de la liberté et de l’indépendance en tant qu’État-nation. En outre, même les solutions qu’ils recommandent ont été empruntées aux non-musulmans. Mais, de même que je crois en Dieu, je crois que vous êtes induits en erreur et qu’en suivant de telles voies, vous n’atteindrez jamais votre bien-être ni votre destinée.

Notre véritable problème

Quel est donc notre véritable problème ? Si je ne vous l’explique pas clairement, sans aucune réserve, je vous rendrai un très mauvais service. À mon avis, votre destinée, aujourd’hui et à jamais, ne dépend que d’une seule question : comment vous conduisez-vous à l’égard de la guidance de Dieu qui vous est parvenue par l’intermédiaire de Son Messager — que les bénédictions et la paix soient sur lui ? C’est grâce à cette guidance que vous êtes musulmans. C’est grâce à elle que, que cela vous plaise ou non, vous avez accepté de devenir les ambassadeurs de l’islam auprès du monde entier. Par conséquent, ce n’est que si vous suivez l’islam totalement et avec dévouement, si vos paroles et vos actes témoignent véritablement de ses enseignements, si votre conduite sociale et publique représente fidèlement tous les aspects de l’islam, que vous vous élèverez de gloire en gloire dans ce monde et recevrez les plus grands honneurs dans l’au-delà. Alors, en peu de temps, les sombres nuages de la peur et de l’angoisse, du déshonneur et de l’humiliation, de l’assujettissement et de l’esclavage se dissiperont. Alors, la vérité de votre message et la vertu de votre caractère conquerront esprit après esprit et cœur après cœur. Alors, votre prestige et votre réputation, votre influence et votre autorité, s’exerceront sur le monde. On placera en vous l’espoir d’obtenir la justice, on fera confiance à votre intégrité et à votre honnêteté, on vous confiera les perspectives de la vertu, et l’autorité sera accordée à votre monde. En revanche, les dirigeants de la laïcité perdront toute crédibilité et toute autorité. Leur philosophie et leur vision du monde, leurs idéologies économiques et politiques, se révéleront fausses et illusoires lorsqu’elles seront confrontées à votre vérité et à votre conduite droite. Les forces qui appartiennent aujourd’hui au camp laïque s’en détacheront une à une pour rejoindre le camp de l’islam. Viendra alors un temps où le communisme craindra pour sa propre survie jusque dans Moscou, où la démocratie capitaliste tremblera à l’idée de devoir se défendre, même à Washington et à New York, où la laïcité matérialiste ne pourra trouver de place, même dans les universités de Londres et de Paris, où le racisme et le nationalisme ne gagneront pas un seul adepte, même parmi les brahmanes et les Allemands. L’actuelle époque d’humiliation abjecte sera alors reléguée aux pages de l’histoire. Elle ne servira qu’à nous rappeler les jours où les adeptes d’une foi aussi universelle et puissante que l’islam furent réduits à une telle stupidité qu’ils tremblaient devant des bâtons et des cordes, alors qu’ils tenaient sous le bras le bâton de Moïse. Cet avenir est le vôtre ! Mais seulement si vous suivez l’islam sincèrement et exclusivement et si vous en êtes les témoins fidèles. Votre conduite actuelle est cependant tout à fait contraire. Vous avez été comblés de la guidance divine, mais, tels un serpent gardant un trésor, vous n’en tirez vous-mêmes aucun profit et vous n’en laissez pas davantage profiter les autres. En vous appelant musulmans, vous vous êtes attribué la position de représentants de l’islam, mais le témoignage combiné de vos paroles et de vos actes est donné principalement en faveur de l’ignorance (Jahiliyyah), de l’idolâtrie, du matérialisme et de l’immoralité. Vous avez avec vous le Livre de Dieu, mais vous l’avez mis sur une étagère et, pour chercher la guidance, vous vous tournez vers toutes sortes de personnes qui conduisent au Kufr, ainsi que vers des sources qui vous égarent. Vous prétendez être les serviteurs du Dieu unique, mais, en réalité, vous servez chaque fausse divinité, chaque Satan et toute puissance en rébellion contre Dieu. Vous avez des amis et des ennemis, mais ce sont toujours vos intérêts personnels et égoïstes qui déterminent votre amitié et votre inimitié. Dans les deux cas, vous utilisez l’islam comme un parti au service de votre cause. Ainsi, votre conduite a, d’une part, privé vos vies des bénédictions que l’islam vous offre et, d’autre part, vous éloigne de l’humanité au lieu de l’attirer vers l’islam. Si vous continuez à vous comporter de cette manière, vous ne pourrez obtenir aucun bien, ni dans ce monde ni dans l’au-delà. Selon la Loi de Dieu, il en résulte la situation misérable dans laquelle vous vous trouvez. Ce que l’avenir vous réserve pourrait être bien pire. À vrai dire, peut-être que si vous ôtiez de vous l’étiquette de l’islam et suiviez ouvertement et sincèrement le Kufr, vous pourriez au moins réaliser autant de progrès matériel que l’Amérique, la Russie et la Grande-Bretagne. Mais prétendre être musulmans tout en se comportant comme des non-musulmans, fermer à l’humanité la porte de la guidance divine en lui présentant faussement l’islam, constitue un crime si odieux qu’il ne vous permettra jamais de prospérer dans ce monde. Vous ne pouvez d’aucune manière échapper au châtiment que le Coran prescrit pour ce crime. L’histoire juive fournit une preuve vivante de cette réalité. Vous pouvez vous tourner vers le nationalisme laïque comme vers un moindre mal, vous faire reconnaître comme une nation distincte et réaliser tout ce que le nationalisme musulman cherche à réaliser. Mais rien de tout cela ne vous aidera. Il n’existe qu’un seul moyen d’écarter le châtiment de Dieu : détournez-vous de votre péché et repentez-vous.