Préface
Un grand nombre d’auteurs occidentaux, ainsi que d’orientalistes influencés par eux, soutiennent que la culture islamique est issue des cultures qui l’ont précédée, notamment des cultures grecque et romaine, et que c’est parce que l’esprit arabe a réorganisé ces anciens éléments d’une manière nouvelle et en a transformé l’apparence extérieure qu’elle a pris la forme d’une culture distincte. C’est en raison de cette conception que les tenants de cette école cherchent les éléments de la culture islamique dans les cultures perse, babylonienne, sarmate, phénicienne, égyptienne, grecque et romaine. Ensuite, ils recherchent dans la nature arabe les éléments de la mentalité qui aurait pris, selon ses besoins, des matériaux dans ces cultures pour les organiser à sa manière.
Une conception erronée
Mais c’est là une conception gravement erronée. Car, s’il est vrai que le présent de l’humanité est toujours influencé par le passé et que toute innovation puise donc dans les éléments constitutifs antérieurs, il n’en demeure pas moins incontestable que, par son essence vivante et ses éléments fondamentaux, la culture islamique est entièrement islamique et qu’elle ne subit pas la moindre influence d’une culture non islamique. Certes, dans ses détails extérieurs, la pensée arabe, les traditions arabes et les cultures antérieures et postérieures ont nécessairement exercé une influence plus ou moins grande. Un édifice possède, d’une part, son plan, sa technique de construction et la manière dont il est conçu conformément à son objectif : c’est là son élément véritable et essentiel. Il possède, d’autre part, sa couleur, sa diversité, ses ornements et sa splendeur : ce sont là des détails secondaires et accessoires. Ainsi, si l’on considère l’édifice culturel dans son essence, on constate que l’édifice de la culture islamique est entièrement le fruit du processus de formation propre à l’islam. Son plan lui appartient en propre ; aucun autre plan ne lui a servi de modèle à cet égard. Sa technique de construction est sa propre invention ; aucun autre modèle n’a été imité en la matière. Son objectif de construction est entièrement distinct et original : jamais auparavant, ni par la suite, aucun autre édifice n’a été construit dans ce but.
De même, pour atteindre cet objectif, la culture islamique a été façonnée exactement selon le type de structure qui était nécessaire. Dans tout ce qu’elle a édifié à cette fin, aucun ingénieur extérieur n’a le pouvoir d’apporter une modification ou une amélioration, pas plus qu’il n’a celui d’y faire un ajout. Restent les détails secondaires et accessoires ;
Même dans ce domaine, l’islam n’a emprunté que très peu de choses aux autres cultures. On peut même dire que la majeure partie lui est propre. Certes, les musulmans ont quelque peu enrichi cet aspect en empruntant à d’autres cultures des éléments de couleur, de diversité, d’ornement et de beauté. Et c’est précisément cela qui est devenu si manifeste aux yeux des observateurs qu’ils tentent d’imputer l’imitation à l’ensemble de l’édifice.
Définition de la culture
Pour trancher cette question, il faut avant tout répondre à la question suivante : qu’est-ce que la culture ? Les gens pensent que la culture désigne les connaissances et les sciences, la littérature et la philosophie, les arts et les techniques, les beaux-arts, les usages sociaux, le mode de vie, la politique de l’État, etc., d’une nation. Mais en réalité, tout cela ne constitue pas l’essence véritable de la culture : ce n’en sont que les résultats et les manifestations extérieures. La culture n’est ni la racine ni le tronc de l’arbre ; elle n’en est que les branches, les rameaux, les feuilles et le feuillage. On ne peut déterminer la valeur d’une culture sur la base de ces signes extérieurs et de cette enveloppe. Il nous faut donc, en écartant ces éléments, parvenir jusqu’à l’essence vivante de la culture et rechercher ses fondements et ses éléments fondamentaux.
Les éléments fondamentaux de la civilisation :
Dans cette perspective, la première chose qu’il faut rechercher dans une civilisation est la suivante : quelle conception a-t-elle de la vie terrestre ? Quelle dignité accorde-t-elle à l’être humain dans ce monde ? Que représente le monde à ses yeux ? Quelle est la relation de l’homme avec ce monde ? Comment l’homme doit-il en jouir et l’utiliser ? En réalité, ces éléments exercent une profonde influence sur l’ensemble des activités de la vie. Si cette vision change, toute la nature de la civilisation se transforme fondamentalement.
La deuxième question, étroitement liée à la vision de la vie, concerne le but ultime de l’existence. Quel est le dessein de la vie humaine dans ce monde ? À quoi servent toutes les dispositions prises par l’homme, tous ses efforts et ses entreprises, tout son labeur et sa peine, tous ses conflits et ses luttes ? Vers quel objectif souhaitable l’homme doit-il se diriger avec ardeur ? Vers quel but les descendants d’Adam ont-ils le devoir de tendre par leurs efforts et leurs œuvres ? De quelle issue l’homme doit-il se souvenir dans chacun de ses actes et de ses efforts ? En réalité, c’est la question de ce but et de ces aspirations qui détermine et dirige le cours de la vie concrète de l’homme ; la méthode d’action qui lui correspond ainsi que la voie du succès deviennent alors le support de son existence.
La troisième question est la suivante : sur quelles croyances et conceptions fondamentales la civilisation étudiée forme-t-elle le caractère humain ? Comment façonne-t-elle la mentalité de l’homme ? Quel genre de pensées fait-elle naître dans son esprit et son cerveau ? Et quelle force active contient-elle, qui pousse l’homme, au regard de ses buts et de ses objectifs, à adopter un mode de vie concret particulier ? Il n’existe aucune controverse sur le fait que la force d’action de l’homme est soumise à l’influence de sa faculté de penser. La conscience qui met en mouvement ses mains et ses pieds provient de son esprit et de son cerveau. Les croyances, les réflexions et les conceptions qui s’imposeront à son esprit et à son cerveau exerceront leur influence sur l’ensemble de sa capacité d’action, qui se mettra précisément en mouvement sous leur effet. En d’autres termes, dans le moule où sa mentalité sera formée naîtront également ses émotions, ses sentiments, ses désirs et ses aspirations ; et ses membres continueront d’agir conformément à leurs ordres. En vérité, aucune civilisation dans le monde ne peut s’établir sans une croyance fondamentale et une pensée directrice. Ainsi, pour comprendre et évaluer une civilisation quelconque, il faut d’abord comprendre ses croyances et sa pensée, puis en mesurer les qualités et les défauts — tout comme, pour connaître la solidité et la durée d’un édifice, il est indispensable de connaître la profondeur et la robustesse de ses fondations.
La quatrième question est la suivante : quel genre d’être humain la civilisation étudiée forme-t-elle, en tant qu’être humain ? Autrement dit, à l’aide de quel type de formation morale prépare-t-elle l’homme à mener, conformément à son propre idéal, une vie accomplie ? Quels traits de caractère, quelles qualités et quelle mentalité fait-elle naître en lui, et cherche-t-elle à développer et à accroître ? À quel type d’homme sa formation morale particulière fait-elle parvenir ? Bien que le véritable objectif de la civilisation soit la réorganisation de la société, celle-ci est bâtie avec les éléments que sont les individus. Or la solidité et la durée de cet édifice dépendent du fait que chacune de ses pierres soit correctement taillée, que chaque brique soit solide et bien cuite, que chaque poutre soit robuste, qu’aucune ne soit rongée par les vers et qu’aucun matériau immature, médiocre ou fragile ne soit utilisé. La cinquième question est la suivante : dans cette civilisation, comment les relations entre les êtres humains sont-elles établies selon les différentes situations ? Quel type de relations entretient-on avec sa propre famille, avec ses voisins, avec ses amis, avec les personnes qui vivent auprès de soi, avec ses subordonnés, avec ses supérieurs, avec les adeptes de sa propre civilisation et avec ceux qui lui sont étrangers ? Quels droits l’homme a-t-il sur les autres, et quels droits les autres ont-ils sur lui, tels qu’ils sont prescrits ? À quelles limites est-il soumis ? Quelle liberté lui accorde-t-on lorsqu’il est libre, et dans quelle mesure le restreint-on lorsqu’il est détenu ? En réalité, toutes les questions relatives au caractère moral, à la vie sociale, aux lois, à la politique et aux relations internationales sont incluses dans ces interrogations. C’est également à partir de là que l’on peut connaître le type de famille, de société et d’État que la civilisation étudiée édifie.
Il ressort de cette discussion que ce que l’on appelle une civilisation est constitué de cinq éléments fondamentaux :
(1) La conception de la vie terrestre,
(2) Le but ultime de la vie,
(3) Croyance fondamentale et courant de pensée
(4) Formation de l’individu et (5) organisation sociale.
Toute culture dans le monde s’est constituée à partir de ces cinq éléments fondamentaux. Il va sans dire que la culture islamique s’est elle aussi formée avec l’aide de ces éléments. Dans le présent ouvrage, j’ai examiné trois éléments de la culture islamique et expliqué sur quelle conception particulière de la vie, quel objectif spécifique de l’existence et quelles convictions et pensées fondamentales cette culture a été établie, ainsi que la manière dont ceux-ci lui ont donné la forme d’une culture particulière, distincte des autres cultures du monde. Les deux éléments restants ne sont pas traités dans cet ouvrage. Pour ce qui concerne l’organisation de l’individu, mes deux ouvrages intitulés « Un regard analytique sur le culte islamique » et « Khutbât » *1 (sermons nos 20 à 28) pourront être utiles. Quant à l’« organisation sociale », on en trouvera une vue d’ensemble dans mes conférences radiophoniques publiées sous le titre « Islâm ka Nizâm-e Hayât » (Le mode de vie islamique).
Source :
1 : Il s’agit d’un recueil de neuf conférences de l’auteur, publiées sous forme de plusieurs brochures, à savoir : La réalité de l’islam, La réalité de la foi, La réalité du jihâd, La réalité du pèlerinage, La réalité de la zakât, et La réalité de la prière et du jeûne.
Un
La conception de l’islam concernant la vie terrestre :
Depuis toujours, l’être humain entretient à son propre sujet une conception profondément erronée, et cette conception demeure encore présente aujourd’hui. Tantôt, il adopte la voie de l’excès et se considère comme l’être le plus évolué du monde. Son esprit et son cœur se remplissent d’insolence, d’orgueil et d’un esprit de rébellion. Il n’est même pas disposé à considérer une quelconque puissance comme son égale, encore moins comme supérieure à la sienne. Au contraire, il proclame : « Qui est plus puissant que moi ? » et « Je suis votre seigneur suprême », se considérant comme totalement irresponsable ; il apparaît alors comme le dieu de la violence et de l’oppression, ainsi que l’incarnation même de l’injustice, de l’iniquité, de la destruction et de la ruine. Tantôt, il est atteint de la maladie de la servilité et en vient à se considérer comme l’être le plus vil du monde. Il se prosterne devant les arbres, les pierres, les mers, les montagnes, les animaux, le vent, le feu, les nuages, les éclairs, la lune, le soleil, les étoiles — bref, devant toute chose en laquelle il perçoit quelque pouvoir ou la capacité de lui nuire ou de lui être utile. Même s’il perçoit une quelconque puissance chez un être humain semblable à lui, il n’hésite pas le moins du monde à le considérer comme une divinité et un ma‘bûd.
L’identité fondamentale de l’être humain :
L’islam, rejetant ces deux conceptions extrêmes, a présenté à l’homme sa véritable identité. Il dit : *************
« L’homme devrait réfléchir à son origine : de quoi a-t-il été créé ? Il a été créé d’une eau émise avec force, qui sort d’entre les lombes et les côtes. » – (sourate At-Târiq : 5-7)
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« L’homme ne voit-il pas que Nous l’avons créé d’une goutte d’eau ? Et voilà qu’il devient un adversaire déclaré, qu’il Nous cite des exemples et oublie sa propre origine. »
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« Il a commencé la création de l’homme à partir de l’argile ; puis Il a assuré sa descendance à partir d’une quintessence d’une eau vile. Ensuite, Il a parachevé sa formation et insufflé en lui de Son esprit. » [sourate As-Sajda : 7-9]
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« Nous vous avons créés de terre, puis d’une goutte de sperme, ensuite d’un caillot de sang, puis d’une masse de chair formée ou informe, afin de vous montrer Notre puissance. Nous maintenons dans le sein maternel, jusqu’à un terme déterminé, la goutte de sperme que Nous voulons ; puis Nous vous en faisons sortir sous forme de nouveau-nés. Ensuite, Nous vous faisons grandir jusqu’à l’âge de la maturité. Certains d’entre vous meurent, tandis que d’autres atteignent l’âge le plus décrépit, au point de redevenir inconscients après avoir possédé la raison. » [Sourate al-Hajj, 5]
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« Ô homme ! Qu’est-ce qui t’a trompé au sujet de ton Seigneur, le Très Miséricordieux, qui t’a créé, t’a façonné harmonieusement, a équilibré tes forces et t’a composé dans la forme qu’Il a voulue ? » [Sourate al-Infitar, 6-8]
« Et c’est Allah qui vous a fait sortir du ventre de vos mères ; lorsque vous en êtes sortis, vous ne saviez rien. Il vous a donné l’ouïe, la vue et les cœurs, afin que vous soyez reconnaissants. »
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« Avez-vous réfléchi à la goutte de sperme que vous déposez dans les matrices ? Est-ce vous qui en créez l’enfant, ou bien est-ce Nous qui le créons ? Nous sommes capables de vous transformer et de vous recréer sous une autre forme que vous ne connaissez pas. Vous connaissez pourtant votre première création ; pourquoi n’en tirez-vous donc pas une leçon ? Avez-vous considéré les récoltes que vous cultivez ? Est-ce vous qui les faites pousser, ou bien est-ce Nous qui les faisons pousser ? Si Nous le voulions, Nous les réduirions en paille sèche, et vous ne cesseriez alors de dire : “Nous sommes ruinés, bien plus, nous sommes complètement privés de tout.” Avez-vous ensuite considéré l’eau que vous buvez ? Est-ce vous qui la faites descendre des nuages, ou bien est-ce Nous qui la faisons descendre ? Si Nous le voulions, Nous la rendrions amère. Pourquoi donc n’êtes-vous pas reconnaissants ? Avez-vous alors considéré le feu que vous allumez ? Est-ce vous qui avez créé le bois qui l’alimente, ou bien est-ce Nous qui l’avons créé ? Nous l’avons créé comme un rappel et comme une provision pour les voyageurs. Proclame donc, ô homme, la gloire et la pureté de ton Seigneur sublime. » — [Sourate al-Waqi‘a, 58-74]
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« Lorsque la tempête vous assaillit en pleine mer, vous oubliâtes toutes vos fausses divinités et vous ne pensâtes plus qu’à Allah. Puis, lorsqu’Il vous sauva et vous ramena sur la terre ferme, vous reprîtes votre attitude rebelle ; l’homme est vraiment très ingrat. Êtes-vous à l’abri qu’Allah vous engloutisse sous la terre, ou qu’Il déchaîne contre vous une tempête de vent, sans que vous trouviez ensuite aucun protecteur ? Êtes-vous à l’abri qu’Il vous ramène une nouvelle fois en mer et qu’Il déchaîne contre vous une violente tempête qui vous submergerait à cause de votre désobéissance, sans que vous trouviez ensuite personne pour Nous en demander compte ? » — [Sourate Banî Isrâ’îl, 67-69]
Dans ces versets, l’orgueil et l’arrogance de l’être humain sont entièrement réduits à néant. Son attention y est attirée par ces paroles : « Considère donc quelque peu ta véritable nature. » Une goutte d’eau impure et insignifiante, entrée dans le sein maternel, s’accroît sous diverses formes d’impuretés et devient un morceau de chair. Si Allah le veut, Il peut ne pas insuffler la vie à ce morceau de chair, qui peut alors sortir dans un état inachevé. Par Son propre pouvoir, Allah insuffle la vie à ce morceau de chair, y crée les sensations et la conscience, puis le dote des forces et des moyens nécessaires à la vie terrestre de l’être humain. C’est ainsi que tu viens au monde. Mais ton état initial est celui d’un enfant sans défense : tu es incapable de satisfaire le moindre de tes besoins par toi-même. Allah, par Sa propre puissance, fait en sorte que tu sois élevé et que tu grandisses ; tu entres dans la jeunesse, tu deviens fort et puissant ; puis le déclin de tes forces commence à nouveau, tu passes de la jeunesse à la vieillesse, jusqu’à ce qu’un état d’impuissance semblable à celui de l’enfance s’abatte sur toi. Ta faculté de conscience t’abandonne ; tes forces s’affaiblissent, ta connaissance et ton intelligence disparaissent ; enfin, la lampe de ta vie s’éteint pour toujours. Tu dois abandonner richesses et biens, enfants et descendants, amis et proches, et chercher refuge dans la tombe. Durant cette brève vie, tu n’es pas capable de te maintenir toi-même en vie, ne serait-ce qu’un instant. Au contraire, une puissance supérieure à la tienne te maintient en vie et, lorsqu’Elle le veut, te contraint à quitter ce monde. De plus, tant que tu es vivant, tu dois t’accrocher aux lois de la nature. Cet air, cette eau, cette lumière, cette chaleur, les récoltes de cette terre, tout cet équipement naturel dont dépend ta vie : rien de tout cela ne relève de ton pouvoir. Tu ne les crées pas et ils ne se soumettent pas à tes ordres. Lorsque ces mêmes éléments se dressent contre toi, tu te retrouves totalement impuissant face à eux. Une seule tempête de vent détruit vos agglomérations. Une seule inondation déchaînée vous noie. Un seul tremblement de terre vous réduit en poussière. Aussi armé que tu sois, quels que soient les moyens que tu inventes grâce à ton savoir et à ton intelligence — qui ne sont pas ta propre création —, quels que soient les équipements que tu rassembles grâce à ta conscience — que tu n’as pas acquise par toi-même —, tout cela devient inutile face aux forces de la nature. Et pourtant, fort d’une telle puissance, tu te glorifies, tu exultes de joie, tu ne témoignes de considération à personne, tu atteins les sommets de la tyrannie pharaonique et de la nimrodienne, tu deviens un oppresseur impitoyable, un tyran sans limites ou un arrogant extrême, tu te rebelles contre Allah, tu t’installes comme divinité adorée par les serviteurs d’Allah et tu répands le désordre et la corruption sur la terre d’Allah.
La dignité de l’être humain dans la nature universelle :
Voilà pour la question de dissiper l’arrogance. D’un autre côté, l’islam a fait savoir à l’être humain qu’il n’est pas aussi insignifiant qu’il se considère lui-même. Ainsi : ( **************)
« Nous avons certes honoré les fils d’Adam, Nous les avons transportés sur terre et sur mer, et Nous leur avons accordé une supériorité manifeste sur beaucoup de ceux que Nous avons créés. » — (sourate Banî Isrâ’îl : 70)
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« Ô être humain ! Ne vois-tu pas qu’Allah a soumis à votre service tout ce qui se trouve sur la terre ? » — (sourate Al-Hajj : 65)
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« Et Il a créé les bestiaux, dans lesquels se trouvent pour vous de quoi vous protéger du froid et d’autres avantages, et desquels certains vous servent de nourriture. Vous y trouvez aussi une beauté, lorsque vous les ramenez au matin et les reconduisez au soir. Ils portent vos fardeaux jusqu’à des lieux que vous ne pourriez atteindre qu’au prix de grandes peines. Votre Seigneur est certes très bienveillant et miséricordieux. Il a créé les chevaux, les mulets et les ânes pour que vous les montiez et comme parure de votre vie. Allah crée encore bien d’autres choses que vous ne connaissez pas. C’est Lui qui fait descendre l’eau du ciel : une partie vous sert à boire, et une autre sert à faire pousser les plantes dont vous nourrissez vos bestiaux. Par cette eau, Allah fait pousser pour vous les cultures, les oliviers, les dattiers, les vignes et toutes sortes de fruits. Il y a là un signe pour ceux qui réfléchissent. C’est Lui qui vous a soumis la nuit et le jour, ainsi que le soleil et la lune. Et les étoiles sont également soumises par Son ordre. Il y a là des signes pour ceux qui usent de leur raison. Il a aussi créé pour vous sur la terre des choses de diverses couleurs ; il y a là un grand signe pour ceux qui tirent des leçons. C’est Lui qui a soumis la mer afin que vous en mangiez une chair fraîche (le poisson) et que vous en tiriez des ornements (perles, etc.) dont vous vous parez. Tu vois aussi les bateaux et les navires fendre les eaux et voguer sur la mer. La mer vous a donc été soumise afin que vous recherchiez la grâce d’Allah (c’est-à-dire que vous fassiez du commerce) ; peut-être Lui rendrez-vous grâce. C’est Lui qui a fixé les montagnes sur la terre afin qu’elle ne vacille pas avec vous, et qui a établi des fleuves et des chemins afin que vous trouviez votre route. Il a créé encore bien d’autres repères ; même grâce aux étoiles, les gens s’orientent. Et si vous comptiez les bienfaits d’Allah, vous ne pourriez les dénombrer. »
— (sourate An-Nahl : 5-18)
Il ressort des versets précédents qu’Allah a soumis à votre service et à votre profit tout ce qui existe sur la terre, et que cela vaut également pour les choses qui se trouvent dans le ciel. Ces arbres et ces plantes, ces fleuves, cette mer, ces montagnes, ces animaux, cette alternance de la nuit et du jour, cette lumière et ces ténèbres, ce soleil et cette lune, ces étoiles — en somme, tout ce que tu vois — est à ton service, destiné à ton profit et créé pour répondre à tes besoins. Tu as reçu la prééminence sur ces choses ; tu as été honoré davantage qu’elles et créé pour être capable de les servir. Alors, pourquoi inclines-tu la tête devant tes serviteurs ? Pourquoi les considères-tu comme ceux qui comblent tes besoins ? Pourquoi tends-tu vers eux des mains suppliantes ? Pourquoi leur demandes-tu de l’aide ? Pourquoi les crains-tu et trembles-tu devant eux ? Pourquoi célèbres-tu leur grandeur et leur gloire ? Ainsi, tu t’avilis et t’humilies toi-même, tu portes toi-même atteinte à ta propre dignité ; tu te transformes en serviteur de tes propres serviteurs et en esclave de tes propres esclaves !
L’homme, représentant d’Allah
Il apparaît donc que l’homme n’est ni aussi élevé qu’il se croit lui-même sous l’effet de son orgueil, ni aussi vil et méprisable qu’il s’est réduit à l’être. Une question se pose maintenant : quelle est donc la véritable position de l’homme dans le monde ? L’islam répond : (******************)
« Et lorsque ton Seigneur dit aux anges : “Je veux établir sur la terre un calife (représentant)”, ils dirent : “Vas-Tu y établir quelqu’un qui y fera régner la corruption et y versera le sang, alors que nous proclamons Ta grandeur et célébrons Ta pureté ?” Allah dit : “Je sais ce que vous ne savez pas.” Et Il enseigna à Adam les noms de toutes choses, puis les présenta aux anges et dit : “Informez-Moi des noms de ces choses, si vous êtes véridiques.” Ils dirent : “Gloire à Toi ! Nous ne savons que ce que Tu nous as enseigné. C’est Toi certes le Savant, le Sage.” Allah dit : “Ô Adam, informe-les de leurs noms.” Lorsqu’Adam les eut informés de leurs noms, Allah dit : “Ne vous ai-Je pas dit que Je connais le secret des cieux et de la terre, et que Je sais ce que vous divulguez et ce que vous dissimulez ?” Et lorsque J’ordonnai aux anges : “Prosternez-vous devant Adam”, ils se prosternèrent tous, à l’exception d’Iblis, qui refusa, s’enfla d’orgueil et fut au nombre des infidèles. Et Nous dîmes à Adam : “Ô Adam, demeure au Paradis, toi et ton épouse, et mangez-y à votre gré ; mais n’approchez pas de cet arbre, sinon vous serez du nombre des injustes.” Mais Satan les fit trébucher et les fit sortir de la félicité dans laquelle ils se trouvaient. » (sourate Al-Baqara : 30-36)
« …………………texte arabe…………… »
« Et lorsque ton Seigneur dit aux anges : “Je vais créer un être humain à partir d’une argile sèche et sombre. Puis, lorsque Je lui aurai donné sa forme harmonieuse et que J’aurai insufflé en lui de Mon esprit, tombez prosternés devant lui.” Alors tous les anges se prosternèrent, sauf Iblis, qui refusa de se joindre à ceux qui se prosternaient. Allah dit : “Ô Iblis ! Qu’as-tu donc à refuser de te joindre à ceux qui se prosternent ?” Iblis répondit : “Je ne suis pas de ceux qui se prosterneront devant cet être humain que Tu as créé à partir d’une argile sèche, sombre et altérée.” Allah dit : “Sors d’ici, car tu es banni. Et sur toi sera la malédiction jusqu’au Jour de la rétribution.” » (sourate Al-Hijr : 28-35)
Cette question est exposée sous diverses formes en plusieurs endroits du Coran glorieux. En voici le résumé : Allah a créé l’être humain comme Son représentant (naïb) sur terre ; Il lui a accordé davantage de connaissance qu’aux anges et a placé son savoir au-dessus des glorifications et des déclarations de sainteté des anges. Il a ordonné aux anges de se prosterner devant ce représentant ; ils se prosternèrent devant lui et, de cette manière, tous les anges s’inclinèrent devant lui. Mais Iblis refusa, et ainsi les forces sataniques ne s’inclinèrent pas devant lui. À cette époque, il n’était pourtant encore qu’une insignifiante figurine d’argile ; mais Allah insuffla en lui l’esprit et lui accorda la connaissance, le rendant ainsi digne d’être le représentant d’Allah. Les anges reconnurent sa supériorité et s’inclinèrent devant lui. Mais Satan ne le reconnut pas. Pour ce crime, la malédiction s’abattit sur Satan. Cependant, il obtint un délai jusqu’au Jour de la Résurrection afin d’égarer les êtres humains. Il les tenta donc, les fit chasser du Paradis, et c’est alors que commença le conflit entre l’être humain et Satan. Allah dit à l’être humain : « Si tu suis la guidée que Je t’enverrai, tu pourras entrer au Paradis ; mais si tu obéis aux ordres de Satan, ton ennemi originel, ta demeure sera l’Enfer. »
L’importance de la fonction de représentant :
Cette discussion nous a permis de comprendre les points suivants :
La dignité de l’être humain en ce monde tient à ce qu’il est le calife d’Allah. On appelle calife un naïb ou un représentant. Le devoir du représentant est d’obéir exclusivement à Celui qu’il représente. Il ne peut obéir à personne d’autre, ni transformer les sujets, les serviteurs, les auxiliaires et les esclaves de son propre maître en ses propres sujets, serviteurs, auxiliaires et esclaves. S’il agit ainsi, il sera accusé de rébellion et recevra un châtiment dans les deux cas. Là où il a été nommé représentant, il peut utiliser les biens de son maître, gouverner Ses sujets, recevoir leurs services et veiller sur eux ; mais non parce qu’il serait lui-même le maître, ni parce qu’il serait soumis à quelqu’un d’autre que ce maître, mais parce qu’il est le représentant de son maître et qu’il est, de la part de celui-ci, le dépositaire chargé de tout ce qui relève de son autorité. C’est pourquoi il ne peut être un représentant sincère, agréé et digne de récompense que s’il ne trahit pas le dépôt de son maître, suit la guidée que celui-ci lui a donnée et ne transgresse pas Ses commandements ; dans l’exercice de son autorité sur Ses biens, Ses sujets, Ses serviteurs, Ses auxiliaires et Ses esclaves, dans les services qu’il en reçoit, ainsi que dans sa conduite à leur égard et la façon dont il veille sur eux, il doit respecter les lois établies par Lui. S’il n’agit pas ainsi, il ne sera pas un représentant, mais un rebelle ; il ne sera pas agréé, mais rejeté ; il ne sera pas digne de récompense, mais méritera le châtiment. Allah dit :
« …………………Texte arabe…………… »
« Ceux qui suivront la guidée que Je leur ai donnée n’auront à craindre aucun châtiment et ne connaîtront aucune affliction. Quant à ceux qui désobéiront et voudront traiter de mensonges Mes paroles et Mes signes, ils auront pour demeure le feu de l’Enfer, où ils resteront éternellement. » (Sourate al-Baqara : 38-39)
Un représentant ou dépositaire n’est jamais libre d’agir à sa guise, de faire ce qu’il veut des richesses de son maître et de Ses sujets, sans que personne puisse lui en demander compte. Au contraire, il doit rendre des comptes à son maître ; il doit répondre de chaque affaire, même la plus infime. Son maître peut l’interroger sur chacun de ses actes et, après lui avoir confié la responsabilité de tout ce qu’il a fait du dépôt, des biens et des sujets de Celui-ci, lui accorder une récompense ou lui infliger un châtiment.
Le premier devoir du représentant est de se soumettre à Celui qu’il représente, à Son autorité, à Son gouvernement et à Sa souveraineté suprême. S’il n’est pas disposé à agir ainsi, il ne pourra ni comprendre l’importance de sa fonction de représentant, ni se faire une idée correcte de son investiture comme dépositaire ; il ne ressentira pas davantage sa responsabilité et son obligation de rendre des comptes, et n’acquerra pas la capacité de s’acquitter correctement de ses devoirs et responsabilités envers le dépôt qui lui a été confié. Il est absolument impossible que la conduite que l’être humain adoptera d’abord en se fondant sur cette notion de dépôt et de représentation soit ensuite la même s’il adopte une autre conception. Et même si l’on supposait que l’impossible lui devienne possible, cela n’aurait aucune valeur, car il se serait déjà rebellé en refusant d’obéir à son maître. Dès lors, même s’il accomplit de bonnes actions en suivant ses propres désirs et penchants ou en obéissant à quelqu’un d’autre, c’est auprès de celui à qui il a obéi qu’il devrait demander sa récompense. Aux yeux de son maître, ces bonnes actions seraient totalement dépourvues de valeur.
Dans son essence même, l’être humain n’est qu’une créature insignifiante. Mais tout l’honneur qu’il a acquis tient uniquement à l’Esprit insufflé en lui et au fait qu’Allah lui a conféré la fonction de Son représentant sur terre. La préservation de cet honneur dépend désormais du fait qu’il ne souille pas son esprit en obéissant à Satan et qu’il ne s’abaisse pas au degré de la rébellion en se détournant de la dignité de représentant. S’il néglige cette responsabilité, il restera une créature insignifiante.
Les forces angéliques (les forces du monde invisible) ont reconnu la représentation de l’être humain par Allah et se sont inclinées devant Lui en tant que représentant d’Allah. En revanche, les forces sataniques ne reconnaissent pas sa représentation ; elles veulent au contraire le rendre soumis à leur volonté. Si l’être humain accomplit dans ce monde les devoirs de la représentation et suit la voie indiquée par Allah, les forces angéliques lui apporteront leur aide. Des armées d’anges descendront pour lui. Le monde angélique ne se détournera jamais de lui. Grâce à l’aide de toutes ces forces, il vaincra Satan et ses partisans. Mais s’il hésite à s’acquitter du droit attaché à la représentation et ne suit pas la voie indiquée par Allah, les forces angéliques cesseront de le fréquenter, car il se sera lui-même écarté de la dignité de sa représentation. Et lorsqu’il ne subsistera plus aucune force pour lui venir en aide et qu’il ne sera plus qu’une figurine d’argile, les forces sataniques prendront le dessus sur lui. Dès lors, Satan et ses partisans seront ses seuls soutiens et auxiliaires ; il obéira à leurs règles et à leurs prescriptions, et son destin sera semblable au leur.
En raison de sa qualité de représentant d’Allah, la dignité de l’être humain est supérieure et éminente par rapport à toutes les choses de ce monde. Toute chose de ce monde lui est soumise, est destinée à son usage, et il a le droit d’en tirer profit selon la voie prescrite par Allah. Il serait pour lui profondément humiliant de s’incliner devant ces choses qui lui sont soumises. En s’inclinant devant elles, il se fait lui-même du tort et s’écarte de la dignité de représentant d’Allah. Il existe toutefois un Être devant lequel s’incliner et auquel obéir constitue pour lui un devoir impératif (fard), et dans la prosternation devant lequel résident son honneur et sa dignité. Quel est cet Être ? Allah est son Maître, Celui qui a désigné l’être humain comme Son représentant.
Aucun individu ni aucune classe particulière de l’humanité n’est le représentant d’Allah ; c’est l’ensemble de l’humanité qui a été investie de la dignité de représentant, et, en tant que représentants ou khalifes, tous les êtres humains sont égaux. C’est pourquoi aucun être humain ne doit s’incliner devant un autre, et nul n’a le droit d’en faire s’incliner un autre devant lui. Un être humain ne peut exiger d’un autre que l’obéissance à l’ordre et à la guidance du Maître. À cet égard, l’obéissant sera l’« amir » (celui qui ordonne), tandis que le désobéissant sera le « ma’mur » (celui à qui l’on ordonne). En effet, celui qui s’est acquitté du droit de la représentation est supérieur à celui qui ne s’en est pas acquitté. Mais la supériorité ne signifie pas qu’il est lui-même son Maître.
Chaque être humain a reçu individuellement le dépôt et la dignité de représentant. C’est pourquoi chacun sera interrogé, en ce qui le concerne, au sujet de la responsabilité attachée à cette fonction. La responsabilité des actes commis par les autres ne sera pas confiée à l’un, et nul ne pourra tirer profit des actes accomplis par un autre. De même, personne ne pourra libérer autrui de cette charge, et le poids des méfaits de nul ne sera placé sur les épaules d’un autre.
Tant que l’être humain demeure dans ce monde et que subsiste le lien entre la figurine d’argile (le corps humain) et l’Esprit insufflé par Allah, il demeure un représentant. Dès que ce lien est rompu, il perd aussitôt la dignité de la lieutenance sur terre. Les actes accomplis durant sa période de représentation doivent être examinés et évalués ; il faut faire le compte du dépôt qui lui a été confié et enquêter sur la manière dont il a rempli la responsabilité qui lui incombait en tant que représentant. S’il s’est rendu coupable de trahison, de rupture de confiance, de désobéissance, de rébellion et d’irresponsabilité, il doit être puni. En revanche, s’il a accompli son devoir avec foi, fidélité, sens des responsabilités et obéissance, il doit également recevoir sa récompense.
La conception islamique de la vie
Des deux termes mentionnés plus haut, « lieutenance » et « représentation », se dégage encore une indication importante. Le véritable devoir du représentant est de s’efforcer de s’acquitter pleinement du droit de sa représentation sur les biens de son propre Seigneur et, dans la mesure du possible, d’en user comme le ferait le véritable Propriétaire. Si un roi nomme quelqu’un comme représentant (naïb) auprès de ses sujets, la meilleure manière pour ce représentant d’exercer le pouvoir qui lui est confié consiste à jouer, à l’égard de la protection et de la prise en charge des sujets, de l’affection, de la bienveillance, de la sécurité, de la justice et, dans certains cas, de la fermeté, exactement le même rôle que le roi lui-même ; il doit également gérer les biens et les richesses du roi avec la même intelligence (hikma), la même sagesse, le même discernement et la même prudence que lui.
Ainsi, qualifier l’homme de calife-représentant d’Allah signifie que ce n’est que lorsque le principe qu’il suit dans ses rapports avec la création d’Allah est semblable à celui d’Allah Lui-même qu’il peut s’acquitter pleinement de la responsabilité de Le représenter et d’exercer le califat. Autrement dit, de même qu’Allah veille sur Sa création et la fait prospérer avec une grandeur propre à Celui qui pourvoit à ses besoins, l’homme, dans le domaine limité de son activité, préservera et fera prospérer les choses qu’Allah a placées sous son autorité avec une grandeur de même nature. De même, avec une grandeur rahmanienne comparable à celle avec laquelle Allah use de Ses richesses, avec la même justice et la même impartialité avec lesquelles Il maintient l’ordre parmi Ses créatures, et avec une miséricorde et une compassion du même type que celles avec lesquelles Il manifeste Ses attributs de « jabr » et de « qahr » (c’est-à-dire des attributs indiquant l’absence de miséricorde), l’homme traitera, quoique dans une mesure moindre, les créatures d’Allah sur lesquelles Il lui a accordé un pouvoir d’autorité et qu’Il a placées sous sa dépendance.
******, cette parole pleine de sagesse contient précisément cette signification. Mais l’homme ne peut acquérir cette haute dignité morale que lorsqu’il comprend véritablement que, dans ce monde, il n’est pas un souverain indépendant, mais seulement le représentant du Souverain véritable. Telle est la véritable responsabilité de la fonction de représentant. C’est elle qui définit la nature et l’étendue de ses rapports avec toute chose de ce monde, y compris son propre corps et ses forces physiques et mentales.
Tout ce qui a été dit jusqu’ici à propos de l’analyse de la représentation trouve dans le Noble Coran une explication détaillée. Celle-ci éclaire et rend manifeste chaque aspect des relations réciproques entre le monde et l’homme.
L’homme est représentant, non propriétaire
Il est dit dans le Coran :
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« C’est Lui, Allah, qui vous a établis comme représentants sur la terre et qui a élevé certains d’entre vous au-dessus des autres en degrés, afin de vous éprouver à travers ce qu’Il vous a accordé. » — (sourate al-An‘âm, 165)
قَالُوا أُوذِينَا مِن قَبْلِ أَن تَأْتِيَنَا وَمِن بَعْدِ مَا جِئْتَنَا ۚ قَالَ عَسَىٰ رَبُّكُمْ أَن يُهْلِكَ عَدُوَّكُمْ وَيَسْتَخْلِفَكُمْ فِي الْأَرْضِ فَيَنظُرَ كَيْفَ تَعْمَلُونَ
« (Moïse) dit aux enfants d’Israël : Très bientôt, Allah anéantira votre ennemi et vous établira comme califes sur la terre, afin qu’Il voie comment vous agirez. » — (sourate Al-A‘raf : 129)
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« Ô David, Nous avons fait de toi un représentant sur la terre. Juge donc entre les gens avec vérité et ne suis pas ta passion, car elle t’égarerait du chemin d’Allah. Ceux qui s’égarent du chemin d’Allah subiront un châtiment sévère, parce qu’ils ont oublié le Jour du Jugement. » — (sourate Sad : 26)
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« Allah n’est-Il pas le Souverain des souverains ? » — (sourate At-Tin : 8)
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« Le pouvoir n’appartient qu’à Allah. » — (sourate Al-An‘am : 57)
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« Dis : Ô Allah, Souverain de tous les royaumes ! Tu donnes le royaume à qui Tu veux et Tu le retires à qui Tu veux. Tu honores qui Tu veux et Tu humilies qui Tu veux. »
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« Obéissez uniquement à ce qui vous a été révélé de la part de votre Seigneur et n’obéissez à aucun autre protecteur en dehors de Lui. » — (sourate Al-A‘râf : 3)
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« Dis : ma prière, mon adoration, ma vie et ma mort appartiennent entièrement à Allah, Seigneur des mondes. » — (sourate Al-An‘âm : 162)
Ces versets montrent clairement que rien, parmi toutes les choses qui, dans ce monde, sont soumis à la jouissance, à l’usage et à l’autorité de l’homme, ne lui appartient, pas même sa propre personne. Leur véritable propriétaire, souverain et régulateur est Allah. L’homme n’a pas le droit de jouir de ces choses et de les utiliser à sa guise, comme s’il en était le véritable propriétaire. Dans ce monde, sa condition est celle d’un simple représentant, et son pouvoir se limite à suivre la voie prescrite par Allah et à user de ces choses selon la manière qu’Il a indiquée. Dépasser cette limite fixée, suivre ses propres passions ou obéir aux ordres d’un souverain autre que le véritable Souverain ne constitue rien d’autre que rébellion et égarement.
La condition première de la réussite dans la vie de ce monde :
Il est dit dans le Coran :
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« Ceux qui ont cru au faux et ont renié Allah sont, en vérité, au nombre des perdants. » — (sourate Al-Ankabut : 52)
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« Quiconque parmi vous renie sa religion (c’est-à-dire l’obéissance à Allah) et meurt en état de mécréance, ses œuvres seront vaines dans ce monde et dans l’au-delà. »
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« Quiconque refuse de croire verra toutes ses œuvres réduites à néant et fera partie des perdants dans l’au-delà. » — (sourate Al-Ma’idah : 5)
Il ressort de ces versets que la réussite de l’être humain, en tant que représentant d’Allah dans la vie terrestre, dépend de la reconnaissance de l’autorité souveraine de son propre Maître et de l’accomplissement de toutes ses actions en se considérant comme Son représentant et Son dépositaire. Sans cette reconnaissance, tout ce qu’il tirera des richesses et des biens d’Allah pour en jouir et les utiliser ne sera qu’une jouissance et une utilisation rebelles. Or il est de notoriété commune que, même si un rebelle s’empare d’un pays et donne le meilleur exemple de service à ce pays, son véritable roi ne reconnaîtra nullement ses « bonnes actions ». Pour le roi, un rebelle reste un rebelle. Que son caractère personnel soit bon ou mauvais, qu’il administre correctement le pays après s’être rebellé ou non, cela ne change rien.
Le monde est fait pour être utilisé et apprécié
Il est dit dans le Coran :
« Ô hommes ! Mangez de ce qui est licite et pur sur la terre, et ne suivez en rien les pas de Satan ; car il est pour vous un ennemi déclaré. Il vous ordonne le péché, l’immoralité et de dire au sujet d’Allah ce que vous ne savez pas. » — (sourate Al-Baqara : 168-169)
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« Ô vous qui croyez ! N’interdisez pas pour vous-mêmes les bonnes choses qu’Allah vous a rendues licites et ne transgressez pas ; certes, Allah n’aime pas les transgresseurs. Mangez de la subsistance licite et pure qu’Allah vous a accordée, et éloignez-vous de la désobéissance envers Allah, en qui vous croyez. » — (sourate Al-Maïda : 87-88)
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« (Ô Prophète ! Dis : Qui donc a interdit les parures (zinat) qu’Allah a produites pour Ses serviteurs, ainsi que
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« (Notre Prophète) leur ordonne les bonnes actions et les détourne de l’injustice et du péché ; il leur rend licites les bonnes choses et illicites les mauvaises, et il les débarrasse des fardeaux et des chaînes qui pesaient sur eux. »
– (sourate Al-A‘râf : 157)
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« Vous rechercherez la grâce de votre Seigneur (c’est-à-dire votre subsistance par le commerce) ; cela ne vous causera aucun tort. »
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« Les disciples du Messie avaient eux-mêmes inventé l’ascétisme, dans l’espoir d’obtenir l’agrément d’Allah ; Nous ne le leur avions pas prescrit. »
– (sourate Al-Hadîd : 27)
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« Nous avons destiné à l’Enfer un grand nombre de djinns et d’êtres humains. Ils ont des cœurs, mais ne s’en servent pas pour comprendre ; ils ont des yeux, mais ne s’en servent pas pour voir ; ils ont des oreilles, mais ne s’en servent pas pour entendre. Ils sont comme des bestiaux, ou plutôt plus égarés encore. Ceux-là sont les insouciants. » — (sourate Al-A‘râf : 179)
Ces versets montrent clairement que renoncer au monde n’est pas la vocation de l’être humain. Le monde n’est pas une chose qu’il faudrait abandonner, dont il faudrait se tenir à l’écart, ni dont il faudrait s’interdire les activités, les affaires, les moyens de jouissance et les beautés. Ce monde a été créé pour l’être humain ; son rôle est donc d’en jouir et d’en faire usage, largement. Toutefois, il doit en user en tenant compte de la distinction entre le bien et le mal, le pur et l’impur, le convenable et l’inconvenant. Allah lui a donné des yeux pour voir. Si l’être humain n’utilise pas ses organes corporels, ses facultés sensorielles et ses forces mentales, ou s’il les utilise dans la mauvaise direction, il ne se distingue en rien de l’animal.
Le mystère de la vie terrestre :
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« La promesse d’Allah (au sujet de l’Au-delà) est certainement vraie ; que la vie terrestre ne vous trompe donc pas, et que le grand trompeur (Satan) ne vous induise pas en erreur au sujet d’Allah. » — (sourate Fâtir : 5)
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« Ceux qui se sont fait du tort à eux-mêmes sont restés attachés aux plaisirs et aux jouissances terrestres qui leur avaient été accordés ; ce sont eux qui étaient coupables. » — (sourate Hûd : 116)
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« Présente-leur l’exemple de la vie terrestre : elle est comparable à une eau que Nous faisons descendre du ciel, grâce à laquelle la végétation de la terre devient luxuriante ; puis, finalement, cette végétation se transforme en débris que les vents dispersent çà et là. Allah est capable de toute chose. Les biens et les enfants ne sont que les ornements de la vie terrestre ; mais les bonnes œuvres durables sont meilleures, auprès de ton Seigneur, en récompense et en ce qu’on peut espérer pour l’avenir. »
-(Sourate Al-Kahf : 45-46)
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« Ô vous qui croyez ! Que vos biens et vos enfants ne vous détournent pas du rappel d’Allah. Ceux qui agiront ainsi sont, en vérité, les perdants. » -(Sourate Al-Munâfiqûn : 9)
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« Vos biens et vos enfants ne sont pas ce qui peut vous rapprocher de Nous. Seuls ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres sont proches de Nous. »
« Sachez que la vie d’ici-bas n’est qu’un jeu, un divertissement, une parure extérieure, une rivalité entre vous, et une recherche de surabondance par rapport aux autres en biens et en enfants. Elle est semblable à une pluie dont la végétation réjouit les cultivateurs ; puis elle se dessèche, et tu la vois jaunir ; enfin, elle devient de la paille. »
-(Sourate Al-Hadîd : 20)
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« Élevez-vous donc, sur chaque hauteur, des monuments commémoratifs inutiles et de grandes constructions, dans l’espoir peut-être de demeurer ici éternellement ? »
— (Sourate Ach-Chu‘arâ : 128-129)
« Pensez-vous être laissés en toute sécurité parmi les biens d’ici-bas : ces jardins, ces sources, ces champs de céréales et ces palmeraies aux enveloppes élégantes ? Et vous taillez des maisons dans les montagnes, tout en vous réjouissant. »
— (Sourate Ach-Chu‘arâ : 146-149)
« Où que vous soyez, la mort vous atteindra, quand bien même vous seriez dans des forteresses imprenables. »
— (Sourate An-Nisâ’ : 78)
« Toute âme goûtera la mort ; puis vous serez tous ramenés vers Nous. » — (Sourate Al-‘Ankabût : 57)
« Pensiez-vous que Nous vous avions créés sans but et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ? »
Il a été dit précédemment que le monde a été créé pour vous ; profitez-en et utilisez-le de la meilleure manière. À présent, on en présente l’autre aspect. Il est dit que, même si le monde est pour vous, vous n’êtes pas faits pour le monde. Il n’a pas non plus été créé pour vous exploiter, tandis que vous vous y dissoudriez. Ne vous laissez jamais tromper par la vie de ce monde au point de penser que vous devez y demeurer éternellement. Sachez très bien que tous ces biens, richesses, splendeurs et possessions sont éphémères. Tout cela n’est qu’une illusion du temps. Leur destinée à tous est la destruction. Comme vous, chaque chose disparaîtra dans la terre. Dans ce monde éphémère, la seule chose qui mérite de subsister est la piété de l’être humain : la piété de son cœur et de son âme, la piété de ses actes et de sa conduite.
Responsabilité et reddition de comptes concernant les actes accomplis
Il est ensuite dit :
« L’Heure que Nous avons décidé de garder secrète arrivera certainement, afin que chacun reçoive la récompense de ses efforts. » — (sourate Tâ-Hâ, 15)
« Vous sera-t-il rétribué autrement qu’en fonction de vos actes ? » — (sourate An-Naml, 90)
« L’homme n’obtiendra que le fruit de ses efforts ; son effort sera bientôt exposé, puis il en recevra pleinement la récompense. Et, en définitive, vous devrez tous retourner auprès de votre Seigneur. »
— (sourate An-Najm, 39-42)
« Celui qui est aveugle dans ce monde sera également aveugle dans l’au-delà, et plus éloigné encore du droit chemin. » — (sourate Banî Isrâ’îl, 72)
« Tout bien que vous aurez envoyé pour vous-mêmes depuis ce monde, vous le trouverez exactement auprès d’Allah. Quoi que vous fassiez, Allah le voit parfaitement. »
— (Sourate Al-Baqara : 110)
« Craignez le jour où vous serez ramenés vers Allah. Alors, chaque âme recevra la rétribution de ses actes, et nul ne subira la moindre injustice. » — (Sourate Al-Baqara : 281)
« Ce jour-là, chacun trouvera présent devant lui le bien qu’il aura accompli et le mal qu’il aura commis. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 30)
« Ce jour-là, la pesée de toutes les œuvres sera une vérité immuable. Ceux dont la balance des œuvres sera lourde seront les seuls à obtenir le salut, tandis que ceux dont la balance sera légère seront ceux qui se seront eux-mêmes perdus, parce qu’ils commettaient des injustices à l’égard de Nos signes. »
« Quiconque aura accompli le poids d’un atome de bien le verra, et quiconque aura commis le poids d’un atome de mal le verra également. » — (Sourate Az-Zalzala : 7-8)
« Allah a exaucé leur invocation et a dit : Je ne laisserai perdre l’œuvre d’aucun de ceux qui œuvrent parmi vous, qu’il soit homme ou femme. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 195)
« Dépensez de ce que Nous vous avons accordé, avant que la mort ne vienne à l’un d’entre vous. Il dira alors : Seigneur ! Si seulement Tu m’accordais encore un peu de temps, je dépenserais dans Ta voie et je ferais partie des vertueux. Mais Allah n’accorde jamais de délai à quiconque lorsque son terme est arrivé. » — (Sourate Al-Munâfiqûn : 10-11)
(Arabe************)
« Hélas ! » Si seulement tu voyais le moment où le criminel se tiendra, la tête inclinée, devant son Seigneur et dira : « Ô notre Seigneur ! Nous avons maintenant vu et entendu ; renvoie-nous donc, afin que nous accomplissions de bonnes œuvres ; nous sommes désormais convaincus. » Mais il leur sera dit : « Goûtez donc maintenant au châtiment de votre insouciance, à cause de laquelle vous aviez oublié que vous comparaîtriez devant Nous en ce jour. Aujourd’hui, Nous vous avons également oubliés. Goûtez donc aujourd’hui au châtiment éternel en échange des œuvres que vous accomplissiez. » — (Sourate as-Sajdah : 12-14
Il est dit ici que le monde d’ici-bas est le domaine de l’action, le lieu de l’effort et de l’application. Quant à la vie de l’au-delà, elle est le domaine où l’on reçoit la rétribution, le lieu où l’on récolte les fruits du bien et du mal et où l’on reçoit la récompense de ses actes. L’être humain a la possibilité d’agir ici-bas jusqu’au moment de sa mort. Après cela, il n’aura plus jamais l’occasion d’agir. Il doit donc, dans cette vie, agir en se rappelant que chacune de ses actions, chacun de ses comportements et chacune de ses œuvres, bonnes ou mauvaises, possède son propre effet et sa propre importance, et que c’est en fonction de cet effet et de cette importance qu’il obtiendra, dans la vie de l’au-delà, une bonne ou une mauvaise rétribution. Tout ce que j’obtiendrai, je le recevrai en récompense des efforts et des actions de cette vie ; aucune de mes bonnes œuvres ne sera perdue et aucun péché ne sera laissé sans conséquence.
Responsabilité individuelle
Afin de renforcer davantage ce sentiment de responsabilité, il a également été déclaré que chaque individu est responsable de ses propres actes. Dans cette responsabilité, personne ne partage sa part, et nul ne peut sauver quiconque des conséquences de ses actes.
(Arabe**********)« Vous êtes responsables de vous-mêmes. Si vous êtes bien guidés, celui qui s’égare ne saurait vous nuire. » — (Sourate al-Mâ’idah : 105)
(Arabe***********)
« Chaque personne ne porte que le poids de ce qu’elle a acquis ; nul ne porte le fardeau d’autrui. » — (Sourate al-An‘âm : 164)
(Arabe**********)
« Le Jour de la Résurrection, vos proches et vos enfants ne vous seront d’aucune utilité. Ce jour-là, Allah jugera entre vous, et Il observe vos œuvres. » — (sourate Al-Mumtahina : 3)
(Arabe*************)
« Si vous accomplissez de bonnes œuvres, vous les accomplissez pour vous-mêmes ; et si vous commettez de mauvaises actions, c’est également contre vous-mêmes. » — (sourate Bani Isra’il : 7)
(Arabe***************)
« Nul ne portera le fardeau du péché d’un autre ; et si quelqu’un, accablé par un lourd fardeau de péché, appelle quelqu’un à l’aide pour qu’il le porte, celui-ci n’en portera aucune part, même s’il s’agit d’un proche parent. » — (sourate Al-Fatir : 18)
(Arabe***************)
« Ô humanité ! Craignez votre Seigneur et redoutez le Jour où aucun père ne pourra être utile à son fils, ni aucun fils être le moins du monde utile à son père. » — (sourate Luqman : 33)
(Arabe*************)
« Celui qui a mécru portera le poids de sa mécréance, et ceux qui ont accompli de bonnes œuvres ouvrent la voie à leur propre bien. » — (sourate Ar-Rûm : 44)
Ici, la responsabilité des bonnes et des mauvaises actions est attribuée individuellement à chaque être humain. Il n’est nullement permis d’espérer que quelqu’un expiera nos fautes ou nos négligences, pas plus qu’il n’est permis d’espérer que nous serons libérés de la responsabilité de nos crimes en raison d’un lien de parenté ou d’une quelconque relation avec quelqu’un. Il n’est pas davantage permis de craindre que la mauvaise conduite de quelqu’un puisse influer sur nos bonnes actions, ou que la satisfaction de quiconque autre qu’Allah puisse avoir une influence sur l’acceptation ou le rejet de nos actes. Si quelqu’un met la main dans le feu, rien ne peut le protéger de sa brûlure naturelle. De même, si quelqu’un boit du miel, rien ne peut l’empêcher d’en percevoir la douceur. Nul ne peut partager avec autrui la douleur de la brûlure, pas plus que l’on ne peut priver quelqu’un du goût sucré. De la même manière, face aux conséquences du péché et aux bienfaits de la bonne action, chaque personne est seule et indépendante des autres. Il est donc indispensable que chacun assume pleinement la responsabilité de l’usage et de la jouissance du monde. Il doit vivre en détournant son regard du monde et des choses qu’il contient, en gardant à l’esprit qu’il est lui-même responsable de chacun de ses actes ; le poids du péché repose sur lui seul, et il sera également le seul à jouir du bénéfice de ses bonnes actions.
Dans l’explication donnée plus haut de la conception islamique de la vie terrestre, l’attention a été portée sur ses différentes parties et composantes. Examinons maintenant sa structure et son agencement, et voyons dans quelle mesure la conception globale qui se forme par l’intégration de ses éléments dispersés est conforme à la nature et à la réalité, quelle peut être sa valeur en comparaison des conceptions des autres cultures concernant la vie terrestre, et dans quel moule particulier la culture fondée sur cette philosophie de la vie façonne la pensée et l’action humaines.
La conception naturelle de la vie
La conception naturelle de la vie — Écartez un instant de votre esprit les conceptions que les autres religions ont présentées au sujet du monde et de la vie terrestre. Puis, en observateur perspicace, portez votre regard sur le monde qui vous entoure et examinez attentivement quelle est votre position dans cet environnement tout entier. Cette observation fera apparaître très clairement plusieurs choses à vos yeux.
Vous constaterez que l’étendue de toutes les facultés dont vous disposez est extrêmement limitée. Les facultés sensorielles dont dépend votre connaissance ne peuvent dépasser les limites de votre environnement immédiat. Les membres et organes dont dépend l’ensemble de votre activité ne peuvent maîtriser qu’un nombre restreint de choses. Les innombrables choses qui vous entourent sont bien plus grandes que votre corps et vos forces, et face à elles votre individualité semble extrêmement insignifiante et faible. Aucune des forces puissantes qui sont à l’œuvre dans cette immense usine qu’est le monde ne se trouve sous votre contrôle ; au contraire, face à ces forces, vous vous sentez totalement impuissant. Physiquement, vous êtes un animal de catégorie moyenne : vous triomphez des choses qui sont plus petites que vous, mais vous êtes vaincu par celles qui sont plus grandes que vous.
Mais une autre force présente en vous vous a donné la supériorité sur toutes ces choses. C’est grâce à cette force que vous exercez votre domination sur tous les êtres de même nature que vous et que vous les soumettez à votre autorité, bien que leur force physique soit beaucoup plus grande que la vôtre. C’est grâce à elle que vous utilisez les choses qui vous entourent et en obtenez des services selon votre volonté. C’est encore grâce à elle que vous découvrez sans cesse de nouvelles sources d’énergie, que vous les extrayez et les utilisez selon des méthodes nouvelles. C’est grâce à elle également que vous développez les moyens et les instruments d’acquisition du savoir et atteignez même les choses qui dépassent le champ de vos forces naturelles. En somme, grâce à cette force particulière, toutes les choses du monde deviennent vos serviteurs, et vous avez le privilège de bénéficier de leurs services.
De même, les forces supérieures de l’usine cosmique qui ne sont pas sous votre contrôle agissent de telle manière qu’on ne peut généralement pas les qualifier d’ennemies ou d’adversaires ; elles sont plutôt vos auxiliaires et œuvrent en faveur de votre bien-être et de vos intérêts. L’air, l’eau, la lumière, la chaleur et toutes les autres forces dont dépend votre vie agissent selon une règle particulière dont le but est de vous aider. À ce titre, vous pouvez dire que les éléments mentionnés vous sont soumis.
Lorsque vous observez attentivement tout cet environnement, vous voyez à l’œuvre une loi d’une puissance immense. Depuis les particules les plus infimes jusqu’aux objets les plus vastes, toutes les choses sont pareillement prises dans les tentacules de cette loi puissante. Pourtant, la stabilité de l’ensemble du monde dépend entièrement de son ordre et de son contrôle. Vous aussi, vous êtes soumis à cette loi. Mais il existe une immense différence entre vous et les autres éléments du monde. Les autres choses n’ont pas même la moindre capacité de s’opposer à cette loi. Vous, en revanche, vous avez la capacité de vous y opposer. Plus encore, lorsque vous voulez vous y opposer, elle vous y aide également. Certes, chaque fois qu’une telle opposition se produit, elle laisse aussitôt certaines conséquences, et vous ne pouvez pas non plus échapper à ses effets néfastes.
Sous cette loi universelle et immuable, vous voyez diverses scènes de création et de destruction. Dans tout l’univers se poursuit sans fin le processus de démolition et de construction. Selon la loi qui fait naître et croître une chose, cette même chose est aussi détruite et anéantie. Aucun élément du monde n’est libre des liens de cette loi. Même les choses qui semblent en apparence y échapper et que l’on pourrait croire immobiles et inertes, lorsqu’on les examine attentivement, révèlent en elles aussi un processus continu de mouvement et de transformation ; elles ne sont pas davantage à l’abri de la création et de la destruction. Puisque les autres éléments de la nature ne sont pas doués de conscience et de compréhension, ou que du moins nous n’en avons aucune connaissance à cet égard, nous ne percevons en eux aucun signe de joie ou de tristesse résultant de cette création et de cette destruction. Mais l’être humain étant un être conscient et doué de compréhension, il ressent, à la vue de ces changements qui l’entourent, une réaction intense de joie et de tristesse. Parfois, la manifestation de circonstances favorables lui procure une joie si intense qu’il en oublie jusqu’à la possibilité de la destruction dans ce monde. À d’autres moments, face à des circonstances défavorables, sa tristesse devient si profonde qu’il ne voit plus dans ce monde que destruction et encore destruction, oubliant la vérité qu’une création est encore possible.
Cependant, quelles que soient les sentiments opposés de joie et de tristesse qui vous habitent, et quelle que soit l’attitude rigoureuse ou excessive que leur influence vous amène à adopter envers la vie terrestre, votre propre nature vous contraint à faire effectivement usage de ce monde et à mettre en œuvre l’ensemble de vos forces intérieures. Votre nature porte en elle le désir de vivre et, pour satisfaire ce désir, une force puissante appelée la faim vous a été donnée ; elle vous pousse constamment à l’action. La nature veut vous employer à préserver votre descendance ; c’est pourquoi elle a insufflé en vous une force indomptable appelée l’instinct sexuel, qui vous incite à réaliser son dessein par votre intermédiaire. De même, plusieurs autres forces ont été réunies dans votre tempérament et votre nature pour servir d’autres desseins, et chacune de ces forces s’efforce de réaliser par votre intermédiaire son objectif propre. Que vous accomplissiez ces desseins multiples de la nature de la meilleure ou de la pire manière, avec joie ou sous la contrainte, cela dépend entièrement de votre savoir et de votre intelligence. Bien plus, la nature elle-même vous a accordé une capacité particulière d’accomplir ou de ne pas accomplir ces desseins. Mais, en même temps, elle a établi cette loi : les réaliser de bon gré et correctement est bénéfique pour vous, tandis que vous en détourner ou même les accomplir de manière médiocre vous est précisément nuisible.
Conceptions des différentes religions et idéologies :
Lorsqu’une personne à la nature saine et douée de clairvoyance porte son regard sur le monde et
observe sa propre condition dans ce contexte, chacun des éléments décrits plus haut apparaîtra devant ses yeux. Mais les différents groupes de l’humanité ont considéré l’ensemble de ce tableau sous des angles différents, et il est souvent arrivé que chacun d’eux élabore une conception de la vie terrestre en fonction de l’aspect qui s’était imposé avec le plus d’éclat à son regard, sans même essayer de prêter attention aux autres aspects.
On peut citer à titre d’exemple un groupe qui, voyant la faiblesse et l’impuissance de l’être humain, ainsi que l’influence et la puissance des grandes forces de la nature face à lui, est parvenu à la conclusion que l’homme n’est dans ce monde qu’une chose insignifiante et que ces forces bénéfiques ou nuisibles du monde ne sont soumises à aucune loi universelle, mais sont indépendantes ou semi-indépendantes. Cette conception a pris une telle emprise sur leur esprit que l’aspect lumineux de leur propre existence a disparu de leur champ de vision. Ils ont oublié l’aspect noble de leur existence et, en reconnaissant avec excès leur faiblesse et leur incapacité, ils ont sacrifié leur sentiment de dignité et d’honneur. Le culte des idoles, des arbres, des astres et des autres forces naturelles est le résultat direct de cette conception.
Un autre groupe considérait le monde comme le théâtre exclusif du désastre. L’ensemble de l’univers serait régi uniquement pour faire subir à l’être humain peine, souffrance et oppression. Toutes les relations du monde ne seraient que des pièges destinés à l’enserrer dans les filets de l’agitation et du danger. Mais pourquoi ne parler que de l’être humain ? L’univers tout entier serait prisonnier de cette tristesse et de cette destruction. Tout ce qui est créé ici le serait en vue de sa destruction. Le printemps viendrait afin que l’hiver puisse ensuite lui ravir sa verdure. L’arbre de la vie se couvrirait de feuillage afin que Satan, sous les traits de la mort, vienne en piller les charmes. La beauté de la stabilité se déploierait avec tant d’harmonie afin que le dieu de la destruction ait amplement l’occasion de jouer avec elle. Cette doctrine n’avait laissé à ces gens aucun attrait pour le monde ni pour la vie qu’il abrite. Ils voyaient le chemin de la libération dans le renoncement au monde, la mortification et l’ascèse, destinés à anéantir tous les sentiments intérieurs, ainsi que dans la rupture avec cette loi qui a fait de l’être humain un instrument servant uniquement à faire fonctionner sa propre fabrique.
Un autre groupe voyait que le monde offre à l’être humain d’abondants moyens de joie et de plaisir, et qu’il a la possibilité d’en goûter pendant un bref moment. Le sentiment de tristesse et de mélancolie rend cette jouissance amère ; si donc l’être humain supprimait ce sentiment et ne permettait à aucune chose de devenir pour lui une cause de peine ou de tristesse, il ne verrait ici que joie et réjouissances. Tout ce qui existe pour l’être humain se trouve dans ce monde ; tous les plaisirs qu’il peut en tirer, il doit les goûter durant cette vie terrestre. Après la mort, il n’y aura plus ni être humain, ni monde, ni plaisirs terrestres : tout sombrera dans les profondeurs de l’oubli.
À l’opposé, un autre groupe considère les plaisirs et les réjouissances du monde, voire l’ensemble de la vie terrestre, comme un péché absolu. Selon lui, les biens matériels de ce monde sont pour l’âme humaine une forme d’impureté et de souillure. Il n’y a pour l’être humain ni pureté ni bienfait à jouir de ce monde, à participer à ses activités et à goûter à ses plaisirs. Celui qui souhaite être favorisé par le royaume céleste doit se tenir éloigné du monde. Quant à celui qui désire la richesse, le pouvoir et les plaisirs de la vie terrestre, il doit savoir avec certitude qu’il n’aura aucune place dans le royaume céleste. Ce groupe a également compris que l’être humain, poussé par sa propre nature, est contraint de jouir du monde et de prendre part à ses activités ; aussi séduisante que soit l’idée d’entrer dans le royaume céleste, elle ne peut en aucun cas être assez puissante pour lui permettre de lutter contre sa propre nature en s’y fiant. Ils ont donc découvert un raccourci pour parvenir au royaume céleste : ceux qui auront foi en un être particulier seront libérés de la responsabilité de leurs actes par son expiation.
Un autre groupe, constatant l’étendue des lois naturelles, en est venu à considérer l’être humain comme une créature purement impuissante et faible. Il a observé que l’être humain n’est nullement une entité libre et unique ; les témoignages de la psychologie, de la physiologie, de la biologie et des lois de l’hérédité ont confirmé cette vérité. La loi naturelle le tient étroitement lié. Il ne peut ni penser quoi que ce soit contre cette loi, ni désirer quoi que ce soit, ni accomplir le moindre acte. Aucune responsabilité ne peut donc lui être attribuée pour ses actes.
Selon l’opinion totalement opposée d’un autre groupe, l’être humain n’est pas seulement une entité douée de volonté : il n’est soumis ni assujetti à aucune volonté supérieure, et il n’est pas non plus tenu de rendre compte de ses actes devant quiconque, en dehors de sa propre conscience et des lois du royaume humain. Il est le maître de ce monde. Toutes les choses du monde lui sont soumises. Il a le droit d’en jouir et d’en user librement. Pour édifier sa vie de belle manière et maintenir un ordre harmonieux dans ses actes et sa conduite, il s’est lui-même imposé des règles et des restrictions dans sa vie privée. Mais, d’une manière générale, il est entièrement libre, et l’idée qu’il doive rendre compte à un être supérieur est totalement dénuée de pertinence.
Telles sont les diverses conceptions de la vie terrestre que proposent les différentes religions et idéologies. C’est sur la base de la plupart de ces conceptions que se sont édifiés les divers bâtiments culturels. La véritable raison pour laquelle les édifices des différentes cultures présentent à nos yeux des formes et des natures diverses, et adoptent une physionomie particulière et distincte, est qu’ils reposent sur une conception particulière de la vie terrestre. C’est cette conception qui exige cette forme spécifique. Si nous examinions chacune de ces conceptions en détail et recherchions comment elle a donné naissance à un type particulier de culture, ce serait assurément une étude fascinante. Mais une telle étude n’a aucun rapport avec le sujet qui nous occupe, car nous voulons seulement mettre clairement en évidence les caractéristiques de la culture islamique. Notre thèse est que toutes les conceptions de la vie exposées jusqu’ici ne sont que le résultat d’une manière particulière de considérer le monde. Aucune de ces doctrines ne s’est formée après avoir embrassé d’un regard plein et global l’univers tout entier et déterminé la juste place de chaque chose en ce monde. C’est pourquoi, lorsque nous abandonnons un point de vue particulier pour examiner le monde à partir d’un autre, la doctrine édifiée sur le premier point de vue nous apparaît comme caduque et erronée. Et lorsque nous considérons le monde dans son ensemble, l’erreur de toutes les doctrines devient manifeste.
Caractéristiques de la conception islamique :
On peut maintenant comprendre très clairement qu’en réalité, parmi toutes les doctrines, la doctrine islamique est la seule qui soit conforme à la nature et à la vérité réelle. Elle seule établit une relation juste entre le monde et l’être humain. Elle nous montre que le monde n’est ni une chose méprisable ou à rejeter, ni une réalité dans laquelle l’être humain devrait se laisser absorber par son attachement et ses plaisirs. Il ne s’y déroule ni un processus de construction totale, ni une destruction unilatérale. Il n’est pas raisonnable de le fuir, pas plus qu’il ne convient de s’y immerger entièrement. Il n’est ni entièrement souillé et impur, ni entièrement pur et exempt de souillure. La relation de l’être humain avec ce monde ne ressemble pas à celle d’un roi avec son propre royaume. Elle ne ressemble pas davantage à celle d’un prisonnier avec sa prison. L’être humain n’est pas si vil que n’importe quelle force du monde soit digne de sa prosternation ; mais il n’est pas non plus si puissant et si fort qu’il puisse obtenir la prosternation de chaque chose du monde. Il n’est ni si impuissant et démuni que ses volontés et ses intentions personnelles n’aient aucune valeur, ni si puissant que ses désirs et ses instincts dominent toute chose. Il n’est ni le souverain absolu de la nature universelle, ni l’esclave impuissant de milliards de maîtres. Sa véritable place se situe dans une position intermédiaire entre ces extrêmes.
Jusqu’ici, la nature et la saine raison nous guident. Mais l’islam va plus loin et définit avec précision la véritable dignité de l’être humain. Il explique quelle relation existe entre l’homme et le monde, et dans quel esprit l’homme doit jouir du monde et en user. Il lui ouvre les yeux en lui disant : tu n’es pas semblable aux autres créatures. Tu es au contraire le représentant responsable d’Allah, le Seigneur des mondes, sur la terre (Viceroy). Le monde et ses forces ont été soumis à ton autorité. Tu es le maître de tous, mais le serviteur d’un seul ; tu obéis à tous, mais tu n’es soumis qu’à un seul. Tu jouis d’un honneur supérieur à celui de toute la création, mais tu ne peux être digne de cet honneur que lorsque tu te soumets à Celui qui t’a conféré la dignité de représentant et t’a accordé cet honneur sur terre, que tu Lui obéis et que tu te conformes aux règles et aux lois qu’Il a prescrites. Tu as été envoyé dans le monde afin d’en jouir et d’en user. Ensuite, quels que soient les actes bons ou mauvais, purs ou impurs, que tu accomplisses dans cette vie terrestre, c’est sur cette base que tu connaîtras le bien ou le mal dans la vie de l’au-delà. Ainsi, durant cette vie éphémère sur terre, tu dois constamment garder en toi le sentiment de ta responsabilité personnelle et de l’obligation de rendre des comptes ; et tu ne dois jamais oublier, ne serait-ce qu’un instant, que chacun des biens qu’Allah, le Seigneur des mondes, t’a confiés en tant que représentant fera l’objet d’un examen minutieux.
Il ne fait aucun doute que cette conception n’est pas présente de manière complète et détaillée dans l’esprit de chaque musulman. En fait, hormis une partie particulière des gens instruits, personne ne s’en fait même une idée claire. Mais puisque cette conception est enracinée au cœur même de la culture islamique, les musulmans, même si leur caractère s’est beaucoup éloigné de sa véritable dignité et de ses traits authentiques, ne se sont pas encore totalement libérés de son influence. Aussi médiocres que puissent être, sous l’influence extérieure, la conduite et les actes du musulman élevé dans le cadre de la culture islamique, le sentiment de dignité et d’honneur personnels, le refus de s’incliner devant quiconque en dehors d’Allah, la crainte d’Allah seul, le refus de considérer quiconque autre qu’Allah comme propriétaire et maître, le fait de se sentir personnellement responsable sur terre, la conviction que ce monde est le champ de l’action et l’au-delà celui de la rétribution, la croyance que le succès ou l’échec dans l’au-delà dépend uniquement de la qualité ou de la médiocrité des œuvres personnelles, et la conviction que le monde, ses richesses et ses plaisirs sont éphémères, tandis que les œuvres personnelles et leurs conséquences sont éternelles : toutes ces choses pénétreront nécessairement chacune de ses veines. Et un observateur perspicace percevra forcément, dans ses paroles et ses activités, l’influence, aussi faible soit-elle, de cette croyance et de cette conviction profondément ancrées dans son âme et son cœur.
Quiconque examine l’histoire de la culture islamique pourra comprendre clairement cette vérité : tant que l’islam véritable était présent en elle dans toute sa plénitude, elle fut une culture authentiquement réaliste. Pour ses adeptes, le monde était le champ de l’au-delà. Ils s’efforçaient de consacrer chaque instant de leur vie terrestre à cultiver ce champ, à y semer des graines et à accomplir des tâches semblables, afin d’en récolter davantage dans la vie future. Ils usaient du monde dans un état d’équilibre harmonieux, situé entre l’ascétisme et l’hédonisme, équilibre dont nous ne trouvons même la moindre trace dans aucune autre culture. La conception du califat d’Allah les incitait à s’engager pleinement dans la vie terrestre et à gérer ses affaires avec la plus grande énergie ; en même temps, le sens de la responsabilité et de l’obligation de rendre des comptes ne leur permettait jamais de dépasser les limites. En tant que représentants d’Allah, ils possédaient un profond sentiment de dignité personnelle. Mais cette même conception les empêchait de devenir arrogants et orgueilleux. Ils étaient attachés à chacune des choses terrestres nécessaires pour accomplir correctement la mission du califat. Toutefois, ils n’éprouvaient aucun attachement pour les choses qui plongent l’homme dans le faste des plaisirs terrestres et lui font oublier ses responsabilités et ses devoirs. En somme, ils géraient les affaires du monde comme s’ils n’allaient pas y demeurer éternellement ; et ils s’abstenaient de se laisser absorber par ses fastes, en se disant que ce monde était pour eux une halte de voyage où ils ne s’étaient établis que pour quelque temps.
Par la suite, en raison du recul de l’influence de l’islam et de l’influence exercée par d’autres cultures, les traits pleinement islamiques ne subsistèrent plus dans le caractère des musulmans. Ils se livrèrent alors à toutes les pratiques contraires à la conception islamique de la vie terrestre. Ils s’adonnèrent au luxe et aux plaisirs. Ils construisirent d’immenses édifices. Ils se passionnèrent pour la musique, la peinture, la sculpture et les beaux-arts. Dans leur vie sociale et leurs usages, ils s’habituèrent à une prodigalité et à un faste totalement contraires au goût islamique. Dans le gouvernement de l’État, la politique et les autres affaires matérielles, ils suivirent des méthodes entièrement non islamiques. Malgré cela, la conception islamique de la vie terrestre, profondément enracinée dans leur cœur, se manifestait çà et là par des effets évidents. Et c’est cette influence qui leur conférait une dignité particulière par rapport aux autres. Un roi musulman fit construire un immense édifice sur les rives de la Yamuna et y aménagea toutes sortes de divertissements et de splendeurs qui, à cette époque, paraissaient inimaginables. Mais, à l’arrière du lieu de plaisir le plus agréable de cet édifice, c’est-à-dire du côté de la qibla, on grava ce poème :
« Tes pieds sont enchaînés, ton cœur verrouillé,
tes deux yeux brûlés par le feu et tes deux pieds blessés par les épines ;
tu désires voyager vers l’ouest,
mais tu avances tourné vers l’est,
Qui es-tu, avançant en laissant la destination derrière toi ?
Prends encore garde.”
Ce palais n’était pas incomparable par ses caractéristiques propres. On trouve, parmi les autres nations du monde, des palais plus magnifiques que lui. Mais aucun autre peuple au monde n’offre un exemple d’une telle conception : avertir les bâtisseurs du paradis sur terre en leur disant : « Qui es-tu, avançant en laissant la destination derrière toi ? Prends garde à l’incertain. »¹
1. Il s’agit du Fort Rouge de Delhi.
Dans l’histoire islamique, on trouvera d’innombrables exemples de souverains à la manière des César et des Kisra qui, au lieu d’exhiber l’arrogance de leur puissance après avoir vaincu un ennemi, se sont prosternés devant Allah, le Tout-Puissant. Lorsque de grands dirigeants tyranniques et arrogants ont voulu s’opposer à la charia islamique, quelque serviteur d’Allah les a réprimandés en face, si bien qu’ils ont tremblé de crainte devant Allah. Même des individus profondément malfaisants et dépravés se sont éveillés à la conscience à la suite d’une parole toute simple, et leur vie a aussitôt changé de couleur. Lorsque la pensée de l’instabilité de ce monde et du jugement dans l’Au-delà s’éveilla dans l’esprit de ceux qui étaient épris des richesses terrestres, ils distribuèrent aussitôt tous leurs biens parmi les serviteurs d’Allah et adoptèrent un mode de vie idéal et équilibré. En somme, quels que soient les effets non islamiques qui aient gagné la vie des musulmans, l’éclat de la doctrine islamique apparaîtra nécessairement, sous une forme ou une autre, dans chaque aspect de leur vie nationale. Et ce spectacle vous donnera l’impression qu’une lumière a soudain jailli au milieu des ténèbres.
।।Deux
L’objectif de la vie
Après la conception de la vie, la deuxième question particulièrement importante pour déterminer le degré d’excellence ou de décadence d’une culture est la suivante : quel objectif propose-t-elle à l’être humain ? Cette question est importante parce que toutes les aspirations et tous les efforts pratiques de l’être humain suivent l’objet qu’il a choisi comme but et finalité. C’est de la pureté ou de l’impureté de cet objectif que dépendent la qualité de sa mentalité et la rectitude ou la corruption de son mode de vie. De son progrès ou de sa déchéance dépendent le progrès ou le déclin de sa pensée et de ses courants d’idées, l’excellence ou la dégradation de son caractère moral, ainsi que le progrès ou le recul de son économie et de sa vie sociale. De sa clarté et de sa précision dépendent l’organisation ou la dispersion des aspirations et des réflexions de l’être humain, l’ordre ou le désordre de toutes ses activités, ainsi que la concentration ou la dispersion de ses forces, de ses capacités et de ses talents. En un mot, c’est grâce à cet objectif de vie que l’être humain choisit une seule voie parmi les diverses voies de la pensée et de l’action, et qu’il consacre à cette voie ses forces physiques et mentales, ainsi que ses moyens matériels et spirituels. Par conséquent, pour évaluer une culture selon un critère exact, il est absolument nécessaire d’en rechercher l’objectif fondamental.
Caractéristiques indispensables d’un objectif global juste :
Mais avant d’aller plus loin dans l’examen et la recherche, nous devons définir ce que l’on entend par l’objectif d’une culture. Il est évident que, lorsque nous prononçons le mot « culture », nous ne désignons pas notre culture individuelle, mais bien notre culture collective. C’est pourquoi l’objectif de la vie personnelle de chaque individu ne peut constituer l’objectif d’une culture. En revanche, ce qui constitue l’objectif d’une culture doit nécessairement être l’objectif de la vie personnelle de chacun de ses adeptes, qu’ils en aient conscience ou non. De ce point de vue, consciemment ou inconsciemment, l’objectif de la vie collective globale d’un grand groupe de personnes constitue l’objectif de la culture, et cet objectif doit prévaloir à tel point sur les objectifs de la vie personnelle de ses membres que chacun doive adopter cet objectif collectif comme objectif de sa propre vie.
Une condition indispensable d’un tel objectif global de la vie est qu’il soit parfaitement conforme et harmonisé avec les objectifs de la vie personnelle des individus, et qu’il possède en lui la capacité de constituer simultanément un objectif de vie personnel et collectif. En effet, si l’objectif global de la vie s’oppose aux objectifs de la vie personnelle des individus, il lui sera d’abord difficile de devenir un objectif global de la vie. Car une conception que les gens n’acceptent pas individuellement ne peut jamais acquérir le statut de conception collective. Même si, sous l’influence d’un ennemi puissant, elle devenait un objectif global de la vie, un conflit continuerait à se dérouler inconsciemment entre l’objectif de la vie de l’individu et celui de la société. Ensuite, dès que l’influence de cette puissance victorieuse diminuerait, les gens se tourneraient vers leurs propres objectifs de vie. Parallèlement, l’objectif de vie de la société disparaîtrait. L’attraction et la force de cohésion de l’entité sociale s’évanouiraient et, finalement, jusqu’au moindre vestige de la culture s’effacerait. C’est pourquoi l’objectif naturel de la vie humaine peut, en réalité, constituer précisément l’objectif global juste d’une culture. La véritable caractéristique d’une culture est qu’elle doit proposer un objectif global de la vie qui puisse être exactement aussi un objectif de la vie personnelle.
De ce point de vue, deux questions se posent à nous, et nous ne pouvons aller plus loin sans les résoudre :
Premièrement : quel est naturellement l’objectif de la vie personnelle de l’être humain ?
Deuxièmement : dans quelle mesure les objectifs proposés par les autres cultures du monde sont-ils conformes à l’objectif naturel de la vie humaine ?
L’objectif naturel de la vie humaine
La question de l’objectif naturel de la vie humaine consiste à savoir dans quel but l’être humain s’efforce naturellement dans ce monde et quelle chose sa nature désire. Pour le savoir, si vous demandez à chaque individu quel est son but dans le monde, vous recevrez des réponses diverses de personnes différentes. Et vous ne trouverez probablement pas même deux personnes dont les buts, les désirs, les espoirs et les aspirations soient entièrement identiques. Mais si vous analysez toutes ces réponses, vous verrez que les choses que les gens qualifient d’objectifs ne sont en réalité nullement des objectifs, mais seulement des moyens d’atteindre un objectif particulier ; et cet objectif particulier est le confort et la tranquillité de l’esprit. Quelle que soit l’élévation de la réflexion et des facultés intellectuelles d’un individu, quelle que soit l’excellence de sa culture, et quel que soit le domaine ou l’aspect de la vie dans lequel il travaille, toutes ses peines et tous ses efforts reposent sur un seul objectif : parvenir à la paix, à la sécurité, à la joie et à la quiétude. Nous pouvons donc appeler cela l’objectif naturel de la vie de l’être humain en tant qu’individu.
Deux objectifs collectifs populaires et leur examen
Si l’on examine minutieusement les objectifs collectifs proposés par les différentes cultures du monde, on constatera qu’ils présentent entre eux de nombreuses différences. Il n’est ni dans notre intention ni en notre pouvoir de les déterminer ici. Toutefois, du point de vue des principes fondamentaux, nous pouvons les diviser en deux catégories :
Premièrement : les cultures qui ne reposent sur aucune conception religieuse ou spirituelle ont proposé à leurs adeptes comme objectif la conquête de la supériorité et de la prééminence. Cet objectif se compose de plusieurs éléments fondamentaux. Voici ses éléments les plus caractéristiques et les plus importants :
* Le désir de conquérir la prééminence et la domination politiques.
* L’ambition de surpasser tout le monde en richesse et en biens, que ce soit par la conquête de territoires ou par l’instauration d’une domination dans les domaines de l’industrie et du commerce.
* Le désir d’acquérir la priorité sur tous les autres dans le progrès social, que ce soit dans les domaines des sciences, des connaissances et des arts, ou par le faste et l’éclat de la culture et de la civilisation.
En apparence, cet objectif collectif de vie n’est pas incompatible avec l’objectif de vie individuel mentionné précédemment. En effet, on peut affirmer sans la moindre réflexion que, dès lors que cet objectif est fixé pour la société, l’objectif de vie de l’individu se trouve lui aussi déterminé. C’est en raison de cette apparente énigme de cet objectif que des millions et des millions de membres d’une nation fondent leur objectif de vie individuel dans celui-ci. Mais la clairvoyance et l’expérience concrète ont démontré qu’en réalité cet objectif collectif est totalement contraire à l’objectif de vie naturel de l’individu. Il est évident qu’il n’existe pas dans le monde une seule nation désireuse de conquérir la prééminence et la supériorité ; plusieurs nations poursuivent simultanément ce même objectif à une même époque et s’efforcent toutes de l’atteindre. Il en résulte inévitablement entre elles de violents conflits politiques, économiques et civilisationnels ; un tumulte effroyable de résistances, de compétitions et de rivalités éclate, et, dans ce vacarme et ce désordre, il devient presque impossible à l’individu de trouver la paix, le bien-être, le confort et la tranquillité d’esprit. C’est exactement cette situation qui règne aujourd’hui sous nos yeux dans les pays occidentaux. Supposons néanmoins qu’à une époque donnée une seule nation s’efforce d’atteindre cet objectif et qu’aucune autre nation ne fasse obstacle à sa progression : même alors, la réalisation de cet objectif ne permettrait pas aux individus de conserver leur propre objectif de vie. Car il est dans la nature d’un tel objectif collectif non seulement de susciter la rivalité internationale, mais aussi d’éveiller un esprit de compétition réciproque entre les membres d’une même nation. Dès lors, la domination des peuples des autres nations, la supériorité sur tous dans la richesse, le pouvoir, la force, le faste et le luxe, l’accaparement des moyens de subsistance d’autrui, l’établissement d’un monopole personnel sur tous les moyens et procédés possibles de gagner de l’argent, le désir de garder pour soi les profits et les intérêts et de faire retomber les pertes et les échecs sur autrui, ainsi que l’effort pour se faire donneur d’ordres et maintenir les autres dans la soumission et l’obéissance, deviennent l’objectif de vie de chaque individu de la nation. Premièrement, les désirs et les aspirations de telles personnes ne trouvent jamais de satisfaction ; elles demeurent donc constamment agitées et incertaines. Deuxièmement, lorsque cette forme de rivalité apparaît entre les membres d’une nation, chaque foyer et chaque marché se transforme en champ de bataille. Ainsi, quelle que soit l’ampleur des richesses, du pouvoir et du luxe accumulés, la paix et le bien-être, la sécurité et la quiétude, la joie et le confort deviennent extrêmement rares.
En outre, il est naturel qu’un progrès purement matériel — qui ne laisse aucune place à la spiritualité — ne puisse jamais procurer le bien-être à l’être humain, car la recherche du seul plaisir sensoriel est un objectif purement biologique ; et s’il est vrai que l’homme n’est pas un simple être vivant et que sa condition est supérieure à celle-ci, il faut alors aussi admettre avec certitude que l’homme ne peut trouver la quiétude en acquérant uniquement les choses dont la jouissance suffit à satisfaire de simples aspirations biologiques.
Deuxièmement : les cultures fondées sur des conceptions religieuses et spirituelles ont généralement proclamé le salut ou la délivrance comme leur objectif. Il ne fait aucun doute que cet objectif contient l’élément spirituel qui procure à l’être humain réconfort et tranquillité mentale. Et il est vrai que le salut peut être l’objectif d’une nation. Mais un examen quelque peu approfondi permet de comprendre que ce but ne peut pas non plus constituer, en réalité, un objectif de vie parfaitement juste. Il y a à cela plusieurs raisons.
Premièrement, l’objectif du salut dissimule une forme d’individualisme. Sa nature consiste à affaiblir le collectif et à renforcer l’individu. En effet, lorsque l’être humain peut obtenir le salut en accomplissant seulement quelques actes particuliers, cet objectif ne contient plus rien qui puisse l’inciter à reconnaître la primauté du collectif plutôt que celle de l’individu, ni à adopter, avec la société, une même ligne d’action afin d’organiser ce collectif. Ainsi, cette conception de l’individualisme est totalement contraire à ce qui constitue le véritable objectif de la culture.
Deuxièmement, la question du salut est en réalité profondément liée à la voie qui permet de l’atteindre. La justesse ou l’inexactitude de cet objectif dépend donc largement de la pureté ou de l’impureté de la voie conçue pour l’atteindre. Par exemple, les religions qui ont prescrit le renoncement au monde et l’ascétisme comme voie du salut ne peuvent faire du salut ni un objectif de vie individuel ni un objectif collectif. Les adeptes de ces religions ont finalement été contraints de séparer le dîn du monde et d’inventer, pour le salut des gens attachés au monde, des voies intermédiaires — comme le service des croyants, l’expiation, etc. Il en est résulté que cet objectif n’est plus resté un objectif commun et unique de l’individu et de la société. Deuxièmement, à l’exception d’un nombre infime de croyants, cet objectif n’a conservé, pour l’ensemble de la société, aucune grandeur, importance ou force d’attraction capable de le maintenir intact. C’est pourquoi tous les gens attachés au monde l’ont abandonné et se sont précipités vers l’objectif matériel mentionné plus haut. D’autre part, les religions qui ont déclaré que le salut dépendait de la satisfaction de diverses divinités et idoles ne peuvent maintenir entre leurs adeptes une unité commune. Les différents groupes se tournent vers des divinités différentes, et l’unité véritable — que la culture a précisément pour tâche d’établir au sein de l’objectif et par les liens qui rattachent tous les adeptes — fait alors défaut. C’est pourquoi les adeptes de ces religions, lorsqu’ils veulent progresser dans le monde et organiser solidement leur société, se voient eux aussi contraints d’adopter un autre objectif.
Il existe aussi un autre type de religion, dont l’appel ne s’adresse pas à l’ensemble de l’humanité, mais à une lignée ou une tribu particulière, ou à une nation habitant une région géographique déterminée. De ce fait, à ses yeux, le salut est réservé à cette tribu ou à cette nation particulière. Cet objectif peut sans aucun doute devenir un objectif collectif valable au stade initial de la culture et de la civilisation. Mais il ne satisfait pas non plus pleinement au critère d’un jugement et d’une raison parfaitement justes. En particulier, la raison et la conscience humaines ne consentent pas à admettre que le salut soit réservé à une tribu particulière. C’est pourquoi, après avoir fait quelques pas sur la voie du progrès intellectuel, les adeptes de telles religions se révoltent eux-mêmes contre cet objectif, l’effacent de leur esprit et en adoptent un autre.
Troisièmement, aussi pur que puisse paraître l’objectif du salut du point de vue religieux et spirituel, on n’y trouve, du point de vue terrestre, rien qui puisse inspirer une nation et susciter la conscience, l’enthousiasme, la force et l’activité nécessaires au progrès national. C’est pourquoi, jusqu’à présent, aucune nation désireuse de progresser ne l’a adopté comme objectif collectif ; au contraire, parmi les nations dont la religion ne proposait que cet unique objectif, il n’a presque toujours reçu que le statut d’objectif individuel.
Pour toutes ces raisons, ni l’objectif matériel ni l’objectif spirituel ne satisfait pleinement au critère d’une appréciation parfaitement juste. Nous allons maintenant voir quel objet la culture islamique a proclamé comme son objectif, et quelles caractéristiques propres l’ont établi comme un objectif parfaitement juste.
L’objectif de la culture islamique et ses caractéristiques :
Dès le début de cette discussion, il faut bien garder à l’esprit que la question de l’objectif de la vie est en réalité profondément liée à celle de la philosophie de la vie. La conception que nous avons de la vie terrestre et la doctrine que nous croyons au sujet de notre statut dans le monde et du statut du monde à notre égard déterminent naturellement un objectif de vie, et nous consacrons toutes nos forces et toutes nos capacités à atteindre cet objectif. Si nous considérons le monde comme un pâturage et la vie comme un simple moment destiné à trouver satisfaction dans la nourriture, la boisson et les plaisirs terrestres, cette conception biologique éveillera certainement en nous un objectif biologique concernant la vie, et durant toute notre existence nous nous efforcerons uniquement d’acquérir des objets de jouissance sensorielle. En revanche, si nous nous considérons comme des coupables de naissance et des pécheurs par nature, et si, en raison de cette faute originelle, nous considérons le monde comme une prison et un lieu de détention, le désir de nous libérer de cet emprisonnement s’éveillera en nous et, pour cette raison, nous proclamerons le salut comme notre objectif de vie. Mais si notre conception du monde est supérieure à celle d’un pâturage ou d’une prison, et si, en tant qu’êtres humains, nous nous estimons dotés d’une dignité supérieure à celle d’un simple animal ou d’un coupable, alors nous rechercherons assurément un objectif supérieur à ces deux objectifs que sont la quête des biens de jouissance matérielle et la délivrance ; nous ne tournerons pas notre attention vers une chose insignifiante ou dépourvue de valeur.
En gardant cette règle à l’esprit, lorsque vous verrez que l’islam a proclamé l’être humain lieutenant d’Allah et Son représentant sur terre, votre raison et votre conscience parviendront naturellement à l’objectif qui peut et doit découler de cette conception de la vie. Quel autre objectif un représentant pourrait-il avoir que de gagner la satisfaction et l’agrément de son Maître et d’être considéré à Ses yeux comme un serviteur excellent, obéissant, fidèle et consciencieux ? S’il est sincère et animé de bonnes intentions, quoi d’autre pourrait-il rechercher que de gagner la satisfaction de son Maître en lui obéissant ? Accomplirait-il son devoir dans l’espoir d’augmenter sa rémunération, d’obtenir quelque avantage personnel, une promotion ou une récompense, ou par convoitise de gloire, de renommée et d’un statut plus élevé ? Certes, si le Maître, de son plein gré, lui accorde ces choses, c’est une autre question. Le Maître peut aussi lui promettre de les lui donner en échange d’un service bien accompli ; il peut même savoir que, s’il s’acquitte correctement de son devoir, son Maître lui accordera généreusement telle ou telle récompense. Mais s’il fait de la récompense son objectif et n’accomplit son devoir que dans le but d’obtenir un intérêt personnel, quel homme sensé pourrait qualifier un tel serviteur de serviteur consciencieux ? Cet exemple vous permet également de comprendre le rapport entre Allah et Son représentant. Puisque l’être humain est le représentant d’Allah sur terre, quel autre objectif de vie pourrait-il avoir que de gagner l’agrément et la satisfaction d’Allah ?
« Oui, quiconque s’est soumis à Allah et a accompli de bonnes œuvres, sa récompense est auprès de son Seigneur ; de telles personnes n’éprouveront aucune crainte et ne seront jamais affligées. » — (sourate Al-Baqara : 112)
« Sachez que c’est par l’évocation d’Allah que les cœurs trouvent la paix et la sérénité. » — (sourate Ar-Ra‘d : 28)
La deuxième chose que l’être humain cherche à obtenir dans la vie terrestre est l’aisance, c’est-à-dire une vie exempte de soucis et d’inquiétude. Le Coran dit que si l’on croit en Allah, que l’on se préserve de Son courroux et que l’on adopte, pour Lui, la piété et les bonnes œuvres, cette chose aussi s’obtient naturellement.
« Si les habitants de ces cités avaient cru et avaient pratiqué la piété, Nous leur aurions ouvert les portes des bénédictions venant du ciel et de la terre. » — (sourate Al-A‘raf : 96)
« Quiconque accomplit de bonnes œuvres tout en étant croyant, qu’il soit homme ou femme, Nous lui ferons certainement vivre une vie agréable. Et Nous les récompenserons assurément par une récompense bien meilleure que ce qu’ils auront accompli. » — (sourate An-Nahl : 97)
La troisième chose qui est la plus désirée et recherchée par l’être humain est le pouvoir de l’État et du gouvernement, ainsi que la domination et un rang élevé. Le Coran dit : consacrez-vous à Allah, et ce bien viendra de lui-même tomber à vos pieds.
« Quiconque prend pour alliés Allah, Son Messager et les croyants — il a rejoint le parti d’Allah — alors le parti d’Allah sera certainement victorieux. » — (sourate Al-Ma’ida : 56)
« Nous avons écrit dans le Zabour, après l’exhortation et l’admonition, que Mes serviteurs vertueux hériteront de la terre. »
« Allah a promis à ceux d’entre vous qui ont cru et accompli de bonnes œuvres qu’Il leur accordera certainement la lieutenance sur terre, comme Il l’a accordée à ceux qui les ont précédés. Il donnera certainement stabilité à la religion qu’Il a agréée pour eux et transformera leur état de crainte en sécurité. » — (Sourate An-Nûr : 55)
De même, le salut dans la vie de l’au-delà est vivement souhaité par l’être humain. À ce sujet également, le Coran dit qu’il n’est que le fruit de l’agrément d’Allah :
« Ô âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite de Lui et agréée par Lui. Entre donc parmi Mes serviteurs et entre dans Mon Paradis. » — (Sourate Al-Fajr : 27-30)
Il ressort de cela que l’islam n’a même pas porté son regard sur toutes les choses que les autres ont déclarées désirables et souhaitables ; il a plutôt fait de son objectif la chose dont l’acquisition permet d’obtenir naturellement toutes ces choses. Le musulman ne considère pas comme valant le moindre effort le fait d’occuper son cœur, ne serait-ce qu’un instant, à rechercher les choses que les autres qualifient d’objectifs. Il a devant lui un objectif sublime, plus élevé et plus noble que tous ces objectifs et que toute chose dans l’univers. Il sait parfaitement que lorsqu’il aura atteint cet objectif suprême, il obtiendra spontanément chacune des choses qui lui sont subordonnées. De même que, lorsqu’on monte au dernier étage d’un édifice, les étages intermédiaires se trouvent sous les pieds de celui qui monte, le musulman, lorsqu’il atteint son objectif, constate exactement la même situation.
Six : La taqwa, la meilleure motivation à accomplir de bonnes œuvres — Une autre caractéristique de cet objectif est que celui-ci peut seul constituer un objectif noble et pur capable d’inciter l’être humain à respecter le haut niveau de piété et de bonnes œuvres établi par l’islam, ainsi que les règles qu’il a prescrites concernant le bien et le mal.
Nombreux sont ceux qui affirment que les bonnes actions doivent être accomplies dans le monde uniquement parce qu’elles sont bonnes, et que les mauvaises actions doivent être évitées uniquement parce qu’elles sont mauvaises. Mais ceux qui tiennent de tels propos n’en connaissent même pas la véritable portée. Accomplir une bonne action pour la seule raison qu’elle est bonne signifie que la bonne action n’a aucun rapport avec le bien ni avec l’utilité ; la bonne action serait simplement bonne et, pour cette seule raison, pourrait constituer l’objectif de l’être humain. De même, s’abstenir d’une mauvaise action uniquement parce qu’elle est mauvaise signifie que, séparée de tout dommage et de tout mal, la mauvaise action serait mauvaise par son seul caractère propre, comme si ce caractère pouvait à lui seul la rendre répréhensible aux yeux de l’être humain. En réalité, cependant, il n’existe pas pour les habitants de ce monde une bonne action absolument pure, dépourvue de tout avantage et de tout bienfait susceptible de s’appliquer à la personne humaine. Il n’existe pas non plus une mauvaise action absolument pure, exempte de toute nuisance susceptible d’affecter la personne humaine. La vérité est plutôt que la conception du bien et du mal s’est formée dans l’esprit humain à partir de l’expérience du profit et de la perte, de l’utilité et de la nuisance. L’être humain qualifie de bonne toute action qui lui procure réellement quelque avantage, même si elle comporte apparemment quelque inconvénient. De même, il qualifie de mauvaise toute action qui lui cause véritablement quelque dommage, même si elle comporte extérieurement quelque utilité. Si l’on débarrasse une action de toute qualification de profit ou de perte et qu’elle ne demeure qu’un simple acte, nous ne pouvons la qualifier ni de bonne ni de mauvaise. Il est incontestable qu’après avoir affermi l’habitude du bien et atteint un niveau intellectuel supérieur, l’être humain peut, en se libérant de la notion de profit et de perte, accomplir le bien pour la seule raison qu’il est bien et s’abstenir du mal pour la seule raison qu’il est mal. Mais, premièrement, cela ne constitue qu’un oubli de la source du bien et du mal, non la suppression de cette source ; deuxièmement, ce n’est qu’une ascension vers le paradis imaginé par les philosophes, que même les plus grands savants n’ont pas réussi, en pratique, à atteindre. Comment donc les gens ordinaires pourraient-ils adopter comme objectif le fait de pratiquer le bien pour lui-même et d’éviter le mal pour lui-même ?
Il est ainsi devenu évident qu’il est impossible de séparer la notion de bien et de mal de celle de profit et de perte. Tant qu’aucun bienfait ne sera inhérent à une bonne action, celle-ci ne pourra être bénéfique à l’être humain. De même, si aucune nuisance n’est cachée dans une mauvaise action, on ne pourra la qualifier de répréhensible. Si nous voulons élever la piété et les bonnes œuvres du niveau insignifiant de l’égoïsme à celui, supérieur, du désintéressement et de la sincérité, et les établir comme fondement d’une règle morale impartiale et universelle, le meilleur moyen consiste à instaurer un critère du profit et de la perte qui soit supérieur au matérialisme et à l’égoïsme ; un critère selon lequel une bonne action apparaîtrait à l’être humain comme entièrement bénéfique, malgré toutes les pertes matérielles et humaines qu’elle pourrait comporter, tandis qu’une action pécheresse lui semblerait uniquement nuisible, malgré les avantages qu’elle pourrait présenter à tous égards. C’est cette voie que l’islam a adoptée. Il a déclaré que l’obtention ou la non-obtention de l’agrément d’Allah constitue l’unique critère du profit et de la perte. Ce critère est totalement exempt de la souillure des intérêts matériels et égoïstes. Selon ce critère, l’homme vertueux, même s’il sacrifie sa vie, ses biens, ses enfants, sa réputation, sa renommée et tout le reste pour obtenir l’agrément d’Allah, croit avoir remporté un gain. En revanche, l’homme pervers, après avoir attiré sur lui la colère d’Allah et obtenu tous les avantages matériels et égoïstes de ce monde, craint de se trouver dans la perte. C’est cela qui incite l’être humain, en le rendant indifférent aux gains et aux pertes terrestres, à adopter avec désintéressement la piété et les bonnes œuvres.
Jusqu’à présent, deux points ont été expliqués. Premièrement : qu’est-ce que l’islam a proclamé comme étant le but de la vie ? Deuxièmement : pour quelles raisons ce but a-t-il été considéré comme un but excellent ? Nous devons maintenant examiner le troisième aspect de cette question. À savoir : quel rôle ce but joue-t-il dans la transformation de la culture islamique en une culture particulière, et quel statut particulier lui confère-t-il ?
L’influence de la détermination du but sur la définition de la méthode
Il a déjà été indiqué qu’il est indispensable de définir un but dans toutes les affaires de la vie, tout comme il est indispensable de déterminer les moyens d’atteindre ce but. Or une méthode ne peut jamais être définie sur une autre base que sa relation avec le but. Si une personne n’a devant elle aucun objectif précis, hormis le simple fait d’errer, et qu’elle ne fait que parcourir les routes et les ruelles en enlevant leur poussière, nous la qualifions de folle ou d’errante. Et si, tout en ayant un but, elle ne suit aucune méthode particulière parmi les différentes méthodes permettant de l’atteindre, mais se tient prête à adopter toute méthode qui lui paraît orientée vers son but, nous la qualifions également d’insensée. En effet, une personne qui essaie d’atteindre un lieu précis par dix chemins différents ne peut jamais, selon la raison et le discernement, parvenir à destination. De même, si quelqu’un proclame qu’une chose particulière est son objectif, mais adopte, pour l’atteindre, une méthode qui va dans la direction opposée, nous ne le considérons pas comme intelligent. Il ressemble à ce Bédouin qui, pour se rendre vers la Kaaba, aurait pris la route du Turkestan. Ainsi, pour réussir concrètement, l’être humain doit d’abord fixer un but avant de se mettre en chemin, puis orienter vers ce but tous ses désirs et tous ses efforts, et, s’il existe plusieurs chemins pour parvenir à destination, adopter le meilleur d’entre eux et abandonner tous les autres.
Cette adoption et cet abandon sont parfaitement conformes à la raison. Définir un but implique qu’il faut adopter la méthode qui lui correspond le mieux et éviter toutes les autres. Lorsqu’une personne intelligente entreprend un voyage, elle avance par le meilleur chemin pour parvenir à destination. Au cours de son voyage, elle peut découvrir dix ou vingt autres chemins, mais elle ne se retourne même pas pour les regarder. Sur le chemin qui mène à son objectif, un étudiant intelligent adopte la branche du savoir qui lui est la plus utile. Il ne souhaite pas consacrer son temps aux autres branches qui n’ont aucun rapport avec lui. Pour un commerçant intelligent et prévoyant, la méthode commerciale considérée comme le meilleur moyen de réussir est celle qu’il adopte pour lui-même. Il considère comme une sottise d’investir son capital dans n’importe quelle activité ou de consacrer son travail à n’importe quelle profession. Au sujet de cette adoption et de cet abandon, un critique peut seulement se prononcer sur le point de savoir si la voie suivie est bien la meilleure pour parvenir au but. Mais il n’est possible de soulever aucune objection contre le fait d’adopter certaines méthodes et d’en abandonner d’autres.
Cette vérité s’applique aussi bien aux détails de la vie qu’à la vie entière considérée dans son ensemble. Si une personne ne poursuit aucun but dans sa vie, ou si son seul but consiste à vivre pour le simple fait de vivre, elle peut adopter à son gré n’importe quelle méthode de vie. Pour elle, il serait tout à fait dépourvu de sens d’établir des distinctions entre le bien et le mal, le juste et l’injuste, l’excellent et le médiocre parmi les différentes méthodes. Elle peut satisfaire ses désirs et ses besoins comme bon lui semble. Même si les causes et les contraintes extérieures l’obligent dans une certaine mesure à suivre une méthode particulière, elles ne peuvent toutefois l’amener à soumettre toute sa vie à une règle, à une discipline et à un ensemble de prescriptions, car aucune motivation fondamentale en faveur de la discipline ne sera présente en elle. En revanche, si elle poursuit un but dans sa vie ou, pour le dire clairement, si un objectif humain rationnel, supérieur au but biologique inné de la vie, s’est fermement établi dans son esprit, elle fera nécessairement des distinctions entre les différentes méthodes. Et si elle est réellement une personne intelligente, elle devra nécessairement adopter, parmi les diverses manières de vivre, celle qui est la plus propre à atteindre son but. Une fois qu’elle a fixé un but, il ne lui conviendra en aucune façon de jouir, dans le choix de ses méthodes, de la même liberté qu’une personne sans but.
Étendez maintenant ce principe. Remplacez l’individu par la société et voyez qu’il s’applique également à un grand nombre de personnes. Tant qu’une société demeure à un stade initial de la civilisation et qu’aucun objectif élevé ou plus élevé que le but biologique inné de la vie ne se présente à elle, elle reste aussi libre dans ses coutumes et ses comportements qu’une personne sans but. Mais, avec le développement progressif de l’intelligence et l’accession à un stade supérieur de la civilisation, lorsqu’une culture naît en son sein et fixe un objectif rationnel pour l’ensemble de sa vie, il devient absolument indispensable que cette culture élabore, en fonction de cet objectif, un système particulier pour les croyances, les convictions, les conceptions, les transactions, la moralité, la vie sociale, l’économie, etc., qu’elle fasse suivre ce système aux adeptes de la culture et qu’elle n’accorde à personne, dans le cadre de ce système, la liberté d’adopter des croyances ou des principes d’action extérieurs à celui-ci.
Une rigueur absolue dans la préservation de son propre système de règles est conforme à la nature même d’une culture. Une culture dont les liens se relâcheraient à cet égard et dont le système de règles deviendrait faible et laxiste ne pourrait jamais survivre. En effet, l’existence d’une culture dépend du respect, par ses adeptes, des croyances et des méthodes d’action qu’elle a élaborées. Lorsque ses adeptes ne suivent plus ses croyances ni ses méthodes d’action, et que des conceptions, des coutumes, des usages et des comportements étrangers à ces méthodes envahissent leur vie réelle, il ne reste en pratique plus rien de la culture. Il est donc tout à fait légitime pour une culture d’exiger de ses adeptes qu’ils suivent les méthodes qu’elle a elle-même élaborées et de faire pression sur eux pour qu’ils rompent avec les autres méthodes extérieures. Un critique peut tout au plus discuter de la justesse ou de l’inexactitude de son objectif, juger si cette méthode particulière est appropriée à cet objectif, ou exprimer son opinion sur la possibilité de suivre cette méthode en toutes circonstances. Mais il ne peut en aucun cas dire que la culture en question n’a pas le droit d’exiger de ses adeptes qu’ils suivent la méthode qu’elle a elle-même élaborée.
En outre, dès lors qu’il est admis que la voie et la méthode particulières déterminées pour la vie mentale et concrète dépendent en réalité de la nature de l’objectif, et que la diversité des objectifs implique nécessairement la diversité des voies et des méthodes, il faut également admettre que les cultures dont les objectifs propres sont différents doivent nécessairement avoir des systèmes pratiques et doctrinaux différents les uns des autres. Certaines parties de ces systèmes peuvent présenter des similitudes, et certains détails de l’un peuvent se retrouver dans l’autre ; mais de ces ressemblances secondaires, on ne peut conclure à une similitude d’ensemble, pas plus que l’emprunt de quelques détails ne rend inévitable l’emprunt du système tout entier.
De ce principe découlent encore deux règles :
La première est qu’on ne peut prendre pour critère, afin d’évaluer le système pratique d’une culture poursuivant un objectif particulier, le système d’une culture poursuivant un objectif différent. Autrement dit, il n’est pas pertinent de juger cette méthode en la déclarant correcte seulement si elle ressemble à cette autre méthode, et erronée dans le cas contraire.
La seconde est qu’on ne peut conserver une culture tout en remplaçant son système pratique et doctrinal par un autre. On ne peut pas non plus introduire les éléments fondamentaux d’un système dans un autre. Celui qui considère qu’un tel mélange est possible ou cohérent ignore les principes mêmes de la culture et est incapable d’en comprendre l’esprit et la nature.
Dans la structuration de la culture islamique
Le rôle de son objectif fondamental
Après avoir gardé à l’esprit ces considérations préliminaires, on peut aisément comprendre quel rôle joue son objectif fondamental dans le fait de donner à la culture islamique un caractère entièrement distinct et particulier. Il a été exposé en détail dans les développements précédents que l’objectif que l’islam a fixé à la vie est fondamentalement différent de celui des autres religions et cultures. Il a également été démontré que la diversité des objectifs fait apparaître une différence fondamentale dans les systèmes de croyances et d’actions. Il en résulte logiquement que l’objectif de l’islam lui a donné la forme d’une culture particulière, fondamentalement différente des autres cultures, et dont le système doctrinal et pratique se distingue fondamentalement de leurs systèmes. Certaines parties de ce système peuvent peut-être se retrouver dans d’autres systèmes. Mais elles n’y sont pas intégrées de la même manière qu’ici. Une fois intégrée à un système, une partie perd sa nature propre et adopte celle de l’ensemble ; or, lorsque la nature d’un ensemble diffère de celle d’un autre ensemble, la nature de chacune de ses parties diffère nécessairement de celle des parties de l’autre, quelles que soient les ressemblances extérieures que certaines de ses parties puissent présenter avec certaines parties de l’autre.
Il a été dit précédemment que l’islam a déclaré l’homme représentant d’Allah sur terre et qu’il a fixé comme objectif de sa vie la recherche de l’agrément du Seigneur dont il est le représentant. Puisque cet objectif est celui de toute sa vie, toutes ses activités doivent être orientées vers lui ; toutes les forces de son corps et de son âme doivent être consacrées à cette voie, et cet objectif doit exercer son autorité sur ses pensées, son imagination, ses méditations, ses conceptions et ses mouvements. Sa vie et sa mort, son sommeil et son éveil, son alimentation et sa boisson, ses transactions, ses relations, ses amitiés et ses inimitiés, son activité économique et sa vie sociale — en un mot, toute chose en lui — devraient être consacrés à cet objectif unique. En outre, cet objectif doit exercer en lui une influence et une action telles qu’il soit vivant et actif précisément grâce à cette conscience vitale. On comprend alors clairement que celui qui nourrit un tel objectif pour sa vie et qui vit précisément pour l’atteindre ne peut jamais vivre comme une personne sans objectif ou poursuivant un objectif différent. Cet objectif transforme l’homme, conformément à sa nature propre, en un travailleur compétent et un serviteur actif : un travailleur et un serviteur qui ne vivent que pour atteindre l’objectif de leur vie.
Après avoir ainsi défini cet objectif, l’islam choisit, parmi les diverses manières de vivre, une voie particulière et contraint l’homme à ne pas gaspiller son temps précieux et ses forces vitales en suivant une autre voie que celle-ci. Conformément à la nature et aux caractéristiques de cet objectif, il élabore un système distinct de croyances et d’actes, et exige de l’être humain qu’il n’en dépasse en aucune circonstance les limites. Il proclame directement que ce système particulier est l’obéissance et la soumission, et lui donne le nom de dîn, c’est-à-dire l’obéissance et la soumission. Il dit : « Auprès d’Allah, la religion est uniquement l’islam. »
C’est sur la base de ce dîn que l’islam établit une distinction entre ses adeptes et ceux qui ne le sont pas. Ceux qui, conformément à cet objectif particulier, suivent cette voie de soumission, il les appelle « musulmans » (ceux qui se soumettent) et « croyants » (ceux qui professent la foi). Quant à ceux qui ne partagent pas cet objectif et ne suivent pas non plus cette voie de soumission, il les déclare « kâfirs » (mécréants)¹. Il abolit les distinctions fondées sur la descendance, la tribu, la nation, la communauté, la langue, le pays et toutes les différences de cette nature
¹ L’emploi du mot kâfir relève lui aussi d’un style d’une grande élévation. Dans les dictionnaires arabes, le sens fondamental de kufr est « cacher ». C’est pourquoi la nuit est appelée kâfir, parce qu’elle cache les choses ; le cultivateur est également appelé kâfir, parce qu’il enfouit la graine dans la terre ; et l’écorce est appelée kâfûr, parce qu’elle dissimule le fruit à l’intérieur de la graine. Ainsi, par analogie, le fait de cacher les bienfaits et de ne pas en être reconnaissant a été appelé kufr ou kufrân. L’islam a déclaré que le kufr est l’opposé de l’îmân. Cela indique cette vérité profonde : ceux qui refusent d’embrasser l’islam couvrent en réalité leur propre nature et leurs dispositions innées d’un voile.
Il efface ainsi toutes les autres distinctions et fait de la différence entre kufr et îmân l’unique distinction parmi les enfants d’Adam. Quiconque suit cette voie — qu’il soit de l’Orient ou de l’Occident — est des siens. En revanche, celui qui ne suit pas cette voie — même s’il vit au pied des murs de la Kaaba et que sa chair et son sang soient formés des dattes de La Mecque et de l’eau de Zamzam — n’est pas des siens.
Sur la base de cette distinction entre kufr et îmân dans les croyances et les actes, l’islam a de même établi, dans la manière de vivre et parmi toutes les choses de ce monde, la distinction entre le haram et le halal, le permis et l’interdit, ainsi que le makrûh et le mustahabb. Les actes et les coutumes qui contribuent, selon leur degré respectif, à atteindre cet objectif et à assumer la responsabilité du califat sont halal, permis ou mustahabb. Ceux qui font obstacle à cette voie sont, selon leur degré respectif, haram, interdits ou makrûh. Le croyant qui respecte cette distinction est un muttaqî (pieux), tandis que celui qui ne la respecte pas est un fâsiq (transgresseur). Parmi les membres du parti d’Allah, les différences de rang — petit ou grand, élevé ou inférieur — ne sont pas fondées sur la richesse, la noblesse de naissance, le statut social, ni sur la couleur ou la race ; elles sont déterminées par la taqwâ.
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« Les plus honorables d’entre vous auprès d’Allah sont les plus pieux. » — (Sourate al-Hujurât, 13)
Ainsi, dans tous les domaines de la vie humaine — conception et représentation, pensée et imagination, dispositions naturelles, caractère moral, économie, vie sociale, culture, civilisation, politique et gouvernement de l’État — la voie de la culture islamique se distingue totalement de celle des autres cultures. En effet, la conception islamique de la vie est entièrement différente de celle des autres cultures. L’objectif que les autres cultures ont fixé à la vie est d’une nature différente de celui de l’islam. Par conséquent, la conduite et les principes d’action que l’islam adopte, conformément à sa conception, dans ses rapports avec le monde et les choses qu’il contient, ainsi que la méthode d’action qu’il élabore pour atteindre son propre objectif dans la vie terrestre, diffèrent également fondamentalement de la conduite et des principes adoptés par les autres cultures. Il existe de nombreuses pensées et représentations de l’esprit, de nombreux désirs et penchants de l’instinct, ainsi que de nombreuses manières de vivre dont l’adoption, du point de vue des autres cultures, n’est pas seulement légitime, mais parfois même absolument indispensable à la culture. Pourtant, l’islam est contraint de les déclarer illicites, makrûh et, dans certains cas, haram. En effet, ces choses correspondent parfaitement à la philosophie de la vie de ces cultures et contribuent à atteindre leur objectif existentiel. Mais elles n’ont aucun rapport avec la philosophie islamique de la vie, ou constituent un obstacle à la réalisation de son objectif. On peut citer comme exemple le fait que, pour de nombreuses cultures dans le monde, les beaux-arts sont comme une âme, et que ceux qui y excellent et les maîtrisent obtiennent le statut de « héros nationaux ». Mais l’islam déclare certaines de ces pratiques haram, d’autres makrûh, et d’autres encore permises dans une certaine mesure. Sa loi n’autorise l’amour de la beauté et la jouissance de la beauté artificielle que dans la mesure où l’être humain peut, en même temps, se souvenir d’Allah, agir pour obtenir Sa satisfaction et s’acquitter de la responsabilité du califat. Mais dès que cet amour de la beauté devient plus puissant que le sens du devoir, dès que l’excès de plaisir transforme l’homme, de serviteur d’Allah, en adorateur de la beauté, dès que le goût des beaux-arts l’enivre de passion pour le luxe, rend les oreilles du cœur sourdes à la voix de la conscience et lui fait perdre l’obéissance et le sens des responsabilités nécessaires pour entendre l’appel du devoir, l’islam dresse précisément à cette limite le mur du mépris, de l’illégalité et de l’interdiction. C’est pourquoi son objectif n’est pas de produire des Tansen, des Bandadin, des Mani, des Behzad¹, des Charlie Chaplin et des Mary Pickford, mais plutôt de produire des Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée), des Umar al-Fârûq (qu’Allah l’agrée), des Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), des Husayn ibn Alî (qu’Allah l’agrée) et des Râbi‘a al-Basrî (qu’Allah l’agrée).
À l’aide de cet exemple, on peut déduire la situation générale de la société, de la civilisation et de bien d’autres domaines. En particulier, dans les relations entre les femmes et les hommes, le traitement des riches et des pauvres, les rapports entre les propriétaires et les sujets, ainsi que dans les comportements réciproques des autres catégories humaines, la voie prescrite par l’islam diffère essentiellement de celles élaborées par toutes les civilisations anciennes et modernes. Ériger en critère les méthodes suivies par les autres civilisations pour évaluer la méthode adoptée par l’islam est fondamentalement le signe d’une erreur. Ceux qui agissent ainsi sont extrêmement superficiels et profondément ignorants de la vérité réelle.
« Trois »
Croyances fondamentales et modes de pensée
1. La signification et l’importance de la foi
Après la conception de la vie et le but de la vie, une troisième question se pose maintenant à nous. Elle est la suivante : sur quelle base l’islam reconstruit-il le caractère humain ?
Le caractère et son fondement mental
La source de toutes les actions et de tous les comportements de l’être humain est son esprit. En tant que source des actes, l’esprit se trouve dans deux états. Le premier est celui où aucune pensée particulière ne s’enracine ; des pensées diverses, fragmentaires et dispersées y pénètrent continuellement, et celle qui s’y montre la plus forte devient l’inspiration de l’action. Le second état est celui où l’esprit ne demeure pas un champ de circulation pour les pensées dispersées ; au contraire, certaines pensées particulières s’y enracinent si solidement que toute la vie réelle de l’être humain reste durablement sous leur influence et que, au lieu d’actions dispersées, il accomplit des actes organisés et cohérents. On peut comparer le premier état à une grande route : elle est libre et ouverte à tous les voyageurs. Rien ne l’y distingue de particulier. Le second état ressemble à un moule, duquel sort constamment, après moulage, un objet d’une forme et d’une configuration déterminées. Lorsque l’esprit humain se trouve dans le premier état, nous disons qu’il n’a pas de caractère. Il peut être un démon aussi bien qu’un ange. Sa nature possède des dispositions multiples. On ne peut nullement savoir quel genre d’actions il accomplira à tel ou tel moment. En revanche, s’il atteint le second état, nous disons qu’il possède un caractère propre. Sa vie réelle comporte alors un ordre, une discipline et une continuité. De plus, on peut déterminer avec certitude quelle action il accomplira dans telle ou telle situation.
La première condition de l’ordre dans les actions :
Il ressort de cela que, dans la vie réelle de l’être humain, l’adoption d’un ordre fiable dépend de la formation d’un caractère déterminé. Or, pour former un tel caractère, son esprit doit être libéré de la confusion des idées ; certaines idées particulières doivent s’y enraciner profondément, et il faut insuffler à ces idées une telle stabilité, une telle fermeté et une telle intransigeance qu’aucune autre idée ne puisse y pénétrer ni y semer la confusion. Plus ces idées seront profondément enracinées, plus le caractère sera solide, et plus la vie réelle de l’être humain sera ordonnée, harmonieuse et fiable. À l’inverse, plus elles seront faibles et plus elles laisseront de place aux idées opposées, plus le caractère sera faible et plus la vie réelle deviendra désordonnée et peu fiable.
Le sens de la foi :
Dans le langage du Coran, cette base psychique du caractère est appelée « foi ». Le mot « foi » dérive de la racine « amn »(*******). Le sens véritable de « amn » est d’obtenir la tranquillité de l’âme et l’absence de crainte. C’est de cette même racine qu’est formé le mot « amānat », qui est l’antonyme de la trahison. Autrement dit, ce qui ne suscite aucune crainte de trahison constitue une amānat. Si l’on appelle une personne digne de confiance amîn, c’est parce que l’on est rassuré quant à sa bonne conduite et que l’on a confiance qu’elle ne commettra pas de mauvaise action. De même, le chameau docile et obéissant est appelé amûn (***), car il ne suscite aucune crainte de désobéissance ni de nuisance. Une autre forme dérivée de cette même racine est « îmân » (****). Cela signifie qu’il faut enraciner dans l’esprit une idée avec une conviction profonde et en étant persuadé de sa vérité, de telle sorte qu’il ne subsiste aucune crainte de voir une chose contraire trouver un passage et y pénétrer. La faiblesse de la foi signifie que l’esprit n’est pas pleinement convaincu de cette idée, que le cœur n’a pas trouvé une tranquillité complète et qu’il reste possible qu’une idée contraire pénètre dans l’esprit. Il en résulte un affaiblissement du caractère, qui provoque à son tour le désordre dans la vie réelle. La force et la fermeté de la foi sont l’inverse de cet état. Une foi solidement établie signifie que le caractère repose sur une base véritablement solide et sûre. On peut alors compter sur le fait que les idées et les conceptions enracinées dans l’esprit, celles qui ont façonné le caractère, détermineront exactement les actes de la vie réelle.
La place de la foi dans l’édification de la civilisation :
Si différents individus adhèrent à des croyances et à des conceptions différentes, et si leur caractère repose sur des bases diverses et contradictoires, aucune organisation sociale ni collective ne peut être constituée. Ils ressemblent à de nombreuses pierres éparpillées dans un champ : chaque pierre possède certes sa propre solidité, mais il n’existe entre elles aucun lien. En revanche, si une conception unifiée s’enracine comme foi dans l’esprit d’un grand nombre de personnes, le lien unificateur de cette foi les transformera en une nation, de même que ces pierres dispersées, assemblées avec de la chaux, du mortier et du ciment, formeraient un mur solidement bâti. Dès lors, l’entraide et la coopération commenceront naturellement entre elles, et leur progrès ira de plus en plus vite. Une telle foi créera une harmonie dans leur caractère et une similitude dans leurs actes concrets. Il en résultera la victoire d’une civilisation particulière, l’émergence d’une culture spécifique, la naissance d’une nouvelle nation, qui édifiera l’édifice de la civilisation selon une méthode nouvelle.
Il ressort de cette discussion que la conception fondamentale qui s’enracine sous forme de foi chez les adeptes d’une civilisation revêt, pour cette civilisation, une importance aux conséquences extrêmement vastes.
La foi est de deux sortes :
Il nous faut maintenant examiner quelle est la situation des différentes civilisations du monde du point de vue de la foi. Le mot « foi » est à l’origine un terme religieux. Mais puisque nous l’employons ici au sens de conception fondamentale, il est possible, dans ce sens, de le diviser en deux catégories. L’une est de nature religieuse et l’autre de nature temporelle. La foi de nature religieuse ne peut être le fondement que d’une civilisation fondée sur la religion, car, dans ce cas, une même foi exerce son autorité dans les deux domaines, celui de la religion et celui du monde. Mais dans une civilisation qui n’est pas fondée sur la religion, la foi temporelle se sépare de la foi religieuse, et celle-ci n’exerce aucune influence dans la vie individuelle et nationale.
La foi religieuse :
La foi religieuse se compose généralement de divers éléments qui édifient le caractère humain sur des fondements spirituels et moraux. Il peut s’agir, par exemple, d’une ou de plusieurs divinités dotées de qualités éminentes, de livres reconnus comme divins, ainsi que des enseignements et des règles des guides religieux, sur lesquels reposent la conviction et l’action. Si l’on écarte le point de vue religieux, le succès de ce type de foi, considéré sous un angle purement terrestre, dépend de deux choses. Premièrement, les éléments que la religion présente comme vrais et auxquels elle exige que l’on adhère doivent être conformes à la vérité du point de vue de la raison et du discernement. Deuxièmement, ces éléments doivent être conçus de manière à permettre, sur leur base, une reconstruction harmonieuse du caractère humain. Autrement dit, il faut façonner le caractère de telle sorte que sa spiritualité puisse servir de fondement à un système moral élevé et que son caractère moral, tout en conservant sa propre pureté et sa propre intégrité, rende également l’être humain apte à réussir et à s’épanouir dans la vie terrestre.
La première condition est nécessaire car, si la foi n’est qu’un ensemble de superstitions, ou si les superstitions y sont nombreuses et la raison peu présente, sa domination sur l’esprit humain restera entièrement soumise à l’ignorance et à la stupidité. Dès que les connaissances et l’intelligence de l’être humain commenceront à s’élever vers des niveaux plus avancés de développement, le charme des superstitions erronées commencera à se briser, les fondements de la foi vacilleront et, avec eux, tout le système sur lequel avaient été édifiés les caractères individuel et national, ainsi que leur spiritualité et leur moralité, s’effondrera complètement. Nous pouvons en donner pour exemple les conceptions et les croyances que les diverses religions fondées sur le polythéisme proposent au sujet des divinités, des objets de culte, d’Allah et des guides religieux. La conscience et la raison impartiales refusent de tenir pour vraies les qualités dont ils ont été parés, les actes qui leur ont été attribués et les récits composés à leur sujet, et refusent d’y croire. On constate d’ailleurs souvent que les nations qui professent ces croyances ne sont nullement aptes à progresser et à se développer dans le monde. Les superstitions erronées exercent sur leur esprit une influence si néfaste que leurs meilleures forces d’action deviennent complètement paralysées. Elles n’inspirent ni grandeur, ni fermeté dans la résolution. Elles n’élargissent ni leur horizon, ni n’apportent de lumière à leur esprit, ni de courage sincère à leur cœur. Finalement, cette situation devient pour ces nations la cause d’une pauvreté permanente, de l’humiliation, de l’inaptitude et de la servitude. En revanche, les nations chez lesquelles s’ouvre la voie du progrès perdent d’autant plus leur confiance en leur Seigneur, leurs divinités et leurs guides religieux qu’elles progressent davantage sur le plan du savoir et de l’intelligence. Au début, certes, on tente de maintenir cette foi erronée, malgré de grandes difficultés, dans le seul intérêt de préserver l’ordre social. Mais peu à peu, l’esprit et la pensée se révoltent si vivement contre ces croyances qu’à la fin, il ne subsiste plus dans la conscience nationale aucun lien qui les rattache à elles. On les abandonne à un petit groupe spirituel, pour une foi véritable ou professionnelle à leur égard. Dans le cœur et l’esprit du reste de la nation entière s’installe une autre forme de foi — celle que nous avons appelée la foi terrestre — qui finit par dominer.
La nécessité de la deuxième condition est tout à fait évidente. Une foi qui ne prépare pas l’être humain à réussir dans la vie terrestre voit son influence limitée à la vie morale et spirituelle, sans pouvoir s’étendre à la vie matérielle. Du point de vue de ses conséquences, elle connaît également deux issues. Soit la nation qui y croit ne progressera pas du tout ; soit, même si elle progresse, elle se libérera très rapidement de ses liens, et la foi religieuse cédera la place à la foi culturelle ; puis, lorsque l’activité de la nation dans les efforts de la vie matérielle s’intensifiera, elle se libérera de l’influence de la moralité, de la spiritualité et de la foi religieuse.
Je ne veux nullement rechercher délibérément les défauts d’une quelconque religion. C’est pourquoi je ne m’étendrai pas ici sur les croyances des différentes religions. Si vous examinez attentivement les religions du monde, vous constaterez assurément comment la foi des différentes religions a empêché leurs adeptes de progresser dans la vie terrestre et comment elle n’a pas pu accompagner le développement du savoir et de l’intelligence. Vous verrez en outre que les autres nations ont conservé leur foi dans leurs conceptions religieuses durant leur déclin et les ont abandonnées durant leur ascension. En revanche, le musulman était le plus ferme dans sa foi lorsqu’il était au sommet du progrès et de l’avancement dans le monde. Et c’est précisément lorsqu’il a pris du retard dans le savoir, l’intelligence et le développement matériel, et que les autres nations ont remporté la victoire sur lui, que sa foi s’est affaiblie. Aujourd’hui, les musulmans se trouvent dans un état de déclin extrême ; ils sont en même temps gravement atteints par la maladie de la faiblesse de la foi. Pourtant, il y a environ mille deux cents ans, ils se trouvaient au sommet du progrès et, en même temps, leur foi était d’une fermeté absolue. En revanche, lorsque les chrétiens d’Europe et les bouddhistes du Japon étaient véritablement chrétiens et bouddhistes, ils se trouvaient au plus bas degré de la décadence. Puis, lorsqu’ils progressèrent et se développèrent, ils ne conservèrent plus leur foi dans le christianisme et le bouddhisme. En vérité, cette différence éclatante entre la foi de l’islam et celle des autres religions est telle que toute personne intelligente et clairvoyante peut aisément la comprendre.
La foi terrestre
Examinons maintenant les éléments que nous avons appelés la foi terrestre. Cette foi ne comporte aucun élément religieux. Il n’y a ici ni dieu ni guide religieux ; ni livre divin, ni enseignement capable de former le caractère humain sur des fondements moraux et spirituels. Il s’agit d’une réalité purement terrestre.
Le plus important de ces éléments est la « nation ». Les habitants d’un territoire délimité géographiquement en font une divinité et lui rendent un culte avec une entière dévotion et une concentration totale. Ainsi, tous les « adorateurs de la nation » professent la conviction que la nation est maîtresse de leurs biens et de leur vie, qu’il est de leur devoir absolu de la servir et que consacrer à sa cause leur corps, leur esprit, leurs biens et leur vie constitue le comble du bonheur. Mais ce n’est pas tout : ils croient également que leur seule nation est dans le vrai, qu’elle seule est héritière et ayant droit de la terre, que toutes les terres du monde sont pour elle un butin de guerre et que toutes les nations sont semblables à des prisonniers de guerre. C’est pourquoi chacun a le devoir de faire flotter partout dans le monde le drapeau de sa propre nation.
La seconde divinité est constituée par les « lois et règlements » du pays. Ils les élaborent eux-mêmes, puis les adorent eux-mêmes. Cette adoration est ce qui garantit leur ordre social et collectif.
La troisième divinité est leur propre « nafs », c’est-à-dire leurs instincts. Ils veillent constamment à la nourrir, à satisfaire ses désirs et ses besoins, ainsi qu’à répondre à ses exigences et à combler ses aspirations.
La quatrième divinité est constituée par le « savoir » et la « sagesse » (ʿilm et ḥikma). Ils y placent leur foi et, éclairés et guidés par eux, avancent sur la voie du développement et du progrès.
Cette foi est assurément quelque peu bénéfique pour la vie terrestre. Mais même si l’on laisse de côté la question de sa valeur du point de vue de la vérité et de la sincérité, on peut dire que, du seul point de vue terrestre, son utilité n’est ni réelle ni durable. Son plus grand défaut est qu’elle ne comporte aucun élément spirituel ou moral ; dès que les liens de la religion se relâchent, la porte de la dépravation morale s’ouvre. En outre, ce n’est pas le rôle de la loi de faire naître une conscience morale dans le cœur des gens ni, à vrai dire, d’établir une quelconque norme de moralité. Elle ne possède même en elle aucune force capable de préserver la moralité dans la vie individuelle et sociale. Son influence et son champ d’action sont très limités. Cela est d’autant plus manifeste lorsque les lois et règlements sont créés par les gens eux-mêmes. C’est pourquoi le relâchement et la restriction des contraintes imposées par de telles lois dépendent entièrement de la volonté du peuple ; plus le désir de liberté d’action s’accroît chez les gens, plus les anciennes contraintes morales leur paraissent étroites et insupportables. Et lorsque ce sentiment à l’égard des contraintes morales se généralise, la loi est naturellement forcée, sous la pression de l’opinion publique, d’assouplir ses propres contraintes. Ainsi, peu à peu, toutes les entraves morales disparaissent et une vaste décadence morale commence. Or la décadence morale est une chose dont les effets destructeurs ne peuvent être endigués ni par l’abondance des richesses, ni par la puissance de l’État, ni par les biens matériels, ni par le savoir et l’intelligence. Le ver commence par ronger de l’intérieur et finit par faire s’effondrer, avec tous ses ornements, l’édifice même le plus solide.
Les autres méfaits du culte de la nation et du culte de soi sont en outre si manifestes qu’il est inutile d’en donner une description détaillée et exhaustive. Désormais, il n’est même plus nécessaire de discuter ni de réfléchir pour les comprendre. Car ils ont dépassé le stade des théories et sont entrés dans celui de l’expérience et de l’observation. Nous voyons aujourd’hui de nos propres yeux que c’est à cause d’eux qu’une grande civilisation est arrivée au bord de la destruction et de la ruine. Les phénomènes dont la manifestation certaine et imminente a plongé le monde entier dans la peur et l’effroi ne sont que la conséquence inévitable de tout cela.
Quelques principes généraux
De toute cette discussion se dégagent quelques principes généraux. Avant d’aborder la suite de l’exposé, il est nécessaire de les enraciner dans le cœur selon un ordre correct et cohérent.
Premièrement : l’ordre et la cohérence de toutes les activités humaines dépendent de la formation d’un caractère stable et bien défini. Sans un caractère stable, la vie réelle de l’être humain demeure désordonnée, changeante et peu fiable.
Deux : Ce sont les conceptions qui s’enracinent dans l’esprit humain avec toute leur force et acquièrent une telle prééminence qu’elles font agir toutes ses forces d’action sous leur propre influence, sur elles que se fonde le caractère. Dans la terminologie islamique, cet enracinement est appelé « foi », et l’ensemble de ces conceptions ainsi enracinées, nous l’appelons « croyances de la foi ».
Trois : Le bon et le mauvais, le juste et l’injuste, la fermeté et la faiblesse du caractère dépendent entièrement de la justesse et de la solidité de ces « croyances de la foi », c’est-à-dire des articles de foi. Si elles sont exactes, le caractère le sera également ; si elles sont solides, le caractère le sera aussi. Sinon, la situation sera exactement inverse. Par conséquent, pour établir dans la vie humaine un système de règles et de discipline juste et de haut niveau, il est indispensable de fonder son caractère sur une foi infaillible et fermement établie.
Quatre : De même que la foi est nécessaire pour libérer les activités de la vie individuelle de la dispersion et les rendre cohérentes et disciplinées, de même, pour arracher de nombreuses personnes à la discorde et à la séparation et former une société ordonnée et solidement structurée, il est indispensable d’enraciner fermement cette foi indivisible dans le cœur de chacune d’elles. La société et la civilisation l’exigent.
Cinq : Lorsque, sous l’influence d’une foi indivisible, un caractère national indivisible se forme chez de nombreuses personnes, et que l’influence de ce caractère crée une certaine similitude dans les activités de leur vie, une culture d’un type et d’une nature particuliers voit alors le jour. De ce point de vue, dans l’organisation et la fondation de toute culture, les éléments de la foi qui déterminent le caractère national et en assurent la solidité exercent une influence extrêmement importante.
Six : Chez la nation dont la foi intègre des éléments spirituels, la religion et la culture ne font qu’un. En revanche, chez la nation dont la foi intègre des éléments mondains, la culture se sépare de la religion. Dans ce dernier cas, la religion ne conserve plus aucune influence particulière sur la vie individuelle et nationale.
Sept : La séparation de la culture d’avec la religion finit par devenir la cause du déclin moral et de la destruction.
Huit : Pour que la culture demeure sous l’influence de la religion, les croyances de la foi religieuse doivent intégrer des éléments spirituels capables d’aider au développement de l’intelligence humaine, depuis le niveau ordinaire jusqu’au niveau le plus élevé. En même temps, le caractère humain doit être façonné par des éléments qui lui permettent d’être à la fois profondément religieux et pleinement attaché à la vie d’ici-bas. Bien plus, sa vie mondaine se transformera précisément en religiosité, et sa religiosité précisément en vie mondaine.
Neuf : Chez la nation dont la religion et la culture ne font qu’un, la foi n’est pas seulement une foi religieuse ; elle est également, au même moment, une foi mondaine. Par conséquent, le vacillement de sa foi est funeste à la fois pour sa religion et pour sa culture, et destructeur tant pour sa vie religieuse que pour sa vie terrestre.
C’est à la lumière de ces principes généraux que nous devons examiner d’un regard critique la position de l’islam à l’égard de la foi.
Après avoir examiné la signification de la foi, son importance fondamentale dans le caractère individuel et son rôle essentiel dans la culture sociale et globale, voyons maintenant à quels éléments l’islam appelle à croire. Dans quelle mesure ses articles de foi résistent-ils aux critères de la critique rationaliste ? Quel est le rôle de la foi dans son mode de vie ? Et dans quelle mesure influe-t-elle sur le caractère individuel et le caractère collectif de l’être humain ?
2. Les articles de la foi dans l’islam
Le Noble Coran a traité si largement des articles de la foi qu’il ne laisse place à aucune divergence à leur sujet. Cependant, certaines conceptions erronées sont apparues chez ceux qui n’ont pas compris le style d’expression du Coran ou qui n’ont pas été capables de suivre le sujet de son exposé. Le style d’expression du Coran consiste à exposer parfois l’ensemble de la doctrine en une seule fois, et parfois à exposer, selon le moment et les circonstances, certaines de ses parties en mettant l’accent sur celles-ci. Certains en ont déduit que la doctrine de l’islam pouvait être particularisée et divisée. Autrement dit, il suffirait de croire à l’un ou à certains de ses éléments, et l’être humain pourrait obtenir le salut tout en en rejetant certains autres. Or, le verdict définitif du Coran est que tous les éléments qu’il présente comme faisant partie de la doctrine doivent être acceptés. Il est absolument impossible de séparer l’un de l’autre. Tous réunis, ils constituent une réalité une et indivisible, et il est obligatoire de les accepter dans leur totalité. Si quelqu’un en rejette ne serait-ce qu’un seul, ce rejet annulera l’acceptation de tous les autres.
Il est dit à un endroit du Coran :
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« Ceux qui disent : “Notre Seigneur est Allah”, puis demeurent fermes, les anges descendent sur eux. » (Sourate Hâ-Mîm as-Sajda : 30)
Ce verset ne mentionne que la foi en Allah et indique que le succès ici-bas et dans l’au-delà en dépend entièrement.
Dans un autre passage, le Jour dernier est également mentionné avec Allah :
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« Ceux qui ont cru en Allah et au Jour dernier et qui ont accompli de bonnes œuvres auront une récompense auprès de leur Seigneur. » (sourate Al-Baqara : 62)
Le même contenu se trouve également dans Âl ‘Imrân (12), Al-Mâ’ida (10) et Ar-Ra‘d (4).
Dans un troisième passage, il est demandé de croire en Allah et en Son Messager :
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« Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Si vous croyez et adoptez la taqwâ, vous aurez alors une immense récompense. » (sourate Âl ‘Imrân : 179)
Une déclaration de même nature se trouve également dans Al-Hadîd (4).
Ailleurs, celui qui a cru en Allah et en Muhammad (s.a.s.) est qualifié de croyant :
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« Certes, sont croyants ceux qui ont cru en Allah et en Son Messager. » (sourate An-Nur : 62)
Dans les sourates Muhammad (4), Al-Jinn (2) et Al-Fath (2), cette même idée est répétée.
À un endroit, il est ordonné de croire en ces trois choses : Allah, Muhammad (s.a.s.) et le Coran :
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« Croyez donc en Allah, en Son Messager et en la lumière (le Coran) que J’ai révélée. (sourate At-Taghabun : 8)
À un endroit, ces quatre choses sont mentionnées : Allah, le Livre d’Allah, le Coran et le Jour dernier :
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« Et les croyants croient à ce qui t’a été révélé et à ce qui a été révélé avant toi……… et croient en Allah et au Jour dernier. » (Sourate an-Nisâ : 162)
Ailleurs, le fait de ne pas croire en Allah, aux anges, aux prophètes et au Coran a été déclaré kufr et fisq :
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« Ceux qui sont hostiles à Allah, à Ses anges, à Ses messagers, à Jibril et à Mikaïl, certes, Allah est l’ennemi de ces mécréants. Et certes, Nous t’avons révélé des versets clairs ; seul un pervers les reniera. » (Sourate al-Baqara : 98-99)
Ailleurs, celui qui croit en Allah, aux anges, au Livre d’Allah, aux prophètes et au Coran est appelé croyant :
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« Le Messager a cru en ce qui lui a été révélé de la part de son Seigneur, et les croyants aussi. Tous ont cru en Allah, en Ses anges, en Ses Livres et en Ses messagers. » (Sourate al-Baqara : 285)
Ailleurs, les cinq éléments de la foi sont exposés : la foi en Allah, au Jour dernier, aux anges, au Livre d’Allah et aux prophètes.
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« La véritable piété consiste plutôt à croire sincèrement et de tout cœur en Allah, au Jour dernier, aux anges, au Livre qu’Il a révélé et à Ses prophètes. Ce sont eux qui sont véritablement dans la voie de la vérité ; ce sont eux les pieux. » (sourate Al-Baqara : 177)
En plus des cinq éléments mentionnés dans la sourate, il est également instamment demandé de croire en Muhammad et au Coran ; celui qui les renie est qualifié de mécréant et d’égaré.
Ailleurs, l’accent est mis uniquement sur la reconnaissance du Jour dernier, et son rejet est présenté comme la cause de l’échec.
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La même idée est répétée dans les sourates Al-A‘raf (17), Yûnus (1), Al-Furqân (2), An-Naml (1) et As-Saffât (1).
Ailleurs encore, le rejet du Livre d’Allah, tout comme celui du Jour dernier, est présenté comme la cause du châtiment le plus sévère :
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« Ils n’espéraient aucun règlement de comptes et ils traitaient Nos versets de mensonges absolus, refusant d’y croire. »
(Sourate An-Naba : 27)
En un troisième endroit, le Jour dernier et le Coran, avec le Livre d’Allah, ont également été inclus parmi les éléments de la foi.
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« Ceux qui croient au Livre qui t’a été révélé — c’est-à-dire le Coran — ainsi qu’aux livres révélés avant toi, et qui ont une ferme conviction en l’au-delà. Ce sont précisément ces gens qui suivent le système de vie révélé par Allah, et ce sont eux qui ont droit au bonheur. »
(Sourate Al-Baqarah : 4-5)
Il est dit en un quatrième endroit que le refus de croire au Jour dernier, au Livre d’Allah et aux prophètes réduit toutes les actions à néant. Un tel incroyant est voué à l’Enfer, et ses « œuvres » n’ont aucune valeur.
Il a été mentionné à plusieurs reprises plus haut qu’il faut croire au Livre d’Allah, où la Torah, l’Évangile, les Psaumes et les Feuillets d’Abraham ont été explicitement cités. Mais il est également clairement affirmé à vingt endroits dans le Coran qu’il ne suffit pas de croire seulement à ces Livres : il est également nécessaire de croire au Coran. Si quelqu’un croit à tous les Livres, mais ne croit pas au Coran, il est mécréant, tout comme celui qui rejette tous les Livres.
[Voir : al-Baqara (11, 12, 14, 16), an-Nisâ’ (7), al-Mâ’ida (2-10), ar-Ra‘d (3), al-‘Ankabût (5) et az-Zumar (4)]
Bien plus, il est nécessaire de croire à chacun des Livres envoyés par Allah.
« Si quelqu’un croit à une partie de celui-ci et n’en croit pas à une autre, il est lui aussi mécréant. »
(Sourate al-Baqara — 10)
De même, il est clairement affirmé au sujet des prophètes qu’il est nécessaire de croire en chacun d’eux. Il faut croire individuellement à ceux dont les noms sont mentionnés, et globalement à ceux dont les noms ne sont pas mentionnés. Mais si quelqu’un croit en tous les prophètes et rejette seulement la prophétie de Muhammad (saws), il est assurément mécréant. Cela est affirmé non pas à un seul endroit, mais à vingt endroits dans le Coran, et la reconnaissance de la prophétie de Muhammad (saws), avec celle de tous les autres prophètes, a été déclarée une condition indispensable de la foi.
[Voir : al-Baqara (14), an-Nisâ’ (23), al-Mâ’ida (3-11), al-An‘âm (19), al-A‘râf (19-20), al-Anfâl (3), al-Mu’minûn (4), ach-Chûrâ (5), Muhammad (1) et at-Talâq (2)] Dans la plupart des versets qui s’y trouvent, les communautés de Moïse et de Jésus sont appelées à croire au Prophète éminent (saws), et il y est dit que, tant que vous ne croirez pas au Coran et à Muhammad (saws), vous ne pourrez pas être guidés.
Il ressort de cette discussion que les objets de la foi en islam sont au nombre de cinq : (1) Allah, (2) les anges, (3) le Livre d’Allah — qui comprend également le Coran —, (4) les prophètes [parmi lesquels figure également Muhammad (saws)], (5) le Dernier Jour, c’est-à-dire la Résurrection.
Telle est, dans ses grandes lignes, la présentation de la foi. Quelle est la doctrine détaillée concernant chacun de ses éléments, quelles sont leurs relations réciproques, pour quelle raison il est impossible de les dissocier, pourquoi le rejet de l’un entraîne nécessairement le rejet de tous, et quel est l’avantage d’inclure chacun d’eux dans les articles de foi : toutes ces questions seront exposées dans la suite.
La critique rationaliste
Ces cinq croyances relèvent toutes de l’invisible et se situent entièrement en dehors du monde matériel. Selon notre classification, ce sont donc des croyances religieuses et spirituelles. Mais leur particularité est que l’islam n’a pas seulement fondé sur elles son système spirituel : il a également établi les fondements de ses systèmes moral, politique et civilisationnel. Il a élaboré, en intégrant la religion et le monde, un système dans lequel chaque aspect et chaque domaine de la vie humaine est appelé à fonctionner. Toute la force nécessaire à l’établissement, à la stabilité et au fonctionnement de ce système est tirée de ces cinq croyances. Elles constituent pour lui une source inépuisable de force, dont l’émanation ne se tarit jamais. Nous allons maintenant voir dans quelle mesure, du point de vue de la raison, les articles de foi qui ont permis d’accomplir une œuvre aussi considérable méritent estime, et dans quelle mesure ils sont aptes à servir de fondement et de source de puissance à un système aussi vaste et progressiste.
Avant de chercher la réponse à cette question, nous devons être fermement convaincus que l’islam veut établir les fondements d’une culture véritablement humaine. Autrement dit, elle n’est liée ni aux habitants d’un pays ou d’une tribu particuliers, ni à une nation déterminée par une race ou une langue spécifiques ; son objectif est au contraire le bien de l’ensemble de l’humanité. En outre, il souhaite instaurer, sous son influence, un système social dans lequel toute chose bénéfique et avantageuse pour l’être humain serait cultivée, tandis que toute chose nuisible et préjudiciable serait entièrement éliminée. Les fondements d’une culture purement humaine de ce genre ne peuvent en aucune manière être établis sur des croyances liées au monde matériel. En effet, les matières et les choses perceptibles par les sens se présentent sous deux formes : soit tous les êtres humains entretiennent avec elles une relation identique — comme avec le soleil, la lune, la terre, l’air, la lumière, etc. —, soit leur relation avec elles n’est pas la même — comme avec le pays, la tribu, la race, la langue, etc. Parmi les choses de la première catégorie, aucune ne peut constituer un objet de foi, car croire à leur existence est parfaitement dépourvu de sens ; et croire qu’elles exercent une influence intentionnelle sur le bien-être humain est, du point de vue du savoir et de la raison, une erreur. De plus, croire en elles ne produit aucun bénéfice dans la vie morale, spirituelle ou pratique de l’être humain, sous quelque rapport que ce soit. Reste la seconde catégorie. Il est évident que ces choses ne peuvent constituer le fondement d’une culture humaine universelle. Elles sont en effet issues de la discrimination et de l’esprit de séparation, et non de l’unité ou de l’unicité. Il est donc absolument indispensable de fonder une culture de ce type sur des objets de foi distincts des matières et des choses perceptibles par les sens.
Mais il ne suffit pas que ces croyances soient simplement distinctes des matières et des choses perceptibles par les sens ; elles doivent également présenter quelques autres caractéristiques.
Premièrement : elles ne seront ni superstitieuses ni irrationnelles ; au contraire, la saine raison sera disposée à en reconnaître la vérité.
Deuxièmement : elles ne seront pas des réalités lointaines ; elles seront au contraire profondément liées à notre vie.
Troisièmement : elles recèleront une force latente telle que le système culturel pourra en tirer un soutien complet pour exercer son emprise sur la pensée et la capacité d’action des êtres humains.
Sous cet angle, si nous portons notre regard sur les articles de foi de l’islam, nous constatons qu’il réussit pleinement ces trois épreuves.
Premièrement, rien d’irrationnel ne se trouve dans la conception que l’islam présente d’Allah, des anges, de la révélation, de la prophétie et de l’au-delà. Il n’est nullement impossible que l’un quelconque de ces éléments soit exact. De plus, la raison saine ne refuse jamais d’en admettre aucun. Il est certes indubitable que l’intelligence ne peut en fixer les limites, atteindre leur terme ni en saisir pleinement la signification profonde. Mais il en va ainsi de toutes les réalités dont nos éminents savants ont jusqu’à présent démontré l’existence. Nous n’avons pas admis l’existence de l’énergie (Energy), de la vie, de l’attraction, de l’évolution et d’autres réalités semblables parce que nous en aurions pleinement saisi la signification profonde. Nous l’avons plutôt admise parce que, pour expliquer les causes fondamentales et les facteurs des divers phénomènes particuliers que nous avons observés, il nous paraît nécessaire que ces réalités existent. Et les théories que nous avons élaborées au sujet de l’organisation invisible des choses visibles exigent précisément l’existence de ces réalités. Ainsi, pour reconnaître la vérité des réalités invisibles auxquelles l’islam exige que nous croyions, il n’est pas nécessaire que notre intelligence en saisisse pleinement la signification profonde ni qu’elle en détermine les limites. Il suffit plutôt, comme argument, de comprendre seulement que la nature de l’univers et
La conception de l’islam concernant l’être humain n’est nullement irrationnelle ; sa justesse est certaine et elle exige l’existence des cinq éléments de foi présentés par l’islam.
La conception de l’islam est la suivante : premièrement, l’ensemble de l’ordre et des lois de l’univers a été établi par une puissance souveraine, et c’est elle qui le dirige. Deuxièmement, sous l’autorité de cette puissance souveraine, une autre catégorie d’innombrables puissances veille sur cet univers conformément à Ses commandements. Troisièmement, le Créateur de l’être humain a placé dans sa nature deux tendances, l’une vers le bien et l’autre vers le mal ; l’intelligence et la stupidité, le savoir et l’ignorance se trouvent réunis en lui. Il peut suivre aussi bien la voie de l’erreur que la voie de la rectitude. Parmi ces forces opposées et ces tendances diverses, celle qui devient prépondérante est celle que l’être humain se met à suivre. Quatrièmement, afin de soutenir les tendances au bien dans ce conflit entre le bien et le mal et de guider l’être humain sur la voie droite, son Créateur choisit, au sein même de l’humanité, une personne éminente, lui accorde une connaissance infaillible et la charge de guider les hommes vers le droit chemin. Cinquièmement, l’être humain n’est pas une créature irresponsable et qui n’aurait pas de comptes à rendre. Il est tenu de répondre devant son Créateur de tous ses actes volontaires. Un jour, il devra rendre compte de chaque atome et subir les conséquences, bonnes ou mauvaises, de ses actes.
Cette conception exige l’existence des cinq réalités que sont Allah, les anges, la révélation, la prophétie et le Jour du Jugement dernier. Rien de ce qu’elle affirme n’est irréaliste du point de vue de la raison. Aucun de ces éléments ne peut être qualifié de superstition ou de croyance irrationnelle. Et plus nous réfléchissons à cette question, plus notre intérêt pour sa véracité s’accroît.
Il se peut que la signification d’Allah échappe à notre compréhension, mais nous ne pouvons éviter de reconnaître Son existence. C’est une nécessité telle qu’il est absolument impossible, sans elle, de résoudre la question complexe de la nature de l’univers.
Nous ne pouvons déterminer les signes de l’existence des anges, mais aucun doute n’est permis quant à leur existence. Tous les savants et scientifiques du monde ont admis leur existence d’une manière ou d’une autre. Certes, ils ne les ont pas mentionnés sous le nom que le Coran leur donne.
L’avènement de la Résurrection et la destruction, tôt ou tard, de tout l’ordre terrestre ne sont pas seulement très probables du point de vue du raisonnement intellectuel : ils sont presque certains.
Il est certes impossible d’établir par des preuves et des arguments manifestes que l’être humain est responsable devant Allah et qu’il mérite une récompense ou un châtiment pour ses actes ; mais, parmi toutes les doctrines élaborées au sujet de l’après-mort et de la condition post mortem de l’être humain, la doctrine proposée par l’islam est la meilleure, la plus féconde et la plus proche de ce que permettent les conjectures ; la raison saine est au moins obligée de le reconnaître.
Reste la question de la Révélation et de la prophétie ; il est parfaitement clair qu’il ne peut en être fourni aucune preuve scientifique. Cependant, en réfléchissant quelque peu en profondeur au contenu des Livres présentés comme des révélations d’Allah, ainsi qu’à la vie et au caractère de ceux qui sont appelés les messagers d’Allah, nous pouvons parvenir à la conclusion qu’aucun autre livre ni aucun autre dirigeant n’a pu exercer sur la pensée et la conduite de l’humanité une influence aussi profonde, étendue, solide et bénéfique que la leur. Cela suffit pour croire qu’il y avait nécessairement en eux quelque chose d’exceptionnel, dont les ouvrages composés par des hommes et les dirigeants humains ordinaires ont été privés.
Cette discussion fait clairement apparaître que les objets de la foi en islam ne sont pas contraires à la raison. Rien ne permet à la raison de les nier. Ils ne contiennent rien qui obligerait l’être humain, à quelque stade que ce soit de l’évolution scientifique et intellectuelle, à les rejeter. Au contraire, l’intelligence témoigne de leur certitude. Reste la question de la foi et de la conviction. Elle ne relève pas de la raison, mais du cœur et de la conscience. Tout ce que nous croyons de l’invisible et de l’immatériel dépend en réalité de notre conscience. Si nous ne voulons pas admettre une chose invisible, ou si notre esprit n’en est pas convaincu, aucune preuve intellectuelle ne peut nous contraindre à la reconnaître comme vraie. On peut prendre pour exemple l’existence de l’« éther » (Ether) : aucune des preuves avancées à son sujet ne permet de l’établir avec certitude ni de la libérer complètement du doute et de l’incertitude. En effet, certains philosophes, à la lumière de ces preuves, y croient, tandis que d’autres les jugent insuffisantes et refusent d’y adhérer. Ainsi, la foi et la connaissance de la vérité reposent essentiellement sur la tranquillité de l’esprit et le témoignage de la conscience. L’intelligence exerce toutefois une certaine influence à cet égard : lorsque la connaissance vraie de certaines choses est établie comme contraire à la raison, un conflit commence entre la conscience et l’intelligence à leur sujet, ce qui affaiblit la foi. En revanche, lorsque la connaissance vraie de certaines choses ne s’oppose pas aux conclusions intellectuelles, ou lorsque l’intelligence contribue dans une certaine mesure à cette connaissance, la tranquillité intérieure augmente à leur sujet et la foi s’en trouve renforcée.
Deuxièmement, la plupart des objets de l’invisible sont de nature théorique ; autrement dit, ils n’ont aucun rapport avec notre vie réelle. Il existe, par exemple, l’éther (Ether), les formes premières et générales de la matière, la matière, la nature et les lois naturelles, le principe de causalité, ainsi que quantité d’autres théories ou hypothèses, dont l’acceptation ou le refus n’a aucune incidence sur notre vie. Mais les réalités invisibles auxquelles l’islam appelle à croire ne sont pas de telles questions théoriques. Elles sont au contraire profondément liées à notre vie morale et pratique. Si leur reconnaissance est qualifiée de source des principes, c’est parce qu’elles ne sont pas seulement des vérités théoriques : la connaissance exacte de ces réalités et la foi pleine en elles exercent une influence profonde sur nos qualités et notre nature, nos actes personnels, ainsi que sur nos affaires sociales et collectives.
Troisièmement, la force nécessaire pour établir l’autorité de la culture islamique et du système de vie islamique sur une vaste société humaine composée de personnes aux niveaux intellectuels et éducatifs divers, jusque dans les aspects les plus secrets et les plus infimes de leur existence, et pour en affermir les liens, ne peut être acquise que par la reconnaissance proposée par l’islam. La conviction qu’un Allah omniscient et omnivoyant, puissant et majestueux, miséricordieux et bienveillant, exerce son autorité sur nous ; que ses innombrables armées sont présentes partout et en toute circonstance ; que c’est Lui qui a envoyé des prophètes aux êtres humains ; que les règles et prescriptions que ce prophète nous a données ne sont pas de sa propre composition, mais proviennent entièrement d’Allah ; et que nous devrons nécessairement subir les bonnes ou les mauvaises conséquences de notre obéissance ou de notre désobéissance — cette conviction recèle une force si immense et si étendue qu’aucun autre moyen ne permet de l’acquérir. La force matérielle ne peut entourer que le corps ; l’influence morale de l’éducation et de la formation ne peut atteindre que les classes supérieures de la société humaine. La loi ne peut être effective que là où ses gardiens sont capables de parvenir. Mais la force de cette conviction s’empare de l’esprit et du cœur de l’être humain. Elle englobe en elle-même les gens ordinaires et les gens exceptionnels, les ignorants et les instruits, les intelligents et les stupides. Elle accomplit son œuvre dans la solitude des forêts et dans l’obscurité de la nuit. Là où personne n’est présent pour empêcher l’injustice et la débauche, les blâmer et les réprouver, ni même les voir, la conviction de la présence constante d’Allah, la croyance en la vérité de l’enseignement donné par le prophète et la certitude de l’interrogatoire du Jour de la Résurrection accomplissent ce qu’aucun agent de police, juge d’un tribunal ou enseignement d’un professeur ne pourrait en aucune façon accomplir. De plus, cette conviction a rassemblé comme elle seule pouvait le faire les innombrables êtres humains dispersés à travers le monde, différents et antagonistes, les a réunis pour former une grande nation, a créé une orientation extrêmement unifiée dans leurs pensées, leurs actes et leurs coutumes, a étendu une même culture parmi eux malgré leurs différences environnementales et intellectuelles, et a éveillé en eux l’élan du sacrifice de soi pour un objectif suprême : nulle part ailleurs on n’en trouvera d’équivalent.
Tout ce qui a été établi jusqu’ici, c’est que, dans la terminologie islamique, la foi désigne la croyance en Allah, aux anges, aux Livres, aux messagers et au Jour du Jugement dernier. Ces cinq convictions forment une réalité une et indivisible. Autrement dit, elles sont liées entre elles par une relation si indissociable que nier l’un de leurs éléments entraîne nécessairement la négation de l’ensemble de la conviction. En outre, l’examen rationnel a démontré que, pour la culture que l’islam cherche à établir, seuls ces éléments peuvent recevoir le statut d’objets de foi, et qu’une telle foi lui est nécessaire. Par ailleurs, rien en elle ne soit incapable de s’accorder avec le progrès scientifique et intellectuel.
Nous devons maintenant porter notre attention sur la troisième question. Il s’agit de savoir quel est le statut de la foi, et pourquoi elle possède précisément ce statut. En cherchant à comprendre cette question, les gens se sont largement trompés, et certains savants réputés ont trébuché à cet égard. Il est donc nécessaire d’exposer le sujet avec un peu plus de clarté.
L’importance de la foi en islam
Si l’on demande quel est le thème central de l’appel du Noble Coran, on peut répondre en un seul mot : la foi. La révélation du Noble Coran et la venue du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont précisément pour objectif d’appeler les hommes à la foi. Le Coran dit clairement de celui qui en est le porteur et le transmetteur qu’il est celui qui appelle à la foi.
Verset
« Ô notre Seigneur, nous avons certes répondu à l’appel d’un prédicateur qui appelle à la foi. »
Et il déclare lui-même qu’il ne guidera vers le droit chemin que ceux qui sont disposés à croire aux réalités invisibles, c’est-à-dire aux éléments de la foi mentionnés précédemment.
Verset
« Ce Coran est une guidance pour les pieux, ceux qui croient à l’invisible. » (Sourate Al-Baqara, 2-3)
Par les exhortations, les bons conseils, les promesses et les engagements, les arguments et les récits, il appelle les hommes dans cette direction. Sa première exigence envers eux est qu’ils aient la foi. Ensuite, il les conduit vers la purification de l’âme, la réforme morale ainsi que l’instauration de lois sociales et étatiques. À ses yeux, la foi est la vérité, la droiture, la connaissance, la guidance et la lumière. L’absence de foi, c’est-à-dire la mécréance, relève de l’ignorance, de l’injustice, du faux, du mensonge et de l’égarement.
Le Sage Coran trace une frontière claire et divise l’ensemble des hommes du monde en deux catégories. La première est celle des croyants, et la seconde celle des incroyants. Selon lui, la première catégorie est attachée à la vérité et riche de connaissance et de lumière ; la voie de la guidance lui est ouverte, ainsi que les portes de la piété et de la dévotion ; elle seule mérite le salut. La seconde catégorie est, selon lui, composée de mécréants, d’injustes, d’ignorants et de gens plongés dans les ténèbres ; la voie de la guidance lui est fermée. Elle n’a aucune part à la piété ni à la dévotion. Elle est vouée à la perte, à la destruction et à l’échec. Il présente ainsi l’exemple de ces deux catégories : l’une est aveugle et sourde, tandis que l’autre possède la vue et l’ouïe. Il affirme que la voie de la foi est la « voie droite », le chemin rectiligne. Toutes les autres voies doivent être rejetées. Il dit très clairement, sans détour, que celui qui croit en Allah, en Son Messager et en Son Livre possède une lampe lumineuse grâce à laquelle il peut marcher sur le droit chemin. Tant que cette lampe est présente, il n’a aucune raison de s’égarer. Il verra parfaitement la voie droite, distincte de la voie tortueuse, et atteindra en sécurité et sans encombre le but ultime du bien. En revanche, celui qui ne possède pas la lampe de la foi ne possède aucune lumière. Il lui est extrêmement difficile de distinguer la voie droite de la voie tortueuse. Tel un aveugle, il avancera à tâtons dans les ténèbres, en se fiant aux conjectures et aux suppositions. Il se peut que, par hasard, l’un de ses pas tombe sur la voie droite ; mais cela ne constitue nullement un moyen sûr de la suivre. Il est bien plus probable qu’il s’en écarte. Tantôt il tombera dans un trou, tantôt il restera pris dans les épines.
Voici ce que le Coran dit au sujet du premier groupe :
{Arabe}
« Ceux qui ont cru au Messager, qui l’ont soutenu et assisté, et qui ont suivi la lumière descendue avec lui, ce sont véritablement eux qui ont droit au bien-être. » — (sourate Al-A‘râf : 150)
Il est dit ailleurs :
{Arabe}
« Ô gens, craignez Allah et croyez en Son Messager ; Il vous accordera une double part de Sa miséricorde, vous donnera une lumière grâce à laquelle vous pourrez marcher, et vous pardonnera. »
— (sourate Al-Hadîd : 28)
Et au sujet du second groupe, il est dit :
{Arabe}
« Savez-vous qui adorent ceux qui invoquent d’autres associés qu’Allah ? Ils ne font que suivre des conjectures et ne se dirigent que sur la base de simples suppositions. » — (sourate Yûnus, 66)
{Arabe}
« Ils ne font que suivre des conjectures, alors que la conjecture ne dispense en rien de la nécessité de la vérité. » — (sourate An-Najm, 28)
{Arabe}
« Qui donc est plus égaré que celui qui, délaissant la guidance qu’Allah lui a accordée, suit ses propres passions ? Allah ne guide jamais sur le droit chemin de tels injustes. » — (sourate Al-Qasas, 50)
{Arabe}
« Celui à qui Allah n’a pas donné de lumière n’a aucune lumière. » — (sourate An-Nûr, 40)
L’explication de l’ensemble de cette question se trouve dans la sourate Al-Baqara. Il en ressort clairement que, du fait de cette différence entre la foi et la mécréance, une immense distinction s’établit entre ces deux groupes de l’humanité.
{Arabe}
« Il n’y a aucune contrainte en religion ; la voie de la bonne direction a été clairement distinguée de l’égarement. Dès lors, quiconque rejette le Taghout (les forces sataniques) et croit en Allah s’est saisi d’une corde solide et indissoluble. Et Allah entend tout et sait tout. Allah est le Protecteur des croyants ; Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière. Quant aux mécréants, leurs protecteurs sont les démons, qui les font sortir de la lumière vers les ténèbres. Ceux-là sont les gens du Feu ; ils y demeureront éternellement. »
La priorité de la foi sur les œuvres
En outre, cette différence entre la foi et la mécréance a également engendré une différence dans les actes humains. Selon le Coran, seul le croyant peut être pieux et accomplir de bonnes œuvres. Sans la foi, aucune œuvre ne peut être qualifiée de piété et de droiture, aussi bonne cette action puisse-t-elle paraître aux yeux des gens de ce monde. Le Coran dit :
{Arabe}
« Ceux qui apportent la vérité et ceux qui la reconnaissent, ceux-là seuls sont les pieux. » — (sourate Az-Zumar : 33)
{Arabe}
« Le Coran est une guidance pour les pieux, ceux qui croient à l’invisible, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur avons accordé, ceux qui croient au Livre qui t’a été révélé et aux Livres révélés avant toi, et qui ont la certitude de l’au-delà. » — (Sourate Al-Baqara : 2-4)
Ainsi, selon le Coran, la foi constitue le fondement même de la piété et de la crainte révérencielle de Dieu. Les bonnes œuvres de celui qui possède la foi s’épanouissent et portent leurs fruits, tout comme les arbres plantés dans les jardins d’une bonne terre et sous un climat favorable deviennent verdoyants et se couvrent de fruits et de fleurs. En revanche, celui qui accomplit des œuvres sans la foi est semblable à quelqu’un qui plante un jardin dans une terre stérile et pierreuse, sous un climat détestable.¹ [1. Cette question est exposée dans le Noble Coran au moyen d’une parabole à peu près semblable. Voir la sourate Al-Baqara, 36e rukū‘.] C’est pourquoi, partout dans le Noble Coran, la foi a été placée avant les bonnes œuvres. Nulle part les bonnes œuvres dépourvues de foi n’y sont présentées comme un moyen de salut et de réussite.² [2. Voir, à titre d’exemples, Al-Baqara (3-9, 38), An-Nisā’ (24), Al-Mā’ida (2), Hūd (2), An-Nahl (13), Tā-Hā (3-6), At-Tīn et Al-‘Asr.] Au contraire, si vous lisez attentivement le Coran, vous constaterez que tous les enseignements moraux et toutes les prescriptions juridiques qu’il expose s’adressent aux croyants. De tels versets commencent soit par **********, soit leur formulation indique d’une manière ou d’une autre que l’appel s’adresse uniquement aux croyants. Quant aux mécréants, ils ne sont pas appelés aux bonnes œuvres, mais à la foi ; il leur est clairement dit que les œuvres de ceux qui ne sont pas croyants n’ont aucune valeur : elles sont vaines, dépourvues de sens et vouées à l’anéantissement total.
***********
« Quant aux œuvres de ceux qui ont mécru, elles sont semblables à un mirage dans un désert. L’homme assoiffé croit de loin que c’est de l’eau ; mais lorsqu’il y arrive, il ne trouve rien. » — (Sourate An-Nūr : 39)
**********
« Dis-leur : Voulez-vous que Nous vous indiquions quels sont ceux qui sont les plus grands perdants en raison de leurs œuvres ? Ce sont ceux dont les efforts se sont vainement dissipés dans la vie terrestre, alors qu’ils pensaient faire de bonnes œuvres. Ce sont ceux qui ont renié les signes de leur Seigneur et n’ont même pas reconnu la vérité selon laquelle ils comparaîtraient devant Lui. Leurs œuvres sont donc devenues vaines. Le Jour de la Résurrection, Nous ne leur accorderons aucun poids, et ils entreront en Enfer. Voilà leur rétribution pour avoir mécru et pour s’être moqués de Mes signes et de Mes messagers. » — (Sourate Al-Kahf : 103-106)
La même question est exposée dans les sourates Al-Mā’ida (1er rukū‘), Al-An‘ām (10), Al-A‘rāf (17), At-Tawba (3), Hūd (2), Az-Zumar (7) et Muhammad (1). Dans la sourate At-Tawba, il est en outre clairement dit que, même si le mécréant accomplit extérieurement de bonnes œuvres, il ne pourra jamais être égal au croyant :
***********
« Avez-vous considéré comme égaux ceux qui donnent à boire aux pèlerins et entretiennent la Mosquée sacrée, et celui qui croit en Allah et au Jour dernier et combat dans le chemin d’Allah ? Ces deux hommes ne sauraient jamais être égaux auprès d’Allah. Et Allah ne guide pas les injustes. Ceux qui ont cru, émigré et combattu de leurs biens et de leurs personnes dans le chemin d’Allah sont les plus honorables auprès d’Allah. Et ce sont eux les bienheureux. » — (sourate At-Tawba, 19-20)
Résumé
Plusieurs points sont incontestablement établis par cette discussion et par les versets du Noble Coran présentés à son appui :
Premièrement : la foi est la pierre angulaire du système de vie islamique. C’est sur elle que s’est édifié tout l’ensemble de ce système. Et la différence entre la mécréance et l’islam repose uniquement sur la différence fondamentale entre la foi et l’absence de foi.
Deuxièmement : la première exigence de l’islam envers l’être humain est la foi ; ce n’est qu’après avoir accepté cette exigence qu’une personne entre dans les limites de l’islam. C’est pour elle que sont établies toutes les prescriptions morales et toutes les lois sociales de l’islam. En revanche, celui qui rejette cette exigence se trouve en dehors du périmètre défini de l’islam ; aucune prescription morale ni aucune loi sociale ne lui est applicable.
Troisièmement : selon l’islam, la foi est le fondement des œuvres. Seule l’œuvre accomplie sur la base de la foi est, à ses yeux, précieuse et importante. Là où ce fondement n’existe absolument pas, toutes les œuvres sont vaines et dépourvues de sens.
Une question :
Certaines personnes ne parviennent pas à comprendre cette importance de la foi. Elles disent qu’il n’y a rien de si mystérieux dans l’adhésion à quelques doctrines intellectuelles que l’on puisse, sur cette base, diviser l’ensemble de l’humanité en deux groupes ; à nos yeux, l’essentiel réside dans la moralité et le caractère, et c’est sur eux que reposent les distinctions entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le juste et l’injuste. Celui qui possède une moralité élevée, une nature saine et un bon caractère, qu’il accepte ou non ces doctrines, c’est-à-dire les convictions de l’islam, nous le considérerons comme un homme de bien et nous le compterons parmi les gens vertueux. Quant à celui qui ne possède pas ces qualités, la différence doctrinale entre la foi et la mécréance est pour lui totalement dépourvue de sens. Quelle que soit la croyance qu’il professe, nous le jugerons mauvais. Selon eux, il reste ensuite un autre point : l’importance des œuvres et leur valeur dépendent de la foi, et aucune œuvre ne peut être considérée comme une bonne œuvre sans la foi. En réalité, cela témoigne d’une étroitesse d’esprit. On ne peut admettre, sans preuve rationnelle, que la supériorité morale et les bonnes actions d’une personne qui diverge de l’islam au sujet d’Allah, du Messager, du Livre ou de la Résurrection soient tout simplement anéanties. Si l’islam considère une croyance comme vraie, il peut sans aucun doute la prêcher, appeler les gens à l’adopter et les inviter à y croire ; mais jusqu’à quel point est-il raisonnable d’étendre la question de la croyance au domaine de la moralité et des œuvres, et de faire dépendre de la foi la supériorité morale, la pureté du caractère et l’excellence des actes ?
En apparence, cette question est si importante que certains musulmans eux-mêmes, influencés par elle, se sont montrés prêts à réviser les principes fondamentaux de l’islam. Mais dès que l’on comprend la signification de la foi et son rapport avec la nature et le caractère, cette objection se dissipe d’elle-même.
Déterminer la vérité ou la fausseté de la question
Il faut tout d’abord savoir que la différence entre le bien et le mal chez les êtres humains repose essentiellement sur deux bases distinctes. La première est la nature innée de l’être humain ; sa perfection ou sa déchéance ne dépendent pas de sa propre volonté. La seconde est ce qu’il acquiert ; son caractère bon ou mauvais dépend en réalité de l’usage correct ou médiocre de son intelligence, de sa faculté de réflexion, de sa volonté et de ses capacités. Ces deux éléments sont si étroitement mêlés dans la vie humaine par leurs effets respectifs que nous ne pouvons les séparer l’un de l’autre, ni distinguer leurs domaines d’influence. Mais, du point de vue doctrinal, nous savons au moins ceci : dans la vie intellectuelle et pratique de l’être humain, ces deux bases de la perfection et de la déchéance existent séparément. La perfection ou la déchéance fondée sur la nature innée ne peut, du point de vue de son caractère originel, revêtir aucune importance selon le critère du jugement. Seule peut avoir de l’importance la perfection ou la déchéance fondée sur ce que l’être humain acquiert.¹ [1. C’est précisément ce qui est énoncé dans le Coran. ************ C’est-à-dire qu’Allah ne rend personne responsable d’une tâche qui dépasse ses capacités. Il bénéficiera du bienfait de ce qu’il aura acquis. Il sera tenu responsable de ce qu’il aura acquis. Quant à la nature innée, Allah l’a accordée à chacun comme Il l’a voulu. *********** Allah sait parfaitement quelle part de la nature innée et de ce qui est acquis revient à chacune dans la vie humaine. ***********] Quels que soient les efforts déployés pour l’éducation, les bons conseils, la culture, etc., rien de tout cela ne se rapporte à la première base (c’est-à-dire la nature innée), car il est impossible de transformer sa perfection en déchéance ou sa déchéance en perfection. Ces efforts se rapportent plutôt à la seconde base (ce qui est acquis). Une éducation correcte et une formation appropriée peuvent orienter vers la déchéance, tandis qu’une éducation erronée et une formation faussée peuvent également orienter vers la déchéance.
Conformément à ce principe, quelle pourrait être la méthode correcte pour celui qui souhaite orienter les capacités acquises par l’être humain vers la perfection et les développer dans cette voie ? Il doit acquérir une connaissance exacte de l’être humain et, à la lumière de cette connaissance, élaborer pour lui une méthode de formation capable de modeler sa moralité, sa nature et son caractère (dans la mesure où ceux-ci sont liés à ce qu’il acquiert) selon un moule excellent. À cet égard, il est absolument indispensable que la connaissance ait la priorité sur la formation. Aucun homme intelligent ne peut nier cette priorité. Car la connaissance, ou ‘ilm, est le fondement de l’action ; sans une connaissance exacte, aucune action ne peut être parfaitement juste.
Considérons maintenant la connaissance. Il existe un type de connaissance lié aux détails de notre vie pratique. Nous l’apprenons ou l’enseignons à l’école et au collège, et elle est constituée de l’ensemble innombrable des sciences, des savoirs et des arts. Le second type est la véritable connaissance ; dans la terminologie coranique, elle est désignée comme (******), ou la connaissance unique. Elle n’est pas liée à nos activités et affaires concrètes, mais plutôt à « nous-mêmes ». Elle porte sur les questions suivantes : Qui sommes-nous ? Quel est notre statut dans ce monde où nous vivons ? Qui nous a créés, nous et ce monde ? Quel est notre rapport avec ce Créateur ? Quelle peut être la voie exacte pour vivre — la guidée et le Sirat al-Mustaqim — et comment pouvons-nous la connaître ? Quel est le but ultime de notre parcours dans cette vie ? En vérité, parmi ces deux types de connaissance, c’est le second qui peut prétendre à la primauté. Toutes nos connaissances détaillées n’en sont que les ramifications, et la justesse ou l’inexactitude de l’ensemble de notre pensée et de nos actes dépend de l’exactitude ou de l’erreur de cette connaissance. Ainsi, tout système qui sera conçu pour l’éducation et la culture de l’être humain devra être fondé sur cette véritable connaissance. Si la connaissance fondamentale est correcte et exacte, le système éducatif et culturel sera lui aussi juste. Mais si cette connaissance comporte une quelconque déformation, cette déformation viciera l’ensemble du système éducatif et culturel.
Les croyances relatives à Allah, aux anges, au Livre, aux Messagers et au Jour du Jugement dernier, mentionnées dans le Noble Coran, se rapportent précisément à cette connaissance fondamentale. La raison pour laquelle l’islam exige avec tant d’insistance que l’on croie à ces croyances est que tout son système culturel et éducatif dépend entièrement de cette connaissance fondamentale. Du point de vue de l’islam, la seule organisation correcte du perfectionnement des capacités acquises par l’être humain et de la culture est celle qui repose exclusivement sur une connaissance exacte. Toute organisation établie sans la véritable connaissance, ou qui ne repose pas sur une connaissance exacte, est fondamentalement erronée. Elle a orienté les capacités acquises par l’être humain sur une voie fausse. Les efforts et les sacrifices dépensés sur ces voies peuvent, en apparence, sembler parfaitement justes ; en réalité, leur emploi même est erroné. Leur mouvement n’est pas dirigé vers le véritable but ultime. Ils ne peuvent jamais atteindre le degré de réussite. C’est pourquoi ils périront et l’être humain ne pourra en tirer aucun profit. C’est pour cette raison que l’islam a appelé sa propre voie
« Sirat al-Mustaqim », c’est-à-dire la voie facile et droite, et a exigé que soient rejetées toutes les voies fondées sur l’ignorance ou sur une connaissance erronée :
********************************************* C’est pourquoi l’islam proclame que toutes les œuvres de celui dont la foi n’est pas purifiée sont vaines et qu’en fin de compte il restera dans l’échec. *************
Les convictions que l’islam présente sont, à ses yeux, l’unique connaissance, l’unique vérité, l’unique guidance et l’unique lumière. Puisqu’elles sont de telle nature, les convictions qui s’y opposent doivent nécessairement être l’unique ignorance, l’unique mensonge, l’unique égarement et l’unique obscurité. Si l’islam n’exigeait pas que ces convictions soient rejetées avec autant de force et s’il accordait aux adeptes de ces convictions erronées la même valeur qu’à ceux qui professent la foi correcte, il reconnaîtrait implicitement que ses propres convictions ne sont pas l’unique vérité et qu’il ne croit pas pleinement à leur vérité, à leur qualité de guidance et de lumière. Dans ces conditions, il deviendrait parfaitement vain pour lui de présenter ces convictions, d’élaborer sur leur fondement une méthode d’éducation et de culture, et d’appeler les gens à y adhérer. En effet, s’il admettait que d’autres connaissances, opposées à cette connaissance absolue, sont tout aussi justes qu’elle, ou qu’il n’y a aucun mal à ce qu’il n’existe aucune connaissance absolue, alors présenter cette connaissance absolue et appeler à y croire deviendrait entièrement vain. De même, s’il admettait que l’être humain peut atteindre le bien-être par la méthode d’éducation et de culture élaborée sur le fondement d’autres connaissances opposées à cette connaissance absolue, ou sans aucune connaissance absolue, appeler à suivre la méthode islamique deviendrait totalement dépourvu d’importance.
En outre, si l’on se souvient de ce qui a été dit précédemment au sujet de la signification de la foi, on comprendra aisément pourquoi l’islam lui accorde une si grande importance. Les habitants du monde de l’imagination peuvent bâtir des palais sur le sable, sur l’eau, et même dans les airs. Mais l’islam est une religion fondée sur la sagesse. Il ne peut pas construire le palais de son enseignement et de sa culture sur des fondations fragiles. Il établit au contraire, avant toute chose, des fondations solides au plus profond de l’âme humaine et de sa faculté de penser.
Sur ces fondations, il élève un édifice que personne ne peut faire pencher en s’y appuyant. Il imprime d’abord fermement dans l’esprit de l’être humain cette vérité : au-dessus de toi se trouve un Dieu unique ; Il est ton juge et ton législateur dans ce monde comme dans l’au-delà, et tu ne peux en aucune manière échapper à Sa royauté ni à Son autorité. Rien de ce que tu dis ne Lui est caché. Pour te guider, Il a envoyé des messagers et, par l’intermédiaire de ces messagers, t’a donné le Livre et la Loi religieuse. En les suivant, tu peux obtenir la satisfaction du véritable souverain, juge et législateur. Si tu agis contre Ses commandements, quelle que soit la discrétion de ta désobéissance, Il te saisira certainement et ne manquera pas de te châtier pour cela. Après avoir profondément gravé cette empreinte dans le cœur humain, l’islam enseigne la droiture naturelle et le bon caractère. Il expose les règles et les interdits relatifs au juste et à l’injuste, et c’est par la force de cette empreinte de la foi qu’il amène les gens à suivre son enseignement propre et à observer ses règles et ses interdits. Plus cette empreinte sera profonde, plus l’observance des gens sera complète, plus leur obéissance sera ferme en proportion, et plus la méthode de culture et de formation sera puissante. Mais si cette empreinte est faible et superficielle, si elle est totalement absente, ou si aucune autre empreinte ne vient la remplacer dans l’esprit, tout le système de l’éducation morale deviendra parfaitement dénué de sens ; les règles et interdits relatifs au juste et à l’injuste deviendront entièrement faibles et relâchés, et tout le dispositif d’éducation et de culture se transformera en jeu d’enfants. Il n’y aura donc aucune garantie de leur établissement ni de leur stabilité dans la réalité. Il peut être magnifique, vaste et élevé, mais où sont sa solidité et sa stabilité ? C’est précisément cette réalité que le Noble Coran a exposée au moyen d’une parabole :
**************
« N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole la bonne parole (la conviction correcte) ? Elle est semblable à un bon arbre : ses racines sont fermement ancrées dans le sol et ses branches s’élèvent jusqu’au ciel. Il donne constamment ses fruits, par la permission de son Seigneur. Allah propose des paraboles aux gens afin qu’ils se souviennent. Et la parabole de la mauvaise parole (la conviction erronée) est celle d’un arbre mauvais : il peut être arraché de la surface même du sol, et il n’a aucune solidité ni aucune force. Allah affermit les croyants par une parole ferme (une foi mûre), dans la vie d’ici-bas comme dans l’au-delà, et Il laisse les injustes dans cet état d’égarement. Allah fait ce qu’Il veut. » — (Sourate Ibrâhîm, 24-27)
Jusqu’ici, les cinq éléments constitutifs de la foi ont été examinés de manière générale. Il faut maintenant voir en détail quelles convictions l’islam présente au sujet de chacun d’eux, quelle est la nécessité et la raison d’être de chaque conviction, quel effet elle exerce sur la faculté de penser de l’être humain et, une fois profondément enracinée dans l’esprit des gens, comment elle forme et organise un caractère droit et solide.
3. La foi en Allah
L’importance de la foi en Allah
Dans l’ensemble du système islamique de croyance et de pratique, la première chose, et la plus fondamentale, est la foi en Allah. Toutes les autres dimensions et branches de la croyance et de la foi ne sont que les ramifications de ce tronc unique. Toutes les règles morales et les lois sociales de l’islam tirent leur force de ce point central. La source et le lieu de retour de toute chose en ce domaine sont l’Être d’Allah. La raison pour laquelle on croit aux anges est qu’ils sont les anges d’Allah. La raison pour laquelle on croit aux prophètes est qu’ils sont envoyés par Allah. La raison pour laquelle on croit au Jour de la Résurrection est qu’il est le jour du jugement et des comptes fixé par Allah. Les obligations sont devenues obligatoires parce qu’Allah les a prescrites. Les droits réciproques sont appelés des droits parce qu’ils reposent sur le commandement d’Allah. La promotion du bien et la prévention du mal sont nécessaires parce qu’Allah l’a ordonné. En somme, toute chose dans l’islam, qu’elle relève de la croyance ou de la pratique, repose sur cette foi en Allah. Si l’on détache cette unique chose du reste, les anges et le Jour de la Résurrection perdent toute importance. Les prophètes, les messagers et les Livres qu’ils ont apportés deviennent indignes d’obéissance. Les obligations, les devoirs, l’obéissance et les droits perdent leur sens. Les commandements, les interdits et les règles ne revêtent plus aucun caractère contraignant. Bref, dès que ce seul point central disparaît, tout le système islamique s’effondre et se brise ; bien plus, il ne subsiste plus rien qui puisse être appelé l’islam.
La conception étendue de la foi en Allah
La croyance qui joue le rôle de point central et de source de force dans cet immense système idéologique et pratique ne se réduit pas à l’affirmation suivante : « Allah existe. » Elle comporte également une conception complète et exacte des attributs d’Allah — dans la mesure où l’être humain peut en avoir une conception — et cette conception de Ses attributs produit une force qui s’étend à l’ensemble des forces idéologiques et pratiques de l’être humain et les domine. La simple reconnaissance de l’existence du Créateur n’est pas en soi une chose que l’on puisse considérer comme une caractéristique remarquable de l’islam. D’autres peuples ont eux aussi reconnu, sous une forme ou une autre, l’existence du Créateur. En réalité, ce qui a conféré à l’islam sa supériorité sur toutes les religions et toutes les voies religieuses, c’est qu’il a présenté une conception exacte, complète et étendue des attributs du Créateur. De plus, en faisant de cette connaissance une foi, et même le fondement de la foi, on a accompli, grâce à elle, une œuvre si considérable dans la purification de l’âme, la réforme morale, l’organisation de l’action, la propagation du bien, la prévention du mal et l’édification de la civilisation qu’aucune religion ni aucun peuple au monde n’a pu l’accomplir.
La forme concise de la foi en Allah — dont la reconnaissance verbale et la conviction sincère ont été déclarées la condition initiale et indispensable pour entrer dans l’islam — est la formule : « La ilaha illa Allah ». Cela signifie reconnaître de la bouche et croire dans le cœur qu’il n’existe aucune divinité en dehors de l’Être sublime connu sous le nom d’Allah. En d’autres termes, cela signifie qu’il faut dissocier la divinité de toutes les choses de l’univers et la réserver à un seul Être ; et qu’il faut rattacher à cet Être unique tous les sentiments, représentations, pensées, conceptions, convictions, actes d’adoration et actes d’obéissance qui sont attribués à la divinité. Cette formule concise comporte trois éléments fondamentaux :
Premièrement : la conception de la seigneurie.
Deuxièmement : le rejet de toutes les choses de l’univers.
Troisièmement : sa reconnaissance exclusivement pour Allah.
En réalité, tout ce qui est dit dans le Noble Coran au sujet de l’Être d’Allah et de Ses attributs n’est qu’une explication détaillée de ces trois points.
Premièrement, il a présenté au sujet de la « divinité » (*****) une conception si complète et exacte que nous n’en trouvons l’équivalent dans aucun livre ni aucune religion du monde. Il est certes indéniable que cette conception existe, sous une forme ou une autre, chez toutes les nations et toutes les communautés. Mais partout elle est erronée ou incomplète. Quelque part, on a appelé « divinité » (*****) le commencement ; ailleurs, on l’a comprise uniquement dans le sens d’une origine. Tantôt on l’a considérée comme le soutien de la force et du pouvoir ; tantôt elle n’est qu’un objet de crainte et d’effroi. Ici, elle n’est que le centre de l’amour ; là, elle signifie seulement satisfaire les besoins et exaucer les demandes. Quelque part, on l’a souillée par des idoles et des représentations figurées. Ici, elle réside dans le ciel ; ailleurs, elle descend sur terre sous une apparence humaine. Seul le Livre sublime, le Coran, a purifié et parachevé toutes ces conceptions erronées et incomplètes. C’est ce Livre sacré qui a conféré à la divinité (******) sa pureté et sa grandeur. C’est lui qui nous a enseigné que seul peut être « ilah », ou Seigneur, l’Être qui se suffit à lui-même, qui est indépendant de tout autre, autonome et éternel ; Celui qui a toujours existé et existera à jamais ; Celui qui exerce une souveraineté absolue et possède le pouvoir suprême ; Celui dont la connaissance s’étend partout ; Celui dont la miséricorde et la faveur s’étendent à tous ; Celui dont la puissance triomphe de tous ; Celui dont la sagesse et l’intelligence ne comportent aucune imperfection ni déviation ; Celui dont l’équité et la justice ne portent pas la moindre trace d’oppression ; Celui qui donne la vie et fournit les moyens nécessaires à son maintien ; Celui qui détient tout pouvoir sur le bien et le mal, le profit et le dommage ; Celui dont tous dépendent pour sa faveur et sa protection ; Celui vers qui retourne toute créature ; Celui qui demande des comptes à tous ; le Seul Maître du châtiment et de la récompense. En outre, ces attributs de la divinité ne sont ni divisibles ni fragmentables, de sorte qu’il pourrait exister simultanément plusieurs Allah (*****) possédant les attributs mentionnés, ou une partie d’entre eux. Ils ne sont pas non plus une réalité temporaire et liée au temps, de sorte qu’un Allah en serait parfois doté et parfois non ; ce n’est pas davantage une chose transférable, dont l’existence se manifesterait aujourd’hui chez un Allah, puis demain chez un autre.
Après avoir présenté cette conception complète et authentique de la divinité, le Coran a démontré, par son style d’expression incomparable, qu’il serait impossible d’appliquer ce sens à une quelconque des choses et des forces de l’univers. Car toutes les créatures de l’univers dépendent d’un autre, sont soumises et vouées à la destruction et à l’anéantissement. Loin de pouvoir être utiles ou nuisibles à autrui, elles sont même incapables d’écarter d’elles-mêmes le moindre mal. La source de leurs actes et de leurs effets réciproques ne réside pas dans leur propre essence ; toutes acquièrent plutôt d’ailleurs leur énergie vitale, leur capacité d’agir et leur force d’influence. Il n’existe donc dans l’univers aucune chose qui possède la moindre aptitude à la seigneurie et qui puisse avoir le moindre droit à recevoir une quelconque part de notre servitude et de notre obéissance.
Après cette négation, il réserve la divinité à un seul Être, dont le nom est « Allah ». En même temps, il exige de l’être humain qu’il croie uniquement en Lui, à l’exclusion de tous les autres ; qu’il se prosterne devant Lui seul, Le vénère, L’aime et Le craigne ; qu’il n’espère et ne demande qu’à Lui ; qu’il s’en remette à Lui en toute circonstance ; qu’il Le garde constamment à l’esprit ; qu’un jour il devra retourner auprès de Lui et Lui rendre des comptes ; et que son heureuse ou mauvaise destinée dépendra de Son jugement.
Les bienfaits moraux de la foi en Allah
La foi en Allah qui s’enracine dans le cœur humain, accompagnée de cette conception étendue des attributs de la divinité, comporte des bienfaits extraordinaires qu’aucune autre croyance ou conviction ne permet d’acquérir.
L’élargissement de la vision
Le premier bienfait de la foi en Allah est qu’elle élargit la vision de l’être humain autant que l’est l’immense royaume d’Allah. Tant que l’homme regarde le monde en considérant ses propres intérêts, sa vision reste enfermée dans un cercle étroit, à l’intérieur duquel sont limitées sa force, son pouvoir, sa connaissance, son intelligence et ses aspirations ; c’est dans ce cercle qu’il cherche ce qui satisfera ses besoins. Il craint et se rapetisse devant les puissants qui s’y trouvent, tandis qu’il exerce son autorité sur les faibles et les démunis. Dans ce même cercle restent limitées son amitié et son inimitié, son affection et sa haine, son estime et son mépris ; il ne possède pour critère que ses intérêts personnels. Mais après avoir cru en Allah, sa vision dépasse les limites de son environnement propre et s’étend à l’ensemble de l’univers. Il ne considère alors plus l’univers du point de vue de ses intérêts personnels, mais du point de vue de sa relation avec le Généreux Seigneur. Il établit désormais avec chaque chose de ce vaste monde une relation d’un autre ordre. Il n’y voit plus rien qui puisse satisfaire un besoin, ni aucun être puissant, nuisible ou bénéfique. Il n’y trouve plus personne digne d’estime ou de mépris, de crainte ou d’espérance. Son amitié ou son inimitié, son affection ou sa haine, ne sont plus déterminées pour lui-même, mais pour Allah. Il observe que l’Allah auquel je crois n’est pas seulement le Créateur et le Nourricier de moi-même, de ma famille ou de mes compatriotes ; Il est le Créateur des cieux et de la terre tout entière et le Seigneur de l’univers entier. Son autorité et Sa royauté ne se limitent pas à mon pays ; Il est le Roi des cieux et de la terre et le Nourricier de toute la création. Je ne suis pas le seul à L’adorer et à Le servir : toutes les créatures des cieux et de la terre se sont soumises devant Lui. ************* (**********)********** Tous sont occupés à célébrer Ses louanges, Sa pureté et Sa grandeur. **********************(********)******* Lorsqu’il contemple ainsi l’univers, personne ne reste caché à sa vue ; tous apparaissent d’eux-mêmes devant ses yeux. Sa compassion, Son amour et Son service ne restent pas enfermés dans un cercle dont les limites seraient fixées par ses relations personnelles.
Ainsi, celui qui croit en Allah ne peut jamais avoir une vision étroite. Sa vision est si vaste que même le terme « internationalisme » (Internationalism) est trop étroit pour le caractériser. Il faudrait plutôt le qualifier d’« universel » et de « créationniste ».
Dignité
De plus, cette foi en Allah est précisément ce qui délivre l’être humain de l’abaissement et l’élève aux degrés les plus élevés de l’honneur et de la dignité. Tant qu’il ne connaissait pas Allah, il s’inclinait devant toute chose puissante du monde, devant tout ce qui pouvait lui être utile ou nuisible, devant toute chose imposante et éblouissante. Il en avait peur. Il tendait les mains devant elle. Il lui adressait ses prières et plaçait en elle ses espoirs. Mais lorsqu’il a connu Allah, il a compris que ceux devant lesquels il tendait les mains dépendaient eux-mêmes d’autrui et étaient eux-mêmes dans le besoin (************)-************** ; ceux auxquels il vouait adoration et obéissance n’étaient eux-mêmes que des esclaves, tout comme lui. :***********
Ceux auprès desquels il espérait obtenir de l’aide étaient incapables de s’aider eux-mêmes, à plus forte raison de lui venir en aide. *************(*********)-*********** Car le véritable détenteur de la puissance est Allah. (************)-*************** C’est Lui qui gouverne, établit les lois et donne les ordres. (*************)-************** En dehors de Lui, il n’existe aucun auxiliaire, protecteur ou soutien. *********** L’aide ne vient que de Lui.
****(************)-************ C’est Lui seul qui pourvoit aux subsistances. (**************)-**************** Les clés des cieux et de la terre sont entre Ses mains. *************(*********)-***** C’est Lui qui donne la mort et la vie ; sans Sa permission, nul ne peut tuer autrui ni lui donner la vie. *************
Le pouvoir véritable de faire le bien ou le mal est entre Ses mains. *************
Après avoir acquis une telle connaissance, il devient indépendant, intrépide et sans peur face à toutes les puissances du monde. Il ne s’incline devant aucune puissance en dehors d’Allah. Il ne tend les mains devant personne en dehors d’Allah. Il n’accorde dans son cœur de grandeur ni de noblesse à personne en dehors d’Allah. Il ne prie ni n’espère auprès de personne en dehors d’Allah.
Humilité et modestie
Mais cet honneur n’est pas un faux honneur acquis grâce à sa force, à ses richesses, à ses aptitudes ou à ses talents. Cette dignité n’est pas non plus celle qui naît, même chez un homme égaré, de l’orgueil et de la vanité. Elle est plutôt le fruit d’une juste compréhension de la relation entre soi-même, Allah et l’ensemble de la création. C’est pourquoi, chez ceux qui ont foi en Allah, un lien indissoluble s’établit entre l’honneur et l’humilité, entre la dignité, la modestie et la douceur. Il sait que, face à la puissance et au pouvoir d’Allah, je suis totalement impuissant. *********** Ni moi ni aucun autre être ne sommes capables de sortir de l’autorité d’Allah. ************** Que suis-je, après tout ? L’univers tout entier dépend d’Allah, tandis qu’Allah est indépendant et n’a besoin de personne. *********** Tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre appartient à Allah. *********** Et tout ce que j’ai reçu en bienfaits et en richesses, je l’ai reçu d’Allah seul. Après une telle conviction, quelle place peut-il rester à l’orgueil et à la vanité ? Le fruit inévitable de la foi en Allah est précisément qu’elle rend l’être humain humble de la tête aux pieds.
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« Les serviteurs privilégiés du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre et qui, lorsque les ignorants leur adressent des paroles ignorantes, s’en vont en disant : “Paix !” » — (Sourate al-Furqân : 63)
La disparition des attentes illusoires
Un autre bienfait de la connaissance exacte de la relation entre le Créateur et la création est qu’elle met fin à toutes les attentes illusoires et aux faux espoirs nés de l’ignorance. L’homme comprend alors parfaitement que, pour lui, il n’existe aucune autre voie vers le salut et le bien-être que la croyance juste et les bonnes œuvres. En revanche, certains de ceux qui sont privés de cette connaissance pensent que plusieurs petites divinités participent à l’œuvre d’Allah ; nous les flatterons donc afin qu’elles intercèdent pour nous. ************ Certains pensent qu’Allah a un fils et que celui-ci a accompli l’expiation pour nous, garantissant ainsi notre droit au salut. D’autres pensent que nous sommes nous-mêmes les fils d’Allah et Ses bien-aimés. ************ Quoi que nous fassions, nous ne pouvons être châtiés.
De nombreuses attentes illusoires de ce genre maintiennent constamment les gens pris dans le cercle du péché et de la faute. Car, s’appuyant sur elles, ils deviennent indifférents à la purification de leur âme et à la rectification de leurs actes. Mais l’enseignement coranique de la foi en Allah ne laisse aucune place aux attentes illusoires. Il affirme qu’aucune nation ni aucune communauté n’entretient avec Allah une relation particulière. Tous sont Ses créatures et Il est le Créateur de tous*********** Tout ce qui relève de la grandeur et de la distinction dépend de la taqwâ. **************** Allah n’a ni enfant, ni associé, ni soutien. ***************** Ceux que vous considérez comme Ses enfants ou Ses associés sont tous Ses serviteurs et Ses esclaves. (Arabe*****)Nul n’a l’audace d’intercéder sans Sa permission. (Arabe*****)Si vous Lui désobéissez, aucun intercesseur ni aucun soutien ne pourra vous sauver de Son emprise. (Arabe*****)
Espérance et paix intérieure
Parallèlement, la foi en Allah fait naître chez l’homme une disposition pleine d’espérance, que ni le désespoir ni le découragement ne peuvent vaincre en aucune circonstance. En vérité, pour le croyant, la foi est un trésor inépuisable d’espoirs et d’aspirations, dans lequel il trouve sans cesse une source durable et ininterrompue de force intérieure et de sérénité spirituelle. Même si toutes les portes du monde lui sont fermées, même s’il est privé de tous les moyens et que les ressources l’abandonnent l’une après l’autre, le soutien d’Allah, Lui seul, ne l’abandonne jamais. En s’en remettant à Lui, il demeure toujours animé d’espoir et d’aspiration. La raison en est que Celui en qui il a placé sa foi a dit : “Je suis très proche de vous et J’entends votre appel.” (Arabe*****)Ne craignez pas d’être lésés par Moi, car Je ne suis pas injuste. (Arabe*****)Espérez plutôt en Ma miséricorde, car Ma miséricorde s’étend à toute chose. (Arabe*****)Seul celui qui ne croit pas en Moi désespère de Ma miséricorde. (Arabe*****)En revanche, il n’y a absolument aucune place au désespoir pour le croyant. S’il commet une faute, qu’il implore Mon pardon auprès de Moi : Je lui pardonnerai. (Arabe*****)Ailleurs, (Arabe*****)si les moyens du monde ne lui viennent pas en aide, qu’il renonce à compter sur eux et s’attache à Moi ; alors la peur, la crainte et l’angoisse ne l’approcheront pas. Mon rappel est (Arabe*****)une chose par laquelle le cœur humain acquiert stabilité et sérénité. (Arabe*****)
Patience, constance et dépendance(Arabe*****)
Bien plus, cet espoir se développe et s’élève jusqu’aux sommets de la patience, de la constance et de la confiance en Allah, où le cœur du croyant devient aussi solide et ferme qu’un sol rocheux. Les épreuves, les hostilités, les peines, les pertes et les forces adverses du monde entier peuvent se liguer sans parvenir à le faire vaciller de sa position. L’être humain ne peut acquérir cette force par aucun autre moyen que la foi en Allah. En effet, celui qui ne croit pas en Allah s’appuie sur des moyens et des instruments matériels ou imaginaires qui ne possèdent en réalité aucune force. Celui qui dépend d’eux s’appuie, en fin de compte, sur une toile d’araignée.(Arabe*****)Pour celui dont la vie dépend d’un soutien aussi fragile, il est inévitable de finir par s’affaiblir.(Arabe*****)Mais celui qui place sa confiance en Allah et s’attache fermement à Lui dispose d’un soutien si solide qu’il ne peut jamais être anéanti.(Arabe*****)Il bénéficie de la puissance invincible du Seigneur des mondes : quelle force pourrait prendre le dessus sur elle ? Même si toutes les épreuves et les calamités de l’univers se réunissaient contre lui, elles ne pourraient le détourner de sa patience, de sa constance, de sa résolution et de sa fermeté. Car, selon lui, le bien comme le mal viennent tous deux d’Allah.(Arabe*****)Tout ce qui survient comme épreuve ou malheur survient conformément au décret fixé par Allah, et nul autre qu’Allah ne peut en retarder l’arrivée.(Arabe*****)
La force surhumaine grâce à laquelle les prophètes ont affronté dans le monde de terribles épreuves, combattu seuls de grands empires et des nations puissantes, avancé avec la détermination de conquérir le monde sans équipement matériel et poursuivi leur mission malgré les violentes tempêtes de l’adversité, est la force du sabr et du tawakkul, c’est-à-dire de la patience, de la constance et de la confiance en Allah. Prenez pour exemple la vie du prophète Ibrâhîm (paix sur lui). Il a débattu avec le tyran qui gouvernait son pays, s’est précipité sans crainte dans le feu et, finalement,(Arabe******)disant qu’il émigrait vers son Seigneur, il quitta son pays sans aucun moyen ni soutien. Considérez également la vie du prophète Hûd (paix sur lui). Voyez comment il a défié la puissance redoutable du peuple de ‘Âd :
(Arabe*****************************)
« Mettez tous ensemble vos stratagèmes contre moi et ne m’accordez aucun répit. Pour ma part, je place ma confiance en Allah, mon Seigneur et le vôtre. Il n’existe aucune créature dont Il ne tienne le toupet entre Ses mains. — (Sourate Hûd : 55-56) »
Considérez de même la vie du prophète Mûsâ (paix sur lui). Il a affronté la puissance redoutable de Pharaon en plaçant sa confiance dans Allah seul. Lorsque Pharaon le menaça de mort, il répondit : « Je me suis placé sous la protection de Celui qui est mon Seigneur et le vôtre, contre tout arrogant. »(Arabe******)Au moment où il quittait l’Égypte, Pharaon le poursuivait avec toutes ses troupes. Son peuple peureux, pris de panique, disait : « Les ennemis nous encerclent ! »(Arabe*****)Mais il répondit avec une parfaite sérénité : « Nullement ! Allah est avec moi ; Il me guidera vers la paix et la sécurité. »(Arabe*******)Considérons enfin le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Lors de l’Hégire, il se réfugia dans une grotte de montagne. Un seul compagnon était avec lui. Les mécréants assoiffés de sang étaient parvenus jusqu’à l’entrée même de la grotte. Pourtant, aucune agitation ne se manifestait en lui. Au contraire, il dit à son compagnon :(Arabe******)« Ne t’affole surtout pas, Allah est avec nous. » Par quel autre moyen que la foi en Allah pourrait-on acquérir une telle force invincible, une résolution aussi dure que l’acier et une fermeté semblable à la montagne ?
Courage
De même, une autre qualité naît de manière exceptionnelle de la foi en Allah : le courage, l’intrépidité, la bravoure et la vaillance. Deux choses rendent l’être humain peureux et lâche. La première est l’amour de sa propre vie, de sa famille et de ses biens. La seconde est la peur, née de la croyance erronée selon laquelle les objets utilisés comme armes contiennent en eux-mêmes le véritable pouvoir de nuire et de détruire. La foi en Allah chasse ces deux choses du cœur de l’être humain. Dans les veines du croyant coule la conviction qu’Allah est Celui qui mérite d’être aimé plus que tout.(Arabe********)La conviction s’enracine dans son cœur que les biens et les enfants ne sont que les ornements de la vie d’ici-bas, et que leur destruction est inévitable tôt ou tard. Ce qui est impérissable et indestructible, ce qui ne sera jamais anéanti, ce sont les choses reçues d’Allah.(Arabe*******)La vie d’ici-bas ne dure que quelques jours ; même si nous déployons des milliers d’efforts pour la préserver, il est certain que la mort viendra un jour.(Arabe********)
Dès lors, ne consacrerons-nous pas cette vie éphémère à cette vie de bonheur et de félicité que nous recevrons d’Allah ?(Arabe******)
Ne consacrerons-nous donc pas les plaisirs éphémères et les intérêts passagers de ce monde à obtenir l’agrément d’Allah, le véritable Maître de nos vies et de nos biens, qui est capable de nous accorder en échange une vie meilleure et des bienfaits encore plus grands ?
(Arabe******************)
Parlons maintenant de la peur. Le croyant a appris que le véritable pouvoir de nuire et de détruire ne réside ni dans les hommes, ni dans les animaux, ni dans les explosifs, ni dans les épées, ni dans le bois ou la pierre ; il se trouve plutôt dans la poigne de la puissance absolue d’Allah. Même si toutes les forces du monde s’unissaient pour nuire à quelqu’un, si Allah ne le permettait pas, elles ne pourraient pas lui faire plier un seul cheveu.(Arabe*****)Nul ne peut mourir avant le terme de sa mort fixé par Allah. Et lorsque le terme fixé de la mort arrive, aucun prétexte ne peut le retarder.(Arabe*****)Puisqu’il en est ainsi, il convient de craindre Allah plutôt que les hommes.(Arabe****)En vérité, Il est le seul Être qu’il soit obligatoire de craindre.(Arabe****)Hésiter à lutter dans la voie d’Allah est le fait de ceux dont le cœur est dépourvu de foi, car ils craignent davantage les hommes qu’Allah.(Arabe***)Quant à celui qui est véritablement croyant, au lieu d’être effrayé à la vue de l’ennemi, il devient encore plus courageux et intrépide, car il ne s’appuie pas sur une force terrestre, mais sur Allah. Il est dit dans la sourate Al ‘Imrân :(Arabe****)
Contentement du peu et satisfaction intérieure
Cette foi en Allah extirpe du cœur de l’homme les tendances détestables de la cupidité, de l’avidité, de la jalousie et de la rancune, qui l’incitent à adopter des moyens vils et illégaux pour atteindre ses intérêts et provoquent le désordre dans la société humaine. Avec la foi naissent en l’homme le contentement du peu et la satisfaction intérieure. Il ne rivalise ni ne se querelle avec les autres. Il ne se hâte jamais de répondre à l’oppression et à l’injustice. Il recherche constamment, par des moyens honorables, les bienfaits et les richesses de son Seigneur ; et tout ce qu’il reçoit, en petite ou en grande quantité, il le considère comme un don d’Allah et l’accepte avec reconnaissance. Le croyant a appris que la supériorité et la prééminence sont entre les mains d’Allah, et qu’Il les accorde à qui Il veut.(Arabe************************)La subsistance est entre les mains d’Allah ; Il en accorde à qui Il veut et dans la mesure qu’Il veut.(Arabe************)Le pouvoir de l’État et l’autorité de gouverner sont sous le contrôle d’Allah Très-Haut ; Il fait de qui Il veut un gouvernant.(Arabe***********)La richesse et l’honneur sont entre Ses mains ; Il honore qui Il veut et humilie qui Il veut.(Arabe************)En outre, c’est Allah qui a déterminé la répartition selon laquelle certains reçoivent davantage et d’autres moins des honneurs, des richesses, de la puissance, de la beauté, de la renommée et des autres bienfaits de ce monde. Allah connaît mieux que quiconque la sagesse et la justesse de Ses actes. Il n’est pas convenable pour l’homme de tenter de modifier l’ordre qu’Il a établi, et une telle tentative ne saurait réussir.(Arabe*************)
Réforme de la moralité et discipline dans l’action
C’est la vie sociale qui tire le plus grand profit de la foi en Allah. Celle-ci éveille le sens des responsabilités chez les membres de la société. Elle fait naître la pureté dans leur âme et la piété dans leurs actes. Les relations et les échanges entre eux deviennent sains et intègres ; le respect de la loi s’éveille ; l’aptitude à obéir, à se maîtriser et à respecter la discipline se développe, et les hommes, purifiés intérieurement par une puissante force invisible, deviennent aptes à former une société vertueuse et solidaire. En vérité, c’est là le pouvoir miraculeux de la foi en Allah, et c’est pour cela qu’elle a été instituée. Aucune force terrestre, aucune éducation ni aucun sermon ne peut accomplir la réforme de la moralité et l’instauration de la discipline dans l’action avec une telle ampleur et sur des fondements aussi profonds. L’action des forces terrestres n’atteint pas l’âme, mais seulement le corps ; et même sur le corps, leur contrôle n’est ni universel ni permanent. L’influence de l’éducation et des sermons ne s’exerce également que sur le jugement, la raison et les instincts ; non seulement ils ne peuvent eux-mêmes échapper à cette influence, mais ils ne manquent pas non plus de vaincre et d’obscurcir le jugement et la raison. La foi est une réalité qui, avec toutes ses forces réformatrices et organisatrices, atteint les régions les plus profondes du cœur et de l’âme humaine. Là, elle fait naître une conscience puissante et éveillée, qui ne cesse de guider l’homme, en tout temps et en tout lieu, sur le chemin simple et droit de la taqwa et de l’obéissance. Même au sein des instincts les plus mauvais, elle ne manque pas de produire quelque effet par ses blâmes et ses reproches.
Cet avantage extraordinaire ne s’acquiert que par la conviction relative à la puissance d’Allah, conviction qui constitue une part indispensable de la foi. En de nombreux endroits du Noble Coran, il est rappelé aux hommes, à titre d’avertissement, que la connaissance d’Allah embrasse toute chose et que rien ne peut Lui être caché.
(Arabe**************)
L’Orient et l’Occident appartiennent à Allah ; où que vous tourniez le visage, là est Allah. Certes, Allah est immense et Omniscient.
(Arabe***************)
« Où que vous soyez, Allah vous rassemblera tous ; certes, Allah est capable de toute chose. »
(Arabe*************)
Certes, rien de ce qui est dans les cieux et sur la terre n’est caché à Allah. – (Sourate Âl ‘Imrân : 5)
(Arabe**************)
« C’est auprès de Lui que se trouvent les clefs de l’Inconnaissable, dont nul autre que Lui ne possède la connaissance. Il sait tout ce qui est sur terre et en mer. Pas même une feuille qui tombe ne Lui échappe. Il n’existe pas non plus de grain dans les ténèbres profondes de la terre, ni de chose sèche ou humide, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite. » – (Sourate Al-An‘âm : 59)
(Arabe************)
« C’est Nous qui avons créé l’homme, et Nous savons ce que son âme lui suggère. Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire. » — (Sourate Qaf : 16)
(Arabe***********)
« Il n’y a pas de conversation secrète entre trois personnes sans qu’Allah ne soit leur quatrième, ni entre cinq sans qu’Allah ne soit leur sixième. De même, il n’y a pas de réunion, qu’ils soient moins nombreux ou plus nombreux, sans qu’Il ne soit avec eux, où qu’ils se trouvent. » — (Sourate Al-Mujadila : 7)
(Arabe************)
« Ils peuvent se cacher des gens, mais ils ne peuvent pas se cacher d’Allah, qui est pourtant avec eux lorsqu’ils tiennent, pendant la nuit, des propos contraires à Son agrément. Et Allah embrasse de Sa science tout ce qu’ils font. » — (Sourate An-Nisa : 108)
(Arabe************)
« Ne savent-ils pas qu’Allah sait tout ce qu’ils font, en secret comme au grand jour ? » — (Sourate Al-Baqara : 77)
(Arabe***********)
« Deux anges chargés de consigner les actes sont assis à droite et à gauche de chacun et les surveillent ; aucune parole ne sort de sa bouche sans qu’un observateur ne soit prêt à l’inscrire. » — (Sourate Qaf : 17-18)
(Arabe***********)
« Que l’un d’entre vous parle en secret ou à voix haute, qu’il se cache dans l’obscurité de la nuit ou se déplace à la lumière du jour, des espions d’Allah sont placés devant lui et derrière lui pour observer ses mouvements par ordre d’Allah. » — (Sourate Ar-Ra‘d : 10-11)
On a également profondément ancré dans l’esprit humain cette conviction qu’un jour, il devra nécessairement comparaître devant Allah(Arabe***********) et rendre compte de chaque chose.(Arabe*****************)La saisie d’Allah Tout-Puissant est extrêmement rigoureuse.(Arabe**************)
Cette conviction, dont on s’est efforcé de diverses manières d’enraciner l’idée dans l’esprit humain, constitue en réalité la force effective de tout le système juridique de l’islam. Les limites que l’islam a fixées entre le licite et l’illicite, ainsi que les règles qu’il a établies en matière de morale, de vie sociale et de transactions réciproques, ne reposent pas, pour leur mise en œuvre, sur les soldats, la police, l’instruction ou les bons conseils. Elles tirent plutôt leur force effective de la conviction que leur législateur est un souverain puissant dont la connaissance et le pouvoir s’étendent à toute chose. Celui qui désobéit à Ses prescriptions n’est capable ni de dissimuler sa faute ni de se protéger d’une quelconque manière contre Son interrogatoire. C’est pourquoi, en divers passages du Noble Coran, après l’énoncé de prescriptions, cet avertissement est lancé : ce sont là les limites fixées par Allah Tout-Puissant ; prenez garde à ne pas les transgresser.(Arabe***************)Souvenez-vous que, quoi que vous fassiez, Allah voit tout.(Arabe************)
4. La foi aux anges
Le but de la foi aux anges
La foi aux anges n’est en réalité que le parachèvement de la foi en Allah et son complément nécessaire. Elle ne vise pas seulement à reconnaître l’existence des anges ; son véritable objectif est de comprendre leur juste place dans l’ordre du monde, afin que la foi en Allah soit fondée sur un tawhid pur et qu’elle soit libérée de tout mélange avec le shirk et l’adoration de tout autre qu’Allah.
Comme nous l’avons déjà dit, une conception générale des anges existe, sous une forme ou une autre, chez toutes les nations et dans toutes les religions. C’est sur cette conception que les différentes religions ont édifié leurs divers systèmes de croyances. Selon certains, les anges sont les enfants de la nature et des forces naturelles qui administrent les différentes branches de l’ordre du monde. Pour d’autres, ce sont des divinités, dont chacune dirige un département de la grande entreprise de l’univers : l’une serait maîtresse du vent, l’autre de la pluie, une autre de la lumière, une autre de la chaleur et une autre encore du feu. Certains croient qu’ils sont les représentants et les auxiliaires d’Allah. Pour certains, ils détiennent la diversité ; pour d’autres, ils ne sont que conscience ; selon d’autres encore, ils ne sont qu’une invention d’Allah. Et certains les considèrent comme les enfants d’Allah.
D’autres croient encore qu’ils possèdent des corps matériels. Certains les ont considérés comme abstraits et incorporels. D’autres les ont assimilés aux étoiles brillantes et aux astres en mouvement. Et certains ont élaboré à leur sujet d’autres conceptions extraordinaires. En somme, parmi les fondateurs de religions, l’idée généralement répandue au sujet des anges est qu’ils participent d’une manière ou d’une autre à la divinité d’Allah. C’est pourquoi on les a invoqués, on les a qualifiés de ceux qui répondent aux besoins, écoutent les plaintes et intercèdent. Et c’est pour cette raison que la domination du shirk est si forte dans le monde.
La place des anges dans l’ordre du monde : d’un côté, le Coran a établi un tawhid pur et parfait concernant l’existence d’Allah, Ses attributs et Ses actes ; de l’autre, afin de fermer définitivement la porte du shirk, il a présenté une conception juste et authentique des anges. Le Coran n’a pas traité du mystère des anges, car une telle discussion est tout à fait superflue et dépourvue de toute substance. Elle ne présente aucun avantage pour l’être humain, qui n’est d’ailleurs pas capable de la comprendre. La véritable question était de savoir quelle est la place des anges dans l’ordre du monde. Le Noble Coran y a apporté une réponse extrêmement claire. Il a été dit que les anges ne sont pas les enfants d’Allah et ne sont pas non plus associés à Ses œuvres ; ils ne sont rien d’autre que Ses serviteurs et Ses esclaves.
(Arabe***************)
« Les mécréants ont dit : “Le Tout Miséricordieux S’est attribué un enfant.” Gloire à Lui ! Ce sont plutôt des serviteurs honorés auprès de Lui ; ils ne prennent pas la parole avant Lui et n’agissent que conformément à Son ordre. Il sait ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux. Ils n’intercèdent en faveur de personne, sauf de ceux qu’Il agrée. » — (sourate Al-Anbiyâ, 26-28)
Ils sont des administrateurs ou des secrétaires d’exécution(Arabe*******). Autrement dit, ils ne font qu’administrer les tâches qu’Allah leur confie. Loin d’être associés à Sa divinité, ils ne possèdent même pas la moindre force qui leur permettrait de faire bouger une chose. Leur rôle consiste uniquement à Le servir, à Lui être soumis et à Lui obéir. Ils ne cessent jamais, ne serait-ce qu’un instant, de prier et de réciter leurs litanies ; au contraire, chaque instant de leur existence s’écoule à glorifier et à sanctifier leur Seigneur.
(Arabe*************)
« La foudre célèbre Sa gloire et les anges célèbrent Sa pureté avec crainte. (Sourate ar-Ra‘d : 13)
« Tout ce qui se trouve dans les cieux et tout ce qui se meut sur la terre se prosterne devant Allah. Les anges, eux non plus, ne se rebellent ni ne désobéissent ; ils craignent leur Seigneur glorieux et exécutent ce qui leur est ordonné. » — (Sourate an-Nahl : 49-50)
(Arabe*************)
« À Allah appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, ainsi que tout ce qui se trouve auprès de Lui. Ils (les anges) ne désobéissent pas à Son
adoration, ne se lassent pas ; au contraire, ils Le glorifient nuit et jour et ne montrent jamais de relâchement. » — (Sourate al-Anbiyâ’ : 19-20)
(Arabe*************)
« Ils ne désobéissent jamais à l’ordre qu’Allah leur a donné et exécutent uniquement ce qui leur est ordonné. »
Cette conception ne laisse aucune place au polythéisme. Car ceux au sujet desquels on aurait pu imaginer une part de divinité se sont révélés être, comme nous, des serviteurs soumis et obéissants. Dès lors, qui d’autre qu’Allah peut être le centre de notre adoration et de notre dévotion, de notre soumission et de notre obéissance, de nos demandes d’aide et de notre confiance ?
La dignité comparative de l’être humain et des anges : ce n’est pas tout. Le Noble Coran est allé plus loin en exposant également la dignité comparative de l’être humain et des anges, afin que l’être humain puisse mieux prendre conscience de sa propre dignité par rapport à eux. Là où la Parole d’Allah mentionne la création d’Adam, cette question est également exposée clairement. Lorsque le Très-Haut honora le premier homme, Adam (paix sur lui), en lui conférant la dignité de la lieutenance, Il ordonna aux anges de se prosterner devant lui, et tous se prosternèrent devant lui, à l’exception d’Iblis. (Al-Baqara : 4 ; Al-A‘raf : 2 ; Banî Isrâ’îl : 7 ; Al-Kahf : 7 ; Tâ-Hâ : 7 ; Sâd : 5) Les anges revendiquèrent leur supériorité sur Adam (paix sur lui), en se fondant sur leurs louanges et leur glorification de la pureté divine. Alors le Très-Haut rejeta leur prétention et prouva, par une épreuve, qu’Il avait donné à Adam (paix sur lui) davantage de connaissance qu’à eux. Iblis, faisant de la matière de sa propre création le critère de la supériorité, refusa de reconnaître la haute dignité d’Adam (paix sur lui) et de s’incliner devant lui en prosternation. Il fut dès lors chassé à jamais de la présence d’Allah et condamné à l’égarement.
Cette réalité éveil le sentiment de dignité chez l’être humain, d’une part, et, d’autre part, elle rassemble toutes ses aspirations cultuelles autour de l’adoration d’Allah. Il en ressort que, dans l’univers, nul n’est supérieur à l’être humain en dehors d’Allah le Très-Haut. Bien que les anges soient des serviteurs honorés(Arabe*******) et qu’ils soient supérieurs aux autres créatures, eux aussi se sont prosternés devant l’être humain. Dès lors, qui, en dehors d’Allah le Sage, pourrait être digne de l’adoration et de la prosternation de l’être humain, Lui qui lui vient en aide et entend ses prières ?
Ainsi, lorsque la foi aux anges repose sur une connaissance divine exacte et sur la sagesse, la foi en Allah devient elle aussi parfaitement sincère, pure et exempte de toute souillure.
Le deuxième objectif de la foi aux anges
Le Noble Coran mentionne une autre dignité des anges. Elle consiste en ceci : Allah le Très-Haut transmet par leur intermédiaire aux prophètes Sa parole et Ses prescriptions. C’est également par leur intermédiaire qu’Il veille à ce que ce message parvienne aux prophètes, préservé de toute falsification, de tout doute et de toute conjecture. Ces anges sont, premièrement, eux-mêmes parfaitement obéissants et de nature droite. Ils sont libres et purs de toute inclination mauvaise et de tout égoïsme. Ils craignent Allah et obéissent sans hésitation à Ses commandements. C’est pourquoi ils n’ajoutent ni ne retranchent rien au message transmis par leur intermédiaire. Deuxièmement, ils sont si puissants qu’aucune force satanique ne peut intervenir, fût-ce de la moindre mesure, dans la transmission et la surveillance de ce message. Cette question est également exposée en plusieurs endroits du Noble Coran :
(Arabe**************)
« Cela est consigné dans un Livre honoré, élevé et pur (des feuillets), écrit par des scribes éminemment respectables et vertueux. » — (Sourate ‘Abasa : 13-16)
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« C’est assurément la parole d’un ange noble, doué d’une grande force, hautement considéré auprès du Seigneur du Trône, obéi et digne de confiance. »
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« Il est le Connaisseur de l’invisible. Il ne dévoile Son invisible à personne, sauf à un messager qu’Il agrée. Puis Il place des anges gardiens autour de lui, afin qu’il soit établi que les porteurs du Message ont bien transmis les messages de leur Seigneur. Et Allah les cerne de Sa science et dénombre toute chose. » – (sourate Al-Jinn : 26-28)
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« Rûḥ al-Qudus » (l’Esprit Saint) l’a fait descendre de la part de ton Seigneur en toute vérité. » – (sourate An-Nahl : 102)
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« C’est assurément un Livre révélé par le Seigneur des mondes, avec lequel l’Esprit fidèle est descendu. » – (sourate Ach-Chu‘arâ’ : 192-193)
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« Certes, ce noble Coran est consigné dans un Livre préservé. Nul ne le touche, si ce n’est les êtres purifiés (les anges). Il est descendu de la part du Seigneur des mondes. » — (sourate Al-Waqi‘a : 77-80)
Il ressort de cela que la foi aux anges est nécessaire non seulement pour croire en Allah, mais aussi pour croire au Livre et au Messager. En somme, croire aux anges signifie que nous devons reconnaître comme fidèle et digne de confiance le moyen par lequel la parole d’Allah parvient au Messager. La foi en cette parole et en les prophètes qui la transmettent ne peut être complète tant que nous n’aurons pas placé une confiance entière dans le moyen qui établit le lien entre Allah et Ses prophètes.
Troisième objectif
En outre, une autre dignité des anges est exposée dans le Noble Coran. C’est qu’ils sont les fonctionnaires du royaume d’Allah. Les anges sont ces fonctionnaires par l’intermédiaire desquels Allah administre l’ensemble de l’ordre de la nature. Dans les États du monde, le rang de leurs fonctionnaires (services) est exactement comparable à celui qu’ils occupent dans le royaume d’Allah. C’est par leur intermédiaire qu’Il fait descendre le châtiment sur certains et la miséricorde sur d’autres. Il ôte la vie aux uns et donne la vie aux autres. Ici, Il fait tomber la pluie ; là, Il fait s’abattre la famine. Ils consignent les actes, les paroles et même les pensées de chaque être humain, et surveillent chacune de ses activités. Tant que l’homme agit dans le délai que lui accorde Allah, ces fonctionnaires, tout en étant informés de tout ce qui est bon et mauvais en lui, continuent, sur l’ordre d’Allah, à lui prêter leur concours et à accomplir toutes ses tâches. Mais dès que sa période d’activité prend fin, l’atelier de son califat qu’il faisait fonctionner… Le vent grâce auquel l’homme avait autrefois vécu bouleverse soudain son habitat. L’eau grâce à laquelle l’homme subsiste le noie soudain. La terre sur laquelle l’homme vivait en sécurité, comme dans les bras de sa mère, le fait soudain disparaître sous une seule secousse. Il ne faut qu’un seul ordre : dès qu’il arrive, l’ordonnance la plus proche de Monsieur le calife lui passe aussitôt les menottes. Cette scène est décrite de manière très frappante à divers endroits du Noble Coran.
De ce point de vue, croire aux anges constitue une partie indispensable de la foi en Allah. Cela signifie que l’homme doit reconnaître, en même temps que le Souverain du monde, Ses fonctionnaires. Sinon, dans ce vaste royaume, l’homme ne peut ni comprendre correctement sa propre position, ni agir en en restant pleinement conscient.
5.
La foi au Messager
La portée de la prophétie
Après le tawhîd, la deuxième croyance fondamentale de l’islam est la « prophétie » (risâlat). De même que le tawhîd constitue la véritable religion dans le domaine de la conviction, la prophétie constitue la véritable religion dans le domaine de l’obéissance. Le sens lexical de la prophétie (risâlat) est la mission prophétique ou le fait de transmettre un message. Celui qui porte le message de quelqu’un à une autre personne est appelé prophète (messager) ou porteur de message. Mais, dans la terminologie islamique, on appelle prophète celui qui transmet la parole d’Allah à Ses serviteurs et les guide sur le droit chemin conformément aux commandements d’Allah. C’est pourquoi le Coran emploie également, pour le prophète ou le messager, le terme de « guide »(Arabe******) qui est également employé. Autrement dit, il ne se contente pas de transmettre le message : il guide aussi les hommes sur la voie simple et droite.
Allah a également établi un guide au plus profond du cœur humain. À la lumière de l’inspiration divine, celui-ci permet à l’être humain de distinguer les pensées bonnes des mauvaises et les actions justes des actions erronées, et lui montre la voie droite dans la pensée et l’action. Comme il est dit :
(Arabe************)
« Par l’âme humaine et Celui qui l’a harmonieusement façonnée, puis lui a inspiré son immoralité et sa piété ! A certes réussi celui qui la purifie, et a certes échoué celui qui la corrompt. » — (sourate Ach-Chams : 7-10)
Mais puisque les indications de ce guide ne sont pas explicites, et que de nombreuses forces psychiques et extérieures s’y trouvent associées pour attirer l’être humain vers les mauvaises actions, la seule direction de ce guide naturel ne peut suffire à l’homme pour trouver le droit chemin de la vérité parmi les innombrables voies tortueuses du monde et le suivre sans crainte. C’est pourquoi Allah Tout-Puissant a remédié de l’extérieur à cette insuffisance et a envoyé Ses prophètes aux hommes, afin qu’ils puissent aider ce guide intérieur à la lumière de la connaissance et de la sagesse divines. Ils rendent clarté, au moyen de signes éclatants, à la lumière obscure de l’inspiration naturelle, qui s’affaiblit sous la pression de l’ignorance et des forces qui égarent.
Telle est la véritable base de la dignité de la prophétie. À ceux qui ont été investis de cette dignité, Allah Tout-Puissant a accordé une connaissance et une intuition extraordinaires. Grâce à elles, ils ont pénétré, non sur la base de suppositions ou d’imagination, mais sur celle d’une connaissance certaine, la signification de toutes sortes de choses au sujet desquelles les gens ordinaires entretiennent des divergences. En outre, grâce à cette intuition, ils ont reconnu avec exactitude, parmi les voies tortueuses du monde, la voie droite et limpide de la vérité.
La différence entre les prophètes et les dirigeants ordinaires
À toutes les époques, les hommes ont reconnu la nécessité d’une direction extérieure. Personne n’a jamais prétendu que, pour l’être humain, les indications de son seul guide intérieur suffisaient. Les ancêtres, les notables des lignées, des tribus et des peuples, les enseignants et les savants, les chefs religieux, les dirigeants politiques, les réformateurs sociaux et autres personnes dont l’intelligence semblait digne de confiance obtenaient souvent le statut de guides et étaient suivis. Mais ce qui distingue un prophète des autres dirigeants, c’est la « connaissance divine ». Les autres dirigeants ne possèdent pas la connaissance divine. Ils forment leurs opinions et prennent leurs décisions uniquement sur la base de suppositions et d’imaginations. Les désirs de leurs passions s’immiscent également dans ces opinions et ces décisions. C’est pourquoi les convictions et les lois qu’ils élaborent contiennent un mélange de vérité et de mensonge. La voie qu’ils prescrivent n’est jamais entièrement conforme à la vérité. C’est à cette vérité profonde que le Coran n’a cessé d’adresser une mise en garde :
(Arabe**********)« Ce qu’ils suivent n’est rien d’autre que des conjectures et les passions de leurs désirs. » – (sourate An-Najm : 23)
« Ils ne possèdent aucune connaissance véritable ; ils ne font que suivre des conjectures et des suppositions. Or, les suppositions ne sauraient en rien satisfaire le besoin de vérité. » – (sourate An-Najm : 28)
(Arabe**************)
« Mais les injustes suivirent leurs passions sans aucune connaissance. » – (sourate Ar-Rûm : 29)
(Arabe**************)
« Parmi les hommes, il en est qui discutent au sujet d’Allah, avec orgueil et en détournant le visage, sans aucune connaissance, aucune guidée ni aucun Livre lumineux, afin d’égarer les gens du chemin d’Allah. » – (sourate Al-Hajj : 8-9)
(Arabe************)
« Qui est plus égaré que celui qui suit sa propre passion au lieu de la guidée venue d’Allah ? »
En revanche, le prophète ou messager reçoit le « savoir » de la part d’Allah. Sa direction n’est pas guidée par les conjectures ni par les désirs passionnels ; au contraire, à la lumière du savoir qu’Allah lui a accordé, il conduit les hommes vers la voie droite qu’il voit clairement et distinctement. C’est pourquoi, partout où le Coran mentionne que les prophètes ont été investis de la dignité de « prophète » (risâlat), il est également dit qu’ils ont reçu le « savoir ». Ainsi, la mission prophétique de Hadrat Ibrahim (que la paix soit sur lui) est annoncée comme suit :
(Arabe*************)
« Ô mon cher père ! Crois-moi, j’ai reçu un savoir que tu n’as pas reçu. Suis-moi donc ; je te guiderai sur la voie droite. » — (Sourate Maryam : 43)
La mention de l’octroi de la prophétie à Hadrat Lût (que la paix soit sur lui) est formulée ainsi :
(Arabe**************)
« Nous avons accordé à Lût le jugement et le savoir. » — (Sourate Al-Anbiyâ : 74)
Voici ce qui est rapporté au sujet de Hadrat Mûsâ (que la paix soit sur lui) :
(Arabe**************)
« Lorsqu’il atteignit la pleine maturité et devint un homme accompli, Nous lui accordâmes le discernement et la connaissance. » – (sourate Al-Qasas : 2)
La réception de la prophétie par les prophètes David (a.s.) et Salomon (a.s.) est également mentionnée ainsi :
(Arabe**************)
« Nous accordâmes à chacun d’eux la sagesse et la connaissance. »
Il fut dit au dernier Prophète, Muhammad (s.a.s.) :
(Arabe**************)
« Si, après avoir reçu la connaissance, tu suis encore leurs passions, tu ne trouveras auprès d’Allah ni protecteur ni soutien capable de te préserver. » – (sourate Al-Baqara : 120)
Le statut de la prophétie : après avoir mis en lumière la supériorité et les particularités du Prophète par rapport aux dirigeants ordinaires, nous devons maintenant porter notre attention sur les principes relatifs à la prophétie exposés par le Coran.
Le rapport entre la foi en Allah et la foi au Prophète
La première chose à comprendre est que, puisque le Prophète dispose d’un moyen de connaissance extraordinaire et qu’Allah lui a accordé une intuition exceptionnelle, seule la croyance qu’il présente au sujet d’Allah peut être exacte. Si quelqu’un établit une croyance en se fondant sur ses propres réflexions ou sur celles d’autres savants et philosophes, sa conviction au sujet d’Allah ne sera pas seulement inexacte : il ne pourra pas non plus acquérir une connaissance véritable des questions fondamentales de la religion ni des réalités surnaturelles qui dépassent les limites du jugement et de la raison humaines ordinaires. En définitive, la justesse de la foi et de la conviction dépend entièrement de la foi au Prophète. Il est absolument impossible de remplir le réceptacle de la pensée d’une connaissance exacte après avoir rompu ce lien. C’est pourquoi le Coran accorde, en divers endroits, une très grande importance à la foi au Prophète. Il y est dit :
(Arabe**************)
« Que de cités avons-nous soumises à un compte rigoureux parce qu’elles avaient désobéi aux ordres de leur Seigneur et de Ses prophètes ! Nous leur avons infligé de grandes châtiments, afin qu’elles goûtent le fruit de leurs actes. Et, finalement, leur destinée fut funeste. » – (sourate At-Talâq : 8-9)
(Arabe**************)
« Celui qui renie Allah et le Messager, qui veut établir une distinction entre Allah et Son Messager, et qui dit : “Nous croirons en certains et nous en renierons d’autres”, désirant suivre une voie intermédiaire, est assurément un mécréant. Et Nous avons préparé pour les mécréants un châtiment humiliant. Quant à ceux qui ont cru en Allah et en Ses messagers et n’ont établi aucune distinction entre eux, Allah leur accordera bientôt leur récompense. Allah est certes Pardonneur et Miséricordieux. » – (sourate An-Nisâ’ : 150-152)
(Arabe*************)
« Celui qui s’oppose au Messager, après que la bonne direction lui est devenue manifeste, et qui suit une voie autre que celle des croyants, Nous le laisserons suivre la voie qu’il a choisie, puis Nous le ferons entrer en Enfer ; et quelle mauvaise destination ! » – (sourate An-Nisâ’ : 115)
De nombreux versets de ce genre affirment très clairement que la foi en Allah et la foi dans le Messager sont indissociables. Celui qui renie les prophètes d’Allah et refuse d’accepter leur enseignement demeure dans un égarement identique, qu’il croie en Allah ou non. En effet, la croyance que l’on forme au sujet d’Allah sans connaissance véritable, même si elle repose sur le tawhid, ne peut presque jamais être exacte et exempte de toute souillure.
L’unité de la parole
Le deuxième point important est que seule la foi dans le Prophète peut unir l’ensemble de l’humanité sur la base d’une croyance unique. Le fondement des divergences est en réalité l’ignorance. Lorsque les gens ne connaissent pas la signification d’une chose, ils prennent des décisions sur la seule base de suppositions, ce qui entraîne naturellement des divergences entre eux. Car décider à l’aide de suppositions et d’imaginations revient à tâtonner dans l’obscurité. S’il n’y a de lumière nulle part, cinquante personnes qui examinent une même chose au toucher en donneront cinquante descriptions et exprimeront cinquante opinions différentes. Mais une fois la lumière apparue, il ne subsistera plus aucune divergence ; au contraire, tous ceux qui voient parviendront à un accord sur la même question. Dès lors, puisque les prophètes ont été dotés d’une connaissance miraculeuse et d’une intuition spirituelle, il est absolument impossible que des divergences apparaissent dans leurs conceptions, leurs enseignements et leur manière d’agir. C’est pourquoi le Coran dit que tous les prophètes appartiennent à une seule et même communauté ; leur enseignement et leur religion sont, au fond, les mêmes. Tous ont appelé vers le même droit chemin. Or il est obligatoire pour le croyant d’avoir foi en chacun d’eux. Celui qui renie ne serait-ce qu’un seul des prophètes sera reconnu coupable du crime de renier tous les prophètes. Il ne restera alors dans son cœur pas la moindre trace de foi. Car l’enseignement qu’il renie n’est pas seulement celui d’un seul prophète : c’est l’enseignement de tous les prophètes.
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« Ô prophètes ! Mangez des choses pures et accomplissez de bonnes œuvres ; vous appartenez fondamentalement à une seule et même communauté, et Je suis votre Seigneur. Craignez-Moi donc. Mais, par la suite, les gens se sont opposés les uns aux autres et ont divisé leur religion en religions distinctes. Et maintenant, chacun se réjouit de ce qu’il possède. » — (Sourate Les Croyants, 51-53)
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« Ô Muhammad ! Nous t’avons certes révélé la révélation comme Nous l’avions révélée à Noé et aux prophètes qui lui ont succédé. Et Nous avons révélé de la même manière à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, aux descendants de Jacob, à Jésus, Job, Jonas, Aaron et Salomon ; et Nous avons donné les Psaumes à David. Nous avons certes envoyé des prophètes dont Nous t’avons déjà parlé et d’autres dont Nous ne t’avons pas parlé. Et Allah a effectivement parlé à Moïse avant toi. » — (Sourate Les Femmes, 163-164)
De nombreux versets de ce genre prouvent que tous les prophètes sont venus appeler les gens vers la même véritable religion et qu’ils ont été envoyés auprès de chaque communauté.
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Il est indispensable d’avoir une foi explicite en les prophètes dont il est fait clairement mention dans le Noble Coran. Quant aux prophètes dont les noms ne nous ont pas été communiqués, la conviction correcte à leur sujet est qu’ils furent tous des appelants à l’islam. Cependant, les différents peuples ont altéré leurs enseignements et, en se divisant entre eux, se sont forgé des religions distinctes. Nous ne pouvons pas appeler Bouddha, Krishna, Zarathoustra, Confucius et les autres des prophètes précisément parce que le Coran ne les mentionne pas explicitement. Mais nous sommes convaincus que des prophètes d’Allah sont venus en Inde, en Chine, au Japon, en Iran, en Afrique, en Europe et dans tous les autres pays, et qu’ils ont tous appelé au même islam que celui auquel appelait Muhammad (paix et salut sur lui). Nous ne cherchons donc pas à déclarer mensonger le guide religieux d’aucun peuple ; nous rejetons seulement les croyances et les voies erronées aujourd’hui répandues dans le monde, qui se sont écartées de la voie droite de l’islam, la Sirat al-Mustaqim.
Obéissance au Prophète et suivi de son exemple
La conséquence inévitable de la croyance en la prophétie est qu’il faut suivre la voie adoptée par le Messager d’Allah dans tous les domaines concrets de la vie, et pas seulement en matière de foi et de culte. En effet, grâce à la « connaissance » et à la « clairvoyance » dont Allah les avait honorés, ils pouvaient assurément distinguer les voies erronées des voies justes. C’est pourquoi tout ce qu’ils délaissaient ou adoptaient, et tout ce qu’ils ordonnaient, ils le faisaient sous l’inspiration d’Allah. Même après des années, voire des siècles d’expérience, les êtres humains ordinaires ne pouvaient parvenir à distinguer parfaitement l’erreur de la vérité ; et même lorsqu’ils obtenaient un certain succès, celui-ci ne reposait pas sur le fondement solide d’une conviction irréfutable. Il dépendait plutôt de simples conjectures et recherches, et le risque d’égarement y demeurait nécessairement. En revanche, les prophètes d’Allah adoptaient dans leurs actes de la vie et enseignaient la voie à suivre sur la base de la connaissance. C’est pourquoi elle ne comporte aucune possibilité d’erreur. Voilà aussi pourquoi le Noble Coran ordonne à maintes reprises d’obéir aux prophètes et de les suivre. Il appelle leur voie la charia, le droit chemin et la Sirat al-Mustaqim. Il insiste également pour que l’on renonce à obéir aux autres hommes, que l’on obéisse uniquement aux prophètes et que l’on suive leurs pas. Car leur obéissance est exactement l’obéissance à Allah, et les suivre, c’est suivre la volonté divine.
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« Nous n’avons envoyé aucun prophète si ce n’est afin qu’il soit obéi, par la permission d’Allah. » — (sourate An-Nisa : 64)
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« Celui qui obéit au Prophète obéit en réalité à Allah. » — (sourate An-Nisa : 80)
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« Ô Muhammad ! Dis : Si vous voulez aimer Allah, alors suivez-moi. Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés. Allah est très Pardonneur et Miséricordieux. Dis-leur : Obéissez à Allah et au Messager. Puis, s’ils se détournent, sachez avec certitude qu’Allah n’aime pas les mécréants. » — (Sourate Al ‘Imrân : 31-32)
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« Ô vous qui croyez ! Obéissez à Allah et à Son Messager, et ne vous détournez pas de Lui lorsque vous entendez Son ordre. Ne soyez pas comme ceux qui disent : “Nous avons entendu”, alors qu’ils n’entendent rien. Les pires des bêtes auprès d’Allah sont ceux qui ne comprennent rien. » — (Sourate Al-Anfâl : 20-22)
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« Lorsqu’Allah et Son Messager ont statué sur une affaire, il ne convient à aucun homme croyant ni à aucune femme croyante de conserver le choix de décider à leur sujet. Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager s’est certes égaré d’un égarement manifeste. » — (Sourate Al-Ahzâb : 36)
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« Mais s’ils ne répondent pas à ton appel, sache qu’ils ne font que suivre leurs passions. Et qui est plus égaré que celui qui délaisse la direction d’Allah et suit sa propre passion ? » (Sourate Al-Qasas : 50)
Dans bien d’autres versets encore, l’obéissance et le suivi du Prophète sont vivement soulignés. En outre, il est dit très clairement dans la sourate Al-Ahzab que, pour ceux qui espèrent la réussite dans l’au-delà et la récompense d’Allah, la vie du Messager d’Allah constitue un modèle digne d’être imité.
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« En vérité, vous avez dans la vie du Messager d’Allah un excellent modèle, pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque abondamment Allah. » — (sourate Al-Ahzab : 21)
L’importance de croire à la prophétie
Avec les directives relatives à l’obéissance et au suivi, la conviction en la prophétie constitue en réalité l’âme de la culture établie par l’islam, sa force vitale, sa force de fondation et le fondement essentiel de sa nature particulière.
Dans toute culture et tout système social, trois éléments servent de fondements. Premièrement, le mode de pensée ; deuxièmement, les règles morales ; et troisièmement, les règles sociales. Dans toutes les cultures du monde, ces trois éléments sont recueillis de trois manières différentes. Le mode de pensée est tiré des enseignements de penseurs et de savants qui, pour une raison ou une autre, ont exercé leur influence sur la mentalité de grands groupes humains. Les règles morales sont adoptées auprès d’hommes d’État, de réformateurs et de chefs religieux qui, à différentes époques, ont acquis une autorité sur des peuples particuliers. Quant aux règles sociales, elles sont élaborées par des personnes dont on sollicite la compétence et l’habileté dans les différents domaines et secteurs de la vie. Le système social ainsi établi présente inévitablement trois défauts fondamentaux :
Premièrement : les éléments recueillis auprès de ces trois sources différentes forment un mélange si hétérogène qu’il faut peut-être un siècle pour en établir le caractère. Malgré cela, il y subsiste de nombreuses incohérences, inégalités et discordances. Le monde compte d’innombrables savants et philosophes. Le mode de pensée de chacun est différent et fondamentalement distinct de celui des autres. En général, ils n’ont aucun lien étroit avec les problèmes réels de la vie humaine ; au contraire, la plupart sont célèbres pour leur aversion envers l’être humain. C’est auprès de telles sources que les peuples du monde tirent leur mode de pensée. De nombreux désaccords existent également, quant aux conceptions personnelles, aux courants de pensée et aux mentalités, parmi le groupe auprès duquel le deuxième élément est recueilli. S’il existe un point commun entre les membres de ce groupe, c’est que chacun d’eux habite le monde de l’imagination et se laisse guider par un excès d’émotion et d’exaltation. Leur rapport avec les problèmes concrets de la réalité est très limité. Les sources du troisième élément sont elles aussi diverses ; elles ont toutefois un point commun : elles sont très pauvres en sensibilité délicate. Leur réalisme excessif les a rendues cruelles et ternes. Il est manifestement très difficile de mélanger correctement et harmonieusement des éléments aussi hétérogènes et contradictoires, et leur désaccord et leur opposition ne peuvent manquer de faire ressortir leurs caractéristiques propres.
Deuxièmement : les trois éléments obtenus par ces procédés ne possèdent ni la force de la stabilité ni la capacité de s’étendre largement. Différents penseurs, dirigeants d’État et législateurs exercent leur influence sur différents peuples ; il en résulte des différences de principe dans leur mode de pensée, leurs règles morales et leurs règles sociales. De plus, même au sein d’un même peuple, l’influence des éminents penseurs, dirigeants d’État et législateurs qui l’ont marquée à ses débuts ne se maintient pas aux époques suivantes ; avec le changement des temps, ces figures influentes et leur influence se transforment également. Ainsi, d’un côté, les cultures prennent une forme nationale et leur opposition fait naître entre les peuples un feu de rivalité qui est en réalité semblable à une étincelle mettant le feu à la paille de la paix. D’un autre côté, la culture et la civilisation propres à chaque peuple demeurent durablement dans un état précaire et instable ; au lieu de se développer suivant une orientation déterminée, elles se dirigent tantôt vers l’évolution, tantôt vers la révolution.
Troisièmement : aucune des sources mentionnées parmi les trois composantes ne porte le moindre signe de sainteté. La méthode de pensée que la nation reçoit de ses penseurs, les normes morales qu’elle reçoit de ses guides et les règles sociales qu’elle reçoit de ses législateurs sont toutes le fruit de l’effort humain, et leurs adeptes sont pleinement conscients de leur caractère humain. Il en résulte inévitablement que l’adhésion n’atteint jamais la perfection. Même au degré le plus élevé de leur adhésion, les adeptes ne peuvent être imprégnés de l’esprit de la foi. Ils prennent eux-mêmes conscience que les éléments fondamentaux de leur culture sont susceptibles de comporter des erreurs et nécessitent des corrections. En outre, l’expérience concrète et les vérifications continuent de démontrer spontanément ses erreurs. Il en découle naturellement des doutes, des hésitations et des conflits intérieurs. Ainsi, aucune méthode de pensée ni aucune doctrine juridique ne peut jamais exercer un contrôle complet sur la nation ni avoir la possibilité de stabiliser la société et la civilisation.
En revanche, la culture fondée sur la foi en un prophète reste exempte des trois déviations et déformations mentionnées.
Premièrement, ses trois éléments culturels sont puisés à une même source. Une seule et même personne définit la méthode de pensée, détermine les normes morales et établit également les principes de l’organisation sociale. Elle est simultanément le guide du monde de la pensée, du monde moral et du monde de l’action. Son regard s’étend également aux problèmes de ces trois mondes. En elle s’opère une harmonie équilibrée entre la tolérance, la sensibilité délicate et l’habileté dans l’action ; elle incorpore ces trois éléments à la culture dans des proportions appropriées, de sorte qu’aucune partie ne soit excessive ou insuffisante. On n’y observe aucune incohérence ni aucun déséquilibre entre les parties. Cette réalisation dépasse en réalité les forces et les capacités humaines. Mais elle est absolument impossible sans la guidance du Seigneur.
Deuxièmement, aucun de ses éléments n’est lié à une appartenance ethnique ou à une époque. La méthode de pensée, les normes morales et les règles sociales établies par le prophète d’Allah ne reposent ni sur des tendances ethniques ni sur des particularités temporelles ; elles reposent au contraire sur la vérité et la sincérité. Or la vérité et la sincérité sont supérieures à toutes les frontières séparant l’Orient de l’Occident, les Noirs des Blancs, les non-Aryens des Aryens et l’ancien du moderne. Ce qui est vrai et fondé sur la vérité demeure également vrai et fondé sur la vérité dans tous les coins du monde, chez toutes les nations et à chaque tournant du temps et des époques. Le soleil est le soleil au Japon comme à Gibraltar. Ce qu’était le soleil il y a mille ans, il le sera encore exactement dans mille ans. Ainsi, si une culture peut être universelle, humaine et durable, ce ne peut être que la culture établie par le Messager d’Allah. Car elle seule possède la capacité de s’adapter à chaque pays, à chaque nation et à chaque époque, tout en conservant ses principes et ses fondements essentiels inchangés.
Troisièmement, cette culture jouit d’une pureté parfaite. Ses adeptes ont la conviction et la foi que le fondateur de cette culture est le prophète d’Allah, à qui Allah a accordé la connaissance. Son savoir ne comporte pas la moindre trace de doute ou d’hésitation. (*******) Dans ses paroles, il n’y a place ni pour les conjectures et les suppositions, ni pour les impulsions des passions. Tout ce qu’il présente vient d’Allah. Il n’existe aucune possibilité qu’il trébuche ou soit égaré sur une voie erronée. (***************) « Votre compagnon ne s’est pas égaré et n’est pas dans l’erreur. Il ne parle pas de son propre désir. Ce n’est qu’une révélation qui lui est révélée. Celui qui est doué d’une immense puissance la lui a enseignée. » — (sourate An-Najm : 2-5) Lorsque cette foi et cette conviction pénètrent les veines et les moindres ramifications des adeptes du prophète, ceux-ci suivent le prophète avec une totale sérénité intérieure. Leur cœur ne laisse aucune place au doute, à l’hésitation ni aux conflits intérieurs. Ils ne craignent jamais que cette voie soit peut-être imparfaite, tandis qu’une autre voie serait fondée sur la vérité ou du moins meilleure qu’elle. Il est évident qu’une telle culture sera solide au degré souhaité, que son adhésion sera extrêmement solide et qu’elle manifestera davantage de discipline que les autres cultures du monde. Sa méthode de pensée, ses normes morales et ses règles sociales seront davantage marquées par la cohésion, l’équilibre et la stabilité.
En vérité, les prophètes d’Allah furent les bâtisseurs de cette culture. Pendant des centaines d’années, ils en avaient préparé le terrain dans toutes les régions du monde. Lorsque le terrain fut entièrement préparé, le dernier prophète, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), vint en édifier la construction complète.
La nature particulière de la prophétie de Muhammad
Tout ce qui a été exposé jusqu’ici concernait les règles générales relatives à la prophétie. Mais il existe également plusieurs points qui se rapportent spécifiquement à la prophétie de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il ne fait aucun doute que, du point de vue du rang prophétique, il n’existe fondamentalement aucune différence entre Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et les autres prophètes. En effet, la déclaration explicite du Noble Coran est la suivante : (***************) aucune distinction entre les prophètes n’est permise. En principe, cela s’applique donc à tous les prophètes : ils ont tous été envoyés par Allah. Ils ont tous reçu la « sagesse » et la « connaissance ». Ils appellent tous au même Sirât al-Mustaqîm. Ils sont tous des guides et des conducteurs pour l’humanité. L’obéissance à tous est obligatoire et la vie de chacun constitue un modèle digne d’être imité par l’humanité. Toutefois, en pratique, Allah Très-Haut a accordé au dernier prophète, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), une distinction particulière par rapport aux autres prophètes dans plusieurs domaines. Cette distinction n’est nullement une affaire ordinaire et insignifiante, dont la prise en considération ou la négligence serait sans conséquence ; elle revêt au contraire une importance fondamentale dans l’ensemble du système islamique. En pratique, toutes les croyances et toutes les lois de l’islam reposent sur le rang particulier de la prophétie de Muhammad. C’est pourquoi la foi d’une personne en la prophétie ne peut être pleinement purifiée tant qu’elle n’a pas cru en Muhammad, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), en tenant compte de ce rang particulier et distinctif.
La différence entre les prophéties antérieures et la prophétie muhammadienne
Pour comprendre cette question, il est nécessaire de garder à l’esprit quelques points.
Premièrement : les indications coraniques, l’histoire ancienne et les déductions rationnelles montrent que le nombre des prophètes devait dépasser plusieurs milliers. Le Coran dit : (***************) « Il n’est pas de peuple auquel aucun avertisseur n’ait été envoyé. » Il est évident qu’un si grand nombre de peuples humains a vécu à travers le monde que notre histoire n’a pu et ne pourra jamais en garder la trace. Ainsi, même si un seul prophète était venu auprès de chaque peuple, le nombre des prophètes aurait nécessairement dépassé le millier. Certains hadiths viennent également étayer cette idée : ils mentionnent jusqu’à cent vingt-quatre mille prophètes. Pourtant, parmi cette multitude, le nombre des prophètes dont le Noble Coran mentionne les noms se compte sur les doigts d’une main. Même si nous y ajoutons les noms des chefs religieux dont le Coran ne donne aucune indication quant à la prophétie, ce nombre ne dépasse toujours pas quelques dizaines. La disparition des noms et même des traces d’innombrables prophètes, ainsi que l’effacement des vestiges de leurs enseignements, prouve donc qu’ils étaient venus pour des époques et des peuples particuliers. Ils n’avaient rien qui pût assurer la permanence et la pérennité de leurs enseignements, ni leur donner une portée universelle.
Deuxièmement : en outre, les biographies et les enseignements des prophètes et des chefs religieux dont nous connaissons les noms sont recouverts d’une telle accumulation de récits légendaires et de déformations que notre ignorance à leur sujet est sans égale. Il suffit d’examiner, selon les seuls critères historiques et en écartant toute croyance imaginaire, les vestiges qui subsistent aujourd’hui dans le monde pour devoir reconnaître qu’on ne peut se fier à aucun d’eux. Nous ne sommes même pas en mesure de déterminer avec certitude la durée réelle de leur vie. Nous ignorons jusqu’à leurs véritables noms. Nous ne pouvons pas non plus affirmer définitivement qu’ils aient réellement vécu dans ce monde. Des historiens ont même émis des doutes sur le fait que des personnages célèbres tels que Bouddha, Zarathoustra et Jésus aient été des figures historiques plutôt que de simples personnages imaginaires. De plus, tout ce que nous savons de leur vie est si bref et si vague qu’il est impossible de les prendre comme modèles à imiter dans quelque domaine de la vie que ce soit. Il en va presque de même pour les enseignements qu’ils ont prêchés. Aucun des livres et des doctrines transmis en leur nom ne peut être authentiquement rattaché à eux. Au contraire, des preuves solides, tant internes qu’externes, montrent que ces livres et ces enseignements ont subi de profonds changements et remaniements. Il apparaît donc clairement que, de tous les prophètes et chefs religieux qui ont précédé Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui), la mission prophétique et la direction religieuse ont pris fin.
Troisièmement : il est établi de manière évidente, au sujet de presque tous les prophètes et chefs religieux, que l’enseignement de ceux qui étaient venus parmi des peuples particuliers était précisément destiné à ces peuples. Certains d’entre eux l’ont eux-mêmes déclaré, tandis que les événements l’ont démontré pour d’autres. Les enseignements d’Ibrahim (sur lui la paix), de Moussa (sur lui la paix), de Confucius, de Zarathoustra et de Krishna n’ont jamais dépassé les limites de leurs propres peuples. Il en va de même pour les autres prophètes et chefs religieux des peuples sémitiques et aryens. Certes, les disciples de Bouddha et de Jésus ont réussi à transmettre leurs enseignements à d’autres peuples. Mais eux-mêmes n’ont jamais œuvré en ce sens et n’ont jamais prétendu que leur message s’adressait au monde entier. Au contraire, il est rapporté de Jésus (sur lui la paix), dans l’Évangile lui-même, qu’il était venu dans le monde uniquement pour guider les enfants d’Israël.
Quatrièmement : parmi tous les prophètes et chefs religieux, Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) est le seul homme dont la vie, le caractère et les enseignements nous soient rapportés par des informations exactes, authentiques et certaines, dont la véracité ne laisse absolument aucune place au doute. C’est pourquoi l’on peut affirmer, sans craindre la moindre contestation, qu’il n’existe aujourd’hui, au sujet d’aucun personnage historique dans le monde, un ensemble d’informations aussi exactes et fiables. Si même une personne sceptique venait à douter de leur véracité, elle devrait jeter au feu toutes les archives historiques du monde. Car après avoir mis en doute l’authenticité d’un fonds documentaire aussi considérable, elle serait forcément conduite à admettre que tout le savoir historique n’est qu’un amas de mensonges et qu’on ne peut se fier à la moindre de ses lignes.
Cinquièmement : ainsi, parmi tous les prophètes et chefs religieux, seule la vie et la biographie de Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) nous sont connues dans tous leurs détails. Et cela ne vaut pas seulement pour les chefs religieux des peuples : parmi tous les personnages historiques du monde, il n’existe, en dehors de Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui), aucun homme dont la biographie ait conservé dans les pages de l’histoire autant de détails. S’il existe une différence entre l’époque de Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) et la nôtre, c’est que, jadis, sa présence physique était là, alors qu’elle ne l’est plus aujourd’hui. Mais si l’on ne fait pas de l’existence physique une condition de la vie, nous pouvons dire que le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) est encore vivant aujourd’hui et qu’il le restera tant que sa biographie demeurera dans le monde. Grâce aux recueils de hadiths et aux ouvrages biographiques, les hommes d’aujourd’hui peuvent encore observer la vie de Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) d’aussi près que ses contemporains pouvaient le faire. Il est donc tout à fait légitime d’affirmer que, parmi les prophètes et les autres chefs religieux, seul Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) peut être suivi de manière véritable et complète.
Sixièmement : la même remarque s’applique aux enseignements du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Il a déjà été dit qu’aucun prophète ni chef religieux n’a laissé un livre révélé et des enseignements prêchés qui subsistent aujourd’hui dans leur forme exacte et auxquels on puisse se rattacher, de manière certaine et fiable, par une chaîne de transmission jusqu’à leur porteur et à leur prédicateur. Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) est le seul à jouir de ce privilège. Le livre qu’il a apporté, le Coran, existe exactement dans la langue dans laquelle le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) l’a présenté. En outre, les directives qu’il a données dans ses propres paroles, en dehors du Coran, sont elles aussi préservées dans une forme presque parfaitement exacte. Et, si Dieu le veut, elles le resteront éternellement. Ainsi, parmi les prophètes et les chefs religieux, les enseignements de Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) sont les seuls que l’on puisse suivre avec sérénité et sans le moindre doute.
Septièmement : considérez l’ensemble des informations actuellement disponibles dans le monde au sujet de l’enseignement et de la vie des prophètes et des maîtres religieux du passé. Tous les exemples sacrés de vérité et de sincérité, de bienfaisance et de bonté, de noblesse de caractère et de bonne conduite que vous y trouverez, vous les trouverez chacun dans l’enseignement et la vie de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). De même, dans l’enseignement et la vie des dirigeants apparus dans la société humaine après lui, vous ne trouverez aucune vérité, sincérité, vertu ou bonté qui ne soit déjà présente dans l’enseignement et le caractère de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). En outre, vous ne trouverez dans l’enseignement et la vie de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aucune réserve aussi riche de connaissance véritable, d’action vertueuse et de bonnes mœurs qu’on ne puisse trouver dans l’enseignement et la vie d’un maître religieux passé ou actuel de ce monde. Le plus important est que, concernant la connaissance divine, le caractère moral et la conduite dans la vie terrestre, l’être humain ne peut concevoir, en dehors de l’islam, aucune parole exempte d’erreur. Il est donc indéniable que l’enseignement et le caractère de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) constituent la somme de tout le bien. Tout ce qui existait de vrai, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’a exposé ; il a illuminé ce qu’on appelait le droit chemin. Il a clairement présenté toutes les bonnes mœurs et toutes les règles de conduite qui pouvaient être nécessaires pour préserver, sur les plans individuel et collectif, le caractère moral et le comportement des êtres humains, et pour mener correctement leur vie dans ce monde. Il n’y a désormais plus aucune possibilité d’y ajouter ou d’y apporter des extensions.
Huitièmement : parmi l’ensemble des prophètes et des maîtres religieux, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est le seul à avoir affirmé que sa mission s’adressait à toute l’humanité ; en pratique, de son vivant déjà, il a envoyé des lettres d’invitation aux souverains de différents pays, et son appel est parvenu à chaque région de la terre et à chaque groupe de l’humanité. Cette distinction n’a été acquise par personne d’autre que lui (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Certains n’ont même pas revendiqué l’universalité et ne lui ont pas non plus conféré un statut universel. La religion de certains autres a certes acquis un statut universel ; mais eux-mêmes ne l’ont jamais revendiqué ni œuvré en ce sens. En réalité, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est le seul homme à avoir revendiqué l’universalité, à avoir œuvré pour elle et à l’avoir effectivement atteinte.
Neuvièmement : il ne peut y avoir que trois raisons à la venue de prophètes dans le monde. Premièrement, aucun prophète n’est auparavant venu pour guider un peuple et, conformément à **********, un ou plusieurs prophètes sont nécessaires pour lui. Deuxièmement, un prophète était certes venu auparavant, mais les signes de sa mission prophétique ont disparu ; son enseignement et le Livre qu’il avait apporté ont été altérés ; les traces relatives à sa vie ont été effacées et il est devenu impossible aux gens de suivre son excellent modèle. Troisièmement, l’enseignement du ou des prophètes précédents étant incomplet, il est nécessaire de lui ajouter et d’y apporter des extensions. En dehors de ces trois raisons, il n’existe aucune quatrième raison à la venue de prophètes, et la raison ne peut pas non plus en admettre une. 1 Lorsqu’un prophète est venu pour un peuple, que son enseignement et sa vie sont conservés dans leur forme exacte, qu’aucun ajout ni aucune extension n’y sont nécessaires, il est absolument impossible qu’un second prophète lui soit ensuite envoyé. La fonction prophétique n’est pas une simple distinction qui serait accordée comme récompense d’une bonne action. C’est au contraire un service d’une nature particulière, confié à quelqu’un selon les besoins, pour une tâche déterminée. De plus, cette fonction n’est pas si insignifiante et si dérisoire qu’elle puisse être confiée à quelqu’un pour attirer simplement l’attention sur un enseignement antérieur. Pour cette tâche, les savants attachés à la vérité et les réformateurs suffisent. La raison exige donc catégoriquement qu’aucun prophète ne puisse venir tant que l’une des trois raisons mentionnées ne s’est pas produite. Or notre discussion précédente a démontré qu’avec la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ces trois raisons ont toutes disparu. Sa mission s’adresse à toute l’humanité ; il n’est donc désormais plus nécessaire qu’un prophète distinct vienne pour chaque peuple. Le Livre qu’il a apporté et les signes de sa mission prophétique sont conservés dans leur forme absolument exacte ; il n’est pas non plus nécessaire qu’un nouveau Livre ou une nouvelle guidance vienne. Son enseignement et sa guidance sont complets et parfaits. Dans ce domaine, rien de la connaissance véritable n’est resté caché, et il ne reste rien à présenter comme guidance et modèle à suivre pour les bonnes actions
1. Une raison peut certes être qu’il soit nécessaire d’envoyer, aux côtés d’un prophète, un autre prophète pour l’aider. On trouve plusieurs exemples de ce genre dans le Coran. Mais ce n’est pas le sujet de notre discussion. En effet, la mission prophétique du prophète auxiliaire n’est qu’une annexe de la mission prophétique pour laquelle il a été nommé comme ministre afin d’apporter son aide.
Il n’y a eu aucune lacune à cet égard. Il n’est donc pas non plus nécessaire qu’un complémentateur intervienne. Puisque ces trois raisons n’existent pas, alors que la venue d’un prophète dépend précisément de ces trois éléments, il faut naturellement reconnaître qu’après la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), la porte de la prophétie s’est définitivement fermée. Si cette porte restait aujourd’hui ouverte, cela signifierait qu’Allah accomplit aussi des actes vains, alors qu’Allah est exempt, parfaitement pur et saint de toute imperfection. Rien de vain n’est jamais accompli par Lui. 1
Le Coran a exposé de manière très détaillée et parfaitement claire les trois distinctions particulières de la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
L’appel universel
Le Coran dit
« Dis : Ô hommes ! Je suis, pour vous tous, le Messager d’Allah, à qui appartient la royauté des cieux et de la terre. Il n’y a de divinité que Lui ; c’est Lui qui donne la vie et qui donne la mort. Croyez donc en Allah, en Son Prophète et Messager illettré, qui croit en Allah et en Ses paroles. Suivez-le afin que vous soyez bien guidés. » — (Sourate Al-A‘râf : 158)
« Ô Muhammad ! Nous t’avons envoyé comme annonciateur de bonne nouvelle et avertisseur pour l’ensemble de l’humanité, mais la plupart des gens n’en ont pas connaissance. » — (Sourate Saba : 28)
1. Il ne s’agit pas seulement du fait qu’envoyer un prophète sans nécessité serait une entreprise vaine ; ce serait également contraire à la raison. Une fois la mission de la prophétie achevée, sa porte devrait nécessairement se fermer, afin que les hommes du monde entier puissent s’unir en suivant un seul prophète. Sinon, si cette porte restait ouverte, l’avènement de chaque nouveau prophète ferait de nouveau apparaître parmi les hommes une distinction entre la mécréance et la foi, et ceux qui étaient unis commenceraient à se séparer les uns des autres.
« Ô hommes ! Ce Prophète vous est venu de la part de votre Seigneur avec la vérité. Croyez donc : cela est meilleur pour vous. Mais si vous persistez dans la mécréance, sachez qu’Allah est le Souverain des cieux et de la terre. » — (Sourate An-Nisâ’ : 170)
« Ô Muhammad ! Nous t’avons envoyé comme miséricorde pour les mondes. » — (sourate Al-Anbiyâ’ : 107)
« Béni soit Celui qui a fait descendre sur Son serviteur le Livre qui distingue la vérité du faux, afin qu’il soit un avertisseur pour l’ensemble des mondes. » — (sourate Al-Furqân : 1)
Plusieurs points en ressortent clairement :
Premièrement, la mission de Muhammad (paix et salut sur lui) n’est destinée ni à une époque, ni à une nation, ni à un pays en particulier ; il est au contraire, pour l’éternité, le guide et le conducteur de l’ensemble de l’humanité.
Deuxièmement, l’ensemble de l’humanité a reçu l’ordre de croire en lui et de le suivre.
Troisièmement, il est impossible de trouver la bonne voie sans croire en lui et sans le suivre.
Ces trois points relèvent tous du dogme, car l’universalité et l’infinité de l’islam, cette civilisation universelle, reposent précisément sur ce dogme. En vérité, si l’on admettait qu’il est possible de trouver la bonne voie en dehors de la religion prêchée par le noble Prophète (paix sur lui), l’universalité de l’appel islamique disparaîtrait entièrement et l’universalité de l’idéal islamique deviendrait également dépourvue de sens.
La perfection de la religion islamique
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C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la bonne direction et la vraie religion, afin de la faire prévaloir sur toute religion. » — (Sourate At-Tawbah, 33)
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« Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai accompli sur vous Mon bienfait et J’ai agréé pour vous l’islam comme religion. » Il ressort de ce verset que ce que l’on appelle la bonne direction et ce que l’on entend par la vraie religion ont été transmis dans leur totalité et leur perfection par le Prophète arabe (paix sur lui). Sa mission prophétique s’est étendue à l’ensemble des religions. C’est par son intermédiaire que la religion a été parachevée. Le flot limpide de la bonne direction, qui descendait peu à peu par l’intermédiaire des prophètes antérieurs, est alors parvenu à son plein accomplissement. Désormais, il ne reste, dans la bonne direction, la religion et la connaissance de la vérité, aucune chose dont la manifestation nécessiterait la venue d’un autre prophète ou messager. La conséquence naturelle d’une déclaration aussi explicite de la perfection de la religion et de l’accomplissement du bienfait devait être la rupture du lien d’obéissance et de suivi avec les prophéties antérieures, ainsi que la fermeture de la porte de la prophétie pour l’avenir. Ces deux éléments, à savoir l’abrogation des religions antérieures et l’achèvement de la prophétie, constituent les caractéristiques distinctives de la mission de Muhammad (paix sur lui). Le Noble Coran énonce clairement ces deux éléments.
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L’abrogation des religions antérieures
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La signification de l’expression « l’abrogation des religions antérieures » est que tout ce que les prophètes précédents avaient enseigné est désormais abrogé. Il est certes nécessaire d’avoir, de manière générale, foi en leur mission prophétique et en leur véracité, car ils furent tous des prédicateurs de l’appel islamique. Croire en eux revient à croire en l’islam. Mais, dans la pratique, le lien d’obéissance et de suivi qui nous unissait à eux a désormais été rompu et n’est plus rattaché qu’à l’enseignement et au modèle de vie de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). En effet, sur le plan des principes, après la perfection, l’imperfection n’a plus aucune raison d’être. Deuxièmement, les enseignements et les biographies des prophètes antérieurs ont été altérés et effacés, de sorte qu’il n’est désormais plus possible de les suivre correctement. C’est pourquoi, partout où le Noble Coran ordonne d’obéir au Messager et de le suivre, il emploie des termes particuliers. Ceux-ci désignent spécifiquement Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ainsi, il est dit :
« Dis-leur : “Obéissez à Allah et au Messager.” Puis, s’ils n’acceptent pas votre appel, Allah ne peut assurément aimer ceux qui refusent de Lui obéir et d’obéir au Messager. » — (Sourate Âl ʿImrân, 32)
Obéissez à Allah. Obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui sont investis de l’autorité générale. (Sourate An-Nisâ’, 59)
« Quiconque obéit au Messager obéit en réalité à Allah. » (
C’est pour cette raison que les peuples qui croient en l’un des prophètes antérieurs ont eux aussi reçu l’ordre de croire en Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et de le suivre. C’est pourquoi il est dit :
*************
« Ô gens du Livre ! Notre Messager est venu à vous ; il vous exposera beaucoup de ce que vous cachiez du Livre, tout en vous pardonnant beaucoup de choses. Une lumière et un Livre explicite vous sont venus de la part d’Allah. Par son intermédiaire, Allah guidera vers les voies de la paix ceux qui recherchent Son agrément ; Il les fera sortir des ténèbres vers la lumière et les guidera sur un chemin droit. » (Sourate al-Mâ’idah, 15-16)
Il est dit ailleurs :
« Ceux qui, parmi les gens du Livre, croient véritablement sont ceux qui suivent le Prophète illettré, le Messager, dont ils trouvent la mention inscrite dans leur propre Torah et leur propre Évangile. Il leur ordonne ce qui est convenable et leur interdit ce qui est blâmable ; il leur rend licites les bonnes choses et leur interdit les mauvaises, et il les décharge de leurs fardeaux et des chaînes qui les entravaient. Ceux qui croient en lui, le soutiennent et l’assistent, et suivent la lumière descendue avec lui, ceux-là sont les bienheureux. Ô Muhammad ! Dis : “Ô hommes ! Je suis, pour vous tous, le Messager d’Allah, à qui appartient la royauté des cieux et de la terre. Il n’y a de divinité que Lui ; Il donne la vie et donne la mort. Croyez donc en Allah, en Son Messager, le Prophète illettré, qui croit en Allah et en Ses paroles, et suivez-le afin que vous soyez bien guidés.” » (Sourate al-A‘râf, 157-158)
Dans ces versets explicites, l’abrogation des religions antérieures a été expliquée ; leur sens et leur portée ont été exposés, sa cause a été énoncée et ses conséquences naturelles ont été indiquées. Il y est également précisé que, désormais, l’accès à la bonne direction et au salut est intimement lié au suivi du Prophète illettré (s.a.s.). Il y est en outre expliqué que la religion prêchée par le Prophète illettré (s.a.s.) n’est en réalité que la réforme et l’accomplissement de la religion qui avait été envoyée aux croyants de la Torah et de l’Évangile ainsi qu’aux autres peuples.
Le sceau de la prophétie
De même, le Coran glorieux a énoncé dans les termes les plus explicites l’autre conséquence de l’accomplissement de la religion : le sceau de la prophétie. Il est dit :
« Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes, mais il est le Messager d’Allah et le sceau des prophètes. Allah est parfaitement informé de toute chose. » — (Sourate al-Ahzâb, 40)
Cette déclaration concernant la clôture de la porte de la prophétie est si claire que, si le cœur de quelqu’un n’est pas tortueux et retors, il ne peut ensuite trouver aucune possibilité d’ouvrir la porte de la prophétie au sein de l’islam. Que le mot **** mentionné dans le verset soit lu avec une « fatha » sur la lettre ** ou avec une « kasra », le résultat est le même dans les deux cas : la porte de la prophétie a été définitivement fermée conformément à la science d’Allah, contre laquelle rien ne peut se produire.
Éléments indispensables de la foi en la prophétie de Muhammad
Ces trois croyances — la perfection de la religion islamique, l’abrogation des religions antérieures et le sceau de la prophétie — font en réalité partie des convictions fondamentales de l’islam, et constituent des éléments indispensables de la foi en la prophétie. Le fondement de l’appel universel de l’islam est qu’une religion complète a été instaurée pour l’humanité sous la forme de la mission de Muhammad : elle a parachevé les insuffisances de tous les appels antérieurs et n’a laissé pour l’avenir aucune imperfection qui puisse un jour nécessiter d’être complétée. Cette religion parfaite a établi pour toujours une distinction précise et permanente entre l’islam et la mécréance, entre la vérité et le faux. Après cela, jusqu’au Jour de la Résurrection, aucune réduction ni addition ne lui sera nécessaire. En vérité, tout ce qui relève de l’islam et de la vérité, Muhammad (paix et bénédictions sur lui) l’a clairement exposé. Il n’est donc plus possible qu’apparaisse une chose nouvelle dont l’acceptation par lui conditionnerait le fait d’être musulman et d’avoir atteint la vérité. À l’inverse, ce que Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a qualifié de mécréance et de faux restera à jamais mécréance et faux. Ce qu’il a déclaré ne peut pas devenir aujourd’hui vérité et islam ; de même, aucune nouvelle distinction entre la mécréance et l’islam ne peut être établie sur la base d’une autre chose que ce qu’il a enseigné. C’est sur un fondement aussi solide et immuable qu’a été édifié l’imposant édifice de la communauté universelle et durable ainsi que de la culture islamique. Il a été construit sur une telle base afin que les hommes du monde entier puissent s’unir pour toujours en suivant une même communauté, une même religion et une même culture. Cette communauté sera telle qu’ils n’auront aucune crainte quant à sa perfection et à sa permanence. L’appel universel de l’islam repose sur la confiance et la certitude, et c’est sur elles que dépendent également sa stabilité et sa pérennité. Celui qui affirme qu’après la révélation de l’islam il demeure licite de suivre les religions antérieures veut en réalité priver l’islam de son droit à l’appel universel. En effet, s’il est possible d’obtenir la guidance par d’autres voies que l’islam, appeler toute l’humanité vers l’islam deviendrait inutile. Celui qui affirme que l’enseignement de Muhammad (paix et bénédictions sur lui) peut être corrigé, modifié et augmenté selon les besoins et les circonstances de chaque époque veut en réalité priver l’islam de son droit à la permanence. Car si une religion est incomplète et susceptible d’être modifiée et augmentée, prétendre qu’elle constitue pour toujours un moyen d’obtenir la guidance est mensonger. À l’inverse, celui qui affirme qu’après Muhammad (paix et bénédictions sur lui) la venue d’un prophète reste possible veut en réalité porter atteinte à la stabilité même de l’islam. Maintenir ouverte la porte de la prophétie signifie que l’unité et la cohésion de l’islam resteront constamment menacées par la division et la dislocation. En outre, l’apparition d’un nouveau prophète ferait naître une nouvelle distinction entre la mécréance et l’islam ; et, dans chacun de ces cas, ceux qui croient en Allah, en Muhammad (paix et bénédictions sur lui) et au Coran sortiraient de l’islam par groupes entiers. Ainsi, ouvrir la porte de la prophétie revient en réalité à ouvrir la porte de la discorde et de l’égarement. Parmi toutes les causes possibles de déracinement de l’islam, la revendication d’une nouvelle prophétie est la plus grave et la plus dangereuse. L’organisation de la nation musulmane a été établie sur ce principe : tous ceux qui croient en Muhammad (paix et bénédictions sur lui) et au Coran sont musulmans et croyants. Ils forment une seule communauté et une seule nation. Ils sont frères les uns des autres. Dans le bonheur comme dans l’épreuve, dans la joie comme dans la tristesse, ils partagent le sort les uns des autres. Si certains venaient alors à dire que croire en Muhammad (paix et bénédictions sur lui) et au Coran ne suffit pas, qu’il est également obligatoire de croire en moi, et que celui qui ne croit pas en moi est mécréant malgré sa foi en Muhammad (paix et bénédictions sur lui) et au Coran, celui qui, sur cette base, crée parmi les musulmans une distinction entre la mécréance et l’islam, divise la nation constituée par Muhammad (paix et bénédictions sur lui), rompt les liens de fraternité entre ceux que le Coran a rendus frères en les appelant ******Arabic*****, sépare leurs prières et autres pratiques, brise leurs liens matrimoniaux et ne laisse même subsister entre eux les relations de soins aux malades, de consolation dans le deuil et de participation aux funérailles — qui pourrait être un plus grand ennemi de l’islam, de la nation islamique, de la culture islamique et de l’organisation sociale islamique ?
Cette discussion permet aisément de comprendre combien sont importantes, en relation avec la prophétie de Muhammad, la perfection de la religion islamique, l’abrogation des religions antérieures et la croyance au sceau de la prophétie, ainsi que pourquoi leur inclusion dans la foi est indispensable à la stabilité et à la pérennité de l’islam et à son établissement.
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La foi dans les Livres
Dans la terminologie islamique, le terme « Livre » désigne un ouvrage révélé par Allah au Messager pour guider les hommes. Dans cette perspective, le Livre est la déclaration officielle de ce message (Version officielle), ou, selon la terminologie islamique, la « Parole divine », pour transmettre laquelle aux hommes, l’expliquer et l’ancrer dans la réalité, des prophètes sont envoyés dans le monde. Il n’est pas question ici d’examiner en quel sens le « Livre » est la parole d’Allah ni quelle est la nature de sa qualité de Parole d’Allah. Il s’agit d’une discussion purement théologique, qui n’a pas de rapport avec le sujet présent. Nous nous pencherons seulement sur la question suivante : quel est le rôle de la foi au Livre (la foi dans le Livre) dans l’édification des fondements de la culture islamique ? À cette fin, il suffit de savoir que les principes et les éléments fondamentaux de l’enseignement destiné aux hommes par l’intermédiaire du prophète sont inspirés dans le cœur du prophète par Allah. Ni dans leur formulation ni dans leur sens, l’intelligence et la réflexion personnelles du prophète, pas plus que sa volonté et ses désirs, n’y ont la moindre part. C’est pourquoi, tant par les mots que par le sens, cette parole est la Parole d’Allah et non une composition personnelle du prophète. En tant que messager digne de confiance, le prophète transmet cette parole aux serviteurs d’Allah. De plus, grâce à la clairvoyance qu’Allah lui a accordée, il en explique le sens et la portée. Sur la base de tous ces principes divins, il édifie une structure complète de la moralité, de la vie sociale et de la civilisation-culture. Par l’enseignement, la prédication, les bons conseils et la pureté de son caractère, il opère un changement fondamental dans les conceptions, les inclinations et les modes de pensée des hommes. Il fait naître en eux l’esprit de piété, de pureté, de droiture et de bonne conduite. Par l’éducation et la guidance pratique, il les organise de telle manière qu’une nouvelle société apparaît, avec une nouvelle mentalité, de nouvelles pensées et conceptions, de nouvelles coutumes et de nouvelles lois. En outre, il laisse parmi eux le Livre d’Allah, ainsi que les traces de son propre enseignement et de son caractère pur, qui servent toujours de flambeau à cette société et aux générations suivantes.
Le rapport entre la prophétie et le Livre
La « prophétie » et le « Livre » proviennent tous deux de l’Unique Dieu. Tous deux constituent des éléments indispensables d’une même réalité divine et les moyens d’accomplir le même objectif et le même appel. La connaissance de Dieu et Sa sagesse se trouvent dans le Messager tout comme dans les pages du Livre. La vie du Messager est l’incarnation concrète de l’enseignement dont l’exposé verbal est appelé le « Livre ».
La nature humaine elle-même — la fitra — est en quelque sorte ainsi faite qu’elle ne peut tirer aucun bénéfice extraordinaire d’un enseignement purement livresque. En plus de la connaissance, elle a besoin d’un éducateur et d’un guide humains qui, par son propre enseignement, enracine cette connaissance dans le cœur des gens et qui, en l’incarnant, insuffle à ceux-ci, par ses actes, la conscience vivante que cet enseignement est destiné à produire. Dans toute l’histoire de l’humanité, vous ne trouverez pas un seul exemple où un livre, à lui seul et sans la direction ni l’éducation d’un maître humain, ait pu révolutionner la mentalité, la vision du monde et le mode de vie d’une nation. Si les guides qui ont provoqué de puissantes révolutions dans la pensée et les activités de diverses nations n’étaient pas nés comme l’incarnation complète et concrète de leur propre enseignement, et si leur éducation ainsi que leur idéalisme ne s’étaient manifestés que sous la forme de livres, aucun prétendu explorateur audacieux des mystères de la nature humaine n’aurait pu affirmer que les mêmes révolutions produites par l’enseignement vivant de ces guides auraient pu être accomplies par ce Livre seul.
D’un autre côté, la nature humaine présente également cette caractéristique qu’elle souhaite, en plus d’un guide humain, disposer d’une explication authentique et fiable de l’enseignement qu’il a prêché — qu’elle soit consignée sur le papier ou préservée dans les cœurs. Si les principes sur lesquels un guide fonde la pensée, les activités, la moralité et la civilisation d’une nation ne sont pas préservés dans leur forme originelle, l’empreinte de son enseignement commence peu à peu à s’effacer. À mesure que cette empreinte disparaît, les fondements du mode de vie individuel ainsi que de l’organisation sociale et des lois s’affaiblissent eux aussi progressivement. Finalement, il ne reste plus à cette nation que des récits et des légendes. Elle ne possède alors plus la force de préserver une société et une civilisation puissantes. C’est pourquoi les adeptes des guides dont l’enseignement n’a pas été préservé sont tombés dans le tourbillon de l’erreur et de l’égarement. Les nations qu’ils avaient organisées se sont plongées dans toutes sortes de déformations de la pensée, de la croyance, de la conduite, de la moralité et de la civilisation. Après la disparition de ces guides, il ne restait plus rien qui puisse maintenir les principes exacts et justes sur lesquels ces nations avaient été organisées à l’origine.
Le Créateur de l’univers connaissait parfaitement cette nature de Ses créatures. C’est pourquoi, dès le moment où Il prit en charge la guidance de l’humanité, Il institua pour elle simultanément les deux voies de la prophétie et de la Révélation. D’une part, Il éleva au rang de dirigeants des hommes dotés du meilleur caractère ; d’autre part, Il fit descendre sur eux Sa propre parole. Ainsi, ces deux éléments pouvaient répondre aux deux exigences de la nature humaine. Si un prophète était venu sans Livre, ou si un Livre était venu sans prophète, le but de la raison n’aurait jamais été accompli.
L’exemple coranique de la lampe et du guide
Le Noble Coran a exposé ce rapport entre la prophétie et le Livre au moyen d’une parabole. En plusieurs endroits, il compare le prophète à un pionnier et à un guide, dont la tâche consiste à orienter les égarés vers le droit chemin. Ainsi, il est dit :
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D’autre part, Il a qualifié ce Livre par des épithètes telles que « illumination » (***), « clarté » (***), « lumineux » (***), « preuve » (***), « discernant » (***), « illuminateur » (***), « explicatif », etc. Comme il est dit :
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Ces comparaisons ne sont pas de simples figures poétiques ; elles indiquent au contraire une vérité importante. Leur véritable sens est que l’homme ordinaire ne reçoit pas de son intelligence naturelle et des connaissances qu’il a acquises suffisamment de lumière et de direction « grâce auxquelles » il puisse suivre le chemin simple et droit de la vérité. Sur cette route connue et obscure, il a besoin d’un guide exceptionnel qui en connaît parfaitement les règles. Il lui faut dans la main une torche, afin qu’il puisse, grâce à elle, avancer en sachant où se trouvent les trous sur le chemin, où l’on risque de glisser, où poussent les buissons d’épines, d’où partent les voies tortueuses et égarées, et ainsi de suite. Ses compagnons pourront eux aussi, à cette lumière, observer les repères du chemin, reconnaître les signes de la voie droite, discerner les détours et les tournants des chemins tortueux, et le suivre avec une pleine clairvoyance. En réalité, entre le guide et la torche, dans l’obscurité de la nuit, s’établit exactement le même rapport qu’entre le Prophète et le Livre. Si nous arrachons la torche des mains du guide et commençons à avancer seuls avec lui, nous rencontrerons en chemin des carrefours à trois ou quatre branches et toutes sortes de routes ; arrivés là, nous devrons soit nous arrêter, désemparés et perplexes, soit emprunter une voie erronée à la lumière de cette torche. Car la simple existence d’une lampe ne peut dispenser l’homme de l’aide du guide. De même, si le guide n’a pas de torche en main, nous devrons nous accrocher à lui et avancer comme des disciples aveugles ; sans lumière, nous n’acquerrons pas la moindre clairvoyance qui nous permette de distinguer la voie droite de la voie tortueuse et de reconnaître les endroits délicats de la voie droite où l’on trébuche ou glisse. Ainsi, de même que pour parcourir dans l’obscurité de la nuit une route inconnue, nous avons besoin d’un guide expérimenté et familier du chemin ainsi que d’une lampe permettant d’en voir les repères, et que nous ne pouvons nous passer de l’un ou de l’autre, de même, dans le monde inconnu des réalités suprasensibles — où la seule lumière de notre raison et de notre intelligence ne sert à rien — nous avons pareillement besoin de notre Messager et du Livre. En abandonnant le suivi de l’un des deux, nous ne pouvons trouver la voie droite.
Le Prophète est un guide expérimenté qui, grâce à la clairvoyance que lui a accordée Allah, a connu la voie droite de la guidance, le Sirât al-Mustaqîm. Il connaît les moindres détails de cette voie comme un guide qui, après avoir parcouru un chemin d’innombrables fois, en connaît minutieusement chaque étape.
Cette clairvoyance est appelée « intelligence » (***), « connaissance » (***), « compréhension parfaite » (******), « enseignement divin » (*********) et « guidance divine » (**********), dont le Coran mentionne à maintes reprises qu’elles ont été spécialement accordées aux prophètes. Il est dit, par exemple :
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Et le Livre est une torche lumineuse et éclatante grâce à laquelle le Prophète ne se contente pas de conduire ses disciples sur la voie droite : il les pare aussi de la splendeur de la connaissance, de la lumière de la réflexion et de l’éclat de la vérité qu’il a reçus d’Allah à un degré supérieur. En outre, il les forme et les éduque de telle manière que, s’ils suivent ses pas et gardent cette torche en main, ils ne trouveront pas seulement eux-mêmes la bonne voie, mais deviendront également des guides et des conducteurs pour les autres.
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« Nous avons fait descendre ce Livre sur toi afin que tu conduises les gens des ténèbres vers la lumière. » (sourate Ibrâhîm : 1)
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« Nous avons fait descendre sur toi le Rappel (le Coran) afin que tu exposes clairement aux gens la guidance qui leur a été révélée ; peut-être réfléchiront-ils. (sourate
En outre, il a expliqué dans un style sublime que la différence qui existe, dans le monde matériel, entre la lampe et le guide n’existe pas, dans le monde spirituel, entre le Prophète et le Livre. Au contraire, ils y sont reliés par un lien d’unité. Ainsi, ailleurs, le Messager est comparé à la même chose qui, en certains endroits, sert à comparer le Livre. L’inverse a également été fait :
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« Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé comme témoin, annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur, comme celui qui appelle à Lui avec Sa permission, et comme une lampe lumineuse. » De nouveau
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« En vérité, ce Coran guide vers le chemin parfaitement droit. » Dans ce verset, le Livre est appelé un guide.
On comprend ainsi que le lien entre le Livre et le Messager est fondamentalement indissociable. Tous deux sont également nécessaires pour que les hommes reçoivent la bonne direction. Pour que soient préservées intégralement et sans altération l’instauration, la stabilité et la responsabilité du système intellectuel et pratique ainsi que de la culture et de la civilisation que l’islam entend établir, il est indispensable de maintenir constamment son lien avec la prophétie et le Livre. C’est sur la base de ce besoin impérieux que la prophétie et le Livre ont été déclarés séparément deux composantes indispensables de la foi, et que l’insistance à croire en chacun d’eux a été répétée à maintes reprises. Si cette insistance n’avait pas été voulue, il n’aurait nullement été nécessaire d’agir ainsi, car reconnaître la véracité du Messager prouve la véracité du Livre qu’il a apporté, tandis que reconnaître la véracité du Livre revient à prouver la véracité de celui qui l’a transmis.
La foi en tous les Livres célestes
C’est dans le cadre de cette foi que l’islam a ordonné de croire à tous les Livres révélés par Allah à Ses prophètes. De même qu’il est nécessaire, pour être musulman, de croire en tous les prophètes et messagers, il est également nécessaire de croire en tous les Livres. C’est pourquoi le Coran dit à maintes reprises :**************
« Les pieux sont ceux qui croient au Livre qui t’a été révélé et aux Livres révélés avant toi. » — (sourate Al-Baqara : 4)
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« Le Messager et tous les croyants ont cru en Allah, en Ses anges, en tous Ses Livres et en Ses prophètes. » (sourate Al-Baqara : 285)
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« Allah a fait descendre sur toi le Livre avec la vérité, confirmant la véracité de tous les Livres venus avant lui. » (sourate Âl-Imrân : 3)
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« Dis : Nous croyons en Allah, au Livre qui nous a été révélé, aux Livres révélés à Abraham, Ismaël, Isaac et aux descendants de Jacob, ainsi qu’à ce qui a été donné à Moïse, à Jésus et aux autres prophètes de la part de leur Seigneur. Nous ne faisons aucune distinction entre eux et nous Lui sommes soumis. » — (sourate Âl ‘Imrân : 84)
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« Ceux qui ont rejeté ce Livre et les autres Livres avec lesquels Nous avons envoyé les prophètes sauront bientôt quelle sera leur destinée. Lorsque des carcans et des chaînes seront à leur cou, ils seront traînés dans l’eau bouillante, puis précipités dans le Feu ardent. » — (sourate al-Mu’min : 70-72)
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« Certes, Nous avons envoyé les prophètes avec des preuves évidentes et Nous avons fait descendre avec eux le Livre et la Balance, afin que les gens se tiennent dans la justice. » — (sourate al-Hadîd : 25)
En plus de cette présentation générale, l’ordre de croire à certains Livres est donné avec la mention de leurs noms. Ainsi, la Torah est qualifiée de guidée, de lumière (***), de discernement, d’éclat (****), de guide et de miséricorde — (al-Qasas : 5, al-Mâ’ida : 6, al-Anbiyâ’ : 4, al-Ahqâf : 2) — et l’Évangile est également appelé guidée, lumière (***) et exhortation (***), (al-Mâ’ida : 4). En somme, croire en détail aux Livres mentionnés de manière développée dans le Coran, et de façon générale à ceux qui n’y sont pas mentionnés, constitue l’un des principes de l’islam. Selon la conception islamique, il n’existe aucune nation au monde auprès de laquelle le prophète d’Allah ne soit venu avec un Livre de Sa part. Et tous les Livres venus dans les diverses régions du monde et auprès des différents peuples étaient des ruisseaux jaillissant d’une même source, des rayons de lumière émanant d’un même soleil. Tous les Livres étaient venus avec la vérité, la véracité, la guidée et la lumière appelées « islam ». C’est pourquoi tout musulman croit en eux. Quant à celui qui renie ne serait-ce qu’un seul de ces Livres, il est coupable d’avoir tout renié et d’avoir renié la Source véritable.
Le suivi exclusif du Coran
Mais après la foi commence ici la limite de l’observance effective : il est alors nécessaire de rompre avec les autres livres et de ne rester attaché qu’au Coran. Cela s’explique par plusieurs raisons :
Premièrement, beaucoup de livres célestes ont aujourd’hui disparu. Quant à ceux qui existent encore, aucun, si ce n’est le Coran, n’est demeuré préservé dans sa langue et son sens originels. La parole humaine s’y est mêlée à la parole divine, tant dans la langue que dans le sens. Dans ces livres, l’égarement s’est mêlé à la bonne direction, conséquence inévitable du culte des passions. Il est désormais difficile de distinguer ce qui y est vrai de ce qui est faux. Telle est la situation des livres sur lesquels diverses nations ont fondé leur religion et dont on soupçonne qu’ils sont célestes. Certains ne contiennent même plus l’idée qu’ils aient été révélés par Allah. Pour certains, on ne sait même pas, s’ils ont été révélés par Allah, à quel prophète et à quelle époque ils l’auraient été. Pour d’autres, la langue est tellement morte qu’il est aujourd’hui difficile d’en déterminer le sens exact. Dans certains, on constate un mélange manifeste de désirs humains, de doctrines erronées et de superstitions. D’autres contiennent un enseignement explicite du shirk, du culte d’autres qu’Allah et d’autres croyances et pratiques erronées de même nature, qui ne peuvent en aucun cas être vraies. Des livres dans un tel état ne peuvent jamais donner à l’être humain une connaissance exacte ni une lumière juste. Et l’homme ne peut pas non plus, en les suivant, se préserver de l’égarement.
Deuxièmement, parmi tous les livres qui existent aujourd’hui en dehors du Coran, qu’ils soient célestes ou simplement supposés l’être, l’enseignement et les règles sont soit fortement marqués par un nationalisme tribal étroit, soit dominés par les exigences d’une époque particulière. Ils n’ont jamais été et ne peuvent être, pour l’ensemble de l’humanité et à toutes les époques, un moyen de bonne direction et de guidée.
Troisièmement, il ne fait aucun doute que chacun de ces livres contient certaines vérités et certains enseignements justes, ainsi que de nombreux bons principes et règlements destinés à purifier la nature, le caractère et la conduite de l’être humain ; mais aucun livre ne réunit à lui seul toute la vertu et tout le bien, et aucun ne peut, à lui seul, fournir une orientation exacte dans tous les aspects et toutes les dimensions de la vie humaine.
Mais le Noble Coran est totalement exempt de ces trois défauts :
Premièrement : la langue dans laquelle le Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a présenté le Coran est précisément celle dans laquelle il a été préservé. Depuis le premier jour, des centaines de milliers, voire des millions de personnes l’ont mémorisé à chaque époque. Des centaines de millions de personnes le récitent quotidiennement. Des copies en sont continuellement transcrites. Jamais aucune différence n’est apparue dans son sens ou dans sa formulation. Il n’y a donc aucune place au doute à ce sujet : le Coran entendu de la bouche du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est celui qui existe aujourd’hui dans le monde et qui y demeurera à jamais. Jamais un seul mot n’y a été modifié, et cela ne pourra jamais arriver.
Deuxièmement : le Coran a été révélé en arabe, une langue qui est encore vivante aujourd’hui. Des centaines de millions d’arabophones vivent actuellement dans le monde. Les ouvrages qui étaient, à l’époque de la révélation du Coran, les œuvres littéraires les plus éminentes et les modèles de cette langue existent encore aujourd’hui. Les difficultés que l’on rencontre pour comprendre les livres des langues mortes ne se présentent guère lorsqu’il s’agit de saisir le sens et la portée de ces œuvres littéraires.
Troisièmement : le Coran est entièrement vrai et infaillible, et il est rempli, du début à la fin, d’enseignements divins. On n’y trouve nulle part la moindre trace d’émotions humaines, de convoitises des passions, d’égoïsme national ou tribal, ni d’égarement issu de l’ignorance. Pas même une particule de parole humaine n’a pu se mêler en lui à la parole d’Allah.
Quatrièmement : il y est adressé une invitation à l’ensemble de l’humanité, et sont présentés des croyances, des principes moraux et des règles de conduite qui ne sont propres à aucun pays, aucune nation ni aucune époque particulière. Chacun de ses enseignements est à la fois universel et éternel.
Cinquièmement : toutes les vérités, les principes fondamentaux, ainsi que les enseignements relatifs au bien et aux bonnes œuvres énoncés dans les précédents Livres célestes y sont réunis. On ne peut citer d’un quelconque livre religieux aucune vérité ni aucune bonne œuvre dont le Coran ne fasse mention. Face à un Livre aussi complet, l’être humain devient naturellement indépendant de tous les autres livres.
Pour toutes ces raisons, l’islam a rompu le lien de l’observance avec tous les livres et a déclaré que seul le Coran méritait d’être suivi ; il a appelé le monde entier à adopter exclusivement ce Livre comme code et méthode de conduite.
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إِنَّا أَنزَلْنَا إِلَيْكَ الْكِتَابَ بِالْحَقِّ لِتَحْكُمَ بَيْنَ النَّاسِ بِمَا أَرَاكَ اللّهُ وَلاَ تَكُن لِّلْخَآئِنِينَ خَصِيمًا
« Nous avons fait descendre sur toi ce Livre en toute vérité, afin que tu juges entre les gens avec la connaissance de la vérité qu’Allah t’a donnée. » (Sourate An-Nisâ’ : 105)
« Ainsi, ceux qui ont cru en ce Prophète, qui l’ont soutenu et secouru, et qui ont suivi la lumière descendue avec lui, ceux-là sont les bienheureux. » – (Sourate Al-A‘râf : 157)
C’est aussi pour cette raison que les peuples qui possèdent déjà un Livre céleste ont eux aussi été appelés à croire au Coran et à le suivre. C’est pourquoi le Coran ordonne à maintes reprises :
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« Ô gens à qui le Livre a été donné ! Croyez en ce Livre que Nous avons révélé (le Coran), qui confirme la véracité des Livres que vous détenez. » — (sourate An-Nisâ’, 47)
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« Ô gens du Livre ! Notre Messager est venu à vous ; il vous expose beaucoup de choses que vous cachiez du Livre et vous en pardonne beaucoup d’autres. Une lumière et un Livre explicite vous sont venus de la part d’Allah. Par son intermédiaire, Allah guide vers les voies de la paix ceux qui recherchent Sa satisfaction ; par Sa permission, Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière et les guide vers un chemin droit. » — (sourate Al-Mâ’ida, 15-16)
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« Nous avons fait descendre sur toi des versets parfaitement clairs, et seuls les pervers les renient. » — (sourate Al-Baqara, 99)
La conviction approfondie concernant le Coran
Le Livre qui a été désigné comme le guide parfait de la pensée et de la croyance pour les hommes, et qui a été établi comme un code obligatoire pour la vie pratique, ne peut être pleinement suivi tant que l’homme ne nourrit pas la ferme conviction qu’il est infaillible, fondé sur la vérité et exempt de tout défaut et de toute imperfection. En effet, si le moindre doute s’éveille quant à sa pureté, il ne pourra plus lui accorder sa confiance ni sa quiétude, et il ne pourra pas le suivre avec une pleine assurance. C’est pourquoi les éléments indispensables de la foi dans le Coran (îmân envers le Coran) ont été eux-mêmes exposés dans le Noble Coran. À savoir :
Premièrement : le sens dans lequel le Coran a été révélé est resté préservé. Il n’y a subi aucune diminution ni aucun ajout. Les versets suivants en témoignent :
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« C’est à Nous qu’incombent son rassemblement et sa récitation ; lorsque Nous le récitons, suis donc sa récitation. Puis c’est à Nous qu’incombe l’explication de son sens. » — (sourate Al-Qiyâma : 17-19)
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« Nous allons te faire réciter de telle sorte que tu n’oublieras pas — sauf ce qu’Allah voudra que tu oublies, cela est distinct. » — (sourate Al-A‘lâ : 6-7)
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« C’est Nous qui avons fait descendre ce Rappel (le Coran), et c’est Nous qui en sommes les Gardiens. » — (sourate Al-Hijr : 9)
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« Récite ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur ; personne ne peut changer Ses paroles. » – (sourate Al-Kahf : 27)
Deux : aucune puissance satanique n’a la moindre part dans la révélation du Coran.
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« Satan ne l’a pas fait descendre ; cela ne relève d’aucun d’entre eux, et ils n’en sont pas capables. Au contraire, ils ont été tenus à l’écart de l’écoute de la révélation. » – sourate Ach-Chu‘arâ : 210-212)
Trois : le Coran ne laisse même aucune place aux désirs et aux souhaits du Prophète lui-même.
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« Il ne parle pas selon son propre désir ; ce n’est autre qu’une révélation qui lui a été révélée. » – (sourate An-Najm : 3-4)
Quatre : le Coran n’offre absolument aucune place au mensonge et à la fausseté.
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« C’est assurément un Livre solide et protégé ; le faux ne peut l’atteindre ni par devant ni par derrière. Il est descendu de la part d’un Être sage et digne de louange. » – (sourate Hâ-Mîm as-Sajda : 41-42)
Cinquièmement : le Coran est entièrement vérité ; il n’a pas été révélé sur la base de suppositions ou de conjectures, mais bien sur la base d’une connaissance véritable. Il ne comporte aucune déviation ni tortuosité ; il guide les hommes vers le droit chemin.
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« Ceux qui possèdent la connaissance considèrent que ce Livre descendu vers toi de la part de ton Seigneur est la vérité ; il guide les hommes vers Allah, le Puissant et digne de louange. » – (sourate Saba : 6)
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« C’est, sans aucun doute, la vérité certaine. » – (sourate al-Hâqqa : 51)
« Nous leur avons apporté un Livre que Nous avons détaillé sur la base d’une connaissance véritable, et que Nous avons fait, pour les croyants, une guidance abondante et une miséricorde. » – (sourate al-A‘râf : 52)
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« Ô Muhammad ! Dis : “C’est Lui qui a révélé ce Livre, Lui qui connaît tous les mystères des cieux et de la terre.” » – (sourate Al-Furqân : 6)
« Aucune parole de ce Livre n’a été énoncée sur la base du doute. »
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« Allah n’y a placé aucune déviation ; il est parfaitement droit. »
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« Certes, ce Coran guide vers une voie parfaitement droite. »
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Sixièmement : nul n’a le droit de modifier les prescriptions et les enseignements du Coran, pas même le Prophète lui-même.
« Dis : Je n’ai pas le droit de modifier ce Livre de mon propre chef. Je ne fais que suivre la révélation qui m’est faite. Si je désobéissais à mon Seigneur, je craindrais le châtiment d’un jour terrible. » — (sourate Yûnus : 15)
Septièmement : rien de ce qui est contraire au Coran ne doit en aucune manière être suivi.
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« Suivez ce qui vous a été révélé de la part de votre Seigneur, et ne suivez pas, en dehors de cela, d’autres protecteurs. » — (sourate al-A‘râf : 3)
Telle est la conception globale de l’islam concernant le Noble Coran, et il est indispensable de croire en chacune de ses parties. Celui dont la conviction ne comporte pas l’une d’elles ne pourra jamais suivre le Coran avec exactitude et plénitude. Il s’écartera plutôt du droit chemin appelé « islam ».
Les fondements de la culture islamique
C’est la foi en un seul Livre et en un seul Messager, l’obéissance et le suivi de celui-ci, la reconstruction de la mentalité selon le modèle qu’il a façonné, l’élaboration de l’ensemble de l’aqida, de l’adoration, de la morale, des transactions et des règles sociales à partir de cette source unique, ainsi que l’unification de toute la société musulmane par le lien de cette foi, de cette obéissance et de ce suivi, qui font de l’islam une culture durable et des musulmans une nation, malgré toutes les différences d’ascendance, de langue, de race et de géographie. Il est certes possible que des divergences apparaissent dans la déduction des règles à partir des versets du Coran et de la Sunna du Messager, ainsi que dans la compréhension de leur sens et de leurs objectifs, en raison des différences de connaissance, d’intelligence, d’exploration, d’étude, de perspective, de penchant et de disposition. Mais ces divergences portent uniquement sur des questions secondaires et mineures ; elles ne transforment pas les différents madhhabs du fiqh et du kalâm en religions distinctes, ni leurs adeptes en nations séparées. Le véritable fondement de la communauté islamique consiste à reconnaître Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) comme le seul modèle à suivre en tant que Messager d’Allah, à reconnaître le Noble Coran comme l’unique livre de loi en tant que Livre d’Allah, et à proclamer que ces deux éléments sont la source de toute la croyance et de toute la loi. Ceux qui sont d’accord sur ce principe fondamental forment ensemble une seule nation, quelles que soient leurs divergences sur les détails. Quant à ceux qui ne sont pas d’accord sur ce principe fondamental, quelle que soit la multitude de nations entre lesquelles ils se divisent, ils constituent, du point de vue du Coran, une nation différente.
En vérité, le Coran est la compilation complète de tout ce sur quoi repose l’édifice de l’islam. Celui qui a foi au Coran a également foi en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses prophètes et en l’au-delà, car le détail complet de tous ces articles de foi se trouve dans le Coran. Le fruit certain de la foi au Coran est donc l’acquisition d’une foi parfaite par l’être humain. De même, le Noble Coran mentionne tous les principes fondamentaux et toutes les dispositions essentielles de la charia islamique, et le Législateur de la charia en a clarifié les principes et les dispositions par ses paroles et ses actes. Ainsi, celui qui, avec une foi infaillible, reconnaît le Coran et la Sunna du Messager comme la loi à observer impérativement dans tous les domaines de sa vie est assurément musulman, tant par sa foi que par ses œuvres. L’ensemble de cette foi et de l’observance de cette loi est appelé islam. Là où ces deux éléments sont présents, l’islam est également présent. Et là où ils sont absents, l’islam n’est pas présent non plus.
7.
La foi au Jour dernier
Le Jour dernier désigne la vie qui suit la mort. C’est pourquoi on l’appelle également la vie de l’au-delà et l’autre monde. Il est probablement impossible de trouver dans le Noble Coran une seule page où l’au-delà ne soit pas mentionné. Cette question y est abordée de diverses manières et sous diverses formes, et elle a été profondément ancrée dans le cœur des hommes. Des arguments et des preuves ont été fournis quant à sa réalité. Son exposé détaillé a été présenté. Son importance a été expliquée. Les hommes ont été appelés à y croire. Il a été clairement déclaré que celui qui ne croit pas à cette vie dernière voit toutes ses œuvres réduites à néant :
« En vérité, quiconque traite Nos signes de mensonges et nie le fait de comparaître devant le tribunal dans l’au-delà, toutes ses œuvres sont réduites à néant. » — (sourate al-A‘râf : 147)
« Sont perdants ceux qui ont traité de mensonge l’annonce de leur rencontre avec Allah. » — (sourate al-An‘âm : 31)
En vérité, la foi en l’au-delà, qui a été présentée avec une telle importance, peut être considérée comme une réponse à certaines questions qui surgissent naturellement dans l’esprit humain.
Quelques questions naturelles
L’être humain éprouve davantage de tristesse que de bonheur, et davantage de peines et de souffrances que de confort. Il est tout à fait naturel que ce qui blesse le plus les sentiments d’une personne mette d’autant plus sa faculté de réflexion en activité. Lorsque nous acquérons quelque chose, dans la joie que cela nous procure, nous ne nous demandons même pas d’où cela vient, comment cela est venu à nous et combien de temps cela durera. Mais lorsqu’une chose nous est retirée, le choc de sa perte frappe durement notre faculté de réflexion, et nous nous mettons alors à penser : comment a-t-elle pu être perdue ? Où est-elle allée ? Où se trouve-t-elle ? La retrouverons-nous un jour ? C’est pourquoi la question de la vie et de son apparition revêt pour nous beaucoup moins d’importance que celle de la mort et de ses conséquences. Certes, en voyant la scène du monde et notre propre existence en son sein, nous nous demandons nécessairement : quel est ce tumulte ? Comment cela a-t-il été créé ? Qui l’a créé ? Mais toutes ces réflexions restent occasionnelles. En dehors des personnes remarquables et profondément réfléchies, les gens ordinaires ne se préoccupent pas de ces questions. En revanche, chaque être humain doit faire face à la mort et à son amertume. Dans la vie de chacun surviennent de nombreux moments où, sous ses propres yeux, il voit mourir des parents, des proches, des amis et des êtres aimés. Les personnes démunies et faibles meurent elles aussi, tout comme les personnes puissantes et vigoureuses. Il y a des morts douloureuses, et l’on voit aussi survenir des morts riches d’enseignements. Ainsi, en voyant tout le monde suivre ce chemin, chacun acquiert la conviction profonde qu’il devra lui aussi l’emprunter. Il serait sans doute impossible de trouver une personne qui, devant ces scènes, ne soit pas bouleversée par la question de la mort — qu’est-ce que la mort, où va l’être humain après avoir franchi cette porte, que se trouve-t-il derrière cette porte, ou bien y a-t-il réellement quelque chose ?
C’est là une question générale que se posent aussi bien les gens ordinaires que les gens extraordinaires. Du simple agriculteur au grand philosophe et au savant éminent, tous s’en préoccupent. Mais il existe à ce sujet quelques autres questions qui ne cessent de tourmenter l’esprit de presque toute personne réfléchie, et les nombreuses expériences amères de la vie ne font qu’accroître ce tourment. Dans ce monde, les quelques années de notre vie, chacun de ses instants, chacune de ses secondes, sont consacrés à une activité ou à un effort quelconque. Ce que nous considérons comme de l’immobilité est encore une forme de mouvement. Ce que nous considérons comme de l’inaction est encore une sorte d’activité. Dans chacune de ces activités, il est absolument nécessaire que les bonnes actions produisent de bons résultats et les mauvaises actions de mauvais résultats. Les fruits des efforts honnêtes et les conséquences néfastes des efforts malhonnêtes devraient nécessairement apparaître. Mais, dans cette vie terrestre, recevons-nous les conséquences de tous nos efforts, les résultats de toutes nos entreprises et la rétribution de toutes nos actions ? Un malfaiteur a passé toute sa vie dans les mauvaises actions. Il en a certainement subi ici-bas les conséquences dans certains cas. L’une de ses mauvaises actions l’a rendu malade. Une autre l’a plongé dans la peine, la souffrance, les malheurs et l’inquiétude. Mais il n’a pas subi ici-bas toutes les conséquences de nombre de ses méfaits. Beaucoup de ses mauvaises actions sont restées cachées aux yeux des gens, si bien qu’il n’a même pas été déshonoré ni humilié. Et même s’il a été discrédité, quelle réparation a été apportée au préjudice subi par le malheureux qu’il avait opprimé ? Les injustices et les persécutions de ce malfaiteur, ainsi que la patience et l’endurance des opprimés sans défense, seront-elles donc vaines ? Toutes ces choses ne produiront-elles jamais aucun résultat ?
Il en va de même pour les bonnes actions. Nombre de gens vertueux ont consacré toute leur vie aux bonnes œuvres sans en recevoir pleinement les fruits ici-bas. Au contraire, certaines de leurs bonnes actions leur ont valu la diffamation et l’humiliation. Ils ont été persécutés pour certaines de leurs bonnes œuvres et ont subi de lourdes peines. Quant à certaines autres de leurs bonnes actions, elles ne se sont même pas manifestées devant le monde. Les bonnes actions de ces malheureux ont-elles donc toutes été vaines ? Après tant de labeur et d’efforts, le fait qu’ils aient trouvé la paix intérieure constitue-t-il à lui seul un résultat suffisant ?
Cette question ne concerne que l’individu et la personne en tant que telle. Mais il existe ensuite une autre question, liée au destin des nations, des classes, des choses et du monde tout entier. Nous voyons des êtres humains mourir, tandis que d’autres naissent à leur place. Les arbres et les plantes, les animaux et les oiseaux disparaissent, puis d’autres arbres et plantes, d’autres animaux et oiseaux apparaissent à leur place. Mais le cycle de la naissance et de la mort se poursuivra-t-il toujours ainsi ? Ne prendra-t-il jamais fin quelque part ? L’ensemble de cette vaste machine qu’est l’univers, qui fonctionne selon un ordre déterminé grâce à l’air, à l’eau, à la terre, à la lumière, à la chaleur et aux forces naturelles, est-il tout entier impérissable ? Une durée de vie n’a-t-elle pas été fixée pour toutes ces choses ? Aucun changement ne se produira-t-il dans leurs règles, leur ordre et leur agencement ?
L’islam a apporté une solution claire à toutes ces questions. En réalité, la croyance en la vie dernière constitue la réponse naturelle à cet ensemble de questions. Mais avant d’examiner cette solution, sa véracité ainsi que ses conséquences morales et civilisationnelles, il convient de vérifier dans quelle mesure l’être humain lui-même a réussi à résoudre ces questions.
Le rejet de la vie dernière
Certains disent que tout ce que l’on entend par vie prend fin avec la vie terrestre. La mort signifie une destruction et une disparition totales ; après cela, il n’existe plus ni conscience de la vie, ni perception, ni rétribution des actes.
« Ils disent : Il n’y a pour nous que notre première mort, et nous ne serons pas ressuscités ensuite. » — (Sourate ad-Dukhân, 34-35)
« Ces gens disent : “Il n’y a de vie que notre vie d’ici-bas. Nous vivons et nous mourons ici seulement, et seul le passage du temps nous fait périr.” » — (sourate Al-Jâthiya, 24)
En revanche, cette immense machinerie qu’est l’univers continuera de fonctionner éternellement comme elle fonctionne aujourd’hui. Son ordre et ses lois sont tels qu’elle ne saurait jamais sombrer dans le chaos.
Ceux qui tiennent ce genre de propos ne les tiennent pas parce qu’ils auraient découvert, par quelque source de connaissance, le fait établi qu’il n’existe véritablement rien après la mort et que cette immense machinerie qu’est l’univers est réellement impérissable. Ils s’appuient seulement sur leurs propres perceptions sensorielles. La raison pour laquelle ils parviennent à cette conclusion est qu’ils n’ont perçu aucun état postérieur à la mort. Ils n’ont pas non plus observé le moindre signe d’un bouleversement de l’ordre universel. Mais la question est la suivante : le seul fait de ne pas percevoir une chose constitue-t-il une preuve suffisante pour la nier ? Nos perceptions indiquent-elles donc l’existence des choses, et l’absence de perception leur inexistence ? Si tel était le cas, je dirais que la chose que je perçois ne commence en réalité à exister qu’au moment où je la perçois, et que lorsqu’elle échappe à mes perceptions, elle disparaît naturellement. Le fleuve que j’avais vu couler n’aurait été créé qu’au moment où je l’ai vu couler, et lorsque celui-ci a disparu de mon champ de vision, son existence aurait elle aussi pris fin. Quel homme sensé accepterait une telle affirmation de ma part comme exacte ? S’il ne l’accepte pas, comment un homme sensé peut-il tenir pour vraie l’affirmation selon laquelle, puisque l’état postérieur à la mort n’est pas accessible à notre observation et à notre expérience, il n’existe pour cette raison aucun état après la mort ?
De même qu’il est erroné de tirer des conclusions sur la mort et la destruction en s’appuyant uniquement sur les perceptions sensorielles, de même les conclusions tirées au sujet de la vie et de l’existence à partir des seules perceptions sensorielles sont dépourvues de fondement. Si, sous prétexte que nous n’avons pas vu l’ordre universel sombrer dans le chaos, il est exact d’en conclure qu’il est éternel et impérissable, alors je pourrais moi aussi, en voyant un édifice solide, affirmer qu’il restera debout pour toujours, puisque je ne l’ai jamais vu s’effondrer et que je n’ai aperçu aucune fissure annonçant son effondrement futur. Mon raisonnement serait-il acceptable pour des gens intelligents ?
L’influence du refus de croire à l’au-delà sur le caractère
Les philosophes et les savants sont aujourd’hui presque unanimes sur ce point : tôt ou tard, l’ordre universel sera nécessairement bouleversé. Il ne se trouve probablement plus, dans les milieux savants, aucun partisan de l’ancienne doctrine de l’éternité de l’univers. Pourtant, nombreux sont encore ceux qui considèrent la mort comme une destruction définitive, et cette conception irrationnelle évoquée plus haut constitue le fondement de leur doctrine. Mais même si l’on met de côté son irrationalité, il demeure une vérité indéniable : cette doctrine ne peut jamais procurer à l’être humain la paix du cœur. Au contraire, elle laisse sans réponse la plupart des questions qui naissent dans l’esprit humain à la vue des événements de la vie. Enfin, si la vie et la formation du caractère humains reposent sur cette doctrine, elles se trouveront nécessairement confrontées à deux situations. Premièrement, lorsque les circonstances seront défavorables, cette doctrine fera peser sur l’être humain un profond désespoir, une grande déception et une totale perte d’enthousiasme. En effet, lorsqu’il ne verra dans ce monde aucune conséquence de ses bonnes actions, son énergie d’agir s’affaiblira et s’éteindra. Lorsqu’il ne verra aucun moyen de remédier à l’injustice et à l’oppression, son courage moral s’effondrera. Lorsqu’il verra s’étendre et se développer dans le monde la corruption, la dépravation et l’oppression, il pensera naturellement que, dans la création, le succès et la prospérité sont réservés au mal, tandis que le bien et les bonnes actions ne conduisent qu’au déclin. En revanche, lorsque les circonstances seront favorables, l’être humain deviendra, sous l’influence de cette doctrine, une bête adoratrice d’elle-même. Il pensera que seul est réussi le jour passé dans le luxe, les plaisirs et la jouissance. S’il est privé de quelque plaisir ou agrément de ce monde, il ne retrouvera plus aucune vie qui lui permette de le réparer. Il se livrera donc sans retenue à l’injustice et à la persécution, dépouillera les gens de leurs droits et n’hésitera pas à commettre les actes les plus vils pour assurer son propre bien-être et satisfaire ses désirs. Dans la conception d’un tel individu, seules pourront au mieux trouver place les bonnes actions, la courtoisie et la décence qui lui procurent réputation, renommée, honneur ou quelque autre avantage terrestre. De même, il ne considérera comme crimes et péchés que les fautes et les actes immoraux dont les conséquences se manifesteront par une peine terrestre, une souffrance physique ou une perte matérielle. À ses yeux, accomplir les bonnes actions dont aucun bénéfice ne doit apparaître dans ce monde ne sera rien d’autre qu’une sottise ; et les méfaits dont aucun dommage ne doit être subi ici-bas seront considérés par lui comme de véritables actes méritoires.
Si, quelque part, tout le système moral d’une société repose sur une telle doctrine et une telle mentalité, toute sa conception morale se transformera. L’ensemble de son système éthique sera fondé sur l’égoïsme et l’adoration de soi. Les bonnes actions y seront synonymes de bien-être terrestre, tandis que la corruption ne sera qu’un autre nom pour désigner le dommage matériel. Le mensonge n’y sera considéré comme un péché que s’il entraîne une perte terrestre ; s’il sert le bien-être, il sera au contraire tenu pour une action vertueuse. Si l’honnêteté permet d’obtenir un avantage ici-bas, elle sera une vertu ; si elle est nuisible, il n’y aura rien de plus condamnable. L’adultère sera une bénédiction lorsqu’il servira le luxe et la jouissance, et il ne sera jugé répréhensible que s’il nuit à la santé. En somme, là où ne subsistent ni la crainte ni l’espoir de voir apparaître, après cette vie terrestre, une bonne ou une mauvaise conséquence, l’être humain ne prêtera attention qu’aux résultats de ses actes susceptibles de se manifester dans ce monde. Il en résultera dans la valeur morale de ses actes et de ses comportements une transformation qui ne saurait convenir à aucune société civilisée. Il serait même plus juste de dire qu’avec une telle échelle de valeurs morales, aucun groupe humain ne peut éviter de tomber à un niveau inférieur à celui des animaux.
Quelqu’un dira que, pour la punition et la récompense, il n’y a pas dans ce monde que les gains et les pertes matériels et physiques ; il existe aussi, chez l’être humain, une force appelée la conscience. Ses tourments et ses cris de douleur constituent eux aussi une punition suffisante, ici-bas, pour les méfaits, et sa sérénité une récompense suffisante pour les bonnes actions. Mais je répondrai qu’il existe dans le monde bien des méfaits dont l’avantage matériel suffit à rendre l’être humain prêt à supporter les morsures de sa conscience. À l’inverse, il faut parfois consentir à tant de sacrifices pour accomplir de bonnes actions que la seule paix de la conscience ne peut en constituer une récompense suffisante. Deuxièmement, il suffit de réfléchir à la nature de la conscience pour constater que sa fonction n’est pas de créer une doctrine morale, mais que, sous l’effet d’une éducation et d’un entraînement particuliers, la conscience commence à soutenir l’idéal moral qui a été inculqué à l’esprit humain. C’est pourquoi la conscience d’un hindou souffre de choses qui ne causent aucune souffrance à celle d’un musulman. Ainsi, si, dans une société, la doctrine morale change et que les critères du bien et du mal se transforment eux aussi, la conscience en changera également de direction. Les actes que cette société laissera injustement impunis ne susciteront chez elle aucun remords, et ceux qu’elle ne reconnaîtra pas comme de bonnes actions ne lui procureront aucune sérénité.
La transmigration des âmes
Le deuxième groupe avance la théorie de la transmigration des âmes. En résumé, la mort ne signifie pas la destruction définitive, mais seulement le passage dans un autre corps. Après avoir quitté ce corps, l’âme prend possession d’un autre corps. Les aptitudes que l’être humain acquiert au cours de sa première vie sous l’effet de ses actes et de ses penchants déterminent le corps suivant — ou, pour employer une expression plus exacte, la cage suivante — qui lui convient. Si ses actes sont mauvais et engendrent en lui des aptitudes inférieures, son âme descendra au niveau biologique ou végétal. Et si, grâce à ses bonnes actions, il parvient à développer de bonnes aptitudes, son âme s’élèvera vers un niveau supérieur. En définitive, selon cette doctrine, la punition et la récompense sont entièrement limitées à ce monde et à l’univers corporel. Les âmes ne cessent de changer de cage dans ce monde afin de subir les conséquences de leurs actes antérieurs.
Cette doctrine fut autrefois très populaire. Quelques siècles avant ʿĪsā (Jésus), des philosophes tels que Pythagore et Empédocle en furent les partisans en Grèce. On en observe également une certaine influence dans l’histoire ancienne de l’Égypte. Sous l’effet d’influences extérieures, la transmigration des âmes s’introduisit aussi chez les Juifs. Aujourd’hui, cependant, cette doctrine se retrouve dans les religions originaires de l’Inde — comme le brahmanisme, le bouddhisme et le jaïnisme — ou chez les peuples sauvages ou semi-civilisés d’Afrique occidentale, d’Afrique australe, du centre de l’Australie, d’Indonésie et d’Amérique du Nord et du Sud. Toutes les autres nations civilisées l’ont rejetée. En effet, les connaissances que l’être humain a acquises jusqu’à présent, grâce au développement de son savoir et de son intelligence, au sujet du monde et de son mode de vie réfutent tous les fondements de la transmigration des âmes. Si, dans les religions originaires de l’Inde elles-mêmes, nous examinons l’histoire de cette doctrine, nous constatons que, dans l’Inde védique ancienne, l’être humain obtenait après sa mort une autre vie, entièrement agréable pour les vertueux et entièrement douloureuse pour les malfaiteurs. Puis cette doctrine subit soudainement une transformation, et la transmigration des âmes apparaît comme une croyance philosophique dans la littérature indienne des époques ultérieures. La cause de cette transformation n’a pas encore été étudiée. Certains chercheurs pensent que cette idée est venue aux Aryens des Dravidiens. D’autres affirment qu’elle existait chez les classes inférieures des Aryens eux-mêmes. Les spéculations des époques ultérieures ont édifié sur cette base un immense bâtiment. De même, la littérature bouddhique contient certes une conception détaillée de la transmigration, mais celle-ci n’existait pas aux débuts de cette religion. La littérature ancienne nous apprend qu’à l’origine, la croyance bouddhique était la suivante : l’être vivant est comme un fleuve qui coule sans cesse au gré des cycles et des transformations. Cette conception évolua ensuite jusqu’à prendre la forme selon laquelle une même âme et une même vie sont présentes dans l’univers entier, changeant de forme en forme et de cage en cage. Il apparaît ainsi clairement qu’au début, les peuples indiens ont abandonné les connaissances qu’ils avaient reçues de la révélation et de l’inspiration divine, pour inventer une doctrine religieuse philosophique et énigmatique. Cette doctrine était entièrement le fruit de leur propre imagination.
Critique intellectuelle
Il n’est pas possible de consacrer ici une discussion détaillée à la transmigration des âmes. Il est toutefois nécessaire d’en dire au moins quelques mots pour montrer que son fondement est entièrement contraire à la raison et au discernement, et qu’il s’oppose à toutes les connaissances humaines et scientifiques acquises sur la vie et le monde. Les partisans de la transmigration pensent que chaque personne reçoit dans ce monde même la rétribution de ses actes : grâce aux bonnes actions, elle monte aux niveaux supérieurs de la vie, et à cause des mauvaises, elle descend aux niveaux inférieurs. Ainsi, si un être humain commet de mauvaises actions dans cette vie, il descendra au niveau biologique ou végétal. Et si un animal accomplit de bonnes actions au cours de sa vie, il s’élèvera au niveau humain. Cela signifie, en d’autres termes, que la vie biologique et végétale est la conséquence des mauvaises actions de la vie humaine, tandis que la vie humaine est le résultat des bonnes actions de la vie végétale et biologique. Autrement dit, les êtres qui sont aujourd’hui humains le sont parce qu’ils avaient auparavant accompli de bonnes actions dans une vie végétale ou biologique. Quant à ceux qui sont aujourd’hui des plantes ou des animaux, ils se trouvent dans cet état parce qu’ils avaient commis de mauvaises actions dans une vie humaine. Pour accepter cette doctrine, il faut encore admettre plusieurs autres choses, toutes contraires à la raison et au discernement. Par exemple :
Premièrement : il est impossible de déterminer un commencement à ce cycle de transmigrations. En effet, pour devenir humain, il faut auparavant avoir été une plante ou un animal. Mais pour devenir une plante ou un animal, il faut nécessairement avoir été humain auparavant. La raison et le discernement déclarent irréel un tel cycle sans commencement.
Deuxièmement : si le cycle des transmigrations est éternel, il faut admettre que non seulement les âmes qui changent sans cesse, mais aussi les matières qui leur fournissent des cages seront éternelles. La Terre, le système solaire et l’ensemble des forces actives qui s’y trouvent seraient donc eux aussi éternels. Or la raison et le discernement exigent, et la recherche scientifique en témoigne également, que ce système solaire n’est ni sans commencement ni éternel.
Troisièmement : il faudrait admettre que toutes les caractéristiques des plantes, des animaux et de l’espèce humaine concernent leur apparence physique, et non la vie elle-même. En effet, la vie qui, en entrant dans la cage humaine, a acquis la raison, le discernement et la capacité de penser, devient dépourvue d’intelligence en entrant dans la cage animale. Et en entrant dans la cage végétale, la pauvre perd même sa volonté et sa capacité d’agir.
Quatrièmement : seuls les actes accomplis après réflexion et en pleine conscience peuvent être qualifiés de bons ou de mauvais, de vertueux ou de vicieux. De ce point de vue, les actes de l’être humain peuvent être vertueux ou vicieux, et il peut donc être puni ou récompensé pour eux ; mais il n’est pas raisonnable de qualifier ainsi les actes des plantes et des animaux, pas plus qu’il n’est raisonnable de les punir ou de les récompenser pour ces actes. Pour parvenir à une telle conclusion, il faudrait également admettre que les plantes et les animaux possèdent eux aussi la capacité d’agir après réflexion et en pleine conscience.
Cinquièmement : si la vie future est le résultat des actes accomplis au cours de notre vie présente, le mal devrait naturellement avoir pour conséquence le mal. Et si, dans la deuxième vie, nous recevons précisément ce mauvais résultat, comment serait-il possible d’accomplir de bonnes actions à partir de ce mauvais résultat ? Il en résulterait naturellement que seuls de mauvais actes seraient accomplis, et que leur conséquence serait encore pire dans la troisième vie. Ainsi, l’âme de l’homme malfaisant continuerait à descendre vers des niveaux toujours plus bas dans le cycle des transmigrations. Elle ne pourrait plus jamais espérer remonter. Cela signifie également que l’être humain peut certes devenir un animal, mais qu’un animal ne peut en aucun cas devenir un être humain. La question qui se pose alors est la suivante : grâce à quelles bonnes actions les êtres humains actuels sont-ils devenus humains, et d’où sont-ils venus ?¹ [Pour une critique plus approfondie de la transmigration des âmes, voir la note 30 de la sourate al-A‘râf dans « Tafhîm al-Qur’ân »]
L’influence de la transmigration des âmes sur la société et la civilisation
En outre, de nombreuses autres raisons empêchent le bon sens et la saine raison d’accepter la transmigration des âmes. C’est pourquoi, à mesure que l’être humain progresse sur les plans intellectuel, scientifique et cognitif, la transmigration des âmes est progressivement abandonnée. Aujourd’hui encore, cette doctrine est principalement répandue parmi les peuples les plus en retard sur les plans intellectuel et scientifique. Il faut également reconnaître que la transmigration des âmes étouffe le courage et le moral de l’être humain, et qu’elle affaiblit l’élan vital du progrès. C’est de cette doctrine qu’est née la conception de la non-violence, extrêmement destructrice pour la vie individuelle et nationale de l’être humain. Chez un peuple qui croit en un tel principe, l’esprit guerrier disparaît naturellement. Sa force physique s’amoindrit. Plus encore, il est privé des meilleures motivations qui permettent de développer cette force physique. Les membres de ce peuple deviennent faibles non seulement physiquement, mais aussi mentalement. C’est en raison de cette double faiblesse qu’ils sont vaincus et soumis ; finalement, ils disparaissent de la surface de la terre ou se fondent dans d’autres peuples plus puissants.
Le deuxième tort de la transmigration des âmes est qu’elle est l’ennemie éternelle de la civilisation et de la culture. Elle entraîne l’être humain vers l’ascétisme et le renoncement au monde. Les adeptes de la transmigration des âmes croient que ce sont les désirs qui souillent l’âme de péché. C’est pourquoi l’âme, enfermée à maintes reprises dans une cage corporelle, subit les conséquences de ses propres actes. Ainsi, si l’être humain réprime ses désirs et ne s’empêtre pas dans le monde et son labyrinthe, l’âme peut se libérer du cycle des renaissances. Et c’est là l’unique voie de la libération. Car une fois impliqué dans les affaires terrestres, il est impossible à l’être humain de se défaire de ses désirs et de leurs exigences. La conséquence inévitable en est que ceux qui aspirent à la libération devront devenir des ascètes et se retirer dans les forêts, les jungles, les montagnes ou les régions désertes ; quant à ceux qui n’y consentiront pas, ils devront, désespérant d’obtenir la libération, se préparer à transmigrer au niveau des animaux et des plantes. Une telle conception peut-elle être le moins du monde favorable au progrès de la civilisation et de la culture ? Et une nation qui professe une telle croyance peut-elle progresser dans le monde ?
Il ne fait aucun doute que, sous divers aspects, la transmigration des âmes est au moins préférable à la conception de la mort comme destruction définitive ou départ éternel. Car l’être humain nourrit naturellement le désir de subsister éternellement, et la transmigration des âmes peut, dans une certaine mesure, apaiser ce désir. De plus, cette doctrine comporte les notions de punition et de récompense, ainsi que de conséquences des bonnes et des mauvaises actions ; elle peut donc, sur cette base, contribuer à l’établissement d’un excellent système moral solidement fondé. Mais nous avons également souligné à maintes reprises cette vérité indéniable : une doctrine contraire au savoir et à la raison, qui fait obstacle au progrès de la civilisation et de la culture, ne peut conserver une emprise solide sur l’esprit et l’intelligence humains — à chaque étape du développement scientifique et intellectuel, et à chaque phase du progrès de la civilisation et de la culture, avec une égale
force. Et lorsque son emprise ne peut se maintenir, le simple fait qu’elle subsiste dans les pages des livres en tant que doctrine philosophique ne peut en rien contribuer à la stabilité et à la solidité du système moral. Car ce n’est que lorsqu’elle sera établie dans les cœurs au lieu de demeurer dans les livres, et que les gens y adhéreront pleinement, qu’elle pourra être jugée utile.
Deuxièmement, cette doctrine a également perdu sa propre valeur morale en raison de ses conséquences ultimes. Car elle amène l’être humain à croire que le cycle des renaissances fonctionne exactement comme une machine : la conséquence déterminée de chaque acte se manifestera inévitablement, et ni le repentir, ni le pardon, ni l’expiation ne peuvent en modifier les effets et les résultats. Dans ces conditions, une fois qu’il aura commis un péché, l’individu sera pris pour toujours dans le cycle du péché ; il se dira alors : puisque je dois nécessairement devenir un animal ou une plante, pourquoi ne profiterais-je pas pleinement de tous les conforts, plaisirs et jouissances de cette vie humaine ?
La croyance en la vie future
Deux sortes de conclusions concernant le devenir du monde et de l’humanité ont été présentées ci-dessus. Il est également apparu que ces deux conceptions, tout en n’étant pas irréprochables du point de vue du jugement et de la raison, ne fournissent pas non plus une réponse complète et satisfaisante aux questions qui surgissent naturellement dans l’esprit humain à la vue des signes de décadence et de destruction dans le monde. En outre, elles ne possèdent pas les qualités nécessaires pour soutenir un système moral exact et solidement établi. Écoutons maintenant ce qu’énonce la troisième conception :
Premièrement : de même que chaque chose dans le monde possède une durée de vie particulière, au terme de laquelle le désordre et la dégradation apparaissent naturellement en elle, l’univers lui aussi a une durée de vie déterminée. À son terme, toute cette machinerie cosmique sera réduite en pièces et un autre monde lui succédera, régi par des lois naturelles entièrement différentes de celles du présent monde.
Deuxièmement : après la destruction de cet univers, Allah Très-Haut établira un tribunal où tout sera soumis au compte. Ce jour-là, l’être humain recevra une nouvelle vie corporelle. Il comparaîtra devant son Seigneur
Toutes les actions accomplies au cours de sa vie antérieure seront examinées et pesées avec exactitude. Son affaire sera jugée avec vérité et justice. Il recevra une récompense pour ses bonnes actions et un châtiment pour ses mauvaises actions.
Troisièmement : la vie terrestre de l’être humain n’est au fond qu’une introduction à sa vie future. Cette vie est éphémère, tandis que l’autre est éternelle. Celle-ci est incomplète, celle-là est parfaite. Dans cette vie passagère, les résultats de toutes les actions ne se manifestent pas pleinement. Dans ce monde incomplet, chaque germe ne peut porter fruit conformément à son développement naturel. Cette imperfection trouvera son achèvement dans la seconde vie. De même, tout ce qui est demeuré ici stérile et vain y révélera son véritable résultat et sa véritable portée. Par conséquent, l’être humain ne doit pas porter son attention uniquement sur les résultats incomplets et parfois trompeurs qui apparaissent dans la vie terrestre à la suite de ses actions. Il doit au contraire évaluer ses actions en tenant compte de la chaîne complète de leurs résultats.
En vérité, c’est cette conception que les prophètes d’Allah ont exposée. Le Noble Coran a lui aussi appelé l’humanité à l’accepter avec force. Mais avant d’examiner les conséquences morales de cette conception ainsi que sa place et son importance dans la culture islamique, nous voulons étudier quels arguments et quelles preuves la fondent, et dans quelle mesure le jugement et la raison l’acceptent.
La méthode correcte de la recherche théorique intellectuelle
En réalité, la question de savoir s’il existe une vie après la mort concerne un domaine qui dépasse les limites de nos sens et de l’expérience acquise par nos perceptions. Tout au plus ressentons-nous que l’homme qui, quelques instants auparavant, respirait et agissait selon sa volonté, est désormais privé de tous les signes de la vie. Quelque chose a disparu de son corps, quelque chose qui insufflait à cette matière inerte, immobile et inactive la force nécessaire à son développement, à l’intelligence et au mouvement. On peut alors se demander : où cette chose est-elle allée ? Existe-t-elle encore après s’être séparée du corps, ou a-t-elle disparu ? Et par la suite, son lien avec ce corps, ou avec un autre corps semblable, sera-t-il un jour rétabli ? À l’aide de nos sensations et des connaissances issues de l’expérience, nous ne pouvons donner à ces questions aucune réponse, ni négative ni positive. Car nous n’avons en réalité jamais perçu cette chose, et nous ne la percevons pas davantage aujourd’hui. Il faut donc comprendre d’emblée que cette question n’a aucun rapport avec la science, c’est-à-dire avec la connaissance positive ou issue de l’expérience. Si la science ne peut formuler à ce sujet aucune conclusion positive, elle n’a pas davantage le droit d’en formuler une négative. Tout ce que la science peut dire, c’est : « Je ne sais pas ce qui se passe après la mort. » Mais si, s’écartant de l’équité et de la rigueur, elle prétendait : « Puisque je ne sais pas ce qui se passe après la mort, je sais donc qu’il ne se passe rien après la mort », elle dépasserait assurément les limites du rationalisme.
Après l’expérience sensorielle, la deuxième source de connaissance dont nous disposons est la réflexion(Arabe*****). L’homme a toujours refusé de se confiner dans les limites des objets accessibles aux sens. Sa nature mentale l’a constamment poussé à employer sa faculté de penser pour connaître les vérités cachées qui se trouvent au-delà des choses perceptibles. Cette recherche intellectuelle est appelée réflexion. Elle comporte deux méthodes :
La première méthode consiste à fermer les yeux sur les signes manifestes du monde et de l’existence humaine elle-même, ou à agir avec une grande témérité, pour tirer des conclusions à partir de considérations purement intellectuelles et poursuivre jusqu’au bout la course effrénée de la raison. C’est le domaine de la philosophie fondée uniquement sur les conjectures, et cette étape obscure est la source de toutes les égarements. C’est de là que sont nées les doctrines philosophiques dans lesquelles l’homme se laisse prendre et s’égare dans le monde de l’imagination. C’est également de là que sont apparues les diverses doctrines, souvent contradictoires, concernant Dieu, les anges, l’ordre de l’univers et la vie de l’au-delà : elles ne sont rien d’autre que le résultat d’une progression à tâtons dans l’obscurité, fondée sur les suppositions, les conjectures et l’imagination.
La deuxième méthode consiste à ouvrir les yeux sur la nature de l’univers et sur sa propre existence, à observer les signes qui servent de flambeaux sur le chemin de la vérité, puis, à la lumière de ces signes, à parvenir, grâce à un jugement sain et à une pensée juste, aux vérités fondamentales cachées derrière eux. Par cette méthode, la science et la philosophie avancent conjointement. Certes, elle ne constitue pas non plus une voie absolument sûre pour atteindre la vérité réelle ; mais, si l’on met de côté la guidance céleste, elle est pour l’homme l’unique source de recherche de la vérité. Grâce à elle, il est possible d’atteindre la vérité réelle, ou du moins de s’en approcher. À condition, bien sûr, que le pouvoir d’observation de l’homme soit pénétrant, que sa faculté de perception soit pure et aiguë, et qu’il possède de grandes aptitudes et de grands dons pour la réflexion et la recherche. Selon la conception philosophique, le progrès et le développement de l’homme dépendent de la combinaison de l’observation et de la réflexion. Aucune des doctrines sur lesquelles repose aujourd’hui la philosophie, ni aucun des principes auxquels un étudiant en sciences ne peut renoncer sans être incapable d’avancer d’un seul pas, ne dépend de la seule expérience et de la seule observation. Chaque doctrine et chaque principe repose sur les conceptions intellectuelles concrètes pour lesquelles l’expérience et l’observation servent de matériaux. Les principes et les lois auxquels les grands philosophes accordent leur foi — les lois de la nature, les principes de l’attraction et de la répulsion, la causalité, la relativité, l’évolution, la survivance du plus apte, et autres — sont tous le résultat de la réflexion et de la recherche intellectuelles appliquées aux phénomènes visibles et aux signes naturels. Autrement, personne n’a jamais observé directement, par les sens, aucune de ces lois ni aucun de ces principes.
En outre, la confiance qu’un philosophe accorde à une conclusion tirée de ses propres observations et conjectures est exactement aussi grande que celle qu’un homme ordinaire accorde à un objet perçu par ses sens. Pourtant, même le plus éminent des philosophes ne peut contraindre un incroyant à accepter cette conclusion. Car tant qu’un homme n’aura pas observé les phénomènes visibles et les signes extérieurs depuis le même point de vue particulier que le philosophe, et tant qu’il n’aura pas employé ses facultés de réflexion et de recherche comme les philosophes, la seule manière pour lui d’entrer dans la voie de la philosophie et d’y progresser consiste à faire confiance à l’intelligence et au discernement du philosophe, à abandonner les conclusions qu’il a tirées de ses propres observations et réflexions, et à accorder une foi invisible aux conclusions adoptées par celui-ci.
Il faut graver fermement cette idée dans son cœur. Car il est nécessaire de la comprendre pour saisir la description et l’argumentation du Noble Coran concernant les réalités supranaturelles. C’est parce qu’on ne la comprend pas que naissent de nombreuses conceptions erronées. Nous allons maintenant porter notre attention sur l’exposé du Noble Coran concernant la vie de l’au-delà.
Les questions des incroyants au sujet de la vie de l’au-delà
Lorsque le Noble Coran exposa la doctrine de la vie de l’au-delà, les incroyants soulevèrent contre elle une question. Cette question était exactement semblable à celle que posent les incroyants d’aujourd’hui. En réalité, une seule question peut être soulevée à ce sujet. La voici : la résurrection après la mort n’est-elle pas une chose totalement étrangère à la raison et à la conception ? Comment pouvons-nous admettre que l’homme mort, dont le corps s’est décomposé et mêlé à la terre, dont les membres se sont dispersés çà et là dans la terre, l’air et l’eau, puisse retrouver la vie ?
Arabe*************
« Ils dirent : Lorsque nous serons réduits en poussière, serons-nous alors recréés sous une nouvelle forme ? » — (sourate As-Sajda : 10)
Arabe************
« Ils dirent : Lorsque la chair aura fondu et qu’il ne restera de nous que les os, et que nous serons réduits en poussière, serons-nous alors ressuscités après avoir été recréés ?
» — (sourate Banî Isrâ’îl : 49)
Arabe**************
« Lorsque nous serons morts et mêlés à la terre, serons-nous de nouveau relevés ? Un tel retour est inconcevable pour la raison et l’imagination. » — (sourate Qâf : 3)
Arabe***************
« Qui le fera revivre après que ses os se seront décomposés et désagrégés ? » — (sourate Yâ-Sîn : 78)
L’argumentation du Noble Coran
Pour répondre à ce doute, le Noble Coran a adopté une argumentation remarquable. Il a d’abord invité les gens à observer les signes de la puissance d’Allah et à y réfléchir et méditer.
Il dit : Arabe****************
« Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, afin qu’il leur devienne évident que ceci est la vérité. » — (sourate Hâ-Mîm as-Sajda : 53)
Arabe**************
« Ne réfléchissent-ils donc pas au système des cieux et de la terre ?
» — (sourate Al-A‘râf : 185)
Arabe*************
« Il existe dans les cieux et sur la terre de nombreux signes devant lesquels ils passent sans y prêter attention, sans y réfléchir. » — (Sourate Yûsuf : 105)
Cette indication signifie que l’être humain n’a pas reçu la capacité d’observer directement les choses cachées à ses sens, ni d’en déterminer la nature par l’expérience. Toutefois, s’il observe de ses propres yeux les signes qui lui sont présentés jour et nuit, s’il examine l’organisation des cieux et de la terre, s’il porte son regard sur sa propre création et s’efforce, en réfléchissant et en étudiant les données accessibles à ses sens et acquises par l’observation, de parvenir à la vérité réelle, il comprendra aisément que tout ce qui a été dit est exact, juste et rationnel.
La possibilité de la vie dans l’au-delà
Ensuite, le Coran présente aux gens les éléments parmi ces phénomènes extérieurs et ces signes apparents qui sont parfaitement évidents, et démontre par là que ce que vous considérez comme dépassant votre raison et votre compréhension, aussi impossible que cela puisse vous paraître selon votre raison et votre compréhension, n’est en réalité nullement impossible.
Arabe************
« C’est Allah qui a élevé les cieux sans piliers visibles pour vous, puis S’est établi sur le Trône. Il a soumis le soleil et la lune à Son ordre. Chacun d’eux poursuit sa course jusqu’à un terme fixé. C’est Lui qui dirige l’ensemble de l’univers. Il expose clairement Ses signes, afin que vous soyez convaincus de votre rencontre avec
votre Seigneur. » — (Sourate Ar-Ra‘d : 2)
Arabe***********
« Votre création est-elle plus difficile, ou celle du ciel ? Allah a pourtant créé une chose aussi immense. » — (Sourate An-Nâziʿât : 27)
Ces signes célestes de la puissance divine établissent cette vérité : Allah seul a créé un univers aussi immense. Il a soumis les grandes planètes et les étoiles aux liens de lois qui leur sont propres. C’est Sa puissance qui fait fonctionner ce vaste monde selon une organisation parfaite. Ainsi, aucune planète ne peut dévier, ne serait-ce que de l’épaisseur d’un cheveu, de son orbite ; elle ne peut pas davantage s’écarter, ne serait-ce qu’un instant, de la durée de vie qui lui a été fixée. C’est Sa puissance infinie qui a établi les différentes sphères de l’univers sur des fondements invisibles, insensibles et hors de la portée de l’être humain. Comment une pensée aussi puissante et aussi capable qu’Allah ne pourrait-elle pas détruire une créature insignifiante comme l’être humain, puis lui redonner la vie ? Concevoir une telle idée à Son sujet est la preuve de la plus grande extravagance et de la plus grande stupidité.
Arabe************
« Ne voient-ils donc pas qu’Allah, qui a créé les cieux et la terre, est capable de créer des êtres humains semblables à eux ? » — (Sourate Banî Isrâ’îl : 99)
Après le ciel, le Coran attire notre attention sur les signes de notre environnement le plus proche, c’est-à-dire ceux de la Terre :
Arabe************
« Parcourez la terre et voyez comment Allah a commencé la création.
Et c’est ce même Allah qui redonne vie à toute chose. Certes, Allah est capable de toute chose. » — (sourate Al-‘Ankabût : 20)
Arabe****************
« Pour eux, la terre morte est un signe : Nous lui avons donné la vie et en avons fait pousser des récoltes dont ils se nourrissent. » — (sourate Yâ-Sîn : 33)
Arabe****************
« Regarde les signes de la miséricorde d’Allah : comment Il redonne vie à la terre après sa mort. Certes, Il redonnera assurément la vie aux morts. Il est capable de toute chose. » — (sourate Ar-Rûm : 50)
Arabe************
« Parmi Ses signes, il y a ceci : tu vois la terre desséchée ; mais dès que Nous y faisons descendre l’eau, elle se met aussitôt à germer et se pare de fleurs et de fruits. Celui donc qui a donné vie à la terre redonnera vie aux morts
Certes, Allah est capable de toute chose. » — (sourate Fussilat : 39)
Arabe**********
« C’est Allah qui dirige les vents. Puis ils soulèvent les nuages. »
Ensuite, Nous conduisons ces nuages vers des contrées dépourvues d’eau, de végétation et de plantes. Puis, par la pluie, Il redonne vie à cette terre morte et aride. C’est ainsi que vous serez ramenés à la vie (le Jour de la Résurrection). » — (sourate Fâtir, 9)
Ensuite, le Coran dit de fermer les yeux sur tout ce qui vous entoure et de réfléchir profondément à votre propre existence. Vous constaterez alors que la preuve du pouvoir d’Allah de redonner vie aux morts se trouve déjà en vous-mêmes.
Arabe****************
« Certes, il s’est écoulé sur l’homme un laps de temps de la longue durée des siècles où il n’était rien de mentionnable. » — (sourate Al-Dahr, 1)
Arabe***************
« Vous étiez morts, puis Allah vous a donné la vie. Ensuite, Il vous fera mourir, puis vous redonnera la vie. Enfin, vous retournerez vers Lui. » — (sourate Al-Baqara, 28)
Arabe***************
« Si vous doutez de la résurrection après la mort, sachez que Nous vous avons créés d’une matière inanimée semblable à la terre » — (sourate Al-Hajj : 5)
Arabe**************
« Il dit : “Qui lui redonnera vie après que les os se seront désagrégés ?” Dis : “Celui-là même leur redonnera vie, qui leur a donné la vie la première fois.” » — (sourate Yâ-Sîn : 78-79)
Arabe***************
« Dis-leur : “Devenez donc des pierres, du fer, ou toute autre chose qui, selon vous, est inconcevable pour l’intelligence de recevoir la vie. Puis ils demanderont : “Qui nous redonnera vie ?” Dis : “C’est Lui (qui la leur redonnera),
qui vous a créés la première fois” — (sourate Banî Isrâ’îl : 50-51)
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« Nous avons créé l’être humain à partir d’une motte de terre, puis nous avons transformé cette motte en une goutte de sperme et l’avons déposée dans un lieu sûr. Ensuite, Nous avons transformé le sperme en caillot de sang. Puis Nous avons donné au caillot de sang la forme d’un morceau de chair. Ensuite, Nous avons créé un squelette pour le morceau de chair. Puis Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l’avons établi sous une forme différente. Béni soit donc Allah, le meilleur des créateurs. Après cela, vous mourrez certainement. Puis, au Jour de la Résurrection, vous serez assurément ressuscités. » — (sourate Al-Mu’minûn, 12-16)
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« L’être humain n’était-il pas simplement une goutte de sperme déversée dans la matrice ? Puis il devint un caillot de sang. Ensuite, Allah lui donna une forme humaine et le façonna harmonieusement. Puis Il le divisa en deux catégories et en fit un couple, composé d’un homme et d’une femme. Un tel Allah ne serait-Il pas capable de ressusciter les morts ? » — (sourate Al-Qiyâma, 37-40)
Après avoir présenté ces preuves claires et évidentes, proches de notre observation et de notre perception sensorielle, le Noble Coran expose un argument lié précisément au savoir du sens commun. Il dit que recréer une chose sous sa forme initiale après qu’elle s’est dispersée et désagrégée est moins difficile que de la créer à partir du néant absolu. Dès lors, si la puissance qui n’a pas été incapable d’accomplir cette tâche plus difficile le peut, pourquoi serait-elle incapable d’accomplir la tâche plus facile ? Si une personne est capable d’inventer un moteur et de le fabriquer, serait-il concevable qu’elle soit incapable, après en avoir séparé et dispersé les pièces détachées, de les réunir à nouveau ? Cet exemple montre que l’Artisan de l’univers, qui vous a créés à partir du néant, ne peut en aucune manière être incapable de vous recréer après la mort.
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« Ne voient-ils pas comment Allah commence la création ? Puis Il la reproduira de la même manière. Et cela est certes plus facile pour Allah. » — (sourate Al-Ankabût, 19)
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« C’est Lui qui commence la création. Puis Il la reproduit, et cette reproduction Lui est très facile. » — (sourate Ar-Rûm, 27)
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« Étions-nous incapables de créer une première fois ? (Non, ils ne nient pas la première création,) mais ils doutent de la nouvelle création. » — (sourate Qâf : 15)
Il reste toutefois ce doute : comment ceux dont les membres ont été détruits et ont disparu après la mort pourront-ils retrouver leur corps originel ? Car certains sont morts noyés, et leurs os et leur chair sont devenus la nourriture des poissons et des créatures aquatiques. D’autres sont morts brûlés par le feu, ou ont été brûlés après leur mort, et leur corps entier s’est transformé en cendres et en fumée. D’autres encore ont été enterrés dans la terre, et leur corps s’y est dissous. Comment, dès lors, leur corps originel pourra-t-il être rendu et leur âme originelle insufflée à nouveau en lui ? Certains ont tenté de répondre à cette objection en disant qu’il n’est pas indispensable de restituer à l’âme son corps originel pour lui rendre la vie corporelle. Il est plutôt possible que l’âme demeure la même et qu’on lui donne un autre corps semblable à son corps précédent. Mais le Coran affirme qu’Allah est parfaitement capable de restituer le corps originel. Les membres corporels de l’être humain n’ont pas simplement disparu dans le néant : chacun de ses éléments, dispersé, se trouve encore quelque part. Ils sont disséminés de diverses manières dans l’air, l’eau, la terre, les corps des plantes ou des animaux et les matières minérales. La connaissance d’Allah est si universelle qu’Il connaît l’emplacement de chacun de ces éléments. Sa force et Sa puissance sont si infinies qu’Il est capable de rassembler ces membres dispersés et de leur rendre leur forme originelle.
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« Nous savons ce que la terre consume d’eux, et Nous détenons un Livre dans lequel chaque chose est conservée. » — (sourate Qâf : 4)
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« Il détient les clés de l’invisible ; nul autre que Lui ne les connaît. Il sait tout ce qui se trouve sur terre et dans la mer. Pas même une feuille qui tombe d’un arbre ne Lui échappe. Il n’existe pas une seule graine dans les ténèbres de la terre, ni rien de sec ou d’humide, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite. » — (sourate al-An‘âm : 59)
Tout ce qui a été exposé ci-dessus a pour objectif de dissiper les doutes qui se trouvent à la base du rejet de l’au-delà. Certes, la cause fondamentale de l’incrédulité n’est pas que les négateurs auraient établi, par une expérience, une observation ou une autre source de connaissance certaine, l’impossibilité de la vie après la mort, de manière définitive et évidente. Le seul fondement de leur incrédulité est qu’ils ne comprennent pas le fait de revivre après la mort. Ils n’ont jamais été témoins d’un tel phénomène ; ils ont plutôt toujours constaté que celui qui meurt ne revient plus. Ainsi, lorsqu’on leur dit que celui qui est mort reviendra, ils considèrent cette affirmation contraire à l’ordre naturel comme irréelle, impossible et dépassant les limites de la raison et de la conception humaine. Mais il suffit d’avancer d’un seul pas dans la réflexion et la recherche pour que ces doutes et ces objections disparaissent et que ce qui paraissait auparavant impossible apparaisse tout à fait possible. Si les gens considèrent certaines choses comme possibles, voire réelles et certaines, c’est parce qu’ils sont habitués à en observer régulièrement les manifestations. Une graine pénètre dans la terre, germe et se manifeste sous la forme d’un arbre immense, aux nombreuses branches. Une goutte de sperme atteint le sein maternel et en sort sous la forme d’un être humain pleinement constitué. L’eau naît de la combinaison de deux gaz, et, selon une loi déterminée, l’eau se transforme sans cesse en vapeur, puis la vapeur en eau. Dans la vaste étendue du ciel vide, des milliards de planètes et d’étoiles se déplacent comme des boules ; elles sont étroitement liées les unes aux autres sans aucun lien matériel. Dans le mouvement, la révolution et la rotation de ces planètes et de ces étoiles, aucun désordre, même infime, ne se produit. Les gens sont très habitués à voir toutes ces choses ; c’est pourquoi ils les considèrent comme ordinaires. Mais si ces phénomènes ne s’étaient pas manifestés devant eux et qu’ils eussent été habitués à un autre ordre des choses, ils les auraient considérés comme dépassant la raison et la conception humaine, et auraient fermement nié leur possibilité. Prenons un exemple : aucune plante ni aucun arbre ne pousse sur Mars. Si l’on disait à ses habitants qu’il suffit d’enfouir dans la terre une graine du poids d’un mâshâ pour qu’elle devienne un arbre gigantesque, plusieurs milliers, voire plusieurs centaines de milliers de fois plus grand que sa forme initiale, cela leur paraîtrait aussi étonnant que la résurrection après la mort paraît étonnante aux habitants de la Terre. Eux aussi rejetteraient exactement cette affirmation. Or il est évident que ce verdict d’impossibilité ne repose ni sur la connaissance ni sur les faits ; il ne serait pas le résultat d’un jugement accessible à la raison, produit par l’ignorance et la stupidité, mais le résultat de ce qui échappe à la compréhension. Il en va exactement de même de l’incrédulité envers l’au-delà. Si les gens comprennent la nature de leur étonnement et de leur incrédulité, ils sauront naturellement que le fait qu’une chose dépasse leur raison et leur conception ne constitue nullement une preuve de son impossibilité ou de son irréalité. Les choses que l’être humain découvre aujourd’hui dépassaient précisément, il y a cent ans, la raison et la conception humaines. Mais les faits ont démontré aujourd’hui qu’elles n’étaient pas réellement impossibles. De même, les choses que l’être humain considère aujourd’hui comme impossibles deviendront possibles entre ses mains dans cent ans, et les faits démontreront qu’elles ne comportaient rien d’impossible. Dès lors, puisque tel est le rapport entre la raison humaine, ce qui la dépasse et les mystères qu’elle contient, aucune chose ne peut être déclarée impossible sous prétexte qu’elle n’est pas accessible à cette raison limitée.
Pour établir l’existence d’une réalité cachée et inaccessible aux sens, il faut d’abord établir sa possibilité. C’est pourquoi le Noble Coran, au moyen d’arguments et de preuves irréfutables, dissipe tous les doutes et toutes les suspicions concernant la vie dans l’au-delà et en établit la possibilité. Il convient ensuite, comme deuxième étape, d’en établir la nécessité. L’intelligence humaine admettra aisément qu’une telle réalité doit nécessairement exister.
L’ordre de l’univers est un ordre empreint de sagesse
La nature de cet univers est-elle l’œuvre d’un Être doué de sagesse, ou bien s’est-elle formée spontanément, sans aucune sagesse ? En réalité, la nécessité de la vie dans l’au-delà dépend précisément de la réponse à cette question. Les adorateurs de la science de notre époque affirment qu’aucun artisan doué de sagesse n’a créé l’ordre de l’univers. Celui-ci se serait formé spontanément et fonctionnerait comme une machine automatique, avec tous ses organes, dont l’être humain fait également partie. Le jour où l’interaction entre la matière et l’énergie prendra fin, cet ensemble se désagrégera complètement. Il est évident que chercher une quelconque finalité ou sagesse dans l’ordre dirigé par une nature aveugle, dépourvue de connaissance, d’intelligence, de conscience, de volonté et de sagesse, est un effort parfaitement vain. C’est pourquoi la science matérialiste contemporaine ne s’est pas contentée de reléguer la causalité téléologique des phénomènes naturels au-delà de ses propres limites : elle a aussi déclaré cette manière de penser totalement superflue et dénuée de sens. Elle affirme catégoriquement que ni la nature de l’univers ni aucune de ses choses ou de ses activités ne possède de finalité. Ainsi, l’œil n’est pas destiné à voir ; la vision serait plutôt le résultat de l’organisation particulière de la matière à l’intérieur de l’œil. De même, le cerveau ne serait pas le centre de la pensée, des sentiments et de la conscience ; tout comme la bile est sécrétée par le foie, la pensée, la réflexion et l’imagination émaneraient du cerveau. En réalité, qualifier de finalité les activités naturelles et spontanées des choses matérielles, et chercher de l’intelligence et de la sagesse dans leur création, ne serait rien d’autre qu’une pure illusion.
Si l’on accepte cette doctrine, il ne reste aucune raison logique d’admettre la nécessité d’une autre vie après la vie terrestre. Car un univers dont l’ordre est dirigé par une nature ignorante, stupide et inconsciente, sans aucun but ni aucune finalité, ne peut avoir plus de valeur qu’un jouet. Un monde dont chaque chose est dépourvue de finalité et qui sera détruit lorsque cette absence de finalité aura atteint son plein accomplissement ne peut, de la part d’une nature aveugle, être paré de la qualité de justice ; il est encore moins possible d’attendre d’elle un jugement, un compte à rendre ou l’équité. Même si l’on pouvait malgré tout la considérer comme dotée de justice, l’être humain, puisqu’il joue entre ses mains le rôle d’une marionnette impuissante et ne possède en réalité ni pouvoir ni volonté — loin de pouvoir accomplir quoi que ce soit par ses propres moyens — ne devrait être tenu responsable d’aucune bonne ou mauvaise action ; pas plus qu’un moteur n’est tenu responsable d’avoir parcouru une route droite ou sinueuse. Une fois la question de la responsabilité abandonnée, celle du jugement, de la justice, de la paix et de la récompense dans ce monde disparaît également ; à plus forte raison, il n’est pas question d’admettre la nécessité d’une vie distincte pour cela.
Mais cette doctrine est entièrement contraire à la raison. Aucune preuve intellectuelle ni aucun témoignage scientifique n’a été présenté pour l’établir. Jusqu’à présent, on s’est borné à dire, en substance : nous ne voyons aucun créateur ni aucun directeur de la nature de l’univers, et nous ne comprenons pas la finalité de sa création. Nous la voyons fonctionner et se mouvoir sans aucun créateur. Quant à connaître le but de ce mouvement, cela nous est impossible et nous ne voyons d’ailleurs aucune nécessité de le connaître. Pourtant, ne pas connaître la cause efficiente et la cause finale d’une chose ne prouve pas que cette chose n’ait ni cause efficiente ni cause finale. Imaginez qu’un enfant aperçoive une imprimerie en fonctionnement. Il ne comprend pas dans quel but cette machine est mise en marche. Il en conclut donc qu’il ne s’agit que d’un jouet, qui fonctionne sans but ni objectif particulier. Il voit que, tout comme la machine produit un certain bruit, que ses pièces bougent et que le sol tremble, des feuilles de papier sont imprimées et sortent de la machine. Il en conclut que ces phénomènes sont, de même que le fonctionnement de la machine, les conséquences naturelles de son mouvement. Il ne comprend pas que, parmi toutes les activités de la machine, une seule — l’impression et la sortie des feuilles de papier — constitue le but pour lequel l’ensemble de la machine a été conçu, tandis que toutes les autres activités sont les conséquences naturelles de son fonctionnement. Son regard curieux d’enfant n’a pas acquis la capacité de comprendre la disposition, l’agencement et l’ordre des pièces de la machine. Il ne comprend pas non plus que la forme donnée à chaque pièce et l’endroit où elle est fixée sont précisément ceux qui lui conviennent, et que, pour accomplir sa fonction dans la machine, il est indispensable que cette pièce ait cette forme et occupe cet emplacement. C’est pourquoi cet enfant à l’intelligence immature s’imagine que la machine s’est formée spontanément par l’assemblage de quelques morceaux de fer. Il n’a pas la maturité intellectuelle nécessaire pour déduire, en observant le fonctionnement et la diversité de l’agencement de la machine, qu’il y a nécessairement derrière elle un Créateur sage, qui l’a fabriquée selon une excellente méthode et un plan remarquable, sans laisser aucune de ses pièces inactive, inutile, incohérente ou superflue ; et qu’une chose conçue avec une telle intelligence et une telle sagesse ne peut être sans cause, sans but ni dépourvue de sens. Si, sur la base de cette observation incomplète et de cette réflexion immature concernant l’imprimerie, cet enfant insensé formait la doctrine selon laquelle la machine n’a ni cause efficiente ni cause finale, qu’aucune intelligence ni aucune sagesse n’a été déployée dans sa création et qu’aucun noble objectif ne préside à sa conception, un adulte intelligent et mûr accepterait-il cette doctrine de l’enfant comme exacte et correcte ?
Si cela n’est pas vrai dans le cas d’une imprimerie, comment cela pourrait-il l’être au sujet de l’ordre de l’univers, dont chaque atome témoigne de la connaissance, de l’intelligence, de la volonté, de la sagesse et de la prévoyance de son Créateur ? Un enfant à l’intelligence immature et à la vision étroite peut dire ce qu’il veut. Mais l’homme intelligent qui, les yeux ouverts, a observé les signes de cet univers ne peut dire n’importe quoi au sujet de la création, de la finalité et de la conduite d’un ordre aussi sage, harmonieux, ordonné et parfaitement conçu. En vérité, il ne peut même pas concevoir un seul instant qu’un ordre dont aucune chose n’est sans cause ni inutile, dont rien n’est inférieur ou supérieur à ce que requiert la nécessité, dont chaque partie est parfaitement adaptée à sa place et à sa fonction, et dans lequel aucune déviation de l’ordre et de la discipline n’est observable, ait pu être créé et dirigé sans connaissance, intelligence, sagesse ni volonté.
Un ordre empreint de sagesse ne peut être dépourvu de but ni de sens
Les arguments que le Noble Coran présente au sujet de la vie dans l’au-delà reposent sur cette doctrine fondamentale. En voici l’essentiel : le Créateur de cet univers est un Être sage. Aucun de Ses actes n’est dépourvu de sagesse prévoyante, et aucune parole contraire à cette sagesse ne peut Lui être attribuée. Après avoir établi ce fondement, le Coran dit :
أَفَحَسِبْتُمْ أَنَّمَا خَلَقْنَاكُمْ عَبَثًا وَأَنَّكُمْ إِلَيْنَا لَا تُرْجَعُونَ{115}فَتَعَالَى اللَّهُ الْمَلِكُ الْحَقُّ لَا إِلَهَ إِلَّا هُوَ رَبُّ الْعَرْشِ الْكَرِيمِ{116}
« Pensiez-vous que Nous vous avions créés sans raison et que vous ne seriez pas ramenés vers Moi ? Allah, le Roi, le Vrai, est bien au-dessus de cela (c’est-à-dire qu’Il n’accomplit aucune action futile). » — (sourate Al-Mu’minûn : 115-116)
أَيَحْسَبُ الْإِنسَانُ أَن يُتْرَكَ سُدًى{36}
« L’être humain pense-t-il qu’il sera laissé ainsi, sans raison ? » — (sourate Al-Qiyâmah : 36)
} وَمَا خَلَقْنَا السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا لَاعِبِينَ{38}مَا خَلَقْنَاهُمَا إِلَّا بِالْحَقِّ وَلَكِنَّ أَكْثَرَهُمْ لَا يَعْلَمُونَ{39}إِنَّ يَوْمَ الْفَصْلِ مِيقَاتُهُمْ أَجْمَعِينَ{40}
« Nous n’avons pas créé les cieux, la terre et ce qui se trouve entre eux comme un simple jeu. Nous les avons créés conformément aux exigences de la sagesse. Mais la plupart des gens ne le savent pas. Certes, un délai leur a été fixé jusqu’au jour du Jugement. » — (sourate Ad-Dukhân : 38-40)
أَوَلَمْ يَتَفَكَّرُوا فِي أَنفُسِهِمْ مَا خَلَقَ اللَّهُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا إِلَّا بِالْحَقِّ وَأَجَلٍ مُّسَمًّى وَإِنَّ كَثِيرًا مِّنَ النَّاسِ بِلِقَاء رَبِّهِمْ لَكَافِرُونَ{8}
« N’ont-ils pas réfléchi en eux-mêmes au fait qu’Allah a créé avec sagesse les cieux, la terre et tout ce qui se trouve entre les deux, et qu’Il leur a fixé un terme ? Pourtant, beaucoup de gens ne croient pas à la rencontre avec leur Seigneur. » — (sourate Ar-Rûm, 8)
Les versets précités indiquent que si cette vaste machinerie des cieux et de la terre ne fonctionnait que pendant quelque temps avant d’être détruite et de disparaître sans aucun résultat ni aboutissement, ce serait une œuvre vaine et dépourvue de raison, un simple jeu et une plaisanterie. Cela ne pourrait jamais être l’œuvre d’un être sage. Si les gens croient qu’Allah a créé cette machinerie et qu’ils Le considèrent comme un Être sage, ils devraient également comprendre, par leur raison, qu’aucune chose de la création n’a été créée sans but et qu’aucune chose n’est destinée à disparaître vainement et inutilement. L’être humain, en particulier, est la meilleure des créatures de l’univers, l’Ashraf al-makhlûqât. Sa conscience constitue la clé du développement progressif de ce monde et de l’ensemble de son mouvement. Il a été doté, avec une sagesse infinie, de connaissance, d’intelligence, de faculté de réflexion, de prévoyance et de volonté. Un tel être humain ne peut avoir été créé dans un but aussi vain qu’il vivrait seulement quelques années en ce monde comme une machine, pour ensuite être détruit et disparaître.
Quel devrait être, selon les exigences de la sagesse, le devenir de l’ordre cosmique ?
La discussion précédente a établi que la création et la gestion de cet univers ne sont ni un jeu ni une plaisanterie vaine, et qu’aucune de ses composantes n’est dépourvue de raison ou de but. La deuxième question est donc la suivante : conformément aux exigences de la raison, quel autre aboutissement cette vaste machinerie peut-elle connaître en dehors de la destruction et de la disparition ? Le Coran Majîd contient une réponse détaillée à cette question. Après l’avoir entendue, une raison saine se trouve pleinement rassurée et satisfaite. Mais, avant de comprendre cette réponse, il est absolument nécessaire d’ancrer fermement dans son cœur quelques vérités.
Premièrement : tous les signes de la création témoignent que, dans cet ordre, la direction générale de toute rotation et de tout changement est orientée vers le développement progressif. Conduire l’imperfection des choses vers la perfection et transformer leur forme incomplète en une forme parfaite : tel est le but de toute leur évolution.
Deuxièmement : puisque le principe du développement progressif s’accomplit sous la forme du changement, chaque créature doit nécessairement connaître une dissolution. La création d’une forme exige naturellement la destruction ou la dissolution de la forme précédente. La disparition d’une forme imparfaite constitue ainsi le commencement même de la création de la perfection. Cette rotation et ce changement se produisent certes à chaque instant, mais ce n’est qu’après de nombreux changements cachés qu’un changement manifeste et considérable commence, au cours duquel se produit une dissolution manifeste et considérable. C’est cette seconde sorte de dissolution que nous appelons communément « la mort » ou la chute. Et la période qui s’étend de la création d’une forme jusqu’à sa mort ou sa dissolution définitive, nous l’appelons « la vie ».
Troisièmement : chaque forme exige un refuge ou un support particulier, adapté à ses conditions. Aucune forme ne peut vivre dans un refuge qui ne convient pas à sa condition. Ainsi, le corps d’un animal ne convient pas à la forme végétale. De même, l’essence humaine réclame précisément la structure corporelle particulière qui a été créée pour l’être humain. Par conséquent, pour donner à une chose une forme supérieure, il est absolument indispensable de détruire l’habitat construit pour la forme inférieure et d’en édifier un nouveau, adapté à la forme nouvelle.
Quatrièmement : celui qui a pleinement compris l’étendue du principe du développement progressif dans les différentes parties de l’univers ne peut absolument pas ne pas voir que ce principe s’étend à l’ordre cosmique tout entier. Nous ne pouvons pas déterminer, en observant cet ordre, combien d’autres ordres ont précédé le commencement du processus de création de l’ordre actuel ; chacun d’eux a achevé sa propre durée de vie, cédant la place à un ordre plus perfectionné, et le processus de la création, franchissant les étapes successives du développement progressif, est finalement parvenu jusqu’à notre ordre. De même, cet ordre n’est pas non plus l’ordre ultime. Lorsqu’il aura atteint la perfection qui lui est possible et qu’il ne pourra plus s’élever vers un degré supérieur de perfection, il sera lui aussi réduit en poussière et remplacé par un autre ordre. Les lois et les règles de cet ordre seront différentes, et il possédera également la capacité de s’élever vers un degré plus achevé de la création.
Cinq : Il suffit de réfléchir profondément à l’organisation actuelle de l’univers pour comprendre clairement qu’il s’agit d’un système incomplet, qui a besoin d’une plus grande perfection. Les réalités fondamentales inhérentes aux substances de ce système sont à ce point recouvertes par les impuretés matérielles que ces réalités fondamentales sont considérées comme de vaines imaginations, tandis que leur enveloppe matérielle a acquis la dignité de la réalité elle-même. Plus une chose est subtile et exempte d’impuretés matérielles, plus elle est dissimulée et voilée dans ce système universel, et plus elle échappe à l’intelligence et à la conscience. Ici, les corps matériels denses ont de l’importance, mais les réalités subtiles et pures n’en ont aucune. On peut ici peser les arbres, les pierres, etc., mais ce système universel ne possède aucun moyen de mesurer ou de peser le discernement, la réflexion, l’imagination, la méditation, les désirs, les appels et les sentiments, ni la prévoyance. On peut ici peser les denrées alimentaires, mais il n’existe aucun instrument pour peser l’amour et la haine. On peut mesurer les étoffes, mais il n’existe aucune mesure pour évaluer la colère et la jalousie. On peut ici déterminer la valeur de l’argent, mais il est impossible d’évaluer la valeur des dispositions qui animent la générosité et l’avarice. Tel est le défaut du système actuel de l’univers. C’est pourquoi la raison exige naturellement un système supérieur à celui-ci, dans lequel les réalités fondamentales apparaîtront clairement, sans dépendre d’une enveloppe matérielle ; où le subtil triomphera du grossier ; et où les choses aujourd’hui dissimulées et voilées deviendront lumineuses et plus manifestes. De même, un autre défaut de ce monde est que les lois matérielles y exercent leur domination ; en conséquence, seuls se manifestent les résultats des actes conformes à ces lois matérielles. Quant aux résultats correspondant à la raison, à la prévoyance et à la sagesse, ils ne se manifestent absolument pas. Si un incendie se déclare ici, toute matière combustible brûlera ; si l’on verse de l’eau, les choses capables d’absorber l’humidité et l’eau seront mouillées ; mais si l’on accomplit une bonne action, son résultat ne se manifestera pas sous la forme d’un mérite — qui en serait la conséquence naturelle et rationnelle. Au contraire, se manifestera, conformément aux lois matérielles, même ce qui serait entièrement opposé au mérite : une mauvaise action. À la vue de ces imperfections, la raison exige naturellement qu’après ce système soit établi un système supérieur, où des lois fondées sur la raison remplaceront les lois matérielles, et où se manifestera correctement le résultat naturel des actes, qui ne peut apparaître dans le système actuel parce que les lois matérielles y sont dominantes.
La fin de l’ordre universel
Après avoir compris ces notions préliminaires, nous allons maintenant examiner quelle réponse à la question fondamentale apporte le tableau de la Résurrection et de la résurrection dans l’au-delà que le Noble Coran a dépeint.
Le Coran dit :
مَا خَلَقْنَا السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا إِلَّا بِالْحَقِّ وَأَجَلٍ مُّسَمًّى
« Nous avons créé les cieux, la terre et tout ce qui se trouve entre eux conformément aux exigences de la sagesse et pour un terme déterminé. »
— (sourate Al-Ahqaf : 3)
وَسَخَّرَ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ كُلٌّ يَجْرِي لأَجَلٍ مُّسَمًّى
« Il a soumis le soleil et la lune à une loi particulière. Tous deux évoluent pour une durée déterminée. »
— (sourate ar-Ra‘d : 2)
Puis il décrit ainsi l’état de la Résurrection :
وَإِذَا الْقُبُورُ بُعْثِرَتْO وَإِذَا الْبِحَارُ فُجِّرَتْO وَإِذَا الْكَوَاكِبُ انتَثَرَOإِذَا السَّمَاء انفَطَرَتْO
« Lorsque le ciel se fendra, que les étoiles se disperseront, que les mers déborderont et que les tombes dégorgeront. »
— (al-Infitar : 1-4)
وَإِذَا الْجِبَالُ سُيِّرَتْ O وَإِذَا النُّجُومُ انكَدَرَتْOإِذَا الشَّمْسُ كُوِّرَتْ
« Lorsque le soleil sera enveloppé, que les étoiles seront bouleversées et que les montagnes seront déplacées. » — (sourate at-Takwir : 1-3)
وَإِذَا الْجِبَالُ نُسِفَتْ O وَإِذَا السَّمَاء فُرِجَتْ O فَإِذَا النُّجُومُ طُمِسَتْ
« Lorsque les étoiles s’éteindront, le ciel sera fendu et les montagnes seront dispersées. » — (Sourate Al-Mursalat : 8-10)
وَجُمِعَ الشَّمْسُ وَالْقَمَرُ O وَخَسَفَ الْقَمَرُOفَإِذَا بَرِقَ الْبَصَرُ
« Lorsque les yeux seront exorbités, la lune perdra son éclat, et le soleil et la lune seront réunis. » — (Sourate Al-Qiyamah : 7-9)
وَحُمِلَتِ الْأَرْضُ وَالْجِبَالُ فَدُكَّتَا دَكَّةً وَاحِدَةً
« Le sol et les montagnes seront violemment heurtés, puis ils seront réduits en miettes d’un seul coup. » — (Sourate Al-Haqqah : 14)
يَوْمَ تُبَدَّلُ الأَرْضُ غَيْرَ الأَرْضِ وَالسَّمَاوَاتُ وَبَرَزُواْ للّهِ الْوَاحِدِ الْقَهَّارِ
« Le jour où la terre sera changée en une autre terre, et où les cieux seront également changés, tous comparaîtront devant Allah, l’Unique et le Tout-Puissant. » — (Sourate Ibrahim : 48)
Ces versets indiquent précisément que l’ordre actuel du monde a une durée de vie déterminée. Ce n’est pas un ordre éternel. Lorsque sa durée de vie sera arrivée à son terme, tout cet ordre sera bouleversé et réduit en morceaux. Le soleil, la Terre, la lune et toutes les autres planètes et satellites, sur les révolutions desquels cet ordre est fondé, seront dispersés et séparés les uns des autres ; ils entreront en collision et ce palais provisoire sera réduit en poussière. Cela ne signifie toutefois pas que l’univers créé disparaîtra entièrement, ni que le processus de la création sera interrompu. Cela signifie plutôt que cette conception particulière de la création, régie par l’ordre actuel, sera transformée et qu’un autre mode d’organisation sera établi pour l’univers créé. […………………] Le verset indique précisément cette réalité.
Quel sera le système de la vie dans l’au-delà ?
On peut ici se demander : à quoi ressemblera ce système ? La description qu’en donne le Noble Coran permet de savoir clairement qu’il sera l’aboutissement de l’imperfection du système actuel, sa forme développée et évoluée, exactement conforme aux exigences de la raison et du discernement. Dans ce système, tout sera pesé, mesuré et soumis au compte. Mais il ne s’agira pas de choses matérielles : on y pèsera plutôt les principes subtils et fondamentaux, ainsi que les réalités ; le bien et le mal, la justice et l’injustice, le bénéfice et le préjudice, la foi et la mécréance, la moralité et l’immoralité. Les intentions, les pensées, les volontés et les aspirations des gens seront mesurées. Les activités secrètes du cœur seront mesurées et pesées. Là-bas, on ne comptabilisera pas le pain ou l’argent donné au pauvre, mais on examinera l’intention qui animait cette générosité. Car, contrairement à ce monde, les lois et les règles de l’au-delà ne seront pas matérielles : elles seront intellectuelles.
إِنَّ السَّمْعَ وَالْبَصَرَ وَالْفُؤَادَ كُلُّ أُولـئِكَ كَانَ عَنْهُ مَسْؤُولاً
« L’ouïe, la vue et le cœur, tout cela sera interrogé » — (sourate Banî Isrâ’îl : 36)
وَنَضَعُ الْمَوَازِينَ الْقِسْطَ لِيَوْمِ الْقِيَامَةِ فَلَا تُظْلَمُ نَفْسٌ شَيْئًا وَإِن كَانَ مِثْقَالَ حَبَّةٍ مِّنْ خَرْدَلٍ أَتَيْنَا بِهَا وَكَفَى بِنَا حَاسِبِ
« Le Jour de la Résurrection, Nous établirons les balances exactes. Nulle injustice ne sera donc commise envers aucune personne, fût-ce pour la moindre chose. Même s’il s’agit d’une action du poids d’un grain de moutarde, Nous la ferons venir. Et Nous suffisons pour dresser les comptes » — (sourate Al-Anbiyâ’ : 47)
O وَالْوَزْنُ يَوْمَئِذٍ الْحَقُّ فَمَن ثَقُلَتْ مَوَازِينُهُ فَأُوْلَـئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ
وَمَنْ خَفَّتْ مَوَازِينُهُ فَأُوْلَـئِكَ الَّذِينَ خَسِرُواْ أَنفُسَهُم
« Ce jour-là, les œuvres seront certainement pesées. Puis, celui dont les œuvres seront lourdes, voilà ceux qui réussiront. Et ceux dont les œuvres seront légères seront les perdants. » — (sourate al-A‘râf, 8-9)
O فَمَن يَعْمَلْ مِثْقَالَ ذَرَّةٍ خَيْرًا يَرَهُ Oيَوْمَئِذٍ يَصْدُرُ النَّاسُ أَشْتَاتًا لِّيُرَوْا أَعْمَالَهُمْ
وَمَن يَعْمَلْ مِثْقَالَ ذَرَّةٍ شَرًّا يَرَهُ
« Ce jour-là, les gens sortiront séparément afin de voir leurs propres œuvres. Ensuite, quiconque aura accompli le bien du poids d’un atome le verra, et quiconque aura commis le mal du poids d’un point le verra aussi. » — (sourate al-Zalzâl, 6-8)
Dans l’organisation matérielle actuelle, en raison des contraintes des lois et règles matérielles, toutes les choses qui sont secrètement cachées à l’abri des regards apparaîtront au grand jour dans cette seconde organisation. Les vérités secrètes, dissimulées et subtiles s’y présenteront clairement. Et la véritable valeur de chaque chose apparaîtra dans toute sa splendeur.
لَقَدْ كُنتَ فِي غَفْلَةٍ مِّنْ هَذَا فَكَشَفْنَا عَنكَ غِطَاءكَ فَبَصَرُكَ الْيَوْمَ حَدِيدٌ
« Il sera dit à l’homme : Tu étais dans l’insouciance à l’égard de cette chose ; puis J’ai retiré le voile qui couvrait tes yeux. À présent, ta vue est extrêmement perçante. » — (sourate al-Qâf, 22)
يَوْمَئِذٍ تُعْرَضُونَ لَا تَخْفَى مِنكُمْ خَافِيَةٌ
Ce jour-là, vous serez amenés devant Lui. Aucun de vos secrets ne restera caché. — (sourate Al-Haqqah : 18)
Là, les véritables résultats des actes se manifesteront conformément à la raison, à la discernement et à la justice. Sous l’influence des lois matérielles et des moyens matériels du système actuel, les résultats véritables et rationnels des actes ne peuvent pas apparaître. Ces lois et ces moyens n’y seront pas opérants. C’est pourquoi toutes les choses qui, ici, entravent la justice et empêchent la manifestation de résultats exacts deviendront là-bas inactives et dépourvues d’influence. Par exemple, ici, la richesse, l’abondance des moyens matériels, le pouvoir des amis et des relations, les efforts et interventions, l’intercession, l’influence familiale, la propre ruse de l’homme, sa prudence et son intelligence, ainsi que d’autres choses de ce genre, le préservent des conséquences d’un grand nombre de ses actes. Mais là-bas, l’influence de toutes ces choses disparaîtra complètement, et chaque chose produira exactement le résultat qu’elle doit produire, conformément à la justice et à la vérité.
هُنَالِكَ تَبْلُو كُلُّ نَفْسٍ مَّا أَسْلَفَتْ
« Là, chaque personne examinera les actes qu’elle aura accomplis auparavant. » — (sourate Yûnus : 30)
وَوُفِّيَتْ كُلُّ نَفْسٍ مَّا كَسَبَتْ وَهُمْ لاَ يُظْلَمُونَ
« À chaque personne sera accordée la pleine rétribution de ses actes, et la moindre injustice ne leur sera faite. » — (sourate Âl ‘Imrân : 25)
يَوْمَ تَجِدُ كُلُّ نَفْسٍ مَّا عَمِلَتْ مِنْ خَيْرٍ مُّحْضَرًا وَمَا عَمِلَتْ مِن سُوَءٍ
« Ce jour-là, chacun trouvera présentes toutes les bonnes et mauvaises actions qu’il aura commises. » — (sourate Âl ‘Imrân : 30)
وَاتَّقُواْ يَوْماً لاَّ تَجْزِي نَفْسٌ عَن نَّفْسٍ شَيْئاً وَلاَ يُقْبَلُ مِنْهَا شَفَاعَةٌ وَلاَ يُؤْخَذُ مِنْهَا عَدْلٌ وَلاَ هُمْ يُنصَرُونَ
« Craignez le jour où nul ne pourra être d’aucune utilité à autrui ; aucune intercession ne sera acceptée en faveur de quiconque, aucune compensation ne sera acceptée de quiconque, et aucun secours ne leur sera accordé. » (sourate Al-Baqara : 48)
O فَإِذَا نُفِخَ فِي الصُّورِ فَلَا أَنسَابَ بَيْنَهُمْ يَوْمَئِذٍ وَلَا يَتَسَاءلُونَ
O فَمَن ثَقُلَتْ مَوَازِينُهُ فَأُوْلَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ
وَمَنْ خَفَّتْ مَوَازِينُهُ فَأُوْلَئِكَ الَّذِينَ خَسِرُوا أَنفُسَهُمْ فِي جَهَنَّمَ خَالِدُونَ
« Puis, le jour où l’on soufflera dans la Trompe, il n’y aura plus aucun lien de parenté entre eux et ils ne s’interrogeront même pas les uns les autres. Ce jour-là, ceux dont la balance des œuvres sera lourde réussiront ; et ceux dont la balance des œuvres sera légère seront les perdants. » — (sourate Al-Mu’minûn : 101-103)
إِلَّا مَنْ أَتَى اللَّهَ بِقَلْبٍ سَلِيمٍ O يَوْمَ لَا يَنفَعُ مَالٌ وَلَا بَنُونَ
« Ce jour-là, ni les richesses ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf pour celui qui se présentera devant Allah avec un cœur pur : lui seul obtiendra le salut. » — (Sourate ach-Chou‘ara, 88-89)
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« Vous êtes venus à Nous seuls, comme Nous vous avions créés seuls la première fois. Vous avez laissé derrière vous tout ce que Nous vous avions donné comme biens et équipements. Nous ne voyons plus aujourd’hui parmi vous ces intercesseurs que vous considériez comme les associés d’Allah dans votre subsistance et l’octroi de vos moyens de subsistance. Tous les liens qui vous unissaient sont désormais rompus et annulés. »
— (Sourate al-An‘âm, 94)
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« Le Jour de la Résurrection, vos proches et vos enfants ne vous seront en rien utiles. Allah tranchera entre vous. Il voit tout ce que vous faites. »
— (Sourate al-Mumtahanah, 3)
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« Ce jour-là, l’homme fuira son frère, sa mère, son père, son épouse et ses enfants. Ce jour-là, chacun sera entièrement absorbé par sa propre situation. »
— (sourate ‘Abasa : 34-37)
Un défaut majeur du système actuel est que la répartition des bienfaits et des richesses d’Allah ne dépend pas des actes de l’être humain ni de ses qualités. Elle dépend plutôt de nombreux facteurs, parmi lesquels les actes personnels, les aptitudes et les talents ne constituent qu’une cause partielle. D’autres facteurs puissants y affaiblissent l’influence des actes personnels, voire l’annulent parfois complètement. C’est pourquoi, dans la répartition des bienfaits et des richesses, le droit individuel à ce qui est dû n’a aucune place, ou, s’il en a une, elle est tout à fait minime. Dans ce système, une personne peut, malgré toute une vie d’injustice, d’oppression et de transgression, être comblée de prospérité, d’aisance et de richesses terrestres. Une autre peut, malgré toute une vie passée dans la foi et la piété, rester accablée par la détresse, la misère et la souffrance. Cette imperfection doit parvenir à sa pleine réalisation. La raison exige donc que le système actuel soit amélioré et transformé en un système dans lequel les bons et les mauvais résultats seront distribués avec justice, et où chacun recevra exactement ce qui lui convient en fonction de ses qualités personnelles. Le Coran dit que l’organisation de la vie dans l’au-delà sera précisément ainsi. À titre d’exemple :
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« Allons-nous traiter de la même manière ceux qui sèment le désordre et la corruption sur terre et les croyants qui accomplissent de bonnes œuvres ? Allons-nous mettre sur un pied d’égalité les gens qui craignent Allah et ceux qui Lui désobéissent ? »
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« Les criminels pensent-ils que Nous les traiterons comme ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres, et que leur vie et leur mort seront identiques ? Quel mauvais jugement ils portent ! »
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« À chaque personne sera accordée une rétribution exactement conforme à ses œuvres. »
– (Sourate Al-An‘âm : 132)
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« Le Paradis sera rapproché des pieux, et l’Enfer sera présenté aux égarés. »
– (Sourate Ash-Shu‘arâ : 90-91)
Telle est, en vérité, l’esquisse sommaire du second monde dont le prophète Muhammad (s) et les autres prophètes ont parlé après le monde présent. Ceux qui considèrent ce monde et tout son mécanisme comme un simple spectacle, un terrain de jeu, une agitation vaine et un labyrinthe totalement dépourvu de but n’y trouveront certes rien de crédible dans ce dessein ni dans les preuves qui l’attestent ; mais ceux qui considèrent l’ordre de l’univers comme une création d’Allah et croient qu’Allah est un Être sage et doué de discernement seront, après avoir réfléchi à ces preuves, obligés de reconnaître avec certitude la nécessité d’un ordre cosmique de cette nature. Et puisque la possibilité d’une seconde vie après la mort a été établie, il suffit de démontrer la nécessité d’une telle possibilité pour croire qu’Allah, sage et clairvoyant, créera certainement un monde de ce genre.
Cette discussion a clairement montré que l’exigence de l’islam de croire à la vie future n’est nullement contraire au jugement rationnel ; elle est au contraire pleinement conforme aux exigences de la raison et de la sagesse. Aucun progrès dans le savoir, la science ou les facultés intellectuelles ne peut affaiblir tant soit peu la foi — à condition, bien sûr, que ce progrès soit réel et véritable, et non extérieur et ostentatoire. (1)
La nécessité de croire à l’au-delà
Il ressort de la discussion menée jusqu’ici qu’après cette vie terrestre, l’existence d’une seconde vie est hautement probable et conforme aux exigences de la raison. La raison saine ainsi que les véritables connaissances scientifiques ne constituent nullement un obstacle à la foi en cette seconde vie présentée par le Coran ; elles y incitent plutôt davantage l’être humain. Mais la question est la suivante : est-il nécessaire de croire à cette conception de la vie future ? Pourquoi en a-t-on fait une partie intégrante de la foi et de la conviction ? Pourquoi lui a-t-on accordé une si grande importance ? Pourquoi la croyance en celle-ci a-t-elle été rendue indispensable pour être musulman, au point que devenir musulman sans cette croyance est impossible ? Pourquoi, si on la nie, la foi en Allah, au Messager et au Livre ne serait-elle d’aucune utilité ? Pourquoi toutes les bonnes œuvres et les actions vertueuses de la vie seraient-elles anéanties ?
Quelqu’un pourrait dire que la doctrine relative à la vie future n’est, comme les autres doctrines surnaturelles, qu’une simple doctrine surnaturelle. Admettons que cette doctrine ait été solidement et puissamment étayée par des preuves et qu’il existe des raisons suffisantes d’y croire. Mais le fait qu’une doctrine surnaturelle soit établie par des preuves ne signifie pas nécessairement qu’il faille y croire et que la foi ou l’incroyance en dépende. Il existe, à l’instar de la vie future, bien d’autres doctrines surnaturelles, et l’on dispose également d’arguments et de preuves solides en leur faveur. Pourquoi, dès lors, ne les a-t-on pas incluses dans la foi ?
Pour une discussion plus détaillée sur l’Au-delà, voir, dans le deuxième tome de Tafhîm al-Qur’ân, le commentaire du mot « Au-delà », ainsi que l’article intitulé « La vie future », inclus dans les annexes du présent ouvrage.
La réponse est la suivante : si la conception de la vie future n’était qu’une simple doctrine surnaturelle, cette question serait assurément une question très pertinente. Dans ce cas, il n’existerait aucune raison logique d’intégrer cette doctrine à la foi et à la conviction. En effet, lorsqu’une doctrine n’est qu’une simple doctrine surnaturelle, elle n’a aucun rapport avec notre vie réelle ; si nous n’en avons pas connaissance ou si nous la rejetons, elle n’a aucune influence sur notre caractère moral ni sur nos actes. Mais il suffit de réfléchir quelque peu en profondeur à la doctrine relative à la vie future pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’une simple doctrine philosophique : elle entretient un lien profond avec la vie morale et active de l’être humain. La croyance en cette doctrine transforme fondamentalement la manière dont l’être humain considère la vie terrestre et l’ensemble de ses activités. Admettre cette doctrine signifie que l’être humain se considérera lui-même comme un être responsable et chargé de répondre de ses actes. Dans l’ensemble de ses activités, il agira en sachant qu’il est responsable de chaque acte et de chaque action. Dans la vie future, il devra rendre compte de tout ce qu’il aura accompli, et son bonheur ou son malheur futurs dépendront de ses bonnes ou de ses mauvaises actions.
À l’inverse, ne pas admettre cette doctrine signifie que l’être humain se considérera lui-même comme un être irresponsable. Il organisera sa vie terrestre en partant de l’idée qu’il n’aura à rendre compte, dans aucune autre vie, de ce qu’il aura accompli dans celle-ci. Aucun bon ou mauvais résultat ne se manifestera à l’avenir en conséquence de ses actes et de ses actions dans cette vie. Ainsi, la conséquence inévitable de l’ignorance de cette doctrine ou de son rejet sera que l’attention de l’être humain se portera uniquement sur les actes dont les résultats apparaissent dans ce monde. Il déterminera alors, à la lumière de ces résultats, quelles actions lui sont utiles et lesquelles lui sont nuisibles. Il s’abstiendra certainement de boire du poison et de mettre la main dans le feu, car il sait qu’il devra subir dès ici-bas les conséquences néfastes de ces deux actes. En revanche, puisque les conséquences complètes d’actes tels que l’injustice et la tyrannie, l’iniquité, le mensonge, la médisance, la trahison et la fornication ne se manifestent pas dans ce monde, il les évitera seulement dans la mesure où l’on craindra que leurs mauvaises conséquences ne s’y manifestent. À l’inverse, dès qu’aucune mauvaise conséquence de ces actes ne se manifestera, ou qu’il naîtra l’espoir d’en tirer quelque avantage, il ne ressentira pas la moindre hésitation à les commettre.
En somme, selon cette doctrine, aucun acte moral n’aura, aux yeux de l’être humain, de valeur morale déterminée. La valeur bonne ou mauvaise de chacun de ses actes dépendra plutôt des résultats bons ou mauvais qui apparaîtront dans ce monde. En revanche, celui qui croit à l’Au-delà ne considérera pas seulement les résultats d’un acte moral tels qu’ils apparaissent dans ce monde ; il prendra également en considération les résultats qui apparaîtront dans la vie future et déterminera l’utilité ou la nocivité de cet acte à la lumière de ces résultats. De même qu’il croira au pouvoir destructeur du poison et au pouvoir brûlant du feu, il croira aussi au pouvoir destructeur et nuisible de la trahison et du mensonge. De même qu’il croira au pouvoir destructeur du poison et au pouvoir brûlant du feu, il croira aussi au pouvoir destructeur et nuisible de la trahison et du mensonge. De même qu’il considérera la nourriture et la boisson comme utiles, il considérera également la droiture, la loyauté et la pureté comme utiles. Il croira que chacun de ses actes possède un résultat précis et certain, même si ce résultat peut ne pas apparaître du tout dans cette vie ou même se manifester sous une forme contraire. Pour lui, les actes moraux auront une valeur morale déterminée, et les avantages ou les dommages terrestres n’y apporteront pas le moindre changement. Dans son système moral, l’honnêteté, la droiture et le respect de la promesse seront nécessairement considérés comme des mérites et de bonnes œuvres, même si, de ce fait, ils peuvent n’entraîner ici-bas que du dommage ou aucun avantage. À l’inverse, le mensonge, l’injustice et la tyrannie, ainsi que la violation de la promesse, seront nécessairement reconnus comme des péchés et de mauvaises actions, même si, de ce fait, ils peuvent n’entraîner dans le monde qu’un avantage et pas le moindre dommage.
Ainsi, être indifférent à la vie future ou ne pas y croire ne signifie pas seulement que l’être humain est indifférent à une doctrine surnaturelle ou qu’il la rejette. Cela signifie plutôt qu’il est devenu indifférent à sa propre condition d’être responsable et chargé de répondre de ses actes. Il s’est considéré comme un être libre, arbitraire et irresponsable. Il s’est satisfait de la vie extérieure de ce monde et de ses résultats incomplets, voire parfois trompeurs. Devenu indifférent au bilan final des gains et des pertes de la vie, il s’est appuyé sur des gains et des pertes initiaux, temporaires et incertains. C’est dans cette perspective qu’il s’est fixé, pour ses actes, des valeurs morales entièrement changeantes et trompeuses. Il s’est trouvé privé d’une règle morale exacte et solide, qui ne peut être acquise que par le sens de la responsabilité, une attention inébranlable portée aux résultats ultimes et des valeurs morales déterminées. Ainsi, trompé par l’apparence imparfaite et incomplète de ce monde, il a vécu toute sa vie sous l’autorité d’une règle morale faible et erronée, où la perte véritable s’est transformée en gain, et où la perte véritable s’est transformée en gain, tandis que les véritables gains et pertes ont reçu des appellations inversées. La véritable beauté y est devenue laideur, et la véritable laideur a été appelée beauté ; de même, le véritable péché est devenu mérite, et le véritable mérite s’est transformé en péché.
En vérité, ce sont précisément les conséquences du refus de croire à l’au-delà que le Noble Coran a décrites de manière très détaillée. Il suffit d’examiner les versets coraniques à ce sujet pour constater que les diverses déviations qui apparaissent dans la morale et la conduite de l’homme du fait qu’il ne croit pas à l’au-delà y sont toutes mentionnées.
Premièrement : l’homme se considère comme un être sans but, arbitraire et irresponsable, et juge ainsi sa vie, dans son ensemble, vaine et dépourvue de sens. Pensant que personne ne surveille ses actes ni ne lui en demandera compte, il accomplit toutes sortes d’actions :
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« Pensez-vous que Nous vous avons créés en vain et que vous ne retournerez pas vers Nous ? » — (sourate al-Mu’minûn, 115)
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« L’homme pense-t-il qu’il sera laissé ainsi, sans but ? »
— (sourate al-Qiyâmah, 36)
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« L’homme pense-t-il que personne n’aura de pouvoir sur lui ? Il dit : “J’ai dépensé une grande quantité de biens.” Pense-t-il que personne ne l’a vu ? » — (sourate Al-Balad : 5-7)
Deuxièmement : la vision d’un tel homme ne se porte que sur l’aspect extérieur de la vie d’ici-bas ; il considère les résultats initiaux et temporaires comme les résultats définitifs et véritables, et, trompé par cela, il prend de mauvaises décisions :
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« Ils ne connaissent que l’aspect extérieur de la vie d’ici-bas et, au sujet de l’au-delà, ils sont totalement insouciants. » — (sourate Ar-Rum : 7)
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« Ceux qui n’espèrent pas Notre rencontre et qui se sont satisfaits de la vie d’ici-bas et en sont rassurés. » — (sourate Yunus : 7)
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« Mais non ! Vous aimez plutôt le résultat qui doit être obtenu rapidement et vous délaissez le résultat de l’au-delà. » — (sourate Al-Qiyamah : 20-21)
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« Vous donnez préférence à la vie d’ici-bas, alors que l’au-delà est meilleur et plus durable. »
– (sourate Al-A‘la : 16-17)
« La vie d’ici-bas les a trompés. »
Troisièmement : cette vision superficielle a pour conséquence que l’appréciation de la valeur des choses par l’être humain s’inverse complètement. Les choses qui, en réalité, sont nuisibles au regard du résultat final, il finit par les considérer comme bénéfiques parce qu’il ne regarde que le gain apparent ; et les actions qui, au regard de leur résultat final, sont erronées, il commence à les considérer comme salutaires en ne tenant compte que de leurs résultats immédiats. C’est pourquoi ses efforts et ses entreprises dans la vie d’ici-bas s’écartent de la voie droite et deviennent finalement vains.
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« Ceux qui désiraient les biens de la vie d’ici-bas dirent : “Ah ! Si seulement nous avions reçu ce qui a été donné à Qaroun ! Il est vraiment très chanceux.” Quant à ceux qui avaient reçu le savoir, ils dirent : “Malheur à vous ! La récompense d’Allah est meilleure pour celui qui croit et accomplit de bonnes œuvres.” »
– (sourate Al-Qasas : 79-80)
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« Pour ceux qui ne croient pas en l’au-delà, Nous rendons leurs actions très attrayantes, et ils demeurent égarés. » – (sourate An-Naml : 8)
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« Sont-ils plongés dans cette illusion : parce que Nous les aidons en leur accordant des biens et des enfants, Nous nous employons également à assurer leur bien-être ? Mais ils ne perçoivent pas la vérité. »
– (sourate Al-Mu’minun : 55-56)
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« Voulez-vous que Nous vous disions qui sont les gens les plus grands perdants en matière d’œuvres ? Ce sont ceux dont les efforts et les peines, dans la vie d’ici-bas, se sont égarés, tandis qu’ils pensaient accomplir de très bonnes œuvres. Ce sont ceux-là qui ont renié les signes de leur Seigneur et leur rencontre avec Lui. C’est pourquoi leurs œuvres sont devenues vaines. » – (sourate Al-Kahf : 104-105)
Quatrièmement : De telles personnes ne peuvent jamais adopter la vraie religion. Si on leur présente un idéal moral, les principes des bonnes œuvres et de la bonne conduite, elles les rejetteront ; mais si on leur présente des croyances et des pratiques opposées à tout cela, elles les accepteront. En effet, toutes les règles de la vraie religion exigent le sacrifice de nombreux bienfaits et avantages de la vie terrestre, ainsi que de nombreux plaisirs. Son principe et son enseignement sont les suivants : pour obtenir le bien supérieur et éternel de l’au-delà, il faut sacrifier les bienfaits temporaires et éphémères d’ici-bas. Mais celui qui ne croit pas à l’au-delà considère les bienfaits de ce monde comme le bien ultime. C’est pourquoi, non seulement il ne peut se préparer à un quelconque sacrifice de ce genre, mais il ne peut pas davantage accepter les règles de la pratique religieuse qui exigent un tel sacrifice. Ainsi, l’incrédulité envers l’au-delà et le suivi de la vraie religion sont deux choses contradictoires. Celui qui ne croit pas à l’au-delà ne peut jamais être un adepte de la vraie religion.
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« Ceux qui s’enorgueillissent injustement sur la terre, Je les détournerai de Mes signes. Même s’ils voient l’un de Mes signes, ils n’y croiront pas ; même s’ils voient le droit chemin, ils ne l’emprunteront pas ; mais s’ils voient le chemin de l’égarement, ils s’y précipiteront. Cela parce qu’ils ont traité Mes signes de mensonges et sont restés indifférents à leur égard. Ceux qui auront mécru en Mes signes et en la rencontre de l’au-delà, toutes leurs œuvres seront vaines. Ne seront-ils pas rétribués selon ce qu’ils auront accompli ? » — (Sourate Al-A‘râf : 146-147)
Cinquièmement : l’incrédulité envers l’au-delà influence toute la vie morale et pratique de l’être humain. Il devient arrogant et rebelle :
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« Ceux qui ne croient pas en l’au-delà, leurs cœurs refusent la vérité et ils deviennent arrogants. » — (Sourate An-Nahl : 22)
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« Pharaon et ses armées s’enorgueillissaient injustement sur la terre et pensaient qu’ils ne devraient jamais revenir vers Moi. Sa conduite et ses agissements se pervertirent. »
— (Sourate Al-Qasas : 39)
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« La ruine est assurée pour ces gens malhonnêtes qui, lorsqu’ils reçoivent des autres, mesurent pleinement, mais qui, lorsqu’ils mesurent pour les autres, donnent moins. Ne se souviennent-ils pas qu’ils seront ressuscités en un jour grandiose ? » – (Sourate Al-Mutaffifin : 1-5)
Il devient dur de cœur, étroit d’esprit, ostentatoire, égoïste et se détourne de la servitude envers Allah :
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« As-tu vu celui qui traite de mensonge le Jour de la rétribution ? C’est lui qui repousse brutalement l’orphelin et n’encourage pas à nourrir le pauvre. Malheur donc à ceux qui prient, mais qui sont négligents à l’égard de leur prière, qui n’accomplissent les bonnes œuvres que pour être vus des gens et qui refusent même de donner aux autres les petites choses et les biens d’usage courant dont ils ont besoin. »
– (Sourate Al-Ma’un : 1-7)
En somme, mépriser la vérité et se livrer au péché sont les conséquences inévitables du rejet de l’au-delà
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« Ceux qui ont méprisé la vérité et se sont adonnés au péché sont précisément ceux qui refusent de croire au Jour de la rétribution. »
— (sourate Al-Mutaffifîn : 12)
En vérité, aucune personne raisonnable ne peut nier les conséquences de l’indifférence ou de l’incrédulité à l’égard de la foi en l’Au-delà. Nous avons notamment eu l’occasion d’observer les résultats d’une civilisation édifiée sur les seuls objectifs terrestres et matériels de la vie, fascinée par l’éclat extérieur de l’existence d’ici-bas et ayant totalement rejeté la croyance en l’Au-delà. Dès lors, nous n’avons aucune possibilité de nier qu’il soit absolument impossible d’établir, parallèlement au refus de croire en l’Au-delà, le culte d’Allah, la religiosité et les idéaux moraux.
Or, il est remarquable que l’islam veuille précisément établir pleinement toutes ces choses. Il appelle l’être humain à l’excellence du caractère et aux bonnes œuvres. Pour cela, il est nécessaire de renoncer à une multitude d’intérêts et de plaisirs matériels de ce monde. Il recommande à l’être humain d’adorer Allah et de se réformer intérieurement, ce dont aucun avantage ni bienfait ne se manifeste dans la vie présente ; bien au contraire, le corps et l’esprit doivent être éprouvés par toutes sortes de peines et de souffrances. Il distingue le licite de l’illicite ainsi que le pur de l’impur dans tous les aspects de la vie et dans l’usage des biens de ce monde. En vue d’atteindre des objectifs spirituels supérieurs, il exige de l’être humain qu’il sacrifie ses intérêts personnels, ses affections et son amour, et parfois même sa vie et ses biens. Il veut organiser la vie humaine au moyen d’un code moral qui attribue à chaque chose une valeur déterminée, sans accorder la moindre considération aux profits et aux pertes terrestres. En vérité, l’être humain aurait-il pu réussir à établir une telle religion et une telle sharia sans croire à l’Au-delà ? Lui aurait-il été possible d’adopter un tel enseignement tout en étant indifférent ou incrédule à l’égard d’une telle croyance ? Si la réponse est négative — et elle le sera nécessairement — il faut alors reconnaître que, pour établir un tel système religieux et un tel code moral, il est indispensable d’enraciner avant toute chose la croyance en l’Au-delà dans le cœur de l’être humain. C’est précisément pour cette raison que l’islam a inclus chacun de ces éléments dans les fondements de la foi et qu’après la foi en Allah, il a accordé à celui-ci la plus grande importance.
Voyons maintenant sous quelle forme l’islam a présenté cette conviction et quelle influence elle exerce sur le caractère et le comportement de l’être humain.
La priorité de l’Au-delà sur ce monde
La première chose que le Noble Coran a cherché à enraciner dans l’esprit de l’être humain est que ce monde constitue une demeure temporaire. Il n’est pas sa seule et unique vie ; après celle-ci, il existe une vie meilleure et éternelle. Les bienfaits de cette vie sont bien plus vastes que ceux de la vie présente, et ses maux sont bien plus rigoureux que ceux d’ici-bas. Celui qui, trompé par l’éclat extérieur de ce monde, s’y attache dans l’espoir d’en obtenir les plaisirs et les intérêts, puis se trouve privé, du fait de ses efforts pour les acquérir, des plaisirs, des richesses et des intérêts de la vie future, achète véritablement la pire des choses. En réalité, toute son entreprise est une transaction extrêmement préjudiciable. De même, celui qui considère les pertes de ce monde comme les pertes ultimes et qui, en s’efforçant d’y échapper, se rend apte à subir les pertes de la vie future, agit avec une insigne stupidité ; son acte ne peut en aucune façon être qualifié d’intelligent. Le Noble Coran a exposé ce sujet avec tant de détails qu’il n’est pas possible de rassembler ici tous les versets qui s’y rapportent. À titre d’exemple, quelques versets sont cités ci-dessous :
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« Cette vie d’ici-bas n’est rien d’autre qu’un jeu et un divertissement. La véritable demeure de la vie est l’au-delà. » — (Sourate al-‘Ankabût : 64)
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« (Ô Muhammad,) dis : les plaisirs et les biens de ce monde sont bien peu de chose. Pour celui qui mène sa vie dans la piété, l’au-delà est meilleur. » (Sourate an-Nisâ’ : 77)
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« Vous êtes-vous donc contentés de la vie d’ici-bas au détriment de l’au-delà ? Les plaisirs et les biens de la vie d’ici-bas ne sont que bien peu de chose comparés à ceux de l’au-delà. » (Sourate at-Tawbah : 38)
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« Vous donnez la priorité à la vie d’ici-bas, alors que l’au-delà est meilleur et plus durable. » — (Sourate al-A‘lâ : 16-17)
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« Toute personne goûtera à la mort. Et vous recevrez pleinement la rétribution de cette vie le Jour de la Résurrection. Ainsi, celui qui, ce jour-là, sera sauvé du châtiment de l’Enfer et admis au Paradis aura véritablement réussi. Et la vie d’ici-bas n’est rien d’autre qu’un moyen de tromperie. » — (sourate Âl ‘Imrân : 185)
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« Ceux qui se sont fait du tort sont restés absorbés par les plaisirs qui leur ont été accordés, et ce sont eux les criminels. » — (sourate Hûd : 116)
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« Dis : “Ce sont ceux qui se sont voués, ainsi que leurs enfants, à la perdition le Jour de la Résurrection qui subiront la perte la plus grave. Voilà la perte véritable et manifeste.” » — (sourate Az-Zumar : 15)
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« Quant à celui qui s’est rebellé et a préféré la vie d’ici-bas, l’Enfer sera son refuge. Et quant à celui qui a craint de comparaître devant son Seigneur et a préservé son âme de la passion, le Paradis sera son refuge. » — (sourate An-Nâzi‘ât : 37-41)
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« Sachez que la vie d’ici-bas n’est que jeu et divertissement, apparat et embellissement, rivalité orgueilleuse entre vous, ainsi que compétition dans l’accumulation des richesses et des enfants. Elle est semblable à une pluie : grâce à elle, les cultures poussent abondamment et les cultivateurs s’en réjouissent ; puis elles se dessèchent et mûrissent, et tu les vois devenir jaunâtres avant de se réduire en poussière. Ensuite vient la vie de l’au-delà, où certains subiront un châtiment sévère, tandis que d’autres bénéficieront du pardon et de l’agrément d’Allah. Quant à la vie d’ici-bas, elle n’est qu’un moyen de tromperie. » — (Sourate Al-Hadîd, 20)
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« On a rendu attrayant pour les gens l’amour des femmes, des enfants, des monceaux d’or et d’argent, des chevaux marqués, du bétail et des cultures. Tout cela constitue les biens et les commodités de la vie d’ici-bas. Mais auprès d’Allah se trouve un meilleur séjour. Ô Muhammad, dis-leur : “Voulez-vous que je vous annonce ce qui est meilleur que tout cela ? Pour ceux qui ont adopté la taqwa, il y a auprès de leur Seigneur des jardins sous lesquels coulent les rivières ; ils y demeureront éternellement, y auront des épouses purifiées et seront comblés de l’agrément d’Allah.” » — (Âl ‘Imrân, 14-15)
L’islam enseigne avec une grande force et de manière attrayante qu’il faut donner la priorité à l’au-delà sur la vie d’ici-bas, sacrifier les intérêts temporaires pour obtenir le succès éternel de l’au-delà et supporter les pertes passagères de ce monde afin d’échapper à la perte éternelle de l’au-delà. Son objectif est que le croyant en la véracité du Coran et de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) accomplisse, non sous la contrainte, mais mû par une aspiration sincère du cœur, chacun des actes qu’Allah et le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ont prescrits comme moyens d’atteindre le succès dans l’au-delà. De même, il s’abstiendra de toute chose qu’ils ont tous deux désignée comme une cause de perte dans l’au-delà, qu’elle soit considérée comme bénéfique ou nuisible dans la vie d’ici-bas.
Le registre des œuvres et le tribunal d’Allah
Le Saint Coran s’est également efforcé d’ancrer profondément dans l’esprit des hommes cette idée : quelle que soit l’action accomplie par l’être humain dans cette vie terrestre, aussi secrètement qu’il l’ait faite, un relevé exact et infaillible en est conservé. Au Jour de la Résurrection, c’est ce relevé qui sera présenté au tribunal. Chaque atome lié aux actes de l’homme témoignera de ce qu’il a fait. Même ses propres membres se présenteront à la barre pour témoigner contre lui. En outre, son registre des œuvres, ou relevé de ses actes, sera pesé avec une extrême exactitude. Sur l’un des plateaux de la balance de justice se trouveront ses bonnes œuvres, et sur l’autre ses mauvaises actions. Si le plateau des bonnes œuvres est plus lourd, le succès de l’au-delà l’accueillera et sa demeure sera le Paradis. Mais si le plateau des méfaits est plus lourd, son issue sera la ruine et la perdition, et le pire des lieux, appelé l’Enfer, lui sera assigné. Au tribunal d’Allah, chacun comparaîtra seul avec son relevé d’actes. Là, aucun des moyens de ce monde — honneur, prestige de la lignée, efforts et démarches, richesses, force, puissance, etc. — ne lui sera utile.
Le Coran a également exposé cette question de manière très détaillée et attrayante. À titre d’exemple, voici quelques versets :
Il est dit au sujet de l’état du relevé des actes :
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« Celui d’entre vous qui parle en secret et celui qui parle à voix haute, celui qui se dissimule dans l’obscurité de la nuit et celui qui se déplace à la lumière du jour : leur situation est identique. Certes, des gardiens sont placés devant chacun et derrière lui, et ils préservent chacune de ses paroles par ordre d’Allah. » — (Sourate Ar-Ra‘d : 10-11)
وَوُضِعَ الْكِتَابُ فَتَرَى الْمُجْرِمِينَ مُشْفِقِينَ مِمَّا فِيهِ وَيَقُولُونَ يَا وَيْلَتَنَا مَالِ هَٰذَا الْكِتَابِ لَا يُغَادِرُ صَغِيرَةً وَلَا كَبِيرَةً إِلَّا أَحْصَاهَا ۚ وَوَجَدُوا مَا عَمِلُوا حَاضِرًا ۗ وَلَا يَظْلِمُ رَبُّكَ أَحَدًا
« Lorsque le registre des œuvres sera présenté, tu verras les criminels effrayés par ce qui y sera écrit. Ils diront : “Malheur à nous ! Qu’a donc ce livre ? Il n’a omis ni petite ni grande chose, mais les a toutes consignées.” Ils trouveront devant eux tout ce qu’ils auront accompli. » — (Sourate Al-Kahf : 49)
Le témoignage des membres du corps et l’aveu de l’être humain :
يَوْمَ تَشْهَدُ عَلَيْهِمْ أَلْسِنَتُهُمْ وَأَيْدِيهِمْ وَأَرْجُلُهُمْ بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
« Ce jour-là, leurs propres langues, leurs mains et leurs pieds témoigneront contre eux de ce qu’ils accomplissaient. » — (Sourate An-Nour : 24)
حَتَّىٰ إِذَا مَا جَاءُوهَا شَهِدَ عَلَيْهِمْ سَمْعُهُمْ وَأَبْصَارُهُمْ وَجُلُودُهُمْ بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
وَقَالُوا لِجُلُودِهِمْ لِمَ شَهِدْتُمْ عَلَيْنَا ۖ قَالُوا أَنْطَقَنَا اللَّهُ الَّذِي أَنْطَقَ كُلَّ شَيْءٍ وَهُوَ خَلَقَكُمْ أَوَّلَ مَرَّةٍ وَإِلَيْهِ تُرْجَعُونَ
وَمَا كُنْتُمْ تَسْتَتِرُونَ أَنْ يَشْهَدَ عَلَيْكُمْ سَمْعُكُمْ وَلَا أَبْصَارُكُمْ وَلَا جُلُودُكُمْ وَلَٰكِنْ ظَنَنْتُمْ أَنَّ اللَّهَ لَا يَعْلَمُ كَثِيرًا مِمَّا تَعْمَلُونَ
« Lorsqu’ils y arriveront, leur ouïe, leurs yeux et leur peau témoigneront contre eux de ce qu’ils faisaient. Ils diront à leur peau : “Pourquoi témoignez-vous contre nous ?” Elle répondra : “C’est Allah, qui donne la parole à toute chose, qui nous a donné la parole.” … Vous dissimuliez vos actes, sans savoir que votre propre ouïe, vos yeux et votre peau témoigneraient contre vous de ce que vous faisiez. Vous pensiez plutôt qu’Allah ignorait beaucoup de vos actions. » — (sourate Hâ-Mîm as-Sajda : 20-22)
وَشَهِدُوا عَلَىٰ أَنْفُسِهِمْ أَنَّهُمْ كَانُوا كَافِرِيَ
« Ils témoigneront eux-mêmes contre eux-mêmes qu’ils étaient des serviteurs ingrats. » — (sourate Al-An‘âm : 130)
Avec un tel registre de leurs actes et de tels témoins, les hommes comparaîtront devant le tribunal d’Allah. Et dans quel état comparaîtront-ils ? Ils se présenteront seuls et impuissants, debout dans le box des accusés.
وَلَقَدْ جِئْتُمُونَا فُرَادَىٰ كَمَا خَلَقْنَاكُمْ أَوَّلَ مَرَّةٍ وَتَرَكْتُمْ مَا خَوَّلْنَاكُمْ وَرَاءَ ظُهُورِكُمْ ۖ وَمَا نَرَىٰ مَعَكُمْ شُفَعَاءَكُمُ الَّذِينَ زَعَمْتُمْ أَنَّهُمْ فِيكُمْ شُرَكَاءُ ۚ لَقَدْ تَقَطَّعَ بَيْنَكُمْ وَضَلَّ عَنْكُمْ مَا كُنْتُمْ تَزْعُمُونَ
« De même que Nous vous avons créés une première fois, vous êtes aujourd’hui venus à Nous, seuls. Vous avez laissé derrière vous tout ce que Nous vous avions accordé. » — (sourate Al-An‘âm : 94)
Là, chacun présentera son propre compte :
وَكُلَّ إِنْسَانٍ أَلْزَمْنَاهُ طَائِرَهُ فِي عُنُقِهِ ۖ وَنُخْرِجُ لَهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ كِتَابًا يَلْقَاهُ مَنْشُورًا
اقْرَأْ كِتَابَكَ كَفَىٰ بِنَفْسِكَ الْيَوْمَ عَلَيْكَ حَسِيبًا
« Nous avons attaché au cou de chacun le registre de ses bonnes et de ses mauvaises actions. Le Jour de la Résurrection, Nous lui sortirons un Livre qu’il trouvera ouvert devant lui. Il lui sera dit : “Lis ton registre. Aujourd’hui, tu te suffis à toi-même pour demander des comptes à toi-même.” » — (sourate Banî Isrâ’îl : 13-14)
Là, l’influence et le prestige de la lignée ne serviront à rien :
لَنْ تَنْفَعَكُمْ أَرْحَامُكُمْ وَلَا أَوْلَادُكُمْ ۚ يَوْمَ الْقِيَامَةِ يَفْصِلُ بَيْنَكُمْ ۚ وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ
« Le Jour de la Résurrection, vos liens tribaux et votre descendance ne vous seront d’aucune utilité. » — (sourate Al-Mumtahanah : 3)
Là, aucune intercession ne produira de bénéfice :
مَا لِلظَّالِمِينَ مِنْ حَمِيمٍ وَلَا شَفِيعٍ يُطَاعُ
« Les injustes n’auront ni ami, ni l’intercession d’aucun intercesseur ne sera acceptée. » — (sourate Al-Mu’min : 18)
Là-bas, les transactions de pots-de-vin n’auront pas cours :
يَوْمَ لَا يَنْفَعُ مَالٌ وَلَا بَنُونَ
« Ce jour-là, ni les richesses ni les enfants ne seront d’aucune utilité. » — (sourate Ash-Shu‘arâ’ : 88)
Les œuvres accomplies par les hommes seront pesées, et chaque atome sera pris en compte :
وَنَضَعُ الْمَوَازِينَ الْقِسْطَ لِيَوْمِ الْقِيَامَةِ فَلَا تُظْلَمُ نَفْسٌ شَيْئًا ۖ وَإِنْ كَانَ مِثْقَالَ حَبَّةٍ مِنْ خَرْدَلٍ أَتَيْنَا بِهَا ۗ وَكَفَىٰ بِنَا حَاسِبِينَ
« Le Jour de la Résurrection, Nous établirons des balances justes et précises. Nulle injustice ne sera commise envers personne, fût-ce du poids d’un grain. Si une œuvre a le poids d’une graine de moutarde, Nous la ferons venir. Et Nous suffisons pour demander les comptes. » — (sourate Al-Anbiyâ’ : 47)
Là-bas, la paix et la récompense en toutes choses seront accordées selon les œuvres :
الْيَوْمَ تُجْزَوْنَ مَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
« Aujourd’hui, vous serez rétribués exactement selon les œuvres que vous accomplissiez. » — (Sourate Al-Jâthiya : 28)
وَلِكُلٍّ دَرَجَاتٌ مِمَّا عَمِلُوا
« Chacun aura un rang correspondant à ce qu’il aura accompli. » — (Sourate Al-An‘âm : 132)
En réalité, c’est la crainte de cette police et de ce tribunal qui a été profondément ancrée dans l’esprit des hommes. Ce n’est pas une police terrestre, à la vue de laquelle l’homme pourrait se dissimuler. Ce n’est pas davantage un tribunal terrestre, auquel l’homme pourrait échapper parce que les preuves n’auraient pas été réunies, que de faux témoignages auraient été recueillis ou qu’une influence illégitime aurait été exercée. Au contraire, cette police le surveille en tout temps et en toutes circonstances. Il lui est absolument impossible d’échapper au regard des témoins de ce tribunal. Celui-ci conserve le registre de chacune des pensées et de chacun des actes de l’homme. Son jugement est d’une telle équité qu’aucune mauvaise action ne peut échapper au châtiment et qu’aucune bonne action ne peut être privée de sa récompense.
Les bienfaits de la foi en l’au-delà
Ainsi, l’islam a fait de la foi en l’au-delà un fondement majeur de ses règles morales et de son système de charia. Celle-ci contient, d’une part, une motivation intellectuelle à s’attacher à la vertu et au bien et à se préserver de la destruction et de la ruine ; d’autre part, elle renferme la certitude de la récompense des bonnes actions ainsi que la crainte du châtiment certain des mauvaises actions. Pour assurer la solidité et la pérennité de ses règles et de son système, l’islam ne dépend d’aucune force matérielle ni d’aucun pouvoir administratif. Au contraire, grâce à la foi en l’au-delà, il éveille dans l’esprit humain une force de conscience extrêmement puissante. Sans aucun attrait ni aucune menace extérieure, cette force pousse naturellement l’homme à accomplir les bonnes actions que l’islam qualifie de bonnes actions en considération de leurs conséquences finales. De même, elle l’incite à se préserver des mauvaises actions que l’islam considère comme telles au regard de leurs conséquences finales.
Il suffit de porter son regard sur le Noble Coran pour constater qu’en de nombreux endroits, cette conviction y est utilisée afin d’enseigner les idéaux moraux. Au moment même où il est ordonné aux gens de craindre Allah et de faire preuve de piété, il est dit :وَاتَّقُوا اللَّهَ وَاعْلَمُوا أَنَّكُمْ مُلَاقُوهُ« Craignez Allah et sachez que vous comparaîtrez nécessairement devant Lui » — (sourate Al-Baqara : 223). Tout en encourageant le sacrifice de soi dans la voie d’Allah, il est également donné l’assurance que, lorsque vous mourrez, vous ne mourrez pas en réalité, mais que vous obtiendrez une vie éternelle.وَلَا تَقُولُوا لِمَنْ يُقْتَلُ فِي سَبِيلِ اللَّهِ أَمْوَاتٌ ۚ بَلْ أَحْيَاءٌ وَلَٰكِنْ لَا تَشْعُرُونَ— (sourate Al-Baqara : 154). En exhortant à faire preuve de patience dans l’épreuve et la souffrance, il est également précisé qu’auprès d’Allah se trouvent d’inépuisables miséricorde et grâce pour les patients :
أُولَٰئِكَ عَلَيْهِمْ صَلَوَاتٌ مِنْ رَبِّهِمْ وَرَحْمَةٌ
L’intrépidité et le courage sont insufflés de la manière suivante :
قَالَ الَّذِينَ يَظُنُّونَ أَنَّهُمْ مُلَاقُو اللَّهِ كَمْ مِنْ فِئَةٍ قَلِيلَةٍ غَلَبَتْ فِئَةً كَثِيرَةً بِإِذْنِ اللَّهِ
« Ceux qui pensaient devoir comparaître devant Allah dirent : “Par la permission d’Allah, un petit groupe triomphe d’une grande armée.” » — (sourate Al-Baqara : 249)
La force de tenir fermement face aux dangers les plus redoutables est insufflée par ces paroles :
نَارُ جَهَنَّمَ أَشَدُّ حَرًّاۚ« Le feu de l’Enfer est bien plus ardent que la chaleur de ce monde. » (At-Tawba : 81)
Il est incité à dépenser ses biens dans les bonnes œuvres par ces paroles :
وَمَا تُنْفِقُوا مِنْ خَيْرٍ يُوَفَّ إِلَيْكُمْ وَأَنْتُمْ لَا تُظْلَمُونَ
« Vous recevrez la pleine récompense de tout ce que vous donnerez, et aucune injustice ne vous sera faite. » — (sourate Al-Baqara : 172)
Afin de les détourner de l’avarice, il est dit :
وَلَا يَحْسَبَنَّ الَّذِينَ يَبْخَلُونَ بِمَا آتَاهُمُ اللَّهُ مِنْ فَضْلِهِ هُوَ خَيْرًا لَهُمْ ۖ بَلْ هُوَ شَرٌّ لَهُمْ ۖ سَيُطَوَّقُونَ مَا بَخِلُوا بِهِ يَوْمَ الْقِيَامَةِ
« Que ceux à qui Allah a accordé des richesses par Sa grâce ne pensent surtout pas que leur avarice leur soit profitable ; au contraire, elle leur est très nuisible. Les biens envers lesquels ils se montrent avares seront passés autour de leur cou comme un carcan au Jour de la Résurrection. » — (sourate Âl ʿImrân : 180)
Il leur a été interdit de se livrer à l’usure en ces termes :تُرْجَعُونَ فِيهِ إِلَى اللَّهِ« Craignez le jour où vous serez ramenés vers Allah. » — (sourate Al-Baqara : 281)
On leur a enseigné à ne pas se laisser éblouir par les biens de ce monde ni envier l’aisance des malfaiteurs, en ces termes :
لَا يَغُرَّنَّكَ تَقَلُّبُ الَّذِينَ كَفَرُوا فِي الْبِلَادِ مَتَاعٌ قَلِيلٌ ثُمَّ مَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ ۚ وَبِئْسَ الْمِهَادُ لَٰكِنِ الَّذِينَ اتَّقَوْا رَبَّهُمْ لَهُمْ جَنَّاتٌ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا نُزُلًا مِنْ عِنْدِ اللَّهِ ۗ وَمَا عِنْدَ اللَّهِ خَيْرٌ لِلْأَبْرَارِ
« Ô Prophète, que les déplacements des gens désobéissants à Allah dans les contrées de ce monde ne te trompent pas. Ce n’est qu’une jouissance éphémère de la vie. Ensuite, tous iront dans un Enfer qui est le plus vil des lieux de séjour. En revanche, ceux qui vivent dans la crainte de leur Seigneur auront des jardins sous lesquels coulent des rivières. Ils y demeureront éternellement. Voilà, de la part d’Allah, leur hospitalité. Et ce qui se trouve auprès d’Allah est meilleur pour les serviteurs pieux. » — (sourate Al-‘Imrân, 196-198)
8.
L’importance de la foi dans la culture islamique
Examen d’ensemble du contenu de la foi
Les cinq aspects de la foi ont été examinés en détail. On a ainsi clairement compris, pour chacun d’eux, la conception étendue de l’islam, sa valeur intellectuelle selon des critères rigoureux, son influence sur le caractère humain et son rôle dans l’édification des fondements de la culture. Il faut maintenant considérer la foi dans son ensemble.
Il a été dit dans les premiers chapitres de cet ouvrage que la pierre angulaire de la culture islamique est une conception particulière de la vie terrestre. Elle consiste en ceci : dans ce monde, la dignité de l’être humain n’est pas celle d’une créature ordinaire ; il y a été envoyé comme représentant du Seigneur des mondes. Dans cette perspective, atteindre la satisfaction de son Créateur et Maître devient logiquement le but naturel de la vie humaine ; et pour atteindre ce but, il devient nécessaire :
Premièrement, acquérir une connaissance exacte d’Allah.
Deuxièmement, considérer Allah seul comme Celui qui ordonne et interdit, qui légifère et établit les prescriptions, et qui seul mérite la servitude et l’obéissance, puis soumettre l’ensemble de ses pouvoirs et de son autorité aux prescriptions entièrement divines.
Troisièmement, connaître les moyens et les méthodes spécifiques permettant d’obtenir l’agrément d’Allah.
Quatrièmement, connaître les bienfaits de l’obtention de l’agrément d’Allah et les conséquences néfastes de Son mécontentement, afin que nul ne soit trompé par les résultats incomplets de la vie terrestre.
En vérité, les cinq convictions qui ont été examinées en détail précédemment répondent précisément à ce besoin fondamental.
Tout ce qui est exposé dans le Coran au sujet de l’Essence et des attributs d’Allah a pour but de permettre à l’être humain d’acquérir une connaissance exacte de Celui qui l’a envoyé sur terre comme Son représentant et dont l’agrément constitue le but suprême de sa vie. De même, tout ce qui est dit au sujet des anges vise à empêcher l’être humain de prendre pour seigneur l’une quelconque des forces agissantes de l’univers et d’associer à Allah qui que ce soit dans Sa seigneurie. Après avoir acquis cette connaissance exacte, croire en Allah signifie que, de même que Son autorité absolue s’exerce sur l’univers et même sur les aspects inconscients de la vie humaine, l’être humain ne reconnaîtra également, dans les aspects conscients et lucides de sa vie, que l’autorité d’Allah. En toute chose, il considérera Allah seul comme le Législateur et se considérera lui-même comme soumis à Sa loi. Il soumettra son pouvoir et son libre arbitre aux limites fixées par Allah. En vérité, seule une telle force de la foi peut inciter l’être humain à s’incliner volontairement et avec empressement devant la seigneurie et l’autorité d’Allah. Elle fait naître chez le croyant une conscience d’un type particulier et forme un caractère particulier, qui ne sont pas imposés par les prescriptions de la loi d’Allah, mais sont indispensables à une observance volontaire.
La troisième nécessité est satisfaite par la foi en la prophétie et au Livre. C’est par ces deux moyens que l’être humain acquiert une connaissance détaillée des lois, règles et prescriptions qu’Allah a établies pour lui. C’est également par eux qu’il peut connaître les limites auxquelles Allah a soumis son pouvoir et son libre arbitre. La foi en la mission du Messager et la foi au Livre signifient précisément considérer l’enseignement du Messager comme l’enseignement d’Allah et le Livre qu’il a présenté comme le Livre d’Allah. C’est grâce à cette foi que l’être humain peut acquérir la capacité d’observer avec fermeté et détermination les prescriptions, les lois, les règles et les usages exposés par le Messager d’Allah et Son Livre.
Pour satisfaire la quatrième nécessité, ou la dernière, il faut acquérir la connaissance de l’au-delà. Celle-ci aiguise tellement le regard de l’être humain qu’il perçoit, derrière l’apparence de cette vie terrestre, l’existence d’un monde distinct. Il lui apparaît clairement que le bien et le mal, l’avantage et le préjudice de ce monde ne constituent pas le critère de l’agrément ou du mécontentement d’Allah. Les conséquences bonnes ou mauvaises des actes ne s’achèvent pas dans ce monde par la volonté d’Allah ; leur jugement et leur résultat définitifs seront proclamés dans un monde distinct. Et ce jugement sera parfaitement exact et digne de confiance. Pour y obtenir le succès et la réussite, le seul moyen consiste, ici-bas, à suivre correctement les prescriptions de la loi divine et à respecter pleinement les limites fixées par Allah. La conviction ferme en cette connaissance et en cette foi est appelée foi en l’au-delà. En vérité, après la foi en Allah, c’est la force la plus efficace pour inciter l’être humain à suivre les lois islamiques. Cette conviction joue également un rôle considérable en préparant et en rendant l’être humain mentalement apte à la culture islamique.
Il ressort clairement de cet exposé que les convictions fondamentales étudiées ont organisé et établi les fondements de la culture exactement dans les orientations que les conceptions particulières et l’objectif précis de l’islam concernant la vie terrestre avaient tracées auparavant. Du point de vue intellectuel, les convictions fondamentales nécessaires à une telle culture peuvent se réduire à ces cinq éléments. Aucune autre conviction ne possède les qualités requises pour servir de fondement à ce type particulier de culture, car aucune autre n’est compatible avec cette conception particulière de la vie et avec cet objectif.
La structure de la culture islamique
Il suffit de considérer l’exposé détaillé qui précède sur la foi, c’est-à-dire la conception islamique, pour que se présente à nous la structure complète de la civilisation édifiée sur ses fondements. Ses principales caractéristiques sont les suivantes :
Premièrement : la gestion de cette civilisation est comparable à celle d’un royaume. Dans celle-ci, le statut d’Allah n’est pas simplement celui d’une « divinité » au sens de la conception religieuse courante. Selon la conception temporelle, Il est aussi le souverain suprême. En réalité, Il est le roi, l’empereur de cet immense royaume. Le Messager en est le représentant. Le Coran en est le code de lois. Celui qui reconnaît Sa royauté, obéit à Son représentant et suit Son code de lois est un sujet de ce royaume. Être musulman signifie précisément que l’on doit accepter sans discussion les lois que ce Roi a prescrites par l’intermédiaire de Son représentant et de Son code de lois, que leur mise en œuvre et leur justification rationnelle soient compréhensibles ou non. Celui qui n’accepte pas de placer cette autorité suprême d’Allah et Ses lois au-dessus de ses décisions personnelles et sociales, et qui se réserve le droit d’obéir ou de désobéir à Ses commandements, n’a pas la moindre place dans ce royaume.
Deuxièmement : l’objectif principal de cette civilisation est de préparer l’être humain à la réussite ultime — c’est-à-dire à la félicité consistant, dans le jugement de l’au-delà, à obtenir l’agrément du Seigneur des mondes — et, selon sa conception, l’obtention de cette réussite dépend du comportement irréprochable de l’être humain dans la vie présente. Cependant, il n’est pas au pouvoir de l’être humain de savoir quelles actions sont bénéfiques et lesquelles sont nuisibles au regard du résultat final ; seul Allah, qui rendra le jugement dans l’au-delà, le sait parfaitement. C’est pourquoi cette civilisation exige de l’être humain qu’il suive, dans tous les domaines de la vie, la voie prescrite par Allah et qu’il limite et soumette sa liberté d’action à la Loi divine. De même, cette civilisation constitue une magnifique synthèse de la religion et du monde. On ne peut pas la qualifier de « religion » au sens étroit et courant du terme. Elle est plutôt un système de vie plus vaste, qui s’étend à la pensée et à l’imagination de l’être humain, à sa nature et à son caractère, à ses habitudes et à ses comportements, à ses activités familiales, à ses relations sociales, à son action politique, à sa civilisation et à sa vie en société. L’ensemble des méthodes et des lois qu’Allah a prescrites dans tous ces domaines porte le nom de « dîn islamique » ou de « civilisation islamique ».
Troisièmement : cette civilisation n’est ni une civilisation nationale — au sens géographique ou linguistique — ni une civilisation locale ou tribale. Au sens véritable, c’est une civilisation humaine. Elle s’adresse à l’être humain en tant qu’être humain. Elle accueille dans son sein quiconque croit au tawhîd, à la mission prophétique, au Livre et à l’au-delà. Elle forme ainsi une vaste communauté universelle et ouverte, à laquelle peuvent appartenir tous les êtres humains, sans distinction de race, de tribu ou de langue. Elle possède une aptitude exceptionnelle à s’étendre sur toute la terre. Elle est également capable de rattacher tous les descendants d’Adam à un même lien communautaire et de les faire tous adhérer à une même civilisation. Toutefois, en établissant cette fraternité humaine universelle, son objectif véritable n’est pas simplement d’accroître le nombre de ses adeptes ; son but principal est de faire bénéficier l’ensemble de l’humanité des fruits du savoir juste et des principes d’action que le Seigneur de l’humanité lui a accordés pour son bien et son bonheur. C’est pourquoi elle a d’abord exigé la foi comme condition d’accès à cette fraternité et n’a retenu pour en faire partie que ceux qui sont disposés à s’incliner devant l’autorité suprême d’Allah et qui souhaitent respecter les limites et les lois fixées par le Messager d’Allah et par Son Livre. Car seuls de tels hommes, même s’ils sont très peu nombreux, peuvent s’intégrer à ce système culturel, et c’est par eux seuls qu’un système de vie juste et solide peut être établi. Que des incroyants, des hypocrites ou des personnes à la foi faible trouvent une place dans ce système n’est pas un signe de sa force, mais bien de sa faiblesse.
Quatrièmement : outre son caractère illimité et universel, une caractéristique remarquable de cette civilisation est sa discipline rigoureuse (Discipline) et la puissance de ses liens. C’est par leur moyen qu’elle rend ses adeptes soumis à ses propres lois, tant individuellement que socialement. En effet, avant de promulguer les lois et de fixer les limites, elle met en place les moyens d’assurer le respect des lois et la préservation des limites. En d’autres termes, avant de donner des ordres, elle garantit déjà que ces ordres seront appliqués. C’est pourquoi elle commence par faire reconnaître à l’être humain la seigneurie et l’autorité d’Allah. Puis elle lui donne l’assurance que les règles transmises par le Messager et le Livre sont les règles mêmes d’Allah, et que leur obéissance est exactement l’obéissance à Allah. En outre, elle établit au fond de son cœur un gardien vigilant qui l’incite constamment et en toute circonstance à appliquer les prescriptions divines, lui reproche de leur désobéir et lui inspire la crainte du châtiment dans l’au-delà. Ainsi, après avoir profondément enraciné cette force efficace dans l’esprit et la conscience de chaque individu et avoir fait naître chez ses adeptes l’aptitude à respecter volontairement et avec zèle les lois, à observer les prescriptions et les interdits et à se parer de nobles qualités, elle leur présente alors ses propres lois, détermine le champ de leurs activités, établit pour eux un mode de vie et exige d’eux les sacrifices les plus rigoureux pour atteindre ses objectifs. C’est là, en vérité, une méthode d’action extrêmement scientifique ; il ne saurait en exister de plus judicieuse. C’est par cette méthode que la civilisation islamique a acquis une influence et un prestige considérables, qu’aucune autre civilisation n’a pu atteindre.
Cinquièmement : du point de vue temporel, cette civilisation vise à établir un système social juste et à édifier une société honnête et vertueuse (Society). Mais une telle société ne peut être constituée tant que ses membres ne sont pas parés d’un bon caractère et de nobles qualités. Il est donc absolument nécessaire de réformer le caractère individuel de ses membres, afin de faire naître en eux un caractère assez solide pour que la pratique des bonnes œuvres en découle tout naturellement. En vérité, l’islam a pleinement pris en considération cette règle dans son système culturel. Pour former les gens, l’islam commence par enraciner en eux la foi et la conviction, car c’est l’unique moyen de créer chez eux un caractère ferme et élevé. C’est par la force de cette foi qu’il fait naître chez eux l’honnêteté, la loyauté, la rectitude morale, l’exercice de soi, l’amour de la vérité, la maîtrise de soi, le sens de l’organisation, la générosité, la largeur d’esprit, la dignité, l’humilité et la modestie, l’ambition, le courage, le sacrifice de soi, le sens du devoir, la patience, la fermeté, la bravoure, la satisfaction intérieure, l’obéissance aux dirigeants, le respect des lois et d’autres nobles qualités encore. En même temps, il les rend aptes à ce que, comme conséquence naturelle de leur union, se forme une société excellente.
Six : dans la foi, c’est-à-dire la doctrine de la foi, qui constitue le fondement de cette culture, résident d’une part toutes les forces propres à engendrer les nobles caractères et les vertus morales, à les cultiver et à les préserver. D’autre part, elle renferme également la force nécessaire pour rendre l’être humain capable d’utiliser au mieux les moyens et les ressources terrestres, et d’employer harmonieusement les forces qu’Allah lui a accordées. De plus, c’est précisément cette doctrine de la foi qui fait naître chez l’être humain les éminentes qualités nécessaires au véritable progrès de ce monde. Elle contient une puissance considérable, capable d’organiser les forces d’action de l’être humain et de les employer selon un plan bien conçu. Elle renferme en même temps la force de les empêcher de dépasser les limites et de les préserver de toute déviation hors du véritable chemin du bien. Ainsi, toutes les qualités que l’on trouve séparément dans les autres doctrines religieuses et terrestres se trouvent réunies et présentes au plus haut degré dans la doctrine islamique de la foi. Et cette doctrine est entièrement exempte des déformations que l’on observe dans les diverses doctrines religieuses et terrestres.
L’importance de la foi dans la culture islamique
Telle est l’ossature succincte de la culture établie par l’islam. Si nous la comparons, à titre d’exemple, à un édifice, il faut dire que, pour le rendre solide, ses fondations ont été profondément creusées dans le sol. Ensuite, des briques encore plus solides ont été soigneusement sélectionnées et rassemblées, puis maçonnées avec un ciment d’excellente qualité. L’édifice a ensuite été construit avec une telle magnificence qu’en hauteur il s’est élevé jusqu’au ciel et qu’en largeur il s’est étendu jusqu’à l’horizon. Pourtant, malgré une telle largeur et une telle hauteur, ses murs et ses colonnes ne tremblent pas le moins du monde ; ils se dressent au contraire, immobiles comme des montagnes. Les portes et les fenêtres de cet édifice ont été conçues de telle manière que la lumière extérieure et l’air pur puissent y pénétrer harmonieusement, tandis qu’elles ne laissent absolument pas entrer la poussière, le sable, les déchets ni l’air vicié. Toutes ces qualités et caractéristiques de l’édifice en question sont dues à une seule chose : la foi. C’est elle qui a consolidé ses fondations. C’est elle qui a rejeté les éléments inutiles et inertes pour retenir les meilleurs. C’est elle qui a transformé la terre crue, après cuisson, en briques solides. C’est d’elle que dépendent la largeur, la hauteur et la solidité de l’édifice ; elle lui a donné ces qualités, l’a protégé des nuisances extérieures et a permis à toutes sortes de choses pures et innocentes d’y pénétrer. Ainsi, la foi est pour cet édifice ce que l’âme est au corps. Sans elle, non seulement il ne pourrait pas subsister, mais il ne pourrait même pas être construit. Et si elle s’affaiblit, cela signifie que l’ensemble des fondations de l’édifice est fragile, que ses briques sont crues, que sa chaux et son ciment sont défectueux, que ses colonnes vacillent et que ses murs ne sont pas solidement assemblés. Il n’a alors aucune aptitude à s’étendre en largeur et en hauteur. Il ne possède pas la force de repousser les nuisances extérieures ni de protéger les choses pures et innocentes qu’il renferme.
En somme, l’absence de foi équivaut à l’absence même de l’islam. De même, la faiblesse de la foi signifie sa faiblesse, et sa force est synonyme de sa force. En outre, puisque l’islam n’est pas seulement une religion, mais qu’il réunit la civilisation, la culture, la moralité, la vie sociale et la politique, l’importance de la foi ne se réduit pas ici à celle d’un simple agencement religieux ; toute la conduite morale et tout le mode de vie des gens en dépendent entièrement. Elle est le principal soutien de la santé et de la rectitude de leurs relations réciproques. C’est elle qui les unit pour en faire une nation. C’est elle qui assure la sécurité de leur nationalité et de leur culture. C’est elle qui constitue l’âme de leur civilisation, de leur vie sociale et de leur politique. Sans elle, l’islam ne peut pas seulement s’établir comme une « religion » ; il ne peut pas non plus s’établir comme civilisation, culture et système d’État. Lorsque la foi s’affaiblit, on ne peut pas parler seulement d’un affaiblissement de la croyance religieuse ; cela signifie que la vie morale des musulmans s’est dégradée, que leur caractère s’est affaibli, que leurs relations réciproques se sont détériorées, que leur civilisation et leur organisation sociale se sont effondrées, que les liens de leur nationalité se sont rompus et qu’ils sont devenus incapables de vivre comme une nation indépendante, honorée et puissante. C’est précisément pour cette raison que, dans le système islamique, la foi a été adoptée comme critère de distinction entre l’islam et la mécréance. Lorsqu’une personne accepte la foi, elle entre au sein de la nation musulmane ; elle devient à égalité partie prenante de la civilisation, de la vie sociale et de la politique des musulmans, et toutes les coutumes ainsi que toutes les lois lui deviennent obligatoires. Mais si elle n’accepte pas la foi, elle ne peut en aucune manière entrer dans les limites de l’islam. Elle ne pourra en aucune manière participer à la communauté de l’islam. Car il lui est totalement impossible de s’adapter à ce système. Elle ne peut absolument pas observer ses lois, ses règles et ses dispositions.
La crainte de l’hypocrisie
Le cas de ceux qui rejettent ouvertement l’appel à la foi est clair. Entre eux et les musulmans existe une frontière très nette et infranchissable entre la mécréance et la foi. En franchissant cette frontière pour pénétrer dans l’islam, ils ne peuvent jamais lui nuire. Mais ceux qui, sans être croyants, prétendent avoir la foi et se sont introduits dans les rangs des musulmans, ceux dont le cœur dissimule la maladie du doute ou dont la croyance est très faible, constituent une menace extrêmement grave pour le système islamique. Car, bien qu’ils soient entrés dans les limites de l’islam, ils n’ont pas adopté le caractère islamique ni le mode de vie islamique. Ils n’ont ni suivi la loi islamique ni préservé les commandements d’Allah ; au contraire, par leur caractère et leur comportement dépravés, ils corrompent également la civilisation et la culture des musulmans, déracinent, avec l’aide de leur maladie intérieure, les racines de la nationalité musulmane et de son système politique, et participent activement à la création de toutes sortes de troubles contre l’islam, de l’intérieur comme de l’extérieur. Le Noble Coran a désigné précisément ces gens comme des hypocrites, ou des croyants de façade, et a également exposé en détail les troubles qui apparaissent dans la société musulmane à la suite de leur infiltration.
Le signe distinctif de cette catégorie de gens est qu’ils prétendent certes avoir la foi, mais qu’en réalité ils ne sont pas croyants :
———— Texte arabe ——————-
« Ceux qui disent : “Nous croyons en Allah et au Jour dernier”, alors qu’en réalité ils ne sont pas croyants. » – (sourate Al-Baqara : 8)
Ils parlent aux musulmans comme des musulmans, et aux mécréants comme des mécréants :
———— Texte arabe ——————-
« Lorsqu’ils rencontrent les croyants, ils disent : “Nous avons cru”, mais lorsqu’ils se rendent auprès de leurs démons, ils disent : “Nous sommes avec vous.” » – (sourate Al-Baqara : 14)
Ils se moquent de la parole divine et égarent les gens en répandant parmi eux le doute :
———— Texte arabe ——————-
« Lorsque vous les voyez nier les versets d’Allah et s’en moquer, ne restez pas assis avec eux » – (sourate An-Nisa : 140)
Ils répugnent à accomplir les devoirs religieux et, même lorsqu’ils les accomplissent, ils ne le font que contraints, afin d’être vus des musulmans ; en réalité, leurs cœurs éprouvent une profonde répugnance à se soumettre aux prescriptions d’Allah :
———— Texte arabe ——————-
« Lorsqu’ils se lèvent pour la prière, ils ne s’y lèvent qu’avec une extrême répugnance et ne le font que pour se montrer aux gens ; autrement, ils ne se souviennent pas d’Allah. Et même lorsqu’ils se souviennent de Lui, c’est très peu. Ils sont indécis entre les deux : ils ne sont pleinement ni de ce côté ni de l’autre. » – (Sourate An-Nisâ’ : 142-143)
———— Texte arabe ——————-
Ils ne viennent à la prière qu’avec répugnance et ne dépensent dans la voie d’Allah qu’à contrecœur. » – (Sourate At-Tawbah : 54)
———— Texte arabe ——————-
« Parmi les bédouins, certains considèrent toute dépense dans la voie d’Allah comme une amende obligatoire. » – (Sourate At-Tawbah : 98)
Ils prétendent certes être musulmans, mais ne suivent pas la loi islamique ; au contraire, dans leurs affaires, ils suivent les lois de la mécréance :
———— Texte arabe ——————
« N’as-tu pas vu ceux qui prétendent croire en toi et au Livre révélé avant toi, mais qui veulent soumettre leurs affaires et leurs différends à des juges sataniques, alors qu’il leur a été ordonné de ne pas obéir à leurs commandements ? » — (Sourate An-Nisâ’ : 60)
Non seulement ils corrompent leurs propres actes et leurs propres œuvres, mais ils s’efforcent également de corrompre la croyance et les pratiques des musulmans :
————- Texte arabe —————–
« Ils ordonnent aux gens de commettre le mal, les empêchent d’accomplir le bien et retiennent leurs mains de toute bonne œuvre. Ils ont oublié Allah ; Il les a donc oubliés. » — (Sourate At-Tawbah : 67)
————– Texte arabe ——————-
« Ils souhaitent que vous commettiez la mécréance comme eux l’ont commise, afin que vous soyez égaux. » — (Sourate An-Nisâ’ : 89)
Ils restent avec les musulmans aussi longtemps que leurs intérêts y trouvent leur compte. Dès qu’il n’y a plus d’intérêt, ou que celui-ci diminue, ils abandonnent la compagnie des musulmans.
————– Texte arabe —————
« Certains d’entre eux te couvrent de sarcasmes lors de la distribution de l’aumône ; si une part de l’aumône leur est attribuée, ils s’en réjouissent, mais si elle ne leur est pas attribuée, ils se mettent en colère. » — (Sourate At-Tawbah : 58)
Ainsi, lorsque le danger s’abat sur l’islam et les musulmans, ils refusent de combattre ; comme ils n’éprouvent en réalité aucun amour pour l’islam, ils ne consentent à aucun sacrifice pour lui et n’espèrent pas non plus recevoir de récompense en échange d’un tel sacrifice. Ils ne croient même pas à la vérité de l’islam ; c’est pourquoi ils ne sont pas prêts à risquer leur vie pour ses intérêts. Ils tentent de diverses manières de rester à l’écart de la guerre et de sauver leur vie. Et même lorsqu’ils prennent part au combat, ils ne le font qu’à contrecœur. Ainsi, leur participation devient pour les musulmans une cause de faiblesse au lieu d’être une source de force. Cette attitude est exposée en détail dans la sourate Al ‘Imran (sections 12–17), la sourate An-Nisa (sections 10, 11, 12, 20), la sourate At-Tawbah (sections 7, 11, 12) et la sourate Al-Ahzab (section 2).
Leur caractéristique la plus grave est la suivante : lorsque les musulmans sont frappés par de grandes épreuves, ils rejoignent le camp des mécréants. Ils leur transmettent des informations sur la situation intérieure des musulmans. Ils leur témoignent de la sympathie. Ils se réjouissent des malheurs des musulmans. Trahissant leur propre peuple, ils obtiennent des intérêts et du prestige auprès des mécréants. Ils s’avancent pour participer à chaque sédition hostile à l’islam. Et ils complotent sans cesse afin de semer la division et le désordre dans le rang des musulmans. Cette caractéristique est également décrite en détail dans les sourates Al ‘Imran, An-Nisa, At-Tawbah, Al-Ahzab et Al-Munafiqun.
On peut aisément en déduire qu’une foi sincère, exacte et véritable est absolument indispensable à l’établissement, à la pérennité et à la solidité du système de vie islamique. La faiblesse de la foi vide entièrement ce système de sa substance, depuis ses racines jusqu’à ses branches. Rien — ni la civilisation, ni la culture, ni la morale, ni la vie sociale, ni la politique — ne peut échapper à ses effets dévastateurs.
9
La vie dans l’au-delà
Y a-t-il une vie après la mort ? Si oui, de quelle nature est-elle ? Cette question dépasse essentiellement les limites de notre connaissance et de notre raison. Car nous n’avons pas d’yeux capables de regarder au-delà des frontières de la mort pour voir ce qui s’y trouve ou n’y trouve pas. Nous n’avons pas d’oreilles capables d’entendre une voix venant de l’autre côté. Nous ne disposons même d’aucun instrument permettant de savoir avec certitude s’il existe réellement quelque chose au-delà. Du point de vue scientifique, cette question dépasse donc entièrement les limites de la science. Celui qui, invoquant la science, nie la vie après la mort tient sans aucun doute un propos antiscientifique. Du point de vue de la science, on ne peut pas plus affirmer qu’il y existe une vie qu’affirmer qu’il n’y en a pas. Ainsi, jusqu’à ce qu’une source de connaissance certaine soit au moins découverte à ce sujet, l’attitude véritablement scientifique pourrait consister à ne reconnaître ni à ne nier la vie dans l’au-delà.
Mais peut-on adopter cette attitude scientifique dans la vie réelle ? Absolument pas. D’un point de vue intellectuel, il peut être possible de ne tirer aucune conclusion, positive ou négative, au sujet d’une chose tant que les moyens et les instruments permettant de la connaître ne sont pas entièrement à notre portée. Mais lorsque notre vie réelle se trouve liée à cette chose, il ne reste plus d’autre choix que de fonder notre conduite sur sa reconnaissance ou sa négation. Prenons un exemple : vous ne savez absolument rien d’un homme. Si vous devez traiter avec lui, vous êtes obligé d’agir en le considérant soit comme honnête, soit comme malhonnête. Vous pouvez certes penser intérieurement : « Je travaillerai dans le doute jusqu’à ce qu’il soit établi que cet homme est honnête ou malhonnête. » Mais si vous agissez en considérant son honnêteté comme douteuse, la nature concrète de votre conduite sera en réalité la même que si vous le teniez pour malhonnête. Ainsi, dans la pratique, l’état de doute entre reconnaissance et négation ne peut exister que dans l’esprit ; la conduite réelle ne peut jamais être déterminée sur la base d’un état de doute. La reconnaissance ou la négation est donc absolument indispensable.
Il suffit de réfléchir un tant soit peu en profondeur pour comprendre que la question de la vie dans l’au-delà n’est pas une simple question philosophique, mais qu’elle entretient un rapport des plus étroits avec notre vie réelle. En vérité, toute notre conception morale dépend de cette question. Si je pense que tout, dans la vie, prend fin avec cette existence terrestre et qu’il n’y a aucune autre vie ensuite, ma conduite morale sera d’une certaine nature. Mais si je crois qu’il existe ensuite une autre vie, où je devrai rendre compte de tous les actes de mon existence actuelle et où je subirai les bonnes ou les mauvaises conséquences de mes actions selon ce que j’aurai accompli ici-bas, alors ma conduite morale sera certainement tout autre. Prenons un exemple. Imaginons un homme qui voyage en pensant qu’il lui suffit de se rendre d’ici à Karachi. Une fois arrivé à Karachi, non seulement son voyage prendra définitivement fin, mais il se trouvera également entièrement hors de portée de la police, des tribunaux et de toutes les autorités chargées de l’interroger.
En revanche, un autre homme pense que son voyage d’ici à Karachi n’est qu’une étape. Il devra ensuite se rendre dans un autre pays, au-delà de la mer, dont le souverain est également le souverain de ce pays-ci. Dans les bureaux de ce souverain se trouve le relevé secret de tous les actes qu’il a accomplis durant son séjour au Pakistan. C’est en examinant et en analysant ce relevé qu’il sera déterminé quel rang il mérite en fonction de ses œuvres. Vous pouvez aisément imaginer à quel point les principes d’action de ces deux hommes seront opposés. Le premier ne se préparera qu’au voyage d’ici à Karachi, tandis que le second se préparera également aux longues étapes qui suivront. Le premier pensera que tout gain ou toute perte se limite à l’arrivée à Karachi et qu’il n’y a plus rien ensuite. Le second, lui, estimera que le véritable gain et la véritable perte ne se trouvent pas dans la première étape du voyage, mais dans la dernière. Le premier ne tiendra compte que des conséquences de ses actes susceptibles de se manifester durant le voyage jusqu’à Karachi. Le regard du second se portera sur les conséquences qui apparaîtront une fois arrivé dans ce pays au-delà de la mer. Il est évident que la différence entre les principes d’action de ces deux hommes est la conséquence directe de leur conception du voyage. De même, la croyance en une vie après la mort exerce une influence profonde sur notre vie morale et en détermine finalement l’orientation. Lorsque nous devons prendre une décision dans le domaine pratique, l’orientation de cette décision dépend de la question de savoir si nous agissons en considérant cette vie comme la première et la dernière, ou si nous prenons en vue une vie ultérieure et les conséquences qui en découleront. Dans le premier cas, notre décision sera d’une certaine nature ; dans le second, elle sera tout à fait différente.
Nous savons ainsi que la question de la vie dans l’au-delà n’est pas une simple question philosophique et intellectuelle, mais une question qui concerne la vie réelle. Dans ces conditions, il n’y a aucune place pour le doute ni pour l’hésitation à son sujet. Que nous adoptions une position hésitante ou quelque autre conception de la vie, celle-ci finira par être, en définitive, la conception de l’incroyant. Nous sommes donc contraints, quelle que soit la manière dont nous examinons la question, de parvenir à une conclusion définitive sur l’existence ou non d’une vie après la mort. Si la science ne nous aide pas à cet égard, nous devrons recourir à la raison et aux preuves intellectuelles.
Examinons maintenant quelque peu les moyens dont nous disposons pour établir des arguments et des preuves intellectuels. Le premier élément qui se présente à nous est l’être humain, et le second est cet ordre universel. Nous examinerons l’être humain sur fond de cet ordre universel afin de voir si tous ses besoins et toutes ses exigences, en tant qu’être humain, sont satisfaits dans ce système, ou si le fait qu’une chose demeure insatisfaite rend nécessaire pour lui un autre type d’organisation. Considérez le corps humain : il est constitué d’une multitude de substances minérales, de sels, d’eau et de gaz. De même, dans l’univers, il existe de la terre, des pierres, des métaux, des sels, des gaz, des rivières et d’autres éléments de cette nature. Pour que ces éléments puissent remplir leurs fonctions respectives, il faut des lois. Ces lois sont à l’œuvre partout dans l’univers. De même que ces lois permettent à l’environnement extérieur — aux montagnes, aux rivières et à l’air — d’accomplir leurs fonctions respectives, le corps humain a lui aussi la possibilité de fonctionner sous leur autorité.
Deuxièmement, le corps humain se nourrit des éléments qui l’entourent et se développe et croît grâce à eux. Des lois de ce genre existent également dans le monde de la création, chez les arbres, les plantes grimpantes, les arbustes, les herbes, etc. Là aussi, on constate l’existence de lois nécessaires aux êtres dotés d’un corps en croissance.
Troisièmement, le corps humain est un être vivant qui se déplace de sa propre volonté, se procure lui-même sa nourriture, veille lui-même à sa protection et assure lui-même la préservation de sa descendance. Il existe dans le monde de la création de nombreuses autres formes de vie de ce genre ; on observe dans les milieux aquatique, terrestre et aérien d’innombrables êtres vivants, à l’égard desquels les lois nécessaires pour régir l’ensemble de leur existence sont également pleinement à l’œuvre.
En plus de tout cela, l’être humain possède une autre dimension, que nous appelons la dimension morale. Il éprouve le bien et le mal. Il sait distinguer le bien du mal. Il a la capacité de faire le bien et le mal. Sa nature aspire aux bonnes conséquences du bien et aux mauvaises conséquences du mal. Il distingue naturellement le zulm, la justice, la véracité, le mensonge, le haqq et le tort, la compassion, la cruauté, la gratitude, la générosité, l’avarice, la trahison du dépôt confié et diverses autres qualités morales de cette nature. Ces qualités se manifestent concrètement dans sa vie. Ce ne sont pas des choses imaginaires ; elles exercent au contraire une influence sur la société humaine et la civilisation dans le monde réel. L’être humain attend donc naturellement avec force des conséquences morales de ses actes, tout comme il en attend les conséquences naturelles.
Mais examinez attentivement l’ordre actuel du monde : dans ce système, les conséquences morales des actes humains peuvent-elles se manifester pleinement ? Je peux l’affirmer avec certitude : cela n’est aucunement possible ici. Car, du moins à ma connaissance, aucun autre être doué d’une conscience morale n’y existe. En outre, l’ensemble de l’univers est régi par les lois de la nature. Nulle part on n’y voit une loi morale à l’œuvre. Ici, l’argent a à la fois un poids et une valeur, mais la vérité n’a ni poids ni valeur. Ici, une graine de manguier donne toujours un manguier ; mais ceux qui sèment les graines de la vérité reçoivent tantôt une pluie de fleurs et tantôt — le plus souvent — des jets de chaussures. Ici, les éléments matériels sont soumis à des lois précises, et des résultats déterminés se manifestent toujours conformément à ces lois. Mais les éléments moraux ne sont soumis à aucune loi précise, et leur action ne produit pas toujours de résultats déterminés. En raison de l’autorité et de la prépondérance des lois naturelles, les conséquences morales ne peuvent jamais se manifester pleinement ici ; et lorsqu’elles se manifestent, elles ne le font que dans la mesure permise par les lois naturelles. Il arrive même souvent que, d’un point de vue moral, une action puisse normalement produire un résultat particulier, mais que l’intervention des lois naturelles rende ce résultat totalement contraire. L’être humain lui-même a tenté, par ses systèmes sociaux, culturels et politiques, d’obtenir dans une certaine mesure les conséquences morales de ses actes selon des règles établies. Mais cet effort s’est révélé très limité et extrêmement défectueux. D’une part, les lois naturelles l’ont limité et rendu imparfait ; d’autre part, les propres faiblesses de l’homme ont encore aggravé ces défauts.
Je voudrais clarifier ma pensée à l’aide de quelques exemples. Supposons qu’un homme soit l’ennemi d’un autre et mette le feu à sa maison : celle-ci brûlera. C’est la conséquence naturelle ou physique de son acte. Sa conséquence morale devrait être que cet homme soit puni à la mesure du tort qu’il a causé à une famille. Mais la manifestation de cette conséquence dépend de plusieurs conditions : retrouver l’incendiaire, le remettre à la police, établir sa culpabilité, évaluer correctement, par décision judiciaire, les dommages subis par la famille victime de l’incendie et par ses descendants futurs, puis infliger au coupable, avec justice, une peine exactement proportionnée. Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, la conséquence morale ne se manifestera pas du tout, ou seulement dans une très faible mesure. Il peut même arriver qu’après avoir entièrement détruit son ennemi, cet homme continue à vivre dans le plus grand bonheur en ce monde.
Prenons un exemple encore plus considérable. Quelques individus acquièrent une immense influence sur leur propre peuple, qui se met tout entier à obéir au moindre signe de leur doigt. Profitant de cette situation, ils insufflent aux gens un fanatisme nationaliste exacerbé et une folie impérialiste. Ils provoquent ainsi des guerres avec les peuples voisins, tuent des millions d’innocents, détruisent des pays les uns après les autres et contraignent des dizaines de millions
de personnes à mener une vie d’humiliation et d’abaissement. Leurs agissements provoqueront naturellement une réaction considérable dans l’histoire de l’humanité, et cette réaction se poursuivra de génération en génération, au fil des siècles. Pensez-vous que ces quelques individus puissent jamais recevoir, dans cette vie terrestre, le châtiment pleinement juste et approprié aux crimes monstrueux qu’ils ont commis ? Il est évident que même si toute la chair était arrachée de leur corps, s’ils étaient brûlés vifs ou soumis à toute autre peine sévère que l’homme puisse infliger, ils ne pourraient jamais subir un châtiment à la mesure du tort causé à des dizaines de millions de personnes et à leurs descendants futurs. Car, selon les lois naturelles qui régissent l’ordre actuel du monde, il est absolument impossible de recevoir une peine égale au crime.
On peut en dire autant des grands hommes exemplaires de ce monde. Ils ont enseigné à l’humanité l’honnêteté et la justice, et lui ont montré une voie lumineuse à suivre dans la vie. Grâce à leur générosité sans mesure, d’innombrables personnes bénéficient de leurs bienfaits de génération en génération, depuis des siècles, et nul ne sait combien de temps encore elles en bénéficieront à l’avenir. Ces grands hommes peuvent-ils recevoir en ce monde la pleine récompense de leurs œuvres ? Pouvez-vous concevoir que, selon les lois naturelles actuelles, un homme puisse recevoir la récompense d’un acte dont les effets sont susceptibles de s’étendre, même après sa mort, à d’innombrables personnes pendant des milliers d’années ?
J’ai déjà dit, premièrement, que dans l’ordre actuel du monde, régi par les lois qui le gouvernent, il n’existe aucune possibilité d’obtenir pleinement les conséquences morales des actes humains. Deuxièmement, les effets des actes accomplis par l’homme au cours de sa vie éphémère sont si vastes et si durables qu’il faudrait une vie longue de milliers, voire de millions d’années, pour en subir pleinement les conséquences. Or, selon les lois naturelles actuelles, il n’est pas possible à l’homme de vivre aussi longtemps. Il en ressort que, pour les éléments matériels, corporels et biologiques de l’être humain, le monde physique actuel (Physical World) et ses lois naturelles suffisent. Mais ce monde est totalement insuffisant pour ses éléments moraux. Il faut à ceux-ci un autre ordre du monde, où la loi morale sera la loi souveraine (Governing Law), tandis que la loi naturelle, qui lui sera subordonnée, ne jouera qu’un rôle auxiliaire. La vie n’y sera pas limitée, mais infinie, et toutes les conséquences morales qui ne se manifestent pas ici, ou qui s’y manifestent sous une forme différente, s’y révéleront de manière juste et complète. Là, ce ne seront plus l’or et l’argent qui auront poids et valeur, mais les bonnes actions et la véracité. Là, le feu ne brûlera que celui qui, pour des raisons morales, mérite d’être consumé. Les gens de bien y trouveront le bonheur et la paix, tandis que les malfaiteurs y subiront la souffrance. La raison, la nature et la disposition innée réclament naturellement un tel ordre du monde.
À cet égard, l’intellect accomplit sa tâche en nous conduisant seulement jusqu’à ce qui « devrait être ». Mais il nous est impossible, à nous-mêmes, de parvenir à une conclusion définitive quant à l’existence réelle d’un monde de cette nature. Seul le Coran nous apporte une aide à cet égard. Il affirme que ce que votre raison et votre nature réclament se réalisera précisément ainsi. L’ordre mondial fondé sur les lois naturelles actuelles sera un jour réduit en poussière, puis un nouvel ordre sera établi. Alors les cieux, la terre et tout ce qu’ils contiennent revêtiront une forme différente. Ensuite, Allah ressuscitera tous ceux qui ont vécu dans le monde depuis l’origine de la création jusqu’à la Résurrection, et tous comparaîtront ensemble devant Lui. Là, les actes de chaque individu, de chaque peuple et de l’ensemble de l’humanité seront conservés dans un état parfaitement exact et intact. Le compte rendu complet de toutes les répercussions qu’aura eues ici-bas chacun des actes de chaque personne s’y trouvera. Tous les groupes humains liés à ces répercussions comparaîtront comme témoins. Les atomes et les particules sur lesquels les paroles et les actes des hommes auront laissé leur empreinte présenteront eux aussi leur propre récit. Les mains, les pieds, les yeux, les oreilles, la langue et les autres membres mêmes de l’homme témoigneront des usages auxquels ils auront été employés. Puis le Juge suprême déclarera, en toute justice, qui mérite quelle récompense et quel châtiment, sur la base de ces relevés d’actes. L’étendue de cette récompense ou de ce châtiment sera si vaste qu’il sera même impossible de la concevoir à partir des mesures limitées du monde actuel. Là-bas, les dimensions du temps et de l’espace seront différentes, et les lois naturelles seront également autres. Les bonnes actions de l’homme dont les répercussions se poursuivent ici-bas depuis des milliers d’années y porteront pleinement leurs fruits. La mort, la maladie et la vieillesse ne pourront en rien troubler son bonheur et sa quiétude. De même, il devra subir pleinement le châtiment des méfaits dont les répercussions se seront étendues ici-bas, pendant des milliers d’années, à d’innombrables personnes. Ni la mort ni l’inconscience ne pourront le soustraire à ce châtiment.
J’éprouve de la compassion pour l’étroitesse d’esprit de ceux qui considèrent qu’une telle vie et un tel monde sont impossibles. Si notre ordre mondial actuel peut exister avec les lois naturelles actuelles, pourquoi un autre ordre mondial ne pourrait-il pas exister avec d’autres lois naturelles ? Certes, la possibilité d’un monde de cette nature ne peut être établie par aucune preuve ni aucun témoignage matériel. Pour cela, la foi en l’invisible, ou Îmân bil-ghayb, est absolument nécessaire.
— Fin —