La requête de l’auteur

Il y a aujourd’hui quatre ans, j’avais écrit une série d’articles au sujet du voile. Ils avaient été publiés dans plusieurs numéros du « Tarjumān al-Qurʾān ». À cette époque, certains aspects de la discussion avaient été volontairement laissés de côté et certains sujets étaient demeurés incomplets, car il n’était alors pas dans mon intention de rédiger un ouvrage : je voulais seulement écrire un article. Ces éléments y ont été intégrés, et l’ensemble a pris la forme du présent ouvrage, avec les ajouts et les analyses nécessaires. On ne peut toutefois pas encore prétendre que le sujet traité soit exposé ici de manière définitive et que le dernier mot ait été dit. Mais ceux qui désirent sincèrement comprendre cette question y trouveront, dans une large mesure, des connaissances théoriques et factuelles ainsi que des arguments et des preuves propres à apaiser leur soif — c’est du moins l’espoir que je nourris assurément.

La réussite est entre les mains d’Allah seul ; c’est auprès de Lui que nous demandons assistance. Amîn.

22 Muharram 1351 de l’Hégire — Aboul A‘la

Les problèmes fondamentaux de la société humaine

Nature et caractère du problème

La civilisation humaine connaît deux problèmes majeurs et extrêmement complexes. Le bien-être et le progrès de l’humanité dépendent de la résolution juste et équilibrée de ces deux problèmes. C’est pourquoi, depuis des temps immémoriaux, les milieux instruits du monde sont préoccupés et perplexes quant à la manière de les résoudre.

Le premier problème est de savoir comment les relations entre la femme et l’homme peuvent être établies dans la vie sociale. Car c’est en réalité la pierre fondamentale de la civilisation ; si la moindre déviation y est admise, l’édifice qui s’élèvera en s’appuyant sur elle sera lui aussi nécessairement dévié.

Le deuxième problème concerne les relations individuelles et collectives de l’humanité. Si la moindre discordance subsiste dans l’harmonisation de celles-ci, l’humanité devra en subir les conséquences amères durant des siècles et des millénaires.

Si, d’une part, l’importance de ces deux problèmes est telle, d’autre part leur complexité ne cesse de croître à tel point que nul ne pourra les résoudre sans procéder à une analyse minutieuse de toutes les données de la nature humaine. Il est véritablement juste de dire que l’être humain est un monde en miniature ; sa constitution physique, sa nature, ses capacités et ses aptitudes, ses désirs, ses inspirations et ses sentiments, ainsi que ses relations réelles avec les innombrables domaines de la création extérieurs à son être propre, et bien d’autres aspects encore, résident en lui comme dans un univers. Il est impossible de parvenir à la véritable connaissance de l’être humain sans porter un regard clair sur chaque recoin d’un tel monde ; et sans une connaissance complète et véritable de celui-ci, il est également impossible de résoudre ses problèmes fondamentaux.

Le sujet est en outre si complexe que, depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours, il n’a cessé d’être le terrain de jeu du savoir, de la science et de la recherche. La première chose à considérer est que toutes les données de l’univers n’ont pas encore été révélées à l’être humain. Jusqu’à présent, aucun savoir humain n’a atteint la perfection absolue ; autrement dit, nul homme ne peut prétendre maîtriser l’ensemble des données liées au savoir en question. De plus, les données qui ont été éclairées jusqu’à présent sont d’une telle étendue et d’une telle subtilité que, loin d’être accessible à l’attention vigilante d’un individu, elles ne peuvent même être embrassées simultanément par celle d’un groupe particulier. Si l’un de leurs aspects est saisi par l’œil de la connaissance, l’autre demeure plongé dans les ténèbres. Ici, le regard se rétrécit ; ailleurs, les inclinations personnelles en obscurcissent le chemin. Affaibli par cette double faiblesse, l’être humain demeure infructueux malgré tous ses efforts pour résoudre les problèmes de sa propre vie, et, en définitive, ce sont ses erreurs et ses défaillances qui deviennent manifestes. Une solution correcte au problème n’est possible que lorsqu’une vision impartiale est acquise à l’égard de toutes les données qui s’y rapportent. Or, tant que tous les aspects des données découvertes, sinon de l’ensemble des données, ne seront pas simultanément éclairés par la lumière de la connaissance, cette vision impartiale ne pourra être obtenue. Mais l’étendue du panorama est naturellement si vaste qu’il ne tombe pas tout entier dans le champ de la vision ; de plus, les désirs, les inclinations et les aversions de la nature sont si puissants que le regard se détourne même de ce qui devient clairement visible. Dans de telles conditions, est-il jamais possible d’acquérir une faculté de vision impartiale ? La solution adoptée dans ces circonstances comportera nécessairement soit une exagération excessive ou le franchissement des limites raisonnables, soit, au contraire, une insuffisance et une carence.

Parmi les deux problèmes majeurs exposés ci-dessus, c’est le premier qui fait ici l’objet de notre discussion. Lorsque nous examinons l’histoire passée à ce sujet, nous n’y voyons qu’une étonnante oscillation entre l’exagération excessive et la privation extrême. D’un côté, nous voyons la femme, en tant que mère, nourrir ses enfants, et, devenue l’épouse, aider l’homme dans les hauts et les bas de la vie. D’un autre côté, cette même femme a été employée comme servante ou comme esclave. Elle a été achetée et vendue comme du bétail. Elle a été privée de la propriété et de l’héritage. Elle a été maintenue comme l’incarnation du péché, de la souillure et de l’humiliation. Aucune possibilité de faire s’épanouir ou de développer sa personnalité ne lui a été accordée. Et même lorsqu’elle a parfois été élevée et mise en valeur, elle a aussitôt été plongée dans l’immoralité et l’indiscipline. Elle a été transformée en jouet des instincts bestiaux. Parfois encore, elle a été qualifiée d’« agent de Satan », et, parallèlement à son prétendu épanouissement et à son prétendu progrès, le déclin de l’humanité a également commencé.

Nous ne qualifions pas seulement ces deux extrêmes de franchissement des limites raisonnables et de privation extrême du point de vue des perspectives ; c’est lorsque l’expérience nous en révèle les conséquences funestes que, dans la terminologie morale, nous appelons l’un franchissement des limites raisonnables et l’autre extrême insuffisance ou carence. Le contexte historique mentionné plus haut nous enseigne ceci : lorsqu’un peuple, après avoir dépassé l’époque de la vie sauvage, s’engage sur la voie de la civilisation et de l’établissement sédentaire, ses femmes continuent de vivre avec les hommes comme des esclaves et des servantes. Au début, des forces pernicieuses les conduisent progressivement vers le progrès. Mais lorsque le développement de la civilisation atteint un certain stade, elles comprennent qu’elles ne peuvent avancer sur la voie du progrès en maintenant leurs épouses dans l’arriération. Elles estiment alors que leur propre marche vers le progrès est bloquée et, selon les besoins, rendent la moitié de la nation — les femmes — apte à avancer avec la première moitié — les hommes. Elles poursuivent ainsi la compensation et, bientôt, ne se contentent plus de cette seule compensation, mais continuent d’avancer sans cesse. Finalement, l’ordre de la filiation — considéré comme la pierre angulaire de la civilisation — est détruit et disparaît sous l’effet de la liberté des femmes. Avec le déclin moral apparaissent inévitablement le déclin des forces intellectuelles, physiques et matérielles. Quelle pourrait être l’issue finale de tout cela, sinon la destruction ?

Comme la présentation d’exemples détaillés tirés de l’histoire augmenterait le volume de cet ouvrage, nous estimons convenable de n’en mentionner ici que deux ou quatre.

 

La Grèce

Parmi les peuples anciens, la civilisation grecque fut de loin la plus glorieuse. À l’époque primitive de ce peuple, la condition de la femme était profondément dégradée du point de vue des conceptions morales, des droits juridiques, des usages sociaux, et autres aspects semblables. Dans la mythologie grecque, la femme « Pandora » est décrite comme la cause des malheurs et des souffrances de l’humanité, de la même manière que Hawwa (a.) est rendue responsable de ce fait dans la mythologie juive. Nul n’ignore combien le récit mensonger et imaginaire relatif à Hawwa (a.) a profondément influencé les usages et les coutumes, les lois, la vie sociale et le caractère moral des communautés juive et chrétienne. La conception que les Grecs entretenaient au sujet de « Pandora » avait pareillement influencé leur état d’esprit. À leurs yeux, la femme était un être vil. Elle ne jouissait d’aucune considération dans la société, et la dignité honorable était réservée exclusivement à l’homme.

Au stade initial du développement progressif de la civilisation, ce système resta en vigueur, avec quelques modifications. Le seul effet perceptible de la civilisation et de la lumière du savoir fut que les droits juridiques de la femme demeurèrent inchangés, tandis qu’un statut plus élevé lui fut accordé dans le domaine social. Elle devint la reine du foyer chez les Grecs. Ses devoirs et ses activités restèrent limités à l’intérieur de la maison. Dans ces limites, elle y exerçait également une pleine autorité. Sa chasteté avait une très grande valeur et elle était respectée. Dans les familles grecques nobles, la pratique du voile était en vigueur. À l’intérieur de leurs demeures, les pièces des hommes et des femmes étaient séparées. Leurs femmes ne participaient pas aux réunions mixtes. Elles ne se montraient pas dans les théâtres publics. Elles considéraient comme honorable de nouer des relations avec un homme par le mariage. Mener une vie de prostituée était profondément méprisé et maudit. Telle était la situation à l’époque où la nation grecque était très puissante et occupait rapidement les échelons élevés du progrès. Bien que la dépravation morale existât alors, elle demeurait limitée. Les femmes grecques pouvaient revendiquer la pureté, la décence et la chasteté, tandis que les hommes étaient à l’opposé. Ils n’aspiraient pas à de telles qualités et l’on ne pouvait pas non plus espérer qu’ils menassent une vie pure. La classe des prostituées constituait une partie intégrante de la société grecque. Pour les hommes, entretenir des relations avec cette classe n’était en aucune manière considéré comme répréhensible.

Chez les Grecs, le culte des instincts et l’influence de l’excitation sexuelle commencèrent progressivement à s’étendre, et, à cette époque, la classe des prostituées acquit un statut si élevé que les exemples en sont rares dans l’histoire. Les maisons closes devinrent le centre et le lieu de réunion de la population tout entière de la société grecque. Une constellation de philosophes, de poètes, d’historiens, d’écrivains et de spécialistes les entourait comme la lune. Les prostituées ne se contentaient pas de présider les assemblées de savoir, de sciences et de littérature ; d’importantes discussions politiques se tenaient également devant elles. Même dans les affaires liées aux questions de vie ou de mort de la nation, leur opinion était considérée comme définitive. Pourtant, dans leurs délibérations, aucune personne n’était jamais jugée équitablement. Le culte de la beauté embrasa puissamment le feu du désir chez les Grecs. Les statues ou les modèles nus de l’art envers lesquels ils manifestaient une convoitise esthétique devinrent le combustible de ce feu. Finalement, leur mentalité se déforma à tel point qu’ils ne considéraient nullement le culte du désir comme répréhensible du point de vue moral. Leurs critères moraux avaient tellement changé que les grands philosophes et moralistes ne considéraient ni l’adultère ni l’obscénité comme laids ou répréhensibles. En général, les Grecs considéraient le mariage comme une coutume inutile et jugeaient raisonnable l’union publique entre hommes et femmes en dehors du mariage. Finalement, leur religion elle-même se soumit à leurs instincts bestiaux. Le culte de la déesse de l’amour (Aphrodite) se répandit dans toute la Grèce. Dans la mythologie grecque, il est dit de cette déesse qu’étant l’épouse d’un dieu, elle avait entretenu des relations physiques amoureuses avec trois autres dieux et un homme. De ces relations sexuelles naquit un enfant qui fut plus tard appelé le dieu de l’amour (Cupidon). Ce dieu de l’amour était adoré par les Grecs et considéré comme leur divinité. Il n’est pas difficile de comprendre que la norme morale d’une nation qui avait adopté un caractère aussi abject non seulement comme idéal, mais encore comme objet de culte, devait être extrêmement basse. Après une telle déchéance morale, aucune nation ne peut se relever. C’est à l’époque de cette déchéance morale que les doctrines « vamamargiennes » se répandirent en Inde et les doctrines mazdakites en Iran. C’est dans une telle situation que la prostitution acquit à Babylone le statut de pureté religieuse. En conséquence, Babylone finit par n’appartenir plus qu’aux récits du passé, et son existence disparut à jamais du monde.

Lorsque le culte de la déesse de l’amour commença en Grèce, les maisons closes se transformèrent en temples de culte. La prostituée éhontée devint une devayani ou une déesse, et l’adultère fut élevé au rang de pratique religieuse.

La deuxième conséquence manifeste d’un tel culte du désir fut que, parmi la nation grecque, les méfaits du peuple de Lot se propagèrent comme une épidémie et reçurent un soutien religieux et moral. Ces pratiques n’existaient pas à l’époque de la domination d’Homère et d’Hésiode. Mais lorsque le progrès culturel, sous le nom d’esthétique (Aesthetics), introduisit le culte de la nudité et de la jouissance sexuelle, les flammes dévorantes du désir atteignirent un tel degré qu’elles détournèrent la nation grecque de la voie naturelle et la conduisirent sur une voie contraire à la nature. Les spécialistes de l’art appelèrent cela une « relation d’amitié étroite » entre deux personnes. Les Grecs Harmodios et Aristogiton furent les premiers à recevoir un tel honneur que des statues furent érigées dans leur patrie en leur mémoire. Une relation amoureuse mutuelle, illicite et contre nature s’était établie entre eux. L’histoire témoigne qu’après cette époque, aucune ère nouvelle ne prit naissance dans la vie nationale des Grecs.

 

Rome

Après la nation grecque, l’occasion du progrès romain se présenta dans le monde. Ici encore, nous voyons, comme précédemment, le tableau d’une ascension et d’un déclin. Lorsque les Romains sortirent des ténèbres de la barbarie et apparurent sur la scène lumineuse de l’histoire, l’organisation de leur société se présentait ainsi : l’homme était devenu le chef de sa famille et exerçait une autorité absolue sur son épouse et ses enfants. Dans certains cas même, il avait le pouvoir de tuer sa femme.

Lorsque la barbarie diminua quelque peu et que les Romains commencèrent à progresser dans le domaine de la civilisation, les anciennes coutumes familiales subsistèrent, mais leur rigueur s’atténua et la situation devint quelque peu plus modérée. Au cours du développement de la République romaine, la pratique du voile ne se répandit pas comme chez les Grecs. Toutefois, les femmes, les jeunes gens et les jeunes filles étaient maintenus dans le respect au sein de la discipline familiale. La chasteté et la vertu, particulièrement chez les femmes, étaient un joyau inestimable et constituaient la pierre de touche du respect. La pierre de touche morale était elle aussi de haute qualité. Un jour, un membre du Sénat romain embrassa sa femme devant sa fille. On estima que cet acte constituait une grave offense au caractère national, et un vote de blâme fut émis contre lui dans la salle du Sénat. À cette époque, le mariage était l’unique moyen légal et honorable de l’union entre l’homme et la femme. L’honneur de la femme reposait sur sa maternité. Bien que la classe des prostituées existât et que les hommes eussent jusqu’à une certaine limite le droit de les fréquenter, le peuple romain considérait néanmoins cela comme extrêmement vil et regardait avec mépris les hommes qui entretenaient des relations avec elles.

Avec les progrès de la civilisation et de la culture, l’attitude des Romains à l’égard des femmes commença également à changer. Peu à peu, le mariage, le divorce, les lois et les coutumes familiales subirent une telle transformation que la situation devint l’opposé de ce qu’elle avait été auparavant. Le mariage se réduisit à un simple contrat juridique (Civil Contract), dont la durée et la dissolution dépendaient du mari et de la femme. Les responsabilités de la vie conjugale perdirent leur importance. La femme se vit accorder le plein droit d’hériter et de posséder des biens. Le droit romain la libéra de l’autorité de son père et de son mari. Les Romaines n’acquirent pas seulement la liberté dans le domaine social : une grande partie des richesses nationales passa progressivement sous leur contrôle. Elles commencèrent à prêter de l’argent à leurs maris à des taux d’intérêt élevés. Ainsi, le mari devint l’esclave de sa riche épouse. Le divorce devint si facile que les relations conjugales commencèrent à être rompues à la moindre parole. Le célèbre philosophe et savant romain Sénèque (56 av. J.-C. – 4 av. J.-C.), regrettant la fréquence des divorces, déclara : « De nos jours, à Rome, le divorce n’est nullement une honte. La femme compte son âge par le nombre de ses maris. »

À cette époque, les femmes commencèrent à prendre successivement plusieurs maris. Martial (43-104 apr. J.-C.) a mentionné une femme qui avait eu dix maris. Juvénal (60-140 apr. J.-C.) a fait remarquer, à propos d’une femme, qu’elle avait eu huit maris en cinq ans. Saint Jérôme (340-420 apr. J.-C.) a décrit une femme qui, au cours de sa vie, avait eu trente-deux maris et qui était la vingt et unième épouse de son mari.

À cette époque, l’idée selon laquelle les relations sexuelles entre hommes et femmes sans mariage étaient répréhensibles commença également à disparaître de l’esprit des gens. Même les grands moralistes considéraient l’adultère comme une pratique courante. En 184 av. J.-C., Caton fut nommé à Rome censeur et surveillant des mœurs. Lui aussi déclara que la débauche sexuelle était légitime. Cicéron conseilla d’assouplir les liens moraux imposés aux jeunes femmes. Épictète, fervent adepte des principes philosophiques des stoïciens — maîtrise de soi, indifférence, détachement, endurance et solitude — donnait à ses disciples le conseil suivant :

Dans la mesure du possible, abstenez-vous de fréquenter les femmes avant le mariage. Mais si quelqu’un n’est pas capable de se maîtriser sur ce point, ne le réprimandez pas.

Finalement, les liens de la moralité et de la vie sociale se relâchèrent à tel point que l’Empire romain fut submergé par le flot de la concupiscence, de la nudité et de l’obscénité. Des spectacles d’impudicité et de nudité commencèrent à être présentés dans les théâtres. On estima nécessaire d’embellir les maisons avec des images nues, excitantes et obscènes. La prostitution prit une telle ampleur que, sous le règne de l’empereur romain Tibère (14-37 apr. J.-C.), il devint nécessaire de promulguer une loi pour empêcher les jeunes filles des familles nobles de se livrer à la prostitution et aux danses. Un divertissement appelé Flora (Flora) devint alors très populaire, car il consistait en une course de femmes nues. L’habitude des bains mixtes, hommes et femmes ensemble, était répandue. Dans la littérature romaine, des articles comportant des images obscènes et nues étaient publiés sans la moindre réserve, et cette littérature était celle que le grand public lisait avec plaisir et appréciait. Le niveau de la littérature était si bas qu’il n’était même pas jugé nécessaire d’employer des tournures figurées ou des jeux de mots pour rédiger ces écrits grossiers et répugnants.

Après que l’Empire romain eut été soumis aux instincts bestiaux, son édifice glorieux fut réduit en poussière au point qu’il ne subsista même pas la moindre trace de sa dernière brique.

L’Europe chrétienne

La religion chrétienne apparut pour remédier à une telle déchéance morale du monde occidental. Au début, on en observa de très bons effets. Les portes de l’obscénité furent fermées, la nudité fut écartée de tous les domaines de la vie, des mesures furent prises pour abolir la prostitution ; les prostituées, les chanteuses et les danseuses furent empêchées de se livrer au péché, et la notion d’un caractère pur et vertueux fut inculquée aux êtres humains. Mais la conception que les religieux chrétiens se faisaient de la femme et des relations sexuelles dépassa les limites extrêmes. Ainsi, une lutte contre la nature humaine fut déclarée.

Telle était leur conception première et fondamentale : la femme était la source première du péché. Pour l’homme, la femme était la source de l’incitation au péché et une porte vers l’enfer. Toutes les souffrances et toutes les misères de l’humanité provenaient de la femme. Naître femme était une chose honteuse. Elle devait avoir honte de sa beauté et de ses charmes, car ceux-ci étaient l’instrument meurtrier de Satan. Puisqu’elle avait apporté la malédiction au monde et à ses habitants, elle devait faire pénitence toute sa vie.

Tertullien, un dignitaire religieux des premiers temps de la communauté chrétienne, a fait le commentaire suivant au sujet de la femme :

Elle est la porte par laquelle Satan entre, celle qui attire vers l’arbre interdit, celle qui transgresse la loi de Dieu et celle qui entraîne la ruine de l’homme.

Le grand ascète chrétien Chrysostum a dit ceci au sujet de la femme :

— un péché inévitable, une mauvaise incitation innée, un danger agréable, une inquiétude familiale, une amante destructrice, un obstacle paré.

Sa conception était que, même lorsqu’elle avait lieu dans le cadre du mariage, la relation sexuelle entre l’homme et la femme était essentiellement un acte impur et qu’il était souhaitable de s’en abstenir. Cette conception ascétique du caractère moral se répandait d’abord en Occident sous l’influence de la philosophie dépourvue de toute connotation sexuelle (néoplatonisme). La doctrine chrétienne la porta à son paroxysme. La virginité et la chasteté devinrent alors la pierre de touche du caractère moral. La vie conjugale fut considérée comme méprisable et dégradée du point de vue du caractère moral. Les gens commencèrent à considérer le fait de s’abstenir de se marier comme une œuvre pieuse et comme le signe d’un caractère supérieur. La manière de mener une vie sainte consistait soit à ne pas se marier du tout, soit, même après s’être mariés, à rompre les relations conjugales entre l’homme et la femme. Dans diverses assemblées et réunions religieuses, on promulgua des lois interdisant aux employés de l’Église de s’unir à leurs épouses dans l’intimité ; même pour se voir et se parler, ils devaient le faire dans un lieu ouvert, en présence d’au moins deux hommes. L’idée que les relations conjugales étaient impures commença à s’enraciner chez les diverses branches du christianisme. On peut en donner un exemple tiré d’une coutume alors répandue. Le jour où une cérémonie religieuse avait lieu à l’église, les époux qui avaient vécu ensemble la nuit précédente n’étaient pas autorisés à y participer. En effet, par leur union sexuelle, ils étaient devenus pécheurs et, dans cet état, il ne pouvait leur être permis de se rendre en un lieu sacré. Cette attitude ascétique avait rendu plus amères toutes les relations familiales, jusqu’à la relation entre la mère et le fils, et les relations qui se formaient à la suite du mariage étaient considérées comme impures et pécheresses.

Ces deux conceptions susmentionnées n’avaient pas seulement abaissé à l’extrême le statut de la femme sur les plans moral et social ; elles avaient aussi influencé à tel point les lois et les règles de la civilisation que, d’une part, la vie conjugale était devenue dangereuse pour l’homme et la femme et que, d’autre part, le statut de la femme dans la société était devenu, à tous égards, inférieur et méprisé. Les caractéristiques des diverses lois qui s’étaient répandues dans le monde occidental conformément aux prescriptions chrétiennes étaient les suivantes :

1. Dans le domaine des moyens de subsistance, la femme avait été rendue totalement impuissante et maintenue sous la dépendance de l’homme. Ses droits en matière d’héritage étaient extrêmement limités et ses droits sur les biens et les propriétés l’étaient encore davantage. Elle n’avait même pas autorité sur l’argent qu’elle avait gagné elle-même. Le mari détenait une autorité pleine et entière sur toutes choses.

2. L’autorisation du « talaq » et du « khul‘ » n’était pas accordée. Quelle que fût la mésentente entre époux, quand bien même leur relation amère aurait rendu la vie conjugale semblable à l’enfer, la religion et la loi contraignaient néanmoins tous deux à demeurer liés par un lien indissoluble. Lorsque la situation devenait tout à fait insupportable, le divorce leur était accordé à la condition qu’aucun des deux ne puisse se remarier ailleurs. Cette règle était plus rigoureuse que la précédente. En effet, dans de telles circonstances, il ne restait aux hommes et aux femmes séparés d’autre choix que de pratiquer l’ascétisme toute leur vie ou de se livrer à la débauche sexuelle.

3. Après la mort de l’épouse, le remariage du mari, et après la mort du mari, celui de l’épouse, étaient totalement interdits et considérés comme un péché. Les prêtres chrétiens disaient que cela n’était rien d’autre que l’asservissement aux instincts bestiaux et la recherche du plaisir. Ils appelaient cela un « adultère raffiné ». Le second mariage était un délit pour les employés de l’Église. Selon le droit commun du pays, il n’était même pas autorisé dans certains endroits. Ailleurs, bien qu’aucun obstacle juridique ne s’y opposât, la population religieuse ne le considérait pas comme légitime.

L’Europe moderne

Lorsque, au XVIIIe siècle chrétien, les philosophes et les écrivains européens commencèrent à se révolter contre la société au nom des droits individuels et de la liberté personnelle, ils avaient devant eux ces coutumes civilisationnelles erronées, formées par le détestable amalgame de la discipline morale chrétienne, de la philosophie de la vie et du féodalisme. Celles-ci avaient enchaîné l’âme humaine dans des liens contre nature et lui avaient fermé toutes les voies du progrès. La Révolution française naquit de la vision que les fondateurs de la nouvelle Europe présentèrent afin de briser ces coutumes établies et d’instaurer à leur place ce nouvel ordre de règles. Par la suite, les progrès de la civilisation occidentale furent orientés sur une voie dont l’aboutissement final est parvenu au stade actuel.

Au début de l’ère nouvelle, tout ce qui fut entrepris pour élever la femme de son état de déchéance porta ses fruits dans la vie sociale. Les anciennes restrictions concernant le mariage et le divorce furent assouplies. Le droit des femmes de gagner leur vie fut rétabli. La conception morale sur laquelle reposait l’abaissement et la négligence de la femme fut rectifiée. Les principes sociaux qui contraignaient la femme à vivre comme une esclave furent également réformés. L’accès à l’enseignement supérieur fut ouvert aux femmes comme aux hommes. Sous la pression de coutumes sociales défectueuses et des conceptions morales de l’âge des ténèbres, les capacités et les talents des femmes, jusque-là étouffés, commencèrent progressivement à s’épanouir grâce à ces diverses mesures bénéfiques. Elles administrèrent le foyer, apportèrent la pureté dans la société et œuvrèrent au bien du peuple. L’amélioration de la santé, l’éducation des enfants, les soins aux malades, ainsi que les progrès de la vie domestique et de la science, entre autres qualités qui s’étaient manifestées chez les femmes avec la nouvelle civilisation, furent les premiers fruits de ce mouvement. Mais les conceptions qui avaient donné naissance à ce mouvement portaient dès l’origine en elles le désir de dépasser les limites légitimes. Au XIXe siècle, les activités conformes à ce désir avaient fortement progressé et, jusqu’au début du XXe siècle, la société européenne atteignit la seconde limite extrême de l’incontinence et de l’excès.

Les conceptions sur lesquelles fut fondé le nouvel ordre social occidental peuvent être exposées sous les trois rubriques suivantes :

a) L’établissement de l’égalité entre la femme et l’homme,

b) L’indépendance économique de la femme et

c) La libre fréquentation entre les femmes et les hommes.

Le résultat prévisible de l’établissement de l’ordre social sur ces trois fondements essentiels finit par apparaître au grand jour.

Premièrement, on donna de l’égalité une définition telle que la femme et l’homme ne seraient pas seulement égaux du point de vue de la dignité morale et des droits humains : dans la vie civilisée, elles accompliraient également toutes les activités que les hommes accomplissent, et les liens moraux seraient relâchés pour les femmes de la même manière qu’ils l’avaient été pour les hommes. À cause de cette conception erronée de l’égalité, la femme devint indifférente et rebelle à l’égard de ses tâches quotidiennes. En réalité, la pérennité de la civilisation et de l’humanité dépend de l’accomplissement de toutes ces tâches naturelles et quotidiennes. Les tendances économiques, politiques et partisanes rendirent sa personnalité égoïste. La participation aux campagnes électorales, l’entrée dans les bureaux et les usines, la concurrence avec les hommes dans les entreprises commerciales et industrielles indépendantes, les jeux, les sports, les exercices physiques et les activités récréatives de la société, le temps consacré aux clubs, aux théâtres, aux spectacles de danse et de musique, ainsi qu’à de nombreuses autres activités inutiles et indescriptibles, influencèrent son esprit et son cerveau à tel point que les graves responsabilités de la vie conjugale, l’éducation des enfants, les soins et le service de la famille, la bonne tenue du foyer et toutes les autres tâches à accomplir furent exclues de son programme. De plus, elle en vint à éprouver une véritable aversion pour ses activités naturelles. C’est alors que la discipline familiale occidentale — appelée la pierre angulaire de la civilisation — commença à se répandre de manière déplorable. La vie domestique, dont dépendent le bonheur et la paix du foyer, ainsi que l’épanouissement de la capacité d’action de l’être humain, commença en réalité à disparaître. Dans le cadre de la civilisation, le mariage — qui est la voie saine des relations réciproques entre la femme et l’homme — devint désormais plus fragile qu’une toile d’araignée. Le contrôle des naissances, l’avortement et l’infanticide commencèrent à fermer la voie à l’accroissement de la descendance. La conception erronée de l’égalité morale instaura entre les femmes et les hommes une égalité dans l’absence de moralité. Ce qui était honteux même pour un homme ne fut plus considéré comme honteux pour une femme.

Deuxièmement, l’indépendance économique de la femme la rendit téméraire à l’égard de l’homme. Selon les anciennes coutumes, l’homme gagnait sa vie et la femme s’occupait du foyer. Cette situation changea alors. Il fut décidé que désormais la femme et l’homme gagneraient tous deux leur vie, tandis que la charge de la discipline domestique serait confiée à une tierce personne extérieure. Désormais, en dehors des relations sexuelles, il ne subsista entre la femme et l’homme aucun lien qui les obligeât à rester liés l’un à l’autre. Pour satisfaire l’ennemi qu’est la passion, est-il nécessaire que la femme et l’homme demeurent inévitablement attachés par un lien permanent de relations réciproques et vivent ensemble sous un même toit ? Une femme qui peut gagner sa propre subsistance, subvenir à tous ses besoins et ne dépend ni de la protection ni de l’aide d’autrui, pourquoi accepterait-elle la domination d’un homme uniquement pour jouir de relations sexuelles ? Pourquoi ferait-elle peser sur elle des restrictions morales et légales ? Et pourquoi porterait-elle la lourde responsabilité d’une famille ? D’autant plus que, lorsque la conception de l’égalité morale lui a rendu aisée la voie de la jouissance sexuelle, pourquoi abandonnerait-elle cette voie si simple, agréable et convenable pour adopter l’ancienne voie, faite de sacrifices et de responsabilités ? Avec la religion, la crainte du péché a également disparu. Comme la société ne la réprimanderait plus pour son obscénité, la crainte de la société disparut aussi de son cœur. Sa seule crainte était celle d’un enfant illégitime. Mais il existe également des moyens de s’en préserver : la contraception. Et si, malgré cela, une grossesse survenait, il n’y aurait aucun mal à recourir à l’avortement. Si cela échouait encore, on pourrait tuer secrètement le nouveau-né. Mais si le désir d’une maternité malheureuse — qui, malheureusement, n’a pas encore disparu — empêchait absolument de tuer le nouveau-né, quel mal y aurait-il à cela ? Car aujourd’hui, tant de mouvements sont menés en faveur de la « mère célibataire » et de l’enfant bâtard que quiconque aurait le courage de les regarder avec mépris serait accusé d’être superstitieux et rétrograde.

C’est cela qui a déraciné l’ordre social occidental. De nos jours, dans chaque pays, des millions de jeunes femmes adoptent le célibat perpétuel et mènent une vie livrée à la passion. D’autre part, un grand nombre de femmes, tombant dans le piège d’un amour soudain, se lient par le mariage. Mais, en dehors des relations sexuelles, il n’existe entre le mari et la femme aucun autre lien nécessaire qui puisse les unir dans une union perpétuelle. C’est pourquoi le mariage ne possède aujourd’hui ni stabilité ni solidité. Comme ni le mari ni la femme ne se soucie de l’autre, ils ne sont pas davantage disposés à réfléchir ou à parvenir à un accord au sujet de leur relation conjugale. Le simple amour et l’attachement sexuels s’émoussent immédiatement ; il en résulte que de simples divergences d’opinion, voire, la plupart du temps, la seule indifférence, provoquent leur séparation. Pour cette seule raison, la plupart des mariages aboutissent au divorce ou à une séparation légale. La contraception, l’avortement, l’infanticide et le meurtre des fœtus, la baisse du taux de natalité et l’augmentation du nombre des enfants illégitimes sont, dans une large mesure, les conséquences ultimes des causes susmentionnées. La dépravation, l’impudence et la propagation des maladies vénériennes sont également dues aux mêmes causes.

Troisièmement, la libre fréquentation entre les femmes et les hommes a excessivement accru chez les femmes le désir d’exhiber leur beauté, la nudité et l’obscénité. L’attirance sexuelle existe naturellement avec force entre l’homme et la femme, et la libre fréquentation des deux sexes accroît encore cette attirance. En outre, dans une société mixte de cette nature, naît naturellement chez les hommes comme chez les femmes un désir irrésistible de devoir se parer de manière séduisante pour les personnes du sexe opposé. Puisque, du fait du changement des conceptions morales, de tels actes ne sont pas considérés comme blâmables, et que leur manifestation ouverte est au contraire jugée digne d’éloges comme déclaration d’amour, l’apparat de la beauté et de l’élégance dépasse progressivement toutes les limites. Il finit par atteindre les extrêmes de la nudité. Telle est la situation actuelle de la civilisation occidentale. De nos jours, le désir des femmes de se rendre magnétiquement séduisantes pour le sexe opposé est si puissant que les vêtements brillants et charmants, le rouge à lèvres, le fard et les autres produits cosmétiques ne suffisent pas à combler leur désir de se parer avec éclat. Finalement, les malheureuses en viennent à se dévêtir. De leur côté, les hommes réclament une nudité toujours plus grande. Car la flamme ardente de la concupiscence, loin d’être éteinte par la beauté nue, devient plus dévorante encore et réclame davantage de nudité. De même qu’une gorgée d’eau ne fait qu’accroître la soif du voyageur assoiffé, harcelé par le simoun du désert, la soif sexuelle de ces malheureux s’est transformée en une soif extrême. Insatisfaits par leur soif sexuelle sans limites, ces groupes d’hommes et de femmes dominés par la passion fournissent constamment, par tous les moyens possibles, les éléments destinés à leur procurer une satisfaction sexuelle réciproque. Pourquoi des images nues, des écrits excitant sexuellement, des récits d’amour, des danses nues et des films remplis de sensualité ? Tout cela est présenté comme un moyen d’éteindre ce feu — mais, en réalité, comme un exemple de ce qui l’attise davantage — que ce système social erroné a placé autour du cou de chacun et qu’il a appelé « art » afin de dissimuler sa propre faiblesse.

À présent, la vitalité des nations occidentales rongées par la corruption touche à son terme. En vérité, aucune nation ainsi rongée n’a jamais survécu jusqu’à ce jour. Les forces physiques et mentales qu’Allah le Très-Haut a accordées à l’être humain pour vivre et progresser ont été détruites par une telle corruption. En réalité, comment ceux qui vivent accablés de toutes parts par les assauts de l’excitation sexuelle, dont les émotions et les sentiments doivent à chaque instant affronter de nouvelles incitations et de nouvelles stimulations, et qui restent sous l’influence d’un environnement excitant, pourraient-ils apporter la sécurité, la paix et la sérénité de l’esprit, indispensables à toute œuvre constructive et créatrice ? Les images nues, la littérature obscène, la musique captivante, les danses lascives, les films romantiques, les scènes vivantes qui ravissent les cœurs et les occasions de rencontres quotidiennes avec le sexe opposé sur leur chemin maintiennent leurs globules sanguins dans un état de chaleur et d’excitation. Où donc, au milieu d’une telle agitation, leurs jeunes descendants trouveront-ils ce havre paisible et frais où leurs forces mentales et morales pourraient se développer ? Dès qu’ils acquièrent quelque compagnie, le démon des instincts bestiaux les dévore. Après avoir été saisis par les griffes d’un tel démon, où est la possibilité de leur progrès ?

Le désespoir douloureux de la pensée humaine

Le récit de trois mille ans d’essor et de déclin est lié à un vaste territoire qui fut autrefois le berceau de deux grandes civilisations et dont le triomphe civilisateur résonne encore aujourd’hui dans le monde. L’Égypte, la Babylonie, l’Iran et d’autres pays possèdent également de tels récits. Dans l’ancien sous-continent indien aussi, la malédiction du dépassement des limites légitimes et de l’extrême abaissement s’est abattue pendant des centaines d’années. D’un côté, la femme a été considérée comme une servante ; l’homme est devenu son mari, son seigneur conjugal et sa divinité adorée — elle devait rester soumise à son père durant son enfance, à son mari durant sa jeunesse et à son fils durant son veuvage. Elle s’est immolée sur le bûcher funéraire de son mari. Elle a été privée d’autorité et de droits successoraux. Dans le mariage, on lui a imposé une loi si cruelle qu’elle était donnée, contre sa volonté, à un homme et ne pouvait se libérer, jusqu’au dernier instant de sa vie, des liens de son autorité et de sa sujétion. Comme les Juifs et les Grecs, on l’a considérée comme l’incarnation du péché et de la déchéance morale et spirituelle. On a refusé de reconnaître sa personnalité éternelle.

D’un autre côté, lorsqu’on lui a témoigné de la compassion, elle a été transformée en jouet des instincts bestiaux. Elle est devenue si intimement la compagne corporelle de l’homme qu’elle a fini par être détruite avec son peuple. Que rappellent donc le culte du phallus et de la vulve, les statues de couples nus dans les sanctuaires, les prostituées religieuses, les jeux amoureux de Holi et les ablutions à demi nues dans les rivières et les fleuves ? Après le mouvement de la voie gauche dans l’Inde ancienne, la débauche et l’adultère en furent le résultat final ; à l’instar de l’Iran, de la Babylonie, de la Grèce et de Rome, ils se répandirent en Inde comme une maladie contagieuse après la progression de sa civilisation et de sa culture, plongeant la nation hindoue, pendant plusieurs siècles, dans l’abîme de l’opprobre et de la décadence.

En examinant profondément le cours de cette histoire, on comprend combien il s’est révélé difficile à l’être humain d’acquérir une connaissance de l’égalité et de la justice envers la femme, de les comprendre et de s’y tenir fermement. L’égalité et la justice peuvent signifier, d’une part, accorder à la femme une possibilité suffisante de manifester sa personnalité et ses aptitudes, afin qu’elle puisse contribuer, avec une grande compétence, à l’essor de la civilisation et de la culture humaines. Mais, d’autre part, il faut maintenir une vigilance telle qu’elle ne devienne pas la cause de la déchéance morale et de la destruction de l’humanité. En outre, il faut déterminer la manière dont elle apportera son aide et sa collaboration aux activités de l’homme, afin que leurs actions communes soient bénéfiques à la civilisation. Depuis des centaines de milliers d’années, le monde compte les jours dans l’attente de cette égalité et de cette justice, mais cela n’a jamais été possible jusqu’à présent. Tantôt il atteint une extrémité et laisse une partie de l’humanité inactive. Tantôt il atteint l’extrémité opposée, réunit les deux parties de l’humanité et les plonge ensemble dans l’abîme de la destruction.

Pourtant, l’égalité et la justice ne sont pas absentes : elles existent. Mais, après avoir évolué pendant des centaines de milliers d’années entre le dépassement des limites légitimes et l’extrême vacuité, l’être humain est devenu si égaré qu’il ne peut reconnaître, même en le voyant de ses propres yeux, que c’est là précisément l’objet de ses désirs éternels, celui qu’il recherche depuis des âges. En voyant cet idéal éternel, il fronce le nez par erreur et le tourne en dérision. On tente de rendre risible celui chez qui on le découvre. Cela ressemble à un enfant né au fond d’une mine de charbon, qui y a été élevé et a grandi. Il ne fait aucun doute que l’air chargé de charbon et le lieu plongé dans les ténèbres lui paraîtront naturels. Ensuite, lorsqu’on le conduira de l’intérieur de la mine obscure à la surface de la terre, il commencera certainement par froncer le nez à la vue de chaque objet des plaines immaculées et baignées par le soleil du monde naturel. Mais, en réalité, c’est bien un être humain. Combien de temps lui faudra-t-il pour distinguer le plafond de charbon du ciel orné d’étoiles ? Combien de jours passera-t-il à discerner la différence entre l’air pollué et l’air pur ?

Le musulman de l’ère nouvelle

Seul le musulman était capable d’indiquer le droit chemin à un monde égaré dans le labyrinthe de deux excès opposés. Car lui seul détenait la solution exacte à tous les problèmes complexes de la vie sociale. Mais c’est une ironie extraordinaire et poignante du destin du monde que celui qui tenait la torche dans les ténèbres de cette nuit sans fin soit lui-même devenu aveugle dans la nuit. Loin de guider autrui, il s’est lui-même égaré comme un aveugle et s’est mis à suivre l’un après l’autre ceux qui s’étaient égarés.

Les prescriptions de la charia dont le terme « voile » sert à désigner l’ensemble constituent en réalité des éléments particulièrement importants de l’ordre social islamique. Si l’on place ces prescriptions à leur juste place selon les critères de cet ordre social, toute personne douée d’un discernement naturel ne pourra que reconnaître qu’en matière d’organisation sociale, il ne peut exister, en dehors de celles-ci, aucun autre moyen de modération et de juste milieu. Si ces règles et prescriptions pouvaient être véritablement mises en pratique dans la vie réelle, le monde accablé de souffrances se dirigerait rapidement, sans protester, vers cette source de paix et y trouverait assurément le remède souverain aux maux sociaux. Mais par qui cette tâche sera-t-elle accomplie ? Celui qui en avait la capacité est précisément celui qui souffre depuis longtemps. Il est donc nécessaire, avant d’aller de l’avant, d’examiner quelque peu son mal.

Contexte historique

À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, le flot de la conquête des pays par les nations occidentales submergea les pays musulmans avec la violence d’une tempête déchaînée. À cette époque, les musulmans se trouvaient dans un état de demi-sommeil et de demi-éveil et, en un rien de temps, ce déluge tumultueux, parti de l’Orient, engloutit l’ensemble du monde musulman de l’Occident. Avant même la seconde moitié du XIXe siècle, la plupart des États musulmans étaient devenus les esclaves de l’Europe, tandis que les autres, sans être réduits en esclavage, avaient été vaincus et soumis à son influence. Après que cette révolution dévastatrice eut atteint son plein développement, les yeux des musulmans commencèrent à s’ouvrir. La gloire nationale acquise par les musulmans en pleine ascension grâce à leurs conquêtes et à l’expansion de leur royaume fut soudain réduite en poussière. Puis, sous les coups répétés d’un ennemi puissant, ils se mirent à rechercher les causes de leur défaite et de la victoire des Européens, tels des ivrognes dessoulés. Mais leur esprit n’avait pas encore retrouvé son état normal. L’ivresse s’était dissipée, certes, mais leur équilibre mental demeurait perturbé. D’un côté, le sentiment aigu de l’humiliation et du déshonneur les poussait à modifier une condition aussi abjecte ; de l’autre, un mode de vie luxueux et hostile au travail, forgé par plusieurs siècles, cherchait la voie la plus facile et la plus proche pour changer leur situation. De plus, ils avaient perdu l’habitude de mettre en œuvre leurs forces épuisées de connaissance, d’intelligence, de réflexion et de discernement. À cela s’ajoutait la terreur et l’effroi qui, de manière inattendue, se développent chez un peuple vaincu et asservi et qui s’étaient également propagés parmi eux. De la combinaison de ces divers facteurs, les musulmans épris de réformes se trouvèrent engagés dans toutes sortes de dépravations imaginaires et pratiques. La plupart d’entre eux ne parvinrent pas à comprendre la véritable cause de leur propre déchéance et de leur corruption, ni celle des progrès de l’Europe. Quant à ceux qui la comprirent, ils ne possédaient ni le moindre courage honnête, ni la patience, ni l’esprit combatif nécessaires pour franchir le chemin ardu du progrès. Faiblesse et épouvante étaient également présentes dans les deux groupes. Dans cet état d’esprit égaré, leur moyen le plus facile de progresser consistait à refléter dans leur vie les apparences extérieures de la civilisation occidentale, et à devenir eux-mêmes un miroir à l’intérieur duquel se refléteraient les scènes ravissantes de jardins splendides et des beautés du printemps, alors qu’il n’existerait en réalité ni jardin véritable ni aucune de ses splendeurs.

L’esclavage mental

À ce stade ultime de la maladie, on se mit à imiter les vêtements occidentaux, l’organisation sociale, la littérature et les arts, les usages et les comportements, les manières de vivre, etc. Même dans la façon de parler, l’imitation de l’Occident devint manifeste. On entreprit de façonner et d’aménager la société musulmane selon les modèles occidentaux. La rébellion contre Dieu, l’athéisme et le matérialisme furent adoptés aveuglément comme une « mode ». On considéra comme le signe d’une pensée éclairée de croire aveuglément aux idées et aux doctrines, explicites ou implicites, importées d’Occident, et de les présenter dans les réunions comme sujets de discussion. La consommation d’alcool, les jeux d’argent, la loterie, les courses de chevaux, le théâtre, la danse et le chant, ainsi que d’autres pratiques issues de la culture occidentale, furent également adoptés. Toutes les conceptions et méthodes d’action relatives à la décence, à la morale, aux relations sociales, au gagne-pain, à la politique, aux lois et règlements, et même aux croyances et pratiques religieuses, furent acceptées sans protestation ni réflexion, comme une révélation descendue du ciel : « Nous avons entendu et nous avons accepté. » De même que les ennemis de l’islam d’autrefois avaient éprouvé du mépris pour les événements historiques, les prescriptions de la charia islamique et les récits du Coran et des hadiths, et les avaient combattus, les musulmans de cette époque commencèrent eux aussi à en avoir honte et s’employèrent à effacer cette prétendue tache.

Les maîtres blancs de l’Occident critiquèrent vivement le djihad islamique. Eux aussi — les musulmans —, s’inclinant humblement aux pieds de leurs maîtres, dirent : « Monseigneur, où en sommes-nous, et où en est le djihad ! » Ils critiquèrent l’esclavage. Ceux-ci répondirent : « Mais cela est absolument interdit en islam. » Lorsqu’ils critiquèrent la polygamie, ils s’empressèrent d’abroger un verset ou une prescription du Coran. Ils dirent : « Il est souhaitable d’instaurer une égalité complète entre la femme et l’homme. » Ceux-ci répondirent : « Mais c’est précisément le principe fondamental de notre religion. » Lorsqu’ils critiquèrent le mariage et le divorce, ceux-ci se hâtèrent d’en proposer la réforme. Ils dirent : « L’islam est l’ennemi des arts. » Ceux-ci répondirent : « Monseigneur ! L’islam n’a-t-il pas toujours soutenu la danse, la musique, la peinture et la sculpture ? »

Introduction à la question du voile

C’est l’époque la plus condamnable et la plus honteuse de l’histoire nationale des musulmans, car c’est durant cette période que débuta la controverse au sujet du voile. Si la question en débat avait été de savoir quelles limites l’islam a fixées à la liberté de la femme, il n’aurait guère été difficile d’y répondre. En effet, le seul désaccord que l’on puisse constater à cet égard porte sur le fait de savoir si la femme peut laisser son visage et ses mains découverts ; ce n’est pas une divergence importante. Mais la véritable question est tout autre. Cette question s’est posée parmi les musulmans parce que l’Europe a considéré avec mépris le « harem », le voile et le vêtement extérieur des femmes. Dans leur littérature, les Européens en ont donné une représentation empreinte de dégoût et de dérision, et ont accordé une place particulière à l’« isolement » des femmes (le voile) dans la liste des défauts et des tares de l’islam. Puisque l’Europe a rejeté le voile en le jugeant odieux, comment les musulmans, qui sont leurs esclaves spirituels, pourraient-ils ne pas en avoir naturellement honte ? Ils ont adopté à ce sujet la même attitude que dans les questions du djihad, de l’esclavage, de la polygamie et autres questions semblables. Ils se sont mis à feuilleter les pages du Coran, des hadiths et des ouvrages issus des profondes recherches des imams spécialistes de la jurisprudence islamique. Leur objectif était de voir s’ils pourraient y trouver quelque moyen d’effacer cette marque infamante et hideuse. Ils découvrirent que certains imams avaient permis de laisser les mains et le visage découverts. Ils apprirent également que la femme pouvait sortir de chez elle pour ses besoins nécessaires. Ils apprirent en outre qu’elle pouvait, sur le champ de bataille, donner de l’eau aux soldats et soigner les blessés. Elle pouvait se rendre à la mosquée pour la prière, et ailleurs pour recevoir ou dispenser un enseignement. Cela leur suffit pleinement. Ils proclamèrent alors : « L’islam a accordé à la femme une liberté totale. Le voile n’est rien d’autre qu’une ancienne coutume de l’époque obscure et barbare. Des musulmans étroits d’esprit et superstitieux ne l’ont instauré que bien après les débuts de l’islam (le califat des Bien-Guidés). Le Coran et les hadiths ne contiennent aucune prescription concernant le voile. Ils ne dispensent à ce sujet qu’un enseignement moral sur la pudeur et l’honneur. Aucun principe n’a été établi qui puisse limiter la liberté de déplacement des femmes. »

Le point de départ

C’est une faiblesse naturelle de l’être humain que, lorsqu’il adopte une voie dans sa vie pratique, il se laisse généralement guider, dans le choix de cette voie, par l’émotion, au lieu de recourir à une réflexion calme et posée, ainsi qu’à la raison et au discernement. Ensuite, il s’appuie sur des arguments et des preuves pour démontrer l’infaillibilité de la décision issue de cette émotion. Il en est allé de même dans la question du voile. La controverse qui s’est élevée à ce sujet ne répondait à aucune nécessité rationnelle ou relevant de la charia. Elle n’a commencé qu’en raison de l’attrait, des sentiments et de l’émotion suscités par l’influence exercée par la culture extérieure, brillante et prestigieuse de la nation victorieuse, ainsi que par la propagande véhémente de cette nation contre la civilisation islamique, qui avait bouleversé les esprits.

Lorsque notre société instruite et éprise de réformes observa, les yeux écarquillés de stupeur, la beauté, le luxe vestimentaire, les déplacements libres et sans entraves des Européennes en tous lieux, ainsi que leur activité au sein de leur propre société, le désir naquit inévitablement dans son esprit que ses propres femmes puissent, elles aussi, vivre de la même manière et que sa civilisation puisse atteindre le niveau de la culture européenne. Lorsque les nouvelles conceptions de la liberté des femmes, de l’instruction des épouses et de l’égalité entre les femmes et les hommes se déversèrent sans relâche parmi eux, telles une pluie abondante, sous la forme séduisante de caractères imprimés dans un langage puissant et dogmatique, ils se laissèrent attirer par elles. Sous l’effet puissant de cette littérature, leur capacité à distinguer le bien du mal disparut. L’idée s’enracina dans leur esprit que, pour devenir véritablement progressiste et se libérer de la marque infamante de l’ancienneté et de la vétusté, il fallait croire aveuglément à ces courants de pensée et à ces conceptions, en assurer la propagande par l’écrit et le discours, puis les concrétiser courageusement dans la vie réelle. À la vue de femmes vêtues de blanc et couvertes d’un voile, enveloppées comme des tentes ambulantes ou dans un linceul funéraire, cette troupe de malheureux qui se trompaient eux-mêmes, accablée de honte, se prosternait à terre. Combien de temps pouvait-on encore supporter cela ? Finalement, par contrainte ou comme ensorcelés, ils se préparèrent à effacer cette honte infamante.

Le mouvement en faveur de la liberté des femmes qui leva la tête parmi les musulmans à la fin du XIXe siècle avait pour origine les émotions, les sentiments et l’élan affectif mentionnés plus haut. Chez certains, ces émotions et ces sentiments étaient dissimulés derrière une intuition subtile. Ils n’étaient eux-mêmes pas conscients de l’endroit où ce mouvement les conduisait. Ils se trompaient eux-mêmes. D’autres, au contraire, étaient parfaitement conscients de ces émotions et de ces sentiments. Mais ils répugnaient à révéler leur véritable état affectif devant autrui. Ceux-là ne se trompaient pas eux-mêmes, mais ils tentèrent de tromper le monde extérieur en créant un brouillard de confusion. Quoi qu’il en soit, les deux groupes visaient le même objectif : dissimuler l’inspiration fondamentale de leur propre mouvement et tenter de mener, à la place d’un mouvement guidé par l’émotion, un mouvement présenté comme rationnel. La santé des femmes, le développement de leurs connaissances et de leurs compétences dans les domaines pratiques, la préservation de leurs droits naturels et innés, la pleine liberté de gagner leur vie, la délivrance de l’oppression et de l’arbitraire des hommes, la dépendance du progrès de la civilisation à l’égard du progrès des femmes en tant que moitié de la nation, ainsi que d’autres techniques directement importées d’Europe, furent utilisés dans la conduite de ce mouvement de telle sorte que le peuple musulman soit trompé. Une stratégie fut également adoptée afin que le secret profond de son objectif principal — inciter les femmes musulmanes à adopter les comportements des Européennes et le système social européen — ne soit pas révélé au peuple musulman.

 

La grande tromperie

La tromperie la plus grave à cet égard a consisté à tenter de démontrer, en invoquant des arguments tirés du Coran et des hadiths, que ce mouvement était conforme à l’islam. Pourtant, il existe une différence immense entre les objectifs de la civilisation islamique et ceux de la civilisation occidentale, ainsi qu’entre leurs principes fondamentaux d’organisation sociale. L’objectif intrinsèque de la civilisation islamique est de soumettre la puissance sexuelle de l’être humain (Sex Energy) à un contrôle fondé sur des règles morales, afin qu’elle ne soit pas épuisée sous l’emprise de la débauche et de l’excitation sexuelle, mais employée à l’édification d’une civilisation pure, sacrée et vertueuse. À l’inverse, l’objectif de la civilisation et de la culture occidentales est d’accélérer le progrès matériel en employant également les hommes et les femmes aux activités de la vie et à l’accomplissement des responsabilités. En outre, elle utilise l’excitation sexuelle à des fins telles que l’amertume de la lutte pour la vie se transforme en un doux plaisir de jouissance. Cette divergence des objectifs exige nécessairement qu’il existe également une différence fondamentale entre l’islam et la culture occidentale dans les modes de vie. L’islam exige une organisation sociale dans laquelle les domaines d’activité des femmes et des hommes soient distincts. Leur libre fréquentation mutuelle a été interdite, et tous les moyens et facteurs contraires à cette discipline ont été extirpés. À l’inverse, l’objectif et la revendication de la culture occidentale consistent à attirer les deux sexes dans le même domaine de la vie et à supprimer tous les obstacles qui s’opposent à leur fréquentation mutuelle effrénée et sans frein ainsi qu’à leur action commune. De plus, on leur a offert des possibilités illimitées de se contempler mutuellement et de jouir sexuellement l’un de l’autre.

Toute personne douée de conscience peut maintenant deviner dans quelle mesure ceux qui désirent à la fois suivre la culture occidentale et présenter les règles de l’organisation sociale islamique comme une preuve en leur faveur se trompent eux-mêmes et trompent les autres. Dans l’organisation sociale islamique, la limite ultime de la liberté de la femme a été fixée de telle sorte qu’elle puisse laisser découvertes ses deux mains et son visage, et même sortir de chez elle en cas de nécessité. Mais ceux-ci — les imitateurs de l’Occident — ont pris cette limite ultime fixée par l’islam pour le premier pas de leur propre chemin. Là où le chemin de l’islam s’est achevé, ils commencent, puis parviennent à un stade où ils abandonnent la pudeur, le respect et la décence. Ce ne sont plus seulement les mains et le visage qui sont exposés au regard du spectateur, mais aussi la tête nue ornée d’une chevelure, avec une bordure harmonieuse, les épaules découvertes par des manches, les tresses et une poitrine saillante à demi nue. Ce qui reste de la beauté gracieuse du corps est lui aussi couvert d’un tissu si fin que l’on en distingue les parties permettant d’assouvir la soif sexuelle de l’homme. Ensuite, vêtues et parées de la sorte, l’épouse, la fille et la sœur sont présentées non pas devant des hommes mahram (ceux avec lesquels le mariage est interdit selon la loi islamique), mais devant des amis, et on leur accorde la liberté de plaisanter, de converser et de se divertir avec des hommes étrangers d’une manière dont aucune musulmane ne peut même jouir avec son frère consanguin ou utérin. La liberté de sortir de chez soi uniquement pour les nécessités, avec une couverture intégrale du corps conforme à la charia, est transformée en promenades sur les routes publiques avec des saris attrayants, des corsages à demi nus et des regards provocateurs, en déambulations dans les jardins d’agrément, en divertissements dans les clubs et les hôtels, et en séances de cinéma. La liberté que l’islam a accordée à la femme, sous certaines conditions particulières, d’exercer d’autres activités que les travaux domestiques est présentée comme un argument en faveur de l’idée que la musulmane, à l’instar de l’Européenne, abandonnera la vie domestique et les responsabilités familiales, errera partout dans l’agitation politique et économique et travaillera durement dans les lieux de travail au coude à coude avec les hommes.

Telle est, grosso modo, la situation dans le sous-continent indien. Les esclaves mentaux de l’Égypte, de la Turquie et de l’Iran, pourtant politiquement indépendants, ont franchi dix étapes de plus. Les musulmanes de ces pays portent des vêtements semblables à ceux des Européennes. Par là, elles cherchent à effacer la différence entre l’original et la copie. La Turquie est allée si loin dans ce domaine que, sur les photographies de femmes turques, on les voit en tenue de bain au bord de la mer. Chez les femmes portant de tels vêtements, les trois quarts du corps restent découverts. Le reste du corps est couvert d’un tissu si fin que ses parties saillantes et creuses apparaissent et se dessinent sur le vêtement qui les recouvre.

Trouve-t-on où que ce soit, dans le Coran et les hadiths, la moindre indication soutenant un tel mode de vie ? Si quelqu’un veut suivre cette voie, il devrait déclarer clairement qu’il est ouvertement opposé à l’islam et aux lois de l’islam. Non seulement on adopte ouvertement et consciemment chaque aspect des principes fondamentaux, des objectifs et de la méthode d’action d’une organisation sociale et d’un mode de vie que le Coran a déclarés interdits, mais l’on fait en outre le premier pas dans cette voie précisément au nom du Coran. L’objectif est, en égarant et en trompant le monde, de franchir au nom du Coran les étapes suivantes sur cette même voie. Quelle hypocrisie, quelle bassesse et quelle fourberie !

Notre sujet actuel

La situation des musulmans de l’époque moderne vient d’être exposée. Deux aspects de la question se présentent maintenant à nous. Il faudra, dans cet ouvrage, porter notre attention sur l’examen de ces deux aspects.

Premièrement, il faudra expliquer à l’ensemble de l’humanité, musulmans comme non-musulmans, l’organisation sociale islamique, et préciser également pourquoi les prescriptions relatives au voile ont été établies dans ce système.

Deuxièmement, il faudra présenter comparativement aux musulmans de l’époque moderne, d’une part, les prescriptions du Coran et des hadiths et, d’autre part, la conception de la culture et de la société occidentales ainsi que ses conséquences, afin de mettre un terme à leur conduite à deux faces et de leur permettre d’adopter l’une des deux voies. S’ils souhaitent vivre en véritables musulmans, ils devront observer la pleine obéissance aux préceptes islamiques ; sinon, abandonnant tout lien avec l’islam, ils devront adopter le système social occidental, qui les attire vers une issue honteuse et effrayante.

Discussion théorique

Les raisons pour lesquelles le purdah est combattu ne sont pas purement négatives. En réalité, cette opposition repose sur un fondement positif et probant. Le fondement de l’opposition du parti adverse ne réside pas seulement dans le fait que les gens considèrent comme une restriction injuste que les femmes restent confinées dans leur maison et qu’elles en sortent le corps couvert ; il faudrait donc abolir le purdah. En réalité, la question est qu’ils ont devant eux une conception particulière de la vie de la femme. Ils entretiennent une doctrine personnelle et permanente concernant les relations entre les femmes et les hommes. Ils veulent que la femme fasse autre chose au lieu d’agir ainsi. Ils s’opposent au purdah parce qu’une femme confinée dans sa maison et voilée ne peut manifester cette conception souhaitée de la vie. Elle ne peut pas non plus faire « autre chose ».

Il nous faut maintenant examiner quelle est cette « autre chose » que les femmes devraient faire. Quelle doctrine et quels principes fondamentaux la sous-tendent, dans quelle mesure est-elle juste et raisonnable, et quels résultats a-t-elle réellement produits ? Il est évident que si nous acceptons directement leurs principes doctrinaux, le purdah ainsi que l’ordre social dont il constitue une partie inséparable se révéleront en réalité totalement erronés. Mais pourquoi accepterions-nous leur doctrine sans vérification ni examen rationnel ? Allons-nous donc tenir quelque chose pour digne d’être accepté sans examen, simplement en raison de sa nouveauté et de sa large diffusion auprès du public ?

La conception de la liberté au XVIIIe siècle

Il a déjà été dit que les philosophes, les naturalistes et les écrivains qui, au XVIIIe siècle, s’efforçaient de réformer la société se trouvaient en réalité confrontés à un système social dans lequel existaient de nombreuses complications et qui ne comportait pas la moindre souplesse. Il était rempli de rites et de coutumes traditionnels déraisonnables, ainsi que d’incohérences contraires à la connaissance et à la nature humaine. Des siècles de déclin continu en avaient bloqué la voie du progrès. D’un côté, au sein de la classe bourgeoise moyenne, le renouveau de l’intelligence et du savoir, en s’intensifiant, inspirait le désir de dépasser les limites de l’effort et de l’entreprise individuels ; de l’autre, les dirigeants de la société et les chefs religieux s’employaient à resserrer les liens des proverbes et des légendes traditionnels. De l’Église à l’armée et aux tribunaux, du palais royal aux travaux agricoles et aux échanges économiques, chaque secteur de la vie et chaque institution de l’organisation sociale fonctionnaient de telle manière que les fruits de tous les efforts et de toutes les compétences du groupe nouvellement éveillé lié à la classe bourgeoise étaient accaparés, au nom de leurs droits établis, par quelques classes décadentes. Dans une telle situation, toutes les tentatives de réforme et de correction commencèrent à échouer devant l’égoïsme et l’ignorance des groupes au pouvoir. Pour toutes ces raisons, une inspiration aveugle en faveur de la révolution s’éveillait chaque jour davantage parmi les réformateurs et les partisans du changement. Finalement, l’incendie de la révolte s’embrasa contre l’ensemble de l’ordre social d’alors, ainsi que contre chacun de ses secteurs et de ses éléments. Ensuite, une doctrine extrême de la liberté individuelle obtint l’adhésion populaire ; elle avait pour objectif d’accorder à l’individu, contre la société, une liberté totale et une émancipation sans entraves. On se mit à propager l’idée qu’il fallait accorder à l’individu non seulement le droit d’accomplir pleinement, selon sa propre volonté, les actes qu’il désirait, mais aussi la liberté de s’abstenir de ceux qu’il ne désirait pas. La société n’aurait aucun droit de priver quiconque de sa liberté individuelle. Le seul devoir du gouvernement serait de préserver intacte la liberté d’action des individus. Les institutions publiques ne feraient qu’aider l’individu à atteindre son objectif.

La doctrine extrême et exagérée de la liberté qui naquit de l’indignation et de la colère naturelles contre un ordre social cruel portait en elle le germe d’un mal et d’une destruction plus grands. Ceux qui l’avaient formulée les premiers n’étaient eux-mêmes pas pleinement conscients de ses conséquences inévitables. Si les conséquences d’une liberté débridée et d’un tel arbitraire s’étaient manifestées de leur vivant, ils en auraient probablement été eux aussi épouvantés. À leur époque, ils avaient voulu instaurer cette doctrine comme une arme destinée à extirper les excès absurdes et les contraintes déraisonnables qui existaient dans la société. Mais finalement, elle s’enracina dans les esprits des habitants de l’Occident et continua à se développer progressivement.

{C’est de cette conception de la liberté individuelle que sont nés l’actuel ordre social démocratique, le système culturel démocratique et la licence morale (Licentiousness). Durant près d’un siècle et demi, cette doctrine a fait déferler sur l’Europe et l’Amérique un flot d’anarchie et d’oppression, si bien que l’humanité a été contrainte de se révolter contre elle. Car un tel ordre social, en accordant à l’arbitraire un droit illimité contre les intérêts du peuple, a foulé aux pieds l’intérêt public et détruit la société. Peu à peu, le socialisme et le fascisme apparurent à travers cette révolte. Mais, dès l’origine même de la création de ces nouveaux « ismes », le germe d’une injustice et d’un mal demeura latent. En réalité, pour résoudre une doctrine extrême, on en fit surgir une autre, tout aussi extrême. Le défaut du mouvement en faveur de la liberté individuelle au XVIIIe siècle est qu’il a sacrifié la collectivité au profit de l’individu.

En revanche, le défaut de la doctrine démocratique actuelle du XXe siècle est qu’elle a sacrifié l’individu sur l’autel de la collectivité. Une doctrine équilibrée, bénéfique à l’humanité, existe encore aujourd’hui, tout comme au XVIIIe siècle.}

Les transformations du XIXe siècle

La Révolution française avait été nourrie au sein de cette liberté. Par cette révolution, nombre de conceptions morales, de coutumes civilisées et de pratiques religieuses anciennes furent abolies. Lorsque des progrès apparurent à la suite de ces abolitions, les esprits révolutionnaires se mirent à affirmer que les règles de conduite usées, en vigueur depuis des temps immémoriaux, étaient devenues des obstacles au progrès. Il était impossible d’aller de l’avant sans les remplacer. Après l’abolition des faux principes fondamentaux de la morale chrétienne, leurs armes de critique furent rapidement dirigées contre les conceptions fondamentales de la morale humaine. En quoi la pudeur et la chasteté seraient-elles un danger ? Pourquoi imposer à la jeunesse le poids de la crainte d’Allah ? Si quelqu’un s’éprenait d’une autre personne sans mariage, où était donc la faute ? Après le mariage, l’être humain devenait-il à ce point cruel qu’on dût alors le priver du droit d’offrir son amour ailleurs ? Des questions de ce genre retentirent tout autour de la nouvelle société révolutionnaire ; elles furent posées d’une voix particulièrement hardie dans les écrits romanesques. Au début du XIXe siècle, (George Sand) était la dirigeante de ce groupe. Cette femme brisa elle-même les principes moraux sur lesquels reposaient la civilisation humaine et, en particulier, la chasteté et l’honneur de la femme. Bien qu’elle fût l’épouse d’un homme, elle viola le lien conjugal et noua une relation illégitime avec un autre. Finalement, elle rompit avec son mari. Puis commença pour elle la succession de ses amants, et il ne lui fut jamais possible de vivre plus de deux ans avec aucun d’eux. Sa biographie permet de connaître six hommes avec lesquels elle entretint publiquement des relations amoureuses. L’un de ses amants fit à son sujet le commentaire suivant :

— George Sand commence par attraper un papillon et l’enferme dans une cage de fleurs : c’est la période où elle lui déclare son amour. Puis, lorsqu’elle le transperce de la pointe de sa trompe, il se met à battre des ailes, ce qui lui procure un plaisir extrême. Puis, un jour, son amour pour lui diminue. Ensuite, elle lui arrache les ailes et le range parmi ces insectes qu’elle choisit comme personnages principaux de ses romans.

Le poète français Alfred Musse fut également l’un de ses amants. Finalement, il fut si profondément accablé par sa trahison qu’au moment de mourir il laissa pour testament que George Sand ne soit pas autorisée à assister à ses funérailles. Tel était le caractère moral personnel de cette femme. Pendant trente ans, sa littérature influença, par son caractère, la jeunesse française. Elle écrivit son propre roman Lelia. Lelia écrit à Sténo de la manière suivante :

— D’après ce que j’ai eu l’occasion de voir du monde, je constate à quel point les idées de nos jeunes gens et de nos jeunes filles sur l’amour sont erronées. Il est tout à fait faux de croire que l’amour doit être réservé à une seule personne, qu’il faut gagner son cœur, et cela pour toujours. Il faut sans aucun doute laisser également une place dans son esprit à toutes les autres conceptions. Je suis prête à admettre qu’un certain nombre de personnes ont le droit de faire preuve de fidélité dans leur vie conjugale. Mais la majorité ressent d’autres besoins et possède aussi les aptitudes nécessaires pour les satisfaire. Pour cela, il est nécessaire que l’homme et la femme s’accordent une liberté totale, fassent preuve de générosité réciproque et extirpent de leur cœur tout ce qui engendre jalousie et rivalité dans l’amour ; tout amour est légitime, qu’il soit ardent ou paisible, sensuel ou platonique, constant ou changeant, autodestructeur ou source de bonheur—

Dans un autre de ses romans, intitulé Jacus, elle décrit un mari qu’elle présente à la société comme un mari idéal. L’épouse du personnage principal du roman, Jacus, enlace en secret un autre homme, tandis que son mari, d’une grande ouverture d’esprit, n’y voit absolument aucune objection. Pour expliquer cela, le mari dit :

Quel droit ai-je d’écraser la fleur qui veut offrir son parfum à quelqu’un d’autre qu’à moi ?

Ailleurs, l’auteure fait le commentaire suivant dans la bouche de « Jacus » :

Je n’ai pas changé d’opinion et je n’ai fait aucun compromis avec la société. Parmi toutes les formes d’organisation sociale, le mariage est, à mes yeux, la forme la plus bestiale. Je crois que, si l’être humain veut se perfectionner en intelligence et en raison, il abolira certainement cette forme. Puis, à sa place, il choisira une forme véritablement humaine et sacrée. Alors, les êtres humains progresseront davantage que ces hommes et ces femmes et ne feront nullement obstacle à la liberté les uns des autres. À présent, les hommes sont si égoïstes et les femmes si timides qu’ils ne réclament pas, à la place des coutumes actuellement en vigueur, des règles plus élevées et plus nobles. Oui, ceux qui sont dépourvus de conscience et de vertu devront rester enfermés dans de lourdes chaînes.

Toutes ces doctrines et ces conceptions étaient propagées en 1833 apr. J.-C. et à la même époque. George Sand n’était parvenue qu jusque-là. Elle n’avait pas osé pousser ses doctrines et ses conceptions jusqu’à leur conclusion inévitable. Pourtant, dans son esprit subsistaient encore, à quelque degré, la liberté de pensée, le progressisme et l’obscurité de l’ancienne morale traditionnelle. Trente ou trente-cinq ans plus tard, en France, apparut une seconde armée composée notamment de dramaturges, d’écrivains et de philosophes moralistes. Alexandre Dumas et Alfred Naquet en étaient deux des principaux chefs. Ils consacrèrent toutes leurs forces à propager cette doctrine selon laquelle l’être humain possède un droit inné à la liberté et aux plaisirs de la vie. Imposer des règles morales et des liens sociaux à ce droit constitue une véritable persécution de l’individu par la société. Auparavant, la revendication de la liberté d’action de l’individu n’était formulée qu’au nom de l’amour. Aux yeux de leurs successeurs, un fondement aussi purement sentimental paraissait faible. Ils tentèrent donc d’établir l’arrogance personnelle, la débauche et la liberté débridée sur les bases solides de la raison, de la philosophie et de la science. Leur objectif était que les jeunes gens et les jeunes filles puissent faire tout ce qu’ils voulaient avec l’entière satisfaction de leur esprit et de leur conscience, et que la société, au lieu de s’irriter de l’exubérance de leur jeunesse, la considère comme moralement justifiée et convenable.

À la fin du XIXe siècle, des écrivains tels que Paul Adam, Henry Betaille et Pierrelouis consacrèrent toutes leurs forces, par la littérature, à insuffler aux jeunes gens et aux jeunes filles le courage de se livrer à la licence. Ainsi, le sentiment d’hésitation et d’entrave que l’idée de l’ancienne morale maintenait encore dans la nature humaine disparut à son tour complètement. En réalité, dans « La-Morale-De-La Amour », Poul Adam reproche aux jeunes gens et aux jeunes filles leur sottise, qui les pousse, lorsqu’ils aiment, à donner inutilement des assurances telles que celles-ci : ils donneront leur vie pour leur bien-aimée, l’aimeront sincèrement, lui appartiendront pour toujours, et ainsi de suite. Paul Adam dit :

Tout cela est dit parce que le désir des rapports charnels — qui existe naturellement chez tout être humain et qui ne comporte aucun péché — est considéré comme impur selon les anciennes doctrines. C’est pourquoi l’être humain tente inutilement de le recouvrir d’un voile de mensonge. La faiblesse fatale de la nation est que ses amants et amantes hésitent à dire clairement que le but de leurs rencontres est simplement de satisfaire le désir charnel, d’en tirer du plaisir et de connaître une extase suprême.,,,

Ensuite, il conseillait ainsi les jeunes gens et les jeunes filles :

Soyez des êtres humains affables et raisonnables. Ne faites pas de l’auxiliaire de vos instincts et de vos plaisirs votre dieu. (Que personne ne se méprenne sur le sens de ces paroles. Elles désignent les hommes et les femmes qui peuvent s’utiliser mutuellement afin de satisfaire leurs propres instincts.) Celui qui, après avoir construit un temple de l’amour, s’installe pour adorer une seule et même idole est véritablement stupide. Il devrait choisir un nouvel invité à chaque instant de plaisir.

Pierre Louis alla quelques pas plus loin que les autres et se mit à proclamer ouvertement que les contraintes morales font en réalité obstacle à l’éclosion du talent humain et des facultés intellectuelles. Tant que l’on n’accordera pas à l’être humain la pleine liberté et la possibilité de jouir des plaisirs charnels en brisant toutes ces contraintes, aucun développement de l’intelligence ni aucun progrès matériel ou spirituel ne sera possible. Dans son ouvrage Afrodite, il s’est efforcé de démontrer avec assurance que Babylone, Alexandrie, Athènes, Rome, Venise et les autres grands centres de la culture et de la civilisation avaient atteint leur plus haut degré de prospérité précisément lorsque l’immoralité, la débauche et l’asservissement aux instincts y régnaient pleinement. Mais dès que les contraintes morales et juridiques furent imposées aux désirs humains, l’âme humaine, en même temps que les instincts et les désirs, se retrouva enfermée dans ces mêmes contraintes.

Dans la France de cette époque, Pierre Louis était un écrivain renommé qui rédigeait des essais selon sa propre méthode. Cet homme dirigeait également une institution littéraire bien établie. Sous son autorité, un groupe composé de nouvellistes, de dramaturges, de moralistes et d’autres écrivains s’employait à propager ses doctrines et sa vision. De toute la puissance de sa plume, il fit largement la propagande de la nudité et des relations libres entre hommes et femmes. Dans son ouvrage Afrodite, il fait l’éloge enthousiaste d’une certaine époque de la Grèce :

Lorsque l’humanité nue, incarnation parfaite d’une beauté inconcevable, à propos de laquelle les adeptes des religions avaient assuré que Dieu l’avait créée à sa propre image, exposait devant vingt mille spectateurs, sous les dehors d’une prostituée sacrée, avec toutes sortes d’ornements et de gracieuses attitudes, les richesses de son corps, lui déclarer son amour avec une pleine ardeur charnelle était cet amour pur, sacré et céleste par lequel nous avons tous été créés —

aucun acte n’était considéré comme un péché, honteux ou impur.

En somme, après avoir ôté tous les voiles de la poésie, elle déclara en termes clairs ceci :

Par une solide éducation morale, nous devons déraciner cette idée odieuse selon laquelle le fait pour une femme de devenir mère serait, en quelque circonstance que ce soit, honteux, injuste ou déshonorant.

Le progrès du XXe siècle

Au XIXe siècle, les idées et les doctrines n’étaient parvenues qu’à ce point. Au début du XXe siècle apparut dans le firmament un nouveau faucon qui tenta de voler plus haut que ses prédécesseurs. En 1908 fut publiée une pièce de Peorr Wolff et Caston Leronx, intitulée Lelys. Dans cette pièce, deux jeunes filles débattent avec leur père, devant leur jeune frère, de leur droit de déclarer librement leur amour selon leur volonté. Elles disent également combien la vie d’une jeune femme peut être douloureuse sans amour ! Un père âgé reproche à sa fille d’entretenir un amour illégitime avec un jeune homme. En réponse, sa fille dit :

Comment te l’expliquerai-je ? Personne n’a le droit de dire à une jeune fille qu’elle doit devenir vieille fille sans aimer — qu’elle soit sa sœur ou sa fille ; tu n’as absolument pas compris cela.

La Première Guerre mondiale ne fit pas seulement progresser ce mouvement de liberté ; elle le porta jusqu’à son extrême limite. Le mouvement en faveur de la contraception eut un impact encore plus marqué sur la France. Pendant quarante années consécutives, le taux de natalité de la France ne cessa de baisser. Sur ses vingt-sept départements, vingt seulement avaient un taux de natalité supérieur au taux de mortalité. Dans certaines régions du pays, pour cent naissances, le nombre des décès se situait entre 130 et 160. Lorsque commença la Grande Guerre, qui devait décider de la vie ou de la mort de la nation française, les penseurs du pays comprirent que le nombre de jeunes hommes aptes à la guerre dans le sein de la nation était infime. On pourrait peut-être assurer la vie nationale en sacrifiant ce petit nombre de jeunes hommes, mais il serait difficile d’échapper à une attaque ultérieure de l’ennemi. Ce sentiment suscita dans toute la France une vive impulsion en faveur de l’augmentation du taux de natalité. De toutes parts, écrivains, journalistes, orateurs, érudits et hommes politiques commencèrent à proclamer d’une voix unanime : « Ayez des enfants. Ne craignez pas les liens traditionnels du mariage. Toutes les jeunes filles célibataires et les veuves qui seraient disposées à concevoir des enfants dans leur sein pour le bien de la patrie ne seraient pas condamnées par la société ; elles auraient au contraire droit à son honneur. »

À cette époque, une occasion en or se présenta tout naturellement aux messieurs épris de liberté. Ils profitèrent de cette occasion pour commencer à propager toutes les doctrines et toutes les idées qui restaient dans la besace du diable.

À cette époque, un éminent auteur, rédacteur du Lo-Lyon Republican, fit dans un article intitulé « Pourquoi le viol est-il criminel ? » la remarque suivante :

Lorsqu’un pauvre affamé, accablé par la faim, se livre au vol et au pillage, on dit qu’il faut lui procurer de quoi manger et se vêtir, et que le vol et le pillage cesseront d’eux-mêmes. Mais il est étonnant que l’aide et la compassion accordées pour satisfaire un besoin naturel du corps ne soient pas accordées de la même manière lorsqu’il s’agit de satisfaire un autre besoin naturel et important, à savoir apaiser la faim sexuelle. De même que l’homme se livre au vol sous l’effet d’une faim intense, le viol et, dans la plupart des cas, le meurtre sont également le résultat d’une impulsion tout aussi intense de la faim sexuelle — laquelle n’est pas moins naturelle que la faim et la soif. Un jeune homme sain et vigoureux ne peut réprimer de force son instinct sexuel, pas plus qu’il ne peut contenir sa faim en se promettant qu’il trouvera de quoi manger la semaine prochaine. Dans nos villes, tout est abondant. Mais pour un indigent, le manque de nourriture est aussi déchirant que le manque de rapports sexuels. De même que l’on distribue gratuitement de la nourriture aux affamés, il est également de notre devoir de prendre certaines dispositions pour ceux qui souffrent de cette seconde forme de faim.

Il est indispensable de garder à l’esprit qu’il ne s’agissait pas d’un article satirique. Il avait été rédigé avec le plus grand sens des responsabilités et le plus grand sérieux, et il fut également diffusé en France avec le plus grand sérieux.

À cette époque, la Faculté de médecine de Paris décerna le titre de « docteur » à un médecin expérimenté pour l’un de ses articles. L’article fut également publié dans l’organe officiel. On pouvait y lire notamment la remarque suivante :

Aujourd’hui, nous déclarons sans hésitation qu’on m’avait envoyé au sommet d’une montagne pour cracher du sang. Nous croyons qu’un jour viendra où nous pourrons dire, sans fausse fierté ni fausse honte : j’ai eu la syphilis à l’âge de vingt ans. Ces maladies ne sont-elles pas le prix des plaisirs de la vie ? L’homme qui mène sa vie de telle sorte qu’aucune maladie ne puisse en résulter mène une vie incomplète. Il s’abstient de satisfaire ses besoins corporels naturels par lâcheté, par tempérament docile ou par égarement religieux, alors qu’il ne s’agit là que d’un besoin insignifiant parmi ses besoins naturels.

La littérature néo-malthusienne

Avant d’aller plus loin, je crois nécessaire de jeter un regard sur les doctrines et les idées exposées au sujet du mouvement de contrôle ou de prévention des naissances. Lorsque Malthus, le plus éminent des économistes anglais, proposa, à la fin du XVIIIe siècle, le birth control, ou contrôle des naissances, afin de maîtriser la population croissante, il n’avait jamais imaginé que son conseil servirait, un siècle plus tard, à favoriser la propagation de la fornication et de l’obscénité. Pour enrayer l’accroissement de la population, Malthus avait conseillé la maîtrise de soi, le mariage à un âge plus avancé, etc. Mais lorsque le mouvement néo-malthusien (New Multhusian Movement) commença, à la fin du XIXe siècle, son principe fondamental était de satisfaire librement l’instinct sexuel et, comme conséquence naturelle de celui-ci, d’empêcher scientifiquement la naissance d’enfants. Ainsi, le dernier obstacle qui subsistait encore à l’établissement de relations sexuelles illicites fut également supprimé, et la voie du péché devint entièrement libre. Car désormais, une femme pouvait librement livrer son corps à un homme autre que son mari. Dès lors, elle n’avait plus aucune inquiétude au sujet de la naissance d’un enfant ou de la responsabilité de l’élever. Il n’est pas possible de décrire ici les terribles conséquences de tout cela ; je donnerai toutefois quelques exemples des doctrines propagées dans la littérature consacrée au contrôle des naissances.

Voici, en résumé, les arguments et preuves au moyen desquels l’introduction néo-malthusienne a été écrite dans toute cette littérature :

Tout être humain est naturellement confronté à trois besoins vastes et impérieux. Le premier est la nourriture, le deuxième le repos et le troisième la satisfaction du désir sexuel. La nature a placé ces trois choses en l’être humain avec toute leur force. Elle a également associé un plaisir particulier à la satisfaction de ces besoins. C’est pourquoi l’être humain aspire naturellement à les satisfaire. La raison et le raisonnement le poussent à s’y précipiter comme une flèche. Dans les deux premiers domaines, son mode d’action est le même. Mais, chose étonnante, il est différent dans le troisième. Les règles morales de la société lui ont imposé l’obligation de ne pas satisfaire son désir sexuel en dehors du mariage. Dans les limites du mariage, la fidélité ainsi que la chasteté et l’honneur ont été rendus indispensables pour l’homme et la femme. En outre, il a été stipulé qu’il ne devait pas être permis d’empêcher la naissance des enfants. De telles règles sont entièrement erronées et témoignent de la sottise. Elles sont contraires au savoir et à la nature. Elles sont également erronées sur le plan moral et annoncent des conséquences terribles pour l’humanité.

Observez également les édifices doctrinaux construits sur de telles prémisses. Le dirigeant du Parti social-démocrate allemand, Babel, écrit explicitement :

  • La femme et l’homme ne sont-ils pas des animaux ? La question d’un mariage — d’un mariage permanent — se pose-t-elle jamais entre un couple d’animaux ?

Le Dr Drysdale dit :

Parmi tous nos désirs, l’amour est lui aussi une chose changeante. Le déterminer selon une seule modalité revient à corriger les lois de la nature. Les jeunes hommes et les jeunes femmes désirent cette variété d’une manière qui leur est propre. Conformément au vaste ordre naturel, si équitable, notre souhait est que, dans ce domaine, leur expérience soit variée. Les relations libres sont l’expression d’un caractère supérieur parce qu’elles ressemblent davantage aux lois de la nature. En outre, elles procèdent directement de la sensibilité, du sentiment et de l’amour désintéressé. L’inspiration et le désir qui donnent naissance à ces relations ont une grande valeur morale. Comment un tel bonheur pourrait-il être atteint par cet échange commercial qui transforme en réalité le mariage en une profession ?

Lecteur, observez comment le point de vue change à certains moments et comment une idéologie opposée est progressivement adoptée. Tout d’abord, on s’est efforcé de considérer l’adultère comme innocent du point de vue moral et de placer le mariage et l’adultère au même niveau. Mais maintenant, allant plus loin, on considère le mariage lui-même comme blâmable et l’on confère à l’adultère une dignité supérieure.

Le docteur cité dit ailleurs :

Il est nécessaire d’adopter un système qui permette de considérer comme honorable l’amour en dehors du mariage. Il est heureux que, la procédure du divorce étant devenue plus souple, la voie du mariage soit elle aussi en train de se fermer. Car désormais, le mariage n’est qu’un contrat entre deux personnes destiné à mener une vie commune, et chacune des deux parties peut mettre fin à ce contrat quand elle le souhaite. C’est là l’unique moyen convenable d’avoir des relations sexuelles.

Le célèbre dirigeant néo-malthusien français Paul Robin écrit :

Au cours des vingt-cinq dernières années, nous avons remporté un tel succès que nous avons presque placé l’enfant illégitime au même rang que l’enfant légitime. Il ne reste plus qu’à faire en sorte que seuls des bâtards, ou des enfants illégitimes, puissent désormais naître. Car alors la question de la concurrence ne se posera plus.

Dans son ouvrage On Liberty, le célèbre philosophe anglais M. « Mill » affirme avec insistance que toute personne incapable de prouver qu’elle dispose de moyens et de ressources suffisants pour vivre devra être empêchée de se marier par la loi. Mais lorsque la question de l’abolition de la prostitution se posa en Angleterre, ce même éminent philosophe s’y opposa avec vigueur. Son argument était que cela constituait une atteinte à la liberté individuelle et une humiliation pour les travailleurs. Car cela revenait à les traiter comme des enfants.

Réfléchissez-y : il faudrait respecter la liberté individuelle parce qu’elle permettrait de commettre la fornication. Mais si un imbécile veut se marier au nom de la liberté individuelle, il ne devrait pas avoir le droit de voir cette liberté protégée. L’intervention de la loi dans sa liberté est non seulement acceptable, mais la conscience du philosophe épris de liberté la juge nécessaire. Ici, la révolution du point de vue moral atteint son extrême limite. Ce qui était répréhensible est maintenant devenu innocent, et ce qui était innocent est maintenant devenu répréhensible.

 

Conséquences

La littérature marche en tête, l’opinion publique la suit. Finalement, le caractère social, les règles et les normes, ainsi que les lois de l’État, se soumettent à elle. Là où, pendant près d’un siècle et demi, la philosophie, l’histoire, la morale, la science, les romans, le théâtre, les arts et les autres moyens propres à provoquer une révolution mentale ont, par leur force conjuguée, continué à inculquer aux esprits une même manière de voir et une même pensée, il est extrêmement improbable que la société ne soit pas influencée par une telle conception. Dès lors, là où le gouvernement et tout le système social sont établis sur des principes démocratiques, il n’est pas davantage possible que les lois ne changent pas avec l’évolution de l’opinion publique.

La révolution industrielle et ses réactions

Les autres éléments de la civilisation étaient naturellement devenus opportuns. C’est précisément à cette époque que la révolution industrielle (Industrial Revolution) eut lieu. Les changements qu’elle provoqua dans la vie économique et les effets qu’elle fit apparaître dans la vie culturelle orientaient le cours des événements dans la direction où les écrits révolutionnaires avaient voulu le conduire. La possibilité des inventions mécaniques et de la production de masse (Mass Production) avait conféré une force extraordinaire à la conception de la liberté individuelle sur laquelle le système capitaliste avait été fondé. La classe des capitalistes établit de grandes entreprises industrielles et commerciales. Les nouveaux centres de l’industrie et du commerce se transformèrent en villes immenses. Des millions d’hommes et de femmes furent attirés des campagnes vers les villes. Le coût de la subsistance devint excessivement élevé. Le logement, la nourriture, les vêtements et les biens indispensables à la vie quotidienne devinrent hors de prix. En partie à cause du progrès culturel et en partie grâce aux efforts des capitalistes, d’innombrables articles de luxe prirent place parmi les biens nécessaires à la vie. Mais, dans le système capitaliste, les capitalistes ne répartirent pas les richesses de manière à permettre à tous de jouir également des moyens d’obtenir tous les conforts, plaisirs et ornements luxueux qu’ils avaient créés dans la vie quotidienne. Après avoir attiré les masses des campagnes vers les villes, les capitalistes auraient pu pourvoir facilement aux nécessités indispensables de leur existence, telles que le logement, la nourriture et les vêtements. Il en résulta que l’épouse devint une charge pour son mari et les enfants pour leur père. Loin de pouvoir porter le fardeau des proches et des parents, il devint même extrêmement difficile de subvenir à ses propres besoins. La situation économique contraignit chaque individu à gagner sa vie. Les femmes de toutes catégories — jeunes filles, femmes mariées, veuves, etc. — durent sortir du foyer pour gagner leur subsistance. Puis, lorsque les occasions de fréquentation entre femmes et hommes se multiplièrent et que leurs conséquences inévitables apparurent, la conception de la liberté et la nouvelle philosophie morale vinrent réconforter pères et filles, frères et sœurs, maris et femmes, en leur disant : « Ne soyez pas impatients, ce qui arrive est très bien ! Ce n’est pas une déchéance ; en réalité, c’est cela le progrès et l’émancipation (Emancipation). Cet abîme dans lequel les capitalistes vous jettent n’est pas un brasier infernal : c’est le paradis, le plus sublime des paradis. »

L’intérêt individuel capitaliste

Les autres aspects ne se limitèrent pas à cela. Le système capitaliste, fondé sur une certaine conception de la liberté individuelle, accorda à l’individu un droit absolu, inconditionnel et illimité de s’enrichir par tous les moyens possibles. Quelle que soit la manière dont la richesse était acquise, même si l’enrichissement de quelqu’un entraînait la ruine de combien d’autres personnes, la nouvelle philosophie morale le considérait comme légal et sacré. Ainsi, tout le système culturel fut établi de telle manière que l’individu fut soutenu sur tous les plans contre la collectivité. En revanche, il ne subsista aucun moyen de protéger les droits de la collectivité contre les intérêts personnels de l’individu. Toutes les voies permettant aux individus égoïstes de détruire la société leur furent ouvertes. Ils commencèrent à adopter des méthodes toujours nouvelles pour satisfaire leurs propres intérêts en exploitant toutes les faiblesses humaines. Un homme apparut et, pour remplir ses propres poches, poussa autrui au vice de l’ivrognerie. Personne ne s’avançait pour protéger la société de ce rat pestiféré. Un autre homme apparut et tendit les filets de l’usure. Il ne se trouvait personne pour protéger les gens contre l’emprise de cette sangsue qui suce le sang. De plus, toutes les lois protégeaient les intérêts de cette sangsue, afin que nul ne puisse mettre à l’abri la moindre goutte de son sang. Un troisième homme apparut et inventa une étrange forme de jeu de hasard. Sa propagation devint si vaste qu’aucun secteur de l’industrie et du commerce ne demeura à l’abri de l’influence du jeu. Personne ne protégeait la vie économique des hommes de ce feu dévorant. À une époque où il était possible de tirer d’immenses profits en attisant la faiblesse la plus dangereuse de l’être humain, la frénésie sexuelle, il était impossible que, dans cette époque impure d’arrogance individuelle, de révolte et d’hostilité, les individus aveuglés par leurs intérêts ne portent pas leur attention sur de telles faiblesses humaines. En vérité, le plus grand parti possible fut tiré de cette débauche sexuelle. Dans les théâtres, les salles de danse et les centres de production cinématographique, toutes les activités s’articulaient autour de la femme belle. La participation des femmes à ces activités était indispensable. On présentait les femmes au public dans des formes toujours plus dénudées et des poses provocantes. On attisait ainsi la soif sexuelle des gens pour leur soutirer leur argent. Certains se mirent à louer les femmes et, en développant la prostitution, la transformèrent en une entreprise internationale parfaitement organisée. D’autres inventèrent sans cesse de nouveaux accessoires de beauté et de luxe ; en s’en servant, ils développèrent chez les femmes le sentiment inné de montrer leur beauté, les y encouragèrent, et les groupes de commerçants intéressés commencèrent à en tirer d’énormes profits. Certains encore inventèrent de nouvelles tenues excitant la sexualité et de nouvelles modes de nudité ; ils poussèrent les belles femmes à les porter et à circuler ainsi dans la société, tandis que les jeunes hommes modernes commençaient à se presser autour d’elles, les yeux et l’esprit avides. Les jeunes filles furent attirées par les tenues extravagantes et dénudées nouvellement inventées, et le marché des nouveaux vêtements s’anima à son tour. Quelques individus, profitant de l’occasion, commencèrent à diffuser des images nues et une littérature obscène ; ils infectèrent ainsi les masses de la lèpre et gagnèrent assez joliment leur vie. Peu à peu, la situation évolua au point qu’aucun secteur du commerce ne demeura exempt des moyens et accessoires de la frénésie sexuelle. Examinez les publicités de n’importe quelle entreprise commerciale : vous constaterez qu’une annonce est absolument dépourvue de valeur sans l’image nue ou semi-nue d’une femme. Dans les hôtels, les restaurants, les salles d’exposition des magasins et autres lieux similaires, des représentations féminines étaient disposées de telle manière que les hommes soient attirés dans cette direction. Dans une telle situation, l’unique moyen de protéger les intérêts de la population impuissante et malheureuse aurait été de repousser toutes ces attaques par sa propre force morale et de se préserver de l’emprise de la frénésie sexuelle. Mais le système capitaliste était fondé sur des bases si faibles qu’il était impossible de résister à ses attaques. Il disposait d’une philosophie de vie complète et d’une puissante armée diabolique, sous forme de littérature, qui anéantissait et vainquait aussitôt la conception morale. Le talent du meurtrier consiste à préparer la victime au sacrifice de son plein gré et le cœur satisfait.

Le système politique démocratique

Le danger ne prit pas fin ici. De plus, cette conception de la liberté donna naissance au système de gouvernement démocratique occidental, qui devint une arme puissante pour parachever pleinement une révolution morale de ce genre.

Le principe fondamental de la nouvelle démocratie était que l’être humain deviendrait lui-même son propre gouvernant et rédigerait, pour lui-même, la constitution de son gouvernement ainsi que les lois et règlements. Il ferait les lois comme bon lui semblerait et abrogerait ou modifierait à sa guise n’importe quelle loi. Au-dessus de lui, il n’existait aucune puissance ni autorité supérieure, exempte des faiblesses humaines, dont il pourrait suivre humblement les directives et grâce à laquelle il pourrait se préserver de l’égarement. Il ne disposait d’aucune loi fondamentale immuable, située au-delà du pouvoir humain et éternellement valable. Il n’avait aucune pierre de touche, fixe et inébranlable, qui ne puisse être modifiée sous l’impulsion des mauvais penchants humains et au moyen de laquelle il puisse discerner le vrai du faux. Ainsi, la nouvelle vision de la démocratie rendit l’être humain pleinement autonome (Autonomous) et irresponsable. Les hommes devinrent eux-mêmes leurs propres gouvernants et adoptèrent l’opinion publique comme source de chaque loi.

Il est manifeste que, là où toutes les lois de la vie sociale sont soumises à l’opinion publique et où l’autorité gouvernementale devient l’esclave de ce nouveau dieu de la démocratie, les lois et le pouvoir de l’État ne peuvent aucunement protéger la société contre le désordre moral ; au contraire, ils finissent par contribuer à sa destruction. Les lois changent au gré des changements de l’opinion publique. À mesure que la manière de voir du peuple se modifiera, les principes et les contraintes des lois se formeront de façon correspondante. La majorité des voix deviendra la pierre de touche permettant de déterminer la vérité et le bien. Si une proposition, aussi mauvaise et incohérente soit-elle, parvient à obtenir le soutien de cinquante et un pour cent des personnes, rien ne pourra empêcher de la transformer en loi. On en trouve un exemple particulièrement horrible et odieux dans l’Allemagne de l’époque précédant les nazis. Un philosophe allemand nommé Dr Magnus Herschfield (Dr. Magnus Herschfield) était président de la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle (World League of Sexual Reform). Pendant six ans, il mena une propagande énergique en faveur des pratiques des gens de Loth. Finalement, le dieu de la démocratie consentit à déclarer licite, ou « halal », cette pratique jusque-là illégale, et le Parlement allemand décida, à une écrasante majorité, que si l’acte en question était accompli avec le consentement des deux parties, il ne serait plus illégal. Il fut établi que, si la personne sur laquelle l’acte était commis était mineure, son tuteur voterait en son nom.

Dans l’accomplissement de sa servitude envers ce dieu de la démocratie, la loi semble quelque peu lente ; ses ordres sont certes exécutés, mais avec paresse et indifférence. Les lacunes qui subsistent dans l’accomplissement complet de cette servitude sont comblées par l’ensemble des rouages de l’administration de l’État. Ceux qui dirigent ces systèmes de gouvernement démocratique subissent, avant même de rédiger les lois, l’influence de la littérature qui les entoure, de la philosophie morale et des tendances affectives du peuple. Toutes les formes de dévergondage moral qui se répandent dans la population sont, grâce à la bienveillance des dirigeants, reconnues et acceptées à chaque échelon officiel du gouvernement. Pour les sujets qui demeurent jusque-là interdits, la police et les tribunaux s’abstiennent de faire appliquer la loi. Ces actes interdits sont ainsi eux aussi considérés comme licites. Prenons, à titre d’exemple, la question de l’avortement. Celui-ci est encore interdit par le droit occidental. Pourtant, il n’existe aucun pays où il ne soit pratiqué ouvertement et à grande échelle. En Angleterre, environ quatre-vingt-dix mille avortements sont pratiqués chaque année. Parmi les femmes mariées, vingt-cinq pour cent seraient de celles qui avortent elles-mêmes ou recourent à l’aide d’un spécialiste dans ce domaine. Dans certains endroits, des clubs d’avortement proprement organisés existent. Des femmes de la haute société y paient une cotisation hebdomadaire et bénéficient, selon leurs besoins, des soins de spécialistes de l’avortement. Londres compte de nombreuses maisons de soins infirmiers où sont traitées les patientes ayant subi un avortement. (Le professeur Judd a consigné un exposé détaillé de cette question dans son ouvrage Guide to Modern weekedness. Ce livre a été publié plusieurs années auparavant.) Malgré cela, l’avortement figure encore comme un acte criminel dans les recueils de lois anglais.

Principes fondamentaux et preuves

Je voudrais maintenant décrire en détail dans quelle mesure la réunion de ces trois éléments — la vision morale moderne, le système culturel capitaliste et le gouvernement politique démocratique — influence le caractère social ainsi que les relations sexuelles entre hommes et femmes, et dans quelle mesure cette influence se manifeste. Puisque j’ai jusqu’à présent mentionné principalement la France — d’où ce mouvement est parti —, je présenterai d’abord la France comme preuve. (Voir l’ouvrage du sociologue français Paul Bureau, Towards Moral bankruptcy. Il fut publié en 1925.)

Disparition du sentiment moral

Le premier résultat de la propagande des visions exposées au chapitre précédent fut que le sentiment moral des hommes à l’égard du comportement sexuel se trouva paralysé. La pudeur, la décence, le dégoût, le mépris et autres sentiments semblables commencèrent à disparaître de jour en jour. La distinction entre le mariage et l’adultère s’effaça du cœur. Finalement, l’adultère devint une chose si innocente que l’on ne ressentit même plus le besoin de le cacher avec répugnance.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la vision morale du peuple français n’avait changé que sur un point : l’adultère était considéré, pour les hommes, comme un phénomène naturel tout à fait extraordinaire. Tant que leurs fils adolescents ne contractaient pas de maladie vénérienne ou ne risquaient pas d’être traduits en justice, les parents encourageaient avec satisfaction leur libertinage sexuel. De plus, s’ils en tiraient un avantage matériel, ils en étaient pleinement ravis. Ils estimaient que les relations sexuelles entre un homme et une femme hors mariage n’étaient pas blâmables. On trouve même des exemples de parents qui encourageaient leurs fils adolescents à nouer des relations avec des femmes influentes ou riches afin d’assurer leur avenir. Mais leur conception des hommes différait alors de celle des périodes ultérieures. La chasteté des femmes était tenue pour précieuse. Les parents qui considéraient le libertinage sexuel de leurs fils comme une exubérance de la jeunesse et le toléraient ne pouvaient en revanche supporter la moindre souillure ou tache dans le caractère de leurs filles. Même si l’homme immoral était considéré comme innocent, la femme immorale ne l’était pas. Bien qu’ils fronçassent les sourcils avec dégoût à la seule mention du nom d’une prostituée professionnelle, ils ne manifestaient aucun dégoût envers l’homme qui partageait son lit. De même, dans la vie conjugale, les responsabilités morales de l’homme et de la femme n’étaient pas les mêmes. Alors que l’infidélité du mari pouvait être tolérée, celle de l’épouse était gravement répréhensible.

Au commencement du XXe siècle, cette situation changea. Le mouvement pour l’émancipation de la femme fit retentir la trompette de l’égalité morale entre l’homme et la femme ; il en résulta que les mauvaises actions de la femme furent considérées comme innocentes, tout comme celles de l’homme. L’idée selon laquelle une femme pouvait porter atteinte à sa noblesse ou à son honneur en ayant des relations sexuelles avec un homme sans être mariée se transforma également. Paul Bureau dit :

Ce n’est pas seulement dans les grandes villes : dans les petites villes et les campagnes de France également, des groupes de jeunes gens modernes ont adopté ce principe que, puisqu’ils ne sont pas eux-mêmes chastes, ils n’ont pas le droit d’exiger d’un entremetteur une femme vertueuse ou vierge. En Bourgogne, à Beaune et dans d’autres régions, il est courant qu’une jeune fille ait, avant son mariage, la compagnie de nombreux amis et qu’elle ne ressente pas le besoin de cacher à l’entremetteur les épisodes de sa vie passée au moment de se marier. Ils parlent sans réserve de leurs relations illicites avec des hommes autres que leur futur époux, comme ils discuteraient de sport ou de leurs moyens de subsistance. Au moment du mariage, le prétendant n’est pas seulement informé de la vie passée de la jeune fille : il apprend également quels amis ont jusque-là joui de ses charmes. Dans ces circonstances, le prétendant prend grand soin que personne ne puisse soupçonner qu’il désapprouve de quelque manière les agissements de la jeune fille. — Ouvrage cité, p. 94

Il ajoute :

En France, on voit en grand nombre les jeunes filles instruites de la classe moyenne instruite travailler dans des bureaux ou des établissements commerciaux. Elles fréquentent librement la bonne société, et rien de tout cela n’est considéré comme contraire à la morale. Ensuite, si l’une de ces jeunes filles s’éprend d’un jeune homme et se met à vivre avec lui, le mariage entre eux est jugé tout à fait inutile. Elles estiment préférable de vivre ensemble sans être mariées. Bien entendu, une fois les désirs de chacun satisfaits, elles ont le plein droit de se séparer et d’aller offrir leur amour ailleurs. De telles relations ne restent pas inconnues de la société. Tous deux fréquentent ensemble les milieux distingués. Ils ne cachent pas davantage la nature de leurs relations réciproques, et personne d’autre ne voit rien de répréhensible dans leur manière de vivre. C’est d’abord chez ceux qui travaillent dans les usines que l’on vit apparaître ce comportement. On le jugeait autrefois extrêmement condamnable. Mais il est devenu une affaire ordinaire et quotidienne dans les familles distinguées. Dans la vie sociale, ce mode de vie a désormais acquis le même prestige que celui dont jouissait autrefois le mariage. — Ouvrage cité, pp. 94-96

C’est ainsi que la maîtresse est désormais, elle aussi, régulièrement reconnue. Monsieur Barthélemy (M. Berthelemy) était professeur de droit à l’Université de Paris. Il dit : « Peu à peu, la femme entretenue acquiert un statut juridique semblable à celui de l’épouse mariée. On a commencé à discuter de leur situation au Parlement. À présent, le gouvernement commence à protéger leurs intérêts. Après la mort d’un soldat, sa maîtresse reçoit, au même titre que son épouse, une pension analogue à l’allocation accordée à l’épouse légitime de ce soldat. »

La raison pour laquelle, selon la science morale française, l’adultère est considéré comme innocent peut être déterminée par le fait suivant :

En 1918, une enseignante d’un établissement scolaire tomba enceinte alors qu’elle n’était pas mariée. Le service de l’instruction publique comptait quelques personnes attachées aux anciennes idées ; elles commencèrent à faire quelque bruit à ce sujet. Alors, une délégation de personnes distinguées se rendit auprès du ministre de l’Instruction publique et présenta les arguments et les preuves ci-dessous de telle manière que l’affaire de cette enseignante fut étouffée.

1. De quel droit quelqu’un peut-il intervenir dans la vie privée d’autrui ?

2. Quel crime a-t-elle donc commis de si grave ?

3. N’est-il pas plus démocratique de devenir mère d’un enfant sans être mariée ?

Dans l’instruction dispensée aux soldats de l’armée française, on leur enseignait également comment se prémunir contre les maladies vénériennes et comment prévenir les grossesses, car il était considéré comme une vérité incontestable que les soldats commettraient nécessairement la fornication. Le 3 mai 1919, le commandant de l’aile de la 127e division française fit diffuser aux soldats la déclaration suivante :

On apprit qu’une plainte avait été déposée au sujet de l’affluence des soldats armés dans les maisons closes militaires. Leur plainte était que les soldats armés s’y étaient entièrement assuré l’exclusivité, sans laisser la moindre possibilité à quiconque d’autre. En raison de l’augmentation du nombre des soldats, le haut commandement s’efforçait d’augmenter le nombre des prostituées. Mais, tant que cette mesure ne serait pas prise, il était par la présente porté à la connaissance des soldats armés qu’ils ne devaient pas rester trop longtemps à l’intérieur. Qu’ils se hâtent donc un peu de satisfaire leur désir charnel.

Réfléchissez-y : cet avis était officiellement diffusé en bonne et due forme par le département militaire du gouvernement d’un pays civilisé. Cela signifie que l’idée même que la fornication puisse être condamnable d’un point de vue moral avait disparu de leur esprit et de leur pensée. Cette notion avait été bannie de la société, de la loi du pays et de l’esprit de chacun. (Lorsque des soldats dont la condition morale est telle entrent dans un pays en conquérants, on peut aisément imaginer les conséquences terribles que cela peut avoir pour l’honneur et la chasteté des femmes de ce pays. Voilà une sorte de norme morale de l’armée. Le Coran en présente une autre : « Lorsque les musulmans détiennent le pouvoir sur terre, ils y établissent la prière, acquittent la zakat, ordonnent le bien et interdisent le mal. » Un type de soldat erre comme un taureau. L’autre type de soldat ne prend le pouvoir que pour préserver la dignité morale de l’être humain et enseigner la pureté aux hommes. Les gens sont-ils devenus si aveugles qu’ils ne puissent discerner la différence entre ces deux types ?)

Quelque temps avant la Première Guerre mondiale, une agence fut créée en France. Quel que fût l’état et la conduite morale d’une femme, la mission de cette agence était, dans tous les cas, de l’inciter à se livrer à une nouvelle expérience. Lorsqu’un homme désirait avoir une relation sexuelle avec une femme, il lui suffisait de fournir l’adresse de celle-ci. Il devait en outre verser à cette agence vingt-cinq francs à titre de droit initial. Il incombait ensuite à l’agence de convaincre cette femme de consentir à l’acte.

Il ressort des registres de cette agence qu’il n’existait aucune classe de la société française dont un grand nombre de membres n’eussent eu recours à cette agence pour faire des affaires. Toutes ces activités n’étaient pas inconnues du gouvernement français. — Paul Bureau, p. 16

Au sujet de l’extrême degré auquel était parvenue leur déchéance morale, Paul Bureau dit :

Dans certains districts de la France et dans les quartiers très peuplés des grandes villes, les relations sexuelles entre proches parents, voire entre pères et filles ainsi qu’entre frères et sœurs, n’étaient pas rares.

La prolifération de l’obscénité

Avant la Première Guerre mondiale, le procureur général de France, monsieur Bulot (M. Bulot), déclara dans l’un de ses rapports que le nombre de femmes qui gagnaient leur vie en louant leur corps s’élevait à cinq cent mille. Mais il n’est pas possible de comparer les prostituées de ce pays aux courtisanes du sous-continent indien. La France est un pays très civilisé et développé. Toutes les activités qui s’y déroulent sont menées à grande échelle avec bienséance et organisation. Les journaux, les images, les cartes postales, le téléphone, les invitations personnelles et tous les autres moyens convenables servent à attirer l’attention des clients. Jamais la conscience humaine ne réprimande ces activités ; au contraire, les femmes qui ont la possibilité d’acquérir une plus grande fortune dans ce commerce peuvent, la plupart du temps, exercer une autorité considérable dans la politique, l’économie et les classes distinguées du pays. Elles sont devenues ce que furent les femmes de cette catégorie à l’époque de la civilisation grecque.

Un membre du Sénat français, monsieur Ferdinand Dreyfus (M. Ferdinand Dreyfus), déclara que la prostitution n’était plus une affaire privée. Les profits financiers réalisés par ses agences l’avaient transformée en commerce et en industrie parfaitement organisée. Des agents chargés de fournir sa matière première importaient et exportaient, comme marchandises de ce commerce, des jeunes filles indépendantes et très jeunes. Ici, la demande de filles âgées de moins de dix ans est extrêmement forte.

Paul Bureau dit :

C’est une institution puissante. Elle est dirigée de manière parfaitement organisée par des cadres supérieurs et des employés salariés. Des publicitaires, des écrivains, des orateurs, des médecins, des sages-femmes, des hommes d’affaires et des touristes y travaillent. On y a recours à la publicité et l’on adopte sans cesse de nouvelles méthodes de présentation.

Même en dehors de ces repaires d’obscénité, la prostitution se pratique ouvertement dans les hôtels, les maisons de thé, les salles de danse et autres lieux semblables. Parfois aussi, des sévices bestiaux et une cruauté extrême y sont exercés. En 1914, il arriva une fois qu’en France le maire d’une ville dut intervenir pour sauver la vie d’une jeune fille. Celle-ci avait dû satisfaire vingt-sept clients au cours de la journée, et de nombreux autres clients attendaient encore.

Pendant la Première Guerre mondiale, on eut également la gloire d’établir, en plus des maisons closes commerciales, une sorte de maison close charitable. Les femmes patriotes qui, durant la guerre, avaient rendu de grands services aux héros protégeant la sécurité de la France et avaient donné naissance à des enfants illégitimes sans père furent revêtues de son titre honorifique. Il est impossible de traduire en paroles une conception aussi vile. Toutes ces femmes continuaient à se livrer à la prostitution de manière organisée, et il devint un devoir moral pour les gens de la classe des criminels de les aider. Les très répandus Frantasio et Lavie Parisiemme avaient atteint le comble de l’excellence pour attirer l’attention des personnes capables sur ces femmes. Au début de 1917, un numéro de ce dernier journal publia 199 annonces concernant ces femmes.

 

La maladie contagieuse de la frénésie sexuelle et de l’obscénité

Les maladies sexuelles

La cause profonde de la reconnaissance publique, à grande échelle, de l’impudeur et de la débauche, conséquences naturelles du feu embrasé des penchants sexuels, résidait dans toute cette littérature, ces annonces, ces photographies, ces représentations théâtrales, ces chants et danses, cette nudité et cette obscénité.

Une armée de capitalistes intéressés s’emploie, par tous les moyens possibles, à attiser la soif sexuelle et étend ainsi ses propres affaires. Les journaux quotidiens, hebdomadaires, bimensuels et mensuels publient des articles et des images d’une extrême obscénité. C’est en effet une arme particulièrement efficace pour assurer la large diffusion de leurs journaux. On déploie dans ce travail des talents, des procédés et une habileté psychologique de haut niveau, afin que la victime ne puisse en aucune manière se défendre. En outre, une littérature extrêmement impure et des prospectus relatifs aux questions sexuelles sont publiés sous forme de livres. Ces ouvrages sont diffusés en si grande quantité que chaque édition peut être imprimée à vingt-cinq ou trente mille exemplaires. Il arrive même que l’on publie jusqu’à la soixantième édition de ces ouvrages. Certaines maisons d’édition sont exclusivement consacrées à ce travail. Nombreux sont les auteurs et les hommes de lettres qui acquièrent célébrité et honneurs en se livrant à de telles activités. La composition d’un livre obscène n’est désormais plus du tout déshonorante ; au contraire, s’il est accepté par le public, son auteur devient digne d’être admis à l’Académie française ou, à tout le moins, de recevoir la Croix d’honneur.

Le gouvernement ferme silencieusement les yeux sur toutes ces impudicités et ces incitations à la luxure. Si quelque chose d’extrêmement honteux vient parfois à être publié, la police déférera le coupable devant la justice, malgré elle. Il existe en outre des tribunaux magnanimes. De leurs sièges de justice, on se contente de donner un avertissement au délinquant, puis on le laisse partir. Car ceux qui occupent les sièges de la justice goûtent eux aussi cette sorte de littérature. La plume de certains juges s’emploie même à composer de la littérature sexuelle obscène. Si, par hasard, un juge se révèle traditionaliste et qu’il y ait lieu de craindre qu’il ne rende un jugement inconvenant, les grands hommes de lettres et les écrivains renommés interviennent collectivement dans l’affaire, et les journaux la critiquent vivement, en affirmant qu’il faut un espace de liberté pour le progrès de la littérature et des arts. Imposer des contraintes morales au nom de l’esprit d’une époque obscure revient à étouffer la voix de l’esthétique. Par quels moyens cette esthétique progresse-t-elle ? Les images et les films de nus y sont particulièrement efficaces. On en fabrique des millions d’albums, que l’on place uniquement dans les marchés, les hôtels et les cafés. Dans le rapport qu’Émile Puresi présenta à la deuxième assemblée de l’Association contre l’obscénité, il dit :

Toutes ces peintures à l’huile impures et vulgaires suscitent, dans les sens humains, une excitation et une soif intense. Elles poussent les malheureux acheteurs à commettre des péchés tels que le seul fait d’y penser fait frémir le corps. Leur influence désastreuse sur les garçons et les filles est indescriptible. De nombreuses écoles et de nombreux établissements d’enseignement ont été ruinés par elles, moralement et physiquement ; pour les jeunes filles en particulier, rien ne saurait être plus nuisible.

On cultive cette esthétique par les divertissements dans les théâtres, les salles de spectacle, les salles de musique et les cafés. Chacune des pièces que l’aristocratie de la société française regarde avec plaisir, et sur lesquelles dramaturges et actrices talentueuses reçoivent des pluies de fleurs accompagnées d’applaudissements élogieux, est empreinte d’excitation sexuelle. Ce qui la caractérise, c’est que le personnage moralement le plus abject y est présenté comme l’idéal le meilleur et le plus noble. Voici ce que dit Paul Bureau :

Si, en observant le tableau de la vie que nos dramaturges font apparaître depuis trente ou quarante ans, quelqu’un voulait se faire une idée de notre vie culturelle, il ne pourrait qu’en comprendre ceci : dans notre société, tous les couples mariés sont ingrats et se méfient l’un de l’autre dans la vie conjugale. Peut-être le mari est-il idiot, ou bien sa femme est-elle son pire ennemie. Si la femme possède quelque qualité éminente, c’est qu’elle sera toujours en disgrâce auprès de son mari et prête à offrir son amour ailleurs.

Si tel est l’état des représentations théâtrales de la classe aristocratique, il est aisé d’imaginer ce que peuvent être les théâtres et les lieux de divertissement du peuple ! Le langage, les gestes gracieux et les plaisirs de la nudité que goûtent les amateurs de plaisirs sexuels sont représentés sans vergogne sur la scène. On informait d’avance le public qu’il y trouverait tous les éléments propres à satisfaire sa soif sexuelle. On disait en outre : notre scène est exempte de bienséance et conforme à la nature (Realistic).

Émile Puresi a consigné de nombreux exemples dans son rapport. Il s’est rendu dans divers lieux de divertissement pour recueillir ces exemples et, afin de les expliquer, il a employé des lettres au lieu des noms.

B. « Ici, les chansons, les monologues et les gestes des actrices étaient d’une extrême obscénité. La scène dévoilée sur le plateau resta inachevée, alors qu’elle était sur le point d’aboutir à un rapport sexuel. Plus d’un millier de spectateurs s’y étaient rassemblés. Parmi eux se trouvaient aussi de nombreuses personnes honorables. Tous, captivés, poussaient des cris d’approbation. »

N. « Ici, les chants brefs, les brèves paroles qui les interrompaient, les gestes et les silences atteignaient les limites extrêmes de l’impudence. Des enfants et de jeunes garçons mineurs étaient eux aussi assis avec leurs parents pour goûter ce divertissement, et chaque garçon applaudissait de toutes ses forces en regardant cette représentation obscène. »

L. « Ici, les spectateurs firent du tapage à cinq reprises et contraignirent l’actrice à répéter une représentation telle qu’elle dut l’achever par un chant d’une extrême obscénité. »

R. « Ici, les spectateurs pressaient instamment une actrice de répéter une représentation extrêmement obscène. »

Finalement, l’actrice s’écria avec agacement : « Êtes-vous donc à ce point impudents ? Ne voyez-vous pas qu’il y a aussi quelques enfants ici ? » Sur ces mots, elle partit sans achever sa représentation. C’était si obscène que même la plus dépravée des pécheresses n’aurait pu en supporter la répétition.

J. « À la fin de la représentation, on organisa une loterie entre les actrices. Elles se mirent à vendre chaque billet au prix de dix santims (un santim équivalant à peu près à deux annas). L’homme dont le sort tirait le nom d’une actrice l’obtenait pour la nuit. »

Paul Bureau dit que : « La plupart du temps, on fait monter sur scène une femme dont le corps ne porte pas le moindre vêtement. Adolphe Biason (Adlophe Biason) écrivit un jour, pour protester contre tous ces faits, dans le célèbre journal français “Tamps” (Tamps) : il ne reste plus désormais qu’à accomplir l’acte sexuel sur scène. En réalité, c’est alors seulement que l’art atteindra sa perfection. »

Les écrits prétendument savants et liés aux sciences médicales du mouvement pour la contraception et de la sexologie ont joué un rôle majeur dans la propagation de l’impudicité et la destruction du caractère moral des êtres humains. Dans les conférences publiques, les photographies obscènes et les livres, on analyse, au moyen d’illustrations et de leurs explications, la grossesse, les sujets qui s’y rapportent et le mode d’emploi des moyens contraceptifs avec une telle précision qu’il ne reste plus rien à révéler. Dans ces ouvrages de sexologie, aucun aspect de l’acte sexuel n’est laissé sous silence, depuis l’analyse du corps jusqu’à l’examen de l’acte lui-même. Extérieurement, on a recouvert toutes ces questions du voile de la connaissance et de la science, comme pour ne laisser aucune possibilité de les contester. De plus, cette pratique a tellement progressé qu’on l’appelle désormais un service social. On prétend, pour se justifier, vouloir préserver les autres des erreurs et des confusions concernant l’acte sexuel. Mais, en réalité, cette diffusion de toute cette littérature et de cet enseignement engendre une impudicité abjecte chez les hommes et les femmes ainsi que chez les jeunes garçons et les jeunes filles. Grâce à tout cela, une situation s’est créée où une jeune fille mineure, venue étudier à la bibliothèque, acquiert sur les questions sexuelles des connaissances que même les femmes mariées ne peuvent avoir. Les jeunes garçons se trouvent dans la même situation. Leur tendance sexuelle s’éveille prématurément. Il en résulte dans leur esprit le désir d’expérimenter la masturbation. Avant même d’atteindre la pleine maturité, ils tombent sous les griffes de l’instinct charnel. Pour le mariage, une limite d’âge est certes fixée, mais aucune limite d’âge n’est fixée pour expérimenter l’acte sexuel. Ainsi, toutes ces pratiques commencent dès l’âge de douze ou treize ans.

Les signes avant-coureurs du déclin national

Lorsque l’absence de sainteté, le culte des instincts et l’asservissement aux plaisirs et aux jouissances corporels atteignent leur paroxysme, lorsque tous, hommes et femmes, jeunes et vieux sans distinction, se livrent aux plaisirs, et lorsque le feu ardent de la folie emporte les êtres humains au-delà de leur maîtrise, il est tout à fait naturel que toutes les causes du déclin national apparaissent. Voyant une nation de cette sorte, vouée à la destruction, parvenir à de hauts sommets, on en conclut que ses plaisirs ne sont pas un obstacle au progrès, mais qu’ils y contribuent. On affirme même que le plein épanouissement d’une nation ne survient que lorsqu’elle atteint le sommet des plaisirs. Mais une telle conclusion est totalement erronée. Là où les forces de la création et de la destruction agissent conjointement et où les activités constructives sont manifestement prédominantes, seul un homme dont l’intelligence et le discernement sont défaillants peut compter les forces destructrices parmi les causes de la création.

Supposons, par exemple, qu’un commerçant prudent amasse une immense fortune grâce à son intelligence, à son travail et à son expérience, tout en s’adonnant à la boisson, au jeu et aux plaisirs ; dans ces conditions, ne serait-ce pas la plus grande des sottises que de considérer ces deux aspects de sa vie comme des causes de bien-être et de progrès ? En réalité, les causes de son progrès et l’ensemble de ces derniers vices travaillent à sa destruction. Le fait qu’il soit solidement établi dans un palais grâce à ses premières qualités ne signifie pas que les forces destructrices n’exercent aucune influence sur lui. Si l’on observe attentivement, on verra que ces forces destructrices dévorent continuellement les forces de son esprit et de son corps. Elles pillent l’argent qu’il a gagné par son travail. Tout en le détruisant, ces forces guettent constamment l’occasion de l’achever d’un seul coup par une attaque décisive. Le démon du jeu peut, à un moment funeste, anéantir en un instant tout l’argent qu’il a gagné au cours de sa vie, et il attend précisément cet instant. Le démon de l’alcool peut profiter de son inconscience au moment opportun pour lui faire commettre une erreur fatale, à la suite de laquelle il peut faire faillite en un instant. Lui aussi guette cette occasion. Le démon de la dépravation attend également le moment où il pourra l’entraîner dans le meurtre, le suicide ou une destruction soudaine. On ne peut même pas imaginer quel aurait été le degré de sa prospérité si cet homme n’était pas tombé sous l’emprise de ces démons !

Il en va de même pour une nation. Elle progresse grâce à ses forces constructives. Mais, faute d’une direction appropriée, après avoir avancé de quelques étapes sur la voie du progrès, elle commence à créer les causes de sa propre destruction. Pendant un certain temps, les forces créatrices continuent de la conduire en avant. Mais, parallèlement, les forces destructrices dévorent de l’intérieur sa force vitale, comme les termites. Elles finissent par la vider entièrement, si bien qu’un seul coup soudain réduit en poussière l’édifice de sa gloire. Je vais exposer ici brièvement les grandes causes manifestes de la destruction que le système social erroné de la nation française a attirée sur elle.

Anéantissement de la force physique

Le premier effet néfaste de la domination absolue du désir sexuel fut que la force physique des Français commença progressivement à disparaître. L’asservissement au désir avait épuisé chez eux la maîtrise de soi et la patience. La prévalence des maladies vénériennes avait des effets dévastateurs sur leur santé. Dès le début du XXe siècle, la situation devint telle que les autorités militaires furent contraintes, tous les quelques années, d’abaisser les critères d’aptitude physique pour recruter de nouvelles troupes (New Reqruits). En effet, par la suite, on ne trouvait plus qu’un très petit nombre de jeunes gens correspondant au niveau d’aptitude fixé initialement. C’est un indicateur fiable qui, presque avec la certitude d’un thermomètre (Thermometre), montre à quelle vitesse la force physique de la nation française diminuait progressivement. Parmi les causes de ce déclin, les maladies vénériennes constituaient une cause particulièrement importante. Au cours des deux premières années de la Première Guerre mondiale, le nombre de soldats envoyés à l’hôpital pour syphilis s’élevait à soixante-quinze mille. Dans une seule caserne militaire de catégorie moyenne, 242 soldats furent atteints de cette maladie au même moment. D’un côté, considérez cette situation critique, lorsque la nation française oscillait entre la vie et la mort, que les efforts désespérés de chaque soldat étaient nécessaires à la survie de la nation tout entière et qu’un franc avait une valeur considérable. Le temps, les forces, tous les moyens et toutes les ressources, chaque chose devait être consacrée en très grande quantité à la défense du pays ; d’un autre côté, considérez les jeunes gens de cette nation : des milliers d’entre eux, à cause des plaisirs sexuels, ne devinrent pas seulement inaptes au travail pendant de longues périodes, mais, en ce moment critique, firent encore dépenser l’argent et les ressources de la nation pour leur traitement.

Un spécialiste français, le Dr Laredde, affirme qu’en France, chaque année, trente mille personnes meurent uniquement de la syphilis et des maladies qui en résultent. Après les maladies fébriles, c’est la plus grande cause de mortalité. Voilà la situation d’une maladie vénérienne ! Il existe en outre bien d’autres maladies de ce genre.

La disparition de la discipline familiale

La généralisation de cette frénésie sexuelle débridée et de ce goût de la débauche avait attiré sur la civilisation française un deuxième fléau considérable : la disparition de la discipline familiale. Le lien durable et solide entre l’homme et la femme par lequel s’établit la discipline familiale s’appelle le mariage. C’est par ce lien que s’instaurent dans la vie humaine la paix, l’harmonie, la stabilité et la permanence. C’est lui qui transforme la vie individuelle en vie sociale. C’est lui encore qui, afin de réprimer la malédiction du désordre, les soumet à la discipline de la civilisation. Dans les limites de cette discipline se crée une atmosphère si paisible et si noble, faite d’amour, de paix et de sacrifice, que la nouvelle génération peut y être élevée et formée avec un caractère droit, une éducation irréprochable et une moralité pure. Mais là où l’idée du mariage et de son noble objectif a totalement disparu du cœur de l’homme et de la femme, où aucune autre finalité de la relation sexuelle que la satisfaction du désir sensuel ne trouve place dans leur esprit, et où des hommes et des femmes assoiffés de plaisir vont, tels des bourdons, butiner de fleur en fleur, cette discipline ne peut ni s’établir ni subsister. Lorsque l’homme et la femme ne possèdent pas la capacité de porter le lourd fardeau des grandes responsabilités de la vie conjugale, de ses droits, de ses devoirs et de ses règles morales, il en résulte, du fait de leur état mental et moral, que l’éducation de chaque génération devient inférieure à celle de la génération précédente. L’égoïsme et l’arbitraire s’accroissent tellement parmi les gens que les liens de la civilisation commencent à se rompre. La versatilité et l’hésitation à prendre des décisions augmentent à tel point qu’aucune stabilité ne subsiste dans la politique nationale ni dans la politique internationale. En raison de l’absence de paix familiale, leur vie devient toujours plus amère, et une inquiétude perpétuelle ne leur accorde pas même un instant de paix. Voilà l’enfer terrestre que les gens s’achètent dans la folie d’une soif de plaisirs insensée.

En France, chaque année, sept ou huit personnes sur mille contractent un mariage. Cette proportion est si faible qu’elle permet aisément de comprendre quelle part considérable de la population française reste célibataire.

De plus, parmi le nombre déjà insignifiant de ceux qui se marient, rares sont ceux qui le font dans le but de mener une vie honnête et pure. Ils ont aussi d’autres objectifs que celui-là. Il était même courant dans la société de considérer comme souhaitable qu’un homme épouse une femme ayant donné naissance à un enfant illégitime afin de le déclarer légitime. Paul Bureau dit :

Il était généralement courant parmi la classe ouvrière française qu’avant le mariage, une femme désireuse de se marier obtienne de son futur mari la promesse qu’il reconnaîtrait son enfant illégitime comme son propre enfant légitime.

En 1917, une femme fit la déclaration suivante devant le tribunal civil de la Seine :

Avant le mariage, j’avais averti mon mari à ce sujet : l’unique but de mon mariage était que l’enfant que j’avais mis au monde alors que j’étais célibataire soit déclaré légitime. La question est maintenant de savoir si je vais continuer à vivre avec lui comme mari et femme. Je n’en avais pas l’intention à l’époque, et je ne l’ai toujours pas. C’est pourquoi, le jour même de notre mariage, à cinq heures et demie, j’ai divorcé de mon mari. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas eu de relations avec lui, car je n’avais aucune intention d’assumer les responsabilités de la vie conjugale.

— Paul Bureau, ouvrage cité précédemment, p. 55

Le directeur d’un collège réputé de Paris fit remarquer à Paul Bureau que, généralement, l’unique objectif du mariage des jeunes gens modernes est de prendre à leur domicile les services d’une maîtresse. Pendant dix ou douze ans, ils parcourent librement tous les lieux pour y goûter les plaisirs. Puis vient un moment où, épuisés et las d’une telle débauche et d’un tel libertinage, ils finissent par épouser une femme, afin de jouir dans une certaine mesure de la paix du foyer tout en continuant à goûter les plaisirs, les joies et les agréments d’un homme épris de liberté. — Ouvrage cité, etc.

En France, l’adultère des hommes mariés n’est nullement considéré comme blâmable ni répréhensible. Si quelqu’un garde chez lui une maîtresse en dehors de son épouse, il n’a nullement besoin de le cacher. La société considère également cela comme une chose tout à fait ordinaire et possible.

— Ouvrage cité, p. 76-77

Dans de telles conditions, le lien conjugal est devenu si fragile qu’il se rompt à la moindre parole. Souvent, la vie conjugale de ces malheureux ne dure pas plus de quelques heures. À titre d’exemple, on peut citer le cas d’un homme éminent de France, qui avait occupé plusieurs fois un poste ministériel : cinq heures seulement après son mariage, il divorça d’avec sa femme. Les divorces surviennent pour des motifs si futiles qu’ils prêtent à rire lorsqu’on les entend. Ainsi, si l’un des époux ronfle dans son sommeil ou si l’un n’aime pas le chien de l’autre, le divorce devient inévitable. Il arriva un jour que le tribunal civil de la Seine prononça deux cent quatre-vingt-quatorze divorces. En 1844, lorsque la nouvelle loi sur le mariage fut adoptée, quatre mille divorces furent prononcés. En 1900, ce nombre atteignit sept mille cinq cents, en 1913 seize mille, et en 1931 vingt et un mille.

Destruction de la descendance

Élever des enfants est une activité morale d’un ordre supérieur. Elle exige la maîtrise des instincts, le renoncement aux convoitises et aux désirs, l’acceptation des souffrances et du labeur, ainsi que le sacrifice de ses biens et de sa vie. Ceux qui sont égoïstes et esclaves de leurs instincts ne sont nullement préparés à cette œuvre grandiose. Car la solitude, l’absence de relations et la bestialité finissent par s’emparer d’eux.

Depuis près d’un siècle, le mouvement anticonceptionnel se poursuit en France. Sous l’effet de ce mouvement, tous les hommes et toutes les femmes de France ont appris des procédés leur permettant, tout en jouissant des plaisirs sensuels, d’échapper à leur conséquence naturelle : la conception, l’accouchement et la continuation de la descendance. Il n’existe aucune ville, banlieue ou village où les médicaments et les instruments contraceptifs ne soient vendus ouvertement. Par conséquent, leur usage ne se limite pas aux amateurs débauchés de plaisirs sexuels ; les hommes et les femmes mariés les utilisent également en grande quantité et souhaitent que la naissance d’un enfant ne puisse en aucune façon faire obstacle à leurs plaisirs. Constatant la baisse du taux de natalité en France, les spécialistes ont estimé que cette vaste épidémie de contraception empêche chaque année la naissance d’au moins six cent mille enfants. Malgré tous ces procédés, les conceptions qui surviennent sont détruites par l’avortement. De cette manière, trois cent mille à quatre cent mille autres enfants cessent de venir au monde. L’avortement n’est pas pratiqué uniquement par les femmes célibataires ; les femmes mariées leur sont également semblables en cette matière. Sur le plan moral, cet acte est considéré comme échappant à toute critique et comme un droit de la femme. Il semble que la loi du pays ferme les yeux sur cette question. Bien que les textes de loi le qualifient encore de crime, la réalité est que, sur trois cents personnes, une seule à peine est déférée pour ce délit. Parmi celles qui sont déférées, soixante-quinze pour cent sont acquittées par le tribunal. Les procédés médicaux de l’avortement sont si simples et si connus de tous que la plupart des femmes peuvent avorter elles-mêmes. Celles qui ne le peuvent pas n’ont aucune difficulté à obtenir l’aide d’un médecin. Tuer le fœtus, ou tuer l’enfant à naître, est devenu pour elles une chose aussi ordinaire que l’extraction d’une dent douloureuse.

Une telle mentalité a transformé la nature maternelle au point que la mère qui, de tout temps, avait reconnu l’amour et la tendresse comme les valeurs suprêmes et ultimes en ce monde, n’est plus seulement hostile et attristée envers ses enfants : elle est devenue leur ennemie. On traite cruellement les enfants qui viennent au monde malgré les vains efforts pour empêcher la grossesse ou provoquer l’avortement. Paul Bureau exprime ce fait douloureux dans les termes suivants :

Chaque jour, les journaux rapportent le malheur de ces enfants dont les parents ont fait preuve d’une cruauté inhumaine. Les journaux ne mentionnent que les cas exceptionnels, mais chacun sait fort bien quel traitement cruel leurs parents infligent généralement à ces malheureux hôtes indésirables. Leurs père et mère sont tristes et indifférents à leur égard, parce que cette bande de malheureux a entièrement anéanti les plaisirs et les joies de leur vie. Dans bien des cas, le manque de courage empêche l’avortement, et c’est ainsi qu’un enfant innocent entre dans le monde. Mais dès son arrivée, il doit subir un châtiment complet. — Ouvrage cité, p. 74

L’aversion et la haine envers les enfants ont atteint un tel degré qu’un jour, après la mort du nourrisson de six mois d’une femme, celle-ci organisa une fête de danses et de chants devant le cadavre de son enfant et déclara à ses voisines :

Désormais, nous ne laisserons pas venir un deuxième enfant. La mort de cet enfant nous a procuré, à mon mari et à moi, une paix profonde. Réfléchis donc : qu’est-ce qu’un enfant ? Il ne cesse de pleurnicher, de créer de la saleté ; y a-t-il un moyen d’échapper à cela ? — Ouvrage cité, p. 75

Plus douloureux encore est le fait que le meurtre des nouveau-nés se répand comme une maladie contagieuse. Le gouvernement français et les tribunaux du pays continuent d’ignorer ce crime effroyable, tout comme l’avortement. À titre d’exemple, en 1918, deux femmes furent conduites devant le tribunal de « Loir » pour meurtre d’enfant, et toutes deux furent ensuite acquittées. L’une d’elles avait noyé son enfant. Son premier enfant était élevé par un membre de sa famille, et elle avait également exprimé le désir d’élever son deuxième enfant. Mais la mère décida qu’elle se débarrasserait à tout prix d’un tel ennemi. Le tribunal considéra que son crime était excusable. La seconde femme étrangla d’abord son enfant. Pensant que son souffle vital n’était pas complètement éteint, elle le jeta contre un mur et lui fracassa le crâne. Selon le juge et les jurés, elle ne méritait pas la peine de mort. La même année, une danseuse fut conduite devant le tribunal de la Seine pour un crime semblable. Elle tenta d’arracher la langue de son enfant, puis lui fracassa le crâne et l’égorgea. Le juge et les jurés déclarèrent également cette femme innocente.

Une nation qui peut aller jusqu’à un tel degré d’hostilité envers sa propre descendance ne peut être sauvée de la destruction par aucune organisation, si bien ordonnée soit-elle, dans le monde. La naissance d’une nouvelle génération est indispensable pour assurer la continuité d’une nation. La nation qui devient l’ennemie de sa propre descendance devient en réalité son propre ennemi. Elle se livre au suicide et, même si elle n’a aucun ennemi extérieur, elle-même ne cesse d’abolir sa propre existence. Il a déjà été dit que, depuis soixante ans, le taux de natalité français ne cesse de baisser. Certaines années, le taux de mortalité dépasse le taux de natalité. Certaines années, les deux restent égaux. À d’autres moments, le taux de natalité n’augmente, par rapport au taux de mortalité, que dans la très faible proportion d’une personne pour mille. En revanche, le nombre des étrangers d’une autre nationalité ne cesse de croître en France. En 1931, sur les quarante et un millions huit cent mille habitants de la France, il y avait deux millions huit cent quatre-vingt-dix mille étrangers. Si cette situation se poursuit, il n’y aura rien d’étonnant à ce que la nation française devienne minoritaire dans sa propre patrie à la fin du XXe siècle.

Tel est le résultat de ces théories et de ces points de vue sur lesquels s’appuyait le mouvement en faveur des droits des femmes au début du XIXe siècle.

 

Quelques exemples supplémentaires

Nous avons décrit les idées dominantes en France et leurs conséquences uniquement afin de préserver la continuité des faits historiques. Mais il serait injuste de considérer la France comme la seule responsable dans cette affaire. En réalité, la situation est à peu près similaire dans tous les pays qui ont adopté les principes discordants précédemment mentionnés de la prétendue doctrine et de la vie sociale. Prenons, à titre d’exemple, le système social des États-Unis d’Amérique, qui est établi dans toute sa perfection.

L’influence sexuelle du milieu sur les jeunes

Le célèbre George Ben Lindsey (Ben Lindsey) fut autrefois président du tribunal établi pour juger les délits commis par les jeunes à Denver (Chairman of the Juvenile Court of Denver). Il eut ainsi l’occasion de bien connaître l’état moral de la jeunesse américaine. Dans son ouvrage intitulé « Revolt of Modern Youth », il écrit que les garçons et les filles d’Amérique commencent à atteindre la maturité avant l’âge prévu. Dès leur plus jeune âge, une inclination sexuelle se manifeste chez eux. À titre d’exemple, après avoir examiné la situation de trois cent douze filles, il constata que deux cent cinquante d’entre elles avaient atteint la maturité sexuelle entre onze et treize ans et présentaient des signes d’appétit sexuel et de besoins physiques qu’il est impossible de trouver chez une fille âgée de dix-huit ans. — Ouvrage cité, p. 82-86

La docteure Edith Hooker écrit dans son ouvrage intitulé « Laws of Sex » :

Dans les milieux distingués, respectables et fortunés, il est tout à fait courant qu’une fillette de sept ou huit ans noue une relation amoureuse avec des garçons de son âge et ait même, la plupart du temps, des rapports sexuels avec eux.

Elle ajoute :

Une fillette de sept ans, joyau d’une famille distinguée, s’unit à son frère aîné et à quelques-uns de ses amis. Dans un autre cas, on vit un groupe composé de deux filles et de trois garçons se livrer à des actes sexuels réciproques. Ils incitaient également d’autres garçons et filles de leur âge à se livrer à ces actes. La plus âgée de ce groupe était une fillette de dix ans. Malgré cela, elle eut l’honneur de recevoir des déclarations d’amour de la part de plusieurs prétendants. — Ouvrage cité, p. 328

Il ressort du rapport d’un médecin de Baltimore que, dans cette ville, plus d’un millier de plaintes sont déposées chaque année pour des faits sexuels commis avec des filles âgées de moins de douze ans.

       – Ouvrage cité, p. 177

Telle est la première conséquence d’un environnement stimulant, regorgeant de tous les moyens et procédés propres à éveiller le désir sexuel. Un auteur américain dit :

La situation dans laquelle vit la plus grande partie de nos habitants est si anormale que, dès l’âge de dix ou quinze ans, l’envie de nouer une relation amoureuse avec autrui s’éveille chez les garçons et les filles. Il est naturel qu’une telle précocité du désir sexuel ait des conséquences extrêmement graves et terribles. À tout le moins, elle a pour conséquence que de jeunes filles s’enfuient de leur foyer avec leurs amis ou se marient très jeunes. Mais si elles échouent dans le jeu de l’amour, elles vont jusqu’à se suicider.

La pratique sexuelle à l’école

Ainsi, pour les garçons et les filles chez qui une inclination sexuelle s’éveille prématurément, les écoles deviennent le premier champ d’expérimentation. Il existe deux sortes d’écoles. Dans les unes, seuls les élèves d’un même sexe sont admis ; dans les autres, l’enseignement mixte est organisé pour les garçons et les filles.

Dans les écoles de la première catégorie, les pratiques contagieuses de l’homosexualité (Homo Sexuality) et de la masturbation (Masturbation) se répandent. En effet, pour satisfaire les émotions et les sentiments éveillés dès l’enfance, auxquels l’environnement environnant donne une pleine stimulation, il devient indispensable d’adopter un moyen ou un autre. Le docteur Hooker dit que, dans ces établissements d’enseignement, les collèges, les écoles de formation d’infirmières et les établissements d’enseignement religieux, il arrive constamment que deux personnes du même sexe se livrent à des relations sexuelles l’une avec l’autre et ne manifestent aucun intérêt pour le sexe opposé.        – Ouvrage cité, p. 331

À ce sujet, il rapporte encore de nombreux faits et dit que des filles ayant eu des relations sexuelles avec des filles et des garçons avec des garçons ont été confrontés à d’effroyables conséquences. La lecture d’autres ouvrages permet de constater à quelle vitesse cette pratique contagieuse de l’homosexualité se propage. Le Dr Lowry a mentionné dans son ouvrage « Herselt » qu’un jour, le directeur d’une école informa secrètement, par lettre, quarante familles qu’il ne lui était plus possible de garder leurs enfants à l’école, car une situation épouvantable de dépravation s’était créée parmi eux.        – Ouvrage cité, p. 179

Nous allons maintenant examiner la deuxième catégorie d’écoles, où garçons et filles reçoivent un enseignement mixte. Ici, les éléments propres à susciter l’excitation sexuelle sont présents, tout comme les moyens de la satisfaire. Le désir et les penchants sexuels qui se développent durant l’enfance trouvent l’occasion de se satisfaire après l’entrée dans ce type d’école. Les garçons et les filles prennent l’habitude de lire une littérature extrêmement répugnante et obscène. Les récits et romans sentimentaux, les brochures qui ne portent que le nom d’art, les ouvrages obscènes traitant de problèmes sexuels et les articles informatifs sur la contraception deviennent, sous l’influence sexuelle, les objets les plus attrayants pour les élèves des écoles et des collèges. Le célèbre auteur américain Hindrich von Loewen dit que les ouvrages qui connaissent la plus forte demande dans les universités américaines ne sont qu’un condensé de toutes les formes d’impureté, de malpropreté, d’obscénité et de licence. Jamais auparavant une telle littérature n’avait été diffusée aussi librement parmi le public.

Les connaissances acquises dans toute cette littérature amènent les jeunes gens et les jeunes filles à en discuter librement et à se préparer à les mettre directement en pratique. Garçons et filles, jeunes gens et jeunes filles, sortent ensemble pour des « petting parties », où ils jouissent pleinement de la vie en buvant librement de l’alcool, en fumant des cigarettes et en dansant et chantant. * M. Lindsay estime que 45 % des élèves féminines du secondaire perdent leur vertu avant même de quitter l’école.

Dans les degrés suivants de l’enseignement, cette proportion est bien plus élevée. M. Lindsay affirme que, par rapport aux filles, les garçons du secondaire sont très en retard du point de vue de la soif sexuelle. Ce sont généralement les filles qui prennent l’initiative d’une manière ou d’une autre, tandis que les garçons dansent au gré de leurs indications.

Trois principaux facteurs d’incitation

Les écoles et les collèges possèdent encore une certaine discipline, qui entrave dans une certaine mesure les relations entre les élèves des deux sexes. Mais lorsque ces groupes de jeunes gens et de jeunes filles modernes, animés par le feu ardent de la faim sexuelle et par une nature indisciplinée, quittent l’école pour entrer dans la vie, leur agitation et leurs troubles franchissent toutes les barrières et toutes les contraintes. Ils y trouvent une véritable poudrière destinée à stimuler leurs penchants sexuels, et les moyens d’assouvir cette excitation s’y obtiennent également sans difficulté.

Au sujet des raisons pour lesquelles la dépravation se répand et progresse de façon extraordinaire en Amérique, un journal américain a fait le commentaire suivant :

Il existe trois forces sataniques, et leur trinité a aujourd’hui créé un enfer en étendant son influence sur cette partie du monde. Ces trois forces sont :

1. La littérature obscène, qui depuis la Première Guerre mondiale diffuse l’impudeur à une vitesse étonnante et sur une vaste échelle.

2. Le cinéma ; il ne se contente pas d’inciter aux tendances amoureuses lascives, mais en donne également un enseignement pratique.

3. Le niveau moral dépravé des femmes ; leur tenue vestimentaire, leur nudité la plupart du temps, leur habitude croissante de fumer des cigarettes et leur fréquentation libre des hommes, entre autres, renforcent leurs liens même avec des inconnus.

Ces trois éléments se répandent largement chez nous. Il en résultera inévitablement le déclin, puis finalement la disparition, de la civilisation chrétienne et de l’organisation sociale. Si nous ne parvenons pas encore à enrayer leur progression, notre histoire sera écrite de la même manière que celle de Rome et d’autres nations, que le culte des instincts et la frénésie sexuelle, avec leur alcool, leurs femmes et leurs chants et danses, ont précipitées dans l’abîme de la destruction.

Ces trois forces sataniques, qui exercent leur influence sur la civilisation et l’organisation sociale, suscitent une agitation perpétuelle dans les émotions et les sentiments de tous les jeunes hommes et jeunes femmes dans les veines desquels coule ne serait-ce qu’une goutte de sang chaud. En vérité, l’abondance de l’obscénité est l’inévitable conséquence finale d’une telle agitation.

*. How I can get married, p. 172

L’abondance de l’obscénité

Le nombre des femmes américaines qui ont fait de la prostitution leur moyen de subsistance permanent se situe entre quatre cent mille et cinq cent mille environ.* Mais on ne peut pas considérer les prostituées américaines comme semblables à celles de notre pays. Ce ne sont pas des prostituées par hérédité. La prostituée américaine est une femme qui, jusqu’à la veille encore, exerçait une profession indépendante, mais qui, ayant fréquenté de mauvaises personnes, s’est débauchée et a trouvé refuge dans une maison close. Elle y passera quelque temps. Ensuite, elle abandonnera la prostitution et prendra un emploi dans un bureau ou une usine. Les recherches ont établi que cinquante pour cent des prostituées américaines sont recrutées parmi les domestiques (Domestic Servant). Les cinquante pour cent restantes abandonnent leur emploi dans les hôpitaux, les bureaux et les magasins pour entrer dans une maison close. En général, cette activité est commencée entre quinze et vingt ans, puis, entre vingt-cinq et trente ans, elles quittent de nouveau la maison close et commencent une activité indépendante.**

Cette discussion permet de comprendre sans difficulté quelle signification revêt, au fond, l’existence de quatre à cinq cent mille prostituées en Amérique.

Il a été indiqué dans le chapitre précédent que, dans les pays occidentaux, la prostitution est devenue une activité internationale parfaitement organisée. À New York, aux États-Unis, ainsi qu’à Rio de Janeiro et à Buenos Aires, se trouvent des centres importants de cette activité. Chacun des deux grands centres de cette activité à New York possède son propre conseil d’administration, dont le président et le secrétaire sont dûment élus. Chacun dispose également d’un conseiller juridique chargé de plaider en son nom. Des milliers d’intermédiaires sont employés pour séduire et enlever les jeunes femmes. Ils parcourent tous les endroits à la recherche de proies. On peut estimer l’habileté de ces chasseurs d’après le récit suivant : le président de l’association des immigrants arrivant à Chicago compta un jour le nombre des arrivants sur une période de quinze mois. Il apprit que, durant cette période, 7 200 jeunes filles qui se dirigeaient vers Chicago avaient écrit pour annoncer qu’elles y arrivaient. Mais 1 700 seulement atteignirent leur destination. On ne retrouva aucune trace des autres jeunes filles.

Outre les maisons closes, il y a également de nombreuses maisons de rendez-vous et maisons d’appel. Leur objectif est de faire en sorte que, si des hommes et des femmes respectables souhaitent se rencontrer, toutes les dispositions nécessaires soient prises pour eux dans ces lieux. Une enquête a révélé qu’une seule ville comptait 78 maisons de ce genre. Dans deux autres villes, il y en avait respectivement 43 et 33.*

Ces maisons ne sont pas fréquentées uniquement par des hommes et des femmes célibataires ; de nombreux hommes et femmes mariés s’y rendent également. Un célèbre réformateur social déclara : « Un tiers des habitants de New York sont moralement et

­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­*. Prostitution in U.S.A., p. 64-69

**. Heself, p. 116

ne s’acquittent pas de leurs devoirs conjugaux sur le plan physique. Il n’existe pas de différence notable entre la situation à New York et celle des autres régions du pays.**

Une association de réformateurs moraux américains porte le nom de « Committee of Fourteen ». Elle mène largement, au nom de cette association, des recherches sur les lieux de débauche, des enquêtes sur la situation morale du pays et des actions efficaces en faveur de la réforme morale. Ses rapports affirment que toutes les salles de danse, les boîtes de nuit, les salons de beauté [Beauty Saloons], les magasins de manucure [Manleure Shops], les salles de massage [Massage Rooms] et les salons de coiffure [Hair Dressing saloons] des États-Unis sont presque toujours devenus des maisons closes. Ce ne serait même pas exagéré de dire qu’ils sont pires que celles-ci. Car les actes malfaisants qui y sont commis sont indescriptibles.

Maladies vénériennes

Les maladies vénériennes sont l’inévitable conséquence de la licence sexuelle. On estime que 90 % des habitants de l’Amérique en sont atteints. Il ressort de l’Encyclopedia Britannica que, dans les dispensaires publics de ce pays, 200 000 malades atteints de syphilis et 160 000 atteints de gonorrhée sont traités en moyenne chaque année. Soixante-cinq dispensaires sont exclusivement réservés au traitement de ces maladies. Toutefois, les malades affluent davantage chez les médecins privés que dans les dispensaires publics. Ceux-ci traitent 61 % de cas de syphilis (plaies gommeuses) et 89 % de cas de gonorrhée. — Ouvrage cité, vol. 23, p. 45

Chaque année, trente à quarante mille enfants meurent de syphilis congénitale. Parmi les décès causés par toutes les maladies autres que les fièvres graves, le taux de mortalité imputable à la syphilis est le plus élevé.

Au sujet de cette gonorrhée, les spécialistes estiment que 60 % des jeunes hommes en sont atteints. Parmi eux se trouvent aussi bien des hommes mariés que des célibataires.

Les gynécologues s’accordent à dire que, parmi les femmes mariées qui subissent une intervention chirurgicale, 75 % ont des germes de syphilis dans leur organisme.*

*.La prostitution aux États-Unis, p. 64-69

**.Heself, p. 116

Divorce et séparation

Dans de telles conditions, comment l’ordre familial et les relations conjugales pourraient-ils rester préservés ? Les femmes menant une vie indépendante, qui ne ressentent pas la nécessité d’avoir un homme dans leur vie en dehors du besoin de satisfaire leur désir sexuel et avec lesquelles un homme peut s’unir sans mariage, considèrent le mariage comme une chose superflue. La philosophie moderne et la conception matérialiste ont effacé de leur esprit l’idée qu’il puisse y avoir une faute ou un péché à établir une relation avec un homme autre que leur mari en dehors du mariage. Cet environnement a également rendu la société si inconsciente qu’elle ne considère pas ce genre de femmes avec dégoût ou comme dignes de blâme. George Lindsay a exprimé en ces termes l’attitude des femmes américaines en général :

Pourquoi me marierais-je ? Parmi mes compagnes qui se sont mariées au cours des deux dernières années, cinq sur dix ont vu leur mariage aboutir au divorce. Je pense que chaque jeune fille de l’époque actuelle a le droit naturel d’adopter une conduite indépendante dans les affaires de cœur. Nous possédons des connaissances suffisantes en matière de contraception. Cela a également dissipé notre crainte qu’un enfant illégitime puisse naître et compliquer notre situation actuelle. Nous croyons que, conformément aux méthodes modernes, c’est la transformation des coutumes et des pratiques traditionnelles qui répondra aux exigences de la conscience.

Une seule chose peut inciter au mariage une femme éhontée animée de telles dispositions : une ardente passion amoureuse. Mais, la plupart du temps, cette passion n’est pas sincère ; elle naît sous l’effet d’une excitation passagère. Une fois l’ivresse de l’excitation dissipée, il ne subsiste plus d’amour entre les époux. Une légère dissemblance de nature et de conduite fait naître entre eux de la haine. Finalement, ils s’adressent au tribunal, avec une demande de divorce ou de séparation.

Lindsey dit :

En 1922, tous les mariages de Denver avaient abouti à une séparation, et une action en divorce avait été intentée pour deux mariages. Cela ne se limitait pas à Denver : un phénomène analogue s’était produit dans presque toutes les villes d’Amérique. Il ajoute : les divorces et les séparations ne cessent d’augmenter. Si cette situation se poursuit — et cette éventualité est fort probable —, alors, dans la plus grande partie du pays, il sera intenté devant les tribunaux exactement autant d’actions en divorce qu’il sera délivré de licences de mariage.*

Un jour, un article fut publié dans un journal de Detroit appelé le « Free Press ». Une partie de cet article est citée ci-dessous :

*. Lois du sexe, p. 204

La rareté des mariages, l’abondance des divorces et la généralisation des relations sexuelles permanentes ou temporaires en dehors du mariage prouvent que nous courons rapidement vers l’animalité. Le désir naturel de procréer est en voie de disparaître ; l’aversion pour les nouveau-nés est en train de naître ; le sentiment que l’ordre familial et domestique est indispensable à la pérennité de la civilisation et d’un État indépendant s’efface de l’esprit humain. En revanche, une indifférence impitoyable se développe au sein de la civilisation et du pouvoir gouvernemental.

Pour remédier à la généralisation du divorce et de la séparation, on a instauré le « Companionate Marriage », c’est-à-dire le mariage à l’essai. Mais cette solution s’est révélée pire que le mal lui-même. Le mariage à l’essai signifie qu’au lieu de s’engager dans un « mariage de type ancien », l’homme et la femme vivront ensemble pendant un certain temps. Si, durant cette vie commune, une entente des esprits s’établit entre eux, ils contracteront le mariage ; sinon, ils se sépareront et continueront à chercher fortune ailleurs. Pendant la période d’essai, ils devront s’abstenir d’avoir des enfants. Car si un enfant naît, le lien du mariage deviendra alors obligatoire entre eux, comme il se doit. C’est ce qui est appelé en Russie le « Free Love », c’est-à-dire l’« amour libre ».

Le suicide national

Le culte des instincts, la répugnance à s’acquitter des devoirs conjugaux, le désintérêt pour la vie familiale et l’instabilité des relations conjugales ont souvent détruit l’émotion et l’affection maternelles naturelles de la femme. Or, en réalité, celles-ci constituent la plus noble affection spirituelle du sexe féminin ; c’est sur leur existence que reposent non seulement la civilisation et la culture, mais aussi l’existence de l’humanité. C’est précisément l’absence de cette affection qui a fait naître l’engouement satanique pour la contraception, l’avortement et l’infanticide. Malgré les restrictions légales, chaque jeune femme en Amérique jouit d’un plein accès aux connaissances relatives à la contraception. Les médicaments et les appareils contraceptifs sont vendus librement sur le marché. Loin de se limiter aux femmes ordinaires, les écolières et les étudiantes elles-mêmes gardent sur elles ces produits, afin que leur doux « rendez-vous galant du soir » ne soit pas manqué parce que leur amoureux aurait soudain, par mégarde, oublié de les apporter.

George Lindsey dit :

495 lycéennes m’ont volontairement avoué qu’elles avaient eu des rapports sexuels avec des garçons. Parmi elles, 25 seulement tombèrent enceintes. Quant aux autres,

*. Revolt of Modern Youth. p. 211-214

quelques-unes furent épargnées par la chance. Mais la plupart possédaient une connaissance suffisante de la contraception. Cette connaissance était devenue pour elles une chose si ordinaire que les gens ne peuvent l’imaginer.

Les jeunes filles célibataires utilisent ces médicaments et ces appareils afin qu’aucun obstacle ne se dresse sur la voie de leur liberté. Quant aux femmes mariées, si elles ont un enfant, elles doivent non seulement assumer la responsabilité de l’élever et de l’instruire, mais, de plus, cela ferme la voie au divorce que pourrait prononcer leur mari. C’est pour éviter tous ces dangers que les femmes mariées utilisent des médicaments contraceptifs. Toutes les femmes répugnent à devenir mères parce que, pour jouir pleinement de la vie, il est absolument souhaitable d’être libérées de ce danger qu’est l’enfant. En outre, l’accouchement entraîne aussi une dégradation de leur beauté.*

Quelle qu’en soit la raison, chez ceux qui nouent de telles relations entre hommes et femmes, la voie vers leur aboutissement naturel est obstruée par les contraceptifs pour 95 % d’entre eux. Si, par malheur, les 5 % restants conçoivent un enfant, la voie de l’avortement et de l’infanticide reste ouverte pour eux. George Lindsey dit qu’en Amérique, un million et demi d’avortements sont pratiqués chaque année et que des milliers de nouveau-nés sont tués. — Ouvrage cité, p. 220

La situation en Angleterre

Nous ne souhaitons pas nous attarder davantage sur ce genre de sujet. Cependant, nous estimons qu’il ne serait pas convenable de clore cette discussion sans citer un extrait de l’ouvrage de George Ryley Scott intitulé « L’histoire de la prostitution » [A History of Prostitution]. L’auteur est anglais et il a dépeint sa patrie dans les termes suivants :

Même si l’on exclut les femmes qui ont fait de la location de leur corps leur unique moyen de subsistance, il existe une autre catégorie de femmes — dont le nombre ne cesse également d’augmenter — qui recourent à d’autres moyens pour se procurer les nécessités de la vie et se livrent accessoirement à la débauche afin de gagner quelques sous supplémentaires. Il n’existe aucune différence entre elles et les prostituées professionnelles. La seule différence est qu’on ne les appelle pas prostituées. Nous pouvons toutefois les désigner sous le nom d’Amateur Prostitutes, c’est-à-dire de « prostituées sans profession ».

Le nombre de ces femmes lascives ou prostituées sans profession que l’on voit aujourd’hui n’a jamais été observé à aucune autre époque. On trouve des femmes de cette catégorie dans toutes les couches de la société, élevées comme modestes. Si jamais on qualifie, même par allusion, ces dames distinguées de prostituées, elles entrent dans une colère furieuse. Mais

* Macfeddin, Manhood and Marriage, hs. C

L’expression de leur mécontentement et de leur colère ne change rien à la réalité des faits. Or la réalité est qu’il n’existe pas la moindre différence entre elles et les prostituées notoires et éhontées de Piccadilly.

…….Les mauvaises mœurs et l’absence de scrupules à cet égard, voire même les comportements de rue, sont devenus une mode parmi les jeunes filles d’ici. Fumer des cigarettes, boire abondamment de l’alcool, se teindre les lèvres en rouge, afficher ses connaissances en matière de sexologie et de contraception, discuter de littérature obscène, et toutes les choses de ce genre sont devenus leur mode de vie. …… Le nombre de jeunes filles et de femmes qui ont noué sans gêne des relations sexuelles avec autrui avant le mariage ne cesse d’augmenter. Les jeunes filles véritablement pudiques et modestes que l’on voyait autrefois prêter serment devant l’autel de consécration dans les églises sont aujourd’hui devenues extrêmement rares.

En décrivant les causes qui ont conduit la situation à ce point, l’auteur dit :

Le désir ardent de se parer avait fait naître chez les jeunes filles une convoitise irrépressible ; sous son emprise, elles s’étaient éprises des vêtements coûteux des modes nouvelles et de toutes sortes d’articles destinés à rehausser la beauté. C’est là l’une des principales causes de cette prostitution contraire à la morale. On voit chaque jour dans les rues des centaines de milliers de jeunes filles et de jeunes femmes vêtues de toilettes coûteuses et ravissantes. À leur vue, toute personne douée de conscience dira que l’argent honnêtement gagné ne peut suffire à couvrir les dépenses de telles toilettes. Il ne serait donc pas exagéré de dire que ce sont uniquement les hommes qui leur achètent leurs vêtements.

Une telle affirmation était aussi exacte il y a cinquante ans qu’elle l’est aujourd’hui ; la seule différence est qu’autrefois les hommes qui leur achetaient leurs vêtements étaient peut-être leurs maris, leurs pères ou leurs frères. Mais désormais, ce sont d’autres hommes qui les leur achètent à leur place.

La liberté des femmes est elle aussi largement responsable d’une telle situation. Depuis quelques années, la surveillance et l’entretien assurés par les parents à l’égard de leurs filles ont tellement diminué que, par conséquent, les jeunes filles sont aujourd’hui devenues si indépendantes et insouciantes que, trente ou quarante ans auparavant, même les garçons n’auraient pu l’être à ce point.

L’une des principales raisons de l’extension généralisée de la licence sexuelle dans la société est que les jeunes femmes prennent en nombre croissant des emplois dans les établissements commerciaux, les bureaux et d’autres secteurs. Dans ces lieux, elles ont constamment l’occasion de se mêler aux hommes. Cela a fait tomber très bas le niveau moral des hommes et des femmes. Lorsqu’un homme, prenant l’initiative, veut aller plus loin, la femme n’a pas le pouvoir de l’en empêcher. Il s’établit donc entre eux des relations sexuelles, qui transgressent toutes les barrières de la moralité. Désormais, l’idée du mariage et d’une vie pure ne trouve même plus place dans l’esprit des jeunes femmes. Le temps de plaisirs voluptueux que seuls les débauchés recherchaient autrefois, chaque jeune fille le désire aujourd’hui. La virginité et la chasteté sont désormais considérées comme des coutumes d’une époque révolue, et les jeunes femmes modernes les tiennent pour un danger. Selon elles, le bonheur de la vie consiste à boire à satiété, durant la jeunesse, le vin enivrant et chatoyant des plaisirs sexuels. C’est pourquoi elles gravitent autour des salles de danse, des boîtes de nuit, des hôtels, des maisons closes et autres lieux semblables. Dans l’espoir de connaître ces plaisirs, elles se tiennent prêtes à partir en voiture avec un homme qui leur est entièrement inconnu, pour une escapade joyeuse. En somme, elles se jettent et continuent de se jeter volontairement et en pleine connaissance de cause dans un milieu qui, par nature, allume dans l’esprit humain le feu du désir. Ensuite, elles ne redoutent nullement les conséquences naturelles inévitables qui en résultent ; au contraire, elles les accueillent avec enthousiasme.

La question décisive

Dans notre pays comme dans les autres, ceux qui s’opposent au purdah ont en réalité sous les yeux une telle image de la vie. Les scènes éclatantes de cette vie ont subjugué tous leurs sens. Ces points de vue, ces principes moraux et l’aspect séduisant de ces plaisirs matériels et physiques ont influencé leur esprit et leur intelligence. S’ils détestent le purdah, c’est parce que la philosophie morale occidentale à laquelle ils ont adhéré est entièrement contraire à la philosophie morale liée au purdah, et que le purdah fait obstacle à tous les avantages matériels et à tous les plaisirs qu’ils convoitent. La question est maintenant de savoir s’ils consentent à accepter le côté sombre de ce mode de vie, c’est-à-dire ses conséquences empoisonnées. Sur ce point, ils ne sont cependant pas tous du même avis.

Il existe un groupe qui est prêt à accepter toutes ces conséquences. En réalité, selon lui, celles-ci constituent elles aussi le côté lumineux de la philosophie de vie occidentale, et non son côté sombre.

Le deuxième groupe considère que c’est bien le côté sombre du tableau et refuse d’en accepter les conséquences. Mais il est tombé sous le charme de toutes les formes de plaisir qui accompagnent un tel mode de vie.

Il existe un troisième groupe qui n’a ni la connaissance nécessaire pour comprendre ces points de vue, ni la moindre conscience de leurs conséquences. Il n’est pas davantage disposé à se donner la peine de réfléchir et de mener des recherches sur l’existence éventuelle d’un lien de cause à effet entre ces points de vue et leurs conséquences. Selon lui, son devoir est de se laisser emporter par le courant grégaire et de poursuivre l’imitation aveugle de son époque.

Ces trois groupes sont mêlés à tel point qu’au cours d’une discussion, il devient difficile de déterminer à quel groupe appartient celui qui y prend part. En conséquence de ce mélange, le sujet traité se transforme généralement en un véritable imbroglio. C’est pourquoi je pense qu’il est nécessaire de distinguer et de séparer chaque groupe, puis de les examiner chacun selon sa nature.

Le groupe initié aux principes de la civilisation occidentale

Le premier groupe a consciemment adopté les théories et les principes culturels sur lesquels la civilisation et la culture occidentales se sont édifiées. Il pense exactement comme les artisans de la société de la nouvelle Europe et considère les problèmes de la vie du même point de vue qu’eux. Il veut également teinter de cette couleur occidentale la vie culturelle de son propre pays. Selon lui, le but ultime de l’éducation des femmes est qu’elles acquièrent l’aptitude à gagner leur vie et qu’elles maîtrisent en même temps l’art de conquérir le cœur des hommes étrangers à leur famille. D’après lui, la place de la femme au sein de la famille est d’être, tout comme l’homme, une personne qui contribue aux revenus du foyer et qui en assume sa part dans le budget commun. Dans la société, la femme aurait pour rôle d’ajouter à la vie sociale un élément de plaisir par sa beauté, sa parure et ses manières gracieuses. De sa voix de rossignol, elle ferait naître dans les cœurs un frisson de joie. Par son art musical, elle réjouirait les oreilles. Par sa danse lascive, elle ferait couler dans les âmes un flot vivifiant. Par ses attitudes — « en marchant, ses hanches se balancent, son corps de jeunesse tremble » — elle divertirait les enfants d’Adam. Les spectateurs en jouiraient à satiété, tandis que des décharges électriques parcourraient leurs globules sanguins refroidis. Elle s’adonnerait au service social, deviendrait membre d’une municipalité ou d’un conseil, participerait aux congrès ainsi qu’aux réunions et assemblées. Elle consacrerait son temps et son intelligence à résoudre les problèmes politiques, culturels et sociaux. Elle prendrait part aux sports, aux divertissements et aux jeux. Elle battrait des records en natation, en course, dans les sauts et bonds, en voyages aériens, etc. Selon eux, c’est là tout ce que la femme doit accomplir dans la vie nationale. En somme, elle ferait tout ce qui se trouve hors du foyer et ne s’approcherait en rien de ce qui se trouve à l’intérieur. Ils considèrent ce mode de vie comme la vie idéale. Ils croient que c’est l’unique voie vers le progrès matériel et que toutes les anciennes conceptions morales qui font obstacle à cette voie sont dépourvues de sens et erronées. De même que l’Europe a remplacé les anciennes valeurs morales par de nouvelles, ils ont fait de même. Le progrès matériel et les plaisirs corporels sont, pour eux, les seuls biens désirables et précieux. La pudeur, la chasteté et la pureté, le caractère moral, les devoirs et la fidélité de la vie conjugale, la préservation de la lignée et autres sujets semblables ne sont pas seulement sans valeur à leurs yeux : ils ne seraient que des tromperies barbares issues de la superstition. Aucun progrès ne serait possible sans extirper tout cela jusqu’à la racine.

En réalité, ce sont les véritables croyants de la religion occidentale. De même que l’Europe a diffusé ses théories et sa vision du monde par les divers moyens qu’elle a employés, eux aussi, ayant foi en ces théories, s’efforcent de les répandre largement dans les pays orientaux par ces mêmes moyens.

La littérature nouvelle

Considérez tout d’abord leur littérature, qui est la force la plus puissante dans la formation des esprits et des mentalités. Cette littérature prétendue (?) [en réalité, une mauvaise littérature] est employée de toutes ses forces afin de présenter avec éclat aux générations futures une nouvelle conception du caractère et d’arracher les anciennes valeurs morales aux moindres particules du cœur et de l’esprit pour les rejeter au loin. Je vais ici en donner quelques exemples tirés de la littérature ourdoue.

Une histoire intitulée « La leçon de Shirin » avait été publiée dans une revue mensuelle réputée du domaine littéraire de ce pays. Son auteur était très instruit, renommé dans le monde littéraire et titulaire d’un poste éminent. Voici, en résumé, l’intrigue : une jeune fille s’est mise à étudier auprès de son professeur. Pendant la leçon, elle lui présente, pour en discuter, la lettre d’amour d’un jeune homme dont elle est amoureuse. Elle avait fait la première connaissance de cet ami amoureux lors d’une tea-party. Une femme les avait présentés l’un à l’autre. Dès ce jour, ils commencèrent à se fréquenter et à échanger des lettres. La jeune fille souhaite que son professeur rédige une réponse à cette lettre d’amour. Le professeur tente de la détourner de toutes ces futilités et de l’intéresser à ses études. Voici le dialogue qui s’engage à ce sujet entre la jeune fille et son professeur :

La jeune fille : Je veux bien étudier. Mais je veux étudier ce qui m’aide à réaliser l’espoir de mes rêves éveillés. Je ne veux pas étudier ce qui me condamne dès maintenant à rester vieille fille.

L’enseignant : Eh bien, en dehors de ce Mahatma, as-tu d’autres jeunes amis ?

La jeune fille : Oui, j’en ai plusieurs. Mais ce jeune homme se distingue par le fait qu’il réprimande d’une voix très douce.

L’enseignant : Eh bien, dis-moi, que se passera-t-il si ton père apprend le contenu de cette lettre ?

La jeune fille : Oh là là ! Mon père n’a-t-il pas écrit de telles lettres d’amour dans sa jeunesse ? C’était un babu très tiré à quatre épingles. Et même s’il en écrit encore, qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? Il n’est pas encore vieux !

L’enseignant : Il y a cinquante ans, il était tout simplement inconcevable que quelqu’un écrive une lettre d’amour de ce genre à une jeune fille issue d’une famille honorable.

La jeune fille : Alors, les gens de cette époque ne tombaient-ils amoureux que de personnes de basse condition ? Eh bien, les gens de basse condition vivaient donc très confortablement à cette époque, tandis que les gens des classes honorables étaient fort dépravés.

Dans les dernières paroles de Shirin résonne la conception littéraire de l’auteur de cette histoire.

Shirin dit : Les jeunes femmes modernes comme nous ont une double responsabilité. Il est de notre devoir de retrouver toutes les joies et tous les plaisirs que nos aînés ont perdus, et d’éliminer les habitudes de colère et de mensonge qui existent encore.

Il y a quelques années, une autre revue littéraire renommée avait publié une nouvelle d’une longueur moyenne, intitulée « Le Repentir ». En termes simples, en voici le résumé :

Une jeune fille vierge issue d’une famille noble tombe amoureuse d’un jeune homme. À l’insu de ses parents, elle le fait venir dans sa chambre. Puis, à la suite de relations sexuelles illicites, elle tombe enceinte. Ensuite, pour tenter de justifier intérieurement cet acte honteux et impur, elle se met à murmurer :

Pourquoi suis-je si inquiète ? Pourquoi mon cœur palpite-t-il ainsi ?… Ma conscience me tourmente-t-elle ? Ai-je honte de ma faiblesse ? Mais l’événement de cette magnifique nuit au clair de lune est inscrit en lettres d’or dans le livre de ma vie. Je considère le souvenir de ces instants enivrés de jeunesse comme le bien le plus précieux de ma vie. Ne suis-je pas prête à tout sacrifier pour retrouver ces instants ?….

Alors pourquoi mon cœur tremble-t-il ? Est-ce à cause du péché ? Ai-je commis un péché quelconque ? Non, je n’ai commis aucun péché. Envers qui aurais-je péché ? Quel tort mon péché a-t-il causé ? Moi, j’ai fait un sacrifice. J’ai sacrifié pour lui. Ah ! Si seulement je pouvais encore davantage sacrifier pour lui ! Je ne crains pas le péché. Mais oui, je crains cette société sorcière. Son regard ambigu et lourd de sens se pose sur moi. ….

Pourquoi aurais-je peur d’elle ? Serait-ce à cause de mon propre péché ? Mais quel est donc mon péché ? Une autre fille de la société n’aurait-elle pas fait ce que j’ai fait ? Ah, cette douce nuit, le contact de ses lèvres sur les miennes, le nectar de ses lèvres ! Son étreinte passionnée ! Et, contre sa poitrine parfumée et pleine de douceur, je m’étais perdue dans une ivresse de joie indicible ; et alors ? Qu’aurait fait une autre ? Une autre femme l’aurait-elle repoussé à cet instant ?

Un péché ? Je n’ai jamais commis de péché. Je ne me suis jamais repentie. Je suis prête à recommencer. .. La chasteté ? Qu’est-ce donc que la chasteté ? La virginité sanctifiée, ou la pureté du cœur ? Je ne suis plus vierge. Ai-je perdu ma chasteté ?

Que la société sorcière, éprise de querelles, fasse donc ce qui lui plaît. Que peut-elle me faire ? Rien du tout. Pourquoi aurais-je peur de ses moqueries insolentes ? Pourquoi tremblerais-je à cause de ses chuchotements ? Pourquoi laisserais-je mon visage pâlir ? Pourquoi cacherais-je mon visage à cause de ses railleries et de ses plaisanteries ? Mon cœur me dit que j’ai bien agi. Alors pourquoi me comporterais-je comme une voleuse ? Pourquoi ne proclamerais-je pas plutôt à grands renforts de tambours et de trompettes que j’ai fait cela, et que j’ai bien fait ?

En avançant de tels arguments et de telles preuves, les nouveaux écrivains veulent enseigner à chaque fille de l’époque moderne — probablement aussi à leurs propres sœurs et filles — cette attitude et cette manière de penser. Leur enseignement est le suivant : si, par une nuit au clair de lune, une jeune femme a la possibilité d’obtenir l’étreinte d’un homme qui n’est pas son mari, elle doit se fondre contre sa poitrine ardente. Car, dans une telle situation, c’est la seule chose possible. Lorsqu’une femme se trouve dans une telle situation, elle ne peut rien faire d’autre. Ce n’est pas un acte pécheur, mais un sacrifice et une offrande. Cela ne porte pas davantage atteinte à la dignité de la chasteté. Que devient la chasteté lorsqu’on renonce à sa virginité avec un esprit pur ? Cela est inscrit en lettres d’or dans la vie d’une femme. Ses efforts et sa conduite devraient eux aussi être tels que le livre entier de sa vie soit inscrit de la même manière en lettres d’or.

Il reste maintenant la société. Si donc la société accuse des femmes si chastes et vertueuses, il faudra la qualifier d’instigatrice de troubles et de sorcière. Qui est coupable : ceux qui accusent ces jeunes filles si dévouées, ou ces demoiselles de bonne famille qui, par une belle nuit au clair de lune, ne peuvent résister à la douce étreinte d’une poitrine découverte ? Une société tyrannique qui qualifie de vil un acte aussi beau ne peut avoir aucun droit qui oblige les gens à la respecter et à cacher leur visage par crainte d’elle après avoir accompli un acte aussi beau. Chaque jeune fille devra afficher publiquement et sans crainte cette grandeur morale et, au lieu d’en avoir honte elle-même, faire honte à la société.

Même les prostituées professionnelles n’ont jamais fait preuve d’une telle audace et d’une telle témérité. Car ces malheureuses ne possédaient aucune philosophie morale capable de transformer le péché en vertu et la vertu en péché. Les prostituées d’autrefois détruisaient certes leur chasteté, mais elles se considéraient elles-mêmes comme méprisables et pécheresses. Or la littérature nouvelle veut faire avancer la fille et la belle-fille de chaque famille de dix pas devant les prostituées d’autrefois. Car elle invente une nouvelle philosophie afin de dissimuler les mauvaises actions et l’obscénité.

Il existe encore une revue qui jouit d’une grande considération dans les milieux littéraires de notre pays. Elle a publié une nouvelle intitulée « Le beau-frère ». Le père de l’auteur de cette nouvelle avait acquis un immense respect dans la société en composant, à l’intention des femmes, une littérature morale de haut niveau. Pour cette œuvre éminente, il était également estimé par la société féminine. Mais son propre fils, dans cette nouvelle, dépeint avec art et présente à ses sœurs le personnage d’une jeune fille qui, avant son mariage, éprouve dans son corps et son esprit un frisson de plaisir inexprimable en imaginant la pleine virilité et l’excitation sexuelle de son beau-frère imaginaire. Dès sa vie de jeune fille, sa conception des choses était telle qu’elle pensait : « Une jeunesse qui s’achève dans le silence et le calme est le signe de l’oisiveté. À mon avis, l’agitation et l’exubérance sont indispensables à la jeunesse, et l’attraction et la répulsion de la beauté et de l’amour en sont le sacrifice. » Animée de cette vision et de ces idées, lorsque cette jeune fille vit, lors de la cérémonie de mariage, le visage de son mari orné d’une barbe, ses délicates dispositions se trouvèrent enveloppées de brume. Elle décida alors, conformément à ses désirs antérieurs, qu’elle se laisserait prendre dans les liens de l’amour du frère de son mari. L’occasion se présenta bientôt. Lorsque son mari partit en Angleterre pour ses études, le jeune frère du mari et sa belle-sœur s’en donnèrent à cœur joie et tous deux trahirent gravement le frère et l’époux. L’auteur révèle lui-même cette infamie sous la plume de la jeune femme adultère. Celle-ci écrivait à son amie célibataire, sous forme de lettres, le récit de toutes ses activités. Elle lui en exposait en détail comment, après avoir franchi toutes les étapes préliminaires, l’amour du beau-frère et de sa belle-sœur était parvenu à son accomplissement suprême. Rien de la volupté du corps et de l’esprit éprouvée pendant les étreintes étroites et les rapports sexuels n’est laissé inexprimé dans la lettre. Seule la représentation de l’acte sexuel lui-même demeure absente. C’est probablement dans l’idée que, grâce au pinceau de leur imagination, les lecteurs et lectrices combleraient eux-mêmes cette lacune que cette imperfection a été laissée.

Si l’on compare à l’exemple de la France décrit précédemment la littérature nouvelle, il apparaîtra clairement que cette dernière troupe d’aventuriers a emprunté la même voie et marche vers la même destination. C’est précisément pour ce mode de vie que l’on façonne les esprits et les cerveaux du point de vue de la vision du monde et de la morale ; leur attention se porte particulièrement sur les femmes, afin qu’il ne subsiste en elles pas la moindre trace de pudeur ni de réserve.

La nouvelle culture

Dans la réalité, on ne trouve pas seulement cette philosophie morale et ce mode de vie ; le système culturel de type capitaliste ainsi que les principes fondamentaux de la démocratie occidentale y sont également à l’œuvre. C’est par l’action conjuguée de ces trois forces que se construit le tableau de la vie occidentale. On compose, au sujet de la sexologie, la littérature la plus obscène qui soit, puis on la diffuse largement parmi les élèves des écoles et des collèges. Des images de nudité et de femmes sans moralité embellissent chaque journal, brochure, maison et boutique. Dans les foyers comme dans les marchés et les bazars, on fait jouer des disques de gramophone extrêmement obscènes et de mauvais goût. Toutes les activités du cinéma ne font qu’accroître l’excitation sexuelle. Chaque soir, sur l’écran blanc et lumineux, il présente l’obscénité et l’impudence de manière si séduisante que chaque garçon et chaque fille adopte la vie des acteurs et des actrices comme un modèle idéal. Après avoir assisté à de tels spectacles qui stimulent les désirs et les passions, les jeunes gens et les jeunes femmes, dès qu’ils sortent de la salle, cherchent avec une ardeur fébrile l’occasion de tendre partout les pièges de l’amour. Tout cela constitue diverses formes des avantages offerts par le capitalisme. Grâce à ce système de vie capitaliste, il se crée rapidement dans les grandes villes une situation telle que les femmes y sont contraintes de chercher elles-mêmes leurs moyens de subsistance. C’est également avec l’aide de ce système oppressif qu’a commencé une campagne accompagnée de médicaments et d’appareils.

Les bienfaits du système démocratique moderne sont parvenus principalement dans les pays orientaux par l’intermédiaire de l’Angleterre et de la France. Il a surtout ouvert aux femmes la voie de l’activité politique et sociale.

Deuxièmement, il a établi certaines organisations dans lesquelles la libre fréquentation entre femmes et hommes est devenue indispensable. Troisièmement, il a tellement relâché les contraintes de la loi que, bien souvent, non seulement l’expression du désir d’obscénité, mais même sa mise en pratique, n’est nullement considérée comme un acte criminel.

Dans de telles circonstances, ceux qui ont décidé, avec une pleine confiance en eux-mêmes, de suivre cette voie dans la vie ont pratiquement opéré une révolution complète dans leur morale et leur vie sociale. Désormais, leurs femmes sortent vêtues d’une manière telle qu’en les voyant, on pourrait les prendre pour des actrices de cinéma. Leur arrogance a atteint un tel degré que la nudité de leurs vêtements, l’expression éhontée de leur beauté, l’excès de leur parure et chacun de leurs gestes séduisants montrent clairement que ces femmes n’ont d’autre but ni objectif que de devenir des aimants sexuels. Leur absence de pudeur a atteint un tel point que, pour aucune femme respectable de cette classe, il n’est considéré comme honteux de se baigner avec des hommes en maillot de bain, puis de se faire photographier dans cette tenue et de faire publier les photos dans les journaux. Là, la question même de la honte ne se pose pas. Selon la doctrine morale moderne, toutes les parties du corps humain sont égales. Si l’on peut laisser découvertes la paume des mains et la plante des pieds, pourquoi serait-il répréhensible de laisser découvertes la région fessière et les parties intimes ? À leurs yeux, la jouissance des plaisirs de la vie, dont l’expression globale est appelée art, se situe au-dessus de toute morale. Elle constitue même leur pierre de touche morale. C’est sur cette base que les pères et les frères se gonflent de joie et de fierté lorsqu’ils voient leur fille ou leur sœur obtenir, sur la scène, les applaudissements de centaines d’auditeurs et de spectateurs avides grâce à ses danses, ses chants et ses gestes séduisants empreints d’amour. Le succès matériel — autre nom donné au but de la vie… Selon eux, rien n’est plus précieux que ce à quoi l’on renonce pour l’obtenir : lorsqu’une femme est devenue un objet de désir et a acquis la capacité de gagner la popularité de la société, elle n’a rien perdu, même si elle a perdu sa chasteté ; au contraire, elle a tout gagné. C’est pourquoi ils ne peuvent absolument pas comprendre pourquoi une jeune fille qui étudie au collège avec des garçons, ou qui se rend seule en Europe dans la pleine vigueur de sa jeunesse à des fins d’études, serait condamnable.

Les esclaves serviles de l’Occident devront prendre une décision

Ce sont eux qui critiquent le plus la pratique du voile. Selon eux, le voile est une chose si insignifiante et si manifestement mensongère que la raillerie, la plaisanterie et la moquerie suffisent à l’abolir. Mais cette conception ressemble exactement à celle de l’homme qui ne ressentirait nullement la nécessité d’avoir un nez sur son visage et qui, pour cette raison, se moquerait de tous ceux dont il aperçoit le nez. Seuls les sots peuvent être réfutés par un raisonnement aussi stupide. S’ils possédaient la moindre parcelle de logique, ils comprendraient certainement qu’il existe en réalité une différence fondamentale de valeurs entre eux et nous. Ce que nous considérons comme précieux n’a aucune valeur à leurs yeux. Par conséquent, l’acte que nous jugeons nécessaire selon notre propre échelle de valeurs leur paraît inévitablement non seulement inutile, mais aussi dépourvu de sens. Toutefois, face à une divergence aussi fondamentale, seul un homme peu éclairé peut, au lieu de discuter du véritable objet du désaccord, se quereller au sujet de ses ramifications. Dans la détermination des valeurs humaines, il faut s’en tenir uniquement à la loi naturelle. Selon la loi naturelle, seul mérite réellement d’être retenu dans l’établissement des valeurs ce que réclame la constitution physique de l’être humain et ce qui peut lui procurer bien-être, bonheur et tranquillité.

Ainsi, examinons et vérifions, à l’aide de cette pierre de touche, si, dans notre désaccord sur les valeurs, nous sommes dans la bonne voie ou si c’est vous qui l’êtes. Apportez les arguments et les preuves des sciences et du savoir dont vous disposez ; nous présenterons les nôtres. Puis, avec l’attention d’hommes instruits et impartiaux, observez de quel côté se trouve le poids. Si, par cette méthode, nous démontrons le bien-fondé de notre critère des valeurs, vous pourrez, si vous le souhaitez, adopter les valeurs fondées sur un savoir pur et sur la raison, ou bien continuer à suivre celles qui ont été adoptées par simple inclination instinctive. Mais souvenez-vous que, si vous choisissez cette seconde voie, votre situation deviendra si pitoyable qu’au lieu de vous moquer de notre manière d’agir, c’est vous-mêmes qui deviendrez ridicules.

Le deuxième groupe

Après eux vient un autre groupe. Le premier groupe comprend à la fois des non-musulmans et des musulmans de nom seulement. Mais le deuxième groupe est entièrement composé de musulmans. On observe aujourd’hui chez eux un étrange mélange de demi-voile et de demi-progrès. Ils ne sont ni d’un côté ni de l’autre, comme un groupe hésitant et vacillant. D’un côté, ils entretiennent une inclination islamique ; ils suivent la pierre de touche présentée par l’islam en matière de caractère, de civilisation, de noblesse et de bonnes mœurs ; ils souhaitent orner leurs femmes de la parure du respect et de la chasteté, et préserver leurs foyers de l’impureté morale. Ils ne sont pas non plus disposés à accepter les conséquences qui découlent naturellement des principes fondamentaux de la culture et de la vie sociale occidentales. Mais, d’un autre côté, tout en s’imposant certaines restrictions et en faisant preuve d’une certaine retenue, ils conduisent leurs épouses, leurs sœurs et leurs filles sur la voie de la civilisation occidentale, foulant ainsi aux pieds les principes fondamentaux et les lois de l’organisation sociale islamique. Ils se bercent de l’illusion qu’en combinant une moitié de la voie occidentale et une moitié de la voie islamique, ils jouiront des avantages des deux civilisations ; autrement dit, que le caractère islamique demeurera intact dans leurs foyers et que l’ordre de la vie familiale sera préservé. En même temps, leur vie sociale intégrerait non seulement les effets néfastes de l’organisation sociale occidentale, mais aussi son illusion de soi, sa recherche des plaisirs et ses avantages matériels. Mais, en premier lieu, il ne serait pas raisonnable de vouloir assembler les deux moitiés de deux civilisations opposées, fondées sur des idéaux et des objectifs différents. Car, lorsqu’une telle incompatibilité est réunie, il est davantage à craindre que ce soient les défauts des deux civilisations qui se combinent, plutôt que leurs qualités.

Deuxièmement, il est également déraisonnable et contraire à la nature de penser qu’une fois les liens du solide système moral de l’islam relâchés, et une fois que les gens auront commencé à prendre plaisir à enfreindre la loi, il sera possible de les maintenir dans des limites telles qu’aucun dommage ne puisse être redouté. Le remplacement de ces vêtements semi-nus, cette avidité pour la beauté et la parure, ces réunions entre amis servant d’initiation à l’impudence effrontée, cet engouement croissant pour le cinéma, les images nues, ainsi que les récits et pièces empreints d’amour, cette éducation des filles à la manière occidentale ne pourront peut-être pas encore déployer tous leurs effets, et peut-être même la génération actuelle sera-t-elle à l’abri de leurs conséquences néfastes. Mais penser que, pour cette raison, les générations futures seront elles aussi à l’abri de ces conséquences serait une preuve de sottise. Dans la culture et l’organisation sociale, les erreurs commencent toujours par des détails insignifiants. Mais cette erreur insignifiante s’accroît de génération en génération et prend une ampleur terrifiante. Les conséquences des fondements erronés sur lesquels la forme moderne de l’organisation sociale a été édifiée en Europe et en Amérique ne sont pas apparues immédiatement ; elles ne se sont pleinement révélées que récemment, à la troisième et à la quatrième génération. Par conséquent, ce mélange des systèmes occidental et islamique, ainsi que ce progrès partiel, ne constituent en réalité rien de durable ni d’inébranlable ; leur inclination naturelle demeure plutôt orientée vers l’occidentalisme. Ceux qui suivent cette voie doivent savoir que, même s’ils ne parviennent pas eux-mêmes au terme du voyage qu’ils ont entrepris, leurs fils et leurs petits-fils y parviendront assurément, et s’y arrêteront.

La question décisive

Dans ces circonstances, avant d’aller plus loin, tous doivent réfléchir et examiner profondément la question fondamentale suivante, puis y apporter une réponse. La voici :

Êtes-vous prêts à subir toutes ces conséquences du système social occidental qui se sont manifestées en Europe et en Amérique et qui sont l’aboutissement naturel de ce système social ? Désirez-vous qu’un environnement pareil, marqué par l’excitation et la frénésie sexuelle, se crée également dans votre société ? Désirez-vous qu’une telle vague d’impudence, de perte de chasteté et d’obscénité déferle sur votre peuple ? Que les maladies vénériennes se répandent sous forme d’épidémie ? Que la discipline familiale et domestique soit détruite ? Que le divorce, la dissolution du mariage et les séparations se généralisent ? Que les jeunes hommes et les jeunes femmes s’habituent aux relations sexuelles libres ? Que la procréation soit interrompue par le contrôle des naissances, l’avortement, l’infanticide, le meurtre des nouveau-nés et autres pratiques de ce genre ? Que les jeunes hommes et les jeunes femmes, dans une frénésie sexuelle excessive, détruisent leur énergie productive principale et leur santé ? Que même, chez les garçons et les filles mineurs, des tendances sexuelles apparaissent prématurément et qu’il en résulte que, dès le début, des troubles s’enracinent dans leur développement mental et physique ?

Si, pour des gains matériels et la satisfaction de vos désirs sensuels, vous êtes prêts à accepter toutes ces choses, alors suivez sans hésitation la voie de la civilisation occidentale et, dès lors, ne prononcez plus le nom de l’islam. Avant de vous engager sur cette voie, vous devrez également déclarer que vous rompez vos liens avec l’islam, afin de ne pouvoir ensuite tromper personne au nom de l’islam et que votre état humilié ne devienne pas une cause de honte ou de reproche pour l’islam et les musulmans.

Mais si vous n’êtes pas prêts à accepter toutes ces conséquences, si vous comprenez la nécessité d’une culture grande et pure où puissent être respectés la pureté du caractère et les droits dignes, où l’être humain puisse trouver un environnement paisible pour son développement mental, spirituel et matériel, où les hommes et les femmes, préservés des défauts et des déviations de l’excitation réciproque, puissent accomplir leurs devoirs culturels selon leurs meilleures aptitudes, où la pierre angulaire de la culture, c’est-à-dire la famille, puisse être solidement établie, où la descendance soit protégée et où il n’y ait pas non plus de risque de mélange des peuples, où la vie familiale de l’être humain devienne une demeure de joie et de paix, un lieu d’apprentissage amical pour les enfants et les descendants, et où tous les membres de la famille puissent accomplir leurs tâches ensemble, dans une entraide réciproque ; alors, pour atteindre tous ces grands objectifs, vous ne devez pas vous tourner vers l’Occident. Car l’Occident s’est engagé dans une direction totalement opposée, et parvenir à l’Est en voyageant vers l’Ouest est également impossible du point de vue de la logique. Si tel est véritablement votre désir, alors vous devrez adopter la voie de l’islam.

Mais avant de faire un pas sur cette voie, vous devrez chasser de votre esprit tout désir de gains matériels et de plaisirs sensuels, et effacer également de votre cœur et de votre esprit la vision extérieure et l’idéologie fondées sur l’auto-illusion de l’Occident. Vous devrez aussi abandonner tous les principes fondamentaux empruntés à la culture et au système social occidentaux. L’islam possède ses propres principes fondamentaux et ses propres objectifs. Il possède également sa propre conception sociologique éternelle. Conformément aux exigences naturelles de ses principes fondamentaux, de ses objectifs et de sa conception socialiste, il a élaboré un système social correspondant. Ensuite, il assure la préservation de ce système social au moyen d’une discipline particulière et d’une stricte observance des règles. Une compétence extrême et une attention particulière à la psychologie humaine ont été accordées à l’établissement de toutes ces règles et de cette discipline [Discipline]. Car sans elles, ce système social ne peut être exempt de défauts, de déviations et de désordre. Ce n’est pas un système imaginaire comme la république de Platon, ni l’utopie imaginée par Sir Thomas More — le royaume du bonheur [Utopia] —, ni le Rāmarājya ; c’est au contraire un système qui a franchi l’épreuve du feu de quatorze siècles. Durant cette très longue période, on n’a vu apparaître dans aucun pays ni chez aucun peuple, sous son influence, même un dixième des maux qui se sont manifestés en seulement un siècle dans la civilisation occidentale. Si vous voulez tirer profit de ce système social solide et bien conçu, vous devrez en observer pleinement la discipline et les règles. En outre, vous n’aurez aucun droit d’y introduire des méthodes contraires à la nature de ce système social, qu’elles soient inventées par vous-mêmes ou apprises auprès d’autrui, et qu’elles soient caduques et méprisables.

Le troisième groupe étant composé d’un certain nombre de gens stupides et dépourvus de conscience et de discernement, incapables de réfléchir et de parvenir à une décision correcte, il mérite d’être ignoré. Il vaut donc mieux poursuivre notre chemin sans discuter de ces gens.

 

La loi naturelle

La nature a créé l’être humain, comme tous les autres êtres vivants, en le divisant en deux catégories : l’homme et la femme, et chacun des deux éprouve une attirance naturelle pour l’autre. Mais les recherches menées sur les autres êtres vivants montrent que leur division en mâles et femelles, ainsi que l’attirance naturelle qui existe entre eux, n’ont d’autre but que d’assurer la pérennité de leur espèce. C’est pourquoi l’attirance — autrement dit, le désir sexuel — ne leur a été accordée que dans la mesure nécessaire à leur reproduction, et donc à la pérennité de leur espèce. Leur nature possède une force de contrôle qui ne leur permet pas de dépasser certaines limites en matière sexuelle. Chez l’être humain, en revanche, le désir sexuel est illimité, irrépressible et beaucoup plus intense que chez les autres êtres vivants. Son activité sexuelle n’est soumise à aucune restriction liée au temps ou aux saisons. Sa nature ne contient aucune force capable de le maintenir dans une limite déterminée. Chez l’homme comme chez la femme existe en permanence un désir sexuel réciproque. Ils disposent d’innombrables facteurs d’attirance et de désir sexuel réciproques. Dans leur cœur existe un immense désir de passion et d’amour. Leur constitution physique, leur beauté corporelle, leur grâce, leur sens du toucher et chacune de leurs parties ont fait naître en eux un désir pour le sexe opposé. Leur voix, leur démarche, leur prestance, leurs mouvements gracieux, etc., possèdent pleinement une force d’attraction. En outre, la nature qui les entoure a été remplie d’innombrables éléments qui stimulent leur désir sexuel et les rendent amoureux l’un de l’autre. La brise légère, le murmure des rivières, la verdure ravissante de la terre, le parfum des fleurs, le chant des oiseaux, le grondement des nuages, la beauté lumineuse des nuits de clair de lune — en somme, chaque spectacle de la beauté naturelle et chaque beauté du monde créé stimulent directement ou indirectement le désir sexuel de l’être humain.

En examinant ensuite la structure physique de l’être humain, on constate que l’immense réserve d’énergie qu’elle contient est une réunion de la force vitale, de la capacité d’action et de l’énergie sexuelle. Le corps possède certaines glandes endocrines qui, en sécrétant le suc vital [Hormone], excitent et stimulent certains organes. Ces glandes endocrines produisent chez l’être humain la capacité d’agir, l’efficacité, l’intelligence, etc. En outre, ces glandes éveillent en lui le désir sexuel et font naître les élans émotionnels qui stimulent la puissance sexuelle. Pour provoquer l’éclosion de ces émotions, elles lui font rechercher la beauté, la grâce, l’élégance et divers accessoires de parure. Puis elles créent également dans ses yeux, ses oreilles, son odorat, son sens du toucher et son imagination l’aptitude à être attiré par tous ces ornements.

*À l’intérieur du corps humain se trouvent plusieurs glandes endocrines. Le liquide sécrété par ces glandes endocrines est appelé Hormone. Les hormones excitent et stimulent certains organes et certaines parties du corps. L’homme et la femme possèdent les neuf glandes endocrines suivantes :

Pinéale, hypophyse, thyroïde et parathyroïdes, thymus, pancréas, surrénales, ovaires, placenta.

Le corps de la femme possède toutes celles qui sont mentionnées ci-dessus, tandis que l’homme n’en possède que quelques-unes. — Le traducteur

Cette même habileté fonctionnelle de la nature se manifeste également dans l’ensemble des forces mentales de l’être humain. Les forces stimulantes qui existent dans son esprit nourrissent deux grands désirs. Le premier l’incite à assurer la sécurité de sa propre existence et à prendre soin de lui-même. Le second le pousse à établir une relation avec le sexe opposé. À la puberté, lorsque les capacités d’action de l’être humain atteignent leur plein développement, ce second désir devient parfois si puissant qu’il réprime le premier. Sous son influence, l’être humain est à ce point dominé qu’il n’hésite pas à sacrifier sa vie et à se précipiter volontairement et consciemment vers sa propre destruction.

L’influence de l’attirance sexuelle dans la formation de la civilisation

À quoi rime tout cela ? Est-ce seulement pour assurer la pérennité de l’existence de l’espèce, c’est-à-dire pour la procréation ? Nullement. En effet, pour maintenir l’existence du genre humain, il n’est pas nécessaire d’avoir autant de descendants qu’il en faut aux poissons, aux chèvres et aux autres animaux. Dès lors, quelle peut bien être la raison pour laquelle la nature a créé chez l’être humain un désir et une attirance sexuels plus grands que chez toutes les autres créatures, et a créé en plus grande abondance les éléments stimulants qui les suscitent ? Tout cela ne serait-il donc que pour les plaisirs et les délices de l’homme ? Là encore, non. La nature n’a certes pas présenté la jouissance comme l’unique but et l’unique finalité de la vie. En vue d’accomplir un dessein grandiose, elle a présenté la jouissance, c’est-à-dire la satisfaction sexuelle, comme une source de plaisir destinée à inciter l’homme et les autres êtres vivants à agir, afin qu’ils accomplissent cette action en la considérant comme leur propre volonté. Réfléchissez donc à la grande finalité que la nature poursuit en cela. Aussi loin que l’on pousse la réflexion et la recherche sur ce sujet, on ne peut en déterminer aucune autre raison, sinon que la nature veut édifier une civilisation en prenant seulement l’espèce humaine, à l’exclusion des autres créatures.

C’est pourquoi un désir de volupté et d’amour a été implanté dans l’esprit humain, un désir qui n’exige pas seulement l’union physique et la procréation, mais réclame aussi l’acquisition d’une compagnie éternelle, l’établissement d’un lien intime et d’une relation spirituelle.

C’est pourquoi l’être humain a reçu un désir sexuel plus intense que sa capacité à s’accoupler. Si seulement un dixième de l’appétit et de l’attirance sexuels qui existent en lui était employé à la procréation, sa santé en serait détruite. Sa force physique s’épuiserait avant même qu’il n’atteigne l’âge de la maturité. L’excès d’attirance sexuelle qui existe chez l’être humain n’a pas pour but qu’il accomplisse davantage d’actes sexuels que tous les animaux et les oiseaux ; son unique but est plutôt de rapprocher la femme et l’homme et de rendre leur relation mutuelle durable et solide.

C’est pour cette raison que, dans la nature féminine, on observe, en même temps que l’attirance et le désir, la pudeur et la réserve, une réticence artificielle à l’acte sexuel, une tendance à fuir et un penchant naturel à résister. Cela existe, à des degrés divers, chez presque toutes les femmes. Cette tendance à fuir et cette réticence artificielle s’observent également chez les femelles animales. Mais chez la femme humaine, leur force et leur intensité sont plus grandes. Elles ont été renforcées par l’émotion de la pudeur et de la réserve. Cela permet de comprendre que le but de l’attirance sexuelle chez l’être humain n’est rien d’autre qu’une union éternelle. Cela ne signifie pas que tout désir sexuel doive nécessairement aboutir à l’acte sexuel.

C’est pourquoi l’enfant humain a été créé plus faible et plus démuni que tous les petits des animaux. Comparé aux jeunes animaux, l’enfant humain dépend pendant plusieurs années de la protection et des soins de ses parents. Il n’acquiert que très tard la capacité de se tenir sur ses propres pieds et de devenir autonome. Le dessein profond de cette situation est également que la relation entre la femme et l’homme ne se limite pas à une simple relation sexuelle, mais qu’elle les contraigne, comme conséquence de cette relation, à s’unir et à s’entraider.

La tendresse et l’affection envers les enfants ont été répandues dans le cœur humain en plus grande abondance que chez les autres êtres vivants. Les animaux et les oiseaux ne prennent soin de leurs petits que pendant une très courte période, puis les abandonnent. Après cela, il ne subsiste plus entre eux aucune relation. Ils ne se reconnaissent même plus les uns les autres. L’être humain, en revanche, reste attaché à ses enfants par l’affection et la tendresse même après la fin de la période où ils ont besoin de soins initiaux. Cette affection se perpétue de fils en petits-fils et ainsi de suite. La nature animale égoïste de l’être humain se trouve tellement influencée par cette tendresse, cette affection et cet amour qu’il désire pour ses enfants davantage encore que ce qu’il souhaite pour lui-même. Il nourrit en son cœur une telle ambition qu’il s’emploie à assurer à ses enfants la vie la plus aisée possible. Il leur laissera le fruit de son propre labeur et de ses efforts. La nature peut avoir pour dessein, en suscitant cet amour passionné, de transformer la relation sexuelle entre l’homme et la femme en une union éternelle. Cette union et cette relation éternelles servent de fondement à la constitution de la famille. Ensuite, la continuité de l’affection propre à l’espèce lie de nombreuses autres familles par le mariage. Ainsi, par la convergence de l’amour et des êtres aimés, une organisation d’entraide, de coopération et d’échanges réciproques s’établit entre eux. De cette manière, une relation sociale et civilisationnelle prend naissance.

 

Le problème fondamental de la civilisation

Il est ainsi apparu que le seul but du désir sexuel insufflé dans les molécules et les atomes du corps humain ainsi que dans son âme intime, et pour lequel des éléments et des facteurs stimulants ont été largement rassemblés à tous les niveaux de la création, est d’attirer l’être humain de l’individuel vers le collectif. La nature a voulu ce désir comme la véritable force stimulante de la civilisation humaine. Ce désir et cette attirance sexuels entraînent la création d’un lien entre les deux sexes de l’espèce humaine, et cette relation constitue le commencement de la vie sociale.

Après vérification et examen, il apparut de toute évidence que le problème des relations entre l’homme et la femme est en réalité le problème fondamental de la civilisation. De sa résolution dépendent le bien-être et les dérèglements de la civilisation, son progrès et son déclin, sa solidité et sa faiblesse. Il existe, entre ces deux aspects de la nature humaine, une relation animale, appelée autrement purement sexuelle et directement sensuelle. Elle n’a d’autre but que la préservation de l’existence de la nation ou la procréation. La seconde relation est humaine. Elle consiste à ce que chacun aide et soutienne l’autre, selon ses moyens et ses aptitudes naturelles, afin d’atteindre un objectif commun grâce à leur force conjuguée. Leur amour sexuel sert de moyen à cette union et à cette coopération. Ces éléments animaux et humains, réunis simultanément, assurent par leur intermédiaire les activités civilisationnelles et recrutent de nouvelles personnes pour les maintenir. Le bien-être ou le malheur de la civilisation dépend entièrement du maintien ou non d’une parfaite harmonie et d’un juste équilibre entre ces deux sortes d’éléments.

Les éléments indispensables à l’édification d’une civilisation pure et sainte

Après avoir examiné et analysé ce problème, nous devons maintenant comprendre comment une harmonie parfaite et une combinaison conforme à la nature entre les relations animales et humaines de la femme et de l’homme peuvent être réalisées au profit d’une civilisation pure et pieuse. Il nous faut en outre comprendre quelles erreurs et quelles défaillances dans l’établissement de l’harmonie au sein de cette combinaison font que la civilisation sombre dans le désordre.

1. La modération dans le désir sexuel

La question la plus importante et la plus urgente est de savoir comment maîtriser ce désir et cette attirance sexuels. Il a été exposé plus haut que ce désir existe chez l’être humain à un degré supérieur à celui des autres êtres vivants. Ce n’est pas seulement à l’intérieur du corps humain que les forces stimulantes de la sexualité sont puissantes ; d’innombrables facteurs d’excitation sexuelle sont également répandus tout autour de nous dans le vaste monde extérieur. La nature elle-même en a rassemblé une telle abondance que, si l’être humain s’emploie attentivement, par son pouvoir inventif, à les accroître et à les perfectionner, et s’il adopte une civilisation où sa soif sexuelle ne cesse de grandir tandis qu’il cherche ensuite des moyens faciles de l’apaiser, elle dépassera inévitablement les limites souhaitables. L’élément animal de l’être humain l’emportera sur son élément humain, et ce démon bestial dévorera à la fois son humanité et sa civilisation.

La nature a rendu agréables chacun des aspects du rapport sexuel, depuis ses prémices jusqu’à ses facteurs d’excitation. Mais il a déjà été indiqué que la nature n’a employé ces plaisirs si doux qu’à sa propre fin, c’est-à-dire à l’édification de la civilisation. Lorsque cette jouissance devient excessive et que l’être humain s’y abandonne entièrement, elle ne détruit pas seulement la civilisation ; elle peut aussi devenir, et est devenue, la cause de sa destruction, comme cela s’est produit bien des fois dans le passé.

Examinez les enseignements et l’histoire des nations qui ont été détruites. La folie sexuelle avait dépassé chez elles toute limite. Leur littérature était remplie d’écrits de ce genre, propres à exciter les passions. Leurs idées, leurs récits, leurs poèmes, leurs tableaux, leurs statues, leurs lieux de culte, leurs habitations et toutes leurs autres productions en sont les preuves les plus manifestes. Observez également la situation des nations qui avancent actuellement vers la destruction. Quel que soit le nom beau et innocent qu’elles donnent à leur folie sexuelle — art, littérature de charme, goût de la beauté ou autre —, les jeux d’interprétation ne changent rien à la vérité des faits. Cela ne signifie-t-il pas que, dans la société, la femme est avide de la compagnie de l’homme et l’homme de celle de la femme ? Pourquoi le goût de cultiver la beauté et de se parer ne cesse-t-il de croître entre les femmes et les hommes ? Quelle peut être la raison pour laquelle, dans une société mixte, le corps de la femme est dépouillé de ses vêtements ? Qu’est-ce donc qui pousse la femme à exposer en public chaque partie de son corps, tandis que les hommes réclament : « Encore, encore » ? Que signifie le fait que les images nues, les statues nues et les danses nues soient les plus appréciées ? Est-ce pour une autre raison que, tant qu’on ne peut goûter aux plaisirs de l’amour et de la passion au cinéma, et que les paroles et les actes n’y donnent pas naissance à une relation sexuelle, on n’y trouve aucun plaisir ? Si toutes ces scènes, et tant d’autres semblables, ne sont pas dues à la folie sexuelle, à quoi sont-elles donc dues ? Quel autre résultat que la destruction peut-on attendre d’une civilisation où se crée un tel environnement d’excitation sexuelle désordonnée ?

Dans un tel environnement, l’intensité du désir sexuel, l’excitation incessante et la pratique sexuelle continuelle affaiblissent inévitablement les descendants ; leurs forces physiques et mentales se détériorent, leur faculté de penser se disperse et se désorganise, l’obscénité se propage, les maladies sexuelles se répandent, et des mouvements en faveur de la contraception, de l’avortement, ainsi que du meurtre des fœtus et des nouveau-nés commencent à apparaître.*

Les hommes et les femmes se livrent à l’union sexuelle comme des animaux. La nature leur a accordé un désir sexuel plus intense qu’aux autres créatures ; ils l’emploient à des fins contraires au but voulu par la nature, et leur bestialité dépasse celle de tous les animaux. Même les singes et les boucs leur cèdent. Il ne fait aucun doute qu’un instinct bestial aussi puissant détruira la civilisation humaine, voire l’humanité tout entière. Ceux qui s’y abandonneront tomberont, par leur déchéance morale, si bas qu’il ne leur restera plus aucun espoir de se relever.

1.Un médecin dit : « Le début de la puberté entraîne de nombreux changements importants. À cette époque, une véritable révolution se produit dans les activités de l’esprit et du corps, qui se développent et s’épanouissent sous tous leurs aspects. Il faut alors mobiliser toutes ses forces pour supporter ces changements et parvenir à ces développements et à cet épanouissement. C’est pourquoi la résistance de l’être humain aux maladies est alors très faible. La longue période nécessaire au développement et à l’épanouissement physiques ordinaires, à la croissance et au perfectionnement des membres, ainsi qu’aux transformations mentales et physiques, au terme de laquelle l’être humain passe de l’enfance à la jeunesse, fatigue le corps humain. Car, durant cette période, le corps humain est engagé dans un effort extrême. Dans cet état, il ne serait pas raisonnable de lui imposer une charge anormale ; en particulier, l’activité sexuelle et l’excitation sexuelle lui seraient funestes. »

Un autre célèbre psychologue et sociologue allemand dit : « Puisque les organes sexuels suscitent un sentiment extraordinaire d’intense plaisir et de satisfaction, ainsi qu’une vive excitation affective, ils sont toujours prêts à nous faire perdre une grande partie de notre énergie mentale. S’ils parviennent à prendre le dessus, ils garderont l’être humain absorbé par les plaisirs personnels au lieu du service de la civilisation. La moindre imprudence déséquilibrera sa vie sexuelle et la rendra nuisible au lieu de lui être bénéfique. Prévenir ce danger devrait être le grand objectif de l’éducation. »

De même, le même résultat se produira dans une civilisation où l’on adoptera une extrême privation au lieu de répondre aux besoins naturels. Dépasser les limites pour satisfaire le désir sexuel est nuisible ; le réprimer excessivement l’est tout autant. Le système civilisationnel qui veut faire de l’être humain un célibataire et un renonçant lutte contre la nature. Mais la nature n’est jamais vaincue par son adversaire ; elle le broie au contraire complètement. Il est tout à fait vrai qu’aucune civilisation ne peut être édifiée sur le fondement de l’ascétisme véritable, car celui-ci est en réalité contraire à la formation de la civilisation et de la culture humaine. En affermissant toutefois la doctrine du renoncement dans les esprits, il est certainement possible de créer, dans l’organisation civilisationnelle, un environnement d’abstinence où les relations sexuelles seront considérées comme une chose blâmable, répugnante et de mauvais goût. S’en abstenir sera tenu pour une norme de moralité. Mais réprimer le désir sexuel revient à réprimer l’humanité. Il ne sera pas réprimé seul ; il le sera avec le talent, la force de travail, l’intelligence, l’ardeur, le courage, la résolution et la bravoure de l’être humain. En conséquence de cette répression, toute la force de l’être humain s’engourdira. Ses globules sanguins deviendront froids et coagulés, et il ne possédera plus aucun pouvoir capable de les ranimer. Car cette énergie sexuelle est la plus puissante des forces stimulantes de l’être humain.

Par conséquent, le premier devoir d’une civilisation saine et vertueuse sera de préserver le désir sexuel des excès comme de la privation extrême, de le ramener à un état intermédiaire de juste équilibre et de le réglementer strictement au moyen de règles et de principes appropriés. L’organisation de la vie sociale devrait être telle que, d’une part, toutes les excitations et stimulations anormales que l’être humain suscite par ses désirs et son goût des plaisirs soient supprimées. D’autre part, toutes les voies voulues par la nature pour apaiser et satisfaire l’excitation naturelle devraient rester ouvertes.

2. Établissement des fondements familiaux

Une question surgit alors naturellement dans notre esprit : quelle est la volonté de la nature ? Sommes-nous, à cet égard, plongés dans les ténèbres, au point de devoir agir les yeux fermés, à notre guise, puis qualifier cela de désir de la nature ? Ou bien, en réfléchissant et en étudiant les signes de la nature, ne pouvons-nous pas connaître ses intentions ? Beaucoup partagent probablement la première opinion. C’est pourquoi, sans prêter attention aux signes de la nature, ils déclarent, chaque fois qu’un événement se produit, qu’il correspond à leur gré aux intentions de la nature. Mais lorsqu’un chercheur de vérité part à la recherche des faits, après avoir avancé de quelques pas seulement, il lui semble que la nature lui indique clairement du doigt ses intentions.

Il est bien connu que, tout comme les autres êtres vivants, la nature a créé l’être humain sous la forme de deux sexes et a insufflé une attirance sexuelle entre eux ; son objectif premier était ainsi la procréation. Mais, à l’égard de l’être humain, l’objectif premier de la nature était la procréation. Mais, à l’égard de l’être humain, ce n’est pas là sa seule exigence ; la nature attend encore autre chose de lui. Une réflexion et une étude même sommaires nous permettent de savoir quelle est cette exigence et de quelle nature elle est.

La toute première chose qui attire notre attention est que, parmi tous les êtres vivants, seul l’enfant humain réclame, pour être entretenu et élevé, davantage de temps, de travail et d’attention. Même si on le considère comme un être vivant distinct, nous constatons que plusieurs années s’écoulent avant qu’il puisse satisfaire ses besoins biologiques, c’est-à-dire se procurer sa nourriture et acquérir la capacité de se protéger. Durant les deux ou trois premières années, il est si démuni qu’il ne peut tout simplement pas survivre sans les soins constants de sa mère.

Il est évident que, quel que soit le stade initial de barbarie auquel l’homme se trouve, il n’est pas un simple animal. Un certain degré de civilisation devient indispensable à son existence. Dès lors, à cause de cette civilisation, deux autres exigences s’ajoutent aux exigences naturelles de l’éducation des enfants. Premièrement, tout l’ensemble des moyens et ressources civilisationnels que peut obtenir celui qui les élève doit être consacré à l’éducation des enfants. Deuxièmement, l’enfant doit être éduqué de telle manière qu’il puisse se préparer à diriger les activités du milieu civilisationnel dans lequel il est né et à prendre la place des générations précédentes. Plus la civilisation progressera, plus ces deux exigences deviendront un fardeau grave. D’une part, la demande en moyens indispensables à l’éducation des enfants et en biens nécessaires ne cessera d’augmenter ; d’autre part, la civilisation ne réclame pas seulement, pour assurer son existence, des travailleurs convenablement instruits et formés selon sa dignité, mais elle souhaite aussi, pour son développement et son progrès continu, que les générations futures soient meilleures que les générations présentes ; autrement dit, que chaque éducateur s’efforce de former l’enfant de manière à le rendre meilleur que lui-même. C’est un sacrifice suprême, qui incite l’homme à sacrifier son intérêt personnel.

Telles sont les exigences de la nature humaine. La femme en est la première porte-parole. Après avoir joui pendant quelque temps de la compagnie de la femme, l’homme peut être libéré pour toujours de ses responsabilités envers elle. Mais la conséquence naturelle de cette union, la femme, elle, la subit année après année, voire toute sa vie. À partir de la conception, elle doit en subir les conséquences pendant au moins cinq ans. Mais si l’on veut satisfaire pleinement les exigences de la civilisation, cela signifie que la femme qui a connu, pendant un instant, le plaisir de l’union avec l’homme devra porter sa lourde responsabilité durant quinze longues années. La question est donc la suivante : comment une seule partie peut-elle s’engager à assumer une responsabilité commune ? Tant que la femme ne sera pas à l’abri de la crainte de la trahison de son partenaire, tant qu’elle ne sera pas rassurée au sujet de l’éducation de ses enfants et tant qu’elle ne sera pas dispensée de pourvoir aux nécessités quotidiennes de sa propre vie, comment pourrait-elle se préparer à porter une responsabilité si lourde ? Pour une femme qui n’a ni tuteur ni protecteur, la conception n’est rien d’autre qu’un accident, un malheur — un malheur des plus terribles. Le désir d’y échapper est parfaitement naturel chez elle. Sinon, comment pourrait-elle accueillir favorablement une telle conception ?

Si l’on prend conscience de la nécessité de préserver l’existence de l’humanité et d’établir et de développer la civilisation, il est indispensable que, lorsque l’homme impose à la femme un lourd fardeau, il devienne lui aussi son partenaire pour le porter. Mais comment peut-on amener l’homme à accepter cette participation ? Si l’on réfléchit à l’injonction impérative de la nature pour préserver l’existence de la nation, on constate que l’homme accomplit en un instant, par l’acte sexuel, ce qui lui incombe en la matière. Ensuite, le lourd fardeau ne repose plus que sur la femme et ne s’applique en rien à l’homme. Même du point de vue de l’attirance sexuelle, on constate que celle-ci n’oblige pas l’homme à rester uni à cette femme. S’il le souhaite, l’homme peut abandonner une femme et établir une relation avec une autre. Il peut ainsi répandre sa semence partout. Par conséquent, si on laisse toutes ces actions à sa seule volonté, il n’y a aucune raison qu’il soit disposé à assumer volontairement les fardeaux qui s’ensuivent. Dans ces conditions, existe-t-il quelque chose qui puisse l’obliger à consacrer son travail et ses revenus à cette femme et à l’enfant qu’elle porte ? Pourquoi éprouverait-il de l’attachement pour cette femme enceinte plutôt que pour une autre jeune fille séduisante ? Pourquoi entretiendrait-il à ses propres frais un morceau de chair inutile ? Ensuite, pourquoi laisserait-il les cris du nouveau-né lui faire perdre le sommeil ? Pourquoi se laisserait-il léser par ce petit démon qui brise tout ce qui lui appartient, salit toute la maison et ne veut respecter aucune interdiction ni aucune contrainte ?

La nature elle-même a apporté une solution partielle à ce problème. Elle a créé chez la femme la beauté, la douceur, le pouvoir de séduire et l’aptitude au sacrifice et au dévouement par amour. En usant de ces armes, elle peut vaincre l’égoïsme et l’arbitraire de l’homme et le soumettre. En outre, la nature a créé chez l’enfant humain un pouvoir de séduction si extraordinaire que, malgré son caractère pénible, destructeur et espiègle, il maintient ses parents liés par les liens de la tendresse et de l’affection. Tout cela ne suffit pourtant pas à obliger l’homme, année après année, à accepter pertes, peines et sacrifices pour accomplir ses devoirs moraux et civilisationnels. Il faut se rappeler que l’homme a toujours auprès de lui son éternel ennemi, Satan. Celui-ci ne cesse de tenter de détourner l’homme de la voie naturelle. Pour égarer les gens de chaque nation de chaque époque, il possède dans son arsenal de tromperies une réserve inépuisable d’arguments, de preuves et de séductions.

C’est une force fondamentale de la religion qu’elle inspire aux hommes et aux femmes le sacrifice et le dévouement au service de la nation et de la civilisation. Elle prépare l’animal égoïste qu’est l’être humain au sacrifice. Seuls les prophètes envoyés par Allah, ayant pleinement compris la volonté de la nature, ont proposé le mariage comme la voie correcte des relations sexuelles et de la coopération civilisée entre l’homme et la femme. C’est grâce à leur enseignement et à leur direction que le mariage s’est répandu parmi toutes les nations de la terre. C’est sur le fondement moral qu’ils ont prêché qu’est née chez l’être humain une telle aptitude spirituelle à l’action qu’il peut supporter, pour elle, les souffrances, les peines et les pertes. Sinon, en vérité, qui peut être le plus grand ennemi de l’enfant, si ce n’est ses parents ? Les règles sociales établies par les prophètes ont fondé l’organisation familiale, dont la poigne ferme contraint les garçons et les filles à des relations aussi responsables et à une œuvre commune de cette nature. Sans cela, les exigences animales de la jeunesse sont si puissantes que le seul sens du devoir moral, en l’absence de toute discipline extérieure, ne peut l’empêcher de se livrer à la licence sexuelle. L’attirance sexuelle est, par nature, antisociale. Elle engendre le goût de l’égoïsme, de l’arbitraire et de l’anarchie. Elle ne contient ni stabilité ni sens des responsabilités. Elle ne suscite d’élan que pour une jouissance momentanée. Il n’est pas facile de dompter ce démon et de l’amener à servir une vie sociale qui exige patience, tolérance, travail, abnégation, sens du devoir et organisation familiale. C’est précisément l’organisation familiale qui fait entrer ce démon dans une petite bouteille et lui retire son agence au service du péché et de la débauche. Elle en fait ensuite l’agent de la coopération incessante et de l’œuvre commune entre l’homme et la femme, indispensables à la construction de la vie. Sans cela, la vie civilisée de l’humanité prendrait fin ; l’être humain vivrait comme une bête et, finalement, l’espèce humaine disparaîtrait de la surface de la terre.

Par conséquent, pour libérer le désir sexuel de l’arbitraire et de l’excès et satisfaire ses exigences naturelles, la seule voie que la nature elle-même veut voir ouverte est l’union permanente de l’homme et de la femme par le mariage, union qui doit fonder l’organisation familiale. Les équipements nécessaires au fonctionnement d’une immense et vaste usine comme la civilisation sont fabriqués dans le petit atelier familial. Dès que les garçons et les filles entrent dans la jeunesse, les directeurs de l’atelier songent à leur assurer, dans la mesure du possible, une organisation conjugale harmonieuse, afin qu’une descendance meilleure puisse naître de leur union conjugale. Puis, chaque travailleur de cet atelier s’efforcera, avec la plus grande sincérité, de former au mieux les descendants qui naîtront après eux. Dès le premier instant où il commence sa vie dans le champ de travail du monde, l’enfant nouveau-né pénètre, dans les limites de la famille, dans un environnement d’amour, de soins, de protection et d’éducation, comme s’il recevait, pour son développement, l’« eau de vie » [élixir vivifiant]. En réalité, c’est seulement au sein de la famille que l’enfant trouve la compagnie de deux personnes qui non seulement l’aiment, mais souhaitent aussi ardemment qu’il atteigne une condition plus élevée que celle dans laquelle il est né. Dans le monde, seuls les parents désirent voir leur enfant devenir meilleur à tous égards, plus heureux et plus prospère. Ainsi, volontairement ou à leur insu, ils s’efforcent de rendre la génération future meilleure que la génération présente. Il n’y a pas la moindre trace d’égoïsme dans cet effort. Ils ne désirent rien pour eux-mêmes ; ils souhaitent seulement le bien de leurs enfants et trouvent la récompense de leur travail dans le fait de voir leur vie accomplie et couronnée de succès. Où trouver, dans cette usine familiale, des travailleurs aussi dévoués et des serviteurs aussi désintéressés, qui non seulement accomplissent un travail gratuit pour le bien de l’humanité, mais puissent encore consacrer à son service leur temps, leur paix, leur force, leurs compétences et tout ce que leur travail leur procure ? Qui d’autre est prêt à consacrer à cette tâche chacun de ses biens précieux, tandis qu’un autre en recueille les fruits ? Qui trouve la récompense de son travail dans le fait de former, pour autrui, d’excellents travailleurs et serviteurs ? Peut-il exister aspiration plus pure et plus noble pour l’humanité ?

Chaque année, pour assurer l’existence de l’humanité ainsi que la continuité et le progrès de la civilisation humaine, il faut des millions et des millions de couples de cette nature, capables de se consacrer volontairement et joyeusement à la responsabilité de ce noble service et de fonder, en se liant par le mariage, les bases de tels lieux de travail. La vaste usine qui fonctionne sur la terre ne peut fonctionner de cette manière que si des volontaires de ce type sont formés successivement et fournissent la main-d’œuvre nécessaire à son fonctionnement. Si de nouvelles recrues ne viennent pas et que, pour cette raison naturelle, les anciens travailleurs deviennent inaptes au travail, la main-d’œuvre diminuera peu à peu. Un jour, cette entité créatrice restera paralysée. Ceux qui font fonctionner cette machine de la civilisation ont pour devoir non seulement de la maintenir en marche durant leur propre vie, mais aussi de s’efforcer de réunir ceux qui leur succéderont.

Sous cet angle, le mariage n’est pas seulement un moyen licite d’apaiser l’attirance sexuelle ; c’est aussi un devoir social indispensable. La société possède un droit naturel sur l’individu, et l’on ne peut jamais accorder à celui-ci le droit de se réserver la décision de se marier ou non. Ceux qui refusent de se marier sans raison raisonnable ne sont pas seulement des êtres entretenus par la société, mais aussi des traîtres et des pillards. Toute personne née dans le monde, depuis le premier souffle de sa vie jusqu’à son entrée dans la jeunesse, jouit de toutes les richesses inépuisables accumulées par les générations précédentes. C’est grâce aux institutions qu’elles ont établies qu’elle a la possibilité de vivre, d’être élevée et développée, et de contribuer à l’épanouissement de l’humanité. Durant cette période, elle ne fait que recevoir et ne donne rien. La société dépense ses richesses et son temps pour parachever ses forces incomplètes, dans l’espoir que, lorsqu’elle sera elle-même capable de donner quelque chose, elle le fera certainement. Si, devenue adulte, elle revendique sa liberté individuelle et son arbitraire en déclarant qu’elle ne satisfera que ses propres instincts, sans assumer les responsabilités et les devoirs qui s’y rattachent, elle trahit et trompe la société. Chaque instant de sa vie doit alors être considéré comme une injustice et une iniquité. Si la société possède la moindre conscience, au lieu de considérer ce coupable comme un gentilhomme, une dame ou une personne honorable, elle le considérera comme un voleur, un brigand et un imposteur. Que nous le soyons devenus volontairement ou non, nous sommes les détenteurs de toutes les richesses que nos prédécesseurs nous ont laissées. Comment pourrions-nous alors être libres de décider si nous accomplirons ou non la volonté de la loi naturelle par laquelle nous avons reçu cet héritage ? Devons-nous ou non créer de futurs descendants, héritiers de ces richesses de l’humanité ? Devons-nous ou non former un second groupe pour prendre soin de toutes ces richesses, de la manière dont nous avons nous-mêmes été formés ?

3. Éradiquer la débauche sexuelle

Parallèlement à l’institution du mariage et à l’établissement de la base familiale, il est également nécessaire de fermer toutes les voies permettant de satisfaire les désirs sexuels en dehors de l’enceinte fortifiée du mariage. Car, à défaut, la volonté de la nature ne pourrait être accomplie, alors que c’est précisément pour cela qu’elle exige le mariage et l’établissement de la famille.

À l’époque actuelle de la Jâhilîya, comme au temps de l’antique Jâhilîya, la plupart des gens considèrent encore la fornication comme un acte naturel. Selon eux, le mariage n’est qu’une chose purement artificielle et superflue inventée par la civilisation. Ils pensent que, de même que la nature a créé un bouc pour chaque chèvre et un chien pour chaque chienne, elle a créé un homme pour chaque femme. La loi de la nature serait donc la suivante : dès que le désir et l’occasion se présentent, et dès que l’homme et la femme y consentent mutuellement, ils doivent avoir des rapports sexuels entre eux, tout comme les animaux ! Mais, en réalité, il s’agit là d’une interprétation tout à fait erronée de la nature humaine. Ils ont considéré l’être humain comme un simple animal. Ainsi, chaque fois qu’ils emploient le mot « nature », ils désignent par là la nature animale au lieu de la nature humaine. Les relations sexuelles généralisées qu’ils qualifient de « naturelles » peuvent certes l’être pour les animaux, mais elles ne le sont jamais pour l’être humain ! Elles ne sont pas seulement contraires à la nature humaine ; lorsqu’on les considère à la lumière de leurs conséquences finales, elles sont également contraires à la nature animale qui demeure inhérente à l’être humain. La raison en est que, chez l’être humain, l’humanité et l’animalité ne sont pas deux réalités distinctes. En réalité, leur combinaison au sein d’une même essence constitue une seule personnalité, et les besoins de l’une et de l’autre sont si étroitement liés que, si l’un est négligé, l’autre se détériore de lui-même.

En apparence, on pourrait penser que la fornication satisfait les besoins de la nature animale. En effet, la procréation et la préservation de l’existence de l’humanité ne s’accomplissent que par les rapports sexuels, qu’ils aient lieu dans le cadre du mariage ou en dehors de celui-ci. Mais si l’on prête attention à ce que nous avons exposé précédemment, on comprendra que cet acte entrave aussi bien le but de la nature humaine que celui de la nature animale. La nature humaine exige que la relation sexuelle soit solide et durable, afin que les parents puissent élever ensemble leur enfant et que l’homme, pendant une période convenable, assume pleinement la responsabilité non seulement de l’enfant, mais aussi de sa mère. Si l’homme n’acquiert pas la conviction que l’enfant est issu de lui, il ne consentira nullement à faire les sacrifices et à endurer les peines nécessaires pour l’élever, et il n’admettra pas non plus que cet enfant soit son héritier. De même, si la femme n’acquiert pas la conviction que l’homme qui l’a rendue enceinte accepte d’assumer la responsabilité de subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant, elle ne consentira pas non plus à prendre sur elle les risques de la grossesse. Si les parents ne coopèrent pas pour élever l’enfant, son éducation, sa moralité, son état psychologique et sa situation économique ne pourront atteindre le niveau qui lui permettrait de devenir un membre utile de la civilisation humaine. Tout cela relève des exigences de la nature humaine. Lorsque, foulant aux pieds toutes ces exigences, l’homme et la femme nouent une relation temporaire, comme de simples animaux, ils négligent également les besoins de la nature animale, c’est-à-dire la procréation et la continuation de la lignée. Car, à ce moment-là, ils ne se préoccupent pas de procréer ni de perpétuer leur descendance, et ne peuvent pas davantage s’en préoccuper. Leurs rapports n’ont alors lieu que par désir de plaisir sexuel. Cela est entièrement contraire à la volonté de la nature.

Les porte-drapeaux de l’époque moderne de la Jâhilîya sont eux-mêmes affligés de cette faiblesse. C’est pourquoi ils avancent un autre argument : si deux membres de la société se réunissent et passent quelques instants dans le plaisir et la jouissance, quel tort cela cause-t-il à la société pour qu’elle intervienne ? Si l’une des parties exerce une contrainte sur l’autre, la trompe, la dupe ou provoque quelque danger ou trouble social, alors, certes, la société a le droit d’intervenir. Mais lorsque rien de tout cela ne se produit et qu’il ne s’agit que du plaisir de deux individus, de quel droit la société pourrait-elle faire obstacle à leurs actes ? Si l’on intervient ainsi dans les affaires privées des êtres humains, la liberté individuelle devient dépourvue de sens.

Cette conception de la liberté individuelle est une forme particulière d’ignorance des XVIIIe et XIXe siècles ; elle se dissipe dès que paraissent les premiers rayons de la connaissance et de la recherche de la vérité. Après une réflexion et une étude même sommaires, les gens peuvent comprendre que la liberté réclamée pour l’individu n’a aucune place dans la vie sociale. Ceux qui désirent une telle liberté feraient mieux de se retirer dans les forêts et les déserts pour y vivre comme des animaux. La société humaine est en réalité un tel réseau d’amour et de relations que la vie de chaque être humain est étroitement liée à celle d’innombrables autres êtres humains. Chacun exerce une influence sur les autres, tout comme il est lui-même influencé par eux. Là où existent de telles relations réciproques, aucun acte ne peut être qualifié de totalement personnel et individuel. Il est impossible de concevoir un acte personnel qui n’exerce aucune influence, d’une manière générale, sur la société. Sans même parler des actes des membres du corps, il n’existe pas un seul désir caché dans un recoin de notre esprit qui n’agisse sur notre existence, puis, par son reflet, sur celle des autres. Les conséquences de chacun des actes de notre esprit et de notre corps se déplacent depuis nous et parviennent si loin qu’elles échappent à notre connaissance. Dans ces conditions, comment peut-on dire que l’usage par une personne de ses propres facultés n’a d’influence sur personne d’autre qu’elle-même ? Dès lors, personne d’autre n’aurait-il rien à y faire, et cette personne devrait-elle jouir d’une liberté totale en la matière ? Si je ne dispose pas de la liberté de faire tourner le bâton que je tiens à la main dans la direction qui me plaît, de diriger mes deux jambes à ma guise pour aller où bon me semble, de conduire mon véhicule comme il me plaît et d’entasser à ma volonté des détritus dans ma maison — et si, de même, d’innombrables autres actes personnels de ce genre doivent être soumis aux règles et aux lois sociales — pourquoi mon acte sexuel aurait-il acquis un statut particulier qui le soustrairait à toute règle ou réglementation sociale, au point qu’on m’accorderait une liberté absolue de l’exercer selon ma volonté ?

Dire qu’un rapport sexuel consommé en secret par un homme et une femme dans un lieu isolé n’a aucune incidence sur la vie sociale n’est qu’une puérile sottise. En réalité, les actes d’un individu qui entretient des relations directes avec une société n’ont pas d’effets uniquement sur cette société, mais sur l’humanité tout entière. Ils n’affectent pas seulement les gens du présent : les générations futures en subissent également les conséquences. Lié par les règles sociales et sociologiques qui enserrent toute l’humanité, aucun individu ne peut, en aucune circonstance, vivre séparément dans un lieu protégé. De même qu’il reste lié à la vie sociale lorsqu’il se trouve dans les champs, sur les marchés et dans les assemblées, il le demeure aussi lorsqu’il est à l’abri dans une pièce fermée, derrière des murs. Lorsqu’en secret il sacrifie sa propre capacité de procréer à une jouissance passagère, irréfléchie et égoïste, il s’emploie en réalité à répandre le désordre dans la vie sociale, à léser les droits de la nation et à infliger à la société d’innombrables dommages moraux, matériels et civilisationnels. Dans son propre intérêt, il porte atteinte aux institutions sociales dont il a bénéficié en tant que membre de la société, et il refuse d’assumer sa responsabilité afin d’assurer la pérennité de leur établissement. Les institutions que la société a mises en place, de la municipalité à l’État, des établissements d’enseignement aux forces armées, des usines et manufactures aux laboratoires de recherche scientifique, reposent toutes sur la conviction que chaque personne qui en bénéficie contribuera nécessairement à leur établissement et à leur maintien. Mais lorsque cet homme sans foi a dépensé sa puissance sexuelle de telle manière qu’il n’éprouve plus aucun désir d’avoir des enfants, de perpétuer sa descendance ni d’assumer la responsabilité de les élever, il a d’un seul coup sapé les fondements de tout cet édifice. Il a rompu le contrat social auquel il était lié en tant qu’être humain. Au lieu d’assumer ses responsabilités, il les a fait peser sur les épaules d’autrui. Il ne peut être un homme honorable : c’est un voleur, un escroc et un spoliateur du bien d’autrui. Lui témoigner de la bienveillance revient à commettre une injustice envers l’humanité tout entière.

Après avoir compris la place de l’individu dans la vie sociale, on peut sans aucun doute affirmer que la force dont notre esprit et notre corps ont été dotés n’est pas destinée à l’individu seul ; elle nous a été confiée en dépôt au bénéfice de l’humanité tout entière. Nous devrons rendre des comptes à l’humanité pour chacune de nos facultés. Si nous gaspillons notre vie ou l’une de nos forces, ou si nous nous nuisons par nos mauvaises actions, le véritable résultat de cet acte ne sera pas simplement que nous aurons gaspillé ou endommagé ce qui nous appartenait. En réalité, il sera considéré que nous avons détourné ce qui nous avait été confié en dépôt pour l’ensemble de l’humanité et que nous lui avons ainsi porté préjudice. Notre présence sur terre témoigne du fait que nous avons pu y entrer parce que d’autres, en supportant leurs souffrances et en assumant leurs responsabilités, ont fait rayonner vers nous la lumière de la vie. Ensuite, l’organisation de l’État a assuré la sécurité de notre existence. Les services de santé se sont consacrés à la préservation de notre santé. Grâce aux efforts conjugués de centaines de millions d’êtres humains, les biens indispensables à notre vie quotidienne ont été mis à notre disposition. Toutes les institutions réunies nous ont apporté force et capacité, ont tenté de nous instruire et nous ont élevés à notre statut actuel. Est-ce là la contrepartie que nous leur devons ? Serait-ce une juste rétribution que nous détruisions inutilement la vie et les facultés à la création, à la conservation et à l’épanouissement desquelles autrui a tant contribué, ou que nous les rendions nuisibles au lieu de les rendre bénéfiques ? C’est pour cette raison que le suicide a été interdit. C’est pour cette raison que le plus éminent sage et philosophe du monde, le Prophète (S), a déclaré maudit celui qui se masturbe. (*********) Hadith condamnant la masturbation. C’est également pour cette raison que l’homosexualité, c’est-à-dire la turpitude du peuple de Loth, a été déclarée un crime odieux. C’est pour cette raison encore que la fornication, même lorsqu’elle est considérée comme un divertissement personnel, n’est pas un moment d’or, mais une véritable injustice envers la nation tout entière.

Une réflexion approfondie permettra de constater combien d’injustices sociales sont étroitement liées à la fornication. Par exemple :

1. Tout d’abord, le fornicateur risque d’être atteint de maladies sexuellement transmissibles. Ainsi, au lieu d’employer ses forces quotidiennes à des œuvres utiles au bien public, il ne fait pas seulement du tort à sa société et à sa descendance, mais les lèse également. Tous les médecins s’accordent à dire que les lésions causées par la gonorrhée au niveau des voies urinaires sont, dans la plupart des cas, incurables. Un médecin a déclaré qu’une fois contractée, la gonorrhée ne guérit plus. Elle atteint souvent le foie, la vessie, le rectum et les voies urinaires, entre autres organes. Elle peut également provoquer la goutte et d’autres maladies. Elle comporte aussi un risque de stérilité définitive. Elle devient en outre contagieuse pour autrui. Considérez ensuite une autre conséquence terrible de la fornication : la syphilis, ou plaie vénérienne. Il est de notoriété publique qu’elle empoisonne tout l’organisme. Son action toxique se propage à chaque organe et à chaque partie du corps, de la tête aux pieds. Elle ne détruit pas seulement la vigueur physique de la personne malade : les germes de la maladie se transmettent aussi, par divers moyens, d’un individu à d’innombrables autres personnes. Les enfants innocents du malade continuent d’en subir les conséquences de génération en génération. Conséquence naturelle du fait que le père dépravé considérait quelques instants de plaisir sexuel comme l’objet suprême de ses désirs, l’enfant naît aveugle, muet, sourd ou aliéné.

2. Tout fornicateur ne contracte pas nécessairement une maladie sexuellement transmissible. Mais il lui est impossible d’échapper aux faiblesses morales qui accompagnent inévitablement la fornication. L’impudence, la tromperie, les mauvaises intentions mensongères, l’égoïsme, l’asservissement aux passions, l’incapacité à réprimer les instincts pervers, les pensées malhonnêtes, le penchant à rechercher le plaisir de l’acte sexuel, l’inconstance et la méfiance sont autant de conséquences morales néfastes de la fornication qui s’impriment profondément dans l’esprit du fornicateur. Les effets néfastes de la faiblesse de celui qui entretient ces défauts ne se limitent pas à l’activité sexuelle ; ils se propagent à travers lui dans tous les domaines de la vie sociale. Si ces défauts se répandent parmi la majorité des membres de la société, ils mettront en péril et paralyseront tout : les arts, la littérature, les divertissements, les sports, les sciences et les connaissances, le commerce et les affaires, la sociabilité, l’économie, la politique, les tribunaux, l’organisation militaire et la gouvernance du pays. En particulier, dans un système démocratique, les traits moraux propres aux individus se reflètent nécessairement dans la vie de la nation tout entière. Comment la stabilité pourrait-elle s’installer dans la politique d’une nation dont la majorité des membres manque de constance et de fermeté, et dont la plupart sont privés de qualités telles que la loyauté, le sacrifice et la maîtrise de soi ?

3. Dès lors que la fornication est admise comme licite, il devient également nécessaire de maintenir la prostitution dans la société. Celui qui affirme qu’un jeune homme a le droit de se divertir reconnaît du même coup que la société a besoin d’un certain nombre de femmes qui mèneront, à tous égards, une vie extrêmement vile et dégradante. La question est maintenant de savoir d’où viendront toutes ces femmes. Elles seront nécessairement des membres de la société elle-même. Elles seront les filles ou les sœurs de quelqu’un dans la société. Des millions de femmes qui auraient pu être les actrices de leur propre foyer, les fondatrices d’une famille et les tutrices de nombreux enfants devront être exclues de la société et installées sur les marchés et dans les bazars, afin que ces lieux puissent devenir, à l’image des urinoirs municipaux, des endroits où les hommes de nature débauchée viendront se soulager. Ainsi, toutes les qualités qui inspirent le respect chez les femmes pourront leur être ôtées, et on pourra leur apprendre à vendre leur beauté et leur jeunesse. En outre, elles seront préparées de telle sorte qu’elles puissent vendre, à chaque instant, leur amour, leur corps, leur âme, leur beauté et leurs manières séduisantes à de nouveaux acheteurs, et qu’au lieu de rendre quelque service utile, elles deviennent toute leur vie les jouets destinés à satisfaire la convoitise d’autrui.

4. Si l’on accepte la fornication comme licite, les règles civilisées du mariage sont détruites. Finalement, au lieu du mariage, il ne reste plus dans toute la société que la fornication. La première remarque à ce sujet est que les hommes et les femmes portés vers la fornication sont très peu aptes à mener une vie conjugale harmonieuse. En effet, cette pratique engendre la duplicité, le complexe d’infériorité, la convoitise sexuelle et la débauche, tandis qu’elle fait naître chez ces personnes l’instabilité des désirs et des passions ainsi que la faiblesse dans la répression des mauvais penchants. Elle détruit entièrement les qualités nécessaires à une vie conjugale réussie. Même s’ils se marient, les relations de douceur, de proximité, de confiance réciproque, d’affection et de cordialité qui pourraient leur permettre d’avoir de bons enfants et de fonder une famille heureuse ne s’établiront jamais solidement entre eux. De plus, là où la voie de la fornication est facilitée, il est en pratique tout à fait impossible de maintenir le principe civilisé du mariage. Car ceux qui auront la possibilité de satisfaire leurs mauvais penchants au lieu d’assumer leurs responsabilités, pourquoi éprouveraient-ils le besoin de porter sur leurs épaules de lourdes responsabilités ?

5. Il a été démontré que la légalisation et la généralisation de la fornication ne déracinent pas seulement la civilisation ; elles extirpent également les fondements mêmes de la race humaine. En conséquence des relations sexuelles libres, ni les hommes ni les femmes ne désirent, et ne peuvent désirer, faire quoi que ce soit pour assurer la pérennité et la solidité de l’humanité.

6. Si un enfant naît de la fornication pour la société et pour l’humanité, il est nécessairement un enfant illégitime. La distinction entre enfants légitimes et illégitimes au sein d’une lignée ne procède pas d’une simple sensibilité affective — bien que quelques idiots le pensent — ; en réalité, à bien des égards, engendrer un enfant illégitime constitue une injustice cruelle envers cet enfant lui-même et envers l’ensemble de la civilisation humaine. Tout d’abord, l’enfant est conçu au moment même où ses parents sont en proie à un instinct bestial. Le sentiment humain sacré qui naît lors des relations sexuelles entre époux est absolument impossible lors d’une union sexuelle illégitime. Seule une frénésie sexuelle purement bestiale unit les deux personnes, qui, à cet instant, restent éloignées de toutes les qualités humaines. Ni sa mère ni son père ne sont prêts à accueillir un tel enfant illégitime. Il n’est pas un être désiré ; il est au contraire, pour ses parents, une charge encombrante ou un malheur indésirable. Il est privé de l’affection paternelle ainsi que de l’aide et de la compassion de son père. Il ne reçoit que les soins unilatéraux de sa mère, et encore ceux-ci sont-ils prodigués avec un enthousiasme et un zèle dépourvus de satisfaction et de sincérité. Il est privé de l’affection et des soins de ses grands-parents paternels et maternels, de ses oncles paternels et maternels ainsi que des autres proches de la famille. Un tel enfant, par nature, se forme dans toutes les circonstances comme un être humain déficient et incomplet. Son caractère ne peut être correctement formé, pas plus que ses talents ne peuvent s’épanouir. Il ne peut disposer des moyens et des ressources nécessaires à son progrès et à son efficacité. Lui-même incomplet et déficient, dépourvu de ressources, d’amis, de soutien et de moyens, il sera opprimé ; et, dans ces conditions, il ne pourra jamais être aussi utile à l’édification de la civilisation qu’il aurait pu l’être en tant qu’enfant légitime.

Les partisans des relations sexuelles illégitimes affirment qu’un système étatique devrait être mis en place pour l’entretien et l’éducation des enfants. Les parents engendreraient leur enfant au moyen de relations sexuelles libres, puis le remettraient à la charge de l’État afin qu’il l’élève et le forme de manière à le rendre apte à servir la civilisation. Leur objectif, en formulant une telle proposition, est de préserver la liberté et l’indépendance des hommes et des femmes. En outre, le désir d’engendrer un enfant et de l’élever, qui se trouve derrière l’instinct sexuel, serait lui aussi satisfait en dehors du mariage. Mais il est étonnant qu’ils proposent, pour les générations actuelles, un système d’éducation et d’entretien public tel qu’il ne laisserait aucun moyen de développer l’indépendance et d’épanouir la personnalité. Dans un système où des millions d’enfants seraient formés simultanément selon le même idéal, les mêmes règles et le même modèle, l’épanouissement de leur personnalité individuelle serait absolument impossible. Tout au plus créerait-on entre eux une égalité artificielle et les façonnerait-on de manière identique. Les enfants sortiraient de cette usine avec le même type de personnalité, comme les pièces de fer sortent d’une immense fabrique, toutes produites dans le même moule. Il faut réfléchir à la bassesse et à l’ignominie de la conception que ces idiots se font de l’être humain ! Ils veulent façonner les enfants comme des chaussures de la société Bata. Ils ignorent que former la personnalité d’un enfant est un art extrêmement subtil. Cet art ne peut être pratiqué que dans une petite galerie d’art, où le regard de chaque peintre est fixé sur un seul tableau. Dans une usine où des ouvriers salariés fabriquent des millions de tableaux identiques, au lieu de développer un art aussi subtil que l’éducation des enfants, on ne ferait que le détruire.

Il faudrait ensuite, dans le domaine de l’éducation nationale, un personnel qui prendrait en charge, au nom de la société, l’éducation des enfants. Il est évident que seuls pourraient convenir à cette tâche ceux qui sont capables de réprimer leurs émotions et leurs mauvais penchants, et chez qui l’on trouve une maîtrise et une retenue morales. Sinon, comment pourraient-ils inculquer la maîtrise et la retenue aux enfants ? La question est maintenant de savoir d’où l’on fera venir de telles personnes. Ils veulent précisément instaurer l’éducation nationale afin de laisser les hommes et les femmes sans frein, pour qu’ils puissent satisfaire leurs mauvais penchants. Lorsque, de cette manière, la disposition à la maîtrise de soi et la force de réprimer les penchants ont été détruites dans la société dès leur germe, où trouvera-t-on, dans le village des aveugles, un voyant qui apprendra à la nouvelle génération à suivre le droit chemin ?

7. La vie de la femme qu’un homme égoïste rend mère par la fornication est détruite pour toujours. L’humiliation et le mépris de la part du peuple, ainsi qu’une montagne de malheurs, s’abattent sur elle de telle manière qu’elle en demeure écrasée toute sa vie. L’idéal moral moderne propose comme solution qu’il faut considérer toutes les formes de maternité comme égales, que cette maternité résulte du mariage ou d’un autre moyen. On dit que, dans toutes les circonstances, la maternité est digne de respect. On dit également que ce serait une grande injustice de la part de la société de maudire et de couvrir d’opprobre la femme qui, par naïveté ou par imprudence, a assumé la responsabilité de la maternité. Mais la première chose à dire à ce sujet est que, quels que soient les avantages que cela puisse procurer à la femme adultère, il en résulte dans son ensemble un immense désastre pour la société. Le mépris et l’humiliation que la société éprouve naturellement envers un enfant illégitime constituent, d’une part, un grand obstacle au péché et aux mauvaises actions des hommes et des femmes et, d’autre part, un signe particulier que le sentiment moral demeure éveillé au sein de la société. Si la mère d’un enfant légitime et celle d’un enfant illégitime reçoivent la même considération, cela signifiera que toute distinction entre le bien et le mal, le bénéfique et le nuisible, le péché et la vertu a disparu de la société. Deuxièmement, même si tel était le cas — c’est-à-dire si la mère d’un enfant légitime et celle d’un enfant illégitime étaient honorées de manière égale — cela résoudrait-il les difficultés auxquelles la mère d’un enfant illégitime devra faire face ? Quand bien même les partisans de la nouvelle vision considéreraient les deux mères comme égales, la nature ne les considérera jamais comme telles et, en réalité, elles ne pourront jamais jouir du même honneur. Leur égalité est contraire à la raison, à la conscience, à la logique, à la justice et à la vérité. Comment la femme insensée qui, sous l’emprise d’une excitation sexuelle passagère, a livré son corps à un homme égoïste qui refuse d’assumer la moindre responsabilité envers elle et envers l’enfant pourrait-elle être l’égale de la femme avisée qui a maîtrisé les élans et les sentiments de sa jeunesse jusqu’à trouver pour époux un homme honorable et responsable ? Quelle raison, quelle conscience pourrait considérer ces deux femmes comme égales ? On peut certes organiser une démonstration destinée à les déclarer égales, mais d’où cette adultère insensée obtiendra-t-elle la subsistance, la protection, les égards compatissants, l’affection, les marques d’amour, les bons vœux, le calme et la stabilité dont bénéficie une femme mariée ? Sur quel marché pourra-t-on importer, pour son enfant illégitime, la tendresse du père et l’affection de la famille paternelle ? Tout au plus pourra-t-on lui accorder une aide financière par la force de la loi ! Mais une mère et un enfant n’ont-ils besoin, en ce monde, que d’argent ? Il est donc vrai qu’en accordant les mêmes droits à la maternité légitime et à la maternité illégitime, quelles que soient les consolations extérieures que cela procure aux pécheurs, on ne peut ni les préserver des conséquences empoisonnées de leur sottise, ni protéger les enfants illégitimes des préjudices naturels liés à leur naissance.

Pour les raisons exposées ci-dessus, il est absolument indispensable, pour établir et développer la vie sociale, de mettre complètement fin à la propagation des relations sexuelles dans la société et de ne laisser ouverte qu’une seule voie pour apaiser et satisfaire les élans de la jeunesse : celle de la vie conjugale. Accorder aux hommes et aux femmes la liberté de la fornication, c’est leur accorder une indulgence injuste ; ce n’est pas seulement commettre une injustice envers la société, c’est la tuer. La société qui considère cette question comme insignifiante, qui veut négliger la fornication en la tenant pour un simple moment de plaisir (« Having a good time ») et qui souhaite se montrer tolérante envers le fait de « semer sa folle avoine » (« Sowing wild oats »), est en réalité une société ignorante. Elle n’est pas consciente de ses propres droits. Elle se nuit à elle-même. Si elle était consciente de ses droits et comprenait les effets empoisonnés de la liberté individuelle sur l’intérêt social dans le domaine des relations sexuelles, elle considérerait cette pratique comme elle considère le vol, le brigandage et le meurtre ; elle la jugerait même plus grave que le vol et le brigandage. Le voleur, le brigand et le meurtrier nuisent tout au plus à une personne ou à quelques personnes, tandis que le fornicateur pille la société entière et les générations futures. Au même moment, il dérobe les biens de millions et de milliards d’êtres humains. La portée et l’étendue de son crime dépassent de beaucoup celles des autres crimes. Puisqu’il est universellement admis que, lorsqu’une personne porte atteinte aux droits d’une autre pour satisfaire son intérêt personnel, il est juste que la loi soit appliquée avec la force nécessaire, avec l’aide de la société, et puisque, sur cette base, le vol, le meurtre, le pillage, la tromperie et les autres moyens de s’approprier le bien d’autrui sont considérés comme des crimes et empêchés par la sanction, il n’existe aucune raison pour que la loi du pays, protectrice de la société, ne proclame pas la fornication comme une infraction pénale.

Du point de vue des principes également, il est évident que le mariage et la fornication ne peuvent pas, en même temps, faire partie d’un même système social. Si l’on rend licite, pour une personne, l’apaisement de ses instincts sexuels en dehors du mariage, alors le maintien, pour une autre personne, de la règle du mariage dans le même but devient dépourvu de sens. L’exemple est exactement le suivant : on aurait déclaré licite de voyager en train sans billet tout en maintenant le système de vente des billets. Aucune personne douée de conscience ne peut accepter ces deux systèmes simultanément. La mesure logique serait de supprimer complètement la pratique de la vente des billets. Mais si l’on doit la maintenir, il faudra alors déclarer criminel le voyage sans billet. De même, l’application simultanée du mariage et de la fornication est injuste et incohérente. Si l’institution du mariage est jugée nécessaire à la civilisation — comme cela a été démontré précédemment par le raisonnement —, il sera alors absolument nécessaire de déclarer la fornication criminelle.*

Une caractéristique très claire de l’ignorance est qu’elle ne perçoit que les conséquences des choses qui sont très limitées et se manifestent en peu de temps. Mais elle n’accorde aucune importance et ne prête aucune attention aux choses dont les conséquences sont vastes et lointaines, parce qu’elles ne peuvent être ressenties immédiatement et que leurs effets apparaissent tardivement. C’est la raison pour laquelle on accorde de l’importance au vol, au brigandage et au meurtre, mais aucune à la fornication. Même une société barbare ne considère pas digne de pardon celui qui accumule chez lui des rats porteurs de la peste ou propage une maladie contagieuse, car les effets de son acte apparaissent ouvertement nuisibles. Mais le fornicateur qui, pour son intérêt personnel, sape les fondements de la civilisation reçoit toute l’indulgence des barbares ignorants, parce que le dommage qu’il cause, bien qu’il soit rationnellement démontrable, ne se ressent pas. Ainsi, il n’entre même pas dans l’esprit des ignorants qu’il puisse y avoir un acte criminel dans la fornication. Si les fondements de la civilisation reposaient sur la conscience et les sciences naturelles au lieu de reposer sur la barbarie, cette pratique ne serait jamais acceptée.

4. Méthodes de prévention de l’obscénité

Pour mettre fin à ce qui est nuisible à la civilisation, il ne suffira pas de le déclarer légalement criminel et de prévoir une peine à son encontre ; il faudra plutôt adopter, en outre, quatre sortes de méthodes, à savoir :

a) Il faut réformer suffisamment la mentalité de l’être humain par l’éducation et l’instruction, afin qu’il considère lui-même cet acte avec dégoût et le tienne pour un péché ; il faut que sa conscience morale l’empêche de commettre ce péché.

b) Il faut façonner le caractère social et l’opinion publique à l’encontre de ce péché de telle sorte que le peuple

1. Il existe une idée fausse et répandue selon laquelle un jeune homme devrait avoir, avant le mariage, une quelconque possibilité de satisfaire son désir sexuel. Car il serait difficile de réprimer le désir sexuel durant la jeunesse et cette répression nuirait à la santé. Mais toutes les sources à partir desquelles cette conclusion a été tirée reposent sur l’erreur. Le désir sexuel dont l’élan ne peut être réprimé constitue un état anormal [anormal], et si cet état anormal apparaît chez les gens ordinaires, c’est parce qu’un système culturel erroné les excite de force. Nos cinémas, notre littérature, nos arts picturaux, la danse et la musique, ainsi que le libre contact avec des femmes parées et embellies dans cette société mixte composée d’hommes et de femmes, voilà ce qui transforme les personnes normales en êtres anormalement portés vers la sexualité. Autrement, dans une atmosphère paisible et purifiée, une telle excitation sexuelle ne pourrait naître entre des hommes et des femmes ordinaires au point de ne pouvoir être maîtrisée par la formation de la mentalité et l’éducation morale. L’idée selon laquelle la santé se détériorerait si l’on n’avait pas de rapports sexuels durant la jeunesse et que la fornication serait donc nécessaire à la santé est également totalement erronée. En réalité, pour préserver à la fois la santé et la moralité, il faut modifier les dispositions erronées de la société et les normes illusoires de la vie luxueuse qui ont rendu le mariage difficile et la fornication facile.

qu’il le considère comme un crime et un acte honteux, et qu’il le regarde avec une telle horreur que l’opinion publique puisse également empêcher de commettre ce péché ceux dont l’éducation est incomplète ou dont la conscience morale est faible.

c) Il faut éliminer du système culturel tous les moyens et facteurs qui incitent et séduisent les gens à commettre ce péché. En outre, il faut, autant que possible, extirper également les moyens et facteurs qui contraignent les gens à commettre des péchés.

d) Il faut, dans la vie culturelle, créer contre ce péché un certain nombre d’obstacles tels que, même si quelqu’un souhaite le commettre, il ne puisse pas le faire facilement.

La conscience témoigne de la vérité et de la nécessité des quatre méthodes susmentionnées, et la nature elle-même l’exige. En pratique, le fonctionnement du monde entier repose également sur ce principe : pour empêcher les actes que la loi sociale considère comme des crimes, on adopte, en plus des dispositions pénales, ces quatre sortes de mesures. Si l’on admet que la propagation des relations sexuelles détruit la civilisation et constitue un crime considérable contre la société, il faut alors nécessairement admettre aussi que, pour barrer la voie à la fornication, il faut adopter, parallèlement aux sanctions, toutes les mesures réformatrices et préventives exposées plus haut. L’éducation du peuple est également nécessaire à cette fin. Il faut susciter chez le peuple une attitude hostile à ce phénomène. Il faut aussi éloigner des limites de la civilisation tous les éléments qui provoquent l’excitation sexuelle chez les êtres humains. Il faut supprimer du système social les obstacles qui se dressent dans le domaine du mariage. Il faut également imposer à la mixité et aux relations réciproques entre hommes et femmes des restrictions assez fortes pour que, si quelqu’un souhaite établir entre eux une relation en dehors du lien conjugal, la voie lui en soit barrée. Après avoir reconnu la fornication comme un péché et un crime, aucune personne douée de raison ne pourra élever la moindre objection contre ces mesures.

Certains reconnaissent les principes moraux et sociaux sur lesquels repose la considération de la fornication comme un péché. Mais leur obstination consiste à soutenir qu’au lieu de mesures punitives et préventives contre la fornication, il faudrait s’en remettre uniquement à des mesures réformatrices. Ils disent : « Par l’éducation, éveillez chez les êtres humains un sentiment spirituel tel ; fortifiez à ce point les aspirations de leur cœur et leur conscience morale, que cela cesse de soi-même. Sinon, recourir à des mesures punitives et préventives au lieu d’une réforme et d’un perfectionnement spirituels signifierait que vous ne vous comportez pas seulement avec les êtres humains comme avec des enfants ; vous insulteriez plutôt l’humanité. »

Nous reconnaissons nous aussi que telle est la voie de la réforme et de l’amélioration de l’humanité. En réalité, le stade ultime de la civilisation consiste en ce qu’une force se crée dans le cœur de l’être humain, grâce à laquelle il en vient à respecter de lui-même les règles et institutions sociales, et que sa conscience l’empêche de rompre les liens moraux. C’est dans ce but que toutes les forces sont consacrées à l’éducation de l’être humain. Mais la question est de savoir si notre civilisation est réellement parvenue à ce stade. L’éducation générale et morale a-t-elle suffisamment perfectionné l’humanité pour que l’on puisse se fier à sa spiritualité et qu’aucune mesure publique de sanction ou de prévention ne soit nécessaire à la préservation de l’ordre social ? Laissons de côté les époques passées. C’était, selon leurs propres termes, « l’âge des ténèbres ». Voici devant nous le XXe siècle, ce « siècle lumineux ». Regardez les pays civilisés tels que l’Europe et l’Amérique à cette époque. Tous leurs habitants sont instruits. Leurs citoyens sont fiers de leur instruction supérieure. Mais l’éducation et la réforme spirituelle y ont-elles mis fin aux crimes et aux violations de la loi ? N’y commet-on pas de vols et de brigandages ? Les tromperies, les fraudes, les violences et les injustices n’y surviennent-elles pas ? La police, les tribunaux, les prisons, les registres culturels et les comptes n’y sont-ils donc d’aucune utilité ? Un tel sens de la responsabilité morale s’est-il créé parmi le peuple qu’il ne soit désormais plus traité comme des « enfants » ? Si les faits ne sont pas ainsi, si, même à cette époque civilisée, on ne peut abandonner le respect des lois et l’ordre social à la seule conscience morale du peuple, si, encore aujourd’hui et partout, on « humilie l’humanité » en recourant à des mesures à la fois punitives et préventives pour empêcher les crimes, quelle peut donc être la raison pour laquelle, dans le seul domaine des relations sexuelles, « l’humiliation de l’humanité » est devenue insupportable ? Pourquoi cette « humiliation de l’humanité » n’est-elle devenue insupportable que dans ce seul domaine ? Pourquoi s’obstine-t-on tant à traiter ces « enfants » comme des « adultes » dans cette seule affaire ? Réfléchissez-y profondément et voyez quel genre de voleur se cache dans le recoin de leur esprit.

On dit que les choses considérées comme excitantes sur le plan sexuel et exclues des limites de la civilisation constituent précisément l’essence de l’art et du goût de la beauté ; si on les évite, la source même de la beauté de la vie humaine se desséchera. Par conséquent, si l’on veut faire quelque chose pour préserver la civilisation et réformer la société, il faut le faire de manière à ne porter aucune atteinte aux beaux-arts ni à la jouissance de la beauté. Nous sommes tout à fait d’accord avec ces messieurs pour reconnaître que l’art et la jouissance de la beauté sont véritablement des biens précieux. Il est souhaitable de les préserver et de les développer. Mais la vie sociale et le bien-être social sont plus précieux que tout. On ne peut les sacrifier à aucun art ni à aucun plaisir. Pour développer et faire épanouir l’art et la jouissance de la beauté, il faut découvrir une voie capable de les harmoniser avec la vie sociale et son bien-être. Un art et une jouissance de la beauté qui apportent la destruction au lieu de la vie et la catastrophe au lieu du bien-être ne peuvent en aucune manière être autorisés à s’épanouir dans le cadre social. Ce n’est pas là une opinion personnelle ou domestique de notre part ; c’est au contraire une exigence de la conscience et de la nature. Le monde entier l’admet en principe et l’applique partout. Les choses considérées dans le monde comme destructrices pour la vie sociale et génératrices de calamités ne sont nulle part tolérées sous prétexte qu’elles relèveraient de l’art ou de la jouissance de la beauté. Lorsqu’une œuvre littéraire incite à la rupture, aux conflits, aux meurtres, aux pillages, etc., elle n’est pas davantage tolérée au seul nom de la littérature ; de même, aucune œuvre littéraire qui inciterait à propager des maladies graves telles que la peste ou le choléra n’est nulle part supportée. Aucun gouvernement au monde n’autorise la projection publique des films ou la représentation des pièces de théâtre qui répandent l’excitation à troubler la paix et à se révolter. Les tableaux qui expriment des élans de violence, de conflits et d’injustice, ou qui transgressent les idéaux universellement reconnus de la moralité, quelque grand que soit leur talent artistique, ne sont considérés avec respect ni par aucune loi ni par la conscience d’aucune société. L’art du pickpocket, bien qu’il constitue une technique très subtile et que l’adresse de la prestidigitation soit tenue pour extrême, ne plaît à personne lorsqu’il se développe. La falsification de billets, de chèques et de documents exige une intelligence et une habileté exceptionnelles, mais personne ne considère cet art comme légitime. Dans l’art de la tromperie et de la tricherie, l’esprit humain a fait preuve d’une grande diversité de prouesses inventives. Pourtant, aucune société civilisée n’aime honorer ces prouesses. C’est une vérité reconnue que la vie sociale, sa paix, sa sécurité, son progrès et son bien-être sont plus précieux que tout art ou toute jouissance de la beauté. On ne peut donc les sacrifier à aucun art. Le seul désaccord sur ce point tient naturellement à ceci : ce que nous considérons comme contraire à la vie sociale et à son bien-être, les autres ne le considèrent pas ainsi. Si leur point de vue était semblable au nôtre, ils ressentiraient eux aussi, comme nous, la nécessité de réglementer l’art et la jouissance de la beauté.

On dit également que mettre en place le purdah entre les femmes et les hommes et empêcher leurs déplacements libres dans la société afin de mettre fin aux relations sexuelles illicites revient en réalité à nourrir des soupçons et des doutes sur leur moralité. Cela donnerait à penser que tous les êtres humains sont considérés comme dépourvus de moralité et que l’on n’a aucune confiance dans le caractère des femmes et des hommes. C’est un raisonnement fort logique. Poussez un peu plus loin cette logique. La serrure utilisée à la porte d’une maison annoncerait donc que son propriétaire considère tous les habitants de la terre comme des voleurs. L’existence de la police témoignerait que le gouvernement considère tous les habitants du pays comme malhonnêtes. La raison pour laquelle on signe un contrat lors d’une transaction financière serait également qu’une partie considère l’autre comme quelqu’un qui cherche à s’approprier son bien. Les mesures préventives prises pour empêcher les crimes impliqueraient que tous ceux qui y sont soumis sont considérés comme des criminels en puissance. Selon cette logique, vous-même seriez donc considéré à chaque instant comme un voleur, un vaurien, un spoliateur et une personne suspecte. Pourtant, cela ne porte pas la moindre atteinte à votre amour-propre. Pourquoi donc votre sensibilité est-elle si faible dans cette seule affaire ?

C’est bien là, en réalité, ce à quoi il a été fait allusion plus haut. Ceux dans l’esprit desquels subsiste l’influence usée des anciennes conceptions morales considèrent la fornication et les dépravations sexuelles comme odieuses. Ils ne les jugent toutefois pas suffisamment odieuses pour qu’il faille les éradiquer complètement. C’est pourquoi leurs conceptions et les nôtres diffèrent lorsqu’il s’agit d’adopter des mesures de réforme et de prévention. Si les faits naturels leur étaient révélés et qu’ils pouvaient comprendre la situation réelle dans ce domaine, ils conviendraient avec nous que, tant que l’être humain demeure humain et que les éléments de l’humanité sont présents en lui, il considérera le progrès de la vie sociale comme plus cher que les mauvais instincts de l’homme civilisé et la jouissance qu’il en tire ; il ne pourra donc rester indifférent à ces mesures préventives.

5. La situation correcte des relations conjugales

Après avoir établi les fondements de la famille et barré la voie à la licence sexuelle, ce qui est indispensable à une civilisation saine, c’est de définir correctement, dans l’organisation sociale, les relations entre les femmes et les hommes. Leurs droits doivent être déterminés avec justice. Les responsabilités doivent être convenablement réparties entre eux. Au sein de la famille, leur rang et leurs allocations doivent être fixés de telle sorte qu’il n’y ait aucun écart entre modération et égalité. Parmi tous les problèmes de la civilisation, celui-ci est particulièrement difficile. Pourtant, l’humanité a échoué la plupart du temps à le résoudre.

Il existe certaines nations qui ont soumis les femmes à l’autorité des hommes. Mais nous ne trouvons pas même un seul exemple où l’une de ces nations ait atteint un sommet quelconque de raffinement et de civilisation. Du moins, dans les pages de l’histoire, on ne trouve pas la moindre trace d’une nation qui, après avoir fait de la femme la dirigeante de l’homme, ait acquis dans le monde puissance et prestige, ou accompli une œuvre remarquable.

La plupart des nations du monde ont accordé aux hommes la prééminence sur les femmes. Mais cette prééminence a le plus souvent pris la forme de la tyrannie et a transformé la femme en esclave. Elle a été humiliée et piétinée. Aucun droit économique ou civil ne lui a été accordé. Elle a été utilisée comme une servante insignifiante de la famille et comme un jouet destiné à satisfaire les désirs sexuels de l’homme. Certes, un groupe de femmes extérieures au cercle familial a été paré d’une certaine instruction et des ornements de la civilisation, mais uniquement afin qu’elles puissent rendre les besoins sexuels de l’homme davantage

séduisants et les combler. Ainsi, par leur art musical, elles pouvaient procurer un plaisir auditif, par la danse et les mouvements du corps, un plaisir visuel, et par l’excitation sexuelle la plus intense et la plus extrême, un plaisir physique. Telle était la voie extrêmement honteuse par laquelle les mauvais penchants des hommes avaient découvert l’humiliation et l’avilissement de la féminité. La nation qui a adopté cette voie n’a pas échappé à la destruction.

La civilisation occidentale moderne a adopté une troisième voie. Elle consiste à établir l’égalité et l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Leurs responsabilités doivent être analogues et presque identiques. Ils doivent rivaliser dans le même domaine professionnel, gagner chacun leur propre subsistance et devenir autonomes. Cette méthode d’organisation sociale n’a pas encore atteint sa pleine maturité. Car la supériorité des hommes demeure manifeste. Dans aucun domaine de la vie les femmes et les hommes ne sont encore égaux. Tout ce qu’elle aurait dû obtenir sous la forme d’une égalité complète, elle ne l’a pas encore obtenu. Mais l’égalité qui a été instaurée dans une certaine mesure n’a fait que provoquer un bouleversement dans l’organisation de la civilisation. Nous en avons exposé les conséquences en détail précédemment. Nous ne jugeons donc pas nécessaire d’ajouter ici de nouvelles remarques. Ces trois formes de civilisation sont toutes dépourvues de justice, de modération et d’harmonie. Car elles ont négligé de comprendre les directives de la nature et d’adopter en conséquence la voie appropriée. Une réflexion approfondie, menée avec discernement et raison, permet de comprendre que la nature elle-même a apporté une solution équilibrée à toutes ces questions. C’est même là une grande force de la nature : sous son influence, la femme ne peut ni tomber aussi bas qu’on a tenté de l’y faire descendre, ni s’élever aussi haut qu’elle a voulu le faire ou que l’homme a tenté de l’élever. Guidée par une raison aveuglée par l’erreur et par l’auto-illusion, l’humanité a adopté deux positions extrêmes opposées. Mais la nature veut la justice, la voie moyenne et la modération, et elle en indique elle-même le chemin.

Nul ne peut nier que la femme et l’homme sont égaux en tant qu’êtres humains. La femme et l’homme sont les deux parties de l’humanité. Dans la formation de la civilisation, l’établissement et la mise en œuvre des fondements de la société, ainsi que dans le service de l’humanité, tous deux y participent à part égale. Tous deux possèdent un esprit, un cerveau, une conscience, des sentiments, des instincts et des besoins humains. Pour la réforme et le progrès de la civilisation, le perfectionnement mental, l’exercice intellectuel, ainsi que le développement de la conscience et de la capacité de réflexion des deux sont également nécessaires, afin que chacun puisse pleinement assumer son rôle dans le service de la civilisation. Sous cet aspect, la revendication d’égalité est entièrement justifiée. Une civilisation saine exige absolument que la femme, tout comme l’homme, ait la possibilité de se perfectionner autant que possible, selon ses forces et ses aptitudes naturelles. Il faut lui donner accès à l’acquisition du savoir et à l’enseignement supérieur. Tout comme l’homme, elle doit bénéficier de droits civils et économiques. Il faut lui accorder dans la société une dignité telle qu’elle éprouve le respect d’elle-même et développe toutes ces qualités humaines qui ne peuvent naître que de ce sentiment. Les nations qui ont refusé cette forme d’égalité, qui ont maintenu leurs femmes dans l’ignorance, l’absence d’instruction et l’humiliation, en les privant de leurs droits sociaux, sont elles-mêmes tombées dans le gouffre de la décadence. Car dégrader la moitié de l’humanité revient à dégrader l’humanité entière. Il est vain d’espérer voir naître une personne honorable du sein d’une mère méprisée et humiliée, une personne instruite des bras d’une mère ignorante, ou une personne aux pensées élevées du foyer nourricier d’une mère déchue.

Mais l’égalité comporte un second aspect. Il consiste à dire que les femmes et les hommes exerceront le même métier, et accompliront le même genre de tâches. Les lourdes responsabilités de tous les domaines de la vie seront également confiées aux uns et aux autres, et leur place dans l’organisation de la civilisation sera identique. À l’appui de cette thèse, on présente les résultats d’expériences et d’observations scientifiques pour affirmer que, du point de vue de la force et des capacités physiques, les femmes et les hommes sont équipotentiels (Equipotential). Il existe entre eux une égalité de ce type. Mais, pour tirer une telle conclusion, il ne suffit pas d’affirmer que l’intention de la nature est également de faire accomplir aux uns et aux autres le même genre de tâches. Une telle conclusion ne pourra jamais être raisonnable tant qu’il n’aura pas été démontré que leur constitution physique est également identique, que la nature leur a confié le même type de responsabilités et que leur état mental est pareillement identique. Toutes les théories scientifiques découvertes jusqu’à présent par l’humanité apportent une réponse contraire à cette affirmation.

La constitution naturelle de la femme selon la biologie

Les recherches en biologie ont établi que la femme diffère de l’homme dans tous les domaines, jusque dans sa forme, sa constitution et ses molécules protéiques des cellules tissulaires. Lorsque la formation du sexe de l’enfant se produit dans le sein maternel [formation-constitution], la constitution physique des deux sexes commence à se développer sous des formes différentes. La constitution physique de la femme est conçue de telle manière qu’elle puisse être apte à procréer et à élever les enfants. Depuis la formation initiale de l’utérus jusqu’à la maturité, le développement complet de son corps s’accomplit précisément en vue de parfaire cette aptitude, et c’est cela qui détermine l’orientation de sa vie future.

Après avoir atteint la maturité, les menstruations commencent. Celles-ci affectent le fonctionnement de tous ses organes. Les observations des physiologistes permettent de constater que, pendant les menstruations, les changements suivants se produisent chez les femmes :

1. La capacité du corps à retenir la chaleur diminue. Il en résulte une émission accrue de chaleur corporelle et une baisse de la température.

2. Le pouls s’affaiblit, la pression sanguine diminue et la respiration se modifie.

3. Des modifications apparaissent dans les glandes endocrines, les amygdales et les glandes lymphatiques.

4. Le métabolisme des protéines diminue.

5. Les phosphates et les chlorures sont excrétés en moindre quantité, et le métabolisme gazeux se détériore.

6. La digestion est perturbée. La part des protéines et des graisses contenues dans les aliments devient insuffisante pour la constitution du corps.

7. La capacité respiratoire diminue et des changements apparaissent dans les organes de la parole.

8. Le système nerveux s’affaiblit et la sensibilité diminue.

9. La mémoire diminue et il n’y a plus de concentration sur aucun sujet.

Tous ces changements rapprochent tellement une femme en bonne santé de l’état maladif qu’il devient difficile de distinguer la santé de la maladie. Il est même difficile de trouver trente femmes sur cent qui n’éprouvent aucune douleur ni gêne pendant leurs règles. Un examen effectué un jour sur mille soixante femmes a révélé que, parmi elles, 84 % avaient éprouvé quelque douleur ou gêne pendant leurs règles. Le docteur Elim Nudik, spécialiste de la physiologie humaine, dit :

Les changements généralement observés chez les femmes menstruées sont les suivants :

Maux de tête, fatigue, douleurs dans les membres, faiblesse nerveuse, irritabilité, douleurs dans les voies urinaires, diminution de la digestion, constipation dans certains cas, nausées et vomissements occasionnels. Un nombre assez important de femmes ressentent une légère douleur aux seins, qui s’intensifie parfois considérablement. Chez certaines femmes, la voix devient rauque pendant cette période. Parfois aussi, la digestion se détériore et la respiration devient difficile.

Parmi toutes les femmes examinées par le docteur Kreger, la moitié souffraient de troubles digestifs pendant leurs règles et de constipation vers la fin.

Le docteur Gibb Hard dit :

On trouve très peu de femmes qui n’éprouvent aucune souffrance pendant leurs règles. Chez la plupart, on observe des maux de tête, des douleurs dans le bas-ventre et une sécheresse de la gorge. Durant cette période, elles deviennent irritables et ont envie de pleurer.

Dans ces conditions, il ne serait pas exagéré de dire que, pendant ses règles, une femme tombe véritablement malade. C’est une sorte de maladie qui atteint une femme chaque mois.1

Tous ces changements physiques agissent nécessairement sur les facultés mentales et les membres de la femme. En 1909, après une observation approfondie, le Dr Voicechevsky a déclaré que, durant cette période, la capacité de concentration et les facultés de travail intellectuel de la femme diminuent. Après des observations psychologiques, le professeur Krschi Skevsky est parvenu à la conclusion que, pendant cette période, le système nerveux des femmes devient excité. Les facultés sensibles s’affaiblissent et perdent leur équilibre. L’aptitude à prendre des décisions issues d’une pensée ordonnée diminue et disparaît souvent. Même les décisions fermes qui s’étaient auparavant formées dans un coin de l’esprit deviennent vacillantes. Il en résulte que, durant cette période, les activités auxquelles elle est habituée dans sa vie quotidienne ne se déroulent plus correctement. À ce moment-là, la contrôleuse d’un tramway se trompera en distribuant les billets et en comptant la monnaie. La conductrice conduira avec crainte et lentement, et restera perplexe à chaque virage. Une dactylographe fera des fautes de frappe, tapera avec retard, malgré ses efforts laissera échapper des mots, tapera des phrases erronées et, en voulant frapper une lettre, posera le doigt sur une autre. L’avocate ne pourra pas exposer correctement l’affaire. Même en présentant l’affaire, elle commettra des erreurs dans son argumentation. Les facultés de compréhension de la magistrate diminueront et elle se trompera dans ses décisions. Une dentiste ne trouvera pas facilement les instruments d’extraction dentaire à portée de main pendant son travail. Une chanteuse perdra son ton et son rythme. Même un spécialiste de la voix pourra dire, rien qu’en l’entendant, que la chanteuse a ses règles. En somme, pendant ses règles, l’esprit, le cerveau et le système nerveux de la femme deviennent faibles et désorganisés. Ses membres ne peuvent plus agir selon sa volonté ; au contraire, une force intérieure dominante couvre sa volonté et ses facultés de discernement. Elle accomplit alors des actes involontaires. Dans cet état, elle ne conserve plus sa liberté d’action et perd l’aptitude à accomplir des tâches impliquant des responsabilités.

Le professeur Lapinsky, dans son ouvrage intitulé The Development of Personality in Women, affirme que, pendant les règles, la liberté d’action des femmes disparaît. Une force dominante les contraint à obéir. Leur capacité à décider volontairement de faire ou de ne pas faire quelque chose disparaît presque entièrement.

Tous ces changements surviennent chez une femme en bonne santé et se transforment progressivement en maladie. De nombreux cas sont rapportés où, dans cet état, la femme devient comme une folle. Il n’est pas impossible qu’à la moindre excitation elle se mette extrêmement en colère, fasse quelque chose comme un animal ou une idiote, voire aille jusqu’au suicide. Le docteur Kraft Ebing dit que les femmes que nous voyons dans la vie quotidienne être modestes, polies et joyeuses subissent soudainement un changement pendant leurs règles. Cette période semble arriver chez elles comme une « tempête », et elles deviennent rudes, querelleuses et intolérantes. Les domestiques de la maison, les enfants et même le mari deviennent hostiles à son égard. Elles ne se comportent même pas convenablement envers les étrangers. Après de profondes recherches, certains spécialistes sont parvenus à la conclusion que la plupart des actes criminels commis par les femmes ont lieu pendant leurs règles. Car, durant cette période, elles ne peuvent pas se maîtriser. À un tel moment, même une femme très honnête peut commettre un vol, puis le regretter. Weinberg a déclaré, après une observation approfondie :

Cinquante pour cent des femmes qui se suicident accomplissent cet acte pendant leurs règles. Sur cette base, le docteur Kraft Ebing a déclaré que, lorsqu’une femme majeure est poursuivie en justice pour un crime, les autorités devraient chercher à savoir si ce crime a été commis pendant ses règles.

La grossesse est plus difficile encore que les règles. Le Dr Reprev dit que les substances corporelles excédentaires de la femme, qui sont éliminées dans une certaine quantité lorsqu’elle est affamée, le sont en quantité plus importante pendant la grossesse. La capacité dont dispose la femme, dans son état normal, à fournir un travail physique et mental se désorganise pendant la grossesse. L’équilibre du cerveau se rompt. Toutes ses facultés mentales sombrent dans une désorganisation continue. Elle oscille entre la maladie et la santé. Puis, pour des raisons insignifiantes, elle atteint la limite de la maladie. Le docteur Fischer dit qu’une femme en bonne santé souffre, pendant la grossesse, d’une grande agitation mentale. De l’instabilité et de l’anxiété apparaissent chez elle. Sa mémoire se trouble, tandis que ses facultés sensibles, sa réflexion, sa capacité de recherche et sa compréhension diminuent. Hulak, Elias, Albert Moll et d’autres spécialistes sont unanimement d’avis que le dernier mois de la grossesse se déroule dans un état tel que, durant cette période, la femme n’a plus la capacité d’accomplir aucune sorte de travail physique ou mental.

Après l’accouchement, il existe un risque d’être atteinte de diverses maladies. La femme qui vient d’accoucher risque également de souffrir d’une infection septique. Pour que les organes et les membres retrouvent leur état antérieur à la grossesse, une agitation et des mouvements se produisent en eux, ce qui désorganise tout le système physique. Même en l’absence de toute complication, il lui faut plusieurs semaines pour revenir à son état normal. Ainsi, depuis la conception jusqu’à l’accomplissement d’une année entière, la femme reste en réalité malade ou à demi malade. Par conséquent, sa capacité de travail tombe à la moitié ou moins encore de ce qu’elle est dans son état normal.

Ensuite vient la période de l’allaitement, durant laquelle elle ne vit pas pour elle-même ; elle vit plutôt pour remplir le dépôt que la nature lui a confié. Pendant cette période, les précieuses substances de son corps se transforment en lait maternel pour son enfant. De la nourriture, seule la quantité nécessaire à son existence est assimilée par son organisme, tandis que le reste se transforme en lait maternel. Après cela, pendant une longue période, toute son attention doit rester tournée vers l’éducation, les soins, la protection et la formation de son enfant.

À l’époque actuelle, on a résolu le problème de l’allaitement en fournissant aux enfants une nourriture venue de l’extérieur. Mais ce n’est nullement une solution adéquate. En effet, rien ne peut constituer un substitut convenable à ce que la nature a conservé dans le lait maternel pour nourrir l’enfant. Priver celui-ci de cet aliment n’est rien d’autre qu’une grave injustice et un acte d’égoïsme. Tous les spécialistes s’accordent à dire que, pour le véritable développement de l’enfant, il n’existe aucun aliment supérieur au lait maternel.

Afin que la mère puisse, l’esprit tranquille et en toute assurance, se consacrer à ses occupations à l’extérieur tout en étant rassurée au sujet de son enfant, on a proposé, pour l’éducation et la formation de celui-ci, les « maisons de soins » ou les « foyers pour enfants ». Mais il n’est pas possible de fournir dans une « maison de soins » ou un foyer pour enfants l’affection maternelle véritable. D’où viendraient, dans le cœur d’une nourrice salariée, la tendresse, l’amour, la sollicitude et la bienveillance nécessaires au premier âge de l’enfance ? Cette nouvelle méthode d’éducation des enfants n’a pas encore été mise à l’épreuve. Cette nouvelle méthode d’éducation des enfants n’a pas encore été mise à l’épreuve. Les descendants produits par la nouvelle fabrique des foyers pour enfants n’ont pas encore donné de résultats. Jusqu’à présent, on n’a pas encore pu observer leur tempérament, leur caractère, leurs mœurs, leur conduite ni leurs actes. Il ne serait donc pas convenable de se prononcer d’avance sur le succès ou l’échec de cette expérience et d’affirmer que le monde a découvert un substitut convenable au giron maternel. Le fait que le giron maternel soit le lieu naturel où l’enfant est élevé et instruit demeure encore universellement reconnu.

Il est maintenant compréhensible, même pour une personne douée d’un minimum de bon sens, que, quand bien même les forces physiques et mentales ainsi que les aptitudes de l’homme et de la femme seraient égales, la nature ne leur a néanmoins pas imposé des responsabilités égales. En dehors de semer la semence pour la perpétuation de la lignée, aucune tâche n’a été imposée à l’homme. Après cela, il est entièrement libre. Il peut accomplir toute autre tâche de la vie. En revanche, toute la responsabilité d’œuvrer à la perpétuation de la lignée a été confiée à la femme. Alors qu’elle se trouvait encore dans l’utérus maternel, elle a été transformée et façonnée afin d’être rendue apte à assumer cette responsabilité. Tous les organes de son corps ont été formés en fonction de celle-ci. C’est pour cette raison que, durant toute sa jeunesse, elle est soumise au cycle menstruel. Pendant cette période, chaque mois, durant trois à dix jours, elle devient incapable d’assumer la responsabilité d’une tâche particulièrement importante ou d’accomplir un travail physique et mental difficile, quel qu’il soit. C’est pour cette raison qu’elle doit subir de terribles souffrances pendant toute l’année de la grossesse et de la période qui la suit. Durant cette période, elle se trouve en réalité dans un état de semi-vie. C’est pour cette raison que les deux années de l’allaitement s’écoulent pour elle de telle manière qu’elle irrigue le champ de l’humanité avec son propre sang et le rend fertile et abondamment pourvu par les flots de son sein. C’est pour cette raison que les quelques années consacrées aux premiers soins et à l’éducation de l’enfant s’écoulent dans un tel labeur et de telles peines que, durant ce temps, le sommeil de la nuit et le repos du jour lui deviennent interdits. Ainsi, elle sacrifie, pour les générations futures, son bien-être et sa tranquillité, ses joies et ses plaisirs, ainsi que tous les désirs de la nature.

Si telle est la réalité, réfléchissez et voyez où se trouve la justice. Est-ce donc justice que la femme assume seule toutes les responsabilités que lui impose la nature et qu’en outre on fasse peser sur ses épaules le fardeau de toutes les responsabilités sociales, alors que l’homme a été libéré par la nature de toutes les responsabilités qu’elle lui a attribuées ? Lui dira-t-on ceci : « Ô femme ! Porte aussi les fardeaux de toutes les souffrances et de toutes les peines que la nature a placés sur toi, et, de plus, joins-toi à nous pour travailler et gagner ta subsistance. Participe avec nous, à égalité, au gouvernement du pays, à la justice, à l’industrie, au commerce, à l’agriculture, au maintien de la paix dans le pays, à sa défense et à toutes les tâches semblables. Entre dans notre société et divertis-nous. Procure-nous les moyens de satisfaire nos désirs de luxe, nos réjouissances, nos plaisirs et notre bien-être. »

Ce n’est pas de la justice, mais de l’injustice ; ce n’est pas l’égalité, mais une inégalité manifeste. La véritable justice devrait être que celle à qui la nature a imposé des responsabilités beaucoup plus lourdes soit autorisée à accomplir les tâches légères et faciles de la société. En revanche, celui à qui la nature n’a imposé aucune responsabilité devrait accomplir les tâches sociales importantes et exigeant le plus de labeur. En outre, il devrait également assumer la responsabilité de subvenir aux besoins de la famille, de la prendre en charge et de la protéger.

Imposer à la femme les travaux extérieurs n’est pas seulement une injustice ; en réalité, elle ne possède pas non plus la pleine aptitude à accomplir les tâches viriles mentionnées plus haut. Seule peut être apte à accomplir toutes ces tâches une personne dont la capacité de travail est inflexible, qui peut s’acquitter constamment et toujours de ses devoirs avec une telle compétence, et dont on peut faire confiance aux forces physiques et mentales. Mais comment celles qui, chaque mois, deviennent incapables ou peu aptes pendant une durée considérable, et dont la capacité de travail descend à maintes reprises au-dessous du niveau souhaité, pourraient-elles porter le fardeau de toutes ces responsabilités ? Imaginez une armée ou une marine composée de femmes, dont certaines, précisément au moment de la guerre, seraient alitées dans une maternité, tandis qu’un groupe important serait devenu incapable de travailler du fait de la grossesse. Si l’on prend l’exemple de l’armée, vous direz que c’est une tâche extrêmement difficile. Mais que dire de la police, de la magistrature, de la diplomatie, des chemins de fer et de l’industrie et du commerce ? Laquelle de ces fonctions ne requiert pas une force de travail compétente et constamment fiable ? Ainsi, ceux qui veulent faire accomplir aux femmes le travail des hommes ont probablement l’intention soit de transformer toute la gent féminine en hommes et de détruire la race humaine, soit de déguiser obligatoirement en hommes un certain pourcentage de femmes et de les choisir pour subir le châtiment, soit d’abaisser le niveau de compétence requis pour toutes les sortes de travaux sociaux.

Mais quelle que soit la méthode susmentionnée que vous adoptiez, préparer la femme au travail de l’homme est totalement contraire aux exigences et aux lois de la nature ! Cela n’est bénéfique ni à l’humanité ni à la société des femmes. Puisque, selon la physiologie, la femme a été créée pour enfanter et élever ses enfants, la nature a également déposé en elle, du point de vue psychologique, des qualités telles que l’amour et l’affection, la compassion, la tendresse maternelle, la douceur du cœur, une sensibilité aiguë, une émotivité et des élans affectifs souples, qualités qui conviennent parfaitement aux tâches quotidiennes que la nature lui a assignées.

Dans la vie conjugale, l’homme est honoré pour son activité, tandis que la femme l’est pour être influencée par l’activité. C’est pourquoi la femme a été dotée de qualités qui la préparent à agir principalement dans le sens de la réceptivité. Au lieu de dureté, elle possède douceur, tendresse et souplesse. Au lieu d’exercer une influence, elle est portée à la recevoir. Au lieu d’agir, elle a la capacité de recevoir l’action. Au lieu de fermeté et d’inflexibilité, elle tend à céder, à se montrer humble et modeste. Au lieu d’arrogance et d’audace, elle manifeste le refus, l’instinct de fuite et la résistance. Dans toutes les activités et tous les domaines de la vie qui exigent dureté, domination, autorité, opposition et indifférence, et où la détermination ferme et la conviction sont nécessaires plutôt que des émotions et des désirs faibles, comment la femme pourrait-elle réussir ? Faire entrer la femme dans ces domaines de la société revient à détruire la féminité ainsi que ces domaines eux-mêmes.

Cela n’entraîne pas le progrès de la femme, mais sa déchéance. On n’appelle pas progrès le fait d’étouffer les aptitudes naturelles d’une personne pour lui inculquer des capacités artificielles contraires à sa nature ; le véritable progrès consiste plutôt à rendre l’homme vigoureux et épanoui, et à lui créer les possibilités d’agir.

La féminité n’y connaît aucun succès, mais seulement l’échec. Dans certains domaines de la vie, la femme est faible tandis que l’homme avance avec force. Dans d’autres, l’homme est faible et la femme prend les devants. On fait entrer la malheureuse femme en compétition avec l’homme dans les domaines de la vie où elle est faible. Il en résultera inévitablement que la femme sera toujours reconnue inférieure à l’homme. Quelles que soient les méthodes adoptées, même si tous les hommes du monde unissaient leurs efforts acharnés, ils ne pourraient faire surgir du peuple féminin ni Aristote, ni Avicenne, ni Kant, ni Hegel, ni Omar Khayyam, ni Shakespeare, ni Alexandre, ni Napoléon, ni Saladin, ni Nizam al-Mulk Tusi, ni Bismarck, pas même une mère appartenant à la classe ordinaire.

Cela ne favorise pas la civilisation, mais lui nuit. La vie humaine et la civilisation ont besoin de dureté et d’intransigeance, tout comme elles ont besoin de douceur et de souplesse. Elles ont autant besoin d’un général compétent, d’un conseiller avisé et d’un excellent gouvernant que d’une excellente mère, d’une excellente épouse et de membres exemplaires de la famille. Quelle que soit la catégorie que l’on exclue des deux, la civilisation en pâtira nécessairement.

Il s’agit d’une telle répartition du travail (Division of work) que la nature a établie entre les deux catégories. Toutes les sciences, notamment la biologie, la psychologie et la sociologie, indiquent cette répartition du travail. Le fait que la responsabilité de mettre les enfants au monde et de les élever soit confiée à la femme est une vérité décisive. Cela lui fixe une limite dans la civilisation humaine. Aucun système artificiel ne peut modifier cette décision. Une civilisation juste ne peut être que celle qui accepte pleinement cette décision. Ensuite, elle placera la femme à la place qui lui convient et lui accordera la considération sociale qui lui est due. Elle reconnaîtra ses droits légitimes, civils et économiques. Elle lui confiera uniquement les responsabilités du foyer, et confiera à l’homme les responsabilités extérieures ainsi que la tutelle de la famille. La civilisation qui tentera d’abolir cette répartition du travail pourra, temporairement, exhiber les signes du progrès matériel et du faste, mais sa destruction finale sera certaine. Car lorsque des responsabilités économiques et civilisationnelles égales à celles de l’homme seront imposées à la femme, elle rejettera le fardeau des responsabilités naturelles qui lui incombent. Ainsi, ce ne sera pas seulement la civilisation qui sera détruite, mais aussi l’humanité. Si la femme entreprend des efforts contraires à sa nature et à sa constitution naturelle, elle pourra, dans une certaine mesure, assumer le travail de l’homme ; mais l’homme ne pourra en aucune manière être capable de mettre les enfants au monde et de les élever.

Les conditions indispensables du régime familial qui sera établi en tenant compte de cette répartition naturelle du travail, ainsi que de la répartition des rôles entre l’homme et la femme, sont exposées ci-dessous :

1. Il incombera à l’homme de gagner de quoi faire vivre la famille, de la soutenir et de l’entretenir, ainsi que d’accomplir dans la civilisation les travaux fondés sur l’effort. Son éducation devra être telle qu’il soit le plus apte possible à atteindre tous ces objectifs.

2. Il incombera à la femme d’élever les enfants, d’accomplir les tâches intérieures du foyer et de rendre la vie familiale merveilleusement douce et agréable. Il faudra lui donner une éducation appropriée et la préparer à atteindre cet objectif.

3. Afin de maintenir la discipline familiale et de la préserver de l’autorité d’autant de chefs qu’il y a de membres, il faut conférer à une seule personne une autorité légale, afin que la famille ne se transforme pas en une armée sans tête. Il faut se rappeler qu’une telle personne ne peut être qu’un homme. En effet, le membre de la famille dont l’esprit et les facultés mentales s’altèrent régulièrement pendant les menstruations et la grossesse ne peut, en aucune circonstance, être apte à exercer cette autorité.

Dans l’ordre civilisationnel, il faudra adopter les mesures préventives nécessaires pour préserver la répartition du travail, l’éducation et l’administration, afin qu’aucun individu ou groupe d’individus insensés ne ruine, par sottise, cet ordre civilisationnel en unifiant les domaines d’activité des hommes et des femmes.

 

Les erreurs et les défaillances humaines

Si l’on veut élaborer un ordre civilisationnel sain en tenant compte des exigences de la nature humaine, de ses tendances humaines et de toutes les particularités de sa constitution physique, il a déjà été tenté de démontrer, au moyen de discussions approfondies et érudites ainsi que d’examens et de recherches scientifiques, quels devraient être ses principes et ses conditions fondamentaux concernant les rapports entre l’homme et la femme, c’est-à-dire sous l’angle des relations sexuelles. Tout ce qui a été dit à ce sujet l’a été dans un langage dépourvu d’ambiguïté, sans laisser place à aucune répétition. Les questions abordées sont extrêmement claires du point de vue du savoir et de la science, et, en général, tous les esprits éclairés en sont pleinement informés. Mais le comble de la faiblesse humaine est que, parmi tous les ordres civilisationnels élaborés par les efforts de l’homme, aucun n’a intégré pleinement et harmonieusement ces conseils clairs et justes de la nature. Il est pourtant évident que l’homme n’ignore pas ses exigences naturelles. Son état psychique et ses caractéristiques physiques ne lui sont pas inconnus. Malgré cela, il est également tout à fait clair qu’il n’a jusqu’à présent réussi à élaborer aucun ordre civilisationnel harmonieux dont les principes intègrent de manière cohérente toutes ces exigences, caractéristiques, significations et finalités.

La véritable cause du désespoir

L’unique cause du désespoir est précisément celle à laquelle il a été fait allusion dès le début de cet ouvrage. C’est une faiblesse naturelle de l’être humain que son regard n’embrasse pas globalement tous les aspects d’une question. Il y en a toujours un qui l’attire. Ensuite, lorsqu’il penche d’un côté, l’autre côté sort du champ de sa vision, ou bien il néglige volontairement les autres aspects et poursuit sa route ; dans les affaires insignifiantes et personnelles de la vie, la faiblesse humaine apparaît bien clairement.

Les problèmes de la culture et de la civilisation sont nombreux et d’une vaste portée. Ces problèmes comportent en outre d’innombrables aspects manifestes et cachés. Comment serait-il donc possible que tous ces problèmes soient à l’abri de l’influence de la faiblesse humaine ?

Certes, l’homme a reçu la connaissance et la conscience. Mais, en général, la conscience seule ne l’aide pas à résoudre les problèmes de la vie. L’attachement et l’inclination le rendent unilatéral et, lorsqu’il s’engage dans une direction particulière, il sollicite l’aide de la connaissance et de la conscience pour la soutenir. Dans ces circonstances, même si sa connaissance veut le conduire dans une autre direction et que sa conscience s’oppose à son attitude unilatérale, il ne reconnaît pas sa faute ; au contraire, il contraint sa connaissance et sa conscience à inventer des arguments en faveur de ses désirs et de ses inclinations.

Quelques exemples manifestes

Parmi les problèmes sociaux qui font aujourd’hui l’objet de notre discussion, l’obstination, les excès extrêmes et les insuffisances de l’être humain se sont manifestés de cette manière.

Un groupe de gens, s’étant excessivement tourné vers la moralité et la spiritualité, en vint à considérer les relations sexuelles entre l’homme et la femme comme une chose absolument détestable. Nous observons cette aberration dans les doctrines bouddhiste, chrétienne et hindoue. Nous constatons que, sous son influence, dans une grande partie du monde, que ces relations sexuelles aient lieu dans les limites de la famille ou en dehors de celles-ci, elles sont considérées comme une action répréhensible. Quelle en a été la conséquence ? La vie contre nature et contraire à la civilisation de l’ascétisme fut considérée comme l’objectif de la moralité et de la purification de l’âme. Parmi l’humanité, beaucoup d’hommes et de femmes gaspillèrent leurs forces mentales et physiques en suivant une voie contraire à la nature, c’est-à-dire en luttant contre elle. Ceux qui s’unirent conformément aux exigences de la nature le firent avec cet état d’esprit, comme s’ils avaient été contraints de satisfaire une nécessité odieuse. Il est évident que ce genre de relation ne peut faire naître entre époux ni amour ni affection, ni aide ni compassion. Non seulement une civilisation bonne et progressiste ne peut en naître, mais c’est précisément le résultat des conceptions prétendument morales que la dignité de la femme est atteinte. Les partisans aveugles de l’ascétisme ont qualifié l’attirance sexuelle d’incitation satanique et la femme de « suppôt de Satan ». Ils ont considéré la femme comme une créature impure de cette sorte, si bien que quiconque aspire à la pureté du cœur se trouve dans l’obligation de la haïr. La littérature chrétienne, bouddhiste et hindoue présente ce genre de conception de la femme, et il est aisé de comprendre quelle peut être la dignité de la femme dans un système social fondé sur cette conception et cette doctrine.

À l’opposé exact, il existe un autre groupe, partisan des besoins physiques, qui est allé si loin dans ce domaine qu’il a dépassé, loin s’en faut, les exigences de la nature humaine, et même celles de la nature animale. Dans la civilisation occidentale, cela s’est manifesté d’une manière si évidente qu’il n’est plus possible de le dissimuler. Selon la loi de ce pays, l’adultère n’est pas un crime. La contrainte ou l’atteinte aux droits légaux d’autrui sont considérées comme des crimes. Si l’on ne commet aucun de ces deux crimes, l’adultère n’est certes pas punissable ; de plus, il n’est même pas considéré comme un crime honteux. Jusqu’à ce point, ils demeuraient dans les limites de la nature animale. Mais ensuite, ils allèrent plus loin encore. Ils négligèrent même la procréation, qui est le but des relations sexuelles chez les animaux. Ils firent des relations sexuelles un simple moyen de jouissance physique. L’être humain, créé comme la meilleure des créatures, se transforma ici en la plus vile des créatures. Tout d’abord, s’écartant de la nature humaine, il établit, à l’instar des animaux, des relations sexuelles débridées sur lesquelles aucune civilisation ne peut être édifiée. Puis il s’écarta même de la nature animale et interrompit également l’aboutissement naturel des relations sexuelles : la naissance d’enfants. Son objectif est que de futurs descendants ne puissent pas naître pour assurer la pérennité de l’humanité.

Un groupe prit certes conscience de l’importance de la famille, mais sa gestion fut organisée au moyen de liens si rigoureux que l’individu fut mis aux fers et qu’aucun équilibre ne fut maintenu entre les droits et les devoirs. Le système familial des hindous en est un exemple éclatant. Ici, la femme ne jouit d’aucune liberté dans sa volonté ni dans ses activités. Elle n’a aucun droit dans la civilisation ni dans les moyens de subsistance ; esclave en tant qu’épouse, elle est encore esclave en tant que mère. Dans le veuvage, sa vie est pire que celle d’une esclave : elle est, de son vivant, comme une morte. Son lot ne comporte que l’accomplissement des devoirs ; il n’est pour elle question d’aucun droit. Dans ce système social, on s’efforce dès le début de faire de la femme un être privé de parole, afin qu’aucun sentiment de sa propre personnalité ne puisse naître en elle. Il ne fait aucun doute que, par cette méthode, les fondements de la famille deviennent solides et qu’il n’y a plus aucune crainte de voir la femme se révolter dans cette famille. Mais, en humiliant et en dégradant la moitié de la nation, ce système social a, en réalité, commis dans sa structure une injustice si terrible que la société hindoue en subit aujourd’hui les conséquences.

Le deuxième groupe tenta d’élever la dignité de la femme et lui accorda une pleine liberté dans sa volonté et ses activités. Dans ce domaine, on franchit tellement les limites que la discipline familiale fut complètement détruite. L’épouse est indépendante, la fille est indépendante, le fils est indépendant ! En réalité, dans la famille, il n’y a personne qui soit le chef ou l’aîné respecté. Personne n’y détient d’autorité. Le mari ne peut pas demander à sa femme : « Où as-tu passé la nuit ? » Le père ne peut pas dire à sa fille : « Avec qui fréquentes-tu et où vas-tu ? » Le mari et la femme ne sont que deux amis égaux, et ils mènent leur foyer à égalité de conditions. L’enfant est comme un membre mineur de cette « association familiale ». Dans ce groupe, on ne trouve pas les moyens d’obtenir l’obéissance, pourtant indispensables en raison des divergences, même légères, de tempérament et de nature. Tel est le système social occidental. C’est ce système social occidental dont les porte-drapeaux prétendent avoir apporté une révolution à la civilisation et à l’organisation sociale. Pour voir la véritable nature de leur révolution, il faut lire le compte rendu de quelque tribunal matrimonial et de divorce d’Europe ou d’Amérique, ou de quelque Juvenile Court‘1 : il faut en examiner le compte rendu. Les chiffres de la criminalité récemment publiés par le Home Office anglais montrent que le nombre de délits commis parmi les garçons et les filles mineurs augmente rapidement. On en a également donné cette véritable raison : la discipline familiale est devenue extrêmement faible.2

Aucune civilisation humaine n’a réussi à comprendre correctement l’élément de pudeur et de décence préservé dans la nature humaine, et en particulier dans la nature féminine, ni à le concrétiser effectivement dans l’habillement et les usages sociaux ! La pudeur et la décence sont considérées comme une qualité suprême de l’être humain — et particulièrement de la femme. Mais cette qualité ne s’est manifestée ni par des moyens rationnels ni à travers des usages convenables, dans l’habillement et la vie sociale. Personne n’a tenté de définir correctement les limites du « sitr-e awrat » ni de le préserver uniformément. La manifestation de la pudeur dans l’habillement et le comportement des hommes et des femmes n’a été définie sur la base d’aucun principe. Aucune limite correcte et rationnelle n’a été fixée quant aux parties du corps qui doivent être couvertes ou découvertes dans les relations et les rencontres entre hommes, entre femmes ou entre hommes et femmes. L’importance que cette question revêtait du point de vue de la civilisation, de la bienséance et de la morale générale a été exactement compensée par l’indifférence dont elle a fait l’objet. On l’a en partie abandonnée aux coutumes propres à chaque pays, puisque les usages en vigueur changent avec les conditions générales. Le problème est que les individus ne disposent ni d’une volonté, ni d’un goût, ni d’une capacité de choix leur permettant d’adopter à leur gré une voie correcte. Il en résulte, dans l’habillement et la vie sociale des différents groupes, un étrange mélange de pudeur et d’impudeur. On n’y trouve ni rapport réciproque rationnel, ni unité, ni cohérence, ni trace de principe. Dans les pays orientaux, la chose est simplement demeurée disparate. Mais, dans l’habillement et la vie sociale des nations occidentales, l’obscénité a dépassé de telles limites qu’elles ont déraciné la pudeur et la décence. Leur nouvelle conception fut que la pudeur et la bienséance ne sont pas des sentiments naturels, mais qu’elles sont nées de l’habitude de porter des vêtements. Le « satr-e awrat » et la pudeur n’ont aucun rapport avec la morale et la bienséance ; ils ne seraient au contraire qu’un moyen de susciter l’attrait sexuel chez l’être humain.1La concrétisation de cette philosophie de l’impudeur se trouve dans les vêtements semi-nus, les concours de beauté corporelle, les danses nues, les images de nudité, les représentations obscènes sur scène, le mouvement croissant du nudisme (Nudsim), ainsi que dans le retour de l’être humain vers l’animalité de la femme chaste, vertueuse et pieuse.

On trouve également cet excès dans l’autre aspect du problème. Ceux qui ont accordé de l’importance à la morale et à la pureté ont assuré la sécurité de la femme, non en la considérant comme un être vivant et doué de conscience, mais en la regardant comme un ornement inanimé, tel un joyau d’une valeur inestimable. Ils ont également évité la question de son instruction et de son éducation. Pourtant, cette question est aussi importante pour la femme que pour l’homme, pour le bien de la civilisation et de la culture. À l’inverse, ceux qui ont compris l’importance de l’instruction et de l’éducation de la femme ont, en négligeant l’importance de la morale et de la pureté, semé d’un autre côté les germes de la destruction de la civilisation et de la culture.

Ceux qui ont pris en considération le système naturel de division du travail (Division of Labour) ont confié à la femme, dans le service de la civilisation et de la société, uniquement les travaux domestiques et l’éducation des enfants. La charge de gagner sa subsistance fut confiée à l’homme. Mais ils ne purent maintenir l’équilibre dans cette division du travail. Ils privèrent la femme de tous ses droits économiques. Aucun droit successoral ne lui fut accordé. La pleine propriété des biens et des possessions fut attribuée à l’homme. Ainsi, en rendant la femme économiquement infirme, ils établirent en réalité entre l’homme et la femme une relation de maître à servante. Un autre groupe apparut pour remédier à cette situation. Il voulut accorder à la femme des droits économiques et culturels. Mais il commit à son tour une autre erreur. Le matérialisme avait obscurci son esprit. C’est pourquoi il comprit que libérer la femme de l’esclavage économique et culturel signifiait qu’elle devait, comme l’homme, devenir une personne de la famille gagnant un revenu. Pour assumer toutes les responsabilités de la civilisation, elle devait elle aussi y participer à égalité avec l’homme. Selon la conception matérialiste, ce système présentait un grand attrait. En effet, il ne fit pas seulement diminuer le lourd fardeau de l’homme : la participation de la femme à la recherche de moyens de subsistance permit aussi d’acquérir des richesses et des biens de luxe en quantité presque double.

En outre, pour administrer le système économique et social de la nation, on disposa de deux fois plus de mains et d’esprits qu’auparavant. Il en résulta un développement soudain et accéléré de la civilisation. L’inclination excessive vers les aspects matériels et économiques devint telle que les autres aspects de la vie civilisée furent négligés et abandonnés, alors que leur importance n’était nullement moindre du point de vue économique et matériel. Ainsi, bien qu’ils connussent les lois et les règles naturelles, ils continuèrent à les violer volontairement. Leurs propres recherches scientifiques en témoignent. Ils avaient revendiqué la justice envers la femme ; mais l’injustice qu’ils commirent en réalité fut démontrée par leurs expériences et leurs observations. Ils voulurent accorder des droits égaux à la femme, mais, dans la pratique, ils établirent précisément l’inégalité entre la femme et l’homme. Leurs sciences et leurs techniques en apportent la preuve. Ils voulurent réformer la civilisation et la culture, mais, en réalité, ils créèrent les moyens les plus redoutables de leur destruction. Nous pouvons connaître les détails de cette situation à travers les faits et les chiffres qu’ils ont rapportés. Il convient de préciser qu’ils ne sont pas conscients de toutes ces données ; mais, comme cela a déjà été exposé, c’est une faiblesse humaine que de ne pas pouvoir adopter, lorsqu’on élabore les lois de la vie, des dispositions équilibrées et appropriées tenant compte de tous les principes. Sa nature pousse l’être humain vers l’une ou l’autre extrémité et, lorsqu’il s’y dirige, de nombreux éléments échappent à son regard. De même, bien que de nombreux faits viennent à sa connaissance, il les néglige et ferme les yeux alors même qu’il les voit. C’est ici le témoignage d’un aveugle qui est exposé. En vérité, quelle meilleure preuve de l’aveuglement volontaire pourrait-on trouver ?

Le scientifique russe Anton Nemilov était un communiste convaincu. Il consacra près de deux cents pages de son ouvrage intitulé The Biological Tragedy of Woman¹ à démontrer, par des expériences scientifiques, l’inégalité naturelle entre la femme et l’homme. Pourtant, après avoir consigné toutes les données scientifiques, il écrit lui-même :

Si l’on disait aujourd’hui qu’il faut accorder à la femme des droits limités dans le système civilisé, les gens le soutiendraient au moins. Quant à nous, nous sommes fermement opposés à cette proposition. Nous ne devons pas non plus nous leurrer en considérant comme une tâche facile l’établissement de l’égalité entre la femme et l’homme dans la vie réelle. Nulle part dans le monde on n’a déployé autant d’efforts qu’en Russie soviétique pour égaler la femme et l’homme. Malgré cela, le fait est que la situation de la femme au sein de la famille n’a guère changé. — p. 76

Non seulement aucun changement ne s’est produit dans la famille, mais il ne s’en est produit aucun non plus dans la société. Une conviction profonde selon laquelle les femmes et les hommes ne peuvent être égaux n’est pas seulement solidement ancrée dans les classes populaires ; elle l’est également chez les personnes hautement instruites de l’État soviétique. Cette idée a profondément influencé les femmes : si on les considère comme les égales des hommes, alors

1. La traduction anglaise de cet ouvrage fut publiée à Londres en 1932

elles considéreront que l’on a fait déchoir l’homme de sa dignité. En outre, elles qualifieront cela de faiblesse et d’impuissance masculine. Si nous cherchons à connaître l’opinion d’un scientifique, d’un écrivain, d’un étudiant, d’un commerçant et de cent communistes sur cette question, nous constaterons qu’ils ne considèrent jamais les femmes comme leurs égales. Si nous lisons un roman contemporain, même s’il est écrit par un auteur profondément épris de liberté, nous y trouverons quelque part une description qui réfutera l’idée susmentionnée de l’égalité entre les femmes et les hommes.

— p. 95-194

Quelle en est la raison ?

La raison en est qu’ici entre en conflit avec les principes révolutionnaires une vérité très importante. Cette vérité est la suivante : du point de vue de la physiologie, l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas possible, et les mêmes responsabilités ne leur ont pas été attribuées. — p. 77

Une autre citation rendra la question encore plus claire : en somme, la licence sexuelle s’est manifestée au grand jour parmi tous les travailleurs. Elle a créé une situation terrifiante et menace de provoquer la destruction du système socialiste. Il faut la combattre par tous les moyens possibles. Car il est extrêmement difficile de lutter sur ce front. Je pourrais citer des centaines de milliers de cas qui prouveraient que la licence sexuelle ne s’est pas seulement répandue parmi les ignorants, mais aussi parmi les hauts fonctionnaires, hautement instruits et intelligents.

— p. 202-203

Que les propos précédents sont clairs et probants ! D’un côté, il y a la reconnaissance explicite que la nature n’a pas établi l’égalité entre la femme et l’homme. La tentative d’instaurer l’égalité dans la vie pratique a échoué. Dans la mesure où une certaine égalité a été établie en luttant contre la nature, un flot d’obscénité s’est répandu dans la même mesure, et l’ensemble de l’organisation sociale a été sur le point de s’effondrer. D’un autre côté, on affirme que les droits de la femme ne seront pas réglementés dans l’organisation sociale et que, si cela devait être fait, nous nous y opposerions. Quelle preuve plus éclatante peut-on donner à ce sujet que celle-ci : l’être humain n’est pas ignorant ; il est au contraire savant et conscient. Et pourtant, quel grand esclave de la nature est-il ! Il considère comme mensongères les vérités et les théories qu’il a lui-même découvertes, et il nie ses propres expériences et observations. Fermant les yeux de tous côtés, il avance d’un seul élan derrière ses instincts jusqu’à atteindre leurs limites illusoires. Quels que soient les arguments et les preuves irréfutables et solides que sa propre connaissance, son intelligence et sa conscience puissent présenter contre cette arrivée à une extrémité aussi funeste, et quelles que soient les conséquences mauvaises et empoisonnées que ses yeux puissent constater, tout cela est vain.

**********

***********

As-tu considéré celui qui a pris sa passion pour divinité ? Allah, en toute connaissance de cause, l’a égaré, a scellé ses oreilles et son cœur, et a placé un voile sur ses yeux. Qui donc le guidera après Allah ? Ne réfléchirez-vous donc pas ?

— Sourate al-Jâthiya : 23

Le principe d’équilibre dans la loi islamique

Dans ce monde d’excès extrêmes et de déficiences dépourvu d’équilibre, il n’existe qu’un seul système civilisationnel dans lequel on puisse trouver une justice et un équilibre parfaits, et qui prenne en considération chaque aspect de la nature humaine, y compris ses aspects cachés. Il a été élaboré sur la base d’une connaissance parfaite et particulière de la constitution physique de l’être humain — notamment de ses instincts bestiaux —, de sa nature psychique, de ses traits psychologiques et de ses besoins naturels. L’objectif naturel qui se trouve derrière chacune de ces créations a été pleinement réalisé de telle manière qu’aucun autre objectif, aussi infime soit-il, ne soit entravé ou compromis. Enfin, la coordination de tous ces objectifs contribue à la réalisation d’un objectif immense : celui de la vie humaine. Cette justice, cet équilibre et cette harmonie sont si parfaits qu’aucun être humain ne peut les établir par son propre savoir, ses efforts et sa conduite. Qu’une loi soit créée par l’homme tout en n’y présentant aucune orientation unilatérale est absolument impossible. Il ne s’agit même pas de créer soi-même une loi ; la réalité est que l’homme ordinaire ne peut comprendre pleinement la portée de cette réglementation juste, équilibrée et absolument scientifique, à moins de posséder une érudition exceptionnelle et de mener pendant des années des recherches et des expériences à son sujet. Si je loue cette loi, ce n’est pas parce que je crois en l’islam ; c’est plutôt parce que je crois en l’islam, car je vois en lui un équilibre et une harmonie parfaits, ainsi qu’une concordance totale avec les lois de la nature. En constatant tout cela, mon cœur témoigne que l’Auteur de toutes ces lois et règles est nécessairement et exclusivement Celui qui a créé les cieux et la terre et qui possède la connaissance du présent et de l’avenir. En vérité, Lui seul peut indiquer aux descendants égarés d’Adam, qui se précipitent dans des directions diverses, le moyen juste et adéquat de suivre la justice et la voie médiane.

**************

**************

 

Le système social islamique

।।Un ।।

La perspective fondamentale

L’une des particularités de l’islam est qu’il met lui-même en lumière les secrets de ses lois et de ses règles. Concernant les dispositions de l’islam qui régissent les relations entre les femmes et les hommes dans la société, l’islam lui-même nous a expliqué sur quels principes fondamentaux des sciences et des connaissances, ainsi que sur quels mystères de la nature, ces dispositions sont fondées.

L’essence fondamentale de la relation conjugale

Le premier mystère qui a été dévoilé à cet égard est le suivant :

****************************

J’ai créé toute chose par paires. — Sourate adh-Dhâriyât : 49

Dans ce verset, il est fait allusion à une signification très vaste de la loi sexuelle. L’ingénieur de la nature universelle dévoile ainsi son propre art et sa propre technique d’ingénieur : il a construit toutes les machines de la nature universelle conformément à la loi sexuelle, c’est-à-dire qu’il a construit toutes les parties de ces machines par paires ; et toute la merveilleuse ingéniosité que l’on observe dans cet univers créé n’est que le résultat étonnant de cette règle de la dualité !

Examinons maintenant ce qu’est la loi sexuelle. L’essentiel de cette loi est que l’un des éléments possède l’action et que l’autre possède la tendance à recevoir l’action. Chez l’un se trouve l’influence, chez l’autre la reconnaissance de cette influence. Chez l’un se trouve la capacité d’établir une liaison, chez l’autre la tendance à être lié. Cette liaison et le fait d’en offrir la possibilité, cette action et la tendance à la recevoir, cette influence et sa reconnaissance, cette autorité et l’acceptation de l’autorité : la relation entre ces différents éléments constitue la relation conjugale entre deux choses. C’est de cette relation que procède toute construction, et c’est par la construction que fonctionne l’atelier de l’ensemble de la création. Tout ce qui existe dans l’univers créé a été créé par paires, dans sa propre catégorie. Dans chaque paire, la relation conjugale que l’on observe sous son aspect fondamental est la suivante : l’un est l’agent et l’autre celui qui reçoit son action. Certes, dans chaque catégorie de l’univers créé, cette relation revêt une forme différente : on observe un type de liaison entre les matières, et un autre type dans les matières solides en croissance. On observe encore un autre type de liaison ou de loi conjugale chez les êtres vivants. Toutes ces lois conjugales diffèrent et se distinguent selon leur état propre et leur objectif naturel. Mais, parmi toutes, l’essentiel de la loi conjugale est un et identique, quelle que soit la forme ou la catégorie. Pour que s’accomplisse le véritable objectif de la nature, c’est-à-dire la construction et l’obtention d’une forme construite, il est indispensable que, dans une paire, l’un possède la force d’agir et l’autre la force de recevoir l’action.

Après avoir compris la signification du verset mentionné plus haut, on peut en déduire trois principes fondamentaux de la loi conjugale :

1. La formule selon laquelle Allah Tout-Puissant a créé l’univers entier, et la méthode qu’Il a établie comme principe de fonctionnement de Son propre atelier, ne peuvent jamais être impures ni viles ; elles sont au contraire, dans leur essence, pures et honorables. Il est donc souhaitable qu’elles existent. Les adversaires de l’atelier peuvent les considérer comme impures et odieuses, et s’en tenir éloignés. Mais le Créateur et Propriétaire de l’atelier ne souhaitera jamais que Son atelier cesse de fonctionner. Lui aussi souhaitera que les différentes parties des machines de l’atelier restent en marche et continuent d’accomplir leur fonction.

2. L’action et la réception de l’action sont toutes deux également nécessaires au fonctionnement de cet atelier. L’existence de l’agent et de celui qui reçoit son action est d’une égale importance dans cet atelier. Il n’y a ni honneur particulier attaché à l’action de l’agent, ni déshonneur attaché à la réception de l’action par l’autre. La perfection de l’agent consiste en ce qu’il possède la force d’agir et les qualités de l’agent, afin de pouvoir accomplir convenablement le côté actif de la relation conjugale. Si quelqu’un employait les pièces d’une machine ordinaire à une tâche pour laquelle elles n’ont pas été fabriquées, au lieu de leur faire accomplir leur fonction véritable, on le qualifierait d’insensé et d’inexpérimenté. Tout d’abord, cette tentative échouerait et, si l’on essayait de les y contraindre, la machine serait détruite. Il en va de même pour l’immense machine de l’univers créé. Seul un insensé et un inexpérimenté pourrait concevoir de placer l’agent à la place de celui qui reçoit son action, et celui qui reçoit l’action à la place de l’agent. Il pourrait ensuite manifester une stupidité encore plus grande en faisant cette tentative et en espérant y réussir. Mais le Créateur de cette immense machine n’agira jamais ainsi. Il maintiendra l’agent dans la fonction active et lui donnera une formation appropriée ; et, en assignant la partie réceptrice à la fonction de recevoir, Il organisera en elle le développement de l’aptitude à recevoir l’action.

3. L’action possède une certaine supériorité sur la réception de l’action. Il ne s’agit pas de dire que l’action comporte l’honneur et que sa réception comporte, à l’inverse, le déshonneur ; cette supériorité signifie plutôt que l’action contient en réalité l’excellence, la force et l’influence. Si une chose agit sur une autre, c’est parce que la première, comparée à la seconde, est supérieure, plus puissante et capable d’exercer une influence. Si une chose reçoit l’action et en subit l’influence, c’est parce qu’elle est vaincue, faible et apte à subir une influence. De même que l’existence de l’agent et de celui qui reçoit l’action est également nécessaire pour que l’action s’accomplisse, de même l’agent doit posséder la supériorité et la capacité d’exercer une influence, tandis que celui qui reçoit l’action doit posséder la capacité de reconnaître cette prééminence et de recevoir l’influence. En effet, si tous deux étaient égaux en force et qu’aucun ne détenait la prééminence sur l’autre, aucun ne reconnaîtrait l’influence de l’autre et aucune action ne s’accomplirait. Si le tissu possédait la même dureté que l’aiguille, la couture ne pourrait être réalisée. Si la terre ne possédait pas de souplesse pour reconnaître la prééminence de la bêche et de la charrue, l’agriculture et les travaux de construction deviendraient impossibles. En somme, aucune des actions qui s’accomplissent dans le monde ne pourrait se réaliser s’il n’y avait pas, pour chaque agent, un être qui reçoive son action et qui soit apte à subir son influence. Ainsi, la nature de celui qui, dans le couple, est l’agent exige qu’il possède l’excellence, la fermeté et la force d’autorité, ce que l’on appelle la virilité. Il est souhaitable qu’il soit ainsi afin d’accomplir son devoir en tant que partie active. En revanche, la nature de celui qui reçoit l’action exige qu’il possède la douceur et la tendance à recevoir l’influence, ce que l’on appelle la féminité. Car ce sont ces qualités qui peuvent lui permettre de réussir dans la fonction réceptrice de la relation conjugale. Ceux qui ignorent ce profond mystère prennent la supériorité personnelle de l’agent au sens de l’honneur et de la dignité, et considèrent alors celui qui reçoit l’action comme inférieur et méprisable ; ou bien, niant entièrement cette supériorité, ils tentent de créer chez celle qui reçoit l’action toutes les qualités qui devraient se trouver chez l’agent. Mais l’Ingénieur qui a créé ces deux parties les installe dans la machine de telle sorte que, du point de vue de l’honneur, elles soient semblables, et qu’elles soient égales en matière d’instruction, d’éducation, d’entretien et de bienfaits reçus. Toutefois, il faut créer entre elles la domination et la dépendance qu’exige la nature de l’action et de la réception de l’action, afin que le but de la relation conjugale soit atteint. À l’inverse, il ne faut pas qu’elles deviennent toutes deux des pierres dures, ce qui ne pourrait produire entre elles qu’un conflit, sans leur permettre d’adopter une quelconque ligne d’action commune ni aucune méthode de coopération.

Tels sont les principes fondamentaux qui se dégagent du sens premier de l’institution conjugale. Le simple fait que la femme et l’homme existent par paires, en tant qu’êtres matériels, exige que ces principes fondamentaux soient présents dans leur relation. En poursuivant notre réflexion, nous verrons que, dans l’ordre social établi par le Créateur des cieux et de la terre, une attention particulière a été accordée aux trois éléments mentionnés plus haut.

La nature animale de l’être humain et ses exigences

Avançons maintenant d’un pas. L’existence de la femme et de l’homme n’est pas seulement une existence matérielle ; elle est aussi une existence animale. De ce point de vue, quelle exigence se trouve à l’origine de leur relation conjugale ?

Le Coran dit :

********************

Allah, le Très-Haut, a créé pour vous des épouses issues de vous-mêmes. Il a également créé des couples parmi les animaux. C’est ainsi qu’Il vous a dispersés sur la terre. — Sourate Ach-Choura, 11

*************************

Vos femmes sont pour vous comme un champ.

— Sourate Al-Baqara : 223

Dans le premier verset, la création des êtres humains et des animaux par couples est mentionnée conjointement. Il y est dit que leur finalité commune est d’assurer la procréation par leurs relations conjugales.

Dans le deuxième verset, l’être humain est distingué de la simple catégorie animale, et il est exposé que, parmi les animaux, cette forme particulière de relation conjugale comporte un rapport entre le champ et le cultivateur. C’est une vérité conforme à la biologie. Du point de vue biologique, c’est là la plus belle comparaison que l’on puisse donner de la femme et de l’homme.

De ces deux versets, on peut encore dégager trois principes fondamentaux. Les voici :

  • Allah Ta‘âlâ a créé les couples humains, comme ceux des autres êtres vivants, afin que leur relation sexuelle permette la procréation. Cela répond à la nature animale de l’être humain, et il faut lui donner la possibilité de satisfaire ce besoin. Il n’a pas créé l’être humain afin que certains de ses membres ne fassent sur terre que subvenir à leurs propres besoins, mais Il a insufflé dans la nature animale de l’être humain une attirance sexuelle telle que les époux puissent s’unir et continuer à assurer leur descendance afin de faire prospérer la terre d’Allah. Par conséquent, toute loi venant d’Allah ne peut jamais avoir pour objectif de réprimer ou d’abolir l’attirance sexuelle ; elle doit nécessairement prévoir les moyens permettant à l’être humain de satisfaire ce besoin naturel.

2. Après avoir comparé la femme et l’homme au cultivateur et au champ, il est dit que la relation entre les époux humains se distingue de celle qui existe entre les autres êtres vivants. Même si l’on cesse de les considérer en tant qu’êtres humains pour les considérer comme des animaux, on constate que la constitution physique de ces deux êtres, l’homme et la femme, est telle qu’entre eux doit exister une relation aussi solide et inébranlable que celle qui unit le cultivateur à son champ. Le travail du cultivateur ne consiste pas seulement à jeter la semence dans sa terre : il doit aussi l’irriguer, veiller sur la semence et la récolte, et en assurer l’entretien. De même, la femme n’est pas un champ dans lequel un être quelconque aurait simplement jeté une semence en passant, après quoi un arbre serait apparu spontanément ; la réalité est que, lorsque cette femme devient enceinte, elle dépend en fait du cultivateur, qui doit subvenir à ses besoins, prendre soin d’elle et assumer pleinement ses responsabilités.

3. Selon la biologie, l’attirance sexuelle qui existe entre les époux humains est exactement semblable à celle qui existe chez les autres animaux. Chaque être d’une espèce éprouve une attirance sexuelle animale envers chaque être du sexe opposé, et l’immense désir de procréer qui a été déposé en eux attire réciproquement les individus des deux sexes chez lesquels la capacité de procréer existe effectivement. Par conséquent, la loi établie par le Créateur de l’univers ne peut ignorer cette faiblesse de la nature animale de l’être humain. Car elle recèle une tendance considérable à l’anarchie sexuelle, qui ne peut être maîtrisée sans des méthodes particulières de protection. Si elle échappe une fois à tout contrôle, l’être humain devient plus vil encore que l’animal.

(Arabe******************************)

J’ai certes créé l’être humain dans la plus belle des formes, puis Je le réduis au plus bas des déchus — sauf ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres. — Sourate At-Tîn : 4-6

 

La nature humaine et ses aspirations

Il a été dit précédemment que la nature animale constitue le sol et le fondement de la création humaine. C’est sur ce sol que l’édifice de l’humanité a été élevé. Parmi les choses nécessaires au maintien de l’existence individuelle et collective de l’être humain, Allah a placé, dans sa composante animale, les aspirations de chacun ainsi que la capacité de chacun à les satisfaire. Il n’est donc nullement dans la volonté d’Allah d’empêcher la satisfaction de l’une de ces aspirations ou de détruire l’une de ces capacités. Car toutes ces dispositions sont nécessaires, et sans elles l’être humain et l’espèce humaine ne peuvent subsister. Toutefois, la nature veut que, dans la satisfaction de ses aspirations et l’usage de toutes ses capacités, l’être humain n’adopte pas une méthode purement animale ; au contraire, pour les aspirations qu’il porte dans sa composante humaine et pour les besoins supra-animaux qui existent en lui, il est souhaitable que sa manière d’agir soit humaine sous tous ces rapports. À cette fin, Allah a fixé les limites de la charia, afin que les actes humains soient soumis à une règle et à une discipline. En outre, cet avertissement a été lancé : si l’on transgresse les limites ou si l’on adopte une méthode inférieure, la destruction devient inévitable.

(Arabe********************************)

Celui qui transgresse les prescriptions d’Allah se fait du tort à lui-même. — Sourate At-Talâq : 1

Observez maintenant vers quelles caractéristiques et quelles aspirations de la nature humaine le Noble Coran attire l’attention en matière de vie conjugale.

Voici l’explication du type de relation que la nature humaine a déposé entre les deux catégories [l’homme et la femme] :

(Arabe**************************)

Parmi Ses signes, il y a le fait qu’Il a créé pour vous, à partir de vous-mêmes, des épouses afin que vous trouviez auprès d’elles la tranquillité, et Il a établi entre vous affection et miséricorde. — Sourate Ar-Rûm : 21

(Arabe**********************)

Elles sont votre parure et vous êtes leur parure. — Sourate Al-Baqara : 187

Dans le verset précédent, où il est question de la création des couples parmi les humains et les animaux, le seul objectif mentionné de cette création est la perpétuation de l’espèce. Ici, en distinguant l’être humain de l’animal, il est exposé que la création des couples poursuit un objectif plus élevé : leur relation n’est pas simplement sexuelle, mais fondée sur l’amour et l’affection. Ils partagent mutuellement leurs joies et leurs peines. Il existe entre eux une compagnie, une union et une proximité semblables à celles qui existent entre le corps et le vêtement qu’il porte. Une telle relation entre les deux constitue la pierre angulaire de la civilisation humaine, comme cela a déjà été dit. Les deux mots arabes employés à cet endroit indiquent que la femme représente pour l’homme une source de tranquillité et de joie, et que sa vocation naturelle consiste à insuffler la tranquillité et les parcelles de joie dans ce monde de lutte et d’activité : telle est la vie familiale de l’être humain. Les Occidentaux ont certes négligé l’importance de cette vie familiale au profit des commodités et des plaisirs matériels. En réalité, cette sphère familiale possède, dans l’organisation civilisationnelle et sociale, une importance égale à celle des autres domaines ; elle est tout aussi indispensable à la vie civilisée que les autres domaines.

2. Cette relation sexuelle ne requiert pas seulement un amour réciproque entre l’époux et l’épouse ; elle exige également qu’une relation profonde et sincère s’établisse avec les enfants qui naîtront de cette union. C’est pourquoi le Créateur de l’univers a disposé l’organisation physique de l’être humain, en particulier celle de la femme, ainsi que les conditions naturelles de la grossesse et de l’allaitement, de telle sorte que l’affection et la tendresse envers l’enfant s’enracinent dans son sang, sa chair et chacune de ses particules. Le Saint Coran dit :(Arabe******************)

Sa mère l’a porté dans son sein avec beaucoup de peine. Puis, après deux années, elle l’a sevré.

— Sourate Luqmân : 14

(Arabe********************************)

Sa mère l’a porté dans son ventre au prix de grandes souffrances, l’a mis au monde dans de grandes souffrances, et trente mois se sont écoulés depuis la conception jusqu’au sevrage. — Sourate Al-Ahqaf : 15

Il en va de même pour l’homme, bien que, du point de vue de l’amour pour les enfants, il soit quelque peu inférieur à la femme.

(Arabe****************************)

L’amour des choses agréables établit chez les êtres humains des relations de filiation et des relations matrimoniales. Puis, de ces relations naît la famille, de la famille naît le clan, et du clan naît la nation. Ensuite, de l’ensemble de ces relations se forme la civilisation.

(Arabe*******************************)

Et c’est Lui, Allah le Très-Haut, qui a créé l’être humain à partir de l’eau. Puis Il a établi entre eux des relations de filiation et des relations matrimoniales. — Sourate Al-Furqan : 54

(Arabe***************************)

Ô humains ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme. Puis Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous reconnaissiez les uns les autres. — Sourate Al-Hujurat

Ainsi, les relations de filiation, de lignée et de mariage constituent en réalité les fondements premiers et naturels de la civilisation humaine. Cette institution civilisationnelle repose sur une situation où l’identité des enfants est rattachée à leurs parents et où leur lignée est préservée.

3. Le désir naturel de l’être humain est que, s’il souhaite laisser à quelqu’un une partie du fruit du labeur de sa vie, il veuille la laisser à ses enfants et à ses proches ; il la leur laissera donc, eux avec lesquels il a été uni toute sa vie par les liens du sang.

(Arabe******************************)

Conformément aux prescriptions du Coran d’Allah, parmi les proches, certains ont davantage droit que d’autres à l’héritage. – Al-Anfâl

(Arabe*******************************)

Ceux que vous avez pris pour fils adoptifs, Allah ne les a pas faits vos fils. – Sourate Al-Ahzâb

Ainsi, la préservation de la lignée est également nécessaire pour la répartition de l’héritage.

4. La pudeur est une disposition tout à fait naturelle de la nature humaine. Allah a créé dans la constitution physique de l’être humain le désir de garder couvertes certaines parties de son corps. C’est ce désir inscrit dans sa constitution physique qui a contraint l’être humain, depuis les temps les plus anciens, à porter une forme ou une autre de vêtement. Dans ce chapitre, le Coran réfute sans ambiguïté les théories modernes. Le Coran affirme que, pour les hommes comme pour les femmes, éprouver de la pudeur à exposer les parties du corps humain qui suscitent l’attirance sexuelle et chercher à les couvrir constitue une exigence naturelle de la nature humaine. Satan, bien sûr, souhaite que les êtres humains les laissent découvertes.

(Arabe*******************************)

Puis, lorsqu’ils eurent tous deux goûté au fruit de cet arbre, les parties couvertes de leur corps furent découvertes, et ils se mirent à les couvrir avec les feuilles du Paradis.

— Sourate Al-A‘râf :

Le Coran dit de nouveau qu’Allah a institué le vêtement afin que, d’une part, il couvre la nudité et que, d’autre part, il serve de parure. Il ne suffit pas de couvrir la nudité ; il faut également que la crainte d’Allah réside dans le cœur.

(Arabe*********************)

Nous vous avons donné des vêtements pour couvrir vos parties intimes et pour vous parer ; mais le vêtement de la piété est meilleur. — Sourate Al-A‘râf, 26

Telle est la conception fondamentale de l’organisation sociale islamique. Après avoir gardé cette conception dans votre cœur, étudiez la forme détaillée de cette organisation sociale, qui a été élaborée sur cette base. En l’étudiant, vous devriez examiner avec un regard pénétrant dans quelle mesure ont été préservées la rigueur, l’utilité, la cohérence et la rationalité nécessaires pour appliquer à la lettre les doctrines qu’Islam a adoptées comme fondement de sa législation. Dans toutes les sortes de systèmes élaborés par l’homme que nous avons observées, nous avons relevé cette faiblesse manifeste : leurs doctrines fondamentales et leurs détails concrets ne présentent pas une harmonie ni une cohérence parfaites. Une grande divergence apparaît entre les principes et leurs ramifications. Les principes sont exposés d’une certaine manière, tandis que les menus détails définis pour leur donner une forme concrète prennent une autre forme. Une doctrine est proposée après s’être élevée dans le ciel de la pensée, de la recherche et du raisonnement. Mais, en descendant du monde supérieur vers le champ de l’action réelle, l’homme, confronté aux problèmes, perd tout cela à tel point qu’il ne se souvient même plus de sa propre doctrine. Examinez attentivement les lois humaines, comme avec une longue-vue, d’un regard particulièrement critique, afin de voir si la législation qu’un garçon du désert d’Arabie a présentée au monde, sans qu’aucun conseil législatif ni comité restreint n’ait été consulté pour l’élaborer, comporte quelque part une quelconque incohérence, erreur ou défaillance.

 

L’organisation sociale islamique

Deux

Principes fondamentaux et dispositions obligatoires

Le problème le plus important dans l’édification de la société, comme cela a été exposé ailleurs, consiste à préserver l’inclination sexuelle de la débauche et à la soumettre à un ordre et à une discipline. Car sans cela, l’ordre de la civilisation ne peut être maintenu. Si cette règle venait à être transgressée, il n’existerait aucun moyen de préserver l’être humain d’une terrible déchéance morale et mentale. À cette fin, l’islam a soumis les relations entre hommes et femmes à des limites distinctes et les a rattachées à un seul cadre.

 

Hommes et femmes interdits

En premier lieu, la loi islamique a déclaré haram les uns pour les autres les hommes et les femmes qui sont contraints de vivre ensemble en raison de leur cohabitation ou de liens de parenté très proches, à savoir : la mère et le fils, le père et la fille, le frère et la sœur, la tante paternelle et le fils du frère, l’oncle paternel et la fille du frère, la tante maternelle et le fils de la sœur, l’oncle maternel et la fille de la sœur, le beau-père et la fille, la belle-mère et le fils, la belle-mère et le gendre, le beau-père et la belle-fille, la belle-sœur et le beau-frère [deux sœurs prises ensemble], ainsi que les hommes et les femmes unis par l’allaitement. En déclarant haram les relations matrimoniales entre toutes ces personnes, la loi les a purifiées à tel point de tout désir sexuel qu’elles ne peuvent même pas concevoir la moindre attirance sexuelle. [Bien entendu, s’il s’agit de personnes aux instincts bestiaux qui ne sont soumises à aucun lien moral, c’est un autre cas.]

 

Interdiction de l’adultère

Après avoir fixé ces limites, la seconde restriction imposée est la suivante : toute femme mariée à un autre homme est haram. Avec toutes les autres femmes qui restent en dehors de celles-ci, les relations sexuelles illicites ont été déclarées haram.

(Arabe*********************************)

Ne vous approchez même pas de la fornication. Car elle est, d’une part, une obscénité et, d’autre part, une voie erronée.

— Sourate Banî Isrâ’îl : 32

 

Le mariage

Ainsi, par l’imposition de contrôles, d’obstacles et d’interdictions, toutes les voies de la licence sexuelle ont été fermées. Mais une voie a été laissée ouverte afin de satisfaire les désirs et les besoins de la nature bestiale de l’être humain et de maintenir en vigueur les règles et les méthodes établies par l’atelier de la nature. Il a été dit : « Satisfais ce désir et ce besoin, mais non par des relations isolées et irrégulières. Non plus en le faisant en cachette, ni par la voie de l’obscénité publique ; mais par une démarche régulière et une déclaration publique, de sorte qu’il soit connu et manifeste pour tous dans ta société qu’un tel homme et une telle femme sont devenus l’un à l’autre.

(Arabe************************)

Toutes les autres femmes que celles-ci vous sont rendues licites, afin que vous puissiez établir avec elles une relation légitime en échange de vos biens [dot], et non une relation sexuelle libre. ………… Épousez-les donc avec la permission de leurs tuteurs. ……… Qu’elles soient ainsi liées par le mariage, et non pour se donner l’apparence d’amantes, publiquement ou secrètement. — Sourate An-Nisâ’ : 24-25

Observez ici l’équilibre de l’islam. La relation sexuelle qui, en dehors du lien conjugal, était haram et odieuse, une fois entrée dans les limites du mariage, n’est pas seulement devenue licite : elle s’est transformée en une œuvre de grande piété. Il est ordonné de l’accepter, tandis que l’abstention est désapprouvée. Une telle relation entre l’époux et l’épouse devient un acte d’adoration. Même si l’épouse jeûne un jeûne surérogatoire, ou se consacre à la prière et à la récitation, afin d’éviter de satisfaire le désir légitime de son mari, elle sera pécheresse. À ce sujet, écoutez quelques-unes des nobles paroles du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — :

(Arabe******************************)

Vous devriez vous marier. Car le mariage est un excellent moyen de préserver les deux yeux des regards concupiscents et de protéger les parties intimes. Ceux d’entre vous qui n’ont pas la possibilité de se marier doivent jeûner, car le jeûne réprime le désir sexuel. – Tirmidhi

(Arabe***************************************)

Par Allah, je suis, parmi vous, le plus fervent dans la crainte d’Allah et dans le souci d’éviter Son mécontentement. Pourtant, je jeûne, je romps le jeûne, je prie, je dors la nuit et je me marie. Ceci est ma sunna ; quiconque se détourne de ma sunna n’a aucun lien avec moi. – Bukhari

(Arabe*********************************)

Qu’une épouse ne jeûne pas volontairement sans l’autorisation de son mari. – Bukhari

(Arabe*****************************)

Lorsqu’une femme passe la nuit séparée de son mari, les anges la maudissent jusqu’à ce qu’elle retourne auprès de lui. – Bukhari

(Arabe*************************************)

Lorsque l’un de vous voit une femme et est attiré par sa beauté, qu’il se rende auprès de son épouse. Car ce que cette femme possède se trouve également chez son épouse. — Tirmidhi

L’objectif de la Loi islamique derrière toutes ces directives est de fermer toutes les voies menant à la dépravation sexuelle. Les relations sexuelles doivent être confinées dans les limites du mariage. En dehors de ces limites, toute forme d’excitation sexuelle doit être évitée autant que possible. Lorsque l’excitation sexuelle se produit sous l’effet des exigences de la nature ou d’un événement quelconque, un cadre doit être désigné pour la satisfaire. Ce cadre est l’épouse pour le mari et le mari pour l’épouse. Toutes ces dispositions ont été prises afin que l’être humain puisse se préserver de toute excitation artificielle et auto-induite ainsi que de toute activité désordonnée, et consacrer ses forces avec constance à l’ordre civilisé. Allah Tout-Puissant a insufflé dans chaque homme et chaque femme l’amour et l’attirance sexuels nécessaires au fonctionnement de cette institution ; que tout cela soit consacré à la formation de la famille et à sa stabilité. Les relations conjugales sont souhaitables à tous égards, car elles répondent aux exigences de la nature humaine et animale ainsi qu’à l’objectif de la loi d’Allah. En revanche, renoncer au mariage est répréhensible à tous égards, car cela conduit nécessairement à l’une de deux actions blâmables : soit l’être humain ne satisfera pas les exigences de la loi naturelle et dépensera ses forces à lutter contre la nature, soit, contraint par les exigences de la nature, il satisfera ses désirs par des voies erronées et illicites.

 

L’organisation de la famille

Après avoir établi que le désir sexuel est un moyen de créer la famille et d’assurer sa stabilité, l’islam organise la famille. Là encore, il a pleinement tenu compte, avec équilibre, de tous les aspects de l’ordre naturel qui ont été exposés précédemment. J’ai exposé en détail, dans l’ouvrage intitulé Haqq-uz-Zawjain [Les droits des époux], la mesure de justice observée dans la détermination des droits de l’homme et de la femme. En l’étudiant, vous saurez que l’islam a instauré entre les deux catégories toute l’égalité qu’il est possible d’établir. Mais l’islam ne soutient aucune égalité contraire à l’ordre naturel. En tant qu’être humain, la femme possède exactement les mêmes droits que l’homme.

(Arabe**********************************)

Mais, en raison de sa qualité de chef, il bénéficie d’un statut personnel, non pas au sens de l’honneur du mari, mais au sens de l’influence et de l’autorité. Cela a été accordé à l’homme en toute justice.

(Arabe********************************)

Ayant ainsi établi entre la femme et l’homme la relation naturelle de « giyânî » et de « giyân-pradatte », l’islam organise la famille de la manière suivante :

 

L’autorité et la prééminence de l’homme

Au sein de la famille, l’homme détient le statut de chef et de dirigeant ; autrement dit, il est le gouverneur, le protecteur et le garant des questions morales et de toutes les affaires de la famille. Son obéissance est obligatoire pour son épouse et ses enfants [à condition toutefois qu’il n’ordonne pas de désobéir à Allah et au Messager]. Il incombe au mari de subvenir aux besoins de la famille et de se procurer les biens indispensables à la vie quotidienne.

(Arabe************************************)

Les hommes exercent leur autorité sur les femmes en vertu du fait qu’Allah a élevé l’un des deux groupes au-dessus de l’autre, et aussi parce que les hommes dépensent leurs biens pour la dot et l’entretien. — Sourate An-Nisâ’, 34

(Arabe********************************)

L’homme est le gouverneur de son épouse, de ses enfants et de sa famille, et il devra en rendre compte à Allah dans l’au-delà. — Al-Bukhari

(Arabe*********************************)

La femme vertueuse obéit à son mari et, par la grâce d’Allah, préserve son honneur en son absence. — Sourate An-Nisâ’, 34

(Arabe************************************)

Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : lorsqu’une femme sort de chez elle sans la permission de son mari, chaque ange du ciel ne cesse de la maudire ; et tant qu’elle ne revient pas, tous ceux qu’elle rencontre sur son chemin, à l’exception des djinns et des êtres humains, la blâment.

(Arabe***********************************)

À l’égard de celles de vos femmes dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les. Si elles ne cessent pas, séparez-vous d’elles dans les lits. Si cela ne les corrige pas, frappez-les. Puis, si elles vous obéissent, ne cherchez pas de prétexte pour les maltraiter. — Sourate An-Nisâ’, 34

(Arabe********************************)

J’ai prescrit à l’être humain de bien traiter ses père et mère. Mais s’ils te pressent de M’associer quelque chose dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas. — Sourate Al-Ankabût, 8

(Arabe************************************)

L’organisation de la famille a été conçue de telle manière qu’elle ait un chef et un dirigeant. Au sujet de ceux qui tenteraient de détruire cet ordre et cette discipline, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a prononcé l’avertissement suivant :

(Arabe************************************)

Quiconque cherche à détériorer les relations entre un mari et son épouse n’a aucun lien avec moi.

 

Le domaine d’activité de la femme

Dans ce système, la femme a été faite reine du foyer. La responsabilité de subvenir aux besoins du ménage incombe au mari, tandis que la gestion du foyer au moyen des revenus acquis est la tâche de la femme.

(Arabe********************************)

La femme est responsable de la gestion du foyer de son mari et elle devra rendre compte de cette gestion. — Boukhari

Elle a été dispensée des responsabilités extérieures au foyer : ainsi, la prière du vendredi ne lui a pas été rendue obligatoire. Le jihâd ne lui est pas non plus obligatoire ; si cela s’avère nécessaire, elle peut toutefois se rendre auprès des combattants pour les servir. Cette question sera examinée convenablement plus loin. Il ne lui est pas nécessaire de participer aux funérailles ; au contraire, il lui a été interdit d’y prendre part. — Boukhari

Il ne lui a pas été imposé d’accomplir la prière en assemblée ni de se rendre à la mosquée. Bien qu’elle ait été autorisée à aller à la mosquée sous certaines restrictions, cela n’a pas été considéré comme préférable.

Il ne lui a pas été permis de voyager autrement qu’accompagnée d’un homme mahram. —Tirmidhî

En somme, sortir de chez elle est désapprouvé pour la femme à tous égards, et, selon la loi islamique, ce qui lui convient est de rester au foyer.(Arabe******************)—[Cela signifie : demeurez dans vos foyers. Certains disent que cet ordre s’adressait exclusivement aux épouses du Prophète (s), car le verset commence par : « Ô épouses du Prophète ! » Mais, parmi toutes les prescriptions énoncées dans ce verset, laquelle est réservée aux épouses du Prophète ? Il y est dit : « Si vous êtes pieuses, ne parlez à personne sur un ton enjôleur, de peur que celui dont le cœur est malade ne nourrisse quelque espoir à votre égard. Parlez d’une manière convenable. Demeurez dans vos foyers. Ne sortez pas en vous parant et en vous donnant des airs, à la manière des femmes de l’époque de l’Ignorance. Accomplissez la prière, acquittez-vous de la zakât et obéissez à Allah et à Son Messager. Allah veut vous préserver de toute souillure. »

Réfléchissez à ces prescriptions. Laquelle d’entre elles ne s’appliquerait pas aux femmes en général ? Les femmes ordinaires ne doivent-elles pas être pieuses ? Parleront-elles aux hommes qui leur sont étrangers sur un ton enjôleur ? S’abstiendront-elles d’accomplir la prière, de s’acquitter de la zakât et d’obéir à Allah et au Messager ? Allah veut-Il les laisser dans la souillure ? Si toutes ces prescriptions s’adressent aux femmes en général, pourquoi la seule formule « demeurez dans vos foyers » serait-elle réservée aux épouses du Prophète ?

En réalité, cette conception erronée vient de ce que les gens voient au début du verset ces mots : « Ô épouses du Prophète ! Vous n’êtes pas comme les autres femmes. » Mais la tournure est exactement la même que lorsqu’on dit à l’enfant d’une famille distinguée : « Vous n’êtes pas comme les enfants des gens ordinaires, à errer dans les rues et les marchés et à commettre de mauvaises actions, n’est-ce pas ? »

Vous devez vous déplacer avec une certaine prudence. Cela ne signifie pas qu’il serait convenable ou souhaitable que les autres garçons et filles errent effrontément dans les marchés et les bazars, ni qu’ils ne doivent pas être vertueux. L’objectif est plutôt de fixer ainsi une norme de bonne moralité, afin que tout garçon ou toute fille qui souhaite devenir semblable aux enfants d’une famille distinguée s’efforce d’atteindre ce niveau [standard]. Le Coran a adopté cette manière de conseiller les femmes parce qu’à l’époque de l’Ignorance en Arabie, les femmes jouissaient d’une liberté semblable à celle qui existe aujourd’hui en Europe. Par l’intermédiaire du Saint Prophète (s), elles étaient progressivement amenées à suivre la civilisation islamique, et des limites morales ainsi que des règles de discipline sociale leur étaient prescrites. Dans ces circonstances, la vie des Mères des croyants fut soumise à un encadrement particulier, afin qu’elles puissent servir de modèles aux autres femmes et que leur manière de vivre puisse être suivie dans les foyers des musulmans ordinaires. C’est également l’avis exprimé par l’érudit Abou Bakr Hissam dans son ouvrage intitulé Ahkâm al-Qur’ân. Il dit que, bien que cette prescription ait été révélée au sujet du Prophète (s) et de ses épouses, son application concerne tout autant le Prophète universel et les musulmans ordinaires. En effet, nous avons reçu l’ordre de suivre le Prophète, et les prescriptions révélées au Prophète s’appliquent également à nous. Seules certaines prescriptions ont été clairement indiquées comme étant propres au Prophète. Ouvrage cité, tome III]

Tel est le sens manifeste du verset. Toutefois, cette question n’a pas été soumise à une rigueur excessive, car il arrive que, dans certaines circonstances, les femmes doivent sortir de chez elles. Il se peut qu’une femme n’ait aucun tuteur. Il se peut également que, du fait de la pauvreté, du chômage, de la maladie, de l’incapacité ou de nombreuses autres raisons semblables du chef de famille, la femme soit obligée de travailler à l’extérieur. Dans de telles situations, la loi a prévu une marge suffisante.

Il est rapporté dans un hadith :

(Arabe*****************************)

Allah Tout-Puissant vous a permis de sortir de la maison selon vos besoins.

– Boukhari

Mais le lieu de travail de la femme est sa maison. Dans cet ordre et ce système de la société islamique, une telle permission accordée en raison des circonstances et des besoins n’introduit aucune modification. Il s’agit simplement d’une permission accordée dans une situation particulière, et elle doit rester limitée à cette situation.

 

Restrictions nécessaires

Une femme majeure jouit d’une liberté suffisante dans ses propres affaires. Mais elle ne bénéficie pas d’une liberté aussi étendue que celle accordée à un homme majeur. Par exemple :

Un homme peut aller où il veut, comme il l’entend. Mais pour une femme — qu’elle soit vierge, mariée ou veuve — il est nécessaire, dans tous les cas, qu’un homme mahram l’accompagne lorsqu’elle voyage.

(Arabe************)

Il n’est pas permis à une femme qui croit en Allah et au Jour dernier de voyager pendant trois jours ou davantage sans être accompagnée de son père, de son frère, de son mari, de son fils ou d’un homme mahram.

(Arabe****************)

Il est rapporté d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : « Qu’une femme n’entreprenne pas un voyage d’un jour et d’une nuit sans être accompagnée d’un homme mahram. »

(Arabe*****************)

Il est également rapporté d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : « Il n’est pas licite pour une musulmane de voyager ne serait-ce qu’une seule nuit sans un homme mahram. » — Abû Dâwûd

La divergence concernant la durée du voyage dans ces différentes traditions ne rend pas particulièrement importante la question de savoir s’il s’agit d’un ou de deux jours. Ce qui est important, c’est que la femme n’a pas reçu la liberté de voyager seule, car cela est extrêmement préjudiciable. C’est pourquoi le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) n’a pas accordé tant d’importance à la fixation de la durée du voyage. Il a mentionné des durées différentes selon les circonstances, les époques et les situations.

L’homme a reçu une pleine liberté en matière de mariage. Il peut épouser toute femme musulmane ou appartenant aux gens du Livre, et il peut également garder une esclave. En revanche, la femme ne jouit pas d’une pleine liberté dans ce domaine. Elle ne peut épouser aucun non-musulman.

(Arabe************)

Elle ne leur est pas licite, et ils ne lui sont pas licites non plus. — Sourate al-Mumtahanah, 10

Elle ne peut pas non plus avoir de rapports sexuels avec cet esclave. De même que le Coran a autorisé à l’homme d’avoir des rapports avec une esclave, cette autorisation n’a pas été accordée à la femme. À l’époque de Hazrat Omar (r.a.), une femme, ayant mal interprété le Coran, eut des rapports avec son esclave. Lorsque Hazrat Omar (r.a.) l’apprit, il soumit l’affaire à l’assemblée consultative des Compagnons pour en discuter. Après délibération, la décision suivante fut adoptée à l’unanimité :

(Arabe***********)

Elle a dénaturé le Livre d’Allah.

Lorsqu’une autre femme demanda à Hazrat Omar (r.a.) l’autorisation d’accomplir un acte de ce genre, il lui infligea un châtiment sévère et dit :

(Arabe************)

Le bien des femmes arabes réside dans le fait qu’elles restent à l’abri des actes répréhensibles.

La femme peut choisir comme époux n’importe quel homme musulman libre, à l’exclusion de l’esclave et de l’infidèle. Toutefois, elle doit également obtenir à cet égard l’autorisation de son père, de son grand-père, de son frère et de ses autres tuteurs. Le tuteur n’a pas non plus le droit de marier une femme contre sa volonté. En effet, le Prophète a donné à ce sujet l’instruction suivante :

(Arabe***********)

Dans la décision concernant le choix d’un époux, la jeune fille a davantage de droits que son tuteur.

(Arabe**********)

Qu’une jeune fille vierge ne soit pas donnée en mariage sans son consentement.

Mais il n’est pas non plus convenable qu’une femme épouse celui qu’elle veut contre l’avis des hommes responsables de sa famille. C’est pourquoi, partout où le Noble Coran mentionne le mariage d’un homme, il est question de contracter soi-même le mariage. Ainsi :

(Arabe***********)

N’épousez pas les femmes polythéistes.

(Arabe************)

Ils les épousent avec la permission des membres de leur famille.

Mais là où il est question du mariage des femmes, il est dit de les marier. Ainsi :

(Arabe**********)

Mariez les veuves.

(Arabe**************)

Ne donnez pas vos femmes en mariage à des hommes polythéistes avant qu’ils n’aient embrassé la foi.

Tout cela signifie que, de même que la femme mariée est sous l’autorité de son mari, la femme célibataire est sous l’autorité de la personne responsable de la famille. Mais cette subordination ne signifie pas qu’elle n’a aucune liberté dans ses désirs et ses actes, ni qu’elle n’a aucune liberté dans ce qui la concerne. Elle signifie en réalité que la responsabilité de préserver l’ordre social des divisions et du désordre, ainsi que de protéger le caractère et les activités de la famille contre les dangers intérieurs et extérieurs, incombe à l’homme. Pour maintenir cet ordre, il est du devoir essentiel de la femme d’obéir à celui qui en assume la responsabilité, qu’il soit son mari, son père ou son frère.

 

Les droits de la femme

Ainsi, l’islam—(Arabe*************)— [qu’Allah Très-Haut a accordé à certains d’entre eux une dignité supérieure à d’autres] tout en le reconnaissant comme une vérité naturelle,(Arabe*********)— [que les hommes ont une certaine prééminence sur les femmes] l’a également établi correctement. Il reconnaît aussi correctement les différences biologiques et psychologiques qui existent entre la femme et l’homme. Il maintient exactement les différences qui existent et détermine leur statut ainsi que leurs allocations conformément à ces différences. Vient ensuite la question importante des droits de la femme. Pour déterminer ces droits, l’islam a pris en considération trois éléments.

Premièrement, l’autorité accordée à l’homme uniquement pour maintenir l’ordre de la famille ne doit pas lui permettre de commettre des injustices, et il ne faut pas non plus que la relation entre gouvernant et obéissante se transforme en une relation entre maître et esclave.

Deuxièmement, il faut accorder à la femme toutes les possibilités grâce auxquelles elle pourra épanouir ses talents naturels dans les limites de l’organisation sociale et participer au mieux à la construction de la civilisation.

Troisièmement, il faut rendre possible pour la femme d’atteindre les sommets du progrès et de la réussite. Mais tout ce qu’elle accomplira dans son progrès et sa réussite, elle l’accomplira en tant que femme. Elle n’a aucun droit de se donner l’apparence d’un homme, et la former à mener une vie masculine n’est bénéfique ni pour elle ni pour la civilisation. De plus, elle ne peut pas non plus réussir en menant une vie masculine.

En tenant pleinement compte des trois points exposés ci-dessus, l’islam a accordé à la femme de vastes droits civilisationnels et économiques, l’a honorée d’un haut respect et d’une haute dignité, et a fourni, parmi ses directives morales et juridiques, des garanties permanentes pour préserver tous ces droits et cette dignité. On ne trouve d’exemple comparable dans aucun système social ancien ou moderne du monde.

 

Les droits économiques

La question la plus importante et la plus nécessaire, par laquelle la dignité de l’être humain est établie dans la société et grâce à laquelle il peut préserver cette dignité, est son indépendance économique. À l’exception de l’islam, toutes les autres lois et réglementations ont maintenu la femme dans une situation de faiblesse économique, et la principale cause de son asservissement dans la société réside précisément dans cette détresse financière. L’Europe voulut mettre fin à cette situation et rendit donc la femme capable de gagner sa vie. Il en résulta un autre grand mal. L’islam adopta une voie intermédiaire entre ces deux positions. Il accorda à la femme de vastes droits successoraux. Elle reçoit une part de l’héritage de son père, de son mari, de ses enfants et de ses autres proches [selon le droit successoral, la femme reçoit la moitié de la part de l’homme. Cela s’explique par le fait qu’elle reçoit de son mari le mahr et son entretien. L’homme, lui, est privé de ces avantages. L’entretien de la femme n’incombe pas seulement obligatoirement au mari ; en l’absence de mari, son père, son frère, ses enfants ou d’autres proches responsables sont également tenus de subvenir à son entretien. Ainsi, puisque les lourdes responsabilités qui incombent à l’homme n’ont pas été imposées à la femme, la part successorale accordée à l’homme ne lui a pas été accordée à elle]. En outre, elle reçoit un mahr de son mari. Elle devient pleinement propriétaire des biens qu’elle acquiert par tous ces moyens, et ni son père, ni son mari, ni personne d’autre n’a le droit de les dépenser. De plus, si elle investit un capital dans une entreprise ou gagne de l’argent par son propre travail, elle en sera également propriétaire. Malgré cela, la responsabilité entière de son entretien incombe au mari. Quelle que soit la richesse de son épouse, le mari ne peut être libéré de la responsabilité de subvenir à son entretien. Ainsi, dans l’islam, la situation financière de la femme a été rendue si solide qu’elle se trouve souvent dans une meilleure situation que l’homme.

 

Les droits civilisationnels

La femme jouit d’un plein droit dans le choix de son mari. Personne ne peut la donner en mariage où que ce soit contre sa volonté, ni l’en empêcher. Toutefois, si elle choisit pour mari un homme inférieur à sa famille par sa lignée, ses tuteurs auront le droit de s’y opposer.

La femme a le plein droit de divorcer d’un mari désagréable, tyrannique ou incapable. L’islam a ordonné au mari d’exercer, avec bienveillance et compassion, les droits qui lui ont été accordés sur son épouse. Le Coran dit :

(Arabe**************************)

Traitez bien les femmes

(Arabe**************************)

N’oubliez pas de rendre vos relations mutuelles empreintes de compassion et d’affection.

Le noble Prophète (S) a dit :

(Arabe**************************)

Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui se montrent les meilleurs envers leurs épouses et qui traitent affectueusement les membres de leur propre famille.

Il ne s’agit pas seulement d’un conseil moral. Si le mari commet une injustice ou des sévices en exerçant ses droits sur son épouse, celle-ci aura le droit d’engager une procédure légale.

4. Les veuves et les femmes divorcées, ainsi que celles dont le mariage a été dissous conformément à la loi ou qui ont été séparées de leur mari, ont reçu le plein droit de se remarier. Il a été clairement stipulé à cet égard que l’ancien mari ou l’un quelconque de ses proches ne possède aucun droit sur ces femmes. Un tel droit n’a pas été accordé aux femmes dans la plupart des États d’Europe et d’Amérique.

5. Une égalité complète entre les femmes et les hommes a été établie dans les lois civiles et pénales. En matière de protection des biens, de la vie et de l’honneur, l’islam n’a établi aucune distinction entre les femmes et les hommes.

 

L’éducation des femmes

La femme n’a pas seulement été autorisée à acquérir une instruction religieuse et profane ; l’éducation des femmes a été considérée comme aussi nécessaire que celle des hommes. De même que les hommes recevaient du Noble Prophète (s) un enseignement religieux et moral, les femmes en recevaient également. Un horaire leur était fixé, et elles se présentaient alors auprès du Noble Prophète (s) pour recevoir son enseignement. Les épouses du Prophète, en particulier Hazrat Aïcha Siddîqa (ra), étaient les enseignantes non seulement des femmes, mais aussi des hommes ; de grands Compagnons et des Tabi‘în apprenaient auprès d’elle les hadiths, le tafsir et le fiqh. Il va sans dire que les femmes de condition honorable étaient concernées ; le Noble Prophète (s) ordonna même de dispenser un enseignement aux esclaves. Il dit :

(Arabe********************************)

Celui qui possède une esclave, lui dispense convenablement un enseignement, lui enseigne les bonnes manières et la décence, puis l’affranchit et l’épouse, recevra une double récompense.

Bukhari

Ainsi, du point de vue de l’éducation fondamentale, l’islam ne fait aucune distinction entre la femme et l’homme. Toutefois, une différence dans le type d’éducation est nécessaire. Selon l’islam, la véritable éducation de la femme consiste à la former pour qu’elle devienne une excellente épouse, une excellente mère et une excellente maîtresse de maison. Puisque son domaine d’activité est le foyer, il est nécessaire de lui donner une éducation qui puisse la rendre plus apte à y remplir son rôle. En outre, elle a besoin de ces connaissances qui permettent de former l’être humain véritable, de façonner son caractère et d’élargir sa manière de voir. Une telle éducation est indispensable à toute femme. Ensuite, si une femme possède une sagesse exceptionnelle et de grandes capacités intellectuelles et qu’après avoir reçu cette éducation elle souhaite encore obtenir une formation supérieure dans d’autres domaines du savoir et des sciences, l’islam ne fera pas obstacle à sa démarche. À condition toutefois qu’elle ne dépasse pas les limites fixées par la charia.

 

La véritable émancipation de la femme [Émancipation]

Tout cela ne concerne que les droits. Mais on ne peut mesurer par là l’immense faveur que l’islam a accordée à la femme. Toute l’histoire de la civilisation humaine témoigne qu’autrefois, dans le monde, la femme était considérée comme l’incarnation de l’humiliation, de la honte et du péché. Pour un père, la naissance d’une fille était un grand crime et un sujet de honte. Pour échapper à l’humiliation des relations avec les beaux-parents, la pratique du meurtre des filles s’était répandue. [Le Coran décrit en ces termes la mentalité de l’époque de la Jâhiliya :

(Arabe********************************)

Lorsqu’on annonçait à l’un d’entre eux la naissance d’une fille, son visage s’assombrissait, comme s’il avait bu du poison. Cette nouvelle le couvrait d’une telle honte qu’il ne pouvait montrer son visage. Il ne pouvait pas le montrer. Il se demandait : « L’accepterai-je malgré l’humiliation, ou l’enfouirai-je dans la terre ?]

Loin de se limiter aux ignorants et aux illettrés, même les milieux instruits et les chefs religieux furent longtemps confrontés à la question de savoir si la femme était véritablement un être humain, si Allah lui avait donné une âme, et ainsi de suite. Selon l’hindouisme, les Védas sont interdits aux femmes. Selon le bouddhisme, il n’existe aucune voie vers le nirvana pour celui qui entretient des relations avec une femme. Selon le christianisme et le judaïsme, la femme seule est responsable du péché humain. En Grèce, les maîtresses de maison n’avaient accès ni à l’éducation, ni à la civilisation et à la culture, ni aux droits liés à la vie civilisée. À Rome, en Iran, en Égypte, en Chine et dans les autres centres de civilisation, la condition de la femme était à peu près la même. Après des siècles d’esclavage, de soumission et de haine et d’humiliation universelles, le sentiment de sa propre dignité s’était effacé de l’esprit de la femme. Elle avait oublié avec quels droits elle était née dans ce monde et quelle place d’honneur lui revenait. L’homme considérait comme son droit de lui infliger injustice et oppression, tandis que la femme considérait comme son devoir de supporter ces sévices. On avait profondément enraciné en elle l’esprit de servitude, si bien que cet esprit de servitude avait été enraciné en elle d’une telle manière qu’elle éprouvait de la fierté à se dire l’esclave de son propre mari, et que le culte du mari constituait sa religion.

Dans une telle situation, celui qui a apporté une immense révolution, non seulement sur le plan juridique mais aussi sur le plan psychologique, c’est l’islam. L’islam est le seul à avoir transformé, chez les femmes et les hommes, la mentalité évoquée ci-dessus. Les slogans relatifs aux droits des femmes, à l’éducation des femmes et à l’éveil des femmes que vous entendez aujourd’hui ne sont que l’écho de ce message révolutionnaire qui fut prononcé par Hazrat Muhammad (S). Il a changé le cours de la pensée humaine et lui seul a fait entendre au monde cette parole : la femme est exactement un être humain, tout comme l’homme.

(Arabe***************************)

Allah vous a tous créés à partir d’un seul être humain et en a créé le couple. Aux yeux d’Allah, il n’existe aucune différence entre l’homme et la femme.

Sourate An-Nisâ : 1

(Arabe***************************)

L’homme recevra le fruit de ce qu’il aura accompli, et la femme recevra exactement le fruit de ce qu’elle aura accompli.

Sourate An-Nisâ : 32

La voie permettant à la femme d’atteindre, par la foi et les bonnes œuvres, le même rang que l’homme pour progresser spirituellement lui est également ouverte. Si l’homme peut devenir Ibrahim ibn Adham, nul ne peut faire obstacle à la femme sur la voie qui lui permet de devenir Rabia al-Basri.

(Arabe***************************)

Leur Seigneur répondit à leur prière : « Je ne laisserai perdre l’œuvre d’aucun de ceux qui œuvrent, qu’il soit homme ou femme ; vous êtes issus les uns des autres. »

– Al ‘Imran : 195

(Arabe***************************)

Et quiconque accomplit le bien — qu’il soit une femme ou un homme — s’il est croyant, ceux-là entreront au Paradis et aucune injustice, fût-elle du poids d’un atome, ne leur sera faite.

– An-Nisâ’ : 124

C’est encore Muhammad (s) qui est le seul à avoir averti les hommes que, tout comme les hommes ont des droits sur les femmes, les femmes ont également des droits sur les hommes.

(Arabe***************************)

De même que la femme a des responsabilités et des devoirs, elle a aussi des droits.

En outre, le vénérable Muhammad (s) a libéré les femmes de la honte, de l’humiliation et de l’opprobre, et les a honorées en leur conférant dignité et considération. Il a dit aux pères qu’une fille n’est pas une cause de honte pour eux ; au contraire, en l’élevant et en s’acquittant de ses droits, ils peuvent gagner le Paradis.

(Arabe***************************)

Si quelqu’un élève ses deux filles jusqu’à leur majorité, cette personne et moi comparaîtrons ensemble au Jour de la Résurrection comme mes deux doigts sont joints l’un à l’autre.

Muslim

(Arabe***************************)

Si quelqu’un a des filles et les élève, elles seront pour lui une protection contre l’Enfer.

— Nasaï

Le Noble Prophète (paix et bénédiction sur lui) a dit au mari que la bonne épouse est pour lui le plus grand bienfait sur terre.

(Arabe***************************)

La meilleure des bénédictions de ce monde est une bonne épouse.

An-Nasaï

(Arabe***************************)

Parmi les choses de ce monde, les femmes et le parfum me sont les plus chers, et la prière est ce qui réjouit mes yeux.

An-Nasaï

(Arabe***************************)

Parmi les bénédictions de ce monde, rien n’est meilleur qu’une excellente épouse.

Ibn Mâjah

Seul le Prophète de l’islam, le vénérable Muhammad (s), a déclaré que, après Allah et Son Messager, c’est la mère qui mérite le plus d’honneur, de considération et de bons traitements.

(Arabe***************************)

Un homme demanda : « Ô Messager d’Allah, qui a le plus de droit à recevoir de moi un bon traitement ? » Le Messager répondit : « Ta mère. » Il demanda : « Et après elle, qui donc ? » Il répondit : « Ta mère. » Il demanda : « Et après elle ? » Il répondit : « Ta mère. » Il demanda : « Et après elle ? » Il répondit : « Ton père. »

Al-Bukhari.

(Arabe***************************)

La désobéissance envers la mère et la privation de ses droits, Allah Très-Haut les a rendues illicites pour toi. — Al-Bukhari

Le noble Prophète (s) a également enseigné aux hommes cette vérité : l’excès de sensibilité, la délicatesse des sensations et l’inclination vers les positions extrêmes sont dans la nature de la femme. Allah l’a créée selon cette nature, qui n’est pas un défaut de la féminité ; elle constitue au contraire sa beauté. Les hommes ne peuvent tirer de cette nature tous les avantages possibles qu’en la laissant demeurer telle quelle. S’ils tentent de la rendre droite et dure comme un homme, elle se brisera.

Ainsi, le noble Prophète (s) est le premier et le dernier à avoir transformé, au sujet de la femme, non seulement la mentalité des hommes, mais aussi celle des femmes, et à avoir créé, à la place de la mentalité de l’époque de l’ignorance, une mentalité juste, fondée non sur l’émotivité, mais sur la connaissance et la raison. Ensuite, il ne s’est pas contenté d’opérer une réforme et une rectification spirituelles ; il a également pris des mesures, par le moyen de la loi, pour protéger les droits des femmes et empêcher les injustices et les mauvais traitements des hommes. De plus, il a éveillé chez les femmes une conscience suffisante pour qu’elles puissent comprendre leurs droits légitimes et recourir à la loi afin de les préserver.

Le Prophète (S) éprouvait tant de compassion, de tendresse et d’affection pour les femmes, et il était leur si grand protecteur, qu’au moindre tort ou à la moindre injustice commis à leur égard, elles se plaignaient immédiatement auprès de lui. Les hommes eux-mêmes vivaient dans la crainte et l’inquiétude, pensant que les femmes pourraient à tout moment porter plainte contre eux auprès du Prophète.

Hazrat Abd Allah ibn Umar (RA) a dit :

Tant que le Prophète (S) était vivant, nous nous montrions très prudents dans nos rapports avec nos épouses, de peur qu’un ordre punitif ne soit soudainement révélé à notre encontre. Après le décès du Prophète (S), nous avons commencé à leur parler avec beaucoup plus de franchise. — Boukhari

Selon un récit d’Ibn Majah, le Prophète (S) avait interdit de lever la main sur son épouse. Un jour, Hazrat Umar (RA) se plaignit que les femmes étaient devenues très insolentes et qu’il fallait être autorisé à les frapper pour les rendre obéissantes. Le Prophète (S) en donna l’autorisation. Les gens semblaient être prêts depuis longtemps à agir ainsi. Dès ce jour, après avoir obtenu cette permission, soixante-dix femmes furent frappées par leurs maris. Le lendemain, les plaignantes se rassemblèrent en foule à la demeure du Prophète (S). Le Prophète (S) réunit les gens et leur dit :

(Arabe************************************************)

Aujourd’hui, soixante-dix femmes ont entouré la famille du Prophète Muhammad (S). Chacune d’elles se plaignait de son mari. Ceux qui ont commis de tels actes ne sont pas les meilleurs d’entre vous.

Le résultat de ces réformes morales et juridiques est que, dans la société islamique, la femme a reçu une dignité si élevée qu’on n’en trouve aucun exemple comparable dans les autres sociétés du monde. Une musulmane peut, dans la vie terrestre et dans les affaires de la religion, atteindre, par ses qualités matérielles, spirituelles et intellectuelles, des sommets d’honneur et d’élévation auxquels l’homme seul peut parvenir. Le fait d’être une femme ne constitue en aucune manière un obstacle sur cette voie. En ce vingtième siècle, le monde est très en retard sur l’islam. La pensée humaine n’a pu atteindre le sommet auquel l’islam est parvenu. Tout ce que les pays occidentaux ont accordé aux femmes, ils ne le leur ont pas accordé en tant que femmes ; ils le leur ont accordé en les transformant en hommes. En réalité, la femme demeure encore aujourd’hui méprisée à leurs yeux, comme elle l’était à l’époque de la Jahiliyyah. Reine du foyer, épouse de son mari, mère de ses enfants : en somme, la femme véritable ne jouit toujours d’aucune dignité. S’il existe un honneur et une considération, ils sont accordés à cette « femme masculine », ou à cette femme qui ressemble à un homme — celle qui est femme par son corps, mais homme par sa mentalité et qui accomplit dans la civilisation et la société les mêmes tâches que l’homme. Autrement dit, ce n’est pas la dignité de la féminité, mais bien celle de la masculinité ! La preuve manifeste d’un complexe d’infériorité [Inferiority Complex] et d’un déséquilibre psychologique réside dans le fait que la femme occidentale porte fièrement des vêtements masculins, alors qu’aucun homme n’oserait porter des vêtements féminins et sortir ainsi en public. Être épouse est humiliant aux yeux des femmes occidentales. En revanche, être mari n’est humiliant pour aucun homme. La femme éprouve de la fierté à accomplir des tâches viriles ; pourtant, aucun homme n’a honoré les tâches féminines telles que la tenue du foyer et l’éducation des enfants. L’islam est le seul à avoir accompli cette œuvre : il a maintenu la femme à sa place naturelle tout en lui accordant une haute dignité dans la civilisation et la société. En réalité, l’islam est le seul à avoir rehaussé la dignité de la féminité. La civilisation islamique maintient la femme en tant que femme et l’homme en tant qu’homme, et demande à chacun d’accomplir séparément les tâches pour lesquelles la nature les a créés. Puis, en maintenant chacun à sa propre place, elle leur accorde des possibilités égales d’honneur, d’élévation et de réussite. Selon elle, la féminité et la masculinité sont toutes deux des éléments nécessaires de l’humanité. Leur importance est égale dans l’édification de la civilisation. Le service que chacun rend en restant dans sa propre sphère est également bénéfique et mérite également le respect. Il n’y a de noblesse ni dans la masculinité ni d’humiliation dans la féminité. De même que l’homme obtient honneur, élévation et réussite en restant homme et en accomplissant des tâches masculines, la femme obtiendra honneur, élévation et réussite en restant femme et en accomplissant des tâches féminines. Le rôle d’une civilisation saine est de maintenir la femme dans son domaine naturel d’activité, de lui accorder tous ses droits humains, de la revêtir d’honneur et de respect, de développer ses talents cachés par l’éducation et l’instruction, et d’ouvrir la voie à son élévation et à sa réussite dans ce domaine et à l’intérieur de ces limites.

Le système social islamique

।।Trois।।

Préservation

Telle était la structure complète de la société islamique. Avant d’aller plus loin, examinons encore une fois les caractéristiques importantes de cette structure.

1. L’objectif de ce système est de préserver autant que possible l’environnement collectif de toute excitation et agitation sexuelles, afin que les forces physiques et mentales de l’être humain puissent s’épanouir dans un environnement pur et paisible, et qu’il puisse participer à l’édification de la civilisation grâce à ses forces préservées et réunies.

2. Les relations sexuelles doivent être entièrement limitées au cadre du mariage ; en dehors de ce cadre, il ne faut pas seulement empêcher tout désordre dans les actes, mais aussi barrer autant que possible toutes les voies menant au désordre dans les pensées.

3. Le domaine d’activité des femmes sera distinct de celui des hommes. En tenant compte de leur nature respective ainsi que de leurs aptitudes mentales et physiques, des responsabilités distinctes dans l’édification de la civilisation leur seront confiées. Leurs relations seront organisées de telle manière que, dans les limites de ce qui est licite, ils s’entraident. Mais nul n’interviendra dans le travail de l’autre en franchissant ces limites.

4. Dans le cadre de la discipline familiale, l’homme jouira du statut de serviteur, et tous les membres du foyer seront soumis à l’autorité du chef de famille.

5. Les hommes et les femmes auront tous deux des droits humains, et il faudra donner à chacun la possibilité de progresser. Mais ils ne pourront transgresser les limites qui leur sont fixées dans la société.

Pour le système social dont les fondations ont été établies sur la base de cette conception, il est nécessaire de prévoir certaines mesures de sauvegarde grâce auxquelles sa discipline puisse rester intacte avec toutes ses caractéristiques. Les mesures de sauvegarde de l’islam sont de trois sortes :

a) la réforme spirituelle,

b) les lois pénales,

c) les mesures préventives.

Ces trois sortes de mesures de sauvegarde ont été proposées en tenant compte de la nature du système social et de l’adéquation à son objectif, et elles assurent conjointement sa préservation.

Par la réforme spirituelle, l’être humain est formé de telle manière qu’il devient spontanément disposé à obéir à ce système social, qu’il existe ou non, à l’extérieur, une force capable de l’y contraindre.

Par les lois pénales, toutes les sortes de crimes susceptibles de détruire ce système voient leur voie barrée.

Les mesures préventives ont instauré dans la vie sociale une méthode qui purifie l’atmosphère de la société de toute excitation anormale et de toute agitation artificielle, et réduit à néant le risque de débauche sexuelle. Pour ceux dont la réforme spirituelle n’a pas été accomplie par l’éducation morale et qui ne craignent pas davantage les lois pénales, cette méthode crée sur leur chemin de tels obstacles que, malgré leur intérêt et leur désir pour la débauche sexuelle, il leur devient difficile de prendre des mesures concrètes. En outre, cette méthode sépare les domaines des femmes et des hommes, établit la discipline familiale selon la véritable voie islamique et assure le maintien des limites qu’Allah a prescrites afin de préserver la distinction entre les femmes et les hommes dans leur vie.

Réforme spirituelle

En islam, le fondement de l’obéissance a été établi entièrement sur la foi. Les commandements et les interdits de la charia s’adressent à celui qui croit en Allah, en Son Livre et en Son Messager. Pour obéir aux commandements et s’abstenir des interdits, il lui suffit de savoir qu’Allah a ordonné telle chose et interdit telle autre. Ainsi, lorsqu’un croyant apprend, par le Livre d’Allah, qu’Allah a interdit l’obscénité et les actes injustes, sa foi exige de lui qu’il s’abstienne de ces actes et qu’il empêche également son esprit de s’y laisser attirer. De même, lorsqu’une femme apprend quelle place Allah et Son Messager lui ont assignée dans la société, sa foi exige qu’elle accepte cette place avec satisfaction et empressement, sans franchir ses limites. Ainsi, comme dans les autres domaines de la vie, l’obéissance juste et complète à l’islam, dans les limites de la moralité et de la vie sociale, repose sur la foi. C’est pourquoi, avant de donner quelque directive que ce soit concernant la moralité et la vie sociale, l’islam a d’abord appelé à la foi et s’est efforcé de l’enraciner dans les cœurs.

C’est là un moyen fondamental de réforme spirituelle, qui concerne non seulement la moralité, mais aussi l’ensemble du système islamique. Ensuite, particulièrement dans le domaine du caractère, l’islam a adopté une méthode scientifique d’éducation et de formation, dont voici une description succincte :

La pudeur :

Il a été dit précédemment que l’être humain, influencé et dirigé par sa nature animale, commet l’adultère, le vol, le mensonge et d’autres crimes ; tout cela est contraire à la nature humaine. Dans le langage coranique, ces actes sont appelés « munkar ». Le mot « munkar » signifie « ignoré » ou « inconnu ». Appeler ces actes « munkar » signifie qu’il s’agit d’actes dont la nature humaine n’a pas connaissance, tandis que sa nature animale le contraint à accomplir toutes sortes d’actes que cette nature humaine considérera avec dégoût comme des actes « munkar », ou inconnus. Le sage Législateur de la charia a désigné du doigt cette chose ou cet élément : c’est la pudeur.

La honte que l’être attiré par les actes « munkar » éprouve devant sa propre nature et devant Allah est appelée « haya » dans la terminologie islamique. Haya signifie pudeur. Cette pudeur est une force qui détourne l’être humain de l’obscénité et des autres actes munkar ou répréhensibles. S’il lui arrive, sous l’influence et la conduite de sa nature animale, de commettre un acte mauvais, cette même chose — la pudeur — mord alors son for intérieur. En résumé, l’éducation morale islamique consiste à faire émerger cet élément latent de la pudeur des profondeurs de la nature humaine, puis à le nourrir par les voies de la connaissance, de la compréhension et de l’élément, à le faire émerger des profondeurs de la nature humaine, puis à le nourrir par les voies de la connaissance, de la compréhension et de la conscience, et, en créant un sentiment moral solide, à l’établir comme un gardien dans l’esprit humain. C’est l’explication du hadith suivant :

(Arabe************************************************************************)

Chaque religion possède un caractère propre, et le caractère de l’islam est la pudeur.

Un autre hadith met également cela en lumière :

(Arabe**********************************************)

Si tu n’éprouves aucune honte, fais donc ce que tu veux.

Car lorsque la pudeur a disparu, les instincts primitifs de la nature animale prennent le dessus sur l’être humain, et alors, pour lui, le « munkar » n’est plus le « munkar ».

La pudeur naturelle de l’être humain ressemble à un élément informe, qui n’adopte aucune forme particulière. Elle éprouve une aversion instinctive pour toute action répréhensible, mais elle ne s’accompagne d’aucune compréhension ni connaissance. C’est pourquoi l’être humain ignore la raison de son aversion pour tel acte précis ; cette ignorance affaiblit progressivement le sentiment d’aversion. Puis, sous la pression de ses instincts bestiaux, il commence à commettre des actes répréhensibles et, après les avoir répétés maintes fois, finit par perdre tout sentiment de pudeur. L’objectif de l’éducation morale islamique est de dissiper cette ignorance. Elle ne se contente pas de lui faire connaître les actes « munkar » manifestes ; elle les lui rend également clairement perceptibles dans les recoins secrets de son cœur. Elle l’avertit de la nocivité de chacun de ces actes répréhensibles, afin qu’il les déteste avec discernement intérieur. Ensuite, l’éducation morale rend cette pudeur instruite si sensible qu’aucune inclination, même infime, envers un acte répréhensible ne lui demeure cachée, et qu’il ne manque pas de s’alerter au moindre défaut de ses désirs et de ses passions.

Dans la morale islamique, le domaine de la pudeur est si vaste qu’aucun secteur de la vie n’en est exclu. Ainsi, dans le domaine de la civilisation et de la société qui se rapporte à la vie sexuelle de l’être humain, l’islam a également recours à la pudeur pour la réforme morale. Il lui révèle le secret doux et délicat de l’esprit humain dans les affaires sexuelles, puis charge la pudeur de le mettre en garde à ce sujet et de le surveiller. Il n’y a pas ici lieu d’en discuter en détail. Je me contenterai de donner quelques exemples.

Le voleur de l’esprit

Du point de vue de la loi, l’adultère est commis lorsqu’il y a union et rapport physiques. Mais du point de vue de la morale, l’attachement au sexe opposé en dehors du cadre conjugal constitue un adultère par l’intention et le désir. Se délecter des yeux de la beauté d’une personne inconnue, prendre plaisir à entendre sa voix, adopter dans la conversation une manière de parler séduisante, se diriger à plusieurs reprises vers son domicile : tout cela constitue les prémices de l’adultère et, en substance, relève de l’adultère. La loi ne peut pas saisir un tel adultère. C’est un voleur de l’esprit, et seule la police de l’esprit peut l’arrêter. À ce sujet, le hadith énonce la mise en garde suivante :

(Arabe************************************************************************)

Les deux yeux commettent l’adultère, et leur adultère est le regard ; les deux mains commettent l’adultère, et leur adultère est le toucher ; les deux pieds commettent l’adultère, et leur adultère est de marcher sur ce chemin ; la conversation est l’adultère de la langue ; les désirs et les passions sont l’adultère de l’esprit ; enfin, l’organe sexuel confirme la véracité ou la fausseté de tout cela.

Les méfaits du regard

Le regard est le plus grand voleur de l’esprit. C’est pourquoi le Noble Coran et les hadiths attirent d’abord l’attention sur lui. Le Coran dit :

(Arabe*********************************************************)

Ô Prophète ! Dis aux croyants de détourner leur regard des autres femmes et de préserver leurs parties intimes. C’est plus pur pour eux. Allah est parfaitement informé de ce qu’ils font. Et ô Prophète ! Dis aux croyantes de détourner leur regard des autres hommes et de préserver leurs parties intimes. — Sourate An-Nûr : 30-31

Il est dit dans un hadith :

(Arabe***********************************************)

Ô enfants des hommes ! Votre premier regard est certes pardonné. Mais prenez garde à ne pas jeter un second regard. — Al-Jassas

On dit à Son Excellence Ali (que Dieu l’agrée) :(Arabe*************************************************)

Ô Ali ! Ne jette pas un second regard après le premier. Le premier est pardonné, mais le second ne l’est pas.

Jabir demanda : « Que faire si le regard tombe soudainement sur quelque chose ? » Le Prophète répondit : « Détourne immédiatement ton regard. » — Abou Dawoud

La tendance à exhiber sa beauté

Le désir, dans le cœur de la femme, d’exhiber sa beauté est également l’une des causes des méfaits du regard. Ce désir n’est pas toujours manifeste. Quelque part, derrière le voile de l’esprit, le désir d’exhiber sa beauté demeure caché, puis se révèle dans la beauté de la parure, l’arrangement des cheveux, le choix de vêtements fins et élégants, ainsi que dans d’autres choses de ce genre. Le Coran emploie pour tout cela l’expression générale « tabarruj de la Jâhiliya ». Toute exhibition de beauté et toute parure adoptées dans le but de réjouir les yeux d’un autre homme que le mari sont appelées « tabarruj de la Jâhiliya ». Même si une parure est belle lorsqu’elle est choisie dans ce but, elle sera également considérée comme du « tabarruj de la Jâhiliya ». Aucune loi ne peut être édictée à ce sujet. Cela dépend de la conscience de la femme. Elle doit elle-même examiner son cœur et voir si quelque désir impur y est caché. Si tel est le cas, voici le commandement d’Allah :
(Arabe********************************)

Ne vous parez pas et ne vous exhibez pas comme on le faisait à l’époque de la Jâhiliya. — Al-Ahzab : 33

La parure derrière laquelle ne se trouve aucun désir impur est la parure islamique. Celle qui contient ne serait-ce qu’une once de mauvaise intention est la parure de la Jâhiliya.

Les méfaits de la langue

La langue est un autre agent de Satan, qui tente l’esprit. On ne saurait compter les méfaits constamment commis et répandus par la langue. Un homme et une femme conversent. Aucun désir mauvais ne se manifeste ouvertement, mais le voleur caché de l’esprit crée dans la voix une douceur, dans la manière de parler un attrait et dans la conversation une sorte d’envoûtement. Le Coran démasque ce voleur de l’esprit :

(Arabe********************************)

Si vous craignez Allah, ne parlez pas d’une manière séduisante [à autrui]. Sinon, celui dont le cœur est atteint d’une maladie [de mauvaises passions] nourrira quelque espoir à votre sujet. Et si vous devez parler, parlez simplement et naturellement [comme on parle ordinairement à une autre personne]. — Al-Ahzâb : 32

C’est ce voleur de l’esprit qui prend plaisir à raconter et à écouter les détails des relations sexuelles licites ou illicites d’autrui. Pour goûter cette jouissance, on chante des chansons d’amour, on raconte des histoires d’amour vraies ou imaginaires, et tout cela se répand dans la société comme la chaleur douce et progressive d’un feu.

Le Coran dit :(Arabe***********************************************************************)

Ceux qui souhaitent que l’immoralité se répande parmi les musulmans subiront un châtiment douloureux ici-bas et dans l’au-delà. An-Nûr : 19

Les méfaits de la langue comportent encore bien d’autres catégories, et chacune d’elles a son propre voleur de l’esprit. L’islam les a examinées et nous a mis en garde à leur sujet. Il n’est permis à aucune femme de décrire à son mari l’apparence ou la condition d’une autre femme. Il est dit dans un hadith :(Arabe*********************************************************)

Il est interdit aux hommes et aux femmes de raconter à autrui les détails secrets de leur vie conjugale. Car cela aussi contribue à répandre l’obscénité et fait naître dans les esprits un attachement amoureux. — Abou Daoud

Si, lors de la prière en assemblée, l’imam commet une erreur ou qu’il est nécessaire de l’avertir de quelque chose, il est permis aux hommes de le prévenir en disant « Subhan Allah ». Quant aux femmes, il leur est demandé de frapper une main contre l’autre sans rien dire. — Abou Daoud, Boukhari

Les méfaits des sons

Souvent, la langue reste silencieuse. Mais l’ouïe est attirée par d’autres mouvements. Cela aussi est lié à une mauvaise intention, et l’islam a formulé à ce sujet une interdiction :(Arabe******************************************************)

Qu’elles ne marchent pas en frappant le sol de leurs pieds, de peur que l’on ne découvre ainsi ce qu’elles dissimulent de leur beauté [leurs ornements]. — Sourate An-Nour : 31

Les méfaits du parfum

Parmi tous les messagers qui transmettent une information d’un esprit pervers à un autre, le parfum en est un. C’est un moyen extrêmement subtil de transmettre une information, que les gens considèrent précisément comme subtil. Mais la pudeur islamique est si sensible que, devant sa nature délicate, même ce mouvement subtil lui paraît violent. La pudeur islamique ne permet à aucune musulmane de se déplacer dans la rue ou de se rendre dans un lieu de réunion vêtue et parée de vêtements imprégnés de parfum. Car à quoi servirait-il que sa beauté et ses ornements restent cachés ? Son parfum se répandrait dans l’air et susciterait l’excitation.

(Arabe*******************************************************************)

Le Prophète (s) a dit : « Toute femme qui se parfume avec de l’attar ou d’autres parfums et se rend parmi les gens est une femme dévoyée. »

(Arabe****************************************************************)

Si l’une d’entre vous se rend à la mosquée, qu’elle n’utilise aucun parfum.

(Arabe************************************************************)

Pour les hommes, un attar parfumé et incolore est approprié, tandis que pour les femmes, un attar aux couleurs vives et sans odeur l’est.

Les méfaits de la nudité

Dans le chapitre consacré au satr (selon la charia islamique, le satr désigne les parties du corps de l’homme et de la femme qu’il est ordonné de garder couvertes — note du traducteur), l’islam a donné de la pudeur et de l’honneur humains une interprétation si juste qu’aucune civilisation au monde n’a pu la réfuter. De nos jours, même les nations réputées très civilisées en sont arrivées à ce que leurs hommes et leurs femmes ne voient aucun inconvénient à laisser découverte n’importe quelle partie de leur corps. Pour eux, les vêtements servent à la beauté, et non à couvrir le satr. Mais, du point de vue de l’islam, l’importance du satr est supérieure à celle de la beauté ; l’islam ordonne aux hommes et aux femmes de couvrir les parties de leur corps qui peuvent susciter une attirance sexuelle l’un envers l’autre. La nudité est une obscénité que la pudeur et l’honneur islamiques ne peuvent en aucune manière tolérer. Inutile de parler des hommes étrangers : l’islam n’approuve même pas que les époux se montrent nus l’un devant l’autre. — Ibn Mājah

(Arabe*************************************************************)

Lorsque l’un d’entre vous s’approche de son épouse, il doit veiller à couvrir ses parties intimes. Que tous deux ne se retrouvent pas nus comme des ânes. — Ibn Mâja

(Arabe*******************************************************************)

Aïcha — qu’Allah l’agrée — a dit qu’elle n’avait jamais vu le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — nu.

La pudeur et la retenue sont d’autant plus grandes que l’islam n’approuve même pas que l’on reste nu lorsqu’on est seul. La raison en est qu’il convient d’éprouver davantage de pudeur devant Allah.

(Arabe*********************************************************************)

Prenez garde ! Ne restez jamais nus. Car les anges d’Allah sont avec vous ; ils ne se séparent de vous qu’au moment où vous allez déféquer ou lorsque vous vous approchez de votre épouse. Ayez donc de la pudeur devant eux et veillez à respecter leur dignité.

Tout vêtement à travers lequel certaines parties du corps sont visibles et qui laisse apparaître les parties intimes n’est, du point de vue de l’islam, pas un vêtement.

(Arabe******************************************************************************)

Le Messager d’Allah (s) a dit : « Les femmes qui, tout en portant des vêtements, restent nues, qui cherchent à plaire aux autres et se plaisent par l’intermédiaire des autres, et qui marchent avec ostentation, le cou incliné comme celui des chameaux bactriens, n’entreront jamais au Paradis et n’en sentiront même pas le parfum. »

Ces quelques exemples ont été donnés ici afin que l’on puisse, à partir d’eux, estimer le niveau du caractère islamique et sa vitalité morale (l’esprit). L’islam veut préserver l’environnement social et son atmosphère, en les libérant et en les purifiant de tout ce qui incite à l’obscénité et aux actes répréhensibles. La source de toutes ces incitations se trouve dans le for intérieur de l’être humain. C’est là que se développent les germes de l’obscénité et des actes répréhensibles, et c’est de là que commencent de petites impulsions ou incitations qui, par la suite, deviennent la cause d’inquiétudes et de troubles. L’ignorant les considère comme insignifiantes et les néglige ; mais, aux yeux de l’homme avisé, elles sont en réalité la racine de la maladie funeste qui détruit le caractère, la civilisation et la société. C’est pourquoi l’enseignement moral de l’islam veut créer, au plus profond de l’être, un sentiment si puissant de pudeur que l’homme en vienne à s’examiner lui-même et que, dès qu’apparaît la moindre inclination vers le mal, il la perçoive et puisse, par sa propre volonté, la détruire dans son germe.

Le droit pénal

Le principe fondamental du droit pénal islamique est que, tant qu’une personne n’a pas commis un crime susceptible de détruire l’ordre civilisé, elle ne doit pas être entravée par les tentacules de la politique. Mais dès qu’elle a commis ce crime, il ne faut pas l’habituer au péché et à subir la peine en lui infligeant une sanction légère. Les conditions de preuve du crime doivent être rigoureuses. – [Dans le droit islamique de la preuve, les conditions requises pour établir un crime sont généralement rendues très strictes. Elles le sont plus encore pour prouver l’adultère. En règle générale, dans l’ensemble des affaires, le droit islamique considère que deux témoins suffisent. Mais pour prouver l’adultère, au moins quatre témoins sont requis.] Il faut, autant que possible, préserver les gens de tomber sous le coup de la loi. – [Le Prophète (s) dit :(Arabe*********************)Protégez les musulmans autant que possible de la peine. S’il existe une issue permettant d’épargner le coupable, laissez-le aller. Car, pour l’imam, il vaut mieux se tromper en accordant la liberté que se tromper en infligeant la peine. – At-Tirmidhi] Mais lorsqu’une personne tombe sous le coup de la loi, il faut lui infliger une peine si sévère qu’elle ne se contente pas de s’abstenir de récidiver : les centaines de milliers d’autres personnes attachées à ce péché doivent, en voyant cette lourde peine, être saisies de crainte et d’effroi. Car le but de la loi est de libérer la société du crime, et non que les hommes commettent sans cesse des crimes et subissent sans cesse des peines.

Pour préserver l’ordre social, le système pénal islamique a établi deux actes comme crimes passibles de sanction : l’un est l’adultère, l’autre la fausse accusation.

La peine de l’adultère

Il a déjà été dit, au sujet de l’adultère, que, du point de vue moral, cet acte est le résultat de l’extrême déchéance de l’être humain.

La personne qui commet cet acte prouve en réalité que son humanité a été vaincue par son animalité. Après cela, elle ne peut plus demeurer un membre honnête de la société humaine. Parmi les crimes qui portent un coup de hache aux fondements de la civilisation humaine, celui-ci est, aux yeux de la société, l’un des plus graves. Pour toutes ces raisons, l’islam l’a établi comme un péché passible de sanction, qu’il soit ou non accompagné d’un autre crime : qu’il soit commis par la force ou qu’il implique la violation du droit d’autrui.

Voici l’injonction du Coran :(Arabe*************************************************************)

Fouettez de cent coups chacun la femme adultère et l’homme adultère, et ne vous montrez jamais compatissants envers eux lorsqu’il s’agit de la loi d’Allah, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Et lorsqu’ils seront châtiés, qu’un groupe de musulmans soit présent pour assister à leur châtiment. — Sourate An-Nûr : 2

Dans ce domaine, il existe une immense différence entre la loi islamique et la loi occidentale. Du point de vue de la loi occidentale, l’adultère en soi ne constitue pas un crime. À ses yeux, l’adultère ne devient un crime que lorsqu’il est commis par la force ou avec une femme mariée. En d’autres termes, dans leur droit, l’adultère constitue un délit, tandis que l’usage de la force et la violation du droit d’autrui constituent des délits supplémentaires. En raison de cette différence fondamentale, les deux systèmes diffèrent également quant aux peines. La loi occidentale considère qu’une peine d’emprisonnement suffit pour l’adultère forcé et, en cas d’adultère avec une femme mariée, elle accorde à son mari le droit de réclamer des dommages-intérêts. Cette peine ne prévient pas le crime ; elle rend plutôt les gens encore plus audacieux. C’est pourquoi, dans les pays où ces lois sont en vigueur, l’ampleur de l’adultère ne cesse d’augmenter. À l’inverse, la loi islamique préserve l’adultère de ce genre de crime et les sociétés de ce genre de criminels. Dans les pays où une telle peine est appliquée pour l’adultère, ce crime ne devient jamais universel. Dès qu’une peine conforme aux prescriptions de la charia est infligée, une telle terreur s’empare de l’ensemble des habitants du pays que, pendant plusieurs années, personne n’ose commettre un tel crime. Pour les personnes enclines à ce genre de crime, il s’agit d’une sorte d’opération psychologique qui provoque en elles une réforme spontanée.

En Occident, on considère cent coups de fouet avec horreur. Ce n’est pas parce que l’on désapprouve les châtiments corporels infligés aux êtres humains ; la véritable raison est plutôt que le sens moral ne s’y est pas encore pleinement épanoui. Auparavant, on considérait l’adultère comme une faute. Aujourd’hui, on le considère comme un simple jeu, un divertissement grâce auquel deux êtres humains, un homme et une femme, peuvent se distraire pendant quelque temps. C’est pourquoi on souhaite que la loi fasse preuve de libéralité à l’égard de cet acte et qu’aucune mesure efficace ne soit prise tant que l’adultère ne porte pas atteinte à la liberté ou aux droits légaux d’autrui. Ensuite, lorsque la liberté ou les droits d’autrui sont violés, on considère cela comme un crime qui ne lèse que le droit d’un seul individu. C’est pourquoi on estime qu’une peine ordinaire ou une indemnisation constitue un châtiment suffisant pour ce crime.

Il est évident que celui qui entretient une telle conception de l’adultère considérera les cent coups de fouet prévus pour cet acte comme un châtiment cruel. Mais lorsque son sens moral et social se sera élevé et qu’il saura que l’adultère, qu’il soit volontaire ou forcé, constitue dans tous les cas un crime social et que la société tout entière en subit les conséquences, son point de vue sur le châtiment changera spontanément. Il devra reconnaître qu’il faut protéger la société contre ce mal et que, puisque les éléments qui incitent à l’adultère sont profondément enracinés dans la nature bestiale de l’être humain, il est impossible d’en extirper la racine par la seule emprisonnement et les dommages-intérêts ; dès lors, pour en fermer toutes les voies, il n’existe d’autre solution que d’adopter des mesures sévères. Plutôt que de préserver un criminel de la souffrance du châtiment et de nuire à toute la nation ainsi qu’à ses futurs descendants innocents, il vaut mieux infliger un châtiment corporel sévère à une ou deux personnes et protéger des millions d’êtres humains contre d’innombrables maux moraux et sociaux.

Il existe une autre raison de considérer cent coups de fouet comme une oppression. Elle devient aisément compréhensible lorsqu’on réfléchit aux fondements de la civilisation occidentale. J’ai déjà expliqué que cette civilisation est née de la tendance à soutenir l’individu contre la collectivité et que toute sa base a été édifiée sur une conception excessive des intérêts et des droits individuels. C’est pourquoi, quelle que soit l’injustice commise par l’individu envers la collectivité, cela ne paraît pas tellement intolérable à l’Occidental ; bien souvent, au contraire, il l’accueille avec plaisir. En revanche, lorsque l’on porte atteinte à l’individu pour préserver les droits de la collectivité, son corps en frissonne et toute sa sympathie va à l’individu plutôt qu’à la collectivité. En outre, à l’instar des habitants de toute l’époque de la Jâhiliya, les adeptes de la Jâhiliya occidentale se distinguent par le fait qu’ils accordent plus d’importance à l’émotion qu’à la raison. Le tort subi par un individu étant ressenti de manière limitée, ils le considèrent comme un mal immense. En revanche, ils ne parviennent pas à mesurer l’importance du vaste préjudice subi par l’ensemble de la société et par ses futurs descendants.

La disposition de la charia concernant les accusations infondées d’adultère

Le tort causé par une fausse accusation d’adultère est presque semblable à celui que cause l’adultère lui-même. Accuser faussement une femme honorable d’adultère ne la déshonore pas seulement, elle accroît également l’hostilité entre différentes familles, jette le doute sur les lignées, détruit les relations conjugales et permet à un seul individu, en prononçant quelques paroles une seule fois, d’infliger pendant de nombreuses années un châtiment à beaucoup de gens. Le Coran a prévu un châtiment sévère pour ce crime.

Le Coran dit :(Arabe****************************************)

Ceux qui accusent des femmes chastes d’adultère sans pouvoir produire quatre témoins à l’appui de leur accusation, fouettez-les de quatre-vingts coups et n’acceptez plus jamais leur témoignage. Ceux-là sont eux-mêmes des pervers. — Sourate An-Nûr : 4

Mesures préventives

Ainsi, le droit pénal islamique, par sa puissance politique, abolit d’une part les actes injustes par la force et protège d’autre part les personnes honorables contre les calomnies des gens malveillants. L’enseignement moral de l’islam purifie l’être humain de l’intérieur de telle manière que, lorsqu’un mauvais désir naît dans l’esprit en raison d’une défaillance de l’éducation morale et qu’il est transformé de force en acte, la loi l’empêche. Une méthode supplémentaire a été adoptée entre ces deux méthodes afin de servir d’auxiliaire à l’enseignement moral dans la réforme spirituelle. Par tous ces procédés, l’organisation sociale a été réformée de telle sorte que les faiblesses qui subsistent chez les individus du fait des insuffisances de l’éducation morale ne puissent ni s’accroître ni devenir effectives ; qu’un environnement soit créé dans la société où les mauvais désirs n’aient aucune occasion de se manifester ; et que toutes les voies susceptibles de détruire l’organisation civilisée soient barrées.

Nous allons maintenant décrire séparément chacune de ces méthodes afin de les examiner en détail.

L’ordre concernant le vêtement et le satr

En matière de directives sociales, la première œuvre de l’islam a été d’extirper la nudité et de fixer les limites du satr pour les hommes et les femmes. À cet égard, la situation de la période antéislamique arabe n’était pas différente. Ils se dénudaient sans la moindre gêne les uns devant les autres. — [Il est rapporté dans un hadith : Hazrat Miswar ibn Makhrama transportait une pierre. En chemin, son pagne se dénoua et il continua à transporter la pierre dans cet état. Le Prophète (paix et bénédiction sur lui), l’ayant vu, lui dit : « Couvre ton corps et ne marche pas nu. » — Muslim] Ils estimaient inutile de se couvrir pendant le bain et la défécation. Ils accomplissaient le tawaf de la Kaaba entièrement nus et considéraient cela comme un acte de dévotion éminent. — [Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée), Mujahid (que Dieu lui fasse miséricorde), Tawus (que Dieu lui fasse miséricorde) et Zuhri (que Dieu lui fasse miséricorde) ont affirmé unanimement que le tawaf de la Kaaba s’accomplissait nu.] Les femmes aussi se dénudaient pendant le tawaf. — [Dans le Kitab at-Tafsir, Muslim rapporte cette coutume des Arabes : une femme accomplissait le tawaf nue et disait aux personnes rassemblées : « Qui me donnera un vêtement pour couvrir mon corps ? » On considérait ainsi comme une œuvre de très grand mérite le fait de donner un vêtement à cette femme nue.] Leurs femmes portaient des vêtements qui laissaient découvertes une partie de la poitrine ainsi que des parties des bras, de la taille et du dessous des genoux. C’est exactement cette situation que l’on observe aujourd’hui en Europe, en Amérique et au Japon. Dans aucun des pays orientaux il n’existe de système social déterminant quelles parties du corps doivent rester découvertes et lesquelles doivent être couvertes.

À cet égard, l’islam a enseigné aux êtres humains la première leçon de la civilisation.

(Arabe******************************************)

Ô enfants d’Adam ! Allah Très-Haut a fait descendre des vêtements pour couvrir votre corps, et ceux-ci sont aussi votre parure. — Sourate Al-A‘râf, 26

Selon le sens de ce verset, couvrir son corps est obligatoire pour chaque homme et chaque femme. Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) a donné l’ordre strict que nul ne se dénude devant quiconque.

(Arabe***********************************************)

Celui qui regarde les parties intimes de son frère est maudit.

— Al-Jassâs : Ahkâm al-Qur’ân

(Arabe***********************************************)

Qu’aucun homme ne regarde un homme et qu’aucune femme ne regarde une femme à l’état de nudité. — Muslim

(Arabe********************************************************)

Par Allah, il me serait préférable d’être précipité du ciel et mis en pièces plutôt que de me trouver dans une situation où je verrais les parties intimes de quelqu’un ou où quelqu’un verrait les miennes. — Al-Mabsût

(Arabe*********************************************************)

Prenez garde, ne soyez jamais nus, car ceux qui vous accompagnent ne vous quittent jamais, sauf au moment de la défécation et des rapports conjugaux. — At-Tirmidhi

(Arabe****************************************************)

Lorsque l’un de vous s’approche de son épouse, qu’il garde également sa nudité couverte et qu’il ne se mette pas entièrement nu comme un âne. — Ibn Mâjah

Un jour, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) se rendit au pâturage des chameaux de la zakât et vit le chamelier étendu nu. Il le renvoya immédiatement de son emploi et dit :

(Arabe*******************************)

L’homme dépourvu de pudeur ne nous est d’aucune utilité.

La limite du satr chez l’homme

Parallèlement à toutes ces directives, les limites concernant les parties du corps que les hommes et les femmes doivent couvrir ont également été fixées séparément. La partie du corps dont il est obligatoire d’assurer la couverture est appelée satr dans la terminologie de la charia. Chez l’homme, la partie située entre le nombril et les genoux est appelée satr, et il a été ordonné de ne pas la découvrir devant autrui ni de laisser autrui la regarder.

(Arabe****************************************************)

Il est rapporté d’Abou Ayyoub Ansari que le Prophète (paix sur lui) a dit : « Ce qui se trouve au-dessus des genoux et au-dessous du nombril constitue la partie à couvrir. » — Dâru Qutnî

(Arabe*************************************************)

Chez l’homme, la partie à couvrir s’étend du nombril aux genoux. — Mabsût

(Arabe************************************************************)

Il est rapporté d’après ʿAlî (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (paix et bénédiction sur lui) a dit : « Ne montrez votre cuisse à personne et ne regardez la cuisse d’aucune personne, vivante ou morte. » — Tafsîr al-Kabîr

C’est une directive universelle. Nul n’en est exempt, à l’exception de l’épouse.

(Arabe*******************************************************)

Préservez votre awra du regard de tous ceux qui ne sont pas vos épouses ou vos esclaves. — Ahkâm al-Qur’ân

Les limites de l’awra pour la femme

Les limites de l’awra ont été établies de manière plus étendue pour les femmes. Il leur a été ordonné de couvrir tout leur corps, à l’exception du visage et des mains. Le père, les frères et tous les proches parents sont compris dans cette disposition ; aucun homme, hormis le mari, ne peut en être exempté.

(Arabe********************************************************)

Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) a dit : « Il n’est pas permis à la femme qui croit en Allah et au Jour dernier de laisser découvert davantage que cela. » En disant cela, il posa sa main au milieu du poignet de la femme. — Ibn Jarîr

(Arabe****************************************************************)

Lorsqu’une jeune fille atteint la puberté, aucune partie de son corps ne devrait être visible. Seuls son visage et ses deux mains jusqu’aux poignets peuvent être vus. — Abou Dawoud

Hazrat Aïcha rapporte : « Un jour, je me présentai parée devant mon neveu, Abdallah ibn Tufayl, et le Prophète désapprouva cela. Je dis : “Ô Messager d’Allah ! Mais c’est mon neveu.” Le Prophète dit alors :

(Arabe************************************************)

Lorsqu’une jeune fille atteint la puberté, il ne lui est pas permis de dévoiler une partie quelconque de son corps, à l’exception du visage et des deux mains. » En disant cela, il posa sa main sur son poignet de telle sorte qu’il ne restait entre le milieu du poignet et l’endroit où il avait posé sa main qu’une distance équivalant à un poing. — Ibn Jarir

Asma bint Abou Bakr, la belle-sœur du noble Prophète, vint un jour devant lui vêtue d’un tissu fin. On pouvait voir les parties de son corps à travers le tissu. Le Prophète détourna aussitôt le regard et dit :

(Arabe*********************************************************)

« Ô Asma ! Après avoir atteint la puberté, il n’est permis à aucune femme de montrer à autrui une quelconque partie de son corps, à l’exception de ceci et de cela. » En disant cela, le Prophète désigna son visage et ses poignets. — Fath al-Qadir

Un jour, Hafsa bint Abd al-Rahman se présenta chez Aïcha (qu’Allah l’agrée) vêtue d’un voile fin. Celle-ci le déchira alors et la couvrit d’un épais manteau. — L’imam Malik : Al-Muwatta

Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit :

(Arabe**********************************************)

La malédiction d’Allah s’abat sur les femmes qui, bien qu’habillées, sont nues.

Ne laissez pas les femmes porter des vêtements si moulants que les formes de leur corps en deviennent apparentes.

Ces récits permettent de comprendre que, à l’exception du visage et des poignets, tout le corps de la femme fait partie de l’awra. Elle doit couvrir cette awra même devant les proches de sa maison. Elle ne peut la découvrir devant personne d’autre que son mari, qu’il s’agisse de son père, de son frère ou de son neveu. Il est également interdit de porter des vêtements à travers lesquels les parties du corps sont visibles.

Toutes les prescriptions données dans ce chapitre concernent les jeunes femmes. Les directives relatives à la couverture de l’awra s’appliquent dès qu’une fille atteint la puberté et restent en vigueur aussi longtemps qu’elle conserve un attrait sexuel. Une certaine souplesse est admise une fois cet âge dépassé.

Le Noble Coran dit :

(Arabe********************************************************************)

Les femmes très âgées qui n’espèrent plus se marier peuvent ôter leur dupatta sans commettre de faute. À condition toutefois que leur intention ne soit pas de montrer leur parure. Mais s’en abstenir par prudence est meilleur pour elles. — Sourate An-Nûr : 60

La raison de cet assouplissement est exposée ici en termes clairs. L’expression « qui n’espèrent plus se marier » signifie qu’elles ne ressentent plus de désir ni d’attirance sexuels. En outre, par mesure de précaution, il est stipulé que leur intention ne doit pas être de montrer leur parure ; autrement dit, s’il subsiste dans leur cœur la moindre étincelle de désir sexuel, il ne leur sera pas permis de garder leur dupatta ôté. Cette règle n’a été assouplie que pour les femmes âgées qui, du fait d’avoir atteint la vieillesse, sont affranchies des restrictions vestimentaires, et sur lesquelles on ne craint pas que des regards malveillants se posent, hormis des regards de respect. Ces femmes peuvent rester chez elles sans dupatta ni châle.

Demander la permission

La deuxième restriction imposée ensuite est l’interdiction d’entrer dans une maison sans la permission de ses habitants, afin que personne ne voie les femmes de la maison dans une situation où il ne convient pas à un homme de les voir.

(Arabe*******************************************************)

Lorsque vos fils atteindront la puberté, ils devront entrer dans les maisons avec permission, comme le faisaient ceux qui les ont précédés. — Sourate An-Nûr : 59

Ici encore, la raison en est clairement exposée. L’ordre de demander la permission ne s’applique qu’à ceux chez qui le désir sexuel s’est éveillé. Avant l’éveil de ce désir, il n’est pas nécessaire de demander la permission.

En outre, il a été ordonné aux autres personnes de ne pénétrer dans la demeure de quiconque sans permission.

(Arabe********************************************)

Ô vous qui croyez ! N’entrez dans aucune demeure sans la permission de ses habitants et, lorsque vous y entrerez, saluez ses occupants. — Sourate An-Nûr : 27

L’objectif véritable est ici d’établir une séparation entre l’intérieur et l’extérieur de la maison, afin que la femme puisse, dans la vie familiale, être à l’abri des regards des hommes étrangers. Au début, les Arabes ne parvenaient pas à comprendre la raison de ces prescriptions. C’est pourquoi, souvent, ils regardaient à l’intérieur depuis l’extérieur de la maison. Un incident de ce genre se produisit un jour avec le Noble Prophète (que la paix soit sur lui). Il se trouvait alors dans sa chambre lorsqu’un homme regarda à l’intérieur par la fenêtre. Il lui dit :

Si j’avais su que tu regarderais à l’intérieur, je t’aurais crevé l’œil. L’ordre de demander la permission n’a été donné que pour protéger les regards. — Boukhari

Après cela, il déclara :

Si quelqu’un regarde à l’intérieur de la demeure d’autrui sans permission, l’occupant de cette demeure a le droit de lui arracher l’œil. — Muslim

Ensuite, il fut ordonné à l’étranger que, s’il avait besoin de demander quelque chose aux habitants d’une autre maison, il le leur demande depuis l’extérieur, derrière le rideau, sans entrer dans la maison.

(Arabe***************************************)

Lorsque vous demanderez quelque chose aux femmes, demandez-le derrière un voile. Cela est plus pur pour vos cœurs et pour les leurs. — Sourate Al-Ahzab : 53

Ici également, la finalité des interdictions est pleinement mise en lumière. Le véritable objectif est de préserver les femmes et les hommes du désir et de l’excitation sexuels ; cette prescription a mis fin à la fréquentation libre entre hommes et femmes.

Ces prescriptions ne s’adressent pas seulement aux étrangers, mais aussi aux domestiques de la maison. Il est rapporté qu’un jour, Hazrat Bilal ou Hazrat Anas voulut prendre l’un des enfants de Hazrat Fatima auprès d’elle. Elle lui remit alors l’enfant derrière un voile. — Fath al-Qadir

Pourtant, tous deux étaient des serviteurs privilégiés du Noble Prophète et étaient considérés comme des proches.

Tête-à-tête et contact physique

La troisième interdiction est que nul autre que le mari ne doit rester seul avec une femme ni toucher son corps, aussi proche ami ou parent soit-il.

(Arabe***********************************)

Il est rapporté d’après Uqba ibn Âmir (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Prenez garde, ne vous rendez pas en secret auprès des femmes. » Un homme parmi les Ansâr demanda : « Ô Messager d’Allah ! Quelle est votre instruction concernant le frère du mari ? » Le Prophète (paix et salut sur lui) répondit : « Il est la mort même ! » — Boukhari, Muslim, Tirmidhi

(Arabe******************************)

Ne vous rendez pas auprès d’une femme en l’absence de son mari, car Satan circulera dans l’un de vous comme le sang circule dans le corps. — Tirmidhi

(Arabe*******************************************)

Amr ibn al-As dit : « Le Prophète (paix et salut sur lui) nous a interdit de nous rendre auprès d’une femme en l’absence de son mari. » — Tirmidhi

(Arabe***************************************)

Désormais, que personne ne se rende auprès d’une femme en l’absence de son mari, tant qu’une ou deux personnes ne se trouvent pas auprès d’elle. — Muslim

Il existe également une instruction contre le fait de toucher :

(Arabe***************************************)

Le Prophète (s.a.s.) a dit : « Si quelqu’un touche la main d’une femme avec laquelle il n’a aucun lien légal, alors, dans l’au-delà, un feu ardent sera placé sur sa main. »

Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (s.a.s.) ne recevait des femmes que l’allégeance verbale. Il ne prenait pas leurs mains dans les siennes. Il ne toucha la main d’aucune femme, à l’exception de son épouse. — Boukhari

Ousayma bint Rouqayqa dit : « Je me rendis auprès du Prophète (s.a.s.) avec plusieurs femmes afin de lui prêter allégeance. Il nous fit jurer de nous abstenir du polythéisme, du vol, de la fornication, de la calomnie et de la désobéissance au Prophète. » Après que le serment eut été prêté, nous dîmes : « Venez, que nous vous prêtions allégeance en vous prenant la main. » Le Prophète répondit : « Je ne touche pas les mains des femmes ; je ne reçois que leur serment verbal. » — Nasaï et Ibn Majah

Ces directives ne s’appliquent également qu’aux femmes âgées. Il est permis de s’asseoir en privé auprès d’une femme âgée et de toucher son corps. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) se rendait dans une tribu où il avait été allaité. Il serrait la main des vieilles femmes de cette tribu. Il est rapporté qu’Abdallah ibn az-Zoubayr se faisait masser les mains et les pieds par une vieille femme.

La distinction ainsi établie entre les femmes jeunes et les femmes âgées prouve qu’il faut empêcher les relations libres entre hommes et femmes, car elles peuvent ouvrir la voie au mal.

 

La différence entre les mahrams et les hommes non-mahrams

À l’exception du mari, tous les hommes, qu’ils soient mahrams ou non-mahrams, sont soumis aux directives précédentes. En présence de l’un d’eux, une femme ne peut laisser découvert aucune partie de son corps, à l’exception de son awra, c’est-à-dire son visage et ses deux mains, tout comme un homme ne peut découvrir son awra [toute partie située entre le nombril et les genoux] devant un autre homme.

Tous les hommes doivent entrer dans les maisons avec permission, et aucun d’entre eux ne doit s’asseoir seul auprès d’une femme ni toucher son corps. – [Il existe une différence considérable entre l’homme mahram et l’homme non-mahram en ce qui concerne le fait de toucher le corps ou d’y poser la main. Un frère peut prendre la main de sa sœur pour l’aider à monter dans un véhicule ou à en descendre. Il est bien entendu que cela n’est pas permis à un homme non-mahram. Le noble Prophète (S.A.W.) attirait à lui Hadrat Fatima (R.A.) et lui embrassait le front lorsqu’il revenait d’un voyage. Il embrassait également le front de Hadrat Abou Bakr (R.A.) et de Hadrat Aïcha (R.A.).]

 

Les directives relatives au voile

Les versets du Noble Coran qui prescrivent le voile sont présentés ci-dessous :

(Arabe**************************************************************************************************************)

[Dis aux croyants, ô Prophète, de baisser leurs regards et de préserver leur chasteté. C’est plus pur pour eux. Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leur chasteté et de ne pas montrer leurs parures, sauf ce qui en paraît naturellement. Qu’elles rabattent leur voile sur leur poitrine et ne montrent leurs parures à personne [d’autre] qu’à ceux-ci : leur mari, leur père, leur beau-père, leurs fils, les fils de leurs fils, leurs frères, les fils de leurs frères, les fils de leurs sœurs, leurs femmes, leurs esclaves, les serviteurs dépourvus de désir envers les femmes et les enfants qui ne connaissent rien aux parties intimes des femmes. [Ordonne-leur en outre] de ne pas frapper du pied en marchant, afin que leurs parures cachées ne soient révélées par le bruit de leurs pas.]

— Sourate An-Nour : 30-31

(Arabe**************************************************)

Ô épouses du Prophète ! Vous n’êtes pas comme les autres femmes. Si vous désirez adopter la piété, ne parlez pas d’une manière affectée [à double sens]. Car ceux dont le cœur nourrit de mauvaises intentions pourraient alors concevoir quelque espoir à votre égard. Parlez simplement et naturellement. Restez dans vos maisons et ne vous exhibez pas comme on le faisait au temps de l’ancienne Jâhiliya, en exposant votre beauté et votre jeunesse. — Sourate Al-Ahzab : 32-33

(Arabe**********************************************************)

Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux croyantes de se couvrir le corps et le visage d’un voile. — Sourate Al-Ahzab : 59

Réfléchissez à tous ces versets. Il n’a été demandé aux hommes que de baisser leur regard et de préserver leur moralité de l’obscénité sexuelle. Mais, outre les deux commandements susmentionnés adressés aux femmes, des directives supplémentaires leur ont été données concernant les relations sociales et les convenances. Cela signifie clairement que, pour préserver leur moralité, il ne suffit pas de maîtriser le regard et de préserver les parties intimes ; certaines autres règles de conduite sont également nécessaires. Nous devons maintenant examiner comment le Prophète béni (S.A.W.) et les nobles Compagnons (R.A.) ont mis ces directives en pratique dans la société islamique. Nous devons aussi voir quel est le véritable sens de toutes ces directives et si leurs paroles et leurs actes nous éclairent sur la manière de les appliquer.

La maîtrise du regard

En premier lieu, il a été ordonné aux femmes et aux hommes de « baisser leur regard ». Cela signifie qu’au lieu de fixer le visage de quelqu’un, il faut détourner le regard vers le bas. Tel est le sens littéral de l’expression coranique « gadd al-basar ». Mais cela n’en révèle pas toute la portée. L’objectif véritable du commandement d’Allah le Très-Haut n’est pas que l’être humain regarde constamment vers le bas et ne lève jamais les yeux ; il est plutôt qu’il se protège de ce que la terminologie du hadith appelle la fornication des yeux. Pour un homme, prendre plaisir à contempler la beauté et les attraits d’une femme inconnue est tout aussi générateur de désordre que, pour une femme, de regarder un homme inconnu. Les troubles et la corruption commencent naturellement et instinctivement précisément ici. C’est pourquoi cette voie a été fermée en premier, et tel est le véritable objectif de la maîtrise du regard, ou de l’abaissement du regard.

Il est vrai que, lorsqu’on vit dans le monde les yeux ouverts, le regard se posera sur toutes sortes de choses. Il n’est évidemment pas possible qu’un homme ne voie jamais une femme, ni qu’une femme ne voie jamais un homme. C’est pourquoi le Législateur de la charia a prescrit que, si le regard tombe soudainement sur quelqu’un et qu’une certaine attirance pour sa beauté est ressentie, il est interdit de regarder cette personne une seconde fois.

Hazrat Jarir (R.A.) rapporte : « J’ai demandé au Messager d’Allah (S.A.W.) : “Que dois-je faire si mon regard tombe soudainement sur quelqu’un ?” Il répondit : “Détourne ton regard.” » — Abou Dawoud

(Arabe********************************************************)

Hazrat Barida (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée) : « Ô Ali ! Ne regarde pas une seconde fois après le premier regard. Le premier regard sera pardonné ; mais si tu regardes une seconde fois, cela ne te sera pas pardonné. » — Abou Dawoud

(Arabe*********************************************)

Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Celui qui jette un regard lascif sur une femme qui lui est étrangère aura, le Jour de la Résurrection, du fer fondu et brûlant versé dans ses yeux. » — Fath al-Qadir

Cependant, il faut faire face à de nombreuses situations où il devient nécessaire de voir une femme étrangère. Par exemple, lorsqu’une femme est soignée par un médecin, lorsqu’elle témoigne devant un juge dans une affaire, lorsqu’elle est en train de se noyer, ou lorsque sa chasteté et son honneur sont menacés : dans de telles circonstances, il est permis de regarder son visage et, si nécessaire, même ses parties intimes. Il est également permis de toucher son corps ; mieux encore, lorsqu’une femme est brûlée par le feu ou submergée dans l’eau, la porter dans ses bras pour la sauver n’est pas seulement permis, mais devient obligatoire. Le législateur de la charia ordonne que, dans de telles situations, l’intention soit préservée autant que possible. Mais si, en raison de désirs humains naturels, la moindre excitation se produit, il n’y aura pas de faute. Car ce regard est porté par nécessité, et il n’est pas possible à l’être humain de réprimer ses besoins naturels.

De même, il est non seulement permis de voir une femme étrangère en vue du mariage et de l’examiner attentivement, mais les hadiths donnent également des directives à ce sujet. Le Prophète lui-même (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a regardé une femme dans ce but.

(Arabe******************************************************)

Il est rapporté que Mughirah ibn Shu‘bah proposa un jour le mariage à une femme. Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit : « Va la regarder, car cela sera plus propice à faire naître entre vous l’amour et l’harmonie. » — At-Tirmidhi

(Arabe****************************************************)

Il est rapporté de Sahal ibn Sa‘d qu’un jour, une femme se présenta devant le Noble Prophète (s) et dit : « Ô Messager d’Allah ! Je m’offre à vous afin de m’unir à vous par les liens du mariage. » Alors, le Prophète (s) la regarda. — Al-Bukhari

(Arabe****************************************)

Hazrat Abou Hourayra raconte : « J’étais assis auprès du Prophète (s) lorsqu’un homme arriva et dit : “J’ai l’intention d’épouser une femme ansarite.” Le Prophète (s) lui demanda : “L’as-tu vue ?” L’homme répondit : “Non.” Le Prophète (s) lui dit : “Va donc la regarder, car les femmes des Ansar ont généralement quelque défaut aux yeux.” » — Muslim

(Arabe******************************************************************)

Il est rapporté de Jabir ibn Abdallah que le Prophète (s) a dit : « Si l’un d’entre vous demande une femme en mariage, il doit, autant que possible, la regarder afin de voir s’il existe en elle quelque chose qui puisse inciter cet homme à l’épouser. » — Abou Dawoud

La réflexion sur toutes ces exceptions permet de comprendre que l’objectif d’Allah le Très-Haut n’est pas d’interdire absolument de regarder les femmes ; Son objectif est en réalité de fermer la voie à la fitna et à la débauche. Il est interdit de regarder lorsqu’il n’existe aucune nécessité de le faire, que cela n’apporte aucun avantage social ou civilisateur et que cela risque de provoquer une excitation sexuelle.

Toutes ces directives ont été établies pour les hommes exactement comme elles l’ont été pour les femmes.

Il est rapporté dans un hadith, d’après Hazrat Umm Salama, qu’un jour elle et Hazrat Maymouna étaient assises auprès du Noble Prophète (s). À ce moment-là, Hazrat Ibn Umm Maktoum, qui était aveugle, arriva. Le Prophète (s) dit : « Couvrez-vous devant lui. » Hazrat Umm Salama demanda : « N’est-il pas aveugle ? Il ne pourra ni nous voir ni nous reconnaître. » Le Prophète (s) répondit : « Êtes-vous donc aveugles, vous aussi, pour ne pas pouvoir le voir ? »

Cependant, il existe, du point de vue psychologique, une légère différence entre le fait pour l’homme de regarder la femme et celui pour la femme de regarder l’homme. La nature de l’homme le porte à prendre l’initiative et à agir. Lorsqu’une chose lui plaît, il s’efforce de l’obtenir. Mais la nature féminine comporte une tendance à se retenir et à fuir. Tant que sa nature n’a pas changé, elle ne peut être assez intrépide et audacieuse pour courir vers quelqu’un après qu’il lui a plu. Le Législateur de la Sharî‘a, tenant compte de cette différence, n’a pas imposé aux femmes, concernant le regard porté sur les hommes, une rigueur aussi grande que celle qu’Il a imposée aux hommes concernant le regard porté sur les femmes. En effet, les recueils de hadiths rapportent de façon célèbre que ‘le Prophète — que la paix soit sur lui — fit voir à Aïcha le jeu des Abyssins à l’occasion de l’Aïd’. — [Ce récit est rapporté sous différentes formes dans le Sahîh de Boukhari, le Sahîh de Muslim, les Sunan de Nasâ’î, le Musnad d’Ahmad et d’autres ouvrages. Certains l’ont expliqué en disant que cet événement avait probablement eu lieu alors qu’Aïcha était encore mineure et que les prescriptions relatives au voile n’étaient pas encore descendues. Mais Ibn Hûrân a exposé longuement qu’il s’agissait d’un événement survenu lorsqu’une délégation d’Abyssinie était venue à Médine. L’histoire établit que cette délégation arriva à Médine durant la septième année de l’Hégire. À considérer les choses sous cet angle, Aïcha avait alors quinze ou seize ans. De plus, le récit de Boukhari précise que le Prophète avait couvert Aïcha d’un manteau. Cela prouve que les prescriptions relatives au voile étaient déjà descendues.] Il en ressort qu’il n’est pas absolument interdit aux femmes de regarder les hommes. En revanche, il est interdit aux deux sexes de s’asseoir ensemble dans la même assemblée et de se regarder fixement. N’est pas non plus permis un regard susceptible d’entraîner quelque immoralité ou quelque mal. C’est dans la maison du compagnon aveugle Ibn Umm Maktûm, dont le Prophète avait ordonné à Umm Salama de se voiler, que le Prophète ordonna par ailleurs à Fâtima bint Qays d’observer sa période d’attente. Le qadi Abû Bakr ibn al-‘Arabî a rapporté ainsi cet événement dans son Ahkâm al-Qur’ân :

Il dit que Fâtima bint Qays avait voulu observer sa période d’attente dans la maison d’Umm Sharîk. Le Prophète dit : « Des gens fréquentent cette maison. Va donc demeurer dans la maison d’Ibn Umm Maktûm, car il est aveugle et, là-bas, tu peux rester sans voile. »

Il ressort de cela que le but est de réduire le risque d’immoralité et de mal. Il fut interdit de demeurer là où ce risque était plus grand, et il fut ordonné de demeurer là où il était moindre. Car cette femme devait nécessairement demeurer quelque part ; là où il n’était pas nécessaire qu’elles séjournent, il fut interdit aux femmes de se réunir au même endroit qu’un homme étranger et d’avoir avec lui des rencontres face à face.

Quiconque possède le discernement, le jugement et la capacité de comprendre l’esprit de la Sharî‘a peut aisément saisir les raisons logiques des prescriptions relatives à la maîtrise du regard, ainsi que les raisons pour lesquelles leur rigueur est accrue ou atténuée selon les circonstances. Le véritable objectif du Législateur de la Sharî‘a est de mettre fin au jeu des regards ; Il n’est nullement hostile aux yeux de qui que ce soit. Les deux yeux commencent par regarder d’un regard innocent. Le démon de l’esprit en développe ensuite la jouissance, et cette jouissance est naturelle. « Goûte les autres plaisirs de la beauté naturelle. » Ainsi, regarde une fois la beauté humaine et tire-en une joie spirituelle. Mais, intérieurement, Satan ne cesse d’accroître le plaisir, la jouissance et la saveur. Finalement, le goût de la beauté s’élève jusqu’au désir d’union. Qui pourrait nier que, parmi tous les péchés commis et commis encore dans le monde, le regard des yeux en soit la première et la plus grande cause ? Quelqu’un peut-il prétendre que l’état d’esprit produit par la vue d’une fleur est exactement le même que celui produit par la vue d’un beau jeune homme ou d’une belle jeune femme ? S’il existe une différence entre ces deux états et que l’un soit davantage chargé d’appel sexuel que l’autre, comment dire que la liberté accordée pour goûter une beauté doit être la même dans l’autre cas ? Le Législateur de la Sharî‘a ne veut empêcher personne de goûter la beauté. Il dit plutôt : « Choisis le partenaire qui te plaît et satisfais, auprès de lui, tout le désir de beauté qui est en toi. » Mais si, t’éloignant de ce centre, tu parcours les regards en contemplant la beauté et la jeunesse d’autrui, tu tomberas dans l’immoralité et l’obscénité. Même si, en raison de la maîtrise de soi et d’autres interdits, tu ne te livres pas effectivement à la débauche, tu ne pourras pas te préserver de la débauche dans le monde de la pensée. Une grande partie de ton énergie sera gaspillée sous l’excitation du regard. Ton esprit sera souillé par de nombreux désirs coupables encore inaccomplis. Tu seras sans cesse accablé par les tromperies de l’amour et tu passeras de nombreuses nuits blanches à rêver. Nombre de beaux serpents mâles et femelles te mordront. Sous l’effet des battements du cœur et de l’excitation du sang, ta force vitale s’épuisera — est-ce un dommage négligeable ? Garde tout cela sous contrôle. Il faut s’abstenir de regarder sans raison et de tout regard susceptible d’entraîner l’immoralité ou le mal. Si regarder répond à une nécessité réelle et procure un bien civilisé, alors cela sera légitime.

Restrictions relatives à l’exposition de la beauté et limites de celle-ci

Les prescriptions relatives à la maîtrise du regard s’appliquent de manière égale aux hommes et aux femmes. Certaines prescriptions concernent toutefois spécifiquement les femmes. La première est qu’elles ne doivent pas exposer leur beauté au-delà d’une limite déterminée.

Avant de réfléchir au but et aux détails de cette prescription, il convient de rappeler les directives exposées précédemment dans le chapitre consacré au vêtement et à la ‘awra. Tout le corps de la femme — la ‘awra — à l’exception du visage et des mains, ne peut être découvert, même devant son père, son oncle paternel, son frère ou son fils. Il est même makrûh qu’une femme découvre sa ‘awra devant une autre femme. — [Il est tout aussi haram qu’une femme regarde, chez une autre femme, les parties situées entre le nombril et les genoux qu’il est haram qu’un homme regarde ces mêmes parties chez un autre homme. Quant aux autres parties, il est makrûh de les regarder, mais ce n’est pas haram.] Après avoir gardé cette vérité à l’esprit, il convient d’examiner les limites de l’exposition de la beauté.

1. Il est permis à la femme de dévoiler sa beauté devant son mari, son père, son beau-père, son fils, son beau-fils, son frère, son neveu et le fils de sa sœur.

2. Il lui a également été permis de dévoiler sa parure devant ses propres esclaves (et non devant les esclaves de quelqu’un d’autre).

3. Elle peut aussi se présenter parée devant un homme qui est à son service et sous son autorité, et qui n’éprouve aucun intérêt ni désir pour les femmes. — [En commentant cette directive, le hafiz Ibn Kathir dit :(Arabe******************) Cela désigne les ouvriers, serviteurs et subordonnés qui ne sont ni rusés ni habiles, mais extrêmement simples, et qui n’éprouvent aucun désir sexuel pour les femmes. L’absence de désir sexuel peut se rencontrer dans deux situations. Premièrement, lorsqu’ils n’éprouvent absolument aucun désir sexuel, comme les vieillards, les simples d’esprit ou les eunuques de naissance. Deuxièmement, lorsqu’ils possèdent certes la vigueur masculine et l’attirance naturelle envers les femmes, mais ne peuvent éprouver de désir sexuel pour les femmes de la maison sous l’autorité de laquelle ils servent, ou de la maison où ils se rendent pour recevoir de l’aide en tant que mendiants. Les termes coraniques précités désignent ces deux catégories d’hommes. Il faut toutefois se rappeler que les hommes devant lesquels il est permis aux femmes de dévoiler leur beauté doivent nécessairement posséder deux qualités. Premièrement, ils ne doivent même pas songer à éprouver quelque désir sexuel que ce soit envers les femmes de la maison où ils servent. Ensuite, le maître de chaque maison doit veiller à vérifier que les serviteurs auxquels il a été permis d’entrer dans la maison correspondent bien à l’idée que l’on s’était initialement faite d’eux. Si, après leur avoir accordé cette permission, un quelconque soupçon apparaît à leur sujet, il faudra leur interdire l’accès à la maison. L’exemple éclatant à cet égard est celui de l’eunuque auquel le Prophète (s) avait permis d’entrer dans sa maison.]

L’événement est le suivant : il y avait à Médine un eunuque qui se rendait auprès des épouses du Prophète. Un jour, il était assis auprès de Umm Salama et conversait avec son frère, Abdallah. À ce moment-là, le Prophète (s) arriva et, en entrant dans la maison, entendit l’eunuque dire à Abdallah les paroles suivantes :

« Si Taïf est conquise demain, je te montrerai Badiya bint Ghailan al-Thaqafi. Voici ce qu’il en est d’elle : lorsqu’elle vient de face, on voit quatre plis sur son ventre, et lorsqu’elle se retourne, huit plis. » Puis il se mit à décrire ses parties intimes en termes obscènes. Le Prophète (s), ayant entendu cela, dit : « Ô ennemi d’Allah ! Tu l’as donc observée de très près. » Puis il dit à ses épouses : « Je vois que cet homme connaît parfaitement la condition des femmes. Qu’il ne puisse donc plus venir auprès de vous. »

Le Prophète (s) ne s’en tint pas là. Il l’expulsa de Médine. En effet, en raison de la description qu’il avait faite des parties intimes de Bint Ghailan, le Prophète (s) estima que les femmes, voyant ses manières et ses gestes féminins, se mêlaient à lui sans aucune gêne, comme elles se mêlent aux femmes de leur propre sexe. Profitant de cette occasion, cet homme prenait connaissance de leur intimité, puis les vantait auprès des hommes. Cela pouvait entraîner de graves préjudices et de grands désordres.]

4. Elle peut également dévoiler sa beauté devant les garçons chez lesquels les sensations sexuelles ne se sont pas encore éveillées. Il est dit dans le Noble Coran :

(Arabe*******************************************)

« des garçons qui ne connaissent pas encore les affaires intimes des femmes. »

5. Il est permis de montrer sa beauté et sa parure aux femmes avec lesquelles on est habituellement en relation. Dans le Noble Coran, au lieu de l’expression « les femmes en général », l’expression « vos femmes » a été employée. Il s’agit des femmes honorables, ou des parentes, ou des femmes de votre propre catégorie. Il n’est pas permis de montrer la beauté de la femme concernée devant des femmes ignorantes et stupides, des femmes dont la conduite est suspecte, ou dont le caractère porte la marque de la corruption et de la débauche. En effet, celles-ci aussi peuvent être une cause de désordre et de mal. Après l’arrivée des musulmans en Syrie, lorsque les musulmanes commencèrent à fréquenter les femmes juives et chrétiennes, le calife Omar (r.a.) écrivit au gouverneur de Syrie, Abou Obeïda ibn al-Jarrah (r.a.), pour lui demander d’interdire aux musulmanes d’entrer aux bains publics avec les femmes des Gens du Livre. — Tafsir d’Ibn Jarir

Ibn Abbas (r.a.) explique que les musulmanes ne peuvent montrer aux femmes mécréantes et protégées que ce qu’elles peuvent montrer devant un homme étranger. — Tafsir al-Kabir

Le but de toutes ces mesures n’était pas de préserver une quelconque distinction religieuse, mais de protéger les musulmanes de l’influence de femmes dont les mœurs, le caractère et la civilisation n’étaient pas connus, ou qui, lorsqu’ils étaient connus, étaient répréhensibles du point de vue de l’islam. Parmi ces femmes non musulmanes, celles qui sont honorables et pudiques sont incluses parmi les femmes mentionnées dans le Coran comme(Arabe********)« vos femmes ».

En réfléchissant à toutes ces limites, on peut distinguer deux catégories :

1. La beauté qu’il est permis de montrer dans les limites de ce cadre restreint consiste à porter des bijoux et autres ornements sur les parties du corps qui ne relèvent pas de la nudité à couvrir, à se vêtir de beaux habits, à utiliser du khôl et du parfum, à se coiffer, ainsi qu’à porter les autres parures que les femmes ont l’habitude de porter chez elles selon leurs aspirations naturelles de femme.

2. Il est permis de montrer ce genre de parure devant les hommes qui sont définitivement interdits aux femmes par le mariage, ou devant ceux qui ne ressentent aucun désir sexuel, ou encore devant les personnes qui ne pourront être une cause de désordre et de mal. Pour les femmes, la condition « vos femmes » a été posée ; pour les personnes placées sous autorité, celle de l’absence de désir sexuel ; et pour les enfants, celle de ne pas connaître les parties intimes des femmes. On comprend ainsi que le but du Législateur de la charia est de maintenir l’exposition de la beauté des femmes dans des limites telles que leur beauté et leur parure ne puissent provoquer aucune excitation illicite ni faire craindre une dépravation sexuelle.

À l’égard de tous les hommes qui se trouvent en dehors de ce cadre, il a été ordonné de ne pas leur montrer sa beauté ni sa parure ; en outre, en marchant, il ne faut pas poser les pieds d’une manière qui ferait entendre le bruit de la démarche et révélerait ainsi une beauté ou une parure cachée. Le regard de l’homme se fixe alors sur la femme en question. La beauté qu’il est ordonné de dissimuler aux hommes étrangers est précisément celle qu’il est permis de montrer dans les limites mentionnées plus haut. Le but est parfaitement clair. Si des femmes parées se présentent devant des hommes qui éprouvent un désir sexuel et dont le désir n’a pas été transformé en une disposition pure et innocente parce qu’ils ne sont pas des mahram, personne ne prétend que cette exposition de la beauté rendrait chaque femme immorale et chaque homme effectivement pécheur. Mais nul ne peut non plus nier que la circulation publique des femmes en belle parure et leur participation aux rassemblements entraînent d’innombrables dommages manifestes et cachés, psychologiques et matériels. Aujourd’hui, les femmes d’Europe et d’Amérique consacrent à la parure la plus grande partie de leurs revenus et de ceux de leurs maris. La charge de ces dépenses augmente chaque jour à un point tel qu’elles n’ont plus les moyens financiers de la supporter. — Récemment, une exposition de produits chimiques a été organisée. D’après les spécialistes, il apparut que les femmes d’Angleterre dépensent vingt millions de livres par an et les femmes d’Amérique cent vingt-cinq millions. Près de quatre-vingt-dix pour cent des femmes désirent recourir à une forme ou une autre de « maquillage ». (Remarque : cela remonte à quarante ans, au moment où cet article fut écrit ; il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui le luxe des femmes a augmenté plusieurs fois par rapport à cette époque — le traducteur.) Ce sont bien les regards lubriques qui accueillent les femmes dans les marchés, les bureaux et les lieux publics qui ont suscité cette folie, n’est-ce pas ? Réfléchissez encore : quelle autre raison pourrait expliquer la naissance, chez les femmes, d’un désir si puissant de se parer, et son accroissement si rapide ? N’est-ce pas parce qu’elles souhaitent obtenir les compliments des hommes et se rendre à leurs yeux séduisantes ? — La folie de paraître belle s’est tellement développée chez les femmes qu’elles vont jusqu’à sacrifier leur vie pour elle. Leur effort suprême consiste à rester minces et élancées, sans avoir dans le corps une livre de chair de plus que nécessaire. Pour la beauté, les spécialistes ont fixé des mensurations précises pour les mollets, les cuisses et la poitrine ; chaque jeune fille veut maintenir son corps dans ces proportions, comme si, pour ces malheureuses, il n’existait aucun autre but dans la vie que de se rendre agréable aux yeux d’autrui. Pour atteindre cet objectif, elles passent par la faim, se privent d’aliments nourrissants et vivent de boissons légères telles que le jus de citron et le café amer. Sans l’avis du médecin, et même contrairement à ses conseils, elles prennent des médicaments qui les amaigrissent et les affaiblissent. Sous l’empire de cette folie, beaucoup de femmes ont sacrifié leur vie et continuent de le faire. En 1937, la célèbre actrice de Budapest, « Jucilabas », mourut subitement d’un arrêt du cœur. L’enquête révéla ensuite qu’elle vivait depuis plusieurs années dans un état de sous-alimentation et qu’elle utilisait des médicaments brevetés pour perdre du poids. Puis, un jour, ses forces vitales lui firent soudain défaut. Après cela, trois autres cas se produisirent successivement à Budapest seulement. La très célèbre beauté hongroise « Magda Varsili » sacrifia sa vie pour rester mince. Ensuite, la chanteuse « Louise Jabu » s’évanouit soudainement sur scène, devant des milliers de spectateurs, et mourut. Elle souffrait de ce que son corps ne correspondît pas aux critères de beauté de l’époque moderne. Pour remédier à ce malheur, la pauvre femme eut recours à des procédés artificiels et perdit soixante livres de poids en deux mois. Il en résulta que son cœur s’affaiblit extrêmement et qu’un jour elle sacrifia sa vie pour les amateurs de beauté.

Ensuite vint le tour d’une actrice nommée « Imula ». Elle avait artificiellement allégé son corps à tel point qu’elle finit par être atteinte d’une maladie cérébrale permanente. Elle dut alors se rendre dans un asile d’aliénés au lieu de se produire sur scène. Les journaux rapportent les faits concernant ce genre de célébrités. Mais qui sait combien de santés et de vies cette frénésie de la beauté et de l’apparence amoureuse, qui s’est répandue de maison en maison, détruit chaque jour ? Qui dira s’il s’agit de la liberté de la femme ou de son esclavage ? Cette prétendue liberté n’a fait que renforcer sur elles la domination des instincts sexuels masculins. Elle les a réduites à un tel état d’esclavage qu’elles ont même été privées de leur liberté en matière d’alimentation et de préservation de leur santé. La vie et la mort de ces malheureuses ne dépendent désormais plus que des hommes. ] Pourquoi cela ? Est-ce un désir parfaitement innocent ? Ne dissimule-t-il pas une pulsion sexuelle qui cherche à s’étendre au-delà de ses limites naturelles, et à la satisfaction de laquelle répond, à l’autre extrémité, un désir analogue ? Si vous le niez, peut-être n’hésiterez-vous pas demain à prétendre que la fumée visible au-dessus d’un volcan ne signifie pas qu’une lave soit sur le point d’en jaillir.

Vous êtes libre d’accomplir votre travail et de faire ce que vous voulez. Mais ne niez pas la vérité. Cette vérité n’est désormais plus cachée. Ses conséquences sont apparues au grand jour. Vous acceptez sciemment ces conséquences. Mais l’islam veut arrêter le phénomène précisément au point où il commence à se manifester. Car son regard ne se porte pas sur le commencement extérieurement et apparemment innocent de l’exposition de la beauté, mais sur l’issue effroyable qui, telle l’obscurité du Jour de la Résurrection, se répand dans toute la société.

Hadith :

(Arabe*****************************************)

La femme qui se montre parée devant des hommes étrangers est semblable aux ténèbres du Jour de la Résurrection, privées de lumière. — At-Tirmidhi

Dans le Coran, là où l’exposition de la beauté devant les hommes étrangers est interdite, il existe aussi une exception. À savoir :(Arabe***********)Cela ne comporte aucun péché. Certains ont essayé de tirer quelque avantage de cette exception. Mais le problème est qu’il n’existe aucune possibilité de tirer davantage profit de ces mots. Le Législateur de la Sharî‘a dit : n’expose pas volontairement ta beauté devant autrui. Mais personne ne sera tenu responsable de la tenue qui se révèle spontanément ou qu’il est impossible de ne pas montrer — le sens en est parfaitement clair. Que ton intention ne soit pas de montrer ta beauté et ta tenue. Tu ne dois en aucun cas avoir pour impulsion ou pour désir de montrer tes parures à autrui, ou, à défaut, d’attirer au moins sur toi le regard d’autrui en lui faisant entendre le tintement discret de tes bijoux. Tu dois t’efforcer de ton mieux de dissimuler ta beauté et tes attraits. Si, après cela, quelque chose se révèle malgré toi, Allah ne t’en tiendra pas responsable. Le vêtement par lequel tu couvriras ta beauté sera bien entendu visible. Il laissera apparaître la structure et la taille de ton corps, ainsi que ta prestance physique et tes formes. Pour les besoins de tes activités, tu devras nécessairement laisser découvertes tes deux mains et une partie de ton visage. Dans ce cas, il n’y a aucun péché. Tu ne souhaites pas les montrer ; tu y es plutôt contrainte. Si un homme malhonnête y trouve du plaisir, qu’il en soit ainsi. Il subira le châtiment de ses mauvaises intentions. Tu auras accompli, selon tes capacités, la part de responsabilité que la civilisation et la morale t’avaient confiée.

Tel est le véritable sens du verset précité. Si l’on étudie les différentes divergences entre les commentateurs au sujet du sens de ce verset, on comprendra que, malgré toutes leurs divergences d’opinion, la substance de leurs propos revient au sens exposé ci-dessus.

Selon Ibn Mas‘ûd, Ibrâhîm an-Nakha‘î et Hasan al-Basrî, la beauté apparente désigne les vêtements sous lesquels on peut dissimuler la beauté intérieure, tels que le burqa, le châle, etc.

Selon Ibn Abbas, Mujahid, Ata, Ibn Omar, Anas, Dahhak, Saïd ibn Jubayr, Al-Awzaï et les imams hanafites, cela désigne le visage et les deux mains, ainsi que les éléments de beauté qui y sont utilisés, tels que le henné sur les mains, les bagues, le khôl des yeux, etc.

Selon Saïd ibn al-Musayyib, la seule exception est le visage ; selon une autre transmission, Hassan al-Basri aurait également soutenu cet avis.

Â’icha (qu’Allah l’agrée) est favorable à la couverture du visage. Selon elle, la beauté apparente désigne les deux mains, les bracelets, les bagues, les bracelets de poignet, etc.

Miswar ibn Makhrama et Qatada autorisent à découvrir les mains avec leurs ornements, et leurs propos donnent à penser qu’ils n’autorisent à laisser découvertes, au lieu de l’ensemble du visage, que les deux yeux. — [Ibn Jarir et Ahkam al-Qur’an.]

Réfléchissez à l’objet de ces divergences. Tous ces exégètes (Arabe***********)permettent de comprendre que Dieu, le Très-Haut, autorise la manifestation d’une beauté qui se révèle nécessairement ou qu’il est indispensable de montrer. Aucun d’eux n’a pour objectif de montrer les mains ou d’en faire un objet de regard pour quiconque.

Chacun, selon sa propre compréhension, a tenté de déterminer, en tenant compte des besoins des femmes, quelle partie du corps peut être nécessairement découverte en cas de besoin ou se découvrir naturellement. Nous disons que (Arabe**********)il ne faut la limiter à aucune de ces deux possibilités. La croyante qui souhaite obéir aux commandements d’Allah et de Son Messager et qui ne désire pas se livrer à la désobéissance et au mal peut décider elle-même, selon sa situation et ses besoins, de découvrir ou non son visage et ses deux mains ; si elle souhaite les découvrir, elle peut décider à quel moment le faire, dans quelle mesure les découvrir et dans quelle mesure les couvrir. Le Législateur n’a donné aucune directive explicite à ce sujet. Il ne relève pas non plus du bon sens pratique de fixer une directive précise en fonction de la diversité des situations et des besoins. La femme qui est obligée de sortir et de travailler pour répondre à ses besoins aura parfois besoin de découvrir ses mains et parfois son visage. Une telle femme en a la permission selon ses besoins. Mais celle dont la situation n’est pas ainsi faite ne peut légitimement découvrir volontairement ses mains ou son visage sans raison.

Ainsi, l’intention du Législateur est que si une partie du corps est découverte dans le but de montrer sa beauté, cela constitue un péché. Si quelque chose se découvre spontanément et involontairement, il n’y a pas de péché. Si un besoin réel oblige à le découvrir, cela est permis. La question est maintenant la suivante : indépendamment de la diversité des situations, quelle directive concerne spécifiquement le visage ? Le Législateur préfère-t-il qu’il reste découvert ou le désapprouve-t-il ? Ne peut-on le découvrir qu’en cas de besoin, ou bien n’est-il pas quelque chose qu’il faut dissimuler au regard d’autrui ?

Les versets de la sourate Al-Ahzab apportent des éclaircissements sur ces questions.

Instructions concernant le visage

Voici les versets de la sourate Al-Ahzab mentionnés plus haut :

(Arabe*********************************************)

Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes musulmanes de rabattre sur elles une partie de leurs manteaux. Cette mesure permettra, on peut l’espérer, de les reconnaître et de ne plus les importuner par la suite. — Sourate Al-Ahzab : 59

Ce verset a été révélé spécifiquement pour ordonner de couvrir le visage (Arabe*********)Le pluriel du mot (Arabe*********) signifie manteau. (Arabe*********) signifie rabattre. (Arabe*****************)L’expression signifie littéralement qu’elle doit rabattre sur elle une partie de son manteau. C’est également le sens du fait de se voiler. Toutefois, l’objectif véritable de ce verset n’est pas le « voile » au sens communément admis, mais la couverture du visage, que ce soit au moyen d’un voile, d’un rideau ou de tout autre procédé. Il est expliqué que son bienfait est le suivant : lorsque la femme musulmane sortira de chez elle ainsi couverte, les gens comprendront qu’elle est une femme respectable, et non une femme éhontée et dépourvue de pudeur. Ainsi, personne ne fera obstacle à sa chasteté.

Tous les commentateurs du Saint Coran ont exprimé ce sens de ce verset. Le vénérable Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) en donne l’explication suivante :

Allah le Très-Haut a ordonné aux femmes musulmanes que, lorsqu’elles sortent de chez elles pour quelque besoin, elles rabattent sur leur visage le pan de leur manteau depuis le sommet de leur tête. — Tafsir d’Ibn Jarir

L’imam Muhammad ibn Sirin demanda à Obeida ibn Soufyan ibn al-Harith al-Hadrami de quelle manière on pouvait mettre cet ordre en pratique. En réponse, celui-ci le lui montra lui-même : il couvrit son front, son nez et un œil, ne laissant découvert qu’un seul œil. — Tafsir d’Ibn Jarir

Allama Ibn Jarir al-Tabari dit dans le commentaire de ce verset :

Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes musulmanes que, lorsqu’elles sortent de leur maison pour quelque besoin, elles ne doivent pas porter les vêtements des esclaves, qui laissent la tête et le visage découverts ; qu’elles rabattent plutôt sur elles le pan de leur voile, afin que les pervers ne portent pas atteinte à leur chasteté et sachent qu’elles sont des femmes de bonne condition. — Tafsir d’Ibn Jarir

Allama Abu Bakr al-Jassas dit :

Ce verset prouve qu’il a été ordonné à la jeune femme de couvrir son visage devant les hommes étrangers, et qu’elle doit manifester pudeur et dignité lorsqu’elle sort de chez elle, afin que celui qui nourrit de mauvaises intentions ne soit pas attiré par elle. — Ahkam al-Qur’an, troisième tome

Allama al-Naysaburi dit dans son exégèse Gharā’ib al-Qur’ān :

À l’époque des débuts de l’islam, les femmes sortaient vêtues d’une kamiz et d’un dupatta, comme à l’époque de la Jāhiliyya. Les vêtements des femmes de bonne condition ne se distinguaient pas non plus de ceux des femmes des classes inférieures. Il leur fut alors ordonné de faire flotter un voile et de s’en couvrir le visage, afin que les gens puissent comprendre qu’elles étaient des femmes de bonne condition et non des femmes dévergondées.

L’imam al-Razi dit :

À l’époque de la Jāhiliyya, les femmes de bonne condition comme les esclaves circulaient toutes sans voile, et les hommes mal intentionnés les poursuivaient. Allah Tout-Puissant ordonna aux femmes de bonne condition de se couvrir au moyen d’un voile.(Arabe********************)Ce vêtement peut avoir deux significations. Premièrement, il permettrait de reconnaître qu’il s’agit d’une femme de bonne condition et qu’il ne faut pas la suivre. Deuxièmement, il permettrait de comprendre qu’elles ne sont pas de mauvaises mœurs. En effet, personne ne peut espérer d’une femme qui garde le visage couvert [à moins que le visage ne soit pas compté parmi l’‘awra — c’est-à-dire la partie du corps qu’il est ordonné, selon la terminologie coranique, de couvrir devant tous à l’exception des époux ; la partie située entre le nombril et les genoux de l’homme est également appelée ‘awra en ce sens —, auquel cas il ne serait pas obligatoire de la couvrir] qu’elle accepte de découvrir son ‘awra. Ce vêtement prouverait donc qu’elle est une femme voilée, et il serait vain d’espérer d’elle quelque mauvaise action. — Tafsir al-Kabir

Le cadi al-Baydawi dit :

(Arabe******************************************)

Cela signifie que, lorsqu’elles sortiront pour leurs besoins, elles couvriront leur corps et leur visage au moyen d’un châle. Ici, (Arabe********)le terme (Arabe*******)est employé pour désigner cela, c’est-à-dire qu’il faut le draper par-dessus le châle. (Arabe*********************)Cela permettait de distinguer les femmes nobles, les esclaves et les chanteuses. (Arabe**********)Cela signifie que les individus suspects n’oseraient pas porter atteinte à leur honneur. — Tafsîr al-Baydawi

Toutes ces déclarations prouvent que, depuis l’époque bénie des nobles Compagnons jusqu’au VIIIe siècle, le même sens a été attribué à ce verset à chaque époque, et que ce sens est précisément celui que nous avons pu comprendre à partir de ses termes. Si l’on examine ensuite les hadiths, il apparaît clairement qu’après la révélation de ce verset, à l’époque du Noble Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui), les musulmanes commencèrent généralement à se couvrir le visage et que l’habitude de circuler le visage découvert disparut. Il est rapporté dans les recueils de hadiths d’Abou Dawoud, d’al-Tirmidhi, dans le Muwatta et dans d’autres ouvrages que le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) avait interdit aux femmes, en état d’ihram, de se couvrir le visage et de porter des gants. Cela prouve que, dès cette époque bénie, l’usage du voile pour couvrir le visage et des gants pour couvrir les mains s’était établi. Leur usage n’était interdit qu’en état d’ihram. Toutefois, l’objectif pendant le pèlerinage n’était pas de rendre le visage des femmes visible au public ; il était plutôt d’empêcher que le voile du visage ne devienne, dans la tenue rituelle de l’ihram, une partie de leurs vêtements, comme cela se faisait habituellement en dehors de cet état. D’autres hadiths rapportent que, même en état d’ihram, les épouses du Prophète et les autres musulmanes ordinaires dissimulaient leur visage découvert aux regards des hommes inconnus.

(Arabe************************************************)

Hadrat Aïema (qu’Allah l’agrée) dit : « Des montures passaient près de nous alors que nous étions en état d’ihram avec le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Lorsque des hommes s’approchaient de nous, nous faisions tomber nos châles de la tête sur le visage. Lorsqu’ils étaient passés, nous découvrions de nouveau nos visages. »

— Abou Dawoud

(Arabe***************************************************)

Fâtima bint al-Mundhir rapporte : « Lorsque nous étions en état d’ihrâm, nous nous couvrions le visage avec un tissu. Asmâ, fille de Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — était avec nous. Elle ne nous l’a pas interdit. » — L’Imam Mâlik : Al-Muwatta’

Dans le Fath al-Bârî, au chapitre du pèlerinage, il est rapporté d’après Aïcha — qu’Allah l’agrée — :

(Arabe**********************************************_)

Que les femmes, en état d’ihrâm, laissent tomber leur voile depuis leur tête sur leur visage.

Couverture

Quiconque prête attention aux termes du Noble Coran, à leur acceptation par le grand public, à l’exégèse unanime et à leur mise en pratique à l’époque du Noble Prophète ne pourra nier cette vérité : la charia islamique ordonne aux femmes de se couvrir le visage devant les étrangers, et cet ordre était observé à l’époque du Prophète. Même si le terme « niqâb » ou « couverture » n’y figure pas explicitement, le sujet en est proposé par le Noble Coran dans son sens et sa portée. Sous les yeux de l’Être sacré sur lequel le Coran fut révélé, les femmes musulmanes l’avaient adopté comme une partie de leur vêtement extérieur, et à cette époque déjà, on l’appelait « niqâb », c’est-à-dire voile ou couverture.

Il est regrettable qu’il s’agisse précisément de ce « niqâb » (voile) que l’Europe considère comme une chose extrêmement détestable et méprisable. Sa simple conception est insupportable à la conscience occidentale. Elle le considère comme un signe d’oppression, d’étroitesse d’esprit et de barbarie. C’est l’une des choses dont on fait mention lorsqu’on évoque l’ignorance et le sous-développement des peuples orientaux. Et lorsqu’on affirme qu’un peuple oriental progresse en civilisation et en culture, la première chose que l’on met particulièrement en avant est que le « niqâb » a disparu de ce peuple. À présent, baissez la tête de honte en constatant que ce vêtement n’est pas une invention des époques ultérieures : il a été institué par le Noble Coran lui-même et le Noble Prophète en a instauré l’usage. Mais il ne suffit pas de baisser la tête. Si l’autruche cache sa tête dans le sable en voyant le chasseur, l’existence du chasseur ne disparaît pas pour autant. Vous pouvez vous aussi baisser la tête de la même manière, mais cela n’effacera pas les versets du Coran et ne fera pas disparaître les faits établis par l’histoire. Si, par des interprétations compliquées, vous tentez d’en tirer le rideau, cette « tache de honte » n’en apparaîtra que davantage. Après avoir cru à la « parole divine » occidentale et accepté de considérer celle-ci comme une « tache infamante », il ne vous reste qu’un seul moyen de l’éliminer : proclamer votre désaveu de cet islam qui ordonne même les « choses méprisables » telles que le « niqâb », le voile couvrant et le voile du visage. Vous aspirez au « progrès » et vous avez besoin de « civilisation ». Comment cette religion pourrait-elle donc vous convenir, elle qui empêche les femmes de devenir les flambeaux des assemblées et des réunions, qui enseigne la pudeur, le voile, l’honneur et la chasteté, et qui leur interdit de se parer pour le plaisir des yeux de ceux qui ne sont pas de leur foyer ? Où est le « progrès » dans une telle religion ? Quel rapport une telle religion peut-elle avoir avec la « civilisation » ? Pour le « progrès » et la « civilisation », il faut que la femme — non pas une femme, mais une dame — avant de sortir, se libère de toute activité pendant deux heures pour se consacrer uniquement à l’arrangement de sa beauté et à sa toilette ; qu’elle parfume tout son corps, qu’elle se revête de vêtements extrêmement attrayants par leurs couleurs et leur coupe, qu’elle colore son visage et ses bras, qu’elle rende ses lèvres rouge sang avec du rouge à lèvres, qu’elle rafraîchisse ses yeux afin que ses arcs sourciliers puissent lancer des regards justes et perçants. Lorsqu’elle sortira de chez elle ainsi parée de toutes ces séduisantes attitudes, la situation sera telle que chacun de ses gestes semblera attirer les cœurs et les esprits en disant : « Voilà donc le véritable endroit. » Et si le désir d’exhiber sa parure personnelle n’en est toujours pas satisfait, elle gardera constamment avec elle un miroir et des produits de beauté, afin de pouvoir corriger à intervalles rapprochés le moindre défaut de sa toilette.

Nous avons répété à maintes reprises qu’il existe une différence radicale entre les objectifs de l’islam et ceux de la civilisation occidentale, et que quiconque interprète les prescriptions islamiques du point de vue occidental commettra une erreur grave. Les critères de valeur et de dignité appliqués par l’Occident aux choses sont totalement différents de ceux de l’islam. Les choses que l’Occident considère comme extrêmement importantes et désirables dans la vie n’ont aucune importance aux yeux de l’islam. À l’inverse, ce à quoi l’islam accorde de l’importance est sans valeur pour l’Occident. Celui qui croit aux critères occidentaux considérera donc chacune des prescriptions islamiques comme susceptible d’être corrigée. Lorsqu’il entreprendra d’interpréter les prescriptions islamiques, il finira nécessairement par les modifier, et même après les avoir modifiées, il ne pourra pas les mettre en pratique dans sa propre vie. Car, à chaque étape, l’interprétation du Coran et de la Sunna lui fera obstacle. Avant d’examiner les modalités détaillées de la mise en œuvre des commandements d’Allah, une telle personne devrait réfléchir à la finalité de ces modalités et se demander dans quelle mesure elle les accepte. Si elle ne peut même pas être d’accord avec ces objectifs, pourquoi se donnerait-elle la peine de discuter des moyens de les atteindre et de chercher inutilement à les modifier ? Pourquoi ne renonce-t-elle pas à cette religion dont elle considère les objectifs et les finalités comme défectueux ? Mais si elle est d’accord avec ses objectifs, le débat se réduit à cette seule question : les moyens pratiques proposés pour atteindre ces objectifs sont-ils appropriés ou non ? Ce débat peut être facilement tranché. Cependant, seuls les gens honorables peuvent adopter cette attitude. Reste maintenant le groupe des hypocrites. Ceux-ci sont les plus vils de toutes les créatures d’Allah le Très-Haut. Il leur sied de prétendre croire en quelque chose, alors qu’en réalité leur foi porte sur tout autre chose.

La controverse qui fait rage au sujet du « niqab » et de la « burqa » repose en réalité sur l’hypocrisie. On s’est efforcé de toutes ses forces de démontrer que cette forme de voile était répandue chez les peuples de l’époque préislamique et que cet héritage de la jāhiliyya avait été transmis aux musulmans longtemps après l’époque du Prophète. Pourquoi se donner tant de peine pour mener des recherches historiques contre un verset explicite du Coran, une pratique attestée de l’époque prophétique et les explications claires des Compagnons et des Tābiʿūn ? La seule raison est qu’ils avaient et ont devant eux tous ces buts et objectifs qui sont acceptés par les masses occidentales. Les notions de « progrès » et de « civilisation » qui ont été imitées des Occidentaux se sont enracinées dans leur cœur. Puisque porter la burqa et couvrir le visage est contraire à ces objectifs et incompatible avec ces notions, ils ont tenté, au moyen de recherches historiques, d’éliminer ces questions consignées dans la jurisprudence islamique. C’est une hypocrisie manifeste qui, comme pour d’autres problèmes, a également été pratiquée à propos de celui-ci. Sa véritable cause est cette absence de principes, cette faiblesse de l’intelligence et ce manque de courage moral qui ont été exposés plus haut. S’il n’en était pas ainsi, l’idée de présenter une histoire du Coran ne leur serait pas venue à l’esprit, malgré leur prétention à suivre l’islam. Soit ils auraient assimilé leurs objectifs à ceux de l’islam [s’ils avaient voulu rester musulmans], soit ils se seraient publiquement séparés de cette religion qu’ils considèrent comme un obstacle au progrès, selon leur propre critère du progrès.

Pour celui qui comprend les objectifs de la loi islamique et possède aussi un peu de bon sens [Common Sense], il n’est pas difficile de comprendre que permettre aux femmes de circuler à l’extérieur le visage découvert est contraire aux objectifs auxquels l’islam accorde une telle importance. Ce qui attire le plus une personne chez une autre, c’est son visage. La beauté naturelle de l’être humain, autrement dit la plus remarquable manifestation de la beauté humaine, se trouve précisément dans le visage. C’est lui qui attire le plus le regard. C’est lui qui agite les émotions et les sentiments. C’est lui qui constitue le plus puissant agent du désir et de l’excitation sexuels. Il n’est besoin d’aucune connaissance approfondie de la psychologie pour le comprendre. Interrogez votre propre esprit. Demandez le verdict de vos deux yeux. Vérifiez-le et examinez-le par votre propre expérience mentale. L’hypocrisie est une autre question. Si l’hypocrite considère même la reconnaissance de l’existence du soleil comme contraire à ses intérêts, il ira jusqu’à nier l’existence du soleil en plein jour. Si vous vous en tenez à la vérité, vous devrez reconnaître que, dans l’attrait sexuel [Sex Appeal], Allah Taʿālā a placé sur le visage la plus grande part de toute la beauté du corps. Si vous deviez épouser une jeune fille, sur quoi fonderiez-vous votre décision ? Il pourrait s’agir, premièrement, d’une jeune fille qui se tiendrait devant vous en couvrant tout son corps à l’exception du visage. Deuxièmement, il pourrait s’agir d’une jeune fille qui vous montrerait son visage à travers l’ouverture d’une fenêtre. Dites-moi maintenant laquelle de ces deux possibilités vous choisiriez. Dites honnêtement : par rapport à l’ensemble du corps, la beauté du visage n’est-elle pas plus importante à vos yeux ?

Après avoir reconnu cette vérité, poursuivez votre raisonnement. Si l’on ne souhaite pas mettre fin à la licence sexuelle de la société et à l’excitation sexuelle débridée, alors il devrait être permis de laisser découverts non seulement le visage, mais aussi la poitrine, les bras, les cuisses, les mollets et toutes les autres parties du corps, comme dans la civilisation occidentale. Dans ce cas, aucune des limites et interdictions décrites plus haut à propos du voile islamique ne serait nécessaire. Mais si l’objectif est d’empêcher la tempête de l’excitation sexuelle, quelle parole pourrait être plus contraire au bon jugement et plus irrationnelle que de mettre des chaînes aux petites portes tout en laissant la grande porte complètement ouverte ?

On pourrait maintenant demander : si tel est l’état des choses, pourquoi l’islam a-t-il permis de découvrir le visage en cas de nécessité impérieuse ? La réponse est que la loi islamique n’est ni déséquilibrée ni partiale. D’un côté, elle tient compte des conséquences morales, tandis que, de l’autre, elle juge en prenant en considération les besoins réels de l’être humain ; elle maintient entre les deux une harmonie et un équilibre extrêmes. Elle veut fermer la voie à la dépravation morale, mais elle ne veut pas non plus imposer à quiconque des interdictions qui l’empêcheraient de satisfaire ses besoins réels. C’est la seule raison pour laquelle des directives aussi explicites que celles données au sujet de la couverture des parties intimes et de la dissimulation de la beauté n’ont pas été données de la même manière au sujet du visage et des mains. Car dissimuler les parties intimes et la beauté ne crée aucune difficulté pour satisfaire les nécessités de la vie. En revanche, garder constamment les deux mains et le visage couverts créerait d’énormes difficultés aux femmes pour satisfaire leurs besoins. Ainsi, la règle générale établie pour les femmes est qu’elles gardent le visage couvert d’un voile et d’une couverture, et(Arabe**********)que, conformément au principe applicable, cette facilité leur est accordée : si le besoin de découvrir réellement le visage se présente, elles peuvent le découvrir. À condition toutefois que l’objectif ne soit pas de montrer leur beauté, mais bien de satisfaire un besoin. Quant au mal et à la corruption que l’on pouvait craindre de l’autre côté, leur voie a également été barrée par l’ordre donné aux hommes de maîtriser leur regard. Si une femme honorable découvre son visage pour répondre à un besoin, l’homme devra baisser les yeux et s’abstenir de tout autre usage de ce regard.

En réfléchissant à ces directives relatives au respect du voile, on comprend que le voile islamique n’est pas une coutume jāhilite, mais une loi fondée sur la connaissance et la raison. La coutume jāhilite est figée et immuable. Une coutume, une fois établie sous une certaine forme, ne peut en aucun cas être modifiée. Ce qui a été dissimulé demeure dissimulé pour toujours. Même après la mort, il est impossible de le révéler. En revanche, une loi fondée sur la raison et la conscience comporte de la souplesse. Selon les circonstances, elle permet la rigueur comme l’allègement. Selon les circonstances, elle prévoit également des exceptions à ses règles et à ses principes. On ne peut pas suivre une telle loi aveuglément. Elle exige discernement et jugement. Celui qui observe la loi avec conscience peut décider lui-même à quel moment il convient de suivre les règles générales et à quel moment une nécessité réelle, du point de vue de la loi, justifie de recourir à une exception. Il peut ensuite décider lui-même dans quelles circonstances une permission peut procurer quel degré de bienfait et comment préserver l’objectif de la loi tout en recherchant ce bienfait. Dans toutes ces affaires, seule une intention ou une aspiration sincèrement pieuse peut véritablement faire du cœur du croyant un mufti authentique. Le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) a dit :

(Arabe*************************************))

Demande un avis juridique à ton propre cœur et abandonne ce qui suscite en toi trouble ou doute.

C’est pourquoi il est impossible de suivre l’islam dans l’ignorance et sans le comprendre. C’est une loi fondée sur la conscience et la raison ; pour la respecter, il faut à chaque instant faire appel au discernement et à la compréhension.

 

Les règles régissant la sortie du domicile

Après avoir fixé les limites du vêtement et de la satr, la dernière directive donnée aux femmes est la suivante :

(Arabe**********************************)

Restez avec dignité dans vos demeures et ne sortez pas parées comme au temps de la Jâhiliya. — Sourate Al-Ahzab : 33

(Arabe***************************************************)

Qu’elles ne frappent pas le sol de leurs pieds d’une manière qui ferait apparaître leur beauté cachée. — Sourate An-Nour : 31

(Arabe******************************************)

Ne parlez pas d’une voix douce, de peur que ceux dont le cœur est malade ne soient tentés. — Sourate Al-Ahzab : 32

(Arabe******)La prononciation du mot fait l’objet de divergences. La plupart des Médinois et certains habitants de Koufa(Arabe*******) l’ont lu [avec un fatḥa sur le kāf]. Il dérive de la racine(Arabe********) . Selon cette lecture, son sens serait : « Demeurez tranquillement dans vos maisons. » En revanche, la plupart des habitants de Bassora et de Koufa(Arabe******) l’ont lu [avec une kasra sous le kāf]. Il est dérivé du mot(Arabe********) . Son sens serait alors : « Demeurez dans vos maisons avec dignité et sérénité. »

(Arabe***********)Le mot a deux sens. Le premier est la manifestation de la beauté et de la parure. Le second consiste à faire montre d’allure et d’apparat en marchant, à se déhancher — à marcher ainsi, avec des mouvements gracieux et séduisants. Les deux sens sont visés dans le verset coranique. À l’époque de la première Jāhiliyya, les femmes sortaient dans de ravissantes parures, de la même manière que les femmes de l’époque moderne de la Jāhiliyya se déplacent en public. Leur manière de marcher était également calculée de telle sorte que chaque pas ne tombait pas sur le sol, mais dans le cœur du spectateur. Le célèbre tābiʿī et commentateur coranique Qatāda a dit :

(Arabe***************************************)

Il n’est pas nécessaire de recourir à un récit historique pour comprendre cet état de choses. Rendez-vous dans une société où les femmes apparaissent vêtues et parées à l’occidentale : vous verrez de vos propres yeux les manières de la première Jāhiliyya. L’islam demande de s’en abstenir. Il dit que, premièrement, le véritable lieu où vous devez demeurer est votre maison. Vous avez été dispensée des responsabilités extérieures afin de pouvoir rester chez vous dans la paix et la dignité, et vous acquitter des devoirs de la vie familiale. Toutefois, si une nécessité se présente, il vous est permis de sortir de la maison. Mais, lorsque vous sortez, veillez pleinement à votre chasteté et à votre honneur. Votre tenue et votre parure ne doivent comporter ni éclat ni ostentation susceptibles d’attirer sur vous les regards d’autrui, et vous ne devez pas être animée du désir de montrer votre beauté, en laissant parfois entrevoir votre visage et parfois en exhibant vos mains au cours de votre marche. Votre manière de vous déplacer ne doit comporter aucun mouvement gracieux qui attire sur vous les regards d’autrui. Ne sortez pas parée de bijoux dont le tintement répandrait du miel dans les oreilles des autres. Ne faites pas volontairement entendre votre voix afin d’attirer l’attention d’autrui. Oui, si vous devez parler, parlez, mais ne cherchez pas à le faire d’une voix suave. En respectant toutes ces règles et ces limites, vous pouvez sortir de votre maison.

Tel est l’enseignement du Noble Coran. Considérons maintenant les hadiths. Voyons quelle conduite le Prophète (s) a prescrite aux femmes dans la société conformément à cet enseignement, et comment les Compagnons honorables (r.a.) et leurs proches l’ont mise en pratique.

La permission de sortir pour répondre à un besoin

Il est rapporté dans un hadith qu’avant la révélation des prescriptions relatives au voile, Umar (r.a.) demandait : « Ô Messager d’Allah (s), imposez le voile aux femmes. » Un jour, alors que la Mère des croyants, Sawda bint Khamiya (r.a.), était sortie de chez elle pendant la nuit, Umar (r.a.) l’aperçut. Il l’appela et lui dit : « Sawda ! Nous t’avons reconnue. » Son intention était ainsi d’interdire aux femmes de sortir de chez elles sous quelque forme que ce soit. Puis, lorsque l’ordre relatif au voile fut révélé, Umar (r.a.) eut l’occasion d’agir. Il se mit à empêcher sévèrement les femmes de sortir. L’incident antérieur concernant Sawda (r.a.) se reproduisit. À peine était-elle sortie de chez elle que Umar (r.a.) l’en empêcha. Sawda (r.a.) se plaignit de cette affaire auprès du Noble Prophète (s). Le Prophète dit :(Arabe******************************************)

Allah Très-Haut vous a permis de sortir pour répondre à vos besoins. — Salim, al-Bukhari, entre autres.

On peut en déduire que(Arabe******************)la portée coranique de ce terme n’est pas que les femmes ne doivent absolument jamais franchir les limites de leur foyer ; elles ont au contraire pleine autorisation de sortir pour répondre à leurs besoins. Mais cette autorisation n’est ni inconditionnelle ni illimitée. Il n’est pas permis aux femmes de circuler librement çà et là et de se mêler aux assemblées d’hommes. Selon la charia, par « besoin », il faut entendre que sortir devient absolument nécessaire pour les femmes. Il faut préciser qu’il n’est pas possible de fixer, pour toutes les femmes et pour toutes les époques, une règle unique concernant le fait de sortir ou de ne pas sortir. Toutefois, la manière dont le Législateur a réglé les sorties des femmes dans les circonstances ordinaires de la vie, ainsi que les variations qu’il a établies dans les limites de la pudeur, permet d’entrevoir l’esprit et l’orientation du droit islamique. En l’ayant pleinement assimilé, chacun peut lui-même savoir, selon sa situation personnelle et dans les affaires secondaires, comment l’adapter dans les limites de la pudeur et en fonction des circonstances. Pour en expliquer le principe, nous mentionnerons à titre d’exemple quelques points.

L’autorisation de se rendre à la mosquée et ses limites

Il est universellement reconnu que la prière obligatoire est la plus importante. Une grande importance a été accordée au fait de se rendre à la mosquée pour prier et de participer à la prière en assemblée. Mais, dans le domaine de la prière en assemblée, les directives données aux femmes sont exactement l’inverse de celles qui ont été données aux hommes. Pour l’homme, la meilleure prière est celle qu’il accomplit chez lui dans la plus grande solitude. L’imam Ahmad et at-Tabarani ont rapporté le hadith suivant d’Umm Humayd as-Sa’idiyya :

(Arabe******************************************)

Elle dit : « Ô Messager d’Allah (s) ! Je désire prier avec vous. » Le Prophète (s) répondit : « Je le sais. Mais il vaut mieux que tu pries dans un endroit retiré que dans ta propre chambre ; il vaut mieux que tu pries dans ta chambre que dans la galerie de ta maison ; et il vaut mieux que tu pries dans la mosquée de ton quartier que dans la grande mosquée. » — [Les femmes sont mieux à même de comprendre la raison pour laquelle il leur a été recommandé de prier dans un tel isolement. Quelques jours par mois, elles sont obligées de délaisser la prière. Ainsi se révèle une chose qu’aucune femme pudique ne souhaite voir connue même de ses frères et sœurs. Par pudeur, beaucoup de femmes finissent par abandonner complètement la prière. Le Législateur, ayant pris cela en considération, leur a conseillé : « Priez discrètement et dans la solitude, afin que personne ne sache quand vous priez et quand vous cessez de prier. » Il ne s’agit toutefois que d’un conseil, et non d’un ordre. Les femmes peuvent former une assemblée distincte au sein du foyer, et une femme peut la diriger. Le Prophète (s) avait autorisé Umm Waraqa bint Nawfal à diriger la prière en assemblée des femmes (Abou Dawoud). Il est rapporté par ad-Daraqutni et al-Bayhaqi que Aïcha (r.a.) dirigeait les femmes dans la prière et se tenait au milieu du rang. On apprend ainsi que, lorsqu’une femme dirige une assemblée de femmes, elle doit se tenir au milieu du rang, et non à l’avant comme un homme.]

À ce sujet, Abou Dawoud rapporte un hadith de ‘Abd Allah ibn Mas‘oud (r.a.) :

(Arabe*****************************)

Pour une femme, il vaut mieux prier dans une pièce retirée que dans sa propre chambre.

Remarquez que, sur ce point, la règle a été complètement inversée. Pour l’homme, la prière accomplie seul, dans la solitude, est considérée comme la prière la plus médiocre, tandis que la prière accomplie dans une assemblée toujours plus nombreuse est, pour lui, la meilleure. Mais, à l’inverse, pour la femme, la prière accomplie dans la solitude est déclarée préférable ; cette prière solitaire n’est pas seulement préférée à la prière en assemblée, elle est même déclarée supérieure à celle qui ne saurait être surpassée par aucun bienfait pour un musulman, à savoir la prière en assemblée dans la Mosquée du Prophète, dirigée par l’Imam des prophètes lui-même, le vénérable Muhammad (paix et bénédiction sur lui). Quelle est donc la raison de cette différence et de cette disparité ? La seule raison en est que le Législateur n’a pas apprécié que les femmes sortent et a voulu empêcher la réunion des hommes et des femmes dans l’assemblée. Cependant, la prière est un acte d’adoration sacré et la mosquée est un lieu sacré. Le sage Législateur a exprimé sa volonté d’empêcher le mélange des hommes et des femmes en exposant la valeur de la prière en assemblée et l’absence de cette valeur dans la prière solitaire. Mais, pour l’accomplissement d’un acte aussi complet, Il n’a pas interdit aux femmes de se rendre dans un lieu sacré. Les termes employés dans le hadith pour en accorder la permission témoignent de la sagesse incomparable du Législateur.

(Arabe**********************************************)

N’empêchez pas les servantes d’Allah de venir dans les mosquées d’Allah. Si l’une des épouses de l’un d’entre vous demande la permission d’aller à la mosquée, ne l’en empêchez pas. — Boukhari, Muslim

(Arabe*************************************************)

N’empêchez pas vos épouses d’aller à la mosquée. Toutefois, leurs maisons sont meilleures pour elles. — Abou Dawoud

Ces paroles montrent clairement que le Législateur n’a pas interdit aux femmes d’aller à la mosquée. En effet, se rendre à la mosquée pour y prier n’est pas une mauvaise action que l’on pourrait déclarer illicite. Mais on ne peut pas non plus prétendre qu’un rassemblement mixte d’hommes et de femmes doive avoir lieu dans la mosquée. Il leur fut donc permis de se rendre à la mosquée. Cependant, il ne fut pas dit qu’il fallait les y envoyer ou les y accompagner ; il fut seulement dit que, si elles voulaient aller à la mosquée pour y accomplir une prière moins méritoire, en abandonnant la prière préférable, et qu’elles en demandaient la permission, il ne serait pas permis de les en empêcher. Le vénérable Omar (qu’Allah l’agrée) était un jurisconsulte islamique et il avait compris cette signification voulue par le Législateur. Il est rapporté dans le Muwatta qu’il avait sans cesse des discussions à ce sujet avec son épouse, Atika bint Zayd. Omar (qu’Allah l’agrée) n’aimait pas que son épouse se rende à la mosquée, mais elle insistait pour y aller. Lorsqu’elle demandait la permission de s’y rendre, Omar (qu’Allah l’agrée), suivant fidèlement l’ordre du Prophète (paix et bénédiction sur lui), gardait le silence. Cela signifie qu’il ne l’en empêchait pas, mais ne lui accordait pas non plus explicitement la permission. Son épouse, de son côté, était très déterminée sur ce point. Elle disait : « Par Allah, je continuerai à y aller jusqu’à ce que vous me l’interdisiez explicitement. » — [Cette situation ne concernait pas seulement l’épouse d’Omar (qu’Allah l’agrée). À l’époque du Prophète (paix et bénédiction sur lui), de nombreuses femmes se rendaient à la mosquée pour prier en assemblée. Il est rapporté dans Abou Dawoud que, dans la Mosquée du Prophète, les femmes formaient deux rangées de deux personnes chacune.]

Conditions pour se rendre à la mosquée

En même temps que la permission de se rendre à la mosquée, certaines conditions ont été imposées. La première est qu’il n’est pas permis de s’y rendre pendant la journée. Elles peuvent accomplir les prières de la nuit, à savoir celles de l’Ichâ et du Fajr.

(Arabe**********************************************)

Il est rapporté de Ḥazrat Ibn ʿUmar (que Dieu l’agrée) que le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a dit : « Laissez les femmes venir à la mosquée la nuit. » — Tirmidhî

(Arabe*************************************************)

Ḥazrat Nâfiʿ, le disciple éminent de Ḥazrat Ibn ʿUmar, dit que la nuit a été spécifiquement désignée à cette fin, car il serait possible de se voiler convenablement dans l’obscurité de la nuit. — Tirmidhî

(Arabe*************************************************)

Ḥazrat ʿÂ’icha (que Dieu l’agrée) dit : « Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) accomplissait la prière de l’aube à une heure telle qu’après la prière, lorsque les femmes retournaient chez elles enveloppées dans leurs châles, on ne pouvait pas les reconnaître dans l’obscurité. » — Tirmidhî

La deuxième condition est qu’il ne soit pas permis de venir à la mosquée parées et couvertes de produits parfumés. Ḥazrat ʿÂ’icha (que Dieu l’agrée) rapporte : « Un jour, le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) était assis dans la mosquée. C’est alors qu’une femme de la tribu des Muzayna y arriva parée et avec ostentation. Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) dit : “Ne laissez pas vos femmes venir à la mosquée parées et avec ostentation.” » — Ibn Mâja

Au sujet du parfum, le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) dit : « La nuit où vous viendrez à la prière, n’utilisez aucune sorte de parfum avant de venir. Venez vêtues de manière tout à fait simple. La prière de la femme qui viendra parfumée ne sera pas valable. » — Muwattaʾ de l’imam Mâlik

La troisième condition est de ne pas se mêler aux hommes dans le même rang ni se tenir au premier rang. Elles doivent se tenir au rang situé derrière celui des hommes.

(Arabe*****************************************)

Le Prophète (s) a dit : « Pour les hommes, le meilleur emplacement est le premier rang et le plus mauvais le dernier rang. Pour les femmes, le meilleur emplacement est le dernier rang et le plus mauvais le premier rang. »

Dans le chapitre consacré à la prière en assemblée, le Prophète (s) a établi cette règle : les femmes et les hommes ne doivent pas prier debout côte à côte, qu’il s’agisse d’un mari et de son épouse ou d’une mère et de son fils.

Hadrat Anas (r) rapporte : « Un jour, ma grand-mère Mulayka invita le Prophète (s). Après le repas, lorsqu’il se leva pour prier, Yatîn [probablement le frère de Hadrat Anas] et moi nous nous tînmes derrière le Prophète, et Mulayka se tint derrière nous. » — Tirmidhi

Selon une deuxième narration de Hadrat Anas (r), il dit : « Un jour, le Prophète (s) pria dans notre maison. Yatîm et moi nous nous tînmes derrière lui, et ma mère, Oumm Soulaym, se tint derrière nous. » — Boukhari

Hadrat Ibn Abbas (r) rapporte : « Un jour, lorsque le Prophète (s) se leva pour la prière, je me tins à ses côtés et Hadrat Aïcha (r) se tint derrière nous. » — Nasaï

La quatrième condition est que les femmes n’élèvent pas la voix pendant la prière. La règle établie est que, si l’imam doit être averti de quelque chose pendant la prière, l’homme dise « Subhanallah » et la femme produise un son en frappant de la main. — Boukhari

Malgré l’imposition de toutes ces limites et interdictions, Hadrat Umar (ra) craignit que des hommes et des femmes ne se mélangent dans la prière en assemblée. Il désigna donc dans la mosquée une porte distincte pour les femmes et interdit aux hommes de l’emprunter. — Abou Dawoud

La manière de faire le Hajj pour les femmes

Le Hajj est la deuxième obligation collective de l’islam. Comme pour les hommes, il est également obligatoire pour les femmes. Toutefois, il leur est interdit de se mêler aux hommes pendant le tawaf. Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari qu’à l’époque du Prophète (s), les femmes accomplissaient le tawaf avec les hommes, mais ne se mêlaient pas les unes aux autres. Dans le Fath al-Bari, il est rapporté d’Ibrahim al-Nakhaï que Hadrat Umar (ra) avait interdit le mélange des hommes et des femmes pendant le tawaf. Un jour, il vit un homme au milieu d’un rassemblement de femmes, le saisit et le frappa avec un bâton. — Fath al-Bari, tome 3, p. 312

Il est rapporté dans le Muwatta que Hadrat Abdullah ibn Umar (ra) faisait partir les membres de sa famille de Muzdalifa pour Mina avant tout le monde, afin qu’ils puissent accomplir leurs prières et le rite de la lapidation avant l’arrivée des gens. Même Asma (ra), fille de Hadrat Abu Bakr (ra), se rendait à Mina dans l’obscurité de l’aube. Telle était la règle pour les femmes à l’époque du Prophète (s). — Muwatta de l’imam Malik

La prière du vendredi’ et la participation des femmes aux prières de l’Aïd

L’importance, en islam, des rassemblements de la prière du vendredi et de l’Aïd est telle qu’il est inutile de la décrire. En considération de cette importance, le Législateur a supprimé, spécialement pour ces rassemblements, certaines conditions imposées pour les prières ordinaires ; par exemple : il ne serait pas permis de participer à la prière en assemblée pendant la journée. Certes, il a été clairement dit au sujet de la prière du vendredi qu’elle n’est pas obligatoire pour les femmes [Abou Dawoud], et leur participation aux prières en assemblée des deux Aïd n’est pas non plus nécessaire. Mais si elles le souhaitent, elles peuvent participer à ces assemblées en respectant les autres conditions. Il est prouvé par les hadiths que le Prophète (s) emmenait lui-même ses femmes à la prière de l’Aïd.

(Arabe*********************************************************)

Il est rapporté d’Umm Atiyya que le Prophète (s) emmenait au lieu de prière de l’Aïd les jeunes filles vierges, les jeunes femmes, les femmes mariées et les femmes menstruées. Les femmes qui n’étaient pas en état d’accomplir la prière restaient à l’écart de l’assemblée et participaient seulement aux invocations. — Tirmidhi

(Arabe****************************************_)

Ibn Abbas (رضي الله عنه) rapporte que le Prophète (صلى الله عليه وسلم) se rendait à la fête de l’Aïd avec son épouse et sa fille. — Ibn Majah

Visite des tombes et participation aux funérailles

La participation aux funérailles d’un musulman est considérée en charia comme une obligation collective (fard kifaya). Les personnes instruites ne sont pas ignorantes des directives essentielles à ce sujet. Mais toutes ces prescriptions concernent uniquement les hommes ; il a été interdit aux femmes de participer aux funérailles. Toutefois, cette interdiction n’a pas été appliquée avec rigueur ; à certains moments, la permission leur a même été accordée. Néanmoins, les directives du Législateur montrent clairement que la participation des femmes aux funérailles n’est pas exempte de blâme.

Un hadith rapporté d’Umm Atiyya se trouve dans le Sahih de Boukhari :

(Arabe************************************************)

Il nous a été interdit de participer aux funérailles, mais cette interdiction n’a pas été formulée avec rigueur. — Boukhari

Il est rapporté dans Ibn Majah et An-Nasaï qu’un jour, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) participait à des funérailles. On y vit une femme. Omar (رضي الله عنه) la réprimanda. Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) dit : « Omar, laisse-la. Il semble que cette femme était une proche parente du défunt. Accablée de chagrin, elle était venue avec le défunt. » Prenant en considération son état psychologique, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) interdit à Omar (رضي الله عنه) de la réprimander.

Il en va de même pour la visite des tombes. Le cœur de la femme est très tendre. Le souvenir de ses proches bien-aimés qui sont morts laisse une profonde empreinte dans son cœur. Le Législateur de la charia n’a pas jugé bon de négliger cette douleur qui l’accable. Mais Il a clairement déclaré que les femmes n’ont pas le droit de se rendre fréquemment aux tombes. Un hadith rapporté dans le Tirmidhî, d’après Abû Hurayra (ra), dit :
(Arabe*******************************************)

Le Prophète (s) a maudit les femmes qui visitent fréquemment les tombes.

Après s’être rendue sur la tombe de son frère, le vénérable Abdur-Rahmân ibn Abû Bakr (ra), Aïcha (ra) déclara : « Par Allah, si j’avais été présente au moment de ta mort, je ne serais pas venue visiter ta tombe. » — Tirmidhî

Anas ibn Mâlik rapporte qu’un jour, voyant une femme assise près d’une tombe et pleurant, le Prophète (s) ne lui interdit pas de le faire. Il lui dit seulement : « Crains Allah et fais preuve de patience. »

Réfléchissez à ces directives. La prière est un acte de dévotion sacré. La mosquée est un lieu béni. Lors du pèlerinage, l’homme se présente devant Allah avec des pensées saintes. Lors de la prière funéraire et auprès des tombes, la pensée de la mort surgit dans l’esprit de chacun, et le cœur est accablé de chagrin et de tristesse. Dans toutes ces situations, le désir sexuel disparaît complètement ou, s’il subsiste, il est dominé par d’autres émotions sacrées. Pourtant, même dans ces rassemblements, la charia n’a pas approuvé le mélange des hommes et des femmes. Considérant la sainteté des circonstances, la pureté de l’intention et les émotions des femmes, elle leur a certes permis de sortir de leur maison et, à certaines occasions, les a même fait accompagner ; mais elle a imposé au voile des restrictions si sévères qu’il ne restait pas la moindre crainte de désordre ou de mal. Ensuite, en dehors du pèlerinage, il fut déclaré qu’il était préférable que les femmes ne participent pas à ces activités.

Avec une telle tendance, pouvez-vous espérer que cette loi autorise les rassemblements mixtes d’hommes et de femmes dans les écoles et les collèges, les bureaux et les usines, les parcs et les lieux de divertissement, les cinémas et les théâtres, les cafés et les salles de danse ?

La participation des femmes à la guerre

Vous avez remarqué les limites et la rigueur du voile. Voyez maintenant où et pour quelle raison elles ont été assouplies. Les musulmans entrent en guerre dans une situation de danger général pour tous. Les circonstances exigent que toutes les forces de la nation soient consacrées à sa défense. Dans cette situation, l’islam accorde aux femmes, de manière générale, la permission de participer au service militaire. Mais, en même temps, il met en évidence cette vérité : celle qui a été créée pour devenir mère n’a pas été créée pour décapiter ni pour faire couler le sang. Lui mettre une arme de guerre entre les mains revient à tuer sa nature. C’est pourquoi l’islam n’a permis aux femmes de prendre les armes que pour défendre leur vie, leur honneur et leur chasteté. Mais, de manière générale, confier aux femmes le travail du soldat et les enrôler dans les forces armées est contraire aux principes islamiques. Sur le champ de bataille, on peut leur demander seulement les services suivants : panser les soldats blessés, donner à boire aux assoiffés, cuisiner pour les soldats et assurer, derrière les soldats, l’entretien de leurs camps. Pour ces tâches, les limites du voile ont été extrêmement assouplies. Pour ces services, la tenue des abbesses chrétiennes, avec quelques légères modifications, sera licite selon la charia.

Il est établi d’après les recueils de hadiths que les épouses du Prophète ainsi que d’autres femmes musulmanes se rendaient sur les champs de bataille avec le Prophète (S). Elles donnaient à boire aux assoiffés et pansaient les blessés. Ces activités se poursuivirent même après la révélation de l’ordre relatif au voile. — [Boukhari]

Il est rapporté dans le recueil de hadiths de Tirmidhi qu’Umm Sulaym et d’autres femmes ansarites accompagnaient souvent le Prophète (S) lors des expéditions militaires. Il est rapporté dans le Sahih de Boukhari qu’un jour, une femme demanda au Prophète (S) : « Priez afin que je puisse accompagner les combattants en mer. » Le Prophète (S) fit cette invocation :(Arabe**********)« Ô Allah ! Fais qu’elle soit l’une d’entre eux. »

Lorsque les combattants musulmans s’affaiblirent lors de la bataille d’Uhud, Aïcha (r.a.) et Umm Sulaym portaient sur leurs épaules des outres d’eau et en donnaient à boire aux soldats. Anas (r.a.) rapporte qu’il les vit courir et aller et venir en relevant leurs pantalons, au point d’apercevoir la partie inférieure de leurs jambes découverte. [Boukhari, Muslim

Vers la fin de la page 265] Au sujet d’une autre femme nommée Umm Sulayt, Omar (r.a.) rapporte avoir lui-même entendu le Prophète (S) dire : « Lors de la bataille d’Uhud, où que je regarde, à droite ou à gauche, je vois Umm Sulayt combattre pour assurer ma protection. » Au cours de cette même bataille, Rubayyi bint Mu‘awwidh et un groupe de femmes qui l’accompagnaient s’occupaient de panser les blessés. Ce furent elles qui transportèrent les soldats blessés jusqu’à Médine. [Boukhari] Lors de la bataille de Hunayn, Umm Sulaym circulait çà et là, un poignard à la main. Le Prophète (S) lui demanda : « Que fais-tu ? » Elle répondit : « Si un polythéiste passe près de moi, je lui ouvrirai le ventre. » [Muslim] Umm Atiyya participa à sept batailles. Elle était chargée de garder le camp, de préparer les repas des soldats et de soigner les blessés et les malades. [Ibn Majah] Ibn Abbas (r.a.) rapporte que les femmes qui accomplissaient ce genre de services sur les champs de bataille recevaient une part du butin. — Muslim

On peut en déduire que la forme du voile islamique n’était pas semblable à une coutume de l’époque de l’ignorance, que l’on ne pourrait adapter selon les circonstances et les nécessités. Si besoin était, ses limites pouvaient être réduites. Il n’était pas seulement permis de découvrir le visage et les deux mains ; certaines parties des membres relevant de la ‘awra pouvaient également être découvertes en cas de nécessité. Mais une fois la nécessité disparue, il fallait rétablir le voile dans les limites qui lui avaient été fixées en temps normal. De même que cette pratique du voile n’était pas une coutume de l’époque de l’ignorance, sa réduction n’était pas non plus une forme de liberté de l’époque de l’ignorance. Pour les besoins de la guerre, les femmes européennes dépassèrent leurs limites. Mais, après la guerre, elles refusèrent de réintégrer ces limites. La situation des femmes musulmanes n’est pas comparable à la leur.

 

Appendice

C’est une conception juste et une voie moyenne dont le monde a besoin, dont il a impérativement besoin, pour son progrès, son bien-être et sa sécurité morale. Comme je l’ai dit au début, depuis des centaines et des milliers d’années, le monde peine à déterminer la place de la femme dans la civilisation [c’est-à-dire de la moitié de l’humanité]. Tantôt il s’est dirigé vers l’excès extrême, tantôt vers l’extrême insuffisance, et ces deux extrêmes se sont révélés nuisibles pour lui ; l’expérience et l’observation témoignent de ces méfaits. Entre ces deux extrêmes, la justice et la voie moyenne sont précisément celles que l’islam a présentées. Elles sont conformes à la raison et à la nature, et parfaitement adaptées aux besoins humains. Mais il est regrettable qu’à l’époque moderne soient apparés tant d’obstacles et d’entraves qu’il soit devenu difficile pour les hommes de comprendre le « Sirat al-Mustaqim » et de lui accorder la valeur qui lui revient.

Parmi tous ces obstacles et ces entraves, le principal est que l’homme de l’époque moderne est atteint de jaunisse, et que les habitants de l’Orient tournés vers l’Occident ont subi une autre attaque grave de cette maladie, que l’on pourrait appeler la jaunisse blanche. Je demande pardon à mes amis et à mes frères pour cette déclaration franche ; toutefois, aucune amertume ne devrait empêcher de révéler ce qui est vrai. C’est un fait réel qu’il n’existe dans l’islam aucune prescription ni aucun enseignement contraire aux faits philosophiques établis ; plus encore, la vérité est que tout ce qui constitue un fait philosophique constitue également l’islam. Mais, pour le voir, il faut un regard dépourvu de toute coloration, afin de percevoir chaque chose dans sa véritable couleur. Il faut un esprit ouvert et une nature saine, afin de recevoir les faits dans leur forme exacte et de ne pas les soumettre à ses propres inclinations, mais plutôt de soumettre ses inclinations à ces faits. Là où cela fait défaut, même le savoir restera stérile. Celui qui voit toute chose avec un regard coloré la verra dans sa propre couleur. Un regard étroit ne peut atteindre, dans les problèmes et les affaires, que l’aspect qui se présente et se produit devant l’angle depuis lequel il les observe. En outre, même les faits philosophiques qui parviendront véritablement à l’intérieur de l’esprit subiront l’action de l’étroitesse de cet esprit et de la déformation de sa nature. Ils exigeront que les faits se conforment aux besoins, aux émotions, aux sentiments et aux inclinations de cet esprit. Si un fait ne lui convient pas, il continuera de l’ignorer même après avoir reconnu sa vérité, et il suivra ses propres passions. Il est évident que lorsque l’homme est atteint de cette maladie, ni le savoir, ni l’expérience, ni l’observation ne peuvent le guider. Il est alors absolument incapable de comprendre correctement une quelconque prescription de l’islam. Car l’islam est la « religion naturelle », il est la nature elle-même. Si le monde occidental a du mal à comprendre l’islam, c’est parce qu’il est atteint de cette maladie. Tout le savoir qu’il possède est certes « islamique », mais son regard est coloré. Puis cette jaunisse de la vision a également coloré le regard des Orientaux récemment instruits. Cette maladie empêche de tirer des faits philosophiques des conclusions correctes et de voir les problèmes de la vie dans leur couleur naturelle. Parmi eux, ceux qui sont musulmans ont foi en la religion de l’islam, reconnaissent sa vérité et ne sont pas dépourvus du désir de lui obéir. Mais que peuvent faire ces malheureux de la jaunisse qui atteint leurs yeux ? Tout ce qu’ils voient à travers ces yeux, ils le voient dans une couleur opposée à celle d’Allah.

La deuxième cause qui fait obstacle à une juste compréhension est la suivante : lorsqu’en général les gens réfléchissent à une question de l’islam, ils ne considèrent pas globalement le système auquel cette question se rattache ; ils isolent au contraire cette question du système en question et en discutent séparément. Il en résulte que la question semble dépasser toute connaissance et tout jugement, et que toutes sortes de doutes surgissent à son sujet. C’est ce qui s’est produit au sujet de l’usure : on l’a considérée séparément des principes économiques fondamentaux et du système économique de l’islam, c’est-à-dire de la nature. Il s’est ainsi mis à apparaître en elle mille défauts. Au point que même de grands savants musulmans ont ressenti la nécessité d’y apporter des réformes contraires à la charia. De semblables erreurs fondamentales ont été commises au sujet de l’esclavage, de la polygamie, des droits du mari et de la femme, ainsi que de nombreuses autres questions de ce genre. La question du voile est elle aussi devenue victime de cette erreur. Si, au lieu de considérer l’édifice tout entier, vous n’en regardez qu’un seul pilier, vous vous demanderez avec étonnement pourquoi il a été érigé. Sa présence vous paraîtra supérieure à toute raison et à tout jugement. Vous ne pourrez nullement comprendre avec quelle élégance et quelle utilité l’ingénieur l’a placé pour maintenir l’édifice dans sa stabilité, ni comment sa destruction endommagerait l’ensemble de l’édifice. Il en va exactement de même pour le voile. Si on le sépare de l’ensemble du système dans lequel il avait été établi, comme un pilier de l’édifice, parce qu’il était nécessaire, il paraîtra dépasser toute raison et tout jugement. Il deviendra impossible de comprendre pourquoi cette ligne de démarcation discriminatoire a été tracée entre les deux catégories de l’humanité. Ainsi, pour comprendre correctement la logique de ce pilier, il faut considérer dans sa totalité l’édifice dans lequel il a été placé.

Voici maintenant devant vous le véritable voile de l’islam. Le système social pour la préservation duquel les règles du voile ont été établies se trouve lui aussi devant vous. Les principaux éléments fondamentaux de ce système sont également devant vous ; les principaux aspects du voile y ont été intégrés en maintenant un équilibre particulier avec eux. Tous les faits philosophiques établis sur lesquels ce système social a été édifié sont devant vous. Après avoir observé tout cela, dites-moi : y a-t-il quelque part une faiblesse ? Y trouve-t-on la moindre trace de déséquilibre ? Existe-t-il un endroit où, en abandonnant toute tendance partisane particulière, on puisse proposer une réforme sur le seul fondement de la connaissance et de la raison ? Je l’affirme avec une profonde clairvoyance : dans ce système social se trouvent exactement la même justice, le même équilibre, le même ordre et la même harmonie que ceux sur lesquels reposent la terre et le ciel, que ceux que l’on observe dans l’ordre parfait de l’univers, et que l’équilibre et la concordance parfaits que vous voyez dans la structure d’un atome et dans les liens du système solaire. L’excès extrême, l’insuffisance extrême et l’unilatéralité sont des faiblesses inhérentes aux œuvres humaines. Ce système [le système islamique] est entièrement exempt de ces faiblesses. Le réformer et le corriger dépasse les capacités humaines. Si, avec leurs connaissances erronées, les hommes veulent y apporter le moindre changement, ils ne le réformeront pas ; ils en détruiront plutôt l’équilibre.

Il est regrettable que je ne dispose d’aucun moyen par lequel je puisse faire parvenir mon message à ces frères qui vivent en Europe, en Amérique, en Russie et au Japon. Faute d’avoir trouvé un système culturel sain et équilibré, ils détruisent leur propre vie et deviennent également la cause de la destruction des autres nations du monde. Ah ! si je pouvais leur faire parvenir ce remède vivifiant dont ils ont réellement soif ! Peut-être ne ressentent-ils pas cette soif. Quoi qu’il en soit, les hindous, les chrétiens et les parsis de mon pays voisin sont à ma portée. La plupart d’entre eux comprennent ma langue. Je les appelle à se libérer de l’hostilité envers l’islam née dans leur esprit des conflits historiques et politiques avec les musulmans, et à étudier et comprendre, en simples chercheurs de vérité, ce système social islamique que j’ai décrit dans ce livre. Ensuite, qu’ils le mettent à l’épreuve en le comparant au système social occidental vers lequel ils se précipitent. Enfin, qu’ils décident, non pour moi ni pour qui que ce soit d’autre, mais pour leur propre bien, sur quelle voie se trouve le véritable bonheur.

Après avoir détourné mon regard des lecteurs ordinaires, je voudrais dire quelques mots à ces frères égarés que l’on appelle musulmans.

Certains de nos frères musulmans nouvellement instruits admettent tout ce qui a été exposé plus haut. Mais ils disent :

Il est indéniable que, compte tenu des circonstances et de l’époque, la loi islamique laisse une marge suffisante pour atténuer sa rigueur. Nous souhaitons donc simplement profiter de cette possibilité pour obtenir certains avantages. Les circonstances actuelles exigent un allègement du voile. Les femmes musulmanes doivent aller à l’école et au collège afin de recevoir une instruction supérieure. Elles doivent recevoir une éducation qui leur permette de comprendre les problèmes culturels, sociaux, économiques et politiques, et d’acquérir la capacité de les résoudre. Sinon, les musulmans resteront en arrière des nations voisines dans la lutte pour la vie. Il faut craindre des dommages encore plus grands à l’avenir. Si les femmes musulmanes n’acquièrent pas la capacité de profiter des droits qui sont accordés aux femmes dans la vie politique du pays, et si elles ne peuvent bénéficier de ces possibilités en raison des entraves et des restrictions du voile, le poids des musulmans dans la balance politique du pays diminuera considérablement. En considérant la situation de l’époque islamique, on a largement atténué le voile islamique. — [Pour les besoins de l’argumentation, on dit seulement « atténué » ; en réalité, ils ne l’ont pas atténué, mais l’ont aboli.] Quelques années plus tard seulement, ils ont réalisé des progrès considérables. Si nous suivons nous aussi leurs traces, quel mal y aurait-il ?

Nous admettons toutes les appréhensions que vous ne cessez d’énumérer ; quand bien même elles seraient dix fois plus nombreuses, cela ne changerait rien. En vérité, aucune appréhension de ce genre ne saurait rendre licite quelque modification ou quelque allègement que ce soit des lois islamiques. En réalité, vous habitez, par sottise ou par contrainte, du fait de votre propre faiblesse, un lieu sale et insalubre. Là, il ne vous est pas seulement devenu difficile d’observer les règles d’hygiène : dans un bidonville rempli de gens malpropres, il vous devient difficile de ne pas être malpropre vous-même. Dans ces conditions, la question d’une modification ou d’un allègement des règles d’hygiène ne peut même pas se poser. Si vous estimez ces règles justes, votre devoir est de rendre votre environnement propre par l’effort et la lutte. Si vous n’avez ni la force ni le courage de lutter et que votre faiblesse vous fait vaincre par votre environnement, alors, quelles que soient les saletés qu’on vous jettera dessus, plongez-y. Pourquoi donc les règles d’hygiène devraient-elles être modifiées pour vous ? Mais si, en vérité, vous estimez ces règles erronées et que cette saleté vous est devenue tolérable, alors établissez pour vous-même les principes qui vous plairont. Ceux qui sont attachés à la saleté n’ont aucun droit de faire intervenir leurs préférences dans les règles de pureté et de propreté.

Il ne fait aucun doute que, comme toute loi, la loi islamique laisse, selon les circonstances, une possibilité de rigueur et d’allègement. Mais, comme toute loi, la loi islamique exige aussi que, pour décider de la rigueur ou de l’allègement, on considère la situation selon une vision et un esprit qui soient ceux de l’islam, et rien d’autre. Examiner la situation sous un angle différent, puis attaquer les dispositions de la loi avec les ciseaux de l’allègement, ce n’est pas un allègement : c’est une modification manifeste. Si la situation pour laquelle on réclame un allègement de la loi islamique en la considérant d’un point de vue non islamique était examinée du point de vue islamique, il faudrait parvenir à la conclusion que, dans une telle situation, il est nécessaire d’adopter non pas davantage d’allègement, mais davantage de rigueur. L’allègement ne peut être adopté que lorsque le but de la loi est facilement atteint par d’autres moyens et qu’une plus grande rigueur dans son maintien n’est pas nécessaire. Mais lorsque le but de la loi ne peut être atteint par d’autres moyens, que toutes les autres forces s’emploient au contraire à le détruire et que sa réalisation dépend précisément de son maintien, seul celui qui ignore l’esprit de la loi peut songer à un allègement dans de telles circonstances.

Il a été expliqué en détail plus haut que les lois de l’ordre social islamique ont pour objectif de préserver les règles de la vie conjugale, de prévenir la licence sexuelle et de réprimer l’excitation sexuelle excessive. À cette fin, le législateur de la Charia a adopté trois moyens. Premièrement, la réforme du caractère ; deuxièmement, les lois pénales ; troisièmement, les mesures préventives, c’est-à-dire le satr et le purdah. Ce sont comme trois piliers sur lesquels repose cet édifice : sa solidité dépend de leur solidité, et sa ruine, de leur ruine. Venez donc observer un instant la situation actuelle de votre pays et voyez ce qu’il est advenu de ces trois piliers.

Observez tout d’abord l’environnement moral. Vous vivez dans un pays — l’Inde avant la partition — dont soixante-quinze pour cent des habitants appartiennent à une nation non musulmane qui exerce le pouvoir sur votre pays ; une civilisation non musulmane l’a recouvert comme une violente tempête. Telles les germes de la peste et du choléra, les principes du caractère non islamique et les idées de la civilisation non islamique ont infecté l’environnement. L’atmosphère en a été empoisonnée. Sa nocivité vous cerne de toutes parts. Les paroles obscènes et grossières qui, il y a quelque temps encore, vous faisaient frissonner sont devenues si communes que vous les considérez comme des choses quotidiennes. Vos enfants voient chaque jour des images obscènes dans les journaux, les revues et les publicités, et s’habituent à l’impudence. Tous les membres de votre société, des enfants aux vieillards, vont au cinéma, où rien n’est plus agréable que la nudité, l’obscénité et les jeux amoureux empreints de frénésie sexuelle. Pères et fils, frères entre eux, mères et filles s’assoient côte à côte et regardent publiquement des scènes de baisers et d’étreintes, l’union des amants et leurs déclarations d’amour, sans ressentir la moindre honte. Des chants extrêmement obscènes et sexuellement excitants sont chantés dans chaque maison et chaque boutique. Nul ne peut préserver ses oreilles de ces sons. Les femmes de la haute société, indigènes et anglaises, circulent en vêtements à demi nus ; vos yeux s’y sont tellement accoutumés que personne n’y ressent plus la moindre impudeur. Grâce à la conception de la morale qui se répand sous l’influence de l’éducation occidentale, on considère le mariage comme une coutume ancienne et usée, l’adultère comme un divertissement, la mixité des hommes et des femmes comme une chose exempte d’objection, voire digne d’éloge, le divorce comme un jeu, l’accomplissement des devoirs conjugaux comme une chaîne insupportable, la naissance des enfants et la continuation de la descendance comme une sottise, l’obéissance au mari comme une forme d’esclavage, le fait d’être épouse comme un malheur, et le fait de jouer aux amoureux comme un paradis imaginaire.

Observez ensuite quel effet cet environnement produit sur votre peuple. Existe-t-il encore quelque part dans votre société une maîtrise du regard ? Parmi des centaines de milliers de personnes, trouve-t-on seulement quelqu’un qui s’effraie de l’exhibition de la beauté d’une femme inconnue ? Les yeux et la langue ne commettent-ils pas publiquement l’adultère ? Vos femmes aussi s’abstiennent-elles des parures et de l’exhibition de la beauté propres à l’époque de l’ignorance ? Porte-t-on encore aujourd’hui dans vos maisons des vêtements au sujet desquels le Noble Prophète (paix sur lui) a dit : « Maudites soient ces femmes qui, bien qu’habillées, sont nues » ? Voyez-vous votre mère, votre sœur ou votre fille vêtue d’une manière qu’une femme musulmane ne puisse porter devant nul autre que son mari ? Dans votre société, les récits obscènes et les histoires indicibles et grossières d’amour ne sont-ils pas racontés et écoutés sans la moindre gêne ? Dans les réunions, les gens éprouvent-ils la moindre honte à raconter leurs mauvaises actions ? Si tel est l’état des choses, dites-moi : où est donc le premier et le plus solide pilier de la pureté morale sur lequel a été édifié l’ordre social islamique ? Le sens de l’honneur islamique a tellement disparu qu’une femme musulmane devient la compagne de lit non seulement d’un musulman, mais aussi d’un non-musulman ! Et cela, on le voit non seulement dans le royaume britannique, mais également dans les royaumes musulmans, sans que le sang des musulmans s’enflamme. On a même vu des musulmans dépourvus de tout sens de l’honneur dont la sœur était devenue l’épouse d’un non-musulman, et qui se vantait fièrement d’être le beau-frère de tel riche mécréant. — [Ceci est un événement du sud de l’Inde. Un de mes amis m’a raconté un événement encore plus déchirant. Dans l’est de l’Inde, une musulmane entretenait publiquement une relation avec un riche non-musulman. Elle était ainsi devenue détentrice d’une grande fortune. Mon ami a vu les prétendus musulmans de la région s’en vanter.] Après cela, reste-t-il encore quelque chose de l’impudence et de la déchéance morale ?

Considérez maintenant l’état du deuxième pilier. Dans toute l’Inde, les lois pénales de l’islam ont été abrogées. Nulle part, dans les États britanniques ou musulmans, la peine pour adultère n’est en vigueur. Bien plus, la loi actuellement en vigueur ne considère même pas l’adultère comme un crime. Si quelqu’un veut inciter la fille d’une famille honorable à se livrer à la débauche, il n’existe aucune loi permettant de protéger sa chasteté et son honneur. Si quelqu’un a des relations sexuelles illicites avec une femme majeure, avec son consentement, aucune loi ne permet de le punir. Si une femme se livre ouvertement à l’adultère, aucune autorité ne peut l’en empêcher. La loi du pays ne considère comme crime que l’adultère commis par la force. Mais demandez à un juriste combien il est difficile de prouver un adultère forcé ! L’enlèvement d’une femme mariée constitue également un crime. Mais demandez aux juristes britanniques quel recours les tribunaux des autorités offrent lorsqu’une femme mariée va volontairement vivre chez quelqu’un.

Réfléchissez : ces deux piliers se sont effondrés. À présent, tout l’édifice de votre organisation sociale ne repose plus que sur un seul pilier. Voulez-vous aussi le détruire ? Examinez et comparez, d’un côté, les dommages de la pratique du purdah que vous avez exposés et, de l’autre, la destruction complète du caractère moral et de l’organisation sociale qui résulterait de l’abolition du purdah. Les deux sont des dangers, et il faudra nécessairement accepter l’un d’eux. Demandez maintenant à votre propre conscience quel est le moindre de ces dangers.

Si l’on doit prendre une décision en fonction de la situation de l’époque, je dirai que la situation de l’Inde ne plaide pas en faveur d’un assouplissement du purdah, mais exige au contraire qu’il soit rendu plus strict. Car les deux piliers qui soutenaient l’organisation sociale se sont effondrés, et tout dépend désormais d’un seul pilier. Pour résoudre les problèmes culturels, économiques et politiques, asseyez-vous l’esprit serein et réfléchissez. D’autres moyens de les résoudre pourront être trouvés dans les limites de l’islam. Mais n’affaiblissez pas davantage ce dernier pilier, déjà affaibli. Avant de l’assouplir, vous devrez accumuler une telle force que, si une femme musulmane sortait sans purdah et que quelque part deux yeux se trouvaient là pour la regarder, cinquante mains soient prêtes à arracher ces deux yeux.

Fin

1. Dans les campagnes, les femmes appellent les menstruations le « mal mensuel ». — Le traducteur

1. Il convient de préciser que l’ouvrage original intitulé « Purdah » a été écrit il y a environ soixante et un ans ; il est facile de supposer qu’avec les progrès de la prétendue civilisation ou de la modernité, la propension à la criminalité n’a cessé d’augmenter.

2. Blue Book of Crime Statistics for 1934, voir

1. Wester Marck a soutenu exactement ce point de vue dans son ouvrage The History of Human Marriage.