Présentation de l’auteur
Naissance, études et carrière de Sayyid Qutb
Le prénom de Sayyid Qutb est Sayyid. Qutb est son nom de famille. Ses ancêtres, venus de la péninsule Arabique, s’établirent dans le nord de l’Égypte. Son père s’appelait Hajj Ibrahim Qutb. Ibrahim Qutb avait cinq enfants : Sayyid Qutb, Muhammad Qutb, Hamid Qutb et Amina Qutb. Le nom de la cinquième fille n’est pas connu. Sayyid Qutb était l’aîné de la fratrie. Tous les frères et sœurs firent des études supérieures, menèrent le jihad pour établir l’idéal de vie islamique et firent preuve de fermeté dans de dures épreuves.
Sayyid Qutb naquit en 1906 dans le village de Mûshâ, dans le gouvernorat d’Assiout, en Égypte. Sa mère, Fatima Gossain Osman, était une femme extrêmement pieuse et craignant Allah. Le père de Sayyid, Hajj Ibrahim, était cultivateur, mais il était lui aussi très religieux et de caractère exemplaire.
Sayyid Qutb commença ses études à l’école primaire du village. Conformément au souhait de sa mère, il mémorisa le Coran dès son enfance. Plus tard, son père s’installa à Helwan, dans la banlieue du Caire. Après avoir achevé ses études à la madrasa Tajhiziyatu Darul Ulum, Sayyid s’inscrivit à la célèbre madrasa Darul Ulum du Caire. En 1933, il y obtint une licence et y fut nommé professeur.
Après avoir enseigné quelque temps, il fut nommé inspecteur scolaire au ministère de l’Éducation. En Égypte, ce poste est considéré comme extrêmement honorifique. Le ministère de l’Éducation l’envoya lui-même aux États-Unis afin d’y étudier les méthodes modernes d’enseignement. Il acheva un séjour de deux ans et rentra dans son pays. Durant son séjour en Amérique, il observa la déchéance de la société matérialiste. Il acquit la ferme conviction que seul l’islam pouvait véritablement conduire la société humaine sur la voie du bien-être.
Dès son retour d’Amérique, il commença à examiner les principes, les objectifs et le programme du mouvement des Frères musulmans. En 1945, il devint membre de ce mouvement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement britannique avait promis d’accorder l’indépendance à l’Égypte à la fin de la guerre. Dès la fin de celle-ci, les Frères musulmans commencèrent à mener une campagne pour exiger le départ des Britanniques d’Égypte. Leur popularité s’accrut considérablement. En seulement deux ans, le nombre de leurs militants actifs atteignit deux millions et demi. Le nombre des membres ordinaires, des sympathisants et des personnes favorables au mouvement était plusieurs fois supérieur à celui des militants. Effrayés par la popularité des Frères musulmans, les Britanniques et le gouvernement égyptien autoritaire s’engagèrent de concert dans un complot contre ce mouvement.
En juillet 1952, une révolution militaire eut lieu en Égypte. La même année, le mouvement des Frères musulmans fut de nouveau autorisé. Le Dr Hassan al-Hudaybi fut élu Guide suprême du mouvement. Sous sa direction, le département chargé de diffuser les principes du mouvement et d’en développer l’action continua de progresser. Il se consacra entièrement à l’œuvre du mouvement.
En 1954, il fut choisi comme rédacteur en chef de la revue « Ikhwan al-Muslimun », dirigée par les Frères musulmans. Six mois plus tard, le gouvernement du colonel Nasser fit fermer la revue. En effet, cette année-là, le gouvernement égyptien avait conclu un nouvel accord avec les Britanniques, que la revue critiqua. Après la fermeture de la revue, le gouvernement de Nasser commença à persécuter ce mouvement. Sous l’accusation d’un prétendu complot d’assassinat, le mouvement des Frères musulmans fut déclaré illégal et ses dirigeants furent arrêtés.
Arrestation et persécution
Sayyid Qutb figurait également parmi les dirigeants des Frères musulmans arrêtés. Il fut détenu dans diverses prisons d’Égypte. Au moment de son arrestation, il souffrait d’une très forte fièvre. Un officier de l’armée l’arrêta dans cet état. On lui mit des chaînes aux mains et aux pieds. Bien plus, Sayyid Qutb fut contraint de marcher jusqu’à la prison alors qu’il était en proie à une forte fièvre. En chemin, il s’évanouit à plusieurs reprises et tomba à terre. Lorsqu’il reprenait connaissance, il disait : ———— (الله أكبر ولله الحمد).
Dès son entrée dans la prison, les employés pénitentiaires commencèrent à le frapper, et ces sévices se prolongèrent pendant deux heures. Puis on lâcha sur lui un chien dressé. Le chien lui mordit la jambe et le traîna dans la cour de la prison. Après cet accueil initial, il fut interrogé sans interruption pendant sept heures. Sa santé n’était pas en état de supporter de tels sévices. Mais, soutenu par sa foi inébranlable, il ne cessait de proclamer du plus profond de lui-même : —————– (الله أكبر ولله الحمد).
La cellule obscure de la prison était fermée à clé pendant la nuit. Durant la journée, on lui faisait subir un véritable entraînement militaire. Il tomba gravement malade. Il souffrit de diverses affections, notamment de douleurs thoraciques, d’une faiblesse cardiaque et de douleurs articulaires généralisées. Malgré cela, on continuait à lui brûler le corps avec du feu. Les chiens de la police lui lacéraient le corps de leurs griffes et de leurs dents. On lui versait sur la tête de l’eau très chaude, puis aussitôt de l’eau glacée. Les coups de pied, les coups de poing et les injures obscènes étaient, entre autres, son lot quotidien.
Le 13 juillet 1955, à l’issue d’un procès devant un tribunal populaire, il fut condamné à quinze ans de travaux forcés. En raison de sa maladie, il ne put comparaître devant le tribunal. Après qu’il eut passé un an en prison, le gouvernement de Nasser lui fit proposer qu’il pourrait être libéré s’il demandait pardon par l’intermédiaire de la presse. La réponse que cet homme croyant fit à cette proposition restera impérissable dans les pages de l’Histoire. Il dit :
« Je suis extrêmement étonné d’entendre que l’on demande à l’opprimé de solliciter le pardon de l’oppresseur. Par Allah ! Même si quelques mots de demande de pardon pouvaient me sauver de la pendaison, je ne consens pas à prononcer de tels mots. Je veux me présenter devant Allah dans un état tel que je sois satisfait de Lui et qu’Il soit satisfait de moi. »
Par la suite, chaque fois qu’on lui conseilla de demander pardon, il répondit de la même manière : « Si j’ai véritablement été emprisonné pour un crime, alors j’en suis satisfait. Mais si une force du faux m’a injustement emprisonné, je ne demanderai en aucun cas pardon au faux. »
Vers le milieu de 1964, le président irakien Abdus Salam Arif se rendit en Égypte. Comme il avait recommandé la libération de Sayyid Qutb, le colonel Nasser le fit libérer, puis le plaça en résidence surveillée dans sa propre demeure.
Nouvelle arrestation et condamnation
Avant même qu’une année ne se soit écoulée, il fut de nouveau arrêté sous l’accusation d’avoir tenté de s’emparer du pouvoir par la force. Pourtant, il était toujours soumis à une étroite surveillance policière. Il ne fut pas le seul : son frère Muhammad Qutb, ses sœurs Hamida Qutb et Amina Qutb, ainsi que plus de vingt mille autres personnes, furent arrêtés. Parmi elles, près de sept cents étaient des femmes.
En 1965, alors que le colonel Nasser se trouvait en visite à Moscou, il déclara dans un communiqué que les Frères musulmans avaient comploté pour l’assassiner. Dès cette déclaration, une vaste campagne d’arrestations de dirigeants et de membres des Frères musulmans commença dans toute l’Égypte. En vertu d’une nouvelle loi promulguée le 26 mars 1964, le président se vit accorder le pouvoir d’arrêter toute personne, de confisquer ses biens et d’appliquer d’autres mesures pénales. Il fut également déclaré qu’il ne serait possible de contester devant aucun tribunal la légalité des mesures prises par le président. Quelque temps plus tard, leur procès commença devant un tribunal militaire spécial. Il fut d’abord annoncé que les audiences seraient diffusées à la télévision. Mais, comme les accusés refusaient d’avouer leurs crimes et révélaient les sévices corporels qu’ils subissaient, les émissions furent interrompues. Le procès se poursuivit ensuite à huis clos. Les accusés n’avaient aucun avocat pour les défendre. Des avocats venus d’autres pays demandèrent à assurer leur défense, mais leurs requêtes furent rejetées. William Thorp, ancien président du barreau français, ainsi que deux avocats marocains, déposèrent officiellement une demande pour défendre les accusés. Mais celle-ci fut refusée. Deux avocats soudanais arrivèrent au Caire, s’inscrivirent au barreau local et se présentèrent au tribunal. La police les en chassa à coups de poussées et les contraignit à quitter l’Égypte. Au cours de leur procès, en janvier et février 1966, Sayyid Qutb et les autres accusés déclarèrent devant le tribunal qu’ils avaient subi des sévices corporels inhumains afin de leur arracher des aveux. Le président du tribunal ne prêta aucune attention à leurs déclarations.
En août 1966, Sayyid Qutb et deux de ses compagnons furent condamnés à mort par le tribunal militaire. Une vague de protestations s’éleva dans le monde entier. Mais, le 25 août 1966, la sentence fut exécutée.
Le savoir et l’œuvre littéraire de Sayyid Qutb
Sayyid Qutb comptait parmi les oulémas et les écrivains les plus éminents d’Égypte. Il commença sa carrière littéraire par la littérature pour enfants. En écrivant, dans une langue attrayante destinée aux plus jeunes, des récits sur les prophètes, il révéla son talent. Il écrivit des histoires afin d’éveiller une pensée islamique dans l’esprit des enfants et d’améliorer leur caractère. Plus tard, il composa un roman imprégné de pensée islamique, intitulé « Achwâq » (« taillé »). Il écrivit ensuite deux autres romans du même genre. L’un s’intitule « Tifl min al-Qarya » (« Le garçon du village ») et l’autre « Madînat al-Mashûr » (« La ville de la magie »).
Voici la liste de ses ouvrages :
(1) —————– (Les scènes de la Résurrection peintes par le Coran). Parmi les 114 sourates du Saint Coran, la Résurrection est évoquée en 150 endroits répartis dans 80 sourates. Sayyid a peint avec une grande maîtrise, à partir de ces descriptions, le lieu du rassemblement, l’Enfer et le Paradis.
(2) ——————- Dans cet ouvrage de 200 pages, Sayyid Qutb analyse la langue, le rythme, les figures de style et le mode d’expression captivant du Coran.
(3)———————- (L’islam et la justice sociale). Jusqu’à présent, la 7e édition de cet ouvrage a été publiée. Il a été traduit dans diverses langues du monde (notamment en anglais, en persan, en turc et en ourdou).
(4) ———————- Une contribution incomparable de Sayyid Qutb. Un océan de connaissances achevé en huit volumes. Ce n’est pas exactement un tafsir ; il a plutôt mis par écrit les réflexions qui lui venaient à l’esprit pendant l’étude du Coran et a expliqué avec maîtrise des questions telles que les moyens de réformer la prédication cachée dans chaque verset, les avertissements et la connaissance d’Allah.
(5)—————(Le conflit entre l’islam et le capitalisme).
(6)—————– (La paix mondiale et l’islam).
(7)——— (Œuvres islamiques).
(8)——————-(Les principes et les méthodes de la critique littéraire).
(9)——————— (Critique de l’ouvrage intitulé « La culture future »).
(10) —————– (Œuvres et personnalités).
(11)————– (Portrait de la société islamique).
(12)————(L’Amérique que j’ai vue).
(13)—————- (La pensée de quatre frères et sœurs). Les écrits de Sayyid Qutb, Muhammad Qutb, Amina Qutb et Hamida Qutb y sont réunis en un seul recueil.
(14)——— (Recueil de poèmes).
(15)———– (Récits des prophètes).
(16) ————(Recueil de poèmes).
(17)————-(Recueil de poèmes).
(18) ————- (La véritable tâche du poète dans la vie).
(19)————— (Le cours de la révolution sociale).
——— C’est précisément pour avoir écrit ce livre que le gouvernement égyptien a inculpé Sayyid Qutb, et c’est pour cette accusation qu’il a été condamné à mort. Dans le numéro 446, publié le 1er octobre 1965 par le journal des forces armées égyptiennes————— , le résumé suivant était donné du compte rendu des accusations portées antérieurement contre lui :
« L’auteur s’est vivement opposé à la fois à la civilisation et à la société occidentales, ainsi qu’à la doctrine marxiste. Il affirme que ces doctrines ne contiennent rien pour l’humanité. Selon lui, le monde actuel est plongé dans la jahiliyya. La souveraineté de l’homme s’est injustement substituée à la souveraineté d’Allah. L’auteur insiste sur la nécessité de raviver la vision coranique afin d’abolir cette jahiliyya, et appelle à sacrifier pour cela tout ce que l’on possède.
Il qualifie de taghout tous les gouvernants autres qu’Allah. L’auteur affirme que déclarer le jihad contre le taghout est une condition de la foi pour chaque musulman. En qualifiant de fausse toute unité fondée sur la langue, la couleur de peau, l’ascendance, la région, etc., il incite les musulmans à construire leur unité sur la base de l’aqida islamique et à mener une lutte sans compromis contre cette doctrine.
Par l’intermédiaire de ce livre, l’auteur présente un plan visant à mener le jihad contre le gouvernement établi, à commencer des actions destructrices dans toute l’Égypte et à renverser le gouvernement établi. »
Introduction
La situation désastreuse de l’humanité
L’humanité se trouve aujourd’hui au bord d’un abîme insondable. Cette situation n’est pas apparue uniquement parce que les destructions de l’époque actuelle sont sur le point de l’anéantir complètement. Elle n’est plutôt qu’un symptôme de la maladie. Ce n’est pas là la véritable maladie. La principale cause du danger auquel l’humanité est aujourd’hui confrontée est qu’elle a perdu les valeurs de vie nécessaires à son développement global et à son véritable progrès. Même pour le monde occidental, sa faillite spirituelle est devenue manifeste, et il prend aujourd’hui conscience qu’il ne possède aucune valeur de vie capable de guider l’humanité sur la bonne voie. Il sait qu’il ne dispose d’aucun capital lui permettant de satisfaire sa propre conscience et d’en préserver l’individualité.
Dans les pays occidentaux, la démocratie s’est révélée stérile et a abouti à l’échec ; c’est pourquoi ils semblent contraints d’adopter les idées, les doctrines et les systèmes de vie de l’Orient. La preuve évidente en est qu’ils introduisent en Occident le système économique oriental sous le nom de socialisme. Le bloc oriental connaît lui aussi le même sort. À ses débuts, son système social, en particulier la doctrine marxiste, avait attiré l’attention d’un grand nombre de personnes en Orient comme en Occident. C’est parce que cette doctrine avait été élaborée sur la base d’une croyance fondamentale bien définie.
Mais, sur le terrain de la pensée, la doctrine marxiste a essuyé une défaite. Il n’est nullement exagéré de dire qu’il n’existe aujourd’hui dans le monde aucun pays véritablement marxiste. Cette doctrine est, dans son ensemble, contraire à la nature innée de l’être humain et à ses besoins fondamentaux. L’idéal marxiste ne peut se propager que dans des sociétés dégradées ou dans des sociétés sans vie, broyées depuis longtemps sous le joug d’une dictature. Mais aujourd’hui, même dans de telles sociétés, leur système économique matérialiste échoue à résoudre les problèmes. Or l’économie matérialiste constitue précisément le fondement de la doctrine marxiste. La Russie, maître des pays communistes, est aujourd’hui confrontée à la pénurie alimentaire. Le pays qui, sous le règne des tsars, produisait un excédent de denrées alimentaires importe aujourd’hui des vivres de l’étranger en échange de ses réserves d’or. C’est l’agriculture fondée sur les fermes collectives qui est à l’origine de cet échec. En d’autres termes, on peut dire que la doctrine marxiste est confrontée à l’échec parce qu’un système contraire à la nature humaine a été instauré.
La nécessité d’une nouvelle direction
L’humanité veut aujourd’hui une nouvelle direction. Le leadership de l’Occident est désormais en déclin. La cause n’en est ni la pauvreté matérielle de la civilisation occidentale, ni la faiblesse de sa puissance financière et militaire. Le monde occidental a été contraint d’abandonner le siège de la direction de l’humanité parce qu’il ne possède plus aujourd’hui les qualités fondamentales qui lui insufflaient une force vitale et l’avaient autrefois placé à ce siège de direction.
La nouvelle direction des jours à venir devra, tout en préservant et en développant les contributions du génie créatif de l’Europe, présenter à l’humanité un idéal grandiose et des valeurs qui demeurent encore inconnus jusqu’à ce jour. La direction de l’avenir devra également présenter à l’humanité un système de vie positif, constructif et réaliste, parfaitement conforme à la nature humaine.
Seul le système islamique est capable de fournir les valeurs et le système de vie susmentionnés.
La puissance de la science touche elle aussi à sa fin. Le mouvement de la Renaissance, qui avait commencé au XVIe siècle et atteint au XVIIIe et au XIXe siècle le sommet de sa victoire, est aujourd’hui devenu terne et a perdu sa force de renouveau. Toutes les doctrines nationalistes et ultranationalistes nées à l’époque moderne, ainsi que les mouvements et les modes de vie édifiés sur leurs fondements, sont aujourd’hui devenus inertes. En résumé, tous les systèmes de vie élaborés par l’être humain ont abouti à l’échec.
En cette période critique, délicate et déroutante, le moment est venu pour l’islam et la société musulmane d’assumer leurs propres responsabilités. L’islam n’a jamais empêché l’humanité de découvrir les ressources de la création. Lorsqu’Allah Très-Haut a envoyé l’être humain sur terre en lui confiant la responsabilité du califat, Il a déclaré que l’accomplissement de la mission consistant à guider l’humanité vers le droit chemin constituait, sous certaines conditions, un acte d’adoration d’Allah. Bien plus, Il a fait savoir que telle était la finalité même de la création de l’être humain :
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Et lorsque ton Seigneur dit aux anges : « Je vais établir un calife sur la terre. » — Al-Baqara : 30
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Je n’ai créé les djinns et les êtres humains que pour qu’ils M’adorent. — Adh-Dhariyat : 56
Voilà pour le califat et l’adoration. Mais le moment est également venu d’accomplir la responsabilité qu’Allah Très-Haut a confiée à Ses serviteurs envers l’humanité.
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C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu, afin que vous soyez témoins à l’égard de l’humanité et que le Messager soit témoin à votre égard. — Al-Baqara : 143
Vous êtes la meilleure communauté suscitée pour le bien de l’humanité : vous ordonnez le bien, interdisez le mal et croyez profondément en Allah.
— Âl ‘Imrân : 110
Le rôle de l’islam
L’islam ne peut remplir son rôle sans prendre forme concrètement au sein d’une société, c’est-à-dire d’une nation. En particulier, à l’époque actuelle, les gens ne sont pas disposés à adopter une doctrine sur la seule foi d’éloges. Ils sont plus à même de juger un système lorsqu’il est effectivement mis en œuvre. De ce point de vue, nous pouvons dire que la nation musulmane a perdu son existence depuis plusieurs siècles. C’est pourquoi elle ne serait actuellement pas capable de montrer un territoire où l’islam serait présent dans sa plénitude. À voir les musulmans d’aujourd’hui, on ne peut même pas croire que leurs ancêtres proches aient été des fidèles dévoués de l’islam. En réalité, les musulmans désignent un groupe de personnes dont les manières de vivre, les conceptions, les lois et les valeurs fondamentales sont toutes tirées des sources islamiques. Or, depuis que ce groupe musulman doté de ses caractéristiques propres a disparu de la surface de la terre, l’islam ne s’est plus manifesté dans sa véritable forme.
Pour rétablir l’islam à la tête de l’humanité, la communauté musulmane doit retrouver sa forme véritable. Depuis des siècles, la communauté musulmane est ensevelie sous les décombres des systèmes élaborés par l’homme. Aujourd’hui, elle est écrasée sous le poids de lois et de pratiques erronées qui n’ont pas le moindre rapport avec les enseignements islamiques. Pourtant, les musulmans se complaisent en qualifiant leurs territoires de monde islamique.
Je sais qu’un immense fossé s’est creusé entre ces deux tâches : se reconstituer et reprendre la direction de l’humanité. En effet, depuis longtemps, l’existence de la communauté musulmane a disparu du monde visible, tandis que la direction de l’humanité est depuis longtemps passée sous la domination d’autres idéologies, de conceptions non islamiques, de modes de vie différents et de nations non musulmanes.
À l’époque considérée, le génie européen a accompli des progrès remarquables dans les domaines de la science, de la culture, des lois et de la production matérielle ; il en est résulté une élévation considérable des capacités créatrices de la société humaine et des techniques de fabrication des moyens du confort matériel. Il n’est pas facile de relever les défauts et les lacunes de ces remarquables découvertes. D’autant plus que, lorsque le monde islamique est totalement privé de génie créateur, il devient encore plus difficile de critiquer les inventeurs occidentaux d’instruments mécaniques.
Mais, malgré tous ces obstacles et ces difficultés, la révolution islamique est indispensable. Il existe certes un immense fossé et d’innombrables obstacles entre la renaissance de l’idéal islamique et la reconquête de la place de guide du monde. Néanmoins, en tant que première étape, il faut commencer à œuvrer sans perdre de temps à faire renaître l’idéal islamique.
Les qualités nécessaires au leadership mondial
Si nous voulons agir avec connaissance et discernement, nous devons absolument savoir quelles qualités il nous faut acquérir pour assumer la responsabilité du leadership mondial qu’Allah a confiée à l’umma musulmane. Nous devons acquérir les connaissances nécessaires afin de ne pas trébucher en entreprenant l’œuvre de réforme et de reconstruction.
L’umma musulmane d’aujourd’hui est incapable de démontrer, devant l’humanité, une aptitude aux découvertes matérielles ou des talents prometteurs. Espérer que la société humaine du monde actuel reconnaîtra la supériorité de l’umma musulmane et lui accordera la place de guide n’est, en raison de cette incapacité, qu’une pure illusion. Dans ce domaine, l’esprit créatif de l’Europe a pris une avance considérable, et nous ne pouvons même pas imaginer vaincre l’Europe dans la compétition au cours des prochains siècles et acquérir la suprématie dans le domaine du progrès mécanique. Nous devons donc acquérir des qualités rares dans la civilisation moderne.
Cela ne signifie pas pour autant que nous négligerons le progrès matériel. Au contraire, nous accorderons également toute l’importance qui convient aux agréments et aux facilités de la vie terrestre. Car le progrès matériel n’est pas seulement nécessaire pour exercer le leadership de l’humanité ; il est en outre indispensable pour préserver notre existence et celle de l’islam. L’islam a conféré à l’être humain la dignité de khalifa d’Allah sur la terre et a déclaré que l’accomplissement de la mission du khalifa et la servitude envers Allah constituent le but de la création humaine. Il nous est donc obligatoire, en tant que khalifas d’Allah, d’œuvrer au développement de Son monde.
Pour guider l’humanité, nous devons offrir quelque chose de plus que notre progrès matériel. Il s’agit d’une croyance fondamentale concernant la vie humaine — l’iman — et d’un système de vie fondé sur cette croyance. Ce système préservera toutes les contributions de la science moderne et des techniques. En même temps, il sera capable de maintenir le niveau des remarquables moyens et aménagements que les connaissances scientifiques modernes ont mis en place pour assurer les besoins fondamentaux de l’humanité et son confort. Cette croyance — l’iman — et ce système de vie prendront une forme concrète et se manifesteront dans la société humaine, et notamment dans la société musulmane.
La jahiliyyah de l’époque moderne
Lorsqu’on observe les sources de la vie moderne, il devient évident que le monde entier tourne aujourd’hui dans le tourbillon de la jahiliyyah et que, parallèlement à tous les moyens et instruments modernes de bien-être et de confort ainsi qu’à de remarquables talents d’invention, l’ignorance est elle aussi clairement visible. Le comportement rebelle à l’égard de la souveraineté d’Allah est la preuve de la jahiliyyah. Il en est résulté que la souveraineté, l’un des attributs suprêmes d’Allah, a été transférée aux êtres humains et que quelques individus ont établi leur domination sur la société humaine. Toutefois, cette jahiliyyah ne nie pas directement Allah comme le faisaient la jahiliyyah ancienne et primitive. La rébellion est plutôt proclamée en déterminant concrètement les critères du bien et du mal, en légiférant pour la vie collective, en élaborant un système de vie et en revendiquant le droit de le choisir. Car aucun être humain ne peut accomplir ces actes sans rejeter les directives qu’Allah a données concernant ces questions. La conséquence inévitable de cette rébellion contre l’autorité d’Allah est l’injustice et la persécution infligées à Sa création.
Dans la société communiste, l’humanité est soumise à l’humiliation la plus extrême, tandis que, sous l’effet de la cupidité et de l’attitude impérialiste de la société capitaliste, les gens ordinaires et les nations faibles subissent une exploitation et une oppression impitoyables. Telle est la conséquence inévitable de la rébellion contre l’autorité d’Allah et du refus de la dignité qu’Allah a accordée à l’être humain.
Si l’on juge les choses de ce point de vue, on verra que l’islam est l’unique système de vie. En effet, sous les autres systèmes de vie, l’être humain est contraint, d’une manière ou d’une autre, de se soumettre à la servitude d’un autre être humain. Seul le système de vie islamique permet à l’être humain de se libérer totalement de la servitude des hommes, de se soumettre exclusivement à Allah conformément à Ses commandements et Ses interdits, et de Lui vouer son adoration.
La différence entre l’islam et la jâhiliya
C’est à partir de là que la voie de l’islam se distingue de celle des autres systèmes de vie. C’est ce système de vie, élaboré sur la base de cette nouvelle conception de l’existence et parfaitement adapté à la vie réelle, que nous pouvons présenter à la société humaine. La société humaine actuelle ignore ce message fondamental de l’islam. Il ne s’agit pas d’une philosophie de la vie conçue par les penseurs occidentaux, européens ou orientaux, ni par des hommes de génie de l’Orient ou de l’Occident.
Il ne fait aucun doute que la conception de la vie à laquelle nous croyons est parfaite à tous égards. Cette caractéristique de l’islam demeure encore inconnue du monde. Et celui-ci n’est capable de proposer aucun système de vie qui lui soit supérieur ou égal.
J’ai déjà mentionné que, si l’islam n’est pas mis en pratique dans un territoire donné, on ne peut pas apprécier pleinement la beauté de ce système. Il est donc absolument nécessaire d’édifier une société sous ce régime et d’en présenter un modèle au monde. Pour atteindre cet objectif, il est indispensable de rétablir la société islamique dans un pays musulman. Dans un avenir proche, le groupe aspirant à la renaissance de la société islamique assumera le leadership du monde.
La renaissance de la société islamique
Comment la renaissance de la société islamique est-elle possible ? Pour cela, un groupe d’avant-garde devra fixer sa destination, puis avancer en traversant l’océan sans rivages de la jâhiliya qui engloutit le monde. En chemin, les soldats de ce groupe devront se préserver du contact de la jâhiliya omniprésente, tout en en tirant également de l’aide.
Cette avant-garde doit impérativement connaître le lieu exact d’où commencer son voyage, l’orientation de l’itinéraire général, ses ruelles et ses passages secondaires, tous les dangers qui jalonnent le chemin, ainsi que le but de ce voyage long et éprouvant. Elle doit également avoir une connaissance complète de l’endroit et de l’ampleur des racines que la jāhiliyya a étendues dans le monde entier, du moment et des personnes avec lesquelles elle devra coopérer, du moment où elle devra s’en séparer, des qualités et caractéristiques qu’il lui faudra acquérir, des caractéristiques de la jāhiliyya qui l’entoure, du langage à employer avec ceux qui la portent et la défendent, des questions et problèmes qui devront figurer à l’ordre du jour, ainsi que de la manière et de la source auprès desquelles recevoir les orientations nécessaires ; c’est avec une compréhension complète de toutes ces questions qu’elle devra entrer dans l’arène.
La source de la force de notre foi réside dans les enseignements fondamentaux du Noble Coran. Ce sont les enseignements et les paroles du Coran qui avaient allumé le flambeau de la lumière dans les cœurs des porte-étendards de l’islam à l’âge d’or : ils constitueront notre viatique. C’est munis de ce viatique que, dans le passé, les élus d’Allah ont pu, sur Son ordre, changer le cours de l’histoire humaine.
C’est précisément à l’intention des chefs de file de cette révolution que j’ai composé cet ouvrage, dans lequel j’ai également tenté de présenter les méthodes d’action pratiques nécessaires.
Pour donner à quatre chapitres d’un autre ouvrage de ma plume, intitulé « Fi zilāl al-Qur’ān », une forme adaptée au sujet traité, j’y ai apporté quelques modifications çà et là et leur ai donné la forme du présent ouvrage.
J’avais écrit son introduction et les autres chapitres à différentes périodes. J’ai tenté d’y exposer les vérités profondes que j’ai perçues en réfléchissant et en menant des recherches sur la vision de la vie présentée par le Noble Coran. À première vue, l’ensemble de mes réflexions peut sembler dispersé et dépourvu de liens réciproques. Mais une chose est certaine : mes réflexions constituent le viatique du chemin à parcourir et indiquent le chemin qu’il faut abandonner. Ces écrits ne sont que la première partie d’une œuvre suivie. À l’avenir, avec l’aide d’Allah le Très-Haut, j’ai l’intention d’écrire encore sur ce sujet.
Et c’est la miséricorde d’Allah le Très-Haut qui constitue le principal soutien de cette œuvre.
L’auteur
Premier chapitre
Le groupe porteur du message dans le Noble Coran
À toutes les époques et dans tous les pays, ceux qui proclameront le message de l’islam devront nécessairement apprendre comment présenter l’appel aux sociétés humaines et recevoir une formation à cet égard. Le Coran a un jour formé un groupe de personnes. Il s’agissait des nobles Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah les bénisse et les agrée). Ces personnages mémorables sont sans équivalent, non seulement dans l’histoire de l’islam, mais dans toute l’histoire de l’humanité. Après cette époque dorée de l’islam, aucun groupe d’hommes aussi accomplis sous tous rapports n’est apparu dans le monde. Il est certes vrai que, diverses époques, quelques penseurs de ce genre sont apparus en différents lieux de la terre ; mais jamais, à aucune époque de l’histoire, on n’a vu un groupe organisé de personnes possédant des qualités aussi éminentes que celles de l’époque dorée.
C’est une vérité historique incontestable. Nous devons donc réfléchir profondément à cette question afin d’en découvrir le secret.
Pourquoi ne voit-on pas de personnes comparables aux nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) ?
Le message du Noble Coran se trouve encore aujourd’hui auprès de nous, intact. De plus, les hadiths du Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ses directives concernant sa pratique réelle et son parcours de vie nous ont tous été conservés. Le message du Coran et l’enseignement du Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sont auprès de nous exactement tels qu’ils se trouvaient devant la communauté musulmane de l’âge d’or. Seule la présence physique du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) n’est pas parmi nous. Est-ce pour cette raison qu’aucun pays du monde ne voit la société islamique pleinement établie ?
Si la présence physique du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était indispensable à la mise en œuvre et à l’expansion de la loi d’Allah, Allah Très-Haut n’aurait jamais révélé le système de vie islamique comme l’unique religion destinée à tous les êtres humains, et ne l’aurait pas proclamé dernier message révélé aux habitants du monde et religion adaptée à tous les temps et à toutes les époques.
Allah Très-Haut a Lui-même assumé la responsabilité de préserver le Noble Coran. Car Il savait que, même après la mort du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), le système de vie islamique pourrait être mis en œuvre et contribuer au bien de l’humanité. C’est précisément pour cette raison qu’après vingt-trois années de mission prophétique, Allah Très-Haut rappela auprès de Lui Son Messager bien-aimé (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et proclama que l’islam resterait en vigueur jusqu’au dernier instant de l’existence terrestre. L’absence physique du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne constitue aucun obstacle à la mise en œuvre de la loi islamique.
Première cause : En recherchant la véritable cause, on constatera tout d’abord que l’eau de la source limpide dans laquelle les musulmans de l’âge d’or étanchaient leur soif s’est mélangée à d’autres substances. Nous devons également rechercher quelle formation les musulmans de cette époque avaient reçue. Il se peut que la méthode de formation ait elle aussi été contaminée par des éléments étrangers.
La source d’où les Compagnons avaient bu à satiété l’eau de la vie était le Noble Coran. Je le répète : le Coran seul. Car les hadiths et les directives restantes du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne sont que les courants issus de cette source. Lorsque l’on demanda à la Mère des croyants, Aïcha (qu’Allah l’agrée), quel était le caractère du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), elle répondit clairement : « Son caractère, c’était le Noble Coran. »
C’est du Noble Coran que les Compagnons (qu’Allah les agrée) étanchèrent leur soif, et c’est uniquement selon le modèle du Coran qu’ils façonnèrent leur vie. Si le Coran fut leur seul guide, ce n’est pas parce qu’à cette époque il n’existait aucune civilisation, culture, science, littérature ou école. En réalité, la civilisation, la culture et la littérature romaines de cette époque, ainsi que le droit romain, sont encore considérés aujourd’hui comme le fondement de la civilisation européenne. La civilisation grecque exerçait également son influence à cette époque. La logique, la philosophie, les arts et les sciences grecs sont encore considérés comme les sources de la pensée occidentale. La civilisation perse — ses arts, ses sciences, sa poésie, ses légendes, sa religion et son organisation politique — était puissante. D’autres civilisations existaient également dans les régions proches et lointaines. On peut citer, par exemple, les civilisations indienne et chinoise. Au nord et au sud de la péninsule Arabique étaient établies les civilisations romaine et perse. Quant aux juifs et aux chrétiens, ils vivaient au centre de la péninsule Arabique. Ainsi, les musulmans de cette époque n’acceptèrent pas le Livre d’Allah comme unique guide de leur vie par ignorance due à l’absence de civilisation et de culture ; ils ne parvinrent à cette conclusion qu’après une réflexion approfondie. On peut citer à titre d’exemple l’épisode où Omar (qu’Allah l’agrée) se présenta auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avec des passages du Livre de la Torah. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), mécontent, dit à Omar (qu’Allah l’agrée) : « Par Allah ! Si Moïse (que la paix soit sur lui) était encore vivant aujourd’hui, il lui serait également obligatoire de me suivre. »
Cet événement montre clairement que, durant la première étape de la formation de ses premiers disciples, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) leur avait prescrit de puiser leur savoir uniquement dans la parole d’Allah. Et l’ensemble de cette parole constitue le Noble Coran. Il avait décidé que ses compagnons consacreraient leur vie au seul Livre d’Allah et qu’ils la formeraient exclusivement selon les enseignements de ce Livre. C’est pourquoi, dès qu’il vit Omar (qu’Allah l’agrée) s’intéresser à un autre ouvrage, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) manifesta son mécontentement.
En réalité, le Messager d’Allah voulait former un groupe d’hommes dont le cœur, l’esprit et l’intelligence seraient totalement exempts de corruption et de toute souillure. C’est Allah Tout-Puissant Lui-même, Celui qui a révélé le Noble Coran, qui leur enseigna la méthode de leur formation.
Ces hommes burent à satiété à la source de sérénité du Coran et acquirent une place parmi les détenteurs de qualités incomparables. Par la suite, des matières frelatées provenant d’autres sources se mêlèrent au courant pur du Coran. Les générations suivantes puisèrent leurs éléments dans les sources suivantes : la philosophie et la logique grecques, les légendes et les conceptions de l’ancienne Perse, les écrits et les coutumes des juifs, le clergé chrétien, ainsi que certains fragments épars d’autres religions et civilisations. Les exégètes du Coran intégrèrent ces éléments à leurs discussions savantes ; ils finirent ainsi par les mêler aux principes fondamentaux transmis par le Noble Coran. Les générations suivantes puisèrent leur savoir dans cette source frelatée. Elles ne purent donc jamais posséder les qualités et le caractère du groupe formé à l’origine.
Nous pouvons affirmer sans hésitation que la différence apparue entre les musulmans de l’âge d’or et ceux des époques ultérieures s’explique ainsi : la doctrine née du mélange de l’idéal islamique pur avec d’autres idéaux perd ses caractéristiques islamiques.
Deuxième raison : Il faut également mentionner une autre raison à cet égard. La méthode d’apprentissage des musulmans de l’âge d’or était elle aussi remarquable. Ils n’étudiaient pas le Coran pour satisfaire une soif de culture, d’informations ou de connaissances. À cette époque, personne n’étudiait le Coran pour gonfler son bagage intellectuel, résoudre un problème scientifique ou juridique, ou combler une quelconque lacune intellectuelle. Ils se tournaient plutôt vers le Noble Coran uniquement pour savoir quelles prescriptions et quelles interdictions Allah Tout-Puissant avait révélées pour eux-mêmes et pour l’ensemble de leur communauté. De même qu’un soldat engagé au combat s’applique à observer chaque jour les consignes militaires, les croyants de cette époque appliquaient les directives du Coran. Ils n’étudiaient pas en une seule fois une grande partie du Coran, car ils comprenaient parfaitement combien il était difficile de porter le poids d’un grand nombre de prescriptions et d’interdictions. Au maximum, chacun d’eux lisait et mémorisait dix versets à la fois, puis vivait conformément à leur sens. Nous pouvons apprendre tout cela d’un hadith rapporté par Abdallah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée).
« L’objectif de la révélation des prescriptions est de les observer. » Cette compréhension leur ouvrit les portes du progrès spirituel et de l’élargissement des connaissances. S’ils avaient étudié le Coran uniquement pour discuter, acquérir du savoir et recueillir des informations, cette porte ne se serait jamais ouverte pour eux. En outre, c’est grâce à cette compréhension qu’il leur devint facile d’observer les prescriptions du Coran et que le poids de leur responsabilité s’allégea. Ils exprimaient le Coran dans leur manière de se tenir, de se comporter et de vivre, si bien que chacun d’eux apparut comme une représentation vivante de la foi. Cette foi n’était cachée ni dans un livre ni dans un esprit ; elle s’incarna plutôt à travers un mouvement révolutionnaire en marche, porteur d’un programme de transformation profonde de la vie humaine.
En vérité, le Coran n’ouvre jamais les trésors de sa connaissance à ceux qui, après avoir pris connaissance de ses commandements et interdictions, ne désirent pas vivre conformément à ceux-ci. Le Coran n’est pas un simple ouvrage de discussions érudites, d’étude littéraire, de récits ou d’histoire, bien que ces sujets y soient abordés. Le Coran apporte un code de vie. L’essentiel de ce code de vie est la soumission à Allah. C’est pourquoi le Très-Haut, Allah, n’a pas révélé le Coran tout entier en une seule fois ; Il l’a plutôt révélé par petites portions, à intervalles successifs :———————————————–
Nous avons révélé le Coran par petites portions, afin que tu puisses, ô Prophète, le réciter aux hommes à intervalles réguliers ; et c’est ainsi que Nous avons progressivement fait descendre la révélation. — Banî Isrâ’îl : 106
Le Coran tout entier n’a pas été révélé en une seule fois. Ses différentes parties ont plutôt été révélées progressivement afin de résoudre les problèmes nouveaux d’une société islamique en expansion, de rester en harmonie avec le progrès de la vie sociale selon le cours des dispositions et des modes de pensée des hommes, et de répondre aux questions auxquelles la société musulmane était confrontée dans la vie réelle. Un ou plusieurs versets étaient révélés selon les circonstances et les événements particuliers. Ces versets répondaient aux questions qui surgissaient dans l’esprit des gens à ce sujet, présentaient la situation sous la forme d’un événement précis et indiquaient ce qu’il convenait de faire dans ces circonstances particulières. Ils corrigeaient les erreurs de connaissance, de raison et d’action des hommes, les rapprochaient d’Allah et expliquaient les attributs d’Allah ainsi que la nature de Sa création. Ils comprirent donc clairement que chaque instant de leur vie était soumis à la direction et au contrôle du Créateur tout-puissant, et qu’ils passaient leurs jours sous l’ombre protectrice de la miséricorde d’Allah. C’est précisément parce qu’ils prenaient conscience de ce lien profond entre leur vie et Allah qu’ils s’efforçaient constamment de conformer leur vie au code de vie donné par Allah.
Ainsi, les musulmans de l’âge d’or s’étaient habitués à mettre en pratique, dans leur vie réelle, toutes les directives relatives à la vie. Les musulmans des époques ultérieures transformèrent le code de vie en objet de discussions érudites et de jouissance intellectuelle. On peut sans aucun doute dire que c’est l’une des causes du changement apparu chez les musulmans des époques suivantes.
Troisième raison : On trouve également une troisième raison dans l’histoire des musulmans, et nous devons la connaître. À l’époque du Messager d’Allah, celui qui embrassait la foi rompait tout lien avec la jâhiliya. Après avoir trouvé refuge sous l’ombre paisible de l’islam, il commençait une vie nouvelle. Les nouveaux musulmans se séparaient entièrement de leur ancienne manière de vivre, plongée dans l’ignorance des commandements d’Allah, et rejoignaient la nouvelle société. Regrettant la manière erronée dont il avait vécu à l’époque de l’ignorance, il vivait constamment dans la crainte et croyait pleinement qu’après être entré dans l’islam, il était inadmissible de conserver le moindre lien avec les anciennes pratiques. Si, en raison d’une faiblesse humaine, l’ancien mode de vie venait parfois à exercer son influence sur lui, ou si d’anciennes habitudes l’attiraient au point qu’il commette une faute ou une déviation dans l’observance des commandements de l’islam, il était bouleversé par le regret et le repentir, puis se précipitait aussitôt vers le Coran afin de se réformer.
Ainsi, après avoir embrassé l’islam, la vie des musulmans s’écoulait dans une direction entièrement différente de celle de leur ancienne vie de jâhiliya. Puisque celui qui embrassait l’islam ne franchissait ce pas qu’après avoir mûrement réfléchi, il se conformait pleinement à ses commandements et interdictions et rompait tout lien avec la jâhiliya. Ils rejetaient toutefois la jâhiliya tout en maintenant leurs transactions matérielles avec les polythéistes. En effet, les transactions matérielles et le compromis sur les principes sont deux choses totalement différentes.
À la racine du rejet de l’environnement, des coutumes, des comportements et des conceptions de la jâhiliya se trouvait l’adoption, à la place des conceptions erronées et polythéistes concernant Allah et le monde, d’une vision de la vie fondée sur le tawhîd ; l’adhésion au groupe des musulmans, l’acceptation de la direction de cette nouvelle société et la manifestation d’une obéissance complète.
Embrasser l’islam signifiait précisément vivre selon une voie nouvelle : une vie nouvelle, libérée de l’influence de toutes les valeurs et conceptions de la jâhiliya. En dehors des persécutions du camp adverse, les musulmans ne rencontrèrent aucune autre difficulté. Mais avant même de s’engager sur la voie de l’islam, ils avaient pris, au plus profond de leur cœur, la décision de rester fermes face à toutes les tortures inhumaines. C’est pourquoi les persécutions cruelles des oppresseurs ne purent troubler la patience inébranlable des musulmans.
Ce que nous devons faire
Aujourd’hui, nous aussi, tout comme les gens de cette époque, sommes enfermés dans l’étau de la jāhiliyyah, et la jāhiliyyah actuelle est encore plus dangereuse que celle de cette époque. Tout notre environnement, les croyances et la doctrine des gens, leurs dispositions, leur caractère et leurs coutumes relèvent de la jāhiliyyah. Même les choses que nous considérons comme la culture islamique, les sources islamiques, la philosophie islamique et la pensée islamique sont elles aussi des créations de la jāhiliyyah.
C’est pourquoi les véritables valeurs islamiques ne trouvent pas place dans nos cœurs. C’est pourquoi nos cœurs ne s’illuminent jamais de la lumière des conceptions et des croyances islamiques. Et c’est pourquoi aucun homme doté des mêmes qualités que les pionniers apparus à l’âge d’or de l’islam ne se forme parmi nous.
C’est pourquoi, au début du mouvement islamique et aux premiers stades de notre formation, nous devons nous séparer complètement de l’environnement actuel soumis à l’influence de la jāhiliyyah. Nous devons acquérir la connaissance auprès de cette source pure auprès de laquelle les nobles Compagnons ont trouvé la voie. Et nous devons préserver soigneusement cette source de toute impureté et de tout mélange. C’est auprès d’elle que nous devons acquérir la connaissance du cours de la création, ainsi que des rapports entre la création et la nature humaine, d’une part, et Allah, le Très-Haut et le Très Noble, véritable Créateur, d’autre part. C’est également à partir de ces mêmes sources que nous devons établir les notions fondamentales concernant la conduite du gouvernement, la politique, l’économie et les autres domaines de la vie.
Nous ne reviendrons pas aux sources fondamentales de l’islam pour de simples discussions savantes ou pour nous divertir. Nous emprunterons plutôt cette voie dans le but d’obéir à Allah et de nous conformer aux prescriptions islamiques. Nous nous formerons exactement selon le modèle d’être humain que l’islam nous demande de devenir. En même temps, nous poursuivrons nos recherches sur la valeur littéraire du Coran, son style descriptif remarquable, sa représentation de la Résurrection, sa logique et les autres richesses de cette nature. Nous tirerons certainement profit de ces aspects, mais ils ne constituent pas le but premier de l’étude du Coran. Nous voulons savoir par le Coran quel genre de mode de vie il nous propose, quelle vision de la création il nous enseigne, comment il présente Allah, quelles normes morales et quelles règles de conduite il enseigne, et quel type de lois et de système de gouvernement il ordonne d’établir pour la société humaine du monde.
En même temps, nous devons nous libérer complètement de l’emprise de la sociologie de la jāhiliyyah, de ses conceptions, de ses pratiques et de ses dirigeants jāhilis. Nous ne pouvons pas transiger avec l’ordre social de la jāhiliyyah. Il nous est impossible d’accepter cet ordre et de vivre sous sa domination. Il est impossible d’établir des relations cordiales avec cette société, car cet ordre est erroné. Nous devons donc d’abord transformer notre propre vie, puis transformer cette société.
Notre objectif principal sera de transformer toutes les coutumes et pratiques de la société jāhilie. Cette transformation viendra des fondements mêmes de la société. En effet, la société jāhilie est précisément fondée sur des doctrines erronées ; elle est donc opposée à l’islam, et cet ordre, par la seule force brutale et l’oppression, nous tient éloignés de tous les bienfaits du mode de vie choisi par Allah.
Tout d’abord, nous devons nous libérer de l’étau du mode de vie fondé sur les valeurs et les conceptions jāhilies. Nous ne modifierons en rien nos valeurs dans le but de transiger avec la société erronée déjà établie. La voie de notre système social et celle du système social corrompu actuellement en vigueur sont entièrement différentes. Si nous suivons la voie de la jāhiliyyah, nous n’atteindrons jamais notre destination.
Nous savons que, dès que nous nous engagerons sur cette voie, de nombreuses difficultés et de nombreux obstacles se dresseront sur notre chemin, et que nous devrons consentir de nombreux sacrifices. Pourtant, si nous voulons suivre les traces de ces grandes figures de l’âge d’or par l’intermédiaire desquelles Allah a établi Sa religion dans le monde et foulé aux pieds la jahiliyya, nous ne pouvons pas faire marche arrière à cause de ces difficultés et de ces obstacles.
Nous devons avoir une connaissance claire de la voie que nous aurons à suivre à l’avenir. Nous devons commencer notre marche après avoir bien appris quelle route nous emprunterons, à quelles situations nous serons confrontés en chemin, quelles ruelles nous devrons traverser avant d’atteindre la grande route lumineuse de l’islam depuis les ténèbres profondes de l’ignorance, et comment les illustres Compagnons du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ont remporté le succès.
Deuxième chapitre
Les enseignements fondamentaux du sacrifice de l’époque mecquoise
La partie du Saint Coran révélée à La Mecque pendant treize années n’a accordé de l’importance qu’à un seul sujet. Sans modifier le contenu essentiel de ce sujet, le Coran le présenta sous des formes nouvelles, dans son propre style narratif. Ainsi, à chaque fois, on avait l’impression que le sujet était abordé pour la première fois. Ce sujet était la première et principale question fondamentale du nouveau système de vie. Cette question concernait la croyance relative au Créateur, à l’humanité et à la relation entre les deux.
Cette question fut posée à l’ensemble de l’humanité. Que les hommes soient originaires des pays arabes ou habitants de toute autre région, qu’ils appartiennent à cette époque ou à n’importe quelle époque ultérieure, la question est la même pour tous et la réponse est également identique.
Les questions fondamentales de l’esprit humain ne changent jamais. La place de l’être humain dans la création, la destination de la vie humaine, sa dignité dans la création et sa relation avec le monde, ainsi que la nature de la relation entre l’être humain et son Créateur, entre autres sujets, sont les mêmes pour les hommes de toutes les époques et de toutes les régions. Il est impossible de modifier ces questions fondamentales, car elles sont intimement liées à l’existence humaine.
À l’époque mecquoise de la révélation du Coran, les mystères cachés de l’être humain et du monde qui l’entoure furent expliqués. D’où l’être humain est-il venu, quelle est son identité, dans quel but est-il venu dans ce monde, quelle est sa destination, qui lui a donné l’existence à partir du néant et quel sera son devenir : c’est de ces questions qu’il fut question au premier stade de la révélation du Coran. Il existe de nombreux éléments de la création que l’être humain peut voir et toucher. Il en existe aussi beaucoup dont il peut ressentir l’existence, mais qu’il ne peut ni voir ni toucher. À ce stade, le Coran a donné à l’être humain la connaissance de ces deux sortes d’éléments et d’objets créés. Il a également été question, dès le stade mecquois, de Celui qui a créé ce vaste univers et de Celui qui a déterminé la forme et la nature de toutes les créatures. De même, le Coran a indiqué à l’être humain comment établir des relations réciproques entre le Créateur, le monde matériel et l’être humain. Telle est l’importante question dont dépend l’existence humaine et dont elle dépendra jusqu’à la disparition de la création.
C’est pourquoi, au cours des treize années de la période mecquoise, la réponse à cette question importante et fondamentale a été expliquée sous différents angles. En effet, les autres questions liées à la vie humaine découlent toutes de ce problème fondamental.
Durant la période mecquoise, le Coran fit de la question de la croyance fondamentale son thème principal, et rien ne fut alors dit au sujet des autres questions qui en découlaient. Le Dieu Très-Savant avait décidé que les autres prescriptions ne seraient présentées à ces gens qu’après que la foi serait pleinement et solidement enracinée dans leurs cœurs. Car il était indispensable que, dans le cœur de ceux qui allaient par la suite établir Sa religion sur terre, une foi solide soit d’abord fermement implantée.
Ceux qui transmettent le message de la religion d’Allah et ceux qui désirent mettre en pratique le système de vie proposé par cette religion doivent tout particulièrement se rappeler que, pendant treize années, le Noble Coran n’a présenté que l’appel à la foi et a différé la transmission des lois, règles et interdits détaillés du système de vie fondé sur cette foi.
Le début de l’œuvre d’appel
C’est par la connaissance infinie d’Allah Très-Haut qu’il avait été décidé que le contenu de l’appel initial du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se limiterait à la foi et à la croyance. Le premier message que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) présenta aux hommes consistait à témoigner qu’il n’existe aucun autre maître ni aucune autre divinité en dehors d’Allah. En même temps, il s’employa à leur faire connaître leur véritable Divinité et à leur expliquer la raison d’adorer exclusivement Celui-ci.
Selon les déductions tirées des connaissances limitées des hommes, le petit nombre de mots constituant l’appel n’aurait pas, au premier stade, gagné le cœur des Arabes. En réalité, les Arabes comprenaient parfaitement leur langue maternelle et n’eurent donc aucune difficulté à saisir le sens des mots ilâh et « Lâ ilâha illallâh ». Ils savaient que le terme ulûhiyya signifie pouvoir souverain, et comprenaient aussi que, si la souveraineté était attribuée exclusivement à Allah, toute autorité serait retirée aux prêtres, aux chefs tribaux et aux dirigeants riches pour être remise à Allah. La conséquence concrète en serait que, dans les pensées des hommes, leurs rites religieux, la répartition des richesses, l’administration de la justice et les autres domaines de la vie nationale — en bref, dans leur âme et leur corps — la proclamation de l’établissement de l’autorité exclusive d’Allah Très-Haut constituerait un défi particulier à toute autorité déjà établie dans la société. Elle équivaudrait à une révolte contre toutes les politiques et tous les systèmes sociaux alors en vigueur, ainsi qu’à une déclaration de guerre contre le pouvoir de légiférer et de gouverner exercé par toutes les forces autres qu’Allah. Les habitants de l’Arabie n’ignoraient pas la portée de la proclamation « Lâ ilâha illallâh », prononcée dans leur langue maternelle, ni ses répercussions sur leur mode de vie habituel. C’est pourquoi ils se mirent en colère contre ce message révolutionnaire et dressèrent une opposition farouche à cette proclamation. Tout cela est bien connu.
Pourquoi l’appel à la religion a-t-il commencé de cette manière ? Pourquoi Allah Très-Haut avait-Il décidé de soumettre le message de Sa religion à l’épreuve dès le stade initial ?
Le nationalisme et l’appel religieux
Lorsque le Messager d’Allah commença à transmettre la parole d’Allah, les terres et les richesses des Arabes n’étaient pas entre leurs propres mains ; elles étaient au contraire sous la domination d’autrui. Au nord, la Syrie était occupée par les Romains. De même, au sud, le Yémen faisait partie de l’Empire perse. Les Arabes locaux, reconnaissant la suzeraineté du royaume perse, gouvernaient cette région. Seuls le Hedjaz, la Tihama et le Najd étaient sous l’autorité des Arabes, mais ces régions n’étaient que de purs déserts. À l’exception de quelques oasis, toute la région était une étendue sablonneuse dépourvue d’eau.
Il est également universellement reconnu que ses proches et ses voisins avaient donné à Muhammad — qu’Allah le bénisse et le salue — les titres d’Al-Amîn et d’As-Sâdiq (le digne de confiance et le véridique). Quinze ans avant qu’il ne reçoive la prophétie, les chefs de la tribu de Quraysh l’avaient choisi comme arbitre dans le différend concernant la remise en place de la Pierre noire de la Kaaba, et ils furent extrêmement satisfaits de son arbitrage. Il appartenait à la tribu des Banû Hâshim, qui était réputée être la plus noble des tribus de Quraysh. On peut donc aisément dire que Muhammad — qu’Allah le bénisse et le salue — aurait pu très facilement unir les habitants de cette société en brandissant le slogan du nationalisme arabe. Les Qurayshites auraient aisément répondu à l’appel de l’unité arabe, car la succession incessante des guerres tribales et des effusions de sang les avait exaspérés. Il aurait pu rassembler les Arabes, divisés en une multitude de groupes, autour d’une unité fondée sur la langue, libérer les terres arabes occupées par les Empires romain et perse et établir un État arabe uni ; rien de tout cela n’aurait été difficile pour lui.
Après avoir supporté pendant treize ans des persécutions inhumaines, face à une opposition acharnée, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — aurait pu obtenir facilement le soutien du peuple en appelant au nationalisme plutôt qu’en prêchant la religion, et son autorité aurait été reconnue sur l’ensemble des Arabes.
On peut également dire qu’après avoir ainsi unifié et consolidé toute la terre arabe sous sa direction et son autorité, il aurait pu préparer le peuple à croire à l’unicité d’Allah ; et, après avoir accepté sa propre autorité, les gens auraient facilement été contraints d’accepter également, conformément à ses conseils et à son enseignement, Allah le Très-Haut comme leur Seigneur.
Mais Allah le Très-Haut, Source de toute connaissance et Savant en toute chose, n’a pas permis à Son Prophète de suivre cette voie. Au contraire, Il lui ordonna de déclarer publiquement le rejet de toute autorité autre que celle d’Allah, et ordonna au Messager d’Allah lui-même ainsi qu’à ses quelques compagnons de faire face avec patience à une opposition intense.
La question est la suivante : pourquoi tout cela ? Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et ses chers compagnons n’ont pas été soumis sans raison à la persécution. Il savait qu’aucune autre voie ne permettrait d’atteindre l’objectif. Le but de ce mouvement n’était pas de libérer la terre arabe de l’oppression romaine et perse pour y instaurer ensuite une oppression arabe. Toute oppression, qu’elle soit nationale ou étrangère, est une seule et même chose. La terre appartient à Allah et il est nécessaire de la préserver pure pour l’autorité d’Allah ; le monde ne peut être purifié sans le message de la formule « Lā ilāha illā Allāh ». L’être humain est le serviteur d’Allah seul, et c’est uniquement sous l’influence de la formule « Lā ilāha illā Allāh » qu’il peut vivre comme un serviteur obéissant à Allah. L’arabe était leur langue maternelle. Ils comprenaient donc parfaitement que ce message signifiait : « Il n’existe aucune puissance souveraine en dehors d’Allah ; nul autre qu’Allah n’a le droit d’élaborer la loi ; et aucun être humain ne peut exercer autorité ou domination sur un autre. » En effet, le seul détenteur de toute autorité est Allah Lui-même. L’islam a proclamé que la foi serait le fondement de l’unité des êtres humains. Et selon le critère de la foi, les Arabes, les Romains et les Perses sont tous égaux. C’est pourquoi la prédication de la religion commença sur la base du message de la formule.
La révolution économique et le message de la religion
À l’époque où le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — reçut la prophétie, il n’existait dans le pays arabe aucun moyen d’assurer une répartition équitable des richesses. La justice y était donc également absente. Un petit nombre de personnes accaparaient toutes les richesses et le commerce, qu’elles ne cessaient d’accroître par des transactions usuraires. Une grande partie des habitants du pays était pauvre et affamée.
Seuls les riches étaient considérés comme nobles et supérieurs, et les gens ordinaires n’étaient pas seulement privés de richesses : leur dignité humaine elle-même n’était pas reconnue dans cette société.
On peut également dire que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) aurait pu mener un mouvement de révolution sociale en déclarant la guerre aux riches et aux notables de la société, puis en s’emparant des biens des riches pour les distribuer aux pauvres.
Tout le monde reconnaîtra également que, si le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait lancé un mouvement de cette nature, la société arabe se serait divisée en deux et qu’un grand nombre de pauvres y auraient participé. En effet, ils étaient accablés par la tyrannie d’une poignée de personnes riches, influentes et puissantes. En revanche, la prédication du message du tawhid valut au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de se heurter à des obstacles et à des oppositions à chaque pas ; c’est pourquoi, à l’exception d’un très petit nombre de personnes au cœur noble, personne ne répondit à cet appel.
Il faut également reconnaître qu’après avoir gagné l’adhésion de la majorité de la société, Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), en tant que leur dirigeant, aurait pu s’emparer des immenses richesses d’une poignée de riches et, usant de son influence et de son prestige, amener les membres de la société à croire également au tawhid, afin d’accomplir sa mission prophétique. Après avoir accepté l’autorité du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ils n’auraient soulevé aucune objection à reconnaître l’unicité d’Allah le Très-Haut, conformément à ses ordres et à ses conseils.
Mais Allah le Très-Haut, Omniscient et détenteur d’une connaissance parfaite, n’a pas non plus guidé Son prophète bien-aimé vers cette voie.
Allah le Très-Haut sait mieux que quiconque que ce n’est pas la bonne voie. Il sait que la véritable justice sociale ne peut naître que d’une soumission totale à Allah seul. Toute la société doit se préparer à accepter le principe de répartition équitable établi par Allah. Tous les membres de la société, petits et grands, donateurs et bénéficiaires, doivent assurément croire qu’en se conformant à la loi d’Allah, ils ne connaîtront pas seulement le bien-être, mais seront également récompensés dans l’au-delà. Il n’est jamais souhaitable que certains membres de la société deviennent fous de convoitise pour les richesses et qu’une immense foule, devenue révoltée, soit contrainte de vivre dans de telles conditions. Dans une société fondée sur le rejet de l’autorité d’Allah, chaque question est tranchée par les armes. Dans une société où la peur et la terreur sont des faits quotidiens, la majorité de la population, le cœur brisé et privée d’enthousiasme et d’élan, est contrainte de vivre comme si elle était morte.
Le début du mouvement par l’organisation morale
À l’époque où le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) commença sa mission de prédication, l’Arabie avait atteint le niveau le plus bas du point de vue moral. En dehors de quelques coutumes tribales de l’époque ancienne, cette société ne possédait aucune autre règle morale.
L’oppression et les persécutions étaient des événements quotidiens dans cette société. Le célèbre poète Zuhayr ibn Abî Sulmâ a décrit ainsi :
« Celui qui ne se défendra pas les armes à la main est voué à une mort inéluctable. »
« Et celui qui ne commettra pas d’injustice sera certainement opprimé. »
Un autre proverbe de l’époque de l’Ignorance disait :
« Que ton frère soit oppresseur ou opprimé, aide-le en toute circonstance. »
La consommation d’alcool et le jeu faisaient partie des pratiques sociales, et les gens tiraient fierté de ces habitudes. Tous les poèmes de cette époque étaient composés autour du vin et du jeu.
Toutes sortes de débauches étaient répandues dans tous les milieux de cette société, et les gens plongés dans l’ignorance, qu’elle fût ancienne ou contemporaine, en tiraient fièrement gloire selon leurs coutumes. ‘Â’isha a décrit la société de cette époque en ces termes :
« À l’époque de l’Ignorance, quatre types de mariage étaient pratiqués. L’un d’eux était semblable au mariage pratiqué aujourd’hui. C’est-à-dire que l’homme désireux de se marier demandait la main de la jeune fille à son père ou à son tuteur, et lui offrait à cette occasion quelques présents. Une deuxième pratique consistait pour un homme à dire à sa femme de concevoir un enfant avec un autre homme déterminé, par des rapports sexuels durant l’intervalle entre deux menstruations. Pendant cette période, le mari s’abstenait de toucher sa femme et n’avait aucun rapport sexuel avec elle avant l’apparition des signes de grossesse. Après leur apparition, il avait des rapports avec elle selon son désir. Le but de cette pratique était d’obtenir un enfant issu d’une haute lignée. La troisième pratique était la polyandrie, c’est-à-dire qu’un groupe d’au plus dix hommes avait des rapports avec une seule femme. Quelques jours après être tombée enceinte et avoir accouché, la femme convoquait et réunissait les hommes qui avaient eu des rapports avec elle. Aucun d’eux n’avait le droit de refuser cette convocation. Lorsqu’ils étaient tous réunis, elle leur disait : “Vous connaissez déjà le résultat : j’ai donné naissance à un enfant.” Puis, désignant l’un des hommes présents, elle déclarait : “Cet homme est le père de l’enfant.” L’enfant recevait alors le nom de l’homme désigné et était considéré comme lui appartenant. Cet homme n’avait pas le droit de refuser d’en assumer la responsabilité. »
La quatrième méthode était la suivante : « Beaucoup d’hommes se rendaient auprès d’une même femme, et celle-ci les acceptait tous. En réalité, ces femmes étaient des prostituées. Un drapeau particulier était placé à la porte de leur maison. Tout homme qui le souhaitait pouvait avoir des rapports sexuels avec elles. Lorsque l’une de ces femmes tombait enceinte puis mettait son enfant au monde, de nombreuses personnes se réunissaient et faisaient déterminer la paternité de l’enfant par un spécialiste, à partir de sa physionomie et de sa constitution. Celui que les personnes réunies désignaient comme le père de l’enfant était alors obligé d’en assumer la responsabilité. Il n’avait aucun moyen de s’y soustraire. » (Al-Bukhari, chapitre du mariage)
Hazrat Muhammad (s.a.s.) aurait également pu lancer un mouvement de réforme morale, avec pour programme l’amélioration du caractère, la purification de la société et la purification de l’âme. Comme tout réformateur social, il n’aurait pas été impossible qu’il obtienne le soutien de quelques personnes courageuses et actives de cette société, désireuses de la réformer.
On peut aisément dire que, s’il avait lancé un mouvement de ce genre, le Messager d’Allah (s.a.s.) aurait pu rassembler un certain nombre de personnes. Grâce à leur niveau moral élevé, celles-ci auraient facilement accepté le message du tawhid et se seraient préparées à assumer les responsabilités qui en découlaient ; en procédant ainsi, le message de la kalima « La ilaha illallah » n’aurait pas rencontré une opposition aussi intense.
Mais Allah, l’Omniscient, savait parfaitement que ce n’était pas la bonne voie. Il savait que la moralité ne se construit que sur la base de la foi. C’est la foi qui indique l’existence d’une autorité supérieure, source des critères du bien et du mal. Cette autorité détermine la récompense de l’adhésion à ces valeurs et le châtiment de leur rejet. Si l’on ignore cette autorité, toutes les valeurs et toutes les normes morales se révèlent temporaires : il ne subsiste ni le sentiment d’avoir à rendre des comptes devant une quelconque autorité, ni l’espoir d’être récompensé pour ses bonnes actions.
Révolution totale
Après de durs efforts, lorsque la foi fut devenue solidement établie et que la pleine soumission au Maître en lequel ils avaient cru se manifesta dans leurs actes ; lorsque les hommes, ayant reconnu leur véritable Créateur — leur Maître et leur Nourricier — commencèrent à louer et à glorifier exclusivement Celui-ci ; lorsqu’ils se libérèrent, en toutes choses, de l’influence des désirs d’autrui, et même de leurs propres passions ; et lorsque la kalima « La ilaha illallah » fut gravée dans leurs cœurs, Allah leur accorda alors Son aide en toutes choses. La terre d’Allah fut libérée de la domination de Rome et de la Perse, mais cette libération n’avait pas pour but d’établir la domination des Arabes à la place de celle des non-Arabes ; elle visait plutôt à établir la souveraineté d’Allah. L’élimination de toutes les forces rebelles à Allah — romaines, perses, arabes et autres — constituait l’objectif de cette révolution.
L’établissement du système social islamique mit fin à toutes les formes d’oppression et de persécution. Une justice parfaitement impartiale fut instaurée en pesant les choses selon les critères établis par Allah. L’étendard de la justice fut élevé au nom d’Allah. Cet étendard est connu sous le nom d’islam. Rien d’autre que « La ilaha illallah » n’y était inscrit.
Les caractères s’améliorèrent, les cœurs et les esprits se purifièrent et, par conséquent, sauf dans un nombre limité de cas, il ne devint presque jamais nécessaire d’appliquer les peines ultimes prescrites par Allah. Car, à cette époque, la conscience des hommes en vint spontanément à désirer respecter la loi. À la place de la police et des tribunaux, le désir d’obtenir l’agrément d’Allah, l’espoir de recevoir une récompense de Lui et la crainte d’encourir Sa colère trouvèrent place dans le cœur des hommes.
L’humanité s’élève à un horizon sublime dans le domaine des valeurs morales d’une société exempte de corruption et des autres valeurs de la vie.
Jamais auparavant l’humanité n’avait atteint un niveau de vie aussi élevé, et par la suite, aucune autre voie que l’islam ne lui a permis d’atteindre ce degré de progrès.
Comment la révolution est-elle arrivée ?
Cela fut possible parce que ceux qui avaient instauré l’islam comme mode de vie, système étatique et ensemble de lois et de règles avaient d’abord établi ce système dans leur propre cœur, par la foi, la moralité, l’adoration et les règles de conduite régissant les relations réciproques. À ceux qui luttèrent pour instaurer ce système, aucune promesse d’avantage terrestre — victoire militaire, pouvoir politique ou établissement de la religion entre leurs propres mains — ne fut faite. Une seule récompense leur fut garantie : le Paradis. « Allah
seul est Maître » — face à l’opposition acharnée des porte-étendards de l’ignorance institutionnalisée et des intérêts établis, qui s’étaient dressés contre ce message, les croyants poursuivirent leur lutte avec une fermeté inébranlable et une patience infinie ; en échange, une seule récompense leur avait été promise.
Allah les soumit à l’épreuve. Ils firent preuve de fermeté et oublièrent les plaisirs et les jouissances personnels. Allah constata qu’ils ne convoitaient pas les avantages terrestres. Ils n’œuvraient pas dans le seul but limité de voir, de leur vivant, la victoire et l’établissement de ce message. Lorsque leur cœur fut libéré de l’orgueil lié à la noblesse héréditaire, à la nationalité, au pays et à la tribu, et qu’aux yeux d’Allah le Très-Haut ils furent jugés dotés d’un cœur pur, Il leur confia alors une responsabilité extrêmement sacrée, celle du califat, c’est-à-dire un dépôt sacré. Ils possédaient une foi sincère et limpide. Or cette qualité constituait le besoin premier pour assumer la responsabilité du califat. En effet, le principal domaine d’établissement de la souveraineté d’Allah est le cœur et la conscience, ainsi que les comportements moraux et les méthodes adoptées dans les transactions et les relations sociales. Allah le Très-Haut s’assura qu’après avoir acquis le pouvoir politique afin d’établir les lois et les règles d’Allah, ils préserveraient fidèlement ce système. Il constata qu’ils n’utiliseraient pas le pouvoir politique au service de leurs intérêts personnels, familiaux, tribaux ou nationaux ; au contraire, ils appliqueraient correctement, sous l’autorité d’Allah et dans le but d’obtenir Son agrément, ce système reçu d’Allah comme un dépôt. En vérité, ils s’étaient préparés à devenir les porte-étendards de la vérité.
Si l’appel islamique n’avait pas commencé par le message du tawhid, et si la caravane du mouvement n’avait pas avancé sur une voie apparemment pénible et semée de dangers, ce grand idéal de vie n’aurait jamais pu être établi dans le monde réel. Si le mouvement avait commencé au nom des intérêts nationaux, de l’amélioration du niveau de vie ou de la réforme sociale, et si un autre slogan avait été mêlé à la formule « Il n’y a de divinité qu’Allah », le mode de vie souhaité n’aurait jamais pu devenir réalité.
La période mecquoise du Saint Coran a accompli cette œuvre glorieuse : elle a fermement ancré dans l’esprit et le cœur des hommes la conviction qu’il n’existe aucun maître en dehors d’Allah, et elle a incité les musulmans à avancer d’un pas ferme sur une voie qui paraît extérieurement extrêmement difficile.
Dans la partie du Coran révélée à cette époque, l’accent était mis uniquement sur l’affermissement de la foi. La description détaillée du système de vie qui devait être édifié sur cette foi fut alors ajournée. Ceux qui souhaitent s’engager dans la prédication de la religion doivent impérativement garder ce point à l’esprit. En vérité, le système de vie islamique l’exige lui-même. En effet, cette religion est entièrement fondée sur une foi profonde en l’unicité divine, et toutes les prescriptions et lois nécessaires à la vie sont tirées de cette croyance sublime. On peut comparer cette religion à un arbre immense. Un arbre vaste et élevé déploie ses branches sur une grande étendue et tend sa cime vers le ciel. Un arbre aussi imposant enfonce naturellement ses racines profondément dans la terre et les étend tout autour sur une vaste superficie, conformément à sa forme. Il en va exactement de même pour cette religion. Ce système de vie comporte des prescriptions concernant tous les aspects, grands et petits, de la vie humaine. Il ne donne pas seulement des règles pour ce monde, mais aussi pour l’au-delà. Il dévoile les mystères des deux mondes, visible et invisible. Il ne se contente pas de s’occuper du monde matériel, mais réforme également la pensée. Ainsi, il ressemble à un arbre immense, haut et solidement enraciné, dont les racines pénètrent profondément dans la terre tout en demeurant proportionnées à la forme de l’arbre.
Cette dimension particulière du système de vie islamique nous permet de comprendre que le mouvement et l’établissement de l’idéal ne deviennent possibles qu’en plantant la semence de la foi dans les cœurs. Cette méthode est indispensable à un développement juste. Car c’est par elle qu’il est possible de maintenir le lien entre les branches de l’arbre islamique, qui s’élèvent et s’étendent vers le ciel, et ses racines, qui se déploient çà et là dans les profondeurs de la terre.
Lorsque la conviction en « Lā ilāha illā Allāh » s’enracine fermement dans le cœur, elle se répand dans tous les domaines de la vie et devient l’interprétation concrète de la profession de foi. Ainsi, avant même l’instauration des lois, les croyants sont intérieurement préparés à adopter le système islamique ; dès que les lois sont instaurées, et parce que telle est la première exigence de la foi et qu’ils ont cette disposition d’esprit, les croyants acceptent toutes les lois et prescriptions de l’islam avec empressement et joie.
C’est pourquoi, dès que l’ordre est donné, ils inclinent la tête. Pour faire appliquer la loi, il leur suffit d’entendre l’ordre. C’est ainsi qu’ils abandonnèrent toutes les habitudes et tous les comportements de l’époque de l’ignorance. Quelques versets du Coran ou quelques paroles sorties de la bouche du Prophète d’Allah suffirent à accomplir cette immense transformation. Comparez cela à la manière dont les États séculiers de notre époque instaurent leurs lois. À chaque étape, les États séculiers doivent s’appuyer sur les parlements, la constitution, la police, la puissance militaire, les moyens de propagande et la presse. Malgré cela, ils ne parviennent qu’à réprimer partiellement les violations manifestes de la loi. La société demeure donc remplie d’activités illégales et interdites.
Un système de vie réaliste
Un autre aspect de ce système de vie mérite également d’être relevé. Il s’agit plutôt d’un système de vie orienté vers la réalité. L’islam est un système de vie réaliste. Son objectif est de régir les réalités concrètes de la vie humaine. Il examine donc les pratiques en vigueur dans la société humaine et statue sur le maintien, la réforme ou la transformation complète de celles-ci. Ainsi, dans une société qui a reconnu la souveraineté d’Allah, l’islam ne légifère qu’après avoir pris en considération la situation qui y prévaut à ce moment-là.
L’islam n’est pas simplement un ensemble de principes fondés sur des spéculations. Il est donc indispensable qu’une société musulmane soit constituée avant d’instaurer ce système de vie. Cette société croira qu’il n’est permis d’obéir à personne en dehors d’Allah. Une société possédant une telle foi et une telle croyance est tenue de rejeter l’autorité de tous les autres, ainsi que leur pouvoir de légiférer, en dehors d’Allah.
Après la naissance d’une telle société, lorsqu’elle se trouve confrontée à diverses difficultés dans le domaine pratique et ressent la nécessité d’une méthode particulière pour élaborer les lois et les prescriptions, c’est alors que l’islam établit la constitution, édicte les lois et les règlements, et instaure les coutumes. Les prescriptions islamiques ne s’appliquent qu’à la société qui, en principe, a reconnu l’autorité de ces lois et a aboli les lois et règlements non islamiques.
La nécessité du pouvoir pour mettre l’idéal en œuvre
Ceux qui adhèrent à cette doctrine doivent avoir le pouvoir d’instaurer le mode de vie islamique et d’appliquer la loi islamique dans leur propre société. Il est également indispensable qu’ils aient le pouvoir d’élaborer des lois afin de résoudre les problèmes courants et quotidiens qui se présentent dans la vie de tous les jours.
À La Mecque, les musulmans n’avaient pas le pouvoir d’élaborer les lois nécessaires à leur propre communauté. Ils n’y exerçaient aucune influence. Ils n’avaient pas encore réussi à se constituer en une organisation permanente capable de vivre conformément à la loi d’Allah. C’est pourquoi, durant la période mecquoise, Allah Ta‘ala ne leur révéla aucune règle destinée à leur vie collective. À ce stade, on leur enseigna seulement la foi et les principes moraux fondamentaux qui s’y rattachent. Plus tard, après l’établissement à Médine d’un État autonome, un environnement propice à la satisfaction des besoins de la société musulmane se forma et les musulmans acquièrent le pouvoir d’instaurer des lois. Ce ne fut qu’après la création de cette situation que les règles générales commencèrent à être révélées aux musulmans.
Au stade mecquois, Allah Ta‘ala n’a pas révélé toutes les lois pour donner ensuite, après le transfert à Médine, un mode de vie complet applicable dans la pratique. Car cela n’est pas conforme à l’idéal islamique. L’islam est plus réaliste et beaucoup plus prévoyant. Cet idéal ne s’attache pas à résoudre des problèmes imaginaires. Il examine d’abord la situation existante dans la société et, si celle-ci ainsi que son environnement présentent, selon ses critères, les caractéristiques d’une société musulmane et une soumission totale aux prescriptions d’Allah, l’idéal de vie islamique organise l’élaboration de lois en harmonie avec les besoins et la situation de cette société.
Aujourd’hui, on ne voit dans aucune société du monde la charia d’Allah établie à la place de règles élaborées par les hommes, et il n’existe pas non plus de force politique capable d’assumer une telle responsabilité. Malgré cette situation évidente, ceux qui réclament la mise en pratique de l’idéal islamique, ainsi que l’élaboration d’un système de gouvernement complet et de lois conformes à cet idéal, veulent atteindre leur objectif par un raccourci. Ils ont été gagnés par un esprit de défaite né de leur confrontation avec l’imparfait mode de vie conçu par l’homme, au prix d’une transformation des caractéristiques, de la nature et de la tradition de l’idéal de vie islamique. Ils veulent également réduire le mode de vie islamique à un ensemble de principes irréalistes et de qualités purement nominales. Pourtant, Allah Ta‘ala veut que l’idéal islamique soit rétabli exactement par la méthode qui avait permis son établissement dans le passé. Tout d’abord, une foi ferme en une vérité particulière doit être profondément enracinée dans l’esprit et le cœur des hommes. Cette vérité de la foi est que l’être humain ne s’inclinera devant aucune puissance autre qu’Allah et n’acceptera de se soumettre aux lois d’aucune autre autorité. Ce n’est que lorsqu’un groupe de personnes dont l’esprit et la pensée ont été formés conformément à cette croyance, pleinement préparé, aura acquis le contrôle effectif d’une société, qu’il deviendra possible d’y élaborer des lois en fonction de ses besoins, tout en maintenant la croyance fondamentale. Allah Ta‘ala a fixé cette méthode pour la mise en œuvre du mode de vie islamique. Aucune autre méthode ne peut donc être acceptable si elle transgresse celle qu’Il a prescrite.
La manière correcte d’établir la religion
Les prédicateurs du mode de vie islamique doivent savoir qu’ils inviteront d’abord les gens à avoir une foi totale dans les croyances fondamentales de l’islam. Même s’ils se déclarent musulmans et même si les registres officiels les mentionnent comme musulmans, les prédicateurs des prescriptions islamiques devront d’abord leur expliquer que l’islam consiste à accepter la formule « Il n’y a de divinité qu’Allah » avec sa signification véritable. Cette signification véritable consiste à reconnaître la souveraineté d’Allah dans tous les domaines de sa propre vie et à rejeter l’autorité de ceux qui revendiquent pour eux-mêmes une souveraineté contraire à celle d’Allah. Après avoir accepté cette signification de la croyance islamique, il est indispensable que cette foi se reflète dans leur esprit, leur manière de vivre et leur conduite.
Quels que soient ceux qui entreprennent le mouvement visant à rétablir le mode de vie islamique, ils doivent accorder à cette question une importance prioritaire. Le premier mouvement de l’islam avait commencé de cette manière. Durant les treize années de la période mecquoise de la révélation du Coran, on s’était consacré à enraciner solidement cette question. Seul l’ensemble de ceux qui rejoignent le mouvement islamique après avoir compris la signification précitée de ce mouvement peut être appelé une véritable organisation islamique ou une véritable société islamique, et seule cette assemblée ou cette société est apte à mettre en œuvre l’idéal islamique dans la vie collective. En effet, ses membres ont volontairement décidé de modeler l’ensemble de leur vie selon l’idéal islamique et de n’accepter la souveraineté de nul autre que l’unique Allah Ta‘ala.
Ainsi, lorsqu’une société de ce type verra le jour et que l’enseignement islamique sera adopté comme fondement de cette société, celle-ci entreprendra alors d’élaborer des prescriptions islamiques en fonction des nécessités de son environnement. Telle est la démarche pratique et judicieuse pour instaurer l’idéal de vie islamique.
Une certaine catégorie de personnes sincères, qui n’ont pas compris les caractéristiques de l’idéal de vie islamique, se montre pressée à ce sujet. Elles ne comprennent pas que le véritable bien réside dans la méthode qu’Allah, l’Omniscient et le Très-Savant, a prescrite pour établir la religion. Elles pensent qu’après avoir informé les gens des principes fondamentaux et des lois de l’idéal islamique, ceux-ci s’engageront spontanément à établir cet idéal. En réalité, c’est une conception illusoire propre aux personnes animées du désir d’agir précipitamment pour accomplir quelque chose.
Si une telle conception avait été proposée au Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et s’il avait appelé les gens au nationalisme géographique, à la révolution économique ou à un mouvement réformiste, sa tâche aurait été beaucoup plus facile. Mais il n’a pas choisi cette voie. Avant d’informer les gens des lois détaillées de l’idéal de vie islamique et de les y attirer, il était indispensable d’implanter dans leurs cœurs une foi profonde en Allah, d’abolir toutes les autres prescriptions et de se soumettre pleinement aux prescriptions révélées par Allah. C’est de la soumission totale à Allah et du refus d’accepter toute autre forme de servitude humaine que naîtra l’amour de la charia d’Allah, et non de la considération de la supériorité des prescriptions d’Allah sur les autres prescriptions. Il ne fait certes aucun doute que les prescriptions révélées par Allah sont, à tous égards, supérieures aux prescriptions élaborées par les hommes. En effet, ces prescriptions sont l’œuvre du Créateur lui-même, et les prescriptions du Créateur ne peuvent jamais être placées au même niveau que celles de la créature. Cependant, la supériorité des prescriptions ne peut constituer le fondement du mouvement islamique. Son fondement est l’acceptation sans hésitation de la charia divine et le rejet direct de toute forme de prescription étrangère à la charia. Telle est la signification de l’islam, et rien d’autre que cela n’est l’islam. Celui qui sera attiré par le fondement même de l’islam n’aura nul besoin qu’on lui explique en détail les différences entre l’islam et les autres prescriptions. Voilà l’essentiel de la foi.
L’islam face à la jahiliyya
Examinons maintenant comment le Coran a édifié la foi et la croyance durant les treize années de la période mecquoise. Le Coran n’a pas présenté la foi et la croyance comme une simple théorie ou une conception spirituelle, pas plus qu’il n’a adopté la méthode de composition d’ouvrages propre aux savants et aux érudits. Le Coran a constamment attiré l’attention de l’être humain sur sa nature et l’a encouragé à observer son propre être ainsi que les innombrables signes du Créateur répandus autour de lui. Le Coran a libéré la faculté de réflexion de l’homme des superstitions et du fanatisme, et a aiguisé son intelligence latente. Il a ainsi rendu sa faculté de compréhension, couverte de rouille, apte à saisir les subtils mécanismes des mystères de la création. C’était un aspect général de l’enseignement coranique. L’aspect révolutionnaire de cet enseignement consistait à engager, au sein d’une société fondée sur le tawhid, la lutte contre toutes les formes de jahiliyya et les idéologies oppressives. À l’époque où le poids écrasant des idéologies erronées accablait la société humaine, la simple diffusion de discours moralisateurs était dénuée de sens. C’est pourquoi le Coran engagea résolument une lutte sans compromis afin de déchirer le voile des idéologies erronées et de briser entièrement les murailles du mensonge. L’enseignement coranique ne s’est pas davantage propagé par l’intermédiaire des théories savantes, de la dialectique et de la logique introduites ultérieurement. Le Coran avait engagé la lutte contre l’ensemble du système social forgé par l’homme. C’est à l’humanité accablée par la corruption, l’injustice et la tyrannie que le Coran adressait son message. Car, bien que l’islam soit fondamentalement un idéal de vie fondé sur la foi, son objectif est de régir la vie réelle. Le Coran n’a pas été révélé pour se limiter à de simples discussions de principes et à des conceptions spirituelles.
D’un côté, le Coran prend soin de semer la graine de la foi dans le cœur des membres de la communauté islamique et de la faire croître progressivement ; de l’autre, il mène, par l’intermédiaire de ces mêmes membres, l’attaque contre la forteresse de la jahiliyya et conduit une campagne destinée à éliminer complètement l’influence de la jahiliyya des pensées et des comportements des musulmans eux-mêmes. C’est au milieu d’une société bouleversée par une lutte sur tous les fronts, dans la tempête et le tumulte, que la foi acquiert sa force. Les discussions théoriques érudites ne peuvent produire une telle force. L’islam est un mouvement toujours actif, organisé et vivant, et la société musulmane en est l’incarnation. La pensée, les normes morales ainsi que la formation et l’éducation de la communauté islamique se développent en harmonie avec l’esprit de la foi. Le développement progressif du mouvement islamique est la manifestation concrète du développement progressif de la foi ; c’est là la méthode correcte pour réaliser l’idéal islamique : le mouvement islamique s’étendra et se développera en restant proportionné au degré et au niveau de la force de la foi.
L’islam n’est pas une simple idéologie
Les militants du mouvement islamique doivent garder à l’esprit la méthode révolutionnaire décrite ci-dessus. Il suffit d’y prêter attention pour comprendre que, durant la longue période mecquoise, on n’a pas séparément mené, selon la méthode susmentionnée, le travail visant à fortifier la foi et celui consistant à créer une organisation formée en vue d’établir une société islamique. Au contraire, c’est simultanément et au même moment qu’a commencé à la fois l’ensemencement de la graine de la foi et la fondation d’une organisation reposant sur l’enseignement islamique. Ainsi, chaque fois qu’à l’avenir on tentera de faire renaître l’idéal de vie islamique, il sera impossible d’atteindre l’objectif sans adopter cette méthode globale.
Il faut beaucoup de temps pour affermir la foi et la croyance doctrinale ; c’est pourquoi l’on avance progressivement et lentement vers l’objectif souhaité. Chacun de ses pas sera ferme et juste. Il ne faut absolument pas perdre du temps dans de simples discussions et considérations théoriques sur la morale. Il faut plutôt faire apparaître le contenu de la foi sous une forme concrète dans la vie active. Tout d’abord, la foi pénétrera dans le cœur des hommes et donnera naissance à un groupe constamment actif, dont tous les aspects et toutes les composantes, extérieurs comme intérieurs, manifesteront la foi sous sa forme concrète. C’est à travers la lutte menée en paroles et en actes contre la jahiliyyah que ce groupe révolutionnaire fera apparaître la forme vivante de la foi.
Ceux qui pensent que l’idéal islamique se développera et s’établira par les seuls éloges de cet idéal ainsi que par des activités théoriques et culturelles empreintes d’érudition au sujet de l’islam doivent absolument se tenir en garde contre les conséquences désastreuses.
Le Coran n’a pas été révélé en un seul jour. Il a fallu au contraire treize années pour semer la graine de la foi, édifier sa structure et en accroître la force. Si telle avait été la volonté d’Allah le Très-Haut, Il aurait pu révéler le Coran tout entier en un seul jour, puis accorder treize années aux membres du mouvement islamique pour acquérir la connaissance de l’islam et comprendre pleinement cette idéologie.
Mais Allah le Très-Haut n’a pas adopté cette méthode, car Sa volonté était différente. Il voulait établir sur terre un système de vie sans précédent. Il voulait simultanément édifier les croyances fondamentales de ce système de vie, organiser un mouvement qui en serait le porteur et le défenseur, et établir une structure sociale qui en serait le reflet. Il voulait former un groupe et un mouvement fortifiés par la croyance, tout en voulant, dans le même temps, renforcer progressivement la foi à travers les activités de ce groupe et de ce mouvement. Il plaisait à Allah le Très-Haut que la force de la foi s’accroisse en harmonie avec les progrès du groupe et du mouvement, et que les activités publiques de ceux-ci fassent apparaître le reflet de la foi. Allah, l’Omniscient, savait parfaitement que la réforme des hommes et l’édification d’une société saine ne s’accomplissent pas du jour au lendemain. En effet, l’édification de la croyance exige autant de temps que la formation, chez un homme, d’un groupe bien organisé.
Telle est la caractéristique du système de vie islamique. La période mecquoise de la révélation du Coran en apporte précisément la preuve. Nous devons absolument connaître cette caractéristique de la religion et nous abstenir de tenter de la modifier, éblouis par l’éclat vide et dépourvu de substance des idéologies absurdes forgées par les hommes. C’est précisément sous l’effet de ses caractéristiques propres que l’islam a jadis formé une vaste et grande communauté appelée la communauté musulmane ; et lorsque, à l’avenir, la reconstitution de la communauté musulmane sur terre sera jugée nécessaire, elle ne pourra s’accomplir que par les caractéristiques de la religion et sa propre méthode d’action.
À l’image de la circulation du sang dans le corps humain, les croyances fondamentales de l’islam circuleront dans les veines et les capillaires de la société et resplendiront comme une torche ardente au sein de la structure corporelle d’une organisation islamique active. Ceux qui, en modifiant les caractéristiques propres et la dynamique du système de vie islamique, rêvent d’établir la religion en prouvant, par des discussions théoriques et des activités intellectuelles, la supériorité de l’islam sur les idéologies de vie erronées, ne commettent pas seulement une grave erreur : ils cherchent en outre à s’engager sur une voie dangereuse.
La croyance islamique exige que cette foi prenne place au cœur d’hommes vivants, d’une organisation active et dynamique, ainsi que d’une société porteuse de possibilités, et qu’elle engage une lutte totale contre l’environnement jahilien. Tout en menant la lutte destinée à libérer la société établie de l’influence de la jahiliyyah, la force de la foi poursuivra son combat afin d’effacer de l’esprit, de l’intelligence et du caractère des nouveaux musulmans toutes les souillures de la société jahilienne. En effet, les porteurs du mouvement islamique sont nés dans une société influencée par le faux et la jahiliyyah ; il n’est donc pas étrange qu’après leur conversion à l’islam, certaines influences de la jahiliyyah subsistent encore dans leur vie.
En raison des caractéristiques mentionnées, la croyance islamique occupe une place vaste et considérable dans l’esprit et l’intelligence des hommes. Les simples discussions théoriques et les efforts visant à célébrer les mérites de l’islam n’ont pas une portée aussi étendue. Car l’islam ne se contente pas d’exercer son influence sur l’intelligence : la vie active concrète et le caractère de l’homme entrent également dans son domaine.
L’explication que l’islam donne du Créateur, de la création, de la vie et de l’être humain n’est pas seulement vaste et complète ; elle est en outre réaliste et positive. Conformément à ses caractéristiques propres et aux exigences de sa nature, l’islam ne se satisfait pas de rester limité à un simple objet de compréhension intellectuelle et d’étude théorique. Cela est contraire à sa nature et à son objectif ultime. L’islam veut se manifester à travers le mode de vie d’hommes actifs, une organisation dynamique et un mouvement concret. Il se développe à travers l’activité d’hommes révolutionnaires, un mouvement révolutionnaire et une organisation toujours en mouvement, de sorte que les idées qu’il apporte soient en harmonie avec la vie pratique. Il ne veut jamais demeurer un simple substantif qualificatif ; au contraire, il maintient constamment l’harmonie entre les principes et le programme d’action concret.
Il apparaît clairement que l’idée selon laquelle il faudrait, dans un premier temps, acquérir une connaissance complète de l’islam sur le plan théorique, puis, dans un second temps, mettre en œuvre l’idéal islamique dans le domaine pratique, n’est pas seulement erronée, mais extrêmement nuisible. Elle est contraire à l’objectif véritable et aux caractéristiques de l’islam.
Allah Tout-Puissant dit :
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« Nous avons révélé le Coran par fragments, afin que tu le récites progressivement aux gens, et Nous l’avons fait descendre graduellement. » — Banî Israël : 106
Selon la parole d’Allah citée ci-dessus, deux éléments ont été pris en considération simultanément. Premièrement, la révélation progressive du Coran, et deuxièmement, le fait de le faire entendre progressivement aux gens. Le but de cette méthode est de former, sur la base de la foi, une organisation vivante et active, puis de l’amener progressivement à son plein accomplissement. En effet, cette règle de vie est venue pour être mise en pratique, et non pour être simplement reconnue comme une excellente idéologie.
Le programme donné par Allah pour mettre en œuvre l’idéal donné par Allah
Les porteurs du message de la religion doivent parfaitement comprendre que l’islam est le système de vie donné par Allah et que la méthode permettant d’établir cette loi divine a elle aussi été déterminée par Allah Tout-Puissant Lui-même, par l’intermédiaire de la révélation. Il est donc absolument impossible d’établir la religion sans adopter cette méthode. Ils doivent également comprendre que cette religion ne vise pas seulement à transformer les croyances et le mode de vie. Elle forge un type particulier de croyance, crée une umma aux caractéristiques distinctives et, simultanément, mène progressivement à son plein accomplissement un type particulier de pensée et d’action. Dans la mesure où cette religion est capable d’apporter des changements aux croyances et à la vie, elle mobilise exactement cette même mesure de force pour son établissement. Ainsi, l’introduction de la pensée souhaitée et la formation de croyances déterminées s’accomplissent parallèlement et simultanément. On peut même dire qu’elles sont comme les pétales d’une même fleur.
De la discussion précédente, nous avons appris que la méthode propre à la religion est clairement définie. Nous avons également appris que cette méthode est complète en elle-même et éternelle. Elle n’a pas été conçue pour une étape particulière, une situation particulière ou un environnement particulier de l’appel islamique. Elle ne s’appliquait pas non plus exclusivement aux nobles Compagnons (qu’Allah les agrée). Au contraire, cette méthode est affranchie des contraintes des époques et du temps. Dès qu’un mouvement visant à établir l’islam commencera dans le monde, il faudra le conduire selon cette méthode même ; il ne sera pas possible d’établir cette religion en adoptant quelque autre moyen ou méthode que ce soit.
Tout en transformant les croyances et l’ensemble des activités de la vie pratique de l’être humain, l’islam transforme également sa vision et sa pensée. Sa méthode de transformation est aussi totalement différente des méthodes de transformation conçues par l’homme, car ces dernières sont dénuées de sens et limitées dans leur vision.
Si nous n’adoptons pas la méthode prescrite par Allah le Très-Haut, nous ne pourrons en aucune façon tirer profit de la révélation divine, ni réussir à transformer la pensée et les habitudes de l’humanité.
Lorsque nous essayons d’étudier l’islam comme une simple doctrine, ou d’en faire un sujet de discussion agréable dans les cercles d’étude et de recherche du savoir, nous le séparons en réalité de la méthode et de la pensée révolutionnaires données par Allah. Ainsi, nous abaissons la conception islamique de la vie au niveau des systèmes de vie conçus par l’homme. Par de telles actions, nous tentons, dans la pratique, de corriger les méthodes conçues par l’homme et de les élever à un statut égal à celui des méthodes humaines. Une telle vision est extrêmement dangereuse et n’est que le résultat d’un état d’esprit vaincu.
Le message de la grande vérité fournit aux membres du mouvement islamique un critère particulier pour la réflexion. C’est grâce à ce critère qu’ils peuvent se purifier de l’influence des pensées erronées qui, sous l’effet de l’ignorance dominante dans le monde, se sont introduites dans nos esprits, ont égaré notre raison et empoisonné notre éducation et notre culture. Si nous entreprenons de modifier notre religion selon la vision de l’ignorance qui prévaut et qui est contraire à sa nature, cette religion deviendra dépourvue de bien pour la société humaine, et celle-ci sera privée du bien de la véritable religion. Bien plus, il nous sera à nous-mêmes impossible de nous préserver des méfaits des doctrines de l’ignorance. Sous cet aspect également, la question est extrêmement préjudiciable.
La réflexion et les efforts visant à établir l’idéal islamique dans la société humaine ne sont ni moins importants que la foi dans la croyance islamique et le système de vie islamique, ni séparés de cette foi.
Même si les efforts et les démarches fondés sur des moyens oraux et écrits pour diffuser la doctrine islamique et démontrer la supériorité du système de vie islamique nous paraissent très excellents et agréables, nous devons nous rappeler que l’islam ne pourra jamais s’établir dans le monde comme une réalité concrète par la seule prédication et la célébration de ses mérites. Nous devons comprendre que seuls les membres du mouvement islamique peuvent tirer profit de la méthode susmentionnée, et cela uniquement dans la mesure des progrès accomplis par le mouvement. Je le répète donc : dès que nous avons foi en l’islam, nous devons commencer à œuvrer pour établir cet idéal, et le mouvement doit se manifester véritablement et parfaitement comme le reflet de l’islam.
Je tiens également à répéter que la méthode de conduite du mouvement islamique est elle aussi déterminée par la révélation divine, et que cette méthode est parfaite, durable et extrêmement efficace. Plus que toute autre méthode, elle est profondément liée à la nature humaine. C’est pourquoi, avant de s’engager dans le mouvement concret, de faire naître dans le cœur des êtres humains une conception vivante de celui-ci et de suivre cette méthode étape par étape, l’islam l’a présentée aux hommes comme une méthode définie et complète.
Si ce qui précède est vrai au sujet des fondements de la croyance islamique, alors cette même vérité s’applique également à la structure organisationnelle de la société islamique et à l’élaboration de ses lois détaillées. La jâhilîya solidement établie qui nous entoure a exercé une telle influence sur certains serviteurs désintéressés de l’islam qu’impatients de franchir trop rapidement les étapes du développement naturel de la révolution islamique, ils ont soulevé les questions suivantes : Quelles sont les prescriptions détaillées de l’idéal dont nous propageons le message ? Dans quelle mesure avons-nous mené des recherches pour les mettre en application ? Jusqu’à présent, combien de questions avons-nous réussi à organiser méthodiquement et combien d’articles avons-nous rédigés ? Ou bien a-t-on élaboré une jurisprudence (fiqh) adaptée à l’époque pour cet idéal ? À les entendre, on pourrait croire que toutes les tâches ont été accomplies, à l’exception de la recherche nécessaire à l’élaboration de la loi islamique et de la rédaction d’une jurisprudence détaillée (fiqh). On pourrait croire que tous les membres de la société sont déjà prêts à accepter la loi d’Allah et à vivre conformément à celle-ci, et qu’il ne manque plus qu’un groupe de mujtahids pour rédiger une jurisprudence adaptée à l’époque moderne. C’est une odieuse dérision de l’islam. Toute personne qui croit en l’islam doit se tenir en garde contre ce genre de comportement dérisoire.
En adoptant la démarche susmentionnée, la jâhilîya ne cherche qu’un prétexte pour empêcher l’application de la Charia divine et maintenir le système qui établit la domination de l’homme sur l’homme. Elle veut détourner du mouvement révolutionnaire la force de foi des militants du mouvement islamique et les amener à se contenter de croire uniquement à la supériorité de l’idéal. La jâhilîya veut écarter ceux qui se réclament de l’islam de la voie correcte pour réaliser l’idéal islamique. L’objectif des idéologies du faux est de tenir les croyants éloignés du mouvement et de la lutte par lesquels la croyance islamique mûrit, du combat et des affrontements à travers lesquels le système islamique se développe, ainsi que du mouvement dont les différentes étapes permettent d’édicter des lois islamiques adaptées au temps afin de résoudre les problèmes et les difficultés réels.
Il faut déjouer ces manœuvres des promoteurs de l’idéal islamique et réduire le faux en poussière ; dans une société qui n’est pas encore prête à rejeter les lois humaines et à accepter la loi d’Allah, il faut aussi refuser la tentative ridicule de moderniser la jurisprudence du système islamique. Ces propos ne sont tenus que dans le but de détourner les militants du mouvement islamique de leur objectif essentiel et de gaspiller leur temps et leurs efforts à bâtir des châteaux en Espagne. Ils doivent absolument faire échouer ces complots.
Ce dîn a prescrit, pour son propre établissement, une méthode d’action : le mouvement doit être mené exclusivement par cette méthode. Le secret de la force religieuse est caché au cœur de cette méthode, et la victoire et le succès de ceux qui établissent l’islam en sont la conséquence inévitable.
L’idéal de vie islamique et la méthode permettant l’établissement intégral de l’islam sont d’une importance égale, et il n’existe aucune différence entre eux. Aussi séduisante qu’elle puisse paraître en apparence, aucune autre voie ni méthode ne peut établir l’idéal islamique. Les autres méthodes peuvent établir des idéaux conçus par l’homme, mais elles sont totalement dépourvues de sens lorsqu’il s’agit de notre idéal. Ainsi, dans le cas de la révolution islamique, suivre sa propre méthode est aussi important que respecter les fondements de la croyance du dîn et son système de vie.
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« Ce Coran guide assurément vers le chemin le plus droit et le plus clair. » — Banî Isrâ’îl : 9
Troisième chapitre
Les caractéristiques de la société islamique et les moyens de la construire
Le message fondamental des prophètes
Le message avec lequel le vénérable Muhammad (que la paix soit sur lui) vint dans le monde était l’ultime étape de la succession des messages prêchés par les prophètes d’Allah depuis l’aube de la création. Tout au long de l’histoire de l’humanité, ce message est demeuré un et identique. Il consiste à reconnaître l’unique Seigneur et Maître, à se soumettre à Lui et à proclamer la fin de toute forme de domination de l’homme sur l’homme. L’histoire de l’humanité montre qu’à l’exception de quelques individus isolés, la société humaine dans son ensemble n’a jamais nié l’existence d’Allah Tout-Puissant ni Sa souveraineté sur l’univers. En revanche, les hommes ont nourri des conceptions erronées au sujet des attributs d’Allah ou ont imaginé de nombreux autres dieux comme Ses auxiliaires. Dans leurs croyances et leur culte, ou en reconnaissant la souveraineté d’une force autre qu’Allah, ils ont attribué à Allah des auxiliaires ou des associés. Ces deux voies constituent le shirk.* Car elles éloignent les hommes de la religion révélée aux prophètes — que la paix soit sur eux. Après la disparition de chaque prophète, ses disciples vivent quelque temps conformément aux prescriptions de la religion. Mais, au fil des longues périodes, ils s’engagent progressivement sur la voie de l’égarement. Ils finissent même par sombrer de nouveau dans la jahiliyyah et par commencer à mener une vie de shirk. Tantôt ils commettent le shirk dans la foi et la croyance ainsi que dans le culte, tantôt ils reconnaissent la souveraineté d’une force autre qu’Allah, et tantôt ils se rendent coupables des deux formes de shirk.
La dignité de l’être humain dans le monde créé
À toutes les étapes de l’histoire, la religion d’Allah présente le même message. Le but de cette religion est l’islam. L’islam consiste à rendre les hommes obéissants et soumis à Allah, à les libérer de la servitude envers les hommes et à les consacrer exclusivement au service d’Allah ; il consiste à délivrer la société humaine de la souveraineté de l’homme et des liens tentaculaires du système de vie et des valeurs élaborés par l’homme, afin d’instaurer la souveraineté, l’autorité et les lois d’Allah Tout-Puissant dans tous les domaines de la vie. Le vénérable Muhammad (que la paix soit sur lui) vint dans le monde avec cet objectif, et ses prédécesseurs parmi les prophètes avaient la même responsabilité. L’ensemble de la nature obéit aux lois et au gouvernement d’Allah Tout-Puissant, et l’être humain, en tant que partie infime de la nature, est contraint de se conformer aux lois naturelles. Afin d’assurer la concordance avec les lois auxquelles obéissent les organes du corps humain, il est indispensable que, dans la vie pratique également, l’homme se conforme aux lois et au gouvernement d’Allah, le Législateur. L’homme ne peut jamais rejeter le règne de ces lois pour inventer à son profit un système distinct ou une autre manière de vivre. La nutrition du corps humain, sa maladie et sa santé, sa vie et sa mort sont toutes totalement impuissantes face aux lois d’Allah. L’homme ne possède aucun pouvoir pour modifier les prescriptions d’Allah qui régissent l’univers. Par conséquent, même dans la partie de la vie où l’homme a reçu le droit d’obéir ou de désobéir aux prescriptions d’Allah Tout-Puissant, il est nécessaire d’accepter la souveraineté et l’autorité d’Allah afin d’établir une harmonie complète dans la vie.
Le moyen de se libérer des liens tentaculaires de la jahiliyyah
La jahiliyyah est en réalité un autre nom de la domination de l’homme sur l’homme. Elle est donc contraire aux lois en vigueur dans le monde naturel. En adoptant l’idéologie de la jahiliyyah, l’homme provoque, dans sa vie pratique, un conflit avec la partie de son existence à laquelle il est contraint de se conformer aux lois naturelles. Le dernier prophète, Muhammad (que la paix soit sur lui), ainsi que tous les prophètes qui l’ont précédé, ont porté un coup à cette jahiliyyah en prêchant le message de reconnaître la souveraineté de l’Allah unique et sans associé. La jahiliyyah n’est pas seulement une idéologie. Dans certains cas, on constate même qu’elle n’a aucune idéologie. Partout, la jahiliyyah prend la forme d’une société établie, et un mouvement actif la soutient toujours. Cette société instaure sa propre direction, ses conceptions, ses valeurs, ses usages, ses dispositions naturelles et sa manière de penser. La jahiliyyah est organisée. Les membres de cette société s’unissent par leurs relations mutuelles, leur coopération, leur organisation et leur discipline, de telle sorte que toute la société, consciemment ou inconsciemment, œuvre de manière solidaire à préserver ce système social ; elle écarte de la surface de la terre ceux qui sont considérés comme nuisibles à son existence. Lorsque la jahiliyyah, au lieu de rester une simple idéologie, prend la forme d’un mouvement actif, il ne sera jamais possible de la renverser et de ramener la société humaine sous la servitude d’Allah en présentant l’idéal islamique comme une simple idéologie. La jahiliyyah contrôle le monde matériel, et une organisation active demeure constamment en action pour la soutenir. Dans ces circonstances, il est impossible non seulement de la combattre efficacement à l’aide de la seule idéologie, mais même de se tenir face à elle. Il faut naturellement parvenir à la conclusion que l’objectif de l’islam est de renverser l’idéologie de la jahiliyyah établie et d’instaurer une idéologie possédant des caractéristiques et des usages totalement différents ; et puisque la jahiliyyah est établie sous la forme d’une société et d’une organisation bien structurées, l’entreprise visant à la renverser devra elle aussi entrer dans l’arène sous la forme d’un mouvement bien organisé. Ce nouveau mouvement devra être mieux organisé que la jahiliyyah, et les relations mutuelles entre ses militants devront être plus étroites et plus solides.
Le fondement idéologique de la société islamique
À chaque étape de l’histoire islamique, le fondement idéologique sur lequel l’islam a édifié sa propre société est la confession de la formule « Lā ilāha illā Allāh ». Cette formule signifie qu’Allah seul est le Seigneur, qu’Il est le Régulateur de l’univers, le véritable Souverain et le détenteur du pouvoir suprême. Les cœurs et les esprits doivent être illuminés par la lumière de Son unicité. L’unicité d’Allah doit être attestée dans l’adoration et la dévotion. Elle doit se manifester dans les usages, les règles et les lois de la vie pratique. En dehors de cette voie complète et globale, il n’est pas possible, dans la réalité, de témoigner de « Lā ilāha illā Allāh » d’une autre manière. Du point de vue de la charia également, seul un tel témoignage sera fiable.
Cette voie complète et globale transforme la profession de foi verbale en un système effectif, sur la base duquel celui qui professe cette foi peut être considéré comme musulman et celui qui la rejette comme non-musulman. Du point de vue idéologique, établir ce fondement signifie soumettre entièrement la vie humaine à l’obéissance à Allah. Dans aucun domaine de la vie l’être humain ne prendra de décision de son propre chef. Il se tournera plutôt vers Allah et Lui obéira. Il n’existe qu’un seul moyen de connaître les commandements d’Allah : c’est le Messager d’Allah. Dans la seconde partie de la profession de foi, cette voie est appelée le deuxième pilier de l’islam : « Ashhadu anna Muhammadan rasūlullāh » — j’atteste que Muhammad (ﷺ) est le Messager d’Allah.
Voilà le fondement idéologique sur lequel est édifié l’édifice islamique. Et c’est là l’essence véritable de l’islam. Ce fondement établit un code de vie complet pour l’existence humaine, qui doit être appliqué dans tous les domaines de la vie. Ce code de vie apporte une solution à chaque problème, que celui-ci surgisse dans le Dār al-Islām ou en dehors, qu’il concerne les relations liées à la société musulmane ou l’établissement de relations entre la société musulmane et la société non musulmane.
Les habitants musulmans d’une société jāhilī
D’après la description précédente, l’islam n’est pas une doctrine figée et dépourvue de sens que chacun pourrait adopter comme croyance et dont il achèverait la pratique en accomplissant simplement les rites, pour ensuite suivre, dans la réalité, la société jāhilī établie et active. Si telle était la situation de ceux qui embrassent l’islam, son établissement dans la réalité serait impossible, quel que soit leur nombre. En effet, ceux de ces prétendus musulmans qui deviennent des membres de la société jāhilī seront nécessairement contraints de satisfaire les exigences organisationnelles de cette société. Ils s’empresseront ensuite, consciemment ou inconsciemment, de répondre aux besoins fondamentaux indispensables à la vitalité et à l’existence de la vie sociale. De plus, ils se dresseront comme les gardiens de cette société et œuvreront à éliminer les moyens et les éléments qu’ils jugeront dangereux pour son existence et son fonctionnement. Car, lorsque toute la société s’acquittera de l’ensemble de ces devoirs, ils devront avancer avec elle et, en tant que partie inséparable de celle-ci, s’en acquitter eux aussi, consciemment ou inconsciemment.
La méthode du renouveau islamique dans un environnement jāhilī
Dès l’instant où la formule « Lā ilāha illā Allāh, Muhammad rasūlullāh » est prononcée par la bouche d’une personne, il faut décider d’adopter une démarche révolutionnaire. Sans cette démarche révolutionnaire, la société musulmane ne pourra prendre forme dans la réalité, quel que soit le nombre des croyants sincères et attachés à l’islam dans le monde. Tant qu’ils ne seront pas devenus actifs grâce à leur entraide, tant que les différentes catégories de personnes ne se seront pas organisées pour accroître leur force, à l’image des divers organes d’un corps humain vivant, et tant qu’elles n’auront pas entrepris un mouvement collectif, sous une direction totalement affranchie de l’influence de la société jāhilī, afin de se défendre contre les forces agresseuses, la société islamique ne pourra être établie. Pour établir cette société, la direction susmentionnée fera progresser le mouvement vers son objectif en unifiant les efforts et les initiatives, en coordonnant l’activité organisationnelle, en formant et en développant le caractère islamique, et en purifiant le mouvement de toute influence de la société caduque.
C’est ainsi que l’islam a été établi. À partir d’une croyance concise, l’islam a embrassé la vie tout entière. Dès que la foi en ce code de vie fut adoptée, un mouvement vigoureux et actif vit le jour. Ce mouvement ne s’est pas contenté de se séparer de la jāhiliyya ; il a en outre proclamé sa révolte contre l’ordre social caduque déjà établi. L’islam n’est pas venu dans le monde comme une doctrine imaginaire, dépourvue d’existence réelle. À l’avenir non plus, son existence ne pourra se manifester que par l’intermédiaire d’un système réel. Si l’on peut de nouveau allumer le flambeau de l’islam dans les ténèbres présentes dans chaque recoin de la société jāhilī, alors, pour toute époque et tout pays, il n’y aura pas d’autre voie que de comprendre d’abord nécessairement la nature et l’esprit de l’islam. Cela signifie que son épanouissement et son développement sont absolument impossibles sans un mouvement et une structure organique.
Le développement de l’humanité
Lorsque, suivant la méthode décrite plus haut, l’islam fonde une communauté musulmane sur le tawhid, puis que cette communauté se met en action et que la croyance en l’unicité divine devient l’unique lien déterminant les relations réciproques, son objectif principal consiste à éveiller et à développer l’humanité de l’homme, à la rendre ferme et puissante, et à la rendre capable de prendre le dessus sur les autres instincts humains. L’islam cherche à concrétiser cet objectif. Sous certains rapports, l’homme ressemble à l’animal, voire à la matière inerte. C’est pourquoi les savants de la jahiliya sont tombés dans l’erreur qui consiste à considérer l’homme comme un animal ou, dans certains cas, comme une matière inerte. En réalité, bien que l’homme présente de nombreuses ressemblances avec les animaux et la matière inerte, il possède certaines caractéristiques qui font de lui la meilleure des créatures. Les porteurs et propagateurs de la science ignorante ont eux aussi été contraints, à contrecœur, de reconnaître cette vérité. Toutefois, leur reconnaissance n’est ni sincère ni explicite. *
Les bienfaits du mode de vie islamique sont tout à fait concrets et incomparables. En brisant les liens fragiles de la race, de la langue, du pays, des intérêts matériels, des frontières géographiques, etc., l’islam a fait de la seule foi le fondement de la société et des relations réciproques. Au lieu de développer les traits communs à l’homme et à l’animal, cette société ne cultive que les qualités humaines et leur accorde la prééminence dans la société humaine. Le monde entier est témoin des fruits de cette œuvre grandiose. La société islamique devient une société ouverte et généreuse. Ses portes sont ouvertes pour toujours aux personnes de toutes races, de toutes langues et de toutes régions. Dans cet océan de la société islamique, les rivières de talents et de qualités diverses se mêlent et se confondent. Grâce à cette vaste union, une réalité qui devait émerveiller le monde éblouit les regards de tous en très peu de temps. Malgré la faiblesse des moyens de communication et de transport à cette époque, les plus grands talents de la société humaine, dans la pensée et les sciences, furent intégrés à cette réalité.
Dans l’immense océan de la société islamique se rassemblèrent les peuples et les tribus de tous les pays : Arabes, Persans, Syriens, Égyptiens, Marocains, Turcs, Chinois, Indiens, Romains, Grecs, Indonésiens, Africains, et bien d’autres. Leurs caractéristiques diverses furent réunies en un seul lien, et ils participèrent, par leur coopération et leurs échanges mutuels, à l’édification de l’umma islamique et de la civilisation islamique. Cette civilisation glorieuse ne fut jamais, ne serait-ce qu’un seul jour, une civilisation arabe ; elle fut au contraire une civilisation islamique authentique. La civilisation islamique n’a jamais créé une nation ; elle a plutôt constitué une umma sur la base de la foi.
Les locuteurs de toutes les langues de chaque pays participèrent à part égale à l’édification de cette civilisation. Unis par les liens de l’amour et de la morale, ils établirent entre eux des relations profondes. Ils étaient tous des voyageurs engagés sur la même voie. C’est pourquoi ils employèrent toutes leurs compétences à bâtir la société souhaitée. En mettant pleinement à contribution leurs particularités tribales ainsi que leurs qualités personnelles et nationales, ils enrichirent cette société. Car, en tant que membres de la société islamique, ils en étaient tous également responsables. Le fondement de leurs relations était un amour profond pour Allah. Ainsi, dans cette société, la personnalité de chacun pouvait se développer sans entrave. Les caractéristiques qui se manifestèrent chez les hommes de cette époque n’ont aucun équivalent dans l’histoire de l’humanité.
Dans l’histoire ancienne, la société romaine était connue comme la meilleure des sociétés. Là aussi, des personnes de tribus, de langues, de races et de tempéraments différents s’étaient réunies. Mais leur unité ne s’était pas organisée sur la base de relations humaines. Aucun idéal supérieur n’avait créé entre elles un lien d’unité. C’était plutôt la division en classes qui constituait le fondement de leur unité. Dans tout l’empire, il y avait, d’un côté, la classe des nobles et, de l’autre, un nombre immense d’esclaves. Ces deux classes maintenaient l’empire divisé en deux catégories. En outre, les particularités tribales y exerçaient également une influence prépondérante. Les membres de la tribu romaine occupaient partout les positions dirigeantes, tandis que tous les membres des autres tribus étaient leurs esclaves. C’est pourquoi cette société ne put jamais atteindre un degré de dignité aussi élevé que la société islamique, et elle ne fut jamais capable d’accorder à l’humanité les bienfaits que la société islamique lui a apportés.
À l’époque moderne également, diverses sociétés ont vu le jour. On peut citer, à titre d’exemple, l’Empire britannique. Celui-ci est l’héritier de l’Empire romain. L’avidité des intérêts nationaux constitue le fondement de cet empire, dont la nation britannique est le chef. Son objectif est d’exploiter toutes les colonies de l’empire. Il en va de même pour les autres empires européens. Les anciens empires espagnol et portugais, ainsi que la France actuelle, ont suivi la même voie en matière d’exploitation et d’oppression.
Le communisme entre en scène en prétendant édifier une nouvelle société en abattant les barrières de la race, de la tribu, de la langue et de la nationalité géographique. Mais cette société aussi, écartant les relations humaines, adopte la division en classes comme fondement de la société. Sous cet angle, la société communiste est l’autre face de l’ancienne société romaine. Dans la société romaine, les nobles prédominaient ; dans la société communiste, ce sont les prolétaires qui prédominent. Entretenir la haine et l’hostilité envers l’autre classe constitue la devise fondamentale de cette société. Une société aussi égoïste et vindicative ne peut rien faire d’autre qu’éveiller les instincts animaux de l’homme. Son programme consiste à exciter ces instincts animaux et à les rendre plus puissants encore. Selon le communisme, les besoins fondamentaux de l’homme sont les mêmes que ceux de l’animal : la nourriture, le logement et la satisfaction de l’appétit sexuel. Ainsi, à ses yeux, toute l’histoire de l’humanité n’est rien d’autre que l’histoire de la recherche de nourriture.
L’islam est l’unique loi de vie d’Allah qui, en éveillant et en développant les nobles qualités et les délicates dispositions de l’être humain, prépare le terrain à l’établissement d’une société humaine de haut niveau. Jusqu’à aujourd’hui, cette caractéristique de l’islam demeure unique et sans précédent. Ceux qui abandonnent ce système et s’efforcent de construire la société sur la base du nationalisme, du patriotisme, de la race, de la tribu, de la langue ou de la classe sont en réalité les ennemis de l’humanité. Ils ne sont pas disposés à parer l’être humain des qualités que Dieu lui a accordées. Ils ne souhaitent pas non plus que la société humaine tire profit de l’ensemble des qualités et des aptitudes de toutes les lignées et de toutes les tribus, qu’elle édifie une société harmonieuse et unie, et qu’elle y vive dans le bonheur et le bien-être. C’est au sujet de ces gens qu’Allah Très-Haut a dit :
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« Ô Prophète, vous annoncerai-je quels sont ceux qui sont totalement perdants dans leurs œuvres ? Ce sont ceux qui, dans la vie de ce monde, suivent une voie erronée tout en pensant suivre la bonne voie. Ils ont refusé d’accepter les versets de leur Seigneur et ont rejeté la croyance au retour devant Lui. Ainsi, toutes leurs œuvres sont devenues vaines et, le Jour de la Résurrection, ils n’auront aucune valeur. En rétribution de leur mécréance et des railleries qu’ils faisaient de Mes versets et de Mes messagers, ils subiront le châtiment de l’Enfer. » — Al-Kahf : 103-106
Quatrième chapitre
Le djihad sur le chemin d’Allah
Les différents degrés du djihad
L’imam Ibn Qayyim a consacré, dans son célèbre ouvrage Zad al-Ma‘ad, un chapitre intitulé « La conduite du Messager d’Allah (s.a.s.) envers les mécréants et les hypocrites, depuis le début de la prophétie jusqu’au dernier moment de sa vie ». Dans ce chapitre, le savant auteur a écrit au sujet de la nature du djihad : la toute première révélation descendue sur le Messager d’Allah (s.a.s.) fut :
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(Lis, au nom de ton Seigneur, le Créateur… etc.).
Ce fut le commencement de la prophétie. Allah Très-Haut ordonna Lui-même à Son Prophète de réciter les versets susmentionnés pour lui-même. Mais il ne lui avait pas encore été ordonné de transmettre la révélation aux autres. Puis Allah Très-Haut dit :
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(Ô toi qui es enveloppé ! Lève-toi et avertis les gens.)
Ainsi, par l’ordre « Iqra » fut confiée la responsabilité de la prophétie, et par l’interpellation « Ô toi qui es enveloppé » celle de la mission apostolique. Puis il lui fut demandé d’avertir ses proches. Le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) transmit donc d’abord la parole d’Allah à ses proches. Ensuite, il adressa son avertissement à ses voisins, puis à l’ensemble des Arabes, et enfin à l’humanité entière. Durant près de treize années, il s’efforça ainsi, par la transmission du message, d’inculquer la crainte d’Allah dans le cœur des hommes. Pendant cette période, il ne combattit personne et n’exigea de personne la jizya. Au contraire, il lui fut ordonné de rester les bras croisés, de faire preuve de patience et d’adopter la voie de la tolérance. Puis il reçut l’ordre d’émigrer. Après l’Hégire, l’autorisation de la lutte armée fut accordée. Ensuite, l’ordre fut révélé de mener le jihad contre ceux qui prendraient les armes contre le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), sans intervenir contre ceux qui adopteraient la neutralité. Plus tard, il fut ordonné de combattre les polythéistes jusqu’à la pleine mise en œuvre de la religion d’Allah. À cette époque, les mécréants furent répartis en trois catégories : la première comprenait les groupes liés par un pacte, la deuxième les groupes en guerre, et la troisième les protégés, les dhimmis.
Quant à ceux avec lesquels le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait auparavant conclu un traité de paix, il fut demandé aux musulmans de respecter également le traité tant que ces gens en observaient les clauses. Si l’on soupçonnait une partie de violer le traité, le Prophète d’Allah recevait l’ordre de l’annuler par une proclamation publique ; et il lui était interdit de prendre les armes contre eux tant que l’autre partie n’avait pas été informée de la déclaration de rupture du pacte. Parallèlement, l’ordre fut révélé de combattre ceux qui violaient les traités.
Dans la sourate At-Tawbah, ces trois catégories de directives furent données. Il y était clairement dit que la guerre contre ceux, parmi les gens du Livre, qui manifestaient leur hostilité envers Allah et Son Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se poursuivrait jusqu’à ce qu’ils paient la jizya ou adoptent le mode de vie islamique. Dans cette même sourate, l’ordre fut donné de mener un jihad rigoureux contre les mécréants et les hypocrites. Le noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), conformément à l’ordre d’Allah, prit les armes contre les mécréants et lutta contre les hypocrites en leur présentant des arguments et en dialoguant avec eux. Dans cette même sourate, il fut ordonné de déclarer annulés tous les traités antérieurement conclus avec les mécréants, et les traités furent répartis en trois catégories. Il fut ordonné de combattre la première catégorie : ses membres avaient eux-mêmes violé le pacte. Le noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) les combattit et remporta la victoire. Avec les membres de la deuxième catégorie, il conclut un traité de paix pour une durée déterminée. Ils n’avaient pas violé le pacte et n’avaient apporté aucune aide, sous quelque forme que ce soit, à un ennemi de l’islam. Allah Très-Haut ordonna de maintenir les traités conclus avec eux jusqu’à leur terme fixé. Aucun traité ne fut conclu avec les membres de la troisième catégorie, mais ils n’avaient jamais manifesté d’hostilité envers le Messager d’Allah. Furent également inclus dans cette catégorie ceux avec lesquels un traité de paix à durée indéterminée avait été conclu. Il fut ordonné d’accorder à ces gens un délai de quatre mois, puis de les combattre à l’expiration de ce délai.
Le Prophète d’Allah fit donc tuer ceux qui avaient violé les traités et accorda un délai de quatre mois à ceux qui n’avaient pas rompu leur pacte ou avec lesquels un traité à durée indéterminée avait été conclu. Quant à ceux qui respectaient leurs engagements, il les traita conformément au traité jusqu’à l’expiration de la durée fixée. Ainsi, tous les gens embrassèrent l’islam et, dans le délai imparti, abandonnèrent la mécréance. Les habitants non musulmans se soumirent à l’État en payant la jizya. Après la révélation de la sourate At-Tawbah, les mécréants se trouvèrent donc répartis en trois catégories : la première était celle des ennemis en guerre contre l’islam, la deuxième celle des groupes liés par un pacte, et la troisième celle des dhimmis. Le camp adverse avait constamment peur du Prophète d’Allah. Désormais, l’ensemble des habitants de la terre se répartit en trois catégories : premièrement, les musulmans qui croient au Prophète ; deuxièmement, les dhimmis bénéficiant de la protection ; et troisièmement, les mécréants en guerre. Allah Très-Haut ordonna à Son bien-aimé Prophète d’accepter l’obéissance extérieure des hypocrites, de laisser leur duplicité intérieure entre les mains d’Allah et de poursuivre ses efforts pour les réformer par l’argumentation et le dialogue.
Allah interdit à Son Prophète d’accomplir la prière funéraire des hypocrites, de se tenir près de leurs tombes pour invoquer Allah ou d’intercéder auprès d’Allah afin que leurs péchés leur soient pardonnés. Au contraire, Allah déclare que, même si le Prophète intercédait pour le pardon des hypocrites, ils ne l’obtiendraient pas. Telle était la ligne de conduite adoptée par le Prophète d’Allah à l’égard des ennemis mécréants et hypocrites.
La discussion susmentionnée expose, de manière extrêmement concise, tous les degrés du djihad islamique de la meilleure façon. Elle laisse entrevoir les caractéristiques du mouvement religieux et l’ampleur de ses résultats. Cette question mérite d’être examinée avec une profonde attention. Nous ne faisons ici qu’indiquer quelques points.
Première caractéristique du djihad :La première beauté caractéristique de la vraie religion est qu’elle constitue un système de vie tourné vers la réalité. Le mouvement de cette religion attire les hommes vers elle dans toutes les circonstances environnantes et utilise, pour son action, les moyens et les ressources adaptés à ces circonstances. Dès le début du mouvement islamique, le conflit avec la société du faux commence. Les idées, les croyances et les convictions de la société établie restent sous l’influence de la jâhiliya. La structure de cet ordre social est édifiée sur les fondements de la jâhiliya. Soutenue par les pouvoirs économiques et politiques, la jâhiliya est solidement établie dans la société ; il est donc indispensable de disposer de moyens et de ressources équivalents. C’est pourquoi l’islam corrige les idées, les croyances et les convictions par la prédication et la proclamation. Il mène le djihad en employant les forces terrestres afin de transformer l’ordre social établi. En effet, cette société dirigée par la jâhiliya fait obstacle à la purification des croyances et de la pensée. Elle contraint les hommes à rester soumis à la société jahilite en recourant aux moyens matériels et à des programmes trompeurs. Ainsi, la société ne trouve d’autre possibilité que de vivre en s’inclinant devant les hommes au lieu du Tout-Puissant Allah. C’est pourquoi le mouvement islamique ne peut considérer la seule da‘wa et le tabligh comme suffisants pour déraciner la jâhiliya soutenue par les forces terrestres. Toutefois, modifier par la contrainte les croyances et les convictions des hommes n’est pas un principe de l’idéal islamique. Dans la conduite du mouvement de cette religion, les deux méthodes susmentionnées sont également importantes et les deux voies sont également recevables. Car l’objectif du mouvement est de libérer les hommes de la servitude envers les hommes et de les engager dans la servitude envers Allah, l’Unique et le Seul.
Deuxième caractéristique du djihad :La deuxième caractéristique de l’islam est qu’il constitue un mouvement tourné vers la réalité. Ce mouvement progresse étape par étape ; à chaque étape, il rassemble les moyens correspondant à ses besoins et prépare le terrain pour l’étape suivante. Cette religion ne propose aucune méthode irréaliste consistant à combattre les problèmes réels par les seuls principes excellents, et ce mouvement idéal ne dépend pas non plus de procédés rigides et immuables pour résoudre les problèmes apparus à ses différentes étapes. Ceux qui traitent du djihad islamique et citent des versets coraniques pour le soutenir ne prêtent pas attention à cette question. Ils ne parviennent même pas à comprendre les étapes que le mouvement islamique doit franchir pour progresser. Il leur est donc tout naturel de ne pas comprendre non plus à quelle étape du mouvement tel verset coranique a été révélé et avec quelle signification. C’est pourquoi, partant d’une conception vague, ils se mettent à traiter du djihad, mélangent les différentes étapes du mouvement, déforment ainsi la véritable nature du djihad et tirent des versets révélés à différentes périodes certains principes généraux. Pourtant, ces versets n’offrent aucun fondement permettant d’y découvrir des principes conformes à leurs propres désirs. Ils considèrent chaque verset du Coran comme la limite ultime de la religion. Ceux qui pensent de cette manière, nés aujourd’hui dans une société musulmane réduite aux apparences, adoptent ce rôle sous l’effet d’un état d’esprit vaincu, conséquence de la pression exercée par des conditions environnantes désespérantes.
C’est sous l’emprise d’un état d’esprit vaincu qu’ils disent : « L’islam n’autorise que la guerre défensive. » Il est profondément regrettable qu’ils croient avoir ainsi contribué au plus grand bien de la religion par cette interprétation du djihad. En réalité, en déformant le sens du djihad, ils abandonnent précisément la caractéristique de la religion. Le but de cette interprétation est de détourner la religion de son objectif fondamental. Une fois cette interprétation adoptée, l’islam perd son objectif de libérer les hommes du pouvoir des forces taghouties et de les consacrer à la servitude envers Allah, qui n’a aucun associé. Certes, l’islam n’ordonne pas de modifier par la contrainte les croyances et les convictions. Au contraire, il donne à l’homme la possibilité de choisir librement sa voie de vie. Il renverse également le pouvoir politique établi afin de libérer la population de l’oppression de ce pouvoir. Puis il lui offre la possibilité de vivre comme une résidente loyale de l’État islamique en acquittant l’impôt de jizya. Ainsi sont éliminées toutes les forces qui empêchent par la contrainte l’adoption libre de la doctrine islamique, et la population obtient la possibilité de décider librement d’accepter ou non l’islam.
Troisième caractéristique du djihad :La troisième caractéristique de cette religion est que le mouvement religieux, qui progresse à travers une lutte acharnée, ne dévie en aucune circonstance, fût-ce de l’épaisseur d’un cheveu, de son objectif fondamental. Dès le premier jour du mouvement, chaque fois que le Prophète d’Allah (que la paix soit sur lui) s’est adressé et a appelé ses proches, la tribu des Quraych ou l’ensemble des habitants du monde, à quelque étape que ce soit, il les a appelés vers cet objectif fondamental. En toutes circonstances, il a propagé le même message. Autrement dit, il appelait tous les hommes à reconnaître la servitude envers Allah l’Unique et à proclamer la révolte contre les autres prétendants mensongers à la souveraineté. Il n’y a dans ce domaine pas la moindre place pour un compromis ou une quelconque souplesse. Pour atteindre cet objectif, le mouvement progresse conformément à un plan et avance en franchissant différentes étapes. À chaque étape apparaît la nécessité d’employer les moyens et les ressources requis. Nous l’avons déjà signalé plus haut.
Quatrième caractéristique du djihad :La quatrième caractéristique est que l’islam a établi des règles permanentes concernant les relations de la communauté musulmane avec les autres non-musulmans.
Cela a déjà été établi à partir de la citation de l’ouvrage Zad al-Ma‘ad donnée plus haut. L’essentiel de cette règle est que l’islam (le fait d’accepter la servitude et l’obéissance à Allah) est une vérité universelle et absolue, et que l’adopter est nécessaire et obligatoire pour l’ensemble de l’humanité. Ceux qui sont incapables ou refusent d’embrasser l’islam doivent adopter à son égard une attitude de conciliation et ne pas créer d’obstacles, au moyen d’une force politique ou de quelque autre force, à la diffusion de son message et à son expansion. Chaque être humain doit disposer d’un environnement favorable, exempt de pression, pour décider d’accepter ou non l’islam. Si quelqu’un souhaite embrasser l’islam, les milieux hostiles à l’islam ne doivent exercer aucune contrainte contre cette personne ni lui opposer quelque
obstacle que ce soit. Si quelqu’un lui fait obstacle, il est du devoir de l’islam de le combattre, et ce combat se poursuivra sans interruption jusqu’à la mort de celui qui fait obstacle ou jusqu’à ce qu’il se soumette.
Lorsque des auteurs faibles et défaitistes, en traitant du jihad islamique, s’efforcent, selon leur propre point de vue, d’ôter au corps de l’islam la « tache » du jihad, ils confondent inutilement deux questions. La première consiste à ne contraindre personne à embrasser l’islam par la force. Dans le Saint Coran, Allah Très-Haut lui-même l’a clairement prescrit en déclarant : ———————- (Il n’y a pas de contrainte en religion). La seconde est que l’islam ordonne d’extirper les forces politiques et terrestres qui s’interposent comme un mur entre les hommes et Allah, empêchent les hommes d’accepter la servitude envers Allah et les réduisent en esclavage. Ces deux principes fondamentaux sont entièrement distincts. Il n’existe entre eux aucun amalgame, et ils ne se contredisent nullement. Mais, en raison d’une pensée vaincue et défaitiste, les esprits faibles cherchent à les confondre et à qualifier le jihad islamique de guerre défensive. Or le jihad islamique est un combat d’une nature tout à fait différente. Il ne présente aucune similitude avec les guerres et les conflits courants à l’époque moderne. Ni dans les conditions de la guerre ni dans ses aspects extérieurs et naturels ne se trouvent les fondements du jihad islamique : ceux-ci résident dans la nature de la législation islamique, dans son rôle dans le monde, dans les nobles objectifs qu’Allah Très-Haut a fixés à cette religion, ainsi que dans le but pour lequel Il a confié à Rasulullah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — la mission de la prophétie et lui a accordé la primauté parmi tous les Messagers.
Une proclamation révolutionnaire universelle
La religion de vérité est une proclamation révolutionnaire universelle. L’essentiel de cette proclamation est de libérer l’homme de la servitude envers l’homme, et même de la servitude envers ses propres passions. La conséquence inévitable de la proclamation de la souveraineté exclusive d’Allah est que tous les hommes ont une part égale à Sa miséricorde. Ainsi, quelle que soit la forme ou la manière sous laquelle la domination et la souveraineté de l’homme sur l’homme sont établies, l’islam consiste à proclamer une révolte totale contre elles. Le pouvoir de gouverner les hommes appartient en réalité à Allah. Autrement dit, dans un ordre social où le pouvoir de trancher définitivement en toutes choses est entre les mains des hommes, où l’homme détient le pouvoir d’édicter en dernier ressort des commandements et des interdictions pour les autres hommes, certains individus revendiquent illégalement le pouvoir d’Allah. Ceux qui reconnaissent leur autorité adoptent, dans la terminologie coranique, —————— (d’autres seigneurs en dehors d’Allah). Proclamer donc la souveraineté et l’autorité exclusives d’Allah signifie arracher le pouvoir des mains de ceux qui l’exercent illégalement au nom d’Allah et le remettre de nouveau entre les mains d’Allah, ainsi qu’abolir ceux qui rédigent des lois et des règles de leur propre invention pour établir leur domination et leur autorité sur les hommes. Car ils s’étaient installés sur le trône de Dieu et avaient transformé la société humaine en leur esclave. En somme, proclamer la seigneurie et la souveraineté d’Allah signifie mettre fin à tout droit et tout pouvoir de gouvernement de l’homme sur l’homme, et établir l’autorité du Seigneur, Créateur et Nourricier de l’univers entier.
Allah Très-Haut a dit dans le Saint Coran :
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« Il est la divinité dans le ciel et la divinité sur la terre. » — Az-Zukhruf, 84
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« Le droit de commander et de gouverner n’appartient qu’à Lui. Son ordre est que nul autre que Lui ne soit adoré. Voilà le solide système de vie. » — Yûsuf : 40
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« (Ô Prophète,) dis : “Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : nous n’adorerons que Dieu, nous ne Lui associerons rien et nous ne prendrons aucun autre pouvoir pour seigneur en dehors de Dieu.” Puis, s’ils se détournent, dites : “Soyez témoins que nous sommes soumis à Dieu.” » — Âl ‘Imrân : 64
Les moyens d’établir le gouvernement d’Allah
Établir la souveraineté d’Allah ne signifie pas instaurer, à l’image du système de gouvernement de l’Église, le règne de quelques personnes « saintes » autoproclamées, ni, à l’image du cléricalisme, un régime arbitraire d’une poignée de gens prétendant représenter Allah. Établir le gouvernement d’Allah signifie que la prééminence de la loi d’Allah sera reconnue et que, pour le règlement définitif de toutes les affaires, les prescriptions données par Allah devront être considérées comme décisives. Il faut garder à l’esprit que l’établissement de la souveraineté d’Allah, l’abolition de la royauté des hommes, le retrait du pouvoir des mains des oppresseurs pour le remettre à Allah, ainsi que l’abrogation des lois humaines et l’instauration de la loi révélée par Allah, ne peuvent être accomplis par la seule prédication et la seule propagation. Ceux qui ont établi une autorité de type divin sur les hommes n’abandonneront pas le pouvoir, bouleversés par la seule prédication et la seule propagation. S’il en était ainsi, la tâche des prophètes d’Allah pour établir la religion d’Allah aurait été très facile. Mais les récits des prophètes et l’histoire de la religion de la vérité au cours de nombreux siècles montrent qu’aucun prophète n’a trouvé facile la tâche d’établir la religion.
Proclamer qu’Allah est le seul détenteur de la souveraineté, Lui qui est le Maître de l’univers, et déclarer en même temps la rébellion contre les autres prétendants à la seigneurie en dehors d’Allah, ce n’est pas simplement énoncer une doctrine, une théorie philosophique ou une phrase négative. Au contraire, une telle proclamation vise à instaurer sur les hommes le gouvernement de la Loi divine et, par la force, à les libérer de l’esclavage des hommes pour les faire entrer dans le cadre de la servitude envers Allah, l’Unique sans associé. Il est facile de comprendre que, pour une transformation révolutionnaire d’une telle ampleur, il est extrêmement nécessaire de commencer le mouvement parallèlement à l’appel et à la prédication, puis d’affronter, à chaque étape du mouvement en progression, les forces du faux qui lui font obstacle.
L’islam proclame la libération de l’être humain de la soumission à toutes les forces autres qu’Allah. C’est pourquoi, à chaque étape de l’histoire humaine, les croyances et doctrines erronées, la force brutale, ainsi que les systèmes politiques, sociaux, économiques et tribaux se dressent en travers de sa voie. Il en a été ainsi dans le passé, il en est ainsi aujourd’hui et cette règle ne pourra faire exception à l’avenir. En outre, lorsque la foi mêlée de croyances erronées et de superstitions s’enracine dans le cœur des hommes, les obstacles susmentionnés s’en trouvent encore renforcés.
La tabligh et la prédication purifient la pensée et les croyances des hommes, tandis que le mouvement élimine les obstacles terrestres. Au sommet de ces obstacles terrestres se trouve le pouvoir politique. Celui-ci est étroitement lié aux croyances, aux divisions de lignée et de classe, ainsi qu’aux coutumes collectives et économiques. Ainsi, la tabligh et le mouvement agissent conjointement sur le système social établi de toutes parts et contribuent à l’instauration d’un nouveau mode de vie. Pour que la société humaine vivant sur cette terre puisse mener une vie véritablement libre, elle doit adopter ces deux moyens : c’est là une question extrêmement importante.
La portée de la servitude
L’islam n’est pas venu apporter un message de libération aux seuls Arabes. La vocation de cette religion s’étend à l’ensemble de l’humanité, et son champ d’action couvre le monde entier. Allah n’est pas seulement le Seigneur des Arabes ou des croyants en l’islam ; Il est au contraire le Seigneur et le Protecteur de l’univers tout entier. Il veut libérer le monde de toutes les formes de servitude humaine et le ramener sous la protection profonde de Sa sauvegarde. Du point de vue de l’islam, s’imposer à soi-même des lois et des règlements conçus par les hommes constitue en réalité une forme de servitude ou d’adoration. L’islam proclame donc que l’adoration ou la servitude est exclusivement due à Allah. Celui qui reconnaît l’adoration ou la servitude envers un autre qu’Allah — quand bien même se considérerait-il comme très pieux — se trouve en réalité en dehors des limites de la religion. Le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) a déclaré en termes clairs que l’obéissance aux lois en vigueur et aux systèmes de gouvernement n’est autre qu’une forme d’adoration. Lorsque les juifs et les chrétiens se sont éloignés de cette conception de l’adoration, ils ont dès lors été considérés comme polythéistes.
L’imam at-Tirmidhî rapporte, d’après ʿAdî ibn Hâtim (qu’Allah l’agrée), qu’après avoir appris le message du Messager (paix et salut sur lui), celui-ci s’enfuit en Syrie. En effet, il avait embrassé le christianisme à l’époque de la Jâhiliyya. Cependant, sa sœur et plusieurs autres membres de sa tribu furent capturés. Le Prophète traita sa sœur avec bonté, la libéra sans rançon et lui permit de se rendre auprès des siens avec quelques présents. Cette femme rencontra son frère, l’encouragea à embrasser l’islam et lui conseilla de rencontrer le Prophète d’Allah. ʿAdî accepta cette proposition, et les habitants de Médine attendirent son retour. Lorsqu’il vint rencontrer le Prophète, une croix d’argent était suspendue à son cou. Le Prophète récitait alors le verset suivant :
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« Ils ont pris leurs maîtres spirituels, leurs prêtres et leurs chefs religieux pour seigneurs au lieu d’Allah. » — At-Tawba : 31
ʿAdî dit : « Je déclarai au Prophète (paix et salut sur lui) qu’ils n’adoraient pas leurs chefs religieux. » Le Prophète répondit : « Ils ont considéré comme licite ce que leurs chefs religieux avaient déclaré licite. De même, ils ont considéré comme illicite ce que leurs chefs religieux avaient déclaré illicite. C’est ainsi qu’ils adorent leurs chefs religieux. »
Ce que le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) déclara en expliquant le verset coranique précité constitue une formulation claire et impérative de la charia. En d’autres termes, accepter les lois de quiconque autre qu’Allah est une forme d’adoration. Celui qui se livre à une telle adoration sort de l’islam. Ce hadith nous apprend également que, lorsque certaines personnes prennent un ou plusieurs autres êtres humains pour des « seigneurs au lieu de Dieu », cela est également considéré comme une adoration. C’est précisément pour abolir cette servitude et cette obéissance illégitimes que la religion de vérité a été révélée. Et cette religion a proclamé en termes dépourvus d’ambiguïté que les hommes vivant sur la terre d’Allah doivent mener une vie libre de la servitude envers tout autre qu’Allah.
Si, dans la vie pratique des hommes, une situation contraire à la proclamation susmentionnée se manifeste, alors la prédication et le mouvement islamique sont contraints d’entrer dans le champ d’action, les deux armes en main.
Frapper les forces politiques qui aspirent à établir une domination injuste sur les hommes et instaurent un pouvoir totalement indifférent à la charia d’Allah sera l’objectif du mouvement islamique. En effet, du fait des obstacles créés par ces forces politiques, ceux qui souhaitent vivre conformément au message de l’islam sont privés de la liberté d’exprimer leurs opinions. C’est pourquoi l’islam, par la prédication et le mouvement, élimine les forces aspirant à la domination. Que cette force soit politique ou qu’elle arbore l’étendard des discriminations de lignée, de tribu et de classe, l’homme ne peut acquérir sa véritable liberté sans son élimination. Après avoir déraciné cette force illégitime, l’islam protège donc la véritable liberté de la société humaine en instituant un nouvel ordre social, économique et politique, et ouvre la voie au progrès constant d’un mode de vie libre.
La liberté de l’homme selon l’islam
L’objectif de l’islam n’est pas d’imposer par la force des croyances dans l’esprit et la conscience des hommes. Mais il ne faut pas non plus oublier que l’islam ne se réduit pas à une simple croyance d’un type particulier. Nous avons déjà expliqué que l’islam est la proclamation révolutionnaire visant à libérer l’homme de la servitude envers l’homme. Dès le début de la prédication du message de l’islam, il a été clairement proclamé que l’islam entend déraciner tous les gouvernements et toutes les institutions qui établissent leur domination sur les hommes. Après avoir délivré la société humaine de la servitude politique, l’islam s’efforce de purifier l’esprit et la conscience des hommes de l’influence corruptrice des forces illégitimes. Une fois cette tâche accomplie, il accorde à leur raison et à leur conscience libérées la pleine liberté d’accepter ou non l’islam. Mais cette liberté ne signifie pas non plus que l’homme puisse choisir de se soumettre lui-même à l’esclavage de ses penchants égoïstes ou d’un autre homme, ni décider de maintenir un système établissant la domination de l’homme sur l’homme.
Partout où et chaque fois qu’un système de gouvernement sera établi dans le monde, il devra être fondé sur la reconnaissance de la servitude envers Allah le Très-Haut. Et la souveraineté d’Allah le Très-Haut devra être reconnue comme la source de la loi régissant la vie. C’est seulement sous l’autorité de ce système de gouvernement fondé sur cet idéal que la liberté des croyances personnelles de chacun sera garantie. C’est l’unique voie pour réserver la religion, la servitude et l’obéissance à Allah seul. Le mot dîn a un sens bien plus vaste que celui de croyance. Soumettre tous les aspects et toutes les dimensions de la vie humaine à un système particulier, voilà ce que signifie le dîn, et le dîn islamique est établi sur le fondement de la foi, ou îmân. Mais le domaine du dîn est encore plus étendu que celui de la croyance. Ainsi, après avoir manifesté son obéissance au système de gouvernement islamique, une personne peut vivre dans cette société sans adopter, dans sa vie personnelle, les croyances islamiques.
Le djihad n’est pas une simple autodéfense
D’après ce que nous avons compris plus haut de l’objectif du dîn, il apparaît clairement que le djihad islamique doit nécessairement être engagé sous ses deux formes : le jihâd bi-s-sayf (djihad par les armes) et le jihâd bi-l-qawl (djihad par la prédication). L’établissement du dîn est impossible sans ces deux formes de djihad. Nous avons également compris que le djihad islamique n’est pas exactement ce que désigne, dans la terminologie limitée de l’époque actuelle, la guerre défensive. Sous la pression des circonstances et incapables de répondre convenablement aux attaques habiles des écrivains occidentaux, certains esprits faibles ont tenté d’enfermer le djihad islamique dans ce cadre étroit. L’islam est une révolution vivante. Son objectif est de faire goûter à l’homme la véritable liberté. À cette fin, l’islam mène une campagne de réforme dans chaque aspect et chaque domaine de la vie pratique des hommes et avance progressivement en mobilisant tous les moyens disponibles dans la société. À chaque étape, il utilise les moyens nécessaires et entreprend les démarches permettant d’atteindre l’étape suivante.
Si l’on emploie le terme de djihad islamique au sens de guerre défensive, il faut alors modifier le sens courant de l’autodéfense et entendre par djihad la défense de l’humanité contre l’oppression des forces qui lui ravissent sa liberté. Ces forces tyranniques cherchent à priver la société humaine de sa liberté en prenant la forme de croyances erronées et de discriminations économiques, tribales et sociales. Lorsque l’idéal islamique fit son apparition dans le monde, ces égarements dominaient, et la jahiliyya de l’époque moderne a elle aussi produit des opinions et des voies erronées de ce genre.
Après avoir adopté cette conception large de la légitime défense, nous sommes en mesure de comprendre la véritable nature de l’islam. Le sens général du jihad islamique, ou de la légitime défense, peut être formulé comme suit :
« Proclamer la pleine libération de l’être humain de la servitude envers l’être humain ; établir la souveraineté d’Allah le Très-Haut dans le monde entier ; abolir l’autorité des hommes égoïstes et tyranniques ; et instaurer les prescriptions d’Allah dans tous les aspects et tous les domaines de la vie humaine. »
Certains s’emploient à présenter le jihad islamique comme une guerre purement défensive et poursuivent jour et nuit des recherches afin d’apporter des preuves à l’appui de leurs arguments. Ils exhument méthodiquement des événements et des récits historiques destinés à démontrer que le jihad islamique était une lutte pour la « défense des pays islamiques ». Certains membres de cette catégorie considèrent même que seule la péninsule Arabique constituait un pays islamique et affirment que le jihad ne devint nécessaire à cette époque que parce que les terres arabes avaient été attaquées par les groupes ennemis des régions voisines.
Ces personnes favorables à l’islam n’ont soit pas compris le rôle de l’islam dans la résolution des problèmes du monde, soit simplement adopté une position timorée sous l’influence d’un environnement hostile et des attaques habilement menées par les auteurs occidentaux.
Qui pourrait prétendre que, si Abou Bakr, Omar et Othman — qu’Allah les agrée — avaient reçu l’assurance de ne pas être attaqués par Rome et la Perse, ils auraient empêché l’expansion du mouvement islamique ? À cette question, il faut répondre simplement : « Non », car l’expansion de l’islam aurait été absolument impossible sans le jihad. De nombreux obstacles et difficultés se dressaient comme des murs sur le chemin de ce mouvement. En particulier, les systèmes politiques, les régimes des États qui les soutenaient et tout ce qui s’y rattachait s’opposaient au mouvement islamique.
Après avoir proclamé, par l’énoncé d’un message révolutionnaire, la libération de l’humanité entière, il serait pure sottise de croire que l’on puisse avancer, face aux obstacles susmentionnés, par la seule prédication orale. Certes, le mouvement islamique recourt également à la prédication orale. Mais quand ? Lorsque les hommes sont entièrement libres d’adopter ou non une doctrine. Ce n’est qu’après avoir libéré les hommes de toute pression et de toute entrave que l’islam se répand par le seul moyen de la prédication, conformément au principe : « Nulle contrainte en religion. »
L’appel au mode de vie islamique est une proclamation révolutionnaire de la pleine liberté de l’humanité. Il est donc naturel qu’après cette proclamation, la liberté souhaitée ne puisse être obtenue par de simples discussions philosophiques et par la description de la beauté de la religion. Il faut au contraire entrer concrètement en conflit avec l’environnement hostile et employer tous les moyens et toutes les ressources nécessaires pour éliminer les obstacles et les difficultés auxquels le mouvement en progression se heurte à chaque étape. Un tel mouvement est le jihad. Le territoire où le mode de vie islamique est appliqué est appelé, dans la terminologie islamique, Dar al-Islam. Que ce Dar al-Islam soit en paix ou en guerre avec les ennemis voisins, la responsabilité du jihad n’en diminue ni n’en augmente. L’instauration de la paix est l’objectif de l’islam ; toutefois, l’islam ne se satisfait pas de maintenir la paix et l’ordre sur le territoire limité du Dar al-Islam, ni de cette paix partielle. La paix voulue par l’islam consiste en ceci : la religion d’Allah sera pleinement établie partout sur la terre d’Allah, tous les êtres humains se consacreront au service d’Allah seul, et toute forme d’autorité et de domination des hommes sur les hommes disparaîtra complètement. Après l’époque du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, il faut avancer en gardant à l’esprit cette dernière étape du jihad. Il ne sera pas nécessaire d’établir les étapes initiale et intermédiaire, car elles ont déjà été franchies. L’imam Ibn Qayyim dit qu’après la révélation de la sourate At-Tawbah, le Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue — adopta trois attitudes envers les mécréants. Les mécréants qui combattaient l’islam étaient des ennemis déclarés. Le deuxième groupe était constitué des groupes de mécréants liés par un traité. Le troisième groupe était celui des protégés. Après que les mécréants liés par un traité eurent embrassé l’islam, il ne subsista que les deux groupes de mécréants combattants et protégés. Les mécréants combattants craignaient constamment le Messager d’Allah ; c’est pourquoi ils persistaient toujours dans leur hostilité. Ainsi, aux yeux du Messager — qu’Allah le bénisse et le salue —, les habitants du monde entier se divisèrent en trois catégories. La première comprenait les musulmans croyants. La deuxième comprenait les protégés vivant dans l’État islamique sous le régime d’un traité de paix, et la troisième les mécréants combattants. Il est dans la nature même de l’idéal islamique que, dès le début de son mouvement, les hommes se divisent en ces catégories. Mais l’interprétation du jihad donnée par les milieux aux dispositions faibles, qui ont capitulé devant les attaques des auteurs occidentaux, est très éloignée de la nature propre du jihad islamique. Après que les musulmans eurent émigré de La Mecque à Médine, Allah le Très-Haut leur ordonna d’abord de s’abstenir de combattre et révéla le verset suivant :
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« Retenez vos mains, accomplissez la salat et acquittez-vous de la zakat. » — An-Nisa : 77
Quelque temps plus tard, l’autorisation de combattre les ennemis est accordée dans les termes coraniques suivants —
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« L’autorisation de combattre est accordée à ceux contre lesquels on combat, car ils ont été injustement opprimés. Allah Tout-Puissant est assurément capable de les secourir. Ce sont ceux qui ont été injustement expulsés de leurs maisons. Leur seul “crime” est d’avoir proclamé qu’Allah seul est leur “Seigneur”. Si Allah ne repoussait pas certains hommes par l’intermédiaire d’autres, tous les ermitages, les églises, les lieux de culte et les mosquées seraient détruits, alors que le nom d’Allah y est invoqué. Allah secourra assurément ceux qui Le secourent — Allah est certes Tout-Puissant. Ceux qui, après que Nous leur avons accordé le pouvoir sur une terre, y accomplissent la salat, établissent le système de la zakat, prescrivent le bien ou promulguent des lois favorisant les bonnes actions, et empêchent les gens de commettre le mal. Et la fin de toute chose appartient à Allah. » — Al-Hajj : 39–41
Après avoir franchi cette étape, l’ordre est donné de mener le jihad contre tous ceux qui prennent les armes contre les musulmans —
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« Prenez vous aussi les armes contre ceux qui prennent les armes contre vous. » — Al-Baqara : 190
Enfin, Allah Tout-Puissant ordonne de mener le jihad contre tous les polythéistes —
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« Et combattez tous ensemble les associateurs, comme ils vous combattent tous ensemble. » — At-Tawba : 36
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« Combattez ceux, parmi les gens du Livre, qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui ne considèrent pas comme interdit ce qu’Allah et Son Messager ont interdit et qui n’adoptent pas la vraie religion comme leur religion, jusqu’à ce qu’ils versent de leurs propres mains la jizya et reconnaissent leur soumission à l’État islamique. » — At-Tawba : 29
Les versets coraniques précités, les innombrables hadiths qui encouragent au djihad, les récits des expéditions militaires du noble Prophète (paix et bénédiction sur lui), ainsi que toute l’histoire de l’islam, sont remplis d’événements liés au djihad. En raison de l’existence de ces preuves solides, les musulmans ne sont pas disposés à accepter les nouvelles interprétations du djihad proposées par les auteurs d’inspiration occidentale. En effet, ces écrivains ont été égarés par un contexte défavorable et par la propagande intéressée d’habiles auteurs occidentaux.
Ceux qui lisent les directives explicites d’Allah le Très-Haut, connaissent les hadiths du Prophète (paix et bénédiction sur lui) et étudient l’histoire de l’islam, riche en récits de victoires, ne peuvent jamais accepter que le djihad ait été une disposition temporaire, qu’il n’ait été prescrit que pour la société changeante de l’époque et que le seul objectif véritable du djihad permanent ait été de combattre pour défendre les frontières.
Lorsqu’Allah le Très-Haut autorisa le djihad, Il informa les croyants que, dans la gestion du monde, Sa loi permanente consiste à opposer un groupe à un autre afin de préserver la société humaine de la souillure. À savoir :
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« Si Allah n’avait pas repoussé certains hommes par d’autres, les monastères, les églises, les sanctuaires et les mosquées où le nom d’Allah est invoqué auraient été détruits. » — Al-Hajj : 40. Il apparaît donc que cette lutte n’est pas temporaire, mais qu’elle constitue un dispositif permanent. Car la vérité et le mensonge ne peuvent coexister sur terre. Chaque fois que l’islam a proclamé sa résolution d’établir la souveraineté d’Allah et de libérer l’être humain de la servitude envers l’être humain, les prétendus maîtres tyranniques se sont dressés, l’épée nue, contre cette proclamation et n’ont absolument pas accepté que ce mouvement se poursuive. L’islam a insufflé une volonté de lutte sans compromis afin d’éliminer ces rebelles à Allah et de libérer l’ensemble des habitants du monde du régime oppressif de ces injustes. Ainsi, cette lutte de la vérité contre le mensonge progressera sans relâche jusqu’à ce que la religion soit consacrée exclusivement à Allah.
Les raisons de l’interdiction du djihad armé durant la période mecquoise
L’ordre de s’abstenir de combattre et d’étendre la da‘wa durant la période mecquoise constituait une mesure temporaire dans le cadre d’un plan à long terme. Cette politique fut maintenue quelque temps encore après l’Hégire. Mais lorsque, à la fin de la phase initiale, les musulmans se résolurent fermement à entreprendre le djihad, il ne s’agissait pas seulement d’une guerre défensive pour la ville de Médine. La question de la sécurité de Médine se posait certes aussi. Cependant, ce n’était qu’un moyen d’atteindre un objectif. Il était nécessaire de défendre Médine afin de préserver le centre du mouvement des attaques ennemies, de poursuivre sans relâche la lutte pour rendre véritablement les êtres humains libres et affranchis, et de résister à tous les obstacles et à toutes les entraves.
La justification du refus d’autoriser les combats durant le séjour à La Mecque est aisément compréhensible. Le Prophète d’Allah bénéficiait de la protection des Banû Hâshim. Il pouvait donc diffuser le message de la religion par des proclamations publiques. Il s’efforçait d’influencer les esprits et les cœurs des gens au moyen d’entretiens individuels et de petites réunions de discussion. En outre, aucune structure étatique organisée à La Mecque ne faisait obstacle à sa prédication ni à la réponse de la population. Il n’y avait donc pas lieu, à ce stade, de recourir à la force. Par ailleurs, plusieurs autres raisons rendaient préférable de ne pas entrer en guerre à La Mecque à cette époque. J’ai mentionné ces raisons dans mon commentaire intitulé « Fî zilâl al-Qur’ân », à propos de l’explication du verset suivant —
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« N’as-tu pas vu ceux auxquels il fut dit de retenir leurs mains ? » — An-Nisâ’ : 77
Une autre raison fondamentale de l’interdiction de prendre part aux combats durant la période mecquoise du mouvement était qu’à cette époque, le mouvement islamique formait, par l’entraînement, une équipe de militants dans un environnement particulier et en vue d’un objectif précis. En effet, dans le contexte de l’époque, il était absolument nécessaire de former à cet objectif particulier ceux qui embrassaient l’islam. Il fallait notamment leur donner la force morale de supporter des situations auxquelles les Arabes n’étaient pas habitués. Il était nécessaire de modifier la conception qu’avaient les nouveaux musulmans de leur raison de vivre, en les formant à la patience face aux injustices et aux persécutions infligées à eux-mêmes ou à leurs proches, à la maîtrise de l’orgueil et du sentiment de dignité personnelle, à la répression de la rancune personnelle ou du désir de vengeance, ainsi qu’à l’abandon de l’adoration de soi et de la servitude envers les passions. À l’époque de la Jâhiliyya, leur principal objectif dans la vie était en effet d’assurer leur propre sécurité et celle de leurs proches. Après leur conversion à l’islam, l’objectif de leur vie changea. Il était donc naturellement très important de les préparer à acquérir la maîtrise de soi. Ils devaient éviter de se mettre en colère sous l’effet de l’excitation et de perdre tout discernement. Ils devaient au contraire être capables, avec un esprit extrêmement calme et posé, d’adopter des mesures équilibrées et empreintes de décence. Il était également nécessaire de les entraîner à travailler, sous l’ordre d’un grand dirigeant, comme membres d’une organisation disciplinée, et à agir dans chaque affaire après avoir pris connaissance de l’avis du dirigeant. Même lorsque les ordres du dirigeant ne plaisaient pas à certains, leur attitude était transformée afin qu’ils les respectent pour préserver la discipline. Une telle formation était très importante pour façonner la vie des Arabes. Car l’objectif du mouvement islamique était de bâtir une société disciplinée, aux mœurs élevées, civilisée, libérée des instincts bestiaux et débarrassée des querelles et des dissensions tribales.
Une autre raison pouvant expliquer l’ordre de s’abstenir de combattre durant la période mecquoise est que les Quraychites étaient imbus de l’orgueil de leur noblesse lignagère. Il était plus efficace et plus fructueux de les attirer vers la religion en les convainquant et en leur expliquant patiemment les choses. Les affrontements et les guerres n’auraient fait qu’accroître leur hostilité et leur colère, et auraient encore intensifié leur soif de sang innée. Auparavant, les guerres de Dâhis, d’Al-Ghabrâ’ et d’Al-Basûs avaient été menées pendant des années sur fond d’hostilité tribale, et tribu après tribu avait été anéantie sur ces champs de bataille. Si l’islam était devenu la victime d’une telle hostilité tribale, son appel idéologique et missionnaire n’aurait trouvé aucun écho dans les cœurs. Il ne serait devenu qu’un instrument d’un combat sanglant et interminable. Dans ces conditions, son message et son enseignement fondamental risquaient d’être écrasés sous le poids des conflits tribaux.
Empêcher également l’extension généralisée de la guerre civile pouvait être l’un des objectifs de l’abstention de la guerre à La Mecque. En effet, il n’y avait à La Mecque aucun gouvernement légal pour persécuter les croyants et entraver leur mouvement. Au contraire, c’étaient les proches et les membres de la tribu de chaque musulman qui faisaient obstacle à leur prédication et les persécutaient. Si l’autorisation de combattre avait été donnée dans ces circonstances, un champ de bataille aurait été établi dans chaque famille. Et cette guerre civile se serait poursuivie sans relâche. Le camp adverse aurait également eu l’occasion de propager que l’islam provoquait des conflits familiaux. En réalité, une telle propagande avait déjà commencé. Pendant le pèlerinage, les chefs quraychites allaient trouver les gens venus à La Mecque de contrées lointaines pour accomplir le pèlerinage ou faire du commerce et leur disaient : « Muhammad ne s’est pas contenté de semer la division au sein de sa propre tribu ; il a également dressé les pères contre leurs fils. » Pourtant, à cette époque, l’usage de la force contre les ennemis était interdit. Si le fils avait reçu l’autorisation de trancher la tête de son père opposé à l’islam, et l’esclave celle de son maître ennemi de la religion, il est difficile de dire quelle ampleur aurait prise la propagande mensongère contre l’islam et quelle situation aurait été créée dans la réalité.
Allah Tout-Puissant savait certainement que ceux qui se montraient particulièrement actifs contre le mouvement islamique et persécutaient les musulmans avec une cruauté extrême finiraient plus tard par embrasser la foi et devenir des soldats dévoués de l’islam. ‘Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) n’était-il pas l’un d’eux ? C’est aussi pour cette raison que l’ordre de ne pas combattre avait été donné.
Une autre raison de l’abstention de la guerre pouvait être que, conformément aux coutumes tribales, la mentalité des Arabes s’était formée de telle manière qu’ils éprouvaient de la sympathie pour ceux qui manifestaient une fermeté inébranlable face à l’injustice et à la persécution. Cette attitude était encore plus forte envers les personnes nobles et vertueuses de la tribu. De nombreux événements nous en apportent la preuve. Lorsque Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), homme noble et honorable, entreprit d’émigrer de La Mecque, Ibn al-Daghina ne put le supporter. Il le ramena donc. En effet, Ibn al-Daghina considérait le départ d’un homme de cette valeur comme une atteinte à l’honneur de la société arabe. Il annonça donc sa décision d’accorder protection et patronage à Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). La rupture de l’accord par lequel les Banou Hachim avaient été confinés dans la vallée d’Abou Talib fournit également la preuve de ce fait. Lorsque la faim et les souffrances de la tribu des Banou Hachim devinrent intolérables, ce furent les jeunes Arabes eux-mêmes qui déchirèrent cet accord. Une caractéristique notable de l’ancienne société arabe était que la compassion s’éveillait en eux envers les opprimés. Dans la société arabe contemporaine, en revanche, ceux qui faisaient preuve de patience face à la persécution étaient tournés en dérision, tandis que les persécuteurs étaient regardés avec respect.
Une autre raison est que, à cette époque, les musulmans étaient très peu nombreux et que la prédication islamique ne s’était pas encore étendue au-delà de La Mecque. Dans certaines régions, on n’en avait reçu que des informations vagues. Les membres des autres tribus considéraient l’affaire comme une question interne aux Quraychites et attendaient de voir quelle serait l’issue du conflit. Si des combats avaient eu lieu à ce moment-là, le groupe peu nombreux des musulmans risquait d’être entièrement anéanti. Certes, ils étaient capables de tuer des ennemis plusieurs fois plus nombreux qu’eux. Toutefois, leurs propres chances de survivre étaient absolument nulles, car ils étaient très peu nombreux. Si, à la suite d’un déclenchement prématuré de la guerre, ils avaient tous trouvé la mort, l’associationnisme serait resté en place et l’objectif d’établir une société islamique n’aurait jamais pu être réalisé. Or l’islam est venu dans le monde précisément pour y être mis en pratique. Il n’était donc pas raisonnable de commencer la guerre avant le moment opportun.
L’abstention de la guerre armée se poursuivit quelque temps après l’émigration
Même après le transfert du centre du mouvement islamique à Médine, les combats restèrent interdits pendant quelque temps. En effet, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’était engagé, dans un traité conclu avec les Juifs et les Arabes polythéistes vivant à Médine et dans ses environs, à ce que les parties ne s’attaquent pas mutuellement. À cette étape du mouvement, il était extrêmement nécessaire d’adopter une telle mesure. Le contexte de ce traité était le suivant :
Premièrement, la pleine liberté de propager le message de l’islam et d’exprimer ses opinions avait été établie à Médine. Comme il n’y avait à Médine aucune autorité capable d’intervenir dans l’acceptation ou le rejet des opinions de la population, tous les habitants de Médine avaient reconnu le nouvel État islamique et accepté la direction du Prophète d’Allah pour résoudre l’ensemble de leurs problèmes politiques. C’est pourquoi le traité stipulait qu’aucun habitant de Médine ne pourrait, sans l’autorisation du Prophète d’Allah, conclure un traité de paix avec quiconque de l’extérieur, déclarer la guerre ou établir quelque autre relation que ce soit. Dans ces circonstances, le pouvoir politique à Médine se trouvait entre les mains de la direction musulmane, et la pleine liberté d’expression y prévalait également.
Deuxièmement, à cette étape, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) souhaitait concentrer toutes les forces afin de régler définitivement l’opposition des Quraychites. En effet, l’opposition de cette tribu faisait obstacle à l’adhésion des membres des autres tribus à la religion ; ceux-ci attendaient de voir l’issue de ce « conflit interne » chez les Quraychites. C’est pourquoi le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) envoya sans tarder de petits détachements dans diverses directions. Le premier détachement qu’il envoya était commandé par Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée).
À peine six mois s’étaient-ils écoulés après l’Hégire que cette armée fut envoyée, au mois de Ramadan. Après l’envoi de cette armée, le Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, continua d’envoyer des troupes l’une après l’autre : la première après l’Hégire, la deuxième treize mois plus tard et la troisième au début du seizième mois. Au début du dix-septième mois après l’Hégire, une troupe fut envoyée sous le commandement d’Abdullah ibn Jahsh, et c’est au cours de cette expédition qu’un effusion de sang eut lieu. C’était le mois de Ramadan — selon les règles reconnues par les Arabes, les combats y étaient interdits. Le Noble Coran en parle dans les termes suivants :
——————————————————————————————– « On t’interroge, ô Prophète, au sujet du combat durant le mois sacré. Dis : “Y combattre est blâmable, mais empêcher les gens de suivre la voie d’Allah, mécroire en Allah, barrer aux serviteurs d’Allah l’accès à la Mosquée sacrée et en expulser ses habitants sont encore plus blâmables auprès d’Allah. Ces injustices sont plus graves que l’effusion de sang.” » — Al-Baqara : 217
C’est au cours de la deuxième année après l’Hégire que la bataille de Badr eut lieu, durant le mois béni de Ramadan. Il en est également fait mention dans la sourate Al-Anfal.
Un examen d’ensemble de cette étape du mouvement islamique montre qu’il n’existe absolument aucune raison valable de qualifier le djihad islamique de combat défensif. C’est là l’œuvre condamnable de penseurs influencés par les attaques d’auteurs occidentaux égarants. À mesure que leur relation avec l’islam s’est relâchée, les musulmans ont perdu leur gloire et leur supériorité et ont adopté une attitude de faiblesse ; c’est précisément cette occasion que les milieux d’auteurs occidentaux hostiles à l’islam ont saisie pour multiplier leurs attaques contre l’idéal islamique. C’est sous l’effet de la violence de ces attaques qu’un groupe de prétendus “chercheurs”, musulmans de nom et faibles de caractère, s’est efforcé d’expliquer le djihad islamique comme une “guerre défensive”. Par l’immense grâce d’Allah le Très-Haut, un groupe de musulmans fermes et déterminés est resté à l’abri de l’influence de ces calomnies ; ils ont proclamé avec fierté que l’objectif de l’islam est de libérer totalement l’humanité de la servitude envers toute autorité autre qu’Allah et de consacrer la religion exclusivement à Allah, l’Unique. Mais, à l’exception de ce petit nombre de personnes, tous les prétendus penseurs s’emploient, en invoquant des raisons morales en faveur du djihad islamique, à chercher à satisfaire le camp adverse. Or, après les paroles qu’Allah le Très-Haut Lui-même a énoncées dans le Noble Coran pour expliquer la logique des principes du djihad islamique, il ne reste absolument aucune place pour présenter un autre argument.
——————————————————————————————–« Sont dignes de combattre dans le sentier d’Allah ceux qui vendent la vie de ce monde en échange de l’au-delà. Quant à ceux qui luttent dans le sentier d’Allah, qu’ils soient victorieux ou tués, Nous leur accorderons dans les deux cas une immense récompense. Qu’avez-vous donc à ne pas combattre dans le sentier d’Allah, alors que des hommes, des femmes et des enfants sans défense implorent Allah en disant : “Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les habitants sont injustes. Accorde-nous de Ta part un protecteur et un secoureur.” Ceux qui croient combattent dans le sentier d’Allah, tandis que ceux qui mécroient combattent dans le sentier du Taghout. Combattez donc les forces sataniques : certes, les ruses de Satan sont faibles. » — An-Nisa : 74-76
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« Dis aux mécréants que, s’ils cessent encore et reviennent vers la bonne voie, ce qui est passé leur sera pardonné. Mais s’ils récidivent, ils connaissent déjà le sort des peuples anciens. Ô vous qui croyez ! Combattez les mécréants jusqu’à ce que la fitna disparaisse complètement et que seule la religion d’Allah le Très-Haut subsiste. S’ils cessent alors la fitna, sachez qu’Allah le Très-Haut observe toutes leurs actions. Mais s’ils désobéissent, ô Prophète, rappelle-toi qu’Allah seul est ton protecteur et qu’Il est le meilleur des secoureurs. » — Al-Anfal : 38-40
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« Combattez ceux qui, parmi les gens du Livre, ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui ne renoncent pas à ce qu’Allah et Son Messager ont déclaré illicite et qui n’adoptent pas la religion de vérité comme règle de leur vie, jusqu’à ce qu’ils se soumettent. Les Juifs disent qu’Uzaïr est le fils d’Allah, tandis que les chrétiens donnent au Messie le titre de fils d’Allah. Ces propos infondés ne sont qu’une répétition des paroles de leurs prédécesseurs égarés. Qu’Allah les anéantisse ! Comme ils s’égarent ! Ils ont pris leurs docteurs et leurs moines pour seigneurs à la place d’Allah, ainsi que le Messie, fils de Marie, alors qu’il ne leur a été ordonné d’adorer qu’un Dieu unique : il n’y a de divinité digne d’adoration que Lui. Il est parfaitement exempt de ce qu’ils Lui associent. Ils veulent éteindre de leurs souffles la lumière d’Allah, mais Allah ne peut que parachever la lumière de Sa religion, quand bien même cela serait insupportable aux mécréants. »
— At-Tawba : 29–32
Voici, en résumé, ce qui a été exposé dans les versets précédents au sujet de la logique et de l’importance du jihad :
L’objectif du jihad est d’établir dans le monde la souveraineté absolue d’Allah, de concrétiser dans la vie des hommes la religion de vérité envoyée par Allah, d’abolir toutes les forces sataniques et les systèmes de vie forgés par Satan, et de mettre fin à la domination des hommes sur les hommes. L’homme n’a été créé que pour servir Allah. Aucun être humain n’a donc le droit d’établir sa domination sur d’autres hommes ni d’imposer des lois selon sa propre volonté. Les considérations mentionnées plus haut exigent que le jihad soit engagé. En même temps, il faut respecter l’injonction du passage : ——————– (« Nulle contrainte en religion »). Autrement dit, une fois les hommes libérés de la domination et de l’autorité d’autres hommes, seule la souveraineté d’Allah subsistera. La religion appartiendra exclusivement à Allah. Nul ne pourra être contraint d’accepter l’islam.
Ce que l’on comprend de l’exposé précédent sur l’importance du jihad, c’est que l’islam a proposé cette voie précisément afin de garantir à l’être humain une vie véritablement libre. En libérant les hommes de la servitude des hommes, Allah est Un et Unique, et nul ne Lui est égal. Il est donc naturel que l’homme ne puisse s’incliner devant aucune force autre qu’Allah. Cette seule raison ne suffit-elle pas à engager le jihad ? C’est pourquoi les moudjahidines musulmans participaient toujours au jihad animés par l’attitude décrite plus haut. Lorsqu’on les interrogeait sur le but de la guerre, aucun moudjahid ne répondait : « Mon pays est en danger, c’est pourquoi je combats », ni : « La Perse et Rome nous ont attaqués, c’est pourquoi je lutte pour me défendre », ni encore : « Nous faisons la guerre pour étendre notre royaume et nous emparer du butin. » En revanche, c’est précisément la réponse que Rabi ibn Amir, Hudhayfa ibn Muhassin et Mughirah ibn Shu‘ba donnèrent aux questions du général perse Rustum. Jusqu’à trois jours avant la bataille de Qadisiyya, le général Rustum interrogea séparément ces trois moudjahidines : « Dans quel but êtes-vous venus combattre ? » Ils répondirent : « Allah nous a ordonné de libérer les hommes de la servitude des hommes et de les placer sous la souveraineté du Dieu Unique, de les faire sortir des limites étroites pour les conduire dans la vaste étendue de la terre, et de les délivrer de la persécution des préceptes religieux mensongers afin de les installer à l’ombre bienfaisante de la justice islamique. C’est pour réaliser cet objectif qu’Allah a envoyé un prophète à la société humaine, muni d’un système de vie. »
« Quant à ceux qui acceptent le système de vie que nous avons exposé, nous acceptons leur déclaration, nous repartons et nous leur restitutions leur pays. Mais ceux qui se rebellent contre la religion d’Allah, nous les combattons et nous poursuivons le combat jusqu’à ce que nous obtenions le martyre et entrions au Paradis, ou que la victoire nous soit accordée sur l’ennemi. »
Une autre raison du jihad
Les raisons du jihad mentionnées plus haut sont profondément enracinées dans l’essence même de l’islam. De même, la proclamation de la liberté universelle face à la servitude des hommes avides de pouvoir, la confrontation globale avec la situation réelle qui prévaut dans la société humaine, ainsi que l’emploi des moyens et des ressources appropriés à chaque étape du progrès, sont autant d’exigences concrètes de cette religion. La proclamation du jihad est déjà implicite dans l’appel à cette religion. Que les forces hostiles envisagent ou non d’attaquer l’État islamique, son esprit de jihad ne peut pour autant subir aucun changement. La situation existante dans la société non islamique et le commencement du mouvement islamique sont tous deux en conflit l’un avec l’autre. Le jihad n’est donc pas une activité limitée au besoin temporaire de défendre le pays ou de se protéger. Aucun musulman ne participe au jihad en sacrifiant sa vie et ses biens pour satisfaire ses intérêts personnels et sa cupidité.
Avant même de mettre le pied sur le champ du djihad, le moudjahid doit remporter une autre immense bataille. Il s’agit de vaincre Satan, qui lui souffle de mauvaises pensées dans le cœur, ses propres désirs et passions, ses intérêts personnels, son bien-être et ses commodités, la question des intérêts de sa famille et de son peuple, ainsi que toutes les autres choses de cette nature qui font obstacle au service d’Allah et à l’établissement de la souveraineté d’Allah sur cette terre. Ce n’est qu’après avoir surmonté ces obstacles que l’homme croyant peut entrer sur le champ du djihad. Et l’objectif suprême qui inspire la vie des croyants moudjahidines consiste à mener une lutte sans compromis contre toutes les formes de slogans et de mouvements idéologiques opposés à l’islam présentes dans la société, afin d’abolir la domination du faux et d’instaurer le gouvernement d’Allah.
L’islam et la défense du pays
Ceux qui souhaitent limiter le djihad islamique à la défense du pays veulent amoindrir la grandeur du mode de vie islamique. Ils veulent dire que l’idéal islamique n’est pas plus important que la patrie. L’islam n’approuve pas la manière dont le mode de vie non islamique considère la patrie et les autres choses similaires. Cette manière de voir est née dans le contexte de l’époque moderne. Cette conception et ce sentiment ne sont nullement compatibles avec l’idéal islamique.
À la lumière de l’idéal de vie islamique, l’objectif du djihad islamique est de préserver la croyance et la foi du dîn, ou de préserver le mode de vie qui en présente l’image concrète, autrement dit de préserver ce mode de vie idéal. Pour l’islam, un territoire n’a aucune valeur en soi. Un territoire ne peut acquérir de la dignité que lorsque le mode de vie donné par Allah y prend pleinement racine, qu’une forteresse de la croyance islamique y est établie, et qu’il devient la demeure de l’idéal islamique — le Dâr al-Islâm — ainsi que le centre d’une vie de liberté et d’émancipation pour l’humanité. Dans ces conditions, défendre le territoire en question revient à préserver la croyance islamique, le mode de vie islamique et la structure sociale représentative de l’idéal islamique. Mais la simple défense ne peut constituer l’objectif fondamental et ultime du djihad islamique. La défense du Dâr al-Islâm n’est pas non plus l’objectif fondamental du djihad islamique. Elle n’est qu’une occasion d’établir le système de gouvernement d’Allah. En outre, depuis le centre de la lumière islamique qu’est le Dâr al-Islâm, les rayons lumineux de l’idéal de vie islamique se répandront jusqu’aux confins du monde et garantiront à la société humaine la liberté et l’émancipation. Je l’ai déjà mentionné : l’objectif du dîn de l’islam est le bien de l’ensemble de la société humaine, et la terre entière constitue son champ d’action.
Le caractère naturel du djihad islamique
Nous avons appris de la discussion précédente qu’il existe des obstacles terrestres à l’instauration du gouvernement d’Allah dans le monde. Le système social en vigueur, la politique antisociale et l’environnement de l’ensemble de la société humaine, entre autres, constituent chacun un obstacle sur la voie de l’islam. Pour supprimer ces obstacles, l’islam recourt à la force. L’objectif de ce recours à la force est de faire parvenir le message de l’islam à chaque être humain, de supprimer les obstacles qui empêchent chacun d’examiner les prescriptions islamiques et, ainsi, de créer la possibilité de transmettre aux hommes l’éternel message de l’islam dans un environnement libre et dégagé. Le djihad est un moyen indispensable pour libérer les hommes des liens des faux dieux et leur donner la possibilité de distinguer librement le bien du mal.
La propagande que les écrivains occidentaux mènent contre le djihad ne doit ni nous égarer ni nous effrayer. Il ne serait en aucun cas convenable de donner au djihad une interprétation compatible avec le mode de vie islamique sous l’influence d’un environnement hostile ou de l’opposition des grandes puissances. Le djihad est une prescription éternelle. Que la nécessité de la défense et les considérations militaires soient présentes ou non, la nécessité du djihad ne disparaîtra jamais. Lorsque nous étudions les vicissitudes de l’histoire, nous ne pouvons négliger la conception qui existe entre la nature de ce mode de vie, sa proclamation de la libération universelle et sa méthode pratique d’action. Confondre les considérations militaires et la nécessité de la défense avec l’objectif fondamental du dîn serait une démarche profondément erronée.
Certes, prendre toutes les mesures nécessaires pour se défendre contre les attaques des ennemis extérieurs est une exigence de ce dîn. Proclamer la souveraineté d’Allah, transmettre le message afin de libérer la société humaine de la servitude envers tout autre qu’Allah, mener sur la base de cette proclamation et de cette transmission un mouvement révolutionnaire, puis édifier un nouveau type de direction en manifestant sa défiance envers la direction non islamique : tels sont également les objectifs du dîn. Dès qu’est proclamé l’objectif d’établir la domination absolue de l’unique Allah Tout-Puissant, en rejetant totalement la domination des hommes, la société jahilite, qui reconnaît la domination humaine, attaque violemment l’islam afin de préserver son existence. Il est donc naturel que le mouvement islamique soit contraint d’adopter des mesures défensives pour préserver sa propre existence. Il est tout à fait naturel qu’une telle situation se crée dès les débuts du mouvement islamique. La question de savoir si l’islam apprécie ou non ce type d’affrontement est dépourvue de pertinence, car ce type d’affrontement est imposé au mouvement islamique. Puisque la coexistence de deux idéaux de vie opposés est impossible, l’impératif de préserver leur existence respective les pousse nécessairement à s’affronter. C’est en raison de cette vérité concrète que l’islam n’a d’autre choix que de mener un combat défensif.
Aucun compromis avec la Jâhiliyya
Une autre caractéristique particulièrement importante du système de vie islamique est qu’en vertu de sa nature même, l’islam est résolu à libérer entièrement l’humanité de la servitude envers tout autre qu’Allah. C’est pourquoi ce système de vie ne peut pas se confiner dans des limites géographiques, tribales ou autres, et abandonner ainsi les peuples du monde entier à la servitude d’autrui. À un moment donné, les milieux hostiles à l’islam peuvent décider, par stratégie, de ne pas prendre de mesures offensives contre le mouvement islamique. En échange, ils peuvent demander que le système social jahilien soit maintenu dans leurs territoires et que la campagne menée par l’islam pour y établir l’islam, certificat de la libération de l’humanité, soit ajournée. L’islam n’acceptera pas un « cessez-le-feu » de cette nature. Toutefois, si les milieux adverses reconnaissent l’autorité de l’islam et consentent à payer la jizya, leur sécurité sera assurée. En effet, dans ce cas, ils s’engagent à ne pas faire obstacle, par leur puissance politique, à la propagation du message de l’islam. Telle est la nature même de cette religion. Proclamer la souveraineté d’Allah et mener partout dans le monde la campagne visant à y établir exclusivement Son adoration, telle est sa ligne d’action. Le fait que ce mouvement commence dans une région géographique ne signifie pas qu’il se limite à une nationalité géographique. Dans le premier cas, ce territoire est le centre d’un mouvement révolutionnaire dynamique ; dans le second, l’État national n’est qu’un territoire passif, abstenu de toute activité révolutionnaire.
Pour comprendre le rôle révolutionnaire de l’islam, il faut se rappeler que l’islam est la loi d’Allah donnée aux êtres humains. Aucun individu, groupe, classe ou tribu n’a élaboré cette loi. Il n’est donc pas nécessaire de rechercher une cause extérieure pour justifier la légitimité du jihad islamique. En recherchant de telles causes, on oublie que l’abolition des faux dieux par l’instauration, dans le monde, de l’État ordonné par Allah fait partie du programme de cette religion. Ceux dont le cœur est animé par ce programme révolutionnaire de l’idéal de vie islamique n’ont nullement besoin d’invoquer des facteurs extérieurs pour défendre le jihad.
Deux conceptions du jihad islamique
Dès le premier niveau de réflexion, il n’est pas possible de percevoir la différence entre les deux conceptions du jihad islamique. Selon la première, l’islam n’a combattu la Jâhiliyya qu’à son corps défendant, car son apparition même a contraint la Jâhiliyya à l’attaquer ; dans ces circonstances, l’islam a été contraint de prendre les armes pour se défendre. Selon l’autre conception, l’islam s’est lui-même avancé pour frapper la Jâhiliyya, puis a finalement engagé contre elle une guerre acharnée. Au stade initial de la réflexion, la différence entre ces deux conceptions ne deviendra pas clairement manifeste, car toutes deux contraignent l’islam à entrer sur le champ de bataille. Mais une fois parvenus au terme de leur raisonnement, on comprendra qu’il existe une différence abyssale entre les conceptions que nourrissent les tenants de ces deux courants au sujet de l’objectif et de la signification de l’islam.
Il existe une immense différence entre considérer l’islam comme un système de vie révélé par Allah et le considérer comme une doctrine régionale. Selon la première conception, l’objectif du système de vie islamique est d’établir dans le monde la souveraineté d’Allah, dans une société qui accepte de se soumettre à Lui. Dans cette société, la charia divine est la loi suprême. Tel est le véritable islam, et c’est cet islam qui ordonne d’extirper toutes les forces faisant obstacle à la réalisation de son objectif. Car c’est par ce moyen seulement que la société humaine peut être libérée des systèmes de gouvernement forgés par les hommes et des entraves des liens sociaux. Selon la seconde conception, puisque l’islam est considéré comme une doctrine régionale, lorsque des puissances étrangères attaquent les habitants d’un territoire particulier, la population de cette région est contrainte de combattre pour se défendre. La différence entre ces deux conceptions est parfaitement claire. Certes, dans les deux cas, l’islam ordonne le jihad. Mais si le jihad commence dans deux contextes distincts sous l’effet de ces deux conceptions, ses causes, ses objectifs et ses résultats seront nécessairement totalement différents, tant du point de vue de la perspective fondamentale que de la ligne d’action concrète.
Certes, l’islam prend l’initiative du jihad ; mais l’islam n’est la propriété d’aucun pays ni d’aucune nation. Cet idéal de vie révélé par Allah a été envoyé pour assurer le bien de l’ensemble du monde. Il est donc absolument nécessaire d’abolir les systèmes sociaux et les usages qui privent les êtres humains de leur liberté et maintiennent l’humanité enchaînée dans la servitude. L’islam n’attaque pas les peuples et ne veut imposer son idéal à personne par la force. Son opposition vise les usages et les doctrines. C’est en transformant les usages et les doctrines que l’on peut libérer la société humaine de l’influence empoisonnée des idéaux erronés.
L’islam ne peut jamais dévier de son objectif : libérer l’être humain de la servitude envers l’homme et le soumettre à l’adoration de l’Unique et Seul Allah. C’est précisément pour atteindre cet objectif que, par l’intermédiaire du mouvement islamique, l’islam offre aux êtres humains la possibilité de goûter pleinement à la liberté. Tant du point de vue des croyances fondamentales que du programme pratique de l’idéal de vie islamique, la véritable liberté humaine ne peut être acquise que par le système social islamique. Pour les gouvernants et les gouvernés, les Blancs et les Noirs, les riches et les pauvres, les proches parents et les étrangers, seule la loi d’Allah peut être impartiale et bénéfique. Les êtres humains de toutes les classes doivent observer cette loi de manière égale. Dans les autres systèmes de vie, l’être humain est l’esclave de l’être humain. L’élaboration des lois est une prérogative de la puissance d’Allah. Celui qui, individu ou groupe, revendique le droit de légiférer pour les êtres humains revendique indirectement l’autorité d’Allah. Que cela soit exprimé ou non, revendiquer en réalité le droit d’élaborer les lois n’est rien d’autre que revendiquer l’autorité d’Allah.
La conception erronée de l’Occident au sujet du djihad
Parmi nos auteurs musulmans, ceux qui sont déroutés par la situation de l’époque actuelle et par les critiques trompeuses des auteurs occidentaux ne sont pas prêts à reconnaître ce rôle révolutionnaire de l’idéologie islamique. Les auteurs occidentaux ont présenté l’islam comme une idéologie assoiffée de sang. Ils veulent faire croire aux croyants que l’islam cherche à imposer sa propre idéologie aux autres par le moyen de l’épée. Pourtant, ils savent très bien que l’islam n’est pas ainsi. Malgré cela, ils tentent, en recourant à la tromperie, de déformer les fondements et les causes du djihad islamique. Influencés par ce genre de propagande des auteurs occidentaux, certains de nos auteurs musulmans sont eux aussi entrés dans l’arène dans le but de laver le « stigmate » du djihad du front de l’islam, et s’efforcent de démontrer, à l’aide d’arguments complexes, que le djihad islamique n’est qu’une guerre défensive. Pourtant, ils ignorent la nature et l’objectif fondamental du mode de vie islamique. Ils ne savent même pas que l’adoption d’une attitude offensive est une exigence naturelle de l’islam en tant qu’idéologie bienfaisante pour le monde. Dans l’esprit des prétendus chercheurs dont la mentalité est influencée par d’autres nations, c’est la pensée occidentale au sujet de la religion qui demeure active. Les Occidentaux croient que la religion est une croyance, qu’elle a sa place dans le cœur de l’être humain et qu’elle n’a aucun rapport avec la vie pratique.
Mais l’islam n’a jamais enseigné une doctrine religieuse du genre mentionné. Et le drapeau du djihad n’a jamais été levé sous l’emprise d’une croyance semblable à celle de l’Occident. L’islam est la loi prescrite par Allah pour la vie humaine. Cette loi vise à établir uniquement la souveraineté d’Allah, ce qui constitue le signe de Sa servitude et de Son obéissance. De la résolution des grands problèmes de la vie humaine aux questions les plus insignifiantes du quotidien, l’islam est en mesure d’apporter une solution à tous les problèmes. Le djihad est l’effort total déployé afin d’établir dans la société, comme idéologie victorieuse, ce système d’Allah. Toutefois, la liberté de chacun dans le domaine des croyances personnelles sera préservée. L’islam veut lever les obstacles dressés par ceux qui ne reconnaissent pas la liberté des êtres humains de défendre une opinion, de l’adopter ou de la rejeter, afin de réaliser pleinement sa propre idéologie. En tant qu’individu, chacun est libre d’adopter ou de rejeter toute croyance et toute opinion. Il est facile de comprendre qu’il existe une différence immense entre l’idéologie islamique et la conception occidentale de la religion. Ainsi, partout où se constitue une société représentant concrètement le mode de vie islamique, il incombera au peuple, en vertu des droits accordés par Allah, de prendre l’initiative, de s’emparer du pouvoir politique et de mettre en œuvre le mode de vie islamique. Il a déjà été expliqué que, s’agissant des croyances personnelles, l’islam reconnaît la liberté de l’être humain.
Au début de l’islam, Allah avait temporairement interdit à la communauté musulmane de pratiquer le djihad. Cela faisait partie d’une stratégie à long terme, et non d’une décision de principe. C’est à la lumière de cette discussion que nous pourrons comprendre le sens des versets coraniques relatifs au djihad. En effet, différents versets avaient été révélés selon les besoins des diverses étapes du mouvement islamique en progression constante. Lors de l’examen de ces versets, nous devons garder à l’esprit qu’ils répondaient à deux types de besoins. Pour dégager le sens des versets révélés à chaque étape du mouvement, il est nécessaire de se rappeler le contexte et le cadre de cette étape. Un autre aspect des versets réside dans leur enseignement permanent. Ces enseignements durables ne sont en aucune circonstance susceptibles de changer. Pour trouver la voie à suivre dans les directives du Coran au cours de la conduite du mouvement islamique, il ne faut pas confondre ces deux natures susmentionnées des versets et des instructions coraniques.
Chapitre cinq
Le mode de vie islamique
Le fondement de l’idéologie islamique est : « Il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah ». Cette déclaration constitue le premier pilier de la croyance islamique, ou la première partie de la profession de foi. Elle reconnaît que nul autre qu’Allah n’est digne d’être adoré. « Muhammad est le Messager d’Allah » constitue la seconde partie de la croyance islamique, ou de la profession de foi. Cette partie consiste à reconnaître que, pour adorer Allah, seule la voie montrée par Muhammad, le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — est correcte.
Cette profession de foi, avec ses deux parties susmentionnées, s’enracine dans le cœur de chaque croyant. En effet, les autres éléments de la foi et les piliers suivants de l’islam en sont les conséquences. Ainsi, croire aux anges, aux Livres célestes, aux prophètes — paix sur eux —, à l’au-delà, au bien et au mal du destin, et accomplir toutes les actions telles que la prière, le jeûne, l’aumône obligatoire, le pèlerinage, la distinction entre le licite et l’illicite, les transactions, les lois et règlements, les conseils et l’enseignement, ne peuvent se réaliser que par l’adoration d’Allah et le suivi du Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui.
La société islamique présentera l’image concrète de la kalima de la shahada et de ses exigences. La société où la forme de la kalima de la shahada ne se manifeste pas n’est pas une société islamique. Ainsi, la kalima de la shahada constitue le fondement d’une conception complète de la vie, et c’est sur ce fondement que s’élève l’immense édifice de l’umma musulmane. Si ce fondement n’est pas solidement établi, aucun mode de vie ne peut être élaboré. La société qui sera édifiée en prenant pour fondement un autre principe à la place de celui-ci, ou en mêlant partiellement à ce fondement une autre conception, dans le but d’élaborer un système de vie, ne pourra en aucune manière être qualifiée de société islamique. Allah le Très-Haut dit :
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« Le droit de commander n’appartient qu’à Allah. C’est Lui qui a ordonné que nul autre que Lui ne soit adoré. Et voilà la religion fermement établie. » — Yûsuf : 40
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« Quiconque obéit au Messager obéit en réalité à Allah. » — An-Nisâ’ : 80
Cette déclaration concise, mais décisive, nous guide dans l’élaboration du programme destiné à conduire le mouvement pour le dîn de vérité et son établissement. Premièrement, cette déclaration définit la nature de la société islamique. Deuxièmement, elle expose la méthode de formation de la société islamique. Troisièmement, elle indique quelles mesures doivent être prises pour transformer la société jahilite. Quatrièmement, elle indique les moyens de modifier les lois et les institutions en vigueur dans la société humaine. À chaque étape du mouvement islamique, la nécessité de directives correctes sur les questions mentionnées était aussi grande dans le passé qu’elle l’est aujourd’hui et le sera à l’avenir.
Les caractéristiques de la société islamique
La caractéristique de la société islamique est que toutes ses affaires sont administrées exclusivement sur la base de la servitude envers Allah le Très-Haut. La kalima de la shahada reconnaît cette servitude et en détermine les moyens et les modalités. Les croyances de la société, tous les rites du culte, les lois, les règles et les coutumes ne font que présenter le modèle concret de cette servitude. Celui qui ne croit pas à l’unicité d’Allah n’est en réalité pas disposé à se consacrer à la servitude envers Allah, l’Unique et le Seul.
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« Et Il a interdit de reconnaître deux divinités comme objets d’obéissance en dehors d’Allah. Il n’y a qu’une seule divinité. Craignez donc uniquement Moi. Tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre Lui appartient, et seule Sa religion est en vigueur. Allez-vous malgré tout craindre d’autres qu’Allah ? » — An-Nahl : 51-52
De même, celui qui, délaissant Allah, se soumet à une autre puissance ou considère cette puissance comme associée à Allah ne peut être le serviteur du Dieu unique et sans égal.
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« Dis, ô Prophète : ma prière, mon sacrifice, ma vie et ma mort sont entièrement consacrés à Allah, le Seigneur des mondes. Il n’a aucun associé. C’est cela qui m’a été ordonné, et je suis le premier à me soumettre. » — Al-An‘âm : 162-163
De nouveau, celui qui abandonne les lois établies par le Messager (paix et salut sur lui) et entreprend d’élaborer des lois à partir d’une autre source est lui aussi privé d’un dévouement exclusif au service d’Allah.
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« Ont-ils donc établi comme associés à l’autorité d’Allah d’autres divinités ? Et cette puissance aurait-elle institué pour eux un système équivalent à la religion, alors qu’Allah ne l’a pas autorisé ? » — Ash-Shûrâ : 21
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« Acceptez ce que le Messager vous donne et abstenez-vous de ce qu’il vous interdit. » — Al-Hashr, 7
Telle est la source du pouvoir dans la société islamique. Dans la société, la servitude envers Allah se manifeste dans la croyance et la conduite de chaque individu. De même, si la société est privée de la servitude envers Allah Ta‘ala à travers les actes d’adoration et les rites de ses membres, ainsi que par son organisation collective, ses lois et ses principes sociaux, elle se trouve privée de l’islam dans sa plénitude. En effet, en raison d’un tel vide, une société ne peut être édifiée sur le fondement de la profession de foi.
C’est de cette seule manière qu’une société peut se transformer en société islamique. Tant qu’un groupe n’a pas adopté, avec une entière sincérité, l’attitude de servitude envers Allah, il ne peut être considéré comme un groupe islamique, pas plus qu’une société ne peut être considérée comme une société islamique. En effet, le premier fondement de la société islamique est la profession de foi « Lā ilāha illā Allāh, Muḥammadur Rasūlullāh » ; tant qu’elle ne prend pas forme à tous les niveaux de la société, la société islamique ne peut se manifester.
Ainsi, la toute première étape de l’entreprise visant à établir une société islamique doit consister à libérer les cœurs des hommes de toute inclination à la servitude et à l’obéissance envers toute puissance autre qu’Allah. Seuls ceux dont les cœurs, libérés de la servitude envers d’autres puissances, ont atteint la pureté, se réuniront pour former une Oumma. Seuls ceux qui sont entièrement libérés, dans tous les domaines — croyance, culte, lois et autres — de l’obéissance à toute puissance autre qu’Allah, sont aptes à établir une société islamique. Ceux qui souhaitent vivre selon l’islam entreront spontanément dans cette société, et leur croyance, leur adoration et leur conduite seront toutes consacrées à l’Allah unique. En un mot, leur vie donnera une forme concrète à la profession de foi « Lā ilāha illā Allāh, Muḥammadur Rasūlullāh ».
C’est ainsi que la première Oumma musulmane s’est constituée, et la société islamique a vu le jour comme conséquence naturelle de la formation de cette Oumma. C’est l’unique voie pour former l’Oumma musulmane et établir la société islamique.
La méthode de formation de la société islamique
La société islamique ne peut être établie qu’après que l’individu et la collectivité ont conjointement renoncé totalement à la servitude envers toute puissance autre qu’Allah. Il faut se libérer des deux formes de soumission : l’obéissance totale à d’autres puissances, ou l’obéissance mêlée à celle due à Allah Ta‘ala. En effet, Allah Ta‘ala n’a aucun associé. Il faut prendre la résolution d’organiser sa vie sur la base d’une telle soumission à Allah Ta‘ala. De cette résolution naîtra une nouvelle Oumma. Une nouvelle société fait son apparition au sein de l’ancienne société fondée sur la jāhiliyyah ; par une nouvelle croyance, une nouvelle doctrine et un nouveau mode de vie, cette société nouvelle atteint la pleine expression de la profession de foi « Lā ilāha illā Allāh, Muḥammadur Rasūlullāh ». L’ancienne société de la jāhiliyyah peut se fondre dans cette nouvelle société, tenter de conclure un compromis avec elle, ou encore lui livrer combat. L’histoire nous apprend que la société jāhilite a déclaré la guerre aux initiateurs du mouvement dès la première entreprise visant à établir la société islamique. Dès qu’un petit nombre de personnes répondirent à l’appel du mouvement, le combat commença du côté de la jāhiliyyah. À mesure que le mouvement prit de l’ampleur, leur lutte devint plus intense. Même après l’établissement de la société islamique, les groupes porte-drapeaux de la jāhiliyyah continuèrent le combat. De Noé (paix sur lui) à Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), la société du faux a adopté la même attitude en réponse à l’appel de chacun des prophètes.
Il est donc évident que la communauté musulmane ne peut se constituer tant qu’elle n’a pas acquis la force nécessaire pour repousser les attaques de la jahiliyyah. Et si elle se constitue sans cela, elle ne pourra en aucun cas subsister. Il est nécessaire d’acquérir de la force dans tous les domaines : la force de la foi et de la croyance, la force de la formation et de la moralité, la force d’organiser une communauté et de la maintenir, ainsi que, sinon la force de prendre le dessus sur le faux, du moins celle qui est nécessaire pour repousser les attaques des forces du faux.
La jahiliyyah et son remède
Voyons maintenant ce que nous entendons par société fondée sur la jahiliyyah et comment l’islam entend affronter cette société :
Tout système social extérieur à la société islamique est une société fondée sur la jahiliyyah. Pour définir cette société en termes plus clairs, il faut dire que toute société dont les croyances, les conceptions, les actes de culte et les coutumes ne sont pas établis sur la soumission au Dieu unique et sans associé est une société de la jahiliyyah.
Selon cette définition, toutes les sociétés qui existent actuellement dans le monde sont des sociétés de la jahiliyyah.
La société communiste est l’une de ces sociétés jahilies. La première preuve de cette affirmation est que cette société nie l’existence d’Allah et croit que toutes les activités de l’être humain ainsi que son histoire sont déterminées par l’économie ou par les moyens et les facteurs de production. Deuxièmement, toutes les coutumes de cette société sont fondées sur la soumission au Parti communiste, et non à Allah. Dans tous les pays communistes du monde, le contrôle total et la direction du pays sont entre les mains du Parti communiste. En outre, la conséquence concrète de ce système social est que les besoins fondamentaux de l’être humain sont considérés comme équivalents à ceux des animaux. Dans cette société, on ne conçoit aucun besoin humain au-delà des besoins de nourriture, de boisson, de vêtements, de logement et d’instinct sexuel. Le système communiste a totalement renoncé à l’élévation spirituelle de l’être humain. Or, c’est précisément à partir de là que se manifeste la différence entre l’être humain et les animaux. La première étape de l’élévation spirituelle consiste à croire en Allah et à être libre de proclamer publiquement cette croyance. Plus important encore, ce système social prive l’être humain de la liberté de développer ses facultés. La personnalité de l’être humain se développe à travers les éléments suivants.
Un : la propriété des biens personnels.
Deux : la liberté de choisir sa profession.
Trois : le droit et la possibilité d’acquérir une compétence particulière dans n’importe quelle profession.
Quatre : le droit d’exprimer ses sentiments à travers les différents arts.
C’est à travers les éléments susmentionnés que l’être humain acquiert sa supériorité sur les animaux et les machines. Mais, en privant les êtres humains de ces éléments, le système communiste les contraint à tomber au niveau des bêtes et des machines.
Dans la société idolâtre également, la jahiliya revêt la même forme. On trouve ce type de société en Inde, au Japon, aux Philippines et en Afrique. La jahiliya idolâtre se caractérise comme suit :
Un : ils adorent, en plus d’Allah, d’autres divinités imaginaires ; dans certains cas, ils adoptent d’autres divinités à la place d’Allah.
Deux : ils ont établi des règles et des méthodes détaillées pour le culte et la vénération de diverses divinités masculines et féminines.
De même, leurs lois, leurs règles et leurs coutumes, c’est-à-dire leur mode de vie, ont été élaborées à partir d’autres sources, en abandonnant la charia donnée par Allah. Parmi ces sources figurent les prêtres, les astrologues, les magiciens, les dirigeants de la société, ainsi que les organismes qui s’arrogent la pleine autorité de légiférer au nom de la nation, d’un parti ou d’une autre cause, sans accorder la moindre importance à la charia donnée par Allah. Pourtant, le pouvoir absolu de légiférer appartient à Allah, et ces lois ne peuvent être appliquées que selon la voie suivie par le Messager d’Allah (s.a.s.).
Toutes les sociétés constituées par les juifs et les chrétiens sont fondées sur la jahiliya. Ils ont modifié leurs croyances fondamentales. Ils ont attribué à d’autres forces certains des attributs d’Allah. Ils imaginent des relations de diverses natures entre Allah et les êtres humains. Ils croient que certains individus sont les fils d’Allah. Puis ils ont divisé l’Allah unique en trois parties et créé la doctrine de la Trinité. Parfois, ils présentent Allah d’une manière étrange, bien que cette conception soit totalement différente de l’identité réelle d’Allah.
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« Les Juifs disent : “Uzayr est le fils d’Allah.” Et les chrétiens disent : “Le Messie est le fils d’Allah.” Ils répètent ces paroles infondées en imitant leurs prédécesseurs. Qu’Allah les anéantisse ! Comme ils s’égarent ! » — At-Tawbah : 30
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« Ceux qui disent qu’Allah est l’un des trois commettent assurément la mécréance. Car il n’y a de divinité que l’Unique Allah. S’ils ne renoncent pas à ces propos, ceux d’entre eux qui mécroient subiront un châtiment douloureux. » — Al-Mâ’idah : 73
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« Les Juifs disent : “La main d’Allah est liée.” En réalité, ce sont leurs propres mains qui sont liées, et ils sont maudits pour leurs paroles et leurs actes indécents. La main d’Allah est libre, et Il dépense comme Il le veut. »
— Al-Mâ’idah : 64
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« Les Juifs et les chrétiens disent qu’ils sont les enfants et les bien-aimés d’Allah. Demande-leur : “Si tel est réellement le cas, pourquoi vous châtie-t-Il pour vos péchés ?” En réalité, vous n’êtes que des êtres humains parmi les autres serviteurs qu’Allah a créés. »
— Al-Mâ’ida : 18
Toutes les méthodes de culte, les coutumes, les usages et les comportements de ces sociétés sont façonnés par leurs croyances doctrinales erronées ; c’est pourquoi ces sociétés sont des sociétés jahiliennes. Elles le sont également parce que toutes leurs institutions et leurs lois n’ont pas été établies sur la base de la soumission à Allah, l’Unique et sans associé. Elles n’acceptent pas la loi d’Allah et ne sont pas davantage disposées à reconnaître Ses directives comme source du droit. Au contraire, elles ont accordé à une assemblée législative composée d’êtres humains l’autorité pleine et entière d’édicter les lois. Or ce pouvoir appartient exclusivement à Allah. À l’époque de la révélation du Coran, ceux qui avaient conféré à leurs chefs religieux et à leurs prêtres le pouvoir d’édicter les lois ont été qualifiés de polythéistes par le Coran.
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« Ils ont pris leurs savants et leurs prêtres pour seigneurs en dehors d’Allah, ainsi que le Messie, fils de Marie. Pourtant, il ne leur a été ordonné d’adorer nul autre que l’Unique Allah. Il n’y a de digne d’adoration que Lui. Allah est totalement exempt de leurs pratiques polythéistes. » — At-Tawba : 31
Ces gens ne considéraient pas leurs savants et leurs prêtres comme des divinités et ne les adoraient pas non plus. Cependant, ils se conformaient aux lois édictées par ces chefs religieux et ces prêtres. Or Allah ne leur avait pas permis d’agir ainsi. C’est pourquoi le Coran a qualifié de polythéistes les Juifs et les chrétiens de cette époque. Aujourd’hui encore, la situation est la même ; la seule différence est que le droit d’élaborer les lois a été retiré des mains des chefs religieux et des prêtres et confié à des assemblées législatives élues. Il va sans dire que les membres de ces assemblées ne sont eux aussi que des êtres humains, tout comme les chefs religieux.
Enfin, il convient également de souligner que les sociétés prétendument musulmanes de l’époque actuelle sont elles aussi des sociétés jahiliennes. Elles n’ont certes pas cru en d’autres divinités qu’Allah et ne se sont pas livrées à leur adoration. Pourtant, leur société demeure une société jahilienne, car elles n’ont pas établi leur mode de vie sur la base de la soumission à Allah, l’Unique et sans associé. Bien qu’elles croient à l’unicité d’Allah, elles ont confié à des êtres humains semblables à elles le droit d’élaborer et de mettre en application les lois et les prescriptions d’Allah ta‘âlâ ; en acceptant les coutumes, les usages, les lois et les règles ainsi que les valeurs de vie élaborés par les hommes, elles ont reconnu l’autorité des êtres humains dans presque tous les aspects et domaines de la vie.
Au sujet du gouvernement et de l’élaboration des lois, Allah ta‘âlâ a dit :
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« Ceux qui ne jugent pas selon ce qu’Allah a révélé sont des mécréants. »
— Al-Mâ’ida : 44
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« Ô Prophète, n’as-tu pas vu ceux qui prétendent, à travers les âges, croire que ce qui t’a été révélé ainsi que ce qui a été révélé à tes prédécesseurs est la vérité ? Pourtant, pour régler leurs litiges et leurs affaires, ils se présentent devant le tâghût, alors qu’il leur avait été ordonné de le renier. — An-Nisâ’ : 60
Auparavant, Allah Très-Haut avait déclaré les Juifs et les chrétiens coupables de ce crime et les avait accusés de s’être détournés de l’adoration d’Allah par le shirk et la mécréance, ainsi que d’avoir accordé aux chefs religieux et aux prêtres des droits divins. Aujourd’hui, ceux qui se réclament de l’islam ont confié ces mêmes droits à un certain nombre d’hommes semblables à eux. De même qu’Allah Très-Haut a qualifié de shirk le fait que les Juifs et les chrétiens aient fait de Jésus, fils de Marie (que la paix soit sur lui), un « Seigneur » et un « Dieu », puis l’aient adoré, de même Il a qualifié de shirk le fait d’accorder aux chefs religieux et aux prêtres le droit d’élaborer les lois et les prescriptions. Il n’a établi aucune différence entre ces deux formes de shirk. Ces deux actes constituent pareillement un abandon de l’adoration d’Allah Très-Haut, l’Unique, un éloignement de la religion d’Allah et une opposition à l’attestation « Il n’y a de divinité qu’Allah ». »
Même parmi les musulmans, beaucoup croient ouvertement à la laïcité. Ils n’ont absolument aucun rapport avec la religion. D’autres, après avoir verbalement reconnu croire à la religion, l’abandonnent totalement dans la pratique. Ils disent ne pas croire aux choses invisibles. Ils prétendent vouloir édifier leur vie sociale sur la base de la science. Selon eux, la science et les réalités invisibles sont contradictoires. Il va sans dire que ces affirmations sont dues à l’ignorance. Seuls les ignorants peuvent tenir de tels propos. Certaines sociétés ont remis à d’autres qu’à Allah le droit d’élaborer les lois et les prescriptions. Ces législateurs élaborent les lois selon leurs propres désirs et prétendent : « Voilà la charia d’Allah. » Bien que ces sociétés soient diverses, elles se ressemblent sur un point : elles ne se soumettent pas à Allah.
La discussion précédente a clairement fait apparaître le point de vue de l’islam sur toutes les formes de sociétés de la Jâhiliyyah. En un mot, l’islam considère ces sociétés comme non islamiques. Quels que soient les noms qu’elles portent extérieurement, leur réalité intérieure est identique sur ce point : elles n’ont pas élaboré leur système de vie sur la base d’une soumission totale à Allah Très-Haut, l’Unique. De ce point de vue, elles suivent la voie de la mécréance, conformément à la pratique des sociétés de la Jâhiliyyah.
Nous abordons maintenant la dernière question. Cette question a été évoquée dès le début de ce chapitre. La question est la suivante : de quelle manière l’islam purifie-t-il les activités et les agissements humains ? Comment l’a-t-il fait dans le passé, et quels moyens adoptera-t-il à cette fin dans un avenir proche et lointain ? Dans notre discussion intitulée « La nature de la société musulmane », nous avons montré que cette société prend ses décisions dans tous les domaines sur la base d’une soumission totale à Allah Ta‘ala.
Après avoir établi les caractéristiques de la société musulmane, il nous devient plus facile de trouver la réponse à la question suivante : sur quelle base le mode de vie des êtres humains sera-t-il édifié ? La religion et le code de vie donnés par Allah Ta‘ala seront-ils adaptés aux besoins humains, ou bien le système conçu par l’homme ?
L’islam nous fait savoir, en termes extrêmement clairs et énergiques, que seule la religion d’Allah et le code de vie qui en découle constituent un système efficace pour l’être humain. Sans accepter cette religion, le premier pilier de l’islam, « لا –إلهা إল্লাল্লাহু মুহাম্মাদুর রাসূলুল্লাহ », ne peut jamais être établi, et l’influence de la Kalima ne se manifeste dans aucun domaine de la vie. Il ne peut y avoir de soumission totale à Allah Ta‘ala, conformément à l’enseignement du Prophète, sans adopter ce principe sans hésitation et le suivre fidèlement. Allah Ta‘ala a dit :
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« Acceptez ce que le Messager vous donne et abstenez-vous de ce qu’il vous interdit. » — Al-Hashr : 7
De plus, l’islam a également posé à l’être humain la question suivante —
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C’est-à-dire : « Il ne vous a été accordé qu’une connaissance infime. » Il faut très naturellement admettre que Celui entre les mains de qui se trouve le trésor de la connaissance, le Créateur et le Nourricier, est également le Souverain des hommes, et que seule la règle de vie qu’Il a donnée peut constituer la véritable règle de vie pour l’humanité. C’est donc Sa directive qui sera la source des lois et des règlements. Les troubles et les catastrophes proviennent des règles de vie et des lois élaborées par les hommes. En effet, avec une connaissance incomplète et parfois dans l’ignorance, les hommes élaborent des lois. C’est pourquoi ces lois deviennent, peu après, incohérentes et inadaptées. De plus, l’ignorance et la connaissance incomplète engendrent toutes sortes de complications.
Le dîn d’Allah n’est pas un ensemble de principes temporaires et fluctuants. La seconde partie de la kalima, l’expression « Muhammad est le Messager d’Allah » (s.a.s.), a rendu précis et immuables les principes fondamentaux de la règle de vie islamique. La conception et les principes de l’islam définis par Muhammad (s.a.s.) sont éternels. Dans tout domaine où le Coran ou le Messager (s.a.s.) a énoncé clairement un principe, ce principe énoncé constituera la base de la décision. Si aucune directive explicite n’est trouvée sur une question, il faut alors prendre une décision par l’ijtihâd (réflexion et recherche). Il faut toutefois se rappeler que l’ijtihâd doit être exercé à l’intérieur des limites des principes établis par Allah et Son bien-aimé Messager (s.a.s.). Aucune décision ne peut être prise selon ses propres désirs.
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« Si vous divergez sur une question, renvoyez-la à Allah et au Messager. » — An-Nisâ’ : 59
Les règles et méthodes de l’ijtihâd ainsi que de la décision par analogie, en formulant une estimation concernant une question comparable à une autre, ont également été établies. Ces règles et méthodes sont parfaitement claires et universellement connues. Mais nul n’a le droit de déclarer que les lois qu’il a lui-même élaborées constituent la charia d’Allah. Toutefois, si l’on reconnaît la souveraineté d’Allah, si on Le reconnaît comme le seul titulaire légitime du droit d’établir les lois et les prescriptions d’Allah, et si, au lieu d’élever une nation, un groupe ou un individu à ce rang, on élabore sincèrement les lois conformément au Livre d’Allah et à la Sunna du Messager (s.a.s.), alors ces lois et prescriptions doivent légitimement être reconnues comme la charia d’Allah. Mais nul n’a le droit, à l’instar de l’Église européenne, d’utiliser le nom d’Allah pour élaborer des lois au gré de ses propres désirs. L’islam ne connaît pas de pouvoir ecclésiastique. En dehors du Messager d’Allah (s.a.s.), aucun être humain n’a reçu le pouvoir de promulguer des prescriptions au nom d’Allah.
L’islam a imposé certaines conditions à l’ijtihâd et en a fixé les limites. Nul n’a le pouvoir de transgresser ces limites.
L’expression « une règle de vie pour la vie » est souvent interprétée dans un sens totalement erroné et utilisée d’une manière très incohérente. Certes, l’islam a été établi pour faciliter la voie de la vie aux hommes. Mais de quel genre de vie s’agit-il ? L’idéal de vie islamique a été conçu afin que les hommes vivent conformément à une règle de vie et à des usages fondés sur les principes propres à l’islam. Cet idéal de vie est pleinement conforme à la nature humaine et capable de répondre à tous les besoins de l’être humain. Car le Créateur de l’homme connaît parfaitement les besoins de Sa créature.
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« Celui qui est le Créateur ne connaît-Il pas Ses créatures ? Il est le Subtil, parfaitement informé de toute chose. » — Al-Mulk : 14
Ce n’est pas le rôle de la religion que l’être humain vive selon ses propres désirs et que l’islam approuve toutes ses bonnes et mauvaises actions. La religion est le critère du bien et du mal. Selon ce critère, ce qui est établi comme bon est acceptable, et ce qui est établi comme mauvais doit être rejeté. Si toute la structure de la société existante repose sur une idéologie contraire à la religion, alors l’objectif de l’islam est de transformer l’ensemble de cette structure sociale et d’édifier une nouvelle société. Telle est donc l’interprétation correcte de l’expression : « Le code de vie est pour la vie. » Autrement dit, le but de la religion, ou du code de vie, est de façonner la vie conformément au code de vie.
On pourrait ici demander : la recherche du bien-être de l’humanité n’est-elle pas le meilleur critère pour résoudre les problèmes ? En réponse à cette question, nous citons de nouveau la question soulevée par l’islam et la réponse donnée par l’islam. La question est la suivante —
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« Qui possède le plus de savoir, vous ou Allah ? La réponse est
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« Allah est le véritable détenteur du savoir, tandis que vous êtes ignorants. » — Al ‘Imran : 66
La Loi islamique qu’Allah le Très-Haut a établie et que le Messager (paix et salut sur lui) nous a transmise a été instituée précisément pour répondre aux besoins humains. Si quelqu’un pense que le bien-être de l’être humain ne réside pas dans le respect du code de vie donné par Allah, mais dans la désobéissance, cette personne est, en premier lieu, plongée dans une conception erronée. Allah le Très-Haut a dit à leur sujet —
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« Ils suivent des conjectures et leurs propres penchants. Pourtant, une règle de vie leur est venue de la part de leur Seigneur. Feront-ils donc tout ce que les hommes désirent ? Alors que tout le bien de ce monde et de l’au-delà est entre Ses mains. » — An-Najm : 23-25
Deuxièmement, cette personne doit comprendre que l’attitude qu’elle a adoptée à l’égard de la charia d’Allah n’est rien d’autre que de l’incroyance. Après avoir déclaré que le bien et le salut de l’humanité résident dans la désobéissance aux prescriptions et aux interdits de la charia, comment peut-elle encore être reconnue comme adepte du dîn ? Après avoir transgressé la charia, personne ne peut être considéré comme pratiquant sa religion.
Sixième chapitre
Une conception universelle de la vie
L’islam fonde la croyance et la foi de l’être humain sur la soumission totale à Allah, et établit sur cette base sa manière de vivre. La forme de cette soumission à Allah se manifeste dans la cohérence entre sa pensée fondamentale, les rites de son adoration et toutes les règles élaborées pour la vie quotidienne. La réalité de la formule « Lā ilāha illā Allāh » se révèle précisément à travers la conduite humble et servile de l’être humain. Deuxièmement, pour élaborer des lois détaillées dans tous les domaines de la vie, il faut suivre la voie indiquée par Muhammad, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
Ces deux parties de la formule, réunies, déterminent les grandes lignes et les caractéristiques de la structure sociale fondée sur la conception islamique de la vie. Il est donc naturel que cette structure sociale donne naissance à une société incomparable, entièrement différente de toutes les sociétés créées par l’être humain. Cette société nouvelle et caractéristique instaurée par l’islam devient parfaitement conforme aux lois naturelles qui régissent l’ensemble de l’univers, y compris le corps humain.
Selon la perspective islamique, l’ensemble de l’univers est la création d’Allah. Allah, exalté soit-Il, a voulu créer l’univers, et de cette volonté est né le vaste monde. Puis Il a établi pour la création un certain nombre de lois qu’elle a commencé à observer. Il convient de noter que les règles en vigueur dans les différentes parties de la création, connues sous le nom de lois naturelles, sont entièrement harmonieuses et cohérentes entre elles.
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« Lorsque Nous voulons créer quelque chose, Nous disons seulement : “Sois !” — et elle est. » — An-Nahl : 40
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« Il a créé toute chose et a assigné à chacune sa juste place. » — Al-Furqan :
Une volonté invisible gouverne le monde créé. Une force immense dirige chaque atome et chaque particule de la création. Une loi ferme maintient ce vaste univers dans les liens de l’ordre. C’est cette force qui préserve l’équilibre entre les différentes parties de la création et régule le mouvement du monde en marche. C’est pourquoi il n’y a jamais de collision entre les différentes parties de la création. Nulle part le désordre n’apparaît, jamais son mouvement naturel ne s’arrête soudainement. Et les forces présentes dans l’univers ne se séparent jamais les unes des autres. Tant que le Créateur les dirigera ainsi, elles suivront Sa volonté. L’ensemble du monde créé est soumis au Créateur. Le monde créé n’a aucun pouvoir de violer la loi qu’Il a établie ni de Lui désobéir. C’est grâce à son obéissance constante au Créateur et à sa soumission totale devant Lui que l’ensemble du monde créé subsiste harmonieusement et continue d’accomplir son devoir propre, sans le moindre désordre, dans un mouvement ininterrompu.
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« Certes, Allah le Très-Haut est votre Seigneur, Celui qui a créé les cieux et la terre en six jours, puis S’est établi sur le Trône. Il fait recouvrir le jour par les ténèbres de la nuit et fait succéder la nuit au jour. C’est Lui qui a créé le soleil, la lune et les étoiles. Tous obéissent à Son ordre. Sachez que la création Lui appartient ; cette création se conformera donc à Sa volonté. Il est le Très-Grand, le Maître et le Seigneur de l’univers tout entier. »
La part biologique du corps humain
L’être humain est une partie de ce vaste univers. La partie biologique du corps humain obéit elle aussi aux lois auxquelles se conforme le monde créé. Allah Très-Haut est le Créateur de l’univers et de l’être humain. Le corps humain a été créé à partir de la terre. Cependant, Allah Très-Haut a accordé à l’être humain certaines caractéristiques grâce auxquelles celui-ci a obtenu une dignité bien supérieure à celle de la terre, élément fondamental de sa création. Mais, dans sa dimension biologique, son corps obéit, comme celui des autres êtres vivants, aux lois du monde créé. L’être humain vient au monde par la volonté d’Allah, et non par celle de ses parents. Ceux-ci peuvent s’unir l’un à l’autre, mais ils n’ont aucun pouvoir de donner forme à un être humain à partir d’une goutte de sperme. Le commencement de la vie humaine dans le sein maternel, la durée du séjour dans le sein maternel, la naissance et les autres étapes de ce processus s’accomplissent conformément aux lois qu’Allah a établies. L’être humain respire l’air de l’atmosphère créée par Allah, selon les modalités et dans les proportions qu’Il a déterminées. Pour tout ce qui concerne l’acquisition de ses sensations et de sa faculté de comprendre, la perception de la douleur et de la souffrance, de la faim et de la soif, ainsi que l’alimentation et la boisson, il est contraint de se conformer aux lois établies par Allah. De ce point de vue, il n’existe aucune différence entre l’être humain et les autres créatures, animées ou inanimées. Tous se sont soumis sans condition à la volonté et aux prescriptions d’Allah.
Le Très-Haut, qui a créé le vaste univers et l’être humain, et qui a créé le corps biologique de l’être humain en le soumettant aux lois naturelles, est précisément Celui qui a établi une charia pour la vie pratique de l’être humain. Si l’être humain se conforme à cette charia, sa vie pratique s’harmonise avec sa nature corporelle. En considérant la question sous cet angle, on comprend que la charia islamique constitue une partie des lois naturelles universelles, et que ces lois naturelles régissent le corps et l’être biologique de l’être humain. Chaque parole d’Allah — qu’il s’agisse d’un ordre ou d’une interdiction, d’une bonne annonce ou d’un avertissement, d’une loi ou d’un conseil — n’est qu’une des diverses composantes de la loi universelle d’Allah. Ces lois et prescriptions sont connues sous le nom de lois naturelles, et cette loi constamment active est toujours parfaite et efficace. Depuis le commencement de la création, nous observons dans tout l’univers la prééminence de lois immuables et valables en tout temps ; la charia établie pour la vie humaine, en tant qu’elle en constitue une partie, est tout aussi immuable et efficace. La finalité de la charia accordée par Allah est d’organiser la vie humaine en parfaite harmonie avec les lois naturelles générales qui régissent le monde créé.
Il est donc indispensable que l’être humain se conforme à la charia d’Allah, car c’est par cette conformité que son mode de vie peut s’harmoniser avec le cours du monde créé. De plus, seule la charia d’Allah peut mettre en accord les règles morales de sa vie pratique avec les lois naturelles et biologiques qui agissent dans son corps. Ce n’est que par ce moyen que sa personnalité intérieure et extérieure peut être pleinement harmonisée.
Il n’est pas possible à l’être humain de comprendre pleinement la pertinence de toutes les lois de la création. Il ne peut pas non plus saisir le lien qui les unit. Il ne parvient pas toujours à comprendre le but inhérent des lois naturelles qui agissent dans son corps, ni des lois biologiques qu’il est incapable de transgresser, ne serait-ce qu’un instant. L’être humain n’a donc pas la capacité d’élaborer pour lui-même un système de vie en harmonie avec le monde créé. Il est même incapable d’établir des règles parfaitement équilibrées, adaptées aux besoins intérieurs et extérieurs de son propre corps. Cette tâche relève entièrement du Créateur de l’être humain et de l’univers. Celui-ci ne régit pas seulement le monde naturel : Il régit également tous les aspects de la vie pratique de l’être humain, et établit et promulgue, selon Sa volonté, des lois impartiales et exemptes de défauts pour tous.
Il est donc extrêmement nécessaire de se soumettre à la charia afin d’assurer l’harmonie entre les différents aspects et domaines de la vie et d’affermir la croyance islamique. En effet, il est impossible de devenir un véritable musulman sans se soumettre pleinement à Allah Très-Haut selon la voie montrée par le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Autrement dit, tant que les deux parties du premier pilier de l’islam — « Lā ilāha illā Allāh » et « Muḥammad rasūl Allāh » — ne sont pas concrétisées dans la vie réelle de l’être humain, aucun domaine de la vie individuelle ou collective ne s’illumine de la lumière de l’islam.
Établir une harmonie entre la vie humaine et les lois naturelles est très bénéfique pour l’être humain. Cette disposition est absolument nécessaire pour préserver la vie humaine de la désintégration et de la catastrophe. Pour trouver la paix en soi et bénéficier des avantages d’une coexistence pacifique avec le monde naturel, il est indispensable d’élaborer des règles parfaitement harmonisées avec celui-ci. Par ce même moyen, l’être humain ressentira également le bonheur et la paix dans son esprit, car son mode de vie pourra répondre aux exigences naturelles de son corps. Les besoins biologiques du corps et le système de vie de l’être humain ne s’opposeront alors plus l’un à l’autre.
La charia d’Allah Très-Haut établit très aisément une harmonie entre le comportement extérieur de l’être humain et ses besoins intérieurs. Lorsque l’être humain réussit à établir avec la nature une relation d’harmonie et de coopération, des relations de coopération et de complémentarité s’établissent naturellement dans ses rapports avec les autres et dans la conduite de la lutte ordinaire de la vie. En effet, lorsque l’être humain s’habitue à vivre en harmonie avec le monde naturel, son mode de vie et les lois de la nature se trouvent soumis au système global de régulation de l’univers. Ainsi, les discordances et les oppositions réciproques disparaissent de la vie collective, et un système social sain et parfait se met en place. L’humanité atteint le bien-être, le bonheur et la paix.
Grâce à ce système, les mystères cachés du monde naturel se révèlent à l’être humain. Les innombrables forces secrètes de l’univers en expansion deviennent accessibles à l’être humain, qui en acquiert la maîtrise. Les serviteurs d’Allah emploient ces forces et ces ressources de la nature au bénéfice de l’humanité, conformément aux prescriptions de la charia d’Allah. Aucun conflit ne se produit nulle part. Il n’existe aucune opposition entre l’être humain et le monde naturel. Les désirs et les convoitises personnels de l’être humain ne peuvent pas se dresser contre la charia d’Allah. Allah Très-Haut dit :
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« Si la Vérité suprême avait été mise au service de la satisfaction de leurs passions, l’ordre de toutes les créatures dans les cieux, sur la terre et entre les deux aurait été rompu, et le chaos aurait fait son apparition. » — Al-Mu’minun : 71
La Vérité suprême est indivisible — L’exposé précédent nous a appris que la Vérité suprême constitue une unité parfaite. C’est sur elle que repose le fondement de la religion. Toute l’organisation des cieux et de la terre est établie sur la base de la Vérité suprême. Toutes les affaires de ce monde et de l’au-delà seront tranchées à la lumière de la Vérité suprême, et l’homme devra rendre des comptes devant Allah au sujet même de cette grande vérité. Allah Tout-Puissant punira les transgresseurs selon la justice de la Vérité suprême, et Il évaluera leurs actes à l’aune de cette même vérité. La loi qui régit et contrôle l’immense univers n’est autre que la Vérité suprême. Toutes les créatures de l’univers, qu’elles soient vivantes ou inanimées, se sont soumises à cette Vérité suprême, et l’ensemble de la création est retenu dans ses liens rigoureux.
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« Nous vous avons révélé un Livre qui contient votre propre rappel. Ne réfléchissez-vous donc pas à son contenu ? Combien de cités injustes avons-Nous anéanties ! Puis Nous leur avons substitué d’autres peuples. Lorsque Notre châtiment s’abattit sur eux, ils se mirent à fuir précipitamment. (Il leur fut dit 🙂 “Ne fuyez pas ! Retournez à vos demeures et à vos lieux de plaisirs, car c’est là que vous devrez rendre compte de vos actes.” Ils dirent : “Malheur à nous ! Nous avons certainement été injustes.” Ils continuèrent à pousser ces lamentations jusqu’à ce que Nous les eussions réduits à néant et anéantis. Nous n’avons pas créé les cieux, la terre et ce qui se trouve entre eux pour nous divertir. Si Notre dessein avait été de fabriquer des jouets, Nous aurions pu en créer par quelque autre moyen. Mais Nous faisons voler en éclats la tête du faux en le frappant avec la Vérité suprême, et le faux disparaît aussitôt. Et c’est au milieu de vos propos forgés de toutes pièces que se trouve la cause de votre perte. À Allah appartient tout ce qui a été créé dans les cieux et sur la terre. Les anges qui se trouvent auprès de Lui ne s’abstiennent jamais de Le servir par orgueil et ne sont jamais accablés d’humiliation. Nuit et jour, ils Le glorifient sans jamais dévier, ne serait-ce que d’un instant. » — Al-Anbiya : 10-12
La création est fondée sur la Vérité suprême
Au plus profond de la nature humaine réside une perception complète de la Vérité suprême. La beauté et la constitution du corps humain, ainsi que la perfection de la création et les ressources de l’immense univers qui l’entoure, lui rappellent que l’univers repose sur la Vérité suprême. Celle-ci en est l’élément fondamental ; prenant la forme d’une loi centrale puissante, elle confère à la création stabilité et solidité. C’est pourquoi aucun désordre n’apparaît nulle part dans la création. Une partie de celle-ci n’entre pas en conflit avec une autre. Rien ne s’y produit sans raison. On ne trouve non plus aucune raison valable de considérer l’ensemble de la création comme le résultat de simples accidents. Rien dans la création n’est dépourvu de plan. On n’y observe pas davantage la moindre trace des actes extravagants d’êtres humains dérangés. Au contraire, on voit la création évoluer avec aisance sur une voie déterminée, dans le strict respect d’un ordre rigoureux. Lorsque l’homme, s’écartant de la Vérité suprême cachée dans les profondeurs de son cœur, commence à aller à l’encontre de sa propre nature et, sous la pression de ses penchants arbitraires, donne la priorité à ses propres opinions plutôt qu’aux prescriptions d’Allah, c’est alors que le désastre commence. Au lieu de se soumettre au Seigneur de l’univers en harmonie avec l’ensemble de la création, l’homme proclame sa rébellion ; c’est alors que le trouble apparaît partout.
Les conséquences néfastes de l’écart à la Vérité suprême
Lorsque commencent la divergence et le conflit entre l’être humain, sa propre nature et le monde naturel, ils prennent progressivement de l’ampleur et provoquent la division et l’opposition entre les individus, les différents groupes ou partis, ainsi qu’entre les diverses nations et tribus. Ainsi, au lieu d’être consacrées au progrès et au bien-être de l’humanité, toutes les forces et toutes les ressources de l’univers finissent par devenir la cause de sa destruction.
Il ressort de la discussion précédente que l’objectif de l’instauration de la loi d’Allah dans le monde d’ici-bas n’est pas seulement le bien-être dans l’au-delà. Le monde d’ici-bas et l’au-delà ne sont pas deux réalités distinctes, mais se complètent mutuellement. La charia donnée par Allah établit un équilibre entre les deux et relie la vie humaine aux lois solides qui régissent l’univers. Grâce à l’harmonie ainsi établie entre la vie humaine et les lois présentes dans l’univers, l’être humain devient digne d’une félicité et d’un bien-être sans mesure, et ces fruits ne sont pas différés jusqu’à l’au-delà seulement. Ils se manifestent également dans la vie d’ici-bas. Toutefois, les bienfaits de l’idéal de vie islamique atteindront leur plénitude dans l’au-delà.
Les éléments fondamentaux de la conception islamique du monde créé et de l’être humain en tant que partie de ce monde ont été exposés plus haut. Cette conception est entièrement différente de toutes les conceptions et croyances répandues dans le monde. C’est pourquoi la conception islamique du monde créé et de l’être humain n’impose pas à l’être humain certaines responsabilités et certains devoirs. Selon la conception islamique, une harmonie parfaite doit exister entre la vie humaine et le monde créé, ainsi qu’entre la nature humaine et les lois qui prévalent dans le monde naturel. L’être humain sera alors capable de vivre en serviteur d’Allah, et nul ne cherchera à établir sa domination sur autrui.
Ce que nous avons exposé plus haut se comprend clairement à partir du dialogue entre le vénérable Ibrahim, père de la communauté musulmane, et Nemrod. Nemrod était un souverain tyrannique. Il prétendait à la divinité. Mais il ne revendiquait pas la divinité sur le monde naturel, l’espace céleste, les planètes et les étoiles. Devant lui, le vénérable Ibrahim avança l’argument suivant : seul celui dont le pouvoir absolu est établi sur le monde naturel peut exercer sa souveraineté sur la vie humaine, et nul autre. Nemrod ne put apporter aucune réponse à cet argument.
Dans le Saint Coran, Allah a relaté l’événement en ces termes :
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« As-tu considéré le cas de celui qui disputa avec Ibrahim au sujet de son Seigneur, parce qu’Allah lui avait accordé la royauté ? Lorsque Ibrahim dit : “Mon Seigneur est Celui qui détient la vie et la mort”, cet homme répondit : “C’est moi qui donne la vie et la mort.” Ibrahim dit alors : “Eh bien, Allah fait se lever le soleil chaque jour à l’est ; fais-le donc se lever à l’ouest.” Le négateur de la vérité resta alors sans réponse. Allah ne guide pas les injustes vers le droit chemin. »
Allah l’a de nouveau affirmé avec justesse :
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« Cherchent-ils donc une autre voie que la soumission à Allah ? Pourtant, tout ce qui est dans les cieux et sur la terre se soumet à Lui, de gré ou de force, et tous retourneront finalement vers Lui. » — Al ‘Imran : 83
Septième chapitre
L’islam est la véritable civilisation
La différence fondamentale entre la société islamique et la société jahilienne
L’islam ne reconnaît que deux types de sociétés : la société islamique et la société jahilienne. La société dont l’autorité globale appartient à l’islam, et dans laquelle la prééminence de l’islam est établie dans tous les domaines — croyances, cultes, lois, administration de l’État, caractère moral, relations réciproques, etc. — est la société islamique. En revanche, la société dans laquelle la supériorité des croyances, des lois et des coutumes, de la morale islamique et des principes des échanges n’est pas reconnue est la société jahilienne.
La société composée de personnes portant le nom de « musulmans », mais qui a accordé à la charia islamique un statut légal, n’est pas une société islamique. Même si les institutions de la salat, du jeûne, du hajj et de la zakat y existent, cette société ne peut être islamique. Au contraire, ses dirigeants, s’étant affranchis de l’observance des lois données par le Messager (s.a.s.), ont inventé une nouvelle version de l’islam selon leurs propres désirs et l’ont appelée « l’islam progressiste ».
La société jahilienne revêt différentes formes. Cependant, sa véritable nature consiste à être privée de la connaissance accordée par Allah. Il lui arrive parfois de nier l’existence même d’Allah et d’expliquer l’histoire de l’humanité en termes de matérialisme dialectique. Le système social fondé sur cette doctrine est appelé « socialisme scientifique ». Il arrive aussi que la société jahilienne prenne une autre forme. Elle ne nie pas l’existence d’Allah, mais limite Son autorité et Sa souveraineté aux cieux et au monde supérieur, bannissant de la terre les commandements et les interdits qu’Il a donnés. Dans cette société, la charia d’Allah n’est pas appliquée. Les valeurs éternelles et impérissables qu’Allah Lui-même a établies pour la vie humaine n’y sont pas non plus respectées. Les responsables de cette société autorisent les gens à adorer Allah dans l’enceinte des mosquées, des temples et des églises, entre leurs quatre murs. Mais ils ne sont pas disposés à reconnaître la prééminence de la charia donnée par Allah dans la vie pratique des êtres humains. En ce sens, ils s’opposent à la souveraineté d’Allah sur la terre, car ils rejettent la charia d’Allah dans la vie réelle. Pourtant, Allah a dit en termes on ne peut plus clairs —
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« C’est Lui, Allah, le Seigneur souverain des cieux et de la terre. » La société que, dans le verset suivant, Allah le Très-Haut a qualifiée de « dîn al-qayyim » n’est pas la société bénie susmentionnée.
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« Le droit de commander et de promulguer les lois appartient exclusivement à Allah. Il a ordonné que nul autre que Lui ne soit adoré. Voilà ce qu’est le “dîn al-qayyim” (une règle de vie harmonieuse et solidement établie). » — Yûsuf : 40
Même si une société de cette catégorie proclame mille fois sa foi en l’existence d’Allah et accorde aux hommes le droit absolu de se rendre dans les mosquées, les temples et les églises pour y pratiquer leur culte, elle sera néanmoins considérée comme une société jahilite, parce qu’elle rejette les directives d’Allah le Très-Haut dans la vie pratique.
Seule la société islamique est une société véritablement civilisée
À la lumière de la définition de la société islamique que nous avons donnée au début de ce chapitre, il n’est pas déplacé d’affirmer que la société islamique est la seule véritable société civilisée. Quelle que soit la forme que revête la société jahilite, elle est, dans sa pensée fondamentale même, rétrograde et dépourvue de civilisation.
Un jour, lorsque je remis à l’imprimerie un ouvrage de ma propre composition en vue de sa publication, j’annonçai qu’il s’intitulerait « La société islamique civilisée ». Mais, dans une annonce ultérieure, je supprimai le mot « civilisée » et donnai simplement à l’ouvrage le titre de « La société islamique ». Un écrivain algérien de langue française remarqua ce changement de titre et déclara que je l’avais opéré, paraît-il, sous l’effet d’une attitude défensive, au moment où je prenais la plume pour défendre l’islam. Il exprima ses regrets et affirma que, du fait de l’immaturité de ma pensée concernant l’islam, j’étais incapable de faire face à la réalité. Je considère que cet auteur algérien mérite d’être excusé. Moi aussi, j’adoptais autrefois une attitude semblable à la sienne et, lorsque je commençai à écrire sur cette question, je pensais exactement comme lui aujourd’hui. La difficulté à laquelle il est aujourd’hui confronté, je l’éprouvais moi-même à cette époque. La question est la suivante : qu’est-ce que la civilisation ? Jusqu’alors, bien que séduit par l’idéal islamique, je n’avais pas réussi à débarrasser mon esprit et mon cœur de l’influence d’une culture erronée. La littérature et la pensée des auteurs occidentaux, bien qu’opposées à ma croyance islamique, continuaient d’emplir mon esprit. La définition occidentale de la civilisation constituait pour moi le critère de jugement. Par conséquent, je n’étais pas en mesure d’examiner toutes les choses avec un regard sain et pénétrant.
Par la suite, ma vision s’est éclaircie et j’ai clairement compris que « société islamique » signifie précisément société civilisée. C’est pourquoi, en réexaminant le titre de l’ouvrage dont il est question, j’ai compris que le mot « hautement civilisée » y était superflu. Au contraire, l’emploi de ce mot aurait également plongé la réflexion des lecteurs dans la confusion, comme la réflexion précédente. Voyons maintenant ce que signifie le mot « civilisation ».
Si, dans une société, la souveraineté est exclusivement confiée à Allah et que, comme preuve concrète de cela, la primauté de la charia d’Allah est reconnue à tous les niveaux de la société, alors c’est dans cette seule société que l’être humain acquiert une liberté véritable et complète à l’égard de la servitude envers les autres hommes. Cette liberté véritable et complète porte précisément le nom de « civilisation humaine ». En effet, la civilisation humaine exige une norme sous laquelle chaque être humain puisse jouir pleinement d’une liberté véritable et être capable d’acquérir, sans entrave, tous les droits humains. À l’inverse, dans une société où quelques personnes occupent les sièges de « Seigneurs » et de « législateurs de la charia », tous les autres leur sont soumis et sont privés de tous leurs droits humains fondamentaux.
Il convient de mentionner ici, à propos de ce sujet, que la législation ne se limite pas à la seule élaboration des lois. De nos jours, beaucoup entretiennent une conception aussi étroite de la charia. En réalité, les conceptions, le mode de vie, les critères d’évaluation de la vie, les normes d’acceptation et de rejet, les habitudes et les coutumes, tout est influencé par la loi. Si un groupe particulier sépare ces domaines des commandements d’Allah le Très-Haut et emprisonne les membres de la société dans un système de comportements et de coutumes qu’il a lui-même établi, cette société ne peut être qualifiée de libre. Dans une telle société, quelques personnes s’installent sur le trône de la seigneurie ou de la souveraineté, tandis que tous les autres sont contraints de les servir et de leur être asservis. Cette société sera donc considérée comme arriérée et, selon la terminologie islamique, elle est précisément la véritable société jahilite.
C’est dans la seule société islamique que la souveraineté d’Allah est établie et que les hommes, brisant les chaînes de la servitude envers leurs semblables, se consacrent au service d’Allah. C’est par cette voie que l’être humain goûte à la véritable liberté et obtient la dignité et l’honneur qu’Allah lui a accordés. Établi dans ce monde au rang de calife d’Allah, il acquiert une gloire supérieure même à celle des anges.
La différence fondamentale entre la société islamique et la société jahilite
Dans la société dont toutes les conceptions, les croyances et le mode de vie sont fondés sur la souveraineté de l’unique Allah, l’être humain jouit de la plus haute dignité et du plus grand honneur. Car nul homme n’y est l’esclave d’un autre, et les conceptions, les croyances et le mode de vie de cette société ne sont pas issus de l’esprit d’hommes revendiquant une ou plusieurs seigneuries. C’est dans une telle société que les aptitudes et les qualités cachées de l’être humain et de sa pensée s’épanouissent pleinement. En revanche, dans une société où la caste, la lignée, la langue et la région géographique sont retenues comme fondements des relations mutuelles, les liens d’unité susmentionnés de cette société mettent aux pieds de l’humanité des chaînes faites de multiples restrictions ; de ce fait, les qualités supérieures de l’être humain n’ont même pas la possibilité de s’épanouir. L’homme peut vivre en se libérant des limites de la caste, de la langue et de la région. Lorsque l’épanouissement de l’âme et de la pensée est entravé, l’homme ne conserve pas sa dignité humaine. Un homme peut volontairement changer ses conceptions, ses croyances et son mode de vie. Mais il n’est pas possible de changer de caste, de lignée, de sang ou de nationalité géographique. L’homme est incapable de décider volontairement de naître dans une lignée ou une région particulière. Ainsi, la société qui reconnaît le droit d’adopter une opinion et une voie à l’aide d’une conscience et d’une raison libres est une société civilisée ; tandis que la société où il n’existe aucune possibilité d’examiner et de discerner, à l’aide de la conscience et de la raison, la voie véritable pour l’adopter ou la rejeter est arriérée et dépourvue de civilisation. Dans la terminologie islamique, cette société est appelée société jahilite.
Seule la société islamique unit les êtres humains par des liens indestructibles de fraternité fondés sur la croyance, et c’est par le lien de cette croyance qu’elle rassemble les peuples divisés de mille façons qui existent sur terre — Noirs et Blancs, Arabes et Grecs, Persans et Noirs — dans une même rangée et au sein d’une seule umma. L’autorité suprême de cette société appartient exclusivement à Allah, et l’homme ne s’incline que devant Lui, et devant nul autre. Dans cette société, plus le caractère d’une personne est élevé, plus sa considération est grande. Aux yeux de la loi donnée par Allah, tous les membres de la société sont égaux.
La société où l’humanité occupe la place la plus élevée et où l’amélioration du caractère humain est prioritaire, c’est le matérialisme. Toutefois, le matérialisme se manifeste sous des formes différentes selon les époques. On peut, par exemple, mentionner l’importance suprême accordée à la matière selon l’interprétation marxiste de l’histoire, ou encore évoquer les États-Unis d’Amérique, l’Europe et d’autres sociétés, où l’humanité est sacrifiée sur l’autel des biens matériels. Une telle société est assurément une société tournée vers le déclin et, dans la terminologie islamique, une société jahilite.
La société civilisée, c’est-à-dire la société islamique, ne méprise pas les biens matériels. L’islam ne rechigne pas non plus à leur accorder la valeur qui leur revient. Il ne nie pas l’importance de la production des biens matériels. Au contraire, l’islam reconnaît que le monde dans lequel nous vivons, qui influe sur notre vie et sur lequel nous exerçons nous-mêmes une influence dans de nombreux domaines, est constitué de matière. Il reconnaît également que la production des biens matériels constitue la colonne vertébrale de la lieutenance terrestre d’Allah. La seule différence est que la société islamique ne préconise pas de renoncer, en échange du confort matériel, aux caractéristiques humaines telles que la liberté et la dignité de l’homme, les usages réciproques, la moralité et les valeurs, pour adorer les biens matériels. En revanche, dans la société jahilienne, les valeurs et la dignité humaines ne sont pas piétinées au nom de l’abondance des biens matériels.
Toute société où prévalent les valeurs humaines et un caractère humain élevé est une société civilisée. Les valeurs humaines et le caractère humain élevé ne sont ni des notions mystérieuses ni des sujets impossibles à expliquer. Contrairement à ce qu’affirment les matérialistes qui donnent une interprétation matérialiste de l’histoire ou les prétendus socialistes scientifiques, les valeurs humaines et le caractère élevé ne sont pas des idéaux qui changent avec les moyens de production, ni des idéaux dépourvus de lien avec un centre de référence. En réalité, l’islam trace une ligne de démarcation entre les valeurs humaines et celles de l’animal. L’homme s’élève ainsi au-dessus du niveau animal pour atteindre celui de l’humanité. À l’instar de la société jahilienne, les valeurs et les normes morales de cette société ne rabaissent pas l’homme au niveau de l’animal.
Le véritable critère de la civilisation
Si nous examinons la question sous cet angle, une ligne de démarcation claire apparaît entre l’islam et la jahiliyyah, et malgré les efforts incessants et vains des prétendus progressistes et socialistes scientifiques, l’importance des valeurs morales ne diminue en rien. Le point de vue islamique est que l’environnement et les circonstances changeantes ne peuvent modifier les valeurs morales. Au contraire, celles-ci demeurent permanentes, indépendamment de tous les changements du temps et de l’environnement. Il n’existe donc aucune raison de diviser la morale en morales agraire, industrielle, capitaliste, socialiste, bourgeoise et prolétarienne. En réalité, les valeurs morales sont totalement affranchies de l’influence de l’environnement, de la situation économique et du niveau de développement social. Ces changements sont très temporaires et artificiels. En revanche, une analyse profondément réaliste nous permet de conclure que les valeurs et les normes de caractère se divisent en deux catégories seulement. L’une est constituée des valeurs humaines et des normes de caractère propres à l’homme, l’autre des valeurs et des normes de caractère animales. Dans la terminologie islamique, nous pouvons appeler les premières « valeurs islamiques » et « normes de caractère islamiques », et les secondes « valeurs jahiliennes » et « normes de caractère jahiliennes ».
L’islam élève assurément l’homme au-dessus de l’animalité en perfectionnant les valeurs humaines et les normes de caractère. Partout où le mode de vie islamique est établi, il veille à éveiller ces normes morales et ces valeurs, à les développer et à les renforcer. Cette société fait naître les mêmes normes de caractère et les mêmes valeurs humaines dans tous les types de sociétés, qu’il s’agisse de paysans, d’ouvriers, de Bédouins, d’éleveurs, de citadins ou de ruraux, de riches ou de pauvres, d’industriels ou de capitalistes, et elle développe, dans toutes les situations et tous les environnements, les traits et les qualités humaines de l’homme, afin qu’aucun caractère animal ne se manifeste jamais en lui. Les valeurs humaines et le caractère moral que nous avons mentionnés plus haut élèvent l’homme au-dessus du niveau animal ; lorsque cette ligne de démarcation entre les valeurs et les normes de caractère disparaît, la déchéance de l’homme commence, et cette société, tombée du niveau de l’humanité, ne peut être appelée une civilisation, quand bien même elle disposerait d’une abondance de biens et connaîtrait le progrès. Elle sera plutôt considérée comme une société décadente, rétrograde ou jahilienne.
L’importance des relations familiales dans le développement de la civilisation
Si la famille est considérée comme le fondement de la société, si les responsabilités familiales sont réparties entre l’époux et l’épouse selon leurs caractéristiques innées et leurs aptitudes naturelles, et si l’éducation et l’élevage des enfants constituent l’objectif de la famille, alors cette société sera sans aucun doute considérée comme une société civilisée. L’environnement familial de ce type, propre au mode de vie islamique, offre un cadre propice à la formation de valeurs humaines et d’un caractère élevé chez les générations suivantes. En revanche, si les relations sexuelles libres et les enfants illégitimes constituent le fondement de la société, si les besoins corporels, la faim sexuelle et l’excitation animale déterminent les relations entre hommes et femmes, si les responsabilités familiales ne sont pas réparties entre l’époux et l’épouse selon leurs caractéristiques innées et leurs aptitudes naturelles, si le rôle de la femme consiste à se rendre attirante aux yeux des hommes étrangers dans le but de susciter le désir sexuel, si les femmes se libèrent de la responsabilité d’élever les enfants et si, volontairement ou sous l’effet de l’environnement social, elles consacrent leurs aptitudes à l’accroissement des biens matériels en devenant hôtesses de l’air, stewards de navire ou employées d’hôtel, et considèrent l’accroissement des richesses comme plus avantageux et plus honorable que la perpétuation de l’espèce humaine, alors cette société est une société jahilienne.
C’est par la nature des coutumes familiales et des relations conjugales que l’on peut déterminer si une société donnée est véritablement civilisée. Si, dans une société, ces relations sont réduites à la simple satisfaction des besoins physiques et des exigences de la nature animale, cette société, aussi avancée soit-elle dans les arts et les sciences, ne peut être considérée comme civilisée. Pour juger du progrès ou du déclin général d’une société, la situation de sa famille en offre une image fidèle.
Un modèle de la civilisation occidentale
Dans toutes les sociétés jahilies de l’époque actuelle, les qualités morales qui établissent une distinction entre l’être humain et l’animal ont été abandonnées. Dans ces sociétés, les relations illicites et sexuelles, voire les rapports homosexuels, ne sont pas considérés comme un manque de moralité. La moralité a été limitée aux domaines de l’économie et de la politique, car elle y est jugée nécessaire dans l’intérêt de l’État. On peut citer à titre d’exemple l’affaire sexuelle de Christine Keeler et du ministre britannique Profumo. La société britannique n’a pas considéré cette affaire comme honteuse en tant que crime sexuel. Comme Christine Keeler avait eu, au même moment, une relation sexuelle avec le ministre britannique Profumo ainsi qu’avec un officier de la marine de l’ambassade soviétique, c’est la possibilité d’une divulgation de secrets d’État qui fut considérée comme blâmable. L’affaire sexuelle elle-même ne fut nullement qualifiée de crime. Le plus odieux est que Monsieur le ministre avait fait une fausse déclaration devant le Parlement britannique, et que cette déclaration mensongère fut ensuite révélée. Parmi les citoyens américains impliqués dans des scandales d’espionnage de ce genre, certains obtinrent l’asile politique en Russie. Là non plus, aucune objection ne fut soulevée contre l’accueil de personnes impliquées dans des crimes sexuels.
Les écrivains, journalistes, hommes de lettres et auteurs de récits de toutes les sociétés jahilies, proches ou lointaines, qu’ils soient célibataires ou mariés, recommandent tous d’établir ouvertement et librement des relations sexuelles et déclarent que cela ne constitue pas une faute morale. Oui, selon eux, si un jeune homme ou une jeune fille s’unit à l’autre sans amour véritable et sincère, alors seulement c’est un crime. Si, bien qu’elle n’éprouve aucun amour pour son mari, une épouse continue de préserver son honneur et sa chasteté, cette femme est blâmée par la société. Au contraire, dans cette situation, il serait louable qu’elle cherche un autre amant. Des dizaines de récits sont écrits pour prôner l’adoption de cette conduite. À travers les éditoriaux, les articles ordinaires, les chroniques sérieuses ou légères et les caricatures des journaux, on appelle à un mode de vie grossier et éhonté.
Du point de vue humain et selon le critère du progrès graduel de l’humanité, une société de ce genre est rétrograde et dépourvue de civilisation.
L’évolution ascendante de l’être humain le conduit du niveau des instincts animaux vers les valeurs supérieures. Pour satisfaire les désirs liés aux instincts animaux présents dans la nature humaine, la société en développement a instauré l’institution familiale. Grâce à cette institution, tout en satisfaisant les besoins biologiques du corps, elle a accordé de l’importance à l’éducation et à la formation des générations futures afin de les élever avec toutes les caractéristiques pleinement humaines. C’est ainsi que la civilisation humaine peut se maintenir. Il est donc naturel que la société qui souhaite à la fois maîtriser les instincts animaux de l’être humain et offrir toutes les possibilités de développer ses caractéristiques humaines doive prendre des mesures préventives appropriées pour préserver la pureté, la paix et l’ordre de la famille. Il est indispensable de prendre des mesures préventives afin de permettre à la famille de s’acquitter de ses devoirs fondamentaux, libérée de l’influence de l’excitation physique. En revanche, dans une société où règnent un enseignement contraire à la morale et un environnement empoisonné, et où la débauche sexuelle est considérée comme étrangère aux valeurs morales, quelle possibilité reste-t-il d’y former l’humanité de l’être humain ?
Ainsi, seules les valeurs et la morale islamiques, ainsi que les systèmes islamiques d’éducation et de défense, constituent les dispositions appropriées pour la société humaine. Les mesures durables, immuables et justes prises pour le progrès de la société humaine reconnaissent cette vérité : la civilisation islamique est la véritable civilisation et la société islamique est la véritable société civilisée.
La civilisation vouée à Allah et le progrès matériel
Lorsque l’être humain établit le califat d’Allah sur terre, il se consacre, conformément aux exigences du califat, exclusivement à la servitude envers Allah et se libère de la servitude envers toutes les autres forces en dehors d’Allah. Il met en œuvre le mode de vie qu’Allah a prescrit, abandonne toutes les idéologies élaborées par l’être humain, suit la sharia d’Allah et renonce à toutes les autres formes de loi. Il adopte les valeurs et les critères moraux fixés par Allah et refuse d’accepter tout autre critère. L’établissement du califat divin entraîne, d’une part, les changements susmentionnés dans la conduite des êtres humains. D’autre part, ceux-ci se consacrent à la réflexion et à la recherche afin de découvrir les lois et les règles qui régissent l’univers créé. Ils mettent les résultats de ces recherches au service de l’humanité, tout en les maintenant dans le cadre des prescriptions et des interdits donnés par Allah le Très-Haut. En tant que calife d’Allah, l’être humain extrait de la création les ressources alimentaires et les matières premières nécessaires aux industries, puis, en appliquant ses connaissances techniques et scientifiques, il entreprend d’établir et de développer diverses industries. Lorsque l’être humain accomplit toutes les tâches nécessaires au progrès matériel avec un cœur craignant Allah, en tant que représentant d’Allah, et lorsqu’il reste conscient des prescriptions et des interdits d’Allah le Très-Haut dans toutes ses activités morales et matérielles, c’est alors seulement qu’il devient pleinement civilisé. Sa société atteint le sommet de la civilisation. L’islam ne considère pas le simple progrès matériel comme la civilisation, car les sociétés jahilies connaissent elles aussi le progrès matériel. En de nombreux endroits du Coran, de telles sociétés sont qualifiées de jahilies malgré leur progrès matériel.
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« Qu’avez-vous donc à construire, sur chaque hauteur, de grands édifices, uniquement comme monuments commémoratifs ? À voir les vastes palais que vous avez bâtis, on croirait que vous demeurerez éternellement sur terre. Chaque fois que vous portez la main sur quelqu’un, vous intervenez en tyrans. Craignez Allah et obéissez-moi, moi qui vous ai accordé quantité de bienfaits que vous connaissez. Craignez-Le et vivez dans Sa crainte. Il vous a donné des troupeaux, des enfants, des jardins et des sources. Je crains pour vous le châtiment d’un jour terrible. »
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« Pensez-vous pouvoir vivre éternellement dans le bonheur grâce aux biens matériels de ce monde, dans ces jardins et ces sources, dans ces champs cultivés et ces palmeraies aux fruits gorgés de sève ? Vous creusez les montagnes pour y construire de vastes demeures, symboles de votre orgueil. Craignez Allah et obéissez-Lui. Ne vivez pas dans la soumission à ceux qui répandent le désordre et la corruption sur terre et n’y instaurent ni paix ni ordre. »
« Lorsqu’ils eurent oublié les exhortations qui leur avaient été adressées, Nous leur ouvrîmes les portes de l’aisance. Puis, tandis qu’ils se réjouissaient de l’abondance terrestre que Nous leur avions accordée, Nous les saisîmes soudainement. Les voilà alors désespérés en toute chose. C’est ainsi que Nous extirpâmes jusqu’aux racines du peuple injuste. Toute louange revient à Allah, Seigneur des mondes. » — Al-An‘am : 44-45
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« Lorsque la terre était parée de fleurs et de fruits, que les champs étaient chargés de récoltes et que leurs propriétaires étaient convaincus qu’ils en tireraient profit, Notre ordre leur parvint soudain, de nuit ou de jour. Nous les anéantîmes si complètement qu’il ne resta aucune trace de leur existence. » — Yunus : 24
Nous avons déjà mentionné que l’islam n’est pas opposé au progrès matériel ni à la découverte et à l’acquisition de biens matériels ; au contraire, le progrès matériel réalisé dans le cadre du mode de vie prescrit par Allah a été appelé une grâce d’Allah. Allah Ta‘ala annonce également aux hommes la bonne nouvelle de cette grâce en récompense de leur obéissance et de leur soumission à Lui.
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« (Le prophète Noé dit 🙂 J’ai dit à mon peuple : Venez demander pardon au Seigneur, car Il est certainement Pardonneur. Il fera descendre sur vous des pluies abondantes, accroîtra votre force par des biens et des enfants, vous accordera des jardins et fera couler pour vous des rivières. » — Noé : 10-12
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« Si les habitants des cités avaient cru et avaient craint Allah, Nous leur aurions ouvert les voies de toutes les bénédictions des cieux et de la terre. Mais ils traitèrent cela de mensonge ; Nous les saisîmes donc en châtiment de leurs mauvaises actions. » Al-Aʿrâf : 96
Le seul progrès matériel ne détermine pas le niveau d’une société humaine. Ce sont en réalité les conceptions sur lesquelles est édifié le vaste édifice du développement matériel et artistique, les valeurs de la vie qui maintiennent la société unie, ainsi que l’empreinte de la civilisation humaine qui se manifeste globalement à travers les comportements et les coutumes de toute la société, qui en déterminent le véritable niveau.
L’évolution progressive de la société islamique
Du fait que la société islamique naît d’un mouvement et prend la forme d’un système de vie meilleur, elle possède des caractéristiques sans précédent. Ainsi, la vision, l’attitude et le programme nécessaires à l’établissement d’une société jāhilienne ne peuvent en aucun cas être efficaces dans le mouvement visant à établir une société islamique. La société islamique naît d’une lutte acharnée menée sur une longue période. Les règles de conduite de cette lutte sont elles aussi délimitées par les principes de l’islam. C’est ce mouvement de lutte qui détermine la valeur et la dignité de chaque individu dans la société et, après l’avoir véritablement évalué, fixe ses responsabilités et ses devoirs sociaux. Les orientations et le programme du mouvement du sein duquel naît la société islamique sont élaborés à partir d’une source située hors du monde terrestre et au-delà des limites des forces humaines. La source de ce mouvement de lutte est la foi descendue d’Allah pour les êtres humains. Cette foi fait naître une conception particulière du monde créé, de la vie humaine, de l’histoire de l’humanité, ainsi que de la valeur et du but de la vie ; elle fournit également un système de vie permettant de vivre conformément à cette conception. En somme, la source du mouvement islamique ne réside ni dans l’esprit humain ni dans le monde matériel : elle se situe au-delà du savoir et de la raison humains ainsi que du monde matériel. La caractéristique principale de la formation de la société islamique est précisément la foi descendue du monde supérieur.
La croyance descendue du monde supérieur ne provient ni de la réflexion et de la recherche humaines, ni des efforts et des démarches humaines. La foi reçue de la Révélation divine sème la graine du mouvement islamique et, en même temps, forme des hommes pour mener la lutte. Lorsque le message divin de la foi parvient à quelqu’un et que cette personne croit qu’il est descendu de la part d’Allah, c’est par son intermédiaire que commence la plantation de la graine. Cette personne ne garde pas sa foi enfouie dans son cœur en restant inactive. Au contraire, elle commence à s’efforcer de transmettre à autrui le message auquel elle a cru. Telle est la nature même de la foi. La nature d’un mouvement vigoureux et actif est d’être dynamique. L’Être puissant qui allume dans le cœur de l’homme la lumière de la foi depuis le monde supérieur sait parfaitement que cette lumière ne reste pas confinée dans les limites du cœur, mais qu’elle répand ses rayons lumineux partout dans le vaste monde.
Lorsque le nombre des croyants atteint trois, cette foi elle-même leur dit : « Vous êtes désormais devenus une société, et cette société est une société islamique aux caractéristiques particulières. Votre société est de nature totalement différente de la société jahilite établie. Car la société jahilite n’est pas dirigée conformément à votre foi. » Dès que trois croyants se sont organisés, un modèle concret de la société islamique se manifeste.
Le nombre des croyants passe de trois à dix, de dix à cent, de cent à mille, puis de mille à plusieurs milliers ; c’est ainsi que la société islamique s’étend et se renforce progressivement.
Entre-temps, la lutte contre la société jahilite commence. Parmi les deux parties en conflit, l’une est constituée par l’organisation islamique nouvellement formée. Une petite société nouvelle-née, entièrement distincte de la société jahilite par ses conceptions, ses valeurs, ses critères de civilisation, sa structure organisationnelle, etc., fait son apparition avec ses propres caractéristiques. De l’autre côté, la société jahilite se dresse pour barrer la route à cette société nouvelle-née ; et, au cours du conflit et de l’affrontement entre les deux, des gens rejoignent progressivement la société islamique, un ou deux à la fois, en quittant la société jahilite. Pendant la longue période qui s’étend du début du mouvement jusqu’à son établissement comme force victorieuse, la société islamique examine chacun de ses membres et, au moyen d’épreuves et de vérifications, accorde à chacun le rang et la responsabilité que les critères islamiques le rendent apte à assumer. La société islamique évalue les aptitudes, la capacité d’action, le rang et autres qualités des personnes selon les nécessités. Personne n’a besoin de s’avancer pour revendiquer ses propres aptitudes et son propre rang. Au contraire, ses croyances et ses valeurs l’obligent à se soustraire au regard scrutateur de la société. Car celle-ci est constamment à la recherche de personnes compétentes auxquelles confier des responsabilités. De son côté, l’individu ne se considère pas plus compétent que les autres. Il préfère donc rester caché.
Cependant, dans la société née comme conséquence naturelle de la croyance islamique, nul ne peut dissimuler ses aptitudes. Chaque membre de cette société doit être actif. Sa croyance doit manifester enthousiasme et ardeur. Le sang de son corps doit être bouillant. Ainsi, poussé par l’élan d’agir, chacun déversera tout ce qu’il possède sur la voie de la lutte, afin que la société islamique atteigne toujours le seuil de l’activité. La lutte engagée contre la jahiliyya qui règne autour de l’organisation islamique avancera à pleine vitesse. Cette lutte ne connaît ni pause ni repos, ni aucun compromis avec le faux. C’est pourquoi le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Le djihad se poursuivra jusqu’au Jour de la Résurrection. »
En progressant à travers les phases d’essor et de déclin, le rang de chaque personne se détermine, et c’est en assumant, au cours de la lutte, les responsabilités et les devoirs correspondant à leurs aptitudes respectives que le mouvement atteint le succès. Deux caractéristiques de la société islamique — à savoir le commencement du mouvement et sa méthode d’organisation — confèrent à sa constitution, à sa forme et à sa nature, à ses usages et à son programme, une distinction totalement indépendante de toutes les autres sociétés non islamiques. Ainsi, on ne peut pas comprendre les caractéristiques de la société islamique en l’évaluant selon la conception créatrice d’autres idéologies ; de même, rêver d’établir une société islamique en empruntant les méthodes des mouvements non islamiques n’est rien d’autre que de la sottise.
La civilisation islamique, patrimoine de toute l’humanité
Selon la définition de la civilisation islamique que nous avons exposée plus haut, l’islam n’est pas la doctrine d’une époque particulière inscrite dans les pages de l’histoire passée. La civilisation islamique est plutôt une réponse aux exigences de l’époque moderne et une lumière d’espoir pour l’avenir. Cet idéal est venu pour toutes les époques. De même qu’aujourd’hui l’être humain peut tirer d’immenses bienfaits du contact avec l’idéal islamique, il le pourra également à l’avenir. Et seul l’idéal islamique peut aujourd’hui délivrer le monde de la caverne de ténèbres épaisses de la jahiliyya. Les nations avancées dans l’industrie, la science et le domaine économique peuvent tirer profit de l’idéal islamique, tout comme les nations faibles et pauvres.
Les valeurs que nous avons mentionnées plus haut n’ont pris forme dans la société humaine qu’à l’époque de la civilisation islamique ; cela ne s’est produit à aucune autre époque. Nous appelons civilisation islamique la civilisation dans laquelle les valeurs humaines s’épanouissent pleinement. En revanche, une civilisation qui n’accorde d’importance qu’au progrès industriel, scientifique et économique, tandis que les valeurs humaines déclinent, ne peut être qualifiée de civilisation islamique. Les valeurs islamiques ne sont pas une notion imaginaire, mais une réalité des plus concrètes. Chaque fois que l’être humain s’efforcera correctement d’acquérir des valeurs à la lumière de l’enseignement islamique, alors seulement il obtiendra ce patrimoine. Quel que soit l’environnement, et quel que soit le niveau de développement atteint par une société en progrès dans l’industrie et la science, l’effort visant à acquérir ces valeurs ne ralentit en rien son développement. Car les valeurs humaines ne s’opposent pas au développement. En réalité, l’islam encourage les efforts de progrès matériel et de réflexion et de recherche scientifiques, car le progrès matériel aide à remplir la responsabilité du califat.
De même, dans les pays qui sont en retard dans les domaines de l’industrie et de la science, les valeurs susmentionnées n’approuvent pas que les gens restent inactifs ; elles les encouragent au contraire à déployer tous leurs efforts afin de progresser dans ces domaines. La civilisation islamique, fondée sur les valeurs humaines, peut se concrétiser dans tous les types d’environnements économiques.
Le mode de vie et la forme commerciale de la société islamique varient selon l’époque et l’environnement. Mais les valeurs qui sont à la base de la civilisation islamique sont permanentes, immuables, inaltérables et fondées sur une réalité historique. Lorsque nous qualifions les valeurs de « réalité historique », cela signifie qu’il existe une période de l’histoire au cours de laquelle les valeurs islamiques sont connues. Ces valeurs ne sont pas une création de l’histoire ; c’est plutôt l’histoire qui a été influencée par elles. En réalité, les valeurs islamiques, de par leur nature même, ne peuvent être limitées à une époque ou à un environnement particuliers. Ces normes et ces valeurs n’ont pas été élaborées par l’esprit humain ni dans le monde naturel. Elles ont au contraire été établies depuis le monde supérieur afin d’assurer le bien-être de l’humanité à toutes les époques et dans tous les environnements.
La civilisation islamique peut revêtir différentes formes extérieures du point de vue de sa structure matérielle et organisationnelle. Mais ses principes fondamentaux et ses normes de valeur sont éternels et perpétuels. Il s’agit de l’adoration d’Allah, de l’établissement de relations mutuelles fondées sur l’unicité divine, de l’instauration de la primauté de l’humanité sur les biens matériels, de la maîtrise de l’animalité par le développement des valeurs humaines, et de l’octroi à l’organisation familiale de la place qui lui revient. Il s’agit également d’établir sur terre la lieutenance d’Allah conformément à Son commandement, et de diriger toutes les affaires de cette lieutenance conformément à Sa charia.
Il a déjà été mentionné que la civilisation islamique utilise les aptitudes et la force de travail pour l’organisation scientifique. Il est donc tout à fait naturel que, tout en maintenant ses normes permanentes et inaltérables, la civilisation islamique connaisse quelques modifications dans ses formes extérieures afin de rester en harmonie avec l’industrie, la science et l’environnement économique de la société où elle est établie. Cette capacité d’adaptation est également inhérente à la nature interne de l’islam. Elle n’a pas été empruntée à une quelconque idéologie extérieure. Cependant, modifier en fonction de l’époque les formes extérieures de la civilisation ne signifie pas modifier la croyance ou les valeurs. Il n’est aucunement permis de confondre les changements extérieurs avec une modification des principes internes.
Lorsque l’islam est entré en Afrique centrale, il a semé les graines de la civilisation dans une société d’hommes nus ; partout où l’influence islamique s’est étendue, les habitants ont couvert leur corps nu de vêtements, et ceux qui étaient habitués à se déplacer nus ont revêtu des habits et des vêtements pour entrer dans les limites de la civilisation. Sous l’influence de l’enseignement islamique, ils ont abandonné leur vie antérieure, coupée de la société humaine, et, poussés par l’islam, les peuples dépourvus de civilisation ont appris à fournir un travail physique afin de découvrir les richesses cachées de la nature. C’est l’islam qui les a tirés de l’étroitesse de leurs cercles tribaux pour les jeter dans la vaste foule de la société islamique, et qui leur a enseigné d’adorer l’Allah unique, Créateur et Nourricier de l’univers, au lieu de rester dans des grottes montagneuses à adorer diverses divinités imaginaires. Si cette immense transformation n’est pas la civilisation, alors quelle est la définition de la civilisation ? C’était la civilisation d’un environnement particulier, et l’on y a alors utilisé les ressources qui s’y trouvaient. De même, si l’islam entre dans un autre environnement, ses activités seront conçues en harmonie avec cet environnement, et la civilisation y prendra la forme correspondant à la situation de cette société. Ainsi, selon la méthode enseignée par l’islam, aucun niveau particulier de l’industrie, de la science ou de l’économie n’est fixé comme condition au développement de la civilisation islamique. Partout où la civilisation islamique s’implantera, elle utilisera les éléments matériels qui s’y trouveront et leur donnera une forme plus raffinée. Si une société ne dispose pas de ces éléments, elle lui enseignera les moyens de les acquérir et la fera avancer sur la voie du progrès.
Mais il faut se rappeler que l’islam sera toujours fondé sur ses principes éternels et perpétuels et que, partout et chaque fois qu’il sera établi, ses caractéristiques propres y apparaîtront pleinement. Une organisation particulière sera également créée pour l’établir et le maintenir ; dotée de ses caractéristiques propres et de sa structure organisationnelle, la civilisation islamique se manifestera sous une forme totalement différente de la société jahilite.
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« Revêtez la couleur d’Allah. Et quelle meilleure couleur que celle d’Allah ? — Al-Baqara : 138
Huitième chapitre
L’islam et la culture
Nous avons mentionné au sixième chapitre que la première partie du premier pilier de l’idéal de vie islamique consiste à se soumettre à Allah, l’Unique et le Seul. Tel est le sens de la formule « Lâ ilâha illallah ». La deuxième partie de ce pilier consiste à adopter, auprès du prophète Muhammad (s.a.s.), les moyens et les méthodes permettant de vivre dans la soumission à Allah. La deuxième partie de la formule de l’unicité divine, à savoir « Muhammadur Rasûlullah » (s.a.s.), exprime précisément ce sens. La manifestation concrète de la soumission à Allah et de Son adoration consiste à Le reconnaître comme l’unique Maître dans le domaine de la croyance, dans la vie pratique, dans l’élaboration des lois et dans leur observation. Aucun musulman ne peut considérer une autre force qu’Allah comme ayant droit à la dignité divine ou comme digne d’adoration. Jamais un musulman ne peut même envisager d’adorer une autre créature qu’Allah ni de la reconnaître comme une puissance souveraine.
Dans le chapitre précédent, nous avons expliqué l’adoration, la foi et la souveraineté. Dans ce chapitre, nous examinerons la signification de la souveraineté et son rapport avec la culture.
Les limites de la Sharia divine
Selon la perspective islamique, la souveraineté d’Allah ne se limite pas à Le reconnaître comme la source de la législation ou à rendre les jugements conformément à Sa loi. La Sharia islamique ne signifie pas non plus un simple système de règles. Elle englobe toutes les règles et coutumes nécessaires à la vie. Une conception aussi étroite ne correspond pas à la véritable nature de la Sharia islamique. Toutes les directives données par Allah Tout-Puissant aux êtres humains constituent le fondement de la Sharia islamique. Les croyances, les principes de gouvernement, les méthodes judiciaires, les normes morales, les formes des relations réciproques ainsi que les principes fondamentaux de l’étude des connaissances et des sciences sont autant de domaines qui relèvent de la Sharia.
Toutes les questions relatives à la vie humaine — les conceptions de l’homme au sujet du Créateur et de la création, qu’elles concernent le monde visible ou le monde invisible, sa propre nature et sa dignité dans l’univers créé, et ainsi de suite — relèvent de la Sharia islamique. De même, les questions politiques, sociales et économiques ainsi que les principes qui les régissent relèvent de la Sharia islamique. La pleine soumission à Allah Tout-Puissant dans ces domaines constitue l’objectif de la Sharia divine. Outre les questions susmentionnées, le contrôle des affaires sociales régies par la loi relève également de la Sharia. C’est pourquoi nous entendons généralement par Sharia uniquement les lois ou le système juridique. En réalité, le champ de la Sharia est beaucoup plus vaste. La conduite morale ainsi que les critères permettant d’évaluer les valeurs et les normes de la société font partie de la Sharia. Tous les domaines de l’acquisition des connaissances, de même que les principes fondamentaux des sciences et des arts, constituent également une partie de la Sharia. En effet, dans tous ces domaines, nous dépendons de la guidance d’Allah Tout-Puissant, tout comme nous en dépendons pour les questions régies par les lois.
Nous avons déjà traité de l’acceptation de la souveraineté d’Allah dans les questions relatives aux lois et au gouvernement. De même, nous avons expliqué clairement la nécessité de mettre en œuvre la souveraineté d’Allah en matière de morale, de transactions, de normes de valeur et de critères d’acceptation et de rejet. Il faut remarquer que les valeurs, les critères d’acceptation et de rejet, la morale et les comportements sont les conséquences des croyances établies dans une société, et que ces éléments sont eux aussi tirés de la même source divine d’où proviennent les croyances.
Mais, en entendant parler de l’application de la croyance islamique et de la connaissance révélée aux domaines de la littérature et des arts, beaucoup s’en étonnent, non seulement parmi les gens ordinaires, mais aussi parmi les lecteurs et les écrivains de la littérature islamique.
Dans un de mes ouvrages consacrés aux arts, publié précédemment, j’ai expliqué que toutes les formes d’art ne sont rien d’autre que le reflet des croyances et des conceptions de l’être humain. Les conceptions et les convictions que l’homme porte dans son esprit au sujet de la vie humaine et de l’univers prennent forme et s’expriment sous le pinceau de l’artiste. La conception islamique donne naissance aux arts. En effet, la croyance islamique concernant l’univers créé détermine la relation de l’homme avec la création et le Créateur. La place et la dignité de l’homme dans l’univers créé, le but et le rôle de la vie humaine, la responsabilité de l’homme et la juste évaluation de sa vie relèvent en particulier de la croyance islamique. Car la croyance islamique n’est pas une simple conception confinée au domaine de l’imagination et de la pensée ; elle est une vision vivante, active, influente et constamment agissante, et c’est elle qui influe sur les émotions et les tendances à l’action de l’homme.
En somme, il est nécessaire d’examiner en détail l’application de la parole d’Allah aux domaines des arts et de la littérature. Comme je l’ai déjà mentionné, beaucoup de musulmans croyant à la souveraineté d’Allah, et pas seulement les personnes instruites, s’étonnent de mes propos à ce sujet.
Qu’il s’agisse de la foi ou des conceptions relatives à la vie, des formes et méthodes du culte, de la morale et des relations réciproques, des valeurs ou des critères d’acceptation et de rejet, des grandes lignes de l’économie et de la politique ou de l’interprétation de l’histoire, le musulman ne peut, dans aucun de ces domaines, recevoir de directive d’une autre source que la parole révélée par Allah. Aussi le musulman doit-il toujours s’en remettre, pour acquérir des connaissances dans tous les domaines mentionnés, à un musulman savant. Les paroles et les actes de cet homme réputé savant doivent toujours être en accord. Ce n’est qu’alors qu’il pourra enseigner correctement les connaissances et les sciences islamiques.
Il est toutefois permis au musulman d’apprendre des connaissances spécialisées auprès d’un non-musulman. On peut citer, à titre d’exemple, la chimie, la physique, l’astronomie, la médecine, les arts, l’agriculture, l’administration (uniquement en ce qui concerne les méthodes administratives), les techniques, la formation militaire ainsi que les arts et sciences nationaux. Il est certes vrai qu’après l’établissement de la société islamique, il faudra former un nombre suffisant de spécialistes dans tous les domaines mentionnés. Car l’acquisition de connaissances dans ces domaines constitue pour les musulmans une obligation collective, le fard kifâya : en fonction des besoins de la société, un nombre suffisant de personnes devra atteindre une compétence approfondie dans ces matières. Sinon, l’ensemble de la société islamique sera considéré comme pécheur. Toutefois, tant qu’un nombre suffisant de personnes compétentes n’aura pas été formé dans les différents domaines du savoir et des sciences, le musulman pourra s’adresser à des spécialistes, musulmans ou non-musulmans, afin d’acquérir une compétence approfondie dans certaines disciplines et connaissances, ou leur confier diverses responsabilités.
C’est à propos de questions de cette nature que le Prophète d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit :
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Autrement dit : « Vous êtes plus expérimentés en matière terrestre. » Ces questions ne concernent ni la vie, ni l’univers créé, ni l’homme et le but de sa création, ni les responsabilités et les devoirs de l’homme, ni la relation de l’homme avec l’univers créé et le Créateur, ni les questions analogues. Ces disciplines ne sont pas davantage liées aux principes de l’élaboration des lois qui régissent et déterminent la nature de la société, à la morale, au comportement, aux coutumes, aux usages, aux habitudes, aux manières d’agir, aux valeurs ni aux critères d’acceptation et de rejet. Il n’existe donc aucun risque que l’apprentissage de ces matières auprès de non-musulmans altère la foi du musulman ou le fasse retourner vers l’ignorance.
Cependant, pour expliquer la pensée sous-jacente à l’activité humaine et sa signification — que cette activité soit individuelle ou collective — il faut analyser l’être individuel de l’homme et l’histoire de l’humanité. De même, les questions relatives à l’origine de la création et au commencement de la vie humaine relèvent de la métaphysique (Metaphysices), c’est-à-dire qu’elles ne sont pas liées à la chimie, à la physique, à l’astronomie ni à la médecine ; elles régissent donc la conduite de la vie humaine tout comme les lois et les systèmes normatifs. Ces questions influencent indirectement les croyances doctrinales de l’homme.
C’est pourquoi un musulman ne peut devenir le disciple d’un non-musulman pour acquérir des connaissances dans les domaines mentionnés. Dans toutes les questions qui influencent le mode de vie de l’homme, il n’est permis d’acquérir le savoir qu’auprès de musulmans pieux et craignant Dieu ; il faut en outre avoir la conviction, à l’égard de l’enseignant concerné, qu’il ne s’appuie que sur le savoir accordé par Allah. En somme, le musulman doit être fermement convaincu que ces questions sont liées à la croyance doctrinale. Dès lors, déterminer, à la lumière de la Parole divine, les opinions et la voie à suivre dans ces domaines constitue une part indispensable de la servitude envers Dieu et une exigence obligatoire de la profession de foi.
Il n’existe toutefois aucun obstacle à l’étude et à l’analyse critique des opinions des auteurs favorables à la jâhiliyya, afin de savoir quelle quantité d’informations trompeuses leurs écrits et leurs ouvrages véhiculent, et par quels moyens on peut protéger les gens contre ces doctrines erronées. Au contraire, une telle démarche est nécessaire pour faire connaître correctement aux gens la croyance doctrinale islamique.
La philosophie, l’interprétation et l’analyse de l’histoire humaine, la psychologie — à l’exception des résultats issus de l’expérience et de l’expérimentation, car ceux-ci ne sont pas des opinions, mais les résultats réels de l’expérience et de l’expérimentation —, l’éthique, la théologie et l’étude comparative des différentes religions, la sociologie — à l’exception des statistiques et des résultats tirés de l’expérience —, ainsi que d’autres disciplines de ce genre, ont été et sont directement influencées, à diverses périodes du passé comme du présent, par quantité de doctrines erronées. Bien plus, toute la structure des disciplines mentionnées a été édifiée sur le fondement de croyances et de doctrines jahilites. C’est pourquoi la plupart de ces sciences sont en conflit avec la religion et généralement hostiles à toutes les religions, en particulier à l’islam.
Parmi les domaines de réflexion et de recherche de l’homme, les disciplines mentionnées ci-dessus ne sont pas comparables à la chimie, à la physique, à la biologie ou à la médecine. Si elles se limitent aux résultats obtenus par l’expérience et l’expérimentation et ne cherchent pas à élaborer une doctrine fondée sur des conjectures et des suppositions, elles ne peuvent en rien corrompre la croyance doctrinale. Mais si elles dépassent les limites de l’expérimentation pour recourir à l’imagination, elles deviennent nécessairement trompeuses. La biologie de Darwin peut en être citée comme exemple. Au cours de ses expériences et de ses observations en biologie, il a, sans preuve logique et sans nécessité, nié qu’il fût nécessaire de croire à l’existence d’une force extérieure au monde matériel pour expliquer l’apparition de la vie dans la création et son évolution progressive.
Dans ces domaines essentiels, le savoir accordé par Allah aux musulmans est suffisant et parfait. Le savoir relatif à la foi ferme en Allah et à la soumission totale à Lui est d’un rang extrêmement élevé. Toutes les doctrines imaginaires et tous les raisonnements spéculatifs des hommes ne sont, comparés au savoir accordé par Allah, que des tentatives ridicules.
Certains estiment que la culture est l’héritage collectif de l’humanité. La culture ne serait limitée par les frontières d’aucun pays, d’aucune nation ni d’aucune religion. Cette affirmation est, dans une large mesure, juste en ce qui concerne la science, l’efficacité technique et leur explication et leur analyse. À condition toutefois de s’abstenir de dépasser les résultats de l’expérimentation et de la recherche pour élaborer des interprétations philosophiques métaphysiques, analyser le but de la vie humaine et son rôle historique, ou construire des doctrines fondées sur des conjectures au sujet de la littérature et des beaux-arts. Mais ceux qui qualifient la « culture » et la « civilisation » d’héritage collectif de l’humanité violent cette condition et recourent à la ruse. Comme une manœuvre subtile de la conspiration juive mondiale, les promoteurs de cette idée s’efforcent, au nom de la culture, d’affaiblir toutes les contraintes morales, en particulier les croyances religieuses. En s’infiltrant dans la politique mondiale, ils tentent de libérer les hommes des prescriptions morales et religieuses afin de réaliser partout dans le monde les desseins malveillants des Juifs. La première étape de la conspiration juive est le commerce usuraire. Par ce commerce, ils sucent le sang de l’humanité et ne cessent d’enrichir les trésors des institutions fondées sur l’usure qu’ils dirigent.
Du point de vue de l’islam, si l’on met de côté les faits purement scientifiques et leur application pratique, on distingue deux types de culture. L’une est la culture islamique, édifiée sur la croyance doctrinale islamique. L’autre est la culture jahilite. La culture jahilite se manifeste à travers différents modes de vie. Cependant, tous les systèmes de vie élaborés par la jâhiliyya adoptent les doctrines sans les vérifier à la lumière des critères accordés par Allah. La culture islamique influence toutes les formes de pensée et d’action humaines et fournit les principes et les méthodes propres à dynamiser et à singulariser l’activité culturelle.
La science expérimentale de l’Europe
Il convient de garder à l’esprit que la force vitale de la civilisation industrielle de l’Europe moderne réside dans la méthode de recherche et d’expérimentation scientifiques. Or, cette méthode expérimentale n’est pas une invention de l’Europe. Elle est née dans les universités islamiques d’Espagne et de l’Orient. L’islam a clairement attiré l’attention sur le monde créé, les lois naturelles ainsi que les innombrables forces et ressources cachées dans la création, et cette indication a encouragé les musulmans à mener des recherches et des expériences sur le monde créé. Par la suite, l’Europe a lancé un mouvement spécifique de recherche et d’expérimentation scientifiques en suivant la voie montrée par les musulmans, puis elle a progressivement atteint le sommet du progrès. Pendant ce temps, le monde musulman a commencé à s’éloigner de l’islam ; de ce fait, l’étude des sciences dans sa société s’est d’abord figée, puis a complètement cessé. Parmi les nombreuses causes de cette inactivité figuraient, d’une part, la faiblesse interne de la société islamique de l’époque et, d’autre part, les attaques armées répétées des chrétiens et des juifs contre le monde musulman. Après avoir appris du monde islamique la méthode de la recherche scientifique, l’Europe a rompu le lien entre cette méthode et l’islam. Par la suite, elle s’est révoltée contre l’Église, car celle-ci opprimait le peuple au nom du système de gouvernement d’Allah. En s’opposant à l’Église, elle a également abandonné la méthode islamique de la recherche scientifique. Ainsi, en Europe, la méthode islamique de la réflexion et de la recherche fut également abandonnée. Ainsi, le courant de la réflexion et de la recherche en Europe s’est engagé sur la voie de la jâhiliya ; par nature, il ne s’est pas seulement complètement détaché des conceptions islamiques, mais il a en outre pris une orientation hostile à l’islam. C’est pourquoi le devoir du musulman est d’adopter les conceptions islamiques ainsi que la croyance islamique comme fondement de toutes ses réflexions, recherches et activités. Lorsque ses connaissances et ses compétences seront suffisamment solides, il commencera à réfléchir de manière autonome selon la perspective islamique, ou il recevra un enseignement auprès d’un savant fiable et craignant Allah.
La maxime « Acquiers le savoir d’où que tu le puisses » ne s’applique pas à tous les domaines du point de vue de l’islam. Pour acquérir des connaissances concernant la foi, le mode de vie, la morale et les valeurs, les habitudes et les coutumes, ainsi que les relations entre les êtres humains, il n’est pas permis de courir çà et là sans discernement.
Certes, si l’on ne trouve pas d’enseignant musulman craignant Allah et digne de confiance, l’islam autorise à apprendre auprès d’un non-musulman ou d’un musulman désobéissant à Allah la chimie, la physique, l’astronomie, la médecine, les techniques, l’agriculture, l’administration et toutes les connaissances d’ingénierie de nature similaire. La situation actuelle des musulmans est regrettable. Beaucoup d’entre eux se sont éloignés de leur religion et de leur mode de vie. Ils ont oublié que l’islam les a établis comme califes sur la terre d’Allah et les a exhortés à acquérir la maîtrise de toutes les sciences et à accroître leurs capacités et leurs compétences afin d’assumer la responsabilité du califat. Dans la situation actuelle, il peut donc être permis d’acquérir exclusivement des connaissances techniques et d’ingénierie auprès de spécialistes non musulmans. Mais l’islam n’autorise pas à apprendre les fondements essentiels de la croyance, les bases des conceptions relatives à la vie, l’exégèse du Coran, le hadith, l’explication et l’analyse de la Sîra du Prophète, la philosophie de l’histoire, l’examen philosophique des activités humaines, les coutumes sociales, les moyens et méthodes de formation d’un gouvernement, les principes fondamentaux de la politique et les domaines similaires auprès d’un non-musulman ou d’un individu se réclamant de l’islam mais désobéissant à Allah.
Avant de vous présenter mon point de vue sur les questions susmentionnées, j’ai essayé pendant quarante ans de connaître les résultats de la réflexion et de la recherche humaines dans divers domaines du savoir et des sciences. J’ai mené des recherches d’un niveau spécialisé dans les domaines qui m’attiraient particulièrement. Puis je me suis tourné vers la source originelle de ma foi et j’ai constaté avec étonnement que tout ce que j’avais appris auparavant était extrêmement insignifiant. Je ne regrette toutefois pas d’avoir consacré quarante années de ma vie à l’étude de ces savoirs et de ces sciences. Car, durant cette période, j’ai eu l’occasion de connaître la nature de la jâhiliya, ses égarements, ses déviations et son ignorance, et j’ai en même temps pu voir clairement le vide qui se dissimule derrière ses tonnerres, ses menaces et ses grands discours. C’est alors que j’ai pleinement compris qu’un musulman ne peut jamais prendre, pour acquérir le savoir, la source de la jâhiliya aux côtés de la source divine.
Cependant, ce n’est pas seulement mon opinion personnelle. La question est en effet très importante, et dans ce genre de questions importantes, on ne peut prendre une décision en s’appuyant sur l’opinion personnelle d’un individu ou de quelques personnes. Surtout lorsqu’il existe un critère établi par Allah Lui-même, il ne saurait être question de donner la priorité à l’opinion de quelques musulmans. Nous devons prendre notre décision conformément aux directives qu’Allah et Son Prophète bien-aimé (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) nous ont données à ce sujet. Dans toute question controversée, il est du devoir de chaque musulman de prêter attention aux directives d’Allah et du Messager. En gardant ce devoir à l’esprit, nous chercherons ce qu’Allah et le Messager disent à ce sujet. Au sujet des complots des juifs et des chrétiens contre les musulmans, Allah dit :
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« La plupart des gens du Livre aimeraient vous détourner de la foi et vous ramener à la mécréance, après que la vérité leur est apparue, poussés uniquement par la jalousie. Pardonne-leur donc et passe outre jusqu’à ce qu’Allah rende Son jugement à leur sujet. Certes, Allah est puissant sur toute chose. »
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« Tant que vous ne vous serez pas ralliés aux Juifs et aux Nazaréens, jamais ils ne seront satisfaits de vous. Dis-leur que la guidance d’Allah Ta‘ala est la seule véritable guidance. Si, après que la connaissance vous est parvenue, vous suivez malgré tout leurs paroles, nul ne pourra vous protéger du châtiment d’Allah. »
— Al-Baqara : 120
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« Ô vous qui avez la foi ! Si vous suivez un groupe parmi les gens du Livre, ils vous ramèneront vers un mode de vie fondé sur la mécréance. » — Âl ‘Imrân : 110
Voici la parole du Messager d’Allah ﷺ rapportée par Hafiz Abû ‘Alî, Hazrat Jâbir (qu’Allah l’agrée), Hammâd et Sha‘bî, qu’il a citée :
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« Ne demandez rien aux gens du Livre sur quelque sujet que ce soit. Ils ne vous montreront jamais le droit chemin, car ils sont eux-mêmes égarés. Sous leur influence, vous finirez soit par tenir un mensonge pour une vérité, soit par tenir une vérité pour un mensonge. Par Allah ! Même si Moïse (que la paix soit sur lui) était encore vivant aujourd’hui, il ne lui serait pas permis de suivre une autre voie que la mienne. »
Même après qu’Allah le Très-Haut a Lui-même averti les musulmans des complots malveillants des juifs et des chrétiens, si nous croyons qu’ils nous donneront un enseignement correct au sujet de la croyance islamique et de l’économie islamique, ce sera une extrême sottise. Car cela donnerait l’impression que nous considérons les juifs et les chrétiens comme nos bienfaiteurs, nos amis dévoués ou des chercheurs de vérité. Pourtant, Allah le Très-Haut a dévoilé leur véritable nature. Si, malgré cette déclaration manifeste d’Allah le Très-Haut, nous entretenons à leur égard une telle opinion, cela ne fera que témoigner d’une extrême insuffisance de discernement et de clairvoyance de notre part.
Allah le Très-Haut Lui-même a dit — ——————————— (Dis, ô Prophète ! La guidance d’Allah est la véritable guidance). Par cette déclaration, Il a fait savoir que, dans toutes ses affaires, le musulman doit prendre ses décisions en s’appuyant uniquement sur la connaissance donnée par Allah le Très-Haut. En dehors de cela, il n’existe nulle part de connaissance juste, si ce n’est l’égarement. Il n’y a donc aucun espoir de trouver la bonne voie auprès d’une autre source. Dans le verset précité, tout ce qui se trouve en dehors de la guidance d’Allah est établi comme faux et mauvais. Le sens de ce verset est parfaitement clair et ne peut recevoir aucune autre interprétation.
Le Coran ordonne en des termes dépourvus d’ambiguïté que les musulmans ne doivent entretenir aucun rapport avec ceux qui se détournent du rappel d’Allah et dont l’objectif se limite aux intérêts terrestres. En dévoilant la véritable nature de ces gens, le Coran dit qu’ils ne se conduisent qu’en se fondant sur des conjectures. Il affirme également qu’ils ne possèdent aucune connaissance —
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« Ne prête aucune importance à celui qui s’est détourné de Mon rappel et dont le seul objectif est le monde terrestre. La limite de la connaissance de ces gens s’arrête là. Allah le Très-Haut sait parfaitement qui s’est égaré et qui a reçu la guidance. »
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« Ils ne connaissent que les aspects apparents de la vie terrestre, tandis qu’ils sont ignorants au sujet de l’au-delà. » — Ar-Rûm : 7
Ces personnes superficielles, qui ne portent leur regard que sur les aspects apparents et sont privées de la véritable connaissance, sont inattentives au rappel d’Allah et absorbées par la convoitise des intérêts éphémères de la vie terrestre. Telle est la situation de tous les scientifiques et spécialistes de l’époque actuelle. Aucun musulman ne peut s’en remettre avec conviction à la connaissance qu’ils ont acquise, et il ne lui est pas permis d’apprendre auprès d’eux, sans hésitation, autre chose que les connaissances techniques. Il n’est permis à aucun musulman de leur accorder sa confiance en matière de croyance concernant la vie humaine et de mystères de la création. Ce n’est pas cette connaissance que le Coran loue à maintes reprises. Dans le Saint Coran, Allah le Très-Haut dit —
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« La personne instruite et la personne ignorante peuvent-elles être égales ? — Az-Zumar : 9 »
Ceux qui interprètent ce verset en rompant le lien avec ce qui le précède et ce qui le suit sont dans l’erreur ! Une définition claire des limites du savoir se trouve dans le verset suivant :
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« (La conduite des désobéissants susmentionnés est-elle meilleure, ou) celle de l’homme qui, obéissant, se tient debout durant la nuit, se prosterne, craint l’au-delà et espère la miséricorde d’Allah ? Demande-leur : ceux qui savent et ceux qui ne savent rien peuvent-ils jamais être égaux ? Seuls les gens doués d’intelligence acceptent les exhortations. » — Az-Zumar : 9
Ceux qui, dans l’obscurité de la nuit, se tiennent debout devant Allah Très-Haut, la tête inclinée, ou se prosternent en implorant leur Seigneur, et dont le cœur tremble par crainte de l’au-delà, sont précisément ces bienheureux qui sont riches du trésor du savoir. Dans les versets du Coran, c’est ce savoir qui est qualifié de véritable savoir. Autrement dit, le savoir qui conduit l’être humain à rechercher Allah, le savoir qui fait naître dans son cœur la crainte d’Allah et la droiture, est le véritable savoir. Quant à la discipline qui déforme la nature de l’être humain et l’entraîne sur les voies tortueuses de l’athéisme et de l’égarement, elle ne peut jamais être appelée savoir.
Le domaine du savoir ne se limite pas à la croyance doctrinale, aux devoirs religieux et à la connaissance de la charia. Au contraire, il est beaucoup plus vaste. Le savoir entretient avec les lois naturelles et avec toutes les questions relatives à l’établissement et à l’exercice de la vice-gérance de l’être humain sur terre un lien exactement aussi étroit que celui qu’il entretient avec la croyance doctrinale, les devoirs religieux et la charia.
Le savoir dont la foi n’est pas à la source — selon la définition du Coran, ce savoir ne fait pas partie du savoir loué par le Coran. Ceux qui possèdent ce savoir mais sont privés du trésor de la foi ne sont nullement, du point de vue du Coran, comptés parmi les savants.
Les sciences qui étudient la création et les lois de la nature — telles que l’astrologie, la biologie, la physique, la chimie et la géologie — font naître une conviction ferme concernant l’existence. Toutefois, chez ceux dont la pensée s’est pervertie, ces disciplines les éloignent de la conception de l’existence d’Allah. C’est en Europe que cette regrettable attitude est apparue pour la première fois. À une certaine époque de l’histoire de ce pays, un vif désaccord éclata entre les scientifiques et les religieux oppresseurs ; de cette opposition résulta le lancement, en Europe, de tout le mouvement de recherche scientifique dans un esprit hostile à Allah. Ce mouvement exerça une influence considérable sur tous les aspects et tous les domaines de la vie européenne. Il s’ensuivit une modification de l’orientation de la pensée européenne. Ainsi, l’hostilité et l’opposition ne se limitèrent pas aux sciences et à l’Église européenne ; les connaissances et les sciences occidentales dans leur ensemble en vinrent à adopter une attitude hostile envers toutes les religions, et toutes les ressources que l’Europe avait réunies dans le domaine du savoir et de la science au moyen de la réflexion et de la recherche furent orientées vers la voie de l’irréligion. Il en va de même dans tous les domaines, notamment la métaphysique, la philosophie et les sciences techniques.
C’est ainsi que la pensée et la science occidentales se sont formées sous l’influence empoisonnée de la haine envers la religion, et plus particulièrement d’une attitude encore plus hostile à l’égard de l’islam. Après cette discussion, il n’est pas difficile de comprendre les raisons de la haine intense et de l’opposition du monde occidental envers l’islam. De leur côté, ils mènent de manière planifiée une odieuse propagande contre l’islam. L’objectif d’une telle propagande est, dans un premier temps, d’affaiblir la croyance et la doctrine islamiques, puis de détruire l’ensemble de la structure de la société islamique.
Après avoir pris connaissance de ces faits, si nous dépendons encore de la pensée occidentale pour l’étude et l’enseignement des connaissances et des sciences islamiques, ce sera un crime impardonnable de notre part. Certes, à l’heure actuelle, nous n’avons d’autre choix que de recourir aux connaissances occidentales pour apprendre les seules sciences techniques. Toutefois, lors de l’étude de ces disciplines, nous devons soigneusement éviter les données imaginaires et philosophiques. En effet, la philosophie et les spéculations de la science occidentale sont nées d’une mentalité hostile à l’islam. Il existe donc un risque que, sous leur influence, la source pure de la conception islamique de la vie soit troublée.
Chapitre neuf
La nationalité des musulmans
Depuis le jour où l’islam a présenté de nouvelles conceptions de la morale et des valeurs, ainsi que de nouvelles voies et méthodes pour les acquérir, il a également enseigné une nouvelle manière d’établir les relations entre les êtres humains. L’islam est venu dans le monde précisément pour établir la relation de l’homme avec son Seigneur et lui enseigner que les critères d’acceptation et de rejet, ainsi que les principes d’évaluation de toutes choses, doivent être reçus exclusivement d’Allah le Très-Haut. De même, l’islam a déclaré qu’Allah le Très-Haut a Lui-même fixé les principes fondamentaux des relations entre les êtres humains. Nous sommes nés par Sa volonté et c’est vers Lui que nous devons retourner. L’islam a proclamé d’une voix ferme qu’aux yeux d’Allah le Très-Haut, un seul lien unit les êtres humains les uns aux autres ; lorsque ce lien se renforce, les liens du sang et les autres relations s’effacent.
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« Tu ne verras jamais ceux qui croient en Allah et au Jour dernier nouer des liens d’affection avec les ennemis d’Allah, fussent-ils leur père, leur fils, leur frère ou leurs proches parents. » — Al-Mujadila : 22
Dans le monde, le parti d’Allah n’est qu’un seul. Tous les autres partis sont ceux de Satan et du Tâghût.
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« Ceux qui ont la foi combattent dans le sentier d’Allah, tandis que les mécréants combattent dans le sentier du Tâghût. Combattez donc les alliés de Satan. Certes, les ruses de Satan sont faibles. » — An-Nisâ’: 76
Il n’existe qu’un seul chemin pour parvenir auprès d’Allah. Tous les autres chemins éloignent d’Allah.
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« Voilà Mon chemin droit. Suivez-le donc, et ne suivez pas les autres chemins, car ils vous disperseraient loin de Son chemin. » — Al-An‘âm: 153
Il n’existe pour l’être humain qu’un seul système de vie, et c’est l’islam. Tous les systèmes de vie autres que l’islam relèvent de la Jâhiliyya.
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« Cherchent-ils donc à adopter le jugement de la Jâhiliya ? En vérité, pour ceux qui ont une foi ferme en Allah, aucun jugement n’est meilleur que le jugement d’Allah. » — Al-Mâ’ida : 50
Il n’y a qu’une seule Charia digne d’être suivie, et c’est la Charia islamique. Toutes les autres législations, en dehors de l’unique Charia révélée par Allah, sont élaborées à partir des désirs de la nafs.
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« Ô Prophète ! Je t’ai ensuite établi sur une Charia claire. Suis donc cette Charia que J’ai prescrite et ne suis pas les passions des ignorants. » — Al-Jâthiya : 18
Il n’existe dans le monde qu’une seule voie véritable, et elle est indivisible. Toutes les voies autres que cette voie véritable sont des voies d’égarement et de perdition.
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« Que peut être l’égarement sinon ce qui s’écarte de la vérité ? Où errez-vous donc, égarés ? » —
Dans le monde, un seul territoire mérite d’être connu sous le nom de Dar al-Islam : c’est un État islamique où la souveraineté d’Allah est reconnue, où la Charia d’Allah est appliquée et où toutes les affaires collectives sont administrées sur la base de la concertation mutuelle des musulmans. En dehors de cet État, tous les territoires sont des Dar al-Harb (États de kufr). Les musulmans peuvent entretenir deux types de relations avec les Dar al-Harb : la guerre ou un traité de paix conclu pour une durée déterminée et sous des conditions précises. Un État lié par un tel traité ne fera jamais partie du Dar al-Islam.
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« Ceux qui ont cru, émigré et combattu de leurs biens et de leurs personnes dans le chemin d’Allah, ainsi que ceux qui ont accueilli les émigrés et les ont secourus, sont tous solidaires les uns des autres. Quant à ceux qui ont cru mais n’ont pas émigré pour venir au Dar al-Islam, vous n’avez aucune obligation d’alliance envers eux tant qu’ils n’auront pas émigré. Toutefois, s’ils vous demandent de l’aide dans les affaires religieuses, il est de votre devoir de les secourir. Mais aucune aide ne doit être apportée contre les peuples avec lesquels vous avez conclu un traité de paix. Allah le Très-Haut voit tout ce que vous faites. Si vous ne vous entraidez pas, la fitna et la corruption se répandront sur terre. Ceux qui ont cru, émigré et combattu dans le chemin d’Allah, ainsi que ceux qui leur ont accordé refuge et les ont secourus, sont tous de véritables croyants. Ils bénéficieront du pardon et d’une excellente subsistance. Quant à ceux qui ont cru par la suite, ont émigré et ont combattu avec vous, ils font partie des vôtres. » — Al-Anfal : 72-75
L’islam est venu dans le monde avec des orientations complètes et des directives décisives de ce genre. Il a libéré l’être humain des liens de la poussière et de la chair et l’a élevé à un rang éminent. Le territoire où la charia donnée par Allah est appliquée, et où le critère des relations entre les habitants est évalué selon la qualité de leur relation avec Allah, est la patrie des musulmans. Les musulmans n’ont aucune autre nationalité que la foi et le lien de la foi. C’est par cette foi qu’ils peuvent devenir membres du Dar al-Islam — et non en vertu d’une quelconque autre qualité. Les musulmans n’ont aucune autre parenté ni proximité que celles fondées sur la foi et la croyance. La fraternité établie sur la base de la foi et de la croyance se forme de manière extrêmement profonde et solide. La mère, le père, les frères, l’épouse et les autres proches ne peuvent être considérés comme la famille des musulmans s’ils n’établissent pas une relation avec Allah.
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« Ô hommes ! Craignez votre Seigneur, qui vous a créés d’un seul être, et qui a créé de celui-ci son épouse, puis des deux a répandu un grand nombre d’hommes et de femmes. Craignez Allah, au nom duquel vous vous réclamez mutuellement vos droits, et prenez garde aux droits de vos proches. » — An-Nisa : 1
Il convient de préciser que la relation avec Allah n’interdit pas à l’être humain de traiter avec bonté ses parents qui ont des opinions différentes et de préserver avec eux des relations sociales, tant qu’ils ne prennent pas place au premier rang du camp ennemi du mouvement islamique. S’ils soutiennent ouvertement les forces du kufr, alors les liens de parenté et de bienveillance des musulmans envers ces parents sont rompus. Le musulman n’est pas tenu de traiter avec bonté des parents hostiles à l’islam. À Médine, le vénérable Abdallah, fils d’Abdallah ibn Ubayy, le chef des hypocrites, a laissé pour nous un exemple particulièrement éclatant.
Ibn Jarir rapporte, en citant Ibn Ziyad, que le Prophète d’Allah appela le vénérable Abdallah, fils d’Abdallah ibn Ubayy, et lui dit : « Sais-tu ce que ton père a dit ? »
Le vénérable Abdallah répondit : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour vous ! Qu’a-t-il donc dit ? »
Le Prophète (s.a.s.) dit : « Il dit qu’après leur retour à Médine, les nobles chasseront les méprisés. »
Hazrat Abdullah (r.a.) dit : « Ô Messager d’Allah (s) ! Par Allah, il a dit vrai. Allah en est témoin : c’est vous qui êtes le noble. Les habitants de Médine savent qu’avant votre arrivée dans cette ville, j’étais extrêmement dévoué à mon père. Parmi nous, personne ne lui était plus dévoué que moi. Mais aujourd’hui, si le fait de décapiter mon père de ma propre main satisfait Allah et le Messager d’Allah (s.a.s.), je suis prêt à le faire immédiatement. » Le Messager (s.a.s.) dit : « Non, ne fais pas cela. »
Alors que l’armée musulmane entrait à Médine, Hazrat Abdullah (r.a.), fils d’Abdullah ibn Ubayy, se posta devant son père, l’épée dégainée, et lui dit : « N’avais-tu pas dit qu’après notre retour à Médine, les nobles chasseraient les méprisés ? Par Allah, tu vas comprendre immédiatement si c’est toi qui es noble ou si c’est le Messager d’Allah (s), qui est plus honoré que tous les hommes. Je le jure par Allah : tu ne pourras pas entrer à Médine tant que le Messager d’Allah (s) ne t’en aura pas donné la permission. Et tu ne seras pas non plus à l’abri de ma main ! »
Abdullah ibn Ubayy cria à deux reprises : « Ô gens de la tribu des Khazraj ! Regardez : c’est mon propre fils qui m’empêche de regagner ma maison. » Malgré ses cris, Hazrat Abdullah (r.a.) répétait sans cesse : « Je ne te laisserai en aucun cas entrer à Médine tant que le Messager d’Allah (s.a.s.) ne t’en aura pas donné la permission — je le jure par Allah ! » Quelques hommes tentèrent de dissuader Hazrat Abdullah, mais Hazrat Abdullah (r.a.) continua de répéter la même chose. Finalement, quelques personnes informèrent le Prophète (s) de l’affaire. Après avoir tout entendu, il dit aux messagers : « Allez dire à Abdullah de ne pas empêcher son père de rentrer chez lui. » Lorsque cette nouvelle parvint à Abdullah, il dit : « Oui, s’il en a reçu la permission du Prophète d’Allah, il peut entrer à Médine. »
Une fois le lien de la foi établi, les hommes, bien qu’ils n’aient aucun lien de sang, se trouvent unis les uns aux autres par un lien de fraternité profonde. Cette relation devient si étroite que tous les musulmans se considèrent comme les différents membres d’un même corps. Allah le Très-Haut dit :
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« Tous les croyants sont frères les uns des autres. » — Al-Hujurât : 10
Cette parole, bien que concise, a fourni un critère permanent pour déterminer les relations. Il dit encore —
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« Ceux qui ont cru, ont abandonné leurs maisons et leurs biens dans le chemin d’Allah et ont combattu de leurs biens et de leurs personnes, ainsi que ceux qui leur ont accordé refuge et assistance, sont alliés les uns des autres. » — Al-Anfâl : 72
La solidarité mutuelle mentionnée dans le verset précédent ne se limite pas aux hommes et aux femmes de la même époque ; il est au contraire souhaitable qu’elle se perpétue entre les générations suivantes. En somme, les premières générations de la communauté musulmane nourrissent dans leur cœur amour et affection sincère pour les générations ultérieures, et celles-ci pour les précédentes.
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« Ceux qui, avant l’arrivée des Émigrés, étaient établis à Médine et avaient embrassé la foi — c’est-à-dire les Ansâr — aiment ceux qui ont émigré. Lorsque les biens du butin sont distribués entre les Émigrés, ils n’éprouvent dans leur cœur aucun désir de recevoir une part de ces biens ; bien qu’eux-mêmes soient dans le besoin, ils donnent la priorité à leurs frères émigrés. Et ceux qui se préservent de l’avarice de leur âme, ceux-là sont les bienheureux. Ceux qui sont venus après eux disent : “Seigneur, pardonne-nous ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi, et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur envers les croyants. Seigneur, Tu es certes Compatissant et Miséricordieux.” » — Al-Hachr : 9-10
La foi, fondement de l’unité
Dans Son Livre sacré, Allah le Très-Haut a exposé, à travers le récit des communautés pieuses formées par les grands prophètes, plusieurs exemples destinés aux croyants. Ces nobles prophètes sont venus à différentes époques et ont dirigé, en leur temps, la caravane islamique. Dans les exemples rapportés, Allah le Très-Haut a indiqué que chaque prophète considérait le lien de la foi et de la croyance comme le seul lien véritable, et qu’aucun autre type de lien ne pouvait être bénéfique ni salutaire lorsqu’il se substituait à celui-ci.
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« Et Noé dit à son Seigneur : Seigneur ! Mon fils fait assurément partie de ma famille, Ta promesse est vraie et Tu es le plus Savant. Allah répondit : Ô Noé, il ne fait pas partie de ta famille, car sa conduite n’est pas celle des gens vertueux. Et ne M’adresse aucune demande au sujet duquel tu n’as pas connaissance de la portée. Noé dit : Seigneur ! Je cherche refuge auprès de Toi contre le fait de présenter une demande concernant ce dont je n’ai pas connaissance. Si Tu ne me pardonnes pas et ne m’accordes pas Ta miséricorde, je serai au nombre des perdants. » — Hûd : 45-47
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« Et rappelle-toi lorsqu’Allah mit Ibrahim à l’épreuve par certaines paroles et qu’il les accomplit toutes. Allah dit : Je vais faire de toi un imam pour l’humanité. Il demanda : Et parmi ma descendance ? Il fut répondu : Mon engagement ne concerne pas les injustes. » — Al-Baqara : 124
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« Et lorsqu’Ibrahim invoqua : Seigneur ! Fais de cette ville une cité de paix et accorde, parmi ses habitants, des fruits et des récoltes en subsistance à ceux d’entre eux qui croient en Allah et au Jour dernier. Allah dit alors : Quant à ceux qui mécroient, Je leur accorderai également une subsistance dans ce monde pour quelques jours seulement. Puis, en définitive, Je les précipiterai dans la Géhenne, et quelle détestable demeure ! » — Al-Baqara : 126
Voyant son père et les membres de sa tribu persister dans la voie de l’égarement, le noble Ibrahim rompit ses liens avec eux et dit :
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« Je vous abandonne, vous ainsi que ceux que vous invoquez en dehors d’Allah. Quant à moi, je continuerai à invoquer mon Seigneur. J’espère qu’en invoquant mon Seigneur, je ne serai pas déçu. » — Maryam : 48
En relatant l’histoire du vénérable Ibrâhîm (paix sur lui) et de ceux de son peuple, Allah Très-Haut a particulièrement exposé ces questions aux croyants. Il convient de les comprendre.
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« Vous avez certes un excellent modèle en Ibrâhîm et en ceux qui l’accompagnaient. Lorsqu’ils dirent à leur peuple : “Nous n’avons aucun lien avec vous ni avec ceux que vous adorez en dehors d’Allah. Nous renions totalement vos divinités, et nous vous désavouons jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, l’Unique et le Seul.” »
Lorsque les jeunes hommes courageux connus sous le nom de Gens de la Caverne constatèrent qu’il leur était impossible de vivre dans leur pays, parmi leurs proches, leur tribu et leur famille, tout en préservant le trésor inestimable de leur religion et de leur foi, ils abandonnèrent leurs familles et leurs compatriotes. Ils émigrèrent de leur terre natale et se dirigèrent vers leur Seigneur avec le trésor de la foi, afin de pouvoir s’établir quelque part en étant les serviteurs du seul Allah, conformément aux exigences de la foi.
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« C’étaient quelques jeunes gens. Ils avaient cru en leur Seigneur, et Nous les avions guidés davantage. Ils s’étaient levés au milieu de la société pour proclamer : “Notre Seigneur est Celui qui détient la souveraineté absolue des cieux et de la terre. Nous n’invoquerons aucune autre divinité en dehors de Lui ; autrement, nous tiendrions des propos tout à fait déraisonnables.” Puis ils se disaient entre eux : “Notre peuple a adopté d’autres divinités au lieu du Seigneur des mondes. Pourquoi n’apporte-t-il pas une preuve claire à l’appui de sa croyance ? Qui donc est plus injuste que celui qui forge des mensonges au sujet d’Allah ? À présent, après nous être séparés d’eux et de leurs divinités, allons nous réfugier dans la caverne. Votre Seigneur étendra sur vous Sa miséricorde et vous procurera les moyens nécessaires.” » — Al-Kahf : 13-16
Le Coran mentionne également l’histoire des épouses des vénérables Nûh (paix sur lui) et Lût (paix sur lui). Les épouses de ces deux nobles prophètes professaient une croyance différente et se livraient au polythéisme. C’est pourquoi chacun des deux prophètes rompit ses liens avec son épouse.
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« Pour instruire les mécréants, Allah Ta‘ala a cité l’exemple des épouses de Nûh et de Lût. Ces deux femmes étaient mariées à deux de Mes serviteurs vertueux, mais elles les ont trahis. Ainsi, leurs maris n’ont pas non plus pu les protéger du châtiment d’Allah. Il fut ordonné à ces deux femmes : “Entrez, vous aussi, en Enfer avec les autres.” » — At-Tahrîm : 10
Parallèlement, l’histoire de l’épouse de Pharaon, ce roi tyrannique et rebelle d’Égypte, a également été présentée comme un modèle pour les croyants.
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« Afin d’exhorter les croyants, Allah Ta‘ala a mentionné le cas de l’épouse de Pharaon. Elle avait prié : “Ô mon Seigneur ! Construis pour moi une demeure auprès de Toi au Paradis, délivre-moi de Pharaon et des conséquences de toutes ses mauvaises actions, et protège-moi également de la nuisance des injustes.” »
— At-Tahrîm : 11
C’est ainsi que le Coran a présenté des exemples de toutes les sortes de liens de parenté. L’histoire de Nûh (paix sur lui) fournit l’exemple du lien paternel. De même, l’histoire d’Ibrâhîm (paix sur lui) présente les exemples du lien filial et de l’attachement à la terre natale. Dans l’histoire des Compagnons de la Caverne, des exemples complets des liens avec les proches, la tribu et la lignée, la famille et les parents, le pays et la terre natale sont présentés simultanément. Les histoires de Nûh (paix sur lui), de Lût (paix sur lui) et de Pharaon donnent des exemples des liens conjugaux. Selon le Coran, même les proches parents ne restent plus les parents d’un croyant après avoir abandonné la voie de la foi.
La communauté du juste milieu
Après avoir examiné les grands prophètes ainsi que leurs liens et leurs liens de parenté, nous allons analyser la situation du groupe appelé la communauté du juste milieu. Nous trouvons également d’innombrables exemples et modèles au sein de cette communauté. Notre communauté du juste milieu a commencé à suivre la voie du code de vie qu’Allah Ta‘ala a révélé aux hommes depuis les temps les plus anciens. Chaque fois que le lien de la foi avec un proche parent a été rompu — autrement dit, que le principe unificateur permettant d’établir des relations entre les hommes a été brisé —, les membres d’une même tribu, d’une même lignée et d’une même famille se sont désormais séparés les uns des autres conformément aux exigences de la foi. En décrivant l’identité des croyants, Allah Ta‘ala a dit :
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« Tu ne trouveras pas ceux qui croient en Allah et au Jour dernier se lier d’amitié avec les ennemis d’Allah, fussent-ils leur père, leur frère, leur fils ou leurs proches. Ce sont ceux dans le cœur desquels Allah a fait pénétrer la foi, qu’Il a soutenus par une aide émanant de Lui et qu’Il fera entrer au Paradis, sous lequel coulent des rivières, où ils demeureront éternellement. Allah est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui. Ceux-là constituent le parti d’Allah. Or le parti d’Allah est celui qui réussira. » — Al-Mujadilah : 22
Nous avons vu que tous les liens du sang se sont rompus entre le Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui), son oncle Abou Lahab et son parent tribal Amr ibn Hicham (Abou Jahl). Les Muhadjiroun venus de La Mecque prirent les armes contre leurs proches et les membres de leur propre tribu, et ce furent eux qui combattirent au premier rang lors de la bataille de Badr. En revanche, des liens solides fondés sur la foi s’établirent entre les Muhadjiroun de La Mecque et les Ansar de Médine. Leur relation devint semblable à celle de frères germains et se révéla plus forte encore que les liens du sang et de la parenté. Cette nouvelle relation fit naître le sentiment de fraternité parmi les musulmans. Tous les musulmans, Arabes ou non-Arabes, furent liés par le lien de la fraternité. Souhayb ar-Roumi, Bilal al-Habachi (originaire d’Abyssinie) et Salman al-Farissi (originaire de Perse) oublièrent les différences entre leur patrie, leur langue maternelle et leur tribu. Leurs rivalités tribales, leur fierté généalogique, leur attachement à leur lieu de naissance et leur orgueil national disparurent complètement. Le bien-aimé Prophète d’Allah (paix et bénédiction sur lui) leur dit : « Abandonnez tout cela : ces choses sont désormais devenues des cadavres malodorants. » Il déclara également :
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« Celui qui appelle à la haine et à la division de l’époque de l’ignorance ne fait pas partie des nôtres ; celui qui combat sur la base de cette haine et de cette division ne fait pas partie des nôtres ; et celui qui meurt en portant la croyance en la création de la haine et de la division ne fait pas partie des nôtres. »
Dar al-Islam et Dar al-Harb
En résumé, au contact de l’islam, tous les slogans de haine et de division cessent. Le nationalisme fondé sur la lignée, la tribu et les intérêts régionaux est abandonné comme un cadavre malodorant. En renonçant aux étroitesses liées au pays, à la terre, au sang et à la chair, le regard de l’être humain s’élève. Dès le jour où la vision des musulmans, brisant les limites de l’étroitesse, s’élargit jusqu’à l’horizon, leur terre d’habitation prit cette appellation. Car le gouvernement de la foi y fut établi et la suprématie de la charia donnée par Allah y fut reconnue. Ceux qui vivent sous l’ombre bienfaisante de l’islam assurent la sécurité de ce pays. Ceux qui donnent leur vie pour défendre ce pays et pour étendre les frontières des territoires soumis au gouvernement islamique sont des martyrs. Le refuge de tous ceux qui portent autour de leur cou le collier précieux de la croyance islamique et acceptent la charia islamique comme la règle qui doit régir leur vie est Dar al-Islam. Même ceux qui, sans adopter la croyance islamique, acceptent le système de gouvernement fondé sur la charia islamique peuvent, en tant que dhimmis, jouir de tous les bienfaits et avantages de cet État. Mais dans le pays où le drapeau du gouvernement islamique n’a pas été hissé et où la charia islamique n’est pas appliquée, ce pays est Dar al-Harb pour les musulmans comme pour les dhimmis. Le musulman demeure toujours prêt à combattre Dar al-Harb. Même si ce Dar al-Harb est sa patrie, même si ses proches y résident et même si des intérêts liés aux biens, aux propriétés ou à d’autres affaires terrestres des musulmans l’y rattachent de quelque manière, le musulman n’hésitera jamais, si nécessaire, à prendre les armes contre ce pays. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) prit les armes contre les habitants de La Mecque, alors que La Mecque était sa patrie bénie. Ses proches et les membres de sa propre tribu y vivaient. Lui-même et ses compagnons bien-aimés y possédaient leurs maisons et leurs terres agricoles. Lorsqu’ils émigrèrent vers Médine, ils abandonnèrent tous ces biens. Pourtant, tant que La Mecque, comme cité terrestre, ne se soumit pas à l’islam et n’accepta pas le gouvernement de la charia donnée par Allah, elle ne devint pas Dar al-Islam.
Voilà ce qu’est l’islam. L’islam ne consiste pas à prononcer quelques paroles, à accomplir certains rites particuliers ou à naître dans une lignée ou un pays particulier.
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« Non, par ton Seigneur ! Ils ne seront jamais croyants tant qu’ils ne t’auront pas pris, toi seul, comme arbitre dans tous leurs différends, qu’ils n’éprouveront aucune hésitation ni aucun doute au sujet de ta décision et qu’ils n’accepteront pas, avec satisfaction, le jugement que tu auras rendu. » — An-Nisâ’ : 65
C’est cet idéal même qui porte le nom d’islam, et l’État régi par cet idéal est le Dâr al-Islâm. Le sol d’un pays, une tribu particulière, une lignée particulière ou une famille particulière ne portent pas le nom d’islam ou de Dâr al-Islâm.
L’islam a libéré l’humanité de toutes les chaînes qui l’entravaient. Ces chaînes maintenaient l’être humain attaché vers le bas. Une fois libéré de ces liens, il a acquis la capacité de s’élever au-dessus des cieux. En libérant l’humanité des liens du sang et de la poussée des instincts animaux, l’islam l’a élevée à un rang supérieur à celui des anges. L’islam a enseigné que la patrie aimée par le musulman, pour la défense de laquelle il est prêt à sacrifier sa vie, n’est pas simplement un morceau de terre. La nationalité qui définira l’identité du musulman n’est pas une nation constituée selon une définition établie par un gouvernement. Les liens de parenté et d’unité des musulmans ne se fondent pas sur le sang. Le drapeau que le musulman se fera un honneur de maintenir élevé n’est pas le symbole d’un pays déterminé. La victoire à laquelle le musulman aspirera constamment et qu’il acquerra avant d’incliner la tête devant Allah ne sera pas une simple victoire temporaire ; ce sera la victoire de la Vérité suprême. Allah le Très-Haut a dit dans le Saint Coran :
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« Lorsque viendront le secours d’Allah et la victoire, tu verras les gens entrer en foule dans la religion d’Allah. Alors glorifie ton Seigneur en Le louant et implore Son pardon. Certes, Il est Celui qui accueille le repentir. » — An-Nasr
Cette victoire ne s’obtient que sous le drapeau de la foi. Les slogans haineux des autres drapeaux n’y sont pas employés. Le jihâd y est mené pour établir la religion d’Allah et mettre en œuvre Sa Loi, et non pour réaliser quelque autre intérêt ou objectif. Le jihâd est nécessaire pour défendre le Dâr al-Islâm dont l’identité a été exposée plus haut, et non dans le but de préserver l’honneur de la patrie ou de la nation. Après la victoire, l’armée victorieuse ne s’agite pas uniquement pour s’emparer des biens du butin.
Cette victoire n’a pas non plus pour objectif d’acquérir une renommée terrestre ou de faire étalage de bravoure. Au contraire, le souhait suprême du croyant est d’obtenir l’agrément d’Allah. C’est pourquoi l’armée victorieuse s’empresse avec une ardeur extrême de gagner l’agrément d’Allah, le Très Miséricordieux, par la glorification et la demande de pardon. Le patriotisme ou le nationalisme ne suscite pas l’élan du jihâd. Assurer la sécurité de la famille et des enfants n’est pas non plus l’objectif du jihâd. Toutefois, le jihâd est assurément nécessaire pour libérer le pays, la nation, la famille et les enfants de l’attaque des idéologies vaines et pour garantir la sécurité de leur religion et de leur foi.
Il est rapporté d’après le vénérable Abou Moussa al-Achari (qu’Allah l’agrée) que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fut interrogé : « Un homme combat pour faire preuve de bravoure, un autre pour obtenir la gloire, et un autre encore pour être vu des gens. Lequel d’entre eux combat dans le sentier d’Allah ? » Il répondit : « Celui qui combat afin d’établir au plus haut rang la Parole d’Allah, celui-là seul combat dans le sentier d’Allah. »
Ce n’est qu’en combattant dans le sentier d’Allah que l’on peut obtenir le rang de martyr. On ne peut atteindre ce rang en combattant pour quelque autre objectif.
Le pays qui combat la foi et la croyance des musulmans, qui les empêche d’observer les prescriptions et les interdits religieux, et dans lequel la charia d’Allah a été abandonnée, est un Dar al-Harb.
Même si les proches, la famille et les membres de la lignée des musulmans résident dans ce pays, même si les musulmans y possèdent des commerces ou des terres, et même si leurs intérêts financiers sont liés à la sécurité de ce pays, cela ne peut modifier son caractère de Dar al-Harb. À l’inverse, le pays dans lequel la foi et la croyance des musulmans sont libres de toute pression et où leur primauté est reconnue, et dans lequel la charia islamique est effectivement appliquée, sera appelé Dar al-Islam. Que les musulmans n’y résident pas avec leur famille, que les membres de leur lignée ou de leur tribu n’y vivent pas, et qu’aucun intérêt commercial ou autre intérêt économique ne les lie à ce pays, il demeure néanmoins un Dar al-Islam.
Le pays dans lequel règne la croyance islamique, dans lequel l’islam est reconnu comme règle de vie et dans lequel la charia d’Allah est appliquée, est la patrie des musulmans. Cette conception de la patrie est pleinement conforme à l’humanité. De même, la nationalité islamique se construit sur la base de la croyance et de la règle de vie, et c’est ainsi que l’humanité de l’être humain s’y épanouit.
Les efforts visant à créer l’unité sur la base de la famille, de la tribu, de la nation, de la lignée, de la race et de la région géographique relevaient de la pensée de l’époque de l’Ignorance. À l’époque où la spiritualité humaine se trouvait à un niveau extrêmement bas, les hommes considéraient ces éléments comme des liens d’unité. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les a qualifiés de cadavres en décomposition malodorants. La communauté juive revendiquait, sur la base de sa nationalité héréditaire, le statut de peuple particulièrement aimé d’Allah. Allah le Très-Haut rejeta cette prétention et la leur jeta au visage, déclarant que, pour toutes les époques, toutes les lignées, toutes les tribus et tous les lieux, il n’existe qu’un seul critère permettant d’obtenir la proximité, le rang et l’honneur auprès d’Allah le Très-Haut : la foi en Allah. Il est dit : ——————————————————————————————-
« Les juifs et les chrétiens disent : “Devenez juifs ou chrétiens, vous serez alors bien guidés.” Dis-leur : “Non, suivez plutôt la religion d’Abraham, qui était hanif, et il n’était pas un associateur.” Dites : “Nous croyons en Allah, en ce qui nous a été révélé de Sa part, en ce qui a été révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et aux tribus, en ce qui a été donné à Moïse, à Jésus et aux autres prophètes. Nous ne faisons aucune distinction entre aucun d’entre eux et nous sommes soumis à Allah.” S’ils croient à ces choses comme vous y croyez, ils seront alors bien guidés. Mais s’ils s’en détournent, ils seront dans l’obstination. Dans ce cas, Allah te suffira contre eux. Il est Celui qui entend et qui sait tout. Prenez la couleur d’Allah. Et quelle couleur peut être meilleure que celle d’Allah ? C’est Lui que nous adorons. »
En vérité, la communauté musulmane est celle des serviteurs aimés d’Allah, car elle s’est rassemblée sous l’étendard de l’Allah unique et sans associé, oubliant les différences de tribu, de race, de nation et de région géographique.
« Vous êtes la meilleure oumma. Vous avez été constitués pour guider et diriger l’humanité. Vous ordonnez le bien et la vertu, vous empêchez les hommes de commettre le mal et le péché, et vous croyez vous-mêmes en Allah. » — Al-Imran : 110
Au premier rang de cette armée révolutionnaire constituée des serviteurs d’Allah se trouvent l’Arabe de noble ascendance, Hazrat Abu Bakr Siddiq (r.a.), Hazrat Bilal (r.a.) d’Éthiopie, Hazrat Souhaïb (r.a.) de Rome et Hazrat Salman (r.a.) de Perse ; tous y sont intégrés comme membres sur la base d’une égale dignité et de droits égaux. Par la suite également, cette oumma s’est édifiée sur une fraternité extraordinaire, sans distinction de descendance, de tribu, de couleur ou de région. Leur nationalité était le tawhid. Leur patrie était Dar al-Islam. La souveraineté d’Allah était la caractéristique principale de l’État qu’ils dirigeaient, et le Coran en était la constitution.
La haine du pays et des peuples est contraire au tawhid
Il est absolument nécessaire que les conceptions et convictions susmentionnées concernant la patrie, la nationalité et les relations réciproques soient profondément gravées dans l’esprit de ceux qui appellent les gens à l’islam.
Ils doivent extirper de leur cœur toute influence de la jahiliya. L’esprit et la pensée des membres du groupe qui suit la Grande Vérité doivent être totalement libérés de toutes les influences de la jahiliya et de toutes les formes de shirk répandues dans le monde actuel sous les apparences du culte de la nation, du culte de la patrie, du culte des intérêts terrestres, et autres. Allah, le Très-Haut, a réuni tous les exemples significatifs du shirk dans un même verset du Noble Coran ; Il les a placés sur un plateau de la balance et, sur l’autre, la foi et les exigences de la foi, accordant aux hommes la liberté de choisir l’un ou l’autre.
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« Ô Prophète ! Dis : Vos pères, vos fils, vos frères, vos épouses, vos proches, les biens que vous avez amassés, vos commerces et vos demeures agréables vous sont-ils plus chers qu’Allah, que Son Messager et que le combat dans la voie d’Allah ? S’il en est ainsi, alors attendez la décision d’Allah. Allah ne guide pas les gens égarés. »
Ainsi, ceux qui appellent les gens à la religion ne doivent avoir le moindre doute dans leur cœur quant à la nature et à l’identité de l’islam et de la jahiliya, de Dar al-Islam et de Dar al-Harb. Car c’est en empruntant le chemin du doute que naît l’égarement. Tout pays où l’islam ne prédomine pas, où la charia islamique n’est pas appliquée et dont les lois ne sont pas islamiques : tout ce qui est extérieur à la foi est du kufr, tout ce qui est extérieur à l’islam n’est que jahiliya, et tout ce qui s’oppose à la vérité n’est rien d’autre que mensonge.
Dixième chapitre
Un changement de grande portée est nécessaire
Comment présenter l’appel de l’islam
Lorsque nous appelons les gens à embrasser l’islam, nous devons toujours garder une chose à l’esprit, que notre interlocuteur soit musulman ou non musulman. Cette chose est inhérente à la nature même de l’islam. L’histoire de l’islam permet également de la comprendre. En résumé, l’islam, en tant que mode de vie issu d’une conception et d’une croyance concernant le rapport entre la vie humaine et la nature de l’univers, est totalement différent, avec toutes ses ramifications, des autres conceptions de la vie. La conception et la croyance islamiques relatives à la vie s’opposent à toutes les formes de jahiliyyah, anciennes comme modernes. Certes, lors de l’élaboration d’un système détaillé fondé sur un mode de vie, certains éléments de la jahiliyyah peuvent présenter des similitudes avec certains éléments de l’islam. Mais les conceptions et croyances fondamentales à partir desquelles ces règles détaillées sont élaborées restent toujours totalement opposées à la jahiliyyah. Toutes les conceptions de la vie connues de l’humanité sont, du point de vue de la vision islamique de la vie, de la jahiliyyah.
La première tâche de l’islam consiste à transformer le mode de vie des êtres humains sur la base de sa propre foi et de sa propre croyance, à les façonner selon son propre modèle, et à orienter la société humaine conformément à un mode de vie concret donné par Allah Ta‘ala. Allah Ta‘ala a présenté la communauté musulmane comme un modèle concret pour la société humaine. Il dit :
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« Vous êtes la meilleure communauté — vous avez été suscités pour œuvrer au bien de l’humanité. Vous ordonnez le bien et détournez les gens de l’injustice. Et vous croyez vous-mêmes en Allah. »
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« Ceux auxquels Nous donnons autorité sur terre accomplissent la salat, acquittent la zakat, ordonnent le bien et interdisent le mal. » — Al-Hajj : 41
L’islam n’est pas disposé à adopter, à l’égard de la jahiliyyah qui prévaut dans le monde, une quelconque politique de compromis ou de coexistence à ses côtés. Le jour où il fut révélé pour la première fois dans le monde, il n’a pas accepté de compromis ni de coexistence avec la jahiliyyah ; il ne l’accepte pas davantage dans le monde actuel et ne l’acceptera jamais à l’avenir. Quelle que soit l’époque de la jahiliyyah, elle n’est rien d’autre que la jahiliyyah. La jahiliyyah signifie renoncer à la servitude envers Allah et se rebeller contre le code de vie donné par Allah. Adopter, à partir de sources obscures et dépourvues de la connaissance d’Allah, les usages de la vie, les lois et les systèmes qui la régissent, voilà la religion de la jahiliyyah. À l’inverse, appeler à se soumettre à Allah, à abandonner la jahiliyyah et à se précipiter vers le code de vie donné par Allah, telle est la nature de l’islam.
L’islam n’est confiné à aucune époque ni à aucun âge ; au contraire, ce code de vie est bénéfique à l’être humain en tout temps et à toute époque. Faire accéder l’humanité à cette voie est l’objectif de l’islam. Il faut le dire clairement : la jahiliyyah consiste à accepter de se soumettre aux hommes selon leurs propres désirs. Autrement dit, quelques individus puissants abandonnent de force les prescriptions données par Allah, élaborent des lois selon leurs propres caprices et les imposent à la société ; celle-ci les accepte et devient ainsi l’esclave des législateurs. L’islam affirme que l’ensemble de l’humanité doit se soumettre à l’unique Allah, et que toutes les croyances, conceptions, lois, critères d’acceptation et de rejet, etc., doivent être reçus d’Allah seul. Libérée de la soumission aux créatures, elle doit vivre dans une soumission exclusive à Allah seul.
Telle est la nature même de l’islam. Le rôle que l’islam joue dans le monde nous le montre clairement. Il jouera le même rôle à l’avenir. À tous ceux, musulmans ou non-musulmans, auxquels nous présenterons le message de l’islam, nous exposerons également, dans les termes les plus clairs, le rôle de l’islam mentionné plus haut.
Qu’il s’agisse de la croyance ou du code de vie, l’islam n’est disposé à aucun compromis avec la jahiliyyah. En un même lieu et au même moment, ce sera soit l’islam, soit la jahiliyyah. L’islam ne prévoit aucune coexistence entre un islam à moitié et une jahiliyyah à moitié. À cet égard, la position de l’islam est parfaitement claire. Il proclame sans ambiguïté que la Vérité suprême est un tout indivisible. Là où personne ne porte ni ne défend la Vérité suprême, il y a le mensonge ou la jahiliyyah. Il n’y a aucune place pour le mélange, le compromis ou la coexistence entre la vérité et le mensonge, entre le haqq et le bâtil. Il faut soit suivre les ordres d’Allah, soit ceux de la jahiliyyah ; soit la charia d’Allah sera appliquée dans la société, soit le règne des caprices et de l’arbitraire humains se poursuivra. Plusieurs versets du Coran traitent de cette question.
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« Ô Prophète ! Juge entre eux conformément à ce qu’Allah a révélé et ne prête aucune attention à leurs caprices. Prends garde à leur égard, sinon ils t’éloigneront de ce qu’Allah a révélé et te plongeront dans l’égarement. » — Al-Ma’idah : 49
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« Continue à les appeler à cette vérité, demeure ferme conformément à ce qui t’a été ordonné et ne suis pas leurs passions. » — Ach-Choura : 15
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« S’ils ne répondent pas à ton appel, sache alors qu’ils ne font que suivre leurs propres passions. Qui donc est plus égaré que celui qui suit ses désirs sans tenir compte de la guidance d’Allah ? Allah ne guide jamais les injustes. » — Al-Qasas : 50
« Ô Prophète ! Nous t’avons établi sur une voie législative claire. Suis donc cette voie et ne suis pas les passions des ignorants. Ils ne te seront d’aucune utilité contre le mécontentement d’Allah. Les injustes sont certes alliés les uns des autres, tandis qu’Allah est le Protecteur des pieux. » — Al-Jathiya : 18-19
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« Est-ce donc le jugement de la djâhilîya qu’ils recherchent ? Or, qui peut être meilleur juge qu’Allah pour des gens qui ont foi en Allah ? » — Al-Maïda : 50
Il ressort de ces versets qu’il n’existe que deux voies. Il n’y en a pas de troisième. Il faut soit se conformer aux ordres d’Allah et du Messager (s.a.s.), soit vivre selon les désirs du nafs. Il faut soit accepter le jugement d’Allah, soit s’incliner devant la djâhilîya. La conséquence inévitable du refus de prendre la Loi révélée par Allah comme critère de règlement en toutes choses sera de délaisser Ses ordres et de leur désobéir. Puisque les versets susmentionnés sont cités dans le Livre d’Allah, il ne reste absolument aucune place à la controverse sur cette question.
Le véritable objectif de l’islam
Il ressort clairement de la discussion précédente que la tâche principale de l’islam dans le monde consiste à éliminer la jāhiliyyah de la direction de la société humaine, à prendre lui-même les rênes du pouvoir et à mettre progressivement en application son propre système de vie, doté de ses caractéristiques et de son identité propres. L’objectif de l’instauration de cette direction juste est d’assurer le bien-être et le progrès de l’humanité. Cet objectif ne peut être atteint que par la soumission au Créateur et par l’établissement d’une harmonie entre l’être humain et l’ensemble de la création. Le but de cette religion est d’élever l’être humain au rang éminent qu’Allah Tout-Puissant lui destine et de le libérer de la servitude du nafs. Rabî‘ ibn ‘Âmir (qu’Allah l’agrée) évoqua précisément cet objectif en répondant à la question de Rustam, le commandant de l’armée perse. Rustam demanda : « Pourquoi êtes-vous venus ici ? » Rabî‘ (qu’Allah l’agrée) répondit : « Allah Tout-Puissant nous a confié la mission de libérer les hommes de la servitude des hommes et de les conduire au service d’Allah ; de les faire sortir de l’esclavage des intérêts étroits de ce monde pour leur faire découvrir l’espace vaste de ce monde et de l’au-delà ; et de briser les liens rigoureux des systèmes de vie conçus par les hommes, afin de leur permettre de goûter aux fruits de la justice et des principes islamiques. »
À différentes époques, l’être humain exprime les désirs de ses passions sous la forme de diverses doctrines et courants de pensée. L’islam n’a pas été révélé pour soutenir ces doctrines et ces courants issus de l’ignorance. Dès les débuts de la prédication islamique, de telles doctrines et de telles conceptions existaient déjà. Dans le monde actuel, aussi bien en Orient qu’en Occident, les doctrines élaborées par les passions humaines sont présentes, et elles le resteront à l’avenir. L’islam est venu déraciner les conceptions, les lois et les coutumes élaborées par les hommes égoïstes, instaurer de nouvelles croyances concernant la vie humaine et créer un monde nouveau fondé sur la soumission totale à Allah Tout-Puissant. Il peut parfois sembler qu’une partie particulière de l’islam soit compatible avec la jāhiliyyah. En réalité, ces éléments ne sont ni la jāhiliyyah ni une partie de la jāhiliyyah. Les ressemblances de ce genre dans des détails secondaires ne sont que fortuites. En vérité, les racines des deux idéologies sont opposées. L’immense arbre qu’est l’islam a atteint sa plénitude par la semence, la germination et la croissance progressive à partir de la source de la connaissance d’Allah. À l’inverse, la jāhiliyyah est née dans le lieu impur formé par les déchets de la mentalité égoïste de l’être humain.
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« La bonne terre produit une bonne récolte, avec la permission d’Allah. Quant à la mauvaise terre, elle ne produit que très peu. » — Al-A‘râf : 58
Qu’elle soit moderne ou ancienne, la jāhiliyyah est impure et trompeuse. Même si son apparence et sa parure changent selon les époques, sa racine demeure toujours enracinée dans les déchets des caprices des hommes égoïstes. La jāhiliyyah ne peut jamais sortir des limites de l’ignorance et des intérêts individuels. Dans le meilleur des cas, elle est contrainte de tourner dans le cercle des intérêts d’un petit nombre de personnes, d’une classe particulière, d’une tribu particulière ou d’une nation particulière. Ainsi, l’égoïsme prend le dessus sur la vérité, les principes de justice, l’équité et la bienveillance. Mais la loi révélée par Allah tranche les racines de ces égoïsmes et instaure un système impartial. L’ignorance de l’être humain, son égoïsme et les désirs de ses passions n’y ont aucun accès. Les convoitises liées aux intérêts d’un parti, d’une classe ou d’une tribu ne peuvent même s’approcher de la loi islamique.
C’est là que réside la différence fondamentale entre le système de vie donné par Allah et les lois élaborées par les hommes. La coexistence de ces idéologies antagonistes est donc totalement impossible. Ainsi, tenter de créer une nouvelle doctrine en mélangeant une part d’islam et une part de jāhiliyyah n’est qu’une absurdité. De même qu’Allah n’est pas disposé à pardonner le péché consistant à Lui associer des partenaires, Il n’accepte pas davantage que le système de vie qu’Il a donné soit mêlé à une quelconque loi élaborée par les hommes. À Ses yeux, ces deux fautes sont équivalentes. Et la vérité est que ces deux dispositions mentales naissent d’une même source.
Lorsque nous appelons les gens à l’islam, les conceptions et les convictions précitées concernant l’islam doivent être fermement enracinées dans notre esprit. En effet, lorsque nous présentons la da‘wah islamique, notre langue ne doit laisser place à aucun doute ni à aucune hésitation. Nous devons au contraire amener l’adversaire, avec une détermination inébranlable, à reconnaître qu’après l’adoption du système de vie islamique, la vie humaine prendra une nouvelle forme. L’islam transforme radicalement leurs croyances, leurs comportements, leurs coutumes, leurs usages et leur manière de penser. Grâce à cette transformation, ils bénéficieront d’un bien immense. Il faut faire comprendre aux gens que l’islam, en raffinant leurs conceptions et leurs comportements, les établira dans la position élevée qui convient à l’être humain. Une fois l’islam établi, rien de la jāhiliyyah ne subsiste, hormis un ou deux détails insignifiants. Seuls ces quelques éléments qui, par hasard, sont considérés comme compatibles avec l’idéal islamique continueront d’exister. Toutefois, ils ne demeureront pas exactement comme auparavant. Leur nature se transformera au contraire du fait de leur intégration à l’idéal islamique. Dès lors, ces éléments ne contribueront plus à la propagation de la jāhiliyyah dans la société. L’islam n’annulera pas ce que l’être humain a acquis dans les domaines du savoir et des sciences par la réflexion, la recherche et l’expérimentation. Il cherchera au contraire à y apporter de nouveaux progrès. Lorsqu’ils s’expriment en public, les porteurs du message islamique doivent veiller à ce que les gens ne tombent pas dans l’erreur de considérer l’islam lui aussi comme un système de vie élaboré par les hommes. Ils ne doivent pas penser que, comme les systèmes de vie humains qui se sont manifestés sous des formes diverses selon les époques, l’islam n’est qu’un idéal humain parmi d’autres. Il faut au contraire exposer clairement que l’islam est un système de vie distinct, doté de caractéristiques permanentes. Ce système de vie possède ses propres croyances et conceptions, ainsi que son propre mode de vie. Le bien que l’islam veut offrir à l’humanité est beaucoup plus précieux que celui des systèmes de vie imaginés par les hommes. L’islam est un système de vie sublime, lumineux, pur et fondé sur la justice. Sa source est l’immense trésor de la connaissance du Très-Haut Allah.
Lorsque nous comprendrons correctement l’essence de l’islam, cette compréhension fera naître en nous une pleine confiance en nous-mêmes et de la patience. Lorsque nous appellerons les gens à l’islam, nous pourrons leur témoigner toute la compassion nécessaire. Notre confiance sera celle d’une personne fermement convaincue que l’islam seul est la vérité et que tout ce qui lui est extérieur est erreur. En voyant les gens plongés dans l’égarement et une situation pénible, nous éprouverons à leur égard compassion et miséricorde. En les voyant vivre dans l’erreur, nous ressentirons de la pitié pour eux, car nous connaissons le moyen de les sauver.
Après avoir acquis une juste compréhension de la nature de l’islam, il n’est nullement nécessaire de modifier les principes islamiques pour les adapter aux goûts et aux conceptions des hommes égarés. Nous leur dirons en termes très clairs : « La jāhiliyya dans laquelle vous êtes plongés est impure. Allah veut vous en sauver. L’environnement dans lequel vous respirez est extrêmement empoisonné ; Allah veut le purifier. Votre vie actuelle est plongée dans la recherche des jouissances terrestres. C’est une vie profondément dégradée. Allah veut vous accorder une très haute dignité. Vous passez vos jours et vos nuits dans l’humiliation et le déshonneur. Allah veut rendre votre mode de vie simple, facile et heureux. L’islam changera vos doctrines et vos conceptions, et apportera également un changement à votre vie réelle. Au contact de l’islam, vous acquerrez de nouvelles valeurs. Votre niveau de vie s’élèvera à un point tel que vous-mêmes pourrez comprendre la vanité et la bassesse de votre vie actuelle. Après qu’une transformation révolutionnaire aura touché votre vie quotidienne, vous éprouverez du dégoût pour la réalité du monde. Après avoir découvert la civilisation que l’islam vous fera connaître, vous considérerez comme profondément honteux de maintenir au sein de la société humaine la structure de la prétendue civilisation qui domine le monde actuel. Si, par malheur, vous ne parvenez pas à voir l’islam sous son vrai jour, c’est parce que ses ennemis, unis, se dressent pour barrer la route à la mise en œuvre de l’idéal islamique dans la société. Venez, nous allons vous faire connaître la véritable forme de l’idéal islamique. Par la grâce d’Allah, l’image complète de l’idéal islamique est gravée dans notre monde intérieur. À travers les fenêtres du Coran, de la charia et de l’histoire, nous avons pu contempler le tableau complet de l’islam. Nous n’avons aucun doute quant à l’avenir radieux. »
Lorsque nous présentons le message de l’islam, nous devons tenir des propos de ce genre. Telle est la nature et telle est la dynamique de l’islam. C’est ainsi que l’islam s’est présenté aux hommes à ses débuts. Dans la péninsule Arabique, en Perse, à Rome et dans tous les territoires où l’islam a pénétré, son appel a été présenté de la manière susmentionnée.
L’islam porte sur la société humaine un regard venu d’une position très élevée, car sa propre place est effectivement élevée. L’islam s’est adressé aux hommes sur un ton empreint de compassion, car la compassion envers l’humanité est dans sa nature. L’islam a expliqué toutes choses aux hommes dans un langage extrêmement clair. Le message qu’il a présenté ne comportait aucune ambiguïté. Il n’a jamais donné aux hommes la fausse assurance qu’après avoir embrassé l’islam, leur vie ne changerait pas. Il ne leur a jamais dit qu’il suffirait de conserver leurs manières d’agir, leurs habitudes, leurs coutumes, leurs conceptions, leurs croyances et leurs valeurs, en se contentant d’y apporter quelques modifications. L’islam n’a jamais proposé de s’adapter aux autres idéologies répandues dans la société. Aujourd’hui, ceux qui, en employant des appellations telles que « démocratie islamique » ou « socialisme islamique », ou en laissant inchangées l’économie, la politique et les lois en vigueur, prétendent instaurer l’islam, ne font en réalité que proposer de compromettre l’islam avec les caprices de gens attachés à des idéologies erronées.
En réalité, l’islam est une idéologie d’une tout autre nature. Pour établir l’islam en éradiquant la jāhiliyya présente dans le monde entier, une transformation vaste et de grande portée est nécessaire. Toutes les formes de jāhiliyya qui ont prévalu dans les temps anciens comme à l’époque moderne sont entièrement différentes de l’idéal islamique. Il n’est pas facile de sauver les hommes de la situation misérable dans laquelle ils vivent aujourd’hui. De simples modifications du système social actuel ne permettront pas d’atteindre cet objectif. Pour délivrer l’humanité de l’humiliation et de la détresse, une révolution vaste et de grande portée est nécessaire. Il faut déraciner toutes les idéologies de vie forgées par les hommes et appliquer sur terre la loi donnée par Allah. Il faut libérer l’homme de la domination de l’homme et le placer sous l’autorité du Créateur de l’univers. Voilà la véritable voie de la libération ; il faut aujourd’hui le proclamer en termes clairs. Il ne doit subsister dans l’esprit des hommes l’ombre du moindre doute ou de la moindre hésitation à ce sujet.
Au début, une déclaration aussi claire peut mécontenter quelque peu les gens ; il n’est pas étonnant qu’elle fasse naître chez eux une certaine crainte de l’islam et qu’ils s’en tiennent pour cette raison quelque peu à distance. En réalité, il en fut ainsi à l’époque du Messager d’Allah (paix sur lui). Les gens eurent peur en entendant le message de l’islam, car il critiquait leurs croyances, s’opposait à leurs divinités, abolissait leurs coutumes et, ayant rejeté leurs pratiques sociales, il avait adopté pour lui-même et pour ses adeptes de nouvelles coutumes, de nouvelles manières de se comporter et de nouvelles valeurs, en opposition avec celles qui prévalaient dans la société.
Qu’advint-il finalement ? Ceux qui, après avoir entendu au début le message de la Vérité suprême, s’en étaient éloignés, revinrent et trouvèrent refuge dans le nid de la paix. Leur fuite ressemblait à celle des ânes qui fuient par peur du lion, telle qu’elle est décrite dans le Coran.
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« Ils sont comme des ânes effrayés, s’enfuyant à toute vitesse devant un lion. » — Al-Muddaththir, 50-51
Ils avaient mobilisé toutes leurs forces pour s’opposer à cette prédication. Ils avaient rendu impossible le séjour à La Mecque pour ceux qui avaient accepté l’islam. Par des persécutions et des cruautés toujours nouvelles, ils leur avaient rendu la vie insupportable ; puis, après l’hégire à Médine, voyant les musulmans devenir progressivement plus puissants, le camp adverse lança attaque après attaque pour les harceler sans répit.
La clé du succès
Les conditions défavorables auxquelles le mouvement islamique dut faire face à l’époque du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’étaient nullement moins difficiles qu’aujourd’hui. Le message de l’islam paraissait étrange aux gens de cette époque. Ils rejetèrent donc immédiatement cette idéologie. L’islam fut confiné dans les vallées montagneuses de La Mecque. Les personnalités influentes commencèrent à s’opposer farouchement au mouvement. Des dirigeants tyranniques, résolument hostiles à la croyance et à la doctrine islamiques, s’étaient solidement implantés tout autour de l’Arabie. Pourtant, le mouvement islamique possédait une force attrayante. Elle demeure aujourd’hui aussi puissante qu’autrefois et le restera à l’avenir. La force fondamentale de cette prédication réside dans sa foi. C’est pourquoi l’appel de cette religion avance de manière continue, malgré l’opposition acharnée et l’hostilité. C’est le message simple, limpide et lumineux de l’islam qui constitue la source de sa force.
La clé de son succès réside dans une croyance et une doctrine parfaitement conformes à la nature humaine. Quel que soit le degré de retard des êtres humains dans les domaines économique, social, scientifique et intellectuel, l’islam les guide, à partir de leur propre niveau, sur la voie du progrès et les conduit jusqu’au sommet de l’excellence. Par sa puissance extraordinaire, l’islam rejette totalement l’idéologie trompeuse de la jahiliya ainsi que sa force matérielle, et il n’accepte de modifier ne serait-ce qu’une lettre de son propre système de vie. Il ne transige jamais avec la jahiliya et n’adopte pas, sous prétexte d’arguments spécieux, une politique de coexistence avec le faux. Dans un langage dépourvu d’ambiguïté, il expose d’un seul coup devant la société son message complet et lui fait savoir que le message de cette religion contient le bien, la miséricorde et la bénédiction.
Allah est le Créateur des êtres humains. Il connaît donc parfaitement les mouvements et les dispositions de leur esprit, de leur intelligence et de leur cœur. Il sait que, si ce grand message de vérité est présenté à la société humaine sans hésitation, dans un langage clair et avec fermeté, il prend directement place dans leurs cœurs.
L’être humain est une créature capable d’abandonner un mode de vie pour en adopter un autre, et, dans bien des cas, il lui est plus facile de changer complètement de mode de vie que d’en accepter une transformation partielle. Il est donc parfaitement conforme à la nature humaine de s’orienter vers un code de vie plus complet et plus pur que celui du passé. Mais si l’islam se contente de modifier seulement une ou deux choses insignifiantes au sein de la jahiliya, l’être humain n’a alors aucune raison logique d’abandonner la jahiliya et de se précipiter vers l’islam. Dans ce cas, il est même plus raisonnable de se satisfaire de l’ancien système. En effet, l’ancien système est établi dans la société et les gens le connaissent particulièrement bien. Au besoin, il n’est pas difficile de lui apporter quelques corrections. Dans ces conditions, s’il n’existe aucune différence fondamentale entre l’ancien et le nouveau code de vie, il n’y a aucune raison valable d’abandonner le système social établi pour en adopter un nouveau.
Il n’est pas nécessaire de présenter des justifications
En entendant les arguments que certains sympathisants de l’islam avancent pour soutenir la religion, on a l’impression que l’islam se tient dans le box des accusés et que l’orateur, devenu avocat, prononce sans cesse sa plaidoirie en sa faveur. Voici le style qu’ils adoptent pour défendre l’islam et plaider en sa faveur :
« On prétend aujourd’hui que l’idéologie moderne a accompli telle ou telle chose, tandis que l’islam n’aurait rien fait en comparaison. Mes frères ! L’islam, lui, a accompli toutes ces choses bien auparavant. Les idéologies modernes ne sont venues, quatorze siècles après l’islam, que pour répéter ces anciennes réalisations. »
Quel plaidoyer honteux ! L’islam ne peut jamais revendiquer comme sa gloire le système jahilite et ses pratiques erronées. La prétendue civilisation de l’époque moderne a ébloui beaucoup de gens et obscurci leur esprit et leur raison. En réalité, cette jahiliyyah à l’état pur est, comparée à l’islam, extrêmement méprisable, vide de substance et erronée. L’argument selon lequel le niveau de vie des habitants vivant sous l’égide de l’idéologie moderne serait supérieur à celui des habitants de certains États dits islamiques ou du monde islamique n’est nullement valable. Les habitants de ces régions ne sont pas tombés dans la misère parce qu’ils étaient musulmans, mais parce qu’ils se sont détournés de l’islam. L’islam affirme être supérieur à la jahiliyyah en tous points. Il n’est pas descendu pour maintenir la jahiliyyah, mais pour l’éradiquer, et il est venu libérer l’être humain de l’état d’oppression sous le joug de la civilisation moderne.
Il ne nous convient en aucune façon d’adopter la mentalité vaincue qui consiste à rechercher des ressemblances entre l’islam et les doctrines et courants de pensée dominants de l’époque moderne. Quelle que soit la région — orientale ou occidentale — d’où provient l’idéologie de la jahiliyyah, nous la déclarerons directement nulle et non avenue. Car, comparées à l’islam, ces doctrines sont rétrogrades et totalement opposées à la dignité que l’islam veut conférer à l’être humain.
Lorsque nous présenterons le message de l’islam à la société humaine de la manière indiquée ci-dessus et que nous lui en exposerons la forme complète, l’appel à la légitimité et au soutien de cette idéologie de vie s’élèvera du fond de son cœur, et elle pourra comprendre la pertinence de délaisser une sorte de croyance pour en adopter une autre, ainsi que d’abandonner un mode de vie pour accepter une nouvelle manière de vivre. Mais nous ne pourrons jamais attirer les gens par l’argument suivant : « Abandonner l’ancien système établi et adopter un nouveau système. Certes, ce nouveau système n’a encore pris forme sur aucun territoire. Toutefois, le nouveau système ne fera qu’apporter quelques changements nécessaires à l’organisation sociale existante ; vous ne devriez pas vous opposer à ces changements insignifiants. Dans la société actuelle, vous continuerez à faire tout ce que vous faites déjà dans la nouvelle société. Le nouvel idéal ne demandera que quelques changements mineurs dans votre nature, votre conduite et vos goûts. »
À première vue, il semble facile d’agir en adoptant cette stratégie. Mais elle ne possède aucune force d’attraction. En outre, le message ainsi présenté n’est pas vrai. En réalité, l’islam a déclaré sans ambiguïté qu’il ne se contente pas de changer les croyances et la vision relatives à la vie humaine ; il ne se contente pas non plus de modifier la vie collective, les lois et le système judiciaire, mais transforme même les sentiments et les émotions de telle sorte qu’il ne subsiste aucune ressemblance avec la jahiliyyah. En résumé, on peut dire que l’objectif de l’islam est, dans tous les domaines de la vie humaine, petits ou grands, de libérer l’être humain de la soumission à l’homme et de le faire passer au service de l’Allah unique.
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« Que celui qui veut croie, et que celui qui veut mécroie. » — Al-Kahf : 29
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« Quant à ceux qui mécroient, ils doivent savoir qu’Allah Se suffit à Lui-même, indépendamment de l’univers. » Al-‘Imrân : 97
Il est nécessaire d’avoir une compréhension claire de cette question : il s’agit en réalité de la foi et de la mécréance, de l’unicité divine et de l’associationnisme, ainsi que de l’islam et de la jahiliyyah. Ceux qui vivent selon la jahiliyyah ne sont pas musulmans, quand bien même ils revendiqueraient mille fois leur appartenance à l’islam. S’ils veulent se tromper eux-mêmes ou tromper les autres en prétendant que l’on peut amener les musulmans au même niveau que la jahiliyyah, personne ne peut les en empêcher. Mais leur auto-illusion ou leur tromperie à l’égard d’autrui ne peut modifier la vérité réelle. Leur islam n’est pas le véritable islam, et eux-mêmes ne sont pas musulmans. Si le mouvement islamique venait à commencer aujourd’hui, il faudrait d’abord appeler ces musulmans égarés à l’islam et les rendre musulmans à nouveau.
Nous n’appelons pas les gens à adopter l’idéal islamique dans l’espoir d’obtenir d’eux une quelconque récompense. Nous ne voulons ni prendre le pouvoir ni provoquer le désordre dans le pays. Nous ne sommes pas devenus aveugles, emportés par la convoitise des intérêts terrestres. Le compte de nos actes et la rétribution de nos œuvres ne sont pas dus par les hommes, mais par Allah. Nous aimons les hommes et nous souhaitons leur bien. C’est précisément pour cette raison que nous les invitons à embrasser l’islam. Même s’ils faisaient s’abattre sur nous des montagnes d’oppression, nous ne dévierions pas de notre devoir. Telle est la caractéristique de ceux qui appellent à la voie de la religion, et c’est cette caractéristique même qui soutient leur action. Il faut que notre mode de vie fasse naître dans l’esprit du peuple une conception correcte de l’islam. De même, c’est à travers notre comportement que le peuple saura quelles responsabilités l’islam impose aux musulmans et quels bienfaits peuvent être espérés en récompense de l’accomplissement de ces responsabilités. Il faut expliquer au peuple que, du point de vue de l’islam, le système social en vigueur n’est que de la jahiliyyah pure et simple : puisqu’il ne provient pas des sources de la charia, il n’est que le produit des désirs intéressés et ignorants des hommes. Et puisqu’elle n’a aucun lien avec « al-Haqq », la Vérité suprême, la jahiliyyah n’est rien d’autre qu’une fausseté. ———————————–
« Que peut-il y avoir en dehors de l’égarement, sinon l’égarement ? »
Dans le fait que nous soyons attachés à l’islam, il n’y a rien qui doive nous inspirer honte ou nous pousser à adopter une attitude de vaincus. Il n’est nullement nécessaire de plaider pour dissimuler quelque défaut de l’islam, car l’islam ne présente aucun défaut de ce genre. Il n’est pas davantage nécessaire de faire passer l’idéal islamique dans une société particulière au lieu de le présenter aux hommes. Et tenter de lui apposer diverses étiquettes au lieu de proclamer ouvertement l’appel complet de l’islam n’est qu’une absurdité.
Après avoir reconnu leur défaite spirituelle et psychologique face à la jahiliyyah présente en Orient et en Occident, le cœur de certains « musulmans » a été atteint de diverses maladies de ce genre. En conséquence, avec leur esprit malade, ils recherchent dans les systèmes de vie élaborés par l’homme des éléments susceptibles de soutenir l’islam, ou bien ils désignent certains accomplissements de la jahiliyyah en disant : « L’islam aussi a accompli autrefois des choses de ce genre. » Celui qui éprouve le besoin de défendre l’islam et les enseignements islamiques, ou qui plaide en faveur de l’islam avec une attitude de faiblesse, ne pourra jamais représenter correctement cette religion. Car il est un défenseur insensé de l’islam. Son esprit et son cœur ont été vaincus par la jahiliyyah et sont imprégnés de son influence. En réalité, la jahiliyyah n’est rien d’autre qu’un ensemble de pensées contradictoires et d’innombrables erreurs et faussetés. Pourtant, par ignorance, les personnes mentionnées, en cherchant dans la jahiliyyah des arguments favorables à l’islam, ne font qu’aider la jahiliyyah elle-même. Elles sont les ennemies de l’islam : elles ne lui causent que du tort et ne rendent aucun service à la religion. Bien plus, elles égarent les gens. Leurs arguments et leurs discussions donnent l’impression que l’islam se tient dans le box des accusés et qu’il a engagé ces messieurs comme avocats afin d’échapper à la condamnation du juge.
Durant mon séjour en Amérique, certaines personnes entraient en discussion avec moi en avançant les arguments mentionnés plus haut. Quelques personnes connues comme étant des défenseurs de l’islam étaient également avec moi. Au cours des débats, elles adoptaient une attitude défensive en présentant des arguments en faveur de l’islam. Quant à moi, j’attaquais au contraire la jahiliyyah occidentale, leur attitude hésitante à l’égard de la religion, leurs systèmes social et économique, ainsi que la société occidentale. Je leur disais : « Considérez la doctrine chrétienne de la Trinité. Aucune des théories relatives à la définition du péché, à l’expiation du péché et autres questions de ce genre n’est rationnelle ou conforme à la raison. L’économie capitaliste, le système des fermages, la pratique de l’usure et les autres mesures oppressives du système économique, la pratique de l’usure et les autres mesures oppressives du système économique sont contraires à l’humanité. Dans la prétendue liberté individuelle de cette société, il n’existe pas la moindre trace de sens des responsabilités collectives ni de solidarité réciproque. Ici, rien n’exerce d’influence, sinon la force de la loi. Du fait de la vision matérialiste de cette société, la mort de l’âme, les comportements sexuels semblables à ceux des animaux sous prétexte de relations libres entre hommes et femmes, la propagation de l’obscénité et de l’impudeur sous prétexte de liberté de la femme, les lois sur le mariage et le divorce, contraires à la réalité et semblables à un jeu d’enfant irrationnel, ainsi que le racisme impur et dicté par les passions, rien de tout cela ne témoigne d’un sentiment d’humanité. Considérez, d’autre part, le système de vie islamique. Où trouver une comparaison avec le bien inhérent à ses institutions réalistes, avec le bonheur, la prospérité et la hauteur de vue qu’elles renferment ? Le haut niveau d’humanité que cet idéal de vie présente est souhaité par tous ; chacun s’efforce d’atteindre ce sommet, même s’il ne lui est pas possible de parvenir à une hauteur aussi élevée. L’islam est l’idéal de la vie réelle. C’est pourquoi il apporte une solution aux problèmes tout en restant conforme à la nature globale de l’être humain. »
Nous avions eu l’occasion de voir de nos propres yeux les problèmes réels du mode de vie occidental. Lorsque nous analysions cette société à la lumière de l’islam, même ses partisans les plus fervents du mode de vie occidental étaient contraints de baisser la tête de honte. Pourtant, certains défenseurs bien intentionnés de l’islam ont accepté la défaite face à la société corrompue de l’Occident et recherchent des ressemblances entre l’idéal islamique, d’une part, les tas d’immondices nauséabonds de l’Occident et le matérialisme sordide de l’Orient, d’autre part.
Le rôle véritable de ceux qui appellent à la foi
Après cette discussion, il n’est plus nécessaire de préciser que ceux qui appellent à la voie de la religion ne peuvent en aucune manière adopter une politique consistant à s’accommoder de la Jâhiliyyah. Il nous est impossible de faire le moindre compromis avec une quelconque idéologie de la Jâhiliyyah, avec l’une de ses coutumes ou avec l’un des éléments de sa structure sociale. C’est pourquoi, même si les dépositaires et les défenseurs de la Jâhiliyyah faisaient passer sur nous le rouleau compresseur de la persécution, nous ne sommes pas prêts à céder ne serait-ce que d’un iota.
Notre responsabilité primordiale est d’abolir la Jâhiliyyah et d’instaurer les valeurs et les pratiques islamiques. Cet objectif ne peut être atteint par une attitude de coopération avec la Jâhiliyyah, ni en maintenant, au début, une quelconque égalité avec elle. Certains de nos sympathisants envisagent d’avancer dans cette direction. Mais si nous agissions réellement de la sorte, nous ne ferions que reconnaître notre défaite dès le premier pas.
Il est certes vrai que les idéologies et les coutumes en vigueur dans la société actuelle exercent une forte pression et cherchent à nous briser la colonne vertébrale. Cette pression devient particulièrement forte lorsqu’il s’agit des femmes. La malheureuse communauté des femmes musulmanes, confrontée au violent tourbillon de la Jâhiliyyah, est contrainte de tournoyer dans ses remous. Mais il est impossible d’échapper à la réalité nue. Tout cela constitue des obstacles réels sur notre chemin. Nous devons affronter cette situation adverse avec fermeté et courage, puis la vaincre. Ensuite, nous devons montrer du doigt à ses yeux que, comparée aux hautes valeurs de l’islam, la Jâhiliyyah est plongée dans les ténèbres d’une profonde ignorance.
Cette œuvre grandiose ne pourra être accomplie en adoptant un programme consistant à préserver l’égalité avec la Jâhiliyyah et à cheminer quelque temps à ses côtés. De même, il ne sera jamais possible d’atteindre notre objectif en rompant dès maintenant toute relation avec la Jâhiliyyah et en nous cachant dans une cellule obscure. Nous devons fréquenter la Jâhiliyyah, tout en préservant nos propres particularités. Nous devons avoir des transactions avec eux, tout en maintenant notre dignité. Nous proclamerons sans hésitation le message de la grande vérité, mais sur le ton de l’affection, de l’amour et de la bienveillance. Nous démontrerons la supériorité de la foi, mais par les convenances. Nous devons nous rappeler que nous vivons dans l’environnement de la Jâhiliyyah. Notre voie est simple et droite en comparaison de celle de la Jâhiliyyah. Pourtant, transformer la Jâhiliyyah et instaurer le système islamique est une œuvre de très longue portée et de longue haleine. Nous voulons sauver l’humanité des ténèbres de la Jâhiliyyah et la conduire sur le chemin lumineux de l’islam. Entre la Jâhiliyyah et l’islam s’étend une vallée vaste et profonde. Il est impossible de construire un pont au milieu pour les réunir. Il faut toutefois s’efforcer de construire un pont permettant aux hommes, depuis l’autre rive, d’abandonner la Jâhiliyyah et de venir trouver refuge sous l’ombre fraîche et apaisante de l’islam. Qu’il s’agisse d’un habitant musulman d’une région islamique ou d’un non-musulman d’une région non islamique, il faut ouvrir à chacun le chemin qui lui permettra de quitter les ténèbres pour parvenir à la lumière, et de sortir de son état plongé de la tête aux pieds dans le bourbier du malheur pour se précipiter vers les bienfaits promis par l’islam et en jouir. Ceux qui comprennent véritablement l’islam et désirent vivre sous sa protection doivent nécessairement rompre les liens de la Jâhiliyyah et accourir vers l’islam. Si notre appel ne plaît pas à quelqu’un, nous proclamerons alors, comme Allah Tout-Puissant l’avait ordonné à Son Messager de le faire : —
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« À vous votre religion, et à moi ma religion. » — Al-Kâfirûn : 6
Onzième chapitre
La suprématie de la foi
La déclaration d’Allah le Très-Haut
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« Ne vous découragez pas et ne vous affligez pas. Vous aurez le dessus, si vous êtes croyants. »
— Al-Imran : 139
À la lecture du verset ci-dessus, la première idée qui vient à l’esprit est qu’Allah le Très-Haut garantit Son aide et la victoire dans le cadre du jihad armé. Mais la portée profonde du verset est bien plus vaste et s’étend bien au-delà du jihad armé. Le verset présente le portrait de l’état d’esprit du croyant. C’est dans la pensée du croyant, ses valeurs, sa manière d’analyser et d’évaluer les événements que se révèle sa conscience toujours éveillée. En toutes circonstances, dans tous les environnements et face à toutes les questions, son esprit maintiendra la suprématie de la foi. Dans tous les événements et toutes les situations auxquels il sera confronté, il déterminera sa conduite après les avoir examinés à la lumière de la foi. Il rejettera sans hésitation les valeurs de choix et de rejet répandues dans le monde lorsqu’elles ne procèdent pas de la source de la foi, et accordera la primauté à celle-ci. De même, les forces terrestres qui ne sont pas fortifiées par la foi n’ont, aux yeux du croyant, aucune importance. Abandonner sans réserve les coutumes, les lois, l’éducation, la culture et les systèmes de vie privés de la richesse de la foi, et établir la suprématie de la foi, telle sera la responsabilité du croyant.
La force de la foi est le véritable bien et la force fondamentale du croyant. Même devant un souverain doté d’un pouvoir écrasant, la force de la foi ne s’incline pas. La foi ne baisse la tête devant aucune coutume sociale ni aucune loi fausse. Quelque popularité que puisse acquérir un système de gouvernement privé de la lumière de la foi, le croyant ne peut jamais accepter ce système dépourvu de foi. En un mot, la vie du croyant est l’illustration vivante d’un jihad permanent et total contre l’infidélité. Affronter l’ennemi avec fermeté et courage dans la guerre armée n’est qu’une étape concrète dans l’établissement de la suprématie de la foi. Que les croyants soient faibles ou forts du point de vue des moyens matériels, qu’ils soient peu nombreux ou nombreux, pauvres ou riches, ils maintiendront en toutes circonstances la suprématie de la foi.
La force morale créée par la foi n’est ni une émotion passagère ni une étincelle de feu éphémère. Le sentiment de la Grande Vérité et la croyance inébranlable en cette vérité font naître dans le cœur du croyant un sentiment durable de supériorité. Cette perception de la vérité est bien plus forte et plus durable que les raisonnements et controverses courants, la pression de l’environnement, les habitudes sociales et les coutumes héritées des ancêtres, car la foi en Allah, l’Éternel, fait naître dans le cœur du croyant une force permanente.
Dans la société, certaines façons de penser et certaines doctrines finissent par s’imposer. Les liens sociaux ainsi qu’une législation et une discipline rigoureuses contraignent chaque individu à suivre les idées et les doctrines en vigueur. Sans le soutien d’un groupe puissant de la société ou l’aide d’une force extérieure, personne ne peut s’opposer aux doctrines et aux idées établies. D’autre part, les doctrines établies exercent une influence considérable sur la société. Ce n’est qu’après avoir été attiré par une doctrine et une pensée supérieures que l’être humain prend conscience de la vacuité des doctrines et des idées antérieures et se prépare à les abandonner. Sinon, il ne peut échapper à l’influence des idées et des doctrines en vigueur. Il est également impossible de se libérer de l’emprise des doctrines établies sans le soutien d’une force plus puissante, plus vaste et supérieure à celles qui permettent aux idées et aux doctrines en vigueur de se maintenir dans la société.
Celui qui se dresse la tête haute contre le cours dominant de la société, s’oppose à la conception soutenue par le pouvoir dirigeant et se révolte contre les défauts, les déviations et les méfaits des coutumes, des rites, des idées et des doctrines en vigueur aura besoin d’un appui plus puissant que les hommes, plus solide que les montagnes et plus cher que la vie. Sinon, dans cette société, il ne prendra pas seulement conscience de son impuissance : dans le vaste monde, il ne trouvera même pas un petit endroit où se réfugier. Dans ces circonstances, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ne peut laisser le croyant seul face aux souffrances, aux difficultés et aux persécutions au sein d’une société tyrannique. C’est pourquoi Il a fait descendre cette parole rassurante à l’intention des croyants —
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Sous les persécutions interminables d’un environnement hostile, il est naturel que l’enthousiasme de l’être humain décline et que son courage s’affaiblisse. C’est précisément à ce moment que cette parole rassurante d’Allah Très-Haut fait naître force et inspiration dans le cœur du croyant. Ce n’est pas par la seule patience et la fermeté que le croyant triomphe de toutes les adversités : il les vainc en gardant à l’esprit son sentiment de supériorité et son objectif sublime. Le croyant s’élève si haut dans le domaine de la foi et de la pensée que, de cette hauteur, toutes les forces tyranniques du monde, les souverains puissants, les idées soutenues par le pouvoir politique, ainsi que toutes les lois et coutumes, lui paraissent extrêmement viles et insignifiantes.
Le croyant est véritablement supérieur. Car, de même qu’il est supérieur, la source de sa croyance et de sa doctrine l’est également. À ses yeux, même un vaste empire n’est rien. Les personnes dotées d’une immense puissance lui paraissent insignifiantes. Le croyant ne se laisse pas attirer par une chose simplement parce qu’il voit la majorité des gens populaires de la société l’apprécier. À cet égard, le croyant occupe le sommet parmi tous. Il a trouvé la voie grâce à Allah Très-Haut, l’unique source de toute connaissance. En toute matière, il cherche à connaître le commandement du Dieu Très-Haut et, lorsqu’il reçoit de Lui une orientation sur une question, quelle qu’en soit la forme, il s’y conforme.
En ce qui concerne la création et la stabilité de l’univers, la croyance et la doctrine du croyant sont également les plus élevées et les meilleures. En effet, grâce à la conception du tawhid qu’Islam lui a enseignée par la foi en Allah, il est devenu capable de saisir pleinement la vérité. Le tawhid présente de l’univers une image qui est largement supérieure à toutes les doctrines anciennes et modernes du monde. Après avoir examiné la vacuité, les contradictions et l’inanité de toutes les doctrines produites par les religions fondées sur le shirk, par les croyances des gens du Livre égarés et par le matérialisme odieux, on acquiert la ferme conviction que ceux qui possèdent une conception correcte de l’univers sont sans aucun doute les meilleurs membres de la société.
La conception que le croyant se fait des valeurs de la vie et des critères permettant d’évaluer et de distinguer les choses, les biens et les personnes est supérieure et occupe le premier rang par rapport aux conceptions des autres. La faculté de discernement née de la foi en Allah Très-Haut, qui possède les qualités décrites par l’Islam, ne se contente pas de dévoiler les secrets de la terre limitée : en révélant aussi ceux de l’univers infini, elle accorde au cœur du croyant une conception des valeurs de la vie et des critères d’acceptation et de rejet qui sont, comparés aux critères généralement répandus, incohérents et défectueux, meilleurs, purs et réalistes. La connaissance humaine est extrêmement limitée. C’est pourquoi, à travers les âges, les êtres humains sont contraints de modifier sans cesse leurs critères du bien et du mal. Il arrive même que des critères différents soient en vigueur au sein d’une même nation. On a parfois vu une même personne exprimer le matin une opinion sur une question, puis rendre l’après-midi un jugement exactement opposé.
En croyant en Allah, le croyant acquiert, dans sa conscience, son discernement, son caractère et son comportement, les qualités les plus éminentes. Car Allah Très-Haut Lui-même possède les noms les plus beaux et les qualités les plus sublimes. C’est sa croyance et sa doctrine qui font naître en lui le sentiment de dignité, la pureté et la propreté, les bonnes manières et la courtoisie, le désir d’accomplir de bonnes actions ainsi que la motivation d’acquérir l’aptitude à assumer sa responsabilité de lieutenant d’Allah sur la terre. De plus, cette croyance et cette doctrine font naître dans le cœur du croyant la ferme conviction que l’au-delà est le véritable lieu où l’on reçoit la rétribution de ses actes, et que les souffrances et les difficultés de la vie terrestre sont insignifiantes en comparaison de la récompense qui y sera accordée pour les bonnes œuvres et une vie menée dans la pureté. La naissance d’un tel sentiment fait descendre une profonde tranquillité dans le cœur du croyant. Ainsi, même privé toute sa vie des plaisirs et des richesses terrestres, il ne se plaint pas.
Les lois et le système de vie auxquels le croyant se conforme sont les meilleurs et les plus excellents. Après avoir examiné et analysé toutes les lois élaborées par l’homme, de l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne, le croyant acquiert la ferme conviction que tout ce que l’humanité a jusqu’ici obtenu au prix de tant d’efforts et de labeur n’est, comparé au système de vie et aux lois de l’Islam, rien de plus qu’un simple jeu d’enfant. Il acquiert également la conviction que les efforts déployés jusqu’à présent par l’homme pour élaborer des lois et des règles sont comparables à la marche d’un aveugle. Ainsi, lorsque, depuis sa position, le croyant voit l’angoisse, la détresse et l’impuissance des hommes égarés, il éprouve de la compassion pour eux et se considère comme victorieux de la société humaine égarée.
À l’époque de la Jâhiliya, les hommes étaient plongés dans l’ivresse de l’orgueil d’un pouvoir vide de substance, ainsi que de l’éclat et du faste des richesses terrestres. Grâce à la croyance islamique, le croyant prend conscience de la vanité de l’idolâtrie de ces choses et acquiert les qualités et le caractère mentionnés plus haut. La Jâhiliya n’est pas limitée à une époque particulière. Chaque fois que l’homme abandonnera la voie lumineuse de l’Islam, il se retrouvera entouré par la Jâhiliya. La même règle s’applique à tous les temps et à toutes les époques, passés, présents et futurs. Je rapporte, dans les termes d’Abû Uthmân al-Nahdî, l’attitude manifestée par le vénérable Mughîra ibn Shu‘ba (r.a.) lorsqu’il vit les diverses formes de la Jâhiliya dans le camp somptueux du célèbre général perse Rustum :
« Après avoir franchi le pont sur le fleuve, Mughîra ibn Shu‘ba (r.a.) arriva au camp des soldats perses. Ceux-ci le firent asseoir et demandèrent l’autorisation de le conduire auprès de Rustum. Bien qu’ils eussent été vaincus à la guerre, ils n’avaient rien diminué de leur faste. Ayant obtenu l’autorisation, Mughîra s’avança. Tous les gens du camp portaient des vêtements déterminés. Certains avaient sur la tête une couronne d’or et portaient des vêtements ornés de broderies d’or. Un espace de plus de cent coudées était recouvert de tapis lourds et précieux. Mughîra entra dans la tente. Il monta directement sur l’estrade surélevée et s’assit à côté de Rustum. Les courtisans accoururent, le prirent par la main et le firent descendre de là. Le vénérable Mughîra commença à parler : “Jusqu’à présent, nous avions beaucoup entendu parler de votre intelligence. Mais aujourd’hui, nous avons constaté que vous êtes une nation d’imbéciles. Dans notre société, tous les hommes sont égaux : nul n’est l’esclave de personne. Le cas des prisonniers de guerre est toutefois différent. Je pensais que, comme nous, vous vous accordiez mutuellement un égal respect. Avant de me traiter comme vous l’avez fait, vous auriez au moins pu m’informer que, dans votre société, certains ont établi leur souveraineté sur les autres. Je suis venu ici à votre invitation, et non de mon plein gré. Par conséquent, la manière dont vous m’avez traité n’est en aucune façon un bon traitement. J’ai compris que votre structure sociale est extrêmement fragile. Votre défaite est donc inévitable. Aucun empire ne peut subsister avec un tel caractère et une telle mentalité.” »
À la veille de la bataille de Qâdisiyya, Rabî ibn Âmir (r.a.) manifesta également la même attitude devant Rustum et ses courtisans. Voici ce qui s’est passé : avant la bataille de Qâdisiyya, le vénérable Sa‘d ibn Abî Waqqâs envoya Rabî ibn Âmir (r.a.) comme émissaire auprès de Rustum, général de l’empereur perse. En entrant dans le camp, Rabî ibn Âmir (r.a.) vit que la salle d’audience était décorée de tapis précieux. Rustum, vêtu d’un habit orné d’une couronne d’or et de pierres précieuses, était assis sur un trône d’or au sommet d’une estrade élevée. Rabî (r.a.), vêtu de vêtements déchirés, entra dans la salle monté sur un cheval maigre, tenant à la main un petit bouclier et une lance. Après avoir attaché son cheval à un précieux coussin de selle, il s’apprêta à s’approcher de Rustum. Il portait encore ses vêtements de guerre. Alors qu’il avançait, coiffé d’un casque de fer et revêtu d’une armure, les courtisans lui demandèrent d’ôter ses vêtements de guerre. Rabî ibn Âmir (r.a.) dit : “Je ne suis pas venu ici de mon propre gré. Vous m’avez invité et fait venir. Si ces vêtements vous déplaisent, je vais repartir.” Rustum dit : “Laissez-le venir.” Il s’avança en s’appuyant sur la lance qu’il tenait à la main. Les coups de sa lance déchirèrent le tapis en plusieurs endroits. Rustum demanda : “Pourquoi êtes-vous venus ?” Il répondit : “Allah nous a envoyés pour libérer les hommes de la servitude des hommes et les engager au service de l’Allah unique et sans associé. Notre objectif est de conduire dans ce vaste champ ceux qui désirent se libérer de l’étroitesse de ce monde pour obtenir les bienfaits illimités de l’au-delà, et de soustraire les hommes à l’oppression des religions forgées par l’homme afin de les placer sous les principes de justice que l’Islam leur a apportés.” (Al-Bidâya wa-n-Nihâya d’Ibn Qâdir)
Avec le temps, une révolution survint, affaiblissant la vision des musulmans et les attirant vers les richesses terrestres. Pourtant, leur idée de leur propre supériorité demeura intacte. Si la lampe de la foi continue de brûler dans leur cœur, même vaincu, le croyant considérera la nation victorieuse comme inférieure et méprisable en comparaison de lui-même. Il est fermement convaincu que la domination terrestre n’est qu’une chose temporaire. Tôt ou tard, la destruction de la nation égarée victorieuse est inévitable. Même face à la mort, le croyant, malgré son manque de richesses terrestres, ne s’agenouillera pas devant les forces du faux. Le croyant considère la mort de son adversaire comme une chose tout à fait insignifiante. Quant à lui, le martyre lui est destiné. Dès qu’il quittera ce monde, le croyant entrera au Paradis, tandis que le groupe puissant et victorieux d’aujourd’hui sera jeté, dans l’au-delà, dans la Géhenne, aux tourments d’une rigueur douloureuse — il en est certain. Car le croyant a entendu la déclaration claire d’Allah Tout-Puissant concernant le destin qui l’attend, lui et son adversaire. Il a dit :
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« Que la domination des négateurs sur le pays ne vous trompe pas. Ce n’est qu’un faible bien pour quelques jours. Ensuite, ils entreront dans la Géhenne, qui est le plus mauvais lieu de retour. Quant à ceux qui craignent leur Seigneur et vivent dans Sa crainte, ils auront des jardins où ils demeureront éternellement. C’est une hospitalité préparée pour eux de la part d’Allah. Et ce qui se trouve auprès d’Allah est meilleur pour les gens de bien. » — Âl ‘Imrân : 196-198
Des croyances, des valeurs et des critères opposés à la foi, à la doctrine, aux valeurs et aux critères du croyant peuvent devenir dominants dans la société. Pourtant, la conscience du croyant ne peut, ne serait-ce qu’un instant, oublier sa haute dignité et l’infériorité de tous les autres. Depuis sa position élevée, tout en préservant sa dignité et son honneur, il observe la société avec patience et compassion ; dans son cœur s’éveille un désir irrésistible de la guider dans la bonne voie, de la tirer de sa condition déchue et de la conduire au sommet du progrès.
Le bâtıl crée un tumulte étrange, fait trembler les alentours de ses rugissements et de ses cris, bombe le torse, retrousse sa moustache et rassemble autour de lui une immense armée de flatteurs, égarant ainsi la vue extérieure et la vision intérieure d’autrui. Les gens de la société ne peuvent voir, derrière l’éclat qui trouble la vue, l’aspect terrifiant, laid et monstrueux du bâtıl dissimulé à leurs regards. Assis sur un siège élevé, le mu’min observe les rugissements vains du bâtıl et voit l’état trompé des hommes égarés, mais aucune faiblesse ne trouve place dans son cœur : il n’éprouve aucune tristesse et sa foi inébranlable en la Vérité suprême ne faiblit pas le moins du monde. Ses pas ne dévient pas même d’un cheveu de la Sirât al-Mustaqîm. Au contraire, son désir et sa motivation de guider vers la hidaya les hommes égarés et trompés deviennent encore plus ardents.
La société jahilî se plonge dans les désirs et les passions. Les instincts vils sont emportés par le flot. Partout, l’obscénité et la saleté, libérées de toute règle et de toute interdiction, jouissent tranquillement de leurs plaisirs. Finalement, dans cette société, un environnement pur et la nourriture halal deviennent rares — au point d’être introuvables. Le mu’min, assis au-dessus de tout cela, contemple la société flottant sur le courant des ordures et de la saleté. Même s’il est seul, il ne se désespère ni ne s’attriste en voyant l’évolution et la nature de la société. Jamais, même un instant, le désir de rejeter le vêtement de la pureté et de la pudeur pour se laisser emporter par le courant déferlant de l’obscénité ne naît en lui. Grâce à la saveur de l’îmân et au bonheur de l’aqîda, il se voit très au-dessus de cette société pleine d’ordures.
Cette société est rebelle au dîn ; elle a perdu le sens de l’honneur et de la dignité et s’est dégradée. C’est une société dépourvue de hautes valeurs, de politesse et de bonnes manières ; en somme, une société qui a rejeté toutes les qualités de pureté et de pudeur. Dans une telle société, le mu’min s’accroche au dîn et à l’islam comme s’il tenait dans le creux de sa main un morceau de braise ardente. Ceux qui ont l’habitude de se laisser emporter par le courant grégaire se moquent de la fermeté du mu’min, qualifient sa manière de penser de folie et lacèrent ses valeurs chéries sous les coups de leurs critiques. Mais le mu’min voit et entend tout. Pourtant, aucune faiblesse n’apparaît dans son cœur. Il regarde de son regard généreux et tolérant ceux qui se moquent et critiquent, et les paroles prononcées par le prophète Nûh sortent de sa bouche. Alors qu’il parcourait un long chemin semé d’épines, le prophète Nûh, incarnation de la patience et de la fermeté, dit à la foule qui se moquait de lui —
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« Aujourd’hui, vous vous moquez de nous. Un jour, nous nous moquerons à notre tour de vous, comme vous vous moquez maintenant de nous. » — Hûd : 38
À la lumière de la Parole sacrée d’Allah Ta‘âlâ, le mu’min voit clairement le destin des deux camps, le sien et celui de ses adversaires. Allah le Très-Haut a dit —
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« Certes, les criminels riaient et plaisantaient avec les croyants dans ce monde. Lorsqu’ils passaient près d’eux, ils se moquaient d’eux par des signes des yeux. Puis, de retour auprès de leurs familles, ils s’adonnaient à leurs critiques. Et dès qu’ils voyaient les musulmans, ils disaient : “Ce sont vraiment des égarés.” Pourtant, ils n’avaient pas été envoyés pour être leurs gardiens. Aujourd’hui, au Jour dernier, les musulmans riront des mécréants et, assis sur leurs sièges, les regarderont. Les mécréants ont-ils donc reçu aujourd’hui la juste rétribution de leurs actes ? » — Al-Mutaffifîn : 29-36
Le Saint Coran nous a également rapporté et fait connaître les propos moqueurs des mécréants à l’égard des croyants :
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« Lorsque Nos versets leur sont récités clairement, les mécréants disent aux croyants : “Lequel de nos deux groupes est dans la meilleure situation et lequel possède l’assemblée la plus brillante ?” »
Autrement dit : lequel des deux groupes est le meilleur ? D’un côté se trouvaient les chefs de tribu, les dirigeants sociaux et les riches qui n’avaient pas cru en Muhammad (s.a.s.), et de l’autre, les pauvres et les faibles qui avaient cru. Telle était leur question : lequel des deux groupes était le meilleur ? Nadr ibn al-Harith, Umar ibn Hisham, Walid ibn al-Mughira et Abu Sufyan ibn Harb étaient des dirigeants et des notables établis de la société. En revanche, Bilal, Ammar, Khabbab (qu’Allah les agréе) et d’autres de leur genre étaient dépourvus de soutien et de ressources. Les mécréants se disaient : si Muhammad (s.a.s.) était véritablement le prophète d’Allah, pourquoi ces gens de basse condition de la tribu de Quraysh rejoindraient-ils son groupe ? N’y avait-il donc pas dans la société des personnes plus honorables qu’eux ? Pour se réunir, ils ne possèdent même pas un meilleur endroit qu’une maison de particulier — la maison d’Ikrima —, tandis que le parti opposé à l’islam dispose d’un vaste lieu de réunion comme An-Nadwa. Ils ont le prestige, l’opulence et dirigent la nation.
Telle est la vision des adorateurs des intérêts terrestres. En tout temps et à toutes les époques, partout dans le monde, leur regard est toujours tourné vers le bas. Ils n’ont jamais levé les yeux vers les horizons élevés.
C’est le Très-Grand Allah Lui-même qui a établi que ceux qui sont riches de la foi et de la croyance demeureront au-dessus de l’attrait du faste terrestre et des éclats éphémères. Ils ne convoiteront ni la proximité des dirigeants, ni les faveurs du gouvernement, ni une popularité à bon marché, ni la satisfaction des désirs de leurs passions. C’est Lui qui a fixé que la voie d’action du croyant consiste à poursuivre le jihâd au prix d’une dure abnégation, jusqu’au martyre. En s’engageant sur la voie de l’islam, chacun doit comprendre pleinement qu’il n’a accepté le dîn que pour la supériorité de la foi et de la croyance. En dehors de la satisfaction d’Allah, il n’y a ici aucun intérêt terrestre. Cette voie est fermée à ceux qui sont attachés à la convoitise et au faste. Seuls ceux qui recherchent la satisfaction d’Allah peuvent avancer sur cette voie, personne d’autre.
Le croyant ne dépend d’aucun être humain pour déterminer ses valeurs, ses conceptions et les critères de ce qu’il accepte ou rejette. En toute chose, il reçoit de la part du Très-Grand Allah, Seigneur des mondes, et le critère donné par Allah lui suffit. Il ne dépend pas de la volonté des hommes. Il n’a donc pas besoin de modifier ses opinions au gré des changements de la volonté humaine. Car le croyant a cru en la Vérité suprême. La vérité est ferme et immuable ; jamais elle ne demeure hésitante. Le croyant ne reçoit aucune inspiration de ce monde limité et éphémère. La source de toutes ses inspirations est le Créateur, le Maître et le Seigneur de l’immense création. C’est pourquoi le cœur du croyant ne peut s’affaiblir. Il n’est jamais victime du désespoir. Après s’être relié au Seigneur des hommes, à la grande source de la vérité et au centre originel de toute puissance, peut-il encore y avoir une quelconque raison de craindre ou d’éprouver de l’appréhension ?
Le croyant est établi sur la vérité. S’il s’en écarte, il n’en retirera rien d’autre que le faux et la vanité. Que le faux ait ses tambours et ses trompettes, que les foules se pressent autour de lui : la vérité ne peut pour autant changer. Jamais il ne délaissera la voie du haqq, c’est-à-dire de la vérité, pour faire un compromis avec le faux. Espérer cela de sa part n’est que pure absurdité.
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« Ô Seigneur ! Après nous avoir guidés, ne laisse pas nos cœurs dévier. Accorde-nous Ta miséricorde, issue du trésor de Ta miséricorde. Certes, Tu es généreux et prodigue. Ô notre Seigneur ! Tu réuniras certainement tous les hommes en un jour. Il n’y a absolument aucun doute quant à la venue de ce jour. Allah Tout-Puissant ne manque jamais à Sa promesse. » — Âl ‘Imrân : 8-9
Douzième chapitre
La voie teintée de sang
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« Par le ciel aux forteresses solidement édifiées, et par le Jour promis, par le témoin et ce dont il témoigne ! Périssent les gens du fossé, dans lequel brûlait un feu ardent, lorsqu’ils étaient assis à l’entrée du fossé et regardaient en spectacle ce qu’on faisait subir aux croyants. La raison de leur hostilité envers les croyants est qu’ils avaient cru en Allah, le Tout-Puissant, Celui qui est constamment digne de louange, le Seigneur des cieux et de la terre, et Allah voit toute chose. Ceux qui ont persécuté les croyants et les croyantes, puis ne se sont pas repentis de cet acte, auront assurément le châtiment de l’Enfer, et un châtiment qui consume leur est réservé. Quant à ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres, ils auront pour récompense assurée des jardins du Paradis sous lesquels coulent des ruisseaux. Voilà la véritable réussite. En vérité, la prise d’Allah est très sévère. C’est Lui qui a commencé la création et qui la fera renaître. Il est Pardonneur, Aimant, Maître du Trône et Glorieux. Il accomplit tout ce qu’Il veut. » — Al-Burûj : 1-16
Le récit des gens du fossé rapporté dans le Coran suscite la réflexion chez tout croyant. Cette sourate, la sourate Al-Burûj, revêt une importance considérable pour ceux qui souhaitent œuvrer à l’appel à la religion dans le monde.
Dans la manière dont le Saint Coran présente l’introduction, le récit, les commentaires et les enseignements de cette histoire, se dessine une ligne directrice claire concernant le parcours de ceux qui appellent à la voie d’Allah. Il donne une idée précise de la nature du mouvement religieux, des réactions des groupes humains et de tout ce qui peut se produire lors de la propagation de cet appel dans le vaste monde. À travers le récit, Allah Tout-Puissant mentionne les obstacles et les difficultés susceptibles de se dresser sur le chemin des croyants et les encourage à accepter toutes les épreuves, tous les malheurs et toutes les souffrances possibles.
C’est l’histoire d’un groupe de croyants. Ils avaient cru en leur Seigneur et avaient proclamé publiquement le contenu de leur foi. Mais les ennemis tyranniques et puissants de la société n’étaient pas disposés à leur accorder le droit de croire en Allah, le Loué et l’Omnipotent. Les croyants furent donc soumis à d’extrêmes persécutions. Dans leur tentative insensée de les dépouiller de la dignité accordée par Allah et d’en faire des jouets entre les mains de leur classe dirigeante, les ennemis révélèrent la dépravation de leurs goûts en leur infligeant de cruelles tortures physiques.
Mais ces hommes au cœur pur, fortifiés par la foi, réussirent pleinement l’épreuve qui leur était imposée. Leur foi triompha de leurs corps mortels. C’est pourquoi ils ne furent nullement ébranlés par les menaces, la peur et la terreur semées par les oppresseurs ; au contraire, ils furent jetés dans des brasiers ardents et moururent lentement, dans d’atroces souffrances. Pourtant, ils n’acceptèrent pas de s’écarter, fût-ce de l’épaisseur d’un cheveu, de leur religion. Ils étaient libérés de l’illusion et de l’attrait de la vie terrestre. Aussi, bien que leurs bourreaux eussent préparé leur mise à mort cruelle, comme celle de bêtes, ils ne purent renoncer à leur croyance en échange de leur vie. Ayant rompu avec les séductions des plaisirs et des richesses de ce monde, ils partirent d’un cœur intrépide vers le monde supérieur. Quelle merveilleuse suprématie de la force de la foi sur la vie éphémère !
Face à ces croyants pleinement attachés à la foi, au caractère élevé, vertueux et bienfaisant, se trouvaient des gens rebelles à Allah, obstinés, immoraux, criminels et de nature perfide. Assis au bord de la fosse de feu ardent, ils jouissaient du spectacle de la mort douloureuse et pitoyable des croyants. Ils s’étaient rassemblés près de la fosse, poussés par la curiosité de voir comment le feu dévorait des êtres humains vivants et les réduisait en cendres.
Lorsqu’un jeune croyant, une jeune croyante, un enfant, une vieille femme ou une personne âgée était jeté dans le feu, leur joie se transformait en frénésie. À la vue des jets de sang et des morceaux de chair enflammée, ils dansaient de plaisir. Cette histoire terrifiante montre que les oppresseurs avaient totalement perdu leur conscience et leur raison, tombant à un niveau inférieur à celui des bêtes. En effet, les animaux féroces chassent pour apaiser leur faim ; ils ne tuent pas des êtres vivants pour se divertir.
Le même événement permet de se faire une idée claire du rang éminent des croyants. Ils avaient atteint le sommet de la spiritualité. Leur confiance inébranlable en Allah était parvenue à sa perfection. Pour les hommes de toutes les époques et de tous les temps, ce degré de foi a toujours été considéré comme l’idéal suprême.
À première vue, on pourrait croire que la persécution et les sévices ont triomphé de la foi et de la croyance. Bien que la force de la foi de ces hommes vertueux, patients et pieux eût atteint son sommet, l’issue de l’événement donne l’impression que, dans l’épreuve de force contre le faux, leur force de foi avait subi un échec. On ne sait pas, d’après le Noble Coran ou quelque autre ouvrage, si les auteurs de la fosse furent châtiés pour ce crime abominable comme le furent les peuples de Noé (que la paix soit sur lui), de Houd (que la paix soit sur lui), de Sâlih (que la paix soit sur lui), de Shu‘ayb (que la paix soit sur lui) et de Loth (que la paix soit sur lui). Il n’existe pas non plus de moyen de savoir si Allah avait puni ces gens avec la même rigueur qu’Il avait employée pour saisir Pharaon et ses troupes. Ainsi, du point de vue matérialiste, le destin des croyants dans cet événement semblait extrêmement tragique.
Mais l’affaire s’achève-t-elle ici ? Le groupe pieux et vertueux qui avait atteint les degrés supérieurs de la foi a-t-il donc disparu après avoir brûlé et été réduit en cendres dans le feu de la fosse, au milieu des persécutions et des sévices ? Et ces hommes tyranniques, semblables à des bêtes, ont-ils complètement échappé au châtiment ? Du point de vue terrestre, cette question suscite de nombreuses interrogations. Mais le Coran enseigne autre chose aux croyants et dévoile devant eux un autre mystère. Il propose un nouveau critère pour distinguer le bien du mal, critère qui aide les croyants à déterminer leur voie dans le conflit entre la vérité et le faux.
La vie terrestre, ses aises, ses plaisirs et ses privations ne sont pas les éléments décisifs de la vie humaine. Ils ne suffisent pas à déterminer le bilan des gains et des pertes. La domination temporaire ne constitue pas la victoire, même si la domination fait partie des moyens d’y parvenir. Selon la balance d’Allah, seul le poids de la foi est lourd. Sur le marché d’Allah, seul le produit de la foi est recherché. Le meilleur exemple de la victoire est la suprématie de la foi sur la matière. L’événement mentionné montre clairement que les âmes des croyants ont pleinement triomphé de la peur, de l’angoisse, de la souffrance, ainsi que du confort et du désir de jouissance de la vie terrestre. La victoire et l’honneur acquis par les croyants face aux persécutions extrêmes ont inscrit un chapitre glorieux dans l’histoire de l’humanité. Et cette victoire est la véritable victoire.
Tous les êtres humains meurent. Mais les circonstances de la mort sont diverses. Le succès dont ont bénéficié les croyants mentionnés n’échoit pas à tout le monde. Beaucoup ne peuvent pas non plus atteindre un degré de foi aussi élevé. Tous ne peuvent jouir d’une liberté aussi complète. C’est Allah Tout-Puissant qui, par Son immense grâce, choisit un groupe de personnes qui meurent comme tous les êtres humains, mais dont la mort est extrêmement heureuse. Nul autre ne peut acquérir cette félicité. Elles obtiennent un rang et un honneur supérieurs même à ceux des grands anges. À l’aune de cet honneur et de ce rang, elles deviennent les détentrices du rang le plus éminent de toute l’histoire de l’humanité.
Les croyants mentionnés auraient pu renoncer à leur foi pour sauver leur vie. Mais dans quelle mesure eux-mêmes et l’ensemble de l’humanité auraient-ils été lésés s’ils avaient agi ainsi ? Si, pour sauver leur vie, ils avaient abandonné cette grande vérité selon laquelle « une vie sans foi ne vaut pas même un sou », l’humanité aurait subi une perte extrême. Après avoir perdu la liberté de croire et d’adhérer à une doctrine, l’être humain devient démuni. Si un groupe de dirigeants tyranniques parvient, après avoir torturé le corps, à imposer également son pouvoir coercitif sur l’âme, l’être humain tombe dans la plus profonde déchéance. Les croyants mentionnés avaient atteint un tel degré de foi que, même lorsque la puissance brûlante du feu s’exerçait sur leurs corps vivants, ils demeuraient fermes dans la grande vérité et la pureté. Au moment où leurs corps mortels brûlaient dans le feu, leur grand et sublime idéal s’élevait vers les hauteurs en gravissant les marches du succès. Bien plus, le feu conférait encore davantage d’éclat à leur fidélité à l’idéal.
Cette lutte entre la vérité et le mensonge (le haqq et le bâtıl) ne se limite pas à la scène terrestre. La vie terrestre seule ne constitue pas non plus la vie humaine complète. Dans ce combat, les hommes de l’époque contemporaine ne sont pas les seuls à prendre part. Les anges aussi participent à la guerre du haqq contre le bâtıl, observent le cours de la lutte et sont témoins de tout ce qui se produit. Plus encore, ils pèsent les événements sur une balance. Cette balance est entièrement différente de toutes les balances humaines de toutes les époques et de toutes les natures. En vérité, la balance des anges possède des caractéristiques distinctes même de celle de l’ensemble de l’humanité. Les anges sont une noble création d’Allah. À une époque donnée, leur nombre est plusieurs fois supérieur à celui de tous les êtres humains vivant dans le monde. Il ne fait donc aucun doute que les éloges et le respect des anges envers les partisans du haqq ont bien plus de valeur que le respect et les éloges des habitants de la terre.
Après tous ces degrés vient l’au-delà. C’est là le véritable lieu où les résultats sont proclamés. Cette scène terrestre est reliée à l’au-delà — elle n’en est pas séparée. Telle est la vérité véritable, et telle est aussi la foi inébranlable du croyant. La lutte entre le haqq et le bâtıl ne s’achève pas sur le seul champ de bataille terrestre. Le stade de l’achèvement véritable n’est pas encore arrivé. Il ne serait ni juste ni raisonnable de tirer une conclusion sur la seule base de la partie du combat qui s’est déroulée sur la scène terrestre. Car une telle conclusion se limiterait alors à quelques affrontements ordinaires de la guerre.
Ceux qui considèrent la vie terrestre comme l’unique vie ont une vision très étroite et limitée. Seuls les esprits agités nourrissent une telle vision. Le second type de vision — c’est-à-dire la vision tournée vers l’au-delà — est vaste, réaliste et globale. Le Coran façonne dans l’esprit des croyants ce second type de vision. Et c’est là la vision conforme à la réalité. C’est sur cette vision que s’édifie l’immense construction de la pensée fondée sur la foi. La récompense qu’Allah Tout-Puissant a promise aux croyants en retour de leur fermeté dans la foi et l’obéissance, ainsi que de leur patience inébranlable face à l’épreuve du feu de la foi, est la paix du cœur. Il est dit :
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« Ceux qui ont cru trouvent la tranquillité dans leur cœur par l’évocation d’Allah. Sachez que c’est par l’évocation d’Allah que les cœurs trouvent la tranquillité. » — Ar-Ra‘d : 28
À cela s’ajoute la promesse de la satisfaction d’Allah et de Son amour.
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« Certes, ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres, Allah Très-Haut fera naître pour eux l’affection dans le cœur des hommes. » — Maryam : 96
De plus, il est promis qu’il sera question d’eux dans le monde supérieur.
Le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) dit : « Lorsqu’un enfant d’un serviteur d’Allah meurt, Allah Très-Haut appelle les anges et leur demande : “Avez-vous pris l’âme de l’enfant d’un tel de Mes serviteurs ?”
Les anges répondent : « Oui, en effet ! »
Allah Très-Haut demande à nouveau : « Avez-vous pris le morceau du cœur de Mon serviteur ? »
Ils répondent : « Oui, Seigneur ! »
Allah dit : « Qu’a dit Mon serviteur à ce moment-là ? »
L’ange dit : « Il a chanté vos louanges » et ————————————– « Nous appartenons certes à Allah et c’est vers Lui que nous devons retourner » — voilà ce qu’il a dit.
Allah Ta‘ala ordonne alors : « Construisez au Paradis un palais pour ce serviteur qui M’appartient et donnez-lui le nom de Bayt al-Hamd (la demeure de la louange). » — (Tirmidhi)
Il est également rapporté du noble Prophète (s.a.s.) qu’Allah Ta‘ala dit : « Je suis exactement tel que Mon serviteur pense que Je suis. Lorsqu’il se souvient de Moi, Je suis avec lui. S’il se souvient de Moi en lui-même, Je me souviens de lui en Moi-même. S’il se souvient de Moi en public, Je me souviens de lui dans une assemblée plus importante encore. S’il s’approche de Moi d’une empan, Je m’approche de lui d’une coudée. S’il s’approche de Moi d’une coudée, Je m’approche de lui de plusieurs coudées. S’il vient à Moi en marchant, Je vais à lui en courant. » — (Bukhari et Muslim)
Il est également promis que, dans le monde supérieur, des prières sont faites en faveur des croyants et qu’un profond amour et une profonde compassion leur sont voués.
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« Ceux des anges qui portent le Trône et ceux qui se tiennent autour d’Allah célèbrent tous la gloire de leur Seigneur en Le louant et croient en Allah. Ils implorent le pardon d’Allah pour les croyants et disent : “Seigneur ! Ô notre Seigneur ! Ta miséricorde et Ta science embrassent toute chose. Pardonne donc les fautes de ceux qui se repentent et suivent la voie que Tu as indiquée, et épargne-leur le feu de l’Enfer.” » — (Al-Mu’min : 7)
Allah Ta‘ala a promis aux martyrs la vie éternelle —
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« Ne dites pas de ceux qui ont été tués dans le sentier d’Allah qu’ils sont morts ; ils sont bien vivants et reçoivent leur subsistance auprès de leur Seigneur. Ils sont très heureux et satisfaits de ce qu’Allah leur a accordé par Sa grâce. Ils sont certains qu’il n’y aura ni crainte ni affliction pour les croyants qui sont encore dans ce monde et n’ont pas encore rejoint l’au-delà. Comblés par la récompense et la grâce d’Allah, ils ont compris qu’Allah ne laisse pas perdre la récompense des croyants. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 169-171)
De même, Allah a adressé une mise en garde au sujet de ceux qui traitent la vérité de mensonge, des injustes et des criminels. Il dit qu’Il leur laisse quelque temps la bride sur le cou dans la vie terrestre et leur accorde un certain répit, mais qu’ils seront jugés dans l’au-delà. Il arrive toutefois qu’Allah les saisisse également dans ce monde. Pourtant, le véritable châtiment est réservé à l’au-delà.
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« Que l’agitation des négateurs d’Allah dans le pays ne vous trompe pas. Ce ne sont là que des biens éphémères d’une vie de courte durée. En définitive, leur demeure sera la Géhenne, et quel mauvais lieu ! »
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« Ne pense pas qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. Il leur accorde un délai jusqu’au jour où leurs yeux seront exorbités et où ils courront, la tête levée. Ce jour-là, leurs regards seront fixés vers le haut et leurs âmes se débattront, prêtes à s’envoler. » — Ibrâhîm : 42-43
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« Laisse-les se divertir par des propos futiles et des jeux jusqu’à ce que survienne le jour qui leur a été promis. Ce jour-là, ils sortiront des tombeaux et se mettront à courir comme s’ils se précipitaient vers une destination. Leurs regards seront baissés et les marques de l’humiliation et de l’avilissement apparaîtront sur leurs visages. Voilà le jour qui leur a été promis. »
— Al-Ma‘ârij : 42-44
C’est ainsi que la vie humaine est liée à celle des anges, et la vie d’ici-bas à celle de l’au-delà. La lutte entre le vrai et le faux, le bien et le mal, la foi et la rébellion contre Allah ne s’achève pas sur la scène éphémère de ce monde, et son résultat ne s’y manifeste pas. Le confort et les épreuves, la jouissance et la privation de la vie terrestre ne constituent pas, selon la balance d’Allah, des critères décisifs. De ce point de vue, le champ d’épreuve des forces du bien et du mal est très vaste et durable. Les critères de la réussite et de l’échec, ainsi que leur portée, sont beaucoup plus étendus. Cette aspiration s’élève très haut. C’est pourquoi ce monde, ses ornements et ses biens, ainsi que les nécessités matérielles de cette vie, sont jugés insignifiants par le croyant. À mesure que sa vision et ses opinions s’élargissent, le but et l’objectif de sa vie s’élèvent toujours davantage, en accord avec cette expansion. Le récit des gens qui creusèrent les fossés est particulièrement utile pour faire naître un cœur généreux et noble ainsi qu’une foi sincère.
Le récit des gens qui creusèrent les fossés et l’exposé de la sourate Al-Burûj ont également mis en lumière un autre aspect de la nature de la prédication religieuse et du rôle des prédicateurs face aux réactions possibles sur cette voie. Le mouvement de prédication religieuse a, dans l’histoire de l’humanité, connu sous diverses formes l’issue des luttes menées contre les autres mouvements.
Ce mouvement a vu la destruction des peuples respectifs de Noé, de Hûd, de Shu‘ayb et de Loth, ainsi que le salut d’un petit nombre de croyants. Mais le Coran ne nous a pas indiqué quel rôle ceux qui avaient échappé à la destruction ont joué par la suite. Ces exemples montrent qu’Allah, parfois, afin de remédier aux excès des rebelles, leur fait goûter une part du châtiment dès la vie d’ici-bas. Quant au châtiment approprié, il ne sera infligé qu’après le jugement complet, dans l’au-delà.
Le mouvement de la prédication islamique a été témoin de la destruction de Pharaon avec ses troupes, du salut de Moïse avec ses compagnons, puis de l’obtention de son royaume. Dans l’histoire de cette époque, les Enfants d’Israël étaient dotés d’un caractère éminent. Bien qu’ils n’aient jamais fait preuve d’une fermeté parfaite et qu’ils n’aient jamais établi pleinement la religion d’Allah comme système de vie sur terre, leur exemple était néanmoins différent de celui de leurs prédécesseurs. L’histoire a également vu les monceaux de cadavres de ces polythéistes qui n’avaient pas cru au prophète Muhammad et s’étaient détournés du système de vie qu’il avait apporté. Elle a aussi vu comment, après que la souveraineté de la foi se fut pleinement établie dans le cœur des croyants, l’aide d’Allah vint leur passer au cou le collier de la réussite. Et le monde vit pour la première fois un modèle de mise en œuvre complète du système d’Allah dans la vie humaine. Rien de semblable n’avait été vu avant cette époque, ni ne le fut après.
L’histoire a été témoin de l’événement des gens qui creusèrent les fossés. Nous aussi, nous l’avons vu. En outre, l’histoire a vu se produire de nombreux événements anciens et récents. Ceux-ci n’ont toutefois pas occupé une place importante dans l’histoire. Aujourd’hui encore, l’histoire voit d’innombrables événements qui présentent, sous un aspect ou un autre, des ressemblances avec les événements vieux de plusieurs siècles de l’histoire islamique.
Il est certes nécessaire d’examiner les autres événements. Cependant, celui des gens qui creusèrent les fossés mérite une mention particulière, car il offre un exemple éclatant de l’épreuve du feu de la foi. Lors de cette épreuve, aucune aide terrestre ne vint au secours des partisans de la vérité, et aucun châtiment ne fut infligé dans la vie terrestre aux partisans du faux. De tels événements peuvent se reproduire afin d’ancrer dans l’esprit des croyants et de ceux qui appellent à la voie d’Allah cette conviction : s’ils avancent sur la voie qu’ils souhaitent suivre, aucune force ne viendra les soutenir dans de telles circonstances. Leur sort et tout ce qui concerne leur foi sont entièrement entre les mains d’Allah. Dans cette situation, le devoir des croyants est de quitter ce monde en demeurant fermes dans l’accomplissement de leur devoir. Ils doivent prendre Allah seul comme leur aspiration suprême et ultime, considérer leur croyance et leur foi comme plus précieuses que la vie elle-même et, lorsqu’ils sont jetés dans l’épreuve du feu, faire triompher leur force de foi dans cette épreuve. Dans de telles circonstances, les croyants témoigneront par leur cœur, leur parole et leurs œuvres de la vérité de la religion d’Allah. Quant au sort des ennemis de la religion et à la manière dont l’œuvre de la prédication religieuse progressera, il vaut mieux en remettre ces questions à Allah. Allah peut les conduire vers un sort semblable à ceux dont l’histoire passée de l’islam offre des exemples, ou déterminer un sort nouveau pour les porte-étendards de la religion de vérité et pour les partisans du faux.
Les partisans de la vérité sont les serviteurs de la religion d’Allah. Le devoir des croyants consiste à accomplir leur mission exactement comme Allah veut la leur faire accomplir : au moment, au lieu et de la manière qu’Il choisit, puis à recevoir la récompense promise. L’avenir du mouvement islamique n’est pas entre leurs mains, et ils n’ont pas non plus le pouvoir d’en décider. Cela relève exclusivement du véritable Maître : c’est Son œuvre à Lui. Les serviteurs n’ont nullement besoin de se préoccuper de cette question.
Les croyants reçoivent dès ici-bas la première part de la récompense de leurs œuvres. Cette récompense consiste en la paix du cœur, en une pensée et une compréhension élevées, en des conceptions nobles, ainsi qu’en la libération des sentiments de convoitise et d’avidité terrestres, de peur, d’angoisse, de tristesse et de souffrance. Ils reçoivent également ici-bas la deuxième part. Cette récompense consiste en l’accroissement de leur honneur dans le monde des anges et en la mention faite d’eux. Les gens de bien sur terre ne cessent certes de les louer. Les discussions à leur sujet dans le monde des anges témoignent de l’élévation de leur rang dans les mondes supérieurs. La plus grande part de la récompense leur sera accordée dans l’au-delà. Là, leur compte sera examiné avec facilité et simplicité, et ils obtiendront des gains incommensurables. Mais la meilleure de toutes les récompenses accordées à travers ces différentes parts est l’obtention de l’agrément d’Allah dans chacune d’elles. Par Son infinie bonté, Il a choisi les croyants pour accomplir Son œuvre et les a désignés afin de les employer, en tant que soldats d’Allah sur terre, à toutes les tâches selon Sa volonté. C’est également une grâce suprême.
Grâce à l’enseignement dispensé par le Coran, le premier grand groupe du mouvement islamique avait atteint un niveau supérieur du caractère évoqué précédemment. Inspirés par la mission d’agir en soldats d’Allah, ses membres avaient oublié leur propre personne et leur individualité, et ils étaient satisfaits de la décision d’Allah en toutes circonstances et à tout moment.
Outre le Coran, la formation dispensée par le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait orienté leur regard vers le Paradis et développé en eux la disposition à accomplir leur devoir avec une fermeté inébranlable, jusqu’à ce qu’une décision soit prise par Allah le Très-Haut. La décision d’Allah était pour eux le désir suprême et ultime, en vue du bien ici-bas et dans l’au-delà. Lorsque les injustes de La Mecque soumirent Hadrat Ammar (qu’Allah l’agrée), ainsi que sa mère et son père, à d’extrêmes tortures physiques, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vit de ses propres yeux leur état et prononça seulement ces quelques mots :
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« Ô famille de Yasir, soyez patients : la promesse du Paradis vous est désormais assurée. »
Khattab ibn Arat (qu’Allah l’agrée) raconte : « Nous nous étions plaints auprès du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), alors qu’il se reposait à l’ombre du mur de la Kaaba. Nous lui demandâmes : “Pourquoi ne sollicitez-vous pas l’aide d’Allah ? Pourquoi ne priez-vous donc pas pour nous ?” Il répondit : “Chez les peuples qui vous ont précédés, on saisissait un homme pour l’enterrer vivant. On le sciait aussi vivant avec une scie. Pourtant, cela ne parvenait pas à le détourner de la religion de vérité. Par Allah ! Il établira pleinement Sa religion. Viendra un temps où un cavalier voyagera seul de San‘a à Hadramawt, sans avoir à craindre personne en chemin si ce n’est Allah. Il ne redoutera aucun autre danger, hormis éventuellement l’attaque d’un loup contre son troupeau de moutons. Mais vous, vous serez très impatients.” »
Allah dissimule une intention bénéfique dans chaque œuvre. Il dirige l’ensemble de la création. Du commencement à la fin, Il demeure constamment informé de tout ce qui concerne la création entière. Tout ce qui se produit ici-bas se produit selon Son organisation. Lui seul connaît le bienfait caché dans le monde invisible. Le bien caché écrit l’histoire sous la dépendance de la volonté d’Allah le Très-Haut, et le mystère des événements finit par se révéler conformément à Sa volonté.
Parfois, les mystères sous-jacents aux événements passés ne sont dévoilés qu’après plusieurs siècles. Pourtant, les gens qui vivaient à l’époque même de ces événements n’en avaient pas compris la portée. À leur époque, ils ne faisaient que demander : “Qu’est-ce que cela signifie ? Ô Seigneur ! Que se passe-t-il donc, et pourquoi cela se produit-il ?” et ainsi de suite. De telles questions sont le signe de l’ignorance. C’est pourquoi le croyant ne les pose pas non plus. Il croit en effet fermement que la sagesse et le bien résident dans toutes les actions d’Allah le Très-Haut. L’ampleur de la pensée du croyant, sa juste appréciation du lieu, du temps et des circonstances, ainsi que sa clairvoyance, l’éloignent de ce genre de réflexions. Animé d’une entière satisfaction intérieure et d’un esprit d’obéissance, il avance sans relâche avec la caravane religieuse sur la voie fixée par Allah le Très-Haut.
Le Coran formait des cœurs capables d’assumer la responsabilité de la lieutenance d’Allah sur terre. Il fallait donc des cœurs forts, purs et sincères. En avançant sur la voie de la religion, ces cœurs étaient prêts à tout sacrifier. Ils étaient désireux d’affronter courageusement chaque épreuve. En revanche, au lieu des richesses terrestres, ils tournaient leur regard vers le bonheur et la prospérité de l’au-delà, et leur aspiration suprême était uniquement d’obtenir l’agrément d’Allah. En d’autres termes, il fallait former des cœurs capables de faire preuve de sacrifice et de fermeté face à la pauvreté, aux souffrances et aux persécutions physiques jusqu’à la fin de leur vie, sans espérer obtenir rapidement des résultats favorables. Ils ne seraient même pas impatients de voir se propager la prédication de la religion, triompher l’islam, les musulmans acquérir le pouvoir et la prééminence, ou les injustes et les groupes rebelles à Allah de leur époque être rapidement détruits et vaincus, comme Allah Très-Haut avait auparavant saisi et anéanti les ennemis de Sa religion.
Lorsque de tels cœurs furent formés et qu’ils continuèrent à assumer la responsabilité de la religion dans la vie terrestre sans attendre aucune récompense ici-bas, considérant l’au-delà comme le véritable lieu où seraient tranchés le vrai et le faux, et lorsque Allah Très-Haut fut satisfait de leur sincérité, de leur fermeté, de leur sacrifice et de leur dévouement, Il les secourut dès ici-bas. Il leur confia le dépôt sacré de la lieutenance sur terre. Ce dépôt ne leur fut pas confié pour servir les intérêts des croyants, mais dans l’intérêt de la religion de vérité.
Ils acquirent l’aptitude et le droit d’assumer cette grande responsabilité le jour même où ils s’engagèrent sur cette voie sans aucune promesse de récompense possible ici-bas et où ils tournèrent leur regard, non vers les intérêts terrestres, mais vers ceux de l’au-delà. Dès le jour où ils renoncèrent à désirer toute récompense autre que l’agrément d’Allah, ils furent comptés parmi Ses serviteurs favorisés de Sa grâce particulière.
Les versets du Noble Coran qui promettent aux croyants le secours d’Allah, mentionnent les biens du butin et annoncent la destruction des mécréants dès ici-bas furent révélés à Médine.
Après que tout désir d’intérêts terrestres eut été chassé du cœur des croyants, Allah Très-Haut prit Lui-même l’initiative de leur annoncer la bonne nouvelle de Son secours. Il promit ce secours afin d’établir Sa religion sacrée comme code de vie de la société humaine. Le secours accordé aux croyants dans la vie terrestre ne fut pas une récompense de leurs durs efforts, de leurs sacrifices et de leur courage ; il résultait plutôt de la propre décision d’Allah Très-Haut. Nous pouvons aujourd’hui comprendre la sagesse bénéfique cachée dans cette décision.
Tous ceux qui, dans quelque pays, peuple ou tribu qu’ils se trouvent, s’intéressent à l’œuvre de la prédication de la religion doivent réfléchir sérieusement à cette question. Cette subtilité met clairement en évidence toute la voie de la prédication de la religion, ainsi que chacune de ses étapes et chacun de ses tournants, et elle donne une patience inébranlable à ceux qui sont résolus à parvenir jusqu’au terme de la voie sans se soucier de l’issue finale. Ils considèrent comme juste toute issue qu’Allah Très-Haut a fixée pour la prédication de la religion et pour ceux qui appellent à cette voie. En avançant sur une route ensanglantée, pleine de dangers extrêmes, par-dessus les cadavres de leurs compagnons, ils ne seront pas impatients dans l’espoir d’une victoire immédiate. Certes, si Allah Lui-même décide de mener à son plein accomplissement le mouvement de prédication de la religion et d’établir Sa religion par les efforts des croyants, c’est une excellente chose. Mais, si une telle décision est prise, elle doit être attribuée uniquement à la volonté d’Allah Très-Haut, et non considérée comme une récompense de l’endurance et des sacrifices des croyants. Car ce monde n’est pas le lieu où l’on reçoit la rétribution de ses actes.
En commentant le récit des gens de la fosse, le Coran a également attiré l’attention sur un autre fait. Chacun de nous devrait y prêter attention. Le Coran dit—
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« Et la seule raison de leur hostilité envers ces croyants était qu’ils avaient foi en Allah, le Tout-Puissant, le Digne de toute louange. » — Al-Burûj : 8
Les gens de toutes les époques et de toutes les lignées devraient réfléchir avec une profonde attention aux faits exposés dans ce verset. La lutte entre les croyants et le parti adverse n’a lieu qu’en raison de la différence de foi, de croyance et de pensée, et non pour quelque intérêt terrestre que ce soit. Le camp adverse ne peut tolérer la foi des croyants. La cause profonde de toute sa colère et de toute son hostilité réside dans la croyance des croyants. Les objectifs politiques, les intérêts économiques ou la recherche de la supériorité lignagère ne sont jamais le but de cette lutte. De tels différends peuvent facilement être réglés ou maîtrisés. Mais ici, c’est une lutte entre idéaux purs qui se déroule. La question en jeu est la suivante : « Le système de mécréance subsistera-t-il, ou bien la foi ? La Jâhiliya demeurera-t-elle, ou bien l’islam ? »
À La Mecque, les polythéistes avaient proposé au Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) de lui accorder des richesses, le pouvoir de gouverner et divers autres avantages terrestres. Ils n’avaient qu’une seule condition : que le noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) mette fin au conflit doctrinal et aux querelles de croyance, et qu’en échange il obtienne d’eux d’autres avantages et satisfasse certains intérêts. Si le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait accepté de satisfaire leur volonté, il n’y aurait eu aucun différend entre eux et lui. Il apparaît donc qu’il faut rester attentif à la véritable question au cœur du conflit. En effet, la cause de l’hostilité et de la colère du camp ennemi est que les croyants ont foi en Allah, le Tout-Puissant, qu’ils n’obéissent qu’à Allah et ne s’inclinent que devant Lui.
Le camp ennemi peut s’efforcer de donner à la lutte entre les croyances et les doctrines l’apparence d’un conflit politique, économique ou tribal, afin d’égarer les croyants quant à l’objectif véritable du combat et d’éteindre la flamme ardente de la foi embrasée dans leurs cœurs. Les croyants ne doivent donc jamais se laisser tromper. Ils doivent comprendre qu’une tentative est menée pour les évincer au moyen d’une conspiration soigneusement planifiée. Ceux qui, dans cette guerre, soulèvent de tels prétextes cherchent en réalité à priver les croyants de l’arme inestimable de la victoire finale. Cette victoire peut aussi être obtenue sous la forme d’une supériorité spirituelle, d’une indépendance politique ou d’un bénéfice terrestre résultant d’une élévation ferme et durable, à l’image des croyants dispersés dans les grottes.
Dans le monde actuel, notamment au milieu de la propagande trompeuse des adeptes du christianisme et de leurs efforts pour falsifier l’histoire, nous sommes témoins de tentatives visant à semer la confusion. Ils prétendent que le but véritable des croisades était l’acquisition d’un empire. Cette affirmation est absolument fausse ! La vérité est que, longtemps après les croisades, le parti de la croix a revêtu le masque de l’impérialisme. En effet, il n’est plus possible aujourd’hui à la croyance de la croix de se manifester sur le terrain de la même manière qu’elle avait pu le faire au Moyen Âge.
C’est pourquoi ils ont dû revêtir un nouveau masque. En effet, la croyance de la croix avait été réduite en morceaux en se heurtant au mur de métal fondu édifié par la force unie de tous les musulmans, sans distinction de lignée, de race ou de tribu. Parmi ces musulmans, des hommes tels que Salâh ad-Dîn, issu de la tribu kurde, et Tûrân Châh, issu des Mamelouks, oublièrent leurs différences tribales et lignagères, s’appuyèrent uniquement sur la force de la foi et remportèrent la victoire sous le seul étendard de l’islam.
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« La seule raison de leur hostilité envers les croyants était qu’ils avaient foi en Allah, le Tout-Puissant, le Digne de toute louange. » — Al-Burûj : 8
La parole d’Allah Ta‘ala est vraie dans les moindres détails, tandis que les groupes trompeurs, charlatans et oppresseurs sont menteurs et égarés.
— Fin —