Note de l’éditeur

Le vénérable Abbas Ali Khan est l’un des plus éminents penseurs islamiques du Bangladesh. Sa contribution aux efforts de propagation et d’établissement de l’islam est particulièrement remarquable. Sa plume est également infatigable dans le domaine de la rédaction et de la traduction de la littérature islamique. Parmi les ouvrages qu’il a écrits figure L’éternel conflit entre l’islam et la Jahiliyyah. Dans cet ouvrage, l’auteur dépeint avec une grande maîtrise le conflit qui a opposé et oppose l’islam à la Jahiliyyah dans le passé comme à l’époque actuelle. Parallèlement, il indique avec clarté ce que doivent faire ceux qui œuvrent à l’établissement de l’islam. Nous sommes convaincus que son ouvrage constituera une précieuse provision pour ceux qui œuvrent à l’établissement de l’islam.

Islam et Jahiliyyah

L’islam et la Jahiliyyah sont deux croyances, doctrines et modes d’action opposés. Leurs voies, leurs objectifs et leur destination diffèrent — ils sont même opposés. Il est donc naturel et inévitable qu’un conflit et un affrontement les opposent. Depuis l’origine de l’humanité, cette lutte et ce conflit se poursuivent, et tant que l’humanité existera, cet affrontement continuera.

L’une des deux est bonne, l’autre mauvaise. L’une est vérité et justice, l’autre mensonge et injustice. L’une est bénéfique, l’autre nuisible. L’une est lumière, l’autre ténèbres. L’une est créatrice, l’autre destructrice. L’une est la voie choisie par Allah, le Créateur de l’univers, l’autre est la voie qu’Il réprouve et interdit. De ces deux voies et doctrines, la première est l’islam et la seconde la Jahiliyyah. Ce qui est islam n’est pas Jahiliyyah, et ce qui est Jahiliyyah n’est pas islam.

Le terme « Jahiliyyah » est employé dans le sens opposé à celui de l’islam. Toutes les méthodes et voies de l’islam sont fondées sur la connaissance. En effet, Dieu Lui-même a enseigné ces voies et méthodes, et Lui seul possède la connaissance de tous les mystères cachés. À l’inverse, toute voie et toute méthode différente de l’islam est considérée comme une voie et une méthode de la Jahiliyyah. L’époque antérieure à l’islam en Arabie était appelée l’époque de la Jahiliyyah en ce sens qu’à cette époque, sans connaissance, les hommes avaient établi leur propre mode de vie uniquement sur la base des superstitions, des conjectures, des suppositions et des désirs. Partout et à toute époque où les hommes adopteront cette méthode, elle devra nécessairement être qualifiée de méthode d’action de la Jahiliyyah.

En somme, dans la terminologie islamique, la Jahiliyyah désigne les méthodes d’action contraires à la civilisation et à la culture islamiques, aux principes éthiques, aux convenances et à l’état d’esprit islamiques. — « C’est Lui, le Très-Haut, qui vous a créés. Parmi vous, certains sont mécréants et d’autres croyants, et Allah observe tout ce que vous faites » — (At-Taghabun : 2).

Les commentateurs ont exposé quatre significations de ce terme, et toutes quatre sont correctes.

Premièrement — Il est votre Créateur. Mais certains nient qu’Il soit leur Créateur, tandis que d’autres acceptent cette grande vérité. C’est pourquoi les premiers sont appelés mécréants et les seconds croyants.

Deuxièmement — Après vous avoir créés, Il vous a montré les deux voies, celle du bien et celle du mal, et vous en a également exposé les conséquences. Puis Il vous a accordé la pleine liberté de choisir l’une de ces deux voies et de la suivre. Si vous voulez adopter la mécréance, c’est-à-dire refuser de suivre la voie d’Allah, vous pouvez le faire ; et si vous voulez croire et suivre Sa voie, vous pouvez également le faire. Il ne vous contraint pas à adopter la foi ou la mécréance. Par conséquent, vous êtes vous-mêmes responsables de la foi et de la mécréance, c’est-à-dire d’accepter ou de refuser la souveraineté, l’autorité et le commandement d’Allah. En vous accordant la liberté de choisir l’une de ces deux voies, Il vous a soumis à une terrible épreuve. Il observe la manière dont vous usez de votre liberté de choix. L’expression « Il observe ce que vous faites » contient une mise en garde. De même que vous êtes libres de suivre deux voies opposées, vous devrez nécessairement subir deux conséquences opposées. Les conséquences de la bonne et de la mauvaise voie ne peuvent jamais être les mêmes. Il n’est pas nécessaire de préciser que, pour jouir d’une bonne conséquence, il faut suivre la bonne voie. C’est là l’épreuve de l’être humain. L’épreuve n’a lieu qu’en vue de la récompense et du châtiment ; autrement, elle serait dépourvue de sens.

Troisièmement — Il vous a créés selon une disposition naturelle saine et correcte, dont l’exigence est que vous adoptiez la voie de la foi. Pourtant, après avoir été créés selon cette disposition naturelle saine et correcte, certains d’entre vous ont adopté la mécréance, ce qui est contraire à Sa création. D’autres ont adopté la voie de la foi, qui est conforme à leur disposition naturelle.

Il faut se rappeler que l’être humain a été créé avec une disposition naturelle et un esprit exempts de penchant au péché. Ensuite, il adopte la voie droite ou la voie tortueuse.

Il convient de noter qu’aucun des prophètes et messagers venus dans le monde, ni aucun des Livres célestes qui leur ont été donnés, n’a présenté l’être humain comme pécheur de naissance. Pourtant, depuis un siècle et demi, le monde chrétien entretient la croyance religieuse selon laquelle l’être humain est pécheur par nature. Selon cette croyance, le penchant héréditaire au péché s’est transmis à l’humanité en conséquence du péché d’Adam et d’Ève. Au lieu de réfléchir à la manière de réprimer ce penchant et de s’efforcer de le faire, il a rejeté toute la responsabilité sur Adam et Ève, cherchant ainsi un prétexte pour mener une vie souillée par le péché. C’est une conception et une philosophie gravement erronées, et c’est cela, la jahiliyyah.

Cependant, des érudits catholiques ont récemment commencé à déclarer que cette conception et cette croyance n’ont aucun fondement dans la Bible. Dans son ouvrage intitulé « Is Original Sin in Scripture? », le célèbre spécialiste de la Bible, le révérend Habat Hague, affirme que, jusqu’au IIIe siècle, les chrétiens ne croyaient pas que l’être humain fût pécheur de naissance. Lorsque cette conception et cette croyance commencèrent à se répandre sous l’effet de la propagande de certaines personnes, les érudits chrétiens continuèrent à les combattre pendant deux siècles. Mais finalement, au Ve siècle, saint Augustin, au moyen de son réseau d’arguments spécieux, introduisit dans les croyances fondamentales du christianisme l’idée que l’humanité avait hérité de la malédiction du péché d’Adam. Et, du fait que Jésus-Christ a donné sa vie sur la croix pour en fournir l’expiation, le salut de l’humanité aurait été rendu possible — il n’existerait aucun autre moyen. C’est une superstition aveugle, erronée, fabriquée de toutes pièces et dépourvue de logique, ainsi qu’une arme particulièrement dangereuse de la jahiliyyah.

Quatrièmement — Allah, le Très-Haut, vous a fait passer du néant à l’existence. Vous n’existiez pas, puis vous êtes venus à l’existence. Si vous réfléchissiez à cette question avec un esprit simple, droit et impartial, vous comprendriez certainement que votre existence même est un don particulier de Dieu, grâce auquel vous pouvez jouir des bienfaits innombrables qu’Il a créés pour vous. Pourtant, beaucoup parmi vous ne réfléchissent pas à cette question. C’est pourquoi ils ont emprunté la voie de la rébellion et du péché. Certains, en revanche, ont adopté la voie de la foi et ont fait preuve d’une pensée juste et exacte.

Ce qui est dit dans la sourate Ar-Rûm du Noble Coran mérite également une attention particulière : « Oriente donc entièrement tes objectifs vers cette religion, en te tournant exclusivement vers elle — ô Prophète, ainsi que vous, ses disciples. Tiens-toi debout selon la disposition naturelle sur laquelle Allah a créé les êtres humains. On ne peut modifier la structure créée par Allah. Telle est la religion véritable et parfaitement correcte, ou le système de vie véritable. » (Ar-Rûm, 30).

Dans le verset précité, s’adressant au prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) et aux musulmans, il est dit : puisque cette réalité vous est devenue manifeste — à savoir qu’il n’existe nul autre qu’Allah, l’unique Créateur et Maître de l’univers — la conduite qui doit nécessairement être la vôtre consiste à orienter exclusivement votre objectif vers cette religion. Cette religion est celle que présente le Coran. Selon cette religion, nul autre qu’Allah, l’Unique et sans associé, ne possède le droit de recevoir l’adoration, le culte, la servitude et l’obéissance. Ne détournez pas votre visage de cette religion pour vous tourner vers une autre direction. Après avoir adopté cette voie pour votre vie, ne regardez aucune autre voie. L’ensemble de l’humanité a été créé selon cette disposition naturelle : en dehors de l’Unique Allah, elle n’a aucun créateur, aucun seigneur, aucune divinité, ni aucun être auquel elle puisse véritablement obéir. C’est sur cette disposition naturelle que l’être humain doit s’établir.

La phrase « la constitution créée par Allah ne peut être modifiée » signifie que Dieu a créé l’être humain comme Son serviteur, afin qu’il n’adore que Lui. Il est impossible à quiconque de modifier le cours et la disposition naturels de la création. Il est impossible de passer de cet état à celui de « ne pas être le serviteur de Dieu ». Si l’on considère comme dieu quelqu’un qui ne l’est pas, il ne peut pas pour autant devenir véritablement dieu. Aussi nombreux que soient les êtres que l’homme se fabrique comme divinités, il n’est et ne peut être le serviteur de personne en dehors du Dieu unique.

En résumé, Allah a, d’une part, accordé à l’être humain la pleine liberté de choisir librement son propre chemin de vie et d’agir en conséquence. D’autre part, Il lui expose clairement la vérité véritable et l’appelle à l’accepter.

Parce qu’Allah a créé l’être humain, Il l’aime profondément. Pour subvenir à tous les besoins de sa vie, Il a répandu tout autour de lui, sur la terre, d’innombrables biens et ressources. La lune, le soleil, les étoiles, le jour et la nuit, la lumière et l’air, les nuages du ciel et la pluie, les montagnes, les fleuves et les rivières, les plantes, les animaux et les oiseaux, ainsi que toutes sortes de nourritures : c’est pour l’être humain qu’Il a créé tout cela. Ce sont autant de signes de Son amour pour l’être humain. Et précisément parce qu’Il aime l’être humain, Il lui indiquera nécessairement le droit chemin de sa vie. Cela est tout à fait naturel. Il est inconcevable qu’Il ne lui indique pas les règles, les lois et le programme permettant de rendre heureuse et belle sa vie terrestre, qui n’est que brève, et de faire réussir également sa vie éternelle dans l’au-delà après la vie terrestre. En réalité, Il les lui a bien indiqués. Par l’intermédiaire des prophètes et des messagers, Il a donné à l’être humain la loi complète de sa vie. C’est ce qui a été appelé la religion conforme à la disposition naturelle, mentionnée plus haut.

Après avoir doté l’être humain de la connaissance, de la raison et de la conscience, on l’a laissé libre afin de le mettre à l’épreuve ; on lui a donné la possibilité de choisir n’importe quelle voie pour sa vie et d’agir librement en conséquence. S’il le veut, il peut suivre la voie indiquée par Dieu et en recueillir les bienfaits, ou abandonner cette voie pour emprunter une voie erronée qu’il aura imaginée lui-même. Il peut considérer Allah comme son unique Créateur, Nourricier, Seigneur et Souverain, et Lui obéir pleinement ; ou bien adorer les nombreuses fausses divinités qu’il s’est imaginées. Bien qu’Allah lui ait laissé la liberté d’emprunter l’une ou l’autre de ces deux voies, Il a, à travers les âges, envoyé des prophètes et des messagers à chaque peuple et à chaque nation afin de rappeler sans cesse à l’être humain le droit chemin de sa vie. Il n’a pas voulu restreindre la liberté qui lui avait été accordée de suivre la voie droite ; au contraire, Il a tenté de le convaincre et de l’y encourager en lui exposant les bienfaits de cette voie. D’autre part, Il a aussi tenté de le détourner de la voie erronée en l’informant de ses conséquences terribles.

Dans aucune époque ni aucune période de l’histoire humaine il ne s’est écoulé un temps sans qu’il y ait un prophète, ou quelqu’un lui succédant, pour appeler les êtres humains vers la voie de Dieu. Cette succession et cette continuité ininterrompue de l’appel des hommes vers la voie de Dieu étaient particulièrement nécessaires, et le sont encore aujourd’hui. La raison en est que délaisser la voie de Dieu pour adopter n’importe quelle autre voie revient à lutter contre la nature elle-même. Il en résulte que diverses calamités et épreuves s’abattent sur la vie humaine. La domination et l’autorité des hommes sur les hommes s’établissent. Le fort se fait le dieu du faible. D’innombrables êtres humains sont enchaînés dans l’esclavage d’autres êtres humains. Sous les persécutions et l’oppression de dirigeants cruels et tyranniques, le ciel et l’air se remplissent des cris et des lamentations des hommes. Pour mettre fin à toutes ces persécutions et à cette oppression, et pour garantir aux hommes leur liberté, leur bonheur, leur paix ainsi que la sécurité de leurs personnes et de leurs biens, il était nécessaire dans le passé, il l’est encore aujourd’hui et il le sera à l’avenir d’appeler les hommes vers la voie de Dieu. Telle est la règle immuable d’Allah. Suivre cette règle s’appelle l’islam, tandis que l’ensemble de tout ce qui lui est opposé s’appelle la jahiliya. Ce qui est vrai est l’islam, et ce qui est mensonger et erroné est la jahiliya.

La vérité et le mensonge, des forces antagonistes

Il est apparu clairement dans la discussion précédente que, de même que la foi et la mécréance sont opposées, l’islam et la jahiliya le sont également. L’islam est la voie et la méthode prescrites par Allah, ainsi qu’un programme de vie orienté vers le bien. Sa source et son fondement sont la connaissance infaillible donnée par Dieu. La connaissance, la raison et la conscience humaines l’approuvent également, et il est conforme à la disposition naturelle. À l’inverse, la jahiliya est issue des ténèbres de la mécréance, c’est-à-dire de l’ignorance, des conjectures et des illusions. La première est donc vérité et beauté, tandis que la seconde est mensonge et laideur. La première est lumière, la seconde ténèbres. Aucune des deux ne peut jamais tolérer l’autre. Elles sont donc des forces rivales l’une de l’autre. Leur conflit et leur affrontement réciproques sont eux aussi éternels.

Connaissance–Intelligence–Conscience

C’est grâce à la connaissance, à l’intelligence et à la conscience qu’Allah le Très-Haut a accordées à l’être humain que celui-ci est considéré comme la plus noble des créatures. Cette qualité particulière a établi une différence considérable entre l’être humain et les autres êtres vivants. L’intelligence et la raison font naître en l’être humain le sentiment qu’il est lui-même responsable de chacun de ses actes. En revanche, ce principe ne s’applique pas à celui qui n’a pas reçu l’intelligence et la raison. Prenons l’exemple d’une lourde pierre qui, s’étant soudainement détachée de son emplacement en hauteur, tombe et tue quelqu’un : on ne saurait en aucun cas considérer la pierre comme coupable, car elle n’est qu’une matière inanimée et inconsciente. De même, si un animal pénètre dans le champ de quelqu’un, mange les récoltes et les saccage, on ne pourra pas non plus le qualifier de coupable. En effet, bien qu’il possède une conscience et des sensations, il est dépourvu d’intelligence et de raison. Mais si l’être humain commet un acte de ce genre, il sera nécessairement considéré comme coupable et devra être puni par la justice, car il a été doté, en plus de la conscience et des sensations, de la connaissance, de l’intelligence et de la conscience morale. Grâce à cela, il peut discerner le juste de l’injuste. Les matières inanimées et inorganiques dépourvues de conscience, ainsi que les autres animaux, à l’exception de l’être humain, sont privés des qualités susmentionnées et de la capacité de distinguer le bien du mal ; ils n’ont donc pas à rendre compte de leurs actes. Si l’être humain est lui-même responsable de ses actes, c’est parce qu’il a été doté de connaissance et d’intelligence.

Connaissance–Bon usage de l’intelligence

Bien que la connaissance et l’intelligence confèrent à l’être humain la plus haute dignité, celui-ci fait un mauvais usage de son savoir. Même après lui avoir donné l’intelligence et la conscience morale, et l’avoir rendu capable de connaître le bien et le mal, le juste et l’injuste, on ne peut pas dire que chacun de ses actes sera empreint de conscience morale. Les exemples ne manquent pas. Bien au contraire, nous en voyons d’innombrables autour de nous. Prenons le cas des étudiants. Les parents envoient leurs enfants dans des établissements d’enseignement afin qu’ils acquièrent des connaissances et des qualités humaines. Pour cela, ils prennent en charge toutes leurs dépenses d’études. Les exigences de la conscience auraient voulu que chaque étudiant étudie régulièrement, obtienne aux examens les meilleurs résultats possibles selon ses aptitudes et son mérite, et gagne la réputation d’être un bon étudiant. Malgré la présence de ces connaissances, de ces convictions et de ces sentiments chez chaque étudiant, que constatons-nous ? Certains étudiants s’efforcent de remplir pleinement leurs responsabilités. D’autres, en revanche, négligent leurs responsabilités et leurs devoirs, consacrant leur temps à des activités répréhensibles qui ne sont souhaitables à aucun point de vue. En tant qu’êtres humains, les étudiants des deux catégories possèdent la connaissance, l’intelligence et la conscience morale. Pourtant, on ne les voit pas tous mettre leur intelligence et leur conscience morale en œuvre de la même manière. On comprend ainsi que tous ne sont pas capables de faire bon usage de leur conscience morale.

Par ailleurs, un groupe de personnes assoiffées de pouvoir n’hésite à recourir à n’importe quel moyen vil pour parvenir au pouvoir. Beaucoup d’entre elles sont hautement instruites et titulaires de diplômes élevés. Pourtant, en s’emparant du pouvoir par la corruption, la force, les assassinats, la terreur et d’autres moyens similaires, elles s’installent en maîtres des hommes. Ensuite, au lieu de garantir les droits fondamentaux du peuple, elles l’enchaînent dans les liens de l’esclavage et le contraignent à mener une vie indigne de l’être humain. On a vu ce tableau autrefois en de nombreux endroits du monde, et on le voit encore aujourd’hui. Le pillage, les meurtres, le détournement des biens de l’État, le vol et le brigandage, entre autres, se produisent constamment dans la société. Ceux qui commettent ces actes sont tous des êtres humains réputés instruits. Ils sont nécessairement censés posséder connaissance, intelligence et conscience morale. Mais où en font-ils donc bon usage ?

Il existe encore dans le monde plusieurs pays qualifiés de sous-développés, en retard dans le domaine de l’éducation et accablés par la pauvreté. Dans ces pays, certains ne considèrent pas une telle situation comme particulièrement blâmable. Même si rien ne justifie que nous partagions leur avis, que se passe-t-il dans les pays réputés développés et hautement civilisés à tous égards ? Aujourd’hui, l’Angleterre et les États-Unis sont considérés comme des pays ayant atteint les sommets du progrès et de la civilisation. Les gens continuent d’affluer dans ces deux pays pour y recevoir une formation dans le savoir et la civilisation. Bien qu’ils occupent une place de premier plan dans les sciences et les technologies, ces deux pays ont montré un échec total dans le bon usage de la connaissance, de l’intelligence et de la conscience morale. Ils excellent dans l’oppression et l’injustice envers les autres peuples. Dans leur propre société également, ils sont plongés au plus profond du déclin moral. Une information publiée dans le « Newsweek » du 27 juin 1988 permet de prendre la mesure de leur extrême déchéance morale et de leur goût croissant pour la criminalité. L’article rapportait que, l’année précédente (1987), dans Londres, ville de sept millions d’habitants, 194 meurtres et 22 626 crimes violents avaient été commis. À New York, en revanche, 1 672 meurtres et 148 313 crimes violents avaient été commis. Ce n’est là que la situation de deux villes de deux pays. Où sont donc passées la connaissance, l’intelligence et la conscience morale de ces criminels ?

Il ne suffit pas de posséder connaissance, intelligence et conscience morale ; c’est d’en faire bon usage qui constitue le véritable devoir de l’être humain. Les exemples précédents nous ont permis de comprendre que tous ne sont pas capables de faire bon usage de leur connaissance et de leur conscience morale. Certains y parviennent, tandis que d’autres se montrent incapables de le faire.

Quelle est la cause de cet échec ??

Pourquoi l’être humain commet-il une erreur aussi grave ? Pourquoi inflige-t-il une si grande injustice à son bien le plus précieux, la connaissance et la raison ? Nous devons absolument obtenir la réponse à ces questions avant d’aller plus loin.

La première chose à savoir est que l’être humain possède deux tendances naturelles opposées. L’une est la tendance à craindre Dieu et à faire le bien, l’autre est la tendance à faire le mal. Un conflit permanent les oppose. Toutes deux incitent, stimulent et poussent l’être humain à satisfaire leurs exigences. Lorsque la tendance au bien l’emporte, l’être humain fait bon usage de sa connaissance et de sa raison et accomplit de bonnes actions. Mais lorsque la tendance au mal l’emporte, elle entraîne l’être humain dans toutes sortes de péchés.

La tendance au mal l’emporte pour plusieurs raisons. Ses causes fondamentales sont les suivantes.

La première est la puissance des instincts mauvais de l’être humain et de ses désirs. Ces désirs sont si puissants que l’être humain se retrouve généralement impuissant face à eux. Lorsqu’il perd la force de les maîtriser, il devient l’esclave de ses instincts. Dès lors, il n’éprouve plus la moindre hésitation à commettre toute injustice, toute transgression, tout péché ou tout acte bestial. Il fait de ses instincts son « ilah » et devient lui-même entièrement leur esclave. Après être devenu l’esclave de ses instincts, il perd la faculté de distinguer le bien du mal. Bien souvent, même s’il croit qu’un péché est un péché, il n’a plus la force de s’en tenir éloigné. Ainsi, bien qu’il considère le vol, le brigandage, le meurtre, la débauche et autres actes semblables comme mauvais, l’être humain, en se soumettant à ses instincts, ne parvient pas à se préserver de ces péchés.

Les instincts mauvais prennent le dessus et font de l’être humain un adorateur du monde. La recherche des plaisirs et du luxe devient alors le but de sa vie. On dit que les trois choses auxquelles l’être humain est le plus attaché sont l’argent, les femmes et les stupéfiants. L’histoire regorge d’exemples des innombrables extravagances et catastrophes provoquées dans le monde pour ces trois choses. Qui peut devenir le plus grand et le plus puissant dans ce monde, qui peut amasser les plus grandes montagnes de richesses, qui peut réduire le plus grand nombre de personnes en esclavage, qui peut jouir de la jeunesse et de la beauté du plus grand nombre de femmes : les esclaves de leurs instincts se livrent à cette compétition. Afin que la crainte de Dieu et de l’au-delà ne trouble pas même un instant leur esprit, des philosophies et des doctrines forgées de toutes pièces ont été créées. Il n’existe aucune puissance appelée Dieu ou Créateur. L’au-delà est le produit d’une pensée irréelle et fumeuse. Ce monde et la vie d’ici-bas sont tout. La vie est une lutte pour vivre et survivre — STRUGGLE FOR EXISTENCE.

Ici, seul le plus fort a le droit de survivre, d’exercer son autorité et sa domination et de jouir pleinement de la vie. Le faible n’a pas le droit de vivre — SURVIVAL OF THE FITTEST.

Après avoir cru à cette philosophie, aucune question de justice ou d’injustice, de licite ou d’illicite, de bien ou de mal, de miséricorde ou de cruauté ne devrait surgir dans l’esprit. Tout ce qui est nécessaire pour atteindre le but est alors fait. On saisit toutes les occasions de recourir au mensonge, à la tromperie, à la trahison, au non-respect des promesses, au meurtre, au pillage, à la terreur, à la force, aux accusations mensongères et fabriquées, et ainsi de suite. Ce ne sont pas des récits imaginaires. Ce sont des faits réels de l’histoire passée et présente. C’est là une forme terrifiante de la jahiliyyah.

La deuxième cause fondamentale est l’orgueil et l’arrogance nationalistes, partisans et lignagers, ainsi que l’attachement aveugle qui leur est voué. C’est aussi l’imitation aveugle des ancêtres, des chefs religieux, des conceptions et coutumes transmises de génération en génération, ainsi que de diverses superstitions. Cet attachement et cette imitation aveugles privent l’être humain de sa capacité à distinguer le bien du mal et la justice de l’injustice. Pour ce qui est bon et profitable à sa nation, à son parti ou à son clan, l’homme déploie toutes ses forces et se livre à la guerre, aussi nuisible cela puisse-t-il être pour autrui. L’histoire de l’Angleterre mentionne des guerres ayant duré sept ans, trente ans et cent ans. Tel est le résultat funeste de cet orgueil et de cet attachement aveugle à la nation et au lignage. À l’époque préislamique, de telles guerres sanglantes se sont également poursuivies de génération en génération dans la péninsule Arabique. En voulant satisfaire les désirs et les passions de la nature humaine, des fleuves de sang ont été versés.

L’avidité insatiable de s’emparer par la force du territoire d’autrui et de soumettre les nations faibles a provoqué deux guerres mondiales. Sous l’action des démons de la Jâhiliyyah, la Première Guerre mondiale étendit ses griffes terribles et cruelles sur vingt-huit pays et six continents. Au cours de cette guerre, dix millions de soldats et dix millions de civils perdirent la vie. En raison des famines, des épidémies et de l’instabilité politique engendrées par la guerre, vingt millions d’autres personnes quittèrent à jamais la surface de la terre.

Vingt et un ans plus tard, la Seconde Guerre mondiale apporta davantage de violence, de massacres et de destructions afin de satisfaire la soif insatiable de pouvoir des démons de la Jâhiliyyah. Cette grande guerre impliqua, d’une manière ou d’une autre, chaque pays et chaque nation de la terre. Dix-sept millions de soldats et quarante et un millions de civils tombèrent sous les griffes de la mort. Les bombes atomiques inhumaines utilisées par les États-Unis tuèrent des millions de personnes à Hiroshima et à Nagasaki, et rendirent des millions d’autres infirmes et invalides. Des millions de personnes moururent lentement dans d’atroces souffrances. Jamais une barbarie et une bestialité plus grandes n’avaient été commises à l’époque de la Jâhiliyyah ancienne. La science et la technologie ont rendu la Jâhiliyyah moderne plus violente que la Jâhiliyyah ancienne.

Les croyances et conceptions transmises de génération en génération, les coutumes, les usages et les traditions, ainsi que l’imitation aveugle des chefs religieux, constituent une grave maladie mentale, alimentée par la puissante incitation des passions. L’histoire de l’islam témoigne du fait que, lorsque les prophètes et les messagers ont présenté l’appel de l’islam aux hommes, ceux-ci l’ont rejeté en disant que le Prophète prêchait le contraire des croyances religieuses que leurs ancêtres et eux-mêmes professaient de génération en génération, des usages et coutumes qu’ils observaient depuis des temps immémoriaux et de tout ce que leurs chefs religieux enseignaient. Il était donc absolument impossible de l’accepter. Ces questions seront examinées au moment approprié.

La dévotion et le respect sans limites envers les chefs religieux, les pîrs et les prêtres les placent au rang de divinités. On les considère comme infaillibles et, sans examiner la véracité de quoi que ce soit de ce qui sort de leur bouche, on le croit aussi incontestable que la parole des Védas ou la révélation de Dieu. Allah Lui-même dit :

« Ces gens ont pris leurs savants, leurs pîrs et leurs derviches pour divinités en dehors d’Allah » (At-Tawbah : 31).

Il est rapporté dans un hadith que Hadrat Adî ibn Hâtim était chrétien. Plus tard, il se rendit auprès du Prophète et embrassa l’islam. Il l’interrogea au sujet du verset précité en disant : quel est le sens de l’accusation portée contre nous, selon laquelle nous aurions pris nos savants, nos pîrs et nos derviches pour divinités ? Le Prophète répondit : n’est-il pas vrai que tout ce que ces gens déclaraient illicite, vous le teniez pour illicite, et que tout ce qu’ils déclaraient licite, vous le teniez pour licite ? Hadrat Adî répondit : si, nous le faisions certainement.

Le Prophète dit : c’est précisément ainsi qu’on les prend pour divinités.

Il ressort de ce qui précède que ceux qui, sans l’autorisation d’Allah, fixent pour la vie humaine les limites du licite et de l’illicite s’installent en réalité eux-mêmes sur le trône de la divinité. Ceux qui acceptent leur législation religieuse les prennent pour des dieux.

Quelque grand que soit celui qui parle, Allah et Son Messager constituent le critère permettant de vérifier chacune de ses paroles ou décisions. Toute parole contraire à celle d’Allah et de Son Messager, ou incompatible avec son sens fondamental, doit être rejetée. Cette conception a divisé la société humaine en de nombreux partis et sous-partis et y a engendré la discorde et la corruption.

La troisième cause fondamentale est l’existence d’un environnement extrêmement hostile à l’islam. Si l’environnement d’un pays, d’une région, voire d’un établissement d’enseignement ou d’une résidence universitaire, est tel que tous ceux qui s’y trouvent sont hostiles à l’islam, qu’on n’y diffuse que des ouvrages et des journaux hostiles à l’islam et qu’on y forme les esprits à adopter une mentalité hostile à l’islam, personne ne peut rester ferme dans sa foi islamique au sein d’un tel environnement. Pour ébranler dans l’esprit de la jeunesse la foi en la religion, en Dieu et en l’Au-delà, on lui fournit toutes sortes de moyens favorisant les relations libres avec le sexe opposé, les embrassades et les contacts intimes. De cette manière, on brise et réduit d’abord en miettes sa colonne vertébrale morale. Elle peut ainsi accepter facilement et avec enthousiasme les étapes suivantes. Ces propos ne sont nullement un récit imaginaire. C’est précisément ce type d’activités qui est mis en œuvre dans les pays communistes comme la Russie.

Puis, dans les pays non communistes situés hors de Russie où sont exportées les idées et le mouvement communistes, les mêmes activités sont lancées, quoique de manière limitée. Tantôt ouvertement, tantôt secrètement. Toutefois, les techniques d’action, le recrutement des militants et leur formation se poursuivent comme d’ordinaire. On tente de soumettre la jeunesse par toutes sortes de ruses, de moyens et de stratagèmes. À cette fin, la Russie apporte toute l’aide et tout le soutien nécessaires. C’est ainsi que, progressivement, un régime communiste est instauré dans de nouveaux pays. L’Afghanistan est la dernière victime de leur piège.

Lorsqu’un régime communiste est instauré quelque part, la liberté d’expression et la liberté de pensée disparaissent. Le savoir, la raison et la conscience sont paralysés. Même si quelqu’un veut faire bon usage de sa raison, il n’en a aucun moyen. Volontairement ou malgré lui, il doit accepter l’asservissement mental imposé par les dirigeants communistes.

L’appel des nobles prophètes

La discussion précédente a clairement montré que tous les êtres humains ne font pas bon usage du savoir, de la raison et de la conscience qu’Allah leur a donnés, et qu’ils ne savent même pas toujours le faire. Ils doivent donc subir les terribles conséquences qui en résultent. L’être humain possède également, par nature, diverses faiblesses humaines. Le Très-Haut Allah ne peut rester silencieux en voyant l’homme dans une situation d’impuissance. Il ne s’agit pas d’avoir laissé à la seule raison, à la conscience et aux aptitudes naturelles de l’homme la responsabilité de mobiliser tous les efforts et tous les moyens possibles pour faire triompher la vérité dans ce conflit entre l’islam et la jahiliyyah. Par sa réflexion intellectuelle, l’homme ne parvient pas toujours à une décision juste, car son univers de connaissance et de pensée est extrêmement restreint et limité. À un certain stade de sa réflexion, sa route se trouve bloquée. Il ressent alors son impuissance et prend de mauvaises décisions. Nombre de penseurs de l’humanité, malgré leurs bonnes intentions, sont parvenus à de mauvaises conclusions et ont élaboré de nouvelles philosophies et doctrines qui n’ont pu apporter à la vie humaine autre chose que le malheur. C’est pourquoi, dans Son immense miséricorde envers l’être humain, Allah, le Très Miséricordieux, a fait parvenir de Sa part un savoir infaillible. C’est ce qu’on appelle le savoir de la révélation, ou le savoir divin. Il ne transmet pas directement ce savoir aux hommes ; Il choisit dans la société l’être humain le meilleur et lui accorde, par la révélation, toutes les connaissances nécessaires. Après avoir accordé à l’homme une nature saine, la connaissance et la raison, Il lui confère ainsi un savoir supplémentaire. Lorsque de nombreuses pensées, craintes, incitations et l’influence de ses six passions intérieures, venues de l’intérieur comme de l’extérieur, tentent de l’égarer, ce savoir supplémentaire lui vient en aide et lui montre le droit chemin. Certes, bien que le rejet de ce savoir supplémentaire soit pour lui extrêmement malheureux, la liberté de le faire lui a également été accordée. Allah a ainsi soumis l’homme à l’épreuve et lui a donné les moyens de la réussir, afin qu’il puisse atteindre la plus haute dignité humaine.

Ce savoir supplémentaire décrit plus haut est appelé le savoir de la révélation. Avec lui, Allah a également envoyé le porteur de cette révélation, qui est un être humain comme les autres. Il transmettra aux hommes le savoir de la révélation, l’expliquera et l’analysera, et montrera par sa propre vie concrète comment le mettre en pratique. Cet homme qui porte la révélation est appelé prophète ou messager. Des prophètes et des messagers ont été envoyés à travers les âges sur la terre afin de guider les hommes, de former leur véritable caractère humain et de rendre leur vie heureuse et belle.

L’appel des prophètes et le conflit avec la Jâhiliyya

L’islam et la Jâhiliyya ont été comparés à la vérité et au mensonge, ainsi qu’à la lumière et aux ténèbres. De même que la vérité et le mensonge, la lumière et les ténèbres ne peuvent coexister ne serait-ce qu’un instant, l’islam et la Jâhiliyya ne peuvent absolument pas coexister. Ainsi, chaque fois qu’au fil des âges l’appel de l’islam, l’appel de la vérité, est parvenu aux hommes par l’intermédiaire des prophètes, la Jâhiliyya n’a pu le tolérer. Toute l’histoire de l’humanité est donc l’histoire du conflit entre l’islam et la Jâhiliyya, c’est-à-dire entre la vérité et le mensonge.

Ce sont les nobles prophètes d’Allah qui apportent à l’humanité, égarée et plongée dans les ténèbres de l’ignorance, le flambeau du droit chemin et de la vérité. C’est pourquoi la Jâhiliyya dresse de très grands obstacles sur leur route. Bien plus, les prophètes sont durement persécutés par les porte-étendards de la Jâhiliyya, et beaucoup d’entre eux perdent même la vie. Voici, en résumé, quelques éléments de l’histoire de l’appel des prophètes, c’est-à-dire du conflit entre l’islam et la Jâhiliyya.

Le prophète Noé (paix sur lui)

C’est à partir de l’époque du prophète Noé (paix sur lui) que nous pouvons connaître quelque peu l’histoire de l’humanité. Il n’existe aucune histoire écrite par les hommes pour cette très longue période de l’humanité. Cette longue période est appelée l’ère préhistorique. Toutefois, l’histoire des prophètes de cette époque est rapportée dans les Livres célestes, et le récit le plus fiable en est donné dans le Coran. Le prophète Noé (paix sur lui) s’adressa à son peuple en ces termes :

« Il dit : “Ô mon peuple ! Je suis pour vous un avertisseur explicite (un prophète). (Je vous avertis en vous disant ceci 🙂 Adorez Allah, craignez-Le et obéissez-moi. Allah vous pardonnera vos péchés et vous accordera un délai jusqu’à un terme fixé. En vérité, lorsque le terme fixé par Allah arrive, il ne peut plus être retardé. (Si seulement) vous le saviez, ce serait bien meilleur pour vous.” » (Noé : 2-4).

Son appel est clair et juste. Il est tout à fait naturel et juste de se conformer au commandement et à l’autorité d’Allah, Celui qui a créé l’être humain et qui pourvoit à chacun de ses besoins depuis le commencement de sa naissance jusqu’à l’instant précédant sa mort. Mais les notables et les gens ordinaires de son peuple rejetèrent son appel. Cependant, le prophète Noé (paix sur lui) poursuivit son œuvre de prédication avec une patience extraordinaire. Pendant une très longue période, c’est-à-dire durant neuf cent cinquante ans, il continua à les appeler vers la vérité.

Il ne leur garantit pas seulement le bien-être dans un avenir lointain, c’est-à-dire dans la vie après la mort ; il leur parla également du bien-être dans la vie terrestre.

« J’ai dit : Demandez pardon à votre Seigneur. Il est certainement très Pardonneur. Il fera descendre pour vous la pluie du ciel. Il vous comblera de richesses et d’enfants. Il aménagera pour vous des jardins et fera couler des sources » — (Nûh : 10-14).

C’est pour vous faire obtenir le bien de ce monde et de l’au-delà qu’il dit : « Abandonnez vos faux dieux fabriqués par vous-mêmes et adorez le Dieu unique. » Les notables de la nation rejetèrent cet appel et donnèrent au peuple l’ordre strict de

« Ne renoncez en aucune façon à vos divinités. Ne renoncez ni à Wadd, ni à Suwâ’, ni à Yaghûth, ni à Ya‘ûq, ni à Nasr » — (Nûh : 23).

En réponse, ils dirent au prophète Noé (que la paix soit sur lui) :

« Nous te voyons plongé dans un égarement manifeste » — (Al-A‘râf : 60).

Aux yeux des soi-disant intellectuels de la nation, accepter un Dieu unique était une erreur grave et un égarement. Ils dirent :

Bien que cet univers ait été créé par un seul dieu, il est gouverné par plusieurs dieux. C’est pourquoi les autres dieux ont eux aussi le droit d’être adorés et vénérés. Leurs intellectuels et leurs notables, qui refusaient d’accepter les paroles de Noé (que la paix soit sur lui), dirent : « À nos yeux, tu n’es rien d’autre qu’un homme comme nous. Nous voyons également que ceux qui sont les plus vils et les plus méprisables parmi nous ont suivi ta voie sans la moindre réflexion. Nous ne voyons rien qui montre que vous êtes meilleurs ou plus avancés que nous. Au contraire, nous vous considérons comme des menteurs » — (Hûd : 22).

À cette époque, c’étaient ces chefs et ces notables qui gouvernaient et exploitaient le peuple. Ils détenaient également les clés des moyens de subsistance des gens. Ils étaient aussi propriétaires des jardins, des terres agricoles et des activités commerciales. Ils étaient plongés dans les plaisirs et le luxe de ce monde. Sous leur domination, personne n’osait accepter l’appel du prophète. S’il le faisait, des montagnes de persécutions et d’oppressions s’abattaient sur lui. Quelques personnes opprimées et persécutées — très peu nombreuses — avaient accepté l’appel de Noé (que la paix soit sur lui). Les notables les regardaient avec mépris. Quoi qu’il en soit, Noé (que la paix soit sur lui) continua à essayer de les convaincre de diverses manières, avec douceur et au moyen d’arguments.

« Il dit : Ô mon peuple ! Réfléchissez un peu : si je m’appuie sur une preuve évidente venant de mon Seigneur, et qu’ensuite Il m’a comblé de Sa grâce particulière, mais que vous ne la voyez pas, quel moyen ai-je donc de vous l’imposer alors que vous refusez de l’accepter ? Ô mes frères de peuple ! Je ne vous demande aucune richesse en échange de cela. Ma récompense incombe à Allah. Je ne suis pas non plus disposé à repousser ceux qui ont accepté ma parole. Ils comparaîtront eux-mêmes devant leur Seigneur. Mais je vois que vous êtes plongés dans la jâhiliya » — (Hûd : 28-29).

Même après leur avoir présenté la vérité de diverses manières et à maintes reprises pendant une très longue période, leur entêtement, leur arrogance liée à leur rang et leur influence sur la société ne purent en aucune façon les attirer vers la vérité. Lorsque Noé les invita à accepter sa mission prophétique, ils la rejetèrent avec une grande stupéfaction. Ils dirent : admettons qu’il n’y ait qu’un seul Maître, et admettons aussi qu’Il veuille envoyer un prophète aux hommes ; comment pourrait-Il envoyer comme prophète un homme semblable à nous ? S’Il voulait en envoyer un, Il aurait pu envoyer comme prophète un ange proche de Lui.

Les notables de son peuple qui refusaient d’accepter son appel dirent : « Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. Il veut seulement établir son autorité sur vous. Si Allah avait voulu envoyer quelqu’un, Il aurait envoyé un ange. Nous n’avons jamais entendu cela du temps de nos ancêtres — qu’un être humain devienne messager. Il n’est rien d’autre qu’un homme atteint d’une certaine folie. Attendez encore quelque temps, peut-être sa folie se dissipera-t-elle » — (Les Croyants : 23-24).

Par cet argument, ils ne rejetèrent pas seulement la prophétie de Noé, mais rejetèrent également toute la succession des prophètes. En effet, tous les prophètes et messagers qu’Allah avait envoyés étaient des êtres humains.

À un moment donné, ils menacèrent Noé de manière terrifiante.

« Ô Noé ! Si tu ne cesses pas ces actes, nous te tuerons à coups de pierres » — (Les Poètes : 116).

On peut aisément imaginer les persécutions qui commencèrent ensuite contre Noé (paix sur lui) et le petit nombre de ses partisans. Car, au sein de tout un peuple, même cinquante personnes n’acceptèrent l’appel à l’islam.

Finalement, le conflit et l’affrontement entre l’islam et la jâhiliya atteignirent un point tel que le prophète Noé fut contraint d’implorer la protection de Dieu.

« Et Noé dit : Ô mon Seigneur ! Ne laisse sur cette terre aucun des mécréants qui y résident. Si Tu les épargnes, ils égareront Tes serviteurs et n’engendreront que des mécréants endurcis et profondément pécheurs » (Noé : 26-27).

Allah exauça la prière de Son bien-aimé prophète persécuté et fit périr toute la nation dans un terrible déluge.

« Puis, lorsque Notre ordre vint et que le four se mit à bouillonner, Nous dîmes : Embarque dans l’arche un couple de chaque espèce d’animaux. Fais-y également monter les membres de ta famille, à l’exception de ceux dont le sort a déjà été fixé. Fais-y aussi monter ceux qui ont cru. Mais ceux qui avaient cru avec Noé étaient très peu nombreux » (Hûd : 40).

Le grand déluge de Noé est universellement connu. Selon ce qui est rapporté, quarante personnes au total — avec ou sans les membres de sa famille — échappèrent à ce châtiment d’Allah. Après près de mille ans de conflit entre l’islam et la jahiliyyah, cette dernière fut déracinée.

Le Noble Coran contient un récit détaillé de la mission du prophète Noé. Nous n’en présentons ici qu’un résumé.

Le peuple de ‘Âd

Les historiens affirment que le prophète Noé poursuivit sa mission de da‘wah dans une région que l’on appelle aujourd’hui l’Irak. Après sa disparition, la population humaine commença à croître et les gens se dispersèrent dans toutes les directions. Ayant oublié les enseignements du prophète, ils retombèrent dans l’égarement. Après le peuple de Noé, le peuple qui devint le plus puissant et le plus influent fut celui de ‘Âd. Tous les Arabes, jeunes et vieux, hommes et femmes, connaissaient le peuple de ‘Âd. Les Arabes connaissaient aussi bien leurs exploits et leur bravoure que le récit de leur destruction. Après avoir atteint les sommets de la prospérité, ils furent de nouveau précipités dans le gouffre de la destruction, avec leur civilisation et leur culture. Ils vivaient dans la région des Ahqâf, située au sud-ouest du « Rab‘ al-Khâlî », entre le Hijaz, le Yémen et al-Yamâmah. Voici ce que le Coran rapporte à leur sujet.

Pour guider le peuple de ‘Âd, Allah envoya le prophète Hûd. Ce peuple était plongé dans les ténèbres noires de la jahiliyyah. Lorsque le prophète Hûd lui présenta l’appel islamique, un conflit éclata entre eux ; toute parole relative à la religion de vérité qui lui était adressée était accueillie par les moqueries et les railleries. De même que le peuple de Noé avait soulevé des objections, tissé une toile d’arguments spécieux et rejeté l’appel du prophète, les gens de ‘Âd agirent de la même manière.

« Est-ce pour cela que tu es venu à nous : pour que nous adorions un Dieu unique et que nous abandonnions les divinités que nos ancêtres adoraient ? » — (Al-A‘râf : 70).

Le conflit et l’affrontement entre le peuple de ‘Ad et le prophète Hûd (paix sur lui) se poursuivirent. Le prophète de Dieu, Hûd (paix sur lui), ne cessa de les appeler, avec une grande compassion, au bien-être éternel. Finalement, ils exigèrent qu’il prouve qu’il était véritablement le prophète bien-aimé de Dieu.

« Très bien, si tu es véridique, apporte-nous donc le châtiment dont tu nous menaces. » — (Al-Ahqâf : 22).

À force de réclamer sans cesse le châtiment, c’est précisément ce qui leur advint.

« Le peuple de ‘Ad a été anéanti par un cyclone dévastateur, ou vent tourbillonnant. Dieu le fit souffler sur eux durant sept nuits et huit jours consécutifs. Si tu avais été présent, tu les aurais vus gisant çà et là, comme les troncs de vieux palmiers desséchés. En vois-tu encore un seul qui ait survécu ? » — (Al-Hâqqah : 6-8).

Ainsi, l’existence du peuple de ‘Ad fut effacée de la surface de la terre. Toutefois, quelques hommes vertueux se trouvaient auprès du prophète Hûd (paix sur lui) ; ils avaient accepté son appel et vivaient en serviteurs pieux de Dieu. Dieu les sauva de cette terrible catastrophe naturelle par des moyens extraordinaires.

« Et au peuple de ‘Ad, Nous envoyâmes leur frère Hûd. Il dit : “Ô mon peuple ! Adorez Dieu ; vous n’avez aucune autre divinité que Lui. Vous ne faites qu’inventer des mensonges. Ô mon peuple ! Je ne vous demande aucune récompense pour cela. Ma récompense n’incombe qu’à Celui qui m’a créé. Ne raisonnez-vous donc pas ? Ô mon peuple ! Demandez pardon à votre Seigneur, puis revenez vers Lui ; Il fera tomber sur vous une pluie abondante du ciel et accroîtra votre force actuelle. Ne vous détournez pas de l’adoration en criminels.” »

« Ils répondirent : “Ô Hûd ! Tu ne nous as apporté aucune preuve évidente, nous ne pouvons pas abandonner nos divinités sur ta parole et nous ne croyons pas en toi. Nous pensons plutôt que l’un de nos dieux t’a frappé de sa malédiction.” »

« Houd dit : Je prends Allah à témoin, et soyez vous-mêmes témoins que je désavoue le fait que vous ayez associé à Allah d’autres divinités. Ne laissez rien de côté de tout ce que vous pouvez faire contre moi, tous ensemble, et ne m’accordez aucun répit. Je place ma confiance en Allah, mon Seigneur et le vôtre. Il n’existe aucune créature dont Il ne tienne la tête dans Sa main. Certes, mon Seigneur est sur le droit chemin. Si vous voulez vous détourner, alors détournez-vous. Je vous ai transmis le message avec lequel j’ai été envoyé vers vous. Désormais, mon Seigneur fera surgir un autre peuple à votre place, et vous ne pourrez Lui nuire en rien. Certes, mon Seigneur contrôle toute chose. Puis, lorsque Notre ordre arriva, Nous sauvâmes, par Notre miséricorde, Houd et ceux qui avaient cru avec lui, et Nous les préservâmes d’un terrible châtiment. »

« Voilà les ‘Âd. Ils renièrent les signes de leur Seigneur et désobéirent à Ses prophètes et messagers. Ils suivirent tout ennemi puissant et acharné de la vraie religion. Finalement, la malédiction s’abattit sur eux en ce monde comme au Jour de la Résurrection. Sachez que les ‘Âd désobéirent à leur Seigneur, et que les gens des ‘Âd, c’est-à-dire le peuple de Houd, furent éloignés. » (Houd : 54-60).

Après la destruction du peuple de Noé, Allah Tout-Puissant donna au peuple de Houd l’occasion d’atteindre les plus hauts sommets du progrès. À cette époque, nul autre peuple ne l’égalait en courage et en vaillance. Ils furent anéantis de la surface de la terre pour le seul crime de s’être rebellés contre Allah.

Le peuple de Thamûd

Après la destruction du peuple des ‘Âd, ceux qu’Allah Tout-Puissant avait épargnés en raison de leurs bonnes œuvres continuèrent à vivre conformément à l’enseignement de Houd. Mais, après quelque temps, ils tombèrent dans les griffes de la Jâhiliyyah et s’égarèrent. Pour les guider, Allah Tout-Puissant envoya le prophète Salih. Le conflit entre l’islam et la Jâhiliyyah recommença.

Parmi les peuples les plus anciens d’Arabie, les Thamûd venaient en deuxième position et, après les ‘Âd, ils étaient les plus célèbres. Avant la révélation du Coran, leurs récits étaient connus de tous les Arabes, jeunes et vieux. Ils étaient mentionnés dans la poésie et les discours de l’époque de la Jâhiliyyah. On trouve également des mentions d’eux dans les inscriptions assyriennes ainsi que dans les anciennes histoires de la Grèce, d’Alexandrie et de Rome. Les descendants de ceux qui avaient survécu à la destruction des ‘Âd existèrent jusqu’à quelque temps avant la naissance du prophète Jésus. Les historiens romains rapportent que, lorsque ces hommes s’enrôlèrent dans l’armée romaine, ils combattirent les Nabatéens, avec lesquels ils avaient une inimitié ancienne. Leur habitat se trouvait dans les régions du nord-ouest de l’Arabie, encore célèbres aujourd’hui sous le nom d’al-Hijr. Il existe actuellement une station du chemin de fer du Hedjaz entre Médine et Tabûk, appelée Mada’in Salih. Cet endroit était le centre d’habitation du peuple de Thamûd. On peut encore y voir, sur une étendue de plusieurs milliers d’acres, les ruines d’édifices montagneux qu’ils avaient construits en taillant les rochers. À leur vue, on a l’impression que la population de cette ville ne comptait pas moins de quatre à cinq cent mille habitants. À l’époque de la révélation du Coran, les caravanes commerciales du Hedjaz passaient près de ces ruines. Lors de l’expédition de Tabûk, le Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui), en passant par cette région, montra ces ruines instructives et exhorta les musulmans à en tirer une leçon. Désignant un puits en un endroit, il dit : « C’est de ce puits que la chamelle du prophète Salih (paix sur lui) buvait. » Il ordonna aux musulmans de ne pas boire aux autres puits, mais de boire à celui-ci uniquement. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) désigna également une vallée et dit que c’était de là que la chamelle venait boire. Cet endroit est encore connu sous le nom de Fajj an-Naqah.

Le prophète Salih (paix sur lui) leur présenta le même appel, qui constituait l’appel fondamental de tous les prophètes et messagers.

« Et aux Thamûd, Nous envoyâmes leur frère Salih. Il dit : “Ô mon peuple ! Adorez Allah seul ; vous n’avez aucune autre divinité en dehors de Lui.” » (Al-A‘râf : 73).

Il convient de préciser qu’avant sa mission prophétique, le vénérable Salih (paix sur lui) était extrêmement aimé de son peuple, et tous plaçaient en lui tous leurs espoirs et leurs aspirations. Après avoir présenté l’appel de l’islam, il devint l’objet de leur haine. En réponse à son appel, ils dirent :

« Ô Salih ! Jusqu’à hier encore, nous fondions de grands espoirs sur toi. (Mais qu’est-il arrivé aujourd’hui pour que) tu nous interdises d’adorer ces divinités que nos ancêtres adoraient ? » — (Hud : 63).

Ils considérèrent également l’appel à l’unicité divine comme une tromperie et firent à ce sujet la remarque suivante :

« Tu n’es rien d’autre qu’un homme ensorcelé. Tu n’es rien de plus qu’un être humain semblable à nous » — (Les Poètes : 154).

Ils formulèrent les mêmes excuses et les mêmes accusations que le peuple de Noé et celui de Hud. Le vénérable Salih (paix sur lui) les exhorta de diverses manières et les avertit de leur terrible destin. Mais ils rejetèrent chacune de ses paroles. Finalement, ils furent confrontés à un terrible châtiment :

« Les Thamud traitèrent l’avertissement de mensonge. Ils dirent : “Allons-nous suivre un homme, un être humain semblable à nous ? Si nous le suivons, nous serons alors égarés et privés de raison. Est-ce lui, parmi nous tous, sur qui le rappel de Dieu a été révélé ? Non, c’est plutôt un fieffé menteur et un égaré.” (Nous dîmes à Notre prophète 🙂 “Demain, ils sauront qui est le fieffé menteur et l’égaré. Nous allons envoyer la chamelle comme épreuve pour eux. Alors sois patient et observe quelle sera leur fin. Informe-les et avertis-les que l’eau sera partagée entre eux et la chamelle, et que chacun viendra boire au jour qui lui sera attribué.” Finalement, ils appelèrent l’un de leurs scélérats. Celui-ci se chargea de la tâche et tua la chamelle. Puis regarde combien furent terribles Mon châtiment et Mon avertissement ! Nous envoyâmes contre eux un seul cri fracassant, et ils devinrent semblables à de la paille broyée et pulvérisée dans un enclos.” » — (Al-Qasas : 23-31).

Il est dit ailleurs dans le Noble Coran :

« Puis ils tuèrent cette chamelle et transgressèrent avec arrogance l’ordre de leur Seigneur. Ensuite, ils dirent à Salih : “Apporte-nous donc le châtiment dont tu nous menaces, si tu es réellement l’un des prophètes.” Finalement, un cataclysme les saisit, et ils restèrent morts, face contre terre, dans leurs maisons. Salih sortit alors de leur cité en disant : “Ô mon peuple ! Je vous ai transmis le message de mon Seigneur et vous ai sincèrement conseillé pour votre bien. Mais que puis-je faire ? Vous n’avez pas aimé mes conseils ni ma sollicitude.” » — (Al-A‘raf : 77-78).

Le peuple de Loth

Après le prophète Sâlih (que la paix soit sur lui), plusieurs autres prophètes vinrent, et les gens de leurs peuples se comportèrent tous de la même manière à leur égard. Autrement dit, ils rejetèrent l’appel à la vérité. Ils humilièrent et avilirent les prophètes, et n’hésitèrent pas non plus à les persécuter de diverses façons. Enfin, le prophète Loth (que la paix soit sur lui) arriva. Il dut lui aussi affronter tous les obstacles, entraves, oppositions, moqueries et railleries auxquels les prophètes précédents avaient été confrontés. De plus, il dut faire face à une doctrine morale inédite, étonnante et abjecte. Il s’agissait de l’homosexualité largement répandue dans la société. L’essence de leur doctrine était que la liberté d’agir ne pouvait être soumise à aucune discipline morale. Le peuple de Loth adopta avec une ferme conviction cette doctrine bestiale de la liberté, si bien qu’il s’enfonça dans une dépravation morale répugnante. En réfutant le polythéisme et la mécréance, le prophète Loth (que la paix soit sur lui) critiqua également avec force leur goût abject. Mais ils ne prêtèrent nullement attention à ses paroles.

« Et Nous envoyâmes Loth comme prophète. Rappelle-toi lorsqu’il dit aux gens de son peuple : “Êtes-vous devenus à ce point éhontés que vous commettez des actes indécents que nul, avant vous, n’a jamais commis sur terre ? Vous assouvissez vos désirs sexuels avec des hommes au lieu de femmes. Vous êtes vraiment des transgresseurs.” Mais la réponse de son peuple ne fut autre que celle-ci : “Expulsez ces gens de votre cité ; ils veulent être tellement purs et vertueux !” » — (Al-A‘râf : 80-82).

Leur propos semblait être le suivant : peu importe que Loth et ses disciples désapprouvent nos pratiques. Mais de quel droit ont-ils de faire obstacle à nos actes ?

Ils ne supportaient absolument pas les conseils que le prophète Loth (que la paix soit sur lui) leur prodiguait afin qu’ils aient une conduite vertueuse et mènent une vie conforme au bon goût ; ils décidèrent donc de l’expulser de leur ville. Les idées et doctrines erronées de la Jahiliyyah avaient tellement éloigné ce peuple malheureux de la lumière de la vérité et avaient si profondément paralysé et déformé son intelligence, sa raison et sa conscience, qu’il n’était pas question qu’il réponde à l’appel au tawhîd, à la prophétie et à l’au-delà. Bien au contraire, ils considérèrent celui qui appelait à la vérité comme l’ennemi de leur vie. Lorsque, malgré tous les efforts, aucun changement intérieur ne se produisit chez eux, Allah Tout-Puissant les saisit conformément à Sa loi immuable et les anéantit de la surface de la terre.

Le récit de la destruction de ce peuple a été consigné dans le Noble Coran.

« Ô prophète Muhammad ! Le récit des hôtes honorables d’Abraham t’est-il parvenu ? Ils se rendirent auprès de lui et dirent : “Paix sur toi.” Il répondit : “Et sur vous la paix.” Ils lui parurent être des gens inconnus. Puis il se glissa discrètement auprès de sa femme, apporta un veau rôti, gras et bien nourri, et le plaça devant ses hôtes pour qu’ils mangent. Il dit ensuite : “Pourquoi ne mangez-vous pas ?” Ne les voyant pas manger, il ressentit intérieurement de la crainte à leur sujet. Ils dirent : “N’aie pas peur.” Puis ils lui annoncèrent la naissance d’un fils doué de savoir. En entendant cela, sa femme s’avança en poussant des cris, se frappant les joues et disant : “Un fils pour cette vieille femme stérile ?”

Ils dirent : « C’est ainsi que ton Seigneur l’a décrété. Il est Sage et Omniscient. »

Ibrahim demanda : Ô anges envoyés par Dieu, pour quelle mission êtes-vous venus ?

Ils répondirent : Nous avons été envoyés contre un peuple criminel, afin de faire pleuvoir sur lui des pierres d’argile cuite, marquées auprès de ton Seigneur pour les transgresseurs — (Adh-Dhariyat : 24-34).

Il est dit ailleurs dans le Coran :

« Et Nous envoyâmes Lot, qui dit à son peuple : Vous commettez certes une abomination éhontée que nul, avant vous, n’avait commise sur terre. Est-ce que vous allez vers les hommes pour assouvir vos désirs sexuels, commettre des brigandages et perpétrer des actes blâmables dans vos assemblées, au vu de tous ?

La seule réponse de son peuple fut : “Fais venir sur nous le châtiment de ton Dieu, si tu es véridique.”

Lot dit : Ô mon Seigneur ! Aide-moi contre ces gens criminels.

Puis, lorsque Mes anges envoyés parvinrent auprès d’Ibrahim avec la bonne nouvelle, ils dirent : Nous allons détruire les habitants de cette cité. Ils sont devenus de grands injustes.

Ibrahim dit : Mais Lot s’y trouve aussi. Ils répondirent : Nous savons parfaitement qui s’y trouve. Nous le sauverons, lui et les autres membres de sa famille, à l’exception de sa femme. Elle faisait partie de ceux qui sont restés en arrière. Puis, lorsque Mes anges parvinrent auprès de Lot, il fut profondément inquiet et accablé par leur arrivée. Ils dirent : N’aie pas peur, ne t’inquiète pas et ne t’afflige pas. Nous te sauverons, toi et les membres de ta famille, à l’exception de ta femme, qui sera au nombre de ceux qui resteront en arrière. Nous ferons descendre du ciel sur ces gens un châtiment, pour toutes les turpitudes qu’ils commettent » — (Al-‘Ankabut : 28-30).

Les anges d’Allah prirent l’apparence de jeunes garçons beaux et séduisants et devinrent les hôtes de Hazrat Loth. Hazrat Loth (paix sur lui) ne comprit pas qu’ils étaient des anges. Les pécheurs de la ville se réjouirent à l’annonce de l’arrivée de ces beaux jeunes garçons et commencèrent à se rassembler devant la maison de Hazrat Loth. Le Coran le relate ainsi :

« Entre-temps, les habitants de la ville, transportés de joie, se ruèrent sur la maison de Loth. Loth dit : “Ô mes frères, ceux-ci sont mes hôtes ; ne me couvrez pas de honte. Craignez Allah et ne m’humiliez pas.” Ils dirent : “Ne t’avions-nous pas maintes fois interdit de vouloir être les maîtres d’œuvre du monde entier ?” Finalement, à l’aube, une terrible explosion les frappa. Nous avons bouleversé et renversé toute la cité, et Nous avons fait pleuvoir sur eux des pierres d’argile cuite » — (Al-Hijr : 67-74).

Il se peut aussi qu’une éruption volcanique ait projeté ces pierres depuis les profondeurs de la terre et détruit la cité. Ou bien il se peut qu’une violente tempête ait fait pleuvoir des pierres.

Le champ de mission de Hazrat Loth

Hazrat Loth (paix sur lui) était le neveu d’Ibrahim (paix sur lui). La région où s’exerça sa mission est aujourd’hui appelée Transjordanie (Trans Jordan) ; elle est située entre l’Irak et la Palestine. La capitale et le centre de cette région sont appelés Sodome (SODOM) dans la Bible. Comme les habitants de Sodome, le peuple de Loth, étaient plongés dans le péché de l’homosexualité, les relations sexuelles entre hommes sont encore aujourd’hui appelées « sodomie ». Cette ville se trouvait en un lieu voisin de la mer de Loth (MER MORTE) et fut engloutie par celle-ci.

Les gens dépourvus de moralité n’ont toujours pas abandonné l’acte détestable et honteux pour lequel le peuple de Loth est devenu tristement célèbre. Les philosophes grecs qualifièrent ce crime abominable de vertu morale, et il a été légalisé dans divers pays occidentaux, notamment en Allemagne. Le crime odieux que les hommes de l’ère de l’ignorance passée ne considéraient pas comme un crime est aujourd’hui présenté comme juste par la civilisation occidentale actuelle, c’est-à-dire l’ère moderne de l’ignorance.

L’homosexualité est un acte contraire à la nature. On n’observe l’homosexualité chez aucun animal autre que l’être humain. La liberté d’agir a été accordée à l’être humain afin de le mettre à l’épreuve. L’être humain abuse de cette liberté et s’est engagé dans une lutte contre la nature.

Allah Tout-Puissant a établi une distinction entre le mâle et la femelle chez tous les êtres vivants afin d’assurer la reproduction. Chez l’être humain, cette distinction poursuit en outre un objectif sublime : l’homme et la femme formeront une famille, à partir de laquelle se développeront la société et la civilisation. C’est à cette fin que leurs sexes ont été conçus différemment. Leur apparence, leur constitution, leurs capacités respectives et leurs modes d’action ont également été différenciés. À l’un a été accordée la capacité d’agir, tandis qu’à l’autre a été confiée la responsabilité de recevoir les effets de cette action. Dans leur union et leurs rapports sexuels a été placée une saveur merveilleuse qui les attire l’un vers l’autre. L’être humain qui satisfait sa convoitise sexuelle par l’homosexualité, contraire à la nature — aucun animal autre que l’être humain ne se livre à cet acte — commet simultanément plusieurs sortes de crimes.

Un : il lutte lui-même contre la nature et la structure de ses actes ainsi que contre sa nature psychologique, provoquant ainsi une extrême déformation et une profonde perturbation qui ont de graves répercussions sur son corps, son esprit et sa moralité.

Deux : il commet également une grave trahison envers la nature. En effet, il cherche à obtenir, sans assumer aucune responsabilité ni aucun devoir, le plaisir sexuel considéré comme la rémunération des services rendus à la société et à la civilisation, rémunération dont l’obtention est pourtant assortie de certaines responsabilités et de certains devoirs.

Trois : il trahit aussi la société. Il profite des diverses institutions civilisationnelles établies dans la société. Mais, sans lui rendre aucun service, il dépense, dans un égoïsme absolu, sa force physique et son temps à des activités terriblement nuisibles à la société, à la civilisation et à la moralité. Il se rend totalement incapable de servir sa lignée et sa famille. Il entraîne avec lui au moins un homme dans des pratiques anormales et efféminées, et ouvre à au moins deux femmes la voie de la licence sexuelle, de la déchéance morale et de la perdition. C’est pour cette raison qu’Allah Tout-Puissant a rayé le peuple de Lot de la surface de la terre, afin que les gens doués de conscience puissent en tirer une leçon.

Le peuple de Shu‘ayb

Les habitants de Madyan et ceux d’al-Aykah sont désignés sous le nom de peuple de Shu‘ayb. Pour les guider, Allah Tout-Puissant envoya comme prophète Shu‘ayb (que la paix soit sur lui). Les avis divergent quant à savoir si les habitants de Madyan et ceux d’al-Aykah constituaient un seul peuple ou deux peuples distincts. Certains les considèrent comme deux peuples différents, tandis que d’autres estiment qu’ils formaient un seul et même peuple. L’étude montre que les deux opinions sont exactes. Les habitants de Madyan et ceux d’al-Aykah étaient bien deux peuples distincts, mais deux branches d’une même lignée. Les descendants d’Ibrahim (que la paix soit sur lui) nés de son épouse Qatoura sont connus sous le nom de Banou Qatoura. Parmi eux, la tribu la plus célèbre est connue sous le nom de « gens de Madyan », en référence à Madyan, fils d’Ibrahim. Leur territoire s’étendait du nord du Hedjaz au sud de la Palestine, puis jusqu’à l’extrémité de la vallée du Sinaï, le long des rives de la mer Rouge et du golfe d’Aqaba. Leur centre principal était la ville de Madyan. Parmi les autres tribus des Banou Qatoura, les Dédanites (Dedanites) étaient relativement les plus célèbres. Ils vivaient dans la région située entre Tayma, dans le nord de l’Arabie, et Tabuk et al-‘Ula. Leur ville centrale était Tabuk, appelée al-Aykah dans l’Antiquité. La raison pour laquelle un même prophète fut envoyé aux habitants de Madyan et à ceux d’al-Aykah était probablement qu’ils étaient issus de la même lignée et parlaient la même langue. Leurs territoires étaient contigus. Il se peut aussi que les mariages entre eux fussent courants et que leur activité principale fût le commerce. Leur état moral et religieux était similaire. Ils se montraient extrêmement malhonnêtes dans leurs affaires et étaient également plongés dans le polythéisme et la mécréance.

« Et aux habitants de Madyan, Nous envoyâmes leur frère Shu‘ayb. Il dit : “Ô mon peuple ! Adorez et obéissez à Allah. Vous n’avez de divinité que Lui. Ne donnez pas moins dans la pesée et la mesure. Je vous vois aujourd’hui dans une situation prospère, mais je crains que ne vous atteigne demain un jour dont le châtiment enveloppera chacun d’entre vous. Ô mon peuple ! Donnez pleine mesure et pleine pesée avec équité et justice. Ne causez aucun tort aux biens des gens, en les falsifiant ou en leur fournissant des marchandises défectueuses, et ne semez pas la corruption sur terre.” » (Hûd, 84-85).

Ayant oublié l’enseignement et l’éducation des prophètes précédents, ils étaient devenus esclaves de la nature. Au lieu d’adorer Dieu, ils adoraient des divinités inventées de toutes pièces. Ils niaient le tawhid, la risalat et l’au-delà. Ils étaient ainsi devenus corrompus, injustes et pécheurs. À l’instar du peuple de Lot, ils étaient devenus tristement célèbres non seulement pour leur égarement dans la croyance, mais aussi pour leur déchéance morale, leur malhonnêteté dans le commerce et leur corruption. Le prophète Shu‘ayb les invita à l’islam et les exhorta également à accomplir la prière afin de réformer leur caractère. Ils n’étaient absolument pas disposés à l’accepter.

Les gens du peuple de Shu‘ayb répondirent :

« Ô Shuayb ! Est-ce ta prière qui t’ordonne (de nous demander) que nous abandonnions ces divinités que nos ancêtres adoraient ? » — (Hûd : 87).

L’expression « que nos ancêtres adoraient » dissimule un argument boiteux de ce principe d’imitation aveugle propre à la Jâhiliya. Leur raisonnement était le suivant : quelle valeur tes paroles ont-elles face à celles de nos savants, de nos érudits et de nos sages ? Le fait qu’ils aient reconnu tels et tels êtres comme des divinités était donc faux, tandis que tes paroles seraient justes ?

Se moquant de sa prétention à la prophétie, ils dirent : « Il est faux que tu sois envoyé par Allah. Comment, étant un homme comme nous, pourrais-tu être envoyé par le Seigneur de l’univers ? Tu es simplement un fou. La magie a paralysé et dénaturé ton intelligence et ta raison. »

« Tu n’es qu’un homme ensorcelé. Tu n’es rien de plus qu’un homme comme nous, et nous te considérons comme un menteur. » — (Ash-Shu‘arâ : 186).

Il n’y avait rien de nouveau dans la manière dont ils rejetaient les principes fondamentaux de la prédication ni dans les arguments absurdes qu’ils avançaient. La nation de Shuayb fit exactement ce que les peuples précédents avaient fait : les adeptes de la Jâhiliya et les esclaves de leurs passions avaient rejeté la prédication des prophètes en invoquant de semblables excuses et objections boiteuses. Lorsque le prophète Shuayb (que la paix soit sur lui) critiqua sévèrement la corruption, la fraude et la malhonnêteté qui régnaient dans leur commerce, une nouvelle conception propre à la Jâhiliya se manifesta. Leur argument était le suivant : quel rapport la morale a-t-elle avec les moyens de subsistance et les revenus ? Ils dirent ouvertement au prophète : « Allons-nous sacrifier nos intérêts économiques à cause de tes paroles insensées ? Allons-nous renoncer aux avantages que nous tirons de la fraude dans les mesures et les poids, sous prétexte que nous subirons un préjudice dans l’au-delà ? Et puis, qu’est-ce donc que cet au-delà ? Nous ne le comprenons même pas. Et même s’il devait un jour advenir, allons-nous pour cela ruiner notre vie présente ? Nous considérons qu’il serait d’une extrême stupidité de renoncer au comptant dans l’espoir d’un paiement différé. Fais donc ce qui te plaît. Pourquoi nous l’imposes-tu ? »

Les notables de la nation se parlèrent entre eux et se mirent mutuellement en garde.

« Les chefs qui avaient refusé de suivre sa parole se dirent les uns aux autres : Si vous suivez Shuayb, vous serez ruinés (financièrement). » — (Al-A‘râf : 90).

La portée de cette brève phrase est bien plus grande qu’il n’y paraît. Les notables et les dirigeants de Madyan voulaient dire ceci : comment pourrions-nous accepter les paroles du prophète Shuayb (que la paix soit sur lui), la prédication de la foi et de l’honnêteté qu’il nous adresse, ainsi que les principes moraux durables auxquels il veut nous astreindre ? Nous contrôlons les deux plus grandes routes commerciales du monde. Nous vivons aux frontières de deux États développés tels que l’Égypte et l’Irak. Si nous n’exercions pas notre influence et notre pression sur les caravanes commerciales et si nous ne nous comportions pas comme des gens honnêtes et bons, tous les avantages que nous tirons de notre situation géographique disparaîtraient. Ensuite, notre influence et notre prestige auprès des nations voisines prendraient également fin.

La crainte de subir des pertes dans leurs intérêts terrestres n’était pas limitée aux notables du peuple de Chouaïb ; à toutes les époques, les gens aux mentalités et au caractère corrompus ont éprouvé cette même crainte face à la pratique de l’honnêteté et de la loyauté. À toutes les époques, les fauteurs de troubles étaient convaincus que le commerce, la politique et les autres affaires mondaines ne pouvaient fonctionner sans mensonge, malhonnêteté, ruse et tromperie. À toutes les époques et en tous lieux, parmi les terribles excuses et objections opposées à l’appel de la vérité, il y en avait une selon laquelle la ruine de la nation serait inévitable si elle abandonnait les voies et les usages courants du monde pour accepter cet appel. Les partisans de la jahiliya de notre époque nourrissent eux aussi cette même conviction.

Les habitants de Madian ne se sont pas contentés de rejeter l’appel du Prophète ; ils l’ont également menacé de l’expulser du pays, lui et ses adeptes.

« Les chefs et les notables de son peuple, enorgueillis par leur arrogance, dirent : “Ô Chouaïb ! Nous te chasserons très certainement de notre cité, toi et ceux qui ont cru avec toi, à moins que vous ne reveniez à notre religion” » (Al-A‘râf : 88).

Lorsqu’il ne resta plus aucune possibilité qu’ils reviennent sur le droit chemin, Allah Très-Haut les anéantit.

« Puis un cataclysme dévastateur les frappa, et les voilà restés étendus, face contre terre, morts dans leurs propres demeures » (Al-A‘râf : 91).

Leur destruction est décrite en ces termes :

« Ceux qui traitèrent de mensonge l’appel de Chouaïb furent anéantis comme s’ils n’avaient jamais habité ces lieux » (Al-A‘râf : 92).

La destruction des habitants de Madian resta longtemps un exemple mémorable pour les populations des régions voisines. C’est ainsi que périssent les partisans du faux.

Le peuple de Pharaon

La roue du temps continue de tourner, et le conflit entre l’islam et la jahiliya se poursuit également. Finalement, plusieurs siècles après la disparition du bien-aimé prophète d’Allah, Youssouf (que la paix soit sur lui), dans le pays d’Égypte, le peuple copte atteignit le sommet de la prospérité et le règne de la famille pharaonique fut établi. Sous le règne pharaonique, tout le peuple était plongé dans les ténèbres de la jahiliya. Une persécution et une oppression extrêmes commencèrent à être exercées contre les Enfants d’Israël, qui professaient leur foi en l’islam. Sous l’influence de la civilisation et de la culture erronées des Coptes, les Enfants d’Israël furent eux aussi victimes de la corruption. Lorsque Moussa (que la paix soit sur lui) fut envoyé dans ce pays afin de les réformer, de les corriger, de les guider et de les libérer des tentacules du régime pharaonique, la responsabilité de transmettre l’appel islamique au peuple copte lui fut également confiée. Conformément à la méthode de la prédication des prophètes, Moussa (que la paix soit sur lui) choisit Pharaon et ses courtisans, en tant que dirigeants du peuple, comme première cible de son appel. C’est précisément l’ordre qui lui fut donné de la part d’Allah.

« Va auprès de Pharaon. Il s’est rebellé. Dis-lui : “Es-tu disposé à te purifier, et à ce que je te guide vers ton Seigneur, afin que tu Le craignes ?” » — (An-Nazi‘at : 17-19).

« Va auprès du peuple injuste — le peuple de Pharaon. Ne souhaitent-ils pas se préserver d’une terrible conséquence ? » — (Ash-Shu‘ara : 11).

Le Saint Coran mentionne Moussa (que la paix soit sur lui) et Pharaon en de nombreux endroits, au fil de divers récits. Si on les réunissait, cela formerait une longue histoire. Au lieu de relater ici cette histoire dans son déroulement chronologique, on en présente les aspects fondamentaux : les sophismes, l’obstination, l’imitation aveugle et les superstitions traditionnels de la jahiliya. On abordera d’abord brièvement leurs superstitions et leurs croyances aveugles.

La signification du nom Pharaon

Le mot « Pharaon » signifie « fils du dieu Soleil ». Pour les anciens Égyptiens, le Soleil était la divinité suprême, et ils l’appelaient Râ. Par Pharaon, ils désignaient ses descendants. Les Égyptiens croyaient que seul pouvait obtenir le pouvoir de gouverner le pays celui qui prendrait la forme du dieu Râ et apparaîtrait comme son incarnation. Selon cette croyance, toute dynastie établie en Égypte était présentée comme descendante du dieu Soleil. Tout homme qui accédait au trône du pouvoir se faisait appeler Pharaon. En réalité, ce n’était pas un nom propre, mais seulement un titre royal. On en déduisait également que, puisqu’il était l’incarnation d’un dieu, il était donc le Seigneur suprême ou la divinité majeure des habitants de ce pays.

Il convient de signaler que, dans le récit de l’histoire de Moussa (que la paix soit sur lui), le Saint Coran mentionne deux Pharaons. L’un d’eux régnait lorsque Moussa (que la paix soit sur lui) naquit et fut élevé par lui. Selon les chercheurs, son nom était le deuxième Amosis. Celui auprès duquel Moussa (que la paix soit sur lui) fut envoyé avec l’appel à l’islam et la demande de libération des Enfants d’Israël était le second Pharaon ; son nom était « Merenptah » ou « Merneptah ».

Allah lui-même qualifie le peuple de Pharaon de peuple injuste. Tout le peuple était injuste, et Pharaon en était le chef. On peut ainsi mesurer combien son oppression et ses persécutions étaient cruelles, démoniaques et terrifiantes. C’est pourquoi, en réponse à l’appel islamique, ils se comportèrent comme les rebelles à Dieu d’autrefois. Ils dirent :

« Nous n’avons jamais entendu pareilles paroles du temps de nos ancêtres » (al-Qasas : 36).

Leur argument pour rejeter l’appel du prophète était exactement le même : le suivi aveugle des ancêtres. En substance, ils disaient : nos ancêtres étaient certainement des hommes sages et éminents. Puisqu’ils ne reconnaissaient pas Dieu comme l’Unique, sans associé, ne croyaient pas non plus à l’Au-delà et n’admettaient pas qu’un simple être humain puisse être envoyé par Dieu, comment croire ce que dit cet homme ?

Le Coran expose clairement cette mentalité, présente à toutes les époques :

« Lorsqu’on leur dit : “Suivez les commandements qu’Allah a révélés”, ils répondent : “Nous suivrons plutôt les coutumes que nous avons vues nos ancêtres suivre.” »

« Et même si leurs ancêtres n’avaient rien fait avec raison et discernement et n’avaient pas trouvé la voie droite, continueraient-ils malgré tout à les suivre ? » (al-Baqara : 170).

« Ceux qui refusent de suivre la voie d’Allah sont semblables à celui qui appelle des bêtes : elles n’entendent rien d’autre que le son de son appel. Ils sont sourds, muets et aveugles. C’est pourquoi ils ne comprennent rien » (al-Baqara : 171).

La crainte de Dieu et de l’Au-delà, la vertu et la conception des grandes qualités morales sont ce que désire une conscience saine. Elles permettent d’atteindre la paix suprême de l’âme. Pourtant, la plupart des gens les rejettent. À toutes les époques, la cause de cette conduite insensée est la même. L’oubli de soi, l’oubli de leur état d’esprit et de leur pensée, le culte des passions, leur penchant à imiter aveuglément leurs ancêtres, ainsi que l’orgueil et l’arrogance de ceux que le pouvoir enivre, agissent comme un rideau si impénétrable ou un mur de fer si infranchissable que la lumière de la guidance ne peut les dépasser pour pénétrer dans le cœur humain. C’est pourquoi ils sont comparés aux sourds, aux muets et aux aveugles.

À toutes les époques, qu’il s’agisse des temps anciens ou de l’époque moderne, on observe la même situation. C’est précisément ce que l’on a vu entre Pharaon et ses dignitaires. Enivré par le pouvoir, Pharaon niait tout : l’unicité d’Allah, Sa seigneurie, Son autorité, Sa souveraineté et Sa domination exclusive sur toute la création. Hadrat Moïse (sur lui la paix) et son frère Hadrat Aaron (sur lui la paix) déclarèrent alors, sur ordre de Dieu, dans un langage parfaitement explicite et devant tous les membres du conseil de Pharaon :

« Nous sommes assurément envoyés par le Seigneur des mondes » — (ash-Shu‘arâ’ : 16).

« Ils s’écrièrent aussitôt : “Et qu’est-ce donc que ce Seigneur des mondes ?” » — (ash-Shu‘arâ’ : 23).

Cette question exprimait à la fois l’étonnement et une certaine moquerie. Cela ne signifie pas qu’ils étaient totalement athées ou qu’ils niaient l’existence de Dieu. Au contraire, ils croyaient en Allah, le Créateur de l’univers, et même à l’existence de Ses anges.

« Un jour, Pharaon convoqua les gens de son peuple et leur dit : “Ô mon peuple ! Le royaume d’Égypte ne m’appartient-il pas ? Et ces fleuves ne coulent-ils pas sous mon autorité ? Ne le voyez-vous donc pas ? Ne suis-je pas meilleur que cet homme méprisable et misérable, qui peine même à s’exprimer clairement ? Pourquoi ne lui a-t-on pas jeté des bracelets d’or ? Ou bien, s’il était envoyé par Allah, pourquoi une troupe d’anges ne serait-elle pas venue devant lui et derrière lui pour le garder ?” » — (az-Zukhruf : 51-53).

Sa conception et sa vision étroites et erronées étaient les suivantes : Allah est le Créateur de l’univers, et que Son autorité et Son gouvernement s’exercent sur l’immense royaume de la nature, soit ! Mais puisque je suis le roi du territoire d’Égypte et le maître de ses montagnes, de ses fleuves, de sa végétation, de ses hommes et de tous ses êtres vivants, nul autre ne peut exercer dans mon pays une autorité ou un gouvernement quelconque en dehors des miens. Il était extrêmement orgueilleux de son pouvoir. C’est pourquoi il considérait toute la nation comme une multitude d’esclaves entièrement soumise à lui. Il méprisait tout le monde, les jugeant insignifiants, vils et humiliés. Son pouvoir, sa domination, son orgueil et son arrogance l’empêchèrent d’accepter la prophétie de Hadrat Moïse (sur lui la paix). De plus, il était fermement convaincu qu’un être humain ne pouvait jamais être un messager envoyé par Allah. Et si Allah voulait faire de quelqu’un un messager, il convenait nécessairement de choisir celui qui possédait richesse, prestige et pouvoir dans la société. Hadrat Moïse (sur lui la paix) n’était ni un homme riche ni une personnalité influente et établie dans la société ; il ne portait pas non plus de bracelets d’or. S’il avait été un représentant envoyé par Allah, une immense troupe d’anges l’aurait forcément accompagnée devant et derrière lui, et il se serait déplacé avec la splendeur et l’apparat des rois. Puisque rien de tout cela n’existait, toutes ses prétentions étaient mensongères.

Même après avoir vu de nombreux arguments irréfutables, des signes évidents et des actes miraculeux, il ne renonça ni à son entêtement aveugle, ni à son arrogance, ni à son obstination ; au contraire, il se montra de plus en plus dur envers le prophète d’Allah. Il dit à Moïse (sur lui la paix) d’un ton sévère :

« Pharaon dit : “Si tu prends pour dieu quelqu’un d’autre que moi, tu seras certainement du nombre de ceux qui agonisent dans les cachots obscurs de la prison.” » — (ash-Shu‘arâ’ : 29).

« Nous envoyâmes Moïse auprès de Pharaon, de Hâmân et de Qârûn, avec Nos signes et une preuve claire de sa mission prophétique. Mais ils dirent : “C’est un magicien, un menteur.” Puis, lorsqu’il leur apporta la vérité venant de Notre part, ils dirent : “Tuez-le, ainsi que les fils de ceux qui ont cru avec lui, et laissez vivre les femmes.” Mais leurs stratagèmes échouèrent. Pharaon dit : “Laissez-moi tuer Moïse ; qu’il invoque donc son Seigneur. Je crains qu’il ne change votre religion ou ne sème la corruption dans le pays.” Moïse dit : “Je me réfugie auprès de mon Seigneur et du vôtre contre tout orgueilleux arrogant qui ne croit pas au Jour des comptes” » (Al-Mu’min : 23-27).

Autrement dit, l’objectif de la prédication des prophètes était de briser toutes les chaînes de l’obéissance et de la servitude envers les hommes, afin de se soumettre exclusivement à la servitude envers Allah et à Son commandement et à Son autorité. Les dirigeants tyranniques de toutes les époques, à l’image de Pharaon et de Nemrod, veulent demeurer les maîtres absolus de tous les habitants de leur pays. Leur commandement et leur autorité doivent s’exercer sur tous, et le peuple doit rester soumis à leurs lois. À la suite de la prédication islamique de Moïse (paix sur lui), Pharaon craignait précisément que sa domination et son autorité absolues ne puissent plus se maintenir. La prédication de Moïse allait provoquer chez les gens une telle révolution mentale qu’ils se libéreraient de la servitude envers les hommes. C’est dans cette crainte que Pharaon dit à ses courtisans : « Je redoute que Moïse ne provoque une révolution. » Même s’il ne parvenait pas à déclencher une révolution, il existait au moins le risque certain que sa propagande et sa prédication engendrent le désordre et l’anarchie dans le pays et portent atteinte à la paix et à la sécurité de la population. Il fallait donc le tuer, non pas nécessairement parce qu’il était coupable de meurtre, mais simplement au nom de la sécurité publique (Maintenance of Public Order).

Pharaon parlait de révolution en ce sens que Moïse (paix sur lui) allait changer la religion établie.

« Je crains qu’il ne change votre religion. »

Le terme « religion » désigne ici le système de gouvernement. Le système religieux, politique, économique et culturel qui prévalait en Égypte sur la base de la souveraineté de Pharaon et de sa famille constituait la « religion » de ce pays. La prédication de Moïse (paix sur lui) faisait craindre que cette religion ne soit changée et que sa propre royauté, sa domination et son autorité ne prennent fin. Il fallait donc absolument tuer celui qui changeait la religion. À toutes les époques, y compris à l’époque moderne, lorsque les Pharaons tyranniques ont compris que le mouvement islamique avait ébranlé les fondements de leur régime despotique, ils ont soit fabriqué de fausses accusations contre les militants, puis, au terme de simulacres de procès, condamné leurs dirigeants à mort, soit condamné nombre d’entre eux à la prison et infligé à beaucoup d’autres des persécutions barbares. Mais, en fin de compte, c’est la force tyrannique rebelle à Dieu qui a été détruite. Même en utilisant toute la puissance de son État, Pharaon ne put anéantir Moïse (paix sur lui), ni son mouvement islamique, ni sa puissance. Lui-même fut anéanti et effacé de la surface de la terre.

Lorsque Pharaon eut pris toutes les dispositions pour tuer Moïse (paix sur lui), un ordre lui parvint de la part d’Allah : quitter le territoire égyptien avec l’ensemble de la force islamique.

« Pars de nuit avec Mes serviteurs. Vous serez certes poursuivis. Laisse la mer dans son état naturel (en mouvement). Toute cette armée sera noyée et périra. Que de jardins, de sources, de champs et de somptueux palais ils laissèrent derrière eux ! Que de biens luxueux dont ils jouissaient restèrent abandonnés ! Tel fut leur destin, et Nous en fîmes les héritiers d’autres gens. Ni le ciel ni la terre ne versèrent de larmes sur eux, et aucun délai ne leur fut accordé » (Ad-Dukhân : 23-29).

Sur l’ordre d’Allah, dès que Moïse (paix sur lui) frappa de son bâton miraculeux la mer Rouge, une belle route sèche se forma d’une rive à l’autre. Toute la force islamique traversa la mer en sécurité. Puis, lorsque Pharaon se mit en marche sur cette route avec son immense armée, la mer reprit soudain son cours naturel et toute l’armée fut engloutie et périt. Aussi fort que retentissent les tambours de victoire de tels dirigeants tyranniques, et aussi élogieux que soient à leur égard les groupes de courtisans flatteurs, personne, après leur mort, ne pleure leur disparition ni ne verse de larmes pour eux. Au contraire, tout le monde pousse un soupir de soulagement.

À chaque chapitre de l’histoire, nous voyons ce même conflit et cet affrontement entre l’islam et la jahiliya, entre la vérité et le mensonge. Même si les porte-drapeaux de la vérité sont persécutés et accablés par les forces opposées à l’islam et rebelles à Dieu, ce sont finalement les forces du mensonge qui sont anéanties.

L’avènement du Prophète de l’universde l’univers

À un moment donné du conflit entre l’islam et la jahiliya, au début du VIIe siècle, le Prophète de l’univers, Muhammad Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — apparut dans la ville de La Mecque avec la mission de prêcher l’islam. À cette époque, le monde entier, y compris l’Arabie, était plongé dans les ténèbres épaisses de la jahiliya.

Allah envoya le Prophète Mustafa — que la paix soit sur lui — en tant que dernier prophète pour l’humanité et révéla, pour l’humanité, Son dernier guide, c’est-à-dire Sa dernière orientation. Le dernier prophète et le dernier guide prouvent qu’une religion complète, ou un système de vie, a été présenté pour le bien-être global de l’humanité. C’est pour cette raison que cette religion fut appelée « al-Islam », dont l’une des caractéristiques essentielles est la simplicité et la clarté de l’expression avec lesquelles le message du Livre sublime révélé pour elle, le Coran, est exposé.

Bien que le Coran emploie, pour présenter son message, un langage exhortatif plutôt qu’impératif, il y expose également de solides arguments et preuves. Afin de démontrer la véracité de la croyance qu’il veut faire naître dans le cœur des hommes, le Coran la présente dans un langage touchant, accompagnée d’arguments probants. Ces arguments et preuves sont de plusieurs sortes : intellectuels, naturels, intuitifs et historiques. Le fait de présenter le message avec de solides arguments et preuves montre précisément que le Coran s’adresse à l’intelligence et à la conscience de l’être humain. Ainsi :

« Il y a certes, dans la création des cieux et de la terre et dans l’alternance de la nuit et du jour, de nombreux signes pour les gens doués d’intelligence » — (Al Imran : 190).

Le Noble Coran contient de nombreux versets de ce genre, qui montrent clairement que c’est parce que l’être humain est une créature douée d’intelligence et de conscience qu’il a été considéré comme apte à recevoir le message. Autrement dit, quiconque fera un usage correct de son savoir, de son intelligence et de sa conscience verra clairement la véracité de ce message. Nul ne peut être privé de la lumière de cette vérité s’il réfléchit avec un désir sincère de la rechercher et avec dévouement.

Un environnement enveloppé dans les ténèbres de la jahiliya

Bien que l’appel islamique ait été présenté dans un langage touchant, accompagné d’arguments, de témoignages historiques et de divers signes, la jahiliya de l’Arabie, comme par le passé, rejeta elle aussi cet appel. La raison en était que la société était dépourvue de savoir, d’intelligence, de conscience et de clairvoyance. Lorsque le soleil se lève, sa lumière se répand de tous côtés. Seuls ceux qui possèdent la vue peuvent profiter de cette lumière. Pour l’aveugle ou celui qui a perdu la vue, tout semble enveloppé de profondes ténèbres. Il en va de même pour la clairvoyance intérieure. Si l’œil du cœur perd la faculté de voir, ou si un voile épais, semblable à une cataracte, le recouvre, il ne peut voir la vérité. À l’époque de la venue du dernier Prophète, la société était remplie de gens de cette sorte, aveugles et sourds. Le Coran a décrit la situation de cette époque en ces termes :

« Ils ont des cœurs, mais ils ne comprennent pas avec eux. Ils ont des yeux, mais ils ne voient pas avec eux. Ils ont des oreilles, mais ils n’entendent pas avec elles. Ils sont comme les bestiaux, ou plutôt plus égarés encore. Ils sont plongés dans une profonde insouciance » — (Al-A‘raf : 171).

Cela signifie que ces gens — devant lesquels le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait présenté l’appel de l’islam — avaient perdu toute aptitude à réfléchir à l’appel de la vérité. Allah leur avait donné des moyens et des facultés pour parvenir à la vérité et connaître correctement la réalité de toute chose ; ils s’en servaient pour tout le reste, mais n’accomplissaient pas l’œuvre véritable qu’ils auraient dû accomplir : comprendre la vérité. Leurs yeux, c’est-à-dire la faculté de voir, leur avaient été donnés afin qu’ils observent, grâce à eux, les réalités véritables de l’univers. L’ouïe leur avait été donnée afin qu’ils écoutent attentivement l’appel de la vérité et y réfléchissent. Le cœur, ou faculté de comprendre, leur avait été donné afin qu’ils évaluent correctement, avec le sens de la responsabilité, ce qu’ils avaient observé de leurs yeux et entendu de leurs oreilles, puis parviennent à la juste conclusion. Mais ils se comportèrent comme des quadrupèdes. Ils ne tirent des connaissances de leurs yeux et de leurs oreilles que ce qu’en tirent les animaux. La situation de ces quadrupèdes est la suivante : lorsqu’un berger ou leur maître leur crie quelque chose, ils ne comprennent pas ce qui est réellement dit. Ils perçoivent seulement que quelqu’un fait entendre une voix. Il en va exactement de même des polythéistes et mécréants arabes face à l’appel de l’islam. Ils ont totalement perdu la capacité de l’examiner et d’y réfléchir. Le sens des paroles de celui qui appelle se dissipe dans l’air. Le Noble Coran a dépeint ainsi leur état mental :

« Ceux qui refusent de suivre la voie de Dieu sont comme ceci : le berger appelle les bêtes, mais elles n’entendent de cet appel que le son de la voix. Elles sont sourdes, muettes et aveugles. C’est pourquoi elles ne comprennent rien » — (Al-Baqara : 17).

Il est dit ailleurs :

« Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? Ou bien des cadenas ont-ils été posés sur leurs cœurs ? » — (Muhammad : 24).

Le sens du verset précité est qu’ils ne réfléchissent absolument pas au Coran. Et même s’il leur arrive parfois de le faire, son sens et sa portée ne pénètrent pas au plus profond de leur cœur. La raison en est qu’ils ne veulent tout simplement pas accepter la vérité. L’accès à leur cœur reste verrouillé. Dès lors, ils ne possèdent plus aucune capacité de discerner le bien du mal. Voilà ce qu’est la cécité du cœur.

Les causes de la cécité

La première cause de cet aveuglement est le fanatisme national et familial. Leur raisonnement était le suivant : les croyances religieuses, les coutumes et les traditions qu’ils avaient héritées de leurs ancêtres étaient nécessairement justes. Car il était impossible que leurs ancêtres se fussent trompés. Par conséquent, si nous rejetons l’appel à la nouvelle religion prêchée par le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), ce sera la cause de notre bonheur, et, sans renier la religion de nos ancêtres, nous échapperons aussi à leur malédiction.

« Nous avons trouvé nos pères attachés à une tradition, et nous suivons leurs traces. » — (Az-Zukhruf : 23).

Ils ne disposent, dans aucun Livre, d’aucune preuve divine en leur faveur. Leur seul argument est que toutes ces pratiques existent depuis l’époque de leurs pères et de leurs ancêtres. Donc, nous ferons tout ce qu’ils ont fait. Il convient de relever que, dans chaque époque, pourquoi les gens fortunés de la société étaient-ils précisément ceux qui brandissaient, face aux prophètes, l’étendard de l’imitation aveugle des ancêtres ? Une des raisons était qu’ils étaient tellement absorbés par les plaisirs et les jouissances de ce monde qu’ils n’étaient nullement disposés à se préoccuper du débat entre la vérité et le faux, de peur que leur vie luxueuse ne soit perturbée. Une deuxième raison était que leurs intérêts étaient étroitement liés au système en vigueur dans la société. Dès qu’ils découvrirent le système présenté par les prophètes, ils comprirent que, sous ce régime, leur direction, leur influence et leur pouvoir prendraient fin, et que toutes les voies leur permettant de jouir injustement de leurs privilèges seraient bloquées.

Ce ne fut pas seulement l’obéissance aveugle aux ancêtres qui les empêcha d’accepter la vérité : le fanatisme et les intérêts claniques les empêchèrent également d’accepter l’appel islamique. La famille du Prophète était liée à la branche des Banû Qusay du clan des Quraysh. C’est pourquoi on excita les autres contre les Banû Qusay. Les autres refusèrent de reconnaître la prophétie de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) parce qu’elle aurait établi la prééminence des Banû Qusay.

Pendant la bataille de Badr, Akhnas ibn Shurayq, un compagnon d’Abû Jahl, lui demanda en privé : « Dis-moi franchement : considères-tu Muhammad comme véridique ou comme un menteur ? »

Il répondit en termes parfaitement clairs : « Par Dieu, Muhammad est un homme véridique qui n’a jamais menti de toute sa vie. Mais si le liwâ’ (1), la siqâya (2), la hijâba (3) et la prophétie échoient tous aux Banû Qusay, dis-moi donc : que restera-t-il aux autres Quraysh ? »

Même un homme comme Abû Tâlib, l’oncle du Prophète, ne put embrasser l’islam uniquement parce que sa foi aveugle dans la religion de ses pères et de ses ancêtres ne lui permettait pas de le faire. Pourtant, son affection et son amour pour le Prophète étaient incomparables. Il était comme un bouclier contre ses ennemis. Mais, malgré les demandes répétées du noble Prophète, il ne prononça pas la formule de foi. Le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui dit avec tant de respect et d’affection : « Mon cher oncle, prononcez une fois : Lâ ilâha illâ Allâh. Alors, le Jour de la Résurrection, je témoignerai en votre faveur et implorerai le pardon pour vous. »

Abû Jahl et les autres chefs polythéistes étaient présents. Ils dirent : « Abû Tâlib, par peur de la mort, vas-tu abandonner la religion de ton vénérable père, Abd al-Muttalib ? »

Les flèches de leur jahiliya atteignirent leur cible. Un profond sentiment de culte des ancêtres s’éveilla chez Abou Talib, et il dit : « Je mourrai en restant fidèle à la religion d’Abd al-Muttalib. » Ibn Hicham a rapporté cet événement dans son histoire.

Ces deux événements susmentionnés montrent clairement à quel point le fanatisme national, partisan, tribal et familial, ainsi que l’imitation aveugle, étaient profondément enracinés dans la société arabe, et comment, pour préserver leurs intérêts établis, ils rejetaient sans hésitation la vérité, l’appel du Prophète et la voie du salut.

La deuxième cause est la cécité intellectuelle et le culte des passions. La tendance à suivre leurs passions s’était répandue dans toutes leurs veines et leurs artères. Afin de satisfaire leurs désirs, ils inventaient diverses méthodes, pratiques et coutumes, puis les revêtaient d’un habillage séduisant. On leur fournissait des arguments et des preuves pour les rendre licites. À l’alcool, aux jeux de hasard, à l’usure, à la nudité, à l’obscénité, aux danses et aux chants, à l’anarchie sexuelle, aux meurtres, à l’infanticide et à d’autres pratiques, on faisait revêtir tantôt le caractère d’une exigence naturelle, tantôt celui du bien-être économique, tantôt celui des beaux-arts, et tantôt celui de la sainteté religieuse. Ainsi, sous le poids des désirs sataniques et des actes abominables, la nature humaine avait été tellement écrasée qu’elle ne pouvait même pas protester contre ces pratiques. Puisque l’islam ne pouvait pas leur en accorder la licence, mais se dressait au contraire contre elles, ils le considéraient comme un danger pour eux. Ils le voyaient comme une terrible oppression et une grave injustice à leur égard. En réalité, ils avaient fait de leurs passions leur dieu. Lorsque le Prophète de la miséricorde commença à ressentir dans son cœur de la peine devant leur état d’esprit et leur comportement, Allah Tout-Puissant dit :

« As-tu réfléchi à la situation de celui qui a pris sa passion pour son dieu ? Pourrais-tu te charger de guider une telle personne sur le droit chemin ? » — (Al-Furqân : 43).

Faire de sa passion son dieu signifie la servir et lui être asservi ; dans la réalité, cela constitue également une forme de polythéisme, tout comme l’idolâtrie. Dans un hadith rapporté par Abou Oumama, le Prophète a dit : « Parmi toutes les divinités adorées sous ce ciel en dehors d’Allah, la pire est la passion à laquelle on obéit. » — (At-Tabarani).

Celui qui soumet sa passion à sa conscience et prend des décisions conformes à celle-ci peut, même s’il tombe dans une forme quelconque de polythéisme ou de mécréance, être ramené sur le droit chemin par l’explication et le conseil. Mais l’esclave de sa passion est comme un chameau sans bride, et rien ne peut le réformer. Il va dans la direction où sa passion le conduit.

La troisième cause est constituée par les coutumes et les traditions héritées du passé. Ils ne veulent entendre aucune critique à leur encontre et ne sont même pas disposés à envisager l’abandon des pratiques qui se perpétuent depuis si longtemps.

Ces trois éléments maintiennent leur esprit et leur intelligence atteints, comme par une maladie incurable. Ils ne se contentent pas de rejeter l’appel de la vérité ; au contraire, la voix de la vérité accroît leur colère.

« Nous avons certes exposé de différentes manières, dans ce Coran, l’essence de la religion, afin qu’ils la comprennent et prennent conscience ; mais ils s’éloignent encore davantage de la vérité véritable » — (Banî Isrâ’îl : 41).

On trouvera en toute époque des gens de cette sorte, enfants spirituels de la Jâhiliyya.

La réaction des partisans de la Jâhiliyya

Dès que le Prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — proclama sa mission prophétique, la réaction des associateurs et des mécréants de La Mecque devint progressivement de plus en plus virulente. Tout d’abord, cette proclamation leur parut extrêmement surprenante. À leurs yeux, l’homme qui était le meilleur de la société, véridique, parfaitement digne de confiance et fiable, et doté d’un caractère incomparable, pouvait-il vraiment prononcer de telles paroles irréalistes et absurdes ?

« Allah aurait-Il envoyé un être humain comme Son messager ? » — (Banî Isrâ’îl : 14).

« Ils trouvèrent étonnant qu’un avertisseur venu d’eux-mêmes — du milieu des hommes — leur soit envoyé. Les mécréants dirent donc : “Voilà vraiment une chose bien étrange” » — (Qâf : 2).

Tels des gens privés de savoir et de raison, ils se mirent partout à répandre cette rumeur sensationnelle : jamais Dieu, prétendaient-ils, n’envoie un être humain comme Son messager. Ils disaient : puisque de telles paroles absurdes sortent de la bouche de notre homme véridique et digne de confiance, aimé de tous, c’est certainement qu’il a perdu la raison. Ou qu’il est possédé par un djinn. Ainsi commença une campagne visant à détourner les esprits du Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui).

Puis vint la question de la vie après la mort, de l’Au-delà. Pour eux, c’était plus ridicule et incroyable encore.

Ils disaient ceci : « Voulons-nous vous parler d’un homme qui vous annonce cette nouvelle extravagante : lorsque vous serez réduits en poussière et dispersés, après votre mort, vous serez prétendument recréés ? » — (Saba : 7).

Ainsi, les porte-étendards de la Jahiliya rejetèrent d’abord l’appel de l’islam avec raillerie, sarcasmes et moqueries. Ensuite, ils rejetèrent également le tawhid et l’au-delà, les considérant comme absurdes, parce qu’ils n’avaient jamais entendu parler de telles choses irréelles de la bouche de leurs ancêtres. Puis ils commencèrent à s’opposer au Prophète (paix et salut sur lui), et cette opposition prit progressivement la forme de persécutions et d’oppression. Dès que quelqu’un embrassait l’islam, une montagne d’épreuves s’abattait sur lui. Lorsque, durant le séjour à La Mecque, la vie des musulmans devint ainsi insupportable, Allah menaça les ennemis du Prophète et de l’islam en disant : « Ceux qui commettent des méfaits pensent-ils qu’ils pourront M’échapper ? Quel jugement déplorable ils ont rendu ! » — (Al-Ankabut : 4).

Cela peut avoir deux significations. Premièrement, ils pensaient que le mouvement islamique qu’Allah voulait couronner de succès n’aboutirait pas. Au contraire, c’était leur volonté de l’anéantir qui se réaliserait. Deuxièmement, ils pensaient qu’ils échapperaient au châtiment par lequel Allah voulait les saisir à cause de leurs excès.

Les ennemis de l’islam entretiennent constamment l’idée qu’ils éradiqueront de la surface de la terre le mouvement islamique et ceux qui y œuvrent. Ils ne croient absolument pas qu’Allah, le Tout-Puissant, puisse leur infliger un châtiment approprié pour leur opposition à l’islam et pour les injustices et persécutions qu’ils font subir aux musulmans.

Pourtant, malgré toute leur opposition, leurs violences et leurs persécutions, le nombre des musulmans ne cessait d’augmenter. La raison principale en était la parole d’Allah, le Coran, révélé en langue arabe. Le Coran possède plusieurs qualités générales. Premièrement, c’est une œuvre littéraire d’un niveau extrêmement élevé, dont il est au-delà des capacités humaines de composer seulement quelques lignes équivalentes. Deuxièmement, sa langue est claire, compréhensible, extrêmement attrayante et touchante. Elle exerce une influence considérable sur l’esprit de l’auditeur. Son sens et sa profondeur pénètrent au plus profond du cœur de l’auditeur et y provoquent une révolution de la pensée. Chaque parole du Coran est non seulement d’une vérité absolue, mais aussi d’une logique irréfutable. La vérité possède une saveur particulière qui attire et fascine aisément ceux qui la recherchent. Les enseignements du Coran sont en harmonie et en accord avec la nature humaine, l’intelligence, ainsi qu’avec le monde naturel et son organisation. C’est pourquoi une révolution se produit dans le monde intérieur de ceux qui écoutent le Coran avec attention et réflexion, et qu’ils répondent spontanément à son appel.

Empêcher l’écoute du Coran

Lorsque les porteurs de la Jahiliya, c’est-à-dire les ennemis de l’islam, comprirent que les gens entendaient de la bouche d’un homme considéré comme le meilleur et le plus respecté de la société des paroles qui les influençaient au point de leur faire abandonner la religion de leurs ancêtres et de leur faire éprouver de l’aversion pour la société actuelle et sa direction, ils furent désorientés et s’unirent contre la parole d’Allah, le Coran. Ils décrétèrent ensuite l’interdiction d’écouter le Coran. À leur sujet, le Coran dit :

« Les négateurs de la vérité disent : “N’écoutez jamais le Coran. Et lorsqu’il est récité, faites du vacarme afin de créer un obstacle.” Ainsi, vous l’emporterez dans cette entreprise. »

Allah dit :

« Nous ferons goûter un châtiment rigoureux à ceux qui nient cette vérité. Et Nous leur donnerons la pleine rétribution de la plus mauvaise de leurs œuvres. La rétribution des ennemis d’Allah est l’Enfer ; ils y demeureront éternellement. Ce châtiment leur est infligé parce qu’ils niaient Nos versets.

Ces mécréants qui niaient la vérité diront, une fois en Enfer : “Ô notre Seigneur, montre-nous donc ces djinns et ces hommes qui nous ont égarés. Nous les foulerons sous nos pieds afin qu’ils soient profondément humiliés et avilis” » — (sourate Fussilat : 27-29).

De même que les porteurs et défenseurs de l’ancienne jahiliya ne pouvaient tolérer la prédication et la diffusion du Coran et n’épargnaient aucun effort ni aucune ruse pour les arrêter, de même les porteurs et défenseurs de la jahiliya moderne, c’est-à-dire les ennemis de l’islam, ne pouvaient absolument pas voir le Coran d’un bon œil. Mais les tentatives visant à arrêter la propagation du Coran n’ont jamais réussi ; elles ont au contraire produit l’effet inverse. Omar, autrefois l’un des ennemis les plus acharnés de l’islam, s’avança, l’épée dégainée, avec l’intention de tuer le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Or, en chemin, il entendit par hasard la récitation de quelques versets du Coran et fut attiré par lui ; la vérité se révéla dans son cœur. Ainsi, l’ennemi du Prophète devint fou d’amour pour lui. L’empereur chrétien d’Abyssinie ne put retenir ses larmes de joie en entendant la récitation du Coran. Les représentants chrétiens de Najran, après avoir entendu la récitation du Coran par la bouche bénie du Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), furent charmés et trouvèrent refuge sous l’ombre rafraîchissante de l’islam. Le gouvernement britannique menaça d’interdire la prédication et la diffusion du Coran. Mais le résultat fut tout l’inverse. Les traductions anglaises du Saint Coran se sont répandues en innombrables exemplaires dans le monde entier, et de nombreuses personnalités éminentes d’Angleterre ont embrassé l’islam après avoir lu le Coran, et continuent de le faire. On observe la même situation partout dans le monde. En Inde également, on tenta de faire interdire le Coran. Mais cette tentative échoua. Le Coran a été traduit dans plusieurs langues de l’Inde. L’intérêt pour la lecture du Coran ne cesse de croître même parmi les non-musulmans. De nombreux intellectuels et érudits indiens abandonnent l’hindouisme pour embrasser l’islam. Les faux musulmans qui portent un nom musulman tentent eux aussi, à l’imitation des mécréants, d’empêcher la prédication et la diffusion du Coran. Cette entreprise commença d’abord en Turquie, sous le règne de Kemal Pacha. L’alphabet arabe y fut interdit. Son objectif était d’empêcher la diffusion du Coran révélé en langue arabe. Mais cet objectif ne fut pas atteint.

Lorsqu’une personne qui porte un nom musulman devient un faux musulman, elle se montre plus virulente contre l’islam qu’un mécréant non musulman. Ainsi, lorsqu’on examine l’histoire, on constate que les faux musulmans et les faux oulémas ont causé à l’islam bien plus de tort que les mécréants non musulmans.

Qu’il s’agisse d’un mécréant incroyant en l’islam ou d’un faux musulman, esclave mental des mécréants, chacun doit savoir que le Coran est la parole éternelle d’Allah et qu’Allah Lui-même S’est chargé de le préserver à jamais dans sa forme originelle. Personne ne peut empêcher sa prédication et sa diffusion, ni le déformer le moins du monde. Je veux rappeler les versets coraniques cités plus haut à ceux qui ordonnent d’arrêter la propagation du Coran, ainsi qu’à ceux qui, pour obéir aveuglément à ces ordres, dansent et s’agitent sur les places publiques, parlent d’une manière fasciste et organisent la résistance. Il serait dans leur intérêt de tirer leçon du sort qui attendra dans l’au-delà ces dirigeants fascistes, faux musulmans, et leurs adeptes aveugles, puis de revenir sincèrement vers le Coran.

La jahiliyaface àdemeurer fermeles moyens dele faire

Voici quelques-uns des moyens et méthodes très importants que le Prophète de l’humanité, Muhammad Mustafa (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), a indiqués pour demeurer ferme sur la voie de l’islam face à la jahiliya.

Un : La véritable intelligence

Dans tous les domaines de la vie humaine, l’intelligence est indispensable pour jouer, du point de vue de l’islam, le rôle qui convient et réussir sa vie. Cette intelligence doit être fondée sur une réflexion saine et juste. En islam, la véritable intelligence consiste à garder constamment son regard fixé sur la recherche de l’agrément d’Allah. L’homme ne doit adopter aucun comportement qui le rende insouciant et détourne son attention de la recherche de l’agrément d’Allah, ni qui soit la cause de Son mécontentement. C’est pourquoi Allah a maintes fois attiré l’attention des hommes en disant :

« Ô vous qui êtes doués d’intelligence ! Craignez-Moi. » — (Al-Baqara : 197).

On Le craint afin qu’Il ne soit pas mécontent. Garder constamment à l’esprit qu’Il ne doit jamais être mécontent et chercher à Lui plaire par son comportement : voilà la véritable intelligence.

« Il y a certes, dans la création des cieux et de la terre et dans l’alternance de la nuit et du jour, de nombreux signes pour ceux qui sont doués d’intelligence, qui se souviennent d’Allah debout, assis et couchés. » — (Âl ‘Imrân : 190).

Lorsqu’une personne réfléchit correctement, avec intelligence et raison, aux mystères de la création des cieux et de la terre, tout en gardant le souvenir d’Allah présent dans son cœur, elle ne regarde pas les signes de la création comme le feraient des animaux ; elle les examine au contraire par la réflexion, l’étude et l’observation, et proclame spontanément que tout cet univers est soumis à un ordre empreint de sagesse.

Le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) décrit ainsi, dans ses propres paroles, cette manière de penser et d’agir : « L’homme intelligent est celui qui maîtrise ses passions et œuvre en vue de la vie après la mort. » — (At-Tirmidhî, Ibn Mâjah).

Si le sentiment intense qu’il faudra rendre compte à Allah, dans l’au-delà, de chacun de ses actes demeure constamment éveillé dans le cœur, on peut se préserver des actes et des comportements qui attirent le mécontentement d’Allah. C’est cela qui est appelé l’intelligence. Le Prophète Mustafa (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a exposé clairement la conception complète de l’intelligence. Œuvrer en vue de la vie après la mort signifie que, si la religion et la foi exigent de rejeter les gains immédiats, les intérêts et les avantages de ce monde, cette exigence doit absolument être satisfaite ; et si l’agrément d’Allah exige de sacrifier ses biens, sa vie et son confort, il faut le faire sans la moindre hésitation.

Deux : la juste conception de la richesse et du prestige

L’islam enseigne que posséder des richesses, occuper une position élevée et être aimé de Dieu ne sont pas une seule et même chose. Il n’est pas exact de dire qu’Allah est satisfait de ceux qui réunissent ces deux éléments. La satisfaction d’Allah dépend entièrement de la foi et des œuvres. Même privé de richesse et de position sociale, un homme peut, grâce à sa foi et à ses œuvres, être considéré comme honoré aux yeux de Dieu et devenir Son bien-aimé. À l’inverse, un homme peut, malgré son immense fortune et son rang élevé, devenir l’objet de Sa malédiction. Car le monde est pour l’être humain un lieu d’action, non de rétribution. Il doit y accomplir ses œuvres, dont il recevra la pleine récompense dans l’au-delà. Le fait qu’une personne vive dans l’aisance ne prouve pas qu’Allah soit satisfait de ses actes et qu’elle soit pour cette raison Son bien-aimée. De même, la souffrance et la pauvreté d’une personne ne prouvent pas que Dieu soit mécontent d’elle. L’abondance matérielle ou la pauvreté, le rang politique et social élevé ou l’humiliation et l’opprobre sont tous deux liés à la loi divine qui consiste à éprouver les êtres humains dans un but précis. Le principal objectif de leur création est de les mettre à l’épreuve de diverses manières durant la vie terrestre. Toute l’organisation de la création témoigne de cette vérité. Comme il s’agissait du sujet le plus important et le plus fondamental de la vie humaine, le Coran sage l’a rappelé à maintes reprises. L’objectif de la création de l’homme et la loi divine de son épreuve y ont été exposés en détail et sous différentes formes. Mais la mentalité produite par la Jahiliyyah n’a pas pu l’accepter. Dans la conception de la Jahiliyyah demeure fermement ancrée l’idée que la richesse et le prestige sont intimement liés à la satisfaction et à l’amour de Dieu. Plus un homme possédera de richesses et de prestige, plus il sera aimé de Dieu. La pauvreté et l’absence de rang sont considérées comme le signe qu’il est privé de la grâce divine. Selon cette conception, au lieu de juger la vérité à l’aune de la vérité, on la jugera à l’aune de la richesse et du prestige. Lorsque le Prophète Muhammad (s.a.s.) proclama sa mission prophétique, les fils de la mentalité de la Jahiliyyah s’étonnèrent, affirmant que son rang ne correspondait pas aux critères qu’ils avaient eux-mêmes établis. Ils ne cessaient de répéter ceci : premièrement, le messager de Dieu devait nécessairement être un ange. Et s’il fallait qu’un homme soit messager, il ne pouvait en aucun cas être un homme ordinaire. Il devait au contraire avoir un rang si exceptionnel qu’il soit compatible avec sa relation éminente avec Allah. Ainsi, si un homme était choisi comme messager, un ange serait descendu publiquement sur lui (sourate al-An‘âm, 8) ; à tout le moins, un trésor aurait dû lui être descendu du ciel, ou il aurait dû posséder un jardin d’arbres fruitiers dont il tirerait une abondante subsistance (al-Furqân, 8). Et s’il n’était pas un homme aussi extraordinaire, il aurait au moins dû être un homme riche, le chef d’un peuple, le dirigeant d’une tribu célèbre, et posséder richesse et prestige. Mais ici, l’affaire était tout autre. Un homme tout à fait ordinaire prétendait être l’envoyé du Seigneur de Majesté, alors qu’il ne possédait aucune des qualités qui auraient justifié cette prétention. D’un côté, il prétendait être une miséricorde pour l’univers entier ; de l’autre, il allait lui-même acheter des provisions au marché. Il n’avait même pas de serviteurs, si bien qu’il devait tout faire lui-même.

Ils disaient encore : « Pourquoi ce Coran n’a-t-il pas été révélé à un homme éminent et influent de l’une des deux célèbres cités — La Mecque et Taëf ? » (az-Zukhruf, 31).

Ils ne cessaient de tenir de telles paroles absurdes au sujet du Prophète Muhammad (s.a.s.). Selon leur conviction profondément enracinée, pour être aimé d’Allah, il fallait nécessairement posséder tous les moyens de subsistance, la richesse et le prestige. Puis la révolution accomplie en ce jour béni de la conquête de La Mecque dissipa leurs illusions concernant leur pensée et leur conception.

Trois : suivre l’islam dans toute sa vie

L’islam a rappelé au monde que le Créateur de l’univers n’a pas créé l’être humain sans but. Il l’a au contraire créé pour qu’il Le serve et Lui obéisse, ce que la terminologie islamique appelle l’adoration et la servitude envers Dieu. Cette servitude consiste à diriger toute sa vie conformément à la guidance et à la volonté d’Allah. Elle ne consiste pas simplement à accomplir quelques actes d’adoration et certains rites religieux dans un lieu de prière, puis à mener le reste de sa vie comme bon lui semble. Cette servitude partielle n’est pas compatible avec l’essence de l’obéissance globale et absolue due à Allah. Elle n’est pas davantage conforme à la religion et au guide qu’Il a révélés. C’est pourquoi, lorsque l’islam exigea la manifestation concrète de la dévotion à Dieu dans tous les domaines de la vie et commença à imposer les liens de la vérité et de la sincérité à toutes les pensées et à tous les actes de l’homme, les défenseurs de la Jahiliyyah s’étonnèrent et lancèrent des traits de dérision. Face à la conception ignorante de la religion qui avait envahi leurs esprits et leurs cœurs, et à leur manière de considérer la religion comme une partie accessoire de la vie, ils virent que cette nouvelle religion plaçait un gardien au carrefour de la liberté de pensée, annonçait à chaque étape récompenses et châtiments, liait les divers problèmes de la vie dans un système ordonné et solide, et ne laissait aucun domaine de l’existence qu’elle ne cherchât à contrôler. Tout cela leur parut alors relever de la barbarie. Depuis des générations, leur pratique religieuse consistait à se prosterner de temps à autre devant les idoles qu’ils avaient fabriquées de leurs propres mains, à leur sacrifier des chameaux et des moutons, à enduire de sang des animaux sacrifiés les murs des temples, à se rendre près de la Kaaba pour siffler et applaudir, et à se livrer à des fêtes religieuses, des réjouissances et des divertissements. Tout cela constituait leurs cérémonies religieuses. Puis, durant le reste de leur vie, ils s’adonnaient à des activités répréhensibles telles que le pillage, le meurtre, la fornication, la consommation d’alcool et les transactions usuraires.

Telle était la conception courante de la religion dans la Jâhiliyya. Dans le cadre très restreint de la vie, quelques rites et pratiques religieux — bien qu’ils ne reposassent ni sur une pensée saine et raffinée ni sur la raison — et, dans le cadre plus vaste de la vie, l’absence de religion ainsi que la liberté totale de commettre des injustices et des péchés. C’est ce que l’on appelle, dans la terminologie moderne, le sécularisme, c’est-à-dire la laïcité ; cette pensée et cette philosophie appartiennent à la Jâhiliyya, non à l’islam. La déclaration révolutionnaire du dernier des prophètes de la lignée prophétique, le Prophète universel Muhammad Mustafa (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), était que l’islam est un système de vie complet pour l’humanité. Autrement dit, il faut se soumettre à l’obéissance à Allah dans chaque aspect et à chaque instant de la vie. La société, l’État, l’éducation, la civilisation, la culture, les arts et les autres domaines doivent se développer sous l’obéissance absolue à Allah, le Créateur et Seigneur de l’être humain. Les adorateurs aveugles de la Jâhiliyya ne purent l’accepter. Iblis, le Satan, ne pouvait pas davantage s’en accommoder. Car, même s’il ne cherche pas à obtenir l’obéissance de l’être humain dans tous les domaines de la vie, il la convoite dans certains d’entre eux. Dans les domaines où l’obéissance à Allah sera refusée, il n’y aura d’autre choix que d’obéir à Satan, ou bien il faudra obéir à quelqu’un d’autre à la place d’Allah. L’obéissance à autre qu’Allah est considérée comme le plus grand des péchés (le shirk). La Jâhiliyya ne permet pas à l’être humain de se préserver du shirk.

Quatre : L’unité de l’humanité

L’islam enseigne que tous les êtres humains sont les enfants des mêmes père et mère. Allah dit : « Ô humanité ! Craignez votre Seigneur, qui vous a créés à partir d’un seul être, dont Il a créé son épouse, et qui, de ces deux-là, a répandu dans le monde une multitude d’hommes et de femmes » — (sourate An-Nisâ’, 3).

Puisque tous les êtres humains ont la même origine et sont les uns envers les autres comme les membres d’une même famille, aucun d’eux ne peut être supérieur ou inférieur, noble ou ignoble, en raison de son ascendance, de sa tribu, de sa race ou de sa langue. Puisqu’il en est ainsi, nul ne peut être supérieur à autrui en raison de sa race, de son ascendance, de son pays ou de sa nationalité. Rien de tout cela ne peut constituer un motif d’orgueil ou d’arrogance. Réfutant cette conception erronée, le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) déclara : « Tous les êtres humains sont les enfants d’Adam, et Adam a été créé à partir de la terre » — (At-Tirmidhi).

Il dit également : « Ô humanité ! Votre Seigneur est unique. Aucun Arabe n’est supérieur à un non-Arabe pour une autre raison que la piété, et aucun non-Arabe n’est supérieur à un Arabe. De même, aucun Noir n’est supérieur à un Blanc, et aucun Blanc n’est supérieur à un Noir » — (Al-Bayhaqi).

Cette déclaration révolutionnaire du Prophète n’était ni une théorie fantaisiste ni le fruit de l’opportunisme. C’était au contraire, prononcée d’une voix ferme, une déclaration de foi et de croyance. Elle fut proclamée à une époque où les êtres humains, Arabes comme non-Arabes, étaient divisés en différentes classes selon leur race, leur ascendance et leur tribu. Beaucoup d’entre eux se considéraient comme très supérieurs et nobles par rapport aux autres, et n’accordaient aucune valeur à la vie ni aux biens d’autrui. Comment ceux qui étaient fiers de leur noblesse ancestrale, ceux qui avaient réduit les autres en esclavage et bâti leur propre fortune grâce au travail exténuant qui leur faisait suer le sang, auraient-ils pu accepter cette déclaration révolutionnaire ? Mais ceux qui n’étaient pas constamment égarés par les passions aveugles de la Jâhiliyya, ceux qui possédaient un tant soit peu de conscience et d’intelligence, discernèrent dans cette déclaration révolutionnaire l’unité de l’humanité et la véritable dignité humaine. Et l’islam est le seul dépositaire et défenseur d’une telle dignité de l’humanité.

Bilal, originaire d’Abyssinie, était enchaîné dans l’esclavage d’un mécréant qurayshite. Ayant accepté de tout cœur la profession de foi révolutionnaire de l’islam, il devint musulman. Son maître, Umayya, lui infligea jour après jour des tortures inhumaines et terrifiantes. Abu Bakr, issu de la noble tribu des Quraysh, acheta Bilal à un prix exorbitant et lui rendit la liberté. Un homme sans noblesse, un esclave, un homme considéré comme barbare, accéda à la grande dignité de l’humanité ; il brisa le mur de l’inégalité édifié au fil des longues années et obtint, avec tous les autres, le droit à une dignité égale. Le vénérable Bilal (qu’Allah l’agrée) ne fut pas seulement un pilier de la force de l’islam ; il demeure et demeurera éternellement une figure éminemment mémorable et honorée de la communauté musulmane. Beaucoup d’autres, de la même manière, franchirent les chaînes de l’esclavage et obtinrent, auprès du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), une dignité égale à celle des autres.

Cinq : Tous sont égaux devant la loi

L’exigence naturelle de l’unité et de l’égalité du genre humain est que tous les hommes jouissent également du même statut juridique. Aux yeux de la loi, nul n’est supérieur ni inférieur à un autre. L’islam proclame que la vie, les biens, l’honneur et la dignité de tous sont également dignes de respect. La loi de Dieu s’applique de manière égale à tous. Cette loi met fin aux cris et aux lamentations de l’humanité opprimée depuis si longtemps et garantit ses droits humains. Mais les enfants de la jahiliyyah se trouvent désorientés face à ce système révolutionnaire, car leurs intérêts établis sont menacés et le palais de leur orgueil fondé sur une fausse noblesse est réduit en miettes. La coutume en vigueur depuis de nombreux siècles voulait que la dignité d’un homme soit évaluée selon sa lignée, sa tribu, sa richesse et son rang. La vie d’un membre d’une tribu noble équivalait à vingt vies de membres d’une tribu inférieure. Lorsqu’un noble était tué, toute sa famille était mise à mort avec le meurtrier en guise de représailles. Ce système injuste n’était pas seulement en vigueur dans les sociétés des mécréants et des polythéistes ; il était également largement répandu parmi les gens du Livre qui se prétendaient dépositaires de la loi divine. L’une de leurs règles était que, si un noble commettait un vol, il était laissé libre. Mais si un homme du peuple commettait un vol, la disposition de la charia était appliquée contre lui (Al-Boukhari, tome II, Kitab al-Hudud).

De même, lorsqu’une personne influente et puissante commettait l’adultère, elle était condamnée à être fouettée et à avoir le visage noirci. Mais si une personne ordinaire commettait ce même crime, elle était lapidée à mort conformément à la prescription de la charia (Tafsir al-Qurtubi).

Nul ne pouvait se placer au-dessus de l’État de droit établi par l’islam. Le qadi (juge) n’hésitait même pas à rendre un jugement contre le calife. Cette égalité et cette justice devant la loi ne pouvaient être acceptées par les mécréants et les polythéistes adeptes de la jahiliyyah, par les gens du Livre, ni par nombre de nouveaux musulmans qui n’avaient pas réussi à se libérer de l’influence de la jahiliyyah. L’orgueil de leur noblesse ne leur permettait pas de s’incliner devant cette loi divine si juste. Sous le règne du deuxième calife, un riche et puissant nouveau musulman nommé Jabala ibn al-Ayham al-Ghassani vint accomplir le hajj. Pendant le tawaf, le pied d’un homme de Taëf marcha sur son manteau. Pris de colère, il le gifla si violemment que son nez fut entaillé et se mit à saigner. Le malheureux habitant de Taëf porta plainte auprès du calife Omar (qu’Allah l’agrée). Le calife dit à Jabala : « Va implorer le pardon de cet homme opprimé. Sinon, prépare-toi à subir les représailles. » Jabala n’en revenait pas. L’orgueil de sa noblesse ne lui permit pas d’accepter l’égalité et la justice de l’islam. Il estima qu’une loi qui ne faisait aucune distinction entre le noble et l’homme sans noblesse insultait la raison, la conscience et l’humanité. Il abandonna alors l’islam et devint apostat.

Six : Le but du jihad est d’exalter la parole d’Allah

Le monde ne connaissait pas le noble objectif que l’islam assigne à la guerre. Partout, chez les Arabes comme chez les non-Arabes, on pensait que le but de la guerre était d’établir un royaume, de l’étendre et d’acquérir le butin. Mais lorsque l’islam vint, il transforma complètement cet objectif de la guerre. Au lieu d’être menée pour des intérêts personnels ou nationaux, la guerre devait être menée pour le bien de l’humanité ; elle pourrait ainsi passer du rang d’acte odieux de verser injustement le sang à celui d’un acte d’adoration. L’islam proclama que l’usage de l’épée pour conquérir des territoires et acquérir des richesses était une tyrannie, une corruption et un péché immense. C’était un poison mortel pour le caractère et l’humanité. Au lieu d’employer l’épée à de telles fins odieuses, il fallait l’employer pour le bien de l’humanité, pour sa protection et son expansion. Celui qui porte l’épée doit avoir pour objectif d’obtenir l’agrément de Dieu, qui n’aime ni le mal ni l’injustice. Il veut que la fitna et la corruption, l’injustice et le désordre soient éradiqués de la surface de la terre. C’est à cette seule fin que l’usage de l’épée sera légitime. Son usage ne sera justifié par aucun intérêt terrestre. Il ne sera véritablement juste et légitime que s’il n’a pas pour but d’obtenir un avantage dans ce monde, mais plutôt le bien de l’au-delà. Même si, dans la guerre, on voit des vies précieuses être sacrifiées, la guerre menée pour établir la vérité redonne vie à l’humanité. C’est en accord avec ce noble et bénéfique objectif de la guerre décrit par l’islam qu’elle a été appelée « jihad fi sabilillah ».

Les nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) passèrent d’un environnement à l’environnement idéal de l’islam et, grâce à une transformation révolutionnaire de leur pensée et de leur conscience, comprirent profondément ce noble objectif de la guerre. Un exemple permet de le comprendre aisément. Un jour, alors que le vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) affrontait un ennemi de l’islam, il le renversa au sol, s’assit sur sa poitrine et s’apprêtait à le frapper de son épée. À cet instant précis, l’homme lui cracha au visage. Le vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) retint alors sa main et se releva de sa poitrine. L’homme, stupéfait, lui demanda la raison de ce comportement. Il répondit : « Je voulais te tuer pour la vérité. Mais en me crachant au visage, tu as excité mon intérêt personnel et mon désir de vengeance. Si je t’avais tué dans ces circonstances, ce n’aurait pas été pour la vérité, mais pour mon intérêt personnel, et cela aurait eu de mauvaises conséquences pour moi. C’est pourquoi je te libère. » Cet événement montre clairement la conception islamique de la guerre et permet également de comprendre aisément, du point de vue de la psychologie humaine, l’état d’esprit des simples Compagnons. Ce groupe de Compagnons était doté des plus hautes qualités humaines, et chacun de leurs actes se situait au-dessus de l’intérêt personnel et avait pour but d’obtenir l’agrément d’Allah. Ils étaient l’incarnation du désintéressement et de la sincère dévotion à Allah. Ces qualités s’étaient développées en eux grâce à la compagnie du Prophète bien-aimé et à sa formation constante. Le Prophète bien-aimé leur répétait souvent que quiconque rejoignait la guerre dans l’espoir d’obtenir du butin ne recevrait aucune récompense de la part d’Allah. Comment ces amoureux de Dieu auraient-ils donc pu, par intérêt personnel ou dans l’espoir d’obtenir du butin, se priver de Son agrément ?

Une guerre a-t-elle jamais été menée, dans quelque pays et à quelque époque que ce soit, dans le passé ou aujourd’hui, pour un noble objectif autre que les intérêts personnels, partisans ou nationaux ? Seul l’islam a présenté à l’humanité cet objectif et cette conception élevés de la guerre.

La perte de vies et de biens dans la voie d’Allah est un véritable gain

Selon la vision et les conceptions de la Jâhiliyya, les pertes en vies humaines et en biens subies pendant la guerre étaient considérées, au sens propre, comme de véritables pertes et un véritable dommage. L’islam présente à ce sujet une conception opposée, qui étonne et stupéfie les tenants de la Jâhiliyya. Ceux qui donnent leur vie dans la guerre ou le combat sur le chemin d’Allah ne voient pas leur vie anéantie. Au contraire, après que leur âme a quitté leur corps, ils obtiennent une vie nouvelle et éternelle. Les biens dépensés pendant la guerre, bien qu’ils paraissent détruits à première vue, sont conservés pour la vie après la mort.

Puisque cela ne devait pas être facilement compréhensible, la question demeurait également obscure dans l’esprit de certains Compagnons. Après le martyre de nombreux Compagnons à la bataille d’Uhud, une complainte funèbre de douleur commença à s’élever parmi les musulmans. Pour les consoler, il leur fut dit :

« Ne considérez pas comme morts ceux qui ont été tués sur le chemin d’Allah ; ils sont plutôt vivants et reçoivent leur subsistance de la part d’Allah » — (Âl ‘Imrân : 169).

La durée de la vie ne peut être mesurée avec aucun mètre de ce monde. La vie n’a aucun point final. Ce que l’on appelle la mort n’est en réalité pas la fin de la vie, mais un processus de passage d’un degré de la vie à un autre. Les croyants doivent comprendre que si ce processus de passage s’accomplit sur le champ du jihâd plutôt que sur leur propre lit, il ne conduit pas à la destruction, mais leur accorde une vie éternelle, merveilleuse et incomparable. Ils deviennent ensuite détenteurs d’une vie et d’une subsistance si grandes et si heureuses qu’elles dépassent l’imagination.

Un hadith du Prophète analyse admirablement cette question. Ce hadith est rapporté dans le Musnad d’Ahmad. En voici le sens : celui qui quitte ce monde après avoir accompli de bonnes œuvres a la possibilité de jouir d’une vie si heureuse qu’il ne souhaitera aucunement y retourner. Les martyrs font toutefois exception. Ils désirent être renvoyés dans ce monde afin de goûter à nouveau l’immense joie de donner leur vie sur le chemin d’Allah. Après avoir saisi cette grande vérité avec son cœur, le véritable croyant considère que donner sa vie sur le chemin d’Allah est le souhait suprême et le plus précieux. Ceux qui ne croient pas à l’Au-delà, dont l’idéal de vie se limite aux plaisirs et aux jouissances de ce monde, et qui adhèrent à la philosophie « EAT, DRINK AND BE MERRY », sont ceux qui craignent le plus la mort. En revanche, les croyants entièrement dévoués à Allah aspirent constamment à boire l’eau de vie du martyre en donnant volontairement et avec satisfaction leur vie sur le chemin d’Allah. La Jâhiliyya et l’islam ont présenté ces deux conceptions opposées de la vie. Les nobles Compagnons, formés de la propre main du Noble Prophète, adhéraient précisément à cette conception islamique de la vie et de la mort. À l’exception d’une poignée d’hypocrites, tous les Compagnons brûlaient du désir de boire le nectar du martyre. Un exemple permet de constater la sincérité de leur aspiration.

Après la conquête de La Mecque, un jeune Bédouin illettré d’un village isolé, attiré par l’islam, renonça à l’immense fortune que lui avait donnée son oncle. Puis, après avoir déchiré en deux une couverture donnée par sa mère, il se couvrit tant bien que mal le corps et les parties intimes, et prit la route de Médine avec le désir de rencontrer le Prophète de l’islam. Après avoir marché toute la nuit sur des chemins inconnus et inexplorés, il arriva à l’aube à la mosquée du Prophète. Il était épuisé, couvert de poussière de la tête aux pieds. Il avait l’apparence d’un fou égaré. Et il était bel et bien fou : devenu fou d’amour pour l’islam et son Prophète, il avait renoncé au monde et s’était présenté à Médine. Dans les plaines et les déserts, dans les montagnes et les ravins, dans le ciel et dans le vent, les douces mélodies de l’islam avaient versé du miel à ses oreilles ; il s’était enflammé en entendant le nom du Prophète Muhammad. Pourtant, il n’avait jamais vu celui qu’il aimait tant. C’est pourquoi, après avoir traversé toute la nuit les chemins du désert, il était venu contempler son bien-aimé.

La voix sonore de Bilal — « As-salâtu khayrun min an-nawm » — retentit et se répercuta dans les maisons, les arbres, les collines et les montagnes de Médine. Elle résonna également dans les replis du cœur de l’étranger.

Peu après, le Prophète de la Miséricorde sortit et vit un étranger debout. Celui-ci était avide, comme s’il espérait obtenir quelque chose. Une interrogation infinie semblait se lire sur son visage et dans ses yeux, tandis que son cœur languissait, assoiffé de vérité.

Le Prophète (paix et salut sur lui) demanda d’une voix empreinte d’affection et de compassion : « Qui es-tu et d’où viens-tu ? »

L’étranger répondit : « Je m’appelle Abd al-Uzza. J’ai entendu dire qu’un nouveau prophète était apparu. Je suis venu de si loin, fou d’amour pour lui. » Puis il lui exposa toute sa situation familiale et matérielle.

Le saint Prophète lui dit : « C’est très bien. À partir de maintenant, tu es mon hôte particulier. Tu feras partie des gens de la Suffa. Toutefois, à partir d’aujourd’hui, ton nom sera Abdullah. »

Le Prophète (paix et salut sur lui) dit avec une insistance particulière à ses nobles Compagnons : « Je prends en charge sa subsistance et son entretien. Enseignez-lui le Coran et l’islam, et assurez son éducation. »

Un jour, alors que certaines personnes accomplissaient la prière dans la mosquée, Abdullah apprenait à réciter le Coran à haute voix. Hazrat Umar le réprimanda sévèrement en lui disant : « Récite plus doucement ; tu ne vois donc pas que la prière est en cours ? »

En entendant la voix de Hazrat Umar, le Prophète de la Miséricorde (paix et salut sur lui) sortit rapidement de sa chambre et dit : « Umar ! Ne lui dis rien. Il a tout sacrifié pour Allah et Son Messager. »

Peu de temps après, les préparatifs de l’expédition de Tabuk commencèrent. À l’appel du Prophète, une compétition de dons pour la cause d’Allah s’engagea entre les nobles Compagnons. Hazrat Siddiq-e-Akbar se présenta auprès du Prophète avec tous ses biens.

Abdullah observait cette compétition de dons. Mais il était affligé de ne pouvoir y prendre part, car il était démuni et dépendait de la subsistance du Prophète.

Abdallah ne put rester silencieux. Il dit au Prophète : « Ô Messager d’Allah ! Vous savez bien que je n’ai rien à donner. Je ne possède que ce corps et cette vie. Je les ai consacrés à Allah. Priez afin que je puisse devenir martyr. »

Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) partit vers Tabuk à la tête d’une armée de trente mille moudjahidines. Abdallah se trouvait également parmi eux. Mais, animé d’un si ardent désir du martyre, il devint tellement impatient et bouleversé qu’en chemin, il se présenta un jour devant le Prophète et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Levez les mains et faites quelque peu de prière afin que je puisse devenir martyr dans cette guerre. »

Comprenant son ardeur sincère, le Prophète lui dit : « Vois donc si tu peux trouver quelque part aux alentours de l’écorce d’un arbre. »

Abdallah lui procura de l’écorce d’arbre. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) la noua autour de la main d’Abdallah et pria : « Ô Allah ! Rends le sang d’Abdallah interdit aux mécréants. »

En entendant cette prière, Abdallah dit d’une voix bouleversée : « Ô Messager d’Allah ! Moi, je veux devenir martyr ; pourquoi avez-vous fait cette prière ? »

Le Prophète dit : « Abdallah ! Après cela, même si tu meurs de la fièvre, tu seras un véritable martyr. »

L’armée des moudjahidines atteignit un lieu appelé Tabuk et y établit son camp. Soudain, après le coucher du soleil, la nouvelle se répandit qu’Abdallah était mort, terrassé par la fièvre. Dès que la nouvelle parvint au Prophète, il ordonna de prendre les dispositions pour son inhumation.

Le champ de Tabuk. Une nuit obscure. Une tombe avait été préparée pour Abdallah. Bilal (qu’Allah l’agrée) se tenait avec une torche à la main, éclairant la tombe et ses alentours. Un homme était descendu dans la tombe pour saisir le défunt et l’y allonger. Deux hommes descendaient ensemble le défunt dans la tombe. L’homme debout dans la tombe dit d’un ton réprobateur à ces deux hommes : « Adaban ila akhakuma — faites descendre votre frère dans la tombe avec vénération et respect. »

Les deux hommes les plus éminents de la communauté après le Prophète, Son Excellence Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — et Son Excellence Omar — qu’Allah l’agrée — descendent le défunt dans la tombe. Debout à l’intérieur de celle-ci, celui qui parle d’un ton sévère est le Prophète de la miséricorde lui-même, le tendre protecteur du compagnon martyr, Son Excellence Abdoullah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui.

Après avoir installé le défunt comme il se doit, le Noble Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — remonta et dit à tous : « Éloignez-vous tous. »

Les compagnons, effrayés et terrifiés, se retirèrent de tous côtés. Le Noble Prophète lui-même recouvrit la tombe de sable, de pierres et de terre, de ses mains bénies, sur tous les côtés. Puis il leva les mains et pria : « Seigneur ! Jusqu’à ce soir, j’ai été satisfait d’Abdoullah. Sois, toi aussi, satisfait de lui. »

Le transmetteur de hadiths, Abdoullah ibn Mas‘oud — qu’Allah l’agrée — raconte : ces paroles sortirent spontanément de ma bouche : « Si seulement, au lieu d’Abdoullah, c’était moi qui me trouvais dans cette tombe ! »

C’est ainsi que les compagnons avaient pris à cœur la grandeur du martyre. Cette grandeur ne s’est jamais ternie. À travers les âges, cette inspiration du martyre a incité les soldats d’Allah à donner généreusement leur vie pour Allah. L’histoire de l’islam en offre d’innombrables exemples.

Même à l’époque moderne, en cette période de profond déclin des musulmans, les moudjahidines de la religion islamique considèrent le fait de donner généreusement leur vie dans le chemin d’Allah comme leur gain suprême et ultime. Face aux armes ultramodernes de la grande superpuissance russe, les moudjahidines afghans donnent volontairement leur vie, le cœur satisfait, dans l’espoir de boire le nectar du martyre. Tout le monde estime qu’ils ne recevront pas la récompense de leur martyre seulement dans la vie de l’au-delà : leurs perspectives de victoire ici-bas aussi paraissent brillantes.

En matière de dépense de l’argent et des richesses également, les conceptions de l’islam et de la jahiliya sont totalement différentes. Les idées, la vision, les efforts, les aspirations et les ambitions de la jahiliya tournent exclusivement autour de la vie terrestre. La jahiliya ne reconnaît pas qu’il existe une autre vie après la vie terrestre. C’est pourquoi elle maintient constamment l’être humain en activité afin de rendre la vie terrestre heureuse et belle, d’en jouir pleinement et d’obtenir honneur, célébrité, pouvoir, rang, autorité et domination. Il ne fait certes aucun doute que tout cela constitue naturellement des objets de convoitise pour l’être humain. Cependant, il existe des biens plus nobles que l’être humain devrait désirer. Ainsi, le Coran dit :

« On a fait paraître agréable aux hommes l’amour des choses qu’ils désirent : les femmes, les enfants, les amoncellements d’or et d’argent, les chevaux de race, le bétail et les champs. Mais tout cela n’est en réalité que la jouissance éphémère et passagère de la vie terrestre » — (Âl ‘Imrân : 14).

Sous l’effet d’un attachement excessif à ces objets de convoitise de ce monde, les porte-drapeaux de la Jahiliyyah et leurs adeptes oublient la vie éternelle qui suit la mort.

Allah dit : « En vérité, la promesse d’Allah (au sujet de l’Akihirah) est absolument véridique. Que la vie de ce monde ne vous trompe donc pas, et que le trompeur (Satan) ne vous abuse pas au sujet d’Allah. » (Luqman : 33).

Les objets de convoitise mentionnés plus haut dans le verset 14 de la sourate Âl ‘Imrân ont tous été donnés comme épreuve pour les êtres humains. Ils ne sont que des instruments de tromperie. Ces biens entraînent les gens à la vue superficielle dans diverses formes d’égarement. Sous l’effet de cet égarement, certains pensent qu’il n’existe aucune autre vie après celle de ce monde. Alors, jouis de ce monde autant que tu le peux et comme tu le peux. Tu n’auras à rendre compte de cela devant personne, nulle part. Certains, enivrés par le pouvoir, pensent que leur pouvoir, leur domination, leur autorité, leur vie luxueuse et leurs plaisirs sans limites ne prendront jamais fin ; d’autres, négligeant les aspects moraux et spirituels, font de la recherche des avantages matériels et d’une vie de plaisirs et de réjouissances leur seul objectif. En dehors de l’amélioration du niveau de vie, la vie n’a plus aucun autre but. Dès lors, quelle que soit la bassesse et la dépravation du niveau d’humanité atteint, ils ne s’en soucient aucunement. Certains pensent que le confort et le bien-être de la vie constituent le véritable critère du vrai et du faux, du haqq et du batil. La règle, le principe ou la méthode qui permet d’obtenir l’objet désiré est, selon eux, la vérité ; tout ce qui lui est contraire est mensonge. D’autres considèrent le confort, le bien-être et une vie heureuse comme le signe qu’ils sont les favoris de Dieu. Ils croient que celui dont la vie est la plus heureuse, quand bien même cette richesse proviendrait de revenus illicites, est le favori de Dieu. Quant à celui dont la vie ici-bas est pleine de souffrances et de difficultés — même si cela est dû au fait qu’il demeure sur le chemin de la justice et de la vérité — Allah serait mécontent de lui et son issue serait nécessairement mauvaise. Allah a qualifié toutes ces conceptions erronées de tromperies de la vie matérielle.

Il convient de préciser que, dans le verset précité de la sourate Luqman, la tromperie contre laquelle il est ordonné aux êtres humains de se prémunir provient de la vie étincelante de ce monde et de Satan. En second lieu, le Coran emploie le terme « gharur ». Par « gharur », il n’est pas seulement question d’Iblis le Satan, mais aussi des djinns et des hommes qui le suivent. Sont également visés les individus, les partis, les groupes et les tribus qui portent et transmettent la Jahiliyyah, ainsi que le système éducatif, la société, les arts, la culture et l’environnement de la Jahiliyyah. Tout cela entraîne les êtres humains de l’Islam vers les ténèbres de la Jahiliyyah. Les diverses doctrines et philosophies erronées élaborées par les hommes les égarent. Elles effacent de leur cœur la foi en Dieu et en l’Akihirah. La justice, l’honnêteté, la véracité, la compassion, la tendresse, l’amour, la sympathie et l’empathie réciproques, l’équité, ainsi que le respect et la considération dus à la vie, aux biens, à l’honneur et à la dignité disparaissent de la société. Alors, la société humaine ne demeure plus une société humaine ; elle se transforme en société de bêtes féroces.

Les conceptions et les points de vue erronés exposés plus haut au sujet du monde et de la vie maintiennent les gens engagés dans la compétition visant à accroître leurs richesses et à améliorer leur niveau de vie. Leur principe concernant la dépense de l’argent consiste à ne dépenser que dans les activités et les voies qui permettent d’obtenir un profit immédiat. Ils n’aiment pas dépenser dans la voie d’Allah pour deux raisons. Premièrement, cette dépense ne garantit aucun profit immédiat ou comptant. Deuxièmement, ils ne croient pas du tout à l’Akihirah. Ils considèrent donc comme une sottise et un gaspillage de dépenser de l’argent pour cette Akhirah qu’ils jugent invraisemblable et irréelle. Cette conception et cette croyance sont entièrement le fruit de la pensée de la Jahiliyyah. Même après avoir cru en l’Islam, ceux dont la foi n’est pas encore suffisamment solide ou qui ne sont pas encore totalement libérés de l’influence de la pensée de la Jahiliyyah manifestent eux aussi de la répugnance à dépenser dans la voie d’Allah. Allah dit à leur sujet : « Dépensez vos biens dans la voie de Dieu et ne vous précipitez pas de vos propres mains vers la destruction. » (Al-Baqarah : 195).

Le sens de cette parole est que, si vous ne dépensez pas vos biens pour la victoire du Dîn d’Allah et si vous les thésaurisez en les considérant comme les biens les plus précieux de votre vie, ils deviendront une cause de votre ruine dans ce monde comme dans l’Akihirah. Ici-bas, vous vivrez dans l’esclavage, et dans l’Akihirah, vous subirez le châtiment douloureux de la Jahannam.

Septième : dépenser dans la voie d’Allah

Allah Tout-Puissant a appelé à maintes reprises les êtres humains à dépenser leurs biens dans la voie d’Allah, c’est-à-dire à dépenser leurs ressources financières et matérielles afin d’établir le Dîn d’Allah comme une force victorieuse. Plus encore, une conception nouvelle a été donnée au sujet de cette dépense. Elle consiste en ceci : les biens dépensés dans la voie d’Allah pour obtenir Sa satisfaction, bien qu’ils semblent être dépensés selon une vision superficielle, ne sont en réalité ni dépensés ni consommés. Au contraire, ils sont déposés sur le compte d’épargne de la vie future de celui qui les dépense (Saving Account) et lui seront rendus multipliés plusieurs fois ; autrement dit, il recevra en retour une récompense équivalente à cette dépense. C’est précisément ce qui est énoncé en de nombreux endroits du Noble Coran.

« Et accomplissez la prière, acquittez la zakat et accordez à Allah un prêt excellent. Tout bien et toute bonne œuvre que vous aurez avancés pour vous-mêmes, vous les trouverez auprès d’Allah comme un trésor accumulé. Voilà ce qui est meilleur, et sa bonne récompense est immense » — (Al-Muzzammil : 20).

« Et combattez dans le sentier d’Allah, et sachez parfaitement qu’Allah entend tout et sait tout. Qui donc, parmi vous, est prêt à accorder à Allah un qard hasana (prêt excellent) ? Alors Il le lui rendra multiplié plusieurs fois » — (Al-Baqara : 244-245).

Dans les versets ci-dessus, le sens du qard hasana, ou prêt excellent, est de dépenser ses biens dans le sentier d’Allah, uniquement pour obtenir Sa satisfaction. Il y est également question auparavant de combattre dans le sentier de Dieu. Pour le combat indispensable à l’établissement de la religion d’Allah, il faut naturellement réunir les fonds nécessaires. Allah accepte comme un qard hasana accordé pour Lui les dépenses de ceux qui consacrent leurs biens à cette fin, et promet de les leur rendre multipliés plusieurs fois. Il est vrai qu’Allah Tout-Puissant n’a nul besoin d’argent. Il ne dépend de personne pour quoi que ce soit. Au contraire, toute créature dépend à chaque instant de Sa miséricorde. L’établissement de la religion d’Allah a pour objectif le bien-être de l’humanité. Dépenser ses biens en vue de ce noble objectif revient en réalité à œuvrer au bien de l’humanité. C’est précisément pour conférer à cette œuvre la plus haute dignité qu’Allah l’a qualifiée de qard hasana accordé pour Lui.

Il est également dit dans le Noble Coran :

« Qui donc accordera à Allah un prêt — un qard hasana ? Allah peut le lui rendre augmenté plusieurs fois, et une très excellente récompense lui est réservée » — (Al-Hadid : 11).

À propos de ce prêt, Allah Tout-Puissant a fait deux promesses. La première est qu’Il le rendra multiplié plusieurs fois. La seconde est qu’Il accordera également, de Sa propre part, une récompense supplémentaire et excellente.

Comme la promesse d’Allah Tout-Puissant est touchante et attirante ! Et chaque croyant nourrit assurément la ferme conviction qu’Il tiendra pleinement Sa promesse.

À ce sujet, un hadith rapporté d’Abdullah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) est connu. Après la révélation du verset ci-dessus, lorsque les Compagnons l’entendirent de la bouche bénie du Saint Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), le Compagnon Abu’d-Dahdah al-Ansari (qu’Allah l’agrée) demanda : « Ô Messager d’Allah ! Allah nous demande-t-Il un prêt ? »

Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Ô Abû Dahdâh ! Oui, Il demande un prêt. »

Abû Dahdâh dit : « Montrez-moi donc votre main. »

Le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) tendit sa main vers ce Compagnon. Celui-ci prit la main bénie du Prophète dans la sienne et dit : « Je prête mon jardin à mon Seigneur. » ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) rapporte que ce jardin comptait six cents palmiers-dattiers d’excellente qualité. La maison de ce Compagnon se trouvait également dans ce jardin, et il y vivait avec sa famille. Après avoir parlé ainsi au Prophète, Abû Dahdâh (qu’Allah l’agrée) se rendit directement chez lui. Il appela son épouse et lui dit : « Ô mère de Dahdâh ! Sors de la maison. J’ai prêté ce jardin à mon Seigneur. »

Son épouse lui dit : « Ô père de Dahdâh ! Tu as réalisé une affaire extrêmement profitable. » Puis ils sortirent du jardin avec tous leurs biens, leurs bagages et leurs enfants (Ibn Abî Hâtim).

Trouve-t-on ailleurs qu’en Islam un exemple d’un tel sacrifice de tous ses biens dans la voie d’Allah ? La Jâhiliyya, quant à elle, adopte exactement le point de vue opposé. Iblis, le Satan, principal propagateur et commandant suprême de la Jâhiliyya, ainsi que ses acolytes, présentent ce genre de don comme une stupidité et une cause de pauvreté, et exhortent les gens à s’en abstenir.

Lorsque Allah exhorte Ses serviteurs croyants à consentir de tels sacrifices, Satan et ses adeptes disent : « Ne gaspillez pas vos richesses dans des espoirs irréalistes et mensongers, au risque d’attirer sur vous la malédiction de la pauvreté. Dépensez plutôt votre argent pour profiter de la vie, car après la mort vous n’aurez plus aucune occasion d’en jouir. »

« Satan vous fait craindre la pauvreté et vous incite à commettre des actes obscènes. Mais Allah vous promet Son pardon et Sa grâce » (Al-Baqara : 268).

Lorsqu’on demande une aide financière, pour une œuvre noble, pour l’élévation de l’Islam, pour des assemblées de prédication, des réunions consacrées à la vie du Prophète, des conférences islamiques ou la lutte contre les péchés et les transgressions, à ceux qui possèdent d’immenses richesses acquises par des moyens licites ou illicites, ils déclarent leur impuissance. Pourtant, ils n’éprouvent aucune gêne à dépenser des millions de takas pour les mariages de leurs fils et de leurs filles, pour la promotion et la diffusion de la danse, du chant et de diverses contre-cultures, ainsi que pour des films obscènes et sexuellement excitants, qui détruisent la colonne vertébrale morale. Tout cela est le produit de la pensée et de l’état d’esprit de la Jâhiliyya. Tous leurs efforts, leurs entreprises, leurs désirs et leurs attentes sont centrés sur la vie d’ici-bas. Allah leur accorde dans ce monde une partie, sinon la totalité, de ce qu’ils désirent. Mais dans l’au-delà, ils n’auront absolument aucune part. Allah Lui-même l’a déclaré dans le Coran.

D’autre part, face à la Jâhiliyyah, l’islam transforme complètement la conception et la vision de la vie. La vie terrestre et la vie de l’au-delà constituent ensemble la vie complète de l’être humain. La vie terrestre est le champ d’action de la vie de l’au-delà. C’est le fruit des actes accomplis ici-bas que l’être humain goûtera dans l’au-delà. Pour rendre heureuse et belle la vie de l’au-delà, l’islam a proposé un programme d’action complet, et il faut donner la priorité à l’au-delà dans chaque acte. Celui dont cette foi est solidement ancrée consacrera à l’au-delà sa vie terrestre, ses richesses et tout ce qu’il possède. Cette foi, ainsi que l’état d’esprit et le caractère qui en découlent, s’étaient formés chez les nobles Compagnons. Chaque fois qu’un sacrifice était nécessaire pour l’islam, ils en ont donné sans hésiter l’exemple. Au cours de la neuvième année de l’Hégire, à la nouvelle de l’attaque de l’État islamique nouvellement établi par plus de cent mille soldats romains, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) se prépara à la guerre. Il fut décidé d’affronter l’ennemi dans la région de Tabûk.

La guerre exigeait d’importantes ressources financières. Le Prophète lança donc un appel à cette fin. Afin d’intensifier l’ardeur pour le jihâd, quelques versets d’une sourate du Coran furent révélés. Une compétition commença entre les Compagnons pour fournir de l’argent et du matériel de guerre. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) divisa tous ses biens en deux et en donna une moitié au fonds du jihâd. Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) apporta tout ce qu’il possédait. En voyant cela, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) dit : « Qu’as-tu laissé à ta famille, ô Abû Bakr ? » « Abû Bakr, qu’as-tu laissé à ta famille ? »

« Je n’ai rien laissé à ma famille en dehors d’Allah et de Son Messager », répondit as-Siddîq al-Akbar (qu’Allah l’agrée), le visage serein.

Telle est la sublime éducation, le caractère et le sacrifice de l’islam. Ils ont également consacré entièrement leur vie terrestre à la vie de l’au-delà.

L’islamuniformitéetorientation unique

La nature de l’islam est entièrement orientée dans une seule direction. Se détourner de toutes les directions, de tous les idéaux, courants de pensée et points de vue, pour se tourner vers Allah, telle est l’exigence de l’islam. L’islam veut voir une même couleur et une même ressemblance dans la pensée, la conscience et les actes de ses adeptes, afin de créer entre eux une identité et une singularité particulières. Il ne tolère aucun mélange, même infime, avec des croyances, des courants de pensée ou des conceptions extérieurs. Il estime nécessaire de faire preuve d’une telle vigilance qu’il n’autorise même pas l’adoption et la pratique des coutumes et rites des gens de la Jâhiliyyah lorsqu’on n’y trouve rien qui relève de l’associationnisme, de la mécréance ou de la débauche, et qu’ils ne font que suivre une habitude ou une pratique courante. Cette vigilance n’est pas observée parce qu’il s’agirait d’une pratique d’une autre nation, ni par entêtement. Elle devient plutôt indispensable en raison d’une signification, d’un objectif et d’une profonde sagesse propres à la religion. Sa signification est de préserver, chez les adeptes de l’islam, la tendance à se tourner exclusivement vers Allah dans leur pensée et leurs actes. Il ne faut pas qu’il arrive qu’une petite pratique innocente de la Jâhiliyyah soit imitée et que, par la suite, ce goût de l’imitation ouvre la voie à l’infiltration de la pensée de la Jâhiliyyah et à l’égarement. Cette crainte n’est pas imaginaire, mais réelle. La psychologie humaine et l’expérience en ont fourni de nombreux exemples dans le passé.

C’est une vérité profonde à laquelle la perspicacité intérieure de l’être humain ne parvient généralement pas. Il existe même des exemples de vigilance observée à cet égard par certains nobles Compagnons. Abû Wâqid al-Laythî (qu’Allah l’agrée) rapporte que, lorsque le noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) avançait sur la route de Hunayn, l’armée musulmane dut passer près d’un arbre particulier appelé « Dhât Anwât ». Il était de notoriété publique que les polythéistes y suspendaient leurs armes. En voyant cela, certains musulmans dirent : « Ô Messager d’Allah ! De même que les polythéistes ont un Dhât Anwât, désigne-nous donc un Dhât Anwât à nous aussi. »

Certains des nobles Compagnons qui entouraient le Prophète pensaient que, si le Prophète (paix et bénédictions sur lui) leur désignait un arbre, ils pourraient y suspendre leur équipement et leurs armes de guerre. Ils ne considéraient pas cela comme blâmable. Il n’y avait dans cet acte aucune trace d’associationnisme ou de mécréance. C’est en partant de ces considérations qu’ils adressèrent au Prophète la demande mentionnée plus haut. On ne peut pas non plus penser qu’il y avait une erreur dans leur manière de réfléchir. Mais la perspicacité subtile du Prophète avait perçu la possibilité qu’ainsi se forme chez les musulmans un état d’esprit tel qu’ils ne resteraient plus aussi préservés qu’ils devraient l’être des conceptions erronées de la Jâhiliyyah. Une telle demande ne correspond pas à la nature de la religion, orientée vers Allah. C’est pourquoi le noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) leur répondit : « Gloire à Allah ! C’est exactement le même genre de parole que celle que les gens de Moïse (paix sur lui) lui adressèrent : “Fais-nous donc une idole, comme ils ont de nombreuses idoles.” » Cet événement est rapporté dans le Tirmidhî Sharîf.

Il existe une différence fondamentale entre la demande susmentionnée des Enfants d’Israël et celle des compagnons du Prophète. Pourtant, la seule raison de considérer leur demande et celle-ci comme semblables était que la mentalité qui la sous-tendait pouvait progressivement entraîner des conséquences néfastes sur le plan de la foi et dans la réalité, et que le fait de suivre les pratiques apparemment innocentes et simples des partisans de la Jâhiliya pouvait engendrer une tendance à suivre la pensée et les actes de la Jâhiliya. C’est pourquoi le Prophète, clairvoyant et pénétrant, après avoir prononcé les paroles susmentionnées, fit également cette prédiction, par crainte de ce danger. Il dit :

« Par Celui dans la main duquel se trouve ma vie, vous suivrez assurément les comportements de ceux qui vous ont précédés » — (at-Tirmidhî).

Dans cette prédiction du Prophète, le terme « vous » ne désigne pas les nobles compagnons, mais les musulmans des générations suivantes. Par « ceux qui vous ont précédés », il faut entendre les juifs et les chrétiens. C’est ce que le saint Prophète voulait dire : aujourd’hui, Je vous préserverai de l’erreur de cette pensée et de ses conséquences désastreuses. Mais, à l’avenir, lorsque le sentiment de foi des musulmans s’affaiblira, l’influence de la Jâhiliya ne cessera de croître. Ainsi, de même que les juifs et les chrétiens continueront à ouvrir la voie à l’infiltration de la Jâhiliya, les musulmans feront de même.

des musulmansL’unitéetfondée sur la consultationla prise de décision

Pour se protéger des attaques de la Jâhiliya et suivre pleinement la voie de l’islam, l’unité des musulmans est indispensable. Il faut affronter la Jâhiliya de manière unie. C’est pour cette raison que la vie communautaire des musulmans au sein de la Jamâ‘at a été rendue obligatoire. Le Coran et les hadiths donnent à ce sujet des directives explicites.

Allah dit : « Saisissez-vous tous fermement de la corde d’Allah et ne vous divisez pas » — (Âl ‘Imrân : 103).

Ici, la corde désigne la religion d’Allah. Si la religion est décrite comme une corde, c’est parce que, d’un côté, cette corde de la religion attache les croyants à Allah, c’est-à-dire qu’elle établit entre eux et Allah une relation profonde et intime ; de l’autre, elle unit tous les croyants les uns aux autres et les lie par un profond lien de fraternité. Elle les unit et en fait une Jamâ‘at. Puisque l’objectif de la vie des musulmans est l’Iqâmat ad-Dîn, c’est-à-dire établir la religion et la maintenir établie, cela n’est possible que par un effort et une lutte unis. Or, pour accomplir cette tâche, il faut affronter la Jâhiliya et l’éradiquer de tous les domaines de la vie. C’est pourquoi une lutte unie au sein de la Jamâ‘at est indispensable.

Saisir fermement la religion, ou la corde de la religion, signifie que, pour le musulman, la véritable importance revient à la religion. Il consacrera tous ses efforts à l’établir, puis à la préserver intacte et sans souillure. Pour cette tâche, les uns s’entraideront. Mais si les musulmans s’écartent de l’enseignement fondamental de la religion et de l’objectif de son établissement, et créent des désaccords au sujet de questions insignifiantes et inutiles, alors, après s’être divisés en groupes et sous-groupes comme les communautés précédentes, ils s’écarteront de l’objectif essentiel de la vie et subiront une extrême humiliation ici-bas et dans l’au-delà. Lorsque l’unité est détruite et que les gens se divisent en groupes et sous-groupes, la Jâhiliya, c’est-à-dire les forces du faux, devient capable d’étendre son influence et son autorité. C’est pourquoi Allah a ordonné une lutte unie contre le faux.

Bien que l’édifice étatique de l’islam ait été solidement établi grâce à la lutte unifiée menée sous la direction du Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il s’est par la suite désagrégé en raison des divergences et désaccords entre les musulmans — cette question sera abordée plus loin.

Les hadiths exposent en détail la formation de la communauté islamique, ses objectifs et ses buts, ainsi que les conséquences terribles de s’en écarter.

Afin de préserver la communauté islamique, la société et l’État de la décadence, une importance particulière a été accordée, parmi les nombreuses qualités de foi requises des musulmans, à un autre principe : la prise de décisions fondée sur la consultation. Le Coran donne à ce sujet une directive claire.

Si les décisions concernant la communauté, la société et l’État ne sont pas prises après consultation, la confiance envers la direction s’érode, tandis que la voie de la désunion et des querelles intestines s’ouvre largement. C’est pourquoi une importance particulière a été accordée à la prise de décisions fondée sur la consultation.

Le Coran dit : « Ô Prophète ! Pardonne-leur leurs fautes, implore le pardon en leur faveur et consulte-les au sujet des affaires de la religion » — (Al ‘Imran : 189).

Il est dit ailleurs dans le Coran : « Ceux qui répondent à l’appel de leur Seigneur (qui se conforment à chacun des commandements de leur Seigneur), accomplissent la prière et règlent leurs affaires par la consultation mutuelle » — (Ach-Choura : 38).

Le fait d’agir après s’être entretenus et consultés mutuellement est ici compté parmi les meilleures qualités de la foi. La sourate Al ‘Imran mentionnée précédemment en donne également l’injonction. C’est pourquoi la prise de décisions fondée sur la consultation est décrite comme un pilier essentiel du mode de vie islamique. Agir sans consultation selon le bon plaisir d’un individu, ou d’un groupe ou d’une faction particulière, n’est pas seulement une pratique propre à la Jâhiliya ; c’est aussi l’exact opposé de la voie établie par Allah Tout-Puissant.

En réfléchissant profondément aux raisons pour lesquelles une telle importance est accordée à l’action fondée sur la consultation, trois points apparaissent clairement.

Le premier point est que, lorsqu’une question concerne les intérêts de deux personnes ou davantage, prendre une décision selon le bon vouloir d’une seule personne et ne tenir aucun compte des autres personnes concernées est indéniablement une injustice et un excès intolérable. Dans les activités collectives et celles qui concernent plusieurs personnes, nul ne peut prétendre au droit d’agir de manière arbitraire. Lorsqu’une question concerne les intérêts d’un grand nombre de personnes, il est souhaitable de recueillir l’avis indépendant de chacune d’elles, et c’est ce que réclame la justice. Si le nombre des personnes concernées est très élevé, il est souhaitable d’associer à la consultation leurs représentants dignes de confiance.

Le deuxième point est que seul celui qui cherche à satisfaire ses propres intérêts veut exercer son arbitraire dans les affaires collectives générales sans consulter les autres. S’il ne consulte pas, c’est parce qu’il se considère comme supérieur et plus intelligent que tous les autres, et qu’il juge autrui insignifiant et indigne d’être consulté. Telle est la mentalité engendrée par la Jahiliyyah, autrement dit la mentalité satanique. Un croyant ne peut être à ce point égoïste qu’il satisfasse ses propres intérêts en empiétant sur les droits d’autrui, pas plus qu’il ne peut se montrer orgueilleux et prétendre être le seul intelligent et omniscient. Quant à tous ces gens dénués d’intelligence, ces ânes bâtés, un croyant ne peut même pas concevoir une telle manière de penser.

Le troisième point est que trancher les questions liées aux droits et aux intérêts d’autrui constitue une immense responsabilité. L’islam affirme clairement que toute personne à qui une responsabilité a été confiée devra nécessairement rendre compte à Dieu dans l’au-delà de la manière dont elle s’en est acquittée. Ainsi, celui qui craint Dieu et croit de toute son âme qu’il devra Lui rendre un compte très rigoureux ne peut avoir l’audace de prendre volontairement sur lui le poids d’une responsabilité aussi lourde. Seul peut agir ainsi celui qui ne craint ni Dieu ni le compte à rendre dans l’au-delà. Celui qui éprouve la crainte de Dieu et le sentiment qu’il devra rendre des comptes dans l’au-delà s’efforcera certainement d’associer à la discussion destinée à trancher une question toutes les personnes dont les intérêts y sont liés, ou leurs représentants désignés, afin de parvenir à une décision juste et équitable.

En réfléchissant profondément aux trois points précédents, il devient évident que, pour former le type de personnes dotées de caractère que l’islam veut créer et établir la justice dans la société par leur intermédiaire, il est absolument indispensable de prendre les décisions sur la base de la consultation mutuelle. Ne pas satisfaire à cette exigence relève précisément du caractère de la Jahiliyyah. Le mode de vie islamique exige que toute affaire collective, petite ou grande, soit réglée sur la base de discussions mutuelles. Ce principe doit être appliqué à tous les niveaux de la société. S’il s’agit d’une affaire familiale, le mari et la femme prendront leur décision après en avoir discuté tous deux ; lorsque les fils auront atteint l’âge adulte, ils devront également être associés à la discussion. S’il s’agit d’une affaire tribale ou de quartier et qu’une discussion réunissant tout le monde n’est pas possible, elle sera réglée par l’intermédiaire d’un conseil de sages ou de représentants élus selon une méthode approuvée par tous et dignes de confiance. S’il s’agit d’une affaire communautaire, une responsabilité sera confiée à quelqu’un, pour l’administrer, sur la base de l’avis indépendant de tous les membres de la communauté ou de ses dirigeants. Cette personne prendra alors ses décisions après en avoir discuté avec tous, ou, si cela n’est pas possible, avec leurs représentants élus. Son leadership ou la responsabilité qui lui a été confiée durera aussi longtemps que les gens continueront à lui accorder leur confiance. Si cette confiance est rompue, ils pourront également le destituer. Aucun croyant ne peut chercher à devenir dirigeant ou à le rester par la force. Il ne peut pas non plus recourir à une telle tromperie : s’emparer par la force de la direction de la nation, puis obtenir son soutien par la tyrannie. Il ne peut davantage user d’une telle manœuvre consistant à empêcher le peuple d’élire librement, selon sa volonté, les membres du conseil consultatif (shûrâ ou parlement), pour les faire choisir conformément aux préférences de l’individu qui s’est emparé du pouvoir. Celui qui abandonne les méthodes prescrites par l’islam pour recourir à la force, à la tromperie et à la fraude est précisément celui qui n’éprouve dans son cœur ni crainte de Dieu ni sentiment de devoir rendre des comptes dans l’au-delà.

Le Saint Prophète lui-même (paix et bénédiction sur lui) observait ce principe. Des directives claires lui parvenaient par la révélation d’Allah. Une directive explicite d’Allah ne saurait être contestée ; aucune consultation ni discussion à son sujet n’est nécessaire. Toutefois, il peut être nécessaire de discuter et de se consulter sur la manière, la méthode et les circonstances dans lesquelles cette directive sera mise en œuvre, et le Prophète Mustafa le faisait dans de tels cas. Après le Prophète, ce principe fut également pleinement observé à l’époque des califes bien guidés.

La résurgence de la Jahiliyyah

Puisque le conflit et l’affrontement entre l’islam et la Jahiliyyah sont éternels et perpétuels, après avoir été vaincue et battue par l’islam, la Jahiliyyah ne cesse de tenter progressivement de relever la tête. Allah a envoyé, à travers les âges, des prophètes et des messagers afin de libérer l’être humain de l’influence de la Jahiliyyah et de le guider sur la voie juste de la vie. Ils purifient et libèrent les pensées, les croyances, le caractère et les comportements des hommes de l’influence de la Jahiliyyah, les conduisent sur la voie choisie par Allah et rendent leur vie heureuse et belle. Sous leur direction, les hommes mènent une vie purifiée. Mais après leur disparition, les hommes commencent peu à peu à s’éloigner de leurs idéaux et de leur enseignement, et la Jahiliyyah trouve l’occasion de les enfermer dans les filets de diverses erreurs et de les égarer. Alors l’ensemble de la société humaine se retrouve pris dans les tentacules de la Jahiliyyah. Aussi longtemps que les hommes restent attachés aux idéaux et aux principes des prophètes, la Jahiliyyah se dissimule et attend une occasion, tout en suscitant sans cesse des insinuations dans l’esprit des gens sincères et attachés à la vérité. Celui qui inspire ces insinuations est Iblis le Satan lui-même, avec ses innombrables adeptes parmi les djinns et les hommes, ainsi que le nafs de l’être humain, c’est-à-dire ses inclinations mauvaises. Les flèches de ces insinuations sont lancées à maintes reprises ; après avoir manqué leur cible plusieurs fois, elles finissent par l’atteindre au bon endroit, et la résurgence de la Jahiliyyah commence.

Certes, Allah a ordonné aux hommes de chercher refuge auprès de Lui contre les suggestions de ces instigateurs. Parce qu’ils négligent cet ordre et en raison de divers intérêts terrestres, les hommes deviennent les victimes de ces suggestions. Ainsi, la Jahiliyyah avance avec toutes les armes de son égarement.

L’histoire témoigne que la victoire totale de l’islam n’a pas commencé pour la première fois dans la première moitié du VIIe siècle. Bien au contraire, l’âge d’or de l’islam était déjà venu à plusieurs reprises auparavant. Car c’est une vérité historique que, pour guider les serviteurs de Dieu vers le droit chemin, des prophètes et des messagers sont venus à maintes reprises dans le monde. Ils quittèrent ce monde à une époque où la Jâhiliya s’était inclinée devant la vérité. Mais, quelque temps plus tard, la Jâhiliya commença ses activités néfastes, et les hommes, devenant progressivement égarés et dévoyés, se mirent à sombrer dans le shirk et la mécréance. On trouve également un tel exemple dans l’histoire des enfants d’Israël. Après Moïse — que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui —, durant la vie de son digne et fidèle successeur Josué fils de Noun, et encore quelque temps après, la religion de Dieu était établie dans tous les domaines de la vie humaine ; c’est pourquoi leur suprématie sur les peuples du monde était établie. À ce propos, il est dit dans le Noble Coran : « Ô enfants d’Israël ! Souvenez-vous du bienfait que Nous vous avons accordé. Et souvenez-vous aussi que Je vous avais favorisés par rapport aux peuples du monde » — (sourate al-Baqara : 47, 122).

Mais, par la suite, lorsque leur vitalité religieuse s’affaiblit et que des déformations commencèrent à apparaître dans leur pensée, leur caractère et leur comportement, la Jâhiliya se rua sur eux de toutes ses forces. La situation finit alors par devenir telle que les enfants d’Israël se fondirent entièrement dans la Jâhiliya. Il est impossible de nier que, même lorsque la Jâhiliya garde le silence face à une situation, ce silence n’est que temporaire ; elle ne quitte pas le champ de bataille, elle attend seulement l’occasion. Puisque la source de la Jâhiliya est Iblis, le Satan lui-même, et que, par une sagesse et une volonté particulières du Créateur de l’univers, Allah Très-Haut, il a été décidé que Satan resterait en vie jusqu’au Jour de la Résurrection, le conflit et la lutte entre la vérité et le mensonge, entre le bien et le mal, se poursuivront éternellement. Ce conflit et cette lutte ont en réalité pour but de mettre l’être humain à l’épreuve, et c’est pour cela qu’il a été créé.

Par conséquent, puisque Iblis, le Satan, demeurera éternellement en vie jusqu’au Jour de la Résurrection, il est tout à fait naturel qu’il se comporte à l’égard de l’islam et de la communauté musulmane, par la suite, comme il s’est comporté à l’égard des communautés de tous les prophètes précédents.

Le Prophète Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) l’a également annoncé. Il a dit : « Vous suivrez et imiterez pas à pas ceux qui vous ont précédés. Même s’ils entraient dans le trou d’un varan, vous y entreriez vous aussi. » Les Compagnons demandèrent : « Ô Messager de Dieu ! Par ceux qui nous ont précédés, entendez-vous les juifs et les chrétiens ? » Il répondit : « Qui d’autre ? » — (Boukhari).

Le sens de cette prédiction du Noble Prophète était que vous entreriez naturellement en relation et en contact avec les peuples importants sur les scènes religieuse et culturelle du monde. Tant que la fermeté de votre foi resterait intacte, au lieu d’être influencés par eux, vous continueriez à les influencer. Mais les musulmans commenceraient alors à les suivre pas à pas. Vous adopteriez leurs coutumes, leurs modes de pensée, leurs rites et leurs pratiques. Vous n’éprouveriez aucune hésitation à suivre des peuples égarés et des communautés plongées dans le péché. Après cela, il leur deviendrait naturellement impossible de préserver leur distinction, leur identité propre et leur conscience religieuse. Dès lors, dans la pensée, les comportements et toutes les activités, la muraille infranchissable qui avait été érigée entre l’islam et la Jâhiliya — dont la préservation était aussi indispensable que celle de la religion et de la foi — commencerait à s’effondrer çà et là, et les musulmans perdraient leur distinction et leur identité nationales.

L’attaque de la Jâhiliya sur quatre fronts

La Jâhiliya effaça la honte de sa défaite et releva de nouveau la tête. Bien plus, elle lança de toutes ses forces une attaque sur quatre fronts contre l’islam. Son attaque visait la croyance et la doctrine religieuses, la charia islamique, les principes fondamentaux et les conceptions de l’islam, ainsi que l’unité nationale des musulmans. Sa toute première cible était la croyance fondamentale de l’islam. Si l’on parvient à détruire les fondations sur lesquelles repose tout l’édifice religieux, il devient facile d’éliminer les autres conceptions, la guidance et les prescriptions. Elle intensifia son attaque, l’une après l’autre, contre les fondements essentiels de l’islam.

La foi en la prophétie

La foi en l’unicité divine était absolument insupportable à la Jâhiliya. Mais elle ne disposait d’abord d’aucun moyen de l’attaquer directement. C’est pourquoi son attaque commença par la croyance en la prophétie de Muhammad. Autrement dit, si l’on pouvait ébranler ou détruire la croyance en la prophétie de Muhammad, il deviendrait facile d’effacer des esprits les autres croyances fondamentales de l’islam. À cette fin, la Jâhiliya créa plusieurs champs de bataille.

Le premier champ de bataille fut la fabrication de faux prophètes. Autrement dit, même après le dernier prophète, Muhammad, des prétendants à une fausse prophétie continueraient d’apparaître. Bien que les préparatifs eussent commencé du vivant du Prophète Muhammad, cette activité s’intensifia après sa mort, et deux hommes, Musaylima et al-Aswad al-Ansî, furent présentés comme prétendants à la prophétie. Quelques personnes, notamment de la tribu des Banû Hanîfa, soutinrent Musaylima, tandis que les habitants du Yémen soutinrent al-Aswad al-Ansî. Mais le premier calife, Abû Bakr al-Siddîq, extirpa cette fitna de toutes ses forces.

Puis, vers la fin du califat bien guidé, la secte chiite apparut. Par la suite, lorsqu’elle se divisa en de nombreux groupes et sous-groupes, de faux prophètes commencèrent à surgir en son sein. Ainsi, Abû Mansûr, fondateur de la secte mansûriyya, déclara : « Alî était le Messager d’Allah et un prophète. Ensuite, Hasan, Husayn, Alî ibn Husayn et Muhammad ibn Alî furent tous des messagers et des prophètes. Je suis moi aussi un messager et un prophète, et la succession prophétique se poursuivra jusqu’à six générations après moi. »

Il disait également que la succession prophétique ne prendrait jamais fin (Al-Milal wa an-Nihal, ach-Chahrastânî).

Abû al-Khattâb, fondateur de la secte khattâbiyya, disait que tous les imams des chiites étaient des prophètes. Mughîra, fondateur de la secte mughîriyya, se prétendait lui-même prophète. Muhammad ibn Nusayr an-Nusayrî, chef de la secte nusayriyya, revendiquait lui aussi la prophétie (ouvrage cité plus haut). Leurs revendications ne reposaient sur aucun argument, aucune preuve ni aucun mandat accordé par Allah. En avaient-ils besoin ? Il suffisait de soulever la question des arguments et des preuves pour provoquer le désordre et tout faire échouer. Il fallait seulement susciter une ferveur religieuse parmi les musulmans à la foi faible et à la mentalité déviante. Et, derrière tout cela, il y aurait les puissantes incitations et tromperies de Satan.

Même si ces prétendants à la fausse prophétie furent généralement rejetés, quelques personnes furent certainement égarées. Elles furent égarées et dévoyées après être tombées dans le piège tendu par la Jâhiliya.

Tel est le récit, sur une période d’un siècle à un siècle et demi, de la nouvelle offensive de la Jâhiliya. Il se peut que des événements similaires se soient produits en d’autres endroits du monde musulman. Il est particulièrement naturel que de tels événements surviennent durant les périodes de déclin des musulmans, et c’est effectivement ce qui s’est produit. Lorsque les musulmans s’éloignent quelque peu des croyances fondamentales en l’unicité divine, à la mission prophétique et à l’au-delà, qu’ils abandonnent l’obéissance à Allah et la direction du Messager dans tous les domaines de la vie, et qu’ils se soumettent aux forces taghoutiennes, la Jâhiliya porte, de toutes ses forces, un coup terrible à leur credo et à leur foi, remportant une victoire partielle, sinon totale.

L’instauration d’une nouvelle religion

L’empereur indien Akbar tenta d’instaurer, sous le nom de « Dîn-i Ilâhî », une religion extravagante afin d’éradiquer l’islam. Son intention était précisément d’établir cette nouvelle religion comme une alternative à l’islam. La mentalité qui motivait cette initiative était la suivante : pour rendre son règne durable et solide sur un territoire aussi vaste que l’Inde, il devait absolument gagner le cœur de la majorité hindoue et des autres communautés du pays. Il jugea opportun de gagner leur cœur au moyen de la religion. C’est pourquoi il s’efforça d’instaurer une nouvelle religion fondée sur la synthèse de toutes les religions. Les principes fondamentaux de l’islam furent écartés de cette nouvelle religion, tandis que de nombreux rites et pratiques hindous furent rendus obligatoires pour les musulmans. Ainsi, les musulmans ne pourraient plus porter leurs noms musulmans traditionnels, ne pourraient plus faire circoncire leurs fils, ne pourraient plus porter la barbe ni manger de viande bovine. Des mariages pourraient être librement contractés entre musulmans et non-musulmans, sans que ces derniers aient à embrasser l’islam.

Il est pour le moins remarquable que, sous cette religion, les hindous, les jaïns, les bouddhistes et les adeptes de toutes les autres religions puissent pratiquer leurs propres cultes comme auparavant. Seules de nombreuses prescriptions de la charia islamique furent abrogées. Il est parfaitement évident que cette religion fut inventée dans le but d’abolir l’islam.

Les populations non musulmanes furent certes extrêmement satisfaites d’Akbar, mais elles ne consentirent pas davantage à adopter cette religion. Quelques musulmans opportunistes et égarés furent toutefois attirés par elle. La grande majorité des musulmans la rejeta. Le célèbre ouléma et ascète de l’époque, le cheikh Ahmad Sirhindî Mujaddid Alf Thânî (qu’Allah lui fasse miséricorde), déclara le jihâd contre la propagation de cette nouvelle religion. Après la mort d’Akbar, son fils Jahângîr, se faisant passer pour le défenseur et le propagateur du « Dîn-i Ilâhî », s’efforça de toutes ses forces de l’instaurer. Même après avoir emprisonné Alf Thânî dans la forteresse de Gwalior et employé toute la puissance de l’État, il ne put empêcher la disparition de cette religion extravagante. Finalement, pour préserver son trône, il libéra Alf Thânî, se repentit devant lui et redevint musulman. La stratégie adoptée par Akbar pour rendre son propre pouvoir, et donc la domination moghole, durable et solidement établie sema les graines de la chute de l’Empire moghol.

La réapparition du faux prophète

Sous la domination britannique de l’Inde, un réseau conspiratif visant à propager la fausse prétention prophétique de Mirza Ghulam Ahmad fut déployé. Le gouvernement britannique apporta un soutien total à cette conspiration. L’appât de hauts emplois publics, de promotions et de divers avantages économiques trompa et égara de nombreux musulmans ignorants des questions islamiques. Malgré l’ampleur des activités des missionnaires chrétiens protégées par l’État, elles ne réussirent à convertir au christianisme qu’un nombre restreint de musulmans. En revanche, la croyance en la fausse prophétie permit d’inventer un nouveau prophète et une nouvelle communauté musulmane : d’une part, la véracité du Coran fut niée ; d’autre part, quiconque ne croyait pas en ce nouveau prophète fut déclaré kâfir. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un succès temporaire de la jâhiliyya. Mais, même si presque tous les pays musulmans du monde devinrent des colonies de puissances étrangères et non musulmanes, et même si un grand nombre de musulmans s’éloignèrent des rites et pratiques islamiques, la communauté musulmane dans son ensemble rejeta avec horreur la prétention à la fausse prophétie de Mirza Ghulam Ahmad Qadiani.

Mirza Ghulam Ahmad étant né dans un lieu appelé Qadian, dans l’est du Pendjab, ses adeptes furent appelés les Qadianis. On les appelle également les Ahmadis. Dès le premier quart de ce siècle, la communauté des Qadianis ou Ahmadis fut déclarée non musulmane ou kâfir par les oulémas du monde entier. De nombreux ouvrages documentés furent également rédigés pour démontrer que cette prétendue prophétie était mensongère et frauduleuse. Puis, après la création de l’État indépendant du Pakistan à la suite de la partition de l’Inde en 1947, un mouvement vigoureux contre cette fausse prophétie commença. Leur propagande fut interdite dans les pays arabes. Finalement, en 1974, une loi fut adoptée par l’Assemblée nationale du Pakistan déclarant la communauté qadianie non musulmane.

Le shirk dans la prophétie

Le premier front de la jâhiliyya contre l’islam fut constitué autour de la prétention à une fausse prophétie. Cette prétention fut formulée à différentes époques. Le deuxième front de la jâhiliyya est le shirk dans la prophétie. Autrement dit, une croyance extravagante en un partage de la prophétie fut inventée. À cette fin, la personne de ‘Alî — qu’Allah l’agrée — fut d’abord utilisée tout particulièrement comme couverture. Ce fut un événement extrêmement douloureux de l’histoire islamique : une controverse indésirable au sujet du califat divisa la communauté musulmane et donna naissance à une secte permanente appelée les chiites. Les membres de cette secte adoptèrent comme partie intégrante de leur foi la conviction que le prophète Muhammad Mustafa — paix et bénédictions d’Allah sur lui — avait désigné ‘Alî — qu’Allah l’agrée — comme son représentant et son calife. Plus douloureux encore est le fait qu’ils croient que leurs imams, y compris ‘Alî — qu’Allah l’agrée —, étaient infaillibles. Jusqu’alors, la croyance fondamentale des musulmans était que, parmi les êtres humains, seuls les prophètes étaient exempts de péché, et que cette perfection n’était pas leur propre mérite. Au contraire, parce qu’Allah les avait choisis au sein de l’humanité pour la noble mission de la prophétie, Il les avait préservés du péché par Sa grâce particulière. Dès lors, si l’on considère comme infaillible quelqu’un qui n’est pas prophète, la différence fondamentale entre le prophète et le non-prophète disparaît.

La conviction s’enracina dans l’esprit des chiites que non seulement Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée), mais aussi tous les imams issus de sa descendance étaient exempts de péché, exactement comme l’était Muhammad, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). C’est là un grand triomphe de la Jâhiliyya, contraire à la croyance islamique relative à la prophétie. En effet, l’exagération dans la vénération et le respect envers les Ahl al-Bayt, ou la famille du Prophète, atteint le degré du shirk dans la prophétie. Considérer comme infaillible une personne qui n’est pas prophète revient, en réalité, à lui accorder un rang et des prérogatives égaux à ceux de la prophétie. Dès lors, la croyance en la mission prophétique de Muhammad ne demeure plus une croyance islamique. Il ne peut donc plus être question d’espérer atteindre le grand objectif pour lequel Allah, Seigneur des mondes, avait établi la dignité de cette mission universelle et éternelle et envoyé le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) comme dernier prophète. En effet, dans ces conditions, il (le Prophète Mustafa) ne demeure plus l’unique source de la guidée ni le seul critère reconnu de la vérité. Le droit à l’obéissance inconditionnelle ne lui reste plus non plus exclusivement réservé. Au contraire, ceux que l’on considère comme infaillibles se voient également accorder, dans ces domaines, un statut égal à celui du Prophète.

Du califat à la monarchie

L’abolition du califat bien guidé et l’instauration de la monarchie furent une grande victoire de la Jâhiliyya. Après le martyre du quatrième calife, Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée), la voie de la monarchie fut facilitée et, dès que Hadrat Muawiya (qu’Allah l’agrée) prit le pouvoir de l’État islamique, le califat bien guidé s’effondra.

La chute du califat bien guidé est qualifiée de grande victoire de la Jâhiliyya parce que le califat bien guidé n’était pas simplement une force politique ou un gouvernement ; il représentait au contraire pleinement la mission prophétique de Muhammad. Sa fonction ne consistait pas seulement à administrer la loi et l’ordre du pays, à y établir la paix et la sécurité et à en protéger les frontières. Il assumait également, dans la vie collective des musulmans, les responsabilités d’enseignant, d’éducateur et de guide que le Noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) exerçait de son vivant. Il incombait aussi au califat de maintenir vivant, au sein du Dar al-Islam, l’ensemble du système de la religion de vérité, avec sa forme véritable, sa nature et sa force spirituelle, et de mobiliser la puissance collective des musulmans du monde pour élever la parole d’Allah. Il n’y a pas lieu de retracer ici la longue histoire de la manière dont le processus de déclin du califat bien guidé commença sous le califat de Hadrat Uthman Dhun-Nurayn, qu’Allah soit satisfait de lui, et de la manière dont il se transforma en monarchie après le califat de Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée). Tout étudiant en histoire est censé la connaître. Toutefois, après la fin du califat bien guidé, il devint plus facile pour la Jâhiliyya d’ouvrir davantage de fronts contre l’islam.

Après le califat bien guidé

Après la fin du califat bien guidé, la monarchie fut instaurée — bien qu’elle fût désignée sous le nom de califat — et les principes et idéaux islamiques furent délaissés. Le système social parfaitement fondé sur la justice que le Prophète Muhammad Mustafa (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait établi demeura intact et préservé durant l’époque du califat bien guidé, mais il ne conserva plus aucune existence sous la monarchie. Au lieu du gouvernement islamique fondé sur le bien-être public, l’obéissance fut obtenue par la force. Les gens n’eurent plus aucune possibilité d’exprimer librement leurs opinions, et beaucoup durent même sacrifier leur vie pour avoir exprimé une opinion indépendante.

Il est vrai que, sous la monarchie, des pays furent conquis les uns après les autres et que l’étendue de l’État s’accrut. Mais, parce que les décisions furent prises selon la volonté d’un seul homme au lieu de l’être sur la base de la consultation préconisée par l’islam, l’unité de pensée se désagrégea parmi les musulmans, qui commencèrent à se diviser en de nombreux partis et factions. Des idéaux et des courants de pensée opposés à l’islam commencèrent à les influencer.

Après l’abolition du gouvernement du califat bien guidé, c’est-à-dire du gouvernement fondé sur le Coran et la Sunna, la déformation commença à s’installer dans la société musulmane et dans les esprits, les pensées et les caractères. Les personnes dotées de connaissances et de caractère islamiques montrèrent peu d’empressement à exercer des fonctions officielles sous la monarchie et se retirèrent de la scène sociale.

Il convient de noter qu’avec l’établissement d’un État islamique pleinement constitué par le Prophète Mustafa, des foules de gens vinrent se réfugier sous la bannière de l’islam. Par la suite, beaucoup d’entre eux n’eurent même pas l’occasion de purifier leur vie. Nombreux furent également ceux qui n’eurent pas la chance de rencontrer le Noble Prophète.

Après le décès du Noble Prophète, l’appel islamique et les conquêtes se poursuivirent sous les califats de Hazrat Abou Bakr (رضي الله عنه) et de Hazrat Othman (رضي الله عنه). Durant cette période, d’innombrables personnes de divers pays, régions, peuples et classes sociales abandonnèrent la religion de leurs ancêtres et vinrent se réfugier sous l’ombre bienfaisante de l’islam. En général, elles acceptèrent l’islam de tout leur cœur et de toute leur âme comme la vraie religion. Mais parmi elles, certaines n’avaient aucune bonne intention derrière leur conversion à l’islam. Elles éprouvaient au fond d’elles-mêmes une profonde rancœur contre l’islam et nourrissaient à son égard haine et hostilité. Elles guettaient l’occasion de porter un coup décisif à l’islam. Pour parvenir à leurs fins malhonnêtes, elles s’intégrèrent au groupe des musulmans. En réalité, elles étaient des hypocrites. Un savant juif nommé Abdallah ibn Saba se distinguait particulièrement parmi eux. Au nom de l’islam, il parvint à diviser la communauté musulmane et à y introduire une croyance, une pensée et des pratiques distinctes.

Après l’instauration de la monarchie, les clés du pouvoir passèrent des mains de l’islam à celles de la jahiliyyah. Et après avoir perdu le pouvoir de l’État, l’islam ne possédait plus la force nécessaire pour entraver la progression de la jahiliyyah. De plus, il était très difficile pour l’islam de combattre la jahiliyyah, parce que celle-ci ne se manifesta pas sous sa véritable forme sur le champ de bataille, mais sous les traits d’un « musulman ». Si la jahiliyyah était venue frapper l’islam sous la forme de son ennemi déclaré, athée, mécréant ou polythéiste, toute la communauté musulmane se serait unie pour la combattre. Mais la jahiliyyah affichait la reconnaissance du tawhid et de la risalah, et tout ce qu’elle faisait, elle le faisait au nom même de l’islam. Sous le couvert de l’islam, la jahiliyyah continua à affermir ses racines.

La jahiliyyah s’empara de l’État et des richesses, puis donna à son régime le nom de califat. En réalité, il s’agissait d’une monarchie, dont l’abolition était précisément l’objectif de l’islam. Sous la protection de cette monarchie, les idées et la vision du monde de la jahiliyyah se répandirent dans la vie du groupe dirigeant, des émirs et dignitaires placés sous son autorité, des gouverneurs, de l’armée et des personnalités influentes de la société. Parallèlement, la philosophie, la littérature et les arts de la jahiliyyah continuèrent également à se répandre.

Comme la jahiliyyah détenait le pouvoir de l’État, elle exerça également son influence sur les oulémas, les soufis et les gens pieux qui craignaient Dieu. Ainsi, dans la société musulmane, se répandirent la philosophie de Platon, un idéal moral ascétique et une vision pessimiste dans tous les domaines de la vie.

Sous prétexte de taqwa et de piété, elle écartait les gens de caractère de l’autorité et de la direction de la société, puis remettait le pouvoir entre les mains des porte-étendards de la jahiliyyah.

Le tasawwuf non islamique

Il a été exposé plus haut que le premier et le deuxième front de la jahiliyyah contre l’islam furent constitués autour des revendications de fausse prophétie et de partage de la prophétie. Bien que la jahiliyyah ne pût remporter la victoire sur le premier de ces deux fronts, elle étendit sa domination sur le second, détruisit l’unité de la communauté musulmane et réduisit en pièces l’édifice du califat islamique. Puis, sous la protection de la monarchie établie, la jahiliyyah continua à étendre sa main noire. Les hommes pieux et craignant Dieu qui, sous la pression des circonstances, s’étaient retirés de la scène politique pour se consacrer au tasawwuf — c’est-à-dire à la purification de l’âme, à la pratique du dhikr et des invocations, ainsi qu’à l’étude et à l’enseignement des sciences religieuses — furent eux aussi exposés à l’influence de la jahiliyyah. Il en résulta l’apparition d’un tasawwuf jahilien face au tasawwuf fondé sur l’islam. C’était le troisième front de guerre, ou champ de bataille, de la jahiliyyah contre l’islam.

Ce soufisme jahilien cherchait à effacer de l’esprit même la croyance en la prophétie. L’idée fondamentale de ce soufisme était que, pour une dévotion dont le but est de parvenir à Dieu, il n’est besoin ni de l’intercession d’un prophète ni de son obéissance. On peut également parvenir à cette destination ultime. Il est probable que ces adeptes de ce soufisme hérétique aient tiré cette conception d’une secte chiite. Selon Ahmad ibn al-Qayyal, fondateur de la secte chiite appelée Qayyaliyya, seuls ceux qui manquent de clairvoyance intérieure suivent aveuglément les prophètes.

Cette conception est présentée, avec quelque raffinement, de la manière suivante : de même qu’il est indispensable de passer par l’intermédiaire d’un avocat pour présenter sa requête devant le tribunal d’un gouvernant, il est indispensable de passer par l’intermédiaire d’un pîr pour présenter quoi que ce soit au serviteur devant la cour de Dieu. Ainsi, au lieu de la médiation du prophète entre le serviteur et Dieu — c’est-à-dire l’obéissance à Dieu par l’intermédiaire de l’obéissance au prophète — et de la voie royale, simple et directe, que le prophète a montrée pour parvenir à Dieu, on rompt avec ce prophète et l’on considère l’obéissance au pîr comme l’unique moyen d’atteindre Dieu. Mais, en réalité, toute l’obéissance du serviteur se limite au pîr et la notion d’obéissance ne peut s’élever au-delà de lui. Le pîr devient donc l’unique critère du licite et de l’illicite, du bien et du mal, de la dévotion et de la désobéissance. Ainsi, le lien du serviteur avec Dieu et avec le prophète se trouve rompu.

Si cette conception et cette philosophie sont adoptées, pourquoi la « prophétie muhammadienne », voire la « foi en la mission prophétique », ne deviendrait-elle pas superflue ? Quelqu’un qui croit en l’islam, au Coran et au prophète peut-il entretenir des idées de cette nature ? Mais le comble du malheur est que la Jâhiliyya a inoculé la grave maladie de cette conception erronée à une partie des musulmans et que, au nom même de l’islam, certains se sont faits les porteurs et les propagateurs de cette idée.

Il convient de préciser que, bien que le soufisme conforme à l’islam et ses adeptes existent dans la société, ils sont extrêmement peu nombreux. Comme, sous l’autorité des adeptes du soufisme hérétique, il n’est pas nécessaire de respecter les prescriptions de la charia, les opportunistes se tournent davantage de ce côté. La propagande de la Jâhiliyya est elle aussi très vigoureuse en sa faveur.

Les armes redoutables de la Jâhiliyya

Il ne fait aucun doute que le soufisme jahilien a égaré certains musulmans et les a détournés de la voie royale, vraie, juste, simple et directe de l’islam — le Sirât al-Mustaqîm. Mais, par la suite, trois armes extrêmement redoutables de la Jâhiliyya ont ébranlé les fondements mêmes de l’islam. Ce sont : (1) un système de vie sans Dieu ou rebelle à Dieu (SÉCULARISME), (2) le culte de la nation, c’est-à-dire le nationalisme (NATIONALISME), et (3) la démocratie qui revendique la souveraineté (DÉMOCRATIE). L’étude de ces trois armes redoutables permettra de comprendre dans quelle mesure elles ont influencé la croyance et la pensée islamiques, et à quel point une vision de la vie et des doctrines opposées à l’islam se sont implantées.

Sécularisme

Commençons par examiner le SÉCULARISME. Son essence consiste à rejeter, dans tous les domaines de la vie, les lois et les orientations du Créateur de l’univers, et à vivre selon les lois et les orientations élaborées par les hommes eux-mêmes. On affirme toutefois, avec une grande habileté, que si la conscience de quelqu’un témoigne qu’il existe un Dieu et qu’il convient de Le glorifier et de L’adorer, cette personne peut le faire dans sa vie privée. Mais Dieu et la religion n’ont aucun rapport avec le monde, la société et toutes les affaires qui s’y rattachent. Dans le système de vie édifié sur cette théorie, tous les niveaux des relations entre les êtres humains et entre l’être humain et le monde sont totalement indépendants de Dieu et de la religion. L’ensemble de l’organisation sociale est indépendant de la religion, le système éducatif est indépendant, les lois sont indépendantes, le parlement du pays est indépendant, et la politique, l’économie, toute l’administration du pays ainsi que les relations internationales sont toutes indépendantes de Dieu et de la religion ; dans toute décision prise concernant ces différents aspects et domaines de la vie humaine, il est jugé hors de propos, voire essentiellement absurde et issu d’une pensée aveuglément superstitieuse, de se demander si Dieu nous a fixé des principes et des directives dans ces affaires. Et même s’Il l’a fait, il serait impossible de les respecter compte tenu des circonstances et de la situation. Reste la vie privée. Mais, sous l’influence d’un système éducatif et d’une vie sociale dépourvus de religion, la vie privée elle-même est devenue et continue de devenir, dans la plupart des cas, dépourvue de religion. Car aujourd’hui, seule une très petite minorité a la conviction qu’il existe un Dieu et qu’il faut obéir à Ses commandements. En particulier, pour ceux qui dirigent la société et la civilisation édifiées sur les fondements de ce sécularisme, la religion n’est même plus une affaire de vie privée. Leur lien personnel avec Dieu s’est lui aussi rompu.

Ce sécularisme, c’est-à-dire l’irréligion ou la rébellion contre Dieu, est né en Europe et possède également un arrière-plan historique. Il semble difficile de comprendre la question sans en exposer, ne serait-ce que brièvement, les circonstances.

Les prêtres chrétiens élaborèrent, sur la base d’un christianisme déformé, leur propre charia ou leurs propres règles et prescriptions religieuses, puis se mirent à gouverner au nom de la religion. La Torah contenait des dispositions de la charia adaptées à l’administration de la société. Bien que les savants juifs eussent autant que possible déformé la Torah, les chrétiens rejetèrent la Torah originelle elle-même. Aucune nouvelle charia n’avait été révélée par l’intermédiaire de la Bible. Les prêtres chrétiens continuèrent donc, dans leur propre intérêt, à déformer la religion et à gouverner en son nom. Il était absolument impossible d’instaurer la paix, la sécurité et la justice dans la société au moyen de lois forgées par les hommes, au lieu de la loi envoyée par Dieu. Même si le désordre, l’injustice, l’oppression et les persécutions se poursuivaient sous ce régime, les gens ordinaires les acceptaient en silence, contraints de le faire, parce qu’ils portaient l’empreinte de la religion. Dans toute l’Europe, il existait de nombreux petits et grands royaumes dirigés par des prêtres, que l’on appelait les ÉTATS PONTIFICAUX. Un empire chrétien avait été établi sur l’ensemble de ces territoires ; on l’appelait le SAINT EMPIRE ROMAIN.

Il convient de signaler qu’au début du VIIIe siècle, un gouvernement musulman fut établi en Espagne et se maintint pendant plusieurs centaines d’années (711-1492 apr. J.-C.). Sous le gouvernement musulman, les deux plus grandes universités furent fondées à Cordoue et à Grenade, et des personnes avides de savoir, venues de diverses régions d’Europe, affluèrent en groupes vers ces prestigieux établissements d’enseignement pour y acquérir des connaissances. Grâce à l’enseignement supérieur, ces institutions allumèrent en Europe le flambeau des sciences et du savoir. À cette époque, Bagdad, Cordoue et Constantinople (CONSTANTINOPLE) étaient les principaux centres mondiaux de l’instruction, de la civilisation et de la culture. Mais Cordoue occupait la première place. La renommée de Cordoue (CORDOUE) dans l’étude des sciences et du savoir était mondiale. La pratique intensive des sciences et du savoir fit naître une pensée libre et indépendante au sein de la société instruite. Parallèlement, de nouvelles découvertes scientifiques se succédèrent. Un violent conflit éclata entre la pensée scientifique et les conceptions vétustes et superstitieuses des prêtres. De nouvelles lois furent promulguées afin d’entraver la pensée scientifique et les découvertes. Des châtiments sévères et terrifiants furent prévus contre ceux qui enfreindraient ces lois. Puisque tout cela était fait au nom de la religion, la société instruite se mit à éprouver de l’aversion pour la religion elle-même.

Les savants et philosophes chrétiens de l’Antiquité avaient bâti tout l’édifice de leurs croyances religieuses et de leurs conceptions de l’être humain et de la nature du monde sur les idées, doctrines, arguments, preuves et données de la philosophie et des sciences grecques. Ils pensaient également que, si l’une des fondations sur lesquelles reposait l’édifice de leurs doctrines était attaquée, l’ensemble de l’édifice s’effondrerait et serait réduit en miettes. Avec lui, la religion chrétienne disparaîtrait également. Ils n’étaient absolument pas disposés à tolérer la moindre critique ou recherche susceptible de faire naître le doute à l’égard des vérités unanimement admises de la philosophie et des sciences grecques. Ils n’étaient pas davantage prêts à accepter une quelconque pensée philosophique qui, rejetant ces vérités unanimement admises, proposerait une autre conception et obligerait le clergé à reconsidérer sa philosophie. Aucune recherche ne pouvait non plus être autorisée si elle risquait de démontrer la fausseté d’une partie des conceptions présentées dans la Bible au sujet de l’être humain et de la nature du monde, ou des doctrines adoptées par les philosophes. Ils considéraient chacune de ces questions comme un danger direct pour la religion et pour tout l’ordre culturel, politique et économique établi sur cette base. À l’inverse, à chaque étape de ceux qui, conformément aux revendications du mouvement de la Renaissance, menaient des travaux de critique, de recherche et d’investigation des faits, les faiblesses de la philosophie et des sciences sur lesquelles avait été bâti tout l’édifice des croyances religieuses apparaissaient clairement. Mais plus ces chercheurs progressaient dans leurs travaux, plus le clergé ou la communauté chrétienne s’efforçait, en usant de son pouvoir religieux ou politique, de leur barrer la route avec une rigueur croissante. De nombreuses choses contraires à des vérités autrefois reconnues apparaissaient avec une évidence éclatante. Le clergé disait qu’au lieu de réexaminer les vérités unanimement admises, il fallait crever les yeux des critiques. Les chercheurs avaient le sentiment que les doctrines considérées comme des preuves irréfutables de la foi religieuse contenaient de très nombreuses erreurs. Le clergé disait qu’il fallait broyer le cerveau de ceux chez qui de telles pensées naissaient. Ce conflit eut pour conséquence que, dès les premières lueurs de la renaissance scientifique et intellectuelle, une attitude obstinée se forma contre la religion et les religieux, et qu’un état d’esprit hostile à Dieu et irréligieux se répandit dans les veines et les artères de la nouvelle civilisation. Dès lors, on ne pouvait pas s’attendre à ce que les tenants de cette pensée libre distinguent les autres religions du christianisme de l’Église. Naturellement, leur obstination ne resta donc pas limitée au christianisme et à son Église. Au contraire, tout ce que l’on entend par religion en devint la victime. Lorsque ce conflit, accompagné d’un tel état psychologique d’obstination contre la religion, passa du domaine du savoir à ceux de la politique, de l’économie et des différents secteurs de l’organisation sociale, après la défaite des autorités de l’Église, un nouvel édifice religieux de la vie, doté d’une philosophie permanente de l’existence, fut construit sous la direction des porte-drapeaux de la nouvelle civilisation ; il fut appelé « sécularisme ». Son principe fondamental est qu’aucune branche de la vie sociale — politique, économie, morale, droit et législation, en un mot — ne doit reconnaître à la religion le droit d’intervenir. La religion est une affaire purement personnelle. Celui qui souhaite croire en Dieu et aux prophètes dans sa vie privée peut le faire. Mais, lorsqu’il s’agit d’élaborer l’ensemble des règles de la vie sociale, il est sans pertinence de demander quelle orientation Dieu donne à ce sujet.

Le fondement premier de l’organisation intellectuelle, sociale, politique et économique de la nouvelle civilisation du monde moderne est le sécularisme (SECULARISM). Le fascisme, le capitalisme, le nazisme, le socialisme, le communisme, le nationalisme, la démocratie revendiquant la souveraineté, l’épicurisme (EPICURIANISM), l’utilitarisme (UTILITARIANISM), l’athéisme, le darwinisme (DARWINISM) et les autres doctrines de ce genre ne sont que des ramifications du sécularisme ; la force vitale du sécularisme circule en chacune d’elles.

La pierre angulaire de ce système de vie est l’irréligion, la rébellion contre Dieu ou le pur matérialisme. La doctrine selon laquelle le rapport entre Dieu et la religion se limite à la seule vie privée de l’être humain est une doctrine vide et absurde, qui n’a pas le moindre lien, même lointain, avec la connaissance et la conscience. Il est certain que, concernant Dieu et l’être humain, l’une des deux possibilités suivantes doit nécessairement être vraie : soit Dieu est le Créateur, le Seigneur, le Souverain et le Législateur de l’être humain et de cet univers, soit Il ne l’est pas du tout. S’Il n’est ni le Créateur, ni le Seigneur, ni le Souverain, il n’est alors nullement nécessaire d’entretenir avec Lui une relation personnelle. Et adorer une entité avec laquelle on n’a aucun rapport est totalement dépourvu de sens. Il est même contraire à la raison de penser que Dieu est certes le Créateur, mais qu’Il n’a pas indiqué comment l’être humain devait vivre dans ce monde, ni quelle devait être son organisation politique, économique, culturelle et sociale — ou, à Dieu ne plaise, qu’Il en était incapable. Est-il donc nécessaire de croire en un tel dieu ? Mais s’Il est le Créateur, le Seigneur et le Souverain de nous-mêmes et de l’univers, penser que Son autorité se limitera à la vie privée, ou qu’elle se réduira non pas à la gouvernance, mais à la simple adoration, n’est rien d’autre que l’extrême sottise. Lorsque les relations sociales commencent, après qu’un individu s’est uni à un autre, dire que l’autorité et le contrôle du Créateur ne s’y exerceront plus ne peut être que la parole d’un insensé. Si, dans la vie sociale, l’être humain devient indépendant et arbitraire au lieu de dépendre du Créateur, ce sera une rébellion extrême contre son Créateur, son Seigneur et son Souverain. Après cette rébellion, celui qui dit : « Je me conforme à Dieu dans ma vie privée » doit être considéré comme ayant perdu la raison. Il ne peut s’agir de rien d’autre que de tromperie, de trahison et d’hypocrisie envers ce Créateur.

N’est-ce pas une parole dépourvue de bon sens que de dire que chaque individu, pris séparément, est le serviteur de Dieu et obligé de se conformer à Ses commandements, mais que, lorsque ces individus distincts se réunissent pour former une société, ils ne sont plus les serviteurs de Dieu ? Chacune des parties est servante, mais leur ensemble ne l’est pas. Une telle affirmation ne peut être que celle d’un fou privé de raison et de discernement. Comment peut-on admettre que, si nous n’avons besoin ni de Dieu ni de Sa guidance dans notre vie familiale, dans nos quartiers et nos villes, dans nos établissements d’enseignement, dans nos marchés, dans nos parlements et nos sièges gouvernementaux, dans l’administration, dans les hautes cours de justice, dans les casernes, dans les commissariats, dans la guerre et dans les traités de paix, alors où aurions-nous besoin de Lui ? Si Dieu est si impuissant et si incompétent — que Dieu nous en préserve — qu’Il ne peut nous guider dans aucun domaine de la vie, nous indiquer ce qui est bénéfique ou nuisible pour nous, ni nous proposer la solution à nos problèmes existentiels, à quoi bon reconnaître un tel dieu ? Mais s’Il est véritablement compétent en toutes ces matières et nous a donné un système de vie, alors Le rejeter revient à proclamer sa rébellion contre Lui. C’est pourquoi le mot anglais SECULARISM ne peut être traduit correctement en bengali autrement que par « rébellion contre Dieu ». Dans la vie réelle, les conséquences de cette doctrine sont extrêmement graves. Dès qu’un domaine ou un aspect quelconque de la vie est privé de Dieu ou de la religion, il tombe nécessairement sous l’influence de Satan. Il n’existe rien que l’on puisse appeler la vie privée de l’être humain. Dès l’instant où un enfant humain vient au monde après avoir quitté le sein de sa mère, sa vie sociale commence. Autour de lui, il voit sa mère, son père, ses frères et sœurs, ses grands-parents, ses oncles maternels, ses tantes maternelles et paternelles, ainsi que de nombreux autres proches. Dès l’éveil de sa conscience, il se trouve lié à une société, à un groupe de parenté, à un quartier, à une nation et à un système culturel, économique et politique. De multiples relations de ce type le relient aux autres êtres humains, tandis que les autres êtres humains sont eux aussi liés à lui. Ce n’est que lorsque ces relations sont justes, harmonieuses et équitables que le bien-être et la prospérité de chaque individu, et de l’ensemble de l’humanité, deviennent possibles. En la matière, Allah Tout-Puissant est l’unique Être infiniment savant qui a indiqué aux hommes des principes fondamentaux et des limites justes et durables pour l’organisation de toutes ces relations. Lorsqu’on rejette la guidance et les directives d’Allah Tout-Puissant dans quelque domaine ou aspect de la vie que ce soit, pour agir selon sa propre volonté et en toute indépendance, il ne reste plus aucune place pour des principes durables, la justice ou l’intégrité. Après avoir été privés de la guidance de Dieu, les hommes ne disposent plus, pour être guidés, que de leurs passions, de leurs superstitions, de connaissances imparfaites et défectueuses, ainsi que de leur expérience ; ils ne trouvent rien d’autre vers quoi se tourner. On peut en observer les conséquences dans toute société gouvernée selon les principes de l’irréligion ou du matérialisme pur (SECULARISM). On y voit que, pour satisfaire les désirs des passions, de nouveaux principes sont élaborés et abrogés chaque jour. Il est manifeste pour le monde entier à quel point les différents aspects et domaines des relations humaines sont souillés par l’injustice, l’oppression, la tyrannie et la méfiance réciproque. Dans toutes les affaires humaines, l’influence considérable des égoïsmes individuels, partisans, nationaux et claniques est omniprésente. Chaque nation et chaque pays, dans les limites de sa propre autorité, a élaboré des principes, des lois et des procédures afin de satisfaire ses propres aspirations avec autant d’égoïsme que possible et dans toute la mesure du possible. Ils ne se soucient nullement des répercussions que cela peut avoir sur les autres individus, groupes et nations. On peut donc affirmer sans hésitation que la conséquence du sécularisme, c’est-à-dire de la rébellion contre Dieu ou du matérialisme, est simplement que quiconque adopte ce mode d’action conformément à cette doctrine devient sans frein, irresponsable et esclave de ses passions — qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe, d’un pays, d’une nation ou de l’ensemble des nations.

De la discussion qui précède, il ressort que le SECULARISM est né en Europe à l’époque du déclin extrême du judaïsme et du christianisme, et qu’il a chassé Dieu et la religion de tous les domaines de la vie humaine, n’autorisant la pratique religieuse que dans le cadre très étroit de la vie individuelle. En bref, le SECULARISM consiste à trancher toutes les questions de la vie humaine en faisant abstraction de la souveraineté et des directives de Dieu, et à adopter comme objectif de la vie l’existence terrestre et sa réussite, au lieu de la réussite dans l’au-delà. Le « SECULARISM », avec cette signification et cette interprétation, étend ses tentacules sur le monde entier comme une pieuvre. Bien qu’aujourd’hui encore, dans le monde, les personnes qui croient en Dieu et en la religion soient les plus nombreuses, cette religiosité demeure limitée au cadre très étroit de la vie individuelle, séparée de la société, et même dans ce cadre, la plupart de ceux qui se présentent comme croyants ne sont pas attachés à la religiosité. Sous l’influence de leur environnement extérieur, ils perdent progressivement confiance dans la religion et en Dieu. En Europe et en Amérique, on constate que les églises et les synagogues sont abandonnées. La jeunesse juive et chrétienne se tourne vers l’athéisme. En dehors du cadre très étroit de la vie individuelle, la domination et l’autorité du « SECULARISM » s’exercent sur toute la vie à la place de Dieu et, pour ainsi dire, ce n’est pas la religion, mais le « SECULARISM » qui règne sur l’ensemble de l’humanité. Les autres doctrines qui en sont issues, telles que le fascisme, le socialisme, le nazisme, le communisme, le nationalisme et autres, déjà mentionnées précédemment, ont toutes en commun, comme valeur universelle, d’être fondées non pas sur l’agrément d’Allah Tout-Puissant, mais sur les instincts humains. Toutes ces doctrines et tous ces systèmes ne sont pas adoptés sur la base des directives d’Allah Tout-Puissant ; ils sont plutôt le fruit de pensées et de conceptions rebelles à Dieu. On peut donc affirmer sans la moindre hésitation que l’irréligion et la rébellion contre Dieu ne sont autres que le « SECULARISM ».

Le « sécularisme » est qualifié d’arme redoutable de la jahiliyyah contre l’islam parce que même la nation musulmane, qui croit au tawhid, à la risalat et à l’akhira, a adopté sans hésitation le « sécularisme » comme idéologie déterminant ses principes dans sa vie sociale et politique. Cette idéologie est née de la révolte des penseurs modernes et des scientifiques contre le pouvoir arbitraire et les superstitions imposés au nom de la religion par les érudits chrétiens. La Torah et l’Évangile (la Bible) ont été tellement déformés et altérés qu’on ne peut y trouver qu’une infime partie du message originel révélé par Dieu. De plus, la Bible n’énonce aucun principe concernant la politique, l’économie, la justice, la guerre, la paix et les domaines similaires. Il n’était donc pas possible d’adopter, dans la gouvernance du pays et dans l’ensemble des activités politiques et économiques, une politique équilibrée et juste. Les érudits religieux, c’est-à-dire les prêtres, avaient maintenu, dans leur propre intérêt et au nom de la religion, un régime irréligieux et oppressif, dont le sécularisme est né en réaction. Mais la situation des musulmans est totalement différente. Ils avaient, et ont toujours, le Coran et la Sunna devant eux. Ils ont également devant eux l’exemple, sans précédent, d’un État-providence islamique demeuré intact pendant près d’un demi-siècle. Malgré cela, le fait de rejeter la souveraineté d’Allah — c’est-à-dire Sa seigneurie et Son autorité dans tous les domaines de la vie — et de se soumettre aux idéologies et aux lois élaborées par les hommes doit être considéré comme un immense succès de la jahiliyyah.

Il est toutefois exact que, lorsque les musulmans, après avoir été écartés du pouvoir politique en raison de leur déchéance morale, vécurent sous la domination étrangère, les idées, la vision du monde et les valeurs de la puissance victorieuse les influencèrent. Ils finirent par devenir à ce point les esclaves psychologiques de la puissance victorieuse qu’ils se mirent à penser à toute chose avec son esprit et à voir toute chose avec ses yeux.

Le sécularisme sous la domination coloniale européenne

Dans la partie orientale du sous-continent, c’est-à-dire au Bengale, au Bihar et en Orissa, la domination coloniale anglaise commença en 1757. Par la ruse, la tromperie, la corruption et la trahison, les Anglais vainquirent et tuèrent sans même livrer bataille Siraj ud-Daulah, le souverain indépendant du Bengale, du Bihar et de l’Orissa. Ils établirent ainsi leur domination dans cette région, puis, au cours du siècle suivant, dans l’ensemble du sous-continent. Avant la domination anglaise, l’ensemble du sous-continent était soumis depuis plusieurs siècles à un pouvoir musulman. Il convient de préciser que, durant cette période, la loi islamique était appliquée partout dans le pays et qu’une justice parfaite était établie entre les peuples et les adeptes de toutes les religions. Après avoir dépossédé les musulmans du pouvoir, les Anglais devinrent les dirigeants du pays, abrogèrent ensuite la loi islamique en vigueur et la remplacèrent par des lois élaborées par les hommes.

La domination musulmane prit fin en raison de la déchéance morale extrême des dirigeants musulmans, de leur goût du luxe et de leur irresponsabilité. Toutefois, les musulmans ne purent accepter la domination étrangère et non musulmane pour deux raisons. Premièrement, eux qui avaient été une nation de dirigeants furent contraints de porter les chaînes de la sujétion, c’est-à-dire de l’esclavage, ce qui était pour eux profondément honteux et insupportable. Deuxièmement, au lieu de la loi islamique, on leur imposa des lois humaines, dépourvues de toute référence à Dieu, c’est-à-dire des lois séculières. Cela était contraire à leur foi et à leur aqida.

Selon la croyance fondamentale de l’islam, Allah n’est pas seulement le Créateur de l’univers, y compris de l’humanité ; Il est aussi le Pourvoyeur de tous les êtres vivants, leur Nourricier, leur Seigneur, leur Roi et leur Législateur. Dans la sourate An-Nas du Coran, Allah est désigné comme le Roi de l’humanité, et il est demandé de chercher refuge auprès de Lui. Allah est le Roi de l’humanité et les hommes sont Ses sujets. Le Roi doit nécessairement avoir établi, pour ses sujets, les lois et règlements nécessaires, auxquels ceux-ci doivent impérativement obéir. Sinon, ils doivent nécessairement être passibles d’un châtiment pour le crime d’avoir enfreint la loi.

Les musulmans du sous-continent furent confrontés de manière particulièrement aiguë à la question suivante : comment peut-on accepter les lois élaborées par les hommes à la place de la loi d’Allah ? Ceux qui, après avoir aboli le gouvernement de la loi d’Allah, veulent faire appliquer leurs propres lois à la société humaine sont des forces illégitimes qui prétendent à la divinité ; le Coran les appelle taghut. Il faut croire en Allah tout en rejetant les ordres, le gouvernement, la seigneurie et l’autorité du taghut. Obéir simultanément à Allah et au taghut est irrationnel et contraire aux croyances fondamentales de l’islam. Il est certes exact que, pendant les près de deux cents années de leur domination dans le sous-continent, le gouvernement britannique n’empêcha pas les musulmans d’accomplir leurs pratiques religieuses, telles que la prière, le jeûne, le hajj et la zakat. Il déclarait que chacun jouirait de la pleine liberté de pratiquer sa propre religion. Mais la religion ne devait exercer aucune autorité normative sur les lois du pays, le système judiciaire, la politique, l’économie, la civilisation, la culture, l’éducation et les autres domaines. C’est ce que l’on appelle, dans la terminologie moderne, le sécularisme. Celui-ci revient à nier totalement, dans tous les domaines de la vie extérieurs à la vie individuelle, les lois d’Allah ainsi que Sa seigneurie et Son autorité. Comment pourrait-on appeler cela autrement qu’une rébellion extrême contre Dieu ?

Les musulmans ne purent accepter cette idéologie et ce système social contraires à l’islam ; c’est pourquoi Sayyid Ahmad Shahid Barelvi (que Dieu lui fasse miséricorde) lança véritablement un mouvement islamique appelé « Tahrik-i Mujahidin ». Des milliers de musulmans de toutes les régions du sous-continent rejoignirent spontanément ce mouvement. Ils menèrent ensuite une lutte armée dans la voie d’Allah et établirent même un État islamique authentique. Bien qu’il n’ait pu durer pour diverses raisons, les véritables serviteurs d’Allah accomplirent leur devoir de foi en renversant le règne de la loi du taghut et en établissant, ne serait-ce que pour une courte période, le gouvernement de la loi d’Allah.

Il faut reconnaître que c’est un immense triomphe de la jahiliya, c’est-à-dire de Satan, d’avoir réussi à influencer et à inciter globalement la nation musulmane à adopter cette philosophie rebelle à Dieu (le sécularisme). Ceux qui ne croient pas à l’existence de Dieu, ou ceux qui croient à l’existence de trois dieux ou de plusieurs dieux, n’ont aucune difficulté à accepter cette philosophie. Les religions autres que l’islam n’ont établi aucune règle de vie pour leurs fidèles. En dehors de quelques pratiques d’adoration et cérémonies religieuses, elles n’ont fourni aucune orientation concernant les différents aspects et domaines de la vie. Même l’Évangile, le Livre céleste, ne dit rien de l’organisation de la société et de l’État. Dans le dernier Livre révélé par Allah, le Coran, une législation complète a été donnée pour l’ensemble de la vie humaine. Dans quelque domaine que ce soit, tout jugement et toute décision doivent être rendus conformément aux lois et aux prescriptions révélées par Allah. Ceux qui ne le font pas sont explicitement qualifiés de « mécréants », d’« injustes » et de « pervers ». Pourtant, des personnes et des groupes connus sous le nom de musulmans continuent de violer sans hésitation cette instruction parfaitement claire. Quelle autre raison pourrait-il y avoir, sinon que ces musulmans malheureux vivent sous la domination politique de forces hostiles à l’islam et ont accepté l’éducation qu’elles ont instaurée ? Ce n’est rien d’autre que leur extrême complexe d’infériorité et leur esclavage mental.

Il est profondément regrettable que, parmi les pays du monde musulman, la Turquie ait été la première à adopter le sécularisme comme fondement de la réorganisation de la société, de l’État et de la civilisation-culture. L’architecte de cet État et de cette organisation sociale rebelles à Dieu fut Mustafa Kemal Pacha.

Kemal Pacha naquit en 1881 dans une masure délabrée de Salonique. Son père, Ali Rıza, travaillait comme employé de bureau dans une administration publique. Incapable de supporter les affres de la pauvreté, il quitta son emploi et se lança dans le commerce, dans l’espoir d’améliorer son sort. Mais il ne réussit pas dans les affaires. Au contraire, il connut une pauvreté toujours plus grande. Finalement, son profond désespoir face à la vie le conduisit à la dépendance aux stupéfiants, et il mourut de la tuberculose. Sa femme, c’est-à-dire la mère de Mustafa Kemal, était une musulmane extrêmement pieuse et vivait voilée. Elle souhaitait faire de son fils un savant religieux. Mais dès son enfance, Kemal avait un caractère indiscipliné et turbulent. Il avait l’habitude d’humilier et d’insulter publiquement ses enseignants. Il ne put donc pas poursuivre ses études à l’école. Plus tard, son oncle le fit inscrire dans une école militaire. C’est ainsi qu’il eut l’occasion d’intégrer l’armée.

Depuis son enfance, Kemal Pacha éprouvait une profonde aversion pour l’islam et les rites et cérémonies islamiques. Dans ces domaines, non seulement rejetait-il les conseils et les exhortations de sa mère, mais il se comportait aussi très rudement avec elle. Son incrédulité envers Dieu, la révélation, la prophétie, l’au-delà et d’autres réalités semblables se développa progressivement, et il se déclara athée à l’âge adulte.

La Première Guerre mondiale

Lors de la Première Guerre mondiale, la Turquie, « l’homme malade de l’Europe » (The Sick Man of Europe), combattit aux côtés de l’Allemagne contre les Anglais. Jusqu’alors, l’Empire ottoman de Turquie était considéré comme le gardien du califat. Afin de porter un coup fatal à l’ennemi et de briser l’unité musulmane, les Anglais envoyèrent Lawrence d’Arabie dans les pays arabes pour y propager le nationalisme arabe. Le dirigeant de La Mecque à l’époque, le chérif Hussein Hachémi, fut à ce point influencé par cette propagande nationaliste qu’au milieu de l’année 1915, au nom de l’indépendance nationale des Arabes, il prit les armes contre les musulmans et poignarda la Turquie dans le dos. Au cours de la Première Guerre mondiale, les Anglais, c’est-à-dire les forces alliées (Allied Force), remportèrent la victoire. Dès le début de la guerre, ils avaient secrètement réparti l’Empire ottoman entre eux au moyen d’un accord. À la fin de la guerre, en 1919, l’Empire turc fut démembré. Sa partie européenne lui échappa. Sous l’effet empoisonné du nationalisme arabe, les pays arabes se séparèrent certes de l’Empire turc, mais ils furent répartis entre l’Angleterre, la France et la Grèce. Finalement, l’Empire ottoman se retrouva limité à l’ancienne Anatolie (Istanbul). En mai 1919, dans la capitale ottomane, il ne subsistait plus qu’un sultan dépourvu de pouvoir réel. Mais même là, son indépendance était menacée.

Entre-temps, les dirigeants musulmans de l’Inde britannique, et plus largement du sous-continent, avaient convaincu les musulmans que le calife des musulmans et l’institution du califat constituaient une partie intégrante de leur foi véritable. Puis, devant la chute de l’Empire ottoman et son démembrement, les musulmans du sous-continent commencèrent à craindre que les Britanniques ne détruisent le centre même du califat, que les musulmans considéraient comme leur centre religieux et spirituel.

Les dirigeants musulmans rencontrèrent ensuite le vice-roi des Indes et lui exposèrent leur position. Leur entrevue ne fut pas satisfaisante. Puis une délégation, dirigée notamment par les dirigeants Maulana Muhammad Ali Jauhar et Maulana Sayyid Sulayman Nadwi, se rendit à Londres pour présenter ses doléances aux autorités britanniques. En réponse, on leur déclara qu’en dehors du territoire de la Turquie proprement dite, aucun autre territoire ne pourrait leur être attribué.

Cette attitude hostile aux musulmans du gouvernement britannique provoqua une vive colère parmi les musulmans du sous-continent, et un puissant mouvement pour le califat commença en Inde afin de préserver l’existence du califat. Le 10 août de cette année-là (1919), la Journée du califat fut célébrée dans tout le sous-continent. À partir de cette période, des grèves commencèrent à être observées en divers endroits. En somme, une formidable explosion contre les Britanniques commença dans le sous-continent. En l’espace d’un mois, près de vingt mille musulmans se présentèrent volontairement pour être emprisonnés. Ce mouvement se poursuivit jusqu’en 1922. Mais, chose profondément regrettable, un mouvement d’une telle ampleur et toutes ces explosions de protestation contre les Britanniques aboutirent à l’échec.

La raison en est que Mustafa Kemal Pacha sut tirer parti de l’élan djihadiste des musulmans de Turquie et dirigea la guerre avec un courage et une sagacité extraordinaires, reconquérant de vastes territoires aux Anglais. Il unifia les Turcs et parvint à restaurer leur honneur et leur gloire perdus. Devenu ainsi détenteur d’un pouvoir absolu, Mustafa Kemal Pacha destitua, en novembre 1922, le sultan Muhammad Hashim du califat ottoman et, en mars 1924, exila du pays le dernier sultan, Abdülmecid, réduit à l’état de pantin, et abolit le califat.

Dès qu’il prit le pouvoir, Mustafa Kemal Pacha déclara qu’il effacerait toutes les traces de l’islam de la vie de la nation turque. Les Turcs ne pourraient progresser et devenir une nation moderne et respectée qu’après avoir éliminé l’autorité de l’islam. Il se mit ainsi à prononcer publiquement, l’un après l’autre, des discours contre l’islam et tous ses aspects.

Le 3 mars 1924, il soumit au Conseil un projet de loi visant à établir une nation turque entièrement « séculaire ». Il déclara qu’il fallait séparer la religion de l’État. La République turque devait être véritablement transformée en un État séculaire.

Il déclara que s’opposer au projet de loi constituait un crime grave et avertit tout le monde de ses conséquences terribles. Par la suite, le projet de loi fut adopté sans aucun débat.

Le fait que le sens intrinsèque du mot « séculaire » soit l’absence de religion ou la rébellion contre Dieu est démontré par les activités de l’État. À l’imitation de la civilisation occidentale matérialiste et athée, la nourriture et les boissons, les vêtements, les manières de se comporter, les danses et chansons obscènes, la consommation d’alcool et les autres cultures hostiles à l’islam furent proclamés symboles nationaux de la Turquie. L’enseignement islamique fut supprimé des établissements d’enseignement islamiques. De nombreuses madrasas et écoles coraniques furent ainsi détruites. L’ancien alphabet de la langue propre à la Turquie fut remplacé par l’alphabet romain. L’appel à la prière en arabe fut interdit. Du jour au lendemain, par la seule force du pouvoir, une nation musulmane fut transformée en une nation détournée de l’islam.

Quelque temps plus tard, une délégation turque arriva à Delhi. Ses membres étaient fiers de se présenter sans cesse comme appartenant à une nation européenne. Les musulmans de Delhi les invitèrent à accomplir la prière du vendredi à la grande mosquée de Delhi. Mais ils refusèrent cette invitation. Ils refusèrent également l’invitation de l’Université musulmane d’Aligarh. En revanche, bien qu’aucune visite n’eût été prévue à l’avance, ils visitèrent avec plaisir l’Université hindoue de Bénarès. Autrement dit, ils n’étaient pas disposés à se présenter comme musulmans. Tel est le résultat concret du sécularisme.

Les porte-drapeaux du sécularisme disent que le sécularisme n’est pas hostile à la religion. Il considère toutefois que la religion doit être séparée de l’État. Ce n’est là qu’une tromperie destinée à séduire. L’architecte du sécularisme en Turquie n’avait aucune foi en la religion et souhaitait anéantir l’islam. Il disait que l’islam était une chose morte mise en circulation par un Arabe dépourvu de principes théologiques. Il ne fait aucun doute qu’il faisait ici allusion au Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Il dit également que cela était peut-être adapté aux tribus du désert. Mais cela n’a guère de valeur pour l’État moderne et progressiste actuel. La révélation de Dieu ? Mais il n’existe aucun Dieu ! Ce ne sont que des chaînes par lesquelles les mollahs et les dirigeants malhonnêtes contraignent le peuple à rester la tête baissée.

Celui qui ne croit ni en Dieu ni à la religion possède également un caractère de cette nature. Il devient extrêmement arbitraire, cruel, immoral et vaniteux. Kamal Pacha était lui aussi de ce caractère. Il épousa une belle femme instruite nommée Latifa. Il encouragea cette femme à porter des vêtements masculins et à revendiquer l’égalité absolue des femmes. Mais lorsqu’elle manifesta le respect d’elle-même et exigea d’être traitée comme une épouse honorable, Kamal, furieux, la répudia. Après l’avoir répudiée, son impudence dépassa toutes les limites. Il se mit à boire tellement qu’il devint un ivrogne invétéré et était presque constamment abruti par l’alcool. Les beaux jeunes hommes devinrent les objets de sa convoitise. Son comportement envers les épouses et les filles de ses partisans politiques devint si indécent que ceux-ci s’efforçaient de tenir leurs femmes aussi loin que possible de lui. Sa santé se détériora à cause d’une maladie vénérienne.

Il ne faisait confiance à personne. Il ne prêtait aucune attention à toute opinion contraire à la sienne. Il évaluait toutes ses actions à l’aune de son intérêt personnel.

Aucun dirigeant despotique ne peut tolérer son rival, quelles que soient les circonstances. Kamal Pacha ne laissa passer aucune occasion d’éliminer ses rivaux politiques. Un tribunal despotique fut constitué pour les juger. Ils furent condamnés à mort sans aucune procédure judiciaire ni preuve.

Le peuple turc ne put accepter la campagne de réformes antislamiques de Kamal. Sa protestation commença à prendre de l’ampleur. En 1926, les tribus kurdes des régions montagneuses déclarèrent ouvertement la rébellion contre l’administration de Kamal. Kamal Pacha commença à exercer une répression barbare au Kurdistan turc. Il incendia village après village. Le bétail et les champs de céréales furent détruits. Les femmes et les enfants furent violés et tués en masse. De nombreux dirigeants kurdes furent pendus en public. Au milieu des cris, des lamentations et des chants funèbres, Kamal consolida son régime despotique et séculier, hostile à l’islam.

Mais l’islam ne put être éradiqué de Turquie. Le déclin du kémalisme a commencé, et la renaissance de l’islam a commencé. Au sein de la jeunesse, dans les établissements d’enseignement et dans les casernes. Le kémalisme, arme de la jahiliya, est désormais en déclin. Il n’a plus la force d’empêcher la renaissance de l’islam.

La vision de la vie élaborée sur la base du « sécularisme », les critères établis pour distinguer le juste de l’injuste, le bien du mal, le profit de la perte, la victoire de la défaite et le péché de la vertu, ainsi que le palais de civilisation et de culture édifié sur ces fondements, étendirent progressivement leur influence et leur prestige au monde entier. Grâce aux progrès de la science et de la technologie, cette nouvelle civilisation suscita l’émerveillement et l’attirance dans l’esprit des hommes. Les nouvelles idées de penseurs et de savants tels que Francis Bacon, Voltaire, Darwin, Hegel, Karl Marx et Freud firent de cette civilisation et de cette culture les porte-étendards de l’athéisme et du matérialisme. Les pays musulmans s’inclinèrent les uns après les autres devant cette civilisation, cette culture et leur domination politique. La vie de servitude provoqua chez eux un changement mental. Ils perdirent la croyance islamique, les valeurs morales, ainsi que le courage indomptable, la force d’âme immense et la vaillance découlant de la foi dans le tawhid. Sous la domination de la civilisation victorieuse, le système éducatif séculier, c’est-à-dire sans Dieu, les rendit complètement hostiles à Dieu. De nom, ils restèrent certes musulmans, mais le sentiment d’avoir à rendre des comptes à Dieu dans l’au-delà n’existait plus du tout dans leur esprit.

Cependant, la situation de l’ensemble de la société musulmane n’était pas uniforme. Dans la population, la majorité était composée de gens qui, bien qu’ayant subi une certaine déformation, conservaient en eux une conscience islamique et une vitalité spirituelle. Mais ils n’étaient pas unis et les personnes capables de les guider sur la bonne voie faisaient cruellement défaut. Les oulémas ne firent que maintenir l’islam en vie : ils conservèrent, de leur propre initiative, des madrasas-maktabs et des dar al-ulums pour l’enseignement islamique, et maintinrent l’étude du Coran et des hadiths. Des khanqahs furent également établies en divers lieux pour l’enseignement de l’ilm al-tasawwuf. Mais ils ne purent, par ces moyens, empêcher la progression de la jahiliya. La jahiliya établit son autorité et sa domination absolues dans tous les domaines de la vie humaine : des établissements d’enseignement à l’administration publique et aux tribunaux ; des différents médias aux communications, relations et liens internationaux ; dans l’alimentation et les loisirs, les sports, les divertissements et l’hospitalité, les mariages, ainsi que les diverses cérémonies et fêtes. Les gouvernements taghutis continuèrent, par l’intermédiaire du système éducatif qu’ils avaient instauré, à former des individus qui les aideraient dans l’administration et auxquels, le moment venu, serait confiée la direction du pays. Privés de connaissance et de caractère islamiques, ces hommes se mirent à imiter aveuglément leurs maîtres occidentaux afin de leur plaire. Ils avaient déjà chassé l’islam de leur cœur, car ils croyaient que l’islam constituait un immense obstacle au développement et au progrès de la nation musulmane.

Les Britanniques annoncèrent un jour une bonne nouvelle à ces êtres déformés et égarés, produits de la civilisation et de la culture occidentales. Lord Cromer, s’exprimant comme porte-parole du gouvernement britannique dans son ouvrage intitulé « Histoire de l’Égypte moderne », déclara :

L’Angleterre est prête à accorder, à terme, la liberté politique à toutes ses possessions coloniales dès qu’une génération d’intellectuels et de politiciens, imprégnés par l’éducation anglaise de nos idéaux et de notre culture, sera prête à prendre le pouvoir. Mais nous ne tolérerons pas un seul instant l’établissement d’un État islamique indépendant où que ce soit dans le monde.

Autrement dit, l’Angleterre est prête à accorder l’indépendance politique définitive aux pays soumis à sa domination coloniale dès qu’une génération de politiciens et d’intellectuels, incités par l’éducation anglaise à adhérer à nos idéaux et à notre culture, sera prête à prendre le pouvoir. Mais nous ne tolérerons pas un seul instant l’établissement d’un État islamique indépendant où que ce soit dans le monde.

Lord Cromer n’exprimait pas seulement la pensée des dirigeants britanniques : c’était aussi celle de toutes les puissances impérialistes européennes. Nous constatons qu’après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les mouvements d’indépendance commencèrent dans les pays musulmans, les populations musulmanes, animées par l’inspiration du djihad islamique, se lancèrent dans la lutte pour l’indépendance. Mais partout, le même scénario se reproduisit. Après l’indépendance, un cercle particulier — les adeptes aveugles de la civilisation occidentale — s’empara du pouvoir et, anéantissant les espoirs et les aspirations des musulmans, établit un pouvoir taghoutien au lieu d’un gouvernement islamique. Ainsi, la jahiliya remporta la victoire. On observe la même situation dans presque tous les pays musulmans nouvellement indépendants.

Le mouvement pour l’indépendance commença dans le sous-continent dès après la Première Guerre mondiale. Il s’intensifia dans les années trente. Bien que les hindous et les musulmans, deux nations distinctes, aient vécu côte à côte dans ce sous-continent pendant plusieurs siècles, ils ont préservé leur propre identité et leur spécificité nationales. Les hindous constituent la nation majoritaire de ce pays. Ils avancèrent la revendication d’une nationalité fondée sur le territoire, affirmant que, dans ce pays, tous formaient une seule nation, sans distinction de race ni de religion, et qu’il n’y avait pas ici de nation distincte appelée « musulmans ». Cette revendication était ridicule, irréaliste et contraire à la vérité.

Au nom des cent millions de musulmans du sous-continent, il fut répondu que la revendication des hindous était rejetée : les musulmans constituaient une nation entièrement distincte, fondée sur leurs croyances religieuses. Les musulmans et les non-musulmans n’avaient jamais formé une seule nation et ne pourraient jamais le faire.

La revendication de l’organisation politique des hindous, le Congrès national indien, était d’établir ici un État séculier sur la base d’une nation unique.

Les musulmans revendiquaient ceci : puisque les musulmans constituent une nation distincte et que, conformément aux exigences de leur foi et de leur croyance, il faut établir la pleine autorité de l’islam, c’est-à-dire du Coran, il est donc absolument nécessaire que les musulmans disposent d’une patrie distincte pour cette gouvernance islamique. Un État distinct pour les musulmans serait constitué des régions à majorité musulmane du sous-continent ; il s’appellerait le Pakistan.

Après près de huit années d’intenses mouvements et de luttes, un État distinct destiné aux musulmans, nommé Pakistan, vit le jour le 14 août 1947. Des millions d’habitants du sous-continent donnèrent généreusement leur vie en revendiquant le Pakistan et l’instauration du gouvernement islamique en son sein. La terre fut rougie par le sang frais de millions de femmes et d’enfants ; après le 14 août, des millions de personnes traversèrent une mer de sang pour poser le pied sur le sol du Pakistan nouvellement né.

Tous avaient le cœur rempli d’espoir : l’État islamique tant désiré depuis si longtemps allait être établi. Toutes les injustices, les oppressions, les lamentations et les gémissements seraient enfin réparés. Une société fondée sur la vérité parfaite et la justice serait établie. Les murs de la discrimination et de la division entre les êtres humains seraient abattus et réduits en poussière ; le pillage, l’exploitation et la privation prendraient fin. Sous la loi du Coran et de la Sunna, une société céleste serait de nouveau édifiée ici-bas.

Mais c’est le contraire qui se produisit. Les paroles des Lord Cromer et de leurs semblables se réalisèrent à la lettre. D’abord, personne n’avait été préparé à administrer un État islamique, et aucun plan n’avait été prévu à cet effet. Beaucoup entretenaient cette grave conception erronée selon laquelle, pour diriger un État islamique, il suffisait d’être musulman. Aucune autre qualité ne serait nécessaire. Cette conception s’est révélée totalement fausse.

La raison en est que le système éducatif instauré par les Britanniques dans le sous-continent avait poussé les musulmans dans une direction totalement opposée aux prescriptions éternelles de l’islam. La politique éducative d’une nation qui consiste à se laisser emporter par le courant ne peut jamais affermir sa colonne vertébrale morale. L’islam nous enseigne que, quelle que soit la direction et l’orientation du courant, nous devons en toute circonstance suivre avec une fermeté absolue uniquement la voie déterminée par Allah. Même après avoir acquis l’autorité d’un État indépendant, il est absolument impossible aux dirigeants formés dans un système éducatif séculier ou irréligieux de l’administrer conformément aux idéaux de l’islam. En effet, dans un État islamique, aucune disposition n’avait été prise pour former des personnes dotées de la mentalité et de la force de caractère nécessaires à la direction de la police, des tribunaux, de l’armée, des services administratifs et éducatifs, de l’économie et de la politique étrangère. Il est exact que l’éducation dispensée par le système en vigueur pouvait fournir, pour un État non islamique ou taghoutique, des responsables à tous les niveaux, du chef de l’État jusqu’aux échelons inférieurs. Mais elle ne pouvait former, pour un État islamique, ni même un simple planton ou un agent ordinaire du service de police islamique.

Il est regrettable que le sous-continent ait compté d’innombrables madrasas, dar al-ouloum et autres établissements de ce genre. Pourtant, à l’époque moderne, notre ancien système d’enseignement des madrasas n’a pas été capable de former une seule personne du type de celles dont un État islamique a besoin : juges, secrétaires de différents départements et ambassadeurs. Dans ces conditions, il fut démontré combien était erronée la conception de ceux qui pensaient que l’établissement d’un État islamique se ferait dès que le pouvoir politique tomberait entre les mains de personnes appelées « musulmanes ».

Les écoles, collèges et universités du sous-continent n’avaient formé personne en vue d’administrer un gouvernement islamique, et les madrasas et dar al-ouloum n’avaient pas davantage accompli cette tâche. En conséquence, la responsabilité de gouverner le pays échut précisément aux personnes formées par les Lord Cromer et leurs semblables. De toutes leurs forces, elles barrèrent toutes les voies susceptibles de permettre à l’islam de pénétrer dans le Pakistan créé au nom de l’islam.

Monsieur Altaf Gauhar a donné une remarquable description de la manière dont, après la création du Pakistan, la charge de son gouvernement passa entre les mains de musulmans autochtones de nom, formés par les Anglais. Il entra dans la fonction publique dès l’époque britannique et occupa par la suite, jusqu’aux années 1960, des postes très importants au sein du gouvernement pakistanais. Il dit :

Les Britanniques avaient appris à notre classe dirigeante à préserver les intérêts coloniaux et à gérer des institutions d’un type particulier. Les dirigeants indigènes (bureaucrates) en étaient venus à penser que leur propre existence était liée à celle des institutions des dirigeants précédents. L’indépendance les avait fait passer du statut de détenteurs d’une prééminence indirecte à celui de dirigeants directs. Selon eux, aucun dispositif meilleur que les anciennes institutions et le système (le mode de gouvernement britannique) ne pouvait protéger les intérêts du pays.

Altaf Gauhar ajoute : à cette époque, les Anglais de souche étaient les juges et magistrats de nos tribunaux. Voyez l’aveugle passion de nos nouveaux dirigeants pour l’imitation : bien qu’ils n’aient aucune possibilité de se marier dans les familles de ces juges ni de participer à leurs rites funéraires, ils suivaient aveuglément leurs usages et ceux des Anglo-Saxons (Anglo-saxons). De même, ils n’étaient pas prêts à s’écarter ne serait-ce que d’un pouce du système de gouvernement et du système économique hérités des Britanniques.

Le peuple a sacrifié de bon gré tout ce qu’il possédait pour obtenir le Pakistan, afin de mettre en pratique, dans sa propre patrie, sa croyance et son mode de vie. Mais il fut bouleversé, profondément meurtri et désespéré. Son moral s’effondra complètement lorsqu’il vit que le Pakistan n’était devenu qu’un autre nom pour la continuité de la domination anglaise.

Nous avons entendu Lord Cromer dire que le monde, et notamment les Britanniques, c’est-à-dire la jahiliya, ne tolérerait nulle part, ne serait-ce qu’un instant, l’existence d’un État islamique indépendant. Toutes les forces hostiles à l’islam dans le monde s’opposent au gouvernement islamique ; ceux qui arrivèrent au pouvoir dans le nouveau Pakistan s’y opposaient eux aussi. Mais le peuple et les oulémas continuèrent à militer pour l’élaboration d’une constitution islamique et pour l’instauration d’un gouvernement islamique. Ce mouvement fut dirigé par la Jamaat-e-Islami du Pakistan, fondée par le maulana Sayyid Abul A‘la Maududi. Cette Jamaat fut fondée en 1941. À cette époque, la Seconde Guerre mondiale faisait rage dans toute l’Asie et l’Europe. Dans le sous-continent, d’un côté, le Congrès national indien menait auprès des Britanniques une lutte pour prendre le pouvoir et établir un État laïque fondé sur l’unité nationale ; de l’autre, les musulmans luttaient pour délimiter une patrie distincte où instaurer le gouvernement divin, c’est-à-dire un État islamique. Beaucoup se demandaient alors pourquoi il était nécessaire de former un parti appelé Jamaat-e-Islami. Pour répondre correctement à cette question, il faut acquérir une juste compréhension du mouvement pour le Pakistan, qui se poursuivait en vue d’établir le gouvernement divin, c’est-à-dire un État islamique.

Toute la structure du gouvernement divin, c’est-à-dire de l’État islamique, repose sur le fondement de la souveraineté et de l’autorité d’Allah. Le Créateur, le Seigneur, le Roi et le Législateur de l’univers est Allah seul. Telle est la conception fondamentale de la politique islamique. Aucun individu, aucune famille, aucun groupe ni aucune nation n’a le droit d’exercer sa domination ou son gouvernement sur les êtres humains. Puisque toute la création appartient à Allah, Lui seul a le droit de la gouverner et de la diriger. L’être humain agira comme Son calife ou représentant. Il doit toujours se rappeler que la responsabilité du califat ou de la représentation d’Allah qui lui a été confiée ne l’a pas été pour qu’il se fasse le maître des autres hommes, les réduise à l’esclavage, se pose en leur seigneur et satisfasse ses convoitises et ses instincts bestiaux. Au contraire, la responsabilité du califat lui a été confiée afin que tous, ensemble, appliquent la loi d’Allah aux serviteurs d’Allah. Eux-mêmes s’y conformeront pleinement. Ils garderont aussi constamment à l’esprit la conviction que, s’ils font preuve de la moindre négligence ou défaillance en appliquant la loi d’Allah aux autres, ou s’ils commettent la moindre égoïsme, arbitraire, hostilité, partialité ou trahison, ils seront nécessairement châtiés dans l’au-delà devant le tribunal d’Allah, même si aucun jugement n’est rendu contre eux dans la vie de ce monde.

Le système politique établi sur la base des idéaux, des croyances et de la vision exposés ci-dessus est appelé État islamique ; chacune de ses composantes, de ses fondements jusqu’à ses ramifications, est entièrement différente de celle d’un État sans religion (État séculier). Il ne peut être comparé à aucun autre système politique. Son armée, sa police, ses tribunaux, sa politique, son économie, ainsi que ses politiques et activités liées à la guerre et à la paix, sont totalement distincts de ceux d’un État sans religion. Le plus haut responsable d’un État séculier ne serait même pas digne d’occuper le moindre poste dans un État islamique. Chaque service et chaque poste de l’État islamique exigent des hommes désintéressés, qui n’éprouvent aucune convoitise pour les richesses ni aucun désir de luxe et de plaisirs. Ils seront extrêmement dignes de confiance et honnêtes. Ils accompliront chaque tâche avec un sens aigu des responsabilités. Même s’ils prenaient possession d’immenses trésors, ils n’en détourneraient pas le moindre sou. Ils garderont constamment à l’esprit qu’ils devront rendre des comptes devant Allah dans l’au-delà pour savoir s’ils ont assumé leurs responsabilités correctement et honnêtement. Aucune pensée ni conception de la jahiliya ne pourra envahir leur esprit.

Mais a-t-on formé, ou existe-t-il un projet pour former, un corps de serviteurs de ce genre pour l’État islamique envisagé ou désiré ?

Avant la formation de la Jamaat-e-Islami, son fondateur, le maulana Sayyid Abul A‘la Maududi, décrivit la situation morale et religieuse tragique de la société musulmane en ces termes :

« Toutes sortes de gens, bons ou mauvais, sont présents dans cette société. Du point de vue du caractère, toutes les catégories d’hommes que l’on trouve dans le monde parmi les nations non musulmanes existent exactement de la même manière au sein de cette nation qui porte le nom de musulmane. Pour rendre un faux témoignage devant un tribunal, un musulman n’est en rien moins capable qu’un non-musulman. Les musulmans ne commettent nullement moins que les non-musulmans l’usure et la corruption, le vol et le brigandage, l’adultère, le mensonge, la tromperie et toutes les autres formes de crime. Les musulmans n’hésitent pas davantage à recourir aux stratagèmes employés par les mécréants pour obtenir des avantages particuliers et gagner de l’argent. L’avocat musulman plaide sciemment contre la vérité des faits. Au moment où un non-musulman oublie Allah, l’avocat musulman L’oublie tout autant. … Si l’on rassemblait cette immense foule d’individus aux opinions et aux tempéraments divers, issus d’une nation dont l’état moral est si vil et si dépravé, pour en former une armée, ou si, par une formation et une éducation politiques, on réussissait à les rendre plus rusés que des renards, ou si, en les perfectionnant dans l’art de la guerre, on développait en eux la férocité des tigres, il pourrait peut-être devenir facile de dominer le monde animal. Mais il est absolument impossible d’établir le gouvernement islamique avec leur aide. Car, dans ces conditions, personne ne reconnaîtra leur supériorité morale et personne ne baissera les yeux devant eux avec respect. En les voyant, personne ne sera animé par la vision exaltée de l’islam ni par son inspiration ; et c’est pourquoi ils n’auront jamais la chance d’assister au spectacle fascinant de foules d’hommes du monde entrant successivement dans les limites de l’islam. »

Le Maulana ajoute : « Du fait que le pouvoir de l’État sera confié à de telles personnes, même après avoir obtenu un État indépendant, nous serons contraints de vivre exactement dans la situation où nous nous trouvions auparavant, sous l’autorité d’un État non musulman. Il pourrait même en résulter une situation pire et plus dangereuse encore. Car un État portant l’étiquette d’« État islamique » sera plus audacieux et plus intrépide qu’un État non musulman pour barrer la route à la révolution islamique. Ainsi, pour des crimes qu’un État non musulman punirait d’emprisonnement, cet « État national musulman » infligera la peine de mort ou l’exil. »

On a vu les prédictions de ce Maulana clairvoyant et prévoyant se réaliser au Pakistan jusque dans les moindres détails. Depuis 1947 jusqu’à ce jour, une lutte et un affrontement acharnés se poursuivent là-bas entre l’islam et la Jahiliya. L’islam n’a pas encore réussi à s’établir comme force victorieuse.

La réponse à la question de savoir pourquoi la Jamaat-e-Islami a été fondée apparaît maintenant très clairement. Le mouvement pourrait peut-être permettre d’obtenir un pays appelé Pakistan. Il était indispensable de constituer une Jamaat islamique, solidement idéologique, afin de préserver ce pays de devenir une seconde Turquie et de protéger les quarante à cinquante millions de musulmans qui, après la partition du pays, resteraient inévitablement en Inde. C’est dans ce but que le groupe fut fondé et, de 1941 à 1947, il se détourna de toute autre activité pour former tranquillement ses cadres, afin qu’ils puissent affronter toutes les activités hostiles à l’islam et mener une lutte acharnée pour faire du Pakistan tant désiré un véritable État islamique.

L’histoire des dernières décennies du Pakistan témoigne du fait que la Jamaat-e-Islami a lutté, depuis la naissance du Pakistan jusqu’à ce jour, et lutte encore, précisément pour la raison qui avait présidé à sa fondation.

Après la naissance de l’État du Pakistan, la Jahiliya commença à se manifester dans toute sa forme et toute son apparence. La Jamaat s’était entraînée pendant les sept années précédentes à une tâche qu’elle n’avait pas encore eu à accomplir ; elle s’y consacra désormais. La Jamaat-e-Islami lança de toutes ses forces le mouvement islamique, afin d’abattre le capuchon dressé du serpent de la Jahiliya et d’entraver sa progression. Les porte-drapeaux de la Jahiliya étaient résolus à faire du Pakistan un État séculier, ou sans religion, comme la Turquie. Mais, sous la pression considérable du mouvement islamique, ils furent contraints, le 12 février 1949, d’adopter la Résolution des Objectifs, historique, en tant que principe fondamental de la gouvernance islamique. Ils durent le faire contre leur gré, sous la pression du mouvement populaire. C’est pourquoi le dirigeant du mouvement islamique, le Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi, devint la cible de toute la colère et de toute l’hostilité de la classe dirigeante. À la suite d’une conspiration, de fausses accusations furent portées contre lui ; une parodie de procès se déroula devant un tribunal militaire, qui le condamna à mort. La Jahiliya pensait qu’une fois le grand dirigeant de l’islam éliminé de la surface de la terre, plus personne ne serait capable d’arrêter sa progression. Mais la Jahiliya dut être vaincue et humiliée. La condamnation à mort du Maulana ne put être exécutée. Au contraire, bien avant sa mort naturelle, les porte-drapeaux de la Jahiliya durent subir une mort extrêmement humiliante. Pourtant, le conflit entre l’islam et la Jahiliya, ainsi que leurs victoires et leurs défaites, se poursuivit et se poursuit encore aujourd’hui.

Une autre image douloureuse qui se dégage de ce conflit et de cette lutte entre l’islam et la Jahiliya est que certaines personnes connues et reconnues comme des pieux savants de la religion ont, par leur comportement, renforcé la main de la Jahiliya au lieu de celle de l’islam. Toutes sortes d’accusations gratuites et infondées commencèrent à être fabriquées contre le dirigeant du mouvement islamique, tandis que les salves de fatwas se succédaient à intervalles rapprochés, tirées par la mitrailleuse de ceux qui en prodiguaient. Parmi les nombreuses accusations figurait celle selon laquelle le dirigeant du mouvement islamique et son groupe ne croyaient pas à la science du tasawwuf. Ils ne posséderaient aucune forme de spiritualité et souffriraient en outre d’une terrible absence de taqwa. Le dirigeant du mouvement fut même qualifié d’égaré et de pire que les juifs et les qadianis. Pourtant, pas un seul mot ne sortit de leur bouche contre la Jahiliya.

Beaucoup de personnes favorables à l’islam, et en particulier de musulmans attachés au tasawwuf, furent induites en erreur par la propagande susmentionnée et prirent le mouvement islamique en aversion. À ce sujet, diverses discussions et spéculations eurent également cours dans différents milieux. Beaucoup ressentaient le besoin d’une explication et d’une analyse conformes à l’islam et intellectuellement fondées. On pouvait donc espérer que la vérité serait mise au jour et que toute confusion disparaîtrait. Voyons maintenant si le dirigeant du mouvement islamique a apporté quelque éclaircissement sur cette question.

La tazkiyat an-nafs (tasawwuf) et la spiritualité

L’un des plus éminents penseurs et combattants islamiques du siècle, Sayyid Abul Ala Maududi, a procédé à un examen approfondi de la question et a formulé une opinion savante qui mérite assurément toute notre attention. Il dit :

« Du fait des nombreux changements apparus parmi les musulmans après plusieurs siècles de décadence et de déformation, leur conception de la tazkiya al-nafs (purification spirituelle de l’âme) est elle aussi devenue très différente de la conception véritablement islamique. Leur objectif a changé, leur perspective s’est rétrécie, et les règles et méthodes de la “tazkiya al-nafs” sont également devenues différentes de celles qui étaient appliquées à l’époque du Prophète. Il en est résulté que, grâce aux grandes institutions et aux chaînes d’enseignement et de formation des grands maîtres de la religion, établies depuis des générations, de nombreuses personnalités remarquables ont été formées. Mais on n’a pas encore réussi à former des hommes dotés des qualités nécessaires pour se dresser contre les grandes forces qui dirigent le monde sur la voie de la jahiliya, pour les affronter et entrer en compétition avec elles, et pour s’efforcer d’établir l’islam dans le monde comme la religion dirigeante et souveraine. C’est une tâche immense. Ici, on n’a même pas formé au moins une personne capable de faire ne serait-ce qu’entraver la progression de la jahiliya dans le domaine soumis à l’influence de l’islam. De très grandes personnalités d’une grande pureté morale ont existé et existent encore. Elles sont certes dignes d’éloges pour leur savoir et leur pratique, leur probité religieuse, leur piété et la pureté de leur vie. Mais, malgré la présence de ces grands hommes, la jahiliya, par son épée, par sa plume, par ses sciences, ses techniques et ses arts, ainsi que par sa civilisation et sa culture, continuait et continue encore à vaincre non seulement le monde, mais aussi les pays et les peuples musulmans. Cette faiblesse doit bien avoir une cause. Et quelle que soit cette cause, un respect excessif et déraisonnable envers quiconque ne devrait pas faire obstacle à sa recherche. »

Chez certains des nôtres, l’objectif de la “tazkiya al-nafs” était de parvenir, dès cette vie, à la contemplation de la Vérité, et d’acquérir, en dépassant le degré de la foi en l’invisible, le bienfait de la foi par la vision et le témoignage. En apparence, c’est un objectif extrêmement noble et très saint. Mais jamais le Coran ne nous a enseigné de considérer cela comme notre objectif et de poursuivre nos efforts dans cette voie. Au contraire, même si nous en faisions notre objectif, le Coran nous assure que, dans cette vie, nul autre qu’un prophète ne pourra acquérir ce bienfait.

Le Coran dit :

« Il est Celui qui connaît l’invisible. Il ne dévoile Son invisible à personne, sauf au messager qu’Il a choisi (pour lui communiquer une connaissance de l’invisible). Alors, Il place des anges devant lui et derrière lui pour le garder, afin de savoir qu’ils ont bien transmis les messages de leur Seigneur. » (Sourate al-Jinn, 26-28.)

Il ressort de cela que chercher à observer les réalités cachées derrière le voile de l’invisible, autrement dit les réalités surnaturelles, est à la fois inutile et erroné. Il n’existe aucune possibilité de réussite en cette matière. Allah a accordé, par l’intermédiaire de Ses messagers, la connaissance de ces réalités dont l’être humain avait besoin, dans la mesure où il en avait besoin. C’est un immense bienfait d’Allah qu’Il ait ainsi épargné à l’être humain la peine de ces recherches. Désormais, le devoir de l’être humain consiste simplement à croire à l’invisible sur la base du savoir transmis par les messagers et à se consacrer, avec satisfaction, à l’accomplissement de la responsabilité qui lui a été imposée.

L’objectif que l’on attribue à la “tazkiya al-nafs” à un degré inférieur est le “développement spirituel”. Mais ce “développement spirituel” est si ambigu et mystérieux qu’après avoir poursuivi toute sa vie la lumière insaisissable d’un feu follet, l’être humain ne peut même pas savoir à quel rang il est parvenu. Sa terminologie, ses degrés et ses résultats sont tous enveloppés de mystère et demeurent incompréhensibles pour les gens ordinaires comme nous. Tout ce que nous pouvons constater, c’est que, parmi les degrés franchis sur cette voie, ne figure jamais celui que franchirent Bilal (que Dieu l’agrée), Ammar (que Dieu l’agrée) et Souhayb (que Dieu l’agrée). On ne peut pas non plus espérer qu’y figure un jour le degré que franchirent Abu Bakr (que Dieu l’agrée) et Omar (que Dieu l’agrée).

Ceux qui souhaitent acquérir la taqwa par la “tazkiya al-nafs” ont un objectif qui se rapproche le plus de celui de l’islam. Mais le danger est que la conception générale de la taqwa soit demeurée extrêmement limitée. Pour la plupart des grands maîtres, la taqwa consiste à façonner sa vie, dans l’habillement et la tenue, leurs formes particulières, la manière de s’asseoir et de se lever, la nourriture et la boisson, et d’autres aspects semblables, selon un modèle extérieur dont les moindres détails sont exposés dans les hadiths. En outre, on estime qu’il est possible d’atteindre la perfection de la taqwa en accomplissant régulièrement certaines pratiques propres aux écoles juridiques et en multipliant les actes de dévotion au-delà des habitudes ordinaires. Il en résulte que ceux qui adoptent cette forme extérieure de la taqwa sont qualifiés et considérés comme des muttaqi. Eux-mêmes se rassurent en pensant avoir fait naître la taqwa en eux. En réalité, ils en sont souvent très dépourvus et, dans les diverses épreuves du quotidien, ils commettent fréquemment des actes contraires à la taqwa, au point de détruire même la dignité de cette apparence extérieure de la taqwa. La conception plus élevée et plus vaste que certains particuliers se font de la taqwa ne va pas non plus beaucoup plus loin : dans sa vie personnelle, l’homme doit craindre Allah, être assidu dans l’adoration, se souvenir de Lui et Lui être reconnaissant ; il doit être digne de confiance et honnête dans ses activités et respecter les limites fixées par Allah. Il doit aussi, dans la société, se comporter avec les autres selon les règles de la bonté, de la compassion, de la fraternité, de la justice et de la restitution des droits. Mais cette conception limitée ne laisse aucune place à la compréhension des problèmes sociaux et collectifs de plus grande ampleur. Ainsi, même chez nos gens les plus pieux, la “tazkiya al-nafs” n’a pour résultat guère plus que de fournir aux gouvernements rebelles à Allah des sujets craignant Allah et des employés religieux. Les sujets et les employés que ces gouvernements forment eux-mêmes possèdent certes d’autres aptitudes, mais ils sont dépourvus de foi et d’honnêteté. C’est pourquoi ils causent aussi de grands dommages au gouvernement. Cette insuffisance est comblée par les institutions de “tazkiya al-nafs” qui sont les nôtres. Ces institutions forment des hommes sincères pour lutter afin d’établir la domination des forces mécréantes et pour administrer un pouvoir mécréant, et elles forment, pour les régimes mécréants, des sujets qui ne sont guère une source d’inquiétude pour eux. Même chez nous, si quelqu’un se consacre ouvertement à l’établissement d’un système sans Dieu, il reste néanmoins un muttaqi à part entière, à condition que les détails de la taqwa décrits plus haut se retrouvent dans sa vie. Tel est le résultat inévitable de la conception limitée de la taqwa et de la tazkiya al-nafs qui s’est répandue dans tous les milieux religieux, parmi les gens du commun comme parmi les élites. » (Tarjuman al-Qur’an, juillet-août 1953.)

L’influence du sécularisme sur la vie humaine

Bien que le « sécularisme » paraisse à première vue être une conception ou une doctrine simple, il est désormais devenu une vision globale de la vie, qui exerce une influence considérable sur la vie humaine et refaçonne l’existence tout entière selon un nouveau modèle. Examinons certains de ses effets et répercussions fondamentaux. Le premier méfait inévitable du « sécularisme », c’est-à-dire de l’irréligion, est qu’il accorde à l’être humain une liberté sans frein et fait disparaître le sentiment d’avoir à rendre des comptes à une puissance supérieure. Cette mentalité irresponsable s’applique de la même manière aux individus et aux nations. Si un individu ou une nation puissante engendre oppression et injustice au sein de la société humaine et rend la vie des hommes insupportable, quelle force peut les en empêcher ? Certains individus et certaines nations, enivrés de leur pouvoir, se souillent généralement les mains du sang des peuples et des hommes faibles. Car ils sont fermement convaincus qu’ils n’auront à rendre de comptes à personne pour cela. S’il faut admettre l’existence du Dieu Tout-Puissant, qui demandera des comptes détaillés à chaque homme et à chaque nation pour leurs actes et leur accordera récompense ou châtiment, alors les fondements mêmes de la philosophie du « sécularisme » s’effondrent. Détacher l’homme de Dieu et de l’Au-delà, telle est précisément la fonction du « sécularisme ». Le principe essentiel de cette philosophie est donc : (MIGHT IS RIGHT, SURVIVAL OF THE FITTEST), autrement dit : « la force fait le droit ». S’emparer de quelque chose par la force est considéré comme juste. Nul n’aura à en rendre compte à personne. La question du juste et de l’injuste devient sans pertinence. Et celui qui est le plus fort s’imposera, même si c’est par l’injustice. Quant au faible, si fermement attaché soit-il à la justice, il n’a aucun droit de survivre.

Dans le monde moderne, c’est précisément cette vision du « sécularisme » que l’on voit mise en œuvre partout. Malgré les immenses progrès accomplis dans les sciences et les techniques ainsi que dans la civilisation et la culture, l’homme privé de religion (SECULAR MAN) est devenu avide de pouvoir et assoiffé de sang ; c’est pourquoi la flamme inextinguible des guerres et des conflits entre les hommes, les peuples et les nations continue de brûler, et le monde n’a toujours pas réussi à s’en affranchir. La Société des Nations et l’UNO (Organisation des Nations unies) ont toutes deux totalement échoué à mettre fin à la folie guerrière. Car les nations concernées, en particulier les nations puissantes, se sentent affranchies de toute responsabilité. Elles ne croient tout simplement pas devoir rendre des comptes à une entité puissante. Dès lors, les cris et les lamentations des hommes et des nations opprimés ne pourront jamais cesser sur la terre.

Le deuxième méfait du « sécularisme » est l’esclavage des instincts. L’asservissement aux instincts, ou leur adoration, constitue le fondement de l’absence de caractère et la cause première de toutes les méchancetés. Les désirs insatiables et les convoitises des instincts conduisent l’homme sur la mauvaise voie, lorsqu’aucune force ne s’y oppose. Alors, diverses formes de troubles et d’injustices commencent à se développer dans la société.

Ces désirs et convoitises insatiables des instincts abaissent l’homme au niveau le plus bas de l’animalité ; pour les satisfaire, il faut souiller ses mains du sang des individus et des nations, tandis que les cris des enfants, des femmes et des hommes déchirent le ciel et la terre. Le seul obstacle à la satisfaction des convoitises et des désirs des instincts est la crainte de Dieu et le sentiment intense d’avoir à Lui rendre des comptes dans l’Au-delà. Cette crainte de Dieu et ce sentiment de responsabilité jouent à chaque instant le rôle d’un policier invisible, empêchant l’homme de commettre le mal. Mais puisque le « sécularisme » a effacé de l’esprit humain la croyance que Dieu est partout et à chaque instant « présent et vigilant » (présent en tant que Celui qui voit tout), qu’Il connaît directement chacun des actes secrets et publics de l’homme, ainsi que la crainte de Dieu et le sentiment d’avoir à Lui rendre des comptes, il ne reste plus aucun moyen d’éliminer de la société humaine les péchés tels que l’injustice, la corruption, le favoritisme familial, le meurtre et le pillage.

Il convient de signaler qu’en rejetant Dieu et la religion à tous les niveaux de la vie, en particulier depuis le niveau élémentaire jusqu’à tous les degrés du système éducatif, et en mettant en place un enseignement séculier, la propension anormale à la criminalité a augmenté au sein de la jeunesse ; des crimes sont commis dont le seul souvenir fait frissonner. La société humaine est terrorisée. Dès un âge démesurément précoce, les adolescentes et les adolescents, les jeunes femmes et les jeunes hommes s’habituent aux crimes sexuels et aux meurtres qui en résultent, au vol, au cambriolage, à l’arrachage et au pillage. Pour la même raison, le fléau de la tricherie aux examens prend chez eux des proportions alarmantes. Tout cela constitue les méfaits désastreux du sécularisme.

Le troisième méfait du sécularisme est l’égoïsme et l’opportunisme. Il est incontestable que le travail, les efforts et les activités de l’homme doivent nécessairement avoir une raison d’être et un objectif dans la vie. Pour ceux qui croient en Dieu et à l’Au-delà, le but de leur vie est d’obtenir l’agrément d’Allah Tout-Puissant, et l’objectif de tous leurs efforts et de toutes leurs activités est le succès et le salut dans l’Au-delà. Leur attention tout entière se concentre sur ces deux choses : l’agrément d’Allah et le succès dans l’Au-delà. Au lieu des intérêts insignifiants et éphémères de ce monde, ils s’attachent au succès immense et éternel de l’Au-delà. Ils n’entretiennent avec ce monde que les relations utiles au succès dans l’Au-delà. Ils se tiennent à l’écart de toute forme de conflit et de lutte visant à obtenir les avantages et les intérêts de ce monde. Ils entreprennent des actions pour établir la vérité, la justice, la paix et la sécurité, et considèrent celles-ci comme la grande voie menant à la destination.

À l’inverse, pour ceux qui n’ont pas la conviction ferme de croire en Dieu et à l’Au-delà, l’objectif de tous les efforts et de toutes les activités de leur vie est d’obtenir les intérêts mesquins de ce monde. Les conflits, les affrontements et les guerres deviennent donc inévitables pour obtenir des intérêts terrestres. Dans le monde actuel, qui est en réalité un monde séculier (SECULAR WORLD), on voit s’embraser le feu des guerres et des conflits entre les hommes, entre les pays et entre les nations. De quoi cela serait-il l’expression, sinon de cet égoïsme et de cet opportunisme ? Aujourd’hui, les conflits et les affrontements sans fin entre les prétendus intellectuels avides d’avantages et de privilèges et soucieux de leurs intérêts ont poussé et poussent encore l’humanité vers des guerres terribles et sanglantes. Qui sont ces intellectuels intéressés ? Ce sont les défenseurs et les propagateurs mêmes du « sécularisme ».

L’opportunisme corrompt également la politique et, dans certains pays, au lieu d’instaurer un système politique bénéfique et stable, crée l’anarchie et le désordre, offrant ainsi aux pillards l’occasion de mettre la richesse nationale sous leur contrôle. Il détruit le respect que les gens portent à la loi et bloque la voie à l’instauration de l’État de droit dans le pays. En établissant l’opportunisme dans la vie nationale par l’achat et la vente de dirigeants et de militants politiques en échange d’argent et de postes, le parti au pouvoir brise et réduit en miettes l’épine dorsale morale de la nation. L’intérêt personnel et l’opportunisme sont deux objets extrêmement attrayants du « sécularisme », dont il est très difficile de rester éloigné sans un caractère humain élevé. Seuls ceux qui s’efforcent de bâtir leur vie sur les fondements des enseignements de l’islam peuvent les éviter en les considérant comme « intouchables ».

Le quatrième méfait du « sécularisme » est l’extrême déchéance morale. Puisque le fondement des valeurs morales existe dans la nature et le caractère de l’être humain, il n’est nullement difficile de les connaître et de les comprendre. En revanche, suivre effectivement les valeurs morales et façonner sa vie selon leur modèle précis est certainement difficile. Ces valeurs exigent de l’être humain, à chaque pas, certaines contraintes et interdictions. Or rien n’est plus difficile pour l’être humain que ces contraintes et interdictions. Il devient extrêmement difficile de suivre ces valeurs lorsqu’elles entrent en conflit avec les désirs insatiables de l’homme et avec ce qu’il aime. L’exigence même des valeurs morales est de devoir rejeter avec dégoût ces désirs et convoitises de l’instinct, les intérêts vils ainsi que les avantages et commodités terrestres. C’est pourquoi, pour élever l’humanité sur le plan moral, il ne suffit nullement de lui exposer les valeurs morales. Il est bien plus nécessaire de disposer d’un processus d’action fortement motivant, capable de préparer l’esprit humain à accepter les contraintes et interdictions morales. Le sécularisme n’a pas répondu à ce besoin. Au contraire, au lieu de réduire les exigences des désirs instinctifs, il les a multipliées et a fait de l’être humain leur esclave. Comme conséquence naturelle et inévitable du sécularisme, le vide du sens des responsabilités, l’esclavage des instincts et les conflits suscités par la recherche de la satisfaction des intérêts et des avantages ont entraîné la déchéance morale et spirituelle de l’être humain. Les traitements d’une cruauté indicible infligés aux êtres humains, sans distinction de sexe ou d’âge, l’emprisonnement sans jugement pendant des années et, pour certains, pendant la majeure partie de leur vie, les massacres et les viols de femmes, ainsi que le fait de contraindre, par l’impérialisme et le colonialisme, des pays et des nations faibles à porter les chaînes de la servitude politique et économique, et tant d’autres actes inhumains, donnent l’impression que l’humanité est morte et que, dans le monde entier, règne une domination de bêtes féroces ayant forme humaine. L’humanité subit les méfaits de l’extrême déchéance que le sécularisme a provoquée dans la pensée, ainsi que dans les domaines moral et spirituel. Il n’existe qu’une seule solution : extirper le sécularisme de l’esprit, de l’intellect et de tous les domaines de la vie, se soumettre humblement à la loi du Créateur miséricordieux de l’univers, destinée à l’humanité, et édifier toute la vie sur la base d’un intense sentiment de responsabilité dans l’au-delà. Il faut faire du système national d’éducation le fondement de cette construction de la vie.

Le nationalisme

Après avoir examiné la première arme de la jahiliya, le « sécularisme », examinons à présent la deuxième arme, le nationalisme, afin de voir à quel point il est dangereux pour l’ensemble de l’humanité.

Le nationalisme, c’est-à-dire le culte de la nation, prit naissance à la suite de l’explosion de la réaction contre la tyrannie mondiale des papes chrétiens et des empereurs romains. À ses débuts, il ne signifiait rien d’autre que ceci : les différentes nations seraient les maîtresses absolues de leur propre politique et de leur propre jugement. Elles ne seraient pas utilisées comme des pions par une quelconque puissance spirituelle ou politique universelle. Mais lorsque cette pensée et cette conception progressèrent à partir de ce commencement innocent, elles finirent par atteindre un point où le nationalisme fut installé à la place même où le mouvement de l’irréligion, c’est-à-dire du sécularisme, avait évincé Dieu. Peu à peu, les intérêts nationaux, les espoirs, les aspirations et les ambitions de chaque nation devinrent ses plus hautes valeurs morales. Est désormais considéré comme une œuvre vertueuse tout ce qui est bénéfique à la nation, qu’il s’agisse d’un mensonge, d’une trahison, d’une injustice ou d’une oppression, ou de toute autre action, aussi grand péché qu’elle puisse être considérée du point de vue de la religion et de la morale anciennes. Est en revanche considéré comme une œuvre pécheresse tout ce qui porte préjudice aux intérêts nationaux, qu’il s’agisse de dire la vérité, de rendre la justice, de respecter les droits ou de toute action qui était autrefois considérée comme une qualité de caractère. Le critère des qualités, de la vie et des activités des membres de la nation est désormais le suivant : ils ne doivent éprouver aucune hésitation à consentir aux sacrifices que l’intérêt national exigera d’eux, qu’il s’agisse du sacrifice de leur vie et de leurs biens, ou du sacrifice de la morale, de l’humanité et du respect de soi ; ils doivent rester fermement résolus, unis, à satisfaire les ambitions toujours croissantes de la nation. L’objectif de tous les efforts est désormais que chaque nation instaure l’unité et la discipline parmi ses membres, afin de pouvoir hisser son propre drapeau au-dessus de ceux des autres nations.

Personne, bien entendu, ne devrait avoir d’objection à la nationalité (NATIONALITY), car il s’agit d’une réalité naturelle. On ne peut donc s’opposer au bien de la nation, tant qu’il ne comporte pas de haine, d’hostilité ni d’inimitié envers les autres nations. L’amour et l’affection pour sa nation ne peuvent jamais être blâmables, à condition toutefois qu’ils ne deviennent pas une cause de favoritisme injuste envers sa propre nation ni de haine et d’hostilité envers les autres nations. Il faut également soutenir l’indépendance de chaque nation, car il est du droit de chaque nation de régler elle-même ses affaires et de gérer elle-même ses affaires intérieures, et la domination d’une nation sur une autre ne peut en aucune manière être juste. Ce qui est injuste et doit être rejeté, c’est le nationalisme (NATIONALISM), ou le culte de la nation. Le nationalisme n’est autre que l’égoïsme national aveugle. Son principe est que seul est vrai et juste ce qui sert l’intérêt national, tandis que ce qui ne le sert pas est mensonge et injustice. Sous l’emprise aveugle de l’intérêt national, boire le sang des autres nations, envahir leurs pays, piller les richesses des autres pays et des autres peuples, et s’arroger un droit illimité sur toutes les richesses et les femmes des pays conquis ne sont pas considérés comme des injustices ; on y voit au contraire une gloire nationale. Conquérir territoire après territoire afin de démontrer la supériorité et la puissance de sa nation sur les autres est une exigence même du nationalisme. C’est pourquoi le nationalisme a été considéré comme une immense malédiction pour l’humanité dans le monde. Si, au sein d’une société, est une malédiction l’existence d’un individu devenu l’esclave de ses instincts et de ses intérêts, prêt à tout faire pour son propre intérêt ; si, au sein d’une population, est une malédiction une famille dont les membres deviennent les adorateurs aveugles de l’intérêt familial et sont résolus à obtenir cet intérêt par n’importe quel moyen, juste ou injuste ; si, dans un pays, est une malédiction une classe qui adore aveuglément ses intérêts de classe et s’acharne à satisfaire ses propres intérêts sans se soucier du bien ou du mal d’autrui, en se livrant notamment à des activités antisociales telles que le vol, le brigandage, les agressions, le marché noir et la contrebande, alors pourquoi cette nation aveuglée par ses intérêts, dont le comportement a été décrit ci-dessus, ne serait-elle pas une malédiction à une échelle immense et démesurée ? L’ardeur et la passion de ce culte aveugle de la nation ont allumé l’incendie de nombreuses guerres, grandes et petites, dont les deux guerres mondiales ; elles ont réduit en cendres combien de nations et de pays, précipité des millions et des millions d’êtres humains dans la mort et rendu infirmes et mutilés des millions et des millions de personnes.

Ce n’est pas le nationalisme, mais la fraternité universelle qui aurait pu sauver l’humanité de la destruction, et c’est l’islam qui avait lancé le généreux appel à cette fraternité universelle. Mais, chose malheureuse, la nation musulmane qui portait le message de cet islam a aujourd’hui élevé le nationalisme au rang de divinité. Aujourd’hui, partout dans le monde, le nationalisme — nationalisme géographique, nationalisme fondé sur la langue, ou nationalisme fondé sur l’ascendance, la tribu et la race — est devenu une immense malédiction pour l’humanité. Le principe du nationalisme, c’est-à-dire du culte de la nation, est que seul est vrai et juste ce qui est conforme à l’intérêt national, tandis que ce qui ne lui est pas conforme est mensonge et injustice. La conscience de chacun témoignera certainement que, tout comme toutes les formes d’intérêt personnel et de culte de soi, cet égoïsme national et ce culte de la nation sont également une immense malédiction. Aujourd’hui, le monde entier est accablé par cette malédiction.

Il est profondément regrettable que les musulmans, parmi lesquels le noble Livre d’Allah et la Sunna du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) existent dans un état absolument intact, et qui possèdent le message islamique de la fraternité universelle, soient aujourd’hui accablés par la malédiction du nationalisme géographique et linguistique ; c’est là précisément la victoire ou le mérite de la Jahiliyyah.

À l’époque de l’ancienne Jahiliyyah, l’hostilité réciproque, les rivalités et les conflits qui se poursuivaient de lignée à lignée, de tribu à tribu et de région à région, durant des générations et des siècles, furent abolis par l’islam, qui réunit tous les hommes dans les liens de la fraternité et rendit tous les partis et tous les groupes unis et identiques sur la base de l’idéal islamique. Cette nationalité islamique et cette fraternité universelle avaient créé pour les musulmans une histoire glorieuse et fait flotter l’étendard victorieux de l’islam sur près de la moitié du monde. Puis la Jahiliyyah les incita au culte de la nation. L’unique objectif de la vie du musulman est d’obtenir l’agrément d’Allah, et c’est pour cela qu’il consacre tous ses efforts, ses œuvres, son ascèse ainsi que ses biens et sa vie. Désormais, tous leurs efforts, leurs œuvres et leur dévotion sont devenus consacrés à obtenir l’agrément de la nation-divinité. Pour obtenir cet agrément, aucune injustice envers une autre nation, pas même une agression contre un pays musulman frère, n’est aucunement considérée comme répréhensible. Pour atteindre les intérêts de la nation, s’emparer par la force de n’importe quel pays, qu’il soit musulman ou non musulman, est considéré comme une bonne action. Ceux qui ne croient ni en Dieu ni en l’au-delà peuvent être initiés au mantra du nationalisme, piller les biens, la vie, l’honneur et la dignité d’autres nations au nom de l’intérêt national, et leurs ambitions et leurs désirs nationalistes ont déclenché deux guerres mondiales. Comme ils n’ont aucun sentiment de devoir rendre des comptes à un Être suprême et tout-puissant, ils ont fait de l’intérêt national le but de leur vie. Mais avoir entraîné les musulmans sur cette voie doit assurément être considéré comme un exploit de la Jahiliyyah.

La démocratie

La troisième arme redoutable de la Jahiliyyah est la démocratie, c’est-à-dire la souveraineté du peuple. Le concept de démocratie fut proposé afin de mettre fin à la domination exclusive des rois et autres dirigeants despotiques détenant un pouvoir de gouvernement absolu. Autrement dit, le système de gouvernement devait être administré sur la base de l’opinion publique, en tenant compte des avantages, des besoins et des plaintes du peuple. Il est tout à fait juste de considérer qu’une personne, une famille ou un groupe ne peut avoir aucun droit d’imposer ses caprices et sa volonté à des millions et à des milliards de personnes, ni de les utiliser pour satisfaire ses propres intérêts et sa propre volonté. Mais l’aspect positif qui accompagnait cet aspect négatif était que les habitants de chaque pays et de chaque région devenaient eux-mêmes les gouvernants et eux-mêmes les propriétaires. Après avoir progressé sur cette base positive, la démocratie prit la forme suivante : chaque nation devint absolument libre de satisfaire ses désirs et sa volonté. Plus personne n’avait le pouvoir de réprimer l’ensemble de ses désirs et aspirations, ni ceux de sa majorité. Qu’il s’agisse de principes moraux, de civilisation et de culture, de vie sociale ou de politique, le principe juste dans chaque domaine serait celui qui serait déterminé sur la base des aspirations nationales. Toute règle rejetée par l’opinion publique serait fausse et injuste. La loi dépendrait de la volonté de la nation. Celle-ci pourrait promulguer n’importe quelle loi si elle le voulait, et abroger n’importe quelle loi si elle le voulait. Le gouvernement serait formé selon la volonté de la nation et serait tenu de satisfaire cette volonté. Il mobiliserait toutes ses forces pour satisfaire la volonté de la nation.

Les trois doctrines mentionnées ci-dessus, inventées par la Jahiliyyah — le sécularisme, c’est-à-dire l’irréligion ou la rébellion contre Dieu, le nationalisme et la démocratie — ont rejeté la souveraineté, l’autorité et l’obéissance dues à Dieu dans tous les domaines de la vie et dans tous les secteurs de la société et de l’État. Elles ont installé la nation et le peuple sur le trône de Dieu.

La déclaration explicite de l’islam est que la souveraineté appartient exclusivement à Allah (SOVEREIGNTY BELONGS TO ALLAH ALONE). C’est là un élément de la foi et de la croyance islamiques. Allah seul est le Créateur des cieux, de la terre et de chaque être vivant et de chaque animal, y compris l’être humain. Il est le Seigneur et le Nourricier de tous. Il est également le Roi de l’humanité. Les hommes sont Ses sujets. Il est tout à fait naturel et juste que la loi, le gouvernement et la souveraineté du Créateur et du Roi s’exercent sur la création et les sujets. Ce droit naturel et légitime au gouvernement et à la législation — appelé souveraineté — est retiré à Allah et accordé au peuple. Le premier principe fondamental de la démocratie est le suivant : SOVEREIGNTY BELONGS TO THE PEOPLE — la souveraineté appartient au peuple. Celui-ci légiférera pour le pays et la nation comme bon lui semble et abrogera toute loi quand il le voudra. Lorsqu’on accorde au peuple le droit de légiférer, on constate qu’une même chose est parfois déclarée licite, puis parfois illicite. En Amérique, après avoir constaté un jour les conséquences désastreuses de la consommation d’alcool, celle-ci fut interdite par la loi. Mais, sous la pression du peuple qui détient le pouvoir législatif, la consommation d’alcool fut de nouveau déclarée licite. L’avortement ou le meurtre du fœtus est interdit par toutes les religions, et la conscience l’affirme également. Mais lorsque, en raison d’une déchéance morale extrême et de la dépravation sexuelle, l’opinion publique réclame l’avortement, celui-ci est déclaré licite par la loi. L’homosexualité (HOMO SEXUALITY) est un acte extrêmement abject et honteux. Lorsque le mal de l’homosexualité s’est répandu parmi le peuple comme une épidémie, cet acte extrêmement odieux et pécheur a été déclaré licite par la loi. Si l’on accorde la pleine liberté de légiférer à l’être humain, qui ne peut jamais être exempt d’erreurs et dont la connaissance est très limitée, la société humaine risque de se remplir de désordre, d’injustice et de corruption.

La réalité est que seul Allah le Très-Haut possède la connaissance parfaite de ce qui est bon ou mauvais, bénéfique ou nuisible. C’est pourquoi Il a déterminé pour les hommes ce qui est bon et mauvais, licite et illicite ; la loi ou les principes législatifs qu’Il a proclamés sont infaillibles et constituent l’unique bien véritable pour l’humanité. Celui qui est le Créateur et l’Administrateur de l’univers est au-dessus de toute erreur. Sa loi est donc nécessairement parfaite. Aucun individu, aucun groupe ni aucun parlement d’aucun pays n’a le droit de modifier Sa loi ou Sa décision concernant quelque affaire que ce soit. Quiconque le ferait commettrait, d’une part, une rébellion contre Dieu et attirerait, d’autre part, le malheur sur les hommes.

« Allah dit : Il n’appartient à aucun homme croyant ni à aucune femme croyante, lorsque Allah et Son Messager ont décrété une chose, de conserver le choix de décider eux-mêmes à son sujet » — (sourate Al-Ahzab, 36).

En tant que Créateur, Seigneur et Roi de l’ensemble de la nature et de l’être humain, Allah le Très-Haut est le seul à pouvoir établir pour les hommes des lois justes et bénéfiques, et Son Messager pouvait lui aussi légiférer sur Son ordre. Mais la jahiliya a confié de manière absolue le droit de légiférer au peuple, c’est-à-dire aux représentants du peuple. Cela est contraire à la croyance islamique, à la conscience et au bien-être de l’humanité.

En réponse aux trois idéologies ou principes fondamentaux dangereux de la jahiliya exposés plus haut, l’islam a présenté trois autres principes fondamentaux. Nous en appelons assurément à la conscience humaine afin qu’elle examine et mette à l’épreuve ces trois principes, pour déterminer dans lesquels réside véritablement le bien-être de l’humanité. Voici les trois principes fondamentaux de l’islam :

1. Face à la laïcité, c’est-à-dire à l’absence de religion : la servitude et l’obéissance à Dieu dans tous les domaines de la vie.

2. Face au culte de la nation : l’humanité.

3. Face à la souveraineté du peuple : la souveraineté de Dieu et le califat du peuple.

Le sens du premier principe fondamental est que nous reconnaîtrons tous comme notre Seigneur ce Dieu qui est le Créateur, le Propriétaire et le Souverain de nous-mêmes et de l’ensemble de l’univers. Nous ne vivrons pas en étant indépendants de Lui et insouciants à Son égard, mais en Lui étant soumis et en suivant Sa guidance. Nous ne nous contenterons pas de L’adorer, mais nous Lui obéirons également et serons Ses serviteurs. Nous ne nous conformerons pas à Ses commandements et à Sa guidance uniquement dans notre vie individuelle ; nous resterons également soumis à Lui dans chaque domaine et chaque secteur de notre vie collective et sociale. Notre société, notre civilisation et notre culture, notre politique, notre économie, notre système éducatif, nos systèmes de gouvernement et de justice, nos guerres et nos trêves, nos relations internationales — en bref, tout sera régi dans le cadre des principes et des limites fixés par Dieu. Nous ne serons pas totalement libres de déterminer les affaires terrestres ; au contraire, notre liberté sera limitée à l’intérieur des limites tracées par les principes établis par Dieu. Ces principes et ces limites demeurent en toutes circonstances hors de notre compétence.

Le sens du deuxième principe fondamental est que, dans un système de vie établi sur la base de la dévotion à Dieu, aucune place ne sera accordée au favoritisme ni à l’égoïsme fondés sur les différences de nation, de lignée, de patrie, de race ou de langue. Il est préférable qu’il soit, plutôt qu’un système national, un système fondé sur des principes, dont les portes seront ouvertes à toute personne qui en acceptera les principes. Quiconque les acceptera pourra y participer sur la base de l’égalité des droits, sans aucune discrimination. Dans ce système, la citoyenneté (CITIZENSHIP) ne sera pas limitée aux seules frontières géographiques d’un État ; elle sera au contraire universelle, fondée sur les principes. Ceux qui ne sont pas d’accord avec ces principes ou qui, pour quelque raison que ce soit, ne sont pas disposés à les accepter ne pourront être ni opprimés ni exterminés. Ils vivront au contraire en sécurité sous ce système, avec des droits déterminés, et auront toujours la possibilité, dès qu’ils auront reconnu la vérité de ces principes et en seront convaincus, d’exercer librement leur autorité dans ce système, avec des droits égaux.

Nous appelons ce principe le principe de l’humanité, et il n’est pas contraire au nationalisme. Nous voulons au contraire maintenir celui-ci dans ses limites naturelles véritables. Il y a place pour l’amour de la nation, mais non pour le favoritisme national. La bienveillance envers sa nation est également licite, mais l’égoïsme national est illicite. L’indépendance nationale est universellement reconnue, et il n’est pas non plus acceptable qu’une nation domine une autre — car cela divise l’humanité en limites infranchissables. Le principe de l’humanité exige que, bien que chaque nation administre elle-même ses affaires intérieures et qu’aucune nation ne soit, en tant que nation, soumise à une autre, une coopération totale existe entre les nations qui sont d’accord avec les principes fondamentaux de la civilisation humaine, afin d’œuvrer au bien-être et au progrès de l’humanité. La coopération remplacera la compétition (COMPETETION). Il n’y aura ni différences réciproques, ni hostilité, ni divergences. La civilisation, la culture et les moyens de vivre et de subsister feront librement l’objet d’échanges. Et chaque personne vivant sous ce système de vie civilisé sera citoyenne non pas d’une seule nation ou d’un seul pays, mais du monde entier, de sorte qu’elle puisse dire : puisque tous les pays appartiennent à mon Dieu, chaque pays est donc aussi le mien. Il règne actuellement une situation indésirable où un individu ne peut être loyal envers aucune nation ni aucun pays autres que sa propre nation et son propre pays. De même, aucune nation ne peut faire confiance aux ressortissants d’une autre nation qu’à ses propres membres. Dès qu’une personne franchit les frontières de son pays, elle éprouve le sentiment que, partout dans le monde de Dieu, seuls des obstacles l’attendent. Partout, on la regarde avec suspicion, comme un voleur ou un bandit. Partout, elle est interrogée et fouillée. Sa parole et ses déplacements sont soumis à des restrictions. Nulle part elle ne dispose de liberté ni de droits. À la place de cette situation, nous voulons voir un système universel dans lequel une fédération sera établie entre les nations sur la base de l’unité des principes, et où cette fédération instaurera une citoyenneté égale et universelle (COMMON CITIZENSHIP), ainsi qu’un régime de libre circulation. Puissions-nous voir encore une fois de nos yeux ce spectacle : qu’un « Ibn Battuta » de notre époque puisse voyager de la côte atlantique jusqu’au littoral de la mer Noire sans être considéré nulle part comme un étranger (FOREIGNER).

Considérons maintenant le troisième principe fondamental. Au lieu de la souveraineté du peuple ou de la monarchie populaire (SOVEREIGNTY), nous voulons le califat du peuple. Nous sommes opposés à la monarchie individuelle (MONARCHY), au pouvoir gouvernemental des émirs et des dignitaires, ainsi qu’aux privilèges exclusifs des classes, autant que peut l’être un démocrate radical des temps modernes. À l’instar des partisans enthousiastes de la démocratie occidentale, nous revendiquons nous aussi, dans la vie sociale, l’égalité des droits et des possibilités pour tous. Nous affirmons également que l’administration du gouvernement et l’élection des gouvernants doivent reposer sur la libre volonté du peuple. De même, nous sommes résolument opposés à tout système de vie où n’existeraient ni liberté de réunion et d’association, ni liberté de mener quelque mouvement ou lutte que ce soit, ou dans lequel des privilèges particuliers seraient réservés à certaines personnes en raison de leur naissance, de leur ascendance ou de leur classe, tandis que des obstacles particuliers seraient imposés aux autres. Voilà l’essence même de la démocratie : sur ce point, il n’existe aucune divergence entre notre démocratie et la démocratie occidentale. Aucun de ces éléments ne nous a été enseigné par l’Occident. Nous connaissions cette démocratie depuis cette époque déjà et nous en avions présenté au monde un exemple éclatant, plusieurs siècles avant l’apparition de la démocratie moderne occidentale. En réalité, ce qui nous oppose à cette démocratie nouvelle est qu’elle avance le principe de la souveraineté absolue du peuple ou de la monarchie (SOVEREIGNTY), principe qui est erroné dans la réalité et extrêmement funeste dans ses conséquences. En vérité, le droit à la souveraineté (SOVEREIGNTY) appartient exclusivement à Celui qui a créé l’humanité, qui lui fournit les moyens de sa subsistance et de son développement, par la volonté duquel existent l’humanité et l’ensemble de la création, et dont la loi puissante enchaîne chaque chose dans l’univers. Quelle que soit la souveraineté revendiquée sous Sa souveraineté réelle et véritable — qu’il s’agisse de celle d’un individu ou d’une famille, ou de celle d’une nation et de son peuple — elle n’est, en toute circonstance, qu’une illusion. Le choc de cette illusion n’atteindra pas le Souverain véritable ; il retombe plutôt sur le prétendant insensé à la souveraineté, ignorant sa propre dignité. À la lumière de cette vérité, il est juste de reconnaître Dieu comme Dieu et d’établir le système de gouvernement de la vie humaine sur la conception et la doctrine du califat. Ce califat doit sans aucun doute être démocratique. Le chef du gouvernement doit être élu sur la base de la libre opinion publique. Les membres du Parlement (choura) doivent être élus selon l’opinion du peuple. Toute l’administration du gouvernement doit fonctionner sur la base de leurs consultations. Ils doivent disposer du plein droit de critiquer le gouvernement et de lui demander des comptes. Mais tout cela doit se faire avec la conscience que le pays appartient à Dieu. Nous n’en sommes pas les propriétaires ; nous sommes plutôt Ses représentants. Nous devrons rendre compte de chacun de nos actes au véritable Propriétaire. Les principes moraux, les prescriptions légales et les limites qu’Allah le Très-Haut a établis pour notre vie devront rester pleinement en vigueur, chacun à sa place, et demeurer immuables. Le point de vue fondamental de notre Parlement doit être que le Coran d’Allah et la Sunna de Son Messager (paix et bénédiction sur lui) constituent la source de toutes les lois. Dans les domaines où Allah et Son Messager ont donné une orientation et des prescriptions légales, il ne faut pas promulguer de nouvelles lois, mais adopter les mesures détaillées nécessaires à la mise en œuvre de leurs directives. Dans les domaines où aucune orientation ne leur a été donnée, nous devons considérer que la liberté d’action nous a été accordée. Ce n’est donc que dans ces domaines que nous pourrons légiférer après consultation. Toutefois, ces lois devront impérativement être conformes à l’esprit et à la nature de la structure d’ensemble que la guidance fondamentale de Dieu a établie pour nous.

Ensuite, ce qui est le plus nécessaire, c’est de confier la direction et l’administration de l’ensemble de ces activités politiques et culturelles à des personnes qui craignent constamment Dieu, Lui obéissent et désirent obtenir Sa satisfaction dans chacun de leurs actes. Leur vie témoigne précisément de leur ferme conviction qu’ils devront comparaître devant Dieu et Lui rendre des comptes.

Dans les pages précédentes, nous avons examiné trois doctrines et philosophies funestes de la Jahiliyyah, tout en exposant la croyance, la doctrine et la vision islamiques. Toute personne douée de raison doit se demander si l’édifice politique, économique et civilisationnel construit, dans presque tous les pays du monde, sur la base de ces trois doctrines de la Jahiliyyah, a pu instaurer dans la vie des hommes le bonheur et la tranquillité, la sécurité des personnes et des biens, la justice et l’ordre. Les guerres et les conflits entre les hommes et entre les nations, les pertes irréparables en vies humaines et en biens, les famines, la misère et la privation de nourriture, les épidémies, les maladies sexuelles incurables, la déchéance morale extrême, la haine et l’hostilité, la violence et l’envie — toutes ces choses qui sont les causes fondamentales du trouble dans la société humaine — ont-elles cessé, ou existe-t-il quelque espoir qu’elles cessent ? Si tel n’est pas le cas, le moment est venu de décider si nous allons nous accrocher à la doctrine de la Jahiliyyah et provoquer notre propre destruction, ou si nous allons façonner toute notre vie conformément à la loi révélée par Allah, le Créateur de l’univers, et édifier dans ce monde la paix, dans l’au-delà le salut, ainsi qu’un refuge de bonheur éternel.

La Jahiliyyahnouvellestratégie

Je considère qu’il est devenu clair, au terme de la longue réflexion intitulée « Le conflit éternel entre l’islam et la jahiliyyah », qu’à toutes les époques, ce conflit a opposé la jahiliyyah à l’islam, c’est-à-dire les forces hostiles à l’islam aux adeptes et aux porte-étendards de l’islam. La raison pour laquelle l’islam et la jahiliyyah sont deux forces opposées est que l’existence et la prééminence de l’une sont insupportables à l’autre. Même en déployant toutes ses forces, la jahiliyyah n’a pas pu anéantir l’islam, car l’islam est la vérité suprême et la beauté suprême. L’attirance de l’esprit humain pour la vérité et la beauté est innée et naturelle. Mais, puisque la renaissance de l’islam est insupportable à la jahiliyyah, celle-ci a adopté une nouvelle stratégie, ou tactique de guerre, et a ainsi obtenu, ne serait-ce que temporairement, un succès. Elle a adopté cette tactique à toutes les époques. L’histoire de l’islam et des musulmans prouve que, lorsque les musulmans restent unis et s’agrippent fermement à la corde de l’islam, la jahiliyyah ne peut même pas les approcher. C’est pourquoi la jahiliyyah a adopté cette tactique : il fallait que ce soient des musulmans qui portent atteinte à l’islam. Si la jahiliyyah attaquait ouvertement l’islam sous son propre nom, les musulmans pouvaient s’unir pour repousser cette attaque. Mais si un musulman, au nom de l’islam, cherche à nuire à l’islam, une fissure dans l’unité musulmane devient inévitable. La jahiliyyah a secrètement suscité l’encouragement et l’impulsion qui ont conduit à la fin du système du califat, tandis que des musulmans de nom ont agi ouvertement. Après la transformation du califat en monarchie, ceux qui détenaient le pouvoir n’ont pas pu porter leur attention sur l’instauration de la justice islamique, de l’équité et de la sécurité des personnes et des biens. Ils ont toutefois tenté de maintenir vivante la force spirituelle de l’islam et d’en préserver les enseignements fondamentaux.

À différentes époques, les adeptes de la jahiliyyah ont séduit certains musulmans par l’argent et les honneurs, puis les ont utilisés contre l’islam et les musulmans. Les ennemis de l’islam sont même parvenus à utiliser contre la communauté musulmane et l’islam certaines personnes se réclamant du titre de savant religieux.

Le glas de la victoire de la jahiliyyah se mit à retentir dans le monde entier lorsque, à l’exception de deux ou trois d’entre eux, tous les pays musulmans se soumirent aux puissances coloniales européennes. Dans les pays musulmans conquis, les dirigeants instaurèrent une conception séculière de la vie et un système éducatif séculier, créant parmi les musulmans une génération de politiciens et d’intellectuels hostiles à l’islam. Les dirigeants occidentaux s’abstinrent eux-mêmes d’intervenir dans ce qui subsistait des rites et des valeurs islamiques. Après leur départ, les musulmans qui les remplacèrent continuèrent à poignarder l’islam. La domination coloniale occidentale et le système éducatif qu’elle avait instauré firent apparaître de nombreux Kamal Atatürk, colonels Nasser, Ayub Khan et Sukarno, petits ou grands.

Ces politiciens et intellectuels égarés de la nouvelle génération entreprirent de réformer l’islam. Des personnalités telles que le cheikh Muhammad Abduh, Sir Sayyid Ahmad et Ghulam Ahmad Parvez lancèrent une campagne visant à remodeler l’islam selon un nouveau moule, en le conciliant avec la pensée occidentale. Mirza Ghulam Ahmad alla jusqu’à inventer un nouvel islam. Pourtant, en abandonnant les prescriptions fondamentales de l’islam, les musulmans modernes instruits furent attirés et influencés par la mixité entre hommes et femmes, la coéducation, la danse et le chant, la consommation d’alcool et le mouvement pour la liberté des femmes. Dès qu’une possibilité de renaissance islamique apparaissait quelque part, ou qu’un mouvement islamique était en cours, les musulmans de la catégorie susmentionnée créaient les premiers des obstacles. Non contents de cela, ils entreprenaient tous les efforts possibles pour anéantir le mouvement islamique par la force, en adoptant des tactiques fascistes, voire au moyen d’assassinats. C’est pourquoi le mouvement visant à établir le véritable mode de vie islamique ne parvient à remporter le succès nulle part dans le monde.

L’établissement du mode de vie islamique intégral dans tous les domaines et à tous les niveaux de l’existence est ce qui est le plus insupportable à la jahiliyyah, c’est-à-dire à Iblis. Cependant, Iblis ne voit aucun inconvénient à ce que, dans le cadre très limité de la vie, on accomplisse dans certains domaines des louanges et des actes de dévotion envers Dieu, tels que la prière, le jeûne, la récitation de la kalimah et quelques aumônes. Il lui suffit que, dans les domaines plus vastes de la vie — la société, l’État et le système éducatif, la civilisation et la culture, l’économie et la politique —, on accepte sa domination. De même qu’Iblis ne tolère pas que l’islam soit établi quelque part comme un mode de vie intégral, les porte-étendards de la civilisation et de la culture occidentales, ses serviteurs les plus dévoués, ne le tolèrent pas non plus. Le succès apparent de la jahiliyyah réside toutefois dans le fait qu’elle a réussi à placer certains musulmans prétendument musulmans au premier rang de la lutte ouverte contre l’islam. Les forces étatiques hostiles à l’islam les soutiennent depuis l’arrière par leurs fonds, leurs moyens, leurs ressources, leurs encouragements et leur courage. Malgré tout cela, une forte possibilité de renaissance islamique est apparue. Partout, les personnes instruites et réfléchies comprennent cette vérité : l’islam est la seule solution à tous les problèmes d’une société humaine accablée de problèmes. En dehors de l’islam, il n’existe aucune autre voie vers le bien-être global et la libération de l’humanité.

Il est également nécessaire de comprendre cette vérité : la chose que l’on considère comme le seul remède à une maladie doit nécessairement être pure et exempte de toute altération. Un médicament frelaté, même administré à plusieurs reprises, ne soulage pas la maladie ; il contribue au contraire à son aggravation. Il faut donc choisir l’islam authentique et exempt de toute altération, prêché et établi par le dernier Prophète. On ne peut tolérer le moindre changement ou ajout à ses enseignements fondamentaux. À cet égard, il faut suivre et imiter parfaitement le Prophète universel Muhammad Mustafa (s.a.s.).

Ce qui est intéressant, c’est que la jahiliyyah ou les adversaires de l’islam ne voient aucune raison de s’opposer à un islam frelaté. Ignorer l’interprétation du tawhid donnée dans le Coran et les hadiths, pratiquer des actes relevant du shirk tels que le culte des tombes, considérer l’être humain comme détenteur de l’autorité souveraine et du pouvoir, imiter la civilisation matérialiste occidentale, tolérer l’usure, la corruption, la fornication, l’injustice et l’iniquité, puis revêtir tout cela de l’habit de l’islam : voilà précisément ce que souhaitent les adversaires de l’islam. Diviser l’humanité en différents groupes et sous-groupes sur la base du régionalisme, du favoritisme familial, de la partialité, de la langue, de la race, de la tribu et de la noblesse, telle est l’œuvre de la jahiliyyah. C’est la tentative de bâtir la société sur la foi au tawhid, à la risalah et à l’akhirah, à l’opposé de tout cela, qui suscite l’hostilité extrême des forces adverses de l’islam. La jahiliyyah a qualifié cela de fondamentalisme et lui a déclaré la guerre. Les dirigeants musulmans et les groupes qui bénéficient de leur faveur, lesquels considèrent l’islam authentique comme contraire à leurs intérêts, ont déclaré leur solidarité avec cette guerre. Les véritables soldats de l’islam se trouvent eux aussi sur le champ de bataille et donnent généreusement leur vie. Cette guerre n’est pas nouvelle, car le conflit entre l’islam et la jahiliyyah ne l’est pas non plus. Ce conflit s’est prolongé pendant de longs siècles, de Karbala à Balakot. Il s’est poursuivi après Balakot et se poursuivra jusqu’à ce que commence la victoire totale de l’islam authentique et pur.

Ce qui est nécessaire pour la victoire finale

La toute première nécessité est la suivante : ceux qui désirent voir la renaissance de l’islam et qui souhaitent que, sur la terre créée par Allah et au sein de la société humaine, la loi et l’autorité pleinement souveraines d’Allah seul soient établies, doivent s’unir dans le seul but d’obtenir la satisfaction d’Allah. La source de cette unité sera le Coran et la Sunna, tandis que les relations fraternelles réciproques des nobles Compagnons constitueront l’idéal et la source d’inspiration de cette unité. Que la Jahiliyyah ne puisse pas maintenir les partisans de l’islam divisés en cent factions, dispersés et désunis sous les appellations de hanafites et ahl al-hadith, chaféites et hanbalites, déobandis et barelvis, entre autres.

Deuxièmement, il faut exposer clairement, dans une langue touchant les cœurs, l’islam et ses bienfaits à toutes les catégories de la population. Il faut dissiper les conceptions erronées de l’islam engendrées par le système éducatif moderne, athée. Il faut largement diffuser et développer l’enseignement islamique.

Troisièmement, il faut mener une lutte globale et unifiée afin d’éliminer les régimes despotiques qui constituent le principal obstacle à l’établissement de l’islam. À cet égard, il faut suivre précisément le programme d’action des prophètes et des messagers.

Enfin, puisque cette œuvre est absolument impossible sans l’aide d’Allah, il faut établir avec Lui une relation extrêmement profonde et étroite. Il faut développer la disposition intérieure à consacrer toute sa vie à obtenir Sa satisfaction. C’est ainsi que, sous la direction du Prophète de l’humanité, les fondations de l’État islamique de bien-être furent établies à Médine. Si l’on adopte encore aujourd’hui le programme ainsi mis en œuvre, ainsi que ses méthodes et ses voies, il est tout à fait naturel d’en obtenir les mêmes résultats bénéfiques.

Conclusion

Dans le présent ouvrage, on a tenté de mettre en évidence cette vérité : l’objectif de la Jahiliyyah est d’éradiquer l’islam, de le dénaturer ou d’établir sa domination sur lui. Elle ne s’est jamais écartée de cet objectif. On constate donc que, depuis l’apparition de l’humanité, l’islam a été continuellement attaqué par la Jahiliyyah à toutes les époques. À vrai dire, toute l’histoire de l’humanité est l’histoire des conflits, des affrontements, des victoires et des défaites de l’islam et de la Jahiliyyah. Tantôt l’islam a été victorieux, tantôt la Jahiliyyah.

La question est maintenant de savoir si l’islam est voué à la défaite. Certainement pas. L’islam n’est jamais destiné à être vaincu, anéanti ou éradiqué. L’islam est le système de vie parfait, éternellement vrai, beau et bénéfique, donné par Allah, le Créateur de l’univers, à l’humanité. Ceux qui y croient sont appelés musulmans. Lorsque le musulman se conforme pleinement aux prescriptions islamiques dans chaque domaine et chaque aspect de la vie, qu’il reflète l’idéal islamique dans son esprit, son intellect, sa manière de penser, ses goûts et sa réflexion, son caractère et son comportement, sa civilisation et sa culture, lorsque les hommes, à tous les niveaux, commencent à observer les préceptes de l’islam et qu’une structure sociale pure, équitable et bien ordonnée se forme, c’est alors que l’on parle de la victoire des musulmans, c’est-à-dire de la victoire de l’islam. À l’inverse, lorsque les musulmans oublient ou abandonnent l’idéal et les prescriptions islamiques, ou lorsque les habitants d’un pays ou d’une contrée rejettent l’islam, ce n’est pas l’islam, ni la vérité et la beauté, qui sont vaincus : ce sont les musulmans qui ont oublié l’islam ou les hommes qui l’ont rejeté qui le sont. La question est maintenant de savoir comment la Jahiliyyah peut pénétrer dans l’islam alors que ses liens et sa structure sont si solides. Le présent ouvrage en a donné quelques indications. La Jahiliyyah se tient toujours aux aguets, prête à frapper l’islam. Ainsi, dès qu’elle en trouve l’occasion, même lorsque l’islam est victorieux, elle s’infiltre dans son domaine : ici sous la forme de rites et de coutumes apparemment innocents et inoffensifs, là en prenant l’apparence de l’islam, et ailleurs en suscitant une ferveur excessive de vénération et de dévotion envers une personnalité. Puis, peu à peu, elle étend son influence sur l’esprit des hommes et les détourne progressivement de la pensée et de la conscience fondamentales de l’islam, de ses principes fondamentaux et de la voie droite et véritable (Sirat al-Mustaqim). Finalement, après les avoir repoussés très loin de l’islam, elle proclame par des cris de triomphe la victoire de la Jahiliyyah. C’est ainsi que, vers la fin du califat bien guidé, on voit la Jahiliyyah s’infiltrer dans le domaine de l’islam.

Par la suite, on voit ainsi la Jahiliyyah pénétrer à l’insu de tous dans le corps de l’islam, sous la forme d’une plaie purulente (CANCER). Dans le domaine du tasawwuf, des soufis et des ascètes adoptèrent, avec de bonnes intentions et dans le but d’obtenir l’amour de Dieu, certaines pratiques supplémentaires (a‘mal) qui, bien que ni le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ni les nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) ne les eussent pratiquées, ne furent pas considérées comme répréhensibles du point de vue de l’islam. Mais, avec le temps et l’écoulement des époques, elles furent déformées et prirent la forme d’une plaie purulente dans la structure corporelle de l’islam.

Le chef militaire du premier mouvement de jihad du sous-continent, en combattant pour établir une société et un État véritablement islamiques et purs, débarrassés de toutes les souillures de la jahiliyyah, s’immergea à Balakot dans l’océan enivrant du martyre et devint l’un des habitants du Paradis.

Il convient de souligner que l’islam enseigne à aimer les êtres humains. Puisque le Créateur, Allah Tout-Puissant, aime Lui-même les êtres humains qu’Il a créés, l’être humain doit lui aussi aimer son prochain. Toutefois, une limite a été fixée à l’amour et au respect que les hommes se portent les uns aux autres, et cette limite ne doit jamais être transgressée. Celui qui mérite le plus grand amour est Allah Lui-même. L’amour que l’être humain Lui porte doit être la mesure de tous les autres amours. Il faut aimer Allah plus que sa propre vie et ses propres biens, et n’aimer tous les autres que pour l’amour d’Allah. Après l’amour d’Allah, celui qui mérite le plus grand amour est Son Prophète bien-aimé, Muhammad Mustafa, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. L’amour envers Allah est sans limites. Mais une limite a été fixée à l’amour envers le Prophète. Il ne doit pas franchir les limites au point de lui attribuer les qualités d’Allah, c’est-à-dire de l’élever au rang de l’ulûhiyyah, de la divinité. Les communautés antérieures se sont totalement égarées en commettant cette erreur et en transgressant cette limite. De même, aucun homme non prophète ne mérite de recevoir un amour comparable à celui que l’on porte au Prophète. Et l’amour que les enfants portent à leurs parents ne peut être accordé à d’autres personnes. Toutefois, c’est à la pierre de touche de l’amour d’Allah que se mesure la limite de l’amour dû aux autres.

Dès que l’amour et le respect d’une personnalité dépassent les limites, ils entrent dans le domaine du culte de la personnalité, ce qui est précisément recherché par la jahiliyyah. Il faut certes accorder au chef militaire d’un mouvement islamique le respect, l’amour et la considération qui lui sont dus. Mais un amour excessif à son égard est contraire à l’idéal islamique et aux croyances fondamentales. Le jihad ou le mouvement islamique est, sans aucun doute, dirigé par un émir ou un chef. Toutefois, un respect et un amour excessifs envers le dirigeant peuvent nuire au mouvement, ce qui n’est absolument pas souhaitable.

Bien que le chef militaire du premier mouvement de jihad du sous-continent, Hazrat Sayyid Ahmad Barelvi, ainsi que ses compagnons moudjahidines, fussent tous adeptes du soufisme, leur conduite sur le champ de bataille et dans les camps militaires portait la marque même de celle des Compagnons vénérés. Cependant, quelques-uns des moudjahidines, bien qu’ils fussent peu nombreux, vouaient à l’émir une vénération et un respect excessifs. C’est pourquoi ils ne purent croire au martyre de Sayyid Sahib. Ils croyaient qu’il se tenait caché aux yeux des hommes et qu’il se manifesterait certainement un jour. Ceux qui nourrissaient de telles convictions et de telles idées se retirèrent du jihad.

Dans le passé, certains grands soufis introduisirent dans leurs couvents la pratique du « sama ». « Sama » est un mot arabe qui signifie écouter, ou désigne quelque chose qui mérite d’être écouté et médité. Des poèmes à la gloire d’Allah et de Son Messager étaient composés sur la base de l’unicité divine et de la mission prophétique, puis chantés d’une voix mélodieuse dans les couvents soufis. Aucun garçon, aucune fille ni aucune femme ne se trouvait dans le lieu où ces poèmes étaient chantés. Aucun instrument de musique n’y était utilisé. Dans une atmosphère profondément recueillie, le « sama », imprégné de l’ivresse de l’amour de Dieu, était chanté d’une voix suave, et les auditeurs se plongeaient dans une extase émotionnelle. Bien que ce « sama » ne fût apparemment ni dans sa forme ni dans son sens contraire à l’islam, beaucoup de soufis ne purent l’accepter, car il n’avait pas été approuvé ni institué par le dernier Prophète d’Allah. Il semble que la forme dénaturée du sama soit le « qawwali » aujourd’hui répandu.

Le qawwali est chanté sur une mélodie accompagnée d’instruments de musique, lors de rassemblements mixtes d’hommes et de femmes. Ces cérémonies de qawwali durent toute la nuit. Le chanteur de qawwali, ou qawwal, est un artiste professionnel. Les qawwals et les auditeurs n’entretiennent guère de rapport avec l’islam. Les limites de l’islam sont également transgressées dans l’accueil réservé aux invités.

De nombreuses pratiques et cérémonies de ce genre revêtent l’habit de l’islam et sont inscrites au nombre des pratiques islamiques. Tout cela relève des agissements de la jahiliyyah. Pour préserver l’islam et la culture islamique de toute altération et de toute souillure, il faut maintenir une muraille solide entre l’islam et la jahiliyyah, et rester constamment vigilant et attentif afin que la jahiliyyah ne puisse pénétrer par la moindre fissure de cette muraille.

Relèvent de la jahiliyyah les choses suivantes : le régionalisme, les pratiques contraires à l’islam suivies par les ancêtres, l’interprétation selon les caprices personnels des commandements d’Allah et de Son Messager, le fait de s’attrister en voyant la vie heureuse et prospère des non-musulmans et de considérer l’islam comme un obstacle à cette prospérité, le culte des tombes, le fait de faire des vœux et des offrandes au nom des tombes, de conserver chez soi, avec vénération, la photographie d’un pir ou de toute autre personne, de déposer des guirlandes sur une tombe ou sur un pilier de briques ou de pierres, de donner des noms non islamiques, de tenir un lieu quelconque pour aussi vénérable que la Maison d’Allah, et de dépendre d’un être humain pour obtenir le salut dans l’au-delà, entre autres. Il est inutile d’en donner l’explication.

Les musulmans du sous-continent

À l’exception d’une brève interruption, la domination musulmane s’est exercée dans ce sous-continent pendant huit à neuf cents ans, depuis la conquête du Sind par Muhammad ibn Qasim en 711 jusqu’à l’établissement complet de la domination britannique en 1865. Tous ceux qui arrivèrent dans ce sous-continent en conquérants étaient des étrangers. Mais ils n’étaient pas venus avec l’intention de repartir de ce sous-continent, ni dans l’ivresse de l’expansion impérialiste, ni pour y instaurer une domination coloniale. Ils étaient venus établir dans ce pays un système de gouvernement beau et équitable, et y assurer une paix, un ordre et une sécurité complets. Les innombrables personnes qui les accompagnèrent — militaires, commerçants, poètes, artistes, écrivains et érudits — finirent toutes par aimer ce pays, le considérer comme leur patrie et y rendre leur dernier souffle. Leurs descendants suivirent également leurs traces. Bien qu’ils fussent tous musulmans et appartinssent à la classe dirigeante, ils ne tentèrent nullement de convertir de force les habitants non musulmans de ce pays. Au contraire, ils vécurent côte à côte pendant des centaines d’années, en établissant des relations mutuellement harmonieuses. Même après avoir vécu ensemble pendant une très longue période, les deux communautés, musulmane et non musulmane, ne perdirent pas leur identité nationale respective pour se fondre l’une dans l’autre.

Mais elles ont certainement subi l’influence l’une de l’autre. Beaucoup ne possédaient pas les connaissances et la formation islamiques nécessaires pour vivre pleinement selon l’islam, et aucun programme ne visait chez eux à former une pensée, une mentalité et un caractère islamiques. Ainsi, chez beaucoup d’entre eux, l’influence culturelle locale devint effective, et de nombreux rites et cérémonies idolâtres, revêtant une apparence islamique, furent intégrés à la culture musulmane. De cette manière, la Jahiliyyah parvint, ne serait-ce que partiellement, à étendre sa domination au sein de la société musulmane. Il en résulta que de nombreux musulmans menèrent pendant plusieurs siècles une vie à moitié musulmane et à moitié hindoue.

L’influence de la domination européenne dans les pays musulmans

À partir du XVIIIe siècle, la domination coloniale européenne commença à s’établir sur les pays musulmans pour diverses raisons. La Jahiliyyah établit sa suprématie sur les musulmans, avec toute la puissance de l’État. Les idées européennes, la conception de la vie, les valeurs et la philosophie de l’existence commencèrent toutes à influencer l’esprit et la pensée des musulmans. Le système éducatif instauré par les dirigeants victorieux continua d’éloigner de l’islam les musulmans vaincus. Les fondements de cet enseignement étaient le matérialisme, l’athéisme, l’irréligion (SECULARISM) et le nationalisme. C’est sur ces bases que la civilisation occidentale se développa. La science et la technologie renforcèrent cette civilisation.

La science et la technologie peuvent être utilisées à toute fin, bonne ou mauvaise. Si les musulmans du monde étaient restés fermes dans l’idéal islamique tout en cultivant la science et la technologie, ils auraient pu les mettre toutes deux au service du bien de l’humanité. Mais ils s’éloignèrent aussi de l’islam et ne prêtèrent pas davantage attention à la pratique des sciences et de la technologie. Profitant de cette double faiblesse, les puissances occidentales porteuses de l’étendard de la Jahiliyyah devinrent leurs maîtres politiques, économiques et culturels. Les musulmans furent frappés d’un profond complexe d’infériorité. Ils adoptèrent la civilisation occidentale, son système éducatif et sa philosophie politique (sécularisme) comme la clé du progrès et du développement.

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays musulmans commencèrent à gagner leur indépendance l’un après l’autre, en brisant les chaînes de l’esclavage. Il est malheureux qu’après l’indépendance, le pouvoir politique soit tombé entre les mains de ceux qui considéraient l’islam comme un obstacle au progrès et au développement. La domination de la Jahiliyyah s’établit donc avec toute sa puissance. Cependant, les populations musulmanes d’aucun pays ne purent accepter cette domination. À l’exception de la classe dirigeante, esclave mentalement de la civilisation occidentale, l’immense majorité de la population revendique un mode de vie islamique. C’est pourquoi, presque partout, le conflit et l’affrontement entre gouvernants et gouvernés se poursuivent, sans avoir encore pris fin.

Il est heureux qu’un nouvel élan d’inspiration islamique ait commencé à se manifester partout parmi les musulmans, et particulièrement au sein de la jeunesse instruite. Un mouvement visant à établir l’islam comme un système de vie complet est également en cours. Dans les flots de l’élan juvénile de l’inspiration islamique et jihadique de la jeunesse, la puissance militaire russe en Afghanistan a sombré dans la défaite. Dans le mouvement de libération de la Palestine, l’Intifada a levé l’étendard du jihad. Les musulmans du Cachemire, avides de liberté, luttent eux aussi pour se libérer de toutes les mauvaises gouvernances et de toutes les persécutions de l’État indien. La Jahiliyyah ne reste pas inactive. Afin de réduire à néant ces trois luttes, Saddam Hussein, l’homme de paille de l’Inde, de la Russie et de l’Amérique, s’empara par la force du Koweït, État musulman indépendant, et porta d’une part atteinte à l’unité des musulmans du monde, tout en poignardant d’autre part dans le dos les mouvements de libération de la Palestine, de l’Afghanistan et du Cachemire. Dans l’éternel conflit entre l’islam et la Jahiliyyah, le chef d’État d’un pays musulman joua le rôle d’un instrument de la Jahiliyyah. Ce fut un événement extrêmement honteux de l’histoire de l’islam.

Il est préoccupant de constater que l’armée musulmane d’un pays musulman puisse s’emparer par la force d’un autre État musulman innocent, puisse tuer d’innombrables citoyens musulmans innocents, piller leurs biens et puisse infliger des sévices bestiaux à des femmes musulmanes voilées et pieuses, leur dérobant leurs biens inestimables ainsi que leur honneur et leur dignité ! Bien qu’ils se réclament de l’islam, ces bêtes humaines ont-elles la moindre foi en Dieu et en l’au-delà ? Voilà bien une victoire historique de la jâhiliyya, c’est-à-dire de la mécréance, sur les musulmans. Les adeptes de l’islam sauront-ils en tirer une leçon ? Car les attaques de la jâhiliyya contre l’islam continueront ainsi sans cesse.

La lumière de l’espoir

Au siècle dernier, dans le sous-continent, la Tahrik-i Mujahideen de Sayyid Ahmad Shahid Barelvi (رحمه الله) insuffla aux musulmans un irrésistible esprit de djihad. Les persécutions et l’oppression inhumaines et terrifiantes des dirigeants britanniques ne purent extirper l’esprit de djihad du cœur des musulmans. Cent ans après le martyre de Sayyid Ahmad Shahid à Balakot, en 1831, le djihad fi sabilillah, c’est-à-dire le mouvement islamique, connut un nouvel essor. Ce mouvement se transforma en 1941 en une organisation puissante appelée Jamaat-e-Islami. Le fondateur et l’architecte de ce mouvement et de cette organisation fut l’un des éminents penseurs islamiques et oulémas du monde contemporain, le maulana Sayyid Abul A’la Maududi (رحمه الله). Treize ans auparavant, en 1928, un mouvement islamique vit le jour en Égypte sous le nom d’Ikhwan al-Muslimun. Son fondateur était le cheikh Hasan al-Banna Shahid (رحمه الله). Dans le monde actuel, ces deux organisations sont les seules organisations puissantes, disciplinées et solidement structurées qui mènent véritablement un mouvement visant à établir une société et un État islamiques.

Les dirigeants égyptiens hostiles à l’islam ne se sont pas contentés de faire pendre de nombreux dirigeants et militants de l’Ikhwan al-Muslimun, de les contraindre à mourir lentement sous les tortures physiques et psychologiques infligées derrière les murs des prisons, et de forcer des centaines de dirigeants et de militants à s’exiler ; ils ont également déclaré l’organisation illégale, et cette interdiction est toujours en vigueur.

D’autre part, la Jamaat-e-Islami n’a pas limité ses activités au Pakistan, à l’Inde, au Bangladesh, au Sri Lanka et au Jammu-et-Cachemire. De nombreux cadres responsables de ce mouvement se sont dispersés à travers le monde et y dirigent partout des mouvements islamiques sous des noms différents.

Il est encourageant de constater qu’il n’existe aujourd’hui aucun pays au monde où un mouvement islamique ou une organisation islamique ne soit actif sous une forme ou une autre et sous un nom ou un autre. Des militants formés par l’Ikhwan al-Muslimun et la Jamaat-e-Islami dirigent ces mouvements. Un immense patrimoine littéraire islamique s’est constitué dans les principales langues du monde, et partout des connaissances islamiques sont transmises à tous, musulmans comme non-musulmans.

Des jeunes instruits et des érudits de différentes religions, notamment du christianisme, du judaïsme et de l’hindouisme, sont attirés par l’islam et trouvent refuge sous son ombre apaisante.

On peut dire que le renouveau de l’islam a commencé partout dans le monde. Un changement est également perceptible au sein de la société matérialiste occidentale. La jouissance sans limites, l’immersion jour et nuit dans l’alcool et l’océan de l’amour des femmes, ainsi que les dépravations sexuelles : rien de tout cela n’apporte satisfaction, joie ni sérénité intérieure. La soif insatiable de plaisirs et de jouissance rend l’être humain impatient et agité, le poussant à rechercher toujours davantage de plaisirs. Enivré par la jouissance, il oublie le but et la finalité de la vie. Au lieu de s’attacher à quelque chose de durable et de stable, il s’accroche à ce qui est éphémère. Finalement, sa vie devient à ses propres yeux une immense responsabilité. La flamme dévorante de la soif de jouissance se transforme en une flamme dévorante de désespoir et de vains espoirs. Même l’organisation familiale destinée à assurer le bonheur et la paix de la vie se brise alors complètement. En quête de paix intérieure, il se met à courir de tous côtés. Après de nombreuses expériences et recherches, sa conscience éveillée choisit finalement l’islam comme ultime recours. Il comprend que croire en l’islam signifie saisir une corde solide qui ne se rompra jamais, une corde où il n’y a ni échec ni désespoir, mais une réussite complète et la solution à tous les problèmes de la vie. L’islam proclame avec certitude que tout ne prend pas fin avec la mort ; au contraire, celle-ci ouvre la porte sur une vie nouvelle, faite d’une joie et d’un bonheur éternels, ou de souffrances et de tourments.

Ceux dans l’esprit desquels se sont profondément enracinées une hostilité accumulée depuis longtemps envers l’islam et des conceptions erronées n’ont d’autre perspective que la déception. Mais ceux qui s’efforcent de connaître l’islam avec impartialité et dans un esprit sain se laissent précisément attirer par ses idéaux et ses enseignements universels. Ils n’hésitent pas à accepter l’islam comme un mode de vie dynamique, éternel et parfaitement accompli. C’est là un signe manifeste de l’avenir radieux de l’islam.

Le fait qu’en Afghanistan, récemment, une grande superpuissance comme la Russie ait été contrainte de tourner le dos après avoir subi une défaite cuisante aux mains d’une poignée de moudjahidines proclame la victoire de l’islam. Sous les vagues impétueuses de la conscience et de l’inspiration islamiques, la muraille de fer de la Russie est en train de vaciller. Aujourd’hui, la renaissance de l’islam est ce qui effraie le plus la Russie.

L’action du mouvement islamique a commencé dans presque toutes les villes des pays occidentaux. Même en Espagne, d’où les musulmans avaient jadis été exterminés, la renaissance de l’islam a commencé. Depuis un certain temps déjà, des organisations islamiques sont actives dans les pays européens, ainsi qu’en Amérique, au Canada, en Australie, au Japon, à Singapour, en Corée du Sud, aux Philippines, en Thaïlande et à Taïwan. Récemment, de véritables organisations islamiques ont été établies au Mexique, au Costa Rica, en Équateur, au Salvador, au Nicaragua et dans les îles des Caraïbes. Des centres islamiques sont établis partout et l’action de la da‘wa islamique y est largement développée. Al-hamdoulillah. Les initiateurs de ces mouvements sont les membres actifs des Ikhwan et de la Jama‘at-e-Islami dans divers pays. Partout, ces mouvements annoncent l’avenir radieux de l’islam.

La jahiliya s’efforce de barrer les progrès de l’islam avec toutes ses forces et toutes ses armes. Désormais, la victoire de l’islam dépend de la fermeté des musulmans envers l’islam, ainsi que d’une lutte ininterrompue menée dans l’unité, le sacrifice, le dévouement et la patience. Aucune victoire n’est possible sans l’aide d’Allah. Ainsi, si nous parvenons à obtenir Sa satisfaction par une obéissance totale à chaque instant, Son aide sera assurée et la victoire sera très proche.

Qu’Allah le Très-Haut éveille la foi et la conscience des musulmans, protège leur foi et leur accorde la capacité de repousser la contre-attaque de la jahiliya, afin que l’islam puisse être rétabli dans le monde comme une force victorieuse.

Fin