Remarques préliminaires

L’idéal que le Prophète universel, le vénérable Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), a présenté aux hommes de ce monde, n’est autre, en un mot, que la Sunna ; tout ce qui lui est contraire relève de la bid‘a. La société qu’il avait édifiée au terme de vingt-trois années d’efforts et de luttes inlassables, le Prophète éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’avait libérée de toutes les formes de bid‘a et des tentacules de la jahiliyyah, puis établie sur le grand idéal illuminé par la lumière de la Sunna. Ce fut une immense grâce pour l’humanité tout entière.

Par la suite, pour diverses raisons, la société musulmane s’écarta de l’idéal de la Sunna, et d’innombrables innovations s’introduisirent dans sa croyance et sa pratique. On vit même un temps où les musulmans commencèrent à considérer et à suivre comme idéal islamique un système confus, mélange de Sunna et de bid‘a. Il en résulta un effondrement et une catastrophe généralisés dans leur vie. À l’époque actuelle, cet environnement et cette situation désastreux ont gagné l’ensemble du monde musulman.

Mais cette situation n’est pas souhaitable pour les musulmans. Nul ne peut désirer cet éloignement de l’idéal. C’est pourquoi il est aujourd’hui indispensable de présenter à nouveau aux gens une explication et une analyse approfondies de l’idéologie islamique, afin qu’une prise de conscience s’éveille dans le cœur des musulmans et qu’y naisse, avec ardeur, le désir de changer leur situation, de connaître un renouveau et de redevenir des idéalistes. À ce stade, parmi les travaux auxquels mes modestes capacités d’écriture ont pu contribuer, le présent ouvrage constitue un événement notable. Le seul objectif fondamental de la rédaction de ce livre est d’exposer clairement l’explication et l’analyse fondamentales de la Sunna et de la bid‘a, ainsi que les domaines où, dans la croyance et la foi, dans la vie et dans la société, on s’est écarté de la Sunna et où la bid‘a s’est introduite. Les lecteurs eux-mêmes jugeront dans quelle mesure cet objectif a été atteint, ou même si je peux prétendre l’avoir atteint. Je me bornerai à dire que tout ce que j’ai écrit, je l’ai écrit après mûre réflexion et compréhension ; je l’ai écrit afin de présenter clairement la vérité, en m’appuyant sur le Coran, les hadiths, le fiqh et les avis de savants universellement reconnus. J’assume personnellement la responsabilité des opinions exposées dans ce livre ; s’il faut en désigner un responsable, ce ne peut être que moi, et personne d’autre. Si j’ai commis une erreur dans cette discussion, on peut me la signaler, non en invoquant l’autorité de quiconque, mais sur la base du Coran et des hadiths. Je suis pleinement disposé à corriger toute erreur de ce genre.

Néanmoins, si cette entreprise parvient, ne serait-ce que modestement, à faire resplendir l’idéal et à dissiper les ténèbres de la bid‘a, je considérerai mes efforts comme récompensés et, la tenant dans l’au-delà pour un moyen d’obtenir la délivrance auprès d’Allah, je Lui en rendrai grâce.

Muhammad Abdur Rahim

 

Deuxième édition — préface

Mon ouvrage intitulé « Sunna et bid‘a » fut publié pour la première fois en septembre 1967. Peu de temps après, tous ses exemplaires furent épuisés. Il apparut alors clairement que le livre avait été bien accueilli par les milieux érudits et qu’il avait suscité un vif émoi dans le monde de la pensée. En réalité, cet ouvrage avait porté un coup terrible à la bid‘a, irriguée et accumulée dans notre société au fil des siècles ; les adorateurs de la bid‘a et les groupes qui s’y appuyaient en furent stupéfaits et profondément meurtris. De toutes parts retentit le cri : « Tout est perdu ! » Ce fut mon défi à la bid‘a qui se perpétuait. Naturellement, je m’attendais à ce qu’une protestation s’élève peut-être de la part des partisans de la bid‘a.

Mais, dans les faits, il s’est avéré que les partisans de la bida n’avaient rien à répondre aux arguments irréfutables, acérés et décisifs de cet ouvrage, malgré le fait qu’ils ne se soient pas privés de répandre des calomnies contre moi. Par la suite, les milieux concernés n’ont trouvé d’autre issue que de garder le silence. J’ai poussé un soupir de soulagement en constatant qu’aucun milieu ne pouvait réfuter, par une preuve irréfutable, ce que j’avais dit contre la bida, immense comme une montagne. Je rends grâce au Très-Haut pour m’avoir permis, si modestes et limités que soient mes efforts, de faire revivre la sunna de Hadrat Ibrahim (que la paix soit sur lui) contre les bida accumulées de notre époque, et de suivre l’exemple de l’imam Ibn Taymiyya et du Mujaddid Alf-e-Sani (qu’Allah leur fasse miséricorde).

À ce propos, je tiens à rappeler que j’ai démontré que le système pir-murid était contraire à la « sunna » et relevait de la bida. Toutefois, j’ai bien entendu reconnu l’immense service rendu à l’islam, depuis des temps immémoriaux, par les ulémas et les pirs de ce pays, ainsi que leur contribution inestimable au fait que l’islam y ait encore aujourd’hui une présence et une identité.

Au cours des quelque dix dernières années, la réimpression complète de l’ouvrage n’a pas été possible, faute d’avoir trouvé un éditeur assez audacieux. Il est actuellement publié dans une nouvelle édition par M. Ataur Rahman. Plusieurs sujets nouveaux y ont été ajoutés, et de nombreux passages de la première édition ont été réécrits de manière plus ferme et avec davantage d’arguments. Cette édition est également beaucoup plus riche que la précédente sur les plans théorique et documentaire.

Je peux donc aisément espérer que cette édition sera bien davantage appréciée par le public des lecteurs érudits que la première. Je rends une infinie grâce au Très-Haut de pouvoir présenter à nouveau cet ouvrage au public des lecteurs.

Muhammad Abdur Rahim

بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ

« Sunna » et « bida » sont tous deux des mots arabes. Malgré cela, ces deux mots sont largement connus dans la société musulmane et abondamment employés dans l’histoire culturelle de l’islam. Pourtant, autant qu’on puisse le comprendre, beaucoup ne sont pas en mesure d’en saisir la signification exacte en tant que termes. Or, parmi les nombreux termes fondamentaux de la culture islamique, dont dépend la compréhension complète du système de vie islamique, ces deux mots occupent une place essentielle. Il est donc absolument nécessaire d’analyser la signification exacte de ces deux mots et, à leur lumière, d’examiner et d’évaluer la croyance, la pratique et le comportement moral des musulmans du monde actuel, même si ce sujet exige une étude détaillée.

La nécessité d’examiner cette question apparaît avec une acuité encore plus grande lorsque nous constatons que, dans la société musulmane actuelle, aucune distinction n’est effectivement faite entre la sunna et la bida. Bien plus, de nombreuses pratiques approuvées par la sunna et considérées par celle-ci comme indispensables et obligatoires sont aujourd’hui généralement abandonnées au sein même de la société musulmane, tandis que de nombreuses formes de bida ont acquis une importance semblable à celle de la sunna, se sont solidement enracinées et se sont installées, par leurs branches, leurs feuilles, leurs fleurs et leurs fruits, dans toute leur splendeur. La situation est désormais telle qu’en observant le visage de la société musulmane actuelle, l’ensemble de ses activités individuelles et sociales, ainsi que son rôle concret dans les différents domaines de la vie, il est impossible de discerner ce qui relève de la sunna et ce qui relève de la bida. Dans la vie musulmane d’aujourd’hui, l’éclat limpide et rayonnant de la sunna s’est estompé, tandis que les ténèbres noires de la bida ont tout recouvert et ont englouti la vie musulmane tout entière. Tant que nous ne serons pas libérés de cette emprise funeste de la bida, il sera absolument impossible d’illuminer la vie musulmane de la lumière limpide de la sunna — cela ne peut pas être. C’est précisément animés par cet objectif que nous nous sommes engagés dans cette étude.

Sunna et de l’innovation explication et portée

Nous souhaitons d’abord présenter une explication détaillée et fondamentale de ces deux termes, comprendre ce que signifie « Sunna » en tant que terme islamique et qui sont les gens de la Sunna. Et qu’est-ce que la bid‘a, et de combien de façons cette bid‘a a-t-elle consciemment ou inconsciemment envahi la société musulmane.

‘« Sunna » :’ explication du terme

Le sens lexical du mot « Sunna » est « voie ».

Dans le Noble Coran, le mot « Sunna » a été employé dans de nombreux passages.

Un verset dit :

 سُنَّةَ اللَّهِ الَّتِي قَدْ خَلَتْ مِن قَبْلُ ۖ وَلَن تَجِدَ لِسُنَّةِ اللَّهِ تَبْدِيلًا [٤٨:٢٣]

La Sunna d’Allah, qui est déjà en vigueur. Et tu ne trouveras jamais aucun changement dans cette Sunna d’Allah. (Al-Fath : 48)

Dans un autre verset, il est dit :فَلَن تَجِدَ لِسُنَّتِ اللَّهِ تَبْدِيلًا ۖ وَلَن تَجِدَ لِسُنَّتِ اللَّهِ تَحْوِيلًا

—Vous ne constaterez aucun changement dans la sunna d’Allah, ni aucune exception. (Al-Fâtir : 42)

Dans la sourate Banî Isrâ’îl également, le mot « sunna » est employé deux fois dans un même verset.

Le verset est le suivant :سُنَّةَ مَن قَدْ أَرْسَلْنَا قَبْلَكَ مِن رُّسُلِنَا ۖ وَلَا تَجِدُ لِسُنَّتِنَا تَحْوِيلًا [١٧:٧٧]

—C’est la sunna concernant les messagers que Nous avons envoyés avant toi, et tu ne trouveras aucun changement dans la sunna d’Allah.

Dans ces versets, le sens lexical et dictionnairique du mot « sunna » est celui de voie, de manière et de méthode. Mais que signifie « sunnatullah », la sunna d’Allah ?

L’imam Râghib al-Isfahânî a écrit : La sunna d’Allah désigne la manière concrète dont Il accomplit Ses actes, ainsi que les règles et méthodes pour Lui obéir.

On voit ainsi que le mot « sunna » se rapporte à une question fondamentale : il est employé aussi bien à propos d’Allah qu’à propos des prophètes et des messagers. Le Coran Majid emploie également ce mot pour permettre de comprendre la situation concrète des gens ordinaires.

Tel est l’emploi lexical du mot « Sunnah » et son sens dictionnairique. C’est dans cette perspective que nous avons commencé ici à analyser le mot « Sunnah ». Nous avons devant nous son sens originel et authentique.

Selon les termes de l’imam Râghib : la Sunnah du Prophète est la règle, la voie et la méthode qu’il suivait concrètement dans ses actes et ses œuvres.

Selon l’érudit Muhammad Bashir Sahsawani, la « Sunnah » est la voie, la manière et la méthode particulières qui, depuis l’époque du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), sont concrètement suivies dans la religion islamique, qu’il s’agisse d’accomplir ou de ne pas accomplir une action — la voie sur laquelle on marche. Dans le chapitre « Kitâb al-Qâdî » de « Kitâb al-Maqsûd », le mot « Sunnah » est expliqué ainsi : la « Sunnah » est une méthode d’action suivie dans la religion islamique, dont le respect est obligatoire ou requis en toutes circonstances.

L’érudit Abd al-Aziz al-Hanafi a écrit : le mot « Sunnah » désigne les paroles et les actes du Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Il est également employé pour désigner la conduite pratique du Noble Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) et de ses nobles Compagnons.

L’érudit Safi al-Din al-Hanbali a écrit : tout ce qui est rapporté de la parole, de l’acte ou de l’approbation du Messager, en dehors du Coran, est la Sunnah.

Il faut garder à l’esprit que le sens de la Sunnah employé ici n’est pas celui que les spécialistes de la science du hadith utilisent comme terme technique ; ce n’est pas non plus le sens retenu dans la jurisprudence islamique. Dans la terminologie des spécialistes du hadith, la « Sunnah » désigne le récit des paroles, des actes et des approbations du Noble Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), récit communément appelé « hadith ». En jurisprudence islamique, on appelle « Sunnah » l’acte qui n’est certes ni obligatoire ni requis, mais que le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) accomplissait fréquemment. Aucun de ces deux sens de la Sunnah ne fait l’objet de cet ouvrage. Ce qui est étudié ici, c’est la « Sunnah » dans son sens originel, c’est-à-dire ce qui désigne les principes, les règles, la voie, la manière et la méthode constituant l’idéal fondamental. En réalité, dans cette acception, la « Sunnah » est l’idéal fondamental qu’Allah Très-Haut a révélé à l’humanité entière, que le Noble Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a lui-même suivi dans sa vie concrète, dans le vaste domaine de l’accomplissement de sa responsabilité religieuse, et qu’il a présenté aux hommes du monde afin qu’ils le suivent. « Sunnah » est le terme équivalent à l’islam originel dont nous avons parlé ici. En effet, la source de ce que le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a suivi concrètement est la Révélation, qu’il a reçue de Dieu. Cette « Révélation » se divise en deux parties. L’une d’elles consiste dans les lois et les directives communiquées par Dieu. La vie active du Noble Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) est la synthèse de ces deux éléments, dans laquelle tous se sont pleinement reflétés. En analysant la vie concrète du Messager, on pourra y trouver clairement la manifestation de chacun d’eux. Voilà donc la « Sunnah », voilà donc la religion islamique complète. Afin de rendre manifeste dans le Noble Coran la véritable réalité de la vie concrète du Messager, il y est déclaré par sa bouche : « Je ne suis l’exemple d’aucun modèle ; je ne fais que ce qui m’est révélé par l’intermédiaire de la Révélation. »

L’idéal révélé par l’intermédiaire de la Révélation, que le Noble Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a suivi dans ses actes et ses œuvres, voilà la « Sunnah » dont nous traitons. Cette Sunnah porte également le nom d’islam.

Dans le Noble Coran, cette Sunnah est appelée « la Voie droite » (Sirât al-Mustaqîm). Dans le Noble Coran, il est déclaré par la bouche du Messager :

C’est assurément Mon chemin droit, rectiligne et ferme. Suivez donc ce chemin même et ne suivez pas les autres chemins. Cela vous éloignerait de ce chemin et vous en détournerait. Allah vous a ainsi ordonné afin que vous Le craigniez.

Dans ce verset, l’expression « as-Sirât al-Mustaqîm » désigne précisément ce que recouvre le terme « Sunna ». L’imam ach-Châtibî a écrit au sujet de la définition d’« as-Sirât al-Mustaqîm » : « as-Sirât al-Mustaqîm » est le chemin d’Allah auquel Il a appelé afin qu’il soit suivi. C’est cela, la Sunna ; quant aux autres chemins, ils désignent les voies de ceux qui s’opposent et se divisent, lesquelles éloignent les gens d’« as-Sirât al-Mustaqîm ». Ceux-là sont les adeptes de la bid‘a. Il faut également retenir que la Sunna est employée dans le sens opposé à celui de la bid‘a, car la bid‘a est précisément le contraire de la Sunna.

‘Explication’ du terme « bid‘a »

L’imam ar-Râghib a donné au terme « bid‘a » le sens suivant :

Créer quelque chose de nouveau, sans modèle antérieur et sans imiter ni suivre quoi que ce soit d’autre.

Et concernant la bid‘a dans la religion, il en a donné la définition : (*********)

Dans le domaine de la religion, la bid‘a consiste à présenter une parole dont le croyant et l’adepte ne se conforment au modèle d’aucun législateur ou prédicateur de la charia, et qui n’a aucun rapport avec les principes fondamentaux de la charia ni avec son modèle sain et pur.

Autrement dit, dire ce que le législateur de la charia n’a pas dit et prendre pour modèle une pratique qu’il n’a pas accomplie, voilà ce qu’est la bid‘a.

L’imam al-Nawawî a écrit la signification du mot bidʿa : en arabe (*********)

— Pratiquer des actes qui n’ont aucun précédent.

Le savant Mullā ʿAlī al-Qārī a écrit : en arabe (*********)

— Introduire entièrement, de manière nouvelle, une règle et une voie qui n’existaient pas à l’époque du Messager.

L’imam al-Shāṭibī a écrit : en arabe (*********)

— En arabe, on dit qu’un tel a commis une bidʿa. Cela signifie qu’il a instauré une nouvelle méthode, que personne n’avait suivie auparavant.

Il a également écrit : en arabe (*********)

— On ne parlera de bidʿa que lorsque l’adepte de l’innovation considérera un acte innové comme conforme à la Loi religieuse, alors qu’en réalité il ne l’est pas. Il n’y a pas d’autre sens.

Autrement dit, considérer comme conforme à la charia une pratique qui ne l’est pas et y croire en tant que croyance constitue en réalité une bid‘a. Il a écrit ailleurs : Arabe(*********)

-C’est pourquoi même une pratique qui ne bénéficie d’aucune preuve de la charia à son appui a été appelée « bid‘a ».

En résumé, la bid‘a consiste à instaurer dans la religion islamique une méthode ou une pratique contraire à la charia, dont l’objectif est de tomber dans l’excès et la démesure au sujet de l’adoration d’Allah.

Concernant également la distinction entre la bid‘a véritable et la bid‘a relative, l’imam ach-Châtibî a écrit : Arabe(*********)

-La bid‘a véritable et authentique est celle qui ne repose sur aucune preuve de la charia et ne bénéficie d’aucun appui. Ni le Livre d’Allah, ni les hadiths du Messager, ni une preuve fondée sur le consensus des savants, ni aucune preuve acceptable pour les connaisseurs ne peuvent être avancés en sa faveur. Ni de manière générale, ni dans le détail et ses aspects particuliers. C’est pourquoi elle a été appelée bid‘a : elle est fabriquée de toutes pièces, imaginée par l’homme, et ne possède aucun précédent dans la charia.

Le célèbre spécialiste du hadith, l’imam al-Khattâbî, a défini la bid‘a comme suit : Arabe(*********)

-Toute opinion ou doctrine qui n’est pas fondée sur les principes fondamentaux de la religion et qui n’est soutenue ni par un précédent ni par le qiyâs, lorsqu’elle est introduite, constitue une bid‘a. En revanche, ce qui est conforme aux principes fondamentaux de la religion et établi sur leur fondement n’est ni une bid‘a ni un égarement.

Hâfiz Ibn Rajab a également écrit dans ce sens : Arabe(*********)

On entend par « bid‘a » ce qui est nouvellement introduit et pour lequel la charia ne comporte aucun argument ni aucune preuve.

 

Mention du terme « bid‘a » ‘dans le’ Coran et les hadiths

Dans le Noble Coran, le terme « bid‘a » est mentionné de trois manières dans trois contextes.

Premièrement : ce terme est employé à propos d’Allah dans deux versets. Voici l’un d’eux :

بَدِيعُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ وَإِذَا قَضَىٰ أَمْرًا فَإِنَّمَا يَقُولُ لَهُ كُن فَيَكُونُ [٢:١١٧]

— Celui qui a créé ex nihilo les cieux et la terre, qui les a fait apparaître sans précédent. Lorsqu’Il décide d’une chose, Il lui dit seulement : « Sois ! » et elle est aussitôt. (Al-Baqara : 117)

L’autre verset est

بَدِيعُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ أَنَّىٰ يَكُونُ لَهُ وَلَدٌ وَلَمْ تَكُن لَّهُ صَاحِبَةٌ ۖ وَخَلَقَ كُلَّ شَيْءٍ ۖ وَهُوَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ [٦:١٠١

— Il est certes le Créateur originel des cieux et de la terre. D’où pourrait-Il avoir un enfant, et comment pourrait-Il avoir une épouse ? C’est Lui qui a créé toute chose. Et Il est parfaitement informé de toute chose. (Al-An‘âm : 101)

Dans ces deux versets, Allah est appelé le « Badî‘ des cieux et de la terre », c’est-à-dire le Créateur qui crée sans modèle antérieur, sans matériau préexistant et sans préparation préalable.

Deuxièmement, ce terme est employé dans un verset où le Messager éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) parle de lui-même, de la manière suivante :

          قُلْ مَا كُنتُ بِدْعًا مِّنَ الرُّسُلِ وَمَا أَدْرِي مَا يُفْعَلُ بِي وَلَا بِكُمْ ۖ

— Dis : Ô Prophète ! Je ne suis pas venu en tant que messager chargé de proclamer une révélation inédite et un message nouveau. Je ne sais pas moi-même ce qui sera fait de moi, et j’ignore également ce qui vous sera fait. (Al-Ahqâf : 9)

Troisièmement, ce terme est employé à propos d’une pratique particulière adoptée par une partie des enfants d’Israël.

Le verset est le suivant : وَرَهْبَانِيَّةً ابْتَدَعُوهَا مَا كَتَبْنَاهَا عَلَيْهِمْ إِلَّا ابْتِغَاءَ رِضْوَانِ اللَّهِ

— Et ils ont eux-mêmes instauré le monachisme et l’ascétisme adoptés par crainte excessive. Nous ne leur avions pas prescrit cette règle ni ne l’avions rendue obligatoire. Nous leur avions plutôt prescrit de rechercher la satisfaction d’Allah. (Al-Hadîd : 27)

Ici, la « rahbâniyya » est qualifiée de bidʿa : Allah ne l’a pas instituée, ce sont les gens qui l’ont élaborée de leur propre initiative. La « bidʿa » dont il est question ici, en tant que terme opposé à la Sunna, constitue précisément le sujet de notre discussion dans cet ouvrage. Ce qui ressort clairement de ce verset, c’est que tout ce que les serviteurs ont élaboré à leur gré parmi les règles et prescriptions qu’Allah ne leur a pas établies constitue la « bidʿa ». En revanche, accomplir ce qu’Allah a prescrit, réglementé et ordonné de faire n’est pas une « bidʿa ». C’est ici que l’on trouve une indication claire de la définition fondamentale et de la conception de la « bidʿa ».

Dans un verset de la sourate « Al-Kahf », le sens du mot « bidʿa » est évoqué dans un langage tout à fait différent.

Le verset est le suivant :قُلْ هَلْ نُنَبِّئُكُم بِالْأَخْسَرِينَ أَعْمَالًا [١٨:١٠٣]

الَّذِينَ ضَلَّ سَعْيُهُمْ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَهُمْ يَحْسَبُونَ أَنَّهُمْ يُحْسِنُونَ صُنْعًا [١٨:١٠٤]

— Dis : ô Prophète ! Vous parlerai-je de ceux qui sont les plus perdants en termes d’œuvres ? Ce sont ceux dont tous les efforts et toutes les peines se sont égarés dans la vie d’ici-bas, tandis qu’ils s’imaginent intérieurement avoir accompli de très bonnes œuvres. (Al-Kahf, 102-103).

Autrement dit, ceux qui, bien que toutes leurs actions soient fondées sur l’erreur, considèrent leurs œuvres comme excellentes, parfaitement justes et hautement méritoires sont les plus grands perdants. Les adeptes de la bidʿa sont exactement dans la même situation. Les actes qu’ils accomplissent ne reposent en réalité pas sur les principes prescrits par Allah. Voilà donc en quoi consiste véritablement la bidʿa. Dans son commentaire du verset précité de la sourate Al-Kahf, l’érudit Ibn Kathîr a écrit : ce verset s’applique de manière générale à tous ceux qui adorent Allah selon des voies et des méthodes contraires à celles qu’Allah agrée. Bien qu’ils pensent avoir agi correctement et espèrent que leurs œuvres seront agréées et acceptées par Allah, ils suivent en réalité des principes erronés et, à ce titre, leurs œuvres sont rejetées par Allah.

En d’autres termes, tous les actes de culte et de dévotion — ceux dont on pense que leur accomplissement entraîne une récompense et leur omission un péché — doivent être accomplis selon les voies et méthodes agréées par Allah. C’est cela, la Sunna. S’ils suivent au contraire une pratique et une règle opposées, ce sera manifestement une bidʿa, puisqu’elle est contraire à la Sunna. C’est pourquoi l’imam Al-Qurtubî a appelé bidʿa toute chose qui est incompatible avec le Livre d’Allah, la Sunna du Messager ou la pratique des Compagnons, et qui ne leur correspond pas.

Une explication encore plus claire à ce sujet est donnée dans le verset suivant. Le verset est le suivant :

وَمَن يُشَاقِقِ

 الرَّسُولَ مِن بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُ الْهُدَىٰ وَيَتَّبِعْ غَيْرَ سَبِيلِ الْمُؤْمِنِينَ نُوَلِّهِ مَا تَوَلَّىٰ وَنُصْلِهِ جَهَنَّمَ ۖ وَسَاءَتْ مَصِيرًا [٤:١١٥

-Celui qui s’opposera au Noble Messager après que la voie de la juste guidée sera devenue claire et lumineuse, et qui, délaissant l’idéal sunnite de la communauté des croyants, suivra une autre voie et un autre idéal, Nous le laisserons suivre cette voie, puis, au Jour de la Résurrection, Nous le ferons parvenir à l’Enfer. En vérité, l’Enfer est un bien mauvais endroit. (An-Nisâ’ : 115)

Ce verset constitue l’une des preuves coraniques de la Sunnah. La guidée dont il est dit ici qu’elle devient clairement manifeste désigne précisément la « Sunnah ». Cette Sunnah est l’unique grande voie de la guidée. En effet, c’est conformément à la Parole d’Allah et à Sa révélation cachée (wahy khafî) qu’Il a fait resplendir cet idéal de la Sunnah par ses paroles et ses actes. Les croyants de la communauté établie par le Messager suivaient cette voie. Si quelqu’un nourrit de l’aversion envers le Messager, n’est pas disposé à suivre son idéal et, pour cette raison, délaisse l’idéal suivi par la communauté des croyants pour en suivre un autre, son aboutissement ne peut être que l’Enfer. Ainsi, suivre la « Sunnah » du Messager est l’unique moyen d’obtenir le bien-être et le salut.

Dans les hadiths, la « Sunnah » est appelée « al-amr » dans les paroles du Noble Prophète. Un hadith rapporté par Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit que le Noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a déclaré :

Arabe(*********)

Quiconque introduira ou inventera dans cette affaire qui est la mienne une chose qui n’en fait pas fondamentalement partie, celle-ci sera rejetée.

Dans ce hadith, par « amr » (« omr »), il a désigné la religion fondamentale de l’islam, que le Noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a présentée au monde. En effet, cette religion islamique est pleinement liée à sa manière d’agir, ainsi qu’à son rang, sa dignité et sa condition.

‘Allama Qadi ‘Iyad a expliqué le sens de ce hadith en ces termes :

Quiconque introduit dans l’islam une opinion ou un avis et le fait passer pour islamique, alors qu’il n’existe en sa faveur dans le Coran et le hadith aucune preuve claire, manifeste, implicite ou susceptible d’être rendue manifeste, doit le retirer. Cette chose porte précisément un autre nom : la « bid‘a ». Dans le hadith précité, par les mots « dans cette affaire qui est la mienne », le Messager éminent entendait désigner l’islam lui-même. Il en ressort que, selon le Messager, cette religion est une religion parfaitement complète et achevée, connue de tous, largement diffusée et manifeste partout à un degré perceptible. Ni cette religion ni aucun de ses aspects fondamentaux ou secondaires ne sont inconnus, étrangers ou cachés à une personne douée de discernement. Si quelqu’un veut maintenant y ajouter quelque chose qui est extérieur à la religion, ou faire passer une affaire ou une pratique non religieuse pour une pratique religieuse, il détruira alors la religion tout entière. En effet, il n’aura même pas réellement connu ou compris la religion originelle. C’est pourquoi, en définissant la bid‘a, ‘Allama Kandhalvi a écrit : la bid‘a désigne une chose nouvelle dans le domaine de la religion, qui n’a aucun fondement ni aucun appui essentiel dans la charia. Dans la terminologie de la charia, c’est cela que l’on appelle la bid‘a.

Cette définition de la « bid‘a » permet de comprendre clairement que l’invention de moyens toujours nouveaux dans les activités de la vie pratique et dans la vie matérielle, ainsi que la fabrication d’appareils nouvellement inventés, n’ont aucun rapport avec la bid‘a relevant de la charia. En effet, aucune de ces choses n’est accomplie en tant qu’acte d’adoration ni dans l’espoir d’obtenir une récompense auprès d’Allah. La condition demeure toutefois, dans ce domaine également, qu’aucune d’elles ne puisse être contraire aux principes fondamentaux de la charia. De même, les actes d’adoration qui sont établis de manière claire, ou par des indications explicites ou implicites, par des paroles ou des actes du Prophète éminent ou des Compagnons, ne sont pas non plus des bid‘a. Il apparaît également que ce qui n’était pas nécessaire à l’époque du Prophète éminent, mais dont la nécessité se manifeste ultérieurement pour une œuvre religieuse et afin d’atteindre un objectif religieux, ne peut pas davantage être considéré comme une bid‘a. On peut citer à titre d’exemple la création, selon les méthodes courantes, d’établissements d’enseignement dans les madrasas, d’organismes de diffusion et de services de prédication religieuse ; la rédaction d’une grammaire arabe pour faire comprendre le Coran et le hadith, ou d’ouvrages de logique et de philosophie pour répondre aux opposants à l’islam ; l’utilisation, pour le jihad, d’armes et d’équipements modernes, l’enseignement de l’art militaire moderne, ainsi que l’usage de moyens de transport rapides et pratiques. Toutes ces choses constituent, sous un certain rapport, des actes d’adoration, bien qu’elles n’existassent pas sous leur forme actuelle à l’époque du Messager éminent et des Compagnons. Malgré cela, on ne peut pas les appeler des bid‘a. En effet, la nécessité de les organiser de cette manière ne s’était pas présentée à cette époque. Mais leur nécessité s’est manifestée par la suite ; c’est pourquoi elles ont été mises en place, et elles sont nécessaires à la religion. En vérité, ces choses existaient déjà à cette époque sous la forme et selon le modèle adaptés aux besoins de cette époque. Ainsi, aucune d’elles n’est aujourd’hui une « bid‘a ».

À ce sujet, on peut également dire que ces choses ne sont pas, à proprement parler, des actes d’adoration. Personne ne les accomplit dans l’intention d’obtenir une récompense. Elles sont des moyens, des instruments ou des préalables de l’adoration. Cela signifie qu’elles ne sont pas ce que l’on pourrait appeler « l’invention d’une chose nouvelle dans la religion ». Elles sont plutôt des choses nouvellement conçues dans le but de pratiquer la religion et de la mettre en œuvre. Ce que le Coran et le hadith interdisent, c’est d’inventer dans la religion une chose nouvelle en la présentant comme faisant partie de la religion. Inventer de nouvelles choses pour mettre la religion en œuvre n’est absolument pas interdit. Par conséquent, on ne pourra appeler ces choses ni des bid‘a, ni les considérer nécessairement comme obligatoires.

Verset coranique – arabe (*********)

Ceux qui ont divisé le fondement de leur religion en plusieurs parts, se sont ouvert diverses voies et se sont séparés en différents groupes, tu n’as aucun lien avec eux, ô Prophète.

Dans son commentaire de ce verset, ‘Allama Khazin a écrit que, selon le récit d’Abu Hurayra, il est question ici des égarés de cette communauté musulmane. Selon un autre hadith, le Prophète éminent a dit que ce verset concerne les adeptes de la bid‘a, les sceptiques et les égarés de la communauté musulmane.

Cette discussion démontre que la religion qu’Allah a accordée au Prophète éminent, qu’il a lui-même suivie dans sa vie réelle, qu’il a présentée aux gens et qu’il leur a ordonné de suivre, est, en un mot et en tant que terme, la sunna. Tout ce qui lui est opposé — qu’il s’agisse de croyance, de conviction, de pratique ou de caractère, dans quelque domaine que ce soit — est la « bid‘a ». De ce point de vue, la « sunna » et la « bid‘a » sont deux idéologies opposées et antagonistes, deux conceptions de la pensée et de la croyance, deux modes de vie et deux systèmes de vie entièrement opposés. Elles avancent dans des directions contraires, comme deux lignes droites. Ce qui est sunna n’est pas bid‘a ; ce qui est bid‘a n’est pas sunna. De même, la sunna ne peut jamais être une bid‘a, et la bid‘a ne peut en aucune manière ni selon les paroles de personne être acceptée comme la sunna.

 

Dans le Coran de la Sunna preuve

Il est dit dans le Noble Coran au sujet du Noble Messager (s) :

 يَأْمُرُهُم بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَاهُمْ عَنِ الْمُنكَرِ

— Il ordonne ce qui est ma‘rûf et interdit ce qui est munkar.

(Al-A‘râf : 157)

Les exégètes ont exprimé diverses opinions sur ce que signifient les termes « ma‘rûf » et « munkar ». Mais selon une interprétation, « ma‘rûf » désigne la « Sunna » et « munkar » désigne la « bid‘a ». L’Allâma Haddâdî a écrit dans son Tafsîr : « Le ma‘rûf, c’est la Sunna, et le munkar, c’est la bid‘a ».

La preuve de la Sunna dans le hadith preuve

Hazrat ‘Imrân ibn Husayn (r.a.) dit : le Coran fut révélé et le Messager (s) établit la Sunna. Puis il dit : « Suivez-moi. » Par Dieu, si vous ne le faites pas, vous vous égarerez.

En d’autres termes, la règle, la voie et l’idéal de vie conformes au Coran constituent la Sunna. Le Messager éminent ﷺ a présenté et établi cette Sunna, et a ordonné à tous les hommes de la suivre. Dans la dernière partie, il a dit que si l’on ne suit pas cette Sunna, il ne reste rien d’autre qu’un égarement manifeste. En vérité, cet égarement est la bidʿa, c’est-à-dire ce qui s’oppose à la Sunna.

Jâbir ibn Abdallah (qu’Allah l’agrée) rapporte : Nous étions un jour assis auprès du noble Messager ﷺ. Il traça une ligne devant lui et dit : « Voici la voie d’Allah, le Seigneur des mondes. » Puis il traça deux lignes, à sa droite et à sa gauche, et dit : « Voici la voie de Satan. » Ensuite, il posa sa main sur la ligne centrale et récita ce verset du Coran, dont le sens est : « Voici Ma voie, ferme, droite et rectiligne ; suivez-la donc. Et ne suivez aucune des autres voies et lignes que vous voyez, sinon vous vous éloignerez de la voie d’Allah et vous vous en séparerez. Allah vous a ordonné cela, afin que, craignant Allah, vous observiez certainement cet ordre. »

Ce hadith a également été rapporté d’après Abdallah ibn Masʿûd (qu’Allah l’agrée). Toutefois, leurs formulations présentent quelques différences. (Dârimî, Musnad d’Ahmad)

Dans un long hadith rapporté par ʿIrbâd ibn Sâriya, le noble Messager ﷺ a dit : « Vous devez absolument suivre ma Sunna ainsi que la Sunna des califes bien guidés et attachés à la vérité. Saisissez-les fermement et tenez-y avec vos dents, en demeurant constants, afin qu’en aucune circonstance elles ne vous échappent et que vous ne vous en écartiez ni ne vous en sépariez. »

[Explication : Dans le hadith précité, le Prophète ﷺ a insisté sur le fait de suivre, en plus de sa propre Sunna, la Sunna des califes bien guidés. En effet, ils ont suivi la Sunna du Messager de manière absolument complète, ont agi conformément à celle-ci et n’ont jamais rien fait qui lui soit contraire. Pourquoi cette Sunna a-t-elle donc été appelée « la Sunna des califes bien guidés » ? Elle a été ainsi appelée parce qu’ils ont pratiqué conformément à la Sunna du Messager : ils ont compris, à partir de ses paroles et de ses actes, ce qu’elle impliquait et l’ont adopté. Ils étaient extrêmement désireux d’agir en toute chose conformément à la Sunna du Messager et se tenaient tous éloignés de toute opposition à celle-ci. Ils en faisaient ainsi non seulement dans les grandes affaires, mais aussi dans les petites. Lorsqu’ils trouvaient une preuve dans le Coran ou dans la Sunna du Messager concernant une question, ils s’y attachaient et ne l’abandonnaient en aucune façon. En revanche, lorsqu’ils ne trouvaient aucune instruction explicite sur une question, ils réfléchissaient profondément, l’examinaient, se consultaient mutuellement, adoptaient un avis et agissaient en conséquence. On pourrait ici se demander : si les califes bien guidés agissaient selon leur propre jugement, quelle signification pouvait avoir l’expression « la Sunna des califes bien guidés » ? La réponse est que bien des gens n’avaient pas vécu à l’époque du Messager, mais avaient vécu à l’époque des califes, ou avaient vécu durant ces deux périodes. Or, de nombreuses situations nouvelles étant apparues par la suite, les califes bien guidés avaient dû établir une règle à ce sujet. En voyant cela, diverses incertitudes pouvaient naître dans l’esprit des gens de cette époque. C’est pourquoi le noble Messager ﷺ dissipa ce doute en déclarant : « Acceptez également ce qu’ils feront, car ma Sunna y aura été suivie. »]

L’insistance à s’attacher fermement à la Sunna et à la suivre inébranlablement est extrêmement forte et catégorique. En effet, cette Sunna constitue la conduite pratique du Prophète ﷺ. La suivre, c’est en pratique observer l’islam ; et si on l’abandonne, il ne reste rien d’autre qu’un égarement manifeste. Il est dit : que reste-t-il donc, sinon l’égarement, lorsqu’on abandonne la vérité fondamentale ?

C’est pourquoi la déclaration du noble Messager ﷺ revêt une très grande importance. La dernière phrase d’un long hadith rapporté par Abdallah ibn Masʿûd (qu’Allah l’agrée) est la suivante : « Si vous abandonnez la Sunna de votre Prophète, vous vous égarerez certainement. » Il a également dit dans un autre hadith : « Celui qui se détourne de ma Sunna et ne la suit pas ne fait pas partie de ma communauté et ne marche pas sur mon chemin. »

Un homme avait commencé à égorger un chameau alors qu’il était couché. Alors Abdallah ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Attache le chameau et fais-le tenir debout, puis accomplis le nahr ; telle est la Sunna du noble Abû al-Qâsim Muhammad ﷺ. »

Dans la société musulmane, la conduite conforme à la charia qui y est en vigueur est également appelée sunna dans les hadiths. Le Messager honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Celui qui a accompli la prière de l’Aïd al-Adha puis a immolé l’animal a parachevé son sacrifice et a respecté les usages des musulmans. » La « sunna du Messager » signifie l’idéal du Messager et les règles de conduite établies par lui. Ne pas la suivre signifie adopter une conduite opposée à la sienne. Ainsi, celui qui observerait et suivrait une conduite opposée à celle du Messager honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne pourrait en aucune façon être pratiquant de l’islam ni être musulman. En vérité, ce hadith prouve avec encore plus de force que cette « sunna » n’est pas le terme technique de la jurisprudence islamique, ni celui des spécialistes du hadith. Dans ces hadiths, la « sunna » désigne le modèle de vie présenté et effectivement suivi par le Messager honoré. C’est cette sunna qui fait l’objet de notre discussion.

 

La signification de la bid‘a

Tout ce qui est contraire à cette sunna constitue la bid‘a. Qu’est-ce que la bid‘a ? Sayyid Jamal al-Din al-Qasimi a écrit : « La bid‘a désigne l’apparition, dans la religion, d’une chose nouvelle après que la religion a atteint sa pleine maturité. Il s’agit de choses qui n’existaient pas à l’époque du Prophète honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), que ce soit sous la forme d’une pratique effective, d’une parole, d’une approbation ou d’une autorisation, et au sujet desquelles aucune permission ni aucune interdiction ne peuvent être trouvées au regard des règles et prescriptions de la charia. »

Selon cette définition, est également une bid‘a toute chose dont on ne trouve aucune trace d’un consensus concernant son existence dans les paroles, les actes ou les approbations des Compagnons.

Car personne ne peut avoir le droit d’introduire quoi que ce soit de nouveau dans la religion. En vérité, après que la religion a été parachevée, ajouter quelque chose à celle-ci, ou considérer une chose nouvelle comme faisant partie de la religion et agir en conséquence, en croyant que cette pratique procurera une récompense divine et qu’y renoncer exposera au châtiment d’Allah, voilà le fondement même de la bid‘a. Toute chose qui présente cette caractéristique constitue une bid‘a. En effet, agir ainsi revient clairement à considérer que la religion n’est pas complète, qu’elle est incomplète et qu’elle comporte de nombreuses lacunes et insuffisances. Or cette conception est totalement contraire à la déclaration suivante du Coran.

Dans le Noble Coran, Allah le Très-Haut a déclaré au sujet de la religion islamique :

Arabe (*********)

« Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai pleinement accompli sur vous Mon bienfait, et J’ai agréé pour vous l’islam comme religion — Je l’ai choisi et désigné pour vous. »

Ce verset prouve de manière irréfutable que la religion de l’islam est parfaite. Elle ne comporte ni imperfection ni manque en quoi que ce soit. Elle est donc pleinement capable de répondre, pour les êtres humains et pour toujours, à tous leurs besoins religieux. Ceux qui croient en cette religion et la suivent n’ont nul besoin de se tourner vers une autre voie en dehors d’elle, d’y intégrer quoi que ce soit de l’extérieur ni d’en retirer quoi que ce soit. En effet, elle prévoit la satisfaction de tous les besoins fondamentaux de l’être humain, sans contenir pour autant aucun élément vain, inutile ou superflu. Il n’est donc permis ni d’y ajouter quoi que ce soit ni d’en retrancher quoi que ce soit. Ces deux actes sont contraires à la perfection de la religion et s’opposent clairement à la déclaration susmentionnée d’Allah. Introduire, dans le domaine du culte islamique, des cérémonies en les présentant comme des œuvres méritoires, alors qu’elles n’étaient pas pratiquées à l’époque du Prophète (S) et des Compagnons éminents, constitue manifestement une bid‘a, aussi brillantes qu’elles puissent paraître, et est totalement contraire à la déclaration coranique sur la perfection de la religion islamique. Si elles n’ont pas été instituées à cette époque, c’est parce qu’elles ne plaisaient ni à Allah ni à Son Messager et n’étaient pas agréées par eux. C’est pourquoi l’imam Mâlik disait : ce qui, à cette époque, n’a pas été déclaré ni établi comme une pratique religieuse ne peut pas davantage être considéré aujourd’hui comme une pratique religieuse.

La propagation de la bid‘a dans le domaine de la religion contient en elle-même la cause de la déformation et de la disparition de la religion originelle. Si l’on tolère aujourd’hui, dans les actes cultuels, des règles, des conditions et des cérémonies inventées de toutes pièces, de nouveaux éléments y seront progressivement intégrés en si grand nombre qu’il deviendra ensuite impossible de déterminer lesquels sont authentiques et ont été institués par le Prophète (S), et lesquels sont des imitations ajoutées par les générations ultérieures. C’est également l’unique cause pour laquelle la religion présentée par les prophètes fut déformée et finit par disparaître chez les peuples des prophètes des temps passés. Ils avaient intégré, dans le culte institué par le prophète, de nouveaux éléments forgés de toutes pièces. Après quelque temps, il ne resta plus aucun moyen de discerner ce qu’était la religion originelle.

La religion est donc ce qu’Allah a donné et que le Messager a présenté. Lorsque quelqu’un y introduit quelque chose de nouveau, cela revient à dire qu’Allah ou que le noble Messager (S) ne savait pas exactement à quoi la religion devait ressembler, alors que ces gens le sauraient maintenant — à Allah ne plaise. Ils veulent donc y introduire toutes sortes de nouveautés selon leur propre compréhension, afin d’en corriger les défauts et de parfaire ce qui serait incomplet. Ils veulent aussi en retrancher certains éléments pour l’adapter à leur époque. Qui lui a donné le droit d’agir ainsi ? Allah le lui a-t-Il donné ? Son Messager le lui a-t-il donné ? Non, personne ne le lui a donné ; il agit de sa propre initiative. C’est précisément en considérant cela que le vénérable Hudhayfa ibn al-Yamân (ra) a dit : « Ne pratiquez pas comme culte ce que les Compagnons éminents n’ont pas pratiqué. » (Ne le considérez pas comme un culte et ne croyez pas qu’il procure une récompense.) En effet, les générations précédentes n’ont rien laissé en suspens pour les générations suivantes, que celles-ci devraient venir compléter. Ô communauté musulmane, craignez donc Allah et adoptez et suivez les usages des générations précédentes.

Dans ces conditions, ajouter quoi que ce soit à la religion ou en retrancher quoi que ce soit revient à s’immiscer indûment dans les prescriptions de la loi religieuse, à y intervenir illégalement, à s’opposer aux déclarations d’Allah et à L’insulter. L’audace d’une telle immixtion est impardonnable.

Ce sont ceux qui n’ont pas pu se soumettre sincèrement à Allah et qui n’ont pas pu se rendre obéissants au Messager qui pratiquent la bid‘a et la tolèrent. En réalité, la source de la bid‘a réside dans les désirs de l’ego, l’arbitraire, la convoitise et la désobéissance. Ceux qui considèrent le décret d’Allah et la guidance du Messager comme des obstacles à la satisfaction des désirs de l’ego sont précisément ceux qui ajoutent et retranchent de la religion selon leur propre volonté. Puis ils confèrent à ce qui résulte de ces ajouts et retranchements le statut de religion. Et puisque cette pratique elle-même est considérée comme une œuvre religieuse, ils ne perçoivent pas son erreur ni sa gravité. C’est pourquoi les adeptes de la bid‘a n’ont jamais l’occasion de s’en repentir. Cette bid‘a est une chose si grave qu’elle dénature même les obligations prescrites par la loi religieuse. Dans leur cœur, il ne subsiste plus aucun sentiment de respect ni de considération pour les obligations prescrites par la loi religieuse. À force de prendre l’habitude de transgresser les limites de la loi religieuse, la nature même des gens se corrompt, et leur esprit devient si tortueux qu’ils ne ressentent ensuite plus aucune hésitation ni aucune retenue à briser toutes les limites et toutes les frontières de la loi religieuse. Les actes contraires à la loi religieuse commencent alors à leur paraître excellents.

Il faut garder à l’esprit, à ce propos, quelle est la signification exacte du fait que les prescriptions de la religion islamique soient parfaites et complètes. En réalité, le Prophète (S) a transmis en détail tout ce qui concerne la religion. Quant à toutes les questions relatives au monde, il en a donné des prescriptions et des dispositions générales. Il a également établi certains principes fondamentaux.

Du point de vue de l’organisation pratique, le système de consultation de l’islam consiste à obéir au dirigeant de l’État musulman dans les limites de la loi religieuse et à suivre les règles et prescriptions qu’ils déduisent par l’ijtihad, ainsi qu’à instaurer la facilité, écarter les difficultés et répondre aux besoins. Ces principes sont tels qu’à toute époque marquée par les changements, leurs règles et leurs dispositions peuvent entièrement façonner de manière nouvelle la vie des hommes et la société. À ce propos, les termes de plusieurs hadiths méritent d’être mentionnés ici. L’un d’eux est le hadith rapporté par Irbâd ibn Sâriya : en arabe (********)

— Le noble Messager (S) nous adressa un jour une exhortation importante et nous donna des conseils. Sous son effet et devant sa puissance, des larmes se mirent à couler des yeux des personnes présentes. Leurs cœurs s’attendrirent et se mirent à trembler. Nous dîmes : Ô Messager d’Allah ! Vous nous avez certes adressé une exhortation comme quelqu’un qui prend congé. Que nous ordonnez-vous donc ? Le Messager (S) dit : Je vous laisse certes établis sur un modèle lumineux, à la lumière duquel même la nuit resplendit comme le jour. Après mon départ, quiconque s’y opposera périra.

Dans ce hadith, par l’exemple lumineux, il faut entendre le modèle, les exemples et les directives de la vie réelle et active du Messager. Et, de fait, c’est une chose si éclatante et manifeste qu’à sa lumière, même dans les ténèbres de la vie humaine, parsemées des problèmes les plus graves, on peut trouver le chemin comme à la lumière du jour. Nulle obscurité ne peut venir barrer la route, ni rendre la vie paralysée et accablée de problèmes. En effet, le noble Prophète était venu dans le monde précisément pour montrer à l’humanité tout entière un chemin aussi lumineux. Il s’est acquitté pleinement de cette responsabilité. Aucune ombre noire d’inachèvement n’y est demeurée. Dans ce contexte, il convient également de lire cette parole de l’imam Mâlik :

Quiconque introduit une innovation dans l’islam et la considère comme bonne et excellente, c’est comme s’il avait estimé que le Prophète n’avait pas accompli sa mission de messager et de prophète, et qu’il avait trahi la confiance. Car s’il l’avait effectivement accomplie, alors rien d’autre que l’islam et la Sunna ne serait nécessaire. Tout ce qui est bon s’y trouve déjà.

Ibrâhîm al-Nakha‘î a dit : « Allah Très-Haut ne vous a accordé aucun bien qui soit resté caché ou inconnu aux nobles Compagnons. Or les Compagnons étaient les compagnons du Messager et les meilleurs de Ses créatures. »

Le sens de cette parole d’Ibrâhîm al-Nakha‘î est qu’il ne faut pas commettre d’excès dans la religion. Tous les musulmans doivent suivre exactement la religion telle qu’ils l’ont véritablement reçue du Messager. Il ne convient ni d’y retrancher quoi que ce soit, ni d’y ajouter quoi que ce soit.

C’est précisément ce qui est dit dans le verset coranique suivant, à l’adresse des Gens du Livre :

يَا أَهْلَ الْكِتَابِ لَا تَغْلُوا فِي دِينِكُمْ وَلَا تَقُولُوا عَلَى اللَّهِ إِلَّا الْحَقَّ ۚ

— Ô Gens du Livre ! Ne commettez pas d’excès dans votre religion et ne dites sur Allah que la vérité qui Lui est due.

Voici ce qui est dit au sujet de ces « Gens du Livre » :

وَرَهْبَانِيَّةً ابْتَدَعُوهَا مَا كَتَبْنَاهَا عَلَيْهِمْ إِلَّا ابْتِغَاءَ رِضْوَانِ اللَّهِ فَمَا رَعَوْهَا حَقَّ رِعَايَتِهَا  [٥٧:٢٧]

—et ils ont eux-mêmes institué le monachisme. Nous ne leur avions pas prescrit cette règle. Nous leur avions seulement prescrit de rechercher la satisfaction d’Allah, mais ils ne l’ont pas observée comme il se devait. (Sourate al-Hadîd : 27).

À la lumière de ces deux versets, le devoir du croyant est d’adopter la religion comme il se doit. Il est absolument interdit d’y ajouter quoi que ce soit de son propre chef, ou de la diminuer en en retranchant certains éléments. De même, ne pas accorder exactement l’importance attribuée, dans la religion d’Allah, à telle chose ou à telle œuvre, donner davantage d’importance à ce qui en mérite moins, ou moins d’importance à ce qui en mérite davantage : tout cela constitue un excès manifeste. Présenter comme relevant de la religion une chose qui n’en relève absolument pas est clairement répréhensible et constitue une faute.

Ainsi, quiconque accomplit une œuvre qui n’appartient absolument pas à la charia en la considérant comme une œuvre prescrite par la charia ou conforme à celle-ci, introduit une nouveauté dans la religion : c’est cela, la bid‘a. Il parle de sa propre bouche au sujet d’Allah, de manière totalement injustifiée. Il attribue au nom d’Allah ce qu’Allah n’a pas dit.

Un homme demanda à Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) :

« De quel endroit revêtirai-je l’ihrâm ? » Il répondit : « Tu le revêtiras exactement à l’endroit où le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’a revêtu. » L’homme dit : « Si je m’assieds en deçà de cet endroit et revêts l’ihrâm, y aura-t-il un mal ? » Anas (qu’Allah l’agrée) répondit : « Non, ne fais pas cela. Je crains que tu ne sois plongé dans la fitna. » L’homme demanda : « Même exagérer quelque peu dans une bonne œuvre deviendrait une fitna ? »

Alors Anas (qu’Allah l’agrée) récita ce verset :

فَلْيَحْذَرِ الَّذِينَ يُخَالِفُونَ عَنْ أَمْرِهِ أَن تُصِيبَهُمْ فِتْنَةٌ أَوْ يُصِيبَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ[ ٢٤:٦]

— Ceux qui s’opposent aux ordres et aux prescriptions du Messager doivent prendre garde. Une fitna peut les engloutir ou un châtiment douloureux peut les atteindre.

Il dit : « Tu considères comme une bonne œuvre une chose que le noble Messager (s) n’a pas désignée comme telle ; quelle fitna pourrait être plus grande que celle-ci ? »

Cette conversation permet de se faire une idée claire de la bid’a et montre que, même en considérant une chose comme une bonne œuvre ou une œuvre méritoire, il n’est pas permis d’accomplir un acte supplémentaire dont aucun fondement ne se trouve dans la charia originelle.

La bid’a comment s’est instaurée ??

On peut relever quatre causes principales à l’apparition et à la diffusion de la bid’a. La première est qu’un innovateur l’invente de son propre chef et l’introduit dans la société. Elle finit ensuite par se répandre généralement dans la société. La deuxième est qu’un savant religieux a peut-être accompli un acte contraire à la charia, tout en sachant qu’il lui était contraire ; en le voyant faire, des ignorants commencent à penser que cet acte doit être conforme à la charia. Ainsi, à cause d’un seul individu, la bid’a se répand dans toute la société. La troisième est que des ignorants commencent à accomplir un acte contraire à la charia. Les savants de la société restent alors totalement silencieux à ce sujet : ils ne le dénoncent pas, ne l’interdisent pas et ne disent pas que cet acte est contraire à la charia et qu’ils ne doivent en aucun cas l’accomplir. Dans une telle situation, puisque les savants, malgré leur responsabilité, la possibilité et l’autorité dont ils disposent, ne dénoncent ni ne combattent la bid’a ou l’acte contraire à la charia, les gens ordinaires en viennent à penser que cet acte ne doit certainement pas être illicite ni constituer une bid’a. Sinon, les savants l’auraient-ils laissé sans protester ? De même, on entend dire qu’un tel acte a été accompli ou qu’une telle parole a été prononcée lors de telle assemblée, où étaient présents tel et tel grand savant ; puisqu’ils ne l’ont pas dénoncé, il faut bien comprendre que cet acte ou cette parole est nécessairement conforme à la charia, car autrement ils l’auraient certainement dénoncé. C’est ainsi qu’un acte totalement constitutif de bid’a ou illicite finit par être connu et répandu dans la société comme une « œuvre conforme à la charia ». La quatrième cause est qu’un acte peut être intrinsèquement bon, conforme à la charia ou semblable à la Sunna. Mais il n’a peut-être pas été exposé aux gens de la société ni prêché pendant une très longue période. Le commun des gens en vient alors à penser que cet acte ne doit certainement pas être bon ; s’il était bon, les savants l’auraient-ils gardé sous silence si longtemps ? Ainsi, les gens finissent par considérer une œuvre conforme à la charia comme une œuvre contraire à la charia ; et cela constitue également une grande bid’a.

Il existe également une autre cause psychologique à la diffusion de la bid’a. L’être humain aspire naturellement à obtenir la paix et le bonheur éternels — le Paradis. C’est pourquoi il s’efforce d’accomplir toujours davantage de bonnes œuvres. Même s’il trouve difficile d’observer correctement les prescriptions et les commandements de la religion, il devient très avide d’accomplir des œuvres méritoires faciles. C’est alors qu’il tombe dans les ruses de Satan. Sous l’effet de cette convoitise et de ces manœuvres sataniques, il décide très précipitamment d’accomplir certaines œuvres méritoires faciles. Il se persuade lui-même qu’il s’agit de très bonnes œuvres, d’œuvres méritoires. En les accomplissant, il obtiendra tant de récompense qu’il ne lui sera nullement difficile d’atteindre la paix et le bonheur éternels du Paradis. Mais, à ce moment-là, il ne possède pas plus les compétences islamiques nécessaires pour examiner si les actes qu’il considère comme méritoires le sont effectivement ou selon le fondement de la charia, qu’il ne manifeste un intérêt particulier pour cette vérification. Car cela risquerait de briser le doux rêve de parvenir au bonheur éternel. Et c’est précisément cela qu’ils redoutent.

Il convient de préciser que l’apparition de la bid’a au nom de la religion dans une société religieuse n’a rien d’anormal et qu’elle ne constitue pas non plus une nouveauté dans l’histoire de l’humanité. Lorsque la religion fut prêchée pour la première fois, elle fut fondée sur la connaissance. Par la suite, lorsque la majorité des membres de la société ou ses personnes influentes eurent perdu cette connaissance, l’irréligion et l’antireligion s’introduisirent au nom de la religion en profitant de la dévotion, du respect et de l’attachement que le peuple éprouvait pour elle. Les gens continuèrent alors tout naturellement à accomplir ces actes en les considérant comme religieux. À titre d’exemple historique, les Arabes étaient les descendants d’Ibrahim et d’Ismaïl (a). La croyance au tawhid s’était largement répandue parmi eux. La religion fondée sur le tawhid resta puissante dans cette contrée pendant plusieurs siècles, mais, après le passage d’une longue période, le vrai et le faux se mélangèrent dans leur croyance et leur pratique. À un moment donné, le culte des idoles ainsi que celui des pierres et des montagnes se répandirent largement comme de bonnes œuvres. À l’époque de l’avènement du noble Messager (s), leur situation religieuse et morale avait atteint un degré extrême de déchéance.

Croyance et fiqh selon la perspective du bid‘a

Les ouvrages de croyance et de fiqh traitent également en détail de la bid‘a. En effet, la bid‘a est une pratique gravement répréhensible en islam, et il incombe au croyant de la délaisser à tous les niveaux. C’est précisément pour préserver les musulmans, de manière générale, de cette grande transgression que la nécessité d’exposer en détail la bid‘a dans ces ouvrages s’est fait sentir. Nous rapportons ici le contenu de quelques ouvrages.

Dans l’ouvrage Kashf Badhdhuvi, il est dit : « La bid‘a est une chose nouvellement introduite dans la religion, qui n’existait pas à l’époque des nobles Compagnons et des Tabi‘in. »

Dans l’ouvrage Sharh al-Maqasid, il est dit : « Par bid‘a blâmable, on entend une chose nouvellement introduite dans la religion, alors qu’elle n’existait pas à l’époque des Compagnons et des Tabi‘in, et qu’aucune preuve de la Charia ne vient la soutenir. »

Dans l’ouvrage « Majalisul Abrar », écrit par l’érudit Shihabuddin Afendi, il est dit : Sache que le mot bid‘a a deux sens. Le premier est son sens lexical : toute chose nouvelle, qu’il s’agisse d’un acte d’adoration ou d’une affaire relevant des habitudes. Le second est son sens terminologique selon la Charia. Dans cette perspective, la bid‘a consiste à ajouter ou à retrancher quelque chose à la religion de l’islam après les Compagnons, sans qu’aucune permission, explicite ou implicite, n’ait été rapportée du noble Prophète (s), que ce soit par la parole ou par l’acte.

Exposé du hadith concernant la bid‘a

À la fin d’un long hadith, après avoir exhorté à suivre la « Sunna », le noble Messager (s) a mis en garde contre la bid‘a en déclarant :

 Arabe (********)

Éloignez-vous dans votre religion de toute chose nouvellement apparue. En effet, toute chose nouvellement introduite dans la religion est une innovation, et toute innovation est à l’origine de l’égarement suprême. (Ahmad)

Dans son explication de l’expression « muh dathāt al-umūr » figurant dans ce hadith, l’érudit Ahmad al-Bannā a écrit : « Muh dathāt al-umūr désigne les choses et pratiques qui ne sont reconnues comme relevant de la Loi religieuse ni par le Coran, ni par la Sunna, ni par le consensus. C’est cela, l’innovation. »

Le hadith précité, rapporté par ʿĀʾisha, est cité dans le Sahih Muslim en ces termes : « Quiconque accomplit une œuvre qui n’est pas conforme à la Loi religieuse que j’ai apportée et approuvée — c’est-à-dire qui n’est pas conforme à la Loi religieuse — verra assurément cette œuvre rejetée. »

L’imam al-Shātibī a dit à propos de ce hadith : « Selon les spécialistes, ce hadith possède la valeur d’un tiers de l’islam. En effet, il rassemble tous les aspects de l’opposition aux règles apportées par le Noble Prophète, tandis que lui fait pendant toute chose relevant de l’innovation ou de la désobéissance. »

ʿUmar al-Fārūq et ʿAbd Allāh ibn Masʿūd ont dit : « Ô communauté des musulmans, vous introduirez de nombreuses choses nouvelles, et de nombreuses nouveautés dans la religion de l’islam seront également introduites pour vous. Sachez que toute chose nouvellement introduite est un égarement manifeste, et que l’aboutissement ultime de tout égarement est l’Enfer. »

Le Noble Prophète a dit :

Arabe(*******)

— Suivez uniquement le modèle que vous a donné le Messager et ne pratiquez en aucune manière l’innovation.

Dans un discours, il a dit :

Arabe(******)

— Sachez que la meilleure parole est le Livre d’Allah. Et la meilleure conduite est la voie de vie présentée par Muhammad (s). En revanche, la pire des choses est toute doctrine nouvellement inventée, et toute doctrine nouvellement inventée est une égarement manifeste.

Dans son explication du terme « muh­dathât » de ce hadith, l’érudit Mullâ Al-Qârî a écrit : « Les muh­dathât désignent toutes les innovations introduites dans les croyances, les paroles et les pratiques. »

L’imam Mâlik (r) a dit : Le Messager vénérable (s), puis les personnes responsables de la communauté musulmane après lui, ont établi la Sunna. Il suffit désormais de s’y attacher et de la suivre pour confirmer la vérité du Livre d’Allah et accomplir pleinement le devoir d’obéir à Allah. Cette Sunna constitue une très grande force au service de la religion d’Allah. Nul n’a le droit de modifier cette Sunna ou de la remplacer par autre chose, et il n’est pas permis de se tourner vers quoi que ce soit qui lui soit contraire. Bien plus, celui qui agira conformément à cette Sunna sera bien guidé. Celui qui cherchera à acquérir de la force grâce à elle sera secouru. Mais celui qui s’y opposera perdra l’idéal suivi par les musulmans. Allah les détournera vers la direction vers laquelle ils se seront eux-mêmes tournés, puis les fera entrer en Enfer. Et l’Enfer est certes un bien mauvais endroit.

La conduite suivie par le Noble Prophète (s) est la Sunna. Est également Sunna ce que les dirigeants de la société islamique après lui, les califes bien guidés, ont instauré. Ils n’ont instauré que ce que le Noble Messager (s) avait ordonné et montré comme voie. Ils ne se sont pas opposés au modèle montré par le Messager et n’ont introduit aucune nouveauté dans la religion de l’islam. Ce sont eux les califes bien guidés.

À ce sujet, l’imam Shâtibî a écrit : La Sunna, c’est-à-dire la voie pratique établie par les responsables de la communauté musulmane après le Noble Messager (s) — les califes bien guidés — doit elle aussi être adoptée comme une Sunna à suivre. Elle ne peut être une innovation et ne comporte aucune innovation, même si elle n’est pas connue explicitement à partir du Coran et des hadiths. En effet, le Noble Prophète (s) a également mentionné cette Sunna de manière particulière.

Hazrat Abd Allah ibn Mas‘ûd (r) possédait une compétence véritable dans le Coran et la Sunna. Le Noble Prophète lui-même (s) en a témoigné.

Hazrat Abdallah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) croyait que le shirk est la négation du tawhid, tandis que la bid‘a est l’opposé de la sunna. Le shirk est la négation de la première partie de la formule « La ilaha illallah ». Quant à la bid‘a, elle est l’opposé de la dernière partie de la formule, « Muhammadur Rasulullah », et sa négation dans le cœur. Le Mujaddid al-Alfathani (que Dieu lui fasse miséricorde) a expliqué cette vérité avec beaucoup de clarté. Selon lui, le shirk et la bid‘a anéantissent la sunna. C’est pourquoi leur conséquence à tous deux ne peut être autre que le feu de la Géhenne.

Le maître Mujaddid n’a pas dit cela de lui-même. On rapporte dans le Musnad d’Ahmad, d’après Ghayib ibn al-Harith al-Shimali : « Lorsqu’un peuple innove une bid‘a, une sunna semblable disparaît de son sein. Il vaut donc mieux s’attacher à la sunna plutôt que d’innover une bid‘a. »

Dans le recueil de hadiths Musnad al-Darimi, on rapporte cette parole de Hazrat Hisn :

Chaque fois que les gens introduisent une bid‘a dans leur religion, Allah le Très-Haut leur retire une sunna correspondante. Puis Il ne la leur rendra plus jusqu’au Jour de la Résurrection.

Toute action dont nous en venons à penser qu’elle plaira à Allah le Très-Haut, qu’elle nous fera compter parmi les serviteurs aimés d’Allah ou du Messager, qu’elle accroîtra notre popularité, qu’elle augmentera miraculeusement les moyens de subsistance de nos enfants, qu’elle leur apportera la baraka, ou que, grâce à sa baraka, nos épreuves et nos malheurs seront écartés de manière surnaturelle, toutes ces choses sont connues comme étant « religieuses ». Mais si elles ne reposent sur aucune preuve de la charia, ou si les grands Compagnons ne les ont pas pratiquées de leur vivant, elles constituent une bid‘a. De même, lorsqu’une action permise peut être accomplie de plusieurs manières selon la charia, mais que nous en déterminons une seule et croyons que seule cette manière nous vaudra une récompense, cela aussi constitue une bid‘a.

Qiyas et Ijtihad sont-ils des bid‘a ??

Les sources fondamentales de la charia islamique sont le Coran et les hadiths. C’est en se fondant sur ces deux sources qu’il faut connaître les décisions de la charia concernant les besoins toujours nouveaux de la vie islamique et apporter des solutions appropriées aux problèmes qui surgissent sans cesse. Ainsi, dans la charia islamique, le qiyas et l’ijtihad sont considérés comme deux de ses sources essentielles. C’est grâce à eux que l’islam possède la capacité et l’aptitude à être un mode de vie complet pour tous les temps et tous les êtres humains, et qu’il peut fournir des orientations infaillibles à tous les niveaux de la vie musulmane et dans toutes les situations. Ils ne sont donc pas des bid‘a. Ils ne le sont pas parce qu’ils ne constituent nullement des éléments nouveaux dans le système islamique. Le Prophète lui-même (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ainsi que les califes bien guidés les ont pleinement utilisés pour élaborer et appliquer le droit islamique.

L’Allama al-Alusi a écrit : « Le qiyas et l’ijtihad ne sont nullement contraires à l’achèvement de la religion. En effet, l’achèvement de la religion signifie que celle-ci est, dans son essence et dans les questions nécessaires qui s’y rattachent, pleinement mûre et définitive. C’est à partir d’elle que seront déduites les lois, les règles et les principes nécessaires. Les principes fondamentaux des croyances seront établis, et les principes de la charia ainsi que les règles de l’ijtihad seront élaborés. Rien de tout cela ne sera contraire à l’achèvement du Coran, et donc de la religion. »

Le Mujaddid al-Fani, le shaykh Ahmad Sirhindi, a dit : Le qiyās et l’ijtihād ne peuvent en aucune manière être considérés comme des innovations (bidʿa). En effet, tous deux ne font qu’exprimer les preuves fondamentales du Coran et des hadiths, sans établir dans la religion un élément nouveau et supplémentaire.

En réalité, le qiyās et l’ijtihād se concrétisent par l’ijmāʿ. L’ijmāʿ non plus n’est pas une chose nouvellement introduite dans la religion islamique, et il ne permet pas davantage d’établir une opinion incompatible avec les principes fondamentaux de l’islam. L’ijmāʿ n’est donc pas une innovation ; aucune décision établie par l’ijmāʿ ne peut être considérée comme une innovation. Le fondement de l’ijmāʿ est clairement reconnu dans les hadiths.

Ibn Masʿūd a rapporté que le Noble Prophète a dit :

– Arabe (*******)

– La décision que la communauté musulmane prendra collectivement selon la Loi islamique sera également acceptée par Allah comme bonne et excellente ; et ce que les musulmans considéreront comme mauvais et abominable sera considéré comme mauvais et abominable auprès d’Allah. (Ibn Nadīm a cité ce hadith comme étant une parole d’Ibn Masʿūd. Il demeure toutefois une preuve en faveur de l’ijmāʿ, car la parole d’un Compagnon constitue également une preuve de la Loi islamique.)

 

Ahl al- Sunna et Ahl al- Bidʿa

Après cette discussion sur la Sunna et l’innovation, la question à examiner est la suivante : qui sont les Ahl al-Sunna et qui sont les Ahl al-Bidʿa ?

Qui sont les Ahl al-Sunna, c’est-à-dire les adeptes de la Sunna ? Qui s’y attachent et fondent leur mode de vie sur la Sunna ? Et qui sont les Ahl al-Bidʿa, c’est-à-dire ceux qui ne suivent pas la Sunna, ceux qui adhèrent à l’innovation ? Qui sont les innovateurs ?

Il est également nécessaire d’examiner cette question. En effet, on constate qu’un certain nombre de personnes, tout en accomplissant des actes extrêmement innovés et en agissant, dans divers aspects de leur vie, à l’encontre de la Sunna, prétendent être les seules à appartenir aux Ahl as-Sunna. Et ceux qui ne soutiennent pas leurs innovations, qui souhaitent se tenir fermement à la Sunna et l’établir dans leur vie et dans la société, ils les taxent d’innovateurs (partisans de la fitra). Il est donc nécessaire de clarifier, au moyen d’une analyse fondée sur les preuves, qui sont véritablement, à la lumière du Coran et des hadiths, les Ahl as-Sunna et qui sont les Ahl al-Bid’a, et de déterminer également quelle est la place des Ahl as-Sunna et celle des Ahl al-Bid’a.

En réponse à la question de savoir qui sont les Ahl as-Sunna, on a cité les propos de l’érudit ʿAbd ar-Raḥmān ibn al-Jawzī. Il a dit : Il ne fait aucun doute que ceux qui suivent le modèle du Prophète éminent et de ses Compagnons sont véritablement les Ahl as-Sunna. En effet, ce sont eux qui suivent concrètement le modèle de la Sunna, dans laquelle aucune innovation n’a été introduite. Car les innovations et l’apparition des pratiques innovées se sont produites après le Prophète éminent et ses Compagnons.

Il a également dit : L’exposé précédent a clairement établi que les Ahl as-Sunna sont ceux qui suivent la Sunna. Quant aux Ahl al-Bid’a, ce sont ceux qui ont introduit des choses qui n’existaient pas auparavant et qui ne reposent sur aucune source.

Autrement dit, ceux qui pratiquent effectivement la Sunna sans rien y retrancher ni rien y ajouter, qui la pratiquent exactement comme le Prophète et ses Compagnons l’ont pratiquée, l’ont enseignée et l’ont vécue, ceux-là peuvent être appelés les Ahl as-Sunna. Quant à ceux qui y apportent des diminutions ou des ajouts, qui intègrent dans la religion de nombreuses choses qu’ils ont inventées et les présentent comme des actes religieux, ils ne peuvent pas être des Ahl as-Sunna. Ils sont entièrement des Ahl al-Bid’a, des partisans de l’innovation.

En réalité, il n’y avait aucune innovation à l’époque des Compagnons. Ils ont pratiqué la Sunna pure ; ils l’ont mise en pratique dans leur vie personnelle et l’ont suivie dans tous les domaines de la vie collective. Bien plus, chaque fois qu’une innovation apparaissait quelque part, ils la combattaient de toutes leurs forces. Ils se sont montrés véridiques à l’égard de la déclaration du Prophète éminent. Le Prophète éminent a dit :

Arabe (************)

— Mes Compagnons sont les dépositaires de confiance auprès de ma communauté. Et lorsque mes Compagnons auront disparu, ma communauté connaîtra l’état qui lui a été promis.

Sunna établissement et résistance aux innovations responsabilité

C’était un avertissement préliminaire du Noble Messager d’Allah (s). Ayant mentionné les dangers et les conflits idéologiques qui, selon lui, pouvaient s’abattre sur sa communauté, le Noble Messager d’Allah (s) avait lancé à l’avance une mise en garde, afin que les membres de la communauté en soient conscients et qu’aucune chose de cette nature ne puisse pénétrer leur foi et leur croyance, ni leurs actes et leur conduite morale. Un autre hadith de cette catégorie est rapporté par le vénérable ʿAbdullah ibn Masʿud (r).

Le Noble Messager d’Allah (s) a dit : Arabe (*********)

— Chaque prophète envoyé avant moi a eu, au sein de sa communauté, des auxiliaires et des compagnons qui ont adopté et préservé la sunna de ce prophète, et qui ont fidèlement observé ses ordres et ses instructions. Puis lui ont succédé des gens qui disaient des choses qu’ils ne faisaient pas et accomplissaient des actes qu’on ne leur avait nullement ordonné d’accomplir. Dans une telle situation, ceux qui combattront ces gens par leur force sont des croyants ; ceux qui les combattront par la parole et la langue sont également des croyants ; et ceux qui les combattront par le cœur sont eux aussi des croyants. Mais après cela, on ne peut considérer qu’il subsiste en eux la moindre parcelle de foi.  

Ce sont les héritiers ultérieurs contre lesquels ce long hadith met en garde qui constituent les gens de la bidʿa. En effet, leurs actes ne correspondent pas à leurs paroles et ils accomplissent des actes qu’on ne leur a pas ordonné d’accomplir. Or, dans la sharīʿa islamique, personne ne peut être autorisé à accomplir de tels actes en les considérant comme des actes religieux. Sinon, la sunna du Messager n’aurait plus aucune valeur ni aucune importance pour personne. C’est pourquoi il a été ordonné de combattre précisément ces gens. Ainsi, combattre les gens de la bidʿa est le devoir de tout croyant. Celui qui ne le fera pas, conformément à ce hadith, ne possède pas la moindre trace de foi.

L’ordre de proclamer le djihad en Islam vise essentiellement le kufr et le shirk. Mais si l’importance du combat contre la bidʿa est exposée ici en des termes si vigoureux, c’est parce que, même si la bidʿa n’est pas un kufr manifeste ni un shirk apparent, il ne fait aucun doute qu’elle constitue le commencement du kufr et du shirk, la graine à l’origine du kufr et du shirk.

Dès qu’une bidʿa apparaît dans la société islamique et parvient à s’y implanter, elle entraînera inévitablement et très rapidement vers le véritable shirk et le kufr : cela ne fait aucun doute. C’est pourquoi il a été ordonné de détruire dès le germe cette graine du kufr et du shirk dans la société islamique, et c’est également pour cette raison qu’il a été dit que la foi dépend de la proclamation du djihad contre la bidʿa et ses partisans. En réalité, considérer comme un acte religieux et accomplir un acte qui n’a pas été prescrit dans la religion de l’Islam constitue une forme de kufr ; c’est là que réside l’esprit du shirk. À ce propos, les hadiths suivants méritent également une attention particulière.

Le Noble Prophète (s) a dit :

Arabe (********)

– Celui qui fera revivre une sunna oubliée après ma mort recevra une récompense égale à celle que l’on obtiendra en la pratiquant selon cette sunna ; toutefois, la récompense de ceux qui la pratiquent ne sera en rien diminuée. En revanche, celui qui instaurera une innovation de l’égarement — une innovation qu’Allah et Son Messager n’agréent nullement — portera un péché égal à celui encouru par quiconque la met en pratique ; toutefois, le péché de ceux qui la pratiquent ne sera en rien diminué.

L’objectif principal de ce hadith est d’inciter la société musulmane à se protéger de ce qui est mentionné au sujet de la récompense liée au rétablissement d’une sunna oubliée et du péché lié à l’instauration d’une innovation de l’égarement, à faire revivre et à établir la sunna dans la société, à ne pas la laisser disparaître et à ne permettre en aucune manière que l’innovation s’y implante.

Le noble Prophète (s) a dit :

Arabe (**********)

– La religion islamique était, à ses débuts, étrangère et dépourvue d’influence ; il en sera de même à la fin des temps. Annonce heureuse à ces étrangers de cette époque. Ces étrangers sont ceux qui, après moi, s’efforceront d’éradiquer tout ce qui aura contribué à bouleverser ma sunna et de la rétablir. (At-Tirmidhi).

Si la sunna n’est pas généralement établie dans la société musulmane et si l’innovation finit par la submerger, la véritable religion islamique y deviendra une chose étrangère. Quant à ceux qui pratiquent le véritable islam — s’il en reste —, ils deviendront totalement étrangers et dépourvus d’influence dans la société. La domination et l’autorité sur la société passeront aux adeptes de l’innovation et à ceux qui la défendent. Dans une telle situation, ceux qui s’efforcent de rétablir la sunna et de rendre la société saine conformément aux préceptes de la religion reçoivent une bonne nouvelle de la part d’Allah et de Son Messager. En effet, ils portent une foi véritablement solide.

En vérité, lorsque la sunna s’estompe et s’affaiblit dans la société, et que les ténèbres de l’innovation s’accumulent jusqu’à engloutir toute la société, la seule tâche des croyants est de lutter pour éliminer l’innovation et établir la sunna. Pourtant, même dans une telle situation, ceux qui manifestent du respect envers l’innovation et ceux qui la défendent se rendent coupables d’une hostilité extrême envers l’islam.

Le noble Messager (s) a dit :

Arabe (********)

— Quiconque témoigne du respect à un innovateur ou à un partisan de l’innovation contribue à la destruction de l’islam.

Car l’attitude du partisan de l’innovation est contraire à l’islam. Il ne cesse de s’employer à anéantir l’islam. Dans de telles circonstances, lui témoigner du respect ou de la considération revient à soutenir les actes de cet innovateur et à approuver l’innovation. Cela donnera à l’innovateur et au partisan de l’innovation davantage de courage et d’audace pour détruire l’islam ; il deviendra intrépide et téméraire. C’est pourquoi le Noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a déclaré que cet acte contribue à la destruction de l’islam.

Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

Arabe (********)

— Parmi les gens, trois catégories sont les plus détestées d’Allah : premièrement, ceux qui commettent des actes contraires à la Loi religieuse dans le Sanctuaire sacré ; deuxièmement, ceux qui souhaitent instaurer, dans l’idéal islamique, les règles, normes et coutumes de l’époque de l’Ignorance ; et troisièmement, ceux qui entreprennent de verser le sang d’un musulman sans aucune raison. (Al-Bukhari)

Le hadith mentionne la sunna, les règles et les coutumes de l’époque de l’Ignorance, c’est-à-dire la sunna de l’Ignorance. Or celle-ci est parfaitement contraire à la « Sunna du Messager ». Dès lors, comment pourrait-il subsister le moindre doute que celui qui veut introduire, parmi la sunna de l’islam, la sunna ou les règles et coutumes de l’Ignorance en les faisant passer pour une sunna faisant partie de l’islam sera extrêmement détesté d’Allah et maudit par Lui ?

À ce propos, Hasan al-Basri (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit : « Je jure par Celui en dehors de qui il n’y a aucune divinité : la voie de votre sunna est la voie intermédiaire entre les deux extrêmes de l’excès et de la diminution excessive. Attachez-vous donc fermement à cette voie avec patience ; Allah vous fera miséricorde. En effet, les gens de la Sunna — les adeptes de la sunna — ont toujours été peu nombreux par le passé et le resteront dans les temps à venir. Ce sont ceux qui ne se sont jamais joints aux gens de l’excès et qui n’ont pas accompagné les partisans de l’innovation dans leurs innovations. Ils sont plutôt restés fermement attachés à la sunna jusqu’à leur mort, afin de rencontrer Allah. Si Allah le veut, vous serez vous aussi ainsi. » Abdullah ibn Abbas a dit :

Chaque fois que les gens inventaient une innovation religieuse, ils tuaient par là même une sunna. C’est ainsi que l’innovation religieuse s’est éveillée et renforcée, tandis que la sunna a disparu.

Ces quelques hadiths ont présenté aux musulmans un programme d’action parfaitement clair : où qu’ils se trouvent et quelle que soit leur situation, ils devront s’efforcer d’ériger une résistance infranchissable contre les innovations religieuses et leurs partisans, et d’établir et de maintenir la sunna dans sa forme et son esprit véritables. Si la sunna venait à disparaître et que l’innovation religieuse devenait dominante, l’existence même du croyant et du musulman perdrait tout son sens.

La communauté‘des Compagnonsest le modèle

Le monde a reçu l’exemple de cette sunna de l’islam du dernier Prophète, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). C’est Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) qui a établi cette sunna dans la pratique, et ses Compagnons sont eux aussi demeurés fermement attachés à elle. Après les Compagnons, à l’époque des tabiʿin et des tabiʿ al-tabiʿin, la sunna demeura victorieuse et établie dans la société. Mais, par la suite, diverses faiblesses apparurent peu à peu au sein de la communauté musulmane, ainsi que de nouvelles innovations religieuses. L’état général de la société changea radicalement. L’innovation religieuse devint dominante et manifeste, tandis que la sunna s’affaiblit et fut vaincue ; bien plus, les gens adoptèrent l’innovation religieuse comme sunna et délaissèrent la sunna comme s’il s’agissait d’une innovation religieuse. C’était il y a environ douze ou treize siècles. Ensuite, la vie musulmane commença progressivement à s’éloigner de l’exemple de la sunna et, à la place de cet exemple, l’innovation religieuse commença à prendre racine. De ce point de vue, les musulmans d’aujourd’hui sont totalement pris au piège dans les entrailles du python des innovations religieuses. Pourtant, aujourd’hui encore, leur modèle, celui qu’ils doivent imiter et suivre, est le Messager éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses nobles Compagnons. Tous les musulmans devraient les suivre. À l’époque du Messager et des Compagnons, la sunna était, pour l’ensemble du monde musulman, le phare éclairant la mer des ténèbres pour toujours. C’est encore de là qu’il faut recevoir la lumière et la direction. Le Messager éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a laissé, par une telle prophétie, une orientation aux musulmans égarés.

La dernière partie d’un hadith du Messager est la suivante :

Arabe (************)

Les Enfants d’Israël s’étaient divisés en soixante-douze groupes, et ma communauté se divisera en soixante-treize sectes. Toutes les sectes, à l’exception d’une seule, seront vouées à l’Enfer. Les Compagnons demandèrent : « Ô Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), qui sont les membres de cette unique secte ? » Il répondit : « Ce sont ceux qui suivront mon modèle et celui de mes Compagnons. »

En se fondant sur ce hadith, ce qu’ont dit l’imam at-Tirmidhi et l’imam Ibn al-Jawzi signifie ceci : ce hadith prouve que l’expression « une communauté » désigne la communauté des Compagnons. Il ne s’agit donc pas d’un Compagnon particulier : ceux qui, même dans des circonstances changeantes et à une époque de déclin, suivront la sunna que le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et l’ensemble de ses Compagnons ont observée seront ceux qui auront droit d’entrer au Paradis. Ce seront ceux qui tireront de l’unanimité des Compagnons toutes les règles et modalités relatives à leur croyance, à leurs paroles et à leurs pratiques extérieures.

Abû al-ʿÂliya, le tâbiʿî, a dit : « Efforcez-vous de maintenir fermement et de préserver l’état dans lequel se trouvait la communauté musulmane avant qu’elle ne se divise en sectes. »

Cette parole fait également clairement allusion à l’époque des Compagnons. En effet, l’époque des Compagnons fut celle où la communauté musulmane était unie et indivise.

ʿÂsim rapporte qu’après avoir transmis à al-Hasan al-Basrî le conseil d’Abû al-ʿÂliya, celui-ci dit : « Par Allah, il t’a bien conseillé et t’a dit la vérité pure. »

L’imam al-Awzâʿî a dit : « Restez fermement attachés à la Sunna. Adoptez les principes auxquels se sont tenus les détenteurs de la Sunna, c’est-à-dire ceux qu’ils ont eux-mêmes adoptés. Dites ce qu’ils ont dit et abstenez-vous de ce dont ils se sont abstenus. Suivez également la voie qu’ont suivie les pieux qui vous ont précédés. Vous aurez alors la faveur d’accomplir ce qu’ils ont accompli. »

Il faut se rappeler que l’imam al-Awzâʿî était un tâbiʿî et que, par les pieux prédécesseurs, il entendait la communauté des Compagnons. Ainsi, de même que les nobles Compagnons constituaient la communauté modèle de la Sunna après le Messager, ils peuvent également être, après le Messager, le modèle et la référence à suivre pour les musulmans de toutes les époques. Pour les musulmans du monde entier, ce sont eux qui sont reconnus comme les pieux prédécesseurs. En effet, Allah Lui-même a attesté leur attachement aux principes et leur excellence dans le suivi du Messager ; le Noble Prophète (s) en a également témoigné dans le Coran et les hadiths. Eux seuls ont pleinement réussi l’épreuve de la véritable norme du Messager.

En vérité, après le Messager (s), aucun homme, quelle que soit l’époque ou le pays où il a vécu, aussi vénérable (?) soit-il, ne peut être considéré par les musulmans comme un modèle et une référence à suivre en dehors des nobles Compagnons. Le vénérable ʿAbd Allâh ibn Masʿûd (ra), au sujet du fait de prendre quelqu’un pour modèle, a dit : « Si quelqu’un doit absolument s’attacher à la Sunna, qu’il s’attache alors à la Sunna d’un homme qui est mort. En effet, il n’existe aucune garantie que celui qui est encore vivant ne tombera pas dans la tentation à l’avenir. Les morts sont les Compagnons de Muhammad (s). Ils étaient les meilleurs hommes de cette communauté ; leurs cœurs étaient les plus vertueux et ils possédaient la connaissance la plus profonde. Ils n’étaient pas artificiels. Allah les avait choisis pour être les Compagnons de Son Prophète et pour établir Sa religion. Reconnaissez donc et admettez leur juste rang. Suivez leurs pas et adoptez, autant que possible, leur caractère et leurs qualités. En effet, ils étaient fermement établis sur la guidée juste et solide. »

Voilà un discours d’une importance capitale, prononcé par un Compagnon tel que le vénérable ʿAbd Allâh ibn Masʿûd (ra). Il signifie que les nobles Compagnons constituent, pour les hommes de tous les temps, le modèle complet, parfait et digne de confiance. Du point de vue de la croyance, des œuvres et du caractère, ils ont atteint le degré le plus élevé et occupent le rang le plus éminent. Toutefois, il n’est pas question ici d’un Compagnon en particulier, mais de la communauté des Compagnons dans son ensemble. C’est cette communauté des Compagnons que le musulman doit prendre pour modèle.

Il ressort de cela qu’en dehors du Noble Messager (s), il ne peut en aucune façon être bénéfique de prendre un seul homme de la société humaine comme référence exclusive à suivre ; l’islam ne l’a ordonné pour personne, quelle que soit son époque et si grand soit-il comme vénérable homme ou saint d’Allah. Bien plus, l’islam a également formulé à ce sujet une interdiction explicite. Il est rapporté d’après le vénérable ʿAbd Allâh ibn Masʿûd (ra) : « Que nul n’attache sa religion à une personne au point que, si celle-ci croit, il croie lui aussi, et que, si celle-ci tombe dans la mécréance, il tombe lui aussi dans la mécréance. Si vous êtes absolument contraints de suivre quelqu’un, suivez alors les morts. En effet, tant qu’un homme est vivant, il ne peut être à l’abri de la tentation. »

Ici encore, par « les morts », il faut entendre la communauté des Compagnons, et non un Compagnon en particulier. En islam, l’imitation aveugle de toute personne autre que le Noble Messager d’Allah (s) n’est absolument pas admise. Il s’agit ici de la parole d’un Compagnon de grande valeur, tel que Hazrat ‘Abdullah ibn Mas‘ud. Il était à la fois un Compagnon de la première génération et un serviteur particulier du Messager. En règle générale, la conduite juste et fiable pour les musulmans ne peut donc être que celle-ci : ils ne doivent suivre qu’Allah, le Messager d’Allah, le Coran et le hadith — en un mot, la Sunnah. En dehors de cela, ils ne doivent jamais s’attacher à l’opinion personnelle, à la conduite, aux mœurs, au caractère et aux usages d’une personne comme à leur unique modèle. Ils ne doivent reconnaître l’obéissance inconditionnelle à aucun être humain, vivant ou mort. Dans la société humaine, l’obéissance inconditionnelle ne peut et ne doit être vouée qu’au Noble Messager d’Allah (s), à nul autre.

À ce stade, il est absolument nécessaire de dissiper une grande confusion. Cette confusion s’est constituée autour d’un hadith célèbre.

Voici le hadith : (**********)

— Mes Compagnons brillent comme les constellations. Quel que soit celui d’entre eux que vous suivrez, vous serez guidés.

Sur la base de ce hadith, certains veulent dire qu’il serait possible de suivre la voie de la guidance en suivant, selon son propre désir, n’importe lequel des Compagnons. Mais, pour plusieurs raisons, il n’est pas raisonnable de présenter ce hadith comme preuve. La première raison est que ce hadith est rapporté par trois chaînes de transmission différentes. L’une remonte d’al-A‘mash à Abu Sufyan, puis à Jabir (r). Une autre remonte à Sa‘id ibn al-Musayyib, puis à Ibn ‘Amr. La troisième remonte de Hamza al-Jazji à Nafi‘, puis à Ibn ‘Umar. Or, selon l’appréciation des spécialistes du hadith, aucun hadith n’est établi par ces chaînes. Allama Ibn al-Qayyim écrit, en citant Ibn ‘Abd al-Barr : « Ibrahim, fils de Sa‘id, et son fils Muhammad nous ont rapporté que Hamd ibn Ayyub al-Samut leur avait rapporté que al-Bazzar nous avait dit : “Mes Compagnons sont comme les constellations ; quel que soit celui d’entre eux que vous suivrez, vous serez guidés.” » Le hadith rapporté avec ce sens est une parole qui n’a pas été authentiquement établie comme venant du Noble Prophète (s). (Le contraire est connu par un récit de Hazrat Ibn al-Khattab (r), cité par al-Khatib al-Baghdadi.)

Dans l’évaluation des hadiths, l’importance de la chaîne de transmission est fondamentale. Et nul n’a le droit de présenter comme preuve de la Charia un hadith qui n’est pas établi comme authentique du point de vue de sa chaîne de transmission.

La Sunnah — difficile et facile

Nous qui revendiquons notre appartenance aux Ahl al-Sunnah et qui éprouvons une certaine fierté en pensant que nous ne sommes pas des gens d’une secte égarée, mais que nous appartenons à la communauté établie par le Noble Prophète (s) et attachée à la Sunnah, nous devons absolument réfléchir profondément à la mesure dans laquelle cette conception est réellement fondée.

Nous sommes des ahl as-sunna, c’est-à-dire des adeptes de la Sunna. La question est de savoir de quelle Sunna du Messager vénéré (s) nous sommes les adeptes : de la Sunna difficile et pénible, ou de la Sunna facile, douce et agréable ?

Il est incontestable que ces deux sortes de Sunna se sont réunies dans la vie et le caractère du Messager vénéré (s). Il était un être humain. Aussi, en tant qu’être humain, a-t-il dû accomplir de nombreux actes nécessaires pour vivre dans ce monde : manger, se vêtir, mener une vie conjugale et familiale, par exemple. Tous les actes qu’il a accomplis dans ce domaine, conformément aux prescriptions de la charia, constituent eux aussi la Sunna. Mais c’est une Sunna très facile, douce et agréable. Elle n’est pas pénible à pratiquer ; elle procure au contraire beaucoup de confort et de plaisir : manger du potiron cuisiné, manger des sucreries, porter des vêtements propres, utiliser le siwāk, employer de l’itr et des parfums, se marier, prendre plusieurs épouses, porter une longue tunique et un turban, laisser pousser sa barbe, etc.

Mais, dans la vie du Messager vénéré (s), la véritable Sunna consiste en ces actes difficiles et pénibles qu’il a dû accomplir en s’efforçant de transmettre l’appel au tawhid et d’établir la religion de l’islam dans cette société polythéiste et rebelle à Allah. À cette époque, il a dû souffrir de la faim, attacher des pierres à son ventre et fournir jour et nuit un labeur physique incessant. Il a dû subir les tortures et les persécutions de ses ennemis, être blessé aux pieds par des épines et, à Taëf, voir son corps béni lacéré par les pierres lancées par les voyous, au point que ses vêtements furent trempés par le flot de son sang, puis tomber inconscient, épuisé et exténué, au bord du chemin. Il a dû, pendant trois années consécutives, demeurer dans la grotte d’Abou Talib, tandis qu’un boycott et une rupture totale des relations avaient été imposés aux habitants de La Mecque et au clan des Banou Hachim. Enfin, il a dû abandonner sa demeure ancestrale et émigrer à Médine. Il a dû combattre avec une pleine vigueur aux côtés des moudjahidines contre les forces ennemies mécréantes, perdre une dent et creuser la tranchée.

Ces actes du Messager vénéré (s) constituent eux aussi la Sunna, et il est du devoir impératif de la communauté de suivre cette Sunna. Toutefois, c’est une Sunna extrêmement difficile, ardue et exigeant des efforts jusqu’à l’épuisement.

La question se pose naturellement : pratiquons-nous cette Sunna ? Si ce n’est pas le cas — et l’on peut assurément dire que nous ne la pratiquons pas —, peut-on considérer comme vraie la prétention que nous affichons de suivre la Sunna du Messager ? Tout au plus peut-on dire : oui, certes, nous suivons la Sunna du Messager, mais il s’agit de la Sunna agréable, facile et douce. Quant à pratiquer une Sunna difficile, pénible, qui porte atteinte à la vie et aux biens, nous n’y prêtons aucune attention ; nous semblons même avoir peur de nous rappeler que nous devons impérativement la pratiquer et que, faute de le faire, nous devrons rendre de sévères comptes à Allah au Jour de la Résurrection.

 

Les innovations religieuses accumulées en un monceau

L’histoire des musulmans après l’époque des Compagnons prouve de manière irréfutable et incontestable que les paroles précédemment citées de Hadrat Abdallah ibn Mas‘oud (r) sont vraies à la lettre. Au fil du temps, diverses innovations religieuses se sont répandues dans la société musulmane ; la Sunna a été progressivement abandonnée, jusqu’à disparaître entièrement des cœurs et de la vie. Mais chaque fois que l’on a commencé à tenter de rétablir la Sunna, l’hostilité virulente envers l’aveugle imitation personnelle s’est dressée comme un obstacle formidable sur son chemin.

Lorsqu’une personne particulière — peut-être un grand savant, un pīr ou un saint d’Allah ayant acquis de son vivant une grande réputation auprès du peuple — est invoquée, on dit en son nom : « Tel vénérable ou tel pīr a dit cela ; il n’y a donc aucun mal à agir ainsi. » Faire de la personne le critère du vrai et du faux, du juste et de l’injuste, est en islam une chose entièrement nouvelle : une innovation manifeste. Pourtant, en islam, en dehors du Prophète vénéré (s), il n’est absolument pas permis d’invoquer les paroles ou les actes d’une quelconque personne. Ainsi, peu à peu, dans la société musulmane, la Sunna — l’idéal du Messager vénéré (s) — s’est enfoncée, tandis que s’est dressé le monceau d’innovations et d’ordures. Ces innovations sont apparues dans la croyance et la doctrine, dans la pensée et le cœur, tout comme dans les actes et le caractère, dans tous les aspects et tous les domaines de la vie réelle. Ce monceau touche presque le ciel. Il est impossible d’en faire le décompte une à une. Or, si ces innovations ne sont pas identifiées et déterminées, il n’existe aucun moyen de préserver les musulmans de leur influence ni de les tirer du fond de ce monceau d’innovations. C’est pourquoi nous exposerons, aussi brièvement que possible, quelques-unes des grandes innovations. Nous montrerons comment chacune d’elles s’est introduite parmi les musulmans et y a pris racine, et jusqu’où, aux yeux de l’islam originel, elle les a conduits dans les lointaines contrées de l’égarement.

À la fin de cette partie de notre exposé, nous mentionnerons le célèbre discours de ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, le « calife bien guidé », qu’il prononça devant les personnes rassemblées juste après avoir été nommé calife.

Voici ce discours : Sachez qu’après votre Prophète, il n’y aura plus aucun prophète ; après votre Livre (le Noble Coran), il n’y aura plus aucun livre ; après la sunna qui vous a été prescrite, il n’y aura plus aucune sunna ; et après votre communauté, il n’y aura plus aucune communauté d’un prophète. Sachez que le licite est uniquement ce qu’Allah a déclaré licite dans Son Livre, par la parole de Son Messager, et cela restera licite jusqu’au Jour de la Résurrection. Sachez que l’illicite est uniquement ce qu’Allah a déclaré illicite dans Son Livre, par la parole de Son Messager, et cela restera illicite jusqu’au Jour de la Résurrection. Sachez que je ne suis ni partisan de la bidʿa ni l’initiateur de quelque nouveauté ; je ne fais que suivre la religion. Sachez que je ne suis pas l’arbitre ultime ; je ne fais qu’exécuter. Sachez que je ne suis pas un accumulateur de trésors ; je ne déposerai à chaque endroit que ce qui m’a été ordonné d’y déposer. Sachez également que je ne suis pas le meilleur d’entre vous ; j’ai seulement été chargé de vous comme un fardeau. Enfin, sachez qu’il n’est permis d’obéir à aucune créature en désobéissant au Créateur.

En vérité, ce discours est précisément celui qui convient au plus haut responsable d’un État fondé sur les idéaux islamiques. L’idée centrale de ce discours est également celle de notre présent exposé.

La bidʿa en combien de sortes ??

À la fin de cette discussion fondamentale sur la bidʿa, il est absolument nécessaire d’aborder une question importante : celle des différentes catégories de la bidʿa. La question est la suivante : la bidʿa est-elle réellement divisée en plusieurs catégories ?

L’idée généralement répandue dans la société musulmane est que la bidʿa est de deux sortes. La première est appelée « bidʿa ḥasana », ou « bonne bidʿa », et la seconde « bidʿa sayyiʾa », ou mauvaise bidʿa. Certains ont appelé cette dernière « bidʿa mustaqbiḥa », c’est-à-dire « bidʿa odieuse et abominable ». Mais cette classification de la bidʿa est elle aussi probablement une bidʿa inédite. En effet, le fait de diviser la bidʿa en deux catégories, « bonne » et « mauvaise », a permis à un grand nombre de « bidʿa » de s’infiltrer subrepticement dans le vaste système de la croyance et de la pratique islamiques, munies d’une autorisation les faisant passer pour de bonnes bidʿa. Ainsi, aujourd’hui, les tenants du tawḥīd accomplissent sans difficulté toutes sortes d’actes qui sont en réalité opposés au tawḥīd — des actes qui sont manifestement des bidʿa et qu’aucun tenant du tawḥīd ne devrait pouvoir tolérer ne serait-ce qu’un instant.

À ce stade, des érudits tels que l’allāma Badr al-Dīn al-ʿAynī ont également proposé une définition fondée sur la division de la bidʿa en deux catégories. Il a dit : la bidʿa est de deux sortes. Si la bidʿa est considérée comme une bonne action conforme à la sharīʿa, alors c’est une « bidʿa ḥasana », une bonne bidʿa. Mais si elle est, du point de vue de la sharīʿa, une action mauvaise et abominable, alors c’est une « bidʿa mustaqbiḥa », ou « bidʿa odieuse et abominable ».

L’éminent muḥaddith et auteur de nombreux ouvrages, l’imam al-Shawkānī, a écrit : On appelle en réalité « bidʿa » les actes et les paroles nouvellement inventés dont on ne trouve aucun précédent dans les sociétés antérieures. Dans la terminologie de la sharīʿa, on appelle bidʿa toute chose opposée à la sunna. Elle sera donc nécessairement blâmable.

Autrement dit, tout ce qui est contraire à la sunnah est une bid‘a. Par conséquent, tout ce qui relève de la bid‘a est blâmable et doit être abandonné ; rien en elle ne peut être digne d’éloge ou bon. D’autre part, diviser la bid‘a en deux catégories, qualifier l’une de bonne bid‘a et l’autre de mauvaise bid‘a, est totalement dépourvu de fondement.

La logique de cette affirmation est incontestable. Ce dont on peut trouver un fondement ou un exemple quelconque dans la sharî‘a ne peut en aucune manière être contraire à la sunnah. Tout ce qui n’est pas contraire à la sunnah n’est donc pas une bid‘a. Quant à ce dont on ne trouve aucun exemple à l’époque glorieuse de l’islam et dont la sharî‘a ne possède aucun fondement, cela ne peut en aucune manière être conforme à la sharî‘a ; c’est au contraire précisément ce qui est contraire à la sunnah, et donc une bid‘a. Rien en elle ne peut être bon, louable ou acceptable. En un mot, il est illogique de diviser la bid‘a en hasanah et sayyi’ah, c’est-à-dire en bonne et en mauvaise.

À l’époque du Messager, on ne trouvait aucun aspect bon dans la bid‘a. Il n’en était pas autrement à l’époque des Compagnons et des tâbi‘în, et les paroles du Messager ne divisaient pas non plus la bid‘a de cette manière.

Comment cette division de la bid‘a s’est-elle alors répandue dans la société musulmane ? On trouvera la réponse dans l’explication détaillée d’une parole de Hazrat ‘Umar al-Fârûq (qu’Allah l’agrée). Il en est fait mention dans un hadith. ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Abd al-Qârî raconte : « Je me rendis à la mosquée avec Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) pendant le mois de Ramadan. Je vis que les gens priaient chacun de leur côté, séparément et dispersés. Ailleurs, un homme priait, tandis que quelques personnes priaient avec lui. Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit alors : “Je pense qu’il serait préférable de réunir ces gens afin qu’ils prient derrière un bon récitant.” Il prit ensuite les dispositions nécessaires et organisa la prière en assemblée sous la direction de Hazrat Ubay ibn Ka‘b. Une nuit, je sortis de nouveau avec ‘Umar al-Fârûq. Je vis alors les gens prier la tarawih en assemblée derrière un seul imam. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit à ce sujet : “Quelle excellente bid‘a !” » (Les traditionnistes, notamment l’imam al-Bukhârî, ont cité ce hadith précisément dans le contexte de la prière de tarawih en assemblée. Ce hadith constitue la preuve que la prière de tarawih en assemblée durant le mois de Ramadan est permise.)

C’est cette parole de Hazrat ‘Umar al-Fârûq (qu’Allah l’agrée), mentionnée à la fin du hadith, qui constitue pour beaucoup l’argument en faveur de la division de la bid‘a en deux catégories. La traduction littérale de la phrase est : « C’est une excellente bid‘a. » Or, si une bid‘a est excellente, on comprend naturellement qu’une autre doit forcément être mauvaise. On peut alors penser que certaines bid‘a sont bonnes et d’autres mauvaises. Telle est l’histoire essentielle de cette question. Il semble que ce soit ultérieurement, en rédigeant les commentaires des hadiths, que les gens aient exposé ces deux catégories de bid‘a. Puis cette idée s’est répandue dans la société en général à partir de l’œuvre d’al-Bukhârî et s’est solidement enracinée dans l’esprit des gens. Aujourd’hui, lorsqu’une bid‘a quelconque est critiquée ou qu’une objection est soulevée à son sujet, et que l’on demande de l’abandonner parce qu’elle est une bid‘a, on répond aussitôt : “Oui, c’est bien une bid‘a, mais ce n’est pas une bid‘a sayyi’ah ; c’est une bid‘a hasanah, et il n’est donc pas nécessaire de l’abandonner.” Il se peut ainsi que, sous le couvert de cette prétendue hasanah de la bid‘a, une bid‘a gravement contraire à la sunnah soit comptée parmi les actes de la sunnah et les œuvres méritoires, et obtienne dans la société musulmane un statut religieux. C’est précisément là que réside l’aspect le plus dangereux de la bid‘a. Ainsi, du point de vue des faits, la parole du Messager — “toute bid‘a est un égarement” — devient dépourvue de sens. En effet, si toute bid‘a est un égarement, aucune bid‘a ne peut être une guidée. Mais la division de la bid‘a démontre exactement le contraire. Elle signifie que certaines bid‘a seraient également bonnes. Dire que la parole du Messager — “toute bid‘a est un égarement” — n’est pas exacte (qu’Allah nous en préserve) constitue l’audace la plus grave qui soit. Il ne peut y avoir pire témérité que de donner une interprétation contraire aux paroles du Messager.

Ce que j’affirme, c’est que c’est fondamentalement une erreur de diviser la bid‘a en deux catégories, hasanah et sayyi’ah. La parole de Hazrat ‘Umar al-Fârûq (qu’Allah l’agrée) ne prouve pas non plus cette division. En effet, le sens de la parole de ‘Umar al-Fârûq (qu’Allah l’agrée) n’est nullement celui qu’on lui a attribué. C’est parce que ‘Umar al-Fârûq (qu’Allah l’agrée) n’a pas qualifié la prière de tarawih en assemblée de bid‘a au sens où la bid‘a est contraire à la sunnah. Il ne pouvait d’ailleurs pas le faire. Qui, mieux que Hazrat ‘Umar, savait que la prière de tarawih en assemblée n’était absolument pas une bid‘a ? Elle avait été accomplie à l’époque du Messager. Il est établi par des hadiths authentiques que le noble Messager lui-même dirigea la prière de tarawih en tant qu’imam pendant deux ou trois nuits.

Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : en arabe (*******)

— Le noble Prophète priait seul dans la mosquée. Beaucoup de gens prièrent avec lui, et il en fut de même la deuxième nuit. Dès lors, un très grand nombre de personnes commencèrent à participer à cette prière. La troisième ou la quatrième nuit, lorsque les gens se réunirent comme auparavant, le noble Prophète ne sortit pas de chez lui. Le lendemain matin, le noble Messager dit aux gens : « J’ai remarqué ce que vous avez fait. Si je ne suis pas venu à la mosquée pour la prière, c’est uniquement pour une raison : je crains que, si vous accomplissez ainsi la prière de tarawih en assemblée, elle ne vous soit rendue obligatoire. »

Hadrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Cela concernait le mois de Ramadan. »

Ce hadith prouve de manière irréfutable que ce fut le Prophète noble (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui-même qui dirigea le premier la prière de tarawih en assemblée. Il la dirigea pendant trois nuits consécutives. Les gens prièrent derrière lui, sans qu’il ne le leur interdise. Puis il cessa de la diriger, uniquement par crainte que, si cette prière non obligatoire était accomplie sous l’imamat du Messager, Allah ne la rende obligatoire. En effet, la révélation descendait encore et la Loi religieuse était en cours d’établissement. Or, l’acte du Prophète constitue la sunnah. Comment pourrait-il donc s’agir d’une bid‘a ? [Même si le Prophète noble (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) cessa de diriger lui-même la prière de tarawih, celle-ci ne cessa pas pour autant d’être accomplie en assemblée. Elle continua d’être pratiquée, bien qu’il ne l’ait pas interdite, comme l’atteste le hadith rapporté par Hadrat Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle dit : lorsqu’il ne vint pas diriger la prière de tarawih la troisième ou la quatrième nuit, il s’adressa aux Compagnons le lendemain matin et leur dit : « J’ai vu ce que vous avez fait durant la nuit — vous accomplissiez la prière de tarawih. Mais une seule crainte m’a empêché de me joindre à vous : que la prière de tarawih en assemblée ne devienne obligatoire pour vous. »]

Il ressort clairement des paroles de Hadrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) que le Prophète noble (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), bien qu’ayant souhaité accomplir certaines actions, s’en abstint uniquement par crainte que, s’il les accomplissait régulièrement, les gens ne commencent eux aussi à les accomplir régulièrement. Ils auraient alors pu devenir obligatoires pour Allah et Ses serviteurs. Elle dit : « Le Prophète noble (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aimait accomplir certaines actions, mais malgré cela, il ne les accomplissait pas, uniquement par crainte que, s’il persistait à les accomplir régulièrement, elles ne deviennent obligatoires pour les gens. »

Pourquoi donc Hadrat Umar (qu’Allah l’agrée) qualifia-t-il la prière en assemblée de bid‘a ? Il l’a dit dans le sens lexical et linguistique du terme bid‘a, et non dans son sens terminologique. Il a déjà été dit que le sens lexical et linguistique de bid‘a est « nouveau ». Elle n’a toutefois pas été qualifiée de nouvelle parce qu’une telle prière n’aurait jamais été accomplie auparavant ; elle l’a été parce qu’à l’époque du Prophète noble (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), la prière de tarawih en assemblée fut interrompue après deux ou quatre jours, puis de nombreuses années s’écoulèrent. Cette prière ne put être rétablie sous le califat de Hadrat Abu Bakr (qu’Allah l’agrée). Ensuite, à l’époque de Hadrat Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée), elle fut de nouveau instaurée. En ce sens, il n’était pas erroné de la qualifier de bid‘a, et cela n’en faisait pas la bid‘a opposée à la sunnah, dont on ne trouverait aucun exemple à l’époque du Messager. La question demeure néanmoins : quelle est la véritable portée de ces paroles de Hadrat Umar ? Selon les traditionnistes, leur portée est la suivante : la prière en assemblée est une excellente et remarquable institution, commencée par le noble Messager, puis abandonnée à l’époque de Hadrat Abu Bakr parce que les gens étaient absorbés par diverses difficultés.

Mulla Ali al-Qari a donné l’explication suivante de ces paroles de Hadrat Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée) :

Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée) a qualifié cette action de bid‘a en considération de son aspect apparent. En effet, après le Prophète noble, c’était la première fois que la prière de tarawih était à nouveau instaurée en assemblée. Sinon, eu égard à la réalité des choses, cette prière en assemblée n’est absolument pas une bid‘a.

Il convient ici de se rappeler la célèbre parole de l’imam Malik (qu’Allah l’agrée). Il a dit : « Celui qui introduit une bid‘a dans l’islam et la considère comme bonne déclare indirectement que Hadrat Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a trahi sa mission de messager — qu’Allah nous en préserve. En effet, Allah a dit : “Aujourd’hui, J’ai parachevé et complété pour vous votre religion.” Par conséquent, ce qui ne faisait pas partie de la religion à l’époque du Messager n’en fait toujours pas partie aujourd’hui. »

Ma dernière remarque à ce sujet est que diviser la bid‘a en deux catégories constitue également une bid‘a, et que cette classification a permis à d’innombrables bid‘a graves d’entrer dans l’enceinte de l’islam par cette porte, puis d’acquérir une dignité religieuse. Elles se sont profondément enracinées dans la société en étant présentées comme des œuvres procurant une grande récompense. Plus vite cet arbre empoisonné pourra être déraciné, plus grand sera le bien pour l’islam et les musulmans.

L’innovation en soutien des pirs et des saints comme argument

Les partisans des innovations invoquent généralement, pour soutenir les pratiques qu’ils ont eux-mêmes inventées, les Soufiyâ-e-qiyâm et les maîtres des voies spirituelles. Ils font passer même les innovations les plus flagrantes pour des œuvres non pas innovées, mais très méritoires. Ils disent : « Tel saint d’Allah, tel vénérable pir de référence a lui-même accompli cette œuvre et a ordonné de l’accomplir. Puisqu’un saint d’Allah tel que lui l’a accomplie et a recommandé de l’accomplir, elle ne peut être une innovation ; c’est forcément une œuvre d’un grand mérite. Sinon, l’aurait-il accomplie ? Il faut donc la considérer comme une Sunna. »

L’invocation de tels pirs pour soutenir les innovations a produit deux sortes de réactions dans la société. La première consiste à ne consulter ni le Coran, ni les hadiths, ni les pratiques et les biographies des Compagnons, pour savoir avec précision et certitude ce qui relève de la Sunna ou de l’innovation, ce qui est permis ou interdit. On se contente de vérifier si tel maître vénéré a accompli cette œuvre. S’il l’a accomplie, on ne ressent plus aucune hésitation à la faire. On ne se demande même pas si celui ou ceux que l’on invoque agissent conformément au Coran et aux hadiths, ni s’ils ont accompli cette œuvre sur le fondement de la Loi religieuse ou selon leur propre volonté.

De tels propos ressemblent à ceux que tenaient les habitants des sociétés arabes mécréantes. Lorsque l’appel à la véritable religion fondée sur l’unicité divine leur fut présenté, ils dirent : « Nous avons trouvé nos ancêtres fermement attachés à une certaine voie. En suivant leurs traces, nous finirons par être guidés. »

Autrement dit, pour eux, l’unique preuve du vrai et du faux était l’argument tiré des ancêtres. Ils ne les suivaient pas parce qu’ils avaient adopté un bon modèle, mais simplement parce qu’ils étaient leurs ancêtres. On observe la même chose ici : pour soutenir une pratique innovée, on invoque uniquement le maître vénéré. Le fondement de cette invocation n’est aucune preuve de la Loi religieuse ; la seule preuve est qu’il serait, selon leur opinion, un grand saint d’Allah, et que l’œuvre qu’il a accomplie constituerait la principale attestation de la Loi religieuse.

Ce jour-là, le Noble Coran rapporta, par la bouche des prophètes, cette réponse aux propos précités des Arabes :

Dis : « Même si je vous apportais une orientation meilleure que la voie selon laquelle vous avez trouvé vos ancêtres, continueriez-vous malgré tout à suivre ces mêmes ancêtres ? »

Autrement dit, il est étonnant qu’ils refusent de suivre ce qui est considéré comme bon et meilleur en matière de principes. Ils ne sont même pas disposés à examiner quel est le meilleur principe. De même qu’ils étaient résolus à suivre leurs ancêtres, même lorsqu’on leur présentait le meilleur principe et le meilleur modèle, ceux-ci continueront eux aussi à pratiquer cette innovation en invoquant le maître vénéré, même si des preuves fondées sur la Loi religieuse établissent qu’une pratique donnée est une innovation.

Il en résulte que la religion et la foi des gens sont rendues dépendantes des pratiques et des comportements d’un prétendu saint d’Allah ou d’un soi-disant pîr. Là, on ne se réfère ni à la parole d’Allah, ni aux actes ou aux paroles du Messager. Or, selon le Coran et les hadiths, cette attitude constitue clairement du shirk et est interdite. Une telle attitude est la source principale de l’égarement. Dans une telle situation, l’être humain devient l’imitateur aveugle d’un autre être humain ; au lieu d’être le serviteur d’Allah, il devient le serviteur de cet homme. Ces gens n’ont aucune possibilité, dans leur vie, de devenir les serviteurs d’Allah.

Pourtant, du point de vue de l’islam, le rôle du véritable croyant musulman est entièrement exposé dans le Coran, les hadiths et l’histoire. Dans leur société, on ne se référait qu’au Coran et aux hadiths. Invoquer l’autorité d’une quelconque personne y était considéré comme du shirk. Dans toutes les situations difficiles, on ne se référait qu’au Coran et aux hadiths ; lorsqu’une preuve tirée du Coran ou des hadiths leur était présentée, toutes les controverses disparaissaient, toute rébellion était réprimée et toutes les divergences d’opinion s’effaçaient. Ils l’acceptaient alors, la tête inclinée. Ils n’osaient pas agir à l’inverse et ne pensaient pas que quiconque en eût le droit. Après la mort du noble Messager, des divergences et des débats surgirent entre les musulmans durant la période du califat. Mais dès qu’un hadith du noble Messager (s.) leur fut présenté, ils l’acceptèrent tous immédiatement. Le premier calife, Abû Bakr (r.a.), déclara la guerre à ceux qui refusaient de verser la zakât. Les Compagnons eurent une divergence à ce sujet. Lorsqu’une preuve coranique fut présentée à ce stade, ils reconnurent tous que la décision prise par le calife était raisonnable. Des divergences apparurent également parmi les Compagnons au sujet de l’envoi d’une armée commandée par l’esclave Usâma ibn Zayd. Abû Bakr (r.a.) déclara : « Je ne peux pas annuler l’envoi de l’armée dont le noble Messager (s.) avait lui-même décidé la constitution. »

Tous acceptèrent le bien-fondé de cette décision. En vérité, tel est le rôle du musulman idéal. Et pour les musulmans, tel peut être et doit être l’idéal éternel.

La deuxième réaction qui s’est manifestée est que le grand public a commencé à penser que la sharî‘a et la ma‘rifa (ou la tarîqa) sont deux choses totalement différentes et indépendantes. Ce qui est illicite selon la sharî‘a devient licite du point de vue de la ma‘rifa ou de la tarîqa. En effet, d’un côté, on affirme, avec les preuves de la sharî‘a : « C’est une bid‘a », tandis que, de l’autre, on la rend licite et on la fait accepter en invoquant l’autorité du pîr. L’idée que la sharî‘a et la ma‘rifa possèdent deux prescriptions opposées s’en trouve ainsi fortement accentuée.

Il est difficile de dire jusqu’à quel point une telle conception est grave pour la religion islamique. On peut clairement dire qu’elle ne procure aucun bien à la religion ni à la foi. En effet, le seul moyen de préserver les êtres humains de toutes les formes d’égarement est la sharî‘a. Si même l’opposition manifeste à cette sharî‘a est considérée comme licite et peut être présentée comme telle, qui pourra empêcher le flot de l’égarement de tout emporter dans l’abîme ?

C’est pourquoi nous voulons dire qu’en matière de sharî‘a, nul ne peut être invoqué en dehors du Messager et des Compagnons. Aucun autre argument ne peut être reconnu en dehors du Coran, des hadiths et de l’ijmâ‘ des Compagnons. Aucun musulman n’est disposé à accepter une telle autorité. S’il l’acceptait, ce ne serait pas l’islam, mais autre chose.

Quelques grandes innovations religieuses

Après avoir achevé ici l’exposé des principes relatifs à la sunna et aux bid‘as, nous présenterons, dans une deuxième étape, une étude détaillée de plusieurs grandes bid‘as. Le fait de présenter ici quelques pratiques comme des bid‘as ne signifie nullement que seules celles-ci soient des bid‘as, qu’il n’en existe aucune autre, ni qu’une fois ces quelques bid‘as éliminées, toutes les bid‘as auront disparu et que commencera alors l’âge d’or de la sunna. Non, tel n’est pas le sens. Cela signifie plutôt que, parmi toutes les bid‘as qui se sont actuellement introduites dans notre société musulmane, celles-ci sont des bid‘as fondamentales et majeures. Mais ce n’est pas tout. Il existe encore d’autres bid‘as qui se sont accumulées dans notre vie. Après cet exposé des principes relatifs aux bid‘as, on peut considérer l’étude présentée ici comme un exemple. Autrement dit, ces quelques bid‘as sont exposées ici à titre d’exemple ; envisagée sous cet angle, on constatera qu’il existe encore bien d’autres bid‘as dans notre vie et notre société. Il est également nécessaire de les déraciner.

tawhidique croyance shirk du innovation

Ce n’est pas seulement une question que les musulmans doivent connaître : nul au monde ne devrait ignorer que la croyance fondamentale de l’islam est le tawhid. Le « tawhid » signifie l’unicité d’Allah. L’unicité d’Allah est globale, parfaite et absolue. De ce point de vue, Allah n’est pas seulement le Créateur : Il est aussi l’unique Seigneur, Maître, Pourvoyeur, Protecteur et Législateur. L’être humain ne doit donc craindre qu’Allah, et ne vouer l’adoration, le culte et la servitude qu’à Allah seul. Il ne doit reconnaître comme Créateur, Pourvoyeur et Nourricier qu’Allah seul. Sous tous ces aspects, Lui seul est l’« Ilah ». Nul n’est ilah en dehors de Lui ; nul ne l’est et nul ne peut le devenir. Il est également l’unique Rabb : en dehors de Lui, il n’existe aucun autre nourricier, aucun autre Celui qui fait croître et progresser, aucun autre protecteur ni aucun autre pourvoyeur des besoins. Lui seul est le Ma‘bud. En dehors de Lui, nul n’a le droit de recevoir l’adoration, le culte et l’obéissance. La loi et les prescriptions qui s’imposent aux êtres humains doivent donc venir d’Allah seul. En résumé : en tant que Rabb, Il est Un, unique et sans égal ; et en tant qu’Ilah, Il est également Un, sans associé. Allah est Un sous le rapport de la rububiyya, et Il est Un sous le rapport de l’uluhiyya. Sous aucun de ces aspects, Il n’a d’associé, de semblable ni d’égal.

Ce n’est pas tout. Dans Son essence même, Il est Un et sans égal. Dans Ses attributs également, Il est unique et sans associé. À l’égard des créatures — et donc des êtres humains — le droit et l’autorité suprêmes Lui appartiennent sans rival. Sous le rapport de ces droits également, Il n’a aucun associé. De même, Lui seul possède le pouvoir et l’autorité sur la création, et sur les êtres humains. Dans tous ces domaines encore, Il n’a ni associé ni égal. Il n’est permis d’accorder à personne le statut d’associé d’Allah.

Cette croyance islamique du tawhid est établie par le Coran, et également par les hadiths. Le Messager éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), en tant que dernier Prophète et Messager, a présenté cette croyance au monde entier. Il a appelé à adopter ce tawhid comme croyance fondamentale. Tous ceux qui acceptèrent alors l’islam devinrent musulmans après avoir cru en cette conception de l’islam. Les Compagnons du Messager étaient donc eux aussi attachés à cette croyance. Ils ne manifestèrent jamais de faiblesse à cet égard et n’acceptèrent avec personne le moindre compromis ou arrangement sur cette question. Voilà donc la croyance tawhidique de la Sunna. Telle est la Sunna en matière de croyance.

Mais cette croyance conforme à la Sunna de l’islam — ou, pourrait-on dire, cette Sunna de la croyance — est aujourd’hui apparue entachée de diverses innovations du shirk. Dans la société musulmane, on reconnaît certes généralement Allah comme Un et sans égal. Mais, dans les faits, on constate que, bien que l’on croie au tawhid de l’uluhiyya d’Allah, on ne reconnaît pas le tawhid de Sa rububiyya. Même s’il est reconnu verbalement, il est en réalité nié. D’autres forces sont reconnues comme Rabb, non par les paroles, mais par les actes concrets. Voilà précisément le shirk. Bien que, dans la profession de foi, Allah seul soit reconnu comme Pourvoyeur, Celui qui donne la vie et la mort, Créateur, Celui qui exerce l’influence et l’autorité, Administrateur de l’univers et Rabb, ces mêmes personnes prient les « saints » défunts, les craignent à la place d’Allah et espèrent obtenir quelque chose d’eux. Lorsqu’elles sont en difficulté, elles recherchent auprès d’eux la délivrance et espèrent obtenir d’eux leur prospérité. Elles pensent que ceux-ci peuvent, de manière surnaturelle, entendre et exaucer les invocations des gens, les aider et leur transmettre le fayd. Elles pensent également qu’ils peuvent faire advenir le bien et le mal. Dans ce but, elles recherchent leur satisfaction. Pour leur plaire, elles font des vœux à leur intention, égorgent des animaux, puis, après leur mort, se prosternent sur leurs tombes en y posant le front, et considèrent comme un devoir de consacrer une partie de leurs biens à leur service. C’est pourquoi l’on voit les tombes de ces personnes honorées et vénérées de diverses manières ; de solides coupoles sont construites sur les tombes au prix de grandes dépenses. Peu à peu, on entreprend des voyages de pays en pays afin de visiter les tombes. À un jour et une heure déterminés, des fidèles viennent de toutes parts se rassembler. Exactement comme les peuples polythéistes se rendent dans leurs lieux nationaux de pèlerinage.

Du point de vue de la croyance islamique du tawhid, adresser une invocation à quelqu’un d’autre qu’Allah, ou s’adresser à quelqu’un d’autre pour invoquer, constitue un shirk manifeste. En islam, cela est expressément interdit. Les innombrables versets du Noble Coran qui s’y rapportent en fournissent la preuve irréfutable. Dans certains versets du Coran, cette interdiction est adressée aux polythéistes ; dans d’autres, elle est formulée de manière générale ; et dans de nombreux versets, elle est adressée précisément aux musulmans attachés au tawhid.

À ce stade, voici quelques versets du Coran. Dans l’un d’eux, il est dit :

وَمَنْ أَضَلُّ مِمَّن يَدْعُو مِن دُونِ اللَّهِ مَن لَّا يَسْتَجِيبُ لَهُ إِلَىٰ يَوْمِ الْقِيَامَةِ وَهُمْ عَن دُعَائِهِمْ غَافِلُونَ [٤٦:٥Qui donc est plus égaré que ceux qui invoquent, en dehors d’Allah (ou en plus d’Allah), des êtres qui ne pourront pas leur répondre jusqu’au Jour de la Résurrection, et qui ne savent rien de leurs invocations ? (Al-Ahqaf)

Voici la formulation d’un autre verset :

وَأَنَّ الْمَسَاجِدَ لِلَّهِ فَلَا تَدْعُوا مَعَ اللَّهِ أَحَدًا [٧٢:١٨]

Toutes les mosquées appartiennent à Allah. N’invoquez donc personne d’autre qu’Allah. (Les Djinns : 17)

Dans ce verset, le Noble Prophète lui-même ainsi que les musulmans sont interpellés. Dans son commentaire de ce verset, l’érudit Ibn Kathîr a écrit : « Allah ordonne à Ses serviteurs de n’invoquer que Lui dans les lieux consacrés à Son adoration, de maintenir fermement Son unicité et de n’invoquer personne d’autre avec Lui, et de ne commettre aucune forme de polythéisme à Son égard. »

Dans un verset, le Noble Prophète (s) lui-même est interpellé en ces termes :

N’invoque aucune autre divinité avec Allah, ne Lui en associe aucune. Si tu le fais, tu seras compté parmi les gens châtiés.

Dans ce verset, le terme « tu » s’adresse au Noble Prophète (s) lui-même. Il est écrit dans le Tafsîr Fath al-Bayân : « Lorsqu’Allah ta‘âlâ établit la vérité du Coran et démontra qu’il est un Livre descendu de Sa part, Il ordonna à Son Prophète Muhammad (s) de n’invoquer que Lui seul et de n’adresser ses invocations qu’à Lui. » L’explication de la dernière partie du verset est formulée ainsi dans ce même commentaire :

Il a été dit au Noble Messager que, s’il faisait cela, il serait châtié. Ces paroles s’adressent ici à Muhammad (s). Bien qu’il fût lui-même parfaitement innocent et exempt du péché de shirk, ces paroles lui furent adressées afin d’inciter les serviteurs croyants à adhérer au tawhid et de les tenir éloignés de toute forme de shirk. Le sens en est donc le suivant : Allah a dit : « Tu es certes le plus honoré de toute la création, le plus éminent auprès de Moi et celui qui M’est le plus cher ; mais malgré cela, si tu crois qu’il existe une autre divinité en dehors de Moi, Je te châtierai toi aussi. Réfléchis donc : quel sera le sort des autres serviteurs s’ils agissent ainsi ? »

Appeler quelqu’un d’autre qu’Allah est du shirk, et adresser une invocation à quelqu’un d’autre est du shirk ; cela est donc totalement interdit, comme le prouvent également les quelques versets coraniques suivants.

وَلَا تَدْعُ مِن دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَنفَعُكَ وَلَا يَضُرُّكَ ۖ فَإِن فَعَلْتَ فَإِنَّكَ إِذًا مِّنَ الظَّالِمِينَ [١٠:١٠٦]

— N’invoque pas, en dehors d’Allah, celui qui ne peut t’être d’aucune utilité ni te causer aucun tort. Si tu agis ainsi, tu seras toi aussi compté parmi les injustes.

Ce verset de la sourate Al-Mu’min revêt une importance particulière à ce stade. Il donne une orientation positive concernant l’invocation.

Allah Très-Haut a dit :

هُوَ الْحَيُّ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ فَادْعُوهُ مُخْلِصِينَ لَهُ الدِّينَ ۗ الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ [٤٠:٦٥]

— Il est le Vivant éternel ; il n’y a pas de divinité en dehors de Lui. Invoquez-Le donc exclusivement, avec une obéissance sincère envers Lui. Et toute louange est réservée à Allah, le Seigneur des mondes.

Dire qu’Allah est Vivant et Éternel signifie précisément que toutes les divinités adorées en dehors de Lui — celles que vous reconnaissez comme divinités et auxquelles vous rendez effectivement un culte et une soumission — sont en réalité toutes mortes. On n’y trouve aucune trace de vie. Quel sens peut-il donc y avoir à appeler les morts, à leur adresser d’une voix suppliante des prières et des demandes ? En effet, les morts n’ont ni la capacité d’entendre les prières, ni celle de les exaucer après les avoir entendues, ni le pouvoir d’accomplir quoi que ce soit conformément à ces prières. Seul Allah est Vivant et Éternel ; Il ne connaît ni disparition, ni déclin, ni aucune forme d’incapacité. C’est donc Lui seul qu’il convient d’appeler et c’est auprès de Lui seul qu’il convient de présenter invocations et prières, en tout temps et en toute circonstance. Il ne peut y avoir aucune exception à cela.

Il ressort encore plus clairement de ce verset que Celui qui est le véritable Dieu est le seul auprès duquel on puisse adresser des invocations, et que l’obéissance effective, avec une sincérité absolue, doit être vouée exclusivement à Celui auprès duquel on invoque. Pour que l’invocation soit exaucée, il est nécessaire de consacrer à Allah tous les éloges et toutes les louanges. Si l’on n’obéit pas sincèrement à Allah dans la vie réelle et si l’on ne Le loue pas avec une authenticité parfaite par sa bouche, quel sens peut avoir le fait de L’invoquer ? Tu n’as aucun droit d’adresser tes invocations à Celui auquel tu n’es pas disposé à obéir, dont les louanges et la gratitude ne résonnent pas sur tes lèvres. Et pourquoi donc Celui-ci exaucerait-Il ces invocations ?

C’est pourquoi Allah le Très-Haut a donné une instruction parfaitement claire dans la sourate Al-A‘raf :

المُعتَدينَ ا يُحِبُّ ل إِنَّهُ وَخُفيَةً  تَضَرُّعً رَبَّكُم ادعوا  ۗ  العٰلَمينَ رَبُّ اللَّهُ تَبارَكَ وَالأَمرُ الخَلقُ لَهُ أَلا

— Prenez garde, souvenez-vous-en : à Lui appartiennent la création et l’autorité ; Son commandement seul s’appliquera. Béni soit Allah, le Très-Haut, le Seigneur de tous les mondes. Invoquez votre Seigneur avec des sanglots et à voix basse. Certes, Il n’aime pas les transgresseurs. (Al-A‘raf : 55)

Ce profond enseignement que ce verset dévoile clairement devant nous est le suivant : puisque Allah est le Créateur, les lois et les règles qui régissent le monde doivent nécessairement être les Siennes seules. Allah, ce Créateur et Législateur, est infiniment grand et possède des bénédictions sans limites. C’est votre Seigneur que vous invoquerez. Vous L’invoquerez d’une voix pleine de sanglots, la tête humblement inclinée et d’un ton suppliant. Vous L’invoquerez en secret, à voix basse. Enfin, il est dit que ceux qui ne reconnaissent pas Allah comme l’unique Créateur et Législateur, qui ne Le reconnaissent pas comme le Dieu magnanime et béni, et qui ne L’invoquent pas Lui seul, qui ne L’appellent pas exclusivement dans les épreuves et les malheurs, sont les transgresseurs. Et les transgresseurs n’obtiennent pas l’amour d’Allah.

Certains milieux pensent que le mot « invocation » mentionné dans ces versets du Coran signifie adoration, et que le sens de ces quelques versets est : n’adorez personne d’autre qu’Allah ; agir ainsi est du polythéisme. Par conséquent, invoquer quelqu’un d’autre qu’Allah ne serait ni interdit ni du polythéisme. Mais il est inutile de souligner à quel point cette affirmation est erronée et contraire à la vérité. En réalité, le mot « invocation » employé dans ces versets du Noble Coran signifie proprement : émettre un son, appeler, et adresser une demande à quelqu’un auprès duquel on ne nourrit aucun doute ni aucune hésitation quant à l’exaucement de l’invocation ou à l’obtention de la chose demandée. L’adoration n’est pas le sens propre de ce mot. Elle en constitue le sens « métaphorique », ou indirect. Ni dans les dictionnaires arabes ni dans la charia ce mot ne signifie en aucune manière « adoration ». Aucun dictionnaire de la langue arabe ne lui attribue le sens d’adoration. Même dans les écrits des poètes et des hommes de lettres de l’époque de la Jahiliyyah, on ne trouve pas ce mot employé dans ce sens. Nous allons ici citer quelques extraits de plusieurs dictionnaires arabes anciens et faisant autorité.

Al-Jawhari a écrit dans son dictionnaire :

Arabe(*********)

J’ai appelé untel, c’est-à-dire que j’ai prononcé son nom à haute voix et que je l’ai appelé. J’ai invoqué Allah en sa faveur. Et j’ai invoqué contre lui. Da‘wa signifie appeler une fois. Quant à du‘a, c’est un mot au singulier. Son pluriel est da‘wat ou du‘as.

Les différentes formes et utilisations du mot « du‘a » sont présentées ici. Dans tous les cas, il signifie prier, appeler et inviter.

Et il est dit dans Alkemis—

Du‘a signifie un appel sincère vers Allah, une inclination et une tendance. Appelez-Le comme il convient de L’appeler. L’appel adressé à autrui en leur faveur, c’est-à-dire l’invocation, commencera par eux-mêmes. Appelez-les, c’est-à-dire réunissez-les. Le noble Prophète est celui qui appelle vers Allah. Le muezzin est également appelé celui qui appelle.

En somme, aucun ouvrage de dictionnaire arabe n’a écrit que du‘a signifie adoration.

Cependant, l’érudit Ibn Hajar a dit : le mot du‘a est également employé dans le sens d’adoration. Mais ce n’est certainement pas le sens direct et véritable de ce mot ; ce serait un sens indirect.

Le cheikh Abou al-Qasim al-Qushayri a écrit : dans le Coran, le mot du‘a est employé dans plusieurs sens, à savoir : adoration, supplication plaintive, prière, parole, appel, son, éloge, etc.

L’érudit Taqī al-Dīn al-Subkī a écrit : Malgré cela, il est préférable de retenir dans ce verset le sens apparent du terme « dou‘â ».

En effet, dans aucun des versets où le terme « dou‘â » est employé, on ne trouve une raison qui pourrait rendre nécessaire l’adoption d’un sens indirect plutôt que son sens réel et apparent. Tous les exégètes du Coran ont soutenu cet avis. Dès lors, donner au terme « dou‘â » employé dans le Coran le sens d’adoration et, sous ce prétexte, considérer comme licite l’invocation d’autres forces qu’Allah ne relève que de l’absurdité la plus extrême et d’une innovation manifeste.

Verset coranique :

Arabe (********)

— Wa-lā tad‘u min dūnillāhi mā lā yanfa‘uka wa-lā yadurruka fa-in fa‘alta fa-innaka idhan minaẓ-ẓālimīn.

Dans son exégèse de ce verset, l’imam Fakhr al-Dīn al-Rāzī a écrit :

Le terme « dou‘â » dans ce verset signifie chercher à obtenir un bienfait et chercher à se préserver d’un préjudice. Le sens du verset est le suivant : si tu te tournes vers quelqu’un d’autre qu’Allah pour implorer un bienfait ou te préserver d’un préjudice, tu seras injuste. En effet, l’injustice consiste à placer une chose ailleurs qu’à sa véritable place. Or, puisque nul autre qu’Allah ne possède aucun pouvoir, attribuer à quelqu’un d’autre qu’Allah l’exercice d’un quelconque pouvoir et croire que quelqu’un d’autre possède la capacité d’exercer un pouvoir constitue sans aucun doute une injustice.

Même si le sens véritable du terme « dou‘â » n’est pas « adoration », le dou‘â est néanmoins une forme d’adoration. Il ne peut donc être adressé à nul autre qu’Allah.

Que deviennent alors les invocations adressées de diverses manières à différentes personnes investies de pouvoirs autres qu’Allah, les prières faites pour être délivré des épreuves et obtenir la prospérité dans ce monde, ainsi que les demandes de guérison ? Il ne fait aucun doute qu’elles constituent un polythéisme manifeste. Et ce polythéisme est une innovation majeure dans la Sunna monothéiste de l’islam. En effet, lorsqu’une personne en appelle à une autre et lui adresse une invocation pour une chose que nul autre qu’Allah n’a le pouvoir d’accomplir — et ne peut avoir ce pouvoir —, cela signifie qu’elle considère cette personne comme détentrice d’un pouvoir surnaturel et croit qu’elle est capable d’accomplir quelque chose. Si elle ne le pensait pas, elle ne l’appellerait en aucune façon et ne lui adresserait pas d’invocation. Ainsi, dans son cœur, elle ne se contente pas de lui adresser des invocations et ne s’en satisfait pas ; elle en vient au contraire à désirer l’adorer également. Or cela constitue un polythéisme manifeste.

La déclaration explicite du Coran est la suivante :

وَإِن يَمْسَسْكَ اللَّهُ بِضُرٍّ فَلَا كَاشِفَ لَهُ إِلَّا هُوَ ۖ وَإِن يَمْسَسْكَ بِخَيْرٍ فَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ [٦:١٧]

— Si une affliction ou une épreuve t’atteint, tu dois considérer qu’elle est survenue par la volonté d’Allah, et nul ne peut l’écarter si ce n’est Allah. De même, si tu bénéficies d’un bienfait, Il est certes Tout-Puissant. (Al-An‘âm : 15)

Cela signifie que Lui seul a également le pouvoir d’accorder ce bienfait et que c’est par Sa grâce que tu l’as obtenu. Personne d’autre que Lui n’a pu t’accorder ce bienfait. Car nul autre ne possède le pouvoir ni la capacité d’accomplir quoi que ce soit.

Il est dit dans un autre verset :

وَإِن يَمْسَسْكَ اللَّهُ بِضُرٍّ فَلَا كَاشِفَ لَهُ إِلَّا هُوَ ۖ وَإِن يُرِدْكَ بِخَيْرٍ فَلَا رَادَّ لِفَضْلِهِ ۚ يُصِيبُ بِهِ مَن يَشَاءُ مِنْ عِبَادِهِ ۚ وَهُوَ الْغَفُورُ الرَّحِيمُ [١٠:١٠٧]

— Si Allah t’inflige un mal ou une épreuve, nul autre que Lui ne peut l’écarter. Et s’Il veut t’accorder un bienfait, nul ne peut repousser ce bienfait qu’Il t’accorde. Il accorde toutefois Ses bienfaits à celui de Ses serviteurs qu’Il veut ; et c’est Lui le Pardonneur, le Miséricordieux. (Yûnus : 107)

Ces deux versets — ainsi que d’innombrables autres versets du Coran et les hadiths du Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) — déclarent clairement que nul, hormis Allah, ne peut infliger un malheur, et que nul, hormis Allah, n’est capable de dissiper ce malheur. De même, nul ne peut procurer le bien à quiconque en dehors d’Allah. Si Allah veut accorder un bien à quelqu’un, personne ne peut le repousser ni priver cette personne de ce bien. Il est le seul Maître de toutes les forces. Il est donc obligatoire de n’adresser les invocations qu’à Allah seul. Il est obligatoire d’invoquer afin d’être délivré de toutes sortes de malheurs, et il est obligatoire d’invoquer afin d’obtenir toutes sortes de bienfaits. Et cette invocation doit être adressée directement à Allah, et non par l’intercession ou l’invocation d’une autre personne, ni par l’intermédiaire de qui que ce soit. C’est également l’exigence impérative de la croyance au tawhid. Car adresser une invocation à quelqu’un d’autre qu’Allah ne produit aucun résultat et n’a aucune utilité.

Allah, exalté soit-Il, l’a déclaré à ce stade en des termes encore plus clairs et plus fermes :

وَالَّذِينَ تَدْعُونَ مِن دُونِهِ مَا يَمْلِكُونَ مِن قِطْمِيرٍ [٣٥:١٣]

إِن تَدْعُوهُمْ لَا يَسْمَعُوا دُعَاءَكُمْ وَلَوْ سَمِعُوا مَا اسْتَجَابُوا لَكُمْ[٣٥:١٤]

— Ceux que vous invoquez en dehors d’Allah ne possèdent même pas la plus infime parcelle de chose. Et malgré cela, si vous les appelez — si vous les invoquez — ils ne peuvent pas entendre votre appel. (Al-Fâtir : 13-14)

Et même s’ils pouvaient entendre votre invocation, il est absolument certain qu’ils ne répondraient pas à votre appel et ne pourraient pas accepter votre invocation.

En vérité, le fait que l’invocation doive être adressée exclusivement et sincèrement à Allah, sans invoquer quelqu’un d’autre comme intercesseur et sans faire de quiconque un intermédiaire auprès de Lui, nous a également été enseigné par les innombrables invocations citées dans le Noble Coran. Toute invocation mentionnée dans le Coran peut être présentée comme preuve à cet égard. Nous citons ici, à titre d’exemple, quelques invocations particulières du Coran.

Dans la première sourate du Coran, Al-Fâtiha, figure cette invocation :

اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ [١:٦]

—Ô Allah, Toi seul, montre-nous le droit chemin, juste et ferme, et guide-nous sur cette voie.

On ne nous a pas enseigné à faire une invocation de ce genre : « Ô Allah ! Par l’intercession de tel pîr, montre-nous le droit chemin, juste et fermement établi. »

Les quelques derniers versets de la sourate al-Baqara sont également des invocations enseignées par Allah. On n’y enseigne en aucune façon à invoquer directement quelqu’un d’autre qu’Allah, ni à invoquer Allah par l’intermédiaire de quelqu’un. À cet égard, l’invocation du prophète Ibrahim est également remarquable. Lors de la construction de la Kaaba, lui et le prophète Ismaïl avaient invoqué Allah en ces termes :

رَبَّنَا تَقَبَّلْ مِنَّا ۖ إِنَّكَ أَنتَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ [٢:١٢٧

رَبَّنَا وَاجْعَلْنَا مُسْلِمَيْنِ لَكَ وَمِن ذُرِّيَّتِنَا أُمَّةً مُّسْلِمَةً لَّكَ وَأَرِنَا مَنَاسِكَنَا وَتُبْ عَلَيْنَا ۖ إِنَّكَ أَنتَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ [٢:١٢٨]

—Ô Allah, accepte notre invocation. Tu entends tout et Tu sais tout. Ô notre Seigneur, fais de nous deux des musulmans, soumis à Toi. Et suscite parmi nos descendants une communauté qui Te sera soumise. Ô Allah, enseigne-nous les règles de tous nos actes d’adoration et de dévotion, du hajj et du sacrifice, et accepte notre repentir. Car Tu es Celui qui accepte le repentir.

En vérité, les peines, les souffrances et les douleurs qui accablent le cœur du serviteur ne peuvent être exposées qu’à Allah et doivent l’être uniquement devant Lui. En effet, si ces peines et ces douleurs ont été suscitées avec l’assentiment d’Allah, Lui seul a aussi le pouvoir de les dissiper. Après avoir perdu son fils, le prophète Ya‘qûb ne confia sa douleur à personne d’autre en ce monde, ni à un pîr ni à un gaddînashîn ; il ne la confia qu’à Allah.

Ses paroles de cette époque sont citées dans le Noble Coran en ces termes :

Arabe (****)

—Je n’expose et ne présente mes peines, mes afflictions et mes soucis qu’à Allah.

La prière de Hazrat Moussa (paix sur lui) était formulée en ces termes :

—Arabe (******)

—Ô Allah ! À Toi seul toute louange, à Toi seul toutes les plaintes ; c’est seulement auprès de Toi que je demande secours, c’est seulement à Toi que j’adresse mon appel. C’est seulement en Toi que je place ma confiance. Car nul autre que Toi ne possède la capacité, le pouvoir ni la force d’accomplir quoi que ce soit.

Allah Lui-même a loué Hazrat Zakariya ainsi que son épouse, en disant :

—Arabe (******)

—Ils étaient fervents, compétitifs et actifs dans toute œuvre de bien. Ils ne M’invoquaient et ne priaient que Moi, avec ardeur, espoir et crainte. En réalité, ils étaient constamment emplis de crainte révérencielle envers Moi.

Telle était également la conduite du dernier Prophète en personne, Muhammad (s). Il n’y fit aucune exception. Voyant le petit nombre de ses compagnons lors de la bataille de Badr, il se tourna vers Allah, leva les deux mains et L’implora :

—Arabe (******)

—Ô Allah ! Accomplis aujourd’hui la promesse que Tu m’as faite. Ô Allah ! Si Tu anéantis cette poignée de combattants qui portent l’islam, alors nul ne T’adorera plus dans le monde.

C’est alors que fut révélé le verset d’Allah :

إِذْ تَسْتَغِيثُونَ رَبَّكُمْ فَاسْتَجَابَ لَكُمْ أَنِّي مُمِدُّكُم بِأَلْفٍ مِّنَ الْمَلَائِكَةِ مُرْدِفِينَ [٨:٩]

—Lorsque vous avez imploré votre Seigneur, Il vous a répondu, exauçant votre prière et votre imploration. Et Il a dit : « Oui, Je vous aiderai en vous envoyant successivement mille anges. » (Al-Anfâl : 9)

Ce verset prouve également que si l’on implore exclusivement Allah, sans aucun intermédiaire, wasîla ni entremise, c’est alors qu’Il exauce la prière ; autrement, rien ne L’oblige à exaucer la prière de qui que ce soit. Personne ne peut non plus L’y contraindre. Afin de rendre plus claire la question de savoir à qui adresser la prière, le Noble Prophète (s) a déclaré : « Que chacun de vous demande tous ses besoins uniquement à Allah. Même si le lacet de sa chaussure se rompt, qu’il le Lui demande également. S’Il ne le lui accorde pas, personne ne pourra le lui accorder. »

L’enseignement d’Allah et celui du Messager sont également que, dans les épreuves individuelles et collectives, il faut implorer uniquement Allah ; prendre quelqu’un d’autre comme intermédiaire ou invoquer le nom de quelqu’un est totalement contraire à cet enseignement et à cette sunna de l’islam. Si les prophètes et les messagers eux-mêmes imploraient Allah seul dans toutes leurs affaires et ne sollicitaient l’aide de personne d’autre à cet égard, pourquoi nous, simples musulmans, dépendrions-nous de quelqu’un d’autre, nous en remettrions-nous à lui, ou prendrions-nous quelqu’un d’autre comme intermédiaire ? Or ces prophètes et messagers sont précisément nos modèles éternels. De même que leurs actes doivent être suivis par nous, leurs principes et leurs méthodes d’action doivent également l’être. En particulier, Allah, en nous enseignant ces invocations, nous a ordonné à nous aussi de nous tourner de la même manière vers Lui et de L’invoquer exclusivement.

Il est toutefois impossible de nier que, du vivant du Noble Prophète, les musulmans de cette époque invoquaient Allah en prenant celui-ci comme intermédiaire afin d’être délivrés des difficultés. Les hadiths en font clairement mention. Mais cela se passait du vivant du Messager, alors que le Messager lui-même était présent parmi les gens en tant que suppliant. Cela prouve seulement qu’il était permis, du vivant du Messager, de l’invoquer comme intermédiaire. Mais après la mort du Noble Messager, jamais les nobles Compagnons ne l’ont pris comme intermédiaire dans leurs invocations. On n’a pas pris comme intermédiaire une personne décédée et qui ne participe pas elle-même à l’acte d’invocation. À ce propos, deux autres versets du Noble Coran doivent également être pris en considération. Dans la sourate As-Sajda, en décrivant les pieux serviteurs, Allah a dit :

تَتَجَافَىٰ جُنُوبُهُمْ عَنِ الْمَضَاجِعِ يَدْعُونَ رَبَّهُمْ خَوْفًا وَطَمَعًا وَمِمَّا رَزَقْنَاهُمْ يُنفِقُونَ [٣٢:١٦]

— Leurs flancs et leurs dos se détachent de leurs lits confortables ; ils invoquent leur Seigneur avec crainte et espoir. Et ils dépensent de ce que Je leur ai accordé dans Ma voie.

Dans ce verset, l’expression « yad‘ûna rabbahum khawfan wa tama‘an » mérite une attention particulière. Il y est clairement dit que ceux qui croient véritablement aux versets d’Allah ne craignent qu’Allah et ne placent leur espoir qu’en Allah, qui est leur Seigneur. En sens inverse, ils ne craignent personne en dehors d’Allah et ne placent leur espoir en personne. Même lorsqu’ils ont une raison de craindre, ils n’invoquent qu’Allah, L’implorent Lui seul et ne prient personne d’autre qu’Allah. De même, ils espèrent obtenir toute chose uniquement d’Allah et, pour cela aussi, L’invoquent Lui seul. Ils n’espèrent rien recevoir de personne en dehors d’Allah ; lorsqu’ils ont besoin d’obtenir quelque chose, ils invoquent et implorent Allah seul à cette fin.

En outre, la première partie parle de l’accomplissement de la prière, tandis que la dernière partie parle de l’invocation. L’imam Fakhr ad-Dîn ar-Râzî a écrit : l’invocation et la prière sont, au sens véritable, une seule et même chose.

Autrement dit, de même que la prière n’est accomplie pour personne ni en direction de personne en dehors d’Allah, l’invocation ne peut également être adressée à personne d’autre qu’Allah.

Voici encore un autre verset :

Arabe(*******)

— Celui qui est soumis à Allah, qui obéit exclusivement aux commandements d’Allah, se prosterne devant Allah pendant la nuit, craint l’au-delà et n’espère que la miséricorde d’Allah, son sort peut-il être semblable à celui des associateurs ?

Cela signifie que celui qui possède ces qualités n’est pas un associateur, mais un adepte du tawhid. Quant à celui qui ne possède pas ces qualités, ne serait-ce qu’une seule d’entre elles, il deviendra, en réalité, un associateur. Ainsi, si quelqu’un, au lieu d’être soumis à Allah, se soumet à une force créée par Allah ; si quelqu’un ne craint pas l’au-delà ; ou s’il n’espère pas la miséricorde de son Seigneur Allah, ou espère obtenir la miséricorde et la faveur d’un autre qu’Allah, c’est lui qui, selon la déclaration de ce verset coranique, sera un associateur. Par conséquent, demander de l’aide à quelqu’un d’autre qu’Allah ne peut en aucun cas être permis selon le Coran.

À la fin de cette discussion, je considère nécessaire de citer ici, à titre de preuve, deux ou trois paroles du cheikh Abd al-Qadir al-Jilani (que la miséricorde d’Allah soit sur lui). Il a écrit dès le début de son ouvrage….. : Toute louange appartient à Allah, dont la louange ouvre tous les livres et dont l’évocation doit inaugurer toute parole. C’est par le mérite de Sa louange que les gens du Paradis entreront au Paradis. Il est Celui dont la seule mention du nom guérit toutes les maladies ; c’est par Son nom que toutes les pensées, les peines et les épreuves sont dissipées. Dans les moments de bonheur comme de malheur, de joie comme de tristesse, c’est auprès de Lui que l’on adresse des invocations d’une voix suppliante et émue. Sa nature est telle que, malgré la diversité des paroles et des langues, Il entend l’appel de tous ceux qui L’invoquent ; c’est Lui qui exauce l’invocation des personnes éprouvées et affligées.

Il a écrit dans son ouvrage « Fath al-Ghayb » : Nos pleurs, nos invocations et notre recours en toute circonstance doivent être adressés exclusivement à Allah, qui est notre Seigneur, notre Créateur et Celui qui pourvoit à nos besoins. C’est Lui qui nous nourrit, c’est Lui qui nous abreuve, c’est Lui qui nous accorde le bienfait, c’est Lui qui nous protège, c’est Lui qui veille sur nous. Notre vie est entre Ses mains.

« Ainsi, tu n’invoqueras et n’appelleras, pour satisfaire tes besoins, qu’Allah seul, auprès d’Allah seul ; Lui seul sera ton Donateur, et Il sera ton unique objectif. »

« Celui qui place sa confiance en une créature semblable à lui-même est maudit. »

Alors que le cheikh Jilani était étendu sur son lit de mort, son fils Abd al-Wahhab lui dit : « Donnez-moi quelques recommandations que je pourrai suivre et mettre en pratique après vous. »

Il dit alors : « Vous devez craindre Allah ; ne craignez personne en dehors d’Allah, ne demandez rien à personne en dehors d’Allah et n’espérez rien recevoir de qui que ce soit. Confiez tous vos besoins à Allah seul. Ne placez pas la moindre confiance en personne en dehors de Lui et ne prenez appui sur personne d’autre que Lui. Désirez tout obtenir uniquement de Lui. Ne placez votre confiance en personne en dehors d’Allah. Attachez-vous au tawhid, attachez-vous au tawhid, attachez-vous au tawhid. Tous sont parfaitement unanimes sur ce point. »

En définitive, si Celui qui exauce les invocations est Allah seul, et si c’est Lui qui a ordonné de L’invoquer directement, alors invoquer quelqu’un d’autre et prendre quelqu’un d’autre comme intermédiaire dans l’invocation ne sont rien d’autre qu’une impertinence envers Allah. Ceux qui recommandent cela ne sont pas seulement des innovateurs : ils sont manifestement impliqués dans le shirk et en sont les propagateurs. Ils introduisent le shirk dans la croyance tawhidique de l’islam.

En vérité, l’exigence fondamentale de l’islam est de refuser explicitement d’accepter qui que ce soit en dehors d’Allah comme divinité et comme celui qui comble surnaturellement les besoins, et d’adopter la conviction ferme qu’Allah seul est l’unique divinité, sans Lui attribuer aucun associé. Telle est la véritable croyance tawhidique et la signification de la première partie de la kalima tayyiba : « Lā ilāha illā Allah ». Ensuite, il faut reconnaître Muhammad comme le Messager d’Allah. Autrement dit, pour obtenir l’agrément d’Allah dans la conduite de la vie, la seule et ultime personne par laquelle il faut le connaître est Muhammad. Il faut donc également refuser d’accepter les autres règles et méthodes de vie qui n’ont pas été prêchées par Muhammad. Telle est la signification de la seconde partie de la kalima.

Les prophètes et messagers précédents ont eux aussi enseigné cela à leurs communautés. Mais il ne fait aucun doute qu’ultérieurement, celles-ci se sont égarées et sont tombées dans le shirk. À ce sujet, Muhammad a lancé de très sévères avertissements contre le fait de s’opposer à l’un ou l’autre de ces deux aspects de la kalima et de sombrer dans l’égarement du shirk et de la bid‘a. Car quiconque sombre dans le shirk par l’un quelconque de ces aspects devra assurément aller en Enfer.

Le shirk dans–l’observance des lois

Dans la croyance tawhidique de l’islam, l’unicité et le caractère incomparable d’Allah sont reconnus dans des domaines tels que la création de l’univers, son entretien, l’attribution de la subsistance, ainsi que le droit de recevoir les invocations et l’adoration. De même, dans tous les niveaux et tous les domaines de la vie concrète de l’être humain, celui-ci doit obéir sans réserve à Allah seul. Le seul qui ait le droit de recevoir cette obéissance des êtres humains est Allah ; personne d’autre qu’Allah ne possède ce droit, tout comme l’univers entier, jusque dans ses particules et ses atomes, obéit uniquement à Allah. En outre, de même que la loi et les prescriptions qui régissent toute chose dans l’univers émanent uniquement d’Allah, Lui seul possède également le droit absolu d’établir des lois dans tous les aspects et domaines de la vie humaine. Nul autre qu’Allah n’a le droit d’imposer une loi aux êtres humains qu’Il a créés. L’être humain ne peut pas non plus accepter ni appliquer la loi de quiconque en dehors d’Allah. S’il le fait, ce sera entièrement un abus de pouvoir, une injustice et une oppression ; ce sera manifestement du shirk.

En vérité, c’est Lui qui établira les lois et les prescriptions pour les êtres humains, et ceux-ci n’appliqueront dans tous les aspects et domaines de leur vie que les lois qu’Il aura données. Ils ne feront en aucun cas quoi que ce soit qui soit contraire à Ses lois et prescriptions. En effet, nul autre qu’Allah n’a, et ne peut avoir, le droit de commander aux êtres humains, autrement dit de légiférer et d’imposer des lois. La question fondamentale à ce sujet est la suivante : à qui accordez-vous le droit de créer une loi pour vous, que vous appliquerez et vous préparerez à respecter, et à qui n’accordez-vous pas ce droit ?

Si vous accordez ce droit à Allah seul, votre foi dans le tawhid d’Allah est complète. Mais si vous accordez ce droit à quelqu’un d’autre, à une personne ou à une institution, ou si vous estimez qu’elle le possède, alors, en réalité, cette personne ou cette institution est votre dieu, et vous êtes son serviteur et son esclave. Or cette dernière situation est indubitablement une situation de shirk. C’est précisément ce qui est proclamé dans les versets suivants du Noble Coran.

Il est dit dans un verset de la sourate al-An‘âm, par la bouche du noble Messager :

مَا عِندِي مَا تَسْتَعْجِلُونَ بِهِ ۚ إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ ۖ يَقُصُّ الْحَقَّ ۖ وَهُوَ خَيْرُ الْفَاصِلِينَ [٦:٥٧]

— Ce pour quoi vous vous hâtez tant ne se trouve pas auprès de moi. Nul n’a le droit de décider et de statuer en toute affaire, si ce n’est Allah. Lui seul énonce la vérité et Il est le meilleur des juges.

Voici le verset de la sourate Yûsuf :

Arabe(*********)

— Nul n’a, en matière de jugement et de législation, le droit suprême, si ce n’est Allah seul. C’est Lui qui a décrété : « Ô hommes, ne servez personne d’autre que Moi ; servez uniquement Allah. »

Dans le commentaire de ce verset, l’érudit Ibn Kathîr a écrit : donner des ordres, intervenir, vouloir, posséder ou exercer une autorité absolue, tout cela appartient exclusivement à Allah. Il a ordonné de façon définitive à Ses serviteurs de n’adorer, de ne servir et de ne se soumettre à nul autre qu’Allah seul.

Dans le verset précité, il est question, d’une part, de l’autorité de statuer et, d’autre part, de la servitude. Celui dont on exécute les ordres est, en fait, celui que l’on sert. Suivre les ordres, les lois, les commandements et les interdictions d’autrui, observer et accepter le licite et l’illicite, et s’y conformer, constitue, dans la terminologie de la charia, l’adoration. Par conséquent, reconnaître Allah comme l’unique Législateur en cette matière relève de la croyance et de la pratique du tawhid. Accorder ce droit à quelqu’un d’autre sous cet aspect serait un shirk manifeste.

Les versets suivants ont également proclamé exactement cette même vérité.

مَا لَهُم مِّن دُونِهِ مِن وَلِيٍّ وَلَا يُشْرِكُ فِي حُكْمِهِ أَحَدًا [١٨:٢٦]

-Pour les hommes, il n’existe aucun « wali » en dehors d’Allah, et Il n’associe personne à l’élaboration et à l’application de Ses commandements.

Ici, le terme « wali » est employé précisément au sens de « donneur d’ordres » et de « législateur ». Dire qu’il n’existe aucun « wali » en dehors d’Allah signifie qu’en dehors d’Allah, il n’existe et ne peut exister personne qui donne des ordres, édicte des lois et possède la seigneurie et l’autorité. C’est ce que ce verset proclame. Cette affirmation est rendue encore plus catégorique dans la dernière partie du verset, où il est dit qu’Il n’associe personne à Son commandement. Autrement dit, en tant que législateur, Allah est Un, unique et sans pareil. Il n’a accordé à personne d’autre, de sa propre autorité, le droit de commander aux hommes et d’appliquer des lois. De même, les hommes n’ont pas reçu le droit d’accepter quelqu’un d’autre comme législateur ni de suivre les lois établies par autrui. Si un homme accorde à quelqu’un un tel droit, il commet du shirk envers Allah. Ce serait un exercice d’un droit qui ne lui appartient pas. En effet, Allah Lui-même n’a accordé à personne d’autre que Lui ce droit sur Ses créatures ; dès lors, qui pourrait avoir le droit de commander aux créatures d’Allah et d’accepter quelqu’un d’autre comme donneur d’ordres ? Allah ne pardonne jamais le péché de shirk. Le cas des autres péchés est distinct.

Il est dit :

إِنَّ اللَّهَ لَا يَغْفِرُ أَن يُشْرَكَ بِهِ وَيَغْفِرُ مَا دُونَ ذَٰلِكَ لِمَن يَشَاءُ ۚ

-Si l’on Lui associe des partenaires, Allah ne le pardonne pas. En dehors de cela, Il pardonne à qui Il veut les autres péchés. (An-Nisa : 116)

En vérité, dans la croyance tawhidique de l’islam, telle est la sunnah. Les trente juz’ de la Parole du Noble Coran sont entièrement consacrés à l’explication de cette croyance. Le Noble Prophète (s) a prêché cette croyance ; c’est sur son fondement qu’il a mené l’ensemble de son mouvement de da‘wah et d’établissement de l’islam. Les gens de cette époque avaient compris cette même vérité à travers la croyance qu’il prêchait, et c’est en l’adoptant qu’ils étaient devenus musulmans. En un mot, telle est la croyance fondamentale de l’islam, et c’est sur son fondement que le Noble Prophète (s) a édifié une société et un État complets.

Il a été déclaré dans un verset :

Arabe(********)

-Le droit d’élaborer et de promulguer les commandements, les lois et les prescriptions est exclusivement réservé au Très-Haut Allah.

Allah a adressé cet ordre à Son Prophète bien-aimé :

إِنَّا نَحْنُ نَزَّلْنَا عَلَيْكَ الْقُرْآنَ تَنزِيلًا [٧٦:٢٣]

فَاصْبِرْ لِحُكْمِ رَبِّكَ وَلَا تُطِعْ مِنْهُمْ آثِمًا أَوْ كَفُورًا [٧٦:٢٤]

-Certes, Nous avons fait descendre le Coran. Demeure donc fermement attaché à l’obéissance au commandement d’Allah, et ne te soumets pas à un pécheur ou à un mécréant en dehors de cela ; n’obéis pas à l’ordre qu’il donne.

Le fait qu’Allah ordonne de s’attacher fermement à l’obéissance à Son commandement immédiatement après avoir mentionné la révélation du Coran signifie que le Coran est le Livre qui contient les commandements d’Allah. C’est seulement en suivant ce Livre que l’on obéira au commandement d’Allah. Quant au fait de s’y tenir fermement, cela signifie se contenter d’obéir au commandement d’Allah et ne pas obéir au commandement de quiconque d’autre.

Le Noble Prophète (s) a dit dans ses propres termes :

Arabe(*******)

—Nul n’a le droit de désobéir à Allah en obéissant à une créature.

Cela signifie que, fondamentalement, l’obéissance n’est due à l’être humain que par Allah. L’être humain n’a reçu l’ordre d’obéir qu’à Lui. Mais s’il faut, dans un cas donné, obéir à quelqu’un d’autre ou qu’il devient nécessaire de suivre la loi et les règles de quelqu’un d’autre, que peut-on faire ? Cette parole du Messager en contient précisément la réponse. Sa signification est donc la suivante : il n’est permis d’obéir à quelqu’un d’autre qu’Allah qu’à une seule condition : que cette obéissance à autrui ne se transforme pas en désobéissance à Allah, qui détient le droit véritable et fondamental d’être obéi. Si tel est le cas, il n’est en aucune manière permis d’obéir à quelqu’un d’autre.

La science du fiqh nous expose également cette même idée sous diverses formes et dans des termes variés. Il est écrit dans l’ouvrage d’usûl al-fiqh intitulé « Nûr al-Anwâr » :

L’analyse présentée dans l’ouvrage Tawjîh permet de savoir que, pour tout commandement, trois éléments sont indispensables : (1) celui qui donne le commandement, (2) celui à qui le commandement est donné et (3) le sujet sur lequel porte le commandement. Ainsi, Celui qui donne le commandement est Allah Seul ; le commandement a été donné aux êtres humains tenus de pratiquer la Charia, et il a été donné de pratiquer la Charia.

L’ouvrage « Tawjîh » énonce encore plus clairement cette idée en ces termes :

La deuxième partie de l’ouvrage traitera du commandement. Tout commandement exige l’existence de quelqu’un qui le donne, et celui qui donne le commandement est Allah, exalté soit-Il, non la connaissance, la raison ou la conscience de l’être humain.

Il a été dit : le jugement ne peut appartenir qu’à Allah. Tous les imams sont parfaitement unanimes à ce sujet.

Le Coran, la hadith et l’ijmâ‘, ces trois preuves fondamentales de la sharia islamique, établissent précisément ce point : nul autre qu’Allah n’a le droit de légiférer. Celui qui croit au tawhid d’Allah ne peut reconnaître personne d’autre qu’Allah comme détenteur du commandement, législateur et déterminant de ce qui est permis ou interdit. S’il le fait, ce sera du shirk. À l’époque des califes bien guidés, après le Messager éminent, telle était également la croyance des musulmans et telle était leur pratique.

Umar al-Fârûq, qu’Allah l’agrée, écrivit à Abû Mûsâ al-Ash‘arî, dans une lettre établissant les principes directeurs de l’administration du gouvernement islamique :

Établir un système judiciaire fondé sur la sharia est une obligation religieuse catégorique et une sunnah à suivre.

Mais, par la suite, ce courant fondamental du tawhid dans la société musulmane — que nous pouvons appeler, dans notre langue, la portée politique de la croyance au tawhid — commença à s’affaiblir. Finalement vint un jour où les musulmans commencèrent à considérer, dans la religion islamique, la religion et la politique comme deux choses séparées et sans aucun lien entre elles. En conséquence de cette attitude, ils reconnurent, dans le domaine religieux, l’autorité des chefs religieux. Ils estimèrent nécessaire non seulement d’obéir au commandement d’Allah, mais aussi à celui du chef religieux, c’est-à-dire du pîr. Ils considérèrent les aspects les plus importants de la vie — la politique, l’organisation sociale et les activités économiques — comme extérieurs au champ de l’islam. Ils y acceptèrent les lois des politiciens et des dirigeants. On insistait sur le fait que seul un homme pieux devait diriger la prière, mais, dans la société, l’État et les autres domaines, on n’éprouvait pas la moindre hésitation à reconnaître la direction d’hommes pervers et débauchés, c’est-à-dire d’ennemis de l’islam ; on ne considérait pas cela comme contraire à l’islam. Bien plus, ceux qui, dans leur vie personnelle, pratiquaient la religion avec le plus grand sérieux — et estimaient qu’il fallait la pratiquer ainsi — se lançaient-ils en politique qu’ils y menaient une politique totalement contraire à l’islam, des relations sociales radicalement contraires à la sharia, ainsi que des affaires, du commerce et des transactions manifestement illicites. En effet, dans ces domaines, ils ne voulaient pas reconnaître à Allah le droit de légiférer et ne pouvaient concevoir qu’il fût nécessaire d’y suivre le commandement d’Allah. Considérer la religion et la politique, ou la religion et l’économie, etc., comme séparées et sans lien entre elles, telle est l’essence du sécularisme moderne ; et, sur le plan social et politique de la croyance au tawhid de l’islam, c’est là une innovation extrêmement grave. À ce stade, les religieux de la société se mirent à proclamer qu’il était obligatoire de prendre un pîr afin de parvenir à Allah. L’autre catégorie de personnes commença, quant à elle, à considérer comme conformes à l’islam jusqu’à la monarchie, le pouvoir royal et la dictature. Dans la vie réelle, en matière de gouvernement et d’application des lois, elle plaça les chefs pervers et débauchés, les rois et souverains ainsi que les dictateurs exactement à la place d’Allah. C’est pourquoi elle propagea le hadith du Messager : « Les sultans sont semblables à l’ombre d’Allah. » Elle établit les rois, les souverains et les dirigeants pervers et débauchés comme dignes d’un honneur égal à celui d’Allah au-dessus de la société humaine. En matière d’obéissance effective des musulmans, elle finit par mettre sur un pied d’égalité avec Allah, dans le domaine religieux, les savants et les pîrs, et, dans les affaires mondaines, les rois et souverains, les dirigeants politiques et les dictateurs. De même qu’Allah promulgue Ses propres lois et règles pour les populations, elle estima que les chefs religieux ou les pîrs et les pieux maîtres, ainsi que les rois, les souverains et les autorités de l’État, avaient eux aussi le droit de promulguer des lois et des règles selon leur propre volonté. C’est ainsi qu’une immense innovation put s’introduire dans l’organisation religieuse islamique et dans le domaine de la politique mondaine. Il en résulta que, dans la religion monothéiste d’Allah, on reconnut l’autorité absolue des chefs religieux, c’est-à-dire des pîrs et des hommes pieux, ainsi que celle des politiciens dans la politique et les institutions sociales, érigeant ainsi une innovation extrêmement grave de shirk. Par la suite, vint progressivement un jour où l’on commença à considérer comme obligatoire, au même titre que l’observance de la loi d’Allah, l’observance des lois élaborées par les rois, les souverains et les autorités de l’État ; et l’obéissance au commandement du pîr comme une obligation égale à l’obéissance au commandement d’Allah. On commença également à croire que leur désobéissance constituait un péché tout comme la désobéissance à Allah. (C’est précisément pour cette raison qu’il n’est pas permis d’accepter simultanément deux imams — chefs d’État. Accepter un imam religieux, un pîr, et un imam politique, un roi, un souverain ou un dictateur, est contraire à la sharia.)

Pourtant, conformément aux prescriptions de la sharia, leur devoir était d’établir un système d’État islamique et, à cette fin, de nommer un imam conforme à l’idéal islamique, c’est-à-dire un dirigeant de l’État. Sur la base du verset coranique « Je vais établir un calife sur la terre », l’imam al-Qurtubî a écrit :

Il est obligatoire de nommer un imam et un calife, dont la parole sera écoutée et auquel on obéira, afin que l’unité de la nation soit établie et que les lois et ordres du calife soient pleinement appliqués — à ce sujet, le verset précité constitue la preuve fondamentale. Il n’existe aucune divergence à ce propos entre les imams et les imams muj­tahid. Il est donc établi que cette tâche est obligatoire. Il est établi que nommer un tel imam ou calife constitue l’un des piliers de cette religion de l’islam, qui est le fondement de la vie sociale et globale des musulmans.

Il a été démontré, dans la discussion précédente, sur la base de preuves catégoriques de la sharia, que suivre la loi de quelqu’un d’autre que la loi et le commandement d’Allah est du shirk.

Mais il existe des gens qui, se réclamant du savoir religieux, ne veulent pas reconnaître Allah seul comme l’unique législateur, parce que, si l’on doit reconnaître Allah seul comme Celui qui commande et légifère, quelle place restera-t-il au « Huzur Qibla » ? Il n’y aurait donc d’autre solution que de reconnaître également le « Huzur Qibla », avec Allah, comme habilité à donner des ordres. C’est pourquoi, en réponse à l’affirmation conforme à la croyance tawhidique de l’islam selon laquelle obéir à l’ordre de quiconque autre qu’Allah relève du shirk, ils commencent à dire, avec une ignorance extrême :

« Lecteurs ! Réfléchissez un peu : dans les écoles, les collèges, les madrasas, les maktabs et autres établissements, dans les associations, comités et organisations politiques et sociales, ainsi que pour la gestion et les déplacements en bateau, en steamer, en bus, en train, etc., et dans d’innombrables affaires terrestres et matérielles, les gens de toutes races et de toutes religions ne doivent-ils pas suivre quelque loi faite par les hommes ? Oui, bien sûr ; comment pourrait-il y avoir le moindre doute à ce sujet ? Alors faut-il reconnaître Allah comme l’unique détenteur du commandement ? À la lumière de notre longue discussion précédente, chacun peut comprendre à quel point les propos susmentionnés de cet homme se présentant comme un alim sont ridicules. Car il dit lui-même : “Dans les affaires terrestres et matérielles, il faut appliquer les lois faites par les hommes.” Qui vous a dit que, même dans les affaires purement matérielles, lorsqu’il n’existe aucune règle ni aucun modèle venant d’Allah et du Messager, il ne serait permis d’obéir à l’ordre de personne ? Votre erreur gravissime consiste précisément à diviser la vie humaine en deux domaines : matériel et religieux. L’islam a complètement pulvérisé cette division. Ainsi, non seulement dans les affaires mondaines, mais aussi dans ce que vous considérez comme des affaires purement religieuses, il est possible d’obéir à l’ordre d’un autre qu’Allah, mais pas sans condition : à la condition particulière que cet ordre soit d’abord conforme à l’ordre d’Allah et, ensuite, qu’il ne lui soit en rien contraire. Sur cette base, il est permis d’obéir, dans n’importe quel domaine, à l’ordre de n’importe qui, car il s’agit en réalité de l’ordre d’Allah lui-même. Mais, Monsieur, il est inadmissible d’obéir sans condition et aveuglément à l’ordre du Huzur Qibla comme à l’ordre d’Allah ; ce serait alors un shirk manifeste, et vous continueriez à vous débattre dans l’océan sans fond de ce shirk. »

La bid‘a consistant à ne pas faire de la politique

Abandonner la politique et vivre sans entretenir avec elle la moindre relation constitue une autre forme majeure de bid‘a, qui a gagné une catégorie particulière de la société musulmane actuelle. Pour ces gens, la politique relève entièrement et essentiellement des affaires mondaines. Seuls les gens attachés au monde font de la politique. Et la seule preuve qu’ils donnent du caractère mondain de tous ceux qui font de la politique est précisément qu’ils en font. On entend souvent cette catégorie de personnes répéter : “Je ne fais pas de politique”, ou bien : “J’ai fait de la politique pendant longtemps, mais je n’en fais plus maintenant.” D’autres disent : “Nous sommes des gens religieux ; nous n’avons aucun rapport avec la politique.”

Si cette conception est une bid‘a, c’est parce qu’elle est totalement contraire à l’exemple, à la ligne de conduite et à la croyance du Messager éminent. La vie du Messager éminent durant sa mission prophétique prouve de manière irréfutable qu’il a fait de la politique, que son action s’est heurtée à l’État et qu’il a finalement mis fin à tous les États du faux et à toute politique non islamique, établi un État pleinement islamique et instauré dans la société une politique et un système étatique conformes aux idéaux islamiques. Du vivant du Messager et après lui, les Compagnons ont pratiqué cette politique, dirigé l’État et accompli toutes les tâches relatives à l’État. Les tabi‘in et les tabi‘ al-tabi‘in ont eux aussi fait de la politique.

La politique est présente dans le Noble Coran et dans les hadiths ; elle figure également dans les questions de jurisprudence élaborées sur la base de ces deux sources. Faire de la politique est donc une Sunna, en plein accord avec l’idéal islamique.

La politique est une Sunna et conforme à l’idéal islamique ; plus encore, elle constitue l’essentiel même de l’islam. La raison fondamentale de l’envoi des prophètes dans le monde est d’établir la religion d’Allah sur la terre. Les prophètes ont accompli cette tâche dans le monde avec toutes leurs forces, au prix de leur vie et de leur personne ; dans le langage moderne, c’est précisément cela que l’on appelle la politique.

Aux yeux d’Allah, le seul système de vie choisi pour les hommes est l’islam, et rien d’autre. Telle est la déclaration d’Allah :

Certes, la religion auprès d’Allah est l’islam.

Tel en est également le sens. Et c’est précisément dans le but d’établir cette religion et d’instaurer la justice parmi les sociétés humaines conformément à la loi d’Allah qu’Allah a envoyé les nobles prophètes.

Allah Lui-même a dit :

لَقَدْ أَرْسَلْنَا رُسُلَنَا بِالْبَيِّنَاتِ وَأَنزَلْنَا مَعَهُمُ الْكِتَابَ وَالْمِيزَانَ لِيَقُومَ النَّاسُ بِالْقِسْطِ ۖ وَأَنزَلْنَا الْحَدِيدَ فِيهِ بَأْسٌ شَدِيدٌ وَمَنَافِعُ لِلنَّاسِ

« Certes, Nous avons envoyé les prophètes et les messagers avec des preuves et des arguments irréfutables. Nous avons fait descendre avec eux le Livre et la balance de la justice, afin que les gens puissent vivre dans la vérité et la justice. Et Nous avons donné le fer, dans lequel résident une force considérable et redoutable, ainsi qu’un bienfait incomparable pour les gens. »

Ce que nous apprenons essentiellement de ce verset, c’est qu’Allah Tout-Puissant a envoyé les prophètes et les messagers afin que les êtres humains aient la possibilité de vivre dans le monde sur la base d’une justice saine et infaillible. Pour que les prophètes et les messagers puissent établir dans le monde une justice véritable et impartiale, deux choses principales leur ont été données par Allah, comme caractéristiques et signes de leur mission directement envoyée par Allah. La première est le miracle — une preuve et un argument irréfutables — qui démontre aux gens la véracité de la prophétie et de la mission des prophètes et des messagers. La seconde est la parole d’Allah, le Livre céleste, qui a été révélé comme un code pratique régissant la vie humaine.

En outre, deux autres choses ont été données. L’une est le « Mîzân », c’est-à-dire la balance, le critère ou l’étalon, au moyen duquel on peut établir ce qui est juste ou injuste, bon ou mauvais, vrai ou faux. Dans son commentaire de ce verset, Allâma Ibn Kathîr écrit, pour expliquer le terme « Mîzân » : selon Mujâhid, « Mîzân » signifie la lutte armée, et selon Qatâda, « la justice parfaite et impartiale ». Il s’agit d’une vérité établie par une connaissance, une intelligence et une conscience saines, pures et fermes. La seconde chose est al-Hadîd. Dans le langage courant, « Hadîd » signifie « fer ». Selon la formulation de l’imam Râghib, son sens lexical est une chose tranchante, incisive, et exerçant une influence puissante. Le mot est employé dans ces différents sens dans plusieurs versets du Coran.

Nous pouvons donc en comprendre deux sens : premièrement, le métal qu’est le fer ; deuxièmement, une chose puissante, aiguisée, exerçant une influence irrésistible et permettant d’imposer une autorité. Dans le contexte des prophètes et des messagers, son sens se comprend aisément : une « force coercitive ». En anglais, on l’appelle Coercive Power, ou, en d’autres termes, la « puissance de l’État ».

Les prophètes et messagers établissaient, sur la base des prescriptions d’Allah, un système étatique doté d’une force intense, puissante et irrésistiblement efficace ; grâce à lui, ils mettaient fin à toutes les voies de l’injustice et de l’oppression en recourant à des armes de fer, et établissaient une justice impartiale pour tous les êtres humains sans distinction. Puisque les prophètes et messagers avaient été envoyés dans le monde afin d’y établir la justice, après la fin de la prophétie, il incombe à la communauté du Prophète d’établir cette justice et, à cette fin, de mettre en place une puissance étatique intense et influente. S’efforcer d’acquérir cette puissance, puis, après l’avoir acquise, établir la justice grâce à elle, voilà ce que l’on appelle la politique dans le langage moderne. C’est cette même idée qui trouve son écho dans cette parole du noble Messager :

Certes, Allah le Très-Haut accomplit, avec l’aide du pouvoir d’État, nombre d’actions qu’Il ne fait pas accomplir par le Coran. (Selon certains érudits, cette parole est de l’honorable Othmân, et non de Muhammad ; c’est possible : il l’avait peut-être entendue du Messager. Et même dans le cas contraire, les paroles des Compagnons n’en ont pas moins une importance incontestable. Elles sont également considérées comme des hadiths. Les Compagnons avaient acquis auprès du noble Messager toute la connaissance relative à la religion.)

Cela signifie que, pour atteindre l’objectif suprême d’Allah, le pouvoir d’État est indispensable au même titre que le Coran. Si le pouvoir d’État n’est pas employé afin de rendre le Coran effectif, le Coran ne pourra pas, par sa seule force, devenir effectif dans la société humaine.

En outre, le Noble Coran donne cette instruction :

شَرَعَ لَكُم مِّنَ الدِّينِ مَا وَصَّىٰ بِهِ نُوحًا وَالَّذِي أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ وَمَا وَصَّيْنَا بِهِ إِبْرَاهِيمَ وَمُوسَىٰ وَعِيسَىٰ ۖ أَنْ أَقِيمُوا الدِّينَ وَلَا تَتَفَرَّقُوا فِيهِ ۚ كَبُرَ عَلَى الْمُشْرِكِينَ مَا تَدْعُوهُمْ إِلَيْهِ ۚ اللَّهُ يَجْتَبِي إِلَيْهِ مَن يَشَاءُ وَيَهْدِي إِلَيْهِ مَن يُنِيبُ [٤٢:١٣]

— Allah le Très-Haut vous a prescrit, pour votre religion, la voie même qu’Il avait prescrite à Noé ; et Nous t’avons révélé, ô Muhammad, par la révélation, ainsi que ce dont Nous avons donné la guidance à Abraham, Moïse et Jésus, en leur enjoignant : « Établissez cette religion et ne vous divisez pas à son sujet. » Ce à quoi tu les appelles, ô Prophète, est devenu extrêmement pénible et insupportable pour les associateurs. Allah choisit et s’approprie celui qu’Il veut, et guide vers Lui celui qui revient à Lui, sur le chemin qui mène à Lui et permet de L’atteindre. (Ach-Choura : 13).

Ce verset dit clairement que, depuis Noé jusqu’au dernier prophète, Muhammad, il a également été ordonné d’établir complètement cette religion donnée par Allah. Muhammad appelait alors les gens à abolir les systèmes étatiques fondés sur toutes les idéologies fausses, à établir cette religion et à édifier, sur sa base, la société, la vie et le système étatique. C’est précisément cela qui était extrêmement pénible pour les associateurs. L’appel à établir la religion et les efforts déployés en ce sens leur étaient insupportables, car ils entraîneraient l’effacement total de toute trace du polythéisme dans la vie humaine. Et si le polythéisme disparaissait, l’existence même des associateurs serait anéantie ; on ne pourrait plus les trouver nulle part. C’est ici, dès les premiers temps de la vie prophétique du noble Messager, que l’ordre d’établir la religion a été donné. Nulle part dans le Noble Coran ne trouve-t-on l’ordre de simplement prêcher la religion. Établir la religion signifie édifier, sur sa base, l’esprit et la vie des êtres humains, leur croyance, ainsi que leurs politiques et systèmes sociaux, politiques, économiques et internationaux ; appliquer et mettre effectivement en vigueur les lois et prescriptions données par Allah ; et, sur cette base, donner pleinement forme au gouvernement, à la justice, à l’éducation, à la civilisation et à la culture.

(Dans le Noble Coran, la loi pénale fixée par Allah est appelée « la religion d’Allah ». Dans la sourate An-Nour, après avoir ordonné que l’homme et la femme adultères soient fouettés comme châtiment légal, il est dit : « Que la compassion et la pitié envers ces deux personnes ne vous saisissent pas lorsqu’il s’agit d’appliquer et de mettre en vigueur la religion d’Allah, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. » Dans ce verset, la loi pénale du fouet est appelée « la religion d’Allah ».)

Par conséquent, établir la religion et s’efforcer de l’établir constituent une obligation religieuse pour tout musulman croyant en Muhammad (s.), tout comme accomplir la prière obligatoire, donner la zakat, etc. Les hadiths mentionnent également de manière explicite l’établissement de la religion.

Dans un hadith, le Noble Prophète (s.) a dit : « Si quelqu’un nous avoue publiquement son crime de fornication, nous appliquerons à son encontre le Livre d’Allah. »

L’expression « nous appliquerons le Livre d’Allah » signifie que nous lui appliquerons la peine de la fornication prescrite dans le Livre d’Allah, et que nous lui infligerons la peine qui y est établie. Ici, établir le Livre d’Allah signifie promulguer la loi conformément au Livre d’Allah. De même, établir la religion signifie réorganiser la vie entière conformément à la religion. Le Noble Messager (s.) reçut cette instruction dès la première période de sa mission prophétique. Le verset mentionné précédemment appartient à la sourate ach-Choura. Celle-ci fut révélée à La Mecque même. Peu avant le verset précédemment cité, on trouve dans cette sourate le verset suivant :

وَكَذَٰلِكَ أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ قُرْآنًا عَرَبِيًّا لِّتُنذِرَ أُمَّ الْقُرَىٰ وَمَنْ حَوْلَهَا وَتُنذِرَ يَوْمَ الْجَمْعِ لَا رَيْبَ فِيهِ ۚ [٤٢:٧]

— C’est ainsi, ô Muhammad ! que Nous t’avons révélé ce Coran, Livre en langue arabe, afin que tu avertisses par son moyen les habitants de La Mecque et ceux qui l’entourent, et que tu les avertisses au sujet du Jour du rassemblement, dont la venue ne fait aucun doute.

Dans ce verset, il a été demandé au Noble Prophète (s.) d’accomplir la tâche d’avertir ; c’est sur cette base que lui fut ensuite donnée l’instruction d’établir la religion. Cela signifie qu’établir la religion, ou s’y efforcer, est une exigence indispensable de la foi en l’au-delà. Si l’on ne le fait pas, il faudra rendre des comptes devant Allah ce jour-là. Telle était la prédication et l’œuvre du Noble Prophète (s.) au début de sa mission prophétique. Tel était le jihad dont l’ordre fut donné au Noble Prophète (s.), alors qu’il vivait encore à La Mecque, dans ce verset :

فَلَا تُطِعِ الْكَافِرِينَ وَجَاهِدْهُم بِهِ جِهَادًا كَبِيرًا [٢٥:٥٢]

— Ô Prophète, ne reconnais jamais, en aucune circonstance, l’obéissance aux mécréants. Au contraire, conformément à l’ordre du Coran, mène contre les mécréants le jihad en déployant toute ta force et de manière totale.

Dès le premier jour, l’effort du Prophète universel consista à refuser de reconnaître l’obéissance aux mécréants — à la nier et à la rejeter — et à destituer ces adeptes du faux en mobilisant toutes ses forces. (À ce propos, l’Allama Ibn al-Qayyim a écrit : Le jour même où Allah le désigna pour la première fois comme prophète, Il lui ordonna de mener le jihad.

À propos du verset coranique cité précédemment, il a également écrit : Cette sourate a été révélée à La Mecque. Allah Tout-Puissant y a ordonné au Messager de combattre les mécréants (ainsi que les hypocrites).)

Dans le langage d’aujourd’hui, c’est cela la politique visant à établir la religion. L’effort du Prophète produisit concrètement, après l’Hégire, l’instauration d’un système étatique islamique centré sur Médine.

Sous cet angle, sont réfutées les affirmations de ceux qui répètent que le noble Prophète n’a appelé ni à établir la religion — ni à instaurer un système étatique islamique — et n’a fait aucun effort en ce sens. L’État islamique de Médine n’aurait été qu’un don d’Allah. Or, en réalité, l’appel à établir la religion d’Allah constituait l’appel fondamental de tous les prophètes, et l’effort du dernier des prophètes tendait lui aussi vers cet objectif.

Aujourd’hui, on ne le sait pas seulement par l’interprétation et l’analyse du Coran et des hadiths ; les Compagnons eux-mêmes croyaient fermement que le noble Messager avait été envoyé dans le monde précisément pour établir la religion, et que les nobles Compagnons étaient ses compagnons et ses soutiens pour cette mission. La parole de ʿAbd Allāh ibn Masʿūd a déjà été citée.

À propos des Compagnons, il a dit : Allah Tout-Puissant les a choisis et élus afin qu’ils soient les compagnons et les soutiens de Son Prophète, et afin d’établir Sa religion.

Deux points sont énoncés ici. Le premier montre que l’unique fondement de la vertu, du mérite et de l’excellence des nobles Compagnons réside dans le fait d’avoir bénéficié de la compagnie du noble Messager, d’avoir été ses compagnons et ses soutiens. En quelle mission étaient-ils les compagnons et les soutiens du Messager ? Tous le savent : ils étaient les compagnons et les soutiens du Messager dans l’accomplissement de la responsabilité essentielle de sa mission prophétique. Il s’agit d’un mérite et d’une excellence si élevés que même les plus hauts degrés de foi, d’œuvres pieuses, de piété et de pureté ne peuvent leur être comparés.

Le deuxième point énoncé est qu’Allah a choisi les Compagnons du Messager précisément afin d’établir Sa religion. Tel était le deuxième objectif d’Allah concernant les Compagnons, et cet objectif complétait le premier. On peut même dire que le but principal de les faire devenir les compagnons et les soutiens du Prophète était d’établir la religion d’Allah. Il ressort également de cela que le but même de la venue du noble Prophète est clairement compris. On apprend que l’objectif de la vie du Prophète était lui aussi d’établir la religion d’Allah, et que tel était également l’objectif des Compagnons. Il est inconcevable que la venue du Prophète et son objectif, d’une part, et l’objectif de la vie des Compagnons, d’autre part, aient été différents ou opposés. Le grand objectif pour lequel Allah Tout-Puissant a fait des nobles Compagnons les compagnons et les soutiens du noble Prophète était d’établir la religion d’Allah ; c’est pourquoi leur responsabilité ne prit pas fin avec le décès du noble Prophète. Elle demeura au contraire un devoir éternel jusqu’au dernier instant de leur vie. Il ressort également de cela que l’objectif pour lequel Allah avait choisi et élu les Compagnons n’était pas limité à Médine : il devait aussi être poursuivi à La Mecque. Bien plus, ceux qui étaient devenus les Compagnons du noble Messager dès la période mecquoise jouissaient parmi les Compagnons du plus grand honneur et du plus haut rang. Il est ainsi irréfutablement établi que l’objectif de la vie du noble Prophète et des Compagnons, durant la période mecquoise, était le même que durant la période médinoise. En allant à Médine, aucun nouvel objectif ne fut adopté, pas plus que l’objectif de la période mecquoise ne changea après leur départ pour Médine. Il ne s’est pas produit que le noble Prophète et les nobles Compagnons aient œuvré à La Mecque selon un objectif, puis adopté à Médine un objectif et une finalité différents. Par conséquent, l’objectif et la responsabilité de l’ensemble de la communauté musulmane étaient ceux mêmes du noble Messager et des nobles Compagnons. Suivre leurs traces et s’acquitter de ce devoir en se tenant simplement au-dessus de la politique partisane pour guider la nation et le gouvernement ne suffit pas. Il incombe au contraire à toute personne croyant en l’islam de s’engager directement dans la politique visant à établir la religion. (Il faut ici garder à l’esprit que ceux qui ne prêchent que la profession de foi et disent : « Nous accomplissons le travail du Prophète durant sa période mecquoise », ne disent nullement la vérité. En présentant ainsi de manière déformée le travail du Prophète durant la période mecquoise, ils commettent au contraire un grave péché. Durant la période mecquoise, le Messager a présenté le modèle de politique islamique et de système étatique qu’il a précisément établi durant la période médinoise. Son œuvre constitue donc un modèle unique et indivisible ; on ne peut la diviser en deux parties. La diviser serait incontestablement une innovation blâmable.)

Si cela est de la politique, alors cette politique est intimement mêlée à la moelle et aux os du dîn islamique et liée à ses fondements. Tous les prophètes ont apporté ce même dîn, et Allah leur a tous ordonné de pratiquer cette politique. Aujourd’hui, ceux qui condamnent cette politique et la haïssent en la qualifiant de désir du pouvoir ne comprennent pas que cette accusation retombe en réalité sur le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Elle retombe sur les nobles Compagnons, modèles sublimes, ainsi que sur les mujaddidîn et les combattants de l’islam de ce monde. Sans cette politique, le dîn ne peut en aucune manière être le dîn de l’islam ; ce ne serait pas le dîn apporté par le dernier Prophète. Éviter cette politique, la haïr et l’insulter en la qualifiant de « désir du pouvoir », voilà une très grande bid‘a. Si cette bid‘a n’est pas éradiquée, l’islam ne pourra être préservé. Qui pourrait nier que nier une telle politique, la contourner, et se tenir au-dessus de la politique partisane pour simplement guider le peuple et le gouvernement, ou rester totalement indifférent à la politique tout en ne prêchant qu’une partie de la religion, revient indéniablement à nier la déclaration fondamentale du Coran et du hadith, c’est-à-dire l’essence même de l’islam ?

C’est en croyant au noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) que nous avons pu devenir musulmans. Il est notre unique modèle. Et ses Compagnons furent la première cohorte de ceux qui suivirent ce modèle, nos précurseurs également. Ont-ils pratiqué la politique ? Ou bien se sont-ils contentés de guider les gens en se tenant au-dessus de la politique partisane, ou ont-ils eux-mêmes plongé au cœur de la politique afin de libérer les hommes de la servitude envers autre qu’Allah et de les conduire vers l’adoration d’Allah seul ? Quiconque connaît la vie du Messager et les occupations des Compagnons jour et nuit ne peut avoir la moindre confusion à ce sujet. Ils savent indubitablement que le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses nobles Compagnons ont acquis le pouvoir d’État, mis en pratique grâce à lui le système de vie islamique, résisté à l’injustice et à l’oppression, et établi la justice. Ainsi, la politique menée pour établir le dîn d’Allah, conformément à la loi d’Allah et selon la voie et les règles montrées par le Messager, est véritablement la sunna. L’abandonner, puis croire que la politique consistant à l’abandonner est la sunna ou la « règle de l’islam », constitue clairement une bid‘a. Cette bid‘a a transformé l’islam en une religion d’ascétisme monastique. Bien plus, elle a instauré durablement la domination, l’oppression et l’exploitation des pervers et des débauchés sur les musulmans. En vérité, si le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait suivi une politique semblable, s’il avait adopté à l’égard d’Abû Jahl et d’Abû Lahab, chefs de la société arabe de l’époque, la seule politique de les « guider », les polythéistes mécréants ne se seraient pas tant opposés à lui ; jamais le Messager n’aurait dû émigrer, se faire briser les dents dans le jihâd, ni ses Compagnons tomber en martyrs. Au contraire, en adoptant une telle politique, ils auraient pu recevoir des millions, comme en reçoivent aujourd’hui certains savants et pîrs de la part des Abû Jahl et Abû Lahab de notre époque. Et s’ils avaient agi ainsi, l’islam n’aurait plus eu la moindre existence à notre époque ; il n’aurait eu ni histoire ni récit vivant et glorieux.

Selon les imams mujtahidîn, et également du point de vue du fiqh et des ‘aqîda, pratiquer directement la politique visant à établir le dîn d’Allah est une exigence de la foi et un devoir absolument impératif.

L’érudit Mullâ ‘Alî al-Qârî est l’un des grands commentateurs des ‘aqîda islamiques de l’imam Abû Hanîfa (qu’Allah lui fasse miséricorde). Il a écrit : tous les spécialistes sont entièrement unanimes sur le fait qu’il est obligatoire de nommer un imam, c’est-à-dire un dirigeant de l’État islamique.

Pour montrer l’importance considérable de la nomination d’un imam, il a encore écrit : les nobles Compagnons ont eux aussi accordé la plus haute importance à la nomination d’un imam. Ils ont même achevé cette nomination avant l’inhumation du noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Mais pourquoi ? Parce qu’il est absolument indispensable aux musulmans d’avoir un imam, un dirigeant de l’État, qui mette leurs lois en application, établisse les peines légales, comble leurs lacunes et résolve leurs divisions, maintienne leurs soldats constamment prêts et équipés, préserve leur honneur et leur temps, réprime par la force leurs agresseurs rebelles, châtie les brigands et les détrousseurs, maintienne la prière du vendredi, le pèlerinage et les fêtes de l’Aïd, organise le mariage des garçons et des filles sans tuteur, distribue le butin et les richesses nationales, et accomplisse toutes les autres tâches conformes à la charia qui doivent être réalisées. (Sharh Fiqh al-Akbar)

À ce stade, la dernière remarque, extrêmement importante, est la suivante : tout ce qui a été dit ici au sujet de la « bid‘a consistant à ne pas faire de politique » concerne uniquement le fait de ne pas pratiquer la politique visant à établir le dîn ; cela ne signifie pas qu’il ne faille pas pratiquer une politique visant, sous le nom de politique, à établir des idéologies opposées au dîn islamique : la pratiquer constitue précisément une très grande bid‘a de notre époque. Il est particulièrement triste et honteux que la politique menée aujourd’hui, de manière générale, par les divers groupes, partis et jamâ‘at qui se réclament de l’islam ne soit pas la politique visant à établir le dîn ; qu’ils pratiquent au contraire une politique visant à instaurer la laïcité, le socialisme ou le capitalisme, opposés au dîn islamique — ce qui est entièrement une bid‘a et haram. Pratiquer une politique visant à établir la mécréance sous une identité musulmane ou islamique constitue, selon les termes du Coran, l’hypocrisie la plus extrême ; elle est confrontée à cette question d’Allah : Arabe (****)

— Ô vous qui croyez, pourquoi dites-vous de votre bouche ce que vous ne faites pas ?

Vous dites donc ce que vous ne faites pas ; par conséquent, vous ne faites pas ce que vous dites. À la lumière de votre nom et de votre identité, vous ne faites pas ce que vous devriez faire, et vous faites ce que vous ne devriez pas faire. En voyant votre nom et votre identité, les gens s’attendent naturellement à ce que vous pratiquiez auprès d’eux une certaine politique ; or vous ne pratiquez pas cette politique, mais une politique laïque, socialiste ou capitaliste. Ainsi, toute votre existence est devenue une hypocrisie terrifiante. Vous êtes des menteurs et des trompeurs.

Votre politique est manifestement une innovation (bidʿa) ; vous avez le devoir de l’abandonner immédiatement et de vous consacrer directement à la politique visant à établir la religion d’Allah. Votre nom et votre revendication explicite et sincère l’indiquent également. Dire qu’il faut établir l’islam par la démocratie est une innovation manifeste. En effet, la démocratie est une doctrine de mécréance. L’islam ne peut être établi par la mécréance. L’islam ne peut être établi que par l’appel à accepter directement la servitude envers Allah ; en dehors de cela, aucune voie moyenne n’est acceptable en islam, et il faut donc l’abandonner.

d’Allah proximité pour obtenir wasîla’de la innovation

Selon la croyance tawhidique globale présentée dans le Coran et les hadiths, Allah seul, exalté soit-Il, est le Souverain absolu, le Maître et le Régisseur de l’ensemble de l’univers. L’être humain ne vouera son adoration, sa servitude et son obéissance qu’à Allah seul ; dans tous les domaines de sa vie, il suivra exclusivement les lois et les prescriptions établies par Allah, et en toutes ces affaires, il ne suivra que le Messager d’Allah. Il recevra la guidance du Messager. L’être humain accomplira l’ensemble de ses actes conformément à la voie, à la méthode, aux moyens et à la ligne de conduite qu’il a présentés. S’il veut demander quelque chose, il ne le demandera qu’à Lui, et s’il espère obtenir quelque chose, il ne l’espérera que de Lui seul.

Le Noble Coran le dit en termes éloquents :

قُلْ إِن كُنتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ ۗ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ [٣:٣١]

– Si vous aimez Allah, suivez-moi (le Prophète). Alors Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés.

Selon ce verset, la conséquence inévitable de l’amour d’Allah et du désir d’adorer Allah éveillé dans le cœur du serviteur est de suivre le Messager ; de même, dans la pratique, toute prétention à aimer Allah est dépourvue de sens sans suivre le Messager. En outre, l’unique moyen d’obtenir l’amour d’Allah consiste à suivre le Messager.

L’érudit Alûsî a écrit dans son commentaire de ce verset : « Celui qui manifeste son amour pour Allah en Lui obéissant et acquiert Sa proximité en suivant Son Prophète, Allah lui accordera Son pardon et Sa miséricorde. »

Le Noble Messager (s) a été présenté dans le Noble Coran comme l’unique modèle à suivre pour les musulmans.

Il a été dit :

لَّقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللَّهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ لِّمَن كَانَ يَرْجُو اللَّهَ وَالْيَوْمَ الْآخِرَ وَذَكَرَ اللَّهَ كَثِيرًا [٣٣:٢١]

— Vous avez certainement, dans le caractère du Messager d’Allah, un excellent modèle et exemple à suivre. Cela sera bénéfique à ceux qui espèrent rencontrer Allah, qui espèrent le salut dans l’au-delà et qui se souviennent abondamment d’Allah.

Selon ce verset également, pour celui qui désire rencontrer Allah, qui désire le salut dans l’au-delà et qui invoque abondamment Allah, le caractère du Noble Messager (s) constitue le modèle concret à suivre. Celui qui le suivra en toute chose rencontrera Allah et obtiendra le salut dans l’au-delà ; de même, son invocation abondante d’Allah prendra une forme concrète par le suivi du Prophète, se réalisant et se reflétant en lui.

Conformément à ces déclarations solennelles du Coran, l’être humain est tenu de n’adorer qu’Allah et de ne suivre que le Noble Messager (s). En vérité, selon la doctrine monothéiste de l’islam, il n’existe aucun autre moyen d’atteindre Allah que le suivi concret du Messager. À l’époque du Messager, au temps des Compagnons, ainsi qu’à l’époque des Tâbi‘ûn et des Tâbi‘ at-Tâbi‘în, telle était la réalité de la société islamique. Ils ne connaissaient aucune autre voie pour atteindre Allah et n’adoptaient aucun autre moyen. Mais, par la suite, l’innovation du pîrisme s’est imposée aux gens. Dans la société, une catégorie de personnes s’est installée comme pîrs et prétend qu’elle constitue le moyen ou l’intermédiaire permettant aux serviteurs d’atteindre Allah. Selon eux, si l’on les accepte, on pourra atteindre Allah, tandis que si on ne les accepte pas, on ne pourra pas L’atteindre — à Dieu ne plaise.

Pourtant, il est établi de manière irréfutable par le Coran que, pour atteindre Allah, il n’y a aucune place ni aucun besoin pour un second intermédiaire en dehors de l’observance de la Loi religieuse par le suivi du Messager. L’invocation du serviteur parvient directement à Allah, et Allah exauce directement l’invocation de Son serviteur ; Il n’a donc pas demandé de recourir à un intermédiaire et n’a pas non plus imposé comme condition, pour que l’invocation soit exaucée, le recours à un intermédiaire. Au contraire, après avoir dissipé toutes les confusions et les croyances erronées de cette nature, Il a déclaré explicitement :

وَإِذَا سَأَلَكَ عِبَادِي عَنِّي فَإِنِّي قَرِيبٌ ۖ أُجِيبُ دَعْوَةَ الدَّاعِ إِذَا دَعَانِ ۖ فَلْيَسْتَجِيبُوا لِي وَلْيُؤْمِنُوا بِي لَعَلَّهُمْ يَرْشُدُونَ [٢:١٨٦]

— Ô Prophète ! Si Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, dis-leur que Je suis tout proche. Lorsque celui qui M’invoque M’appelle, Je réponds à son invocation et l’exauce. Il leur incombe donc de chercher la réponse auprès de Moi seul et de croire en Moi seul. Ainsi pourront-ils peut-être suivre le droit chemin.

Ce verset enseigne que seul Allah exauce les invocations de tous ceux qui L’invoquent, et qu’il faut L’invoquer Lui seul et chercher auprès de Lui seul la réponse à son invocation. Ce verset déracine la croyance que les adeptes de la bid‘a ont fait naître, selon laquelle on ne pourrait parvenir à Allah sans intermédiaire. En disant : « C’est Moi qui exauce l’invocation de celui qui M’invoque », Allah le Très-Haut a clairement expliqué qu’il n’est besoin d’aucune wasila pour invoquer Allah et faire exaucer son invocation. Si l’on invoque Allah correctement, Allah l’exauce directement. En disant : « Il leur incombe de chercher la réponse auprès de Moi seul », Allah a expliqué que celui qui L’invoque doit éprouver un désir, un zèle et une ardeur particuliers pour que son invocation soit exaucée. Cela ne peut être obtenu par l’intermédiaire d’autrui, et aucune wasila ne peut rien y faire. Et par la phrase : « Ils doivent croire en Moi seul », Il a déclaré qu’il est obligatoire de croire Allah très proche de soi, en gardant à l’esprit cette déclaration. Il ne faut pas, trompé par l’illusion d’un intermédiaire, tomber dans l’erreur de recourir à celui-ci au lieu d’invoquer Allah directement. Même les derniers mots du verset proclament que cette voie est la véritable voie de la bid‘a et enseignent que l’unique moyen d’obtenir la proximité d’Allah consiste à L’invoquer avec supplication et à garder dans son cœur la conviction que seul Allah exaucera son invocation.

Dans un autre verset, Allah le Très-Haut l’a proclamé avec encore plus de force :

وَقَالَ رَبُّكُمُ ادْعُونِي أَسْتَجِبْ لَكُمْ ۚ إِنَّ الَّذِينَ يَسْتَكْبِرُونَ عَنْ عِبَادَتِي سَيَدْخُلُونَ جَهَنَّمَ دَاخِرِينَ [٤٠:٦٠]

— Votre Seigneur a dit : « Invoquez-Moi, adressez-Moi vos dou‘as ; Je vous répondrai et exaucerai vos invocations. Ceux qui, par orgueil, refusent de M’adorer seront tous rassemblés en Enfer. » (Al-Mu’min : 60)

Ici encore, il est ordonné d’invoquer Allah directement et de L’implorer directement. Dans la seconde partie du verset, cette invocation est déclarée être l’adoration d’Allah. Autrement dit, ceux qui n’invoquent pas Allah directement et veulent avancer en recourant à une wasila ne sont pas véritablement disposés à adorer Allah ; il ne peut donc subsister le moindre doute quant au fait qu’ils iront en Enfer. Le crime des mécréants de La Mecque était précisément celui pour lequel il a été proclamé qu’ils seraient voués à l’Enfer.

Ces versets du Noble Coran prouvent clairement qu’il n’est absolument pas nécessaire de recourir à une « wasila » pour obtenir la proximité d’Allah, faire exaucer nos dou‘as et adorer Allah conformément à la charia islamique, et qu’une telle pratique n’est pas agréée par Allah. Au contraire, Allah veut que le serviteur se tourne directement vers Lui seul, se soumette à Lui seul et cesse de se prosterner devant la cour de quelqu’un d’autre au lieu de Lui. Pourtant, par la suite, la « wasila » a été introduite dans la société musulmane sous prétexte de l’islam lui-même. On a propagé l’idée qu’il n’existerait prétendument aucun autre moyen d’atteindre Allah sans wasila. L’introduction de cette « wasila » dans le système tawhidique de l’islam constitue une très grande bid‘a, et cette bid‘a a finalement plongé les partisans du tawhid dans un grave shirk. Les autorités des adeptes de la bid‘a ont émis la fatwa suivante : recourir à une wasila pour parvenir à Allah ou obtenir la faveur d’Allah le Tout-Puissant n’est pas seulement permis ; dans certains cas, ce serait même obligatoire et impératif.

En réalité, qualifier de fard ou de wajib ce qui n’est pas établi par le Coran et ce qui n’est pas établi par les paroles, les actes ou les approbations du Messager, voilà ce qu’est la bid‘a. Le passage cité plus haut constitue précisément une fatwa particulière en faveur de cette bid‘a. Cette bid‘a a désormais gagné une partie de la population. Certains d’entre eux pensent : « Nous ne prions pas et nous ne jeûnons pas, car nous donnons du riz au pir. » (Qu’Allah nous en préserve.)

Cela signifie que si l’on fait un don au pir, celui-ci en sera heureux. Et si le pir est heureux, Allah le sera également. Dans ce cas, est-il encore nécessaire d’adorer et de servir Allah ? Pour obtenir Allah, il suffirait donc, paraît-il, de faire des dons et des offrandes au pir.

Certaines autres personnes pensent également qu’il est certain que le pir ira au Paradis — comme si elles l’avaient appris d’Allah et que le pir était déjà un habitant du Paradis. Pourtant, cette croyance n’est rien d’autre qu’une absurdité extrême. Car celui à qui l’on accorde une telle dignité et dont on tient la main est non seulement incapable d’emmener les autres au Paradis, mais il n’y a même aucune garantie qu’il y aille lui-même.

Les partisans de la wasîla citent également une partie d’un verset du Coran à l’appui de leur opinion. Voici cette partie du verset :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَابْتَغُوا إِلَيْهِ الْوَسِيلَةَ

— Ô vous qui croyez, craignez Allah et recherchez auprès de Lui la wasîla.

Le verset ordonne de craindre Allah et de chercher à obtenir Sa proximité. Pourtant, ce verset a été utilisé pour tenter de démontrer une idée totalement opposée à son enseignement principal. Premièrement, les partisans de la wasîla n’ont pas accepté ce verset dans son intégralité ; seule une partie en a été utilisée pour prouver leur point de vue. Or le sens du verset complet est une chose, tandis qu’en citant seulement une partie, on peut tenter de lui faire dire quelque chose de totalement différent, selon ses propres intentions. C’est exactement ce qui s’est produit ici.

Voici le verset dans son intégralité :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَابْتَغُوا إِلَيْهِ الْوَسِيلَةَ وَجَاهِدُوا فِي سَبِيلِهِ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ [٥:٣٥]

—Ô vous qui croyez, craignez Allah, cherchez auprès de Lui la wasîla et combattez dans Son chemin. Peut-être réussirez-vous. (Al-Mâ’idah : 35)

Il faut d’abord démontrer quelle est la signification du mot « wasîla » et dans quel sens ce mot est employé dans ce verset du Coran. Ce n’est qu’ensuite que l’on pourra comprendre le véritable sens de ce verset. Nous constatons donc que, dans le Noble Coran, le mot « wasîla » est employé à un autre endroit en plus de ce verset, soit en deux endroits au total.

L’autre verset est le suivant :

قُلِ ادْعُوا الَّذِينَ زَعَمْتُم مِّن دُونِهِ فَلَا يَمْلِكُونَ كَشْفَ الضُّرِّ عَنكُمْ وَلَا تَحْوِيلًا [١٧:٥٦]

أُولَٰئِكَ الَّذِينَ يَدْعُونَ يَبْتَغُونَ إِلَىٰ رَبِّهِمُ الْوَسِيلَةَ أَيُّهُمْ أَقْرَبُ وَيَرْجُونَ رَحْمَتَهُ وَيَخَافُونَ عَذَابَهُ ۚ إِنَّ عَذَابَ رَبِّكَ كَانَ مَحْذُورًا [١٧:٥٧]

—Dis : « Invoquez donc ceux que vous considérez comme des divinités en dehors d’Allah : ils ne peuvent ni éloigner de vous le malheur et la souffrance, ni les changer. Ceux qu’ils invoquent cherchent eux-mêmes auprès de leur Seigneur le moyen de se rapprocher de Lui, chacun d’eux cherchant à savoir lequel est le plus proche d’Allah ; ils espèrent Sa miséricorde et craignent Son châtiment. Certes, le châtiment d’Allah mérite d’être craint. »

(Les Banî Isrâ’îl : 56-57)

Quel est le sens du mot « wasîla » employé dans ces deux endroits ? Le célèbre érudit unanimement reconnu, l’Allâma Râghib al-Isfahânî, auteur spécialisé dans l’explication des mots du Noble Coran, a défini ainsi le sens de ce mot : la wasîla signifie parvenir avec empressement auprès d’une chose. Comme elle comporte une idée d’empressement, elle exprime un sens légèrement plus particulier que le simple fait de parvenir ou d’atteindre.

Il a écrit dans son ouvrage intitulé Khatîb : « Wasîla », nom, signifie la proximité, le fait de se rapprocher, le moyen d’atteindre la proximité, c’est-à-dire l’obéissance.

L’érudit al-Qurtubî a écrit dans son Tafsîr, en expliquant ce verset : « Wasîla » signifie la proximité. C’est également le sens rapporté d’Abû Wâ’il, Hasan, Mujâhid, Qatâda, ‘Atâ, Suddî, Ibn Zayd et ‘Abdullah ibn Kathîr, ainsi que d’autres éminents tâbi‘ûn et spécialistes du Coran.

Il a également écrit : La wasîla est une proximité en raison de laquelle il n’est pas convenable de demander quoi que ce soit à quiconque. On peut demander à Allah ; cette proximité doit donc être celle d’Allah.

L’imam Suyûtî a écrit, en expliquant le premier verset cité : La wasîla est cette obéissance et cette adoration qui vous rapprochent de Lui.

Maulana ‘Abdur-Rashîd Nu‘mânî a écrit dans son ouvrage Lughat al-Qur’ân : Il existe deux opinions concernant ce terme. Selon Khatîb et l’imam Râzî, il signifie le moyen d’atteindre la proximité. Quant à l’imam Suyûtî, il lui a donné deux sens : l’un est le moyen de la proximité, c’est-à-dire l’adoration, et l’autre est la proximité elle-même, que l’on peut atteindre grâce à l’adoration.

L’imam Shawkânî a écrit : La wasîla signifie la proximité, qu’il convient de rechercher.

Abû Wâ’il, Hasan, Mujâhid, Qatâda, Suddî, Ibn Zayd et d’autres éminents savants ont exprimé cette même opinion, et la même opinion est également rapportée d’Ibn ‘Abbâs, de ‘Atâ et de ‘Abdullah ibn Kathîr.

Le Tafsîr Fath al-Bayân énonce également cette même idée. On y lit : La wasîla est un rang particulier du Paradis, spécialement réservé au Messager.

Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après Jabir, que le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Celui qui, en entendant l’appel à la prière, dira : “Ô Allah, Seigneur de cet appel parfait et de la prière établie, accorde à Muhammad la wasîla et le rang d’honneur, et fais-le parvenir à la Station louée que Tu lui as promise”, bénéficiera nécessairement de l’intercession au Jour de la Résurrection. »

Il est rapporté dans le Sahih Muslim, d’après ‘Abdullah ibn ‘Amr, qu’il a entendu le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dire : « Lorsque vous entendez l’appel du muezzin, répétez ce qu’il dit. Puis invoquez les bénédictions sur moi. En vérité, quiconque invoque une bénédiction sur moi, Allah en invoque dix sur lui. »

Ensuite, demandez pour moi la wasîla, car c’est un degré particulier du Paradis.

Dans l’ouvrage Fath al-Bayan, l’explication du premier sens du mot wasîla est formulée ainsi : il est évident que la wasîla — qui signifie la proximité — peut être employée dans le sens de la taqwâ, mais aussi dans celui de toutes les qualités grâce auxquelles les serviteurs cherchent à se rapprocher d’Allah. Certains ont dit que la wasîla signifie l’amour et l’affection, c’est-à-dire : aimez Allah. Mais le premier sens est le meilleur.

Voici la traduction de ce que l’érudit Ibn Kathir a écrit dans son exégèse à propos de l’explication du premier verset : Allah Très-Haut a ordonné à Ses serviteurs croyants d’adopter la taqwâ envers Lui. Si l’on associe la taqwâ à Son obéissance, cela signifie s’abstenir des actes illicites et abandonner tout ce qui est interdit. Puis Il a immédiatement dit : « Recherchez auprès de Lui la wasîla. »

Il a ensuite écrit : Sufyan al-Thawri a rapporté de Talha, Talha de ‘Ata, et ‘Ata d’Ibn ‘Abbas que cette wasîla signifie la proximité.

Abu Wa’il, Hasan, Mujahid, Qatada, al-Suddi, Ibn Zayd, ‘Abdullah ibn Kathir et d’autres éminents savants des premières générations ont également exprimé ce même avis, et Qatada a traduit ce verset de la manière suivante :

C’est-à-dire : rapprochez-vous de Lui, obéissez-Lui et accomplissez ce qui Le satisfait.

C’est alors que l’Allâma Ibn Kathîr a écrit : Les imams de la science du Coran ne sont en désaccord sur aucun des sens qu’ont attribués les exégètes au terme « al-Wasîla ».

Il a également indiqué deux autres sens du terme « al-Wasîla ».

Le premier est le suivant : al-Wasîla est ce par quoi l’on atteint l’objectif principal.

Le second est qu’al-Wasîla est aussi le nom d’un rang élevé du Paradis. Et c’est le rang du noble Messager.

Pour appuyer ce sens d’al-Wasîla, l’imam Ibn Kathîr a cité un grand nombre de hadiths. Un hadith rapporté par ‘Alî (qu’Allah l’agrée) à ce sujet est formulé ainsi : Il existe au Paradis un lieu particulièrement éminent appelé « al-Wasîla ». Lorsque vous demanderez quelque chose à Allah, demandez pour moi al-Wasîla.

Et dans son commentaire de la dernière partie de ce verset, il a écrit :

Lorsqu’Allah ordonna de délaisser les actes interdits et d’accomplir les actes d’adoration et d’obéissance, Il ordonna alors de combattre les forces ennemies composées de mécréants polythéistes, en dehors de la Voie droite.

L’imam Baydâwî a écrit dans son commentaire de ce verset :

C’est-à-dire : recherchez ce qui vous permettra d’obtenir Sa récompense et Sa proximité. Cela consiste à accomplir les œuvres d’obéissance à Allah et à délaisser les actes de désobéissance.

L’érudit Zamakhsharî a écrit : l’« wasîla » est ce par quoi on peut parvenir à une quelconque proximité, qu’il s’agisse d’une œuvre ou d’autre chose. Puis ce terme a été employé pour désigner ce par quoi on peut parvenir jusqu’à Allah Très-Haut. Cela consiste à accomplir les actes de dévotion et d’obéissance, et à délaisser la désobéissance. L’érudit Abû as-Su‘ûd a également exprimé la même idée, dans ses propres termes, en commentant ce verset.

On y trouve, au sujet de la wasîla : la « wasîla » est ce par quoi on peut obtenir la proximité d’Allah — parvenir jusqu’à Allah. Cela consiste à accomplir les actes de dévotion et d’obéissance, et à délaisser la désobéissance.

Il a également écrit : une autre interprétation du verset est la suivante : dans la première phrase, l’ordre de craindre Allah signifie qu’il faut délaisser les péchés et la désobéissance. Dans la deuxième phrase, l’ordre de rechercher le moyen d’obtenir la proximité d’Allah signifie qu’il faut s’adonner à l’adoration d’Allah et à Son obéissance. Quiconque délaisse les actes de désobéissance et accomplit ce qui est pénible pour son âme connaîtra nécessairement une certaine peine et un certain effort. C’est pourquoi, immédiatement après ces deux ordres, l’ordre d’Allah est le suivant : luttez dans le chemin d’Allah en combattant Ses ennemis déclarés et puissants.

L’érudit Sayyid Mahmûd Alûsî a lui aussi exposé longuement de nombreux points dans l’explication de ce verset. En commentant le verset précité de la sourate al-Mâ’ida, il a dit : et recherchez — cherchez — pour vous-mêmes Sa récompense et Sa proximité.

Il a donné à la « wasîla » le sens suivant : la wasîla est ce par quoi on parvient et obtient la proximité d’Allah ; elle consiste à accomplir les œuvres de dévotion et de servitude, et à délaisser les actes de désobéissance.

L’érudit Ibn Jarîr at-Tabarî a écrit : recherchez auprès d’Allah la proximité au moyen d’œuvres qui Lui plairont ; « wasîla » est un terme construit sur le modèle de « fadîla ». Ainsi, lorsqu’une personne dit : « Je me suis rapproché de lui », le terme tawassul est employé dans le sens de taqarrub, c’est-à-dire le rapprochement. « Tawassaltu ilayhi » signifie : « Je me suis rapproché de lui. »

Il a également écrit : comme nous l’avons dit, les commentateurs de la langue et les spécialistes de ses significations ont tous retenu ce sens. Bashshâr et Sufyân rapportent d’après Abû Wâ’il que l’expression « wa-btaghû ilayhi al-wasîlata » ordonne de rechercher la proximité par les œuvres. Sufyân, Abû Talha, ‘Atâ et d’autres ont également donné à ce terme le sens de proximité. Il est rapporté de Qatâda qu’il a traduit ce verset ainsi : « Rapprochez-vous d’Allah par l’obéissance à Allah et par les œuvres qu’Il agrée. » Il est rapporté de Hudhayfa que Mashîd Abû Najîh a dit que Mujâhid a interprété « wa-btaghû ilayhi al-wasîlata » par la proximité.

L’érudit Fakhr ad-Dîn ar-Râzî a écrit : « Cherchez la wasîla auprès d’Allah », c’est-à-dire : cherchez à vous rapprocher d’Allah au moyen des œuvres.

L’érudit al-Alûsî a dit : al-Anbârî, rapportant les propos d’Ibn Abbâs, a dit que la wasîla signifie le besoin, la nécessité.

Selon ce sens, la signification du verset serait : tournez-vous vers Allah afin de satisfaire vos besoins. En effet, les clés des cieux et de la terre sont toutes entre Ses mains ; ne cherchez donc pas à satisfaire vos besoins en dépendant de quiconque d’autre.

On peut dire que cette signification du mot « wasîla » est nouvelle. Autrement dit, aucun autre exégète ne l’a mentionnée. Pourtant, on peut affirmer que les dictionnaires arabes fondamentaux, l’ensemble des Compagnons, les tâbi‘ûn et tous les ouvrages d’exégèse faisant autorité indiquent que la signification du mot « wasîla » est celle-ci, et rien d’autre. Lui attribuer un autre sens serait une invention des générations ultérieures, sans aucun rapport avec le Coran originel, la Sunna et la langue arabe. Il ressort de ce verset que l’ordre donné par Allah Très-Haut d’« chercher la wasîla » afin de se rapprocher de Lui signifie Lui obéir exclusivement, Lui vouer à Lui seul l’adoration et le culte, et ne pas Lui désobéir. Ou bien chercher à satisfaire ses propres besoins uniquement auprès d’Allah, en se rapprochant de Lui, et non auprès de quiconque d’autre. Il n’est pas permis de prendre quelqu’un d’autre comme wasîla ou intermédiaire ; si on le fait, ce sera du shirk et une bid‘a. C’est précisément pour fermer à jamais la voie à ce shirk qu’Allah a révélé ce verset. Mais, chose regrettable, ce verset lui-même est invoqué dans le but malveillant de démontrer que le shirk de la wasîla est correct, permis, obligatoire et prescrit. À cette fin, on tente de déformer et de détruire cette croyance éternelle et immuable du tawhîd en citant les propos consignés dans des ouvrages tels que « Hisn al-Hasîn », « Al-Muhannad » et « Shifâ’ as-Siqâm ».

Concernant les deux versets du Coran où ce mot est employé, tous les exégètes s’accordent à dire que c’est cette signification qui est visée dans les deux cas, et aucune autre. En considérant le verset dans son ensemble et avec tous ses développements, son sens est le suivant : « Ô vous qui croyez ! Craignez Allah, cherchez la proximité d’Allah ou le moyen de vous rapprocher de Lui, et combattez donc dans le chemin d’Allah. » (L’imam al-Qurtubî, l’imam Ibn Kathîr, l’imam ash-Shawkânî et d’autres ont dit la même chose dans leurs exégèses, dont la traduction bengalie a été mentionnée plus haut.)

Dans les hadiths, le mot « wasîla » désigne un degré particulier auprès d’Allah. C’est ce sens qui a été retenu par la Loi religieuse. Il faut maintenant examiner quelles sont, conformément à la Loi religieuse, les voies et les méthodes permettant de faire de la wasîla auprès d’Allah. À ce sujet, plusieurs éléments sont présentés.

Premièrement : recourir à la wasîla pour se rapprocher d’Allah est entièrement conforme au Coran et aux hadiths. Allah Lui-même a dit :

وَلِلَّهِ الْأَسْمَاءُ الْحُسْنَىٰ فَادْعُوهُ بِهَا ۖ

—Allah possède les plus beaux noms. Invoquez-Le donc par ces noms. (Al-A‘râf, 180).

Il est rapporté dans un hadith qu’Abdullah a rapporté de son père, Burayda (qu’Allah l’agrée) : le Prophète éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui) entendit un homme invoquer Allah en ces termes :

—Ô Allah, je Te demande en attestant que Tu es Allah, qu’il n’y a aucune divinité en dehors de Toi, que Tu es Celui qui se suffit à Lui-même, qui n’est pas né et n’a pas engendré, et que nul ne T’est égal ni comparable.

Le Prophète éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit alors : « Cet homme a invoqué Allah en faisant appel à Son Nom suprême et majestueux ; s’il demande quelque chose de cette manière, cela lui sera certainement accordé, et s’il L’invoque, son invocation sera assurément exaucée. »

On en trouve également la confirmation dans un hadith rapporté d’Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) et de Aïcha (qu’Allah l’agrée).

Deuxièmement : prendre les bonnes œuvres comme moyen d’intercession. À ce stade également, des preuves sont apportées par le Coran et les hadiths. La preuve coranique consiste en ces deux versets où le terme « moyen d’intercession » est mentionné. En effet, tous les exégètes sont unanimes pour dire que, dans ces deux versets, le terme « moyen d’intercession » signifie « proximité ». La troisième preuve à ce stade est le verset de la sourate Al-Fâtiha :إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ« C’est Toi seul que nous adorons et c’est auprès de Toi seul que nous implorons de l’aide, ô Allah ! » Le fait de mentionner l’adoration avant la demande d’aide vise précisément à faire de la première l’intermédiaire de la seconde.

La preuve tirée des hadiths est le récit mentionné dans le Sahîh d’Al-Bukhârî : trois hommes se réfugièrent dans une grotte de montagne pour se protéger de la pluie. Soudain, un énorme rocher vint en bloquer l’entrée. Pensant qu’il n’existait aucun moyen de sortir, chacun d’eux se mit à mentionner ses propres bonnes œuvres et à demander à Allah de les délivrer. Puis leurs invocations furent acceptées par Allah et ils furent délivrés. Le Prophète éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a rapporté cet événement en en faisant l’éloge et en exposant ses mérites.

On peut dire à propos de ce hadith : le vendredi, lorsque le soleil aura suffisamment décliné vers l’ouest, accomplis deux unités de prière et recherche la proximité d’Allah. Il ressort clairement de cela que l’accomplissement de la prière du vendredi permet également d’obtenir la proximité d’Allah.

Il est également dit dans le hadith : cette histoire prouve que chacun peut faire de ses propres œuvres une wasîla ; mais elle ne fournit aucune preuve permettant de prendre comme wasîla les œuvres d’autrui — des prophètes et des saints d’Allah.

En particulier, lorsqu’un serviteur fait de ses propres bonnes œuvres une wasîla et invoque Allah, il se rapproche davantage de Lui. Cette pratique est conforme à la charia selon les deux preuves que sont le Coran et l’ijmâ‘. Elle purifie le nafs de la personne et la rend digne d’obtenir l’agrément d’Allah.

Troisièmement : reconnaître le Prophète comme véridique concernant sa prophétie et sa mission, et faire de lui une wasîla. Croire à la religion qu’il a apportée et la prendre comme wasîla. Faire de l’obéissance aux ordres et aux interdits du Prophète, ainsi que de son aide, une wasîla. Raviver sa Sunna, maintenir son appel, mener des réflexions et des recherches à ce sujet, et autres choses semblables, peuvent également être des wasîla. Faire de ces choses des wasîla est conforme aux fondements de la religion. En effet, cela relève précisément du fait de prendre les bonnes œuvres comme wasîla.

Quatrièmement : du vivant du Prophète, faire de son invocation une wasîla, l’associer à l’invocation, lui demander d’invoquer Allah, et, après sa mort, demander à n’importe quelle personne pieuse de son époque d’invoquer Allah ou l’associer à l’invocation, tout en considérant son invocation comme une wasîla.

La preuve de cela se trouve dans le hadith : lors d’une période de sécheresse, ‘Umar fit une invocation en incluant al-‘Abbâs comme wasîla, en disant :

Ô Allah, auparavant nous prenions notre Prophète comme wasîla auprès de Toi, et Tu nous abreuvais alors. À présent, nous prenons son oncle comme wasîla auprès de Toi afin que notre invocation soit exaucée. Abreuve-nous donc.

Il est ici évident que, lors de l’invocation collective organisée à cette occasion, al-‘Abbâs lui-même faisait partie des invocateurs et y participait. Ils l’avaient pris comme wasîla dans leur invocation parce qu’il était le plus âgé des Compagnons. Il jouissait d’un rang supérieur à celui de tous les autres. Mu‘âwiya et ses compagnons avaient pris Yazîd ibn al-Aswad al-Jurashî comme wasîla en raison de ses bonnes œuvres, de sa piété et de sa scrupuleuse observance religieuse. Il ne leur aurait pas été difficile à tous de se rendre auprès de la tombe bénie et de prendre le Messager comme wasîla, mais ils ne le firent pas. Ainsi, une telle invocation ne peut présenter aucun défaut du point de vue de la Sunna fondée sur le tawhîd, et ne peut être une bid‘a. Il faut également préciser qu’après la mort du Prophète, les nobles Compagnons eux-mêmes ne prirent pas le Messager comme wasîla dans leurs invocations. En effet, ils considéraient comme une bid‘a et du shirk le fait de prendre comme wasîla une personne morte, même s’il s’agissait d’un prophète. Dans l’invocation de ‘Umar, au lieu de prendre le noble Messager comme wasîla, c’est son oncle al-‘Abbâs — qui était vivant et présent pour invoquer — qui fut pris comme wasîla. Le fait même qu’il l’ait pris comme wasîla rend clairement cette question évidente. Les grands Compagnons étaient également présents à cette invocation, mais aucun d’eux ne la contesta. Si, à cette époque, il avait été permis de prendre le Messager comme wasîla, les autres Compagnons lui auraient demandé de le faire. Or aucun ne le lui demanda ; au contraire, ils participèrent tous à cette invocation. Si donc prendre le Messager comme wasîla après sa mort est une bid‘a, prendre comme wasîla l’un de ces prétendus saints d’Allah qui sont morts est à plus forte raison une bid‘a. Car prendre quelqu’un comme wasîla dans une invocation particulière, même après sa mort, signifie qu’on croit qu’il conserve, malgré sa mort, un pouvoir tel qu’il peut délivrer les personnes en détresse ou s’associer à Allah dans leur délivrance. Une telle croyance constitue un shirk manifeste selon la charia fondée sur le tawhîd.

Il est rapporté dans le hadith qu’un Bédouin, lors d’une grave période de sécheresse, s’adressa au noble Messager en disant : en arabe (******)

—Ô Messager d’Allah, nos biens ont été détruits et nos familles sont affamées. Priez donc pour nous.

Il existe également une preuve à ce sujet dans le Noble Coran. Allah Lui-même a dit :

وَلَوْ أَنَّهُمْ إِذ ظَّلَمُوا أَنفُسَهُمْ جَاءُوكَ فَاسْتَغْفَرُوا اللَّهَ وَاسْتَغْفَرَ لَهُمُ الرَّسُولُ لَوَجَدُوا اللَّهَ تَوَّابًا رَّحِيمًا [٤:٦٤]

—Lorsqu’ils se sont fait du tort à eux-mêmes, s’ils étaient venus auprès de toi, ô Prophète, et avaient demandé pardon à Allah, et que le Messager avait demandé pardon pour eux, ils auraient certainement trouvé Allah Accueillant au repentir et Miséricordieux. (An-Nisâ’, 64)

Dans ce verset, il est question de la demande de pardon des gens avant que le Messager ne demande pardon pour eux. Cela signifie que s’ils ne demandent pas eux-mêmes pardon, la demande de pardon du Messager en leur faveur n’a aucune valeur auprès d’Allah.

Il n’existe aucun désaccord, et il ne peut en exister, concernant l’adoption de ce type de wasîla. En revanche, après la mort du noble Prophète, faire de sa personne une wasîla pour se rapprocher d’Allah est une innovation manifeste.

Cinquièmement : Adresser une invocation à Allah en invoquant le lien qui L’unit à Ses serviteurs pieux. Ainsi, il est rapporté dans un hadith d’après Aïcha :

—Ô notre Allah, Seigneur de Jibrîl, de Mîkâ’îl et d’Isrâfîl.

Même si l’on considère qu’une telle invocation est permise, beaucoup l’ont déclarée interdite.

Sixièmement : faire de la récitation de la prière sur le Prophète éminent un moyen d’intercession. Il a été rapporté d’après ʿAbdullah ibn Abû Awfâ — le Prophète éminent a dit : en arabe (*******)

Celui qui a un besoin auprès d’Allah ou auprès d’un être humain doit faire ses ablutions avec le plus grand soin, accomplir deux rakʿa de prière, louer abondamment Allah, réciter la prière sur le Prophète, puis dire : « Allah est patient et plein de grâce ; il n’y a de divinité que Lui. »

En somme, telles sont les règles conformes à l’islam et à la Sunna pour invoquer Allah. Il n’est pas permis aux croyants d’invoquer Allah selon quelque autre règle ou manière.

Septièmement : faire une invocation telle que :

« Ô Allah, je T’implore en invoquant Ton tel serviteur vertueux, ou bien je T’adresse cette invocation en invoquant l’honneur qui est le sien. »

Mais ce genre d’invocation n’est aucunement approuvé par la charia. Selon ʿIzz ibn ʿAbd as-Salâm et ses disciples, une telle invocation pourrait être permise uniquement en invoquant le nom du Prophète, et non celui de quelqu’un d’autre. Dans l’école hanbalite, une telle invocation est makrûh tahrîman. Les jurisconsultes de l’école hanafite, tels que ceux de l’ouvrage « al-Qudûrî », l’ont rapporté d’après l’imam Abû Yûsuf :

L’imam Abû Hanîfa a dit : « Il ne convient à personne d’invoquer Allah en invoquant quelqu’un d’autre que Lui, au lieu d’invoquer Allah par Son propre nom. »

« Ô Allah, je Te prie en invoquant la dignité de Ton Trône ; je T’adresse une invocation en invoquant untel ; je T’adresse une invocation en invoquant Tes prophètes et Tes messagers, ou en invoquant Ta Maison sacrée. » Je considère également comme makrûh de faire une invocation en ces termes.

Il est rapporté de l’imam Abû Hanîfa, dans l’ouvrage al-Tatârkâniyya, puis cité de lui dans le Kitâb al-ʿAlâʾî : « Il ne convient en aucune manière d’adresser une invocation à Allah — gloire à Lui — en invoquant quelqu’un d’autre que Lui comme intermédiaire. »

L’imam Badaljî a dit : « Il est makrûh d’adresser une invocation à Allah en prenant pour intermédiaire quelqu’un d’autre qu’Allah. Et que jamais l’on ne dise : “Ô Allah, je Te prie par l’intermédiaire de Tes anges et de Tes prophètes.” »

Tous les ouvrages de l’école hanafite mentionnent qu’il est makrûh tahrîman d’adresser une invocation en prenant pour intermédiaires les prophètes, les messagers, les saints et les maîtres spirituels, ou la Maison d’Allah, etc. Du point de vue du châtiment de l’Enfer, le makrûh tahrîman équivaut au harâm.

Pourquoi est-il harâm d’adresser une invocation à Allah en invoquant quelqu’un d’autre que Lui, ou de prendre quelqu’un d’autre comme intermédiaire ? C’est harâm parce qu’aucune créature ne possède le moindre droit sur le Créateur. Une telle invocation ne peut donc être recevable. Invoquer ainsi quelqu’un ou le prendre comme intermédiaire serait dépourvu de sens. Par conséquent, une telle pratique constitue manifestement une bidʿa dans la société musulmane.

Les mécréants polythéistes de La Mecque adoraient diverses idoles et divinités, bien qu’ils sachent et reconnaissent qu’Allah existe, qu’Il est Un et unique. Leur objectif essentiel n’était pourtant pas le culte, l’adoration et le service de ces idoles ; leur véritable objectif était d’obtenir la proximité d’Allah, de se rapprocher de Lui et d’atteindre un rang supérieur. Ils avaient donc adopté le culte des idoles et des divinités comme un moyen ou un intermédiaire pour atteindre cet objectif. Malgré cela, Allah a qualifié leur acte de shirk et les a décrits comme des mécréants égarés et menteurs. C’est précisément ce qui est dit dans le verset cité ci-dessous :

أَلَا لِلَّهِ الدِّينُ الْخَالِصُ ۚ وَالَّذِينَ اتَّخَذُوا مِن دُونِهِ أَوْلِيَاءَ مَا نَعْبُدُهُمْ إِلَّا لِيُقَرِّبُونَا إِلَى اللَّهِ زُلْفَىٰ إِنَّ اللَّهَ يَحْكُمُ بَيْنَهُمْ فِي مَا هُمْ فِيهِ يَخْتَلِفُونَ ۗ إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي مَنْ هُوَ كَاذِبٌ كَفَّارٌ [٣٩:٣]

(Az-Zumar : 3)

— Sachez que l’obéissance doit être vouée exclusivement et sincèrement à Allah. Quant à ceux qui, en dehors d’Allah, prennent d’autres êtres pour amis et protecteurs, prétendant croire qu’en réalité ils ne les adorent pas et que tout ce qu’ils font pour eux n’a d’autre but que de les rapprocher au plus près d’Allah — leur affirmation est fausse et infondée —, Allah tranchera définitivement leurs différends. Sachez qu’Allah ne guide jamais le menteur, l’infidèle au comble de la mécréance.

À la lumière de ce verset, il apparaît clairement que les Arabes d’autrefois, dans le but d’atteindre Allah et d’obtenir Sa proximité, se comportaient envers les idoles et les divinités exactement comme les gens de même nature aujourd’hui se comportent envers les pîrs et les derviches dans le but d’obtenir la proximité d’Allah. Il n’existe entre ces deux pratiques aucune différence fondamentale. Dès lors, si l’acte des Arabes était considéré comme du shirk et si Allah, tenant leur prétention fondamentale pour mensongère, les a explicitement qualifiés de menteurs, pourquoi ces gens d’aujourd’hui qui recourent à la wasîla ne seraient-ils pas qualifiés de menteurs auprès d’Allah ? Et si les Arabes ont été qualifiés de kafirs pour cette seule raison, pourquoi ces grands adeptes actuels de la wasîla ne seraient-ils pas qualifiés de « kafirs » ?

Y a-t-il auprès d’Allah une quelconque différence ou distinction entre les gens d’autrefois et ceux d’aujourd’hui, entre les Arabes et les habitants de ce pays ?

Quelle parole extrêmement mauvaise que celle qu’ils prononcent ou qu’ils conçoivent !

Pîr–Mourîdisme Innovation

Dans l’idéal de la Sunna de l’islam, une autre forme grave d’innovation est apparue : le pîr-mourîdisme. La « silsila » du pîr-mourîdisme que l’on voit de nos jours est une chose entièrement nouvelle, inventée arbitrairement. Cette pratique n’existait pas à l’époque du Messager éminent, paix et bénédiction d’Allah sur lui ; jamais il ne pratiqua le pîr-mourîdisme. Lui-même n’était pas un pîr au sens actuel du terme, et les nobles Compagnons n’étaient pas ses mourîds. Les nobles Compagnons ne pratiquèrent eux non plus jamais le pîr-mourîdisme. Aucun d’entre eux n’était le pîr d’un autre, et aucun n’était le mourîd d’un autre. Même à l’époque des tâbi‘în et des tâbi‘ at-tâbi‘în, on ne trouve aucune trace ni aucune mention de ce pîr-mourîdisme.

Bien plus, même en recherchant minutieusement dans le Coran et les hadiths, on ne trouvera aucune preuve du pîr-mourîdisme. Pourtant, de nos jours, une catégorie de prétendus ignorants appelés pîrs, ainsi que leurs mourîds encore plus ignorants, font la propagande du pîr-mourîdisme en le présentant comme l’un des fondements essentiels de la religion islamique. Par ce moyen, ils font de personnes ignorantes et stupides leurs mourîds et mettent sur pied de vastes entreprises. Cela sans avoir eu besoin d’y investir le moindre capital, ni à payer le moindre impôt sur le revenu sur le capital accumulé dans cette activité extrêmement lucrative. Et jamais ils ne versent non plus la zakat sur les énormes sommes d’argent liquide ainsi accumulées.

Sharî‘a Ma‘rifa

À ce stade, l’innovation la plus fondamentale consiste à considérer la charia et la tarîqa comme deux choses totalement distinctes et sans aucun rapport l’une avec l’autre. La décadence est allée si loin que la charia a été appelée « la science de l’apparent » et la tarîqa ou la ma‘rifa « la science de l’intérieur », divisant ainsi la religion de l’islam en deux. Une catégorie d’ignorants adeptes de la tarîqa a commencé à dire que l’essence même de l’islam est la tarîqa ou la ma‘rifa, et que c’est là la réalité ultime. Si quelqu’un parvient à cette réalité ultime, il n’a plus à observer la charia, puisqu’il a déjà trouvé Allah. Selon eux, le savant de la charia est une personne, tandis que le savant de la ma‘rifa ou de la tarîqa en est une autre. Ce sont ces savants de la tarîqa qui sont appelés pîrs dans le sous-continent. On propage l’idée que si quelqu’un est un savant de la charia, mais ne connaît pas la science de la tarîqa et ne devient pas le disciple d’un pîr, alors il est un pervers.

On appelle généralement le soufisme la ma‘rifa. Le célèbre saint de Dieu, Junayd al-Baghdadi, a déclaré en discutant de la vanité de cette ma‘rifa :

La science est bien supérieure, plus complète et plus parfaite que la ma‘rifa. Allah S’est Lui-même désigné par le terme de science, et non par celui de ma‘rifa. Il a également dit que ceux qui ont acquis la science jouissent du rang le plus élevé. En outre, lorsqu’Il s’est adressé au noble Prophète, Il l’a fait en mentionnant la meilleure, la plus vaste, la plus bénéfique et la plus parfaite des qualités.

Et Il a dit :فَاعْلَمْ أَنَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا اللَّهُ

— « Sache qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah. »

Ou bien :فَاعْلَمْ أَنَّمَا يَتَّبِعُونَ أَهْوَاءَهُمْ ۚ وَمَنْ أَضَلُّ مِمَّنِ اتَّبَعَ هَوَاهُ بِغَيْرِ هُدًى مِّنَ اللَّهِ

— « Sache ensuite que ces gens ne font que suivre leurs propres passions. Et qui donc est plus égaré que celui qui suit sa passion sans aucune guidance venant d’Allah ? »

Ce verset s’applique tout à fait à la relation entre le pîr et son disciple. Mais Il n’a dit nulle part : « Acquérez la ma‘rifa. » En effet, l’être humain peut reconnaître une chose, mais il ne lui est pas possible d’en acquérir une connaissance parfaite. En revanche, lorsqu’il acquiert la science de cette chose et la connaît parfaitement, il peut alors aussi véritablement la reconnaître.

Le sens essentiel des paroles de Junayd est que l’‘ilm est supérieur à la ma‘rifa. Il faut donc acquérir non pas la ma‘rifa d’Allah, mais la connaissance d’Allah. C’est seulement en acquérant l’‘ilm que l’on peut parvenir à la ma‘rifa. Celui qui ne possède pas l’‘ilm ne peut pas non plus atteindre la ma‘rifa. L’unique source de cet ‘ilm est le Coran d’Allah et les hadiths du Messager. C’est par le Coran et les hadiths qu’il faut connaître le Messager, et c’est en acquérant la connaissance d’Allah que l’homme peut connaître et reconnaître Allah — par aucun autre moyen.

Mais les adeptes du tasawwuf ont construit autour de cette ma‘rifa un palais labyrinthique. Selon eux, la ma‘rifa, ou ‘ilm al-bâtin, est une méthode d’action cohérente et méthodiquement organisée, totalement distincte de la sharia islamique. Selon eux, le Messager l’aurait enseignée à certains Compagnons, mais pas à beaucoup d’autres. Ils pensent également que l’‘ilm al-bâtin est parvenu de ‘Alî à Hasan al-Basrî, puis que, de celui-ci, cette chose s’est transmise de bouche à oreille jusqu’aux pîrs de notre époque.

Toutes ces affirmations sont totalement dépourvues de fondement. En effet, le Messager n’a enseigné à personne cette chose que les pîrs actuels enseignent à leurs murîds. Il n’a ordonné à personne d’agir ainsi. Qu’il ait enseigné un savoir nécessaire à certains Compagnons tout en en privant les autres serait entièrement contraire à la conduite et à l’exemple du Prophète. De plus, Hasan al-Basrî n’a pas rencontré ‘Alî ; à plus forte raison, il n’a pas reçu de lui l’enseignement de la ma‘rifa ni la khirqa du califat.

L’érudit Mullâ ‘Alî al-Qârî l’a écrit en citant l’érudit Ibn Hajar al-‘Asqalânî :

— Les voies et les règles que les soufis et les adeptes de la ma‘rifa cherchent à établir ne reposent sur aucun élément probant. Dans aucun hadith — qu’il soit sahîh, hasan ou faible — il n’est dit que le Prophète aurait revêtu l’un de ses Compagnons de la khirqa du califat, telle qu’elle est en usage chez les adeptes du tasawwuf (un vêtement ou une tenue particulière). Il n’a non plus ordonné à personne de pratiquer cela. Tout ce qui est rapporté à ce sujet est manifestement faux. En outre, l’affirmation selon laquelle ‘Alî aurait revêtu Hasan al-Basrî de la khirqa (lui aurait conféré le califat de la ma‘rifa) est un mensonge entièrement inventé. En effet, les imams du hadith n’ont pas pu établir que Hasan al-Basrî avait entendu quoi que ce soit de ‘Alî — à plus forte raison qu’il ait reçu de lui la khirqa.

Mullâ ‘Alî al-Qârî a également écrit :

— De même, la pratique instaurée parmi les adeptes du tasawwuf, qui consiste à inculquer des enseignements au murîd et à lui transmettre un influx spirituel, ne possède aucun fondement dans la sharia permettant de la rattacher à ‘Alî par l’intermédiaire de Hasan al-Basrî.

En réalité, ce n’est qu’une croyance sans fondement des adeptes du tasawwuf. Shah Walî Allah al-Dihlawî a écrit à ce sujet :

À l’affirmation des soufis ou des adeptes du tasawwuf selon laquelle la chaîne de transmission de ces confréries remonterait à Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée), on répond que ce n’est qu’une parole répétée et devenue célèbre sur les lèvres des pirs et de leurs murids. Mais les recherches ont établi qu’elle ne repose absolument sur aucun fondement ni aucune vérité.

À ce propos, il a également écrit que la notoriété revêt deux formes. Il y a une parole célèbre auprès de tous les savants et penseurs, et une autre qui n’est célèbre qu’auprès d’un groupe de personnes. L’affirmation selon laquelle la connaissance de la ma‘rifa aurait commencé auprès de Hadrat Ali n’est célèbre qu’auprès de ces pirs soufis ; personne d’autre ne la connaît. En réalité, cette affirmation est fausse, ou, pour le dire autrement, totalement irrecevable. Les gens des époques tardives l’ont inventée et acceptée. Or une parole de ce genre ne peut en aucun cas être admise. Shah Dehlavi a également déclaré que les méthodes de ma‘rifa, la muraqaba, la mushahada et les dhikr que les pirs actuels enseignent à leurs murids n’existaient ni à l’époque du Messager honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ni à celle des Compagnons.

Il a dit :

Il faut savoir que les pratiques du tasawwuf des pirs soufis n’existaient pas à l’époque des Compagnons et des tabi‘un. Renoncer aux moyens de subsistance, porter des vêtements rapiécés, ne pas se marier ni fonder de foyer, et rester assis dans une khanqah n’étaient pas des pratiques courantes à cette époque.

Les adeptes de la ma‘rifa croient qu’en suivant intégralement cette méthode, le cheminant — le salik — peut connaître la réalité profonde (haqiqa). Cette ma‘rifa lui fait finalement comprendre que, bien que ces choses visibles extérieurement soient distinctes d’Allah en tant que telles, elles sont, au fond, Allah Lui-même. La différence qui semble exister entre Allah et les choses extérieures n’est qu’une illusion de notre part. Autrement dit, la diversité et l’immensité des choses actuellement visibles à l’extérieur ne sont qu’une tromperie ou une illusion produite par la création. En d’autres termes, celui qui suit cette méthode peut finalement se libérer de l’illusion visuelle. Il lui semble alors voir l’Unique Allah sous la forme de cette immense multiplicité. Selon ces gens, telle est la ma‘rifa du tawhid.

Mais il suffit d’y réfléchir quelque peu pour constater que toutes ces spéculations sont précisément la philosophie des Veda et des Upanishad, le vedanta. L’appellation exacte de cette philosophie est l’advaita, c’est-à-dire le non-dualisme. En d’autres termes, Allah et le monde, ou le Créateur et la création, sont en réalité un seul et même être. Ce qui est créé est le Créateur, et Celui qui est le Créateur est Lui-même la création. Tel est le fondement de l’idéal non dualiste. C’est également la doctrine de la religion hindoue, qui, sous le nom de ma‘rifa de l’islam, s’est répandue dans la société musulmane à travers le courant actuel des pirs et des murids ; il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un shirk manifeste.

En réalité, l’islam est une religion globale. Il y a prévu des prescriptions détaillées concernant tous les aspects et domaines de la vie pratique, toutes les actions et toutes les affaires, depuis la purification totale du cœur et de l’être intérieur d’une personne pour Allah seul. Ainsi, la charia et la tariqa ne sont ni des choses séparées et indépendantes, ni des réalités opposées l’une à l’autre, pas plus que le corps et l’esprit d’une personne ne sont deux choses opposées. De même que l’être humain résulte de l’union du corps et de l’esprit, la charia, la tariqa et la ma‘rifa sont les différents aspects — extérieur et intérieur — d’une même réalité, et toutes procèdent du même Coran et des mêmes hadiths.

C’est du Coran que l’on acquiert la connaissance exacte et complète d’Allah, de Ses noms relatifs à Son Essence et à Ses attributs, ainsi que la compréhension détaillée des manifestations variées de Sa puissance. C’est également du Coran que l’on apprend les prescriptions de la charia concernant la foi en Allah, l’acceptation de Son adoration et l’observance de Ses commandements et de Ses interdits avec une sincérité absolue. Lorsque la réalité profonde, la grandeur et la signification intérieure de ces enseignements s’établissent au plus profond de l’être humain, cela devient la tariqa ou la ma‘rifa. Lorsque l’homme accomplit ses œuvres conformément à la charia, il s’agit de la pratique de la charia. Et lorsque cette pratique est imprégnée et vivifiée par l’ikhlas, la crainte d’Allah et l’amour d’Allah, au point qu’il ressente constamment Allah présent et attentif, elle devient alors la ma‘rifa ou la tariqa. Tant qu’un conflit subsiste dans l’esprit entre la connaissance et la pratique, il ne s’agit que d’une affaire relevant du degré de la charia. Mais lorsque l’esprit et le cœur s’apaisent face à ce conflit, se soumettent entièrement à la pratique et que la vie devient entièrement pratique, on peut dire que la tariqa ou la ma‘rifa a été acquise. Le cheikh Abd al-Haqq Muhaddith Dehlavi a écrit : « Ne considère pas la haqiqa comme une chose séparée de la charia. » En réalité, la haqiqa est le joyau véritable et l’âme même de la charia, tandis que la charia en est la forme et l’apparence extérieures.

La charia consiste à croire à tout ce qu’Allah et le noble Messager ont dit et à agir en conséquence. La haqîqa consiste quant à elle à ce que la foi en ce dont on a la certitude devienne aussi ferme et directe que possible.

Cheikh Muhyiddîn ‘Abd al-Qâdir Jîlânî, que son secret soit sanctifié, a dit : « Toute haqîqa que la charia rejette relève de la zandaqa — c’est-à-dire de l’opposition à la religion. » Cela signifie que si quelqu’un obtient un kashf qui n’est pas conforme à la religion et à la charia, et qu’il en fait sa croyance, il devient mécréant et zindîq.

Abû Sulaymân al-Dârânî dit : « Il arrive souvent qu’une doctrine du wujûd ou du shukr, parée d’une beauté parfaite, se présente à moi sur la voie du sulûk ; mais je ne l’accepte pas. Je lui dis : “Je ne pourrai en aucune façon t’accepter tant que deux témoins dignes de confiance et fiables n’auront pas attesté ta véracité et ta justesse. Et quels sont ces deux témoins dignes de confiance ?… Ce sont le Livre d’Allah et la Sunna du Messager.” » (Cheikh ‘Abd al-Haqq al-Muhaddith al-Dihlawî, lettre n° 13)

En réalité, il n’existe entre ces deux choses aucune différence, aucune opposition ni aucun conflit, aucune dualité. La vérité est plutôt que la définition de la tarîqa ou de la ma‘rifa donnée ici est en fait celle de la religion islamique. C’est cet islam indivisible qu’Allah a révélé ; c’est cette religion islamique que le Coran a présentée ; et c’est cette même religion, indivisible, que le noble Prophète a fait resplendir devant le monde par sa vie, son caractère, ses actes et l’ensemble de ses œuvres. Or, en langage coranique, l’ensemble de ces éléments porte le nom de charia. Aucun musulman ne peut donc nier ni cette charia, ni cette tarîqa ou ma‘rifa. Selon les savants spécialistes du tasawwuf, le tasawwuf est le bon caractère. Mais, par la suite, la charia et la tarîqa sont devenues deux choses séparées, s’écoulant dans deux courants opposés. La charia, fondée sur le Coran et la Sunna, est demeurée — et demeurera éternellement — intacte et inchangée ; mais la chose distincte, non écrite et transmise de bouche à oreille qui s’est dressée sous le nom de tarîqa et de ma‘rifa a ôté toute importance au caractère noble et pur ; elle s’est chargée des débris de toutes sortes de formes de shirk. Et c’est cela, en l’occurrence, la bid‘a.

Lorsque la ma‘rifa ou la tarîqa se sépara de la charia et se mit à suivre un courant entièrement indépendant, elle se chargea d’éléments qui ne provenaient pas de la charia, c’est-à-dire du Coran et de la Sunna. Elle incorpora la philosophie grecque, la philosophie de l’Égypte ancienne et la philosophie indienne du Vedânta. De leur synthèse se forma ce savoir indépendant de la ma‘rifa ou de la tarîqa, auquel on donna le nom de ‘ilm al-tasawwuf, ou simplement de tasawwuf. Pourtant, à aucune époque antérieure, il n’avait existé en islam un savoir portant ce nom ; les musulmans ne savaient donc pas que concevoir en islam une dualité entre la charia et la ma‘rifa constituait une très grave bid‘a. Tout comme constitue une très grave bid‘a le fait de considérer en islam la religion et la politique comme deux choses séparées. En séparant la religion et la politique et en les privant de tout lien réciproque, on a établi dans le domaine politique l’autorité de gens pervers, mécréants et injustes. Quant à la religion, elle a été réduite à la prière, au jeûne, au pèlerinage et à l’aumône légale. De même, en séparant la charia et la tarîqa, on a fait apparaître une catégorie de pîrs ignorants. Dans la société musulmane fonctionne, sous le nom de pirisme, une institution entièrement indépendante et polythéiste. Ce pirisme a toujours été élevé, entretenu et abondamment développé sous la protection de dirigeants pervers, débauchés et injustes — rois et souverains. En général, les pîrs ont toujours soutenu de tels dirigeants. Jamais ils n’ont prononcé le moindre mot contre les dirigeants injustes et pervers. Au contraire, ils ont toujours levé les deux mains pour prier en leur faveur en disant : “Qu’Allah prolonge votre vie.”

Le tasawwuf évolue dans une direction opposée à l’islam

Bien que la source fondamentale de la spiritualité islamique ait d’abord été le Coran et la Sunna, elle prit par la suite, lorsqu’elle entra dans les détails et les aspects secondaires, le nom de tasawwuf, et ses principes et ses objectifs devinrent totalement différents de ceux du Coran et de la Sunna. L’étude comparative des deux montre clairement que, dans le domaine des principes du tasawwuf, certains principes et objectifs fondamentaux de l’islam se sont estompés et ont été négligés, tandis que certains détails ont acquis une importance excessive. Certains courants de pensée sont devenus plus intenses et plus manifestes dans le tasawwuf, tandis que d’autres sont devenus relativement faibles et moins importants. Certaines conceptions islamiques ont pris, dans le tasawwuf, une signification entièrement nouvelle. Pour d’autres, une modification partielle du sens et de la portée s’est amorcée. En outre, le tasawwuf a totalement négligé nombre d’aspects essentiels de l’islam, tandis que, sous certains rapports, de nombreux éléments extérieurs s’y sont intégrés.

Même s’il n’y a pas ici lieu d’examiner ces questions en détail, je vais tenter de les expliquer brièvement, afin que personne ne s’imagine que ces propos sont tenus par hostilité envers le tasawwuf. Car cela est absolument faux. Quelques exemples sont présentés ici.

Dans les premiers temps de l’islam, le terme « ʿamal » était employé dans un sens très large. Mais avec le tasawwuf, son champ est devenu tout à fait étroit et limité. L’objectif de l’islam est de trouver des solutions justes et efficaces à la vie sociale des êtres humains, à l’organisation sociale et à la complexité de leurs besoins ; mais les adeptes du tasawwuf ne manifestent aucun intérêt ni aucune curiosité pour ces questions. Elles se situent entièrement en dehors de leur domaine d’action. Aux débuts de l’islam, une relation profonde et un équilibre complet existaient entre le « fikr », le « jadhba » et le « ʿamal » ; mais les adeptes du tasawwuf accordent une telle importance aux émotions et aux états du cœur que, de ce fait, l’importance du ʿamal — en particulier de la réflexion ou du fikr — a diminué, voire a complètement disparu. L’amour d’Allah constitue le courant fondamental de la religion islamique. Aux débuts de l’islam, cet amour n’était pas une chose séparée et distincte du ʿamal, et il n’a jamais été admis qu’il puisse en être ainsi ; au contraire, l’amour d’Allah était un courant vital et stimulant qui circulait et se diffusait précisément dans ces œuvres que l’être humain devait nécessairement accomplir parce qu’il était le calife d’Allah sur terre. Mais par la suite, l’idéal et l’objectif des adeptes du tasawwuf ne se sont pas seulement rétrécis dans le domaine du ʿamal : afin de renforcer la « muhabbat » avec le ʿamal, ils ont adopté divers moyens. On a ainsi considéré que les assemblées de chant, la pratique de la musique, etc., renforçaient la foi. Mais les adeptes du tasawwuf peuvent-ils prouver que, dans les premiers temps, l’« amour d’Allah » poussait les êtres humains à accomplir ces actes ?

Ici aussi, le « zikr » est employé dans un sens étroit. On considère que le zikr consiste uniquement à s’asseoir la tête inclinée et à prononcer de la bouche, à voix basse ou à voix haute, les formules « Allah, Allah » ou « La ilaha illallah », et l’on s’imagine que le simple fait de les réciter suffit à s’acquitter du devoir de faire le zikr d’Allah. Mais il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une conception extrêmement étroite et d’une déformation d’un principe fondamental de l’idéal islamique. Le Noble Coran donne un ordre explicite de faire le zikr d’Allah. Il est dit dans la sourate Al-Baqara :

فَاذْكُرُونِي أَذْكُرْكُمْ وَاشْكُرُوا لِي وَلَا تَكْفُرُونِ [٢:١٥٢]

— Souvenez-vous de Moi, et Je Me souviendrai de vous ; soyez reconnaissants envers Moi et ne soyez pas ingrats envers Moi.

L’érudit Raghib al-Isfahani a donné la définition du mot « zikr » :

*******

Le zikr est un état de l’esprit qui permet à l’être humain de conserver la connaissance qu’il souhaite préserver. Il en va de même pour le fait de se rappeler, de garder en mémoire ou de conserver.

Dans un autre sens, il a été dit que le « dhikr » signifie la présence d’une chose dans l’esprit. Il a également écrit : « Le dhikr est de deux sortes : le dhikr du cœur et le dhikr de la langue. Se souvenir de ce qui a été oublié, le garder en mémoire sans l’oublier, le maintenir constamment éveillé dans la mémoire et le préserver : le terme dhikr s’applique dans ces deux états. »

L’érudit Qurtubî a écrit : être constamment conscient et informé, dans son cœur, de quelque chose, et garder l’esprit éveillé à son sujet.

Et il a traduit le verset ainsi :

Souvenez-vous de Moi en M’obéissant. Alors, Je me souviendrai de vous en vous accordant une récompense et en pardonnant vos péchés.

En d’autres termes, le dhikr consiste à adorer Allah en se souvenant de Lui, à Lui obéir et à appliquer Ses commandements avec l’ardeur du cœur.

Il est dit dans un autre verset :

إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ الَّذِينَ إِذَا ذُكِرَ اللَّهُ وَجِلَتْ قُلُوبُهُمْ[٨:٢]

– Les véritables croyants sont ceux dont les cœurs tremblent lorsqu’Allah est mentionné ou évoqué.

Dans le commentaire de ce verset, l’imam Ibn Kathîr a écrit : « Ô croyants, accomplissez donc convenablement les obligations prescrites par Allah. »

Puis ce commentateur a écrit : « Le croyant dont le cœur tremble dès qu’Allah est évoqué doit craindre Allah, obéir à Ses commandements et s’abstenir de Ses interdits. »

Il ressort clairement de cette discussion qu’ordonner de faire le dhikr d’Allah signifie L’adorer, Lui obéir constamment, Le considérer comme son seul Ma‘bûd, se considérer soi-même comme étant exclusivement Son serviteur, ne jamais faire preuve d’insouciance à cet égard, se souvenir constamment d’Allah et ne jamais L’oublier.

En outre, selon la déclaration du Coran, le dhikr n’est pas l’unique œuvre à accomplir. La fikr est également indispensable. Pour montrer l’importance et la permanence de ces deux éléments, le dhikr et la fikr, Allah a dit :

الَّذِينَ يَذْكُرُونَ اللَّهَ قِيَامًا وَقُعُودًا وَعَلَىٰ جُنُوبِهِمْ وَيَتَفَكَّرُونَ فِي خَلْقِ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ[٣:١٩١]

« Ceux qui font le dhikr d’Allah debout, assis et couchés sur leurs côtés, et qui réfléchissent et méditent sur la création des cieux et de la terre — ce sont en vérité eux les gens doués d’intelligence. »

(Al-‘Imrân : 191)

Dans ce verset, il est ordonné de faire le dhikr d’Allah en position assise, debout et couchée, c’est-à-dire en toute situation. En effet, l’être humain se trouve nécessairement dans l’une de ces trois positions. À aucun moment il ne se trouve dans une autre position que l’une d’elles : soit il est assis, soit il est debout, soit il est couché. Il faut donc faire le dhikr d’Allah en toute situation, c’est-à-dire se souvenir de Lui ; il n’est permis de jamais oublier Allah, quelle que soit la situation.

Deuxièmement, le verset ne parle pas seulement du zikr ; il parle également du fikr. Selon les termes de l’imam Râgheb, le fikr désigne la force mobilisée pour connaître quelque chose. Il est dit que le sens originel de ce mot est d’examiner les choses afin d’en connaître la réalité cachée et la vérité profonde.

En un mot, le simple zikr n’est pas ce qu’Allah souhaite, et ce n’est pas non plus l’œuvre des gens intelligents. Le fikr est également nécessaire. Le zikr dépourvu de fikr est l’œuvre des insensés. Quant au fikr dépourvu de « zikr », il est l’œuvre des athées et des rebelles envers Allah.

Mais dans le tasawwuf actuel, il n’y a que le zikr, sans fikr. Si l’on associe le fikr au zikr, ce n’est plus du tasawwuf, selon l’usage courant. Si le murîd d’un quelconque pîr voulait s’y adonner, il perdrait son statut de murîd ; bien plus, ce zikr y est tenu pour particulièrement méritoire et a été limité au fait de fermer les yeux et de répéter « Allah, Allah » à certains moments, pratique qui se poursuit également en dehors de ces moments déterminés. Et, dans l’immense domaine de la vie, en dehors de ce vaste processus, on ne voit nulle part dans leur existence le moindre signe du zikr d’Allah. Cette procédure du « zikr » et la fixation de ses horaires constituent une grave bid‘a en islam. Cette « bid‘a » a empêché l’islam d’être un idéal pleinement révolutionnaire et l’a transformé en une religion ascétique de pratique yogique.

Le zikr oral est bien un zikr lorsqu’il est accompagné du zikr du cœur. C’est pourquoi l’imam Qurtubî a écrit : le zikr oral a également été appelé zikr, car il est le signe du zikr du cœur.

Autrement dit, c’est le zikr du cœur qui prend la forme du zikr fondamental. Mais, dans le tasawwuf, un zikr d’un tout autre genre a été instauré. Le zikr du cœur n’y a aucune place. L’objectif du zikr du cœur y est totalement négligé. Ici, c’est principalement le zikr oral qui est mis en avant. Son objectif essentiel serait de purifier le qalb par ses coups et de mettre en activité les six latâ’if. C’est pourquoi il est dit que ce zikr est une chose totalement différente du zikr mentionné dans le Coran, et qu’il n’en existe aucune preuve dans le Coran ni dans les hadiths. Le latîfa n’est lui aussi qu’une conception issue de la bid‘a. Il n’est pas reconnu par le Coran et les hadiths et ne s’y trouve pas.

Il est dit dans un autre verset : Arabe(*******)

— Ô vous qui croyez ! Évoquez Allah très abondamment.

L’érudit Qurtubî a écrit dans son tafsîr : l’ordre d’accomplir le zikr dans ce verset signifie évoquer Allah avec le cœur d’une manière qui puisse être maintenue en toute circonstance et de façon permanente. Vous ne devez à aucun moment le perdre ni l’oublier.

À ce propos, le verset suivant mérite également d’être médité :

إِلَيْهِ يَصْعَدُ الْكَلِمُ الطَّيِّبُ وَالْعَمَلُ الصَّالِحُ يَرْفَعُهُ ۚ

— Vers Allah montent toutes les paroles pures et bonnes, et ce sont les bonnes œuvres qui les élèvent. (Al-Fâtir : 10)

C’est-à-dire que les bonnes et pures paroles — la croyance en l’unicité divine, le dhikr d’Allah, la récitation du Coran, etc. — parviennent toutes à Allah ; toutefois, ce sont les bonnes œuvres qui les y font parvenir. Les seules paroles, le seul dhikr ou la seule croyance en l’unicité divine, sans bonnes œuvres, sont dépourvus de sens. Ils ne seront pas agréés par Allah.

C’est pourquoi, bien que de nombreux mérites du dhikr soient certes rapportés dans les hadiths, ceux-ci expliquent également en termes clairs quelle doit être sa forme concrète pour qu’il soit le dhikr d’Allah, et quelle est la manière concrète de pratiquer le dhikr d’Allah.

Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) a dit : en arabe (*******)

— Celui qui obéit à Allah a pratiqué le dhikr d’Allah, même si ses prières (surérogatoires), ses jeûnes et ses œuvres bénéfiques sont très peu nombreux.

En d’autres termes, la forme concrète correcte du dhikr d’Allah consiste à obéir à Allah et à respecter Ses commandements et Ses prescriptions. En effet, lorsqu’on accomplit les commandements d’Allah, on pratique naturellement le dhikr d’Allah. Car il est impossible de respecter les commandements d’Allah si Allah n’est pas présent à l’esprit. Ainsi, limiter le dhikr d’Allah à une forme particulière, à des moments et à un nombre déterminés, constitue une innovation religieuse. Dans le tasawwuf, c’est-à-dire dans la relation entre pîr et mourîd, cette innovation religieuse constitue le fondement même de la pratique. En organisant de telles séances de dhikr, les pîrs maintiennent les gens ignorants dans un état de servitude, puis les présentent comme des cadeaux et des offrandes. En réalité, cette forme de dhikr est répandue chez les ascètes hindous et les vishnouites. Dire que cette méthode des pîrs a été empruntée aux ascètes hindous ne serait nullement exagéré.

Le Coran Majîd s’est toujours élevé contre l’ascétisme. Le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) s’est opposé à celui-ci par les efforts de toute sa vie et a dissipé chez les hommes leurs penchants et tendances ascétiques. Mais le tasawwuf a renforcé cette conception ; parmi ses principaux représentants, on observe aujourd’hui une orientation fortement négative à l’égard de la jouissance des biens matériels et des relations sociales. Pourtant, cette conception n’existait pas aux débuts de l’islam. Lorsque, à l’époque du Messager, une telle tendance apparaissait chez les Compagnons, le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) la réfutait avec vigueur. Dans le Coran et les hadiths, une importance particulière était accordée, en matière de tazkiya, au dhikr ilahi — au rappel d’Allah. Mais, du point de vue de l’islam, ce n’était pas l’unique moyen. Outre le dhikr ilahi, il existait de nombreux autres moyens et procédés employés afin que les musulmans atteignent la tazkiyat an-nafs. À cet égard, le « jihad fi sabilillah » mérite une mention particulière. En vérité, pour acquérir les nobles qualités supérieures que sont le sabr, le tawakkul, la soumission à Allah, l’agrément envers le décret d’Allah, etc., l’importance du jihad dans la tazkiyat an-nafs est suprême. Le Coran et les hadiths lui ont accordé précisément ce rang. (Voir notamment les versets 152, 153 et 154 de la sourate al-Baqara et les versets 22 et 23 de la sourate al-Ahzab.) Mais les adeptes du tasawwuf ont délaissé le jihad, abandonné son champ de lutte acharnée et, laissant l’autorité sociale et politique entre les mains de gens sataniques, se sont consacrés au dhikr ilahi ainsi qu’à la muraqaba et à la mushahada dans le refuge sûr des khanqahs. Ils ont eux-mêmes adopté cette pratique comme l’unique moyen de la tazkiyat an-nafs et ont invité les autres à en faire autant. C’est ainsi que de nouvelles voies et méthodes de dhikr ont été inventées.

De tout nouveaux termes, ainsi que des voies et méthodes inédites de muraqaba-mushahada, ont été inventés ; on n’en trouve aucune trace à l’époque du noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ni des nobles Compagnons.

La mujahada des adeptes du tasawwuf est une lutte intense et ininterrompue contre les désirs de l’âme. Mais elle n’a pas le moindre rapport avec le combat contre les ennemis d’Allah. À ce propos, les adeptes du tasawwuf avancent un hadith comme preuve. Il est le suivant : Arabe (*********)

« Nous sommes revenus du petit jihad au grand jihad. » Les gens demandèrent : « Qu’est-ce que le grand jihad ? » Il répondit : « Le jihad contre le cœur, c’est-à-dire contre l’âme. »

Cette parole est diffusée comme étant une parole du Messager ou un hadith. En s’appuyant sur elle, les adeptes du tasawwuf ont d’abord considéré la mujahada contre leur propre âme comme meilleure et comme un plus grand jihad que le combat ou l’affrontement avec les ennemis de la religion. Puis ils en ont fait leur unique occupation. Ils ont totalement rejeté le jihad contre les ennemis de la religion, le qualifiant de préoccupations mondaines ou de politique, etc. Mais en réalité, c’est une immense tromperie. À propos de la parole citée plus haut, l’expert en hadiths et commentateur du Sahih al-Bukhari, l’imam Ibn Hajar al-Asqalani, a déclaré : ce n’est pas un hadith. C’est plutôt une parole très célèbre, répétée de bouche en bouche. En réalité, elle est d’Ibrahim ibn Ablah, et non une parole du Messager.

Cette parole a certes été rapportée par al-Bayhaqi et al-Khatib al-Baghdadi, mais sa chaîne de transmission est extrêmement faible. Il n’est donc pas possible de fonder sur elle une décision concernant une question aussi importante de l’islam. C’est pourquoi le sabr — dont le rang éminent est proclamé dans le Coran Majîd — consistant à faire preuve de fermeté et de résolution dans le combat et la lutte contre les ennemis d’Allah ne revêt aucune importance pour les adeptes du tasawwuf. Il en est de même du tawakkul et des autres œuvres et actes vertueux de la religion.

Comment le changement introduit par les adeptes du tasawwuf dans le but et l’idéal de la vie pourrait-il être licite ? C’est une question difficile, à laquelle ils ont certes tenté de répondre ; mais leur réponse est irrecevable et dépourvue de sens à la lumière du Coran et de la Sunna. Pour justifier la légitimité de leur pratique, ils ont adopté le principe de l’« istikhab » et de l’« ikhtiyar » — celui de « trier, sélectionner et choisir ». Ainsi, parmi les milliers de Compagnons du noble Prophète, ils n’ont pris pour modèles que les Compagnons de la Suffa, parce qu’ils voyaient dans leur vie une conformité avec leur idéal global. Quant à la vie des autres Compagnons, ils n’en ont mis en lumière que les aspects particuliers qui pouvaient soutenir leur conception. On demanda à Hazrat Junayd : « Qu’est-ce que le tasawwuf ? » Il répondit : « Le tasawwuf repose sur huit choses. Ces huit choses se manifestent distinctement dans la vie de huit prophètes. Ce sont : la générosité, la libéralité et l’hospitalité de Hazrat Ibrahim ; l’effort de Hazrat Ismail pour obtenir l’agrément d’Allah et sa soumission ; le sabr de Hazrat Yaqub ; les signes de Hazrat Zakariya ; la vie retirée de Hazrat Yahya ; les voyages de Hazrat Isa à travers les pays ; le port de la khirqa par Hazrat Musa ; et le faqr — la pauvreté — de Hazrat Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). »

On comprend aisément que, parmi l’immense ensemble des qualités de la vie vaste, extraordinaire et complète de chacun des prophètes, une seule qualité a été isolée et adoptée comme « modèle », bien qu’Allah et Son Messager n’en aient pas donné la permission. Allah, Exalté soit-Il, a ordonné de prendre Hazrat Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) comme modèle dans sa totalité et son intégralité — d’en assimiler toutes les qualités, et non une seule.

Il a dit :لَّقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللَّهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ

— Vous avez dans la personne du Messager d’Allah un modèle excellent à suivre. (Al-Ahzab : 21)

Et le noble Messager lui-même a déclaré :

— Aucun d’entre vous ne pourra être croyant tant que votre esprit et votre mentalité ne se seront pas entièrement soumis à la religion que j’ai apportée.

Cela signifie qu’il ne faut pas seulement accepter une parole ou un principe du Messager, mais adopter intégralement la religion reçue de lui, ainsi que l’ensemble de son modèle.

La même méthode a été suivie à l’égard des « califes bien guidés ». Ils n’accordent d’importance qu’aux attitudes d’ascétisme, de générosité et de discipline spirituelle qui ont marqué leur vie, et ont voulu complètement oublier leurs activités et leurs actions dans le jihad. Pourtant, toute leur vie s’est déroulée dans la lutte et le combat contre les forces du faux, l’organisation de la société islamique et l’effort visant à établir l’État, l’instauration et la mise en application de la loi de la charia dans la société, l’établissement de la justice et la mise en déroute des ennemis d’Allah. Mais, pour les adeptes actuels du soufisme, ces grandes qualités ne revêtent aucune importance. C’est ainsi que la société musulmane, emportée aujourd’hui par le courant de l’ascétisme, a perdu les particularités de la vie ainsi que la force et les talents de l’âme et de l’esprit, et s’est retrouvée complètement démunie.

Un hadith est également cité pour soutenir l’affirmation selon laquelle la connaissance de la charia et la connaissance de la ma‘rifa seraient deux choses distinctes. Ce hadith est rapporté ainsi dans le Mishkat al-Sharif :

— Il est rapporté de Hasan al-Basri qu’il a dit : La connaissance est de deux sortes. L’une se reflète à l’intérieur du cœur, et c’est elle qui constitue la connaissance véritablement bénéfique. L’autre consiste seulement à être énoncée par la bouche, et c’est elle qui constitue la preuve irréfutable d’Allah contre les hommes.

Mais cela ne peut nullement constituer une preuve de ce niveau. En effet, ce ne sont ni les paroles du Messager ni celles d’un Compagnon. Ce sont les paroles d’al-Hasan al-Basri, qui n’était qu’un Tabi‘i.

Deuxièmement, la science dont il est question ici ne constitue pas en réalité deux sciences distinctes. Il s’agit de deux aspects d’une même science : l’un extérieur et l’autre intérieur. L’un n’est pas séparé de l’autre. Ce qui est appelé science de la bouche est précisément la science du Coran et de la Sunna ; il faut l’apprendre en l’étudiant oralement. Et le reflet de cette étude sur le cœur, c’est justement l’« ‘ilmun fil-qalb », la science du cœur. Il n’existe donc aucune dualité entre les deux, et on ne peut les acquérir par des voies différentes ; il faut au contraire les apprendre à partir du même Coran et des mêmes hadiths. Lorsqu’on allume une lampe, l’un est le feu et l’autre sa lumière et sa chaleur. Peut-on séparer la chaleur de cette lumière du feu ? Il en va de même ici. Abou Talib al-Makki a dit, en expliquant les propos précédents :

— Ces deux sciences sont fondamentales. L’une ne peut exister sans l’autre, comme la foi et l’islam. Elles sont en outre intimement liées, tout comme le corps et l’esprit. L’une ne peut être séparée de l’autre.

Il n’existe pas non plus en islam de chose reconnue sous le nom de « ‘ilm al-batin » ou de « science ésotérique ». Bien qu’un autre hadith, appelé « musalsal », soit également rapporté pour prouver l’existence de cette science.

Il est rapporté comme suit : al-Hasan al-Basri (qu’Allah l’agrée) l’a rapporté de Hudhayfa (qu’Allah l’agrée). Hudhayfa a dit : J’ai demandé au Prophète éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : Qu’est-ce que la science ésotérique ? Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : Lorsque j’ai interrogé Jibril à ce sujet, il m’a dit qu’Allah avait dit : La science ésotérique est une chose particulière entre Moi et Mes amis bien-aimés, Mes awliya et Mes serviteurs sincèrement dévoués. Je la dépose en dépôt au fond de leur cœur ; aucun ange rapproché ne peut la connaître, pas plus qu’un prophète ou un messager.

Mais hélas ! Ce n’est absolument pas un hadith. L’imam Ibn Hajar al-Asqalani, auteur du Fath al-Bari, n’a pas accepté de le considérer comme un hadith.

Il a dit : Cette parole a été forgée de toutes pièces ; ce ne sont pas les paroles du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Al-Hasan al-Basri n’a jamais rencontré Hudhayfa. Il n’a donc eu aucune possibilité de rapporter un hadith de lui.

Ainsi, l’affirmation selon laquelle al-Hasan al-Basri aurait rapporté ce hadith de Hudhayfa (qu’Allah l’agrée) est entièrement mensongère. Il apparaît clairement que, longtemps après le Prophète éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et bien après l’âge d’or de l’islam qui lui a succédé, ces paroles mensongères ont été largement forgées et diffusées sous le nom de hadiths afin de promouvoir le commerce des relations entre cheikhs et disciples sous l’appellation de « science ésotérique ». En réalité, il s’agit de la croyance de la secte batinite. Ce sont eux qui ont divisé la charia en deux parties : ésotérique et exotérique. La secte batinite ne compte pas parmi les gens de la Sunna et de la Communauté. C’est une secte égarée. Ils ne reconnaissaient ni la prophétie ni la charia. Ils considéraient comme licites toutes les choses interdites.

En réalité, cette ma‘rifa séparée du Coran et de la Sunna détourne l’homme de la foi tawhidique de l’islam et le plonge dans le vaste bourbier du shirk védantique. C’est précisément ce qui s’est produit dans la vie de nombreux adeptes actuels des pirs et de ceux qui se réclament prétendument du tasawwuf. Par conséquent, ce tasawwuf ne peut avoir aucune place en islam.

Suivre un pir est-il obligatoire ??

Allant plus loin, une certaine catégorie de demi-savants a commencé à prétendre que suivre un pir était obligatoire. Pour preuve, ils citent le verset du Noble Coran concernant la wasîla. Ils disent : « C’est bien Allah qui a ordonné dans le Noble Coran de rechercher la wasîla ; or cette wasîla, c’est le pir. » Ainsi, l’obligation de suivre un pir serait établie. Pourtant, nous avons déjà donné une explication détaillée de ce verset sur la wasîla. En citant près de dix ou douze tafsirs anciens et faisant autorité, nous avons montré que la « wasîla » qu’Allah Très-Haut a ordonné de rechercher ne signifie jamais « pir » : suivre un pir ne permet donc pas de se conformer à l’ordre de rechercher cette wasîla. En outre, en citant des dictionnaires arabes réputés et fiables, nous avons également montré que personne n’a donné à « wasîla » le sens de « pir ». Mawlana Ashraf Ali Thanwi (qu’Allah lui fasse miséricorde), le grand savant du tasawwuf universellement reconnu à notre époque, n’a pas non plus donné à ce mot le sens de pir ; il l’a traduit par « proximité ». Il est donc indispensable de consulter sa traduction du Coran. Bien plus, il a déclaré que seuls les ignorants cherchent à prouver, à partir de ce verset, que suivre un pir est obligatoire, et personne d’autre.

Leur autre preuve est ce verset du Coran :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَكُونُوا مَعَ الصَّادِقِينَ [٩:١١٩]

— Ô vous qui croyez, craignez Allah et soyez avec les véridiques. (At-Tawba, 119).

En citant ce verset, les adeptes des pirs veulent dire que les véridiques désignent précisément leurs propres maîtres et qu’il leur a été ordonné de devenir leurs murids et de rechercher leur compagnie. Pourtant, personne au monde, pas plus qu’aucun exégète depuis les premiers temps jusqu’à nos jours, n’a compris dans ce verset un ordre de devenir le murid d’un pir, et ne peut le comprendre ainsi. Si quelqu’un veut l’y voir, il ne fait qu’utiliser le Coran selon son propre désir, en s’en servant arbitrairement pour soutenir sa propre position. C’est un très grave crime — si grave que même la mécréance manifeste ne saurait lui être équivalente.

Dans l’explication de ce verset, Hazrat Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) a écrit : par les véridiques, on entend ceux qui se sont montrés sincères dans leur foi et dans l’accomplissement de l’engagement d’obéissance pris envers Allah et Son Messager.

On peut également l’employer dans son sens général. Il désigne alors les gens qui se sont révélés véridiques dans tous les aspects de l’accomplissement de la religion : dans leur intention, leurs paroles et leurs actes.

L’Allama Ibn Kathîr a écrit dans son exégèse de ce verset : Soyez véridiques et attachez-vous à la vérité ; vous pourrez ainsi en être les dépositaires et échapper à la perdition. Cela facilitera vos actions.

Selon l’Allama Tâlûsî, ce terme peut désigner plus particulièrement ceux qui, s’étant séparés de l’armée musulmane, s’étaient retranchés dans un endroit élevé.

Le sens de l’ensemble du verset devient donc le suivant : de même que ces trois hommes ont dit la vérité, avec véracité et sincérité, soyez vous aussi ainsi. (L’Imam des exégètes, Abû Abdallah Muhammad ibn Ahmad al-Ansârî al-Qurtubî, a donné une explication détaillée de ce verset dans son célèbre commentaire ; mais il n’y a pas mentionné qu’il signifierait l’obligation de prendre un pir ni qu’il ordonnerait de rechercher la compagnie d’un pir.)

La juste explication du terme Sâdiqîn se trouve dans un autre verset du Noble Coran. Voici ce verset :

Arabe

— Pour les pauvres émigrés qui ont été expulsés de leurs demeures et privés de leurs biens, qui recherchent la grâce et la satisfaction d’Allah et qui soutiennent Allah et le Messager. Ce sont véritablement eux les Sâdiqîn, les véridiques.

Ici, en identifiant les Sâdiqîn, c’est-à-dire les gens véridiques, il est dit qu’en raison de la religion de l’islam, ils ont été expulsés de leurs demeures et privés de leurs biens ; ils recherchent constamment la grâce et la satisfaction d’Allah et, à cette fin, demandent sans cesse l’aide d’Allah et de Son Messager pour établir la religion. Cela ne décrit en rien un pir.

Je pense que ce sont précisément les gens de ce rang que l’on peut désigner par le terme sâdiqîn. Nâfi‘ a dit qu’il s’agit ici des trois hommes qui s’étaient séparés des combattants lors de la bataille de Tabûk. Ibn ‘Umar a dit que le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, ainsi que ses Compagnons, peuvent également être concernés. Sa‘îd ibn Jubayr a dit que, dans ce verset, les sâdiqîn désignent Abû Bakr as-Siddîq et ‘Umar al-Fârûq, qu’Allah les agrée. La question se pose donc : sur quelle preuve se fonde-t-on pour dire que sâdiqîn signifie pîr et que ce verset ordonne de prendre un pîr ?

Pîr murîd concernant Mujaddid Alf-e-Sânî déclaration

À ce sujet, nous nous tournerons davantage vers le Mujaddid Alf-e-Sânî, le cheikh Ahmad Sirhindî, et chercherons à connaître son opinion. En effet, dans le sous-continent indo-pakistanais, il fut à la fois une figure fondatrice du tasawwuf ou de la science de la ma‘rifa, et celui qui ranima le véritable dîn de l’islam face à la fitna de la « religion divine » d’Akbar et au déferlement de l’hostilité envers l’islam. Son opinion sur le tasawwuf est donc bien plus importante que celle de « vous, moi ou lui ». Il est d’autant plus important de présenter son opinion que les pîrs de ce pays le présentent généralement comme l’ancêtre de tous les pîrs.

Au sujet de la charia et de la ma‘rifa, il a écrit dans ses Maktûbât :

Demain, au Jour de la Résurrection, c’est au sujet de la charia que l’on sera interrogé ; on ne sera nullement interrogé au sujet du tasawwuf. L’entrée au Paradis et la sauvegarde de l’Enfer dépendent de l’observance des prescriptions de la charia. Les prophètes et les messagers — qui sont les meilleurs de toute la création — ont appelé à accepter la charia et ont déclaré qu’elle était l’unique voie du salut dans l’au-delà. Le but de la venue de ces grands hommes en ce monde était de prêcher et d’établir la charia. La plus grande des bonnes œuvres consiste à mettre la charia en pratique. Et faire revivre ne serait-ce qu’une prescription parmi les prescriptions de la charia, surtout à une époque où les signes de l’islam ont été détruits, est une œuvre éminente. Dépenser des dizaines de millions dans le chemin d’Allah ne peut égaler la récompense consistant à remettre en pratique une seule règle de la charia.

À ce stade, le Mujaddid Alf-e-Sânî, qu’Allah lui fasse miséricorde, a également apporté une réponse détaillée et claire à une autre question. Les pîrs ignorants et leurs murîds répandent l’opinion courante selon laquelle la charia serait la peau, l’aspect extérieur du dîn, tandis que le véritable cerveau serait la tarîqa ou la ma‘rifa. Ils tiennent ces propos, qualifient de pervers et d’innovateurs les savants de la charia qui ne se soucient pas de la tarîqa, de la ma‘rifa et autres notions semblables et qui considèrent la charia comme suffisante, les critiquent et ne cessent de chanter leurs défauts. Écoutez en réponse la réplique cinglante du Mujaddid Alf-e-Sânî, qui est aussi la véritable source de la ma‘rifa dans ce pays.

Il a dit : la charia comporte trois parties : l’‘ilm (connaître la charia), l’‘amal (agir conformément à la charia) et l’ikhlâs (la sincérité). La tarîqa et la haqîqa ne sont toutes deux que des servantes de la charia, au service de sa troisième partie, qui complète l’islam. Voilà la vérité essentielle, mais tout le monde n’est pas capable de la comprendre jusqu’à ce point. La plupart des gens qui se prétendent savants sont plongés dans les doux rêves de leur imagination. Ils se contentent de paroles vaines, dépourvues de sens et inutiles. Que savent-ils et que peuvent-ils comprendre de l’observance de la charia ! Et que peuvent-ils comprendre de la réalité de la tarîqa ! Ils considèrent la charia comme une peau ou une chose extérieure, tandis qu’ils prennent la haqîqa pour le fond, le cerveau et l’essentiel. Ils ne comprennent absolument pas quelle est la véritable réalité. Ils se livrent avec arrogance aux paroles vaines et dénuées de sens des soufis et des pîrs, et errent, devenus fous, parmi les ahwâl et les maqâmât de la ma‘rifa. Je prie Allah Très-Haut de guider ces gens sur le droit chemin.

Ceux qui considèrent la charia et la ma‘rifa comme deux choses distinctes et qui se plongent dans les propos absurdes et inutiles de la tariqa ont été qualifiés par le Mujaddid Alf-e-Thani (que Dieu lui fasse miséricorde) d’ignorants et d’égarés. Au moins parmi les savants de la charia, nul ne conteste que cette parole du Mujaddid Alf-e-Thani soit entièrement vraie et absolument exacte. En réalité, le désaccord entre les savants de la charia, d’une part, et les pirs ignorants ainsi que leurs murids aveugles, d’autre part, existe depuis le début. Les savants de la charia n’ont jamais soutenu la séparation entre la charia islamique et la tariqa ; ils s’y sont toujours opposés et ont déclaré qu’il s’agissait d’une innovation pernicieuse importée de l’extérieur de la religion islamique. Mais aujourd’hui, les pirs ignorants ont instauré, pour leurs intérêts matériels et afin de jouer à pratiquer une sunna facile et bon marché entre les quatre murs de la khanqah sharif, loin de la lourde responsabilité d’observer et d’établir la charia, une nouvelle chose appelée « tariqa », séparée de la charia. Dans une telle situation, à qui peut-on accorder sa confiance : aux savants ou aux soufis et aux pirs ? Le Mujaddid Alf-e-Thani (que Dieu lui fasse miséricorde) a répondu à cette question. Il a dit : « Sachez qu’en toute question où les soufis, les pirs et les savants de la charia sont en désaccord, une réflexion et une étude approfondies montreront que c’est l’avis des savants qui est conforme à la vérité. La raison en est que les savants, en suivant les prophètes et les messagers, ont pu acquérir la profonde grandeur de la prophétie ainsi que le savoir qui en découle. Quant aux soufis et aux pirs, leur regard est resté limité aux paroles et aux spéculations de la sainteté. »

Le plus grand capital de l’entreprise qui consiste à faire des gens les murids des pirs repose sur l’invocation du kashf et de l’ilham. Lorsque les pirs disent : « J’ai eu un kashf ; par l’ilham, j’ai appris ceci », les murids ignorants, transportés de dévotion, commencent à leur baiser les pieds. Mais ces pirs ignorants sont incapables de comprendre que ces phénomènes ne servent qu’à faire fonctionner le commerce du pirisme et du lien pir-murid. L’ilham peut se produire, et le kashf aussi, par la grâce d’Allah. Si quelqu’un en bénéficie, il devrait remercier Allah sans en parler aux autres. Mais les pirs ignorants ne se soucient nullement de la charia. En invoquant l’ilham, ils déterminent ce qui est permis ou interdit, licite ou illicite, obligatoire ou nécessaire. Et les murids aveugles l’acceptent en inclinant la tête, sans même songer à consulter les prescriptions de la charia. À ce sujet, ce sont précisément les paroles du Mujaddid Alf-e-Thani qui peuvent nous guider avec exactitude. Il a dit :

Le qiyas et l’ijtihad comptent parmi les principes fondamentaux de la charia. Il nous a été ordonné de les suivre. En revanche, il ne nous a jamais été ordonné d’accepter le kashf et l’ilham. De plus, l’ilham ne constitue pas une preuve contre autrui. L’ijtihad est une preuve pour le muqallid, qui est tenu de le suivre. Il convient donc de suivre les savants mujtahids et il est de notre devoir de rechercher les principes de la religion sur la base de leur avis. Quant à tout ce que les soufis disent ou revendiquent en contradiction avec l’avis des savants mujtahids, il ne faut en aucun cas le suivre.

Le plus triste est que les pirs et les ignorants, généralement ignorants eux-mêmes, veulent de la même manière maintenir leurs murids dans l’ignorance et ne les exhortent jamais à acquérir des connaissances sur la religion islamique, la charia islamique, le Coran et les hadiths. Le pir qibla ordonnera au murid de pratiquer la muraqaba, de faire le dhikr d’Allah et de réciter mille fois une « litanie de durood sharif fabriquée » ; mais il ne lui dira jamais de réciter la Parole d’Allah, le Noble Coran, source fondamentale de la religion islamique, d’en comprendre la traduction et le tafsir, ni de se familiariser profondément avec la parole d’Allah. En vérité, c’est une chose étonnante. Pourtant, le Mujaddid Alf-e-Thani (que Dieu lui fasse miséricorde) a dit clairement :

Le conseil le plus important est le suivant : ne négligez en rien l’étude et la lecture du Noble Coran. Si tout votre temps devait être consacré à cette étude, ce serait une bonne chose. Ne vous adonnez pas au dhikr et à la muraqaba.

À l’époque du règne anti-islamique des Moghols, lorsque le Mujaddid Alf-e-Thani commença à prêcher la religion islamique et à s’opposer au faux, les pirs adeptes du faux devinrent l’un des principaux obstacles à son action. Il comprit alors clairement que, sans renverser ces pirs partisans du faux et réformer le tasawwuf, il serait impossible de prêcher et d’établir correctement la religion islamique. C’est pourquoi il réforma également en grande partie le tasawwuf et le libéra des pensées et des pratiques erronées.

La vérité est que le pirisme n’est nullement une pratique islamique. Il ne s’est pas répandu dans l’environnement lumineux de l’islam. Il est apparu à l’époque du déclin de l’islam. Certes, de nombreux penseurs musulmans ont également tenté, par l’intermédiaire de la science du tasawwuf, de conduire le peuple vers la religion islamique ; mais le germe des défauts fondamentaux du pirisme est demeuré et a produit un arbre empoisonné. Il est ainsi devenu aujourd’hui un arbre immense, égarant profondément le peuple et empoisonnant ses croyances et ses pratiques. Pour établir la sunna fondamentale de la religion islamique, il demeure aujourd’hui indispensable d’extirper ce faux système des pirs, tout comme cela était indispensable du vivant du Mujaddid Alf-e-Thani.

Pīrisme ou bay‘ʿat acceptation pratique

Dans la pratique actuelle du rapport entre pīr et murīd, faire prêter la bayʿat au murīd, recevoir la bayʿat du murīd et prêter bayʿat au pīr de la part du murīd constituent une question fondamentale. En vérité, prêter bayʿat est certes un acte conforme à la Sunna ; mais la bayʿat du pīr et du murīd est entièrement une bidʿa, tout comme le sont le pīrisme et le murīdisme eux-mêmes.

« Bayʿat » est un mot arabe. Littéralement, il signifie acheter ou vendre. Ce mot évoque aussitôt l’idée de deux parties. L’une prête bayʿat et l’autre l’accepte. L’une est vendeuse, l’autre acheteuse. Cette affaire d’achat et de vente est d’une grande gravité. Nous devons savoir en détail quelle place elle occupe dans l’islam, quelle est sa réalité véritable et quelle est, dans ce cadre, la méthode conforme à la Sunna.

À propos de l’explication du mot « bayʿat », l’imam Rāghib al-Iṣfahānī a écrit :

Lorsqu’une personne reconnaît l’autorité souveraine de quelqu’un et accepte de lui obéir, cet acte est appelé « prêter bayʿat » ou « se prêter mutuellement bayʿat ». C’est de là que vient l’expression : elle a prêté bayʿat à ce souverain, ou bien les deux se sont prêté mutuellement bayʿat.

Le Coran majestueux mentionne en plusieurs endroits qu’Allah Très-Haut a reçu la bayʿat des Compagnons auprès du Messager. Tout d’abord, ceux qui embrassaient les premiers la foi et acceptaient l’islam prêtaient bayʿat au Messager, et le Messager recevait leur bayʿat. À propos de la bayʿat prêtée à Ḥudaybiya, mentionnée dans le verset de la sourate al-Fatḥ, il est dit :

إِنَّ الَّذِينَ يُبَايِعُونَكَ إِنَّمَا يُبَايِعُونَ اللَّهَ يَدُ اللَّهِ فَوْقَ أَيْدِيهِمْ ۚ فَمَن نَّكَثَ فَإِنَّمَا يَنكُثُ عَلَىٰ نَفْسِهِ ۖ وَمَنْ أَوْفَىٰ بِمَا عَاهَدَ عَلَيْهُ اللَّهَ فَسَيُؤْتِيهِ أَجْرًا عَظِيمًا [٤٨:١٠]

— Ô Prophète, ceux qui te prêtent bayʿat ne prêtent en réalité bayʿat qu’à Allah. La main d’Allah est au-dessus de leurs mains. Quiconque rompt ensuite cette bayʿat ne supportera que le préjudice de sa propre rupture. Mais celui qui accomplit ce à quoi il s’est engagé envers Allah recevra certainement une immense récompense.

Ce verset montre clairement que la bay‘a constitue un élément fondamental du mode de vie islamique. Mais cette bay‘a est conclue par l’intermédiaire du Messager avec Allah Lui-même ; elle consiste à accepter de vouer un culte sincère et complet à Allah, à Lui obéir ainsi qu’à Son Messager, à se sacrifier dans la voie d’Allah afin d’y établir Sa religion, et à prendre part au djihad.

Telle est la bay‘a au sens général. Une autre bay‘a de ce type est également mentionnée : le noble Messager la recevait des femmes croyantes.

Il est dit dans la sourate al-Mumtahana :

يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ إِذَا جَاءَكَ الْمُؤْمِنَاتُ يُبَايِعْنَكَ عَلَىٰ أَن لَّا يُشْرِكْنَ بِاللَّهِ شَيْئًا وَلَا يَسْرِقْنَ وَلَا يَزْنِينَ وَلَا يَقْتُلْنَ أَوْلَادَهُنَّ وَلَا يَأْتِينَ بِبُهْتَانٍ يَفْتَرِينَهُ بَيْنَ أَيْدِيهِنَّ وَأَرْجُلِهِنَّ وَلَا يَعْصِينَكَ فِي مَعْرُوفٍ ۙ فَبَايِعْهُنَّ وَاسْتَغْفِرْ لَهُنَّ اللَّهَ ۖ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ [٦٠:١٢]

— Ô Prophète, si des femmes croyantes viennent auprès de toi et te prêtent serment sur les engagements suivants : elles n’associeront rien à Allah, elles ne voleront pas, elles ne commettront pas la fornication, elles ne tueront pas leurs enfants, elles n’attribueront pas publiquement à autrui, à tort et sans fondement, une fausse accusation, et elles ne te désobéiront pas dans ce qui est convenable, alors accepte leur bay‘a et implore Allah de leur accorder Son pardon. Allah est certes grand Pardonneur et Très Miséricordieux. (Al-Mumtahana : 12)

Ce verset indique clairement sur quels sujets le noble Prophète a reçu la bay‘a des femmes musulmanes. Il apparaît clairement que ces sujets sont tout à fait fondamentaux pour la foi et la pratique islamiques, et que la bay‘a a été reçue en échange de l’engagement de ne pas commettre de péchés majeurs. Ainsi, selon la Sunna, la « bay‘a » est uniquement celle qui est donnée ou reçue concernant ces sujets et d’autres questions fondamentales de même nature. En un mot, la bay‘a donnée ou reçue en s’engageant à observer pleinement les prescriptions de l’islam et à ne commettre aucun acte contraire à la charia est la bay‘a conforme à la Sunna. Seule l’acceptation d’une telle bay‘a peut relever de la Sunna, et non d’une autre forme de bay‘a.

Deuxièmement, selon les situations et les besoins particuliers, le noble Prophète a reçu la bay‘a des musulmans. La bay‘a de Ridwan est précisément une bay‘a de cette catégorie. À ce sujet, il est dit dans le Noble Coran :

لَّقَدْ رَضِيَ اللَّهُ عَنِ الْمُؤْمِنِينَ إِذْ يُبَايِعُونَكَ تَحْتَ الشَّجَرَةِ فَعَلِمَ مَا فِي قُلُوبِهِمْ فَأَنزَلَ السَّكِينَةَ عَلَيْهِمْ وَأَثَابَهُمْ فَتْحًا قَرِيبًا [٤٨:١٨]

– Ceux des croyants qui, assis sous l’arbre, t’ont prêté serment d’allégeance, ô Prophète, Allah les a agréés et en a été satisfait. Il connaissait parfaitement les sentiments et la sincérité de leurs cœurs, fit descendre sur eux une profonde sérénité et les gratifia d’une victoire proche. (Al-Fath : 18)

Il est établi par les hadiths que le Noble Prophète (s) avait appelé tous les Compagnons à prêter une telle bay‘a. À propos de cette bay‘a, les gens de l’époque disaient : le Noble Prophète (s) avait fait prêter aux gens le serment d’accepter la mort.

Et Hazrat Jâbir ibn Abd Allah dit :

Le Noble Prophète (s) n’a pas fait prêter la bay‘a précisément pour accepter la mort. Nous avons plutôt prêté bay‘a en nous engageant à ce qu’aucun de nous ne fuie du champ de bataille. Les gens prêtèrent donc bay‘a, et parmi les personnes présentes, nul ne s’enfuit, à l’exception de Jadd ibn Qays, le chef de la tribu des Banû Salima. (Tafsîr d’Ibn Kathîr, tome 4).

Il ressort clairement de cette discussion dans quel moment difficile la « bay‘at ar-Ridwân » fut conclue et pour quelle affaire grave elle fut consentie. De même, le Noble Prophète (s) faisait prêter bay‘a dans le cadre du jihâd.

Hazrat Anas ibn Mâlik (ra) dit : les Ansâr disaient : le jour de la bataille du Fossé, nous avons prêté bay‘a au Prophète pour le jihâd, pour toute la durée de notre vie.

D’autres hadiths prouvent également que le Noble Prophète (s) faisait aussi prêter, de manière générale, une bay‘a d’obéissance, et que les gens la prêtaient. Hazrat Abd Allah ibn Umar (ra) dit :

– Nous prêtions bay‘a au Noble Messager (s) en nous engageant à écouter et à obéir. Le Messager (s) acceptait cette bay‘a. Toutefois, dans cette bay‘a, le Noble Prophète (s) nous imposait la condition suivante : « dans la mesure de nos capacités ».

À l’époque du Messager (s), telle était la signification et l’usage de la bay‘a. Par la suite, la bay‘a fut également pratiquée à l’époque des Compagnons. Mais elle ne servait qu’à prêter serment ou à prendre l’engagement d’obéir au calife dans les affaires de l’État. Ainsi, après le décès du Prophète éminent (s), lors de l’assemblée chargée d’élire le calife, le vénérable ‘Umar al-Fârûq (r) fut le premier à prêter bay‘a au vénérable Abû Bakr (r).

À ce sujet, il est dit dans un hadith : en arabe (*********)

Le vénérable ‘Umar, s’adressant à Abû Bakr, lui dit : « Non, c’est à vous que nous prêterons bay‘a ; vous êtes notre chef, le meilleur d’entre nous et celui qui était le plus aimé de nous auprès du Prophète éminent. » Ensuite, ‘Umar al-Fârûq (r) lui prit la main et lui prêta bay‘a ; avec lui, tous les présents prêtèrent également bay‘a.

Cet événement prouve que le fait de prêter bay‘a et de recevoir la bay‘a est établi dans la société musulmane comme une sunnah. Même après le Prophète éminent (s), cette bay‘a servait soit à rejoindre le jihâd, soit à manifester son obéissance à l’autorité de l’État.

Mais, dans le domaine du pîr et du murîd, d’où vient cette chaîne actuellement répandue qui consiste, dans les voies chishtie, naqshbandie-mujaddidie et muhammadie, à prêter serment d’allégeance entre les mains d’un faqîr-hâqir ? Quel rapport, quelle ressemblance y a-t-il entre cette bay‘a et celle du Prophète éminent (s) et des Compagnons ? En réalité, c’est comme utiliser une bonne chose dans une mauvaise intention et dans un mauvais domaine. L’acte est bon, mais il est utilisé dans une mauvaise intention. C’est pourquoi, dans le domaine du pîr et du murîd, prêter bay‘a de main à main, ou en saisissant le turban, ou encore en se serrant contre celui qui tient le turban, ainsi que pratiquer la murâqaba selon diverses méthodes après avoir prêté bay‘a, est totalement une bid‘a. Plus grande encore est la bid‘a qui consiste, en délaissant le Coran, à s’occuper de la récitation d’un livre contenant des prières inventées, appelé « Dalâ’il al-khayrât », que récitent le murîd et le pîr. On dirait que sa récitation est absolument obligatoire. Or, en matière de sharî‘a, considérer comme une œuvre qui procure une grande récompense la récitation d’autre chose que le Coran, et considérer comme plus important que le Coran un quelconque livre humain, constitue manifestement une grande bid‘a.

Ce n’est pas tout : le sens lexical du mot bay‘a est « vendre ». Toute personne qui a récité et cru en « lâ ilâha illâ Allâh » s’est déjà vendue à Allah ; de quel droit pourrait-elle se vendre de nouveau à un quelconque pîr ?

Allah a déclaré :

إِنَّ اللَّهَ اشْتَرَىٰ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ أَنفُسَهُمْ وَأَمْوَالَهُم بِأَنَّ لَهُمُ الْجَنَّةَ

— Certes, Allah a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens, en échange de quoi Il leur accordera le Paradis. (At-Tawbah : 111)

(Selon ce verset, l’acheteur est Allah Lui-même et le vendeur est le croyant. Les biens vendus sont la propre personne du croyant, et leur prix est la promesse de lui accorder le Paradis. Cette vente est dûment conclue chaque fois qu’une personne prononce consciemment : Lâ ilâha illâ Allâh, Muhammad est le Messager d’Allah.)

Ainsi, après avoir vendu sa personne et ses biens à Allah, si quelqu’un les vend de nouveau à un pir par le biais de la bay‘a, ce sera une usurpation de droit et un shirk manifeste.

(En outre, les mots qui suivent dans le verset expliquent clairement que l’objectif de la bay‘a envers Allah et le Messager est de combattre pour la religion. En revanche, l’objectif de la bay‘a envers les pirs est de fermer les yeux pour pratiquer la muraqabah et la mushahadah, de faire le dhikr et d’errer dans le monde de l’imagination. Il existe entre ces deux sortes de bay‘a une différence aussi grande que celle entre le ciel et la terre.)

Pourtant, il n’est pas solidement établi que Sayyid Ahmad Shahid ait pratiqué le système pir-murid. Au contraire, ces propos sont rapportés de manière catégorique dans sa biographie authentique.

Après avoir reçu oralement l’enseignement du Coran et du hadith auprès de Shah Abdul Aziz Muhaddith Dehlavi, fils éminent de Shah Waliullah Dehlavi, qui résidait à Delhi et excellait dans toutes les sciences subtiles du Coran, du hadith et de son époque, il retourna à Bareilly. Plutôt que de vivre dans sa maison, il s’installa dans une mosquée et commença à exhorter et conseiller les gens sur la base du Coran et du hadith. Alors, une foule considérable exprima le désir ardent de lui prêter serment d’allégeance et de devenir ses murids, et tenta de l’y contraindre. Il refusa catégoriquement de faire des murids et dit : « Il suffit aux musulmans d’être les murids d’Allah et de Son Messager. Ne mentez pas, ne trompez pas et ne nuisez pas à autrui pour votre propre intérêt : voilà le conseil que je vous donne. Même si vous devenez le murid de quelqu’un et continuez malgré tout à commettre ces actes, cette relation de murid ne vous sera d’aucun profit. Mais si, avec une intention sincère, vous accomplissez ces bonnes œuvres avec persévérance, vous n’aurez besoin de devenir le murid de personne. Alors vous serez vous-mêmes vos propres pirs et vous ferez de votre nafs rebelle votre murid. Prêtez serment d’allégeance à votre nafs afin qu’il ne suive jamais les suggestions sataniques. C’est là un moyen suffisant d’obtenir le salut dans l’au-delà. »

En vérité, il est facile de comprendre la concordance entre les paroles précitées de Sayyid Ahmad Shahid et l’essence fondamentale qui sous-tendait la bay‘a du Noble Prophète (s). Par nature, il n’aimait pas le système pir-murid. Il détestait profondément que les gens s’assoient humblement devant lui, lui témoignent de la vénération et manifestent envers lui dévotion et respect. C’est pourquoi, rejetant tout cela, il entra dans l’armée et partit très loin. Par la suite, il est incontestable qu’il faisait prêter serment d’allégeance pour le djihad.

Le fait de devenir gardien du siège devenir l’innovation

À ce stade se pose encore une grande question : cette pratique qui consiste, dans le système pîr-murîd, à devenir un « pîr gaddînshîn » a-t-elle un quelconque fondement dans la sharî‘a islamique ? Dès qu’un homme est une fois devenu célèbre sous le nom de pîr, son fils aîné devient nécessairement son gaddînshîn. Mais quel est donc le siège du pîr, sur lequel le « grand monsieur » s’installe ? Le pîr est-il un zamîndâr, de sorte qu’après sa mort son fils aîné prenne la place de son père comme zamîndâr ? Le pîr-murîdî est-il une affaire de roi et de sujets : le pîr serait le roi et les murîd seraient ses sujets, puis, après la disparition de ce roi, son fils aîné monterait aussitôt sur le trône ? Ou bien le pîr est-il un grand commerçant dont le fils aîné deviendrait, après sa mort, le propriétaire du siège de son commerce ? …Laquelle de ces choses est-ce ? Quoi qu’il en soit, il est évident qu’aucune d’elles n’a le moindre rapport avec l’islam. En islam, il n’y a ni zamîndârî ni royauté ; il n’y a pas davantage de place pour exploiter un commerce avec la religion.

Et ce n’est pas tout : dès que quelqu’un devient célèbre comme pîr, ses fils commencent aussitôt à être appelés « shâh ». « Shâh » signifie roi. Appeler le fils du pîr « shâh » ou « roi » peut signifier que le pîr lui-même est un roi, et que ses fils sont de petits rois, des princes. Dès que le vieux roi disparaît, l’aîné de ses fils s’installe aussitôt comme pîr-gaddînshîn, et ses propres fils commencent à leur tour à être revêtus du titre de shâh, comme auparavant. Cette règle éternelle se perpétue depuis des temps immémoriaux ; on n’en a jamais vu l’exception, dans aucun cas.

On comprend clairement ainsi que le système pîr-murîd lui-même est une pratique de la jâhiliyya. À tout le moins, il est évident qu’il s’est répandu à une époque où un régime royal despotique était fermement établi dans la société et dans l’État. L’influence de ce système total dans les domaines social et politique était devenue si forte, jusque dans le domaine strictement religieux, que la direction religieuse elle-même fut considérée comme une royauté analogue. Selon le principe royal « le fils du roi deviendra roi », on a également ancré dans les esprits l’idée que « le fils du pîr deviendra pîr ».

Le fils du roi est appelé shâhzâda — emploi exact au sens littéral du terme (en anglais, Prince) — ; on a donc commencé à appeler également le fils du pîr shâh, mais dans un sens artificiel. Car le pîr n’est en réalité pas un roi, et son fils n’est pas davantage un prince. Ce qui est remarquable ici, c’est que les fils du pîr sont tout ; ce sont eux qui sont appelés shâh, et parmi eux, l’aîné devient gaddînshîn. Mais les pauvres filles ne se voient reconnaître aucun droit, pas plus que les enfants des filles. Tout se déroule selon cette continuité : le fils du pîr devient pîr, puis son fils devient pîr, et ainsi de suite. Cette succession ne s’étend jamais aux filles du pîr. Le système royal fonctionne exactement de la même manière. Là, le droit au siège — c’est-à-dire au trône — appartient exclusivement aux fils, non à tous les fils, mais seulement au fils aîné et à ses descendants. Dans le système royal existant chez les musulmans, il arrive souvent que, lorsque le fils aîné devient roi, son frère cadet ou quelqu’un d’autre devienne « ‘Alî Ahmad ». Cela signifie qu’après ce roi, ce ne sera pas son fils, mais son frère qui deviendra gaddînshîn. Mais, dans le système pîr-murîd, ce système royal a pris une forme si défigurée qu’ici le fils aîné est tout. Dès qu’il s’installe comme gaddînshîn, c’est lui qui devient le maître absolu. Il ne s’empare pas seulement du siège de son père : les murîd de son père deviennent tous automatiquement ses murîd, de leur propre fait. De même que les sujets d’un zamîndâr ou d’un roi deviennent automatiquement les sujets de son fils. Et s’il existe des biens et des richesses, c’est également ce grand monsieur, qui s’installe comme gaddînshîn, qui en devient l’unique usufruitier et possesseur. S’il a des frères cadets, ceux-ci deviennent totalement démunis, négligés, privés de leurs droits et expulsés de l’immense cercle des murîd de leur père.

Mais la question est la suivante : tout cela est-il religieux ? C’est peut-être là le principe de la religion brahmanique. Chez elle, le fils aîné du brahmane devient nécessairement brahmane, et il reçoit automatiquement les yajmân de son père. Jusqu’alors, ceux-ci étaient les yajmân du vieux brahmane ; désormais, ils seront les yajmân de ce fils de brahmane. Cette pratique brahmanique se serait-elle donc instaurée, jusque dans ses moindres détails, dans la société musulmane ?

Personne ne peut avoir le moindre doute à ce sujet : cette pratique n’a absolument aucun rapport avec l’islam. Elle n’est en rien islamique. L’islam n’offre aucune place pour devenir gaddînshîn, ni aucune possibilité de devenir shâh. Un système qui consiste à priver les frères et les sœurs cadets de leurs droits pour tout accaparer à soi seul ne peut en aucune façon être approuvé par l’islam.

Nous avons reçu l’islam de Hazrat Muhammad (s). Il ne l’a pas présenté uniquement au moyen de conseils oraux ; par sa vie concrète, il a réalisé l’idéal complet de l’islam et l’a fait se refléter dans la société. Au terme de vingt-trois années d’efforts et de lutte, il a établi un immense État. Mais après sa mort, la succession de la prophétie ne s’est pas poursuivie dans sa famille, et nul prophète gaddînshîn ne lui a succédé. Dans l’État qu’il avait établi, l’autorité ne fut pas non plus confiée aux membres de sa famille. Au contraire, les musulmans choisirent librement parmi eux, conformément aux prescriptions de l’islam, la personne la plus pieuse comme khalîfa. Ce khalîfa ne fut ni sa fille bien-aimée Fâtima, ni son gendre, ni ses petits-fils, ses chers petits-enfants. La succession prophétique ne se poursuivit pas non plus dans sa famille. De même, aucun de ses honorables gendres ne devint, pour cette raison, khalîfa après le Messager. Si certains d’entre eux devinrent khalîfa par la suite, ce ne fut pas parce qu’ils étaient les gendres du Messager, mais en raison de leur position morale et des qualités de leur compétence dans la société de leur époque. Voilà le système islamique. Ici, l’hérédité n’a absolument aucune place. Si le pîr-murîdî provient réellement du Messager (s), comme on le prétend, d’où vient alors la pratique consistant à devenir gaddînshîn ou shâh ? On n’en voit pas même la moindre trace dans la vie du Messager ni dans la société qu’il a établie. À l’époque des Khulafâ’ al-Râshidûn non plus, il n’existait pas de pratique selon laquelle le fils du khalîfa s’installait à la place de son père. Au contraire, ils ont tous protesté contre cette hérédité. Aucun fils de khalîfa ne put devenir khalîfa : ni celui de Hazrat Abû Bakr, ni celui de ‘Umar al-Fârûq, ni celui de ‘Uthmân Dhû al-Nûrayn, ni celui de ‘Alî Haydar (r). Il est donc prouvé que cette pratique n’a pas été reçue du Messager (s). Par conséquent, ce n’est pas la sunnat : c’est manifestement une bid‘at. Mais ce qui est étonnant, c’est que les détenteurs du siège dans cette pratique de bid‘at se sont eux-mêmes présentés à la société comme les plus grands défenseurs de la sunnat, comme ses principaux dépositaires et transmetteurs. Selon lui, personne d’autre que lui ne serait dans la voie de la vérité. Or se faire passer pour un « ahl al-sunnat » en devenant gaddînshîn dans un système entièrement « bid‘atî », et prétendre être le plus grand adepte de la sunnat, n’est rien d’autre qu’une bid‘at et une impudente insolence de la bid‘at.

Ce n’est pas tout : même si le fait de devenir le successeur du trône reposait sur l’opinion publique et la compétence, on aurait peut-être pu en trouver quelque exemple chez les pieux prédécesseurs. Mais ici, il n’est nullement tenu compte de l’opinion publique, ni de la compétence ou de l’incompétence. Il suffit d’être le fils aîné pour que cela constitue le plus grand argument donnant droit au trône. Ainsi, cette succession est devenue un honteux brahmanisme. Après la mort du pîr, on ne cherche pas à déterminer, parmi ses disciples et ses califes, quel est l’homme le plus pieux et véritablement le plus apte à devenir le pîr suivant ; on ne constate pas davantage la moindre tendance à installer sur le trône, conformément à la voie de la Sunna, la personne la plus pieuse et la plus compétente. On ne cherche même pas à découvrir un tel homme parmi eux. On considère définitivement que le pîr lui-même le sait, que les disciples le savent et que les gens du commun le savent : c’est le fils aîné du maître qui deviendra le prochain pîr, le successeur du trône. Que ce fils ait étudié ou non, que sa moralité soit aussi mauvaise qu’elle puisse l’être et qu’il soit aussi stupide qu’il puisse l’être en intelligence et en jugement, c’est lui qui deviendra le pîr suivant. Même si, dans cette cour, se trouve quelqu’un d’aussi compétent que le pîr défunt, aucune place ne lui sera accordée. Bien plus, cet homme compétent et plus pieux devra lui-même devenir le disciple de ce pîr successeur incompétent, ignorant — c’est-à-dire jâhil — dépourvu de moralité et stupide. Sinon, il n’aura aucune place dans cette cour et devra en être expulsé sans délai.

Cela dépasse même toutes les méthodes de l’ignorance, telles que le régime féodal, la monarchie et le brahmanisme. Peut-il donc exister le moindre rapport, même lointain, entre cela et la Sunna de l’islam ?

Il ne peut y avoir aucun rapport d’aucune sorte. De plus, ce pîr et ses disciples — les partisans de ce pîr — ainsi que tous ceux qui leur offrent des cadeaux, des présents et de l’argent sont, selon la déclaration du Messager, maudits auprès d’Allah. Dans le hadith rapporté par ‘Alî, la troisième des quatre paroles du noble Messager est : Arabe(*******)

— Allah Très-Haut a maudit celui qui a donné refuge à l’auteur d’une innovation ou à celui qui la suit, l’a honoré et lui a apporté aide et soutien.

Pîr mûridisme concernant mes propos finaux

Si vous, honorable lecteur, prêtez attention à tout ce que j’ai écrit plus haut au sujet du pîr-mûridisme, vous reconnaîtrez que je n’ai écrit aucune parole forgée de ma propre imagination. Je l’ai écrit sur la base des preuves tirées du Coran, de la Sunna et des propos des savants unanimement reconnus ; en outre, je possède à ce sujet ma propre expérience concrète.

Mais cette expérience ne concerne pas seulement les pîrs adeptes de l’innovation ou le caractère innové du pîr-mûridisme ; j’ai également l’expérience inverse : même après être devenus les successeurs du cercle et du pîr après la mort de celui-ci, certains ont réussi à tirer le pîr-mûridisme hors des ténèbres superstitieuses de l’innovation et du simple commerce, et à y établir effectivement une relation exacte de maître à disciple, d’enseignant à élève. Ils ont réorganisé la pratique de la ma‘rifa sur le fondement de la charia. Ils ont pris la charia comme fondement pour enseigner la ma‘rifa et, en établissant un lien entre l’ensemble de cette activité et le jihâd, ils avancent vers l’objectif d’une révolution religieuse. En voyant cela, mon cœur s’est rempli de joie et l’espoir a grandi en moi que la religion révélée par Allah, prêchée et établie par le dernier Prophète et Messager, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), pourrait peut-être être établie ici. En réalité, les efforts entrepris au début, après la fin du califat bien guidé, pour établir la religion étaient imprégnés d’un courant révolutionnaire combinant la ma‘rifa fondée sur la religion et le jihâd ; le pîr-mûridisme commercial et adepte de l’innovation actuel n’en est que la ruine. Transformer radicalement la situation actuelle et rétablir, pour établir la religion, l’union de la religion et de la charia, de la ma‘rifa et du jihâd, au moyen d’une organisation populaire authentique et idéaliste fondée sur la relation maître-disciple, voilà l’unique moyen de sauver l’actuelle société musulmane moribonde et de rendre radieux l’avenir de la religion. Une politique sans religion, une religion sans politique — et, par-dessus tout, le théorisme aride de la religion — constituent de grands obstacles à l’établissement de la religion. Il est indispensable de réorganiser le pîr-mûridisme au moyen d’activités de jihâd, en insufflant à la théorie exacte de la religion et de l’islam la vitalité des élans de la foi dans les cœurs.

Le vœu dans le fait d’en faire le shirk de l’innovation

L’islam permet de faire le vœu d’accomplir une action ou de donner quelque chose pour une raison donnée. En arabe, ce vœu est appelé nadhr. L’imam Râghib a écrit ce qui suit au sujet de la signification du terme « nadhr » :

— On appelle vœu le fait de prendre sur soi, en vue de la réalisation de quelque chose, l’engagement d’accomplir — et de rendre obligatoire — une action qui ne l’est pas réellement pour soi. On dit par exemple : « J’ai fait le vœu d’accomplir cette action pour Allah. »

Ibn al-Arabîn a écrit au sujet de la définition du vœu :

— S’imposer à soi-même, par sa propre parole, l’obligation d’accomplir une action qui consiste exclusivement à obéir à Allah et par laquelle on peut obtenir Sa proximité.

Il est écrit dans le Tafsîr d’Abû as-Su‘ûd :

— Le vœu consiste à engager son esprit à accomplir une action et à la mener obligatoirement à son terme.

L’érudit Badr ad-Dîn al-‘Aynî a écrit :

—Les gens de notre opinion ont dit : on appelle vœu le fait de s’imposer à soi-même, à titre supplémentaire, une forme d’adoration ou d’aumône. Le Coran mentionne à plusieurs endroits le fait de faire des vœux. Il est dit dans la sourate Al-Baqara, au verset 270 :

وَمَا أَنفَقْتُم مِّن نَّفَقَةٍ أَوْ نَذَرْتُم مِّن نَّذْرٍ فَإِنَّ اللَّهَ يَعْلَمُهُ ۗ وَمَا لِلظَّالِمِينَ مِنْ أَنصَارٍ                              [٢:٢٧٠]

—Allah sait tout ce que vous dépensez et tout vœu que vous faites. Et les injustes n’auront aucun soutien. (Al-Baqara : 270).

Dans le Tafsîr al-Mazharî, l’exégèse de ce verset est formulée ainsi : le vœu consiste à vous imposer comme obligatoire une œuvre que vous accomplirez pour Allah, que ce soit sous condition ou sans condition.

Ce verset et cette citation de l’exégèse montrent clairement que le vœu doit être exclusivement destiné à Allah. Selon la déclaration du Coran, seul le vœu exclusivement destiné à Allah est licite ; le vœu qui n’est pas sincèrement destiné à Allah n’est en aucun cas approuvé par le Coran. Le vœu du type approuvé par le Coran est celui de l’épouse d’Imran.

Il est dit dans la sourate Al-Imran, au verset 35 :

إِذْ قَالَتِ امْرَأَتُ عِمْرَانَ رَبِّ إِنِّي نَذَرْتُ لَكَ مَا فِي بَطْنِي مُحَرَّرًا فَتَقَبَّلْ مِنِّي ۖ

—L’épouse d’Imran dit : Ô Allah ! Je voue exclusivement à Toi l’enfant qui est dans mon sein ; fais qu’il soit libéré des préoccupations de ce monde. Accepte donc ce vœu de ma part. (Al-Imran : 35).

Le vœu de la femme d’Imran était exclusivement destiné à Allah. En formulant ce vœu, elle ne visait aucun intérêt mondain et n’y associait personne à Allah. Ce verset indique clairement que le vœu ne doit être fait que pour Allah. Les paroles de la femme d’Imran — « J’ai fait un vœu pour Toi seul » — l’établissent explicitement. Un autre exemple se trouve dans le verset 26 de la sourate Maryam. Allah Très-Haut dit Lui-même à Maryam :

فَقُولِي إِنِّي نَذَرْتُ لِلرَّحْمَٰنِ صَوْمًا

— Dis donc : « J’ai fait vœu de jeûner pour Allah seul. » (Maryam : 26)

Allah a Lui-même enseigné par ce verset que le vœu doit être fait uniquement pour Lui, et non pour quiconque d’autre ni dans aucun autre but.

À ce stade, on peut encore citer deux extraits du Coran. L’un d’eux dit : « Qu’ils accomplissent leurs vœux. »

Et, en faisant l’éloge des Compagnons du Messager, le Coran dit : « Ils accomplissent leurs vœux. »

Le Coran contient en outre de nombreux autres versets ordonnant de tenir les promesses et les engagements pris envers Allah. Or, puisque le vœu est une forme particulière d’engagement pris envers Allah, il doit impérativement être accompli.

Selon le Coran, les hadiths et le fiqh, la condition fondamentale concernant le vœu est qu’il soit fait exclusivement pour Allah et afin d’obtenir Son agrément. Un vœu qui n’a pas été fait pour obtenir l’agrément d’Allah n’est, en réalité, pas un vœu ; il n’est donc pas obligatoire de l’accomplir. En outre, le vœu doit porter sur une œuvre d’obéissance à Allah, et non sur un acte de désobéissance envers Lui.

Cette parole est clairement rapportée dans un hadith. Elle est citée dans le recueil d’Abû Dâwûd : Hadrat Ibn ‘Amr a rapporté : « J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) dire : en arabe (*********) »

-Le vœu par lequel on ne cherche pas l’agrément d’Allah n’est en réalité pas un vœu.

Ou sa traduction serait : « Le vœu est uniquement celui par lequel on cherche à obtenir l’agrément d’Allah. »

L’imam Ahmad, dans son Musnad, et at-Tabarânî ont rapporté :

Le noble Prophète (paix et salut sur lui) prononçait un sermon devant les gens, par une journée de grande chaleur. À ce moment-là, il vit un homme — probablement un bédouin — debout sous la chaleur accablante du soleil. Il lui demanda : « Que se passe-t-il ? Pourquoi te vois-je debout au soleil ? » L’homme répondit : « J’ai fait le vœu de rester debout au soleil jusqu’à la fin de votre sermon. » Le noble Prophète (paix et salut sur lui) dit alors : « en arabe (******) »

-Assieds-toi, ceci ne constitue pas un vœu. Le vœu est uniquement celui qui a pour objectif d’obtenir l’agrément d’Allah.

De nombreux hadiths ont été rapportés à ce sujet. Ils prouvent tous que le but et l’objectif essentiels du vœu doivent être uniquement d’obtenir l’agrément d’Allah, et non un quelconque intérêt matériel pour la personne ni l’agrément de quiconque autre qu’Allah. Le vœu qui ne répond pas à cette condition n’est pas un vœu, et il n’est pas obligatoire de l’accomplir.

Il ne suffit pas que le vœu soit fait dans le seul but d’obtenir l’agrément d’Allah ; il doit porter sur une œuvre qui constitue en elle-même un acte d’obéissance à Allah. Même si l’on fait le vœu d’accomplir une œuvre qui n’est pas un acte d’obéissance à Allah, ce vœu ne sera pas considéré comme tel et il ne sera pas obligatoire de l’accomplir. De très nombreuses preuves en sont rapportées dans les hadiths. Dans un hadith rapporté par Hadrat ‘Imrân ibn Husayn, il est dit que le noble Prophète (paix et salut sur lui) a déclaré :

— Il existe deux sortes de vœux. Le vœu qui consiste à accomplir un acte d’obéissance à Allah est bien pour Allah, et il faut donc l’accomplir. Quant au vœu qui consiste à commettre un acte de désobéissance à Allah, il est destiné à Satan. Il n’y a aucune obligation ni aucun devoir de l’accomplir.

Le Sahih al-Bukhari mentionne certains hadiths qui prouvent clairement que l’islam n’a nullement encouragé la pratique des vœux. Le mal des vœux formulés à tout propos chez les gens ignorants, qui, faute de connaître la manière islamique de faire un vœu, se livrent à diverses formes de polythéisme à cette occasion, n’a aucunement été encouragé par le Noble Prophète (s), qui a déclaré que cette pratique était totalement dépourvue de sens. Hazrat Ibn Umar (qu’Allah l’agrée) a dit :

— N’interdisez-vous donc pas aux gens de faire des vœux ? Pourtant, le Noble Prophète (s) a dit : Un vœu ne fait ni venir ni partir quoi que ce soit (autrement dit, il ne fait rien avancer ni reculer). Il ne sert en réalité qu’à faire dépenser une partie des biens de l’avare.

Hazrat Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée) a rapporté que le Noble Prophète (s) a dit : Un vœu ne procure aucun avantage au fils d’Adam. Il ne lui apporte que ce qui a été inscrit dans son destin. Au contraire, le vœu conduit l’homme vers son destin. Puis Allah fait dépenser quelque chose à l’avare. Ainsi, il Me donne, à Moi — Allah —, quelque chose qu’il ne M’avait jamais donné auparavant.

Dans le hadith de Hazrat Abdullah ibn Umar rapporté dans le Sahih Muslim, le Noble Prophète (s) a prononcé une parole explicite contre la pratique des vœux.

Il a été dit en arabe :

— Un jour, le Noble Prophète (s) nous a interdit de faire des vœux. Il disait : Un vœu ne peut détourner aucune chose ; il ne fait que faire dépenser une partie des biens de l’avare.

Un autre hadith énonce clairement : Le Noble Prophète (s) a interdit de faire des vœux. Une autre narration rapporte : Ne faites pas de vœux, car un tel vœu ne peut changer ni détourner d’un seul iota le destin.

Ces quelques hadiths permettent de comprendre que la pratique de formuler des vœux n’est pas appréciée en islam ; elle constitue au contraire une forme particulière de bid‘a, totalement contraire à la sunna du Messager. On peut dire plus clairement que formuler un vœu concernant de l’argent ou des biens est absolument haram, quelle qu’en soit l’intention. C’est pourquoi l’imam Muhammad Ismaïl al-Kahlânî al-San‘ânî a écrit ce qui suit :

Le fait de qualifier les vœux de haram est déjà établi par les hadiths. Le caractère haram de cette pratique est d’autant plus confirmé que, pour interdire les vœux, on en a donné comme raison qu’ils n’apportent aucun bien. Les biens dépensés à cette occasion sont gaspillés inutilement, et le gaspillage des biens est haram. Par conséquent, faire vœu de donner des biens est également haram.

La majorité des adeptes des écoles shaféite et malikite est d’avis que les vœux sont makruh. Dans l’école hanbalite également, ils sont considérés comme makruh tahrim. On en donne pour raison qu’un vœu n’est jamais entièrement désintéressé pour Allah : il vise toujours l’obtention d’une « contrepartie quelconque ». Souvent, on formule un vœu, mais comme il est difficile de l’accomplir, il reste inexécuté. L’érudit Qadi Iyad a dit : « Le vœu cherche à vaincre le destin, et les ignorants pensent que le destin sera détourné s’ils formulent un vœu. » Il est également rapporté que l’imam Tirmidhi et certains Compagnons considéraient les vœux comme makruh. Abdullah ibn Mubarak a écrit : « Le vœu — qu’il concerne l’obéissance à Allah ou la désobéissance — est nécessairement makruh dans les deux cas. »

Et par makruh, il faut entendre ici makruh tahrim. Ibn al-Arabi a écrit : « Le vœu ressemble à l’invocation ; il ne détourne pas le destin. » Tel est précisément le destin. Pourtant, l’invocation a été appréciée, tandis qu’il a été interdit de formuler des vœux. En effet, l’invocation est une adoration présente : elle incline directement le cœur et l’esprit du serviteur vers Allah. Elle se fait dans l’humilité, la supplication et le dévouement, exclusivement devant Allah. Mais dans le fait de formuler un vœu, aucune adoration présente n’apparaît ; on y voit plutôt une dépendance directe envers le vœu lui-même, au lieu d’Allah. Et cela peut aller jusqu’au shirk.

Dans ce contexte, on constate qu’aujourd’hui, parmi la population en général et chez les disciples d’une certaine catégorie de pir ignorants, l’engouement pour formuler des vœux à tout propos, ainsi que les encouragements à en formuler dans les sermons et les exhortations, ne représente en rien l’idéal de l’islam ni la sunna établie par le Messager ; c’est au contraire une bid‘a manifeste. Cette bid‘a se transforme parfois en shirk. Il y a shirk lorsque le vœu est formulé au nom de la tombe d’un pir mort. En effet, dans ces cas, aussi souvent que l’on prétende formuler le vœu « pour Allah », en réalité il ne l’est pas « pour Allah ». Le pir, la madrasa et autres deviennent prépondérants dans l’esprit, et l’on croit qu’ils possèdent certaines particularités et certains pouvoirs surnaturels grâce auxquels celui-ci pourra être délivré du malheur présent en raison de ce vœu, ou lui procurer l’avantage souhaité. Or, du point de vue de l’islam, c’est là un shirk manifeste. Dans ce type de vœu, Allah est relégué à l’arrière-plan, tandis que celui au nom duquel le vœu est formulé devient l’essentiel. C’est avec lui qu’est établi le lien le plus profond du cœur, et le satisfaire devient l’objectif véritable. Cette pratique est donc interdite par Allah et contredit Sa parole :

فَلَا تَجْعَلُوا لِلَّهِ أَندَاد ا

— « Ne donnez à personne le rang d’égal ou de rival d’Allah » (al-Baqara, 22).

Un musulman peut-il avoir le moindre doute sur le fait que ce type de vœu est haram ?

Il ressort également du hadith précité que si le vœu est fait sincèrement et exclusivement pour Allah, il faut l’accomplir et il est licite. Mais, malheureusement, très peu de gens sont capables de faire un vœu sincèrement et de manière licite. C’est pourquoi, pour les adeptes du tawhid, la voie la plus sûre est de ne pas faire de vœu consistant à dépenser de l’argent ou à donner quelque bien que ce soit. S’il faut absolument faire un vœu, qu’il porte alors sur une œuvre telle que la prière, le jeûne ou le pèlerinage à la Maison d’Allah. En effet, dans ce cas, nul autre qu’Allah ne se présente devant le serviteur — et personne d’autre ne peut s’y présenter. Mais lorsqu’un vœu porte sur des biens et des richesses, le cœur tend davantage vers autre chose ou quelqu’un d’autre qu’Allah. D’autant plus qu’une catégorie de pirs ignorants, cupides et exploiteurs, installés sur leur trône, a étendu sur toute la société un réseau de vœux ; les ignorants et les incultes peuvent alors facilement tomber dans ce piège et s’enfoncer dans le gouffre obscur du shirk manifeste. Il faut savoir à ce sujet que si l’on fait le vœu de dépenser de l’argent ou de donner quelque bien à des personnes déterminées dans un lieu déterminé, l’islam n’impose nullement que cet argent, etc., soit dépensé précisément en ce lieu.

Il est écrit dans les ouvrages de fiqh hanafite :

Si quelqu’un dit : « Il m’incombe de faire un don au nom d’Allah tel jour », ou s’il dit : « Il m’incombe de faire l’aumône aux indigents de tel endroit », il ne sera pas obligatoire de respecter le jour ni le lieu indiqués.

Autrement dit, le vœu sera accompli dès lors que l’aumône sera distribuée aux pauvres, quel que soit le jour ou le lieu.

Tombes Visite Innovation

En islam, la visite des tombes est licite et conforme à la Sunna. Mais tout ce qui se fait depuis longtemps autour des tombes, en particulier celles de personnes réputées être des pirs ou des awliya, constitue aujourd’hui une innovation totale, contraire à l’islam et un shirk manifeste ; cela ne fait absolument aucun doute.

Les hadiths relatifs à la visite des tombes montrent qu’au début de l’islam, la visite des tombes n’était pas autorisée. Puis cette autorisation fut accordée. À ce sujet, une parole du noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) constitue une preuve majeure. Il a dit en arabe :

— Je vous avais interdit de visiter les tombes, mais maintenant je vous dis de les visiter.

Dans une autre narration, il est dit : en arabe (*******)

— Celui d’entre vous qui souhaite visiter les tombes peut le faire, car la visite des tombes rappelle à l’être humain la vie future.

L’imam al-Nawawî a écrit dans son commentaire de ce hadith : tous sont unanimes sur le fait que la visite des tombes est une sunnah pour les musulmans.

Un hadith rapporté par Anas apporte à ce sujet une précision supplémentaire. Le Noble Prophète a dit : en arabe (********)

— Je vous avais d’abord interdit de visiter les tombes, mais il m’est ensuite apparu clairement que cette visite attendrit le cœur, fait couler les larmes des yeux et rappelle la vie future. Visitez donc les tombes. Toutefois, lors de cette visite, ne tenez pas de propos obscènes, répréhensibles ou futiles.

Ibn Hajar al-‘Asqalânî a écrit : il est interdit de tenir abondamment dans les cimetières des propos obscènes et des paroles superflues et indésirables, c’est-à-dire des propos obscènes, inutiles et indésirables.

‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs a dit : le Noble Messager a maudit les femmes qui visitent les tombes, ainsi que ceux qui construisent sur les tombes des mosquées, des coupoles ou des mausolées, et autres constructions de ce genre.

‘Â’isha, alors alitée sur son lit de mort, a dit : Allah Très-Haut a maudit les juifs et les chrétiens parce qu’ils ont transformé les tombes de leurs prophètes et messagers en mosquées.

La raison pour laquelle les dômes ou mausolées sont interdits est qu’ils entraînent un gaspillage des biens et ne procurent aucun avantage à personne. De plus, lorsqu’une mosquée est construite dans un cimetière, cela conduit à accorder un respect excessif aux tombes. Cette interdiction vise à empêcher cela.

Dans un autre hadith, il est dit : Arabe(***********)

Allah Très-Haut a maudit les femmes qui visitent les tombes ainsi que ceux qui y allument des lampes.

Dans un autre hadith, il est dit ainsi : Arabe(********)

Le Prophète éminent (s) a clairement interdit de consolider et de fortifier les tombes, d’effectuer quelque construction que ce soit sur elles, de s’y asseoir et d’y écrire quoi que ce soit.

Selon les paroles du Prophète éminent, on peut dire que se livrer à ces pratiques autour des tombes est une très grande injustice et une chose indésirable. Ceux qui les pratiquent sont les pires des gens. Le Prophète éminent (s) a lui-même invoqué Allah à son propre sujet en disant : Arabe(*********)

— Ô Allah ! Ne fais pas de ma tombe une idole adorée. En vérité, la colère d’Allah s’intensifie contre les peuples qui ont transformé les tombes de leurs prophètes et messagers en mosquées.

La portée de ce hadith est claire. Se prosterner en direction de la tombe et prier en plaçant la tombe du côté de la qibla sont manifestement interdits par la charia. Hadrat Jundub ibn Abdallah (r) a rapporté que le Prophète éminent (s) s’est adressé aux musulmans en ces termes : Arabe(*********)

—Prenez garde : vos prédécesseurs avaient transformé les tombes des prophètes, des messagers et des pieux en mosquées. Mais vous, prenez garde : ne transformez jamais les tombes en mosquées. Je vous l’interdis clairement.

Les célébrations de ‘urs et les foires organisées autour des tombes sont interdites en islam. Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) a dit : Arabe (*********)

—J’ai entendu le Messager éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire : « Ne transformez pas vos maisons en cimetières (accomplissez au moins les prières surérogatoires chez vous). Ne faites pas de foire autour de ma tombe ; invoquez les bénédictions sur moi. Où que vous invoquiez les bénédictions sur moi, elles me parviendront nécessairement. »

C’est pourquoi il a également été interdit de construire les tombes de manière à les rendre clairement visibles et élevées. Le Prophète éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait envoyé ‘Alî (qu’Allah l’agrée) avec cette mission : Arabe (*********)

—Tu réduiras en morceaux toutes les statues et tu démoliras toutes les tombes hautes et surélevées, afin de les mettre au niveau du sol et de les confondre avec la terre. Qu’aucune représentation ni aucune tombe n’en réchappe. (Ce hadith est rapporté dans le Sahîh Muslim. Son transmetteur est Abû al-Hayyâj al-Asadî. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) m’a confié une mission avec laquelle il m’a envoyé ; ne vais-je donc pas te confier la même mission ? » C’est en sa qualité de calife des musulmans que ‘Alî (qu’Allah l’agrée) le chargea de cette mission.)

Il ressort clairement de ces quelques hadiths qu’aux débuts de l’islam, la visite des tombes était interdite à l’ensemble des musulmans. La raison de cette interdiction n’est pas explicitement indiquée ici. Toutefois, parmi les autres raisons, il y en avait certainement une particulièrement importante : le culte des tombes était largement répandu dans la société arabe à l’époque de la Jâhiliyya, en tant que pratique polythéiste. Même après leur conversion à l’islam, si les musulmans avaient eu largement la possibilité de visiter les tombes, il y aurait eu un grand risque que ces monothéistes tombent dans le polythéisme du culte des tombes. Mais plus tard, lorsque la croyance islamique se fut largement diffusée et solidement établie dans l’esprit d’un grand nombre de personnes, et que le mode de vie islamique fut pleinement mis en pratique, la visite des tombes fut autorisée. Toutefois, cette autorisation ne concernait que les hommes ; les femmes en furent exclues. Plus encore, le fait que les femmes se rendent visiter les tombes fut déclaré, du point de vue de l’islam, comme une pratique maudite.

À ce propos, Shah Walî Allâh al-Dihlawî a écrit : Arabe (*********)

—Je dis que, au début, la visite des tombes était interdite, car elle ouvrait la voie au culte des tombes. Mais plus tard, lorsque l’idéal islamique fut établi et que leurs esprits furent fermement convaincus de l’interdiction d’adorer quoi que ce soit en dehors d’Allah, la visite des tombes fut autorisée.

Cependant, certains juristes ont exprimé une opinion quelque peu différente au sujet de la visite des tombes par les femmes. Afin de concilier, d’une part, l’interdiction et, d’autre part, la permission, ils ont dit qu’il est permis aux femmes âgées de visiter les tombes des gens vertueux afin d’en obtenir la bénédiction, et qu’il n’y a là aucun mal. En revanche, cela est makrûh tahrîmi pour les jeunes femmes.

La raison donnée dans les hadiths pour autoriser la visite des tombes est qu’elle adoucit le cœur, fait couler les larmes et rappelle l’au-delà. On se souvient alors que tous ceux qui sont enterrés furent un jour vivants, comme eux. Mais aujourd’hui, ils n’ont plus aucune existence sur cette terre. De même, tous les êtres humains connaîtront un jour un tel destin. Personne ne peut y échapper. Ainsi, l’idée nécessaire de se préparer à l’au-delà naît dans l’esprit du visiteur. Or cela est particulièrement recherché en islam.

Cependant, ces hadiths rapportent deux interdictions sévères concernant la construction des tombes. La première est qu’il est interdit de construire des mosquées dans les cimetières. En effet, cela pourrait conduire les gens à vénérer les tombes comme ils vénèrent les mosquées et à leur témoigner un respect et une révérence sincères. Or c’est précisément là l’origine du shirk. La pratique consistant à construire des mosquées auprès des tombes est établie depuis longtemps dans la société musulmane. Il est désormais impossible de trouver quelque part la tombe d’une personne réputée être un saint d’Allah auprès de laquelle aucune mosquée n’ait été construite. Ces cimetières sont devenus des foyers de shirk et de bid‘a. C’est de là que des centaines de sortes de bid‘a se sont répandues dans la société musulmane. En réalité, il s’agit de l’infiltration du shirk et de la bid‘a dans la croyance islamique fondée sur le tawhid.

Selon les hadiths, toute construction sur une tombe est haram. Dans son commentaire du hadith cité précédemment, l’imam al-Chawkani a écrit :

— Ce hadith prouve que toute construction sur une tombe est haram.

De plus, il est également haram d’écrire quoi que ce soit sur une tombe. Le hadith rapporté dans le Sahih de Tirmidhi contient, parmi d’autres propos, cette phrase : « Il est également interdit d’écrire quoi que ce soit sur une tombe. »

Autrement dit, il est interdit d’inscrire sur une tombe le nom du défunt, ses années et dates de naissance et de décès, ou encore quelque élégie ou poème funèbre que ce soit. La charia ne fait aucune distinction entre l’inscription du nom et l’inscription de toute autre chose quant à leur caractère haram.

Dans son explication à ce sujet, Mawlana Idris Kandhalvi a écrit : Cette affirmation peut avoir deux sens : le premier est d’effectuer sur la tombe une construction en briques ou en pierres, ou quelque autre ouvrage de même nature ; le second est de tendre au-dessus de la tombe une couverture, une tente ou quelque chose de similaire. Ces deux sortes de pratiques sont interdites. La raison de l’interdiction de la première a déjà été exposée. Quant à la seconde, elle est interdite parce qu’elle est, comme la première, vaine et dépourvue de sens. Elle constitue un gaspillage d’argent et relève des pratiques des gens de la période d’ignorance.

Comme le grand public ne connaît pas les prescriptions fondamentales de la charia, en voyant que des dômes ont été construits au-dessus des tombes de tous ceux qui sont connus comme des awliya d’Allah, et que le nom ainsi que d’autres choses sont inscrits sur chacune d’elles, il pense qu’il s’agit probablement d’une pratique conforme à la charia, ou du moins qu’elle n’y présente aucun inconvénient. Pourtant, tout cela est interdit en islam. De nombreux propos du Messager vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont été rapportés à ce sujet dans les hadiths et cités dans les ouvrages. Au sujet de ces hadiths, l’imam al-Hakim a écrit :

— Tous les hadiths qui interdisent d’inscrire quoi que ce soit sur les tombes sont absolument authentiques. Pourtant, ils ne sont pas mis en pratique. En effet, partout, on voit quelque chose d’écrit sur les tombes des imams musulmans. Les générations postérieures ont appris ces pratiques des générations antérieures et les considèrent comme licites.

En réalité, cette pratique n’est attestée ni du Prophète vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ni des Compagnons. Ce sont des gens des générations postérieures qui en ont pris l’initiative. Or c’étaient des personnes dont les paroles ou les actes ne sont pas recevables comme preuves en matière de charia. À ce sujet, l’imam adh-Dhahabi a écrit : les propos précédemment cités de l’imam al-Hakim ne sont pas fondés. En réalité, aucun Compagnon n’a accompli cet acte interdit. Il s’agit d’une pratique inventée aux époques ultérieures : une innovation (bid‘a), introduite par certains tabi‘in et par ceux qui leur ont succédé. L’interdiction du Prophète vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne leur était pas parvenue.

Par ailleurs, l’éminent érudit de l’Inde, le qadi Thanaullah Panipati, a écrit :

— Concernant les tombes des awliya, les surélever, construire des coupoles au-dessus d’elles, y célébrer des fêtes d’urs et y allumer des lampes sont entièrement des innovations (bid‘a). Certaines de ces pratiques sont interdites et réprouvées au degré de l’interdiction (makruh tahrimi). Le Prophète vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a maudit ceux qui allument des lampes sur les tombes et y font des vœux. Il a dit : « Ne faites pas de fête sur ma tombe, n’en faites pas un lieu de prosternation et ne priez pas dans une mosquée de cette nature. Ne vous y réunissez pas non plus à une date déterminée. » Le Prophète vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait envoyé Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée) avec l’ordre de démolir et d’aplanir les tombes élevées, et d’effacer toute représentation figurée partout où il en trouverait.

Des hadiths authentiques prouvent que construire des mosquées dans les cimetières de pieux awliya est une habitude perpétuelle des gens ordinaires et ignorants. Hadrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte : alors que le Prophète vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était sur son lit de mort, son épouse Maria lui parla d’une église qu’elle avait vue en Abyssinie. À ce moment-là, Oumm Salama et Oumm Habiba (qu’Allah les agrée toutes deux) mentionnèrent également la beauté des églises qu’elles avaient vues, ainsi que toutes les images et représentations qui s’y trouvaient. En entendant cela, le Prophète vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) leva la tête et dit : « [arabe] »

— Voici l’histoire de ces images et représentations : lorsqu’un homme pieux parmi eux — chez nous, une personne appelée pir ou prétendument wali d’Allah — mourait, ils construisaient une mosquée au-dessus de sa tombe. Puis ils y installaient ces images et représentations. En vérité, ceux-là sont les plus vils des gens auprès d’Allah.

Ce hadith prouve également qu’il est interdit en islam de construire une mosquée autour de la tombe de quelqu’un. En effet, il est à craindre que les gens ordinaires ne se comportent avec la tombe de la même manière que ces maudits, comme ils le font.

En vérité, même de nos jours, on trouvera très rarement le mausolée d’un ‘alim ou d’un célèbre pir, réputé être un ‘wali’ (?), sur lequel aucun dôme ou mausolée n’a été édifié, et où n’ont pas été inscrits son nom, ses dates de naissance et de décès, ainsi que des élégies funèbres. Ces pratiques constituent certes une violation manifeste des hadiths, mais elles sont également totalement contraires à la croyance du tawhid. Le Messager vénérable ﷺ avait interdit ces pratiques précisément afin de préserver correctement la croyance du tawhid, fondement de l’esprit de l’islam. Pourtant, au mépris de cette interdiction explicite du Messager, des dômes, mausolées, monuments commémoratifs, minarets et autres constructions ont été et sont encore édifiés sur les tombes de ceux que l’on prétend être des pirs et des awliya’ Allah, ainsi que sur celles de dirigeants politiques et de personnalités éminentes ; on y inscrit leurs noms, leurs dates de naissance et de décès, ainsi que des hommages ou des élégies funèbres. Mais aucun croyant ne peut avoir le moindre doute sur le fait que ces pratiques sont des innovations et qu’elles sont totalement contraires à l’islam.

Il ressort de manière irréfutable de l’exposé fondé sur les preuves ci-dessus que surélever les tombes, y construire des mausolées, en faire des mosquées ou des lieux de prière, les transformer en lieux de visite ouverts à tous et construire des balcons permettant aux gens de se tenir auprès des tombes sont autant de pratiques clairement et gravement interdites. À ce sujet, le Messager vénérable ﷺ a parfois maudit ceux qui se livrent à ces pratiques.

À d’autres occasions, il a dit : en arabe (*****)

— La colère d’Allah s’est abattue avec une extrême intensité et une grande violence sur ceux qui ont transformé les tombes de leurs prophètes et messagers en mosquées.

C’est pourquoi il lui est parfois arrivé d’invoquer lui-même Allah afin que Sa colère s’abatte avec intensité et rigueur sur ceux qui commettent ces actes. Cela est mentionné dans des hadiths authentiques.

À d’autres occasions, il a envoyé des hommes chargés de détruire toutes les tombes de ce genre, ainsi que leurs mausolées et autres constructions. Il a parfois qualifié cette pratique de pratique des juifs et des chrétiens. Il a parfois dit : « Ne faites pas de ma tombe une idole et ne vous comportez pas de la même manière. » À d’autres occasions, il a dit : en arabe (******)

— Ne faites pas de ma tombe un lieu de rassemblement festif semblable à l’Aïd.

Autrement dit, ne fixez pas une saison ou une période particulière pour rassembler de nouveau les gens dans le cimetière et y célébrer une fête, comme le font les adorateurs des tombes. Ils y accomplissent diverses cérémonies et s’y installent. En réalité, ils renoncent totalement au culte d’Allah et se consacrent à l’adoration de la tombe ou de la personne qui y est enterrée. Le Prophète vénérable ﷺ s’est opposé à toutes ces pratiques avec des paroles sévères et la plus grande fermeté. Aujourd’hui, ceux qui prétendent être membres de sa communauté transforment les gens en adorateurs des tombes sous le déguisement de awliya’ Allah, de pirs, de cheikhs et autres. Çà et là, ils évincent Allah et s’installent eux-mêmes comme divinités des hommes. Là, leurs murids et leurs adeptes leur témoignent la dévotion, le respect et les rites qui ne sont dus qu’à Allah.

Ce n’est pas seulement une bid‘a, c’est un shirk effroyable. Partout dans le monde musulman, on trouve des dargahs qui, au nom de l’islam fondé sur le tawhid, sont devenues des bastions du shirk.

Visite des tombes : règles

L’imam Nawawi a écrit : « Il incombe au visiteur, lorsqu’il arrive au cimetière, de commencer par saluer, puis d’invoquer Allah afin que le pardon et la miséricorde soient accordés aux âmes de tous ceux qui s’y trouvent. » Ce salut et cette invocation doivent être ceux qui sont rapportés dans les hadiths. Il est également permis de réciter des versets ou des sourates du Coran, ainsi que des invocations rapportées du Messager.

L’imam Shafi‘i et tous ses compagnons ainsi que les savants de son entourage ont unanimement mentionné cette règle. L’imam Abû al-Hasan Muhammad ibn Marzûq al-Ja‘farânî était un jurisconsulte érudit. Il a dit : « N’enlacez pas la tombe avec les mains, ne la touchez pas et ne l’embrassez pas. Telle est la règle conforme à la sunna pour la visite des tombes. »

Abû al-Hasan a également dit : « Saisir la tombe, la toucher et l’embrasser — ce que font les gens du commun de nos jours — est sans aucun doute une bid‘a, interdite et réprouvée par la charia. Il est absolument obligatoire de s’en abstenir et d’empêcher celui qui le fait de continuer. »

Abû Mûsâ et les jurisconsultes érudits du Khurâsân ont dit que toucher et embrasser les tombes était une habitude des chrétiens. Cela est totalement interdit aux musulmans. En effet, il est établi de manière irréfutable que toute forme de vénération envers les tombes est absolument interdite.

Le hâfiz Ibn Qayyim a écrit que le Noble Prophète visitait les tombes afin d’invoquer Allah pour leurs occupants, de leur témoigner de la compassion et de demander à Allah le pardon en leur faveur.

Puis il a écrit : « C’est cette manière de visiter les tombes que le Noble Messager a présentée comme une sunna à sa communauté ; c’est également la voie et la règle prescrites par la charia pour ses membres. »

La Loi religieuse indique également ce que les musulmans doivent dire et faire lorsqu’ils se rendent dans un cimetière. Hafiz Ibn Qayyim a écrit : (*******)

Lorsque le musulman visite une tombe, il dit : « Que la paix soit sur vous, ô croyants musulmans qui habitez ce cimetière. Si Allah le veut, nous vous rejoindrons nous aussi. Nous implorons maintenant auprès d’Allah le bien et la paix pour vous comme pour nous-mêmes. »

Puis il écrit : Les associateurs refusent cependant d’agir ainsi. Ils commettent l’associationnisme dans les cimetières, invoquent les morts devant Allah, en font leurs intermédiaires et jurent par eux. Ils adressent des prières aux morts pour obtenir la satisfaction de leurs besoins, leur demandent secours et se tournent vers eux. En agissant ainsi, ils s’opposent à la guidance du Messager. Car la guidance du Messager consiste dans le monothéisme et la compassion envers les morts. Quant à la voie des associateurs, elle consiste dans l’associationnisme et dans toutes sortes d’injustices envers eux-mêmes et envers les morts.

Dans les prières adressées à Khwaja Muinuddin Chishti sur sa tombe à Ajmer Sharif, Khwaja Baba est placé exactement sur le trône d’Allah (à Allah ne plaise).

On y dit : « Allah ke mahbub ki turbat ka tamachchuk, Shayma Sowda ki azmat ka tamachchuk, apne darwaze se ne‘mat bakhsh dijiye. » — Tu es le serviteur bien-aimé d’Allah, le Seigneur de l’univers. Allah entend tes paroles. C’est pourquoi, ce soir, tes deux enfants innocents se sont présentés à ta cour. Père, donne-leur le savoir, donne-leur l’intelligence, donne-leur richesse, honneur, renommée et influence.

… Que, à l’image de ton flot infini de miséricorde, l’amour et la vertu demeurent à jamais inébranlables dans leur vie. Mon père ! Mon Khwaja Sahib ! Telle la canne de l’aveugle, tu es leur unique soutien, la lumière dans leurs ténèbres et leur seul secours dans toutes les épreuves.

Tu es le roi du monde, l’unique protecteur des pauvres ; ceux qui se noient en invoquant ton nom refont surface et traversent en riant le vaste océan obscur de la souffrance.

On dit : « Il n’y a aucune peur, aucune inquiétude ; Père vous rendra certainement heureux. Père est rempli d’affection. Il ne peut supporter de voir la souffrance des garçons et des filles qui accourent ici. »

………..Vous reviendrez demain. Baba sera heureux. (À Dieu ne plaise).

Après l’achèvement de l’inhumation du défunt, il est établi par la pratique du noble Messager qu’il est permis d’invoquer Allah pour demander le pardon du défunt.

Il est rapporté dans un hadith : (********)

Lorsque le Noble Prophète (s) achevait l’inhumation d’un défunt, il se tenait sur place et disait aux gens : « Invoquez Allah pour demander le pardon en faveur de votre frère. Priez Allah afin qu’il puisse rester fermement établi et stable dans sa tombe, car il est maintenant interrogé. »

Il faut retenir qu’il s’agit ici de faire des invocations après l’achèvement de l’inhumation. Cela est parfaitement permis. Mais, dans la pratique courante actuelle, on voit que, dès que la prière funéraire est terminée, on récite aussitôt quelque chose et l’on lève les mains pour faire des invocations. Or, selon la loi islamique, cette pratique est makrûh ! L’imam Abû Bakr ibn Hamîd (rah) , juriste du troisième siècle, a dit : faire séparément des invocations immédiatement après la prière funéraire est makrûh (tahrîm).

Shams al-A’imma al-Hawânî et le Shaykh al-Islâm, l’érudit Magdî, ont dit : personne ne doit se lever pour faire des invocations après la prière funéraire.

Cette affirmation est également écrite dans des ouvrages tels que les Fatâwâ Sirâjiyya (tome 1, p. 14), Jam‘ al-Rumûz (tome 1, p. 174) et Bahr al-Râ’iq (tome 2, p. 183).

Mullâ ‘Alî al-Qârî a dit : ne faites pas d’invocations pour le défunt immédiatement après l’accomplissement de la prière funéraire, car cela revient à ajouter quelque chose à la prière funéraire elle-même.

Il est donc établi que le croyant musulman qui se rend en visite ne peut rien faire d’autre que prier pour le bien des personnes enterrées ; il n’a aucune autre action à accomplir ni aucune autre parole à prononcer. De ce point de vue, il apparaît clairement que tout ce que les musulmans font actuellement dans les cimetières n’est pas seulement une bid‘a, mais aussi du shirk. De même, tout en conservant dans son cœur la conviction et la certitude qu’Allah le Très-Haut est la source de toute puissance, demander à une créature, de son vivant ou après sa mort, de l’aider à accomplir quelque chose de nature miraculeuse constitue, selon la doctrine d’Ahl as-Sunna wa-l-Jamā‘a, un shirk absolu ; et sa propagation dans la société musulmane est une bid‘a de shirk contraire à la croyance du tawhid.

La récitation du Coran est certes établie, sur la base du Coran et des hadiths, comme une œuvre extrêmement méritoire. En apparence, il ne semble pas non plus y avoir de mal à réciter le Coran assis près d’une tombe. Cependant, les ouvrages de fiqh disent à ce sujet que les juristes divergent concernant la récitation du Coran près des tombes. L’imam al-Shāfi‘ī et Muhammad ibn al-Hasan ont dit qu’il était mustahabb de le réciter. Le défunt peut ainsi recevoir la bénédiction de la compagnie du Coran. Le qāḍī ‘Iyāḍ et les juristes du madhhab malikite sont également de cet avis. Mais l’imam Mālik et l’imam Abū Hanīfa — qu’Allah leur fasse miséricorde — considèrent cette pratique comme makrūh, car aucun argument tiré de la Sunna n’a été trouvé pour la soutenir.

 Les défunts personnes auprès desquelles de l’aide demander bid‘a

Demander une quelconque aide aux personnes qui sont mortes — qu’elles soient des awliyā’ ou des prophètes — est, dans le langage des adeptes des bid‘a, ce qu’on appelle l-istimdād rūḥānī ; c’est une bid‘a manifeste.

En réalité, nul autre qu’Allah ne possède le pouvoir d’apporter une aide ou de causer un dommage, ni de faire quoi que ce soit. C’est pourquoi, de diverses manières, Allah le Très-Haut a enseigné dans le Noble Coran qu’il ne faut demander de l’aide qu’à Lui. Dans la sourate al-Fātiha, qui est essentiellement une sourate de supplication, il est enseigné que, tout comme l’adoration doit être vouée exclusivement à Allah, l’aide doit également être demandée exclusivement à Allah. Il est dit :

— Ô Allah ! Nous n’adorons que Toi et nous ne demandons de l’aide qu’à Toi.

Ce verset ordonne de réserver exclusivement à Allah l’adoration, la servitude et l’observance de la Loi ; de même, il affirme que toute forme d’aide, en toute affaire et en toute circonstance, ne peut être demandée — ou ne devrait être demandée — qu’à Allah. Selon les termes de l’imam al-Rāzī : « Ô Allah, je ne demande aucune forme d’aide à personne d’autre. Car quiconque, en dehors de Toi, je solliciterais, serait absolument incapable de m’aider sans Ton aide. Dès lors qu’en dehors de Ton aide personne ne peut absolument m’apporter la moindre aide, pourquoi demanderais-je de l’aide à quelqu’un d’autre qu’à Toi ? Quelle nécessité y aurait-il d’accepter cette intermédiaire et de s’adresser à lui en Te délaissant ? »

En outre, l’enseignement du Noble Prophète — paix et bénédictions sur lui — nous indique également à ce sujet que l’aide ne doit être demandée qu’à Allah, et à personne d’autre. Le Noble Prophète — paix et bénédictions sur lui — s’adressa à ‘Abdullah ibn ‘Abbās — qu’Allah l’agrée — et lui dit :

Si tu veux formuler une demande, adresse-la à Allah. Et si tu demandes de l’aide, demande-la à Allah.

Puisque telle est la réalité, il est obligatoire de ne demander de l’aide qu’à Allah en toute chose. Demander de l’aide à quelqu’un d’autre relève de l’extrême stupidité, de l’ignorance absolue, de l’abjection et de l’humiliation.

Demander de l’aide aux morts est particulièrement plus grave encore. Tant qu’une personne est vivante dans ce monde, demander son aide dans les affaires matérielles a un sens et une portée concrète, et cela n’est pas interdit ; mais quel sens peut avoir le fait de demander de l’aide aux morts ? Les gens des tombes peuvent-ils entendre les appels des gens de ce monde et, même s’ils les entendaient, auraient-ils le pouvoir de faire quoi que ce soit pour eux ? Le fait qu’ils ne puissent pas entendre est attesté par les déclarations du Coran lui-même. Allah Tout-Puissant a dit à Son Prophète :

— Tu ne peux pas faire entendre quoi que ce soit aux morts.

Ailleurs, Il a dit :

— Certes, ô Prophète, tu ne peux pas faire entendre quoi que ce soit aux morts.

Si l’on croit que les morts, après leur décès, demeurent dotés d’un pouvoir tel qu’ils peuvent encore faire tout ce qu’ils veulent, et qu’ils peuvent accomplir tout cela de manière surnaturelle, cela revient à leur attribuer un pouvoir équivalent à celui d’Allah, égal au pouvoir d’Allah. Qu’une telle croyance constitue du shirk ne fait alors aucun doute.

L’imam al-Baghawi a écrit : demander de l’aide est une forme d’adoration. L’adoration consiste à agir avec humilité et en se reconnaissant inférieur. Si le serviteur est appelé serviteur, c’est précisément en raison de son humilité, de sa soumission et de son abaissement devant Allah.

— Celui qui, en se rendant sur les tombes des prophètes, des messagers et des pieux, y priera et s’y assiéra pour invoquer Dieu, et qui demandera aux défunts d’exaucer ses besoins, cet acte n’est absolument pas permis, selon aucun des savants musulmans. En effet, l’adoration, la demande d’exaucement des besoins et la demande d’aide sont exclusivement le droit d’Allah ; on ne peut les adresser qu’à Lui, et à personne d’autre.

La dernière partie d’un long hadith du Noble Prophète (s) à ce propos dit : en arabe :

— Sache que, même si tous les hommes s’unissaient pour t’être utiles en quoi que ce soit, ils ne pourraient le faire qu’à hauteur de ce qu’Allah a déterminé et inscrit pour toi. De même, même s’ils s’unissaient tous pour te causer le moindre tort, ils ne pourraient rien faire au-delà de ce qu’Allah a fixé pour toi. En vérité, la plume a été levée et l’encre des pages a séché.

Autrement dit, ce qui doit arriver conformément au décret d’Allah arrivera, et il n’arrivera rien d’autre ; cela ne peut être autrement. Personne ne possède le moindre pouvoir de faire une chose pareille. Dès lors, il n’a aucun sens de demander quoi que ce soit à quelqu’un d’autre qu’Allah — qu’il s’agisse d’un prophète ou d’un messager défunt, d’un walî, d’un pîr, d’un ghawth ou d’un qutb. Ce serait au contraire un shirk manifeste, une innovation du shirk.

La question suivante fut soumise pour avis juridique au mufti de la Noble Mecque, ‘Abdullah ibn Muhammad Mîr Ghanî al-Hanafî :

Quelle est la position des savants au sujet du fait que les vivants demandent l’aide des morts pour obtenir honneur et considération, l’abondance des subsistances et des enfants ? Se rendre au cimetière et dire : « Ô vous qui reposez dans les tombes, invoquez Allah en notre faveur afin qu’Il dissipe notre pauvreté, augmente nos subsistances, nous accorde davantage d’enfants, guérisse nos malades et nous procure le bien dans les deux mondes. En effet, vous êtes les salaf pieux, et vos invocations sont exaucées par Allah. » Est-il permis de demander ainsi de l’aide aux morts ? Donnez-en la réponse à la lumière du Coran, de la Sunna et de l’avis des mujtahidûn.

En réponse, le mufti exposa dans sa fatwa, en substance : il est possible d’implorer les prophètes et les awliyâ’, mais le fait de le faire dans les circonstances et le lieu mentionnés dans la question n’est pas prescrit par la sharî‘a. De nombreux savants de cette époque apposèrent leur signature pour approuver cette fatwa.

Mawlana Rashîd Ahmad Gangûhî (que Dieu lui fasse miséricorde) écrivit en réponse à une autre question : croire que Shaykh ‘Abd al-Qâdir Jîlânî (que Dieu lui fasse miséricorde) connaît l’invisible et peut, de manière indépendante et par sa propre puissance, exercer son influence sur le monde constitue un shirk manifeste. À ce propos, il cita d’abord le verset coranique suivant, en arabe :

Les clés du monde invisible sont entre les mains d’Allah seul ; nul autre que Lui ne les connaît.

Puis, en citant notamment des ouvrages de fatwas tels que le Bazzâziyya, il a dit :

Celui qui croit que les âmes des maîtres spirituels et des pieux sont présentes et qu’elles savent tout devient mécréant.

Il est également écrit dans ledit ouvrage que celui qui pense qu’un mort exerce lui-même, indépendamment d’Allah, un pouvoir sur toutes les affaires et toutes les choses, et qui nourrit une telle croyance et conviction, devient mécréant. (Cela est également mentionné dans l’ouvrage Bahr al-Râ’iq, ainsi que dans l’ouvrage Mi’ât Masâ’il.)

Le mawlânâ Nawâb Qutbuddîn Khân, élève du mawlânâ Shâh Muhammad Ishâq, a écrit en réponse à une question portant sur la licéité de demander de l’aide aux personnes ensevelies :

— Demander de l’aide aux personnes ensevelies, quelle qu’en soit la forme, n’est pas permis. Le shaykh ‘Abd al-Haqq a écrit dans son commentaire arabe de Mishkât : de nombreux fuqahâ ont déclaré qu’il n’était pas permis de demander quelque forme d’aide que ce soit — de pratiquer l’istimdâd spirituel — aux personnes ensevelies autres que les prophètes et les envoyés. Tâtâ a dit : lors de la visite des tombes, il n’y a rien d’autre à faire que de prier pour les morts, de demander à Allah de leur accorder Son pardon, et de leur procurer quelque bienfait par les invocations et la récitation du Coran.

À ce propos, une tromperie consiste à considérer comme permis de demander quelque chose à l’âme d’un saint au nom d’Allah et pour l’amour d’Allah, sans y voir le moindre mal. On pense qu’il est seulement pris comme intermédiaire, et qu’il n’y a aucun mal à adopter un tel intermédiaire.

Mais c’est véritablement une tromperie qui fait tomber, à leur insu, nombre de musulmans sincèrement attachés au tawhîd dans un shirk manifeste. Lorsque, en demandant quelque chose, on invoque le nom de quelqu’un d’autre qu’Allah, cela signifie soit que l’on demande en réalité à cette autre personne — en se demandant si Allah l’accorderait si on le Lui demandait — soit que l’on considère qu’Allah seul en a le pouvoir. Dans les deux cas, l’affaire relève pleinement du shirk.

Shah Waliullah Dehlavi, le muhaddith, a écrit à ce propos :

Parmi les cas considérés comme du shirk figure celui-ci : les gens invoquent d’autres qu’Allah pour satisfaire leurs besoins, comme guérir les malades et enrichir les pauvres ; ils font des vœux en leur faveur, espèrent voir leurs souhaits exaucés grâce à ces vœux et récitent le Coran en leur nom dans l’espoir d’en obtenir la bénédiction. C’est pourquoi Allah a imposé aux gens de dire dans la prière : « Ô Allah ! Nous n’adorons que Toi et c’est uniquement auprès de Toi que nous demandons secours. » Allah a également dit : « N’invoquez personne d’autre qu’Allah. » L’interdiction contenue dans cette injonction ne signifie pas seulement qu’il est interdit de les adorer — comme le pensent certains exégètes — ; elle signifie plutôt qu’il est interdit de demander secours à quiconque autre qu’Allah.

En effet, Allah a dit dans un autre verset : « Invoquez uniquement Allah ; Il vous accordera alors ce que vous demandez. »

Mensonge : l’absurdité de sa propagation

Les adeptes du culte des tombes et de la croyance en l’istimdad spirituel invoquent, à l’appui de leur opinion, une parole comme preuve. Cette parole est la suivante : en arabe

« Lorsque vous serez profondément affligés et désorientés dans vos affaires mondaines, vous demanderez secours aux habitants des tombes. »

Ils font passer cette parole pour un hadith. En réalité, ce n’est pas un hadith ; prétendre qu’il s’agit d’un hadith est un mensonge total. Les spécialistes ont écrit à son sujet : les spécialistes sont unanimement d’accord pour dire que cette parole est entièrement inventée et mensongère.

Shah Waliullah Dehlavi a écrit au sujet de cette parole : cette parole, que l’on fait passer pour un hadith, est une invention des mujâvirs (serviteurs préposés aux offrandes). Dans le but d’obtenir des offrandes de nazr-niyaz, ils ont mensongèrement attribué leur propre parole au Noble Prophète.

En réalité, cette parole n’est nullement un hadith. Les muhaddiths et les soufis vérificateurs ont eux aussi déclaré qu’il s’agissait d’une parole inventée et forgée. En vérité, présenter de telles paroles fabriquées comme preuve en matière de croyance est dû à une ignorance et une sottise extrêmes.

Verset de la sourate Al-Baqara : فَلَا تَجْعَلُوا لِلَّهِ أَندَادًا وَأَنتُمْ تَعْلَمُونَ

Dans son commentaire, Shah Abdul Aziz (que Dieu lui fasse miséricorde) a mentionné différentes sortes et catégories de « rivaux ». La quatrième catégorie comprend les rivaux inventés par les adorateurs des tombes. À leur sujet, il écrit ici : Les adorateurs des pir expliquent : « Comme les pieux accomplissent de nombreuses pratiques spirituelles, ascèses et luttes intérieures, leurs invocations et leurs intercessions sont acceptées auprès d’Allah. Ainsi, après avoir quitté ce monde, leurs esprits acquièrent une puissance et une grandeur infinies. Si leurs représentations et leurs apparences sont transformées en barzakh, ou si l’on se prosterne devant eux avec humilité et contrition dans leur salle de réception et auprès de leur tombe, leurs esprits, grâce à l’étendue de leur connaissance, le savent et intercèdent pour le bien de celui qui se prosterne dans ce monde et dans l’au-delà. » (Qu’Allah nous en préserve.)

Il ressort de cela que Shah Abdul Aziz (que Dieu lui fasse miséricorde) considère clairement ce genre de demande de secours et de vénération des tombes comme le fait de prendre un rival à Allah. Or cette prise de rival est précisément le shirk, que le Coran interdit explicitement.

Si quelqu’un pense qu’il est nécessaire de prendre une telle intercession comme intermédiaire entre Allah et Ses serviteurs et d’obtenir une intercession, il a calomnié Allah. L’érudit Ibn Qayyim a écrit : « Celui qui croit qu’Allah a un enfant ou un associé, que quelqu’un peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission, ou qu’il existe entre le Créateur et les créatures un intermédiaire qui Lui présente les besoins des créatures, ou encore qu’il existe, en dehors d’Allah, certains saints d’Allah qui servent d’intermédiaires et de moyens de rapprochement entre Allah et ces gens et s’interposent entre le Créateur et les créatures — si bien qu’ils les invoquent, les craignent et espèrent beaucoup de leur part — celui qui professe une telle croyance nourrit à l’égard d’Allah l’opinion la plus abjecte et la plus mauvaise. »

Le qadi Sanaullah Panipati (que Dieu lui fasse miséricorde) était un grand savant du madhhab hanafite et un érudit adepte du tasawwuf. Grâce à sa profonde maîtrise du Coran et des hadiths, il était honoré et respecté dans tous les milieux. Il a commenté le verset coranique : إِنَّ الَّذِينَ تَدْعُونَ مِن دُونِ اللَّهِ عِبَادٌ أَمْثَالُكُمْ ۖ

–« Ceux que vous invoquez en dehors d’Allah ne sont que des serviteurs comme vous, entièrement soumis comme vous. »

À ce sujet, il écrit : « Ce verset ne s’adresse pas exclusivement aux adorateurs d’idoles, mais »

مِن   دُونِ اللَّهِToute autre personne, quelle qu’elle soit, est généralement incluse dans cette catégorie, et l’invoquer constitue un shirk manifeste. En effet, ceux qu’ils invoquent ont-ils le pouvoir de satisfaire le moindre besoin d’un être humain ? Si quelqu’un dit que ce verset s’applique aux mécréants, puisque ce sont eux qui invoquent les idoles, je répondrai

دُونِ اللَّهِIl n’est pas acceptable d’affirmer que ce mot, employé dans son sens général, ne désigne aucune chose particulière.

Il est véritablement étonnant de voir des arguments tirés du Coran et des hadiths pour soutenir les croyances et les pratiques associatrices. Plus étonnant encore, certaines paroles de savants qui ont consacré toute leur vie à combattre le shirk et la bid‘a par la plume et par l’action sont sorties de leur contexte afin de les faire servir à soutenir le shirk et la bid‘a. Ces partisans et propagateurs de la bid‘a ne craignent même pas que leur tromperie à cet égard soit démasquée par des personnes expérimentées. On dirait qu’en dehors de la bid‘a, il n’y a plus rien dans leur esprit ni dans leur intelligence. Leur goût va à la bid‘a, et la bid‘a est leur métier, tout comme certains insectes n’aiment que la saleté et les détritus ! Qu’Allah les guide.

La tromperie au moyen des versets du Coran

Il n’est pas permis de demander l’aide de quiconque autre qu’Allah ; c’est au contraire du shirk. Cela a été démontré dans la discussion précédente sur la base de preuves irréfutables tirées du Coran, des hadiths et du fiqh. Cependant, dans la dernière partie de cette discussion, il serait incomplet de réfuter l’erreur et de dénoncer le faux si nous ne disions pas brièvement quelques mots au sujet des trois arguments des savants dévoués aux pirs.

Selon ces messieurs les savants, il est permis de demander l’istimdād et l’aide à une puissance autre qu’Allah, c’est-à-dire à un wali d’Allah, vivant ou mort. Pour le prouver, ils citent trois versets du Noble Coran. Le premier est tiré de la sourate As-Saff.

مَنْ أَنصَارِي إِلَى اللَّهِ ۖ قَالَ الْحَوَارِيُّونَ نَحْنُ أَنصَارُ اللَّهِ ۖ

— Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui) dit : « Qui m’aidera dans la cause de la religion d’Allah ? » Les disciples répondirent : « C’est nous qui vous aiderons dans l’œuvre d’Allah. » (As-Saff, 14)

Le deuxième verset est celui de la sourate al-Kahf.

قَالَ مَا مَكَّنِّي فِيهِ رَبِّي خَيْرٌ فَأَعِينُونِي بِقُوَّةٍ أَجْعَلْ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُمْ رَدْمًا [١٨:٩٥]

— Vous n’avez pas besoin de m’apporter une aide financière, car les richesses que mon Seigneur m’a accordées me suffisent ; vous pouvez toutefois m’aider physiquement. Je construirai alors entre vous et eux une solide muraille. (Al-Kahf : 95)

Le troisième verset est celui de la sourate Yûsuf. Le voici :

اذْكُرْنِي عِندَ رَبِّكَ فَأَنسَاهُ الشَّيْطَانُ ذِكْرَ رَبِّهِ فَلَبِثَ فِي السِّجْنِ بِضْعَ سِنِينَ [١٢:٤٢]

— Mentionne-moi auprès de ton maître (l’Azîz d’Égypte). Mais Satan lui fit oublier de mentionner son affaire à son maître. Joseph resta donc encore plusieurs années en prison.

En présentant ces trois versets, les personnes qui se donnent le nom de savants dévoués aux pirs veulent dire que, de même que Jésus avait demandé de l’aide aux apôtres, que Dhû al-Qarnayn avait dit au peuple de l’aider de ses forces à construire la digue, et que Joseph avait demandé à son compagnon libéré de le recommander au roi afin d’obtenir sa libération de prison, il serait de même parfaitement permis d’adresser des invocations à tout saint d’Allah, vivant ou mort, afin d’être délivré d’une épreuve ou dans l’espoir d’obtenir une libération matérielle. Mais il est regrettable que les trois versets du Noble Coran présentés pour prouver cette affirmation ne la prouvent pas, même pris individuellement. Il suffit d’examiner chacun de ces versets pour établir la véracité de ce que je dis. Il faut se rappeler que la discussion porte sur l’« istimdâd rûhânî », c’est-à-dire le fait d’adresser une invocation à quelqu’un pour obtenir une aide par des moyens spirituels. La croyance des gens de la Sunna et de la Communauté est qu’une telle aide ne peut être demandée qu’à Allah seul. En effet, nul autre qu’Allah ne possède — et ne peut posséder — le pouvoir d’accorder ce genre d’aide. L’ordre explicite d’Allah Très-Haut est que, dans une telle situation, on ne doit demander de l’aide qu’à Allah. Telle est également la croyance de l’unicité divine. Demander de l’aide à quelqu’un d’autre constituerait, du point de vue de la croyance, du polythéisme, et serait donc une innovation au regard de la croyance de l’unicité divine. Si l’on examine les trois versets dans cette perspective, on constatera qu’aucun d’eux ne mentionne une demande d’aide de ce degré. Dans le premier verset de la sourate as-Saff, il est dit que Jésus demanda de l’aide en disant : « Qui sera mon auxiliaire dans la cause d’Allah ? » Cette aide n’était pas une aide demandée parce qu’une personne se trouvait en difficulté. Jésus ne demanda pas l’aide des apôtres parce qu’il était en difficulté. Il ne demanda pas leur aide pour une affaire personnelle. Il ne s’agissait pas ici d’implorer une aide par un moyen spirituel. Le verset coraniqueمَنْ أَنصَارِي إِلَى اللَّهِ« Qui sera mon auxiliaire dans la cause d’Allah ? » prouve précisément que le but essentiel de cette demande d’aide était seulement de les appeler à s’avancer pour œuvrer à la propagation et à l’établissement de la religion d’Allah. En effet, s’efforcer d’établir la religion n’était pas la responsabilité de Jésus seul ; c’était aussi celle de tous les autres musulmans. Le verset commence justement par l’ordre de devenir les auxiliaires d’Allah.

Il y est dit : « Ô vous qui croyez ! Soyez les auxiliaires d’Allah. »

En réalité, appeler à mettre en œuvre l’aide d’Allah relevait de la responsabilité du Prophète lui-même. Le prophète Jésus (paix sur lui) a précisément assumé cette responsabilité en demandant cette aide. C’est pourquoi, dans tous les commentaires autorisés du Coran, y compris celui de l’érudit al-Alûsî, ce verset a été expliqué ainsi :

Autrement dit : qui est disposé à devenir mon soldat dans le but d’apporter l’aide d’Allah ? Il ne s’agit nullement de demander une aide par un moyen spirituel. Il s’agit d’appeler à aider le Prophète dans l’accomplissement de sa mission prophétique. Cette œuvre n’est pas une œuvre personnelle du Prophète. C’est l’œuvre consistant à apporter directement et effectivement l’aide d’Allah. La preuve la plus évidente se trouve dans leur réponse, rapportée dans cette même sourate du Coran. Ils sont venus en avant, non pas pour aider Jésus (paix sur lui), mais pour apporter l’aide d’Allah. C’est pourquoi ils ont dit :نَحْنُ أَنصَارُ اللَّهِ— Nous sommes ceux qui apportent l’aide d’Allah. L’érudit al-Alûsî écrit précisément à cet endroit : Dire « mon aide » signifie attribuer à l’un des deux associés l’œuvre de l’autre. Et puisque les deux parties ont participé de manière égale à l’œuvre consistant à apporter l’aide d’Allah, un lien s’est établi entre elles, ce qui a rendu cette formulation correcte.

Il apparaît donc clairement que le prophète Jésus (paix sur lui) n’a demandé l’aide d’aucun mort pour accomplir un acte miraculeux. Le sens de ses paroles est le suivant : il faut construire une digue ; je possède l’argent. Aidez-moi concrètement et contribuez à cette œuvre. Il s’agit de demander une coopération tout à fait concrète dans une tâche matérielle. Or ce monde est celui des causes et des effets concrets. Dans ce monde, demander ou recevoir une entraide mutuelle de ce genre n’a absolument rien à voir avec une aide spirituelle. C’est une nécessité de la vie sociale des êtres humains, et cela est parfaitement licite. C’est pourquoi l’imam Ibn Kathîr a écrit, dans son commentaire de ce verset :

— Autrement dit : ce qu’Allah m’a accordé en fait de royaume et de pouvoir est meilleur pour vous que toute autre chose. Mais aidez-moi par votre force, c’est-à-dire en travaillant et en fournissant les matériaux nécessaires à la construction.

Le troisième verset concerne également une mesure d’ordre matériel. Le prophète Joseph (paix sur lui) avait été détenu pendant longtemps sans jugement. Il pensa que le roi avait peut-être complètement oublié son affaire. Aussi, au moment où son compagnon de prison fut libéré et quitta la prison, il lui dit de parler de lui à son maître. Si cette démarche relevait elle aussi d’une demande d’aide spirituelle, il faudrait alors affirmer qu’un prophète peut demander à un non-prophète une aide par un moyen miraculeux. Mais il est inutile de souligner à quel point une telle chose serait humiliante pour un prophète. (À ce propos, l’imam Ibn Kathîr cita un hadith. Voici ce hadith : le Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) aurait dit : si le prophète Joseph (paix sur lui) n’avait pas prononcé ces paroles, c’est-à-dire s’il n’avait pas demandé sa libération à quelqu’un d’autre qu’Allah, il serait resté en prison aussi longtemps qu’il y était demeuré. Ibn Kathîr écrivit ensuite : ce hadith est extrêmement faible et irrecevable.) Mais le plus important est ceci : un prophète aurait demandé de l’aide par un moyen miraculeux ou spirituel, puis Satan lui aurait fait oublier cette demande et aurait fait échouer sa tentative de libération ! Seuls les dévots des pîrs peuvent croire une telle chose ; aucun adepte monothéiste des gens de la Sunna ne peut être disposé à accorder la moindre place à une telle croyance, même dans le recoin le plus éloigné de son cœur.

En somme, ces quelques versets ne démontrent absolument pas ce que les dévots des pîrs cherchent à prouver. Il ne s’agit que de tromperie.

À ce stade, nous devons absolument garder constamment à l’esprit le verset du Coran cité ci-dessous.

Arabe(********)

— Ceux qui sont en dehors d’Allah ne peuvent ni vous être utiles ni vous nuire ; n’invoquez donc absolument personne d’autre. Si vous le faites, vous serez alors comptés parmi les injustes.

L’homme invoque quelqu’un dans l’espoir d’obtenir de lui un bien ou d’être préservé d’un mal. Mais quel avantage y a-t-il à invoquer celui qui ne peut ni procurer de bien ni causer de mal ? Le pouvoir absolu de faire cela n’appartient qu’à Allah. Il faut donc, en toute circonstance et pour toute chose, L’invoquer Lui seul. Il n’est possible de chercher protection ou refuge qu’auprès de Lui, car nul autre qu’Allah ne possède la moindre capacité d’accorder protection ou refuge. C’est pourquoi Allah Lui-même a ordonné de ne chercher protection ou refuge qu’auprès de ce Dieu unique.

Voyager à l’étranger dans le but de visiter des tombes

Il est permis de visiter les tombes, mais cela doit se faire conformément à la Sharî‘a. De même qu’il est interdit, au cimetière, de commettre un acte contraire à la Sharî‘a ou de tenir des propos indésirables, il n’est pas non plus permis de voyager à l’étranger dans le but de visiter la tombe d’un prophète, d’un saint ou d’un homme pieux. La première preuve à ce sujet est l’interdiction sévère et catégorique formulée par le noble Prophète (ﷺ).

Il a dit : en arabe (******)

— Un voyage entrepris dans le but de se rapprocher d’Allah ne peut être effectué que pour visiter trois mosquées : la Mosquée sacrée (la Kaaba), la Mosquée prophétique et la mosquée Al-Aqsa. En dehors de cela, il n’est pas permis de voyager vers un autre lieu dans le but de se rapprocher d’Allah.

L’imam An-Nawawî a écrit dans son commentaire de ce hadith : ce hadith établit le mérite de ces trois mosquées et celui de voyager vers ces trois mosquées. En effet, selon les savants de toutes les catégories, il signifie qu’il n’y a aucun mérite à voyager vers une autre mosquée que ces trois mosquées.

L’imam An-Nawawî a écrit ailleurs dans son commentaire du hadith : ces trois mosquées sont celles des prophètes, et la récompense de la prière qui y est accomplie est bien plus grande que dans les autres mosquées.

Par conséquent, il est permis de voyager dans ce but avec l’intention d’y accomplir la prière et l’adoration. En revanche, il n’est pas permis de voyager dans le but d’adorer quelqu’un d’autre qu’Allah. En effet, lorsqu’un vœu est formulé de se rendre à la Mosquée sacrée, il est obligatoire de l’accomplir dans le but d’y effectuer le hajj ou la ‘umra. Quant au vœu de se rendre dans les deux dernières mosquées, l’un des avis de l’imam al-Châfi‘î est qu’il est recommandé, et non obligatoire, de voyager avec l’intention de les visiter ; selon son second avis, il est obligatoire d’accomplir ce vœu. Beaucoup de savants partagent cette opinion. Puis il a écrit :

Si un vœu est formulé de voyager vers une mosquée autre que ces trois mosquées, il n’est pas obligatoire de l’accomplir et le vœu lui-même n’est pas valide. Tel est notre avis ainsi que celui de l’ensemble des savants. Toutefois, Muhammad ibn Muslim al-Mâlikî est d’un avis différent.

Il est dit dans l’explication de ce hadith : l’expression du hadith « shadd ar-rihâl » signifie voyager à l’étranger. Autrement dit, il ne faut pas voyager vers un autre lieu que ces trois mosquées avec l’intention et le dessein de se rapprocher d’Allah. En effet, ces trois mosquées sont les plus dignes de vénération, car toutes les autres mosquées sont égales en mérite. Ainsi, quelle que soit la mosquée où l’on accomplit la prière, on y obtient la même récompense. Mais ces trois mosquées jouissent d’un mérite particulier. Le sens de ce hadith est qu’il ne faut pas voyager en ayant l’intention de se rendre dans un lieu déterminé en raison de ce lieu. Toutefois, si l’on y a un besoin particulier, comme celui d’y étudier, cela relève d’une autre question. Le sens apparent du hadith est qu’il est interdit de voyager vers tout lieu autre que ces trois endroits. Certains ont dit que si un vœu est formulé de voyager vers un lieu autre que ces trois mosquées, il n’est pas obligatoire de l’accomplir. Un tel vœu n’est pas considéré comme un vœu valide et il n’est pas obligatoire de l’accomplir. Un tel vœu n’est pas considéré comme un vœu valide et il n’est pas nécessaire de l’accomplir. Quant au voyage vers les saints, les gens pieux ou les lieux sacrés, il existe une divergence d’opinions ; mais en réalité, cela est interdit.

Il faut retenir qu’il n’est pas interdit ici de rendre simplement visite à ces lieux, et que ce n’est pas là l’objet de la discussion. L’interdiction concerne plutôt le fait de voyager à l’étranger dans ce seul but. Ce hadith du Messager constitue la Sunna, et c’est conformément à cette Sunna que les Compagnons ont agi. Selon certains récits, ils ne se sont même pas rendus en voyage dans le seul but de visiter la tombe du Messager, et ils n’approuvaient pas non plus cette pratique. À ce propos, on peut citer comme preuves les deux faits suivants :

On ne rapporte qu’aucun des Compagnons — tels que Mu‘âdh, Abû ‘Ubayda, ‘Ubâda ibn as-Sâmit et Abû ad-Dardâ, entre autres — ait voyagé dans le but de visiter un seul cimetière au monde.

On ne trouve même aucune preuve que les Compagnons aient voyagé dans le seul but de visiter le tombeau d’un prophète. Il est dit que, jusqu’à la fin de l’époque d’Abû Bakr, de ‘Umar, de ‘Uthmân, de ‘Alî — qu’Allah les agrée — et de ceux qui leur ont succédé, aucun Compagnon ne s’était rendu à l’étranger pour visiter la tombe d’un prophète ou d’un homme pieux.

À ce stade, nous achevons notre exposé sur cette question en rapportant ce qu’a écrit l’éminent savant indien Shah Walî Allâh ad-Dihlawî, unanimement reconnu. Ce hadith est rapporté dans le Muwaṭṭa’ de l’imam Mâlik dans les termes suivants : Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — dit : « Je rencontrai Busra ibn Abî Ghifârî. Il me demanda : “D’où viens-tu ?” Je répondis : “De Tûr.” Il dit : “Si je t’avais rencontré une seule fois avant que tu ne partes pour Tûr, tu ne serais pas parti. En effet, j’ai entendu le Noble Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — dire : “Ne préparez pas de voyage vers une mosquée autre que la Mosquée sacrée, ma mosquée et la mosquée d’Ilîyâ, c’est-à-dire Bayt al-Muqaddas.” »

Shah Walî Allâh — qu’Allah l’agrée — a écrit dans son explication de ce hadith : ce hadith prouve qu’il est interdit de voyager vers un lieu autre que ces trois mosquées avec l’intention de se rapprocher d’Allah — ou d’obtenir une récompense — et de choisir un lieu déterminé à cette fin.

Pour en expliquer la raison, il a écrit : « Il est probable que l’objectif essentiel de cette interdiction soit d’empêcher les gens de faire ce que faisaient les gens de l’époque de la Jâhiliyya. Ainsi, ils inventaient et désignaient à leur guise différents lieux de vénération. »

S’appuyant encore sur ce hadith, il a écrit : « Je dirai que les gens de l’époque de la Jâhiliyya considéraient, sur la base de diverses कल्पinations, différents endroits comme des lieux de vénération ; ils les visitaient et en recherchaient la bénédiction. De cette manière, la religion fondamentale se trouvait déformée et de nombreux troubles apparaissaient. C’est pourquoi, par le hadith en question, le Prophète éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a fermé la voie à ces troubles, afin que les idéaux et les signes islamiques de la Sunna ne se confondent pas avec les idéaux non islamiques et ne soient pas pris comme prétexte pour inventer des formes de culte vouées à autre qu’Allah. À mon avis, la vérité est que les tombes, les lieux de culte d’un quelconque saint d’Allah et le Ṭûr sont tous pareillement concernés par cette interdiction. »

Dans son commentaire de ce hadith, l’érudit Qastallânî a écrit :

« Voyager vers des lieux autres que ces trois mosquées — par exemple pour rendre visite à des gens pieux de leur vivant ou après leur mort, pour y accomplir des actes de culte ou dans le but d’y obtenir des bénédictions — à ce sujet, Abû Muhammad al-Juwaynî dit que, si l’on se conforme au sens apparent du hadith, ces pratiques seront illicites. Le qadi Husayn, le qadi Iyâd et d’autres éminents savants ont également adopté cet avis. Toutefois, selon l’imam des Deux Sanctuaires de l’école chaféite et d’autres savants, cette pratique est permise. (Il va sans dire que, d’un côté, elle est permise et que, de l’autre, elle est illicite.) Pour éviter l’illicite, on ne peut pas adopter l’avis qui la permet. »

Mullâ Alî al-Qârî a écrit dans son commentaire de ce hadith : « Certains savants, s’appuyant sur ce hadith comme preuve, ont déclaré qu’il est interdit de voyager pour visiter les lieux de bénédiction ainsi que les tombes de savants et de gens pieux — saints, pirs et derviches. »

À propos de l’explication de ce hadith, Shâh Abd al-Azîz, le traditionniste de Delhi (qu’Allah lui fasse miséricorde), a écrit : « Il ne faut en aucun cas considérer un voyage comme égal ou supérieur au voyage du pèlerinage, puis revêtir, consciemment ou inconsciemment, l’ihrâm comme on le fait pour le pèlerinage. »

Il est clairement établi, sur la base des hadiths authentiques, de leurs commentaires et des précieuses paroles déjà citées des pieux prédécesseurs, experts de l’islam, que considérer à sa guise une tombe ou un lieu déterminé comme sacré, béni, noble ou autre, voyager à l’étranger pour le visiter, adresser des prières au saint, au pir ou au derviche enterré en ce lieu, le prendre comme intermédiaire et chercher à obtenir des bénédictions de cet endroit : tout cela relève des pratiques des polythéistes de l’époque de la Jâhiliyya et est totalement contraire à la religion de l’islam. Cela entraîne aussi bien une corruption de la croyance que des pratiques. C’est pourquoi le Prophète éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a interdit pour toujours, par ce hadith, de se livrer à de telles pratiques. Ainsi, tout ce qui se fait aujourd’hui en divers endroits autour des tombes de pirs ou de saints inventés et imaginaires — les célébrations du ‘urs et autres cérémonies organisées à Ajmer Sharîf, Bagdad Sharîf, Dâtâ Ganj Bakhsh, Sharshînâ Sharîf, Mâizbhandâr et Sûreshwar Sharîf, entre autres, où des foules de disciples ignorants se rassemblent dans le but de recevoir des bienfaits de la tombe d’un pir mort — tout cela est totalement contraire aux instructions du Messager, opposé à la Sunna et constitue une innovation manifeste. En de nombreux cas, la ferveur et l’excès dans la vénération du pir conduisent même au shirk. »

Même ceux qui estiment obligatoire de se rendre à Médine après être allés à La Mecque pour accomplir le pèlerinage à la Kaaba devraient voyager avec l’intention d’accomplir la prière dans la Mosquée du Prophète ; ils ne devraient pas voyager dans le seul but de saluer le Prophète éminent sur sa tombe.

Face à toutes ces preuves irréfutables, il ne faudra guère de temps pour que les propos des adeptes de l’innovation fassent disparaître dans le néant le système du maître spirituel et du disciple.

Qu’Allah guide ces adeptes de l’innovation.

Le secours spirituel

Après avoir lu l’exposé détaillé qui précède sur la visite des tombes, nul ne peut plus douter qu’en se rendant dans un cimetière, il n’est permis de rien faire d’autre que d’invoquer Allah en faveur des défunts. Tenter d’exposer ses peines aux occupants des tombes, leur demander de l’aide pour satisfaire un besoin ou chercher à obtenir d’eux un bienfait spirituel constitue purement et simplement du polythéisme. C’est précisément ce que les polythéistes font auprès de leurs divinités et de leurs faux objets d’adoration, qu’ils ont eux-mêmes imaginés. À ce stade, il est absolument nécessaire de rapporter un récit tiré du commentaire de la sourate Fâtir dans le Tafsîr Jâmiʿ al-Tafsîr. Ce récit a été rapporté par Hazrat Shah Ishaq Dehlavi d’après l’imam Abou Hanifa — qu’Allah lui fasse miséricorde.

Voici ce récit : l’imam Abou Hanifa vit un homme se rendre auprès des tombes de gens pieux et les saluer, en leur disant : « Ô habitants des tombes ! Avez-vous des nouvelles ? Avez-vous quelque pouvoir ? Voilà plusieurs mois que je viens auprès de vous et que je vous appelle. Je ne vous demandais rien d’autre qu’une invocation en ma faveur. Mais avez-vous perçu quoi que ce soit, ou êtes-vous demeurés totalement inattentifs ? »

L’imam Abou Hanifa entendit ces paroles. Il appela l’homme et lui demanda : « Les occupants des tombes ont-ils répondu à ton appel ? » L’homme répondit : « Non, je n’ai reçu aucune réponse. » Alors l’imam Abou Hanifa lui dit : « Quel malheur, quelle honte ! Que tes deux mains périssent ! Tu t’adresses à des corps qui ne peuvent répondre, qui n’ont aucun pouvoir d’accomplir quoi que ce soit et qui ne peuvent même pas entendre une voix. » Puis il récita le verset 22 de la sourate Fâtir : « Tu ne peux pas faire entendre ceux qui sont dans les tombes. »

Cette parole de l’imam Abou Hanifa prouve qu’il estimait qu’il est absolument illicite de se rendre auprès des tombes des saints et des gens pieux, de s’adresser à eux ou de leur demander quoi que ce soit. Deuxièmement, le défunt n’entend pas et ne peut pas répondre. Ils n’ont aucun pouvoir — et ne peuvent en avoir aucun — pour sauver leurs dévots des épreuves, accorder un enfant à ceux qui sont privés de descendance ou leur procurer la réussite dans l’emploi, le commerce, etc. L’opinion de l’imam Abou Hanifa reflète parfaitement la déclaration du Coran. Les juifs, les chrétiens et les polythéistes invoquaient Jésus, Esdras et les anges — qu’Allah les salue — et leur demandaient de l’aide afin d’être délivrés des épreuves. C’est dans ce contexte qu’Allah le Très-Haut déclara :

Non, ils ne pourront jamais éloigner de vous vos épreuves ni détourner ailleurs les malheurs qui vous menacent.

À ce stade, un verset du Noble Coran mérite une mention particulière. Allah Ta‘ala a dit :

وَمَنْ أَضَلُّ مِمَّن يَدْعُو مِن دُونِ اللَّهِ مَن لَّا يَسْتَجِيبُ لَهُ إِلَىٰ يَوْمِ الْقِيَامَةِ وَهُمْ عَن دُعَائِهِمْ غَافِلُونَ [٤٦:٥]

— Qui est plus égaré que celui qui invoque quelqu’un d’autre qu’Allah, lequel ne répondra pas à son appel jusqu’au Jour de la Résurrection ? Ils sont totalement inconscients de leur invocation. (Al-Ahqaf : 5)

À ce stade, pour connaître la question correcte, il faut d’abord voir quelle dignité le Noble Coran lui-même a attribuée au Noble Prophète (s). La dignité du Noble Prophète proclamée dans le Coran constituera le fondement permettant, à ce stade, de préserver la justesse de la croyance et d’acquérir une connaissance correcte de la Sunna. Tout lecteur du Coran sait que, dans le Noble Coran, la dignité du Messager lui-même est proclamée en plusieurs endroits par sa propre bouche. Voici l’un des versets concernant ce sujet :

قُل لَّا أَمْلِكُ لِنَفْسِي نَفْعًا وَلَا ضَرًّا إِلَّا مَا شَاءَ اللَّهُ ۚ وَلَوْ كُنتُ أَعْلَمُ الْغَيْبَ لَاسْتَكْثَرْتُ مِنَ الْخَيْرِ وَمَا مَسَّنِيَ السُّوءُ ۚ إِنْ أَنَا إِلَّا نَذِيرٌ وَبَشِيرٌ لِّقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ [٧:١٨٨]

— Dis : Ô Prophète ! Je ne détiens pour moi-même aucun pouvoir sur un bien ni sur un mal, sauf ce qu’Allah veut. Et si je connaissais l’invisible, j’aurais certainement obtenu beaucoup plus de bien, et aucun malheur ni aucune difficulté ne m’aurait touché. Je ne suis qu’un avertisseur et un annonciateur pour les croyants. (Al-A‘raf : 188)

Dans son commentaire de ce verset, l’Allama Alusi a écrit : Ce verset montre que le Noble Prophète (s) ne connaît pas cette connaissance de l’invisible qui serait utile pour obtenir des avantages et repousser les dommages. En effet, elle n’a aucun rapport avec lui, ni avec les commandements religieux, les prescriptions de la religion et les règles de la Charia. C’est pourquoi le Noble Prophète (s) ne connaît pas ce type de connaissance de l’invisible. Le fait de ne pas posséder cette connaissance ne porte nullement atteinte à la noble dignité de sa prophétie et ne constitue aucun défaut.

À ce stade, l’absence de la connaissance de l’invisible chez le Messager est également prouvée par un fait réel. Hadrat Aïcha (ra) rapporte : Les gens pollinisaient les palmiers-dattiers femelles avec les palmiers mâles. Le Noble Prophète (s) leur dit : Il vaudrait mieux que vous ne fassiez pas cela. Mais, lors de la récolte suivante, comme ils ne l’avaient pas fait, la récolte de dattes ne fut pas bonne. En l’apprenant, le Noble Prophète (s) dit : « Vous connaissez mieux que quiconque vos affaires mondaines. » Dans une autre version, les paroles sont rapportées ainsi : « Écoutez, si l’affaire concerne vos affaires mondaines, elle relève de vous. Mais si elle concerne la religion, elle relève de mon domaine. »

Dans la doctrine soutenue par le madhhab hanafite, il est clairement énoncé que quiconque croit que le Noble Prophète (s) connaissait l’invisible est manifestement mécréant. Car une telle croyance est totalement contraire au Coran (ainsi qu’au passage précité) et à ce verset. Le verset est le suivant :

قُل لَّا يَعْلَمُ مَن فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ ۚ

Dis : nul, parmi ceux des cieux et de la terre, ne connaît l’invisible, à l’exception d’Allah seul.

C’est-à-dire que, parmi toutes les créatures des cieux et de la terre, nul autre qu’Allah ne connaît ni ne peut connaître ce qui n’entre pas dans le domaine des perceptions et des connaissances humaines.

Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit : Arabe(********)

Celui qui prétendra que Muhammad (s) connaît ou annonce aux gens les affaires matérielles qui se produiront demain aura certes imputé à Allah un très grand mensonge.

Sur la base de toutes ces preuves décisives et claires concernant la connaissance de l’invisible, on peut dire que, puisque même le Noble Prophète (s) ne connaissait pas l’invisible, il ne peut absolument pas être question qu’un quelconque pîr, wali ou derviche le connaisse. Si quelqu’un le croit, ce sera un immense shirk en matière de croyance, totalement contraire aux déclarations explicites du Coran et du hadith, ainsi qu’une innovation manifeste opposée à la doctrine de la Sunna.

Les actes miraculeux accomplis constituent une innovation

Allah est le Créateur de l’univers. Lui seul exerce également son autorité sur toute chose. En dehors de Lui, nul autre ne possède ici-bas le pouvoir de faire quoi que ce soit. Tant qu’il est en vie, l’être humain ne peut faire que ce qu’Allah Ta‘âlâ lui a permis de faire. Cette possibilité n’est ni illimitée ni extraordinaire. Toutefois, celui à qui Allah accorde le pouvoir de faire quelque chose ne peut le faire que dans la mesure où Allah le lui permet. C’est pourquoi l’on peut dire qu’Allah permet parfois à Ses serviteurs bien-aimés d’accomplir certains actes de ce genre, que nous appelons des « actes miraculeux ». Certains de ces actes sont accomplis par les prophètes et les messagers. En terminologie islamique, on les appelle des « mu‘jizât ». Les mu‘jizât des prophètes et des messagers sont réels. Ils constituent des preuves irréfutables de la véracité de la mission prophétique du prophète. Mais ces « mu‘jizât » se produisent pour le bien des créatures et afin de leur procurer certains bienfaits particuliers ; ils se produisent par la puissance et la volonté d’Allah Lui-même, et non par la volonté du prophète ou du messager. Le pouvoir de les accomplir n’est pas propre aux prophètes et aux messagers : c’est uniquement un pouvoir accordé par Allah.

De même qu’Allah Ta‘âlâ a accordé aux autres prophètes et messagers des mu‘jizât et des preuves irréfutables afin d’établir de manière incontestable la véracité de leur mission prophétique, Il avait également donné à ʿÎsâ (paix sur lui) le pouvoir d’accomplir de nombreux actes extraordinaires. Mais les chrétiens, voyant ces signes, ont pensé que le pouvoir de les accomplir appartenait en propre à ʿÎsâ (paix sur lui), et que ce pouvoir et cette force étaient exactement ceux d’Allah. C’est pourquoi ces ignorants ont pensé que le Très-Haut s’était peut-être incarné en ʿÎsâ. Dès lors, Allah et ʿÎsâ seraient devenus une seule et même entité, Allah et ʿÎsâ ne feraient plus qu’un. (Qu’Allah nous en préserve.) Telle est précisément l’essence de la croyance polythéiste adoptée par les chrétiens.

Concernant les personnes connues parmi les musulmans sous le nom d’awliyâ’ d’Allah, certains ont pensé, par excès de dévotion et en raison d’une ignorance extrême, qu’Allah était pour ainsi dire venu se placer dans leur poing, ou qu’elles étaient devenues Allah — qu’Allah nous en préserve — et que c’était pour cette raison qu’elles étaient capables de réaliser l’impossible et d’accomplir des événements extraordinaires et miraculeux. Cela est également le résultat d’une ignorance extrême, exactement comme chez les chrétiens plongés dans le shirk. De même que les chrétiens n’ont pas compris que tout pouvoir de ʿÎsâ (paix sur lui) lui avait été accordé par Allah en tant que prophète et qu’il ne possédait rien en propre, ces ignorants parmi les musulmans ne comprennent pas — et ne sont même pas disposés à comprendre — que ceux qu’ils considèrent comme des awliyâ’ d’Allah peuvent en réalité ne pas être Ses awliyâ’. Et même s’ils le sont, ils ne possèdent aucun pouvoir d’accomplir quoi que ce soit de miraculeux ni de modifier les lois naturelles permanentes et toujours opérantes établies par Allah. Pour cette raison également, ils sont plongés dans le shirk le plus grave, tout comme les chrétiens.

Mais si des actes extraordinaires sont accomplis par des personnes autres que les prophètes et les messagers, ils peuvent être de trois sortes.

Premièrement, s’il en résulte un bénéfice religieux, cela est compté parmi les bonnes œuvres.

Deuxièmement, s’il en résulte quelque chose de licite, c’est un bienfait matériel accordé par Allah. La personne concernée doit donc remercier Allah.

Troisièmement, si l’événement extraordinaire consiste en quelque chose de répréhensible ou atteint le degré de l’interdit, il sera une cause du châtiment d’Allah. Il provoquera alors la colère d’Allah.

Il faut retenir que, tout comme des événements extraordinaires se produisent autour des pieux serviteurs d’Allah ici-bas, ils peuvent également se produire autour d’autres serviteurs. Par conséquent, du point de vue de la religion, ils ne sont ni nécessairement bons ni nécessairement mauvais. Il arrive aussi qu’ils ne soient ni bons ni mauvais.

Si un événement de ce genre se produit autour de personnes pieuses, ce n’est pas davantage un sujet de gloire pour elles qu’une preuve de leur sainteté. Rien, dans le Coran et les hadiths, ne permet de penser que quiconque autour de qui se produit une chose semblable doit être considéré comme détenteur d’un pouvoir miraculeux ou comme un serviteur bien-aimé d’Allah. Les versets suivants du Coran permettent de savoir qui est le wali d’Allah et qui est Son bien-aimé. Allah a dit :

أَلَا إِنَّ أَوْلِيَاءَ اللَّهِ لَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ [١٠:٦٢]

الَّذِينَ آمَنُوا وَكَانُوا يَتَّقُونَ [١٠:٦٣]

— Sachez que les awliyâ’ d’Allah n’éprouveront aucune crainte et ne seront point affligés. Ce sont ceux qui ont cru et qui ont pratiqué la piété. (Yûnus : 62-63)

Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) a rapporté que, lors de la transmission d’un hadith qudsî, le Prophète béni (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a cité ces paroles d’Allah : en arabe (**********)

— Celui qui se fera l’ennemi de l’un de Mes awliyâ’ M’aura déclaré la guerre. Mon serviteur ne se rapproche de Moi par rien qui Me soit plus aimé que l’accomplissement des obligations que Je lui ai prescrites. Mon serviteur continue à se rapprocher de Moi par les œuvres surérogatoires, jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque J’aime un serviteur, Je deviens son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il saisit et son pied par lequel il marche. Ainsi, c’est par Moi qu’il entend, par Moi qu’il voit, par Moi qu’il saisit et par Moi qu’il marche.

Il est établi par les versets du Coran et les hadiths que le wali d’Allah est celui qui est croyant et pieux. La foi et la piété signifient une foi complète et une piété parfaite, sincère et sans défaut. Il ressort également du hadith qu’il accomplit correctement les obligations prescrites par Allah. Mais ni le Coran ni les hadiths n’enseignent qu’il doit nécessairement posséder des karâmât. Le verset coranique cité plus haut ne mentionne pas ces karâmât dans la suite de ses paroles. Ce qui y est dit est :لَهُمُ الْبُشْرَىٰ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَفِي الْآخِرَةِ ۚ

— Pour eux, il y a une bonne nouvelle dans la vie présente ainsi que dans l’au-delà.

بُشْرىPar « bonne nouvelle », on entend essentiellement une information dont l’audition fait apparaître des signes de joie sur le visage. C’est de là que vient le terme bashārat, qui signifie bonne nouvelle. Le message qui procure une telle joie est lui aussi appeléبُشْرىainsi. Sa véritable signification est la suivante : pour eux, il y a une bonne nouvelle, aussi bien durant leur vie terrestre qu’après leur départ vers l’au-delà. Autrement dit, il s’agit à la fois d’un bénéfice immédiat et différé.

L’érudit al-Alūsī a écrit : de nombreux hadiths prouvent que le termeبُشْرىdésigne les bons et heureux rêves de la vie terrestre, qui constituent une part sur quarante-six de la prophétie.

Cette exégèse est établie de manière incontestable par les propres paroles du Messager. Quant à ce qui concerne l’au-delà, le croyant recevra, au moment de sa mort, la bonne nouvelle qu’Allah lui a pardonné, ainsi qu’à ceux qui le porteront jusqu’à sa tombe.

On le sait également d’après une narration d’Abū Hurayra, dont le sens est le Paradis.

Il est rapporté d’après ʿAtā que, dans la vie terrestre, cela signifie queبُشْرىles anges leur apporteront la miséricorde au moment de leur mort. Quant à ce qui concerne l’au-delà, cela signifie queبُشْرىles anges apporteront alors à ces musulmans la bonne nouvelle de leur réussite, de leur honneur et de leur dignité. Ils verront leurs visages resplendissants et recevront leur registre des œuvres dans leur main droite, qu’ils liront, ainsi que d’autres bonnes nouvelles de ce genre.

Que dire alors des prétendus prodiges obtenus par les saints d’Allah, dont se prévalent aujourd’hui les vrais comme les faux pīrs, et par lesquels, au moyen de ces récits extravagants, on attire davantage les murīds aveugles et ignorants vers les pīrs authentiques comme vers les imposteurs ?

Ces dons accordés aux saints d’Allah sont réellement une immense grâce d’Allah. Mais cette grâce leur est personnelle. Celui qui en a bénéficié doit remercier Allah. Mais trouve-t-on la moindre preuve que leur propagation serve à faire fonctionner, au nom d’Allah, le commerce des relations entre pīr et murīd ? Les prodiges mentionnés dans les ouvrages de croyance sont ceux-ci. Le terme karāmat signifie honneur et dignité ; ceux-ci sont également des honneurs et une dignité accordés par Allah, et aucun musulman ne peut nier ces prodiges établis par les déclarations du Coran et des hadiths. Mais les prodiges dont il est question ici ne sont pas ceux-là. Il s’agit de récits selon lesquels un pīr ou un saint d’Allah aurait provoqué un événement extraordinaire, aurait ébloui ses murīds par un acte inhabituel : l’un se serait envolé dans les airs, l’autre aurait traversé la mer à pied sur l’eau, un autre encore serait allé chaque jour prier à la Kaaba tout en étant détenu en prison. Que signifient de telles propagandes ? Tout homme sain d’esprit reconnaîtra qu’il ne s’agit que de paroles creuses, racontées uniquement aux ignorants et aux sots, et propagées parmi eux.

En résumé, il est entièrement infondé de prétendre que quiconque est un saint d’Allah doit nécessairement posséder un prodige ou le pouvoir d’accomplir des faits surnaturels, que toute personne possédant une karāmat doit être considérée comme un saint d’Allah, et que celui qui n’en possède pas ne peut être tenu pour tel. Rien, dans le Coran ou les hadiths, ne vient étayer ces affirmations.

Les pirs ignorants montrent et exposent devant des mourids encore plus ignorants les karamat qu’ils s’attribuent, ainsi que toutes sortes de faits surnaturels (?) ; et les prétentions selon lesquelles, même après leur mort, ils exerceraient miraculeusement un quelconque tasarruf dans l’administration du monde et les affaires sociales, ou pourraient le faire, ou encore que les esprits des cheikhs seraient présents, qu’ils connaîtraient ou entendraient l’état du monde, etc., que peuvent-elles être sinon des propos manifestement entachés de kufr ou de shirk ? Ce pouvoir n’a même pas été accordé au Messager lui-même. À ce propos, quelques preuves vont être mentionnées.

Mulla Ali al-Qari a écrit : Les imams hanafites ont déclaré en termes explicites : celui qui croit que le Noble Prophète connaît l’invisible est un kafir. En effet, une telle croyance est contraire à la déclaration d’Allah : « Nul, dans les cieux et sur la terre, ne connaît l’invisible à part Allah » (قُل لَّا يَعْلَمُ مَن فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ ۚLe sens du verset est le suivant : ce qui relève de l’invisible, c’est-à-dire ce qui se situe au-delà des capacités de perception, du savoir et de l’intelligence des hommes ; parmi l’ensemble des créatures des cieux et de la terre, nul ne le connaît si ce n’est Allah seul. L’imam Ibn Kathir a écrit dans son commentaire de ce verset : Allah Tout-Puissant ordonne à Son Messager de déclarer, en instruisant l’ensemble de la création, que nul parmi les habitants des cieux et de la terre ne connaît l’invisible ; seul Allah Tout-Puissant le connaît. Il écrit ensuite : les paroles d’Allah — « à part Allah » — ont été séparées et distinguées complètement de ce qui précède. Cela signifie que nul ne connaît l’invisible en dehors d’Allah. En effet, Il est Unique et sans égal en cela, et personne ne Lui est associé à cet égard.)

De même, celui qui croit que les morts exercent un tasarruf sur les affaires du monde — provoquant des événements et accomplissant des actes selon leur propre volonté — et qui adopte une telle croyance en dehors d’Allah est coupable de kufr.

Celui qui prend le Messager d’Allah comme témoin lors d’un mariage est qualifié de kafir dans les ouvrages de jurisprudence hanafite. En effet, il ne l’a fait qu’en considérant le Noble Messager comme l’Alim al-Ghayb, celui qui connaît l’invisible.

Le Mujaddid al-Fesani a mené toute sa vie un combat contre le shirk et les innovations qui se pratiquent dans les cimetières. Voici ce qu’il a écrit à ce sujet : demander de l’aide aux idoles, aux divinités et aux fausses divinités pour faire disparaître les maladies, les peines et les afflictions — pratique devenue courante parmi les musulmans ignorants — relève absolument du shirk et de l’égarement. Adresser des invocations aux pierres façonnées ou non façonnées afin de satisfaire ses propres besoins équivaut à nier ouvertement le Très-Haut Allah et constitue absolument du kufr. Allah Tout-Puissant, en décrivant la situation de certains égarés, a dit : « Ils veulent soumettre leurs affaires aux puissances taghut, alors qu’Allah a ordonné de rejeter ces puissances taghut. Et Satan veut les égarer et les précipiter dans l’égarement. »

Beaucoup de femmes, par ignorance extrême, se livrent à ce genre de demandes d’aide. Elles implorent auprès de certains noms imaginaires la délivrance des maladies, des peines et des calamités. Cela comporte les coutumes et pratiques des polythéistes. Très peu de femmes ont échappé à ce shirk subtil et ne se sont pas associées aux cérémonies qui s’y rapportent. Seule celle qu’Allah a préservée a été sauvée.

Ce qui se passe aujourd’hui sur les tombes de ceux que l’on présente comme des amis d’Allah, ce que font les mourids particuliers de certains pirs en se rendant auprès du sanctuaire d’un pir vivant ou sur la tombe d’un pir mort, en recherchant auprès de lui un bénéfice spirituel et en lui demandant de l’aide dans les difficultés et les calamités, tout cela constitue manifestement un acte entièrement entaché de shirk et une innovation relevant du shirk dans la société musulmane ; cela ressort clairement de la citation précédente des propos du Mujaddid al-Fesani. Quelle grande tristesse, pourtant : après lui, ses mourids et les mourids de ses mourids ont précisément accompli ces mêmes actes, tout en prétendant être des « ahl al-sunna wa-l-jama’a ». À la lumière des propos argumentés ci-dessus du Mujaddid al-Fesani, on peut plutôt les appeler « ahl al-sunna wa-l-bid’a » que « ahl al-sunna wa-l-jama’a ». Le Mujaddid al-Fesani (que sa miséricorde soit sur lui) a explicitement qualifié ces actes d’actes entachés de shirk et ces gens de polythéistes. En effet, de tels actes ne peuvent être accomplis que par des polythéistes. Si les polythéistes sont polythéistes, c’est précisément parce qu’ils commettent de tels actes. S’ils ne les commettaient pas, ils ne seraient certainement pas polythéistes. Dès lors, si une catégorie de musulmans, ou de gens se présentant comme pirs ou savants religieux, commet de tels actes, pourquoi ceux-ci ne seraient-ils pas des actes de shirk, et pourquoi ces gens ne seraient-ils pas condamnés devant Allah comme « polythéistes » ? Au terme de cette longue discussion, je souhaite rappeler aux pirs, aux mourids et aux gens présentés aujourd’hui comme des « amis d’Allah » le conseil du vénérable Mujaddid al-Fesani (que sa miséricorde soit sur lui), conseil qu’il adressa aux pirs innovateurs de son époque — le voici :

— Si les adeptes actuels du tasawwuf font preuve d’équité et constatent la faiblesse de l’islam ainsi que l’ampleur du mensonge, ils doivent cesser de suivre leurs pirs dans ce qui est extérieur à la Sunna. Ils ne doivent pas non plus suivre des pratiques inventées sous prétexte d’avoir vu leurs propres pirs les accomplir.

En vérité, suivre le Prophète — paix et bénédictions sur lui — est sans aucun doute le moyen du salut et la source de bons et bénéfiques résultats. S’attacher aveuglément à ce qui est extérieur à la Sunnah ne fait qu’accumuler les dangers.

Amulettes tumar et tombes à construire l’innovation

Dans notre société, on constate une pratique très répandue : les gens ordinaires et illettrés portent des amulettes, tandis qu’une certaine catégorie de personnes aisées, notamment lors de voyages à l’étranger, nouent un « imâm-e-jâmen ». Ces gens n’accordent guère d’importance aux principes fondamentaux de l’islam et ne les comprennent pas vraiment. Pourtant, lorsqu’ils sont confrontés à un malheur, qu’un malheur survient ou qu’ils le redoutent, ils ne peuvent s’empêcher de nouer des amulettes au poignet ou au cou, ainsi qu’un « imâm-e-jâmen ». Ils pensent que cela fera disparaître le malheur ou l’empêchera même de survenir. Mais ils ne prennent pas le temps de réfléchir au fait que, du point de vue du Coran et des hadiths, ces pratiques sont totalement contraires à la croyance islamique de l’unicité divine et constituent, parmi les musulmans, une innovation et un acte clairement associés au shirk. En examinant la question plus attentivement, on comprend que la faute n’incombe pas essentiellement à ces gens : ce sont certains mollahs et religieux se donnant des airs de savants qui ont répandu cette pratique parmi les gens ordinaires et qui en tirent quelques sous. Ils n’ont même pas essayé d’inculquer aux ignorants et aux illettrés la moindre notion de la croyance en l’unicité divine. Au contraire, ils leur ont inculqué l’idée que le malheur disparaîtrait et qu’ils en seraient délivrés. Autrement dit, au lieu de la croyance en l’unicité divine, c’est une croyance clairement polythéiste qui a été implantée dans leur esprit. Au lieu de leur enseigner à placer leur confiance en Allah en toute circonstance et à L’invoquer afin d’être délivrés du malheur, on les a orientés vers la voie manifeste du shirk. Ainsi, la pratique consistant à nouer des amulettes et des « imâm-e-jâmen » a fait entrer une innovation évidente dans la société musulmane.

Pourtant, tout savant qui aurait consulté le Coran aurait pu constater que, lorsqu’il définit l’identité des musulmans, le Coran proclame en termes éloquents :

وَيَرْجُونَ رَحْمَتَهُ وَيَخَافُونَ عَذَابَهُ ۚ

— Les croyants musulmans n’espèrent que la miséricorde d’Allah et ne craignent que Son châtiment. (Banî Isrâ’îl : 57).

En d’autres termes, ils ne désirent obtenir d’aucun autre qu’Allah, ni d’aucune chose, la moindre aide, paix ou sécurité. En aucune circonstance leur cœur ne place son espoir en quelqu’un d’autre ou en quoi que ce soit d’autre. La moindre crainte d’un tort venant d’autrui ne naît pas non plus dans leur cœur. De même, ils ne cherchent refuge ni auprès d’un mort ou d’un absent, ni auprès d’une chose inanimée — ni dans l’espoir d’obtenir un quelconque avantage, ni afin d’écarter un malheur ou un dommage. Telle est en vérité la croyance en l’unicité divine, et telle est l’identité du croyant attaché au tawhîd.

Mais nouer des amulettes, des tumar et des talismans est totalement contraire à cela. C’est clairement contraire aux versets suivants du Noble Coran. Allah, exalté soit-Il, a dit :

قُلْ أَفَرَأَيْتُم مَّا تَدْعُونَ مِن دُونِ اللَّهِ إِنْ أَرَادَنِيَ اللَّهُ بِضُرٍّ هَلْ هُنَّ كَاشِفَاتُ ضُرِّهِ أَوْ أَرَادَنِي بِرَحْمَةٍ هَلْ هُنَّ مُمْسِكَاتُ رَحْمَتِهِ ۚ

— Dis, ô Prophète : « Voyez-vous celui que vous invoquez en dehors d’Allah ? Si Allah veut m’infliger un mal, pourront-ils l’empêcher ou l’écarter ? Et s’Il veut m’accorder une miséricorde, pourront-ils empêcher cette miséricorde d’Allah ? » (Az-Zumar, 38).

Allah seul est l’Unique Maître absolu du mal et de la miséricorde ; nul autre que Lui ne l’est. Si Allah veut infliger un mal, nul ne pourra y échapper. De même, si Allah veut accorder Sa miséricorde à quelqu’un, celui-ci n’en sera pas privé et personne ne pourra l’en priver. Lorsque la miséricorde est destinée à quelqu’un, personne ne pourra l’accorder à un autre. Dans ces conditions, pourquoi les gens intelligents chercheraient-ils à obtenir quoi que ce soit d’une personne, d’une force ou d’une chose autre qu’Allah ? Pourquoi chercheraient-ils à obtenir sa faveur et son aide, ou à trouver auprès d’elle le salut face au danger ? Les amulettes, les talismans et l’« Imame Jamen » dans notre pays ne sont-ils pas des choses de cette nature ? Les hadiths ont pourtant formulé à leur sujet une interdiction explicite. Tout savant peut consulter ces hadiths. Il comprendra alors que, selon les hadiths eux-mêmes, ces pratiques sont du shirk. Nous mentionnons ici quelques hadiths.

Arabe(***********)

— Il est rapporté d’après Hadrat Imran ibn Husayn (qu’Allah l’agrée) que le Noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) vit un homme qui portait à la main une bague pour se protéger d’une maladie biliaire. Il lui demanda d’un ton réprobateur : « Pourquoi portes-tu cela ? » L’homme répondit : « Je la porte afin d’être guéri de la maladie. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Retire-la, car tant que tu la porteras à la main, elle ne fera qu’aggraver ton mal, sans le diminuer en rien. Et si tu meurs en la gardant, tu ne connaîtras jamais le bien-être. »

Il est rapporté d’après Hadrat Uqba ibn Amir (qu’Allah l’agrée) que le Noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit : Arabe(******)

— Celui qui suspend une amulette, Allah ne lui accordera aucun bénéfice. Et celui qui suspend un talisman, Allah n’écartera jamais son malheur de lui (il ne trouvera aucune paix).

Dans une autre narration, il est dit : Arabe(********)

—Celui qui porte une amulette commet du polythéisme.

Ces trois hadiths mentionnés successivement prouvent clairement que porter une amulette dans l’espoir d’être délivré d’un préjudice, d’une perte ou d’une épreuve, ou d’obtenir un intérêt ou un avantage, constitue manifestement du polythéisme. Cette pratique est totalement contraire à la sincérité qu’exige du serviteur la formule de foi « Lā ilāha illā Allāh », fondement de la foi. En effet, le croyant véritablement sincère ne tournera son cœur vers personne d’autre qu’Allah pour obtenir un bien ou se préserver du tort de quelqu’un. Ainsi, tant que ces pratiques ne seront pas abandonnées, l’exigence du tawḥīd parfait ne pourra être satisfaite. Beaucoup, parce qu’il s’agit d’un polythéisme mineur, ne mesurent pas la gravité de son péché et le négligent. Pourtant, même mineur, ce polythéisme est extrêmement grave. Il ressort des hadiths que, du vivant du Prophète, aucun Compagnon n’ignorait ou ne méconnaissait sa gravité. Dès lors, quoi d’étonnant à ce qu’elle soit cachée aux gens de notre époque, peu instruits et faibles dans leur foi, surtout lorsque le polythéisme et les innovations religieuses se sont largement répandus de tous côtés ?

Ḥudhayfa vit un homme qui, en raison de la forte fièvre dont il souffrait, avait attaché à sa main un fil servant d’amulette. Il le déchira alors et récita ce verset : « La plupart d’entre eux ne croient pas en Allah sans Lui associer des divinités. »

ʿAbd Allāh ibn Masʿūd joua un rôle particulièrement ferme dans la lutte contre le polythéisme et les innovations religieuses. Chaque fois et partout où il voyait une innovation ou une manifestation de polythéisme, il élevait aussitôt la voix pour la dénoncer et prenait rapidement des mesures efficaces. Un jour, en entrant chez lui, il vit un talisman suspendu au cou de son épouse. Lorsqu’il lui demanda ce que c’était, elle répondit qu’elle l’avait attaché à son cou comme remède traditionnel contre telle maladie. Il le saisit et tira dessus si vigoureusement qu’il se rompit ; sinon, c’est son épouse qui serait tombée face contre terre et se serait blessée. Il ne fit pas cela uniquement par fermeté de caractère, mais surtout pour s’acquitter de son devoir religieux de combattre le polythéisme et les innovations.

À l’époque de la Jāhiliyya, il y avait un arbre appelé « Dhāt Anwāṭ ». Chaque année, Quraychites et Arabes s’y rassemblaient une fois et y suspendaient leurs épées ; ils y égorgeaient des bêtes et y séjournaient tous pendant une journée.

Après la conquête de La Mecque, le Noble Prophète, accompagné des nouveaux musulmans mecquois et des Compagnons venus de Médine, avançait vers Ḥunayn. En apercevant cet arbre sur le chemin, les nouveaux musulmans de La Mecque s’écrièrent à l’écart : « Ô Messager d’Allah ! Fais-nous également un Dhāt Anwāṭ, comme ils en ont un. » Dès qu’il entendit ces paroles, le Noble Prophète dit : « Allahu Akbar ! Vous dites exactement ce que les compagnons de Moïse avaient dit : “Donne-nous une divinité semblable à leurs divinités, ô Moïse !” »

Autrement dit, de même que leurs paroles étaient contraires à la croyance monothéiste de l’islam, vos paroles d’aujourd’hui sont également opposées à la foi monothéiste. En effet, tout comme les leurs, vos paroles présentent une ressemblance avec celles des polythéistes. Elles constituent donc des paroles de très grand polythéisme. Puisque fabriquer un Dhāt Anwāṭ comme le leur, y suspendre des épées, y égorger des bêtes et y séjourner un jour revenait à instituer une autre divinité aux côtés de l’Unique Allah, le Noble Messager rejeta leurs paroles. (At-Tirmidhī, le Musnad d’Aḥmad, Ibn Jarīr et Ibn Isḥāq dans la Sīra du Prophète.)

Si ce récit historique est vrai — et qui oserait dire qu’il ne l’est pas ? — pourquoi le fait que les musulmans de notre époque séjournent près des tombes de grands walī, pīr et ghawth réputés, les invoquent, leur adressent des prières et leur demandent d’intercéder, ne serait-il pas un polythéisme manifeste et une pratique à rejeter ?

Ces deux pratiques présentent une similitude totale sous l’angle du polythéisme. C’est dans ce contexte que l’élève de l’imam Mâlik, Abû Bakr at-Turtûshî, ordonna aux gens que, partout où ils verraient un arbre de ce genre autour duquel les gens se rassemblent, qu’ils vénèrent et honorent, auprès duquel ils recherchent la délivrance de la maladie et des épreuves et autour duquel ils célèbrent des fêtes d’urs, ils devraient immédiatement l’abattre et détruire complètement ce lieu de rassemblement du shirk.

Il ressort clairement de cela que, selon H̱udhayfa, attacher des amulettes pour se préserver de la fièvre et d’autres maux est un shirk manifeste. Bien qu’il s’agisse d’un shirk mineur, les Compagnons présentaient, pour le dénoncer, des versets qui avaient été révélés contre le shirk majeur. En effet, même mineur, il ne fait aucun doute que cela reste du shirk. C’est pourquoi le Prophète a dit : en arabe (*****)

— C’est ce que je crains le plus pour vous : les formes mineures de shirk.

Ainsi, aussi mineur que soit le shirk, il n’est en réalité nullement mineur. Au contraire, aux yeux des Compagnons, le shirk mineur était même plus grave et plus sévère que les grands péchés.

Lorsqu’on réfléchit, à la lumière des versets du Coran et des hadiths, à la pratique très répandue dans notre pays qui consiste à attacher des amulettes, des talismans, des porte-bonheur et des imâm-é-jâmen, on en a le cœur brisé de chagrin. Si seuls les ignorants se livraient à ces pratiques, ce ne serait pas si grave. Mais nous voyons aussi de grands hommes portant le titre de savants plongés dans ce shirk. Lorsqu’au départ du chef de l’État pour l’étranger, au moment de ses adieux à l’aéroport, un homme portant le titre de savant lui attache solennellement un imâm-é-jâmen à la main ; lorsqu’au moment du départ d’une fille mariée pour l’étranger, sa mère attache un imâm-é-jâmen à la main de sa fille et que cette nouvelle est publiée en gros caractères dans les journaux, la tête de celui qui croit au tawhîd ne peut que s’incliner de honte et de tristesse.

Dans nos sociétés rurales ignorantes, on voit que l’on attache au cou et aux mains des nouveau-nés toutes sortes d’objets inutiles. On leur suspend des noyaux de jujube, des pièces de cuivre, les grosses amulettes remises par les mollahs, ainsi que des feuilles ou des morceaux de racines de diverses plantes. On met aux pieds des garçons et des filles capables de marcher des bracelets de cheville et des grelots, dans l’espoir de pouvoir les repérer lorsqu’ils se dirigeront vers l’étang et de les sauver de la noyade. Mais en réalité, ces fardeaux de détritus ne peuvent protéger celui dont la mort a été décrétée pendant l’enfance. Des garçons et des filles portant des bracelets de cheville ou des grelots se noient eux aussi. Car la mort ne dépend pas de ces objets. En vérité, il ne fait aucun doute que ces pratiques constituent du shirk pour les êtres humains et que toutes ces coutumes sont des innovations religieuses. De même que le Prophète a tenu des propos explicites à ce sujet et prononcé des paroles d’interdiction, il s’est également opposé concrètement à ces coutumes répandues à l’époque de la Jâhiliyya. Il a même interdit de telles choses au cou des animaux et, lorsqu’il en trouvait, il les arrachait.

À l’époque de la Jâhiliyya, une coutume voulait que l’on attache divers talismans au cou des beaux chameaux afin de les protéger du mauvais œil. Hadrat Abû Bushayr — Quraysh ibn ʿUbayd — raconte qu’un jour, alors qu’il voyageait vers l’étranger, il accompagnait le Messager. Avant le départ, le Prophète envoya un homme annoncer : en arabe (*****)

— Qu’aucun chameau ne porte au cou un fil de ce genre ; s’il y en a un, qu’il soit arraché.

L’imam Ahmad et Abû Dâwûd ont rapporté que le Prophète (s) a dit : Arabe (****)

L’usage d’amulettes et d’objets auxquels on s’en remet constitue un shirk manifeste.

À la fin de cette discussion, il est nécessaire de dissiper un doute. À la lecture de ce qui précède, quelqu’un pourrait se demander si le fait de fabriquer une amulette avec des versets du Coran constitue également du shirk. La réponse concise est que, parmi les pieux prédécesseurs, certains ont déclaré licite la fabrication d’amulettes avec des versets du Coran. Mais certains autres ont également déclaré cette pratique interdite. Ḥudhayfa ibn Masʿûd (ra) compte parmi ces derniers. Parmi les jurisconsultes, Qatâda, al-Chaʿbî, Saʿîd ibn Jubayr et un grand nombre d’autres ont dit : l’usage d’amulettes est makrûh (taḥrîman). Tout croyant doit les éviter, affermir sa foi en Allah, s’en remettre à Lui et placer sa confiance en Lui, sachant que ces objets ne lui procurent aucun bienfait et que leur abandon ne lui causera aucun dommage.

Je pense que, si chacun réfléchit à l’état psychologique qui se trouve derrière ces pratiques, tous reconnaîtront qu’elles ne peuvent qu’être interdites et contraires au tawḥîd, même lorsqu’elles sont fabriquées avec des versets du Coran. En effet, lorsqu’une personne recourt à ces pratiques par crainte d’être frappée par une épreuve, l’objet de son cœur se détourne d’Allah pour se concentrer sur des choses autres que Lui. Elle place sa confiance en cet objet au lieu de s’en remettre à Allah. Or, du point de vue du tawḥîd, c’est cela le shirk. Deuxièmement, lorsque des versets du Coran sont utilisés dans cette pratique, peut-on douter qu’il ne s’agit pas d’un usage correct du Coran, que le Coran n’est pas venu dans ce monde pour demeurer une amulette et qu’on le détourne de sa finalité pour l’employer à une autre fin ? Il s’agit là d’une offense manifeste envers le Coran, d’un mauvais usage du Coran, et même d’une forme de taḥrîf du Coran — un taḥrîf pratique (une déformation dans l’usage) —, ce qui n’est nullement obscur aux yeux des croyants expérimentés attachés au tawḥîd. Ainsi, plus vite cette pratique cessera, plus vite les gens l’abandonneront pour devenir de purs monothéistes, attachés au tawḥîd et suivant la voie du tawḥîd, et mieux ce sera. Je tiens au moins à déclarer avec force que les savants de la communauté doivent déployer à ce sujet des efforts particuliers et ne doivent accorder la moindre indulgence à ces objets.

Cela ne signifie toutefois pas qu’en cas d’épreuve soudaine, il ne soit pas permis de réciter des versets du Coran pour implorer la miséricorde d’Allah, ni de souffler sur une personne éprouvée afin d’obtenir la guérison d’Allah. La permission de le faire est établie par les hadiths, et un grand nombre de jurisconsultes ont également exprimé cet avis.

Mîlâd cérémonie innovation

Depuis longtemps déjà, la récitation du mîlâd et l’organisation de réunions de mîlâd sont une coutume dans la société musulmane. De manière générale, les musulmans considèrent cela comme une œuvre procurant une grande récompense et l’accomplissent avec beaucoup de sincérité. Mais il semble que jamais, même pour un instant, les musulmans — les personnes instruites et conscientes de la société musulmane — ne veuillent réfléchir à la question de savoir si cette pratique est conforme à la Loi islamique, si elle est conforme à la Sunna que les musulmans ont reçue du Prophète Muhammad (s) en croyant en lui. Même les savants de ce pays sont emportés par le courant de cette coutume qui se perpétue dans la société depuis des temps immémoriaux. Ils ne s’arrêtent jamais pour se demander si nous accomplissons une pratique conforme à la Sunna ou si une innovation est commise. Il est donc devenu particulièrement nécessaire que cet ouvrage examine cette question avec quelque détail.

Tout le monde sait et reconnaît qu’aucune coutume du mîlâd actuellement pratiqué n’existait du vivant du Noble Messager (s), ni à l’époque des Compagnons, des tâbiʿîn et des mujâhidîn des générations suivantes. L’histoire abrégée de ce mîlâd est la suivante : environ deux cents ans après le Prophète (s), un roi l’instaura ; l’histoire le mentionne comme un homme pervers. Le Dr Ahmad Charbâkî, enseignant à Jâmiʿ al-Azhar, a écrit que les souverains fâtimides l’introduisirent en Égypte au quatrième siècle de l’Hégire. Il est également dit qu’un certain Shaykh ʿUmar ibn Muhammad l’introduisit dans la ville de Mossoul, en Irak. Plus tard, le roi al-Muzaffar Abû Saʿîd instaura le mîlâd dans la ville d’Erbil, en Irak. Ibn Dihya lui remit un ouvrage qu’il avait écrit sur cette question. Le roi lui accorda une récompense de mille dinars.

Dans cette perspective, il apparaît clairement que la célébration actuelle du Mawlid n’est pas une pratique de la sunnah, ni une pratique conforme à la sunnah. Elle constitue au contraire une innovation manifeste.

La preuve la plus claire et irréfutable de son caractère innové est que cette pratique n’existait pas à l’époque du Noble Prophète (s) ; après lui, elle ne fut pas davantage instaurée comme une œuvre méritoire à l’époque des califes bien guidés, c’est-à-dire des Compagnons. Même à l’époque suivante, celle des tâbi‘în et des mujtahids, on ne la voit pas pratiquée. Or, lorsqu’une pratique n’a pas été instaurée comme un acte d’adoration ou une œuvre méritoire durant cette époque islamique, aucune personne des générations ultérieures ne peut l’instaurer comme une œuvre méritoire, et personne n’en a reçu le droit.

Les règles concernant ce qui est permis ou interdit en islam, le mérite ou le péché, ainsi que l’agrément ou le mécontentement d’Allah et de Son Messager, ne peuvent être établies que sur la base du Coran et de la sunnah. Ce qui n’est pas établi sur la base du Coran et de la sunnah, mais que l’on considère pourtant comme une œuvre procurant une grande récompense, n’a absolument aucune place en islam. En réalité, c’est précisément cela qui constitue une innovation. Et pour une pratique qui est fondamentalement une innovation, espérer qu’elle procure une quelconque récompense n’est que pure absurdité. Le Noble Prophète (s) a lui-même attesté le mérite de plusieurs générations en disant :

« La meilleure des époques islamiques est mon époque, puis l’époque des générations suivantes, et ensuite celle des générations qui leur succéderont. »

Durant aucune de ces trois époques — c’est-à-dire celle des Compagnons du Prophète lui-même et celle des tâbi‘în — la célébration du Mawlid ne fut instaurée dans la société musulmane ; elle apparut bien plus tard. Considérer que cette pratique comporte un quelconque bien véritable constitue donc une grave innovation. En particulier, pour plusieurs raisons précises, cette célébration du Mawlid devient très dangereuse pour la croyance et la religion des musulmans. Ces raisons sont brièvement les suivantes :

(a))  Lors de cette célébration, la manière dont le récit de la naissance du Noble Prophète (s) est exposé, ou récité dans sa prononciation arabe, ourdoue ou bengalie, est en soi détestable. Pourtant, les gens croient que c’est précisément à ce moment que le Noble Prophète (s) se présente corporellement dans l’assemblée. Mais, selon l’avis de tous les spécialistes, une telle croyance constitue une mécréance manifeste. L’interdiction d’une telle croyance est établie par les déclarations explicites du Coran et par la décision ferme de la jurisprudence islamique.

Le Noble Prophète (s) a quitté ce monde pour toujours. Croire qu’il puisse revenir dans ce monde relève du shirk. Cela n’est possible que pour Allah. Attribuer à un serviteur une œuvre relevant de la puissance d’Allah constitue un shirk manifeste. À ce propos, on peut de nouveau mentionner le Fatawa al-Bazzaziya.

On y a écrit :

— Il est clairement mentionné dans le madhhab hanafite que quiconque croit que le Noble Prophète (ﷺ) connaît l’invisible devient mécréant. En effet, une telle croyance est totalement contraire à la déclaration d’Allah. Allah a dit :

قُل لَّا يَعْلَمُ مَن فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ ۚ

— Dis : parmi tous ceux qui se trouvent dans les cieux et sur la terre, nul ne connaît l’invisible en dehors d’Allah.

Il est mentionné dans les ouvrages de fiqh que si quelqu’un dit, lors d’une cérémonie de mariage : « Allah et le Messager eux-mêmes sont les témoins de mon mariage », il devient mécréant. En effet, il aura cru que le Messager (ﷺ) est ʿĀlim al-Ghayb, Celui qui connaît l’invisible.

(b)) Lors des assemblées de mawlid, la distribution de shirni et de friandises est considérée comme absolument nécessaire. La cérémonie du mawlid est également considérée comme obligatoire. Ainsi, lorsqu’un acte illicite est considéré comme obligatoire ou nécessaire, il devient makrūh. Il est dit dans les ouvrages de fiqh : tout acte mubāḥ considéré comme obligatoire devient makrūh (et makrūh signifie makrūh taḥrīm).

(c)) Il est considéré comme nécessaire de célébrer le mawlid à un jour et une date déterminés. Pourtant, puisque la Charia n’a fixé aucune date pour cette pratique, agir ainsi revient à ajouter de notre propre initiative aux prescriptions de la Charia.

Il est clairement dit dans un hadith : (******)

Ne choisissez donc pas exclusivement la nuit du vendredi, parmi toutes les nuits, pour la prière de tahajjud, et ne choisissez pas exclusivement le vendredi, parmi tous les jours, pour le jeûne surérogatoire.

Ainsi, puisque le Messager éminent (s) a explicitement interdit de fixer de son propre chef une nuit ou un jour pour les jeûnes surérogatoires, comment pourrait-il être permis de fixer de son propre chef une date pour le milad ?

(d) Pour décorer la salle du milad, on y installe énormément de lumières et de lampes, et l’on y brûle quantité de bougies et d’encens. Tout cela n’est que futilité. L’argent dépensé à cette occasion est également gaspillé en pure futilité. Cette pratique est interdite ; c’est à son sujet que s’applique la parole d’Allah :

Ne gaspillez pas vos biens en futilités, car ceux qui les dépensent en futilités sont les frères des démons.

N’est-ce pas une pure sottise de penser qu’une cérémonie au cours de laquelle ces pratiques sont accomplies, en opposition manifeste à la parole d’Allah, puisse procurer une récompense ?

Le maulana Rashid Ahmad Gangohi a écrit en réponse à une question concernant le milad : « La cérémonie de milad telle qu’elle est pratiquée communément est une bid’a et makruh. »

De nombreux savants éminents de l’époque ont approuvé cette réponse en la déclarant « sahih » et y ont également apposé leur signature de fatwa. Le maulana Gangohi a écrit ailleurs : « Soumettre à des conditions ce qui, dans la sharia, est inconditionnel, et libérer de toute condition ce qui y est conditionnel, voilà ce qu’est la bid’a. C’est le cas, par exemple, de l’organisation d’une assemblée de milad. En réalité, le rappel d’Allah, ainsi que la narration et l’étude de la vie du Messager, sont mustahabb et permis selon la sharia. Mais organiser une assemblée précisément dans ce but est une bid’a et haram. Parler d’Allah et du Messager est certes mustahabb ; mais faire de l’étude du milad une condition particulière est une bid’a. »

L’imam, l’érudit Ibn al-Hajj, a écrit :

Parmi les bid’a qu’ils ont inventées figure leur conviction que tout ce qu’ils accomplissent à cette occasion constitue la plus grande forme d’adoration et l’expression des commandements d’Allah. Il s’agit notamment de célébrer le milad au mois de Rabi al-Awwal, cérémonie au cours de laquelle ils accomplissent plusieurs sortes de bid’a et commettent des actes haram. Ils sont même allés jusqu’à dire que ces milad sont à l’origine des calamités. Que l’on y fasse entendre une quelconque mélodie ou un quelconque chant, que l’intention du milad soit formulée et que des gens soient invités à cette fin, même si aucun des actes répréhensibles mentionnés précédemment n’y est commis, cette pratique sera néanmoins une bid’a du seul fait d’en avoir l’intention. En effet, cette chose constitue par nature un ajout à la religion de l’islam. Les œuvres des pieux et des gens attachés à la religion des temps passés n’étaient pas ainsi, alors que les suivre est préférable. Il n’est nullement rapporté qu’aucun d’entre eux ait eu l’intention de célébrer le milad. Or c’est eux que nous suivons. Par conséquent, la latitude et les possibilités dont ils disposaient dans leurs œuvres doivent être exactement les mêmes pour nous.

Mawlana Abdour Rahman al-Maghribi al-Hanafi (puisse Allah lui faire miséricorde) a écrit dans sa fatwa : « Célébrer le Mawlid est une innovation. Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les califes bien guidés et les imams ne l’ont jamais célébré, ni n’ont ordonné de le célébrer. C’est également ce qui est écrit dans l’ouvrage Shari‘at al-Ilahiyya. »

Mawlana Nasiruddin al-Awdi al-Chaféï a écrit à ce sujet en réponse à une question :

Il n’est pas permis d’organiser une récitation du Mawlid. En effet, il n’est rapporté qu’aucun des pieux prédécesseurs n’ait accompli cet acte. Au contraire, des gens d’une époque corrompue l’ont inventé après trois générations (à l’époque postérieure aux Tabi‘in). Puisque les pieux prédécesseurs ne l’ont pas pratiqué, nous ne pouvons pas suivre les générations ultérieures. En effet, le fait de suivre les pieux prédécesseurs nous suffit. Quelle nécessité y a-t-il donc à accomplir cette innovation ?

Cheikh Sharafuddin (puisse Allah lui faire miséricorde), de l’école hanbalite, a dit : « La fête que les dirigeants de ce pays organisent chaque année à l’occasion du Mawlid du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), outre son caractère extrêmement excessif, est fondamentalement une innovation. Ils ont eux-mêmes inventé cette pratique en suivant les désirs de leur âme. Ils ne savent pas ce que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a ordonné de faire ni ce qu’il a interdit de faire, alors que c’est lui qui a transmis et établi la Loi religieuse. »

Le cadi Shihabuddin (puisse Allah lui faire miséricorde) a écrit en réponse à une question :

Non, cela n’est pas permis, car c’est une innovation. Or toute innovation est un égarement manifeste, et l’issue de tout égarement est l’Enfer. Tout ce que les ignorants pratiquent chaque année au début du mois de Rabi‘ al-Awwal ne relève aucunement de la Loi religieuse. Lorsqu’ils mentionnent la naissance du Prophète, ils se lèvent en pensant que son âme est venue et se trouve présente ; ce n’est là qu’une croyance vaine. Cette croyance constitue clairement du polythéisme. Les imams ont interdit de telles pratiques.

L’auteur de l’ouvrage biographique Shami a écrit : « Les amis du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont pris l’habitude de se lever par révérence pour lui lorsqu’ils entendent le récit de la naissance du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Pourtant, le fait de se lever ainsi est une innovation qui ne repose sur aucun fondement. »

Mawlana Fazlullah Jaunpuri dit : « Le qiyam que les gens ordinaires accomplissent lorsqu’ils entendent le récit de la naissance du Prophète ne repose sur aucune preuve ; il est au contraire réprouvé. »

Le qadi Nasiruddin Gujarati a écrit : Certains pirs ignorants ont instauré de nombreuses innovations religieuses, dont on ne trouve le soutien dans aucun hadith ni aucun principe du Coran et de la Sunna. L’une d’elles consiste à se lever au moment de raconter la naissance du Noble Messager d’Allah.

Le Mujaddid al-Alf Thani, le cheikh Ahmad Sirhindi, a écrit : Jugez-en avec équité. Imaginez que le Noble Prophète ﷺ soit présent à notre époque, qu’il soit vivant dans ce monde et qu’il voie se tenir une assemblée de ce genre : l’aurait-il approuvée et aurait-il apprécié cette cérémonie ? Il est certain qu’il n’aurait en aucune manière apprécié cette pratique. Au contraire, il l’aurait dénoncée.

Concernant ces assemblées, le verset suivant du Noble Coran

وَقَدْ نَزَّلَ عَلَيْكُمْ فِي الْكِتَابِ أَنْ إِذَا سَمِعْتُمْ آيَاتِ اللَّهِ يُكْفَرُ بِهَا وَيُسْتَهْزَأُ بِهَا فَلَا تَقْعُدُوا مَعَهُمْ حَتَّىٰ يَخُوضُوا فِي حَدِيثٍ غَيْرِهِ ۚ إِنَّكُمْ إِذًا مِّثْلُهُمْ ۗ

s’applique particulièrement : — Allah vous a prescrit ceci : lorsque vous entendez que les versets d’Allah sont reniés et que vous voyez qu’ils sont tournés en dérision, ne vous asseyez pas avec eux jusqu’à ce qu’ils se mettent à s’intéresser à un autre sujet. Sinon, à ce moment-là, vous serez vous aussi coupables comme eux. (An-Nisâ’ : 140)

Dans l’explication de ce verset, l’imam Qurtubi et l’imam Baghawi, connu comme Muhyi as-Sunna, ont écrit : Ad-Dahhak a rapporté d’Ibn Abbas que toutes les pratiques nouvellement introduites dans la religion de l’islam sont incluses dans le champ d’application de ce verset, ainsi que toutes les innovations qui seront inventées jusqu’au Jour de la Résurrection.

La dernière partie du verset :

إِنَّ اللَّهَ جَامِعُ الْمُنَافِقِينَ وَالْكَافِرِينَ فِي جَهَنَّمَ جَمِيعًا [٤:١٤٠]

— Certes, Allah Tout-Puissant réunira tous les hypocrites et les mécréants en Enfer : un avertissement extrêmement sévère pour les adeptes de l’innovation religieuse comme pour les mécréants.

À ce stade, ma dernière parole est la suivante : le Noble Prophète (s) est le modèle des musulmans du monde entier, le plus aimé d’entre eux et l’unique moyen d’obtenir la guidance et la miséricorde d’Allah. C’est pourquoi la biographie du Noble Messager, son caractère et son exemple constituent l’unique flambeau du salut dans ce monde plongé dans les ténèbres. Il faut donc en parler encore et encore à tous, les lire et les étudier, les exposer en détail devant autrui, suivre le Prophète à chaque pas de la vie réelle, lui obéir, l’aimer et recevoir de lui l’orientation et les directives pour trouver le chemin à suivre. Les musulmans n’ont aucune autre voie, et ne peuvent en avoir aucune. Telle est l’essence des directives fondamentales données par le Coran et les hadiths au sujet du Messager (s). Mais il n’est pas permis d’adorer le Noble Messager (s). Il ne faut pas avoir à son sujet une croyance qui, selon la Charia, ne peut être conçue qu’au sujet d’Allah.

Aimer le Noble Messager est le plus grand viatique du croyant qui chemine sur la voie de l’islam. Cet amour ne doit certainement pas atteindre un degré excessif, car un tel degré ne convient qu’à Allah. Il faut accorder au Messager (s) la dignité, l’importance et l’amour qu’Allah a prescrits et que le Messager (s) a recommandé de lui accorder.

À ce stade, la plus grande guidance d’Allah consiste à suivre le Noble Messager (s).

Le verset est le suivant :

قُلْ إِن كُنتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ ۗ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ [٣:٣١]

— Dis : « Ô Prophète, si vous aimez Allah, alors, ô musulmans, suivez-moi. Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés. Allah est infiniment Pardonneur et Miséricordieux. » (Al-‘Imrân : 31)

L’idée essentielle de ce verset est que, si l’on aime Allah, il faut suivre le Prophète. En suivant le Prophète, obtenir l’amour et le pardon d’Allah constitue le souhait le plus cher et le plus grand du serviteur. Et l’unique moyen d’y parvenir est de suivre intégralement le Noble Messager (s).

La deuxième obligation de la communauté envers le Messager (s) est de réciter le durûd. Il est dit dans un verset du Noble Coran : Arabe (******)

Certes, Allah et Ses anges prient sur le Prophète. Ô vous qui croyez ! Priez vous aussi sur le Prophète et adressez-lui vos salutations.

Prier sur le Prophète est une œuvre noble, une œuvre qui rapporte une immense récompense. Puisque Allah Lui-même prie sur ce Prophète, et que les anges prient également sur lui, il est impossible de décrire pleinement combien il est béni de prier sur ce Prophète et combien de récompense on en obtient.

Que pourrait encore faire la communauté envers le Prophète ? Qui a dit que raconter la naissance du Prophète et mentionner les événements survenus lors des douleurs de l’accouchement de sa mère rapporterait une récompense ? Comment l’a-t-on su ? Et cette pratique qui consiste à rester debout en groupe en disant : « Ô Prophète, paix sur toi », « Ô Bien-Aimé, paix sur toi », en pensant qu’elle procure une grande récompense, n’est pas prouvée par le Coran ni par les hadiths. Selon beaucoup, ces pratiques ressemblent à une sorte de cérémonie de culte des hindous. Or, dans tout acte relevant de l’adoration, ressembler aux adeptes d’une autre religion est ce que les musulmans doivent le plus éviter. Car le Noble Prophète (s) a dit : Arabe (******)

Celui qui imite un autre peuple sera compté parmi eux le Jour de la Résurrection.

Même si, pour les besoins de la discussion, on admettait que l’« esprit » du Noble Prophète se présente à une assemblée de mawlid, la question resterait de savoir pourquoi tout le monde devrait alors se lever dans l’assemblée en gardant cela à l’esprit. Du vivant du Messager, les Compagnons se levaient-ils à son arrivée pour lui témoigner leur révérence ? Le Noble Messager (s) en était-il satisfait, ou leur a-t-il un jour demandé de se lever pour lui témoigner leur révérence ? Sur ce point, nous constatons une pratique totalement contraire aux hadiths authentiques. Il est rapporté dans le Musnad d’Ahmad qu’Anas (ra), parlant des Compagnons, dit : Arabe (********)

Le Noble Messager (s) était la personne la plus aimée des Compagnons. Malgré cela, lorsqu’ils le voyaient présent, ils ne se levaient pas pour lui. Car ils savaient qu’il désapprouvait que l’on se lève pour lui témoigner de la révérence.

Abû Mijlâz dit : Le vénérable Mu‘âwiya (ra) entra dans une pièce où se trouvaient le vénérable Ibn ‘Âmir et Ibn az-Zubayr. À l’arrivée de Mu‘âwiya, Ibn ‘Âmir se leva, tandis qu’Ibn az-Zubayr resta assis. Alors Mu‘âwiya (ra) lui dit : Arabe (******)

— Assieds-toi, car j’ai entendu le noble Messager d’Allah (s) dire : « Que celui qui souhaite que les gens se lèvent en son honneur et qui s’en réjouit se construise une demeure en Enfer. »

Le noble Prophète (s) lui-même n’aimait nullement que les gens se lèvent pour le vénérer et ne le souhaitait pas. La narration de Hazrat Abou Oumama en est la preuve. Il dit : Arabe (******)

— Le noble Prophète (s) vint vers nous en s’appuyant sur un bâton. Alors nous nous levâmes pour le vénérer. Le noble Prophète (s) dit : « Ne vous levez pas comme les non-musulmans se lèvent les uns pour vénérer les autres. »

Certains peuvent qualifier cette parole du noble Messager (s) d’humilité naturelle. Ils peuvent dire que, par humilité, le noble Messager (s) n’a pas demandé que l’on se lève pour le vénérer ou qu’il l’a interdit même lorsque les gens se levaient. Mais devons-nous pour autant nous lever pour lui témoigner du respect ?

Ces gens ne comprennent pas à quel point la véritable portée de telles paroles est effrayante. Cela reviendrait à dire qu’il l’a interdit de manière artificielle, qu’en réalité il aimait que les gens se lèvent, qu’il s’en réjouissait et qu’ils en obtenaient même une récompense. Or la question est la suivante : si le fait de se lever pour le vénérer pouvait effectivement procurer une récompense aux musulmans, ou si cela avait constitué un devoir des musulmans envers le Prophète, il n’y aurait eu aucune raison de l’interdire de cette manière. Il aurait pu le dire ouvertement, comme il a dit de réciter des prières sur lui et de le suivre ; aucune affectation n’était nécessaire en la matière. De plus, considérer qu’un Prophète puisse agir avec affectation ou qu’il l’ait fait revient à porter un coup aux fondements mêmes de la religion. Aucun croyant ne peut concevoir une telle idée.

Il faut garder à l’esprit que notre discussion porte ici sur le fait de se lever pour vénérer le noble Messager (s), en croyant que son âme assiste au mawlid. Se lever momentanément à l’arrivée de personnalités respectées de la société pour les accueillir avec joie et les recevoir sincèrement est une question différente. Il est rapporté dans un hadith authentique que, lorsque Hazrat Sa’d ibn Mu’adh (ra) arriva monté sur sa monture, le noble Prophète (s) ordonna lui-même aux Ansar : « Levez-vous pour honorer votre chef. » Il en ressort qu’il n’est pas illicite de se lever pour honorer une personne éminente. Au contraire, la majorité des savants ont considéré cela comme recommandé. Aucune interdiction n’a été rapportée sur ce point.

Le noble Prophète (s) lui-même s’est levé, par excès d’affection, pour sa fille, Hazrat Fatima (ra). Se lever ainsi n’est pas interdit. Ce qui est interdit, en revanche, c’est le fait de se lever au sujet duquel le noble Messager (s) a dit : Arabe (********)

— Que celui qui aime que les gens se lèvent pour lui témoigner du respect se construise son siège en Enfer.

Aucun véritable croyant ne peut approuver cela ni se réjouir que l’on se lève pour lui témoigner du respect. Par conséquent, se lever pour faire plaisir à un dirigeant ou à qui que ce soit est totalement haram.

À la lumière de cette discussion détaillée, il ne fait absolument aucun doute que les assemblées officielles de mawlid actuellement répandues, ainsi que la célébration annuelle, avec un faste considérable, de la fête appelée « Fātiḥa-i-Dwāzdahum » le 12 Rabīʿ al-Awwal, en tant que fête nationale, constituent une bidʿa manifeste. On ne peut citer aucun exemple de l’une ou l’autre de ces pratiques à l’époque des Compagnons, des Tābiʿīn et des Tābiʿ al-Tābiʿīn. Il n’est pas davantage possible d’en fournir une preuve tirée du Coran ou des hadiths. Il est donc totalement infondé d’espérer obtenir une quelconque récompense d’Allah par l’intermédiaire de ces cérémonies. Les adopter comme cérémonies nationales et les célébrer aux niveaux national et étatique, puis tirer vanité du fait d’avoir ainsi accompli une grande responsabilité envers le Messager, ou tromper le peuple en se présentant par leur moyen comme de grands disciples du Messager, ne constitue pas seulement une bidʿa : c’est, sans aucun doute, une insolence encore plus grave que la bidʿa.

L’innovation du baiser des pieds

De nos jours, le baiser des pieds est très répandu dans les cercles des pīrs et des oulémas. Dès qu’une personne devient murīd, elle doit embrasser les pieds du pīr ; dès qu’un étudiant entre dans une madrasa, il est contraint d’embrasser les pieds de son maître. S’il ne le fait pas, ni le murīd ne peut recevoir la fayḍ du pīr, ni l’étudiant acquérir la science auprès de son maître. Au contraire, dans les deux cercles, il est déclaré coupable d’irrespect, et l’on avance aussitôt comme preuve un argument tiré du « grand Coran » :

—L’homme mal élevé est privé de la grâce d’Allah.

Que le baiser des pieds prive ou non de la grâce d’Allah, Dieu seul le sait. Mais il est bien vrai qu’un tel murīd ou étudiant se trouve privé de l’affection de son pīr ou de son maître. Mais la question est la suivante : le fait d’embrasser les pieds est-il réellement conforme à la sharīʿa ? D’où cette pratique est-elle entrée dans la société musulmane ? Et quel en est le résultat ?

Nulle part on ne peut trouver un honneur et une dignité comparables à ceux dont jouissait le Prophète honoré devant ses nobles Compagnons, ni une vénération et un respect comparables à ceux que les Compagnons lui vouaient ; personne ne peut accorder à quiconque un honneur et un respect semblables. Mais comment ces Compagnons manifestaient-ils extérieurement leur respect envers le Prophète honoré ? À ce sujet, on trouve seulement dans les hadiths que certains Compagnons ont légèrement embrassé la main et le front du Prophète honoré. Dans ces baisers, c’était davantage l’amour que la vénération qui s’exprimait. On ne trouve dans les ouvrages de hadiths ou de biographies aucune preuve notable que l’un d’eux ait jamais touché de la main les pieds du Messager honoré, puis se soit essuyé le visage avec cette main, comme dans le baiser des pieds.

À ce sujet, on trouve seulement dans les hadiths que certains Compagnons, dans l’excès de leur amour, ont parfois embrassé les mains et les pieds du Prophète honoré. Mais cette pratique n’était pas répandue parmi tous les Compagnons sans exception. À l’époque des Tābiʿīn et des Tābiʿ al-Tābiʿīn, on n’en trouve pas davantage l’usage dans la société musulmane. L’histoire de cet âge d’or de l’islam n’en révèle aucune trace. Il est donc indéniable que cette pratique est totalement contraire au consensus et à la tradition mutawātir.

En outre, l’un des principes fondamentaux de la charia islamique est que, si même un acte permis ou conforme à la Sunna devient une cause de corruption dans la croyance ou dans la pratique, il devient alors obligatoire de s’en abstenir plutôt que de l’accomplir. C’est pour cette raison que le vénérable Omar al-Farouq (qu’Allah l’agrée) fit couper l’arbre sous lequel le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait reçu l’historique Bay‘at al-Ridwan. En effet, les gens de son époque avaient commencé à considérer comme une pratique conforme à la Sunna le fait de se rassembler près de cet arbre, et à croire que s’y rendre régulièrement était absolument nécessaire et constituait une œuvre méritoire. Pourtant, cette époque était la plus brillante de l’histoire de l’islam. C’est pourquoi le principe fondamental de la jurisprudence islamique est le suivant : lorsqu’un acte permis atteint le degré d’une obligation, il devient makrouh.

En outre, lorsqu’une personne pratique la qadambousi, elle se retrouve exactement dans la position qu’elle adopte pendant le roukou‘ et la prosternation de la prière ; or, prendre volontairement une telle position devant quelqu’un est totalement illicite.

Le qadi Iyad a écrit : de même qu’il est interdit de se prosterner devant quelqu’un d’autre qu’Allah, il est également interdit d’incliner la tête devant quelqu’un à la manière du roukou‘.

Al-Mujaddid al-Fathani (qu’Allah lui fasse miséricorde) a écrit : incliner la tête devant quelqu’un est proche de la mécréance.

Selon les jurisconsultes, incliner la tête devant un roi, un souverain ou toute autre personne est makrouh. Et makrouh signifie ici makrouh tahrimi.

Il est donc démontré de manière irréfutable par tout ce qui précède que, dans la charia islamique, aucune règle n’impose de pratiquer la qadambousi devant un pir, un maître ou un autre aîné, quel qu’il soit. Cet acte est totalement contraire à la Sunna du Noble Messager et constitue une très grave bid‘a.

Une autre remarque concernant la qadambousi est que cette coutume ne se rencontre que dans les cercles des savants et des pirs de l’Inde pakistanaise. On n’en trouve aucune trace dans les autres sociétés musulmanes. Il est donc facile de penser que cette pratique de la qadambousi est passée de la société hindoue de cette région à la société musulmane, où elle a pris une forme islamisée. La qadambousi actuelle de la société musulmane était en réalité la « prosternation aux pieds du brahmane ». On peut encore l’observer ici et là. Dès qu’un yajman se présentait devant un brahmane, celui-ci levait le gros orteil de son pied gauche, et le yajman posait son front sur l’extrémité de cet orteil. Puis, quand il le voulait, le brahmane retirait son pied. Cette coutume est ancienne dans la religion brahmanique. En effet, selon la conception de la religion brahmanique, seuls les brahmanes sont des êtres humains, tandis que les autres ne sont que les serviteurs des serviteurs des brahmanes. Se prosterner aux pieds des brahmanes constitue donc leur devoir.

Par la suite, les hindous de cette région qui devinrent musulmans transformèrent cette pratique brahmanique hindoue — cette « prosternation aux pieds » — en une pratique prétendument musulmane, pour en faire la qadambousi. En un mot, toute cette pratique brahmanique hindoue fut introduite dans la société musulmane, en particulier dans les cercles des pirs et des savants-maîtres, comme une œuvre procurant une grande récompense spirituelle.

Mais ses conséquences néfastes, qui se sont manifestées dans la société musulmane, sont, du point de vue du tawḥīd, extrêmement graves. Dans le milieu du pīr-murīdī et de l’ustād-shāgirdī, cette pratique du qadam-bosī a largement répandu une tendance relevant du shirk. Le murīd et l’élève considèrent cet acte comme indispensable. Sinon, ils n’obtiendront pas le regard bienveillant du ḥuḍūr, et celui-ci ne sera pas satisfait. Deuxièmement, le ḥuḍūr jouit d’un rang si élevé que tout ce qu’il dit, ou tout ce qui réjouit son cœur, doit être accompli par devoir. Émettre la moindre objection à son encontre serait une extrême impolitesse, et Allah en serait mécontent. Pourtant, selon la croyance islamique fondée sur le tawḥīd, en matière de foi, ce rang n’appartient à nul autre qu’Allah, et en matière de pratique effective, à nul autre que le Messager ﷺ.

D’un autre côté, le « Ḥaḍrat Pīr Qibla » et l’ustād ḥuḍūr ont clairement à l’esprit ce désir : ils ne sont certes pas des anges, mais des êtres humains, et le murīd ou l’élève embrassera forcément leurs pieds. On voit de nombreux ḥuḍūr prendre place après s’être arrangés de telle manière que le murīd ou l’élève puisse toucher leurs pieds sans difficulté, et même accomplir cet acte aisément. Cela ne signifie pas qu’ils demandent oralement à quiconque de pratiquer le qadam-bosī ; au contraire, ils l’interdisent. Mais cette parole d’interdiction n’est prononcée qu’une fois le qadam-bosī dûment accompli, et non auparavant. De plus, cette interdiction ressemble exactement à un ordre.

Le plus important est que la manière dont se pratique le qadam-bosī ressemble précisément à une prosternation. L’Allāma Shāmī, eu égard à la situation de son époque, a précisément désigné ce genre d’acte par le terme « sajda ».

Il a écrit : « De même, le fait que les gens se prosternent jusqu’au sol devant des savants et de grandes personnalités est totalement ḥarām. Celui qui accomplit cet acte et celui qui l’accepte et s’en réjouit sont tous deux pécheurs, car cet acte ressemble exactement au culte des idoles. »

Le mufti Mawlānā Rashīd Aḥmad Ludhiyānvī de Deoband a également émis une fatwā dans ce sens. (Voir Aḥsan al-Fatāwā.)

En réalité, le qadam-bosī n’est mentionné ni dans le Qur’an ni dans les ḥadīths, et il n’a aucune place dans la culture et la civilisation islamiques. En revanche, le Qur’an et les ḥadīths mentionnent le salām et la poignée de main, et en donnent des directives explicites.

Dans le Qur’an Majīd, il est dit au sujet du salām :

وَإِذَا حُيِّيتُم بِتَحِيَّةٍ فَحَيُّوا بِأَحْسَنَ مِنْهَا أَوْ رُدُّوهَا ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ حَسِيبًا [٤:٨٦]

– Lorsque vous êtes salués par une salutation quelconque, saluez d’une manière meilleure ou rendez au moins une salutation équivalente. Sachez qu’Allah tient un compte rigoureux de toute chose. (An-Nisâ’ : 46)

Il apparaît clairement que, lorsque les musulmans se rencontrent, ils doivent échanger des salutations. Cette salutation doit être verbale, et chacun doit faire preuve d’une sincérité totale à cet égard, sans aucune parcimonie. Au contraire, chacun doit être pleinement disposé à adresser à l’autre une salutation meilleure que celle qu’il a reçue. La dernière partie du verset souligne l’importance de cette salutation et ordonne de prendre soin de l’échanger comme il se doit.

Dans les hadiths, le Noble Prophète (s) a insisté à maintes reprises et de diverses manières sur l’échange réciproque du salâm. Hazrat Abû Hurayra (ra) a rapporté que le Noble Prophète (s) a dit :

Arabe(********)

– Je jure par Celui qui détient mon âme entre Ses mains : vous n’entrerez pas au Paradis tant que vous n’aurez pas la foi, et vous n’aurez pas la foi tant que vous ne vous aimerez pas les uns les autres. Puis il dit : « Voulez-vous que je vous indique une œuvre qui vous permettra de vous aimer les uns les autres ? C’est de répandre le salâm entre vous. »

Lorsque le Noble Prophète (s), après avoir émigré, arriva à Médine, les musulmans de Médine lui offrirent un accueil chaleureux. Hazrat ‘Abdullah ibn Salâm, relatant cet accueil, dit : Arabe(************)

– Lorsque le Noble Prophète (s) arriva à Médine, les habitants s’avancèrent rapidement à sa rencontre pour l’accueillir. J’étais moi aussi parmi ceux qui s’étaient avancés à ce moment-là. […] La première parole que je l’entendis prononcer à ce moment-là fut : « Échangez le salâm entre vous. »

Le hadith donne des directives exactes et claires sur la nature de la salutation évoquée dans le verset coranique, ainsi que sur la manière de l’adresser et les paroles à employer. Ainsi, lors d’une nouvelle rencontre, le premier devoir essentiel d’un musulman envers un autre musulman est de lui adresser le salâm, en disant : « As-salâmu ‘alaykum. » L’autre répondra : « Wa ‘alaykum as-salâm wa rahmatullâh. » Un hadith rapporté dans le Sahîh al-Bukhârî indique qu’après sa création, Hazrat Adam (as), sur l’ordre d’Allah, échangea cette salutation avec les anges.

Ce dernier hadith permet de connaître clairement la manière correcte d’accueillir un nouveau venu, hôte hautement honoré. À ce stade, un autre hadith nous apprend quel comportement il convient d’adopter au moment de se saluer, et lequel est incorrect.

En considérant l’ensemble des hadiths rapportés à ce sujet, on comprend clairement que le « salâm » consiste à prononcer des paroles de salutation. Il n’est donc pas nécessaire de faire quelque geste que ce soit, et cela n’est d’ailleurs pas prouvé par les hadiths.

Le deuxième acte qui, selon les hadiths, est établi comme faisant partie de la Sunna lorsqu’on rencontre un musulman nouvel arrivant est de pratiquer la mousâfaha. Un hadith d’al-Bukhari nous apprend que Ka‘b ibn Mâlik (r.a.) dit :

-Je suis entré dans la mosquée du Prophète. Soudain, j’ai constaté que le Noble Prophète (s) s’y trouvait. Dès qu’il m’aperçut, Talha ibn ‘Ubaydullah se leva et s’avança rapidement vers moi. Il me serra la main et me salua chaleureusement avant de repartir.

Un autre hadith d’al-Bukhari rapporte que le tâbi‘î Qatâda demanda à Anas (r.a.) :

-La pratique de se serrer la main entre les Compagnons du Noble Prophète (s) était-elle largement répandue ? Anas (r.a.) répondit : Oui, elle était en usage.

‘Abdullah ibn Hishâm dit : Nous étions avec le Noble Prophète, qui tenait la main de ‘Umar.

Les hadiths de cette section mentionnent clairement la mousâfaha avec le nouveau venu après le salâm, et établissent de manière incontestable qu’elle était pleinement pratiquée au sein de la communauté des Compagnons du Messager (s).

Un hadith rapporté dans le Tirmidhi Sharif est particulièrement explicite à ce sujet. Hadrat Anas ibn Malik (r.a.) rapporte qu’un homme demanda au Messager d’Allah (s.a.w.) : Arabe(*******)

— Ô Messager d’Allah, lorsqu’un homme parmi nous rencontre son frère ou son ami, doit-il s’incliner devant lui ? Le Messager (s.a.w.) répondit : Non. Il demanda : Doit-il alors l’étreindre et l’embrasser au visage ? Le Messager (s.a.w.) répondit : Non. Il demanda : Doit-il alors lui prendre la main et faire le musafaha ? Le Messager (s.a.w.) répondit : Oui.

À propos de ce hadith, l’imam Tirmidhi a dit : « Le musafaha consiste à se tenir mutuellement les mains et à invoquer Allah l’un pour l’autre en disant : “Qu’Allah nous pardonne, à nous et à vous.” »

Concernant sa vertu, le Messager d’Allah (s.a.w.) a dit : Arabe(********)

— Lorsque deux musulmans se rencontrent et font le musafaha, ils sont tous deux pardonnés avant même qu’ils ne retirent leurs deux mains.

La troisième chose mentionnée dans les hadiths est le mu‘anaqa, c’est-à-dire l’accolade. Le seul hadith rapporté à ce sujet dans le Tirmidhi Sharif est celui où Hadrat Aïcha (r.a.) dit :

Arabe(********)

— Zayd ibn Haritha [le fils adoptif du Messager (s.a.w.)] arriva à Médine. Alors le Prophète (s.a.w.) vint dans ma chambre. Zayd vint le rencontrer et frappa à la porte. Le Prophète (s.a.w.) se leva pour aller à sa rencontre, puis l’étreignit ; ils s’enlacèrent mutuellement et il lui donna un baiser affectueux.

Après avoir cité quelques autres hadiths à ce sujet, l’Allama Ahmadul Banna écrit : « Ces hadiths prouvent que la muʿānaqa (se prendre dans les bras) est permise par la charia, en particulier avec celui qui revient de voyage. »

La pratique des Compagnons du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — était la suivante : lorsqu’ils se rencontraient, ils se saluaient et se serraient la main. Mais lorsqu’ils revenaient d’un voyage à l’étranger, ils se prenaient dans les bras.

De cette discussion, il ressort que la sunna de l’islam veut que, lorsque deux musulmans se rencontrent, ils se saluent, se serrent la main et se prennent également dans les bras, en particulier lorsqu’il s’agit d’une personne revenant de l’étranger. Ces différents points sont tous établis par des hadiths explicites. C’est ainsi que l’a fait le Messager éminent — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et telle était la pratique constante dans la société des Compagnons ; c’est cela, en réalité, la sunna. Mais d’où vient donc le fait de baiser les pieds ? Qui a ordonné de baiser les pieds ? Qui a introduit cette coutume dans la société islamique ? Ni le Coran, ni les hadiths, ni le Messager, ni la société qu’il a formée. Il ne fait donc aucun doute qu’il s’agit d’une innovation et d’une pratique polythéiste. Pourtant, dans les milieux prétendument ahl al-sunna attachés aux pīrs de notre société, le fait de baiser les pieds est une pratique indispensable. Et pourquoi n’en serait-il pas ainsi ? Ici, l’islam et la sunna ne sont pas tirés du Coran, des hadiths, du Messager et de la pratique des Compagnons ; ils sont reçus des pīrs décédés ou actuels. Et puisque ce type de relation pīr-murīd a été emprunté au védānta et au brahmanisme, la coutume brahmanique consistant à baiser les pieds devait nécessairement s’y implanter. Si quelqu’un dit que cette pratique a été instaurée afin de vénérer les maîtres, les pīrs et les anciens, je répondrai que la manière de les honorer doit être celle qui est établie par la sunna. Personne n’a le droit d’instaurer une pratique forgée de toutes pièces, surtout lorsqu’elle comporte un mal grave du point de vue de la charia. Si on l’instaure, elle devient précisément une bidʿa. Ceux qui, en invoquant la coutume existante, veulent faire passer pour conforme à la charia ce qui lui est extérieur sont justement des innovateurs. Qu’Allah protège la communauté musulmane croyante et attachée à l’unicité divine de l’influence de ces innovateurs.

Si, à la fin de cette longue discussion sur le fait de baiser les pieds, nous ne mentionnions pas un point et n’y répondions pas, elle resterait incomplète. Certains ont émis, avec l’approbation de certains pīrs, une fatwa autorisant, dans le contexte du soufisme, le fait de baiser les pieds — en particulier ceux du pīr ou du maître. Deux hadiths ont été cités comme preuves de cette fatwa : l’un rapporté par at-Tirmidhī et l’autre par Abū Dāwūd. Le premier hadith parle de deux Juifs : après avoir entendu auprès du Messager éminent l’explication de la religion islamique, ils embrassèrent ses deux mains et ses deux pieds, puis dirent : « Nous attestons que vous êtes un prophète. »

Notre première remarque à ce sujet est que l’imam at-Tirmidhī a certes qualifié ce hadith de bon et authentique, mais que l’imam an-Nasāʾī l’a déclaré irrecevable. Al-Mundhirī a également affirmé que ce hadith était faible à cause de ʿAbdullāh ibn Salama, dont la fiabilité en tant que transmetteur de hadith a été mise en cause. En outre, le sens manifeste du hadith est que ce sont deux Juifs qui ont embrassé les mains et les pieds. Les actes des Juifs ne peuvent constituer un modèle à suivre pour les musulmans. Dans l’autre hadith rapporté par Abū Dāwūd, il est question d’Umāma ibn Sharīk — qu’Allah l’agrée — :

— dans le hadith rapporté par Abū Dāwūd, il n’est pas question d’embrasser les mains ou les pieds du Messager éminent — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — mais de lui embrasser la taille. Ce hadith est rapporté d’après Usayd ibn Hudayr — qu’Allah l’agrée. À la demande d’un Ansar, le Messager éminent — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — souleva par-derrière la tunique qu’il portait ; l’homme l’enlaça alors et se mit à lui embrasser la taille.

Deuxièmement, lorsqu’on examine ensemble tous les hadiths de cette section, on comprend clairement que leur thème central n’est pas le même dans chacun d’eux. Dans certains, il est question d’embrasser seulement les deux mains ; dans d’autres, d’embrasser une main et un pied. Même le hadith rapporté d’après Ibn ʿUmar ne mentionne que le fait d’embrasser la main. Il y est dit :

— Puis nous lui embrassâmes la main. Il dit : Abū Lubāba, Kaʿb ibn Mālik et les deux compagnons de celui-ci embrassèrent également la main du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — lorsque Allah accepta leur repentir. ʿIbrāhī l’a également mentionné.

Ce hadith rapporté par Ibn Umar a été mentionné par l’imam Boukhari dans son ouvrage intitulé « Adab al-Mufrad ». Dans un hadith rapporté par Hazrat Burayda ibn…, il est relaté qu’un homme idiot ayant demandé au Messager la permission de lui embrasser la tête et les deux pieds, le Messager vénéré (s) la lui accorda. Abd al-Rahman ibn Ruzayn a dit : Salama ibn al-Akwa‘ tendit une main semblable à la patte d’un chameau, et nous la baisâmes. Il est rapporté de Thabit qu’il embrassa la main de Hazrat Anas. Et il est dit que Hazrat ‘Ali embrassa les mains et les pieds de Hazrat ‘Abbas.

Les hadiths rapportés de cette manière ne permettent pas d’acquérir une compréhension claire. En réalité, on ne sait pas s’il est correct d’embrasser à la fois les mains et les pieds, ou seulement les mains. Il est donc absolument impossible d’affirmer que le qadambusi est permis sur la base de ces hadiths. Abu Malik al-Ach‘ari dit : Je dis à Abu Awf (qu’Allah l’agrée) : « Sortez la main avec laquelle vous avez prêté serment d’allégeance au Messager. » Il sortit cette main, puis nous la baisâmes.

De tels hadiths établissent certes qu’il est permis d’embrasser avec vénération la main d’une personne pieuse et ascétique ; mais ils n’établissent pas le qadambusi. L’imam Nawawi a également exprimé cet avis.

De plus, même si un nouveau musulman, accablé de vénération et de respect, a embrassé à la fois les mains et les pieds du Messager vénéré, les maîtres et les pirs d’aujourd’hui ne peuvent pas, sur cette base, faire embrasser leurs propres mains et pieds par leurs disciples dévoués et leurs étudiants. Se sont-ils donc considérés comme ayant reçu le rang du Messager ?

En réalité, la pratique actuelle du qadambusi est contraire à la Sunna du Messager et extrêmement humiliante pour l’humanité. Il est souhaitable que cette pratique cesse sans plus tarder.

Dans la société des femmes la prééminence aussi est une bid‘a

Dans la société islamique, la dignité de la femme est solidement établie, proclamée par le Coran et mise en pratique par le Messager vénéré (s). La dignité et les droits des femmes en tant que femmes y sont pleinement reconnus. Mais la dignité des femmes n’est pas supérieure à celle des hommes : elle lui est inférieure ; elle n’est pas première, mais seconde ; elle n’est pas absolue, mais conditionnelle.

À ce propos, le Coran proclame :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاءِ بِمَا فَضَّلَ اللَّهُ بَعْضَهُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُوا مِنْ أَمْوَالِهِمْ ۚ

– Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu du fait qu’Allah a favorisé certains êtres humains par rapport à d’autres, et parce que ce sont les hommes qui dépensent de leurs biens pour les femmes. (An-Nisâ’ : 34).

L’une des raisons pour lesquelles les hommes ont un statut supérieur à celui des femmes réside dans leurs qualités, caractéristiques et aptitudes naturelles. Deuxièmement, ce sont les hommes, plutôt que les femmes, qui sont responsables de la gestion de la famille et de la satisfaction de ses besoins financiers : ce sont eux qui s’en chargent. C’est là la règle efficace pour instaurer la rectitude et l’ordre, tant dans le cadre étroit de la vie familiale que dans les domaines social, politique, économique et culturel plus larges. Si cette règle est transgressée, l’ordre social est inévitablement voué à la désintégration. C’est pourquoi le Messager honoré (sur lui la paix) a dit : arabe (********)

– Après moi, la fitna la plus nuisible qui puisse atteindre ma communauté proviendra de la domination des femmes sur les hommes.

C’est précisément à cause de la domination des femmes que de nombreuses sociétés et de nombreux États ont été bouleversés ; l’histoire en est la preuve irréfutable.

Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) a rapporté cette parole du Noble Prophète (sur lui la paix) : « Le peuple qui confiera à une femme ses affaires collectives importantes et son autorité ne connaîtra jamais aucun bien. »

Il est également rapporté : arabe (***********)

– Lorsque les hommes se mettent à obéir aux femmes, considère que c’est alors qu’ils sont tombés dans la perdition.

De même que la situation de la société occidentale actuelle prouve la véracité de ces propos, celle de notre propre société et de nos familles la prouve également. Si l’on permettait à une femme de tenir le gouvernail d’un bateau, ou si, en laissant le conducteur assis, on confiait la conduite d’une voiture à quelqu’un qui ne sait pas conduire ou qui n’en a pas les compétences, le résultat serait le même que celui de la domination naturelle des femmes. Cela est contraire à la Sunna du Messager. (Telle est la règle générale ; l’existence d’exceptions n’est toutefois pas impossible.)

 

Les vêtements et la tenue — innovations

Dans notre pays, on porte actuellement, sous le nom de « tenue sunnatique », une longue kurta présentant une coupe particulière et une longueur déterminée. On fait valoir qu’il s’agit là de la tenue conforme à la Sunna. Celui qui ne porte pas cette tenue sunnatique est considéré comme un pécheur pervers, et si une telle personne est un alim, il ne serait pas permis de prier derrière elle. C’est pourquoi une catégorie particulière de personnes de la société — des oulémas et des pirs — considère le fait de porter une telle kurta comme relevant de la Sunna, et la présente également comme une « tenue sunnatique ». Non seulement ils la portent eux-mêmes, mais ils contraignent aussi leurs étudiants et leurs mourides à porter des kurtas à col, de coupe et de longueur similaires.

Mais la question est la suivante : que signifie « tenue sunnatique » ? Le fait de porter un vêtement d’une coupe particulière ou d’une longueur particulière relève-t-il réellement de la Sunna ? Sur quelle preuve cette Sunna a-t-elle été établie ? Sur le Coran ? Sur les hadiths ? Nous allons tenter de comprendre cette question à la lumière du Coran et des hadiths.

Voici, dans le Noble Coran, le verset le plus important concernant la manière dont les vêtements doivent être.

يَا بَنِي آدَمَ قَدْ أَنزَلْنَا عَلَيْكُمْ لِبَاسًا يُوَارِي سَوْآتِكُمْ وَرِيشًا ۖ وَلِبَاسُ التَّقْوَىٰ ذَٰلِكَ خَيْرٌ ۚ ذَٰلِكَ مِنْ آيَاتِ اللَّهِ لَعَلَّهُمْ يَذَّكَّرُونَ [٧:٢٦]

Ô enfants d’Adam ! Nous avons certes fait descendre pour vous un vêtement (les prescriptions relatives à l’habillement) qui couvrira vos parties intimes et qui sera une parure. Et le vêtement de la taqwa, voilà ce qui est meilleur. Cela fait partie des signes d’Allah, dans l’espoir qu’ils accepteront l’exhortation. (Al-A‘raf : 26)

Ce verset permet de connaître plusieurs principes fondamentaux. Premièrement, les vêtements sont un don particulier d’Allah Ta‘ala à l’être humain. Il faut donc faire preuve de vigilance en matière de vêtements. Ce verset permet de connaître deux éléments concernant la manière dont ces vêtements doivent être.

L’une d’elles est que le vêtement doit nécessairement couvrir les parties intimes de l’être humain. Un vêtement qui ne couvre pas les parties intimes ne peut être considéré comme un vêtement humain. La seconde exigence est que ce vêtement soit une « parure » (رِيش Le mot signifie éclat, lustre et embellissement. Selon les lexicographes, رِيش le sens originel du mot est celui de plume d’oiseau, qui est brillante et ornementale. Et puisque le vêtement humain est également comparable aux ailes et aux plumes des oiseaux, le mot est employé pour expliquer quelle doit être l’apparence extérieure du vêtement humain : رِيش  ce mot a donc été employé. Lorsque l’on porte un vêtement, il faut veiller à avoir une apparence agréable et à ne pas paraître repoussant. En réalité, c’est le vêtement qui rehausse la beauté de l’être humain ; il manifeste son sens de la beauté, sa politesse, sa décence et la justesse de son goût. Si le vêtement n’est pas ainsi, cela reviendra à mépriser une belle institution donnée par Allah et constituera une ingratitude envers Allah. (L’invocation que le Messager honoré, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, a recommandé de réciter après avoir revêtu un vêtement neuf est la suivante : « Louange à Allah qui m’a revêtu d’un vêtement grâce auquel je couvre mes parties intimes et acquiers beauté et élégance dans ma vie. » Cette invocation mentionne également la couverture des parties intimes et la recherche de l’éloge ; aucun autre objectif ne se trouve au fondement du port du vêtement. Elle semble être précisément l’explication du verset coranique.)

Il faut également garder à l’esprit que le goût des gens en matière de parure et d’élégance est changeant, et que de grandes différences et évolutions peuvent apparaître dans les goûts selon le lieu, l’époque et l’état psychologique. Par conséquent, selon le Coran, la forme et la coupe des vêtements sont variables. Aucun vêtement d’une coupe déterminée ne peut être qualifié de vêtement islamique.

La troisième leçon de ce verset est le vêtement de la taqwā. Il existe diverses opinions sur ce que signifie le vêtement de la taqwā. Qatādah a dit que l’expression « libās al-taqwā » désigne ici la foi. Autrement dit, il faut porter un vêtement répondant aux deux caractéristiques mentionnées précédemment ; toutefois, l’élément le plus bénéfique et le plus important à cet égard est de maintenir la foi vivante et de la préserver correctement. Al-Hasan al-Basrī en a donné le sens suivant : la pudeur, la modestie et la décence. En effet, cette pudeur et cette décence incitent l’être humain à adopter la taqwā. Ibn ʿAbbās, qu’Allah l’agrée, a dit qu’il s’agit des bonnes œuvres. ʿUthmān ibn ʿAffān, qu’Allah l’agrée, a dit qu’il s’agit de la pureté morale.

Le sens du verset est donc que le vêtement de la taqwā est bon et bénéfique, s’il est choisi parmi les vêtements et les moyens d’embellissement créés par Allah.

En somme, le vêtement doit d’abord couvrir les parties intimes. C’est pourquoi il doit nécessairement exister une différence fondamentale entre les vêtements des femmes et ceux des hommes, puisque l’étendue des parties intimes de l’homme diffère de celle des parties intimes du corps féminin. Ensuite, il doit impérativement être une parure, embellir et exprimer la beauté. Un vêtement qui rend la silhouette humaine grotesque ou hideuse, ou qui défigure l’apparence, n’est pas un vêtement approuvé par le Coran et ne peut être porté par aucun musulman.

À ce stade, le deuxième verset que l’on peut citer du Noble Coran est le suivant :

قُلْ مَنْ حَرَّمَ زِينَةَ اللَّهِ الَّتِي أَخْرَجَ لِعِبَادِهِ

— Dis : ô Prophète ! Qui a déclaré illicites les parures d’Allah qu’Il a produites pour Ses serviteurs ? (Al-Aʿrāf : 32)

« La beauté d’Allah » désigne les éléments de beauté qu’Allah a créés pour les êtres humains : les vêtements et les autres ornements et accessoires embellissants. Autrement dit, les vêtements et les moyens d’embellissement sont la création d’Allah, et Il les a créés pour Ses serviteurs. Il les a créés afin qu’ils en jouissent et les utilisent ; par nature, ils sont licites pour tous. Qui pourrait donc déclarer illicite ce qui est licite ? Seul Allah a le pouvoir de rendre illicites les choses qu’Il a créées. Et c’est Lui qui les a déclarées licites — Il ne s’est pas contenté de les rendre licites, mais a également ordonné de les adopter et de les utiliser, en disant :

Arabe (*******)

— Vos ornements — vos vêtements — revêtez-les à chaque prière.

Ce verset parle lui aussi de l’adoption de vêtements qui soient une zîna, ornés et embellissants. Ainsi, conformément à la directive du Coran concernant les vêtements, il faut essentiellement porter une attention particulière à trois choses : premièrement, ils doivent couvrir les parties intimes ; deuxièmement, ils doivent être des ornements et embellir ; troisièmement, ils doivent être décents, exprimer le sentiment de pudeur et ne pas être une manifestation d’impudence.

Telle est l’orientation que l’on trouve dans le Noble Coran au sujet des vêtements. En dehors de cela, le Coran ne fournit aucune autre indication concernant les vêtements. Ce que l’on apprend du Coran ne dit cependant rien de la coupe, du style, de la forme, ni des dimensions, de la longueur ou de la largeur des vêtements.

Il faut ensuite examiner ce que l’on peut apprendre des hadiths à ce sujet. Il convient tout d’abord de considérer le hadith rapporté dans le « Kitab al-Libas » du Sahih al-Bukhari. Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : Arabe (********)

— Mangez, buvez, habillez-vous et faites l’aumône. (Accomplissez toutes ces actions à deux conditions 🙂 sans gaspiller et sans le faire par orgueil.

Telle est la directive du Noble Messager concernant le fait de manger, de boire, de s’habiller et de faire l’aumône. Ces actes sont permis et libres, sous réserve de deux seules conditions. La première est qu’aucun d’eux ne soit accompli avec excès ni transgression des limites. La seconde est de ne pas les accomplir sous l’emprise de l’orgueil. Dépenser au-delà de ce qui est nécessaire, dans une mesure qui n’est pas souhaitable, voilà ce qu’est l’« isrâf ». Quant à l’orgueil, les vêtements très coûteux et ceux qui manifestent la bravoure, la grandeur et la supériorité sont interdits. Pour ce qui concerne les vêtements, l’orientation qui nous est donnée est la suivante : premièrement, porter un vêtement ou un style de vêtement dont le coût constitue un gaspillage est contraire à la Sunna. Les vêtements doivent absolument en être exempts. Deuxièmement, il ne faut pas porter un vêtement par fierté ou par orgueil, ni un vêtement dont le style, la forme ou les dimensions manifestent la fierté, l’orgueil, la grandeur ou la bravoure, et qui distingue une personne du commun des gens en la rendant exceptionnelle. Le porter serait contraire à la Sunna. Ainsi, tout vêtement, quelle qu’en soit la forme, la catégorie, le style, la coupe ou les dimensions, est approuvé par la Sunna s’il est exempt de gaspillage et d’orgueil. La tenue conforme à la Sunna est donc celle qui répond à ces critères. Le vénérable Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) a dit : Arabe (*****)

— Mange ce que tu veux et porte ce que tu veux, tant que tu évites deux choses : la prodigalité et les dépenses futiles, ainsi que les vêtements exprimant l’orgueil et l’arrogance.

En d’autres termes, tout vêtement exempt de ces deux défauts est, conformément au hadith, un vêtement licite, et le porter est parfaitement permis. Le hadith ne donne aucune instruction particulière et n’impose aucune obligation concernant la forme, le style, la coupe ou la longueur des vêtements.

Le hadith cité ensuite dans le Sahih al-Bukhari est le suivant :

Arabe (*********)

— Le Noble Prophète (s) a dit : Allah ne regardera pas avec miséricorde une personne qui sera privée de la miséricorde d’Allah.

Il faut retenir que ce hadith ne fournit aucune indication concernant la forme, la coupe ou la longueur des vêtements. Il ne donne des directives que sur l’attitude intérieure. Il indique quelle doit être ou ne pas être l’apparence extérieure du port des vêtements. Ainsi, tout ce qui est fait avec une attitude arrogante, quelle que soit la manière dont l’arrogance se manifeste, est interdit.

Lisez ensuite tous les hadiths du Sahih al-Bukhari : vous ne trouverez dans aucun d’eux l’ordre d’adopter une coupe ou une mesure particulière pour les vêtements. Toutefois, les hadiths permettent de savoir que les manches, ou les emmanchures, du kurta du Noble Prophète étaient très étroites. Il est donc permis d’en déduire la licéité des vêtements à manches churidar portés ici. Quelle était la longueur du qamis que portait le Noble Prophète (s) ? Un hadith montre clairement qu’il n’était pas très long. Voici ses termes : Arabe (*********)

— Le qamis du Noble Prophète était généralement confectionné en coton ; son pan était très court et ses manches étaient de type churidar.

Il est donc établi de manière irréfutable que ceux qui prétendent que le Noble Prophète (s) portait une tunique descendant jusqu’à la moitié des mollets ont proféré des mensonges inventés. La vérité est que, lorsqu’il portait un lungi, il revêtait une tunique courte.

Parmi les hadiths rapportés dans le Tirmidhi Sharif au sujet des vêtements, le premier est le suivant :

En arabe (*******)

— Le Noble Prophète (s) a dit : « Les vêtements de soie et l’or ont été interdits aux hommes de ma communauté, tandis qu’ils ont été rendus licites aux femmes. »

Autrement dit, les vêtements de soie sont interdits aux hommes.

En outre, un hadith du Musnad d’Ahmad fournit une idée claire de la longueur que doivent avoir les vêtements portés. Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapporte : En arabe (*********)

— L’izar des croyants peut descendre jusqu’à mi-mollet. Il peut descendre plus bas, jusqu’au-dessus des chevilles. S’il descend plus bas, cela conduit à l’Enfer.

Le mot izar est employé dans le hadith. Il désigne le vêtement porté pour couvrir la partie inférieure du corps, sous la taille. Il peut s’agir d’un lungi, d’un pantalon ample, du pantalon moderne ou de toute autre chose. Leur longueur peut aller du genou jusqu’aux chevilles, en passant par le milieu, jusqu’à la « nisf as-saq ». En dessous de la « nisf as-saq », le vêtement peut également descendre jusqu’aux chevilles ; mais s’il descend plus bas, cela ne peut être licite.

En se fondant sur les hadiths du Prophète honoré (s) à ce sujet, l’honorable Ibn ʿUmar (r) dit : en arabe (*******)

— Le Messager honoré (s) a dit au sujet du châtiment encouru lorsqu’on laisse traîner l’izār sous les chevilles exactement la même chose au sujet du qamīs.

Le « qamīs » est un vêtement couvrant le haut du corps : tout ce que l’on porte pour couvrir cette partie du corps est un qamīs, quelle que soit sa coupe ou sa forme. Il peut s’agir du panjabi, de la chemise, du manteau ou du kurta à col que l’on porte aujourd’hui. Les hadiths ne disent rien de sa coupe. Ils disent seulement qu’il ne doit pas être si long qu’il couvre également les chevilles. Il ressort clairement des paroles de l’honorable Ibn ʿUmar que tout izār ou qamīs qui descend sous les chevilles est interdit. Il faut se rappeler que, dans la société arabe de cette époque, on se couvrait généralement du haut du corps jusqu’en dessous des genoux avec une seule pièce de tissu. C’est d’ailleurs encore ainsi que s’habillent les Arabes aujourd’hui. Ils portent en dessous un vêtement court, puis par-dessus une longue tunique qui descend jusqu’aux chevilles : telle est la tenue ordinaire des Arabes actuels. Ces hadiths indiquent qu’aucun de ces vêtements ne doit être laissé pendre vers le bas au point de couvrir les chevilles. En réalité, s’il est fait mention de quelque chose sous l’expression « nisf al-sāq », ou si celle-ci désigne quelque chose, c’est bien cela.

Mais d’où sait-on que, même en portant un lungi ou un pantalon, il faudrait aussi laisser tomber par-dessus un kurta jusqu’au milieu du mollet, et que le port d’un tel kurta serait une sunna ? Ni du Coran ni des hadiths. Et ce qui n’est pas établi par le Coran et les hadiths ne peut pas davantage être établi par les ouvrages de jurisprudence. Cela n’est pas non plus établi par la pratique des Arabes actuels. Ainsi, le kurta à col descendant « jusqu’à la moitié du mollet », que certains ʿulamāʾ et certains pīrs présentent aujourd’hui comme un « vêtement conforme à la sunna », n’est pas établi par les preuves fondamentales de la charia. C’est une invention pure et simple. Présenter comme un « vêtement conforme à la sunna » un vêtement qui n’est pas établi comme sunna par la charia constitue une très grave innovation (le fait que certains ʿulamāʾ et certains pīrs de ce pays portent, par-dessus un pantalon ou un lungi, un kurta à col jusqu’au milieu du mollet et l’appellent « vêtement conforme à la sunna » est une affirmation inventée. Au mieux, on pourrait le qualifier de vêtement apprécié des ʿulamāʾ et des pīrs pieux de ce pays — libās al-ʿulamāʾ — et rien de plus). C’est également une innovation parce qu’elle entraîne des dépenses supérieures à ce qui est nécessaire. Or, dans le domaine vestimentaire, la première condition est de s’éloigner des dépenses inutiles. Cette innovation s’est actuellement répandue parmi une partie de la population. Ces gens s’imaginent porter un « vêtement conforme à la sunna » et suivre les traces du Messager ; ils ne songent même pas à cette réalité. En vérité, ce n’est rien d’autre qu’un aveuglement extrême.

Dans cet exposé fondé sur les preuves, je n’ai suscité aucune aversion envers ce vêtement et je n’ai pas non plus interdit de le porter. Ce que je veux simplement dire, c’est que qualifier exclusivement ce type de vêtement de « vêtement conforme à la sunna » constitue l’innovation. Je n’ai pas dit que le simple fait de porter ce vêtement était une innovation, et je ne veux pas non plus le dire.

L’innovation consistant à se conformer aux décisions fondées sur les rêves

La caractéristique la plus importante des assemblées des pīrs est que le règne des rêves y est constamment établi. Une vive compétition oppose les disciples et les proches pour savoir qui peut faire le plus grand nombre de rêves et les meilleurs. Il est donc impossible d’affirmer avec certitude que certains d’entre eux ne racontent pas aussi des rêves inventés. En effet, celui qui fera les meilleurs rêves et pourra ainsi prouver la sainteté et le rang élevé du maître vénéré recevra la plus grande part de ses prières, de ses faveurs spirituelles et de ses bénédictions affectueuses. Il faut donc absolument rêver dans cette assemblée : y a-t-il seulement moyen de ne pas rêver ? Les membres de cette assemblée se mettent à rêver dès qu’ils ferment les yeux ; on dirait que les rêves, pris de folie pour eux, restent prêts à surgir à tout moment devant leurs yeux. Il leur arrive même de rêver éveillés, puis de présenter ces rêves à l’assemblée, soigneusement arrangés et embellis, afin de plaire au maître vénéré. Bien plus, c’est également par les rêves que l’on y tranche les questions du bien et du mal, du licite et de l’illicite selon la charia. Quelqu’un dira peut-être : « J’ai vu tel maître en rêve ; il m’a interdit de faire ceci » ; aussitôt, on abandonnera cette action. Ou bien il aura dit de faire telle chose, et l’on se mettra immédiatement à l’accomplir.

Quelqu’un dira : « J’ai vu le Prophète honoré (s) en rêve ; il m’a ordonné de faire ceci », et aussitôt on se mettra à accomplir cette action. Ou bien l’on cessera une action parce qu’il l’aurait interdite. On ne prend absolument pas la peine d’examiner quelle est la décision de la charia à ce sujet ; ces gens ne ressentent nullement le besoin de demander ce que dit la charia.

Ainsi, se fier aux rêves, se laisser guider par eux, accomplir ou ne pas accomplir un acte sur la base d’un rêve, telle est la conduite des adorateurs des saints ; ce n’est pas celle d’un adepte de la charia. En effet, même si une personne ordinaire fait réellement un rêve, celui-ci ne peut constituer une règle de la charia. Un rêve peut être véridique. Si quelqu’un fait véritablement un rêve, il peut en tirer soit une heureuse annonce personnelle, soit une indication l’invitant à se montrer prudent à propos d’une affaire. Il doit donc remercier Allah. Mais un rêve ne peut établir ce qui est obligatoire ou requis, licite ou illicite, permis ou interdit, ni ce qu’il faut ou ne faut pas faire. Si l’on apprend par un rêve quelque chose qui est conforme à la charia, c’est certes une bonne chose ; mais si l’on y apprend quelque chose qui lui est contraire, on ne doit en aucun cas le suivre. Cela s’explique par le fait que nul n’a le droit d’édicter une règle contraire à la charia ; quelle valeur un rêve pourrait-il avoir face à la charia ?

Il est certes exact que, du point de vue de l’islam, les rêves ne sont pas à rejeter entièrement. Il est également établi par les hadiths que l’on peut voir le Prophète ﷺ en rêve. Mais la première question est la suivante : si Satan prend en rêve une apparence quelconque, autre que l’apparence véritable du Prophète ﷺ, et se présente comme étant le « Prophète ﷺ », comment celui qui rêve pourra-t-il savoir qu’il ne s’agit pas du véritable Messager ?

À ce propos, il convient d’examiner attentivement la formulation du hadith du Messager ﷺ et les termes qui y sont employés. ʿAbdullah rapporte du Prophète ﷺ qu’il a dit :

« Celui qui m’a vu en rêve m’a véritablement vu, car Satan ne peut prendre mon apparence ni mes traits. » (At-Tirmidhi).

Puisque Satan ne peut prendre l’apparence ni les traits du Messager, si quelqu’un voit en rêve le noble Messager ﷺ, il faut croire qu’il a bien vu le Messager lui-même et personne d’autre : c’est ce qui ressort clairement des termes et de la formulation du hadith. Mais, sur la base même de ces termes et de cette formulation, deux points demeurent en suspens et nécessitent une clarification. Le premier est le suivant : le noble Messager ﷺ a dit que celui qui l’a vu l’a véritablement vu ; mais si quelqu’un voit une autre personne et se trompe, ou si Satan lui inspire l’illusion qu’il s’agit du Messager ﷺ, qu’en sera-t-il ? La formulation de ce hadith ne laisse-t-elle pas la possibilité d’un tel cas ?

Deuxièmement, le noble Messager ﷺ a dit que Satan ne peut prendre mon apparence ni mes traits. Mais si Satan prend l’apparence et les traits d’une autre personne et inspire à celui qui rêve l’illusion qu’il s’agit du noble Messager, qu’en sera-t-il ?

La formulation explicite de ce hadith permet-elle une telle éventualité ? Il me semble que le hadith n’a pas fermé la porte à ces deux possibilités. C’est précisément en gardant cette éventualité à l’esprit que nous abordons la question. Les explications données à ce hadith par des spécialistes du hadith tels qu’al-Māzarī et le qadi ʿIyāḍ vont également dans ce sens. (Voir le commentaire d’At-Tirmidhi, Tuhfat al-Ahwadhī, vol. 6, p. 555.)

Ainsi, l’idée selon laquelle il faudrait nécessairement agir conformément à un rêve dès qu’on en fait un n’a pas cours en islam. Deuxièmement, tout ce que le Prophète ﷺ avait à dire, il l’a entièrement communiqué de son vivant ; c’est durant sa vie que la religion a atteint sa perfection. Il ne peut donc plus avoir quoi que ce soit de nouveau à dire. Il incombe au Prophète d’établir ce qui est licite et illicite, permis et interdit. Cette responsabilité du Prophète se limitait à la durée de sa vie. Après la fin de sa vie, il ne peut plus assumer aucune responsabilité de cette nature. De plus, le dernier Prophète était déjà, de son vivant, le « Sceau des prophètes ». Sa vie a pris fin, et avant cela la mission de la prophétie avait été pleinement accomplie. Dès lors, il n’est nul besoin qu’une nouvelle règle de la charia soit donnée par l’intermédiaire d’un rêve. Ainsi, même si l’on voit le Prophète ﷺ en rêve et que l’on reçoit de lui une instruction, ni celui qui a fait le rêve ni aucun membre de la communauté n’a la responsabilité de l’appliquer. La religion de l’islam est parfaite. Elle constitue désormais l’unique règle définitive pour l’humanité tout entière. Tout doit être appris d’elle, accepté d’elle et pratiqué en la suivant.

La valeur accordée aux rêves dans la charia est prouvée par le hadith suivant. À ce propos, on peut mentionner deux hadiths. Le premier est rapporté d’Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée). Il dit : Arabe (********)

— Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Il ne reste plus rien de la prophétie ; tout est achevé. Il ne reste maintenant que les annonciateurs de bonnes nouvelles. » Les Compagnons demandèrent : « Que signifie “les annonciateurs de bonnes nouvelles” ? » Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Ce sont les bons rêves. »

Le deuxième hadith est rapporté d’Anas (qu’Allah l’agrée). Il dit : Arabe (********)

— Le bon rêve n’est qu’une part sur quarante-six de la prophétie.

Le premier hadith nous apprend seulement que le bon rêve n’est qu’un moyen pour le serviteur de recevoir une bonne nouvelle. Le deuxième hadith nous apprend que ce « bon rêve » possède le rang d’une part sur quarante-six de la prophétie. Que sont donc les quarante-cinq parts restantes ? Ce sont le Coran et la Sunna reçus par l’intermédiaire de la prophétie. [Dans ce hadith, le bon rêve est présenté comme une part sur quarante-six de la prophétie. Dans le hadith rapporté par Abou Hourayra dans le Sahih de Mouslim, il est dit que le « bon rêve » est une part sur quarante-cinq de la prophétie ; dans le hadith rapporté par Ibn Amr, il est dit qu’il en est une part sur soixante-dix. Ces formulations ne désignent donc aucune proportion déterminée. Deuxièmement, dire que le bon rêve fait partie de la prophétie ne signifie pas qu’il soit, tout comme la prophétie, une source de prescriptions infaillibles. Cette expression sert uniquement à montrer une similitude entre la prophétie et le bon rêve. Sinon, le bon rêve ne pourra jamais être égal à la prophétie. (Commentaire du Muwatta rédigé par Zourqani, vol. 4, p. 351.)]

Ainsi, le Coran et la Sunna constituent le fondement véritable et essentiel de la religion. C’est cela la réalité ; présenter les rêves en opposition à celle-ci est le fait de gens épris de fantaisie. Ceux qui souhaitent régler correctement les affaires de la vie réelle doivent avancer en prenant le Coran et la Sunna pour fondement, au lieu de courir après les rêves. Ceux qui n’agissent pas en se fondant sur les prescriptions concrètes du Coran et du hadith, qui n’en tirent pas les orientations et les décisions pour leur voie de vie, mais prennent des décisions sur toute chose en se fondant uniquement sur les rêves, ne sont véritablement pas des croyants ; ils ne sont pas croyants envers le Coran d’Allah et la Sunna de Son Messager. Ce sont donc des adeptes de la bid‘a, des gens innovateurs.

Prévention de la bid‘a et établissement de la Sunna

Cette longue discussion sur la Sunna et la bid‘a établit que l’idéal complet de l’islam est la Sunna, et que ce qui lui est opposé est appelé bid‘a. La Sunna est l’« uswa hassana » — le modèle parfait, le meilleur et le plus élevé — que tout être humain croyant en Allah et au Jour dernier doit impérativement suivre. En réalité, tout idéaliste islamique adopte et suit pleinement cet idéal dans son cœur, son esprit et ses actes. C’est lui le véritable musulman.

À l’inverse, toute pensée, croyance ou pratique concrète adoptée en opposition à l’islam est une innovation religieuse. Telle était donc cette jāhiliyya que le Prophète universel, le vénérable Muhammad, était venu au monde pour abolir. Par les efforts inlassables qu’il déploya tout au long de sa vie prophétique, il réduisit en poussière les fondements de la jāhiliyya et ferma définitivement la voie aux innovations, tout en établissant pleinement la Sunna. Il forma également, sur la base de cet idéal, la société des Compagnons dans toute sa mesure. Il a laissé à cet égard tant d’enseignements innombrables et précieux qu’il est impossible d’en achever l’exposé. Il souhaitait ardemment que la société qu’il avait créée ne favorise en aucune circonstance les innovations et ne s’écarte pas de la voie lumineuse et exemplaire de la Sunna. Plus encore, il désirait de tout son cœur que cette société demeure constamment mobilisée et dévouée à combattre les innovations et à rétablir la Sunna. Nous rapportons ici quelques-unes de ses paroles à ce sujet.

Le noble Prophète s’adressa à Bilāl ibn al-Ḥārith et lui dit : Arabe(*****)

— Sache que celui qui, après moi, fera revivre l’une de mes Sunan tombées dans l’oubli recevra une récompense et une rétribution équivalant à celles de celui qui l’aura mise en pratique. Mais la récompense de ceux qui la pratiqueront ne sera en rien diminuée. À l’inverse, celui qui inventera et répandra une innovation égarante, qu’Allah et Son Messager n’agréent nullement, portera un péché équivalant à celui de quiconque la mettra en pratique. Toutefois, leurs péchés ne seront en rien diminués.

Voici également un autre hadith du Prophète à ce sujet. Il s’adressa à Anas et lui dit : Arabe(*********)

— Mon cher fils ! Si tu peux faire en sorte de ne garder, matin et soir, à aucun moment, aucune rancœur envers qui que ce soit, alors fais-le absolument. Mon cher fils ! Cela fait partie de l’une des Sunan que j’ai enseignées. Celui qui fera revivre ma Sunna m’aura aimé ; et celui qui m’aime sera mon compagnon au Paradis dans l’au-delà.

Il ressort clairement du premier hadith que le Messager vénérable savait et comprenait parfaitement que la Sunna qu’il avait enseignée et établie pouvait un jour tomber dans l’oubli et être abandonnée par la société musulmane. Mais il ne pouvait même pas imaginer que cette Sunna demeurerait morte et disparaîtrait pour toujours, sans jamais être revivifiée ni rétablie. C’est pourquoi, par ces hadiths, il voulut encourager la communauté qu’il avait formée à faire revivre les Sunan tombées dans l’oubli. De même, puisqu’une Sunna pouvait tomber dans l’oubli, il comprenait clairement que des innovations pouvaient aussi être inventées et s’introduire au sein de la communauté qu’il avait fondée. C’est pourquoi il a mis sa communauté en garde contre les conséquences terribles de l’invention et de la propagation des innovations.

Dans le hadith précité, une analyse d’une sunna particulière du noble Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) a d’abord été donnée. Cette sunna consiste à ne laisser dans le cœur d’aucun membre de la société musulmane la moindre place à la jalousie ou à l’hostilité envers autrui. Ce hadith montre clairement combien cette jalousie et cette hostilité sont néfastes pour la foi et les œuvres, ainsi que pour les relations mutuelles, la paix sociale et l’ordre. Le noble Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) a dit que vivre ses jours avec un cœur aussi pur constitue mon idéal et ma sunna. Si, un jour, la société et ses membres perdaient la qualité de pratiquer cette sunna si élevée, ce serait, pour l’ensemble de la nation, un abandon de son idéal. Or l’abandon de leur idéal par les musulmans ne pouvait en aucune manière plaire au Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). C’est pourquoi, à l’occasion de cette sunna apparemment modeste, il a adressé à toute la communauté musulmane une parole d’une immense valeur : celui qui fera revivre l’une de mes sunnas et remettra en vigueur une sunna délaissée, celui-là aura aimé le Messager. En d’autres termes, seul celui qui aime le Messager peut faire revivre sa sunna et se consacrer à cet effort de résurrection ; nul autre ne le peut. Plus encore, c’est lui seul qui peut prouver la sincérité et le dévouement de son amour envers le Messager. Celui qui ne fait aucun effort pour faire revivre sa sunna ne peut apporter la moindre preuve qu’il éprouve dans son cœur ne serait-ce qu’une parcelle d’amour pour le Messager. Il n’a même pas le droit de le prétendre. Pourtant, éprouver un amour sincère pour le Messager est une condition fondamentale de la foi. Ainsi, tous ceux qui aiment le Messager aiment sa sunna ; et tous ceux qui aiment la sunna du Messager ne peuvent ni la négliger, ni tolérer qu’elle meure et disparaisse, ni rester muets, silencieux et inactifs après sa disparition. La foi et l’amour envers le Messager les pousseront à se jeter dans l’œuvre d’établissement de la sunna et à déployer toutes leurs forces pour combattre la bid‘a ; ils ne leur permettront pas de demeurer tranquillement inactifs, ne serait-ce qu’un seul instant. Il est indispensable que chaque croyant porte en lui un amour aussi profond pour le Prophète et un attachement aussi sincère à sa sunna. Il est également nécessaire qu’existe une collectivité constituée de ces croyants, forte par sa puissance de foi, inflexible à l’égard de la sunna et résolue dans la lutte contre la bid‘a. Le noble Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) avait édifié une telle collectivité organisée. Tant que cette collectivité demeura dans le monde, aucune bid‘a ne put pénétrer dans la société musulmane et aucune sunna ne put être abandonnée. Mais, par la suite, l’histoire connut une période où la bid‘a pénétra dans la société musulmane et où la sunna fut délaissée. Malgré cela, on n’a jamais vu, à aucune époque, les personnes s’efforçant de dénoncer la bid‘a et d’établir la sunna faire défaut dans la société musulmane. Dans le passé, le conflit intense entre la sunna et la bid‘a a joué un rôle historique. Tantôt les partisans de la bid‘a ont remporté une victoire apparente, tantôt ceux qui aspiraient à établir la sunna ont obtenu le dessus. Cette alternance de victoire et de défaite est elle aussi une vérité éternelle. Cependant, depuis longtemps, l’influence de la bid‘a se manifeste avec une force considérable dans la société musulmane, où elle s’est introduite librement. Ce n’est pas que personne ne la dénonce ; mais, face à la puissance avec laquelle la bid‘a s’affirme, les protestations s’élèvent d’une voix extrêmement faible, de manière désorganisée et presque au niveau individuel. Or il faut une résistance puissante et organisée. Il ne faut pas seulement une résistance négative : il faut aussi un effort global et total pour établir positivement la sunna. Seul un effort aussi total et complet peut aujourd’hui sauver la société musulmane du flot de cette inondation de bid‘a. Sinon, cette société risque d’être emportée par le courant de la bid‘a jusqu’à la perdition. C’est pourquoi cette longue étude sur la « Sunna et la bid‘a » est aujourd’hui présentée à la société. Que la bid‘a soit repoussée — non pas seulement une partie de la bid‘a, ni quelques-unes de ses petites manifestations, mais qu’elle soit repoussée entièrement et de façon totale ; que cet arbre empoisonné et dévorant de la bid‘a soit déraciné. Et qu’en même temps la sunna soit établie : non pas une sunna purement extérieure, mais la sunna véritable, la sunna complète, celle que le dernier Prophète, Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), a laissée dans le monde pour toujours. Telle est mon unique aspiration pour l’humanité entière, le désir le plus profond de mon cœur. C’est cet appel que je présente aujourd’hui à tous les musulmans en général, à la communauté des savants en particulier, et plus particulièrement encore à la jeunesse qui croit à l’idéal islamique.

Cette longue étude consacrée à la sunna et à la bid‘a a clairement établi, sur la base des arguments et des preuves, que la bid‘a consiste à faire passer au nom de la religion pour une bonne œuvre et une œuvre méritoire toute action, question, affaire, règle, coutume ou méthode étrangère au Coran et à la Sunna — une pratique pour laquelle on ne peut fournir aucune attestation tirée du Coran et de la Sunna, et dont on ne trouve aucun exemple à l’époque des califes bien guidés.

En réalité, la bid‘a consiste à légiférer soi-même la charia et à considérer autrui comme associé à la puissance et à la divinité d’Allah, ou à l’accepter comme tel. Nul n’ignore l’immensité du péché que représentent le fait d’attribuer un associé à Allah ou de croire qu’Il en possède un. À ce propos, le verset coranique suivant mérite d’être mentionné. Allah Très-Haut a dit :

Arabe (*****)

أَمْ لَهُمْ شُرَكَاءُ شَرَعُوا لَهُم مِّنَ الدِّينِ مَا لَمْ يَأْذَن بِهِ اللَّهُ ۚ وَلَوْلَا كَلِمَةُ الْفَصْلِ لَقُضِيَ بَيْنَهُمْ ۗ وَإِنَّ الظَّالِمِينَ لَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ [٤٢:٢١]

— Ont-ils donc des associés qui auraient établi pour eux, en matière de religion, des prescriptions qu’Allah n’a pas permises ? Si la décision finale n’avait pas été déjà décrétée, il aurait été statué dès aujourd’hui sur leur cas. Et les injustes subiront un châtiment douloureux et sévère. (Ach-Chûrâ : 21).

Le sens de ce verset est le suivant : ceux qui ne se contentent pas de la charia d’Allah, ceux qui estiment nécessaire de considérer comme lois et charia les prescriptions établies par d’autres, et ceux qui croient que les lois et la charia inventées par les hommes, en dehors de la charia donnée par Allah et en opposition avec elle, constituent des œuvres méritoires agréées par Allah, sont des injustes. C’est pour ces injustes qu’un châtiment sévère a été réservé.

Pratiquer les lois et la charia inventées par les hommes en dehors de la charia d’Allah, voilà ce qu’est la bid‘a. Et, selon la déclaration de ce verset, cette bid‘a est du shirk. Car, en réalité, Allah n’a aucun associé et rien ne Lui est associé. L’être humain n’est pas tenu d’obéir à une charia ou à une loi établie par quiconque autre qu’Allah. Par conséquent, tous ceux qui émettent des fatwas, élaborent des prescriptions religieuses, ou instaurent des coutumes et des méthodes sans preuve tirée de la charia d’Allah sont plongés dans le shirk de la bid‘a.

En pratiquant la bid‘a, on ne commet pas seulement du shirk envers Allah, mais aussi du shirk concernant la mission du Messager éminent (s). En effet, c’est le Messager qui a présenté dans son intégralité la Loi révélée par Allah — tel était précisément le but de l’envoi des messagers. C’est le Messager qui, avec la permission d’Allah, a indiqué ce qu’est la religion d’Allah.

C’est par l’intermédiaire du Messager que les limites des commandements et des interdits, du licite et de l’illicite, du permis et de l’interdit, ainsi que de la récompense et du châtiment, ont été fixées. Dans ces conditions, si quelqu’un présente comme relevant de la Loi une chose qui se trouve en dehors de la Loi du Messager, et qu’une autre personne l’accepte, alors tous deux commettent simultanément du shirk envers Allah et associent également un partenaire au Messager. Cette personne veut s’approprier la mission et le rang du Messager, ou attribuer à quelqu’un d’autre que le Messager ce rang. En introduisant de nouveaux rites et usages dans la religion complète de l’islam, elle prend elle-même la place du Prophète, même si elle ne le prétend pas oralement. Quant au fait que personne ne sera ni ne pourra être prophète après le noble Messager, Muhammad (s), cela fait partie des croyances fondamentales de l’islam.

Il convient ici de mentionner un hadith rapporté par Sahih Muslim et le Musnad d’Ahmad :

— Au lieu du Rassemblement, le noble Messager (s) fera boire à sa communauté, coupe après coupe, l’eau du Hawd al-Kawthar. Les gens continueront d’arriver d’un côté, de boire jusqu’à être désaltérés, puis de repartir de l’autre côté. Alors le Prophète dit : « Une barrière sera dressée entre moi et eux. Ils ne pourront pas m’atteindre. » Je dirai en implorant Allah : « Ô Allah ! Ce sont pourtant les membres de ma communauté. Pourquoi les a-t-on empêchés de venir ? » Alors Allah répondra : « Tu ne sais pas quelles innovations ces gens ont introduites après ta mort. » Il sera dit : « Ils ont changé et déformé la religion que tu leur avais présentée. » (C’est pourquoi les adeptes de la bid‘a ne pourront jamais se présenter au Hawd al-Kawthar.) Le noble Prophète (s) dit : « Alors je leur dirai : Éloignez-vous, éloignez-vous ! Disparaissez de devant mes yeux. »

Le sort tragique de la bid‘a et de ses adeptes apparaît clairement à travers ce hadith authentique. Dans ces conditions, il va sans dire que les musulmans croyants ont le devoir majeur de s’éloigner totalement de la bid‘a et de s’efforcer de l’éradiquer complètement de la société et de l’État. À cette fin, la juste ligne d’action consiste à diffuser l’idéal complet de l’islam libéré de la bid‘a, à former l’opinion publique, puis à établir un État islamique grâce à la force de cette opinion. Ensuite, il faut employer pleinement la puissance de cet État islamique à effacer de la vie et de la société jusqu’à la dernière trace de bid‘a qui y subsisterait. En agissant de cette manière, la bid‘a disparaîtra et la Sunna sera également établie. Telle est, en vérité, la ligne d’action de l’islam.

Enfin, je souhaite citer ici une parole de l’imam al-Ghazali et annoncer par là l’achèvement de cet ouvrage. Il a dit : Arabe (*******)

— Quel que soit le type de bid‘a, il faut en fermer toutes les portes et jeter leurs innovations au visage des adeptes de la bid‘a, même s’ils sont fermement convaincus qu’elles sont justes !

— Fin —