Notre propos
Le maulana Sayyid Abul A‘la Mawdudi (qu’Allah lui fasse miséricorde) n’a pas pu achever son célèbre ouvrage Sîrat-e Sarwar-e Alam. Après avoir écrit jusqu’à l’Hégire, il s’est éteint. L’ouvrage a été publié en deux volumes en ourdou. Nous avons publié en bengali ces deux volumes ourdous, couvrant la période jusqu’à l’Hégire, en cinq volumes : le premier volume ourdou en deux volumes bengalis, ainsi que la troisième partie du deuxième volume ourdou.
Le premier volume bengali présente principalement une discussion théorique sur la prophétie et la mission apostolique. Le deuxième volume traite de l’histoire de la destruction des peuples anciens. À partir du troisième volume commence l’étude de l’histoire de la vie du prophète Muhammad, messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
L’Académie de recherche Sayyid Abul A‘la Mawdudi a entrepris de présenter aux lecteurs bengalophones l’ensemble des ouvrages du maulana. Presque tous ses ouvrages ont déjà été traduits et publiés en bengali. Le présent ouvrage a été traduit par le proche collaborateur du maulana, l’éminent écrivain M. Abbas Ali Khan. Quant à sa maîtrise de la traduction, à la précision de son choix des mots et à la vigueur de sa langue, nous ne pensons pas devoir en dire davantage aux lecteurs avertis.
Nous remercions Allah le Très-Haut de nous avoir permis de publier cet ouvrage au nom de l’Académie. Qu’Il accorde à tous les lecteurs de cet ouvrage la capacité de comprendre la véritable mission de la prophétie. Amîn.
Abdus Shahid Nasim
Directeur
Académie de recherche Sayyid Abul A‘la Mawdudi
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L’islam est en réalité le nom de ce mouvement qui veut édifier tout l’édifice de la vie humaine sur la conception et la conviction de la souveraineté de l’Allah unique. Ce mouvement existe depuis les temps les plus anciens, reposant sur la même base et suivant la même méthode. Il a été dirigé par ceux que l’on appelle les prophètes et messagers d’Allah, le Très-Haut. Si nous devons conduire ce mouvement, nous sommes nécessairement tenus de suivre la méthode d’action de ces dirigeants. Car, en dehors de celle-ci, il n’existe et ne peut exister aucune autre méthode adaptée à ce genre particulier de mouvement. Lorsque nous tentons, à ce sujet, de rechercher les traces des nobles prophètes, nous rencontrons de grandes difficultés. Nous ne savons pas grand-chose des actions et des œuvres des prophètes qui ont vécu dans les temps anciens. Le Coran en donne quelques indications succinctes. Mais il n’est pas possible d’en reconstituer le plan d’ensemble. Dans le Nouveau Testament de la Bible, on trouve certaines paroles peu fiables de Jésus, le Messie, qui éclairent dans une certaine mesure un aspect de la question : comment le mouvement islamique peut être conduit à son tout premier stade et à quels problèmes il doit alors faire face. Mais Jésus n’a pas eu à affronter le stade ultérieur, et l’on n’en trouve aucune indication à son sujet. Sur cette question, nous ne recevons une orientation claire et complète que d’une seule source : la vie du prophète Muhammad Mustafa. Si nous nous tournons vers lui, ce n’est pas seulement par respect pour sa personne ; en réalité, nous sommes contraints de nous tourner vers lui afin d’acquérir une connaissance des difficultés et des étapes de cette voie. Parmi tous les dirigeants du mouvement islamique, le prophète Muhammad est le seul dirigeant dont la vie nous permet de connaître, de manière complète et extrêmement fiable, chaque étape et chaque aspect, depuis l’appel initial de ce mouvement jusqu’à l’établissement de l’État islamique, puis jusqu’à la structure de l’État, sa constitution, ses politiques intérieure et extérieure, ainsi que les principes et méthodes de son administration.
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Introduction
En rassemblant avec talent, dans mes différents écrits, les exposés consacrés à la prophétie et à la noble Sîra, Monsieur Naïm Siddiqi et Monsieur Abdoul Wakil Alavi ont préparé le premier volume de cet ouvrage (les premier et deuxième volumes en bengali). Je n’y avais pas jugé particulièrement nécessaire d’apporter des ajouts ou des remaniements.
Cependant, les écrits qu’ils ont rassemblés pour ce volume comportaient çà et là des lacunes. Il était absolument impossible de composer un ouvrage de Sîra avec de telles lacunes. J’y ai donc apporté de nombreux ajouts et développements. Il est désormais devenu un ouvrage de Sîra ininterrompu et suivi.
Ce deuxième volume (dans l’original) s’achève avec le récit de l’Hégire. C’est alors que commencera le chapitre médinois. Ce chapitre est en réalité pareil à un océan sans rivage. Je prie le Très-Haut de m’accorder la force et la réussite nécessaires pour achever cet ouvrage, et de le rendre bénéfique à Ses serviteurs.
Abul Ala
Septième chapitre
Le début de la prédication publique
Tout ce qui a été exposé dans les deux chapitres précédents permet de comprendre clairement pourquoi, après avoir prêché l’islam en secret pendant trois ans, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), lorsqu’il commença à le proclamer publiquement, suscita une telle fureur chez les Quraychites et les Arabes en général, et pourquoi ceux-ci se déchaînèrent contre le Prophète, multipliant les obstacles, l’hostilité et les comportements grossiers. Cette discussion permet également de comprendre clairement avec quelles armes puissantes de l’argumentation et du caractère cette prédication de l’islam fut présentée : face à elle, l’ancienne jahiliyyah se retrouva impuissante, malgré toutes ses ruses, ses tromperies, ses manœuvres et son oppression. Nous reprenons maintenant le fil du récit historique à l’endroit même où nous l’avions interrompu au quatrième chapitre.
La toute première manifestation publique de l’islam
Bien que les historiens et les auteurs de biographies prophétiques n’aient pas analysé ce sujet, le fait que, juste après les cinq premiers versets de la sourate Al-‘Alaq, le Coran relate soudainement, des versets 6 à 21, l’épisode d’un homme qui interdit à un serviteur d’Allah de prier et cherche à l’en empêcher en le menaçant, permet, à la lumière de l’explication donnée dans les recueils fiables de hadiths — selon laquelle celui qui priait était le Prophète lui-même (paix et bénédictions d’Allah sur lui), tandis que celui qui l’en empêchait était Abou Jahl — de comprendre clairement que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) manifesta pour la toute première fois sa religion en accomplissant la prière selon le rite islamique dans le Haram de la Kaaba. Jusqu’alors, les musulmans priaient en secret. Personne n’osait prier publiquement, non seulement dans le Haram de la Kaaba, mais même dans un lieu découvert. Une seule fois, des polythéistes avaient aperçu des musulmans prier avec Sa‘d ibn Abi Waqqas (qu’Allah l’agrée) dans une vallée déserte de La Mecque, ce qui avait provoqué un tumulte extrême, comme nous l’avons exposé précédemment. Mais lorsqu’Allah Tout-Puissant voulut que l’islam soit prêché ouvertement, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit au Haram et y commença la prière, sans crainte ni hésitation. Nul autre que lui n’aurait pu faire preuve d’un tel courage. (Ajout de l’auteur.)
C’est alors que les gens ordinaires de Quraysh prirent pour la première fois conscience que la religion de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était différente de la leur. Ceux qui l’avaient vu en furent stupéfaits. Mais l’émotion de la jahiliyyah d’Abou Jahl s’embrasa, et il tenta à plusieurs reprises d’empêcher le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de prier en le menaçant. Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’Abou Jahl demanda aux Quraychites : « Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pose-t-il son visage au sol devant vous ? » Ils répondirent : « Oui. » Abou Jahl dit alors : « Par al-Lat et al-‘Uzza ! Si je le vois prier ainsi, je poserai mon pied sur sa nuque et lui écraserai le visage contre le sol. » Puis, quelque temps après, l’ayant aperçu en train de prier, il s’avança pour poser son pied sur sa nuque. Mais soudain, les gens le virent reculer et tenter de protéger son visage avec quelque chose. On lui demanda ce qui lui était arrivé. Il répondit : « Il y avait entre lui et moi un fossé de feu, une chose terrifiante et des ailes. »
Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « S’il s’était approché de moi, les anges lui auraient arraché la tête. » (Ahmad, Muslim, An-Nasaï, Ibn Jarir, Ibn Abi Hatim, Ibn al-Mundhir, Ibn Mardawayh, Nou‘aym, Isfahani, Al-Bayhaqi.)
Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’Abou Jahl dit : « Si je vois Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) prier près de la Kaaba, je lui écraserai la nuque sous mon pied. » Lorsque cette nouvelle parvint au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il dit : « S’ils faisaient cela, les anges le saisiraient publiquement. » (Al-Boukhari, At-Tirmidhi, An-Nasaï, Ibn Jarir, Abd ar-Razzaq, Abd ibn Humayd, Ibn al-Mundhir, Ibn Mardawayh.)
Ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) priait à la station d’Ibrâhîm. Abû Jahl passa par là et dit : « Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ne t’avais-je pas interdit cela ? » Puis il se mit à le réprimander. En réponse, le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le réprimanda sévèrement. Abû Jahl lui dit alors : « Ô Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ! Par qui cherches-tu à m’intimider ? Par Dieu, dans cette vallée, mes soutiens sont plus nombreux que ceux de tous les autres ! » (Ibn Jarîr, Ahmad, Tirmidhî, Nasâ’î, Ibn Abî Shayba, Ibn al-Mundhir, Tabarânî, Ibn Mardûya). (Tafhîm al-Qur’ân, tome 6, introduction à la sourate « Al-‘Alaq ».)
Ensuite, d’autres Qurayshites se rassemblèrent également et empêchèrent le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de prier dans le Sanctuaire de la Kaaba. Mais ils échouèrent. Le Coran dit :
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Et lorsque le serviteur d’Allah se leva pour L’invoquer, ils faillirent se ruer sur lui (les Djinns, 19).
Ici encore, les exégètes ont compris par « le serviteur d’Allah » le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ce verset prouve que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne cessa pas de prier publiquement, bien qu’Abû Jahl et d’autres Qurayshites se tinssent prêts à se ruer sur lui.
L’appel adressé à sa propre famille
La deuxième mesure que prit le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fut d’appliquer cet ordre d’Allah le Très-Haut :
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Conformément à cela, il invita sa propre famille chez lui. Parmi eux se trouvaient, outre les Banû ‘Abd al-Muttalib et les Banû Hâshim, quelques membres des Banû al-Muttalib et des Banû ‘Abd Manâf. Al-Balâdhurî et Ibn Kathîr rapportent que quarante-cinq personnes au total participèrent à cette invitation. Avant même que le Prophète (s) n’eût dit quoi que ce soit, Abû Lahab se mit à parler : « Voici ton oncle et tes cousins. Tu peux dire ce que tu veux, mais ne parle pas de renoncer à la religion. Tu dois garder à l’esprit que ton peuple n’a pas la force de combattre l’ensemble des Arabes. Les membres de ta famille sont les plus habilités à te retenir en te saisissant par la main. Si tu persistes dans ce que tu fais, tous les Qurayshites se jetteront sur toi et les Arabes viendront à leur aide. Je n’ai jamais vu quelqu’un apporter à sa propre famille un malheur plus grand que celui que tu lui as apporté. »
C’est ainsi qu’Abû Lahab fit échouer la première réunion. Le deuxième jour, le Prophète (s) invita de nouveau les membres de sa famille et leur exposa son appel religieux. Abû Tâlib dit : « Je ne veux pas abandonner la religion de ‘Abd al-Muttalib. Toutefois, poursuis la mission qui t’a été ordonnée. Je te soutiendrai et te protégerai. »
Abû Lahab dit : « Par Dieu, c’est une très mauvaise parole. Saisis-le par la main avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. » Abû Tâlib répondit : « Par Dieu, aussi longtemps que je vivrai, je le protégerai. » Al-Balâdhurî et Ibn ‘Âmîr rapportent ce récit d’après Ja‘far ibn ‘Abd ibn Abî al-Hakam, qui était un transmetteur digne de confiance (Ansâb al-Ashrâf d’al-Balâdhurî, tome 1, p. 118-119 ; Târîkh al-Kâmil d’Ibn ‘Âmîr, tome 2, p. 49-41). (Ajout de l’auteur.)
Des sources fiables rapportent que, dans le sermon qu’il prononça, le Prophète (s) s’adressa à chacun nommément : « Ô descendants de ‘Abd al-Muttalib ! Ô ‘Abbâs ! Ô Safiyya, tante du Messager de Dieu ! Ô Fâtima, fille du Prophète ! Préservez-vous du feu de la Géhenne, car je n’ai aucun pouvoir pour vous sauver de la saisie de Dieu. Vous pouvez toutefois me demander ce que vous voulez de mes biens. » Son sermon fut le suivant :
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Son sermon n’était pas seulement un appel à la vérité adressé à ses proches. Il en ressortait également que la religion de Dieu est impartiale. Elle ne prévoit aucun privilège particulier pour la personne du Prophète (s) ni même pour ses plus proches parents. Ici, tout comportement envers quiconque sera fondé sur la considération de ses qualités. La noblesse de l’ascendance et les liens de parenté avec quelqu’un ne serviront à rien. La crainte du châtiment de Dieu pour l’égarement et les mauvaises actions est la même pour tous. Il n’en va pas ainsi que tous les autres seront saisis tandis que les proches du Prophète y échapperont. Comme il était nécessaire de mettre clairement ce principe en évidence, le Messager (s) mentionna dans son sermon le nom de sa propre fille, Fâtima (r). Pourtant, elle n’avait alors pas plus de deux ans et demi. Il est évident qu’elle n’était nullement concernée par une responsabilité au sujet de laquelle aurait pu se poser la question du châtiment ou de la récompense. Mais le but de cette parole était de faire ressortir cette vérité : dans la religion islamique, il n’existe aucun privilège particulier pour le Prophète et sa famille dont les autres seraient privés. Ce qui est un poison mortel est un poison pour tous. Le devoir du Prophète est de s’en éloigner lui-même avant tous les autres et d’en avertir ses proches. Puis il doit mettre en garde l’ensemble des gens en leur disant que celui qui l’absorbera mourra. De même, ce qui est bénéfique est bénéfique pour tous. Le devoir du Prophète est de l’adopter lui-même avant tous les autres et d’en conseiller l’adoption à ses proches, afin que chacun voie que ce conseil bénéfique ne s’adresse pas seulement aux autres. Au contraire, le Prophète (s) est parfaitement sincère dans son appel : il le met lui-même en pratique et recommande aussi aux autres de le suivre. (Tafhîm al-Qur’ân, tome 3, al-Shu‘arâ’, note 35.)
L’appel de l’islam à toutes les familles des Quraysh
La troisième démarche qu’il entreprit ensuite fut la suivante : un jour, à l’aube, il se tint au sommet du mont Safâ et lança à haute voix l’appel : « Yâ Sabâhâ ! » (Ô malheur du matin !) « Ô gens des Quraysh ! Ô descendants de Ka‘b ibn Lu’ayy ! Ô Banû Murra ! Ô gens de Qusayy ! Ô ‘Abd Manâf ! Ô ‘Abd Shams ! Ô gens de ‘Abd al-Muttalib ! » Ainsi, il appela chaque tribu et chaque famille des Quraysh par son nom. Les Arabes avaient pour coutume que, lorsqu’une attaque soudaine était redoutée à l’aube, celui qui en prenait connaissance lançait cet appel, et les gens, l’entendant, accouraient de toutes parts vers lui. En vérité, en entendant un tel appel du Prophète (s), tous sortirent de leurs maisons. Celui qui ne pouvait venir envoya quelqu’un prendre des nouvelles. Lorsque tous furent réunis, le Prophète (s) dit : « Ô gens ! Si je vous disais qu’une grande armée se trouve de l’autre côté de la montagne et veut se jeter sur vous, croiriez-vous que je dis vrai ? » Tous répondirent d’une seule voix : « Notre expérience nous montre que tu n’as jamais menti. » Le Prophète (s) dit : « Alors je vous avertis de l’arrivée du châtiment de Dieu. Pensez à vous en préserver. Je ne pourrai vous être d’aucune utilité face à Dieu. Au Jour de la Résurrection, mes proches seront seulement ceux qui craignent Dieu. Prenez garde que les autres ne viennent avec de bonnes œuvres tandis que vous comparaîtrez en portant toutes les souffrances et toutes les jouissances de ce monde. Alors vous m’appellerez : “Ô Muhammad !”, mais je serai contraint de détourner mon visage de vous. Certes, dans ce monde, vous êtes mes parents par le sang et je vous traiterai ici avec la bienveillance due aux liens de parenté. » Ce récit est rapporté dans al-Bukhârî, Muslim, le Musnad d’Ahmad, al-Tirmidhî, al-Nasâ’î et le Tafsîr d’Ibn Jarîr, d’après ‘Â’isha (r), Abû Hurayra (r), ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs (r), al-Zubayr ibn ‘Amr (r), Qabîsa ibn al-Mukhâriq (r) et d’autres. (Tafhîm al-Qur’ân, tome 3, al-Shu‘arâ’, note 35.)
Les traditionnistes ont rapporté, par diverses chaînes de transmission, d’après Ibn Abbâs (ra), que lorsque le Prophète Muhammad (s) reçut l’ordre d’appeler l’ensemble des gens à la foi, et que fut révélée dans le Coran l’instruction de commencer par avertir ses proches du châtiment de Dieu, il monta très tôt le matin sur le mont Safâ et lança à haute voix cet appel : « Yâ Sabâhâ ! » (« Ô malheur du matin ! »). En Arabie, cet appel était lancé par celui qui voyait, à l’aube, un danger fondre avec la violence d’une bourrasque ; lorsqu’on demandait qui lançait cet appel, on répondait : « C’est Muhammad (s). » Alors, les membres de toutes les familles de Quraych accoururent vers lui. Celui qui ne pouvait pas venir envoya quelqu’un à sa place. Lorsque tous furent réunis, le Prophète (s) appela successivement les différentes familles de Quraych : « Ô Banû Hâshim, ô Banû Abd al-Muttalib, ô Banû Fihr, ô Banû untel, ô Banû untel ! Si je vous disais qu’une troupe de soldats se tient derrière cette montagne, prête à vous attaquer, me croiriez-vous ? » Tous répondirent : « Oui, nous te croirions », car ils n’avaient jamais constaté qu’il eût dit un mensonge. Le Prophète (s) dit alors : « Je vous avertis qu’un châtiment terrible va venir. » Avant que quiconque puisse dire quoi que ce soit, son oncle Abû Lahab déclara :
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« Que tu périsses ! Est-ce pour cela que tu nous as réunis ici ? »
Selon une autre version, Abû Lahab prit une pierre afin de la lancer sur le Prophète (s). (Musnad d’Ahmad, Sahîh d’al-Bukhârî, Sahîh de Muslim, at-Tirmidhî, Ibn Jarîr, entre autres.) (Tafhîm al-Qur’ân, sixième volume, introduction de la sourate al-Lahab.)
Ibn Sa‘d rapporte d’après Ibn Abbâs (ra) que, parmi les paroles qu’il a citées, figuraient également celles-ci : s’adressant aux Quraychites, le Prophète (s) dit : « Dieu m’a ordonné d’avertir mes proches. Vous, gens de Quraych, êtes mes proches ; je n’ai aucun pouvoir de vous procurer quoi que ce soit de la part de Dieu ni de vous garantir une quelconque part dans l’au-delà. Toutefois, si vous acceptez “Lâ ilâha illâ Allâh”, je témoignerai en votre faveur auprès de votre Seigneur. Grâce à cette formule, les Arabes vous obéiront et les non-Arabes se soumettront à vous. » En réponse, Abû Lahab dit : « Que tu périsses ! Est-ce pour cela que tu nous as appelés ? »
Le comportement d’Abû Lahab
Ainsi, Abû Lahab [Le véritable nom de cet homme était ʿAbd al-ʿUzzâ ibn ʿAbd al-Muttalib. Sa kunya était Abû ʿUtba. Mais, en raison de son visage éclatant, aux couleurs du lait et du fard rouge, il acquit la célébrité sous le nom d’Abû Lahab (« beauté resplendissante »). Ibn Sa’ʿd rapporte que ʿAbd al-Muttalib lui-même l’appelait Abû Lahab. C’est pourquoi son véritable nom tomba dans l’oubli — l’auteur.] se résolut dès le premier jour à s’opposer au Prophète et, jusqu’à sa mort, manifesta envers le Prophète et, à cause de lui, envers sa propre famille, une hostilité telle que seul un ennemi acharné peut en manifester. Bien qu’un autre membre des Banû Hâshim, Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn Abî Muttalib, se fût lui aussi opposé au Prophète, son opposition n’était tout d’abord pas aussi intense que celle d’Abû Lahab. Pendant vingt ans, Abû Lahab composa et récita des poèmes satiriques contre le Prophète et ses Compagnons, et combattit le Prophète dans les guerres qui eurent lieu après l’Hégire. La grande différence entre Abû Lahab et Abû Sufyân était que le cœur de ce dernier se prit d’inclination pour l’islam. En fait, avant la conquête de La Mecque, il prêta allégeance au Prophète dans un lieu appelé al-Abwâ’. [Selon les Tabaqât d’Ibn Saʿd, vol. IV, p. 49-50, il était le cousin paternel du Prophète. En raison de son allaitement par Halîma Sa’ʿdiyya, il était également son frère de lait. Il éprouvait un profond amour pour le Prophète à l’époque de la Jâhiliyya, mais devint, après le début de la prophétie, un adversaire acharné. Al-Balâdhurî, dans Ansâb al-Ashrâf, vol. I, p. 361, dit la même chose. Il ajoute seulement qu’à la suite de l’intercession de ʿAbbâs, le Prophète lui pardonna. Il considère comme faible le récit de sa présence à al-Abwâ’ et privilégie celui selon lequel il se présenta, pour demander ce pardon, dans un lieu appelé « Naqîl al-ʿUqâb » (un endroit situé près de Hujfa, entre La Mecque et Médine). Le Mu‘ʿjam al-Buldân’ mentionne également cette version. ‘L’au’teur du Muʿjam al-Buldân’]
Mais le cas d’Abû Lahab était tout à fait différent : il transgressa non seulement toutes les limites de l’humanité, mais aussi celles de la tradition morale unanimement reconnue des Arabes, et, dans son hostilité au Prophète, sombra dans la plus extrême bassesse au lieu de faire preuve d’humanité et de bienséance. Pourtant, ils étaient liés par le sang. En raison de cette parenté, son opposition devint, plus que celle des autres, un obstacle majeur sur la voie de la religion. (Ajout.)
C’est pourquoi, parmi tous les ennemis de l’islam de cette époque, Abû Lahab fut le seul dont le Coran condamna la personne en le nommant. Pourtant, à La Mecque, puis à Médine après l’Hégire, nombreux étaient ceux qui n’étaient en rien moins hostiles que lui à l’islam et à Muhammad. La question est donc de savoir quelle particularité cet homme possédait pour que le Coran exprime sa colère contre lui en le nommant. Pour le comprendre, il faut connaître la société arabe de cette époque et observer le comportement d’Abû Lahab dans ce contexte.
La raison pour laquelle le Coran condamna Abû Lahab en le nommant
Dans les temps anciens, l’insécurité, le désordre, les meurtres, les pillages et autres fléaux s’étaient répandus dans toute l’Arabie. Depuis des siècles, la situation était telle qu’aucun homme ne pouvait avoir la moindre garantie de protéger sa vie, ses biens et son honneur sans le soutien de sa propre famille et de son clan. C’est pourquoi, parmi les valeurs morales de la société arabe, on accordait une importance particulière au bon traitement des parents et des proches. Rompre avec eux était considéré comme un grand péché. L’influence de ces traditions arabes se manifesta ainsi : lorsque le Messager d’Allah (s) apparut avec l’appel à l’islam, les autres familles et chefs de Quraysh commencèrent à s’opposer violemment au Prophète (s). Mais les Banû Hâshim et les Banû al-Muttalib — les descendants d’al-Muttalib, frère de Hâshim — ne s’opposèrent pas à lui ; au contraire, ils continuèrent à le soutenir ouvertement, bien que la plupart d’entre eux n’eussent pas cru à sa mission prophétique. Les autres familles de Quraysh considéraient précisément comme conforme aux usages de la tradition morale arabe le fait de soutenir ces proches parents du Prophète (s). C’est pourquoi elles ne reprochèrent jamais aux Banû Hâshim et aux Banû al-Muttalib de s’être écartés de la religion de leurs ancêtres en soutenant un prédicateur d’une autre religion. Elles savaient et reconnaissaient qu’en aucune circonstance elles ne pouvaient livrer aux ennemis un membre de leur propre famille, et qu’il était naturel et inné pour chacun d’aider et de soutenir ses proches.
Même à l’époque de la Jâhiliya, les Arabes tenaient cette valeur morale en haute estime. Un seul homme, aveuglé par son hostilité à l’islam, écrasa toutes les traditions et toutes les valeurs morales.
Cet homme était Abû Lahab ibn ‘Abd al-Muttalib. Il était l’oncle du Prophète (s). Le père du Prophète (s) et celui d’Abû Lahab étaient une seule et même personne, bien que leurs mères fussent différentes. En Arabie, on considérait l’oncle comme tenant lieu de père, surtout lorsque le père du neveu venait à mourir. Dans la société arabe, on attendait précisément de l’oncle qu’il considère son neveu comme son propre fils. Mais cet homme, par hostilité à l’islam et amour de la mécréance, détruisit toutes les traditions arabes.
Le pire voisin du Prophète (s)
À La Mecque, Abû Lahab était le voisin le plus proche du Prophète (s). Leurs maisons se trouvaient de part et d’autre d’un même mur. De plus, al-Hakam ibn ‘Âs (le père de Marwân), ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt, Sa‘dî ibn Hamrâyekh al-Thaqafî et Ibn al-Asdaïl al-Hudhalî étaient également voisins du Prophète. [Ibn Sa‘d dit qu’Abû Lahab et ‘Uqba étaient, parmi eux, les voisins les plus proches. Citant le récit de ‘Â’isha (r), il rapporte que le Prophète (s) a dit : « Je vivais entre deux’voisins parmi les plus mauvais. L’un était Abû Lahab et l’autre ‘Uqba. Cela montre que la maison du Prophète (s) se trouvait entre ces deux’hommes. » — L’auteur] Ils ne laissaient pas le Prophète (s) vivre en paix dans sa maison. Parfois, alors qu’il priait, ils lui jetaient d’en haut les entrailles d’une chèvre. D’autres fois, au moment où l’on préparait le repas dans la cour, ils jetaient des ordures et des détritus sur la marmite. Le Prophète (s) sortait et leur disait : « Ô Banû ‘Abd Manâf, quel genre de comportement envers des voisins est-ce là ? »
L’épouse d’Abû Lahab, Umm Jamîl (la sœur d’Abû Sufyân), en avait fait une habitude permanente : la nuit, elle déposait devant la porte de la maison du Prophète des fagots de broussailles épineuses, afin que, lorsque le Prophète ou ses enfants sortiraient, leurs pieds soient transpercés par les épines.
— (Al-Bayhaqî, Ibn Abî Hâtim, Ibn Jarîr, Ibn ‘Asâkir, al-Balâdhurî, Ibn Hichâm).
Abû Lahab contraignit ses fils à répudier les filles du Prophète (s).
Avant la prophétie, les deux filles du Messager d’Allah (s) avaient épousé Otba et Otayba, les deux fils d’Abou Lahab. [Dans une tradition rapportée par Qatada dans le Tabarani, il est dit que Hazrat Umm Kulthum (r.a.) épousa Otayba et que Hazrat Ruqayya (r.a.) épousa Otba. Ibn Qutayba l’a également rapporté dans al-Ma‘arif, et Souhayli dans Rawd al-Unuf. Mais Ibn Ishaq dit qu’il existe un doute quant à savoir si Otba épousa Hazrat Ruqayya ou Hazrat Umm Kulthum (r.a.); –il y a donc matière à doute sur ce point. Ibn Qutayba dans al-Ma‘arif, al-Zurqani dans son commentaire des Mawahib, et Tabari dans son Histoire ont écrit qu’il la maria à Hazrat ‘Uthman (r.a.). — L’auteur.] Après le début de la prédication islamique par le Prophète (s), Abou Lahab dit à ses deux fils : « Si vous ne divorcez pas des filles de Muhammad (s), il m’est interdit de vous regarder. » Tous deux divorcèrent donc. Otayba dépassa à tel point les limites de l’ignorance qu’il vint trouver le Prophète (s) et déclara : « Je ne crois pas en ********************* ni en *********************. » Puis il cracha sur le Prophète (s), mais sa salive n’atteignit pas son corps. Le Prophète (s) dit : « Ô Dieu, lance contre lui l’un de Tes chiens. » Ensuite, Otayba partit avec son père pour un voyage en Syrie à des fins commerciales. Au cours du voyage, ils établirent leur campement en un lieu dont les habitants disaient que des bêtes féroces y rôdaient la nuit. Abou Lahab dit aux Qurayshites qui l’accompagnaient : « Assurez la sécurité de mon fils, car je crains la malédiction de Muhammad (s). » [Cela signifie que ce misérable reconnaissait intérieurement la grandeur du Prophète (s) et craignait que la malédiction sortie de sa bouche ne puisse manquer de s’accomplir.– L’auteur.] Les hommes de sa caravane disposèrent des chameaux tout autour d’Otayba, puis s’endormirent. Durant la nuit, un tigre s’avança entre les chameaux et dévora Otayba. (Al-Isti‘ab d’Ibn ‘Abd al-Barr, al-Isaba d’Ibn Hajar, Ansab al-Ashraf d’al-Baladhuri, Dala’il al-Nubuwwa d’Abou Nu‘aym al-Isfahani, Rawd al-Unuf de Souhayli).
Il existe quelques divergences à ce sujet. Certains disent que le divorce eut lieu avant la prophétie, tandis que d’autres disent qu’il eut lieu après la révélation de *********************. Il existe également une divergence quant à savoir si le fils dévoré par le tigre était Otayba ou Otba. Mais il est établi qu’après la conquête de La Mecque, Otba embrassa l’islam et prêta allégeance de sa propre main au Saint Prophète (s). La vérité est donc que le fils mentionné plus haut était Otayba.
Il se réjouit de la mort du fils du Prophète
Sa bassesse et sa perversité étaient telles qu’après le décès de Hazrat Qasim (r.a.), le fils du Prophète (s), puis celui de son second fils, Hazrat ‘Abdullah (r.a.), au lieu de prendre part au deuil de son propre neveu, il accourut, fou de joie, auprès des chefs qurayshites et leur dit : « Aujourd’hui, le nom et toute trace de Muhammad (s) ont disparu. »
Obstruction à la prédication islamique
Partout où le Prophète (s) se rendait pour appeler à l’islam, il le suivait pas à pas et empêchait les gens d’écouter ses paroles. Rabi‘ ibn ‘Abbad (‘Ibad) [Ibn Ishaq ‘‘Ibad’ et Ibn Hisham ‘‘Abbad’ l’ont écrit.–—L’auteur] al-‘Adili raconte : « Lorsque j’étais enfant, je me rendis avec mon père au marché de Dhul-Majaz. Là, j’entendis le Messager d’Allah (s) dire : “Ô gens ! Dites : Il n’y a de divinité qu’Allah, et vous réussirez.” Derrière lui, un homme répétait : “C’est un menteur, il a abandonné la religion de ses ancêtres.”
« Je demandai : “Qui est cet homme ?” Les gens répondirent : “C’est son oncle, Abou Lahab.” »
(Musnad d’Ahmad, at-Tabarani, al-Bayhaqi)
Selon une autre narration rapportée du même Rabi‘, celui-ci dit : « Je vis le Prophète (s) se présenter au campement d’une tribu et dire : “Ô Banou Untel ! Je suis venu à vous en tant que Messager d’Allah. Je vous appelle à n’adorer qu’Allah et à ne rien Lui associer. Croyez que je dis vrai et apportez-moi votre soutien afin que j’accomplisse la mission pour laquelle Allah m’a envoyé.”
Un autre homme le suivait en disant : “Ô Banou Untel ! Celui-ci veut vous détourner de Lat et d’‘Uzza pour vous conduire vers cette innovation qu’il a apportée. Ne l’écoutez jamais et ne lui obéissez pas.” Je demandai à mon père : “Qui est cet homme ?” Il répondit : “C’est son oncle, Abou Lahab.” (Musnad d’Ahmad, at-Tabarani, Ibn Hisham, at-Tabari.)
Tariq ibn ‘Abdallah al-Muharibi a rapporté des propos à peu près semblables. Il dit : « Je vis au marché de Dhul-Majaz le Messager d’Allah (s) proclamer à haute voix : “Ô gens ! Dites : Il n’y a de divinité qu’Allah, et vous réussirez.” Un homme le suivait et jetait des pierres sur le Prophète, au point que ses pieds saignaient. Il disait : “C’est un menteur, ne l’écoutez pas.” Je demandai aux gens : “Qui est cet homme ?” Ils répondirent : “C’est son oncle, Abou Lahab.” » (Ibn Abi Shayba, Abou Ya‘la, Ibn Hibban, al-Hakim, at-Tabarani, an-Nasa’i et Ibn Majah ont rapporté cette narration sous une forme abrégée.)
L’attitude d’Abou Lahab durant le siège de Shi‘b Abi Talib
La septième année de la mission prophétique, lorsque toutes les familles de Quraysh rompirent leurs relations sociales et économiques avec les Banou Hashim et les Banou al-Muttalib, et que ces deux familles, demeurant fermes dans leur soutien au Prophète (s), furent assiégées dans Shi‘b Abi Talib, Abou Lahab fut le seul à ne pas rester avec sa propre famille et à se joindre aux mécréants de Quraysh. Le siège dura trois ans, durant lesquels les Banou Hashim et les Banou al-Muttalib vécurent dans la famine. Mais Abou Lahab se comportait de telle sorte que, lorsqu’une caravane de commerçants arrivait à La Mecque et qu’une personne assiégée dans Shi‘b Abi Talib venait acheter des denrées alimentaires, il disait aux commerçants : “Demandez-leur un prix si élevé qu’ils ne puissent absolument pas acheter. Si vous subissez une perte, je vous la rembourserai.” Les commerçants exigeaient alors des prix exorbitants, et les acheteurs retournaient affamés auprès de leurs enfants les mains vides. Ensuite, Abou Lahab achetait ces marchandises aux commerçants au prix du marché.
Quelle entrave son opposition aurait-elle pu créer à la prédication islamique ?
Les Arabes qui vivaient en dehors de La Mecque venaient à La Mecque pour le pèlerinage, ou se rassemblaient dans les marchés qui se tenaient en divers endroits. Lorsque, devant eux, l’oncle paternel du Prophète (s) s’opposait à lui en le suivant partout, on ne pouvait, selon la célèbre tradition arabe, s’attendre à ce qu’un oncle dise sans raison du mal de son neveu devant autrui, lui jette des pierres et porte des accusations contre lui. C’est pourquoi, influencés par les paroles d’Abû Lahab, ils devinrent méfiants à l’égard du Messager d’Allah (s) et disaient : « Vos proches vous connaissent mieux que quiconque. » (Tafhîm al-Qur’ân, tome VI, introduction à la sourate Al-Lahab.)
Le comportement de son épouse
L’épouse d’Abû Lahab était la sœur d’Abû Sufyân, du clan des Banû Umayya. Dans le Coran, elle est qualifiée de ********************* (porteuse de bois, calomniatrice). Son véritable nom était Arwâ, et Umm Jamîl était sa kunya. Dans son hostilité envers le Prophète, elle ne le cédait en rien à son mari. Asmâ, fille de Hazrat Abû Bakr (r.a.), rapporte que lorsque la sourate Al-Lahab fut révélée et qu’Umm Jamîl l’entendit, elle sortit, extrêmement furieuse, à la recherche du Messager d’Allah (s). Elle tenait à la main une poignée de pierres qu’elle voulait jeter au Prophète. Elle avançait en récitant quelques vers injurieux à son encontre. Arrivée au sanctuaire de la Kaaba, elle vit que le Prophète (s) était assis avec Hazrat Abû Bakr (r.a.). Abû Bakr (r.a.) dit : « Ô Messager d’Allah ! La voici qui arrive. Je crains qu’elle ne prononce quelque parole offensante contre vous. » Le Prophète (s) répondit : « Elle ne me verra pas. » Et il en fut ainsi : bien que le Prophète (s) fût présent, elle ne le vit pas et dit à Abû Bakr (r.a.) : « J’ai entendu dire que ton compagnon s’était moqué de moi. » Hazrat Abû Bakr (r.a.) répondit : « Par le Seigneur de cette Maison, il ne s’est nullement moqué de toi. » Elle repartit alors. (Ibn Abî Hâtim, Ibn Hichâm et Bazzâr ont rapporté des récits similaires d’après Hazrat Abd Allâh ibn Abbâs (r.a.).) (Tafhîm al-Qur’ân, tome VI, note 3.)
Le destin d’Abû Lahab
Bien que la révélation de la sourate Al-Lahab dans le Noble Coran ait profondément bouleversé Abû Lahab et son épouse, ce qui y était annoncé était gravé dans la pierre. Il y était dit : « Les mains d’Abû Lahab sont anéanties. » C’était une prophétie formulée au passé accompli parce que sa réalisation était absolument certaine — et elle s’est effectivement réalisée. L’anéantissement des mains ne signifie pas que les mains physiques d’une personne soient brisées ; il signifie l’échec de son entreprise, celle à laquelle elle consacre toutes ses forces. En réalité, quelques années seulement après avoir commencé à s’opposer au Prophète (s), Abû Lahab connut un échec particulièrement éclatant. Lors de la bataille de Badr, la plupart des principaux chefs de Quraych, qui l’avaient aidé dans son hostilité à l’islam, furent tués. Lorsque la nouvelle de cette défaite parvint à La Mecque, il fut accablé d’une telle douleur qu’il ne survécut même pas une semaine. Il mourut d’une maladie appelée adama (pustule maligne), qui ressemblait à la peste. Les membres de sa famille s’éloignèrent de lui au moment de sa mort, par crainte d’être contaminés par cette maladie. Même après sa mort, personne ne s’approcha de lui pendant trois jours. Son cadavre se décomposa et commença à dégager une odeur nauséabonde. Finalement, les habitants du quartier se mirent à réprimander ses fils. Selon un récit, ceux-ci payèrent des ouvriers abyssins pour emporter et enterrer son cadavre. Selon un autre récit, ils creusèrent une fosse, y poussèrent son cadavre à l’aide de morceaux de bois, puis le recouvrirent de terre et de pierres. Sa défaite finale se manifesta ensuite ainsi : la religion qu’il avait combattue de toutes ses forces pour l’anéantir fut adoptée par ses propres enfants. Sa fille Durra (r.a.) fut la première à émigrer, à se rendre de La Mecque à Médine et à embrasser l’islam. Puis, après la conquête de La Mecque, ses deux fils Utba (r.a.) et Muʿattib (r.a.), conduits par Hazrat Abbâs (r.a.), se présentèrent devant le Prophète (s) et lui prêtèrent serment d’allégeance de ses mains bénies.
La propagation de l’islam auprès de toute la population
Après avoir transmis le message de Dieu à sa propre famille et à sa tribu, le Messager d’Allah (s) entreprit la prédication générale parmi les habitants de La Mecque et de l’Arabie. Tant qu’il demeura à La Mecque, pendant dix années consécutives, il leur récitait le Coran et les appelait à accepter la religion d’Allah, en toute circonstance et en tout lieu. Il accomplissait cette mission lors de réunions privées, dans les rassemblements publics et dans le sanctuaire de la Kaaba. Il poursuivit cette œuvre sans relâche, et aucune force ne put l’en détourner. Il rencontrait également ceux qui venaient à La Mecque de l’extérieur pour le commerce, la ‘umra, la visite pieuse ou quelque autre raison. Il se rendait aux foires de ‘Ukaz, de Majanna et de Dhu al-Majaz [Outre Mina, ces trois lieux étaient des endroits où affluaient les habitants de toutes les régions de l’Arabie et où se tenaient de grandes foires. La plus importante était celle de ‘Ukaz : en voyageant à dos de chameau, il fallait un jour pour y parvenir depuis Taëf et trois jours depuis La Mecque. Une foule immense s’y rassemblait du début à la fin de Shawwal. On n’y faisait pas seulement du commerce ; poètes, orateurs et émirs y venaient également. Des concours de poésie et d’éloquence y étaient organisés. Les querelles entre tribus y étaient aussi réglées. Des rançons y étaient recueillies pour libérer les prisonniers. Les revendications des uns contre les autres étaient également soumises au conseil arbitral. Puis, à partir du premier jour de Dhu al-Qa‘da, les gens commençaient à se rassembler à Marr al-Zahran,‘Marr al-Zahran’ (l’actuelle vallée de Fatima). Durant les dix derniers jours de Dhu al-Qa‘da, une foire se tenait près de la montagne appelée Majanna. Puis, pendant les huit premiers jours de Dhu al-Hijja, se tenait la foire de Dhu al-Majaz, entre Mina et ‘Arafat. Ensuite commençaient les jours du pèlerinage. Des gens de toute l’Arabie se rassemblaient à Mina pour accomplir le pèlerinage. — L’auteur] Dans ces foires, il appelait les membres des tribus à la religion de la vérité. Durant le pèlerinage, lorsque les gens séjournaient à Mina, il se rendait également dans le camp de chaque tribu et ne négligeait aucun effort pour transmettre l’appel à la vérité aux personnalités comme aux gens du peuple. Qu’ils l’acceptent ou non, qu’ils l’écoutent en silence ou lui répondent durement, qu’ils s’opposent à lui avec violence ou que les scélérats quraychites fassent obstacle, il poursuivait sa mission en toutes circonstances. Personne ne put l’en détourner.
Ibn Jarir al-Tabari rapporte dans son Histoire, et Ibn al-Amir également, que même dans les conditions difficiles du boycott économique et social imposé par les Quraychites et de son enfermement dans le ravin d’Abou Talib, le Prophète (s) ne cessa pas d’accomplir sa mission de prédication et de transmission. Au contraire, il poursuivit son appel publiquement et secrètement, de jour comme de nuit. Il récitait publiquement les sourates et les versets du Coran, qui descendaient comme une pluie abondante. Il répondait de manière décisive aux arguments et aux controverses des mécréants, et continuait également à s’efforcer de les amener à accepter la vérité.
Ibn Sa‘d dit qu’après la fin de la période de la prédication secrète, sa pratique, pendant dix ans, consistait à se rendre dans le camp de chaque tribu à Mina, à ‘Ukaz et à Dhu al-Majaz, et à dire :
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— Dites : « Lā ilāha illā Allāh », et vous réussirez. Grâce à cette formule, vous deviendrez les dirigeants des Arabes et les non-Arabes vous obéiront. Lorsque vous aurez la foi, vous serez des rois au Paradis.
Pendant ce temps, lorsque Abou Lahab le suivait pour s’opposer à lui, ils disaient : « Ta famille, ta tribu et les habitants de ton quartier te connaissent mieux que nous. Puisqu’ils n’ont pas accepté de te suivre, comment pourrions-nous le faire ? » Après avoir entendu cette réponse, le Prophète (s) se contentait de dire :
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— Ô Seigneur ! Si Tu l’avais voulu, ils ne seraient pas ainsi.
Tabari a rapporté des récits presque similaires d’après Harith ibn al-Harith et Manbathu al-Azdi. Il y est dit : « Nous vîmes en un endroit le Messager d’Allah (s) inviter les gens au tawhid et leur dire : “Dites : La ilaha illallah, et vous réussirez.” »
Nous voyions les gens lui infliger toutes sortes de sévices. Les uns lui crachaient dessus, d’autres lui jetaient de la terre, et d’autres encore l’insultaient. Puis, après midi, ils partirent tous. Ensuite, nous vîmes une jeune fille arriver avec un grand récipient d’eau et un linge. Son cou était découvert sur le devant. Le Messager d’Allah (s) but de l’eau et fit ses ablutions. Puis il dit à la jeune fille : « Ma fille, couvre ton cou. » En nous renseignant, nous apprîmes qu’elle était sa fille, la vénérable Zaynab (r).
Ibn Hisham rapporte, d’après Ibn Ishaq, que le Prophète (s) se rendait à chaque foire et à chaque rassemblement pour y présenter son invitation. Ainsi, lorsqu’une personnalité importante d’Arabie arrivait à La Mecque, il la rencontrait et lui faisait parvenir l’invitation à la religion d’Allah.
Ibn Kathir écrit dans Al-Bidaya wa an-Nihaya que le Prophète (s) continua d’appeler les gens, de jour comme de nuit, en secret comme publiquement, sans se laisser arrêter par l’opposition de qui que ce soit. Il les invitait au milieu des rassemblements. Il se rendait dans les foires et dans les lieux où séjournaient les pèlerins pendant le Hajj pour leur présenter son invitation. Il rencontrait toutes les catégories de personnes — hommes libres, esclaves, faibles, forts, riches et pauvres — et les appelait à Allah.
Les sourates mecquoises du Noble Coran apportent un soutien complet à ces récits historiques, car elles sont remplies de réponses aux diverses objections et accusations des Qurayshites. Il est évident que, si le Coran ne leur avait pas été récité publiquement et si Muhammad Mustafa (s) ne les avait pas invités ouvertement à reconnaître sa prophétie, pourquoi et comment auraient-ils déclenché contre lui une tempête d’objections, d’accusations, de doutes et de soupçons au sujet du Coran, de l’au-delà et des enseignements de l’islam ? Et quel sens aurait eu le fait que le Coran réponde à leurs objections, si ces réponses ne leur avaient pas été récitées ?
L’influence morale du Noble Prophète (s)
La question est de savoir pour quelle raison les Qurayshites ne purent empêcher le Prophète (s) ni de prier dans le Sanctuaire, ni de réciter publiquement le Coran. En réalité, ces deux choses leur étaient particulièrement insupportables. Aucun autre musulman n’aurait osé en faire une seule ; et quiconque aurait eu cette audace aurait été violemment battu. En vérité, la cause profonde n’était pas seulement que les Banû Hashim et les Banû al-Muttalib étaient prêts à donner leur vie pour soutenir le Prophète, ce qui effrayait les Qurayshites ; c’était aussi la formidable influence du Prophète (s), qui les subjuguait. Ils s’emportaient contre son invitation, l’insultaient, lui jetaient des pierres et lui infligeaient toutes sortes de souffrances. Mais son influence morale les avait intérieurement rendus si creux et si impuissants qu’ils ne pouvaient pas l’empêcher d’accomplir sa mission de messager.
Cette influence qui inspirait la crainte avait plusieurs causes. La première était que, depuis son enfance, leurs connaissances, leurs observations et leur expérience à son sujet les avaient continuellement convaincus d’une vérité : toute la nation savait dès le début qu’une personnalité exceptionnelle était née parmi eux. C’est pourquoi, même avant sa mission prophétique, il était considéré avec respect à La Mecque. La deuxième cause était que personne n’avait jamais entendu une parole fausse sortir de sa bouche bénie. Les gens pensaient que toute parole sortant de sa bouche devenait réalité. Ils craignaient donc qu’il ne prononce à leur sujet des paroles susceptibles d’attirer sur eux quelque malheur. Plus haut, le récit a été rapporté de la manière suivante : lorsqu’un ennemi tel qu’Abu Lahab entendit la malédiction que le Prophète (s) avait prononcée contre son fils, il fut saisi de peur et d’effroi. Lors de son voyage en Syrie, il demanda à ses compagnons de l’aider à protéger son fils, car les paroles que le Prophète Muhammad avait prononcées à son sujet lui faisaient craindre pour sa vie. Mais toutes ses précautions échouèrent. Un « chien de Dieu » déchiqueta et dévora son fils après avoir franchi l’enclos des chameaux.
La troisième raison était le caractère irréprochable du Noble Prophète (s.), auquel on ne pouvait absolument rien reprocher. Toute la nation connaissait cette noble conduite et l’avait reconnue. Par son comportement qui gagnait les cœurs, des centaines de personnes de La Mecque et des régions environnantes étaient profondément impressionnées. En raison de son honnêteté, de sa loyauté et de son respect des dépôts, même ses ennemis lui faisaient confiance. Au point que, jusqu’à son émigration à Médine, la situation était, selon le récit d’Ibn Jarîr, telle qu’à La Mecque il ne se trouvait personne qui ne souhaitât confier ses biens précieux à sa garde et qui pût faire confiance à quelqu’un d’autre qu’au Prophète Muhammad (s.). C’est en raison de cette influence morale que même ses ennemis les plus acharnés perdaient tout courage lorsqu’ils se trouvaient face à lui et n’osaient pas lui adresser la parole. Deux incidents survenus entre Abû Jahl et le Prophète (s.) prouvent la véracité de ce fait. (Addendum.)
L’incident qui terrifia Abû Jahl
Ibn Ishâq rapporte qu’un jour, un homme du lieu nommé « Irâsh » [Ce nom de lieu est mentionné dans le Muʿjam al-Buldân. Il est probable que la tribu qui y résidait portait également le nom d’Irâsh — l’auteur.] vint à La Mecque avec plusieurs chameaux pour les vendre. Abû Jahl acheta ses chameaux. Lorsque le vendeur vint en réclamer le prix, Abû Jahl se mit à user de toutes sortes de subterfuges pour éluder le paiement. Désespéré, l’homme d’Irâsh se rendit finalement un jour auprès des chefs quraychites dans le sanctuaire de la Kaaba, leur raconta toute l’affaire et implora l’assemblée de lui venir en aide. Or, dans un coin du sanctuaire, le Prophète (s.) était assis. Les chefs quraychites dirent à l’homme : « Nous ne pouvons rien faire. Va voir cet homme assis là-bas, dans le coin, et dis-lui que c’est lui qui te fera recouvrer ta créance. »
L’homme d’Irâsh se dirigea vers le Prophète (s.). De leur côté, les chefs quraychites se mirent à se dire les uns aux autres : « Nous allons bien nous amuser aujourd’hui. » Dès que l’homme eut exposé sa plainte au Prophète (s.), celui-ci se leva et se mit en route avec lui vers la maison d’Abû Jahl. Le Noble Prophète (s.) alla directement frapper à la porte d’Abû Jahl. De l’intérieur, celui-ci demanda : « Qui est-ce ? » Le Prophète (s.) répondit : « Muhammad (s.). » Abû Jahl sortit, complètement abasourdi. Le Prophète (s.) lui dit : « Paie ce que cet homme lui est dû. » Sans prononcer un mot, il rentra chez lui, apporta le prix des chameaux et le remit entre les mains de l’homme.
Après avoir vu cette scène, l’espion quraychite courut à vive allure vers le sanctuaire de la Kaaba et raconta l’affaire aux chefs quraychites. Il dit : « Par Dieu, je n’ai jamais rien vu de semblable à ce que j’ai vu aujourd’hui. Dès qu’Abû Jahl est sorti et a aperçu Muhammad (s.), son visage est devenu livide. Puis, lorsque Muhammad (s.) lui a dit de payer ce qu’il devait, on aurait dit que son corps était devenu sans vie. » (Ibn Hishâm, vol. 2, p. 29-30 ; al-Balâdhurî, Ansâb al-Ashrâf, vol. 1, p. 128-129.) (Tafhîm al-Qurân, vol. 3, Al-Mâʿûn, note 5.)
Le deuxième incident
Le deuxième incident a été rapporté par le qadi Abû al-Hasan al-Mâwardî dans son ouvrage intitulé « Aʿlâm al-Nubuwwa » *******************. Il dit qu’Abû Jahl était le tuteur d’un enfant orphelin. Cet enfant, complètement nu, vint auprès d’Abû Jahl et lui dit : « Donne-moi une part des biens laissés par mon père. » Mais le tyran ne lui accorda pas le moindre regard. Après être resté debout quelque temps, il repartit, désespéré. Par malice, les chefs quraychites lui dirent : « Va te plaindre auprès de Muhammad (s.). Il intercédera auprès d’Abû Jahl et obtiendra quelque chose pour toi. » Le malheureux enfant ignorait quelle était la relation entre Abû Jahl et Muhammad (s.), ainsi que le but de ces hommes pervers en lui donnant ce conseil ; il alla donc directement auprès du Prophète (s.) et lui exposa sa situation. Celui-ci l’emmena aussitôt chez Abû Jahl. Abû Jahl accueillit respectueusement le Prophète (s.). Celui-ci lui dit : « Rends à cet enfant ce qui lui revient. » Il accepta immédiatement et, ayant apporté les biens dont l’enfant avait besoin, les lui remit.
Pendant ce temps, les chefs quraychites attendaient de voir si un incident désagréable allait se produire entre eux deux. Mais lorsqu’ils apprirent ce qui s’était réellement passé, ils vinrent auprès d’Abû Jahl, stupéfaits, et se mirent à le réprimander en disant : « As-tu donc abandonné ta religion ? » Il répondit : « Par Dieu, je n’ai pas abandonné ma religion. Mais j’ai eu l’impression qu’il y avait à sa droite et à sa gauche une arme redoutable. Si je faisais quoi que ce soit contre sa volonté, elle me trancherait le corps en deux. »
Ces événements montrent à quel point l’influence du Prophète (S) maintenait ses ennemis dans la peur et la terreur. (Tafhîm al-Qur’an, tome VI, Al-Mâ‘ûn, note 5.)
Troisième événement
Selon le récit d’al-Balâdhurî, un jour, le Prophète (S) était assis dans la Mosquée sacrée avec Ḥaḍrat Abû Bakr (RA), Ḥaḍrat ‘Umar (RA) et Ḥaḍrat Sa‘d ibn Abî Waqqâs (RA). Sur ces entrefaites, un homme de Banû Zuhayr arriva. Il dit : « Ô gens de Quraysh ! Qui donc, parmi vous, fera venir des marchandises ici ? Car vous dépouillez ceux qui arrivent de l’extérieur. » Le Prophète (S) lui demanda : « Qui t’a fait subir une injustice ? » Il répondit : « Abû al-Ḥakam, c’est-à-dire Abû Jahl. Il voulait acheter mes trois meilleurs chameaux et leur a fixé un prix dérisoire. Maintenant, personne n’accepte de m’en offrir davantage. Or, si je les vends à ce prix, je subirai une perte considérable. » Le Prophète (S) acheta ses trois chameaux. De loin, Abû Jahl observait tout cela en silence. Le Prophète (S) s’approcha de lui et lui dit : « Prends garde ! Le comportement que tu as eu envers ce Bédouin, ne l’adopte plus jamais envers personne. Sinon, je te traiterai de la même manière. » Il ne cessait de répéter : « Je ne ferai plus jamais une telle chose à l’avenir. » ‘Umayya ibn Khalaf et les autres polythéistes présents se mirent à reprocher à Abû Jahl : « Tu as montré une telle faiblesse devant Muḥammad (S) que nous en venons à penser que tu t’es soumis à lui. » Il répondit : « Par Dieu ! Jamais je ne lui obéirai. Mais j’ai vu plusieurs hommes armés de lances se tenir à sa droite et à sa gauche. Il m’a semblé qu’à la moindre désobéissance à l’ordre de Muḥammad (S), ils se jetteraient sur moi. » (Ansâb al-Ashrâf, tome I, p. 13.)
Les adversaires reconnaissaient l’honnêteté et la véracité du Prophète (S)
De plus, une autre raison importante était que même les adversaires les plus acharnés du Prophète (S) reconnaissaient intérieurement son honnêteté et sa véracité, et se savaient eux-mêmes dans le faux. Pourtant, ils s’opposaient à lui en raison de leurs arrière-pensées, de leur ignorance, de leur amour-propre, de leur fanatisme à l’égard de la religion de leurs ancêtres et de leurs intérêts personnels. Ceux qui souffraient de cette faiblesse n’avaient pas le courage de l’affronter ouvertement, malgré toutes les raisons qu’ils invoquaient pour lui barrer la route. Nous mentionnerons à ce sujet plusieurs événements historiques. Pour l’instant, je veux seulement parler d’Abû Jahl : comment le plus grand ennemi du Prophète (S) a reconnu à maintes reprises son honnêteté et sa véracité, et de quelle manière abjecte il a exposé les véritables raisons de son opposition.
Al-Bayhaqî, citant le récit de Ḥaḍrat al-Mughîra ibn Shu‘ba rapporté par l’intermédiaire de Zayd ibn Aslam, raconte comment eut lieu sa première rencontre avec le Prophète (S), à l’époque du polythéisme. Il dit : « Abû Jahl et moi marchions dans une rue de La Mecque. C’est alors que nous rencontrâmes le Prophète (S). Il dit à Abû Jahl : “Ô Abû al-Ḥakam ! Viens vers Dieu et Son Messager. Je t’appelle à Dieu.” Celui-ci répondit : “Ô Muḥammad (S) ! Vas-tu donc cesser d’insulter nos divinités ? Tu ne veux rien d’autre que nous attestassions que tu as transmis ton message. Eh bien, nous attestons que tu as transmis ton message. Mais, par Dieu ! Si je savais que tu étais dans la vérité, je te suivrais.” »
Puis le Prophète (S) poursuivit son chemin. Abû Jahl se tourna alors vers moi et dit : « Par Dieu ! Je sais que ce que dit cet homme est vrai. Mais une seule chose m’en empêche. Les descendants de Quṣayy ont dit : “La responsabilité de nourrir les pèlerins nous reviendra-t-elle donc au moment de l’avènement de la Vérité ?” » Je répondis : « Oui. »
Ils dirent : « La responsabilité de leur fournir de l’eau nous reviendra-t-elle donc ? »
Je dis : Oui.
— La Dâr an-Nadwa est à nous ?
— Oui.
— L’étendard restera bien près de nous ?
— Oui.
Puis ils nous offrirent à manger, et nous leur offrîmes aussi à manger. Ensuite, nos genoux touchèrent les leurs ; alors ils dirent : « Il y a parmi nous un prophète. »
Je dis : « Par Dieu, je ne l’accepterai pas. »
Ibn Abî Hâtim, citant Yazîd al-Madanî, rapporte qu’un jour Abû Jahl rencontra le Prophète (s) et lui serra la main. Quelqu’un lui dit : « Est-ce toi que je vois serrer la main à un sabîr (quelqu’un qui s’est détourné de la religion) ? » Abû Jahl l’attira à l’écart et lui dit à voix basse : « Par Dieu, je sais qu’il est réellement prophète. Mais quand sommes-nous devenus les sujets des Banû ‘Abd Manâf ? »
L’imam Soufyan al-Thawri rapporte, d’après un récit de l’imam Tirmidhi, al-Hakim et ‘Ali (r.a.), qu’Abou Jahl dit au Prophète (s) : « Nous ne te considérons pas comme un menteur ; mais nous considérons comme mensonger ce que tu as apporté. »
Al-Bayhaqi et Ibn Hicham rapportent d’Ibn Ishaq, qui le tient de l’imam Zuhri, cette anecdote remarquable : une nuit, Abou Jahl, Abou Soufyan et Akhnas ibn Chourayq sortirent séparément afin d’écouter le Coran que le Prophète (s) récitait pendant la prière nocturne. Aucun des trois ne savait que les autres étaient là. Au matin, ils se retrouvèrent et se reprochèrent mutuellement leur conduite, jurant de ne plus recommencer. En effet, s’ils étaient vus par les gens en train d’écouter ainsi le Coran, cette chose risquait de prendre place dans leurs cœurs. La même chose se produisit la deuxième nuit. Après s’être vus, ils jurèrent de nouveau de ne plus recommencer. Puis, lorsque le même événement se produisit une troisième nuit et qu’ils eurent fait ce qu’ils avaient juré de ne plus faire, Akhnas, un bâton à la main, se rendit auprès d’Abou Soufyan et lui dit : « Ô Abou Hanzala ! Dis-moi sincèrement : quelle est ton opinion au sujet de ce que tu as entendu auprès de Muhammad (s) ? »
Il répondit : « Ô Abou Tha‘laba ! Par Dieu, j’ai entendu des paroles que je comprends et dont je saisis le sens, mais il en est aussi dont je n’ai pas compris le sens. » Akhnas dit : « Ma situation est la même. » [Le hâfiz Ibn Hajar, dans « ‘al-Isâba’ », rapporte, au sujet de cet événement, le récit de l’imam Zuhri transmis par Saïd ibn al-Moussayyab. Il y est dit qu’Abou Soufyan demanda à Akhnas : « Quelle est ton opinion ? » Celui-ci répondit : « Pour ma part, je le considère comme véridique. » Un soutien supplémentaire à cette affirmation se trouve dans le récit de Mou‘awiya (r.a.), rapporté par Tabarani dans ‘al-Awsat’ ». Il dit : « Un jour, mon père Abou Soufyan se dirigeait vers le désert, ma mère Hind assise sur un âne. Je les précédais, monté sur un autre âne. En chemin, nous rencontrâmes le Prophète (s). Mon père me dit : “Mou‘awiya, descends afin que Muhammad (s) puisse monter sur ton âne.” Je descendis donc, et le Prophète (s) monta sur son dos. Puis il s’adressa à mon père et à ma mère : “Ô Abou Soufyan et ô Hind bint ‘Utba ! Par Dieu, vous mourrez tous un jour, puis vous serez ressuscités. Celui qui sera vertueux entrera au Paradis, et celui qui sera pécheur entrera en Enfer.” Ensuite, il leur récita les onze premiers versets de la sourate Ha-Mim as-Sajda. Puis il descendit de l’âne et je le montai. En chemin, ma mère dit à mon père : “Tu as fait descendre mon fils de l’âne pour y installer ce menteur et ce magicien ?” Mon père répondit : “Par Dieu, cet homme n’est ni magicien ni menteur.” — Auteur du livre] Puis Akhnas se rendit auprès d’Abou Jahl et lui dit : « Ô Abou al-Hakam, quelle est ton opinion au sujet de ce que tu as entendu auprès de Muhammad (s) ? » Il répondit : « Qu’ai-je entendu ? Une rivalité nous opposait aux Banou ‘Abd Manaf : qui, parmi nous, était le plus éminent ? Ils nourrissaient les gens, et nous les nourrissions aussi. Ils assumaient des responsabilités, et nous en assumions également. Ils faisaient des dons de leurs biens, et nous en faisions aussi. Finalement, lorsque nous fûmes à égalité en tout, ils dirent : “Il y a parmi nous un prophète à qui la révélation descend du ciel.” Mais où pourrions-nous trouver une telle chose ? Par Dieu, nous ne croirons pas en lui et nous ne reconnaîtrons pas sa véracité. » Abou Jahl tint presque les mêmes propos à Akhnas ibn Chourayq lorsque celui-ci le rencontra seul pendant la bataille de Badr. Ibn Jarir al-Tabari rapporte dans son exégèse, d’après al-Suddi, qu’Akhnas dit à Abou Jahl : « À présent, il n’y a ici personne d’autre que toi et moi. Dis-moi la vérité : Muhammad (s) est-il un menteur ou un homme véridique ? » Il répondit : « Par Dieu, Muhammad (s) est véridique. Il n’a jamais menti. Mais lorsque les Banou Qoussay obtiennent également le liwa, la hijaba et la siqaya, que reste-t-il aux Quraych ? »Après que l’autorité sur la Maison fut passée aux Banou Qoussay, ceux-ci devaient assumer certaines fonctions pendant le pèlerinage. L’un d’entre eux portait l’étendard ; cette fonction s’appelait le liwa. Ils avaient également pour tâche de donner à boire aux pèlerins, ce qui s’appelait la siqaya. Les clés de la Kaaba étaient entre leurs mains ; ouvrir et fermer la Maison de la Kaaba pour les pèlerins relevait de leur responsabilité, et cette fonction s’appelait la hijaba. Cette question a été évoquée dans le présent ouvrage. — Traducteur »] En outre, s’ils obtiennent la prophétie, que reste-t-il aux Quraych ?
Si telle était la situation d’un ennemi acharné de l’islam comme Abou Jahl, on peut aisément deviner quelle était celle des autres.
Les convictions et les croyances des Quraych au sujet du Prophète (s)
Il convient également de mentionner à ce propos que les Qurayshites qui s’élevaient avec le plus de virulence contre lui étaient pourtant convaincus de la supériorité du Prophète (s). Alors qu’ils étaient engagés dans un conflit et un affrontement extrêmes avec le Prophète (s) et les musulmans, une terrible famine s’abattit sur La Mecque. Tous les habitants se mirent à pousser des cris de détresse. Les chefs de La Mecque demandèrent alors au Prophète (s) de prier afin que sa nation soit délivrée de cette calamité. L’imam Boukhari et al-Bayhaqi rapportent, avec quelques différences de formulation, d’après Masruq, le récit d’Abdullah ibn Masud (ra) : lorsque le Messager d’Allah (s) vit que les Qurayshites étaient déterminés à se rebeller contre lui, il invoqua : « Ô Allah ! Fais-moi subir, face à ces gens, une famine de sept ans, semblable à celle qui frappa le peuple de Joseph (as) durant sept années. » Il s’ensuivit une famine si terrible que les gens en vinrent à manger des charognes, des os et même des peaux d’animaux. Finalement, Abu Sufyan et plusieurs habitants de La Mecque vinrent trouver le Prophète (s) et lui dirent : « Ô Muhammad (s) ! Vous prétendez avoir été envoyé comme une miséricorde, mais voici que votre peuple est sur le point de périr. Priez donc pour eux. »
Après cette demande, le Prophète (s) pria, et il tomba une pluie si abondante que les gens lui demandèrent de prier de nouveau afin d’être épargnés par les pluies excessives. Il invoqua : « Ô Allah ! Que la pluie tombe autour de nous, et non sur nous. » Puis le ciel se dégagera.
L’imam Boukhari rapporte, d’après Ibn Abbas (ra), qu’Abu Sufyan vint trouver le Prophète (s) pour demander à être délivré de la famine. Grâce à son invocation, le fléau de la famine fut écarté.
Ces événements montrent clairement pourquoi les chefs qurayshites n’osaient pas affronter directement le Prophète ni tenter de faire cesser sa prédication par la force. Mais, en même temps, ils ne pouvaient pas tolérer que sa prédication se poursuive, que la religion de leurs ancêtres soit éradiquée, qu’un mode de vie totalement opposé au leur se répande et que les gens continuent d’embrasser l’islam. Ils décidèrent donc que son appel ne devait en aucun cas se propager et qu’il fallait l’entraver à tout prix. Sous l’effet de cette hostilité, il leur arrivait parfois de le maltraiter. (Ajout.)
Huitième chapitre
Les manœuvres des Qurayshites pour s’opposer à l’appel islamique
Avant d’entamer cette discussion, il faut tout d’abord savoir que les tribus qurayshites n’avaient pas toutes la même attitude à l’égard de l’islam et du Messager d’Allah (s). Elles étaient au contraire divisées en plusieurs catégories.
L’une de ces catégories était farouchement hostile. Elle se composait des principaux notables et chefs de la société. Ibn Sa‘d en a donné les noms suivants dans ses Tabaqat : Abu Jahl, Abu Lahab, al-Aswad ibn Abd Yaghuth — il appartenait aux Banu Zuhra et était le cousin maternel du Prophète (s) —, al-Harith ibn Qays ibn Adi — il appartenait aux Banu Sahm et était connu sous le nom d’Ibn al-Ghaytala —, al-Walid ibn al-Mughira (Banu Makhzum), Umayya ibn Khalaf et Ubayy ibn Khalaf (Banu Jumah), Abu Qays ibn Fakiha ibn al-Mughira (Banu Makhzum), al-As ibn Wa’il al-Sahmi (le père d’Amr ibn al-As), al-Nadr ibn al-Harith (des Banu Abd Allah), Munabbih ibn Sayfi ibn Abid (Banu Makhzum), al-Aswad ibn Abd al-Asad al-Makhzumi, al-As ibn Said ibn al-As (Banu Umayya), Abu al-Bakhtari al-As ibn Hisham (Banu Asad), Uqba ibn Abi Muayt (Banu Umayya), Ibn al-Asdi al-Hudhali, Hakam ibn Abi al-As (Banu Umayya), et Sa‘di ibn Hamra al-Thaqafi.
La deuxième catégorie regroupait les chefs quraychites qui étaient certes hostiles, mais pas au point de s’opposer de toutes leurs forces au Prophète (s) et aux musulmans, comme le faisait le groupe mentionné précédemment. Toutefois, ils soutenaient ces adversaires dans toutes les mesures prises contre l’islam. Ibn Sa‘d comptait parmi ces adversaires ‘Utba ibn Rabî‘a, Shayba ibn Rabî‘a et Abû Sufyân. Quant à la conduite de ceux qui étaient les plus acharnés dans leur opposition, le Coran la décrit ainsi :
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Regarde ! Ils replient leur poitrine afin de se soustraire à Lui (Hûd : 6).
Autrement dit, ils étaient si réfractaires à l’appel du Prophète (s) qu’ils cherchaient à l’éviter. S’ils le voyaient assis quelque part, ils s’éclipsaient. S’ils le voyaient venir en face d’eux, ils changeaient de direction ou se couvraient le visage avec le pan de leur vêtement, de peur que, s’il s’adressait à eux en face à face, il ne leur dise quelque chose.
Restait le peuple ordinaire de La Mecque. Parmi eux, certains étaient neutres, tandis que d’autres soutenaient secrètement l’islam, mais dissimulaient leur foi. Certains embrassaient également l’islam. Un très grand nombre, encouragé par ses chefs et soucieux de préserver le prestige de la religion ancestrale, se livrait aux menées hostiles à l’islam auxquelles ceux-ci se livraient.
Nous allons maintenant exposer séparément les différentes manœuvres employées pour entraver la propagation de l’appel islamique.
1. Tentatives de compromis avec le Prophète (s)
Comme les adversaires ressentaient la personnalité exceptionnelle du Prophète (s) et l’influence irrésistible du Coran, ils tentèrent à maintes reprises de s’entretenir avec lui afin de voir s’il était possible de le convaincre de parvenir, d’une manière ou d’une autre, à un compromis au sujet de la religion. À cette fin, différentes délégations le rencontrèrent, et des personnalités particulières s’entretinrent également avec lui.
La rencontre de ʿUtba ibn Rabīʿa avec lui
Parmi ces rencontres, celle de ʿUtba ibn Rabīʿa était importante ; plusieurs spécialistes du hadith l’ont rapportée de diverses manières. Toutefois, il n’y avait guère de divergence concernant l’issue. Ibn Abī Shayba la rapporte d’après Ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée), tandis que ʿAbdullāh ibn Ḥamīd, Abū Yaʿlā et al-Bayhaqī la rapportent d’après Jābir ibn ʿAbdullāh al-Anṣārī (qu’Allah l’agrée) : un jour, quelques Quraychites se réunirent et se dirent : « Voyons, lequel d’entre vous est le plus habile en magie, en divination et en poésie ? Qu’il aille voir cet homme qui a semé la division dans notre groupe, causé le malheur et le désordre dans nos affaires et nos intérêts, et souillé notre religion. Parlons-lui afin de voir ce qu’il répondra. » Ils dirent : « À notre avis, il n’y a personne qui convienne mieux que ʿUtba ibn Rabīʿa. » Ils dirent donc tous : « Abū al-Walīd ! C’est toi qui dois t’en charger. » Il se rendit alors auprès du Prophète (s). (Ajout de l’auteur.)
La deuxième version a été rapportée par Muḥammad ibn Isḥāq et al-Bayhaqī, d’après Muḥammad ibn Kaʿb al-Quraẓī. Elle raconte qu’un jour, plusieurs notables quraychites étaient assis réunis dans la Mosquée sacrée, tandis que le Messager d’Allah (s) était assis seul de l’autre côté de la mosquée. Cela se passait après que Ḥamza (qu’Allah l’agrée) eut embrassé la foi, alors que les Quraychites étaient très préoccupés de voir le nombre des musulmans augmenter progressivement. Dans ces circonstances, ʿUtba ibn Rabīʿa, le beau-père d’Abū Sufyān, dit aux notables quraychites : « Si vous le jugez bon, je parlerai à Muḥammad (s) et lui soumettrai quelques propositions. Peut-être en acceptera-t-il une, que nous pourrions également accepter ; ainsi, il pourrait cesser de s’opposer à nous. » Tous les présents approuvèrent et dirent : « Abū al-Walīd ! Nous avons pleine confiance en toi ; va certainement lui parler. »
ʿUtba se leva et alla s’asseoir auprès du Prophète. Lorsque celui-ci lui accorda son attention, il dit : « Mon neveu, tu sais que tu étais pour nous un objet de grand respect et que, par ta lignée également, tu es issu d’une famille noble. Or, quel malheur as-tu apporté à notre peuple ? Tu as semé la division parmi nous. Tu tiens tout notre peuple pour insensé. Tu insultes notre religion et nos divinités. Tu considères nos ancêtres défunts comme des mécréants. Écoute maintenant ce que j’ai à te dire. Je vais te soumettre quelques propositions ; réfléchis-y. Peut-être en accepteras-tu une. »
Le Messager d’Allah (s) dit : « Abū al-Walīd, parlez ; je vous écouterai. »
Il dit : « Mon neveu, si le but de l’entreprise que tu as commencée est d’acquérir des richesses, nous mettrons tous en commun suffisamment de biens pour que tu deviennes le plus riche d’entre nous. Si tu recherches la prééminence, nous ferons de toi notre chef et ne prendrons aucune décision sur quelque affaire que ce soit sans toi. Et si tu désires la royauté, nous ferons de toi notre roi. Si, en revanche, tu es sous l’emprise d’un djinn et que tu es incapable de t’en débarrasser, au point de voir certaines choses dans ton sommeil comme à l’état de veille, nous ferons venir les meilleurs médecins et prendrons tous en charge les frais de ton traitement. » ʿUtba continuait de parler, tandis que le Prophète (s) l’écoutait en silence.
Puis il dit : « Abū al-Walīd, avez-vous terminé tout ce que vous aviez à dire, ou avez-vous encore quelque chose à ajouter ? » Il répondit : « Non, j’ai dit tout ce que j’avais à dire. » Le Prophète (s) dit : « Très bien ! Écoutez maintenant ce que j’ai à vous dire. » Puis, après avoir prononcé « Bismillāh ar-Raḥmān ar-Raḥīm », il commença à réciter la sourate Hā-Mīm as-Sajda. ʿUtba l’écoutait attentivement, appuyé sur ses deux mains placées derrière lui. Lorsqu’il arriva au verset de la prosternation (verset 38), le Prophète (s) se prosterna. Après avoir relevé la tête, il dit : « Abū al-Walīd, vous avez entendu ma réponse. À présent, vous savez ce qu’il en est, et votre affaire vous appartient. »
ʿUtba se leva et se dirigea vers l’assemblée des notables quraychites. De loin, des gens le virent et commentèrent : « Par Dieu ! Le visage de ʿUtba a changé. Il n’a plus le visage qu’il avait en partant. » Puis, lorsqu’il vint s’asseoir parmi eux, ils lui demandèrent : « Qu’as-tu entendu ? »
Il dit : « Par Dieu ! J’ai entendu une parole telle que je n’en avais jamais entendue auparavant. Par Dieu, ce n’est ni de la poésie, ni de la magie, ni de la divination. Ô gens de Quraysh, écoutez-moi et laissez-le poursuivre son chemin. Je pense que ces paroles finiront par se réaliser. Supposons que les Arabes l’emportent sur lui : vous éviterez ainsi de lever la main sur votre propre frère ; d’autres se chargeront de lui. Mais s’il triomphe des Arabes, alors sa royauté sera la vôtre, et son honneur et sa considération seront les vôtres. »
Après avoir entendu ses paroles, les chefs de Quraysh dirent : « Ô père d’Al-Walîd ! Sa magie a donc fini par agir sur toi aussi ? »
ʿUtba dit : « Je vous ai exposé mon opinion. Faites maintenant ce qui vous plaira. »
Parmi les récits que recueillit Al-Bayhaqî au sujet de cet événement, il y avait également ceci : lorsque le Prophète (s) parvint au treizième verset de Hâ-Mîm-Sajda—
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« S’ils se détournent, dis-leur : “Je vous avertis d’un châtiment soudain, semblable à celui qui s’abattit sur ʿÂd et Thamûd” », ʿUtba posa spontanément sa main sur la bouche du Prophète (s) et, invoquant les liens de parenté, se mit à dire : « Ne dis pas une telle chose ! » Il expliqua ainsi son geste aux gens : « Vous savez que lorsque Muhammad (s) dit quelque chose, cela ne reste pas sans effet. C’est pourquoi j’ai craint que le châtiment ne s’abatte sur moi. » (Tafhîm, tome 3, Al-Anbiyâ’, note 5 ; tome 4, introduction à Hâ-Mîm as-Sajda.)
La rencontre avec une autre délégation
Muhammad ibn Ishâq, rapportant le récit d’Ibn ʿAbbâs (r), dit qu’un jour ʿUtba ibn Rabîʿa, Shayba ibn Rabîʿa, Abû Sufyân ibn Harb, an-Nadr ibn al-Hârith, Abû al-Bakhtarî ibn Hishâm, al-Aswad ibn al-Muttalib, Umayya ibn Khalaf, al-ʿÂs ibn Wâ’il, ainsi que Nubayya et Munabbih, fils de Hajjâj ibn Shahmîr, se réunirent après le coucher du soleil près du mur de la Kaaba. Ils se dirent les uns aux autres : « Appelez Muhammad, parlons avec lui et faisons-lui connaître notre décision finale. » Le Prophète (s) fut également informé que les notables de son peuple s’étaient réunis pour s’entretenir avec lui. Comme il désirait ardemment les guider sur le droit chemin, il se présenta aussitôt devant eux. Ils dirent : « Ô Muhammad (s) ! Nous t’avons appelé afin de mettre définitivement les choses au clair à ton sujet. Par Dieu, nous ne connaissons aucun homme parmi les Arabes qui ait suscité au sein de son peuple une discorde semblable à celle que tu as provoquée parmi le tien. Tu as insulté nos ancêtres, trouvé des défauts à notre religion, traité les gens d’insensés, parlé contre nos divinités, semé la division dans notre groupe, et il n’est aucun sujet désagréable que tu n’aies suscité entre toi et nous. Si tu fais tout cela dans le but d’acquérir des richesses, nous réunirons pour toi autant d’argent qu’il en faudra pour que tu deviennes le plus riche d’entre nous. Si tu veux prendre le dessus sur nous, nous te ferons notre chef. Si tu désires la royauté, nous te ferons roi. Et si quelque djinn s’est emparé de toi, nous dépenserons nos propres biens pour te soigner et te libérer de son influence. Après avoir fait tout cela, nous aurons au moins pleinement rempli notre devoir envers toi. »
En réponse, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) dit : « Je ne souffre d’aucun des maux que vous évoquez. Je ne vous demande pas non plus d’argent pour ce que je vous ai apporté. Je ne souhaite ni m’élever au-dessus de vous ni devenir votre roi. Au contraire, Allah m’a envoyé vers vous en tant que Messager. Il fait descendre sur moi un Livre et m’a ordonné d’être pour vous un annonciateur de bonnes nouvelles en raison de votre foi, et un avertisseur si vous refusez de croire. Je vous ai donc transmis le message de mon Seigneur et vous ai exhortés. Si vous acceptez ce que j’ai apporté, ce sera pour vous une cause de bonheur ici-bas et dans l’au-delà. Mais si vous le rejetez, je patienterai, par ordre d’Allah, jusqu’à ce qu’Allah tranche entre vous et moi. » En réponse, les chefs mécréants lui demandèrent divers miracles.Note : À titre d’exemple, il est dit dans le Coran :
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— Si Nous avions fait descendre sur toi un Livre écrit sur du papier et que ces gens l’avaient même touché de leurs propres mains, ceux qui n’ont pas cru auraient dit : « Ce n’est là qu’une magie manifeste. » — (Al-An‘âm : 7)
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— Et même si Nous leur ouvrions une porte du ciel et qu’ils se mettaient à y monter, ils diraient : « Nos yeux sont ensorcelés ; bien plus, nous avons été victimes d’une magie. » — (Al-Hijr : 14-15).
Dans le récit de cet événement qu’Ibn Hichâm rapporte d’après Ibn Ishâq, il est également précisé qu’après qu’ils eurent demandé des miracles, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) dit : « Je ne suis pas venu vers vous pour accomplir toutes ces choses. Je vous ai transmis le message pour lequel Allah m’a envoyé. »
Finalement, ils le menacèrent en lui disant : « Par Allah ! Nous ne te laisserons pas ainsi en raison de tes agissements. Soit nous te ferons disparaître, soit c’est toi qui nous feras disparaître. »(Ajout de l’auteur.)
D’autres tentatives de compromis
En outre, à différentes reprises, les Qurayshites continuèrent à présenter au Prophète (s) diverses propositions, afin que l’acceptation de l’une d’elles puisse mettre fin au conflit et aux affrontements qui les opposaient. Hazrat Abdallah ibn Abbas (ra) rapporte que les Qurayshites dirent au Prophète (s) : « Nous vous donnerons tant de richesses que vous deviendrez l’homme le plus riche de La Mecque. Nous vous marierons à la jeune fille de votre choix. Nous sommes prêts à vous suivre. Acceptez seulement ceci de notre part : cessez d’insulter nos divinités. Si vous ne voulez pas accepter cela, nous vous soumettons une autre proposition, qui sera bénéfique pour vous comme pour nous. »
Le Prophète (s) demanda : « Quelle est-elle ? »
Ils répondirent : « Adorez pendant une année nos divinités, Lât et ‘Uzzâ, et nous adorerons pendant une année votre Dieu. »
Le Prophète (s) dit : « Très bien, attendez un peu ; je vais voir quel ordre me viendra de la part de mon Seigneur. » Cela ne signifie nullement que le Messager d’Allah (s) considérait cette proposition, sous quelque aspect que ce soit, comme acceptable ou digne d’être examinée et, à Dieu ne plaise, qu’il avait donné cette réponse aux mécréants dans l’espoir qu’elle recevrait peut-être l’approbation d’Allah. En réalité, cette parole était exactement comme lorsqu’une proposition incongrue est présentée à un fonctionnaire subalterne, qui sait que son gouvernement ne pourra en aucun cas accepter cette demande. Cependant, au lieu de la rejeter lui-même, il dit à ceux qui l’ont formulée : « Je vais transmettre votre requête aux autorités, puis je vous communiquerai les instructions qui me parviendront. » La différence est que, si un employé subalterne rejette lui-même la demande, les gens continueront à insister avec entêtement. Mais s’il leur dit que la réponse des autorités est défavorable à leur demande, ils perdront tout espoir. — L’auteur. Alors la révélation fut descendue :
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(Dis 🙂 « Ô mécréants ! Je n’adore pas ce que vous adorez. Et vous n’êtes pas adorateurs de Celui que j’adore. Je ne suis pas adorateur de ceux que vous avez adorés. Vous n’êtes pas adorateurs de Celui que j’adore. À vous votre religion, et à moi ma religion. »
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Dis-leur : « Ô insensés ! Est-ce que vous m’ordonnez d’adorer quelqu’un d’autre qu’Allah ? » (Ibn Jarîr, Ibn Abî Hâtim, at-Tabarânî).
Selon un récit d’Ibn Abbas (ra), les Quraysh dirent au Prophète (s) : « Ô Muhammad (s) ! Si tu embrasses nos divinités, nous adorerons ton Seigneur. » La sourate al-Kafirun fut alors révélée en réponse (Abd ibn Hamid).
Il est rapporté de Saïd ibn Sina (affranchi d’Abou al-Bakhtari) qu’al-Walid ibn al-Mughira, al-As ibn Waïl, al-Aswad ibn al-Muttalib et Umayya ibn Khalaf rencontrèrent le Messager d’Allah (s) et lui dirent : « Ô Muhammad (s) ! Viens, nous allons t’associer à toutes nos affaires. Si ce que tu as apporté est meilleur que ce que nous possédons, nous y prendrons part et recevrons notre part. Et si ce que nous possédons est meilleur que ce que tu as apporté, tu t’y associeras avec nous et tu en recevras ta part. » Une révélation fut alors descendue ************************************************* (Ibn Jarir, Ibn Abi Hatim, Ibn Hicham et Baladhuri ont également rapporté ce récit).
Wahb ibn Munabbih rapporte que les Quraysh dirent au Prophète (s) : « Si tu le souhaites, nous entrerons une année dans ta religion, et toi, tu entreras une année dans notre religion » (Abd ibn Hamid, Ibn Abi Hatim).
Ces récits montrent qu’ils présentèrent au Prophète (s) des propositions de ce genre non pas une seule fois, lors d’une même réunion, mais à différentes époques et dans différentes circonstances. Il fallait donc leur donner une réponse définitive afin de réduire à néant pour toujours leur espoir de voir le Messager (s) adopter, en matière de religion, une politique de donnant-donnant (GIVE AND TAKE POLICY) et parvenir à un compromis avec eux (Introduction de la sourate al-Kafirun, Tafhim, tome 6.)
Tentatives de faire pression sur Abou Talib
La deuxième stratégie des Quraysh pour entraver la prédication du Messager d’Allah (s) consistait à rencontrer continuellement Abou Talib, à faire pression sur lui et à lui dire : « Retirez votre soutien à Muhammad (s) et faites également pression sur lui afin qu’il renonce à son œuvre. »
La première délégation
Muhammad ibn Ishaq dit que, lorsque les Quraysh virent qu’Abou Talib soutenait le Prophète (s) et ne l’empêchait pas de faire ce qui leur était insupportable, une délégation de notables des Quraysh se rendit auprès de lui. Elle comprenait, parmi les Banu Abd Shams ibn Abd Manaf, Utba ibn Rabia et Shayba ibn Rabia ; parmi les Banu Umayya, Abou Sufyan ; parmi les Banu Asad ibn Abd al-Uzza, Abou al-Bakhtari, al-As ibn Hisham et al-Aswad ibn al-Muttalib ; parmi les Banu Makhzum, Abou Jahl et al-Walid ibn al-Mughira ; parmi les Banu Sahm, Nubayha et Munabbih, fils d’al-Hajjaj. Al-As ibn Waïl en faisait également partie. Ils dirent : « Ô Abou Talib ! Ton neveu a insulté nos divinités. Il a calomnié notre religion, a traité notre intelligence de stupidité et a déclaré nos ancêtres égarés. Empêche-le désormais de nous blesser par ses paroles, ou retire-toi de l’affaire qui nous oppose à lui. Car toi aussi, comme nous, tu es opposé à la religion qu’il a apportée. Ensuite, nous nous occuperons de lui. »
Abou Talib les apaise en leur parlant avec beaucoup de douceur, puis ils s’en vont (Ibn Hicham, Tabari, Al-Bidaya wa-n-Nihaya).
La deuxième délégation
Puis, lorsque le Messager d’Allah (s) continua sa mission, la patience des Quraychites arriva à son terme. Une deuxième délégation se rendit alors auprès d’Abou Talib. Ils lui dirent : « Ô Abou Talib ! Vous êtes parmi nous la personne la plus âgée et la plus honorée. Nous vous avions demandé de cesser de le soutenir, mais vous ne l’avez pas fait. Nous ne tolérerons en aucun cas qu’il insulte nos ancêtres, dénigre notre intelligence et notre raison, et relève les défauts de nos divinités. Soit vous l’empêchez d’agir, soit nous vous affronterons jusqu’à ce que l’un des deux camps soit anéanti. » Les récits divergent ensuite.
Dans le récit de ʿAqil ibn Abou Talib cité par l’imam Boukhari dans son ouvrage historique et par le hafiz Abou Yaʿla dans son Musnad, il est rapporté que, en leur présence, mon père, Abou Talib, me dit : « Va chercher Muhammad (s). » Je le trouvai sous une chaleur accablante et le ramenai. Lorsqu’il arriva, Abou Talib lui dit : « Mon neveu, tes proches t’accusent de les offenser dans leurs assemblées et dans la Mosquée sacrée. Cesse donc tout cela. »
Après avoir entendu ces paroles, le Prophète (s) leva les yeux vers le ciel et dit aux chefs des Quraychites : « Voyez-vous ce soleil ? » Ils répondirent : « Oui. » Le Prophète (s) dit : « De même que ce soleil n’est pas capable d’empêcher ses rayons de se répandre, je ne suis pas capable d’abandonner cette mission. » Sur ces paroles, il se leva et partit. Abou Talib dit alors : « Mon neveu n’a jamais menti. Vous pouvez donc vous retirer. » At-Tabarani a rapporté ce récit dans Al-Awsat et Al-Kabir, et Abou Yaʿla l’a mentionné brièvement.
Ibn Hicham, Tabari, Bayhaqi et Baladhuri rapportent cet événement de la manière suivante : après le départ des gens, Abou Talib appela le Prophète (s) et lui dit : « Mon neveu ! Ton peuple est venu me tenir ces propos. Laisse-moi, ainsi qu’à toi-même, une possibilité de rester en vie. Ne m’impose pas un fardeau que ni moi ni toi n’avons la force de porter. Cesse donc de prononcer des paroles qu’ils ne peuvent supporter. » En entendant les paroles d’Abou Talib, le Prophète (s) pensa qu’il s’apprêtait à le laisser livré à son propre sort. Il dit alors : « Mon oncle ! Même si l’on plaçait le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche, je n’abandonnerais pas cette mission. Allah fera réussir cette mission, ou bien je périrai. » Puis le Prophète (s), profondément attristé, se mit à pleurer et s’apprêta à partir. Abou Talib comprit combien ses paroles avaient peiné le Prophète (s). Il l’appela donc et lui dit, lorsqu’il revint : « Poursuis ta mission et fais ce que tu veux faire. Par Dieu ! Pour aucune raison je ne te livrerai à tes ennemis. »
Abou Jahl projette de tuer le Prophète (s)
Muhammad ibn Ishaq rapporte qu’Abou Jahl dit aux Quraychites : « Ô Quraychites ! Vous avez bien entendu Muhammad (s) déclarer clairement qu’il ne cessera en aucun cas d’insulter notre religion, de traiter nos ancêtres d’égarés et d’injurier nos divinités, entre autres choses. Je jure donc par Allah que demain, je m’assiérai avec une pierre et que, lorsqu’il se prosternera pour la prière, je lui écraserai la tête. Ensuite, que les Banou ʿAbd Manaf fassent ce qu’ils veulent. »
Le deuxième jour, il attendit le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec une pierre. Comme à son habitude, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) arriva et se consacra à la prière. Les gens de Quraysh se rassemblèrent également pour voir ce qui allait se passer. Après que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se fut prosterné, Abou Jahl s’avança vers lui avec la pierre. Mais lorsqu’il s’en approcha, il fit soudain demi-tour. Il fut saisi d’une terrible frayeur. Son visage devint livide et la pierre tomba de sa main. Les gens de Quraysh se levèrent, allèrent auprès de lui et lui demandèrent : « Aboul-Hakam ! Que t’arrive-t-il donc ? » Il répondit : « Je m’étais avancé pour accomplir ce dont je vous avais parlé. Mais lorsque je me suis approché, un immense chameau est apparu devant moi. Je n’ai jamais vu un chameau avec une tête aussi énorme, un cou pareil et une telle bosse. Il s’apprêtait à me dévorer. »
Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) déclara plus tard que c’était sous cette apparence que l’ange Gabriel (paix sur lui) était venu.
La troisième délégation
Ibn Sa‘d rapporte que les chefs de Quraysh vinrent une nouvelle fois auprès d’Abou Talib et lui dirent : « Vous êtes le plus âgé et le chef de tous parmi nous. Nous vous demandons de faire preuve d’équité. Rendez donc justice entre nous et lui. Faites venir votre neveu et dites-lui de renoncer à tenir des propos offensants contre nos divinités. Pour notre part, nous le laisserons, lui et son Dieu, suivre leur propre voie. » Abou Talib fit alors appeler le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui dit : « Mon neveu ! Voici tes oncles, les nobles chefs de ton peuple. Ils sont venus et souhaitent parvenir avec toi à un règlement équitable. »
Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Parlez, je vous écoute. » Ils répondirent : « Laisse-nous, ainsi que nos divinités, suivre chacun notre propre voie et abstiens-toi de les insulter. Nous te laisserons, toi et ton Dieu, suivre votre propre voie. »
Abou Talib dit : « Ils ne disent là que des paroles parfaitement équitables ; accepte donc cela. »
Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Mon oncle ! Dois-je les appeler à quelque chose de meilleur que cela ? » Abou Talib demanda : « De quoi s’agit-il ? »
Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Alors dites : “Lā ilāha illā Allāh.” »
Sur ce, ils s’en allèrent, tournant le dos avec colère et dégoût—
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Restez fermes dans le culte de vos divinités. Cette parole a bien un autre sens. (Ajout de l’auteur.)
Les récits concernant cet événement présentent des divergences. Ibn Sa’d l’a rapporté dans ses Tabaqât, et Tabarî dans son Histoire, sans en préciser la période. Ibn Ishaq l’a présenté comme un événement postérieur à la conversion à l’islam de Hamza (ra) et de Omar (ra). C’est également l’opinion adoptée par plusieurs exégètes, notamment Zamakhsharî, Râzî et Nishapourî. Mais d’autres récits situent cet événement à l’époque où Abou Talib était alité, à l’approche de la mort. Voici, en résumé, l’événement rapporté dans leurs commentaires et leurs ouvrages historiques par l’imam Ahmad, Nasâ’î, Tirmidhî, Bayhaqî, Ibn Abî Shayba et Ibn Jarîr Tabarî :
Lorsque Abou Talib tomba malade et que les chefs de Quraych comprirent que sa fin était proche, ils se consultèrent et décidèrent qu’il fallait maintenant lui parler. Il serait bon qu’il règle le différend entre nous et son neveu. Il ne faudrait pas que nous prenions des mesures sévères contre Muhammad (s) après sa mort. Les Arabes commenceraient alors à nous reprocher ceci : tant que cet ancien était vivant, ils le respectaient ; maintenant qu’il est mort, ils s’en prennent à son neveu. Tous approuvèrent cette décision, et près de vingt-cinq chefs quraychites se rendirent auprès d’Abou Talib. Parmi eux figuraient notamment Abou Jahl, Abou Soufyan, Oumayya ibn Khalaf, ‘As ibn Wâ’il, Aswad ibn al-Muttalib, ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt, ‘Utba et Shayba. Ils commencèrent par formuler de nombreuses accusations contre le Prophète (s), puis dirent : « Nous sommes venus vous proposer une solution équitable. Que votre neveu nous laisse pratiquer notre religion, et nous le laisserons pratiquer la sienne. Qu’il adore la divinité qu’il souhaite, cela ne nous pose aucun problème. Mais qu’il ne critique pas nos divinités et qu’il ne s’efforce pas de nous faire rompre nos liens avec elles. À cette condition, arrangez un compromis entre lui et nous. »
Abou Talib fit appeler le Prophète (s) et lui dit : « Mon neveu, les gens de ton peuple sont venus me voir. Ils souhaitent que tu acceptes avec eux une parole équitable, afin que cesse le différend entre eux et toi. » Puis il rapporta au Prophète (s) les propos que les chefs de Quraych lui avaient tenus.
Le Prophète (s) répondit : « Cher oncle, je leur ai déjà proposé une parole telle que, s’ils l’acceptent, les Arabes leur obéiront et les non-Arabes leur paieront tribut. Les différents rapporteurs ont cité ces paroles du Prophète (s) avec des formulations variées. Malgré ces différences verbales, leur sens était unique. En d’autres termes, le Prophète (s) leur dit : “Si je vous propose une parole et que vous l’acceptez, les Arabes et les non-Arabes seront soumis à votre autorité. Dites-moi donc : cela n’est-il pas préférable à la parole de justice que vous me proposez ? Votre bien-être réside-t-il dans l’acceptation de cette parole, ou bien dans le fait de vous laisser demeurer dans l’état où vous êtes tandis que, pour ma part, je continuerai à n’adorer que Dieu ?”(Tafhîm, tome 4, introduction à la sourate Sâd.) En entendant cela, ils furent d’abord quelque peu décontenancés. Ils ne voyaient pas quelle réponse donner pour rejeter une parole aussi bénéfique. Puis, ayant quelque peu repris leurs esprits, ils dirent : « Tu parles d’une seule parole ? Nous sommes prêts à en dire même dix. Mais dis-nous donc quelle est cette parole ? »
Le Prophète (s) dit : « Lâ ilâha illâ Allah. » Sur ce, ils se levèrent tous et s’en allèrent en répétant les paroles rapportées au début de la sourate Sâd. (Tafhîm, tome 4, introduction à la sourate Sâd.)
La quatrième délégation
Ibn Hichâm, Ibn Jarîr al-Tabarî, Ibn Sa’d, al-Balâdhurî et Ibn Kathîr rapportent que, lorsque les Quraychites virent qu’Abû Tâlib refusait absolument d’abandonner le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) et qu’il était prêt à prendre pour son neveu le risque de s’attirer l’hostilité de son peuple et d’en être finalement séparé, ils lui amenèrent ‘Umâra ibn al-Walîd, fils d’al-Walîd ibn al-Mughîra, et lui dirent : « Ô Abû Tâlib, voici ‘Umâra ibn al-Walîd, un jeune homme célèbre et beau parmi les Quraychites. Adopte-le comme fils et, en échange, remets-nous ton neveu. Car il s’est opposé à ta religion et à celle de tes ancêtres, a semé la division parmi ton peuple et nous considère tous comme des idiots. Nous te donnons l’un contre l’autre afin que nous puissions le tuer. »
Abû Tâlib répondit : « Par Dieu ! Vous me proposez un marché des plus iniques. Vous me donnez votre propre fils pour que je l’élève, tandis que vous voulez mon fils afin de le tuer. Cela ne pourra jamais arriver. » Mut’im ibn ‘Adî, descendant de Nawfal, le frère de Hâchim, dit : « Par Dieu, ô Abû Tâlib, ton peuple a été juste envers toi et a cherché à te délivrer du malheur dans lequel tu es tombé. Mais je vois que tu n’acceptes aucune de leurs propositions. »
Abû Tâlib répondit : « Par Dieu, ils n’ont nullement été équitables envers moi ; au contraire, tu m’as abandonné pour te ranger de leur côté contre moi. Très bien, fais donc ce que tu veux. »
Ibn Ishâq rapporte qu’après cet échange de paroles, la querelle atteignit le point où l’on en vint aux armes, et qu’ils décidèrent de s’affronter.
Abû Tâlib réunit les Banû Hâchim et les Banû al-Muttalib
Ibn Ishâq rapporte qu’ensuite Abû Tâlib réunit les Banû Hâchim et les Banû al-Muttalib et les exhorta à convenir unanimement de soutenir et de protéger le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Tous acceptèrent et se préparèrent à aider Abû Tâlib, à l’exception de Lahab, qui adopta une position différente.
La menace d’Abû Tâlib contre les Quraychites
Ibn Sa‘d rapporte qu’à une époque où le Prophète ﷺ faisait l’objet d’une opposition acharnée, mais où l’émigration vers l’Abyssinie n’avait pas encore commencé, Abou Talib vint un jour avec les autres membres de sa famille à la maison du Prophète ﷺ, mais ne le trouva pas. Abou Talib soupçonna qu’il avait été tué. Il rassembla aussitôt les jeunes gens des Banû Hâchim et des Banû al-Muttalib. Puis il leur dit : « Que chacun dissimule une épée ou une autre arme sous ses vêtements et me suive. Lorsque j’entrerai dans la Mosquée sacrée, vous verrez dans quelque assemblée des chefs qurayshites Ibn al-Hanzaliyya (Abou Jahl) assis. Alors, je ne laisserai aucun membre de cette assemblée en vie, car ils ont certainement tué Muhammad ﷺ. »
Dans cette intention, Abou Talib se mit en route et rencontra en chemin Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée). Il apprit que le Prophète ﷺ allait bien.
Le lendemain matin, Abou Talib se rendit chez le Prophète ﷺ, le prit par la main et se présenta, avec les jeunes et les anciens des Banû Hâchim et des Banû al-Muttalib, à l’assemblée des chefs qurayshites. Il leur dit : « Gens de Quraych ! Savez-vous ce que j’avais l’intention de faire ? » Ils répondirent : « Non, nous ne le savons pas. » Abou Talib relata toute l’affaire, puis dit aux jeunes gens : « Retirez vos manteaux. » Lorsqu’ils les eurent retirés, tous virent que chacun tenait une arme tranchante. Abou Talib dit : « Par Dieu ! Si vous tuez Muhammad ﷺ, je ne laisserai aucun d’entre vous en vie. Ensuite, nous périrons tous en combattant. »
Après cet événement, il fut fait savoir aux Quraychites qu’il ne serait pas facile d’intervenir de quelque manière que ce soit contre Muhammad ﷺ. Cet événement fut surtout profondément désespérant pour Abou Jahl.
3. Le comportement puéril et vil des Quraychites
Le comportement des Quraychites envers le Prophète ﷺ était extrêmement vil et puéril ; leur objectif était de le décourager et de le maintenir dans l’embarras.
La tentative de faire divorcer Zaynab (qu’Allah l’agrée)
L’une de leurs initiatives consistait à faire pression sur le gendre du Prophète ﷺ, Abou al-‘Âs ibn al-Rabî‘, afin qu’il divorce de Zaynab (qu’Allah l’agrée), la fille aînée du Prophète ﷺ, de la même manière qu’Abou Lahab avait contraint ses deux fils à divorcer des filles du Prophète ﷺ, Ruqayya (qu’Allah l’agrée) et Oumm Koulthoum (qu’Allah l’agrée). Abou al-‘Âs appartenait aux Banû ‘Abd al-‘Uzzâ ibn ‘Abd Shams. Sa mère, Hâla bint Khuwaylid, était la sœur de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Il comptait parmi les riches de La Mecque. Par sa fortune, ses activités commerciales et son honnêteté dans la garde des dépôts, il faisait partie des rares personnalités éminentes de La Mecque. Il avait épousé Zaynab (qu’Allah l’agrée) avant que le Prophète ﷺ ne reçoive sa mission prophétique. Khadîja (qu’Allah l’agrée) le considérait comme son propre fils. Bien qu’après le début de la prophétie il ne fût pas devenu musulman et demeurât attaché au polythéisme, il ne céda pas à la pression des Quraychites et ne divorça pas de Zaynab (qu’Allah l’agrée).Il convient de préciser que Zaynab (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam en même temps que sa mère. Cependant, puisque l’interdiction du mariage entre croyants et polythéistes n’avait pas encore été révélée, elle demeura mariée à Abou al-‘Âs.–L’auteur.Al-Balâdhurî rapporte dans Ansâb al-Ashrâf que les chefs qurayshites lui dirent (à Abou al-‘Âs) : « Divorce de Zaynab. Ensuite, nous te ferons épouser la femme de Quraych que tu choisiras. »
Il rapporte que Tabari et Ibn Hicham citent Muhammad ibn Ishaq. Ils ajoutent que des membres des Quraych se rendirent auprès d’Utba, le fils d’Abou Lahab, et lui dirent : « Répudie la fille de Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Nous te marierons à toute fille des Quraych que tu désireras. » Il répondit : « Si vous me proposez la fille de Saïd ibn al-As ou celle de son fils Aban, j’accepterai votre proposition. » Ils lui procurèrent la fille de son choix, après quoi il répudia la fille du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui), avant même qu’elle ne lui soit remise ou qu’elle ne quitte la maison de son père.
Ils se réjouissent de la mort du fils du Prophète
Plus abject encore fut leur comportement : après la mort, durant son enfance, du vénérable Qasim, le premier fils du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui), puis celle de son deuxième fils, le vénérable Abdallah (que Dieu l’agrée), également durant son enfance, les Quraychites ne manifestèrent même pas, dans le deuil et la tristesse du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui), la compassion qui était pourtant le minimum requis par la bienséance et l’humanité. Bien au contraire, ils se réjouirent et commencèrent à le traiter d’homme sans postérité, c’est-à-dire que personne ne resterait pour perpétuer son nom après lui. (Ajout.)
Ibn Sa’d et Ibn Asakir rapportent, d’après Abdallah ibn Abbas (que Dieu l’agrée), que le fils aîné du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) était le vénérable Qasim (que Dieu l’agrée). Après lui venait la vénérable Zaynab (que Dieu l’agrée), puis le vénérable Abdallah (que Dieu l’agrée). Ensuite venaient, l’une après l’autre, trois filles : Oum Koulthoum (que Dieu l’agrée), Fatima (que Dieu l’agrée) et Rouqayya (que Dieu l’agrée). Le vénérable Qasim (que Dieu l’agrée) mourut le premier, puis le vénérable Abdallah (que Dieu l’agrée) mourut à son tour. À cette occasion, al-As ibn Waïl déclara : « Sa descendance est anéantie. Il est désormais sans postérité, ses racines sont coupées. »
Certaines traditions ajoutent qu’al-As déclara : « Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui) est sans postérité. Il n’a aucun fils qui puisse lui succéder. Lorsqu’il mourra, vous serez débarrassés de lui. » Abd al-Hamid rapporte, d’après Ibn Abbas (que Dieu l’agrée), qu’Abou Jahl fit également une remarque de ce genre après la mort d’Abdallah (que Dieu l’agrée), le fils du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui).
Ibn Abi Hatim rapporte, d’après Chamir ibn Atiyya, qu’Uqba ibn Abi Mouaït exprima lui aussi une telle bassesse en se réjouissant du deuil du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Ata rapporte qu’après la mort du deuxième fils du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui), son propre oncle Abou Lahab, dont la maison était contiguë à celle du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui), courut trouver les polythéistes et leur annonça cette « bonne nouvelle » : cette nuit, Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui) est devenu sans fils, c’est-à-dire sans postérité.
Telle était la situation profondément déchirante lorsque la sourate al-Kawthar fut révélée. Les Quraychites s’étaient irrités contre le Prophète parce qu’il n’adorait qu’Allah et rejetait ouvertement leur associationnisme. Pour cette raison, on lui retira le rang et la position dont il jouissait au sein de toute la communauté avant sa mission prophétique. Il fut comme séparé de ses propres proches et de son clan. Ses quelques compagnons, eux aussi, se retrouvèrent démunis et sans soutien, tandis qu’ils étaient maltraités. De plus, la perte successive de ses fils avait fait s’effondrer sur lui une montagne de chagrin. Dans ces circonstances, au lieu de recevoir les condoléances de ses amis, de ses proches, des membres de sa tribu et de son clan, ainsi que de ses voisins, il était l’objet de réjouissances. Ils tenaient même des propos qui étaient profondément déchirants pour un homme aussi noble, qui se comportait avec une extrême bonté non seulement envers ses proches, mais aussi envers autrui.
En réponse à tout cela, Allah le Très-Haut dit dans la sourate al-Kawthar :
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- C’est-à-dire que vous-mêmes, ô ennemis, êtes les véritables abtar, déracinés.
Ce ne fut pas simplement une attaque en guise de riposte ; ce fut en réalité l’une des importantes prophéties du Coran, qui se réalisa à la lettre. Lorsque cette prophétie fut annoncée, les gens considéraient le Prophète (que la paix soit sur lui) comme un abtar, un homme sans descendance, et personne ne pouvait imaginer comment les grands chefs de Quraysh, qui étaient célèbres et prospères non seulement dans la ville de La Mecque, mais dans toute l’Arabie, pourraient être déracinés. Ils n’avaient pas seulement eu la chance de posséder richesses et enfants ; ils avaient également, en divers endroits du pays, des alliés et des soutiens. Grâce à leur monopole dans le commerce et à leur fonction d’organisateurs du pèlerinage, ils entretenaient des relations étroites avec toutes les tribus arabes. Mais en quelques années seulement, la situation s’inversa complètement.
Lorsque, durant la cinquième année de l’Hégire, au moment de la bataille des Ahzab, les Quraysh assiégèrent Médine avec de nombreuses tribus arabes et juives, le Prophète (que la paix soit sur lui) dut, encerclé, organiser la défense en faisant creuser une tranchée. Or, trois ans seulement plus tard, lorsque vint le moment où, durant la huitième année de l’Hégire, le Prophète (que la paix soit sur lui) attaqua La Mecque, les Quraysh n’avaient plus aucun allié et, réduits à l’impuissance, durent déposer les armes. Puis, en l’espace d’une année, toute l’Arabie passa sous l’autorité du Prophète (que la paix soit sur lui). Des délégations de différentes tribus, venues de diverses régions du pays, lui prêtaient allégeance. L’ennemi resta totalement impuissant et sans amis. Leur nom et toute trace d’eux furent si complètement effacés que, même si certains de leurs descendants vivent encore quelque part dans le monde, aucun d’entre eux ne sait aujourd’hui qu’il descend d’un ennemi de l’islam tel qu’Abou Jahl, Abou Lahab, Al-‘Âs ibn Wâ’il ou ‘Uqbah ibn Abî Mu‘ayt. Et même lorsqu’ils le savent, aucun ne veut dire que ses ancêtres étaient de tels hommes. À l’inverse, aujourd’hui, des prières de bénédiction sont récitées dans le monde entier sur la famille et les proches du Messager d’Allah (que la paix soit sur lui). Des centaines de millions de musulmans sont fiers de se rattacher à lui. Des millions de personnes considèrent comme un honneur de descendre non seulement de lui, mais aussi des membres de sa famille et des familles de ses Compagnons. Les uns sont sayyides, les autres alides, abbassides, hachémites, siddiqis, farouqis, uthmanis, zubayris ou ansaris. Mais on ne trouve personne portant les noms d’Abou Jahlî ou d’Abou Lahabî. L’histoire prouve que l’abtar n’était pas le Prophète (que la paix soit sur lui) ; c’étaient plutôt ses ennemis, et ce sont encore eux. (Tafhîm, tome 6, sourate Al-Kawthar, introduction, note 4.)
Faire du vacarme dès qu’ils entendaient la récitation du Coran
Un autre comportement vil et abject auquel ils eurent recours consistait, lorsque le Coran était récité, à faire du vacarme et à fuir de tous côtés, afin de ne pas l’entendre eux-mêmes et de ne pas laisser les autres l’entendre. Il est dit dans le Coran :
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Ces négateurs de la vérité disent : « N’écoutez jamais ce Coran et, lorsqu’il est récité, faites du vacarme ; peut-être l’emporterez-vous ainsi. » (Hâ-Mîm As-Sajdah, 26)
C’était l’un des plans des mécréants de La Mecque. Par ce moyen, ils voulaient faire échouer la da‘wa et le tabligh du Prophète (ﷺ). Ils savaient parfaitement que le Coran exerçait une influence quasi magique et que celui qui le récitait à haute voix était un homme d’un rang élevé. De plus, quelle éloquence touchante dans sa manière de le réciter, jointe à cette personnalité ! Ils pensaient que quiconque entendrait, de la bouche d’un homme d’un tel rang, ces paroles incomparables prononcées d’une manière si envoûtante, tomberait sous leur charme. Ils décidèrent donc de ne pas écouter eux-mêmes cette Parole et de ne laisser personne d’autre l’écouter. Chaque fois que Muhammad (ﷺ) commencerait à la réciter, ils feraient du vacarme, applaudiraient, crieraient, protesteraient vivement et élèveraient la voix si haut que la sienne serait couverte. En adoptant cette tactique, ils espéraient vaincre le Messager d’Allah. (Tafhîm, vol. 4 — Hâ-Mîm as-Sajda — note 30.)
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Qu’ont donc ces négateurs, pour accourir vers toi en groupes, de ta droite et de ta gauche, ô Prophète ?
Il s’agit de ceux qui, après avoir entendu l’appel du Prophète (ﷺ), son tabligh et la récitation du Coran, accouraient de toutes parts pour s’en moquer et faire du vacarme. (Tafhîm, vol. 6 — Al-Ma‘ârij — note 124.)
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Ne récite pas ta prière à voix trop haute, ni à voix trop basse ; mais récite-la d’une voix intermédiaire entre les deux.
Le Musnad d’Ahmad rapporte d’Ibn ‘Abbâs qu’à La Mecque, lorsque le Prophète (ﷺ) récitait à haute voix le Coran pendant la prière, chez lui ou à Dâr al-Arqam, les mécréants se mettaient à faire du vacarme et l’insultaient parfois. Il lui fut donc ordonné de ne pas réciter si haut que les mécréants l’entendent et accourent en foule, ni si bas que ses compagnons eux-mêmes ne puissent l’entendre. (Tafhîm, vol. 2 — Banî Isrâ’îl — note 24.)
Fausser le sens du Coran et égarer
La mention de cette tactique des mécréants de La Mecque se trouve dans le Coran :
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Ceux qui donnent une interprétation déformée à Nos signes ne Nous sont pas cachés. Réfléchis donc par toi-même : qui est le meilleur, celui qui sera jeté dans le Feu ou celui qui viendra en sécurité au Jour de la félicité ? Faites ce que vous voulez ; Allah voit parfaitement tout ce que vous faites.
« Ilhâd » signifie s’égarer, quitter le droit chemin pour prendre une voie tortueuse et adopter la déviation. Dans les versets d’Allah, l’« ilhâd » consiste à chercher à introduire une distorsion dans des paroles simples et claires. On n’accepte pas le sens juste et explicite du verset divin ; au contraire, on lui donne diverses interprétations erronées, s’égarant soi-même et égarant les autres. Parmi les stratagèmes employés par les mécréants de La Mecque pour faire obstacle à l’appel du Coran, il y avait aussi celui-ci : ils écoutaient les versets du Coran, puis détachaient certains versets de leur contexte, donnaient à d’autres une interprétation littérale déformée, attribuaient un sens erroné à certains mots ou phrases, soulevaient toutes sortes d’objections et égaraient les gens en leur disant : « Qu’a donc dit ce monsieur le Prophète ? » (Tafhîm, vol. 4, Hâ-Mîm, As-Sajda, note.)
Entraîner les musulmans dans des controverses inutiles et vaines
Le Coran mentionne ainsi ce comportement des mécréants :
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Ceux qui, après avoir répondu à l’appel d’Allah, se livrent à des disputes et à des controverses avec ceux qui y ont répondu au sujet de la religion d’Allah, voient leur argumentation et leurs preuves considérées comme nulles auprès de leur Seigneur.
Cela fait allusion à la situation qui se produisait quotidiennement à La Mecque. Dès qu’on apprenait que quelqu’un était devenu musulman, tous se liguaient contre lui et le harcelaient. On lui rendait la vie insupportable. Ni chez lui, ni dans son quartier, ni parmi ses proches, il ne pouvait vivre en paix.
Partout où il allait, une interminable controverse éclatait ; on agissait ainsi dans le but de l’amener, d’une manière ou d’une autre, à renoncer à ses relations avec les Banû Muhammad et à retourner à cette jahiliya dont il était sorti. (Tafhîm, tome 4, ach-Chûrâ, note 31.)
Tourner les musulmans en dérision et les rabaisser
À ce sujet, le Coran dit :
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Les criminels tournaient les croyants en dérision et, lorsqu’ils passaient près d’eux, leur faisaient des signes en leur faisant des clins d’œil. Puis, lorsqu’ils retournaient auprès des leurs, ils y retournaient tout joyeux. En les voyant, ils disaient : « Ceux-là sont vraiment des égarés. » Pourtant, ils n’avaient pas été envoyés pour les surveiller. (Al-Mutaffifîn : 29-33)
Retourner tout joyeux signifie que, lorsqu’ils rentraient chez eux, ils pensaient : « Aujourd’hui, nous nous sommes bien amusés. Nous nous sommes beaucoup moqués d’un tel musulman, nous avons pris plaisir à le ridiculiser à haute voix, et les gens ont réagi favorablement. » (Tafhîm, tome 4, ach-Chûrâ, note 31.)
Al-Balâdhurî, citant dans Ansâb al-Ashrâf le récit de ‘Urwa ibn az-Zubayr, rapporte que lorsque les Quraychites voyaient, assis dans la Mosquée sacrée avec le Prophète, des hommes tels que ‘Ammâr ibn Yâsir, Khabbâb ibn al-Aratt, Suhayb ibn Sinân, Bilâl ibn Rabâh, Abû Fukayha et ‘Âmir ibn Fuhayra, ils se demandaient : « Tous ces gens étaient-ils donc bénéficiaires de la grâce d’Allah ? »
Jeter les ignorants dans l’égarement
À ce propos, le Coran dit :
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Lorsque l’un d’entre eux leur demande : « Qu’est-ce que votre Seigneur a fait descendre ? », ils répondent : « Allons donc ! Ce ne sont que les vieilles histoires des anciens » (An-Nahl : 24).
Lorsque la prédication du Prophète (ﷺ) se répandit de tous côtés, partout où se rendaient les habitants de La Mecque, on leur demandait : « Quel est l’enseignement de l’homme qui est apparu chez vous en tant que prophète ? Quel genre de livre est le Coran ? Quel en est le contenu ? » Et ainsi de suite.
Les mécréants de La Mecque répondaient toujours à ce genre de questions dans des termes qui suscitaient dans l’esprit de celui qui les posait quelque doute au sujet du Prophète (ﷺ) et du Livre qu’il avait apporté, ou, à tout le moins, qui ne laissaient subsister en lui aucune inclination envers le Prophète et sa prophétie. (Tafhîm, tome 2, An-Nahl, note 22.)
4. Programme culturel
Outre ces viles manœuvres, ils employaient encore une autre stratégie pour s’opposer à la prédication du Prophète (ﷺ). Ils avaient également envisagé de maintenir les gens absorbés par les récits, les chants, la musique et les plaisirs, afin de les paralyser dans leur réflexion et leur conscience, de sorte qu’ils ne puissent prêter attention à aucune question sérieuse que le Coran et Muhammad (ﷺ) leur exposaient.
Ibn Hichâm, citant le récit de Muhammad ibn Ishâq dans la Sîra, rapporte que Nadhr ibn al-Hârith ibn ‘Alqama, des Banû ‘Abd al-Dâr, déclara lors d’une assemblée des Quraychites : « La manière dont vous vous opposez à Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) ne donnera aucun résultat. Lorsque Muhammad était jeune, il était parmi vous le plus affable, le plus véridique et le plus digne de confiance. Maintenant que ses cheveux sont devenus blancs, il vous a apporté une chose telle que vous le traitez de magicien, de devin, de poète et de fou. Par Dieu ! Ce n’est pas un magicien. Nous avons vu des magiciens et observé leurs exorcismes. Par Dieu ! Ce n’est pas un devin. Nous avons entendu les paroles monotones et rimées des devins, et nous connaissons aussi leurs propos incohérents. Sa Parole ne relève d’aucune de ces catégories. Par Dieu ! Ce n’est pas non plus un fou. Ignorons-nous l’état dans lequel se trouve un fou et le genre de paroles insensées qu’il marmonne ? Ô chefs des Quraychites ! Cherchez donc un autre moyen. Ce à quoi vous devez faire face est bien trop important pour que vous espériez le vaincre en inventant quelque chose contre lui. »
Il proposa ensuite de recueillir dans les pays non arabes les récits légendaires de Rustam et d’Isfandiyâr, puis de les diffuser afin que les gens s’y attachent et les trouvent plus merveilleux que le Coran. Cette entreprise se poursuivit quelque temps, et Nadhr lui-même se mit à raconter ces légendes. (Tafhîm, tome 3, al-Anbiyâ’, note 7.)
Cette même version est rapportée dans Asbâb al-Nuzûl, d’après al-Wâhidî, al-Kalbî et Muqâtil. Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) ajoute que Nadhr avait également acheté une esclave chanteuse à cette fin. Chaque fois qu’il apprenait que quelqu’un avait été touché par les paroles d’un tel prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), il envoyait auprès de lui une esclave et lui disait : « Donne-lui très bien à manger, prends soin de lui et continue à lui chanter des chansons, afin qu’occupé par toi, son esprit se détourne de cette autre chose. » (Tafhîm, tome 4, Luqmân, note 6.)
5. La campagne de mensonges et ses effets
Parallèlement à ces stratagèmes, dès le début de la prédication publique du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), les Quraychites lancèrent également une campagne de propagande mensongère destinée à inspirer aux gens de l’aversion pour lui. Comme cette campagne ne comportait pas la moindre trace de vérité et n’avait d’autre objectif que de le diffamer et d’éloigner les gens de lui, ils répandaient tout ce qui leur venait à la bouche. Les uns disaient qu’il était poète, les autres devin, d’autres encore magicien. Certains disaient qu’il avait été ensorcelé, tandis que d’autres le traitaient de fou. En somme, il n’y avait pas une seule accusation qu’ils ne proférassent contre lui. Ces calomnies n’étaient pas seulement répandues dans tous les recoins de La Mecque ; elles étaient également adressées à toute personne qui arrivait à La Mecque pour le pèlerinage, le commerce ou quelque autre motif. On s’efforçait ainsi de faire en sorte que personne n’entende ses paroles, de peur d’être influencé par elles. (Ajout.)
La concertation des Quraychites au moment du pèlerinage
Après que quelques mois se furent écoulés de la sorte, la saison du pèlerinage arriva. Les habitants de La Mecque commencèrent à se demander avec inquiétude que, durant cette période, des caravanes de pèlerins viendraient de toute l’Arabie. Si Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) allait à la rencontre des pèlerins dans les lieux où séjourneraient ces caravanes et se tenait en divers endroits des rassemblements du pèlerinage pour leur réciter une Parole sans pareille et profondément influente, semblable au Coran, alors sa prédication atteindrait chaque recoin de l’Arabie. Et qui sait combien de personnes pourraient ensuite être influencées par elle ! Ibn Ishâq, al-Hâkim et al-Bayhaqî rapportent cet événement avec une excellente chaîne de transmission :
À cette fin, les chefs des Quraychites tinrent une assemblée et décidèrent qu’aussitôt les pèlerins arrivés, ils commenceraient à diffuser parmi eux une campagne contre le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Après que tous se furent mis d’accord, al-Walîd ibn al-Mughîra dit aux personnes réunies : « Si vous dites aux gens des choses différentes au sujet de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), notre crédibilité sera compromise. Choisissez donc une seule version que nous pourrons tous approuver et répéter. »
Certains dirent : « Nous dirons que Muhammad (s) est un devin. » Al-Walid répondit : « Non, par Dieu, ce n’est pas un devin. Nous avons vu des devins. La manière dont il marmonne et le genre de phrases qu’il assemble n’ont même pas le moindre rapport avec le Coran. » Quelqu’un proposa : « Appelons-le fou. » Al-Walid répondit : « Ce n’est pas non plus un fou. Nous avons vu des fous. Tout le monde sait comment un fou parle comme un ivrogne et adopte des attitudes incohérentes. Qui pourrait croire que les paroles présentées par Muhammad (s) sont les vantardises d’un fou, ou qu’un homme parle ainsi lorsqu’il est fou ? » Les gens dirent : « Très bien, alors nous le qualifierons de poète. » Al-Walid répondit : « Ce n’est pas non plus un poète. Nous connaissons toutes les formes de poésie, et ces paroles ne ressemblent en rien à la poésie. » Les gens dirent : « Alors appelons-le magicien. » Al-Walid répondit : « Ce n’est pas non plus un magicien. Nous connaissons les magiciens et nous connaissons les méthodes qu’ils emploient pour pratiquer la magie. Cela ne s’applique pas non plus à Muhammad (s). Quelle que soit l’accusation que vous formulerez parmi celles-ci, les gens la considéreront comme une injustice. Par Dieu ! Ces paroles sont d’une grande douceur ; leur racine est profonde et leurs branches sont chargées de fruits. »
Ibn Jarir rapporte encore dans son Tafsir, d’après ‘Ikrima, qu’Abu Jahl pressa ensuite Al-Walid en lui disant : « Tant que tu n’auras rien dit au sujet de Muhammad (s), ton peuple ne sera pas satisfait de toi. » Al-Walid répondit : « Très bien, laissez-moi réfléchir. » Après avoir réfléchi, il dit : « À la rigueur, voici ce que vous pouvez dire : dites aux Arabes que cet homme est un magicien. Il présente des paroles qui séparent les gens de leur père, de leur frère, de leur épouse, de leurs enfants et de toute leur famille. » Tous acceptèrent les propos d’Al-Walid. Puis, conformément à un plan, pendant la période du pèlerinage, les délégations qurayshites se dispersèrent parmi les pèlerins. Elles avertissaient les nouveaux arrivants qu’un homme très puissant en magie était apparu ici. Sa magie provoquait la division au sein des familles. Il fallait s’en méfier. (Tafhim, volume 6, introduction à la sourate Al-Muddaththir.)
Examen de cet événement dans le Coran
L’attitude d’Al-Walid ibn Al-Mughira est examinée dans les versets 11 à 25 de la sourate Al-Muddaththir : « Laisse-Moi avec celui que J’ai créé seul. » C’est-à-dire : Je me chargerai moi-même de lui ; tu n’as pas à te soucier de son cas. Je l’ai créé seul et isolé, autrement dit, il n’a rien apporté avec lui en venant au monde. Je lui ai accordé de grandes richesses et de nombreux fils pour être présents auprès de lui. C’est-à-dire que Je lui ai donné dix ou douze fils, tous de jeunes hommes renommés, qui siégeaient avec lui dans ses assemblées ; parmi eux se trouvaient aussi des fils capables, comme Khalid ibn Al-Walid (r). Je lui ai facilité l’accès au pouvoir et à l’autorité. Malgré cela, il convoitait encore que Je lui en donne davantage. Jamais ! Je vais le contraindre à gravir une pente escarpée. Il réfléchit et tenta de composer quelques paroles. Que la malédiction de Dieu soit sur lui ! Comment a-t-il tenté de les composer ? Oui, que la malédiction de Dieu soit sur lui ! Comment a-t-il tenté de les composer ? Puis il regarda les gens, fronça les sourcils, fit la moue, se détourna et s’enfonça dans l’orgueil. Enfin, il dit : “Ce Coran n’est rien d’autre qu’une magie héritée des anciens. Ce ne sont que des paroles composées par un être humain.” »
L’événement que nous avons relaté plus haut montre clairement qu’Al-Walid était intérieurement convaincu que le Coran était la parole d’Allah. Les versets décrivent le combat qu’il livra contre sa propre conscience pour préserver son autorité, son ascendant et son honneur au sein de son peuple, ainsi que la sorte de conflit psychologique dans lequel il resta longtemps engagé avant de forger une accusation contre le Coran. (Tafhim, volume 6, commentaire de la sourate Al-Muddaththir.)
Une campagne de mensonges permanente et généralisée
Cette campagne de mensonges ne se limitait pas à la période du pèlerinage. Elle était menée durant les douze mois de l’année, jour et nuit, pendant les trente jours de chaque mois. La population de La Mecque était constamment montée contre le Prophète (s). On exhortait les étrangers à se tenir sur leurs gardes et à ne pas s’approcher du Prophète. Dans les foires arabes, comme celles de ‘Ukaz, de Majanna et de Dhu al-Majaz, les représentants des Quraysh se dispersaient et les incitaient de toutes sortes de manières contre le Prophète (s). En particulier, chaque année, au moment du pèlerinage, leurs représentants se rendaient de campement en campement parmi les pèlerins et répandaient toutes sortes de propos contre le Prophète (s), afin que les gens s’abstiennent d’écouter ses paroles et le considèrent comme un danger pour eux-mêmes.
La propagation de l’islam au-delà de La Mecque
Les Quraychites pensaient qu’ainsi ils empêcheraient le prophète Muhammad (s) et le Coran de se propager. Mais, en réalité, ils firent eux-mêmes connaître son nom dans les moindres recoins de l’Arabie. Ce que les efforts des musulmans n’avaient pu accomplir pendant des années en matière de diffusion de son nom et de son appel, la campagne des Quraychites le réalisa en peu de temps. Bien que les gens ordinaires en conçussent une mauvaise opinion, cette question surgit spontanément dans l’esprit de beaucoup : il fallait savoir quel homme était celui contre qui cette tempête s’était levée. Certains commencèrent aussi à se dire : puisque l’on nous inspire tant de crainte à son sujet, écoutons donc ce qu’il a à dire. Ainsi, la voie s’ouvrit à la propagation de l’islam dans d’autres régions situées au-delà de La Mecque.
La conversion à l’islam de Tufayl ibn Amr al-Dawsi
Il était un chef éminent de la tribu de Daws. Ibn Ishaq et Ibn Sa‘d ont rapporté en détail le récit de sa conversion à l’islam, selon son propre témoignage. Al-Dawsi raconte : « J’étais poète dans la tribu de Daws. Je me rendis à La Mecque pour une affaire. Dès mon arrivée, quelques Quraychites m’encerclèrent et me rebattirent les oreilles de propos hostiles au Prophète (s). Je conçus donc une profonde aversion pour lui et décidai de me tenir à l’écart de lui. Le deuxième jour, je me rendis au sanctuaire et le vis en prière. Dès que quelques-unes de ses paroles parvinrent à mes oreilles, je sentis qu’elles étaient d’une grande beauté. Je me dis intérieurement : je suis poète, je suis jeune et je possède intelligence et discernement ; je ne suis pas un petit enfant incapable de distinguer le bien du mal. Je vais rencontrer cet homme et découvrir ce qu’il dit. En fait, lorsque le Prophète (s) eut achevé sa prière et rentra chez lui, je le suivis. Arrivé à sa maison, je lui dis : “Votre peuple m’a tenu à votre sujet de tels propos que j’ai conçu une si mauvaise opinion de vous que je me suis bouché les oreilles avec du coton pour ne pas entendre vos paroles. Mais les quelques mots que je viens d’entendre de votre bouche m’ont beaucoup plu. Veuillez m’expliquer plus en détail ce que vous prêchez.” En réponse, le Prophète (s) me récita un passage du Coran. J’en fus tellement impressionné que j’embrassai immédiatement la foi. Puis, lorsque je rentrai chez moi, mon père âgé vint à ma rencontre. Je lui dis : “Père, tenez-vous éloigné de moi. Je ne suis plus des vôtres, et vous n’êtes plus des miens.” Il demanda : “Pourquoi ?” Je répondis : “Je suis devenu musulman et j’ai adopté l’obéissance à la religion de Muhammad.” Il dit : “Mon fils, ta religion est aussi la mienne.” Je lui dis alors : “Allez donc vous laver, revêtez des vêtements propres et purs, puis revenez. Je vous enseignerai cette religion dont je viens de recevoir l’enseignement.” Il le fit et devint musulman. Ensuite, ma femme vint à son tour ; je lui dis la même chose qu’à mon père. Elle s’exclama : “Puissent mes parents être sacrifiés pour toi, que dis-tu là ?” Je répondis : “L’islam a établi une séparation entre toi et moi. Je suis désormais attaché à la religion de Muhammad.” Elle demanda : “Enseigne-moi ta religion.” Je lui dis : “Rends-toi dans le sanctuaire de Dhu al-Shara — l’idole de la tribu de Daws — [le hima désigne l’enceinte ou l’espace réservé à un chef, un dirigeant ou une divinité ; y pénétrer signifie encourir leur disgrâce — l’auteur], et lave-toi dans la source qui descend de la montagne.” Elle demanda : “Ne crains-tu pas que mes enfants subissent un mal de la part de Dhu al-Shara ?” Je répondis : “Non, je m’en porte garant.” Elle alla se laver et revint. Je lui présentai l’islam, et elle devint musulmane. Puis je commençai à appeler la tribu de Daws à l’islam. Mais ses membres hésitaient à l’embrasser. Je retournai auprès du Prophète (s) à La Mecque et lui dis : “Daws est victime d’insouciance et fait obstacle à mon action.” Il invoqua Dieu en leur faveur et dit : “Ô Dieu, guide Daws !” Puis il me conseilla ainsi : “Retourne les appeler à l’islam et traite-les avec douceur.” Je poursuivis donc mon travail d’appel parmi les Daws, jusqu’à ce que, lors de l’expédition de Khaybar, je me présentai avec soixante-dix à quatre-vingts familles de cette tribu. »
La conversion à l’islam d’Abu Dharr al-Ghifari (ra)
Il appartenait à la tribu des Banu Ghifar. Celle-ci était célèbre pour le brigandage sur les routes. À une époque, Abu Dharr lui-même était un brigand si audacieux qu’il attaquait seul une caravane comme l’aurait fait une bête féroce. Toutefois, trois ans avant sa conversion à l’islam, son état d’esprit changea et il commença à prier d’une manière ou d’une autre. Selon un récit rapporté dans le Musnad d’Ahmad et par Ibn Sa‘d, il disait : « Depuis trois ans déjà, je priais pour Dieu, quelle que soit la direction vers laquelle je me tournais. »
Son véritable nom était Jundub ibn Junada. Al-Bukhari rapporte que, lorsque la nouvelle de l’apparition du Prophète (s) lui parvint, il envoya son frère Unays à La Mecque — selon le récit du Musnad d’Ahmad — afin de se renseigner sur cet homme qui disait : « Je suis un prophète. » Celui-ci partit, puis revint en disant : « Il enseigne une morale d’un très haut niveau et présente une parole qui n’est pas de la poésie. » Abu Dharr lui dit : « Tu n’as pas appris ce que je voulais savoir. » Il se rendit alors lui-même à La Mecque et se mit à chercher le Prophète (s) dans la mosquée sacrée. Mais comme il ne le connaissait pas et ne voulait demander à personne où il se trouvait, il ne le trouva pas. ‘Ali (ra), l’ayant aperçu, pensa que c’était un voyageur inconnu. Ils n’échangèrent aucune parole. Le troisième jour, ‘Ali (ra) lui demanda : « Pourquoi es-tu venu ? » Il répondit : « Si tu me promets que tu me conduiras auprès de celui que je cherche, je te dirai pourquoi je suis venu. » ‘Ali (ra) le lui promit ; il lui exposa alors son dessein. ‘Ali (ra) lui dit : « Il est assurément établi dans la vérité et il est le Messager de Dieu. Demain matin, tu me suivras. Si je marche, tu marcheras aussi ; là où j’entrerai, tu entreras également. Si je vois quelque chose qui me semble dangereux pour toi, je m’arrêterai comme si je versais de l’eau ; à ce signal, tu t’arrêteras. » C’est ainsi qu’Abu Dharr (ra) parvint auprès du Prophète (s). Dès qu’il entendit ses paroles, il devint musulman. Le Prophète (s) lui dit : « Retourne auprès de ton peuple et continue d’informer les gens au sujet de la religion, jusqu’à ce que tu apprennes finalement ce qu’il advient de moi. » Abu Dharr (ra) raconte : « Par Celui qui vous a envoyé, je jure que je ferai connaître la vérité aux habitants de La Mecque. » Puis il se rendit à la mosquée sacrée et proclama à haute voix : “J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et j’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah.” Dès qu’ils l’entendirent, les gens se jetèrent sur lui et le frappèrent si violemment qu’il tomba à terre. Voyant cela, al-‘Abbas (ra) s’interposa entre lui et les gens et dit : “Bande de misérables, ne savez-vous donc pas que cet homme appartient à la tribu des Banu Ghifar ? Ils vivent sur votre route lorsque vous vous rendez au Shâm pour y faire du commerce.” C’est ainsi qu’al-‘Abbas (ra) le protégea. Le lendemain, ils le traitèrent de la même manière, et al-‘Abbas (ra) le leur arracha de nouveau. »
L’imam Ahmad a rapporté dans son Musnad ce récit d’Abu Dharr (ra), rapporté par Abu Dharr lui-même. Il dit : « Mon frère Unays, ma mère et moi nous trouvions à l’extérieur. Unays dit : “Je vais faire un tour dans la ville de La Mecque. Attendez-moi ici.” Puis il tarda beaucoup à revenir. Je lui demandai : “Où es-tu resté si longtemps ?” Il répondit : “J’ai rencontré un homme qui affirme être le Messager de Dieu et que Dieu l’a envoyé avec la même religion que la tienne — c’est-à-dire le rejet de l’associationnisme et la reconnaissance de l’unicité divine.” »
« Je demandai : “Que disent les gens à son sujet ?” Il répondit : “Ils disent que c’est un poète, un devin et un magicien.” Unays était lui-même poète. Il dit : “J’ai également entendu les paroles des devins et je sais composer de la poésie. Pourtant, ses paroles n’ont absolument aucun rapport avec tout cela. Par Dieu, il dit la vérité, et ce sont ces gens-là qui sont des menteurs.”
Je lui demandai : “Veux-tu me remplacer quelque temps afin que je puisse m’y rendre moi-même ?” Il répondit : “D’accord, mais méfie-toi des habitants de La Mecque, car ils s’acharnent à s’opposer à lui.” J’arrivai à La Mecque. Puis, prenant un homme pour quelqu’un de faible, je lui demandai : “Où se trouve celui que les gens appellent le sabéen (celui qui a quitté la religion) ?” À peine cet homme m’eut-il désigné que les gens se jetèrent sur moi. Ils me lancèrent tout ce qu’ils avaient entre les mains. Je perdis alors connaissance. Lorsque je repris connaissance, je me rendis au Sanctuaire, bus de l’eau de Zamzam et lavai mes blessures. Je me cachai pendant trente jours derrière les tentures de la Kaaba. Durant cette période, je n’eus pour nourriture que l’eau de Zamzam. Malgré cela, je devins plus corpulent et vigoureux.
Puis Abû Dharr (ra) dit : « Un jour, le Messager de Dieu (s) et Abû Bakr (ra) vinrent au Sanctuaire, embrassèrent la Pierre noire, accomplirent la circumambulation et prièrent. »
Je sortis et, pour la première fois, je le saluai selon la formule islamique. Il répondit : « Alayka as-salâm. » Il me demanda : « Qui es-tu ? » Je répondis : « Un homme des Banû Ghifâr. » Il demanda : « Depuis combien de temps es-tu ici ? » Je répondis : « Depuis trente jours et trente nuits. » Il demanda : « Qui te nourrissait ? » Je répondis : « Je n’avais d’autre nourriture que l’eau de Zamzam. Elle n’a pas seulement apaisé ma faim : elle m’a aussi rendu quelque peu corpulent et vigoureux. » Il dit : « C’est une eau bénie. Elle sert non seulement de boisson, mais aussi de nourriture. »
Abû Bakr (ra) dit : « Si tu le permets, cet homme passera la nuit chez moi et y mangera. » Le Prophète (s) lui en donna la permission. Il partit alors, et je me rendis chez Abû Bakr (ra). Celui-ci me donna des raisins secs de Taïf. Je restai quelque temps chez lui. Puis le Prophète (s) dit : « On m’a montré une terre où se trouvent des palmeraies, et je pense qu’il ne peut s’agir que de Yathrib. Veux-tu transmettre mon message à ton peuple ? Il se peut que cela leur soit utile et que tu en obtiennes, toi aussi, une récompense. »
Abû Dharr (ra) dit : « Je retournai ensuite auprès de ma mère et de mon frère. Ils me demandèrent : “Comment es-tu revenu ?” Je répondis : “J’ai embrassé l’islam et j’ai témoigné de sa véracité.” Unays dit : “Je ne veux pas non plus rester éloigné de ta religion.” Il embrassa l’islam et témoigna de sa véracité. Notre mère dit : “Je ne veux pas non plus me tenir à l’écart de votre religion à tous deux.” Elle embrassa elle aussi l’islam et témoigna de sa véracité. Nous retournâmes ensuite auprès de notre peuple, les Ghifâr. Certains d’entre eux embrassèrent l’islam avant que le Prophète (s) n’émigre à Médine. Khufâf ibn Aymâ ibn Rahdata al-Ghifârî dirigeait leur prière, car il était le chef de la tribu. Après l’Hégire, les autres Ghifârites embrassèrent également l’islam. (L’imam Muslim a lui aussi rapporté ce récit de cette manière. At-Tabarânî en a donné une version détaillée dans son Al-Awsat.) »
Dans le récit d’Ibn Sa‘d — bien que cette histoire y soit rapportée de la même manière que ci-dessus — ont également été ajoutées les paroles suivantes d’Abû Dharr al-Ghifârî (ra). Il dit :
« Lorsque je me cachais derrière les tentures de la Kaaba, il n’y avait, sur le lieu de la circumambulation, personne d’autre que deux femmes. Je les entendis mentionner Asâf et Nâ’ila. Je ne pus le supporter et je leur dis : “Mariez donc ces deux-là l’un à l’autre.” Elles se mirent alors à s’emporter violemment, disant : “Ah ! Si seulement l’un des nôtres se trouvait ici !” Or, le Messager de Dieu (s) et Abû Bakr (ra) descendaient de la montagne et se dirigeaient vers cet endroit. Ces deux femmes ne les reconnurent probablement pas. Ils leur demandèrent : “Pourquoi êtes-vous si irritées ?” Elles répondirent : “Un Compagnon se cache derrière les tentures de la Kaaba.” Le Prophète (s) demanda : “Que vous a-t-il dit ?” Elles répondirent : “Il a dit une chose qu’il est impossible d’exprimer avec des mots.” »
La conversion à l’islam de ʿAmr ibn ʿAbasa al-Sulamî
Il appartenait aux Banû Sulaym. Il pensait être le quatrième musulman. Cependant, d’après le récit de sa conversion à l’islam qu’il a lui-même rapporté, on comprend qu’il embrassa lui aussi l’islam grâce à l’appel du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), après le début de la prédication publique. Selon un récit d’Ibn Saʿd, il rencontra le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) au marché de ʿUkâz. C’est là qu’il se convertit à l’islam. Cela signifie qu’à cette époque, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait commencé à sortir pour appeler les gens à l’islam. Dans un second récit, rapporté par Ibn Saʿd et Muslim d’après Abû Umâma al-Bâhilî, ʿAmr ibn ʿAbasa dit lui-même : « À l’époque de l’Ignorance, je considérais les gens comme égarés et les idoles comme dépourvues de sens. Puis j’appris qu’à La Mecque se trouvait un homme qui annonçait certaines nouvelles et prononçait certaines paroles. Je me rendis donc à La Mecque et je constatai que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se tenait caché, tandis que son peuple s’était divisé à son sujet. Je le rencontrai avec prudence et lui demandai : “Qui êtes-vous ?” Il répondit : “Un prophète.” Je demandai : “Qu’est-ce qu’un prophète ?” Il répondit : “Le Messager d’Allah.” Je demandai : “Est-ce Allah qui vous a envoyé ?” Il répondit : “Oui.” Je demandai : “Avec quel enseignement avez-vous été envoyé ?” Il répondit : “Il faut reconnaître Allah seul comme Dieu, sans rien Lui associer, et bien traiter ses proches.” Je demandai : “Qui est avec vous ?” Il répondit : “Des hommes libres et des esclaves.” À cette époque, Abû Bakr et Bilâl (qu’Allah les agrée) étaient présents. » (C’est ce qui lui fit croire à tort qu’il était le quatrième.)
Je dis : « Je resterai avec vous. » Il répondit : « Tu ne peux pas le faire à présent. Lorsque tu apprendras que j’ai commencé à prêcher ouvertement, viens alors me rejoindre. »
« Je retournai donc auprès des miens. »
La conversion à l’islam de Dimâd al-Azdî (qu’Allah l’agrée)
Il appartenait à la tribu d’Azd Shanû’a. Leur profession consistait à pratiquer des incantations et des exorcismes. Les hafiz Ibn ʿAbd al-Barr, Ibn Hajar et Ibn Hibbân déclarent qu’à l’époque de l’Ignorance, il était l’ami du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Muslim, al-Nasâ’î, al-Bayhaqî et Ibn Saʿd rapportent que lorsqu’il arriva à La Mecque, les Mecquois dirent que le Messager était devenu fou. L’Azdî demanda : « Dites-moi où il se trouve. Peut-être Allah le guérira-t-Il par mon intermédiaire. »
Il se rendit ensuite auprès du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui dit : « Je pratique les incantations ; Allah guérit, par mon intermédiaire, qui Il veut. Permettez-moi donc de vous soigner. »
Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) récita d’abord la profession de foi. Puis il loua Allah et récita quelques paroles. Ces paroles plurent beaucoup à Dimâd al-Azdî. Il dit : « Répétez-les. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les répéta trois fois. Dimâd dit : « Je n’ai jamais entendu de telles paroles. J’ai entendu les paroles des devins, celles des poètes et celles des magiciens, mais je n’ai jamais rien entendu de pareil. Ces paroles atteignent les profondeurs de la mer. » Il embrassa alors l’islam et prêta serment d’allégeance au Prophète en son nom et au nom de son peuple.
La conversion à l’islam de Ḥazrat Abū Mūsā al-Ashʿarī (qu’Allah l’agrée)
Il vint du Yémen à La Mecque et y embrassa l’islam. Puis, retourné dans son pays, il fit entrer dans l’islam ses frères Abū Burda et Abū Rahm, ainsi qu’environ cinquante autres personnes. Ensuite, ces musulmans partirent sur un bateau, et le vent les poussa jusqu’aux côtes de l’Abyssinie, où ils rencontrèrent Ḥazrat Jaʿfar ibn Abī Ṭālib et les autres émigrés. Tel est le récit rapporté par Ibn Saʿd et Ibn ʿAbd al-Barr. Ibn Ḥajar dit qu’ils ne se rendirent pas en Abyssinie ; au contraire, lorsqu’ils partirent de La Mecque pour Médine, leur bateau rencontra les bateaux de ces émigrés, qui se dirigeaient vers Médine. Ils arrivèrent ensuite ensemble à Khaybar, auprès du Prophète (paix et bénédiction sur lui).
La conversion à l’islam de Muʿayqīb ibn Abī Fāṭima al-Dawsī
Ibn Saʿd dit qu’il appartenait lui aussi à la tribu de Daws et qu’il embrassa l’islam à La Mecque. Selon un récit, il retourna dans son pays après sa conversion. Selon un autre récit, il participa à la deuxième émigration en Abyssinie. Ibn Ḥajar et Ibn ʿAbd al-Barr disent qu’il faisait partie de ceux qui embrassèrent l’islam à La Mecque et participèrent à la deuxième émigration en Abyssinie.
Juʿāl ibn Surāqa (qu’Allah l’agrée)
Il appartenait aux Banū Ḍamra. Ibn Saʿd et Ibn ʿAbd al-Barr disent qu’il embrassa lui aussi l’islam à La Mecque.
ʿAbdullah (qu’Allah l’agrée) et ʿAbd al-Raḥmān al-Kinānī (qu’Allah l’agrée)
Selon le récit d’Ibn Saʿd, ces deux frères étaient les fils de Luḥayb, un homme des Banū Mīsāna. Eux aussi embrassèrent l’islam à La Mecque.
La conversion à l’islam de Burayda ibn al-Musayyib
Selon Ibn Sa’d et Ibn Abd al-Barr, il était issu d’une branche des Banû Khuzâ‘a qui s’était séparée de la tribu des Khuzâ‘a. Au moment de l’Hégire, alors que le Prophète (s) se rendait de La Mecque à Médine, cet homme le rencontra à un endroit appelé Ghamîm, et quatre-vingts familles embrassèrent l’islam avec lui. C’est ce qu’Ibn Hajar a écrit dans al-Isâba. Cela signifie que ces gens avaient déjà été influencés par l’islam auparavant. Sinon, il n’aurait pas été possible qu’un si grand nombre de personnes se convertissent à la suite d’une rencontre fortuite en chemin.
Voilà quelques exemples qui permettent de comprendre que, bien que les Quraychites n’aient épargné aucun effort pour mener une campagne de mensonges contre le Prophète (s) et détourner les Arabes de lui, cette méthode ne fit pas seulement connaître le Prophète lui-même parmi les Arabes : elle attira également vers lui l’attention de nombreuses âmes pures. À la suite de cette campagne, des gens de diverses régions et tribus furent attirés vers le Prophète dans leur quête de la vérité, et c’est ainsi que l’islam parvint aux autres tribus situées en dehors de La Mecque. C’est pourquoi il est dit dans la sourate Alam Nashrah : autrement dit : « Pourquoi te laisses-tu accabler par cette propagande mensongère ? C’est par l’intermédiaire même de tes ennemis que Nous avons répandu ta renommée. »
6. Les persécutions et les sévices infligés aux musulmans
En plus de recourir à diverses manœuvres d’opposition et d’entrave, les mécréants quraychites se livraient à une cruauté extrême : dès qu’ils apprenaient qu’une personne s’était convertie à l’islam, ou que quelqu’un avait d’une manière ou d’une autre fait connaître sa conversion, ils commençaient à lui infliger les persécutions et les sévices les plus terribles. Ils ne laissaient aucun moyen de faire pression sur elle pour la faire apostasier. Au début, ils adoptaient la méthode suivante : ceux qui, parmi les convertis, jouissaient d’un certain honneur, d’un prestige familial et d’un soutien, étaient réprimandés en ces termes : « Tu as abandonné la religion de tes ancêtres, alors qu’ils connaissaient mieux que toi le bien et le mal. Si tu ne reviens pas maintenant, nous te déshonorerons et t’humilierons, nous te traiterons d’idiot et nous réduirons ton honneur en poussière. »
À ceux qui faisaient du commerce, on lançait cette menace : « Abandonnez l’islam, sinon nous détruirons vos affaires et paralyserons votre activité. Ensuite, vous mourrez de faim. »
Quant à ceux qui étaient sans soutien ni ressources et qui étaient faibles, ils devaient subir de cruelles persécutions. La situation finit par atteindre un point tel que même des personnes de haut rang étaient emprisonnées et soumises à des châtiments corporels.
Les persécutions et les sévices infligés aux personnes sous l’autorité de leurs familles
Ibn Ishaq et Tabari rapportent, d’après ‘Urwa ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée), que les chefs qurayshites se réunirent et décidèrent de persécuter ceux de leurs fils, de leurs frères et de leurs membres de tribu qui avaient accepté de se soumettre au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), afin de les contraindre à renoncer à l’islam. Les adeptes du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) furent ainsi soumis à une immense épreuve.
Nawfal ibn Khuwaylid ibn al-‘Adawiyya, que l’on appelait le lion de Quraysh, ligota ensemble un homme aussi éminent qu’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et Talha (qu’Allah l’agrée). Leur clan, les Banû Taym, ne fit aucun effort pour les sauver. C’est pourquoi le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) invoqua Allah en ces termes : « Ô Allah, prends Toi-même en charge notre protection contre le mal d’Ibn al-‘Adawiyya » (Bayhaqî, Ibn Sa‘d). L’oncle d’az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée) l’enveloppait dans une natte et le suspendait. Puis, en faisant passer de la fumée par-dessous, il lui répétait : « Renonce à l’islam. » Il répondait : « Jamais je ne tomberai dans la mécréance » (Ibn Sa‘d, Tabarânî). Son oncle al-Hakam, père de Marwân, ligota ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « As-tu abandonné la religion de tes ancêtres pour adopter la religion de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ? Je ne te libérerai sous aucun prétexte tant que tu n’auras pas renoncé à cette religion. » Il répondait : « Quoi qu’il puisse m’arriver, je ne l’abandonnerai jamais » (Ibn Sa‘d). ‘Uthmân ibn Talha, son cousin et gardien de la clé de la Kaaba, infligea de terribles sévices à Mus‘ab ibn ‘Umayr (qu’Allah l’agrée). Sa famille le maintint prisonnier. Il réussit à s’évader d’une manière ou d’une autre, puis émigra avec le premier groupe d’émigrants vers l’Abyssinie (Ibn Sa‘d). La mère de Sa‘d ibn Abî Waqqâs (qu’Allah l’agrée) et de son frère ‘Âmir (qu’Allah l’agrée) les soumit à toutes sortes de tortures, sans parvenir à les détourner de la religion de l’islam (Ibn Sa‘d). Il est rapporté dans le Musnad d’Ahmad, Muslim, Tirmidhî, Abû Dâwûd et Nasâ’î que la mère de Sa‘d ibn Waqqâs, Hamna bint Sufyân ibn Umayya, nièce d’Abû Sufyân, leur dit : « Tant que vous n’aurez pas abandonné la religion de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), je ne mangerai ni ne boirai, et je ne m’assiérai même pas à l’ombre. Honorer sa mère est un commandement d’Allah. Si vous ne m’obéissez pas, vous désobéirez également à Allah. » Sa‘d, très affligé, se rendit alors auprès du Prophète et lui exposa toute l’affaire. En réponse, ce verset fut révélé de la part d’Allah le Très-Haut :
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« Nous avons enjoint à l’homme de bien traiter ses père et mère. Mais s’ils te pressent de M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, ne leur obéis pas. » (Al-‘Ankabût : 8)
Récit de Khâlid ibn Sa‘îd (qu’Allah l’agrée)
Lorsque Khâlid ibn Sa‘îd ibn al-‘Âs (qu’Allah l’agrée) apprit que son père, Abû Uhayha, avait découvert sa conversion à l’islam, il se cacha par crainte. Son père finit par le retrouver, le réprimanda et le frappa si violemment avec un morceau de bois que celui-ci se brisa. Puis il lui dit : « Tu as accepté de suivre Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), alors que tu voyais bien qu’il s’opposait à son propre peuple, relevait les défauts de la religion ancestrale et déclarait égarés les ancêtres qui continuaient à suivre cette religion. »
Khâlid (qu’Allah l’agrée) répondit : « Par Allah, il dit vrai, et je suis son disciple. »
Abû Uhayha le frappa de nouveau, le réprimanda et lui dit : « Misérable, va où tu veux ; tu n’auras plus rien à manger dans ma maison. » Il répondit : « Si vous me privez de ma subsistance, Allah me donnera ma subsistance. » Il demeura ensuite auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Un jour, il priait dans un endroit isolé situé aux environs de La Mecque. Son père, Uhayha, l’apprit. Il l’appela et lui dit : « Abandonne la religion de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). » Il répondit : « Jamais de toute ma vie je n’abandonnerai cette religion. » Uhayha, furieux, se mit à lui frapper la tête avec un morceau de bois, jusqu’à ce que celui-ci se brise. Il le fit ensuite emprisonner pendant trois jours sans lui donner à manger. À La Mecque, il subit ce châtiment sous une chaleur accablante. Puis il réussit à s’enfuir à la première occasion. Il erra ensuite dans les environs de La Mecque. Finalement, il émigra avec le premier groupe de personnes qui quittèrent La Mecque pour l’Abyssinie. Ibn Sa‘d et Bayhaqî rapportent également cet épisode de manière concise.
Les persécutions inhumaines infligées à Abû Bakr (r.a.)
Un jour, le noble Prophète (s.a.s.) et Abû Bakr (r.a.) sortirent de la « Dâr al-Arqam » et se rendirent à la Mosquée sacrée. Là, Abû Bakr (r.a.) se leva soudainement et commença à prononcer un sermon. Il invita les gens à croire en Allah et à suivre Son Messager. Ce fut la première fois que l’appel islamique fut proclamé publiquement dans la Mosquée sacrée. Dès que les polythéistes entendirent ce sermon, ils se jetèrent sur lui, le jetèrent à terre et le piétinèrent. Utba ibn Rabîʿa le frappa si violemment au visage avec ses sandales que tout son visage enfla et que son nez disparut sous le sang. Voyant cela, les membres de sa tribu, les Banû Taym, s’avancèrent, le délivrèrent et le ramenèrent chez lui. Ils ne doutaient pas le moins du monde qu’il allait mourir. Ils retournèrent donc à la mosquée et déclarèrent : « Par Allah, si Abû Bakr (r.a.) meurt, nous ne laisserons pas Utba en vie. » Abû Bakr (r.a.) resta évanoui jusqu’au soir. Lorsqu’il reprit connaissance, sa première question fut : « Qu’est-il arrivé au Messager d’Allah (s.a.s.) ? » En entendant cela, les Banû Taym l’insultèrent et le réprimandèrent, puis s’en allèrent. Avant de partir, ils dirent à sa mère, Umm al-Khayr, de lui donner à manger et à boire. Lorsqu’il ne resta plus personne, hormis la mère et le fils, Abû Bakr (r.a.) posa de nouveau la même question. Il dit : « Va demander à Umm Jamîl, la sœur de ʿUmar (r.a.) — Fâtima bint al-Khattâb — [At-Tabarânî précise que la kunya de Fâtima bint al-Khattâb, sœur de ʿUmar (r.a.), était Umm Jamîl. ʿAbd ar-Razzâq rapporte dans al-Musannaf, d’après l’imâm az-Zuhrî, que ʿUmar (r.a.) entendit le Coran chez sa sœur Umm Jamîl et embrassa la foi. Dans une autre narration, cette femme est appelée Fâtima bint al-Khattâb. Il en ressort que le nom de la sœur de ʿUmar était Fâtima et que sa kunya était Umm Jamîl.] » Elle était alors déjà musulmane, mais gardait sa conversion secrète. Lorsque la mère d’Abû Bakr lui dit qu’Abû Bakr (r.a.) voulait savoir ce qu’il était advenu de Muhammad (s.a.s.), fils de ʿAbd Allah, elle répondit : « Je ne connais ni Muhammad (s.a.s.), fils de ʿAbd Allah, ni Abû Bakr. Toutefois, si vous le souhaitez, je peux me rendre auprès d’Abû Bakr. » Elle répondit : « D’accord, allons-y. »
Elle vint et vit Abû Bakr (r.a.) étendu dans un état très préoccupant. Dès qu’elle le vit, elle s’écria : « Par Allah, ceux qui vous ont infligé ce traitement sont des mécréants et des pervers. J’espère qu’Allah leur fera subir leur châtiment. »
Abû Bakr demanda : « Qu’est-il arrivé au Messager d’Allah (s.a.s.) ? » Elle lui répondit à voix basse : « Votre mère nous écoute. » Abû Bakr (r.a.) dit : « Il n’y a aucune raison de la craindre. » Umm Jamîl déclara alors : « Le Prophète (s.a.s.) est parfaitement bien. » Abû Bakr (r.a.) demanda : « Où est-il ? » Elle répondit : « Il est à la Dâr al-Arqam. » Abû Bakr (r.a.) dit : « Par Allah, je ne mangerai ni ne boirai avant de me rendre auprès du Prophète (s.a.s.). » Umm Jamîl lui dit : « Patientez un peu. » Puis, lorsque la situation se fut apaisée dans la ville, elle et Umm al-Khayr le soutinrent toutes deux et le conduisirent à la Dâr al-Arqam. En voyant son état, le Messager d’Allah (s.a.s.) fut bouleversé de compassion. Il se pencha vers lui et examina son état.
Abû Bakr (r.a.) dit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous ! Je n’ai pas beaucoup souffert. À part la douleur que ce pécheur m’a causée en me frappant au visage avec sa sandale, je ne souffre de rien d’autre. Voici ma mère, présente ici avec son fils. Vous êtes plein de bienveillance. Invitez-la à se tourner vers Allah et priez afin qu’Allah la préserve de l’Enfer. » Le Prophète (s.a.s.) pria alors pour elle et l’invita à se tourner vers Allah ; elle devint musulmane. Cet événement a été rapporté en détail par le hâfiz Ibn Kathîr dans Al-Bidâya wa-n-Nihâya. Le hâfiz Abû al-Hasan Khaysân ibn Sulaymân al-Atbâ l’a abondamment cité dans son ouvrage Fadâ’il as-Sahâba. Quant au hâfiz Ibn Hajar, il a décrit brièvement la situation d’Umm al-Khayr dans Al-Isâba. (Ajout.)
Abd Allah ibn Masʿûd (r.a.) est violemment battu
Ibn Ishâq rapporte cet événement d’après ʿUrwa ibn az-Zubayr et dit qu’un jour, les Compagnons (r.a.) se dirent les uns aux autres : « Les Quraychites n’ont encore entendu aucun d’entre nous réciter le Coran à voix haute et publiquement. Qui donc, parmi nous, pourrait leur faire entendre une fois cette Parole bénie ? »
Abd Allah ibn Masʿûd (r.a.) dit : « Je m’en chargerai. » Les Compagnons dirent : « Nous craignons qu’ils ne s’en prennent violemment à toi. À notre avis, si l’on s’en prend injustement à un homme, les membres de sa famille viendront le soutenir. »
Hazrat Abdullah dit : « Laissez-moi m’en charger. Dieu est mon protecteur. »
Puis, un peu plus tard dans la journée, il arriva au Haram, alors que les chefs qurayshites étaient assis chacun à sa place. Hazrat Abdullah se rendit au maqâm d’Ibrâhîm et commença à réciter à haute voix la sourate ar-Rahmân. Les Qurayshites essayèrent d’abord de comprendre ce que récitait Abdullah. Mais lorsqu’ils comprirent qu’il s’agissait de cette Parole que Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) présentait comme la Parole de Dieu, ils se jetèrent sur lui et se mirent à le gifler violemment au visage. Mais Abdullah resta ferme, sans s’en soucier. Plus ils le frappaient, plus il continuait à réciter. Il continua à leur faire entendre le Coran aussi longtemps qu’il en eut la force. Finalement, lorsqu’il revint avec le visage couvert de blessures, ses compagnons lui dirent : « C’est précisément ce que nous redoutions. » Il répondit : « Jamais les ennemis de Dieu n’ont été aussi faibles à mon égard qu’en ce jour. Si vous le permettez, demain je leur réciterai de nouveau le Coran. » Tous répondirent : « Cela suffit. Tu leur as déjà fait entendre ce qu’ils ne voulaient pas écouter. » (Ibn Hichâm, tome 1, p. 336.) (Tafhîm, tome 5, introduction à la sourate ar-Rahmân.)
Les persécutions et les sévices infligés aux esclaves et aux servantes sans défense
Les persécutions et les sévices les plus douloureux furent infligés aux esclaves et aux servantes qui avaient embrassé l’islam et qui, à La Mecque, ne bénéficiaient de la protection de personne. En voici quelques exemples :
Hazrat Bilal
L’un d’eux était Hazrat Bilal ibn Rabah. Il était l’esclave d’un homme des Banû Jumah et était né dans sa maison alors qu’il était encore esclave. Il était connu comme un Abyssin. Lorsque sa conversion à l’islam fut connue, Umayya ibn Khalaf al-Jumahi lui infligea toutes sortes de sévices. Ibn Hichâm et al-Balâdhurî rapportent qu’il le faisait sortir de la maison sous le soleil brûlant de midi, l’étendait sur le sable ardent de La Mecque et plaçait une lourde pierre sur sa poitrine. Puis il lui disait : « Par Dieu, tu resteras ainsi jusqu’à ce que tu renies Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui) et adores Lât et Uzzâ. » Mais lui, Bilal, ne cessait de répondre : « Ahad ! Ahad ! »
Al-Balâdhurî rapporte, d’après le récit de Hazrat Amr ibn al-As : « J’ai vu Bilal (que Dieu l’agrée) étendu sur une terre si brûlante que, si l’on y avait posé de la viande, elle aurait cuit. Pourtant, même dans cet état, il disait clairement : “Je renie Lât et Uzzâ.”
Hazrat Hassân ibn Thâbit rapporte ce qu’il avait vu de ses propres yeux : « Étant allé à La Mecque pour le pèlerinage ou la omra, je vis que Bilal avait été attaché avec une corde et qu’une bande de gamins le traînait. Mais il ne cessait de dire : “Je renie Lât, Uzzâ, Hubal, Isâf, Nâ’ila et Buâna, tous sans exception.” » Al-Balâdhurî rapporte ainsi le témoignage de Hazrat Bilal lui-même : « Un jour et une nuit, on me laissa assoiffé, puis on me jeta sur le sable brûlant. »
Ibn Sa‘d rapporte qu’on lui attachait une corde autour du cou et qu’on le livrait aux enfants. Ceux-ci le traînaient à travers les vallées de La Mecque. Puis ils l’étendaient face contre terre sur le sable brûlant et plaçaient des pierres sur lui. Mais il ne cessait de dire : « Un Seul, un Seul. » La maison de Hazrat Abû Bakr se trouvait dans le quartier des Banû Jumah. Témoin de ces persécutions et de ces sévices, il ne put contenir son indignation. Il acheta Hazrat Bilâl en échange d’un esclave abyssinien robuste, puis l’affranchit.
Hazrat ‘Ammâr ibn Yâsir (qu’Allah l’agrée)
Ibn Sa‘d rapporte que Yâsir était originaire du Yémen. De là, il vint à La Mecque et établit des liens d’amitié avec Abû Hudhayfa ibn al-Mughîra al-Makhzûmî. Abû Hudhayfa le maria à son esclave Sumayya. Après l’avènement de l’islam, Yâsir, Sumayya, ‘Ammâr et son frère ‘Abdullah embrassèrent tous l’islam. Toute la famille fut alors soumise à de terribles supplices. Al-Balâdhurî rapporte d’après Umm Hânî, et at-Tabarânî d’après Hazrat ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), qu’un jour le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) passa près de l’endroit où ils étaient torturés. Il en fut profondément attristé et dit :
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- Ô famille de Yâsir, soyez patients. La promesse du Paradis vous est faite.
L’imam Ahmad et Ibn Sa‘d rapportent, d’après Hazrat ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), qu’un jour il passait avec le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) près de l’endroit où cette famille était torturée. Le Prophète dit : « Soyez patients. Ô Allah, accorde Ton pardon à la famille de Yâsir. Tu leur as déjà accordé Ton pardon. »
Ibn Sa‘d cite le récit de Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazî : un homme vit Hazrat ‘Ammâr sans sa chemise et constata que son dos tout entier n’était couvert que de cicatrices de brûlures. Il lui demanda : « Qu’est-ce que cela ? » Il répondit : « Ce sont les marques des supplices que l’on m’a infligés sur la terre brûlante de La Mecque. »
Ibn Sa‘d rapporte d’après ‘Amr ibn Maymûn que les polythéistes marquèrent Hazrat ‘Ammâr avec des braises ardentes. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Ô feu, sois pour ‘Ammâr aussi froid que tu le fus pour Hazrat Ibrâhîm (que la paix soit sur lui). » Son père, Yâsir, mourut, incapable de supporter davantage ces supplices inhumains. Puis Abû Jahl tua sa mère, Sumayya. Son frère ‘Abdullah fut également tué. Seul Hazrat ‘Ammâr resta en vie. On le plongeait dans l’eau. Finalement, ses forces lui firent défaut et il sauva sa vie en reniant le Prophète et en louant leurs idoles. Puis, en larmes, il se présenta devant le Prophète et lui raconta tout. Le Prophète lui demanda : « Quel était l’état de ton cœur ? » Il répondit : « J’étais absolument ferme dans ma foi. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Si tu te retrouves à l’avenir dans une telle situation, répète ces mêmes paroles. » Al-Bayhaqî, Ibn Sa‘d, Ibn Jarîr, al-Balâdhurî, ‘Awfî et d’autres savants relatent cet événement et citent l’avis de plusieurs exégètes selon lequel le verset 104 de la sourate an-Nahl fut révélé à ce sujet. Il y est dit : « Celui qui a mécru après avoir cru — sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeurait ferme dans la foi — sera pardonné. Mais celui qui choisit la mécréance de plein gré s’expose à la colère d’Allah et aura un châtiment terrible. »
Hadrat Khabbâb ibn al-Aratt
Il était originaire d’Irak. Un groupe de la tribu de Rabî‘a le captura, le réduisit en esclavage, l’amena à La Mecque et le vendit à une famille des Banû Khuzâ‘a, les Âl-Sabâ, qui étaient liés aux Banû Zuhra par un pacte d’amitié. C’était un artisan habile. Il exerçait le métier de forgeron et fabriquait des épées. Pour avoir embrassé l’islam, on commença par le réduire à la misère. Le Musnad d’Ahmad, ainsi que les recueils de Bukhârî et de Muslim, rapportent son propre récit. Il dit : « J’avais une créance auprès de ‘Âs ibn Wâ’il al-Sahmî. Lorsque je me rendis auprès de lui pour la recouvrer, il disait : “Je ne te donnerai rien tant que tu n’auras pas renié Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui.” Je lui répondais : “Je ne le renierai jamais, même si tu meurs puis ressuscites.” Ibn Sa‘d dit que ‘Âs lui répondait alors : “Très bien. Lorsque je mourrai et que je retournerai auprès de mes biens et de mes enfants, je rembourserai ta dette.” »
Ibn Hichâm rapporte l’événement de la manière suivante : ‘Âs lui faisait fabriquer de nombreuses épées, et la dette ne cessait de s’accroître. Lorsqu’il insistait pour être remboursé, ‘Âs lui disait : « Ton compagnon Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dont tu as adopté la religion, affirme qu’il y a au Paradis beaucoup d’or, d’argent, de vêtements et de serviteurs. »
Khabbâb répondit : « Oui, c’est la vérité. » Il lui dit alors : « Dans ce cas, accorde-moi un délai jusqu’au Jour de la Résurrection. C’est là que je rembourserai ma dette, car là-bas ni toi ni ton compagnon Muhammad ne serez plus chers à Allah que moi. »
Après l’avoir ainsi ruiné financièrement, les injustes ne furent toujours pas satisfaits et commencèrent à lui infliger de cruels supplices. Ibn Sa‘d et al-Balâdhurî rapportent, d’après al-Sha‘bî, qu’un jour, sous le califat de Hadrat ‘Umar, Khabbâb découvrit son dos, qui ressemblait entièrement à celui d’une personne atteinte de lèpre blanche. Il dit : « Les polythéistes allumaient un feu, me traînaient sur ses braises et l’un d’eux se tenait sur ma poitrine. Puis le feu s’éteignait lorsque ma graisse fondue coulait dessus. » (Complément.)
La plainte de Hadrat Khabbâb auprès du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et sa réponse
Alors que ces persécutions se poursuivaient, eut lieu l’événement rapporté par l’imam Ahmad ibn Hanbal, Bukhârî, Abû Dâwûd et Nasâ’î, d’après Hadrat Khabbâb lui-même. Il dit : « À l’époque où nous étions accablés par les persécutions et les sévices des polythéistes, je vis un jour le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, assis à l’ombre du mur de la Ka‘ba. Je m’approchai de lui et lui demandai : “Ô Messager d’Allah ! L’injustice a maintenant atteint son comble. Ne priez-vous donc pas pour nous ?” »
Après avoir entendu cela, le visage du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, devint rouge et il dit : « Avant vous, ceux qui avaient foi en Allah ont subi des persécutions plus terribles encore. Certains étaient placés dans une fosse qu’on avait creusée pour eux, puis sciés en deux de la tête jusqu’aux pieds. À d’autres, on enfonçait des peignes de fer entre les articulations, afin de les faire renoncer à leur foi. Malgré cela, ils ne revenaient pas sur leur religion. Croyez-le : Allah mènera certainement cette affaire à son terme. Un jour viendra où un homme voyagera de San‘â’ jusqu’à Hadramaout sans la moindre crainte, ne redoutant personne en dehors d’Allah. Mais vous êtes impatients. » (Tafhîm, tome 3, introduction à la sourate Maryam, sourate al-‘Ankabût, note 1.)
L’achat et l’affranchissement, par Ḥazrat Abū Bakr (رضي الله عنه), d’esclaves opprimés
Durant cette période de persécution et de torture, Ḥazrat Abū Bakr (رضي الله عنه) dépensa de grandes sommes pour acheter et affranchir un grand nombre d’esclaves et d’esclaves femmes opprimés. Ibn Hichām en a cité sept par leur nom. Cependant, selon les noms recensés par al-Bayhaqī, Ibn Isḥāq, Ibn ʿAbd al-Barr, Ibn Ḥajar et d’autres, le nombre total s’élève à neuf.
1. Ḥazrat Bilāl (déjà mentionné).
2. Sa mère, Ḥamāmah. Ibn ʿAbd al-Barr rapporte qu’elle aussi était torturée pour la cause de Dieu.
3. ʿĀmir ibn Fuhayrah. Ibn Saʿd, al-Ṭabarī et al-Balādhurī rapportent qu’il était l’esclave de Ṭufayl ibn al-Ḥārith, le frère germain de Ḥazrat ʿĀʾichah (رضي الله عنها), et qu’il faisait partie de ceux qui étaient torturés.
4. Abū Fukayhah. À son sujet, Ibn Isḥāq rapporte qu’Umayyah ibn Khalaf lui infligeait de cruelles tortures. Il est rapporté dans les Ṭabaqāt d’Ibn Saʿd et dans Usd al-Ghābah que certains membres des Banū ʿAbd al-Dār, dont il était l’esclave, l’allongeaient sous la chaleur intense de midi. Ils plaçaient également une lourde pierre sur son dos. Il finissait par perdre connaissance.
5. Lubaynah ou Lubaybah. Al-Balādhurī a mentionné son nom, tandis qu’Ibn Hichām, sans citer son nom, la présente comme une esclave des Banū Muʿammal (une branche des Banū ʿAdī). Il rapporte que Ḥazrat ʿUmar (رضي الله عنه) la frappait violemment lorsqu’elle était encore mécréante et que, lorsqu’il se fatiguait à force de la battre, il disait : « Je ne te laisse que parce que je suis fatigué. » Elle lui répondait : « Qu’Allah te traite de la même manière. »
6 et 7. Nahdiyyah et sa fille. Toutes deux étaient les esclaves d’une femme des Banū ʿAbd al-Dār. Leur maîtresse les maltraitait également.
8. Jinnîra (dans l’Intisab, son nom est mentionné sous la forme Jambara). Selon un récit d’Ibn Athîr, elle était l’esclave de Banû ‘Adî et ‘Umar ibn al-Khattâb la châtiait. Selon un autre récit, elle était l’esclave de Banû Makhzûm et Abû Jahl la châtiait. Finalement, elle perdit la vue. Abû Jahl lui dit : « Al-Lât et Al-‘Uzzâ t’ont rendue aveugle. » Elle répondit : « Al-Lât et Al-‘Uzzâ ne savent même pas qui les adore. Cette décision vient du ciel, et mon Seigneur est capable de me rendre la vue. » Et, en vérité, le lendemain, lorsqu’elle se réveilla, on constata qu’Allah Très-Haut lui avait rendu la vue. Al-Balâdhurî a rapporté ce récit.
Ibn Hichâm rapporte pour sa part que, lorsque Hadrat Abû Bakr l’eut achetée, on lui dit : « Al-Lât et Al-‘Uzzâ l’ont rendue aveugle. » Il répondit : « Par le Seigneur de la Kaaba, ils mentent. Al-‘Uzzâ ne peut être utile ni nuire à personne. » Puis Allah Très-Haut lui rendit la vue.
9. Umm Ubay s. Certains l’ont appelée Unays, d’autres Umays. Al-Balâdhurî dit qu’elle était l’esclave de Banû Zuhra. Al-Aswad ibn ‘Abd Yaghûth la maltraitait. (Ajout.)
L’objection du père de Hadrat Abû Bakr et sa réponse
Ibn Ishâq, Ibn Jarîr et Ibn ‘Asâkir, citant le récit de Hadrat ‘Âmir ibn ‘Abdullâh ibn az-Zubayr, rapportent qu’en voyant Hadrat Abû Bakr dépenser ainsi beaucoup d’argent pour affranchir des esclaves et des servantes misérables, son père Abû Quhâfa, qui était encore polythéiste à cette époque, lui dit : « Mon fils, je vois que tu affranchis des gens faibles. Si tu dépensais cet argent pour affranchir de jeunes hommes robustes, ils deviendraient tes puissants bras droits. » Hadrat Abû Bakr répondit : « Père, je ne recherche que la récompense qui se trouve auprès d’Allah. »
Cet événement témoigne magnifiquement de ces versets de la sourate Al-Layl, où il est dit : « Et en sera éloigné celui qui est le plus pieux, celui qui dépense ses biens afin de se purifier. Il ne bénéficie d’aucun bienfait de la part de quelqu’un qu’il devrait rétribuer. Il n’agit que pour rechercher la satisfaction de son Seigneur, le Très-Haut. » (Versets 17-20.)
Autrement dit, ceux pour qui il dépense ses biens ne lui avaient auparavant accordé aucune faveur, et il ne leur faisait pas non plus des présents pour obtenir d’eux à l’avenir des avantages ou des privilèges supplémentaires. Au contraire, il aidait, pour obtenir la satisfaction de son Seigneur Très-Haut, des gens qui ne lui avaient jamais accordé de faveur et dont il n’espérait pas davantage recevoir de faveur à l’avenir. (Ajout.)
Les conséquences de la persécution et des sévices
Les Quraychites infligeaient aux musulmans toutes sortes de sévices et de persécutions, espérant ouvertement tirer de cette situation l’avantage de semer la terreur parmi eux afin d’empêcher la propagation et l’expansion de l’islam. Mais, en réalité, les conséquences furent bien au-delà de leurs prévisions. Premièrement, il devint clair que, face au caractère et aux arguments apportés par l’islam, la mécréance ne possédait aucune réponse, hormis des manœuvres perfides contraires à l’humanité. Deuxièmement, après avoir été témoins de cette cruauté, tous les gens de nature intègre commencèrent à regarder la mécréance et ses porte-drapeaux avec horreur. La patience et la fermeté avec lesquelles les musulmans supportaient ces injustes persécutions suscitèrent chez tous les esprits impartiaux de la sympathie à leur égard, ainsi que respect et considération. En réalité, cela établit si bien la dignité de l’islam que, de la société mecquoise elle-même, émergèrent des hommes solides, résolus et dotés d’une foi puissante, qui supportaient d’immenses dangers et de terribles épreuves, non pour un intérêt matériel, mais uniquement pour la vérité. Ensuite, toutes ces manœuvres des mécréants ne purent entraver la propagation et l’expansion de l’islam. Malgré ces persécutions, des serviteurs d’Allah se levèrent pour le soutenir : certains embrassèrent l’islam contre la volonté des mécréants, tandis que d’autres crurent intérieurement sans le manifester. C’est pourquoi les ennemis de l’islam ne purent mesurer combien de personnes, parmi eux, soutenaient cette religion en secret. Leur soutien clandestin pouvait fissurer la forteresse de la mécréance.
Le plus grand bienfait que ces injustices et ces persécutions aient apporté à l’islam est que ceux qui, après avoir traversé cette épreuve du feu, se rallièrent au Noble Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) furent les meilleurs des êtres humains. Dans de telles circonstances, nul homme au caractère faible n’aurait même osé s’engager dans cette voie. (Ajout.)
La période de l’interruption de la révélation
Les desseins empreints de sagesse d’Allah sont d’une nature si singulière que la raison ne peut les saisir. À un moment où le conflit et l’affrontement entre la mécréance et l’islam avaient atteint leur paroxysme, et où chaque instant de la vie du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) et des musulmans était devenu insupportable, on s’attendait naturellement à ce que la révélation continue de descendre sur le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui). Elle aurait ainsi apporté des directives face aux situations nouvelles qui se présentaient chaque jour, réconforté et encouragé le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) ainsi que ses compagnons, et averti les mécréants en raison de leurs persécutions et de leurs injustices. Pourtant, durant cette période, la révélation cessa de descendre de la part d’Allah. Le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) en fut profondément inquiet, et les mécréants eurent l’occasion de se moquer de lui et de le railler.
On ignore à quel moment cette interruption de la révélation eut lieu. Toutefois, les récits transmis dans les hadiths ainsi que le contenu même des deux sourates révélées après la fin de cette interruption montrent clairement que cet événement se produisit après le début de la prédication publique et l’intensification du conflit entre l’islam et la mécréance. Les différentes traditions donnent des durées diverses à cette interruption de la révélation. Ibn Jurayj en rapporte une durée de douze jours, Kalbî de quinze jours, Ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée) de vingt-cinq jours, et Suddî et Muqâtil de quarante jours. Quoi qu’il en soit, cette période fut suffisamment longue pour plonger le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) dans une grande tristesse. Ses opposants continuèrent également à le tourner en dérision. En effet, lorsqu’une nouvelle sourate lui était révélée, il la récitait aux gens. Ainsi, lorsqu’il ne put leur faire entendre de nouvelle révélation pendant un certain temps, ses adversaires pensèrent que la source d’où provenait cette noble Parole s’était tarie. Jundub ibn Abdallah al-Bajalî rapporte que, lorsque la venue de Jibrîl (sur lui la paix) s’interrompit, les polythéistes commencèrent à dire que Muhammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui) avait été abandonné par son Seigneur (Ibn Jarîr, Tabarî, Tabarânî, Abd ibn Hamîd, Saîd ibn Mansûr, Ibn Mardûyah).
D’autres traditions rapportent que la femme d’Abû Lahab, Umm Jamîl — tante du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) et sa très proche voisine — lui dit : « On dirait que ton démon t’a abandonné. »
Awfî et Ibn Jarîr, citant un récit d’Ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée), rapportent que, lorsque la venue de Jibrîl s’interrompit pendant plusieurs jours, le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) fut plongé dans l’inquiétude, tandis que les polythéistes disaient : « Son Seigneur s’est irrité contre lui et l’a abandonné. » Les récits mursal de Qatâdah et de Dahhâk rapportent à peu près la même chose. Diverses traditions décrivent également, dans ces circonstances, la tristesse et la douleur du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui). Et comment aurait-il pu en être autrement ? Après le début du conflit entre la mécréance et la foi, il avait été privé, de la part de l’Être aimé, de la source de force qui était son unique soutien au milieu du torrent de cet affrontement épuisant. À cela s’ajoutaient les moqueries des ennemis ; tous ces éléments réunis devinrent pour le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) une cause d’angoisse terrible. Il se demandait si, par hasard, il n’avait pas commis quelque erreur qui aurait suscité le mécontentement d’Allah à son égard et l’aurait laissé seul dans le combat entre la vérité et le faux.
La révélation de la sourate ad-Duhâ
C’est dans ces circonstances que fut révélée la sourate Ad-Duha, où il est dit :
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- Par le jour éclatant, et par la nuit lorsqu’elle s’étend paisiblement, ô Prophète : ton Seigneur ne t’a jamais abandonné et ne s’est pas irrité contre toi.
Cela signifie que l’éclat du jour et l’étendue de la nuit, avec ses ténèbres et sa tranquillité, ne reposent pas sur l’idée qu’Allah est satisfait des hommes pendant le jour et mécontent d’eux pendant la nuit. Au contraire, ces deux états sont fondés sur une grande sagesse et une grande utilité. Cela n’a aucun rapport avec l’idée que, lorsque Allah serait satisfait de toi, Il ferait descendre la révélation, et que lorsqu’Il ne la ferait pas descendre, cela signifierait qu’Il serait mécontent de toi et t’aurait abandonné. Si la lumière du jour tombait continuellement sur les hommes, elle les épuiserait et les accablerait. Il est donc conforme à la raison que la nuit succède au jour, afin que les hommes puissent trouver le repos. De même, si la lumière de la révélation se déversait sans interruption sur toi, tes veines et tes nerfs ne pourraient pas la supporter. C’est pourquoi Allah a également établi, pour cette raison logique, des périodes durant lesquelles la révélation est momentanément interrompue, afin que les effets du lourd fardeau de la révélation qui pèse sur toi s’atténuent et que tu puisses trouver le repos. [On peut mesurer la difficulté et la pénibilité du poids de la révélation pour le Prophète à partir des récits rapportés à ce sujet dans les hadiths. Zayd ibn Thabit (qu’Allah l’agrée) raconte : un jour, la révélation descendit sur le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) alors qu’il était assis, son genou posé sur le mien. Une pression si forte s’exerça alors sur mon genou que je crus qu’il allait être broyé.]
Aïcha (qu’Allah l’agrée) raconte : « J’ai vu la révélation descendre sur le Prophète au cœur d’un froid intense. De grosses gouttes de sueur ruisselaient alors de son front » (Al-Bukhari, Muslim, Al-Muwatta de l’imam Malik, At-Tirmidhi, An-Nasa’i). Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte également que, lorsque la révélation descendait sur lui alors qu’il était assis sur une chamelle, celle-ci appuyait sa poitrine contre le sol et ne bougeait plus jusqu’à la fin de la révélation (Musnad Ahmad, Al-Hakim, Ibn Jarir). (Tafhim, tome 6, note sur Al-Muzzammil)]
Puis il est dit :
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- En vérité, la période à venir sera meilleure pour toi que la période initiale.
Cette bonne nouvelle, Allah l’a annoncée au Prophète (sur lui la paix) à une époque où seule une poignée de personnes l’accompagnait. La lampe de l’islam vacillait encore à La Mecque, tandis que des tempêtes se levaient de toutes parts pour l’éteindre. Toute la nation était résolue à s’opposer à lui et, en apparence, aucun signe de la réussite des musulmans ne se discernait à perte de vue. C’est alors qu’Allah dit au Prophète (sur lui la paix) : « Ne vous affligez pas des peines, des épreuves et des calamités des débuts. Chaque époque à venir se révélera meilleure que la précédente. Votre force, votre honneur, votre influence et votre rang ne cesseront de croître, et votre ascendant s’étendra toujours davantage. Cette promesse ne se limite pas à ce monde : l’au-delà sera également meilleur pour vous que ce monde. »
Puis il est dit :
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- « Ton Seigneur te donnera bientôt tant de bienfaits que tu en seras satisfait. » (verset 5)
Autrement dit, même si quelque retard devait intervenir dans l’octroi de ces bienfaits, le moment n’est pas éloigné où les dons de ton Seigneur se déverseront sur toi de telle manière que tu en seras satisfait. Cette promesse fut accomplie du vivant même du Noble Prophète (sur lui la paix), au point que l’ensemble de l’Arabie — depuis les rivages méridionaux jusqu’au Shâm de l’Empire romain au nord, et jusqu’aux frontières irakiennes de l’Empire perse, du golfe Persique à l’est à la mer Rouge à l’ouest — tomba sous son autorité. Pour la première fois dans l’histoire de l’Arabie, ce territoire fut soumis à un même ordre juridique. Toute puissance venue l’affronter fut réduite en pièces. Sur l’ensemble du territoire retentit la profession de foi : « Il n’y a de divinité qu’Allah, et Muhammad est le Messager d’Allah. » Les polythéistes et les gens du Livre de cette région échouèrent, malgré tous leurs efforts, à maintenir bien haut leurs fausses professions de foi. Dans leur soumission, ils ne courbèrent pas seulement la tête : leurs cœurs furent également subjugués. Une immense révolution s’accomplit dans la foi, les œuvres et la morale. Dans toute l’histoire de l’humanité, on ne trouve aucun exemple d’une nation plongée dans l’ignorance païenne qui se soit transformée à ce point en seulement vingt-trois ans. Puis le mouvement fondé par le Noble Prophète (sur lui la paix) devint si puissant qu’il s’étendit sur de vastes régions d’Asie, d’Afrique et d’Europe, et que son influence se répandit jusque dans les villages les plus reculés et sur les chemins les plus éloignés du monde. Voilà une partie de ce qu’Allah a accordé à Son Messager dans ce monde. Quant à ce qu’Il lui accordera dans l’au-delà, il est impossible d’en concevoir la grandeur.
Révélation de la sourate « Alam Nashrah »
Peu de temps après, la sourate « Alam Nashrah » fut révélée pour le réconforter face aux difficultés apparues au commencement du mouvement islamique, difficultés qui avaient profondément embarrassé le Prophète (sur lui la paix). Les passages qui s’y rapportent sont cités ici avec leur explication.
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- Ô Prophète ! Ne t’avons-Nous pas ouvert la poitrine pour toi ? (verset n° 1)
Le début du discours par cette question, ainsi que le contenu qui suit, montrent clairement que le Messager d’Allah (s) était alors tombé dans une profonde détresse, confronté à toutes ces difficultés qu’il rencontrait au début, après avoir commencé publiquement sa mission de prédication islamique : obstacles et épreuves qui se dressaient devant lui. Dans cette situation, Allah Tout-Puissant s’adresse à lui pour le réconforter et lui dit : Ô Prophète ! Ne t’ai-Je pas accordé toutes ces faveurs ? Pourquoi donc te laisser accabler par toutes ces difficultés de la période initiale ?
En considérant les passages où l’expression « ouvrir la poitrine » est employée dans le Noble Coran, on comprend qu’elle possède deux significations.
1. Il est dit dans la sourate Al-An‘âm, au verset 125 :
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- Ainsi, celui à qui Allah Tout-Puissant accorde la guidance, Il lui ouvre la poitrine à l’Islam. Il est dit dans la sourate Az-Zumar, au verset 22 :
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- Alors, celui dont Allah a ouvert la poitrine à l’Islam marche sur une lumière venant de son Seigneur.
Dans ces deux passages, « l’ouverture de la poitrine » signifie être libéré de toute sorte d’inquiétude, d’hésitation et de perplexité, et acquérir la certitude que la voie de l’islam est la vérité, que la croyance, les principes moraux, la civilisation, la culture, les directives et la guidance que l’islam a donnés à l’humanité sont absolument vrais et justes.
Il est mentionné dans les versets 12 et 13 de la sourate Ach-Chu‘arâ qu’au moment où Allah revêtit Moïse de la dignité de la prophétie et lui ordonna d’affronter Pharaon et son immense puissance étatique, celui-ci implora :
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« Ô mon Seigneur ! Je crains qu’ils ne me traitent de menteur et ne me rejettent. Ma poitrine se resserre (sous l’effet de la peur et du désespoir). »
Il est dit dans les versets 22 à 25 de la sourate Tâ-Hâ qu’à ce moment-là, Moïse implora Allah :
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- « Ô mon Seigneur ! Ouvre-moi la poitrine et facilite-moi ma tâche. »
Ici, le resserrement de la poitrine signifie ne pas avoir le courage de porter le lourd fardeau d’une tâche aussi difficile que la prophétie et d’affronter seul une immense puissance de mécréance. À l’inverse, l’ouverture de la poitrine signifie l’accroissement du courage, de l’enthousiasme et de l’énergie de l’homme, ainsi que le fait de ne pas se détourner de la conduite d’une expédition périlleuse ni de l’accomplissement de tâches extrêmement difficiles. Il en résulte que le courage nécessaire à l’accomplissement de l’immense responsabilité de la prophétie est insufflé.
À la réflexion, on peut comprendre que, dans ce verset de la sourate « Alam Nashrah », les deux significations précédentes sont toutes deux impliquées en ce qui concerne le Messager d’Allah (s) et l’élargissement de sa poitrine. Si l’on retient la première signification, le sens serait le suivant : avant sa mission prophétique, le Messager d’Allah (s) considérait comme erronées les religions de tous les polythéistes, chrétiens, juifs et adorateurs du feu d’Arabie. De plus, il n’était pas satisfait de cette orientation vers Allah que l’on trouvait chez certains monothéistes arabes, car il s’agissait d’une croyance ambiguë, qui ne comportait aucune indication sur la voie juste (voir la note 5 du commentaire Tafhîm al-Qur’ân sur la sourate Hâ Mîm Sajda). Mais, puisqu’il ne connaissait pas lui-même le moyen de trouver la voie juste, il souffrait d’une profonde hésitation et d’un grand conflit intérieur. En lui conférant la mission prophétique, Allah le Très-Haut fit disparaître ses doutes et ses hésitations et lui rendit clairement manifeste la voie vraie et droite ; il acquit ainsi une certitude absolue.
Si l’on retient la deuxième signification, le sens serait le suivant : après lui avoir conféré la mission prophétique, Allah le Très-Haut lui accorda l’enthousiasme, l’énergie, le courage, la ferme résolution et cette ouverture d’esprit nécessaires pour assumer la lourde responsabilité de cette fonction. Il devint détenteur d’un savoir vaste et immense, qu’aucun être humain ne pouvait contenir. Il acquit une sagesse et une connaissance capables de faire disparaître la décadence extrême et de réorganiser la société avec ordre et discipline. Il reçut également une telle aptitude que, dans une société plongée dans la jahiliya, inculte, barbare et sauvage, démuni de moyens et confronté en apparence aux tempêtes et aux assauts d’une puissance protectrice, il ne fut jamais déconcerté. Il endura avec patience les peines, les souffrances et les épreuves qu’il rencontra sur cette voie. Aucune puissance ne put le détourner de sa position. Ainsi, le sens de la parole d’Allah le Très-Haut est le suivant : « Ô Prophète ! Puisque Allah t’a accordé l’immense trésor de l’élargissement de la poitrine, pourquoi t’affliges-tu de ces difficultés qui apparaissent au début de cette œuvre ? » [1. Certains commentateurs ont compris l’élargissement de la poitrine au sens de son ouverture physique et ont considéré ce verset comme une preuve du miracle de l’ouverture de la poitrine, rapporté dans les récits de hadiths. Mais en réalité, la preuve de ce miracle repose sur les récits de hadiths. Il n’est pas correct de tenter de l’établir à partir du Coran. Du point de vue de la langue arabe, on ne peut en aucun cas comprendre l’expression « élargissement de la poitrine » au sens d’une ouverture physique de la poitrine. L’érudit Alûsî dit dans son Rûh al-Ma‘ânî :
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Pour les chercheurs, comprendre ici le terme « élargissement » au sens d’une ouverture physique est une interprétation faible.]
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- Et, pour toi précisément, Nous avons élevé bien haut ta renommée.
Cette parole fut prononcée à une époque où tous les ennemis de l’islam parmi les Quraysh s’employaient à calomnier le Prophète (s). En particulier, durant le pèlerinage, conformément au plan proposé par al-Walîd ibn al-Mughîra, ils se rendaient dans chacun des campements de pèlerins et répandaient au sujet du Prophète toutes sortes de propos qui amenaient les gens à avoir une mauvaise opinion de lui et à le fuir. Dans une telle situation, comment la bonne nouvelle de l’élévation de la renommée du Prophète pouvait-elle donc se réaliser ?
Tout d’abord, Allah a fait prendre à ses ennemis eux-mêmes l’initiative d’élever sa renommée. C’est précisément à cause des moyens employés par les mécréants de La Mecque pour l’humilier que son nom se répandit dans toutes les régions et tous les villages d’Arabie ; sortant de l’obscurité de La Mecque, ses propres ennemis le firent connaître à toutes les tribus du pays. Il était tout naturel que les gens veuillent savoir qui était cet homme, ce qu’il disait, quel genre d’homme il était, à quoi ressemblaient ceux qui avaient été influencés par sa magie et quel effet cette magie avait produit sur eux. Plus la propagande des mécréants de La Mecque s’intensifiait, plus la curiosité des gens grandissait. Puis, lorsque cette curiosité amena les gens à découvrir son caractère et sa conduite, lorsqu’ils entendirent le Coran et apprirent quel enseignement il dispensait, et lorsque les observateurs virent à quel point la vie de ceux qui étaient influencés par celui qu’on appelait un magicien était devenue supérieure et plus pure que celle des gens ordinaires d’Arabie, cette infamie commença à se transformer en renom. Finalement, au moment où arriva l’émigration vers Médine, la situation était devenue telle qu’il n’existait, parmi les tribus arabes proches ou éloignées, aucune tribu dont au moins une personne ou une famille n’eût embrassé l’islam et dont certains membres ne fussent devenus favorables au Prophète (s) et à son appel. Voilà la première étape de l’élévation de la renommée du Prophète (s), qui était en cours au moment de la révélation de cette sourate et dont chacun observait les effets.
Quelques années plus tard commença sa deuxième phase, que personne à cette époque ne pouvait voir ni même imaginer. Seul Allah en avait connaissance, et c’est Lui qui en annonça la bonne nouvelle au Prophète. Après l’Hégire, les hypocrites, les Juifs et tous les polythéistes influents d’Arabie s’employaient, d’un côté, à diffamer le Prophète ; de l’autre, l’État islamique de Médine gagnait les cœurs par l’exemple concret qu’il offrait de la vénération d’Allah, de la crainte révérencielle d’Allah, d’une moralité pure et noble, d’une vie sociale heureuse et harmonieuse, de la justice, de l’égalité, de la générosité des riches, de la prise en charge des pauvres, du respect des traités et des engagements, ainsi que de la probité dans les actes. Les ennemis tentèrent de faire obstacle à cette influence grandissante par la guerre. Mais le groupe des croyants formé sous la direction du Prophète démontra sa supériorité d’une manière telle que toute l’Arabie la reconnut, grâce à sa discipline, à sa bravoure, à son absence de peur de la mort et à son respect des limites morales, même en temps de guerre. En l’espace de dix ans, la renommée du Prophète (S) s’éleva à tel point que, dans chaque recoin du pays où ses adversaires avaient déployé toutes leurs forces pour le diffamer, l’écho de ************************************* – retentit. Puis, à l’époque des Califes bien guidés, son nom béni continua de s’élever dans le monde entier. Cette progression n’a cessé de s’amplifier jusqu’à aujourd’hui et, si Allah le veut, elle continuera jusqu’au Jour de la Résurrection. Il n’existe aucun endroit au monde où se trouve une communauté musulmane sans que, cinq fois par jour, l’appel à la prière n’y proclame à haute voix la mission de Muhammad (S), sans que des bénédictions ne soient prononcées sur lui dans la prière, sans que son nom ne soit rappelé dans le sermon du vendredi ; et, parmi les douze mois de l’année comme parmi les vingt-quatre heures d’une journée, il n’est aucun jour ni aucun moment où son nom ne soit mentionné quelque part dans le monde. Le sens du verset est donc le suivant : « Ô Prophète, pourquoi te tourmentes-tu face aux épreuves et aux calamités de cette période ? J’ai pris des dispositions pour élever ta renommée d’une manière que personne n’aurait pu imaginer, même en rêve. » Il est rapporté dans un hadith, d’après Abû Sa‘îd al-Khudrî, que le Prophète (S) dit : « Jibrîl vint auprès de moi et me dit : “Mon Seigneur et ton Seigneur demandent : comment ai-Je élevé ta renommée ?” Je répondis : “Allah le sait mieux.” Il dit : “La parole d’Allah est que, chaque fois que Je suis mentionné ou évoqué, tu es également rappelé avec Moi.” » (Ibn Jarîr, Ibn Abî Hâtim, Abû Ya‘lâ, Ibn al-Mundhir, Ibn Hibbân, Ibn Mardûya, Abû Nu‘aym).
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La vérité est donc qu’avec la difficulté vient aussi la facilité. Certes, avec la difficulté vient la facilité.
Cette phrase a été répétée deux fois afin de réconforter pleinement le Prophète (S), en lui faisant comprendre que la situation difficile qu’il traversait ne durerait pas longtemps. Bien au contraire, une situation meilleure allait bientôt lui succéder. À première vue, il semble contradictoire de dire que la facilité accompagne la difficulté, car ces deux situations ne peuvent se réunir au même moment. Cependant, au lieu de dire « après la difficulté vient la facilité », les mots « avec la difficulté vient la facilité » ont été employés pour signifier que le moment de la facilité est si proche qu’il semble arriver en même temps que le premier. (Tafhîm, tome 6, Alâm Nashrah, notes 1, 3 et 4.)
Neuvième chapitre
L’émigration en Abyssinie
L’importance de l’émigration dans la religion de l’islam
Après le jihâd, la deuxième chose importante et remarquable mentionnée dans le Coran est l’émigration. Pourquoi l’émigration revêt-elle une telle importance en islam ? C’est parce que, pour un musulman, la chose la plus importante n’est ni sa patrie, ni son peuple, ni même son pain ou son estomac. Ce qui compte le plus pour lui, c’est de pouvoir vivre conformément aux principes auxquels il a cru, afin d’obtenir l’agrément d’Allah. S’il ne peut pas vivre selon ces principes, alors non seulement sa liberté, mais sa vie elle-même, devient dépourvue de sens. Les principes sur lesquels repose la foi, et dont il est fermement convaincu qu’ils constituent la vérité absolue, qu’ils ont été donnés par Allah et Son Messager, il préférera les sacrifier et donner sa vie dans le chemin d’Allah plutôt que de les abandonner.
Les compagnons du Messager qui avaient émigré d’Arabie en Abyssinie l’avaient fait parce que, du fait d’être Arabes, quraychites et mecquois, ils jouissaient de toutes les libertés dans leur pays, parmi leur tribu et dans leur ville. Mais la liberté dont ils étaient privés, c’était celle d’être musulmans. C’est pourquoi ils abandonnèrent leur terre natale et partirent pour un autre pays. Lorsque le Messager d’Allah (s) émigra de La Mecque à Médine, pourquoi le fit-il donc ? Il était un habitant de La Mecque. À La Mecque, il jouissait de tous les droits dont jouissait n’importe quel citoyen mecquois. Ses compagnons jouissaient eux aussi de tous les droits qui leur revenaient en tant que Quraychites. Mais la raison pour laquelle lui et ses compagnons abandonnèrent leurs maisons, leurs proches et leurs biens, et partirent avec pour seuls vêtements ceux qu’ils portaient sur eux, était qu’ils ne possédaient aucune liberté en tant que musulmans. C’est pour cette liberté qu’ils abandonnèrent leur terre natale et partirent avec pour seuls vêtements ceux qu’ils portaient sur eux ; c’est pour cette liberté qu’ils quittèrent leur terre natale et allèrent s’installer dans une autre ville. (Tract — Azadi, l’auteur, p. 11-12.)
Le Coran prépara les musulmans à l’émigration
Lorsque la persécution et les mauvais traitements infligés aux musulmans à La Mecque atteignirent leur paroxysme, le Coran entreprit de les préparer à l’émigration. Il fut déclaré :
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— Ô Mes serviteurs qui avez cru ! Ma terre est vaste. Adorez-Moi donc — en vous conformant à Mes commandements et à Mon autorité. Toute âme goûtera la mort. Puis vous serez tous ramenés vers Moi. Ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres, Nous les installerons dans les hautes demeures du Paradis, sous lesquelles coulent des ruisseaux. Ils y demeureront éternellement. Quelle excellente récompense pour ceux qui œuvrent ! Tout cela est destiné à ceux qui ont patienté et placé leur confiance en leur Seigneur. Combien de créatures ne se déplacent pas en emportant leur subsistance ! C’est Allah qui les nourrit, ainsi que vous. Et Il est Celui qui entend tout et qui sait tout. (Al-‘Ankabût, 56-60)
Le premier verset fait allusion à l’émigration. Il signifie que, s’il est difficile d’adorer Allah à La Mecque, il faut quitter le pays : la terre d’Allah n’est pas étroite. Allez donc partout où vous pouvez vivre en serviteurs d’Allah. Vous devez adorer Allah, et non votre peuple ni votre terre natale. Il est ainsi enseigné que la réalité essentielle n’est ni le peuple, ni la terre natale, ni le pays, mais l’adoration d’Allah. Si jamais les exigences de l’amour du peuple, de la terre natale et du pays entrent en conflit avec les exigences de l’adoration d’Allah, c’est alors que la foi du croyant est mise à l’épreuve. Le croyant sincère adorera Allah et rejettera son peuple, sa terre natale et son pays. Celui qui prétend faussement avoir la foi renoncera à celle-ci et s’attachera à sa nation et à son pays. Il est ainsi clairement expliqué aux musulmans qu’un véritable adorateur d’Allah peut aussi aimer sa nation et son pays, mais qu’il ne peut les adorer. Pour lui, l’adoration d’Allah est plus chère que toute chose ; il sacrifiera pour elle chaque bien de ce monde, mais ne sacrifiera jamais l’adoration d’Allah pour quelque bien de ce monde que ce soit.
Le deuxième verset dit de ne pas vous préoccuper de votre vie : elle prendra fin à n’importe quel moment. Personne n’est venu en ce monde pour y demeurer éternellement. Ainsi, ce qui doit vous préoccuper n’est pas de savoir comment préserver votre vie dans ce monde. Votre véritable souci doit être de savoir comment préserver votre foi et comment satisfaire l’exigence de l’adoration d’Allah. Si vous perdez votre foi pour sauver votre vie, la conséquence sera la même. Préoccupez-vous donc de ceci : lorsque vous reviendrez auprès de Moi, qu’apporterez-vous avec vous ? Une foi sacrifiée pour la vie, ou une vie sacrifiée pour la foi ?
Les troisième et quatrième versets disent ceci : supposez que, parce que vous avez suivi la voie de la foi et des bonnes œuvres, vous soyez privés de toutes les faveurs de ce monde et que vous ayez échoué selon les critères de ce monde ; croyez alors que cette perte sera certainement compensée. Il ne s’agira pas d’une simple compensation, mais vous recevrez la meilleure des récompenses. La récompense de ces croyants et serviteurs vertueux qui sont restés fermes dans leur foi face aux diverses souffrances, épreuves, calamités et pertes ; qui ont assumé tous les risques liés à la foi sans s’en détourner ; qui ont vu de leurs propres yeux les avantages et les bienfaits terrestres qu’ils auraient pu obtenir en abandonnant la foi, mais n’ont éprouvé pour eux pas le moindre attrait ; qui ont vu sous leurs yeux les mécréants et les pervers s’enrichir et prospérer, mais n’ont pas placé leur confiance en eux, dans leurs affaires, leur commerce ou leur tribu, et l’ont placée en leur propre Seigneur ; qui, dédaignant les moyens et ressources terrestres, s’en remettent uniquement à leur Seigneur ; qui sont prêts à supporter toute épreuve pour leur foi, à tenir tête à toute puissance et à quitter leurs maisons lorsque les circonstances l’exigent — la récompense de tels croyants et serviteurs vertueux ne sera jamais perdue auprès de leur Seigneur. Il les soutiendra et les aidera également dans ce monde, et leur accordera dans l’au-delà la meilleure récompense pour leurs œuvres.
Enfin, il leur est insufflé que, durant l’Hégire, ils ne doivent pas se laisser accabler par le souci de leur subsistance, pas plus que par celui de leur vie. Parmi les innombrables animaux, oiseaux et créatures aquatiques qui se déplacent dans les airs, sur terre et dans l’eau, lesquels se déplacent avec leur subsistance en leur possession ? C’est Allah seul qui les nourrit et les entretient. Où qu’ils aillent, ils obtiennent leur subsistance d’une manière ou d’une autre par la grâce d’Allah. Que les gens de foi ne perdent donc pas courage en se disant que, s’ils quittent leurs foyers pour préserver leur foi et partent ailleurs, d’où leur viendra la nourriture ? Allah leur donnera à eux aussi leur subsistance, comme Il la donne à Ses innombrables créatures.
Sur la voie de l’appel à la vérité, il arrive aussi un moment où l’homme attaché à la vérité n’a d’autre choix que de détourner son regard de tous les soutiens et ressources du monde des moyens matériels et de risquer sa vie en s’en remettant entièrement à Allah. Dans de telles circonstances, ceux qui calculent, examinent et évaluent les possibilités futures, et qui recherchent la sécurité de leur vie ainsi que la garantie de leur subsistance avant d’entreprendre quoi que ce soit, sont incapables d’agir. En réalité, une telle situation ne change que grâce au sacrifice de ceux qui se tiennent debout, le linceul sur la tête, entièrement prêts à affronter toutes les épreuves et tous les malheurs. C’est leur sacrifice qui finit par faire venir l’heure heureuse où la Parole d’Allah est élevée, tandis que toutes les paroles de la fausseté sont humiliées et abaissées devant elle. (Tafhîm al-Qur’ân, vol. 3, al-‘Ankabût, notes 94-99.)
Il est dit ailleurs :
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(Ô Prophète,) dis : « Ô Mes serviteurs qui avez cru, craignez votre Seigneur. Ceux qui ont agi vertueusement dans ce monde auront le bien. Et la terre d’Allah est vaste. Quant aux patients, leur récompense leur sera accordée sans compter. » (Az-Zumar : 10)
Ici encore, il est indiqué aux croyants que, si un endroit devient trop étroit pour y vouer un culte à Allah, Sa terre est vaste. Qu’ils partent donc vers quelque autre lieu afin de préserver leur religion. En même temps, la bonne nouvelle leur est annoncée qu’ils auront le bien dans ce monde comme dans l’au-delà. Leur vie terrestre sera également bien ordonnée, de même que leur vie future, car ils ont donné la priorité à la religion sur le monde et ses plaisirs. Pour la seule cause de la religion, ils ont quitté leur foyer et sont devenus sans foyer, quitté leur pays et sont devenus apatrides, puis ont émigré vers une autre ville ou une autre région. Lorsqu’une ville, une région ou un pays est devenu trop étroit pour y vouer un culte à Allah, ils sont partis ailleurs. Une récompense innombrable est donc réservée à ceux qui ont supporté toutes sortes d’épreuves, de malheurs et de souffrances afin de suivre la voie de la piété et du bien, sans s’écarter du droit chemin. La promesse de cette récompense innombrable n’a pas été faite aux seuls émigrés ; elle concerne également ceux qui demeurent fermes dans les contrées de l’oppression et de la persécution et affrontent chaque épreuve. (Tafhîm al-Qur’ân, vol. 4, introduction d’Az-Zumar, notes 30-32.)
Les directives pendant l’Hégire
Dans le Noble Coran, les musulmans opprimés de La Mecque n’ont pas seulement été encouragés à accomplir l’Hégire ; deux sortes de directives leur ont également été données. Comme les musulmans émigraient vers un pays chrétien, la sourate Maryam fut révélée dans ce contexte. Dans ses deux premiers rukû‘, le récit de Yahyâ et de ‘Îsâ, que la paix soit sur eux, est rapporté. Cela signifie que, bien que les musulmans s’y rendent comme des demandeurs d’asile opprimés, Allah ne leur a pas enseigné, dans cette situation, la moindre souplesse concernant leur religion. Au contraire, Il leur a donné cette sourate comme viatique au moment de leur départ, afin qu’ils puissent présenter, dans le pays des chrétiens, l’identité véritable et le rang de ‘Îsâ et nier clairement qu’il soit le « fils de Dieu », quel qu’en soit le dénouement.
La deuxième directive fut donnée ainsi :
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-Et ne discutez avec les gens du Livre que de la meilleure manière, sauf avec ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites-leur : « Nous croyons à ce qui nous a été révélé et à ce qui vous a été révélé. Notre Dieu et votre Dieu sont un seul et même Dieu, et nous Lui sommes soumis. » (Al-‘Ankabût : 46)
Autrement dit, lorsque vous serez confrontés aux gens du Livre (les chrétiens), évitez de discuter avec ceux d’entre eux qui sont injustes ; avec les gens raisonnables, échangez de manière tout à fait rationnelle, dans un langage poli et convenable, et avec une expression qui touche les cœurs. Dites-leur : nous ne sommes pas des sectaires obstinés qui accepteraient le Livre envoyé à nous, mais refuseraient celui qui vous a été envoyé. Nous aussi, nous sommes attachés à la vérité, c’est-à-dire que nous suivons la vérité. Nous tenons pour vraie toute révélation venue de Dieu et parvenue jusqu’à nous ; de même, nous croyons à celle qui vous est parvenue. Notre Dieu et votre Dieu ne sont pas différents ; c’est au contraire un seul et même Dieu, que nous reconnaissons comme vous le reconnaissez. Nous avons adopté la voie de l’adoration et de l’obéissance à ce Dieu unique. (Tafhîm, tome 6 – Introduction à la sourate Al-Hâqqah.)
La première Hégire en Abyssinie
Lorsque la situation eut brisé les digues de la patience, durant le mois de Rajab de la cinquième année de la prophétie, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) dit à ses compagnons :
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-Il vaudrait mieux que vous partiez pour le pays des Abyssins, c’est-à-dire l’Abyssinie. Il y a là-bas un roi sous le règne duquel personne n’est injustement traité. C’est une terre de bien-être. Demeurez-y jusqu’à ce qu’Allah le Très-Haut vous offre un moyen de vous délivrer de cette épreuve.
Conformément à cette directive, la première Hégire en Abyssinie eut lieu ; onze hommes et quatre femmes y participèrent. Les Qurayshites les poursuivirent jusqu’au bord de la mer. Mais, par bonheur, au port maritime de Shu‘aybah, ils trouvèrent à temps un bateau à destination de l’Abyssinie et échappèrent ainsi à leur capture.
Participants à la première Hijra
Ibn Hicham rapporte, d’après Ibn Ishaq, que la liste des Muhadjirûn ayant participé à cette Hijra est la suivante :
1. De Banî Umayya : Hazrat Uthman ibn Affan (qu’Allah l’agrée).
2. Son épouse, Hazrat Ruqayya, fille du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
(Ibn Abd al-Barr dit qu’Oumm Ayman se trouvait également avec eux.)
3. De Banî Abid Shams ibn Abd Manaf : Hazrat Abu Hudhayfa ibn Utba ibn Rabia (qu’Allah l’agrée).
4. Son épouse, Hazrat Sahla, fille de Suhayl ibn Amr.
5. De Banî Asad ibn Abd al-Uzza ibn Qusayy : Hazrat Zubayr ibn al-Awwam (qu’Allah l’agrée).
(Il était le neveu de Hazrat Khadija (r.a.) et le cousin du côté de la tante paternelle du Prophète (s.).)
6. Parmi les Banu Abd al-Dar ibn Qusayy : Hazrat Mus‘ab ibn Umayr (r.a.).
7. Parmi les Banu Zuhra ibn Kilab : Hazrat Abd al-Rahman ibn Awf (r.a.).
8. Parmi les Banu Makhzum : Hazrat Abu Salama ibn Abd al-Asad (r.a.).
9. Son épouse, Umm Salama (r.a.) (la cousine germaine d’Abu Jahl, fille de son oncle paternel).
10. Parmi les Banu Jumah : Uthman ibn Maz‘un (r.a.) — l’oncle maternel de la Mère des croyants, Hazrat Hafsa (r.a.).
11. Parmi les alliés des Banu Adi : Hazrat Amir ibn Rabi‘a al-Anzi (r.a.).
12. Son épouse, Layla bint Abi Hasma (r.a.).
13. D’Abû Sabra (qu’Allah l’agrée), fils d’Abû Ruhm, de Banû ‘Âmir ibn Lu’ayy.
14. De Suhayl ibn Baydâ (qu’Allah l’agrée), de Banû al-Hârith ibn Fihr.
Ibn Sa‘d, citant al-Wâqidî, ajoute encore deux noms : Hâtib ibn ‘Amr ibn ‘Abd Shams et ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée), allié par traité de Banû Zuhra. Ibn Ishâq dit que, par la suite, Ja‘far ibn Abî Tâlib se joignit également à eux. Mais Mûsâ ibn ‘Uqba rapporte dans son Maghâzî qu’il les rejoignit lors de la deuxième hégire, et non de la première. Ibn Ishâq dit que ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) participa à la deuxième hégire, et non à la première. En outre, al-Zurqânî, citant plusieurs auteurs de biographies prophétiques, affirme qu’Umm Kulthûm, l’épouse d’Abû Sabra (qu’Allah l’agrée), était également avec lui ; elle était la deuxième fille de Suhayl ibn ‘Amr. Celui qui partit le premier fut ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée). (Al-Bayhaqî)
Le traitement réservé aux émigrés en Abyssinie
Ibn Jarîr al-Tabarî dit que l’Abyssinie était un ancien centre commercial des Quraysh. Ils y gagnaient abondamment leur subsistance et y réalisaient de grands profits dans le commerce. C’est pourquoi les émigrés n’y rencontrèrent aucune difficulté. Les émigrés eux-mêmes déclaraient : « Nous y vivions très bien. Nous jouissions d’une sécurité complète pour notre religion. Nous adorions Allah. On ne nous causait aucune peine. Nous n’y entendions rien qui nous fût désagréable. »
Envoi d’une délégation des Quraysh à leur poursuite
Lorsque les Quraysh virent que ces gens s’étaient rendus en Abyssinie et y vivaient en sécurité, ils envoyèrent ‘Amr ibn al-‘Âs et ‘Abdullah ibn Abî Rabî‘a auprès du Négus, avec de nombreux présents de grande valeur, afin qu’il les fasse revenir à La Mecque. Al-Bukhârî donne à ce roi le nom d’Ashama. Mais le Négus ne prêta aucune attention à leurs paroles et les renvoya à La Mecque sans succès. Les récits divergent au sujet de cette délégation. Selon certains, ‘Umâra ibn al-Walîd ibn al-Mughîra fut envoyé avec ces deux représentants. D’autres récits rapportent que ‘Amr ibn al-‘Âs fut envoyé auprès du Négus lors des deux hégires, la première et la deuxième. Toutefois, ‘Umâra aurait accompagné la première délégation, tandis que ‘Abdullah aurait fait partie de la seconde ; Ibn Ishâq, lui, mentionne le nom d’Abdullah dans les deux délégations. (Ajout de l’auteur.)
Le retour des émigrés et ses raisons
Au cours du mois de Ramadan de cette année-là, un événement se produisit dont la nouvelle parvint en Abyssinie en ces termes : les mécréants de La Mecque étaient devenus musulmans.
Voici ce qui s’était passé :
Un jour, alors que les Quraychites étaient réunis dans le Sanctuaire sacré, le Messager d’Allah (s) se leva soudain pour prononcer un discours, et Allah fit réciter par sa bouche la sourate An-Najm. L’effet de la parole d’Allah était si intense et si puissant que, tandis que le Prophète (s) la récitait, tout le tumulte de ses adversaires cessa de distraire les esprits. À la fin de la récitation, lorsqu’il se prosterna, tous les gens réunis se prosternèrent également. Selon le récit de ‘Abdullah ibn Mas‘ud (r.a.), rapporté par Al-Bukhari, Muslim, Abu Dawud et An-Nasa’i, ce fut la première sourate du Noble Coran que le Prophète (s) récita devant l’assemblée générale des Quraychites. Selon le récit d’Ibn Mardawayh, l’assemblée du Sanctuaire comprenait des mécréants et des croyants. Finalement, lorsque le Prophète (s) récita le verset de la prosternation et se prosterna, tous les présents se prosternèrent aussitôt. Même les chefs influents des polythéistes, qui jouaient un rôle de premier plan dans l’opposition, ne purent s’empêcher de se prosterner. Parmi les mécréants, on vit seulement Umayya ibn Khalaf prendre une poignée de terre, s’en enduire le visage et dire : « Cela suffit. »
Le deuxième témoin oculaire de cet événement fut Hadrat Mut‘alib ibn Abi Wada‘a, qui n’était pas encore musulman à cette époque. Son propre récit est rapporté ainsi dans An-Nasa’i et le Musnad d’Ahmad :
Lorsque le Huzur (s) récita la sourate An-Najm et se prosterna, et que tous les présents tombèrent en prosternation, je ne me prosternai pas. Je compense aujourd’hui cela de la manière suivante : je ne manque jamais de me prosterner lors de la récitation de cette sourate.
Ibn Sa‘d, citant la chaîne de transmission d’Al-Waqidi, rapporte qu’Al-Walid ibn Al-Mughira se mit lui aussi une poignée de terre sur le visage, car il ne pouvait pas se prosterner en raison de son infirmité. Abu Uhayha Sa‘id ibn Al-‘As se mit également de la terre sur le visage à cause de sa vieillesse.
Ainsi, cet événement devint une rumeur et parvint en Abyssinie sous la forme suivante : tous les polythéistes quraychites étaient devenus musulmans. Mais la réalité était différente. Sous l’influence du Coran, ceux qui se prosternèrent le firent à ce moment-là, mais par la suite ils furent si embarrassés qu’ils se demandèrent quelle faiblesse ils avaient ainsi manifestée. Les gens commencèrent à les réprimander en disant : « On interdisait aux autres d’écouter cette parole, mais vous-mêmes, non seulement vous l’avez écoutée attentivement, mais vous vous êtes aussi prosternés avec Muhammad (s). » Ils inventèrent ensuite une histoire afin de les disculper. Ils dirent : « Mais nous, nous…
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— après cela, j’entendis ces paroles sortir de la bouche de Muhammad (s) —
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— (on peut assurément espérer l’intercession de ces déesses de haut rang).
C’est pourquoi nous pensâmes que Muhammad (s) avait rejoint notre voie. Mais un fou pourrait-il jamais penser que ces paroles puissent avoir leur place dans le discours qui précède et qui suit la sourate an-Najm ? Pourtant, ils prétendaient avoir entendu ces paroles de leurs propres oreilles, sortir de la bouche du Prophète (s). (Tafhîm, vol. 5 — résumé et introduction — an-Najm.)
Le mystère du récit des Gharânîq
Il est regrettable que certains de nos exégètes et traditionnistes aient eux-mêmes contribué à populariser des récits de ce genre. Il en résulta que les paroles que les mécréants prétendaient avoir entendues de la bouche du Prophète (s) étaient, en réalité, sorties de sa propre bouche. Elles seraient sorties de sa bouche parce qu’il aurait souhaité, d’une manière ou d’une autre, voir disparaître la haine et l’hostilité qui l’opposaient aux mécréants. Et Satan aurait profité de ce souhait pour lui faire prononcer ces paroles.
Le récit est rapporté ainsi : le Prophète (s) aurait souhaité que le Coran révélât des paroles capables de dissiper la haine des mécréants qurayชites envers l’islam et de les rapprocher quelque peu. À tout le moins, il aurait souhaité qu’il ne contînt pas une critique aussi sévère de leur religion, propre à les exaspérer. Ce souhait était présent dans son esprit lorsqu’un jour, alors qu’une grande assemblée de Qurayشites était réunie, la sourate an-Najm lui fut révélée et qu’il se mit à la réciter. Lorsqu’il —
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Lorsqu’il en arriva là, ces paroles sortirent soudain de sa bouche :
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Puis il continua à réciter les versets suivants de la sourate. Après avoir achevé la sourate, lorsqu’il se prosterna, les polythéistes comme les musulmans tombèrent tous en prosternation. Les mécréants quraychites dirent : « Quelle divergence subsiste désormais entre nous et Muhammad (s) ? Nous disions précisément que le Créateur et le Pourvoyeur ne sont autres qu’Allah, et que ces divinités à nous sont assurément nos intercesseurs auprès de Lui. » Le soir, Jibrîl (a) vint et dit : « Qu’avez-vous fait ? Je ne vous ai pas apporté ces deux phrases. » Le Prophète (s) en fut très attristé. Alors Allah le Très-Haut révéla ce verset, qui se trouve dans la huitième section de la sourate Banî Isrâ’îl : [Un orientaliste du monde occidental a proféré, sans aucune honnêteté, l’affirmation forgée selon laquelle, après l’abrogation de ces versets sataniques, les versets 21 et 22 de la sourate an-Najm auraient été révélés à leur place. Or cette affirmation est totalement dépourvue de preuves rationnelles ou textuelles : il n’en a mentionné aucune chaîne de transmission et s’est révélé incapable de produire la moindre information fiable — l’auteur.]
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— C’est-à-dire : ô Prophète, ces gens n’ont rien négligé pour tenter de te jeter dans la tentation et de t’éloigner de la révélation que Je t’ai envoyée, afin que tu forges en Mon nom quelque parole de ton propre chef… Puis tu ne trouveras aucun soutien contre Moi.
Cette affaire emplissait constamment le cœur du Prophète de tristesse. Enfin, le verset 52 de la sourate al-Hajj fut révélé, réconfortant ainsi le Prophète (s) : « Il est arrivé la même chose aux prophètes qui t’ont précédé : lorsqu’un prophète formait un souhait, Satan y intervenait. Mais Allah efface tout ce que Satan y introduit, puis affermit Ses versets. »
Entre-temps, la nouvelle selon laquelle les Quraychites, après avoir entendu le Coran, s’étaient prosternés avec le Prophète, fut embellie et portée en Abyssinie sous la forme suivante : une réconciliation aurait eu lieu entre le Prophète (s) et les mécréants de La Mecque. Aussi, de nombreux émigrés retournèrent-ils à La Mecque. Mais, une fois arrivés, ils apprirent que la nouvelle de la réconciliation était fausse. L’affrontement entre l’islam et la mécréance subsistait comme auparavant.
Cette histoire a été rapportée par Ibn Jarîr et de nombreux exégètes dans leurs tafsîrs, par Ibn Sa‘d dans ses Tabaqât, al-Wâhidî dans Asbâb an-Nuzûl, Mûsâ ibn ‘Uqba dans al-Maghâzî, Ibn Ishâq dans sa Sîra, ainsi que par Ibn Abî Hâtim, Ibn al-Mundhir, al-Bazzâr, Ibn Mardûwayh et at-Tabarânî dans leurs recueils de hadiths. Les chaînes de transmission sur lesquelles cette histoire est rapportée remontent à Muhammad ibn Qays, Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazî, ‘Urwa ibn az-Zubayr, Abû Sâlih, Abû al-‘Âliya, Sa‘îd ibn Jubayr, ad-Dahhâk, Abû Bakr ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn al-Hârith, Qatâda, Mujâhid, as-Suddî, Ibn Shihâb az-Zuhrî, et finalement Ibn ‘Abbâs (r). À l’exception d’Ibn ‘Abbâs (r), aucun d’entre eux n’était un Compagnon. Outre des divergences mineures dans le récit détaillé de cette histoire, il existe deux divergences très importantes. Premièrement, les paroles attribuées au Prophète à la louange des idoles diffèrent dans chaque version de la narration. La seconde divergence majeure est la suivante : selon certaines versions, Satan aurait insufflé ces paroles au Prophète, au moment où la révélation descendait, ou les lui aurait imposées intérieurement, de sorte qu’il aurait cru que Jibrîl (a) les lui avait apportées. Selon une autre version, ces mots seraient sortis par erreur de sa bouche, comme réaction involontaire à son désir. Une autre narration affirme qu’il les aurait prononcés délibérément, mais sous forme de phrases interrogatives exprimant le démenti. Selon une autre encore, Satan aurait mêlé sa voix à celle du Prophète et prononcé ces mots, si bien qu’on aurait cru que c’était lui, le Prophète, qui les avait dits. Enfin, selon certaines versions, l’un des polythéistes aurait prononcé ces mots.
Ibn Kathîr, Bayhaqî, Qâdî Iyâḍ, Ibn Khuzayma, Qâdî Abû Bakr Ibn al-ʿArabî, l’imam Râzî, Qurtubî, Badr al-Dîn ʿAynî, Shawkânî, Âlûsî et d’autres grands érudits ont déclaré ce récit totalement faux. Ibn Kathîr dit que toutes les chaînes de transmission par lesquelles ce récit a été rapporté sont mursal et munqaṭiʿa. Je n’ai trouvé ce récit dans aucune chaîne authentique et muttasil. Bayhaqî dit que ce récit n’est pas établi du point de vue de sa transmission. Lorsqu’on interrogea Ibn Khuzayma à ce sujet, il répondit : « C’est un récit forgé par des zindîq. Sa faiblesse est démontrée par le fait qu’aucun des auteurs des Ṣiḥâḥ Sitta ne l’a cité dans son ouvrage. Il n’a pas non plus été rapporté par des narrateurs dignes de confiance, au moyen d’une chaîne ṣaḥîḥ, muttasil et irréprochable. » Après une discussion détaillée et en s’appuyant sur des arguments solides, l’imam Râzî, Qâdî Abû Bakr et l’imam Âlûsî l’ont rejeté. En revanche, des muḥaddith éminents tels que le hâfiz Ibn Ḥajar, ainsi que des juristes réputés comme Abû Bakr al-Jaṣṣâṣ, al-Zamakhsharî et Ibn Jarîr, le considèrent comme authentique et l’interprètent comme un commentaire du verset 52 de la sourate al-Ḥajj. L’argumentation d’Ibn Ḥajar est la suivante :
À l’exception de la voie de Saʿîd ibn Jubayr, les autres voies par lesquelles ce récit est rapporté sont soit faibles, soit munqaṭiʿ. Toutefois, la multiplicité des voies prouve nécessairement qu’il possède un fondement.
En outre, une voie le rapporte avec une chaîne ṣaḥîḥ et muttasil, que Bazzâr a consignée — à savoir : Yûsuf ibn Ḥammâd, d’après Umayya ibn Khâlid, d’après al-Shuʿba, d’après Abû Bishr, d’après Saʿîd ibn Jubayr, d’après Abû ʿAbbâs. Selon deux autres voies, le récit est certes mursal, mais les narrateurs satisfont aux critères des deux Ṣaḥîḥ. Ces deux transmissions ont été rapportées par Tabarî : l’une par la voie de Yûnus ibn Yazîd, d’après Ibn Shihâb, et l’autre par la voie de Muʿtamar ibn Sulaymân et Ḥammâd ibn Salama, d’après Dâwûd ibn Abî Hind, d’après Abû al-ʿÂliya. Quant aux partisans de cette opinion, ils l’ont naturellement acceptée comme authentique. Même ses adversaires ne se sont généralement pas acquittés, à son sujet, de leur devoir d’examen et de critique. Certains la rejettent parce que sa chaîne n’est pas authentique à leurs yeux. Cela signifie que, si la chaîne avait été solide, ces docteurs l’auraient acceptée comme véridique. D’autres la rejettent parce qu’elle rendrait toute la religion douteuse et ferait naître le doute au sujet de chacune de ses prescriptions, sous prétexte que l’on ne saurait où une suggestion satanique ou l’intervention d’une passion aurait pu s’insinuer. Or un tel argument ne peut convaincre que ceux qui sont fermement résolus à embrasser la foi. Quant aux autres, qui nourrissaient déjà des doutes ou qui veulent maintenant examiner la question avant de décider s’ils croiront ou non, ils ne seront pas incités à rejeter les éléments qui feraient considérer la religion comme douteuse. Ils diront : lorsqu’un événement est confirmé par le témoignage d’au moins un Compagnon éminent, de nombreux tâbiʿûn, de leurs successeurs et de divers transmetteurs de hadith dignes de confiance, pourquoi le rejeter au motif qu’il rend votre religion douteuse ? Au lieu de cela, pourquoi votre religion ne serait-elle pas tenue pour douteuse, puisque c’est cet événement qui la rend telle ?
Il faut maintenant examiner quelle méthode correcte de critique et de vérification permettrait, après examen, de considérer ce récit comme irrecevable, aussi solide que puisse être sa chaîne de transmission.
Le premier élément est le témoignage interne du récit lui-même, qui en démontre la fausseté. Il y est dit que l’événement se produisit après l’achèvement de la première émigration en Abyssinie, lorsqu’un groupe d’émigrés retourna à La Mecque après avoir appris la nouvelle de cet événement. Observons maintenant la divergence des dates :
— Selon les récits fiables, l’émigration en Abyssinie eut lieu au mois de Rajab de la cinquième année de la mission prophétique. Un groupe d’émigrés retourna à La Mecque trois mois plus tard — probablement au mois de Shawwâl de cette même année — après avoir entendu par erreur la nouvelle d’un accord. Il en ressort que cet événement eut lieu durant la cinquième année de la mission prophétique.
— Il est dit qu’un verset de la sourate Banî Isrâ’îl fut révélé pour exprimer le mécontentement suscité par cet acte du Prophète, et que cela se produisit après le Miʿrâj. Or, selon les récits fiables, le Miʿrâj eut lieu durant la onzième ou la douzième année de la mission prophétique. Cela signifie qu’Allah manifesta Son mécontentement cinq ans après cet événement.
— Ensuite, le contexte précédent et suivant du verset 52 de la sourate al-Ḥajj indique qu’il fut révélé durant la première année de l’Hégire. Autrement dit, deux ans et demi après l’expression du mécontentement envers le Prophète, il fut déclaré que, puisque cet ajout avait été introduit par Satan, il était mansûkh, c’est-à-dire abrogé.
Une personne douée de raison peut-elle croire que l’ajout a eu lieu aujourd’hui, que la désapprobation n’a été exprimée que six ans plus tard et que l’annonce de l’abrogation de cet ajout n’a été faite que neuf ans plus tard ?
Il est ensuite dit dans ce récit que cet ajout aurait eu lieu dans la sourate An-Najm, de la manière suivante : dès le début, le Prophète (ص) récitait les paroles authentiques de la sourate. Puis, arrivé soudainement jusqu’à ******************************, cette phrase aurait été ajoutée par lui-même ou sous l’inspiration de Satan. Il continua ensuite à réciter les versets suivants de la sourate An-Najm. On dit à ce propos que les mécréants de La Mecque, l’ayant entendue, se réjouirent grandement et déclarèrent : « Maintenant, notre différend avec Muhammad (ص) est terminé. » Mais essayez d’insérer cette phrase ajoutée dans la continuité du discours de la sourate An-Najm.
— « Avez-vous donc réfléchi à Al-Lât, à Al-‘Uzzâ et à Manât, la troisième autre déesse ? Ce sont des déesses de haut rang. Leur intercession est certainement à espérer. Auriez-vous des fils, tandis qu’Il aurait des filles ? Voilà un partage profondément injuste. En réalité, ce ne sont que des noms que vous et vos pères avez inventés ; Allah n’a fait descendre aucune preuve de leur vérité. Ils ne suivent que des conjectures et des idées forgées de toutes pièces, alors que la bonne direction leur est venue de leur Seigneur. »
Voyez quelle contradiction manifeste créent les deux phrases soulignées dans le passage ci-dessus. En un même souffle, il est dit que vos déesses sont réellement de très haut rang et que leur intercession est certainement à espérer. Puis, dans le souffle suivant, elles sont attaquées en ces termes : « Ô insensés ! Comment avez-vous attribué des filles à Allah ? Quelle voie illégitime est-ce là : vous vous réserveriez les fils, tandis que les filles reviendraient à Allah ? Ce ne sont que vos inventions, auxquelles Allah n’a accordé aucune preuve. » Laissons un instant de côté la question de savoir si de telles paroles absurdes pourraient sortir de la bouche d’un homme sensé. Admettons que Satan ait pris le contrôle et lui ait fait prononcer ces mots. Mais toute l’assemblée qurayshite qui les entendait était-elle folle, pour continuer à croire, même après avoir entendu le démenti manifeste que les phrases suivantes apportaient à ces paroles élogieuses, que leurs déesses avaient véritablement été louées ? Jusqu’à la fin de la sourate An-Najm, tout le passage est exactement contraire à cette phrase élogieuse. Comment croire que les Qurayshites, après l’avoir écouté jusqu’au bout, se seraient néanmoins écriés avec joie : « Venez, aujourd’hui notre différend avec Muhammad (ص) est terminé ! »
Voilà le témoignage interne du récit, qui indique précisément qu’il est fabriqué et dépourvu de sens. La deuxième chose à examiner est de savoir si la succession des sourates du Coran accepte la circonstance de révélation attribuée aux trois versets concernés. Le récit affirme que l’ajout aurait eu lieu dans la sourate An-Najm, révélée durant la cinquième année de la mission prophétique. La désapprobation de cet ajout aurait ensuite été exprimée dans la sourate Banî Isrâ’îl, puis sa réfutation et son explication auraient été exposées dans des versets de la sourate Al-Hajj. Deux possibilités seulement peuvent nécessairement s’être présentées. Soit les versets exprimant la désapprobation et ceux apportant la réfutation ont eux aussi été révélés au moment où l’événement de l’ajout se serait produit ; soit, ultérieurement, les versets de désapprobation ont été révélés avec la sourate Banî Isrâ’îl et les versets de réfutation avec la sourate Al-Hajj.
Si l’on retient la première possibilité, quelle étrange chose ! Ces deux versets n’auraient pas été inclus dans la sourate An-Najm elle-même ; au contraire, les versets de désapprobation auraient été laissés de côté pendant six ans, puis insérés à un endroit de la sourate Banî Isrâ’îl lorsqu’elle fut révélée. Ensuite, les versets réfutant l’ajout auraient été laissés de côté pendant deux ans et demi, sans être insérés nulle part jusqu’à la révélation de la sourate Al-Hajj. La succession des révélations coraniques se serait-elle donc déroulée ainsi : les versets révélés à une même époque restaient séparés et dispersés, puis, plusieurs années plus tard, certains étaient rattachés à une sourate et d’autres à une autre ?
Mais si l’on retient la seconde possibilité, à savoir que les versets de désapprobation ont été révélés six ans après l’événement et les versets de réfutation huit ou neuf ans plus tard, outre l’incohérence que nous avons déjà signalée, une question se pose : quelle place y avait-il pour leur révélation dans les sourates Banî Isrâ’îl et Al-Hajj ?
À ce stade, la méthode correcte de critique et de vérification s’impose à nous. Autrement dit, lorsqu’une interprétation est donnée d’un verset, il faut examiner si le contexte qui le précède et celui qui le suit dans le Coran l’acceptent. Lisez le huitième rukû‘ de la sourate Banî Isrâ’îl, et jetez également un coup d’œil au passage qui le précède et à celui qui le suit. Dans la continuité de ce discours, y a-t-il la moindre place pour un reproche adressé au Prophète au sujet d’un événement remontant à six ans ? (Il faut aussi examiner si le Prophète (ص) est blâmé dans le verset ***************************** et si les mots du verset réprouvent l’implication du Prophète dans la tentation créée par les mécréants ou s’ils en reconnaissent la véracité.) Faites de même avec la sourate Al-Hajj : lisez le passage qui précède le verset 52 ainsi que celui qui le suit. Pouvez-vous trouver la moindre raison logique expliquant comment, au milieu de ce contexte, serait soudain apparue l’idée suivante : « Ô Prophète ! Ne t’inquiète pas de l’ajout que tu aurais fait au Coran neuf ans auparavant. Satan avait également fait commettre cet acte aux prophètes précédents ; et lorsque les prophètes l’ont fait, Allah l’a abrogé et a de nouveau affermi Ses versets. »
Nous avons déjà dit à maintes reprises, et nous le répétons une fois encore : quel que soit le degré d’éclat d’un récit (riwāya) du point de vue de sa chaîne de transmission, il ne peut être accepté si l’on constate que son texte (matn) porte un témoignage manifeste de son caractère erroné et que les termes du Coran, leur enchaînement, leur contexte et tous les autres éléments refusent de l’admettre. Ces arguments suffiraient à faire naître dans l’esprit même d’un chercheur sceptique et impartial la ferme conviction que cette histoire est entièrement fausse. Reste le cas du croyant. Il ne peut en aucune façon l’accepter lorsqu’il voit clairement que ce récit entre en contradiction non pas avec un seul verset du Coran, mais avec plusieurs. Il est très facile pour un musulman d’admettre que les auteurs de ce récit ont été plongés dans l’égarement. En revanche, il lui est absolument impossible de croire que le Messager d’Allah (s) ait jamais pu ajouter au Coran ne serait-ce qu’un mot selon son propre désir. Ou que le Prophète (s) ait pu, ne serait-ce qu’un instant, concevoir l’idée de mélanger quelque forme d’associationnisme au monothéisme afin de satisfaire les mécréants. Ou qu’il ait pu nourrir, au sujet des commandements d’Allah le Très-Haut, le souhait qu’Allah ne prononce pas une parole susceptible de mécontenter les mécréants. Ou encore que la Révélation lui soit parvenue d’une manière non protégée et douteuse, au point que Satan ait pu, en même temps que Gabriel (a), lui insuffler un mot, et qu’il ait pris à tort ce mot pour une parole apportée par Gabriel (a). Chacune de ces affirmations contredit les explications explicites du Coran. De plus, elles sont contraires aux croyances établies que nous professons au sujet du Coran et de Muhammad (s). Que Dieu nous préserve d’un tel culte du récit — cette tendance à accepter aveuglément — qui, en se fondant uniquement sur la continuité de la chaîne de transmission, la fiabilité des transmetteurs et l’abondance des voies de transmission, prépare un musulman à accepter au sujet du Livre de Dieu et de Son Messager des paroles aussi graves.
Je considère également nécessaire de dissiper le doute que peut susciter le grand nombre de transmetteurs impliqués dans la narration de cette histoire. Quelqu’un pourrait demander : si cette histoire ne repose sur aucun fondement, comment une si grande falsification au sujet du Prophète (s) et du Coran a-t-elle pu se répandre par l’intermédiaire de transmetteurs aussi fiables du hadith ? La réponse est que ses causes se trouvent précisément dans les recueils de hadiths eux-mêmes. Dans al-Bukhari, Muslim, Abu Dawud, al-Nasa’i et le Musnad d’Ahmad, le fait réel est rapporté comme suit :
Le Prophète (s) récita la sourate al-Najm et, lorsqu’il se prosterna à la fin, tous ceux qui étaient présents — musulmans et polythéistes — tombèrent en prosternation. Voilà tout ce qui s’était passé. Et ce n’était nullement une chose extraordinaire. D’abord, il y avait le discours puissant du Coran et son style d’expression saisissant, puis sa récitation par le Prophète (s), revêtue de la dignité de la Révélation. Après l’avoir entendu, si toute l’assemblée fut saisie d’émotion et se prosterna avec le Prophète (s), il n’y avait là rien d’étonnant. C’est précisément pour cette raison que les Qurayshites disaient que cet homme était un magicien. On sait toutefois que, par la suite, les Qurayshites eurent honte de cette réaction collective. L’un d’entre eux, ou quelques-uns d’entre eux, en vinrent à expliquer ainsi la cause de leur geste : « Nous avons entendu de nos propres oreilles, de la bouche de Muhammad (s), certaines paroles faisant l’éloge de nos divinités ; c’est pourquoi nous nous sommes prosternés avec lui. » [Yaqut écrit dans Mu‘jam al-Buldan, sous l’entrée « al-‘Uzza », que les Qurayshites disaient, en accomplissant le tawaf autour de la Kaaba :
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On peut en déduire qu’après avoir entendu de la bouche du Prophète (s) la mention de Lat et d’al-‘Uzza, quelqu’un a probablement élevé la voix en répétant ces paroles sur le même ton que lui, ce qui aura donné une fausse impression à ceux qui l’entendirent de loin — l’auteur.]
D’un autre côté, le fait parvint aux émigrés sous la forme suivante : une trêve avait été conclue entre le Prophète (s) et les Qurayshites. En effet, des témoins avaient vu le Prophète (s) et les polythéistes se prosterner ensemble. Cette rumeur provoqua une telle agitation que tous les émigrés, ou la plupart d’entre eux, retournèrent à La Mecque. En l’espace d’une seule génération, ces trois éléments — la prosternation des Qurayshites, la cause de cette prosternation et le retour des émigrés — se combinèrent pour donner naissance à cette histoire, et quelques personnes dignes de confiance se trouvèrent impliquées dans sa transmission. Les êtres humains restent des êtres humains. Même de très pieuses personnalités, dotées d’une grande intelligence, commettent parfois des erreurs. Leurs erreurs peuvent être plus nuisibles encore que celles des gens ordinaires. Ceux qui dépassent les limites dans leur vénération acceptent aveuglément, avec les paroles justes de ces grands personnages, leurs paroles erronées également. Quant aux gens animés d’hostilité, ils rassemblent sélectivement leurs erreurs et les présentent comme preuve que tout ce qui nous est parvenu par leur intermédiaire doit être rejeté. (Tafhim, tome 3, Hajj, note 99.)
La situation des émigrés de retour
Ayant appris que les habitants de La Mecque étaient devenus musulmans, les émigrés revinrent d’Abyssinie à La Mecque au mois de Shawwal de la cinquième année de la mission prophétique. Ibn Sa‘d affirme que tous les émigrés revinrent à La Mecque. Ibn Ishaq, en revanche, dit que certains revinrent et que d’autres ne revinrent pas. Al-Baladhuri ne se contente pas de mentionner le retour de tous ceux qui avaient émigré les premiers en Abyssinie ; il en donne également la liste et précise sous la protection de qui chacun d’eux entra à La Mecque. Lorsqu’ils approchèrent de La Mecque, ils rencontrèrent un homme de la tribu de Banu Kinana. Ils l’interrogèrent au sujet de la situation des Qurayshites. Il leur répondit que Muhammad (s) avait fait mention de leurs divinités en termes élogieux. Tous s’étaient donc rangés du côté de Muhammad (s). Mais lorsque les émigrés se remirent, comme auparavant, à dénigrer leurs divinités, les Qurayshites se montrèrent également durs envers eux.
Dans cette situation, les émigrés se consultèrent entre eux et dirent : « Devons-nous retourner en Abyssinie, ou, puisque nous sommes déjà venus jusqu’ici, pourquoi ne pas entrer à La Mecque ? Nous verrons ensuite ce qu’il convient de faire. » Ainsi, chacun d’eux entra à La Mecque sous la protection de quelqu’un. La seule exception fut Ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée), qui entra à La Mecque sans la protection de personne, y séjourna quelque temps, puis partit pour l’Abyssinie. C’est ce que rapportent, au sujet d’Ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée), Ibn Sa‘d, al-Balâdhurî et d’autres. Mais Ibn al-Qayyim affirme dans Zâd al-Ma‘âd qu’il resta à La Mecque. D’autre part, nous avons déjà cité l’opinion d’Ibn Ishâq selon laquelle il n’émigra pas du tout.
Al-Balâdhurî a rapporté en détail qui, parmi les émigrés de retour, se plaça sous la protection de qui pour entrer à La Mecque.
1. Abû Wahîha Sa‘îd ibn al-‘Âs accorda sa protection à ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée).
2. Umayya ibn Khalaf accorda sa protection à Abû Hudhayfa ibn ‘Utba ibn Rabî‘a (qu’Allah l’agrée).
3. Az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée) — protecteur : Zum‘a ibn al-Aswad.
4. Mus‘ab ibn ‘Umayr (qu’Allah l’agrée) — protecteur : an-Nadr ibn al-Hârith ibn Kalada (ou Abû ‘Azîz ibn ‘Umayr).
5. ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée) — protecteur : al-Aswad ibn ‘Abd Yaghûth.
6. ‘Âmir ibn Rabî‘a — protecteur : al-‘Âs ibn Wâ’il as-Sahmî.
7. Hazrat Abou Sabra ibn Abi Ruhm (qu’Allah l’agrée) — protecteur : Ukhnas ibn Shurayq.
8. Hazrat Hatib ibn Amr (qu’Allah l’agrée) — protecteur : Huwaytib ibn Abd al-Uzza.
9. Hazrat Suhayl ibn Bayda (qu’Allah l’agrée) — protecteur : un homme de son clan. (Selon une autre version, il se cacha à La Mecque, puis partit pour l’Abyssinie.)
Al-Baladhuri, citant al-Waqidi, ainsi qu’Ibn Hicham, avec quelques divergences et citant Ibn Ishaq, rapportent que Hazrat Othman ibn Maz‘un (qu’Allah l’agrée) se plaça sous la protection d’al-Walid ibn al-Mughira. Mais lorsqu’il vit que les autres musulmans étaient soumis à de terribles persécutions, tandis que lui vivait et se déplaçait en toute tranquillité sous la protection d’al-Walid, il en éprouva de la honte et se mit à penser en lui-même : « Mes compagnons dans la foi sont en difficulté, alors que je me trouve sous la protection d’un polythéiste : c’est là une grande faiblesse de mon cœur. » Il dit donc à al-Walid : « Libère-moi de ta protection. » Al-Walid répondit : « Mon fils, as-tu vu autre chose que du bien sous ma protection ? Quelqu’un t’a-t-il maltraité ? » Hazrat Othman (qu’Allah l’agrée), sans formuler la moindre plainte, répondit : « Je cherche la protection d’Allah. Je ne veux pas demeurer sous la protection de nul autre que Lui. » Al-Walid dit : « Dans ce cas, rends-toi au Sanctuaire et proclame que tu renonces à ma protection, comme moi j’avais proclamé que je t’accordais ma protection. » Hazrat Othman (qu’Allah l’agrée) s’y prépara avec satisfaction. Lui et al-Walid se rendirent ensemble au Sanctuaire. Al-Walid déclara : « Voici Othman, qui est venu me rendre ma protection. » Hazrat Othman (qu’Allah l’agrée) dit : « C’est exact. J’ai trouvé en la protection d’al-Walid celle d’un homme noble et digne de confiance. Mais à présent, je ne veux demeurer sous la protection de personne hormis Allah. C’est pourquoi j’ai renoncé à sa protection. » À cette époque, le célèbre poète arabe Labid ibn Rabi‘a était venu à La Mecque. Alors qu’il récitait ses poèmes, il récita également ce vers :
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« Prenez garde : toute chose, hormis Allah, est vaine. »
Hazrat Othman ibn Maz‘un (qu’Allah l’agrée) s’écria : « Vous avez dit vrai. »
Puis, lorsqu’il récita le second vers :
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« Et toute grâce est vouée à disparaître. »
‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) dit : « C’est une parole mensongère. Les bienfaits du Paradis ne sont pas voués à disparaître. »
Labîd s’en irrita et dit à l’adresse des Quraychites : « Il n’a jamais été humiliant de s’asseoir avec vous, et l’insolence ni l’impudence ne vous seyait. » Sur ce, un homme des Banû al-Mughîra se leva et gifla violemment ‘Uthmân au visage, si bien que son œil devint bleu. Al-Walîd dit avec moquerie : « Mon garçon, qu’y as-tu gagné ? » ‘Uthmân répondit : « Mon second œil désire lui aussi recevoir le coup qu’a reçu son compagnon. » Al-Walîd dit : « Tu étais sous la protection d’un homme qui te défendait. » ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) répondit : « Par Dieu ! Désormais, je n’accepterai la protection de personne en dehors de celle d’Allah. » Au cours de cette discussion, ‘Abdullah ibn Abî Umayya ibn al-Mughîra frappa au nez et blessa l’homme qui avait giflé ‘Uthmân.
Ibn Hichâm rapporte, citant Ibn Ishâq, que Abû Salama se plaça sous la protection de son oncle maternel, Abû Tâlib. En effet, il était le fils de Barra bint ‘Abd al-Muttalib, la sœur d’Abû Tâlib. Les Banû Makhzûm dirent à Abû Tâlib : « Vous avez pris votre neveu sous votre protection ; mais quel lien avez-vous avec notre homme pour le protéger ainsi ? » Il répondit : « Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est mon neveu, et Abû Salama est le fils de ma sœur. Si je peux protéger mon neveu, pourquoi ne pourrais-je pas protéger le fils de ma sœur ? » Les Banû Makhzûm allaient commencer à se quereller lorsque Abû Lahab se leva et dit : « Ô Quraychites ! Vous avez beaucoup fait à notre notable et vous continuez à faire pression sur lui afin de lui faire retirer sa protection à quiconque il protège parmi les siens. Par Dieu ! Ou bien vous cessez de l’importuner, ou bien je me rangerai moi aussi à ses côtés. »
En entendant ces paroles d’Abû Lahab, les Banû Makhzûm furent décontenancés et dirent : « Ô Abû ‘Utba, nous ne voulons pas vous mécontenter. »
Al-Tabarî dit que, parmi ceux qui revinrent, ‘Uthmân ibn ‘Affân et son épouse Ruqayya, fille de l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ainsi qu’Abû Hudhayfa et son épouse Sahla bint Suhayl ibn ‘Amr, restèrent à La Mecque et y demeurèrent jusqu’à leur émigration à Médine. Ce récit est toutefois sujet à caution, car Ibn Ishâq mentionne son nom parmi ceux qui émigrèrent une seconde fois en Abyssinie et l’inclut dans le groupe de trente-trois hommes et huit femmes qui revinrent d’Abyssinie à La Mecque avant l’émigration du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine. Deux d’entre eux moururent, sept furent capturés et vingt-quatre participèrent à la bataille de Badr.
La seconde émigration en Abyssinie
Lorsque les persécutions et les mauvais traitements infligés aux musulmans de La Mecque atteignirent leur paroxysme et que le Prophète (s) constata que l’Abyssinie s’était révélée un refuge sûr pour les musulmans, il ordonna de nouveau aux opprimés de s’y rendre. Ainsi, la deuxième émigration eut lieu durant la sixième année de la mission prophétique (615 apr. J.-C.). Bien que les Quraychites eussent déployé tous leurs efforts pour empêcher cette émigration et eussent harcelé les émigrants de diverses manières, plus de quatre-vingts hommes et dix-huit ou dix-neuf femmes parvinrent cette fois à atteindre l’Abyssinie en toute sécurité. Ibn Sa‘d donne le nombre de 83 hommes et mentionne 11 femmes quraychites et 7 femmes non quraychites. Parmi les 83 hommes figure également le nom de ‘Ammar ibn Yasir (qu’Allah l’agrée). Cependant, Ibn Ishaq doute de sa participation. Al-Waqidi, Ibn ‘Uqba et d’autres historiens affirment avec certitude qu’il ne se trouvait pas parmi eux. À l’inverse, Ibn ‘Abd al-Barr affirme catégoriquement qu’il en faisait partie. Le nom de ‘Abu Musa al-Ach‘ari (qu’Allah l’agrée) est également mentionné parmi ces émigrants. Mais la vérité est qu’il n’émigra pas de La Mecque. Il vint d’abord à La Mecque, embrassa l’islam, puis retourna au Yémen, où il continua à propager l’islam. Ensuite, accompagné de quelques membres de son peuple — dont le nombre est donné comme étant de 52 ou 53 —, il partit du Yémen à bord d’un bateau. Mais les vents poussèrent leur embarcation jusqu’aux côtes de l’Abyssinie. C’est ainsi qu’ils rejoignirent les émigrants. Le récit personnel d’Abou Moussa (qu’Allah l’agrée), rapporté dans al-Bukhari et Muslim, est précisément le suivant. Il dit : « Lorsque nous entendîmes l’annonce de la mission du Messager d’Allah (s), alors que nous étions au Yémen, nous embarquâmes sur un bateau. Mais notre bateau nous conduisit en Abyssinie. Là, nous rencontrâmes Ja‘far ibn Abi Talib. Puis, au moment de la conquête de Khaybar, nous nous rendîmes avec lui à Khaybar. » Ibn Sa‘d rapporte une déclaration similaire d’Abou Moussa : « Nous quittâmes le Yémen avec plus de cinquante membres de notre peuple, et notre bateau nous conduisit dans le territoire du Négus, le roi d’Abyssinie. Ja‘far ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée) s’y trouvait déjà depuis le début. »
Liste des émigrants
La liste de ces émigrants permet de mesurer l’importance de cette émigration, telle qu’Ibn Hicham l’a insérée en la rapportant d’après Ibn Ishaq.
Issus des Banû Hachim
1. Ja‘far ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée).
2. Son épouse Asma bint ‘Umays al-Khath‘amiyya.
Issus des Banû Umayya
3. ‘Uthman ibn ‘Affan (qu’Allah l’agrée).
4. Son épouse, Hadrat Ruqayya (r.a.), fille du Messager de Dieu (s.a.s.).
5. Amr ibn Saïd ibn al-As (r.a.).
6. Son épouse, Fatima bint Safwan.
7. Son frère, Khalid ibn Saïd ibn al-As (r.a.).
8. Son épouse, Umayna Khalaf.
De la tribu liée par un pacte aux Banu Umayya
9. Hadrat Abdullah ibn Jahsh (r.a.). (Des Banu Ghanm ibn Dudan et frère de la Mère des croyants, Hadrat Zaynab (r.a.))
10. Son frère, Ubaydullah ibn Jahsh (r.a.).
11. Son épouse, Oumm Habiba.
12. Qays ibn Abd Allah.
13. Son épouse, Baraka bint Yasar.
14. Muʿayqib ibn Abî Fâtima.
Des Banû ʿAbd Shams ibn ʿAbd Manâf
15. Abû Hudhayfa (r.a.), fils de ʿUtba ibn Rabîʿa.
16. ʿUtba ibn Ghazwân (r.a.).
17. Al-Zubayr (r.a.), fils de al-ʿAwwâm ibn Khuwaylid.
18. Aswada (ra), fille de Nawfal ibn Khouwailid,
(Zoubayr et Aswad étaient les neveux de Khadija (ra)).
19. Yazid (ra), fils d’Umayya ibn Harith ibn Asad.
Des Banu Abd ibn Qousay
21. Toulayb (ra), fils d’Umayr ibn Wahb (il était le cousin du côté paternel du Prophète (s)).
Des Banu Abd al-Dar ibn Qousay
22. Mous’ab (ra), fils d’Umayr ibn Hachim.
23. Souwaybita (ra), fils de Sa’d.
24. Jahm (ra) ibn Qays.
25. Son épouse, Umm Harmala (ra), fille d’Abd al-Aswad.
26. Son fils, Amr (ra) ibn Jahm.
27. Son autre fils, Khuzayma (ra) ibn Jahm.
28. Abu al-Rum (ra) ibn Umayr ibn Hashim.
29. Kiram (ra) ibn Nadir ibn Harith ibn Kalada.
30. Abd al-Rahman ibn Awf (ra).
31. Amir ibn Abi Waqqas (ra).
(frère de Sa‘d ibn Abî Waqqâs)
32. Muttalib ibn Azhar (ra).
33. Son épouse, Ramla bint Awf.
Lié par un pacte aux Banû Zuhra
34. Abdallah ibn Mas‘ûd (ra).
35. Son frère, Utba Mas‘ûd (ra).
36. Miqdâd ibn ‘Amr (ra).
Des Banû Taym
37. Hârith ibn Khâla (qu’Allah l’agrée).
38. Son épouse Râyta (qu’Allah l’agrée), fille d’al-Hârith ibn Hâbala.
39. ‘Amr ibn ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée).
De la tribu des Banû Makhzûm
40. Abû Salama ibn ‘Abd al-Asad (qu’Allah l’agrée).
41. Son épouse ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée).
42. Shammâs ibn ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée).
43. Habbâr ibn Sufyân (qu’Allah l’agrée).
44. Son frère, Abdallah ibn Sufyan (r.a.).
45. Hicham ibn Abi Hudhayfa ibn Mughira (r.a.).
46. Salama ibn Hicham ibn Mughira (r.a.).
47. Ayyach ibn Abi Rabi’a (r.a.).
Lié par un pacte aux Banû Makhzûm.
48. Mu’attib ibn Awf (r.a.).
Des Banû Jumah
49. Othman ibn Maz’ûn (r.a.).
50. Son fils, Saïb ibn Othman (ra).
51. Qudama ibn Mazoun (le frère d’Othman) (ra).
52. Son second frère, Abdallah ibn Mazoun (ra).
53. Hatib ibn al-Harith (ra).
54. Son épouse, Fatima bint Mujallil al-Amiriyya.
55. Son fils, Muhammad ibn Hatib (ra).
56. Son second fils, al-Harith ibn Hatib (ra).
57. Son frère, Khattab ibn al-Harith (ra).
58. Sa femme, Fukaïha bint Yasar.
59. Sufyan bin Ma’mar (ra).
60. Son fils, Jabir bin Sufyan (ra).
61. Son second fils, Junada bin Sufyan (ra).
62. Sa femme, Hassana (ra), mère de Jabir et de Junada.
63. Le fils du second mari de Hassana, Shur Jabil Hassana (ra).
64. Uthman bin Rabia bin Uhbân (ra).
Des Banû Sahm
65. Khunays ibn Hudhafa (qu’Allah l’agrée), (gendre de Hazrat Umar (qu’Allah l’agrée)).
66. Abdallah ibn Harith (qu’Allah l’agrée).
67. Hicham ibn As ibn Waïl (qu’Allah l’agrée).
68. Qays ibn Hudhafa (qu’Allah l’agrée).
69. Abou Qays ibn Harith (qu’Allah l’agrée).
70. Abdallah ibn Hudhafa (qu’Allah l’agrée).
71. Harith ibn Harith ibn Qays (qu’Allah l’agrée).
72. Muammar ibn Harith ibn Qays (qu’Allah l’agrée).
73. Bishan ibn Harith Ban Qays (qu’Allah l’agrée).
74. Son demi-frère, Saïd ibn Amr (qu’Allah l’agrée).
75. Saïd ibn Harith ibn Qays (qu’Allah l’agrée).
76. Saïb ibn Harith ibn Qays (qu’Allah l’agrée).
77. Oumayr ibn Riyab (qu’Allah l’agrée).
Lié par un pacte aux Banou Sahm
78. Mahmiya ibn al-Jazya (qu’Allah l’agrée).
79. Mouammar ibn Abdallah ibn Nadla (qu’Allah l’agrée).
80. ‘Urwa (ra), fils de ‘Abd al-‘Uzzâ.
81. ‘Adî ibn Nadla (ra).
82. Son fils, Nu‘mân ibn ‘Adî (ra).
83. ‘Âmir ibn Rabî‘a al-‘Anzî (ra).
84. Son épouse, Laylâ bint Abî Hasma (ra).
Des Banû ‘Âmir ibn Lu’ayy
85. Abû Sabra ibn Abî Ruhm (ra).
86. Son épouse, Umm Kulthûm bint Suhayl ibn ‘Amr.
87. Abdullah ibn Makhrama (qu’Allah l’agrée).
88. Abdullah ibn Suhayl ibn Amr (qu’Allah l’agrée).
89. Sulayt ibn Amr (qu’Allah l’agrée).
90. Son frère, Sakhram ibn Amr (qu’Allah l’agrée).
91. Son épouse, Sawda bint Zam‘a (qu’Allah l’agrée).
(Elle eut par la suite l’honneur de devenir l’une des Mères des croyants.)
92. Malik ibn Zam‘a (qu’Allah l’agrée) (le frère de Sawda).
93. Son épouse, Amra bint al-Sa‘di (qu’Allah l’agrée).
94. Hatib ibn Amr (qu’Allah l’agrée).
Lié par un pacte aux Banû Amr
95. Sa’d ibn Khawla (qu’Allah l’agrée).
Des Banû al-Harith ibn Fihr
96. Abû Ubayda ibn al-Jarrâh (qu’Allah l’agrée).
97. Suhayl ibn Baydâ (qu’Allah l’agrée).
98. Amr ibn Abî Sarh (qu’Allah l’agrée).
99. Iyâd ibn Zuhayr (qu’Allah l’agrée).
100. ‘Amr ibn al-Hârith ibn Zuhayr (qu’Allah l’agrée).
101. ‘Uthmân ibn ‘Âbid Ghânim ibn Zuhayr (qu’Allah l’agrée).
102. Sa‘d ibn ‘Abd Qays (qu’Allah l’agrée).
103. Hârith ibn ‘Abd Qays (qu’Allah l’agrée). (Ajout de l’auteur.)
Les répercussions de cette émigration à La Mecque
À la suite de cette émigration, des lamentations et des cris de douleur commencèrent à retentir dans chaque maison de La Mecque. En effet, dans les grandes comme dans les petites familles de Quraysh, il ne se trouvait personne dont un enfant bien-aimé ne fût parmi ces émigrants. Le fils de l’un était parti, le gendre d’un autre. La fille de l’un était partie, le frère ou la sœur d’un autre. Salama ibn Hishâm, le frère d’Abû Jahl (qu’Allah l’agrée), ses cousins Hishâm ibn Abî Hudhayfa (qu’Allah l’agrée) et ‘Ayyâsh ibn Abî Rabî‘a (qu’Allah l’agrée), sa cousine Hadrat Umm Salama (qu’Allah l’agrée), Umm Habîba (qu’Allah l’agrée), la fille d’Abû Sufyân, Abû Hudhayfa (qu’Allah l’agrée), fils de ‘Utba ibn Rabî‘a et frère germain de Hind, celle qui avait mangé le foie, ainsi que les fils, les filles et le gendre de Suhayl ibn ‘Amr. De même, les propres enfants d’autres chefs qurayshites et d’illustres ennemis de l’islam quittèrent leurs maisons pour la cause de la religion. Il n’y eut donc aucune maison qui ne fût attristée par cet événement. Certains devinrent encore plus hostiles à l’islam qu’auparavant. Chez d’autres, cette affaire eut un tel effet qu’ils se convertirent à l’islam. (Tafhîm, volume 3, introduction de la sourate Maryam.)
L’intention de Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) d’émigrer
Les Quraysh subirent ensuite un autre choc lorsqu’un homme honorable tel que Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) quitta La Mecque, après avoir demandé la permission au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), afin de rejoindre les autres émigrants. Selon le récit de Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) rapporté dans al-Bukhârî, lorsqu’il atteignit un endroit appelé Barq al-Ghimâd [la prononciation de ce nom varie. Celle que nous avons écrite est tirée de Fath al-Bârî. Dans Mu‘jam al-Buldân, le nom est écrit selon une autre prononciation. Une autre lecture est également donnée par l’auteur], situé à cinq jours de marche de La Mecque en direction du Yémen, il rencontra Ibn al-Dughunna, le chef de la tribu de Qâra. Ibn Ishâq rapporte, par l’intermédiaire d’al-Zuhrî, puis de ‘Urwa, puis selon la chaîne de transmission de Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), qu’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) rencontra Ibn al-Dughunna après avoir parcouru une ou deux journées de marche depuis La Mecque. Celui-ci était alors le chef des Ahâbîsh. Il lui demanda : « Abû Bakr, où vas-tu ? » Il répondit : « Mon peuple m’a expulsé. Il m’a fait beaucoup de mal et a rendu ma vie insupportable. » L’autre lui demanda : « Pourquoi donc ? Explique-moi. Un homme comme Abû Bakr ne peut pas partir, et personne ne peut le chasser. Par Dieu, tu es l’ornement de la société : tu aides les incapables à gagner leur vie, tu traites tes proches avec bonté, tu portes le fardeau des faibles, tu accueilles les hôtes et tu aides à accomplir le bien. Reviens, je te prendrai sous ma protection. Adore ton propre Seigneur dans ta propre cité. » Il revint ensuite à La Mecque avec Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et se rendit auprès des nobles chefs des Quraysh. Il leur dit : « Un homme comme Abû Bakr ne peut pas partir, et vous ne pouvez pas non plus le chasser. Pouvez-vous expulser un homme qui possède de telles qualités ? » Selon le récit d’Ibn Ishâq, il proclama à La Mecque : « J’ai accordé ma protection au fils de Quhâfa ; que personne désormais ne lui fasse autre chose que du bien. » Les Quraysh ne rejetèrent pas cette protection, mais imposèrent la condition qu’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) adore son propre Seigneur et récite ce qu’il voudrait dans sa propre maison, comme il le voudrait. Toutefois, il ne devait pas les importuner en récitant à haute voix ni commencer à réciter hors de sa maison, car ils craignaient que leurs femmes et leurs enfants ne fussent soumis à la tentation. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) construisit alors une mosquée dans l’enceinte de sa maison et commença à y accomplir la prière et à y réciter le Coran. Sa récitation était empreinte d’une intensité, d’une ferveur et d’un attrait si grands que les femmes, les enfants et les jeunes polythéistes, sans distinction, se pressaient en foule pour écouter le Coran. En récitant, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) se mettait à pleurer, et les auditeurs eux aussi étaient bouleversés. Les chefs polythéistes en furent inquiets. Ils convoquèrent Ibn al-Dughunna et lui dirent : « Nous l’avions pris sous notre protection pour te faire plaisir, afin qu’il puisse adorer son propre Seigneur dans sa maison. Mais il a construit une mosquée dans l’enceinte de sa demeure et s’est mis à y accomplir publiquement la prière et à réciter le Coran. Nous craignons que nos femmes et nos enfants ne s’égarent à cause de cela. Empêche-le de le faire. Soit il adorera et servira tranquillement son propre Seigneur dans sa maison, soit rends-nous sa protection. Nous ne voulons cependant pas violer ton engagement de protection. »
Puis Ibn ad-Dughunna alla trouver Hazrat Abou Bakr (RA) et lui dit cela. Il déclara : « Je ne veux pas que l’on répande en Arabie que j’avais accordé ma protection à un homme et que cette protection a été violée. » Hazrat Abou Bakr (RA) répondit : « Eh bien, je vous rends donc votre protection et je me contente de la protection d’Allah. » Ibn ad-Dughunna se leva, alla trouver les Quraychites et leur dit : « Abou Bakr (RA) m’a rendu ma protection. Désormais, vous êtes libres, ainsi que les vôtres. » (Ajout.)
Les émissaires des polythéistes auprès du Négus pour ramener les émigrés
Après l’Hégire, les chefs des Quraychites se réunirent et décidèrent d’envoyer en Abyssinie Abdallah ibn Abi Rabî‘a. [Certains ont écrit Abdallah ibn Rabî‘a. Mais Ibn Hichâm a écrit : ibn Abi Rabî‘a. Il était le frère germain de Hazrat Ayyâch ibn Abi Rabî‘a (RA), écrit l’auteur.] (Le demi-frère consanguin d’Abou Hâle) et Amr ibn al-Âs, avec de nombreux présents de grande valeur, afin qu’ils s’efforcent par quelque moyen de convaincre le Négus (le roi d’Abyssinie) de renvoyer les émigrés à La Mecque.
Le récit de Hazrat Oumm Salama (RA)
Oumm al-Mou’minîn, Hazrat Oumm Salama (RA), qui faisait partie des émigrés, a donné un récit détaillé de cet événement, cité par Ibn Ishâq et l’imam Ahmad. Elle dit que ces deux émissaires politiques chevronnés arrivèrent en Abyssinie à notre recherche et offrirent de nombreux présents aux courtisans du Négus. Ceux-ci acceptèrent de faire tous pression de façon terrible sur le Négus afin qu’il renvoie les émigrés dans leur pays. Puis ils rencontrèrent le Négus, lui offrirent de précieux présents et dirent : « Quelques jeunes écervelés de notre ville se sont enfuis et sont venus chercher refuge auprès de vous. Les notables de notre peuple nous ont envoyés auprès de vous pour demander que vous les renvoyiez. Ces jeunes gens ont également quitté notre religion. Ils n’ont pas non plus adopté votre religion. Au contraire, ils ont inventé une religion étrange. »
Dès qu’il eut terminé, les conseillers royaux s’écrièrent de toutes parts : « De telles personnes doivent absolument être renvoyées. Les gens de leur peuple savent mieux que quiconque quels sont leurs fautes et leurs défauts. Il ne convient pas de les garder. »
Le Négus se mit en colère et dit : « Je ne peux pas les livrer ainsi à ces gens. Je ne peux pas trahir ceux qui ont quitté un autre pays, placé leur confiance en mon pays et sont venus y chercher refuge. Je vais d’abord les convoquer et les interroger afin de déterminer dans quelle mesure ce que ces gens disent à leur sujet est vrai. » Le Négus fit donc convoquer auprès de lui les compagnons du Messager d’Allah (RA).
Après avoir entendu le message du Négus, tous les émigrés se consultèrent pour décider de ce qu’ils pourraient dire devant le roi. Finalement, ils décidèrent à l’unanimité de rapporter exactement l’enseignement du Prophète (SAW), que le Négus les autorise à rester ici ou qu’il les en chasse.
Dès qu’ils arrivèrent à la cour, le Négus leur demanda :
Qu’avez-vous donc fait pour abandonner votre propre religion sans adopter la mienne, ni aucune autre religion du monde ? Quelle est donc cette nouvelle religion que vous avez embrassée ?
En réponse, Hazrat Jaʿfar ibn Abî Tâlib prononça au nom des émigrés un discours improvisé, dans lequel il exposa les défauts religieux, sociaux et moraux de l’ignorance arabe. Puis, évoquant la venue du Prophète (s.a.w.), il expliqua ce qu’il enseignait. Il mentionna ensuite les injustices et les persécutions infligées à ceux qui lui obéissaient. Il conclut son discours en disant : « Au lieu de nous rendre dans un autre pays, nous sommes venus dans le vôtre parce qu’ici aucune injustice ne nous sera faite. » [Voici le discours exact de Hazrat Jaʿfar (r.a.), rapporté par Ibn Ishâq d’après le récit de Hazrat Umm Salama (r.a.) :]
Ô roi vénérable, nous étions un peuple plongé dans l’ignorance. Nous adorions les idoles et mangions les animaux morts. Nous étions habitués aux actes obscènes, nous rompions les liens de parenté, nous nous comportions mal envers nos voisins et ne respections pas nos engagements. Le fort tuait le faible. Nous étions dans cet état lorsque Dieu Tout-Puissant envoya parmi nous, issu de notre propre peuple, un Messager. Nous connaissions sa généalogie, son honnêteté, sa probité et la pureté de son caractère. Il nous appela vers Dieu afin que nous croyions en l’unicité divine et que nous L’adorions Lui seul, et que nous abandonnions les idoles de pierre que nous adorions, nous et nos ancêtres. Il nous ordonna de dire la vérité, de restituer les dépôts, d’être bons envers nos proches, d’aider et de témoigner de la compassion à nos voisins, de respecter nos engagements, et de nous abstenir des actes interdits et du meurtre. Il nous interdit toutes les formes d’obscénité, le mensonge, la consommation des biens de l’orphelin et l’accusation mensongère des femmes chastes et vertueuses. Il nous ordonna d’adorer Dieu seul et de ne rien Lui associer. Il nous enseigna également d’accomplir la prière, d’observer le jeûne et de verser la zakât. (Hazrat Umm Salama (r.a.) dit que Hazrat Jaʿfar (r.a.) exposa ainsi au roi les autres prescriptions et règles de l’islam.) Nous reconnûmes donc sa véracité et crûmes en lui. Nous suivons tout ce qu’il a apporté de la part de Dieu. Nous n’adorons que Dieu et ne Lui associons personne. Ce qu’il nous a déclaré illicite, nous le tenons pour illicite, et ce qu’il nous a déclaré licite, nous le tenons pour licite. Alors notre peuple se déchaîna contre nous. Ils se mirent à nous torturer et à nous persécuter au sujet de notre religion, comme si nous adorions des idoles au lieu d’adorer Dieu. Ils voulurent même nous faire tenir pour licites ces choses viles que nous avions auparavant déclarées licites. Finalement, lorsqu’ils rendirent notre vie insupportable par leurs persécutions et leurs mauvais traitements et qu’ils firent obstacle à notre religion, nous partîmes vers votre pays. Nous avons préféré votre pays à tous les autres et sommes venus y chercher refuge, dans l’espoir qu’aucune injustice ne nous y serait faite. — L’auteur
Récitez-moi les paroles que vous dites descendues de Dieu sur votre Prophète.
En réponse, Hazrat Jaʿfar (r.a.) récita le début de la sourate Maryam, qui évoque Hazrat Yahyâ (a.s.) et Hazrat ʿÎsâ (a.s.). Le Négus l’écoutait en versant des larmes, au point que sa barbe en fut trempée. Son prêtre se mit également à pleurer, ainsi que ses courtisans. Lorsque Hazrat Jaʿfar (r.a.) eut achevé sa récitation, le Négus dit : « Par Dieu, ces paroles et ce que ʿÎsâ (a.s.) avait apporté proviennent tous deux d’une même source. Par Dieu, je ne vous livrerai jamais entre leurs mains. » Puis il dit aux envoyés des Quraych : « Retournez chez vous. Je ne vous remettrai jamais ces gens ; cela n’arrivera jamais. »
Hazrat Umm Salama (r.a.) raconte : « ʿAbdullah ibn Abî Rabîʿa éprouvait une certaine sympathie pour nous et souhaitait que nous soyons épargnés. Mais ʿAmr ibn al-ʿÂs dit : “Par Dieu, demain je prononcerai des paroles qui les anéantiront. Je dirai au Négus qu’ils considèrent ʿÎsâ ibn Maryam (a.s.) comme un simple serviteur.” ʿAbdullah lui dit : “Ne fais pas cela. Même s’ils s’opposent à nous, ils sont malgré tout nos proches, et nous avons certains droits envers eux.” Mais ʿAmr ibn al-ʿÂs ne prêta aucune attention à ses paroles. Le lendemain, il dit au Négus : “Faites-les venir et demandez-leur également quelle est leur croyance au sujet de ʿÎsâ ibn Maryam. Ils tiennent sur son compte des propos extrêmement graves.” Le Négus fit de nouveau appeler les émigrés. Ceux-ci avaient été informés du complot de ʿAmr ibn al-ʿÂs. Ils se réunirent pour se concerter sur la réponse à donner si le Négus les interrogeait au sujet de ʿÎsâ (a.s.). La situation était très délicate et tous étaient profondément inquiets. Toutefois, les Compagnons du Messager décidèrent : “Quoi qu’il arrive, qu’il arrive. Nous ne dirons que ce que Dieu a dit et ce que Son Messager nous a enseigné.” Lorsqu’ils se rendirent finalement à la cour du roi, le Négus leur posa la question de ʿAmr ibn al-ʿÂs. Jaʿfar ibn Abî Tâlib se leva et dit sans la moindre hésitation : »
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— Il est le serviteur d’Allah, Son Messager, un esprit et une parole venant de Lui, qu’Allah fit parvenir à la vierge Marie.
Après avoir entendu cela, le Négus prit du sol un brin d’herbe et dit : « Par Dieu ! Jésus n’était rien de plus que ce que tu viens de dire. » À ces mots, les prêtres se mirent à siffler comme des serpents. Mais le Négus déclara : « Par Dieu ! Quoi que vous siffliez ainsi, la vérité demeure celle-ci. » Puis il nous dit : « Allez, vous êtes en sécurité dans mon pays. Quiconque vous fera du tort sera puni. Même si quelqu’un m’offrait une montagne d’or, je n’accepterais pas de vous faire subir la moindre peine en échange. » Ensuite, il ordonna : « Rendez leurs présents à ces deux envoyés ; je n’en ai nul besoin. Lorsque Allah m’a rendu mon royaume, Il ne m’a demandé aucun pot-de-vin ; je ne prendrai donc pas de pot-de-vin au sujet d’Allah. » (Tafhim, tome 3, introduction de la sourate Maryam.)
Le récit de Hadrat Abdullah ibn Mas‘ud
Un autre témoin oculaire de cet événement fut Hadrat Abdullah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée). Il était présent à cette entrevue. Son récit est rapporté ainsi dans le Musnad d’Ahmad et chez at-Tabarani :
Lorsque le Négus fit appeler les émigrés à sa cour et entendit de la bouche de Ja‘far ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée) l’enseignement du Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui), il dit : « Par Dieu ! Ils ne disent rien de plus que ce que nous disons au sujet de Jésus. Bienvenue à vous et à Celui auprès de qui vous êtes venus. J’atteste qu’il est le Messager d’Allah ; c’est bien lui dont il est fait mention dans l’Évangile. Et c’est le Messager dont Jésus, fils de Marie (que la paix soit sur lui), a annoncé la bonne nouvelle. » (Tafhim, tome 5, sourate as-Saff, note 8.)
Le récit d’Abdullah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) mentionne également que les deux envoyés des Quraysh se présentèrent à la cour du Négus, se prosternèrent d’abord devant lui, puis s’assirent à sa droite et à sa gauche. Ils dirent : « Quelques personnes parmi nos proches sont venues ici chez vous et se sont séparées de nous ainsi que de notre religion. Nous parlerons donc au nom de tous. » Tous les suivirent. En entrant dans la cour, Hadrat Ja‘far (qu’Allah l’agrée) salua. Les membres du conseil dirent : « Pourquoi ne vous êtes-vous pas prosterné ? »
Ja‘far (qu’Allah l’agrée) répondit : « Nous ne nous prosternons devant personne en dehors de Dieu. » Il mentionna ensuite le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) et son enseignement, puis exposa la croyance des musulmans au sujet de Jésus, fils de Marie. Ce récit rapporte également cette déclaration du Négus : après avoir reconnu la véracité du Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui), il dit : « Par Dieu ! Si je n’étais pas retenu par la charge de la royauté, je me serais rendu auprès de lui, j’aurais porté ses chaussures et je lui aurais fait ses ablutions. »
Le récit de Hadrat Abu Musa al-Ash‘ari
Les hafiz Abou Nou‘aym et al-Bayhaqi ont rapporté d’après le vénérable Abou Moussa al-Ach‘ari un récit presque identique. Il y est ajouté qu’avant que les émigrés n’arrivent à la cour royale, le représentant des Quraysh dit au Négus, pour l’exciter contre eux : « Vous verrez, ils ne se prosterneront pas devant vous. » Lorsque nous arrivâmes à la cour, les courtisans dirent : « Prosternez-vous devant le roi. » Ja‘far (qu’Allah l’agrée) répondit : « Nous ne nous prosternons devant personne en dehors d’Allah. » Lorsque nous nous avançâmes et arrivâmes devant le Négus, il dit : « Qu’est-ce qui vous a empêchés de vous prosterner devant moi ? » Il lui donna la même réponse : « Nous ne nous prosternons devant personne en dehors d’Allah. » La suite de l’événement est identique à ce qu’a rapporté Ibn Mas‘oud (qu’Allah l’agrée). À la fin, le Négus nous dit : « Restez dans mon pays aussi longtemps que vous le voudrez. » Il ordonna également qu’on pourvoie à notre nourriture et à nos vêtements.
Le récit de Ja‘far (qu’Allah l’agrée) lui-même
Le hafiz Ibn ‘Asakir et al-Tabarani ont rapporté, d’après le fils de Ja‘far, ‘Abdullah ibn Ja‘far, le récit de Ja‘far (qu’Allah l’agrée). Ce récit ajoute que, lorsque nous exposâmes nos divergences religieuses avec les représentants qurayshites en réponse à leurs accusations, le Négus leur demanda : « Sont-ils vos esclaves ? » Ils répondirent : « Non. » Il demanda : « Ont-ils une dette envers vous ? » Ils répondirent que non. Il dit : « Alors laissez-les tranquilles. » Ensuite, Ja‘far (qu’Allah l’agrée) rapporta lui aussi ce qu’avaient rapporté les autres : ‘Amr ibn al-‘As exposa au Négus notre croyance au sujet de Jésus, fils de Marie (que la paix soit sur lui). Le Négus en reconnut la vérité et nous demanda : « Quelqu’un vous fait-il subir des torts ici ? » Nous répondîmes : « Oui. » Il proclama alors que quiconque nous ferait subir un tort serait condamné à une amende de quatre dirhams. Puis le Négus nous demanda : « Est-ce suffisant ? » Nous répondîmes : « Non. » Il doubla alors le montant de l’amende. (Ajout.)
Le rôle véridique des émigrés
Ainsi, les émigrés d’Abyssinie n’ont pas seulement démontré que, pour la vérité en laquelle ils avaient cru, ils étaient prêts à tout abandonner — leur foyer, leurs proches, leur commerce, leurs biens et leur patrie — et à subir l’exil. Ils ont également démontré que, même durant cet exil et dans leur situation démunie, ils n’étaient pas prêts à manifester la moindre faiblesse à l’égard de la vérité. La force de leur foi était si extraordinaire que, même dans l’atmosphère délicate d’une cour royale, ils exposèrent clairement leur croyance au sujet de Jésus (que la paix soit sur lui), alors que tous les conseillers du Négus, après avoir accepté des pots-de-vin, s’apprêtaient à les livrer à leurs ennemis. À ce moment-là, il était à craindre qu’après avoir entendu le commentaire catégorique de l’Islam sur les croyances fondamentales du christianisme, le Négus ne se mette lui aussi en colère et ne livre les musulmans opprimés aux bouchers qurayshites. Malgré cela, ils n’hésitèrent pas le moins du monde à présenter la vérité. Cet épisode montre au monde quel genre de personnes au caractère ferme et entièrement dévouées transmettent le message de l’Islam. (14)
L’arrivée de représentants chrétiens d’Abyssinie
On peut mesurer l’influence que le caractère des émigrés et leur prédication avaient exercée sur les habitants de l’Abyssinie par le fait qu’une délégation d’environ vingt personnes en arriva à La Mecque et rencontra le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
Ibn Hicham, al-Bayhaqi et d’autres ont rapporté cet événement d’après Muhammad ibn Ishaq en ces termes : après l’Hégire en Abyssinie, lorsque l’arrivée du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et la diffusion de son message commencèrent à se répandre en Abyssinie, une délégation d’environ vingt personnes en arriva et rencontra le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la Mosquée sacrée. (Selon une version, ils le rencontrèrent et lui posèrent quelques questions.) De nombreux Qurayshites se tinrent également tout autour pour observer la scène. Lorsque la délégation posa quelques questions, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) leur répondit. Puis il les invita à l’Islam et leur récita des versets du Coran. En entendant le Coran, des larmes coulèrent de leurs yeux. Ils reconnurent la vérité de cette Parole d’Allah et crurent au Prophète. À la fin de l’assemblée, Abou Jahl et quelques-uns de ses compagnons les rencontrèrent en chemin et les réprimandèrent ainsi : « Que votre vie soit ruinée ! Vos coreligionnaires vous avaient envoyés afin que vous examiniez la situation de cet homme et leur rapportiez des informations exactes. Pourtant, à peine vous êtes-vous assis auprès de lui que vous avez abandonné votre religion et cru en lui. Nous n’avons jamais vu de gens plus stupides que vous. » Ils répondirent : « Frères, paix à vous. Nous ne pouvons pas polémiquer avec vous à la manière des ignorants. Laissez-nous suivre notre voie et continuez à suivre la vôtre. Nous ne pouvons pas, en connaissance de cause, nous priver du bien. Cet événement est mentionné dans la sourate al-Qasas :
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-Ceux auxquels Nous avions donné le Livre auparavant croient en ce Coran et, lorsqu’on le leur récite, disent : « Nous y croyons. Il est en vérité la parole de notre Seigneur. Avant lui déjà, nous étions soumis à cette religion de l’islam. » (Al-Qasas : 52-53)
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-Ceux qui, lorsqu’ils entendent des propos futiles, s’en détournent et disent : « À nous nos œuvres et à vous les vôtres. Que la paix soit sur vous. Nous ne voulons pas suivre la voie des ignorants. » (Al-Qasas : 55) (Tafhim, tome 3 — Al-Qasas — note 72.)
Première liste des émigrés revenus d’Abyssinie
Il convient de préciser qu’un groupe des émigrés resta en Abyssinie avec Hadrat Ja‘far (r.a.) et revint au moment de la bataille de Khaybar. Selon le récit d’Ibn Ishaq, les émigrés suivants revinrent à différentes époques, avant l’émigration du Prophète vers Médine.
1. Hadrat Uthman (r.a.) et son épouse Hadrat Ruqayya, fille du Messager (s.a.s.).
2. Hadrat Abu Hudhayfa ibn Utba ibn Rabia (r.a.) et son épouse Sahla bint Suhayl ibn Amr.
3. Hazrat Abdullah ibn Jahsh (qu’Allah l’agrée)
4. Hazrat Utba ibn Ghazwan (qu’Allah l’agrée)
5. Hazrat Zubayr ibn al-Awwam (qu’Allah l’agrée)
6. Hazrat Mus’ab ibn Umayr (qu’Allah l’agrée)
7. Hazrat Suwaybita ibn Sa’d ibn Hamala (qu’Allah l’agrée)
8. Hazrat Tulaib ibn Umayr (qu’Allah l’agrée)
9. Hazrat Abd al-Rahman ibn Awf (qu’Allah l’agrée)
10. Hazrat Miqdad ibn Amr (qu’Allah l’agrée)
11. Hazrat Abdallah ibn Mas’ud (qu’Allah l’agrée)
12. Hazrat Abou Salama (qu’Allah l’agrée) et son épouse Hazrat Oumm Salama
13. Hazrat Chammâs ibn Othmân (qu’Allah l’agrée)
14. Hazrat Salama ibn Hichâm (qu’Allah l’agrée)
15. Hazrat Ayyâch ibn Abî Rabî’a (qu’Allah l’agrée)
16. Hazrat Mou’attib ibn Awf (qu’Allah l’agrée)
17. Hazrat Othmân ibn Maz’ûn (qu’Allah l’agrée), son fils Hazrat Sâ’ib (qu’Allah l’agrée), et ses deux frères Hazrat Qudâma (qu’Allah l’agrée) et Abdallah (qu’Allah l’agrée)
18. Hazrat Khounays ibn Houdhâfa (qu’Allah l’agrée)
19. Hazrat Hicham ibn As ibn Waïl (qu’Allah l’agrée)
20. Hazrat Amir ibn Rabi‘a (qu’Allah l’agrée) et son épouse Laïla bint Abi Hasma.
21. Hazrat Abdallah ibn Makhzama (qu’Allah l’agrée)
22. Hazrat Abdallah ibn Souhaïl ibn Amr (qu’Allah l’agrée). Après avoir été fait prisonnier à La Mecque, son père le battit avec une telle cruauté qu’il se déclara ouvertement mécréant, tout en demeurant musulman au fond de lui. Lors de la bataille de Badr, il partit avec les mécréants et, au moment même du combat, rejoignit les musulmans.
23. Hazrat Abou Sabra ibn Abi Rouham (qu’Allah l’agrée) et son épouse Oumm Koulthoum bint Souhaïl ibn Amr.
24. Hazrat Sakran ibn Amr (qu’Allah l’agrée). Ibn Ishaq et al-Waqidi rapportent qu’il vint à La Mecque et y mourut. Moussa ibn Oqba et Abou Ma‘char rapportent qu’il mourut en Abyssinie.
25. Hazrat Saouda bint Zam‘a (qu’Allah l’agrée)
26. Hazrat Sa‘d ibn Khaoula (qu’Allah l’agrée)
27. Le vénérable Abou Oubaïda ibn al-Jarrah (que Dieu l’agrée)
28. Le vénérable Amr ibn Harith (que Dieu l’agrée)
29. Le vénérable Souhaïl ibn Baïda (que Dieu l’agrée)
30. Le vénérable Amr ibn Abi Sarah (que Dieu l’agrée). (Ajout.)
La prophétie de la sourate Ar-Roum
Alors qu’eut lieu l’émigration en Abyssinie, un événement important se produisit, qui finit par constituer une preuve irréfutable de la véracité du Messager de Dieu (que la paix soit sur lui) et du Coran. Il n’était possible de présenter aucun argument contre le fait que le Coran est en réalité la Parole sacrée d’Allah Tout-Puissant, révélée au Prophète (que la paix soit sur lui) par l’intermédiaire de la révélation. Les premiers versets de cette sourate Ar-Roum étaient ainsi formulés :
Les Romains ont été vaincus dans la contrée la plus proche, mais, après cette défaite, ils seront victorieux dans quelques années. À Allah seul appartiennent l’autorité auparavant et par la suite. Ce sera alors un jour où les musulmans se réjouiront (versets 2 à 4). Nous en relatons brièvement les événements.
Voici ce qui se produisit huit ans avant que le Prophète (que la paix soit sur lui) ne reçoive sa mission prophétique : une rébellion éclata contre l’empereur de Rome Maurice (MARICE). Un homme nommé Phocas (PHOCAS) monta alors sur le trône. Il tua d’abord, sous les yeux de l’empereur Maurice, ses cinq fils, puis tua également l’empereur. Ensuite, il fit suspendre les têtes tranchées du père et de ses fils dans un lieu public de Constantinople. Peu après, il fit aussi tuer son épouse et ses trois filles. L’empereur de Perse, Khosro Parviz, trouva ainsi un prétexte moral pour envahir l’Empire romain, car l’empereur Maurice était son protecteur. C’est grâce à son aide que Parviz avait accédé au trône de Perse. Il le considérait comme son père. Sur cette base, il déclara : « Je veux venger les atrocités commises par Phocas, qui s’est emparé du pouvoir par la force, contre mon père symbolique et ses enfants. » En 603 de l’ère chrétienne, il déclara la guerre à l’Empire romain et, en quelques années, battit successivement les armées de Phocas. D’un côté, il poussa ses conquêtes jusqu’à l’actuelle Urfa, en Asie Mineure, et, de l’autre, jusqu’à Alep et Antioche, dans le pays de Syrie. Lorsque les hauts dignitaires de l’Empire romain virent que Phocas était incapable de défendre le pays, ils demandèrent l’aide du gouverneur d’Afrique. Celui-ci envoya son fils Héraclius à Constantinople avec un puissant régiment. Dès son arrivée, Phocas fut destitué et Héraclius fut nommé César, c’est-à-dire empereur romain, à sa place. Après son accession au pouvoir, Phocas subit le même sort que celui qu’il avait infligé à Maurice. Cela se produisit en 610 de l’ère chrétienne, année où le prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) fut également investi de la mission prophétique.
Le prétexte moral au nom duquel Khosro Parviz avait déclaré la guerre prit fin après la destitution et l’assassinat de Phocas. Si son véritable objectif avait été de venger les injustices et les persécutions commises par Phocas, qui s’était emparé du pouvoir par la force, il aurait dû conclure la paix avec le nouvel empereur après l’avoir fait tuer. Mais Khosro poursuivit néanmoins la guerre. Il lui donna les apparences d’une guerre religieuse entre les adorateurs du feu et les chrétiens. Les sectes chrétiennes que l’Église officielle de l’Empire romain qualifiait d’hérétiques et qu’elle broyait depuis des années sous le joug des persécutions devinrent les alliées des envahisseurs adorateurs du feu. La communauté juive se joignit également à eux. Deux cent six mille Juifs furent enrôlés dans l’armée de Khosro Parviz. Héraclius fut incapable de faire face à ce déferlement. Dès son accession au trône, la première nouvelle qui lui parvint fut celle de la prise d’Antioche par les Iraniens. Puis, en 613, ils s’emparèrent de Damas. Ensuite, en 614, ils prirent Bayt al-Maqdis et infligèrent une catastrophe sans précédent au monde chrétien. Quatre-vingt-dix mille chrétiens furent tués dans cette ville, et leur église la plus vénérée, la « Kanîsat al-Qiyâma », fut détruite. Les Iraniens s’emparèrent de la véritable « Croix », au sujet de laquelle les chrétiens croient que le Messie donna sa vie sur elle, et la firent parvenir à Madâ’in, la capitale iranienne. Ils capturèrent également le prêtre Zacharie et détruisirent les grandes églises de la ville. L’ivresse dans laquelle Khosro fut plongé par cette victoire peut être mesurée à la lettre qu’il écrivit à Héraclius depuis Bayt al-Maqdis. On y lisait :
« De la part de Khosro, le plus grand de tous les dieux et le maître des mondes, à Héraclius, serviteur vil et insensé. »
Tu prétends avoir confiance en ton propre Seigneur ; alors pourquoi ton dieu n’a-t-il pas pu protéger Jérusalem de mes mains ?
Dans l’année qui suivit cette victoire, l’armée iranienne s’empara de toute la région de la Jordanie, de la Palestine et de la vallée du Sinaï, puis atteignit l’Égypte. C’était précisément l’époque où, à La Mecque, se déroulait une lutte et un affrontement d’une importance historique bien plus grande encore. Là, les hommes s’affrontaient sous la direction de Sayyiduna Muhammad (s), porte-étendard du tawhid, et sur les ordres des chefs quraychites qui suivaient le shirk. La situation atteignit un point tel qu’en 615, durant la cinquième année de la mission prophétique, un grand nombre de musulmans furent contraints de quitter leurs foyers et de chercher refuge dans le royaume chrétien d’Abyssinie. À cette époque, l’Abyssinie était liée à Rome par une alliance. La nouvelle de la victoire de l’Iran sur l’Empire romain était sur toutes les lèvres. Les polythéistes de La Mecque s’en réjouissaient. Ils disaient aux musulmans : « Regardez : les polythéistes adorateurs du feu de l’Iran remportent la victoire, tandis que les chrétiens qui croient au tawhid et à la mission prophétique ne cessent de subir la défaite. Ainsi, nous autres païens arabes, nous vous anéantirons, vous et votre religion. »
C’est dans ces circonstances que cette sourate du Coran fut révélée et qu’il y fut annoncé que les Romains avaient été vaincus dans la contrée voisine. Mais, après cette défaite, ils seraient victorieux en l’espace de quelques années, et ce serait un jour où les musulmans se réjouiraient de la victoire accordée par Allah.
Elle contient non pas une, mais deux prophéties. Premièrement : les Romains seront victorieux. Deuxièmement : les musulmans remporteront eux aussi la victoire à cette époque. En apparence, aucun signe, aussi loin que portait le regard, ne permettait de penser que l’une ou l’autre de ces deux prophéties se réaliserait en quelques années. D’un côté se trouvait une poignée de musulmans, broyés sous le joug des persécutions et des tortures. Après cette prophétie, aucune possibilité de victoire ne se dessinait pour eux durant huit années. De l’autre, la défaite de Rome ne cessait de s’aggraver. Jusqu’en 619, l’Égypte entière passa sous la domination de l’Iran. Les troupes iraniennes atteignirent les environs de Tripoli et y hissèrent leur étendard. En Asie Mineure, les soldats iraniens, repoussant les Romains devant eux, parvinrent jusqu’aux rives du Bosphore. En 617, ils s’emparèrent de Chalcédoine (CHALCEDON), face à Constantinople. Le César envoya un représentant auprès de Khosro pour lui proposer la paix à n’importe quel prix. Celui-ci répondit : « Je n’accorderai aucune sécurité au César tant qu’il ne se présentera pas devant moi chargé de chaînes et qu’il n’aura pas renoncé au dieu de la Croix pour accepter d’adorer le dieu du feu. » Finalement, le César fut si accablé par la défaite qu’il envisagea d’abandonner Constantinople et de transférer sa résidence à Carthage. L’historien Gibbon affirme que, sept ou huit ans encore après cette prophétie coranique, la situation était telle que personne ne pouvait imaginer que l’Empire romain vaincrait l’Iran. Bien plus, loin d’espérer la victoire, personne à cette époque n’espérait même que cet empire survivrait (Gibbon, The Decline and Fall of the Roman Empire, vol. II, p. 788, Modern Library, New York).
Lorsque ces versets du Coran furent révélés, les mécréants de La Mecque se mirent à railler et à se moquer abondamment. Ubayy ibn Khalaf fit alors ce pari avec Hadrat Abou Bakr (r.a.) : « Si les Romains remportent la victoire dans les trois ans, je te donnerai dix chameaux ; sinon, tu devras m’en donner dix. » Lorsque le Prophète (s) l’apprit, il dit : « Dans le Coran, les mots ********************** ont été employés. En arabe, ce terme peut désigner dix années. Fais donc le pari sur dix ans et augmente le nombre de chameaux à cent. » Hadrat Abou Bakr (r.a.) reparla donc à Ubayy, et le pari fut renouvelé ainsi : celui des deux parties dont la parole se révélerait fausse devrait donner cent chameaux à l’autre.
Pendant ce temps, en 622, le Prophète (s) émigra à Médine, tandis qu’Héraclius quitta secrètement Constantinople en direction de Trébizonde, par la mer Noire, où il se prépara à lancer une attaque contre l’Iran par-derrière. Pour préparer cette contre-offensive, le César demanda une aide financière aux églises, et l’archevêque Sergius (SERGIUS) lui prêta à intérêt les immenses sommes accumulées dans les églises sous forme d’offrandes, afin de sauver le christianisme de la religion des adorateurs du feu. Héraclius commença son attaque depuis l’Arménie et, l’année suivante (624), entra en Azerbaïdjan, détruisit Ourmia, lieu de naissance de Zoroastre, et réduisit en poussière le plus grand temple du feu des Iraniens. Voyez la manifestation étonnante de la puissance divine : c’était l’année même où, dans la plaine de Badr, les musulmans remportèrent leur première victoire décisive contre les polythéistes. Ainsi, les deux prophéties annoncées dans le Coran se réalisèrent simultanément avant même que dix années ne se soient écoulées.
Ensuite, les armées romaines commencèrent à vaincre continuellement les Iraniens. Lors de la bataille décisive de Ninive (627 apr. J.-C.), elles brisèrent l’échine de l’Empire iranien. Puis Dastagard, la résidence de l’empereur iranien, fut détruite, et les soldats romains avancèrent jusqu’aux abords de Ctésiphon, qui était alors la capitale de l’Iran. En 628 apr. J.-C., une révolte éclata au sein même de sa maison contre Khosro Parviz. Il fut fait prisonnier. Sous ses yeux, ses dix-huit fils furent tués. L’un de ses fils, Sheroya, monta sur le trône. Cette même année fut signé le traité de Hudaybiya, que le Coran qualifie de grande victoire. Cette année-là également, l’empereur d’Iran renonça à ses droits sur tous les territoires occupés de l’Empire romain et conclut la paix avec Rome. En 629 apr. J.-C., César se rendit lui-même à Jérusalem pour remettre la Grande Croix à sa place, et cette même année, le Prophète (S) entra à La Mecque pour la première fois après l’Hégire afin d’accomplir la « ‘Umrat al-Qadâ’ ».
Après cela, il ne resta plus aucun doute dans l’esprit de quiconque que la prophétie du Coran était absolument vraie. De nombreux polythéistes y crurent. Les héritiers d’Ubayy ibn Khalaf, ayant reconnu leur défaite, durent remettre à Abû Bakr (RA) le chameau misé. Celui-ci l’apporta au Prophète (S), qui ordonna de le donner en aumône. En effet, ce pari avait été conclu à une époque où le jeu n’avait pas encore été interdit par la sharî‘a. C’est alors que fut révélée l’interdiction. C’est pourquoi il fut permis d’accepter les biens provenant des mécréants combattants, à condition de ne pas les utiliser soi-même mais de les donner en aumône. (Tafhîm, tome 3 — introduction de la sourate Ar-Rûm.)
Dixième chapitre
De la sixième année de la mission prophétique à la fin de la dixième année
Après l’Hégire en Abyssinie, il ne resta à La Mecque que très peu de compagnons du Prophète (S), parmi lesquels se trouvaient aussi quelques femmes. Les ennemis de l’islam s’étaient déjà trouvés dans une situation extrêmement embarrassante à cause de l’Hégire ; leur ressentiment était en outre accru par le fait que les émigrés avaient trouvé en Abyssinie un refuge parfaitement sûr et que la délégation des polythéistes était revenue les desseins déçus. Dans ces circonstances, ils n’hésitèrent pas non plus à s’en prendre au Prophète (S). (Ajout de l’auteur.)
Les persécutions des Quraychites contre le Prophète (S)
Dans le Sahîh de Boukhârî, un récit d’Ourwa ibn az-Zubayr est rapporté. On y raconte qu’il fut demandé à Abd Allah ibn ‘Amr ibn al-‘Âs (RA) : « Quel est le comportement le plus cruel des polythéistes envers le Prophète (S) dont vous ayez été témoin ? »
Il répondit : « Un jour, le Prophète (S) priait dans l’enceinte de la Kaaba — selon une autre version, dans le Hijr de la Kaaba. Soudain, ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt s’avança vers lui, enroula un vêtement autour de son cou et se mit à le tordre afin de l’étouffer et de le tuer. À ce moment précis, Abû Bakr (RA) arriva sur les lieux. Il le repoussa d’un coup et l’écarta. Abd Allah (RA) dit que, tandis qu’Abû Bakr (RA) luttait avec lui, ces paroles sortaient de sa bouche : »
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Veux-tu le tuer uniquement pour le crime qu’il commet en disant : « Mon Seigneur est Allah » ? Ibn Jarîr a rapporté cet événement dans son Histoire, d’après Abû Salama ibn ‘Abd ar-Rahmân. Mais an-Nasâ’î et Ibn Abî Hâtim l’ont également rapporté, avec quelques variantes dans les termes, d’après ‘Amr ibn al-‘Âs, le père de ‘Abdullah, au lieu de ‘Abdullah lui-même. Ils y disent, à la place de ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt, que ce sont des gens de Quraysh qui avaient commis cet acte. Quant à Abû Bakr, il ne cessait, en pleurant, de protéger le Messager et de répéter ces paroles. (Tafhîm, tome 4 — introduction de la sourate Al-Mu’min.)
L’imam al-Bukhârî a rapporté cet événement à plusieurs endroits dans son ouvrage. À certains endroits, il le rapporte d’après ‘Amr ibn al-‘Âs, et à d’autres d’après ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘Âs. (Il semble exact que le récit original soit celui de ‘Amr ibn al-‘Âs, car ‘Abdullah ibn ‘Amr mourut en l’an 64 de l’Hégire, à l’âge de soixante-douze ans. De ce point de vue, il ne pouvait donc pas avoir été témoin oculaire de cet événement, puisqu’il était né sept ans avant l’Hégire, c’est-à-dire au cours de la sixième année de la mission prophétique — l’auteur.) Dans l’une des versions rapportées par ‘Amr ibn al-‘Âs, on lit : « Je n’ai jamais vu Quraysh désirer tuer le Prophète, sauf une seule fois. Ils étaient assis à l’ombre de la Kaaba, tandis que le Prophète priait au Maqâm Ibrâhîm. Alors ils s’excitèrent mutuellement contre le Prophète. Finalement, ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt se leva, passa son manteau autour du cou du Prophète et se mit à tirer dessus. Finalement, le Messager tomba à genoux, ce qui provoqua un tumulte parmi les gens. C’est alors qu’Abû Bakr accourut, le saisit par les deux bras par-derrière et le releva, en disant : “Allez-vous tuer un homme uniquement parce qu’il dit : Mon Seigneur est Allah ?” »
Puis ces gens s’éloignèrent de lui. Après avoir terminé la prière, alors que le Prophète passait près de ces Qurayshites, il dit : « Par Celui qui tient ma vie dans Sa main, j’ai été envoyé vers vous avec le massacre. » Abû Jahl répondit : « Ô Muhammad, tu n’as pourtant jamais été un insensé. » (Abû Ya‘lâ, Ibn Hibbân, at-Tabarânî et al-Bayhaqî ont rapporté cet événement d’après le récit de ‘Amr ibn al-‘Âs.)
Une autre version de Sahîh al-Bukhârî rapporte que les polythéistes arrachèrent la barbe et les cheveux du Messager. Abû Bakr s’avança pour lui porter secours et, tout en pleurant, ne cessait de dire : « Voulez-vous tuer un homme uniquement parce qu’il dit : Mon Seigneur est Allah ? »
Le Prophète dit : « Abû Bakr, laisse-le. Par Celui qui tient ma vie dans Sa main, j’ai été envoyé vers eux avec le massacre. » En entendant cela, les gens rassemblés se dispersèrent.
Ibn Hichâm, Jarîr at-Tabarî et al-Bayhaqî ont rapporté cet événement d’après Ibn Ishâq en ces termes : ‘Urwa ibn az-Zubayr demanda à ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘Âs : « Parmi les actes d’hostilité que Quraysh manifestait envers le Prophète, quel est le plus cruel que vous ayez vu ? » Il répondit : « Un jour, je me rendis à une assemblée de Quraysh, dont les chefs étaient réunis dans le Hijr. Ils parlèrent du Messager d’Allah en disant : “Nous avons supporté cet homme comme personne ne l’aurait fait. Il traite notre intelligence de stupidité, dénigre nos ancêtres, critique notre religion et sème la division parmi nous. En vérité, nous avons fait preuve d’une grande patience. Et malgré cela, il continue de tenir ces propos.” C’est alors qu’on vit le Prophète. Il s’avança et embrassa la Pierre noire. Puis, en accomplissant les circumambulations autour de la Kaaba, il passa près d’eux. Ils lui lancèrent alors une remarque sarcastique, et je vis sur son visage une réaction de désapprobation. Lorsqu’il passa près d’eux une deuxième fois, ils se moquèrent de lui à nouveau, et je remarquai également sur son visage une réaction de désapprobation. La troisième fois qu’ils agirent de même, il s’arrêta et dit : “Ô gens de Quraysh, écoutez bien ! Par Celui qui tient ma vie dans Sa main, je suis venu vers vous avec le massacre.” »
‘Abdullah ibn ‘Amr dit : « À ces paroles du Prophète, ils furent tous stupéfaits. On aurait dit que des oiseaux s’étaient posés sur leurs têtes, autrement dit, qu’ils étaient frappés de stupeur. Alors celui d’entre eux qui avait parlé avec le plus d’excès s’adressa poliment au Prophète pour l’apaiser. Il lui dit : “Ô Abû al-Qâsim, va ton chemin. Par Allah, tu n’as pourtant jamais été un insensé.” Le Messager s’éloigna alors de cet endroit. »
Le lendemain, ils se réunirent de nouveau dans le Hijr, et j’étais avec eux. Ils se dirent entre eux : « Vous souvenez-vous à quel point cet homme vous provoque ? Il est même allé jusqu’à l’exprimer clairement hier. Et malgré cela, vous l’avez laissé partir. » À ce moment-là, on aperçut le Prophète (s) qui arrivait de face. Dès qu’il s’approcha, tous se jetèrent sur lui, l’encerclèrent et se mirent à dire : « N’est-ce pas toi qui dis toutes ces choses ? » Il répondit : « Oui, je suis bien celui qui dit toutes ces choses. » C’est alors que je vis l’un d’eux saisir le manteau du Prophète (s) près de la gorge et le serrer dans son poing. Abou Bakr (ra) se leva alors pour lui porter secours. Il répétait en pleurant : « Voulez-vous tuer un homme uniquement parce qu’il dit : “Mon Seigneur est Allah” ? »
Alors les gens le relâchèrent et partirent. Voilà le traitement le plus dur et le plus cruel que j’aie vu les Quraych infliger au Messager d’Allah (s) (ce récit est également rapporté de cette manière dans le Musnad d’Ahmad).
La conversion de Hamza (ra) à l’islam
C’est à cette époque qu’un jour survint un événement qui amena Hamza (ra) dans le giron de l’islam. Les historiens divergent quant à la date de sa conversion. Ibn Hajar écrit dans al-Isaba qu’elle eut lieu durant la deuxième année de la mission prophétique. Après avoir d’abord indiqué cette deuxième année, Ibn Abd al-Barr écrit ensuite qu’il se convertit durant la sixième année de la mission prophétique, après l’entrée du Prophète (s) dans la demeure d’al-Arqam. En revanche, Ibn Sa‘d, Ibn al-Jawzi et al-Utbi affirment avec certitude qu’il s’agissait de la sixième année de la mission prophétique. Ibn al-Qayyim le mentionne également dans Zad al-Ma‘ad, après la deuxième émigration en Abyssinie, et c’est aussi ce qui figure dans Tarikh al-Kamil d’Ibn Kathir. De plus, l’événement qui fut la cause de la conversion de Hamza (ra) montre de lui-même qu’il ne pouvait pas avoir eu lieu durant la deuxième année de la mission prophétique. Il n’a pu se produire qu’après que le conflit entre les Quraych et le Prophète (s) eut atteint son paroxysme. Durant la deuxième année, comment Abou Jahl aurait-il pu, non seulement insulter le Prophète, mais même lui parler les yeux dans les yeux ?
Voici ce qui s’est passé : un jour, le Prophète (s) passait, selon le récit d’Ibn Ishaq, près du mont Safa — ou, selon une autre version, près de Hajun. À ce moment-là, Abou Jahl l’insulta grossièrement et tint des propos offensants à son sujet ainsi qu’au sujet de la religion qu’il prêchait. Mais le Prophète ne répondit à aucune de ses paroles. Selon le récit d’Ibn Ishaq, la nouvelle fut rapportée à Hamza (ra) par l’esclave affranchie d’Abdullah ibn Jud‘an, l’un des chefs des Banu Taym ; selon d’autres récits, ce fut sa sœur Safiyya (ra), et selon le récit d’Ibn Abi Hatim, deux femmes qui la lui rapportèrent. Hamza (ra) était l’un des hommes les plus puissants, courageux et fiers des Quraych. Il était l’oncle paternel du Prophète (s) et son frère de lait. Sa mère était la cousine germaine de Dame Amina. Il avait deux à quatre ans de plus que le Prophète. Il aimait profondément le Prophète (s). Il était passionné de chasse. Il revenait avec son arc et ses flèches lorsqu’il apprit l’événement. Fou de colère, il se rendit au Haram, où Abou Jahl était assis. Dès son arrivée, il le frappa si violemment à la tête avec son arc que celle-ci se fendit. Il lui dit : « Tu l’insultes ? Je suis de sa religion et je professe ce qu’il professe. Si tu en as le courage, essaie donc de m’insulter une seule fois. »
Alors certains membres des Banu Makhzum se rangèrent aux côtés d’Abou Jahl. Mais Abou Jahl dit : « Laissez partir Abou Umara. J’ai effectivement gravement insulté son neveu. » Al-Tabarani et Ibn Abi Hatim rapportent que Hamza (ra) déclara : « Ma religion est aussi la religion de Muhammad (s) ; essayez donc de m’en détourner. »
Yunus ibn Bukayr, auteur d’un ouvrage sur les expéditions militaires, donne, d’après Ibn Ishaq, des détails supplémentaires : Hamza (ra) avait certes agi sous l’emprise de son honneur offensé. Mais, une fois rentré chez lui, sa conscience le blâma en ces termes : « Toi, le chef des Quraych, tu es devenu le disciple de cet homme qui a abandonné la religion et tu as renoncé à la religion de tes ancêtres ? Après ce que tu as fait, la mort ne serait-elle pas préférable pour toi ? »
Il pria alors Allah : « Ô Dieu ! Si ceci est la bonne voie, fais-en pénétrer la vérité dans mon cœur. Sinon, ouvre-moi une issue pour m’en détourner. » Toute la nuit, il demeura extrêmement inquiet et troublé, assailli par les suggestions de Satan. Au matin, il se rendit auprès du Prophète (s) et lui dit : « Mon neveu ! Je me suis engagé dans une affaire dont je ne vois aucun moyen de sortir. Pour un homme comme moi, persister dans une chose dont j’ignore si elle est vraie ou fausse est extrêmement grave. »
Après avoir entendu ses paroles, le Prophète (s) lui donna des conseils, l’avertit de craindre Dieu et lui annonça la bonne nouvelle de la foi. Finalement, Allah fit naître la foi dans son cœur, et le vénérable Hamza (ra) déclara : « J’atteste que vous êtes véridique. » Cet événement est rapporté d’après al-Bayhaqi et Yunus ibn Bukayr.
La conversion du vénérable Umar (ra) à l’islam
Puis le deuxième coup, immense et dévastateur, porté aux Quraysh fut qu’un jour ils apprirent que Umar ibn al-Khattab avait lui aussi cru au Prophète (s). Il était l’un des piliers de l’opposition des Quraysh à l’islam. Il jouait un rôle de premier plan dans les persécutions et les sévices infligés aux croyants. Il jouissait d’un grand prestige auprès des Quraysh. Il était un éminent spécialiste de la généalogie arabe. Les Quraysh l’envoyaient également comme émissaire. Lors des querelles et des différends entre tribus, il était choisi comme arbitre et ses décisions étaient acceptées. C’était un héros puissant et courageux. Il était extrêmement éloquent et savait si bien parler qu’il pouvait ensorceler ses auditeurs. Les Quraysh n’auraient jamais imaginé qu’un homme tel que lui se dresserait un jour contre eux en portant l’étendard de l’islam. Pourtant, un processus progressivement orienté vers le progrès était à l’œuvre en lui et finit par l’attirer vers l’islam. (Ajout de l’auteur.)
Sa réaction initiale
Sa réaction initiale est rapportée d’après son propre récit dans le Musnad d’Ahmad et le Tabarani. Il dit : « Un jour, avant d’embrasser l’islam, je sortis de chez moi dans l’intention de troubler le Messager d’Allah (s). Mais il était entré dans le Haram avant moi. Lorsque j’arrivai, il récitait la sourate al-Haqqah pendant la prière. Je me plaçai derrière lui et me mis à écouter. J’étais émerveillé par l’éloquence des paroles du Coran, et il me vint soudain à l’esprit que cet homme devait certainement être un magicien, comme le prétendaient les Quraysh. À cet instant, ces paroles sortirent de la bouche du Prophète (s) :
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— C’est la parole d’un noble Messager, non celle d’un poète. Vous ne croyez que très peu. (Versets 40-41)
Je me dis intérieurement : « S’il n’est pas poète, il est certainement devin. » Aussitôt, ces paroles sortirent de sa bouche :
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—Ce n’est pas non plus la parole d’un devin. N’y réfléchissez pas tant.
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—C’est une révélation descendue de la part du Seigneur des mondes.
Après avoir entendu cela, l’islam pénétra profondément dans le cœur d’Amr. (Ajout de l’auteur.)
La réaction de son esprit à l’émigration en Abyssinie
Sa seconde réaction est rapportée par Ibn Hicham dans sa Sîra, par Tabari dans son Histoire, et par Ibn Asîl dans Usd al-Ghâba, d’après le récit de la vénérable Layla bint Abî Hathma. Elle était une proche parente du vénérable Umar (رضي الله عنه) et émigra en Abyssinie avec son époux, le vénérable Amir ibn Rabi’a al-Anzi. Elle raconte : « J’étais en train d’attacher nos bagages pour l’émigration, tandis que mon mari était sorti pour une affaire. C’est alors qu’Umar (رضي الله عنه) arriva ; à cette époque, il était encore plongé dans le polythéisme. Nous avions beaucoup souffert de ses persécutions. Pourtant, il resta là à observer mes préparatifs. Puis il dit : “Mère d’Abdullah, vous partez donc vraiment ?” »
Je répondis : « Oui. Puisque vous nous avez tant tourmentés et opprimés, nous allons partir quelque part sur la terre d’Allah, là où Allah nous ouvrira une voie pour échapper à cette épreuve. » Umar (رضي الله عنه) dit alors : « Qu’Allah soit avec vous. » Je le vis à ce moment-là les yeux si remplis de larmes que je ne l’avais jamais vu ainsi auparavant. En nous voyant quitter le pays, il s’en alla, profondément attristé.
Puis, lorsqu’Amir revint avec les provisions dont nous avions besoin, je lui dis : « Père d’Abdallah ! Ah, si seulement tu avais vu Omar à ce moment-là, le visage bouleversé de douleur par notre situation. Il vient tout juste de partir d’ici. » Amir dit : « Espères-tu qu’il devienne musulman ? » Je répondis : « Oui. » Il dit : « Celui que tu viens de voir ne deviendra musulman que lorsque l’âne d’Al-Khattab sera devenu musulman. »
Le récit de sa conversion à l’islam
Ce conflit intérieur le poussa finalement, un jour, à décider de tuer le Messager d’Allah (ﷺ), afin de mettre fin à la lutte dans laquelle il était plongé. Ibn Ishaq rapporte qu’il sortit dans ce but, l’épée dégainée à la main. Mais, en chemin, il rencontra Nu‘aym ibn Abdallah al-Nahham. C’était l’un des notables de la tribu d’Omar, qui s’était secrètement converti à l’islam. Il lui demanda : « Où vas-tu ? » Omar répondit : « Je veux tuer ce sabéen — cet apostat — qui a semé la division parmi les Qurayshites, nous traite tous d’imbéciles, dénonce les défauts de notre religion et insulte nos idoles. » Nu‘aym dit : « Par Dieu, Omar ! Ton esprit t’a pris dans les filets de la tromperie. Penses-tu qu’après avoir tué Muhammad (ﷺ), les Banû Abd Manâf te laisseront en vie ? Commence donc par t’informer de ce qui se passe dans ta propre maison. » Omar (qu’Allah l’agrée) demanda : « De quels membres de ma famille parles-tu ? » Nu‘aym répondit : « De ton beau-frère et cousin Sa‘îd ibn Zayd, et de ta sœur Fâtima. Tous deux sont devenus musulmans et ont prêté allégeance à Muhammad (ﷺ). » Omar (qu’Allah l’agrée) fit demi-tour et se rendit directement chez sa sœur. Khabbâb ibn al-Aratt s’y trouvait, tenant à la main une feuille sur laquelle était écrite la sourate Tâ-Hâ. Il l’enseignait à Fâtima. Ayant senti l’arrivée d’Omar, Khabbâb se cacha dans un coin de la maison. Fâtima dissimula la feuille sous sa cuisse. Mais, dès la porte, Omar entendit la récitation de Khabbâb. Il entra et dit : « Que murmuriez-vous donc, que je viens d’entendre ? » Sa‘îd répondit : « Tu n’as rien entendu. » Omar dit : « Si, je vous ai entendus. Par Dieu, j’ai appris que vous avez tous deux accepté de suivre la religion de Muhammad (ﷺ). » Puis il se mit à frapper son beau-frère. Fâtima s’avança pour protéger son mari, mais elle fut elle aussi frappée si violemment que sa tête se mit à saigner. Alors les deux époux déclarèrent : « Oui, nous sommes devenus musulmans et nous avons cru au Messager d’Allah. Fais maintenant ce que bon te semble. » Lorsqu’Omar (qu’Allah l’agrée) vit le sang couler du visage de sa sœur, il eut honte de son comportement et renonça à son ignorance. Il lui dit : « Montre-moi cette feuille que vous lisiez tout à l’heure. Voyons ce qu’est cette chose que Muhammad (ﷺ) a apportée. » Omar (qu’Allah l’agrée) était un homme instruit ; c’est pourquoi il désirait la lire. Sa sœur dit : « J’ai peur que tu ne la déchires ou ne la détériores. » Il répondit : « N’aie pas cette crainte. » Il jura par ses idoles qu’il la lirait puis la rendrait. Une lueur d’espoir apparut alors dans le cœur de sa sœur : peut-être allait-il devenir musulman. Elle lui dit : « Mon frère, à cause de ton polythéisme, tu es impur, et seuls les gens purs peuvent toucher cette feuille. » Omar (qu’Allah l’agrée) se leva donc et alla faire ses ablutions majeures. Fâtima lui remit alors la feuille. Après avoir lu les premiers versets de la sourate Tâ-Hâ, il s’exclama : « Quelle parole magnifique et sublime ! » Dès que Khabbâb (qu’Allah l’agrée) entendit ces mots, il sortit de sa cachette et dit : « Ô Omar, j’espère qu’Allah t’a choisi afin de te rendre digne de la prière du Prophète. Hier encore, j’ai entendu le Prophète (ﷺ) invoquer ainsi : “Ô Dieu, fortifie l’islam par Abû al-Hakam ibn Hishâm (Abû Jahl) ou par Omar ibn al-Khattâb.” Ô Omar, viens donc vers Allah, viens vers Allah ! »
Omar (qu’Allah l’agrée) dit : « Conduis-moi auprès de Muhammad (ﷺ), afin que je devienne musulman. » Khabbâb (qu’Allah l’agrée) répondit : « Il se trouve avec ses compagnons dans une maison près de Safâ — la maison de Dâr al-Arqam. » Omar (qu’Allah l’agrée) attacha son épée à sa ceinture et se rendit à la demeure du Prophète (ﷺ) et de ses Compagnons, puis frappa à la porte. L’un des compagnons du Prophète regarda par l’entrebâillement et vit Omar (qu’Allah l’agrée) debout, l’épée à la main. Effrayé, il retourna annoncer la nouvelle au Prophète (ﷺ). Hamza (qu’Allah l’agrée) dit : « Laissez-le entrer. S’il vient avec de bonnes intentions, nous lui répondrons avec bonté ; sinon, nous l’achèverons avec sa propre épée. » Le Prophète (ﷺ) dit : « Laissez-le entrer. » Sur son ordre, Omar (qu’Allah l’agrée) fut autorisé à pénétrer à l’intérieur. Dès qu’il entra, le Prophète (ﷺ) s’avança vers lui, saisit fermement son manteau dans son poing, le tira avec force et dit : « Fils d’Al-Khattâb, qu’est-ce qui t’amène ici ? Par Dieu, je pense que tu ne repartiras pas avant qu’Allah ne fasse tomber sur toi une épreuve sévère. » Omar (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ô Messager d’Allah, je suis venu croire en Allah, en Son Messager et en l’enseignement apporté par le Messager. » À ces mots, le Prophète (ﷺ) cria à haute voix : « Allahu Akbar ! » Tous les occupants de la maison comprirent ainsi qu’Omar était devenu musulman. Le courage des musulmans s’accrut considérablement : après Hamza (qu’Allah l’agrée), Omar (qu’Allah l’agrée) était lui aussi devenu musulman. Ces deux hommes devinrent alors des piliers de force pour les musulmans. Ibn Ishaq dit que ceci est le récit des rapporteurs médinois concernant la conversion d’Omar (qu’Allah l’agrée). Le hâfiz Abû Ya‘lâ le rapporte d’Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée), tandis qu’al-Bazzâr le rapporte d’Omar lui-même (qu’Allah l’agrée).
Le récit d’Omar (qu’Allah l’agrée)
Al-Bazzâr, at-Tabarânî, al-Bayhaqî, Ibn ‘Asâkir, Abû Nu‘aym, ad-Dâraqutnî et d’autres auteurs de biographies prophétiques ont également rapporté à ce sujet des récits d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), d’Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée), d’Aslam et d’autres, ainsi que le propre récit d’Omar (qu’Allah l’agrée). Ces récits, malgré quelques divergences dans les détails, correspondent dans l’ensemble au récit précité d’Ibn Ishaq. Toutefois, le récit d’Omar (qu’Allah l’agrée) qu’Abû Nu‘aym et Ibn ‘Asâkir rapportent d’Abdallah ibn ‘Abbâs comporte l’ajout suivant : Omar (qu’Allah l’agrée) dit : « Je demandai : “Ô Messager d’Allah, ne sommes-nous pas établis dans la vérité, que nous mourions ou que nous vivions ?” Le Prophète (ﷺ) répondit : “Par Dieu, que vous mouriez ou que vous viviez, vous êtes dans la vérité.” Je dis : “Alors, pourquoi nous cacher ? Puisque nous sommes dans la vérité et qu’ils sont dans le faux, pourquoi cacherions-nous notre religion ?” »
Le Prophète (ﷺ) dit : « Ô Omar, nous sommes très peu nombreux, et tu vois toi-même dans quelle situation nous nous trouvons. »
« Je dis : “Par Celui qui vous a envoyé comme Prophète avec la vérité, je ne quitterai aucune assemblée où je m’asseyais auparavant avec la mécréance, et je ne m’assiérai pas avec l’islam.” »
« Puis nous sommes partis en nous divisant en deux groupes : dans l’un, il y avait moi, et dans l’autre, Hamza (qu’Allah l’agrée). Finalement, nous sommes entrés dans la Mosquée sacrée. Lorsque les Quraysh nous virent, ils furent accablés comme ils ne l’avaient jamais été auparavant. Cet événement a été rapporté de diverses manières par Ibn Mâjah, al-Hâkim et Ibn Sa‘d. Ibn Hichâm a rapporté cette déclaration de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), dans laquelle celui-ci dit : “La nuit même où j’embrassai l’islam, je me souvins qu’il fallait annoncer ma conversion à celui qui était le plus grand ennemi du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Je me rendis donc directement chez Abû Jahl et frappai à sa porte. Il sortit, me vit et dit : ‘Bienvenue, mon neveu ! Qu’est-ce qui t’amène ?’ »
Je lui répondis : “Je suis venu t’annoncer que je suis devenu musulman.” Il dit : “Puissent cette nouvelle et ses conséquences retomber sur toi !” Puis il referma la porte.
Récit d’Ibn ‘Umar
Ibn Ishâq a rapporté, d’après Nâfi‘, le récit de ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah les agrée tous deux) : après avoir embrassé l’islam, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) demanda : “Qui, parmi les Quraysh, est le meilleur diffuseur de nouvelles ?” On lui répondit : “Jamîl ibn Ma‘mar ibn Habîb al-Jumahî.” ‘Umar (qu’Allah l’agrée) partit à sa recherche, et je le suivis. À cette époque, j’avais un âge où je pouvais comprendre tout ce que je voyais. [Ibn Sa‘d a rapporté la déclaration de ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah les agrée tous deux), dans laquelle il dit : “J’avais alors six ans.” Le hâfiz Ibn Hajar a dit dans Fath al-Bârî qu’il avait alors cinq ans (l’auteur).] ‘Umar (qu’Allah l’agrée) alla le trouver et lui dit : “Je suis devenu musulman et j’ai adopté la religion de Muhammad.” L’autre ne répondit rien. Il sortit en traînant son manteau sur le sol. ‘Umar le suivait, et moi je suivais ‘Umar. Lorsqu’il atteignit la porte de la Mosquée sacrée, il se mit à crier : “Ô gens des Quraysh !” Les notables quraychites étaient réunis près de la Kaaba. En entendant sa voix, ils tournèrent leur attention vers lui. Il dit : “Écoutez ! ‘Umar a renié sa religion.” ‘Umar (qu’Allah l’agrée) cria derrière lui : “Il ment ! Je suis devenu musulman et j’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est Son serviteur et Son Messager.”
Alors les gens commencèrent à le frapper, et lui aussi se mit à les frapper. Finalement, le moment de midi arriva. ‘Umar (qu’Allah l’agrée), épuisé, s’assit. Les gens se tenaient tout autour de lui, et il leur disait : “Faites donc ce que vous voulez.” À ce moment-là, un ancien des Quraysh s’avança et demanda aux gens rassemblés : “Que se passe-t-il donc ?”
Ils répondirent : “‘Umar a renié sa religion.” Il dit : “Et alors ? Un homme a fait ce qu’il voulait faire. Que voulez-vous maintenant ? Voulez-vous que les Banû ‘Adî livrent ainsi l’un des leurs entre vos mains ? Éloignez-vous de lui.” Alors ils se dispersèrent. Plus tard, je demandai à mon père : “Qui était cet homme ?”
Il répondit : “Mon fils, c’était ‘Âs ibn Wâ’il al-Sahmî, c’est-à-dire le père de ‘Amr ibn al-‘Âs.” Al-Tabarânî et al-Bazzâr ont rapporté ce récit d’Ibn ‘Umar sous une forme abrégée.
Al-Bukhârî rapporte également, d’après ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah les agrée tous deux), que lorsque ‘Umar (qu’Allah l’agrée) était assis chez lui, terrifié et bouleversé, ‘Âs ibn Wâ’il — qui, à l’époque de l’Ignorance, était de notre côté et notre allié — vint le trouver et lui demanda : “Pourquoi es-tu assis avec un visage si accablé ?” Il répondit : “Ton peuple veut me tuer, parce que je suis devenu musulman.” ‘Âs dit : “Personne ne pourra te toucher, puisque je t’ai accordé ma protection.” Puis, lorsqu’il sortit, ‘Âs vit la vallée remplie d’une foule compacte. Il leur demanda : “Que voulez-vous ?” Ils répondirent : “Nous voulons nous occuper d’Ibn al-Khattâb, qui s’est détourné de la religion.” Il dit : “Personne ne touchera à ‘Umar.” Alors ils repartirent tous.
La date de la conversion à l’islam d’Omar (r.a.)
La conversion à l’islam de Hazrat Omar (r.a.) eut lieu durant la sixième année de la mission prophétique. C’est ce qu’ont écrit l’imam Nawawi dans Tahdhib al-Asma wa al-Lughât et Mollah Ali Qari dans son commentaire des Arbaïn de Nawawi. Certains disent qu’il embrassa la foi trois jours après la conversion de Hazrat Hamza (r.a.) à l’islam, tandis que d’autres parlent de trois mois. Mais Abou Nouaym al-Isfahani rapporte cette narration de Hazrat Abdallah ibn Abbas (r.a.) : « J’ai moi-même interrogé Hazrat Omar (r.a.) au sujet de sa conversion à l’islam. » Il répondit : « Je sortis trois jours après la conversion de Hazrat Hamza (r.a.) à l’islam. » Ibn Sa’d, citant le serviteur de Hazrat Omar (r.a.), Aslam, rapporte qu’il s’agissait du mois de Dhul-Hijja de la sixième année de la mission prophétique. Mais il est probable que l’événement soit survenu bien avant cela. Mas‘udi dit qu’à cette époque, un peu plus de quarante hommes accompagnaient le Messager d’Allah (s). Wahidi en ajoute dix femmes. Cependant, le hafiz Ibn Hajar, dans son ouvrage Manaqib Umar, citant Ibn Abi Khaythama, rapporte cette parole de Hazrat Omar (r.a.) : « Il y avait trente-neuf hommes avec le Messager d’Allah ; avec moi, nous fûmes quarante. » Il est probable qu’à cette époque Hazrat Omar (r.a.) ne connût que ce nombre, car de nombreux musulmans dissimulaient leur foi.
Alors qu’ils étaient assiégés dans le Shi‘b d’Abou Talib
À cette époque, la colère des Quraysh contre l’islam et le Prophète (s) ne cessait de croître. Ils constataient que, malgré tous leurs efforts, l’islam se répandait secrètement jusque dans la ville de La Mecque. Des hommes des tribus extérieures embrassaient eux aussi l’islam les uns après les autres. Puis cette affaire ne se limita plus au seul pays arabe ; elle s’étendit même jusqu’en Abyssinie. Le Négus devint ouvertement un soutien des musulmans. De là, des délégations commencèrent à venir auprès du Prophète (s) pour embrasser l’islam. De plus, le fait que de valeureux et influents chefs tels que Hazrat Hamza (r.a.) et Hazrat Omar (r.a.) aient rejoint le groupe des musulmans attisait encore leur colère, car le courage de ces musulmans qui étaient restés à La Mecque après l’émigration en Abyssinie s’en trouva accru. Ibn Abi Shayba et Tabarani rapportent cette parole de Hazrat Abdallah ibn Mas‘ud (r.a.) : « Par Dieu, nous ne pouvions pas prier près de la Maison sacrée tant que Hazrat Omar (r.a.) n’était pas devenu musulman. » Al-Bukhari rapporte également cette parole du même Ibn Mas‘ud (r.a.) :
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— Depuis la conversion d’Omar (r.a.) à l’islam, nous n’avons cessé d’être forts.
Toutes ces raisons réunies finirent par exciter à tel point l’ignorance des Quraysh qu’ils rédigèrent unanimement un document par lequel ils jurèrent par Allah de ne maintenir avec eux aucune relation de fréquentation, de mariage, de conversation, de commerce ou autre, aussi longtemps que cela durerait. Les chefs de toutes les familles qurayshites authentifièrent ce document et le suspendirent dans la Kaaba. Ibn Sa’d et Ibn Abd al-Barr disent que cela eut lieu le premier Muharram de la septième année de la mission prophétique.
Moussa ibn Uqba écrit dans son Maghazi, d’après l’imam Zuhri — Ibn Abd al-Barr rapporte également cette narration dans sa Sira, en la citant, outre Mourra ibn Uqba, d’après Muhammad ibn Abd al-Rahman Abou al-Aswad et Ya‘qub ibn Hamid ibn Kâsib — qu’Abou Talib, ayant appris que les Quraysh étaient fermement résolus à tuer le Prophète Muhammad (s), convoqua les Banu Hashim et les Banu al-Muttalib et leur dit : « Que tous se rassemblent avec Muhammad (s) dans le Shi‘b d’Abou Talib et le protègent jusqu’au bout. » Les deux familles acceptèrent cette proposition, et tous leurs membres, qu’ils fussent mécréants ou musulmans, se réunirent dans le Shi‘b d’Abou Talib. Après cela, les autres familles qurayshites conclurent entre elles le pacte mentionné plus haut. Ibn Abd al-Barr rapporte, d’après Moussa ibn Uqba, cette étonnante narration de l’imam Zuhri : après le siège du Shi‘b d’Abou Talib, le Prophète (s) aurait ordonné aux musulmans opprimés de La Mecque d’émigrer en Abyssinie. L’auteur précise que cette affirmation est contraire à la narration universellement connue.
En revanche, Ibn Sa‘d, citant al-Wâqidî, et Ibn Hichâm, citant Ibn Ishâq, rapportent que les Quraychites rédigèrent d’abord un pacte par lequel ils rompaient leurs relations avec les Banû Hâchim et les Banû al-Muttalib, puis que ces deux clans, sur l’ordre d’Abû Tâlib, se retirèrent pour être assiégés dans le défilé d’Abû Tâlib. Ibn ‘Abd al-Barr l’a également mentionné dans sa biographie. À cette époque, Abû Lahab se sépara de sa propre famille et rejoignit les assiégeants. Les deux autres clans restants des Banû ‘Abd Manâf — les Banû ‘Abd Chams et les Banû Nawfal — abandonnèrent eux aussi leurs parents du côté de leur grand-mère et se joignirent aux ennemis qui imposaient le siège.
Ibn Hichâm, citant Ibn Ishâq, indique que le siège dura deux ou trois ans. Mais Ibn Sa‘d et Mûsâ ibn ‘Uqba affirment avec certitude qu’il dura trois ans. Pendant toute cette période, le siège imposé par les Quraychites se poursuivit avec une extrême rigueur. Ils furent encerclés de telle manière que toutes les voies par lesquelles des vivres et des boissons auraient pu leur parvenir furent bloquées. Mûsâ ibn ‘Uqba rapporte que, lorsqu’un marchand arrivait à La Mecque de l’extérieur, les Quraychites achetaient rapidement toutes ses marchandises afin que les assiégés ne puissent rien acheter. Abû Lahab disait aux marchands : « Demandez-leur des prix si élevés qu’ils ne puissent rien acheter ; ensuite, je vous achèterai tout cela et je ne vous laisserai subir aucune perte. » Ibn Sa‘d et al-Bayhaqî rapportent que la situation des assiégés devint telle que les pleurs des enfants affamés et assoiffés s’entendaient à l’extérieur du défilé d’Abû Tâlib. Ils ne sortaient que pendant la période du pèlerinage et demeuraient enfermés dans leur quartier jusqu’au pèlerinage suivant.
À cette époque, seuls Hakîm ibn Juzâm, le neveu de Khadîja (qu’Allah l’agrée), et Hichâm ibn ‘Amr al-‘Âmirî, le neveu de Nadla ibn Hâchim ibn ‘Abd Manâf, continuaient secrètement à s’acquitter de leurs devoirs envers leurs proches. Ibn Hichâm, citant Ibn Ishâq, rapporte qu’un jour Abû Jahl surprit Hakîm ibn Juzâm alors qu’il apportait des vivres à sa tante paternelle et lui dit : « Tu apportes donc de la nourriture aux Banû Hâchim ? Très bien. Je ne te laisserai pas partir avant de t’avoir humilié et couvert de honte dans toute La Mecque. » Sur ces entrefaites, Abû al-Bakhtarî ibn Hichâm — qui appartenait aux Banû Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ ibn Qusayy et était un proche parent de Khadîja (qu’Allah l’agrée) — arriva et demanda : « Que se passe-t-il ? » Abû Jahl répondit : « Il apporte de la nourriture aux Banû Hâchim. » Il lui dit : « Laisse-le. Il apporte à sa tante paternelle sa nourriture. Ne vas-tu pas laisser ses propres biens lui parvenir ? » Abû Jahl n’accepta pas. Une dispute et une rixe éclatèrent donc entre eux. Finalement, Abû al-Bakhtarî frappa Abû Jahl à la tête avec une mâchoire de chameau, lui ouvrant le crâne. Hamza (qu’Allah l’agrée) observait la scène. Les deux polythéistes mécréants, honteux, mirent alors fin à leur querelle afin que les Banû Hâchim ne s’en réjouissent pas. Au sujet de Hichâm ibn ‘Amr al-‘Âmirî, Ibn Hichâm cite le récit d’Ibn Ishâq selon lequel lui aussi continuait discrètement à se comporter avec bienveillance, comme un parent, envers les Banû Hâchim et les Banû al-Muttalib. Il procédait ainsi : durant la nuit, on chargeait des marchandises sur le dos d’un chameau, puis on le poussait à l’intérieur du défilé d’Abû Tâlib. Les assiégés capturaient le chameau, en déchargeaient les marchandises, puis le renvoyaient à l’extérieur. Les Quraychites le réprimandaient également, mais Abû Sufyân disait : « Laissez-le. Il ne fait que témoigner de la compassion envers ses proches. »
L’événement de la scission de la lune
Le siège se poursuivait avec rigueur. Cependant, comme nous l’avons dit dans le chapitre « L’appel public » (au début de ce volume), malgré cela, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne cessa pas un seul jour de transmettre le message, et personne n’avait le pouvoir de l’en empêcher. Deux ans à peine après le début du siège, le grand événement de la scission de la lune se produisit. Les mécréants de La Mecque le virent de leurs propres yeux. Les spécialistes du hadith et les exégètes sont unanimes : cet événement eut lieu cinq ans avant l’Hégire. Il se produisit à Mina. Le Coran le mentionne ainsi :
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L’Heure est proche et la lune s’est fendue. (Mais leur attitude est telle que), quel que soit le signe qu’ils voient, ils s’en détournent et disent : « C’est une magie habituelle. » (Al-Qamar : 1-2)
Certains rationalistes considèrent impossible la fragmentation d’un astre tel que la lune et donnent à ******************* le sens suivant : « La lune se fendra. » Si, au lieu de traduire « s’est fendue », on traduit « se fendra », le sens des deux versets devient incohérent. Dans le premier verset, la scission de la lune est présentée comme un signe de l’imminence de l’Heure. Si l’on considère qu’elle doit se produire dans l’avenir, comment la fente de la lune pourrait-elle être comptée parmi les signes de l’imminence de l’Heure ? En outre, si l’on adopte ce sens, le verset suivant devient totalement dépourvu de sens : il y est dit que ces gens sont si obstinés que, quel que soit le signe qu’ils voient, ils s’en détournent et le considèrent comme une manifestation extraordinaire de la magie. Le contexte précédent et suivant confirme le sens de ***************** : à cette époque, la lune s’était réellement fendue. Les récits fiables du hadith attestent également la véracité de ce sens. (Ajout de l’auteur.)
Les récits de la scission de la lune ont été rapportés par Boukhari, Tirmidhi, Ahmad, Abou Awâna, Abou Dâwoud, Tayalissi, Abd ar-Razzâq, Ibn Jarîr, Bayhaqî, Tabarânî, Ibn Mardûyah et Abou Nu‘aym. Ils les ont transmis par plusieurs chaînes de transmission, d’après ‘Abdallah ibn ‘Umar (r.a.), ‘Abdallah ibn Mas‘ûd (r.a.), Hudhayfa ibn al-Yamân (r.a.), Anas ibn Mâlik (r.a.) et Jubayr ibn Mut‘im (r.a.). Parmi eux, trois illustres Compagnons — ‘Abdallah ibn Mas‘ûd (r.a.), Hudhayfa (r.a.) et Jubayr ibn Mut‘im (r.a.) — ont expliqué et détaillé qu’ils avaient été témoins oculaires de cet événement.
En rassemblant tous les récits, on obtient le compte rendu détaillé suivant : l’événement eut lieu environ cinq ans avant l’Hégire. C’était la nuit du quatorzième jour du mois lunaire. La lune venait à peine de se lever lorsqu’elle se fendit soudainement en deux : une partie apparut d’un côté de la montagne située en face, et l’autre de l’autre côté. Cet état ne dura qu’un instant, puis les deux parties se réunirent. Le Prophète (s.a.s.) se trouvait alors à Mina. Il dit aux gens : « Regardez et soyez témoins. » Les mécréants dirent : « Muhammad (s.a.s.) peut certes nous ensorceler, mais il ne peut pas ensorceler tout le monde. Laissons venir les gens de l’extérieur. Nous leur demanderons s’ils ont eux aussi observé cet événement. » Lorsque quelques personnes venues de l’extérieur arrivèrent, elles témoignèrent avoir également vu cette scène.
Certains récits rapportés d’Anas (r.a.) ont donné naissance à l’idée erronée que la lune se serait fendue non pas une fois, mais deux fois. Premièrement, aucun des Compagnons n’a affirmé cela. Deuxièmement, dans certains récits rapportés par Anas (r.a.) lui-même, on trouve les mots « deux fois » et l’expression « en deux parties ». Troisièmement, le Coran ne parle que d’une seule scission de la lune. La conclusion correcte est donc que cet événement ne s’est produit qu’une seule fois. Quant au récit répandu selon lequel la lune se serait divisée en deux sur un geste du doigt du Prophète (s.a.s.), qu’une moitié serait entrée dans son vêtement et serait ressortie par une manche, il est totalement dépourvu de fondement.
La question est maintenant de savoir quelle fut la véritable nature de cet événement. Était-ce un miracle que le Messager d’Allah (s.a.s.) avait montré à La Mecque face aux mécréants comme preuve de sa mission prophétique ? Ou bien était-ce un phénomène qui s’était produit dans la lune par la puissance d’Allah, Celui-ci ayant attiré à cette fin l’attention des gens sur elle afin d’en faire un signe de la possibilité de la Résurrection et de sa proximité ? Un grand nombre de savants l’incluent parmi les miracles du Prophète (s.a.s.). Selon eux, ce miracle fut accompli pour répondre à la demande des mécréants. Mais cette opinion provient de certains récits rapportés d’Anas (r.a.) ; aucun autre Compagnon ne l’a affirmée. Dans le Fath al-Bârî, Ibn Hajar dit que, parmi toutes les versions de ce récit, il n’a trouvé, en dehors du hadith d’Anas (r.a.), aucune mention du fait que la scission de la lune aurait eu lieu à la suite de la demande des polythéistes. Abou Nu‘aym al-Isfahânî a rapporté à ce sujet, dans Dalâ’il an-Nubuwwa, un récit attribué à Ibn ‘Abbâs (r.a.), mais sa chaîne de transmission est faible. Dans les recueils de hadiths, aucune des traditions rapportées d’Ibn ‘Abbâs (r.a.) par une chaîne fiable ne mentionne ce point. De plus, ni Anas (r.a.) ni ‘Abdallah ibn ‘Abbâs (r.a.) n’étaient contemporains de cet événement. En revanche, parmi les Compagnons qui étaient présents à cette époque — tels que ‘Abdallah ibn Mas‘ûd (r.a.), Hudhayfa (r.a.), Jubayr ibn Mut‘im (r.a.), ‘Alî (r.a.) et ‘Abdallah ibn ‘Umar (r.a.) — aucun n’a affirmé que les polythéistes de La Mecque avaient demandé un signe attestant la véracité du Prophète (s.a.s.) et que le miracle de la scission de la lune leur avait alors été montré. Le point le plus important est que le Saint Coran lui-même présente cet événement non comme un signe de la mission de Muhammad, mais comme un signe de l’imminence de la Résurrection. Cela constituait certes, sous un autre aspect, une preuve manifeste de la véracité du Prophète (s.a.s.), puisque cet événement confirmait la nouvelle qu’il avait annoncée aux gens au sujet de la venue de la Résurrection.
Les adversaires soulèvent deux sortes d’objections à ce sujet. Premièrement, selon eux, il serait absolument impossible qu’un astre aussi immense que la lune se fende en deux, qu’une partie se sépare de l’autre, qu’après s’être éloignées de plusieurs centaines de kilomètres elles se réunissent de nouveau. Deuxièmement, ils disent que, si cela s’était produit, l’événement serait devenu célèbre dans le monde entier, aurait été mentionné dans les livres d’histoire et dans les ouvrages d’astronomie. En réalité, ces deux objections sont sans importance. Dans le passé, on pouvait peut-être discuter de la possibilité d’un tel phénomène. Mais, compte tenu des connaissances acquises à l’époque moderne sur la structure des astres, il est tout à fait possible qu’un astre se fende sous l’effet d’une éruption interne, puis que ses deux parties, projetées très loin par cette terrible éruption, se réunissent de nouveau sous l’effet de la force magnétique de leur propre centre. Reste la seconde objection. Elle est sans importance, car l’événement ne se produisit pas pendant une longue période. Il n’y eut aucun bruit d’explosion susceptible d’attirer l’attention des gens. Aucune annonce préalable n’avait été faite pour que les hommes regardent le ciel. Il n’était d’ailleurs pas possible de l’observer dans le monde entier ; la lune ne s’était alors levée que dans les régions d’Arabie et dans les pays situés à l’est. À cette époque, l’intérêt pour l’écriture de l’histoire et le niveau de développement de cette discipline n’étaient pas tels que ceux qui avaient vu le phénomène dans les pays orientaux l’auraient consigné par écrit, puis que ces témoignages auraient été réunis auprès d’un historien et cités dans un ouvrage historique. Pourtant, l’histoire du Malabar mentionne qu’un roi de cette région observa la scène cette nuit-là. Reste la question de l’astronomie et des calendriers. Un phénomène n’aurait été mentionné dans les ouvrages d’astronomie ou les calendriers que s’il avait entraîné une différence dans le mouvement de la lune, son parcours orbital ou ses heures de lever et de coucher. Aucune irrégularité de ce genre ne s’étant produite, elle n’attira pas l’attention des astronomes de l’Antiquité. À cette époque, les télescopes n’étaient pas non plus suffisamment perfectionnés pour qu’un événement survenu dans les hauteurs du ciel soit immédiatement enregistré et conservé. (Tafhîm, vol. 5 — al-Qamar, note 1.)
Comment le blocus prit fin
Bien que les chefs fanatiques et obstinés des mécréants de La Mecque aient, sous l’effet d’une colère passagère, assiégé deux grandes familles parmi les autres familles de la ville, il n’y avait à La Mecque aucune famille qui n’eût des liens de parenté avec les Banû Hâshim et les Banû al-Muttalib. Dès le début, le blocus de leurs propres frères et proches fut donc insupportable à beaucoup de gens. Plus le blocus se prolongeait, plus leur ressentiment à son encontre grandissait. En effet, les Banû Hâshim et les Banû al-Muttalib étaient tombés dans la famine. Les pleurs et les lamentations de leurs enfants s’entendaient dans les quartiers voisins. Leurs proches qui résidaient à proximité, dans les autres familles, étaient bouleversés en entendant toutes ces plaintes et ces cris de détresse. Mûsâ ibn ‘Uqba dit qu’à la fin de la troisième année, les Banû ‘Abd Manâf, les Banû Qusayy et ceux dont les filles avaient épousé des membres des Banû Hâshim commencèrent à se reprocher mutuellement leur conduite et déclarèrent ouvertement : « Nous avons commis le crime de rompre ces liens de parenté. Par cette attitude, nous avons porté atteinte aux droits de la famille. »
At-Tabari et Ibn Hicham, citant Ishaq, et al-Baladhuri, citant al-Waqidi, rapportent que Hicham ibn Amr al-Amiri finit par prendre en charge cette entreprise et déclara qu’il ne s’arrêterait qu’après avoir mis fin à ce blocus. Il rencontra tout d’abord Zubayr ibn Abi Umayya, le chef des Banu Makhzum, qui était le frère de dame Umm Salama et le fils d’Atika bint Abd al-Muttalib, la tante paternelle du Prophète. Il lui dit : « Ô Zubayr ! Trouves-tu agréable de manger et de boire tranquillement, de te marier, tandis que les membres de ta famille du côté de ton grand-père maternel meurent de faim ? Leurs relations commerciales et matrimoniales seront rompues ? Par Dieu, si cette situation concernait Abou Jahl et que tu lui demandais de traiter les membres de sa famille maternelle comme il t’a demandé de traiter ceux de ta famille maternelle, il ne l’aurait jamais fait. » Zubayr répondit : « Hicham, que puis-je faire à moi seul ? Si quelqu’un d’autre nous prêtait assistance, je ne renoncerais pas avant d’avoir déchiré le document du blocus. » Hicham dit : « Je suis déjà avec toi. » Zubayr répondit : « Cherche encore quelqu’un. »
Hicham rencontra ensuite Mut‘im ibn Adi, le chef des Banu Nawfal ibn Abd Manaf. Il lui dit : « Ô Mut‘im ! Es-tu satisfait de voir deux familles des Banu Abd Manaf anéanties tandis que tu restes spectateur ? Si, au sujet de ces familles, tu aides les Quraysh et les laisses ainsi les éliminer, un jour viendra bientôt où tu connaîtras toi aussi cette situation. » Il répondit : « Que puis-je faire seul ? Trouve quelqu’un d’autre et associe-le à nous. » Hicham dit : « Il y a déjà moi, et le deuxième est Zubayr ibn Abi Umayya. » Mut‘im répondit : « Cherche encore quelqu’un. »
Hicham rencontra ensuite Abou al-Bakhtari, As ibn Hicham, le chef des Banu Asad ibn Abd al-Uzza, et lui tint les mêmes propos que ceux adressés par Mut‘im. Il demanda : « Y a-t-il encore quelqu’un qui se tiendra avec nous ? » Hicham répondit : « Il y a moi, Zubayr ibn Abi Umayya et Mut‘im ibn Adi. » Il dit : « C’est bon, trouve encore quelqu’un. » Hicham s’entretint alors avec Zam‘a ibn al-Aswad ibn al-Muttalib. Celui-ci comptait parmi les chefs des Banu Asad ibn Abd al-Uzza, et il fut également convaincu de participer à cette entreprise.
Ces cinq hommes — Hicham, Zubayr, Mut‘im, Abou al-Bakhtari et Zam‘a — se réunirent ensuite à Hajun, sur les hauteurs de La Mecque, et décidèrent de la manière dont ils pourraient tenter de détruire le document du blocus. Zubayr dit : « Je prendrai la parole le premier et vous me soutiendrez. » Le lendemain matin, ils se dirigèrent vers l’assemblée des Quraysh. Zubayr accomplit sept circumambulations autour de la Kaaba, puis s’adressa aux habitants de La Mecque : « Ô Mecquois ! Allons-nous manger et vivre dans l’aisance tandis que les Banu Hicham périssent ? Nous ne pouvons ni leur acheter quoi que ce soit ni leur vendre quoi que ce soit. Par Dieu, je ne m’assiérai pas avant que le document du blocus ne soit déchiré. »
Abou Jahl se leva et dit : « Tu mens ; il ne sera jamais déchiré. » Zam‘a dit : « Par Dieu, c’est toi le plus grand menteur. Même lorsque ce document fut rédigé, nous n’y étions pas favorables. » Abou al-Bakhtari appuya ses paroles : « Zam‘a a raison. Nous n’étions nullement d’accord avec ce qui a été écrit dans ce document et nous ne le reconnaissons pas. » Mut‘im ibn Adi dit : « Vous avez tous deux dit la vérité, et c’est celui qui parle autrement qui ment. Nous nous déclarons désengagés devant Dieu de toute responsabilité concernant ce document et ce qui y est écrit. » Hicham ibn Amr approuva également. Abou Jahl dit : « C’est un complot ourdi de nuit dans quelque endroit. »
Une manifestation merveilleuse de la toute-puissance d’Allah
Ibn Sa‘d, Ibn Hicham et al-Baladhuri rapportent qu’il fut révélé au Messager d’Allah que les termites avaient dévoré tout ce qui avait été écrit dans le document de rupture des relations au sujet de l’injustice, de l’oppression et de la rupture des liens de parenté, et qu’il ne restait plus que le nom d’Allah.
Le récit d’Ibn Ishaq, de Musa ibn Uqba et d’Urwa est contraire à celui-ci : les termites auraient dévoré l’endroit où se trouvait le nom d’Allah, tandis que les mentions de l’injustice, de l’oppression et autres seraient restées intactes. Mais cette version ne paraît pas acceptable. La vérité est donc celle rapportée par Ibn Sa‘d, al-Baladhuri et Ibn Hicham. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — en informa son oncle Abou Talib. Celui-ci demanda : « Ton Seigneur t’en a-t-il informé ? » Le Prophète répondit : « Oui. » Abou Talib en parla à ses frères. Ils demandèrent : « Quel est ton avis ? » Abou Talib répondit : « Par Dieu, Muhammad ne nous a jamais menti. »
Alors Abou Talib demanda : « Que faut-il faire maintenant ? » Le Prophète (ﷺ) répondit : « À mon avis, revêtez vos plus beaux vêtements, allez trouver les Quraychites et dites-leur ceci. » Ils sortirent donc tous et se rendirent dans le Hijr, où les notables des Quraychites s’étaient réunis. En les voyant arriver, tous tournèrent leurs regards vers eux et se demandèrent finalement ce qu’ils allaient dire.
Bien que les historiens n’en aient donné aucune explication ni analyse, si l’on rapproche le récit précédent de celui-ci, il apparaît clairement qu’Abou Talib et ses compagnons arrivèrent dans le Haram précisément au moment où Zubayr et ses compagnons débattaient avec Abou Jahl, tandis que les chefs quraychites réfléchissaient à cette controverse. Dès qu’Abou Talib arriva, il s’adressa à tous en ces termes : « Nous sommes venus avec une affaire ; que celui d’entre vous qui estime avoir raison y réponde. »
Les chefs quraychites dirent : « Bienvenue, ahlan wa sahlan ! Nous avons ce qui vous satisfera. Dites donc, que désirez-vous ? » Abou Talib répondit : « Mon neveu m’a informé de cette affaire et, par Dieu, il n’a jamais menti. Faites donc apporter ce pacte et vérifiez-le. Si les paroles de mon neveu sont véridiques, cessez de rompre nos liens avec nous et effacez ce qui y est écrit. Mais si ses paroles sont fausses, je vous le livrerai. Vous pourrez alors, selon votre bon vouloir, le tuer ou le laisser en vie. » Ils dirent : « Vous avez parlé avec équité. »
Puis on apporta le pacte et, lorsqu’on l’ouvrit, on constata que les paroles qu’Allah avait révélées à Son Messager étaient bien véridiques. Ainsi, toutes les machinations des mécréants quraychites échouèrent et ils furent humiliés. Abou Talib dit : « Il vous est maintenant clairement apparu que c’est vous qui êtes responsables de cette injustice, de cette oppression et de cette rupture des liens. Pour quel crime resterons-nous donc assiégés ? » Ensuite, Abou Talib se rendit avec ses compagnons derrière le rideau de la Kaaba, s’adossa au mur de la Maison sacrée et invoqua ainsi : « Ô Seigneur ! Aide-nous contre ceux qui nous ont fait subir l’injustice, ont rompu leurs liens de parenté avec nous et se sont autorisés à notre égard ce que Tu leur avais interdit de faire envers nous. » Après cela, il repartit avec ses compagnons vers leur vallée. Dès leur départ, nombre de Quraychites blâmèrent les injustices et les persécutions infligées aux Banû Hachim. Parmi eux figuraient notamment Mut‘im ibn ‘Adi, ‘Adi ibn Qays, Zam‘a ibn al-Aswad, Abou al-Bakhtari ibn Hachim et Zubayr ibn Abou Oumayya. Puis ces hommes, armés, se rendirent à la vallée d’Abou Talib et dirent aux Banû Hachim et aux Banû al-Muttalib : « Retournez maintenant chacun dans votre maison et allez-y vivre. »
Ibn Sa‘d, al-Baladhuri, Ibn ‘Abd al-Barr et d’autres rapportent que ce siège prit fin au cours de la dixième année de la mission prophétique.
Le décès de Khadija (qu’Allah l’agrée) et d’Abou Talib
Après la fin du siège, la joie et la sérénité que le Prophète (ﷺ) avait retrouvées se transformèrent en tristesse à la suite de deux événements douloureux successifs. La mort de son oncle Abou Talib, son principal soutien et protecteur, ainsi que celle de la très fidèle dame Khadija (qu’Allah l’agrée), qui le réconfortait dans l’épreuve, le plongèrent dans une profonde affliction. Ces deux événements douloureux eurent lieu au cours de la dixième année de la mission prophétique, l’année même où le siège prit fin.
Certains historiens ont affirmé que Khadija (qu’Allah l’agrée) mourut avant Abou Talib. Al-Waqidi dit que ce fut trente-cinq jours auparavant. Cependant, l’opinion la plus répandue et la plus fiable est qu’Abou Talib mourut le premier et que Khadija (qu’Allah l’agrée) décéda peu de temps après. Al-Bayhaqi et Ibn Hicham rapportent, d’après le bref récit de Muhammad ibn Ishaq, que tous deux moururent la même année, trois ans avant l’Hégire.
Ibn Abd al-Barr dit qu’Abou Talib mourut six mois après la sortie de Shi‘b. Trois jours plus tard, Khadija (r.a.) décéda. Ibn Sa‘d dit qu’Abou Talib mourut au mois de chawwal de la dixième année de la mission prophétique. Il avait alors quatre-vingts ans. Khadija (r.a.) mourut un mois et cinq jours plus tard. Elle avait alors soixante-cinq ans. Ibn Athir situe la mort d’Abou Talib à la dixième année de la mission prophétique, au mois de chawwal ou de dhou al-qi‘da. Parmi les différentes versions, celle qui a été privilégiée est que l’intervalle entre le décès d’Abou Talib et celui de Khadija (r.a.) ne fut que de trente-cinq jours. Hafiz Abou al-Faraj Ibn al-Jawzi dit que cinq jours les séparèrent, tandis que Qutayba parle de trois jours. Al-Mu’ahhib al-Dunniyya de Qastallani rapporte : la vérité est que Khadija mourut au mois de Ramadan, durant la dixième année de la mission prophétique. Baladhuri, citant Hakim ibn Hizam, indique comme date du décès le 10 Ramadan de la dixième année de la mission prophétique.
Les persécutions des mécréants contre les musulmans
Le Prophète (s) appelait cette année l’année de la tristesse. Après ces deux événements tragiques, une montagne de chagrin et de douleur s’abattit sur le Prophète (s). D’autre part, les Qurayshites, constatant soudain qu’il n’avait plus de protecteur, devinrent très audacieux. Ils commencèrent alors à lui infliger les sévices et les persécutions qu’ils n’osaient pas lui faire subir du vivant d’Abou Talib. Bayhaqi, citant le récit d’Urwa ibn al-Zubayr, rapporte que le Prophète (s) a dit : « Jusqu’à la mort d’Abou Talib, les Qurayshites étaient lâches. » Hakim rapporte également ce même récit d’Urwa ibn al-Zubayr, d’après Aïcha (r.a.), dans ces termes : elle avait entendu le Prophète (s) prononcer ces paroles.
Ibn Ishaq cite, d’après Urwa ibn al-Zubayr, un exemple de l’audace croissante des Qurayshites : un jour, un homme des Qurayshites jeta de la terre sur la tête du Prophète (s) au marché, et celui-ci rentra chez lui dans cet état. Une de ses filles lui lavait la tête en pleurant. Pour la consoler, le Prophète (s) lui disait : « Ma fille, ne pleure pas ; Allah est le soutien de ton père. »
L’imam Bukhari a rapporté en différents endroits, dans le Kitab al-Taharat, le Kitab al-Jizya, le Kitab al-Jihad et le Kitab al-Maghazi, ce récit d’après Abd Allah ibn Mas‘ud (r.a.) : un jour, le Prophète (s) priait près de la Kaaba. Les Qurayshites étaient assis dans leurs assemblées respectives. L’un d’eux — selon l’explication donnée dans le récit de Muslim, il s’agissait d’Abou Jahl — dit : « Qui parmi vous ira chercher dans telle maison le panier contenant les entrailles et le sang d’un chameau égorgé, puis le déposera sur son dos pendant qu’il sera prosterné ? » Alors le plus pervers et le plus immoral d’entre eux, ‘Uqba ibn Abi Mu‘ayt, se leva, apporta ces immondices et les déposa sur le dos du Prophète (s), ou entre ses deux épaules, alors qu’il était prosterné. Sous leur poids, le Prophète (s) resta prosterné et ne put relever la tête. En voyant cela, les Qurayshites se mirent à rire aux éclats, au point de tomber les uns sur les autres. Entre-temps, quelqu’un alla annoncer la nouvelle à la maison du Prophète (s). Fatima (r.a.) l’apprit, accourut et retira ces immondices en les tirant peu à peu. Puis elle réprimanda sévèrement les Qurayshites et invoqua la malédiction contre ceux qui avaient commis cet acte. Hafiz Bazzar ajoute que nul parmi les mécréants qurayshites ne dit le moindre mot à Fatima (r.a.). Après la prière, le Prophète (s) dit : « Ô Dieu, tranche entre Toi et les Qurayshites ! » Certains disent qu’il répéta cette parole deux fois, d’autres trois fois. Selon le récit de Bukhari, les Qurayshites trouvèrent cette invocation du Prophète (s) extrêmement pénible. Muslim rapporte que ses paroles mirent fin à leurs rires et que son invocation les remplit de crainte et d’effroi. Abd Allah ibn Mas‘ud dit ensuite que le Prophète (s) maudit nommément Abou Jahl, ‘Utba ibn Rabi‘a, Shayba ibn Rabi‘a, Walid ibn ‘Utba ibn Rabi‘a, Umayya ibn Khalaf, ‘Uqba ibn Abi Mu‘ayt et ‘Umara ibn Walid. Ce hadith a été rapporté, outre par Bukhari et Muslim, par l’imam Ahmad, Nasaï, Bazzar, Tabarani, Abou Dawud Tayalisi et d’autres. Dans le récit de Tayalisi, on rapporte également cette parole d’Abd Allah ibn Mas‘ud (r.a.) : hormis ce jour-là, il ne l’entendit jamais invoquer la malédiction contre eux.
Bien que les muhaddiths qui ont transmis ce hadith n’aient pas précisé à quelle époque l’événement s’était produit, il contient des éléments permettant de situer cette époque avec une assez grande précision. En effet, alors que le Prophète (s) était prosterné, on lui avait placé sur le dos les entrailles d’une chamelle ; lorsque la nouvelle parvint à Fatima (r.a.), elle accourut et retira, en les tirant, ces entrailles de la tête de son père. À son sujet, Ibn Abd al-Barr mentionne dans l’Isti‘ab qu’au moment de sa naissance, le Prophète (s) avait quarante et un ans. Al-Zurqani considère cette affirmation comme exacte dans son commentaire d’Al-Mawahib. Il est donc certain qu’au moment de cet événement, Fatima devait avoir environ neuf ans. En effet, il aurait été très difficile pour une fille plus jeune de retirer les entrailles d’une chamelle. Nous pensons donc que les mécréants commirent cette sottise à l’époque où Khadija (r.a.) et Abou Talib étaient déjà décédés.
Les dernières recommandations d’Abou Talib
L’érudit Qastallani rapporte dans Al-Mawahib al-Ladunniyya, et l’érudit Zurqani dans son commentaire, citant Hisham ibn Muhammad ibn al-Saïb al-Kalbi, qu’au dernier moment d’Abou Talib, les chefs des Qurayshites vinrent lui rendre visite. Après leur avoir exposé les qualités et la grandeur des Qurayshites, il leur dit : « Veillez à préserver l’honneur de cette Maison sacrée de la Kaaba. C’est ainsi que vous obtiendrez l’agrément du Seigneur. Rendez à vos proches les droits qui leur reviennent. Ne vous livrez pas les uns envers les autres à des excès et ne lésez pas vos droits mutuels. Répondez à l’invitation de celui qui appelle les gens à Dieu. Comblez les besoins de celui qui demande de l’aide. Adoptez la sincérité et la loyauté. » À ce propos, il leur dit : « Je vous recommande de bien vous comporter envers Muhammad (s), car il est l’homme digne de confiance parmi les Qurayshites et le plus véridique de toute l’Arabie. Il possède toutes les qualités que je viens de vous mentionner. Il a apporté une chose que les cœurs désirent, mais que les gens renient de vive voix par crainte de l’hostilité. Par Dieu, j’ai l’impression de voir de mes propres yeux les démunis de l’Arabie et les faibles de toutes parts s’avancer, accepter son appel et proclamer la vérité de sa parole. Ils renforceront son œuvre, et lui s’élancera avec eux dans des contrées semées de périls. Quant aux chefs des Qurayshites, ils resteront assis, la queue entre les jambes. »
Ibn Sa‘d rapporte qu’au moment de mourir, Abou Talib recommanda ainsi ses enfants : « Tant que vous écouterez Muhammad (s) et lui obéirez, vous serez toujours dans le bien. Obéissez-lui donc et soutenez-le ; vous serez alors sur la voie droite. »
Le Prophète (s) dit : « Mon oncle, vous leur avez certes prodigué des conseils, mais pourquoi vous en excluez-vous vous-même ? »
Il répondit : « Mais je ne veux pas qu’au moment de mourir, pris de panique, je sois considéré comme ayant dévié du droit chemin, ni que les Quraysh disent qu’Abou Talib, après avoir rejeté cette religion durant sa vie, l’a adoptée dans la panique de sa mort. »
Ibn Sa‘d rapporte, d’après l’imam Muhammad ibn Sirin, qu’au moment où Abou Talib rendit l’âme, il appela le Prophète (s) et lui dit : « Après ma mort, pars à Médine auprès de la famille de ton grand-père maternel, les Banou Najjar. Car ils sont très rigoureux lorsqu’il s’agit de protéger les membres de leur propre famille. »
Ces recommandations permettent de mesurer à quel point Abou Talib était un homme sage et clairvoyant : trois ans avant l’Hégire, l’opinion qu’il avait exprimée au sujet de Médine finit par se réaliser. Pourtant, à cette époque, personne n’aurait pu imaginer que Médine deviendrait une cité prête à sacrifier sa vie pour l’islam et le Prophète Muhammad (s), ni que le Prophète (s) y acquérirait ensuite une puissance qui soumettrait toute l’Arabie. Ainsi, tout ce qu’il avait alors dit aux chefs qurayshites se réalisa, à la lettre, quelques années plus tard. D’autres hommes tirèrent profit du soutien qu’ils apportèrent au Prophète (s), tandis que ces chefs qurayshites furent relégués au dernier rang. Ibn Abd al-Barr rapporte dans son Isti‘ab un épisode du règne de ‘Umar (ra). Un jour, les chefs qurayshites — parmi lesquels se distinguaient Souhayl ibn ‘Amr et Abou Soufyan — étaient assis à l’extérieur, attendant l’autorisation de rencontrer l’Amir al-Mu’minin. À ce moment-là, Bilal (ra), Souhayb (ra) et d’autres compagnons de Badr furent invités à entrer. Abou Soufyan dit alors à ses compagnons sur un ton de reproche : « Est-ce le moment où nos hommes doivent rester dehors tandis que des esclaves sont invités à entrer ? » Souhayl ibn ‘Amr lui répondit : « Adressez plutôt ce reproche à vous-mêmes. Lorsque l’appel à l’islam fut lancé, ils avancèrent, tandis que vous restâtes en arrière. »
Abou Lahab s’avança pour soutenir le Prophète (s), puis fit marche arrière.
Ibn Sa‘d rapporte que, lorsque les persécutions infligées au Prophète (s) à La Mecque atteignirent leur paroxysme, Abou Lahab vint un jour le trouver et lui dit : « Ô Muhammad ! Continue à faire ce que tu veux. Continue à faire ce que tu faisais du vivant d’Abou Talib. Par Lat et ‘Uzza, tant que je serai vivant, personne ne pourra porter la main sur toi. »
Puis le Prophète (s) sortit de chez lui, et Ibn al-Ghaytala se mit à l’insulter sur la place du marché [le véritable nom de cet homme était al-Harith ibn Qays ‘Adiyy al-Sahmi. L’épouse de Qays ibn ‘Adiyy était une prostituée nommée Ghaytala, de la tribu des Banu Murra. Tous ses enfants étaient appelés les Ghayatila — l’auteur]. Abou Lahab sortit alors de chez lui et réprimanda Ibn al-Ghaytala. Celui-ci s’enfuit en criant : « Ô gens de Quraysh, sachez-le : Abou ‘Utba lui aussi a abandonné la religion de ses ancêtres ! » En entendant ce tumulte, les gens s’approchèrent d’Abou Lahab et lui demandèrent ce qui se passait. Il répondit : « Je n’ai pas abandonné la religion d’Abd al-Muttalib. Mais désormais, je vais soutenir le fils de mon frère, car il n’a plus aucun protecteur. » Les chefs qurayshites lui dirent : « Tu as bien agi en te préparant à remplir ton devoir de parenté. » Le Prophète (s) demeura alors en sécurité pendant quelque temps, et les gens, par égard pour Abou Lahab, cessèrent de le tourmenter. Finalement, un jour, Abou Jahl et ‘Utba ibn Abi Mu‘ayt se concertèrent, puis vinrent trouver Abou Lahab et lui dirent : « Demande donc à ton neveu où iront son grand-père et ton père, Abd al-Muttalib. » Lorsqu’Abou Lahab posa cette question au Prophète (s), celui-ci répondit : « Il ira là où ira son peuple, et j’irai moi aussi là-bas. » Abou Lahab rapporta cette réponse du Prophète (s) à ses amis. Ils lui dirent : « Eh bien, as-tu compris ? Cela signifie que ton père aussi ira en Enfer. »
Abou Lahab vint interroger le Prophète (S) : « Ô Muhammad ! ʿAbd al-Muttalib ira-t-il en Enfer ? » Il répondit : « Oui. Et quiconque mourra en professant la même religion que celle sur laquelle ʿAbd al-Muttalib est mort ira en Enfer. » Dès qu’il entendit cela, Abou Lahab se mit en colère et s’écria brusquement : « Par Dieu, je serai toujours ton ennemi. Tu prétends donc que ʿAbd al-Muttalib est voué à l’Enfer ? »
Ainsi, l’ennemi de Dieu, qui avait été pendant quelque temps un défenseur de la vérité, retourna à sa position fondamentale.
Le mariage avec Sawda (r.a.)
Après le décès de Khadija (r.a.), le Prophète (S) se trouva confronté à un problème embarrassant : il ne restait à la maison que ses jeunes filles, Oumm Koulthoum (r.a.) et Fatima (r.a.). Personne ne pouvait s’occuper d’elles. Or, lorsqu’en cette période critique il devait sortir de chez lui pour s’acquitter de la mission de la prophétie, ses deux filles demeuraient sans soutien. C’est pourquoi, quelques jours après le décès de Khadija (r.a.), il épousa Sawda bint Zamʿa. [Ibn Saʿd rapporte, d’après al-Waqidi, que ce mariage eut lieu au mois de Ramadan de la dixième année de la prophétie. Al-Qastallani, dans Mawahib al-Ladunniyya, affirme que Khadija (r.a.) mourut au mois de Ramadan et que le mariage avec Sawda (r.a.) eut lieu au mois de Shawwal. — L’auteur.] C’était une femme d’un âge avancé, particulièrement apte à veiller sur les filles. Elle appartenait à la tribu des Banou ʿAmir ibn Louʾayy. Son premier mari, Sakran ibn ʿAmr, était son cousin ainsi que le frère de Souhayl ibn ʿAmr. Tous deux furent parmi les premiers musulmans et participèrent à la deuxième émigration en Abyssinie. Moussa ibn ʿOqba et Abou Maʿshar affirment que Sakran (r.a.) mourut en Abyssinie. Mais Muhammad ibn Ishaq et al-Waqidi rapportent qu’il revint de l’Abyssinie à La Mecque et y mourut. [Al-Tabari et Ibn Kathir ont écrit dans leurs histoires qu’il repartit de La Mecque pour l’Abyssinie et y mourut chrétien. Cependant, al-Baladhuri a retenu comme véridique le récit d’Ibn Ishaq et d’al-Waqidi. Asir lui-même explique dans son ouvrage Usd al-Ghaba qu’il resta musulman jusqu’à sa mort. Hafiz Ibn Hajar a écrit « qu’Allah l’agrée » après son nom dans al-Isaba. — L’auteur.] Dans le récit d’Ibn Saʿd rapporté d’après al-Waqidi, il est mentionné que, lorsque le Prophète (S) lui demanda sa main, elle répondit : « Vous avez autorité pour prendre toute décision à mon sujet. » Le Prophète (S) lui fit alors dire de désigner quelqu’un qui, de sa part, célébrerait son mariage avec lui. Elle désigna à cette fin Hatib ibn ʿAmr, frère de Souhayl ibn ʿAmr et l’un des premiers musulmans, qui la maria au Prophète (S).
La plupart des récits indiquent qu’après Khadija (r.a.), elle fut la première femme à épouser le Prophète, et que ce mariage eut lieu avant celui avec Aïcha (r.a.). Ibn ʿAbd al-Barr, Qatada, Abou ʿUbayda et l’imam Zuhri l’ont également affirmé en le rapportant de leurs sources. Ibn Saʿd en a donné la même explication. Ibn Ishaq rapporte, d’après ʿAli ibn Husayn (r.a.), que la première femme que le Prophète épousa après Khadija (r.a.) fut Sawda bint Zamʿa (r.a.).
Le mariage avec Aïcha (r.a.)
Cependant, l’imam Ahmad, al-Tabarani, Ibn Jarir al-Tabari et al-Bayhaqi ont rapporté un récit détaillé qui va en sens contraire. Il y est mentionné qu’après le décès de Khadija (r.a.), Khawla bint Hakim al-Sulamiyya, l’épouse de ʿUthman ibn Maʿun, se rendit auprès du Prophète et lui demanda : « Ô Messager de Dieu, ne vous remariez-vous pas ? » Il répondit : « Qui épouserai-je ? » Khawla dit : « Si vous désirez une vierge, vous pouvez en trouver une ; et si vous désirez une veuve, vous pouvez également en trouver une. » Le Prophète (S) demanda : « Qui est la vierge ? » Elle répondit : « La fille de l’homme que vous aimez le plus parmi toute la création, c’est-à-dire Aïcha bint Abi Bakr (r.a.). » Le Prophète (S) demanda ensuite : « Et qui est la veuve ? » Elle répondit : « Sawda bint Zamʿa, qui a cru en vous et vous a également obéi. » Le Prophète (S) lui dit : « Va parler aux deux familles. »
Elle se rendit d’abord auprès d’Abou Bakr (r.a.) et dit à son épouse, Oumm Rouman : « Quels bienfaits et quelles bénédictions Dieu vous a accordés ! »
Elle dit : « Qu’est-ce donc ? »
Khawla dit : « Le Messager de Dieu (s) m’a envoyée vous demander Aïcha (ra) en mariage. » Oumm Roumân dit : « Attendez qu’Abou Bakr arrive. » Lorsque le vénérable Abou Bakr (ra) arriva, Oumm Roumân lui dit : « Voyez quel bien et quelle bénédiction Dieu vous a accordés ! » Il demanda : « Qu’est-ce donc ? » Oumm Roumân répondit : « Le Messager de Dieu (s) m’a fait parvenir une demande en mariage pour Aïcha (ra). » Il demanda : « Est-elle licite pour lui ? N’est-elle pas sa nièce ? »
Khawla se rendit auprès du Prophète (s) et lui rapporta ces paroles. Il dit : « Dis-lui : il est mon frère en religion ; sa fille m’est licite. » Khawla rapporta cette réponse au vénérable Abou Bakr (ra). Il dit : « Attendez un peu. » Sur ces mots, il partit.
Oumm Roumân dit à Khawla : « Mot‘im ibn Adî avait demandé Aïcha pour son fils. Par Dieu, Abou Bakr n’a jamais manqué à une promesse faite à quelqu’un. » Sur ces entrefaites, Abou Bakr (ra) se rendit chez Mot‘im. Sa femme, dont le fils avait fait demander Aïcha en mariage, était assise auprès de lui. Elle dit : « Abou Bakr, nous craignons que, si nous marions notre fils dans votre famille, vous ne le détourniez de sa religion. » Le vénérable Abou Bakr (ra) demanda à Mot‘im : « Est-ce également ce que dit votre épouse ? » Il répondit : « Elle ne dit effectivement que cela. » Après avoir entendu cette réponse, Abou Bakr (ra) sortit de chez lui, et Dieu le délivra de la difficulté dans laquelle il s’était trouvé en raison de la promesse faite à Mot‘im. Puis il dit à Khawla : « Va chercher le Messager de Dieu et amène-le chez moi. » Lorsqu’elle l’eut appelé et qu’il fut arrivé, le vénérable Abou Bakr (ra) le maria à Aïcha (ra). Elle avait alors six ans.
Puis Khawla sortit de chez eux et se rendit auprès de la vénérable Sawda bint Zam‘a. Elle lui dit : « Voyez quel bien et quelle bénédiction Dieu vous a accordés ! » Elle demanda : « Qu’est-ce donc ? » Khawla répondit : « Le Messager de Dieu (s) m’a envoyée vous proposer le mariage. » Elle dit : « Parlez-en à mon père. » Celui-ci était très âgé. Khawla se rendit auprès de lui, le salua selon la manière de l’époque antéislamique et se présenta d’abord. Puis elle dit : « Muhammad (s) m’a envoyée vous demander Sawda en mariage. » Il dit : « Le parti est fort convenable ! Mais qu’en dit votre compagne ? » Khawla répondit : « Elle aussi y est favorable. » Il appela Sawda et lui demanda quelle était sa volonté. Lorsqu’elle manifesta son consentement, il invita le Prophète (s) chez lui et conclut le mariage. Lorsqu’il apprit que sa sœur avait épousé le Prophète (s), il se mit à se verser de la terre sur la tête. Mais après être lui-même devenu musulman, il disait : « J’étais alors insensé de me verser de la terre sur la tête parce que ma propre sœur avait épousé le Prophète (s). »
La date du mariage d’Aïcha (ra)
Ce récit établit non seulement clairement qu’Aïcha (ra) épousa le Prophète (s) avant Sawda (ra), mais aussi que, lorsque son mariage avec le Prophète (s) fut célébré au mois de Chawwâl de la dixième année de la mission prophétique, elle avait six ans. On peut ici poser la question suivante : si elle avait six ans au mois de Chawwâl de la dixième année de la mission prophétique, elle aurait dû avoir neuf ans au moment de l’Hégire et, selon les récits dignes de foi, onze ans lorsque son entrée dans la maison conjugale eut lieu au mois de Chawwâl de la deuxième année de l’Hégire. Certains savants ont répondu à cette question en affirmant que l’entrée d’Aïcha dans la maison conjugale eut lieu sept mois après l’Hégire. Hafiz Ibn Hajar a retenu cette opinion. Cependant, l’imam Nawawî dans Tahdhîb al-Asmâ wa-l-Lughât, Hafiz Ibn Kathîr dans Al-Bidâya et l’érudit Qastallânî dans Al-Mawâhib al-Ladunniyya affirment avec certitude que cette entrée eut lieu au cours de la deuxième année de l’Hégire. Hafiz Badr ad-Dîn al-‘Aynî écrit dans ‘Umdat al-Qârî qu’Aïcha entra dans la maison conjugale au mois de Chawwâl de la deuxième année de l’Hégire, après le retour du Prophète (s) de la bataille de Badr.
L’imam Nawawî et l’érudit al-‘Aynî ont tous deux jugé dépourvue de sens l’affirmation selon laquelle cette entrée dans la maison conjugale aurait eu lieu sept mois après l’Hégire. Une deuxième question se pose alors nécessairement : si cette entrée eut lieu au cours de la deuxième année de l’Hégire, à quelle date le mariage fut-il célébré, puisque son âge était de six ans au moment du mariage et de neuf ans lorsqu’elle entra dans la maison conjugale en tant qu’épouse ? Comment ces deux faits peuvent-ils concorder ? La réponse se trouve dans un récit de Boukhârî rapporté d’après ‘Urwa ibn az-Zubayr. Le vénérable ‘Urwa (ra) y dit que Khadîja (ra) mourut trois ans avant l’Hégire. Deux ans plus tard, ou peu après, le Prophète (s) épousa Aïcha (ra), qui avait alors six ans. Puis elle entra dans la maison conjugale à l’âge de neuf ans. Le calcul concorde donc parfaitement : Aïcha (ra) fut mariée à l’âge de six ans, environ un an avant l’Hégire, et entra dans la maison conjugale au cours de la deuxième année de l’Hégire. Bien que le récit de ‘Urwa (ra) soit mursal, Hafiz Ibn Hajar dit que, puisque ‘Urwa (ra) rapporte ces paroles après les avoir entendues directement d’Aïcha (ra) — il apparaît en effet que ‘Urwa ibn az-Zubayr (ra) était le neveu d’Aïcha (ra) —, il convient de le considérer comme relevant du degré du récit muttasil. Qu’il en attribue ou non explicitement la source à Aïcha ne change rien à la question — l’auteur.
La critique virulente du mariage de ‘Â’isha (ra)
Puisque le mariage de ‘Â’isha (ra) a été mentionné ici, il paraît approprié, avant d’aller plus loin, de répondre aux critiques formulées à ce sujet : le fait qu’il l’ait épousée, qu’il l’ait laissée veuve à l’âge de dix-huit ans et que, selon le Coran, elle n’aurait pu contracter un second mariage nulle part ailleurs — n’est-ce pas, que Dieu nous en préserve, une injustice et une oppression ? Et le fait qu’un homme d’un âge aussi avancé épouse une fille aussi jeune ne relève-t-il pas, que Dieu nous en préserve, de la définition de la soumission aux passions ? Neuf ans est-il un âge auquel on peut imposer le lourd fardeau de la vie conjugale à une fille ?
En réalité, ce genre d’accusation ne peut être formulé que lorsqu’on considère le mariage du Prophète (s) avec ‘Â’isha (ra) comme le mariage d’un homme ordinaire avec une fille ordinaire. Or le Messager (s) était l’Envoyé de Dieu, et il avait pour mission de provoquer une révolution globale dans la vie humaine et de préparer la société à cette révolution. ‘Â’isha (ra), quant à elle, était une jeune fille douée de qualités exceptionnelles ; grâce à ses immenses capacités intellectuelles, elle devait accomplir, aux côtés du Messager (s), dans l’édification de la société, une œuvre si considérable qu’aucune femme, y compris les épouses des prophètes, ne l’a accomplie. On peut même dire, sans la moindre exagération, qu’aucune épouse d’un dirigeant au monde n’a apporté à son mari une aide et une coopération aussi complètes dans l’accomplissement de ses responsabilités et de ses devoirs que ‘Â’isha (ra) n’en apporta au Messager (s). Dès son enfance, nul autre que Dieu ne connaissait ces aptitudes qui étaient les siennes. C’est pour cette raison que Dieu Lui-même la choisit pour accompagner Son Messager. Dans al-Bukhari, au chapitre « Le mariage de ‘Â’isha (ra) », il est rapporté que le Messager (s) dit à ‘Â’isha (ra) : « Tu m’as été montrée deux fois en rêve, et il m’a été dit : “Voici ton épouse.” » Dans al-Tirmidhi, dans les Abwâb al-Manâqib, il est rapporté que Jibrîl vint auprès du Messager de Dieu (s), apportant une image de ‘Â’isha (ra) enveloppée dans une étoffe de soie, et lui dit : « Voici votre épouse ici-bas et dans l’au-delà. » Ainsi, le choix de cette compagne de vie n’était pas celui du Messager (s), mais celui de Dieu Très-Haut. Et Dieu seul savait quel immense service cette jeune fille de six ans, instruite et éduquée par Son noble Messager, devait rendre à l’édification de la société islamique.
Que ceux qui accusent le Messager (s), à ce sujet, de se soumettre à ses passions interrogent leur propre conscience et disent : un homme qui, de l’âge de vingt-cinq ans jusqu’à celui de cinquante ans, s’est contenté d’une seule épouse, laquelle avait quinze ans de plus que lui, pouvait-il être esclave de ses passions ? Après le décès de sa première épouse, celui qui épousa une veuve très âgée et se contenta d’elle pendant quatre ou cinq ans pouvait-il être dominé par ses passions ? S’il avait voulu se marier pour satisfaire ses désirs, sa popularité dans la société était telle que, quelle que soit la jeune fille vierge et belle qu’il aurait souhaité épouser, ses parents auraient été prêts à la lui présenter, considérant cela comme un honneur pour eux-mêmes. De plus, à l’exception d’une jeune fille vierge, toutes les femmes qu’il épousa avaient dépassé l’âge de la jeunesse, étaient veuves ou avaient été abandonnées par leur mari. En réalité, dans l’esprit de ces seuls critiques, il n’existe que l’image de la satisfaction des désirs sexuels. Leur mentalité mesquine ne peut s’élever assez haut pour comprendre le but de la vie conjugale de ce grand homme qui, en considération de l’utilité d’une œuvre éminente, prit certaines femmes pour compagnes de vie.
Reste maintenant l’accusation d’injustice. Ici encore, les critiques ne retiennent qu’un fait simple : un homme âgé épousa une fille de neuf ans et la laissa veuve à l’âge de dix-huit ans, alors qu’elle n’avait aucune possibilité de se remarier et dut passer toute sa jeunesse dans le veuvage. Ces gens ne cherchent jamais — et ne veulent pas chercher — à comprendre que, pour une œuvre grandiose dont les bienfaits peuvent atteindre l’humanité non pour une période limitée, mais pour tous les temps, et non une seule région, mais le monde entier, le sacrifice de la vie et des biens de millions de personnes n’est pas considéré comme une perte ; pourtant, le fait qu’une femme y ait consacré sa jeunesse est qualifié d’injustice au lieu d’être appelé un sacrifice. Et si cette jeunesse a été sacrifiée, ce fut en ce sens qu’elle a été privée des joies de la vie conjugale. Ils ne peuvent identifier aucun autre préjudice qu’aurait subi cette femme éminente. Mais observez, d’un autre côté, le service immense accompli par cette grande âme : libérée de tous les tracas de la vie familiale et des occupations professionnelles, elle consacra toute la vie qui lui restait à enseigner aux hommes et aux femmes l’islam, ses commandements, ses règles, ses lois, sa morale et ses convenances. Quiconque a étudié la science du hadith sait que, par l’intermédiaire de ‘Â’isha (ra), la quantité de savoir religieux transmise aux musulmans et de connaissances de la jurisprudence islamique qu’ils ont acquises est telle que, parmi les hommes de l’époque du Noble Prophète (s) — sans même parler des femmes —, ils étaient très peu nombreux à pouvoir offrir un service scientifique comparable. Si ‘Â’isha (ra) n’avait pas épousé le Messager (s) et n’avait pas eu l’occasion de recevoir son enseignement et son éducation, on peut supposer que la communauté musulmane aurait été privée d’une grande partie du savoir islamique. Deux mille deux cent dix hadiths ont été rapportés de ‘Â’isha (ra). Elle n’était pas seulement une transmetteuse de hadiths : elle était également jurisconsulte, exégète, mujtahida et muftie. Parmi les femmes musulmanes, elle était unanimement considérée comme la plus savante en jurisprudence. Les Compagnons éminents venaient lui demander des éclaircissements sur les questions juridiques. Même ‘Umar (ra) et ‘Uthman (ra) la consultaient au sujet de diverses questions de droit religieux. Elle comptait parmi le petit nombre de savants de Médine la Bienheureuse en qui la population avait une entière confiance. Comparé à ces innombrables bienfaits collectifs, le léger préjudice personnel qu’elle subit après être devenue veuve ne représente, pour ainsi dire, rien. Et il est étonnant que cette accusation soit formulée par des penseurs chrétiens qui, à leurs yeux, considèrent la vie perpétuelle de célibat, menée sans but et sans aucun bienfait collectif, non seulement comme digne d’éloge chez les renonçants au monde, mais encore comme indispensable aux serviteurs de la religion.
Ensuite, ceux qui critiquent le fait que le Prophète ait consommé son mariage avec Aïcha (qu’Allah l’agrée) à l’âge de neuf ans ignorent que l’islam est une religion conforme à la nature. Si, du point de vue naturel, le développement physique d’une fille est suffisamment avancé pour qu’elle soit considérée comme pubère dès cet âge, alors la consommation du mariage avec son époux est parfaitement licite et appropriée. Seule une loi contraire à la nature et à la moralité peut fixer, pour le mariage, un âge particulier pour les garçons et les filles. En effet, cette restriction ne s’applique qu’aux relations conjugales licites, et non aux relations sexuelles entre hommes et femmes en dehors du mariage. Et il ne s’agit pas seulement du fait que les législateurs de ces lois ne voient aucune objection à la fornication avant l’âge légal du mariage ; en pratique, dans leur société, des garçons et des filles de neuf ou dix ans se livrent à des rapports sexuels et, si une fille devient ainsi mère alors qu’elle est encore vierge, toute leur sympathie va à son égard. À ce moment-là, personne ne reproche à cette fille d’être devenue mère avant le mariage, pas plus qu’au garçon d’avoir rendu mère une fille avant l’âge légal du mariage. Avec quelles prétentions des gens qui professent des valeurs morales aussi dépravées peuvent-ils s’élever contre cette loi islamique, qui stipule que le mariage des garçons et des filles devenus pubères est licite, sans qu’un âge déterminé puisse être imposé comme condition ? Fixer légalement un âge pour le mariage signifie précisément qu’avant d’atteindre cet âge, le mariage licite ne peut en aucun cas avoir lieu, quelle que soit l’ampleur de l’acte illicite, c’est-à-dire de la fornication.
Le voyage à Taëf
Après cette discussion pertinente et nécessaire au fil du récit, nous revenons à la succession des événements. Une fois libéré de ses affaires familiales, le Messager d’Allah (ﷺ), selon les récits d’Ibn Sa‘d et d’al-Balâdhurî, se rendit à Taëf au mois de Shawwâl, à la fin de la dixième année de la mission prophétique. Cette ville se trouve à cinquante miles à l’est de La Mecque. Il entreprit ce voyage parce qu’il était excédé par les persécutions et les violences des Quraysh. Après avoir constaté leur opposition acharnée et leurs entraves, il n’espérait plus que ces gens acceptent l’appel à la vérité, et encore moins qu’ils lui permettent de le poursuivre. Il souhaitait donc appeler les habitants de Taëf à l’islam et obtenir au moins de la puissante tribu locale des Banû Thaqîf qu’elle accepte de lui accorder sa protection et de l’aider dans sa mission d’appel à l’islam. Ibn Sa‘d rapporte, d’après Jubayr ibn Mut‘im ibn ‘Adî, que Hâritha ibn Zayd (qu’Allah l’agrée) accompagna le Prophète (ﷺ) durant ce voyage. Ibn Qutayba et al-Balâdhurî rapportent également ce fait. Mais Mûsâ ibn ‘Uqba et Ibn Ishâq disent qu’il partit seul. Il fit ce voyage à pied, n’ayant pu se procurer aucun moyen de transport. Ibn Sa‘d affirme qu’il y séjourna dix jours. Le hâfiz al-Sakhâwî, en revanche, rapporte qu’il continua à rencontrer les habitants de Taëf pendant vingt jours et qu’il y séjourna dix jours après sa rencontre avec ‘Abd Yâlîl.
Les habitants de Taëf infligent de grandes persécutions au Prophète (ﷺ)
Ibn Ishâq, al-Wâqidî et d’autres rapportent qu’à cette époque, la direction de Taëf était entre les mains des trois fils de ‘Amr ibn ‘Umayr ibn ‘Awf : ‘Abd Yâlîl, Mas‘ûd et Habîb. Dans la maison de l’un d’eux vivait une Qurayshite, Sufiyya bint Ma‘mar al-Jumahî. Le Messager d’Allah (ﷺ) la rencontra, l’appela à Allah et lui dit : « Je suis venu vous demander de m’aider dans la cause de l’islam et de me soutenir contre ceux de mon peuple qui s’y opposent. » L’un d’eux dit alors : « Si Allah t’a fait Messager, je déchirerai les tentures de la Kaaba. » Le deuxième dit : « Allah n’a-t-Il trouvé personne d’autre que toi pour en faire un Messager ? » Le troisième dit : « Je ne te parlerai en aucune façon. Car si tu es réellement le Messager d’Allah, tu es bien trop éminent pour que je te réponde ; et si tu mens en invoquant le nom d’Allah, tu ne mérites pas que l’on te parle. » Après avoir entendu cela, le Prophète (ﷺ) se leva. Il n’y avait plus aucun espoir de bien de leur part. Avant de partir, il leur dit : « Vous avez agi envers moi comme vous l’avez fait ; mais faites au moins ceci : gardez secrètes mes paroles. »
Il leur dit cela parce qu’il craignait que la nouvelle ne parvienne aux Quraysh, ce qui les rendrait encore plus audacieux. Mais ils ne le firent pas ; ils excitèrent contre lui leurs vauriens, leurs voyous et leurs esclaves. Ceux-ci le conduisirent jusqu’à un verger, puis l’y abandonnèrent. Le verger appartenait à ‘Utba ibn Rabî‘a et à Shayba ibn Rabî‘a.
Dans le récit d’Ibn Sa‘d d’après al-Wâqidî, il est rapporté que le Prophète (ﷺ) se rendit auprès de chacun des chefs et des notables de Thaqîf. Mais aucun ne prêta attention à ses paroles. Au contraire, ils craignaient qu’il ne détourne leur jeunesse. Ils lui dirent donc : « Ô Muhammad (ﷺ), quitte notre ville. Et si tu as quelque ami sur terre, va le rejoindre. » Puis ils excitèrent contre lui leurs vagabonds et leurs esclaves. Ceux-ci se mirent à l’insulter et à ameuter les gens en criant. Mûsâ ibn ‘Uqba rapporte qu’ils le visaient et lui lançaient des pierres aux chevilles et aux talons. Ils se tenaient en rang des deux côtés du chemin et, tandis que le Prophète (ﷺ) avançait en levant les pieds, ils le bombardaient de pierres.
Finalement, ses chaussures furent remplies de sang. Sulaymân al-Taymî rapporte que, lorsqu’il s’asseyait sous la douleur des coups, ils le saisissaient et le forçaient à se relever afin de pouvoir lui lancer de nouveau des pierres. Lorsqu’il se remettait à marcher, contraint de le faire, ils lui jetaient des pierres tout en se moquant de lui et en le raillant. Ibn Sa‘d, citant le récit d’al-Wâqidî, rapporte que, dans cette situation, Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée) se plaçait devant lui et recevait lui-même les pierres afin de protéger le Prophète (ﷺ). Finalement, sa tête fut fendue.
La prière poignante du Prophète (s.)
Enfin, lorsque le Prophète (s.) quitta Taïf et que les vauriens qui le poursuivaient repartirent, il s’assit, couvert de blessures, à l’ombre d’une vigne, près du mur des jardins d‘Utba et de Shayba. Profondément affligé par cet événement, il se tourna vers son Seigneur et L’invoqua. Les paroles poignantes de cette invocation ont été rapportées par al-Tabarani dans le Kitab ad-Du‘a et le Mu‘jam al-Kabir, dans la Sira d’Ibn Hisham et de Muhammad ibn Ishaq, par at-Tabari dans son Histoire, Ibn al-Qayyim dans Zad al-Ma‘ad et le hafiz Ibn Kathir dans al-Bidaya. Les voici :
« Ô Dieu ! C’est à Toi seul que je me plains de mon impuissance et du peu de considération que les gens m’accordent. À qui me confies-Tu ? À un étranger qui me traitera durement ? Ou à un ennemi auquel Tu as donné le pouvoir de prendre le dessus sur moi ? Si Tu n’es pas mécontent de moi, je ne me soucie d’aucune épreuve. Mais si je bénéficie d’une protection venant de Toi, cela sera pour moi une joie plus grande encore. Je cherche refuge dans la lumière de Ton Être, qui illumine les ténèbres et ordonne les affaires de ce monde et de l’au-delà. Protège-moi de ce que Ta colère s’abatte sur moi et de ce que je devienne digne de Ton châtiment. Puissé-je être satisfait de Ta volonté et puissè-Tu être satisfait de moi. Il n’y a de force qu’en Toi. »
Description du Prophète (s.) comme « Rahmatul lil-Alamin »
Al-Bukhari, dans « Bad’ al-Khalq » et « Dhikr al-Mala’ika », Muslim dans le livre des Expéditions militaires, et al-Nasa’i dans « Ba‘th », rapportent le hadith de ‘Aïcha (r.a.) : elle demanda au Prophète (s.) s’il avait connu une situation plus difficile encore que la bataille d’Ohod. En réponse, il évoqua l’événement de Taïf et dit : « Dans mon affliction, je me dirigeais partout où je regardais » — c’est-à-dire que, désorienté, je ne savais où aller. Je ne parvins jamais à me libérer de cet état ; puis, soudain, je me retrouvai dans un lieu appelé « Qarnous-Sa‘alib » [Ce lieu est également appelé « Qarn al-Manazil ». C’est le miqat des habitants du Najd, où ils doivent revêtir l’ihram pour se rendre en pèlerinage à la Ka‘ba. Depuis La Mecque, il faut une journée et une nuit de voyage à dos de chameau pour y parvenir — l’auteur]. Je levai les yeux et vis un nuage qui me faisait de l’ombre. Je vis qu’il abritait l’ange Jibril (a.s.). Il m’appela et me dit : « Allah a entendu tout ce que ton peuple t’a dit et la réponse qu’il a donnée à ton appel. Il a envoyé l’ange des montagnes. Donne-lui l’ordre que tu souhaites. » Alors l’ange des montagnes me salua et dit : « Ô Muhammad ! Allah a entendu les paroles de ton peuple et sa réponse à ton appel. Je suis l’ange des montagnes. Ton Seigneur m’a envoyé auprès de toi afin que tu me donnes tes ordres. » Ces paroles figurent dans la version rapportée par Muslim.
Al-Tabarani rapporte : « Donne l’ordre que tu veux. » La version d’al-Bukhari dit : « Puis il dit : “Ô Muhammad (s.) ! Tu as toute latitude pour demander ce que tu veux. Si tu le souhaites, je réunirai au-dessus d’eux — les Quraysh — les deux montagnes situées aux deux côtés de La Mecque, Abou Qubays et Qu‘ayqi‘an, et je les écraserai sous elles.” » [L’ange demanda au Prophète (s.) la permission de recouvrir les Quraysh de montagnes, car les épreuves qu’il avait subies étaient dues à leur injustice et à leur hostilité. S’ils ne l’avaient pas persécuté avec une cruauté excessive, pourquoi aurait-il eu besoin de se rendre à Taïf ? — l’auteur.] Le Prophète (s.) répondit : « Non, non ! J’espère qu’Allah fera naître de leur descendance des hommes qui adoreront et serviront Allah, l’Unique, Celui qui n’a aucun associé. »
La conversion à l’islam d’Addas, le chrétien
Ibn Hisham, citant le récit d’Ibn Ishaq, rapporte que lorsque le Prophète (s.), couvert de blessures, s’assit à l’ombre des vignes, près du mur du jardin d’‘Utba ibn Rabi‘a et de Shayba ibn Rabi‘a, ces deux chefs des Quraysh le virent dans cet état et éprouvèrent du respect à son égard. Il est également rapporté qu’une femme des Banu Jumah, qui se trouvait dans la maison d’un chef de Taïf, vint elle aussi rencontrer le Prophète (s.). Il lui dit : « Comment les membres de la famille de ton beau-père ont-ils pu me traiter ainsi ? » ‘Utba et Shayba appelèrent un de leurs esclaves chrétiens et lui dirent : « Mets une grappe de raisin dans un grand plat et fais-la-lui manger. » Lorsqu’il plaça le plat devant lui, le Prophète (s.) prononça « Bismillah » — selon une autre narration, « Bismillahir-Rahmanir-Rahim » — et posa la main dessus. Addas dit : « Par Dieu, personne dans ce pays ne prononce cette formule. » Le Prophète (s.) lui demanda : « De quel pays es-tu et quelle est ta religion ? » Il répondit : « Je suis chrétien et originaire de Ninive. » Le Prophète (s.) lui demanda : « Es-tu originaire du village de l’homme pieux Yunus ibn Matta ? » Il répondit : « Comment le connais-tu ? » [Al-Suhayli, citant al-Taymi, rapporte qu’après avoir entendu le nom du prophète Yunus (a.s.) sortir de la bouche bénie du Prophète (s.), Addas dit : « Par Dieu, lorsque j’ai quitté Ninive, ses habitants eux-mêmes ne savaient pas qui était Matta ! Comment donc le connaît-il, puisqu’il était illettré et qu’il est né parmi un peuple illettré ? » — l’auteur.] Le Prophète (s.) dit : « Il est mon frère. Lui aussi était prophète, et moi aussi je suis prophète. »
Dès qu’il entendit ces paroles, ‘Addâs se pencha vers lui et se mit à embrasser sa tête, ses mains et ses pieds.
Sulaymân at-Taymî rapporte dans son ouvrage consacré à la sîra qu’‘Addâs dit : « J’atteste que vous êtes le serviteur d’Allah et Son Messager. »
Lorsque les deux fils de Rabî‘ virent cette scène, l’un dit à l’autre : « Regarde, cet homme a même corrompu ton esclave. » Quand ‘Addâs revint, ils lui demandèrent : « Que t’est-il arrivé pour que tu te mettes à embrasser sa tête, ses mains et ses pieds ? » Il répondit : « Mon maître ! Il n’y a personne de meilleur que lui sur terre. Il m’a informé d’une chose que nul autre qu’un prophète ne connaît. » Ils dirent : « Ô ‘Addâs, ne renie pas ta religion. Ta religion est meilleure que la sienne. » (Ajout de l’auteur.)
L’audition du Coran par les djinns
Après son retour de Tâ’if, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) séjourna quelque temps dans un lieu appelé Nakhlah. Il était tourmenté par le souci de savoir comment retourner à La Mecque. Les habitants avaient appris tout ce qui s’était passé à Tâ’if ; le courage des mécréants n’en serait donc que davantage renforcé. Un jour, alors qu’il récitait le Coran pendant la prière, un groupe de djinns passa par là. Ils entendirent le Coran et embrassèrent la foi. Puis ils retournèrent auprès de leur peuple et commencèrent à lui transmettre l’islam. Allah annonça à Son Prophète cette bonne nouvelle : bien que les hommes fuient son appel, les djinns, eux, y avaient été attirés et le répandaient parmi les leurs. [Il s’agit des versets 29 à 32 de la sourate al-Ahqâf, dans lesquels Allah informe le Prophète (paix et bénédiction sur lui) de l’effet produit sur les djinns par le Coran qu’ils avaient entendu de sa bouche — auteur.] (Tafhîm, tome 4, al-Ahqâf, introduction.)
‘Abdullah ibn Mas‘ûd, az-Zubayr, ‘Abdullah ibn ‘Abbâs, al-Hasan al-Basrî, Sa‘îd ibn Jubayr, Zir ibn Hubaysh, Mujâhid, ‘Ikrimah et d’autres éminents savants ont rapporté la venue des djinns. Ils sont tous d’accord pour dire que cet événement eut lieu à l’intérieur de Nakhlah. Ibn Ishâq, Abû Nu‘aym al-Isfahânî et al-Wâqidî déclarent qu’il se produisit au moment où le Prophète (paix et bénédiction sur lui), désespéré après son séjour à Tâ’if, retournait vers La Mecque. En chemin, il s’arrêta à Nakhlah. Là, il récitait le Coran durant la prière du soir, celle de l’aube ou celle de tahajjud. C’est alors qu’un groupe de djinns passa par là et s’arrêta pour écouter sa récitation. Toutes les traditions s’accordent également sur le fait qu’à ce moment-là, les djinns ne se présentèrent pas devant le Prophète (paix et bénédiction sur lui), et qu’il ne ressentit pas leur arrivée. Bien au contraire, Allah l’informa ensuite, par la révélation, de leur venue et de leur écoute du Coran.
Le lieu où cet événement eut lieu était ‘Aẓẓaymah’ ou ‘as-Sayl al-Kabîr’, car ces deux endroits se trouvent dans la vallée de Nakhlah. Tous deux disposaient d’eau et d’une végétation verdoyante. Si des voyageurs venant de Tâ’if devaient établir leur campement quelque part dans la vallée, ils pouvaient s’installer dans l’un ou l’autre de ces deux endroits. (Tafhîm, tome 4, al-Ahqâf, note 33.)
La sourate du Coran que les djinns entendirent alors de la bouche du Prophète (paix et bénédiction sur lui) était la sourate ar-Rahmân. Al-Bazzâr, Ibn Jarîr et Ibn ‘Abdullah rapportent d’après ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) que, lors d’une occasion, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) récita lui-même la sourate ar-Rahmân, ou bien qu’on la récita devant lui. Il demanda ensuite aux gens : « Pourquoi ne me donnez-vous pas une réponse aussi belle que celle que les djinns donnèrent à leur Seigneur ? » Ils demandèrent : « Quelle fut leur réponse ? » Il dit : « Lorsque je parvins à la parole d’Allah… »
****************************************************** lorsque j’eus lu cela, les djinns répondirent :
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« Nous ne nions aucun des bienfaits de notre Seigneur. » Une narration similaire est rapportée par Tirmidhi, Hakim et le hafiz Abou Bakr al-Bazzar, d’après Jabir ibn Abdallah (qu’Allah l’agrée). Selon leur récit, lorsque les gens, après avoir entendu la sourate Ar-Rahman, restèrent silencieux, le Prophète (s) dit : « J’avais fait entendre cette sourate aux djinns la nuit où ils s’étaient réunis pour écouter le Coran. Ils y répondaient mieux que vous. Lorsque j’arrivai à cette parole : “Ô communauté des djinns et des hommes ! Lequel des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ?” — ils répondaient : »
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— Ô notre Seigneur, nous ne nions aucun de Tes bienfaits. À Toi donc la louange.
Bien que d’autres récits indiquent qu’à cette époque le Prophète (s) ne savait pas que les djinns écoutaient le Coran récité par lui, Allah le Très-Haut (sourate Al-Ahqaf, versets 29-32) l’informa qu’ils écoutaient sa récitation. Toutefois, il ne serait pas déraisonnable de supposer que, de même qu’Allah le Très-Haut informa le Prophète (s) que les djinns écoutaient le Coran, Allah lui fit également savoir quelle réponse ils donnaient en entendant la sourate Ar-Rahman.
Comment le Prophète (s) entra à La Mecque après son retour
Ibn Sa’d, citant le récit d’Al-Waqidi, rapporte que lorsqu’il voulut se rendre à La Mecque depuis Nakhlah, Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Comment y entrerez-vous, puisqu’ils vous en ont expulsé ? » Le Prophète (s) répondit : « Ô Zayd ! Allah trouvera une issue pour nous sortir de la situation que tu vois. Il est le soutien et l’auxiliaire de Sa religion, et Il accordera la victoire à Son Prophète. » Al-Waqidi abrège la suite du récit, mais Ibn Ishaq la rapporte en détail. Il dit qu’après être arrivé à Hira, le Prophète envoya Abdallah ibn al-Urayqit [cet homme était polythéiste, mais le Prophète (s) et Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) le considéraient comme digne de confiance. C’est pourquoi, lors de la situation extrêmement périlleuse de l’émigration vers Médine, le Prophète (s) l’emmena avec lui pour lui servir de guide. Il s’acquitta de cette tâche avec une parfaite fidélité, alors qu’il aurait pu obtenir une importante récompense en informant les Quraych — l’auteur.] auprès d’Al-Akhnas ibn Shurayq, afin de lui demander de lui accorder sa protection. Celui-ci répondit : « Je suis moi-même lié par un pacte d’alliance. » [Cet homme appartenait en réalité à la tribu des Banu Thaqif, mais il entretenait à La Mecque des relations amicales avec les Banu Zuhra, parents du côté maternel du grand-père du Prophète (s). Grâce à ses qualités, il acquit parmi les Banu Zuhra le rang de chef — l’auteur.] Une personne liée par un pacte ne pouvait accorder sa protection à quelqu’un contre les tribus principales des Quraych. Le Prophète (s) envoya ensuite Ibn al-Urayqit auprès de Suhayl ibn Amr, qui répondit : « Les Banu Amir ibn Lu’ayy ne peuvent accorder leur protection contre les Banu Ka’b. » Puis le Prophète (s) l’envoya auprès de Mut’im ibn Adi, qui appartenait aux Banu Nawfal, une branche des Banu Abd Manaf. Ibn al-Urayqit alla lui dire : « Muhammad (s) demande si tu es disposé à lui accorder ta protection, afin qu’il puisse transmettre le message de son Seigneur. » Il répondit : « Très bien, qu’il vienne à La Mecque. » Le Prophète (s) entra donc dans la ville et passa la nuit dans sa propre maison. Le matin, Mut’im et six ou sept de ses fils, armés, l’accompagnèrent jusqu’au Haram et lui dirent : « Fais le tawaf. » Pendant le tawaf, ils se tinrent tous auprès de lui pour assurer sa protection. Abou Sufyan — selon At-Tabarani, il s’agissait d’Abou Jahl — demanda : « Êtes-vous ceux qui lui accordent leur protection ou ceux qui le suivent ? » Mut’im répondit : « Non, nous lui accordons seulement notre protection. » Il dit alors : « Votre protection ne peut être violée. Celui que vous avez protégé, nous le protégeons également. » (Ajout de l’auteur.)
C’est cette faveur de Muṭʿim ibn ʿAdī qui servit de fondement aux paroles du Prophète (s) au sujet des prisonniers de Badr :
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C’est-à-dire : « Si Muṭʿim ibn ʿAdī était encore en vie et qu’il m’entretenait au sujet de ces gens méprisables, je les libérerais par égard pour lui. » (Tafhīm, tome 5, sourate Muḥammad, introduction.)
Onzième chapitre
L’essentiel de l’Isrāʾ et du Miʿrāj
Avant de retracer l’histoire des trois dernières années de la vie mecquoise du Prophète Muṣṭafā (s), il me paraît raisonnable de présenter en détail l’événement le plus important de cette période. Celui-ci semblait ajouter une brillante couronne à la vie et au caractère du saint Prophète. C’est une couronne qui a illuminé la vie d’aucune autre personnalité de l’histoire humaine, pas même celle des prophètes. Il s’agit de l’événement de l’Isrāʾ et du Miʿrāj. L’Isrāʾ signifie le fait de conduire le Prophète, de nuit, de la Mosquée sacrée jusqu’à la Mosquée al-Aqṣā (Bayt al-Maqdis). Cela est mentionné au début de la sourate Banī Isrāʾīl dans le Coran. Le Miʿrāj signifie l’ascension du saint Prophète (s) de Bayt al-Maqdis jusqu’au Sidrat al-Muntahā. On en trouve le récit complet dans les hadiths. Il a parfois aussi été dit que l’Isrāʾ et le Miʿrāj se sont produits à des moments distincts. Cependant, un grand nombre de savants de la communauté, de juristes, de traditionnistes et de théologiens sont unanimes à considérer que ces deux événements eurent lieu au même moment. La même nuit, le Prophète Muṣṭafā fut conduit corporellement — c’est-à-dire avec son corps et son âme, à l’état de veille — de la Mosquée sacrée jusqu’à Bayt al-Maqdis. Au cours de cette même nuit, il traversa les niveaux les plus élevés du monde céleste et parvint auprès du Seigneur de la Toute-Puissance. Puis, avant l’aube, il revint à La Mecque.
La date du Miʿrāj
Il existe des divergences quant à la date de cet événement. Ibn Saʿd, rapportant le récit d’al-Wāqidī, dit qu’il eut lieu le 17 Ramadan de la douzième année de la mission prophétique, c’est-à-dire dix-huit mois avant l’Hégire. Je juge nécessaire de préciser ici que l’histoire de la période postérieure au début de la mission prophétique, antérieure à l’Hégire vers Médine, que nous établissons, repose sur le hadith rapporté par al-Bukhārī et Muslim d’après ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās (r). Il y est dit que lorsque la révélation fut descendue sur le Prophète (s), celui-ci avait quarante ans. Il passa ensuite treize ans à La Mecque et dix ans à Médine. Sur la base de ce récit, nous considérons que l’Hégire eut lieu après treize années de mission prophétique — l’auteur. Dans une autre chaîne de transmission, Ibn Saʿd lui-même situe cet événement au 17 Rabīʿ al-Awwal de la treizième année de la mission prophétique, c’est-à-dire un an avant l’Hégire. Al-Bayhaqī, citant Mūsā ibn ʿUqba, qui le cite lui-même d’après l’imam al-Zuhrī, donne cette même date pour le Miʿrāj. Le récit de ʿUrwa ibn al-Zubayr va également dans ce sens. Ibn Lahīʿa le rapporte d’après Abū al-Aswad. Sur cette base, l’imam al-Nawawī a considéré cette date comme la date exacte du Miʿrāj. Ibn Ḥazm a prétendu qu’il existait un consensus à ce sujet, bien que cela ne soit pas exact. Deux avis sont rapportés d’après Ismāʿīl al-Suddī. Dans le récit qu’en rapportent al-Ṭabarī et al-Bayhaqī, le Miʿrāj est présenté comme un événement survenu un an et cinq mois avant l’Hégire, au mois de Shawwāl de la douzième année de la mission prophétique. Selon le récit de Hāshim, il eut lieu un an et quatre mois avant l’Hégire et, de ce point de vue, il serait survenu au mois de Dhū al-Qaʿda. Ibn ʿAbd al-Barr et Qutayba rapportent qu’il eut lieu un an et huit mois avant l’Hégire, au mois de Rajab de la douzième année de la mission prophétique. Ibn Fāris le situe trois mois avant l’Hégire, Ibn al-Jawzī huit mois avant, et Abū al-Rabīʿ ibn Mālik six mois avant. Un autre avis le situe onze mois avant l’Hégire. Ibn al-Munīr lui a accordé la préférence dans son commentaire de la Sīra d’Ibn ʿAbd al-Barr. Ibrāhīm ibn Isḥāq al-Ḥarbī a affirmé avec certitude que telle était la date exacte du Miʿrāj. Toutefois, l’opinion selon laquelle le Miʿrāj eut lieu le 27 Rajab est devenue célèbre. L’érudit al-Zurqānī dit que, lorsqu’il n’existe pas suffisamment d’arguments et de preuves pour donner la préférence à un avis plutôt qu’à un autre, il est préférable d’adopter l’avis le plus répandu.
Contexte historique :
Cet événement survint à un stade du mouvement islamique où près de douze années s’étaient écoulées depuis que le Prophète (s) avait élevé la voix du tawḥîd. Ses adversaires avaient déployé tous leurs efforts pour lui barrer la route. Malgré leurs obstacles, la voix du Prophète parvint dans chaque foyer d’Arabie. Il n’existait aucune tribu arabe dont deux ou trois membres n’eussent été influencés par son appel. À La Mecque même, un groupe de quelques croyants sincères s’était constitué ; ils étaient prêts à prendre tous les risques pour assurer le succès de cet appel à la vérité. À Médine, un grand nombre de membres des deux puissantes tribus des Aws et des Khazraj étaient devenus les soutiens et les auxiliaires du Prophète. Le moment approchait désormais où allait se présenter l’occasion de rassembler en un même lieu les musulmans dispersés en divers endroits après leur émigration de La Mecque à Médine, afin d’établir un État fondé sur les idéaux et les principes de l’islam. C’est dans une telle situation que le Miʿrâj eut lieu ; à son retour, le Prophète (s) fit entendre aux hommes le message qui est exposé dans la sourate Banî Isrâ’îl.
Résumé succinct de l’événement
Dans le premier verset de la sourate Banî Isrâ’îl, il est seulement dit que le Prophète (s) fut conduit de la Mosquée sacrée (Bayt Allâh) à la Mosquée al-Aqsâ (Bayt al-Maqdis). Il y est précisé que Dieu Très-Haut voulait montrer à Son serviteur certains de Ses signes. Le Coran ne donne aucun autre détail. Toutefois, les recueils de hadiths et de sîra rapportent un récit détaillé de cet événement d’après un grand nombre de Compagnons : ils seraient jusqu’à vingt-cinq, voire, après recherche et investigation, jusqu’à quarante-cinq. Les récits les plus détaillés sont transmis notamment par Anas ibn Mâlik (ra), Abû Hurayra (ra), Abû Saʿîd al-Khudrî (ra), Mâlik (ra), Mâlik ibn Ṣaʿṣaʿa (ra), Abû Dharr al-Ghifârî (ra), Shaddâd ibn Aws (ra), ʿAbd Allâh ibn ʿAbbâs (ra), ʿAbd Allâh ibn Masʿûd (ra) et Umm Hânî (ra).
Le résumé des détails rapportés dans les hadiths est le suivant : durant la nuit, Jibrîl (a) réveilla le Prophète (s), puis l’emmena de la Mosquée sacrée jusqu’à la Mosquée al-Aqsâ, monté sur al-Burâq. Là, à Bayt al-Maqdis, le Prophète (s) accomplit la prière avec les prophètes, que la paix soit sur eux. Ensuite, Jibrîl (a) le conduisit vers les mondes supérieurs. Il rencontra différents prophètes dans les divers cieux. Puis, après être parvenu à une hauteur extrême, il se présenta devant son Seigneur. Au cours de cette entrevue, en plus d’autres orientations importantes, les cinq prières quotidiennes lui furent prescrites. Il retourna ensuite à Bayt al-Maqdis, puis de là à la Mosquée sacrée. De nombreux hadiths indiquent également qu’on lui fit voir le Paradis et l’Enfer. En outre, des récits fiables rapportent que, le lendemain, lorsqu’il évoqua cet événement devant les gens, les mécréants de La Mecque s’en moquèrent vivement et le tournèrent en dérision, tandis que la foi de certains musulmans en fut ébranlée.
Ces détails supplémentaires des hadiths ne contredisent pas le Coran ; ils ajoutent simplement certains éléments au récit coranique. Il est parfaitement évident qu’on ne peut rejeter des récits supplémentaires sous prétexte qu’ils contrediraient le Coran.
Le Miʿrâj fut-il corporel ou spirituel ?
Comment eut lieu ce voyage du Miʿrâj ? S’accomplit-il en rêve ou à l’état de veille ? Le Prophète (s) s’y rendit-il lui-même, ou resta-t-il en son lieu tandis que tout cela lui fut montré spirituellement ? La réponse à toutes ces questions se trouve dans les termes mêmes du Coran.
Le début du récit à partir de *********************************** indique qu’il s’agissait d’un événement miraculeux, extraordinaire et immense, qui s’était produit par la puissance et la toute-puissance infinies d’Allah. Il est certain que voir quelque chose en rêve, ou le voir par kashf, n’a pas une importance telle qu’il soit nécessaire de recourir à une telle introduction pour le raconter. De même, l’Être qui est au-dessus de toute erreur, de toute imperfection et de toute impuissance est Celui qui a fait voir ces choses à Son serviteur en rêve ou par kashf. Ensuite, ces mots — « Il fit voyager Son serviteur en une seule nuit » — désignent bien un voyage corporel. Les termes « faire voyager » ne peuvent absolument pas convenir à un voyage accompli en rêve ou à un voyage par kashf. Nous n’avons donc d’autre choix que d’admettre qu’il ne s’agissait pas d’une simple observation spirituelle, mais d’un voyage corporel et d’une observation directe qu’Allah fit voir au Prophète (s).
Si, en une seule nuit, il était possible, par la puissance d’Allah, d’aller de La Mecque à Bayt al-Maqdis et d’en revenir sans avion, pourquoi rejeter comme impossibles les autres détails rapportés dans les hadiths ? Le débat sur le possible et l’impossible ne peut avoir lieu que lorsqu’il est question d’une action accomplie de la propre initiative d’un être créé. Mais lorsqu’on affirme que Dieu a accompli telle action, seul peut soulever la question de sa possibilité celui qui ne croit pas à la puissance de Dieu. Allah peut conduire qui Il veut, en un instant, en un lieu où l’objet le plus rapide du monde matériel aurait besoin de milliards d’années-lumière pour parvenir. Les contraintes du temps et de l’espace ont été créées pour les créatures, non pour le Créateur de l’univers.
Objections et accusations des négateurs des hadiths
Diverses objections et accusations ont été formulées par les négateurs des hadiths au sujet du récit détaillé du voyage du Mi‘râj rapporté dans les hadiths. Mais parmi elles, il n’y en a que deux auxquelles on puisse accorder une certaine importance.
Premièrement : cela rend inévitable l’idée qu’Allah se trouve en un lieu particulier. Sinon, pourquoi aurait-il été nécessaire de faire voyager le serviteur et de le conduire en un lieu déterminé pour qu’il se présente devant Lui ?
Deuxièmement : comment a-t-on pu montrer au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’Enfer et le Paradis, ainsi que des scènes où certaines personnes subissaient un châtiment, alors que la décision définitive concernant les serviteurs n’avait pas encore été rendue ? Comment comprendre que la décision concernant le châtiment ou la récompense ne devait être prise qu’après la venue de la Résurrection, mais que certaines personnes aient été châtiées par anticipation ?
En réalité, ces deux accusations sont le résultat d’une pensée erronée. La première accusation est fausse, car le Créateur possède sans aucun doute, dans Son essence, une puissance infinie. Mais, dans Ses relations avec les créatures, Il adopte des moyens limités, non en raison d’une faiblesse qui Lui serait propre, mais en raison de la faiblesse des créatures. Ainsi, lorsqu’Il parle avec Ses créatures, Il adopte le mode de communication limité qu’un être humain peut entendre et comprendre. En réalité, la parole d’Allah possède une dignité souveraine qui lui est propre. De même, lorsqu’Il veut montrer à Son serviteur les signes vastes et grandioses de Son royaume, Il le fait voyager et lui montre chaque chose à l’endroit où elle se trouve, de la manière dont Dieu la voit. Allah n’a besoin d’aller nulle part pour observer quoi que ce soit, mais le serviteur, lui, en a besoin. Il en va de même pour la comparution devant le Créateur. Le Créateur Lui-même ne réside en aucun lieu. Mais le serviteur a besoin d’un lieu pour rencontrer Allah, un lieu où la manifestation divine d’Allah est concentrée pour lui. Autrement, il serait impossible au serviteur, dont les capacités sont limitées, de rencontrer Celui dont la dignité est souveraine.
Reste maintenant la deuxième accusation. Elle est erronée, car lors du Mi‘râj, on fit observer au Prophète de nombreuses choses. Parmi elles, certaines réalités lui furent montrées sous forme de métaphores. Ainsi, pour illustrer une chose génératrice de fitna, on lui montra un gros taureau sortir par une fente ou une ouverture étroite, puis être incapable d’y rentrer de nouveau. L’exemple des fornicateurs était celui d’un homme qui, bien qu’ayant auprès de lui une viande fraîche et belle, la délaissait pour manger de la viande pourrie. De même, le châtiment des mauvaises actions qui lui fut montré constituait une observation anticipée, sous forme métaphorique, du châtiment de l’au-delà.
Le point essentiel qu’il convient de comprendre au sujet du Mi‘raj est que Dieu a fait observer à chacun des prophètes — que la paix soit sur eux — le système de gouvernement des cieux et de la terre, selon son rang. En levant le voile matériel, Il leur a fait voir de leurs propres yeux ces réalités véritables auxquelles ils avaient reçu l’ordre d’appeler les hommes à croire sans les avoir vues, afin que leur rang se distingue de celui d’un philosophe. Tout ce que dit le philosophe, il le dit par conjecture et par supposition. Même s’il est lui-même bien informé de sa propre condition, il ne pourra jamais témoigner de la véracité d’une de ses opinions. Mais tout ce que disent les prophètes, ils le disent sur la base de preuves directes et de leur propre observation. Ils peuvent témoigner devant les créatures : « Nous savons tout cela, et ce sont des réalités que nous avons vues de nos propres yeux. » (Tafhîm al-Qur’ân, Banî Isrâ’îl, introduction et note 1.)
Examen des arguments de ceux qui qualifient le Mi‘raj de rêve
Deux arguments ont été avancés pour qualifier cet événement de rêve. Le premier est que, dans le verset 60 de la sourate Banî Isrâ’îl, le mot ru’yā ******** est employé à son sujet. Le second est que cette parole de ‘Â’ishah — qu’Allah l’agrée — a été rapportée dans un hadith :
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Le corps béni du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — ne s’était pas éloigné de son lieu ; c’est plutôt son âme qui avait été emportée.
Le premier de ces deux arguments est réfuté par le Coran lui-même. Regardez donc la phrase complète dans laquelle le mot ******** est employé en référence au Mi‘raj.
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Et la ru’yā que Nous t’avons montrée, Nous en avons fait une épreuve pour les hommes.
Si, dans cette phrase, le terme concerné est pris au sens de rêve, pour quelle raison cela aurait-il pu constituer une épreuve pour les gens ? En rêve, l’être humain peut voir toutes sortes de choses. Si le Messager d’Allah (s.) avait dit aux gens : « Cette nuit, j’ai rêvé que je m’étais rendu de La Mecque à Bayt al-Maqdis », aucun musulman n’aurait été éprouvé au point d’apostasier, et aucun mécréant ne s’en serait moqué. Personne ne lui aurait non plus demandé : « Apporte la preuve que ton voyage a réellement eu lieu. » Cela n’aurait pu constituer une épreuve que si le Prophète (s.) avait dit aux gens que cet événement s’était produit à l’état de veille, et qu’il avait également affirmé : « Mon voyage n’était pas spirituel, mais corporel. »
En outre, il n’est pas exact d’affirmer qu’en arabe le terme concerné est employé exclusivement pour désigner un rêve. En réalité, dans les dictionnaires arabes, les deux termes ont le même sens et s’emploient l’un à la place de l’autre. De même que les deux expressions citées, le vénérable Abd Allah ibn Abbas (r.a.), considéré comme une autorité éminente de la langue arabe, a dit en commentant ce verset du Coran :
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« C’était une vision réelle qui fut montrée au Prophète (s.) cette nuit-là, lorsqu’il fut emmené à Bayt al-Maqdis. » Dans le récit où Sa‘id ibn Mansur rapporte cette parole d’Ibn Abbas (r.a.), on trouve également cette précision : « Ce n’était pas une vision de rêve. »
Dans une autre chaîne de transmission, Ibn Mansur a rapporté cette parole d’Ibn Abbas (r.a.) :
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Cela désigne l’observation qui fut donnée au Prophète (s.) sur le chemin de Bayt al-Maqdis.
Reste maintenant la parole attribuée à Aïcha (r.a.). Or, du point de vue de sa chaîne de transmission, elle est extrêmement faible. Muhammad ibn Ishaq l’a rapportée en ces termes : « Certains membres du clan d’Abou Bakr ont dit à quelqu’un qu’Aïcha (r.a.) avait l’habitude de dire cela. » Comment une chaîne de transmission aussi anonyme pourrait-elle prouver que la parole attribuée à Aïcha (r.a.) était réellement la sienne ? En outre, face à ce récit faible, les ouvrages de hadith fiables rapportent, par de nombreuses chaînes authentiques, le récit du voyage d’Isra et de Mi‘raj relaté par le Prophète (s.) lui-même. Ces récits sont rapportés d’Anas (r.a.), de Malik ibn Sa‘sa‘a (r.a.), d’Abou Hourayra (r.a.), d’Abou Sa‘id al-Khoudri (r.a.), d’Abou Dharr al-Ghifari (r.a.), de Chaddad ibn Aws (r.a.) et d’autres nobles Compagnons. Comment pourrait-on rejeter tout cela ? Et comment expliquer le récit d’Aïcha (r.a.) que Bayhaqi a rapporté avec une chaîne entièrement ininterrompue : au matin, à la fin de la nuit d’Isra, le Prophète (s.) racontait aux gens ce qui s’était passé durant la nuit, et beaucoup de ceux qui, après avoir embrassé la foi, avaient reconnu la prophétie du Prophète apostasièrent. Puis ils se rendirent auprès d’Abou Bakr (r.a.) et lui dirent : « Va t’enquérir de ce que raconte ton compagnon. » Il leur répondit qu’on l’avait emmené à Bayt al-Maqdis la nuit précédente.
Abou Bakr demanda : « A-t-il vraiment dit cela ? » Ils répondirent : « Oui. » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « S’il l’a dit, il a certainement dit la vérité. » Ils demandèrent : « Croyez-vous donc qu’il s’est rendu à Bayt al-Maqdis au cours de la même nuit et qu’il en est revenu avant l’aube ? » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) répondit : « Moi, je reconnais comme véridiques, matin et soir, les nouvelles du ciel que je reçois de lui. »
Quelqu’un peut-il accepter que la déclaration attribuée à Aïcha (qu’Allah l’agrée), par une chaîne de transmission inconnue, selon laquelle le corps du Prophète était resté à sa place et que seul son esprit avait été emporté, soit réellement une déclaration d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) ? (Ajout de l’auteur.)
La véritable portée du Mi‘raj
L’événement du Mi‘raj est l’un des événements les plus extraordinaires de l’histoire de l’humanité ; il change le cours du temps et laisse une empreinte durable dans l’histoire. La véritable importance du Mi‘raj ne réside pas dans la manière dont il s’est produit, mais bien dans son objectif et ses conséquences.
La vérité est que le monde où nous vivons n’est qu’une province minuscule du vaste et immense royaume d’Allah Très-Haut. Le statut de chacun des prophètes envoyés par Dieu dans cette province ressemblait quelque peu à celui des gouverneurs ou des vice-rois que les gouvernements terrestres envoient dans les pays qui leur sont soumis. Il existe toutefois entre les deux une différence considérable. Les gouverneurs et vice-rois des gouvernements ou des dirigeants terrestres sont nommés uniquement pour administrer le pays. En revanche, les gouverneurs et vice-rois du Souverain de l’univers sont nommés afin d’enseigner aux hommes les principes d’une civilisation juste, d’un caractère pur, ainsi que de la connaissance et de l’action véritables, principes qui, tels des phares, se dressent sur la grande route de la vie humaine et lui indiquent le droit chemin durant des siècles et des siècles. Malgré cela, on peut observer une ressemblance entre les deux. Les États terrestres confient la charge de gouverneur à des personnes dignes de confiance. Lorsqu’ils les investissent de cette responsabilité, ils leur expliquent comment fonctionne l’administration intérieure de l’État et selon quelle politique elle est menée. Ils leur révèlent également des informations secrètes qui ne sont pas communiquées au commun des sujets. Il en va de même dans le royaume de Dieu. Là aussi, la mission prophétique, ou nubuwwa, est confiée à ceux qui sont les plus fidèles et les plus dignes de confiance. Puis, lorsqu’ils sont nommés à cette fonction, Allah Très-Haut leur fait observer Lui-même le fonctionnement intérieur de l’ensemble de Son royaume. Il leur révèle les secrets et les informations cachés de la création qui ne sont pas révélés aux hommes ordinaires. Ainsi, Il fit observer à Abraham le fonctionnement intérieur des cieux et de la terre (sourate al-An‘am, verset 75). Il lui fut également montré comment Dieu redonne la vie aux morts (sourate al-Baqara, verset 260). À Moïse, Allah fit voir Sa manifestation sur le mont Tûr (sourate al-A‘raf, verset 143). Il le fit voyager quelque temps avec un serviteur éminent, afin qu’il puisse voir et comprendre comment, par la volonté d’Allah, l’ordre du monde fonctionne (sourate al-Kahf, versets 60-82). Le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) acquit des expériences concrètes de cette nature. Parfois, il voyait ouvertement dans les hauteurs l’ange qui jouissait de la proximité de Dieu (sourate al-Takwir, verset 23). Parfois, cet ange s’approchait tellement de lui qu’il ne restait entre eux que la distance de deux arcs, ou même moins (sourate al-Najm, versets 6-9). Parfois encore, il voyait cet ange auprès du Sidrat al-Muntaha, c’est-à-dire à la limite ultime du monde matériel, et y contemplait les signes immenses et grandioses de Dieu (sourate al-Najm, versets 13-18). Mais le Mi‘raj ne se limitait pas à une simple observation expérimentale ; il représentait quelque chose d’un rang plus élevé. Imaginez une situation de ce genre : un souverain tout-puissant convoque directement dans la capitale un gouverneur subalterne qu’il a nommé, lui confie une mission importante et lui donne également les directives politiques nécessaires à son accomplissement. De même, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait été convoqué auprès d’Allah. Car le changement d’orientation du mouvement islamique était imminent. Dans ces circonstances, il était souhaitable de lui donner des directives particulières. (Discours radiophonique du 20 août 1941, abrégé.)
Le récit du voyage du Mi‘raj
Nous allons d’abord présenter un résumé des hadiths dans lesquels est relaté le récit extraordinaire du voyage du Mi‘raj. Nous expliquerons ensuite quel message le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) adressa aux habitants de la terre à son retour du Mi‘raj.
Environ douze années s’étaient écoulées depuis que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait reçu la prophétie. Il avait cinquante-deux ans. Il était couché dans l’enceinte de la Kaaba. Soudain, l’ange Gabriel vint le réveiller. Entre sommeil et éveil, il le souleva et l’emmena près du puits de Zamzam. Il lui ouvrit la poitrine, la lava avec l’eau de Zamzam, puis la remplit de patience, de sagesse, de foi et de certitude. (Récits d’Abou Hourayra et de Malik ibn Sa‘sa‘a, notamment rapportés par al-Boukhari, Muslim, le Musnad d’Ahmad, Ibn Jarir, al-Bayhaqi, Hafiz Ibn Abi Hatim, al-Tabarani et al-Bazzar. D’autres récits indiquent que l’Isra commença dans la maison d’Oum Hani (qu’Allah l’agrée), fille d’Abou Talib et cousine du Prophète. Il y avait accompli la prière du soir avant de s’endormir. Ibn Jarir, Abou Ya‘la et al-Tabarani rapportent cet événement d’après Oum Hani elle-même, tandis qu’al-Bayhaqi le rapporte d’après Ali ibn Abi Talib, Abdallah ibn Mas‘ud et Abdallah ibn Abbas, qu’Allah les agrée. Dans les Tabaqat d’Ibn Sa‘d figure le récit d’al-Waqidi selon lequel l’Isra commença dans le défilé d’Abou Talib. Al-Boukhari et Muslim rapportent d’après Abou Dharr, et le Musnad d’Ahmad d’après Ubayy ibn Ka‘b, que Gabriel entra dans la maison en perçant le toit et emmena le Prophète. En réalité, ces récits ne sont pas contradictoires. La maison d’Oum Hani se trouvait dans le défilé d’Abou Talib. Gabriel descendit dans la maison en perçant son toit et emmena le Prophète, alors endormi, à la Mosquée sacrée. Ce qui se produisit ensuite, entre sommeil et éveil, a été exposé plus haut. — L’auteur.)
Puis, pour le voyage, Jibrîl (sur lui la paix) présenta une monture. Elle était blanche, un peu plus grande qu’un âne et plus petite qu’un mulet. Elle avançait à la vitesse de l’éclair, chacun de ses pas atteignant la limite extrême du regard. C’est pour cette raison qu’elle s’appelait Burâq. [Toutes les traditions concernant Burâq et ses qualités sont unanimement reconnues comme authentiques — l’auteur.] Les prophètes précédents utilisaient également de telles montures pour ce genre de voyage. [Ibn Jarîr, Bayhaqî dans ses Dalâ’il, Ibn Abî Hâtim, Ibn Ishâq, Ibn Mardûya, Nasâ’î, Maghâzî d’Ibn ‘Â’idh et Suhaylî ont rapporté dans Rawd al-Unuf que le prophète Ibrâhîm (sur lui la paix) se rendit à La Mecque monté sur Burâq, emmenant Hâjar et son nourrisson Ismâ‘îl (sur lui la paix). Mais ils n’ont pas indiqué la source de cette tradition — l’auteur.] Lorsque le Saint Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) s’apprêta à le monter, l’animal se mit à bouger. Jibrîl (sur lui la paix) lui donna une légère tape sur le corps et dit : « Voyons, que faisais-tu ? Jusqu’à aujourd’hui, nul homme plus éminent que Muhammad (sur lui la paix et les bénédictions) n’est monté sur toi. » À ces mots, l’animal, honteux, se mit à transpirer. [Musnad d’Ahmad, Tirmidhî, Ibn Hibbân, Ibn Jarîr, Ibn Ishâq et Ibn Sa‘d — l’auteur.]
Puis le Saint Prophète monta sur lui, et Jibrîl l’accompagna. [Dans les traditions citées par Ibn Jarîr, Bayhaqî, Nasâ’î, Ibn Hâshim, Ibn Abî Hâtim, Tabarânî, Bazzâr et Ibn Sa‘d, il est rapporté que Jibrîl (sur lui la paix) resta constamment avec le Prophète durant ce voyage. Dans la tradition d’‘Abd al-Rahmân ibn Abî Laylâ rapportée par Tabarânî, Jibrîl (sur lui la paix) fit asseoir le Saint Prophète devant lui sur Burâq. Abû Ya‘lâ et Ibn Hibbân citent une tradition d’‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd (que Dieu l’agrée) selon laquelle Jibrîl (sur lui la paix) s’assit devant et fit asseoir le Saint Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) derrière lui. Dans une tradition de Hudhayfa (que Dieu l’agrée) rapportée par Tirmidhî, Nasâ’î et le Musnad d’Ahmad, il est dit que le Saint Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) et Jibrîl (sur lui la paix) montèrent tous deux sur Burâq, sans préciser lequel était devant et lequel était derrière — l’auteur.] La première étape fut Médine, où le Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) descendit et accomplit la prière. Jibrîl (sur lui la paix) lui dit : « C’est ici que vous émigrerez. » La deuxième étape fut le mont Sinaï, où Dieu parla à Moïse (sur lui la paix). La troisième fut Bethléem, où Jésus (sur lui la paix) naquit. La quatrième fut Bayt al-Maqdis, où prit fin le voyage de Burâq. [La tradition d’Anas ibn Mâlik (que Dieu l’agrée) rapportée par Nasâ’î et celle de Shaddâd ibn Aws (que Dieu l’agrée) rapportée par Bayhaqî présentent quelques différences. Au lieu du mont Sinaï, elles mentionnent une prière près de l’arbre de Madyan, sous lequel Moïse (sur lui la paix) s’était assis après avoir abreuvé les troupeaux de deux femmes — l’auteur.]
Les diverses forces égarées et corruptrices
À un endroit de ce voyage, quelqu’un cria : « Venez par ici ! » Le Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) ne lui accorda pas le moindre regard. Jibrîl (sur lui la paix) dit : « Celui-ci appelle au judaïsme. » Une voix retentit alors d’un autre côté : « Venez par ici ! » Le Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) ne regarda pas davantage dans cette direction. Jibrîl (sur lui la paix) dit : « Celui-ci appelle au christianisme. » Puis apparut une femme parée avec une grande magnificence et une grande splendeur. Elle aussi invita le Saint Prophète à se tourner vers elle. Mais il détourna également son visage de ce côté. Jibrîl (sur lui la paix) dit : « C’est le monde d’ici-bas. » Puis une vieille femme se trouva devant eux. Jibrîl (sur lui la paix) dit : « Évaluez la durée de vie restante du monde d’ici-bas d’après celle qui reste à cette vieille femme. » Ils rencontrèrent ensuite un autre homme qui voulut attirer le Prophète vers lui. Mais celui-ci le laissa également derrière lui et poursuivit sa route. Jibrîl (sur lui la paix) dit : « C’était Satan, qui voulait vous détourner du chemin. » [Les différentes parties de ces événements sont rapportées dans divers ouvrages de hadith et de sîra : Bayhaqî (Dalâ’il), Tabarânî (al-Awsat), Ibn Jarîr, Ibn Hâtim, Ibn Ishâq et Ibn Mardûya — l’auteur.]
La prière à Bayt al-Maqdis
Après être arrivé à Bayt al-Maqdis, le Saint Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) descendit de Burâq. Celui-ci fut attaché à l’endroit même où les autres prophètes l’attachaient. [Musnad d’Ahmad, Muslim, Ibn Jarîr, Bayhaqî, Ibn Abî Hâtim, Ibn Ishâq, Ibn Sa‘d et Ibn Mardûya. Certaines autres traditions rapportent également que Jibrîl (sur lui la paix) perça une pierre d’un coup de doigt et y attacha Burâq (Tirmidhî, Hâtim et Ibn Abî Hâtim).] Lorsqu’il entra dans le Temple de Salomon — qui, bien qu’il eût été détruit à cette époque, existait encore comme emplacement, et où l’empereur Justinien avait fait construire une église — il vit tous les prophètes nés sur terre depuis l’origine de l’humanité jusqu’à cette époque. Dès son arrivée, les rangs de la prière se formèrent et tous attendirent de savoir qui la dirigerait. Jibrîl (sur lui la paix) le prit par la main et le conduisit devant eux ; tous prièrent derrière lui. [Ibn Jarîr, Bayhaqî, Tabarânî, Nasâ’î, Ibn Abî Hâtim, Musnad d’Ahmad et Ibn Sa‘d.]
Puis trois récipients furent placés devant lui : le premier contenait de l’eau, le deuxième du lait et le troisième du vin. Il prit le récipient de lait et en but. Jibrîl (sur lui la paix) le félicita en disant : « Vous avez suivi la voie de la nature innée. » [C’est ce que rapportent la tradition de Suhayb (que Dieu l’agrée) citée par Tabarânî, celles d’Anas (que Dieu l’agrée) et d’Abû Hurayra (que Dieu l’agrée) rapportées par Ibn Jarîr, ainsi que les traditions d’érudits divers rapportées par Ibn Ishâq, que nous avons citées plus haut. Toutefois, les traditions divergent beaucoup sur ce point. Dans la tradition rapportée par Ibn Jarîr, Bayhaqî et Ibn Abî Hâtim d’après Abû Sa‘îd al-Khudrî (que Dieu l’agrée), deux coupes sont mentionnées : l’une contenait de l’eau et l’autre du vin. La tradition d’Anas (que Dieu l’agrée) dans le Musnad d’Ahmad et Muslim, celle d’Abû Hurayra dans Bukhârî et celle de Sa‘îd ibn al-Musayyib (que Dieu l’agrée) dans Bayhaqî mentionnent deux récipients : l’un contenait du lait et l’autre du vin. La tradition de Shaddâd ibn Aws rapportée par Bayhaqî, Ibn Hâtim, Bazzâr et Tabarânî mentionne également deux récipients, mais l’un contenait du lait et l’autre du miel. En revanche, la tradition de Mâlik ibn Sa‘sa‘a (que Dieu l’agrée), rapportée dans le Musnad d’Ahmad, Bukhârî et Muslim, indique que trois récipients furent présentés au Saint Prophète (sur lui la paix et les bénédictions), près du Sidrat al-Muntahâ ou du Bayt al-Ma‘mûr : l’un contenait du vin, le deuxième du lait et le troisième du miel. Toutes les traditions s’accordent cependant sur le fait que le Saint Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) choisit le récipient de lait — l’auteur.]
Ensuite, une échelle lui fut présentée. Avec son aide, Jibrîl (sur lui la paix) le conduisit vers les cieux. En arabe, une échelle se dit mi‘râj. C’est pourquoi l’ensemble de cet événement fut appelé Mi‘râj. [Ibn Jarîr, Bayhaqî, Ibn Abî Hâtim, Ibn Ishâq et Ibn Mardûya l’ont rapporté d’après Abû Sa‘îd al-Khudrî (que Dieu l’agrée). Mais Ibn Hâtim cite une tradition d’Anas (que Dieu l’agrée) selon laquelle Jibrîl (sur lui la paix) monta vers les cieux en tenant le Saint Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) par la main — l’auteur.]
Dans le premier ciel
Lorsqu’ils montèrent au premier ciel, la porte du ciel était fermée.
L’ange gardien de la porte demanda : « Qui est arrivé ? »
Hazrat Gabriel (paix sur lui) dit son nom.
L’ange demanda : « Qui est avec vous ? »
Gabriel — Muhammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui).
L’ange — A-t-il été appelé ?
Gabriel — Oui, en effet.
Puis la porte s’ouvrit et le Prophète (s) fut accueilli avec honneur. [Il est unanimement admis au sujet du Mi‘râj qu’à l’entrée dans chaque ciel, Jibrîl (a) était interrogé de cette manière. Après qu’il eut été confirmé que le visiteur était Jibrîl (a), qu’il était accompagné de Muhammad (s) et que celui-ci avait été appelé, la porte fut ouverte et le Prophète accueilli — l’auteur.] Là, le Saint Prophète (s) fut présenté aux grandes personnalités des anges et des âmes humaines qui résidaient à ce niveau. Parmi elles se trouvait notamment un vénérable personnage qui était le modèle parfait de la forme humaine. Son visage et la constitution de son corps ne présentaient aucun défaut ni aucune imperfection. Jibrîl (a) dit : « C’est Adam (a), votre ancêtre. »
Ce vénérable avait de nombreuses personnes à sa droite et à sa gauche. Lorsqu’il regardait à droite, il se réjouissait ; lorsqu’il regardait à gauche, il pleurait. On demanda : « Qu’en est-il ? »
On répondit : « Ce sont tous les descendants d’Adam. Adam se réjouissait en voyant ses descendants vertueux et pleurait en voyant les gens mauvais. » [L’auteur a rapporté ce récit d’après les narrations de Mâlik ibn Sa‘sâ‘a dans al-Bukhârî, Muslim et le Musnad d’Ahmad ; d’Abû Dharr (ra) dans al-Bukhârî et Muslim ; ainsi que d’après Ibn Jarîr, al-Bayhaqî, Ibn Abî Hâtim, Ibn Mardûya, Ibn Ishâq, et Abû Sa‘îd al-Khudrî (ra) ; et encore d’après Ibn Jarîr, al-Bayhaqî, Hâfiz Ibn Abî Hâtim, al-Tabarânî et al-Bazzâr, selon la narration d’Abû Hurayra (ra), ainsi que d’après la narration d’Ubayy ibn Ka‘b (ra) rapportée par ‘Abdullah ibn Ahmad Hanbal dans les Zawâ’id du Musnad.]
Puis le Prophète (s) eut la possibilité d’observer les choses en détail. À un endroit, il vit des gens moissonner une récolte. Plus ils moissonnaient, plus elle augmentait. On demanda : « Qui sont-ils ? » On répondit : « Ce sont ceux qui combattent dans le chemin de Dieu. »
Puis on vit les têtes de certaines personnes être réduites en miettes à coups de pierres. On demanda : « Qui sont-ils ? » On répondit : « Ce sont ceux dont la répugnance et le mécontentement les empêchaient de se lever pour la prière. »
Il vit ensuite des gens dont les vêtements étaient rapiécés devant et derrière, et qui mangeaient de l’herbe comme des bêtes. On demanda : « Qui sont-ils ? » On répondit : « Ce sont ceux qui ne donnaient rien, provenant de leurs biens, ni en zakât ni en aumône. »
Puis on vit un homme qui ramassait du bois et essayait d’en soulever le fardeau. Lorsqu’il ne parvenait pas à le soulever, il y ajoutait encore du bois. On demanda : « Qui est-ce ? » On répondit : « C’est un homme sur qui pesait un tel fardeau de responsabilités qu’il ne pouvait le porter. Mais au lieu de l’alléger, il chargeait encore ses épaules d’autres responsabilités. »
Puis on vit les langues et les lèvres de certaines personnes être coupées avec des ciseaux. On demanda : « Qui sont-ils ? » On répondit : « Ce sont des gens qui parlaient sans discernement, disaient tout ce qui leur venait à la bouche et semaient la discorde dans la société. »
Puis, à un endroit, on aperçut une pierre qui comportait une légère fissure. Un gros taureau trapu en sortit. Ensuite, il essayait d’y rentrer de nouveau, mais n’y parvenait pas. On demanda : « Qu’en est-il ? » On répondit : « C’est l’exemple de celui qui, de manière irresponsable, prononce des paroles semant la discorde, puis, honteux, souhaite réparer le tort causé, mais n’y parvient pas. »
À un endroit, on vit des gens découper leur propre chair et la manger. On demanda : « Qui sont-ils ? » On répondit : « Ce sont ceux qui portaient de fausses accusations contre autrui et l’injuriaient. »
Tout près d’eux se trouvaient des gens dont les ongles étaient de cuivre. Avec ceux-ci, ils se griffaient le visage et la poitrine. Lorsqu’on demanda qui ils étaient, on répondit : « Ce sont ceux qui, en l’absence des gens, colportaient leurs mauvaises actions et portaient atteinte à leur honneur. »
On vit des gens dont les deux lèvres ressemblaient à celles d’un chameau et qui dévoraient du feu. On demanda : « Qui sont ceux-là ? » On répondit : « Ce sont ceux qui dévoraient les biens des orphelins. »
On vit des gens dont le ventre était démesurément gros et rempli de serpents venimeux. Les gens les piétinaient et passaient par-dessus eux, mais ils ne pouvaient pas bouger de leur place. Lorsqu’on demanda qui ils étaient, on répondit : « C’étaient des usuriers. »
Puis on vit des gens devant lesquels étaient placées, d’un côté, de belles viandes fraîches et, de l’autre, de la viande pourrie d’où se dégageait une odeur nauséabonde. Ils délaissaient la bonne viande pour manger la viande pourrie. On expliqua : « Ce sont des gens qui, bien qu’ayant des épouses licites, assouvissaient illicitement leurs désirs sexuels. »
Puis on vit des femmes suspendues par leurs seins. On demanda : « Qui sont-elles ? » On répondit : « Ce sont des femmes qui attribuaient à leur mari, comme étant de lui, des enfants qui n’étaient pas les siens. » [Il existe une divergence quant à savoir si ces visions eurent lieu sur le chemin de Bayt al-Maqdis ou au premier ciel. En outre, toutes ces visions ne sont pas rapportées ensemble dans tous les récits. Au contraire, différentes visions sont mentionnées dans différents hadiths. Nous réunissons ici toutes les références en un seul endroit. Musnad d’Ahmad, Ibn Mâjah, Ibn Jarîr, al-Bayhaqî, Ibn Hishâm, Ibn Abî Hâtim, al-Tabarânî et al-Bazzâr — récit d’Abû Hurayra ; Ibn Jarîr, Ibn Abî Hâtim, Ibn Ishâq et Ibn Mardûya — récit d’Abû Sa‘îd al-Khudrî ; Musnad d’Ahmad et Abû Dâwûd — récit d’Anas ibn Mâlik — auteur.]
Au cours de ces visions, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) rencontra un ange qui l’accueillit avec un tempérament extrêmement rude. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) demanda à Gabriel (paix sur lui) : « Tous les anges que j’ai rencontrés jusqu’à présent m’ont accueilli avec joie et le sourire aux lèvres. Pourquoi celui-ci a-t-il un caractère si austère ? » Gabriel (paix sur lui) répondit : « Il n’a rien à voir avec la gaieté et les réjouissances. C’est le gardien de l’Enfer. » En entendant cela, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) exprima le désir de voir l’Enfer. Aussitôt, le voile qui obstruait sa vue fut levé, et l’Enfer apparut dans toute son effroyable apparence. [Sîrat Ibn Hishâm — d’après Ibn Ishâq et Ibn Abî Hâtim ; récit d’Anas ibn Mâlik — auteur.]
dans les cieux suivants
Après avoir franchi ces niveaux, le Saint Prophète (s) atteignit le deuxième ciel. Parmi les éminentes personnalités qui s’y trouvaient, deux jeunes hommes se distinguaient particulièrement. Il fut établi qu’il s’agissait de Hazrat Yahya (a) et de Hazrat Issa (a).
Dans le troisième ciel, on lui présenta un éminent personnage dont la beauté, comparée à celle des gens ordinaires, était semblable à la pleine lune comparée aux étoiles. Il fut établi qu’il s’agissait de Hazrat Yusuf (a).
Dans le quatrième ciel, Hazrat Idris (a), dans le cinquième, Hazrat Harun (a), et dans le sixième, Hazrat Moussa (a), rencontrèrent le Prophète Muhammad (s). Après avoir atteint le septième ciel, il vit un immense palais (Bayt al-Ma‘mur), où ceux qui s’y trouvaient lui ressemblaient beaucoup par leur apparence. Il fut établi qu’il s’agissait de Hazrat Ibrahim (a). (Musnad Ahmad, Bukhari et Muslim — récit de Malik ibn Sa‘sa‘a. Musnad Ahmad, Muslim et Ibn Abi Hatim — récit d’Anas ibn Malik (r). Ibn Jarir, Bayhaqi, Ibn Abi Hatim, Tabarani, Bazzar, Hakim et Ibn Ishaq — récit d’Abu Hurayra (r). Certains récits divergent quant à la demeure des prophètes. Dans les récits d’Anas (r) rapportés par Nasai et Muslim, Hazrat Harun (a) est situé au quatrième ciel et Hazrat Idris (a) au cinquième. Citant le récit d’Abu Sa‘id al-Khudri (r), Ibn Jarir, Bayhaqi et Ibn Marduyah situent Hazrat Yusuf (r) au deuxième ciel, et Hazrat Yahya (a) ainsi que Hazrat Issa (a) au troisième ciel — l’auteur.)
Sidrat al-Muntaha
Ensuite, le Saint Prophète (s) poursuivit son ascension vers les hauteurs et atteignit Sidrat al-Muntaha. Celui-ci constitue une frontière séparatrice entre la demeure du Très-Grand Seigneur de la toute-puissance et le monde matériel. C’est là que s’achève la connaissance de toutes les créatures. Tout ce qui se trouve au-delà relève de l’invisible, dont aucun prophète ni aucun ange rapproché ne possède la connaissance, sauf si Allah souhaite en révéler quelque chose à quelqu’un. Tout ce qui monte d’en bas y est recueilli, et tout ce qui descend d’en haut y est reçu. C’est près de cet endroit que le Prophète eut une vision du Paradis. Il vit qu’Allah le Très-Haut y avait préparé pour Ses serviteurs vertueux des bienfaits qu’aucun œil n’a vus, qu’aucune oreille n’a entendus et qu’aucun cœur n’a pu concevoir. (Bukhari et Muslim — récit d’Abu Dharr (r). Muslim, Nasai, Tirmidhi et Bayhaqi — récit d’Abdullah ibn Mas‘ud (r). Ibn Jarir, Bayhaqi, Ibn Abi Hatim et Ibn Marduyah — récit d’Abu Sa‘id al-Khudri (r) — l’auteur.)
À Sidrat al-Muntaha, Jibril (a) s’arrêta. Puis le Prophète (s) poursuivit seul son chemin. Ensuite, dans un lieu élevé, vaste et parfaitement approprié, il aperçut devant lui la demeure du Glorieux. Puis l’honneur de s’entretenir avec Lui lui fut accordé. (Ibn Hatim — récit d’Anas ibn Malik (r). Bukhari, Kitab as-Salat — récit d’Ibn Abbas (r) et d’Abu Habba al-Ansari. Qastallani rapporte dans ses Mawahib, sans citer de source, que le Messager (s) a dit : « Lorsque Jibril atteignit son emplacement, il dit : “Désormais, il s’agit de vous et de votre Seigneur. Voici ma place, au-delà de laquelle je ne peux aller.” ») Parmi ce qui lui fut révélé figurait ceci :
1. Cinquante prières quotidiennes furent rendues obligatoires.
2. Les deux derniers versets de la sourate Al-Baqara sont enseignés.
3. L’intention de pardonner tous les péchés, à l’exception du polythéisme, est exprimée.
4. Il est dit que celui qui a l’intention d’accomplir une bonne action reçoit l’inscription d’une bonne œuvre en sa faveur. Puis, lorsqu’il l’accomplit, dix bonnes œuvres lui sont inscrites. En revanche, rien n’est inscrit contre celui qui a l’intention de commettre une mauvaise action. Puis, lorsqu’il l’accomplit, un péché lui est inscrit. [En premier lieu, le récit unanimement rapporté dans tous les recueils de hadiths concernant le Mi‘râj est celui de l’obligation initiale de cinquante prières. Les autres éléments sont rapportés dans les recueils de hadiths suivants :
Muslim, Nasâ’î, Tirmidhî, Bayhaqî — rapport d’après ‘Abdullah ibn Mas‘ûd ; Musnad Ahmad et Muslim — récit d’Anas ibn Mâlik. Ibn Jarîr, Bayhaqî, Ibn Abî Hâtim, Ibn Mardûya — récit d’Abû Sa‘îd al-Khudrî — l’auteur.]
Après sa présence devant le Seigneur, alors qu’il descendait pour retourner, le Prophète rencontra Moïse, que la paix soit sur lui. Après avoir entendu le récit, celui-ci dit : « J’ai une expérience amère avec les Enfants d’Israël. Je pense que ta communauté ne pourra pas s’astreindre à cinquante prières ; demande qu’on en réduise le nombre. » Lorsqu’il revint, Allah, le Très-Glorieux, réduisit de dix le nombre des prières.
Moïse, que la paix soit sur lui, lui dit de nouveau la même chose. Puis le Prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, monta à plusieurs reprises, et le nombre des prières diminua chaque fois de dix. Finalement, cinq prières furent rendues obligatoires, et il fut dit qu’elles équivalaient à cinquante. [Il est unanimement établi dans tous les hadiths que, sur le conseil de Moïse, que la paix soit sur lui, le Prophète se rendit à plusieurs reprises auprès d’Allah afin de demander une réduction, jusqu’à ce que cinq prières demeurent obligatoires. Allah les compta comme équivalant à cinquante. Certes, la plupart des récits mentionnent une réduction de cinq prières à chaque fois ; toutefois, certains récits mentionnent une réduction d’un nombre indéterminé, tandis que d’autres mentionnent une réduction de cinq à chaque fois — l’auteur. (Quelques personnes influencées par la pensée occidentale, notamment celles qui rejettent les hadiths, soulèvent une objection contre ce récit en disant : si l’intention de Dieu était de rendre obligatoires seulement cinq prières, quel sens y avait-il à commencer par cinquante et à négocier progressivement leur réduction ? La réponse est qu’Allah Très-Haut fait comprendre clairement à Ses serviteurs qu’en reconnaissance de Ses bienfaits, l’être humain devrait être suffisamment dévoué pour que, s’il accomplissait cinquante prières par jour, cela ne fût pas excessif. Mais, en considération de la faiblesse et de la nature humaines, cette facilité leur fut accordée. Ensuite, le fait que le Prophète, sur le conseil de Moïse, demandât à plusieurs reprises une réduction, et que cette demande fût acceptée, rehaussa le rang du Prophète. Cet événement constitue une preuve de l’intercession du Prophète et des autres prophètes dans l’au-delà — l’auteur.)]
Retour
Sur le chemin du retour, le Prophète redescendit par le même escalier et arriva à Bayt al-Maqdis. Tous les prophètes y étaient de nouveau présents. Il dirigea la prière pour eux, et il s’agissait probablement de la prière de l’aube. Puis, après être monté sur Burâq, il retourna à La Mecque (Al-Bidâya wa-n-Nihâya, tome III, p. 112-113).
À l’aube, avant tous les autres, il raconta cet événement à sa cousine paternelle, Umm Hani (qu’Allah l’agrée). Puis il voulut sortir. Mais elle (Umm Hani) retint son manteau et lui dit : « Je vous en conjure au nom d’Allah, ne racontez cela à personne. Sinon, ils auront encore un prétexte pour se moquer de vous et vous tourner en dérision. » Mais le Prophète (s) sortit en disant : « Je le raconterai certainement. » (At-Tabarani, Ibn Ishaq, Ibn Saad et Abou Ya‘la rapportent ce récit d’après Umm Hani (qu’Allah l’agrée).)
Après être arrivé dans l’enceinte sacrée de la Kaaba, le Prophète (s) aperçut Abou Jahl devant lui. Celui-ci demanda : « Y a-t-il une nouvelle ? » Le Prophète (s) répondit : « Oui, certainement. » Abou Jahl dit : « Voyons, de quoi s’agit-il ? »
Le Prophète (s) dit : « Cette nuit, je suis allé à Bayt al-Maqdis. » Abou Jahl demanda : « Bayt al-Maqdis ? Tu en es revenu dans la même nuit ? Et tu es ici dès le matin ? »
Le Prophète (s) répondit : « Oui, c’est bien cela. »
Abou Jahl dit : « Alors, dois-je rassembler les gens ? Tu leur raconteras cela devant tout le monde, n’est-ce pas ? »
Le Prophète (s) répondit : « Certainement. »
Abou Jahl rassembla tout le monde à grands cris, puis dit au Prophète (s) : « Maintenant, raconte. »
Le Prophète (s) raconta l’événement dans son intégralité devant tout le monde. Les gens commencèrent à se moquer de lui et à le tourner en dérision. Certains applaudissaient, tandis que d’autres, stupéfaits, se prenaient la tête dans les mains. Ils disaient : « Deux mois de voyage en une seule nuit ? Impossible, c’est totalement irréaliste. Nous avions déjà des doutes, mais maintenant nous sommes fermement convaincus que tu es bel et bien fou. » (Musnad Ahmad, An-Nasaï, Al-Bayhaqi, Al-Bazzar et At-Tabarani rapportent ce récit d’après Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée). Ibn Jarir, Al-Bayhaqi et Ibn Abi Hatim le rapportent d’après Abou Saïd Al-Khoudri (qu’Allah l’agrée).)
Reconnaissance de la véracité de Hadrat Siddiq (ra)
En un instant, la nouvelle se répandit dans toute La Mecque. En l’apprenant, certains musulmans tournèrent le dos à l’islam. (Musnad d’Ahmad, al-Bukhari, al-Tirmidhi, al-Bayhaqi, Jaber ; récit rapporté par Hadrat Aïcha (ra).
Les gens se rendirent ensuite auprès de Hadrat Abou Bakr (ra), dans l’espoir qu’étant la main droite du Prophète Muhammad (s), s’il se détournait du Prophète, ce mouvement périrait. Après avoir entendu l’affaire, Hadrat Abou Bakr (ra) déclara : « Si Muhammad (s) a dit cela, c’est certainement vrai. Qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? J’entends chaque jour qu’un message lui parvient du ciel, et je reconnais également sa véracité. » (Ibn Jarir, al-Bayhaqi — récit rapporté par Abou Salama ibn Abd ar-Rahman ; Ibn Abi Hatim — récit rapporté par Anas ibn Malik ; al-Bayhaqi — récit rapporté par Hadrat Aïcha (ra).
Hadrat Abou Bakr (ra) se rendit alors au sanctuaire de la Kaaba, où se trouvait le Messager d’Allah (s), ainsi que la foule des railleurs. Il demanda au Prophète (s) : « Avez-vous réellement dit toutes ces choses ? »
Le Prophète (s) répondit : « Oui, je les ai dites. »
Hadrat Abou Bakr (ra) déclara : « J’ai déjà vu Bayt al-Maqdis. Décrivez-moi ce que vous y avez vu. »
Le Prophète (s) commença aussitôt à en décrire les aspects. Il décrivait chaque chose de telle manière que Bayt al-Maqdis semblait se trouver devant lui et qu’il en rapportait l’état en le regardant. Cette attitude adoptée par Hadrat Abou Bakr (ra) porta un coup terrible au cœur des négateurs. [Le hafiz Ibn Kathir dit dans al-Bidaya wa an-Nihaya qu’Abou Bakr (ra) demanda que la description de Bayt al-Maqdis fût donnée devant les polythéistes afin que, si le Prophète pouvait la décrire correctement, les polythéistes fussent réduits au silence. Mais Abou Ya‘la a rapporté, d’après Umm Hani (ra), que ce fut Mut‘im ibn Adi qui demanda la description de Bayt al-Maqdis. Ibn Jarir et Ibn Abi Hatim ont rapporté, d’après Abou Saïd al-Khudri (ra), que l’homme qui, dans la foule, posa cette question considérait le Prophète comme un menteur. Dans un récit de Muslim transmis par Hadrat Abou Hurayra (ra), il est dit que les gens interrogeaient le Prophète. La véritable raison de ces questions était qu’ils savaient que le Prophète (s) n’avait jamais vu Bayt al-Maqdis de son vivant. Il lui était donc difficile d’en donner une description, d’autant plus qu’il l’avait vu de nuit. Aussi Allah le Très-Haut plaça-t-Il Bayt al-Maqdis devant ses yeux au moment où ils l’interrogeaient ; en le regardant, il répondait à chacune de leurs questions. Ils durent finalement admettre que la description qu’il en donnait était parfaitement exacte. Al-Bukhari, Muslim, le Musnad d’Ahmad, Ibn Jarir, al-Tirmidhi et al-Bayhaqi — récit rapporté par Jabir ibn Abdallah (ra) ; Muslim et Ibn Sa‘d — récit rapporté par Abou Hurayra (ra) ; al-Bayhaqi, Ibn Abi Hatim, al-Bazzar et al-Tabarani — récit rapporté par Ibn Abbas (ra) — l’auteur.]
D’autres témoignages
Dans l’assemblée, nombreux étaient ceux qui se rendaient à Bayt al-Maqdis pour affaires. Ils se disaient intérieurement qu’il avait décrit les faits avec exactitude. Dès lors, les gens commencèrent à réclamer davantage de preuves de la véracité de son récit.
Le Prophète (s) dit : « En allant, je dépassai telle caravane, qui transportait telles et telles marchandises. Les chameaux des gens de la caravane furent effrayés à la vue de Burāq. L’un d’eux s’enfuit même vers telle vallée. J’indiquai aux gens de la caravane où il était parti. »
Sur le chemin du retour, je rencontrai, dans telle région, telle caravane de telle tribu. Ils dormaient tous. Je bus de l’eau dans leur récipient et laissai également des traces montrant que j’en avais bu.
Le Prophète (s) rapporta encore quelques faits de ce genre. Plus tard, les gens des caravanes qui arrivèrent reconnurent la véracité de ses paroles (Ibn Abī Ḥātim le rapporte d’après Anas ibn Mālik (ra) ; al-Bayhaqī, Ibn Abī Ḥātim, al-Bazzār et al-Ṭabarānī le rapportent d’après Shaddād ibn Aws ; et al-Ṭabarānī rapporte également le récit d’Abū Yaʿlā d’après Umm Hāni (ra)).
Ainsi, les adversaires furent réduits au silence. Mais ils continuaient à se demander intérieurement comment cela pouvait être possible. Aujourd’hui encore, beaucoup de gens se posent cette question : comment cela a-t-il pu se produire ?
L’enseignement des cinq prières quotidiennes au Prophète (s)
Pendant les deux jours qui suivirent la nuit du Miʿrāj, Jibrīl (as), envoyé par Allah le Très-Haut, vint à l’heure de chaque prière afin d’indiquer les horaires d’accomplissement des cinq prières prescrites. Le premier jour, il fit accomplir au Messager d’Allah (s) chaque prière au début de son horaire, et le deuxième jour à la fin de son horaire. Il dirigea la prière, puis dit : « L’horaire de chaque prière se situe entre ces deux moments. » Cette tradition est rapportée par l’imam Aḥmad, al-Nasāʾī, al-Tirmidhī, Ibn Ḥibbān et al-Ḥākim d’après Jābir ibn ʿAbd Allāh. L’imam al-Bukhārī la considère comme la plus authentique concernant les horaires de la prière. L’imam Aḥmad, al-Tirmidhī, Abū Dāwūd, Ibn Khuzayma, al-Dāraquṭnī, al-Ḥākim et ʿAbd al-Razzāq la rapportent également, avec quelques variantes, d’après ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās (ra). Ibn ʿAbd al-Barr et le qadi Abū Bakr ibn al-ʿArabī la considèrent eux aussi comme authentique.
L’imam al-Zuhrī rapporte que, lorsqu’Urwa ibn al-Zubayr déclara en présence de ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz (rah) que Jibrīl (as) avait dirigé la prière du Messager d’Allah (s), celui-ci, très étonné, lui dit : « Urwa, réfléchis un instant à ce que tu dis. Veux-tu dire que Jibrīl (as) avait dirigé la prière du Prophète (s) ? »
‘Ourwa dit : « J’ai entendu cela de Bachir ibn Abou Mas‘oud. Il a dit l’avoir entendu d’Abou Mas‘oud al-Ansari (qu’Allah l’agrée). Celui-ci (Mas‘oud al-Ansari) a dit : “J’ai moi-même entendu le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dire cela : Jibril descendit et présida la prière pour moi. J’accomplis avec lui les cinq prières quotidiennes.” » (Muwatta, Boukhari, Mouslim, ‘Abd ar-Razzaq, Tabarani).
Le message du Mi‘raj
Après son retour du voyage du Mi‘raj, le message que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) transmit aux habitants de la terre de la part d’Allah est conservé mot pour mot dans les versets 2 à 39 de la dix-septième sourate du Noble Coran, Bani Isra’il. Si on les examine et que l’on porte son attention sur leur contexte historique, on saura que cette guidance fut donnée un an avant l’Hégire. Le lecteur comprendra clairement que cette guidance fut donnée avant même que ne soient posées les fondations d’un nouvel État fondé sur les principes de l’islam, État sur la base desquels le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et les Compagnons durent ensuite œuvrer.
Tirer des enseignements de l’histoire des Enfants d’Israël
Après avoir mentionné le Mi‘raj dans ce message, on commence par tirer des enseignements de l’histoire des Enfants d’Israël. Après avoir été libérés de l’esclavage des Égyptiens, lorsque les Enfants d’Israël commencèrent à mener une vie indépendante, le Seigneur de l’univers leur donna un Livre pour les guider. En même temps, il leur fut enjoint : « Désormais, en dehors de Moi, ne vous fiez à la guidance de personne pour vos affaires. »
Mais au lieu de remercier Allah pour ce bienfait, les Enfants d’Israël le renièrent et, au lieu d’être des réformateurs sur terre, ils demeurèrent des fauteurs de corruption et des rebelles. Il en résulta qu’Allah les fit une première fois anéantir par les Babyloniens, puis qu’Il fit des Romains leurs dirigeants. En mentionnant cette histoire édifiante, Allah le Très-Haut avertit les musulmans que seul le Coran est un Livre qui leur indiquera le droit chemin. S’ils le suivent, ils ont la bonne nouvelle d’une immense récompense.
Chaque individu est responsable
La deuxième vérité importante à laquelle l’attention est attirée est que chaque être humain est lui-même détenteur d’une responsabilité morale permanente. Ses propres actes sont le juge définitif de sa cause. S’il suit le droit chemin, il en retirera lui-même le bien ; s’il suit une voie erronée, il devra en subir les conséquences néfastes. Nul n’est associé à personne dans cette responsabilité individuelle. Personne n’aura à porter le fardeau de la responsabilité d’autrui. Par conséquent, chaque membre d’une société vertueuse devrait accorder une attention particulière à ses propres responsabilités. Quoi que fassent les autres, il devrait d’abord se demander ce que lui-même est en train de faire.
La déchéance des notables
Le troisième point au sujet duquel il a été donné un avertissement est le suivant : ce qui finit par détruire une société, c’est la déchéance de ses notables et de ses puissants. Lorsque le destin funeste d’une nation devient inévitable, ses membres aisés et détenteurs du pouvoir se livrent au péché. Ils commencent à commettre l’injustice, la tyrannie, l’iniquité et toutes sortes de mauvaises actions. Finalement, cette corruption plonge la nation entière dans les profondeurs de la destruction. Par conséquent, toute société qui ne veut pas devenir son propre ennemi doit réfléchir à cette question, afin que les clés du pouvoir politique et des richesses matérielles ne tombent pas entre les mains de gens dépourvus de moralité.
L’importance de l’au-delà par rapport au monde présent
Ensuite, il est rappelé aux musulmans une vérité qui est répétée maintes fois dans le Coran. Il y est dit que si votre objectif est le monde présent, ainsi que sa réussite, son bonheur et son bien-être, vous pouvez obtenir ici-bas toutes ces choses. Mais leur issue finale sera terrifiante. La réussite durable et éternelle, qui commence dans cette vie et se prolonge dans la vie future sans connaître nulle part l’humiliation de l’échec, vous ne pouvez l’obtenir que lorsque, dans tous vos efforts et vos entreprises, vous gardez à l’esprit l’au-delà et le sentiment d’avoir à y rendre des comptes. Le bien-être des adorateurs du monde présent semble extérieurement créateur et productif. Mais les germes du mal et de la corruption sont cachés dans cette productivité. Ils sont privés de cette grandeur de caractère qui ne naît que du sentiment d’avoir à rendre des comptes dans l’au-delà. Vous pouvez constater dès ici-bas cette différence entre les deux catégories de personnes. Cette différence deviendra encore plus manifeste dans les étapes ultérieures de la vie. Finalement, la vie de l’un sera totalement vouée à l’échec, tandis que celle de l’autre sera couronnée d’une réussite complète.
Les principes fondamentaux de la civilisation islamique
Après avoir donné ces conseils introductifs, les principes fondamentaux importants sur lesquels devaient être édifiés le futur État et la future société islamiques sont exposés. Ces principes sont au nombre de quatorze. Nous les présentons dans l’ordre même où ils sont énoncés dans ce message de l’Ascension nocturne.
1. Il ne faut reconnaître la seigneurie et l’autorité d’aucune puissance ni d’aucun être en dehors d’Allah, l’Unique, sans associé. Il est votre Dieu, et vous ne devez Lui vouer exclusivement servitude et obéissance. Se conformer à Ses commandements est le signe distinctif de votre identité et de votre singularité. Si vous reconnaissez la seigneurie et l’autorité de quelqu’un d’autre que Lui, qu’il s’agisse d’un autre être ou de vos propres passions, vous finirez par subir l’humiliation suprême et serez privés de ces bienfaits qui ne peuvent être obtenus que par l’aide de Dieu. Ce principe n’était pas seulement une croyance religieuse ; il constituait également le principe fondamental du système politique que le Prophète avait établi après son arrivée à Médine. Toute sa structure reposait sur l’idée que Dieu, le Maître des mondes, est le propriétaire et le roi du pays, et que Sa charia est la loi et Son législateur.
2. Parmi les droits humains, les plus importants et ceux qui doivent être prioritaires sont les droits des parents. Les enfants doivent obéir à leurs parents, les servir et se conduire convenablement envers eux. Les principes sociaux et moraux de la société doivent être tels que les enfants ne soient ni dépendants ni désobéissants envers leurs parents, mais qu’ils se montrent au contraire extrêmement bons à leur égard. Ils doivent les honorer et les respecter, les servir et prendre en charge tous leurs besoins dans leur vieillesse, comme leurs parents l’ont fait pour eux durant leur enfance. Ce principe établit que l’organisation de la société islamique sera fondée sur la famille et que la piété et le respect envers les parents constituent la colonne vertébrale de l’organisation familiale. Par la suite, conformément à ce principe, les droits des parents reconnus par la charia ont été définis ; nous en trouvons l’exposé détaillé dans les ouvrages de hadith et de fiqh. En outre, dans la formation psychologique et morale de la société islamique ainsi que dans les règles de bienséance de la civilisation musulmane, ont été intégrées des conceptions et des pratiques accordant aux parents, après Dieu et Son Messager, la plus haute importance. Tous ces éléments ont établi pour tous les temps le principe selon lequel l’État islamique doit, par ses lois et ses directives administratives, renforcer et protéger la famille au lieu de l’affaiblir — l’auteur.
3. Dans la vie sociale, la vitalité nécessaire à l’entraide réciproque, à la compassion et à l’établissement de la justice doit demeurer vivante. Que chaque parent soit un soutien pour ses proches. Que chacun ait le droit de bénéficier de l’aide d’autrui. Lorsqu’un voyageur arrive dans un village ou une localité, qu’il se trouve au milieu de gens hospitaliers. La conception des droits (haqq) dans la société doit être si vive et si répandue que chacun soit pleinement conscient des droits de ceux parmi lesquels il vit. Lorsqu’il leur rend un service, qu’il considère s’acquitter de leur droit, et non leur accorder une faveur. S’il ne trouve personne pour les servir, qu’il exprime humblement son incapacité et implore la miséricorde de Dieu, afin de pouvoir être utile à autrui.[Sur la base de ce principe, la zakat obligatoire et la sadaqa surérogatoire furent prescrites dans la société médinoise. Les modalités du legs en faveur des orphelins et du waqf furent établies. Des mesures furent prises pour préserver les droits des orphelins. Le droit du voyageur à être accueilli dans une localité fut établi : il devait être hébergé au moins trois jours. Ensuite, par l’enseignement moral, une telle vitalité de générosité, de compassion, d’entraide et de coopération fut insufflée à l’ensemble de la société que les gens développèrent, au-delà des droits légaux, une conception étendue des droits moraux. Sur cette base, ils commencèrent eux-mêmes à prendre conscience de ces droits réciproques et à s’en acquitter, alors qu’ils ne pouvaient ni être réclamés en vertu de la loi ni être imposés par elle — l’auteur.]
4. Que les gens ne dilapident pas leurs richesses de manière erronée. Dépenser dans le luxe et les œuvres pécheresses pour afficher sa fierté et se faire voir, et détourner les richesses vers de fausses voies au lieu de répondre aux besoins réels des hommes et d’accomplir des œuvres bénéfiques, revient à nier les bienfaits de Dieu. Ceux qui dépensent leurs richesses de cette manière sont en réalité les frères de Satan, et il est du devoir essentiel d’une société réformatrice de mettre fin, par l’éducation morale et des restrictions légales, à ce gaspillage des richesses.
5. Les hommes devraient faire preuve d’un équilibre suffisant pour ne pas amasser leurs richesses par avarice et ne pas anéantir leur puissance financière par des dépenses excessives. Les membres de la société doivent avoir un sens juste de l’équilibre, afin de ne pas s’abstenir, d’un côté, des dépenses légitimes et de ne pas se rendre coupables, de l’autre, de dépenses effectuées par des voies injustes. [Dans la société médinoise, ces deux principes furent expliqués de diverses manières. D’une part, de nombreux moyens et procédés de gaspillage et de luxe furent déclarés légalement haram ; d’autre part, les voies de la dépense injuste et déraisonnable des richesses furent indirectement obstruées par la loi. En outre, le gouvernement reçut le pouvoir de mettre fin, par des directives administratives, aux activités manifestement marquées par l’excès de dépenses. Les biens de ceux qui continueraient à dépenser leurs richesses injustement seraient généralement placés sous l’administration du gouvernement. Outre ces mesures, une opinion publique fut créée dans la société, de sorte que l’excès de dépenses fut condamné au lieu d’être loué. Puis, par l’éducation morale, les mentalités furent corrigées afin que les gens puissent comprendre la différence entre les dépenses injustes et les dépenses légitimes et s’en abstenir d’eux-mêmes. De même, l’avarice fut combattue autant que possible par la loi. Les actions réformatrices nécessaires furent menées sous la pression de l’opinion publique et par l’éducation morale.]
6. Que les hommes n’interviennent pas artificiellement dans le système de répartition de la subsistance que Dieu a établi. Il n’a pas rendu tous Ses serviteurs égaux en matière de subsistance ; au contraire, Il a établi entre eux des différences dans la quantité qu’ils en reçoivent. Cela comporte de nombreuses sagesses, et Lui seul les connaît parfaitement.
Par conséquent, le système économique juste est celui qui se rapproche le plus de cette voie établie par Dieu. Transformer l’inégalité naturelle en une égalité artificielle, ou accroître l’inégalité au-delà des limites fixées par la nature jusqu’à la faire atteindre les limites de l’injustice, constitue dans les deux cas la même erreur. [En raison du principe de la loi naturelle indiqué dans ce principe, l’idée selon laquelle les différences, les écarts et les supériorités naturelles dans les moyens de subsistance et leur acquisition constitueraient en eux-mêmes une injustice, et selon laquelle il faudrait, pour établir la justice, abolir la distinction entre riches et pauvres et tenter de créer une société sans classes, ne trouva aucune place dans le programme réformateur de Médine. Au contraire, la démarche adoptée à Médine pour établir la civilisation humaine sur de solides fondements consistait à laisser dans leur état naturel exact les différences que la fitra d’Allah a placées entre les hommes, afin que, conformément aux troisième, quatrième et cinquième principes, elles deviennent non pas des causes de corruption dans le caractère, les mœurs et les pratiques de la société, mais des sources d’innombrables possibilités et avantages moraux, spirituels et civilisationnels. C’est en réalité pour cette raison que le Créateur de l’univers a établi ces différences entre Ses serviteurs — l’auteur.]
7. Il est gravement erroné de pratiquer le contrôle des naissances par crainte que l’augmentation du nombre des enfants ne rende plus étroits les moyens de subsistance. Ceux qui, sous l’effet de cette crainte, détruisent la descendance future, c’est-à-dire pratiquent le contrôle des naissances, se trompent en pensant que la gestion de la subsistance est entre leurs mains. Or le Pourvoyeur de subsistance est Dieu, Celui qui a permis aux hommes de vivre sur cette terre. C’est Lui qui a assuré la subsistance des générations précédentes, et c’est encore Lui qui assurera celle des générations futures. Plus la population augmente, plus Dieu élargit dans la même proportion les moyens de vivre et de gagner sa subsistance. Que personne, par conséquent, ne s’immisce injustement dans l’organisation que Dieu a établie pour Ses créatures et qu’en aucune circonstance ne se développe en elles une tendance à exterminer leur descendance. [Ce principe détruit entièrement le fondement économique sur lequel les mouvements de contrôle des naissances se sont développés à différentes époques, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Dans les temps anciens, la crainte de la pauvreté poussait les hommes à tuer les enfants et à pratiquer l’avortement. Aujourd’hui, le monde est poussé vers une troisième voie, celle du contrôle des naissances. Mais ce principe du message de l’Ascension indique aux hommes qu’au lieu de s’engager dans l’effort destructeur visant à réduire le nombre de ceux qui se nourrissent, ils doivent consacrer leurs forces et leurs aptitudes à acquérir, par des efforts constructifs, les moyens d’accroître les ressources alimentaires — l’auteur.]
8. La fornication établit entre l’homme et la femme une relation entièrement erronée et illégitime. Il ne suffit pas seulement de l’interdire ; il faut également extirper tous les moyens et procédés qui rapprochent les hommes de la fornication. [Finalement, ce principe devint le fondement d’un chapitre détaillé du système de vie islamique. Conformément à ce principe, la fornication et l’accusation de fornication furent considérées comme des infractions pénales. Des restrictions furent imposées à la propagation de l’obscénité. Des interdictions furent également établies concernant la consommation d’alcool, les instruments de musique, la danse, ainsi que les statues et les images représentant des êtres vivants. Ensuite, un droit conjugal fut institué, de sorte que le mariage devint très facile et que les moyens couramment utilisés dans la société pour pratiquer la fornication furent supprimés — l’auteur.]
9. Allah Tout-Puissant a considéré la vie humaine comme digne d’honneur et de respect. Nul ne peut ni se suicider ni tuer autrui. Cette interdiction prescrite par Dieu ne peut être enfreinte que lorsqu’un droit également prescrit par Dieu s’y oppose. Ensuite, une fois le droit établi, l’effusion de sang ne devrait avoir lieu que dans la mesure exigée par ce droit. Toutes les voies menant à des excès en matière de meurtre devraient être fermées. Par exemple, tuer sous l’effet de l’excitation quelqu’un d’autre que le coupable, contre lequel aucun droit n’a été établi ; ou faire mourir le coupable en le torturant ; ou profaner son cadavre après l’avoir tué ; ou commettre tout autre excès vindicatif de ce genre, qui était courant dans le monde. [Sur la base de ce principe, le suicide a été déclaré haram dans le droit islamique. Le meurtre intentionnel a été considéré comme un crime. Pour les différentes circonstances des meurtres involontaires, le prix du sang et l’expiation (kaffâra) ont été prescrits. Le meurtre légitime a été limité à cinq situations.
Un. Si quelqu’un tue intentionnellement.
Deux. Si un groupe fait obstacle à la voie de la religion de la vérité au point qu’il devient indispensable de lui faire la guerre.
Trois. Si un homme ou une femme marié(e) commet l’adultère.
Quatrièmement. Si un groupe tente d’abolir le système étatique islamique ou se soulève les armes à la main contre le groupe chargé de diriger le système social islamique.
Cinquièmement. Si, après être devenu musulman, quelqu’un devient apostat. Ensuite, le pouvoir de décider d’une mise à mort légitime a été confié au cadi de la charia. Des règles convenables ont également été établies à cet effet — l’auteur.]
10. Il faut préserver les intérêts des orphelins jusqu’à ce qu’ils soient capables de se tenir sur leurs propres pieds. Il ne faut pas dépenser leurs biens d’une manière qui ne leur soit pas bénéfique.[Ce n’était pas non plus une simple recommandation morale. Au contraire, des mesures à la fois légales et administratives ont été prises par le système étatique islamique afin de préserver les droits des orphelins ; nous en trouvons le détail dans les ouvrages de hadith et de fiqh. C’est également de cette disposition qu’a été tiré ce principe d’une portée considérable : l’État islamique lui-même est le protecteur des intérêts des citoyens qui ne sont pas capables de défendre leurs propres intérêts. La parole du Prophète (s) —
************************************ (Je suis le tuteur de celui qui n’a aucun tuteur) en est précisément l’indication — l’auteur.]
11. Tout pacte et tout engagement pris envers une personne, ou conclu avec une nation au nom d’une autre nation, doivent être respectés avec loyauté, quelles que soient les circonstances. Quiconque rompt un pacte devra en répondre devant Dieu. [Ce n’était pas simplement un point important de l’éthique islamique. Par la suite, l’État islamique en fit au contraire la pierre angulaire de sa politique intérieure et extérieure — l’auteur.]
12. Les instruments de mesure des marchandises doivent être maintenus en bon état, afin que les transactions puissent être effectuées avec des mesures exactes. [Conformément à ce point, le service de police de l’État islamique se vit également confier, parmi ses autres responsabilités, la surveillance des instruments de pesage et de mesure sur les marchés, ainsi que la tâche de mettre fin, par la force si nécessaire, aux pratiques consistant à donner moins que la mesure ou le poids convenus. On en tira ensuite ce principe général : il incombe au gouvernement d’éradiquer toute forme de déloyauté dans le commerce et les transactions, ainsi que toute spoliation des droits, toute tromperie et toute fraude — l’auteur.]
13. Ne t’acharne pas sur une question dont tu n’as aucune connaissance certaine. Tu devras rendre compte devant Dieu de ton ouïe, de ta vue, ainsi que des intentions, des conceptions, des volontés et des désirs de ton cœur, dans leurs moindres détails. [L’objectif de ce point est que le musulman fonde sa vie personnelle et sociale sur la connaissance, et non sur les superstitions, les conjectures et les suppositions. Cet objectif a été largement mis en œuvre dans la morale, le droit, l’ordre et la discipline du pays, ainsi que dans les différents aspects du système éducatif. La société islamique a été protégée contre les innombrables injustices qui surgissent dans divers domaines de la vie lorsqu’elle se fonde sur les suppositions plutôt que sur la connaissance. Sur le plan moral, il est prescrit de s’éloigner des préjugés et de ne porter aucune accusation contre une personne ou un groupe sans l’avoir soigneusement vérifiée. En droit, il est établi comme principe permanent qu’arrêter quelqu’un, le maltraiter ou le détenir sur la seule base d’un soupçon constitue un acte absolument injuste et illégal. Dans les relations avec les étrangers, ce principe a également été fixé : aucune mesure ne peut être prise contre quiconque sans enquête. Il est également interdit de répandre des rumeurs sur la base de simples soupçons. Dans le système éducatif, on a aussi considéré comme indésirables ces prétendus savoirs dont le fondement n’est que la conjecture et l’imagination illusoire. Ainsi, une mentalité attachée à la vérité et fondée sur celle-ci a été créée chez les musulmans — l’auteur.]
14. Ne marche pas sur la terre à la manière des tyrans et des orgueilleux. Tu ne peux ni déchirer la terre par ton arrogance et ta fierté, ni égaler les montagnes en hauteur par ton orgueil. [Ce n’est pas non plus une simple parole de conseil ; en réalité, les musulmans ont été avertis de ne pas se laisser gagner par la fierté et l’orgueil après être devenus le groupe au pouvoir. Nous en voyons la manifestation concrète dans le fait que, conformément à ce manifeste ou à cette proclamation en quatorze points, les dirigeants de l’État établi à Médine — gouverneurs et chefs militaires — ne prononcèrent rien, dans leurs déclarations officielles ou écrites, où l’on pût trouver la moindre trace de fierté ou d’orgueil. Même en temps de guerre, ils ne tinrent aucune parole exprimant l’orgueil. Dans leurs conversations, leur conduite et leur comportement, comme dans leur manière de se tenir et de s’asseoir, ne se manifestaient que la modestie et l’humilité. Lorsqu’ils entraient dans une ville en vainqueurs, ils ne cherchaient pas à étendre leur influence et leur prestige avec arrogance, orgueil ou ostentation — l’auteur.]
Tels étaient les principes fondamentaux sur lesquels le Prophète (s) établit les fondations de l’État islamique à Médine après l’Hégire.
Enseignement au Prophète (s) de l’invocation de l’Hégire
Dans cette sourate, Bani Israël, Allah enseigne à Son Prophète une invocation qui peut véritablement être appelée l’invocation de l’Hégire. At-Tirmidhi et Al-Hakim, citant les propos d’Ibn Abbas (r), rapportent que l’autorisation de l’Hégire fut accordée au Prophète (s) dans le verset suivant :
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Et prie ainsi, ô Prophète : « Seigneur, fais-moi entrer partout où Tu me feras entrer avec vérité, et fais-moi sortir de tout lieu d’où Tu me feras sortir avec vérité ; et accorde-moi, de Ta part, une force étatique qui me soutienne. » (Banî Isrâ’îl : 80)
Cette prière permet de comprendre clairement que le moment de l’émigration est proche. C’est pourquoi il est dit que ta prière devrait être la suivante : quelles que soient les circonstances, ne t’écarte jamais de la vérité. D’où que tu sortes, tu dois en sortir avec vérité, et où que tu ailles, tu dois y aller avec vérité.
« Et accorde-moi, de Ta part, une force étatique qui me soutienne. »
Cela signifie : soit Tu m’accordes directement une force étatique, soit Tu fais d’une force étatique ou d’un gouvernement mon soutien, afin que, grâce à son aide, je puisse éliminer la décadence et l’injustice qui règnent dans le monde, endiguer le flot de l’obscénité et du péché, et mettre en application Ta loi équitable. On comprend ainsi que la réforme que l’islam veut apporter au monde ne se limite pas aux exhortations et aux conseils ; pour que l’islam se réalise concrètement, une force politique est également nécessaire. Puisque cette prière a été enseignée directement par Allah à Son Prophète et que l’on trouve dans les hadiths cette indication —
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Autrement dit, lorsqu’Allah, au moyen de la force étatique, barre la route à certaines choses que le Coran ne peut empêcher, il est prouvé qu’il est non seulement permis, mais encore souhaitable de rechercher une force étatique et de s’efforcer de l’obtenir afin d’établir la religion (iqâmat ad-dîn) et de mettre en application la Charia ainsi que les lois pénales d’Allah (hudûd). Ceux qui qualifient cela de mondanité ou d’attachement au monde sont plongés dans l’erreur. La mondanité n’existe que lorsqu’une personne cherche à acquérir le pouvoir de l’État pour ses propres intérêts. En revanche, aspirer à la force étatique pour établir la religion d’Allah n’est pas de la mondanité ; c’est au contraire une exigence de la dévotion à Allah.
Enseignement d’une prière aux musulmans opprimés afin qu’ils reçoivent de l’aide
C’est à l’époque du Mi‘râj que les derniers versets de la sourate al-Baqara furent donnés au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Nous avons déjà cité, à ce propos, le récit de Hazrat Abdallah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée). Ces versets s’achèvent par la prière suivante :
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Ô notre Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos oublis ou de nos fautes. Ô Dieu ! Ne nous impose pas le fardeau que Tu as imposé à ceux qui nous ont précédés. Seigneur ! Ne nous charge pas d’un poids que nous n’avons pas la force de porter. Sois indulgent envers nous, pardonne-nous et fais-nous miséricorde. Tu es notre Maître. Aide-nous donc contre les mécréants. (Al-Baqara : 286)
Il convient de garder à l’esprit que cette invocation fut enseignée à un moment où, à La Mecque, le conflit entre l’islam et la mécréance avait atteint son paroxysme. Aucun croyant ne commençait à pratiquer la vérité religieuse sans que le danger ne le guette et qu’une situation étouffante ne soit créée pour lui sur la terre. Dans ces circonstances, il fut enseigné aux musulmans de s’adresser ainsi à leur Seigneur. Il va sans dire que lorsque le Donateur lui-même indique la manière de demander, la certitude d’obtenir naît naturellement. C’est pourquoi cette invocation apporta alors aux musulmans un extraordinaire apaisement psychologique. En outre, elle leur enseignait incidemment à ne pas laisser leurs émotions s’écouler dans une direction indésirable, mais à les couler dans le moule même de cette invocation. D’un côté, voyez les persécutions et les injustices déchirantes qu’ils subissaient uniquement pour leur attachement au droit et à la vérité ; de l’autre, voyez cette invocation, où l’on ne trouve pas la moindre trace d’amertume envers l’ennemi. D’un côté, voyez les tortures physiques et les pertes matérielles dont ils furent victimes ; de l’autre, voyez cette invocation, qui ne contient pas la moindre demande visant à obtenir un intérêt mondain. D’un côté, voyez l’extrême détresse de ces gens attachés au droit et à la vérité ; de l’autre, voyez les sentiments nobles et parfaitement purs dont cette invocation est imprégnée. C’est seulement par cette comparaison et cet examen que l’on peut comprendre correctement quel type d’éducation morale et spirituelle était alors dispensé aux musulmans croyants.
Un autre aspect du Mi‘râj
À propos de ce récit, il convient également de présenter aux lecteurs un autre aspect du Mi‘râj, qui permettra de répondre à nombre de questions surgissant dans l’esprit lorsqu’on étudie les différentes circonstances et descriptions du Mi‘râj.
La première rencontre du Prophète avec Jibrîl au-dessus de la terre
Dans la sourate an-Najm du Noble Coran, il est d’abord fait mention de la rencontre du Prophète avec Jibrîl, lorsque celui-ci fut aperçu à l’horizon sous sa forme véritable. Puis, à mesure qu’il s’approchait, il devint si proche qu’il ne resta entre le Prophète et lui qu’une distance équivalant à deux arcs, ou moins encore. À ce moment-là, il transmit la révélation de la part d’Allah le Très-Haut. Après cette mention, il est dit :
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Le cœur n’a pas démenti ce que l’œil avait vu. Allez-vous donc disputer avec lui au sujet de ce qu’il voit de ses yeux ? (An-Najm : 11-12)
Autrement dit, lorsque le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) observa, les yeux ouverts, en pleine lumière du jour et dans un état de parfaite veille, son cœur ne lui dit pas : « Ce n’est qu’une illusion visuelle. » Ou bien : « C’est un djinn ou un démon que l’on voit. » Ou encore : « C’est une forme imaginaire apparue devant moi. » Il ne se disait pas non plus : « Je suis en train de rêver tout en étant éveillé. » Non, il n’en était rien. Son cœur percevait exactement ce que ses yeux voyaient. Il n’avait pas le moindre doute que c’était réellement Jibrîl (paix sur lui) et que le message qu’il avait apporté était une révélation venant d’Allah.
La raison pour laquelle le Prophète n’éprouva aucun doute après une observation aussi extraordinaire
Une question vient ici à l’esprit : comment se fait-il que le cœur du noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) n’ait éprouvé aucun doute au sujet d’une observation aussi inédite et extraordinaire, et qu’il ait eu la ferme conviction que tout ce que ses yeux avaient vu était réellement vrai, et non une forme imaginaire ou irréelle, ni un djinn ou un démon ? Quelle en est la raison ? En réfléchissant à cette question, nous pouvons en discerner cinq raisons.
La première est que les conditions extérieures dans lesquelles cette observation eut lieu garantissaient son authenticité. L’observation du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ne se produisit ni dans l’obscurité de la nuit, ni dans un état de muraqaba, ni en rêve, ni dans un état de demi-sommeil. Au contraire, la lumière éclatante du matin s’était répandue. Le Prophète (paix sur lui) était parfaitement éveillé. Dans un espace ouvert et parfaitement dégagé, en pleine lumière du jour, il vit cette scène de ses propres yeux exactement comme on voit les autres scènes de ce monde. S’il y avait lieu d’en douter, il faudrait alors considérer comme douteux et illusoire tout ce que nous voyons de jour : la mer, les montagnes, les gens, les maisons et toutes les autres choses.
La deuxième raison est que l’état intérieur du noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) garantissait également l’authenticité de cette observation. Il était pleinement conscient. Il n’avait auparavant aucune idée selon laquelle une telle observation devait ou allait se produire. Son esprit était entièrement exempt de toutes ces pensées et recherches théoriques. C’est dans cet état que l’événement se produisit soudainement devant lui. Il n’y avait donc aucune possibilité de penser que ses yeux ne voyaient pas une scène réelle, mais qu’une forme imaginaire était apparue devant lui.
La troisième raison est que l’être qui apparut devant le Prophète dans ces circonstances était si majestueux, si noble, si beau et si lumineux qu’il n’avait jamais auparavant gardé dans son cœur la moindre représentation d’un être semblable. Sinon, il aurait pu penser que cette scène était issue de sa propre conception et de son imagination. Un djinn ou un démon ne pouvait pas non plus posséder une telle noblesse, au point qu’il pût le prendre pour autre chose qu’un ange.
Selon le récit de Hazrat Abd Allah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit : « J’ai vu Jibrîl (paix sur lui) sous une forme telle qu’il avait deux cents ailes » (Musnad Ahmad). Dans une autre version, Ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) précise davantage que chacune des ailes de Jibrîl (paix sur lui) était si vaste et si immense qu’on la voyait couvrir le ciel supérieur. (Musnad Ahmad)
La quatrième raison est que l’enseignement que cet être lui dispensait constituait lui aussi une garantie de la véracité de cette vision. La connaissance soudaine qu’il acquit ainsi, la connaissance de la réalité véritable de l’ensemble de l’ordre universel, n’avait auparavant suscité dans son esprit aucune représentation qui aurait pu lui faire penser qu’il ne s’agissait que de ses propres idées ayant pris forme devant lui. De même, il n’y avait aucune possibilité de soupçonner, au sujet de cette connaissance, que Satan le trompait en prenant cette apparence. Car Satan ne pouvait absolument pas accomplir une telle œuvre : quand donc aurait-il jamais enseigné aux hommes le pur tawhîd contre le polythéisme et l’idolâtrie ? Quand les aurait-il avertis du Jugement dernier ? Quand les aurait-il détournés de la Jâhiliya et de ses usages ? Quand les aurait-il appelés à atteindre la grandeur morale ? Et quand aurait-il dit à un homme : « Il ne suffit pas que tu acceptes cela ; lève-toi plutôt pour établir, à sa place, le tawhîd, la justice, la taqwâ et le bien-être ? »
La cinquième raison, et la plus importante, est que lorsqu’Allah choisit une personne pour la prophétie, Il libère son esprit de tout doute, de toute incertitude et de toute suggestion, et y fait naître une conviction et une confiance fermes. Dans cet état, aucun doute, même infime, ne peut surgir dans son esprit quant à la véracité de ce que voient ses yeux et de ce qu’entendent ses oreilles. Il accepte avec une pleine confiance toute vérité qui lui est dévoilée de la part de son Seigneur. Cela peut prendre la forme d’une vision qui lui est montrée de ses propres yeux, ou celle d’un savoir islamique qui lui est transmis mot à mot. Dans tous ces cas, le prophète éprouve pleinement la certitude que, de même que toutes les perceptions accordées par Allah, la perception prophétique est également une réalité certaine, dans laquelle aucun malentendu n’est possible. De même que le sentiment qu’a le poisson d’être un poisson, celui qu’a l’oiseau d’être un oiseau et celui qu’a l’être humain d’être un être humain sont entièrement accordés par Allah et ne peuvent donner lieu à aucun malentendu, de même le sentiment qu’a le prophète d’être lui-même un prophète est accordé par Allah. L’idée fausse selon laquelle il se serait trompé sur sa propre qualité de prophète ne peut, ne serait-ce qu’un instant, trouver place dans son esprit.
La seconde rencontre avec Jibrîl à Sidrat al-Muntahâ
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Et il le vit une autre fois descendre près de Sidrat al-Muntahâ, à proximité de laquelle se trouve Jannat al-Ma’wâ. À ce moment-là, ce qui devait recouvrir le jujubier le recouvrait. Le regard ne se détourna pas et ne dépassa pas la limite. Et il vit les plus grands signes de son Seigneur. (An-Najm : 13-18)
Il est ici fait mention de la seconde rencontre du Prophète avec Jibrîl, au cours de laquelle celui-ci apparut devant le Prophète sous sa véritable apparence. Le lieu de cette rencontre est appelé Sidrat al-Muntahâ. Il est également dit que Jannat al-Ma’wâ se trouve tout près de cet endroit.
Sidrat al-Muntahâ
En arabe, sidra désigne le jujubier. Quant à muntahâ, cela signifie l’extrémité ou la limite ultime. Le sens littéral de Sidrat al-Muntahâ est donc : le jujubier situé à l’extrémité ultime. L’érudit al-Âlûsî l’a expliqué ainsi dans son commentaire Rûh al-Ma‘ânî :
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C’est ici que s’arrête le savoir de tous les savants. Après cela, nul ne sait ce qui existe, sinon Allah. C’est à peu près cette interprétation qu’ont donnée Ibn Jarîr dans son Tafsîr et Ibn Athîr dans « An-Nihâya fî gharîb al-hadîth wal-âthâr ». Il nous est très difficile de dire quelle est cette jujubière aux confins ultimes du monde matériel, et quelle est exactement sa nature et sa condition. C’est là un mystère de la création d’Allah qui dépasse totalement notre compréhension. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une chose pour laquelle, dans le langage humain, Allah n’avait peut-être pas de terme plus approprié que sidra, c’est-à-dire la jujubière.
Jannat al-Ma’wâ
Le sens lexical de Jannat al-Ma’wâ est : un paradis propre à l’habitation. Hasan al-Basrî (r) dit qu’il s’agit du paradis réservé, dans l’au-delà, aux croyants et aux pieux. Il tire de ce verset la preuve que ce paradis se trouve au ciel. Qatâdah dit qu’il s’agit du paradis où sont conservées les âmes des martyrs, et non du paradis qui sera obtenu dans l’au-delà. Ibn Abbâs dit également cela et ajoute que le paradis qui sera accordé aux croyants dans l’au-delà ne se trouve pas au ciel, mais que son emplacement est sur cette terre.
La retenue et la patience du Prophète (s)
Il est ensuite dit, à la louange du Saint Prophète (s), qu’après avoir contemplé cette manifestation, son regard ne fut ni ébloui ni détourné de sa limite. Autrement dit, d’une part, sa patience et sa maîtrise de soi étaient telles que ce flot de lumière extrêmement éclatant n’aveugla pas sa vue ; d’autre part, sa concentration était telle qu’il conserva son esprit et son regard fixés uniquement sur le but pour lequel il avait été appelé. Il ne se mit pas à regarder de tous côtés, comme un spectateur venu assister à un divertissement, pour observer les scènes extraordinaires qui se déroulaient devant lui. On peut en donner l’exemple suivant : une personne a la possibilité de se présenter à la cour d’un roi doté d’un immense pouvoir et d’une grande autorité, et elle y voit des splendeurs et un faste qu’elle n’avait jamais pu imaginer. Si elle appartient à une classe inférieure, elle sera, dès son arrivée, complètement désemparée et perdra tous ses moyens. Ignorant les convenances de la cour, elle se mettra à tourner partout pour examiner les ornements de la cour et jouir du spectacle. Mais une personne noble, raffinée, courtoise et responsable, en arrivant en ce lieu, ne sera ni frappée de stupeur ni absorbée par l’observation des ornements et de la magnificence de la cour. Au contraire, elle s’y présentera avec la plus grande dignité et concentrera toute son attention sur le but pour lequel elle a été convoquée à la cour royale. C’est précisément cette qualité du Saint Prophète (s) que ce verset a louée.
Le Prophète (s) a-t-il vu Allah ?
Le dernier verset dit qu’il a vu les plus grands signes de son Seigneur.
Ce verset propose l’interprétation selon laquelle le Messager d’Allah (s) n’a pas vu Allah, mais plutôt Ses grands signes. Et puisque, au regard du contexte précédent et suivant, cette seconde rencontre eut également lieu avec la même Entité que lors de la première, il faut nécessairement admettre que Celui qu’il avait vu pour la première fois dans les hauteurs célestes, et qui, en s’approchant, devint si proche que la distance entre eux ne fut plus que celle de deux arcs, voire moins, n’était pas Allah non plus. S’il avait vu Allah Ta‘ala dans l’un ou l’autre de ces deux événements, il s’agirait d’un événement si important qu’il aurait certainement été expliqué et énoncé clairement. Au sujet de Hazrat Moussa (a), le Coran rapporte qu’il demanda à voir Allah. Il lui fut répondu explicitement ****************** : « Tu ne peux pas Me voir » (Al-A‘raf : 143). Or, si ce rang ne fut pas accordé à Hazrat Moussa (a), mais l’avait été au Prophète Muhammad (s), son importance aurait été exposée en termes parfaitement clairs. Pourtant, nous constatons qu’il n’est dit nulle part dans le Coran que le Prophète (s) ait vu son Seigneur. Au contraire, en mentionnant l’événement du Mi‘raj, il est déclaré dans la sourate Bani Isra’il : « Nous avons fait voyager Notre serviteur afin de lui montrer Nos signes (***********************************) » ; et, à propos de son arrivée au Sidrat al-Muntaha, il est également dit : « Il a vu les plus grands signes de son Seigneur. »
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Pour toutes ces raisons, il ne devrait apparemment y avoir aucune place pour le débat quant à savoir si le Messager d’Allah (s), dans ces deux situations, avait vu Allah ou Hazrat Jibril (a). Mais si cette controverse est née, c’est parce qu’il existe des divergences à ce sujet dans les recueils de hadiths. Nous présentons ci-dessous, dans l’ordre, les hadiths rapportés à ce propos d’après différents Compagnons honorables.
Récit de Hazrat Aïcha (ra)
Dans le Kitab at-Tafsir de Bukhari figure le récit de Hazrat Masruq. Il dit : « Je demandai à Hazrat Aïcha (ra) : Mère vénérée, Muhammad (s) a-t-il vu son Seigneur ? »
Elle dit : « À ces paroles, mon corps en eut la chair de poule. Comment as-tu pu oublier que trois choses sont telles que quiconque les affirme profère un mensonge ? »
Hazrat Aïcha (ra) dit : « La première est la suivante : si quelqu’un te dit que Muhammad (s) a vu son Seigneur, il ment. » Puis Hazrat Aïcha (ra) récita ce verset : ********************** « Aucun regard ne peut Le voir. » Puis elle récita ce verset.
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Aucun être humain n’a le privilège qu’Allah lui parle, si ce n’est par révélation, de derrière un voile, ou en envoyant un ange qui lui révèle, avec la permission d’Allah, ce qu’Il veut.
Puis Aïcha dit : « Toutefois, le Messager d’Allah a vu Gabriel deux fois sous sa forme véritable. »
Une partie de ce hadith est rapportée par Al-Boukhari, dans le Livre de l’unicité divine, au chapitre 4. Et dans le récit de Masrouq que l’imam Al-Boukhari a rapporté, celui-ci dit : « Après avoir entendu ces paroles d’Aïcha, je lui demandai : quel est donc le sens de cette parole d’Allah ? »
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Elle répondit : « Il s’agit de Gabriel. Il se présentait toujours devant le Messager d’Allah sous une forme humaine. Mais cette fois-là, il vint auprès du Messager d’Allah sous sa forme véritable et il emplit toute l’étendue céleste. »
Dans le Livre de la foi, au chapitre consacré au Jujubier de la limite, Muslim rapporte en détail cet entretien de Masrouq avec Aïcha. Le point le plus important est qu’Aïcha dit : « Celui qui prétend que Muhammad a vu son Seigneur porte contre Allah une accusation monstrueuse. »
Masrouq dit : « J’étais assis, appuyé contre quelque chose. En entendant cela, je me redressai et m’assis correctement, puis je demandai : Ô Mère des croyants, ne vous hâtez pas. Allah n’a-t-Il pas dit cela ? »
********************************* et *******************************
حضرت Aïcha répond : au sein de cette communauté, c’est moi qui, la première, ai interrogé le Messager d’Allah (s) à ce sujet. Il dit :
— C’était Jibril (a). Je ne l’ai jamais vu dans sa forme originelle, celle dans laquelle Allah l’a créé, si ce n’est à deux reprises. Ces deux fois-là, je l’ai vu descendre du ciel ; son immense être s’étendait dans le vaste espace entre le ciel et la terre.
Voici les termes dans lesquels Ibn Mardawayh a rapporté cette narration de Masruq :
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حضرت Aïcha (ra) dit : c’est moi qui, la première, ai interrogé le Messager d’Allah (s) à ce sujet : « Avez-vous vu votre Seigneur ? »
Le Prophète (s) répondit : « Non, j’ai vu Jibril (a) descendre du ciel. »
La narration de حضرت Abdullah ibn Mas‘ud (ra)
Dans la narration de Zir ibn Hubaysh rapportée par al-Bukhari dans le Kitab al-Tafsir, par Muslim dans le Kitab al-Iman et par al-Tirmidhi dans les Abwab al-Tafsir, il est dit que حضرت Abdullah ibn Mas‘ud (ra) a rapporté l’exégèse suivante de ************************ :
L’Envoyé d’Allah (s) vit Jibrîl (a) sous cette forme : il avait six cents ailes. Dans une autre narration de Muslim :
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Une exégèse de même nature a également été rapportée par Zir ibn Hubaysh d’après ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (r).
Dans le Musnad d’Ahmad, cette exégèse d’Ibn Mas‘ûd (r) a été rapportée non seulement par Zir ibn Hubaysh, mais aussi par ‘Abd ar-Rahmân ibn Yazîd et Abû Wâ’il. En outre, deux autres narrations de Zir ibn Hubaysh ont été rapportées dans le Musnad d’Ahmad, dans lesquelles ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (r)
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en rapportant son exégèse, dit :
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— C’est-à-dire que l’Envoyé d’Allah (s) dit : « J’ai vu Jibrîl près du Sidrat al-Muntahâ. Il avait six cents ailes. »
L’imam Ahmad a également rapporté ce récit de Chaqiq ibn Salama. Il dit : « J’ai entendu cette parole de la bouche d’Abdullah ibn Mas‘ud (que Dieu l’agrée). » Il dit : « Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) a dit : “J’ai vu Gabriel (que la paix soit sur lui) sous cette forme auprès du Sidrat al-Muntaha.” »
Récit d’Abou Hourayra (que Dieu l’agrée)
‘Ata ibn Rabah, d’après Abou Hourayra (que Dieu l’agrée) : *******************************
Lorsqu’on lui demanda la signification de cela, il répondit : ************************************************
— Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) avait vu Gabriel (que la paix soit sur lui) (Muslim, Kitab al-Iman).
Récit d’Abou Dharr (que Dieu l’agrée)
L’imam Muslim a rapporté, dans le Kitab al-Iman, deux récits d’Abdullah ibn Chaqiq, transmis d’après Abou Dharr al-Ghifari (que Dieu l’agrée). Dans l’un de ces récits, il dit : « Je demandai au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) : “Aviez-vous vu votre Seigneur ?” Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) répondit : »
************************ Dans le second récit, il dit : « À ma question, il répondit : »
*************************** Le sens de la première parole du Prophète (s) est exposé ainsi par Ibn al-Qayyim dans son Zad al-Ma’ad : une lumière faisait obstacle entre ma vision et mon Seigneur. Quant au sens de la deuxième parole, il l’explique ainsi : je n’ai pas vu mon Seigneur ; j’ai plutôt vu seulement une lumière.
An-Nasaï et Ibn Abi Hatim ont rapporté en ces termes la déclaration d’Abu Dharr al-Ghifari (ra) : le Messager d’Allah (s) a vu son Seigneur avec le cœur, et non avec les yeux.
Récit d’Abu Musa al-Achari (ra)
Muslim a rapporté d’Abu Musa al-Achari (ra) le récit suivant dans le Livre de la foi : le Prophète (s) a dit : ***************************** Aucun regard parmi les créatures d’Allah Très-Haut ne L’a atteint.
Récit d’Abdullah ibn Abbas (ra)
Dans le récit de Muslim, on rapporte qu’Abdullah ibn Abbas (ra) fut interrogé : ********************* et ************************
Quel est le sens de ces deux versets ?
Il répondit : le Messager d’Allah (s) a vu son Seigneur deux fois avec les yeux du cœur. Ce récit figure également dans le Musnad d’Ahmad.
Ibn Mardûya rapporte, d’après ‘Atâ ibn Abî Rabâh, cette parole d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) : le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) n’a pas vu Allah Très-Haut avec ses yeux, mais avec son cœur.
Dans les Sunan d’an-Nasâ’î, il est rapporté qu’Ikrima a dit qu’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) a déclaré :
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Trouvez-vous donc étonnant qu’Allah Très-Haut ait fait d’Ibrâhîm (sur lui la paix) Son khalîl (ami), qu’Il ait parlé à Moïse (sur lui la paix) et qu’Il ait accordé à Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) l’honneur de Le voir ?
Al-Hâkim a rapporté cette tradition et l’a déclarée authentique.
Dans le récit d’Ash-Sha‘bî rapporté par At-Tirmidhî, il est dit qu’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) déclara lors d’une assemblée : Allah a partagé entre Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et Moïse (sur lui la paix) Sa vision et Sa parole. Il parla deux fois à Moïse (sur lui la paix), et Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) Le vit deux fois.
Après avoir entendu cette parole d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), Masrûq se rendit auprès de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) et lui demanda : Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a-t-il vu son Seigneur ?
Elle répondit : tes paroles m’ont donné la chair de poule.
Nous avons mentionné plus haut, dans le récit de ʿAïcha (que Dieu l’agrée), la conversation qui eut lieu entre ʿAïcha (que Dieu l’agrée) et Masrûq.
Dans la deuxième narration d’Ibn ʿAbbâs (que Dieu l’agrée) rapportée dans le Tirmidhî, il dit à un endroit que le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) avait vu Allah. À un deuxième endroit, il dit qu’il L’avait vu deux fois. À un troisième endroit, il dit qu’il avait vu Allah avec son cœur.
On trouve une narration de ce genre d’Ibn ʿAbbâs (que Dieu l’agrée) dans le Musnad d’Ahmad :
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J’ai vu Allah, mon Seigneur Très-Grand. Dans la deuxième narration, il dit :
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Le Messager d’Allah (paix et bénédiction de Dieu sur lui) dit : « Cette nuit, mon Seigneur est venu à moi sous la plus belle apparence. » Je pense que les paroles du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) signifient qu’il avait vu Allah Très-Haut en rêve.
At-Tabarânî et Ibn Mardûya ont également rapporté d’Ibn ʿAbbâs (que Dieu l’agrée) une narration de ce genre : le Messager d’Allah (paix et bénédiction de Dieu sur lui) avait vu son Seigneur deux fois, une fois avec ses yeux et la seconde fois avec son cœur.
Récit de Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazî
Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazî rapporte : Quelques Compagnons demandèrent au Messager d’Allah (s) : « As-tu vu ton Seigneur ? » Le Prophète (s) répondit : « Je L’ai vu deux fois avec le cœur. » (Ibn Hâtim) Ibn Jarîr a rapporté ce récit en ces termes : « Je L’ai vu deux fois avec le cœur, et non avec les yeux. »
Récit de Anas
Voici un récit d’Anas ibn Mâlik que l’imam al-Bukhârî a cité, dans le Kitâb al-Tawhîd, d’après Sharîk ibn ‘Abdullah à propos du Mi‘râj :
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— C’est-à-dire que lorsqu’il atteignit le Sidrat al-Muntahâ, Allah, le Seigneur de la Majesté, s’approcha de lui et resta suspendu au-dessus de lui. Il ne resta plus entre lui et Allah qu’une distance de deux arcs, ou moins encore. Puis, parmi les révélations qu’Allah lui fit, figurait l’ordre d’accomplir cinquante prières.
La principale objection parmi toutes celles que l’imam al-Khattâbî, le hâfiz Ibn Hajar, Ibn Hazm et le hâfiz ‘Abd al-Haqq ont soulevées au sujet de la chaîne de transmission et du contenu de ce récit est qu’il contredit manifestement le Coran. En effet, le Coran mentionne deux visions distinctes. La première eut lieu d’abord dans la sphère céleste la plus élevée, puis, en s’approchant progressivement, elle atteignit une telle proximité qu’il ne resta plus entre le Prophète (s) et Lui que la distance de deux arcs, ou moins encore. C’est la première de ces visions. La seconde eut lieu près du Sidrat al-Muntahâ. Or ce récit a confondu et fusionné les deux visions ; il ne peut donc absolument pas être accepté, puisqu’il entre en contradiction avec le Coran.
Il reste maintenant les récits que nous avons cités plus haut. Parmi eux, le plus important est celui qui est rapporté d’après ‘Abdullah ibn Mas‘ûd et ‘Â’isha, car tous deux rapportent unanimement cette parole du Messager d’Allah (s) : dans aucune de ces deux situations, il ne vit Allah ; il vit plutôt Gabriel (a). Ces récits concordent parfaitement avec l’interprétation et les indications du Coran. Ils sont en outre corroborés par les propos du Prophète (s) rapportés d’après Abû Dharr al-Ghifârî et Abû Mûsâ al-Ash‘arî. En revanche, les récits rapportés dans les recueils de hadiths d’après ‘Abdullah ibn ‘Abbâs présentent de graves contradictions. Dans certains, il affirme que les deux visions furent visuelles ; dans d’autres, que toutes deux furent des visions du cœur. Dans un récit, il dit que l’une fut visuelle et l’autre une vision du cœur. Dans un autre récit rapportant la vision visuelle, il dit qu’une vision fut visuelle et l’autre une vision du cœur. Dans certains récits, il nie totalement la vision visuelle. Aucun de ces récits ne rapporte une parole personnelle du Messager d’Allah (s). Là où il rapporte lui-même une parole du Prophète (s), il ne mentionne d’abord aucune des deux visions décrites dans le Coran. De plus, l’explication de l’un de ses récits par un autre permet seulement de comprendre que le Prophète (s) vit Allah le Très-Haut en rêve, et non à l’état de veille. C’est pourquoi on ne peut pas se fier au récit de ‘Abdullah ibn ‘Abbâs pour l’exégèse de ces versets. De même, bien que le récit de Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazî rapporte une parole du Messager d’Allah (s), il ne précise nullement les noms des nobles Compagnons qui l’auraient entendue du Prophète (s). En outre, l’un de ses récits affirme que le Prophète (s) a totalement nié la vision visuelle.
Douzième chapitre
Les trois dernières années de la période mecquoise
Nous avons précédemment évoqué le voyage du Prophète (s) à Taïf, qui eut lieu durant la dixième année de sa mission prophétique. À la lumière de cette expérience, le Prophète (s) avait compris qu’il ne pouvait espérer aucun bien de la part des Quraychites, pas plus que de la part des Banû Thaqîf. Non seulement ils n’étaient pas disposés à accepter son appel, mais ils n’étaient même pas prêts à le tolérer. Au contraire, les persécutions et les sévices qu’il avait subis à Taïf ne lui avaient jamais été infligés à La Mecque, malgré les dix longues années de conflit et d’affrontements. Ainsi, désespérant des habitants de La Mecque et de Taïf, il se tourna vers les autres tribus arabes, qui se réunissaient aux foires de ʿUkâz, de Majanna et de Dhû al-Majâz, ainsi qu’à Mina pendant le pèlerinage. Auparavant déjà, pour leur adresser l’appel général, il se rendait dans les campements de chaque tribu lors de ces rassemblements. Mais à cette époque, son seul objectif était de leur présenter l’appel à Allah. Désormais, tout en leur présentant cet appel, il commença également à leur dire : « Accueillez-moi parmi ceux que vous aidez et soutenez-moi, afin que je puisse transmettre aux gens la parole de mon Seigneur. »
En ces lieux, Abû Jahl, Abû Lahab et les autres démons des Quraychites suivaient le Prophète (s) et avertissaient les tribus de ne pas l’écouter, sans quoi elles s’égareraient. Il arrivait souvent que ces hommes malfaisants jettent des pierres sur le Prophète (s). Certains lui jetaient même de la terre. Malgré cela, le Prophète (s) poursuivait son œuvre. En outre, lorsqu’un homme influent venait de l’extérieur de La Mecque pour accomplir la ʿumra, faire une visite pieuse ou pour affaires, il le rencontrait également et lui présentait l’appel de la religion. Il lui disait aussi : « Aidez-moi dans cette œuvre de transmission de la vérité et emmenez-moi dans votre région. »
Les tribus qu’il rencontra
Pour transmettre son appel, le Prophète (s) se rendit auprès de la plupart des tribus. La liste montre qu’il n’existait, de l’extrémité orientale à l’extrémité occidentale de l’Arabie, ni de son extrémité méridionale à son extrémité septentrionale, aucune tribu influente et puissante avec laquelle il n’ait établi de contact. Les principales d’entre elles sont les suivantes :
1. Kinda — Une grande tribu de l’Arabie méridionale. Son territoire s’étendait de Hadramawt jusqu’au Yémen.
2. Kalb — Une branche de Qudâʿa. Son territoire s’étendait de Dûmat al-Jandal, dans le nord de l’Arabie, jusqu’à Tabûk.
3. Banû Bakr ibn Wâ’il : c’était l’une des grandes tribus belliqueuses d’Arabie.
Régions des tribus arabes à l’époque du Messager
Ses branches s’étendaient du centre de l’Arabie jusqu’à son extrémité orientale. En 330 de l’ère chrétienne, cette tribu entra pour la première fois en conflit avec l’Empire perse. Puis, à l’époque du Prophète, une nouvelle guerre l’opposa à la Perse, qui subit alors la défaite. Cette guerre est connue dans l’histoire sous le nom de « bataille de Dhi Qar ».
4. Banû al-Bakka : une branche des Banû ‘Âmir ibn Sa‘sâ‘a. Ils étaient établis sur la route reliant La Mecque à la frontière de l’Irak.
5. Tha‘laba ibn ‘Uqâba : une branche des Banû Tha‘laba ibn ‘Uqâba.
6. Banû Shaybân ibn Tha‘laba : une branche des Banû Tha‘laba ibn ‘Uqâba.
7. Banû al-Hârith ibn Ka‘b : une branche des Banû Tamîm.
8. Banû Hanîfa : c’était une branche des Banû Bakr ibn Wâ’il qui habitait al-Yamâma. Musaylima le Menteur appartenait à cette tribu. Lors de la fitna de l’apostasie qui se souleva à l’époque de Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), cette tribu fut engagée dans une guerre acharnée contre les musulmans. Elle comptait parmi les tribus belliqueuses les plus célèbres d’Arabie.
9. Banû Sulaym — c’était l’une des grandes tribus de Qays ʿAylân. Elle habitait les régions élevées du Najd, près de Khaybar, et s’étendait jusqu’à Wâdî al-Qurâ et Taymâ.
10. Banû ʿÂmir ibn Ṣaʿṣaʿa — c’était une branche des Hawâzin. Les Hawâzin faisaient partie de Qays ʿAylân. Ils habitaient le Najd, puis atteignirent également une partie de Tâʾif. Ils passaient l’été à Tâʾif et l’hiver au Najd.
11. Banû ʿAbs — cette branche de Qays ʿAylân était une grande sous-tribu de Banû Ghaṭafân. Ils habitaient le Najd et étaient belliqueux. À l’époque de la Jâhiliyyah, leurs guerres contre les autres tribus se prolongèrent durant de nombreuses années. Parmi celles-ci, les guerres de Wâhis et de Ghabrâʾ sont célèbres dans l’histoire.
12. Banû ʿUdhrah — c’était une branche des Banû ʿAbd Allâh ibn Ghaṭafân.
13. Ghassân — c’était un grand peuple du sud de l’Arabie qui alla s’établir dans le nord de l’Arabie. Il comprenait diverses tribus, parmi lesquelles se trouvaient des chrétiens et des polythéistes. Les Ghassânides avaient également un État placé sous la domination de l’Empire romain.
14. Fazârah — c’était l’une des grandes tribus subordonnées de Ghaṭafân. Ils habitaient le Najd et Wâdî al-Qurâ.
15. Banû ʿAbd Allâh — c’était l’une des tribus subordonnées de Kalb.
16. Banû Muḥârib ibn Khaṣâmah — c’était l’une des tribus adnanites.
Parmi les nombreuses tribus, seules quelques-unes sont mentionnées ici, celles auprès desquelles le Prophète (s) se rendit et auxquelles il exposa son appel. Cette liste succincte est présentée parce qu’à cette étape de sa mission, le Prophète (s) se rendait délibérément auprès de tribus qui, en raison de leur nombre, de leur prestige, de leur puissance générale et de leurs relations avec les autres tribus, jouissaient d’une telle considération que, si l’une d’elles avait accepté sa parole et s’était résolument engagée en faveur de l’appel islamique, on pouvait espérer que la religion aurait ainsi acquis une grande force.
Récits des rencontres avec les tribus
Lors de ses rencontres avec les tribus arabes, le Messager d’Allah (s) fut confronté à toutes sortes de gens. Moussa ibn ‘Uqba rapporte dans son Maghâzî que la réponse de la plupart des tribus était la suivante : « Les membres de son peuple le connaissent mieux que quiconque. Un homme qui a semé la corruption, la discorde et les dissensions au sein de son propre peuple, et que celui-ci a rejeté, peut-il nous être bénéfique ? » Certaines tribus ne se contentèrent pas de rejeter son appel : elles le traitèrent également avec rudesse. Rapportant les propos d’Ibn Ishaq, Ibn Jarîr, Ibn Hichâm et Ibn Kathîr déclarent que le Prophète (s) se rendit au camp de Kinda et leur demanda leur soutien. Mais ils refusèrent d’accepter sa proposition. Lorsqu’il rencontra les Banû ‘Abdullah, il leur dit : « Allah a donné à votre père un beau nom. Soyez mes soutiens. » Mais eux aussi refusèrent. Lorsqu’il rencontra les Banû Hanîfa, leur réponse fut pire encore que celle de toutes les autres tribus. Par ailleurs, les traditionnistes et les historiens ont rapporté des circonstances très remarquables dans lesquelles le Prophète (s) rencontra certaines tribus.
L’hésitation exprimée par un homme des Banû Hamdân
L’imam Ahmad, al-Hâkim et d’autres traditionnistes rapportent, d’après Jâbir ibn ‘Abdullah, que le Prophète (s) allait de part et d’autre en disant : « Y a-t-il quelqu’un qui m’emmènera auprès de son peuple ? »
À ce moment-là, un homme de la tribu de Hamdân vint à lui et accepta sa parole. Puis il craignit que son peuple n’accepte pas ce qu’il lui disait. Il revint donc le voir et déclara : « Je vais aller parler à mon peuple. Puis je vous retrouverai l’année prochaine, au moment du pèlerinage. »
La rencontre avec les Banû Bakr ibn Wâ’il
Le hâfiz Abû Nu‘aym et Yahyâ ibn al-‘Ulaymî rapportent que le Prophète (s) rencontra les Banû Bakr ibn Wâ’il et leur demanda au cours de la conversation : « Quelle est votre puissance militaire ? »
Ils disent : « Nous n’avons pas la force de combattre les Iraniens et nous ne pouvons non plus assurer la protection de quiconque contre eux. »
Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Un temps viendra où vous atteindrez leurs contrées, épouserez leurs femmes et réduirez leurs fils en esclavage. » Après avoir dit cela, il repart, et Abû Lahab arrive sur les lieux. Il leur dit : « Cet homme jouissait autrefois d’un grand prestige parmi nous, mais il a perdu la raison. »
Ils répondent : « Lorsqu’il a mentionné les Iraniens, c’est exactement ce que nous pensions. »
On peut en déduire qu’à cette époque, aucun Arabe ne pouvait imaginer que les Arabes vaincraient un empire aussi vaste que celui de l’Iran. À leurs yeux, seul un fou pouvait tenir de tels propos. Pourtant, moins de quinze ou seize ans après cette conversation, ils virent de leurs propres yeux la réalité même dont la mention leur avait semblé relever de la folie.
Rencontre avec les Banû ʿÂmir ibn Ṣaʿṣaʿa
Ibn Isḥâq rapporte, d’après l’imam al-Zuhrî, que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit au campement des Banû ʿÂmir ibn Ṣaʿṣaʿa et leur exposa son message. L’un d’eux, Buḥayra ibn Firâs, dit : « Par Dieu, si je m’attachais ce jeune homme quraychite, je soumettrais tout l’Arabie par son intermédiaire. » Puis il dit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Si nous vous apportons notre soutien et qu’Allah vous donne la victoire sur vos adversaires, le pouvoir nous reviendra-t-il après vous ? » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Cette affaire est entre les mains d’Allah. Il donne le pouvoir à qui Il veut. » Alors il dit : « Devons-nous donc, pour vous, exposer nos cous à devenir la cible des Arabes, puis, lorsqu’Allah vous accordera la victoire, laisser le pouvoir revenir à d’autres plutôt qu’à nous ? Allez-vous-en ; nous n’avons aucun besoin de vous. »
À la fin du pèlerinage, lorsque ces hommes retournèrent chez eux, ils racontèrent comment s’était déroulé leur pèlerinage à un vénérable vieillard qui, en raison de son grand âge, ne pouvait participer au pèlerinage ni aux autres foires. Ils lui dirent également : « Un jeune homme des Banû ʿAbd al-Muṭṭalib, parmi les Quraychites, est venu nous voir. Il prétendait être un prophète et nous disait : “Soutenez-moi et emmenez-moi dans votre région.” Nous avons eu cet échange avec lui et avons finalement pris congé de lui après lui avoir donné cette réponse. » En entendant cela, le vieillard se prit la tête entre les mains et dit : « Ô Banû ʿÂmir ! Y avait-il donc un remède à cela ? Une occasion comme celle-ci se représentera-t-elle jamais ? Par le Dieu qui tient mon âme dans Son poing, jamais un descendant d’Ismaël n’aurait pu prononcer de telles paroles sous couvert de mensonge. Il est certainement un prophète. Où était donc votre discernement à ce moment-là ? »
Rencontre avec les Banû Shaybân ibn Thaʿlaba
Abû Nu‘aym, al-Hâkim et al-Bayhaqî rapportent, d’après ‘Abdullah ibn ‘Abbâs, cette narration de ‘Alî (ra) : il dit : « Un jour, j’accompagnais le Messager d’Allah (s) et Abû Bakr (ra) dans leurs rencontres avec les tribus à Mina. En chemin, nous arrivâmes auprès d’une assemblée d’un immense prestige. Ses dirigeants étaient des hommes d’une grande envergure. Abû Bakr (ra) demanda : “Qui êtes-vous ?” Ils répondirent : “Nous sommes des Banû Shaybân ibn Tha‘laba.” Abû Bakr (ra) dit au Prophète (s) : “Que mes père et ma mère soient sacrifiés pour vous ! On ne trouvera nulle part des gens plus honorables qu’eux.” À cette assemblée se trouvaient Mafrûq ibn ‘Amr, Hânî ibn Qabîsa, al-Muthannâ ibn Hâritha et al-Nu‘mân ibn Sharîk. Mafrûq était assis tout près d’Abû Bakr (ra). »
Il dit : « Vous êtes probablement des Qurayshites ? » Abû Bakr (ra) répondit : « Vous avez sans doute appris qu’un Messager d’Allah a été envoyé ici. Le voici. » Mafrûq dit : « Oui, cela nous est parvenu. » Puis il se tourna attentivement vers le Prophète (s). Le Prophète (s) dit : « Je vous appelle à attester qu’il n’y a de divinité qu’Allah et à attester que je suis le Messager d’Allah. Je vous demande aussi de m’accueillir parmi vous et de me soutenir afin que je puisse accomplir la mission qu’Allah m’a confiée. En effet, les Quraysh se sont ligués pour faire obstacle à la cause d’Allah. Ils ont renié le Messager d’Allah et se sont attachés au faux au lieu de la vérité. Pourtant, Allah n’a besoin de personne et Il est digne de toute louange dans Son essence. »
Mafrûq dit : « Ô frère qurayshite ! À quoi d’autre nous appelez-vous ? » Le Prophète (s) récita les versets 151 à 153 de la sourate al-An‘âm :
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(151) Ô Muhammad (s), dis-leur : « Venez, je vais vous réciter ce que votre Seigneur vous a interdit : ne Lui associez rien ; soyez bons envers vos père et mère ; ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté. Nous vous accordons votre subsistance, ainsi qu’à eux. N’approchez pas des turpitudes, qu’elles soient apparentes ou cachées. Ne tuez aucune personne qu’Allah a rendue sacrée, sauf pour une juste raison. Voilà ce qu’Il vous a ordonné, afin que vous compreniez et agissiez avec discernement. »
(152) Ne vous approchez pas non plus des biens de l’orphelin, si ce n’est de la meilleure manière, jusqu’à ce qu’il atteigne sa maturité. Donnez la pleine mesure et pesez avec équité. Nous n’imposons à chaque personne que ce qu’elle est capable de supporter. Lorsque vous parlez, soyez équitables, même s’il s’agit d’un proche. Tenez l’engagement envers Allah. Voilà ce qu’Allah vous a recommandé, afin que vous acceptiez le conseil. »
Mafrûq dit : « Ô frère qurayshite, à quoi d’autre nous appelez-vous ? Par Dieu, ce ne sont pas les paroles d’un homme de ce monde. S’il s’agissait de leurs paroles, nous les reconnaîtrions. » Alors le Prophète (s) récita le verset 90 de la sourate al-Nahl :
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—Allah vous ordonne— de pratiquer la justice, de faire le bien et de donner à vos proches. Et Il vous interdit l’indécence, les actes répréhensibles et l’oppression. Il vous exhorte afin que vous en tiriez enseignement.
Mafruq dit : « Par Dieu, ô frère qurayshite, vous appelez aux plus nobles qualités morales et aux bonnes œuvres. Quelle nation dépourvue de raison est celle qui vous a rejeté et s’est liguée contre vous ! » Puis, en désignant Hani ibn Qabisa, Mafruq dit : « Voici notre ancien et notre chef religieux. »
Hani dit : « Ô frère qurayshite, j’ai entendu vos paroles et je les reconnais comme vraies. Mais ce serait une trop grande précipitation que d’abandonner notre religion et de vous prêter allégeance au cours de cette même assemblée. Nous avons derrière nous tout un peuple. Il ne serait pas convenable de prendre une décision sans leur conseil et leur avis, puis de la leur imposer. Nous allons repartir, et vous aussi, partez. Nous réfléchirons aux conséquences, et vous verrez également jusqu’où l’affaire peut aller. »
Après avoir dit cela, Hani présenta au Prophète (s) Musanna ibn Haritha et dit : « Voici notre cheikh et notre chef militaire (commandant). »
Musanna dit : « Ô frère qurayshite, j’ai entendu vos paroles et elles m’ont plu. Mais ma réponse est la même que celle donnée par Hani. Il ne serait pas convenable d’abandonner notre religion et de vous prêter allégeance au cours de cette même assemblée. Nous vivons dans une région où nous devons faire face à deux obstacles : l’un est al-Yamama et l’autre al-Samawa. [Cette partie de l’Irak est contiguë à la péninsule Arabique — l’auteur.] »
Le Messager d’Allah (s) dit : « Quels sont ces deux obstacles ? »
Musanna répondit : « D’un côté, les montagnes et le territoire arabe ; de l’autre, le territoire iranien et les fleuves de Kisra. Kisra nous a fait jurer que nous ne commettrions nous-mêmes aucune innovation contraire aux usages établis et que nous n’accorderions aucun refuge chez nous à quiconque voudrait en commettre une. Ce à quoi vous nous appelez, les rois ne le toléreront probablement pas. Pour ce qui est du territoire arabe, nos fautes pourraient y être pardonnées. Si vous voulez que nous vous aidions contre les Arabes, nous le pouvons. Mais affronter la Perse dépasse nos capacités. »
Le Messager d’Allah (s) dit : « Si vous avez dit la vérité, vous n’avez rien fait de mal. Mais la réalité est que celui qui se lève pour la religion d’Allah ne fait aucune exception : il lui apporte son soutien sous tous les rapports. Patientez quelque peu ; alors Allah vous accordera le pays et les richesses des Perses et soumettra leurs filles à votre autorité. Allez-vous glorifier Allah et proclamer Sa sainteté ? »
No‘man ibn Charîq dit : « Ô frère quraychite, nous acceptons ce que vous avez dit. Puis le Prophète (s)-
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Il se lève en lisant, prend congé en tenant la main de Ḥaḍrat Abû Bakr (r.a.).
Rencontre avec les Banû ‘Abbâs
Al-Wâqidî rapporte de ‘Abdullah ibn Wâbisat al-‘Absî le récit de son grand-père : « Notre tribu, les Banû ‘Abs, campait près de la mosquée d’al-Khayf, à proximité de Jamrat al-Ûlâ. Le Messager d’Allah (s) vint à notre campement. Zayd ibn Hâritha (r.a.) l’accompagnait. Il nous invita à suivre Allah et nous acceptâmes. Auparavant déjà, il venait à notre campement à chaque pèlerinage, mais nous n’avions jamais accepté son invitation. Cette fois, lorsque nous reçûmes sa visite, Maysara ibn Masrûq al-‘Absî se trouvait parmi nous. Il dit : “Par Dieu ! Si nous reconnaissons sa véracité, que nous l’emmenons et que nous l’installons au centre de notre territoire, ce sera un avis parfaitement juste. Car, par Dieu, il triomphera certainement, et triomphera pleinement.” Mais les gens de la tribu dirent : “Laisse, frère ! Ne nous pousse pas à entreprendre une chose dont nous ne sommes pas capables de porter le fardeau.” »
Le Prophète (s), nourrissant quelque espoir au sujet de Maysara, l’appela à l’écart et s’entretint avec lui. Celui-ci dit : « Votre parole est si belle et si claire ! Mais mon peuple s’oppose à moi. S’il ne vous soutient pas, les autres, eux, s’enfuiront bien loin. »
Bien des années plus tard, lorsqu’il rencontra le Prophète (s) pendant le pèlerinage d’Adieu, celui-ci le reconnut. Il dit : « Ô Messager d’Allah ! Depuis la première fois où vous êtes venu à notre campement, j’ai toujours désiré vous obéir. Mais ce qui devait arriver est arrivé. Me voici maintenant musulman, si tardivement. »
Ainsi, toutes les tribus arabes demeurèrent privées de cette grâce, qu’elles auraient pu aller chercher auprès de lui à pied et obtenir. Nous reviendrons quelque peu en arrière pour expliquer pourquoi les habitants de cette heureuse cité étaient intérieurement préparés à accepter l’appel de Muhammad l’Arabe (s).
Histoire ancienne d’Aws et de Khazraj
En 450 ou 451 de l’ère chrétienne, une immense inondation se produisit au Yémen à la suite de la rupture de la digue ou du mur de Ma’rib. C’est pourquoi un homme de la tribu de Saba, ʿAmr ibn ʿAmir, émigra vers le nord avec les membres de sa famille. Les descendants de l’un de ses fils, Jufna, s’établirent dans la région du Shâm, qui fut appelée Ghassân. Son deuxième fils, Hâritha, s’installa dans la vaste région située entre les montagnes du Hedjaz et le littoral de la mer Rouge, appelée Tihâma. Ses descendants furent connus sous le nom de Khuzâʿa. Parmi les enfants de son troisième fils, Thaʿlaba, se trouvait un certain Hâritha, dont deux fils naquirent de la même mère, Qayla. Ces deux fils s’appelaient Aws et Khazraj. Leurs descendants s’installèrent à Yathrib (Médine), où les Juifs avaient déjà établi leur domination. Pendant longtemps, les Juifs ne permirent pas aux descendants d’Aws et de Khazraj d’entrer dans la ville proprement dite ni dans ses terres verdoyantes et fertiles. Ils furent donc contraints de vivre dans les terres arides environnantes, au prix de grandes difficultés. Finalement, ils demandèrent l’aide des Ghassânides, qui étaient issus de la même lignée qu’eux. Ceux-ci arrivèrent avec une armée, expulsèrent les Juifs de la ville et y installèrent Aws et Khazraj. Deux tribus juives, les Banû Qurayza et les Banû Nadîr, furent contraintes de vivre à la périphérie de la ville, tandis qu’une troisième, les Banû Qaynuqâʿ, se plaça sous la protection de la tribu de Khazraj et s’installa dans un quartier de la ville. Lorsque les Banû Qurayza et les Banû Nadîr virent que leur tribu rivale, les Banû Qaynuqâʿ, était devenue l’alliée de Khazraj, ils conclurent un pacte avec la tribu d’Aws et s’en firent des alliés. Aws et Khazraj vécurent ensuite pendant près de deux siècles dans la même ville que les Juifs et dans ses environs. Durant cette période, bien que ces deux tribus arabes fussent issues de la même lignée et liées par des mariages réciproques, elles se firent constamment la guerre l’une à l’autre sur la base du tribalisme de la Jâhiliya. Les tribus juives poussaient également chacune leurs tribus alliées à combattre les unes contre les autres. En effet, elles considéraient que les guerres entre Aws et Khazraj servaient leurs intérêts, tandis que leur union aurait signifié leur perte. Ainsi, en l’espace de près de deux siècles, outre de nombreux affrontements mineurs, onze conflits sanglants eurent lieu. Le dernier d’entre eux, la bataille de Buʿâth, se déroula seulement cinq ans avant l’Hégire (en la huitième année de la mission prophétique, en 619), et les principaux chefs des deux tribus y trouvèrent la mort. [Selon le récit d’Ibn Saʿd, la bataille de Buʿâth eut lieu six ans avant l’Hégire. Buʿâth était le nom d’un lieu, d’une petite forteresse ou d’un champ situé à deux milles de Médine, près des Banû Qurayza. D’un côté se trouvait la tribu d’Aws, dont le chef était Hudayr, père de Hazrat Usayd ibn Hudayr. Les Banû Qurayza et les Banû Nadîr participaient à leurs côtés au combat. De l’autre côté se trouvait la tribu de Khazraj, commandée par ʿAmr ibn Nuʿmân al-Bayâdî. Les Banû Qaynuqâʿ, parmi les Juifs, étaient avec eux. Aws remporta la victoire. Toutefois, les deux camps subirent de telles pertes que leurs hommes réfléchis comprirent que, s’ils continuaient à être ennemis de la sorte, ils finiraient par s’anéantir en combattant sans cesse. — L’auteur.] Malgré ces guerres, l’influence religieuse des Juifs sur les habitants de Médine était si grande que, lorsqu’une femme perdait un enfant à la naissance, elle faisait le vœu de convertir au judaïsme l’enfant qu’elle mettrait au monde par la suite. Ibn Jarîr a mentionné cette situation dans son Tafsîr, en la rapportant d’après ʿAbdullah ibn ʿAbbâs (que Dieu l’agrée). Abû Dâwûd, an-Nasâ’î, Ibn Abî Hâtim et Ibn Hibbân ont également cité à ce sujet diverses traditions rapportées d’Ibn ʿAbbâs (que Dieu l’agrée), de Mujâhid, de Saʿîd ibn Jubayr, d’al-Shaʿbî, d’al-Hasan al-Basrî et d’autres.
Les effets de ce contexte historique
La situation historique résumée qui vient d’être exposée eut trois effets importants sur Aws et Khazraj. Contrairement à toutes les autres tribus arabes, elle les avait psychologiquement préparés à accepter l’islam. Dès que l’occasion s’en présenta, ils se tournèrent donc, pour ces raisons, vers cette religion et vers son appelant, Sayyidunâ Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), comme l’assoiffé se tourne vers l’eau.
Le premier de ces effets fut que, du fait de leurs relations et de leurs contacts prolongés avec les Juifs, ils s’étaient familiarisés avec des termes tels que révélation, Livre et sharîʿa, ainsi qu’avec leur signification. Ces notions ne leur étaient donc pas aussi étrangères qu’elles l’étaient aux autres Arabes.
Le deuxième effet, selon les récits d’Ibn Hishâm et d’al-Tabarî, notamment d’après Ibn Ishâq, était le suivant : au cours de leurs conversations avec leurs voisins juifs, ils apprenaient souvent que ceux-ci attendaient avec une grande anxiété la venue d’un prophète, dont l’annonce figurait dans leurs Livres célestes. Ils priaient pour que, s’il venait bientôt, la domination des peuples non juifs prenne fin et que commence l’époque de leur propre essor. Chaque fois en particulier qu’une dispute les opposait à Aws et à Khazraj, ils disaient : « Un prophète va bientôt venir. Lorsqu’il viendra, nous lui obéirons et, à ses côtés, nous vous infligerons une défaite semblable à celle subie par ʿÂd et Iram. » Le Coran fait également allusion à ces paroles :
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— et auparavant, ils imploraient eux-mêmes la victoire sur les mécréants. (Al-Baqara, 89)
Ces propos des Juifs avaient suscité chez les habitants d’Aws et de Khazraj la résolution suivante : si ce Prophète venait à apparaître, ils seraient les premiers à s’avancer et à lui prêter allégeance, afin que les Juifs ne les devancent pas.
La troisième influence était qu’ils étaient abattus par la guerre civile et aspiraient à une direction capable d’instaurer entre eux l’unité et la fraternité. Il a également été fait allusion à leur situation :
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— Vous étiez au bord d’un gouffre de feu, puis Allah vous en a sauvés. (Âl ‘Imrân : 103)
Pour mettre fin à ce péril, les habitants de Médine étaient allés jusqu’à se préparer à faire d’Abdullah ibn Ubayy, le chef des Khazraj, leur roi, afin que leurs divergences prennent fin et que tous s’unissent sous l’autorité d’un seul homme. C’est alors que la grâce qu’ils désiraient en réalité se présenta enfin devant eux. (Ibn Hichâm, tome II, p. 234)
La rencontre du premier Médinois avec le Prophète (s)
Ibn Hichâm et at-Tabarî ont rapporté d’après Ibn Ishâq le récit de ‘Âsim ibn ‘Umar ibn Qatâda selon lequel le tout premier homme de Médine à rencontrer le Messager d’Allah (s) fut Suwayd ibn Sâmit. Il était connu auprès de son peuple sous le nom de « Kâmil », en raison de ses compétences, de sa bravoure, de sa poésie et de la noblesse de sa lignée. Ibn Sa‘d explique que, à l’époque de la Jâhiliyyah, on appelait « Kâmil » celui qui était honoré et doué de discernement au sein de son peuple, capable d’exprimer une opinion juste, instruit, habile au tir à l’arc et à la natation. (At-Tabaqât, tome III, p. 603)
Cet homme avait un lien de parenté avec le Messager d’Allah (s) : Laylâ bint ‘Amr était la sœur germaine de Salmâ bint ‘Amr, la mère du grand-père du Prophète (s). Lorsqu’il vint à La Mecque pour accomplir le Hajj ou la ‘Umrah, le Prophète (s) le rencontra conformément à l’usage et lui présenta l’appel à l’Islam. Il dit : « Il se peut que vous possédiez vous aussi quelque chose de semblable à ce que je possède. » Le Prophète (s) demanda : « De quoi s’agit-il ? » Il répondit : « Le Mujallat de Luqmân, c’est-à-dire la sagesse et la perspicacité de Luqmân. » Le Prophète (s) dit : « Faites-le-moi entendre. » Il le lui récita. Le Prophète (s) dit : « Voilà une belle parole. Cependant, ce que je possède est meilleur que cela : c’est le Coran, qu’Allah a révélé sur moi. Il est guidance et lumière. » Puis le Prophète (s) lui récita le Coran et l’appela à l’Islam. Sans s’en détourner, il dit : « Vraiment, c’est une très belle parole. » Il retourna ensuite à Médine. Quelque temps plus tard, les Khazraj le tuèrent. Cet événement eut lieu avant la bataille de Bu‘âth. [Al-Balâdhurî dit dans Ansâb al-Ashrâf que la bataille de Bu‘âth eut lieu à cause de l’assassinat de Suwayd — l’auteur.]
Rencontre avec une autre délégation de Médine
Ibn Hichâm et Tabarî ont rapporté, d’après le récit de Muhammad ibn Ishâq, qu’avant la bataille de Bu‘âth, lorsque le feu de l’hostilité entre les Aws et les Khazraj était sur le point de s’embraser, une délégation d’une branche des Aws, les Banû ‘Abd al-Ashhal, vint à La Mecque sous la direction d’Abû al-Haytham — ou Haytham — afin de faire des Quraysh leurs alliés contre les Khazraj. Ayant appris leur arrivée, le Prophète (s) alla à leur rencontre. Il leur dit : « Accepteriez-vous quelque chose de meilleur que ce pour quoi vous êtes venus ici ? »
Ils demandèrent : « Qu’est-ce donc ? » Le Prophète (s) répondit : « Je suis le Messager envoyé par Allah à Ses serviteurs. Je suis venu les appeler à n’adorer personne d’autre que Lui et à ne rien Lui associer. Un Livre m’a été révélé. »
Puis il leur enseigna quelques préceptes de l’islam et leur récita le Coran. Parmi les membres de la délégation se trouvait également un jeune homme, Iyâs ibn Mu‘âdh. Après avoir entendu les paroles du Prophète (s), il dit : « Ô gens, ceci est meilleur que ce pour quoi vous êtes venus ici. » Mais Abû al-Haytham prit de la terre de la Bathâ et la lui jeta au visage en disant : « Épargne-nous cette affaire. Nous sommes venus pour une autre raison. »
Iyâs garda le silence et le Prophète (s) se leva puis s’en alla. Après le retour de ces hommes à Médine, la bataille de Bu‘âth éclata. Peu de temps après, Iyâs mourut. Ceux qui étaient présents au moment de sa mort rapportent qu’ils entendirent jusqu’à son dernier instant les louanges et les proclamations de l’unicité d’Allah sortir de sa bouche. C’est pourquoi ils ne doutaient nullement qu’Iyâs fût revenu de cette assemblée après avoir embrassé l’islam et qu’il eût rendu son dernier souffle dans l’islam.
Le récit détaillé de cet événement donné par Ibn Sa‘d d’après al-Wâqidî contient certains éléments supplémentaires par rapport au récit d’Ibn Ishâq. Il en ressort que la délégation des Banû ‘Abd al-Ashhal séjournait à La Mecque dans la maison de ‘Utba ibn Rabî‘a. Celui-ci les avait reçus avec beaucoup d’égards. Lorsqu’ils lui proposèrent un pacte d’amitié, il le refusa en disant que son territoire était très éloigné du leur. Le temps que leur demande d’aide lui parvienne, leur ennemi aurait déjà achevé son œuvre. Il ajouta que ce serait la même chose pour nous.
Al-Wâqidî rapporte également que, lorsque Iyâs proposa d’embrasser l’islam, Abû al-Haytham, tout en lui jetant de la terre, lui dit : « Nous étions venus pour obtenir l’amitié des Quraysh contre notre ennemi, et toi, tu veux que nous repartions après avoir fait des Quraysh nos ennemis. »
Le récit d’al-Wâqidî ajoute également que ceux qui entendirent Iyâs réciter les louanges et les proclamations de l’unicité d’Allah au moment de sa mort étaient Muhammad ibn Maslama (r), Salama ibn Salâma ibn Waqsh (r) et Abû Hâshim ibn ‘Attayhân.
L’adhésion à l’islam du premier groupe des Ansar et la première bay‘a d‘Aqaba
Au cours de la onzième année de la mission prophétique (620 apr. J.-C.), pendant le pèlerinage, le Prophète (s), conformément à son habitude, se dirigea vers Mina afin de rencontrer les tribus arabes. En chemin, il parvint près d’Aqaba [Aqaba désigne un col. Le col mentionné ici se trouve dans la région de Mina, sur la route de La Mecque — l’auteur.] auprès d’un groupe de la tribu des Khazraj. Ibn Hichâm et al-Tabarî rapportent, d’après Muhammad ibn Ishâq, que le Prophète (s) leur demanda : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Des hommes des Khazraj. » Le Prophète (s) leur dit : « Voulez-vous vous asseoir un moment afin que je puisse vous parler ? » Ils répondirent : « Certainement. » Ils s’assirent donc auprès du Prophète (s). Il les invita à se tourner vers Allah, leur exposa l’islam et leur récita le Coran. Ils se dirent les uns aux autres : « Mes frères ! Sachez que c’est bien le prophète dont les Juifs vous annonçaient la venue avec crainte. Ne les laissons pas nous devancer. » Ils acceptèrent alors son appel avec une entière satisfaction, reconnurent sa véracité et crurent à l’islam qu’il leur avait présenté. Puis ils dirent : « Nous avons laissé notre peuple dans une situation telle qu’il n’existe aucune tribu où règne une inimitié réciproque plus grande que parmi nous. Peut-être Allah les réunira-t-Il par votre intermédiaire. Nous retournons auprès d’eux, nous les invitons de votre part et leur présentons la religion que nous avons adoptée. Si Allah les réunit pour vous, nul ne sera plus puissant que vous. »
Selon certains récits, cela est formulé ainsi : après la bay‘a, le Prophète (s) leur demanda : « Me soutiendrez-vous afin que je puisse transmettre le message du Seigneur ? » Ils répondirent : « Ô Messager d’Allah ! La bataille de Bu‘âth vient d’avoir lieu chez nous. Dans ces circonstances, si vous vous y rendez, il sera difficile que les gens se réunissent. Pour le moment, permettez-nous de retourner auprès des nôtres. Peut-être Allah améliorera-t-Il nos relations mutuelles. Nous inviterons les gens à l’appel auquel vous nous avez invités. Il se peut qu’Allah les réunisse pour vous. Alors nul ne sera plus puissant que vous. Nous vous retrouverons l’année prochaine, lors du pèlerinage. »
Ibn Ishâq, al-Cha‘bî et al-Zuhrî disent qu’ils étaient au nombre de six. Ibn Sa‘d cite également l’avis d’al-Wâqidî selon lequel ils étaient six. Voici leur liste :
Des Banû Mâlik ibn al-Najjâr :
1. Abû Usâma As‘ad ibn Zurâra (même à l’époque de la Jâhiliyya, il était attaché au tawhîd et s’opposait à l’adoration des idoles).
2. ‘Awf ibn al-Hârith ibn Rifâ‘a — sa mère s’appelait ‘Afrâ.
Des Banû Zurays :
3. Râfi‘ ibn Mâlik (appelé « Kâmil » à l’époque de la Jâhiliya)
4. Qutba ibn ‘Âmir ibn Hadîda.
Des Banû Harâm ibn Ka‘b —
5. ‘Uqba ibn ‘Âmir ibn Nâbî.
Des Banû ‘Ubayd ibn ‘Adî —
6. Jâbir ibn ‘Abd Allâh ibn Riyâb.
Ibn ‘Abd al-Barr rapporte que certains spécialistes de la sîra ont cité le nom de Hadrat ‘Ubâda ibn Sâmit à la place de Jâbir ibn Riyâb. Avec Mûsâ ibn ‘Umâra et Râfi‘ ibn Mâlik, ils ont inclus les noms de Mu‘âdh ibn ‘Afrâ, Yazîd ibn Tha‘laba, Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân et ‘Uwaym ibn Sâ‘ida, puis, en tant que récit faible, ils disent qu’il est rapporté que ‘Ubâda ibn Sâmit et Dhakwân ibn ‘Abd Qays figuraient également parmi eux. Cependant, la majorité des savants ont retenu le récit de Muhammad ibn Ishâq, et dans le Fath al-Bârî, le hâfiz Ibn Hajar a donné la préférence à ce récit sur les autres.
Outre le récit de Wâqidî mentionné plus haut, Ibn Sa‘d a également rapporté trois autres récits au sujet de l’adhésion des habitants de Médine à l’islam :
1. As‘ad ibn Zurara et Zakran ibn Abd Qays se rendirent d’abord à La Mecque auprès de ‘Utba ibn Rabi‘a afin de rivaliser en vantardise et en orgueil, conformément aux coutumes de la Jâhiliya. Mais avant même de rencontrer ‘Utba, ils entendirent les paroles du Messager d’Allah (s), le rencontrèrent et embrassèrent l’islam. Ensuite, le vénérable As‘ad se rendit à Médine et parla de l’islam à Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân ; eux aussi embrassèrent l’islam. Puis il rejoignit les six hommes qui rencontrèrent le Prophète (s) à al-‘Aqaba.
2. Râfi‘ ibn Mâlik al-Azraqî et Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’ se rendirent d’abord à La Mecque pour accomplir la ‘umra. Là, ils entendirent parler du Prophète (s). Puis ils le rencontrèrent et embrassèrent l’islam.
3. À Minâ, ce ne furent pas six, mais huit hommes de Médine qui rencontrèrent le Prophète (s). Ce sont les huit hommes dont nous avons mentionné les noms plus haut, d’après Mûsâ ibn ‘Uqba.
Arrivée de la deuxième délégation de Médine et deuxième pacte d’allégeance d’al-‘Aqaba
Ibn Sa‘d et Ibn Ishâq rapportent que lorsque ce premier groupe, qui avait embrassé l’islam à al-‘Aqaba, retourna à Médine, ses membres commencèrent à y parler de l’islam. Il ne resta donc aucun quartier parmi ceux des Ansâr où le Messager d’Allah (s) ne fut mentionné. L’année suivante, lors du pèlerinage — la douzième année de la mission prophétique — douze hommes de Médine rencontrèrent le Prophète (s) au même endroit d’al-‘Aqaba où il avait rencontré les hommes de Khazraj. Cinq d’entre eux étaient ceux qui avaient embrassé l’islam l’année précédente (Jâbir ibn ‘Abdallâh ibn Ri’âb n’était pas venu cette fois-ci). Parmi les sept autres, cinq étaient de Khazraj et deux d’Aws. Voici leurs noms :
De la branche Banû an-Najjâr de Khazraj : 1. Mu‘âdh al-Hârith ibn Rifâ‘a.
De la branche Banû Zurayn de Khazraj : 2. Zakran ibn Abd Qâyem. Ibn Sa‘d et Ibn Hishâm rapportent que ces deux hommes vinrent de Médine à La Mecque, restèrent auprès du Prophète (s) et émigrèrent avec lui.
De la branche Banû ‘Awf ibn Khazraj : 3. ‘Ubâda ibn Sâmit.
Du Khazraj : 4. Yazîd ibn Tha‘laba.
Des Banû Sâlim ibn ‘Awf du Khazraj : 5. ‘Abbâs ibn ‘Ubâda ibn Nadla (Ibn Ishâq dit qu’il resta lui aussi auprès du Prophète (s) et émigra avec lui.
Des Banû ‘Abd al-Ashhal d’al-Aws : 6. Abû al-Haytham ibn at-Tayyihân (il était déjà monothéiste à l’époque de la Jâhiliyya et s’opposait au culte des idoles.
Des Banû ‘Amr ibn ‘Awf d’al-Aws : 7. Waïm ibn Sâ‘ida.
À cette occasion, le serment d’allégeance que le Prophète (s) reçut de ces hommes fut appelé la « Bay‘at an-Nisâ’ ». En effet, ses termes ressemblaient largement à ceux du serment d’allégeance que, quelques années après cet événement, la sourate al-Mumtahana, dans son verset 12, ordonna de recevoir des femmes musulmanes. Ibn Ishâq rapporte, d’après le récit de ‘Ubâda ibn as-Sâmit (ra), que le Prophète (s) leur fit prêter serment sur les points suivants :
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Nous n’associerons personne à Allah, nous ne volerons pas, nous ne commettrons pas d’adultère, nous ne tuerons pas nos propres enfants, nous ne fabriquerons pas de calomnie en la produisant de nos mains et de nos pieds, et nous ne désobéirons pas au Messager d’Allah (s) dans une œuvre reconnue comme convenable. Nous écouterons son ordre et lui obéirons, que nous soyons dans l’aisance ou dans la difficulté, que cet ordre nous soit supportable ou pénible, et même si quelqu’un est préféré à nous. Nous ne nous querellerons pas avec le détenteur de l’autorité au sujet du gouvernement. (Dans le Musnad d’Ahmad, il est ajouté : même si vous pensez avoir un droit dans le système de gouvernement. Dans al-Bukhârî, il est ajouté : ou si vous voyez une mécréance manifeste.) Où que nous soyons et quelle que soit notre situation, nous dirons la vérité et nous ne craindrons pas le blâme de ceux qui blâment. Si donc vous tenez ce serment, le Paradis vous est promis. Mais si l’un de vous commet un acte interdit, son affaire relève d’Allah : s’Il le veut, Il lui pardonnera, et s’Il le veut, Il le châtiera. (Selon une autre version : si vous commettez l’un de ces actes interdits, que vous soyez pris et que vous soyez punis en ce monde, cette punition sera l’expiation de ce péché. Mais si votre péché reste caché jusqu’au Jour de la Résurrection, votre affaire est entre les mains d’Allah : s’Il le veut, Il vous châtiera, et s’Il le veut, Il vous pardonnera.)
Différentes parties de ce hadith se trouvent dans le Sahîh d’al-Bukhârî : Kitâb al-Îmân, les chapitres consacrés aux mérites des Ansâr, Kitâb al-Hudûd, Kitâb al-Fitan et Kitâb al-Ahkâm ; dans le Sahîh de Muslim : Kitâb al-Hudûd et Kitâb al-Imâra ; ainsi que dans le Musnad d’Ahmad, dans le récit de ‘Ubâda ibn as-Sâmit.
L’envoi de Mus‘ab ibn ‘Umayr à Médine
Ibn Jarîr et Ibn Hichâm ont rapporté, d’après le récit de Muhammad ibn Ishâq, que lorsque ces hommes retournèrent à Médine, le Messager d’Allah (s) envoya également avec eux Mus‘ab ibn ‘Umayr afin qu’il leur enseigne le Coran et l’islam, et qu’il leur fasse comprendre la religion. Mus‘ab (r) se rendit donc à Médine et demeura chez As‘ad ibn Zurâra (r).
En revanche, selon le récit de Mûsâ ibn ‘Uqba, après leur arrivée à Médine, Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’ (r) et Râfi‘ ibn Mâlik (r) furent envoyés auprès du Prophète (s) pour lui demander d’envoyer à Médine quelqu’un qui leur enseignerait la religion. À la suite de cette demande, il envoya Mus‘ab (r). Al-Bayhaqî a rapporté une version légèrement différente, en la citant d’après Ibn Ishâq. Selon cette version, ils écrivirent au Prophète (s) : « Envoyez-nous quelqu’un pour nous enseigner notre religion. » C’est alors que Mus‘ab fut envoyé. Ibn Sa‘d a également rapporté la même chose d’après Wâqidî.
Après cette seconde allégeance d’al-‘Aqaba, les Ansâr retournèrent à Médine et commencèrent à propager activement l’islam sous la direction de Mus‘ab ibn ‘Umayr. Ibn Sa‘d rapporte, d’après Wâqidî, que Muhammad ibn Maslama (r), parmi ‘Abbâd ibn Bishr ibn Waqsh des Banû ‘Abd al-Achhal et leurs alliés contractuels, embrassa l’islam entre les mains de Mus‘ab. Puis, le même jour, Sa‘d ibn Mu‘âdh, le chef des Banû ‘Abd al-Achhal, et Usayd ibn Hudayr embrassèrent eux aussi l’islam entre ses mains. La conversion de Sa‘d entraîna celle de toute sa tribu. Il ne resta même pas un seul non-musulman dans le quartier des Banû ‘Abd al-Achhal. Ibn Hichâm, d’après Ibn Ishâq, et al-Tabarî, d’après Sa‘d, rapportent une histoire intéressante au sujet de la conversion d’Usayd à l’islam.
Un jour, As‘ad ibn Zurâra se rendit avec Mus‘ab dans l’un des jardins des Banû Zufar, une branche de la tribu des Aws. Beaucoup de ceux qui avaient embrassé l’islam s’y réunirent. Lorsque Sa‘d ibn Mu‘âdh et Usayd ibn Hudayr l’apprirent, Sa‘d dit à Usayd : « Va voir ces deux hommes — As‘ad et Mus‘ab — qui sont venus dans nos quartiers et trompent les gens faibles. Menace-les et interdis-leur de venir dans notre région. Si As‘ad ibn Zurâra n’était pas là, j’irais moi-même. Mais tu sais que c’est mon cousin maternel ; c’est pourquoi je ne veux pas me présenter devant lui. » Sur ces paroles, Usayd prit ses armes et se rendit auprès d’eux. En le voyant arriver, As‘ad dit à Mus‘ab : « Voici le chef de son peuple. Acquitte-toi envers lui, à son sujet, du devoir de lui transmettre fidèlement la parole d’Allah. » Mus‘ab dit : « S’il s’assoit, je lui parlerai. » Usayd se plaça devant eux et dit rudement : « Pourquoi êtes-vous venus ici tous les deux ? Vous trompez nos gens faibles. Si vous nous voulez du bien, ne revenez plus jamais par ici. »
Mus‘ab dit : « Ne voudriez-vous pas vous asseoir et écouter ce que nous avons à dire ? Si cela vous plaît, vous l’accepterez ; sinon, nous cesserons de faire ce que vous n’aimez pas. » Usayd répondit : « Voilà qui est juste. » Puis il planta ses armes dans le sol et s’assit auprès de lui. Mus‘ab lui exposa les enseignements de l’islam et lui récita le Coran. As‘ad (r) et Mus‘ab (r) racontent tous deux : « Par Allah, à voir la joie illuminer le visage d’Usayd et la douceur de ses paroles, nous comprîmes que l’islam était entré dans son cœur. » Après avoir tout écouté, il dit : « Que ces paroles sont belles et excellentes ! Que faites-vous lorsque vous entrez dans cette religion ? » Tous deux répondirent : « Prenez un bain et purifiez votre corps ; purifiez également vos vêtements. Puis témoignez de la vérité et accomplissez la prière. » Il se leva aussitôt, se purifia, prononça la profession de foi et accomplit deux rak‘as de prière. Puis il dit : « Il y a derrière moi un autre homme. S’il vous prête allégeance, personne de son peuple ne s’opposera à lui. Je vais aller le trouver et vous l’envoyer. » Sur ces mots, Usayd (r) prit ses armes et se dirigea vers Sa‘d ibn Mu‘âdh, auprès duquel les gens de son peuple étaient réunis. En le voyant arriver, Sa‘d dit : « Par Allah, ce n’est pas le visage qu’il avait en partant. »
Lorsque Usayd arriva et se tint devant leur assemblée, Sa‘d lui demanda : « Qu’est-ce qui t’amène ? » Il répondit : « J’ai parlé aux deux hommes. Je n’ai rien vu de mauvais chez eux. Quand je leur ai interdit de venir, ils m’ont dit : “Nous ferons ce que vous voudrez.” » Puis Usayd ajouta : « J’ai appris que les Banû Hâritha étaient sortis pour tuer As‘ad ibn Zurâra, car ils savent qu’As‘ad est ton cousin maternel et qu’ils veulent t’humilier. »
À peine eut-il entendu ces paroles que Sa‘d entra dans une terrible colère. Il prit ses armes et se hâta, afin d’atteindre son frère — son cousin maternel — avant l’attaque des Banû Hâritha. Tout en marchant, il dit à Usayd : « Par Allah, je pense que t’avoir envoyé n’a servi à rien. »
Hadrat As’ad ibn Zurara, voyant de loin cet homme s’en aller, dit à Hadrat Mus’ab : « C’est un chef suivi de tout son peuple. S’il se convertit à l’islam, il ne restera pas deux personnes parmi les siens qui ne puissent s’empêcher de l’embrasser. »
Lorsqu’il arriva sur place et vit qu’As’ad et Mus’ab étaient assis tranquillement, Sa’d comprit que le véritable objectif d’Usaïd était de lui faire entendre leurs paroles. Il s’avança vers eux avec colère et dit à As’ad ibn Zurara : « Abou Ousama, si aucun lien de parenté ne nous unissait, cet homme, Mus’ab, n’aurait pas échappé à mes mains. Veux-tu imposer dans notre maison, à nos propres gens, quelque chose que nous n’aimons pas ? »
Hadrat Mus’ab dit : « Ne pourriez-vous pas vous asseoir et écouter ce que nous avons à dire ? Si cela vous plaît, vous l’accepterez ; sinon, nous vous épargnerons ce qui vous déplaît. »
Sa’d dit : « Tu as parlé avec équité. » Puis il planta son arme dans le sol et s’assit. Hadrat Mus’ab lui exposa l’islam et lui récita le Coran. Hadrat As’ad et Hadrat Mus’ab racontent : « Avant même qu’il ne parle, nous comprîmes, à la joie et à la douceur qui se lisaient sur son visage, que l’islam l’avait touché. » Après avoir tout écouté, Sa’d demanda : « Que faites-vous pour entrer dans cette religion ? » Ils lui répondirent ce qu’ils avaient dit à Usaïd. Il se purifia, prononça la profession de foi, accomplit deux rak’ahs de prière, puis, reprenant son arme, se dirigea vers l’assemblée ou le conseil de son clan.
Lorsque Hadrat Sa’d ibn Mu’adh rejoignit les siens, ils s’écrièrent : « Ce n’est pas le même visage que celui avec lequel Sa’d était parti d’ici ! » Arrivé auprès d’eux, il leur dit : « Ô membres des Banou Abd al-Ashhal ! Que savez-vous de moi parmi vous ? » Tous répondirent : « Vous êtes notre chef. Parmi nous, vous êtes le plus bienveillant et le plus généreux envers vos proches ; vous êtes aussi celui qui exprime les avis les plus justes et qui possède pour nous le plus de discernement et d’expérience. » Après les avoir entendus, Sa’d déclara : « Jusqu’à ce que vous croyiez en Allah et en Son Messager, il m’est interdit de parler à vos hommes et à vos femmes. » Avant même le soir, tous les hommes et toutes les femmes des Banou Abd al-Ashhal embrassèrent l’islam. Un seul homme, Amr ibn Thabit, resta non musulman. Il crut pendant la bataille d’Uhud et fut martyrisé avant d’avoir eu l’occasion de se prosterner. Le Prophète ﷺ dit : « Il est du nombre des habitants du Paradis. » Il convient de signaler qu’il n’y avait pas un seul hypocrite parmi les Banou Abd al-Ashhal. Ibn Sa’d rapporte, d’après Waqidi, qu’après leur conversion, Hadrat Sa’d ibn Mu’adh et Usaïd ibn Hudayr allaient briser les idoles des Banou Abd al-Ashhal.
Ibn Ishaq dit que Hadrat Mus’ab poursuivit sans relâche sa mission de prédication à Médine. Finalement, il ne resta aucun quartier des Ansar où l’on ne trouvât des hommes et des femmes musulmans. Seules trois ou quatre familles ne s’étaient pas converties à l’islam jusqu’à la bataille du Fossé.
L’établissement de la prière du vendredi à Médine
Hadrat Ka’b ibn Malik et Ibn Sirin rapportent qu’avant même que l’ordre concernant la prière du vendredi ne fût révélé, les Ansar de Médine décidèrent d’un commun accord d’accomplir une prière collective un jour par semaine. À cette fin, ils choisirent le vendredi, laissant de côté le sabbat des Juifs (samedi) et le dimanche des chrétiens — à l’époque de l’ignorance, ce jour était appelé « Yawm al-Aruba ». La toute première prière du vendredi fut dirigée par Hadrat As’ad ibn Zurara dans la région de Bayada, avec la participation de quarante personnes (Musnad Ahmad, Abou Dawoud, Ibn Maja, Ibn Hibban, Abd ibn Humayd, Abd al-Razzaq, Bayhaqi, Ibn Hicham).
Ad-Daraqutni rapporte, d’après le récit de ʿAbdullah ibn ʿAbbas (qu’Allah l’agrée), que lorsque l’ordre d’accomplir la prière du vendredi fut donné à La Mecque, le Messager d’Allah (ﷺ) envoya à Musʿab ibn ʿUmayr (qu’Allah l’agrée), à Médine, des instructions écrites lui demandant de diriger une prière de deux rakʿa après le déclin du soleil. La raison pour laquelle l’ordre d’établir la prière du vendredi fut donné à Médine était qu’à cette époque, il n’était pas possible de l’accomplir à La Mecque.
La dernière bayʿa d’al-ʿAqaba
Au cours de la treizième année de la mission prophétique (622 de l’ère chrétienne, juin-juillet), jusqu’à l’arrivée de la période du pèlerinage du mois de Dhul-Hijja, l’islam s’était largement répandu à Médine. L’imam Ahmad et at-Tabarani rapportent, d’après le récit de Jabir ibn ʿAbdullah al-Ansari (qu’Allah l’agrée) : « Pendant dix ans, le Messager d’Allah (ﷺ) parcourut les foires de ʿUkaz et de Majanna, ainsi que les campements des différentes tribus pendant la saison du pèlerinage. En ces lieux, il disait : “Qui m’accordera sa protection chez lui, et qui pourra m’aider afin que je transmette le message de mon Seigneur, et qu’il obtienne en échange le Paradis ?” Mais personne ne se préparait à lui apporter son soutien. Au contraire, lorsqu’un homme du Yémen ou de Mudar partait pour La Mecque, les membres de sa tribu ou ses proches lui disaient : “Tiens-toi un peu à l’écart de ce jeune homme qurayshite ; qu’il ne t’égare pas.” »
« Lorsque le Prophète (ﷺ) passait près de leurs campements, on le désignait du doigt. Finalement, Allah nous envoya de Yathrib auprès du Messager d’Allah (ﷺ), et nous le reconnûmes comme véridique. La situation devint ensuite telle qu’un homme sortait de chez lui, embrassait la foi et récitait le Coran ; lorsqu’il retournait chez lui, les membres de sa famille devenaient eux aussi musulmans. Ainsi, dans les quartiers des Ansar, il n’y avait aucun quartier où l’on ne trouvât un groupe de musulmans proclamant ouvertement l’islam. Un jour, nous nous réunîmes tous et nous nous mîmes à nous dire les uns aux autres : “Jusqu’à quand laisserons-nous le Messager d’Allah (ﷺ) dans cette situation, parcourant les montagnes de La Mecque, rejeté partout, sans trouver nulle part protection ni sécurité ?” Nous partîmes alors au nombre de soixante-dix pour le pèlerinage, et il fut convenu que nous le rencontrerions à al-ʿAqaba. (Nous insérerons la suite de ce hadith plus loin.) [À l’origine, le mot **** est employé, qui est le pluriel du mot ****. Les villages de Médine étaient organisés de telle sorte que chaque tribu possédait un habitat distinct comprenant les maisons d’habitation, les champs et les vignobles réunis en un même lieu. On comptait alors neuf habitats de ce genre à Médine. Chaque habitat était permanent et contigu à ceux des autres tribus. C’est pourquoi nous avons traduit ce mot par “quartier” — l’auteur.] »
L’imam Ahmad, at-Tabarani, Ibn Jarir at-Tabari et Ibn Hisham rapportent, d’après Muhammad ibn Ishaq, le récit de Kaʿb ibn Malik (qu’Allah l’agrée) : « Nous partîmes pour le pèlerinage avec les polythéistes de notre tribu [Al-Hakim et Ibn Saʿd disent que cette année-là, cinq cents hommes d’Aws et de Khazraj partirent pour le pèlerinage — l’auteur]. Notre chef et notre notable, al-Baraʾ ibn Maʿrur, était également avec nous. En chemin, il dit : “J’ai une opinion, mais je ne sais pas si vous serez d’accord avec elle ou si vous vous y opposerez.” Nous demandâmes : “Quelle est-elle ?” Il répondit : “Je pense que je dois prier en faisant face à la Kaʿba, plutôt qu’en lui tournant le dos.” Nous lui dîmes : “Nous avons appris du Messager d’Allah (ﷺ) qu’il prie en direction de la Syrie, c’est-à-dire de Bayt al-Maqdis. Nous ne prierons pas selon ta manière.” Pourtant, il continua à prier en faisant face à la Kaʿba, et nous ne cessâmes de le blâmer. Après notre arrivée à La Mecque, il me dit : “Mon neveu, viens, allons rencontrer le Messager d’Allah. Nous lui demanderons ensuite ce qu’il pense de ce que j’ai fait, car ton opposition a fait naître un doute dans mon esprit.” Nous n’avions jamais vu le Prophète (ﷺ), et nous ne le connaissions pas. Nous demandâmes donc à un homme de La Mecque où il se trouvait. Il répondit : “Connaissez-vous son oncle, ʿAbbas ?” Nous répondîmes : “Oui”, car il venait chez nous pour affaires. Il dit : “Allez au Sanctuaire ; vous le trouverez assis avec ʿAbbas.” »
« Nous y arrivâmes et le saluâmes. Il demanda à ʿAbbas (qu’Allah l’agrée) : “Connais-tu ces deux hommes ?” Il répondit : “Oui. Voici al-Baraʾ ibn Maʿrur, et voici Kaʿb ibn Malik.” Je n’oublierai jamais que, lorsque le Prophète (ﷺ) entendit mon nom, il dit : “Kaʿb ?” ʿAbbas (qu’Allah l’agrée) répondit : “Oui.” Puis al-Baraʾ lui demanda quelle était la question. Ensuite, conformément aux instructions du Prophète (ﷺ), il se mit à prier en direction de la même qibla que lui. Le Prophète (ﷺ) nous fixa ensuite rendez-vous pour le rencontrer de nuit à al-ʿAqaba, durant les jours d’Ayyam at-Tashriq [Ayyam at-Tashriq désigne les jours où les pèlerins séjournent à Mina après le pèlerinage — l’auteur]. Cette nuit-là, nous nous couchâmes dans notre campement. Après qu’un tiers de la nuit fut écoulé, nous partîmes discrètement à sa rencontre, car nous voulions cacher cette affaire aux polythéistes de notre tribu. Cependant, parmi nos chefs et nos notables se trouvait Abu Jabir ʿAbdullah ibn ʿAmr ibn Haram. Il demeurait attaché à la religion de ses ancêtres. Nous l’emmenâmes avec nous et lui dîmes : “Tu es l’un de nos chefs et de nos notables. Nous ne voulons pas que tu deviennes le combustible de l’Enfer.” Nous lui présentâmes alors l’islam et lui dîmes que nous allions à al-ʿAqaba pour rencontrer le Prophète (ﷺ). Il embrassa aussitôt l’islam et participa avec nous à la bayʿa d’al-ʿAqaba. Nous étions alors au total soixante-treize hommes, accompagnés de deux femmes. L’une était Nusayba, ou Nusayba bint Kaʿb, Umm ʿUmara, des Banu Najjar [Cette femme participa à la guerre contre Musaylima le Menteur aux côtés de son fils ʿAbdullah. Elle prit elle-même part au combat, reçut douze blessures et eut une main tranchée. Auparavant, son fils Habib avait été torturé et tué par Musaylima, qui lui demandait : “Attestes-tu que Muhammad (ﷺ) est le Messager d’Allah ?” Habib (qu’Allah l’agrée) répondait : “Oui.” Lorsqu’il lui demandait : “Attestes-tu que je suis le Messager d’Allah ?”, il répondait : “Je ne veux rien entendre de toi.” Musaylima lui coupait alors une partie du corps. Après chaque réponse, il lui coupait un membre. Ainsi, ce tyran le découpa et le tua, mais il ne reconnut jamais ce faux prophète comme véridique jusqu’à la fin. (Ibn Hisham, vol. 2, p. 108-109) — l’auteur.] L’autre était Asma bint ʿAmr, Umm Maniʿ, des Banu Salima. »
Jabir (qu’Allah l’agrée) a indiqué que le nombre des participants à cette bayʿa était de soixante-dix, sans mentionner de femmes. Ahmad et al-Bayhaqi ont également rapporté cette version d’après ʿAmir ash-Shaʿbi. En revanche, Kaʿb ibn Malik (qu’Allah l’agrée) a mentionné soixante-douze hommes et deux femmes, dont il a également donné les noms avec précision. Ibn Ishaq a ajouté ce détail : parmi les soixante-treize hommes, onze appartenaient aux Aws et soixante-deux aux Khazraj. Deux femmes les accompagnaient. L’une était Nusayba bint Kaʿb, accompagnée de son mari Zayd ibn ʿAsim (qu’Allah l’agrée) et de ses deux fils, Habib (qu’Allah l’agrée) et ʿUbaydullah (qu’Allah l’agrée). La seconde était Asma bint ʿAmr. Cette divergence dans les récits s’explique probablement par le fait que les Arabes omettent souvent les fractions lorsqu’ils donnent un nombre. Lorsque la majorité du groupe est masculine, ils estiment suffisant de la mentionner ; s’il n’y a qu’une ou deux femmes, ils ne les prennent pas en compte.
Ibn Saʿd, rapportant d’après al-Wâqidî, cite le récit d’Uwaïm ibn Sâʿida : « Lorsque nous arrivâmes à La Mecque, Saʿd ibn Khaythama (qu’Allah l’agrée), Maʿn ibn ʿAdî (qu’Allah l’agrée) et ʿAbdallah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) me dirent : “Viens, allons rencontrer le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et le saluer. Car nous avons certes cru en lui, mais nous ne l’avons pas encore vu.” Nous partîmes donc. On nous avait dit qu’il séjournait chez ʿAbbâs ibn ʿAbd al-Muttalib. Nous nous y rendîmes, le saluâmes et lui demandâmes : “Où nous rencontrerez-vous, nous qui faisons partie de la délégation venue de Médine ?” Hadrat ʿAbbâs répondit : “Parmi les vôtres se trouvent aussi des gens qui vous sont hostiles. Gardez donc votre affaire secrète jusqu’au départ des pèlerins.” Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait fixé pour la rencontre cette nuit dont le matin est appelé « Yawm an-Nafar al-Âkhir » *****************, c’est-à-dire le dernier jour où les pèlerins quittent Minâ. Il fixa le lieu dans la partie élevée d’al-ʿAqaba. [Ibn Saʿd dit : “C’est l’endroit où se trouve aujourd’hui une mosquée.” (At-Tabaqât d’Ibn Saʿd, édition imprimée à Beyrouth en 1957, tome I, p. 221.) Ibn Saʿd naquit en 168 de l’Hégire et mourut en 230. Cela signifie que cette mosquée existait déjà au IIe siècle de l’Hégire. Elle existait encore lorsque Muhammad Husayn Haykal visita le Hedjaz en 1936. Il la mentionne, à la page 111 de son ouvrage Fî Manzil al-Wahy, à propos de la mosquée d’al-ʿAqaba. Mais il est regrettable qu’aujourd’hui on n’en trouve plus aucune trace — l’auteur.] Il fut ordonné de ne réveiller aucun dormeur et de n’attendre personne qui ne serait pas venu. »
Tous les récits relatifs à l’allégeance d’al-ʿAqaba s’accordent sur ce point : lorsque ces hommes arrivèrent secrètement au lieu fixé, deux par deux ou quatre par quatre, au cours de la nuit, ils s’en remirent à lui pour leur propre cause, bien qu’à cette époque ils fussent encore publiquement non musulmans. [Ibn Saʿd rapporte le récit d’Abû Râfiʿ (qu’Allah l’agrée), serviteur du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il dit : “Alors que j’étais encore l’esclave de Hadrat ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée), l’islam entra dans notre maison. Hadrat ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée), son épouse Umm al-Fadl et moi-même embrassâmes l’islam. Mais Hadrat ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée) dissimula sa conversion. Après la bataille de Badr, tandis que les maisons des mécréants étaient plongées dans le deuil, la joie régnait dans la nôtre” — l’auteur.] Il était venu ici dans cette situation délicate afin que tout fût définitivement convenu avant que le Maître (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne parte pour Médine.
Selon un récit de l’imam Ahmad, d’al-Bayhaqî et de ʿÂmir ash-Shaʿbî, lorsque tout le monde fut réuni, le Maître (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Que celui qui veut parler le fasse brièvement ; qu’il ne prolonge pas son discours. Car les espions des polythéistes sont à votre recherche. »
Hadrat Kaʿb ibn Mâlik, dont nous avons cité plus haut une partie du récit d’après l’imam Ahmad, Ibn Jarîr, at-Tabarî et Ibn Hishâm, rapporte la suite des événements en ces termes : Hadrat ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée) prit le premier la parole. Il dit : « Ô gens de Khazraj [À cette époque, l’ensemble des Aws et des Khazraj était appelé Khazraj — l’auteur.], vous connaissez la position dont jouit Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) parmi nous. Contre ceux des nôtres qui partagent la même opinion à son sujet (c’est-à-dire ceux qui n’ont pas embrassé l’islam), nous (les Banû Hâshim et les Banû al-Muttalib) l’avons soutenu et protégé. C’est pourquoi il jouit d’une position solide parmi les siens et se trouve en sécurité dans sa ville. Mais il ne consent à rien d’autre qu’à venir chez vous. Si vous pensez tenir la promesse et l’engagement pour lesquels vous l’invitez, et le protéger contre ses adversaires, alors assumez la responsabilité que vous acceptez. Mais si, après qu’il sera sorti d’ici et vous aura rejoints, vous craignez à quelque moment que ce soit d’être contraints d’abandonner sa compagnie et de le livrer à ses ennemis, alors il vaut mieux le quitter dès maintenant. Car il jouit d’un rang solide parmi les siens et vit en sécurité dans sa ville. »
Nous répondîmes : « Nous avons entendu tes paroles. Maintenant, ô Messager d’Allah, expose tes exigences et prends de nous la promesse et l’engagement que tu souhaites. »
Puis le Maître (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) récita le Coran dans son discours, appela les gens à Allah, les exhorta à embrasser l’islam, puis dit : « Je vous fais prêter allégeance sur ceci : vous me soutiendrez et me protégerez exactement comme vous protégez vos propres vies et vos enfants. »
Barâʾ ibn Maʿrûr (qu’Allah l’agrée) prit la main du Maître dans la sienne et dit : « Oui, par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, nous vous protégerons contre tout ce contre quoi nous protégeons nous-mêmes nos vies et nos enfants. Ô Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), recevez donc notre allégeance. Nous sommes des hommes éprouvés au combat. Nous avons hérité de cela de nos pères et de nos ancêtres. »
Abû al-Haytham ibn at-Tayyihân [Certains écrivent ce nom « at-Tayyâhân », d’autres « at-Tayyihân » — l’auteur.] s’écria du milieu de l’assemblée : « Ô Messager d’Allah, il existe entre nous et les autres gens (les Juifs) des relations d’amitié que tu vas rompre. Ensuite, que cela ne se produise pas : lorsque Allah t’aura accordé la victoire, tu nous quittes pour retourner auprès des tiens. » Le Maître (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) sourit et répondit : « Non, non ! Désormais, sang pour sang et tombe pour tombe. » C’est-à-dire : ma mort et ma vie seront avec vous. Je suis des vôtres et vous êtes des miens. Ceux contre lesquels vous combattrez, je les combattrai aussi ; et avec ceux avec qui vous conclurez la paix, je conclurai également la paix. »
Dans le récit de Jâbir ibn ‘Abd Allâh al-Ansârî (qu’Allah l’agrée), que nous avons précédemment rapporté d’après le Musnad d’Ahmad et al-Tabarânî, il poursuit en disant : Lorsque nous fûmes tous réunis à al-‘Aqaba, nous demandâmes : « Ô Messager d’Allah, sur quoi devons-nous vous prêter serment d’allégeance ? » Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Sur le fait que vous obéirez et vous soumettrez aux commandements en toutes circonstances, favorables ou défavorables ; que vous dépenserez vos biens dans l’aisance comme dans la difficulté ; que vous ordonnerez le bien et interdirez le mal ; que vous direz la vérité au sujet d’Allah et que vous ne craindrez pas les reproches de celui qui blâme. Et vous me prêterez serment que, lorsque je viendrai chez vous, chacun de vous me protégera contre ce contre quoi il protège sa propre personne et ses enfants. En échange, le Paradis vous est promis. » À ces mots, nous nous levâmes et nous avançâmes vers lui. Le plus jeune homme du groupe, As‘ad ibn Zurâra (qu’Allah l’agrée) — selon la version d’al-Bayhaqî : « le plus jeune de tous, excepté moi » — prit sa main dans les siennes et dit : « Ô habitants de Yathrib, arrêtez ! Nous n’avons fait courir nos montures jusqu’à lui que parce que nous savons qu’il est le Messager d’Allah. Le faire sortir d’ici aujourd’hui et l’emmener avec nous, c’est acheter l’hostilité de toute l’Arabie. Il en résultera que vos jeunes seront tués et que vos épées seront rougies de votre sang. Si vous êtes capables de supporter cela, saisissez donc sa main ; votre récompense appartient à Allah. Mais si vous craignez pour vos vies, renoncez dès maintenant à ce projet et présentez clairement vos excuses. Car, en cette heure, une excuse ou une objection sera davantage acceptée auprès d’Allah. » Tous s’écrièrent alors : « As‘ad, écarte-toi de notre chemin ! Par Allah, nous n’abandonnerons jamais cette allégeance et nous ne retirerons pas nos mains de la sienne. » Puis tous lui prêtèrent serment d’allégeance. Al-Hâkim, al-Bazzâr et al-Bayhaqî rapportent également ce récit.
Ibn Jarîr al-Tabarî rapporte, d’après le récit de Muhammad ibn Ishâq, lui-même rapporté par Ibn Hishâm et ‘Âsim ibn ‘Umar ibn Qatâda, qu’au moment de l’allégeance, ‘Abbâs ibn ‘Ubâda ibn Nadla al-Ansârî dit : « Ô groupe des Khazraj, vous le savez bien. » Puis ‘Abbâs insista : « Vous prêtez serment de combattre tous les hommes, les blancs comme les noirs ; autrement dit, par cette allégeance, vous appelez à combattre le monde entier. Si vous pensez que, lorsque vos biens seront menacés de destruction et que vos notables seront en danger, vous livrerez cet homme à ses ennemis, alors il vaut mieux l’abandonner dès aujourd’hui. Par Allah, ce serait une cause d’humiliation dans ce monde et dans l’au-delà. Mais si vous pensez que vous accueillerez cet homme, conformément à la promesse par laquelle vous l’invitez chez vous, et que vous le soutiendrez malgré la crainte de voir vos biens et vos notables détruits, alors saisissez sa main. Par Allah, c’est là le bien pour ce monde et pour l’au-delà. » Tous les assistants répondirent unanimement : « Nous sommes prêts à nous exposer au danger, avec nos biens et nos notables, pour lui. » Puis ils demandèrent : « Ô Messager d’Allah, si nous tenons notre engagement, quelle sera notre récompense ? »
Il répondit : « Le Paradis. »
Ibn Sa‘d rapporte, d’après le récit de Mu‘âdh ibn Rifâ‘a ibn Râfi‘, transmis par al-Wâqidî, que lorsque tous furent réunis au lieu d’al-‘Aqaba, l’oncle du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib, prit la parole en ces termes : « Ô groupe des Khazraj, vous avez invité Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à venir chez vous. Or Muhammad jouit, parmi sa famille et ses proches, de la position la plus solide et la plus éminente. Ceux d’entre nous qui ont embrassé sa religion comme ceux qui ne l’ont pas embrassée le protègent tous en raison de leur lien de parenté avec lui. Pourtant Muhammad veut quitter tous les autres et se rendre auprès de vous seuls. Comprenez donc bien la situation et réfléchissez avant de décider. Consultez-vous les uns les autres et prenez une décision unanime. Car la meilleure parole est la parole vraie. »
Puis al-‘Abbâs demanda : « Dites-moi donc comment vous combattez vos ennemis. » Tous gardèrent le silence. ‘Abd Allâh ibn ‘Amr ibn Harâm — qui avait embrassé l’islam juste avant l’allégeance d’al-‘Aqaba — répondit à cette question. Il dit : « Par Allah, nous sommes des gens de guerre. Le combat est devenu notre nature et nous y sommes habitués. Nous l’avons hérité de nos pères et de nos ancêtres. Nous commençons par tirer à l’arc. Lorsque nos flèches sont épuisées, nous combattons avec nos lances. Lorsqu’elles sont à leur tour épuisées, nous engageons le combat à l’épée. Avec cette épée, nous affrontons l’ennemi. Ensuite, celui dont la mort arrive le premier l’accueille. »
Al-‘Abbâs dit : « En vérité, vous êtes un peuple de guerriers. » Alors al-Barâ’ ibn Ma‘rûr dit : « Nous avons entendu tes paroles. Par Allah, si nous avions une autre intention, nous l’aurions clairement déclarée. Nous voulons réellement tenir notre engagement envers le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et donner notre vie pour lui. »
Dans un autre récit, al-Wâqidî rapporte ces paroles du discours d’al-Barâ’ ibn Ma‘rûr : « Nous possédons de nombreuses armes et une grande capacité de combat. Lorsque nous adorions les idoles de pierre, nous étions déjà dans cet état ; alors, que ne pouvons-nous pas être aujourd’hui, maintenant qu’Allah nous a montré cette vérité au sujet de laquelle les autres hommes sont dans l’obscurité, et qu’Il nous a secourus par l’intermédiaire de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). » (Ajout de l’auteur.)
L’importance de l’allégeance d’al-‘Aqaba
C’est un événement révolutionnaire dans l’histoire de l’islam, que Dieu fit advenir par Sa grâce et dont le Prophète Muhammad (s) saisit l’occasion. Les habitants de Yathrib invitaient le Prophète (s) dans leur ville, non pas simplement comme un demandeur d’asile, mais comme le représentant de Dieu, leur chef et leur gouverneur. Leur invitation aux adeptes de l’islam ne visait pas à ce qu’il trouve seulement refuge comme muhâjir dans un lieu inconnu ; elle avait pour but que tous les musulmans dispersés dans les différentes tribus et régions de l’Arabie se rassemblent à Yathrib et, avec les musulmans yathribites, constituent une société islamique organisée. Ainsi, Yathrib se présenta en réalité comme la « Madînat al-Islâm » (la ville de l’islam), et le Prophète (s), l’acceptant, établit en Arabie le premier Dâr al-Islâm. Les habitants de Médine n’ignoraient pas la portée de cette initiative. Son sens évident était qu’une petite ville s’exposait à affronter le boycott militaire, économique et civilisationnel de tout le pays. En vérité, lors de la réunion de la nuit du Pacte d‘Aqaba, ces premiers auxiliaires de l’islam (les Ansâr) placèrent leurs mains dans celle du Prophète (s) en connaissant parfaitement cette conséquence. Tout cela ressortait clairement de leurs discours. (Tafhîm al-Qur’ân, deuxième volume, introduction de la sourate al-Anfâl.)
La motivation des Ansâr à sacrifier leur vie
Bien qu’ils connussent parfaitement le danger qui les menaçait, les Ansâr de Médine, loin d’éprouver la moindre inquiétude au sujet du pacte qu’ils avaient conclu avec le Messager de Dieu (s), en tiraient de la fierté. Leur motivation à prendre les devants dans cette voie était si grande qu’ils commencèrent à discuter pour savoir qui avait eu l’honneur de placer le premier sa main dans celle du Prophète (s) au moment du pacte. Ibn Ishâq dit que les Banû Najjâr revendiquaient que le tout premier à prêter allégeance avait été As‘ad ibn Zurâra (ra). Les Banû ‘Abd al-Ashhal revendiquaient que cet honneur était revenu à Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân. Ibn Athîr écrit dans Usd al-Ghâba que les Banû Salima disaient que le premier à prêter allégeance avait été Ka‘b ibn Mâlik (ra). Ibn Sa‘d, rapportant les propos d’al-Wâqidî, dit qu’une rivalité pleine de fierté et d’orgueil commença entre les Aws et les Khazraj : le premier à prêter allégeance appartenait-il aux Aws ou aux Khazraj ? Finalement, les gens dirent que nul ne connaissait mieux cette question que ‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib, car il se trouvait alors avec le Prophète (s). Lorsqu’on l’interrogea, il répondit : « As‘ad ibn Zurâra plaça le premier sa main dans celle du Prophète (s), puis al-Barâ’ ibn Ma‘rûr, puis Usayd ibn Hudayr. »
La nomination des naqîb
À la fin du récit de Ka‘b ibn Mâlik (ra), que nous avons précédemment cité, il rapporte qu’après le pacte, le Messager de Dieu (s) nous dit : « Choisissez parmi vous douze naqîb et présentez-les-moi ; ils seront responsables de leurs tribus respectives. » Dans les Tabaqât d’Ibn Sa‘d, on trouve, d’après Ibn Ishâq, une tradition selon laquelle le Prophète (s) dit qu’ils seraient les garants de leurs peuples, comme les hawâriyyûn de Jésus (a), fils de Marie, en avaient été les garants. Une autre tradition rapportée d’al-Wâqidî dans les Tabaqât d’Ibn Sa‘d indique que Moïse (a) avait choisi douze naqîb parmi les Enfants d’Israël. Conformément à cette directive du Prophète (s), tous proposèrent douze hommes : neuf parmi les Khazraj et trois parmi les Aws. Selon le récit d’Ibn Ishâq, leur liste est la suivante :
Parmi les Khazraj :
1. As‘ad ibn Zurâra (ra). Le Prophète (s) le nomma chef des naqîb (naqîb al-nuqabâ’).
2. Sa‘d ibn al-Rabî‘ (ra). À l’époque de la Jâhiliyya, il comptait parmi les habitants instruits de Médine.
3. Abdallah ibn Rawaha (qu’Allah l’agrée). On l’appelait « Kamil ».
4. Rafi ibn Malik (qu’Allah l’agrée). À l’époque de la Jahiliya, on l’appelait « Kamil ».
5. Al-Bara ibn Ma’rur (qu’Allah l’agrée). Il mourut peu avant l’Hégire. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) accomplit la prière funéraire sur sa tombe.
6. Abdallah ibn Amr ibn Haram (qu’Allah l’agrée). Il embrassa la foi la nuit du serment d’allégeance d’al-Aqaba.
7. Ubadah ibn al-Samit (qu’Allah l’agrée).
8. Sa’d ibn Amr (qu’Allah l’agrée). Lui aussi savait lire et écrire.
Parmi les Aws :
1. Usayd ibn Hudayr (qu’Allah l’agrée). On l’appelait « Kamil ».
2. Rifa’a ibn Abd al-Mundhir (qu’Allah l’agrée). (Ibn Ishaq dit que les savants ont cité à sa place Abu al-Haytham ibn al-Tayyihan.)
Puis le Prophète (ﷺ) dit : « Retournez chacun à votre lieu de séjour. »
La première réaction des Quraych à la nouvelle de l’allégeance
L’imam Ahmad, Ibn Jarir al-Tabari et Ibn Hicham rapportent, d’après Muhammad ibn Ishaq, le récit de Ka’b ibn Malik (qu’Allah l’agrée), et al-Waqidi en rapporte un récit similaire avec diverses chaînes de transmission, que Ibn Sa’d a inclus dans ses Tabaqat. Voici ce récit : la nuit même où l’allégeance fut conclue à al-Aqaba, la nouvelle parvint aux oreilles des Quraych, et au matin leurs chefs se rendirent au campement des habitants de Médine, à Mina. Ils dirent : « Ô gens des Khazraj, nous avons appris que vous avez rencontré notre homme — Muhammad (ﷺ). Vous voulez l’emmener loin de nous et vous lui avez prêté serment de combattre à ses côtés contre nous. Par Dieu, parmi les Arabes, il n’est aucune tribu avec laquelle il nous serait plus détestable de combattre qu’avec vous. »
En réponse, les habitants de Médine qui étaient polythéistes se levèrent et jurèrent en disant : « Rien de tel ne s’est produit ; nous n’en savons rien. »
C’était réellement la vérité de leur part, car ils ne savaient effectivement rien de cette affaire. Mais les musulmans échangeaient des regards. Puis ils allèrent trouver Abdallah ibn Ubayy, le chef des Quraych, et l’interrogèrent à ce sujet. Il répondit : « C’est une affaire si importante que mon peuple ne pourrait pas l’accomplir sans moi. Je ne sais pas que cela se soit produit. »
Les Quraych ne furent pas satisfaits de ces réponses. Ils continuèrent à enquêter secrètement. Puis ils acquérirent la certitude qu’un tel événement avait bien eu lieu. Alors que les hommes ayant prêté allégeance retournaient à Médine, les Quraych les poursuivirent. Tout près de La Mecque, à un endroit appelé Azakhir, ils capturèrent Sa’d ibn Ubada (qu’Allah l’agrée) et Mundhir ibn Amr (qu’Allah l’agrée). Mundhir réussit à leur échapper. Mais ils arrêtèrent Sa’d ibn Ubada, lui attachèrent les mains au cou et l’emmenèrent à La Mecque en le frappant continuellement.
Sa’d (qu’Allah l’agrée) raconte : « Alors qu’on me traitait ainsi à La Mecque, un jeune homme robuste au teint clair s’avança devant moi (c’était Suhayl ibn Amr). Je me dis : “S’il y a quelque bonté chez l’un d’eux, elle se trouve sûrement chez celui-ci.” Mais lorsqu’il s’approcha de moi, il me donna un coup de poing d’une grande violence. Je pensai alors en moi-même : “Il n’y a aucune bonté en lui.” Tandis qu’ils me traînaient, un homme me dit (c’était Abu al-Bakhtari Hicham) : “Ô serviteur de Dieu, n’avez-vous pas, toi et quelqu’un parmi les Quraych, un pacte ou un lien de protection ?” Je répondis : “Dans ma région, j’accorde ma protection à la caravane commerciale de Jubayr ibn Mut’im et d’al-Harith ibn Umayya ibn Abd Shams.” (Ibn Sa’d a cité à la place de Jubayr son père, Mut’im ibn Adi.) Il dit : “Alors invoque son nom et dis quelle relation tu as avec lui.” Je le fis donc. Alors Abu al-Bakhtari partit à la recherche des deux hommes. Il les trouva ensuite dans l’enceinte sacrée de la Kaaba et leur dit : “Un homme des Khazraj est battu dans la vallée de Muhassab, entre La Mecque et Mina, et il vous appelle tous les deux par vos noms. Il dit qu’il existe entre lui et vous un lien de protection.” Ils demandèrent : “Qui est cet homme ?” Il répondit : “Sa’d ibn Ubada.” En entendant cela, tous deux dirent : “Par Dieu, il dit vrai. Il accordait sa protection à nos commerçants et ne permettait à personne de les opprimer.” Ils vinrent alors délivrer Sa’d ibn Ubada des mains des injustes. »
Wâqidî rapporte que, lorsque les Ansar apprirent la disparition de Sa‘d, ils repartirent en direction de La Mecque à sa recherche. Mais en chemin, ils le virent revenir.
La propagation de l’islam à Médine après la bay‘a
Après leur retour à Médine, les Ansar commencèrent très rapidement à propager l’islam et se mirent, avec ferveur religieuse, à détruire les idoles. Ibn Sa‘d donne un récit détaillé : Abû ‘Abs ibn Jabr et Abû Burda ibn Niyâr brisaient les idoles des Banû Hâritha ; ‘Umâra ibn Hazm, As‘ad ibn Zurâra, ‘Awf ibn ‘Afrâ, Sâlit ibn Qays et Abû Sayram, celles des Banû Najjâr ; Ziyâd ibn Labîd et Farwa ibn ‘Amr, celles des Banû Bayâda ; Sa‘d ibn ‘Ubâda, Mundhir ibn ‘Amr et Abû Dujâna, celles des Banû Sâ‘ida ; et Mu‘âdh ibn Jabal, Tha‘laba ibn Ghanama et ‘Abdullah ibn Unays, celles des Banû Sâlima. On peut en déduire qu’à cette époque les musulmans avaient acquis une telle influence sur les polythéistes de Médine que ceux-ci ne purent s’opposer à la destruction de ces idoles.
Ibn Hichâm rapporte à ce sujet une histoire amusante. Parmi les chefs des habitants de Médine, ‘Amr ibn Jamûh, le chef des Banû Sâlima, demeurait fermement attaché au polythéisme. Pourtant, son fils Mu‘âdh ibn ‘Amr était devenu musulman et était revenu après avoir prêté serment d’allégeance à ‘Aqaba. Il gardait dans sa maison, avec le plus grand respect, une idole de bois appelée Manât. Les chefs polythéistes conservaient généralement ce genre d’idole dans leur demeure. Les jeunes de la tribu des Banû Sâlima, y compris le fils de ‘Amr ibn Jamûh lui-même, devinrent musulmans. Les jeunes de la tribu des Banû Sâmo, avec le fils de ‘Amr ibn Jamûh lui-même, devinrent également musulmans. La nuit, ils entraient dans le sanctuaire des idoles, renversaient cette idole et la jetaient dans une fosse où les habitants du quartier déversaient leurs ordures et leurs déchets. Au matin, lorsqu’il ne trouvait pas son idole, ‘Amr la cherchait en faisant grand tapage. Puis il la sortait de la fosse, la lavait, la nettoyait, la parfumait et la remettait à sa place. Ensuite, il disait : « Si je trouvais celui qui t’a fait cela, je l’humilierais comme il se doit. » Ces plaisanteries durèrent quelques jours. Un jour, il retira son idole de la fosse et suspendit une épée à son cou. Puis il dit : « Je ne sais pas qui te fait cela. Maintenant, si tu en as la moindre force, défends-toi avec cette épée. »
Durant la nuit, le groupe de jeunes retira l’épée du cou de l’idole, y attacha un chien mort, puis la jeta avec lui dans un puits des Banû Sâlima. Le matin, après l’avoir cherchée, ‘Amr la trouva dans ce puits, renversée dans les ordures avec un chien mort. Alors, après que les musulmans de son peuple lui eurent longuement expliqué les choses, ses yeux s’ouvrirent et il embrassa sincèrement l’islam. (Ajout de l’auteur.)
Treizième chapitre
L’émigration vers Médine
Le tout premier Muhâjir
Ibn Jarir et Ibn Hisham rapportent qu’à cette époque, l’atmosphère d’une émigration générale vers Médine ne s’était pas encore instaurée ; seule la seconde allégeance d’Aqaba avait eu lieu — durant la douzième année de la mission prophétique, au mois de Dhou al-Hijja. C’est alors que le demi-frère de lait du Prophète (s), le vénérable Abou Salama (ra), fils de sa tante paternelle Barra, fille d’Abd al-Muttalib, décida d’émigrer à Médine. Après être revenu à La Mecque à la suite de son émigration en Abyssinie, il avait été accablé par les persécutions et les sévices des mécréants mecquois, ainsi que par ceux de son propre clan, les Banou Makhzoume. Mais les tyrans ne lui permirent pas de partir librement pour émigrer.
Le récit des épreuves d’Oumm Salama
Ibn Hisham rapporte, d’après Muhammad ibn Ishaq, le propre récit d’Oumm Salama : « Lorsque mon mari partit pour émigrer à Médine, je partis moi aussi avec lui, portant notre enfant Salama dans mes bras. Il me fit monter, avec notre enfant, sur le chameau et se mit en route en tenant son licol, ou sa longe. Les membres de ma famille maternelle et paternelle — les Banou Moughira — le virent partir, barrèrent le chemin et lui dirent : “Tu t’es toi-même soustrait à notre autorité ; va où bon te semble. Mais nous ne pouvons pas te laisser emmener cet enfant et nous laisser errer sans défense.” Puis ils lui arrachèrent le licol des mains et me ramenèrent avec eux. De leur côté, les membres de la famille d’Abou Salama — les Banou Abd al-Asad — s’emportèrent, vinrent se placer devant eux et dirent : “Puisque vous avez arraché son enfant à notre homme, pourquoi vous laisserions-nous garder notre fils Salama ?” Sur ces mots, ils m’arrachèrent de force mon enfant. Dans cette lutte et ces tiraillements, le bras de l’enfant se déboîta ou se disloqua. Al-Baladhouri dit que son bras resta ainsi jusqu’à sa mort. La situation devint donc la suivante : ils emmenèrent l’enfant, tandis que les Banou Moughira me conduisirent chez eux et m’y retinrent. Le pauvre Abou Salama partit seul pour Médine. Pendant près d’un an, ma situation fut telle que je sortais chaque jour, allais m’asseoir à un endroit appelé al-Abtah et pleurais. Un jour, un homme des Banou Moughira, qui était apparenté à mon oncle, vit mon état déchirant et fut pris de compassion pour moi. Il alla dire aux Banou Moughira : “Pourquoi empêchez-vous cette pauvre malheureuse de partir ? Vous l’avez séparée de son mari et de son jeune fils.” Finalement, ils me dirent : “Si tu veux rejoindre ton mari, pars.” Abd al-Asad me rendit également mon enfant. Je montai donc sur mon chameau avec mon enfant et partis seule vers Médine. Lorsque j’atteignis les environs de Tan‘im, je rencontrai en chemin Othman ibn Talha ibn Abi Talha, des Banou Abd al-Dar [il était le gardien des clés de la Ka‘ba. En temps de guerre, l’étendard des Quraysh lui était confié. Il comptait parmi les chefs les plus puissants de La Mecque. À cette époque, non seulement il était polythéiste, mais il était aussi un ennemi acharné de l’islam et des musulmans. Lorsque son cousin Mus‘ab ibn Oumayr embrassa l’islam, il lui infligea de terribles persécutions. Il n’avait par ailleurs aucun lien de parenté proche avec Oumm Salama. Il embrassa l’islam après la trêve de Houdaybiya et émigra avec Khalid ibn al-Walid — l’auteur]. Il me demanda : “Fille d’Abou Oumayya, où vas-tu ?” Je répondis : “À Médine, rejoindre mon mari.” Il demanda : “N’y a-t-il personne avec toi ?” Je répondis : “À part Dieu et cet enfant, personne.” Il dit alors : “Par Dieu, je ne te laisserai pas partir seule.” »
Puis il prit le licol de mon chameau et se mit à marcher. Par Dieu, je n’ai jamais vu homme plus noble que lui. Lorsque nous arrivions à une étape, il faisait agenouiller mon chameau, puis s’éloignait et se tenait à distance. Quand je descendais du chameau avec mon enfant, il attachait l’animal à un arbre, puis s’asseyait sous un arbre, à l’écart de moi. Lorsque venait le moment de repartir, il amenait le chameau et le faisait agenouiller, puis s’éloignait et me disait : “Monte sur le chameau.” Une fois que j’y étais montée, il en reprenait le licol et se remettait à marcher. C’est ainsi qu’il parcourut tout le chemin jusqu’à Médine. Lorsque le village des Banou Awf, à Qouba, apparut à nos yeux, il me dit : “Ton mari se trouve là-bas. Va le rejoindre. Qu’Allah te bénisse.” Puis, de la même manière qu’il était venu à pied, il retourna à La Mecque à pied. Al-Baladhouri a également relaté cet événement dans son ouvrage Ansab al-Achraf.
On peut en déduire que, face aux persécutions et aux violences sans limites que les mécréants quraychites infligeaient aux musulmans, un profond dégoût de ces injustices commençait à gagner certains membres de leur propre groupe, et que la compassion envers les musulmans opprimés s’éveillait en eux. Ceux qui, dans cette société, possédaient des qualités d’humanité et de bienséance continuaient, bien qu’ils fussent hostiles à l’islam, à regarder avec respect les hommes de noble caractère de leur propre peuple qui enduraient toutes sortes de persécutions, non pour un intérêt matériel, mais uniquement pour leur foi, et qui ne se détournaient pas de ce qu’ils avaient reconnu comme la vérité, malgré toutes les tortures qu’on leur faisait subir.
L’ordre général d’émigrer
Après la dernière allégeance d’al-‘Aqaba, durant la treizième année de la mission prophétique, au mois de Dhû al-Hijja, le Prophète (paix et salut sur lui) ordonna aux musulmans de La Mecque d’émigrer à Médine. Il leur dit : « Dieu, le Très-Haut, vous y a donné des frères et vous a assigné une ville où vous pourrez vivre en sécurité. » (Ibn Hichâm, d’après Ibn Ishâq.) Dès qu’ils reçurent cet ordre, le premier à partir fut le noble ‘Âmir ibn Rabî‘a al-‘Anzî (que Dieu l’agrée), accompagné de son épouse Laylâ bint Abî Hâthama. Puis émigrèrent ‘Ammâr ibn Yâsir (que Dieu l’agrée), Bilâl (que Dieu l’agrée) et Sa‘d ibn Abî Waqqâs (que Dieu l’agrée). Ensuite, ‘Uthmân ibn ‘Affân (que Dieu l’agrée) partit avec son épouse Ruqayya (que Dieu l’agrée), fille du Messager de Dieu (que Dieu l’agrée). Ainsi commença une émigration continue, et les gens se mirent à gagner sans cesse ce nouveau lieu d’émigration. Au point que, dans certaines familles, tous les membres abandonnèrent leurs maisons et partirent. Ibn Hichâm, citant Ibn Ishâq, mentionne trois familles dont tous les membres émigrèrent, laissant leurs demeures désertes : premièrement, les Banû Makhzûm ; deuxièmement, les Banû al-Bukayr ; troisièmement, les Banû Jahsh ibn Riyâb. Ibn ‘Abd al-Barr rapporte qu’avec les Banû Jahsh partirent également tous les hommes, les femmes et les enfants des Banû Asad ibn Khuzayma. Au total, trente personnes de ces deux familles émigrèrent. Parmi elles se trouvaient le cousin maternel du Prophète (paix et salut sur lui), ‘Abd Allâh ibn Jahsh (que Dieu l’agrée), Abû Ahmad Jahsh (que Dieu l’agrée), dont le nom était ‘Abd, ainsi que ses deux sœurs : Zaynab bint Jahsh (que Dieu l’agrée), qui devint par la suite une Mère des croyants, Hasna bint Jahsh (que Dieu l’agrée), épouse de Mus‘ab ibn ‘Umayr, et Umm Habîb bint Jahsh (que Dieu l’agrée), épouse de ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf (que Dieu l’agrée). Après leur départ, ‘Utba ibn Rabî‘a, ‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib et Abû Jahl passèrent par là. Poussant un long soupir, ‘Utba ibn Rabî‘a dit avec tristesse : « Aujourd’hui, la maison des Banû Jahsh est restée déserte, sans habitants. » Abû Jahl lui dit : « Pourquoi pleures-tu ? Tout cela est l’œuvre du neveu de notre frère — il désignait ‘Abbâs. Il a semé la division dans notre groupe, rompu nos liens et créé des fissures entre nous. » Vint ensuite le tour d’Abû Sufyân. Il s’empara de la maison des Banû Jahsh et la vendit. La raison en était que sa fille, Far‘a ou Farî‘a, était l’épouse d’Abû Ahmad ibn Jahsh : c’était comme si l’héritage de toute la famille de son gendre était parvenu, de son vivant, à son beau-père. Lorsque ‘Abd Allâh ibn Jahsh (que Dieu l’agrée) se plaignit au Prophète (paix et salut sur lui) de cet abus d’Abû Sufyân, celui-ci lui dit : « Ne serais-tu pas satisfait d’obtenir au Paradis une maison en échange de ta maison ? » Après la conquête de La Mecque, Abû Ahmad (que Dieu l’agrée) demanda au Prophète (paix et salut sur lui) qu’on leur rende leur maison. Le Prophète (paix et salut sur lui) garda le silence. Les Compagnons (que Dieu les agrée) lui dirent : « Le Prophète (paix et salut sur lui) n’aime pas que les biens des Émigrés, dépensés dans la voie de Dieu, soient repris par eux. » Quant à la maison personnelle du Prophète (paix et salut sur lui), celle qu’il possédait à La Mecque, ‘Aqîl ibn Abî Tâlib s’en empara après l’émigration, alors qu’il n’avait pas encore embrassé la foi. Après la conquête de La Mecque, le Prophète (paix et salut sur lui) ne lui reprit pas cette maison. (Abû Dâwûd, Kitâb al-Hajj.)
Les efforts des Quraychites pour empêcher les musulmans d’émigrer
Lorsque Suhayb (que Dieu l’agrée) se mit en route pour émigrer, les Quraychites lui dirent : « Tu étais arrivé ici dans le dénuement et tu es devenu riche en vivant dans notre ville. Veux-tu maintenant emporter tes biens avec ta personne ? Par Dieu, cela ne se fera pas. » Suhayb leur répondit : « Si je vous remets toute ma fortune, me laisserez-vous partir ? » Ils répondirent : « Oui. » Suhayb (que Dieu l’agrée) leur abandonna tous ses biens et partit les mains vides dans la voie de Dieu. Lorsque le Prophète (paix et salut sur lui) l’apprit, il dit : « Suhayb a réalisé une transaction avantageuse ! Suhayb a réalisé une transaction avantageuse ! » Tel est le récit rapporté par Ishâq ibn Râhawayh, Ibn Mardûwayh, Ibn Hichâm et Balâdhurî, qui le tiennent d’Abû ‘Uthmân al-Nahdî.
Ibn ‘Abd al-Barr écrit dans al-Durar fî ikhtisâr al-maghâzî wa-l-siyar que, lorsque Suhayb (que Dieu l’agrée) quitta La Mecque, les Quraychites le poursuivirent afin de le tuer et de s’emparer de ses biens. En les voyant arriver, il leur dit : « Vous savez bien que je suis le meilleur archer parmi vous. Par Dieu, aucun d’entre vous ne pourra m’atteindre tant que celui dont la mort est décrétée ne sera pas mort. » Ils lui dirent : « Abandonne tes biens et pars. » Suhayb (que Dieu l’agrée) répondit : « Quant à mes biens, je les ai laissés à La Mecque. Allez à tel endroit et prenez-les. » Ils repartirent alors et s’emparèrent de ses biens. Balâdhurî rapporte un récit similaire d’après Sa‘îd ibn al-Musayyab (que Dieu l’agrée).
Al-Bayhaqî et al-Tabarânî rapportent, d’après Sa‘îd ibn al-Musayyab, ce récit de Suhayb (que Dieu l’agrée) lui-même : « Lorsque je partis pour émigrer, quelques jeunes Quraychites me retinrent prisonnier. Quand ils s’endormirent, je m’enfuis. Mais, en chemin, certains d’entre eux me rattrapèrent. Je leur dis : “Si je retourne à La Mecque et vous donne quelques uqiyya d’or — une uqiyya équivalant à trois tolas et demi —, me laisserez-vous partir ?” Ils promirent de me libérer. Je retournai donc à La Mecque et leur dis : “Creusez le sol à tel endroit et sortez-en l’or ; et prenez deux paires de vêtements chez telle femme.” Ainsi libéré, je rejoignis le Prophète (paix et salut sur lui) à Qubâ. Il me dit alors : “Tu as réalisé un immense profit dans cette transaction.” Je lui répondis : “Personne d’autre ne connaissait cet événement. Qui donc, hormis Gabriel, a pu vous en informer ?” »
Le récit de ‘Ayyâsh ibn Abî Rabî‘a (que Dieu l’agrée)
Les autres émigrés partirent discrètement. Mais ʿUmar (ra) se mit publiquement en route avec vingt cavaliers. Son frère Zayd ibn al-Khattab (ra), son beau-frère Saʿid ibn Zayd ibn ʿAmr ibn Nufayl, son gendre Khunays ibn Hudhafa (ra) — l’ancien époux de Ḥafṣa — ainsi que beaucoup d’autres compagnons l’accompagnaient. Al-Bazzar et Ibn Ishaq rapportent, avec une chaîne de transmission authentique, le récit de ʿUmar (ra) lui-même, dans lequel il dit : « J’étais convenu avec ʿAyyash ibn Abi Rabiʿa et Hisham ibn ʿAs ibn Wa’il qu’ils nous rejoindraient à Tanadib, à dix milles de La Mecque. S’ils n’y arrivaient pas à l’heure fixée, nous considérerions qu’ils avaient été arrêtés, et les autres poursuivraient leur route sans les attendre. Hisham fut arrêté à La Mecque même, tandis que ʿAyyash arriva avec nous à Médine. » Abû Jahl ibn Hisham et al-Harith ibn Hisham — qui étaient à la fois les cousins paternels et les frères utérins de ʿAyyash — le rejoignirent ensuite à Médine. Par de nombreuses ruses, ils amenèrent ʿAyyash à leur céder en lui disant : « Notre mère a juré que, tant que tu ne l’auras pas rencontrée, elle ne se peignera pas et ne passera pas de l’ombre au soleil. » Je le mis vivement en garde : « Ils veulent te prendre au piège de la tromperie. Ne tombe pas dans ce piège. Lorsque les poux tourmenteront ta mère, elle se peignera d’elle-même, et lorsque la chaleur du soleil de La Mecque lui sera insupportable, elle cherchera l’ombre. » Mais l’affection filiale de ʿAyyash fut tellement forte qu’il me dit : « Je vais revenir avec eux pour accomplir le serment de ma mère et reprendre mes biens. » Je lui dis : « Je te donne la moitié de mes biens ; ne pars pas avec eux. » Mais il ne m’écouta pas. Je lui dis alors : « Puisque tu veux partir, si tu soupçonnes leurs intentions, enfuis-toi aussitôt sur cette chamelle. » Il accepta cette proposition.
En chemin, Abû Jahl lui dit à un endroit : « Mon frère, ma chamelle n’avance pas très bien. Ne pourrais-tu pas me prendre sur ta chamelle ? » ʿAyyash répondit : « Pourquoi pas ? » Ils descendirent alors tous deux de leurs montures afin qu’Abû Jahl puisse monter sur la chamelle de ʿAyyash ; al-Harith fit également asseoir sa monture et descendit. Puis, tous deux ligotèrent ʿAyyash.
Ibn Ishaq dit que la famille de ʿAyyash ibn Abi Rabiʿa (ra) lui raconta qu’Abû Jahl et al-Harith arrivèrent avec ʿAyyash à La Mecque en plein jour, alors qu’il était attaché avec une corde, et que les deux frères proclamaient : « Ô habitants de La Mecque, redressez ainsi vos fils désobéissants, comme nous l’avons fait. »
Ibn Hisham rapporte que des personnes dignes de confiance lui ont dit que le Prophète (s) était inquiet et préoccupé au sujet de Hisham ibn ʿAs (ra) et de ʿAyyash ibn Abi Rabiʿa (ra). Il dit : « Qui est prêt à me ramener ces deux hommes ? » Al-Walid ibn al-Mughira, le frère de Khalid ibn al-Walid, répondit : « Ô Messager d’Allah, je suis prêt à accomplir ce service. » Il se rendit ensuite à La Mecque et rechercha secrètement ces deux détenus. Lorsqu’il apprit qu’ils étaient emprisonnés dans une cour sans toit, il escalada le mur pendant la nuit, entra à l’intérieur, leur ôta leurs entraves, puis les fit monter sur son chameau et les conduisit à Médine.
L’épreuve de ʿAbdullah ibn Suhayl
Parmi ceux qui furent empêchés par la force d’accomplir l’hégire se trouvait ʿAbdullah ibn Suhayl ibn ʿAmr. Al-Baladhuri dit qu’ayant appris l’hégire vers Médine, il vint d’Abyssinie à La Mecque dans l’intention d’accomplir cette nouvelle et magnifique hégire avec le Messager d’Allah (s). Mais son père, Suhayl ibn ʿAmr, le fit emprisonner de force. Il usa d’un stratagème pour convaincre son père qu’il était revenu à la religion de ses ancêtres. Croyant cela, son père l’emmena avec lui à la bataille de Badr. Lorsque les armées se trouvèrent face à face, ʿAbdullah rejoignit les musulmans. Quelques années plus tard, lors de la conquête de La Mecque, son père embrassa l’islam et disait : « Allah a placé pour moi un grand bien dans la foi de mon fils ʿAbdullah. »
Le séjour du Prophète (s) à La Mecque jusqu’au dernier moment
Selon le récit d’Ibn Ishaq, parmi ceux qui étaient venus d’Abyssinie à La Mecque pour émigrer vers Médine, sept furent emprisonnés et ne purent accomplir l’hégire. En outre, un certain nombre de personnes se trouvaient à La Mecque : certaines furent arrêtées alors qu’elles tentaient d’émigrer ; d’autres étaient incapables de partir ; d’autres encore conservaient la foi dans leur cœur, mais, en raison de leur faiblesse, n’osaient pas accomplir l’hégire. À part ceux-là, tous ceux qui étaient capables d’émigrer partirent, et il ne resta à La Mecque que le Prophète (s), Abû Bakr (ra) et ʿAli (ra).
Al-Bukhari rapporte, d’après une tradition de Aïcha (r.a.), que lorsque Abou Bakr (r.a.) exprima son intention d’émigrer à Médine, le Prophète (s) lui dit : « Reste encore quelque temps chez toi, car j’espère recevoir moi-même l’autorisation d’émigrer. » Abou Bakr (r.a.) demanda : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour vous ! Espérez-vous réellement cela ? » Le Prophète (s) répondit : « Oui. » C’est pourquoi Abou Bakr (r.a.) resta afin de pouvoir émigrer avec le Prophète (s). Il acheta deux chamelles et se mit à les élever. Ibn Hicham et Ibn Jarir, citant le récit d’Ibn Ishaq, rapportent que chaque fois qu’Abou Bakr (r.a.) demandait au Prophète (s) la permission d’émigrer, celui-ci lui disait : « Ne te hâte pas ; il se peut qu’Allah te donne un compagnon. » Abou Bakr (r.a.) espérait ainsi que ce compagnon serait précisément le Prophète (s). Al-Hakim rapporte, d’après Ali (r.a.), que le Prophète (s) demanda à Gabriel (a.) : « Qui sera mon compagnon dans l’émigration ? » Il répondit : « Abou Bakr (r.a.). » Ibn Jarir, citant Ourwa ibn Zoubaïr (r.a.), rapporte qu’Abou Bakr (r.a.) avait acheté deux chamelles afin de partir avec les autres Compagnons émigrants. Lorsqu’il espéra obtenir la compagnie du Prophète (s), il les nourrit et les prépara soigneusement.
Ibn Hicham et Ibn Jarir, citant Ibn Ishaq, rapportent que le Prophète (s) ne permit pas à Ali (r.a.) de partir afin qu’il puisse rester à La Mecque après son départ et restituer les dépôts aux personnes qui avaient confié au Prophète (s) leurs biens précieux pour qu’il les garde. À ce propos, Ibn Ishaq dit qu’à La Mecque, nul ne possédait un bien dont il craignait le vol sans le déposer en dépôt auprès du Prophète (s). Car amis comme ennemis avaient tous confiance en sa probité et en sa loyauté.
Ainsi, depuis le dernier serment d’allégeance à al-Aqaba (le 12 Dhou al-Hijja de la treizième année de la mission prophétique) jusqu’au mois de Safar de la quatorzième année de la mission prophétique, le Prophète (s) demeura environ deux mois et demi à son poste, alors qu’un flot d’émigrants se dirigeait vers Médine. Il passa les derniers jours dans une situation où tous ses Compagnons avaient quitté La Mecque. Il demeura parmi ses ennemis, seul avec deux compagnons, parce qu’il ne lui était pas possible d’abandonner son champ d’action avant que l’ordre d’émigrer ne lui parvienne d’Allah le Très-Haut. La réflexion permet de mesurer l’immense sens du devoir qui le maintint ferme à son poste dans cette situation extrêmement périlleuse, ainsi que le courage de ceux qui, sans crainte ni appréhension, restèrent auprès du Prophète (s) au milieu de fauves à visage humain. (Ajout de l’auteur.)
L’inquiétude des Quraychites
Les mécréants quraychites étaient désormais certains que le Messager d’Allah (s) émigrerait à Médine d’un moment à l’autre. Ils en connaissaient parfaitement les conséquences. Sa grande personnalité, ses capacités exceptionnelles et la force du Coran, qui gagnait les cœurs, ne leur étaient pas inconnues. Ils voyaient maintenant qu’il avait trouvé un lieu de résidence sûr. Deux tribus puissantes et aguerries au combat s’étaient rangées à ses côtés pour le soutenir. Des hommes courageux et dévoués issus des Quraychites eux-mêmes l’avaient rejoint ; durant treize années, ils avaient supporté toutes sortes d’épreuves et démontré leur ferme résolution et leur constance. En émigrant à plusieurs reprises, ils avaient également prouvé qu’ils pouvaient sacrifier, pour leur foi, leurs maisons, leurs biens, leurs proches, leur peuple et leur patrie. Dans l’ancien ordre social, voir un État-cité composé de tels hommes dévoués passer sous la direction du Prophète (s) revenait à subir une condamnation à mort. En outre, la situation de Médine était telle que la consolidation de la puissance musulmane y devenait une source d’inquiétude pour les Quraychites. En effet, la vie économique des Quraychites et des autres grandes tribus polythéistes dépendait de la sécurité de la grande route commerciale qui reliait le Yémen à la Syrie en longeant la côte de la mer Rouge. Cette route allait désormais tomber sous le contrôle des musulmans, qui, en intervenant sur celle-ci, rendraient extrêmement difficile le maintien du mode de vie du système de l’Ignorance. Le commerce des seuls habitants de La Mecque, qui empruntait cette route de La Mecque vers la Syrie, Rome et l’Égypte, dépassait annuellement deux cent cinquante mille ashrafis. Les échanges de Taëf et d’autres régions s’y ajoutaient. C’est pourquoi la nouvelle du serment d’allégeance d’al-Aqaba provoqua une agitation parmi les Quraychites. Ils tentèrent d’abord par tous les moyens de séparer les habitants de Médine du Prophète (s), mais échouèrent. Ils employèrent ensuite toutes les manœuvres possibles pour empêcher l’émigration des musulmans depuis La Mecque. Ils ne réussirent cependant à retenir qu’un nombre infime de personnes, tandis qu’un grand nombre de croyants parvinrent à Médine. Ils se préparèrent alors à recourir au dernier moyen pour écarter cette menace. (Tafhim al-Qur’an, tome 2, introduction de la sourate al-Anfal.)
La décision d’assassiner le Prophète (s)
Ibn Hicham, Ibn Sa‘d, Ibn Jarir et al-Baladhouri rapportent que, pour prendre une décision définitive, une réunion secrète de tous les chefs de tribu se tint à Dar al-Nadwa. Ils discutèrent de la manière de barrer la voie à cette menace. Certains proposèrent d’enchaîner cet homme et de l’emprisonner en un lieu d’où il ne serait jamais libéré de son vivant. Mais cet avis ne fut pas retenu, car plusieurs estimèrent que, s’il était emprisonné, ceux qui se trouvaient à l’extérieur poursuivraient leurs activités et que, lorsqu’ils auraient acquis quelque force, ils n’hésiteraient pas à risquer leur vie pour le libérer. Quelqu’un proposa de l’expulser d’ici : « Lorsqu’il ne sera plus parmi nous, nous n’aurons plus à nous demander où il se trouve ni ce qu’il fait. Le désordre qu’il aurait causé dans notre système de vie prendra fin. » Cette proposition fut également rejetée, au motif que ses paroles agissaient comme de la magie et qu’il possédait un immense talent pour gagner les cœurs. « S’il sort d’ici, qui sait quelles tribus il ralliera à sa cause ? Il acquerra ensuite une telle puissance qu’il nous attaquera pour soumettre le centre de l’Arabie à son autorité. » Finalement, Abou Jahl déclara : « Choisissons dans chacune de nos tribus un homme noble, intelligent et habile ; jetons-nous tous ensemble sur lui et tuons-le. Ainsi, le sang de Muhammad (s) sera réparti entre toutes les tribus. Il deviendra alors impossible aux Banou Abd Manaf de lutter contre tous. Ils seront donc contraints d’accepter le prix du sang. »
Tous approuvèrent cet avis et des hommes furent désignés pour l’assassinat. Le moment du meurtre fut également fixé. Toute cette affaire fut tenue dans un secret si absolu que la nouvelle ne devait parvenir nulle part, pas même à l’oreille de quelqu’un.
Il est fait allusion à cette question dans la sourate Al-Anfâl :
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(Et ô Prophète, rappelle-toi aussi le moment) où les mécréants complotaient contre toi : ils voulaient te capturer, te tuer ou t’expulser. Ils tramaient leur complot, tandis qu’Allah déjouait leur plan. Or, Allah est le meilleur de ceux qui déjouent les plans (verset 30). (Tafhîm al-Qur’ân, tome 2, note 25.)
L’autorisation donnée au Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) d’accomplir l’Hégire et ses préparatifs
At-Tirmidhî et Al-Hâkim rapportent, d’après Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), que lorsque la situation atteignit ce point, Allah Tout-Puissant autorisa Son Prophète à émigrer de La Mecque et lui dit :
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« (Et ô Prophète,) invoque en disant : “Ô mon Seigneur, fais-moi entrer par une entrée véridique et fais-moi sortir par une sortie véridique, et accorde-moi de Ta part une autorité qui me soutienne” » (Les Enfants d’Israël : 80). [Il ne convient pas de soulever ici l’objection selon laquelle ce verset aurait été révélé longtemps avant l’Hégire des Enfants d’Israël. Comment pourrait-il donc être présenté ici comme une autorisation d’accomplir l’Hégire ? En réalité, il existe de nombreux exemples où un verset a été révélé une première fois, puis répété par la suite dans une situation particulière, afin que le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) sache que la prescription de ce verset s’appliquait à cette situation — l’auteur.]
Cette autorisation fut obtenue le jour même dont la nuit suivante avait été fixée pour assassiner le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). [C’est pour cette raison qu’Allah Tout-Puissant avait retenu le Prophète à La Mecque jusqu’à ce moment. Le but était que les mécréants de Quraysh atteignent l’extrême limite de leur hostilité à la vérité, puis que le Prophète reçoive l’ordre de sortir de leurs rangs — l’auteur.] Ibn Sa‘d le rapporte d’après Al-Wâqidî, et Ibn Jarîr ainsi qu’Ibn Hichâm le rapportent d’après Ibn Ishâq : ce jour-là, Jibrîl (paix sur lui) vint informer le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) des intentions de Quraysh et lui dit : « Cette nuit, ne dormez pas dans votre propre lit. »
Puis, vers midi, le visage couvert de son vêtement, il se rendit chez Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Dans le Sahih al-Boukhari, citant l’imam az-Zouhri, on trouve le récit d’Ourwa ibn az-Zoubayr selon lequel Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit : « Nous étions assis dans la maison à midi lorsqu’un homme vint dire à Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était arrivé ici, le visage couvert, à une heure où il ne venait jamais d’ordinaire. » Dans le Tabarani, on trouve également le récit d’Asma bint Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), qui dit : « Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) venait chaque jour chez nous matin et soir. » Ce récit est aussi rapporté dans le Sahih al-Boukhari, au chapitre de l’Hégire, d’après Aïcha (qu’Allah l’agrée). Selon le récit d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporté par Ibn Hicham d’après Ibn Ishaq, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) venait chez nous chaque jour, le matin ou le soir. Mais ce jour-là, il vint à l’heure de la prière de midi, qui n’était habituellement pas l’heure de ses visites. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit aussitôt : « Que mes père et ma mère soient sacrifiés pour lui ! Il y a certainement quelque chose qui l’a amené à venir à cette heure. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) demanda ensuite la permission d’entrer. Une fois autorisé, il entra et dit : « Faites sortir tout le monde d’ici. » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) répondit : « Il n’y a ici que les gens de votre maison. » (Selon un récit de Moussa ibn Oqba transmis d’après Aïcha (qu’Allah l’agrée), il dit : « À ce moment-là, personne d’autre ne se trouvait auprès d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), hormis ma sœur Asma (qu’Allah l’agrée) et moi. » Un récit semblable d’Ibn Ishaq se trouve dans Ibn Hicham. Toutefois, le récit d’Ibn Oqba ajoute ces mots : « Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : “Il n’y a ici que mes deux filles ; aucun espion n’est là pour recueillir des informations sur vous.” ») Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit alors : « J’ai reçu l’autorisation de partir d’ici. » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Que mes père et ma mère soient sacrifiés pour vous ! Pourrai-je obtenir l’honneur de vous accompagner ? » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Oui. » Abou Bakr dit : « Prenez l’une de mes deux chamelles. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Mais je la prendrai contre paiement. » Ibn Ishaq rapporte que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Je la prendrai au prix auquel tu l’as achetée. » Lorsque Abou Bakr en indiqua le prix, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Je te paierai ce prix. » Puis le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) engagèrent, moyennant rémunération, Abdallah ibn Ourayqit, un homme des Banou Ad-Dil, pour leur servir de guide. C’était un expert des routes. Les deux chamelles lui furent confiées à condition qu’il les conduise à l’endroit indiqué chaque fois qu’on l’appellerait. Certains ont donné à cet homme le nom d’Ourqad, d’autres celui d’Ourqat. Son véritable nom était Ourayqit ; Moussa ibn Oqba, al-Baladhouri et Ibn Sa‘d l’ont ainsi rapporté. C’est cet homme que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait envoyé à La Mecque comme messager auprès des chefs, après son retour de Taëf. Bien qu’il fût polythéiste, il était si digne de confiance qu’il se montra parfaitement fiable dans les circonstances délicates de l’Hégire. Pourtant, les Quraychites avaient promis une importante récompense à quiconque leur indiquerait où se trouvait le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). — L’auteur
Ils l’engagèrent donc, moyennant rémunération, pour leur servir de guide. C’était un expert des routes. Les deux chamelles lui furent confiées à condition qu’il les conduise à l’endroit indiqué chaque fois qu’on l’appellerait.
L’événement de la nuit du meurtre
Puis le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) retourna chez lui et y resta jusqu’à la nuit, afin que les ennemis ne soupçonnent nullement qu’il était au courant de leurs intentions. À l’heure fixée dans la nuit, tous ceux auxquels l’ordre avait été donné de le tuer arrivèrent. Selon le récit d’Ibn Sa‘d, ils étaient au nombre de douze : Abou Jahl, Hakam ibn Abil-‘As, ‘Oqba ibn Abi Mou‘ayt, An-Nadr ibn al-Harith, Oumayya ibn Khalaf, al-Harith ibn Qays ibn al-Ghaytala, Zam‘a ibn al-Aswad, Tou‘ayma ibn ‘Adi, Abou Lahab, Oubay ibn Khalaf, Nou‘ayma ibn al-Hajjaj et Mounabbih ibn al-Hajjaj. Mais avant leur arrivée, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait fait coucher Ali (qu’Allah l’agrée) dans son lit, en le couvrant de son drap vert du Hadramawt. Ainsi, chaque fois que les ennemis regardaient furtivement de l’extérieur, ils pensaient que c’était le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) qui dormait dans son lit. As-Suhayli rapporte, en citant certains savants auteurs de biographies prophétiques, qu’ils tentèrent d’escalader le mur pour entrer. Mais, ayant entendu depuis l’intérieur les cris d’une femme, ils prirent peur et se dirent les uns aux autres : « Par Dieu ! Nous subirions dans tout le pays une terrible honte si l’on disait que nous n’avons même pas préservé l’honneur et la pudeur des femmes de notre tribu. » C’est pourquoi ils restèrent assis dehors toute la nuit. Ils attendaient le petit matin, lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se lèverait, afin de se jeter tous ensemble sur lui.
L’arrestation et la libération d’Ali (qu’Allah l’agrée)
Alors que les ennemis encerclaient la maison, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) sortit tranquillement à un moment de la nuit et passa au milieu d’eux en leur jetant de la terre. Il récitait alors les premiers versets de la sourate Yâ-Sîn. À l’aube, ils virent Ali (qu’Allah l’agrée) se lever du lit du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ils comprirent alors que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était parti depuis longtemps (Ibn Sa‘d, Ibn Hicham, al-Baladhouri, Ibn Jarir, Zad al-Ma‘ad).
Ibn Jarir et Ibn Athir ont écrit qu’ils demandèrent à Ali (qu’Allah l’agrée) : « Où est ton compagnon ? » Il répondit : « Je ne sais absolument pas où il est allé. Je ne suis pas son gardien. Vous l’avez fait sortir et il est parti. » Les ennemis assoiffés de sang entrèrent alors dans une violente colère. Ils l’insultèrent, le frappèrent, l’emmenèrent à la Mosquée sacrée et l’y gardèrent prisonnier pendant quelque temps. Mais, malgré ces traitements sévères, lorsqu’ils ne purent obtenir aucune information sur le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ils furent contraints de le libérer. Il n’est pas impossible que la raison de sa libération fût que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’avait laissé à La Mecque pour restituer les dépôts confiés par ses habitants. Les mécréants avaient peut-être appris que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait chargé Ali (qu’Allah l’agrée) de cette tâche ; ils le libérèrent donc dans l’espoir de récupérer les biens qui leur avaient été confiés. Ils purent également éprouver une certaine honte : l’homme qu’ils étaient venus tuer était doté d’un caractère si noble qu’au moment même de quitter le lieu où l’on voulait l’assassiner, il était encore préoccupé par la restitution des dépôts de ses ennemis.
L’attaque surprise contre la maison d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée)
Après avoir libéré Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée), les oppresseurs se dirigèrent vers la maison d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Ibn Ishâq rapporte le récit d’Asmâ bint Abî Bakr (qu’Allah l’agrée). Il est dit que, le deuxième jour, plusieurs hommes de Quraysh vinrent chez nous. Abû Jahl se trouvait parmi eux. Restés debout à la porte, ils me demandèrent : « Où est ton père ? » Je répondis : « Je n’en sais rien. » Alors Abû Jahl me gifla si violemment que la boucle de mon oreille se brisa et tomba au loin. Puis ils repartirent. (Ibn Hishâm et Ibn Jarîr.)
Se réfugier dans la grotte de Thawr après avoir quitté La Mecque
Le Messager de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) sortit de sa maison et se rendit directement chez Hazrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Puis, cette même nuit, tous deux se réfugièrent dans une grotte du mont Thawr, à deux ou trois milles de La Mecque. Il est rapporté dans le Musnad d’Ahmad et le Tirmidhî qu’au moment de quitter La Mecque, le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) s’arrêta en un lieu appelé « Hâzwara », se tourna vers la Maison de Dieu et dit d’une voix empreinte de douleur :
« Ô La Mecque ! Par Dieu, tu es le lieu que j’aime le plus sur la terre de Dieu. Et tu es également, auprès de Dieu, le lieu qu’Il aime le plus sur Sa terre. Si tes habitants ne m’avaient pas expulsé, je ne t’aurais pas quittée. »
Puis il se dirigea vers Thawr.
Le secret du choix de Thawr comme refuge
Il est nécessaire de comprendre ici pour quelle raison logique le mont Thawr fut choisi comme refuge. Cette montagne se trouve au sud de La Mecque, sur la route du Yémen. Or Médine la Pure se trouve au nord de La Mecque, sur la route de la Syrie. Les mécréants de La Mecque savaient que le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) voulait émigrer à Médine. C’est pourquoi, pour le retrouver et le capturer, ils
ne se seraient lancés à sa recherche vers l’est, le sud-est et l’ouest qu’après avoir échoué à le chercher sur les routes allant vers le nord. On espérait ainsi qu’ils mettraient suffisamment de temps à parvenir jusqu’à la grotte de Thawr.
Les dispositions prises par Abou Bakr pour le séjour à Thawr
Avant de partir pour la grotte de Thawr, Hazrat Abou Bakr avait achevé tous les préparatifs. [Dans le Mousnad d’Ahmad, le Tabarani et la Sîra d’Ibn Hicham, on rapporte, d’après Ibn Ishaq, le récit de Hazrat Asma bint Abi Bakr. Hazrat Asma dit : « Lorsque notre père partit, il emporta avec lui tout son argent — environ cinq à six mille dirhams. » (Selon Baladhuri, il possédait quarante mille dirhams avant d’embrasser l’islam.) Puis notre grand-père Abou Quhafa, qui était aveugle et n’avait pas encore embrassé l’islam, nous dit : « Je pense qu’il a emporté avec lui tous ses biens et toute sa fortune. » Nous répondîmes : « Non, grand-père, il nous a laissé beaucoup de bien. » Alors, dans la niche où notre père rangeait son argent, nous plaçâmes quelques pierres que nous recouvrîmes d’un tissu. Puis nous conduisîmes notre grand-père auprès de cette niche et lui dîmes : « Touchez de votre main. » Il posa la main dessus et dit : « S’il vous a laissé tout cela, c’est suffisant. » En réalité, notre père ne nous avait laissé aucun argent. Je voulais seulement rassurer mon grand-père — l’auteur.] Dans le Sahih de Boukhari, on trouve le récit de Hazrat Aïcha, qui dit : « Nous préparâmes rapidement les provisions nécessaires au voyage de deux voyageurs et les plaçâmes dans une besace. » Hazrat Abou Bakr ordonna à son fils, le jeune Abdallah, intelligent et habile, de rester le jour parmi les habitants de La Mecque pour recueillir des informations, puis de venir nous retrouver la nuit afin de nous communiquer les nouvelles de toute la journée. Il ordonna également à son affranchi Fouhayra de faire paître comme d’habitude nos chèvres pendant la journée, tout en se tenant informé de ce qui se passait parmi les habitants de La Mecque. La nuit, il devait aussi nous apporter du lait et nous communiquer toutes les nouvelles. Ibn Ishaq dit que Hazrat Asma envoyait chaque nuit de la nourriture fraîche. [Il convient ici de dissiper un doute qui pourrait surgir. Il a été mentionné plus haut que, lorsque les mécréants demandèrent à Hazrat Ali : « Où est ton maître ? », il répondit : « Je ne sais pas. » Il a ensuite été rapporté que, lorsqu’ils se rendirent chez Hazrat Abou Bakr et demandèrent où il se trouvait, Hazrat Asma répondit également : « Je ne sais pas. » Pourtant, la suite montre que, parmi les dispositions prises par Hazrat Abou Bakr avant de se rendre à la grotte de Thawr, certaines tâches furent confiées à Hazrat Asma. Il a également été indiqué que Hazrat Abou Bakr avait emporté tout son argent de la maison, alors que Hazrat Asma dit à son grand-père qu’il avait laissé beaucoup de choses. On peut donc se demander si tout cela n’était pas mensonge. La réponse est que, concernant les deux premiers faits, deux possibilités semblables existent. La première est que Hazrat Ali et Hazrat Asma ne savaient effectivement pas, au moment où on les interrogea, où se trouvaient le Prophète et Abou Bakr. La seconde possibilité, tout à fait légitime, est qu’ils le savaient, mais refusèrent de le révéler à l’ennemi, car aider un injuste à commettre une injustice en lui disant la vérité est une faute bien plus grave que de ne pas dire la vérité. En revanche, dire une parole contraire aux faits afin de protéger l’opprimé de l’injustice n’est nullement répréhensible ; c’est même parfaitement permis selon la Loi religieuse, la morale et la raison. Seul un insensé pourrait prétendre qu’il aurait fallu indiquer aux meurtriers l’emplacement exact de la grotte de Thawr, ou leur dire : « Je connais leur refuge, mais je ne vous le révélerai pas », car ils les auraient alors torturés pour leur arracher la vérité. Reste la parole que Hazrat Asma adressa à son grand-père. C’est un exemple éclatant de tawriya. La tawriya consiste, au lieu de proférer un mensonge manifeste, à voiler la réalité pour une raison d’intérêt légitime ou opportune. Cela est permis par la Loi religieuse. Hazrat Asma ne dit pas que son père avait laissé beaucoup d’argent ; elle dit qu’il avait laissé beaucoup de bien. Puis elle fit poser la main de son grand-père sur le tas placé dans la niche. Le grand-père pensa qu’il s’agissait d’un tas d’argent, mais Hazrat Asma ne dit pas que ce tas contenait des biens et de l’argent. Ainsi, sans mentir, elle épargna à son vieux grand-père aveugle l’angoisse dans laquelle il était plongé, celle de les voir réduits à la misère — l’auteur.] (Ibn Hicham).
Récit de la grotte de Thawr
Al-Bayhaqi rapporte, d’après Hazrat Muhammad ibn Sirin, une tradition mursal selon laquelle, un jour, lors d’une assemblée de Hazrat Omar, certains hommes tinrent des propos laissant clairement entendre qu’ils accordaient à Hazrat Omar la prééminence sur Hazrat Abou Bakr. Hazrat Omar leur dit alors : « Par Dieu, une seule nuit d’Abou Bakr vaut mieux que toute la famille d’Omar, et un seul jour d’Abou Bakr vaut mieux que toute la famille d’Omar. »
Il raconte ensuite que, la nuit où le Prophète se rendit à la grotte, accompagné d’Abou Bakr, celui-ci marchait tantôt devant lui, tantôt derrière lui. Lorsque le Prophète lui en demanda la raison, il répondit : « Ô Messager de Dieu ! Lorsque je pensais à ceux qui nous poursuivaient, je marchais derrière vous ; et lorsque je craignais qu’un danger ne surgisse devant nous, je passais devant vous. » Le Prophète lui dit : « Tu veux donc que, si un danger survient, il m’atteigne pas, mais t’atteigne toi-même, n’est-ce pas ? » Il répondit : « Oui. » Lorsqu’ils arrivèrent à la grotte, Abou Bakr dit : « Attendez un instant ; je vais entrer afin de nettoyer la grotte et de la mettre en sécurité pour vous. » Il y entra, la fouilla et la sécurisa, puis ressortit. Mais il se souvint qu’il restait encore un trou. Il retourna donc à l’intérieur, le boucha, puis invita le Prophète à entrer. Certaines traditions ajoutent que Hazrat Abou Bakr, tâtonnant dans l’obscurité, rechercha les trous un à un et les boucha en déchirant progressivement son manteau. Hafiz Abou al-Qasim al-Baghawi rapporte également cette tradition d’après Ibn Abi Mulayka. À la fin, il cite le récit de Nafi ibn Omar al-Jumahi, selon lequel un trou subsistait dans la grotte. Abou Bakr le boucha avec son talon afin qu’aucune créature venimeuse ne puisse en sortir et piquer le Prophète. C’est également ce que rapportent al-Bazzar d’après Hazrat Jabir ibn Abdallah et al-Tabarani d’après Hazrat Asma.
Le moment le plus poignant dans la grotte de Thawr
Pendant ce temps, les Quraychites se dispersèrent dans les ruelles et les recoins de La Mecque et de ses environs, à la recherche du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Al-Balâdhurî rapporte qu’ils engagèrent ensuite deux habiles pisteurs afin qu’ils puissent retrouver le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en suivant ses traces. Ils parvinrent ainsi jusqu’à la grotte de Thawr. Mais ils y constatèrent qu’une toile d’araignée avait été tissée à l’entrée de la grotte. L’un des pisteurs, Qurz ibn Alqama, dit : « On ne trouve aucune trace indiquant qu’il soit allé plus loin. » L’un de ceux qui accompagnaient les pisteurs dit : « Pourquoi ne pas entrer dans la grotte pour vérifier ? » Mais Umayya ibn Khalaf dit : « Qu’y trouverez-vous ? Cette toile d’araignée semble avoir été tissée dans cette grotte avant même la naissance de Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). » Après cela, ils repartirent tous sur leurs pas. C’est dans une telle situation que le noble Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) vit les ennemis debout tout près de l’entrée de la grotte et dit au Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) : « Ô Messager de Dieu ! Si l’un d’entre eux regardait sous ses pieds, il nous verrait. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) répondit avec une parfaite sérénité : « Ô Abû Bakr ! Que penses-tu de deux hommes dont le troisième est Dieu ? » (Bukhârî, Kitâb fadâ’il as-hâb an-nabî, Kitâb at-tafsîr et Bâb al-hijra ; Muslim, Kitâb al-fadâ’il ; Tirmidhî, Kitâb at-tafsîr ; Musnad d’Ahmad ; récit de la vertu d’Abû Bakr.)
Dans l’un des récits concernant cet épisode que le hâfiz Abû Bakr Ahmad ibn Alî al-Usâbî a rapportés dans le Musnad d’Abû Bakr as-Siddîq, il est dit qu’au moment où ils se tenaient à l’entrée de la grotte, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) priait, tandis que le noble Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) surveillait les mouvements des ennemis. Lorsque le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) acheva sa prière, le noble Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous ! Voici que votre peuple est arrivé à votre recherche. Par Dieu, je ne pleure pas pour moi-même ; je pleure plutôt de crainte qu’un mal ne vous atteigne sous mes yeux. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : ***************************** — « N’ayez pas peur, Dieu est avec nous. »
C’est précisément cela que Dieu a mentionné dans le Noble Coran :
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« Si vous ne lui portez pas secours, sachez que Dieu l’a déjà secouru lorsqu’il était l’un des deux, lorsque tous deux se trouvaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon : “N’aie pas peur, Dieu est avec nous.” » (At-Tawba, 40)
Proclamation générale d’une récompense pour la capture ou l’assassinat du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) et d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée)
C’était leur dernière tentative, grâce à laquelle les ennemis pouvaient encore espérer retrouver le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Lorsqu’ils ne le trouvèrent pas ici, dans la grotte, ils comprirent que le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était hors de leur portée. Ils proclamèrent alors publiquement que quiconque ramènerait Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) et Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), ou les tuerait, recevrait en récompense cent chameaux pour chacun. Tel est le récit d’Al-Balâdhurî, qu’Ibn al-Qayyim a retenu dans Zâd al-ma‘âd. Ibn Hishâm et Ibn Jarîr ne mentionnent qu’une récompense de cent chameaux pour leur capture. Al-Balâdhurî rapporte cette version comme étant un propos faible.
Départ de la grotte
Al-Bukhari rapporte, d’après ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), que le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) et Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) demeurèrent trois jours et trois nuits dans la grotte. Al-Tabarani rapporte également la même chose d’après Asma (qu’Allah l’agrée), et les récits d’Ibn Abd al-Barr, d’Ibn Sa‘d et d’Ibn Ishaq vont dans le même sens. C’est pourquoi le récit rapporté dans le Musnad d’Ahmad et dans celui d’al-Hakim, d’après Talha al-Basari, n’est pas acceptable. Il y est dit que leur séjour dans la grotte dura plus de dix jours. En réalité, pendant trois jours et trois nuits, les recherches des Quraysh s’étaient relâchées. C’est alors qu’Abdallah ibn Ourayqit arriva à la grotte de Thawr, au dernier moment de la troisième nuit, avec les deux chamelles qui lui avaient été confiées. Au moment prévu, Asma (qu’Allah l’agrée) arriva elle aussi avec des provisions dans une besace. Mais elle n’avait pas pensé à apporter quelque chose pour l’attacher. Finalement, elle défit son nitâq et le déchira. À cette époque, on appelait nitâq le tissu que les femmes enroulaient autour de leur taille. Avec une partie de son nitâq, elle attacha la nourriture et la suspendit au palanquin de la chamelle, tandis qu’elle conserva l’autre partie, suffisamment longue pour l’attacher autour de sa taille — d’après Ibn Hicham, Ibn Jarir et Ibn Ishaq. C’est pour cela qu’Asma (qu’Allah l’agrée) fut appelée Dhât an-Nitâqayn, c’est-à-dire « celle qui possède deux ceintures ».
Al-Bukhari rapporte ce récit d’après Asma (qu’Allah l’agrée) elle-même : lorsqu’il fallut attacher le récipient destiné à contenir les provisions, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) ordonna à Asma de déchirer son nitâq. La caravane se mit alors en route de la manière suivante : le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) montait l’une des chamelles et Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) l’autre. Il fit monter derrière lui, pour le servir, Amir ibn Fouhayra (qu’Allah l’agrée). En tête, Abdallah ibn Ourayqit avançait à pied pour indiquer le chemin. C’est ainsi que commença le voyage de cette grande Hijra, qui allait provoquer une révolution dans l’histoire du monde. Ibn Sa‘d et al-Baladhuri affirment avec certitude que le départ de cette caravane bénie de la grotte de Thawr eut lieu le lundi 4 rabî al-awwal. L’imam Ahmad, citant un récit d’Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée), dit que le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) quitta la grotte un lundi du mois de rabî al-awwal, sans toutefois en préciser la date. Al-Qastallani écrit dans al-Mawâhib al-ladunniyya que le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) passa dans la grotte les nuits du vendredi, du samedi et du dimanche, puis la quitta dans la nuit du lundi. Ibn Jarir dit que le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) émigra de La Mecque à Médine durant rabî al-awwal de l’an 54 de l’année de l’Éléphant.
Récit du voyage
D’après le récit d’Ibn Ishaq rapporté dans la Sîra d’Ibn Hicham, lorsqu’Abdallah ibn Ourayqit se mit en route avec cette caravane, il évita la route habituelle et emprunta un autre itinéraire pour se rendre à Médine, afin d’échapper aux ennemis. Ibn Sa‘d dit qu’Abou Bakr, qui voyageait souvent pour ses affaires commerciales, était reconnu par les gens. Ceux-ci lui demandaient : « Qui est cet homme avec toi ? » Il répondait : **********************************************
« C’est quelqu’un qui m’indique le chemin. » Al-Tabarani le rapporte également d’après Asma, et le Musnad d’Ahmad, dans le récit transmis par Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée), ainsi que le Bukhari, dans le chapitre de l’Hégire, d’après Anas (qu’Allah l’agrée), rapportent des propos à peu près semblables. C’est encore un exemple remarquable de tawriya. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) n’a pas dit : « C’est Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui). » Il a dit au contraire : « Mon guide. » Celui qui l’interrogeait comprenait qu’il lui indiquait le chemin. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) avait dit une vérité absolue : cet homme était bien son guide.
Al-Bukhari et Muslim rapportent le récit suivant d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) : « Nous continuâmes à marcher jusqu’à midi le deuxième jour. Lorsque la chaleur du soleil devint intense, nous regardâmes autour de nous pour voir si nous pouvions trouver de l’ombre. Nous aperçûmes de l’ombre sous un énorme rocher. Nous nous y rendîmes, étendîmes une couche pour le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) et lui dismes : “Reposez-vous un peu.” Puis nous continuâmes à observer les alentours pour voir si quelqu’un ne venait pas à notre recherche. À ce moment-là, un jeune garçon qui faisait paître des chèvres se dirigea vers ce rocher pour s’abriter à l’ombre. Je lui demandai : “Peux-tu traire pour nous le lait de l’une de tes chèvres ?” Il accepta. Je fis nettoyer le pis de la chèvre ainsi que les mains du garçon, puis je lui fis traire le lait dans un récipient. J’y ajoutai ensuite un peu d’eau pour le rafraîchir, puis je l’apportai au Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui), qui le but. »
Puis Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) relata l’histoire de Suraqa ibn Malik ibn Jou‘shum, que l’imam al-Bukhari a rapportée brièvement dans les chapitres sur les mérites des Émigrés et sur l’Hégire, et que l’imam Muslim a également citée brièvement dans le Livre de l’ascétisme, au chapitre de l’Hégire. Mais son récit détaillé est rapporté par l’imam Zuhri, dans un récit d’al-Bukhari consacré à l’Hégire, selon les propres paroles de Suraqa et d’après son neveu Abd al-Rahman ibn Malik (Ibn Hicham a rectifié son nom en indiquant qu’il s’agissait d’Abd al-Rahman ibn al-Harith ibn Malik ibn Jou‘shum, précise l’auteur). On en trouve le récit détaillé dans la Sîra d’Ibn Hicham, les Tabaqât d’Ibn Sa‘d et d’autres ouvrages.
L’histoire de Suraqa
Suraqa était le chef des Banû Mudlij. Son territoire se trouvait près de Qudayd. Voici son récit : un homme de Quraysh vint nous annoncer que quiconque tuerait ou capturerait Muhammad (s) et Abû Bakr (ra) recevrait pour chacun d’eux une diya, c’est-à-dire cent chameaux. Un jour, j’étais assis dans une réunion de mon peuple lorsqu’un homme vint me dire : « À l’instant, j’ai vu des gens se diriger le long du rivage. Je pense que ce sont Muhammad (s) et son compagnon. » Je compris immédiatement que c’étaient bien eux. Cependant, je lui répondis : « Ce ne sont pas eux ; tu as plutôt vu untel et untel, qui viennent de passer devant nous. » Après être resté quelque temps dans cette réunion, je me levai et rentrai chez moi. Puis je sortis discrètement à cheval, afin que les autres ne sachent pas où j’allais. Selon le récit rapporté par Ibn Shayba, Suraqa dit : « J’agis ainsi par crainte que les habitants du village ne prennent part à ma récompense. » Lorsque je les eus rejoints, je tombai soudain de mon cheval. Je tirai les flèches de divination et consultai le sort ; le résultat fut contraire à mon souhait. Je ne m’en souciai pas et poursuivis ma route. Je m’approchai d’eux au point d’entendre clairement la récitation du Messager d’Allah (s). Le Prophète (s) ne se retournait pour regarder dans aucune direction, tandis qu’Abû Bakr (ra) regardait sans cesse autour de lui. Soudain, les jambes de mon cheval s’enfoncèrent dans le sol jusqu’aux genoux et je tombai de son dos. Selon le récit de Barâ’ ibn ‘Âzib (ra), transmis d’après Abû Bakr (ra), Abû Bakr dit : « Nous traversions alors un terrain dur. Je déclarai : “Notre poursuivant s’est beaucoup rapproché.” » Le Prophète (s) invoqua Allah, et le cheval s’enfonça dans la terre jusqu’au ventre. Anas (ra) rapporte que le Prophète (s) dit : « Ô Seigneur, fais-le tomber ! » Suraqa dit : « Je consultai de nouveau les flèches de divination, et le résultat fut encore contraire à mon souhait. Je me mis alors à crier pour demander la sécurité. Ils s’arrêtèrent, et je les rejoignis à cheval. Tout ce qui m’était arrivé me convainquit que la mission du Messager d’Allah (s) réussirait certainement. » Dans le récit de Muhammad ibn Ishâq, rapporté par Ibn Hishâm d’après l’imâm al-Zuhrî, il est dit que Suraqa cria : « Je suis Suraqa ibn Ju‘shum. Accordez-moi la possibilité de parler. Par Allah, je ne vous ferai aucun mal et aucune parole pénible ne sortira de ma bouche. » Suraqa dit : « Je déclarai au Messager d’Allah : “Ton peuple a promis une diya pour ta capture, et les gens parcourent la région dans l’espoir d’obtenir cette récompense.” » Je proposai ensuite de leur fournir les provisions et l’équipement nécessaires au voyage. Il ne me demanda rien d’autre, sinon de ne révéler leur présence à personne. Je sollicitai alors un écrit me garantissant la sécurité. Il ordonna à ‘Âmir ibn Fuhayra (ra) de me le rédiger, et celui-ci me remit le document écrit sur un morceau de cuir. Anas ibn Mâlik (ra) rapporte que Suraqa demanda : « Ô Prophète d’Allah, ordonne-moi ce que tu veux. » Le Prophète (s) répondit : « Reste simplement à ta place et ne laisse personne nous rejoindre. » Ainsi, celui qui, quelques instants auparavant, était un ennemi acharné devint un protecteur. Ibn Sa‘d rapporte que, par la suite, chaque fois que quelqu’un venait à la poursuite du Prophète (s) pour le rechercher, Suraqa lui disait : « Retourne d’où tu viens. Je suis certain qu’il n’est pas passé par ici. Vous savez pourtant combien mon regard est perçant et combien je suis expérimenté dans l’espionnage. »
Ibn Ishâq et Mûsâ ibn ‘Uqba ont rapporté ce récit de Suraqa : « Je conservai l’écrit de protection que j’avais reçu. Quelques années plus tard, lorsque le Messager d’Allah (s), revenant des batailles de Hunayn et de Tâ’if, séjourna à Ji‘râna, je me présentai auprès de lui et lui montrai ce document en disant : “Je suis Suraqa ibn Ju‘shum, et voici votre écrit, votre acte de protection.” Il me dit : “C’est aujourd’hui le jour où l’on tient sa promesse et où l’on s’acquitte de son droit. Approche.” » Je m’approchai du Prophète (s) et embrassai l’islam. Al-Tabarânî rapporte le résumé de toute cette histoire de Suraqa d’après Asmâ’ bint Abû Bakr (ra).
Dans al-Istî‘âb, Ibn ‘Abd al-Barr, et dans al-Isâba, Ibn Hajar rapportent, par l’intermédiaire de Mu‘âwiya ibn ‘Uyayna, le récit mursal d’al-Hasan al-Basrî selon lequel le Messager d’Allah (s) s’adressa à Suraqa ibn Mâlik en ces termes : « Que penseras-tu du jour où tu porteras les bracelets de Kisrâ ? » Quelques années après cette parole, lorsque les bracelets, la ceinture et la couronne du roi de Perse furent apportés à ‘Umar (ra), celui-ci appela Suraqa, lui fit porter ces objets et lui dit : « Lève les mains et dis : “Louange à Allah, qui a arraché ces objets à Kisrâ ibn Hurmuz, lequel prétendait : ‘Je suis le seigneur des hommes’, et les a fait porter à Suraqa ibn Mâlik ibn Ju‘shum, un Bédouin des Banû Mudlij.” » Suhaylî a donné dans Rawd al-Unuf un récit détaillé de cet événement. Comme il ne nous a pas semblé nécessaire d’accroître le volume de l’ouvrage, nous l’avons omis.
L’histoire d’Umm Ma‘bad
Après avoir traversé la région de Qudayd, cette noble caravane arriva à la demeure d’une femme des Banû Khuzâ‘a, Umm Ma‘bad. Certains auteurs ont situé cet événement avant celui de Suraqa, d’autres après. Nous considérons l’épisode de Suraqa comme antérieur pour la raison que, lorsqu’Abû Bakr (ra) raconte les événements qui suivirent leur départ de la grotte, il mentionne d’abord celui-ci. C’est probablement pourquoi le hafiz Ibn al-Qayyim a également placé cet événement en premier dans Zâd al-Ma‘âd.
Ibn Khuzayma, al-Hâkim, al-Bayhaqî, al-Baghawî, Ibn ‘Abd al-Barr, al-Tabarânî, Ibn Sa‘d et d’autres rapportent ce récit par diverses chaînes de transmission. L’imâm al-Bukhârî l’a également consigné dans son Histoire, d’après Umm Ma‘bad elle-même : lorsque cette caravane traversait Qudayd, elle arriva en chemin à la tente d’Umm Ma‘bad (‘Âtika bint Khâlid), qui appartenait aux Banû Ka‘b, une branche de la tribu des Khuzâ‘a. Umm Ma‘bad était une femme âgée et respectable. Sa famille avait coutume d’héberger les voyageurs qui passaient par là. Lorsque le Messager d’Allah (s) et son compagnon arrivèrent, elle était assise dans la cour, devant sa tente. C’était une période de famine et toute la région souffrait. Les voyageurs dirent à Umm Ma‘bad : « Donne-nous à manger ce que tu as : du lait, de la viande ou des dattes. Nous t’en paierons le prix. » Elle répondit : « Par Allah, si nous avions quelque chose, nous ne manquerions pas de vous recevoir. » À ce moment-là, le Messager d’Allah (s) aperçut une chèvre dans un coin de la tente. Il demanda : « Ô mère de Ma‘bad, qu’a cette chèvre ? » Elle répondit : « La pauvre bête n’a pas pu aller paître avec les autres chèvres à cause de sa maigreur et de sa faiblesse. » Le Prophète (s) demanda : « Peut-elle donner un peu de lait ? » Elle répondit : « Elle est bien trop faible pour donner du lait. » Le Prophète (s) dit : « Si tu me le permets, je peux la traire. » Elle répondit : « Que mes parents soient sacrifiés pour vous ! Si vous pouvez en tirer un peu de lait, faites-le donc. » Le Prophète (s) fit amener la chèvre près de lui, lui attacha les pattes, passa la main sur ses mamelles — ou, selon une autre version, sur son dos — puis invoqua Allah : « Ô Allah, bénis les chèvres de cette femme ! » Il prononça ensuite le nom d’Allah et commença à la traire. Quelle merveille de la puissance divine ! La chèvre étendit ses pattes et se mit à ruminer. Le lait jaillit de ses mamelles en abondance. Le Prophète (s) demanda un grand récipient pouvant contenir suffisamment de lait pour rassasier tout un groupe. Il continua à traire jusqu’à ce que le récipient fût rempli à ras bord. Une mousse se forma à la surface du lait. Il en fit d’abord boire Umm Ma‘bad à satiété, puis ses compagnons burent à leur tour, et enfin il en but lui-même. Puis il dit : **************************
— Celui qui fait boire les autres boit lui-même en dernier.
Puis il remplit une deuxième fois le récipient de lait, le donna à Umm Ma‘bad et dit : « Lorsque le père de Ma‘bad arrivera, je lui donnerai ce lait. »
Umm Ma‘bad décrit la noble apparence du Prophète (s).
Peu après, son mari revint à leur demeure avec un troupeau de chèvres maigres et chétives. Voyant le récipient rempli de lait, il demanda avec étonnement : « Mère de Ma‘bad, d’où vient ce lait ? » Elle répondit : « Par Dieu, un homme béni passait par ici ; c’est lui qui a fait tout cela. » Puis elle lui raconta toute l’histoire. Son mari dit : « Décris-moi un peu son apparence, que je l’entende. » Elle (Umm Ma‘bad) poursuivit : « J’ai vu un homme d’une grande beauté. Son visage était lumineux, son caractère pur et noble ; son corps n’était ni gros ni maigre. Il était beau et souriant. Ses deux yeux étaient noirs, ses cils longs, sa voix forte mais non rude ; ses pupilles étaient noires et ses globes oculaires blancs. Ses deux sourcils n’étaient ni joints ni séparés ; quelques poils se trouvaient entre eux. Ses cheveux étaient d’un noir profond, son cou large et sa barbe épaisse. Lorsqu’il gardait le silence, il inspirait la dignité ; lorsqu’il parlait, sa voix se répandait tout autour. En l’écoutant, on aurait dit que des perles et des joyaux tombaient de sa bouche. Ses paroles étaient douces et claires ; il ne parlait ni trop peu ni trop. De loin, sa voix semblait très forte, mais elle était agréable ; de près, elle paraissait douce, mélodieuse et raffinée. Sa stature était moyenne : il n’était ni très grand ni très large, ni petit ni chétif. Parmi ses compagnons, il était le plus beau et le plus digne. Ses compagnons l’entouraient ; ils écoutaient attentivement ses paroles et s’empressaient d’exécuter ses ordres. Il était servi et aimé de tous, sans être irritable ni rude dans ses paroles. »
Après avoir entendu cela, Abû Ma‘bad dit : « Par Dieu, c’est bien cet homme de Quraych dont nous entendons parler. Si je le rencontrais, je lui demanderais de me laisser partir avec lui. Si une telle occasion se présente, je m’y efforcerai assurément. » (Al-Bayhaqî et Ibn Sa‘d rapportent cette déclaration d‘Abd al-Malik ibn Wahb al-Mâzjihî : « Il m’est parvenu qu’Abû Ma‘bad se convertit à l’islam, émigra et se présenta auprès du Prophète (s). » Dans le récit d‘Abd al-Malik rapporté par le hâfiz Abû Nu‘aym, il est ajouté qu’Umm Ma‘bad se convertit elle aussi, émigra et se rendit auprès du Prophète (s).)
L’attente de l’arrivée du Prophète (s) à Médine
La nouvelle du départ du Messager de Dieu (s) de La Mecque était parvenue à Médine. Al-Bukhârî rapporte ce récit dans le chapitre de l’Hégire, par la chaîne de transmission de al-Zuhrî, d’après ‘Urwa ibn al-Zubayr. Ibn Ishâq le rapporte également. Al-Hâkim et Mûsâ ibn ‘Uqba expliquent que ‘Urwa (ra) avait lui-même entendu cette histoire de la bouche de son honorable père, al-Zubayr ibn al-‘Awwâm (ra) : les musulmans sortaient chaque matin, s’installaient sur la route de La Mecque, puis retournaient chez eux lorsque la chaleur du soleil devenait insupportable. Ibn Sa‘d rapporte d’après al-Wâqidî que les Émigrés étaient préoccupés par le retard de l’arrivée du Prophète (s). Chaque jour, les Ansâr et les Émigrés se rendaient à Harrat al-‘Asâba [lorsqu’un immense bloc de pierre, produit par l’éruption de matières en fusion venues des profondeurs de la terre, brûle et devient noir, on l’appelle une « harra ». De tels blocs de pierre se trouvent tout autour de Médine. « Harrat al-‘Asâba » est le nom du bloc situé sur la route de La Mecque, à l’extérieur de Qubâ ; on l’appelle aussi Harrat Qubâ, — l’auteur], s’y asseyaient et attendaient jusqu’à ce que la chaleur du soleil devienne intense. Ibn Jarîr et Ibn Hishâm rapportent d’après Ibn Ishâq le témoignage de ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Uwaym ibn Sâ‘ida : « Plusieurs Compagnons de mon peuple m’ont raconté que, dès que nous apprîmes le départ du Prophète (s) de La Mecque, nous nous mîmes à attendre son arrivée. C’était la saison chaude ; lorsque la chaleur du soleil s’intensifiait et qu’il n’y avait nulle part d’ombre, nous rentrions chez nous vers midi. » Al-Bazzâr rapporte également un récit semblable d’après ‘Umar (ra).
C’est un signe éclatant que le Messager (s), en quittant sa patrie bien-aimée, ne se rendait pas dans un nouvel endroit comme un simple demandeur d’asile. Au contraire, par la grâce de Dieu, il trouva pour son émigration un lieu dont les habitants étaient impatients, les yeux tournés vers le chemin par lequel il allait arriver.
L’arrivée du Prophète (s) à Quba
C’était le milieu de la journée, et les gens, après avoir attendu le Prophète (s), étaient rentrés chez eux. C’est alors qu’il arriva à Quba avec ses compagnons. Parmi les villages voisins de Médine, Quba était le plus célèbre. Deux récits rapportent l’arrivée du Prophète (s) à Quba, et semblent à première vue se contredire. Selon l’un d’eux, le Prophète (s), étant parvenu près de la Harra de Quba, descendit sur le côté de celle-ci. On envoya ensuite quelqu’un informer les Ansar. Dès qu’ils reçurent la nouvelle, les gens vinrent saluer le Prophète (s) et le vénérable Abou Bakr (ra), puis dirent : « Venez en toute tranquillité ; nous vous sommes soumis. » C’est le récit d’Anas (ra) rapporté par al-Boukhari, qu’Ibn Sa‘d cite également de son côté. Dans le récit d’Anas (ra) transmis par le Musnad d’Ahmad et al-Bayhaqi, il est ajouté que, dès qu’ils apprirent l’arrivée du Prophète (s), cinq cents personnes accoururent pour lui souhaiter la bienvenue.
Un autre récit rapporte que, lorsque le Prophète (s) approcha de Quba, un Juif qui était monté sur sa petite forteresse pour une affaire quelconque l’aperçut et cria à haute voix : « Ô Banou Qayla, voici que votre chef est arrivé ! » (Aws et Khazraj étant issus de la même mère, nommée Qayla, on les appelait pour cette raison les Banou Qayla. La proclamation du Juif — « votre chef est arrivé » — montre clairement que tous les habitants de Médine, croyants, polythéistes et Juifs, savaient déjà que le Messager d’Allah (s) ne venait pas en demandeur d’asile, mais comme le chef des Ansar de Médine et un souverain puissant. Les différents rapporteurs ont transmis cette proclamation du Juif avec des formulations diverses. Nous n’en avons retenu ici que les termes d’un seul récit, car il serait inutile d’allonger l’exposé en citant toutes les versions — l’auteur.) Dès qu’ils entendirent ces paroles, les Banou ‘Amr ibn ‘Awf, qui habitaient à Quba, poussèrent unanimement des takbirs et, s’étant armés, avancèrent pour accueillir chaleureusement le Prophète (s). Pendant ce temps, le Messager d’Allah (s) et le vénérable Abou Bakr (ra) étaient descendus chacun de sa monture et se tenaient à l’ombre d’un palmier. Une foule immense d’Ansar, animée d’une émotion et d’un enthousiasme extraordinaires, arriva au lieu où le Prophète (s) était descendu. Emportés par leur enthousiasme irrésistible, les gens se pressaient autour d’eux. Cependant, ils ne savaient pas lequel de ces deux hommes était le Messager d’Allah (s). Ils commencèrent donc par saluer le vénérable Abou Bakr (ra). Mais lorsque le soleil frappa le visage du Prophète (s), Abou Bakr (ra) se leva et le protégea du soleil avec son manteau. Les gens comprirent alors lequel était le Prophète (s) et se mirent tous à le saluer. Ce récit est rapporté par al-Boukhari d’après ‘Ourwa ibn az-Zoubayr, par Muhammad ibn Ishaq d’après ‘Abd ar-Rahman ibn Wa’im ibn Sa‘ida, et par Ibn Sa‘d d’après al-Waqidi. Al-Hakim, Moussa ibn ‘Oqba, Ibn Jarir at-Tabari, al-Baladhouri et bien d’autres rapportent également cet événement.
La divergence apparente entre ces deux récits n’est en réalité pas une véritable divergence. Il semble que, d’une part, après l’arrivée du Prophète (s) en ce lieu, il ait probablement envoyé ‘Amir ibn Fouhayra ou ‘Abdallah ibn Ourayqit annoncer son arrivée, tandis que, d’autre part, le Juif, l’ayant aperçu, ait lui aussi crié qu’il était arrivé.
La date de l’arrivée à Quba
Les rapporteurs présentent de nombreuses divergences au sujet de la date de l’arrivée du Prophète (s) à Quba. Ibn Sa‘d mentionne à un endroit un lundi et le deux de Rabi‘ al-awwal. Ailleurs, il donne avec certitude le quatre de Rabi‘ al-awwal comme date de la sortie de la grotte de Thawr et le douze de Rabi‘ al-awwal comme date de l’arrivée à Médine. Dans le récit de ‘Ourwa ibn az-Zoubayr rapporté par al-Boukhari, aucune date n’est indiquée ; il est seulement dit qu’il s’agissait d’un lundi du mois de Rabi‘ al-awwal. Moussa ibn ‘Oqba, citant l’imam az-Zouhri, donne le premier de Rabi‘ al-awwal comme date de l’arrivée à Quba, alors que la majorité des rapporteurs le donnent comme date du départ de La Mecque. Dans le récit de Jarir ibn Hazim transmis d’après Ibn Ishaq, il est dit que le Prophète (s) arriva à Quba le deux de Rabi‘ al-awwal. Mais dans les récits d’‘Asim ibn ‘Adi cités par at-Tabarani, ainsi que dans ceux d’Ibn Hicham, d’Ibn Jarir et d’Ibrahim ibn Sa‘d rapportés d’après Ibn Ishaq, c’est le douze de Rabi‘ al-awwal qui est mentionné. Al-Baladhouri et Ibn Qoutayba déclarent que telle est la date exacte. Ibn al-Qayyim la mentionne également dans Zad al-Ma‘ad, de même qu’Ibn ‘Abd al-Barr dans ad-Durar. Certains récits indiquent les huit, treize ou quinze de Rabi‘ al-awwal. Mais l’opinion exacte et fiable est que le Prophète (s) quitta La Mecque le premier de Rabi‘ al-awwal et se rendit à la grotte de Thawr. Il y séjourna trois jours et trois nuits, puis partit pour Médine durant la dernière nuit du quatre de Rabi‘ al-awwal. Il arriva à Médine (à Quba) le douze de Rabi‘ al-awwal. (Il convient de préciser que, selon le calendrier lunaire, la nuit précède le jour et qu’une nouvelle date commence après le coucher du soleil. Ainsi, la nuit du premier de Rabi‘ al-awwal signifie la nuit précédant ce jour, et non la nuit qui suit la fin de la journée. Il faut en outre savoir que le calendrier hégirien fut instauré sous le califat de ‘Omar (ra) et qu’il ne commença pas au jour de l’Hégire ; il commença au premier de Mouharram, correspondant au 16 juillet 622 de l’ère chrétienne. L’Hégire eut lieu au troisième mois de l’année hégirienne — l’auteur.) En calendrier solaire, cela correspond au 24 septembre 622 de l’ère chrétienne.
Le séjour à Quba
Tous les récits s’accordent à dire que le séjour du Prophète (s) à Quba eut lieu dans le village des Banou ‘Amr ibn ‘Awf, une branche de la tribu des Aws. Il est également établi que le privilège de l’héberger revint à Koulthoum ibn Hidam. (C’était un vieillard vénérable. Il mourut peu après l’arrivée du Prophète (s). Je ne sais comment certains récits ont pu affirmer que, pendant le séjour du Prophète (s), il était polythéiste. Ibn ‘Abd al-Barr, dans al-Isti‘ab, et Ibn Hajar, dans al-Isaba, ont clairement affirmé qu’il s’était converti à l’islam avant l’Hégire — l’auteur.) Cependant, le Prophète (s) séjournait chez Sa‘d ibn Khaythama lorsqu’il recevait des visiteurs, car celui-ci n’avait pas d’enfants et toute sa maison était libre pour les hommes. C’est pourquoi il devint communément admis parmi les gens que le Prophète (s) avait séjourné dans la maison de Sa‘d. Al-Baladhouri rapporte également ce fait en détail dans Foutouh al-Bouldan. Il dit l’avoir appris d’un groupe de personnes versées dans la connaissance du hadith, de la sira et des expéditions militaires.
Pendant son séjour ici, le Prophète (s) construisit la mosquée de Qubā. L’imam al-Bukhārī rapporte cela d’après ʿUrwa ibn al-Zubayr (r), tandis qu’Ibn Hishām et Ibn Jarīr le rapportent d’après Muhammad ibn Isḥāq. À ce sujet, Ibn Jarīr a inséré chez Ibn Isḥāq toute la chaîne de transmission, d’où il ressort qu’il s’agit en réalité d’un récit de ʿAlī (r). Le ḥāfiẓ Ibn Ḥajar dit que c’était la première mosquée construite à l’époque islamique et la première dans laquelle le Messager d’Allah (s), avec ses Compagnons, accomplit publiquement la prière en assemblée. [La mosquée de Qubā se trouve encore au sud-ouest de Médine. À l’endroit adjacent à sa qibla, où se trouve aujourd’hui une grande demeure appelée Maqām al-ʿUmra, se trouvait la maison de Kulthūm ibn Hidm. À proximité, une seconde grande demeure, contiguë à la mosquée et connue sous le nom de Bayt Fāṭima, était la maison de Saʿd ibn Khaythama — l’auteur.]
À cette époque, ʿAlī (r) arriva de La Mecque auprès du Prophète (s). Il séjourna avec lui chez Kulthūm ibn Hidm. Ibn Hishām et Ibn Jarīr, citant le récit de Muhammad ibn Isḥāq, disent qu’il resta trois jours à La Mecque et rendit aux habitants de La Mecque les dépôts qu’ils avaient confiés au Prophète (s). Ensuite, il émigra de là. Il existe des divergences quant au nombre de jours que le Prophète (s) passa à Qubā. Dans al-Bukhārī, Muslim et Ibn Saʿd, on trouve, d’après Anas ibn Mālik (r), qu’il y resta quatorze jours. Al-Wāqidī mentionne également quatorze jours. Il est rapporté d’après ʿĀʾisha (r) et ʿUrwa ibn al-Zubayr (r) que le Prophète (s), après dix jours, y resta encore quelque temps. Certains membres des Banū ʿAmr ibn ʿAwf disent qu’il y demeura dix-huit jours. Mūsā ibn ʿUqba rapporte d’après l’imam al-Zuhrī et Mujammaʿ ibn Yazīd ibn Ḥāritha que le Prophète (s) y resta vingt-deux jours ; c’était également le récit de al-Zubayr ibn Bakkār, qui l’avait entendu de divers membres des Banū ʿAmr ibn ʿAwf. Al-Balādhurī rapporte aussi un avis de vingt-trois jours. Mais Ibn Saʿd, Ibn Isḥāq, Ibn Hishām, Ibn Jarīr, al-Balādhurī et Ibn Ḥibbān affirment avec certitude que le Prophète (s) séjourna à Qubā le lundi, le mardi, le mercredi et le jeudi, puis partit de là pour Médine le vendredi. C’est l’avis bien connu des savants de la maghāzī et des biographies. Bien qu’Ibn Ḥibbān ait indiqué trois jours pour le séjour du Prophète (s) à Qubā, et que Mūsā ibn ʿUqba ait également dit cela, ils n’ont en réalité pas compté les jours de son arrivée à Qubā et de son départ de Qubā parmi les jours de son séjour. Ainsi, leurs propos concordent eux aussi avec l’avis bien connu.
Le départ de Qubā et la première prière du vendredi
Ibn Hishām rapporte également le récit d’Ibn Isḥāq ; les récits d’Ibn Saʿd et d’al-Balādhurī vont dans le même sens : le Prophète (s) partit de Qubā le vendredi, alors que la matinée était déjà avancée. Lorsqu’il atteignit le village des Banū Sālim ibn ʿAwf, l’heure de la prière du vendredi arriva. Il y descendit et dirigea la prière du vendredi dans leur mosquée ; cent personnes y participèrent, et ce fut la première prière du vendredi accomplie sous la direction du Prophète (s). Cette mosquée des Banū Sālim se trouvait dans la plaine de Rānūnā. [Yāqūt écrit, sous le mot « Rānūnā » dans son Muʿjam al-Buldān : « Dans la plaine de Rānūnā — la mosquée mentionnée se trouve dans le résumé de la Sīra d’Ibn Isḥāq rédigé par Ibn Hishām ; autrement, tous les autres auteurs ont écrit que le Prophète (s) accomplit la prière du vendredi dans le village des Banū Sālim » — l’auteur.] Elle était d’abord appelée la mosquée de Khubayb. Après que le Prophète (s) y eut dirigé la prière du vendredi, elle fut appelée la mosquée du vendredi et reste connue sous ce nom jusqu’à aujourd’hui. Elle se trouve sur le côté gauche de la route allant de Médine à Qubā.
Ibn Jarīr al-Ṭabarī a inséré dans son Histoire, en citant Saʿīd ibn ʿAbd al-Raḥmān al-Jumaḥī, le sermon que le Prophète (s) prononça lors de ce vendredi, avec chacun de ses mots. Cependant, on y trouve certains versets du Coran qui furent révélés après l’Hégire. On peut donc douter que le discours attribué au Prophète (s) ait été rapporté avec ses termes exacts.
L’entrée à Médine
Après la prière du vendredi, lorsque le Prophète (s) se prépara à partir pour Médine, des gens, conduits par ʿItbān ibn Mālik (r) et ʿAbbās ibn ʿUbāda al-Naḍlī, vinrent devant lui et saisirent la bride de sa chamelle en disant : « Ô Messager d’Allah ! Installez-vous parmi nous. Nous sommes suffisamment nombreux, nous possédons des équipements de guerre et nous avons la force nécessaire pour vous défendre. » Le Prophète (s) dit : « Laissez le chemin libre à ma chamelle, car elle a reçu un ordre. » C’est-à-dire qu’elle avance sur l’ordre d’Allah. Elle s’arrêtera à l’endroit où l’ordre de s’arrêter lui sera donné par Allah. Tandis qu’il avançait, les quartiers des Banū Bayāḍa, des Banū Sāʿida, des Banū al-Ḥārith et des Banū ʿAdī ibn al-Najjār se trouvèrent sur son chemin. En chaque endroit, les membres de ces tribus venaient devant lui, sous la conduite de leurs chefs, et lui demandaient de séjourner chez eux. Le Prophète (s) leur répondait à tous : « Laissez le chemin libre à ma chamelle, car elle a reçu un ordre. » Il avait relâché la bride de sa chamelle et ne lui donnait pas la moindre indication quant à l’endroit où elle irait ou s’arrêterait. Lorsqu’elle arriva dans le quartier des Banū Mālik ibn al-Najjār, elle s’assit exactement à l’endroit où se trouvent aujourd’hui la mosquée du Prophète — ou, selon un autre avis, la chaire du Messager. Le Prophète (s) était encore assis sur son dos. Elle se releva et avança quelque peu, puis revint s’asseoir exactement au même endroit et s’allongea pour se reposer. C’est alors que le Prophète (s) descendit de son dos. [La grande sagesse divine résidait ici dans le fait qu’Allah ne confia pas au Prophète (s) lui-même le choix de son lieu de résidence ; au contraire, par Son ordre, Il fit accomplir cette tâche à la chamelle. Si le Prophète (s) avait choisi lui-même son lieu de résidence, les autres tribus des Anṣār auraient pu éprouver le sentiment qu’il avait préféré les Banū al-Najjār aux autres — l’auteur.] Ibn Isḥāq rapporte ce récit, qu’Ibn Hishām cite en détail et Ibn Jarīr de manière abrégée. Ibn Saʿd et al-Balādhurī le rapportent également de façon concise.
Le séjour dans la maison d’Abū Ayyūb
Il existe quelques divergences dans les récits qui suivent. Selon le récit d’Ibn Ishaq, lorsque le Prophète (s) descendit de sa chamelle, la maison de Hadrat Abu Ayyub al-Ansari (r) — Khaled ibn Zayd — se trouvait juste devant lui. Celui-ci se présenta, déchargea les effets du Prophète (s) et les porta chez lui. Le Prophète (s) séjourna chez lui.
On trouve dans le Sahih de Boukhari et le Musnad d’Ahmad que, descendu de sa chamelle, le Prophète (s) demanda : « Parmi les nôtres, de qui la maison est-elle la plus proche ? » Hadrat Abu Ayyub (r) répondit : « La mienne, ô Messager d’Allah. Voici ma maison devant vous, et voici ma porte. » Le Prophète (s) dit : « Va et prépare-moi un lieu de repos. »
Ibn Sa’d rapporte également cette information d’après Hadrat Anas (r). Citant al-Waqidi, Ibn Sa’d et al-Baladhuri ajoutent que Hadrat As’ad ibn Zurara emmena la chamelle du Prophète chez lui et se chargea de ses soins.
Selon certains récits, le Prophète (s), descendu de sa chamelle, dit :
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— « C’est ici, si Allah le veut, que nous séjournerons. » Abu Ayyub (r) vint alors présenter ses respects et dit : « Ma maison est la plus proche. Si vous m’y autorisez, je porterai vos effets chez moi. » Le Prophète (s) l’y autorisa, et il emporta ses effets. Al-Tabarani rapporte la même chose d’après Abdullah ibn al-Zubayr.
On trouve dans les recueils de Boukhari, Muslim et le Musnad d’Ahmad le récit de Hadrat al-Bara ibn Azib (r) selon lequel les gens se disputèrent pour savoir où le Prophète (s) séjournerait. Finalement, le Prophète (s) dit : « Je séjournerai chez les Banu Najjar, qui sont la famille de l’aïeul maternel d’Abd al-Muttalib. » Hafiz Ibn Hajar cite dans al-Isaba, d’après le Musnad d’Ahmad, la propre déclaration d’Abu Ayyub : lorsque la dispute s’envenima entre les Ansar à ce sujet, on finit par tirer au sort, et le nom d’Abu Ayyub (r) sortit.
À la lumière de ces récits de nature diverse, il semble que le Prophète (s) ait d’abord séjourné chez Abu Ayyub (r), puis que les membres des autres tribus aient exprimé le désir de participer eux aussi à cet honneur. Il devint donc nécessaire de tirer au sort. Le Prophète (s) voulut les satisfaire en leur disant qu’il avait depuis longtemps des liens de parenté avec cette famille et que les Arabes accordaient la priorité aux droits de la parenté. [La maison de Hadrat Abu Ayyub al-Ansari (r) existe encore au sud-est de la mosquée du Prophète. À proximité se trouve la « porte de Ja‘far al-Sadiq » ; c’est là que résident aujourd’hui l’imam et le prédicateur de la mosquée du Prophète — l’auteur.]
L’imam Abou Yûsouf cite, dans le Kitâb adh-Dhikr wa-d-Dou‘â, le récit rapporté par Abou Ayyoub Ansâri (r.a.), dans lequel Abou Ayyoub dit : « Lorsque le Prophète (s) descendit ici, il resta au rez-de-chaussée, tandis que la mère d’Ayyoub et moi-même demeurâmes à l’étage. Durant la nuit, je dis à la mère d’Ayyoub : “Le Prophète (s) est plus digne de séjourner à l’étage, car les anges viennent auprès de lui et la révélation descend sur lui.” Sous l’effet de cette pensée, la mère d’Ayyoub et moi ne pûmes dormir de toute la nuit. Le matin, je racontai tout au Prophète (s). Il dit : “Le rez-de-chaussée est plus confortable pour moi.” Je répondis : “Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, je ne peux pas vivre dans une maison à étages dont vous occupez le rez-de-chaussée.” Je le suppliai avec tant d’insistance qu’il accepta finalement de séjourner à l’étage. »
Le récit qu’Ibn Hichâm rapporte d’après Muhammad ibn Ishâq, au sujet d’Abou Ayyoub, diffère quelque peu de celui-ci. Il y est dit que le Prophète (s) préférait le rez-de-chaussée parce qu’il était plus pratique pour les visiteurs. C’est pourquoi Abou Ayyoub (r.a.) accepta, malgré sa réticence, de rester à l’étage. Or, un jour, un récipient d’eau se brisa à l’étage. Le vénérable Abou Ayyoub (r.a.) craignit que, si l’eau s’infiltrait et coulait en bas, le Prophète n’en fût incommodé. Il prit donc l’unique couverture dont disposaient les deux époux, la posa sur l’eau et la fit sécher. Al-Bayhaqî et Ibn Abî Chayba ont également rapporté cet épisode de la même manière, d’après le vénérable Abou Ayyoub (r.a.).
Ibn Sa‘d rapporte, d’après Zayd ibn Thâbit (r.a.), que durant le séjour du Prophète (s) chez Abou Ayyoub, il ne se passa pas un seul jour sans que l’on vît des gens de trois ou quatre maisons se tenir devant sa porte, portant des provisions et des plats de nourriture.
L’accueil réservé au Prophète (s) à Médine
Bien que le récit précédent permette déjà de comprendre avec quelle vénération et quelle affection les habitants de Médine avaient porté le Prophète (s) au sommet de leur cœur, l’accueil qui lui fut réservé dans la ville, avec un enthousiasme, une ferveur et une profonde dévotion sans pareils, fut sans précédent. Jamais, ni avant ni après cela, un accueil de cette nature ne fut réservé en Arabie. Al-Boukhârî, Muslim et le Mousnad d’Ahmad rapportent, par l’intermédiaire de Barâ ibn ‘Âzib, un récit d’Abou Bakr as-Siddîq (r.a.) à ce sujet. Il dit : « Lorsque nous arrivâmes à Médine, nous vîmes la foule sortir sur les grandes voies pour nous accueillir. Les toits étaient noirs de monde. Les serviteurs et les enfants couraient joyeusement dans les rues et criaient : “Allâhou akbar ! Le Messager d’Allah (s) est arrivé ! Muhammad (s) est arrivé !” » Al-Boukhârî rapporte d’après Anas ibn Mâlik (r.a.) que le Prophète (s) et Abou Bakr (r.a.) étaient entourés d’une foule en armes. Les gens montaient sur les hauteurs pour essayer de voir le Prophète (s), tandis que toute la ville retentissait de ces cris : « Le Prophète d’Allah est arrivé ! Le Messager d’Allah est arrivé ! » Dans le récit d’Anas (r.a.) rapporté dans les Tabaqât d’Ibn Sa‘d, on trouve ces paroles : « Je n’ai jamais vu de jour plus lumineux et plus glorieux. » Le récit d’Anas (r.a.) rapporté dans le Mousnad d’Ahmad est le suivant : « Les habitants de Médine sortirent avec un enthousiasme et une ferveur extraordinaires pour accueillir le Prophète. Les femmes se rassemblèrent sur les toits et demandaient aux gens : “Lequel de ces deux hommes est le Messager d’Allah (s) ?” Nous n’avions jamais vu un tel spectacle. » Des récits semblables, rapportés d’Anas (r.a.), sont également cités par ad-Dârimî, at-Tirmidhî, Ibn Mâjah, Abou Dâwoud et al-Bayhaqî. Al-Boukhârî rapporte de Barâ ibn ‘Âzib (r.a.) ces paroles : « Je n’ai jamais vu les habitants de Médine aussi heureux que le jour où le Prophète (s) arriva à Médine. »
Al-Bayhaqî, dans ses Dalâ’il, ainsi qu’Abou Bakr al-Muqrî, auteur du Mou‘jam al-Kabîr, dans le Kitâb ach-Chamâ’il, ont rapporté que les femmes montèrent sur les toits et chantèrent ce poème :
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— La pleine lune s’est levée au-dessus de nous, depuis les cols montagneux de la vallée ; il nous incombe de rendre grâce tant qu’il restera quelqu’un qui appelle à Allah.
Razin a ajouté un autre poème :
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— Ô Envoyé venu parmi nous, tu es arrivé avec une dignité dont l’obéissance nous est obligatoire.
Ibn al-Qayyim rejette ce récit dans Zad al-Ma‘ad en se fondant sur le fait que Saniyyat al-Wada‘ se trouvait du côté de la Syrie, et non du côté opposé, celui de La Mecque. En outre, les poèmes furent chantés par les jeunes filles lorsque le Prophète (s) revenait de Tabuk vers La Mecque. C’est ce qui est rapporté dans al-Bukhari, Abu Dawud et al-Tirmidhi. Pourtant, il n’est ni impossible ni contraire à la raison que le col montagneux jusqu’auquel les habitants de Médine accompagnaient les voyageurs se dirigeant vers La Mecque fût également appelé **************************. Saniyya ********** désigne tout chemin qui passe entre les montagnes ; appeler un chemin « Saniyyat al-Wada‘ » signifie donc qu’il s’agit du col montagneux par lequel on accompagne les voyageurs au départ.
Lorsque le Prophète (s) arriva dans le quartier des Banū Najjār, les jeunes filles sortirent en frappant du tambourin et chantèrent :
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— Nous sommes les jeunes filles des Banū Najjār ; quel excellent voisin est Muhammad (s) ! Ces paroles sont rapportées par al-Hakim et al-Bayhaqi d’après Anas (r). Le Prophète (s) demanda aux jeunes filles : « M’aimez-vous ? » Elles répondirent : « Oui, ô Envoyé d’Allah ! » Le Prophète (s) répéta trois fois : « Par Allah, je vous aime », c’est-à-dire que j’aime les Ansar.
« Tabarani a cité ces paroles du Prophète (s) dans son Mu‘jam as-Saghir : “Allah sait que mon cœur vous aime.” »
Al-Bayhaqi et Ibn Majah ont également rapporté ces paroles d’Anas (r.a.). On trouve dans le Sahih d’al-Bukhari le récit suivant d’Anas (r.a.) : voyant les filles et les femmes arriver, le Prophète (s) se leva et dit par trois fois : « Par Dieu ! Vous m’êtes les plus chères. » (Ajout de l’auteur.)
La situation embarrassante des Quraysh
Le fait que le Messager d’Allah (s) soit arrivé sain et sauf à Médine était déjà extrêmement embarrassant pour les Quraysh. Mais lorsqu’ils apprirent l’accueil royal qui lui avait été réservé à Médine, ils furent profondément alarmés et envoyèrent une lettre à ‘Abdullah ibn Ubayy, le chef de Médine, que les habitants de la ville s’apprêtaient à faire leur roi avant l’Hégire et dont les espoirs avaient été entièrement anéantis par l’arrivée du Prophète (s) à Médine et la conversion à l’islam de la plupart des membres des Aws et des Khazraj. La lettre disait :
Vous avez accordé refuge à notre homme parmi vous. Nous vous adjurons par Dieu de le combattre ou de l’expulser. Sinon, nous vous attaquerons tous, nous vous tuerons et réduirons vos femmes en esclavage.
Après avoir reçu la lettre, ‘Abdullah ibn Ubayy entreprit de fomenter quelques troubles. Mais le Prophète (s) prit à temps les mesures nécessaires pour y mettre fin. Ensuite, Sa‘d ibn Mu‘adh, le chef de Médine, se rendit à La Mecque pour accomplir la ‘Umra. Là, Abu Jahl lui barra le passage juste devant la porte du Haram et lui dit :
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Vous accorderez refuge aux apostats de notre religion, vous les aiderez et les soutiendrez, et nous vous laisserons tranquillement accomplir le tawaf à La Mecque ? Par Dieu, si tu n’avais pas été lié à Abu Safwan — c’est-à-dire Umayya ibn Khalaf — tu ne serais pas sorti vivant d’ici.
Hazrat Sa‘d répondit :
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Par Dieu, si vous m’empêchez d’accomplir cette tâche, je vous interdirai quelque chose qui vous sera plus pénible encore : le passage de vos caravanes commerciales par Médine. (Il s’agit du récit rapporté dans le Sahih de Boukhari par Hazrat ‘Abdullah ibn Mas‘ud, qui l’avait lui-même entendu de Hazrat Sa‘d ibn Mu‘adh. Ce récit établit clairement que, depuis l’époque de l’Ignorance, il existait une relation d’amitié entre celui-ci et Umayya ibn Khalaf. Lorsqu’il venait à Médine, il descendait chez Sa‘d, et lorsque Sa‘d se rendait à La Mecque, il descendait chez lui. C’est sur la base de cette amitié que Hazrat Sa‘d ibn Mu‘adh se rendit à La Mecque pour accomplir la ‘umra et lui demanda de le conduire au Sanctuaire à un moment où il n’y aurait personne. Umayya l’y conduisit donc à midi pour accomplir le tawaf. Mais Abou Jahl s’y trouvait. C’est alors qu’eurent lieu avec lui les échanges de paroles de Hazrat Sa‘d que nous avons mentionnés plus haut. Ce récit rapporte également que, lorsque Hazrat Sa‘d lui répondit fermement, Umayya lui dit : « Ne parle pas rudement à Abou al-Hakam ; il est le chef de cette vallée. » Hazrat Sa‘d répondit : « Laisse cela, mon frère. J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire que ces gens te tueraient. » En entendant cela, Umayya fut très troublé et demanda : « Me tueront-ils à La Mecque ? » Hazrat Sa‘d répondit : « Je ne sais pas. » Dans le récit de cette histoire rapporté dans le Musnad d’Ahmad, il est ajouté qu’Umayya rapporta à son épouse les paroles de Sa‘d, et qu’elle lui dit : « Par Dieu, Muhammad ne ment pas. »
Dans le récit qu’al-Hafiz Abou Bakr al-Bazzar a rapporté d’après ‘Abdullah ibn Mas‘ud dans son Musnad, c’est ‘Utba ibn Rabi‘a, et non Umayya ibn Khalaf, qui est mentionné. Il y est dit que, lorsqu’il interdit à Hazrat Sa‘d de traiter rudement Abou Jahl, celui-ci répondit : « J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire qu’il te tuera. » En entendant cela, ‘Utba resta stupéfait et dit : « La parole de Muhammad ne peut être mensonge. » Bien que les transmetteurs de ce hadith d’al-Bazzar soient dignes de confiance, la version exacte est néanmoins celle rapportée dans le Sahih de Boukhari. Umayya ibn Khalaf ne voulait pas se rendre à la bataille de Badr ; les Qurayshites l’y entraînèrent à force de reproches. Après sa capture, il ne fut pas tué par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), mais par Hazrat Bilal, qu’Allah l’agrée. Reste donc l’homme dont le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait lui-même annoncé la mort : ce n’était pas Umayya ibn Khalaf, mais Ubayy ibn Khalaf. Celui-ci fut tué par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lors de la bataille d’Uhud. (L’auteur.) La situation était donc la suivante : les habitants de La Mecque avaient proclamé que la route menant à la Maison sacrée était interdite aux musulmans ; en réponse, les habitants de Médine déclarèrent que la route commerciale vers le pays de Cham serait dangereuse pour les adversaires de l’islam. Cela indiquait clairement dans quelle direction les événements allaient évoluer. (Tafhim al-Qur’an, tome 2, introduction de la sourate al-Anfal.)
La construction de la mosquée du Prophète
Après que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) eut séjourné chez Hazrat Abou Ayyoub al-Ansari, qu’Allah l’agrée, sa préoccupation fut de faire construire une mosquée. L’endroit où sa chamelle s’était arrêtée était, selon le récit d’Ibn Sa‘d, un lieu où les musulmans se réunissaient déjà pour la prière. As‘ad ibn Zurara, qu’Allah l’agrée, y dirigeait la prière en assemblée, et la prière du vendredi y était également célébrée. Ce terrain appartenait à deux orphelins, Sahl et Suhayl, et était placé sous la tutelle d’As‘ad ibn Zurara, qu’Allah l’agrée. Tel est le récit d’‘Urwa ibn al-Zubayr dans le Sahih de Boukhari et celui de Muhammad ibn Ishaq dans la Sira d’Ibn Hisham. Al-Baladhuri le cite dans Futuh al-Buldan comme un récit bien connu. (Dans le récit d’Ibn Ishaq, Hazrat Mu‘adh ibn ‘Afra, qu’Allah l’agrée, est indiqué comme leur tuteur.) Le Sahih de Boukhari rapporte, d’après Hazrat ‘Aïcha, qu’Allah l’agrée, et ‘Urwa ibn al-Zubayr, tout comme la Sira d’Ibn Hisham d’après Ibn Ishaq, que des dattes étaient séchées sur ce terrain. Selon les récits de Boukhari, Muslim, Abou Dawoud et Ibn Jarir, il s’y trouvait quelques palmiers, une partie cultivée (et, dans certains récits, une partie inculte), ainsi que de vieilles tombes de polythéistes. Selon le récit de Hazrat ‘Aïcha et d’‘Urwa ibn al-Zubayr, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) discuta du prix du terrain avec les deux garçons. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, nous vous en faisons don. » Mais le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’accepta pas le don et l’acheta contre paiement. Selon le récit de Musa ibn ‘Uqba, transmis d’après l’imam al-Zuhri, il l’acheta pour dix dinars. Ibn Sa‘d rapporte la même chose d’après al-Waqidi et ajoute que le prix fut payé par Hazrat Abou Bakr, qu’Allah l’agrée. Al-Baladhuri le dit également dans Futuh al-Buldan.
Ibn Ishaq dit que Hazrat Mu‘adh ibn ‘Afra, qu’Allah l’agrée, déclara : « Ô Messager d’Allah, construisez ici une mosquée. Je persuaderai ces garçons d’y consentir. » (Il n’est pas précisé s’il entendait les convaincre en payant lui-même le prix, ou s’il entendait les convaincre de vendre le terrain au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) en recevant le prix de celui-ci.)
Boukhari et Abou Dawoud rapportent de Hazrat Anas, qu’Allah l’agrée, que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit appeler les Banou Najjar et leur dit : « Fixez le prix de ce jardin. » Ils répondirent : « Nous n’en demandons le prix à personne sinon à Allah. » Ce récit ne précise pas si le terrain fut acheté contre paiement ou reçu en don. Mais tous les autres récits s’accordent pour dire que le terrain de la mosquée du Prophète ne fut pas obtenu gratuitement.
Après l’acquisition du terrain, celui-ci fut nettoyé, les trous ainsi que les dénivellations furent nivelés et les tombes furent exhumées. Les palmiers furent coupés et leurs troncs servirent de piliers à la mosquée. Un toit de feuilles de palmier fut installé. Les murs furent construits avec des briques et du mortier d’argile. Une partie du terrain fut laissée libre pour la prière. Après que le sol fut devenu boueux pendant la saison des pluies, on y étendit des gravillons. Lorsque la chaleur devint accablante sous le toit de feuilles de palmier, on recouvrit ces feuilles d’une couche d’argile. Al-Bukhari rapporte, d’après ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et ‘Urwa ibn az-Zubayr, Abou Dawoud d’après Anas (qu’Allah l’agrée), et la Sîra d’Ibn Hicham d’après Muhammad ibn Ishaq, que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) participa lui-même, avec les autres, au transport des briques et de l’argile lors de la construction de cette mosquée.
Construction des appartements du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui)
À côté de la mosquée du Prophète, le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) fit construire pour lui-même deux chambres : l’une pour Sawda (qu’Allah l’agrée) et l’autre pour ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Ibn Sa‘d dit que ces deux chambres étaient elles aussi en briques crues. Elles furent séparées par une clôture de feuilles de palmier recouverte d’un enduit d’argile. Le toit était également fait de feuilles de palmier. Une couverture fut suspendue au-dessus de la porte. Al-Hasan al-Basri raconte que, lorsqu’il était enfant et encore mineur, il entra dans la maison du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et que le plafond était si bas qu’on pouvait le toucher de la main. L’imam al-Bukhari, dans son ouvrage d’histoire, et le hafiz Abou Ya‘la, dans son Musnad, écrivent qu’on frappait à la porte du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avec l’ongle du doigt, car elle n’avait ni heurtoir ni anneau.
Faire venir la famille de La Mecque
Al-Waqidi rapporte de Zayd ibn Thabit que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) séjourna sept mois chez Abou Ayyoub (qu’Allah l’agrée). Ibn Sa‘d et al-Baladhuri le citent, et le hafiz Ibn Hajar en reconnaît l’authenticité.
Avant de s’installer dans sa nouvelle demeure, le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) envoya à La Mecque Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée) et son affranchi Abou Rafi‘ (qu’Allah l’agrée), avec cinq cents dirhams [al-Baladhuri dit que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait reçu ces cinq cents dirhams d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) — l’auteur.] et deux chameaux équipés, afin qu’ils fassent venir sa famille et les personnes qui lui étaient liées. Avec eux, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) envoya ‘Abdullah ibn Uraiqit, muni d’une lettre au nom de son fils ‘Abdullah, afin qu’il fasse venir sa mère et ses sœurs. Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée) ramena la Mère des croyants Sawda (qu’Allah l’agrée), les deux filles du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), Fatima (qu’Allah l’agrée) et Oumm Koulthoum (qu’Allah l’agrée), ainsi que son épouse, Oumm Ayman (qu’Allah l’agrée), et son fils Oussama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée). Mais il ne put ramener Zaynab (qu’Allah l’agrée), car son mari, Abou al-‘As ibn ar-Rabi‘, ne la laissa pas partir. ‘Abdullah ibn Abi Bakr (qu’Allah l’agrée) ramena avec eux Oumm Rouman (qu’Allah l’agrée), Asma (qu’Allah l’agrée) et ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) (at-Tabarani, Ibn Sa‘d, al-Baladhuri et Ibn ‘Abd al-Barr).
C’est ici que s’achève la période mecquoise du mouvement islamique. Dans les pages suivantes, nous en ferons l’examen.
Quatorzième chapitre
Vue d’ensemble de la période mecquoise
Nous devrions nous retourner et examiner l’histoire de la période allant du début de l’époque mecquoise jusqu’à l’Hégire, afin de voir avec quel capital le mouvement islamique avait commencé, quels accroissements ce capital avait connus au cours de ces treize années, et quel était le capital dont il disposait lorsqu’il entra dans la période médinoise, capital grâce auquel il dut poursuivre sa marche vers sa destination dans une situation entièrement différente de celle de la période mecquoise.
Le capital initial — ou, plus exactement, le capital fondamental — de ce mouvement n’était autre que la personne de Muhammad ibn Abdallah, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui, sa personnalité et les quarante années de sa vie antérieures à sa mission prophétique.
La noblesse de la lignée du Prophète (s)
En tant qu’individu, le Prophète (s) appartenait à une famille extrêmement noble d’Arabie, dont les Arabes connaissaient l’ascendance. La plupart des tribus arabes, qui étaient fières de leur propre généalogie, savaient qu’elles se rattachaient, du côté paternel ou maternel, à la lignée du Prophète (s) en un point ou un autre. Sa position n’était donc pas celle d’un homme de lignée inconnue, d’un étranger, d’un parvenu ou d’un homme de basse naissance apparu soudainement avec une prétention extraordinaire, au point que les gens auraient pu dire en le voyant qu’un tel homme n’était nullement digne de formuler une telle prétention. Dans toute l’Arabie, personne ne pouvait même émettre la moindre remarque désobligeante au sujet de la noblesse de la lignée du Prophète (s). Même à La Mecque, toutes les familles qui, par orgueil de leur ascendance, n’acceptaient la reconnaissance de personne, étaient apparentées au Prophète (s) et à sa famille. Parmi elles, nul ne pouvait dire qu’il leur était inférieur sous quelque rapport que ce soit en matière de noblesse ou de statut social. Il était lui-même issu des Quraysh, la tribu qui détenait l’honneur de diriger l’Arabie. Les Quraysh étaient incontestablement les descendants d’Ismaël (a). Leurs relations commerciales s’étendaient au loin, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. En raison de leur custod ie de la Kaaba et de l’attrait du pèlerinage, des gens venus des régions les plus éloignées de l’Arabie entraient en contact avec eux. Pour ces raisons, cette tribu jouissait en Arabie d’un prestige supérieur à celui de toute autre. Naître dans une tribu telle que les Quraysh, dans une ville centrale comme La Mecque, constituait, dans le contexte arabe, un avantage considérable pour le dirigeant de ce mouvement.
La naissance du Prophète (s) parmi les descendants d’Ismaël
Outre l’honneur, le respect et le prestige attachés à la lignée ismaélite, un autre élément revêtait une importance particulière : au cours des deux mille cinq cents années précédentes, aucun membre de cette lignée, après le prophète Ismaël (a), n’avait jamais revendiqué la prophétie. Un notable de Banû ʿÂmir ibn Ṣaʿṣaʿa mentionna ce fait lorsque les membres de sa tribu, de retour du pèlerinage, lui racontèrent leur rencontre et leur conversation avec le Messager d’Allah (s). Ils lui dirent : « Nous avons rencontré un homme des Quraysh qui se présente comme prophète et souhaite que nous l’emmenions dans notre région afin que nous l’aidions à transmettre le message d’Allah. Mais nous avons refusé d’accepter ses paroles. » Alors le vieil homme honorable dit avec tristesse : « Jamais un Ismaélite n’avait formulé une fausse prétention. » C’était là un autre bienfait de la naissance du Prophète (s) dans la lignée d’Ismaël. L’histoire témoignait également que la revendication prophétique du Prophète (s) était fondée sur la vérité, car aucun membre de cette lignée n’était jamais apparu avec une fausse prétention à la prophétie.
Sa personnalité
En ce qui concerne sa personnalité, il faut dire que, dès son enfance, les physiognomonistes arabes, observant sa constitution, sa manière de parler, sa démarche, sa bonne conduite et autres qualités, disaient : « Voilà un être extraordinaire né dans la famille d’Abd al-Muttalib. » Les réactions de sa mère, de son grand-père, de ses oncles et de sa nourrice sont toutes conservées dans l’histoire ; elles montrent que ceux qui le voyaient de près, même lorsqu’il était très jeune, ressentaient en lui une grandeur manifeste. Il existe même des récits où un homme qui lui était totalement étranger, l’ayant aperçu, s’écriait : « Par Dieu, ce visage ne peut être celui d’un menteur. » Lorsqu’il entra dans sa jeunesse, son prestige était tel que les habitants de la ville et les membres de sa famille commencèrent à être influencés par sa personnalité. Les gens le respectaient spontanément, car ils le considéraient comme très supérieur aux hommes ordinaires. Sa dignité, sa gravité, sa pureté, sa générosité, son humilité et son caractère irréprochable étaient si manifestes que quiconque entrait en contact avec lui ne pouvait s’empêcher de le respecter et de l’honorer. Cette personnalité attirante conserva son influence même lorsque les Qurayshites devinrent ses ennemis à cause de la prédication de l’islam. Aveuglés par la passion de l’hostilité, ils se comportaient parfois avec lui d’une manière terriblement inconvenante. Pourtant, si l’on considère que l’inimitié brûlait dans leur cœur comme un feu et que, poussés par leur haine, ils n’épargnaient même pas leurs fils, leurs frères et leurs proches des châtiments douloureux, on est amené à penser qu’il existait en lui un attrait particulier qui les rendait complètement impuissants lorsqu’ils venaient l’affronter. Après avoir commencé la prédication publique, il continua à proclamer ouvertement son message malgré des conditions extrêmement défavorables. Bien qu’assiégé dans le ravin d’Abû Tâlib, il sortait sans cesse du siège pour poursuivre son activité de prédication. Les trois dernières années à La Mecque furent particulièrement terribles ; malgré cela, il ne rencontrait pas seulement les visiteurs venus à La Mecque, mais se présentait aussi ouvertement aux rassemblements de ‘Ukâz, de Majanna, de Dhû al-Majâz et de Mina pour exposer l’islam aux chefs des tribus. Il faut certainement reconnaître que sa personnalité possédait une force si considérable que personne ne put l’empêcher de s’acquitter de sa mission apostolique. Dans les pages précédentes, vous avez également rencontré des exemples montrant à quel point même Abû Jahl, son ennemi acharné, était influencé par lui.
La vie avant la prophétie
Il faut maintenant examiner quelles furent les conséquences des quarante années de vie que le Prophète (ﷺ) passa à La Mecque avant sa mission prophétique. Cette vie ne fut pas seulement irréprochable ; elle fut aussi un modèle de caractère éminemment noble. Dans la société où il vécut depuis son enfance jusqu’à l’âge mûr — société dont les membres étaient liés à lui par toutes sortes de relations : parenté, fréquentation, amitié, transactions, voisinage et, en somme, rapports de nature diverse — il ne se trouva personne qui ne reconnût avec admiration son honnêteté, sa probité, sa courtoisie, sa pureté morale, sa bonne conduite, sa compassion et son esprit de coopération. Il était l’incarnation même du bien et de la bonté. Personne n’avait jamais eu la moindre expérience d’une injustice de sa part ; loin de là, nul n’avait même éprouvé la moindre crainte à son égard. La confiance que les gens plaçaient en lui était si ferme qu’ils l’appelaient « al-Amîn », le digne de confiance. Et cette confiance demeura inébranlable même après que certains furent devenus ses ennemis à cause de la prédication de l’islam. Même dans cette situation, amis comme ennemis lui confiaient leurs dépôts ; personne ne craignait qu’il les trahisse. Lorsqu’il quitta le champ de bataille, il prit des dispositions pour restituer les dépôts qui lui avaient été confiés, apportant ainsi la preuve de sa parfaite fiabilité. Sa véracité était si unanimement reconnue dans la société que, lorsqu’il commença à prêcher l’islam et que les Qurayshites le rejetèrent vigoureusement, ses adversaires n’osèrent toujours pas le traiter de menteur ; ils qualifiaient plutôt de mensage le message qu’il présentait. Même au plus fort de l’hostilité, personne ne put formuler le moindre reproche contre son caractère. Ceux qui lui étaient intimement liés, auprès de qui aucun défaut n’aurait pu rester caché — à supposer, à Dieu ne plaise, qu’il en eût existé un — étaient précisément ceux qui étaient le plus profondément impressionnés par sa noblesse de caractère.
Khadîja (qu’Allah l’agrée) refusa les propositions de mariage des grands chefs des Quraysh et choisit volontairement de l’épouser parce qu’elle était émerveillée par la noblesse de son caractère. Quinze années de vie conjugale suffisent pour qu’une épouse connaisse les qualités et les défauts de son mari, surtout lorsqu’elle est plus âgée que lui, instruite et intelligente, et que son mari fait des affaires avec ses biens. Mais le résultat de la longue observation directe et de l’expérience de Khadîja (qu’Allah l’agrée) concernant le Messager d’Allah (ﷺ) fut qu’elle ne le trouva pas simplement supérieur aux autres hommes : elle le reconnut comme un homme d’une dignité si éminente qu’elle n’hésita pas un seul instant à l’accepter comme le Messager du Seigneur des mondes et à croire en lui. En revanche, même si l’épouse mondaine d’un imposteur tire de nombreux avantages des activités trompeuses de son mari, elle ne peut jamais, au fond d’elle-même, lui faire confiance ni croire en lui.
Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée) entra au contact du Messager d’Allah (ﷺ) alors qu’il était esclave. Même lorsqu’un esclave éprouve de l’affection pour son maître, leurs relations sont rarement harmonieuses. En effet, l’esclave est sans défense, tandis que le maître a le droit d’exiger de lui n’importe quel service, aussi pénible soit-il. De plus, l’esclave a l’occasion d’observer tous les bons et les mauvais côtés de la vie de son maître ; en tant que serviteur privé de tout pouvoir, il voit généralement davantage les défauts de son maître indépendant. Pourtant, le Prophète (ﷺ) était un maître dont l’esclave ne cessait d’être émerveillé. Ainsi, lorsque son père et ses oncles vinrent le libérer de l’esclavage, il préféra rester au service du Prophète (ﷺ) plutôt que de recouvrer sa liberté et de retourner auprès de son père. Après avoir été au service du Prophète (ﷺ) pendant quinze ans, cet esclave — que celui-ci avait affranchi et adopté comme fils — fut tellement influencé par ses manières et sa conduite que, lorsqu’il apprit que son maître avait été élevé au rang de prophète, il n’hésita pas un seul instant, à l’instar de Khadîja (qu’Allah l’agrée), à croire en lui. Ce n’était pas un enfant irréfléchi, mais un jeune homme de trente ans ; il était en outre si intelligent et si perspicace qu’au cours de la huitième année de l’Hégire, il fut envoyé à la tête d’une armée sous les ordres de laquelle se trouvaient des hommes tels que Ja‘far ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée) et Khâlid ibn al-Walîd (qu’Allah l’agrée). Il ne faut donc pas penser qu’il était un serviteur stupide qui ne comprenait pas l’importance de la prophétie et de la mission apostolique et qui aurait cru sans comprendre, simplement parce qu’il était influencé par la personnalité de son maître. En réalité, au terme de ses quinze longues années d’expérience, il avait trouvé en la personne du Prophète (ﷺ) un homme d’une dignité si éminente qu’aucun doute ne surgit dans son esprit quant au fait qu’il était le Messager de Dieu. C’est en raison de cette grandeur de caractère qu’il ne repartit pas avec son père.
Il en était de même pour Abu Bakr (ra). Pendant vingt ans, il ne fut pas seulement le compagnon du Prophète (s), mais aussi son ami intime. Il en fut de même pour Ali (ra), qui fut élevé dans la maison du Prophète (s), ainsi que pour Waraqa ibn Nawfal, qui observait la vie du Prophète (s) depuis son enfance et qui, étant un proche parent de Khadija (ra), avait eu davantage l’occasion de le connaître et de le comprendre. Uthman (ra) était le neveu de la tante paternelle du Prophète (s). Zubayr (ra) était son cousin du côté paternel et le neveu de Khadija (ra). Ja‘far ibn Abi Talib (ra) était son cousin germain. Abd al-Rahman ibn Awf (ra) et Sa‘d ibn Abi Waqqas (ra) étaient apparentés à sa mère. Aucun d’eux n’était de ceux qui ne l’avaient pas observé de près dans son caractère et sa conduite ; et ce furent précisément ces hommes qui, les premiers de tous, acceptèrent sa mission prophétique.
La manifestation de ses nobles qualités après le début de la mission prophétique
Si un mouvement commence sous la direction d’une personnalité aussi éminente, c’est là un immense capital pour ce mouvement. Mais, durant les treize années qui suivirent son commencement, l’accroissement considérable apporté à ce capital initial fut si précieux que l’histoire de l’humanité n’en offre aucun exemple. Considérez tout d’abord les qualités du Messager d’Allah lui-même qui apparurent clairement durant cette période et qui furent la principale cause de l’expansion de cette mission.
Le sacrifice financier du Prophète (s)
Sa toute première qualité fut le sacrifice qu’il consentit pour cette œuvre grandiose. Au début de sa mission prophétique, il était un commerçant prospère et aisé. D’un côté, il y avait les richesses de Khadija (ra), qui n’étaient pas inférieures à la fortune totale des autres commerçants de Quraysh ; de l’autre, il y avait la sagesse, l’intelligence, les talents d’organisation et la réputation d’honnêteté du Prophète (s), auxquels nul ne pouvait se mesurer. Imaginez quels progrès devait accomplir une entreprise où ces deux éléments se trouvaient réunis. Pourtant, avant le début de la mission prophétique, le Prophète (s) et son épouse n’avaient pas réservé ces richesses au luxe. Ils les dépensaient plutôt pour aider les nécessiteux, soutenir les démunis et accueillir les voyageurs. Il prenait l’initiative dans toute bonne œuvre. C’est pourquoi, au début de sa mission prophétique, il ne possédait pas d’importantes économies accumulées. Puis, lorsque la responsabilité de la mission prophétique lui fut confiée, il dépensa progressivement dans la voie d’Allah tout ce qui lui parvenait. Il ne lui était d’ailleurs pas possible de poursuivre ses activités commerciales tout en transmettant la religion. La situation en arriva au point que, lorsqu’il se rendit à Taïf, il dut s’y rendre à pied, n’ayant pu trouver aucun moyen de transport. Lors de l’émigration, Abu Bakr (ra) prit en charge toutes ses dépenses. Pour faire venir sa famille de La Mecque à Médine, il dut emprunter cinq cents dirhams à Abu Bakr (ra). Il ne possédait entre les mains ni dirham ni dinar. Il est évident que lorsqu’un prédicateur se dépouille ainsi de ses biens personnels pour l’œuvre de la mission qu’il présente, tous ceux qui en sont témoins acquièrent la certitude qu’il est parfaitement sincère et désintéressé dans son entreprise. Même l’adversaire le plus acharné, quoi qu’il puisse dire publiquement, reconnaît intérieurement que ses intérêts personnels ne sont pas liés à cette mission. Pour ceux qui acceptent son appel et se joignent à lui, l’exemple de leur chef devient si instructif qu’ils acceptent la vérité uniquement parce qu’elle est la vérité ; aucun intérêt personnel ne se mêle à leur foi, et ils suivent également leur chef dans le sacrifice et le don de soi.
La ferme résolution du Prophète (s)
La deuxième chose fut la fermeté de sa résolution, qu’aucun malheur, aucune épreuve ni aucune tempête d’opposition ne put vaincre, et qu’aucune crainte ne put faire quitter sa place. Aucune tentation ne put non plus l’écarter du droit chemin. Aucune situation difficile et éprouvante ne put le plonger dans le désespoir ni lui briser le cœur. Sa constance était telle une montagne ; toutes les forces opposées finirent par se briser contre elle et par désespérer, comprenant qu’aucune conspiration, aucune démonstration de force, aucune injustice ni persécution, aucune tentation, aucune campagne de calomnie ni aucune vile manœuvre ne pourrait le détourner de l’œuvre pour laquelle il était apparu. Après avoir observé pendant des années cette fermeté de résolution, les gens furent contraints de reconnaître qu’un homme ne peut être aussi inébranlable dans sa résolution que s’il est fermement convaincu d’être établi sur la vérité et libéré de tout intérêt personnel. C’est cette qualité qui suscita chez ses compagnons une foi solide et une constance sur le chemin de la vérité. C’est elle aussi qui fit naître dans l’esprit de tous les gens impartiaux la ferme conviction que la mission qu’il présentait reposait sur une adhésion pure et sincère à la vérité.
Le courage sans égal du Prophète (s)
Le troisième élément était l’intrépidité et le courage du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : il ne savait ni ce que signifiait être terrassé par une grande puissance, ni ce que signifiait avoir peur face à un immense danger. Une foule furieuse d’infidèles quraychites l’encercla dans le Sanctuaire et lui demanda : « Es-tu celui qui dit cela ? Es-tu celui qui tient de tels propos ? » Il répondit sans la moindre hésitation : « Oui, c’est bien moi qui le dis, et je dis aussi ceci. » Même en se voyant entouré par les ennemis de sa vie, il ne fut pas le moins du monde déconcerté. L’ennemi s’approchait de l’entrée même de la grotte de Thawr, tandis qu’il priait alors avec une parfaite sérénité. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Ces gens injustes nous apercevront dès qu’ils regarderont vers leurs pieds. » Sans la moindre inquiétude, il répondit calmement : « Abû Bakr, que penses-tu de deux personnes dont le troisième est Allah ? Ne t’alarme pas : Allah est avec nous. » L’ennemi avait promis une récompense pour sa tête sacrée. Des hommes couraient de tous côtés dans l’espoir de l’obtenir. Lui poursuivait tranquillement son chemin en récitant le Coran, sans même se retourner pour voir si quelqu’un le suivait. Un chef aussi courageux attire des hommes courageux. À force de voir son courage, leur propre courage grandissait encore. Aussi aveugle que soit l’ennemi dans sa haine, il ne pouvait s’empêcher de respecter cette qualité chez lui. Il perdait son assurance en découvrant qu’il affrontait un homme qui ne savait pas ce qu’était la peur. Pour tout mouvement, et en particulier pour le mouvement islamique, le fait que son chef soit intrépide et courageux constitue une qualité d’une importance capitale. La bravoure du chef — ou plutôt la moindre faiblesse dans son courage — peut, à l’heure de l’épreuve du feu, faire échouer tout le mouvement.
La magnanimité du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)
La quatrième qualité importante du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était la patience, la tolérance, la maîtrise de soi et l’ambition. Même après les attaques les plus abjectes de ses ennemis, il ne s’impatientait pas sous l’effet de la colère. Il ne répondait pas aux insultes par des insultes. En réponse aux paroles blessantes et aux accusations sans fondement, aucun mot contraire à la bienséance ne sortait de sa bouche. Ses ennemis se comportaient à maintes reprises d’une manière extrêmement douloureuse, humiliante et provocatrice. Mais il supportait tout en silence, avec une très grande magnanimité. Il répondait au mal par le bien, et non par le mal. Durant la longue période de crise à La Mecque, on ne trouve aucun exemple où il ait abandonné la politesse et la bienséance. C’était cette noble qualité qui ne cessait d’accroître son prestige moral dans la société environnante et d’abaisser ses adversaires aux yeux de quiconque possédait la moindre parcelle de moralité et de courtoisie. Il n’avait jamais affronté une situation plus dure que celle de Tâ’if. Pourtant, même à ce moment-là, seules des invocations sortirent de sa bouche, et il n’accepta pas que le moindre châtiment s’abatte sur les injustes. Avant même le champ de bataille, il vainquit ses adversaires sur le terrain moral. Le sceau final fut apposé sur cette défaite lorsqu’au moment de quitter le lieu de son exécution, il se préoccupa de restituer aux habitants de La Mecque les biens qui lui avaient été confiés. Celui qui, après avoir observé sa conduite et son attitude, ne reconnaîtrait pas du fond du cœur que les partisans de l’ignorance affrontaient un homme qui était non seulement le plus noble de leur peuple, mais aussi le plus noble de toute l’humanité, aurait la conscience totalement morte. Pour la formation morale de ceux qui rejoignaient le mouvement islamique, l’exemple concret de leur chef était plus efficace que mille exhortations et conseils. Tel était son effet que quiconque lui prêtait allégeance s’élevait tellement, par son caractère, au sein de sa propre société, que chacun pouvait voir ouvertement la différence entre un idolâtre et un adorateur de Dieu.
La parfaite conformité entre ses paroles et ses actes
La cinquième qualité, et la plus importante, était qu’il n’existait pas la moindre contradiction entre ses paroles et ses actes. Il faisait ce qu’il disait. De la chose qu’il déclarait mauvaise et dont il interdisait la pratique aux gens, on ne trouvait pas la moindre trace dans son caractère ni dans sa conduite. Les habitants de La Mecque pouvaient observer non seulement sa vie hors de sa maison, mais aussi sa vie à l’intérieur, car nombre d’entre eux étaient apparentés à son père, à sa mère ou à son épouse. Pourtant, personne ne pouvait dire qu’il pratiquait lui-même l’acte dont il demandait aux autres de s’abstenir, ni même quelque mauvaise action qui y ressemblât de très loin. De même, parmi les bonnes actions auxquelles il appelait les gens, c’était lui qui en accomplissait le plus. Sa vie en était l’exemple concret. Jamais personne ne put relever chez lui la moindre défaillance dans l’accomplissement de ces bonnes actions. Pour la réussite de tout mouvement, et en particulier du mouvement islamique, la meilleure garantie est que son chef soit exempt de toute divergence entre ses paroles et ses actes, et que son enseignement ne soit pas seulement un discours, mais que sa vie réelle en soit l’incarnation. Cela exercera aussi une profonde influence sur ceux qui suivent ce chef. Même ceux qui l’observent d’un regard impartial à la recherche de la vérité ne pourront manquer d’en être influencés. Et, parmi ses adversaires nourrissant de la haine, un grand nombre furent eux aussi subjugués par lui.
Il était au-dessus de toute forme de sectarisme
La sixième qualité, qui n’était inférieure à aucune des autres, était qu’il était exempt de tout sectarisme. Il n’y avait en lui aucun sectarisme tribal, national, lié au pays natal, à la langue, à la couleur de peau ou à la lignée — bref, d’aucune sorte. Il ne faisait pas de distinction entre les hommes selon qu’ils étaient riches ou pauvres. À ses yeux, le fait que certains occupent une classe sociale élevée et d’autres une classe inférieure n’avait aucun sens. Il considérait les êtres humains simplement en tant qu’êtres humains, et quiconque parmi eux acceptait la vérité jouissait exactement du même statut dans son groupe. Qu’il fût quraychite ou non, arabe, abyssin ou romain, noir ou blanc, pauvre ou riche, considéré comme honorable ou vil selon l’ordre social de l’ignorance. C’est cela qui, dès les débuts du mouvement islamique, établit les fondements de son caractère universel. La communauté musulmane fut élevée au rang de communauté internationale. Parmi ceux qui embrassaient l’islam, il abolissait tout sentiment de distinction entre les hommes fondé sur autre chose que l’islam et la mécréance ; dans son groupe, esclaves et hommes libres, pauvres et riches, nobles et gens de condition modeste, Arabes et non-Arabes, tous participaient avec exactement la même dignité. Ils pouvaient y participer s’ils croyaient en Allah et en Son Messager. Pour le peuple, à l’exception d’une poignée d’orgueilleux Arabes, cette réalité possédait en elle-même un attrait naturel qui finit par se révéler décisif.
Telles étaient les qualités du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) qui se manifestèrent au cours de ses treize années de vie mecquoise ; sous leur influence, malgré tous les efforts et toutes les manœuvres des ennemis, le mouvement islamique continua de progresser. D’autres qualités demeuraient cachées en lui et réclamaient, pour se manifester, des circonstances différentes, que l’avancée du mouvement islamique et son expansion à Médine allaient fournir.
La puissance de subjugation du Coran
L’autre plus grand capital de ce mouvement était le Noble Coran. Un peu moins des deux tiers en furent révélés à La Mecque. Les Arabes aimaient le langage orné et l’éloquence. Cet amour les attirait dans des foires comme celle de ‘Ukâz, pour écouter les poètes et les orateurs. Mais après avoir entendu le Coran, les grands linguistes ne conservèrent plus aucun prestige à leurs yeux. Poètes et orateurs restaient frappés de stupeur devant lui. Sur le plan littéraire, son langage atteignait un degré si élevé que personne ne pouvait imaginer une littérature de niveau égal, à plus forte raison supérieure. Sa récitation était si mélodieuse que, l’ayant entendue, les gens ne cessaient d’y réfléchir. Ses adversaires le qualifiaient de magie. Les gens impartiaux disaient : « Cela ne peut être la parole d’un homme. » Son influence envoûtante était telle qu’elle fit même fondre le cœur d’un ennemi acharné de l’islam comme ‘Umar (que Dieu l’agrée) et le conduisit à se remettre aux pieds bénis du Messager suprême (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Après la bataille de Badr, un chef qurayshite renommé, Jubayr ibn Mut‘im, se rendit à Médine pour discuter de la libération des prisonniers de guerre. Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) dirigeait alors la prière du maghrib et récitait la sourate At-Tûr. Al-Bukhârî et Muslim rapportent ainsi le récit de Jubayr ibn Mut‘im lui-même : « Lorsque le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) récita les versets 35 à 39, mon cœur s’envola de ma poitrine. »
Par la suite, la principale raison de sa conversion à l’islam fut qu’après avoir entendu ces versets ce jour-là, les fondements de l’islam s’étaient établis dans son cœur. C’est pourquoi les ennemis s’efforçaient d’empêcher les gens de les entendre. Mais lui-même ne put s’en abstenir : il les écoutait secrètement. Par cette parole qui produisait un effet extrêmement puissant, chaque aspect du polythéisme et de l’ignorance antéislamique était critiqué avec une telle argumentation que nul homme doué de raison ne pouvait prononcer un seul mot en faveur de ces croyances, coutumes et dérèglements moraux sur lesquels reposaient la religion et la culture arabes. Puis, par cette parole, les croyances de l’islam, les principes de sa civilisation et de sa culture ainsi que son enseignement moral étaient exposés d’une manière si profondément touchante qu’il ne restait même au plus acharné des adversaires aucune possibilité de les critiquer. Les mécréants furent alors contraints d’employer, pour nuire à l’islam, les armes des rixes, de l’oppression et des persécutions, des insultes, de la fabrication d’accusations mensongères et inventées, du tumulte et autres procédés semblables. Mais cela constituait de leur propre part une reconnaissance concrète de leur défaite dans le domaine des arguments et des preuves, ainsi que dans celui de la morale et de la bienséance. Toute personne possédant la moindre parcelle de sens logique, après avoir observé les deux camps dans cette lutte, en venait à comprendre que les négateurs et les opposants ne possédaient, face aux arguments du Coran et à son enseignement sublime, rien d’autre que des manœuvres dénuées de réponse et des échappatoires inhumaines. Ce conflit manifeste ne se déroulait pas seulement sous les yeux des habitants de La Mecque : toute l’Arabie l’observait. À La Mecque, des gens de toutes les classes sociales entendaient jour et nuit le Coran d’une manière ou d’une autre, et voyaient également ce que les chefs qurayshites et ceux qui leur étaient soumis faisaient en réponse au Coran. Pendant dix ans, chaque année, le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) se rendit dans toutes les assemblées tenues entre ‘Ukâz et Mina afin de faire entendre le Coran aux gens venus de toutes les régions de l’Arabie. À l’inverse, des hommes comme Abû Jahl et Abû Lahab lapidaient publiquement le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui), lui jetaient de la poussière et disaient aux gens : « Quelle réponse avez-vous à cette parole ? » Il en résulta que, malgré tous les obstacles, l’islam continua de progresser à La Mecque, et qu’en Arabie il ne se trouva aucune tribu dont au moins une personne ne se fût attachée à l’islam. À l’époque mecquoise, la situation était telle que le nombre de ceux qui embrassaient publiquement l’islam demeurait faible. Mais il y avait vingt fois plus de gens dans le cœur desquels avaient pris place l’enseignement du Coran, le respect pour le Messager (paix et bénédictions de Dieu sur lui), la compassion envers ses compagnons opprimés et la haine de l’injustice et de la tyrannie des Quraysh. Pour que l’œuvre de cette époque porte pleinement ses fruits, il ne manquait qu’une Médine ; au moment voulu, elle se dévoila et apparut au grand jour.
Les qualités de ceux qui eurent foi dans le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui)
Le troisième grand capital était ce groupe choisi de musulmans qui avaient embrassé la foi et que treize années de mouvement avaient formé. C’étaient des hommes à l’esprit, au cœur et à la pensée purs et limpides qui, bien qu’ayant été élevés dans l’environnement obscur du polythéisme et de l’ignorance antéislamique, entendirent la parole du Coran, reconnurent la religion de leurs ancêtres comme erronée et la religion de l’islam comme vraie, sans qu’aucun sectarisme ne fasse obstacle à leur conversion. Ils savaient ce que signifiaient l’adoption de l’islam contre l’opinion de leur famille, de leur tribu et des habitants de leur ville, ainsi que l’obéissance au Prophète Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Ils voyaient de leurs propres yeux les châtiments infligés aux croyants. Mais ils étaient si intrépides qu’aucune peur ni aucune menace ne pouvait les empêcher de rejeter le faux et d’accepter la vérité. Ils endurèrent toutes sortes de persécutions, car suivre ce qu’ils jugeaient faux leur était absolument inacceptable ; et ils n’étaient pas prêts à abandonner ce qu’ils avaient reconnu comme vrai. Ils furent sauvagement battus, suspendus la tête en bas, torturés par la faim et la soif, enchaînés et emprisonnés, maintenus contre des feux ardents, traînés sur des étendues de sable brûlant ; leurs commerces furent détruits et leurs notables furent publiquement humiliés et avilis. Mais ils supportèrent tout cela uniquement pour la vérité, et personne parmi eux, homme ou femme, ne put être ramené de la foi vers la mécréance. Pour préserver leur foi, ils émigrèrent deux fois en Abyssinie, puis finalement à Médine. Abandonnant maisons, champs, richesses et proches, ils partirent dans le chemin de Dieu. Beaucoup d’entre eux ne purent rien emporter d’autre que les vêtements qu’ils portaient. Leur conduite prouve que le mouvement islamique avait trouvé des hommes profondément sincères et dévoués qui, bien que peu nombreux, étaient assez intrépides pour consentir à tout sacrifice au service de leur religion, accueillir toute épreuve avec le sourire, supporter toute souffrance et affronter toute puissance, si grande fût-elle. À ces qualités s’ajouta une révolution morale si profonde, façonnée dans leur vie par l’enseignement du Coran et la formation dispensée par le Prophète béni (paix et bénédictions de Dieu sur lui), que, par leur honnêteté, leur probité, leur piété, leur pureté, leur crainte de Dieu et leur adoration de Dieu, leur caractère sans tache, leur courtoisie et leur bienséance, ainsi que la solidité et la fiabilité de leur conduite, ils n’avaient d’équivalent ni en Arabie ni dans le monde entier. De même que le Prophète Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui) était tel un phare dans cette société, la révolution morale vécue par ses Compagnons était si manifeste que chacun pouvait clairement voir, en l’observant, la différence entre l’état moral des mécréants et le leur. Par sectarisme et par hostilité, les opposants ne pouvaient pas le reconnaître ouvertement, mais leur cœur savait quel caractère produisait l’ancienne ignorance et quels hommes cette nouvelle religion formait.
Les qualités des Ansâr de Médine
Le quatrième capital immense et précieux que le mouvement islamique acquit durant les trois dernières années de la période mecquoise fut la sincérité et la pureté de la foi des Ansar de Médine. Ils n’avaient pas eu l’occasion de bénéficier de la compagnie et de l’éducation spirituelle du Noble Prophète (s), ni de voir de leurs propres yeux la vie sainte qu’il menait avec ses Compagnons. Ils n’avaient pas non plus acquis une connaissance du Noble Coran aussi étendue que les croyants de La Mecque. Mais ils étaient des hommes d’une telle droiture et d’un esprit si sain qu’au premier éclair de vérité qu’ils aperçurent, ils balayèrent la poussière et les immondices de l’ignorance idolâtre accumulées pendant des siècles. Ils commencèrent à tomber dans le giron de l’islam comme des fruits mûrs, si bien qu’en trois ans, à Médine, beaucoup plus d’hommes, de femmes, de jeunes et de vieillards embrassèrent la foi qu’il n’y en avait eu à La Mecque en treize ans. Ils ne s’arrêtèrent pas là : ils crurent avec une telle sincérité qu’ils invitèrent le Messager d’Allah (s) ainsi que tous les musulmans qui l’accompagnaient à émigrer chez eux. Pourtant, au moment de lancer cette invitation, ils savaient parfaitement qu’elle leur ferait acheter l’inimitié de toute l’Arabie, comme leurs paroles le montrèrent lors de leur discours au moment de l’ultime allégeance à al-‘Aqaba. Il ne s’agissait pas seulement de présenter leur propre ville comme دار الهجرة, la demeure d’émigration, au Noble Prophète (s) et à ses Compagnons mecquois ; ils allèrent plus loin et l’acceptèrent de plein gré comme leur dirigeant. Ils devinrent ses sujets fidèles et son armée dévouée. Ils accordèrent aux musulmans venus avec le Noble Prophète (s) en émigrant les mêmes droits qu’à eux-mêmes dans leur propre ville et mirent à leur disposition leurs maisons, leurs biens et même leurs terres.
C’est précisément cela qui a changé le cours de l’histoire. Cela a élevé l’islam du rang de simple appel et mouvement à celui de société et d’État. En même temps, cela donna au Prophète (s) la possibilité de mettre en pratique, dans un دار الإسلام indépendant et souverain, chacun des aspects de l’islam et de présenter au monde un modèle montrant ce que la religion envoyée par Allah, l’Unique sans associé, fait des hommes, quel genre de société elle édifie, quelle civilisation et quelle culture elle fait naître, et quelle force morale elle insuff le dans l’ensemble de la société. Quel système elle établit pour l’économie, l’organisation sociale, l’éducation, la politique, le droit et la justice ; quelle est sa politique en temps de guerre ; comment elle traite les vaincus après la victoire ; comment elle respecte les traités une fois conclus ; quelle est sa conception des relations internationales ; quels en étaient les éléments constitutifs et quels bienfaits résultèrent de leur mise en œuvre concrète : ces sujets seront examinés dans le troisième volume.
— Fin —