Quelques mots au sujet de la troisième édition bengalie

Nous publiions jusqu’à présent en bengali, en trois volumes — les 3e, 4e et 5e volumes — le deuxième volume du célèbre ouvrage de Mawlana Sayyid Abul A‘la Maududi (r.), Sirat-e Sarwar-e Alam. Afin de faciliter la tâche aux lecteurs, nous avons désormais décidé de publier ensemble les 3e et 4e volumes bengalis en un seul volume ; c’est ainsi que paraît la présente édition.

Le premier volume bengali traite essentiellement, sur le plan théorique, de la prophétie et de la mission apostolique. Le deuxième volume est consacré à l’histoire de la destruction des peuples anciens. À partir du troisième volume commence l’étude de l’histoire de la vie du Messager d’Allah, Muhammad (s.).

L’Académie de recherche Sayyid Abul A‘la Maududi, basée à Dacca, a prévu de présenter rapidement aux lecteurs bengalophones l’ensemble des ouvrages du Mawlana. Alhamdulillah, tous ses ouvrages ont déjà été traduits et publiés en bengali. Le présent ouvrage a été traduit par son proche collaborateur, l’éminent homme de lettres M. Abbas Ali Khan. Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de rappeler aux lecteurs avertis sa maîtrise du travail de traduction, la précision de son choix des mots et la vigueur de son style.

Nous remercions Allah Tout-Puissant de nous avoir permis de publier cet ouvrage. Qu’Il accorde à tous ses lecteurs la capacité de comprendre la véritable mission de la prophétie. Amîn.

Abdus Shahid Nasim

Directeur

Académie de recherche Sayyid Abul A‘la Maududi.

19.10.2000

L’islam est en réalité le nom du mouvement qui veut édifier tout l’édifice de la vie humaine sur la conception et la conviction de la souveraineté de l’Unique Dieu. Ce mouvement se poursuit depuis les temps les plus anciens sur la même base et selon la même méthode. Il a été dirigé par ceux que l’on appelle les prophètes et messagers d’Allah, exalté soit-Il. Si nous devons conduire ce mouvement, il nous faudra nécessairement suivre la méthode d’action de ces dirigeants. Car, en dehors de celle-ci, il n’existe et ne peut exister aucune autre méthode adaptée à ce type particulier de mouvement. Lorsque nous cherchons à suivre les traces des nobles prophètes (paix sur eux), nous nous heurtons à de grandes difficultés. Nous ne savons pas grand-chose des actes et des œuvres des prophètes qui ont vécu dans les temps anciens. Le Coran en fournit quelques brèves indications, mais il est impossible d’en reconstituer le plan d’ensemble. Dans le Nouveau Testament de la Bible, on trouve certaines paroles peu fiables attribuées à Jésus (paix sur lui), qui éclairent, à partir de quelques éléments, un aspect particulier : comment le mouvement islamique peut être conduit à ses tout débuts et à quels problèmes il doit alors faire face. En revanche, Jésus (paix sur lui) n’a pas eu à affronter l’étape ultérieure, et nous n’en trouvons aucune indication à son sujet. Sur ce point, nous ne recevons une orientation claire et complète que d’une seule source : la vie du Prophète Muhammad, l’Élu (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Nous sommes obligés de revenir à lui, non seulement par respect pour lui, mais surtout afin d’acquérir la connaissance des difficultés et des épreuves de cette voie. Parmi tous les dirigeants du mouvement islamique, le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est le seul dirigeant dont la vie nous permet de connaître, de manière détaillée et parfaitement fiable, chaque aspect de ce mouvement, depuis son appel initial jusqu’à l’établissement de l’État islamique, puis la structure de l’État, sa constitution, ses politiques intérieure et extérieure, ainsi que les principes et méthodes de sa gouvernance.

Introduction

En rassemblant admirablement, à partir de mes différents écrits, les discussions relatives à la prophétie et à la Sîra du Prophète, M. Naïm Siddiqui et M. Abdul Wakil Alvi ont préparé la première partie de cet ouvrage (les premier et deuxième volumes en bengali). Je n’y ai pas ressenti de besoin particulier d’ajouts ou de révisions.

Cependant, les écrits qu’ils ont rassemblés pour ce volume comportaient çà et là des lacunes. Il était absolument impossible de composer un ouvrage de Sîra avec de telles lacunes. J’y ai donc apporté de nombreux ajouts et développements. Il est désormais devenu un ouvrage de Sîra ininterrompu et suivi.

Ce deuxième volume (de l’original) s’achève avec le récit de l’Hégire. C’est ensuite que commencera la période médinoise. Cette période est véritablement semblable à un océan sans rivages. Je prie le Très-Haut de m’accorder la force et la grâce d’achever cet ouvrage, et de le rendre bénéfique à Ses serviteurs.

Aboul A‘la

 

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Premier chapitre

À quel rang le Coran présente-t-il celui qui le porte ?

Dans le monde, des sages pieux et purs n’ont cessé de naître afin de guider les hommes et de leur montrer, par leurs paroles et leurs actes, le chemin simple et droit de la vérité et de la probité. Mais, dans la plupart des cas, les hommes ne se sont pas contentés de s’opposer à eux : leurs adversaires ont manifesté leur indifférence à l’égard de leurs messages, les ont rejetés, les ont persécutés et ont tenté, en leur infligeant des souffrances, de les détourner du droit chemin. Bien plus, leurs admirateurs et leurs fidèles les ont eux aussi opprimés, en déformant leurs enseignements après leur départ, en altérant leurs indications, en donnant une interprétation perverse aux livres qu’ils avaient apportés et en transformant leur propre personnalité en objet de curiosité, puis en la recouvrant d’une teinte divine. Le premier genre d’injustice se limitait à la durée de vie de ces sages purs et saints, ou tout au plus aux quelques années qui suivirent leur disparition. Mais le second genre d’injustice se poursuivit siècle après siècle après leur mort, et beaucoup en sont encore victimes aujourd’hui.

Tous les messagers appelant à la vérité qui ont été envoyés dans le monde jusqu’à ce jour ont consacré leur vie à abolir la divinité de ces faux dieux que les hommes s’étaient donnés en dehors de l’unique Dieu. Mais il est toujours arrivé qu’après leur départ de ce monde, leurs disciples, sur la base de croyances et de conceptions ignorantes, les prennent eux-mêmes pour des dieux ou pour des associés de Dieu. Ils les ont également inclus parmi les idoles que ces messagers avaient consacré toute leur vie et tous leurs efforts à briser.

En réalité, l’homme souffre d’une certaine hésitation et d’un certain doute : il croit très peu à la possibilité et à l’existence de la pureté et des qualités angéliques dans l’humanité. Il se considère simplement comme un ensemble de faiblesses et d’infériorité. Son esprit reste privé de la connaissance et de la conviction de cette grande vérité : le Créateur suprême a placé dans son corps d’argile des forces et des capacités qui peuvent l’élever, bien qu’il demeure humain et doué de qualités humaines, à un rang supérieur à celui des anges du monde céleste, proches de Dieu. C’est pourquoi, lorsqu’un homme s’est présenté dans le monde comme le représentant de Dieu, les gens de son propre peuple, le voyant comme un être humain de chair et de sang semblable à eux, ont absolument refusé de le reconnaître comme envoyé par Dieu. Puis, lorsqu’ils ont vu se manifester dans son être des qualités nobles et extraordinaires et qu’ils ont incliné la tête devant lui avec respect, ils ont déclaré qu’un homme possédant de telles qualités ne pouvait jamais être humain. Alors, certains l’ont divinisé ; d’autres ont inventé la doctrine de la transmigration et se sont mis à croire que Dieu s’était manifesté sous son apparence. D’autres encore lui ont attribué des qualités divines ainsi que des prérogatives et une autorité propres à Dieu. Enfin, certains ont proclamé qu’il était le fils de Dieu. (Gloire à Lui, exalté soit-Il, et très éloigné de ce qu’ils décrivent.)

La conception des adeptes de différentes religions au sujet de leurs fondateurs religieux

Lorsqu’on examine la biographie de n’importe quel dirigeant religieux du monde, on constate que ceux qui lui ont fait le plus d’injustice sont ses propres admirateurs et fidèles. Ils ont recouvert sa personne d’une couche si épaisse d’imaginations vaines et de superstitions qu’il est devenu difficile d’apercevoir ses traits, sa véritable apparence et sa personnalité. Mais ce n’est pas tout : même leurs ouvrages déformés et remaniés ne nous permettent pas de savoir qui il était réellement. Sa naissance, son enfance, sa jeunesse et sa vieillesse sont toutes enveloppées d’un profond mystère. Chaque parole et chaque acte de sa vie sont entourés d’émerveillement, et sa mort elle-même demeure un sujet d’étonnement. En somme, du début à la fin, tout semble être un récit imaginaire. Il est présenté sous une apparence telle qu’il semble avoir été Dieu lui-même ou le fils de Dieu ; ou bien que Dieu se serait manifesté en prenant sa forme ; ou, à tout le moins, qu’il aurait partagé dans une certaine mesure les attributs de la divinité.

Bouddha

Prenons le cas de Gautama Bouddha. Après une étude approfondie du bouddhisme, on peut au moins supposer que cet homme résolu avait corrigé nombre de défauts du brahmanisme et qu’il avait notamment réfuté la divinité d’innombrables êtres que les hommes de son époque avaient pris pour leurs dieux. Pourtant, à peine un siècle s’était-il écoulé après sa mort que, lors du concile de Vaiśālī, ses disciples modifièrent tous ses enseignements et élaborèrent de nouvelles doctrines à la place des principes originels ; dans les textes fondamentaux comme dans leurs branches et ramifications, ils apportèrent à leur gré toutes sortes de changements et d’ajouts conformes à leurs penchants et à leurs idées. D’un côté, ils établirent au nom de Bouddha des croyances religieuses dans lesquelles l’existence de Dieu n’était nullement reconnue ; de l’autre, ils présentèrent Bouddha comme l’Omniscient, le Maître de l’univers et un être qui, à chaque époque, vient dans le monde sous la forme de Bouddha afin de le réformer. On a composé sur sa naissance, sa vie ainsi que ses existences passées et futures des récits si extravagants qu’après les avoir lus, un érudit spécialiste de la recherche comme le professeur Wilson a déclaré avec étonnement qu’on ne trouvait en réalité dans l’histoire aucune trace de l’existence du véritable Bouddha. En trois ou quatre siècles, ces récits imaginaires ont revêtu Bouddha des couleurs de la divinité. Sous le règne de Kanishka, une assemblée des hauts dignitaires et dirigeants du bouddhisme se tint au Cachemire. Il y fut proclamé que Bouddha était en réalité une manifestation métaphysique ou corporelle de Dieu. En d’autres termes, Dieu se manifestait dans le corps de Bouddha.

Rama

Un traitement de ce genre fut également infligé à Ramachandra. La lecture du Ramayana montre clairement que le roi Ramachandra n’était qu’un homme. Certes, il était doté de noblesse, de justice, de bravoure, de générosité, d’humilité, de douceur, de patience, de tolérance et d’abnégation. Mais il n’y avait en lui pas la moindre trace de divinité ou de nature divine. Cependant, la réunion en une seule personne de l’humanité et de telles qualités prit une forme si énigmatique que la raison des habitants de l’Inde se révéla incapable de la résoudre. Aussi, quelque temps après la mort de Ramachandra, on adopta la croyance que Vishnou s’était incarné en lui [Selon les croyances religieuses actuelles des hindous, Vishnou est appelé le dieu ou la divinité qui préserve et gouverne l’univers. Il s’agissait probablement à l’origine de la notion de la seigneurie d’Allah, qui fut ensuite considérée comme une personnalité permanente. Le commencement de l’idolâtrie chez les hindous s’explique ainsi : chacune des qualités d’Allah le Très-Haut fut séparée de Son essence propre et désignée comme un dieu ou une divinité distincte. — L’auteur]. Et qu’il était l’un de ces êtres sous les formes desquels Vishnou continue de se manifester à différentes époques dans le monde humain afin de le réformer.

Krishna

À cet égard, Śrī Krishna est plus durement maltraité que les deux précédents. Après une étude approfondie de la forme sous laquelle la Bhagavad-Gita nous est parvenue, après avoir été maintes fois déformée, remaniée et mutilée, on peut au moins savoir que Śrī Krishna était monothéiste et qu’il prêchait précisément que le Grand Créateur est un être souverain et tout-puissant. Mais le Mahabharata, le Vishnou Purana, le Bhagavata Purana et la Gita elle-même le présentent de telle manière que, d’un côté, il semble être la manifestation corporelle de Vishnou, le créateur et le maître de toute la création, tandis que, de l’autre, on lui attribue de telles faiblesses qu’il devient difficile de le reconnaître, à plus forte raison, comme un homme au caractère pur, sans même parler de Dieu. On trouve dans la Gita les paroles suivantes de Śrī Krishna :

Je suis le père, la mère et l’ordonnateur de ce monde. Tout ce qui est connaissable et toute chose sacrée, c’est moi. Je suis la syllabe qui désigne Brahman, Om ; je suis le Rig-Véda, le Sama-Véda et le Yajur-Véda. Je suis la destination ultime et le guide de tous les êtres. Je suis le Seigneur, la demeure de tous les êtres, le témoin de leur bien et de leur mal. Je suis le protecteur et le bienfaiteur. Je suis le créateur et le destructeur. Je suis le fondement et le lieu de la dissolution. Je suis la cause impérissable de l’univers. Sous la forme du soleil, je rayonne de la chaleur, j’attire l’eau et la fais tomber en pluie. Je suis l’immortalité des dieux et la mort des mortels. Je suis l’âme impérissable. Je suis le monde périssable. (Gita, 9:17-19.)

Aucun des dieux, à commencer par Brahma, ni aucun des grands sages tels que Bhrigu, ne connaît le principe de mon origine. Car je suis la cause première de toutes les catégories de dieux et de grands sages. Celui qui me connaît comme l’Éternel sans commencement, sans naissance et comme le Seigneur suprême de tous les mondes, celui-là, parmi les hommes, libéré de l’illusion, s’affranchit de toutes sortes de péchés. (Gita, 10:2-3.)

Ô Arjuna qui as maîtrisé tes sens, je suis l’âme consciente qui réside dans le cœur de tous les êtres, et je suis l’origine, la permanence et la destruction des êtres. Parmi les douze Adityas, je suis l’Aditya nommé Vishnou. Parmi les astres, je suis le soleil éclatant. Parmi les quarante-neuf vents, je suis Marichi, et parmi les étoiles, je suis la lune. (Gita, 10:20-21.)

Je suis le roi des Nāga parmi les Nāga. Parmi les créatures aquatiques infinies, je suis le roi Varuṇa — je ne contiens qu’une partie de cet univers tout entier. (Gītā, 10:29-44)

Par ces paroles de la Gītā, Krishna a revendiqué le statut de divinité. [Si la Gītā avait affirmé être le Livre de Dieu et Śrī Krishna celui qui le présente, les paroles précitées auraient été considérées comme celles de Dieu et aucune prétention à la divinité n’aurait été attribuée à Śrī Krishna. Mais la difficulté est que cet ouvrage se présente lui-même comme un recueil des enseignements de Śrī Krishna. Nulle part dans l’ensemble du livre n’est-il dit, même à mots couverts, qu’il s’agit de la parole de Dieu ou qu’il a été révélé à Śrī Krishna par révélation ou inspiration divine. — L’auteur.] Mais, d’un autre côté, le Bhāgavata Purāṇa présente ce même Śrī Krishna sous un jour tel qu’il cache, au moment du bain, les vêtements que portent les gopīs. Toutes les gopīs y prennent corps afin de jouir sexuellement de lui. Lorsque le roi Parīkṣit demanda à Śukadeva : « Dieu se manifeste sous la forme d’un avatar afin de prêcher la vraie religion. Mais quel Dieu est donc celui qui, violant tous les principes fondamentaux de la religion, entretient une relation illicite avec les femmes d’autrui ? »

Pour réfuter cette accusation, le sage est contraint de recourir à cet expédient : même les divinités elles-mêmes s’écartent parfois du droit chemin. Mais leurs péchés ne laissent aucune marque sur leur personne, de même que le feu ne saurait être accusé, bien qu’il consume toute chose.

Aucune personne douée d’une conscience saine ne peut admettre que la vie d’un maître religieux éminent puisse être aussi impure. Elle ne peut pas davantage concevoir qu’un véritable guide religieux ait réellement pu se présenter comme le maître de l’homme et de la nature universelle. Mais l’étude comparative du Coran et de la Bible nous montre clairement comment, lors de leur déchéance morale et intellectuelle, différents peuples ont dépeint de la manière la plus ignoble la vie d’hommes éminents au caractère exemplaire, afin de trouver une justification à leurs propres faiblesses ; et, d’un autre côté, combien de récits imaginaires ils ont forgés au sujet de leur personnalité. Nous pensons donc que l’enseignement véritable et la personnalité réelle de cet homme étaient bien différents de la manière dont il a été présenté.

Jésus, que la paix soit sur lui

Parmi les hommes éminents dont la prophétie est universellement connue et reconnue, nul ne fut plus injustement traité que notre maître Jésus, que la paix soit sur lui. Comme tous les êtres humains, Jésus était un homme ; toutes les caractéristiques de l’humanité existaient en lui, comme elles existent chez les autres hommes. La seule différence est que Dieu lui accorda la sagesse, la prophétie et des pouvoirs miraculeux, et lui ordonna de réformer un peuple déchu. Mais, tout d’abord, son peuple refusa de l’accepter et ne supporta même pas trois années entières son existence bénie. Il décida même de le tuer alors qu’il était encore dans sa jeunesse. Puis, après sa disparition, lorsqu’il reconnut sa grandeur, il commis de nouveau un tel excès qu’il en fit non seulement le fils de Dieu, mais Dieu lui-même. Il lui attribua ensuite cette croyance : Dieu se manifeste sous la forme du Messie afin que celui-ci, crucifié, expie ou rachète l’ensemble des péchés de l’humanité. Car l’homme est pécheur par nature et ne peut obtenir le salut par ses propres actes ou actions. À Dieu ne plaise ! Comment un prophète véridique aurait-il pu adresser une accusation aussi mensongère à son Seigneur ? Mais ses fidèles et ses dévots, emportés par l’émotion de la vénération, portèrent contre lui cette fausse accusation. Sous l’emprise de leurs passions, ils introduisirent dans ses enseignements de telles déformations qu’aujourd’hui, en dehors du Coran, on ne trouve dans aucun livre au monde ni l’enseignement véritable du Messie ni quoi que ce soit concernant sa véritable identité. L’étude des quatre livres appelés Évangiles, qui figurent dans le Nouveau Testament de la Bible, montre qu’ils sont remplis de conceptions erronées : Dieu se serait manifesté en Jésus, celui-ci serait le fils de Dieu et serait même Dieu lui-même. Tantôt la bonne nouvelle est annoncée à Marie : « Ton enfant sera appelé le Fils de Dieu » [Luc (St. LUKE), 1:25]. Tantôt l’Esprit de Dieu descend sur Jésus sous la forme d’une colombe et proclame à haute voix : « Celui-ci est mon fils bien-aimé » (Matthieu, St. Matthew, 16-17). Tantôt le Messie dit lui-même : « Je suis le Fils de Dieu et vous me verrez assis à la droite du Tout-Puissant » (Marc, 14:62). Au Jour du Jugement dernier, le Messie est installé à la place de Dieu sur le trône de Dieu et rend les décrets de châtiment et de récompense (Matthieu, 15:31-46). Tantôt on fait dire au Messie : « Le Père est en moi et je suis dans le Père » (Jean, 1:38). Tantôt on fait sortir de la bouche de cet homme véridique ces paroles erronées : « Je suis sorti de l’intérieur de Dieu » (Jean, 8:42). Tantôt Dieu et Jésus sont confondus, et on lui attribue cette parole : « Celui qui m’a vu a vu le Père, et le Père accomplit ses œuvres en moi » (Jean, 14:9-10). Tantôt tout ce qui appartient à Dieu est transféré au Messie (Jean, 3:35). Tantôt Dieu lui confie toutes ses responsabilités (Jean, 5:20-22).

La véritable cause de tout ce fatras d’accusations et de calomnies mensongères dont ces différents peuples ont accablé leurs maîtres religieux et leurs guides réside dans cette exagération excessive que nous avons mentionnée au début. Ensuite, ce qui a favorisé cette injustice est que, dans la plupart des cas, les orientations et les enseignements de ces hommes éminents ne furent pas consignés après leur disparition. Même lorsque l’on y prêta quelque attention, aucune mesure ne fut prise pour les préserver. Ainsi, après un laps de temps relativement court, ils subirent tant de mélanges, de déformations, de changements, d’ajouts et de corrections qu’il devint extrêmement difficile de distinguer l’original de l’apocryphe. L’absence d’une guidance et d’une orientation claires eut donc pour conséquence que, plus le temps passait, plus s’accumulaient sur la vérité originelle les amas d’imaginations illusoires et de superstitions ; en quelques siècles, la vérité véritable disparut. Il ne resta plus que des récits et des légendes imaginaires.

Notre maître Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix

Parmi tous les guides de l’humanité, seul le prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) possède cette particularité : son enseignement et sa personnalité ont été préservés dans leur forme originelle pendant les treize ou quatorze derniers siècles. Par la grâce de Dieu, certaines dispositions ont été prises de telle sorte qu’il est désormais impossible de les altérer. Étant donné l’attachement et la fascination des hommes pour les superstitions ainsi que pour les choses et les événements extraordinaires, il n’aurait pas été impossible qu’ils transforment même cette grande personnalité élue, symbole de la perfection, en personnage de récits fabuleux, lui attribuent certains attributs divins et, au lieu de la suivre, en fassent un objet d’émerveillement et de dévotion. Mais le décret immuable d’Allah était d’envoyer, à l’ultime étape de l’envoi des prophètes, un guide dont la personne demeurerait pour l’humanité le modèle éternel de toutes les activités et la source universelle de la guidance. C’est pourquoi Il protégea la personne de Muhammad ibn Abdallah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de toutes ces déformations et de toutes ces injustices que les admirateurs ignorants infligèrent aux autres prophètes et aux guides de différents peuples. Tout d’abord, les Compagnons et les Suivants du prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), puis les traditionnistes par la suite, contrairement aux communautés antérieures, prirent eux-mêmes des dispositions extraordinaires pour préserver la biographie de leur prophète. Grâce à cela, même après quatorze siècles, nous pouvons aujourd’hui observer sa personnalité presque d’aussi près que les gens de son époque pouvaient le faire. Mais supposons que cet immense trésor de livres disparaisse de la surface de la terre — trésor recueilli au prix d’efforts séculaires par les autorités et les savants musulmans — et qu’il ne subsiste dans le monde aucune page de hadith ou de biographie permettant de connaître quoi que ce soit de la vie du prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et que seul le Livre d’Allah, le Coran, demeure. Même alors, nous pourrions trouver dans ce Livre sublime les réponses aux questions fondamentales qui viendraient à l’esprit d’un étudiant au sujet de son aspect extérieur.

Voyons de quelle manière le Coran présente celui qui en est le porteur.

Le caractère humain du Messager

La première chose que le Noble Coran a exposée avec une parfaite clarté au sujet de la mission prophétique est que le Messager était bel et bien un être humain. Avant la révélation du Coran, des croyances et des convictions entretenues pendant des centaines d’années avaient établi comme une vérité définitive que l’être humain ne pouvait jamais être le messager ni le représentant d’Allah. Pour réformer et corriger le monde, Dieu se manifestait parfois Lui-même sous forme humaine, lorsque cela était nécessaire. Ou bien Il envoyait un ange ou une divinité. En somme, tous les grands hommes venus réformer le monde étaient des êtres surhumains. Cette croyance était si profondément enracinée dans l’esprit des hommes que, lorsqu’un pieux serviteur d’Allah venait transmettre la parole divine aux hommes, ceux-ci manifestaient d’abord leur étonnement en disant : « Quel est donc ce prophète qui mange, boit, dort et se déplace comme nous ? Quel est donc ce messager qui, comme nous, est sujet à toutes sortes de défauts et de faiblesses, c’est-à-dire qui tombe malade et connaît la peine, la souffrance, le bonheur et la tranquillité ? Si Allah avait voulu nous guider, pourquoi aurait-Il envoyé un homme faible comme nous ? Dieu ne pouvait-Il pas venir Lui-même ? » Après l’arrivée de chaque prophète, ces questions étaient posées, et les hommes, prenant ces prétextes pour raison, reniaient les prophètes. Lorsque le prophète Noé (que la paix soit sur lui) vint auprès de son peuple avec la parole d’Allah, ils dirent :

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« Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. Il veut s’élever au-dessus de vous. Pourtant, si Dieu l’avait voulu, Il aurait envoyé des anges. Nous n’avons jamais entendu pareille absurdité de la bouche de nos ancêtres : qu’un prophète puisse être un être humain. » — (Al-Mu’minûn, 24)

Lorsque le prophète Hûd (que la paix soit sur lui) fut envoyé pour guider son peuple, la première accusation portée contre lui fut également la suivante :

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—Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. Il mange ce que vous mangez et boit ce que vous buvez. Si vous obéissez à un homme semblable à vous, vous serez assurément parmi les perdants (Les Croyants : 33-34).

Lorsque Moïse (paix sur lui) et Aaron (paix sur lui) se présentèrent auprès de Pharaon avec le message de vérité, leurs paroles furent rejetées pour cette seule raison qu’ils étaient tous deux des êtres humains :(Arabe******************)

Croirons-nous en deux hommes semblables à nous ? (Les Croyants : 47)

La même question fut soulevée à cette époque, lorsqu’un homme illettré de La Mecque, après avoir mené une vie silencieuse pendant quarante ans, déclara soudain : « J’ai été désigné et envoyé comme Messager de la part de Dieu. »

Les gens ne parvenaient pas à comprendre comment un être humain doté, comme eux, de mains, de pieds, d’yeux, d’un nez, d’un corps et d’une âme pouvait être le Messager d’Allah. Ils demandaient avec un profond étonnement :

(Arabe****************)

—Quel genre de messager est-ce donc, puisqu’il mange et se déplace dans les rues et les marchés ? Pourquoi aucun ange n’est-il descendu avec lui pour rester à ses côtés et avertir les gens ? Ou, à tout le moins, pourquoi ne lui a-t-on pas fait descendre un trésor, ou pourquoi n’aurait-il pas eu avec lui un jardin de fruits dont il aurait pu manger ? (Le Discernement : 7-8).

Puisque les idées erronées constituaient le plus grand obstacle à l’acceptation de la mission prophétique, le Noble Coran les a réfutées dans un langage sans équivoque. Il a ensuite démontré, arguments à l’appui, que l’être humain est le plus apte à guider les hommes. En effet, l’envoi d’un prophète n’a pas pour seul objectif d’enseigner ; il s’agit aussi de montrer l’exemple en mettant lui-même les enseignements en pratique et en présentant un modèle d’obéissance et de suivi. Si, dans ce but, on envoyait un ange ou une créature surhumaine dépourvue des caractéristiques et des faiblesses humaines, l’homme pourrait dire : « Comment pourrions-nous agir comme lui ? Il n’a pas, comme nous, d’inclinations ni de désirs, et les forces qui poussent l’être humain à commettre le péché ne font pas partie de sa nature. »

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-Si les anges avaient pu se déplacer tranquillement (de manière naturelle) sur la terre, Nous aurions certes fait descendre sur eux un ange du ciel comme messager- (Banî Isrâ’îl, 95).

Ensuite, Allah le Très-Haut expose clairement que tous les prophètes et guides vers la vérité qui vinrent auparavant auprès des différentes nations étaient eux aussi des êtres humains, exactement comme Muhammad, le Messager d’Allah (s), est un être humain. De même que les hommes mangent, boivent et se déplacent, eux aussi mangeaient, buvaient et se déplaçaient. (Arabe***********************)

-Les messagers que Nous avons envoyés avant toi étaient eux aussi des êtres humains auxquels Nous révélions. Si vous ne savez pas, interrogez donc les gens de science. Nous n’avons pas donné à ces prophètes des corps tels qu’ils ne mangeaient pas, et ils n’étaient pas immortels- (Les Prophètes, 7-8).

(Arabe******************)

-Et tous les prophètes que Nous avons envoyés avant toi mangeaient et circulaient dans les marchés- (Le Discernement, 20).

(Arabe*****************)

-Et Nous avons certes envoyé avant toi de nombreux messagers, et Nous leur avons donné des épouses ainsi que des enfants- (Le Tonnerre, 38).

Puis il fut ordonné au prophète Muhammad (s) : « Déclare clairement que tu es un être humain, afin qu’après toi les gens ne t’attribuent pas non plus des qualités divines, comme ils l’ont fait pour les prophètes qui t’ont précédé. »

Ce verset apparaît à différents endroits du Coran :

 (Arabe******************)

— Ô Prophète ! Dis-leur : Je ne suis qu’un être humain comme vous. Il m’est révélé que votre Dieu est un Dieu unique — (Al-Kahf : 111 ; Fussilat : 6).

Ces explications détaillées n’ont pas seulement fermé la porte à toutes les croyances erronées concernant le prophète Muhammad (s) ; elles ont également libéré la personnalité de tous les prophètes précédents et des penseurs musulmans de ces conceptions erronées.

La puissance et les capacités extraordinaires du Messager

L’autre question clairement exposée dans le Coran est celle de la puissance et des capacités extraordinaires du Prophète. Sous l’effet de l’ignorance et de la stupidité, lorsque les hommes firent d’un grand homme envoyé par Dieu l’égal de Dieu, ils en vinrent naturellement à croire que les envoyés de Dieu possédaient des capacités extraordinaires. Ils jouiraient de prérogatives particulières dans le domaine de l’action divine. Ils auraient le pouvoir de récompenser et de châtier. Tout ce qui est manifeste ou caché leur serait parfaitement connu. Les décisions du destin seraient modifiées selon leur volonté et leur jugement. Ils auraient également pouvoir sur le bien et le mal. Ils seraient les maîtres du bien comme du mal. Toutes les forces de l’univers seraient soumises à leur autorité. D’un seul regard, ils pourraient changer le cœur des gens et dissiper leurs ténèbres et leur égarement. C’est sous l’emprise de toutes ces conceptions que les gens adressaient au Messager de Dieu (s) des demandes étranges et extravagantes. Le Coran dit

(Arabe**************)

—Et ils dirent : « Nous ne croirons absolument pas en toi tant que tu n’auras pas fait jaillir pour nous une source dans la terre, ou tant que tu n’auras pas fait pousser pour toi un jardin de palmiers et de vignes, dans lequel tu feras couler des ruisseaux. Ou bien, comme tu le prétends, fais tomber sur nous le ciel en morceaux. Ou amène Allah et les anges devant nous. Ou qu’une maison d’or soit construite pour toi. Ou monte au ciel ; mais même si tu y montes, nous ne croirons pas en toi tant que tu ne feras pas descendre sur nous un Livre que nous puissions lire. »

Ô Muhammad ! Dis-leur : « Mon Seigneur est pur et exempt de toute imperfection. Suis-je autre chose qu’un homme-prophète ? » —(Banî Isrâ’îl : 90-93).

Allah Tout-Puissant réfute toutes les conceptions erronées de ce genre qui existaient parmi les gens au sujet des grands hommes et des penseurs envoyés par Dieu, et affirme clairement que le Messager ne possède pas même la moindre part de la puissance divine ni des actes divins. Il est même dit que, sans Notre permission, le Prophète est incapable non seulement de protéger autrui contre un mal, mais même d’écarter le mal de sa propre personne.

(Arabe*****************)

—(Ô Prophète,) si Allah te fait subir un mal, nul autre que Lui ne peut l’écarter. Et s’Il veut t’accorder un bienfait, Il est capable de toute chose (Al-An‘âm : 17).

(Arabe*******************)

—(Ô Prophète,) dis : « Je ne suis même pas capable de me procurer à moi-même un avantage ou de me causer un dommage, sauf si Allah le veut ; alors, il en va autrement » —(Yûnus : 49).

Il est également affirmé de la part d’Allah Tout-Puissant que le Prophète ne détient aucune clé des trésors d’Allah, qu’il ne connaît pas l’avenir et qu’il ne possède aucun pouvoir surnaturel.

(Arabe***********)

Je suis un ange (c’est-à-dire au-dessus des faiblesses humaines). Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé (c’est-à-dire ce qui m’est ordonné par la révélation). (Al-An‘âm : 50).

(Arabe*****************)

— Si je connaissais l’invisible ou l’avenir, j’aurais obtenu de nombreux avantages pour moi-même et aucun mal ne pourrait m’atteindre. Je ne suis qu’un avertisseur et l’annonciateur d’une bonne nouvelle pour celui qui acceptera ma parole. (Al-A‘râf : 188).

Il est également dit que le Prophète n’a aucun pouvoir dans le jugement des comptes de l’au-delà, ni en matière de châtiment ou de récompense. Sa tâche consiste seulement à transmettre le message et à montrer le droit chemin. Faire rendre les comptes dans l’au-delà et infliger le châtiment ou accorder la récompense relève de l’œuvre d’Allah.

(Arabe**************)

— Dis-leur : « Je suis venu de la part de mon Seigneur avec des preuves évidentes, mais vous les avez traitées de mensonges et rejetées. Il ne m’appartient pas de faire descendre moi-même sur vous le châtiment dont vous demandez la prompte venue. Le jugement n’appartient qu’à Allah. Il expose la vérité et Il est le meilleur des juges. »

Dis-leur : « Si le châtiment dont vous réclamez si impatiemment la venue était en mon pouvoir, le différend entre vous et moi aurait été tranché depuis longtemps. Mais Allah sait mieux comment décider du sort des injustes. » — (Al-An‘âm : 57-58).(Arabe**************)

(Ô Prophète,) ta mission consiste seulement à transmettre le message. Quant au jugement des comptes, c’est à Moi qu’il revient. (Le Tonnerre : 40).

(Arabe**************)

(Ô Prophète,) Nous avons fait descendre sur toi ce Livre avec la vérité afin de guider les gens. Celui qui accepte la guidée le fait pour son propre bien. Quant à celui qui se livre à l’égarement, il se cause à lui-même injustice et malheur. Et tu n’es pas chargé de les surveiller. (Les Groupes : 41).

Il a également été dit qu’il n’est pas au pouvoir du Prophète de transformer le cœur des gens ni d’insuffler la foi à ceux qui ne désirent pas accepter la vérité. Il est guide en ce sens qu’il s’acquitte pleinement du devoir de l’exhortation et montre le chemin à celui qui souhaite le voir.

(Arabe**************)

-Tu ne peux pas faire entendre les morts, ni faire parvenir la voix aux sourds lorsqu’ils se détournent et s’en vont. Tu ne peux pas non plus sortir les aveugles de l’égarement pour les conduire sur le droit chemin. Tu ne peux faire entendre que ceux qui croient en Nos signes et inclinent ensuite la tête en signe de soumission- (Les Fourmis : 80-81).

(Arabe**************)

-Tu ne peux pas faire entendre ceux qui sont morts dans les tombes. Tu peux seulement avertir. Nous t’avons envoyé avec la vérité, annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur.[Il est clairement dit à un endroit du Coran-

(Arabe**************)

Ô Prophète ! Tu ne peux guider qui tu veux ; mais Allah peut guider qui Il veut. Il connaît parfaitement ceux qui acceptent la guidée.

Il est rapporté dans le Sahîh de Boukhari et de Muslim que ce verset fut révélé au sujet d’Abou Talib, l’oncle du Prophète (ﷺ). Lorsque ses derniers moments arrivèrent, le Prophète (ﷺ) fit tout son possible pour qu’il prononce la formule « La ilaha illallah » et que sa fin soit heureuse, c’est-à-dire qu’il meure avec la foi. Mais lui, Abou Talib, préféra rendre son dernier souffle dans la religion d’Abd al-Muttalib. C’est pourquoi Allah dit : « Tu ne peux guider celui que tu aimes. »

Cependant, la méthode bien connue des traditionnistes et des exégètes consiste à rapporter comme circonstance de la révélation d’un verset l’événement de l’époque prophétique auquel il se rattache. C’est pourquoi, à partir de cette tradition et des autres traditions relatives à ce sujet — rapportées dans des recueils de hadiths tels que le Tirmidhi et le Musnad d’Ahmad, notamment d’après Abou Hourayra, Ibn Abbas et Ibn Omar (qu’Allah les agrée) — on ne peut conclure que ce verset de la sourate al-Qasas fut révélé au moment de la mort d’Abou Talib. On peut seulement en déduire que la portée de la vérité de ce verset apparaît avec le plus de force dans cet événement. Bien que le désir profond du noble Prophète (ﷺ) fût de conduire tout serviteur d’Allah sur le droit chemin, si la mort d’un homme dans la mécréance lui était particulièrement douloureuse et que, en raison de l’amour et des liens personnels, il souhaitait plus que tout guider une personne, cette personne était Abou Talib. Mais le Prophète (ﷺ) ne put pas non plus le faire entrer dans la voie de la guidée. Il devint ainsi évident que guider quelqu’un ou le priver de la guidée dépassait le pouvoir du Prophète. Cette affaire est entièrement entre les mains d’Allah. Et ce don de la guidée accordé par Allah n’est attribué ni sur la base de la parenté ou de la fraternité, mais sur la base de la réceptivité de l’être humain, de sa sincérité et de son amour véritable de la vérité.] (Fâtir : 22-24).

Cela montre également clairement que tout l’honneur et toute la dignité du Prophète tiennent au fait qu’il obéit à Allah, se conforme correctement à Ses commandements et transmet exactement aux serviteurs d’Allah les paroles qui lui sont révélées. Sinon, s’il se détournait de l’obéissance et mêlait aux paroles d’Allah quelque parole de son invention, aucune de ses particularités ni de ses distinctions ne subsisterait ; il ne pourrait même pas échapper au châtiment de Dieu.

(Arabe**************)

Et, malgré la connaissance qui t’est parvenue, ô Prophète, si tu suivais leurs passions, tu deviendrais alors injuste. (Al-Baqara : 145).

(Arabe**************)

— (Ô Prophète,) après que la connaissance t’est parvenue, si tu suis leurs passions, tu n’auras aucun allié ni aucun secours pour te préserver du châtiment d’Allah. (Al-Baqara : 120).

(Arabe**************)

— (Ô Muhammad,) dis : « Je n’ai pas le pouvoir de modifier quoi que ce soit dans cette Parole de mon propre chef. Je ne fais que suivre ce qui m’est ordonné par révélation. Si je désobéis à mon Seigneur, je crains le châtiment d’un jour terrible. » (Yunus : 15).

Ces paroles n’ont pas été prononcées parce que, à Dieu ne plaise, il y aurait eu la moindre crainte de désobéissance ou de modification de la part du noble Messager (r). En réalité, leur but est de rendre manifeste au monde cette vérité : il n’y avait pas la moindre crainte de désobéissance ou de modification de la part du Prophète béni (s). En réalité, leur but est de rendre manifeste au monde cette vérité : la proximité que le Prophète béni (s) a obtenue auprès d’Allah, le Seigneur de la Toute-Puissance, ne s’explique pas par une quelconque relation de parenté entre la personne du Prophète et Allah ; elle s’explique au contraire par le fait qu’il Lui est absolument et parfaitement obéissant et qu’il est sincèrement Son serviteur.

Le prophète Muhammad (s) est l’un des prophètes.

Le troisième point qui a été mentionné à maintes reprises et en détail dans le Noble Coran est que Muhammad (s) n’est pas un nouveau prophète. Il est plutôt l’un des prophètes et un maillon de la continuité de la prophétie, continuité qui s’est poursuivie depuis le commencement de la création jusqu’à sa venue et qui comprenait les prophètes et messagers de chaque peuple et de chaque époque. Le Saint Coran ne limite ni ne restreint la prophétie et la mission apostolique à une personne, à un pays ou à un peuple particulier. Il proclame au contraire clairement qu’Allah a suscité, dans chaque peuple, chaque pays et chaque époque, des personnes d’une grande pureté qui ont appelé l’humanité vers la voie droite et l’ont avertie des terribles conséquences de l’égarement.

(Arabe**************)

— Il n’y a pas eu de peuple parmi lequel ne soit venu un avertisseur. (Fâtir : 24)

(Arabe**************)

-Et Nous avons envoyé à chaque communauté un prophète et un messager avec ce message : « Adorez et obéissez à Allah, et abstenez-vous d’adorer et d’obéir au Ṭāghūt. » (An-Nahl : 36).

Parmi ces prophètes et avertisseurs figurait le prophète Muhammad Mustafa, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il est dit en de nombreux endroits :(Arabe**************)

-Je ne suis qu’un avertisseur parmi les avertisseurs précédents. (An-Najm : 56).

(Arabe**************)

-Ô Muhammad ! Tu es certes l’un des messagers. (Yâ-Sîn : 3).(Arabe**************)

-Ô Muhammad, dis : « Je ne suis pas un messager sans précédent. Je ne sais pas ce qui nous arrivera, ni ce qui vous arrivera. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. Je ne suis qu’un avertisseur en langage clair. » (Al-Ahqaf : 9).

(Arabe**************)

— Muhammad n’est qu’un Messager, et bien d’autres messagers sont passés avant lui — (Âl ‘Imrân : 144).

Il n’a pas seulement été dit cela ; il a également été dit que l’appel du Messager arabe était précisément celui auquel, depuis l’origine de l’humanité, chaque prophète appelant à la vérité avait convié les hommes. Le prophète Muhammad (s) a appelé les hommes à cette religion naturelle même à laquelle tous les prophètes et messagers avaient appelé.

(Arabe**************)

— Dis : « Nous avons cru en Allah et à l’enseignement qui nous a été révélé, ainsi qu’à ce qui a été révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et à leurs descendants, et à ce qui a été donné à Moïse, à Jésus et aux autres prophètes de la part de leur Seigneur. Nous ne faisons aucune distinction entre eux et nous sommes soumis à Allah. Si donc ces gens croient comme vous avez cru, ils seront certes sur la bonne voie. » (Al-Baqara : 136-137)

Cette présentation du Coran ne laisse aucun doute quant à cette vérité : le prophète Muhammad (s) n’est pas venu avec une nouvelle religion ou une nouvelle foi. Il n’est pas non plus venu pour déclarer mensonger l’un des prophètes précédents ni pour réfuter le message apporté par quiconque. Il a au contraire été envoyé afin de présenter, débarrassée de toute altération, la véritable religion que les prophètes de toutes les nations avaient proposée depuis l’origine et que les hommes avaient par la suite déformée.

Le but de l’envoi des prophètes

Ainsi, après avoir exposé la véritable identité et le rang de celui qui le portait, le Noble Coran décrit les activités pour lesquelles il avait été envoyé. Ces activités relèvent globalement de deux domaines : le domaine de l’enseignement et celui de l’action.

Les activités du prophète relatives à l’enseignement

Le rôle de cette section est le suivant :

(1) La récitation des versets, la purification de l’âme et l’enseignement du Livre et de la sagesse.

(Arabe**************)

En vérité, la grande grâce d’Allah envers les croyants est qu’Il a suscité parmi eux un Messager issu de leur propre communauté, qui leur récite les signes d’Allah, les purifie et leur enseigne le Livre et la sagesse. Or, auparavant, ils étaient manifestement égarés — (Al ‘Imrân : 164).

La récitation des versets, c’est-à-dire le fait de faire entendre les versets, signifie transmettre fidèlement les commandements d’Allah. La tazkiya consiste à purifier le caractère et la vie des gens des mauvaises qualités, des coutumes et des pratiques néfastes, et à développer en eux les nobles qualités morales, les bonnes manières et les pratiques justes. Enseigner le Livre et la sagesse signifie leur expliquer le sens véritable du Livre sublime d’Allah et leur insuffler une telle clairvoyance qu’ils puissent comprendre les réalités profondes du Livre d’Allah. Ensuite, leur enseigner cette sagesse, ou ce savoir particulier, grâce auquel ils peuvent modeler les différents aspects et les vastes dimensions de toute leur vie conformément au Livre d’Allah.

(2) Le parachèvement de la religion

(Arabe**************)

— Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai accompli sur vous Mon bienfait et J’ai agréé pour vous l’islam comme religion. (Al-Mâ’idah : 3).

En d’autres termes, Celui qui a révélé le Coran ne s’est pas contenté de confier à Son messager la tâche de leur réciter Ses versets, de purifier les âmes des gens (tazkiya) et de leur enseigner le Livre et la sagesse ; Il a plutôt parachevé ces tâches par l’intermédiaire de ce serviteur pieux. Il a fait parvenir, par l’intermédiaire du Prophète, les versets et les paroles qui devaient parvenir à l’humanité. Il a, par ses mains, extirpé toutes les turpitudes et tous les maux dont Il voulait purifier la vie humaine. Il a présenté, sous la direction du Prophète, l’exemple éclatant du développement des qualités et des vertus qui devaient s’épanouir parmi les hommes et dans la société, avec la dignité qui leur convenait. De plus, Il lui a fait transmettre un enseignement du Livre et de la sagesse grâce auquel, dans toutes les époques à venir, la vie humaine pourrait être façonnée conformément au Livre sublime qu’est le Coran.

(3) La troisième tâche éducative du Noble Prophète consistait à dévoiler les raisons des divergences qui étaient apparues entre les communautés des prophètes précédents. En outre, en levant tous les voiles, en éliminant toutes les falsifications et en dissipant tous les doutes, les conflits et les difficultés, il a fait resplendir le droit chemin, dont le suivi constituait l’unique voie permettant invariablement d’obtenir la satisfaction de Dieu.

(Arabe**************)

Par Dieu, ô Muhammad, avant toi, Nous avons envoyé la guidée à différentes nations. Mais ensuite Satan a rendu séduisantes leurs actions égarées. En vérité, aujourd’hui, c’est lui qui est devenu leur protecteur, et ils sont devenus dignes d’un châtiment douloureux. Nous avons seulement fait descendre sur toi ce Livre afin que tu leur exposes la vérité au sujet de laquelle ils sont en désaccord, et aussi afin que ce Livre soit une guidée et une miséricorde pour ceux qui en accepteront le suivi (An-Naml : 63-64).

(Arabe**************)

— Ô gens du Livre ! Notre Messager est venu à vous ; il vous expose clairement nombre de choses que vous dissimulez du Livre, tout en pardonnant beaucoup d’autres choses. Une lumière et un Livre explicite vous sont certes venus de la part d’Allah. Par ce Livre, Allah guide vers les voies de la paix, du bonheur et de la sécurité ceux qui vivent à sa lumière ; Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière et les dirige vers le droit chemin — (Al-Mâ’ida : 15-16).

(4) Avertir les désobéissants du châtiment, annoncer aux obéissants la bonne nouvelle de la miséricorde d’Allah le Très-Haut, et propager et faire rayonner la religion d’Allah faisaient également partie de la mission éducative du Prophète.

(Arabe**************)

Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé comme témoin, annonciateur de bonnes nouvelles, appelant les hommes vers Allah par Sa permission et comme soleil lumineux. (Al-Ahzab : 45-46)

Le rôle concret du Prophète

Dans la vie réelle et dans ses activités, les tâches qui incombaient au Prophète étaient les suivantes :

(1) Ordonner le bien, détourner du mal, définir les limites du licite et de l’illicite, libérer les hommes des liens des interdictions imposées par d’autres qu’Allah et alléger les fardeaux qui leur étaient imposés.

(Arabe**************)

Il leur ordonne le bien et les détourne du mal. Il leur rend licites les bonnes choses et leur interdit les mauvaises. Il les décharge de leurs fardeaux et abolit les interdictions auxquelles ils étaient assujettis et opprimés. Ainsi, ceux qui croiront en lui, le soutiendront et suivront la lumière qui a été révélée avec lui, ceux-là réussiront. (Al-A‘raf : 157)

(2) Juger entre les serviteurs d’Allah avec vérité et équité.

(Arabe**************)

Ô Muhammad, Nous avons fait descendre sur toi ce Livre avec la vérité, afin que tu juges entre les gens selon les lois prescrites par Allah et que tu ne sois pas l’avocat des détourneurs (An-Nisâ’ : 105).

(3) Établir la religion d’Allah de telle manière que tous les systèmes de la vie humaine lui soient soumis et que toutes les autres coutumes et méthodes soient réprimées face à elle.

(Arabe**************)

— C’est Lui, Allah seul, qui a envoyé Son Messager avec la bonne direction et la religion de vérité, afin de la faire prévaloir sur toutes les lois (Al-Fath : 28).

Ainsi, cette dimension de la mission du Prophète englobe la politique, le système judiciaire, la réforme morale et civilisationnelle, ainsi que tous les aspects de la vérité pure et sacrée.

La prophétie de Muhammad est universelle et éternelle

La mission de Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’est pas limitée à une nation, à un pays ou à une époque. Elle s’applique au contraire de la même manière à toute l’humanité et à toutes les époques.

(Arabe**************)

— Ô Muhammad ! Nous t’avons envoyé comme avertisseur et annonciateur de bonne nouvelle pour tous les hommes. Mais la plupart des gens ne le savent pas. (Saba : 28).(Arabe**************)

— Ô Muhammad ! Dis : « Ô humanité, je suis venu à vous tous comme le Messager de Dieu, de Celui qui détient la royauté des cieux et de la terre, en dehors de qui il n’y a point de divinité, le Maître de la vie et de la mort. Croyez donc en Dieu et en Son Messager, le Prophète illettré, qui croit en Dieu et en Ses commandements, et suivez-le, afin que vous soyez guidés sur le droit chemin. » (Al-A‘râf : 158).

(Arabe**************)।

— Ô Muhammad ! Dis : « Ce Coran m’a été révélé afin que je vous avertisse par son intermédiaire, ainsi que tous ceux auxquels il parviendra. » (Al-An‘âm : 19)

(Arabe**************)

— Ce Coran n’est qu’un rappel pour tous les habitants du monde, pour quiconque parmi vous désire suivre le droit chemin. (At-Takwîr : 27-28).

Le sceau de la prophétie

Une autre caractéristique de la prophétie de Muhammad est que la succession de la prophétie et de la mission apostolique a été achevée avec lui. Après lui, le monde n’a plus eu besoin d’aucun prophète.

(Arabe**************)

Muhammad (S) n’est le père d’aucun de vos hommes ; il est plutôt le Messager d’Allah et le sceau des prophètes (Al-Ahzâb : 40).

C’est en réalité une conséquence inévitable de l’universalité et de l’éternité de la prophétie muhammadienne, ainsi que de la perfection de la religion. Puisque, selon la description donnée plus haut, la prophétie de Muhammad (S) s’adresse à l’ensemble des hommes du monde — et non à une nation particulière — et qu’elle est destinée à tous les temps — et non à une époque déterminée —, et puisque l’œuvre pour laquelle la venue des prophètes dans le monde était nécessaire est parvenue à son accomplissement ultime, il est tout à fait logique que la succession de la prophétie ait été close avec lui. Le Prophète (S) lui-même a expliqué cette question de la plus belle manière dans un hadith. Il dit : « Mon exemple parmi les prophètes est celui d’un homme qui construisit une belle maison. Après avoir achevé toute la maison, il laissa vide l’emplacement d’une seule brique. Tous ceux qui en firent le tour furent intrigués et dirent : “Si cette dernière brique avait également été posée ici, la maison aurait été parfaitement achevée.” Or, dans la demeure de la prophétie, je suis cette brique dont l’emplacement était resté vide. »

Cet exemple permet de comprendre clairement la raison de la clôture de la prophétie. Lorsque la religion a été parachevée, que les versets d’Allah ont été exposés en détail, que les commandements et les interdits, les croyances doctrinales, les actes de dévotion, la civilisation, la vie sociale, l’organisation de l’État et la politique — bref, des directives détaillées concernant chaque domaine de la vie humaine — ont été présentés, et que la parole d’Allah ainsi que l’excellent modèle du Messager ont été exposés au monde de telle manière qu’ils ont été préservés de toute déformation et de toute altération, et qu’il est possible d’en tirer une guidance à chaque époque, alors il ne subsistait plus aucun besoin de prophétie. Il ne restait nécessaire que le rappel et le renouveau (la renaissance). Pour cela, les oulémas véridiques et la communauté des croyants sincères suffisent.

Les qualités dignes d’éloge du Prophète Muhammad (S)

La dernière question qui se pose est la suivante : quel était, sur le plan personnel, le caractère du porteur de ce Livre ? En réponse à cette question, le Noble Coran n’a pas, à l’instar des autres ouvrages couramment connus, emprunté la voie des éloges excessifs envers leurs porteurs. Il n’a pas non plus fait de ses louanges un thème permanent. Ses traits de caractère n’y apparaissent que de manière incidente et allusive, au fil du propos.

(1) Le Coran dit que son porteur se trouvait au sommet des qualités morales.

(Arabe**************)

—Et, ô Muhammad (s), tu es certes doté du plus haut degré de moralité (Nûn : 4).

(2) Le Coran dit que son porteur était un homme doté d’une ferme résolution, d’un cœur inébranlable et qui s’en remettait à Allah en toutes circonstances ; lorsque toute sa nation fut résolue à l’anéantir et qu’il fut contraint de se réfugier dans une grotte de montagne avec un compagnon, il ne perdit pas courage dans cette situation difficile et dangereuse, mais resta ferme dans sa résolution.

(Arabe**************)

Rappelle-toi le moment où les mécréants l’avaient expulsé, lorsqu’il était le second de deux, lorsque tous deux étaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon : « Ne t’afflige pas, Allah est avec nous. » (At-Tawbah : 40).

(3) Le Coran dit que son porteur était un homme d’une grande générosité d’esprit et d’une grande compassion, qui priait même pour le pardon de ses ennemis les plus acharnés ; finalement, Allah lui fit connaître ce verdict définitif : Il ne leur pardonnerait pas.

(Arabe**************)

—Que tu implores leur pardon ou que tu ne l’implores pas, même si tu implores leur pardon soixante-dix fois, Allah ne leur pardonnera néanmoins pas— (At-Tawbah : 80).

(4) Le Coran dit que le tempérament de son porteur était extrêmement doux. Jamais il ne se montra dur envers personne et, pour cette raison, le monde s’attacha à lui.

(Arabe**************)

— C’est par la miséricorde d’Allah que tu es doux et humble envers eux. Si tu avais été rude dans tes paroles et dur de cœur, ils se seraient certainement dispersés loin de toi. — (At-Tawba : 151).

(5) Le Coran dit que son porteur ressentait au fond de lui une profonde inquiétude, désireux de guider les serviteurs de Dieu vers la voie de la vérité et de la droiture, et qu’il éprouvait une grande peine lorsqu’ils s’obstinaient dans l’égarement. Il était même accablé par leur chagrin.

(Arabe**************)

— Ô Muhammad, il semble que tu vas perdre la vie, accablé de chagrin à leur sujet, s’ils ne croient pas à cette parole. (Al-Kahf : 6).

(6) Le Coran dit que son porteur nourrissait un amour profond pour sa communauté. Il lui voulait du bien. Il était profondément affligé lorsqu’elle subissait un malheur. Pour elle, il était l’incarnation de la miséricorde, de la tendresse et de la compassion.

(Arabe**************)

— Un Messager issu de vous-mêmes est certes venu à vous ; ce qui vous nuit lui est pénible, il veille ardemment à votre bien, et il est plein de bonté et de miséricorde envers les croyants. — (At-Tawba : 128).

(7) Le Coran dit que son porteur n’était pas seulement une miséricorde pour son peuple, mais pour le monde entier.

(Arabe**************)

— Ô Muhammad (S), Nous t’avons envoyé comme miséricorde pour le monde entier — (Al-Anbiyâ’ : 107).

(8) Le Coran dit que son porteur veillait, heure après heure, pendant la nuit, à adorer Dieu et se tenait debout dans Son rappel.

(Arabe**************)

— Ô Muhammad (S), ton Seigneur sait que tu restes debout en prière près des deux tiers de la nuit, parfois la moitié de la nuit et parfois le tiers de la nuit — (Al-Muzzammil : 20).

(9) Le Coran dit que son porteur était un homme véridique. Jamais, au cours de sa vie, il ne s’est écarté du droit chemin. Il ne s’est pas laissé influencer par des pensées malfaisantes. Et jamais il n’a, sous l’emprise de ses passions, proféré le moindre mot contre la vérité.

(Arabe**************)

— (Ô gens,) votre compagnon ne s’est jamais écarté du droit chemin, ni n’a dévié de la pensée juste. Et il ne parle pas non plus sous l’empire de ses passions (An-Najm : 203).

(10) Le Coran affirme que son porteur est, pour le monde entier, un modèle digne d’être suivi, et que toute sa vie constitue la juste référence d’une moralité parfaite.(Arabe**************)

Vous avez certes dans le Messager un modèle excellent — (Al-Ahzab, 21).

En étudiant le Noble Coran, on découvrira qu’il met également en lumière d’autres traits distinctifs de son porteur. Mais il n’est pas possible d’en discuter en détail dans le présent article.

Quiconque lit le Coran constatera par lui-même que, contrairement aux autres ouvrages religieux en usage, l’image qu’il donne de son porteur est d’une telle clarté, d’une telle précision et d’une telle pureté, qu’elle est exempte de toute souillure. Il ne lui attribue rien de divin, pas plus qu’il ne recourt à l’exagération ou à l’hyperbole dans les louanges. Aucune puissance extraordinaire ne lui est attribuée. Il n’est pas non plus associé à Dieu dans Ses œuvres. Et il ne lui est pas imputé de faiblesses, de défauts ou de manquements contraires à la dignité d’un guide et d’un appelant à la Vérité. Si tous les autres ouvrages de la littérature islamique venaient à disparaître du monde et qu’il ne restât que le Noble Coran, il n’y aurait malgré tout aucune possibilité de malentendu, de doute, d’hésitation ou de défaillance dans le respect et la vénération dus à la noble personnalité du Prophète. Nous savons parfaitement que le porteur de ce Livre était un homme accompli, doué des plus éminentes qualités morales. Il reconnaissait la véracité des prophètes précédents. Il n’était pas l’inventeur d’une nouvelle religion et ne prétendait pas être un surhomme. Son appel s’adressait à l’ensemble de l’univers. Allah Très-Haut lui avait ordonné d’accomplir certains services précis. Lorsqu’il eut pleinement accompli ces services, la succession de la prophétie prit fin avec lui. [En réalité, cet article avait été écrit en 1927 pour un numéro de la revue « Al-Jayat », consacré à « Habik ». Quelques modifications y furent apportées avant son insertion en 1944 — l’auteur.]

 

Deuxième chapitre

La généalogie du Prophète Muhammad (s)

Le vénérable Ibrahim (a)

Il est historiquement unanimement reconnu que la famille du prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est issue de la branche de la descendance du prophète Ibrahim — que la paix soit sur lui — qui provient de son fils aîné, le prophète Ismaël — que la paix soit sur lui. Cette lignée est connue sous le nom de Bani Ismaël. Le lien de cette question avec la biographie du prophète Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — est si profond que, pour aborder quoi que ce soit à son sujet, il faut commencer par les événements de la vie des prophètes Ibrahim et Ismaël — que la paix soit sur eux. Sans cela, il serait impossible de comprendre comment cette branche venue d’Irak fut réinstallée dans une région reculée de l’intérieur de l’Arabie, comment la base de la qibla des monothéistes y fut établie, et quelle relation le prophète Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — entretenait avec la majorité des tribus arabes, relation grâce à laquelle il n’était pas un inconnu, mais au contraire une personnalité extrêmement connue.

Il a été mentionné que le prophète Ibrahim — que la paix soit sur lui — était originaire d’Irak. Sa patrie, Ur, était la capitale de la famille de Nimrod en Irak. Selon les savants et chercheurs, le prophète Ibrahim — que la paix soit sur lui — apparut aux alentours de 2100 avant J.-C. Ur était alors un immense centre de civilisation, de culture et de commerce. C’était également la forteresse du polythéisme et de la mécréance de ce peuple. Lorsque le prophète Ibrahim — que la paix soit sur lui — entreprit de s’opposer au polythéisme de ce peuple et de l’appeler au monothéisme, le gouvernement, l’ensemble de la nation, sa propre famille, et même son père, devinrent ses ennemis. Comme tous échouèrent à le faire renoncer en le réprimandant et en le menaçant, ils le jetèrent unanimement dans un immense brasier afin de le brûler vif. Mais Allah rendit le feu frais pour lui, et il en sortit vivant et sain. Cet événement est relaté en détail dans le Coran (Al-Anbiyâ’ : 68-69 ; Al-‘Ankabût : 24 ; As-Sâffât : 97-98). Voir à ce sujet.

Selon le récit coranique, le prophète Ibrahim — que la paix soit sur lui — quitta ensuite sa patrie et émigra en direction du Shâm et de la Palestine. À cette époque, ces régions étaient appelées le pays de Canaan. À ce propos, le Coran dit :

(Arabe**************)

— Ils se dirent entre eux : « Construisez pour lui un brasier et jetez-le dans ce feu ardent. » Ils voulurent agir contre lui, mais Nous les avons humiliés. Et Ibrahim — que la paix soit sur lui — dit : « Je me dirige vers mon Seigneur », c’est-à-dire : « J’émigre. » C’est Lui qui me guidera sur le droit chemin. » (As-Sâffât : 97-98).

(Arabe**************)

— La réponse de son peuple ne fut autre que celle-ci : « Tuez-le ou brûlez-le ! » Finalement, Allah le sauva du feu. À cette époque, Loth accepta la foi d’Ibrahim — que la paix soit sur lui. Et Ibrahim dit : « J’émigre vers mon Seigneur. » Il est certes le Tout-Puissant, le Sage. » (Al-‘Ankabût : 24-26).

(Arabe**************)]

—Nous le sauvâmes, lui et Lot, et les conduisîmes vers la terre où Nous avons répandu d’innombrables bénédictions pour les mondes. (Al-Anbiyâ’, 71) [Par « terre bénie », il faut entendre la région du Shâm et de la Palestine. Les versets 137 de la sourate Al-A‘râf, 1 de Banî Isrâ’îl et 81 d’Al-Anbiyâ’ mentionnent également cette région comme une terre bénie (voir Tafhîm, 4e volume, Saba, note 31).]

Et Nous avons accordé à Lot le jugement et le savoir, c’est-à-dire la prophétie — (Al-Anbiyâ’, 74).

(Arabe**************)

Et Lot faisait également partie de ceux qui furent envoyés comme messagers (As-Sâffât, 133).

Le Coran ne donne aucun récit détaillé de ce qu’il advint du peuple d’Ibrahim après son émigration. Toutefois, dans le verset 70 de la sourate At-Tawbah, ce peuple est mentionné avec ceux qui subirent le châtiment.

La question qui se pose maintenant est la suivante : lors de cette émigration, Sarah accompagnait-elle Ibrahim, en même temps que Lot ? Le Coran ne fournit aucune explication à ce sujet. Cependant, certains récits coraniques montrent clairement qu’Ibrahim était marié et que son épouse l’accompagnait dans son émigration. Ainsi, il est rapporté dans la sourate As-Sâffât qu’au moment de son émigration, Ibrahim adressait cette invocation :

(Arabe**************)

—Ô mon Seigneur, accorde-moi une descendance pieuse. Seul un homme marié pouvait prononcer une telle invocation, et il la formulait alors même qu’il quittait sa terre natale pour émigrer. Le récit historique de la Bible vient également l’étayer. Il y est dit que Sarah l’accompagnait dans cette émigration. Mais d’autres récits bibliques sont totalement infondés. Il y est notamment affirmé que Sarah était la sœur germaine de Lot et la propre nièce d’Ibrahim, puis qu’il l’épousa. Il est également affirmé que, lors de cette émigration, son père accompagnait Ibrahim (Genèse, chapitre 11, verset 27). Le père d’Ibrahim aurait aussi participé aux injustices et aux persécutions qu’il lui fit subir (Extraits du Talmud, H.-S. Polano, Londres, p. 40-42). En outre, aucune loi religieuse divine ne permet d’épouser sa propre nièce ; à plus forte raison, un prophète ne pouvait commettre un tel acte.

L’activité de prédication de Hazrat Ibrahim (paix sur lui)

Après Hazrat Noé (paix sur lui), Hazrat Ibrahim (paix sur lui) fut le premier prophète qu’Allah Tout-Puissant chargea de diffuser l’appel universel de l’islam. Il parcourut d’abord lui-même, pendant des années, diverses régions depuis l’Irak jusqu’à l’Égypte, ainsi que de la Syrie et de la Palestine jusqu’aux différentes contrées du désert d’Arabie, présentant aux gens l’appel de l’islam à l’adoration, au service et à l’obéissance envers Allah Tout-Puissant. Ensuite, pour poursuivre cette mission de prédication, il nomma ses lieutenants dans diverses régions. Il établit son neveu Lot (paix sur lui) en Transjordanie, son fils cadet Isaac (paix sur lui) en Syrie et en Palestine, et son fils aîné Ismaël (paix sur lui) dans l’intérieur de l’Arabie. Puis, sur l’ordre d’Allah Tout-Puissant, il construisit à La Mecque cette Maison appelée la Kaaba, et, toujours sur l’ordre d’Allah Tout-Puissant, cette Maison fut désignée comme le centre de sa mission.

Deux grandes branches surgirent de la descendance de Hazrat Ibrahim (paix sur lui). L’une était constituée des descendants de Hazrat Ismaël (paix sur lui), qui demeurèrent en Arabie. Les Quraysh et certaines tribus arabes étaient rattachés à cette branche. Quant aux tribus arabes qui, du point de vue généalogique, n’étaient pas descendantes de Hazrat Ismaël (paix sur lui), elles avaient néanmoins été plus ou moins influencées par la religion qu’il avait prêchée ; c’est pourquoi elles rattachaient également leur ascendance à la sienne. [Pendant deux mille cinq cents ans, jusqu’à l’époque du Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui), diverses familles issues du prophète Ismaël contractèrent des liens matrimoniaux avec de nombreuses familles arabes. Conformément à la nature humaine, celles-ci considéraient comme un honneur d’établir des liens matrimoniaux avec la famille pure et sacrée de Hazrat Ismaël et le mentionnaient dans leurs généalogies — l’auteur.]

[Puisque, jusqu’à l’époque du Prophète (paix et bénédictions sur lui), diverses familles de Hazrat Ismaël avaient, pendant deux mille cinq cents ans, contracté des liens matrimoniaux avec de nombreuses familles arabes, toutes ces familles, conformément à la nature humaine, considéraient comme un honneur leur parenté avec cette noble famille et la mentionnaient dans leurs généalogies — l’auteur.]

La seconde branche était celle des descendants de Hazrat Isaac (paix sur lui). C’est dans cette lignée que naquirent Hazrat Jacob (paix sur lui), Hazrat Joseph (paix sur lui), Moïse (paix sur lui), David (paix sur lui), Salomon (paix sur lui), Jean (paix sur lui), Jésus (paix sur lui), ainsi que de nombreux autres prophètes. Comme Hazrat Jacob (paix sur lui) portait le nom d’Israël, cette lignée fut appelée les Enfants d’Israël. À la suite de leur prédication, les peuples qui adoptèrent leur religion soit fondirent leur identité dans la leur, soit demeurèrent distincts sur le plan généalogique ; ils restèrent néanmoins leurs disciples sur le plan religieux. Lorsque cette branche fut frappée par la corruption et la décadence, le judaïsme apparut d’abord, puis le christianisme.

La mission fondamentale de Hazrat Ibrahim (paix sur lui) consistait à appeler le monde à l’obéissance envers Allah et à orienter correctement la vie individuelle et sociale des hommes conformément à la guidance envoyée par Allah. Lui-même était soumis à Allah. Il suivait le savoir qu’Il lui avait accordé et le diffusait dans le monde. C’est précisément pour cet éminent service qu’il fut investi de la direction de l’humanité. Après lui, la dignité de cette direction fut confiée à la branche de sa descendance issue de Hazrat Isaac (paix sur lui) et de Hazrat Jacob (paix sur lui), appelée les Enfants d’Israël. Des prophètes continuèrent de naître dans cette lignée. Ils reçurent la connaissance du droit chemin et furent chargés de guider les peuples du monde sur la voie droite. Tel était le bienfait qu’Allah Tout-Puissant leur rappela à maintes reprises dans le Coran. Cette branche occupait le siège de la direction ; Bayt al-Maqdis était le centre de l’appel à Allah et la qibla des adorateurs de Dieu.

La naissance de Hazrat Ismaël (paix sur lui)

La seconde branche des descendants d’Ibrahim (paix sur lui) était celle des Enfants d’Israël. Parmi les défauts de cette branche figurait le fait qu’elle déformait l’histoire et s’appropriait tout ce qui pouvait constituer un sujet de gloire. À chaque étape de l’histoire, elle s’efforçait par tous les moyens de diffamer les peuples avec lesquels elle entrait en conflit, en affrontement ou en rivalité. La Bible en fournit de nombreux exemples. Selon son récit, Hazrat Lot (paix sur lui) n’était nullement un prophète. Hazrat Ibrahim (paix sur lui) ne l’aurait pas non plus envoyé dans la région de Sodome pour une mission de prédication. Au contraire, un différend aurait éclaté entre l’oncle et le neveu, et l’oncle aurait demandé à son neveu d’aller s’installer ailleurs — Genèse, chapitre 13, versets 5-13. Plus odieux encore est le récit biblique selon lequel, lorsque le châtiment s’abattit sur le peuple de Lot, Lot (paix sur lui) quitta les lieux avec ses deux filles. Puis, au lieu de se rendre auprès de son oncle, Hazrat Ibrahim (paix sur lui), qui résidait dans la ville d’Hébron, en Palestine, près de Sodome, il s’installa dans une caverne. Là — que Dieu nous en préserve — ses deux filles l’enivrèrent en lui faisant boire du vin et eurent des relations avec lui ; elles tombèrent ainsi toutes deux enceintes. De l’une naquit Moab, l’ancêtre des Moabites, et de l’autre Ben-Ammi, l’ancêtre des Ammonites — Genèse, chapitre 19, versets 30-38. C’est ainsi que les Enfants d’Israël auraient donné libre cours à leur rancœur en manifestant leur hostilité envers les Moabites et les Ammonites. Car l’histoire ultérieure témoigne qu’ils furent engagés dans de violents conflits et affrontements avec les Enfants d’Israël.

Ils ont également adopté un tel comportement à l’égard des Banî Ismaïl. Il est rapporté dans la Bible que Hajar, la mère d’Ismaïl, était l’esclave de Sarah. Comme Sarah n’avait pas d’enfant, elle dit un jour à Ibrahim : « Unis-toi à mon esclave, afin que notre famille puisse avoir une descendance. » Ibrahim s’unit donc à Hajar conformément à sa demande, et Ismaïl naquit — (Genèse, chapitre 16, versets 10, 15-16). Pourtant, dans ce même passage de la Genèse, le chapitre 16, verset 16, affirme que le pharaon de l’époque avait offert à Ibrahim de grandes richesses, du bétail et des serviteurs et servantes. Hajar se trouvait parmi ces présents. [Hajar (qu’Allah l’agrée) était originaire d’un village appelé Umm al-ʿArab ou Umm al-ʿArîq. Celui-ci se trouve à l’est de l’Égypte, à deux miles du rivage de la mer Romaine, en face de Farama ou d’Attîna. À l’époque des pharaons, il y avait là une forteresse, appelée aujourd’hui Tall al-Farân — l’auteur.] Ainsi, même du point de vue de la Bible elle-même, il est faux de présenter Hajar comme l’esclave de Sarah. Sarah n’avait pas davantage besoin de sa permission pour avoir des rapports sexuels avec elle.

La Bible rapporte également qu’Ismaïl se trouvait avec Ibrahim en Palestine. Bien plus, lorsqu’il avait quatorze ans, Isaac naquit de Sarah, par l’intermédiaire d’Ibrahim (Genèse, chapitre 18, versets 24-26 ; chapitre 21, versets 1-5). Puis la Bible dit :

« L’enfant — c’est-à-dire Isaac — grandit et fut sevré. Le jour où il fut sevré, Ibrahim organisa un grand festin et une réception. Sarah vit que l’Égyptienne Hajar — celle qui avait donné naissance à Ibrahim — riait et se réjouissait. Alors Sarah dit à Ibrahim : “Chasse cette esclave et son fils, car le fils de cette esclave ne sera pas l’héritier avec mon fils.” Cela déplut beaucoup à Ibrahim. Dieu dit à Ibrahim : “Ne t’afflige pas au sujet de cet enfant et de ton esclave. Fais tout ce que Sarah te dit.” Le lendemain matin, Ibrahim se leva, plaça sur l’épaule de Hajar du pain et une outre d’eau, puis la congédia avec son fils. Elle partit et erra comme une nomade dans le désert près du puits de Saba. Lorsque l’eau de l’outre fut épuisée, elle jeta son fils sous un buisson. Puis elle alla s’asseoir à quelque distance en disant : “Je ne veux pas voir mourir cet enfant.” Elle s’assit en face de lui et se mit à crier et à pleurer. Dieu entendit la voix de l’enfant, et les anges de Dieu appelèrent Hajar du haut des cieux : “Hajar ! Qu’as-tu donc ? N’aie pas peur, car Dieu a entendu la voix de l’enfant depuis l’endroit où il se trouve. Lève-toi, relève l’enfant et soutiens-le de ta main, car je ferai de lui une grande nation.” Dieu ouvrit ses yeux, et elle aperçut un puits d’eau. Elle s’y rendit, remplit l’outre d’eau et en fit boire à l’enfant. Dieu était avec l’enfant. Il grandit et demeura dans le désert. Il devint archer. Il habitait dans le désert de Paran. Sa mère lui fit venir une épouse du pays d’Égypte. » — (Genèse, chapitre 21, versets 8-21).

Cette histoire mensongère a été forgée afin qu’aucun lien entre Ibrahim et Ismaïl, d’une part, et l’Arabie, La Mecque, la Kaaba et le puits de Zamzam, d’autre part, ne puisse être établi. En effet, si l’on jette un voile sur le voyage d’Ibrahim en Arabie, si l’on affirme qu’Ismaïl demeura en Palestine jusqu’à l’âge de quatorze ans, puis qu’il fut exilé dans le désert de Paran avec son mariage, etc., on efface un chapitre capital de l’histoire islamique, lié au centre arabe de la religion d’Ibrahim. D’après les différents passages de la Bible qui mentionnent le désert de Paran, celui-ci se trouvait au sud de la Palestine, à l’ouest de la vallée d’Aqaba, au nord du désert du Sinaï, et à l’est de l’Égypte et de la mer Romaine. Le mont Paran n’avait aucun rapport avec l’Arabie, où se trouve La Mecque. En outre, cette histoire dépeint Sarah et Ibrahim sous un jour odieux, tout en portant accusation contre Allah. Elle révèle ainsi une forme abjecte et répugnante des conceptions morales des Banî Israïl eux-mêmes. Elle présente l’épouse d’un prophète — Ibrahim — et le nom d’un autre prophète — Isaac — d’une manière telle que la mère ne supporte même pas le rire du fils de sa coépouse et contraint son mari à priver son fils de son héritage et à le chasser de sa famille. Quant au mari, qui est un prophète éminemment honoré, il est présenté comme ayant exilé dans le désert son fils âgé de quinze ou seize ans, en ne donnant à celui-ci et à sa mère que du pain et une outre d’eau, sans se soucier le moins du monde de leur vie ou de leur mort. La dignité d’Allah est également présentée de telle sorte qu’Il ordonnerait à Ibrahim, pour le bien d’Isaac, l’ancêtre des Banî Israïl, et de sa mère, d’accepter les sévices et l’injustice que la mère d’Isaac, poussée par la jalousie et la haine envers sa coépouse, exigeait qu’on lui inflige. Toute cette histoire n’est qu’un ensemble de mensonges et de fictions.

À l’inverse, nous pouvons connaître l’histoire exacte grâce au Coran et aux hadiths. D’innombrables récits et témoignages, transmis de génération en génération parmi les Arabes pendant quatre mille ans, attestent cette histoire.

Le Coran rapporte qu’au moment d’émigrer de sa terre natale, Ibrahim adressa cette invocation à Allah :

(Arabe**************)

« Ô Seigneur ! Accorde-moi une descendance vertueuse. » (As-Saffât : 100).

La prière fut exaucée après qu’un long temps se fut écoulé, lorsque le prophète Abraham (paix sur lui) eut atteint un âge très avancé. Le Coran rapporte cette parole du prophète Abraham (paix sur lui) : (Arabe***************)

Louange à Allah, qui m’a accordé Ismaël et Isaac, deux fils, malgré ma vieillesse — (Ibrâhîm : 39).

Avant la naissance de ces deux fils, Allah, exalté soit-Il, avait annoncé une bonne nouvelle au prophète Abraham (paix sur lui). La bonne nouvelle concernant d’abord le prophète Ismaël (paix sur lui) lui fut annoncée en ces termes : –

-Puis Nous lui annonçâmes la bonne nouvelle d’un fils plein de longanimité (As-Saffât : 101). Quelques années plus tard, lorsque le prophète Ismaël (paix sur lui) approcha de l’âge adulte, la bonne nouvelle concernant le second fils lui fut annoncée en ces termes -(Arabe***************)

(Et les anges lui annoncèrent la bonne nouvelle d’un fils savant — c’est-à-dire au prophète Abraham (paix sur lui) — (Adh-Dhâriyât : 28). Lorsque cette seconde bonne nouvelle lui fut annoncée, le prophète Abraham (paix sur lui) dit :

(Arabe***************)

-M’annoncez-vous la naissance d’un fils dans ma vieillesse ? Réfléchissez donc un peu : quel genre de bonne nouvelle m’annoncez-vous ? — (Al-Hijr : 54). À cette bonne nouvelle, Sara se trouva dans cet état :

(Arabe***************)

— Sa femme s’avança en criant, se couvrit le visage et dit : « Je suis une vieille femme et je suis stérile » (adh-Dhâriyât : 29).

À la lumière de ces versets, on peut considérer comme exacte la relation biblique suivante : Ismaïl (sur lui la paix) naquit alors qu’Ibrâhîm (sur lui la paix) avait quatre-vingt-six ans, et Ishâq (sur lui la paix) lorsqu’il en avait cent — (Genèse, 16:16 ; chapitre 21, verset 5).

La réinstallation d’Ismaïl (sur lui la paix) à La Mecque

Il ressort de l’exposé précédent qu’Ismaïl (sur lui la paix) était le premier fils de son père et qu’il était né alors que celui-ci était déjà âgé. À un tel âge, tout père aurait été en droit de garder tendrement contre sa poitrine ce premier fils, qui fut son fils unique pendant quatorze ans, et de ne pas même supporter de le perdre de vue. Mais Ibrâhîm (sur lui la paix) était un prophète ; c’est pourquoi il accordait la priorité à l’appel à la vérité. Pour cette cause, il endura d’innombrables injustices dans sa patrie, émigra et parcourut des pays étrangers, consacrant partout ses forces et ses efforts à transmettre le message de Dieu. Après la naissance de cet enfant bien-aimé, sa première préoccupation fut de savoir comment établir, dans le pays arabe, ce centre de l’appel à l’unicité divine d’où devait apparaître le dernier Prophète, et qui resterait jusqu’au Jour de la Résurrection le centre de cet appel. Le Coran nous apprend qu’Allah Tout-Puissant indiqua d’abord à Ibrâhîm (sur lui la paix) le lieu où ce centre devait être édifié. En vérité, il est dit dans la sourate al-Hajj :(Arabe***************)

— « Souviens-toi du moment où Nous assignâmes à Ibrâhîm l’emplacement de cette Maison (la Kaaba) » — (al-Hajj : 26).

Conformément à cet ordre, ce grand serviteur d’Allah laissa son fils encore nourri au sein, avec sa mère d’une patience extraordinaire et entièrement confiante en Allah, précisément à cet endroit où il devait finalement construire la Kaaba, dans une situation qui semblait absolument désespérée.

Dans le Sahîh al-Bukhârî, le récit détaillé de cet événement est rapporté d’après ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée). La manière dont Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) cite çà et là les propos du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans ce récit montre qu’il ne rapportait tout cela qu’après l’avoir entendu du Prophète. Il dit : Ibrâhîm (sur lui la paix) amena Hâjar (qu’Allah l’agrée) et son fils encore nourri au sein, Ismaïl (sur lui la paix), et les laissa sous un arbre, en un lieu où la source de Zamzam allait plus tard jaillir. À cette époque, personne ne vivait dans la vallée peu peuplée de La Mecque, et on n’y trouvait d’eau nulle part. Ibrâhîm (sur lui la paix) repartit après avoir donné à Hâjar (qu’Allah l’agrée) des dattes dans une outre de cuir et une outre d’eau. Hâjar le suivit en disant : « Ô Ibrâhîm ! Où vas-tu en nous laissant dans cette contrée déserte, sèche et dépourvue de toute végétation ? » Hâjar (qu’Allah l’agrée) répéta ces paroles plusieurs fois, mais Ibrâhîm (sur lui la paix) ne se retourna même pas. ****1 Finalement, Hâjar (qu’Allah l’agrée) dit : « Allah t’a-t-Il ordonné d’agir ainsi ? » Ibrâhîm (sur lui la paix) répondit simplement : « Oui. » Alors Hâjar (qu’Allah l’agrée) dit : « Dans ce cas, Allah ne nous fera pas périr. » Puis elle revint s’asseoir auprès de son enfant.

Ibrâhîm (sur lui la paix) se rendit derrière la montagne, d’où il ne pouvait plus voir la mère et le fils, puis, tourné vers la Maison sacrée (à l’endroit où il devait construire cette Maison), il formula cette invocation

(Arabe***************)

— Ô mon Seigneur, j’ai laissé une partie de mes descendants s’établir durablement dans une vallée dépourvue d’eau et de végétation, près de Ta Maison sacrée, afin qu’ils y accomplissent la prière. Incline donc vers eux les cœurs des hommes et accorde-leur des fruits en nourriture. Peut-être seront-ils reconnaissants. — (Ibrahim : 37).

Entre-temps, la mère d’Ismaïl continua à l’allaiter et à boire elle-même l’eau de l’outre. Lorsque l’eau fut épuisée, elle et son enfant eurent soif. Voyant son enfant se tordre de douleur sous l’effet de la soif, elle ne put rester en place. Elle se précipita vers la vallée pour voir si elle y trouverait des gens. Mais elle ne vit personne. Elle descendit ensuite du mont Safa et arriva au milieu de la vallée. Puis, levant les bras, elle se mit à courir comme court une personne en détresse. Elle gravit ensuite le mont Marwa et scruta les alentours pour voir si quelqu’un apparaissait. Mais elle ne vit personne. Elle courut ainsi sept fois entre Safa et Marwa. Ibn Abbas rapporte que le Prophète a dit

[Ne pas se retourner ne signifiait ni cruauté, ni indifférence, ni mépris. Le noble prophète Ibrahim, bien qu’il fût un grand prophète, était aussi un homme. Pour obéir à l’ordre d’Allah, il s’était exposé à un si grand danger qu’il abandonnait son nourrisson et sa mère dans une contrée déserte entourée de montagnes. On peut assurément imaginer, à partir de cette situation, quel devait être l’état de son cœur. S’il s’était retourné pour regarder son épouse et son fils, son cœur aurait été bouleversé et agité. C’est pourquoi il poursuivit son chemin, comme s’il avait posé une pierre sur sa poitrine. Aux questions répétées de son épouse qui le suivait, il répondit simplement par l’affirmative, sans même se retourner vers elle.]

C’est pour cette raison que les gens accomplissent le sa‘y entre Safa et Marwa. (****1) La dernière fois qu’elle gravit le mont Marwa, elle entendit une voix. Elle se dit alors à elle-même : « Tais-toi » — c’est-à-dire : « Ne fais pas de bruit ». Puis elle se mit à écouter attentivement. Lorsque la voix retentit de nouveau, elle dit : « Ô homme, tu m’as fait entendre ta voix. Maintenant, as-tu quelque chose auprès de toi pour répondre à ma requête ?

Soudain, elle aperçut un ange à l’emplacement de Zamzam. Selon les récits d’Ibrahim ibn Nafi‘ et d’Ibn Jurayj, elle vit Jibril creuser la terre avec son talon ou avec sa main. Alors l’eau jaillit. Hajar se mit à remplir l’outre en recueillant l’eau dans ses mains. Plus elle en recueillait, plus l’eau montait et débordait. Ibn Abbas rapporte que le Prophète a dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à la mère d’Ismaïl ! Si elle avait laissé Zamzam dans cet état — c’est-à-dire sans l’entourer d’une digue sur ses quatre côtés — Zamzam serait devenue une source jaillissante. »

Ainsi, Hajar continua à boire de l’eau et à allaiter son enfant. L’ange lui dit : « Ne crains pas que l’eau s’épuise. Ici se trouve la Maison d’Allah, que cet enfant et son père construiront. Allah ne laissera pas périr les habitants de cette Maison. »

Après que cette situation se fut prolongée quelque temps, quelques hommes de la tribu de Jurhum (***1) arrivèrent de la région de Qadâ et s’arrêtèrent dans la partie basse de La Mecque. De là, ils virent un oiseau voler autour d’un endroit. Ils dirent : « Cet oiseau tourne sûrement au-dessus de l’eau. Nous avons déjà traversé cette vallée auparavant, mais nous n’y avions trouvé d’eau nulle part. » Ils envoyèrent alors deux ou trois hommes. Ceux-ci y découvrirent de l’eau. À leur retour, ils en informèrent les autres. Ils vinrent sur place et y trouvèrent la mère d’Ismaïl. Ils dirent à Hajar : « Nous permets-tu de rester ici ? » Hajar répondit : « Oui, mais ce lieu restera sous mon autorité, et non sous la vôtre. » Ils acceptèrent.

Ibn Abbas (ra) rapporte que le Prophète (s) a dit : La tribu de Jurhum trouva la mère d’Ismaël très sociable. Elle-même souhaitait que des gens s’installent ici. Ils y demeurèrent donc et y amenèrent également les autres membres de leur famille. Plusieurs familles vinrent s’y établir. Le noble Ismaël (a) grandit et fut élevé parmi eux, et c’est auprès d’eux qu’il apprit la langue arabe. (***1) Les Jurhumites s’attachèrent beaucoup à ce garçon et commencèrent à souhaiter qu’il épouse une fille de leur propre tribu.

(****1) C’est une preuve historique extrêmement importante de cet événement. Après la construction de la Kaaba, les rites successifs du pèlerinage commencèrent à l’époque du noble Ibrahim (a). Depuis lors jusqu’à aujourd’hui, des centaines, des milliers et des millions de personnes accomplissent le sa‘y entre Safa et Marwa en souvenir de cet événement. Cette pratique répétée depuis des milliers d’années se poursuit jusqu’à aujourd’hui, sans avoir jamais été interrompue. Il n’existe, dans aucun autre événement du monde, une preuve historique plus forte que celle-ci. En revanche, dans le désert inhabité de Paran, où l’événement décrit précédemment (page précédente, suite) se serait déroulé, un tel sa‘y n’a jamais été accompli, ni à cette époque ni aujourd’hui.

() C’est une tribu des anciens Arabes qahtanites du Yémen.

(1) La langue du noble Ibrahim (a) n’était pas non plus l’arabe. Il était originaire d’Irak. Puis il s’installa à Canaan. La langue de la noble Hajar n’était pas non plus l’arabe. Elle était égyptienne.

L’épisode du sacrifice du fils

Après avoir laissé son fils bien-aimé dans cette vallée désertique, le noble Ibrahim (a) ne l’abandonna pas à son sort. Au contraire, il venait de temps à autre prendre de ses nouvelles et séjournait également quelque temps auprès de sa femme et de son fils. Lorsqu’il laissa sa femme et son enfant encore allaité en ce lieu, il fit cette prière.(Arabe*********************)

— Ô mon Seigneur, rends cette ville sûre. Conformément à cette prière, ce lieu peu peuplé est aujourd’hui devenu une agglomération. On peut supposer que le noble Ibrahim (a) avait déjà certainement commencé à prêcher l’islam parmi les Jurhumites. Puis survint un événement sans précédent dans l’histoire humaine. En d’autres termes, le noble Ibrahim (a) se prépara, sur l’ordre de Dieu, à sacrifier dans la fleur de la jeunesse son premier et unique fils, enfant de sa vieillesse. Le Coran relate cet événement en ces termes :

(Arabe*********************)

-Puis, lorsque le garçon atteignit l’âge de courir et de se déplacer avec lui, Ibrâhîm lui dit un jour : « Mon fils, j’ai vu en rêve que je t’immolais. Dis-moi maintenant ce que tu en penses. » Il répondit : « Mon père, accomplissez ce qui vous est ordonné. Vous me trouverez, si Allah le veut, parmi les patients. » Enfin, lorsqu’ils se furent tous deux soumis à Allah et qu’Ibrâhîm (sur lui la paix) eut couché son fils face contre terre, Nous l’appelâmes : « Ô Ibrâhîm, tu as confirmé la véracité de ta vision. » C’est ainsi que Nous rétribuons les bienfaisants. Voilà assurément une épreuve manifeste. Et Nous le rachetâmes par une immense offrande sacrificielle, et Nous sauvâmes cet enfant (As-Saffât : 102-107). Cet événement eut lieu à La Mecque [dans le Coran, ce lieu est également appelé « Bakkah » (Âl ‘Imrân : 96). Cependant, d’après le récit d’Ibn Hichâm (tome I, p. 119), ce n’était pas son ancien nom ; il ne lui fut donné que plus tard, lorsqu’elle acquit le statut de sanctuaire sacré. Ibn Hichâm dit que La Mecque est appelée Bakkah parce qu’elle brise la nuque des tyrans. Il explique en outre qu’à l’époque de l’Ignorance, La Mecque ne permettait pas qu’une injustice ou un abus y subsiste longtemps. Tous ceux qui commettaient des abus étaient expulsés de cette ville — auteur]. Le lieu où Ibrâhîm (sur lui la paix) emmena son fils pour le sacrifier était Minâ ; c’est encore là que ce rite est accompli chaque année, à la même date (le 10 Dhû al-Hijjah) [il fallait l’emmener à Minâ parce qu’à cette époque une population s’était établie à La Mecque et que la mère d’Ismâ‘îl (sur lui la paix) y résidait également. C’est pourquoi Ibrâhîm (sur lui la paix) conduisit son fils hors de La Mecque, dans la région montagneuse et peu peuplée de Minâ]. De plus, cet événement eut lieu alors qu’Ismâ‘îl (sur lui la paix) n’avait pas plus de douze ou treize ans. Ishâq n’était pas encore né. En effet, après avoir relaté cet événement dans la sourate As-Saffât, Allah dit :

(Arabe*********************)

-« Et Nous annonçâmes à Ibrâhîm la naissance de l’un des hommes vertueux » (verset 112).

Les versets précédents nécessitent quelques explications, qui sont données ci-dessous :

(1) Ibrâhîm (sur lui la paix) n’avait pas vu en rêve qu’il avait déjà immolé son fils ; il avait plutôt vu qu’il l’immolait. Mais, à ce moment-là, il avait compris de cette vision qu’Allah lui ordonnait de sacrifier son fils afin d’éprouver la sincérité de sa foi. C’est pourquoi, avec le plus grand sang-froid, il se prépara à sacrifier son fils bien-aimé.

(2) En interrogeant son fils, il ne cherchait pas à savoir s’il devait exécuter l’ordre d’Allah dans le cas où son fils y consentirait, et à ne pas l’exécuter dans le cas contraire. Ibrâhîm (sur lui la paix) voulait plutôt voir dans quelle mesure était vertueux le fils pieux qu’il avait demandé à Allah de lui accorder. S’il était lui aussi prêt à donner sa vie pour obtenir l’agrément d’Allah, cela signifiait que la prière avait été pleinement exaucée : son fils n’était pas seulement son enfant par le corps, mais aussi, moralement et spirituellement, un fils véritablement digne de lui.

(3) Lorsque Ismâ‘îl (sur lui la paix) dit : « Accomplissez ce qui vous a été ordonné », cela signifie qu’il considérait le rêve de son père prophète comme tenant lieu d’ordre d’Allah et de révélation. Si cette conception avait été erronée, Ibrâhîm (sur lui la paix) aurait dit qu’il ne s’agissait que d’un ordre reçu en rêve, et Allah aurait réfuté cette conception dans ces versets. C’est l’un des arguments sur lesquels repose le fait que, en islam, le rêve d’un prophète peut être considéré comme l’une des formes de la révélation.

(4) Pour sacrifier son fils, Ibrâhîm (sur lui la paix) ne le coucha pas sur le dos ; il le plaça plutôt face contre terre, afin que la vue du visage de son enfant ne fasse pas trembler sa main sous l’effet de l’affection paternelle. C’est pourquoi il voulut passer le couteau sous lui et lui trancher la gorge.

(5) Avant même qu’Ibrahim (paix sur lui) n’immole son fils, Allah le Très-Haut dit : « Ô Ibrahim, tu as réalisé la vision. » Cette déclaration d’Allah était parfaitement juste, car la vision ne montrait pas qu’il avait effectivement immolé son fils ; elle montrait plutôt qu’il l’avait fait. Lorsqu’il accomplit donc ce qui lui avait été montré en rêve, il lui fut dit : « Tu as réalisé la vision et tu as réussi la grande épreuve à laquelle Nous t’avions soumis. Nous récompensons ainsi Nos serviteurs vertueux, comme Nous t’avons récompensé. Sans te faire tuer ton fils de ta propre main, Nous avons ainsi manifesté que, par amour pour Nous, tu pouvais même sacrifier ton propre enfant. »

(6) « Le grand sacrifice » peut désigner un bélier, que les anges d’Allah avaient apporté à Ibrahim (paix sur lui) afin qu’il l’immole en échange d’Ismaël. Il peut aussi désigner le sacrifice qui a été pratiqué depuis cette époque jusqu’à celle du Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), puis qui, depuis l’époque du Prophète jusqu’à nos jours, est accompli par tous les musulmans du monde à l’occasion du Hajj et de l’Aïd al-Adha.

Le sacrifice devait-il concerner Isaac ou Ismaël ?

Il a été exposé plus haut que les Enfants d’Israël avaient pour habitude de s’attribuer tout ce qui était honorable, d’adresser de fausses accusations aux autres ou de revendiquer pour eux-mêmes de nombreux mérites. Conformément à cette habitude, ils attribuèrent l’épisode du sacrifice du fils à Isaac (paix sur lui), au lieu d’Ismaël (paix sur lui). La Bible dit :

« Dieu éprouva Abraham et lui dit : “Va au pays de Moria avec ton fils bien-aimé et unique, Isaac, et là, sur l’une des montagnes que Je t’indiquerai, offre-le en holocauste.” » (Genèse, chapitre 22, versets 1-2).

Dans ce récit, il est dit d’une part qu’Allah le Très-Haut avait demandé le sacrifice d’Isaac (paix sur lui), et d’autre part qu’il était fils unique. Or, les autres récits de la Bible elle-même prouvent avec certitude qu’Isaac n’était pas fils unique. Voici, à ce sujet, l’explication donnée par la Bible :

« Sara, la femme d’Abraham, n’avait pas d’enfant. Elle avait une servante égyptienne nommée Agar. Sara dit à Abram : “Voici que Dieu m’a privée d’enfant. Va donc vers ma servante ; peut-être aurai-je un enfant par elle.” Abram accepta la proposition de Sara. Il avait alors vécu dix ans au pays de Canaan ; Sara prit son esclave égyptienne et la donna à Abram, son mari, pour femme. Il alla vers Agar, et elle devint enceinte. » (Genèse, chapitre 16, versets 1-3).

« L’ange de Dieu lui dit : “Tu es enceinte et tu donneras naissance à un fils. Tu lui donneras le nom d’Ismaël.” » (Genèse 16:11).

« Lorsque Ismaël naquit du sein de Hagar, Abram était âgé de quatre-vingt-six ans » (Genèse, 16:16). Et le Seigneur dit à Abram : « Je te donnerai aussi un fils de ta femme Sara ; tu l’appelleras Isaac, et il naîtra de Sara à la même époque l’année prochaine. » Alors Abram prit son fils Ismaël ainsi que tous les hommes de sa maison, et les circoncit ce jour-là sur l’ordre de Dieu. Abram avait quatre-vingt-dix-neuf ans au moment de sa circoncision, et Ismaël fut circoncis à l’âge de treize ans » (Genèse, chapitre 17, 15-25).

« Et lorsqu’un fils lui naquit, Abram était âgé de cent ans » (Genèse, 21:5).

Cela fait clairement apparaître la contradiction du récit biblique. Il est évident que, jusqu’à l’âge de quatorze ans, Hazrat Ismaël (que la paix soit sur lui) était le fils unique de Hazrat Ibrahim (que la paix soit sur lui). Si le sacrifice demandé était celui du fils unique, ce n’était donc pas celui de Hazrat Isaac (que la paix soit sur lui), mais celui de Hazrat Ismaël (que la paix soit sur lui), car il était alors le fils unique. Et si le sacrifice d’Isaac avait été demandé, il serait faux de dire que c’était le sacrifice du fils unique qui avait été demandé.

Si nous examinons ensuite les traditions islamiques, nous constatons une grande divergence d’opinions. Parmi les récits rapportés par les commentateurs d’après les Compagnons et les tabi‘ûn, un groupe affirme que ce fils était Hazrat Isaac. Parmi les éminentes personnalités de ce groupe figurent les suivantes :

Hazrat Omar (qu’Allah l’agrée), Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée), Hazrat Abdallah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée), Hazrat Abbas ibn Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée), Hazrat Abdallah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée), Hazrat Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), Qatâda, ‘Ikrima, Hasan al-Basri, Mujâhid, al-Cha‘bi, Masrûq, Makhûl, al-Zuhrî, ‘Atâ, Muqâtil, al-Suddî, Ka‘b al-Ahbâr, Zayd ibn Aslam, entre autres éminents savants.

Le deuxième groupe affirme qu’il s’agissait de Hazrat Ismaël (que la paix soit sur lui). Parmi les éminentes personnalités de ce groupe figurent les suivantes :

Hazrat Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée), Hazrat Abdallah ibn Omar (qu’Allah l’agrée), Hazrat Abdallah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée), Hazrat Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), Hazrat Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée), ‘Ikrima, Mujâhid, Yûsuf ibn Mihrân, Hasan al-Basri, Muhammad ibn Ka‘b, al-Qurazî, al-Cha‘bi, Sa‘îd ibn al-Musayyab, Dahhâk, Muhammad ibn Ali ibn Husayn (l’imam Muhammad al-Bâqir), Rabî‘ ibn Anas, Ahmad ibn Hanbal, entre autres éminents savants.

Si l’on examine ces deux listes, on constate que certains noms figurent dans les deux groupes. Autrement dit, deux récits contradictoires ont été rapportés de la même personne. Ainsi, ‘Ikrima a rapporté de Hazrat Abdallah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) cette déclaration : le fils était Hazrat Isaac. Mais ‘Atâ ibn Abî Rabâh a également rapporté de lui la déclaration suivante : « Les Juifs prétendent qu’il s’agissait de Hazrat Isaac. Mais les Juifs mentent. » De même, on trouve un récit attribué à Hasan al-Basri selon lequel il aurait soutenu que Hazrat Isaac (que la paix soit sur lui) avait été choisi pour le sacrifice. Cependant, ‘Amr ibn ‘Ubayd affirme que Hasan al-Basri n’avait aucun doute sur le fait que le fils de Hazrat Ibrahim (que la paix soit sur lui) auquel l’ordre avait été donné de se sacrifier était Hazrat Ismaël (que la paix soit sur lui). Cette divergence a eu pour conséquence que certains savants se sont prononcés avec une grande assurance en faveur de Hazrat Isaac, comme Ibn Jarîr et le cadi ‘Iyâd. D’autres affirment catégoriquement que Hazrat Ismaël avait été choisi pour le sacrifice, comme Ibn Kathîr. D’autres encore demeurent hésitants, comme Jalâl al-Dîn al-Suyûtî. Mais si l’on examine la question dans une perspective de recherche et d’investigation, il ne subsiste pas le moindre doute que c’est Hazrat Ismaël (que la paix soit sur lui) qui fut choisi pour le sacrifice. Les arguments en sont les suivants :

(1) Dans la sourate as-Saffat, on trouve cette parole d’Allah le Très-Haut : au moment d’émigrer de sa patrie, le prophète Ibrahim (sur lui la paix) pria pour qu’un fils vertueux lui soit accordé. En réponse, Allah le Très-Haut lui annonça la naissance d’un fils patient. La formulation montre clairement qu’il fit cette invocation alors qu’il n’avait pas encore d’enfant. Le fils dont la naissance lui fut ensuite annoncée était donc son premier fils. Puis la suite du récit de cette sourate montre que, lorsque ce fils fut capable de courir et de jouer avec son père, il lui fut ordonné de l’égorger. Il est donc établi avec certitude que le premier enfant du prophète Ibrahim (sur lui la paix) était le prophète Ismaïl (sur lui la paix), et non le prophète Ishaq (sur lui la paix).

Le Coran lui-même présente l’ordre chronologique des deux fils de la manière suivante :

(Arabe***************)

— Louange à Allah qui, dans ma vieillesse, m’a accordé Ismaïl et Ishaq — (Ibrahim : 39).

(2) Dans le passage du Coran où est annoncée la naissance du prophète Ishaq (sur lui la paix), les deux mots « ghulāmin ʿalīm » (« un fils savant ») sont employés (adh-Dhariyat : 28), et il est dit dans la sourate :(Arabe*************)

Ne crains pas, je t’annonce la bonne nouvelle d’un fils savant — (al-Hijr : 53). Mais dans la sourate as-Saffat, au sujet du fils dont la naissance est annoncée, les deux mots « ghulāmin halīm » (« un fils patient ») sont employés. Il apparaît donc clairement que les qualités distinctives des deux fils étaient différentes, et que l’ordre d’égorger ne concernait pas le fils savant, mais le fils patient ; car l’événement du sacrifice du fils eut lieu après la naissance de ce fils, lorsqu’il approcha de l’âge de la jeunesse, et l’annonce de la naissance du second fils fut faite ensuite.

(3) En annonçant dans le Coran la naissance du prophète Ishaq (sur lui la paix), il est également annoncé qu’un fils tel que Yaqub (sur lui la paix) naîtrait dans leur descendance :(Arabe***************)।

— Nous lui annonçâmes la bonne nouvelle d’Ishaq, puis, après Ishaq, celle de Yaqub — (Hud : 71).

Il est évident qu’au moment même où l’annonce de la naissance d’un fils fut faite, il fut également annoncé qu’il aurait un fils digne de ce nom. Si, à propos de ce fils, on avait montré à Abraham (sur lui la paix) en rêve qu’il l’égorgeait, Abraham (sur lui la paix) n’aurait jamais pu en comprendre qu’il s’agissait d’une indication lui ordonnant de sacrifier ce fils. En effet, après l’avoir sacrifié, il n’aurait plus été question qu’un fils, à savoir Jacob (sur lui la paix), naisse de sa descendance.

Allama Ibn Jarir répond à cet argument en disant que ce rêve a peut-être été montré à Abraham à l’époque où Jacob (sur lui la paix) naquit dans la maison d’Isaac. Mais c’est une réponse extrêmement faible. Les termes du Noble Coran sont les suivants : « Lorsque le garçon fut en âge de courir çà et là avec son père », c’est alors que ce rêve lui fut montré. Quiconque lit ces mots avec impartialité verra apparaître dans son esprit l’image d’un garçon de huit, dix, ou tout au plus douze ou treize ans. Personne ne peut imaginer que ces termes aient été employés pour désigner un fils devenu jeune homme et père d’un enfant.

(4) Après avoir relaté toute cette histoire, Allah Tout-Puissant dit finalement : « Nous lui annonçâmes la bonne nouvelle d’Isaac, un prophète vertueux. » Il apparaît clairement que ce n’était pas le fils dont le sacrifice avait été indiqué. Au contraire, l’annonce de la naissance d’un autre fils avait d’abord été faite. Puis, lorsque celui-ci fut en âge de courir çà et là avec son père, l’ordre de le sacrifier fut donné. Ensuite, lorsqu’Abraham (sur lui la paix) eut réussi cette épreuve, on lui annonça la naissance d’un autre fils, Isaac. Cette succession d’événements établit avec certitude que le fils dont le sacrifice avait été ordonné n’était pas Isaac (sur lui la paix), mais qu’il était né plusieurs années avant lui. Allama Ibn Jarir réfute cet argument pourtant évident en disant que l’annonce de la naissance d’Isaac (sur lui la paix) fut faite en premier. Puis, lorsqu’il se fut préparé à donner sa vie pour la satisfaction de Dieu, sa récompense lui fut accordée sous la forme de l’annonce de sa qualité de prophète. Mais cette réponse est encore plus faible que la première. Si tel avait réellement été le cas, Allah Tout-Puissant n’aurait pas dit, à propos de cet événement : « Nous lui annonçâmes la bonne nouvelle d’Isaac » ; Il aurait plutôt dit : « Nous lui annonçâmes cette bonne nouvelle : ton fils sera un prophète parmi les vertueux. »

(5) Des récits fiables établissent que les cornes du bélier qui avait été égorgé en rançon pour Ismaël (sur lui la paix) furent conservées dans la Kaaba jusqu’à l’époque d’Abdullah ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée). Plus tard, lorsque Hajjaj ibn Yusuf assiégea Ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) dans le Sanctuaire et détruisit la Kaaba, ces cornes furent détruites. Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) et Amir al-Sha’bi (qu’Allah lui fasse miséricorde) attestent les avoir eux-mêmes vues dans la Kaaba (Ibn Kathir). Cela prouve également que l’événement du sacrifice n’eut pas lieu au pays de Sham, mais à La Mecque, et qu’il concernait Ismaël (sur lui la paix). C’est précisément pour cette raison que leur souvenir fut conservé dans la Kaaba construite par Abraham (sur lui la paix) et Ismaël (sur lui la paix).

(6) Pendant de nombreux siècles, la tradition arabe conserva le souvenir que cet événement du sacrifice avait eu lieu à Mina. Il ne s’agissait pas seulement d’une tradition. Depuis cette époque jusqu’à l’ère du Prophète honoré (sur lui la paix et les bénédictions), les rites du pèlerinage comprenaient constamment cet acte : les gens se rendaient à l’endroit de Mina même où Abraham (sur lui la paix) avait accompli le sacrifice, et y sacrifiaient. Puis, lorsque le Prophète Muhammad (sur lui la paix et les bénédictions) fut envoyé comme dernier prophète, il maintint lui aussi cette pratique. Aujourd’hui encore, durant le pèlerinage, on accomplit le sacrifice à Mina le 10 Dhul-Hijja. La continuité de cette pratique pendant quatre mille cinq cents ans constitue une preuve irréfutable que les descendants d’Ismaël, et non ceux d’Isaac, furent les héritiers du sacrifice d’Abraham (sur lui la paix). Chez les descendants d’Isaac (sur lui la paix), aucune coutume ne s’était établie selon laquelle toute la nation aurait sacrifié au même moment et sous la même appellation, en considérant cet acte comme le souvenir du sacrifice d’Abraham (sur lui la paix).

Après avoir pris connaissance de ces arguments et de ces preuves, on s’étonne de voir comment l’idée qu’Isaac (sur lui la paix) aurait été sacrifié a pu se répandre au sein même de la communauté musulmane. Si les Juifs avaient tenté de priver Ismaël (sur lui la paix) de son mérite et d’attribuer ce mérite à leur ancêtre Isaac (sur lui la paix), cela serait compréhensible. Mais comment une grande partie des musulmans a-t-elle pu accepter leur tromperie ? Allama Ibn Kathir a donné dans son ouvrage d’exégèse une réponse très satisfaisante à cette question. Il dit : « En réalité, toutes les affirmations avancées en faveur du sacrifice d’Isaac (sur lui la paix) sont rapportées de Ka’b al-Ahbar. Lorsque cet homme se convertit à l’islam à l’époque d’Omar (qu’Allah l’agrée), il lui rapportait les récits mentionnés dans les anciens livres juifs et chrétiens, et Omar (qu’Allah l’agrée) les écoutait. C’est pourquoi d’autres personnes commencèrent elles aussi à l’écouter et à rapporter ensuite tout ce qu’il disait, qu’il s’agisse de propos sensés ou d’absurdités. Pourtant, cette communauté n’avait nul besoin de connaître quoi que ce soit de ces sujets. »

Le récit de Muhammad ibn Ka’b al-Qurazi apporte un éclairage supplémentaire sur cette question. Il dit : « Un jour, en ma présence, la question fut soulevée auprès de Umar ibn Abd al-Aziz (qu’Allah lui fasse miséricorde) de savoir si celui qui avait été égorgé était Isaac (sur lui la paix) ou Ismaël (sur lui la paix). Dans cette assemblée se trouvait un homme qui avait d’abord été compté parmi les savants juifs, puis avait embrassé l’islam avec sincérité. Il dit : “Ô Commandeur des croyants, par Dieu, celui qui fut sacrifié était Ismaël. Les Juifs eux-mêmes le savaient. Mais, poussés par leur jalousie envers les Arabes, ils prétendirent que celui qui avait été sacrifié était Isaac.” » (Ibn Jarir).

En rapprochant ces deux récits, on comprend qu’il s’agissait en réalité d’une propagande juive qui s’était répandue parmi les musulmans. Les musulmans ne nourrissaient aucun sectarisme dans les questions intellectuelles. C’est pourquoi beaucoup d’entre eux acceptèrent comme des réalités intellectuelles les récits juifs que ceux-ci présentaient, sous le couvert de la tradition historique, comme provenant des anciens livres. Ils ne se rendirent pas compte qu’au lieu de savoir, ces récits ne contenaient que partialité et hostilité.

La construction de la Kaaba

Il a été dit tout d’abord que, grâce à la bénédiction de Zamzam, plusieurs familles de la tribu de Jurhum vinrent s’établir auprès du prophète Ismaïl (paix sur lui) et de Hajar (qu’Allah l’agrée), et que La Mecque était en train de prendre la forme d’une ville. Il a également été mentionné que, grâce à l’amabilité de Hajar, de bonnes relations s’établirent entre la mère et le fils, d’une part, et les nouveaux colons, d’autre part. Le prophète Ismaïl

(Plan de la Noble Kaaba)

(paix sur lui) fut élevé et grandit parmi eux. Lorsqu’il atteignit l’âge de la jeunesse, les Jurhumites, émerveillés par son caractère incomparable et ses qualités, nourrirent le désir de marier le prophète Ismaïl (paix sur lui) à l’une des leurs. Selon le récit rapporté dans al-Boukhari par ‘Abdallah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée), le prophète Ismaïl (paix sur lui) épousa d’abord une jeune fille. Mais cette belle-fille ne plut pas au prophète Ibrahim (paix sur lui). C’est pourquoi le prophète Ismaïl (paix sur lui) la répudia et épousa une autre jeune fille, qui plaisait au prophète Ibrahim (paix sur lui). Il eut d’elle douze fils. Selon le récit d’al-Boukhari, Hajar (qu’Allah l’agrée) entra au Paradis peu après le premier mariage du prophète Ismaïl (paix sur lui).

Ensuite, le prophète Ibrahim (paix sur lui) se rendit à La Mecque pour accomplir la mission qui lui était véritablement confiée : il y avait, trente ans auparavant, réinstallé cette partie de sa famille dans une vallée désertique dépourvue d’eau et de végétation. Dans le récit d’Ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) rapporté dans al-Boukhari, que nous avons cité plus haut, il poursuit ainsi : un jour, le prophète Ismaïl (paix sur lui) était assis sous un arbre, près de Zamzam, et fabriquait des flèches. C’est alors qu’Ibrahim (paix sur lui) arriva soudainement. Dès qu’il le vit, le prophète Ismaïl (paix sur lui) se leva, et le père et le fils se retrouvèrent comme se retrouvent un père et son fils. Le prophète Ibrahim (paix sur lui) dit ensuite : « Ismaïl ! Allah m’a ordonné d’accomplir une tâche. » Le prophète Ismaïl (paix sur lui) répondit : « Accomplissez donc la tâche que votre Seigneur vous a ordonné d’accomplir. » Ibrahim (paix sur lui) demanda : « M’aideras-tu dans cette tâche ? » Il répondit : « Oui, certainement, je vous aiderai. » Le prophète Ibrahim (paix sur lui) indiqua alors la partie de la vallée qui était légèrement surélevée par rapport au terrain environnant et dit : « Allah m’a ordonné de bâtir ici une Maison. » Ainsi, les deux père et fils édifièrent les fondations de la Maison sacrée. Le prophète Ismaïl (paix sur lui) apportait les pierres, tandis qu’Ibrahim (paix sur lui) élevait les murs. Lorsque les murs furent suffisamment hauts, le prophète Ibrahim (paix sur lui) apporta la pierre devenue célèbre sous le nom de Maqâm d’Ibrahim. Il monta dessus, continua à maçonner et éleva davantage les murs.

Le prestige de la Kaaba en Arabie et dans le monde entier

Cette Maison n’était pas simplement un lieu de dévotion, comme le sont les mosquées. Dès le premier jour, elle fut plutôt considérée comme le centre de la diffusion et de l’expansion du mouvement universel de la religion islamique. L’objectif était que ceux qui croient en l’unicité de Dieu viennent de tous les lieux s’y rassembler, adorent Dieu tous ensemble et repartent avec le message de l’islam. Comment ce centre avait-il été établi à l’origine ? Avec quelles émotions et quelles invocations les deux pères et fils avaient-ils construit les murs de cette Maison, et comment avaient-ils inauguré le pèlerinage ? Le Noble Coran en donne le récit détaillé de la manière suivante.

(Arabe***************)

-En vérité, la première Maison qui ait été établie pour les hommes est celle qui fut construite à La Mecque. C’est une Maison bénie et un centre de guidée pour tous les habitants du monde. Elle renferme des signes évidents d’Allah ainsi que le Maqâm d’Ibrâhîm. Quiconque y entre y trouvera la sécurité (Âl ‘Imrân : 96).

(Arabe***************)

-N’ont-ils donc pas vu comment Nous avons fait du sanctuaire un lieu sûr, tandis que les gens sont emportés de force tout autour de lui ? (Al-‘Ankabût : 67)

C’est-à-dire que, depuis deux mille ans, tout autour, le pillage, les meurtres, les destructions et les guerres faisaient rage ; pourtant, dans ce sanctuaire, la sécurité régnait toujours. Même le Bédouin le plus barbare, s’il apercevait à l’intérieur de ses limites le meurtrier de son père, n’osait pas porter la main sur lui.

(Arabe***************)

-Et souvenez-vous lorsque Nous fîmes de cette Maison un centre pour les hommes, un lieu de retour et de sécurité, et que Nous ordonnâmes : « Purifiez Ma Maison pour ceux qui en accomplissent les circuits, s’y inclinent et s’y prosternent. » Et lorsque Ibrâhîm implora : « Seigneur ! Fais de ce lieu une cité sûre et accorde ses fruits en subsistance à ceux de ses habitants qui croient en Allah et au Jour dernier. » Et lorsque Ibrâhîm et Ismaël élevaient les fondations de cette Maison, ils imploraient : « Ô notre Seigneur ! Accepte notre œuvre. Tu es Celui qui entend tout et qui sait tout. Notre Seigneur ! Fais de nous deux des musulmans, entièrement soumis à Toi, et suscite de notre descendance une communauté qui Te sera soumise. Enseigne-nous les rites de notre culte et accorde-nous Ta grâce. Tu es certes Celui qui pardonne beaucoup et le Très Miséricordieux. Ô notre Seigneur ! Envoie parmi ces gens un Messager issu de leur peuple, qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la sagesse, et les purifiera. Tu es certes le Puissant, le Sage. » (Al-Baqara : 125-129).(Arabe***************)

Et lorsque Ibrâhîm implora : « Seigneur ! Fais de cette cité une cité sûre et préserve-moi, ainsi que mes enfants, de l’adoration des idoles. Seigneur ! Ces idoles ont égaré beaucoup de gens. Quiconque me suivra sera des miens ; quant à celui qui s’écartera de ma voie, Tu es certes Pardonneur et Miséricordieux. Seigneur ! J’ai établi une partie de ma descendance auprès de Ta Maison sacrée, dans cette vallée dépourvue d’eau et de végétation, afin qu’ils accomplissent la prière. Fais donc que les cœurs des hommes se prennent d’affection pour eux et accorde-leur des fruits en subsistance. Peut-être seront-ils reconnaissants. » (Ibrâhîm : 35)

(Arabe***************)

Et lorsque Nous indiquâmes à Abraham l’emplacement de cette Maison, en lui enjoignant : « Ne M’associe rien ; purifie Ma Maison pour ceux qui accomplissent les circumambulations, se tiennent en inclinaison et se prosternent ; et proclame aux gens l’appel au pèlerinage : ils viendront à toi, à pied ou montés sur des chamelles amaigries venant de contrées lointaines, afin qu’ils constatent les avantages religieux et mondains qui leur sont destinés. Puis, durant des jours déterminés, qu’ils prononcent le nom d’Allah sur les bêtes qu’Il leur a accordées, c’est-à-dire qu’ils les sacrifient. Mangez-en donc et nourrissez-en le nécessiteux et le pauvre. » (Le Pèlerinage, 26-28).

Les bienfaits de la Kaaba à l’époque de la Jahiliyya

Dans le pays arabe, le prestige de la Kaaba ne se limitait pas à celui d’un simple lieu de culte. Au contraire, en raison de son statut central et de sa sainteté, elle était devenue le soutien de la vie économique et culturelle de tout le pays. Des foules venues de toutes les régions se rendaient à la Kaaba pour le Hajj et la ‘Umra, et ces rassemblements établissaient un lien d’unité entre les Arabes, jusque-là profondément divisés. Les habitants de diverses régions et tribus nouaient entre eux des relations culturelles. Les concours de poésie contribuaient au développement de leur langue et de leur littérature. Les transactions commerciales satisfaisaient les besoins économiques de tout le pays. Grâce aux mois sacrés [Les mois sacrés sont : Rajab pour la ‘Umra, et Dhu al-Qa‘da, Dhu al-Hijja et Muharram pour le Hajj. Les guerres cessaient durant ces mois. Personne ne molestait les voyageurs en route pour la ‘Umra ou le Hajj — l’auteur.], les Arabes bénéficiaient de paix et de sécurité pendant un tiers de l’année. C’était la seule période où leurs caravanes pouvaient aisément se déplacer d’une extrémité du pays à l’autre. Lorsque des bêtes destinées au sacrifice, portant un collier autour du cou, les accompagnaient, les déplacements d’un lieu à l’autre en étaient facilités. En effet, à la vue de ces bêtes portant un collier en signe de vœu, les Arabes inclinaient la tête avec respect. Aucune tribu de pillards n’osait s’en prendre à elles.

La mission prophétique d’Ismaël (que la paix soit sur lui) et son influence sur les Arabes

Lorsque Abraham (que la paix soit sur lui) et Ismaël (que la paix soit sur lui) construisirent la Kaaba, qu’ils proclamèrent la Maison comme centre et refuge, et qu’un appel fut lancé à venir chaque année à la Kaaba pour le Hajj, il est très probable que ce fut à cette époque qu’Ismaël (que la paix soit sur lui) fut élevé au rang de prophète, afin d’assumer la mission de prêcher la religion de l’islam dans le pays arabe. Le Coran dit à son sujet :(Arabe***************)

« Et mentionne Ismaël dans le Livre. Il était fidèle à sa promesse, et il était un messager et un prophète. Il ordonnait à sa famille la prière et la zakat, et il était agréé par son Seigneur. » (Marie, 54-55)

Bien que l’histoire ne fournisse aucun récit détaillé de la vie d’Ismaël (que la paix soit sur lui) ni de sa mission prophétique, la preuve de la réussite de celle-ci réside dans le fait qu’un statut central fut établi pour la Kaaba dans toute l’Arabie. Des foules venues des régions les plus reculées d’Arabie affluaient avec enthousiasme pour le Hajj et la ‘Umra. Les rites du Hajj étaient ceux qui avaient été prescrits à l’origine. La pratique de parcourir le trajet entre Safa et Marwa, ainsi que celle de sacrifier à Mina le jour de Dhu al-Hijja, était également répandue parmi les Arabes ; elle constituait sans aucun doute un souvenir du parcours de Hajar (qu’Allah l’agrée) et du sacrifice d’Abraham (que la paix soit sur lui). L’interdiction de voyager pendant les quatre mois sacrés en vue du Hajj et de la ‘Umra était aussi unanimement reconnue dans toute l’Arabie. De nombreux autres signes de la religion d’Abraham étaient également en usage parmi les Arabes : la circoncision, le bain rituel de purification après une émission de sperme, l’abattage des animaux, l’immolation des chameaux, l’inhumation des morts, le mariage et le divorce, les règles du deuil des veuves, l’interdiction d’épouser sa mère, sa sœur ou sa fille, la loi du talion pour le meurtre, et bien d’autres choses encore. En outre, certains hommes éclairés pratiquaient les ablutions. Certains accomplissaient la prière, comme Quss ibn Sa‘ida al-Iyadi. Abu Dharr, lui aussi, commença à prier trois ans avant d’embrasser l’islam, bien qu’on ne sache pas de quelle manière il priait. La pratique du jeûne existait également parmi les Arabes. Ils pratiquaient aussi la retraite spirituelle. Il est rapporté dans un hadith que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) avait fait vœu, à l’époque de la Jahiliyya, d’accomplir une retraite spirituelle pendant une nuit. De nombreux actes étaient considérés par les Arabes comme des œuvres pieuses et étaient loués par eux : nourrir les hôtes et les voyageurs, aider les nécessiteux, s’acquitter des droits des proches, et autres actes semblables. Si la mission d’Ismaël (que la paix soit sur lui) n’avait pas remporté un succès extraordinaire, il n’aurait pas été possible que, malgré deux mille cinq cents années passées dans les ténèbres de la Jahiliyya, les signes de la religion qu’il avait prêchée subsistent dans toute l’Arabie jusqu’à la venue du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Plus important encore, c’est l’effet de sa prédication et de celle des personnes influencées par lui qui explique que, parmi les Arabes, jusqu’à l’avènement du Prophète, on trouvait au sujet d’Allah les mêmes conceptions que celles mentionnées dans le Noble Coran. Voir notamment les sourates az-Zukhruf, 87 ; al-‘Ankabut, 61-63 ; al-Mu’minun, 61-63 ; Yunus, 22-23 et 31 ; et Bani Isra’il, 67.

L’influence de la mission d’Ismaël se manifesta également par le fait que, jusqu’à la venue du Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il existait en Arabie un groupe d’hommes que l’histoire désigne sous le nom de hanifs. On en trouvait dans différents lieux et parmi diverses tribus d’Arabie. Ils rejetaient le shirk et reconnaissaient l’unicité divine ; ils désiraient suivre la religion d’Abraham. Nous avons inclus une liste de ces hommes dans le quatrième volume de Tafhim al-Qur’an. Nous allons maintenant exposer la situation de quelques-uns d’entre eux :

An-Nābigha al-Ja‘dī — Il appartenait à la tribu des Banū ‘Āmir ibn Ṣa‘ṣa‘a. À l’époque de la Jāhiliyyah, il parlait de la religion d’Ibrāhīm et du ḥanīfisme, c’est-à-dire du fait de se détourner de toutes les voies pour se soumettre exclusivement à Allah. Il jeûnait et demandait le pardon d’Allah. Dans ses propos datant de l’époque de la Jāhiliyyah, il faisait mention du tawḥīd, de la vie après la mort, du châtiment et de la récompense, du Paradis, de l’Enfer, etc. Par la suite, il embrassa l’islam (Al-Isti‘āb, t. I, p. 31).

Sirma ibn Anas — Il était issu des Banū ‘Adī ibn an-Najjār. À l’époque de la Jāhiliyyah, il menait une vie ascétique. Il renonça à l’idolâtrie. Il accomplissait le ghusl après la janābah et se tenait à l’écart des femmes menstruées. Il détestait le vin et les autres substances intoxicantes. Ayant d’abord voulu devenir chrétien, il renonça à ce projet. Il construisit une demeure semblable à une mosquée. Il n’en laissait entrer ni celui qui devait accomplir le ghusl ni la femme menstruée. Il disait :

« J’adore le Seigneur d’Ibrāhīm et je suis la religion d’Ibrāhīm. »

Voici deux vers de sa poésie :(Arabe***************)

— Louange à Allah, mon Seigneur, qui n’a aucun associé. Celui qui ne reconnaît pas cela se fait du tort à lui-même.

Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, arriva à Médine, cet homme était déjà extrêmement âgé. Il se présenta auprès du Prophète et embrassa l’islam (Al-Isti‘āb, t. I, p. 323 ; Al-Iṣābah, t. II, p. 179 ; Ibn Hishām, t. II, p. 156).

‘Amr ibn ‘Abasah — Il appartenait à la tribu des Banū Sulaym. Ibn Sa‘d dit qu’il abandonna l’idolâtrie avant même d’embrasser l’islam. Aḥmad ibn Ḥanbal rapporte cette déclaration de sa part : « À l’époque de la Jāhiliyyah, je pensais que les gens étaient plongés dans l’égarement et, au sujet des idoles, je pensais qu’elles n’étaient rien. »

Voici une autre de ses paroles :

« On avait également fermement établi dans mon esprit que l’idolâtrie était une erreur. En entendant cela, quelqu’un me dit : “À La Mecque, il y a un homme qui tient de tels propos.” Je me rendis donc à La Mecque. Après avoir rencontré le Prophète Muhammad (s), j’appris son enseignement et embrassai la foi » — (Al-Istîʿâb, t. II, p. 431).

L’événement le plus instructif est celui de ʿAmr ibn Nufayl, qui était le cousin paternel de ʿUmar (r.a.) et le père de Saʿîd ibn Zayd [le beau-frère de ʿUmar (r.a.)]. Il était profondément attaché à la croyance en l’unicité divine. Il considérait comme illicites l’idolâtrie, les bêtes mortes, le sang et les sacrifices offerts au nom des idoles. Il jugeait l’infanticide des filles extrêmement odieux et s’efforçait de les sauver. Il réfutait également les religions des juifs et des chrétiens. Il disait : « Quelle différence y a-t-il entre le polythéisme de notre peuple et leur polythéisme ? »

Hadrat Asmâ bint Abî Bakr (r.a.) raconte : « J’ai vu Zayd ibn ʿAmr. Il était assis, adossé au mur de la Kaaba. Il disait : “Ô gens de Quraysh ! Par Dieu, je ne mangerai pas la viande d’un animal qui aura été immolé au nom d’un autre que Dieu. Par Dieu, personne d’autre que moi ne suit la religion d’Ibrâhîm.” »

Il disait aussi : « Ô Dieu ! Si je savais quelle manière de T’adorer est la plus agréable à Tes yeux, je T’adorerais de cette manière. » Il se prosternait en posant sa tête sur ses paumes. Il se rendit jusqu’au Shâm à la recherche de la religion d’Ibrâhîm. Mais il ne la trouva pas non plus dans les religions des juifs et des chrétiens. Il leva alors les mains et invoqua Dieu :

— Ô Dieu ! Je Te prends à témoin que je suis la religion d’Ibrâhîm.

Finalement, cinq ans avant l’avènement du Prophète Muhammad (s), quelqu’un l’assassina dans la ville de Lakhâm. Son oncle paternel et demi-frère, Khattâb, lui faisait subir de grandes persécutions parce qu’il avait abandonné la religion ancestrale. Il fut finalement contraint de quitter La Mecque. Des voyous qurayshites furent postés afin de l’empêcher d’entrer dans la ville de La Mecque.

À l’époque islamique, Hadrat ʿUmar (r.a.) et Hadrat Saʿîd ibn Zayd (r.a.) demandèrent au Noble Prophète (s) : « Connaissez-vous les convictions de Zayd ? Pouvons-nous demander le pardon pour lui ? »

Le Prophète répondit : « Oui, celui qui, au Jour de la Résurrection, se lèvera seul comme une communauté » — (Al-Istîʿâb, t. II, p. 539 ; Al-Isâba, t. I, p. 552 ; Ibn Hishâm, t. I, p. 239-240).

Cependant, on peut se faire une idée du polythéisme auquel la plupart des Arabes étaient généralement adonnés en examinant la talbiya qu’ils récitaient pendant le pèlerinage. Cette talbiya était la suivante :

(Arabe***************)

— Me voici, ô mon Dieu, me voici. Me voici, Tu n’as aucun associé, à l’exception d’un associé qui T’appartient. Tu es le Maître de celui-ci comme de ce qu’il possède.

Cela signifie que, tout en reconnaissant leurs nombreuses divinités comme des objets d’adoration, ils reconnaissaient Allah comme le Seigneur suprême et pensaient que toutes ces divinités étaient les serviteurs et les esclaves de cet Être glorieux et suprême. Comment expliquer autrement cette croyance qu’ils conservaient au sujet d’Allah, alors même qu’ils étaient plongés dans la plus abjecte ignorance et le polythéisme, sinon par l’influence de l’héritage ismaélien de la prophétie ?

La responsabilité de l’administration de la Kaaba après le prophète Ismaïl (sur lui la paix)

Aussi longtemps que le prophète Ismaïl (sur lui la paix) vécut, la responsabilité de l’administration de la Kaaba resta entre ses mains. Après sa mort, son fils aîné, Nabit, en devint le gardien. Mais après la mort de Nabit, les membres de la tribu de Jurhum, qui s’étaient établis à La Mecque à l’époque de Hajar (qu’Allah l’agrée), s’emparèrent de force de l’administration de la Kaaba. En effet, les descendants d’Ismaïl (sur lui la paix) étaient peu nombreux, tandis que les Jurhumites de La Mecque s’étaient considérablement multipliés. Une branche des Amalécites, les Qatoura ou Banou Qaytour, participa également quelque temps avec eux à l’administration de La Mecque. Les Jurhumites prélevaient un dixième sur ceux qui arrivaient des régions extérieures de la ville, tandis qu’ils contraignaient les Amalécites qui venaient des régions basses à leur verser ce dixième. Finalement, les Amalécites furent écartés pendant un certain temps de l’administration de la Kaaba. Ensuite, les Jurhumites dominèrent seuls la Kaaba et La Mecque pendant plusieurs siècles (Murûj adh-Dhahab, tome II, p. 50 ; Ibn Hicham, tome I, p. 118). Peu à peu, ils se corrompirent à tel point qu’ils commencèrent à porter atteinte au caractère sacré de La Mecque. Ils consommaient injustement les biens offerts à la Kaaba. Ils importunaient les visiteurs venus accomplir la ziyara. Bien plus, si l’un d’eux ne trouvait aucun autre endroit pour commettre la fornication, il se rendait à la Kaaba pour y accomplir ce péché. Un événement de cette époque rapporte qu’un homme nommé Isaf commis un acte illicite dans la Kaaba avec une femme nommée Naïla, et qu’Allah Tout-Puissant les rendit tous deux difformes. Quelque temps plus tard, on fabriqua leurs statues, on en plaça une à Safa et l’autre à Marwa, puis on commença à les adorer. Les gardiens de la Kaaba étaient ainsi tombés dans une abjection extrême.

Finalement, lorsque les excès des Jurhumites atteignirent leur comble, Banou Bakr ibn Abd Manat, de la tribu de Kinana, et Ghubshan, de la tribu de Khuzâʿa, les combattirent ensemble et les expulsèrent de La Mecque. Au moment de partir, ils jetèrent les trésors de la Kaaba dans le puits de Zamzam, qu’ils comblèrent et firent disparaître, puis prirent la direction de leur patrie, le Yémen. La responsabilité de l’administration de la Kaaba fut alors confiée à la branche de Banou Khuzâʿa connue sous le nom de Ghubshan. Ils demeurèrent les gardiens de la Kaaba pendant trois ou quatre siècles, et c’est à leur époque que la Kaaba se transforma en un sanctuaire entièrement consacré aux idoles. Cela commença ainsi : le chef de cette tribu, Amr ibn Luhay, devint le roi sans couronne de Khuzâʿa en raison de sa richesse et de sa générosité. Chaque fois qu’il inventait une nouvelle pratique religieuse (bidʿa), tous le suivaient sans la moindre hésitation. Un jour, il se rendit au pays de Syrie, où il vit les Amalécites adorer diverses idoles. Cela lui plut beaucoup et il en rapporta une idole appelée Hubal, qu’il installa dans la Kaaba. Peu à peu, le nombre des idoles nouvelles ne cessa d’augmenter. Parmi elles furent également placées les statues du prophète Ibrahim (sur lui la paix), du prophète Ismaïl (sur lui la paix) et de Maryam (sur elle la paix). La statue de Maryam avait probablement été placée afin que les chrétiens d’Arabie se tournent vers la Kaaba. Dans un récit d’Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée), rapporté dans le Kitab al-Anbiya de Bukhari, il est dit qu’il y avait aussi dans la Kaaba des statues d’Ibrahim (sur lui la paix) et de Maryam (sur elle la paix). Selon un autre récit, les statues d’Ibrahim (sur lui la paix) et d’Ismaïl (sur lui la paix) étaient représentées avec des flèches de divination dans les mains. Ibn Ishaq rapporte que les innovations de la bahira, de la saïba, de la wasila et du ham furent instituées par Amr ibn Luhay ; elles sont réfutées dans le verset 103 de la sourate al-Maïda. Il n’est toutefois pas exact de dire que cet homme fut le premier à introduire l’idolâtrie parmi les adeptes de la religion d’Ibrahim. Ibn Ishaq rapporte encore que ceux qui quittaient La Mecque pour s’installer ailleurs en Arabie emportaient avec eux une pierre de La Mecque ; partout où ils s’installaient, ils la plaçaient et commençaient à en faire les circumambulations (Ibn Hicham, tome I, p. 79-80).

La tutelle de la Kaaba, c’est-à-dire le droit d’en assurer l’administration, prit fin pour les Khuzâʿites lorsque Qusay ibn Kilab, de la tribu de Quraysh, reçut cette charge de son beau-père. Nous exposerons plus loin les détails de cette affaire.

Les descendants d’Ismaël (paix sur lui)

Les généalogistes arabes et le récit unanime de la Bible rapportent qu’Ismaël (paix sur lui) avait douze fils. Toutefois, après l’établissement de la domination des Jurhumites à La Mecque, très peu de descendants d’Ismaël restèrent dans la ville, tandis que tous les autres se dispersèrent dans différentes régions de l’Arabie. L’histoire garde le silence sur les lieux où allèrent les descendants de ses douze fils et sur les personnes qui naquirent de leur lignée. Ce qui est conservé dans la science arabe de la généalogie, qui est fiable et ne fait l’objet d’aucune divergence, c’est qu’Adnân est l’un des descendants de Nâbit, le fils aîné d’Ismaël (paix sur lui). Il existe des divergences quant au nombre de générations qui se sont écoulées entre Adnân et Ismaël (paix sur lui), et la généalogie des ancêtres d’Adnân n’a pas été conservée. ‘Urwah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) dit : « Nous n’avons trouvé personne qui connût la généalogie intermédiaire entre Adnân et Ismaël (paix sur lui). »

Ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) et Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) disent tous deux que ceux qui énoncent une généalogie au-delà d’Adnân mentent. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Ceux qui énoncent une généalogie au-delà d’Adnân mentent ; la généalogie ne devrait être énoncée que jusqu’à Adnân. » Dans les Tabaqât d’Ibn Sa‘d et dans Ansâb al-Ashrâf d’al-Balâdhurî, on rapporte cette parole du Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : après avoir énoncé sa généalogie jusqu’à Ma‘add ibn Adnân ibn ‘Udâd, il dit : « Ceux qui énoncent la généalogie des ancêtres au-delà de cela sont des menteurs. » Cependant, le fait que la généalogie ascendante n’ait pas été conservée ne signifie nullement qu’il y ait le moindre doute sur l’appartenance d’Adnân aux descendants d’Ismaël. Tous les Arabes étaient unanimes sur le fait qu’Adnân faisait partie des descendants d’Ismaël. Leur unanimité à ce sujet constitue une preuve irréfutable de leur culture, car les Arabes accordaient une grande importance à la généalogie. Sans un récit transmis continuellement de génération en génération, il leur aurait été impossible de parvenir à un accord sur l’ascendance de quelqu’un.

La généalogie du Noble Messager et ses liens avec les tribus arabes

Après Adnân, la généalogie des groupes tribaux arabes issus de ses descendants est conservée. Les généalogistes ne divergent pas sur ce point. Nous présentons ici la généalogie du Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Nous indiquerons ensuite à quelles générations les différentes tribus arabes rejoignent la lignée du Prophète. La généalogie du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est la suivante :

Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), fils de ‘Abdullah, fils de ‘Abd al-Muttalib, fils de Hâshim, fils de ‘Abd Manâf, fils de Qusayy, fils de Kilâb, fils de Murrah, fils de Ka‘b, fils de Lu’ayy, fils de Ghâlib, fils de Fihr, fils de Mâlik, fils d’an-Nadr, fils de Kinânah, fils de Khuzaymah, fils de Mudrikah, fils d’Ilyâs [certains auteurs ont prononcé ce nom Il’yâs, mais as-Suhaylî a affirmé dans son ouvrage que la forme correcte était Al-Ilyâs. Al-Balâdhurî a également écrit ce nom sous cette forme dans son Ansâb al-Ashrâf — l’auteur], fils de Mudar, fils de Nizâr, fils de Ma‘add, fils d’Adnân.

En remontant, dans cette succession généalogique, jusqu’aux ancêtres de chacun de ces hommes, les tribus suivantes rejoignent la lignée du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) :

La généalogie ascendante des descendants de ‘Akk, fils d’Adnân, remonte jusqu’à Adnân et rejoint ainsi celle des ancêtres du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Les descendants de ‘Akk allèrent s’établir au Yémen et contractèrent des liens matrimoniaux avec les Ash‘arites. Abû Mûsâ al-Ash‘arî (qu’Allah l’agrée) appartenait à cette tribu.

Les Banû Qudâʿa et les tribus parmi lesquelles comptent les Banû Bakr ibn Wâ’il, les Taghlib, les Nâdila, entre autres, se rattachent aux Banû ʿAbd al-Qays, aux ʿAnâza et à Nâmir ibn Qâsi de Nizâr.

Toutes les tribus de Qays — Sulaym, Mâzin, Fazâra, ʿAbs, Ashjaʿ, Murra, Dhubyân, Ghatfân, ʿUqayl, Qushayr, Jushâm, Thaqîf, Bâhila et les Banû Saʿd — descendent des Banû Saʿd ibn Bakr.

Les Banû Tamîm, les Banû Dabra, Muzayna, Khuzâʿa, Aslam, les Banû Taym et d’autres se rattachent à al-Yâs.

Les Hudhayl, tribu dans laquelle naquit le vénérable ʿAbd Allâh ibn Masʿûd (qu’Allah l’agrée), se rattachent à Mudrika.

Les Banû Asad, les Qarâ et tous les Banû Alhûn ibn Khuzayma se rattachent à Khuzayma.

Les Banû ʿAbd Manât — parmi lesquels comptent les Banû Bakr et les Banû Dhamîra —, les Banû Mâlik, les Banû Qalqân, ʿAtaba, Milqân, les Banû Hudhayl, les Banû Firâs, les Banû Fuqaym et d’autres se rattachent à Kinâna. La tribu du vénérable Abû Dharr al-Ghifârî (qu’Allah l’agrée) est issue des Banû Mâlikân.

Quraysh

Un groupe de généalogistes affirme que Quraysh était le surnom d’al-Nadr ibn Kinâna. Toutefois, les érudits spécialistes de la recherche affirment qu’en réalité Quraysh était le surnom de Fihr, petit-fils d’al-Nadr et fils de Mâlik ibn al-Nadr.

Ceux qui sont ses descendants sont inclus parmi les Quraychites, tandis que ceux qui ne le sont pas n’y sont pas inclus. [Il existe une divergence d’opinions quant à la signification du mot « Quraych ». Selon une première interprétation, il signifie se rassembler après avoir été dispersés. Dans ce sens, le titre de Quraych pourrait avoir été celui de Qusay ibn Kilab, car c’est à son époque que toutes les familles des Quraychites se réunirent à La Mecque. Une deuxième interprétation lui donne le sens de subsistance, de commerce et d’affaires, qui constituaient la profession des Quraychites. Une troisième signification est celle de recherche ; dans ce sens, Quraych serait le titre de Nadr ibn Kinana, car la tradition arabe rapporte qu’il recherchait les nécessiteux et leur venait en aide. Une autre signification encore est l’immensité de la mer, qui dévore toute chose. Il est également rapporté que Quraych ibn Badr était un homme de la descendance de Banu Nadr ibn Kinana, qui organisait les compagnons de voyage () et l’approvisionnement en marchandises. C’est pourquoi, lorsqu’ils voyaient la caravane de cette tribu, les Arabes disaient : « La caravane de Quraych est arrivée. » Il existe diverses opinions de ce genre. Toutefois, les informations issues de la recherche indiquent que Quraych était le titre de Fihr, de la tribu des Banû Fihr — l’auteur. ]

Le rassemblement des Quraychites à La Mecque et l’obtention de la charge d’administrer la Kaaba

Nous avons dit précédemment qu’après l’établissement de la domination des Jurhumites à La Mecque, les descendants d’Ismaël se dispersèrent dans les différentes régions de l’Arabie. Même lorsque la charge d’administrer la Kaaba était détenue par Chaqa et Ghubshan, appartenant aux Banû Khuza‘a, cette situation se poursuivit. Comme les autres branches des descendants d’Ismaël, les Quraychites se dispersèrent dans les différents villages des Banû Kinana. Seule une très petite partie d’entre eux était établie à La Mecque. Vers l’an 400 de l’ère chrétienne [Selon le récit d’Ibn Kathîr, il y avait un intervalle de 560 ans entre la mort de Ka‘b ibn Lu’ayy, l’arrière-grand-père de Qusay, et la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). De ce point de vue, il est possible que Ghalib ibn Fihr ait été contemporain de Jésus (que la paix soit sur lui). Ibn Kathîr, citant as-Suhaylî et d’autres imams, rapporte également qu’à l’époque de Ma‘ad ibn ‘Adnan, Nabuchodonosor détruisit Jérusalem et emmena les Juifs en captivité. Al-Balâdhurî a dit que cet événement, qui eut lieu en 587 avant l’ère chrétienne, se produisit à l’époque de Ma‘ad ibn ‘Adnan, contemporain de Nabuchodonosor — l’auteur. ] Cette situation prit fin aux mains de Qusay ibn Kilab : La Mecque passa sous l’autorité des Quraychites et l’administration de la Maison sacrée de la Kaaba leur fut également confiée.

L’histoire commença ainsi : après la mort de Kilab ibn Murra, le père de Qusay, sa mère, Fâtima bint Sa‘d, issue de la lignée d’Azad Shanû’a, épousa Rabi‘a ibn Haram, un homme des Banû Qudha‘a, et partit pour le Shâm. De ce second mari et de sa mère naquit un fils nommé Zurah ibn Rabi‘a. Lorsque Qusay atteignit l’âge adulte, il se querella un jour avec un homme des Banû Qudha‘a. Celui-ci le réprimanda en lui disant : « Tu as été élevé parmi nous et tu grondes maintenant contre nous ! Pourquoi ne vas-tu pas rejoindre les tiens ? »

Qusay demanda alors à sa mère : « Quelle est mon identité ? » Elle lui répondit : « Tu es le fils de Kilab et tu appartiens à la tribu des Quraychites. Ton peuple vit près de la Maison sacrée, dans la ville de La Mecque et ses environs. » Qusay prit alors fermement sa décision et dit : « Je vais rejoindre les gens de mon peuple. »

Lorsque vint la saison du pèlerinage, il arriva à La Mecque avec les pèlerins des Banû Qudha‘a. Son frère utérin Zuhra, qui était encore jeune à la mort de Kilab, y était déjà établi. Qusay demeura auprès de lui. À cette époque, Hulail ibn Hubshiyya al-Khuza‘i était le gardien de la Kaaba et le gouverneur de La Mecque. Qusay demanda à épouser Hubbaba, la fille de Hulail. Séduit par la noblesse de l’ascendance de Qusay et par sa noble personnalité, Hulail donna volontiers son consentement. Quant à la manière dont la charge d’administrer la Kaaba et la direction de La Mecque passèrent entre ses mains, plusieurs récits existent. Selon l’un d’eux, Hulail aurait lui-même légué par testament que Qusay serait digne de devenir le gardien de la Maison sacrée après sa mort. Selon un autre récit, après la mort de Hulail, Qusay revendiqua qu’il était plus digne que les autres d’occuper cette fonction. Comme les Banû Khuza‘a et les Banû Bakr n’y consentirent pas, il appela à l’aide son demi-frère Rizâh ainsi que les Banû Kinana et les Banû Khuzayma. Il rassembla ensuite les Quraychites qui vivaient dans les environs. Puis il expulsa par la force les Banû Khuza‘a et les Banû Bakr de La Mecque. Plus tard, lorsque les deux parties acceptèrent comme arbitre Ya‘mur ibn ‘Awf, du clan des Banû ‘Abd Manât ibn Kinana, celui-ci décida que Qusay était plus en droit que les Banû Khuza‘a d’être le gardien de la Maison sacrée, parce que son ascendance était assurément issue des descendants d’Ismaël.

Après s’être libéré du conflit avec les Banû Khuza‘a, Qusay s’intéressa aux Banû al-Ghawth ibn Murra. Ils étaient appelés les Sûfa. À l’époque des Jurhumites et des Banû Khuza‘a, ils avaient obtenu le privilège suivant : pendant le pèlerinage, nul ne pouvait quitter ‘Arafat sans leur permission. C’est avec leur autorisation que les pèlerins se rendaient à Mina. Personne ne pouvait quitter Mina pour rentrer chez lui tant que les Sûfa n’avaient pas lapidé les stèles. Ce n’est qu’après eux que les autres pèlerins pouvaient accomplir le ramy, c’est-à-dire lancer les pierres, puis partir. En raison de cette pratique ancienne, cela était devenu comme une religion qu’il était considéré comme obligatoire de suivre. Pendant la saison du pèlerinage, Qusay combattit les Sûfa et les dépouilla de leur rang — Ibn Hishâm.

Lorsque Qusay eut ainsi obtenu la charge d’administrer la Kaaba et la direction de La Mecque, il rassembla à La Mecque, depuis les différentes régions de l’Arabie, tous les descendants de Fihr, qui étaient appelés les Quraychites. Il répartit La Mecque entre eux et établit chaque famille dans une partie de la ville. [Qusay répartit la ville de La Mecque entre les familles quraychites de la manière suivante : dans les zones voisines du Sanctuaire, ainsi que dans les vallées et les hauteurs des montagnes situées de part et d’autre, il établit les différentes branches des Banû Ka‘b ibn Lu’ayy, parmi lesquelles figuraient les Banû ‘Adî, les Banû Jumah, les Banû Sahm, les Banû Taym, les Banû Makhzûm, les Banû Zuhra, les Banû ‘Abd ‘Uzzâ, les Banû ‘Abd ad-Dâr, les Banû al-Muttalib, les Banû Hâshim, les Banû ‘Abd Shams et les Banû Nawfal. Ils étaient appelés les Quraych al-Bitâh, c’est-à-dire ceux qui résidaient dans la partie intérieure de La Mecque et qui étaient proprement les habitants du Sanctuaire. Les familles issues des descendants de Fihr, l’ancêtre supérieur des Quraychites, telles que les Banû Muhârib, les Banû al-Hârith, les Banû Taym ibn Murra, les Banû ‘Âmir ibn Lu’ayy et autres, constituaient les « Quraych az-Zawâhir » ; on leur attribua les parties extérieures de La Mecque — l’auteur. ] C’est sur cette base que les Quraychites les appelèrent « Mujammi‘ ».

Khuzafa ibn Ghanem al-Adawi dit :

(Arabe*******************)

— Votre père était appelé Mujammi. Par son intermédiaire, Allah rassembla les clans de Fihr.

La cité-État de La Mecque et l’administration du pèlerinage

Pour ce service considérable rendu par Qusay, tous les clans de Quraysh le reconnurent comme leur chef. Lorsqu’une fille d’une famille de Quraysh atteignait la puberté, on lui faisait revêtir le qamîs dans la maison de Qusay ; lorsqu’un mariage avait lieu, il se tenait dans la maison de Qusay. Lorsqu’une affaire importante survenait ou qu’une guerre avec une tribu semblait imminente, les chefs de toutes les familles se réunissaient dans sa maison pour se consulter. C’est pourquoi cette maison fut appelée « Dâr an-Nadwa ». Elle avait une porte donnant vers le Sanctuaire. En temps de guerre, l’un des fils de Qusay était désigné comme porte-étendard. Cette fonction s’appelait « al-Liwâ ». Toute l’organisation du pèlerinage était entre les mains des descendants de Qusay. L’une de leurs fonctions était « as-Siqâya », c’est-à-dire donner à boire aux pèlerins. La deuxième était « ar-Rifâda », c’est-à-dire organiser l’alimentation des pèlerins. À cette fin, toutes les familles de Quraysh réunissaient des contributions qu’elles remettaient à Qusay. Celui-ci assurait, jusqu’au retour des pèlerins du pèlerinage, la nourriture de ceux qui ne pouvaient pas subvenir eux-mêmes à leurs besoins.

La troisième était « al-Hijâba », c’est-à-dire la garde des clés de la Kaaba. Elle consistait à ouvrir et à fermer la Kaaba pour les visiteurs.

De son vivant, Qusay fut le maître incontesté de l’État de La Mecque. Lorsque la fin de sa vie approcha, il constata que son fils Abd Manâf avait acquis une grande renommée en Arabie et que son rang était également reconnu. Il confia alors toutes les fonctions de l’État de La Mecque — la Nadwa, la Hijâba, la Rifâda et le Liwâ — à son deuxième fils, Abd ad-Dâr. Après la mort de Qusay, sa décision fut respectée pendant quelque temps. Puis, à un moment donné, une querelle éclata au sujet de la répartition de ces fonctions. Dans cette querelle, certaines familles de Quraysh s’allièrent à Abd ad-Dâr et d’autres à Abd Manâf. Parmi les familles de Quraysh qui s’allièrent à Abd Manâf figuraient les Banû Asad ibn Abd al-Uzzâ, les Banû Zuhra ibn Kilâb, les Banû Taym ibn Murra et les Banû Hârith ibn Fihr. Leur chef était Abd Shams. Celles qui s’allièrent à Abd ad-Dâr étaient les Banû Makhzûm, les Banû Sahm, les Banû Jumah et les Banû Adî. Leur chef était Âmir ibn Hâshim. Les Banû Âmir ibn Lu’ayy et les Banû Muhârib ibn Fihr demeurèrent neutres dans cette querelle.

Cette querelle allait se prolonger, mais un accord fut conclu avant qu’une guerre civile n’éclate. Ainsi, la Hijâba, le Liwâ et la Nadwa restèrent sous l’autorité d’Abd ad-Dâr, tandis que la Siqâya et la Rifâda furent attribuées à Abd Manâf. Les descendants d’Abd Manâf se consultèrent entre eux et confièrent ces deux fonctions à Hâshim. [Ces dispositions restèrent en vigueur exactement comme elles avaient été attribuées aux deux familles, jusqu’à la conquête de La Mecque par le Messager d’Allah (S). Après la conquête de La Mecque, le Messager (S) abolit toutes les autres fonctions, à l’exception de la Hijâba et de la Siqâya. Jusqu’à ce jour, la Hijâba est restée administrée par un membre de la branche d’Abd ad-Dâr, Shayba ibn Uthmân. Quant à la Siqâya, elle finit par revenir à Hadrat Al-Abbâs ibn Abd al-Muttalib et resta quelque temps entre les mains des Banû al-Abbâs. Puis le premier calife y renonça de son propre chef — l’auteur.]

Hâshim

Le véritable nom de Hâshim était ‘Amr. Il reçut le surnom de « Hâshim » lorsqu’une famine frappa un jour La Mecque. À cette époque, Hâshim rapporta des denrées alimentaires de Syrie et confectionna du pain. Il égorgea de nombreux chameaux et en utilisa les récipients en cuir. Il y émietta le pain pour préparer une sorte de malîda, qu’il donna à manger aux gens. Le mot « hashm » signifie briser et réduire en miettes. Comme il émiettait le pain et le mettait dans les récipients en cuir pour en faire de la malîda, on l’appela Hâshim.

Après que la responsabilité de la rifâda et de la siqâya eut été confiée à Hâshim, il avait pour habitude, à l’approche de la saison du pèlerinage, de rassembler les gens de Quraysh et de leur dire : « Ces gens sont les voisins d’Allah et les membres de Sa Maison ; en cette période, ils viennent auprès de vous pour effectuer la ziyâra. Ce sont les hôtes d’Allah. Les hôtes d’Allah sont les plus dignes d’être accueillis.

Allah vous a accordé cette distinction et vous a honorés grâce à elle. Il vous a protégés d’une manière qu’aucun voisin n’adopte pour son voisin. Honorez donc les hôtes d’Allah et les visiteurs. Ils viennent de régions lointaines couvertes de poussière, montés sur de faibles chamelles décharnées. Leurs vêtements sont devenus sales et leurs provisions sont épuisées. Donnez-leur donc à manger et à boire. »

À cette fin, des contributions étaient versées par toutes les familles de Quraysh. Hâshim lui-même dépensait une somme considérable de ses propres fonds. Ensuite, on puisait de l’eau dans tous les puits de La Mecque pour remplir les bassins en cuir, car les Jurhumites avaient détruit Zamzam et en avaient effacé toute trace. On faisait cuire ensemble le pain et la viande, ainsi que le pain et le lait, et on les mangeait. On leur servait également de la farine grillée, des dattes et d’autres aliments. Les pèlerins étaient accueillis de diverses manières jusqu’à leur départ de Mina. Ce service public de Hâshim lui valut l’affection de toutes les tribus, car chaque année, pendant le pèlerinage, elles avaient l’occasion de bénéficier de sa généreuse œuvre au service de la population.

Le commerce des Quraysh et son essor

Le commerce des Quraysh est mentionné dans la sourate Quraysh(Arabe************)

Cela est présenté comme une grâce d’Allah à l’occasion des voyages d’été et d’hiver. Cette idée surgit d’abord dans l’esprit de Hâshim. Avec ses trois frères, ‘Abd Shams, al-Muttalib et Nawfal, il conçut le projet de participer au commerce international qui se déroulait entre les villes orientales, la Syrie et l’Égypte par les routes empruntées par les Arabes. Ils devaient également acheter les marchandises nécessaires aux Arabes, afin que les tribus situées sur le chemin puissent les acquérir et que les commerçants des différents pays viennent acheter des marchandises sur les marchés de La Mecque. Il fut un temps où le gouvernement dirigeant de l’Iran avait établi sa domination sur ce commerce international. Ce commerce se faisait entre l’Empire romain et les villes orientales par les routes du nord et du golfe Persique. C’est pourquoi le commerce était particulièrement florissant sur la grande route commerciale qui, depuis le sud de l’Arabie, longeait la mer Rouge jusqu’à la Syrie et à l’Égypte. Par rapport aux autres caravanes commerciales arabes, les Quraysh bénéficiaient de l’avantage suivant : en plus d’être les serviteurs de la Maison sacrée, ils s’occupaient du service des pèlerins, si bien que tout le monde leur en était reconnaissant. Ils n’avaient pas à craindre que quelqu’un attaque leur caravane en chemin. Les tribus installées le long de la route ne leur imposaient pas non plus les lourds droits de passage qu’elles exigeaient des autres caravanes. Après avoir pris tous ces éléments en considération, Hâshim élabora un plan commercial et y associa ses trois frères. Hâshim obtint des privilèges commerciaux du roi ghassanide de Syrie, ‘Abd Shams du roi d’Abyssinie, al-Muttalib des émirs du Yémen, et Nawfal des autorités d’Irak et de Perse. [Al-Tabarî rapporte que Hâshim obtint des privilèges commerciaux et des garanties de sécurité pendant ses voyages auprès du César de Rome et des rois de Syrie et de Ghassân, ‘Abd Shams auprès du Négus, roi d’Abyssinie, Nawfal auprès du roi d’Iran, et al-Muttalib auprès des rois de Himyar. Ibn Sa‘d dit que le César de Rome éprouvait un respect particulier pour Hâshim et que celui-ci avançait jusqu’à Ankara dans le but de commercer — l’auteur.] Ainsi, leur commerce se développa rapidement.

C’est pourquoi ces quatre frères devinrent célèbres sous le nom de matâjirîn, c’est-à-dire de commerçants professionnels. En raison des relations qu’ils avaient établies avec les tribus et les États voisins, on les appelait également les Aṣḥāb al-Īlāf, ce qui signifie ceux qui créent des liens d’amitié. Toutefois, en terminologie, l’Īlāf désigne une relation amicale grâce à laquelle on obtient la sécurité en traversant les routes, ainsi que la sécurité lorsqu’on séjourne dans les territoires des tribus amies. Il s’agissait d’un type de traité différent d’une alliance politique.

Grâce au commerce, les Quraysh avaient eu l’occasion d’établir des relations avec la Syrie, l’Égypte, l’Iran, l’Irak, le Yémen et l’Abyssinie. Du fait de leur contact avec les civilisations et les cultures de différents pays, leur intelligence et leur clairvoyance s’étaient tellement développées qu’aucune autre tribu d’Arabie ne pouvait leur être comparée. Ils étaient également au premier rang parmi les Arabes par leur richesse. La Mecque devint ainsi un important centre commercial de la péninsule Arabique. Dans leurs relations internationales, ils avaient notamment obtenu un avantage considérable : ils rapportèrent d’Irak un alphabet qu’aucune autre tribu ne possédait. C’est pourquoi le Prophète (s) a dit :

(Arabe**************)

— Le chef des hommes qurayshites (Musnad Aḥmad, rapporté d’après ʿAmr ibn al-ʿĀṣ).

Al-Bayhaqī rapporte ainsi une tradition de ʿAlī (ra) :

(Arabe**************)

Au début, la direction des Arabes était entre les mains des Himyarites. Puis Allah la leur retira et la donna aux Quraysh.

Les Quraysh poursuivirent ainsi leur progression lorsqu’eut lieu l’attaque soudaine d’Abraha. Si, à cette époque, Abraha avait réussi à s’emparer de cette ville sainte et à détruire la Kaaba, ce n’est pas seulement le prestige des Quraysh, mais aussi celui de la Kaaba elle-même, qui aurait été anéanti en Arabie. La conviction des Arabes de l’époque de la Jāhiliyya que cette Maison était véritablement celle d’Allah aurait été ébranlée. Le prestige dont les Quraysh jouissaient dans tout le pays en tant que gardiens de cette Maison aurait également complètement disparu. Après l’avancée des Abyssins jusqu’à La Mecque, l’Empire romain aurait progressé à son tour et se serait emparé de la route commerciale reliant la Syrie à La Mecque. Les Quraysh auraient connu une situation encore plus désastreuse que celle qui était la leur avant Quṣayy ibn Kilāb. Mais lorsqu’Allah manifesta miraculeusement Sa puissance : des troupes d’oiseaux, par des volées de pierres, détruisirent et anéantirent les soixante mille soldats abyssins d’Abraha, et les hommes de cette armée vaincue commencèrent à tomber et à mourir tout au long de la route, de La Mecque jusqu’au Yémen, alors la conviction de tous les Arabes que la Kaaba était la Maison d’Allah se raffermit et se renforça considérablement. Dans le même temps, le prestige des Quraysh augmenta dans tout le pays. Les Arabes acquérirent alors la ferme conviction qu’ils bénéficiaient d’une faveur particulière d’Allah. Dès lors, les Quraysh circulaient sans la moindre crainte dans toute l’Arabie, avec leurs caravanes commerciales. Personne n’osait les importuner. Même lorsqu’ils accordaient leur protection à une personne qui n’était pas qurayshite, nul ne s’y opposait.

Abd al-Muttalib ibn Hachim

Hachim séjournait presque toujours à Médine lorsqu’il se rendait au Cham pour ses voyages d’affaires. Il avait auparavant épousé une femme de la tribu médinoise des Khazraj, qui lui donna une fille nommée Hayya et un fils nommé Sayfi. Lors d’un autre voyage, il vit une jeune femme nommée Salma bint Amr ibn Zayd, issue de la famille des Banu Najjar de la même tribu des Khazraj. Elle était assise dans un endroit élevé du marché et donnait des ordres sur ce qu’il fallait acheter pour elle et sur ce qui devait être vendu en son nom. Séduit par sa beauté, sa prestance, son discernement et son intelligence, Hachim lui demanda de l’épouser. Elle n’acceptait de se marier avec quelqu’un qu’à condition de pouvoir agir selon sa propre volonté et de se séparer de lui si elle cessait de l’apprécier. Hachim accepta ses conditions. Remarquant la noblesse de sa lignée et sa personnalité, la jeune femme consentit au mariage. Celui-ci fut célébré à Médine, où elle donna naissance à Abd al-Muttalib vers l’an 495 de l’ère chrétienne. Au cours de ce même voyage, Hachim tomba malade et mourut lorsqu’il arriva à Gaza. Ainsi, Abd al-Muttalib demeura à Médine auprès de sa mère jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte. Au moment de mourir, Hachim recommanda qu’après sa mort son frère al-Muttalib lui succède comme responsable de la Siqaya et de la Rifada, et qu’il s’occupe de sa famille et de ses biens. Dès lors, les Banu Hachim et les Banu al-Muttalib demeurèrent unis, et le restèrent par la suite. En revanche, les Banu Abd Shams, dont sont issus les Banu Umayya, et les Banu Nawfal devinrent alliés l’un de l’autre et le restèrent jusqu’à une époque ultérieure. À l’époque de la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), lorsque toutes les tribus de Quraych rompirent leurs relations avec lui et le tinrent assiégé dans le ravin d’Abu Talib, les Banu al-Muttalib se tinrent avec le Prophète aux côtés des Banu Hachim pendant ce siège. En revanche, les Banu Nawfal et les Banu Abd Shams se rangèrent du côté de ses adversaires.

Le véritable nom d’Abd al-Muttalib était Shayba, et en raison de sa beauté physique, on l’appelait aussi « Shaybat al-Hamd ». Il était élevé à Médine lorsqu’un jour Thabit ibn Mundhir, le père de Hassan ibn Thabit (qu’Allah l’agrée), se rendit à La Mecque et rencontra al-Muttalib. Thabit était déjà en relations avec lui. Au cours de leur conversation, il lui dit : « Ton neveu Shayba, tu devrais aller le voir : ton cœur en sera rempli de joie. C’est un jeune homme remarquablement beau et robuste. »

En entendant cela, al-Muttalib devint impatient et se rendit à Médine. Il fit monter son neveu avec lui sur un chameau et l’emmena à La Mecque. En voyant ce jeune homme arriver avec al-Muttalib, les Quraychites se mirent à dire : « Abd al-Muttalib », c’est-à-dire « l’esclave d’al-Muttalib ». Al-Muttalib les réprimanda en disant : « C’est Shayba, le fils de mon frère Hachim, ce n’est pas mon esclave. »

Cependant, le nom d’Abd al-Muttalib devint si célèbre que son véritable nom tomba dans l’oubli. Quelque temps plus tard, al-Muttalib se rendit au Yémen pour un voyage commercial et y mourut. Abd al-Muttalib lui succéda et assuma les deux fonctions de la Siqaya et de la Rifada.

Ibn Saad fait son éloge en disant qu’il était, parmi les Quraychites, le plus beau, le plus robuste, le plus posé et le plus patient, le plus généreux, et celui qui se tenait le plus éloigné de toutes les turpitudes qui entraînent la déchéance des hommes.

Ibn Hicham ajoute qu’il avait acquis auprès de son peuple un honneur et un respect tels qu’aucun de ses ancêtres n’en avait obtenu. Son peuple l’aimait et il jouissait d’un immense prestige parmi les gens. Ibn Athir rapporte qu’Abd al-Muttalib se rendait lui aussi à la grotte de Hira durant le mois de Ramadan pour y pratiquer le tahannuth (dévotion), et qu’il nourrissait les nécessiteux pendant tout le mois.

Al-Tabari, Ibn Athir et al-Baladhuri rapportent que Nawfal, l’oncle d’Abd al-Muttalib, s’était approprié une partie des biens laissés par Hachim. Abd al-Muttalib porta plainte auprès des notables. Ceux-ci refusèrent d’intervenir dans le différend entre l’oncle et le neveu. Abd al-Muttalib demanda alors l’aide de la tribu de son grand-père maternel, les Banu Adi ibn Tujjar de Médine. Son oncle maternel, Abu Saïd ibn Adas, arriva ensuite à La Mecque avec huit hommes, qui contraignirent Nawfal à restituer à leur neveu maternel ses droits. Nawfal s’allia alors lui aussi aux Banu Abd Shams contre les Banu Hachim, et jusqu’à l’époque de la mission du Prophète, les Banu Nawfal restèrent dans ce camp, opposé aux Banu Hachim et allié aux Banu Abd Shams. Lorsqu’Abd al-Muttalib vit que les Banu Nawfal avaient rejoint le camp qui lui était hostile, il consulta les chefs des Khuzaa et rédigea avec eux un véritable pacte. Le récit d’Ibn Saad et celui d’al-Baladhuri présentent quelques différences. Selon eux, les Banu Khuzaa demandèrent eux-mêmes à Abd al-Muttalib de conclure un pacte d’amitié, d’aide et de coopération réciproques. Les familles des Banu Abd al-Muttalib et des Banu Hachim participèrent toutes deux à ce pacte. Les Banu Abd Shams et les Banu Nawfal s’en tinrent à l’écart. Le pacte fut rédigé à Dar al-Nadwa et suspendu dans la Kaaba. En conséquence, Abd al-Muttalib recommanda à ses enfants de maintenir leur amitié avec les Banu Khuzaa. L’effet de cette alliance se manifesta lorsque, lors de la trêve de Hudaybiyya, l’une des conditions stipulait que toute tribu arabe qui le souhaiterait pourrait se joindre à l’un ou l’autre des deux partis : les Khuzaa décidèrent alors de s’allier au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui).

La nouvelle redécouverte de Zamzam par ʿAbd al-Muttalib

C’est à ʿAbd al-Muttalib que revient l’honneur d’avoir fait réapparaître Zamzam, que les Jurhumites avaient complètement condamnée, jusqu’à en effacer toute trace. Muhammad ibn Ishaq rapporte, d’après ʿAli — qu’Allah l’agrée —, que l’emplacement de Zamzam fut indiqué à ʿAbd al-Muttalib en rêve et qu’il reçut l’ordre de creuser à cet endroit afin d’en faire ressortir ce puits sacré. À cette époque, ʿAbd al-Muttalib n’avait pas d’autre fils qu’al-Harith. Il se rendit donc à cet endroit avec al-Harith, muni de pioches et de pelles, et commença à creuser. Lorsque l’eau jaillit, ʿAbd al-Muttalib cria à haute voix : « Allahu akbar ! » Les Quraysh apprirent ainsi que Zamzam avait été retrouvée. Ils se rassemblèrent tous et dirent : « ʿAbd al-Muttalib ! Ce puits est celui de notre père Ismaël — sur lui la paix — et nous y avons également des droits. Associe-nous donc à ce puits. » Il répondit : « Je ne peux pas le faire. Il m’a été spécialement accordé, à moi seul, et il ne vous a pas été accordé. » Comme ils voulurent se quereller à ce sujet, ʿAbd al-Muttalib dit : « Eh bien, acceptez quelqu’un comme arbitre. » Ils proposèrent une devineresse des Banû Saʿd ibn Hudhaym, qui vivait dans les hauteurs du pays de Syrie. ʿAbd al-Muttalib accepta cette proposition et se mit en route vers la Syrie avec quelques compagnons, ainsi qu’avec quelques hommes des Banû Umayya et de chaque tribu qurayshite. En chemin, ils arrivèrent dans un désert où l’eau de ʿAbd al-Muttalib et de ses compagnons s’épuisa complètement. Ils craignirent de mourir de soif. Ils demandèrent de l’eau aux autres Quraysh qui les accompagnaient. Ceux-ci refusèrent en disant : « On ne voit nulle part, à perte de vue, la moindre trace d’eau. Si nous vous associons à notre réserve d’eau dans ces circonstances, nous subirons nous aussi la destruction que vous redoutez. »

Finalement, ʿAbd al-Muttalib dit à ses compagnons : « Venez, nous avons encore la vie dans le corps. Que chacun de nous creuse pour lui-même une fosse ; celui qui mourra sera enterré dans sa propre fosse. » Chacun creusa donc une fosse, puis tous attendirent la mort. Ensuite, ʿAbd al-Muttalib dit à ses compagnons : « Nous nous livrons inutilement à la mort. Venez, avançons courageusement ; peut-être trouverons-nous de l’eau quelque part. » Ils se préparèrent alors tous à partir. Mais, par un effet de la puissance divine, lorsque ʿAbd al-Muttalib fit se lever son chameau et que son pied toucha le sol, une source d’eau douce jaillit soudain sous son pied. ʿAbd al-Muttalib et ses compagnons poussèrent à son sujet de grands cris de « Allahu akbar ! ». Ils descendirent de leurs montures, burent à satiété et remplirent leurs outres d’eau. Puis ʿAbd al-Muttalib appela les autres Quraysh, ceux qui avaient refusé de leur donner de l’eau, et leur dit : « Buvez vous aussi et remplissez vos outres. »

Ils vinrent tous boire à satiété, puis dirent : « Ô ʿAbd al-Muttalib ! Dieu a tranché en votre faveur et contre vous. Par Dieu, nous ne nous disputerons plus avec toi au sujet de Zamzam. Le Dieu qui t’a donné de l’eau dans ce désert est Celui qui t’a donné Zamzam. Maintenant, retourne donc tranquillement à ton eau. »

Ainsi, au lieu de se rendre auprès de cette devineresse, ils reprirent la route de La Mecque.

Cette charge de la siqaya — dont la fonction la plus importante consistait alors à distribuer l’eau de Zamzam — resta entre les mains de ʿAbd al-Muttalib durant toute sa vie. Après sa mort, son fils Abû Talib en hérita. Mais, en raison de sa générosité, Abû Talib dépensait plus que ses moyens pour offrir aux pèlerins de l’eau, des boissons, du lait et autres rafraîchissements. Il dut pour cela emprunter plusieurs fois à son frère al-ʿAbbas, mais il ne put rembourser ces dettes. Finalement, al-ʿAbbas lui dit en posant cette condition : « Si vous ne pouvez pas rembourser maintenant, vous devrez me céder la charge de la siqaya. » C’est ainsi que la siqaya passa à al-ʿAbbas. Cela se passait à l’époque préislamique. Même à l’époque islamique, cette charge resta entre les mains des Banû al-ʿAbbas.

ʿAbdullah ibn ʿAbd al-Muttalib

Muhammad ibn Ishaq dit qu’au moment où ʿAbd al-Muttalib creusait Zamzam, il constata qu’il n’avait avec lui qu’un seul fils, tandis que tous les Quraysh étaient venus l’encercler. Il fit alors le vœu que, si Allah lui accordait dix fils pour l’aider, il sacrifierait l’un d’eux pour Allah auprès de la Kaaba. Allah exauça sa prière et lui accorda dix fils. Ils atteignirent tous l’âge adulte. Un jour, ʿAbd al-Muttalib les rassembla tous et leur parla de son vœu. Tous dirent : « Accomplissez le vœu que vous avez fait à Allah. » En entendant cela, ʿAbd al-Muttalib se rendit avec tous ses fils auprès d’une idole appelée Hubal, dans la Kaaba. On y tirait au sort. Il tira donc au sort pour déterminer lequel de ses dix fils il sacrifierait, et le nom de ʿAbdullah sortit. Celui-ci était le plus beau de tous ses fils et son fils préféré. [Certains biographes ont affirmé que ʿAbdullah était le plus jeune fils de ʿAbd al-Muttalib. C’est inexact. Al-Suhayli dit que Hamza — qu’Allah l’agrée — et al-ʿAbbas — qu’Allah l’agrée — étaient beaucoup plus jeunes que ʿAbdullah. Hamza avait quatre ans de plus que le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —, tandis qu’al-ʿAbbas était plus âgé de trois ans. Selon le propre récit d’al-ʿAbbas — qu’Allah l’agrée —, il avait trois ans lorsque le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — naquit. Il dit : « Je me souviens que les femmes de la maison m’amenèrent auprès du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et me dirent : “Caresse ton frère.” Je le caressai alors. » (Rawd al-Unuf) — l’auteur.]

Sans la moindre hésitation, ʿAbd al-Muttalib prit ʿAbdallah par la main et, couteau en main, l’emmena près des deux idoles, Isaf et Naïla, afin de l’immoler. En voyant cela, les Quraychites se levèrent de leurs assemblées, accoururent et dirent : « Hé, ʿAbd al-Muttalib ! Que fais-tu donc ? Si tu agis ainsi, chacun apportera un jour son fils pour l’immoler. Allons voir, au Hedjaz, telle femme. Fais ce qu’elle dira. Peut-être indiquera-t-elle une solution à ce problème. » [Al-Suhayli mentionne que cette femme s’appelait Qutba. Elle habitait dans un lieu nommé Hijr, près de Médine — l’auteur.]

Suivant cette proposition, ils se rendirent à Médine et apprirent que cette femme se trouvait à Khaybar. Ils allèrent la voir et lui racontèrent toute l’affaire. Elle demanda : « Quelle est, chez vous, la rançon d’un homme ? »

Ils répondirent : « Dix chameaux. »

Elle dit : « Partez et tirez au sort pour déterminer si ʿAbdallah doit être sacrifié ou si ce seront dix chameaux. Si le sort désigne le garçon, ajoutez encore dix chameaux, puis tirez de nouveau. Continuez ainsi, en ajoutant dix chameaux à chaque fois et en tirant au sort. Lorsque le sort désignera les chameaux, cela signifiera que votre Seigneur a accepté que ce nombre de chameaux soit sacrifié à la place du fils. »

Acceptant les paroles de la devineresse, ils retournèrent tous à La Mecque et commencèrent à tirer au sort. Dix, vingt, trente, et même jusqu’à quatre-vingt-dix, le nom de ʿAbdallah continua de sortir. Enfin, lorsqu’ils atteignirent cent chameaux, le sort désigna les chameaux. Les Quraychites dirent : « À présent, la volonté de ton Seigneur est claire. Épargne ʿAbdallah et immole les chameaux. »

Mais ʿAbd al-Muttalib n’accepta pas. Il dit : « Je ferai encore tirer au sort trois fois. » On lança donc les dés trois fois, et chaque fois le sort désigna les chameaux. [On apprend ainsi qu’à l’origine, chez les Arabes, la rançon d’un homme était de dix chameaux. Après cet événement, les Arabes fixèrent définitivement à cent chameaux la rançon d’un homme.] Puis ʿAbd al-Muttalib immola cent chameaux et proclama publiquement que tout être humain, tout animal, et même les bêtes féroces, pouvait prendre autant de viande qu’il le désirait.

Ainsi, parmi les descendants d’Ibrahim (sur lui la paix), l’événement du sacrifice se trouva une nouvelle fois répété, événement qui avait marqué le début du rétablissement de cette famille bénie de La Mecque. Bien que les deux événements diffèrent grandement quant à leur principe et à leur signification, le mystère des actes d’Allah Très-Haut s’y manifeste. D’abord, le sacrifice du premier membre de cette famille avait été demandé d’une autre manière, par celui qui devait inaugurer l’appel à la religion de l’islam en Arabie. À présent, le sacrifice du père de ce dernier Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) fut demandé d’une autre manière, alors que ce Prophète devait œuvrer à transmettre et à répandre cet appel auprès de toute l’humanité. La rançon du premier sacrifice était un bélier, et celle du second, cent chameaux.

Le mariage de Hadrat ʿAbdallah

Lorsque le vénérable ʿAbd Allāh eut vingt-cinq ans, son père le maria à Āmina Khātūn, fille de Wahb ibn ʿAbd Manāf, chef des Banū Zuhra ibn Kilāb. Āmina était la plus distinguée des jeunes filles de son peuple. Après quelques mois de vie conjugale, la vénérable Āmina tomba enceinte. C’est alors que son époux, le vénérable ʿAbd Allāh, se rendit avec une caravane commerciale à Ghazza, une ville de Palestine. À son retour, après être arrivé à Médine, il tomba malade. Il dit à ses compagnons : « Retournez tous à La Mecque ; moi, je resterai auprès de la famille de mon aïeule, les ʿAdī ibn Najjār. » Un mois plus tard, il mourut sur place. Il fut enterré à Dār an-Nābigha al-Jundī.

Ses compagnons arrivèrent à La Mecque et informèrent ʿAbd al-Muṭṭalib de la maladie du vénérable ʿAbd Allāh. ʿAbd al-Muṭṭalib envoya immédiatement son fils aîné, al-Ḥārith, à Médine. Mais le vénérable ʿAbd Allāh mourut avant son arrivée à Médine.

C’est un récit authentique, généralement accepté par tous les savants. Pourtant, certains récits rapportent que le vénérable ʿAbd Allāh mourut alors que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait vingt-huit mois. Certains ont parlé de deux mois, d’autres de sept mois. Mais l’opinion extrêmement fiable et unanimement reconnue est que son père mourut alors que le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se trouvait encore dans le sein de sa mère. C’est à cette vérité que le Coran fait allusion :

(Arabe**************)

— Ô Prophète, ton Seigneur ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin, puis ne t’a-t-Il pas recueilli ?

 

Chapitre trois

De la naissance au début de la prophétie

Naissance bénie

Enfin arriva le moment pour lequel le prophète Abraham — paix et salut sur lui — avait installé une partie de sa famille dans une vallée déserte, dépourvue d’eau et de végétation, et au moment de construire la Kaaba, lui et son fils, le prophète Ismaël (sur lui la paix), avaient prié :

(Arabe*****************)

« Ô notre Seigneur, suscite parmi eux un Messager issu d’eux-mêmes, qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la sagesse, et purifiera et réformera leur vie. » (Al-Baqara : 129)

Peu avant l’arrivée de cet heureux moment, Abraha était venu avec soixante mille soldats pour lutter contre son destin. Mais pourquoi parler de soixante mille ? Même s’il en avait amené six millions, l’issue aurait été la même. Là où se déploie un dessein d’Allah d’une ampleur si immense qu’un être doit être amené en ce lieu pour transformer l’histoire du monde, un être qui sera le dernier de tous les prophètes et dont la venue est préparée depuis deux mille cinq cents ans, aucune force humaine, si grande soit-elle, ne peut que se briser en morceaux dans son affrontement avec la puissance d’Allah.

Les traditionnistes et les historiens sont presque unanimes à considérer que l’événement des Gens de l’Éléphant — l’attaque d’Abraha contre La Mecque — eut lieu au mois de Mouharram. Le Messager d’Allah (s) naquit au mois de Rabî al-awwal, un lundi. Le Prophète (s) lui-même le déclara en réponse à la question d’un Bédouin. (Sahih Muslim, rapporté par Qatada.)

Il existe une divergence quant au jour de Rabî al-awwal où il naquit. Ibn Shayba rapporte toutefois les paroles d’Abdullah ibn Abbas (رضي الله عنه) et de Jabir ibn Abdullah (رضي الله عنه), selon lesquelles il naquit le 12 de Rabî al-awwal. Muhammad ibn Ishaq l’a expliqué ainsi, et selon la majorité des savants, cette date est la plus connue. Il existe également une divergence quant à l’intervalle séparant l’événement de l’Éléphant de la naissance du Prophète (s). Mais l’opinion la plus largement admise est qu’il naquit cinquante jours après cet événement. L’harmonisation des mois et des années solaires avec les mois et les années lunaires est une question complexe. Il est donc difficile d’affirmer avec certitude quelle fut l’année et quel fut le mois solaires de sa naissance. On situe généralement sa naissance en 570 ou 571 de l’ère chrétienne. As-Suhayli indique le 20 avril dans Rawd al-Unuf, sans préciser l’année. Certains chercheurs avancent le 23 avril 571. Mahmoud Pacha Falaki retient le 20 avril 571 et estime qu’il correspondait au neuvième jour de Rabî al-awwal, un lundi. Caussin de Perceval indique dans son ouvrage Histoire des Arabes que la date de naissance du Prophète (s) fut le 20 août 570. Hitti affirme que le Prophète (s) naquit en 571 ou à une date proche. Certains orientalistes, remontant de deux années, situent sa naissance en 569. Des sources fiables rapportent que l’heure bénie de sa naissance fut le subh sadiq, c’est-à-dire l’aube ou le commencement du jour.

La bonne nouvelle et le nom béni

Des sources fiables rapportent que, pendant sa grossesse, Dame Amina rêva qu’une lumière émanait d’elle et illuminait jusqu’au pays de Sham. Une autre fois, on lui dit en rêve : « Le chef de cette communauté se trouve dans ton sein. Lorsqu’il naîtra, donne-lui le nom de Muhammad. » Ibn Saad rapporte également qu’il lui fut dit en rêve de lui donner le nom d’Ahmad. (Dans l’Arabie ancienne, le nom de Muhammad était rarement porté. En revanche, aucune preuve n’établit que quiconque ait porté le nom d’Ahmad. La raison en est celle que nous avons exposée en détail dans Tafhim al-Qur’an, volume cinq, sourate As-Saff, notes 7 et 8 : par l’intermédiaire des gens du Livre, les Arabes pouvaient parfois apprendre qu’un autre prophète viendrait, qu’il s’appellerait Muhammad et qu’il serait issu de la descendance d’Ismaël. Après l’avoir appris, certains Arabes donnaient à leurs fils le nom de Muhammad, espérant que l’un d’eux serait ce prophète. Qadi Iyad a dénombré six hommes nommés Muhammad avant le Prophète (s). Ibn Khalawayh et As-Suhayli en mentionnent trois, tandis qu’Abdan al-Marwazi en mentionne quatre. Mais le hafiz Ibn Hajar dit dans Fath al-Bari : « Après enquête, j’ai appris les noms de quinze personnes. » Puis, dans Al-Isaba, il dit que certaines d’entre elles vécurent à l’époque du Prophète et embrassèrent l’islam. En relatant le cas de Muhammad ibn Adi ibn Rabi‘a, il écrit qu’on lui demanda comment son père avait pu lui donner le nom de Muhammad à l’époque de l’Ignorance. Son père répondit : « Nous voyagions au pays de Sham. Un jour, nous arrivâmes dans un monastère chrétien. Le responsable du monastère nous dit : “Un prophète apparaîtra parmi votre peuple ; il sera le dernier des prophètes.” Nous demandâmes : “Quel sera son nom ?” Il répondit : “Muhammad.” Depuis lors, chaque fils qui naissait dans notre famille recevait le nom de Muhammad. » — L’auteur.) Il est probable que ces deux noms lui aient été indiqués séparément, car tous deux sont attestés par les hadiths. De nombreux récits rapportent également que Dame Amina disait : « Au moment où il naquit, je sentis qu’une lumière émanait de moi et illuminait l’Orient et l’Occident. » Al-Bayhaqi et Ibn Abd al-Barr citent le récit de la mère d’Uthman ibn Abi al-As, qui était présente auprès de Dame Amina au moment de la naissance du Prophète (s). De quelque côté qu’elle regardât, elle ne voyait alors que lumière et lumière. La sage-femme qui assista à sa naissance fut Shifa bint Awf ibn Abd al-Harith az-Zuhri, mère d’Abd ar-Rahman ibn Awf.

Le septième jour après sa naissance, Hazrat Abd al-Muttalib accomplit pour lui la cérémonie d’aqîqa et invita les gens à un repas. Après le repas, les gens lui demandèrent : « Abd al-Muttalib, quel nom as-tu donné à l’enfant pour lequel tu nous as conviés à ce repas ? »

Il répondit : « Je l’ai nommé Muhammad. » Les gens dirent : « Pourquoi lui as-tu donné un nom différent de ceux des autres membres de ta famille ? »

Abd al-Muttalib répondit : « Je souhaite qu’Allah, dans les cieux, et Ses créatures, sur la terre, le louent. »

Le début de sa vie dans la pauvreté

Hazrat Abdallah était encore jeune lorsqu’il se maria et commença également à faire du commerce. C’est à cette époque qu’il mourut. Il ne put donc laisser beaucoup de biens à son enfant orphelin et à son épouse. Ibn Sa‘d rapporte qu’il laissa en héritage cinq chameaux, un troupeau de chèvres et une esclave. Cette esclave était Umm Ayman (qu’Allah l’agrée), qui éleva le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avec une grande tendresse. Son vrai nom était Baraka et elle était d’origine abyssinienne. Plus tard, le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) la maria à son affranchi, Hazrat Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée). De cette union naquit Usama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée).

Le Coran mentionne ainsi un aspect de pauvreté de sa vie bénie :

(Arabe*************)

« Allah t’a trouvé pauvre, puis Il t’a enrichi. »

Allaitement au sein

Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — fut d’abord allaité pendant quelque temps par Suwayba, l’esclave affranchie d’Abû Lahab. Il est rapporté dans al-Bukhârî et Muslim qu’Abû Salama — qu’Allah l’agrée — [le premier époux d’Umm Salama, Mère des croyants] fut lui aussi allaité par elle. Ibn Sa‘d et Ibn Hishâm rapportent que Hamza — qu’Allah l’agrée — et ‘Abdullah ibn Jahsh — qu’Allah l’agrée — furent également allaités par elle. ‘Abdullah ibn Jahsh était le frère d’Az-Zaynab — qu’Allah l’agrée —, Mère des croyants. C’est pourquoi ils étaient les frères de lait du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. En récompense de ce service, après son entrée dans l’âge adulte, le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — se montra toujours très bienveillant envers Suwayba. Après son mariage, Khadîja — qu’Allah l’agrée — lui témoigna honneur et respect et la traita avec bonté. Ensuite, Khadîja voulut l’acheter afin de l’affranchir, mais Abû Lahab refusa. Plus tard, il l’affranchit lui-même. Même après l’Hégire, le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — lui envoyait des vêtements et de l’argent. Au cours de la septième année de l’Hégire, après avoir appris la nouvelle de sa mort, le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — s’enquit de la situation de son fils Masrûh. Celui-ci était également le frère de lait du Prophète. On apprit qu’il était lui aussi mort et qu’il n’avait plus personne au monde.

Halîma as-Sa‘diyya

Chez les familles nobles de La Mecque, il était de coutume d’envoyer leurs enfants dans quelque bonne famille des régions désertiques afin qu’ils y soient élevés dans un air pur et dégagé et qu’ils apprennent la langue arabe dans sa pureté. À cette fin, des femmes des tribus des environs venaient de temps à autre à La Mecque. Elles emmenaient les enfants des notables et recevaient une rémunération convenable. Elles espéraient aussi être bien traitées par la suite. Peu après la naissance du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —, plusieurs femmes de Banû Sa‘d ibn Bakr, branche de la tribu des Hawâzin, vinrent à La Mecque chercher des enfants à allaiter. Halîma bint Abî Dhu’ayb était parmi elles, accompagnée de son mari, Hârith ibn ‘Abdullah. Ibn Hishâm rapporte le récit de Halîma elle-même. Elle dit : « Notre situation était très pénible. Notre région était frappée par la famine. Comparée à celle des autres femmes, notre situation était encore plus difficile. Notre ânesse était si faible qu’elle restait à la traîne de la caravane. Notre chamelle ne donnait pas beaucoup de lait non plus. J’avais moi-même si peu de lait dans les seins que je ne pouvais pas rassasier les enfants. Ils pleuraient toute la nuit et nous ne pouvions pas dormir. Arrivées à La Mecque, nous apprîmes qu’aucune femme ne voulait prendre le Prophète. Toutes disaient : “C’est un orphelin. Si son père était vivant, nous pourrions espérer quelque avantage de lui. Quant à sa mère veuve et à son grand-père, nul ne sait s’ils pourront nous donner quoi que ce soit.” »

Halîma — qu’Allah l’agrée — dit : « Les autres femmes avaient pris d’autres enfants, mais aucun ne m’était échu. Lorsque toutes se préparèrent à rentrer chez elles, je dis à mon mari : “Je n’aime pas rentrer les mains vides. Je vais aller prendre cet enfant.” »

Mon mari répondit : « Qu’y a-t-il de mal à ce que tu le fasses ? Il se peut qu’Allah nous accorde des bénédictions grâce à lui. »

J’allai donc prendre cet enfant, puisque je n’en avais trouvé aucun autre. Puis, étant retournée à notre tente, je plaçai mon sein dans la bouche de l’enfant et constatai qu’il en sortait tant de lait qu’il en but à satiété, tout comme son frère de lait ‘Abdullah, qui but à son tour jusqu’à être rassasié. Ensuite, lorsque mon mari alla traire la chamelle, elle donna tant de lait que nous en bûmes tous deux à satiété et passâmes la nuit confortablement. Au matin, mon mari me dit : « Par Allah, Halîma, tu as pris un enfant vraiment béni ! »

Halîma poursuit : « Sur le chemin du retour, notre ânesse se mit à distancer toutes les montures de la caravane. Mes compagnes se mirent à dire : “Halîma, est-ce bien cette ânesse sur laquelle tu étais venue avec nous ?” »

J’ai répondu : « Oui. »

Ils répondirent : « Par Allah, son état a complètement changé. »

Halîma raconte : « Lorsque nous sommes arrivés chez nous, il n’y avait probablement sur la terre aucune région qui fût alors aussi aride que la nôtre. Pourtant, partout où les chèvres allaient paître, elles revenaient l’estomac rempli d’herbe et donnaient beaucoup de lait. Ainsi, nous constations chaque jour davantage les bénédictions liées à cet enfant. Lorsque deux années se furent écoulées et que vint le moment du sevrage, l’enfant était plus sain et plus vigoureux que tous les enfants des autres tribus. On aurait dit un enfant de quatre ans. Nous l’emmenâmes à La Mecque auprès de sa mère. Mais nous souhaitions qu’il reste encore quelque temps avec nous. Je dis à sa mère : “Laissez encore un peu mon cher enfant auprès de moi, afin qu’il grandisse davantage et devienne plus robuste. Je crains que le climat de La Mecque ne nuise à sa santé.” »

En somme, j’insistai tant qu’elle accepta de le laisser repartir avec moi. Ibn Sa‘d rapporte que c’est ainsi que le Prophète demeura encore deux années chez Halîma.

La fente de la poitrine

Halîma raconte : « Deux ou trois mois s’étaient écoulés depuis notre retour à la maison. Un jour, cet enfant se trouvait avec son frère de lait, derrière notre maison, auprès de notre troupeau de chèvres. Soudain, son frère de lait accourut en criant : “Deux hommes vêtus de blanc ont fait tomber mon frère qurayshite et lui ont fendu le ventre !” Mon mari et moi accourûmes et nous vîmes l’enfant debout, le visage devenu livide. Son père le prit dans ses bras et lui demanda : “Mon enfant, que t’est-il arrivé ?” Il répondit : “Deux hommes vêtus de blanc sont venus, m’ont fait tomber et m’ont fendu le ventre. Puis ils en ont retiré quelque chose et l’ont jeté, avant de remettre mon ventre comme il était auparavant.” Selon une autre narration, ils se mirent à chercher quelque chose dans mon ventre. Je ne sais pas ce que c’était. [Il convient de préciser que l’événement de la fente de la poitrine est un mystère divin que l’être humain ne peut élucider. De nombreux événements extraordinaires de cette nature se sont produits avec les prophètes — que la paix soit sur eux —, et aucune explication ni analyse ne permet de les comprendre. Mais le fait de ne pas en connaître l’explication ne constitue nullement une raison valable pour les nier — l’auteur.] »

Halîma raconte : « Après l’avoir ramené à la maison, mon mari me dit : “Halîma, je crains qu’il ne lui arrive quelque chose. Il vaudrait mieux le reconduire auprès des siens.” Nous l’emmenâmes donc à La Mecque, chez sa mère. »

Sa mère lui dit : « Que s’est-il passé, nourrice — toi qui avais été engagée pour l’allaiter —, pour que tu le ramènes ? Tu voulais pourtant le garder auprès de toi. » Je répondis : « Allah a fait grandir l’enfant, et j’ai accompli toute la responsabilité qui m’incombait. À présent, je crains qu’un accident ne lui arrive. »

Dame Aména dit : « Dis-moi quelle est la véritable affaire. »

Comme elle insistait, Halima lui raconta toute l’histoire.

Dame Aména dit : « Crains-tu Satan au sujet de cet enfant ? »

Halima répondit : « Oui. »

Dame Aména dit : « Par Dieu, Satan n’a aucune voie ouverte vers lui ; mon enfant est destiné à une immense dignité. »

Puis Dame Aména lui raconta les circonstances de sa grossesse et de la naissance de l’enfant.

C’est grâce au séjour du Saint Prophète dans le désert durant son enfance que sa langue arabe devint extrêmement pure. En effet, il était quraychite et passa son enfance parmi les Banû Sa‘d, dont la langue était un arabe pur. C’est sur cette base que le Prophète dit :(Arabe****************)

— Je suis celui qui connaît le mieux l’arabe parmi vous. Je suis quraychite et j’ai passé la période de mon allaitement au sein de la famille des Banû Sa‘d ibn Bakr.

Comme pour Souwaïba, le Prophète (S) se comportait toujours avec une grande affection et bonté envers Halima. Après le mariage du Prophète (S) avec Hazrat Khadija (RA), elle vint un jour le voir et dit : « Une terrible famine s’est abattue sur notre région et tout le bétail est mort. »

Après avoir entendu ses paroles, le Prophète (S) lui donna quarante chèvres et les marchandises chargées sur un chameau. Ibn Sa’d, citant le récit de Muhammad ibn al-Munkadir, rapporte qu’une femme demanda la permission de se présenter auprès du Prophète (S), elle qui l’avait allaité durant son enfance. Lorsqu’elle arriva, le Prophète (S), répétant : « Mère, entrez, entrez », étendit son manteau et la fit asseoir.

Au moment de la conquête de La Mecque, la sœur de Halima se présenta auprès du Prophète et lui annonça la mort de Halima. En l’apprenant, les larmes commencèrent à couler des yeux du Prophète (S). Puis le Prophète (S) lui donna deux cents dirhams, des ballots de vêtements et un chameau avec son bât. Parmi les captifs faits lors de la bataille de Hawazin se trouvait également Chaïma, la fille de Halima, qui portait le Prophète (S) dans ses bras durant son enfance. En la voyant, le Prophète (S) la reconnut, la traita avec affection et la renvoya honorablement auprès de sa famille. Lorsque la délégation de Hawazin vint implorer la miséricorde du Prophète (S) et dit : « Parmi ces captifs se trouvent vos tantes et vos nourrices », le Prophète (S) répondit : « Je renonce à la part qui revient à moi et aux Banû Abd al-Muttalib. » Ainsi, six mille prisonniers furent libérés. Les biens qui leur furent restitués avaient une valeur de cinquante crores de dirhams. Après le Prophète (S), Hazrat Abou Bakr (RA) et Hazrat Omar (RA) continuèrent eux aussi à accorder une attention particulière à cette famille et à la traiter avec bonté et honneur.

Le décès de la mère du Prophète

Ibn Sa’d et Ibn Ishaq disent que le Prophète Muhammad (S) avait six ans, tandis que, selon Ibn Hazm et Ibn al-Qayyim [au sujet de Bibi Halima, Ibn Kathir dit qu’elle mourut avant la prophétie du Prophète Muhammad (S). Cependant, Ibn al-Barr, citant dans son Istî‘âb le récit d‘Ata ibn Yasar, rapporte que lorsque Halima, la nourrice du Prophète (S), se rendit auprès de lui au moment de la bataille de Hunayn, le Prophète (S) se leva dès qu’il la vit, étendit son propre manteau et l’invita à s’asseoir. Ibn al-Barr dit également que Hazrat Halima (RA) transmit des hadiths du Prophète (S), et qu’Abdullah ibn Ja‘far les rapporta d’elle. Hafiz Abou Ya‘la et Ibn Hibban consignèrent le récit de Hazrat Halima en le rapportant d’Abdullah ibn Ja‘far (RA). Hafiz Ibn Hajar, dans son Isaba, dit, en citant Ibn Ishaq au sujet du mari de Halima, que celui-ci vint à La Mecque et embrassa l’islam auprès du Prophète (S). Mais Ibn Sa’d dit qu’il s’agissait d’Abdullah, fils de Harith, le frère de lait du Prophète. Ibn Hajar mentionne dans son Isaba que Chaïma embrassa l’islam — l’auteur.] lorsqu’il eut sept ans, Bibi Amina se rendit à Médine avec le jeune Muhammad et Oumm Ayman, afin de rendre visite aux proches de sa bisaïeule paternelle (la mère d’Abd al-Muttalib), les Banû Adi ibn Najjar, et y séjourna environ un mois. Elle montra au jeune Muhammad l’endroit où son père était décédé, ainsi que le lieu où il avait été enterré. Le jeune Muhammad (S) conserva par la suite un souvenir très précis de ce voyage. Après l’Hégire, lorsqu’il se rendit à Médine, il racontait à ses compagnons cet épisode de son enfance avec sa mère. Dès qu’il aperçut le fort des Banû Adi ibn Najjar, il le reconnut. Il disait : « Ici, je jouais avec une jeune fille ansarite appelée Ounaïsa. Avec les garçons de la famille de mon grand-père du côté maternel, je faisais fuir les oiseaux qui venaient se poser ici. »

En voyant Darunnabigha, il dit : « C’est ici que je descendis avec ma mère, et c’est dans cette maison que mon père fut enterré. J’avais l’habitude de nager dans les sources des Banû Adi ibn Najjar. »

Puis, lorsque sa mère partit pour La Mecque avec le Prophète (S) et qu’ils atteignirent un lieu appelé Abwa, elle mourut et y fut enterrée. Oumm Ayman conduisit le Prophète (S) jusqu’à La Mecque. Ibn Sa’d dit qu’il se souvenait également de l’endroit où la mère du Prophète avait été enterrée. Ainsi, alors qu’il traversait Abwa lors de la campagne de Hudaïbiya, il dit :(Arabe***********************)

« Allah autorisa Muhammad (S) à visiter la tombe de sa mère. Il s’y rendit alors, remit la tombe en état et se mit à pleurer. En voyant ses pleurs, les musulmans se mirent eux aussi à pleurer. On lui demanda : “N’avez-vous pas interdit de pleurer ?” Il répondit :(Arabe******************)

— Sa bonté, sa tendresse et son affection me revinrent à l’esprit, et je fondis en larmes.

Divers hadiths mentionnent que le Prophète (s) se rendit sur la tombe de sa propre mère et fondit en larmes. Ces récits sont rapportés de Buraydah (ra), d’Abdullah ibn Mas‘ud (ra) et d’Abu Hurayrah dans le Musnad d’Ahmad, le Bayhaqi et les Tabaqat d’Ibn Sa‘d.

sous la tutelle d’Abd al-Muttalib

Après la mort de Bibi Aminah, le grand-père du Prophète (s), Abd al-Muttalib, le garda auprès de lui et l’aimait plus que tous les autres. C’est pourquoi il le gardait toujours près de lui, le faisait asseoir à ses côtés et allait le voir chaque fois qu’il le désirait, qu’il fût seul ou endormi. Par crainte d’Abd al-Muttalib, ses autres enfants n’osaient pas en faire autant. Abd al-Muttalib ne mangeait pas s’il n’était pas assis auprès de lui ; parfois, au moment du repas, il le prenait sur ses genoux. À l’ombre du mur de la Kaaba, on étendait pour lui une couche, et, par respect pour lui, aucun autre enfant ne s’y asseyait ; ils s’installaient tout autour. Le jeune Muhammad (s), au corps vigoureux, venait s’asseoir directement sur cette couche. Lorsque ses oncles lui demandaient de se lever, Abd al-Muttalib disait : « Laissez mon bien-aimé rester. Par Dieu, son rang est exceptionnel. Il est à espérer qu’il atteindra une dignité qu’aucun Arabe n’a jamais atteinte auparavant. »

Selon certains récits, Abd al-Muttalib disait : « Il a vraiment une allure royale. » Puis il le faisait asseoir près de lui, lui passait la main sur le dos et la tête, l’embrassait sur le visage et éprouvait une grande joie à observer ses mouvements.

Ibn Sa‘d rapporte que les gens de la tribu des Banu Mudlij pouvaient prédire l’avenir d’une personne en observant son visage et sa constitution physique. Ils dirent à Abd al-Muttalib : « Prends particulièrement soin de cet enfant. Car nous n’avons jamais vu d’empreintes ressemblant à celles du prophète Ibrahim (as) sur le Maqam Ibrahim comme ressemblent les empreintes de cet enfant. »

Abu Talib était présent à ce moment-là. Abd al-Muttalib lui dit : « Écoute attentivement ce qu’ils disent, retiens-le et protège-le. »

Mais le jeune Muhammad (s) ne put pas longtemps bénéficier de l’affection et de la tendresse de son grand-père. Lorsqu’il eut huit ans, son grand-père mourut. Ibn Sa‘d et le hafiz Sakhawi citent ce récit d’Umm Ayman. Umm Ayman dit qu’au moment de la mort d’Abd al-Muttalib, le Prophète (s) se tenait à son chevet en pleurant.

Plus tard, lorsqu’on demanda au Prophète (s) : « Vous souvenez-vous de la mort de votre grand-père ? », il répondit : « Oui, j’avais alors huit ans. »

Sous la tutelle de Hadrat Abou Talib

Après la mort d’Abdoul-Mouttalib, selon certains récits, Hadrat Abou Talib assuma, conformément à ses dernières volontés, la responsabilité d’élever le Prophète ; selon d’autres, il le fit de sa propre initiative. Son véritable nom était Abd Manaf. Mais, en raison de son fils aîné Talib, sa kunya d’Abou Talib devint si célèbre que son véritable nom tomba dans l’oubli. Talib avait le même âge que le Prophète (s), et une profonde affection les unissait. Lorsque les Quraychites contraignirent les Banou Hachim à partir pour la bataille de Badr, Talib se trouvait parmi eux. Il ne prit toutefois pas part à la bataille ; son nom ne figurait pas non plus parmi les morts, et il ne retourna pas à La Mecque. On ne retrouva aucune trace de lui.

Abou Talib était l’oncle paternel du Prophète (s). Il aimait son neveu plus encore que ses propres enfants. Il le faisait dormir près de lui et l’emmenait partout où il allait. À l’heure du repas, les autres ne commençaient à manger que lorsque lui, le Prophète Muhammad, venait se joindre à eux. Al-Waqidi rapporte, d’après diverses sources, que lorsque les membres de la famille d’Abou Talib mangeaient sans le Prophète Muhammad (s), qu’ils le fassent seuls ou réunis, aucun d’eux ne se rassasiait. Mais lorsque Muhammad mangeait avec eux, ils mangeaient à satiété et il restait encore de la nourriture. Constatant cette bénédiction en lui, Abou Talib institua la règle suivante : lorsqu’on s’asseyait pour manger, il disait : « Attendez, laissez mon garçon arriver. » Puis, lorsque le Prophète (s) arrivait, tous commençaient à manger. Abou Talib lui disait : « Mon garçon, tu es vraiment béni », c’est-à-dire que tu es porteur de bénédiction. Lorsque, assis pour manger, les enfants commençaient, comme à leur habitude, à se disputer la nourriture, le Prophète (s) restait assis, les mains retirées. Voyant cela, Abou Talib faisait préparer un plat séparé pour lui et un autre pour lui-même. On étendait une natte, et personne d’autre ne s’y asseyait ; seul le Prophète (s) s’asseyait auprès de lui. Abou Talib disait : « Par le Seigneur de Rabia, la position de chef sied à mon garçon. »

Le Prophète gardait des chèvres

Il s’agit probablement de la période où, voyant la situation financière difficile de son oncle ainsi que la taille considérable de sa famille, le Prophète avait pensé à gagner lui-même quelque argent. Durant son enfance, alors qu’il vivait chez sa nourrice, il gardait les chèvres de leur famille avec ses frères et sœurs de lait. Une fois parvenu à l’âge de raison, il commença à exercer ce travail à La Mecque contre rémunération. On trouve dans un hadith rapporté par Oubaïd ibn Oumayr que le Prophète (s) a dit : « Il n’y a jamais eu de prophète qui n’ait gardé des chèvres. » On lui demanda : « Et vous, avez-vous gardé des chèvres ? » Il répondit : « Oui. »

Dans le Kitab al-Ijara de Boukhari figure un récit d’Abou Hourayra (ra). En réponse à cette question, le Prophète (s) y dit : « Je gardais les chèvres des habitants de La Mecque pour quelques qirats. » [Ibn Majah rapporte, d’après Souwayn ibn Saïd, que les paroles du Prophète (s) à ce sujet étaient les suivantes :

(Arabe*************)

— Je gardais les chèvres des habitants de La Mecque en échange de quelques qirāts. Ce récit de Boukhari donne à comprendre que le Prophète (S) gardait les chèvres des habitants de La Mecque contre rémunération. Mais Ibrāhīm al-Harbī soutient que qirāts ne désigne pas une somme d’argent, mais le nom d’un lieu situé près d’Ajyād, où le Prophète gardait les chèvres. Ibn al-Jawzī et l’érudit ʿAynī ont également soutenu cette opinion. Mais, premièrement, aucun lieu appelé Qirārāt n’est attesté dans la géographie de La Mecque. Deuxièmement, garder des chèvres contre rémunération n’a rien de blâmable qui nécessiterait tant d’efforts pour en disculper le Prophète (S). — L’auteur.

Qirāt est le pluriel de qarārīt. Un qirāt désigne soit un dixième, soit un vingtième de dinar. Abū Salama ibn ʿAbd al-Raḥmān rapporte qu’un jour, des gens traversaient avec le Prophète (S) une zone boisée de pilu. Le Prophète (S) leur dit alors : « Cueillez les fruits qui sont devenus noirs et apportez-les-moi. » Il ajouta : « À l’époque où je gardais les chèvres, je cueillais ces fruits. » (Ibn Saʿd, Londres, p. 79-80.)

La manifestation d’une personnalité extraordinaire dès le plus jeune âge du Prophète

Les événements rapportés depuis la naissance du Prophète jusqu’à l’âge de dix ou douze ans montrent clairement que tous ceux qui entrèrent en contact avec lui furent profondément convaincus que, bien qu’il fût né parmi eux, il possédait une personnalité extraordinaire. Il ne s’agissait pas seulement de bénédictions de diverses sortes qui se manifestaient par son intermédiaire : son tempérament et son caractère étaient aussi totalement différents de ceux des enfants ordinaires. Sa personnalité exceptionnelle se reflétait également sur son visage et dans ses traits.

Al-Bayhaqī et Ibn Jarīr citent un récit de ʿAlī (qu’Allah l’agrée) selon lequel le Prophète (S) a dit : « Je n’ai été tenté plus de deux fois par les actes auxquels les gens se livraient à l’époque de l’Ignorance, et les deux fois, le Dieu Très-Haut m’en a préservé. Après cela, je n’en ai plus jamais eu la moindre idée en tête. Un jour, je dis aux garçons qui gardaient les chèvres avec moi : “Surveillez un peu mes chèvres ; je vais à La Mecque participer, pendant la nuit, aux divertissements auxquels les autres garçons prennent part.” Ils acceptèrent, et je me dirigeai vers la ville. Dès la première maison, j’entendis le vacarme des chants et des instruments de musique. Je demandai : “Que se passe-t-il ?” On me répondit : “Untel épouse une telle.” Je m’assis, et aussitôt un sommeil si profond m’envahit que l’aube se leva et que je ne me réveillai qu’aux rayons ardents du soleil. »

« Un autre jour, lorsque je proposai la même chose à mes compagnons, ils acceptèrent de nouveau. En entrant à La Mecque, je vis que les mêmes chants et la même musique retentissaient. Je m’assis, et ce jour-là encore, le sommeil m’accabla ; je dormis jusqu’au matin. J’allai trouver mes compagnons et leur dis : “Aujourd’hui encore, je n’ai rien pu voir.” Après cela, je ne ressentis plus jamais le moindre attrait pour ce genre de choses. » Ibn Saʿd rapporte d’après Umm Ayman qu’il y avait une idole appelée Buʿwāna, que les Qurayshites venaient visiter et auprès de laquelle ils faisaient également des offrandes votives. Abū Ṭālib s’y rendait lui aussi avec les membres de sa famille. On demandait au jeune Muḥammad de les accompagner. Mais chaque année, la même dispute éclatait : Muḥammad (S) refusait d’y aller, ce qui irritait vivement ses oncles et ses tantes. Un jour, exaspéré par les reproches et les réprimandes des aînés de la famille, le Prophète Muḥammad (S) disparut pendant longtemps au moment de cette fête. Tous les membres de la maison s’inquiétèrent pour lui. Lorsqu’il revint, il semblait extrêmement effrayé et son visage était devenu livide. Ses tantes le serrèrent dans leurs bras et lui demandèrent : “Mon enfant, que t’est-il arrivé ?” Il répondit : “Je crains qu’un malheur ne m’arrive.” Ses tantes lui dirent : “Allah ne permettra jamais que Satan te fasse du mal, puisque tu possèdes ces qualités.” Il répondit : “Chaque fois que je m’approche d’une idole de cette maison des idoles, j’ai l’impression qu’un homme grand, au teint clair, se tient là et dit : ‘Muḥammad, éloigne-toi ! Ne la touche pas !’” Umm Ayman rapporte qu’à partir de ce jour, il ne participa plus jamais à cette fête.

Ibn Hishām rapporte d’après Ibn Isḥāq qu’un homme expert en physiognomonie (physiognomiste), apparenté à la tribu des Lahb, branche d’Azd Shanū’a, se rendait régulièrement à La Mecque. Chaque fois qu’il y arrivait, les Qurayshites lui amenaient leurs enfants afin qu’il dise, grâce à son art, quelque chose à leur sujet. Un jour qu’il était venu, Abū Ṭālib lui amena le Prophète (S) avec ses autres enfants. Après l’avoir aperçu, l’homme se remit à une autre tâche. Lorsqu’il eut terminé, il demanda : “Où est le garçon que j’ai vu tout à l’heure ? Amenez-le-moi.” Voyant combien cet homme insistait pour voir le jeune Muḥammad, Abū Ṭālib l’éloigna et le mit ailleurs. L’homme dit : “Amenez-le-moi, je vous le jure par Dieu : il deviendra un homme éminent.”

Muḥammad ibn Isḥāq rapporte que le Prophète (S) a dit : « Un jour, je transportais cette pierre en jouant avec les garçons des Quraysh. Tous les garçons avaient retiré leur izār, l’avaient noué autour de leur cou pour transporter les pierres, et s’étaient ainsi retrouvés nus. Dès que je fis de même, je reçus soudain un coup de poing et quelqu’un me dit : “Noue ton izār.” Je nouai donc mon izār. »

C’est ainsi que le Prophète Muhammad fut préservé de la nudité dès son enfance. Un événement exactement semblable se produisit lorsque, durant l’année des trente-cinq éléphants (alors que le Prophète avait trente-cinq ans et qu’il ne restait que cinq ans avant le début de sa mission prophétique), les Qurayshites entreprirent de reconstruire la Kaaba. À cette époque, tous les Qurayshites avaient retiré leur izâr, l’avaient noué autour de leur cou et transportaient des pierres. Qu’il s’agît d’enfants, de jeunes gens ou de vieillards, personne n’éprouvait le moindre sentiment de pudeur. Hadrat ‘Abbâs (ra) demanda également au jeune Muhammad (s) d’en faire autant. Dès qu’il entreprit de le faire, il s’évanouit et son regard se fixa vers le ciel. Lorsqu’il reprit connaissance, il dit : « Où est mon izâr ? » On le lui remit alors, puis il se leva. Cet événement est rapporté dans al-Bukhârî et Muslim d’après Jâbir ibn ‘Abd Allâh. ‘Abd al-Razzâq, al-Tabarânî et al-Hâkim rapportent, d’après Abû Tufayl, qu’une voix venue de l’invisible proclama : « Ô Muhammad, couvre ta nudité. » Mais ce récit ne prouve pas que le Prophète (s) se soit retrouvé complètement nu. Il s’évanouit avant d’avoir retiré son izâr et de s’être dénudé.

Aversion pour l’adoration des idoles

Dès son enfance, il éprouvait une profonde aversion pour le shirk, l’adoration des idoles, ainsi que pour les manifestations et les pratiques qui s’y rapportaient. Même avant le début de sa mission prophétique, aucune souillure de ces pratiques ne put le toucher. Dans al-Bukhârî, dans le chapitre des mérites consacré à Zayd ibn ‘Amr ibn Nufayl, on trouve un hadith rapporté par Hadrat ‘Abd Allâh ibn ‘Umar (ra).

Il y est rapporté qu’un jour, on proposa au Prophète (s) de manger de la nourriture consacrée aux idoles et de la viande d’animaux sacrifiés pour elles, mais il refusa d’en manger. Dans le Musnad d’Ahmad, ‘Urwa ibn al-Zubayr rapporte : « Une voisine de Hadrat Khadîja (ra) me dit : J’ai entendu le Prophète (s) s’adresser ainsi à Hadrat Khadîja (ra) :

(Arabe******************)

— Ô Khadîja ! Par Dieu, je n’adorerai jamais al-Lât ni Manât. Par Dieu, je ne les adorerai jamais. »

Khadîja (ra) lui répondit : « Laissez al-Lât, et laissez Manât. »

Après avoir rapporté cet événement, cette voisine dit à Hadrat ‘Urwa que les Qurayshites adoraient ces deux idoles avant d’aller dormir, la nuit. Il s’agit probablement d’un événement survenu au début de la vie conjugale du Prophète (s).

Le voyage en Syrie et l’événement du moine Bahira

Un jour, Abu Talib partit pour la Syrie avec une caravane commerciale. Le Prophète (S) avait alors douze ans. Lorsque Abu Talib se mit en route, le Prophète (S) s’agrippa à lui et, selon le récit d’Ibn Sa‘d, lui dit : « Mon oncle, à qui me laissez-vous ? Je n’ai ni père ni mère pour veiller sur moi. »

Ces paroles attendrirent Abu Talib, qui dit : « Par Dieu, je ne l’éloignerai pas et je ne me séparerai pas de lui. Il viendra avec moi. »

Lorsque la caravane arriva à Busra, en Syrie, et s’installa près de l’église du moine Bahira, celui-ci en sortit, contrairement à son habitude. En effet, il ne sortait jamais de l’église à la rencontre d’une caravane. Il prépara un repas pour toute la caravane et invita tout le monde à manger. Tous les membres de la caravane allèrent prendre le repas. Seul Muhammad (S), en raison de son jeune âge, fut laissé au camp pour le garder. Bahira demanda :

— Tout le monde est-il venu ?

Ils répondirent : « Seul un jeune garçon a été laissé au camp pour surveiller les bagages. »

Bahira dit : « Non, appelez-le lui aussi. »

Un Quraychite dit : « Par Lat et Uzza, ce serait très mal de notre part si Muhammad (S) ne partageait pas le repas avec nous. » Puis il alla chercher Muhammad (S) et l’amena.

Après l’avoir fait venir, Bahira se mit à l’observer très attentivement et à examiner son visage et ses traits.

Après le repas, Bahira s’approcha du jeune Muhammad (s) et lui demanda : « Ô garçon, je te conjure par al-Lat et al-‘Uzza de répondre exactement à tout ce que je vais te demander. »

Le Prophète (s) répondit : « Ne me conjurez pas par al-Lat et al-‘Uzza. Je n’éprouve d’aversion pour rien autant que pour elles. »

Il dit : « Très bien, alors, au nom d’Allah, réponds-moi à ce que je vais te demander. »

Le Prophète (s) répondit : « Demandez ce que vous voulez. »

Bahira l’interrogea ensuite sur son état, son sommeil, sa constitution physique et d’autres sujets, et le Prophète (s) continuait de répondre. Puis Bahira fit le tour de son corps en l’examinant attentivement. Il demanda ensuite à Abu Talib : « Quel lien de parenté avez-vous avec lui ? » Abu Talib répondit : « C’est mon fils. »

Bahira dit : « Son père ne peut certainement pas être vivant. »

Abu Talib répondit : « C’est mon neveu. »

Bahîra : Qu’est-il arrivé à son père ?

Abû Tâlib : Son père est mort alors qu’il était encore dans le sein de sa mère.

Bahîra : Tu as parfaitement raison. Ramène ton neveu chez lui. Protège-le des Juifs. Par Dieu, s’ils le voient et reconnaissent les signes que j’ai reconnus, ils lui feront certainement du mal. Car ton neveu deviendra un homme d’une importance considérable.

Aussitôt, Abû Tâlib acheva ses affaires commerciales et retourna au pays avec le Saint Prophète (s).

Autour de cet épisode, les orientalistes ont édifié de nombreux châteaux de vaines spéculations et considèrent les paroles pleines de sagesse qui se manifestèrent chez le Saint Prophète (s) après le début de sa mission prophétique comme des informations qu’il aurait reçues de moines chrétiens. En outre, certains de nos propres récits semblent donner quelque appui à ces spéculations. Il n’y aurait pourtant rien d’étonnant à ce qu’un moine accompli, ayant développé ses facultés spirituelles par l’ascèse, aperçoive des signes extraordinaires de bénédiction, en déduise qu’une grande personnalité se trouve dans cette caravane et, après avoir vu le Saint Prophète (s), voie son intuition confirmée. Il aurait également pu considérer que les Juifs étaient un peuple hostile et qu’ils pourraient nuire à l’apparition, parmi les Arabes illettrés, d’une grande personnalité qu’ils jugeraient menaçante pour eux ; c’est pourquoi il aurait conseillé à Abû Tâlib de le protéger d’eux. En revanche, il n’est pas acceptable de penser qu’il avait conclu que le Saint Prophète (s) était précisément le futur prophète dont la venue avait été annoncée dans les Écritures antérieures. Les prophéties permettaient certes de savoir qu’un prophète viendrait et qu’il s’appellerait Muhammad. Mais il n’était pas possible de savoir avec certitude que le jeune Muhammad (s) était ce prophète.

Examinons dans leur ensemble les récits consignés à ce sujet par les traditionnistes et les biographes. Tirmidhî, Bayhaqî, Ibn ‘Asâkir, Hâkim, Abû Nu‘aym, Abû Bakr al-Kharâ’itî et Ibn Abî Shayba rapportent, d’après Abû Mûsâ al-Ash‘arî, que Bahîra prit la main du Saint Prophète (s) et dit : « Voici le maître des envoyés, voici le maître des mondes. Allah Tout-Puissant l’enverra bientôt comme miséricorde pour les mondes. »

On lui demanda (selon le récit de plusieurs traditionnistes, dont Tirmidhî, les chefs des Quraysh lui demandèrent) : « D’où tenez-vous la connaissance de tout cela ? »

Bahîra répondit : « Lorsque vous avanciez vers nous, les arbres, les plantes, les collines et les montagnes se prosternaient. Or nul ne se prosterne devant quelqu’un d’autre qu’un prophète. De plus, j’ai pu voir et reconnaître le sceau de la prophétie qui se trouve sur son dos, entre ses deux épaules. Nous en trouvons également la mention dans nos livres. »

Bahîrâ dit ensuite à Abû Tâlib : « Il y a un danger de la part des Juifs. Ramène-le donc. » Dans le récit rapporté par Ibn Abî Shayba d’après Abû Mûsâ al-Ashʿarî, il est mentionné qu’au moment où le Prophète (paix et bénédictions sur lui) se dirigeait vers l’église, un nuage le couvrait de son ombre. Il est également rapporté que, sur l’insistance de Bahîrâ, Abû Tâlib renvoya le Prophète (paix et bénédictions sur lui) à La Mecque avec Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et Bilâl (qu’Allah l’agrée). Or, Abû Bakr avait alors dix ans, et Bilâl était encore plus jeune que lui. Deuxièmement, il est très étonnant que Bilâl ait été envoyé, car à cette époque il n’avait aucun lien avec les Banû ʿAbd al-Muttalib qui aurait permis à Abû Tâlib de recourir à ses services. Il est également dit au sujet de ce voyage que sept Romains partirent pour tuer le Prophète (paix et bénédictions sur lui) et arrivèrent à l’église de Bahîrâ. Bahîrâ leur demanda : « Pourquoi êtes-vous venus ? » Ils répondirent : « Nous avons appris que ce prophète devait venir dans cette région ce mois-ci. C’est pourquoi des gens ont été envoyés dans toutes les directions, et nous sommes venus ici. » Bahîrâ leur dit : « Pensez-vous que quelqu’un puisse empêcher ce qu’Allah a décrété ? » Ils répondirent : « Non. » Puis ils renoncèrent à leur projet.

Tout cela signifie qu’à l’âge de douze ans, le Prophète Muhammad lui-même, les Qurayshites et même les dirigeants de l’Empire romain savaient déjà que le jeune Muhammad allait devenir prophète.

Hâfiz Ibn Hajar rapporte dans son ouvrage al-Isâba, en citant Sharaf al-Mustafâ d’Abû Saʿîd al-Naysâbûrî, que treize ans après cet événement, lorsque Muhammad (paix et bénédictions sur lui) se rendit au Shâm avec les marchandises commerciales de Khadîja (qu’Allah l’agrée), il rencontra Bahîrâ une seconde fois. Celui-ci lui dit alors :(Arabe********************)

— J’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah, et j’atteste que tu es le Messager d’Allah, le prophète illettré dont Jésus, fils de Marie, a annoncé la venue.

Sur cette base, Ibn Mandah et Abû Nuʿaym ont compté Bahîrâ parmi les Compagnons. Hâfiz al-Dhahabî a dit dans Tajrîd al-Sahâba que Bahîrâ avait cru en lui avant même l’avènement du Prophète.

Au sujet du second voyage au Shâm, il est également rapporté que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) s’arrêta sous un arbre à Busrâ, près de l’église de l’ascète Nâstûrâ. Nâstûrâ sortit et demanda à son compagnon, l’esclave Maysara, qui se tenait sous l’arbre. Celui-ci répondit : « Un homme des Quraysh, habitant du Sanctuaire. » Al-Wâqidî et Ibn Ishâq rapportent que Nâstûrâ répondit alors : « Depuis Jésus (paix sur lui), personne ne s’est tenu ici durant ces deux cents années, excepté un prophète. » Abû Saʿîd ajoute dans Sharaf al-Mustafâ que Nâstûrâ s’approcha ensuite du Prophète (paix et bénédictions sur lui), lui baisa la tête et les pieds, puis déclara : « J’atteste que vous êtes le Messager d’Allah, ce prophète illettré dont Jésus (paix sur lui) avait annoncé la venue en disant : “Après moi, personne ne séjournera sous cet arbre, si ce n’est un prophète illettré, hachémite, arabe et mecquois, détenteur du Bassin et de l’Intercession, ainsi que de l’Étendard de la Louange.” »

Maysara retint ses paroles. Puis le Prophète (paix et bénédictions sur lui) se rendit au marché de Busrâ pour y vendre et acheter. À ce moment-là, un homme eut un différend avec lui au sujet du prix d’une marchandise. L’homme lui dit : « Jure par Lât et Manât. » Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) répondit : « Je n’ai jamais juré par elles. » L’homme dit alors : « J’accepte ta parole. » Puis il appela Maysara à l’écart et lui dit : « C’est un prophète. Par Celui qui détient ma vie entre Ses mains, c’est bien le prophète dont nos prêtres trouvent la mention dans leurs livres. » Maysara retint également ces paroles.

Abû Nuʿaym rapporte qu’au cours de ce voyage, Maysara vit deux anges ombrager le Prophète (paix et bénédictions sur lui). Lorsque la caravane arriva à La Mecque, c’était le milieu de la journée. Khadîja (qu’Allah l’agrée) se trouvait alors dans sa chambre haute. Elle vit elle aussi le Prophète (paix et bénédictions sur lui) sur le dos de son chameau, tandis que deux anges le couvraient de leur ombre. D’autres, en dehors d’Abû Nuʿaym, ajoutent que Khadîja (qu’Allah l’agrée) montra cette scène aux autres femmes qui l’accompagnaient, et qu’elles exprimèrent leur étonnement. Maysara se rendit ensuite auprès de Khadîja (qu’Allah l’agrée) et lui raconta tout ce qu’il avait vu. Il lui rapporta également les paroles de Nâstûrâ ainsi que l’événement survenu avec un marchand du Shâm. Si l’on accepte ces récits, il en résulte que, quinze ans auparavant, Muhammad (paix et bénédictions sur lui) avait appris qu’il allait devenir prophète. Maysara, Khadîja (qu’Allah l’agrée) et les nombreuses femmes qurayshites assises auprès d’elle le savaient également. De plus, les membres de la caravane qurayshite avec laquelle Muhammad (paix et bénédictions sur lui) s’était rendu au Shâm, ainsi que les habitants de La Mecque, savaient que des anges l’avaient ombragé. Car, puisque Maysara, Khadîja (qu’Allah l’agrée) et les femmes qui l’accompagnaient avaient vu cette scène, comment aurait-elle pu rester cachée aux autres ?

Bien que ces propos aient été consignés d’après les récits de savants éminents, ils ne sont néanmoins pas acceptables pour plusieurs raisons. Premièrement, ils sont clairement contraires au Coran, où il est dit au Prophète (s) : (Arabe****************)

— Tu ne pensais jamais que le Livre te serait révélé (Al-Qasas : 86).

(Arabe**********************)

Tu ne savais pas ce qu’était le Livre, et tu ne savais pas non plus ce qu’était la foi (Ash-Shura : 52).

Ces deux versets constituent la preuve irréfutable qu’avant d’être investi de la dignité de la prophétie, il ignorait totalement qu’il serait choisi comme prophète. S’il l’avait su dès l’âge de douze ans et que cette certitude lui avait de nouveau été confirmée à l’âge de vingt-cinq ans, il n’y aurait eu aucune raison pour qu’il n’espérât pas la révélation du Livre. Et comment aurait-il pu ensuite effacer de son esprit qu’un jour il devrait inviter les hommes à croire ?

En outre, après le Saint Coran, ces récits contredisent également les récits authentiques rapportés au sujet de la première révélation faite au Prophète (s), puis de son état physique et mental, ainsi que de sa conversation avec Khadija (r). Comment l’état dans lequel il se trouvait alors aurait-il pu se produire s’il avait su depuis l’âge de vingt-cinq ans qu’il deviendrait prophète ? Dans ce cas, la révélation aurait été tout à fait conforme à ses attentes. De plus, après avoir entendu le récit de Hira, Khadija (r) n’aurait en aucun cas dit ce qu’elle dit, s’il avait su depuis quinze ans qu’il deviendrait prophète. Elle aurait alors dit : « Voilà précisément ce que j’attendais ; c’est ce qui vient de se produire. »

Ainsi, ces récits contredisent toute l’histoire qui fut présentée à La Mecque après l’annonce de sa prophétie, à la lumière d’un grand nombre de récits récurrents. Si les habitants de Quraysh avaient su depuis trente et un ans qu’il deviendrait prophète, l’annonce de sa prophétie ne les aurait pas pris à contre-pied, et leur réaction aurait été entièrement différente de celle qu’ils eurent face à un événement inattendu.

La guerre de Fijar

Nous revenons maintenant aux événements historiques.

Selon Ibn Hichâm, la guerre de Fijâr éclata lorsque le Prophète (s) était âgé de quatorze ou quinze ans. [D’après les récits d’Iqdu’l-Farîd, d’Agânî et de Jawharî, trois guerres de Fijâr avaient déjà eu lieu auparavant. Le vénérable Prophète (s) participa à la quatrième guerre de Fijâr. Ibn Sa‘d affirme que cette guerre eut lieu durant l’année de l’Éléphant. Jawharî écrit dans son Sihâh que les Quraychites donnèrent à cette guerre le nom de Fijâr parce qu’elle eut lieu pendant un mois sacré. Comme combattre durant les mois sacrés était un péché, les Quraychites dirent : « Nous avons commis un péché. » C’est pourquoi ces quatre guerres ayant eu lieu pendant les mois sacrés furent appelées « guerres de Fijâr » — l’auteur.]

Ibn Ishâq, Ibn Sa‘d, Balâdhurî et Ibn Jarîr at-Tabarî affirment que cette guerre eut lieu durant la vingtième année de l’Éléphant. [L’année de l’Éléphant est celle où Abraha attaqua La Mecque. Ce fut un événement si extraordinaire que les Arabes commencèrent à compter les années à partir de cette année — l’auteur.]

Selon ce calcul, le vénérable Prophète (s) devait avoir vingt ans. Dans cette guerre, un camp était constitué des Banû Kinâna, auxquels appartenaient également les Quraychites, tandis que l’autre était celui de Qays ‘Aylân, qui comprenait notamment les Thaqîf et les Hawâzin. La cause de la guerre fut la suivante : un chef des Banû Hawâzin nommé ‘Urwa ar-Rahhâl avait accordé à la caravane commerciale d’Ibn Mundhir un sauf-conduit sous sa propre protection pour se rendre au marché de ‘Ukâz. Un chef des Banû Kinâna nommé Barrâs ibn Qays lui dit : « Oses-tu lui accorder ta protection contre les Kinâna ? » Il répondit : « Oui, et même contre le monde entier. » Barrâs entra alors dans une terrible colère. Puis, à Taymân, dans une région périphérique du Najd, il tua ‘Urwa. Les Quraychites se trouvaient au marché de ‘Ukâz lorsque la nouvelle leur parvint. Ils se dirigèrent aussitôt vers le territoire sacré. Avant qu’ils n’y pénètrent, les Hawâzin les rattrapèrent et le combat se poursuivit toute la journée. La nuit, les Quraychites pénétrèrent à l’intérieur des limites du territoire sacré. Le Prophète (s), quant à lui, se contentait de ramasser les flèches qui tombaient du côté ennemi et de les remettre à ses oncles. Ibn Sa‘d rapporte que le Prophète (s) disait par la suite : « Il aurait mieux valu que je n’y eusse même pas pris la moindre part. » As-Suhaylî affirme que le Prophète (s) s’était certes rendu à cette guerre avec ses oncles, mais qu’il n’y avait effectivement pris aucune part. Avant de devenir prophète, il ne participa à aucune autre guerre. Il n’acquit d’ailleurs aucune expérience militaire d’aucune sorte. On comprend ainsi qu’il était préservé des guerres et des combats de l’époque de l’Ignorance. Cela nous apprend également que l’aptitude exceptionnelle au commandement militaire qu’il manifesta en tant que prophète lui avait été accordée par Allah. Il n’était pas un chef militaire de profession, mais un chef militaire par nature.

« Hilf al-Fudûl »

Lorsque le noble Prophète (s) eut vingt ans, plusieurs clans quraychites conclurent un pacte appelé « Hilf al-Fudûl ». Dans son ouvrage An-Nihâya, Ibn Athîr, expliquant la raison de ce pacte à partir du terme « fudûl », affirme qu’un pacte semblable avait été conclu à l’époque de Jurhum et que tous ceux qui l’avaient établi se nommaient Fadl. C’est pourquoi il fut appelé Hilf al-Fudûl. Mais la véritable raison est celle que le hâfiz Ibn Kathîr a rapportée de Muhammad et ‘Abd ar-Rahmân, les deux fils d’Abû Bakr, en la tenant d’Al-Humaydî. Il rapporte que le Prophète (s) a dit : « J’ai participé, dans la demeure de ‘Abdullah ibn Jud‘ân, à un pacte tel que, même à l’époque islamique, si l’on m’invitait à conclure un pacte de cette nature, je l’approuverais. » Puis il expliqua ce pacte en ces termes :

(Arabe********************)

Ils s’engagèrent mutuellement à restituer le Fudûl à celui qui en avait le droit et à ne pas laisser l’oppresseur commettre des abus contre l’opprimé. (Al-Bidâya wa’n-Nihâya, tome 2, p. 291).

L’expression « rendre les biens aux ayants droit » signifie que tout bien qu’un oppresseur a arraché de force à ceux auxquels il revenait doit leur être restitué, et qu’il ne faut pas laisser l’oppresseur persister dans son injustice.

Ibn Sa‘d dit au sujet de ce pacte qu’ils décidèrent ensemble de soutenir l’opprimé et de lui faire restituer son droit.

En relatant les détails du pacte, Ibn Hicham dit qu’ils ne permettraient qu’aucun habitant de La Mecque ni aucun étranger y soit victime d’une injustice, et qu’ils aideraient l’opprimé contre l’oppresseur. Ibn Sa‘d situe la conclusion de ce pacte au 20 Dhou al-Qa‘da de l’Année de l’Éléphant. La raison en fut la suivante : un homme d’une tribu yéménite appelée les Banû Zoubaïd arriva à La Mecque avec quelques marchandises. Un notable mecquois, al-‘Âs ibn Wâ’il, lui acheta ses marchandises, mais n’en paya pas le prix. Le malheureux se rendit auprès de membres des Banû ‘Abd ad-Dâr, des Banû Makhzûm, des Banû Joumah, des Banû Sahm et des Banû ‘Adî pour se plaindre. Mais tous rejetèrent rudement sa requête et refusèrent de le soutenir contre al-‘Âs ibn Wâ’il as-Sahmî. Après avoir perdu tout espoir auprès d’eux, il gravit à l’aube le mont Abû Qoubaïs et s’adressa à haute voix aux descendants de Fihr, leur disant qu’il avait été victime d’une injustice. L’oncle du Prophète, Zoubaïr ibn ‘Abd al-Mouttalib, lui répondit alors : « On ne peut laisser cette affaire ainsi. » Il réunit ensuite les Banû Hâchim, les Banû al-Mouttalib, les Banû Asad ibn ‘Abd al-‘Ouzzâ, les Banû Zouhra et les Banû Taïm dans la maison de ‘Abdallah ibn Jouda‘ân. Celui-ci était le cousin paternel de ‘Â’icha. Là, tous jurèrent que, quel que soit l’opprimé à La Mecque, qu’il soit habitant de la ville ou étranger, ils lui viendraient en aide et lui feraient obtenir son droit de l’oppresseur. Puis ils se rendirent tous chez al-‘Âs, lui reprirent les marchandises du Zoubaïdî et les lui rendirent.

Muhammad ibn Ishâq rapporte, d’après l’imam az-Zuhrî, que le Prophète a dit : « J’ai participé, dans la maison de ‘Abdallah ibn Jouda‘ân, à un pacte tel que, même si l’on m’avait offert en échange un chameau rouge, je ne l’aurais pas accepté. Aujourd’hui encore, à l’époque islamique, si l’on m’appelait à conclure un pacte de cette nature, je l’accepterais. »

La participation aux affaires de Khadîdja

Depuis son enfance, les aptitudes naturelles du Prophète, jusque-là connues dans un cercle limité, ainsi que sa courtoisie, sa loyauté et sa fiabilité, son amour de la vérité, son caractère doux, son honnêteté, sa gravité, son intelligence, sa maîtrise de soi, sa patience et sa dignité, sa générosité et ses qualités de chef — en un mot, chacune de ses nobles qualités — ne cessèrent de se développer. Il suscita ainsi dans le cœur des gens un profond respect et une grande confiance, tandis que son influence sur eux s’étendait. C’est à cette époque que Khadîdja décida de s’associer avec lui dans le commerce.

Khadîdja était connue parmi les Quraychites pour sa chasteté et la pureté de son caractère, et portait le titre de « Tahira ». Tahira signifie « très pure ». Toute la tribu la tenait en très haute estime pour son intelligence, sa clairvoyance, son noble caractère et ses nombreuses qualités. Allah Tout-Puissant lui avait également accordé une grande beauté physique. Aucune femme quraychite n’était plus belle qu’elle. Il arrivait souvent que les caravanes commerciales de la moitié des Quraychites dépendent uniquement de ses biens. Elle épousa d’abord Abû Hâla ibn Zurâra at-Tamîmî, dont elle eut deux fils, Hind et Hâla. Tous deux embrassèrent l’islam à l’époque du Prophète. Après la mort d’Abû Hâla, elle épousa ‘Otaïq ibn ‘Abd al-Makhzûmî, dont elle eut une fille nommée Hind. Celle-ci embrassa également l’islam plus tard, à l’époque de la mission prophétique. [Selon certains, ‘Otaïq fut son premier mari et Abû Hâla le second — l’auteur.] Après la mort de son second mari, elle resta veuve. Plusieurs notables quraychites exprimèrent le désir de l’épouser, mais elle refusa de satisfaire leurs souhaits. Elle faisait fructifier ses biens dans le commerce et envoyait l’un ou l’autre avec ses marchandises rejoindre une caravane commerciale ; celui-ci en recevait la part qui lui avait été fixée.

Lorsque Khadîdja apprit que le Prophète était véridique, digne de confiance et doté d’un noble caractère, elle lui dit : « Partez au pays de Syrie avec mes marchandises commerciales. Je vous donnerai une part des bénéfices supérieure à celle que j’accorde aux autres. »

Tel est le récit d’Ibn Ishaq.

Le second récit est rapporté par Ibn Sa‘d d’après Nufaysa bint Munya — dont al-Zurqani a donné le récit détaillé. Il est dit qu’Abou Talib s’adressa au Prophète (s) en ces termes : « Mon neveu, je ne suis pas un homme riche. Notre situation se dégrade et nous ne possédons aucune marchandise à faire commercer. Le départ de la caravane que ton peuple envoie en Syrie est imminent. Khadija souhaite également envoyer ses marchandises avec cette caravane par l’intermédiaire de quelqu’un. Si tu vas la voir, elle te donnera la préférence sur les autres, car elle connaît la pureté de ton caractère. »

Le Prophète (s) répondit : « Je crains qu’elle ne choisisse quelqu’un d’autre. »

Khadija (r) apprit cette conversation entre l’oncle et son neveu. Toutefois, ce fut bien la proposition du Prophète (s) qui se concrétisa, car elle lui avait déjà envoyé l’offre commerciale mentionnée plus haut par l’intermédiaire d’Ibn Ishaq.

Un récit rapporté dans les Tabaqat d’Ibn Sa‘d, d’après Muhammad ibn ‘Aqil, dit qu’Abou Talib se rendit auprès de Khadija (r) et lui demanda : « Khadija, accepterais-tu que, plutôt que de confier tes affaires à quelqu’un d’autre, je m’entende avec Muhammad (s) ? »

Khadija répondit : « Si vous m’aviez parlé d’un homme éloigné et indésirable, je l’aurais accepté. Mais vous me parlez de quelqu’un qui est un ami proche. »

En somme, l’accord commercial entre Khadija (r) et le Prophète (s) fut conclu, et elle envoya son serviteur Maysara en Syrie avec le Prophète (s) pour cette affaire. Ce voyage commença les 15 ou 16 Dhu al-Hijja de la 25e année de l’Année de l’Éléphant. En chemin, Maysara fut profondément impressionné par le caractère, la conduite et les nobles qualités du Prophète (s). À leur retour, il raconta tout en détail à Khadija. Le Prophète (s) remporta un succès remarquable dans le commerce. Ibn Sa‘d, citant Nufaysa bint Manya, rapporte qu’auparavant le Prophète (s) avait rapporté à Khadija un bénéfice double de celui que lui rapportaient les autres marchands, et qu’il lui apporta un bénéfice double de la somme qu’elle lui avait promise ; Khadija (r) lui en donna également le double. En dehors de ce voyage, les ouvrages de hadith et de sîra relatent aussi d’autres voyages du Prophète (s). Ces voyages lui permirent de voir de ses propres yeux de nombreuses régions d’Arabie. Al-Hakim mentionne dans son Mustadrak deux voyages du Prophète (s) à Jurash, célèbre centre commercial du Yémen, et l’imam al-Dhahabi (r) l’a confirmé. Il est rapporté dans le Musnad d’Ahmad que, lorsque la délégation d’Abd al-Qays vint de Bahreïn à La Mecque, le Prophète (s) nomma successivement différents lieux de cette région et les interrogea sur leur situation. Comme ces gens s’en étonnaient, il leur dit : « J’ai beaucoup parcouru votre pays. » Il convient de préciser qu’à cette époque, toute la côte orientale de l’Arabie était appelée Bahreïn ; il ne s’agissait pas de l’île appelée Bahreïn à l’époque actuelle. — L’auteur.

Le mariage avec Khadija (r)

Au cours de ce long voyage de La Mecque en Syrie, puis de Syrie à La Mecque, Maisara bénéficia jour et nuit de la compagnie du Prophète Mustafa (que la paix soit sur lui). Après avoir observé tous les aspects de sa vie, il s’attacha à lui. Après avoir tout entendu de sa bouche, Khadija (qu’Allah l’agrée) décida d’épouser le Prophète (que la paix soit sur lui). Certes, elle n’ignorait pas auparavant qui il était et elle entendait également parler des qualités du Prophète qui se répandaient parmi les habitants de Quraysh. Mais elle décida alors qu’elle ne pourrait trouver meilleur mari que lui. Les récits divergent quelque peu quant à la manière dont le mariage fut conclu.

Ibn Ishaq rapporte que Khadija s’adressa directement au Prophète (que la paix soit sur lui). Elle lui dit : « Ô mon neveu, puisque vous êtes de ma famille, et en raison de votre loyauté, de votre honnêteté, de votre noble caractère, de votre lignée distinguée et de vos qualités louables, je souhaite m’unir à vous par les liens du mariage. »

Le second récit a été rapporté par Ibn Sa’d d’après Nafisa bint Munya. Certains auteurs disent bint Umayya, mais bint Munya est la forme correcte. Elle embrassa l’islam après la conquête de La Mecque — note de l’auteur. Nafisa rapporte : avant que Khadija n’exprime son désir de se marier, elle m’envoya auprès de Muhammad (que la paix soit sur lui) afin de connaître ses dispositions. J’allai le trouver et lui dis : « Ô Muhammad (que la paix soit sur lui), pourquoi ne vous mariez-vous pas ? » Il répondit : « Que possédé-je donc pour me marier ? »

Je lui dis : « Tout est déjà arrangé. On vous propose un mariage avec une femme qui possède beauté, richesse, noblesse et mérite. L’accepterez-vous ? »

Il demanda : « De qui parlez-vous ? »

Je répondis : « De Khadija. »

Il demanda : « Comment pourrais-je l’épouser ? »

Je répondis : « Laissez-moi m’en charger. »

Il dit : « Si tel est le cas, j’accepte. »

Puis Ḥaḍrat Khadîdja envoya un message et lui demanda de venir à l’heure fixée pour le mariage. Elle demanda à son oncle ʿAmr ibn Asad de venir célébrer le mariage.

Le père de Ḥaḍrat Khadîdja, Khuwailid, étant décédé, ʿAmr ibn Asad vint de sa part, tandis que le Prophète (s) vint avec son oncle, Ḥaḍrat Ḥamza, et Abû Ṭâlib.

Puis le mariage fut célébré [Ibn Saʿd dit : selon nos recherches, tous les récits affirmant que le mariage de Khadîdja fut célébré par son père Khuwailid sont faux. Plus invraisemblable encore est le récit selon lequel on aurait fait boire du vin à Khuwailid et qu’il aurait célébré le mariage alors qu’il était ivre. Après avoir recouvré ses esprits, il se serait montré très irrité. Selon nous, ce qui est établi et conservé par les érudits, c’est que Khuwailid mourut avant la guerre de Fijâr et que son oncle, ʿAmr ibn Asad, célébra son mariage. — L’auteur.]

Ḥaḍrat Abû Bakr, les chefs des tribus de Muḍar et les notables de Quraych assistèrent au mariage. À titre de dot, le Prophète (s) donna vingt chameaux. [Selon certains récits, la dot était de huit dinars, et selon d’autres, de cinq cents dirhams. — L’auteur.]

Ibn ʿAbd al-Barr dit que ce mariage eut lieu deux mois et cinquante-cinq jours après le retour du Prophète (s) de son voyage en Syrie. Il avait alors vingt-cinq ans et Ḥaḍrat Khadîdja quarante ans.

[Voir al-Istîʿâb, p. 128.]

(Au moment du mariage, le Prophète (s) et Ḥaḍrat Khadîdja avaient quarante ans. Toutefois, certains récits, quoique rares, indiquent que l’âge du Prophète (s) était de vingt et un, vingt-neuf, trente ou trente-sept ans, et celui de Ḥaḍrat Khadîdja (ra) de vingt-cinq, vingt-huit, trente, trente-cinq ou quarante-cinq ans. La majorité des érudits ne les ont pas acceptés. Cependant, certains ont privilégié les récits donnant à Ḥaḍrat Khadîdja un âge compris entre vingt-cinq et trente ans, au motif qu’une femme de quarante ans ne pourrait pas avoir six enfants. En effet, si l’intervalle moyen entre chaque enfant était d’un an et demi, le dernier enfant aurait dû naître alors qu’elle avait quarante-neuf ans. Et si l’on accepte également les récits mentionnant la naissance d’enfants de Ḥaḍrat Khadîdja après le début de la mission prophétique, son âge aurait alors dû être de cinquante-six ans. Cela est tout à fait inconcevable. À notre avis, cette opinion n’est pas rationnellement exacte. En gynécologie (GYNAECOGY), un ouvrage de référence, rédigé sous la direction de dix professeurs de cette discipline (), a formulé, dans sa douzième édition, l’opinion scientifique suivante sur cette question :»

Entre quarante-huit et cinquante-deux ans, les menstruations cessent généralement. Mais il arrive souvent que leur cessation soit retardée jusqu’à cinquante-cinq ans, voire davantage. Dans certains cas, au contraire, elles cessent à quarante ans, ou même plus tôt. Lorsqu’une femme atteint la puberté tôt, la cessation de ses menstruations survient tardivement ; et lorsque les menstruations commencent tard, elles cessent tôt. Même ouvrage, p. 101.

À la lumière de cet avis médical, il n’est nullement étonnant qu’un enfant soit né de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) alors qu’elle avait entre cinquante et cinquante-six ans. Il est rapporté que lorsque Fâtima (qu’Allah l’agrée) naquit, le Prophète Mustafa (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait quarante et un ans et Khadîdja (qu’Allah l’agrée) cinquante-six ans.

Les enfants du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), nés de Khadîdja

Tous les enfants du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) naquirent de Khadîdja (qu’Allah l’agrée). Seul Ibrâhîm (qu’Allah l’agrée) naquit de Mâriya la Copte (qu’Allah l’agrée). Khadîdja (qu’Allah l’agrée) eut deux fils et quatre filles : 1) Qâsim (qu’Allah l’agrée), en raison duquel le Prophète était appelé Abû al-Qâsim ; 2) Abd Allah (qu’Allah l’agrée), qui était également appelé Tayyib et Tâhir ; 3) Zaynab (qu’Allah l’agrée) ; 4) Ruqayya (qu’Allah l’agrée) ; 5) Umm Kulthûm (qu’Allah l’agrée) ; et 6) Fâtima (qu’Allah l’agrée). Il existe des divergences quant à leur ordre d’âge. Toutefois, il est établi que lorsque Zaynab (qu’Allah l’agrée) naquit, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait vingt-cinq ans (al-Isâba), et que Fâtima (qu’Allah l’agrée) naquit alors que le Prophète avait quarante et un ans (Sharh al-Muzâhir). Il est également historiquement établi que, lors de la première émigration en Abyssinie, durant la cinquième année de la mission prophétique, Ruqayya (qu’Allah l’agrée) émigra avec son époux, Uthmân (qu’Allah l’agrée). Cela signifie qu’elle avait deux ans de moins que Zaynab (qu’Allah l’agrée) et qu’elle était donc déjà mariée durant la cinquième année de la mission prophétique.

L’arrogance odieuse d’un certain groupe

Certaines personnes affirment ouvertement, sans craindre Dieu, que Fâtima (qu’Allah l’agrée) était le seul enfant de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) avec le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et que les autres filles ne naquirent pas de lui, mais d’un autre mari de Khadîdja (qu’Allah l’agrée). Pourtant, le Coran réfute clairement cette affirmation.

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Ô Prophète, dis à tes épouses et à tes filles (Al-Ahzâb). — L’histoire établit de manière irréfutable que Mâriya la Copte (qu’Allah l’agrée) n’eut, de son union avec le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), aucun enfant autre qu’Ibrâhîm. Ces paroles montrent que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’eut pas une seule fille, mais plusieurs. L’histoire établit également qu’en dehors de Mâriya la Copte (qu’Allah l’agrée), aucune autre épouse du Noble Prophète n’eut d’enfant de lui. Ces filles naquirent donc nécessairement de Khadîdja (qu’Allah l’agrée). Aveuglées par la haine, ces personnes ne réfléchissent pas au très grand péché qu’elles commettent en niant les enfants nés du Prophète, ni au terrible compte qu’elles devront en rendre dans l’au-delà. Toutes les sources narratives fiables s’accordent à dire que Fâtima (qu’Allah l’agrée) ne fut pas la seule fille du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) née de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) ; elle eut encore trois autres filles. Après avoir mentionné le mariage du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avec Khadîdja (qu’Allah l’agrée), Muhammad ibn Ishâq, le plus ancien biographe du Prophète, déclare que, hormis Ibrâhîm (qu’Allah l’agrée), tous les enfants du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) naquirent de son sein. Leurs noms étaient Tâhir (Tayyib), Zaynab (qu’Allah l’agrée), Ruqayya (qu’Allah l’agrée), Umm Kulthûm (qu’Allah l’agrée) et Fâtima (qu’Allah l’agrée) (Sîrat Ibn Hishâm, vol. I, p. 202).

Le célèbre généalogiste Hisham ibn Muhammad ibn al-Sa’ib al-Kalbi a rapporté, d’après ‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée), qu’avant le début de la prophétie, à La Mecque, Qasim (qu’Allah l’agrée) fut le premier enfant à naître de la descendance du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Puis naquirent successivement Zaynab (qu’Allah l’agrée), Ruqayya (qu’Allah l’agrée), Fatima (qu’Allah l’agrée) et Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée). Après le début de la prophétie naquit ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), qui était également appelé at-Tayyib et at-Tahir. Leur mère était Khadija (qu’Allah l’agrée). — Tabaqat Ibn Sa‘d, vol. 1, p. 133.

Ibn Hazm a dit dans Jawami‘ as-Sira que quatre filles naquirent de Khadija : l’aînée était Zaynab (qu’Allah l’agrée), puis, par ordre d’âge, Ruqayya (qu’Allah l’agrée), Fatima (qu’Allah l’agrée) et Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée). (pp. 38-40.)

At-Tabari, Ibn Sa‘d, Abu Ja‘far ibn Habib, auteur du Kitab al-Mujassar, et Ibn ‘Abd al-Barr, auteur d’al-Isti‘ab, ont rapporté par des chaînes fiables qu’avant le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Khadija avait eu deux maris. Le premier était Hala at-Tamimi, dont elle eut Hind et Hala. Son second mari était ‘Atiq ibn ‘Abid al-Makhzumi, dont elle eut une fille nommée Hind. Elle épousa ensuite le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Tous les spécialistes de la généalogie sont unanimes à dire que les quatre filles mentionnées ci-dessus naquirent de lui. (Voir at-Tabari, vol. 2, p. 11 ; Tabaqat Ibn Sa‘d, vol. 8, pp. 14-16 ; Kitab al-Mujassar, pp. 78, 79 et 452 ; al-Isti‘ab, vol. 2, p. 718.) Al-Bayhaqi, citant Mus‘ab ibn ‘Abdullah az-Zubayri, dit que le fils aîné du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était Qasim (qu’Allah l’agrée), puis venaient successivement Zaynab (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée), Fatima (qu’Allah l’agrée) et Ruqayya (qu’Allah l’agrée). Yunus ibn Bukayr, rapportant un récit d’Ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée), dit que deux fils et quatre filles naquirent de Khadija du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : al-Qasim (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée), Zaynab (qu’Allah l’agrée), Ruqayya (qu’Allah l’agrée) et Fatima (qu’Allah l’agrée). ‘Abd ar-Razzaq rapporte dans son ouvrage al-Musannaf, d’après Ibn Jurayj, que deux fils du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) et Qasim (qu’Allah l’agrée), ainsi que quatre filles naquirent de Khadija. L’aînée d’entre elles était Zaynab (qu’Allah l’agrée) et la plus jeune Fatima (qu’Allah l’agrée).

L’ensemble de ces récits établit de manière irréfutable, conformément au récit du Noble Coran, que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’avait pas une fille unique, mais bien quatre filles.

La vie conjugale

Bien qu’il y eût quinze ans de différence d’âge entre le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et Khadija (qu’Allah l’agrée), après le décès de Khadija, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) continua à se souvenir d’elle toute sa vie.

Al-Bukhari a rapporté une tradition d’Ali (qu’Allah l’agrée), dans laquelle il est dit que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) déclara :

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Cela signifie notamment que Marie était la meilleure des femmes de sa communauté, tandis que Khadija (r.a.) était la meilleure des femmes de cette communauté. Toutefois, il est rapporté dans le Sahih Muslim, d’après Waki‘, que celui-ci, en prononçant ces paroles, désigna le ciel et la terre et cita ces propos du Prophète (s). Cela signifie que Waki‘, ou ceux par l’intermédiaire desquels cette parole lui était parvenue, les comprenaient tous ainsi : ces deux femmes étaient les meilleures femmes du monde. Al-Bukhari rapporte une tradition d’Aïcha (r.a.) dans laquelle elle dit : « Parmi les épouses du Prophète (s), aucune ne me rendait aussi jalouse que Khadija. Pourtant, elle était morte avant mon mariage avec lui. C’est parce que j’entendais souvent le Prophète mentionner son nom. Lorsque le Prophète (s) égorgeait une chèvre, il en envoyait nécessairement une partie de la viande aux amies de Khadija. » Dans une autre tradition rapportée par al-Bukhari, Aïcha (r.a.) dit : « Un jour, la sœur de Khadija, Hala bint Khuwaylid, vint demander la permission d’entrer. En entendant sa voix, le Prophète (s) fut profondément ému et dit : (**********)

(Par Allah, c’est Hala !) car sa voix ressemblait à celle de Khadija (r.a.).

Aïcha (r.a.) dit : « Très contrariée, je lui demandai : “Pourquoi vous souvenez-vous autant d’une vieille femme de Quraysh, alors qu’elle est morte depuis longtemps et qu’Allah vous a donné une épouse meilleure qu’elle ?” »

On trouve dans une tradition rapportée par le Musnad d’Ahmad et al-Tabarani qu’Aïcha (r.a.) dit : « Le Prophète se mit alors en colère et, voyant sa colère, je jurai : “Par le Dieu qui vous a envoyé avec la vérité, je ne mentionnerai désormais son nom qu’avec bienveillance.” »

Ibn Sa‘d rapporte que, lors de la bataille de Badr, Abû al-‘Âs, le gendre du Messager d’Allah (s), fut lui aussi fait prisonnier. Zaynab, la fille du Prophète, se trouvait alors à La Mecque. Elle envoya une rançon pour faire libérer son mari ; parmi les objets envoyés se trouvait le collier que Khadija (r.a.) avait offert à Zaynab comme présent à l’époque de l’Ignorance, lors de son mariage avec Abû al-‘Âs. Dès que le Prophète (s) vit ce collier, son cœur se remplit de tendresse. Il dit à ses compagnons : « Si vous le jugez bon, libérez gratuitement le prisonnier de Zaynab et rendez-lui également sa rançon. » Tous y consentirent, et Abû al-‘Âs fut libéré sans rançon.

Al-Balâdhurî cite, dans Ansâb al-Ashrâf, une tradition d’Aïcha (r.a.) selon laquelle une femme à la peau noire vint auprès du Prophète. Le Prophète (s) l’accueillit avec beaucoup de joie et lui adressa une chaleureuse salutation. Après son départ, je (Aïcha) demandai : « Pourquoi son arrivée vous a-t-elle rendu si heureux ? » Le Prophète (s) répondit : « Elle venait souvent chez Khadija (r.a.). » On peut en déduire la profondeur de l’amour que le Prophète (s) portait à Khadija (r.a.), amour qui demeura intact dans son cœur toute sa vie, même après sa mort.

Khadija (r.a.) vécut comme épouse du Prophète quinze ans avant le début de sa mission prophétique et dix ans après. Elle mourut au cours de la dixième année de la mission prophétique, alors que le Prophète avait cinquante ans et elle soixante-cinq ans. Pourtant, le Prophète bien-aimé passa toute sa jeunesse auprès de cette seule épouse âgée. À cette époque, la pensée d’une autre femme ne lui vint jamais à l’esprit. Or, dans la société arabe de ce temps, le fait pour un homme d’avoir plusieurs épouses n’était nullement considéré comme blâmable, et les femmes ne s’y opposaient pas davantage. Dans toutes les familles de Quraysh, y compris celle de Khadija, on trouve de nombreux exemples d’hommes ayant plusieurs épouses. Malgré cela, le fait que le Prophète soit demeuré jusqu’à l’âge de cinquante ans satisfait et comblé dans la vie conjugale avec une seule épouse, qui avait atteint l’âge de soixante-cinq ans, constitue une réponse cinglante aux critiques qui qualifient, à Dieu ne plaise, la prise de plusieurs épouses par le Prophète bien-aimé durant les dix dernières années de sa vie de satisfaction de ses désirs charnels. Nous examinerons plus loin les raisons pour lesquelles il épousa différentes femmes à la fin de sa vie.

L’époque de l’aisance et la grandeur morale du Prophète bien-aimé

Après son mariage avec Hazrat Khadija (qu’Allah l’agrée), la situation financière du Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) s’améliora. Auparavant, Hazrat Khadija faisait du commerce avec l’aide d’autrui, et ses bénéfices étaient faibles. En effet, compte tenu du caractère des autres personnes, on ne pouvait espérer qu’elles achètent et vendent les marchandises d’autrui avec une parfaite honnêteté et bienveillance. Mais lorsque ses affaires passèrent entre les mains d’un homme aussi digne de confiance et avisé que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), qui, étant son mari, lui était naturellement extrêmement dévoué, son commerce prospéra. Ainsi, la parole suivante d’Allah le Très-Haut se réalisa à la lettre :

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« Il t’a trouvé pauvre, puis Il t’a enrichi. » (Ad-Duha, 8).

À cette époque, les qualités du Saint Prophète — son honnêteté, sa probité, son extrême sérieux et sa véracité dans ses activités et ses transactions, sa générosité et ses aumônes, son aide et ses soins envers ses proches, son assistance aux personnes démunies, son entretien des pauvres, sa sagesse et son intelligence, ainsi que toutes ses autres vertus — apparurent avec une telle éclatante évidence à l’ensemble des Quraysh et aux tribus environnantes qu’elles étaient auparavant restées cachées, faute d’avoir eu l’occasion de se manifester. Dès lors, son rang dans la société s’éleva à tel point, non seulement sur le plan moral mais aussi sur le plan matériel, qu’il commença à être considéré comme l’un des chefs des Quraysh. La confiance que les gens plaçaient en lui devint si grande qu’ils commencèrent à lui confier leurs biens précieux. Cette situation se poursuivit même lorsque, après la proclamation de sa mission prophétique, les habitants de La Mecque devinrent assoiffés du sang du Prophète. Malgré l’hostilité extrême qu’ils nourrissaient à son égard, ils continuaient à laisser tous leurs dépôts sous sa garde. C’est pour cette raison que Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée) dut rester à La Mecque au moment de l’Hégire, afin de restituer à chacun les biens qui lui avaient été confiés. Cela prouve clairement que, même après le début de sa mission prophétique — et pas seulement auparavant — l’image de sa loyauté et de son honnêteté était gravée dans le cœur des ennemis de l’islam, qui le considéraient comme l’homme le plus digne de confiance parmi eux.

Il était si scrupuleux dans les affaires commerciales qu’un de ses associés d’avant l’islam témoigna qu’il était le meilleur des associés. Cet homme témoigna également qu’il ne l’avait jamais trompé, qu’il n’avait jamais commis de fraude et qu’il ne s’était jamais querellé avec lui. Son nom est rapporté différemment selon les récits. Dans l’Isti‘ab d’Ibn Abd al-Barr, il est nommé Qays ibn as-Sa’ib Uwaymir al-Makhzumi. Dans certains récits du Musnad d’Ahmad, il est appelé Sa’ib ibn Abdallah al-Makhzumi, et dans d’autres Sa’ib ibn Abi as-Sa’ib. Dans Sunan Abi Dawud (Kitab al-Adab, chapitre sur la réprobation des querelles), son nom est simplement rapporté comme étant Sa’ib. Son propre récit est rapporté en ces termes : « Lorsque je me présentai auprès du Messager d’Allah, les gens se mirent à faire mon éloge. Il dit : “Je le connais mieux que vous.” Je répondis : “Que mes père et ma mère soient sacrifiés pour vous, vous avez raison. Vous étiez mon associé en affaires, mais vous avez toujours gardé vos transactions parfaitement nettes : vous ne m’avez jamais trompé et vous ne vous êtes jamais querellé avec moi.” »

Dans Sunan Abi Dawud figure également le récit d’un autre homme, Abdallah ibn Abi al-Khamsa. Il raconte : « Une fois, à l’époque antéislamique, je conclus une transaction commerciale avec le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Certains points furent réglés, tandis que d’autres restèrent en suspens. Je lui dis que je reviendrais le retrouver à cet endroit. Puis j’oubliai cette promesse. Trois jours plus tard, je m’en souvins. Lorsque j’arrivai à l’endroit convenu, je le trouvai encore là. Il me dit : “Ô jeune homme, tu m’as causé beaucoup de peine : voilà trois jours que je t’attends ici.” » (Kitab al-Adab, chapitre sur le respect des engagements.)

L’histoire de Zayd ibn Haritha

L’événement qui témoigne le plus éloquemment du noble caractère du Saint Prophète est l’histoire de Zayd ibn Haritha. Il était le fils d’un certain Haritha ibn Shurahbil (ou Sharhabil), de la tribu des Kalb. Sa mère, Su‘da bint Tha‘laba, était issue de la tribu de Ma‘ana, une branche de la tribu de Tayy. Lorsqu’il eut huit ans, sa mère l’emmena chez son père. Là, des hommes de Banu Qayn ibn Jasr attaquèrent soudainement leur tente. Après l’avoir pillée, ils emmenèrent captives les personnes qu’ils avaient prises, parmi lesquelles se trouvait également Zayd. Ils le vendirent ensuite au marché de ‘Ukaz, près de Taïf. Son acheteur était Hakim ibn Hizam, le neveu de Khadija. Celui-ci l’amena à La Mecque et l’offrit à sa tante, Hazrat Khadija. Lorsque Hazrat Khadija épousa le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Zayd se trouvait auprès d’elle et le Saint Prophète le vit là. Son caractère, ses manières et son comportement plurent tellement au Prophète qu’il le lui demanda. Ainsi, cet enfant fortuné entra au service de l’être d’élite qu’Allah le Très-Haut destinait à devenir prophète quelques années plus tard. Hazrat Zayd avait alors quinze ans. Quelque temps après, son père et son oncle apprirent que leur fils se trouvait à La Mecque.

Après leurs recherches, ils le trouvèrent auprès du Prophète. Ils dirent au Prophète : « Prenez la rançon que vous demandez et rendez-nous notre enfant. »

Le Prophète (s) dit : « Très bien, je vais l’appeler et le laisser libre de choisir s’il veut partir avec vous ou rester auprès de moi. S’il veut partir avec vous, je ne prendrai aucune rançon et je le libérerai simplement. Mais s’il veut rester auprès de moi, je ne suis pas homme à chasser sans raison quelqu’un qui souhaite rester auprès de moi. »

Ils dirent : « Voilà une parole encore meilleure que la justice. Appelez donc le garçon et interrogez-le. »

Le Prophète (s) appela Zayd et lui demanda : « Reconnais-tu ces deux hommes ? »

Zayd répondit : « Oui, celui-ci est mon père et celui-là est mon oncle. » Le Prophète (s) dit : « Très bien, tu les connais tous les deux et tu me connais également. À présent, tu es entièrement libre. Si tu le souhaites, pars avec eux ; si tu le souhaites, reste avec moi. » Zayd dit : « Je ne veux aller auprès de personne en vous quittant. »

Le père et l’oncle de Zayd lui dirent : « Zayd, préfères-tu donc l’esclavage à la liberté ? Et veux-tu rester auprès d’un autre en abandonnant tes propres parents ? »

Zayd répondit : « J’ai vu les qualités de ce grand homme et, à la lumière de son expérience, je ne peux préférer personne au monde à sa personne. »

En entendant la réponse de Zayd, son père et son oncle donnèrent leur accord. Le Prophète (s) affranchit aussitôt Zayd. Puis il se rendit au Haram Sharif et proclama devant la foule : « Soyez témoins qu’à partir d’aujourd’hui, Zayd est mon fils ; il sera mon héritier et je serai le sien. »

Sur la base de cette déclaration, les gens commencèrent à l’appeler Zayd ibn Muhammad (s). Ces événements se déroulèrent avant la mission prophétique. Lorsque le Prophète (s) fut investi de la dignité de la prophétie, Hazrat Zayd avait déjà passé treize années au service du Prophète. Il avait trente ans lorsqu’il embrassa la foi.

Hazrat Ali (r.a.) sous la tutelle du Prophète (s)

Le Prophète (s) se souvenait de la bonté, de l’affection et de la tendresse que son oncle Abu Talib lui avait témoignées depuis son enfance jusqu’à sa jeunesse. Ibn Ishaq rapporte qu’un jour, le prix des denrées augmenta considérablement à La Mecque et dans les environs. Le Prophète (s) estima que la situation financière de son oncle était très mauvaise et qu’il avait aussi beaucoup d’enfants. Il fallait donc faire quelque chose pour alléger son fardeau. Il se rendit alors auprès de son autre oncle, Hazrat Abbas, qui était aisé, et lui dit : « La famille de votre frère est très nombreuse et sa situation financière n’est pas bonne. Vous voyez dans quelle détresse extrême les gens se trouvent à cause de la hausse des prix. Venez, discutons avec lui afin d’alléger son fardeau. Prenez à votre charge l’entretien de l’un de ses fils, et j’en prendrai un autre à la mienne. »

Hazrat Abbas accepta, et l’oncle et le neveu se rendirent tous deux auprès d’Abu Talib pour lui exposer leur intention. Il dit : « Laissez-moi Aqil — ou, selon Ibn Hisham, Talib — et prenez parmi les autres celui que chacun de vous préférera. » Le Prophète (s) prit donc Hazrat Ali avec lui, tandis que Hazrat Abbas (r.a.) prit Hazrat Ja‘far (r.a.). Hazrat Ali (r.a.) était le plus jeune de tous. Ja‘far, Aqil et Talib avaient chacun dix ans de plus que lui ; Abu Talib avait également d’autres enfants.

C’est ainsi que Hazrat Ali (r.a.) vint, dès son enfance, sous la tutelle du Prophète (s). Le Prophète (s) et Hazrat Khadija (r.a.) l’élevèrent comme leur propre enfant. Hazrat Ali ne devait probablement pas avoir plus de quatre ou cinq ans à cette époque.

La reconstruction de la Kaaba

Lorsque le Prophète (s) eut trente-cinq ans, alors qu’il ne restait plus que cinq ans avant le début de sa mission prophétique, les Qurayshites décidèrent de reconstruire la Kaaba. En effet, l’édifice était extrêmement délabré et risquait de s’effondrer à cause des inondations. Les murs étaient très bas, il n’y avait aucun toit au-dessus, et la maçonnerie avait été réalisée en disposant simplement des pierres les unes sur les autres, sans les relier entre elles par quoi que ce soit. La porte était également au niveau du sol. Les richesses de la Kaaba se trouvaient dans une fosse creusée à l’intérieur de l’édifice. Certaines personnes escaladaient les murs, y accédaient et en volaient les biens. Avant que la décision de reconstruire ne fût prise, un esclave des Banu Mulayh, nommé Duwayq, avait volé le trésor de la Kaaba, ou bien un voleur l’avait déposé chez lui. Les biens volés furent retrouvés auprès de lui. [Ibn Athir dit que trois personnes étaient soupçonnées du vol. Abu Lahab était l’une d’elles, mais comme les biens furent retrouvés chez Duwayq, c’est lui qui fut puni — l’auteur.]

Pour ces raisons, les Qurayshites souhaitaient construire un édifice élevé et solide, avec un toit. À cette époque, le navire marchand d’un commerçant romain fut brisé par les vagues déchaînées de la mer et une violente tempête ; selon le récit d’Ibn Ishaq, il s’échoua dans le port de Djeddah, et selon celui d’Ibn Sa‘d, dans le port de Shu‘aybah, qui était alors le port situé avant Djeddah. À son bord se trouvait un architecte romain nommé Bakum. Il y avait également à La Mecque un charpentier copte spécialisé dans le travail du bois. Ayant appris la destruction du navire, Walid ibn al-Mughira s’y rendit avec quelques Qurayshites et en acheta le bois. Après s’être entretenu avec Bakum, il le convainquit d’achever les travaux de construction de la Kaaba. Puis un homme des Banu Makhzum, Abu Wahab ibn Amr ibn A’idh — qui était l’oncle maternel du père du Prophète — se leva, retira une pierre de la Kaaba et la remit à sa place, en disant : « Ô Qurayshites, employez dans cette construction l’argent de vos gains licites. Que nul n’y fasse entrer de l’argent acquis par l’adultère, l’usure ou l’oppression. »

Une autre version rapporte ceci : « Pour la construction de cette Maison, n’employez aucun bien que vous auriez acquis par la force, en rompant les liens de parenté ou en manquant à vos obligations réciproques. » [C’est le récit d’Ibn Ishaq. Musa ibn Uqba a dit dans al-Maghazi que les propos précédents étaient ceux d’al-Walid ibn al-Mughira — l’auteur.]

Les Qurayshites avaient cependant très peur de démolir la Kaaba. Finalement, al-Walid ibn al-Mughira prit une pioche pour démolir l’ancien édifice et dit : « Ô Allah ! Nous ne nous sommes pas écartés de la religion. Nous ne démolissons cette Maison que pour le bien. » Sur ces mots, il frappa une partie de la Kaaba, puis s’arrêta. Toute la nuit, les gens attendirent de voir si un malheur allait s’abattre sur al-Walid. Ils dirent : « Si un malheur survient, nous cesserons les travaux et remettrons à sa place la pierre qui a été retirée. Si rien n’arrive, nous poursuivrons les travaux. » Comme aucun malheur ne frappa al-Walid jusqu’au matin, les différentes tribus se chargèrent chacune de démolir une partie de l’édifice. Les murs furent abattus jusqu’aux fondations construites par Ibrahim (A). Puis les hommes de toutes les tribus participèrent à la construction en transportant les pierres. [En raison du manque de matériaux lors de cette nouvelle construction, une partie de la Kaaba fut laissée à l’extérieur et un mur fut bâti à côté, afin que l’on sache qu’elle faisait partie de la Kaaba. On l’appelle également le Hijr et le Hatim. C’est en ce lieu que furent enterrés Hajar et Ismaïl (A) (Ibn Hicham). Ibn Sa‘d rapporte que les Qurayshites firent la porte de la Maison d’Allah aussi grande qu’elle l’est encore aujourd’hui. Ils l’ouvraient le lundi et le jeudi, tandis qu’un gardien se tenait là. Lorsqu’une personne montait l’escalier, il laissait entrer qui il voulait et repoussait qui il voulait — l’auteur.] Lorsque la maçonnerie atteignit l’endroit où devait être posé la Pierre noire, chaque tribu voulut avoir l’honneur de l’installer. La querelle devint si vive qu’une bataille allait éclater. Les disputes durèrent ainsi quatre ou cinq jours. Finalement, tous se réunirent un jour dans le Haram pour se concerter. Un homme des Banou Makhzum, Abu Umayya ibn Sughayra, frère d’al-Walid ibn al-Mughira, était le plus âgé d’entre eux. Il se leva et proposa : « Ô Qurayshites ! Afin de régler votre désaccord, convenez que le premier homme qui entrera par la porte de cette mosquée [par “la porte”, on entend la porte des Banou Chayba. Selon une autre version, celui qui entrerait le premier par la porte d’al-Safa devait rendre le jugement. Musa ibn Uqba dit que cette proposition venait d’al-Walid lui-même, tandis qu’al-Fakihi, al-Waqidi et Ibn Ishaq citent le nom d’Abu Umayya — l’auteur.] sera chargé de trancher entre vous. »

Tous acceptèrent sa proposition. Or, par la volonté d’Allah Très-Haut, le premier à entrer fut le Messager d’Allah (S). Dès que les gens le virent, ils s’écrièrent :(Arabe******************)

« Voici l’homme digne de confiance, nous acceptons ; c’est Muhammad. » Dans une version rapportée par le Musnad d’Ahmad, les gens s’écrièrent dès qu’ils le virent :

« Celui qui est digne de confiance — l’homme absolument fiable — est venu à vous. »

Lorsque le Messager d’Allah (S) comprit que c’était à lui de régler cette querelle, il demanda qu’on apporte un morceau de tissu. On lui en apporta un. Il posa alors la Pierre noire sur le tissu, puis demanda à chaque tribu de tenir l’un des côtés du tissu et de soulever la Pierre noire. Lorsqu’ils atteignirent l’endroit où la pierre devait être posée, il la souleva de ses propres mains et la plaça à sa place.

Cet événement eut lieu seulement cinq ans avant sa mission prophétique. À cette époque, toute la société de la période antéislamique témoignait que le Prophète (S) était al-Amîn, le plus digne de confiance et le plus fiable. Toute la nation constata également quelle sagesse il possédait : il régla de la plus belle manière cette querelle dangereuse et sauva son peuple d’une guerre civile. Ibn Sa‘d dit que ce ne fut pas le seul différend des Qurayshites qu’il régla ; avant sa mission prophétique, la plupart d’entre eux recouraient à lui pour trancher leurs affaires.

Ceux qui, avant la mission prophétique, avaient vu le Prophète de près

Parmi ceux qui, avant le début de la prophétie, eurent l’occasion d’observer de très près la vie du prophète Muhammad (s) et de connaître toute sa situation, figuraient des membres de sa famille : premièrement, Hazrat Khadija (r.a.), qui vécut quinze ans comme son épouse ; deuxièmement, Hazrat Ali (r.a.), élevé dans la famille du Prophète depuis son enfance ; et troisièmement, Hazrat Zayd ibn Haritha, qui préféra quitter ses parents pour rester auprès du Prophète et que celui-ci adopta comme son propre fils. Il y avait ensuite Umm Ayman (r.a.), qui avait élevé le Prophète durant son enfance et qui resta toujours auprès de lui, comme un membre de la famille. À son sujet, le Prophète (s) disait : « Après ma mère, c’est elle qui est ma mère. » Il l’appelait toujours « Amma ». En dehors de ces personnes, beaucoup d’autres, n’appartenant pas à la famille, eurent l’honneur de bénéficier de la compagnie du Prophète et passèrent également une assez longue période à le fréquenter.

Parmi eux, le plus proche ami du Prophète était Hazrat Abou Bakr (r.a.). Ibn Maddah, citant un récit d’Ibn Abbas (r.a.), rapporte que Hazrat Abou Bakr (r.a.) fréquentait le Prophète depuis l’âge de dix-huit ans, alors que le Saint Prophète (s) en avait vingt. Leur amitié remontait donc à cette époque. En effet, à La Mecque, il n’y avait pas deux hommes dont la nature, le comportement, les manières et la conduite présentassent une ressemblance aussi grande que celles du Prophète (s) et de Hazrat Abou Bakr. À l’époque de l’ignorance, Hazrat Abou Bakr était un homme d’une grande personnalité et l’un des principaux chefs de la nation. Il exerçait le métier de commerçant. Il était extrêmement apprécié pour son caractère. Il faisait partie de ceux qui n’avaient jamais touché à l’alcool. Les Qurayshites lui confiaient la fixation de la diya, c’est-à-dire la somme imposée en compensation d’un meurtre. Il acceptait également la responsabilité de cette diya, et toutes les tribus consentaient à la payer ensemble. Si quelqu’un d’autre assumait cette responsabilité, personne ne l’acceptait.

En matière de généalogie, les Qurayshites avaient la plus grande confiance en son savoir. Son influence morale ne s’exerçait pas seulement sur les Qurayshites, mais aussi sur les tribus environnantes. On peut en mesurer l’importance au fait que, lorsque les persécutions contre les musulmans commencèrent à La Mecque avec une extrême violence, Abou Bakr se prépara lui aussi à émigrer. Après avoir parcouru la route pendant un ou deux jours, il rencontra Ibn al-Dughunna, chef des Ahâbîsh. Les Ahâbîsh étaient le nom donné à un ensemble de trois tribus : les Banû al-Hârith ibn Abd Manât ibn Kinâna ; les Banû al-Hûn ibn Khuzayma ibn Mudrika, c’est-à-dire les tribus Adl, Qâra et Dîsh ; et, parmi les Khuzâ‘a, les Banû al-Mustaliq. Elles avaient conclu ensemble, dans une vallée appelée Ahbâsh, située dans la basse région de La Mecque, un pacte d’amitié mutuelle, d’entraide et de solidarité. C’est pour cette raison qu’on les appelait les Ahâbîsh — auteur. Il lui demanda : « Abou Bakr, où vas-tu ? »

Abou Bakr (r.a.) répondit : « Mon peuple m’a expulsé et, en me faisant subir de nombreuses souffrances et épreuves, a rendu ma vie insupportable ; en me faisant subir de nombreuses souffrances et épreuves, il a rendu ma vie insupportable. »

Il dit : « Par Dieu, tu es véritablement l’ornement de la société. Tu aides les gens dans l’épreuve, tu accomplis de bonnes œuvres et tu viens en aide aux pauvres. Viens, je t’accorderai ma protection. »

Puis il le ramena à La Mecque et proclama : « J’ai accordé ma protection à Ibn Abi Quhafa. Désormais, que personne ne lui fasse autre chose que du bien. »

Le deuxième homme était Hazrat Suhayb ibn Sinan al-Rûmî. En réalité, il était issu des Banû Namir ibn Qâsit. Il était originaire d’une région proche de Mossoul, sous l’autorité de l’Iran. Durant son enfance, il fut capturé lors d’une guerre entre l’Iran et Rome et vécut quelque temps comme esclave sous la domination des Romains. Passant ainsi de maître en maître, il finit par arriver à La Mecque, où Abd Allah ibn Jud‘ân l’acheta. Comme Ibn Jud‘ân était un proche parent de Hazrat Abou Bakr (r.a.), c’est par son intermédiaire qu’il fit la connaissance du Prophète (s). Il passait souvent du temps en sa compagnie. Il avait atteint un tel rang que, lorsque Hazrat Omar (r.a.) était sur son lit de mort, celui-ci recommanda qu’il dirigeât la prière dans la mosquée du Prophète jusqu’à ce que le conseil consultatif s’accorde sur la désignation d’un calife.

Le troisième homme était Hazrat Ammar ibn Yasir (r.a.). Bayhaqi rapporte ses propres paroles. Il y est dit qu’il déclara : « Qui donc en sait davantage que moi sur le mariage du Messager de Dieu (s) avec Hazrat Khadija ? »

Hazrat Suhayb (RA) et Hazrat ‘Ammar (RA) embrassèrent l’islam ensemble.

Le quatrième était Hazrat Hakim ibn Hizam (RA). Il était l’un des nobles de Quraysh. Il avait reçu l’honneur d’assurer la rifada, c’est-à-dire de fournir nourriture et boisson aux pèlerins. Il était le neveu maternel de Hazrat Khadija (RA). Il était de cinq ans l’aîné du Prophète (S). Dans le Musnad d’Ahmad, selon le récit d’Iraq ibn Malik, on apprend qu’il disait : « J’aimais le Prophète (S) plus que quiconque. » Zubayr ibn Bakkar dit que leur affection demeura intacte même après le début de la prophétie, bien qu’il n’embrassât l’islam qu’au moment de la conquête de La Mecque.

Le cinquième était Dima ibn Sa‘laba, de la tribu des Azd Shanû’a. Il exerçait le métier de chirurgien. Ibn Abd al-Barr dit dans son ouvrage Al-Isti‘ab qu’il était déjà l’ami du Prophète (S) à l’époque de l’ignorance. Selon un récit d’Ibn Abbas (RA) rapporté dans le Musnad d’Ahmad, lorsqu’il vint à La Mecque au début de la prophétie, les gens lui dirent que Muhammad (S) était devenu fou.

Il alla alors directement le trouver et lui dit : « Dites-moi, de quoi souffrez-vous ? Je vous soignerai. »

En réponse, le Prophète (S) lui récita quelques versets ou paroles pénétrants qui sont récités dans les recueils de prières prescrites. Après les avoir entendus, il embrassa l’islam.

Il y avait ensuite des gens qui, en raison de leur proche parenté, connaissaient très bien le Prophète (S), et à qui rien de sa vie n’était caché. Ainsi, Hazrat Uthman ibn Affan (RA) était le gendre d’Umm Hakim al-Bayda, la tante paternelle du Prophète (S). Hazrat Zubayr ibn al-Awwam était le fils de Safiyya (RA), la tante paternelle du Prophète. Hazrat Abd al-Rahman ibn Awf (RA), Hazrat Sa‘d ibn Abi Waqqas (RA) et Hazrat Umayr ibn Abi Waqqas étaient apparentés au Prophète par sa mère. Hazrat Abu Salama (RA) était à la fois le cousin du Prophète (S) par sa tante paternelle et son frère de lait. Hazrat Abdallah ibn Jahsh était le fils d’Umayya, la tante paternelle du Prophète. Hazrat Ja‘far ibn Abi Talib était son cousin paternel.

Ils furent les premiers de tous à avoir la foi. Le fait qu’ils aient embrassé la foi signifie qu’après avoir observé de près la vie du Prophète, sa supériorité et sa grandeur s’étaient si profondément gravées dans leurs cœurs qu’ils n’hésitèrent pas un instant à l’accepter comme prophète. On ne peut pas attribuer cette foi à la parenté, à l’amitié ou à l’affection personnelle. Car de tels motifs ne peuvent amener personne à changer ses croyances religieuses ou sa religion.

La noble description physique

Avant de clore l’exposé de la situation de l’époque antérieure à la mission prophétique, il nous paraît juste de décrire également la noble apparence du Prophète (paix sur lui). En effet, la constitution physique et les traits du visage entretiennent un lien profond avec la personnalité d’un être humain. À la lumière des récits transmis à ce sujet par Ḥaḍrat ʿAlī (qu’Allah l’agrée), Abū Hurayra (qu’Allah l’agrée), Ḥaḍrat Anas (qu’Allah l’agrée), Ḥaḍrat Barāʾ ibn ʿĀzib (qu’Allah l’agrée), Ḥaḍrat Hind ibn Abī Hāla (qu’Allah l’agrée) et plusieurs autres nobles Compagnons, dans les recueils de hadiths tels que al-Bukhārī, Muslim, le Musnad d’Aḥmad, al-Tirmidhī, al-Nasāʾī, al-Bayhaqī et al-Dāraquṭnī, nous décrivons ici, dans son ensemble, la noble apparence bénie du Saint Prophète (paix sur lui). Sa taille n’était ni très grande ni petite, mais légèrement supérieure à la moyenne. Lorsqu’il se trouvait dans une assemblée, il se distinguait nettement. Son visage n’était ni allongé ni entièrement rond, mais légèrement arrondi. Son teint n’était ni brun, ni rouge, ni d’un blanc absolu ; il était plutôt d’une claire blancheur lumineuse et rayonnante. Sa tête était grande, sa poitrine large et l’espace entre ses deux épaules considérable. Il avait une apparence robuste, sans être corpulent. Les articulations de son corps étaient très solides. Ses bras étaient musclés et la partie située sous ses genoux était proportionnée à son corps. Ses bras et la partie inférieure de ses jambes étaient légèrement couverts de poils. Le reste de son corps en était dépourvu. Une ligne de poils semblait s’étendre de sa poitrine jusqu’à son nombril. Les cheveux de sa tête et sa barbe étaient épais. Ses cheveux n’étaient ni bouclés comme ceux des Abyssins, ni complètement raides ; ils étaient légèrement ondulés. Jusqu’à sa mort, tout au plus vingt cheveux de sa tête et de sa barbe étaient devenus blancs, et cela ne se remarquait qu’après l’application d’huile. Ses cheveux étaient parfois laissés jusqu’à la moitié des oreilles, parfois jusqu’au-dessous des oreilles, et parfois plus bas encore. Ses yeux étaient grands et beaux. Même sans avoir appliqué de khôl, ils semblaient en être soulignés. Le blanc de ses yeux, ou l’iris, présentait de légères veinules rouges. Les cils étaient épais et longs. Ses sourcils étaient séparés l’un de l’autre et ne se rejoignaient pas. Sa bouche était large. Les Arabes considéraient cela comme un signe de beauté ; ils n’appréciaient pas les petites bouches. La plante de ses pieds était légère, tandis que les doigts de ses mains et de ses pieds étaient longs et charnus. Le majeur de son pied dépassait légèrement le gros orteil. La paume de ses mains était charnue. Au premier regard, les gens éprouvaient quelque peu de crainte ; mais plus ils s’approchaient de lui, plus, touchés par son humilité, sa douceur et son caractère sublime, ils s’attachaient à lui. Lorsqu’il marchait, il avançait d’un pas ferme, comme s’il descendait ou montait. Quand il regardait dans une direction, il la regardait pleinement, et lorsqu’il détournait le visage d’une direction, il le faisait entièrement. Il n’avait pas l’habitude de regarder du coin de l’œil ou de tourner seulement le cou. Un sourire discret apparaissait sur son visage. Lorsqu’il riait, il n’éclatait pas d’un rire bruyant. Sa force physique était telle que Rukāna, le lutteur le plus puissant des Quraysh, que personne n’avait jamais vaincu, vint lutter avec le Prophète. Le Prophète le renversa et le mit à terre. Il n’osa pas se relever pour lutter de nouveau. Le Prophète le renversa encore une fois. Il s’écria : « Muḥammad ! Quelle merveille ! C’est toi qui me jettes à terre ? » Cela signifie que le Prophète n’avait jamais pratiqué d’exercice physique ni la lutte ; pourtant, il renversa deux fois le lutteur Rukāna. Cet homme devint ensuite musulman — qu’Allah l’agrée.

Un épisode de l’enfance du Prophète est le suivant : un jour, il y avait une invitation à un repas chez ʿAbd Allāh ibn Judʿān. Abū Jahl se mit à se quereller avec le Saint Prophète. Lui aussi était alors encore enfant. Le Saint Prophète le renversa si violemment que son genou fut lacéré, et la cicatrice en resta visible toute sa vie. Ibn Hishām rapporte que, lorsque Abū Jahl fut tué à la bataille de Badr, le Saint Prophète dit : « Cherchez le corps d’Abū Jahl parmi les morts ; vous trouverez une cicatrice à son genou. » En effet, on trouva réellement sur son cadavre la cicatrice à son genou. Le Prophète raconta l’histoire de cette blessure.

Cette longue analyse permet de comprendre que le Prophète n’était pas seulement l’incarnation d’un caractère sublime ; il était également l’incarnation des qualités viriles et de la bravoure.

 

Chapitre quatre

Le début de la mission prophétique et les trois premières années de la prédication secrète

La méditation, la réflexion et la recherche des prophètes avant qu’ils ne soient investis de la dignité prophétique

Le Noble Coran affirme que, avant la révélation, le savoir que possédaient les prophètes ne différait pas de celui des gens ordinaires. Avant la descente de la révélation, ils ne disposaient d’aucune source de connaissance qui ne fût également accessible aux autres. Il est dit au Prophète (paix sur lui) :

(Arabe******************)

— Ô Prophète ! Tu ne savais rien de ce qu’était le Livre ni de ce qu’était la foi — (Ach-Chûrâ : 52).

(Arabe*****************)

— Allah t’a trouvé ne connaissant pas le chemin, puis Il t’a guidé — (Ad-Duhâ : 7).

De la sagesse intellectuelle à la foi inspirée

Le Coran nous dit également que, avant leur prophétie, les prophètes (paix sur eux) franchissent le stade de la foi en l’invisible par les voies générales de la connaissance et de la sagesse, auxquelles les gens ordinaires ont eux aussi accès. Après la venue de la révélation, celle-ci atteste de manière irréfutable, au sujet des vérités auxquelles leur cœur rendait témoignage, qu’elles sont absolument vraies ; puis ces vérités leur sont montrées concrètement afin qu’ils puissent en témoigner devant le monde avec une conviction ferme. Cette question est exposée à plusieurs reprises dans la sourate Hûd —

(Arabe******************)

— Celui qui, au départ, s’appuyait sur une preuve claire venant de son Seigneur, c’est-à-dire sur la guidance intellectuelle et naturelle, puis qu’un témoin venu de Dieu est arrivé — c’est-à-dire le Coran —, tandis que le Livre de Moïse existait auparavant comme guidance et miséricorde, peut-il alors douter de cette vérité ? — (Hûd : 17).

C’est ensuite par la bouche du prophète Noé (paix sur lui) que la même chose est dite —

(Arabe*******************)

— Ô gens de mon peuple ! Réfléchissez donc un instant : j’étais établi sur une preuve évidente venant de mon Seigneur, et Il m’avait revêtu, de Sa part, de Sa miséricorde (la révélation et la prophétie), mais vous ne la voyez pas. Allons-nous alors vous l’imposer de force ?

Puis, au verset 63, le prophète Sâlih (a), et au verset 88, le prophète Shu‘ayb (a), ont répété cette même parole. Il apparaît ainsi clairement qu’avant d’acquérir, par la révélation, une connaissance directe de la vérité, les prophètes (a) parvenaient à la vérité du tawhîd et de l’Au-delà en utilisant correctement leur aptitude naturelle à observer, à réfléchir et à mener des recherches (******************* ce qui, dans le verset ci-dessus,)

Cela signifie qu’ils parvenaient à la vérité du tawhîd et de l’Au-delà. Cette découverte de la vérité n’était pas un don divin, mais le fruit d’un acquis. Ensuite, Allah le Très-Haut leur accordait la connaissance de la révélation. Celle-ci, en revanche, n’était pas acquise, mais donnée par Dieu.

L’observation des signes de la nature, la réflexion, la recherche et l’usage du bon sens (COMMON SENSE) sont des choses totalement distinctes des conjectures et des spéculations lointaines (seiculation), auxquelles se livrent précisément les philosophes. C’est justement à cela que le Noble Coran s’efforce d’inciter l’être humain. À maintes reprises, il lui dit : ouvrez les yeux, observez les signes de la puissance de Dieu et tirez-en les conclusions exactes. Ainsi, en observant les signes de Dieu, une personne impartiale et éprise de vérité parvient à atteindre celle-ci. (***1)

L’état du Messager d’Allah (s) avant sa vie prophétique, que nous avons décrit dans le chapitre précédent, montre clairement qu’avant même de devenir prophète, le Prophète (s) était pur et exempt de polythéisme et croyait au tawhîd. Après avoir atteint la maturité de la connaissance, il n’accepta jamais les croyances polythéistes de son peuple et ne participa pas à leurs cérémonies idolâtres. Il se tenait constamment à l’écart des idoles et de leur adoration. Il évitait également les sacrifices offerts aux divinités. Avant sa mission prophétique, sa condition ressemblait à celle des hommes sincèrement attachés au tawhîd dont nous avons parlé au deuxième chapitre de cet ouvrage. Avant sa prophétie, il n’accepta aucune des modifications apportées à la religion d’Ibrâhîm par les tribus de Jurhum et de Kuzâ‘a à l’époque de la Jâhiliyyah. De même, il se tenait à l’écart des déformations religieuses que les Quraysh avaient encore accentuées de leur temps. Les Quraysh s’étaient notamment attribué certains privilèges discriminatoires, sur la base desquels ils se considéraient supérieurs aux autres Arabes. Ibn Hishâm et Ibn Sa‘d rapportent qu’au moment du pèlerinage, ils avaient abandonné la coutume de se rendre à ‘Arafât et d’en revenir. Ils allaient seulement à Muzdalifah et revenaient de là. Ils disaient : « Nous sommes les habitants du Sanctuaire. Il ne nous convient pas, comme aux pèlerins ordinaires, de sortir du territoire sacré pour séjourner à ‘Arafât. Si nous agissions ainsi, quelle différence y aurait-il entre ceux qui résident en dehors du Sanctuaire et nous ? Notre prestige en serait diminué. »

Pourtant, ils savaient que se rendre à ‘Arafât, y séjourner, puis retourner de là à Muzdalifah et à Mina faisait partie des rites indispensables du pèlerinage et appartenait à la religion d’Ibrâhîm. Peu à peu, ces distinctions furent également adoptées par les tribus extérieures au territoire sacré qui étaient liées aux Quraysh par des liens de parenté, comme les Banû Kinâna, Khuzâ‘a et ‘Âmir ibn Sa‘sâ‘a. Même les tribus qui entretenaient des relations amicales avec les Quraysh virent leur statut s’élever au-dessus de celui des autres Arabes et cessèrent de se rendre à ‘Arafât. Mais le Prophète (s) avait déjà rejeté cette innovation avant sa mission prophétique. Ibn Ishâq cite le récit de Jubayr ibn Mut‘im (r.a.). Jubayr (r.a.) dit : « Avant la révélation, j’ai vu le Prophète (s) séjourner à ‘Arafât avec les autres Arabes. »

Parmi les innovations instaurées par les Quraysh figurait celle-ci : lorsque les habitants de l’extérieur du territoire sacré venaient accomplir le pèlerinage ou la ‘umrah, ils ne pouvaient ni manger les aliments apportés de l’extérieur ni accomplir le tawâf en portant des vêtements venus de l’extérieur. Ils devaient manger la nourriture du Sanctuaire sacré et, s’ils ne trouvaient pas de vêtements dans celui-ci, accomplir le tawâf nus. S’ils accomplissaient le tawâf avec des vêtements venant de l’extérieur, ils devaient les abandonner. Ils ne pouvaient plus les porter eux-mêmes, et personne d’autre ne pouvait non plus les toucher. Les Arabes acceptèrent en silence cette mauvaise coutume, ou innovation, comme une prescription religieuse ; c’est ainsi que la pratique du tawâf à nu se répandit. (****2)

La dévotion et l’adoration du Prophète (s) dans la solitude

Les spécialistes du hadith rapportent le récit du début de la révélation avec leurs chaînes de transmission respectives : d’après l’imam Zuhri, qui le tient de Zubayr, lequel le tient de sa tante maternelle, ʿAïcha (r.a.). Celle-ci, c’est-à-dire ʿAïcha (r.a.), dit : « La révélation adressée au Messager d’Allah (s) commença par des rêves vrais et beaux. Quel que soit le rêve qu’il faisait, il se réalisait comme s’il le voyait en plein jour. » [Al-Bayhaqi dit que cet état apparut six mois avant la descente de la révélation.]

Puis il commença à rechercher la solitude et à se consacrer à l’adoration dans la grotte de Hira. [Après l’apparition de l’état mentionné ci-dessus, le Prophète (s) rechercha davantage la solitude. Cependant, son inclination pour la solitude avait commencé bien auparavant. Selon les récits rapportés par Ibn Hisham et At-Tabari, Ibn Ishaq, ʿAbdullah ibn Az-Zubayr et ʿUbayd ibn ʿUmayr Al-Laythi disent que le Prophète (s) passait chaque année un mois à Hira. Il emportait avec lui de quoi se nourrir pendant quelques jours. Puis, à son retour, il accomplissait d’abord sept circumambulations autour de la Kaaba, prenait chez lui des provisions pour quelques jours supplémentaires et retournait à Hira.]

En outre, ʿAïcha (r.a.) dit que, durant cette retraite et cette dévotion, il nourrissait largement les nécessiteux. Toutefois, elle ne précise pas quand le Prophète (s) commença à se rendre à Hira pour y séjourner. On peut cependant supposer qu’il pratiquait cela depuis plusieurs années — (l’auteur).]

ʿAïcha (r.a.) désigne cette pratique du Prophète (s) par le terme « tahannuth ». L’imam Zuhri l’a expliqué comme une forme de dévotion et d’adoration. C’était une sorte d’adoration qu’il pratiquait, car jusque-là aucune méthode d’adoration ne lui avait été prescrite de la part d’Allah, exalté soit-Il. Il emportait de chez lui des provisions et des boissons pour quelques jours. Puis il se rendait auprès de Khadija (r.a.), qui lui préparait de quoi se nourrir pendant quelques jours supplémentaires. (****3)

La raison de sa retraite dans la grotte de Hira

Les raisons pour lesquelles, à cette époque, le Noble Prophète (s) abandonnait les lieux habités de La Mecque pour passer dans la solitude, au milieu des hauteurs montagneuses, dans la grotte de Hira, sont quelque peu éclairées par les versets suivants de la sourate « Alam Nashrah » :

(Arabe****************)

Nous avons ôté de toi le lourd fardeau qui accablait tes reins.

Dans ce verset, le mot (***) signifie « lourd fardeau ». La douleur, le chagrin, l’inquiétude et l’angoisse qu’il éprouvait en voyant l’ignorance et les pratiques de l’âge de l’ignorance de son peuple avaient accablé sa nature sensible. L’idolâtrie était pratiquée sous ses yeux, tandis que le polythéisme, la mécréance et les superstitions étaient largement répandus. La vie sociale était plongée dans la souillure morale, la nudité et l’obscénité. Les filles étaient enterrées vivantes. L’oppression, l’injustice et la débauche s’étaient largement répandues dans la société. Les faibles étaient accablés par la tyrannie des puissants. Les tribus s’attaquaient soudainement les unes aux autres. Parfois, les conflits et les querelles entre elles se poursuivaient pendant des centaines d’années. La vie, les biens, l’honneur et la dignité de personne n’étaient en sécurité si elle n’avait pas derrière elle un groupe puissant. En voyant ces conditions, il souffrait profondément. Mais il ne trouvait aucun moyen de sauver le peuple de cette extrême décadence morale. Cette inquiétude avait brisé son corps et son esprit. Allah Très-Haut lui indiqua le chemin de la guidance et le débarrassa de ce lourd fardeau. Dès qu’il fut honoré de la mission prophétique, il comprit que la foi en l’unicité divine, en la mission du Messager et en l’au-delà pouvait résoudre tous les problèmes de la vie et réformer intégralement chacun de ses aspects et de ses domaines. Cette direction d’Allah Très-Haut allégea tous les fardeaux du Prophète Mustafa (s), et il eut la certitude que, par ce moyen, on pourrait préserver non seulement les peuples des pays arabes, mais aussi ceux des autres pays du monde, des injustices et des méfaits auxquels ils étaient adonnés. (****4)

Les rêves véridiques

Il est rapporté dans le hadith de Aïcha (r.a.) que le début de la révélation descendue sur le Prophète (s) prit la forme de rêves véridiques (Al-Bukhari et Muslim). Cette continuité se poursuivit à chaque étape de l’époque prophétique. De nombreux rêves du Prophète sont mentionnés dans les hadiths ; par leur intermédiaire, un enseignement lui était donné ou il était informé de certaines choses. Le Saint Coran mentionne également clairement l’un de ses rêves (Al-Fath : 127). En outre, différents hadiths rapportent aussi que le Prophète (s) disait : telle chose m’a été inspirée, ou bien on m’a dit ceci, ou encore un ordre m’a été donné, ou il m’a été interdit telle chose. La plupart des hadiths qudsi concernent ces sujets. (***5)

Le début de la révélation

Lorsque l’âge du Prophète Mustafa (s) atteignit quarante ans et six mois [On dit généralement qu’il reçut la mission prophétique à l’âge de quarante ans. Mais il naquit au mois de Rabi al-Awwal de la première année de l’Éléphant, et la mission prophétique lui fut confiée au mois de Ramadan de l’année de l’Éléphant. C’est pourquoi, au début de la révélation, son âge était de quarante ans et six mois — l’auteur

Abdullah ibn al-Zubayr rapporte, en citant Ibn Ishaq et la narration d’Ubaydullah ibn Umayr al-Laythi, que le Prophète (s) a dit : « En rêve, Gabriel (a.s.) vint et me montra une chose écrite sur une étoffe de soie, où étaient inscrits les premiers versets de la sourate Al-Alaq. Puis il me dit de lire. Je répondis : “Je ne sais pas lire.” Alors il me serra si fort que je crus rendre l’âme. Puis il me relâcha et me dit : “Lis !” Ensuite, il me fit réciter jusqu’à (****). Après m’être réveillé, j’eus l’impression que ces paroles étaient écrites dans ma poitrine. » (At-Tabari, Ibn Hisham, as-Suhayli). Ibn Kathir, citant ce récit, dit que cela semblait en être l’introduction : ce qui lui avait été présenté à l’état de veille au sujet de cette affaire, et dont on trouve la mention dans le hadith de Aïcha (r.a.). — l’auteur]

Puis, un jour du mois de Ramadan, la révélation descendit sur lui dans la grotte de Hira. L’ange se tint face à lui et dit : « *** Lisez. » Cet événement est rapporté en plusieurs endroits du Sahih d’Al-Bukhari d’après Aïcha (r.a.). Elle y cite elle-même les paroles du Messager d’Allah (s), qui dit : « Je répondis : “Je ne sais pas lire.” Alors l’ange me serra de telle manière que cela me devint insupportable. Puis il me relâcha et me dit : “Lisez.” Je répondis : “Je ne sais pas lire.” Alors il me serra une deuxième fois, et cela me devint insupportable. Il me relâcha et me dit encore : “Lisez.” Je répondis : “Je ne sais pas lire.” Il me serra une troisième fois, et cela me devint insupportable. Puis il me relâcha et me dit :Arabe*********************)

« Lis au nom de ton Seigneur qui a créé », puis il lui récita jusqu’à « ce qu’il ne savait pas » (****).

Hazrat Aïcha (r.a.) rapporte : ensuite, le Messager d’Allah () arriva auprès de Hazrat Khadija (r.a.), tremblant de peur, et dit : « Couvrez-moi, couvrez-moi. » Lorsque sa peur et son inquiétude se furent dissipées, il dit : « Ô Khadija, que m’arrive-t-il ? »

Après lui avoir raconté tout ce qui s’était passé, il dit : « Je crains pour ma vie. » Les savants rapportent douze raisons à cette peur. Mais, selon nous, l’explication la plus naturelle est qu’il tremblait de peur en songeant à la lourde responsabilité de la prophétie, et qu’il se demandait sans cesse comment il pourrait porter un tel fardeau. On peut en déduire que le Prophète (s) ne se considérait pas comme quelqu’un d’exceptionnel et ne nourrissait nullement le désir de devenir prophète parce qu’il s’en jugeait digne. Il n’éprouvait pas non plus la fierté de posséder la force et l’aptitude nécessaires à cette immense mission — l’auteur.

Hazrat Khadija (r.a.) dit : « Jamais ! Réjouissez-vous plutôt. Par Allah, le Très-Haut ne vous humiliera jamais [selon une autre narration : Allah le Très-Haut ne vous fera jamais subir de peine ni de souffrance — l’auteur.

Vous êtes bienveillant envers vos proches. Vous dites la vérité. Selon une narration, vous restituez les dépôts qui vous sont confiés. Vous portez le fardeau des nécessiteux. Vous assurez les moyens de subsistance des incapables. Vous accueillez vos hôtes et vous aidez aux bonnes œuvres. Une autre narration ajoute également : votre caractère est sublime. Puis Hazrat Khadija (r.a.) conduisit le Prophète (s) auprès de son cousin, Waraqa ibn Nawfal. À l’époque de la Jahiliyya, il avait renoncé à l’idolâtrie et était devenu chrétien. Il écrivait l’Évangile en arabe et en hébreu. Il était devenu très âgé et avait perdu la vue. Hazrat Khadija (r.a.) lui dit : « Mon frère, écoute ce qui est arrivé à ton neveu. » (*****৩)

Selon le récit d’Abou Nouaïm, Khadija (r.a.) raconta elle-même toute l’affaire à Waraqa. Waraqa dit au Prophète (s) : « Mon neveu, qu’as-tu vu ? » Le Messager d’Allah (s) lui relata ce qu’il avait vu. Waraqa dit : « C’est le Namous (l’ange qui apporte la Révélation depuis les cieux supérieurs), celui qui fut envoyé à Moïse (a). Ah ! Si seulement j’avais encore la force et les moyens à l’époque de ta prophétie ! Ah ! Si seulement je vivais encore lorsque ton peuple te chassera de ton pays. »

Le Messager d’Allah (s) demanda : « Ces gens-là me chasseront-ils ? »

Waraqa répondit : « Oui. Jamais personne n’a apporté une chose semblable à ce que tu as apporté sans que l’on se soit montré hostile envers lui. Si je vivais jusqu’à cette époque, je t’aiderais et te soutiendrais de toute mon âme. »

Mais peu de temps après, Waraqa mourut. [Si le Prophète (ﷺ) est appelé son neveu, c’est parce qu’Abd al-ʿUzzā, son troisième ancêtre, était le frère d’Abd al-Manāf, le quatrième ancêtre du Prophète — l’auteur.]

Que peut-on comprendre de cet événement ?

Cet événement montre de lui-même que, jusqu’à un instant avant l’arrivée de l’ange, le Prophète (ﷺ) n’avait jamais pensé qu’il serait choisi comme prophète. Loin d’en avoir le désir, il n’avait même jamais imaginé qu’un événement de ce genre puisse se produire. La révélation et cette apparition devant l’ange furent pour lui un événement totalement soudain. Sa réaction fut donc celle qui se produit naturellement lorsqu’un tel événement survient à l’improviste à une personne qui n’en sait rien. C’est pourquoi, lorsqu’il commença à appeler les gens à l’islam, les Mecquois l’accusèrent de toutes sortes de choses. Mais personne ne lui dit : « Nous avions d’abord craint que tu ne te mettes à revendiquer quelque chose, car depuis quelque temps tu te préparais à devenir prophète. »

Cet événement nous apprend également combien la vie et le caractère du Prophète élu étaient purs et nobles avant la prophétie. Khadija (qu’Allah l’agrée) n’était pas une jeune femme. Elle avait alors cinquante-cinq ans. Elle avait été la compagne de vie du Prophète pendant quinze ans. Aucune faiblesse de son mari ne reste cachée à une épouse. Au cours de cette longue vie conjugale, elle avait découvert en lui un homme d’une si haute valeur que, lorsqu’il lui raconta ce qui s’était produit dans la grotte de Hirāʾ, elle accepta sans la moindre hésitation que ce fût réellement l’ange d’Allah qui lui avait apporté la révélation. De même, Waraqa ibn Nawfal était un homme âgé de La Mecque. Depuis l’enfance, il observait la vie du Prophète (ﷺ). En raison de leur proche parenté durant quinze années, il avait acquis une connaissance encore plus profonde de sa situation. Lorsqu’il entendit le récit de cet événement, il ne le considéra ni comme une obsession ni comme une incitation trompeuse. Au contraire, dès qu’il l’eut entendu, il s’écria : « C’est exactement le Nāmūs qui fut révélé à Moïse (sur lui la paix). » Cela signifie que, pour lui aussi, le Prophète élu (ﷺ) était un homme d’une si haute valeur que le fait qu’il fût revêtu de la dignité prophétique n’avait rien d’étonnant. [Bien qu’il fût doué d’une personnalité sans égale, cet être était si éloigné de l’orgueil et de la vanité que, même lorsqu’il fut soudainement élevé au rang de prophète, il lui fallut encore quelque temps pour être certain qu’entre les milliards d’êtres humains, il était bien l’unique personne que le Maître et Seigneur de l’univers avait choisie pour cette fonction.]

Examen de l’événement

Pour comprendre correctement les circonstances de la révélation, il faut d’abord garder à l’esprit que cet événement survint soudainement au Prophète (ﷺ). Auparavant, il n’avait même pas imaginé qu’il serait choisi comme prophète. Il n’en avait jamais nourri le moindre désir. Il ne s’y était pas davantage préparé. Il n’espérait pas non plus qu’un ange viendrait à lui avec un message. Certes, il s’isolait pour se consacrer à la méditation et à l’adoration. Mais l’idée de devenir prophète n’avait jamais occupé son esprit. Dans ces circonstances, lorsque l’ange apparut soudain dans la solitude de la grotte de Hirāʾ, il fut aussi stupéfait et désemparé que l’est nécessairement tout être humain dans une telle situation. Bien qu’il fût une personne éminente et majestueuse, sa stupeur n’était pas simple et uniforme : elle s’accompagnait d’un enchaînement logique de pensées diverses. Autrement dit, toutes sortes de questions commencèrent à surgir dans son esprit, qui se remplit d’une profonde inquiétude et d’une grande anxiété. Il se demandait : « Ai-je réellement été choisi comme prophète ? Ne suis-je pas confronté à une immense épreuve ardente ? Comment porterai-je le poids de cette énorme responsabilité ? Comment dirai-je aux gens que je suis venu comme prophète pour vous ? Comment les hommes accepteront-ils mes paroles ? Jusqu’à présent, j’ai vécu honorablement au sein de cette société ; désormais, ses membres se moqueront de moi, me traiteront de fou. Comment lutterai-je contre cet environnement d’ignorance ? » En bref, tant de questions de ce genre surgirent dans son esprit et le plongèrent dans un si grand embarras.

C’est pourquoi, lorsqu’il arriva chez lui, il tremblait. Dès qu’il entra, il dit : « Couvrez-moi, couvrez-moi. »

Les gens de la maison le couvrirent. Quelque temps après, lorsqu’il eut retrouvé ses esprits, il raconta tout l’événement à Khadija (qu’Allah l’agrée). Il dit :(Arabe********************)

Je crains pour ma vie.

Hazrat Khadija (qu’Allah l’agrée) le consola et lui dit :

(Arabe*******************)

Jamais, par Dieu ! Allah ne vous infligera jamais de chagrin ni de souffrance. Vous servez vos proches, vous dites la vérité, vous aidez les démunis, vous comblez les besoins des pauvres et des nécessiteux, vous accueillez vos hôtes et vous apportez votre aide à toute bonne œuvre.

Puis elle conduisit le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) auprès de Waraqa ibn Nawfal, car il appartenait aux gens du Livre et connaissait la condition des prophètes précédents. Après avoir entendu le récit de ce qui lui était arrivé, il s’écria spontanément : « C’est bien le Namus qui était venu auprès de Moïse (sur lui la paix). »

Il le dit parce qu’il connaissait le caractère d’une grande pureté et d’une grande vertu de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Il savait également qu’il n’y avait chez lui aucun indice de préparation à revendiquer la prophétie. Lorsqu’il mit ces deux éléments en rapport avec le fait qu’un être venu soudainement du monde invisible avait transmis à cet homme, dans cet état, des messages semblables à l’enseignement des prophètes, il comprit qu’il s’agissait nécessairement de la véritable prophétie. (9)

S’il avait auparavant désiré la prophétie

Si le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait auparavant réfléchi à la possibilité de devenir prophète, s’il avait pensé qu’il devait le devenir et, dans cette attente, s’était livré à la méditation en exerçant sur son esprit une pression constante, se demandant quand un ange viendrait lui apporter un message, alors, dès que l’événement de la grotte de Hira se serait produit, il serait descendu de la montagne, transporté de joie, avec une immense déclaration à la bouche, se serait rendu directement auprès de son peuple et aurait annoncé sa prophétie. Or la réalité fut exactement l’inverse : tout ce qu’il vit le remplit de stupeur et le laissa frappé de consternation. Puis il rentra chez lui, tremblant de peur. Il s’enveloppa dans une couverture et se coucha. Après avoir quelque peu recouvré ses esprits, il dit doucement à son épouse : « Aujourd’hui, un événement s’est produit dans la solitude de la grotte de Hira. Je ne sais pas ce qui va arriver. Je n’entrevois aucun bien pour ma vie. »

Combien cette situation était différente de celle d’un prétendant à la prophétie ! Et puis, qui pouvait mieux que son épouse connaître la vie de son mari, sa situation, ses pensées et ses conceptions ? Si l’expérience avait révélé que son mari aspirait à la prophétie et attendait constamment la venue d’un ange, sa réponse n’aurait jamais été celle que donna Khadija (qu’Allah l’agrée). Elle lui aurait dit : « Mon cher, pourquoi vous inquiétez-vous ? »

Vous avez donc obtenu ce que vous espériez depuis si longtemps. Allez, installez-vous et ouvrez votre boutique de maître spirituel ; je m’occuperai des offrandes et des cadeaux votifs.

Mais, se fondant sur ce qu’elle avait observé de la vie de son mari durant quinze années de vie commune, il ne lui fallut pas même un instant pour comprendre qu’un démon ne pouvait s’approcher d’un homme aussi vertueux et désintéressé, et qu’Allah ne voulait pas non plus lui faire subir quelque épreuve maléfique. Tout ce qu’il avait vu était absolument vrai. Waraqa ibn Nawfal se trouvait lui aussi dans cette situation. Ce n’était nullement un étranger, mais un membre du propre clan apparenté du Prophète (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Du côté des proches, il était son beau-frère par alliance. Comme il n’avait que quelques années de plus que lui, toute la vie du Prophète Mustafa, depuis son enfance jusqu’à cette époque, s’était déroulée sous ses yeux. Dès qu’il entendit de sa bouche le récit de l’événement de Hira, il déclara aussitôt : « C’est bien l’ange venu apporter la révélation à Moïse (sur lui la paix) qui est venu. » Car ici également, il avait été confronté exactement à la situation à laquelle Moïse (sur lui la paix) avait été confronté. C’était un homme parfaitement pur, au caractère simple, naturel et limpide. Loin d’avoir jamais réfléchi à la prophétie, il n’avait même pas eu le moindre soupçon qu’il puisse un jour l’obtenir. Il fit soudain cette expérience en pleine conscience et au grand jour. Il parvint donc à la certitude, aussi sûrement que deux et deux font quatre, qu’il ne s’agissait ici ni d’une quelconque auto-illusion ni d’une perception satanique, mais que cet homme véridique avait réellement vu tout ce qu’il avait vu, sans le moindre désir ni la moindre aspiration de sa part.

C’est une preuve si manifeste de la prophétie de Muhammad (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) qu’il est très difficile à un homme attaché à la vérité de la nier. C’est pourquoi elle est présentée en divers endroits du Coran comme une preuve de la prophétie. [Allah dit :(Arabe***********************)

— Ô Muhammad, dis-leur : « Si Allah l’avait voulu, je ne vous aurais jamais récité ce Coran et Il ne vous en aurait pas informés. De plus, j’ai déjà vécu une vie entière parmi vous auparavant. Ne ferez-vous donc pas usage de votre raison ? » (Yunus : 16).

(Arabe******************)

Tu ne savais rien de ce qu’est le Livre ni de ce qu’est la foi. Mais Nous avons fait de cet Esprit une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs (Ach-Choura : 52)]

Le contenu de la première révélation

La première révélation envoyée au Messager d’Allah (s) se composait des cinq premiers versets de la sourate Al-‘Alaq, où il est dit :

« Lis au nom de ton Seigneur qui a créé. Il a créé l’homme d’un caillot de sang. Lis, car ton Seigneur est le Très-Généreux, Celui qui a enseigné par le calame, qui a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas. »

Ce fut la première expérience de la révélation que le Prophète (s) connut. Dans ce message, il ne lui fut pas dit qu’une œuvre immense lui était confiée ni ce qu’il aurait à accomplir par la suite. Au contraire, après cette première prise de contact, un délai de quelques jours lui fut accordé afin que l’effet de l’énorme pression exercée sur sa nature et son tempérament par cette première expérience puisse se dissiper, et qu’il puisse se préparer mentalement à recevoir ultérieurement la révélation et à assumer la responsabilité de la prophétie. [Après cette interruption, lorsque la révélation recommença à descendre pour la deuxième fois, les sept premiers versets de la sourate Al-Muddaththir furent révélés. Le Prophète reçut alors pour la première fois l’ordre suivant : « Lève-toi et avertis les hommes, créatures de Dieu, des conséquences de la vision du monde qu’ils suivent. » Le récit détaillé viendra plus loin — l’auteur.]

Explication du contenu de la révélation

Réfléchissez à chacun des mots de la première révélation descendue sur le Prophète :

(Arabe*****************)

Lis — ô Prophète — au nom de ton Seigneur qui a créé (Al-‘Alaq : 1)

Lorsque l’ange dit au Prophète (s) : « Ô Prophète, lis ! », il répond : « Je ne sais pas lire. » Cela montre que l’ange lui avait présenté ces paroles de la révélation sous une forme écrite. En effet, si les paroles de l’ange avaient signifié : « Lisez comme je lis », il n’aurait pas été nécessaire que le Prophète réponde : « Je ne sais pas lire. »

« Lisez au nom de votre Seigneur » — c’est-à-dire : lisez en invoquant le nom de votre Seigneur. En d’autres termes, dites Bismillah et lisez. On apprend également de cela qu’avant la venue de cette révélation, le Messager d’Allah (sallallahou alayhi wa sallam) ne connaissait et ne reconnaissait qu’Allah Ta‘ala comme son Maître ou Seigneur. Il n’était donc pas nécessaire de préciser qui était son Seigneur. Il lui fut plutôt dit de lire en invoquant le nom de son propre Seigneur, c’est-à-dire : lisez au nom du Seigneur que vous connaissez.

« Celui qui a créé » — il n’a pas été dit qui Il avait créé. Il en ressort naturellement qu’il faut lire au nom de ce Seigneur qui est le Créateur, Celui qui a créé l’ensemble de l’univers et chacune de ses créatures.

(Arabe************************)

Il a créé l’être humain à partir d’une masse de chair issue de sang coagulé. Après avoir mentionné la création générale de l’univers, il est fait mention en particulier de l’être humain : sa création a commencé à partir d’un état insignifiant, puis il a été transformé en un être humain complet. Le terme employé est un pluriel dont le singulier signifie une masse de sang. C’est l’état initial qui apparaît quelques jours après la conception. Ensuite, cette masse prend la forme de chair, puis commence progressivement le processus par lequel elle acquiert la forme humaine.

(Arabe********************)

« Lisez, et votre Seigneur est le Très Généreux, Celui qui a enseigné par le calame. » (Al-‘Alaq : 304). Cela signifie que c’est une immense faveur de Sa part : en partant de cet état insignifiant, Il a rendu l’être humain doué de connaissance, ce qui constitue la plus éminente des qualités de la création. Il ne l’a pas seulement doté de savoir ; Il lui a également enseigné, au moyen du calame, l’art de l’écriture, qui est devenu le moyen de diffuser et de propager largement la connaissance, de la développer, ainsi que d’en assurer la transmission et la préservation de génération en génération.

S’Il n’avait pas enseigné à l’être humain, par révélation, le calame et l’art de l’écriture, ses capacités intellectuelles seraient restées limitées et entravées. Il n’aurait eu aucune possibilité de transmettre, de diffuser et de développer ses connaissances, ni de progresser vers un perfectionnement toujours plus grand d’une génération à l’autre.

(Arabe****************)

Il a accordé à l’être humain un savoir dont il était dépourvu.

Autrement dit, l’être humain était à l’origine totalement dépourvu de connaissance ; tout le savoir qu’il a acquis, il ne l’a acquis que parce qu’Allah le lui a donné. C’est Allah Très-Haut qui ouvre à l’être humain les portes de la connaissance au degré qu’Il veut, et elles s’ouvrent à ce degré. C’est précisément ce qui est dit ainsi dans le Verset du Trône :(Arabe*******************)

— et l’être humain ne peut rien saisir de Sa connaissance, sauf ce qu’Il veut lui-même lui faire connaître. Dans ce cas, il en va autrement.

Les choses que l’être humain considère comme relevant de son savoir étaient en réalité, auparavant, au-delà de sa connaissance. Lorsque Allah l’a voulu, Il a accordé aux êtres humains une part de Sa connaissance. Cependant, l’être humain ne peut pas sentir que c’est Allah qui lui a accordé cette connaissance.

Ce sont là les seuls versets qui furent révélés au Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). D’après le hadith de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée), cette première expérience fut si éprouvante que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne pouvait guère en supporter davantage. C’est pourquoi, à ce moment-là, on estima suffisant de lui dire que le Seigneur qu’il connaissait et reconnaissait déjà s’adressait directement à lui. De Sa part, la révélation avait commencé à lui parvenir successivement, et Il l’avait fait Son Prophète.

Quelque temps après, les sept premiers versets de la sourate al-Muddaththir furent révélés. Il lui fut dit ce qu’il devait faire après avoir été investi de la mission prophétique. À ce propos, il est bon de savoir que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne vit l’ange Gabriel (paix sur lui) dans sa forme véritable que deux fois. En dehors de cela, celui-ci venait toujours auprès du Prophète sous une apparence humaine. Dans le Kitab al-Tawhid de al-Bukhari, on trouve, dans le récit de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée), et dans le Kitab al-Iman de Muslim, dans un récit que ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte elle-même du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), que la première fois, l’ange Gabriel (paix sur lui) apparut à l’horizon — appelé al-ufuq al-aʿla dans la sourate al-Najm et al-ufuq al-mubin dans la sourate al-Takwir — puis s’avança progressivement vers le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Enfin, il se tint au-dessus de lui dans les airs. Puis il se pencha vers le Prophète et s’approcha tellement de lui qu’il ne resta entre eux que la distance de deux arcs. ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) dit qu’à ce moment-là, Gabriel (paix sur lui) était dans sa forme véritable et couvrait tout le monde supérieur. Al-Bukhari rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit lui-même : « Je l’ai vu sous la forme dans laquelle Allah l’a créé. » Toute l’étendue de l’espace entre le ciel et la terre fut remplie par son immense être (Muslim).

Quand la révélation a-t-elle commencé à être descendue ?

Quand cette toute première révélation, comprenant les cinq premiers versets de la sourate al-ʿAlaq, fut-elle descendue ? Les rapporteurs ont formulé à ce sujet des avis divergents. Ibn ʿAbd al-Barr et al-Masʿudi disent que la date de l’investiture du Prophète comme prophète fut le 8 rabīʿ al-awwal de l’an 41 de l’Année de l’Éléphant. Ibn al-Qayyim mentionne cette opinion dans son Zad al-Maʿad comme étant celle de la majorité. Toutefois, ceux qui soutiennent cet avis ont probablement fixé le début de la proclamation de la mission prophétique à l’époque où, selon le récit d’al-Bayhaqi, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) commença à avoir des rêves véridiques, six mois avant le début de la révélation. Or, le Coran affirme clairement au sujet de la révélation :

(Arabe******************)

— Le Ramadan est un mois durant lequel le Coran a été révélé (al-Baqara : 185).

Aucune autre affirmation contraire à cette déclaration explicite du Coran ne peut être considérée comme fiable.

La question est maintenant de savoir à partir de quelle date du Ramadan la révélation a commencé ; à ce sujet également, plusieurs avis existent. Certains ont dit que c’était le 7 Ramadan. Ibn Sa’d a indiqué à un endroit le 12 Ramadan et, à un autre, en citant l’imam Baqer, le 17 Ramadan. Baladhuri l’a rapporté. Tabari et Ibn Athir, citant Abou Qilaba al-Jarmi, ont mentionné le 18 Ramadan, tandis que quelques autres ont dit le 19 Ramadan. Wathila ibn al-Asqa, Jabir ibn Abdallah et Abou al-Julat ont indiqué le 24 Ramadan. Or, le Coran dit :(Arabe******************)

— Nous avons certes révélé ce Coran durant la Nuit du Destin. L’immense majorité des oulémas de la communauté est d’avis que la Nuit du Destin est l’une des nuits impaires des dix dernières nuits du Ramadan. La plupart d’entre eux disent en outre qu’il s’agit de la 27e nuit du Ramadan. [La seconde fois, le Prophète le vit près du Sidrat al-Muntaha.

Dans le Musnad d’Ahmad, un récit d’Abdallah ibn Mas‘ud rapporte que le Prophète a dit : « J’ai vu Gabriel près du Sidrat al-Muntaha. Il avait six cents ailes » (Tafhim, sourate An-Najm, notes 5, 7, 8, 11 et 14).]

Hadiths fiables concernant la date de la révélation du Coran

Selon un récit d’Abou Hourayra, le Messager d’Allah a dit au sujet de la Nuit du Destin : « C’est la nuit du 27 ou du 29 » (Abou Dawoud et at-Tayalisi). Selon un autre récit rapporté d’Abou Hourayra, c’est la dernière nuit du Ramadan (Musnad d’Ahmad).

Lorsque Zir ibn Hubaych interrogea Ubayy ibn Ka’b (qu’Allah l’agrée) au sujet de la Nuit du Destin, celui-ci jura qu’elle avait lieu la vingt-septième nuit (Ahmad, Muslim, Abou Daoud, at-Tirmidhi, an-Nasaï et Ibn Hibban).

Lorsqu’Abou Dharr (qu’Allah l’agrée) fut interrogé à ce sujet, il répondit qu’Omar (qu’Allah l’agrée), Hudhayfa (qu’Allah l’agrée) et beaucoup de Compagnons du Messager n’avaient aucun doute sur le fait qu’elle avait lieu la vingt-septième nuit du Ramadan (Ibn Abi Chayba).

Ubadah ibn Samit (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a dit : « La Nuit du Destin se trouve parmi les dix dernières nuits du Ramadan, lors d’une nuit impaire : la vingt et unième, la vingt-troisième, la vingt-cinquième, la vingt-septième ou la vingt-neuvième » (Musnad d’Ahmad).

Abdullah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Cherchez-la [la Nuit du Destin] parmi les dix dernières nuits, lorsqu’il reste neuf jours avant la fin du mois, ou lorsqu’il en reste cinq » (Bukhari). La majorité des savants ont compris par là que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) faisait référence aux nuits impaires.

Selon un récit d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), cherchez-la lorsqu’il reste neuf jours, sept jours, cinq jours, trois jours ou lors de la dernière nuit. Autrement dit, cherchez la Nuit du Destin à ces dates (at-Tirmidhi, an-Nasaï).

Selon un récit de Aïcha (qu’Allah l’agrée), le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Cherchez la Nuit du Destin durant une nuit impaire des dix dernières nuits du Ramadan » (Bukhari, Muslim, Ahmad, at-Tirmidhi). Selon un récit de Aïcha (qu’Allah l’agrée) et d’Abdullah ibn Omar (qu’Allah l’agrée), le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a observé la retraite spirituelle durant les dix dernières nuits du Ramadan.

Sur la base des récits rapportés à ce sujet par Mouawiya (qu’Allah l’agrée), Omar (qu’Allah l’agrée), Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) et d’autres éminentes figures, un grand nombre de pieux prédécesseurs ont considéré que la Nuit du Destin avait lieu la vingt-septième nuit du Ramadan.ঠ (**ঁ**14)

La première obligation après la prophétie : la prière

Tabari dit qu’après la profession de foi en l’unicité divine et l’abandon de l’idolâtrie, la première chose rendue obligatoire par la Loi islamique fut la prière. Ibn Hicham et Muhammad ibn Ishaq rapportent, d’après Aïcha (qu’Allah l’agrée), que la première chose rendue obligatoire au Prophète (paix et salut sur lui) fut la prière. Au début, elle comportait deux unités à la fois. L’imam Ahmad ibn Lahia rapporte, d’après Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée), qu’après la première révélation faite au Prophète (paix et salut sur lui), Jibril (sur lui la paix) lui enseigna les ablutions. Cet événement est également rapporté par Ibn Maja et Tabarani, avec quelques divergences dans les chaînes de transmission. Son explication ressort du récit d’Ibn Ishaq : le Prophète (paix et salut sur lui) se trouvait dans les hauteurs de La Mecque lorsque Jibril (sur lui la paix) apparut devant lui sous une belle forme et exhalant un parfum exquis. Il dit : « Ô Muhammad ! Allah vous salue et vous annonce qu’Il vous a envoyé comme Messager de Sa part aux djinns et aux hommes. Appelez-les donc à attester qu’il n’y a de divinité qu’Allah. »

Puis Jibril (sur lui la paix) frappa le sol du pied, et une source jaillit. Il fit ensuite ses ablutions afin que le Prophète puisse apprendre la manière de se purifier pour la prière. Puis il dit : « Maintenant, faites vos ablutions. »

Puis Jibril (sur lui la paix) accomplit avec le Prophète (paix et salut sur lui) une prière de deux unités, comportant quatre prosternations. Ensuite, le Prophète (paix et salut sur lui) fit venir Khadija (qu’Allah l’agrée) à cet endroit, lui fit faire ses ablutions et accomplit avec elle une prière de deux unités. Ibn Hicham, Ibn Jarir et Ibn Kathir rapportent également cet événement.

L’imam Ahmad, Ibn Maja et Tabarani rapportent d’Usama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée), qui le tient de son père, Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée), qu’après la révélation faite au Prophète (paix et salut sur lui), la première chose rendue obligatoire fut que Jibril (sur lui la paix) vienne lui enseigner la manière de faire les ablutions. Puis il se tint debout pour la prière et dit au Prophète : « Priez avec moi. » Ensuite, le Prophète (paix et salut sur lui) rentra chez lui et raconta l’événement à Khadija (qu’Allah l’agrée). Elle en fut transportée de joie. Le Prophète (paix et salut sur lui) lui demanda alors de faire ses ablutions à cet endroit, puis accomplit avec elle la prière de la même manière qu’il l’avait accomplie avec Jibril (sur lui la paix). Ce fut donc la première obligation établie après la révélation. Il s’agissait probablement de l’événement survenu au matin de la nuit où (*****) fut révélé. Dès lors, le Prophète (paix et salut sur lui) et Khadija (qu’Allah l’agrée) accomplirent la prière en secret.

Les quatre premiers musulmans

Il est unanimement admis que la première musulmane fut Khadija (qu’Allah l’agrée). Ensuite, il existe une divergence quant à savoir lequel, parmi Ali (qu’Allah l’agrée), Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) et Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée), embrassa l’islam le premier. Toutefois, il est unanimement admis que ces trois hommes furent les premiers à embrasser l’islam après Khadija (qu’Allah l’agrée). *****)

Au sujet d’Ali (qu’Allah l’agrée), le hafiz Ibn Kathir rapporte dans Al-Bidaya, citant le récit d’Ibn Ishaq ainsi que celui d’al-Baladhuri rapporté par Waqidi, que lorsque le Prophète (paix et salut sur lui) et Khadija (qu’Allah l’agrée) commencèrent à prier en secret, Ali (qu’Allah l’agrée) les vit dans cet état dès le lendemain. Il demanda : « Qu’est-ce que cela ? » Le Prophète répondit : « C’est la religion d’Allah, qu’Il a choisie pour Lui-même et avec laquelle Il a envoyé Son Messager. Je t’invite donc à reconnaître Allah, l’Unique, sans associé, à L’adorer et à renier al-Lat et al-Uzza. »

Ali (qu’Allah l’agrée) avait alors dix ans. Il dit : « Je n’avais jamais entendu cela auparavant. Je ne peux prendre aucune décision avant d’en avoir parlé à mon père. »

À cette époque, le Prophète (s) ne souhaitait pas que son secret soit révélé avant le moment venu. C’est pourquoi il lui dit : « Si tu n’acceptes pas mes paroles, garde cette affaire secrète. » Cette nuit-là, ʿAlî (ra) resta silencieux. Puis Allah inspira l’islam à son cœur et, le matin, il se présenta devant le Prophète et lui dit : « Que m’avez-vous dit hier ? »

[Les ouvrages d’histoire et de sîra citent généralement ces quatre personnes comme les premiers musulmans. Mais on ne peut penser que les filles du Prophète (s), qui avaient atteint l’âge de raison à cette époque, n’aient pas embrassé la foi avec leur illustre mère. Zaynab (ra) avait dix ans au moment où le Prophète (s) reçut sa mission prophétique. Umm Kulthûm (ra) et Ruqayya (ra) avaient atteint un âge tel qu’avant le début de la prédication publique, elles furent fiancées aux fils d’Abû Lahab. Quant à Fâtima (ra), elle naquit un an après le début de la mission prophétique. Elle ouvrit les yeux dans un environnement islamique. C’est pourquoi, selon nous, ces trois filles doivent être comptées parmi les premiers musulmans. Au sujet de Fâtima, il faut considérer qu’elle ouvrit les yeux de la connaissance en tant que croyante et musulmane — l’auteur.]

Le Prophète (s) dit : « Tu dois témoigner qu’il n’existe aucune divinité en dehors d’Allah, l’Unique, sans associé ; tu dois renier al-Lât et al-ʿUzzâ et rompre tout lien avec les autres associés en dehors d’Allah. »

ʿAlî (ra) accepta immédiatement. Mais, par crainte d’Abû Tâlib, il garda secrète son adhésion à l’islam. Lui aussi commença toutefois à prier avec le Prophète (s).

L’imam Ahmad, Ibn Jarîr et Ibn ʿAbd al-Barr rapportent le récit de ʿAfîf al-Kindî, demi-frère utérin et cousin d’Ashʿath ibn Qays. Il dit : « ʿAbbâs ibn ʿAbd al-Muttalib était un vieil ami de mon oncle maternel. Il venait souvent au Yémen acheter du parfum, puis le vendait pendant le pèlerinage. Une fois, durant le pèlerinage, lorsque je le rencontrai à Minâ, je vis arriver un homme de haut rang. Il fit très soigneusement ses ablutions, puis se leva pour prier. Ensuite arriva un garçon qui n’avait pas encore atteint la puberté ; lui aussi fit très soigneusement ses ablutions et se leva pour prier. Je dis : “Ô ʿAbbâs, quelle est donc cette religion ? Je ne la connais pas.” »

ʿAbbâs (ra) répondit : « Voici mon neveu Muhammad (s), fils de ʿAbd Allâh ibn ʿAbd al-Muttalib. Il prétend qu’Allah l’a envoyé comme Messager. Selon une autre version, il prétend que les richesses de César et de Chosroès seront placées sous son autorité. Quant à celui-ci, c’est mon neveu ʿAlî ibn Abî Tâlib. Il suit sa religion. Et voici Khadîdja bint Khuwaylid, l’épouse de Muhammad. Elle aussi a suivi sa religion. »

Plus tard, lorsque le Kindî lui-même embrassa l’islam, il dit avec regret : « Ah ! Si seulement j’avais été le quatrième parmi eux ! »

Ibn Hishâm et Ibn Jarîr rapportent qu’un jour, plus tard, Abû Tâlib vit lui aussi ʿAlî en train de prier. Il lui dit : « Mon garçon, quelle est donc cette religion que tu suis ? » Il répondit : « Père, j’ai cru en Allah et en Son Messager (s), j’ai reconnu sa véracité et j’ai prié avec lui. »

Abou Talib dit : « Il ne t’appellera à rien d’autre qu’au bien. Reste attaché à lui. »

Ibn Kathîr rapporte une parole d’Abou Talib : « Reste auprès de ton cousin et aide-le. » Au sujet de Hazrat Abou Bakr (ra), il est écrit dans le commentaire de la Mawâhib par al-Zurqânî qu’il était assis chez Hakîm ibn Hizâm, le neveu de Hazrat Khadîdja (ra). À ce moment-là, la servante de Hakîm vint le trouver et lui dit : « Votre tante a dit aujourd’hui que son mari était un prophète semblable à Hazrat Moussa (as), envoyé par Allah. » Dès qu’il entendit cela, Hazrat Abou Bakr (ra) se rendit directement auprès du Prophète (s). Après avoir appris que les paroles de cette servante étaient vraies, il embrassa la foi sans la moindre hésitation. Ibn Ishâq rapporte d’après Abdallah ibn al-Husayn al-Tamîmî que le Messager d’Allah (s) a dit : « Chaque fois que j’ai présenté l’islam à quelqu’un, il a quelque peu hésité et réfléchi. Mais lorsque je l’ai présenté à Abou Bakr, il n’a pas hésité et n’a pas non plus tardé le moindrement à l’accepter. »

Aucun récit détaillé ne nous est parvenu au sujet de la manière dont Hazrat Zayd ibn Hâritha (ra) embrassa la foi. Toutefois, il avait vécu pendant quinze ans dans la maison du Prophète, comme un membre de sa famille. Il a certainement vu le Prophète (s) et Hazrat Khadîdja (ra) accomplir la prière, et c’est probablement ce qui l’a conduit à accepter l’islam.

Ces événements permettent également de comprendre, incidemment, que, bien que le Prophète (s) agît d’abord en secret, ses proches ainsi que ceux de Hazrat Khadîdja (ra) savaient qu’il présentait une religion différente de celle de ses ancêtres et revendiquait avoir été désigné prophète par Allah. Les membres de sa famille et, à tout le moins, ses amis n’avaient pas seulement accepté cette prétention : ils avaient également commencé à pratiquer le culte et à agir d’autres manières conformément à celle-ci. Cependant, comme ces faits n’étaient pas connus de ses ennemis, mais seulement de ses bienveillants, ceux-ci les gardèrent secrets, de même que le Prophète (s) avait voulu les garder secrets au début. Ils n’en discutaient pas non plus ; autrement, l’opposition aurait commencé avant l’heure.

Durant les trois premières années, Hazrat Isrâfîl (as) fut-il envoyé pour instruire le Prophète (s) ?

Ibn Jarîr dans son Histoire, Ibn Sa‘d dans les Tabaqât, al-Qastallânî dans les Mawâhib al-Ladunniyya et al-Zurqânî dans son commentaire des Mawâhib rapportent un récit du célèbre tâbi‘î, l’imam al-Sha‘bî, selon lequel Hazrat Isrâfîl (as) fut attaché au Messager d’Allah (s) pendant les trois premières années de la prophétie afin de l’instruire. Il n’apportait pas la révélation, car la responsabilité de l’apporter incombait à Hazrat Jibrîl (as). Toutefois, il enseignait au Prophète (s) des connaissances par d’autres moyens que la révélation. Peut-être ce moyen consistait-il en une inspiration insufflée, ou en un enseignement direct par rencontre — note de l’auteur.

L’imam Ahmad ibn Hanbal, le hâfiz Ya‘qûb ibn Sufyân et al-Bayhaqî ont également rapporté ce récit de l’imam al-Sha‘bî, et la chaîne de transmission qui remonte jusqu’à lui est authentique. Mais j’ignore par quelle source al-Sha‘bî lui-même l’a appris, car il n’en a pas exposé la chaîne jusqu’au Prophète (s). Ibn Sa‘d et Ibn Jarîr disent qu’al-Wâqidî a rejeté son authenticité. Il a affirmé avec insistance que nul autre que Hazrat Jibrîl (as) n’avait été affecté auprès du Prophète (s).

C’est une question que l’on ne peut ni rejeter totalement ni accepter avec certitude. Il est difficile de la rejeter, car al-Sha‘bî est un muhaddith digne de confiance, et son récit mursal n’est pas si faible qu’il faille le repousser absolument. Cependant, on ne peut pas non plus la considérer comme un fait certain, car la chaîne de transmission du récit n’est pas suffisamment solide pour qu’on soit obligé de l’accepter. Cela dit, la question n’est pas non plus impossible. En effet, après le début de sa prophétie, l’immense trésor de connaissances que nous trouvons dans les paroles et les actes du Prophète, concernant tous les domaines de la vie — trésor dont les ouvrages de hadith et de sîra sont remplis et dont on ne trouve pas le moindre équivalent dans les paroles et les actes d’un autre être humain — lui avait certainement été insufflé au plus profond du cœur depuis le monde invisible. Il est donc possible qu’Allah Tout-Puissant ait confié à Hazrat Isrâfîl (as) le service de transmettre ce trésor de connaissances.

L’interruption de la révélation

Après la première révélation, Jibrîl (que la paix soit sur lui) cessa pendant quelque temps d’apporter la révélation. Plus cette situation se prolongeait, plus la douleur morale du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) s’intensifiait. Il lui arrivait même, parfois, de se rendre inconsciemment sur le mont Shabîr, à La Mecque, et parfois au sommet de Hirâ, avec l’intention de se précipiter dans le vide. Or, tandis qu’il se dirigeait vers le bord d’une montagne, il entendit une voix venant du ciel et s’arrêta. En levant les yeux, il vit Jibrîl assis sur un trône entre le ciel et la terre. Celui-ci lui dit : « Ô Muhammad ! Tu es assurément le Messager de Dieu, et je suis Jibrîl. »

Ibn Sa‘d rapporte ce récit d’après le vénérable ‘Abdullah ibn ‘Abbâs, dans le tafsîr d’Ibn Jarîr, tandis que ‘Abd al-Razzâq le transmet d’après l’imâm al-Zuhrî dans son Al-Muṣannaf. On en trouve également un récit détaillé dans les recueils d’al-Bukhârî, de Muslim et dans le Musnad d’Ahmad. (15)

Dans le récit de l’imâm al-Zuhrî, il est rapporté :

Pendant quelque temps, la révélation cessa de descendre sur le Messager de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Il souffrit alors d’une telle détresse morale qu’il lui arrivait souvent de gravir le sommet d’une montagne et d’être sur le point de se jeter de là-haut. Mais chaque fois qu’il atteignait le bord du sommet, Jibrîl (que la paix soit sur lui) apparaissait devant lui et lui disait : « Tu es le Prophète de Dieu. » À ces mots, il retrouvait la sérénité et son agitation intérieure se dissipait. — (Ibn Jarîr).

Puis l’imâm al-Zuhrî, citant le récit du vénérable Jâbir ibn ‘Abdullah, rapporte que le Messager de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), évoquant l’interruption de la révélation, dit : « Je marchais sur une route quand, soudain, j’entendis un bruit venant du ciel. En levant la tête, je vis l’ange que j’avais déjà vu dans la grotte de Hirâ. Il était assis sur un trône entre le ciel et la terre. Cette vision me remplit d’une peur et d’un bouleversement terribles. Lorsque je rentrai chez moi, je dis : “Couvrez-moi d’une couverture !” Les gens de ma maison m’enveloppèrent alors d’une couverture ; c’est à ce moment que la révélation descendit de la part de Dieu : »

(Arabe*****************)

« Ô toi qui es enveloppé dans une couverture ! » Puis la révélation continua de descendre sur moi. — (Al-Bukhârî, Muslim, le Musnad d’Ahmad — Ibn Jarîr).

Révélation des sept premiers versets de la sourate Al-Muddaththir

Ainsi s’écoule la période durant laquelle la révélation est interrompue, puis les sept premiers versets de la sourate Al-Muddaththir sont révélés. Par leur intermédiaire, le Prophète (s) est honoré de la dignité de Messager et reçoit les directives indispensables à l’accomplissement de la mission de Messager. Il convient ici de bien comprendre la différence suivante : les cinq premiers versets de la sourate Al-‘Alaq annonçaient que la révélation avait commencé à descendre sur le Prophète (s) et qu’Allah l’avait fait Prophète. Ici, par ces versets de la sourate Al-Muddaththir, la charge de la mission de Messager lui est également imposée en plus de la prophétie. Il lui est ordonné : « Lève-toi et commence à t’acquitter de ta mission. » Certaines traditions vont jusqu’à affirmer que ces versets sont les tout premiers versets du Noble Coran. Les recueils de hadiths de Boukhari, Muslim, Tirmidhi, le Musnad d’Ahmad et d’autres rapportent en détail ce récit d’après Jâbir ibn Abd Allah al-Ansari (r). Cependant, il existe dans la communauté un quasi-consensus sur le fait que les tout premiers versets furent-

(Arabe*************) de (*************)

furent révélés jusqu’à ce que, selon Ibn Athîr, ces versets de la sourate Al-Muddaththir soient révélés. Ensuite, la révélation recommença. L’imam Zuhri a rapporté, d’après Jâbir ibn Abd Allah al-Ansari (r) lui-même, qu’avant la révélation de ces versets, le Messager d’Allah (s) vit dans l’espace situé entre le ciel et la terre le même ange qui était venu auprès de lui dans la grotte de Hira. Nous avons déjà cité ce récit plus haut, en référence à Boukhari, Muslim et d’autres sources. (****17

Les directives données dans cette sourate

Considérez maintenant ces versets de la sourate Al-Muddaththir et voyez quelles directives ils contiennent.

(Arabe***************)

— Ô toi qui es enveloppé dans une couverture ou un manteau. Ici, au lieu de s’adresser au Messager d’Allah en disant : « Ô Messager, ô Prophète », il lui est dit : « Ô toi qui es enveloppé dans une couverture. » En effet, après avoir vu Jibril assis sur un trône entre le ciel et la terre, le Prophète (s) fut saisi de peur et de stupeur. Arrivé chez lui dans cet état, il dit aux membres de sa famille : « Couvrez-moi, couvrez-moi ! » C’est pourquoi Allah Tout-Puissant s’adressa à lui en l’appelant « Al-Muddaththir ». De cette douce interpellation se dégage naturellement le sens suivant : « Ô Mon serviteur bien-aimé, pourquoi restes-tu couché, enveloppé dans une couverture ? Une immense responsabilité t’a été confiée ; pour t’en acquitter, tu dois entrer en lice avec une résolution ferme. »

(Arabe***********)

—Lève-toi et avertis.

C’est le même genre d’ordre qui fut donné à Noé (sur lui la paix) après qu’il eut reçu la prophétie. Ainsi :

(Arabe*****************)

—Avertis ton peuple avant qu’un châtiment douloureux ne les atteigne de Ma part. —(Noé : 1)

Le sens de ce verset de la sourate Al-Muddaththir est le suivant : Ô toi qui es enveloppé dans ta couverture, lève-toi et avertis les gens qui t’entourent, lesquels vivent dans l’insouciance. S’ils persistent dans cet état, mets-les en garde contre l’issue inévitable qui les attend. Avertis-les qu’ils ne vivent pas dans un royaume du vin où ils pourraient faire tout ce qu’ils veulent sans avoir à en rendre compte.

(Arabe**************)

Et proclame la grandeur de ton Seigneur.

C’est la toute première tâche qu’un prophète doit accomplir en ce monde. Sa première tâche consiste à rejeter tout ce que les ignorants reconnaissent ici comme supérieur et à proclamer ouvertement au monde entier que, dans tout l’univers, nul autre que l’Unique Dieu ne possède la suprématie. C’est pourquoi la formule « Allahu Akbar » revêt en islam une importance primordiale. L’appel à la prière commence par la proclamation d’Allahou Akbar. De même, le musulman entre dans la prière en disant Allahou Akbar. Puis, il se relève et s’assied en répétant Allahou Akbar. Lorsqu’on égorge un animal, on accomplit le geste en disant : « Bismillah, Allahou Akbar. » La proclamation du takbîr est aujourd’hui le signe le plus manifeste et le plus distinctif des musulmans du monde entier. En effet, le Prophète de cette communauté a commencé sa mission par Allahou Akbar.

Un aspect subtil est évoqué ici, et il convient de bien le comprendre. Il ressort des circonstances de la révélation de ces versets que le tout premier Messager d’Allah reçut l’ordre de se mettre en devoir d’assumer l’immense responsabilité de la mission prophétique. Il est également évident que la ville et le milieu dans lesquels il lui était ordonné de se dresser avec cette mission étaient un véritable terrain de jeu du polythéisme. Il ne s’agissait pas seulement du fait que la population locale était polythéiste, comme l’ensemble des Arabes ; le plus important était que La Mecque vénérée constituait le plus grand sanctuaire des Arabes polythéistes. Et les Quraychites en étaient les gardiens. Apparaître seul en un tel lieu et y lever l’étendard du monothéisme face au polythéisme était une entreprise extrêmement risquée. C’est pourquoi, en même temps qu’il lui fut dit : « Lève-toi et avertis », il lui fut également dit : « Proclame la grandeur de ton Seigneur. » Cela signifie : ne prête absolument aucune attention aux forces terrifiantes que tu considères comme des obstacles à cette tâche. Déclare clairement que mon Seigneur est bien plus grand que toutes les forces qui pourraient se dresser pour barrer la route à mon appel.

Quelle motivation et quel encouragement plus grands pourrait-on donner à quelqu’un pour qu’il entreprenne l’œuvre d’Allah ? Celui dont le cœur porte profondément la vision de la grandeur d’Allah n’éprouve pas la moindre hésitation à lutter seul contre le monde entier pour Allah.

(Arabe**************)

— et garde tes vêtements purs.

Ces paroles ont une portée très vaste et leurs implications sont également très profondes. L’une de leurs significations est la suivante : garde tes vêtements parfaitement purs. En effet, la pureté des vêtements est intimement liée à la pureté de l’âme. Une âme pure ne peut résider dans un corps sale et souillé ni dans des vêtements impurs. Le milieu dans lequel le Messager d’Allah entreprit sa mission d’appel à l’islam n’était pas seulement plongé dans les profondeurs de la décadence des croyances et de la moralité ; il était également dépourvu des notions les plus élémentaires de tahârat et de propreté. Or la tâche du Prophète consistait à leur enseigner la pureté et la propreté sous tous leurs aspects. C’est pourquoi il lui fut ordonné d’établir, jusque dans sa vie extérieure, le plus haut niveau de tahârat (pureté). C’est donc le fruit de cette guidance que le Maître (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ait dispensé à l’humanité un enseignement si détaillé concernant le corps et les vêtements, enseignement que, loin de l’ignorance arabe, même les nations les plus civilisées de l’époque moderne n’ont pas eu la chance d’acquérir. Qui plus est, dans la plupart des langues du monde, il n’existe aucun mot équivalant au terme tahârat. En revanche, l’islam se distingue par le fait que les recueils de hadiths et de fiqh commencent précisément l’exposé des prescriptions islamiques par la tahârat. Ils y exposent en détail la distinction entre le pur et l’impur ainsi que les méthodes de purification.

La deuxième signification de ces paroles est la suivante : garde tes vêtements propres et nets. La conception de l’ascétisme a fixé, dans la religiosité mondaine, ce critère selon lequel plus une personne est sale et négligée, plus elle serait religieuse ou digne d’un saint. Lorsqu’une personne portait des vêtements propres, on la considérait comme attachée aux choses de ce monde. Pourtant, la nature humaine déteste la saleté et le manque de propreté. Celui qui possède un tant soit peu de politesse et de goût souhaite se lier d’amitié avec des gens propres et soignés. C’est pourquoi ceux qui appellent les hommes vers le chemin d’Allah doivent impérativement présenter extérieurement une apparence si pure et si soignée que les gens les regardent avec respect, et que leur personnalité ne comporte rien de si déplaisant que cela puisse naturellement susciter le dégoût.

La troisième signification de cette parole est la suivante : garde tes vêtements exempts de défauts moraux. Tes vêtements devront certes être propres et purs. Mais ils ne devront porter aucune marque d’orgueil, d’arrogance, de vanité, de faste ni de prestige. Les vêtements sont le premier élément qui révèle la personnalité d’une personne. Quels que soient les vêtements qu’elle porte, les gens en déduisent dès le premier regard quel genre d’individu elle est. Les vêtements des propriétaires terriens et des nababs, ceux des marchands de religion, ceux des voyous, des vauriens et des vagabonds portent tous la marque du tempérament de ceux qui les portent. La nature de ceux qui appellent les hommes vers Allah diffère naturellement de celle de ces gens. Leurs vêtements devraient donc naturellement se distinguer également de ceux de ces personnes. Ils devraient porter des vêtements tels que chacun puisse se dire, en les voyant, que cet homme est très distingué et de très bon goût, qu’il ne se laisse pas guider par ses passions et ne se livre pas à leurs excès.

Le quatrième sens est le suivant : garde tes vêtements et ta tenue purs. En arabe comme en ourdou, l’expression « garder ses vêtements purs » (pak-dâmanî) s’emploie au sens de rester au-dessus des défauts de caractère et de se parer d’une excellente moralité. Ibn ‘Abbâs (que Dieu l’agrée), l’imam Nakha‘î, Cha‘bî, Mujâhid, Qatâdah, Sa‘îd ibn Jubayr, Hasan al-Basrî et d’autres célèbres exégètes ont tous interprété ce verset ainsi : garde ton caractère pur et éloigne-toi de toutes les formes de turpitude. Dans l’expression arabe, ou l’idiome (IDIOM), on dit :

(Arabe*********************)

« Les vêtements d’Untel sont propres et purs, et sa tenue est pure. » Cela signifie que son naturel et son caractère sont excellents. En revanche, on dit :

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« Ses vêtements sont sales », c’est-à-dire que c’est une personne de mauvais caractère. On ne peut pas se fier à ses paroles.

(Arabe*************************)

Éloigne-toi de la saleté et de l’impureté. Par saleté ou souillure, il faut entendre ici toutes les formes de souillure : qu’il s’agisse de la souillure des croyances, de la foi et de la pensée, de celle des actes et de la moralité, de celle du corps et des vêtements, ou encore de celle du mode de vie. Autrement dit, tu dois te tenir à l’écart de toutes les formes de souillure qui se sont répandues autour de toi dans l’ensemble de la société. Que personne ne puisse t’accuser de porter toi-même certaines traces des souillures et des turpitudes dont tu détournes les gens.

(Arabe*****************)

— et ne fais pas de faveur dans l’espoir d’en recevoir davantage.

La portée de ces paroles est si vaste qu’il est impossible d’en expliquer tout le sens dans une seule phrase. L’un de leurs sens est le suivant : chaque fois que tu témoigneras de la compassion et de la bonté à quelqu’un, fais-le de manière désintéressée. Tes dons, ta bienveillance et ta bonne conduite doivent être exclusivement pour Allah. Tu ne dois tirer aucun avantage matériel en échange du bien et des bienfaits que tu dispenses, et tu ne dois nourrir le moindre désir ou la moindre aspiration de cette nature. En d’autres termes, lorsque tu fais du bien à quelqu’un, fais-le pour Allah ; ne lui viens pas en aide et ne lui fais pas de bien dans le but d’en tirer un profit.

Le deuxième sens est le suivant : bien que la mission prophétique que tu accomplisses soit une œuvre extrêmement bénéfique, par laquelle les créatures d’Allah reçoivent la guidance grâce à toi, ne te vante pas auprès des gens en prétendant leur apporter un immense bienfait, et n’en tire aucun intérêt personnel.

Le troisième sens est le suivant : bien que tu accomplisses un immense service, ne considère pas ton œuvre comme grandiose à tes propres yeux ; ne laisse pas naître en toi l’idée qu’en assumant la responsabilité de la prophétie et en consacrant ta vie à cette mission, tu accordes une quelconque faveur à ton Seigneur.

(Arabe*************)

— et endure pour ton Seigneur.

En d’autres termes, la mission qui t’a été confiée est une tâche extrêmement éprouvante. Pour l’accomplir, tu devras affronter de graves épreuves et adversités, la peine, la souffrance et de terribles difficultés.

Tes propres compatriotes deviendront tes ennemis. Toute l’Arabie s’unira contre toi. Mais, quelles que soient les difficultés qui surgiront sur cette voie, tu devras les affronter avec patience et accomplir ta responsabilité avec constance et fermeté. Pour te détourner de cette mission, la peur, les tentations, l’amitié, l’hostilité, l’affection et l’amour — tout cela fera obstacle à ton chemin. Face à toutes ces épreuves, tu devras rester fermement attaché à ta résolution.

Telle était la guidance initiale qu’Allah le Très-Haut avait donnée à Son Messager lorsqu’Il lui ordonna : « Lève-toi et commence ta mission. » Si quelqu’un réfléchit à ces quelques phrases et à leur signification, son cœur témoignera qu’au moment de commencer la mission d’un prophète, il ne pouvait recevoir de meilleurs conseils ni de meilleures directives. Elles indiquent également ce qu’il faut accomplir. Elles enseignent en même temps avec quelle intention, dans quel état d’esprit et selon quelle conception cette mission doit être menée. Elles avertissent aussi des situations auxquelles il faudra faire face dans cette mission et de la manière de les affronter. Aujourd’hui, ceux qui, par aveugle hostilité, affirment — qu’Allah nous en préserve — que ces paroles sortaient de la bouche du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) comme un délire après une crise d’épilepsie, devraient ouvrir les yeux, examiner ces phrases et réfléchir par eux-mêmes : sont-elles le délire d’un homme atteint d’épilepsie, ou bien la guidance de Dieu, accordée à Son serviteur au moment où Il lui confia la responsabilité de la prophétie ? (******18)

L’habitude de recevoir la Révélation

Nous avons dit précédemment, en rapportant les propos de Jâbir ibn Abd Allah (qu’Allah l’agrée), qu’après la révélation de la sourate Al-Muddaththir, la Révélation commença à descendre continuellement sur le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Mais, au début, lorsque la Révélation descendait, le Prophète béni rencontrait cette difficulté : craignant de l’oublier, il s’efforçait de la retenir par cœur. Il lui arrivait aussi de demander la signification de certaines choses pendant la révélation. Il était donc nécessaire, à cette époque, d’enseigner convenablement au Prophète la manière de recevoir la Révélation. Il est dit dans la sourate Tâ-Hâ :

فَتَعَالَى اللَّهُ الْمَلِكُ الْحَقُّ وَلَا تَعْجَلْ بِالْقُرْآنِ مِنْ قَبْلِ أَنْ يُقْضَى إِلَيْكَ وَحْيُهُ وَقُلْ رَبِّ زِدْنِي عِلْمًا

Allah, le Très-Haut et le Magnifique. Il est le véritable Roi. Et vois, ô Prophète, ne te hâte pas de réciter le Coran tant que la Révélation ne t’est pas entièrement parvenue. Et dis : « Seigneur, accorde-moi davantage de savoir. » (Tâ-Hâ : 114)

Le fil du discours montre clairement que (Arabe*******************)jusqu’à ce point, le discours s’était achevé. Puis, au moment de son départ, l’ange, sur l’ordre d’Allah, avertit le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) d’une chose dont il avait été témoin pendant la descente de la Révélation. Il ne fut pas jugé convenable d’interrompre le discours par une remarque au milieu. C’est pourquoi, après avoir achevé la transmission du message, il l’avertit à ce sujet. Quelle était donc la raison de cet avertissement ? Les paroles mêmes de l’avertissement le montrent. Tandis que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) recevait le message de la Révélation, il essayait de le réciter afin de le retenir. Il est possible que cet effort ait continuellement détourné son attention. Il est possible aussi qu’il ait entravé la continuité de la réception de la Révélation. Peut-être ne pouvait-il ainsi prêter toute son attention à l’écoute du message. Dans ces circonstances, il fut jugé nécessaire de lui expliquer la manière correcte de recevoir la Révélation et de lui interdire les efforts qu’il faisait de temps à autre pour la retenir.

La même situation se produisit également lors de la révélation de la sourate al-Qiyâmah. C’est pourquoi il fut averti, au risque d’interrompre la continuité du discours.

(Arabe*******************)

Ne remue pas précipitamment ta langue à plusieurs reprises pour le retenir. C’est à Nous de te le faire retenir et réciter. Ainsi, lorsque Nous te le récitons, écoute attentivement sa récitation ; puis c’est également à Nous d’en expliquer le sens. [L’explication que j’ai donnée de cette phrase, en raison de sa présence dans la sourate al-Qiyâmah dans le fil du discours, ne repose nullement sur une simple supposition. Elle est au contraire confirmée par des récits fiables. Le Musnad d’Ahmad, al-Bukhârî, Muslim, al-Tirmidhî, al-Nasâ’î, Ibn Jarîr al-Tabarî, al-Bayhaqî ainsi que d’autres spécialistes du hadith rapportent, par différentes chaînes, le récit de ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (que Dieu l’agrée), selon lequel, lorsque le Coran était révélé au Prophète (paix et salut sur lui), celui-ci répétait les paroles de la révélation avec Gabriel (paix sur lui), par crainte de les oublier. Il lui fut alors dit :………..

لَا تُحَرِّكْ بِهِ لِسَانَكَ لِتَعْجَلَ بِهِ (16) إِنَّ عَلَيْنَا جَمْعَهُ وَقُرْآنَهُ (17) فَإِذَا قَرَأْنَاهُ فَاتَّبِعْ قُرْآنَهُ (18) ثُمَّ إِنَّ عَلَيْنَا بَيَانَهُ

C’est également ce qui est rapporté de al-Cha‘bî, Ibn Zayd, al-Dahhâk, al-Hasan al-Basrî, Qatâdah, Mujâhid et d’autres éminents spécialistes du hadith. ]

Dans la sourate al-A‘la également, il a été donné au Prophète (paix et salut sur lui) l’assurance que Nous lui ferions réciter le Coran et qu’il ne l’oublierait plus. [Al-Hâkim rapporte de Sa‘d ibn Abî Waqqâs, et Ibn Mu‘âwiya rapporte de ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (que Dieu les agrée) que le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) répétait les paroles du Coran par crainte de les oublier. Mujâhid et al-Kalbî disent que, dès que Gabriel (paix sur lui) avait achevé de lui réciter la révélation et s’en était allé, le Prophète (paix et salut sur lui) commençait à en répéter le début, précisément par crainte de l’oublier. C’est pourquoi Dieu rassura le Prophète (paix et salut sur lui) en lui disant de rester silencieux et d’écouter pendant la révélation. Nous la lui ferons réciter et elle restera gravée dans sa mémoire pour toujours. Il ne devait pas craindre d’en oublier un seul mot.]

سَنُقْرِئُكَ فَلَا تَنْسَى

Plus tard, lorsque le Prophète eut acquis l’expérience de recevoir les messages de la révélation, ce genre de situation cessa de se produire. C’est pourquoi nous ne trouvons plus de tels avertissements dans les sourates ultérieures.

Les trois années de la prédication secrète

Conformément à la sagesse qu’Allah Très-Haut avait enseignée à Son Prophète pour transmettre le message de la mission prophétique, celui-ci ne commença pas immédiatement à proclamer sa prophétie ni à appeler le grand public à l’islam. Au contraire, durant les trois premières années, il continua à transmettre l’appel de l’islam à des hommes éminents, disposés à accepter le tawhid et à délaisser le shirk au moyen de preuves et d’une compréhension éclairée. Il adressait également cet appel à des personnes dont on pouvait espérer qu’elles préserveraient le secret jusqu’à ce qu’il décide, sur l’ordre d’Allah Très-Haut, de proclamer publiquement l’appel à Allah auprès du peuple. Dans cette œuvre, l’influence de Hazrat Abu Bakr — dont le véritable nom était Abdallah ibn Uthman — fut la plus efficace. Toutefois, sa kunya, Abu Bakr, devint si célèbre que son véritable nom tomba dans l’oubli. Al-Zamakhshari dit qu’on l’appelait Abu Bakr parce qu’il devançait tous les autres par la pureté et la noblesse de sa nature et de son caractère. Ce nom était déjà célèbre à l’époque de la jâhiliya — l’auteur. Al-Tabari et Ibn Hicham en donnent la raison suivante : c’était un homme extrêmement sociable et affable, et ses qualités le rendaient très cher à son peuple. Parmi les Quraysh, nul ne connaissait mieux que lui les généalogies. Il savait également mieux que quiconque qui était bon ou mauvais et quelles étaient les qualités de chacun. Il était commerçant et réputé pour sa bonne conduite. Ses compatriotes venaient souvent le rencontrer et s’asseoir auprès de lui en raison de son intelligence, de son commerce et de sa bonne conduite. Il profitait de ces occasions pour transmettre l’appel à l’islam à ceux en qui il avait confiance. Un grand nombre de personnes embrassèrent l’islam sous l’influence de sa prédication. Ensuite, tous ceux qui devenaient musulmans recherchaient, parmi leurs amis, les hommes de bien et leur prêchaient l’islam. À cette époque, les musulmans priaient secrètement dans les endroits désertés des environs de La Mecque, afin que personne ne découvre leur conversion.

Établissement d’un centre de prédication et de réunions à Dar al-Arqam

Peu après que deux années et demie se furent écoulées, un événement se produisit, faisant craindre qu’un affrontement prématuré n’éclate avec les mécréants de La Mecque.

Ibn Ishaq rapporte qu’un jour, les musulmans priaient dans un endroit situé aux environs de La Mecque. À ce moment-là, un groupe de polythéistes les aperçut et se mit à les traiter d’apostats. Les paroles faillirent dégénérer en combat, et Hazrat Sa‘d ibn Abi Waqqas — qu’Allah l’agrée — lança un os de chameau sur l’un d’eux, lui fendant la tête. Ibn Jarir et Ibn Hicham ont donné un récit succinct de cet événement. Toutefois, al-Hakim al-‘Umari en a consigné un récit détaillé dans son ouvrage sur les expéditions militaires. Il dit que l’homme dont la tête fut fendue était Abdallah ibn Khatal, des Banu Taym. Le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — transforma alors immédiatement la demeure de Hazrat al-Arqam ibn Abi al-Arqam, située près d’al-Safa, en centre de réunions ainsi que de prédication et de transmission de l’islam. Ainsi, les gens pourraient s’y rassembler et y prier, et ceux qui continueraient à embrasser secrètement l’islam pourraient également s’y rendre. Cette demeure d’al-Arqam acquit une renommée éternelle dans l’histoire de l’islam. Même après la fin des trois années de prédication secrète et le début de la prédication publique auprès du peuple, elle demeura le centre des musulmans. Le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — y résidait, et les musulmans venaient l’y rencontrer. Jusqu’à l’emprisonnement dans le Shi‘b Abi Talib, elle resta le centre de la prédication islamique.

Résultats des trois années de prédication secrète

Avant d’aborder la période de la prédication islamique publique, nous devons examiner quelle œuvre fut accomplie durant ces trois années, et combien de personnes de chacun des clans des Quraysh embrassèrent l’islam. La liste ci-dessous indique combien de personnes parmi les Quraysh, ainsi que de mawali, d’esclaves et d’esclaves femmes, acceptèrent l’islam. Ce travail n’a été possible qu’après de grands efforts et de nombreuses recherches, car on ne trouve nulle part une liste complète réunie en un seul endroit.

Le clan des Banu Hashim

1. Ja‘far ibn Abî Tâlib

2. Son épouse, Asmâ bint Umays al-Khath‘amiyya (cette femme n’appartenait pas à la tribu de Quraysh)

3. Safiyya (qu’Allah l’agrée), fille de ‘Abd al-Muttalib [la tante paternelle du Prophète et la mère de al-Zubayr (qu’Allah l’agrée).]

4. Arwâ (qu’Allah l’agrée), fille de ‘Abd al-Muttalib [la mère de Tulayb ibn ‘Umayr (qu’Allah l’agrée) et la tante paternelle du Prophète.]

La tribu des Banû al-Muttalib

5. Umayda (qu’Allah l’agrée), fille de al-Hârith ibn al-Muttalib.

La tribu des Banû ‘Abd Shams ibn ‘Abd al-Manâf

6. Abû Hudhayfa (qu’Allah l’agrée), fils de ‘Utba ibn Rabî‘a

7. Son épouse Sahla (ra), fille de Suhayl ibn Amr

La tribu des Banû Umayya

8. Uthman (ra), fils d’Affan

9. Sa mère Arwa (ra), fille de Qurayz

10. Khalid (ra), fils de Saïd, fils d’al-As, fils d’Umayya

11. Son épouse Umayma (ra), fille de Khalaf al-Khuzaïyya (certains disent que son nom était Umayna.)

12. Umm Habiba (ra), fille d’Abû Sufyan (elle avait d’abord été mariée à Umayya ibn Jahsh, puis elle eut l’honneur de devenir l’une des Mères des croyants.)

Les alliés de la tribu des Banû Umayya (liés aux Banû Umayya par des liens d’amitié).

13. Abdallah ibn Jahsh

14. Abou Ahmad ibn Jahsh

15. Obeïdallah ibn Jahsh [Il émigra en Abyssinie avec son épouse, Son Honneur Oumm Habiba. Là-bas, il adopta le christianisme et mourut. — L’auteur.]

Ces trois hommes étaient issus des Banou Ghanam ibn Doudan. Ils étaient les fils d’Imayma bint Abd al-Mouttalib, tante paternelle du Prophète (que Dieu l’agrée), et les frères de la Mère des croyants, Son Honneur Zaynab.]

La tribu des Banou Taym

16. Asma bint Abi Bakr (que Dieu l’agrée)

17. Oumm Rouman (que Dieu l’agrée) [Épouse de Son Honneur Abou Bakr (que Dieu l’agrée), elle était la mère de Son Honneur Aïcha (que Dieu l’agrée) et de Son Honneur Abd al-Rahman ibn Abou Bakr (que Dieu l’agrée).]

18. Talha (que Dieu l’agrée), fils d’Obeïdallah

19. Sa mère était Sa’ba (r.a.), fille d’al-Hadrami.

20. Harith (r.a.) ibn Khalid

Tribu liée par des liens d’alliance aux Banû Taym

21. Suhayb (r.a.) ibn Sinan ar-Rumi

Tribu des Banû Asad ibn Abd al-Uzza

22. Zubayr (r.a.) ibn al-Awwam (neveu de Khadija et cousin du côté paternel du Prophète (s.a.w.))

23. Khalid (r.a.) ibn Hizam (frère de Hakim ibn Hizam et neveu de Khadija (r.a.))

24. Aswad (r.a.) ibn Nawfal

25. Amr (ra) ibn Umayya

La tribu des Banû Abd al-Uzzâ ibn Qusayy

26. Yazîd (ra) ibn Zamâa ibn al-Aswad

La tribu des Banû Zuhra

27. Abd al-Rahmân (ra) ibn Awf

28. Sa mère, Shifâ (ra), fille de Awf

29. Sa‘d ibn Abî Waqqâs (ra). Le véritable nom d’Abû Waqqâs était Mâlik ibn Usayb.

30. Son frère, Umayr (ra) ibn Abî Waqqâs.

31. Son frère, ‘Âmir (qu’Allah l’agrée), fils d’Abî Waqqâs

32. Al-Muttalib (qu’Allah l’agrée), fils d’Azhar (cousin paternel de ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf)

33. Son épouse, Ramla (qu’Allah l’agrée), fille d’Abû ‘Awf al-Sahmiyya

34. Tulayb (qu’Allah l’agrée), fils d’Azhar

35. ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), fils de Shihâb.

Tribus liées par un pacte d’amitié aux Banû Zuhra

36. ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), fils de Mas‘ûd. Il appartenait à la tribu des Hudhayl et était lié par un pacte d’amitié aux Banû Zuhra de La Mecque.

37. ‘Utba (qu’Allah l’agrée), fils de Mas‘ûd (frère de ‘Abdullah ibn Mas‘ûd)

38. Miqdad (r.a.), fils d’Amr al-Kindi

39. Khabbab (r.a.), fils d’al-Aratt

40. Shurahbil (r.a.) Hassanat al-Kindi

41. Jabir (r.a.), fils de Hassanat (frère de Shurahbil)

42. Junada (r.a.), fils de Hassanat (idem)

La tribu des Banu Adi

43. Saïd (r.a.), fils de Zayd, fils d’Amr, fils de Nufayl (cousin paternel et beau-frère de Hazrat Umar (r.a.))

44. Son épouse Fatima (r.a.), fille d’al-Khattab (sœur de Hazrat Umar (r.a.))

45. Zayd ibn Khattab (le frère aîné de Omar, qu’Allah l’agrée)

46. Amir ibn Rabi‘a al-Anzi (Khattab l’avait adopté comme fils, qu’Allah l’agrée)

47. Son épouse Layla bint Abi Hathma, qu’Allah l’agrée

48. Ma‘mar ibn Abdullah ibn Nadla, qu’Allah l’agrée

49. Nu‘aym ibn Abdullah ibn al-Lakhkham, qu’Allah l’agrée.

50. Adi ibn Nadla, qu’Allah l’agrée

51. Urwa ibn Abi Ussas (le frère utérin d’Amr ibn al-As), qu’Allah l’agrée

52. Ma’us ibn Sayyid ibn Haritha ibn Nadla, qu’Allah l’agrée.

Une tribu liée par des liens d’amitié aux Banû ‘Adî.

53. Wâqid ibn ‘Abdallah (al-Khattâb le prit comme fils adoptif).

54. Khâlid ibn Bukayr ibn ‘Abd Yalîl al-Laythî

55. Iyâs ibn Bukayr ibn ‘Abd Yalîl al-Laythî (qu’Allah l’agrée)

56. Ya’s ibn Bukayr ibn ‘Abd Yalîl al-Laythî (qu’Allah l’agrée)

56. ‘Âmir (qu’Allah l’agrée)

57. ‘Aqîl (qu’Allah l’agrée)

La tribu des Banû ‘Abd al-Dâr

58. Mus’ab (r.a.) ibn Umayr

59. Son frère, Abou Roum (r.a.) ibn Umayr

60. Firas (r.a.) ibn al-Nadr

61. Jahm (r.a.) ibn Qays

62. Othman (r.a.) ibn Maz’un

63. Son frère, Qudama (r.a.) ibn Maz’un

64. Son frère, Abdallah (r.a.) ibn Maz’un

65. Saïb ibn Othman (r.a.) ibn Maz’un

66. Ma’mar (ra) ibn al-Harith ibn Ma’mar

67. Son frère Hatib (ra) ibn al-Harith

68. Son épouse Fatima (ra), fille de Mujallil al-Amiriyya

69. Le frère de Ma’mar, Hattab (ra) ibn al-Harith

70. Son épouse Fukayha, fille de Yasar

71. Sufyan ibn Ma’mar (ra)

72. Noubayna (ra) ibn Uthman

La tribu des Banou Sahm

73. Abdallah ibn Hudhafa (qu’Allah l’agrée)

74. Khunays ibn Hudhafa (qu’Allah l’agrée) (gendre du vénérable Omar (qu’Allah l’agrée). (Premier mari de la vénérable Hafsa (qu’Allah l’agrée), Mère des croyants.

75. Hisham ibn al-As ibn Wa’il (qu’Allah l’agrée)

76. Harith ibn Qays (qu’Allah l’agrée)

77. Son fils Bashir ibn Harith (qu’Allah l’agrée)

78. Son second fils Ma’mar ibn Harith (qu’Allah l’agrée)

79. Qays ibn Hudhafa (qu’Allah l’agrée) (frère d’Abdallah ibn Hudhafa)

80. Abou Qays ibn al-Harith (qu’Allah l’agrée)

81. Abdullah ibn al-Harith (ra)

82. Saïb (ra), idem

83. Hajjaj (ra), idem

84. Bishar (ra), idem

85. Saïd (ra), idem

La tribu alliée des Banû Sahm

86. Umay (ra) ibn Riyab

87. Mahmiya (ra) ibn al-Jazu [demi-frère d’Umm al-Fadl (ra), épouse de Hadrat Abbas (ra).]

La tribu des Banû Makhzûm

88. Abû Salama (Abdullah ibn Abd al-Asad (cousin du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) par sa tante paternelle et son frère de lait, premier époux de la Mère des croyants, Umm Salama (qu’Allah l’agrée).

89. Son épouse, Umm Salama (qu’Allah l’agrée) (elle-même et son époux Abû Salama étaient des proches parents d’Abû Jahl).

90. Al-Arqam (qu’Allah l’agrée), fils d’Abû al-Arqam (sa demeure, Dâr al-Arqam, a été mentionnée précédemment).

91. Ayyâsh (qu’Allah l’agrée), fils d’Abû Rabî‘a (demi-frère paternel d’Abû Jahl et cousin de Khâlid ibn al-Walîd).

92. Son épouse, Asmâ (qu’Allah l’agrée), fille de Salama al-Tamîmiyya.

93. Al-Walîd (qu’Allah l’agrée), fils d’Al-Walîd ibn al-Mughîra.

94. Hishâm (qu’Allah l’agrée), fils d’Abû Hudhayfa

95. Salma (que Dieu l’agrée), fils de Hicham

96. Hachim (que Dieu l’agrée), fils d’Abou Houdhayfa

97. Habbar (que Dieu l’agrée), fils de Soufyan

98. Son frère, Abdallah ibn Soufyan

La tribu alliée des Banu Makhzum

99. Yasser (que Dieu l’agrée) (père d’Ammar ibn Yasser).

100. Ammar ibn Yasser (que Dieu l’agrée).

101. Son frère, Abdallah ibn Yasser (que Dieu l’agrée).

La tribu des Banû Âmir ibn Lu’ayy

102. Abû Hubayra (qu’Allah l’agrée), fils d’Abû Ru’aym (fils de Barrah, la tante paternelle du Prophète, fille d’Abd al-Muttalib).

103. Son épouse, Umm Kulthûm (qu’Allah l’agrée), fille de Suhayl ibn Amr. (La sœur d’Abû Jandal.

104. Abdullâh (qu’Allah l’agrée), fils de Suhayl ibn Amr.

105. Hâtib (qu’Allah l’agrée), fils d’Amr (le frère de Suhayl ibn Amr).

106. Salît (qu’Allah l’agrée), fils d’Amr

107. Sakrân (qu’Allah l’agrée), fils d’Amr (le frère de Suhayl ibn Amr. Il fut le premier époux de Sawda (qu’Allah l’agrée), fille de Zam’a, Mère des croyants)

108. Son épouse Sawda (qu’Allah l’agrée), fille de Zam’a (après la mort de Sakrân, elle eut l’honneur de devenir l’une des Mères des croyants).

109. Bibi Yaqaza (RA), épouse de Salit ibn Amr, fille d’Alqama (elle est appelée Umm Yaqaza dans l’Ibn Ishaq, tandis qu’Ibn Sa’d la nomme Fatima, fille d’Alqama).

110. Malik (RA), fils de Zam’a (frère de Sawda).

111. Ibn Umm Maktum (RA).

La tribu des Banu Fihr ibn Malik

112a. Abu Ubayda (RA), fils d’al-Jarrah

113. Sahail (RA), fils de Bayda

114. Saïd (RA), fils de Qays

115. Amr (RA), fils d’al-Harith ibn Zuhayr

116. Othman (r.a.) ibn Abd Ghanam ibn Zuhayr (cousin de Hadrat Abd al-Rahman ibn Awf (r.a.)).

117. Al-Harith (r.a.) ibn Saïd

La tribu des Banû Abd Qousaï

118. Touchaïb (r.a.) ibn Oumayr (fils de Arwa bint Abd al-Muttalib, tante paternelle du Prophète). Les membres de cette tribu étaient apparentés aux familles nobles des Quraychites. De plus, ils possédaient un grand nombre d’esclaves, hommes et femmes. À la suite de trois années de prédication secrète, ils embrassèrent l’islam. Voici leurs noms :

119. Oumm Ayman Baraka (r.a.) bint Tha‘laba, qui éleva le Prophète dans ses bras depuis son enfance.

120. Zinnîra al-Rûmiyya (r.a.) (affranchie de Amr ibn al-Mouammil).

121. Bilal (r.a.) ibn Rabah.

122. Sa mère, Hamama (r.a.)

123. Abou Fouqayha (ra), fils de Yassâr al-Jouhamî (affranchi de Safwân ibn Oumayya).

124. Labîba (ra) (esclave de Mou‘ammil ibn Habîb).

125. Oumm Oubaïs (ra) (esclave des Banû Tamîm ibn Mounayra ou des Banû Zouhra. La première opinion est celle de Zoubaïr ibn Bakkâr, et la seconde celle d’al-Balâdhourî).

126. ‘Âmir ibn Fohayra (esclave de Toufaïl ibn ‘Abdallah).

127. Soumayya (ra) (mère de ‘Ammâr ibn Yâsir et esclave d’Abou Houdhayfa ibn al-Moghîra al-Makhzoumî).

Voici les noms de ceux qui, parmi les Quraychites, embrassèrent l’islam à La Mecque durant la première période :

128. Mihjân (ra), fils d’al-Adra al-Aslamî.

129. Mas‘oud (ra), fils de Rabî‘a ibn ‘Amr. Il appartenait au clan de Qâra des Banû al-Houn ibn Khouzaïma.

Ainsi, en ajoutant 129 personnes aux quatre premiers musulmans, leur nombre s’élève à cent trente-trois (133). Avant que le Prophète (s.a.s.) ne commence à appeler publiquement à l’islam, tous ces bienheureux avaient déjà rejoint le groupe des musulmans.

[Abd al-Barr, dans al-Istî‘âb, et Ibn Athîr, dans Usd al-Ghâba, ont écrit : « Il est dit que Umm al-Fadl (r.a.), l’épouse de ‘Abbâs (r.a.), fut la première femme à se convertir à l’islam après Khadîja (r.a.). » Si cela est exact, le nombre de ces premiers musulmans s’élève à 134. Le véritable nom de cette femme était Lubâba bint al-Hârith. Elle était la sœur d’Umm al-Mu’minîn Maymûna (r.a.), la tante maternelle de Khâlid ibn al-Walîd (r.a.), et la demi-sœur d’Asmâ bint ‘Umays, l’épouse de Ja‘far ibn Abî Tâlib (r.a.). Nous n’avons pas inclus son nom dans cette liste parce que l’expression « il est dit » ou « il est rapporté » est considérée comme une narration faible — l’auteur.]

C’étaient des gens doués d’une pensée juste et d’une nature saine. Par le simple raisonnement, les preuves et la compréhension mutuelle, ils prirent conscience des méfaits du polythéisme, reconnurent la vérité du tawhîd, acceptèrent Muhammad (que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui) comme le Messager de Dieu, considérèrent le Coran comme la parole d’Allah et la source de leur guidée, et reconnurent comme une vérité incontestable la vie de l’au-delà. Après avoir formé un groupe de serviteurs aussi sincères et doués d’une profonde compréhension religieuse, le Prophète (s.a.s.), sur l’ordre d’Allah le Très-Haut, commença à appeler publiquement à l’islam. (****21)

Références

1. Rasâ’il wa Masâ’il, tome I, p. 29

2. Ajout de l’auteur

3. Tafhîm al-Qur’ân — introduction à la sourate al-‘Alaq

4. Le même ouvrage — Alam Nashrah, note 2

5. Ibid. — Ash-Shûrâ, note 83

6. Ibid. — Introduction à la sourate Al-‘Alaq

7. Ibid., introduction à la sourate Al-‘Alaq

8. Rasâ’il wa Masâ’il, vol. 3, p. 232

9. Ibid., ibid., p. 229–232

10. Tafhîm al-Qur’ân — Al-Qasas, note 109

11. Ibid., introduction à la sourate Al-Muddaththir

12. Ibid., Al-‘Alaq, notes 1–6

13. Ajout de l’auteur

14. Tafhîm-ul-Qurân — Al-Qadr, note 1

15. Ajout de l’auteur

16. Tafhîm-ul-Qurân — Introduction à la sourate Al-Muddaththir

17. Ajout de l’auteur

18. Tafhîm-ul-Qurân, Al-Qiyâma, note 11

19. Ibid. — Al-A‘lâ, note 7

20. Ibid. — Tâ-Hâ, note ; Al-Qiyâma, 11 ; Al-A‘lâ, 7

21. Ajout de l’auteur.

 

Chapitre cinq

Les directives données au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pour la prédication

Nous avons exposé la situation durant les trois premières années de la prédication secrète. À présent, avant de relater l’histoire de la période mecquoise de dix ans de prédication publique, nous jugeons nécessaire d’éclaircir deux points. Cela permettra de mieux comprendre les événements ultérieurs.

Le premier est le suivant : quelles directives furent données au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pour s’acquitter de sa mission apostolique, directives qui furent si efficaces qu’elles conquirent les cœurs des hommes, dissipèrent la perversion des esprits et transformèrent complètement une nation sauvage et barbare ?

Le second est le suivant : quelle était la véritable nature de la prédication islamique pour qu’une telle tempête d’opposition se déchaîne contre le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), alors qu’une opposition semblable ne s’était jamais manifestée en Arabie contre ceux qui se contentaient de rejeter le polythéisme et d’adopter le monothéisme ? Mais avec quelle force cette prédication fut-elle présentée qu’elle finit par rendre impuissants et démunis les porte-drapeaux de la Jâhiliyyah ?

Dans ce chapitre, nous traiterons du premier point, et du second dans le chapitre suivant. (1****)

Bref exposé de la prédication initiale

Allah Très-Haut choisit, dans la célèbre ville centrale de La Mecque en Arabie, l’un de Ses serviteurs — Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) — pour la mission prophétique et lui ordonna de commencer son œuvre de prédication au sein de sa propre ville et de sa tribu. Les orientations nécessaires au commencement de cette mission lui furent d’abord révélées ; elles concernaient trois points.

Premièrement — enseigner au Prophète comment se préparer lui-même à cette œuvre immense et selon quelle méthode l’accomplir.

Deuxièmement — fournir une connaissance initiale de la réalité des choses et réfuter les conceptions erronées concernant la vérité véritable, conceptions répandues parmi les gens de son entourage et qui rendaient leur conduite défectueuse.

Troisièmement — appeler à une conduite juste et exposer les principes moraux fondamentaux de la guidance divine, dont l’observance peut apporter aux êtres humains le bien-être et le bonheur.

Au début, ces messages étaient transmis en paroles brèves et concises. Le langage était extrêmement raffiné et élégant, doux et touchant. On s’adressait aux destinataires dans une langue littéraire adaptée à leur goût, afin que les paroles puissent pénétrer au plus profond de leur cœur, que la mélodie et la beauté de leur expression captivent leur oreille et que, grâce à leur harmonie et à leur équilibre, ils les récitent spontanément encore et encore. En outre, ces paroles et ces exposés faisaient largement référence au milieu et aux circonstances locales. Bien que l’on prêchât des vérités universelles, les arguments, les preuves, les témoignages et les exemples invoqués étaient tirés de l’environnement le plus proche, que connaissaient intimement ceux auxquels on s’adressait. Les discussions portaient sur leur propre histoire et leurs traditions, sur les vestiges et les ruines qu’ils observaient chaque jour, ainsi que sur leurs croyances, leurs pratiques morales et leurs injustices sociales, afin qu’ils puissent en tirer une leçon.

Cette première période de la prédication dura environ quatre ou cinq ans, dont les trois premières années furent celles de l’action clandestine. Durant cette période, les réactions à la prédication et à la transmission du message du Prophète se manifestèrent sous trois formes.

(1) Quelques personnes vertueuses acceptèrent cet appel et se préparèrent à devenir membres de la communauté musulmane.

(2) En raison de leur ignorance et de leurs intérêts personnels, ou par respect et attachement à la religion de leurs ancêtres, un grand nombre de gens se mobilisèrent pour s’opposer à cet appel.

(3) La voix de ce nouvel appel dépasse les limites de La Mecque et des Quraychites et atteint un cadre relativement plus vaste.

À partir de là commence la deuxième étape de cet appel. Durant cette étape débute un affrontement acharné entre le mouvement de l’islam et l’ancienne jahiliyyah, qui se prolonge pendant huit ou neuf ans. Ce ne sont pas seulement La Mecque et la tribu des Quraychites, mais aussi ceux qui, dans la majeure partie de l’Arabie, veulent préserver intacte l’ancienne jahiliyyah, qui se résolvent à anéantir ce mouvement par la force. À cette fin, ils recourent à toutes sortes de stratagèmes et diffusent une propagande mensongère ; ils déchaînent une tempête d’accusations, de doutes, de soupçons, de recherche de défauts et de critiques impitoyables. Ils suscitent diverses incitations et idées fausses dans l’esprit des gens ordinaires. On tente d’empêcher les étrangers d’écouter les paroles du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Les musulmans sont soumis à des persécutions et à des tortures inhumaines. Les relations financières et sociales avec eux sont rompues. Leur vie est rendue si pénible que, deux fois, ils sont contraints de quitter leurs foyers et d’émigrer en Abyssinie. Finalement, ils doivent tous émigrer une troisième fois, vers Médine. Malgré ces obstacles rigoureux et constamment renouvelés, le mouvement continue cependant de se développer. À La Mecque, il n’y a presque aucune famille ni aucune maison dont au moins un membre n’ait embrassé l’islam. Si la dureté et l’amertume du comportement hostile de la plupart des adversaires de l’islam s’expliquent par quelque chose, c’est parce que leurs propres frères, neveux, fils, filles, sœurs, gendres et autres proches ne sont pas seulement devenus adeptes de l’appel islamique, mais se sont transformés en forces auxiliaires dévouées à l’islam. Même leurs proches de sang et de chair se préparent à combattre contre eux. Le plus étonnant est que ceux qui, sortant des ténèbres épaisses de l’ancienne jahiliyyah, avaient rejoint ce nouveau mouvement, étaient déjà auparavant les gens les plus honnêtes de la société ; après y avoir adhéré, ils acquièrent une telle véracité et une telle pureté de caractère que le monde ne pouvait qu’en reconnaître la supériorité : ce mouvement attirait vers lui de tels hommes éminents et les rendait encore plus nobles.

Au cours de ce long et rude affrontement, Allah le Très-Haut continue de révéler, selon les circonstances et les besoins, des discours si puissants qu’ils semblent réunir le cours d’un fleuve, la force d’une inondation et l’effet d’un feu dévorant. Dans ces discours, les croyants reçoivent d’abord l’exposé de leurs devoirs et responsabilités fondamentaux, et le sentiment de vivre en communauté est éveillé en eux. Ils sont instruits de la piété, de la noblesse du caractère et d’une vie chaste. La méthode de propagation de la religion de vérité leur est enseignée. La promesse du succès et la bonne nouvelle du Paradis leur insufflent du courage. Ils sont exhortés à lutter dans la voie d’Allah avec patience, fermeté, un immense enthousiasme et une grande ardeur. Une telle motivation et une telle émotion à sacrifier leur vie sont éveillées en eux qu’ils se tiennent prêts à affronter tout danger et à faire face aux immenses tempêtes de l’opposition.

D’autre part, les opposants, ceux qui rejettent la voie de la vérité et ceux qui passent leur vie dans l’insouciance sont avertis du sort des peuples dont ils connaissent l’histoire. Il leur est demandé de tirer enseignement des ruines de ces cités détruites qu’ils traversent jour et nuit au cours de leurs voyages. Des arguments en faveur de l’unicité divine et de l’au-delà sont présentés à partir de signes manifestes qui se déploient jour et nuit sous leurs yeux dans les cieux et sur la terre, et qu’ils voient et ressentent eux-mêmes dans tous les aspects de leur vie. Les erreurs du polythéisme, de l’arbitraire, de l’incrédulité envers l’au-delà et de l’attachement à l’imitation aveugle des ancêtres leur sont exposées au moyen d’arguments clairs qui pénètrent au plus profond de leur cœur. Chacun de leurs doutes et soupçons est dissipé, et une réponse équitable est apportée à chacune de leurs accusations. Chacune des confusions dont ils souffrent et que l’on cherche à susciter chez autrui est dissipée. La jahiliyyah est montrée si vide de substance qu’elle ne conserve plus aucune place dans le monde de la raison et de la conscience. En même temps, on leur montre le châtiment d’Allah, les scènes terrifiantes de la Résurrection et le supplice de l’Enfer. Ils sont réprimandés pour leur mauvais caractère, leur mode de vie erroné, leurs coutumes païennes, leur opposition à la vérité et les souffrances qu’ils infligent aux croyants. Les principes fondamentaux de la morale, de l’éthique et de la civilisation leur sont exposés ; c’est sur ces fondements que, depuis des temps immémoriaux, s’est édifiée la civilisation bonne et juste choisie par Allah.

Cette étape comportait plusieurs phases, et à chacune d’elles l’appel prenait une ampleur plus grande. La lutte et les obstacles devenaient plus rigoureux. Les musulmans se trouvaient confrontés à des gens dont les croyances et les comportements étaient divers ; en conséquence, la diversité du contenu des messages venus d’Allah ne cessait elle aussi de s’accroître. (*****2)

Si l’on réfléchit aux directives détaillées données au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pour accomplir cette immense mission de l’appel islamique, on comprend aisément quelle grande force morale, à l’époque de la sévère opposition mecquoise, a ouvert la voie à la progression de la prédication islamique, et quels enseignements féconds ont incité les personnes touchées par cette prédication à affronter, dans la voie d’Allah, toutes les forces adverses et à accepter toutes les épreuves et tous les malheurs. Nous allons maintenant exposer ces directives une à une.

Veiller à la sagesse et au conseil dans l’appel

ادْعُ إِلَى سَبِيلِ رَبِّكَ بِالْحِكْمَةِ وَالْمَوْعِظَةِ الْحَسَنَةِ

Ô Prophète, appelle au chemin de ton Seigneur avec sagesse et de belles exhortations (An-Nahl : 125). La sagesse signifie qu’il ne faut pas prêcher sans discernement, comme un insensé, mais parler avec intelligence et à propos, après avoir compris la mentalité, les aptitudes et la situation de son interlocuteur. Il ne faut pas s’entretenir avec toutes sortes de personnes dans le même langage ni de la même manière. À l’égard de la personne ou du groupe auquel on doit transmettre le message, il faut d’abord diagnostiquer sa maladie. Ensuite, il faut la traiter au moyen d’arguments et de preuves capables d’extirper ce mal des profondeurs de son cœur.

Les belles exhortations ont deux significations. La première est qu’il ne suffit pas de convaincre l’interlocuteur par les seuls arguments et les seules preuves. Il faut également faire appel à ses sentiments. Il ne suffit pas de réfuter le péché, la corruption et l’égarement par la seule logique ; il faut aussi attirer son attention sur le dégoût inné qu’ils suscitent dans la nature humaine. Il faut l’avertir de la gravité de leurs conséquences. Il ne suffit pas non plus de démontrer par la seule raison la vérité et les mérites de la bonne direction et des bonnes actions ; il faut encore susciter en lui l’amour et le désir de les suivre.

La seconde signification est que l’exhortation doit être donnée d’une manière qui manifeste la compassion et la bienveillance. L’interlocuteur, c’est-à-dire celui à qui l’on adresse l’exhortation, ne doit pas avoir l’impression qu’on le considère comme méprisable et insignifiant, tandis que le conseiller se réjouit du sentiment de sa propre supériorité. Il doit plutôt sentir que le conseiller éprouve au fond de lui une profonde inquiétude et une ardente volonté de le voir se réformer, et qu’en réalité il ne souhaite que son bien.

La conversation ne doit pas se transformer en joute polémique ni en duel intellectuel. Il faut éviter les controverses injustes, les reproches mutuels, les propos blessants, les plaisanteries, les railleries et autres attitudes de ce genre. Le but ne doit pas être de réduire l’adversaire au silence ni de faire étalage de sa propre intelligence. Les paroles doivent au contraire être douces et agréables, et le caractère, très élevé et d’une grande noblesse. Les arguments et les preuves doivent être justes et acceptables. Il ne faut pas susciter chez l’interlocuteur l’entêtement, le sentiment de sa propre influence et de son prestige, ni l’obstination. Il faut essayer de lui faire comprendre les choses en termes simples. Si l’on constate qu’il descend dans la polémique sophistique, il faut alors le laisser dans cet état, afin qu’il ne s’enfonce pas davantage dans l’égarement. (****3)

Une méthode calme et convenable pour appeler à la vérité

وَقُلْ لِعِبَادِي يَقُولُوا الَّتِي هِيَ أَحْسَنُ إِنَّ الشَّيْطَانَ يَنْزَغُ بَيْنَهُمْ إِنَّ الشَّيْطَانَ كَانَ لِلْإِنْسَانِ عَدُوًّا مُبِينًا () رَبُّكُمْ أَعْلَمُ بِكُمْ إِنْ يَشَأْ يَرْحَمْكُمْ أَوْ إِنْ يَشَأْ يُعَذِّبْكُمْ وَمَا أَرْسَلْنَاكَ عَلَيْهِمْ وَكِيلًا

— Et, ô Muhammad (s), dis à Mes serviteurs de tenir les propos les meilleurs. En vérité, Satan est celui qui cherche à semer la discorde parmi les hommes. Il est réellement l’ennemi déclaré de l’être humain. Votre Seigneur connaît parfaitement votre situation. S’Il le veut, Il peut vous accorder Sa miséricorde, et s’Il le veut, Il peut vous châtier. Et, ô Prophète, Nous ne t’avons pas envoyé pour être le gardien des gens. (Banî Isrâ’îl : 53-54)

Cela signifie que, dans les échanges et les discussions avec les croyants, les mécréants polythéistes et les adversaires de la religion, il ne faut employer aucun langage rude ou grossier, ni tenir de propos exagérés. Aussi irritants que puissent être les propos des adversaires, les musulmans ne doivent jamais laisser sortir de leur bouche une parole contraire à la vérité, ni répondre à des paroles vaines par des paroles vaines sous l’effet de la colère. Il faut parler avec sang-froid et mesure, en tenant des propos absolument véridiques et conformes à la dignité de l’appel islamique.

Et si vous sentez un jour, en répondant aux propos des adversaires, que le feu de la colère s’embrase en vous et qu’une extrême agitation gagne votre tempérament, sachez que Satan vous excite afin de faire échouer le travail de l’appel à la religion. Son objectif est que, comme les adversaires, vous abandonniez l’œuvre de réforme et de rectification pour vous engager dans ces querelles et ces disputes dans lesquelles il veut maintenir l’humanité plongée.

Il ne convient pas qu’un croyant dise : « Nous sommes destinés au Paradis, et telle personne ou tel groupe est destiné à l’Enfer. » Le pouvoir de trancher sur cette question appartient exclusivement à Allah, exalté soit-Il. Le rôle du Prophète lui-même consiste seulement à appeler à la foi. Le destin des gens ne lui a pas été remis afin qu’il annonce pour les uns un jugement de miséricorde et pour les autres un jugement de châtiment. (****)

La dignité et la responsabilité du prédicateur

قَدْ جَاءَكُمْ بَصَائِرُ مِنْ رَبِّكُمْ فَمَنْ أَبْصَرَ فَلِنَفْسِهِ وَمَنْ عَمِيَ فَعَلَيْهَا وَمَا أَنَا عَلَيْكُمْ بِحَفِيظٍ

— Vois : une lumière de clairvoyance est venue à toi de la part de ton Seigneur. Celui qui met cette clairvoyance à profit œuvrera pour son propre bien. Quant à celui qui demeurera aveugle, il se nuira à lui-même. Et je ne suis pas votre gardien. (Al-An‘âm : 104).

« Je ne suis pas votre gardien » signifie que ma seule tâche consiste à vous présenter cette lumière venue de la part de votre Seigneur. Ensuite, c’est à vous qu’il revient d’ouvrir les yeux et de la voir ou non. Il ne m’a pas été confié la responsabilité d’ouvrir de force les yeux de ceux qui les gardent volontairement fermés, ni de contraindre à voir ceux qui ne veulent pas voir. (****5)

مَنْ يُصْرَفْ عَنْهُ يَوْمَئِذٍ فَقَدْ رَحِمَهُ وَذَلِكَ الْفَوْزُ الْمُبِينُ(16)وَإِنْ يَمْسَسْكَ اللَّهُ بِضُرٍّ فَلَا كَاشِفَ لَهُ إِلَّا هُوَ وَإِنْ يَمْسَسْكَ بِخَيْرٍ فَهُوَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ

—Ô Prophète, suis la révélation qui t’a été descendue de la part de ton Seigneur. Il n’y a aucune divinité en dehors de Lui. Et ne t’attache pas à ces polythéistes. Si Allah avait voulu qu’ils ne commettent pas de shirk, ils ne l’auraient pas commis. Nous ne t’avons pas établi pour les surveiller, et tu n’es pas leur gardien. (Al-An‘âm : 16-17) Cela signifie que tu as été établi comme prédicateur et muballigh, et non comme kotwal ou chef de police. Tu n’as pas à les poursuivre. Ta seule tâche est de présenter cette lumière aux gens et de ne ménager aucun effort, dans la mesure de tes forces et de tes capacités, pour exposer clairement la vérité. Que celui qui n’accepte pas cette vérité ne l’accepte pas. Il ne t’a pas été ordonné, dans cette mission, de faire absolument de tous les hommes des adeptes de la vérité. Et si quelqu’un demeure attaché au faux dans les limites de ta prophétie, tu n’auras pas non plus à en répondre. Ne te tourmente donc pas inutilement en te demandant comment rendre la vue à l’aveugle et comment faire voir ceux qui ne veulent pas ouvrir les yeux. Si, en vérité, la sagesse d’Allah exigeait que personne ne soit autorisé à rester attaché au faux dans le monde, pourquoi Allah aurait-Il eu besoin de te charger de cette mission ? Un seul signe créateur de Sa part n’aurait-il pas pu faire de toute l’humanité des adeptes de la vérité ? Mais tel n’est nullement le véritable objectif. L’objectif est que l’être humain soit libre de choisir entre la vérité et le faux. Puis, après lui avoir présenté la lumière de la vérité, il est mis à l’épreuve afin de voir lequel des deux il choisit. La conduite juste à tenir pour toi est donc de continuer à marcher sur le droit chemin, à la lumière qui t’a été montrée, et d’en appeler également les autres à cette voie. Tu accueilleras comme tiens ceux qui répondront à cet appel et ne les rejetteras jamais, si insignifiants et méprisables qu’ils puissent paraître aux yeux du monde. Quant à ceux qui ne répondront pas à ton appel, ne les poursuis pas. Ceux qui veulent eux-mêmes aller vers la mauvaise issue et qui sont déterminés à s’y rendre, laisse-les y aller. (****6)

La méthode simple du tabligh

وَنُيَسِّرُكَ لِلْيُسْرَى () فَذَكِّرْ إِنْ نَفَعَتِ الذِّكْرَى

—Et, ô Prophète, Nous te facilitons la voie la plus aisée. Exhorte donc celui à qui l’exhortation sera profitable — (Al-A‘lâ : 8-9).

Cela signifie : ô Prophète, Nous ne voulons pas te mettre en difficulté dans la transmission de la religion, en te faisant écouter le sourd et guider l’aveugle. Au contraire, Nous te donnons la possibilité de suivre la voie la plus aisée. Ainsi, si tu constates qu’en un endroit une personne est prête à tirer profit de l’exhortation, exhorte-la. La question est maintenant de savoir qui est prêt à en tirer profit et qui ne l’est pas. Il est certain que cela ne pourra être déterminé qu’au moyen de la transmission et de la prédication auprès du grand public. Il faut donc poursuivre le tabligh parmi les gens en général. Mais son objectif doit être de rechercher, parmi les serviteurs d’Allah, ceux qui saisiront cette occasion et adopteront le droit chemin. Tu dois accorder une attention particulière à ces personnes et consacrer un soin particulier à leur éducation et à leur formation. Tu ne dois pas perdre ton temps, en les délaissant, à poursuivre des gens dont ton expérience t’a montré qu’ils ne souhaitent pas accepter ton exhortation. (****7)

À qui revient la véritable importance du tabligh selon la perspective de l’islam

وَلَا تَطْرُدِ الَّذِينَ يَدْعُونَ رَبَّهُمْ بِالْغَدَاةِ وَالْعَشِيِّ يُرِيدُونَ وَجْهَهُ مَا عَلَيْكَ مِنْ حِسَابِهِمْ مِنْ شَيْءٍ وَمَا مِنْ حِسَابِكَ عَلَيْهِمْ مِنْ شَيْءٍ فَتَطْرُدَهُمْ فَتَكُونَ مِنَ الظَّالِمِينَ

— Et ô Prophète, ne repousse pas ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa satisfaction. Tu n’auras aucune responsabilité quant à ce dont ils devront rendre compte, pas plus qu’ils n’auront à répondre de ce dont tu devras rendre compte. Et si malgré cela tu les repousses, tu seras alors du nombre des injustes — (Al-An‘âm : 52).

Parmi ceux qui avaient cru les premiers au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), nombreux étaient les pauvres et les travailleurs. Parmi les autres reproches que les grands chefs et les gens aisés de Quraysh adressaient au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il y en avait un qui disait : « Tout autour de toi se sont rassemblés les esclaves, les servantes et les gens des classes inférieures de notre société. »

Ils disaient avec moquerie : « Regardez quels compagnons honorables il a trouvés ! Des gens comme Bilâl (qu’Allah l’agrée), ‘Ammâr (qu’Allah l’agrée), Suhayb (qu’Allah l’agrée) et Khabbâb (qu’Allah l’agrée). Quoi donc ! Allah n’a-t-Il trouvé parmi nous que des gens de cette sorte, qui puissent être choisis ? »

Ils ne se contentaient pas de ridiculiser les pauvres qui avaient embrassé la foi ; ils évoquaient aussi les faiblesses que certains d’entre eux avaient pu avoir avant de croire, en disant : « Regardez untel, qui était comme ceci jusqu’à hier, et untel, qui avait fait telle et telle chose : aujourd’hui, eux aussi font partie du groupe choisi et honoré. » En réalité, leurs propos sont rapportés dans le verset 53 de la sourate Al-An‘âm : « Est-ce donc ceux-là parmi nous sur lesquels Allah a répandu Sa grâce ? » C’est à cette parole que répond le présent verset. Son sens est le suivant : ne repousse pas, par égard pour ces grands personnages, ceux qui viennent à toi en désirant la vérité. Même s’ils avaient commis des erreurs et des fautes avant d’embrasser l’islam, la responsabilité de celles-ci ne t’a pas été imputée. (****8)

L’histoire de l’aveugle Ibn Umm Maktûm

Un jour, quelques chefs influents de La Mecque étaient assis auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), qui s’efforçait de les inciter à embrasser l’islam.

[Les noms de ceux qui étaient alors assis auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) sont rapportés dans différentes narrations. On trouve dans cette liste les noms d’‘Utba, de Shayba, d’Abû Jahl, d‘Umayya ibn Khalaf, d’Ubayy ibn Khalaf et d’autres ennemis acharnés de l’islam. Cela montre que l’événement eut lieu à une époque où le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) entretenait encore des relations avec eux, et où les conflits n’avaient pas atteint un point tel que leurs visites auprès de lui et leurs rencontres avec lui eussent complètement cessé. — (Granthakâr).]

Sur ces entrefaites, un aveugle nommé Ibn Umm Maktûm se présenta auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et voulut lui poser quelques questions au sujet de l’islam. Cette interruption ne plut pas au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), qui manifesta quelque irritation à son égard ; c’est alors qu’Allah, le Très-Haut, fit descendre cette sourate, ‘Abasa.

عَبَسَ وَتَوَلَّى () أَنْ جَاءَهُ الْأَعْمَى

Il s’est renfrogné et s’est détourné parce que l’aveugle est venu à lui (ʿAbasa : 1-2).

À voir la manière dont le discours commence en apparence, on pourrait penser que cette sourate exprime le mécontentement envers le Prophète (s.a.s.) parce qu’il aurait négligé l’aveugle et accordé une attention particulière aux grands chefs. Mais une réflexion globale sur l’ensemble de la sourate révèle qu’en réalité, le mécontentement est dirigé contre ces chefs quraychites qui, par orgueil, arrogance, obstination et aversion pour la vérité, rejetaient avec dégoût la prédication de la vérité du Messager d’Allah (s.a.s.). Tout en indiquant au Prophète (s.a.s.) la juste méthode de la prédication, on lui fait également comprendre les défauts de la méthode qu’il avait adoptée au début de sa mission. S’il s’était détourné de l’aveugle et avait prêté attention aux chefs quraychites, ce n’était pas parce qu’il honorait les riches et considérait l’aveugle comme méprisable et insignifiant, ni — à Dieu ne plaise — parce qu’une quelconque rudesse se manifestait dans son caractère, pour laquelle Allah Tout-Puissant l’aurait réprimandé. En réalité, la situation était plutôt la suivante : lorsqu’un prédicateur commence sa daʿwa, il est naturellement porté à souhaiter que les personnes influentes de la société acceptent son appel, afin que la tâche en soit facilitée. Sinon, même si la daʿwa se répand parmi les gens ordinaires, dépourvus d’influence et de prestige, incapables ou faibles, cela ne lui semble guère utile. Au début de la daʿwa, le Messager d’Allah (s.a.s.) avait adopté à peu près cette méthode de travail. C’est une sincérité parfaite et le désir de faire triompher la daʿwa de la vérité qui l’y avaient poussé ; il n’avait nullement l’idée d’honorer et de vénérer les grands tout en méprisant et en dédaignant les petits. Mais Allah Tout-Puissant lui expliqua que telle n’était pas la méthode correcte de la daʿwa islamique. Du point de vue de cette daʿwa, toute personne qui recherche la vérité a au contraire de l’importance, quelle que soit sa faiblesse, son absence d’influence ou son incapacité. En revanche, celui qui se détourne de la vérité n’a aucune importance, aussi influent soit-il dans la société. C’est pourquoi le Prophète (s.a.s.) devra certes transmettre publiquement l’enseignement islamique à l’ensemble du peuple. Mais ceux qui ont véritablement droit à ce que son attention se porte sur eux sont ceux chez qui se trouvent le désir et l’enthousiasme d’accepter la vérité. La dignité de la noble daʿwa du Prophète est diminuée lorsqu’elle est présentée à des gens orgueilleux qui s’imaginent avec arrogance que ce n’est pas à eux d’en avoir besoin, mais au contraire au Prophète.

وَمَا يُدْرِيكَ لَعَلَّهُ يَزَّكَّى () أَوْ يَذَّكَّرُ فَتَنْفَعَهُ الذِّكْرَى () أَمَّا مَنِ اسْتَغْنَى () فَأَنْتَ لَهُ تَصَدَّى () وَمَا عَلَيْكَ أَلَّا يَزَّكَّى () وَأَمَّا مَنْ جَاءَكَ يَسْعَى () وَهُوَ يَخْشَى () فَأَنْتَ عَنْهُ تَلَهَّى () كَلَّا إِنَّهَا تَذْكِرَةٌ () فَمَنْ شَاءَ ذَكَرَهُ

— Ô Prophète (s.a.s.), sais-tu ? Peut-être se serait-il purifié, ou aurait-il prêté attention au rappel, et le rappel lui aurait-il été profitable ? Tu t’intéresses à celui qui ne se soucie de rien. Pourtant, quelle responsabilité aurais-tu si celui-ci ne se purifiait pas ? Quant à celui qui vient vers toi en courant et qui est craintif, tu te détournes de lui. Jamais ! Ceci est un rappel. Que celui qui le veut l’accepte — (ʿAbasa : 3-12).

C’est là la subtilité fondamentale que le Prophète (s.a.s.) avait négligée ici dans la transmission de la religion. Pour le faire comprendre, Allah le Très-Haut a d’abord critiqué le comportement du Prophète (s.a.s.) envers Ibn Umm Maktûm. Puis Il a expliqué, du point de vue de l’appelant à la vérité, à qui il convient d’accorder une véritable importance et à qui il ne convient pas de l’accorder. Il y a, d’une part, celui dont l’état extérieur montre clairement qu’il recherche la vérité et qu’il la désire. Il craint constamment de suivre le faux et de s’attirer ainsi le mécontentement de Dieu. C’est pourquoi il est venu spontanément afin d’acquérir la connaissance de la vérité et de la voie droite. D’autre part, il y a celui dont le comportement montre clairement qu’il ne recherche aucunement la vérité. Au contraire, il ne se considère pas comme ayant besoin de quelqu’un pour lui montrer la voie véritable et droite. Entre ces deux catégories de personnes, la question n’est pas de savoir quelle conversion serait très bénéfique à la religion et laquelle ne contribuerait pas autant à sa diffusion et à son expansion. Il faut plutôt considérer qui est disposé à accepter la guidée et à se purifier, et qui n’éprouve absolument aucun respect pour ce bien précieux. Que la personne de la première catégorie soit aveugle, boiteuse, paralysée ou démunie, ou qu’elle ne soit apparemment pas capable de rendre un service notable à la diffusion et à l’expansion de la religion, elle n’en demeure pas moins une personnalité précieuse pour l’appelant à la vérité. C’est à elle qu’il faut accorder son attention, car le véritable objectif de cet appel est la réforme et l’amélioration des serviteurs d’Allah. Cette personne est telle que, si on lui adresse un rappel, elle acceptera de se réformer. Reste la personne de la seconde catégorie. Quelle que soit son influence et son prestige dans la société, il n’est nullement nécessaire de s’attacher à elle. Car son comportement proclame ouvertement qu’elle ne veut pas se réformer. Consacrer du temps à tenter de la réformer n’est donc qu’un gaspillage de temps. Si elle ne veut pas se purifier, qu’elle ne se purifie pas. En fin de compte, c’est elle qui en subira le préjudice, et l’appelant à la vérité n’aura aucune responsabilité à en porter.

L’aveugle mentionné ici était un célèbre Compagnon, le vénérable Ibn Umm Maktûm (r.a.). Al-Hâfiz Ibn ʿAbd al-Barr, dans son Istîʿâb, et al-Hâfiz Ibn Hajar, dans son Al-Isâba, disent qu’il était le cousin maternel du vénérable Khadîja (r.a.), Mère des croyants. Sa mère, Umm Maktûm, et Khuwaylid, le père de la vénérable Khadîja, étaient frère et sœur. Après avoir appris cette relation avec le Prophète (s.a.s.), il ne subsiste aucun doute qu’il ne l’a pas négligé en le considérant comme pauvre ou de rang inférieur, tout en accordant son attention aux riches. En effet, il était le beau-frère du Prophète (s.a.s.) et appartenait à sa propre tribu. Il n’était pas un homme de basse condition. La véritable raison pour laquelle le Prophète (s.a.s.) s’était comporté ainsi envers lui ressort du seul mot (******). Et c’est précisément cela qu’Allah le Très-Haut Lui-même a mentionné comme cause de l’inattention et de la négligence du Prophète. Autrement dit, le Prophète (s.a.s.) pensait que, parmi les hommes qu’il s’efforçait alors de guider vers la droiture, la conversion de l’un d’entre eux pourrait grandement contribuer à renforcer l’islam. En revanche, Ibn Maktûm était aveugle. En raison de son handicap, il ne pourrait pas être aussi utile à l’islam que le serait la conversion de l’un de ces chefs. C’est pourquoi il ne convenait pas qu’il intervienne dans la conversation à ce moment-là. Tout ce qu’il voulait comprendre et savoir, il pourrait le demander et l’apprendre à n’importe quel autre moment. (*****৯)

La sagesse dans la transmission

وَلَا تُجَادِلُوا أَهْلَ الْكِتَابِ إِلَّا بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ

— Et ne discutez avec les gens du Livre que de la manière la plus courtoise (Al-ʿAnkabût : 46). Autrement dit, la discussion ou le dialogue doit s’appuyer sur des arguments et des preuves justes, et se dérouler dans un langage extrêmement poli et convenable. Il doit être animé par une volonté de compréhension mutuelle, afin de corriger les idées et les conceptions de l’adversaire. Le prédicateur doit garder à l’esprit qu’il lui faut ouvrir la porte du cœur de son interlocuteur, y faire parvenir la parole de vérité et le guider vers la voie droite.

Il ne doit pas combattre comme un lutteur cherchant à terrasser son adversaire. Il doit plutôt traiter la maladie comme un médecin. Lorsqu’un médecin soigne un malade, il veille toujours tout particulièrement à ce qu’une erreur de sa part n’aggrave pas davantage la maladie du patient. Il s’efforce de toutes ses forces de faire en sorte que le malade guérisse avec le moins de souffrance possible. Certes, cette directive est donnée ici au sujet du dialogue avec les gens du Livre, en tenant compte du lieu, du moment et des personnes concernées. Mais elle ne se limite pas aux gens du Livre. C’est plutôt une directive générale concernant la transmission de la religion, que le Noble Coran a donnée en divers endroits. Par exemple :

ادْعُ إِلَى سَبِيلِ رَبِّكَ بِالْحِكْمَةِ وَالْمَوْعِظَةِ الْحَسَنَةِ وَجَادِلْهُمْ بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ

Invite au chemin de ton Seigneur avec sagesse et une excellente exhortation, et discute avec les gens de la manière la meilleure (An-Nahl : 125).

 (Arabe*************)

Le bien et le mal ne sont pas semblables. Repousse l’attaque de ton adversaire de la manière la meilleure. Tu verras alors que celui avec qui tu étais en inimitié sera devenu comme un ami intime (Fussilat : 34).

(Arabe*****************)

Repousse le mal de la meilleure manière. Je sais parfaitement ce qu’ils disent contre toi (Al-Mu’minûn : 96).

La juste conduite à adopter dans l’accomplissement du devoir de la prédication

(Arabe*******************)

(Ô Prophète,) adopte la douceur et le pardon, et continue d’inciter au bien ; ne te querelle pas avec les ignorants. Si jamais Satan t’incite, alors cherche refuge auprès d’Allah. Il entend tout et sait tout. En vérité, ceux qui craignent Allah, lorsqu’une mauvaise tentation surgit en eux sous l’influence de Satan, se souviennent aussitôt d’Allah et voient alors clairement (quelle est la conduite juste à adopter). Quant aux compagnons des démons, ils les entraînent vers l’égarement et ne négligent rien pour les détourner du droit chemin. — (Al-A‘râf : 199-202)

Dans ces versets, plusieurs méthodes importantes (hikma) concernant l’appel, la transmission, la guidance, ainsi que la réforme et la correction, ont été enseignées au Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il ne s’agit pas seulement d’instruire le vénérable Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ; par son intermédiaire, cette sagesse a été enseignée à tous ceux qui, lui succédant, assumeront la responsabilité de guider les habitants du monde vers le droit chemin. Elles se présentent dans l’ordre suivant :

(1) Parmi les qualités particulièrement indispensables à l’appelant de la vérité figure celle-ci : il doit être doux, patient et généreux d’esprit. Il doit être affectueux envers ses compagnons, compatissant envers le peuple et tolérant envers ses adversaires. Il doit fermer les yeux sur les faiblesses de ses collaborateurs comme sur la dureté de ses opposants. Même dans les situations extrêmement tendues, il doit conserver son calme et son naturel. Il doit supporter avec largesse même les propos les plus insupportables. Aussi dures que soient les paroles des adversaires, quelles que soient leurs calomnies, leur propagande mensongère ou leur volonté de s’opposer injustement et violemment, il convient de tout ignorer et de poursuivre sa route. L’affichage de la dureté et de la rudesse, les propos grossiers et inconvenants ainsi que l’esprit vindicatif entraînent de graves conséquences. L’objectif échoue et n’aboutit pas. Le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a décrit cette attitude en ces termes : « Mon Seigneur m’a ordonné d’agir avec justice, que je sois en colère ou dans mon état normal. Je dois rester lié à celui qui veut se séparer de moi ; donner son droit à celui qui me prive de mon droit ; et pardonner à celui qui me fait subir une injustice. »

Le noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) donnait également ces instructions à ceux qu’il envoyait de sa part accomplir une mission religieuse. Il disait :

(Arabe****************)

Autrement dit, où que vous alliez, que votre arrivée apporte aux gens une bonne nouvelle et ne suscite pas la haine. Que vous soyez pour eux une source de facilité et d’avantages, et non d’étroitesse ni de dureté.

À ce sujet, Allah Très-Haut n’a fait entendre au sujet du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) que des paroles élogieuses :

(Arabe****************)

— C’est par la miséricorde d’Allah que tu as été doux envers eux. Si tu avais été rude et dur de cœur, ils se seraient dispersés loin de toi. — (Âl ‘Imrân : 159).

(2) La voie du succès dans l’appel à la vérité consiste, plutôt que de se livrer à des discussions philosophiques et théoriques, à encourager les gens à rechercher ces biens et ces bienfaits simples, évidents et universellement connus, dont le caractère bénéfique peut être compris par le simple bon sens (Common sense). Ainsi, l’appel de celui qui invite à la vérité touche toutes les catégories de personnes et atteint les profondeurs du cœur de l’auditeur. Ceux qui s’opposent à un appel aussi connu provoquent leur propre échec et facilitent le succès de cet appel. En effet, les gens ordinaires, aussi plongés soient-ils dans les superstitions, lorsqu’ils voient d’un côté un homme pieux et d’une grande moralité appeler directement au bien, et de l’autre de nombreuses personnes recourir, pour s’y opposer, à des procédés immoraux, dépourvus d’éthique et inhumains, éprouvent peu à peu spontanément du dégoût pour les adversaires de la vérité et se tournent vers celui qui appelle à la vérité. Finalement, dans le camp des opposants, ne restent que ceux dont les intérêts personnels sont liés à l’ordre établi, ou ceux dont le cœur, en raison du suivi aveugle des ancêtres et de l’hostilité de l’époque de l’ignorance, n’a plus la capacité d’accueillir la lumière de la vérité. Telle est la stratégie pleine de sagesse grâce à laquelle le Prophète (paix et bénédiction sur lui) remporta le succès en Arabie. Puis, peu de temps après lui, le flot de l’islam se répandit dans les autres pays avec une telle ampleur que, dans certains endroits, cent pour cent des habitants, et dans d’autres, quatre-vingts à quatre-vingt-dix pour cent, cherchèrent refuge sous l’ombre fraîche de l’islam.

(3) Dans le travail de cet appel, il est aussi important d’inciter ceux qui aiment le bien à accomplir de bonnes actions que de ne pas entrer en débat avec les aveugles, quels que soient leurs efforts pour vous y entraîner. Celui qui appelle à la vérité ou en porte l’étendard doit se montrer extrêmement vigilant à cet égard et ne s’adresser qu’à ceux qui souhaitent comprendre le discours par une voie rationnelle. Si quelqu’un commence à se comporter comme un ignorant, avec obstination, querelles et moqueries, celui qui appelle à la vérité doit refuser de jouer le rôle de son adversaire. Il n’y a en effet aucun profit à entrer dans ce débat. Le seul résultat nuisible est que le temps qu’il pourrait consacrer à la diffusion et à l’expansion de l’appel, ainsi qu’à la formation des caractères, serait gaspillé dans cette futilité.

(4) Dans le prolongement de ce qui vient d’être dit, il faut ajouter que si celui qui appelle à la vérité ressent un jour, dans sa nature et son tempérament, de l’irritation face à l’oppression, aux méfaits, aux critiques et aux accusations inspirées par l’ignorance de ses adversaires, il doit immédiatement comprendre qu’il s’agit d’une incitation venant de Satan et implorer aussitôt la protection de Dieu, afin qu’Il protège Son serviteur de se laisser emporter par le flot des émotions et de perdre à ce point le contrôle qu’il entreprenne une action préjudiciable à l’appel à la vérité. Le travail de l’appel à la vérité ne peut être mené, en toutes circonstances, qu’avec sang-froid, et la seule démarche correcte est celle qui n’est pas guidée par l’émotion, mais adoptée après mûre réflexion, à la lumière des circonstances et de la situation. Cependant, puisque Satan ne peut tolérer l’expansion de cette œuvre, il tentera constamment, par l’intermédiaire de ses adeptes, de lancer diverses attaques contre le porte-étendard de la vérité, et cherchera, par chaque attaque, à l’exciter en lui suggérant qu’il faut y répondre. L’appel que Satan présente à l’esprit de celui qui invite à la vérité est le plus souvent enveloppé de grandes explications trompeuses et revêtu de termes religieux. Mais derrière tout cela, il n’y a rien d’autre que l’égoïsme. C’est pourquoi il est dit dans les deux derniers versets mentionnés plus haut que ceux qui sont muttaqûn — c’est-à-dire ceux qui craignent Dieu et désirent se tenir éloignés du péché — dès qu’ils ressentent dans leur cœur l’effet d’une incitation satanique ou le contact d’une inclination au péché, se montrent aussitôt vigilants et alertes. Ils comprennent alors clairement quelle conduite adopter dans cette situation pour atteindre le but de l’appel à la religion et quelle est l’exigence de la vérité. En revanche, ceux dont les actes sont animés par l’égoïsme et qui, pour cette raison, entretiennent une étroite familiarité avec les satans, ne peuvent résister aux attaques sataniques : ils sont vaincus et continuent sur la voie de l’égarement. Satan les emmène ensuite dans tous les domaines où il veut les conduire, sans qu’ils puissent s’établir solidement nulle part. À chaque insulte de l’adversaire, ils répondent par une insulte, et à chaque ruse, par une ruse plus grande.

La parole d’Allah possède également une portée générale : la conduite des personnes dotées de taqwâ est habituellement différente de celle des personnes qui en sont dépourvues. Ceux qui craignent réellement Dieu et souhaitent sincèrement se tenir éloignés de l’injustice et du péché ressentent une vive douleur dès que la moindre trace d’une mauvaise pensée les effleure, comme on le ressent lorsqu’un objet pointu pénètre dans le doigt ou qu’une infime particule entre dans l’œil. N’étant pas habitués aux pensées coupables, aux désirs pécheurs ni aux mauvaises intentions, toutes ces choses sont contraires à leur nature, tout comme une tache d’encre ou une éclaboussure de saleté sur le vêtement d’une personne habituée à la propreté et désireuse de rester nette. Lorsqu’elle ressent cette gêne, ses yeux s’ouvrent, sa conscience s’éveille et elle se met à chasser de son être les poussières de ces injustices et de ces transgressions. À l’inverse, ceux qui ne craignent pas Dieu, ne cherchent pas à s’abstenir du mal et entretiennent des liens avec les satans voient les mauvaises pensées, les désirs, les intentions et les desseins s’enraciner dans leur esprit, sans que ces souillures ne suscitent chez eux la moindre inquiétude. C’est comme une marmite dans laquelle cuit de la viande de porc, sans que son propriétaire sache ce qu’elle contient, ou comme le corps et les vêtements d’un vidangeur couverts d’excréments, sans qu’il ressente le moins du monde par quoi il est devenu sale et impur. (****11)

L’appel à Allah dans un contexte d’opposition extrême

(Arabe******************)

— Qui donc tient meilleur discours que celui qui appelle à Allah, accomplit de bonnes œuvres et dit : « Je suis musulman » ? — (Fussilat : 33).

Dans les versets précédents, les croyants ont été réconfortés et encouragés. Puis, dans ce verset, ils ont été exhortés à accomplir la tâche véritable pour laquelle ils sont devenus musulmans. Dans les versets précédents, il leur a été dit que rester fermes dans la servitude et l’obéissance à Allah, et ne pas s’en détourner après avoir emprunté cette voie, constitue l’œuvre fondamentale de bien qui fait de l’homme l’ami des anges et lui donne droit au Paradis. Il leur est maintenant dit que le degré supérieur, au-delà duquel il n’en existe aucun de plus élevé pour l’être humain, consiste à accomplir lui-même de bonnes œuvres et à appeler les autres à servir Allah. Puis, dans tout environnement hostile et adverse où proclamer l’islam revient à attirer sur soi les épreuves et les malheurs, il déclarera sans crainte : « Je suis musulman, soumis à Allah. »

Pour saisir pleinement l’importance de cette parole, il faut garder à l’esprit les conditions et l’atmosphère de l’époque où elle fut prononcée. La situation était telle que quiconque déclarait être musulman avait soudain le sentiment d’être entré dans une forêt peuplée de bêtes féroces, dont chacune accourait pour le mettre en pièces et le dévorer. Plus encore, celui qui ouvrait la bouche pour transmettre l’islam semblait appeler les bêtes féroces en leur disant : « Venez me mâcher et m’avaler. » Dans une telle situation, il fut dit que le fait, pour un homme, de reconnaître Allah comme son Seigneur, d’emprunter le droit chemin et de ne pas s’en écarter constituait sans aucun doute une œuvre fondamentale de grande valeur. Mais l’œuvre de bien du plus haut degré consiste à se tenir publiquement debout pour déclarer : « Je suis musulman », et à appeler les hommes à servir Allah sans se soucier des conséquences. Et, en accomplissant cette tâche, il devra garder ses actes si purs et si irréprochables que l’islam ne laisse à ceux qui portent son étendard aucune possibilité de lui reprocher quoi que ce soit. (****12)

Répondre au mal par ce qui est meilleur

(Arabe********************)

— Ô Prophète (s.a.s.), le bien et le mal ne sont pas égaux. Repousse le mal par l’œuvre de bien qui est la meilleure. Alors tu verras que celui qui nourrit de l’hostilité envers toi deviendra ton ami intime. — (Hâmîm Sajda : 34).

Pour saisir pleinement le sens de cette parole, il faut garder à l’esprit la situation dans laquelle cette orientation fut donnée au Prophète (s.a.s.) et, par son intermédiaire, à ses disciples. La prédication était combattue avec une obstination extrême et une opposition extrêmement agressive. Toutes sortes de manœuvres étaient employées pour diffamer le Prophète (s.a.s.) et détourner les gens de lui. Diverses accusations étaient portées contre lui. Un groupe d’opposants s’efforçait d’attiser dans l’esprit des gens l’hostilité envers le Prophète. Lui-même et ses compagnons étaient soumis à toutes sortes de persécutions. Exaspérés, un nombre important de musulmans furent contraints de quitter le pays. Ensuite, pour empêcher le Prophète de transmettre son message, ses adversaires se tenaient à l’affût afin de provoquer du vacarme autour de lui. Dès qu’il ouvrait la bouche pour prêcher, ils faisaient un tel tapage qu’aucune de ses paroles ne pouvait être entendue. C’était une situation si décourageante qu’en apparence toutes les voies de la prédication semblaient obstruées. C’est alors qu’un moyen de contrer et de briser la force de l’opposition fut enseigné au Prophète.

La première chose qui est dite est que le bien et le mal, ou la vertu et le péché, ne peuvent être égaux. Apparemment, quels que soient les ouragans de corruption et de péché que tes adversaires déchaînent, au point que la vertu, l’honnêteté et les bonnes œuvres semblent totalement impuissantes face à eux, tant que l’homme sera considéré comme un être humain, sa nature ne pourra s’empêcher de manifester du dégoût pour la corruption et le péché. Celui qui ne se contente pas de collaborer au péché, mais en porte lui-même l’étendard, croit au fond de lui qu’il est un menteur et un injuste, et qu’il persiste dans son obstination pour servir ses propres intérêts. Loin de susciter le respect d’autrui, cela les rabaisse à leurs propres yeux, tandis qu’une peur demeure cachée au fond de leur esprit ; lorsqu’ils passent à l’action contre leurs adversaires, cette peur porte intérieurement atteinte à leur courage et à leur résolution. Si, face à ces méfaits, les bonnes œuvres se poursuivent sans relâche, elles finissent toujours par triompher. Car les bonnes œuvres possèdent en elles-mêmes une force qui soumet les cœurs, et, si déchu que soit un homme, il ne peut s’empêcher de ressentir au fond de lui du respect pour elles. Puis, lorsque le péché et la vertu s’affrontent et que les qualités de l’un et de l’autre apparaissent clairement au sein du peuple, après quelque temps de conflit et de lutte, rares sont ceux qui ne prennent pas le péché en aversion et ne s’attachent pas à la vertu.

La deuxième chose qui est dite est qu’il ne faut pas combattre le péché par la seule vertu, mais par une vertu d’un très haut degré. Autrement dit, si quelqu’un vous traite mal et que vous lui pardonnez, c’est déjà une simple bonne action. Mais l’œuvre de bien d’un degré très élevé consiste à bien vous comporter, lorsque l’occasion se présente, envers celui qui vous a maltraité.

Il a été dit que son fruit est que même l’ennemi le plus acharné deviendra un ami intime. Car telle est la nature humaine. Garder le silence en réponse à une insulte est assurément une bonne action. Mais cela ne fera pas taire celui qui insulte. En revanche, si vous priez pour lui en réponse à ses insultes, même votre ennemi le plus éhonté en éprouvera de la honte et il se peut qu’il n’ose plus vous adresser la parole. Supposons qu’une personne ne laisse passer aucune occasion de vous nuire et que vous continuiez à supporter ses excès : il se peut alors qu’elle devienne encore plus audacieuse dans sa volonté de vous faire du mal. Mais s’il arrive qu’elle soit elle-même victime d’un tort et que vous la protégiez de ce tort, elle se jettera à vos pieds. En effet, il est très rare qu’une personne malfaisante puisse résister à une telle bonté. Toutefois, il ne serait pas juste d’accepter cette règle générale comme signifiant que cette œuvre de bonté d’un niveau supérieur transformera nécessairement tout ennemi acharné en ami intime. Il existe dans le monde des gens d’une nature si vile que, quels que soient la grandeur d’âme dont vous faites preuve en pardonnant leurs excès et le bien que vous leur opposez à leurs méfaits, ils ne renonceront pas à planter leur dard empoisonné comme un scorpion.

Cependant, les gens qui incarnent une telle malfaisance sont très rares, tout comme les personnes qui incarnent le bien sont également très peu nombreuses. (***13)

L’importance de la patience dans l’appel à la vérité

(Arabe***********************)

Puis il fut dit :

— « Seuls ceux qui patientent ont la chance de posséder ces qualités, et seuls ceux qui sont très fortunés peuvent atteindre ce degré — (verset 35).

Autrement dit, cette prescription est elle aussi très efficace. Mais sa mise en pratique n’est pas une chose facile. Elle exige une immense force morale, une résolution inébranlable, du courage, une grande patience et une maîtrise considérable de ses propres penchants. Il peut arriver qu’une personne réponde temporairement à un méfait par une bonne action. Cela n’a rien d’exceptionnel. Mais lorsqu’il faut lutter pendant des années, au nom de la vérité, contre des malfaiteurs qui suivent toutes sortes de voies erronées, ne reculent devant aucune transgression des limites de la moralité et sont enivrés par le pouvoir, continuer à opposer le bien au mal — et qui plus est, un bien de haut niveau — sans jamais perdre patience, n’est pas à la portée d’une personne ordinaire. Seul peut accomplir cette tâche celui qui, gardant la tête froide, est fermement résolu à œuvrer pour l’élévation de la vérité. Celui qui a entièrement soumis ses penchants à la connaissance, à la raison et à la conscience, de sorte qu’aucun méfait ni aucune bassesse ne puisse le faire descendre de sa position élevée ni lui faire perdre patience.

Ensuite, il est dit : « Ce degré ne peut être atteint que par ceux qui sont très fortunés. » C’est là une loi naturelle. Seuls les gens de grande distinction sont dotés de ces qualités. Quant à ceux qui les possèdent, aucune force au monde ne peut les empêcher d’atteindre le seuil du succès. Il est absolument impossible que des gens vils les vainquent par leur bassesse, leurs procédés méprisables et leur comportement grossier. (****14)

Se réfugier auprès de Dieu contre les incitations de Satan

Il est finalement dit :(Arabe*****************)

Et si tu ressens une incitation venant de Satan, cherche refuge auprès d’Allah (verset 36).

Satan est terriblement inquiet lorsqu’il voit que, dans le conflit entre la vérité et le mensonge, l’impudence est affrontée par la courtoisie et les méfaits par les bonnes actions. Il souhaite que, d’une manière ou d’une autre, les dirigeants de ceux qui luttent pour la vérité, et surtout leur principal responsable, commettent au moins une erreur, afin que l’on puisse dire au peuple : « Voyez, il faut être deux pour faire claquer des mains. Si l’un des deux camps a certes mal agi, l’autre n’est pas non plus composé de gens si convenables. Eux aussi ont eu tel comportement inconvenant. » Les gens ordinaires ne sont pas capables de comparer et d’évaluer avec équité les excès d’un camp et la riposte de l’autre. Tant qu’ils voient les adversaires recourir à toutes sortes de bassesses, tandis que leurs opposants ne s’écartent pas le moins du monde de la courtoisie, de la bienséance, de l’honnêteté et de la voie de la religion, le peuple reste influencé par cette attitude. Mais si, quelque part, ces derniers commettent une injustice ou un acte portant atteinte à leur dignité, même si cet acte est accompli en réponse à un excès extrême, alors, à leurs yeux, les deux camps sont considérés comme égaux. Les adversaires trouvent ainsi le prétexte de répondre à une seule parole par mille insultes. C’est pourquoi il est dit : « Méfiez-vous de la tromperie de Satan. Il vous incitera en se donnant l’apparence d’un conseiller compatissant et bien intentionné, en disant : “Une telle transgression ne peut absolument pas être tolérée ; il faut donner une réponse cinglante à telle parole ; il faut riposter à cette attaque. Sinon, on vous prendra pour des lâches et votre image sera ternie.” » Chaque fois que vous ressentirez en vous-mêmes une telle incitation dans quelque affaire que ce soit, prenez garde : Satan cherche, par son incitation, à vous exciter et à vous mettre en colère afin de vous faire adopter une mauvaise décision. Après avoir pris conscience de ce danger, ne tombez pas dans l’orgueil en disant : « Nous avons un contrôle total sur nous-mêmes. Satan ne pourra pas nous faire commettre d’erreur. » L’orgueil que vous tireriez de votre volonté et de votre force de décision serait la deuxième et la plus terrible des tromperies de Satan. Vous devez plutôt chercher refuge auprès de votre Seigneur. Car l’homme ne peut éviter l’erreur que si Lui seul lui accorde Son aide et Sa protection.

On trouve une très belle explication de cette question dans un récit rapporté par l’imam Ahmad dans son Musnad, d’après Abou Hourayra. Il rapporte qu’un jour, en présence du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), un homme se mit à insulter violemment Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) écoutait ses insultes en silence. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), voyant cela, continuait à sourire doucement. Finalement, la patience d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) atteignit ses limites et il prononça lui aussi une parole cinglante en réponse. Dès que cette parole sortit de sa bouche, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) éprouva un profond malaise, qui se manifesta sur son visage. Puis il se leva et s’éloigna. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) le suivit. Il lui demanda : « Que se passe-t-il ? Cet homme m’insultait et vous souriiez doucement ; puis, dès que je lui ai répondu, vous avez manifesté votre mécontentement. »

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Tant que tu gardais le silence, un ange était avec toi et répondait à ta place. Mais lorsque tu as ouvert la bouche, Satan a pris la place de l’ange. Or je ne peux pas rester assis avec Satan. » (15)

Celui qui appelle à la vérité doit être désintéressé

Dans l’appel à la vérité, celui qui appelle doit s’élever au-dessus de ses intérêts personnels ; ce sera la preuve la plus éclatante de sa sincérité et de son dévouement. Le Noble Coran affirme à maintes reprises que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), dans la mission d’appel à Allah qu’il accomplit, ne poursuit aucun intérêt personnel. Au contraire, il s’est consacré au bien des créatures de Dieu. Il est dit dans la sourate Al-An‘am :

(Arabe***************)

—Ô Prophète (paix et bénédictions sur lui), dis : « Je ne vous demande aucune rétribution pour cette mission de transmission et de guidance. Ce n’est qu’un rappel général destiné à tous les habitants du monde. » — (Al-An‘âm : 90).

—Et, ô Prophète (paix et bénédictions sur lui), tu ne leur demandes aucune rétribution pour cette mission. Ce n’est qu’un rappel adressé de manière générale aux habitants du monde. — (Yûsuf : 104).

Cette interpellation s’adresse apparemment au Prophète (paix et bénédictions sur lui), mais ses véritables seconds destinataires sont les foules de mécréants. On leur fait ainsi comprendre : « Serviteurs d’Allah, réfléchissez un peu ! Votre obstination est si déraisonnable. Si le Prophète accomplissait cette mission d’appel et de transmission dans son propre intérêt, ou s’il cherchait à obtenir quelque chose pour lui-même, vous auriez certes l’occasion de dire : “Pourquoi accepterions-nous les paroles de cet homme intéressé ?” Mais vous voyez bien que cet homme est désintéressé. Il vous exhorte pour votre bien et pour le bien des habitants du monde. Il n’y trouve aucun intérêt personnel. Quelle raison valable pouvez-vous donc avoir de vous opposer obstinément à lui ? Pourquoi vous acharner sans raison contre celui qui parle désintéressément pour le bien de tous ? Écoutez ses paroles avec ouverture d’esprit. Si elles vous agréent, acceptez-les ; sinon, ne les acceptez pas. » (16)

Il est dit dans la sourate al-Mu’minûn :

(Arabe***************)

—Ô Prophète (paix et bénédictions sur lui), leur demandes-tu quelque chose ? Le don de ton Seigneur est meilleur pour toi, et Il est le meilleur des dispensateurs de subsistance. — (Al-Mu’minûn : 72).

Autrement dit, personne ne peut honnêtement reprocher au Prophète (paix et bénédictions sur lui) que tout ce qu’il accomplit soit motivé par un intérêt personnel. Autrefois, il possédait une vaste activité commerciale. Aujourd’hui, il est pauvre et éprouvé. À une époque, son peuple le regardait avec respect et chacun lui témoignait la plus grande vénération. À présent, il endure les insultes et les jets de pierres. Sa vie est même devenue menacée. Il fut un temps où il vivait heureux avec son épouse et ses enfants. Aujourd’hui, il est pris dans un conflit qui ne lui laisse pas un seul instant de tranquillité. De plus, il est apparu avec un message tel que tout le pays est devenu son ennemi. Même ses propres proches en sont venus à désirer son sang. Qui peut dire que tout cela est l’œuvre d’un homme intéressé ? Un homme intéressé se ferait plutôt le porte-étendard des superstitions de son peuple et de sa tribu, et s’efforcerait par diverses manœuvres d’obtenir une position de chef. Un homme égoïste ne prêcherait pas un idéal qui ne se contente pas de défier les superstitions tribales, mais les abolit, elles qui constituent le fondement de la domination des polythéistes arabes. (17)

Il est dit dans la sourate Saba :

(Arabe*****************)

— Ô Prophète (ﷺ), dis : « Si je vous ai demandé une quelconque rémunération, elle est pour vous. Ma rémunération incombe à Allah. Il est certes témoin de toute chose. » — (Saba : 47).

Le début de ce verset peut avoir deux sens. Le premier est le suivant : si je vous ai demandé quelque rémunération, qu’elle soit votre propre lot. Le second sens est que, si je vous ai demandé une rémunération, ce n’est rien d’autre que ce qui est dans votre intérêt. Le sens final est que, quels que soient les reproches que les accusateurs puissent formuler contre moi, Allah sait tout. Lui seul témoigne que j’accomplis cette mission de manière désintéressée, et non pour un intérêt personnel. (18)

(Arabe*****************)

— Ô Prophète (ﷺ), dis : « Je ne vous demande aucune rémunération, et je ne suis pas non plus l’un de ces imposteurs. » — (Sâd : 86).

Autrement dit, je ne suis pas de ceux qui entrent dans l’arène avec de fausses prétentions afin d’établir leur prééminence, et qui se donnent l’apparence de ce qu’ils ne sont pas réellement.

Cette parole n’a pas seulement été placée dans la bouche du Prophète (ﷺ) afin d’en informer les mécréants de La Mecque. Bien plus, toute la vie du Prophète (ﷺ), qu’il a passée durant quarante ans parmi ces mécréants, en témoigne. À La Mecque, même chaque enfant savait que Muhammad (ﷺ) n’était pas un imposteur. Dans toute la nation, nul n’avait jamais entendu de sa bouche une parole qui aurait pu laisser penser qu’il aspirait à devenir quelqu’un ou qu’il cherchait à se rendre célèbre. (19)

Il est dit dans les sourates At-Tûr et Al-Qalam :

(Arabe****************)

— Ô Prophète (ﷺ), leur demandes-tu une rétribution, de sorte qu’ils soient écrasés sous le poids d’une amende imposée par la contrainte ? — (At-Tûr : 40, Al-Qalam : 46).

En réalité, cette question s’adresse aux mécréants. Elle signifie ceci : si le Messager cherchait à obtenir quelque chose de vous, et s’il faisait tous ces efforts dans son propre intérêt, vous auriez au moins une raison légitime de vous éloigner de lui. Mais vous savez vous-mêmes qu’il est absolument désintéressé dans sa mission et qu’il consacre sa vie uniquement à votre bien. Quelle raison pouvez-vous donc avoir de ne même pas être disposés à écouter ses paroles dans le calme ? Cette question contient une allusion subtile. À l’instar des dirigeants artificiels et prétentieux du monde entier et des prêtres des sanctuaires religieux, les chefs religieux, les érudits et les prêtres polythéistes d’Arabie menaient ouvertement un commerce de la religion. C’est pourquoi on leur posa cette question : d’un côté se trouvent ces marchands de religion qui vous demandent ouvertement des offrandes et réclament une rétribution pour chaque service religieux ; de l’autre, cet homme s’efforce, de manière totalement désintéressée — allant même jusqu’à ruiner ses propres affaires — de vous montrer, avec des arguments rationnels, le droit chemin de la religion. Quelle ignorance manifeste pourrait donc être plus grande que de le fuir pour vous précipiter vers les marchands de religion ? (20)

À ce propos, il n’existe qu’un seul verset qui puisse susciter une certaine controverse. Le voici :

(Arabe***************)

— Ô Prophète (ﷺ), dis : « Je ne vous demande aucune rétribution ; je demande seulement l’affection envers les proches. » — (Ash-Shûrâ : 23).

Dans ce verset (*****)

Les exégètes ont grandement divergé quant au sens du terme employé. Un groupe l’a compris au sens de parenté. Selon eux, le sens du verset est le suivant : « Je ne vous demande aucune rétribution pour cette mission. Je vous demande seulement de tenir au moins compte de la parenté qui existe entre vous et moi. Vous auriez dû accepter mon message. Mais si vous refusez de le faire, ne commettez pas au moins cette injustice : parmi tous les Arabes, vous êtes précisément ceux qui s’acharnent le plus à me combattre. »

Telle est l’exégèse de ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās (qu’Allah l’agrée). De nombreux savants éminents, tels que l’imam Aḥmad, al-Bukhārī, Muslim, al-Tirmidhī, Ibn Jarīr, al-Ṭabarānī, al-Bayhaqī et Ibn Saʿd, l’ont rapportée par l’intermédiaire de plusieurs transmetteurs. Cette exégèse a également été adoptée par Mujāhid, ʿIkrima, Qatāda, al-Suddī, Abū Mālik, ʿAbd al-Raḥmān ibn Zayd ibn Aslam, al-Ḍaḥḥāk, ʿAṭāʾ ibn Dīnār et d’autres exégètes renommés.

Un autre groupe (Arabe**********)

l’a compris au sens de proximité. Selon eux, le sens de ce verset est le suivant : « Je ne vous demande aucune autre rétribution pour cette mission, si ce n’est que naisse en vous le désir de vous rapprocher d’Allah, le Très-Haut. En d’autres termes, que vous vous réformiez. Voilà ma rétribution. » Cette exégèse est rapportée de Ḥasan al-Baṣrī. Une parole de Qatāda est également citée à son appui. Bien plus, dans une tradition rapportée par al-Ṭabarānī, une opinion de ce genre est également attribuée à Ibn ʿAbbās (qu’Allah l’agrée). Le Noble Coran exprime lui-même cette idée ailleurs en ces termes :

(Arabe***************)

« Dis-leur : “Je ne vous demande aucune rétribution pour cette mission ; ma rétribution consiste seulement en ceci : que celui qui le souhaite adopte le chemin de son Seigneur.” » (Al-Furqān : 57).

Un autre groupe

a compris ce terme au sens de proches parents. Selon eux, le sens du verset est le suivant : « Je ne vous demande aucune autre rétribution pour cette mission, si ce n’est que vous aimiez mes proches parents. » Certains membres de ce groupe ont ensuite compris par « proches parents » l’ensemble des Banū ʿAbd al-Muṭṭalib. D’autres ont limité cette désignation à ʿAlī (qu’Allah l’agrée), Fāṭima (qu’Allah l’agrée) et leurs enfants. Cette exégèse est rapportée comme étant celle de Saʿīd ibn Jubayr et de ʿAmr ibn Shuʿayb. Dans certaines traditions, elle est attribuée à Ibn ʿAbbās (qu’Allah l’agrée) et à ʿAlī ibn Ḥusayn (qu’Allah l’agrée), c’est-à-dire Zayn al-ʿĀbidīn. Toutefois, cette exégèse ne peut être retenue pour plusieurs raisons. Premièrement, lorsque cette sourate fut révélée à La Mecque, le mariage entre ʿAlī (qu’Allah l’agrée) et Fāṭima (qu’Allah l’agrée) n’avait pas encore été célébré. La question de leurs enfants ne se posait donc même pas. En outre, tous les Banū ʿAbd al-Muṭṭalib n’étaient pas des soutiens du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Certains d’entre eux lui étaient même ouvertement hostiles. L’hostilité d’Abū Lahab est connue de tous dans le monde. Deuxièmement, la parenté du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne se limitait pas aux Banū ʿAbd al-Muṭṭalib. Du côté de son père, de sa mère et de ses épouses, il avait des liens de parenté avec toutes les familles qurayshites. Dans ces familles se trouvaient aussi bien des Compagnons éminents que des ennemis acharnés. Comment aurait-il donc été possible pour le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), parmi tous ces parents, de ne désigner que les Banū ʿAbd al-Muṭṭalib comme ses proches et de réserver à eux seuls cette demande d’amour ? Qu’Allah l’agrée.

La troisième remarque, et la plus importante, est la suivante : un prophète se tient à une position éminente pour proclamer l’appel à Allah. Que, depuis cette position, il demande comme rémunération : « Aimez mes proches » — une revendication si mesquine qu’aucune personne de bon goût ne peut même concevoir qu’Allah ait enseigné pareille chose à Son prophète et que le prophète l’ait proclamée debout au milieu des Quraychites. Dans les récits des prophètes, que le Coran sacré rapporte, nous constatons que, l’un après l’autre, ils sont venus s’adresser à leur peuple en disant : « Je ne vous demande aucune rémunération ; ma rémunération incombe à Allah. » (Voir Yûnus : 72 ; Hûd : 19, 51 ; al-Shu‘arâ’ : 109, 117, 145, 164, 180.)

Dans la sourate Yâ-Sîn, le critère permettant d’éprouver la véracité du prophète est présenté ainsi : son appel est totalement désintéressé (verset 21). Le Prophète lui-même (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a répété à maintes reprises de sa noble bouche : « Je ne vous demande aucune rémunération. » Nous l’avons cité plus haut. Dès lors, comment pourrait-il être question de dire : « En échange de la mission que j’accomplis en vous appelant de la part d’Allah, aimez mes proches » ? Cela paraît d’autant moins pertinent lorsque nous constatons que, dans ce discours, les croyants ne sont pas les destinataires ; ce sont au contraire les mécréants. Du début à la fin, c’est à eux que l’on s’adresse, et c’est encore à eux que les paroles suivantes sont destinées. Dans un tel discours suivi, comment la question de demander quelque rémunération aux opposants pourrait-elle même se poser ? On ne demande une rémunération qu’à ceux qui apprécient quelque peu le service accompli pour eux. Quelle considération les mécréants accordaient-ils donc à l’œuvre du Prophète pour qu’il puisse leur dire : « Aimez mes proches en échange du service que j’accomplis » ? Bien au contraire, ils la considéraient comme un crime et cherchaient à attenter à sa vie. (***21)

L’importance accordée à la croyance en l’au-delà au début de l’appel

Lorsque le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) commença pour la première fois à prêcher l’islam à La Mecque l’Honorée, son enseignement reposait sur trois points. Premièrement : nul ne doit être associé à Allah dans Sa divinité. Deuxièmement : Allah Tout-Puissant a choisi Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) comme Son Messager. Troisièmement : ce monde sera un jour détruit, puis un second monde viendra à l’existence. Là, tous les êtres humains, du premier au dernier, seront ramenés à la vie et ressuscités avec les corps mêmes dans lesquels ils ont accompli leurs œuvres terrestres. Ensuite, ils seront jugés selon leur croyance et leurs actes. À l’issue de ce jugement, ceux qui se révéleront croyants et vertueux entreront pour l’éternité au Paradis, tandis que ceux qui se révéleront mécréants et pervers demeureront pour l’éternité en Enfer.

Bien que le premier de ces points fût extrêmement pénible à accepter pour les habitants de La Mecque, ils n’ont jamais nié l’existence d’Allah. Ils admettaient qu’Il était le Seigneur suprême, le Créateur et le Pourvoyeur. Ils admettaient également que ceux qu’ils considéraient comme leurs divinités étaient eux aussi des créatures d’Allah. La controverse portait donc uniquement sur la question de savoir si ces divinités partageaient les attributs, l’autorité et la divinité de Dieu.

Les habitants de La Mecque n’étaient pas prêts à accepter le deuxième point. Toutefois, il leur était impossible de nier que, durant les quarante années que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait passées parmi eux avant de revendiquer la prophétie, ils ne l’avaient jamais trouvé menteur, trompeur ou prêt à emprunter une voie injuste pour satisfaire ses intérêts personnels. Ils reconnaissaient eux-mêmes son intelligence, sa clairvoyance et la noblesse de son caractère. Ainsi, malgré toutes les excuses qu’ils cherchaient et toutes les accusations qu’ils portaient contre lui, il leur était difficile, non seulement de le faire croire aux autres, mais même de le croire eux-mêmes : il aurait été véridique dans tous les autres domaines, mais menteur — à Allah ne plaise — dans sa seule revendication de la mission prophétique. De cette manière, les deux premiers points ne leur paraissaient pas aussi complexes que le troisième. Lorsque celui-ci leur fut présenté, il suscita chez eux les moqueries et les railleries les plus vives ; il provoqua le plus grand étonnement, et ils se mirent partout à le présenter comme absurde et irréel. Pourtant, pour les amener à l’islam, il était absolument indispensable d’ancrer fermement dans leur esprit la croyance en l’au-delà, car sans cette croyance, il leur était tout à fait impossible de parvenir à une conception juste du vrai et du faux. Il leur était également impossible de modifier leur critère du bien et du mal et de faire un pas sur la voie de la droiture en abandonnant le culte du monde, voie sur laquelle l’islam voulait les conduire. C’est pourquoi, dans la plupart des sourates de la première période mecquoise, l’accent a été fortement mis sur l’enracinement de la croyance en l’au-delà. Les arguments en sa faveur ont certes été présentés d’une manière qui a également enraciné spontanément dans les cœurs la notion de l’unicité divine. Parallèlement, des preuves succinctes de la véracité du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et du Coran ont parfois été exposées. (****22)

Indications

1. Ajouts de l’auteur

2. Tafhim al-Qur’an, tome 1, introduction

3. Tafhim al-Qur’an, tome 2, An-Nahl, notes 122-123

4. Tafhim al-Qur’an, Banî Isrâ’îl, notes 57-61

5. Tafhim al-Qur’an, Al-An‘âm, note 69

6. Tafhim al-Qur’an, Al-An‘âm, note 71

7. Tafhim al-Qur’an, Al-A‘lâ, note 10

8. Tafhim al-Qur’an, Al-An‘âm, notes 24-25

9. Tafhim al-Qur’an, ‘Abasa, introduction et note 201

10. Tafhîm-ul-Qurân, Al-‘Ankabût, note 81

11. Tafhîm-ul-Qurân, Al-A‘râf, note 15

12. Tafhîm-ul-Qurân, Hâ’ Mîm as-Sajda, note 36

13. Tafhîm-ul-Qurân, Hâ’ Mîm as-Sajda, note 37

14. Tafhîm-ul-Qurân, Hâ’ Mîm as-Sajda, note 40

16. Tafhîm-ul-Qurân, Yûsuf, note 73

17. Tafhîm-ul-Qurân, Al-Mu’minûn, note 70

18. Tafhîm-ul-Qurân, Saba’, notes 28-29

19. Tafhim al-Qur’an, Ṣād, note 72

20. Tafhim al-Qur’an, Aṭ-Ṭūr, note 31

21. Tafhim al-Qur’an, Ash-Shūrā, note 41

22. Tafhim al-Qur’an, introduction à la sourate An-Naba’

Carte de La Mecque honorée

 

Début du 4e volume

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Sixième chapitre

La véritable nature de l’appel à l’islam

La raison de l’hostilité des polythéistes et la cause de leur échec

Nous voulons maintenant présenter la deuxième partie de l’exposé commencé dans le chapitre précédent. Nous avons expliqué quelles directives avaient été données au Prophète (paix et bénédictions sur lui) et, par son intermédiaire, à ses Compagnons, concernant la diffusion de l’appel à l’islam, afin qu’ils puissent affronter avec les armes de la morale l’opposition des porte-étendards de la jahiliyyah, conquérir leurs cœurs par la sagesse, la générosité, la patience et la tolérance, rendre justes et accueillantes les montagnes d’obstination, de haine aveugle et d’entêtement, et sélectionner parmi le peuple ceux qui possédaient l’amour de la vérité et les qualités nécessaires pour la suivre, afin de les intégrer au groupe.

Nous voulons ensuite exposer quelle était la véritable nature de l’appel que le Prophète avait apporté, et quelles étaient ses qualités et ses caractéristiques particulières qui poussèrent d’abord les Quraysh, puis les autres habitants de l’Arabie, à s’y opposer. Quelle était donc la force de cet appel qui finit par réduire ses adversaires au silence et remporta un succès si éclatant qu’on n’en trouve aucun exemple dans l’histoire ?

Comme cette question mérite un examen détaillé, nous l’exposerons sous sept rubriques. Les voici :

1. L’enseignement de l’unicité divine et la réfutation du polythéisme.

2. L’appel à croire en la mission prophétique de Muhammad.

3. L’appel à croire que le Coran est la parole d’Allah.

4. L’appel à croire en l’Au-delà.

5. L’enseignement moral.

6. L’établissement de la communauté musulmane universelle.

7. La différence entre la méthode d’action des prophètes et celle des non-prophètes.

Premier paragraphe

L’enseignement du tawḥîd et la réfutation du polythéisme

Parmi les points de l’appel islamique, le premier, le plus important et le fondamental est la reconnaissance du tawḥîd et la réfutation du polythéisme. Bien que le Prophète (sur lui la paix) fût lui-même, avant sa mission prophétique, convaincu du tawḥîd et hostile au polythéisme, et que l’on trouvât également cette croyance chez certains Arabes de son époque et des générations précédentes, il existe une différence considérable entre ces deux catégories de personnes. Les uns se contentent d’adhérer au tawḥîd et de rejeter le polythéisme, et, au mieux, estiment qu’il suffit de le proclamer. Les autres se lèvent pour propager et diffuser cette croyance, et commencent à appeler le peuple à délaisser le polythéisme et à adhérer au tawḥîd. Ce qui crée ensuite une immense différence entre la simple croyance en cette doctrine et cet appel public accompagné de sa transmission, c’est que celui qui en assume la responsabilité ne se contente pas de démontrer, avec des arguments, l’unicité de Dieu dans le détail ; il expose également, une à une, la signification et la portée de cette unicité ainsi que les exigences inéluctables de son acceptation, puis dit aux gens : « Croyez au tawḥîd d’Allah avec toutes ces explications détaillées. »

Telle est l’œuvre qu’accomplit le Prophète (sur lui la paix) après avoir été investi de la mission prophétique. Et telle fut la première raison de l’opposition des mécréants à son égard. Car chacune de ses paroles était en conflit avec leur croyance, leurs convictions, leurs superstitions et les idées accumulées au cours de centaines d’années.

L’enseignement clair et sans ambiguïté du tawhid

Dans la société polythéiste arabe, la véritable question ne concernait pas l’existence d’Allah le Très-Haut, mais plutôt la reconnaissance de Son unicité. Ils reconnaissaient Allah comme leur Créateur et le Créateur de l’univers. Ils ne refusaient pas non plus de Le reconnaître comme Rabb et Ilah. Ils ne voyaient même aucun inconvénient à Lui rendre un culte. Cependant, l’égarement dans lequel ils étaient plongés consistait en ceci : ils ne considéraient pas que la divinité, ainsi que la seigneurie et l’autorité, fussent réservées à Allah. En outre, ils considéraient de nombreuses autres divinités comme les associées d’Allah. Ils croyaient qu’elles aussi devaient être adorées parallèlement à Allah. (****1) Telle était leur situation :

(Arabe***************)

— et lorsque, dans le Coran, tu mentionnes ton Rabb unique, ils s’en vont en détournant le visage avec dégoût. (Banî Isrâ’îl : 56)

Autrement dit, il leur était insupportable que tu ne reconnaisses qu’Allah seul comme Seigneur et que tu ne mentionnes aucun des nombreux seigneurs et dieux qu’ils avaient inventés. Ils ne supportaient pas un seul instant cette attitude de type wahhabite (dans la terminologie actuelle), selon laquelle l’homme ne réciterait que « Allah, Allah ». Aucune mention des dépenses consacrées aux saints, aucune reconnaissance de l’obtention de grâces dans les sanctuaires. Pas davantage de félicitations élogieuses à l’égard de ces personnalités auxquelles, selon eux, Allah le Très-Haut avait distribué une part de Sa divinité. Ils disent : « Voilà un homme bien étrange ! Selon lui, la connaissance de l’avenir n’appartient qu’à Allah, la puissance n’appartient qu’à Allah, et la compétence dans l’action ainsi que l’autorité n’appartiennent qu’à Allah. Dans ce cas, ceux qui se trouvent dans nos sanctuaires ne sont-ils donc rien ? Pourtant, c’est auprès d’eux que nous acquérons la connaissance ; par leur volonté, les malades guérissent, le commerce prospère et les souhaits se réalisent. Alors, ne sont-ils vraiment rien ? » (2)

Ailleurs dans le Coran, leur aversion pour le tawhid et leur immersion dans le shirk sont décrites ainsi :

(Arabe*****************)

Et lorsqu’Allah seul est mentionné, ceux qui ne croient pas en l’Au-delà ressentent une profonde douleur ; mais lorsque d’autres que Lui sont mentionnés, leurs cœurs se mettent soudain à danser de joie. (Az-Zumar : 54)

Dans le monde, cette attitude s’applique presque à tous ceux qui ont des dispositions semblables à celles des polythéistes. Ils disent verbalement : « Nous croyons en Allah. » Mais leur état est tel que, dès que le nom du seul Allah est mentionné, leurs visages se déforment. Ils disent alors : « Cet homme ne reconnaît absolument pas les grands hommes ni les saints d’Allah ; c’est pourquoi il ne fait que répéter : Allah, Allah. »

En revanche, si les noms d’autres divinités sont mentionnés, leurs visages s’illuminent de joie. Leur comportement révèle envers qui vont leur attachement et leur amour. (3)

(Arabe***************)

— Leur attitude était telle que, lorsqu’on leur disait : « Il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah », ils répondaient avec orgueil : « Allons-nous abandonner nos divinités pour un poète fou ? » (As-Saffat : 35-36)

Ils s’opposaient vivement à cette parole du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) :

(Arabe*************)

— Cet homme fait-il d’un seul dieu le dieu unique au lieu de tous les dieux ? Voilà vraiment une chose étonnante ! (Sad : 5)

Dans cette société et parmi des gens partageant une telle conception, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se tenait debout et proclamait d’une voix ferme et répétée qu’Allah est l’unique Ilah et Rabb. Nul autre ne partage Sa divinité ni Sa souveraineté et Son autorité.

(Arabe**************)

—Votre Dieu est certes Allah, en dehors de qui il n’y a aucune divinité. Sa science embrasse toute chose. (Tâ-Hâ : 98)

(Arabe*****************)

—Bien plus, votre Seigneur est Celui qui est le Seigneur des cieux et de la terre et qui les a créés. (Les Prophètes : 65)

(Arabe****************)

—En vérité, votre Seigneur est unique. Il est le Seigneur des cieux, de la terre et de tout ce qui se trouve entre eux, ainsi que le Seigneur des Orients. (Les Rangés : 4-5)

C’est-à-dire que Celui qui est le propriétaire et le Seigneur de l’univers est également le Dieu de l’humanité, celui qui est adoré et la divinité ; en réalité, Lui seul peut être adoré et c’est Lui seul qui doit l’être. Il est absolument erroné de dire qu’un être serait le Seigneur de l’univers et de vous-mêmes — c’est-à-dire son propriétaire, son souverain, son éducateur et son nourricier — tandis qu’un autre serait la divinité, Celui qui a droit à l’adoration.

(Arabe******************)

—(Ô Prophète !) Dis : « Je ne suis qu’un avertisseur. Il n’y a de divinité que le Dieu unique, le Dominateur suprême, Seigneur des cieux, de la terre et de tout ce qui se trouve entre eux. Il est le Tout-Puissant, le Grand Pardonneur. (Ô Prophète !) Dis : ceci est une annonce dont vous vous êtes détournés. » (Sâd : 4-5)

(Arabe*******************)

—Allah a dit : « Ne prenez pas deux divinités —un dieu et un seigneur—. Il n’y a qu’un seul Dieu. Craignez donc Moi seul. » (An-Nahl : 51)

(Arabe****************)

Et c’est Lui qui est Dieu dans le ciel et Dieu sur la terre. Il est le Sage, l’Omniscient. (Az-Zukhruf : 53)

(Arabe*****************)

—Et n’invoquez aucune autre divinité en dehors d’Allah. Il n’y a de divinité que Lui. Toute chose est vouée à la destruction, excepté Son Essence. À Lui seul appartiennent le pouvoir et l’autorité. C’est vers Lui que toute chose retournera. (Al-Qasas : 88)

Les polythéistes demandèrent au Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) de leur exposer la généalogie du Seigneur vers lequel il les appelait. De quoi est-Il issu ? De qui a-t-Il reçu la succession de ce monde ? Et qui en héritera après Lui ?

En réponse, une définition si claire, si globale et pourtant si concise du tawhid fut énoncée qu’elle pénétrait le cœur avec la rapidité d’une flèche. Pas la moindre trace de shirk ne pouvait trouver place dans l’esprit. Chacun de ses mots exposait clairement la notion du tawhid. Et surtout, puisqu’elle était formulée en quatre phrases brèves et éloquentes, aucun auditeur ne pouvait l’effacer de sa mémoire ni s’empêcher de la prononcer. Il fut proclamé :

(Arabe******************)

— (Ô Prophète, en réponse à leurs propos) dis : « Il est Allah, l’Unique, l’Un. Allah Se suffit à Lui-même, indépendant de toute chose, et nul parmi tous ne Lui est égal. »

Le sens de la première phrase est le suivant : le Seigneur au sujet duquel vous m’interrogez, que je reconnais comme l’unique Dieu et que je souhaite voir les autres reconnaître également, n’est ni un dieu inédit ni un dieu que j’aurais imaginé. Il est au contraire ce Dieu que vous appelez Allah de vos propres bouches, dont vous appelez cette Maison — la Kaaba — la Baytullah (la Maison d’Allah), auprès de qui vous priiez, il y a à peine quarante ans, lors de l’attaque d’Abrâha, afin qu’Il vous protège, oubliant alors vos autres divinités. Vous reconnaissez vous-mêmes à Son sujet qu’Il est le Créateur de vos terres et de vos cieux, ainsi que de toute chose dans le monde.

Il est ensuite dit, au sujet d’Allah le Très-Haut, qu’Il est un et unique. Tout Arabe savait ce que signifiait le fait de qualifier ici Allah d’Ahad au lieu de Wahid (****). Le mot Wahid (***) (un) s’emploie en arabe pour toute chose qui est une sous un aspect particulier, même si elle présente une multiplicité de formes sous d’innombrables autres aspects : une maison, un homme, une famille, une nation, un pays, un monde. En revanche, l’emploi du mot Ahad comme attribut pour décrire l’unicité de quelqu’un était un usage dont on ne trouvait aucun exemple en arabe avant la révélation de la sourate al-Ikhlas. [Il convient de préciser que, dans le Coran, le seul mot Wahid (***) n’a jamais été employé pour Allah le Très-Haut. Au contraire, on lui a associé un autre terme afin de distinguer le caractère unique d’Allah le Très-Haut de l’unicité de n’importe quelle autre chose du monde, comme (******) ou (*********). Mais dans la sourate al-Ikhlas, le mot (ا****) a été employé absolument comme attribut d’Allah. Cet emploi est réservé à l’Essence d’Allah — l’auteur.]

(Ainsi, qualifier Allah d’« Ahad » exprime qu’Il est un et unique sous tous les rapports. Il n’appartient à l’espèce d’aucune des divinités, de sorte que d’autres êtres de la même espèce pourraient être des dieux. Il est au contraire, dans l’existence, unique, sans comparaison ni rival, et absolument unique également sous le rapport de la divinité. Il n’y a en Lui aucune multiplicité, sous quelque aspect que ce soit. Il n’est pas un être composé de parties matérielles, divisible et partageable, possédant une forme et une apparence, situé en un lieu, dont quelque chose sortirait ou dans lequel quelque chose entrerait, ayant une couleur ou des membres, dépendant d’une direction quelconque, ou sujet à quelque changement ou accroissement. Exempte de toute forme de multiplicité, telle est l’Essence divine, qui est une et unique sous tous les rapports. Puisqu’Il est « Ahad », nul ne peut avoir de part avec Lui dans la divinité, la seigneurie ou l’autorité. Nul ne partage Son Essence, Ses attributs, Son pouvoir ni Ses droits. Aucun des êtres créés de l’univers n’est semblable ou comparable à Lui.)

Il est ensuite dit qu’Il est indépendant de tout, et le mot « Samad » était très largement employé en arabe ; chaque Arabe en connaissait le sens. Il désignait une personne qui ne dépend de personne et vers laquelle les gens se tournaient pour satisfaire leurs besoins.

On appelait également « Samad » celui qui était supérieur à tous les autres et au-dessus duquel nul ne se trouvait ; celui à qui l’on obéissait et sans lequel aucune décision ne pouvait être prise ; celui qui ne comportait aucune faiblesse, qui était irréprochable, qui n’était frappé par aucun malheur, qui faisait toute chose selon sa propre volonté, dont la décision ne pouvait être révisée et qui possédait les qualités de l’autorité. Le mot désignait aussi un être solide et parfaitement plein, qui n’était ni creux ni vide, dont rien ne sortait et dans lequel rien n’entrait. Mais, pour Allah le Très-Haut, ce n’est pas simplement « Samad » qui est employé, mais l’expression « as-Samad », ce qui signifie que tout autre être peut être Samad sous un aspect et ne pas l’être sous bien d’autres aspects. En revanche, Celui qui est parfaitement Samad sous tous les rapports est Allah seul.

Il a ensuite été dit qu’Il n’a pas d’enfant et qu’Il n’est l’enfant de personne. Cette affirmation réfute toutes les conceptions polythéistes selon lesquelles les divinités auraient elles aussi une espèce au sein de laquelle se perpétuerait une descendance, comme chez les êtres humains. Cette conception est éradiquée, et Lui demeurera éternellement. Avant Lui, il n’y avait aucune divinité dont Il serait issu, pas plus qu’après Lui il n’y aura ni ne pourra y avoir de divinité issue de Lui.

Enfin, il a été dit que personne ne Lui est égal. Le terme « kufu » signifie comparaison, semblable, de rang égal, équivalent et égal. Par ces paroles, il fut annoncé aux hommes que, dans l’ensemble de la création, il n’existe personne, n’a jamais existé et ne pourra jamais exister qui soit semblable à Allah, de rang égal au Sien, ou qui présente avec Lui quelque ressemblance que ce soit dans Ses attributs, Ses actes et Son pouvoir.

Les preuves rationnelles du tawhîd

Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne s’est pas contenté de présenter cette conception claire du tawhîd à la société polythéiste ; il l’a également démontrée avec force, au moyen d’arguments irréfutables.

1. Tous les prophètes enseignaient le tawhîd

Un argument particulièrement puissant à cet égard était que tous les prophètes venus dans le monde avant lui avaient enseigné le tawhîd et ordonné de se tenir éloigné du polythéisme. En fait, le Coran dit au sujet de l’ensemble des prophètes :

(Arabe***************)

— Nous avons envoyé à chaque communauté un prophète, avec cet enseignement : « Adorez Allah et éloignez-vous du tâghût. » [L’illustre imam Ibn Jarîr at-Tabarî, éminent commentateur, a expliqué le tâghût de la manière suivante :

Toute entité qui se rebelle contre Allah et qui est adorée à la place d’Allah, que celui qui l’adore y soit contraint par la force ou qu’il l’adore de son plein gré et avec satisfaction — c’est-à-dire celle qui est adorée — est un Tâghoût. Que ce soit un être humain, Satan, une divinité ou toute autre chose. (Jâmi‘ al-Bayân fî Tafsîr al-Qur’ân, tome 3, p. 13) — l’auteur. Ils se tiennent éloignés de l’adoration. (An-Nahl : 36)

(Arabe**************)

— Et Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager sans lui révéler : « Il n’y a de divinité que Moi. Adorez-Moi donc. » (Al-Anbiyâ’ : 25)

Il est dit au sujet de toutes les communautés du passé :

(Arabe**********************)

— Et il ne leur a été ordonné que d’adorer Allah, en Lui consacrant exclusivement leur religion et en se vouant entièrement à Lui, d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakât. Telle est la religion parfaitement droite. (Al-Bayyina : 5)

Puis, au sujet de chacun des prophètes, il est dit que tel était leur enseignement. Chacun des prophètes Noé, Hûd, Sâlih, Shu‘ayb — que la paix soit sur eux — et bien d’autres, dispensait d’abord cet enseignement à son peuple :

(Arabe****************)

— Ô mon peuple ! Adorez Allah. Vous n’avez d’autre divinité que Lui. (Al-A‘râf : 59, 65, 73, 85 ; Hûd : 50, 61, 84 ; Al-Mu’minûn : 23, 32)

À l’approche de sa mort, le prophète Jacob demanda à ses enfants : « Qui adorerez-vous après moi ? » Ils répondirent : « Nous adorerons le même Dieu que toi, la divinité de tes pères Abraham, Ismaël et Isaac. » (Al-Baqara : 133) Le prophète Joseph s’adressa ainsi à ses compagnons de prison :

(Arabe*****************)

— Ô mes compagnons de prison ! Plusieurs divinités différentes sont-elles meilleures, ou Allah, l’Unique, qui domine toute chose ? Vous adorez, en dehors de Lui, des êtres qui ne sont que des noms que vous et vos pères avez inventés. Allah n’a fait descendre aucune preuve en leur faveur. Le pouvoir de gouverner et de commander n’appartient qu’à Allah. Son ordre est que vous n’adoriez nul autre que Lui. Telle est la religion véritable, mais la plupart des gens ne le savent pas. (Yûsuf : 39-40)

La toute première révélation adressée au prophète Moïse (paix sur lui) fut :

(Arabe******************)

— Certes, Je suis Allah ! Il n’y a de divinité que Moi. Adore-Moi donc et accomplis la prière en souvenir de Moi. (Tâ-Hâ : 14)

Puis, lorsque les Enfants d’Israël commencèrent à adorer le veau, le prophète Moïse (paix sur lui) entra dans une terrible colère contre eux. Après avoir brûlé l’idole qu’ils avaient fabriquée, il leur dit :

(Arabe****************)

-Votre véritable Divinité est Allah seul, en dehors duquel il n’y a aucune autre divinité. (Tâ-Hâ : 98)

Le prophète Jésus (paix sur lui) répétait inlassablement cette parole aux Enfants d’Israël :

(Arabe****************)

En vérité, Allah est mon Seigneur et votre Seigneur à vous aussi. Adorez-Le donc. Voilà le droit chemin. (Âl ‘Imrân : 51 ; Maryam : 36 ; Az-Zukhruf : 64)

(Arabe******************)

-Ô Enfants d’Israël ! Adorez Allah, qui est mon Seigneur aussi bien que le vôtre. Quiconque associe quelqu’un à Allah, Allah lui interdit le Paradis et sa demeure sera l’Enfer. Et les injustes n’auront aucun secours. (Al-Mâ’idah : 72)

Pour les polythéistes arabes en général, et pour les polythéistes quraychites en particulier, l’argument le plus puissant était précisément celui qui est exposé dans le Coran à travers le récit du prophète Abraham (paix sur lui). En effet, tous les polythéistes arabes le reconnaissaient comme leur chef et leur guide. Ils considéraient leur religion comme étant celle qu’il leur avait montrée. Toute la fierté, l’orgueil, l’influence et le prestige des Quraychites reposaient sur leurs liens de parenté avec lui et sur leur fonction de gardiens de la Maison d’Allah qu’il avait édifiée. Le Saint Coran a exposé en détail aux Quraychites et aux Arabes que le départ de votre ancêtre et guide religieux du royaume de Nemrod (l’Irak) avait précisément été provoqué par ce conflit : son père, son peuple et le gouvernement de son pays étaient tous polythéistes. Lui, c’est-à-dire le prophète Abraham (paix sur lui), réfuta ouvertement ce polythéisme, appela publiquement son peuple au monothéisme et brisa les idoles en morceaux ; c’est pour cette raison qu’il fut jeté dans un immense brasier. Mais le Dieu Très-Haut l’en fit sortir vivant et sain et sauf. Il quitta ensuite son pays et se dirigea vers le territoire de Canaan. Puis, lorsqu’il atteignit La Mecque, il y construisit cette Maison d’Allah afin que nul autre que le Dieu unique n’y soit adoré. Il implora Allah pour ses enfants, afin qu’ils ne s’égarent pas dans le culte des idoles. Le récit détaillé de cet épisode est exposé de manière ferme et pertinente à différents endroits du Coran. En le lisant, on peut imaginer combien les Quraychites et les polythéistes ordinaires avaient dû être profondément ébranlés lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) leur en fit part à La Mecque. Sans prolonger davantage le propos, nous nous contentons ici d’insérer la traduction des versets :

— Et rappelle l’histoire d’Ibrahim lorsqu’il dit à son père Azar : « Prenez-vous les idoles pour des divinités ? Je vous vois, toi et ton peuple, dans un égarement manifeste. »

… Ibrahim dit : « Ô mon peuple ! Je me désolidarise de ceux que vous associez à Allah. J’ai tourné mon visage, en toute exclusivité, vers Celui qui a créé les cieux et la terre, et je ne suis nullement du nombre des associateurs. » Son peuple se mit à discuter avec lui. Il dit : « Vous disputez-vous avec moi au sujet d’Allah, alors qu’Il m’a guidé ? Je ne crains pas ceux que vous Lui associez, sauf si mon Seigneur veut qu’il m’arrive quelque chose. La science de mon Seigneur embrasse toute chose. Ne retrouverez-vous donc pas la raison ? Et pourquoi craindrais-je ceux que vous Lui associez, alors que vous ne craignez pas d’associer à Allah des choses au sujet desquelles Il ne vous a révélé aucune preuve ? Dites donc, si vous savez : laquelle des deux parties est la plus digne de sécurité et de tranquillité ? » (Al-An‘âm : 74-81)

— Et mentionne dans le Livre Ibrahim. Il était certes un homme véridique et un prophète. Raconte-leur l’histoire de l’époque où il dit à son père : « Ô mon père ! Pourquoi adores-tu ce qui n’entend ni ne voit et ne peut rien faire pour toi ? Ô mon père ! Il m’est parvenu une connaissance qui ne t’est pas parvenue. Suis-moi donc, je te guiderai sur un chemin droit. Ô mon père ! N’adore pas Satan, car Satan est désobéissant au Tout Miséricordieux. Ô mon père ! Je crains qu’un châtiment du Tout Miséricordieux ne t’atteigne et que tu ne deviennes un compagnon de Satan. »

« Son père dit : “Ô Ibrahim ! Te détournes-tu de mes divinités ? Si tu ne cesses pas, je te lapiderai. Éloigne-toi de moi pour toujours.” »

« Ibrahim dit : “Paix sur toi ! Je demanderai à mon Seigneur de te pardonner. Mon Seigneur est certes très bienveillant envers moi. Je vous abandonne, vous et ceux que vous invoquez en dehors d’Allah. Moi, j’invoquerai mon Seigneur ; j’espère ne pas être déçu en invoquant mon Seigneur.” » (Maryam : 41-48)

« Et la demande de pardon d’Ibrahim en faveur de son père n’était due qu’à la promesse qu’il lui avait faite. Mais lorsqu’il lui apparut clairement que celui-ci était un ennemi d’Allah, il se désolidarisa de lui. » (At-Tawbah : 114)

« Auparavant, Nous avions accordé à Ibrahim sa rectitude, et Nous le connaissions bien. Rappelle l’histoire de l’époque où il dit à son père et à son peuple : “Que sont donc ces statues auxquelles vous êtes attachés ?” Ils répondirent : “Nous avons vu nos ancêtres les adorer.” Il dit : “Vous êtes, vous et vos ancêtres, dans un égarement manifeste.” Ils dirent : “Nous as-tu apporté la vérité, ou plaisantes-tu ?” Il dit : “Non ! Votre Seigneur est plutôt le Seigneur des cieux et de la terre, Celui qui les a créés, et j’en témoigne devant vous. Par Allah ! Quand vous serez absents, je prendrai certainement une décision contre vos idoles.” Puis il les réduisit en morceaux, à l’exception de la plus grande d’entre elles, afin qu’ils se tournent vers elle. »

« (Lorsqu’ils vinrent et virent l’état de leurs idoles), ils dirent : “Qui a fait cela à nos divinités ? C’est vraiment un grand injuste !” Certains dirent : “Nous avons entendu un jeune homme parler d’elles ; il s’appelle Ibrahim.” Ils dirent : “Amenez-le devant tout le monde, afin qu’ils voient ce qu’on peut lui faire.” (Lorsque Ibrahim arriva), les gens dirent : “Ô Ibrahim ! Est-ce toi qui as fait cela à nos divinités ?” Il répondit : “C’est plutôt la plus grande d’entre elles qui l’a fait. Interrogez-les donc, si elles peuvent parler.” Alors, se reprochant leur propre conduite, ils se dirent : “C’est vous qui êtes les injustes, puisque vous adorez ces idoles impuissantes.” Puis, confondus, ils dirent : “Tu sais bien qu’elles ne parlent pas.” Ibrahim dit : “Adorez-vous donc, en dehors d’Allah, ceux qui ne peuvent vous être d’aucune utilité ni vous causer aucun tort ? Honte à vous et à ces divinités que vous adorez en dehors d’Allah !” »

« Ils dirent : “Brûlez-le et soutenez vos divinités, si vous devez faire quelque chose.” Nous dîmes : “Ô feu, sois fraîcheur et salut pour Abraham.” Ils voulaient nuire à Abraham, mais Nous les avons rendus perdants. » (Al-Anbiyâ’ : 51-70)

« Raconte-leur l’histoire d’Abraham, lorsqu’il dit à son père et à son peuple : “Qu’adorez-vous donc ?” »

« Ils dirent : “Nous adorons des idoles et nous nous consacrons à leur service.” Il dit : “Vous entendent-elles lorsque vous les invoquez ? Ou peuvent-elles vous être utiles ou vous nuire ?” Ils répondirent : “Nous ne le savons pas ; mais nous avons vu nos ancêtres agir ainsi.” Abraham dit : “Avez-vous donc réfléchi à ce que vous adorez, vous et vos ancêtres ? Elles sont toutes mes ennemies, sauf le Seigneur des mondes, qui m’a créé. C’est Lui qui me guide, qui me nourrit et m’abreuve. Lorsque je tombe malade, c’est Lui qui me guérit. C’est Lui qui me fera mourir, puis me redonnera la vie, et c’est auprès de Lui que j’espère qu’Il me pardonnera mes fautes au Jour du Jugement.” » (Ash-Shu‘arâ’ : 69-82)

« Nous envoyâmes Abraham. Lorsqu’il dit à son peuple : “Adorez Allah et craignez-Le. Cela est meilleur pour vous, si seulement vous saviez. Ceux que vous adorez en dehors d’Allah ne peuvent vous procurer aucune subsistance. Demandez donc la subsistance à Allah, adorez-Le et soyez-Lui reconnaissants. C’est vers Lui que vous serez ramenés.” … La réponse de son peuple ne fut autre que : “Tuez-le ou brûlez-le !” Mais Allah le sauva du feu. Il y a certainement là des signes pour les croyants. Abraham dit aussi : “Vous avez pris, en dehors d’Allah, des idoles comme moyen de vous aimer les uns les autres dans ce monde.” Mais, le Jour de la Résurrection, vous vous renierez les uns les autres et vous vous maudirez mutuellement. Le Feu sera votre demeure, et vous n’aurez aucun secoureur. » Puis Lot crut en Abraham, et Abraham dit : « Je vais émigrer vers mon Seigneur. C’est Lui le Tout-Puissant, le Sage. » (Al-‘Ankabût : 16-26)

« Abraham suivait la voie de Noé. Il se présenta devant son Seigneur avec un cœur pur. Lorsqu’il dit à son père et à son peuple : “Qu’adorez-vous donc ? Recherchez-vous, en dehors d’Allah, des divinités inventées ? Quelle est donc votre opinion au sujet du Seigneur des mondes ?” Puis il observa les étoiles et dit aux gens de son peuple : “Je suis malade.” Ils partirent alors, le laissant seul à leur fête. Il se glissa ensuite dans le temple de leurs idoles et dit : “Pourquoi ne mangez-vous pas ? Qu’avez-vous à ne pas parler ?” Puis il se précipita sur elles et les frappa violemment de sa main droite. »

« Les gens de son peuple accoururent vers lui. Il dit : “Adorez-vous ce que vous sculptez vous-mêmes ? Alors qu’Allah vous a créés, vous et ce que vous fabriquez !” Ils dirent : “Construisez pour lui un bûcher et jetez-le dans le feu ardent !” Ils complotèrent contre lui, mais Nous les avons humiliés. Abraham dit : “Je pars vers mon Seigneur”, c’est-à-dire : “J’émigre.” C’est Lui qui me guidera. » (As-Sâffât : 83-99)

Le vénérable Abraham fut présenté devant le roi du pays, car celui-ci prétendait être le seigneur. Quant à Abraham, il n’était disposé à reconnaître personne comme seigneur en dehors d’Allah. Voici comment le Coran rapporte la conversation qui eut lieu entre eux :

« Lorsque Abraham dit : “Mon Seigneur est Celui qui donne la vie et la mort”, il répondit : “C’est moi qui donne la vie et la mort.” Abraham dit : “Eh bien, Allah fait venir le soleil de l’orient ; fais-le donc venir de l’occident.” Le mécréant resta alors stupéfait. » (Al-Baqara : 258)

Ainsi, en raison de son opposition au shirk et de son appel au tawhid, la terre natale d’Ibrâhîm (sur lui la paix) devint trop étroite pour lui. Il quitta donc son pays, son peuple, sa famille et même son propre père, et se mit en route pour l’émigration. Au moment de partir, lui et les croyants qui l’accompagnaient déclarèrent clairement à leur peuple :

« Nous vous désavouons totalement, vous et ces divinités que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions, et l’hostilité et la haine se sont installées entre vous et nous jusqu’à ce que vous croyiez en l’Allah unique. » (Al-Mumtahanah : 4)

Le Coran a également déclaré que lorsque le Prophète Ibrâhîm (sur lui la paix) vint à La Mecque et construisit la Kaaba à l’endroit qu’Il lui avait indiqué, ce ne fut pas pour qu’elle devienne un temple d’idoles et un lieu de pèlerinage pour les polythéistes, où l’on adorerait autre qu’Allah et où l’on sacrifierait pour autre qu’Allah.

(Arabe******************)

« Et rappelle-toi le moment où Nous indiquâmes à Ibrâhîm l’emplacement de cette Maison (la Kaaba), en lui ordonnant : “Ne M’associe rien et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour d’elle, s’y inclinent et s’y prosternent.” Puis proclame aux hommes l’obligation du pèlerinage, afin qu’ils viennent à pied ou sur des montures efflanquées, de contrées lointaines, et qu’ils bénéficient des avantages qui leur sont destinés. Puis qu’ils invoquent le nom d’Allah, en des jours déterminés, sur les bêtes qu’Il leur a accordées. » (Al-Hajj : 26-18)

En outre, le Coran a rappelé aux hommes quelle était la prière qu’Ibrâhîm (sur lui la paix) avait adressée pour les habitants de La Mecque et pour leurs descendants à venir.

(Arabe****************)

« Seigneur ! Fais de cette cité une cité sûre et éloigne-moi, ainsi que mes enfants, de l’adoration des idoles. Seigneur ! Ces idoles ont égaré beaucoup de gens. Celui qui me suivra sera des miens, et celui qui me désobéira… Tu es certes Pardonneur et Miséricordieux. » (Ibrâhîm : 35-36)

Cet exemple concernant Abraham réduisait en poussière la colonne vertébrale de la religion des Quraychites et des polythéistes arabes. Ils pouvaient s’en lamenter, mais ils ne pouvaient pas le nier. Car il était unanimement reconnu parmi eux qu’Abraham (sur lui la paix) n’était ni polythéiste ni adorateur d’idoles. Il n’avait construit la Kaaba que pour l’adoration d’Allah, et le polythéisme ne s’était répandu parmi les Arabes que bien plus tard. Leur tradition conservait la mémoire du moment où le polythéisme avait commencé à La Mecque, ainsi que de l’époque et du lieu d’où chaque idole avait été apportée. C’est pourquoi le Coran invite publiquement les gens :

(Arabe****************)

« Ceux qui ont le plus de droit à se réclamer d’Abraham sont ceux qui suivent sa voie, ainsi que ce Prophète (Muhammad, paix et bénédictions sur lui) et ceux qui ont cru. Et Allah est le protecteur et le soutien des croyants. » (Âl ‘Imrân : 68)

2. La preuve tirée du témoignage intérieur des polythéistes

La deuxième preuve puissante en faveur du tawhid est la suivante : lorsque les polythéistes sont frappés par une grave épreuve et se trouvent face à la mort ou à la destruction, ils oublient alors tous leurs faux dieux et n’invoquent que Allah. Le Noble Coran décrit leur état de manière saisissante afin d’éveiller en eux la conscience que, dans leur propre cœur, se trouve la preuve de la fausseté du polythéisme et de la vérité du tawhid ; cette preuve se manifeste au moment de l’épreuve et du malheur. Puis, une fois ce moment passé, vous le recouvrez d’un voile d’insouciance. (4)

(Arabe*****************)

— Ô Prophète, dis-leur : réfléchissez un instant et dites-moi : si le châtiment d’Allah vous atteignait un jour, ou si l’Heure dernière vous surprenait, invoqueriez-vous quelqu’un d’autre qu’Allah ? Dis : dites-le, si vous êtes véridiques au sujet de votre polythéisme. À ce moment-là, vous invoquez Allah seul. Puis, s’Il le veut, Il dissipe le malheur pour lequel vous L’appeliez à votre secours, et vous oubliez alors ceux que vous associiez à Allah dans Sa divinité. (Al-An‘âm : 40-41)

Après avoir observé ces signes, ‘Ikrima, le fils d’Abû Jahl, eut le bonheur d’embrasser la foi. Lorsque La Mecque fut conquise par le Prophète (paix et bénédictions sur lui), ‘Ikrima s’enfuit en direction de Djeddah et partit vers l’Abyssinie à bord d’un navire. En chemin, une terrible tempête se leva et le navire se trouva en danger. Au début, on implora avec insistance l’aide de toutes les divinités auxquelles on croyait. Mais lorsque la violence de la tempête augmenta et que les passagers eurent la certitude que le navire allait sombrer, tous se mirent à dire qu’en ce moment, nul ne pouvait être invoqué en dehors d’Allah : Lui seul pouvait nous sauver. Alors les yeux de ‘Ikrima s’ouvrirent et son cœur proclama : s’il n’y a ici aucun secours en dehors d’Allah, pourquoi en serait-il autrement ailleurs ? C’est précisément ce que ce pieux serviteur d’Allah nous expliquait depuis vingt ans, tandis que nous ne cessions de nous quereller inutilement avec lui.

Ce fut un moment décisif dans la vie d’Ikrima (qu’Allah l’agrée). Il fit alors à Dieu la promesse que, s’il survivait à cette tempête, il se rendrait directement auprès de Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui prêterait serment d’allégeance. En effet, il tint sa promesse et, par la suite, non seulement il devint musulman, mais il consacra le reste de sa vie au jihâd pour l’islam.(5)

Cet argument est exposé à plusieurs endroits du Coran. Sans allonger cet article, nous nous contenterons de présenter la traduction des versets.

« C’est Lui, Allah, qui vous fait voyager sur terre et sur mer. Lorsque vous êtes à bord d’un navire et que vous naviguez joyeusement, poussés par un vent favorable, puis qu’une violente tempête se lève, que les vagues vous assaillent de toutes parts et que les passagers comprennent qu’ils sont encerclés par la tempête, tous invoquent alors Allah en Lui vouant exclusivement leur religion : “Si Tu nous sauves de ce péril, nous serons certainement de Tes serviteurs reconnaissants.” Mais lorsqu’Il les sauve, les mêmes personnes se mettent à transgresser sur terre, s’écartant du droit chemin. » (Yûnus : 22-23)

« Votre véritable Dieu est Celui qui fait naviguer pour vous le navire sur la mer, afin que vous recherchiez de Sa grâce, c’est-à-dire votre subsistance. En vérité, Il est très miséricordieux envers vous. Lorsque vous êtes touchés par un malheur en mer, tous ceux que vous invoquez disparaissent, sauf Lui. Mais lorsqu’Il vous sauve et vous ramène sur la terre ferme, vous vous détournez de Lui. L’être humain est véritablement ingrat. » (Banî Isrâ’îl : 66-67)

« Il en va ainsi des gens : lorsqu’un malheur les frappe, ils se tournent vers leur Seigneur. Puis, lorsqu’Il leur fait goûter une part de Sa miséricorde, certains d’entre eux se mettent soudain à Lui associer des divinités. (Autrement dit, ils commencent à adresser leurs offrandes votives à d’autres divinités.) Ils manifestent ainsi leur ingratitude envers les bienfaits que Je leur ai accordés. » (Ar-Rûm : 32)

« Lorsqu’un malheur touche l’être humain, il se tourne vers son Seigneur et L’invoque. Puis, lorsque son Seigneur le comble de Ses bienfaits, il oublie le malheur pour lequel il L’invoquait auparavant et attribue à Allah des égaux, afin d’égarer les autres de Son chemin. » (Az-Zumar : 8)

Autrement dit, il ne se contente pas de s’égarer lui-même ; il égare également les autres en leur disant : « Le malheur qui m’avait frappé a été écarté parce que j’ai fait un vœu et offert une aumône votive pour tel saint, tel pieux personnage ou telle divinité. » Ainsi, beaucoup de gens s’attachent à des divinités imaginaires autres qu’Allah, et chaque ignorant, en racontant sans cesse son expérience de cette manière, contribue à égarer le peuple.(7)

En frappant ainsi, à plusieurs endroits du Coran, les idolâtres jusque dans leurs veines et leurs ramifications, on a éveillé en eux le sentiment latent de l’unicité divine. La péninsule Arabique était pleine de dangers et de calamités. L’insécurité générale qui régnait dans le pays constituait une source de grande inquiétude pour chacun. En cas de maladie, il n’existait nulle part, même à des distances considérables, de médicaments ni de moyens de traitement.

Dans les terribles tempêtes de poussière du désert, les hommes perdaient connaissance. Dans de telles circonstances, chaque polythéiste se trouvait, à un moment ou à un autre de sa vie, confronté à un danger tel qu’il désespérait de toutes parts, tendait les mains en prière devant Allah, l’Unique sans associé, et pensait qu’en cet instant nul, hormis l’Être Très Saint, ne pouvait lui venir en aide. Cela se produisait particulièrement souvent au cours des voyages en mer. On a vu cette situation se manifester lors de l’attaque d’Abraha contre les Qurayshites eux-mêmes. Abandonnant tous les faux dieux, ils invoquèrent Allah seul pour obtenir Son secours. À l’époque de la révélation du Coran, nombreux étaient encore ceux qui avaient été témoins oculaires de cet événement. Dans la sourate Al-Fîl, leur attention est précisément attirée sur ce point par ces paroles : « À ce moment-là, qui donc, sinon votre véritable Seigneur, vous a sauvés de la destruction en anéantissant les soixante mille assaillants ? » C’est également sur ce point que leur attention est attirée dans la sourate Quraysh : « Adorez donc ce Dieu majestueux dans la Maison duquel vous avez trouvé refuge et échappé à la destruction, et grâce auquel vous avez obtenu en Arabie cette sécurité, cette stabilité et cette aisance. Celui qui vous a accordé ces bienfaits est Allah, et non ces divinités que vous avez rassemblées dans Sa Maison et dont vous savez vous-mêmes qu’elles n’auraient pu vous sauver de la destruction. »

3. Les preuves tirées de l’ordre naturel

En plus des deux arguments précédents, le Coran présente à maintes reprises, en détail, des preuves extrêmement solides tirées de l’organisation de l’univers naturel, établissant que le Créateur de l’ensemble de cet univers est un et ne peut être qu’un. Ici encore, nous nous contenterons de présenter la traduction des versets.

« Ô hommes ! Adorez votre Seigneur, qui vous a créés ainsi que ceux qui vous ont précédés, afin que vous vous préserviez des conséquences de l’adoration d’autres que Lui. C’est Lui qui a fait pour vous de la terre un lit et du ciel un toit, qui a fait descendre du ciel une eau et en a fait sortir toutes sortes de fruits pour votre subsistance. N’attribuez donc pas sciemment des égaux à Allah. » (Al-Baqara : 21-22)

« Parmi Ses signes, il y a le fait qu’Il vous a créés de terre ; puis vous êtes devenus des êtres humains qui se dispersent sur la terre. Et parmi Ses signes, il y a le fait qu’Il a créé pour vous, tirées de votre propre espèce, des épouses auprès desquelles vous puissiez trouver la quiétude, et qu’Il a établi entre vous affection et miséricorde. Il y a assurément là des signes pour ceux qui réfléchissent. Parmi Ses signes figurent aussi la création des cieux et de la terre, ainsi que la diversité de vos langues et de vos couleurs. Il y a certes en cela de nombreux signes pour les savants. Parmi Ses signes, il y a votre sommeil durant la nuit et le jour, ainsi que votre recherche de Sa grâce et de votre subsistance. Il y a assurément là des signes pour ceux qui écoutent attentivement. Parmi Ses signes, il y a aussi le fait qu’Il vous fait voir l’éclair, suscitant à la fois crainte et espoir, qu’Il fait descendre du ciel une eau et, par elle, redonne vie à la terre morte. Il y a assurément en cela de nombreux signes pour ceux qui sont doués de raison. Parmi Ses signes, il y a encore le fait que les cieux et la terre se maintiennent par Son ordre. Puis, dès qu’Il vous appellera de la terre, vous en sortirez soudainement au seul appel. À Lui appartiennent tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre ; tous Lui sont soumis. C’est Lui qui commence la création, puis la renouvelle ; cela Lui est plus facile encore. À Lui appartient l’attribut le plus sublime dans les cieux et sur la terre, et Il est le Tout-Puissant, le Sage. » (Ar-Rûm : 20-27)

« En vérité, votre Seigneur est Allah, qui a créé les cieux et la terre en six jours, puis S’est établi sur le Trône (le trône du royaume de la création). Il couvre la nuit de la lumière du jour, tandis que celui-ci la poursuit sans relâche. Il a créé le soleil, la lune et les étoiles, tous soumis à Son ordre. Attention ! La création et le commandement n’appartiennent qu’à Lui. Béni soit Allah, le Seigneur et Maître des mondes. » (Al-A‘râf : 54)

« Gloire à Celui qui a créé toutes les espèces par paires : parmi les plantes que fait pousser la terre, parmi les êtres humains eux-mêmes, et parmi les choses qu’ils ne connaissent pas. Et la nuit est pour eux un signe : Nous en retirons le jour, et les voilà plongés dans les ténèbres. Le soleil se déplace vers son lieu de repos ; tel est le décret du Tout-Puissant, de l’Omniscient. Quant à la lune, Nous lui avons déterminé des phases, jusqu’à ce qu’elle redevienne semblable à une vieille branche de palmier desséchée. Le soleil ne peut rattraper la lune, et la nuit ne peut devancer le jour. Tous voguent dans l’espace. C’est également un signe pour les hommes que Nous avons transporté leur descendance sur un navire chargé, puis que Nous avons créé pour eux des navires semblables sur lesquels ils embarquent. Si Nous le voulions, Nous les noierions ; alors nul ne répondrait à leur appel et ils ne seraient pas secourus. Mais c’est par Notre miséricorde que Nous les faisons parvenir à bon port et leur accordons de jouir de la vie jusqu’à un terme fixé. » (Yâ-Sîn : 36-44)

« Son seul commandement, lorsqu’Il veut une chose, est de lui dire : “Sois !” et elle est. Gloire donc à Celui qui détient la souveraineté absolue sur toute chose, et c’est vers Lui que vous serez ramenés. » (Yâ-Sîn : 81-83)

« Ô Muhammad, dis : Chercherai-je un autre Seigneur qu’Allah, alors qu’Il est le Seigneur de toute chose ? » (Al-An‘âm : 164)

« Il n’existe aucune créature qui se déplace sur la terre dont la subsistance n’incombe à Allah, et dont Il ne sache où elle se trouve et où elle sera déposée (après sa mort). Tout est inscrit dans un Livre. » (Hûd : 6)

« C’est Lui qui a créé les cieux et la terre en six jours, puis S’est établi sur le Trône. Il sait ce qui pénètre dans la terre et ce qui en sort, ainsi que ce qui descend du ciel et ce qui y monte. Où que vous soyez, Il est avec vous, et Il voit ce que vous faites. À Lui appartient la royauté des cieux et de la terre, et c’est vers Allah que toute chose est ramenée (pour le jugement final). Il fait entrer la nuit dans le jour et le jour dans la nuit, et Il connaît parfaitement ce que renferment les cœurs. » (Al-Hadîd : 4-6)

« C’est Lui qui administre toutes les affaires des cieux et de la terre. Puis leur rapport monte vers Lui en un jour dont la durée, selon votre compte, est de mille ans. Il connaît ce qui est secret et ce qui est manifeste. Il est le Tout-Puissant, le Très Miséricordieux.

« Il a parfaitement créé tout ce qu’Il a créé. Il a commencé la création de l’homme à partir de l’argile. Puis Il a fait se perpétuer sa descendance à partir d’une substance semblable à une eau vile. » (As-Sajda : 5-8)

« Allah est Celui qui fend la graine et le noyau (dans les profondeurs de la terre). Il fait sortir le vivant du mort et fait sortir le mort du vivant. C’est Allah qui accomplit toutes ces choses. Comment pouvez-vous alors vous détourner de la vérité ? C’est Lui qui fait apparaître l’aube en fendant les ténèbres de la nuit, et qui a fait de la nuit un temps de repos. Il a fixé le calcul du lever et du coucher du soleil et de la lune. Telle est la décision du Tout-Puissant, de l’Omniscient. C’est Lui aussi qui a fait des étoiles un moyen pour vous guider dans les ténèbres du désert et de la mer. Nous avons exposé clairement les signes pour ceux qui savent. C’est Lui qui vous a créés à partir d’un seul être. Puis, pour chacun, il y a un lieu de séjour et un lieu de retour. Nous avons exposé clairement ces signes pour ceux qui comprennent, pour ceux qui comprennent avec discernement. » (Al-An‘âm : 95-98)

« (Ô Prophète), dis-leur : Qui possède le moindre pouvoir de repousser le décret d’Allah vous concernant, s’Il veut vous infliger un mal ou vous accorder un bien ? » (Al-Fath : 11)

« Et si Allah veut t’affliger d’un malheur, nul autre que Lui ne peut l’écarter ; et s’Il veut t’accorder un bien, nul ne peut empêcher Sa faveur. » Yûnus : 107)

« Nul ne peut retenir la miséricorde qu’Allah accorde aux hommes, et ce qu’Il retient, nul ne peut le libérer… Existe-t-il, en dehors d’Allah, un autre créateur qui vous fournisse votre subsistance depuis les cieux et la terre ? Il n’y a de divinité que Lui. Alors, d’où vous laissez-vous tromper ? » (Fâtir : 2-3)

« S’il y avait, dans les cieux et sur la terre, d’autres divinités qu’Allah, l’ordre des cieux et de la terre serait certainement corrompu. Gloire et pureté au Seigneur du Trône, bien au-dessus de ce qu’ils Lui attribuent. Il n’est pas responsable de ce qu’Il fait, tandis qu’eux seront interrogés. Ont-ils pris d’autres divinités que Lui ? Dis-leur : “Apportez donc vos preuves.” » (Al-Anbiyâ’ : 22-24)

« Allah ne S’est pas attribué de fils, et il n’existe aucune autre divinité avec Lui. S’il en était ainsi, chaque divinité se serait séparée avec sa création et certaines auraient pris le dessus sur les autres. Gloire et pureté à Lui, bien au-dessus de ce qu’ils Lui attribuent. » (Al-Mu’minûn : 91)

« Dis-leur, ô Prophète : “S’il y avait d’autres divinités avec Lui, comme ils le prétendent, elles chercheraient certainement à atteindre la place du Maître du Trône.” Gloire à Lui ! Il est infiniment élevé et bien au-dessus de ce qu’ils disent. » (Banî Isrâ’îl : 42-43)

Voici quelques-uns des versets qui présentent des preuves si solides du tawhid que quiconque possède ne serait-ce qu’un peu de connaissance et de raison ne peut s’empêcher de reconnaître que l’immense organisation de cet univers, de la terre jusqu’aux cieux, ne peut fonctionner sans un Dieu unique. Ces choses ont été créées parce qu’Il les a créées, et elles fonctionnent parce que c’est Lui qui les fait fonctionner. La sagesse, l’intelligence, la puissance, la miséricorde, la compassion et la capacité de subvenir aux besoins et d’entretenir ; l’ordre et la régularité, ainsi que l’harmonie que l’on observe parmi les innombrables créatures de l’univers, montrent clairement que rien de tout cela ne peut exister sans la divinité d’un Dieu unique. Il n’est nullement possible qu’un autre possède la moindre capacité ou autorité divine. Sinon, cet ordre n’aurait jamais pu fonctionner avec une telle régularité, une telle sagesse et une telle harmonie. Il est désormais évident que, puisqu’Il est le Créateur, Il est aussi le Pourvoyeur ; que c’est à Lui qu’appartient l’autorité d’accorder le bien ou le mal, et qu’Il est le Maître de tout pouvoir et de toute autorité, qui donc a le droit d’être adoré ? Comment le commandement et la domination d’un autre pourraient-ils alors s’exercer sous l’autorité de Sa création ? Lorsqu’un homme adore quelqu’un, il le fait en pensant que celui-ci possède une certaine puissance et une certaine autorité, ainsi que la capacité d’accorder le bien ou le mal. Mais lorsqu’il sait que cette personne ne possède aucun pouvoir ni aucune autorité, qui pourrait être assez insensé et stupide pour l’adorer sans raison ?

4. Arguments réfutant le shirk

De même que le tawhid a été démontré dans le Coran avec une grande force, des preuves tout aussi solides y ont été présentées pour réfuter le shirk. Celui-ci y a été réduit en morceaux. Ici encore, nous ne présenterons que la traduction des versets coraniques.

« Sachez-le bien : tout ce qui est dans les cieux et sur la terre appartient à Allah. Quant à ceux qui invoquent d’autres associés en dehors d’Allah, ils ne suivent que des conjectures et se livrent à de vaines imaginations. » (Yûnus : 66)

« Ceux que vous adorez en dehors de Lui ne sont rien. Ce ne sont que des noms que vous et vos pères avez inventés. Allah n’a fait descendre aucune autorité établissant qu’ils Lui sont associés. » (Yûsuf : 140)

« Ne sois donc nullement dans le doute, ô Prophète, au sujet des divinités qu’ils adorent. Ils ne font que pratiquer leur culte exactement comme le faisaient leurs pères, tels des aveugles. » (Hûd : 109)

« Et lorsqu’on leur dit : “Suivez ce qu’Allah a révélé”, ils répondent : “Nous suivrons plutôt ce que nous avons vu nos pères suivre.” Quoi donc ! Même si Satan les appelle au châtiment du Feu ardent, continueront-ils à suivre aveuglément leurs pères ? » (Luqmân : 21)

« Leur avions-Nous auparavant donné un Livre dont ils détiennent l’autorité en faveur de leur adoration des anges ? Non. Ils disent plutôt : “Nous avons vu nos pères suivre une certaine voie et nous suivrons leurs traces.” De même, avant toi, Nous n’avons envoyé aucun avertisseur dans une cité sans que les gens aisés de celle-ci ne disent : “Nous avons vu nos pères suivre une certaine voie et nous suivons leurs traces.” Chaque prophète leur demandait : “Et si je vous indiquais une voie plus droite que celle sur laquelle vous avez vu vos pères marcher ?” Tous répondaient aux prophètes : “Nous renions le message pour lequel vous avez été envoyés.” » (Az-Zukhruf : 21-24)

« Ils adorent, en dehors d’Allah, ceux au sujet desquels Allah n’a fait descendre aucune autorité établissant qu’ils sont des divinités. Ils ne possèdent d’ailleurs aucune connaissance à ce sujet. » (Al-Hajj : 71)

Ces versets, ainsi que de nombreux autres versets similaires, déclarent clairement que les polythéistes ne possèdent aucune preuve ni aucun argument pour considérer d’autres êtres comme associés à Allah et dignes d’adoration. Ils ne font que suivre aveuglément leurs pères. Ils supposent simplement, sur la base de conjectures, que telle ou telle entité a obtenu une part de l’autorité et du pouvoir divins et qu’elle exauce ainsi leurs désirs. Pourtant, Allah ne leur a jamais dit, de quelque manière que ce soit, qu’Il avait accordé telle part de Son autorité à telle entité. Ils ne disposent d’aucune connaissance directe établissant que tel saint vénérable ou telle divinité a obtenu telle prérogative parmi les prérogatives divines. Par ailleurs, le Coran expose à maintes reprises les preuves de l’égarement et de l’inconsistance du polythéisme.

« Qui donc a créé les cieux et la terre et fait descendre pour vous, du ciel, une eau grâce à laquelle Nous avons fait pousser de beaux jardins dont vous n’auriez pu faire pousser les arbres ? Y a-t-il une autre divinité qu’Allah qui participe à ces œuvres ? Non ! Mais ces gens s’écartent de la vérité. Et qui a fait de la terre un lieu stable, y a fait couler des rivières, y a fixé des montagnes et établi une séparation entre les deux étendues d’eau — douce et salée — ? Y a-t-il une autre divinité qu’Allah qui participe à ces œuvres ? Non ! Mais la plupart d’entre eux sont dépourvus de connaissance. Qui répond à l’appel de l’angoissé lorsqu’il L’invoque et dissipe le malheur ? Qui vous a établis comme gérants de la terre ? Y a-t-il une autre divinité qu’Allah qui participe à ces œuvres ? Vous réfléchissez bien peu. Qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer ? Qui envoie les vents comme annonceurs de Sa miséricorde avant la pluie ? Y a-t-il une autre divinité qu’Allah qui fasse cela ? Allah est bien au-dessus et infiniment plus élevé que ce qu’ils Lui associent. Qui donne commencement à la création, puis la renouvelle ? Qui vous accorde votre subsistance du ciel et de la terre ? Y a-t-il une autre divinité qu’Allah qui participe à ces œuvres ? Dis-leur : “Apportez donc votre preuve, si vous êtes véridiques dans votre associationnisme.” » (An-Naml : 60-64)

« Béni soit Celui qui a fait descendre le Furqân sur Son serviteur afin qu’il soit un avertisseur pour les habitants du monde. À Lui appartient la royauté des cieux et de la terre. Il ne S’est pas donné de fils et nul ne partage avec Lui la royauté. Il a créé toute chose et lui a ensuite fixé une juste mesure. Pourtant, les hommes ont pris, en dehors de Lui, des divinités qui ne créent rien, mais qui sont elles-mêmes créées ; qui ne détiennent aucun pouvoir de nuire ni de faire du bien ; qui ne peuvent donner la mort, ni donner la vie, ni ressusciter les morts. » (Al-Furqân : 1-3)

Après avoir exposé, dans les versets 3 à 16 de la sourate An-Nahl, de nombreux aspects de la sagesse créatrice d’Allah, il est dit : « Celui qui crée et celui qui ne peut absolument rien créer » peuvent-ils être égaux ? Ne retrouverez-vous donc pas votre raison et votre conscience ? (verset 17)

« (Ô Prophète,) demande-leur : “Qui est le Seigneur des cieux et de la terre ?” Dis : “Allah.” Puis demande-leur : “Avez-vous donc pris, en dehors de Lui, d’autres divinités comme maîtres, alors qu’elles ne détiennent elles-mêmes aucun pouvoir de se procurer un bien ou de repousser un mal ?” Dis-leur : “L’aveugle et celui qui voit peuvent-ils jamais être égaux ? Les ténèbres et la lumière peuvent-elles être égales ? Ceux qu’ils ont associés à Allah ont-ils donc créé quelque chose comme Lui, au point que la création leur paraisse douteuse ?” Dis-leur : “Allah est le Créateur de toute chose, et Il est l’Unique, le Dominateur de tous.” » (Ar-Ra‘d : 16)

« Ô Prophète ! Dis-leur : “Avez-vous donc considéré ces associés que vous invoquez en dehors d’Allah ? Dites-moi : qu’ont-ils créé sur la terre ? Ou ont-ils une part dans les cieux ? Ou bien leur avons-Nous donné un Livre sur lequel ils s’appuient pour disposer d’une preuve en faveur de leur associationnisme ?” Rien de tout cela. Au contraire, ces injustes ne font que se donner mutuellement des promesses trompeuses. » (Fâtir : 40)

« Et si tu leur demandes qui a créé les cieux et la terre, ils diront certainement : “Allah !” Dis-leur : “Que pensez-vous donc ? Si Allah veut me faire subir un mal, vos divinités — celles que vous invoquez en dehors d’Allah — pourraient-elles me préserver du mal qu’Il m’aurait destiné ? Ou, s’Il veut m’accorder une miséricorde, pourraient-elles retenir Sa miséricorde ?” » S’ils ne peuvent pas prétendre qu’elles en sont capables, alors dis-leur : « Allah me suffit. C’est en Lui que placent leur confiance ceux qui se confient. » (Az-Zumar : 38)

Les polythéistes disaient : nos divinités sont pour nous un moyen de nous rapprocher d’Allah et nos intercesseurs auprès de Lui. C’est pourquoi nous les adorons. Nous leur adressons des invocations et les appelons à notre secours afin qu’ils nous aident, nous procurent un bien et nous préservent du mal. Le Coran réfute également en détail cette conception.

« Ils adorent, en dehors d’Allah, ceux qui ne peuvent leur apporter ni bien ni mal. Ils disent : “Ce sont nos intercesseurs auprès d’Allah.” (Ô Prophète,) dis-leur : “Informez-vous donc Allah de ce qu’Il ne connaît ni dans les cieux ni sur la terre ?” Gloire à Lui ! Il est bien au-dessus de ce qu’ils Lui associent. » (Yûnus : 18)

Et ceux qui, en dehors d’Allah, se sont donné d’autres protecteurs disent : « Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah. » « Allah tranchera certainement entre eux au sujet de leurs divergences. Allah ne guide pas celui qui est menteur et négateur de la vérité. » (Az-Zumar : 13)

« Ils se sont donné, en dehors d’Allah, d’autres divinités afin qu’elles leur viennent en aide. Personne ne leur viendra en aide. Tous désavoueront leur adoration et, dans l’au-delà, se dresseront au contraire contre eux. » (Maryam : 81-82)

« Ces gens se sont donné d’autres divinités en dehors d’Allah et espèrent qu’elles les aideront. Elles ne peuvent nullement les aider. Bien au contraire, ces gens sont devenus pour elles une armée permanente (grâce à laquelle leur divinité se maintient). » (Yâ-Sîn : 74-75)

« Qui donc peut intercéder auprès d’Allah sans Sa permission ? » (Al-Baqara : 55)

« Ô Prophète ! Dis à ces polythéistes : “Invoquez donc ceux que vous considérez comme vos seigneurs en dehors d’Allah. Ils ne possèdent même pas la plus infime parcelle de chose, ni dans les cieux ni sur la terre. Ils n’ont aucune part dans la royauté des cieux et de la terre, et aucun d’entre eux n’est un auxiliaire d’Allah. L’intercession auprès de Lui ne servira à rien, sauf pour celui à qui Allah aura accordé la permission d’intercéder et en faveur duquel Il aura permis l’intercession.” » (Saba’ : 22-23)

« Qui est plus égaré que celui qui invoque, en dehors d’Allah, ceux qui ne peuvent lui répondre jusqu’au Jour de la Résurrection, et qui sont même inconscients du fait que ces gens les invoquent ? Et lorsque les hommes seront rassemblés au lieu de la Résurrection, ils seront les ennemis de ceux qui les invoquaient et désavoueront leur adoration. » (Al-Ahqâf : 5-6)

« C’est Allah seul qu’il convient d’invoquer. Quant à ceux qu’ils invoquent en dehors de Lui, ils ne peuvent répondre en rien à leurs invocations. L’exemple de celui qui les invoque est celui d’un homme qui tend ses mains vers l’eau en lui demandant : “Viens jusqu’à ma bouche !” Mais l’eau ne peut parvenir jusqu’à lui. Ainsi, l’invocation des mécréants n’est que futilité, une flèche qui n’atteint pas sa cible. » (Ar-Ra‘d : 14)

« Ceux qui ont pris d’autres protecteurs qu’Allah ressemblent à l’araignée : elle se construit une maison, mais la plus fragile des maisons est certes la maison de l’araignée. Ah ! s’ils savaient ! » (Al-‘Ankabût : 41)

« Ô hommes ! Une parabole vous est proposée ; écoutez-la attentivement. Ceux que vous invoquez en dehors d’Allah n’ont même pas créé une mouche. Même s’ils s’unissaient tous pour cela, ils n’y parviendraient pas. Et si la mouche leur dérobait quelque chose, ils ne pourraient pas le lui reprendre. Ceux qui demandent de l’aide sont faibles, tout comme ceux auxquels l’aide est demandée. Ils n’ont pas estimé Allah à Sa juste valeur. En vérité, Allah est le Seul Fort et Tout-Puissant. » (Al-Hajj : 73-74)

« Associent-ils à Allah ceux qui ne créent rien, alors qu’eux-mêmes sont créés ? Ils ne peuvent ni les aider, ni se secourir eux-mêmes. » (Al-A‘râf : 191-192)

Après avoir mentionné, des versets 65 à 72 de la sourate An-Nahl, les bienfaits, la grâce et les faveurs d’Allah Tout-Puissant envers les hommes, il est dit :

« Les gens, malgré tout ce qu’ils voient et entendent, croient-ils donc au faux et nient-ils les bienfaits et les faveurs d’Allah Tout-Puissant ? Et ceux qu’ils adorent en dehors d’Allah ont-ils le pouvoir de pourvoir à leur subsistance depuis le ciel ou depuis la terre ? Ils en sont totalement incapables. » (An-Nahl : 72-73)

« Ont-ils donc pris, en dehors d’Allah, certaines créatures comme intercesseurs ? Dis-leur : “Intercéderont-elles, même si elles ne détiennent aucun pouvoir ? Et même si elles ne comprennent rien ?” Dis : “Tout le pouvoir d’intercession appartient à Allah. C’est Lui qui possède la royauté des cieux et de la terre. Puis c’est vers Lui que vous serez ramenés.” » (Az-Zumar : 43-44)

« Nous avons détruit de nombreuses cités autour de vous. Nous leur avons exposé les signes de diverses manières afin qu’elles reviennent sur le droit chemin. Pourquoi donc ces créatures qu’ils avaient prises pour divinités, en dehors d’Allah, comme moyens de se rapprocher d’Allah, ne les ont-elles pas secourus ? Au contraire, elles les ont abandonnés au moment où le châtiment est arrivé. Tel fut le résultat de leurs croyances mensongères et imaginaires qu’ils avaient forgées. » (Al-Ahqaf : 27-28)

Après avoir décrit, dans les versets 11 à 13 de la sourate Fâtir, les manifestations miraculeuses de la puissance d’Allah Tout-Puissant, il est dit : « Celui-là est Allah, votre Seigneur, par l’action duquel ces choses se produisent. La royauté Lui appartient exclusivement. Ceux que vous invoquez en dehors de Lui ne possèdent même pas la moindre chose, fût-elle semblable à un fragment de fibre. Si vous les invoquez, ils n’entendent pas votre appel ; même s’ils l’entendaient, ils ne pourraient pas vous répondre. Et, au Jour de la Résurrection, ils désavoueront votre associationnisme. » (Fâtir : 13-14)

« Allah prononce le jugement en toute vérité. Ceux qu’adorent maintenant ces polythéistes en dehors d’Allah ne peuvent prononcer aucun jugement. En vérité, Allah est Celui qui entend et voit toute chose. » (Al-Mu’min : 20)

Ensuite, il est dit aux gens que celui qui désire l’honneur n’a nul besoin de rechercher l’aide d’une quelconque force secourable, ni un intercesseur, ni un moyen de se rapprocher d’Allah, ni de présenter des offrandes votives. Il n’existe qu’un seul moyen :

(Arabe*****************)

Quiconque désire l’honneur et la dignité doit savoir que l’honneur appartient entièrement à Allah. Ce qui s’élève vers Lui, ce sont les paroles bonnes, et les œuvres pieuses les élèvent. (Fâtir : 10)

Les associateurs ont attribué un enfant à Allah, considèrent les anges comme les filles d’Allah et les adorent. À ce sujet, le Coran a réfuté cette croyance en termes sévères et en a démontré le caractère vide et infondé.

Ces gens ont associé les djinns à Allah, alors que c’est Lui qui les a créés. Et, sans savoir ni comprendre, ils Lui ont attribué des fils et des filles. Gloire et pureté à Lui, bien au-dessus de ce qu’ils disent. Il est le Créateur des cieux et de la terre. Comment pourrait-Il avoir une descendance alors qu’Il n’a pas de compagne ? Il a créé toute chose et Il connaît toute chose. Celui-ci est Allah, votre Seigneur. Il n’y a de divinité que Lui ; Il est le Créateur de toute chose. Adorez-Le donc. Il est le Garant de toute chose. (Al-An‘âm : 100-102)

« Ils disent : “Le Tout Miséricordieux a un enfant.” Gloire à Allah ! Mais eux, c’est-à-dire les anges, sont des serviteurs honorés ; ils ne parlent pas avant Lui et se conforment à Son ordre. Il sait ce qui est devant eux et ce qui leur échappe. Ils n’intercèdent qu’en faveur de celui dont Allah accepte l’intercession. Et ils sont remplis de crainte envers Lui. Si l’un d’eux disait : “Je suis une divinité en dehors d’Allah”, Nous lui ferions subir le châtiment de l’Enfer. C’est ainsi que Nous rétribuons les injustes. » (Al-Anbiyâ’ : 26-29)

« Ces gens ont fait de certains de Ses serviteurs une part de Lui. En vérité, l’être humain est manifestement ingrat. Allah aurait-Il choisi des filles parmi Ses créatures et vous aurait-Il favorisés par des fils ? Pourtant, lorsqu’on annonce à l’un d’entre eux la naissance de celle qu’ils attribuent au Tout Miséricordieux, son visage s’assombrit et il se remplit de chagrin. Quoi ! Allah aurait-Il pour Lui des enfants élevés dans les parures et incapables de s’exprimer clairement dans la dispute ? Ont-ils donc observé la constitution des anges, serviteurs du Tout Miséricordieux, qu’ils considèrent comme des femmes ? Leur témoignage sera requis et ils devront en répondre. » (Az-Zukhruf : 15-19)

« Demande-leur donc si ton Seigneur aurait des filles tandis qu’eux auraient des fils — ou bien, selon une autre lecture, si vous auriez des fils. Avons-Nous créé les anges en êtres féminins, et en ont-ils été témoins de leurs propres yeux ? Écoute bien : ils ne font que proférer des mensonges en prétendant qu’Allah a un enfant. En réalité, ce sont des menteurs. »

Allah aurait-Il choisi pour Lui des filles plutôt que des fils ? Qu’avez-vous donc ? Quel jugement portez-vous ? Ne revenez-vous pas à la raison ? Apportez donc un Livre qui atteste ces affirmations, si vous êtes véridiques. (As-Sâffât : 149-157)

« Avez-vous réfléchi à Al-Lât, Al-‘Uzzâ et Manât, la troisième, l’autre idole ? À vous les fils et à Allah les filles ? Voilà certes une répartition profondément injuste ! Ce ne sont que des noms que vous et vos ancêtres avez inventés. Allah n’a fait descendre aucune preuve à leur sujet, par laquelle Il aurait Lui-même déclaré qu’elles étaient Ses filles. En réalité, ces gens ne suivent que des superstitions et des conjectures, et se sont soumis à leurs passions, alors que la guidée de leur Seigneur leur est parvenue. » (An-Najm : 19-23)

Tout en réfutant un à un les aspects du shirk, le Coran dit également aux associateurs que tout ce qui est fait pour vos divinités consiste seulement à leur présenter des offrandes votives et sacrificielles, à continuer à célébrer des rites et des fêtes, et à leur demander de réaliser sans cesse vos désirs dans ce monde. Vous n’avez aucune divinité qui puisse vous guider vers les principes corrects de la vie terrestre, vous enseigner ce qui est juste et ce qui est erroné, et vous montrer quelle voie est droite et laquelle est fausse. Or, si quelqu’un mérite d’être adoré, ce ne peut être que celui qui guide aussi bien les serviteurs que les adorateurs.

« Demande-leur : parmi les associés que vous avez désignés, en est-il un qui guide vers la vérité ? Celui qui guide vers la vérité est-il plus digne d’être suivi, ou bien celui qui ne trouve même pas lui-même le chemin, à moins qu’on ne le guide ? En réalité, la plupart d’entre eux suivent des conjectures. Or les conjectures ne sauraient en rien satisfaire le besoin de vérité. » (Yûnus : 36)

C’est ainsi que, par des arguments et des preuves, le shirk est totalement éradiqué et que les gens sont dûment avertis : le shirk est un péché qu’Allah ne pardonne jamais tant que l’homme ne s’en repent pas. Aussi nombreux que soient les actes pieux qu’une personne puisse accomplir selon sa propre conception malgré ce péché, ils seront tous anéantis.

« Allah ne pardonne jamais le péché qui consiste à Lui attribuer un associé. En dehors de cela, Il peut pardonner tous les péchés à qui Il veut. Quiconque attribue un associé à Allah forge certes un immense mensonge et commet un péché considérable. » (An-Nisâ’ : 48)

« Ô Muhammad ! Dis-leur : Eh bien, ô insensés ! Me demandez-vous d’adorer quelqu’un d’autre qu’Allah ? Pourtant, il vous a été révélé, ainsi qu’aux prophètes qui vous ont précédés, que si vous commettiez le shirk, toutes vos œuvres seraient assurément réduites à néant et que vous seriez parmi les perdants. Adorez donc Allah seul et soyez du nombre de Ses serviteurs reconnaissants. » (Az-Zumar : 64-66)

5. Les exigences du tawhid

En même temps que le Coran établit la vérité du tawhid et démontre sous tous ses aspects la fausseté du shirk, il expose aussi clairement qu’après avoir reconnu Allah comme l’unique Seigneur et la seule divinité, sans aucun associé—

(1) il devient impératif de n’adorer et de ne servir personne en dehors d’Allah.

(Arabe***************)

—Je n’ai créé les djinns et les humains que pour qu’ils M’adorent exclusivement, et non pour qu’ils adorent qui que ce soit d’autre. (Adh-Dhâriyât : 56)

(Arabe*******************)

—Ne vous prosternez ni devant le soleil ni devant la lune ; prosternez-vous plutôt devant Allah, qui vous a créés, si c’est bien Lui seul que vous adorez. (Hâmîm as-Sajda : 37)

(Arabe***************)

Ô Muhammad ! Nous avons fait descendre sur toi ce Livre en toute vérité. Adore donc Allah en Lui vouant exclusivement la religion. Attention ! La religion sincère appartient à Allah seul. (Az-Zumar : 2-3)

(Arabe*****************)

—Dis : il m’a été interdit d’adorer ceux que vous invoquez en dehors d’Allah. (Al-Mu’min : 66)

(2) Il devient également indispensable de n’invoquer personne d’autre qu’Allah. Il ne faut pas implorer l’aide de quiconque en le considérant, de manière surnaturelle, comme celui qui satisfait les besoins et accomplit les tâches.

(Arabe**************)

— Ô Allah ! C’est Toi seul que nous adorons et c’est de Toi seul que nous implorons l’aide.

(Arabe****************)

— Et n’invoque personne d’autre qu’Allah pour obtenir de l’aide, car il ne peut ni t’être utile ni te nuire.

(Arabe****************)

— Et n’invoque aucune autre divinité avec Allah pour obtenir de l’aide. Il n’existe aucune divinité véritable en dehors de Lui.

(Arabe****************)

—Et votre Seigneur dit : « Invoquez-Moi, Je vous exaucerai. Ceux qui, par orgueil, se détournent de Mon adoration entreront en Enfer, humiliés. » (Al-Mu’min : 60) [Ce verset montre clairement que l’invocation et l’adoration ont le même sens. Celui qui adresse une invocation à quelqu’un, en réalité, l’adore — l’auteur.]

(Arabe*****************)

Et lorsque Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, dis-leur que Je suis tout proche. [C’est-à-dire qu’aucun intermédiaire n’est nécessaire pour M’adresser une invocation. J’entends directement les invocations — l’auteur.] Lorsque celui qui invoque M’invoque, Je réponds à son invocation. (Al-Baqara : 186) [Répondre ne signifie pas que celui qui invoque entendra cette réponse. Cela signifie plutôt que c’est Moi qui prends les mesures en réponse à toutes les demandes et supplications — l’auteur.]

(3) Il est également indispensable de ne reconnaître à nul autre qu’Allah la qualité de « Celui qui connaît l’invisible ». Il ne faut attribuer à personne d’autre la croyance qu’il connaît tous les secrets, cachés et apparents, de la création, et qu’il possède la connaissance de chaque chose, du passé jusqu’à l’avenir.
(Arabe**************)

Dis : parmi ceux qui sont dans les cieux et sur la terre, nul ne connaît l’invisible si ce n’est Allah seul. (An-Naml : 65)

(Arabe****************)

—Il détient les clefs de l’invisible, que nul autre que Lui ne connaît. Il connaît tout ce qui se trouve sur la terre ferme et dans la mer. Il sait même lorsqu’une feuille tombe d’un arbre. Il n’existe, dans les ténèbres profondes de la terre, ni graine, ni rien de sec ou d’humide qui ne soit consigné dans un registre clair. (Al-An‘am : 59)

(4) Il est également impératif qu’aucun animal ne soit sacrifié ou immolé au nom de quelqu’un d’autre qu’Allah, ni dans un quelconque sanctuaire. Tout animal au moment de l’abattage duquel le nom d’Allah n’a pas été prononcé sera illicite, ou au moment duquel le nom d’un autre qu’Allah aura été prononcé. Le Coran affirme clairement à quatre reprises que l’animal dont le nom d’un autre qu’Allah a été prononcé lors de l’abattage est illicite (Al-Baqara : 173 ; Al-Ma’ida : 3 ; Al-An‘am : 145 ; An-Nahl : 115). La sourate Al-Ma’ida expose également en détail que les animaux abattus dans les sanctuaires que les polythéistes avaient établis pour y faire des sacrifices votifs en faveur d’un autre qu’Allah sont eux aussi illicites. (Verset : 3)

Ensuite, il est clairement dit dans la sourate Al-An‘âm :

(Arabe******************)

– Mangez donc de la chair de l’animal sur lequel le nom d’Allah a été prononcé (au moment de l’abattage).

(Arabe****************)

– Et ne mangez pas de la chair d’un animal sur lequel le nom d’Allah n’a pas été prononcé (au moment de l’abattage). Car c’est une rébellion contre Dieu.

(5) Il est également indispensable de reconnaître la souveraineté et l’autorité du Dieu de l’ensemble de la création dans toutes les affaires humaines (morale, culture, civilisation, vie sociale, politique, économie, droit et justice, guerre et paix, etc.). Sa loi sera la Loi ; nul autre n’aura le droit d’édicter des lois face à Lui. Ce qu’Il a interdit est interdit, et ce qu’Il a rendu licite est licite. Nul n’a le droit de déterminer de son propre chef ce qui est licite ou illicite. Les êtres humains, individuellement ou en groupes, ne feront ni ce qui leur plaît en toute indépendance, ni n’accepteront des lois élaborées selon la volonté de quiconque autre que l’unique Dieu. Le droit de trancher dans toutes les affaires humaines appartient à Allah, non aux serviteurs.

(Arabe**************)

Quel que soit le sujet sur lequel vous divergez, c’est à Allah qu’il appartient de le trancher. (Ach-Chûrâ : 10)

(Arabe****************)

-Ces gens ont-ils donc pris des associés à Allah, qui leur ont prescrit une loi religieuse semblable à leur religion, alors qu’Allah ne l’a pas autorisée ? (Ach-Choura : 21)

Il ressort clairement de ce verset que, par « associés », il ne faut pas entendre ceux auxquels on adresse des prières, auxquels on fait des offrandes et devant lesquels on célèbre des cérémonies cultuelles. Il s’agit nécessairement plutôt de ces hommes que les gens considèrent comme associés à Allah dans le gouvernement et l’exercice de l’autorité. Les gens croient aux idées, aux croyances, aux doctrines et aux philosophies qu’ils exposent ; ils adoptent les valeurs qu’ils établissent, reconnaissent les principes moraux, les critères de civilisation et de culture qu’ils présentent, et suivent les lois, les méthodes d’action et les traditions qu’ils ont élaborées dans leurs rites religieux, leur vie personnelle, la société, la culture, le commerce et les transactions, les tribunaux, ainsi que dans la politique et la conduite de l’État, comme s’il s’agissait de leur loi religieuse qu’ils seraient tenus de suivre. (8)

(Arabe****************)

-Ils ont pris leurs savants et leurs ascètes comme seigneurs en dehors d’Allah, et de même le Messie, fils de Marie. Pourtant, il ne leur a été ordonné d’adorer nul autre que l’Unique Allah, en dehors de qui nul n’a le droit d’être adoré. Il est absolument exempt de ce qu’ils Lui associent. (At-Tawba : 21)

Il est rapporté dans un hadith que ‘Adiyy ibn Hâtim était auparavant chrétien. Lorsqu’il se présenta auprès du Prophète et embrassa l’islam, il posa, parmi d’autres questions, celle-ci : « Dans ce verset, il nous est reproché d’avoir pris nos savants et nos ascètes pour des divinités : quel en est le sens véritable ? »

Le Prophète répondit : « N’est-il pas vrai que vous teniez pour interdit ce qu’ils déclaraient interdit, et pour licite ce qu’ils déclaraient licite ? » Il répondit : « Oui, c’est bien ce que nous faisions. » Le Prophète dit : « Voilà précisément ce qui revient à les prendre pour des divinités. »

On apprend de cela que ceux qui, sans l’autorité probante du Livre d’Allah, fixent les limites du permis et de l’interdit pour la vie des hommes s’installent en réalité, avec arrogance, sur le trône de la divinité. Ceux qui reconnaissent à ces gens le droit de légiférer une telle loi religieuse en font leurs divinités. (9)

(Arabe****************)

— Ô Prophète, dis-leur : « Avez-vous déjà réfléchi au fait que, parmi les moyens de subsistance qu’Allah vous a accordés, vous avez vous-mêmes déclaré certaines choses illicites et d’autres licites ? » Demande-leur : « Allah vous en a-t-Il donné l’autorisation, ou bien forgez-vous des mensonges contre Allah ? » (Yunus : 59)

(Arabe*****************)

Et ne forgez pas de mensonges contre Allah en édictant de votre bouche cette fausse règle : « Ceci est illicite et ceci est licite. » Ceux qui forgent des mensonges contre Allah ne connaîtront jamais la réussite. (An-Naml : 116)

(Arabe******************)

Et ceux qui ne jugent pas conformément à la loi qu’Allah a révélée, ce sont eux les mécréants… ce sont eux les injustes… ce sont eux les pervers. (Al-Ma’idah : 44-47)

(Arabe*******************)

As-tu vu celui qui a pris sa passion pour divinité — c’est-à-dire qui est devenu arbitraire et a commencé à se soumettre à ses passions ? (Al-Jathiyah : 23)

Ainsi, l’enseignement du tawhid que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dispensait exigeait seulement que les gens n’adorent personne d’autre que le Dieu unique, ne demandent rien en prière à personne et n’offrent de sacrifice au nom de personne. Son enseignement exigeait également que les gens abandonnent toutes leurs coutumes et traditions, ainsi que toutes les lois et règles qu’ils avaient eux-mêmes élaborées ou que d’autres avaient élaborées, qu’ils reconnaissent Allah seul comme Législateur et qu’ils se conforment à la loi qu’Il avait donnée. Le Prophète lui-même (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne faisait pas exception à cet égard. Il lui avait également été ordonné de suivre la loi révélée par Allah et de ne rien déclarer licite ou illicite selon sa propre volonté.

(Arabe*************)

Ô Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), obéis à ce qui t’a été envoyé de la part de ton Seigneur par révélation.

(Arabe*************)

— Ô Prophète, pourquoi déclares-tu illicite ce qu’Allah a rendu licite pour toi ?

C’était l’appel à une révolution globale qui ne voulait pas seulement changer la religion, mais l’ensemble du système de vie. Il était donc naturel qu’il suscite l’agitation parmi les polythéistes arabes. Mais ils furent particulièrement bouleversés par le coup immense porté aux intérêts des Quraysh, car, cet appel étant né de leur propre tribu et de leur propre ville, ils y voyaient leur propre ruine. (10)

La raison majeure et fondamentale de l’opposition des Quraysh

Le Noble Coran a exposé comme suit le danger que les Quraysh redoutaient en acceptant l’appel du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) :

(Arabe***************)

Ils disent : « Si nous commençons à suivre cette guidance avec vous, nous serons expulsés du pays. » (Al-Qasas : 57)

Une réflexion approfondie permet de comprendre que c’était là la raison fondamentale pour laquelle les Quraysh rejetaient la vérité. Pour bien le saisir, il faut examiner quelle était, à cette époque, la position des Quraysh d’un point de vue historique, et quelle atteinte à cette position ils craignaient.

Tout d’abord, ce qui leur conférait de l’importance en Arabie, c’est que, selon les généalogies arabes, ils étaient établis comme les descendants du vénérable Ismaël (paix sur lui). De ce fait, leur lignée jouissait, aux yeux des Arabes, du prestige d’une famille de saints descendants. Puis, lorsqu’ils devinrent les gardiens de la Kaaba grâce aux efforts de Qusayy ibn Kilab et que La Mecque devint leur lieu de résidence, leur importance s’accrut considérablement. Car ils étaient désormais les prêtres du plus grand sanctuaire d’Arabie. Ils obtinrent la position de dirigeants religieux de toutes les tribus arabes. Il n’existait aucune tribu arabe qui n’entretînt avec eux quelque relation à cause du pèlerinage. Grâce à cette position centrale, ils se développèrent progressivement dans le commerce. Par bonheur, les conflits et affrontements réciproques entre Rome et l’Iran leur conférèrent une place particulière dans le commerce international. À cette époque, l’Iran bloquait toutes les routes commerciales reliant la Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique orientale à Rome, à la Grèce, à l’Égypte et au pays de Syrie. La dernière voie restante passait par la mer Rouge. Mais après la conquête du Yémen par l’Iran, cette route fut elle aussi fermée. Il ne resta alors aucun autre moyen de maintenir le commerce que de faire parvenir, d’une part, les marchandises des territoires contrôlés par Rome aux ports de la mer d’Arabie et du golfe Persique, et, d’autre part, les marchandises de l’Orient de ces ports aux territoires contrôlés par Rome. La Mecque devint ainsi un centre du commerce international. Les Quraysh détenaient alors le monopole de ce commerce. Cependant, dans l’environnement désordonné et anarchique de l’Arabie, la libre circulation des marchandises était impossible. Elle ne pouvait avoir lieu sur ces routes que parce que les Quraysh entretenaient des relations étroites avec les tribus des régions traversées par les grands itinéraires commerciaux. À cette fin, les chefs qurayshites ne jugeaient pas suffisante leur seule influence religieuse. Ils étaient donc liés à toutes les tribus par des traités. Une part des bénéfices commerciaux leur était versée, et l’on s’assurait également la faveur des cheikhs et des chefs tribaux en leur offrant des présents. Un tel réseau d’usure avait aussi été étendu que les milieux commerciaux et les notables de toutes les tribus voisines s’y trouvaient impliqués.

Dans ces circonstances, lorsque le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lança l’appel au monothéisme, ce qui provoqua chez les Quraysh une hostilité envers lui, plus encore que le fanatisme religieux de leurs ancêtres, c’est qu’ils estimaient leurs intérêts menacés par cet appel. Ils pensaient que, même si des preuves et des arguments justes démontraient que le polythéisme et l’idolâtrie étaient faux et que le monothéisme était vrai, il leur serait désastreux d’abandonner les premiers pour adopter le second. En acceptant le monothéisme, toute l’Arabie se dresserait contre eux. Ils seraient dépossédés de la prêtrise de la Kaaba. Tous les liens établis par traité avec les tribus idolâtres seraient rompus. Grâce à ces liens, leurs marchands circulaient jour et nuit à travers leurs différentes régions. Ainsi, cette nouvelle religion détruirait non seulement leur influence et leur prestige religieux, mais aussi leur prospérité économique. Il n’était même pas impossible que toutes les tribus arabes les contraignent à quitter La Mecque.

On voit ici apparaître devant les hommes un tableau étonnant de la courte vue des adorateurs du monde. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) leur assurait à maintes reprises que, s’ils acceptaient la profession de foi qu’il leur présentait, les Arabes et les non-Arabes seraient soumis à leur autorité. Mais eux n’y voyaient que leur propre perte : ils pensaient que les richesses, l’influence et le prestige dont ils jouissaient disparaîtraient dès qu’ils accepteraient cet appel — quant à voir les Arabes et les non-Arabes soumis à leur autorité, cela leur semblait bien plus improbable encore. Ils craignaient qu’aussitôt cette profession de foi acceptée, ils ne deviennent sur cette terre si démunis et privés de tout soutien que, comme un milan ou un corbeau emporte un morceau de chair d’un coup de bec, ils en seraient chassés et ne trouveraient refuge nulle part. L’étroitesse de leur vision les empêchait de voir la situation qui allait se réaliser quelques années plus tard : toute l’Arabie allait passer sous une autorité centrale dirigée par Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Puis, de son vivant, l’Iran, l’Irak, la Syrie et l’Égypte allaient entrer successivement sous l’autorité de cet État. Et avant même qu’un siècle ne se soit écoulé, les représentants des Quraysh allaient gouverner une vaste partie du monde, de l’Indus à l’Espagne et du Caucase aux rivages maritimes du Yémen.

En réponse à leur objection, le Coran

Voyez quelle réponse d’une grande portée le Noble Coran a donnée, dans la sourate Al-Qasas, à toutes ces excuses et objections qu’ils avaient formulées :

(Arabe***************)

-N’est-ce pas que Nous leur avons établi comme demeure un sanctuaire sacré sûr, où toutes sortes de fruits sont importées de Notre part en guise de subsistance ? Mais la plupart d’entre eux ne le savent pas. (Al-Qasas : 57)

C’est la première réponse d’Allah Tout-Puissant à leur excuse. Cela signifie que, grâce à la sécurité totale du Haram et à son importance centrale, les marchandises du monde entier sont importées dans cette vallée aride : est-ce le résultat de vos propres efforts et de vos propres moyens ? Il y a vingt-cinq siècles, un serviteur d’Allah amena son épouse et son nourrisson allaité dans cette vallée dépourvue d’eau, de végétation et de verdure, au milieu de montagnes rocheuses. Il construisit une petite chambre en posant des pierres les unes sur les autres, puis proclama à haute voix : « Allah en a fait un Haram. Venez vers cette Maison et accomplissez-en le tawaf. »

Qu’est-ce qui pourrait expliquer, sinon la bénédiction accordée par Allah, que ce lieu soit depuis vingt-cinq siècles le centre de l’Arabie ? Même dans un environnement de terrible insécurité, c’est le seul endroit du pays où règne la sécurité. Chaque enfant arabe le regarde avec respect. Chaque année, des milliers de personnes viennent y accomplir le tawaf. Le bénéfice de cette faveur est que vous êtes devenus les chefs des Arabes et qu’une grande part du commerce mondial se trouve entre vos mains. Pensez-vous que, tout en vous détournant de Celui qui vous a accordé cette faveur et en vous rebellant contre Lui, vous gravirez les plus hauts sommets de la prospérité, mais que vous serez anéantis dès que vous suivrez Sa religion ? Puis il fut dit :

(Arabe******************)

-Et combien de cités avons-Nous détruites dont les habitants étaient insolents à cause de leur subsistance et de leur prospérité. Regarde maintenant leurs demeures, restées désertes, dans lesquelles peu de gens ont habité après eux. Finalement, c’est Nous qui en sommes devenus les héritiers. » (Al-Qasas : 58)

C’était la deuxième réponse à leur excuse et à leurs objections. Cela signifie que les richesses et l’aisance dont vous êtes fiers, et par crainte de perdre lesquelles vous cherchez à vous rapprocher du faux et à vous détourner du droit chemin, les peuples de ‘Ad, de Thamud, de Saba, de Madyan et du peuple de Lot les avaient eux aussi possédées autrefois. Cela les a-t-il empêchés d’être détruits ? En réalité, l’amélioration du niveau de vie ne constitue pas un objectif tel que l’homme, indifférent au vrai et au faux, s’y consacrerait exclusivement et refuserait d’accepter le droit chemin par crainte de perdre cet objectif. Avez-vous la moindre garantie que vous échapperez au sort de ces peuples prospères du passé, en persistant dans l’égarement et la dépravation qui les ont détruits ? Ne connaîtrez-vous pas un sort semblable au leur ? Puis il est dit :

(Arabe***************)

— Et ton Seigneur n’a pas détruit les cités avant d’avoir envoyé, dans leur centre, un Messager qui leur récitait Nos signes. Nous ne détruisons pas les cités tant que leurs habitants ne sont pas injustes. (Al-Qasas : 59)

C’était leur troisième réponse à leur excuse. Les peuples détruits auparavant étaient injustes, mais Dieu leur envoya Son Messager et les avertit avant de les anéantir. Malgré cet avertissement, ils ne renoncèrent pas à leur égarement ; ils furent donc détruits. Or vous êtes maintenant dans la même situation : vous aussi, vous êtes devenus injustes. Un Messager est déjà venu vous avertir. Vous ne pourrez donc pas préserver votre bien-être et votre prospérité en adoptant la mécréance et l’athéisme ; vous les mettrez au contraire en péril. La destruction que vous redoutez ne sera pas due à la foi, mais au rejet. Puis il fut dit :

(Arabe***************)

— Tout ce qui vous a été donné n’est que la jouissance et l’apparat de la vie d’ici-bas. Mais ce qui se trouve auprès d’Allah est meilleur et plus durable. Ne raisonnez-vous donc pas ? Celui à qui Nous avons fait une promesse et qui l’obtiendra certainement peut-il être semblable à celui à qui Nous avons accordé les biens de ce monde seulement, et qui sera ensuite présenté, le Jour de la Résurrection, pour être châtié ? (Al-Qasas : 60-61)

C’est leur quatrième réponse à leur excuse. Pour comprendre cette réponse, il faut d’abord saisir deux choses.

La première est que la durée de la vie d’ici-bas ne dépasse guère quelques années. Elle n’est qu’une étape temporaire d’un voyage. La véritable vie éternelle viendra plus tard. Dans cette vie provisoire, quels que soient les biens que l’homme accumule et quels que soient les plaisirs dont il jouit, elle prendra nécessairement fin et il devra laisser ici tous ses biens. En comparaison de ces plaisirs, une personne intelligente acceptera de renoncer à quelques années de confort et d’endurer ici les épreuves et les calamités, afin d’y acquérir des œuvres pieuses qui lui assureront la pérennité de la vie éternelle à venir.

La deuxième chose est que la religion d’Allah n’exige pas des hommes qu’ils ne tirent aucun profit des biens de la vie d’ici-bas ni qu’ils rejettent avec mépris, sans raison, ses agréments. Elle exige seulement qu’ils donnent la priorité à l’au-delà sur ce monde. En effet, ce monde est périssable, tandis que l’au-delà est éternel. Les plaisirs de ce monde sont inférieurs, alors que le bonheur et la paix de l’au-delà sont supérieurs. L’homme doit donc rechercher, parmi les biens et les agréments de ce monde, ceux qui lui procureront la réussite dans la vie éternelle de l’au-delà, ou du moins qui lui éviteront d’y subir une perte durable. Mais si une rivalité se présente entre les deux — c’est-à-dire si la réussite dans ce monde et celle de l’au-delà deviennent antagonistes — l’homme sacrifiera ce monde pour l’au-delà et ne suivra jamais, pour le plaisir éphémère d’ici-bas, une voie dont l’issue lui serait néfaste pour l’éternité.

À la lumière de ces deux éléments, voyez ce qu’Allah dit dans les paroles précédentes. Il ne dit pas : « Abandonnez le commerce, cessez toute activité et, en acceptant notre Prophète, embrassez la pauvreté. » Il dit au contraire : les richesses de ce monde dans lesquelles vous êtes plongés sont bien peu de chose, et vous ne pourrez en profiter que brièvement durant la vie d’ici-bas. En revanche, ce qui se trouve auprès d’Allah est, en comparaison, supérieur par sa qualité et sa quantité, et il est durable. Vous commettriez donc une sottise si, pour jouir des bienfaits limités de cette vie passagère, vous adoptiez un comportement dont la conséquence serait de subir dans l’au-delà une perte éternelle. Comparez vous-mêmes : qui est le véritable gagnant ? Celui qui obéit à son Seigneur au prix d’un dur labeur et d’efforts épuisants, puis est comblé éternellement de Ses bienfaits, ou celui qui sera arrêté en tant que criminel et présenté devant le tribunal de Dieu, même s’il a eu l’occasion, avant son arrestation, de profiter pendant quelques jours de biens acquis illégalement ? Enfin, il est dit :

(Arabe*************)

—Et qu’ils n’oublient pas le jour où Il les appellera et leur dira : « Où sont donc Mes associés que vous prétendiez avoir ? » (Al-Qasas : 63)

Cette parole a également été prononcée dans le cadre de cette quatrième réponse. Elle se rapporte à la dernière phrase du verset précédent. Il y est dit qu’après s’être obstinés, pour le seul intérêt de leurs affaires terrestres, à demeurer dans l’égarement du polythéisme, de l’idolâtrie et du rejet de la prophétie, ils devront voir, dans la vie éternelle de l’au-delà, les conséquences terribles de cette attitude. Le but est de leur faire prendre conscience de ceci : supposez qu’aucun malheur ne vous atteigne ici-bas et que vous jouissiez pleinement de cette vie éphémère ; si, malgré tout, ses conséquences dans l’au-delà sont de cette nature, réfléchissez donc par vous-mêmes : est-ce une affaire profitable que vous êtes en train de conclure, ou bien une affaire qui ne vous apportera qu’une perte totale ? (11)

 

Deuxième partie

L’appel à croire en la mission prophétique de Muhammad

Le deuxième point important de l’appel islamique était qu’après avoir reconnu Allah, l’Unique et sans associé, comme le seul Maître digne d’adoration, le seul Souverain et le seul détenteur de l’autorité et de la seigneurie, il fallait également admettre que le Messager est l’unique prophète digne de confiance par l’intermédiaire duquel Allah Très-Haut guide les hommes, leur transmet Ses commandements et Ses prescriptions, leur enseigne les modalités de l’adoration, leur inculque les croyances correctes et leur montre la différence entre les principes justes et erronés de la conduite et de la morale. Il leur transmet ensuite les lois qu’ils doivent suivre et appliquer dans tous les domaines de leur vie. C’est pourquoi, après avoir cru à l’unicité d’Allah, il est indispensable aux hommes de croire à la mission du Messager, de le reconnaître comme l’unique représentant de la volonté d’Allah, de renoncer à l’obéissance à tous les autres pour lui obéir à lui seul, et d’abandonner toute autre obéissance afin de suivre les commandements et les orientations que le Messager transmet de la part de l’unique Dieu qui l’a envoyé. Ainsi, la croyance en cette mission prophétique donnait une réalité à la grande révolution qu’en faisant reconnaître l’unicité d’Allah, l’islam cherchait à accomplir dans la vie humaine. En effet, une fois que l’homme a admis l’unicité divine et qu’il est convaincu qu’il doit désormais adorer Allah seul et suivre Sa guidance, une question se pose : comment mettra-t-il cette croyance en pratique ? Comment saura-t-il quelle est la manière correcte d’adorer Allah et quelle est la guidance qu’il doit désormais suivre ? Le Coran affirme que la méthode a toujours été la suivante : Allah choisit parmi Ses serviteurs l’un d’eux comme Messager et lui donne la connaissance de toutes les choses qu’il faut pratiquer conformément à Sa volonté. Il n’existe aucun autre moyen concret de Le servir : il faut reconnaître la mission du Messager et suivre son exemple et ses enseignements. De cette manière, l’humanité, divisée entre diverses croyances et conceptions, superstitions et idées, religions et confessions, coutumes et usages, ainsi qu’entre la servitude et l’obéissance à différentes fausses divinités, se rassemble autour d’un même centre ; et la religion sur laquelle l’appel islamique veut réunir et unir l’humanité s’établit effectivement.

Si l’on examine, dans l’ordre indiqué ci-dessous, l’enseignement du Noble Coran à ce sujet, la question devient parfaitement claire.

L’annonce de l’envoi de prophètes au commencement de la création

La première chose que le Coran dit au sujet de la prophétie est la suivante : dès l’aube de l’existence de l’humanité sur terre, il fut clairement recommandé aux descendants d’Adam qu’ils devaient obéir à la guidance qui leur serait transmise par l’intermédiaire des Messagers.

(Arabe**************)

— Ô descendants d’Adam ! Si des Messagers issus de vous-mêmes, c’est-à-dire d’entre les êtres humains, viennent à vous et vous récitent Mes versets, quiconque se gardera de la désobéissance et corrigera sa conduite n’aura aucune raison de craindre ni de s’attrister. Quant à ceux qui rejetteront Nos versets et se révolteront contre eux, ils seront les habitants de l’Enfer, où ils demeureront éternellement. (Al-A‘râf : 35-36)

La réussite et la perte de l’être humain dépendent de son obéissance ou de sa désobéissance aux Messagers

C’est précisément ce qui est dit dans les versets 38-39 de la sourate Al-Baqara et les versets 123-124 de la sourate Tâ-Hâ, où il est fait mention de l’envoi d’Adam et de Hawwâ — paix sur eux — sur la terre. Il n’y est pas seulement annoncé que des Messagers seront envoyés pour guider les êtres humains ; il y est également prononcé cet avertissement : leur réussite ou leur perte dépend de ce qu’ils accepteront ou non la guidance des Messagers et adopteront ou non la voie de la piété et de la réforme. S’ils ne le font pas, ils subiront un châtiment ici-bas ainsi que le châtiment de l’Enfer. En vérité, il est dit à maintes reprises que la raison pour laquelle différents peuples de la terre ont été frappés par le châtiment est qu’ils ont refusé d’accepter le message des Messagers venus à eux, comme dans le verset suivant :

(Arabe*****************)

— N’ont-ils donc pas parcouru la terre, afin de voir quel fut le sort de ceux qui vécurent avant eux ? Ils étaient plus puissants qu’eux — les Quraychites — et avaient laissé sur la terre des traces bien plus imposantes. Puis Allah les saisit pour leurs péchés, et personne ne put les protéger contre Allah. Ce sort leur advint parce que les Messagers étaient venus à eux avec des signes évidents, mais qu’ils refusèrent de les accepter. Finalement, Allah les saisit. Certes, Il est Très-Fort et très sévère dans le châtiment.

Des paroles presque identiques sont également rapportées dans les versets 25-16 de la sourate Fâtir et les versets 5-6 de la sourate At-Taghâbun. Le Coran regorge de récits sur les peuples qui ont rejeté les Messagers de leur époque et qui, finalement, ont été châtiés dès ici-bas.

Puis, au sujet de l’au-delà, il est dit que la preuve décisive d’Allah contre les hommes y reposera sur le fait que des Messagers leur avaient été envoyés, et que la distinction entre le vrai et le faux ainsi que le droit chemin de la vérité leur avaient été clairement exposés. Malgré cela, ils ne les ont pas reconnus et ne leur ont pas obéi. C’est pourquoi ils méritent maintenant le châtiment.

(Arabe*************)

Ô Muhammad ! Nous t’avons révélé la Révélation de la même manière que Nous l’avions révélée à Noé et aux prophètes venus après lui. Ces Messagers furent envoyés comme annonciateurs de bonnes nouvelles et avertisseurs, afin qu’après leur envoi les hommes n’aient plus aucun argument à opposer à Allah. (An-Nisâ’ : 123-124)

En d’autres termes, la mission de ces prophètes consistait à annoncer la réussite et la félicité à ceux qui avaient cru à l’enseignement qu’ils avaient apporté et qui avaient, en conséquence, purifié leurs pensées et leurs actes. Quant à ceux qui n’avaient pas cru et n’avaient pas renoncé à suivre les voies erronées dans leurs pensées et leurs actes, ils les avaient avertis d’une issue effroyable. Le but de l’envoi de ces prophètes était qu’Allah, par leur intermédiaire, expose clairement le droit chemin et établisse définitivement Sa preuve contre l’humanité, afin qu’aucun mécréant, aucun criminel ne puisse, au tribunal de l’au-delà, présenter l’excuse qu’aucune disposition n’avait été prise pour leur faire connaître la vérité véritable et qu’ils étaient maintenant saisis alors qu’ils n’en avaient pas été informés. Il voulait donc exposer clairement cette vérité et établir définitivement Sa preuve contre l’humanité, afin qu’aucun mécréant ni aucun criminel ne puisse, au tribunal de l’au-delà, présenter l’excuse qu’aucune disposition n’avait été prise pour leur faire connaître la vérité véritable et qu’ils étaient maintenant saisis alors qu’ils n’en avaient pas été informés.

En mentionnant l’au-delà, le Coran lance cet avertissement : toutes les œuvres des négateurs et des adversaires de la mission prophétique, œuvres qu’ils considéraient comme bonnes, y seront anéanties. Puis, lorsqu’ils seront introduits en Enfer, il leur sera dit : « Par l’intermédiaire des Messagers, toutes les preuves et tous les arguments vous concernant ont été établis de manière définitive. C’est pourquoi vous subissez maintenant le châtiment, et en vérité, c’est précisément ce châtiment que vous méritez. »

(Arabe*****************)

« Ceux qui ont refusé d’accepter — c’est-à-dire qui ont refusé d’accepter le Messager (s.a.s.) et l’enseignement qu’il avait apporté — et qui ont détourné du chemin d’Allah — l’expression « saddû ‘an sabîlillâh » a été employée à l’origine. Le mot « sadd » s’emploie en arabe dans un sens transitif aussi bien qu’intransitif. Cette expression signifie donc également qu’ils s’abstiennent eux-mêmes d’emprunter le chemin d’Allah. Elle signifie aussi qu’ils empêchent les autres de s’y engager. Ce détournement se présente sous plusieurs formes. Premièrement, une personne empêche quelqu’un de croire par la force. Deuxièmement, elle inflige au croyant de telles injustices et persécutions qu’il lui devient difficile de rester ferme dans sa foi, et que d’autres ont également du mal à croire dans une situation aussi effrayante. Troisièmement, ils trompent les gens au sujet de la religion d’Allah et du Messager qui la présente, et insufflent dans leurs cœurs de telles suggestions qu’ils les égarent et les empêchent de venir au chemin d’Allah. En outre, toute société mécréante constitue une grande force faisant obstacle au chemin d’Allah, car, par son enseignement, sa culture, sa structure sociale, ses coutumes et ses traditions ainsi que son fanatisme religieux, elle crée un obstacle considérable à l’expansion de la vraie religion — auteur —, et qui ont engagé la polémique avec le Messager alors que le droit chemin leur était devenu clair, ceux-là ne peuvent nuire en rien à Allah. Bien au contraire, Allah réduira à néant toutes leurs œuvres. (Muhammad : 32) »

Dans cette situation, Allah le Très-Haut leur demandera :

(Arabe******************)

— Ô assemblées des djinns et des hommes ! Un Messager issu de vous-mêmes ne vous est-il pas venu, vous récitant Mes versets et vous avertissant de l’issue de ce jour ? Ils diront : « Nous témoignons contre nous-mêmes. »

La vie d’ici-bas les avait trompés. Mais, dans l’au-delà, ils témoigneront contre eux-mêmes qu’ils étaient mécréants. Ce témoignage leur sera demandé afin qu’il soit établi que votre Seigneur n’a pas détruit injustement les cités alors que leurs habitants étaient ignorants de la vérité. (Al-An‘âm : 130-191)

(Arabe**********************)

— Chaque fois qu’un groupe d’hommes y sera précipité, ses gardiens leur diront : « Aucun avertisseur ne vous est-il venu ? » [La forme de cette question ne signifie pas que les gardiens de la Géhenne chercheront à savoir s’il leur est effectivement venu un avertisseur ou non. Leur objectif sera plutôt de leur faire comprendre qu’aucune injustice ne leur a été faite en les précipitant dans la Géhenne. Ils voudront leur faire reconnaître de leur propre bouche qu’Allah ne les avait pas laissés dans l’ignorance : un prophète leur avait été envoyé, mais ils n’avaient pas accepté ses paroles. Ils méritent donc le châtiment qui leur est infligé — note de l’auteur.] Ils répondront : « Si, un avertisseur nous est venu, mais nous l’avons traité de menteur et avons dit : “Allah n’a rien révélé, et vous êtes plongés dans un profond égarement.” » Puis ils diront : « Ah ! Si seulement nous avions écouté et agi avec intelligence, nous n’aurions pas eu à subir le châtiment de ce feu ardent. » Ainsi reconnaîtront-ils leur péché. Malheur aux habitants de la Géhenne ! (Al-Mulk : 8-10)

Une parole allant dans le même sens que cet énoncé est rapportée dans les versets 71-72 de la sourate Az-Zumar. Il en ressort clairement que, dans l’islam, l’importance de la mission prophétique est si grande que le bonheur ou le malheur de l’être humain, d’ici-bas jusqu’à l’au-delà, dépend de son acceptation ou de son rejet.

Tou

Des prophètes sont venus auprès de toutes les nations, et leur appel était le même

Il est également dit dans le Coran que, depuis les débuts de l’humanité, des prophètes n’ont cessé de venir dans toutes les nations. Leur religion était une. Leur appel était également un. Le but de leur venue à tous était aussi le même. Leur revendication à tous était que les hommes se préservent de la désobéissance à Allah et Lui obéissent.

(Arabe**************)

— Il n’y a aucune communauté qui soit passée sans qu’un avertisseur ne lui soit venu. (Fâtir : 24)

(Arabe**************)

Il y avait un guide pour chaque nation. (Ar-Ra‘d : 7)

(Arabe************)

— Nous n’avons détruit aucune cité sans qu’un avertisseur ne lui soit venu. (Ach-Chu‘arâ’ : 208)

(Arabe***************)

Nous avons envoyé à chaque communauté un Messager, afin qu’il appelle à adorer Allah et à s’éloigner de l’adoration du Taghout. (An-Nahl : 36)

Il est dit, en mentionnant chacun des prophètes, depuis le prophète Noé jusqu’au prophète Jésus, que chacun d’eux a dit à son peuple :(Arabe*********)— Craignez Allah et obéissez-moi. (Voir Al ‘Imran : 50 ; Ach-Chu‘ara : 108, 110, 126, 131, 1412, 150, 163, 171 ; Az-Zukhruf : 63 ; Noé : 3)

Le but de la venue des prophètes

Il est ensuite dit que le but de la venue de tous les prophètes était le suivant :

(Arabe*************)

— Nous avons envoyé Nos prophètes avec des preuves évidentes et fait descendre avec eux le Livre et la Balance, afin que les hommes établissent la justice. (Al-Hadid : 25)

Établir la justice signifie être juste envers soi-même, envers Allah et envers chaque personne avec laquelle on peut être en relation. La justice doit régner au sein de la société, dans toutes les transactions, dans la civilisation et la culture, dans la politique et le système de gouvernement, dans les tribunaux et dans les relations internationales. En bref, établir la justice dans tous les domaines et tous les aspects de la vie, individuellement comme collectivement, constitue le but de l’envoi de tous les prophètes.

La mission apostolique de Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix

Dans le contexte de l’histoire de la prophétie et de la mission prophétique, ainsi que de leur bien-fondé, il a d’abord été dit aux Quraychites, puis aux Arabes, et ensuite au monde entier, que Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) faisait partie de ces Messagers qui avaient été envoyés avant lui. Il est venu avec une religion qui était celle de tous les prophètes depuis les débuts de l’humanité. Le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) est venu afin de purifier cette religion de toute souillure et de toute déformation, et d’en présenter la forme véritable et authentique. Désormais, la religion de Dieu, Sa Loi, Ses règles et Ses commandements sont tels que le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) ne les présente pas de son propre chef, mais sur la base de la révélation envoyée par Dieu. Lui obéir, c’est obéir à Dieu, et lui désobéir, c’est désobéir à Dieu. Il ne suffit donc pas à l’homme de croire seulement qu’il est le Messager de Dieu. Après avoir cru, il doit au contraire renoncer à obéir à tous les autres et obéir sans hésitation à ce Messager. En effet, se détourner de sa guidance signifie se détourner de l’obéissance à ce Dieu qui l’a envoyé dans le monde comme Messager.

Avant l’arrivée du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), les Arabes attendaient un prophète.

Il convient de rappeler qu’en observant l’état moral déchu et les méfaits des chrétiens, des juifs et des adeptes des autres religions qui les entouraient, les Arabes disaient eux-mêmes : « Si ce qui était venu à ces peuples venait à nous — c’est-à-dire la mission prophétique et la guidance envoyée par Dieu —, nous nous montrerions meilleurs et plus accomplis qu’eux tous. »

Le Coran a proclamé cette vérité, mais personne ne se trouvait là pour la nier.

(Arabe**************)

Ces gens — les Quraychites et les Arabes — juraient solennellement que si un avertisseur, c’est-à-dire un Messager, venait à eux, ils seraient mieux guidés que les autres peuples du monde. Mais lorsque l’avertisseur vint à eux, son arrivée ne fit qu’accroître leur fuite loin de la vraie religion. Ils se mirent à manifester encore plus d’orgueil et d’arrogance dans le monde, et à employer les pires stratagèmes pour lui nuire. Or, ceux qui recourent à de tels stratagèmes sont précisément ceux qu’ils finissent par détruire. (Fâtir, 42-43)

(Arabe****************)

— Ces gens disaient auparavant : « Malheur à nous ! Si nous avions auprès de nous le Rappel — le message de l’exhortation d’Allah — que reçurent les peuples anciens, nous aurions été des serviteurs sincères d’Allah. » Mais lorsqu’il leur est venu, ils l’ont aussitôt renié. Ils sauront bientôt quelle en sera la conséquence. (As-Saffât, 167-170)

Il fut ainsi établi que la venue du Messager était leur désir le plus ardent. Mais lorsque cette faveur leur parvint, ils commencèrent à s’y opposer avec obstination et entêtement.

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fait partie des prophètes, et la source de sa connaissance est cette révélation qui était celle de tous les prophètes

En gardant cette vérité à l’esprit, voyez comment le Coran a présenté la mission prophétique du Prophète et quelle dignité il lui a conférée :

(Arabe************)

— Par le noble Coran, ô Muhammad, tu es assurément du nombre des Messagers, sur une voie droite. Autrement dit, tu fais partie des Messagers, et la preuve manifeste de ta mission consiste en ce que tu présentes ce Coran plein de sagesse. (Yâ-Sîn : 1-4)

(Arabe****************)

— Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé ce Coran arabe afin que tu avertisses la mère des cités (La Mecque) et ceux qui résident dans ses alentours. (Ach-Chûrâ : 7)

(Arabe***************)

Ô Muhammad, dis : Ô humanité ! Je suis le Messager envoyé par Dieu à vous tous — Dieu, à qui appartient la royauté des cieux et de la terre. (Al-A‘râf : 158)

(Arabe*****************)

Béni soit Celui qui a fait descendre ce Coran (qui distingue le vrai du faux) sur Son serviteur, afin qu’il avertisse les habitants du monde. (Al-Furqân : 1)

(Arabe****************)

Ô Muhammad ! Nous t’avons certes révélé comme Nous l’avions révélé à Noé et aux prophètes venus après lui, et comme Nous l’avions révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et aux descendants de Jacob, ainsi qu’à Jésus, Job, Jonas, Aaron et Salomon ; et Nous avons donné les Psaumes à David. (An-Nisâ’ : 163)

L’objectif de l’envoi du prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)

Nous avons dit précédemment que (sourate Al-Hadîd, verset 25) l’objectif de son envoi était le même que celui de l’envoi de tous les prophètes. Toutefois, le Noble Coran a exposé en détail aux Quraychites et aux Arabes l’objectif particulier de sa désignation comme Messager. Nous allons le citer successivement.

Sa mission prophétique est éternelle et universelle

Il n’est pas envoyé à une nation particulière, ni seulement à tous les hommes de son époque ; il est au contraire le Messager de tous les hommes jusqu’au Jour de la Résurrection, de tous ceux auxquels son message parvient.

(Arabe**************)

— Et ce Coran m’a été révélé afin que je vous avertisse, ainsi que tous ceux auxquels il parviendra. (Al-An‘âm : 19)

Il présente une religion authentique, exempte de toute altération

Il ne réfute pas les enseignements apportés par les prophètes qui l’ont précédé ; il en reconnaît au contraire la vérité. Il lui incombe de débarrasser les enseignements des prophètes précédents des mélanges qui y ont été introduits par la suite, et de présenter dans sa forme pure la véritable religion, qui était le même dîn de vérité qu’Allah avait prescrit à l’humanité depuis le commencement de la création.

Le fait qu’il ne soit pas venu réfuter les enseignements des prophètes précédents, mais en reconnaître la vérité, est exposé en plusieurs endroits du Coran. Ainsi :

(Arabe*************)

— Bien au contraire, Muhammad est venu avec la vérité et il reconnaît la vérité de tous les prophètes envoyés par Allah. (As-Sâffât : 37)

(Arabe*************)

—Et ce Coran n’est pas quelque chose qui puisse être composé de son propre chef, en dehors de la révélation de Dieu. Il est au contraire une confirmation de la véracité de tout ce qui l’a précédé et une explication détaillée du Livre (de tout livre venu de la part de Dieu). Il ne fait aucun doute qu’il provient du Seigneur des mondes. (Yûnus : 37)

Le sens de l’« explication détaillée du Livre » est que ce Livre contient la synthèse de tous les enseignements fondamentaux et de toute la guidance qui avaient d’abord été transmis par les Livres de Dieu. Il les expose même de manière plus détaillée. Le Coran glorieux explique également à plusieurs reprises que ceux qui avaient hérité des Livres précédents y ont introduit de nombreuses modifications et additions de leur propre chef. C’est pourquoi l’une des missions du Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) est aussi de leur distinguer ce qui est réellement interdit dans la loi de Dieu, afin de le déclarer interdit, et ce qui y est réellement licite, afin de le déclarer licite.

(Arabe*************)

—Malheur donc à ceux qui écrivent un Livre de leurs propres mains, puis disent : « Ceci vient de la part de Dieu. » (Al-Baqara : 79)

(Arabe*****************)

—Il y en a parmi eux qui, lorsqu’ils récitent le Livre, tordent leur langue de telle manière que vous pensiez que ce qu’ils récitent appartient au texte même du Livre. Or cela n’appartient pas au texte même du Livre. Ils disent : « Cela vient de la part de Dieu. » Pourtant, cela ne vient pas de la part de Dieu. Ils attribuent sciemment des mensonges à Dieu. (Âl-‘Imrân : 78)

Sur cette base, le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) se voit confier la responsabilité de présenter l’enseignement de la religion véritable, pure et exempte de toute falsification. Il déclarera interdit tout ce qui y est interdit et licite tout ce qui y est licite.

(Arabe*************)

— Ceux qui, parmi les gens du Livre et les polythéistes, avaient mécru n’étaient pas disposés à renoncer à leur mécréance jusqu’à ce qu’une preuve évidente leur parvienne : un Messager venu d’Allah, qui leur récite des feuillets purifiés de toute falsification, dans lesquels sont consignées des paroles parfaitement vraies et justes. (Al-Bayyina : 1-3)

(Arabe******************)

— (Ce Prophète illettré) leur ordonne de faire le bien et leur interdit de faire le mal. Il leur rend licites les choses pures et leur interdit les choses impures. (C’est-à-dire qu’il abroge les interdits et les permissions qu’ils avaient établis de leur propre chef.) Il les décharge de leurs fardeaux et les délivre des entraves qui pesaient sur eux. (Al-A‘râf : 157)

L’explication des prescriptions divines par la parole et les actes, ainsi que la purification de l’âme

La responsabilité du Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ne consistait pas seulement à transmettre aux gens la connaissance qui lui était accordée par révélation de la part d’Allah. Il avait également pour mission d’expliquer, par ses paroles et ses actes, les croyances, les prescriptions, les orientations, les lois et les règles de la religion, conformément au sens des commandements divins qui lui avait été communiqué directement par Allah, puis, par l’éducation et la formation qu’il leur dispensait, de purifier et d’organiser leur mode de vie corrompu sur cette base.

— C’est à Nous qu’incombent le rappel de ce Coran et sa récitation pour toi. Ainsi, ô Prophète, lorsque Nous le récitons, écoute sa récitation. Puis c’est également à Nous qu’incombe l’explication de son sens. (Al-Qiyâma : 17-29)

(Arabe***************)

—Et Nous avons fait descendre sur toi ce Rappel (c’est-à-dire le Coran), ô Prophète, afin que tu continues à expliquer aux gens l’enseignement qui leur a été révélé. (An-Naml : 44) [Par cette directive, Allah le Très-Haut expose la politique dont l’exigence inévitable était qu’un être humain fût envoyé comme prophète avec le Rappel. Le « Rappel » aurait certes pu être transmis par l’intermédiaire des anges, et il n’était pas au-delà du pouvoir d’Allah de l’imprimer puis de le faire parvenir directement aux hommes. Mais le véritable objectif n’aurait ainsi pas pu être atteint. Pour atteindre cet objectif, il était nécessaire qu’une personne parfaitement qualifiée l’apporte, qu’elle explique à chacun ce qu’il ne comprendrait pas, qu’elle dissipe les doutes et les hésitations qui pourraient naître dans les esprits, et qu’elle réponde aux objections et aux plaintes de chacun. Avec ceux qui ne l’accepteraient pas, s’y opposeraient et feraient obstacle, elle adopterait le comportement qui conviendrait à celui qui apporte le Rappel. Quant à ceux qui l’accepteraient, elle les guiderait dans chaque domaine et chaque aspect de la vie, leur présenterait sa propre vie comme modèle, puis, en les éduquant, leur montrerait comment édifier devant le monde entier une société exemplaire dont l’organisation globale serait le reflet de la volonté de ce Rappel. —Note de l’auteur]

(Arabe*************)

—C’est Lui, Allah, qui a suscité parmi les ummiyyûn un Messager issu d’eux-mêmes : il leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, alors qu’auparavant ils étaient plongés dans un égarement manifeste. (Al-Jumu‘a : 2)

(Arabe****************)

—C’est Lui, Allah, qui a fait descendre sur Son serviteur (Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) des versets clairs, afin de vous faire sortir des ténèbres vers la lumière. (Al-Hadîd : 9)

Rendre la religion de la vérité victorieuse sur l’ensemble du système de vie

L’objectif ultime de la venue du Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) est de rendre victorieuses, sur toutes les formes d’obéissance ainsi que sur toutes les voies et méthodes de la vie, cette religion et cette guidance qu’il a apportées de la part de Dieu. Cet objectif est expliqué à trois endroits dans le Coran. Il est dit dans les sourates At-Tawba et As-Saff :

—C’est Lui, Allah, qui a envoyé Son Messager avec la guidance et la religion de la vérité afin qu’il la rende victorieuse sur toutes les sortes de religions ou de systèmes de vie— [Dans ces deux versets, le mot « ad-dîn » a été employé ; nous l’avons traduit par « religion de toutes les nations ». En langue arabe, le mot dîn est employé pour désigner le système ou la méthode de vie dont on reconnaît les fondateurs comme détenteurs de l’autorité et du droit à l’obéissance, et auxquels on obéit. Ainsi, l’objectif de la venue du Messager est énoncé dans ce verset : la guidance et la religion de la vérité qu’il a apportées de la part de Dieu doivent triompher de toutes les méthodes et de tous les systèmes de type religieux. En d’autres termes, le Messager n’est pas venu pour que la religion qu’il apporte se soumette au système de vie établi, qui reconnaît à d’autres qu’Allah l’autorité et le droit à l’obéissance, et se contente des possibilités et des avantages que celui-ci lui accorde. Au contraire, le Messager, représentant du Roi de la terre et des cieux, veut faire prévaloir le véritable système de son propre Roi sur toutes les méthodes et tous les systèmes. Tout système qui existe dans le monde devra donc demeurer sous l’autorité du système divin, en se contentant des possibilités et des avantages que celui-ci lui accordera. Ainsi, en acquittant la jizya, les dhimmis peuvent suivre leur propre système de vie. —Note de l’auteur]

aussi insupportable que cela puisse être pour les polythéistes. (At-Tawba : 33, As-Saff : 18)

Le commandement de croire au Prophète Muhammad (s.a.) et de lui obéir

En gardant cet objectif à l’esprit, il a été ordonné aux hommes de croire en lui, de lui obéir et de renoncer à obéir à ceux qui sont insouciants à l’égard d’Allah et transgressent les limites de l’obéissance.

(Arabe**************)(

– Croyez donc en Allah, en Son Messager et en la lumière que Nous avons révélée. Et Allah est parfaitement informé de tout ce que vous faites. (At-Taghabun : 8)

(Arabe***************)

– Croyez donc en Allah, en Son Messager, le Prophète ummî qu’Il a envoyé, qui croit en Allah et en Ses paroles, et obéissez-lui afin que vous trouviez le droit chemin. (Al-A‘raf : 158)

(Arabe************)

-Suivez la guidance qui vous a été envoyée de la part de votre Seigneur et n’obéissez à aucun autre protecteur en dehors de Lui. [C’est-à-dire que, pour les directives dont vous avez besoin afin de mener votre vie dans ce monde, pour acquérir la connaissance nécessaire à la compréhension des mystères de votre être et de l’univers créé ainsi que du but de votre existence, et pour établir votre religion, votre morale, votre culture, votre vie sociale et votre civilisation sur des bases solides, vous ne devez suivre que la guidance qu’Allah a envoyée par l’intermédiaire de Son Messager. Délaisser la guidance révélée par Allah, chercher refuge auprès d’une autre orientation et se soumettre à son obéissance constitue fondamentalement, pour l’être humain, une méthode erronée, dont les conséquences ont toujours pris la forme de la destruction et continueront toujours de le faire. Le terme awliyāʾ (protecteurs) est employé ici en ce sens que celui dont l’homme suit les paroles, il en fait en réalité son walī ou son protecteur. —Note de l’auteur.]

(Arabe*******************)

-Nous n’avons envoyé de Messager que pour qu’il soit obéi, par ordre de Dieu. (Nisāʾ : 64) [Cela signifie que le Messager n’est pas venu de la part de Dieu pour dire : « Croyez simplement à sa mission, puis obéissez à qui vous voulez. » Au contraire, le but même de la venue du Messager est que, parmi toutes les lois, vous ne suiviez que la loi qu’il a apportée pour la vie, en rejetant toutes les autres. L’ordre qu’il transmet de la part de Dieu doit être suivi, à l’exclusion de tous les autres ordres. Si quelqu’un ne le fait pas, reconnaître son Messager comme Messager n’a aucun sens. —Note de l’auteur.]

(Arabe****************)

-Quiconque obéit au Messager obéit en réalité à Allah. (Nisāʾ : 80)

(Arabe***************)

-Prenez ce que le Messager vous donne et éloignez-vous de ce dont il vous détourne. (Ḥashr : 7)

(Arabe****************)

-Et celui qui obéit à Allah et au Messager, qui craint Allah et se tient à l’écart de Sa désobéissance, celui-là réussira. (An-Nur : 52)

(Arabe***************)

-Il n’appartient à aucun croyant ni à aucune croyante, lorsque Allah et Son Messager ont statué sur une affaire, de conserver ensuite le droit de décider lui-même de ce qui le concerne. Ceux qui désobéissent à Allah et au Messager sont tombés dans un égarement manifeste. (Al-Ahzab : 36)

(Arabe*************)

-Et n’obéis à aucun de ceux dont Nous avons détourné le cœur de Notre rappel, qui suit ses passions et dont la conduite transgresse les limites. (Al-Kahf : 28)

(Arabe****************)

-Et n’obéis pas à ces gens débridés qui sèment la corruption sur la terre et n’apportent aucune réforme. [C’est-à-dire : renoncez à obéir à ces émirs et notables, chefs de société, dirigeants et gouvernants sous la direction desquels fonctionne votre système de vie égaré. Ce sont des transgresseurs. Ayant franchi toutes les limites de la moralité, ils sont devenus débridés. Aucune réforme ne peut être réalisée par leur intermédiaire. Le système qu’ils mettront en place rendra inévitable le désordre et l’anarchie. Si une voie vers votre bien-être existe, elle consiste à faire naître en vous la crainte de Dieu, à renoncer à obéir aux corrupteurs et à obéir au Prophète d’Allah — note de l’auteur.]

(Ach-Chu‘ara : 151-152)

(Arabe**************)

— Ô Prophète, dis : « Obéissez à Allah et au Messager. » S’ils se détournent, qu’ils sachent qu’Allah n’aime pas les mécréants de cette sorte. (Al ‘Imrân : 32)

Désormais, la loi est uniquement celle qu’Allah a donnée par l’intermédiaire de Muhammad (s.a.s.).

Ainsi, en même temps que fut proclamée la mission prophétique de Muhammad (s.a.s.), ainsi que l’obligation de le suivre et de l’imiter, il fut également proclamé que, désormais, la loi de Dieu est celle qui a été donnée par l’intermédiaire de Muhammad (s.a.s.). Nul n’a le droit de s’y opposer. Tout ce qui va à son encontre relève de la Jâhiliyya et de la servitude envers le Tâghût. Le Messager (s.a.s.) est le gouverneur désigné par Dieu ; sa mission consiste à trancher les affaires des gens conformément à la guidance révélée par Dieu.

(Arabe****************)

— Puis, après les enfants d’Israël, Nous t’avons établi, ô Prophète, sur une voie claire en matière de religion (la charia). Suis donc cette voie et ne suis pas les passions de ceux qui ne possèdent aucun savoir. (Al-Jâthiya : 18)

(Arabe***************)

— Nous avons prescrit à chaque communauté un rite d’adoration qu’elle observe. Que ceux-ci ne disputent donc pas avec toi à ce sujet, ô Muhammad (s.a.s.). Appelle les gens vers ton Seigneur. Tu es assurément sur une voie droite. (Al-Hajj : 67)

(Arabe******************)

— Ô Prophète ! Nous t’avons révélé ce Livre en toute vérité afin que tu juges entre les gens selon la voie droite qu’Allah t’a montrée. (An-Nisâ’ : 105)

Dans le Noble Coran, les règles énoncées çà et là pour la société humaine sont désignées par l’expression « les limites d’Allah ». Autrement dit, ce sont des limites à l’intérieur desquelles il a été ordonné de demeurer. Ailleurs, il est sévèrement recommandé de ne même pas s’en approcher. Il est dit en certains endroits que ceux qui les transgressent sont des injustes. En d’autres endroits, il est dit que ceux qui les transgressent se font eux-mêmes du tort. Il est également formulé cet avertissement solennel : pour ceux qui dépassent les limites, il y a le feu de la Géhenne ou un châtiment douloureux. (Voir les versets 187, 229 et 230 de la sourate Al-Baqara, les versets 13 et 14 de la sourate An-Nisâ’, le verset 4 de la sourate Al-Mujâdala, le verset 97 de la sourate At-Tawba et le verset 1 de la sourate At-Talâq.)

On comprend ainsi l’importance des lois données à l’humanité par l’intermédiaire du Prophète (ﷺ). Puis, un avertissement a été formulé en termes parfaitement clairs :

(Arabe***************)

— Est-ce donc le jugement de l’époque de l’ignorance qu’ils recherchent ? Or, pour ceux qui ont une foi ferme en Allah, qui peut rendre un meilleur jugement qu’Allah ? (Al-Mâ’ida : 50)

(Arabe**************)

— Ils veulent recourir au Tâghût pour qu’il tranche leurs affaires. [Par Tâghût, il faut entendre ici, de manière tout à fait explicite, le dirigeant qui rend des décisions selon une loi autre que celle d’Allah, ainsi que le système judiciaire qui ne reconnaît ni la souveraineté d’Allah Tout-Puissant ni le Livre d’Allah et la guidance du Messager comme l’autorité suprême — l’auteur.] Pourtant, il leur a été ordonné de renier le Tâghût. Satan veut les égarer et les entraîner très loin du droit chemin. (An-Nisâ’ : 60)

Dans le domaine de la religion, aucun compromis ni aucune souplesse ne sont permis.

Tout en donnant des instructions claires concernant l’obéissance et le suivi du Messager, on a averti les hommes qu’aucun compromis ni aucune souplesse ne peuvent être admis au sujet de la religion de Dieu. Aucune modification, même minime, ne peut être apportée, pour complaire à qui que ce soit, à quelque croyance, principe, pratique ou commandement que ce soit. Celui qui veut accepter doit adopter intégralement la religion que le Messager d’Allah (s.a.s.) a présentée. Quant à celui qui ne veut pas l’accepter, qu’il ne l’accepte pas. Celui qui l’acceptera en tirera lui-même le bien, et celui qui la rejettera en subira lui-même le préjudice. Il ne saurait ici être question de marchandage, de transaction ou d’entente.

(Arabe*********************)

— Ô Prophète, ne cède donc jamais sous la pression de ceux qui traitent la vérité de mensonge et la rejettent. Ils souhaitent que tu te montres quelque peu souple, afin qu’eux aussi se montrent souples. (C’est-à-dire : si tu relâches quelque peu tes efforts dans la transmission de l’islam, ils feront eux aussi preuve d’un peu plus de souplesse dans leur opposition à toi. En d’autres termes, si tu profites de la possibilité de leur égarement pour modifier quelque peu ta religion, ils accepteront de transiger avec toi.)

(Arabe********************)

— Et lorsque Nos versets leur sont récités clairement, ceux qui n’espèrent pas Nous rencontrer dans l’au-delà disent : « Apporte un autre Coran que celui-ci, ou modifie-le quelque peu. » Dans l’exposé détaillé qui précède, il apparaît clairement combien est importante la deuxième étape du mouvement islamique : obtenir des hommes qu’ils reconnaissent la mission prophétique de Muhammad (s.a.s.) et les préparer à lui obéir pleinement en toute chose, dans tous les domaines de leur vie, depuis les croyances et le culte jusqu’à chaque aspect de l’existence. Son importance tient à ce que, sans cela, la religion ne peut être véritablement établie. Croire au tawhid sans avoir foi au Messager et sans lui obéir concrètement est dépourvu de sens. En y réfléchissant, l’homme peut comprendre que reconnaître l’unicité d’Allah

[Les propos des polythéistes reposaient d’abord sur l’idée que ce que le Prophète (s.a.s.) présentait ne venait pas de Dieu, mais était de sa propre invention. Le fait de l’attribuer à Dieu et de le présenter ainsi ne servait, selon eux, qu’à donner davantage de poids à ses paroles. Ensuite, le sens de leurs propos était le suivant : « Que dis-tu donc de tout cela — du tawhid, de l’au-delà et des interdits moraux ? Si tu es venu pour montrer le chemin, présente quelque chose qui assure le bien de la nation et dont les avantages matériels soient visibles. Cependant, si tu ne veux absolument pas modifier ton appel, rends-le au moins un peu plus facile et plus utile, afin qu’une certaine entente puisse s’établir entre toi et nous. Nous accepterons une partie de ce que tu dis, et toi aussi, accepte une partie de ce que nous disons. Que ton tawhid laisse une place à une part de notre shirk, que ton adoration de Dieu laisse une place à une part de notre culte de nous-mêmes et de notre attachement au monde, et que ta croyance en l’au-delà laisse aussi une place à certaines de nos espérances et aspirations, afin que nous puissions faire ici-bas ce qui nous plaît. Dans l’au-delà, nous serons bien sauvés d’une manière ou d’une autre. Quant à tes principes moraux inflexibles, ils nous sont inacceptables. Ils devraient laisser une place à certaines de nos superstitions, à certaines de nos coutumes et traditions, à certains de nos intérêts personnels et nationaux, ainsi qu’à certains de nos désirs. Il ne faudrait pas que les exigences de la religion soient définies dans un cadre précis, d’un commun accord entre toi et nous, afin que nous nous acquittions des droits de Dieu, puis que nous soyons laissés libres de conduire les affaires de ce monde comme bon nous semble. Mais tu commets cette cruauté de vouloir assujettir toute la vie et tous ses aspects aux croyances du tawhid et de l’au-delà ainsi qu’aux prescriptions de la charia. » — L’auteur.]

(Ô Muhammad !) Dis-leur : « Je n’ai pas le droit d’y apporter de moi-même la moindre modification. Je ne fais que suivre la révélation qui m’est envoyée. » (Yûnus : 15)

(Arabe******************)

—Et proclame : « Ceci est la vérité venant de votre Seigneur. Que celui qui le veut croie, et que celui qui ne le veut pas ne croie pas. » (Al-Kahf : 29)

—Celui qui suivra la guidée le fera pour son propre bien ; et à celui qui s’égare, dis : « Je ne suis qu’un avertisseur. » (An-Naml : 92)

La réaction des Quraychites et des polythéistes arabes à l’acceptation de la mission prophétique était bien plus difficile que celle des polythéistes ordinaires d’Arabie. Tout d’abord, il ne leur était pas facile d’admettre, au sujet d’un homme qui avait vécu parmi eux pendant quarante ans comme un homme ordinaire, qu’il avait soudain été choisi par Allah comme Son Messager et que la Révélation avait commencé à lui parvenir. Pour ceux qui s’étaient habitués, durant des générations, à une liberté sans frein, il n’était pas moins difficile de se soumettre désormais entièrement à un seul homme et d’observer intégralement, dans toute leur vie, la loi qu’il leur avait donnée. Cela était encore bien plus difficile pour les chefs qui s’étaient établis comme les maîtres absolus de leurs tribus et de leurs factions. C’était difficile pour les chefs religieux qui avaient établi dans tout le pays d’immenses centres de polythéisme et en avaient fait prospérer le commerce. C’était difficile pour les devins qui prétendaient connaître l’avenir et auxquels les gens s’adressaient pour retrouver les objets perdus et connaître ce que leur réservait l’avenir. Pour chacun d’eux, la mission prophétique était un message de mort manifeste. L’accepter était hors de question ; il leur était même impossible de l’écouter avec calme. En somme, tous ceux dont les intérêts étaient liés au maintien de l’ancien système de l’ignorance préislamique se trouvèrent face à cette crainte : si les gens acceptaient la mission prophétique de Muhammad et lui obéissaient en reconnaissant que tout ce qu’il présentait venait du Seigneur des cieux et de la terre, leur influence dans la société ne brillerait plus jamais. Aussi ces hommes étaient-ils résolus, pour préserver leurs intérêts respectifs, à ne laisser en aucun cas se poursuivre cet appel à la mission prophétique. Ils comprenaient en effet que, dès lors que le peuple accepterait de suivre le guide désigné par Allah et d’obéir à la religion et à la loi révélées par Allah, ils devraient finalement, eux aussi, déposer les armes et, au lieu de diriger, se soumettre.

D’un côté se trouvaient ces difficultés ; de l’autre, la difficulté terrifiante qui se dressait devant eux était qu’un homme issu de leur propre peuple s’était présenté avec la prétention d’être Messager, lui qui en était le meilleur représentant et dont toute la nation reconnaissait la supériorité morale. Cinq ans auparavant, toute la nation lui avait unanimement décerné le titre d’« al-Amîn » — le digne de confiance. Avant de présenter sa prétention à la mission prophétique, il était monté sur le mont Safa et leur avait dit : « Si je vous annonçais qu’une armée se tient de l’autre côté de la montagne, prête à vous attaquer, me croiriez-vous ? » Tous avaient répondu d’une seule voix : « Oui, nous te croirons, car nous ne t’avons jamais entendu dire un mensonge. »

Dès lors, le qualifier de menteur et faire croire aux gens que celui qui n’avait jamais menti de toute sa vie pouvait formuler une prétention aussi énorme — à savoir qu’Allah l’avait choisi comme Messager et que la parole d’Allah lui était révélée — n’était pas une tâche aisée.

À ce sujet, il est dit à un endroit du Coran :

(Arabe***************)

—Ô Muhammad (s.a.s.) ! Nous savons que ce qu’ils disent te cause de la peine. Mais ils ne te traitent pas de menteur ; ce sont plutôt ces injustes qui nient les signes d’Allah. (Al-An‘âm : 33)

Cela indique précisément cette vérité : tant que le Prophète Muhammad (s.a.s.) n’avait pas commencé à leur réciter les signes d’Allah, tous les membres de son peuple le considéraient comme digne de confiance et véridique. Ils avaient une entière confiance en son honnêteté. Ils ne le considérèrent comme un menteur que lorsqu’il commença à leur transmettre le message venant d’Allah. Même à cette seconde étape, personne n’eut le courage de l’accuser personnellement de mensonge. Pas même son ennemi le plus acharné ne l’accusa un seul jour d’avoir jamais été coupable d’un mensonge dans quelque affaire de ce monde. Toutes les accusations de mensonge qu’ils portèrent contre lui étaient dues à sa qualité de prophète. Son plus grand ennemi était Abu Jahl. Il est rapporté d’après ‘Ali (r.a.) qu’un jour, celui-ci — Abu Jahl — dit au Prophète (s.a.s.) :

(Arabe***************)

« Nous ne te considérons pas comme un menteur ; nous considérons plutôt comme mensonge ce que tu as apporté. » (L’imam Sufyan al-Thawri et al-Hakim ont rapporté cette tradition d’après ‘Ali (r.a.) — l’auteur.)

Lors de la bataille de Badr, Akhnas ibn Shurayq demanda en privé à Abu Jahl : « Il n’y a ici personne d’autre que toi et moi. Dis-moi franchement : considères-tu Muhammad (s.a.s.) comme véridique ou comme menteur ? »

Il répondit : « Par Allah, Muhammad est un homme véridique. Il n’a jamais dit un mensonge de toute sa vie. Mais si le liwâ (l’honneur de porter l’étendard), la hijâba (l’honneur de détenir les clés de la Ka‘ba), la siqâya (l’honneur d’abreuver les pèlerins) et la prophétie reviennent tous au clan de Qusayy, dis-moi donc ce qu’il restera à l’ensemble des Quraysh ? » (Ibn Jarir a rapporté ce récit dans son Tafsir. Akhnas ibn Shurayq était lié par une alliance au clan de Banu Zuhra, la lignée du grand-père maternel du Noble Prophète (s.a.s.). Bien qu’il soit venu avec les Quraysh pour combattre, ni lui ni aucun membre de Banu Zuhra ne prit part à la bataille — l’auteur.)

Sur cette base, Allah Tout-Puissant réconforte le Noble Prophète (s.a.s.) en lui disant : « Ce n’est pas contre toi que l’accusation de mensonge est portée, mais contre Moi. Et Moi, Je la supporte avec patience et J’accorde répit sur répit. Pourquoi donc t’impatientes-tu maintenant ? »

Prétextes et objections, accusations et revendications de nature extraordinaire

Après avoir été confrontés à cette double difficulté, les Quraychites et les autres polythéistes n’avaient plus d’autre choix que d’inventer toutes sortes d’excuses et de prétextes pour ne pas reconnaître la mission prophétique du Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), de formuler des accusations diverses et contradictoires, et d’exiger qu’on leur montre des miracles extraordinaires. Mais, comme vous l’avez vu à propos de l’unicité divine, des arguments et des preuves si irréfutables ont été présentés, non seulement pour réfuter le polythéisme, mais plutôt pour démontrer l’unicité de Dieu, qu’aucune personne douée de raison ne pouvait plus nier ces vérités. De même, toutes les manœuvres des polythéistes contre la mission prophétique furent réfutées d’une manière si rationnelle que quiconque possédait ne serait-ce qu’un peu de raison et de discernement ne pouvait s’empêcher de les reconnaître, quand bien même il continuait à s’y opposer avec entêtement et obstination. (12)

Objection au fait que le Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) soit un être humain

Leur première objection était la suivante : ils disaient : « Comment pouvons-nous reconnaître comme Messager de Dieu un homme qui est un être humain comme nous ? Il mange et boit, a des enfants et accomplit toutes les activités terrestres auxquelles se livrent les autres hommes. » Le Coran a mentionné ces excuses et objections, puis y a répondu.

(Arabe***************)

« Ces injustes se concertent secrètement et disent : “Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. Allez-vous, en connaissance de cause, tomber dans le piège de la magie ?” » (Al-Anbiyâ’ : 3)

Les grands chefs des mécréants de La Mecque tenaient entre eux ces conciliabules. Ceux qui devaient s’opposer à l’appel du Prophète disaient : « Cet homme ne peut absolument pas être un prophète. C’est un être humain comme nous : il mange, il se promène dans les marchés et il a une femme et des enfants. Qu’a-t-il donc d’exceptionnel qui crée une différence entre lui et nous et lui confère, par rapport à nous, une relation extraordinaire avec Dieu ? Certes, il y a de la magie dans ses paroles et dans sa personnalité. C’est pourquoi quiconque l’écoute attentivement et s’approche de lui finit par s’attacher à lui. Si vous voulez assurer votre propre salut, n’écoutez donc aucune de ses paroles et ne fréquentez pas cet homme. Car l’écouter et s’approcher de lui, c’est tomber sciemment dans le piège de la magie. » (13)

(Arabe****************)

« Et ils disent : “Quel genre de Messager est-ce donc, puisqu’il mange et se promène dans les marchés ? Pourquoi ne lui a-t-on pas envoyé un ange qui l’accompagnerait et avertirait ceux qui le rejettent ? À défaut, on aurait au moins pu faire descendre pour lui un trésor, ou lui donner un jardin dont il pourrait tirer tranquillement sa subsistance.” »

Les injustes disent : « Vous vous êtes attachés à un homme ensorcelé. » (Al-Furqân : 7-8)

Leur raisonnement était le suivant : premièrement, il était déjà étrange qu’un homme soit envoyé comme messager. Si quelqu’un venait apporter le message de Dieu, ce devait être un ange, et non un homme de chair et de sang ayant besoin de nourriture pour vivre. Et si c’était bien un homme qui avait été choisi comme messager, il aurait au moins dû être un personnage semblable aux rois et aux grands de ce monde, dont on serait impatient d’apercevoir le visage et dont on n’aurait que rarement la chance d’approcher. Au lieu de cela, on avait fait d’un homme ordinaire, qui déambulait dans les marchés, le prophète du Maître de l’univers ! Qui donc accorderait le moindre respect à quelqu’un que l’on rencontre chaque jour en chemin et qui ne paraît en rien extraordinaire par rapport à nous ? En d’autres termes, selon eux, si l’envoi d’un messager était nécessaire, ce n’était pas pour guider les gens ordinaires, mais pour leur montrer quelque chose d’extraordinaire ou pour créer, par le faste et l’apparat, une influence et un prestige considérables.

Puis ils disaient que, si c’était un homme qui avait été choisi comme prophète, on aurait dû lui adjoindre un ange qui aurait toujours tenu un bâton à la main et dit aux gens : « Acceptez sa parole, sinon regardez : je fais tomber sur vous le châtiment de Dieu ! » Quelle chose extraordinaire que le Créateur de l’univers confère à quelqu’un le noble rang de la prophétie, puis le laisse ainsi seul, tandis que ce pauvre homme endure les insultes et les pierres lancées par les gens ! Leur dernière exigence était qu’au moins Allah aurait pu faire quelque chose d’aussi simple que d’assurer convenablement la subsistance de Son messager. Quelle drôle d’affaire : ce messager de Dieu serait encore bien plus démuni que nos riches ordinaires ! Il n’a ni argent ni monnaie pour ses dépenses, ni verger où manger des fruits. Et, de l’autre côté, il prétend : « Je suis le messager d’Allah, le Seigneur des mondes. »

Après avoir proféré toutes ces absurdités, ils disaient que cet homme avait été ensorcelé. Autrement dit, quelqu’un lui avait jeté un sort et, par suite, il était devenu fou.

Ce qui est étonnant, c’est que, dans les propos rapportés plus haut, ils le traitaient de magicien. À présent, ils disent qu’il a été ensorcelé. Ils l’accusaient également d’être poète, accusation qui sera mentionnée plus loin. (14)

Réponse à ces excuses et objections

(Arabe************)

-Avant vous aussi, Nous avons envoyé de nombreux messagers et Nous leur avons donné des épouses et des enfants. (Ar-Ra‘d : 38)

Voici la réponse à toutes ces questions qu’ils posaient au Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) : comment peut-il être un si grand prophète alors qu’il a une épouse et des enfants ? Les prophètes ont-ils donc eux aussi quelque rapport avec les désirs sexuels ? Pourtant, les prophètes et messagers envoyés auparavant avaient eux aussi des épouses et des enfants. Vous reconnaissez vous-mêmes Noé (sur lui la paix) comme prophète. S’il n’avait pas eu de descendants, comment pourriez-vous être nés de sa lignée ? Le statut de prophètes d’Abraham (sur lui la paix) et d’Ismaël (sur lui la paix) est unanimement reconnu parmi vous. Vous rattachez vos clans et vos lignées à eux. S’ils n’avaient pas eu de descendants, comment seriez-vous devenus les Enfants d’Ismaël ? (15)

(Arabe*************)

— Et avant toi aussi, ô Muhammad, Nous n’avons envoyé que des hommes comme messagers, auxquels Nous révélions. Demandez donc aux gens du Livre, si vous ne savez pas. Nous ne leur avons pas donné des corps qui ne mangeaient pas, et ils n’étaient pas immortels. (Al-Anbiyâ’ : 7-8)

— C’est-à-dire : interrogez donc cette communauté juive qui partage avec vous son hostilité à l’islam et vous enseigne les techniques de l’opposition à l’islam : qui était Moïse (sur lui la paix) et qui étaient les prophètes des Enfants d’Israël ? Étaient-ils des hommes ou des créatures d’une autre nature ? (16)

(Arabe***************)

— N’avez-vous pas reçu les nouvelles de ceux qui, avant vous, ont mécru et subi les conséquences de leurs mauvaises actions ? Et dans l’au-delà, un châtiment douloureux leur est réservé. Cela leur advint parce que leurs messagers leur apportaient des preuves évidentes, mais qu’ils disaient : « Des êtres humains vont-ils nous guider ? » Ils refusèrent ainsi de croire et se détournèrent. Allah se détourna donc d’eux. Allah se suffit véritablement à Lui-même et est digne de toute louange en Sa propre personne. (At-Taghâbun : 5-6)

C’est-à-dire que les prophètes sont venus avec des signes si évidents qu’ils attestaient clairement qu’ils avaient été mandatés par Allah. Tout ce qu’ils disaient était parfaitement conforme à la raison, et ils le présentaient avec des arguments et des preuves irréfutables. Leurs enseignements ne comportaient aucune ambiguïté. Au contraire, ils expliquaient dans un langage clair ce qui était vrai et ce qui était faux, ce qui était permis et ce qui ne l’était pas, sur quelle voie l’être humain devait marcher et sur quelle voie il ne devait pas marcher. Mais ils refusèrent de les suivre en disant : « Des êtres humains vont-ils maintenant nous guider ? » Et ce fut la cause de leur perte. En effet, l’humanité n’avait aucun autre moyen de connaître la conduite juste : son Créateur devait lui accorder la connaissance de la vérité et charger les prophètes de la transmettre aux autres. C’est dans ce but qu’Il envoya les prophètes avec des signes évidents, afin qu’il n’existe aucune raison légitime de douter de leur véracité. Mais ils refusèrent catégoriquement d’admettre qu’un être humain puisse être le messager d’Allah. Dès lors, il ne leur resta plus aucun moyen d’obtenir la bonne direction. Nous voyons ici se manifester devant nous une image étonnante de l’ignorance et de la stupidité des hommes égarés : ils n’ont jamais hésité à accepter la direction d’autres êtres humains. Ils allèrent même jusqu’à prendre pour divinités les statues de bois et de pierre qui représentaient certains de ceux qui les guidaient. Ils ont aussi reconnu des êtres humains eux-mêmes comme des dieux, des incarnations de Dieu et des fils de Dieu. Puis, suivant aveuglément des chefs égarants, ils adoptèrent des voies si étranges qu’elles ont détruit la civilisation, la culture et le caractère humains. Mais lorsque le messager d’Allah vint à eux avec la vérité et la leur exposa impartialement, au-dessus de tout intérêt personnel, ils dirent : « Des êtres humains vont-ils maintenant nous guider ? » Cela signifiait que si un être humain les égarait, ils l’acceptaient docilement ; mais s’il leur indiquait la voie de la vérité, il n’était pas acceptable de suivre sa direction.

Ainsi, lorsqu’ils se détournèrent de la guidance envoyée par Allah, Allah ne se soucia plus de l’abîme de perdition dans lequel ils allaient tomber. Allah n’avait aucun intérêt en jeu qui aurait fait qu’Il resterait Dieu s’ils Le reconnaissaient comme tel, mais que Son trône divin Lui échapperait dans le cas contraire. Il n’avait besoin ni de leur adoration ni de leurs louanges. Il voulait seulement les guider vers le droit chemin pour leur propre bien. Mais lorsqu’ils se détournèrent de Lui, Allah se désintéressa également d’eux. Il ne leur accorda alors plus la guidance et n’assuma plus la responsabilité de leur protection. Il ne les sauva pas de la chute dans l’abîme de perdition et ne les empêcha pas non plus de faire tomber la destruction sur eux-mêmes. Car eux-mêmes ne dépendaient ni de Sa guidance ni de Sa protection. (17)

(Arabe***************)

—Lorsque la guidance leur est parvenue, rien ne les a empêchés d’y croire, si ce n’est cette parole : « Allah aurait-Il envoyé un être humain comme prophète ? » Dis-leur : « Si, sur terre, les anges circulaient en toute tranquillité, Nous leur aurions certes envoyé du ciel un ange comme prophète. » (Banî Isrâ’îl : 94-95)

Autrement dit, la tâche du prophète ne consiste pas seulement à venir transmettre le message de Dieu. Elle consiste également à réformer et à corriger la vie humaine conformément à ce message. Il doit rendre la situation des hommes conforme aux principes fondamentaux de ce message. Il doit lui-même manifester concrètement ces principes dans sa propre vie. Il doit dénouer les entraves psychologiques d’innombrables personnes, différentes les unes des autres, qui s’efforcent d’entendre et de comprendre son message. Il doit organiser ceux qui l’acceptent, les organiser et les former, afin qu’une société puisse se constituer selon l’enseignement de ce message. Il doit lutter contre ceux qui le rejettent, s’y opposent et y font obstacle, afin que les forces qui soutiennent le désordre soient vaincues et qu’elles soient orientées vers l’œuvre de réforme pour laquelle Allah a envoyé les prophètes. Puisque toutes ces tâches doivent être accomplies parmi les hommes, qui aurait-on pu envoyer à sa place, sinon un être humain ? Un ange aurait tout au plus pu venir transmettre le message, puis repartir. Vivre parmi les hommes comme un homme, agir comme eux et montrer concrètement comment réformer la vie humaine conformément à la volonté de Dieu n’était pas à la portée d’un ange. Seul un être humain pouvait être apte à cette tâche. (18)

(Arabe***************)

—Ô Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), tous les prophètes que Nous avons envoyés avant toi étaient des êtres humains, habitants de ces cités, auxquels Nous révélions Notre message. (Yûsuf : 109)

Ici, une question considérable a été exprimée en une seule phrase. Pour l’exposer en détail, on peut la formuler ainsi :

Ô Prophète ! Ces gens ne prêtent pas attention à tes paroles parce qu’ils se demandent comment ils pourraient accepter que l’homme qui, jusqu’à la veille encore, était né dans leur ville, avait grandi parmi eux de l’enfance à la jeunesse, puis de la jeunesse à la vieillesse, ait soudain été désigné un jour par Dieu comme Son messager.

Mais ce n’est nullement une nouveauté à laquelle il serait confronté pour la première fois dans le monde. Avant lui déjà, Dieu avait envoyé Ses prophètes, et ils étaient tous des êtres humains. Il ne s’est jamais non plus produit qu’un inconnu apparaisse soudain dans une ville et dise : « J’ai été envoyé comme prophète. » Tous ceux qui ont été envoyés pour réformer et corriger les hommes étaient les habitants de leurs propres cités. Qui étaient donc le Messie, Moïse, Abraham et Noé, que la paix soit sur eux ? N’étaient-ils pas apparus dans les villes mêmes où ils étaient nés, au lieu de venir d’ailleurs ? (19)

(Arabe****************)

Est-il donc si étonnant pour les hommes que Nous ayons envoyé une révélation à l’un des leurs afin d’avertir les gens et d’annoncer à ceux qui croient qu’ils jouiront auprès de leur Seigneur d’un véritable honneur et d’une véritable considération ? C’est alors que les mécréants dirent : « Cet homme est manifestement un magicien ! » Autrement dit : qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? Pour avertir les hommes, fallait-il désigner un homme, ou bien un ange, un djinn ou un animal ? Et si les hommes, devenus indifférents à la vérité, menaient leur vie dans l’égarement, serait-il donc étonnant que leur Créateur et leur Nourricier ne les abandonne pas dans cet état, mais prenne au contraire des dispositions pour les guider ? Ou bien ne devraient-ils pas recevoir de la part de Dieu honneur et considération, qu’ils accepteraient ou rejetteraient ? Que ceux qui s’étonnent réfléchissent donc à ce qui les étonne exactement.

Après avoir qualifié les avertisseurs de magiciens, ils devraient se demander si cette accusation leur convient réellement. Lorsqu’un orateur conquiert les esprits et les cœurs par un discours éloquent, il ne suffit pas, pour l’accuser de pratiquer la magie, de constater qu’il exerce une influence sur les gens. Il faut examiner ce qu’il dit dans ce discours et dans quel intérêt il utilise son talent oratoire. Il faut ensuite considérer la nature de l’effet produit par son discours sur ceux qui croient. L’orateur qui emploie la puissance d’un langage ensorcelant pour atteindre des objectifs illégitimes n’est qu’un bavard, sans frein et irresponsable. Sans se soucier de la vérité ni de la sincérité, il dit des choses qui fascinent les auditeurs, aussi mensongères, exagérées ou absurdes soient-elles. Ses paroles ne contiennent pas de sagesse, mais quelque chose qui trompe les masses. Au lieu d’une pensée ordonnée et cohérente, elles renferment la confusion et l’inconséquence. Elles ne produisent pas l’équilibre, mais le déséquilibre. Pour remporter la victoire, il se montre éhonté ; ou bien il administre aux gens l’opium de ses discours afin de les pousser à se quereller et à s’affronter, et d’exciter un groupe contre un autre. Sous son influence, aucun niveau moral ne s’élève parmi les gens et aucun changement bénéfique ne se manifeste dans leur vie. Aucune pensée vertueuse ni aucune situation concrètement saine ne voient le jour. Au contraire, les hommes ne cessent de manifester un caractère plus vil qu’auparavant. Mais ici, vous voyez que le message présenté par le prophète contient de la sagesse, une pensée parfaitement cohérente, un équilibre suprême et une stricte exigence de vérité et de sincérité. Chaque mot est pesé et chaque parole est extrêmement précieuse. Dans son discours, vous ne pouvez discerner d’autre objectif que la réforme de la création de Dieu. Dans ce qu’il dit, on ne trouve pas la moindre trace d’un intérêt personnel, familial, national ou de quelque nature mondaine que ce soit. Il veut seulement avertir les hommes des conséquences néfastes de l’insouciance et de l’indifférence dans lesquelles ils sont plongés, et les conduire sur une voie où se trouve leur propre bien. L’effet de son discours est ensuite totalement différent de celui d’un discours magique. Quiconque en a subi l’influence a vu sa vie s’ordonner. Il est devenu un homme de caractère plus noble qu’auparavant, et les signes du bien sont apparus dans sa manière d’agir. Réfléchissez donc vous-mêmes : la magie tient-elle de tels propos, et sa magie peut-elle produire de tels effets bénéfiques ? (20)

(Arabe****************)

Nous avons élevé certains prophètes au-dessus d’autres en degrés, et Nous avons donné les Psaumes à David. (Les Enfants d’Israël : 55)

Dans le contexte où cette parole est rapportée, David est mentionné séparément comme ayant reçu le Livre des Psaumes parce qu’il était roi tout en étant également prophète. Les contemporains du Prophète Muhammad refusaient d’accepter sa prophétie pour la raison suivante, selon leur propre conception : il avait une épouse et des enfants comme les gens ordinaires, mangeait et buvait, se rendait au marché pour y circuler et y faire des achats, et accomplissait toutes les activités que les autres gens attachés à ce monde accomplissaient par nécessité humaine. Les mécréants de La Mecque disaient : « Tu es un homme de ce monde. Quel rapport as-tu avec la proximité de Dieu ? Les envoyés de Dieu sont des hommes qui ne prêtent aucune attention à leurs besoins corporels. Ils restent simplement assis dans un coin, absorbés dans la méditation de Dieu. Quel rapport y a-t-il entre cela et les préoccupations du riz et des lentilles ? » Il est répondu à cela : qu’y a-t-il de plus attaché aux affaires de ce monde qu’un gouvernement royal parfaitement établi ? Malgré cela, David reçut la prophétie et le Livre. (21)

(Arabe***************)

Ô Prophète, dis-leur : « Je ne suis pas un messager d’un genre inédit. Je ne sais pas ce qui sera fait de moi, pas plus que je ne sais ce qui sera fait de vous. Je ne fais que suivre la révélation qui m’a été envoyée, et je ne suis rien d’autre qu’un avertisseur explicite. » (Al-Ahqaf : 9)

Le contexte de cette parole est le suivant : lorsque le Prophète (S. A.) se présenta comme le Messager de Dieu, les habitants de La Mecque commencèrent à formuler toutes sortes de critiques. Ils disaient : « Quel genre de messager est-ce donc, puisqu’il a une femme et des enfants, qu’il se promène au marché, mange de la nourriture et mène une vie semblable à la nôtre ? Qu’a-t-il donc de si particulier pour être différent des gens ordinaires, afin que nous comprenions que Dieu l’a spécialement choisi comme Son Messager ? » Puis ils disaient : « Si Dieu avait réellement fait de cet homme Son Messager, Il lui aurait envoyé un ange pour le servir. Celui-ci aurait proclamé qu’il était le Messager de Dieu et aurait frappé de son bâton quiconque lui aurait adressé la moindre insolence ou offense. Comment est-il possible que Dieu ait désigné quelqu’un comme Son Messager, puis l’ait abandonné sans défense, errant ainsi dans les ruelles de La Mecque et supportant les persécutions et les injustices ? À défaut d’autre chose, Dieu aurait au moins construit pour Son Messager un palais royal et un jardin florissant. Ainsi, sa femme ne serait pas réduite à la misère et à la faim, et il ne se trouverait pas dépourvu de monture pour se rendre à Taïf. »

Ensuite, ils demandèrent au Prophète (S. A.) toutes sortes de miracles. Ils voulaient également connaître de lui les événements futurs. Selon eux, être le Messager de Dieu signifiait posséder des pouvoirs surhumains. D’un simple mouvement de son doigt, les montagnes seraient déplacées et les déserts transformés en champs verdoyants et fertiles. Il détiendrait la connaissance de tout le passé, du présent et de l’avenir, et chaque chose cachée lui serait parfaitement manifeste.

En réponse à ces propos, il fut dit : « Dis-leur : Je ne suis pas un Messager sans précédent. Ma désignation comme Messager n’est pas un événement inédit dans l’histoire du monde, au point que vous ayez du mal à comprendre ce qu’est un messager et ce qu’il n’est pas. De nombreux messagers sont venus avant moi ; je ne suis pas différent d’eux. Y a-t-il jamais eu dans le monde un prophète ou un messager qui n’avait ni femme ni enfants ? Ou qui ne menait pas une vie semblable à celle des gens ordinaires ? Quel messager a vu descendre auprès de lui un ange qui proclamait sa mission et marchait devant lui, bâton à la main ? Pour quel messager a-t-on construit un palais royal et des jardins ? Et qui donc n’a pas subi de persécutions pour appeler les gens vers Dieu, comme j’en subis ? Y a-t-il jamais eu un messager capable d’accomplir des miracles de sa propre initiative et de connaître toute chose par son propre savoir ? D’où tirez-vous donc ce critère inédit pour vérifier ma mission de Messager ? »

Il leur fut également répondu : « Je ne sais pas ce qui m’arrivera demain, ni ce qui vous arrivera à vous. Je ne fais que suivre la Révélation qui m’est envoyée. Autrement dit, je ne suis pas un devin dont le passé, le présent et l’avenir seraient entièrement clairs et qui connaîtrait toute chose dans le monde. Sans même parler de votre avenir, j’ignore mon propre avenir. Je ne connais que ce qui m’est appris par la Révélation. Quand ai-je prétendu posséder un savoir supérieur à cela ? Quel messager dans le monde a jamais détenu un tel pouvoir de prédiction, pour que vous mettiez à l’épreuve ma connaissance de l’avenir afin de vérifier ma mission ? Depuis quand le rôle d’un messager consiste-t-il à retrouver les objets perdus, à dire si une femme enceinte donnera naissance à un garçon ou à une fille, ou à annoncer si un malade guérira ou mourra ? » (22)

Pourquoi le Prophète (S. A.) a-t-il été choisi comme prophète ?

Leur deuxième objection était la suivante : « S’il était nécessaire que Dieu envoyât un prophète et qu’Il dût le choisir parmi les hommes, fallait-il vraiment que ce soit Muhammad (S. A.) ibn Abdallah, pris parmi nous ? Les grands personnages de La Mecque et de Taïf étaient-ils tous morts, au point qu’il fût impossible d’en choisir un parmi eux ? » Tel était leur argument.

(Arabe***********)

« N’y avait-il donc parmi nous qu’un seul homme sur lequel le Rappel (l’exhortation de Dieu) pût être révélé ? » (Sâd : 8)

(Arabe***************)

—Et ils disent : « Pourquoi ce Coran n’a-t-il pas été révélé à l’un des grands personnages des deux villes ? » Est-ce eux qui distribuent la miséricorde de ton Seigneur ? C’est Nous qui avons réparti entre eux les moyens de subsistance nécessaires à leur vie ici-bas, et Nous avons élevé certains d’entre eux au-dessus des autres en degrés, afin que les uns puissent se mettre au service des autres. Et la miséricorde de ton Seigneur est meilleure que les richesses qu’ils amassent, eux, les grands personnages. (Az-Zukhruf : 31-32)

Les deux villes désignent La Mecque et Taïf. Les mécréants disaient : si Dieu avait réellement besoin d’envoyer un messager et s’Il avait voulu lui révéler Son Livre, Il aurait choisi, dans l’une de ces deux villes, un personnage éminent pour cette mission. Pour faire de quelqu’un un messager, Allah a donc choisi un homme né orphelin, qui n’avait reçu aucun héritage en partage, qui avait passé sa jeunesse à garder les chèvres et qui, maintenant, vivait en faisant du commerce avec l’argent de son épouse. Il n’était ni chef de tribu ni dirigeant d’une famille. La Mecque ne comptait-elle pas des chefs renommés comme Al-Walid ibn Al-Mughira et Utba ibn Rabi‘a ? Taïf ne possédait-elle pas des hommes riches comme Urwa ibn Mas‘ud, Habib ibn Amr, Kinana ibn Abd Amr et Abd Yalil ? Tels étaient leurs arguments. Au début, ils ne voulaient même pas admettre qu’un être humain puisse être messager. Mais lorsque le Coran réfuta à maintes reprises cette conception par des arguments et qu’on leur expliqua que, depuis toujours, seuls des êtres humains avaient été envoyés comme messagers, et que seuls des êtres humains pouvaient être messagers pour guider les hommes — personne d’autre —, et que tout messager venu dans le monde n’était pas descendu soudainement du ciel, mais était né dans une communauté humaine, circulait dans les marchés, avait une épouse et des enfants et n’était pas exempt de manger et de boire, ils changèrent de tactique et commencèrent à dire : d’accord, qu’un être humain soit messager. Mais il devrait certainement être un grand personnage : riche, influent, chef de groupe, doté d’une immense considération parmi les hommes. Comment Muhammad ibn Abd Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pourrait-il être digne de cette fonction ?

En réponse à ces accusations, quelques mots d’une grande importance ont été prononcés.

Premièrement : leur a-t-on confié la responsabilité de distribuer la miséricorde de ton Seigneur ? Est-ce à eux de décider sur qui Allah fera descendre Sa miséricorde et sur qui Il ne la fera pas descendre ? (Ici, la miséricorde désigne Sa miséricorde générale, dont chacun reçoit une part.)

Deuxièmement, la prophétie est une affaire d’une importance considérable. Nous avons également gardé entre Nos propres mains la responsabilité de répartir les moyens ordinaires nécessaires à la vie ici-bas ; Nous ne l’avons confiée à personne d’autre. Nous faisons de certains des êtres beaux et d’autres laids, de certains des personnes au parler doux et d’autres au parler rude, de certains des êtres sains et d’autres des infirmes, des aveugles ou des sourds ; Nous faisons de certains des riches et d’autres des pauvres, de certains des membres d’une nation élevée et d’autres des esclaves ou des membres d’une nation peu développée. Personne ne peut intervenir, ne serait-ce qu’un tant soit peu, dans cette détermination du destin à la naissance. Celui que Nous avons créé d’une certaine manière est obligé d’être ce qu’il est. Et nul ne peut modifier les conséquences que ces diverses conditions de naissance entraînent pour le destin de chacun. C’est également Nous qui répartissons entre les hommes les moyens de subsistance, la force, l’honneur, la renommée, les richesses, le pouvoir de gouverner et autres choses semblables. Celui dont Nous élevons la condition, nul ne pourra provoquer sa déchéance ; et celui dont Nous décrétons la déchéance, nul ne pourra le sauver. Face à Notre décision, toutes les ruses, tous les efforts et tous les stratagèmes des hommes deviennent vains. Dans cette organisation divine universelle, vont-ils donc décider qui le Maître de l’univers fera prophète et qui Il ne fera pas prophète ?

Troisièmement : dans cette organisation divine, une règle permanente a été établie : tout ne doit pas être donné à une seule personne, pas plus que tout ne doit être donné à tout le monde. Ouvrez les yeux et regardez : dans tous les domaines, vous ne verrez parmi les hommes que des différences. Si Nous avons accordé une chose à quelqu’un, Nous l’avons privé d’une autre et l’avons accordée à quelqu’un d’autre. Cela repose sur cette sagesse qu’aucun homme ne soit indépendant des autres. Au contraire, chacun dépend des autres dans un domaine ou un autre. Comment cette idée insensée a-t-elle donc pu vous gagner, selon laquelle celui à qui Nous avons donné l’autorité et le pouvoir de gouverner doit également recevoir la prophétie ? Allez-vous aussi dire que l’intelligence, le savoir, les richesses, la beauté, la puissance, la force de l’État et toutes les autres qualités doivent être réunis en une seule personne, tandis que celui qui n’a reçu aucune de ces choses ne devrait rien recevoir d’autre ?

Dans la dernière phrase, la miséricorde du Seigneur désigne Sa miséricorde particulière, c’est-à-dire la prophétie. Cela signifie que les riches que vous considérez comme de grands personnages en raison de leur fortune, de leur personnalité, de leur influence et de leur prestige ne possèdent pas la richesse qui a été accordée à Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Cette richesse est d’un rang bien supérieur à la leur, et le critère de cette dignité est tout autre. Si vous pensez que chacun de vous, parce qu’il est influent et prestigieux, est digne de devenir le meilleur des prophètes, c’est là le comble de l’avilissement de votre mentalité. Pourquoi attendez-vous d’Allah une absurdité aussi insensée ? (23)

(Arabe*******************)

—En vérité, ceux qui discutent au sujet des signes d’Allah sans disposer d’aucune autorité ni preuve venues à eux ont le cœur rempli d’orgueil et d’arrogance. Mais ils n’atteindront jamais le degré de grandeur dont ils tirent orgueil. Implore donc la protection d’Allah. Certes, Il voit et entend tout. (Al-Mu’min : 40:56)

Autrement dit, la véritable cause de leur opposition déraisonnable et de leurs disputes sophistiques et incohérentes n’est pas qu’ils ne comprenaient pas les vérités et les enseignements bénéfiques des signes d’Allah qui leur étaient exposés, et qu’ils en discutaient de bonne foi afin de les comprendre. Bien au contraire, la véritable cause de leur comportement est que leur amour-propre ne peut accepter qu’ils doivent, de leur vivant, reconnaître en Arabie la direction de Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, alors qu’ils se considèrent eux-mêmes comme plus dignes d’exercer le pouvoir que lui. C’est pourquoi ils déploient tous leurs efforts afin d’empêcher à tout prix la parole du Prophète Muhammad, que la paix soit sur lui, de prévaloir. Dans ce but, ils n’hésiteront pas à recourir aux moyens les plus abjects. Mais celui qu’Allah a élevé restera élevé. Quant à ces gens insignifiants, leurs efforts pour maintenir leur prétendue grandeur finiront par échouer. (24)

(Arabe*****************)

Il fait descendre cet Esprit, c’est-à-dire la révélation de la prophétie, par l’intermédiaire des anges, sur qui Il veut, selon Son commandement. (An-Nahl : 2)

Voilà la réponse aux prétextes et aux objections que les mécréants formulaient au sujet du Messager, que la paix soit sur lui. Ils disaient : « Si Dieu devait envoyer quelqu’un, Muhammad ibn Abdallah, que la paix soit sur lui, était-il donc le seul homme disponible ? Les grands chefs de La Mecque et de Taïf étaient-ils tous morts, au point qu’Il n’ait trouvé personne parmi eux ? » Quelle autre réponse pouvait-on donner à de telles objections et accusations absurdes ? Une réponse de ce genre est d’ailleurs donnée en divers endroits du Coran : Dieu connaît parfaitement Sa propre œuvre. Il n’a pas besoin de consulter les gens. Il choisit, parmi Ses serviteurs, celui qu’Il juge apte à accomplir Sa mission. (25)

Si ses paroles étaient vraies, les grands hommes de la nation auraient cru.

(Arabe***************)

— Ceux qui ont refusé de l’accepter disent aux croyants : « Si cet homme disait vrai, ces gens ne nous auraient pas devancés dans cette affaire. » Puisqu’ils n’ont pas pu accepter la guidée, ils diront certainement maintenant : « Ce ne sont là que les anciennes histoires mensongères. » (Al-Ahqâf : 11)

C’était l’un des arguments que les chefs quraychites avançaient pour exciter le peuple contre le Prophète (s.a.s.). Ils disaient : si ce Coran était véridique et si le Prophète (s.a.s.) appelait les gens à la vérité, les chefs de la communauté, les chefs de tribu et les notables auraient été les premiers à l’accepter. Comment se pouvait-il que quelques jeunes inexpérimentés et quelques esclaves de basse condition acceptent une chose raisonnable, tandis que les grands hommes de la nation, savants, renommés et dont la nation estimait le savoir, l’intelligence et le discernement, la rejettent ? Par cet argument trompeur, ils tentaient de convaincre le peuple que cette nouvelle invitation comportait nécessairement quelque chose de mauvais. Voilà pourquoi les grands hommes de la nation ne l’acceptaient pas. Alors, vous aussi, tenez-vous-en éloignés.

Tout ce qui vient d’être exposé signifie que ces gens s’étaient eux-mêmes érigés en mesure du vrai et du faux. Ils pensaient que toute guidée qu’ils n’accepteraient pas devait forcément être égarement. Cependant, ils n’osaient pas la qualifier de mensonge inédit, car les prophètes précédents (sur eux la paix) avaient déjà enseigné cette même doctrine. Tous les Livres célestes détenus par les gens du Livre sont d’ailleurs remplis de cette croyance, de cette foi et de cette guidée. C’est pourquoi ces gens la qualifiaient de mensonge ancien ou désuet. À leurs yeux, ceux qui avaient présenté et suivi ces vérités pendant des milliers d’années étaient dépourvus de savoir et de discernement. Comme si eux seuls possédaient le savoir, l’intelligence et le discernement. (26)

Selon le récit d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), les chefs quraychites disaient au Prophète (s.a.s.) : « Des gens comme Bilâl (qu’Allah l’agrée), Suhayb (qu’Allah l’agrée), ‘Âmir (qu’Allah l’agrée), Khabbâb (qu’Allah l’agrée) et Ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) fréquentent ton assemblée. Nous ne pouvons pas nous asseoir avec eux. Chasse-les ; alors nous viendrons auprès de toi pour savoir ce que tu veux dire. » Après avoir reçu la lettre du noble Prophète (s.a.s.), l’empereur romain César Héraclius convoqua Abû Sufyân et lui posa quelques questions au sujet du Prophète (s.a.s.). Parmi les réponses données par Abû Sufyân figurait également ceci :

(Arabe*************)

« Parmi nous, les faibles et les gens très pauvres acceptent de lui obéir. » Autrement dit, leur manière de penser semblait être que seul est vrai ce que les grands de la nation reconnaissent comme vrai. Car, à leurs yeux, eux seuls possédaient le savoir et l’intelligence. Quant aux pauvres et aux démunis, le simple fait qu’ils soient sans fortune prouvait qu’ils étaient stupides et dépourvus de discernement. Dès lors, accepter leur parole tandis que les riches la rejetaient signifiait que cette parole était totalement dépourvue de sens.

C’est exactement ce genre de propos que les chefs du peuple de Noé (sur lui la paix) lui adressaient : « Les gens de la classe la plus vile de la société te suivent. Dans ces conditions, pouvons-nous te suivre ? » Leurs paroles sont rapportées au verset 27 de la sourate Hûd : « Nous voyons que seuls ceux qui sont les plus méprisables d’entre nous te suivent sans réflexion. » (27)

(Le reproche adressé au Prophète (s.a.s.) de rechercher la prééminence

Il est mentionné dans la sourate Ṣād qu’un jour, lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) présenta son appel aux notables de Quraysh, les gens réunis dirent notamment ceci, parmi leurs autres accusations :

(Arabe*************)

— Cette déclaration n’est faite dans aucun autre but. Autrement dit, cet appel est lancé afin que nous devenions les sujets de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et qu’il exerce son autorité sur nous. (28)

Il est clair qu’il ne s’agissait là que d’une accusation sans aucun fondement, motivée uniquement par l’incrédulité. C’est pourquoi le Coran n’y a pas répondu directement ; il a plutôt indiqué que, dans les temps anciens déjà, des accusations similaires avaient été portées contre les serviteurs d’Allah apparus pour réformer les hommes. Ainsi, les notables de Pharaon dirent à Moïse (paix sur lui) et à Aaron (paix sur lui) :

(Arabe******************)

— (Ô Moïse !) Es-tu venu pour nous détourner des coutumes et des pratiques sur lesquelles nous avons trouvé nos ancêtres, et afin que vous deux établissiez votre domination sur la terre ? (Yûnus : 7)

Les notables de son peuple dirent cela à Noé (paix sur lui) :

(Arabe**************)

— Cet homme n’est qu’un être humain comme vous. Il veut établir sa domination sur vous. (Al-Mu’minûn : 24)

L’une des armes très anciennes de ceux qui s’opposent à la vérité consiste à accuser quiconque tente d’opérer une réforme en disant : « Rien de plus ; il ne fait que convoiter le pouvoir. »

Pharaon a formulé cette même accusation contre Moïse (paix sur lui) et Aaron (paix sur lui). Il disait : « Vous vous êtes engagés dans cette entreprise uniquement pour établir votre domination dans le pays. » Jésus (paix sur lui) fut également accusé de vouloir devenir le roi des Juifs. Les chefs qurayshites nourrissaient précisément ce soupçon à l’égard du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui). En réalité, ils ont négocié à plusieurs reprises avec le Prophète (paix et bénédictions sur lui) en ces termes : « Si tu convoites le pouvoir, cesse donc de t’opposer à nous et rejoins le groupe des détenteurs du pouvoir. Nous te ferons alors roi. »

En réalité, ceux qui consacrent toute leur vie et toutes leurs forces aux plaisirs et aux jouissances de ce monde, ainsi qu’à l’influence et au prestige, ont beaucoup de mal, voire sont incapables, d’imaginer qu’un être humain puisse se consacrer avec sincérité et désintéressement au bien de ses semblables. Comme ils passent jour et nuit devant le peuple à faire de fausses promesses de bien-être collectif, accompagnées de slogans trompeurs et séduisants, afin d’établir leur propre pouvoir et leur influence, le mensonge et la tromperie deviennent pour eux une seconde nature ; ils pensent alors qu’il est impossible de parler du bien public avec vérité et sincérité, sans recourir à la duperie et à la tromperie. Quiconque emploie ce langage est forcément, selon eux, l’un des leurs. Ce qui est amusant, c’est que l’accusation de « convoitise du pouvoir » a toujours été portée contre les réformateurs sociaux par les partis au pouvoir et leurs serviteurs flatteurs. Le pouvoir dont ils sont devenus les détenteurs serait comme un droit de naissance. Nul ne saurait leur reprocher quoi que ce soit de ce qu’ils font pour l’acquérir et se maintenir sur le trône.

Il faut bien comprendre ici que celui qui lutte pour éliminer les défauts et les déviations du système de vie en vigueur et qui propose, pour y remédier, une conception et un système réformateurs, doit nécessairement s’efforcer d’écarter toute force qui fait obstacle à la réforme et de porter au pouvoir les forces capables de mettre en œuvre cette conception et ce système réformateurs. En outre, lorsque l’appel d’un tel homme est couronné de succès, il en résulte naturellement qu’il acquiert la dignité de diriger le peuple. Les clés du pouvoir du nouvel ordre se trouvent alors soit entre ses propres mains, soit entre celles de ses partisans et de ses adeptes. Parmi les prophètes et les réformateurs du monde, en est-il un dont le but n’ait pas été de mettre effectivement en œuvre son appel ? En est-il un dont le succès de l’appel ne l’ait pas réellement installé à la tête du peuple ? Suffit-il donc, pour l’accuser de convoiter le pouvoir, de prétendre que son véritable objectif était d’obtenir la direction qu’il a maintenant obtenue ? Seul un ennemi haineux de la vérité pourrait répondre par l’affirmative. La vérité est qu’il existe une différence immense entre s’emparer du pouvoir pour un intérêt personnel et s’en emparer pour une noble cause, tout comme il y a une différence entre le poignard d’un bandit et le scalpel d’un médecin-chirurgien. Si quelqu’un attribuait la même signification au poignard du bandit et au scalpel du chirurgien, il faudrait y voir un défaut de son intelligence. Sinon, leurs intentions, leurs méthodes et leurs rôles diffèrent tellement qu’aucune personne douée de raison ne peut confondre le bandit avec un bandit et le médecin avec un médecin. (30)

C’est exactement le même traitement qui fut infligé au prophète Hûd (paix sur lui). Les notables de son peuple s’adressèrent eux aussi au peuple en ces termes :

(Arabe*****************)

— Cet homme n’est rien de plus qu’un être humain comme vous. Il mange ce que vous mangez et boit ce que vous buvez. Si vous obéissez à un être humain semblable à vous, vous serez alors perdants. (Al-Mu’minûn : 33-34)

Lorsque les notables de la nation craignirent que le peuple ne soit influencé par la personnalité immaculée du prophète et ses paroles séduisantes, comment nos ruses pourraient-elles encore fonctionner ? C’est pourquoi ils se mirent à égarer le peuple en tenant ce genre de propos. Ils disaient : « Il n’y a là rien de prophétique venant de Dieu ; il dit tout cela uniquement parce qu’il est avide de pouvoir. » Mes frères, réfléchissez un instant : en quoi cet homme est-il différent de vous ? C’est un être humain de chair et de sang, tout comme vous. Il n’y a aucune différence entre vous et lui. Alors pourquoi deviendrait-il votre maître, tandis que vous obéiriez à ses ordres ?

Dans leur propagande, il semblait unanimement admis que, bien qu’ils soient eux aussi des êtres humains, nous devions naturellement être vos chefs et vos notables. Il n’était nullement question de s’intéresser à notre chair, à notre sang ou à notre nourriture. La question n’était pas notre autorité, car celle-ci était déjà établie d’elle-même et reconnue de tous. La question était cette nouvelle autorité, ce nouveau pouvoir qui semblait sur le point de s’établir.

Ainsi, leurs propos ne différaient en rien de ceux des notables du peuple de Noé. Ce qui leur paraissait répréhensible, c’était la « faim du pouvoir » qu’ils percevaient, ou craignaient de percevoir, chez un nouveau venu. Quant à leur propre appétit, ils considéraient que le pouvoir était pour eux un appétit naturel. Même s’il leur causait une indigestion, cela n’avait, à leurs yeux, aucune importance. (31)

L’accusation portée contre le Prophète selon laquelle il était un devin et que Satan venait à lui

Les mécréants de La Mecque l’accusaient d’être un devin. Ils prétendaient que le Coran qu’il présentait ne lui était pas apporté par un ange, mais par Satan. Il a été répondu à cette accusation à divers endroits du Coran.

(Arabe****************)

— Aussi, ô Prophète, continue à exhorter ! Par la grâce de ton Seigneur, tu n’es ni devin ni fou. (At-Tûr : 29)

En arabe, le mot kâhin (***) désigne notamment un astrologue, un devin ou une personne extrêmement rusée. À l’époque de l’Ignorance, c’était une profession permanente. Les kâhins prétendaient — et les gens faibles d’esprit le croyaient également — être des astrologues ou entretenir des relations particulières avec les esprits et les djinns-satans, grâce auxquelles ils pouvaient connaître l’avenir ou les secrets cachés. Si quelque chose était perdu, ils pouvaient dire où cela se trouvait. Si quelqu’un avait été volé, ils indiquaient qui avait commis le vol. Si quelqu’un les interrogeait sur son destin, ils lui révélaient ce qui y était écrit. Pour ces raisons, les gens se rendaient auprès d’eux ; en échange de quelques offrandes, ils leur divulguaient des informations sur l’invisible. Les kâhins parcouraient eux-mêmes les villes en criant, afin que les gens puissent recourir à leurs services. Ils portaient des vêtements particuliers qui permettaient de les reconnaître et de les distinguer. Leur langage différait lui aussi de la langue courante. Ils parlaient parfois d’une voix mélodieuse, comme dans des vers, et employaient généralement un langage obscur, dans lequel chacun trouvait l’interprétation correspondant à ses propres pensées. Les notables quraychites accusaient le Prophète d’être un kâhin ou un devin afin de tromper le peuple : il exposait en effet des informations et des vérités secrètes échappant au regard des hommes. Le Prophète affirmait qu’un ange envoyé par Dieu descendait auprès de lui pour lui transmettre la révélation et que le message divin qu’il présentait était lui aussi empreint d’harmonie. Pourtant, aucun Arabe ne se laissait égarer par cette accusation, car nul n’ignorait le métier des devins et des astrologues, leur habillement, leur langage et leurs pratiques. Tout le monde savait ce qu’ils faisaient, dans quel but les gens venaient les consulter, ce qu’ils leur disaient, à quoi ressemblaient leurs paroles rythmées et à quels sujets elles se rapportaient. Plus important encore, le rôle d’un devin ne pouvait absolument pas consister à apparaître avec une croyance religieuse opposée à celle qui prévalait dans la société, à se consacrer jour et nuit à sa propagation et à son expansion, puis à voir toute la nation devenir son ennemie. Par conséquent, l’accusation portée contre le Messager d’Allah, selon laquelle il aurait été un devin ou un astrologue, ne pouvait en aucune façon convaincre. C’est pourquoi il ne fut pas jugé nécessaire de présenter un argument pour réfuter cette accusation : elle était contradictoire en elle-même. Il fut considéré comme suffisant de dire ceci : « Ô Prophète, sans prêter la moindre attention à leurs accusations, avertis les hommes de leur négligence à l’égard de leurs devoirs et informe-les de la véritable vérité. Car tu n’es ni devin ni fou. » (32)

(Arabe****************)

— et ce ne sont pas les paroles d’un Satan banni. Alors, où allez-vous donc ? (At-Takwir : 25-26)

Autrement dit, il est faux de penser qu’un Satan serait venu souffler ces paroles à l’oreille du Prophète Muhammad (s.a.w.). Comment Satan pourrait-il accomplir une telle œuvre : libérer les hommes du polythéisme, de l’idolâtrie, du matérialisme et de l’athéisme, puis leur enseigner la dévotion à Dieu et Son unicité ? Au lieu de les laisser vivre sans bride, pourrait-il faire naître en eux le sens de leur responsabilité, de leurs devoirs et de leur reddition de comptes devant Dieu ? Pourrait-il les détourner des coutumes et traditions de l’ignorance, de l’injustice, de l’immoralité et de la dépravation, afin de les guider vers une vie pure, la justice, la crainte de Dieu et la noblesse de caractère ? (33)

(Arabe***************)

Ce Livre n’a pas été descendu par Satan. Une telle œuvre ne lui convient pas, et il n’en est pas capable. Il a même été tenu à l’écart de son écoute. (Ash-Shu‘arâ’ : 210-212)

La campagne de mensonges que les mécréants de Quraysh avaient lancée contre le Prophète (s.a.w.) se heurtait à une immense difficulté : un discours extraordinaire était présenté aux gens sous la forme du Coran et pénétrait au plus profond de leurs cœurs ; comment l’expliquer ? Ils n’avaient aucun moyen d’empêcher sa diffusion parmi la population. Leur grand problème était désormais de savoir quel procédé employer pour créer une fausse conception du Coran et protéger les gens de son influence. Dans cette situation embarrassante, l’une des accusations qu’ils répandaient parmi le peuple était que Muhammad (s.a.w.) — à Dieu ne plaise — était un devin et que, comme pour les devins ordinaires, Satan insufflait ces paroles dans son esprit. Ils considéraient cette accusation comme leur arme la plus efficace. Selon eux, personne ne disposait d’un moyen de vérifier si ces paroles étaient apportées par un ange ou par Satan. Et si quelqu’un voulait réfuter l’affirmation selon laquelle elles lui étaient inspirées par Satan, comment pourrait-il le faire ?

À ce sujet, Allah le Très-Haut dit que ces paroles et ce contenu ne sauraient sortir de la bouche de Satan. Quiconque possède intelligence et discernement peut le comprendre de lui-même : les paroles transmises par le Coran pourraient-elles jamais provenir de Satan ? N’avez-vous pas de devins dans vos villages ? N’entendez-vous pas ce qu’ils disent après avoir pris contact avec les djinns sataniques ? Avez-vous jamais entendu dire qu’un Satan ait, par l’intermédiaire d’un devin, enseigné aux hommes la dévotion à Dieu et la crainte de Dieu ? Les a-t-il jamais détournés du polythéisme et de l’idolâtrie ? Leur a-t-il recommandé la probité, la sincérité et la bienveillance envers autrui ? Satan a-t-il jamais eu une telle disposition et une telle nature ? La disposition des démons est au contraire de semer le trouble et la corruption parmi les hommes et de les encourager au péché. Les gens vont consulter les devins et les astrologues qui entretiennent des relations et des contacts avec Satan pour savoir si l’amoureux obtiendra sa bien-aimée, quel coup sera avantageux dans une partie de jeu, ou quelle stratégie adopter pour vaincre un ennemi. Ils veulent savoir qui a volé le chameau d’untel. En dehors de ces affaires, les devins et les démons qui les soutiennent ont-ils jamais songé à réformer les hommes, à leur enseigner les bonnes actions ou à éradiquer la corruption ? Même si Satan le voulait, il lui serait impossible de se placer, ne serait-ce que pour un moment, dans la position d’un véritable éducateur et réformateur des hommes afin de leur enseigner la vérité et le bien-être que leur enseigne le Coran. Même s’ils prennent cette apparence pour tromper les gens, leurs actes ne peuvent jamais être si irréprochables qu’ils ne révèlent pas leur ignorance et leur nature satanique dissimulée.

Celui qui, inspiré par Satan, devient un chef religieux verra nécessairement apparaître, dans sa vie comme dans son enseignement, des manifestations d’intentions malhonnêtes, de desseins pervers et de turpitudes morales. Satan ne peut jamais insuffler à quiconque une sincérité absolument pure ni une bonté véritable ; ceux qui entretiennent des relations et des contacts avec Satan ne peuvent pas davantage posséder ces qualités.

Il a ensuite été dit que, lorsque le Coran est insufflé dans le cœur par la révélation, il ne peut être question de l’intervention de Satan. En effet, lorsque l’ange Gabriel (sur lui la paix) vient de la part d’Allah avec le Coran et le fait descendre dans le cœur du prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Satan n’a, du début à la fin, à aucun moment ni en aucun lieu, la moindre possibilité de l’écouter en tendant l’oreille. Il ne peut même pas épier de quelque endroit des environs pour entendre quelques paroles et annoncer à l’avance à ses compagnons : « Aujourd’hui, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) transmet tel message » ou « son discours mentionnera tel sujet ». (34)

L’accusation selon laquelle quelqu’un lui enseignait et lui faisait la leçon

D’un côté, les mécréants de Quraysh disaient — à Dieu ne plaise — que Satan insufflait le Coran dans le cœur du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ; de l’autre, ils portaient exactement l’accusation contraire, prétendant qu’il apprenait ce Coran auprès de quelqu’un avant de le présenter.

(Arabe*****************)

« Puis ils se détournèrent du Messager en disant : “Ce n’est qu’un fou à qui l’on a enseigné.” » — (Ad-Dukhân : 14)

Le sens de leurs paroles était le suivant : ce pauvre homme était pourtant une personne simple et innocente. Quelques autres l’avaient pris dans les filets de la tromperie. En secret, ils composaient quelque chose sous le nom de versets coraniques et le lui faisaient apprendre. Il venait ensuite le présenter devant les gens ordinaires. Eux s’asseyaient là à se divertir, tandis que ce pauvre homme recevait insultes et pierres. En lançant ainsi ces propos trompeurs, ils réduisaient à néant les arguments et les preuves, les bons conseils ainsi que l’enseignement et l’instruction que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) leur exposait depuis des années. Ils ne prêtaient aucune attention aux paroles justes énoncées dans le Coran ; ils ne regardaient pas non plus quel était le rang de l’homme qui présentait ces enseignements, et, au moment de porter leur accusation, ils ne se donnaient même pas la peine de réfléchir aux absurdités qu’ils proféraient. En réalité, si quelqu’un lui avait enseigné et lui avait fait apprendre ces choses derrière un rideau, comment cela aurait-il pu rester caché à Khadîdja (qu’Allah l’agrée), à Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), à ‘Alî (qu’Allah l’agrée), à Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée) et à tant d’autres des premiers musulmans ? Personne n’était plus proche du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ni ne l’accompagnait plus constamment qu’eux. Quelle raison aurait donc pu faire que ces mêmes personnes deviennent ses plus fervents dévots et partisans ? En vérité, si la mission prophétique avait été menée grâce à l’enseignement dispensé par quelqu’un d’autre derrière un rideau, ces personnes auraient été ses adversaires les plus acharnés.

(Arabe******************)

« Nous savons qu’ils disent : “Quelqu’un enseigne et instruit cet homme.” Or la langue de celui auquel ils font allusion est étrangère, tandis que celle-ci est une langue arabe parfaitement claire. » — (An-Nahl : 103)

Dans les récits, plusieurs personnes sont mentionnées parmi lesquelles les infidèles de La Mecque soupçonnaient quelqu’un d’enseigner et d’instruire le Prophète (ﷺ). Selon une tradition, il s’appelait Jabar et était l’esclave romain d’Amer ibn Hadrami. Selon une autre, il s’agissait d’un esclave de Huyaytib ibn Abd al-Uzza, nommé Aïsh ou Yayish. Un autre récit mentionne Yasar, dont la kunya était Abou Fukaïha. Il était l’esclave juif d’une femme de La Mecque. Un autre récit évoque un esclave romain nommé Bal‘an ou Al‘am. Quel qu’il fût, les infidèles de La Mecque le voyaient lire la Torah et l’Évangile, et rencontrer le Prophète Muhammad (ﷺ). C’est pourquoi ils l’accusaient sans la moindre hésitation d’être en réalité l’auteur du Coran, que Muhammad (ﷺ) présentait ensuite en son propre nom comme venant de Dieu. Cela montre non seulement avec quelle audace les adversaires du Prophète fabriquaient des calomnies contre lui, mais aussi combien l’être humain est injuste lorsqu’il évalue la grandeur de ses contemporains. Ils avaient devant eux une personnalité immense de l’histoire humaine, dont on ne trouvait l’équivalent nulle part dans le monde de cette époque et dont on n’a encore trouvé l’équivalent nulle part jusqu’à aujourd’hui. Pourtant, à leurs yeux dépourvus de connaissance, de raison et de conscience, un esclave ajami qui ne pouvait lire de la Torah et de l’Évangile que quelques passages était plus qualifié que lui. Ils s’imaginaient que cette perle rarissime rayonnait à partir de ce morceau de charbon. (36)

Les preuves évidentes que le Prophète béni était le destinataire de la révélation

Après avoir relaté dans le Noble Coran le récit de Moïse (que la paix soit sur lui), Allah le Très-Haut dit en un endroit :

Ô Prophète ! Tu n’étais pas présent sur le versant occidental (au pied du mont Sinaï) lorsque Nous avons donné à Moïse ce décret de la Loi, et tu ne faisais pas partie des témoins de cet événement. Mais depuis lors et jusqu’à ton époque, Nous avons fait naître de nombreuses générations humaines, et de longues périodes se sont écoulées après elles. Tu n’étais pas non plus parmi les habitants de Madyan pour leur réciter Nos signes. Mais c’est Nous qui te transmettons les nouvelles de ce temps. Tu n’étais pas au pied du mont lorsque Nous avons appelé Moïse pour la première fois. Mais c’est par miséricorde de ton Seigneur que ces informations te sont communiquées, afin que tu avertisses un peuple auquel aucun avertisseur n’était venu avant toi. (Al-Qasas : 44-46)

Ces trois faits ont été présentés comme des preuves de la prophétie du Messager d’Allah (ﷺ), car il n’existe aucun autre moyen de connaître ces informations que la révélation d’Allah. Lorsque cette affirmation fut énoncée dans le Coran, tous les notables et les simples infidèles de La Mecque étaient fermement résolus à prouver par n’importe quel moyen qu’il n’était pas prophète et — à Dieu ne plaise — qu’il était un faux prophète. Des docteurs juifs et des moines chrétiens se trouvaient dans les localités du Hedjaz et auraient pu les aider. Mais le Prophète Muhammad (ﷺ) n’était pas venu des cieux pour leur réciter ce Coran : il était bel et bien un habitant de cette même La Mecque. Rien dans sa vie n’était inconnu des habitants de son quartier et de sa tribu. C’est pourquoi, lorsque le Messager d’Allah (ﷺ) présenta ces trois faits comme preuves de sa prophétie, dans un langage de défi ouvert, personne à La Mecque, dans le Hedjaz ou dans toute l’Arabie ne put se lever pour soutenir les absurdités que professent aujourd’hui les orientalistes hostiles à l’islam. Ils n’étaient pourtant pas moins capables qu’eux d’inventer des mensonges. Mais comment auraient-ils pu proférer un mensonge aussi grossier, qui n’aurait pas tenu un seul instant ? Comment auraient-ils pu dire : « Ô Muhammad (ﷺ), tu as recueilli ces informations auprès de tel ou tel savant juif et moine chrétien » ? Ils n’auraient pas pu citer dans tout le pays le nom d’une seule personne à cette fin. Dès qu’ils auraient cité un nom, il aurait été prouvé que le Prophète (ﷺ) n’avait recueilli aucune information auprès d’elle. Comment auraient-ils pu dire : « Ô Muhammad (ﷺ), tu possèdes une bibliothèque d’histoire, de sciences et de littérature anciennes, grâce à laquelle tu prononces ces discours » ? Car, bien loin de posséder une bibliothèque, on ne pouvait trouver nulle part autour de Muhammad (ﷺ) même un morceau de papier sur lequel ces informations auraient été écrites. Tous les habitants de La Mecque, jeunes et vieux, hommes et femmes, savaient que Muhammad (ﷺ) était illettré, et personne ne pouvait prétendre qu’il avait eu recours à des traducteurs qui lui auraient traduit des livres persans, syriaques et grecs. Ensuite, même le plus impudent d’entre eux n’aurait pas osé prétendre qu’il avait recueilli ces informations au cours de ses voyages commerciaux en Syrie et en Palestine. Car il n’avait pas effectué ces voyages seul : la caravane commerciale de La Mecque accompagnait Muhammad (ﷺ) à chaque voyage. Si quelqu’un l’avait prétendu, des centaines de témoins encore en vie auraient attesté qu’il n’y avait appris quoi que ce soit auprès de personne. De plus, deux ans à peine après sa mort, les musulmans commencèrent à combattre l’Empire romain. Si quelqu’un avait faussement prétendu que le Messager (ﷺ) s’était entretenu avec un moine chrétien ou un rabbin juif de Syrie ou de Palestine, l’Empire romain n’aurait pas hésité un instant à amplifier cette accusation et à proclamer que Muhammad (ﷺ) — à Dieu ne plaise — avait tout appris là-bas avant de retourner à La Mecque et de se faire prophète. En somme, à cette époque où le défi du Coran équivalait pour les infidèles quraychites et les polythéistes au glas de la mort, et où la nécessité de le faire passer pour mensonger était bien plus grande encore que pour les orientalistes modernes, personne ne put recueillir quelque part une information permettant de prouver que Muhammad (ﷺ) disposait d’un moyen identifiable de connaître ces faits autrement que par la révélation. (37)

L’accusation de folie

Parmi les accusations infondées portées contre le Messager (ﷺ), il y en avait une selon laquelle — à Dieu ne plaise — il était fou. En ce sens, ils le qualifiaient également d’ensorcelé, c’est-à-dire qu’il aurait été victime d’un sort. Ils voulaient aussi dire par là qu’il était sous l’emprise ou l’influence des djinns. Le Coran rapporte leurs paroles :

(Arabe****************)

« Et ils disent : Abandonnerons-nous nos divinités pour un poète fou ? » (As-Saffat : 36)

Il est dit ailleurs :

(Arabe***************)

« Et ces injustes disent : Vous ne suivez qu’un homme ensorcelé. » (Al-Furqan : 8)

Et il est dit en un autre endroit :

(Arabe****************)

« Disent-ils qu’il est possédé par un djinn ?

(C’est-à-dire qu’il est devenu fou sous l’influence d’un djinn.) (Al-Mu’minun : 70)

Toutes ces accusations avaient le même objectif. Car, chez les Arabes, il n’y avait que deux raisons pour lesquelles quelqu’un pouvait être considéré comme fou : soit quelqu’un lui avait jeté un sort et l’avait rendu fou, soit il était possédé par un djinn. (38)

Les accusations sont rapportées dans le Noble Coran afin de montrer jusqu’où allait l’hostilité aveugle de ceux qui les formulaient. Parmi les accusations rapportées ici et ailleurs, il n’en est pas une seule qui mérite d’être examinée sérieusement. Elles sont mentionnées pour montrer que les adversaires ne disposaient d’aucun argument ni d’aucune preuve, et qu’ils opposaient à un appel rationnel et réformateur des paroles absurdes et vaines. Quelqu’un leur disait : « Ô mes frères ! Le polythéisme sur lequel sont fondés votre religion et votre civilisation est une croyance erronée, et voici les arguments qui démontrent son erreur. » En réponse, aucun argument ni aucune preuve n’était apporté pour établir que le polythéisme était vrai et juste. On se contentait de dire : « La magie a certainement produit un grand effet sur cet homme. » Il leur disait : « Vous n’avez pas été laissés ici-bas sans but et sans aucune restriction. Au contraire, vous devrez retourner auprès de votre Seigneur et rendre compte de vos actes. » Et cette vérité est démontrée par tels et tels faits moraux, historiques, intellectuels et conformes à la justice. En réponse, on disait : « Ce sont les paroles d’un poète. » Il disait : « Je suis venu de la part de Dieu pour vous enseigner la vérité. Voici ces enseignements. » Mais on ne discutait nullement de ces enseignements. On se contentait de l’accuser, sans la moindre preuve, de les avoir copiés quelque part. Il présentait la Parole miraculeuse de Dieu comme preuve de sa mission prophétique. Il présentait sa propre vie, sa Sîra et ses actes. Il présentait également la révolution morale qui s’opérait chez ses adeptes sous son influence. Les adversaires ne prêtaient attention à rien de tout cela. Ils se contentaient de demander : « Pourquoi manges-tu et bois-tu ? Pourquoi parcours-tu les marchés ? Pourquoi n’as-tu pas un ange comme serviteur ? Pourquoi ne possèdes-tu pas un trésor ni un jardin ? » Ces paroles prouvent à elles seules, entre ces deux camps, qui est établi sur la vérité et qui, incapable de répondre, se met à débiter des absurdités. (39)

(Arabe****************)

— Ô Prophète (paix et bénédictions sur lui) ! Dis-leur : « Je vous exhorte à une seule chose : pour l’amour de Dieu, réfléchissez seuls ou à deux, et examinez ce qui, chez votre compagnon, pourrait être considéré comme de la folie. Il ne fait que vous avertir avant la venue d’un châtiment terrible. » (Saba : 46)

C’est-à-dire : libérez-vous de toute forme d’égoïsme, des désirs de la passion et de l’hostilité, puis réfléchissez sincèrement pour Allah. Que chacun examine séparément, avec une bonne intention, et que deux, quatre ou plusieurs d’entre vous se réunissent pour en discuter sérieusement et vérifier ceci : que s’est-il donc passé pour que vous traitiez aujourd’hui de fou cet homme que, jusqu’à hier, vous considériez comme le plus sage d’entre vous ? Peu avant le début de sa mission prophétique, lorsque les tribus qurayshites se disputèrent au sujet de la pose de la Pierre noire après la construction de la Kaaba, n’avez-vous pas, d’un commun accord, accepté Muhammad (paix et bénédictions sur lui) comme arbitre ? Il mit alors fin à leur querelle d’une manière qui vous satisfit tous. Après une telle expérience, vécue par toute la nation, de la connaissance, de l’intelligence et de la sagesse de cet homme, que s’est-il donc soudainement passé pour que vous le traitiez maintenant de fou ? L’entêtement et l’obstination sont une chose. Mais, au fond de votre cœur, pensez-vous réellement ce que vous dites de votre bouche ? Il vous avertit avant la venue d’un châtiment terrible. Est-ce là son crime, pour lequel vous le traitez aujourd’hui de fou ? Selon vous, le sage est-il celui qui vous voit vous engager sur la voie de la destruction et vous dit : « Bravo ! Vous faites vraiment du bon travail » ? Et le fou est-il celui qui vous avertit avant que votre situation ne se détériore et vous indique, au lieu du désordre et de la corruption, la voie de la réforme et de l’amélioration ? (40)

(Arabe*****************)

Disent-ils que cet homme est possédé par un djinn ? (Les Croyants : 70)

Autrement dit, la raison pour laquelle ils refusaient de croire au Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) était-elle qu’ils le considéraient réellement comme fou ? Certainement pas. Car, quoi qu’ils disent de leur bouche, ils reconnaissaient au fond d’eux-mêmes sa sagesse et sa perspicacité. En outre, la différence entre un fou et une personne saine d’esprit n’est pas un mystère tel qu’il serait difficile de les distinguer. En réalité, hormis un homme entêté et éhonté, qui pourrait, après avoir entendu ce discours, prétendre qu’il s’agit des paroles d’un fou ? Et après avoir observé la vie de cet homme, qui pourrait soutenir qu’il s’agissait de la vie d’un déséquilibré mental ? Quelle étrange forme de dérangement mental — ou d’épilepsie, selon les ennemis de l’islam en Occident — qu’une personne de la bouche de laquelle sortent des paroles aussi sublimes que le Coran dirige une entreprise couronnée de succès qui transforme le destin non seulement de son propre pays, mais du monde entier ! (41)

(Arabe******************)

— Ô Prophète, par la grâce de ton Seigneur, tu n’es pas fou. Et tu recevras certainement une récompense inépuisable. Et tu es sans aucun doute doté d’un caractère sublime. (La Plume : 2-4)

Il convient de remarquer qu’ici, l’interpellation s’adresse en apparence au Prophète Muhammad (s.a.s.). Mais l’objectif véritable était de répondre aux calomnies des mécréants. Que personne ne pense donc que ce verset fut révélé pour réconforter le Prophète (s.a.s.) en lui disant qu’il n’était pas fou. En réalité, le Prophète n’éprouvait aucun doute de cette nature qu’il aurait fallu dissiper en le réconfortant. L’objectif véritable était de faire savoir aux mécréants : « C’est précisément le Coran, à cause duquel vous qualifiez de fou celui qui vous l’a présenté, qui constitue la preuve que votre accusation est mensongère. »

Certes, le réconfort apporté au Prophète (s.a.s.) concerne le fait qu’une récompense inépuisable et innombrable lui est réservée. En effet, pour les efforts qu’il déploie afin de guider l’humanité, il doit entendre des propos aussi douloureux. Malgré cela, il continue de s’acquitter de sa mission.

Il est ensuite dit que son caractère sublime constitue une preuve évidente de la totale fausseté de l’accusation de folie portée contre lui par les mécréants polythéistes. Car la noblesse de caractère et la dérangement mental ne peuvent coexister. On appelle fou celui dont l’équilibre psychique est détruit et dont le tempérament lui-même est dépourvu d’équilibre. À l’inverse, le caractère élevé et noble d’une personne témoigne qu’elle possède un esprit sain et une nature saine. Son esprit et son tempérament sont équilibrés. Les habitants de La Mecque n’ignoraient pas quel était le caractère du Messager d’Allah (s.a.s.). Il suffit donc de le leur rappeler pour que toute personne douée de conscience à La Mecque soit obligée de réfléchir à leur impudence : ils traitent de fou un homme doté d’un caractère aussi sublime. Leur insolence ne portait pas préjudice au Messager d’Allah (s.a.s.), mais à eux-mêmes, car, aveuglés par l’ivresse d’une opposition acharnée, ils proféraient au sujet du Prophète (s.a.s.) des propos qu’aucun homme sensé n’aurait pu concevoir. Il en va de même aujourd’hui pour ceux qui se réclament des sciences, du savoir et de la recherche intellectuelle, et qui accusent le Prophète Muhammad (s.a.s.) d’avoir été atteint d’épilepsie. Le Noble Coran est accessible partout dans le monde, et la sîra du Noble Prophète est également disponible par écrit dans ses moindres détails. Chacun peut constater par lui-même que ceux qui qualifient de dérangé l’esprit de l’auteur de ce Livre incomparable et de cet homme au caractère si sublime, égarés par la haine aveugle de l’hostilité, profèrent des paroles d’une incroyable insolence. (42)

(Arabe****************)

N’ont-ils donc jamais réfléchi ? Leur compagnon ne présente aucun signe de folie. Il n’est autre qu’un avertisseur explicite. (Al-A‘râf : 184)

Le terme « compagnon » désigne le Prophète Muhammad (s.a.s.), car il est né parmi les habitants de La Mecque. Il a vécu au milieu d’eux. Il est passé de l’enfance à la jeunesse, puis de la jeunesse à la vieillesse. Avant sa mission prophétique, toute la nation le connaissait comme un homme sain de nature et d’esprit. Après le début de la transmission du message de Dieu, ils se mirent soudain à le traiter de fou. Il faut remarquer que cette appellation de fou ne fut pas donnée à cause des actes qu’il accomplissait avant de devenir prophète. Elle ne lui fut attribuée qu’après qu’il eut commencé, en tant que prophète, à proclamer certaines paroles. C’est pourquoi il leur est demandé : ont-ils donc jamais réfléchi à ces paroles ? Laquelle d’entre elles est une parole de fou ? Laquelle est injuste, incohérente ou dépourvue de fondement ? S’ils avaient réfléchi à l’organisation des cieux et de la terre, ou observé avec une attention et une recherche approfondies l’une des créations de Dieu, ils auraient certainement compris par eux-mêmes que l’organisation de l’univers et chaque atome de la création divine témoignent de la vérité de ce que leur frère, le Prophète Muhammad, leur expliquait au sujet de la réfutation du polythéisme, de l’affirmation de l’unicité divine, de l’appel à adorer Dieu, ainsi que de la responsabilité et de la reddition de comptes de l’être humain. (43)

L’accusation d’être poète

Les mécréants de Quraysh accusaient également le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) d’être un poète. Ils disaient : « Vais-je abandonner nos divinités pour les paroles d’un poète fou ? » Il leur fut répondu :

(Arabe**************)

— Et les égarés suivent les poètes. (Ash-Shu‘arâ’ : 224)

Autrement dit, les gens qui s’attachent aux poètes sont, par leur nature et leur caractère, totalement différents de ceux que vous voyez auprès du Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). La différence entre les deux groupes est si manifeste qu’un seul regard suffit à comprendre qui ils sont et ce qu’ils sont. D’un côté, on voit une gravité extrême, la politesse, la civilisation, l’honnêteté et la crainte d’Allah. Un sens des responsabilités dans chaque parole. Dans leur comportement, la sauvegarde des droits des gens. Dans leurs actes, une parfaite honnêteté et une parfaite intégrité. Lorsqu’ils ouvrent la bouche, c’est uniquement pour le bien et la bonté. Jamais une mauvaise parole n’en sort. Mais surtout, il apparaît clairement, à les voir, qu’ils ont dans leur vie un objectif pur, sacré et noble, auquel ils consacrent leurs pensées jour et nuit. Toute leur vie est vouée à un grand dessein.

D’un autre côté, on voit des déclarations d’amour et des discussions sur la consommation de vin, que les auditeurs applaudissent avec enthousiasme. Ailleurs, la beauté d’une courtisane ou d’une femme mariée devient le sujet de la conversation, et les auditeurs s’en délectent pleinement. Ailleurs encore, on raconte des histoires de rapports sexuels, attisant dans le cœur des auditeurs le feu du désir. Quelque part, on fait le bouffon ou l’on tient des propos satiriques, et un flot de rires et de plaisanteries se répand tout autour. Quelqu’un est raillé, et les auditeurs s’en amusent. Quelqu’un reçoit des éloges démesurés, que l’on approuve par des applaudissements. Ailleurs, on manifeste haine, rancœur et hostilité envers quelqu’un, on incite à se venger de lui, et le feu de la rancune s’embrase dans le cœur des auditeurs. Dans ces assemblées, une foule immense se presse pour écouter les poètes. En voyant ceux qui s’attachent à ces grands poètes, on ne peut s’empêcher de penser qu’ils sont libérés des liens de la morale et emportés par le courant de leurs désirs et de leurs passions. Ils adorent les plaisirs et les jouissances, et ressemblent à des animaux. L’idée ne les effleure jamais qu’il puisse exister, pour les hommes de ce monde, un grand but dans la vie. Celui qui ne voit pas la différence évidente entre ces deux groupes est aveugle. Et si, après avoir tout vu, il affirme, dans le seul but de rabaisser la vérité, que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et ses compagnons sont semblables aux poètes et à leurs adeptes, il faut dire qu’ils ont franchi toutes les limites du mensonge. (44)

(Arabe****************)

— Ne voyez-vous pas qu’ils errent, égarés, dans chaque vallée ? (Ash-Shu‘arâ’ : 225)

En d’autres termes, ils ne consacrent pas leur talent poétique à une voie précise à laquelle ils réfléchiraient. Au contraire, les chevaux de leur pensée, tels des chevaux sans bride, errent et se perdent dans chaque vallée. Chaque nouveau courant de désir, de passion, d’intérêt et d’objectif fait sortir de leur bouche un nouveau sujet, sans qu’ils se soucient le moins du monde, en y réfléchissant et en le décrivant, de savoir si cette parole est correcte et vraie. Tantôt une vague de pensée s’élève, et voilà que l’on parle de sagesse et de bons conseils. Puis, lorsqu’une autre vague s’élève, la même bouche se met à déverser le miel des désirs les plus obscènes et les plus vils. S’ils sont satisfaits de quelqu’un, ils l’élèvent jusqu’au ciel ; s’ils sont mécontents de quelqu’un, ils l’envoient dans les profondeurs de la terre. Ils n’hésitent pas à conférer à un avare le rang de Hatim, et à un lâche celui de Rustam et d’Alexandre, si leurs intérêts y sont liés. À l’inverse, lorsqu’une personne leur cause du ressentiment, ils n’éprouvent aucune honte à jeter le discrédit sur sa vie pourtant pure, à détruire son honneur et sa considération, voire à tourner sa lignée en dérision. La dévotion à Dieu et la rébellion contre Dieu, le matérialisme et la spiritualité, la noblesse de caractère et l’absence de moralité, la pureté et la saleté souillée, la gravité et la puérilité, la flatterie et la moquerie : tout cela se retrouve côte à côte dans les poèmes d’un même poète. Comment une pensée aussi absurde aurait-elle pu pénétrer l’esprit de celui qui connaissait ces traits bien connus des poètes, au point d’accuser de poésie le porteur de ce Coran ? Pourtant, ses paroles étaient parfaitement mesurées et claires. Sa voie était claire et précise. Il ne prononçait pas un seul mot en s’écartant de l’appel à la vérité, à la sincérité et au bien.

Il est dit ailleurs dans le Coran, à propos du Prophète (s.a.s.), que la composition poétique ne correspondait nullement à sa nature et à son tempérament.

(Arabe*****************)

Nous ne lui avons pas enseigné la poésie, et cela ne lui convenait pas. (Yâ-Sîn : 69)

C’est une vérité si évidente que tous ceux qui connaissaient personnellement le Prophète Muhammad (s.a.s.) le savaient. Selon des récits fiables, aucun poème ne demeurait entièrement dans la mémoire du Prophète (s.a.s.). Il lui arrivait, au cours d’une conversation, de réciter un beau vers d’un poète, mais il le récitait de manière inappropriée ou en modifiait certains mots.

Hazrat Hasan al-Basri (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte qu’un jour, alors qu’il prononçait un sermon, le Prophète (s.a.s.) récita ainsi un vers de poète.

(Arabe**************)

Hazrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah ! Le vers de poésie est en réalité ainsi. »

(Arabe*************)

Un jour, le Prophète (que la paix soit sur lui) demanda à ʿAbbâs ibn Mirdâs as-Sulamî : « Est-ce toi qui as composé ce poème ? »

(Arabe*************)

Il répondit : « La dernière partie ne sera pas ainsi, mais de cette manière. »

(Arabe***********)

Le Prophète (que la paix soit sur lui) dit : « Le sens des deux est pourtant le même. »

On demanda à Aïcha (qu’Allah l’agrée) si le Prophète (que la paix soit sur lui) récitait parfois de la poésie dans ses sermons. Elle répondit : « Il n’éprouvait d’aversion pour aucune chose plus que pour la poésie. Cependant, il récitait parfois un ou deux vers d’un poète des Banû Qays. Mais il récitait la dernière partie en premier et la première partie en dernier. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) disait : “Ô Messager d’Allah ! Ce n’est pas ainsi, mais ainsi.” »

Le Prophète (que la paix soit sur lui) disait : « Mon frère, je ne suis pas poète, et composer de la poésie n’est pas non plus mon rôle. »

La littérature poétique arabe était pleine de sujets tels que les désirs et passions sexuels, l’amour et la romance, la consommation de vin, la haine et l’hostilité tribales, les conflits et les querelles, ainsi que l’orgueil et l’arrogance. On y trouvait très peu de religion et de paroles de bienfaisance. Le mensonge, l’exagération, la calomnie, la satire, les éloges inconsidérés, la vanité, les railleries et les plaisanteries, ainsi que les récits mythologiques païens, faisaient également partie intégrante de cette littérature poétique. C’est pourquoi le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) fit cette remarque au sujet de la poésie :

(Arabe*****************)

Il vaut mieux que le ventre de l’un d’entre vous soit rempli de pus plutôt que de poésie.

Toutefois, lorsque certains poèmes contenaient de bonnes paroles, le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) les louait. Il disait :

(Arabe*************)

Certains poèmes sont empreints de sagesse.

Après avoir entendu les poèmes d’Umayya ibn Abî as-Salt, il dit :

(Arabe**************)

Sa poésie est croyante, mais son cœur est mécréant.

Un jour, un Compagnon récita au Prophète (s.a.s.) une centaine de poèmes excellents, et celui-ci ne cessait de dire : « Bravo, c’est vraiment magnifique ! Continue à m’en réciter. » (45)

(Arabe*****************)

et disent ce qu’ils ne font pas. (Les Poètes : 226)

C’était là une autre caractéristique des poètes, qui était contraire à la manière d’agir du Prophète (s.a.s.). Ceux qui le connaissaient savaient qu’il faisait ce qu’il disait et disait ce qu’il faisait. La concordance entre ses paroles et ses actes était une vérité si évidente que personne, dans la société qui l’entourait, ne pouvait la nier. En revanche, qui ignorait que, chez les poètes, les paroles étaient d’une manière et les actes d’une autre ? Ils tenaient des discours si éloquents sur la générosité que les gens pensaient que nul n’était plus magnanime qu’eux ; mais lorsqu’on observait leurs actes, on les trouvait extrêmement avares. Ils parlaient de bravoure, mais se révélaient eux-mêmes lâches et peureux. Ils parlaient d’indépendance, de contentement et de dignité, mais tombaient eux-mêmes, sous l’effet de la cupidité et de la convoitise, au plus bas degré de la bassesse. Ils relevaient la moindre faiblesse d’autrui, tout en se livrant eux-mêmes à la faiblesse la plus extrême. (46)

L’incohérence des accusations des adversaires et la réfutation du Coran

Il ressort clairement de tout ce qui a été exposé précédemment que les mécréants de La Mecque portaient contre le Prophète (s.a.s.) des accusations contradictoires et qu’ils étaient incapables d’en retenir une seule de manière précise. Le Noble Coran a identifié cette faiblesse chez eux et l’a réfutée comme mensongère.

(Arabe*******************)

(Ô Prophète !) Continue donc à exhorter. Par la grâce de ton Seigneur, tu n’es ni devin ni fou. Disent-ils : « Cet homme est-il un poète, dont nous attendons les revers du temps ? » Dis-leur : « Eh bien, attendez ; moi aussi, j’attends avec vous. » Leur raison leur dicte-t-elle vraiment de tenir de tels propos ? Ou bien ont-ils réellement dépassé toute limite dans leur hostilité ? (At-Tûr : 29-32)

Ces quelques phrases dévoilent toute la fausseté de la propagande des opposants. L’essentiel de l’argument est le suivant : les chefs et les notables des tribus qurayshites prétendent être fort raisonnables. Mais leur raison leur dit-elle de traiter de poète celui qui ne l’est pas ? De traiter de fou celui que toute la nation reconnaît comme un homme sage ? De qualifier inutilement de devin celui qui n’a pas le moindre rapport avec la divination ? S’ils émettaient leurs jugements sur la base de la raison, ils n’en formuleraient qu’un seul. Ils ne peuvent cependant pas porter simultanément plusieurs jugements contradictoires. Comment un même homme pourrait-il être à la fois poète, fou et devin ? S’il était fou, il ne pourrait être ni devin ni poète. S’il était devin, il ne pourrait être poète, et s’il était poète, il ne pourrait être devin. En effet, le langage et le contenu de la poésie sont d’une nature particulière, tout comme le langage et le contenu des paroles du devin. Appeler une même parole, au même moment, de la poésie et une parole de devin ne peut être le fait de quelqu’un qui connaît la différence entre la poésie et les paroles du devin. Il est donc évident que ces propos contradictoires, tenus pour s’opposer au Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui), ne sont nullement raisonnables. Ils ne sont prononcés que par entêtement et obstination. Les grands chefs et dirigeants de la nation formulent, par hostilité, de simples accusations dépourvues de fondement, auxquelles les gens raisonnables n’accordent aucune importance. (47)

(Arabe******************)

(Ô Prophète !) Vois quelles sortes de propos ils tiennent contre toi. Ils se sont égarés et ne trouvent pas le chemin. (Les Fils d’Israël : 48)

Autrement dit, ils ne se contentent pas de formuler une seule opinion à ton sujet ; ils tiennent au contraire des propos de natures très diverses et contradictoires. Tantôt ils disent que tu es toi-même un magicien. Tantôt ils disent que quelqu’un t’a ensorcelé. Tantôt ils disent que tu es poète, tantôt que tu es fou, et tantôt que tu es devin. Le caractère contradictoire de leurs propos prouve à lui seul qu’ils ignorent la réalité des choses. Sinon, au lieu d’exprimer chaque jour une opinion différente, ils auraient formulé une opinion claire et unique. En outre, on comprend aussi qu’ils ne sont certains de rien concernant cette affaire. Après avoir porté une accusation, ils se disent eux-mêmes qu’elle ne convient pas ; ils en formulent alors une autre. (48)

(Arabe******************)

Chaque fois que la vérité leur est parvenue, ils l’ont aussitôt rejetée en la déclarant mensonge. C’est pourquoi ils sont maintenant plongés dans le doute et la confusion. (Qâf : 5)

Cette phrase concise expose une réalité considérable. Son sens est qu’ils ne se sont pas contentés de manifester leur étonnement et de déclarer cette chose inconcevable ; bien plutôt, dès que le Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) leur présenta son appel véridique, ils le qualifièrent aussitôt de mensonge, sans la moindre hésitation. Il était inévitable que cela produise ce résultat, et c’est effectivement ce qui arriva : ils ne parvinrent pas à se fixer sur une opinion quelconque concernant cet appel et celui qui le présentait. Tantôt ils le traitaient de poète, tantôt de fou, tantôt de devin. Tantôt ils disaient qu’il avait lui-même inventé tout cela afin d’établir sa prééminence. Tantôt ils l’accusaient d’avoir derrière lui d’autres personnes qui composaient ces textes et les lui remettaient. De tels propos contradictoires prouvent qu’ils étaient plongés dans le doute et la confusion au sujet de leur attitude et de ce qu’ils devaient faire. Ils ne seraient jamais tombés dans cette confusion s’ils avaient, avant de déclarer précipitamment et sans hésitation leur décision de principe — considérant d’emblée le Prophète comme un menteur —, réfléchi sérieusement pour voir quelle personne présentait cet appel, ce qu’elle disait et quels arguments elle avançait. Il est certain que cet homme ne leur était pas inconnu. Il n’était pas apparu soudainement de nulle part pour s’imposer parmi eux. Il appartenait à leur propre nation. C’était un homme qu’ils avaient eux-mêmes éprouvé et dont ils connaissaient le caractère, la conduite et les compétences. Lorsqu’un tel homme prononce une parole, il n’était certes pas nécessaire de l’accepter immédiatement ; mais il n’était pas davantage justifié de la rejeter dès qu’on l’entendait. Et cette parole n’était pas dépourvue d’arguments et de preuves : il en présentait bel et bien les justifications. Il fallait les écouter et vérifier dans quelle mesure elles étaient raisonnables. Mais, au lieu d’adopter cette attitude, ils la déclarèrent d’abord mensongère, poussés par leur obstination. Il en résulta qu’ils fermèrent eux-mêmes la porte qui menait à la vérité véritable et ouvrirent devant eux de nombreuses voies qui les firent errer dans toutes les directions. Désormais, ils peuvent certes avancer dix propos contradictoires pour défendre leur erreur initiale ; mais ils ne sont pas disposés à réfléchir à une seule question : le Prophète pourrait-il être véridique, et ce qu’il présente pourrait-il être vrai ? (49)

(Arabe*****************)

Ô Prophète, lorsque ces gens te voient, ils commencent aussitôt à se moquer de toi et disent : « Est-ce celui que Dieu a envoyé comme Messager ? Il aurait bien failli nous détourner de nos divinités, si nous n’étions pas restés fermes dans notre vénération et notre dévotion envers elles. » (Coran : 41-42)

Ces deux propos des mécréants sont contradictoires. Le premier montre qu’ils méprisent le Prophète (paix et bénédiction sur lui), qu’ils se moquent de lui et cherchent à porter atteinte à sa dignité. À leurs yeux, le Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) a formulé une prétention extrêmement audacieuse.

Le second propos permet de comprendre qu’ils reconnaissent la force de ses arguments et de ses preuves ainsi que la supériorité de sa personnalité ; sans le savoir, ils avouent : « Si, poussés par l’hostilité et l’obstination, nous ne restions pas attachés au culte de nos divinités, cet homme nous ferait dévier. » De tels propos contradictoires prouvent à eux seuls à quel point le mouvement islamique les a déséquilibrés. Humiliés, ils se moquent de lui ; mais leur complexe d’infériorité leur arrache malgré eux des paroles qui montrent clairement combien ils ont été influencés par cette force. (50)

Les diverses sortes de miracles qu’ils réclamaient

Parallèlement à la tempête d’accusations, les mécréants de Quraysh réclamaient sans cesse que des miracles leur soient montrés. En fait, ces revendications sont mentionnées à maintes reprises dans le Coran, qui y a également répondu.

(Arabe******************)

Et ils dirent : « Nous ne croirons pas en toi tant que tu n’auras pas fait jaillir une source en fendant la terre. Ou tant que tu n’auras pas un jardin de palmiers et de vignes, dans lequel tu feras couler des ruisseaux. Ou tant que tu ne feras pas tomber sur nous le ciel en morceaux, comme tu le prétends. Ou tant que tu ne feras pas venir devant nous Dieu et les anges face à face. Ou tant que tu n’auras pas une maison d’or. Ou tant que tu ne seras pas monté au ciel ; et nous ne croirons pas non plus à ton ascension tant que tu ne nous auras pas apporté un écrit que nous puissions lire. » (Ô Prophète), dis : « Mon Seigneur est exempt de tout défaut. Suis-je autre chose qu’un homme chargé de transmettre un message ? » (Banî Isrâ’îl : 90-93)

La réponse à la demande de miracles se trouve dans ce verset de cette sourate :(Arabe**************)

Elle a été donnée. [Cette réponse était la suivante : lorsqu’un peuple considère comme mensonger un prophète, même après avoir vu les miracles présentés comme preuves de sa mission prophétique, un châtiment s’abat inévitablement sur lui. L’histoire en fournit de nombreux exemples. C’est par la grâce d’Allah qu’Il n’envoie pas un tel miracle. Mais vous êtes si insensés que vous le réclamez. — L’auteur] La deuxième réponse à cette demande est maintenant donnée ici. L’éloquence de cette réponse concise est au-delà de tout éloge. Les adversaires réclamaient ceci : si tu es vraiment prophète, regarde vers la terre et qu’aussitôt elle se fende pour laisser jaillir une source. Ou bien qu’immédiatement un jardin verdoyant, jeune et luxuriant, apparaisse et que des sources y coulent. Fais signe vers le ciel, et que le ciel s’effondre sur ceux qui te traitent de menteur. Souffle une fois, et qu’en un clin d’œil un palais d’or soit construit. Élève la voix, et que Dieu et les anges viennent aussitôt se tenir devant nous et déclarent qu’ils ont envoyé Muhammad comme prophète. Ou bien monte au ciel sous nos yeux et rapporte de la part d’Allah une lettre à notre nom, que nous puissions toucher de nos mains et examiner de nos yeux.

À toutes ces demandes extravagantes, une seule réponse fut donnée : « Ô bande d’insensés ! Ai-je jamais prétendu être Dieu pour que vous me présentiez de telles demandes ? Quand vous ai-je dit que j’étais tout-puissant ? Quand ai-je affirmé que la terre et le ciel se mouvaient sur mon ordre ? Ma prétention, du début à la fin, était seulement que je suis un homme, porteur d’un message venant de Dieu. Si vous voulez me mettre à l’épreuve, examinez mon message. Si vous voulez croire, croyez après avoir constaté la véracité et la justesse de ce message. Si vous voulez le rejeter, mettez-en au jour les défauts et les erreurs. Si vous voulez vous assurer de ma véracité, examinez ma vie et mes actes en tant qu’être humain. Au lieu de cela, pourquoi me demandez-vous de fendre la terre et de faire descendre le ciel ? Quel rapport ces actes ont-ils avec la mission prophétique ? » (51)

(Arabe****************)

« Ces gens disent : “Pourquoi aucun signe (miracle) n’a-t-il été révélé à cet homme ?” Ô Prophète, dis-leur : “Les signes sont auprès d’Allah, et moi, je ne suis qu’un avertisseur explicite.” Ne leur suffit-il donc pas que Nous ayons fait descendre sur toi le Livre qui leur est récité ? Il contient en vérité une miséricorde et un rappel pour ceux qui croient. » (Al-‘Ankabût : 50-51)

Autrement dit, le fait qu’un Livre sublime comme le Coran ait été révélé au prophète Muhammad, bien qu’il fût ummî, ne constitue-t-il pas en soi un grand miracle, suffisant pour croire à sa mission prophétique ?

Après cela, reste-t-il encore besoin d’un autre miracle ? Pour ceux qui avaient vu les miracles précédents, il s’agissait certes de miracles. Mais celui-ci se trouve constamment sous vos yeux. Il vous est récité chaque jour. Vous pouvez le voir à tout moment. (52)

(Arabe******************)

Mais chacun d’eux veut qu’une lettre lui soit envoyée publiquement en son nom. Jamais ! En réalité, ils ne craignent pas l’Au-delà. Jamais ! Ceci n’est qu’un rappel. Que celui qui le souhaite en tire donc une leçon. (Al-Muddaththir : 52-55)

C’est-à-dire qu’ils demandent que, si Allah a réellement nommé Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) comme prophète, Il écrive à chacun des chefs et chefs de tribu de La Mecque pour lui dire : « Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est Notre prophète. Reconnaissez-lui obéissance. » Et cette lettre devrait être telle qu’en la voyant, on soit convaincu que c’est Allah Lui-même qui l’a écrite et envoyée.

Ailleurs dans le Coran, cette parole des infidèles de La Mecque est rapportée : « Nous ne croirons pas tant qu’on ne nous aura pas donné la même chose qu’aux messagers d’Allah. » (Al-An‘âm : 124) [Dans la sourate Al-An‘âm, une réponse concise leur a été donnée :

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Allah sait mieux Lui-même par qui et comment Il confiera la mission prophétique. (L’auteur)]

Ailleurs, leur exigence est rapportée ainsi : « Monte au ciel devant nous et rapporte-en un Livre écrit que nous puissions lire. »(Arabe**************)

Il leur fut répondu que cette exigence ne serait jamais satisfaite. La véritable raison pour laquelle ils ne croyaient pas n’était nullement que leur demande ne fût pas satisfaite. La vraie raison était plutôt qu’ils ne craignaient pas l’Au-delà. Ils considéraient le monde d’ici-bas comme l’unique réalité. Ils n’imaginaient pas qu’après la vie terrestre il y en eût une autre, dans laquelle ils devraient rendre compte de leurs actes. C’est cela qui les avait rendus insouciants et irresponsables ici-bas. Ils considéraient la question du vrai et du faux comme totalement dépourvue de sens. En effet, ils ne voyaient ici-bas aucun vrai dont le suivi ait nécessairement une bonne conséquence. Ils ne voyaient pas non plus de faux dont les conséquences fussent nécessairement mauvaises dans ce monde. Ils jugeaient donc inutile de réfléchir à ce qui était réellement vrai et à ce qui était faux. La question ne peut être digne d’intérêt que pour ceux qui considèrent la vie présente comme une vie temporaire et reconnaissent que la vie véritable et éternelle est celle de l’Au-delà, où le vrai aura nécessairement une bonne issue et le faux une mauvaise. De telles personnes, en voyant les preuves rationnelles et les grandes leçons que le Coran présente, croiront : qu’y a-t-il donc réellement d’erroné dans les croyances, les convictions et les actes que le Coran déclare faux ? Mais celui qui nie l’Au-delà et ne s’intéresse nullement à la recherche de la vérité avancera chaque jour de nouvelles exigences pour ne pas croire. Même si l’une de ses demandes était satisfaite, il chercherait encore quelque autre prétexte pour nier. C’est ce qui est dit dans la sourate Al-An‘âm : « Ô Prophète, même si Nous faisions descendre sur vous un Livre écrit sur du papier et que les gens le touchaient de leurs mains, ceux qui ont rejeté la vérité diraient tout de même : “Ce n’est là qu’une magie évidente.” » (Al-An‘âm : 7) (53)

(Arabe*******************)

— Ils disent : « Pourquoi aucun ange n’a-t-il été descendu auprès de ce prophète ? » Si Nous avions fait descendre un ange, l’affaire aurait déjà été tranchée et aucun délai ne leur aurait plus été accordé. Et si Nous avions fait descendre un ange, Nous l’aurions envoyé sous forme humaine ; ainsi, Nous les aurions plongés dans le même doute que celui dans lequel ils se trouvent actuellement. (Al-An‘âm : 8-9)

Leur propos était le suivant : puisque cet homme a été envoyé comme prophète, un ange aurait dû descendre du ciel. Il aurait dit aux gens : « Celui-ci est le prophète de Dieu. Écoutez-le, sinon vous serez châtiés. » Ces accusateurs ignorants trouvaient étonnant que le Créateur des cieux et de la terre désigne quelqu’un comme prophète, puis le laisse exposé aux pierres et aux insultes de gens aussi démunis. Même si le messager d’un roi aussi puissant n’était pas venu avec un groupe imposant, au moins un ange aurait dû venir comme son huissier : il l’aurait protégé, aurait imposé le respect de sa personne, aurait garanti le succès de sa mission et aurait accompli son œuvre d’une manière surnaturelle.

La première réponse donnée fut que, si un ange avait été envoyé sous sa forme véritable, le moment de rendre le verdict serait arrivé et aucun délai n’aurait plus été accordé. Le délai qui vous est accordé pour croire et corriger votre conduite ne dure que tant que la vérité réelle demeure voilée à vos yeux par le voile de l’invisible. Mais lorsque le voile de l’invisible sera levé, il n’y aura plus aucune possibilité de délai. Il ne restera alors que le règlement des comptes. En effet, la vie terrestre est pour vous une période d’épreuve, et cette épreuve consiste à voir si, sans contempler directement la vérité réelle, vous pouvez la discerner par l’usage correct de votre raison et de votre réflexion, puis maîtriser vos penchants et vos désirs afin de conformer correctement vos actes à cette vérité. Pour cette épreuve, l’invisible doit nécessairement rester caché. Votre vie terrestre — ce délai accordé pour l’épreuve — ne durera que tant que l’invisible restera invisible. Lorsque l’invisible prendra une forme manifeste, ce délai prendra nécessairement fin et, à l’épreuve, succédera le moment où son résultat sera dévoilé. C’est pourquoi, en réponse à votre demande, il n’est pas possible que l’on mette fin devant vous à la durée de votre épreuve.

La deuxième réponse donnée fut que, si les anges étaient venus sous forme humaine, le même doute aurait été éveillé en vous que celui qui vous habite actuellement au sujet du Prophète. Certes, la venue des anges aurait pu prendre une autre forme : ils auraient pu apparaître aux gens sous leur véritable forme invisible. Mais il a été dit plus haut que ce moment n’est pas encore venu. Il ne reste donc que la seconde possibilité : ils viendraient sous forme humaine. À ce sujet, il est dit que, s’ils venaient sous forme humaine, vous éprouveriez à propos de leur envoi par Dieu le même doute que celui que vous éprouvez au sujet de l’envoi de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) par Allah. (54)

(Arabe***************)

Ces gens disent : « Pourquoi aucun signe — aucun miracle perceptible — n’a-t-il été descendu sur ce prophète de la part de son Seigneur ? » Dis-leur : « Allah a pleinement le pouvoir de faire descendre des signes, mais la plupart d’entre eux sont plongés dans l’ignorance. » Observe toute bête qui se déplace sur la terre et tout oiseau qui vole dans les airs grâce à ses ailes : ce sont des créatures semblables à vous. Nous n’avons rien omis de leur destinée. Puis ils seront tous rassemblés devant leur Seigneur. Quant à ceux qui traitent Nos signes de mensonges, ils sont sourds et muets, plongés dans les ténèbres. (Al-An‘âm : 37-39)

Le sens de cette parole est que l’absence de miracle ne signifie pas qu’Allah n’a pas le pouvoir de le montrer. Elle a plutôt une autre raison que vous ne comprenez pas à cause de votre ignorance. Si vous ne désirez pas simplement vous divertir, mais que vous souhaitez réellement voir un signe afin de savoir si la vérité vers laquelle le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vous appelle est véritable, alors ouvrez les yeux : d’innombrables signes se trouvent autour de vous. Réfléchissez à la vie d’un animal terrestre ou d’un oiseau qui vole dans les airs. Voyez comment sa structure a été conçue de manière à correspondre à sa condition. Voyez comment ses instincts ont été dotés de forces adaptées à ses besoins naturels. Voyez comment sa subsistance lui est assurée. Voyez comment une destinée lui a été fixée, dont il ne peut franchir les limites ni en avant ni en arrière. Voyez comment chaque animal et chaque insecte, jusque dans ses formes les plus minuscules, reçoit à sa place les soins qui lui conviennent : ils sont surveillés, entretenus et guidés. Voyez comment un travail leur est fait accomplir selon un plan déterminé. Voyez comment ils sont soumis à un système et comment la succession de leur naissance, de leur reproduction et de leur mort se déroule selon un ordre parfait. Si vous réfléchissez à un seul des innombrables signes d’Allah, vous comprendrez que la conception de l’unicité d’Allah et de Ses attributs que ce prophète vous expose, ainsi que la vision de la vie terrestre selon cette conception à laquelle il vous appelle, est une vérité absolument certaine. Mais vous ne voulez ni ouvrir les yeux pour voir, ni écouter personne. Vous demeurez plongés dans les ténèbres de l’ingratitude et vous souhaitez être éblouis par des spectacles merveilleux de la nature qui vous détourneraient l’esprit. (55)

(Arabe***************)

Et qu’arriverait-il si le Coran était révélé de telle manière qu’il fasse se mettre les montagnes en mouvement, fende la terre ou fasse sortir les morts de leurs tombes pour leur faire commencer à parler ? (Ar-Ra‘d : 31)

Pour comprendre le sens de ce verset, il faut garder à l’esprit que l’adresse n’est pas destinée aux mécréants, mais aux musulmans. Lorsqu’ils entendaient à maintes reprises les mécréants réclamer des signes, une inquiétude les envahissait : ah, si seulement on leur montrait un signe qui les rassure ! Puis, lorsqu’ils pensaient que, faute de voir apparaître un tel signe, les mécréants avaient l’occasion de susciter des doutes dans les esprits au sujet de la mission prophétique du Prophète (s.a.s.), leur inquiétude augmentait encore. C’est pourquoi il fut dit aux musulmans : si, avec une sourate du Coran, on leur avait soudain montré des signes extraordinaires de ce genre, pensez-vous que ces gens auraient cru ? Avez-vous à leur égard cette bonne opinion qu’ils sont entièrement prêts à accepter la vérité et qu’il ne leur manque qu’un signe ? Ceux qui n’ont pas aperçu la lumière de la vérité dans l’enseignement du Coran, les signes du monde naturel, la vie pure et immaculée du Prophète et la vie révolutionnaire de ses Compagnons, pensez-vous qu’ils tireraient quelque lumière du mouvement des montagnes, du fendillement de la terre et de la sortie d’un mort de sa tombe ? (65)

La preuve éclatante de la mission prophétique du Prophète (s.a.s.)

À chacune des accusations de ce genre formulées par les mécréants contre le Prophète Muhammad (s.a.s.), ainsi qu’à chacune de leurs demandes de miracles pour les étayer, une réponse parfaitement juste a été apportée. Après cela, il ne restait plus la moindre possibilité pour quiconque de rendre douteuse la mission prophétique au moyen de la raison, de l’intelligence et des preuves. Ensuite, trois preuves éclatantes ont été présentées en faveur de cette mission prophétique, au point qu’il était impossible aux habitants de La Mecque et de ses environs de les nier. Leur exposé détaillé est donné ci-dessous.

(Arabe**************)

Ô Prophète ! Avant cela, tu ne lisais aucun livre et tu n’écrivais rien de ta propre main. Dans ce cas, les partisans du faux auraient pu nourrir des doutes. (Al-‘Ankabût : 48)

Le fondement de l’argument présenté dans ce verset est que le Prophète (s.a.s.) était illettré. Ses compatriotes, ses voisins et ses proches, devant lesquels toute sa vie s’était déroulée depuis son enfance jusqu’à sa vieillesse, savaient tous parfaitement qu’il n’avait jamais lu aucun livre de sa vie et n’avait jamais pris une plume en main. En exposant ce fait, Allah Tout-Puissant dit que c’est précisément la preuve la plus éclatante que les enseignements des Livres célestes, la situation des prophètes précédents, les diverses croyances religieuses, l’histoire des peuples anciens, la civilisation, la morale et les questions importantes de l’économie sortaient de la bouche de cet homme illettré, et qu’il n’aurait pu acquérir une connaissance aussi vaste et profonde par aucun autre moyen que la révélation. S’il avait possédé des connaissances en lecture et en écriture et que les gens l’avaient parfois vu lire des livres et faire des recherches, les partisans du faux auraient eu un fondement pour soupçonner que cette connaissance ne provenait pas de la révélation, mais qu’elle avait été acquise par l’étude et l’exercice. Mais son illettrisme n’a laissé le moindre fondement à aucun doute. Dès lors, en dehors de l’obstination extrême, il n’existe aucune raison de nier sa mission prophétique qui puisse être considérée comme raisonnable de quelque point de vue que ce soit. (57)

(Arabe******************)

Ô Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), dis-leur : si telle avait été la volonté d’Allah que je ne sois pas établi comme prophète, je ne vous aurais jamais récité ce Coran et Allah ne vous en aurait donné aucune information. J’ai déjà vécu une vie parmi vous. Ne raisonnerez-vous donc pas quelque peu ? (Yûnus : 16)

Voici un argument puissant qui réfute l’idée des mécréants de La Mecque selon laquelle le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) aurait composé le Coran de son propre esprit et l’aurait attribué à Dieu ; il soutient en même temps l’affirmation du Prophète selon laquelle il n’en est pas lui-même l’auteur, mais que le Coran lui est révélé par Dieu au moyen de la révélation. Même si l’on écartait tous les autres arguments et toutes les autres preuves, la vie du Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) était pourtant sous leurs yeux. Il avait passé devant eux quarante années entières avant sa mission prophétique. Il était né dans leur ville. Ils l’avaient vu passer son enfance, entrer dans sa jeunesse et atteindre l’âge mûr. Il vivait parmi eux ; ils le rencontraient, avaient avec lui des transactions, se mariaient et entretenaient avec lui, en somme, toutes sortes de relations sociales. Aucun aspect de sa vie ne leur était caché. Quelle preuve pourrait être plus manifeste que ce que l’on connaît, comprend et observe ainsi directement ?

Deux faits de la vie du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) étaient si évidents que chaque habitant de La Mecque les connaissait. Premièrement : durant les quarante années entières de sa vie avant sa mission prophétique, il n’avait reçu ni instruction ni fréquenté de compagnie d’où il aurait pu acquérir ces connaissances, dont le flot jaillit soudain de ses lèvres avec sa prétention à la prophétie. Or, dans les sourates révélées successivement du Coran, les sujets actuellement traités sont tels qu’auparavant on ne l’avait jamais vu manifester le moindre intérêt à leur égard, en discuter ou exprimer une opinion à leur sujet. Même ses amis les plus intimes et ses proches parents les plus proches, durant ces quarante années, n’avaient rien perçu dans ses paroles ou sa conduite qui puisse être considéré comme la préparation de cette grande prédication, qu’il commença soudainement à présenter à l’âge de quarante ans. C’était là une preuve manifeste que le Coran n’était ni une invention personnelle ni une fabrication de son esprit, mais une chose qui était entrée dans son cœur de l’extérieur. En effet, aucun esprit humain ne peut, à un quelconque stade de son existence, produire quelque chose dont les étapes antérieures ne portent aucune trace claire de développement et de progression. C’est pourquoi, lorsque certains hommes rusés de La Mecque comprirent eux-mêmes qu’accuser le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) d’avoir produit le Coran par son propre esprit était une accusation totalement absurde, ils commencèrent finalement à dire qu’un autre homme enseignait ces paroles à Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Mais cette seconde affirmation était encore plus dénuée de sens que la première. Car non seulement à La Mecque, mais dans toute l’Arabie, il n’existait personne possédant une telle aptitude vers qui l’on aurait pu pointer le doigt en disant : « Cet homme est, ou pourrait être, l’auteur de ce discours. » Comment une personne aussi qualifiée aurait-elle pu rester cachée au sein de la société ?

Le deuxième fait particulièrement remarquable de sa vie antérieure était qu’on ne trouvait en lui la moindre trace de mensonge, de tromperie, de fraude, de fourberie ou de ruse. Dans la société, personne ne pouvait dire qu’au cours de ces quarante années de vie commune il avait constaté en lui un comportement de ce genre. Au contraire, tous ceux qui étaient entrés en contact avec lui le connaissaient comme un homme extrêmement véridique, irréprochable, digne de confiance et fidèle. Était-il donc permis de penser qu’un homme qui, durant toute sa vie, n’avait jamais eu recours au mensonge, à la tromperie ou à la fraude, même dans les affaires les plus insignifiantes, se serait soudain présenté avec une si grande arme de mensonge et de falsification, aurait composé quelque chose de son propre esprit et aurait commencé à l’attribuer avec insistance à Dieu ? C’est sur cette base qu’Allah dit, en réponse à leur accusation insensée : « Dis-leur : ô serviteurs d’Allah, faites un peu appel à votre raison et à votre discernement. Je ne suis pas un étranger venu de l’extérieur ; j’ai au contraire vécu auparavant une vie parmi vous. Après avoir observé ma vie passée, comment pouvez-vous espérer de moi que j’aurais pu vous présenter ce Coran sans l’ordre et l’enseignement de Dieu ? » (58)

(Arabe***************)

Ô Prophète, tu n’espérais certainement pas que le Livre te serait révélé. C’est uniquement par la miséricorde de ton Seigneur qu’il t’a été révélé. (Al-Qasas : 86)

Un autre argument a été avancé en faveur de la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Moïse (sur lui la paix) ignorait totalement qu’il serait appelé à devenir prophète ; loin d’avoir le désir ou l’ambition d’être chargé d’une mission aussi vaste et grandiose, il n’en avait même jamais eu l’idée. Puis, soudain, alors qu’il était en chemin, il fut attiré, appelé à la prophétie et chargé d’accomplir des choses extraordinaires, qui n’avaient absolument aucun rapport avec sa vie antérieure. Il en fut exactement de même pour le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Les habitants de La Mecque savaient eux-mêmes quelle avait été sa vie jusqu’au jour où il descendit de la grotte de Hirâ avec le message de la prophétie : quel était son travail et son métier, de quoi il parlait, quels étaient les sujets de ses conversations, ainsi que la nature de ses intérêts, de ses inclinations et de ses activités. Toute sa vie était remplie d’honnêteté, de fidélité et de pureté. Sa noblesse éminente, sa dignité, son amour de la paix, le respect de ses engagements, la défense des droits et son dévouement au service des gens y étaient particulièrement remarquables. Mais rien en lui ne permettait de supposer que ce grand homme apparaîtrait un jour en revendiquant la prophétie. Aucun de ceux qui entretenaient avec lui des relations étroites — ses proches, ses voisins ou ses amis — n’aurait pu dire qu’il se préparait depuis le début à devenir prophète. Après ce moment révolutionnaire dans la grotte de Hirâ, les sujets et les problèmes dont il se mit soudain à parler ne lui avaient jamais été entendus auparavant, ne serait-ce qu’un seul mot. Personne ne l’avait jamais entendu employer ce langage particulier, ces mots et ces termes que les gens allaient ensuite entendre de sa bouche sous la forme du Coran. Il ne s’était jamais levé pour prononcer un sermon. Il n’avait jamais lancé d’appel ni entrepris de mouvement. Rien, dans ses activités, ne permettait même de supposer qu’il songeait à résoudre les problèmes de la société, à entreprendre une réforme religieuse ou une réforme morale. Jusqu’à la veille de cet instant révolutionnaire, sa vie apparaissait encore comme celle d’un commerçant qui gagnait sa subsistance par des moyens simples et licites. Il vivait joyeusement avec ses enfants, accueillait généreusement ses hôtes, aidait les pauvres et se comportait avec bonté envers ses proches. De temps à autre, il s’isolait pour se consacrer à l’adoration. Qu’un tel homme apparaisse soudain avec des discours capables de provoquer un bouleversement universel, qu’il commence un appel révolutionnaire, crée une littérature sans précédent et présente une conception durable de la vie, une pensée, une morale et une civilisation : une telle transformation et une telle révolution ne pouvaient, du point de vue de la psychologie humaine, résulter en aucune manière d’une fabrication, d’une préparation ou d’efforts artificiels. En effet, toute entreprise et toute préparation de ce genre franchissent des étapes de développement, et ces étapes ne restent pas cachées aux personnes parmi lesquelles l’intéressé passe sa vie, jour et nuit. Si la vie du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) avait franchi de telles étapes, des centaines de milliers de voix mecquoises auraient déclaré : « Nous ne vous l’avions pas dit ? Cet homme finira un jour par revendiquer quelque chose de grand. » Mais l’histoire témoigne que les mécréants de La Mecque portèrent contre lui toutes sortes d’accusations ; pourtant, pas un seul d’entre eux ne formula cette dernière accusation.

La preuve qu’il n’aspirait ni ne souhaitait devenir prophète, mais qu’il se trouva soudain confronté à cette situation à son insu, se trouve dans le récit rapporté par les recueils de hadiths au sujet des débuts de la révélation. Son récit a déjà été donné dans le chapitre intitulé « Le début de la mission prophétique » ; je juge donc inutile de le répéter ici. (59)

 

Troisième paragraphe

L’appel à croire que le Coran est la parole d’Allah

Le troisième principe fondamental de l’appel islamique est que l’être humain reconnaisse le Noble Coran comme le Livre d’Allah, qu’il accepte chacune de ses paroles comme vraie et comme provenant d’Allah. Il doit considérer comme la loi fondamentale de sa vie tout enseignement qu’il contient concernant la croyance, la pensée, la morale, l’adoration et la conduite. Il doit rejeter toute chose contraire à sa guidance. Cette croyance exige également de reconnaître que le Coran est, dans chacune de ses lettres, la parole d’Allah révélée au Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) par l’intermédiaire de la révélation. Il ne s’agit pas seulement d’un sens qui aurait été implanté dans son cœur et qu’il aurait ensuite exprimé dans sa propre langue et avec ses propres mots. Il s’agit au contraire du fait que ce Livre a été révélé au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) avec cette suite précise de mots, et qu’il a été conservé exactement sous cette forme. Aucune modification n’y a été introduite, rien n’y a été ajouté ni retranché. Le faux ne pourra jamais y pénétrer. En outre, puisqu’il s’agit directement de la parole du Seigneur des mondes, elle fait autorité même sur le Messager lui-même. Bien qu’elle soit venue par l’intermédiaire du Messager, celui-ci lui est soumis. Il lui a été ordonné de s’y conformer. Il n’a pas le droit d’y ajouter ou d’en retrancher quoi que ce soit. Sa tâche consiste au contraire à être le premier et le plus scrupuleux à la suivre, puis à établir la religion — c’est-à-dire le système de vie complet — conformément à la volonté de cette parole divine.

Cette croyance renforçait davantage encore la révolution que l’islam avait pour objectif d’accomplir. En effet, un Livre éternel avait été fourni par Dieu, dans lequel Dieu lui-même avait expliqué clairement, dans ses propres paroles, ce qui est le vrai et ce qui est le faux. Ainsi, en tout temps et à toutes les époques, les êtres humains peuvent y recourir pour savoir ce qu’ils doivent faire et ne pas faire afin d’obtenir l’agrément de leur Seigneur. Le fait qu’un Livre ait été révélé à un homme en même temps qu’il était établi comme messager, et que les hommes aient reçu l’ordre de croire en l’un et en l’autre et de se conformer aux deux, signifie que partout où cette foi et cette obéissance s’établiront parmi les hommes et dans la société, la liberté de l’arbitraire disparaîtra. L’individu comme la société tout entière se trouveront soumis à un guide et à un livre de loi. Même après le départ de ce guide de ce monde, le Livre de loi — le Coran — demeurera toujours présent dans le monde pour proclamer quels actes Allah le Très-Haut a ordonnés et lesquels Il a interdits. La Sunna qui subsistera après le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) — considérée, du point de vue coranique, comme l’interprétation officielle et fiable de la parole divine — ne laissera aucune possibilité aux esclaves de leurs passions ou aux adeptes d’autres philosophies de vie de continuer à donner une interprétation erronée au Livre de loi.

Cette brève présentation montre clairement pourquoi, dès le début de la prédication islamique, il était indispensable d’appeler, parallèlement au tawhid et à la mission de Muhammad, à croire au Coran et à le reconnaître comme la parole d’Allah, ainsi que l’importance de cet appel. Nous allons maintenant exposer en détail quel statut fut présenté pour le Coran lorsqu’il fut apporté, et quelles preuves et quels arguments puissants furent avancés devant ceux qui refusaient d’accepter ce Livre pour démontrer qu’il est la parole d’Allah.

Le Coran est la parole de Dieu, dont chaque mot est révélé au Prophète

Telle était la déclaration initiale, exposée dans le Coran avec une telle force et à de si nombreuses reprises qu’il est impossible d’en citer ici tous les versets. Nulle part dans le Coran ne se trouve un seul mot pouvant laisser supposer que ce Prophète, Muhammad (paix et bénédictions sur lui), en serait l’auteur. Le Livre tout entier est présenté comme une révélation descendue de Dieu. En voici, à titre d’exemple, quelques versets.

(Arabe*****************)

Et, ô Muhammad (paix et bénédictions sur lui), Nous t’avons révélé ce Livre avec la vérité ; il confirme et préserve la vérité des Livres célestes qui l’ont précédé et qui existent encore. Juge donc entre eux selon ce qu’Allah a révélé, et ne suis pas leurs désirs en te détournant de la vérité qui t’est parvenue. (Al-Mâ’idah : 48)

Ce verset n’affirme pas seulement clairement qu’Allah a révélé ce Livre au Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui), un Livre qui apporte véritablement la vérité ; il énonce en outre deux choses. Premièrement, il confirme la véracité de tout ce qui subsiste sous sa forme authentique et correcte dans les Livres révélés antérieurement. Deuxièmement, il préserve ces Livres : autrement dit, il a intégré et conservé les enseignements véridiques qu’ils contenaient. Puis, à l’aide de ce Livre, les paroles contraires à la vérité qui y avaient été introduites ont été triées et séparées.

(Arabe****************)

Et Nous avons révélé ce Coran avec la vérité, et c’est avec la vérité qu’il est descendu. Nous ne t’avons envoyé comme Messager que pour annoncer la bonne nouvelle à celui qui l’acceptera et avertir celui qui ne l’acceptera pas. (Banî Isrâ’îl : 105)

(Arabe****************)

Et récite ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur. (Al-Kahf : 27)

(Arabe*******************)

Ô Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ! Nous avons fait descendre sur toi ce Livre avec la vérité, à l’intention des hommes. Quiconque acceptera la guidée le fera pour son propre bien, et quiconque s’égarera en subira lui-même les conséquences. Tu n’es pas responsable de lui. (Az-Zumar : 41)

(Arabe*****************)

Et c’est ainsi, ô Prophète, que Nous t’avons révélé le Coran en langue arabe, afin que tu avertisses les habitants de la Mère des cités (La Mecque) et ceux qui vivent dans ses alentours. (Ach-Choura : 7)

(Arabe**************)

Ce Livre a été révélé par Allah, le Tout-Puissant, le Très-Miséricordieux. (Al-Ahqaf : 1)

(Arabe****************)

Voici un Livre béni que Nous avons fait descendre sur toi, ô Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), afin que les hommes méditent sur ses versets et que les gens réfléchis et doués d’intelligence en tirent des enseignements. (Sad : 29)

(Arabe******************)

Et ô Muhammad (s.a.s.), tu reçois assurément ce Coran de la part d’un Être sage et omniscient. (An-Naml : 6)

(Arabe******************)

Et il est assurément révélé par le Seigneur des mondes. L’Esprit digne de confiance descend avec lui dans ton cœur afin que, ô Muhammad (s.a.s.), tu deviennes du nombre des avertisseurs (les prophètes chargés d’avertir l’humanité), en une langue arabe claire. (Ach-Chu‘ara : 192-195) [Par l’Esprit digne de confiance ou l’Esprit fidèle, il faut entendre ici Jibrîl (a.s.), qui venait auprès du Prophète Muhammad (s.a.s.) avec le Coran. Au lieu de mentionner son nom, les termes « Esprit fidèle » ou « Esprit digne de confiance » ont été employés. L’objectif est de préciser qu’il est un esprit pur, un être incorporel, et qu’il est si fidèle et digne de confiance qu’il transmet au Prophète la révélation exactement comme Allah le Très-Haut la lui fait parvenir, sans la moindre diminution ni augmentation — l’auteur.]

(Arabe******************)

— Ô Prophète, ne remue pas ta langue pour mémoriser rapidement cette révélation. C’est à Moi qu’incombent la tâche de te la faire retenir et de te la faire réciter. Aussi, lorsque Je la récite, écoute attentivement cette récitation. C’est également à Moi qu’incombe la tâche de t’en faire comprendre le sens. (Al-Qiyâmah : 16-19)

Ces versets ne faisaient pas seulement ressortir clairement que l’ensemble de ce Livre avait été révélé par Allah à Muhammad (s.a.s.) par l’intermédiaire de la Révélation ; les deux derniers versets établissent également de manière très claire que ce ne sont pas seulement ses significations qui sont dévoilées au cœur du Prophète, lesquelles il exprime ensuite dans ses propres paroles, mais que ses termes eux-mêmes sont aussi révélés par Allah. Le fait que l’Esprit fidèle (Jibrîl (a.s.)) descende avec la Révélation en langue arabe de la part du Seigneur des mondes, qu’il la récite devant le Prophète, que celui-ci s’efforce de la mémoriser rapidement, et qu’Allah le Très-Haut lui dise : « Ne t’efforce pas de la mémoriser ; au contraire, lorsqu’elle est récitée, écoute-la. Ensuite, te la faire retenir, te la faire réciter et t’en faire comprendre le sens, tout cela relève de Notre responsabilité » — toutes ces paroles ne prennent leur sens que lorsque les termes mêmes de la Révélation sont également révélés par Allah. Sinon, si seuls le sens et l’idée apparaissaient dans le cœur du Prophète, il n’y aurait aucun sens à les réciter, à les écouter, à les retenir, ni à ce qu’ils soient révélés en langue arabe.

Le Messager d’Allah (s.a.s.) lui-même est chargé de se conformer au Coran

Il est également clairement affirmé dans le Coran que le Messager d’Allah (s.a.s.) est soumis aux commandements du Coran. Il lui a été ordonné de s’y conformer. Il n’a aucun droit d’y apporter des modifications et il est soumis. Il lui a été ordonné de s’y conformer. Il n’a aucun droit d’y apporter des modifications ni d’y faire des ajouts ou des retraits.

(Arabe******************)

Et, ô Muhammad (s.a.s.), conforme-toi à tout ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur. Allah est parfaitement informé de ce que vous faites. (Al-Ahzab : 2)

(Arabe***************)

Ô Muhammad (s.a.s.), conforme-toi à tout ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur. Il n’y a de divinité que Lui, et détourne-toi des polythéistes sans t’en soucier. (Al-An’am : 106)

(Arabe*******************)

— Ô Muhammad (s.a.s.) ! Dis-leur : « Je ne fais que suivre la révélation qui m’est envoyée, et je ne suis rien d’autre qu’un avertisseur explicite. » (Al-Ahqaf : 9)

(Arabe******************)

Et lorsque tu ne présentes aucun signe (miracle) à ces gens, ils disent : « Pourquoi n’as-tu pas choisi toi-même un signe ? » Dis-leur : « Je ne fais que suivre la révélation qui m’a été envoyée de la part de mon Seigneur. » Ceci (les versets du Coran) est une lumière de clairvoyance venant de ton Seigneur, ainsi qu’une guidance et une miséricorde pour ceux qui croient en Lui. (Al-A‘râf : 203)

En d’autres termes, ma tâche ne consiste pas à découvrir ou à fabriquer moi-même puis à présenter tout ce qui est réclamé ou tout ce dont je ressens moi-même le besoin. Je ne suis qu’un messager, et ma seule tâche est d’agir conformément à la guidance de Celui qui m’a envoyé. À la place d’un miracle, Celui qui m’a envoyé m’a transmis ceci : le Coran. Il contient une lumière de clairvoyance, et sa beauté remarquable réside en ceci : ceux qui l’acceptent trouvent le droit chemin dans la vie, et les signes de la miséricorde d’Allah apparaissent clairement dans la beauté de leur caractère.‌

(Arabe******************)

Et lorsqu’on leur récite Nos versets clairs, ceux qui n’espèrent pas Nous rencontrer dans l’au-delà disent : « Apporte un autre Coran ou modifies-en quelque chose. » Ô Muhammad (paix et bénédiction sur lui), dis-leur : « Je n’ai aucun droit de le modifier de mon propre chef. Je ne fais que suivre la révélation qui m’est envoyée. Si je désobéissais à mon Seigneur, je craindrais le châtiment d’un jour terrible. » (Yûnus : 15)

(Arabe******************)

Et s’il avait fabriqué lui-même quelque chose et Nous l’avait attribué, Nous l’aurions saisi de la main droite et lui aurions tranché la veine jugulaire. Puis aucun d’entre vous n’aurait pu Nous en empêcher. (Al-Hâqqa : 44-47)

Le Coran est préservé de toutes parts et chacune de ses paroles est immuable

Il est également clairement affirmé dans le Coran qu’Allah Tout-Puissant Lui-même a pris en charge sa préservation, jusque dans chacun de ses mots. Chacune de ses paroles est ferme et immuable. Le mensonge ne pourra trouver aucun moyen de s’y infiltrer. Allah Tout-Puissant continuera à montrer dans les horizons et parmi les hommes des signes tels que sa véracité sera établie.(Arabe*******************)

C’est Nous qui avons fait descendre ce Coran, et c’est Nous qui en sommes les Gardiens. (Al-Hijr : 9)

Cela signifie qu’il est directement sous Notre protection. Nul ne pourra l’anéantir ni s’en emparer. Les accusations et les critiques de quiconque ne pourront porter atteinte à sa dignité. Même si quelqu’un veut empêcher son appel, il n’y parviendra pas. Personne n’aura la possibilité de le déformer ou de le modifier.

(Arabe******************)

— Bien au contraire, le Noble Coran est inscrit sur une Table préservée et de haute dignité. (Al-Burûj : 21-22)

Cela signifie que l’écriture de ce Coran ne pourra être effacée. Il est inscrit sur la Table préservée de Dieu, dans laquelle aucune modification n’est possible. Ce qui y a été écrit se réalisera nécessairement. Même si le monde entier s’unissait pour le rejeter, il n’y parviendrait pas.

(Arabe*****************)

Et la réalité est que ce Coran est un Livre puissant. Le faux ne peut l’atteindre ni par-devant ni par-derrière. Il est révélé par Celui qui est Sage et digne de louange par Lui-même. (Hâmîm Sajda : 46)

Le fait que le faux ne puisse l’atteindre par-devant signifie que nul ne pourra, en lançant une attaque directe contre le Coran, démontrer que l’une de ses affirmations est erronée, ou qu’un de ses enseignements est faux et injuste. Le fait qu’il ne puisse l’atteindre par-derrière signifie qu’aucune vérité ne sera découverte ultérieurement qui soit contraire aux informations présentées par le Coran ; aucune connaissance véritable ne pourra apparaître qui réfute les connaissances exposées dans le Coran. Aucune expérience ni aucune observation ne pourra démontrer que ce que le Coran a exposé au sujet de la croyance, de la foi, de la morale, des lois, de la civilisation, de la culture, de l’économie, de la sociologie et de la politique est erroné.

(Arabe*****************)

Bientôt, Nous leur montrerons Nos signes aux horizons et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne finalement évident que ce Coran est, en vérité, la réalité. (Hâmîm as-Sajda : 53)

Cela comporte deux sens. Le premier est que le message de ce Coran se répandra bientôt dans une grande partie du monde, et que ces gens verront de leurs propres yeux quelle immense révolution religieuse, morale, psychologique, politique, économique et culturelle il aura provoquée dans la vie humaine.

Le second sens est que, plus la connaissance de l’univers supérieur et de l’existence même de l’être humain s’élargira, plus il deviendra évident que le Coran est la vérité.

Nier le Coran est de la mécréance

La foi au Coran constitue une partie aussi importante de l’appel islamique que la foi en l’unicité divine et en la mission prophétique. C’est pourquoi les hommes furent appelés, en des termes dépourvus d’ambiguïté, à croire en ceci : c’est la Parole d’Allah, crois-y. Celui qui n’y croit pas est mécréant. Parmi les qualités de ceux qui, dans les premiers versets de la sourate Al-Baqara, sont considérés comme fermement établis dans la bonne direction, cette qualité est également mentionnée.

(Arabe****************)

– Nous faisons descendre du Coran ce qui est guérison et miséricorde pour ceux qui y croient, tandis que pour les injustes qui n’y ont pas cru, il ne représente rien d’autre qu’un dommage. (Banî Isrâ’îl : 82)

(Arabe****************)

-Seuls les mécréants nient Nos signes. (Al-‘Ankabût : 47)

La réaction des mécréants

Lorsque le Coran fut présenté avec la dignité qui lui revenait, il devint encore plus difficile pour les mécréants quraychites et les polythéistes ordinaires d’Arabie de l’accepter que de reconnaître Muhammad (s.a.s.) comme Messager de Dieu. En effet, après avoir reconnu Muhammad (s.a.s.) comme Messager, même s’ils acceptaient de lui obéir, ils pouvaient encore espérer qu’après son départ de ce monde, ils pourraient rejeter de leurs épaules le fardeau de cette obéissance. Mais ici, c’était un Livre qui était présenté avec une telle dignité que chacun de ses mots était révélé de la part du Seigneur des mondes. Les musulmans mémorisaient ce Livre mot à mot, car sa récitation était obligatoire dans la prière. Le Prophète (s.a.s.) le faisait écrire après chaque révélation. Ils n’avaient aucun espoir d’y échapper. Ils pensaient qu’en reconnaissant qu’il était la parole d’Allah, leur vie serait définitivement soumise à un ordre et à une discipline dont se détourner signifierait se détourner du Seigneur de l’univers. C’est pourquoi ils déployèrent tous leurs efforts pour refuser de reconnaître le Coran comme la parole d’Allah et employèrent tous les stratagèmes possibles afin que le Prophète Muhammad (s.a.s.) ne puisse en aucun cas proclamer cette vérité.

Le rejet de tous les Livres divins

Leur première manœuvre à cet égard consista à nier l’ensemble des Livres divins.

(Arabe******************)

Et les négateurs dirent : « Nous ne croirons en aucun cas à ce Coran, ni à aucun Livre antérieur. » (Saba : 31)

Mais les Arabes eux-mêmes ne pouvaient absolument pas accepter cette affirmation. Ils admettaient eux-mêmes que les feuillets d’Ibrâhîm (sur lui la paix) avaient été révélés par Dieu. En fait, le Coran les mentionne à deux endroits d’une manière dont il ressort qu’ils étaient unanimement reconnus par les Arabes, bien qu’aucun de leurs feuillets ne fût conservé parmi eux. Il en est fait mention au verset 37 de la sourate An-Najm et au verset 19 de la sourate Al-A‘la.

En outre, l’Arabie comptait un grand nombre de juifs et de chrétiens qui croyaient aux Livres divins. Face au Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions), les mécréants arabes avaient besoin de l’aide de ces juifs et de ces chrétiens. C’est pourquoi ils ne purent longtemps maintenir cette position. (60)

L’accusation portée contre le Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) selon laquelle il aurait lui-même composé le Coran

Ils se mirent ensuite à diffuser avec le plus d’insistance cette accusation : le Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) aurait lui-même composé ce Coran et l’aurait attribué à Allah. Le Coran en a fourni une réponse détaillée et a démontré, par des arguments solides, qu’il s’agit de la Parole divine.

(Arabe******************)

La révélation de ce Livre provient indubitablement du Seigneur des mondes. (As-Sajda : 2)

Certaines sourates du Coran commencent par des phrases de présentation de ce genre. Leur objectif est d’indiquer dès le début de la Parole d’où elle provient. Il s’agit apparemment d’une phrase introductive du même type que celle par laquelle un présentateur de radio annonce, au début d’une émission, que les informations sont diffusées depuis telle ou telle station. Mais, contrairement à cette annonce ordinaire de la radio, lorsqu’une sourate du Coran commence par cette déclaration extraordinaire que ce message provient du Souverain Seigneur de l’univers, il ne s’agit pas simplement de rapporter les paroles d’un annonceur ; cette déclaration contient en même temps une immense prétention, un défi vigoureux et un terrible avertissement. En effet, elle annonce aussitôt que ce n’est pas la parole d’un homme, mais celle du Seigneur des mondes. Elle pose immédiatement devant l’être humain cette question capitale : acceptera-t-il ou non cette prétention ? S’il l’accepte, il devra pour toujours incliner la tête devant Son obéissance ; dès lors, il ne lui restera aucune liberté face à Lui. Mais s’il ne l’accepte pas, il devra affronter le danger suivant : si cette parole est réellement la Parole d’Allah, son rejet le condamnera à subir le malheur pour l’éternité. C’est précisément parce que cette phrase introductive revêt un caractère exceptionnel qu’elle contraint l’être humain à écouter cette Parole avec vigilance et la plus grande attention, puis à décider s’il l’acceptera ou non comme la Parole divine.

Ici, on ne s’est pas contenté de dire que ce Livre a été révélé par le Seigneur des mondes. Au contraire, il a été affirmé avec une entière fermeté que :

(*Arabe******)

C’est assurément le Livre de Dieu. Il ne fait pas le moindre doute qu’il a été révélé de la part d’Allah. Si l’on examine cette affirmation catégorique à la lumière du contexte environnant du Coran et de son exposé avant et après ce passage, il apparaît qu’elle contient, outre l’affirmation, un argument à son appui. Cet argument n’échappait pas aux habitants de La Mecque devant lesquels cette affirmation était formulée. Toute la vie de celui qui présentait ce Livre s’était déroulée sous leurs yeux : sa vie avant et après la présentation du Livre. Ils savaient que l’homme qui leur présentait ce Livre en l’accompagnant de cette affirmation était, parmi les membres de leur peuple, le plus honnête, le plus grave et le plus vertueux. Ils savaient aussi qu’après avoir revendiqué la prophétie, il s’était soudain mis à tenir ce discours. Ils constataient une différence manifeste entre la langue et le style du Livre, d’une part, et la langue et le style de Muhammad Mustafa (s.a.s.), d’autre part. Ils savaient également que deux styles de discours manifestement différents ne pouvaient provenir d’une seule et même personne. Ils observaient aussi la beauté littéraire miraculeuse de ce Livre et, étant arabophones, savaient eux-mêmes que tous leurs littérateurs et poètes étaient incapables de produire une œuvre littéraire semblable. Ils savaient parfaitement quelle différence immense séparait les paroles de leurs poètes nationaux, devins et orateurs de ce discours. En outre, combien les sujets purs et sacrés exposés dans ce discours étaient nobles et sublimes ! On ne trouvait pas la moindre trace, dans ce Livre ni chez celui qui le présentait, de l’intérêt personnel qui se mêle aux paroles et aux actes d’un imposteur. Les adversaires ne parvenaient absolument pas à discerner quel profit Muhammad (s.a.s.) cherchait à obtenir pour lui-même, sa famille, son peuple ou sa tribu en revendiquant la prophétie, ni quel intérêt personnel pouvait être lié à cette entreprise. Ils voyaient aussi que certains membres de leur peuple étaient attirés par cette prédication et que, après s’y être rattachés, une immense transformation s’opérait dans leur vie. Tout cela prenait la forme d’arguments et de preuves en faveur de l’affirmation elle-même. C’est pourquoi, dans un tel contexte, il suffisait de dire que ce Livre avait été révélé de la part du Seigneur des mondes, sans laisser la moindre place au doute. Il n’était pas nécessaire d’apporter davantage d’arguments et de preuves. (61)

(Arabe******************)

Disent-ils que cet homme l’a composé lui-même ? Non, mais c’est la vérité venant de ton Seigneur, afin que tu avertisses un peuple auquel aucun avertisseur n’est venu avant toi ; peut-être seront-ils guidés. (As-Sajda : 3)

Après la phrase introductive mentionnée précédemment, il est répondu à la première accusation que les polythéistes de La Mecque formulaient au sujet de la mission prophétique de Muhammad (s.a.s.). En réponse, alors que les propos sur lesquels repose la question établissent de manière incontestable que ce Livre est descendu de la part d’Allah, ces gens tiennent-ils néanmoins cette affirmation manifestement téméraire : Muhammad (s.a.s.) l’aurait composé lui-même et l’aurait attribué à Allah, le Seigneur des mondes ? N’ont-ils pas honte de porter une accusation aussi absurde et dépourvue de fondement ? Ne peuvent-ils pas se rendre compte de ce que penseront, en entendant cette accusation insensée, ceux qui connaissent le Prophète Muhammad (s.a.s.), ses actes et ses paroles, ainsi que ceux qui comprennent ce Livre ?

De même que, dans le premier verset,(Arabe***********)(« il n’y a aucun doute »), on a jugé suffisant de le dire, sans estimer nécessaire de présenter ensuite quelque argument que ce soit en faveur du fait que le Coran est la Parole divine. De même, dans ce verset, face à l’accusation des mécréants de La Mecque, on juge suffisant de dire simplement : « Ceci vient de ton Seigneur. » La raison en est la même que celle que nous avons exposée dans le commentaire du deuxième verset. Dans quel milieu et avec quelle dignité il avait présenté ce Livre, ces auditeurs le savaient. Le Livre lui-même, avec sa langue, sa littérature et son contenu, se trouvait devant tout le monde. Tous les membres de cette société mecquoise en voyaient de leurs propres yeux l’influence et les résultats. Dans ces circonstances, le fait que ce Livre fût une vérité provenant du Seigneur des mondes constituait une réalité si manifeste qu’il suffisait de la décrire en peu de mots pour réfuter l’accusation des mécréants. Tenter d’y apporter des arguments et des preuves aurait affaibli la question au lieu de la renforcer. Imaginez, par exemple, que le soleil dispense une lumière éclatante en plein jour et qu’un entêté affirme alors qu’il fait nuit noire. Pour lui répondre, il suffit de dire : « Tu appelles cela la nuit ? Le jour lumineux est pourtant sous tes yeux. » Si vous vous mettez ensuite à présenter des arguments rationnels et des preuves pour le démontrer, vous ne renforcerez pas votre réponse ; vous ne ferez que l’affaiblir. (62)

(Arabe****************)

Ce Coran n’est pas quelque chose qui aurait pu être inventé sans la révélation et l’enseignement d’Allah. Il est au contraire la confirmation de la vérité de ce qui l’a précédé et l’exposé détaillé du Livre. Il ne fait aucun doute qu’il vient du Seigneur des mondes. (Yunus : 37)

« La confirmation de la véracité de tout ce qui l’a précédé », c’est-à-dire l’enseignement fondamental qui, depuis les origines, a été transmis aux hommes par l’intermédiaire des prophètes. Ce Coran ne s’écarte pas de cet enseignement pour en présenter un nouveau ; au contraire, il le confirme. S’il avait été le fruit de l’imagination d’un fondateur d’une nouvelle religion, on y aurait certainement vu la volonté de mélanger à l’ancienne vérité quelques couleurs originales qui lui soient propres, afin de mettre clairement en évidence son statut distinct.

« L’exposé détaillé du Livre » signifie que ces enseignements fondamentaux, qui renferment l’essence de tous les Livres célestes, y sont exposés avec des arguments et des preuves, avec exhortations, explications et analyses, et en conformité avec la réalité. (63)

(Arabe******************)

Dis : « Même si les hommes et les jinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient y parvenir, quand bien même ils s’entraideraient. » (Banî Isrâ’îl : 88)

En dehors de ce passage, ce défi a également été lancé dans quatre autres endroits du Coran : dans la sourate Al-Baqara, versets 23-24 ; Yûnus, verset 38 ; Hûd, verset 13 ; et At-Tûr, versets 33-34. Dans ces passages, cette déclaration a été faite en réponse à l’accusation des mécréants selon laquelle Muhammad (s.a.w.) aurait lui-même composé ce Coran et le présenterait indûment comme la parole de Dieu. En outre, dans la sourate Yûnus, verset 16, cette accusation est réfutée en ces termes :

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Ô Muhammad (s.a.w.), dis-leur : « Si Allah avait voulu que je ne vous récite pas le Coran, je n’aurais absolument pas pu vous le réciter. Et Il ne vous en aurait même pas informés. J’ai pourtant vécu une vie entière parmi vous. Ne comprenez-vous donc rien ? » (Yûnus : 16)

Les arguments avancés dans ces versets pour établir que le Coran est la Parole divine sont en réalité au nombre de trois. Premièrement, par sa langue, son style, sa manière de présenter les arguments, son contenu, ses développements, ses enseignements et les informations qu’il transmet sur le monde invisible, le Coran est un miracle ; produire un ouvrage semblable dépasse les capacités humaines. Vous dites qu’un homme l’a composé. Mais nous affirmons que même si tous les hommes du monde s’unissaient, ils ne pourraient pas composer un ouvrage de cette nature. Même la race des jinns, que les polythéistes ont prise pour divinité et dont la mentalité consistant à se faire adorer a été durement frappée par ce Coran, même elle, si elle s’unissait pour aider ceux qui nient le Coran, ne pourrait acquérir la capacité de réfuter ce défi en composant un ouvrage égal au Coran en noblesse.

Deuxièmement, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’est pas apparu soudainement parmi vous, venu d’un monde extérieur. Au contraire, il a vécu parmi vous pendant quarante ans avant la révélation de ce Coran. Même la veille du jour où il revendiqua la prophétie, aviez-vous jamais entendu de sa bouche un message de ce genre, comportant de telles questions et un tel contenu ? Si vous n’en aviez pas entendu — et assurément vous n’en aviez pas entendu — votre raison vous permet-elle de croire que le langage, les idées, les connaissances, la pensée et l’éloquence d’un homme puissent subir soudainement une transformation aussi considérable ?

Troisièmement, le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne s’est pas caché après vous avoir récité le Coran ; au contraire, il vit parmi vous. Vous entendez de sa bouche le Coran, mais aussi ses autres conversations et ses discours. Il existe une différence si considérable entre le langage et le style d’expression du Coran et ceux des paroles du Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) qu’il est absolument impossible qu’une seule personne ait pu prononcer deux sortes de paroles aussi différentes. Cette différence n’était pas seulement manifeste à l’époque où le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vivait parmi son peuple ; elle l’est encore aujourd’hui, puisque d’innombrables paroles et discours de celui-ci sont conservés dans les recueils de hadiths. Son langage et son style narratif sont si différents de ceux du Coran qu’aucun critique averti de la langue et de la littérature arabes n’oserait affirmer que ces deux sortes de paroles proviennent d’une seule et même personne. (64)

(Arabe********************)

Disent-ils que le Prophète a composé lui-même ce Livre ? Dis : soit ! Composez donc dix sourates semblables à celles-ci. Et appelez à votre aide, si vous le pouvez, vos divinités en dehors d’Allah ; faites-le, si vous êtes véridiques dans votre prétention de les considérer comme des divinités. S’ils ne viennent pas à votre aide, sachez alors que ce Livre a été révélé par la science d’Allah, et sachez qu’il n’existe aucune divinité véritable en dehors d’Allah. Allez-vous donc vous soumettre en inclinant la tête devant cette vérité ? (Hûd : 13-14)

Ici, le même argument sert à démontrer que le Coran est la parole divine, ainsi qu’à démontrer l’unicité de Dieu. Le résumé de l’argumentation est le suivant :

1. Si ce Livre était la parole d’un homme, cet homme devrait être capable de tenir une parole de cette nature. Ainsi, votre affirmation selon laquelle moi, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), j’aurais composé moi-même ce Livre ne pourrait être vraie que si vous étiez tous capables d’en composer un semblable. Or, si vous en êtes incapables, mon affirmation selon laquelle je ne suis pas l’auteur de ce Livre est démontrée comme vraie. Au contraire, il a été révélé par la science d’Allah.

2. En outre, ce Livre s’est ouvertement opposé à vos divinités et a clairement déclaré : abandonnez leur adoration, car elles ne possèdent aucune part dans la divinité. Si vous refusez de l’admettre, il faudrait alors que vos divinités — si elles sont réellement des dieux — vous aident à réfuter ma prétention et à composer un ouvrage semblable à ce Livre. Mais, à l’heure de cette décision, elles ne peuvent vous apporter aucune aide ni insuffler en vous une force qui vous permettrait de composer une œuvre semblable à ce Livre. Il est donc clairement démontré que vous les avez érigées injustement au rang de divinités. En réalité, elles ne possèdent aucune force véritable ni la moindre parcelle de divinité qui puisse justifier qu’elles soient des dieux. (65)

(Arabe*******************)

Disent-ils que le Prophète a composé lui-même ce Livre ? Dis : « Si vous êtes sincères dans votre accusation, apportez donc une seule sourate semblable et appelez à votre aide qui vous voudrez, en dehors d’Allah. » (Yûnus : 38)

En général, les gens pensent que ce défi a été lancé uniquement sous l’angle de l’ornementation et de la beauté littéraire de la langue coranique. Les discussions consacrées au caractère miraculeux du Coran peuvent aisément donner naissance à cette conception erronée. Mais le rang du Coran est bien plus élevé que cela. Le Coran n’a pas fondé sa prétention à l’originalité, à la singularité et à l’inimitabilité uniquement sur sa douceur verbale et littéraire. Il ne fait aucun doute que, du point de vue linguistique, le Coran est incomparable. Toutefois, la raison pour laquelle il est déclaré que l’esprit humain est incapable de composer un Livre pareil réside dans son sujet et dans son enseignement. Le Coran lui-même expose en différents endroits l’aspect miraculeux qui s’y trouve et qui prouve qu’il est descendu de la part d’Allah et qu’une œuvre de cette nature dépasse les capacités humaines. (66)

(Arabe*****************)

— Disent-ils que cet homme a composé lui-même le Coran ? En réalité, ils ne veulent pas croire. S’ils sont sincères dans leurs paroles, qu’ils produisent donc une parole de cette valeur. (At-Tûr : 33-34)

Autrement dit, le sens de cette déclaration est le suivant : ceux des Quraysh qui affirment que le Coran est une parole composée par le Prophète Muhammad lui-même sentent au fond de leur cœur qu’une telle parole ne peut être la sienne. Parmi les autres, les linguistes ressentent clairement qu’elle est d’une noblesse et d’une grandeur infiniment supérieures à toute parole humaine. Bien plus, même ceux qui connaissaient le Prophète Muhammad ne pouvaient parfois concevoir qu’il s’agisse de sa propre parole. Il est donc clair que ceux qui attribuent le Coran à la composition du Prophète Muhammad ne veulent en réalité pas croire. C’est pourquoi ils inventent diverses fausses excuses, dont celle-ci.

Il ne s’agit pas seulement du fait que le Coran ne soit pas la parole du Prophète Muhammad ; en réalité, ce n’est absolument pas une parole humaine. Composer une parole de cette nature dépasse les capacités de l’être humain. Si vous voulez prétendre qu’il s’agit d’une parole composée par un homme, apportez donc une parole de ce niveau, composée par un être humain. Ce défi n’a pas été lancé seulement aux Quraysh, mais à l’ensemble des incroyants du monde ; il leur fut adressé pour la première fois dans ce verset. Ensuite, ce défi fut répété trois fois à La Mecque l’Honorée et, pour la dernière fois, à Médine l’Illuminée. (Sourate Yûnus, verset 38 ; Hûd : 13 ; Banî Isrâ’îl : 88 ; al-Baqara : 237, etc.)

Mais personne n’a eu le courage de répondre à ce défi, ni à cette époque ni aujourd’hui, en apportant une œuvre composée par un être humain qui puisse rivaliser avec le Coran.

Parce que certains ne comprennent pas la véritable nature de ce défi, ils disent que, pas plus que le Coran, personne ne peut composer une œuvre en prose ou en poésie selon la manière de composer de quelque autre personne. Homère, Rûmî, Shakespeare, Goethe, Paleb, Rabindranath et Iqbal sont tous incomparables sous cet aspect. Il est impossible à quiconque de composer exactement quelque chose à leur manière. Celui qui prétend répondre au défi du Coran se fonde en réalité sur cette conception erronée :

(Arabe*****************)

Cela signifie composer une œuvre de ce genre selon le mode d’exposition. En réalité, il ne s’agit pas d’une similitude dans la manière de présenter. Cela signifie plutôt : apportez un livre d’une telle qualité et d’un tel rang qu’il puisse être considéré, dans n’importe quelle langue du monde et pas seulement en arabe, comme le rival du Coran par les caractéristiques qui en font une œuvre miraculeuse. Nous allons brièvement exposer quelques-unes des caractéristiques qui faisaient du Coran une œuvre miraculeuse autrefois et qui le rendent encore tel aujourd’hui.

1. Le Coran est un modèle éminent et sublime de la littérature de la langue dans laquelle il a été révélé. Dans tout le Coran, on ne trouve pas un seul mot ou une seule phrase d’un niveau inférieur à celui-ci. Quel que soit le sujet abordé, il est exposé au moyen des mots et du style d’expression les plus appropriés et les mieux adaptés. Un même sujet est exposé à plusieurs reprises, mais chaque fois selon un style nouveau, sans que l’on y trouve nulle part la monotonie d’une répétition. Dans l’ensemble du Livre, du début à la fin, l’agencement des mots est tel qu’il semble qu’un collier de perles ait été confectionné. Le discours est si puissant qu’aucun homme de lettres ne peut l’entendre sans être submergé de joie. Il fait même naître de la joie dans le cœur du négateur et de l’opposant. Quatorze siècles se sont écoulés, et jusqu’à ce jour ce Livre demeure le meilleur modèle de la littérature arabe ; aucun ouvrage de cette langue ne peut atteindre, même de loin, son niveau et sa valeur littéraires. Bien plus, même après l’apparition de ce Livre sublime, le niveau d’élégance de cette langue demeure celui qu’il a établi. Pourtant, au cours d’une aussi longue période, la langue s’est transformée et a pris une forme différente. Il n’existe aucune langue au monde qui soit restée identique pendant des siècles dans son orthographe, sa syntaxe, son style d’expression, sa grammaire et son vocabulaire. Mais c’est uniquement la force de ce Coran qui n’a pas permis à la langue arabe de s’écarter de sa place propre. Aucun de ses mots n’a été abandonné jusqu’à ce jour. Chacune de ses locutions est encore employée dans la littérature arabe. Sa littérature demeure encore une littérature de haut niveau en langue arabe. Existe-t-il dans le monde, dans quelque langue que ce soit, un livre composé par un être humain qui possède un tel rang ?

2. C’est le seul Livre au monde à avoir exercé sur la pensée, la morale, la civilisation et le mode de vie de l’humanité une influence si vaste, profonde et globale qu’on n’en trouve aucun exemple comparable. Son influence a d’abord provoqué une révolution au sein d’une nation. Puis cette nation a entrepris de transformer une grande partie du monde. Il n’existe pas d’autre ouvrage qui ait pu inspirer une révolution de cette ampleur. Ce Livre ne s’est pas contenté de rester écrit sur des pages de papier. Au contraire, dans le monde réel, chacun de ses mots a donné forme à des pensées, à des convictions et à des conceptions, et a créé une civilisation durable. Cette influence se poursuit depuis quinze siècles et continue de s’étendre chaque jour.

3. Les sujets traités par ce Livre sont multiples et vastes ; leur portée embrasse l’ensemble de l’univers, de son commencement à sa fin. Il éclaire les mystères de cet univers, son origine et son aboutissement, ainsi que l’ordre qui le régit. Il explique qui est le Créateur, le Directeur et le Gouverneur de cet univers, quelles sont Ses qualités, quelle est Son autorité et quel est le mystère réel pour lequel Il a établi tout cet ordre. Il décrit correctement la dignité de l’être humain dans ce monde et sa place, en affirmant que c’est là sa place naturelle et son droit inné, qu’il n’a pas le pouvoir de modifier. Il indique, compte tenu de cette place et de cette dignité, quelle est la voie juste de la pensée et de l’action humaines, pleinement conforme à la nature, et quelles sont les voies erronées qui entrent en conflit avec la vérité. À partir de chaque élément de la terre et des cieux, d’un aspect de l’ordre de l’univers, de l’être et de l’existence propres à l’homme, ainsi que de toute l’histoire humaine, il apporte d’innombrables arguments et preuves pour démontrer la justesse de la voie droite et l’erreur des voies déviées. Il explique également comment et pour quelles raisons l’homme est conduit sur la mauvaise voie, comment on peut connaître la voie droite, qui a toujours été et restera toujours la même, et comment elle lui est annoncée à chaque époque. Il ne se contente pas d’indiquer la voie droite puis de garder le silence. Il présente au contraire, pour la suivre, le modèle d’un système de vie complet, qui expose une méthode extrêmement cohérente concernant les croyances, la morale, la purification de l’âme (tazkiyat an-nafs), le culte et la dévotion, l’organisation sociale, la civilisation et la culture, l’économie, la politique, le système judiciaire, la loi et, en somme, chaque domaine de la vie. En outre, il explique en détail quelles seront, dans ce monde, les conséquences du fait de suivre la voie droite ou de marcher sur la voie erronée. Il indique ensuite quelles seront les conséquences dans le monde à venir, après la fin de l’ordre actuel de ce monde. Il donne une description détaillée de la fin de ce monde et du commencement du monde second. Il décrit une à une toutes les étapes de cette transformation. Il expose à la vue une image complète de l’autre monde. Puis il décrit en détail comment l’homme y recevra une seconde vie, comment les actes de sa vie terrestre y seront examinés, sur quels sujets il sera interrogé, comment le registre complet de ses œuvres lui sera présenté de manière incontestable, quels témoignages solides seront produits pour établir ces faits, et pour quelles raisons ceux qui recevront la récompense ou le châtiment les recevront. Il explique quels biens obtiendront ceux qui recevront la récompense et sous quelles formes ceux qui recevront le châtiment subiront les conséquences de leurs actes. L’exposé que ce Livre propose sur un sujet aussi vaste ne repose pas sur le fait que son auteur aurait échafaudé quelques arguments pour construire un palais d’hypothèses et de conjectures ; il repose au contraire sur le fait que son auteur possède une connaissance directe de la réalité. Son regard s’étend de l’origine à la fin. Toutes les réalités lui sont claires. L’univers entier est devant lui comme un livre ouvert. Il voit d’un seul regard toute chose, depuis l’apparition de l’humanité jusqu’à sa fin, et même sa seconde vie après cette fin ; il ne guide pas l’homme sur la base de conjectures et d’hypothèses, mais sur la base de la connaissance. Les informations qu’il présente sur la base de cette connaissance n’ont, jusqu’à ce jour, pas été démenties par une seule erreur. La conception qu’il expose de l’univers et de l’homme donne une explication complète de tous les objets et événements perceptibles par les sens, et peut servir de fondement aux recherches dans chaque branche des sciences et du savoir. Les solutions aux problèmes les plus limites de la philosophie, des sciences et des sciences sociales se trouvent dans ses paroles ; entre elles existe un rapport si logique qu’il permet de construire, sur cette base, un champ de pensée complet, cohérent et global. De plus, les orientations pratiques qu’il a données à l’homme pour chaque aspect de la vie ne sont pas seulement extrêmement rationnelles et profondément pures ; depuis quinze siècles, d’innombrables personnes les suivent effectivement dans diverses régions du monde. L’expérience les a démontrées excellentes. Existe-t-il dans le monde un livre composé par un être humain, d’un rang aussi éminent, qui puisse être présenté face à ce Livre (le Coran) ?

4. Le Livre n’a pas été présenté au monde sous forme écrite en une seule fois. Une réforme fut plutôt inaugurée avec quelques premières orientations, puis, pendant vingt-trois ans, à mesure que ce mouvement franchissait ses différentes étapes, des passages du Livre furent énoncés par la bouche du dirigeant du mouvement, tantôt sous la forme de longs discours, tantôt sous celle de phrases diverses, conformément à la situation et aux besoins de chacune de ces étapes. Après l’achèvement de cette mission, ces passages révélés à différentes époques furent réunis dans leur forme complète et présentés au monde sous le nom de Coran. Selon le dirigeant du mouvement, ces discours et ces paroles n’étaient pas de sa propre composition, mais lui avaient été révélés par le Seigneur des mondes. Si quelqu’un considère qu’il les avait lui-même composés en tant que dirigeant du mouvement, qu’il produise alors, dans l’histoire du monde, un exemple d’un homme qui, pendant des années, à la tête d’un vaste mouvement social, aurait, tantôt comme prédicateur et enseignant de la morale, tantôt comme chef d’une communauté opprimée, tantôt comme chef d’État, tantôt comme commandant d’une armée en guerre, tantôt comme héros victorieux, tantôt comme législateur religieux et civil, tantôt comme juge — bref, dans des situations et à des moments différents, en assumant des fonctions et des dignités diverses — prononcé des discours ou tenu des propos qui, réunis, auraient établi un système complet et cohérent de pensée et d’action. On n’y trouverait ni disparité ni contradiction. Une même pensée centrale y serait active du début à la fin. Depuis le premier jour, l’homme qui avait exposé les fondements de son appel aurait continué, jusqu’au dernier jour, à édifier sur ces fondements un système global de croyance et d’action, dont chaque partie serait en parfaite harmonie avec les autres. Après avoir observé tout cela, aucune personne clairvoyante ne peut s’empêcher de penser que, dès le commencement du mouvement, son initiateur en avait devant lui l’image complète jusqu’à son étape ultime. Il ne s’est jamais produit qu’à une étape intermédiaire surgisse dans son esprit une idée qui n’y était pas au départ, ou qu’il ait ensuite dû la modifier. Que l’on nous désigne un homme d’une telle stature qui, à un moment quelconque, ait manifesté le sommet de sa propre puissance créatrice.

5. Le dirigeant de la bouche duquel sortaient ces discours et ces paroles ne surgissait pas brusquement de quelque part pour se présenter en public uniquement afin de les faire entendre, puis ne disparaissait pas après les avoir prononcés. Avant même ce mouvement, il avait vécu au sein de la société humaine et, par la suite, il continua d’y vivre sans interruption jusqu’au dernier instant de sa vie. Tous connaissaient bien la langue et le style de ses conversations et de ses discours. Une grande partie en est encore conservée dans les hadiths, si bien que les arabophones peuvent aisément constater aujourd’hui quel était le mode d’expression de ce dirigeant ou guide. Ses compatriotes le comprenaient clairement déjà à cette époque, et les arabophones le reconnaissent encore aujourd’hui : la langue et le style du Livre diffèrent profondément de la langue et du style de ce dirigeant, Muhammad (paix et bénédictions sur lui). Même lorsqu’il récitait, au cours de ses discours, un passage de ce Livre, la différence entre les deux langages était parfaitement manifeste. La question est la suivante : un homme au monde a-t-il jamais pu, ou pourrait-il, pendant des années, maintenir l’apparence de parler constamment selon deux styles entièrement distincts sans jamais laisser échapper le secret que ces deux types de paroles proviennent de la même personne ? Certes, il est possible de réussir une telle imitation pendant quelque temps et de façon occasionnelle. Mais il est absolument impossible de la maintenir continuellement pendant vingt-trois ans.

6. Au cours de la direction de ce mouvement, ce grand dirigeant fut confronté à des situations très diverses. Pendant de longues périodes, il fut parfois la cible des moqueries, des railleries, des humiliations et de l’oppression de ses voisins et des membres de sa propre tribu. Ses compagnons furent parfois persécutés au point d’être contraints de quitter leur pays. Ses ennemis complotèrent parfois pour l’assassiner. Il dut parfois lui aussi quitter son pays. Il lui fallut parfois subir de grandes difficultés financières. Il dut parfois faire face à la guerre, dont l’issue fut tantôt la victoire, tantôt la défaite. Il triompha parfois de ses ennemis, et ceux qui l’avaient autrefois cruellement opprimé s’inclinèrent devant lui. Il acquit parfois une domination et une autorité auxquelles peu de gens ont la chance d’accéder. Lorsqu’il parlait de toutes ces situations en son propre nom, les émotions qui habitent normalement l’être humain dans de telles circonstances se manifestaient dans ses paroles. Mais les paroles que l’on entendit à différentes époques de sa bouche, fondées sur la révélation descendue de Dieu, se révélèrent, et se révèlent encore, entièrement dépourvues d’émotion humaine. Aucun critique, si éminent soit-il, ne pourra montrer un seul passage du Coran et prétendre qu’on y voit agir une émotion humaine.

7. Les connaissances vastes et universelles que l’on trouve dans le Livre ne se trouvaient chez aucun des Arabes, des Romains ou des Grecs de cette époque — et encore moins chez les grands savants et érudits du vingtième siècle. Aujourd’hui, après avoir consacré toute sa vie à l’étude d’une branche de la philosophie, des sciences ou des sciences sociales, on découvre qu’à l’extrémité de cette branche du savoir se trouve dans ce Livre une réponse claire à ces problèmes. Cela ne se limite pas à un domaine particulier de la connaissance. Cela s’applique au contraire avec justesse à tous les domaines liés à l’univers et à l’être humain. Comment croire qu’il y a quinze siècles, un homme illettré du désert d’Arabie possédait une connaissance aussi vaste de chaque branche du savoir et qu’il avait, après réflexion sur chaque problème fondamental, établi des réponses claires et irréfutables ?

Bien qu’il existe encore diverses autres raisons de considérer le Coran comme un miracle, si l’on réfléchit et mène des recherches ne serait-ce que sur ces quelques raisons, on comprendra que le caractère miraculeux du Coran est aujourd’hui beaucoup plus évident qu’il ne l’était au moment de sa révélation et que, si Dieu le veut, il le deviendra encore davantage jusqu’au Jour de la Résurrection. (67)

Bien que tout ce qui a été exposé plus haut ne laisse subsister aucun doute quant au fait que le Coran est la parole divine, l’argument que les mécréants invoquaient sans cesse pour le considérer comme un ouvrage composé par un homme était le suivant : s’il s’agissait de la parole de Dieu, pourquoi n’aurait-il pas été révélé entièrement en une seule fois ? Le fait de nous le présenter de temps à autre par petites portions signifierait qu’il aurait été composé après mûre réflexion. Le Coran rapporte leur accusation, ou y fait allusion, et explique dans un langage extrêmement touchant pourquoi il a été révélé progressivement et quel profond secret renferme cette révélation progressive.

(Arabe*******************)

Les négateurs disent : « Pourquoi le Coran tout entier n’a-t-il pas été révélé à cet homme en une seule fois ? » Oui, il en a été ainsi afin que Nous l’affermissions solidement dans ton cœur, ô Prophète, et Nous l’avons révélé par fragments, selon un ordre particulier. Et cela avait aussi pour but que, chaque fois qu’ils t’adressaient une question étrange ou une objection, Nous te donnions au moment opportun la réponse exacte et que Nous exposions la question de la meilleure manière. » (Al-Furqân : 32-33)

C’était une accusation qui plaisait beaucoup aux mécréants de La Mecque. La considérant comme une accusation très forte, ils la répétaient fréquemment. Mais le Coran y a répondu par un argument rationnel et a complètement réfuté cette accusation. Le sens de leur question ou de leur accusation était le suivant : si cet homme n’avait pas présenté ces sujets après y avoir réfléchi lui-même, interrogé quelqu’un ou copié dans des livres, mais si, en réalité, il s’agissait bien du Livre de Dieu, pourquoi n’avait-il pas été apporté en une seule fois, au même moment ? Dieu sait parfaitement tout ce qu’Il veut faire connaître. S’Il avait voulu le révéler, Il aurait tout révélé d’un seul coup. Le fait que certaines choses soient dites après réflexion, tantôt maintenant et tantôt plus tard, est un signe évident que la révélation ne vient pas d’en haut. Elle serait plutôt recueillie quelque part ou fabriquée de toutes pièces.

En réponse, plusieurs sagesses ont été exposées quant à la révélation progressive du Coran, par petites portions :

(1) Elle a notamment lieu afin que chaque mot puisse être conservé dans la mémoire. En effet, sa transmission et sa diffusion ne se font pas sous forme écrite, mais sous la forme de discours oraux, par l’intermédiaire d’un Prophète illettré, auprès d’auditeurs illettrés.

(2) Afin que son enseignement s’ancre profondément dans les cœurs. À cette fin, il est plus efficace de parler par étapes, en petites portions, et d’exposer une même idée de diverses manières.

(3) Afin que les esprits se concentrent sur le mode de vie qu’Il a prescrit. À cette fin, il est plus conforme à la sagesse de révéler progressivement les directives et les orientations. Sinon, si toutes ces lois et l’ensemble du système de vie étaient exposés en une seule fois, avec l’ordre de les établir, les gens seraient déconcertés. Il est en outre évident que, si chaque commandement est donné au moment opportun, on peut mieux percevoir sa sagesse et sa force vivifiante. En revanche, si toutes les directives sont réunies et compilées en une seule fois, par articles successifs, on ne peut pas les comprendre de la même manière.

(4) Afin de susciter courage, enthousiasme et ardeur chez le Prophète et ses compagnons durant le mouvement islamique, alors que le conflit incessant entre la vérité et le faux se poursuit. Il est plus efficace que des messages émanant de Dieu leur parviennent à plusieurs reprises, de temps à autre et au moment opportun, plutôt que de leur adresser une fois une longue exhortation, puis de les laisser affronter l’opposition du monde entier. Dans ce second cas, on a le sentiment que le Dieu qui leur a ordonné d’accomplir cette tâche veille sur eux, les guide dans les épreuves et les souffrances et, chaque fois qu’ils en ont besoin, s’adresse à eux, renouvelant ainsi leur relation avec Lui. Leur ardeur s’en trouve accrue et leur résolution affermie. Dans le premier cas, on a simplement le sentiment que, pour lui et tout autour de lui, il n’y a que tempêtes et tourmentes.

Enfin, une autre sagesse de l’adoption d’un processus progressif dans la révélation est exposée. La nature de la révélation du Noble Coran n’est pas qu’Allah aurait voulu rédiger un livre contenant la guidance et aurait fait du Prophète Son agent chargé de le diffuser. Si tel avait été le cas, il aurait été juste d’exiger qu’Il rédige l’ouvrage entier et le remette d’un seul coup entre les mains de Son agent. Mais, en réalité, la nature de sa révélation est qu’Allah veut susciter, face au kufr, à la jahiliyyah et au fisq, un mouvement fondé sur l’iman, l’Islam, l’ita‘at (l’obéissance) et la taqwa, et qu’Il a fait apparaître à cette fin un Prophète comme prédicateur et dirigeant. Au cours de ce mouvement, d’une part, Il a assumé la responsabilité d’instruire et de guider le dirigeant et ses compagnons selon leurs besoins ; d’autre part, Il a assumé celle de dissiper les excuses, objections, doutes et confusions que les opposants pourraient soulever. Si une parole est mal interprétée, Il en donnera l’explication correcte. L’ensemble des discours qui sont ainsi révélés par Allah pour répondre à ces divers besoins porte le nom de Coran. Ce n’est pas un livre de lois, ni un livre d’éthique et de philosophie ; c’est un livre du mouvement. La manière naturelle et correcte de son apparition est la suivante : depuis le moment où le mouvement commence jusqu’à son terme, à mesure qu’il progresse, le Coran doit lui aussi être révélé en même temps, selon le moment et les besoins. (68)

(Arabe********************)

— Lorsque Nous remplaçons un verset par un autre verset — et Allah sait mieux ce qu’Il révèle —, ils disent : « Tu as composé toi-même ce Coran. » En vérité, la plupart d’entre eux ne sont pas au fait de la réalité. Dis-leur : « C’est l’Esprit saint qui l’a fait descendre progressivement de la part de mon Seigneur, en toute vérité, afin d’affermir la foi de ceux qui croient, de guider ceux qui se soumettent dans les affaires de leur vie et de leur annoncer la bonne nouvelle du bien et de la félicité. » (An-Nahl, 101-102)

Faire descendre un verset à la place d’un autre peut aussi signifier qu’un second commandement a été révélé après un premier. En effet, les commandements du Coran ont été révélés progressivement ; à plusieurs reprises, deux ou trois commandements successifs ont été révélés, à quelques années d’intervalle, au sujet d’une même question, comme celle du vin ou de la peine pour l’adultère. Toutefois, nous hésitons à retenir ce sens, car la sourate An-Nahl a été révélée à l’époque mecquoise. Pour autant que nous le sachions, aucun exemple de révélation successive de commandements ne s’est présenté durant cette période. Nous comprendrons donc ici l’expression « faire descendre un verset à la place d’un autre » de la manière suivante : dans différents passages du Coran, une même question est parfois expliquée par un exemple, et parfois par un autre ; tantôt un second aspect de cette question est mis en avant ; pour un même sujet, tantôt un argument est présenté, tantôt un autre. Une même histoire est racontée à plusieurs reprises, chaque fois avec des termes différents. Un aspect d’une question est parfois exposé, puis un autre aspect à un autre moment. Une idée est énoncée brièvement une fois, puis développée une autre fois. C’est précisément ce que les mécréants de La Mecque considéraient comme la preuve que le prophète Muhammad — que Dieu nous en préserve — avait composé lui-même ce Coran. Leur raisonnement était le suivant : si la source de ce discours relevait du savoir divin, tout aurait été dit en une seule fois. Allah serait-Il donc, comme les hommes, si limité dans Sa connaissance qu’Il parlerait après réflexion, recueillerait progressivement des informations et, lorsqu’Il estimerait qu’une formulation ne convient pas, en adopterait une autre ? Tout cela ne serait-il pas plutôt la faiblesse du savoir humain que l’on voit apparaître dans tes paroles ?

Il fut d’abord répondu à cela que ce Livre était apporté de la part d’Allah par l’Esprit saint. L’expression « Esprit saint » signifie littéralement l’esprit pur, ou l’esprit sacré. En tant que terme, ce titre a été donné à l’ange Jibril. Ailleurs, dans la sourate Ach-Chu‘ara, les deux mots « Esprit fidèle » sont employés à son sujet, c’est-à-dire l’esprit digne de confiance. En employant ici son titre au lieu de nommer l’ange qui apporte la révélation, on attire l’attention des auditeurs sur cette vérité : ce message est apporté par un « esprit » qui est au-dessus des faiblesses et des défauts humains. Il n’est pas traître, de sorte qu’après qu’Allah aurait envoyé quelque chose, il en modifierait une partie de son propre chef pour en faire autre chose. Il n’est ni menteur ni calomniateur, qui composerait quelque chose lui-même pour l’attribuer à Allah. Il n’est pas davantage un homme malhonnête ou cupide qui tromperait et userait de ruse pour servir un intérêt personnel. Il est pleinement un esprit noble et sacré, qui transmet la parole d’Allah avec une parfaite fidélité. Il est ensuite dit que la raison pour laquelle il apporte progressivement ce message, au lieu de l’apporter tout entier en une seule fois, n’est pas une quelconque insuffisance dans la connaissance d’Allah, comme vous le supposez dans votre ignorance. La raison en est plutôt que les facultés de compréhension et de mémorisation de l’être humain sont limitées : il ne peut pas comprendre toutes les choses en même temps et, même s’il les comprenait toutes d’un coup, il ne pourrait pas les retenir. C’est pourquoi la sagesse d’Allah exige que l’Esprit saint, Jibril, apporte ce message peu à peu : tantôt de manière concise, tantôt en détail ; tantôt en expliquant une idée par une méthode, tantôt par une autre ; tantôt en adoptant un style narratif, tantôt un autre. Il s’efforce d’ancrer la même idée dans les cœurs de diverses manières, afin que les chercheurs de vérité, dotés de capacités et d’aptitudes différentes, puissent croire et qu’après avoir cru, leur savoir, leur conviction et leur compréhension se renforcent.

La deuxième sagesse de la révélation progressive du Coran est que les indications dont ceux qui suivent la voie de l’obéissance après avoir cru ont besoin, dans l’œuvre de l’appel islamique et face aux diverses difficultés de la vie, leur sont données au moment opportun. Il est certain qu’il ne serait pas approprié de leur transmettre ces indications avant le moment venu, et que leur fournir toutes les orientations en même temps ne pourrait pas produire le résultat escompté.

La troisième sagesse est que, face aux obstacles et à l’opposition auxquels les croyants obéissants sont confrontés, face à la manière dont on leur rend la vie amère et insupportable, et face aux montagnes de dangers dressées sur la voie de l’appel islamique, ils ont constamment besoin que leur courage soit renforcé par l’annonce de bonnes nouvelles et qu’on leur garantisse le succès final, afin qu’ils gardent espoir et ne se découragent pas. (69)

L’accusation selon laquelle d’autres composeraient le Coran et le remettraient au Prophète

À La Mecque, les mécréants formulaient, à l’opposé complet de leur accusation précédente, une autre accusation de ce genre : d’autres personnes aideraient le Prophète à composer ce Coran. Ils feraient recopier des récits écrits des temps anciens et les lui feraient entendre, et cette activité se poursuivrait nuit et jour.

(Arabe******************)

Ceux qui ont refusé d’obéir au Prophète disent : « Ce Coran n’est qu’une invention que cet homme a fabriquée lui-même, avec l’aide de quelques autres personnes. » Ils sont descendus au comble de l’injustice et du mensonge effroyable. Ils disent : « Ce ne sont que des écrits des anciens, qu’un homme lui fait recopier et qu’on lui récite matin et soir. » Ô Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), dis-leur : « C’est Celui qui connaît les mystères de la terre et des cieux qui l’a révélé. » En vérité, Il est Celui qui pardonne beaucoup et qui est Miséricordieux. (Al-Furqân : 4-6)

Leur argument était le suivant : cet homme était lui-même illettré. Il ne pouvait pas acquérir de nouvelles connaissances par l’étude ; auparavant, il n’avait rien appris. Comment se faisait-il donc que les paroles qui sortaient aujourd’hui de sa bouche ne lui fussent, jusqu’à l’âge de quarante ans, absolument pas connues ? D’où lui venaient toutes ces connaissances ? Leur source devait certainement être les ouvrages de certains anciens, dont on lui faisait traduire et recopier des extraits pendant la nuit. Il les faisait lire à quelqu’un, les écoutait, puis les mémorisait avant de nous les réciter. Certains récits indiquent qu’à ce sujet ils citaient même les noms de quelques personnes instruites qui résidaient à La Mecque. L’un d’eux s’appelait Addâs ; il était l’esclave affranchi de Huwaytib ibn ‘Abd al-‘Uzzâ. Le deuxième était Layâb, esclave affranchi de ‘Alâ’ ibn al-Hadramî. Le troisième était Jabr, esclave affranchi de ‘Âmir ibn Rabî‘a.

À première vue, cette accusation semble très pertinente. Quelle accusation pourrait être plus convaincante, pour réfuter la prétention à la révélation, que d’identifier la source des connaissances du Prophète ? Pourtant, on s’étonne d’abord de constater qu’en réponse à une accusation aussi grave, au lieu de présenter un quelconque argument, le sujet est clos par ces seuls mots : « Vous portez atteinte à la vérité, vous commettez une injustice manifeste, vous déchaînez une tempête de mensonges, alors qu’il s’agit de la parole du Dieu qui connaît les mystères de la terre et des cieux. »

La question est la suivante : dans ce climat d’opposition extrême, alors qu’une accusation aussi vigoureuse avait été formulée, pourquoi fut-elle réfutée avec un tel dédain ? Pourquoi les adversaires ne demandèrent-ils pas une réponse détaillée ? Pourquoi ne dirent-ils pas : « On écarte notre accusation en la qualifiant simplement d’injustice et de mensonge » ? Et pourquoi cette accusation ne suscita-t-elle aucun doute chez ceux qui devenaient de nouveaux musulmans ?

On trouve la réponse à cette question en réfléchissant à l’environnement mecquois dans lequel cette accusation fut formulée. Premièrement, pour les chefs injustes de La Mecque qui, à cette époque, infligeaient des sévices physiques aux musulmans et leur rendaient la vie insupportable, il n’aurait nullement été difficile de prouver leur accusation : ils auraient pu déclarer que ces hommes traduisaient ces anciens livres et les récitaient au Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), encercler soudainement leurs maisons, en sortir ces documents et les présenter au public. Ils auraient même pu les surprendre au moment précis où ils traduisaient ces textes et enseignaient le Prophète. Mais ils ne firent jamais cela, ne serait-ce qu’un seul jour, et n’apportèrent aucune preuve à l’appui de leur accusation. De plus, les personnes dont ils citaient les noms à ce propos étaient des habitants mêmes de La Mecque. Leurs capacités n’étaient inconnues de personne. Aucun homme doué de raison n’aurait pu croire que ces gens possédaient le moindre niveau de compétence requis pour composer un ouvrage de la valeur du Coran.

En outre, ces hommes étaient des esclaves affranchis par certains chefs de La Mecque. Dans la vie tribale de l’Arabie, même après avoir été affranchi, un esclave ne pouvait survivre sans la protection de son ancien maître. Comment pourrait-on alors imaginer que ces hommes faibles auraient osé, au risque de s’attirer la colère de leurs protecteurs et dans ce climat terrible d’injustice et de persécution, participer avec le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à ce complot visant à fabriquer — à Dieu ne plaise — la prophétie ?

Plus étonnant encore, les trois personnes mentionnées ci-dessus avaient cru au Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui vouaient le même respect que les autres nobles Compagnons. En raison de leur foi, elles subirent elles aussi, avec les autres Compagnons, la persécution et l’oppression. Dans de telles circonstances, qui aurait pu croire que ceux qui auraient eux-mêmes participé à la composition du Coran croiraient en ce Coran et en celui qui l’avait apporté, puis supporteraient la persécution et l’oppression pour ce prétendu crime ? (70)

Un exemple étonnant de l’obstination des mécréants

Après avoir reçu une réponse rationnelle à chacune de leurs objections, l’obstination des mécréants prit une forme inédite. Ils dirent : « Nous aurions accepté Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, comme prophète s’il nous avait récité sans hésitation le Coran dans une langue qu’il ne connaissait pas. » Voici la réponse qui leur fut donnée :

(arabe*)

« Si Nous avions fait descendre un Coran en langue étrangère, ils auraient dit : “Pourquoi ses versets n’ont-ils pas été exposés clairement ?” Quelle chose étrange ! Il est en langue étrangère, alors qu’il s’adresse à des Arabes. » Dis : « Pour ceux qui croient, il est une guidée et une guérison. Quant à ceux qui ne croient pas, leurs oreilles sont bouchées et leurs yeux sont voilés. Ceux-là sont comme si on les appelait d’un lieu éloigné. » (Hâ-Mîm As-Sajda : 44)

Tel était l’un des exemples d’obstination par lesquels on s’opposait au prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Les mécréants disaient : « Muhammad est un Arabe et l’arabe est sa langue maternelle. S’il présente le Coran en arabe, comment croire qu’il ne l’a pas composé lui-même, mais qu’il lui a été révélé par Allah ? On ne pourrait accepter sa parole comme une révélation divine que s’il se mettait à parler couramment une langue qu’il ne connaît pas, comme le persan, le romain ou le grec. » Allah répondit que le Coran leur avait maintenant été révélé dans leur propre langue, qu’ils pouvaient comprendre. Mais ils objectaient : « Pourquoi ce Coran a-t-il été révélé en arabe aux Arabes par l’intermédiaire d’un Arabe ? » S’il avait été révélé dans une autre langue, ils auraient alors protesté : « Quelle plaisanterie ! On envoie un Arabe comme messager au sein de la nation arabe, mais la révélation lui est faite dans une langue que ni le messager ni son peuple ne comprennent. » (71)

Il ne fut pas jugé suffisant de réfuter leur protestation dénuée de sens. On leur fit également comprendre que c’était une faveur d’Allah Très-Haut : Il avait révélé dans leur propre langue un Livre qu’ils pouvaient parfaitement comprendre et grâce auquel ils pouvaient savoir ce qui était vrai et ce qui était faux.

(Arabe******************)

Révélation descendue de la part d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. C’est un Livre dont les versets sont exposés clairement, un Coran en langue arabe pour des gens qui savent. Il annonce la bonne nouvelle et avertit. Pourtant, la plupart d’entre eux s’en détournent et ne veulent pas écouter. (Hâ-Mîm As-Sajda : 2-4)

Il est d’abord dit ici que cette parole est révélée de la part d’Allah. Autrement dit, vous pouvez continuer aussi longtemps que vous le voudrez à bavarder en prétendant que Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, l’a composée lui-même ; mais la réalité est que cette parole est bien révélée par le Seigneur des mondes. En outre, les auditeurs sont avertis : si, après avoir entendu cette parole, vous lui faites la moue, ce n’est pas contre le prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, que vous agissez, mais contre Allah Lui-même. Si vous la rejetez, ce n’est pas la parole d’un homme que vous rejetez, mais celle d’Allah. Et si vous vous en détournez, ce n’est pas d’un homme que vous vous détournez, mais d’Allah Lui-même.

Deuxièmement, il est dit que Celui qui l’a fait descendre est ce Dieu qui est infiniment miséricordieux envers Ses créatures. Le fait de mentionner l’attribut de miséricorde, plutôt que les autres attributs du Dieu qui a fait descendre le Livre, indique qu’Il a révélé ce message afin d’accomplir ce qu’exige Sa bonté et Sa grâce. Par là, les auditeurs sont avertis que quiconque se détourne de ce message, le rejette ou lui témoigne de l’hostilité, ne fait en réalité que se montrer hostile à lui-même. C’est là un immense don que Dieu, dans Sa miséricorde, a directement révélé pour guider les hommes et assurer leur bien-être. Si Dieu s’était détourné des hommes, Il les aurait laissés errer dans les ténèbres, sans Se soucier du gouffre dans lequel ils pourraient tomber. Mais c’est par Sa grâce et Sa miséricorde qu’Il considère également comme relevant de Sa responsabilité, en plus de les avoir créés et de leur avoir accordé leur subsistance, de leur montrer la lumière de la connaissance afin d’ordonner et de diriger correctement leur vie. C’est sur cette base qu’Il a révélé ce message à l’un de Ses serviteurs. Qui donc pourrait être plus ingrat et plus ennemi de lui-même que celui qui, au lieu de profiter de cette miséricorde, s’avance pour la combattre ?

Troisièmement, il est dit que les versets de ce Livre ont été exposés clairement. Autrement dit, il ne s’y trouve rien d’incompréhensible ou de complexe qui permette à quelqu’un de refuser de l’accepter en prétendant que le contenu de cet ouvrage lui échappe. Il y est clairement expliqué ce qui est vrai et ce qui est faux, quelle croyance est juste et laquelle est erronée, quel est le bon caractère et quel est le mauvais, quelles sont les bonnes œuvres et quelles sont les mauvaises, quelle voie conduit au bien de l’homme et quelle voie mène à son malheur. Si quelqu’un rejette une guidance aussi claire ou ne lui porte aucun intérêt, il ne peut invoquer aucune excuse. Cela signifie clairement qu’il veut demeurer dans l’erreur.

Quatrièmement, il s’agit d’un Coran en langue arabe. Si ce Coran avait été révélé dans une autre langue, les Arabes auraient pu prétendre qu’ils ignoraient la langue dans laquelle Dieu avait envoyé ce Livre. Mais puisqu’il est dans leur propre langue, ils ne pouvaient pas prétexter qu’ils ne le comprenaient pas.

Cinquièmement, il est dit que ce Livre s’adresse à ceux qui possèdent la connaissance. Autrement dit, seuls les gens instruits peuvent en tirer profit. Pour les ignorants, il est aussi inutile qu’une pierre précieuse pour celui qui ne sait pas distinguer une pierre d’un joyau.

Sixièmement, il est dit que ce Livre annonce une bonne nouvelle et avertit. Il ne s’agit donc pas d’une simple imagination, d’une théorie ou d’un spécimen littéraire dont l’acceptation ou le rejet serait sans conséquence. Au contraire, il avertit ouvertement le monde entier que l’accepter aura des conséquences merveilleuses, tandis que le rejeter aura des conséquences extrêmement terribles. Seul un insensé peut rejeter un tel Livre. (72)

Les stratagèmes des mécréants pour faire obstacle à la prédication du Coran

Après l’échec des manœuvres décrites précédemment, leur dernier stratagème consista à s’engager dans une opposition ouverte et obstinée. Ils tenteraient d’empêcher par la force la prédication du Coran. Pendant sa récitation, ils provoqueraient un vacarme effroyable et lanceraient de toutes parts des railleries. Le Coran a décrit un à un ces comportements, si bien que toute personne douée de raison a compris que ces mécréants n’avaient aucun argument à opposer aux arguments. Désormais vaincus, ils étaient résolus à recourir à la force pour étouffer la voix de la vérité.

(Arabe***************)

-Et ils dirent : « Un voile recouvre nos cœurs à cause de ce vers quoi tu nous appelles. » (C’est-à-dire qu’aucune voie n’est ouverte jusqu’à nos cœurs.) « Nos oreilles sont bouchées. » (C’est-à-dire que nous ne l’écouterons pas.) « Et un voile se trouve entre toi et nous. » (C’est-à-dire que nous sommes séparés.)

Accomplis donc ton œuvre, et nous accomplissons la nôtre. (C’est-à-dire que nous sommes occupés à nous opposer à toi.) (Hâmîm as-Sajda : 5)

(Arabe********************)

-Lorsque ces mécréants entendent le message d’exhortation (le Coran), on dirait qu’ils vont te faire reculer en te lançant des regards enflammés de colère. Ils disent : « Cet homme est fou. » Pourtant, cet homme est un rappel pour tous les habitants des mondes. (Al-Qalam : 51-52)

(Arabe*******************)

-Ces mécréants disent : « N’écoutez jamais ce Coran, faites du vacarme et créez des perturbations, peut-être remporterez-vous la victoire. » (Hâmîm as-Sajda : 26)

(Arabe*)

-Ô Prophète, qu’ont donc les mécréants à courir vers toi de droite et de gauche ? (C’est-à-dire qu’ils accourent pour se moquer en entendant la récitation du Coran.) (73) (Al-Maʿârij : 36-37)

 

Quatrième section

L’appel à croire en l’Au-delà

Le quatrième point de l’appel islamique consiste à croire en l’Au-delà. Ce n’est pas un point unique et succinct ; il englobe au contraire de nombreux sujets importants, dont l’acceptation collective est désignée par l’expression foi en l’Au-delà.

Premièrement, l’être humain n’a pas été abandonné dans ce monde sans responsabilité, de sorte qu’il puisse faire tout ce qu’il veut sans avoir à rendre de comptes. Ce monde est au contraire un lieu d’épreuve. L’être humain y a été envoyé afin d’y être éprouvé. Ensuite, il devra rendre compte devant Allah de tout ce qu’il y aura accompli.

Deuxièmement, Allah a fixé un moment particulier pour cette reddition de comptes. Le délai accordé à l’humanité pour agir dans ce monde prendra fin ; alors surviendra la Résurrection, et toute l’organisation de l’univers sera bouleversée. Puis un second ordre universel sera établi. Tous les êtres humains ayant vécu depuis le commencement de la création jusqu’à la Résurrection seront ressuscités au même moment et élevés dans ce nouveau monde. Cette seconde vie ne sera pas temporaire comme la vie actuelle d’ici-bas ; elle sera au contraire éternelle. La mort n’y surviendra jamais.

Troisièmement, à ce moment-là, tous les hommes, les premiers comme les derniers, seront rassemblés et présentés devant le tribunal d’Allah. Là, chacun devra personnellement rendre compte des actes qu’il aura accomplis sous sa propre responsabilité durant sa vie terrestre.

Quatrièmement, bien qu’Allah sache directement tout ce que l’être humain accomplit ici-bas, Il fait établir un registre complet et exact de ses œuvres, afin que toutes les conditions de la justice soient réunies. Les innombrables témoignages de chacune de ses paroles et de chacun de ses actes sont recueillis et conservés par l’intermédiaire des anges, qu’il les accomplisse ouvertement ou en secret. Bien plus, les preuves relatives à l’intention avec laquelle il a parlé, ainsi qu’aux pensées et aux désirs qu’il nourrit dans son cœur, sont également conservées. Allah a aussi préparé des témoins attestant que les moyens permettant à l’être humain de distinguer le vrai du faux et de choisir la bonne voie lui avaient été fournis. Ces témoignages et ces preuves seront présentés devant le tribunal d’Allah d’une manière telle que l’être humain ne pourra pas les nier.

Cinquièmement, devant le tribunal d’Allah, aucune sorte de pot-de-vin, aucune intercession injuste et inadmissible, ni aucune plaidoirie contraire à la vérité ne sera acceptée. Le fardeau de l’un ne sera pas imposé à l’autre. Aucun ami intime ni aucun proche parent ne portera sur ses épaules le fardeau d’un ami ou d’un parent. Les êtres réels ou imaginaires que l’homme considère comme ses protecteurs et ses auxiliaires ne lui seront d’aucun secours. Là, l’être humain, seul, totalement privé d’amis et de soutien, devra lui-même rendre compte de ses actes.

En définitive, tout dépendra entièrement de ceci : après avoir reconnu ici-bas la vérité des prophètes, l’homme a-t-il suivi correctement les commandements d’Allah conformément à cette vérité ? A-t-il vécu en tenant compte du sentiment qu’il devrait rendre des comptes dans l’au-delà, ou l’a-t-il oublié et a-t-il tout fait uniquement pour ce monde ? Dans le premier cas, le Paradis lui est destiné, et dans le second, l’Enfer.

Cette croyance en l’au-delà était aussi importante pour la prédication islamique que la croyance au tawhîd, à la prophétie et à l’adhésion au Noble Coran. En effet, il est impossible à l’homme de faire ne serait-ce qu’un pas sur la voie vers laquelle l’islam appelait à penser et à agir, tant qu’il ne considère pas ce monde comme un lieu d’épreuve et ne se considère pas comme responsable devant Dieu, et tant qu’il n’a pas extirpé de son esprit l’idée que la vie n’est que la vie de ce monde, où les résultats apparents constituent le véritable critère du bien et du mal. Tant qu’il n’aura pas sincèrement accepté que la vie véritable et éternelle est celle qui commencera après la mort, et qu’il sera confronté à une mauvaise issue selon la voie du bien ou du mal qu’il aura suivie, il ne pourra pas emprunter le droit chemin. Sans cette croyance, l’homme ne considérera aucunement comme recevable l’appel au tawhîd, à la prophétie et à la foi au Coran. Et même s’il l’acceptait pour quelque raison, il ne serait pas sincère dans l’adoration de Dieu, l’obéissance au Messager et le suivi du Coran. Car lorsque l’homme pense qu’à la fin tous devront retourner à la poussière et qu’il n’existe ensuite aucune seconde vie dans laquelle une récompense serait nécessairement accordée pour avoir obéi à Dieu, au Messager et au Coran, et un châtiment pour ne pas leur avoir obéi, il ne voudra jamais, avec sincérité, se soumettre aux règles et principes auxquels l’islam veut l’attacher. Au contraire, dans chaque aspect de sa vie, il adoptera les moyens lui permettant d’obtenir ici-bas quelque avantage, quelque plaisir ou quelque jouissance, et il évitera toute voie qui le priverait des plaisirs de la vie terrestre ou l’exposerait à une perte, à la tristesse ou aux difficultés.

Les Qurayshites considéraient l’au-delà comme irrationnel et impossible

C’est en raison de l’importance de cette croyance en l’au-delà que, lorsque le Prophète (s.a.s.) la présenta aux Qurayshites et aux polythéistes arabes, ceux-ci en furent profondément alarmés. Ils comprirent que s’ils l’acceptaient, toute leur liberté prendrait fin. Même dans un endroit retiré, où personne ne pourrait les voir, ils ne pourraient accomplir aucun acte interdit par Allah et Son Messager. Ils pensaient que, même dans les situations où ils étaient parfaitement capables d’obtenir injustement des avantages ou des plaisirs, cette croyance leur lierait les mains. Cette croyance placerait derrière chacun d’eux un soldat invisible qui ne leur permettrait en aucune façon d’agir selon leur bon vouloir. C’est pourquoi ils commencèrent à s’y opposer avec la plus grande vigueur. Ils s’efforcèrent de propager activement parmi les gens l’idée que ce que disait Muhammad (s.a.s.) était totalement contraire à la raison, impossible et irréel. C’était une pure folie et une parole ridicule. (74)

Les conceptions de ceux qui nourrissaient des doutes au sujet de l’au-delà

Il existait aussi parmi les Qurayshites un petit groupe qui disait : « Nous supposons peut-être que l’au-delà aura lieu, mais nous n’y croyons pas. » Ce groupe n’est mentionné dans le Coran qu’à un seul endroit, afin de montrer que ceux qui entretenaient cette conception étaient très peu nombreux.

(Arabe***************)

« Lorsque l’on disait : “La promesse d’Allah est vérité et il n’y a aucun doute sur la venue de l’Heure”, vous répondiez : “Nous ne savons pas ce qu’est l’Heure. Nous n’en avons qu’une simple idée, mais nous n’y croyons pas.” » (Al-Jâthiya : 32)

À première vue, la grande différence entre ce groupe et ceux qui nient l’au-delà réside en ceci : ces derniers le nient absolument, tandis que ce groupe admet sa possibilité. Mais, quant aux résultats et aux conséquences, il n’y a aucune différence entre eux. En effet, la conséquence morale du déni de l’au-delà et de l’absence de foi en lui est la même. Qu’une personne nie l’au-delà ou qu’elle en admette la possibilité sans y croire, dans les deux cas elle sera nécessairement libérée du sentiment d’avoir à rendre des comptes devant Dieu, et cette absence de sentiment la conduira forcément à se livrer à des pensées et à des actes erronés. Seule la foi en l’au-delà peut maintenir juste le comportement de l’être humain dans ce monde. À défaut, le doute comme le déni le pousseront tous deux vers le même type de conduite irresponsable. Puisque cette conduite irresponsable est la véritable cause des conséquences terribles dans l’au-delà, ni ceux qui le nient ni ceux qui n’y croient pas ne peuvent échapper à l’Enfer. (75)

La conception de ceux qui nient l’au-delà

À l’exception de ce passage, le Coran rapporte explicitement, dans tous les autres passages, les propos de ceux qui nient l’au-delà.

(Arabe******************)

— Ces gens disent : « Il n’y a de vie que notre vie d’ici-bas. C’est ici que nous vivons et que nous mourons. Rien d’autre que le cours du temps ne peut nous anéantir. » En réalité, ils ne possèdent aucune connaissance ; ils ne parlent qu’en se fondant sur des conjectures. Lorsque Nos signes clairs leur sont récités, ils n’ont d’autre argument que celui-ci : « Si tu es véridique, fais donc revenir nos ancêtres à la vie. » (Al-Jâthiya : 24-25)

Autrement dit, ils ne disposent d’aucun moyen de connaissance par lequel ils auraient acquis la certitude qu’il n’existe pas, pour l’être humain, de seconde vie après celle-ci, ni qu’ils auraient appris que l’âme humaine n’est pas saisie sur l’ordre de Dieu. Au contraire, l’être humain meurt et disparaît dans le cours du temps. Ceux qui nient l’au-delà ne disent pas cela sur la base d’une quelconque connaissance, mais uniquement sur la base de conjectures. Du point de vue rationnel, tout ce qu’ils peuvent dire, au mieux, c’est : « Nous ne savons pas s’il existe ou non une vie après la mort. » Ils ne peuvent en aucun cas dire : « Nous savons qu’il n’existe aucune seconde vie après celle-ci. »

De même, sur le plan rationnel, ils ne peuvent prétendre savoir que l’âme humaine n’est pas retirée sur l’ordre de Dieu, mais que l’être humain meurt simplement et disparaît, comme une horloge qui s’arrête après avoir fonctionné. Tout ce qu’ils peuvent dire, au mieux, c’est : « Nous ne savons pas ce qui se passe réellement dans l’un ou l’autre de ces deux cas. »

La question est maintenant la suivante : lorsque, selon les limites de la connaissance humaine, il existe une possibilité égale que la vie existe ou non après la mort, et que l’âme soit saisie ou que la mort survienne dans le cours du temps, quelle raison peuvent-ils avoir de rejeter la possibilité de l’au-delà et de conclure avec certitude en faveur de son déni ? Quelle autre raison pourrait-il y avoir, sinon qu’en réalité ils ne tranchent pas cette question sur la base de la raison, mais sur la base de leurs propres penchants ? Puisqu’ils ne souhaitent pas qu’il y ait une vie après la mort et qu’après la mort il y ait une vie, et que la mort ne signifie pas le néant ou l’inexistence, mais plutôt le transfert de l’âme, ils font de leur désir une croyance personnelle et nient toute autre opinion. (76)

(Arabe****************)

—Ils disent : « Lorsque nous serons mêlés à la terre et que nos os seront devenus un squelette, serons-nous ressuscités ? Nous avons entendu maintes fois la promesse de tout cela, et nos pères avant nous l’avaient également entendue. Ce ne sont là que des récits anciens, rien de plus. » (Al-Mu’minûn : 81-82)

(Arabe******************)

—Et si vous devez vous étonner, étonnez-vous donc de leur propos : « Lorsque nous serons morts et devenus poussière, serons-nous alors recréés de nouveau ? » Ce sont eux qui ont mécru en leur Seigneur. (Ar-Ra‘d : 5)

Autrement dit, leur négation de l’au-delà et le fait de le considérer comme impossible constituent en réalité une négation de la puissance et de la sagesse de Dieu. Ils ne disent pas seulement qu’il est impossible d’être recréé une seconde fois après avoir été mêlé à la terre ; leur propos renferme également l’idée implicite que — à Dieu ne plaise — le Dieu qui les a créés serait incapable, faible et dépourvu de connaissance. (77)

(Arabe********************)

—Les mécréants disent aux gens : « Voulez-vous que nous vous parlions d’un homme qui vous annonce que, lorsque les particules de vos corps seront dispersées, vous serez recréés ? Peut-être cet homme dit-il délibérément des mensonges au nom d’Allah, ou bien est-il possédé par un djinn. » (Saba : 7-8)

Les chefs de Quraych n’osaient certainement pas traiter le Prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de menteur, car toute la nation le connaissait comme un homme véridique. Au cours de toute sa vie, personne ne l’avait jamais entendu prononcer un mensonge. C’est pourquoi, devant les gens, ils présentaient leur accusation sous cette forme : « Lorsque cet homme profère de sa bouche des paroles absurdes, affirmant qu’il y aura une nouvelle vie après la mort, sa situation ne peut relever que de l’un de ces deux cas : soit — à Dieu ne plaise — il ment sciemment, soit il est fou. » Mais le fait de le qualifier de fou était tout aussi dépourvu de fondement que de le qualifier de menteur, car seul un homme privé de raison peut considérer comme fou un homme parfaitement sain d’esprit et de jugement. C’est pourquoi Allah n’a pas jugé nécessaire de présenter un argument en réponse à cette parole insensée ; Il a seulement répondu à leur étonnante affirmation concernant la possibilité d’une vie après la mort. (78)

(Arabe***************)

-Ces gens disent : « Serons-nous vraiment tirés de nos tombes, lorsque nous serons devenus des squelettes délabrés ? » Puis ils ajoutèrent : « Ce retour serait vraiment désastreux. » (An-Nâzi‘ât : 10-12)

C’est-à-dire que, lorsqu’on leur dit : « Oui, c’est bien ce qui arrivera », ils se mirent à se dire les uns aux autres en se moquant : « Eh bien, mes frères, si nous devons vraiment revenir à la vie, alors nous sommes bel et bien perdus. Après cela, nous n’aurons plus aucun bonheur. » (79)

(Arabe*****************)

-Et ils disaient : « Lorsque nous serons morts, que nous nous serons mêlés à la terre et qu’il ne restera de nous que des squelettes, serons-nous de nouveau relevés et remis debout ? Nos ancêtres, ceux qui ont vécu avant nous, seront-ils eux aussi relevés de la même manière ? » Dis-leur, ô Prophète : « Oui, les premiers comme les derniers seront tous rassemblés un jour dont le moment est fixé. » (Al-Wâqi‘ah : 47-50)

Les arguments démontrant la possibilité de l’Au-delà

Les arguments exposés çà et là dans le Noble Coran, en rapportant les propos tenus par ceux qui nient l’Au-delà pour justifier leur négation, démontrent pleinement que l’avènement de l’Au-delà est tout à fait possible. Ce n’est pas le fait de le considérer comme possible qui est contraire à la raison ; c’est plutôt le fait de le considérer comme impossible qui l’est.

(Arabe*****************)

— L’homme ne voit-il pas que Nous l’avons créé d’une goutte de sperme, puis le voilà devenu un adversaire acharné ? Et maintenant, il Nous donne des exemples tout en oubliant sa propre création. Il dit : « Qui redonnera vie à ces ossements réduits en poussière et en décomposition ? » Dis-lui : Celui qui les a créés la première fois leur redonnera vie, et Il connaît parfaitement toute création. (Yâ-Sîn : 77-79)

Autrement dit, il oublie que Nous avons créé, à partir d’une matière inerte, ce germe primordial (MICRO) qui allait devenir le moyen de sa création. Puis ce germe a été nourri et développé jusqu’à prendre une forme si évoluée qu’il est aujourd’hui capable de faire jaillir devant Nous un feu d’artifice de paroles. Ils Nous considèrent généralement comme incapables de créer, à l’instar des créatures. Ils se bercent de l’idée erronée que, de même que l’homme ne peut pas rendre la vie aux morts, Nous non plus ne le pouvons pas. C’est pourquoi ils disent : « Qui rendra la vie à ces ossements en décomposition ? »

Il est rapporté d’Ibn ‘Abbâs, de Qatâda et de Sa‘îd ibn Jubayr — qu’Allah les agrée — qu’un jour, à La Mecque, un homme parmi les Quraychites apporta du cimetière un os décomposé d’un mort. Il l’émietta devant le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, le dispersa dans le vent et dit : « Muhammad, dis que les morts seront ressuscités. Voyons donc : qui redonnera vie à ces ossements décomposés ?

La réponse concise et décisive fut que Celui qui l’avait créé la première fois le ressusciterait. (80)

(Arabe***************)

— Ils disent : « Lorsque nous serons devenus uniquement des ossements et de la poussière, serons-nous donc recréés et ressuscités ? » Dis-leur : « Que vous deveniez des pierres ou du fer, ou toute autre matière encore plus dure, qui, selon vous, rendrait la vie absolument impossible, vous serez malgré tout ressuscités. » Ils demanderont certainement : « Qui nous ramènera à la vie ? » Réponds : « Celui-là même qui nous a créés la première fois. » Ils secoueront la tête avec ironie et diront : « Quand cela arrivera-t-il donc ? » Dis : « Qu’y a-t-il d’étonnant ? Il se peut que ce moment soit très proche. Le jour où Il vous appellera, vous sortirez en répondant à Son appel tout en Le louant, et vous penserez être restés dans cet état très peu de temps : “Nous n’y sommes demeurés qu’un court moment.” (Les Enfants d’Israël : 49-52)

Autrement dit, vous ne considérerez pas comme supérieur à quelques heures le laps de temps compris entre votre mort dans ce monde et la Résurrection au Jour dernier. Vous penserez alors : « Nous étions plongés dans un long sommeil, puis le tumulte du lieu du rassemblement nous a soudain réveillés. » (81)

(Arabe****************)

L’homme dit : « Serons-nous vraiment ramenés à la vie après être morts ? » L’homme ne se souvient-il pas que Nous l’avons créé auparavant, alors qu’il n’était rien ?

(Arabe********************)

— Ô gens ! Si vous avez quelque doute au sujet de la vie après la mort, sachez donc que Je vous ai créés de terre, puis d’une goutte de sperme, puis d’un caillot de sang, puis d’un morceau de chair, formé ou informe. (Nous vous exposons cela) afin de vous rendre la vérité parfaitement claire. Et Nous maintenons dans les matrices, jusqu’à un terme fixé, celle de ces gouttes que Nous voulons. Puis Nous vous faisons sortir sous forme d’enfants. (Nous vous élevons) afin que vous atteigniez votre pleine maturité. Certains d’entre vous sont rappelés prématurément, tandis que d’autres sont ramenés à l’âge le plus vil, de sorte qu’après avoir tout su, ils ne sachent plus rien. Tu vois la terre desséchée. Puis, dès que Nous y faisons descendre la pluie, elle se ranime, fleurit et produit toutes sortes de belles plantes. (Al-Hajj : 5)

Créer à partir de terre signifie, d’une part, que chaque être humain est créé à partir des éléments tirés de l’ensemble de la terre, et que le commencement de la création se fait à partir du sperme. Ou bien cela signifie que l’humanité a commencé avec Adam (paix sur lui), qui a été créé directement à partir de la terre. La succession des descendants de l’humanité a commencé avec la goutte de sperme. C’est ce qui est dit dans la sourate As-Sajda :

(Arabe******************)

— Il a commencé la création de l’homme à partir de l’argile. Puis Il a établi sa descendance à partir d’une substance semblable à une eau méprisable. (As-Sajda : 7-8)

Dans les deux cas, il est établi que l’être humain vivant est créé par l’assemblage de matières inanimées. Après avoir exposé cette vérité, il est fait allusion aux différentes étapes qui conduisent à la conception et à la fixation de l’enfant dans le sein maternel. Les détails que les puissants microscopes permettent aujourd’hui d’observer ne sont pas donnés. Ce sont plutôt les transformations majeures et caractéristiques dont les Bédouins ordinaires de l’époque avaient eux aussi connaissance qui sont mentionnées. Ainsi, après s’être fixée, la goutte de sperme prend d’abord la forme d’un caillot de sang. Puis elle se transforme en un morceau de chair qui, au début, n’a aucune forme définie. Ensuite, la forme humaine commence à apparaître clairement. Comme ces étapes de la création humaine devenaient observables lors des différentes phases des fausses couches, il y est fait allusion. Puis, en réponse à cette question, on laisse à l’intelligence et à la conscience de l’homme le soin de conclure : comment pourrait-il être impossible, pour le Dieu qui crée ainsi l’être humain et le fait se développer, de le créer une seconde fois ? (82)

(Arabe****************)

Et ces gens disent : lorsque nous nous serons mêlés à la terre, serons-nous de nouveau créés ?

En réalité, ils nient le fait de rencontrer leur Seigneur. Dis-leur : l’ange de la mort qui vous est assigné vous reprendra entièrement, puis vous serez ramenés vers votre Seigneur. (As-Sajda : 10-11)

Entre la première et la dernière phrase se trouve tout un raisonnement, laissé à la réflexion de l’auditeur. L’objection des mécréants rapportée dans la première phrase est si dénuée de sens qu’il n’a pas été jugé nécessaire de la réfuter. Il a simplement été estimé suffisant de la citer pour en faire apparaître l’absurdité. En effet, leur objection se compose de deux parties, et toutes deux sont parfaitement déraisonnables. Que peut bien signifier leur parole : « Nous nous mêlerons à la terre » ? Quand donc la chose appelée « nous » se mêle-t-elle à la terre ? Ce qui se mêle à la terre, c’est seulement le corps dont le « nous » se sépare. Or ce corps ne s’appelle pas « nous ». Lorsque, du vivant de l’homme, on coupe les membres de ce corps, même si ses parties sont sectionnées l’une après l’autre, la chose appelée « nous » demeure entièrement à sa place. Aucune partie de ce « nous » ne part avec les membres amputés du corps. Et lorsque cette chose appelée « nous » quitte un corps, elle n’a plus le moindre lien avec ce corps, bien que celui-ci soit encore entièrement présent. C’est pourquoi un amant dévoué enterre le cadavre de son bien-aimé : car son bien-aimé est sorti de ce corps. L’amant n’enterre donc pas son bien-aimé, mais plutôt ce corps vide dans lequel son bien-aimé résidait. Ainsi, le premier argument de l’opposant s’effondre complètement. Reste maintenant sa seconde partie, à savoir : « Serons-nous de nouveau créés ? »

Cette négation et cette question étonnante ne seraient même pas apparues si celui qui pose la question avait réfléchi, ne serait-ce qu’un instant, à cette chose appelée « nous » et au sens de sa création. Que peut être la création actuelle de cette chose appelée « nous », sinon que du charbon pris ici, du fer pris là, de la chaux et d’autres éléments semblables ont été rassemblés, et que cette chose appelée « nous » s’est établie dans ce corps de terre ? Que se passe-t-il ensuite après sa mort ? Lorsque le « nous » sort de ce corps ou de cette demeure de terre, tous les éléments qui avaient été prélevés dans différentes parties de la terre pour construire sa demeure retournent à cette même terre. La question est donc la suivante : Celui qui, la première fois, a construit cette demeure pour le « nous » ne peut-il pas, une seconde fois, reconstruire cette demeure à partir de ces mêmes éléments ou matériaux et y installer de nouveau le « nous » ? Si cette œuvre a été possible la première fois — et non seulement possible, mais effectivement réalisée — quel obstacle pourrait empêcher qu’elle soit possible et réalisée une seconde fois ? C’est une chose que chacun peut comprendre par lui-même en faisant un usage élémentaire de son intelligence. Mais pourquoi ne laisse-t-il pas son intelligence et sa raison s’orienter dans cette direction ? Quelle raison peut-il avoir de soulever, sans la moindre réflexion, de telles objections au sujet de la vie après la mort et de l’au-delà ? Laissant de côté toute la discussion intermédiaire, Allah répond à cette question dans la seconde phrase en ces termes : « En réalité, ils nient le fait de rencontrer leur Seigneur. » Autrement dit, le véritable problème n’est pas que la seconde création soit une entreprise immense et impossible qu’ils ne pourraient comprendre. Ce qui, en réalité, les empêche de reconnaître cette vérité, c’est leur désir de parcourir sans frein le monde entier sous la forme du « nous », de se livrer pleinement au péché, puis de sortir de ce monde sans encombre, afin que personne ne leur demande jamais aucun compte et qu’ils n’aient à rendre compte d’aucune de leurs actions.

Il est ensuite dit que la demeure dans laquelle résidait votre « nous » se mêlera certainement à la terre. Mais le « nous » lui-même ne se mêlera pas à la terre. Dès que le délai qui lui avait été accordé pour agir arrivera à son terme, l’ange de la mort envoyé par Dieu viendra, le fera sortir du corps et le reprendra entièrement sous sa garde. Pas la moindre partie de lui ne pourra aller sous terre avec le corps. Il sera entièrement placé sous garde (CUSTODY) et présenté devant son propre Seigneur.

Ce bref verset met en lumière de nombreux faits. Il ne suffit pas de le regarder de manière superficielle (CURSORY). Les points suivants méritent une attention particulière :

1. Il y est expliqué en détail que la mort ne survient pas simplement comme une horloge qui, n’ayant pas été remontée, s’arrêterait soudainement après avoir fonctionné. En réalité, Allah a désigné un ange particulier pour cette tâche. Celui-ci saisit l’âme et la prend dûment sous sa garde, tout comme un percepteur officiel ou un receveur de biens (OFFICIAL RECEIVER) prend quelque chose sous son autorité. Les descriptions supplémentaires données à ce sujet en différents endroits du Coran nous apprennent que cet ange de la mort dispose d’une armée complète d’auxiliaires chargés de faire survenir la mort, d’extraire les âmes des corps, puis de les garder sous leur autorité. Le comportement de ces auxiliaires envers les âmes vertueuses sera d’une nature, et envers les âmes criminelles d’une autre. Pour plus de détails, voir la sourate An-Nisa, verset 97 ; Al-An‘am, verset 93 ; An-Nahl, verset 28 ; Al-Waqi‘a, versets 83 et 94.

2. On apprend également de ce passage que l’être humain ne cesse pas d’exister avec la mort. Au contraire, son âme continue d’exister après s’être séparée de son corps. Les mots du Coran : « L’ange de la mort vous reprendra entièrement » expriment cette vérité. Car on ne peut prendre sous son autorité une chose qui n’existe pas. Prendre sous son autorité signifie précisément qu’une fois saisie, cette chose demeure présente auprès de celui qui s’en est emparé.

3. On peut également comprendre que ce qui est pris en charge au moment de la mort est désigné, dans le langage relatif à l’identité humaine, par les mots « je », « nous », « tu » et « vous ». Quel que soit le genre de personnalité que ce « je » ait acquis par ses actes et ses activités dans ce monde, il est entièrement et exactement extrait, sans aucune diminution ni augmentation de ses qualités, puis présenté à son Seigneur (Allah) après la mort. C’est à ce même être que seront accordés, dans l’Au-delà, une nouvelle vie et un nouveau corps. C’est contre lui que l’accusation sera portée, c’est à lui que le compte de ses actes sera demandé, et c’est lui qui recevra le châtiment ou la récompense. (83)

(Arabe****************)

— Demande-leur donc : est-il plus difficile de les créer, ou bien les autres choses que Nous avons créées ? Nous les avons créés d’une argile collante. (As-Saffat : 11)

Telle fut la réponse au doute que les mécréants de La Mecque exprimaient au sujet de l’Au-delà. Selon eux, l’Au-delà était impossible, car faire revivre une personne morte une seconde fois était une chose inconcevable. Pour démontrer la possibilité de l’Au-delà, Allah leur posa d’abord cette question : à vos yeux, faire revivre un mort une seconde fois est une tâche extrêmement difficile, et vous pensez que Nous n’en avons pas le pouvoir. Alors dites donc : créer cette terre, les cieux et les innombrables choses qu’ils contiennent, est-ce une tâche facile ? Où votre intelligence et votre raison se sont-elles égarées, pour que vous pensiez que la création de cet immense univers n’était pas difficile pour Dieu, tout en croyant que Celui qui vous a créés une première fois est incapable de vous créer une seconde fois ? Puis Il dit que l’être humain n’est après tout pas une chose si considérable. Il a été créé à partir de la terre, et il peut être créé de nouveau à partir de cette même terre. Tous les éléments de son existence ont été tirés de la terre. Le sperme dont il est créé provient de la nourriture. Depuis la conception jusqu’à la mort, tous les éléments des substances composées dont est constitué son être tout entier — les ingrédients — sont recueillis dans la nourriture. Que cette nourriture soit d’origine animale ou végétale, elle provient de cette terre qui, mêlée à l’eau, emmagasine une énergie telle qu’elle produit, pour l’alimentation humaine, des céréales, des légumes et des fruits, et nourrit les animaux dont l’être humain consomme le lait et la viande. Le fondement du raisonnement dans cette réponse est le suivant : si cette terre n’avait pas été apte à recevoir la vie, comment pourriez-vous être aujourd’hui vivants et existants ? Et s’il est aujourd’hui possible de créer la vie en elle — votre propre existence étant une preuve manifeste de cette possibilité — pourquoi serait-il impossible de vous créer une seconde fois à partir de cette terre dans l’avenir ? (84)

(Arabe****************)

Créer les cieux et la terre est une tâche bien plus difficile que de créer l’être humain. Mais la plupart des gens ne le savent pas. (Al-Mu’minun : 57)

C’est la réponse à l’idée des mécréants selon laquelle l’être humain sera ressuscité après la mort — ce qui serait impossible. Il est dit que ceux qui tiennent de tels propos sont en réalité dépourvus de raison. S’ils réfléchissaient avec un peu d’intelligence et de discernement, il ne leur serait pas difficile de comprendre que, pour le Dieu qui a créé cet immense et vaste royaume de la nature, recréer l’être humain une seconde fois n’est nullement une tâche difficile. (85)

(Arabe**************)

Est-ce que créer les hommes est une tâche plus difficile, ou créer le ciel ? C’est Allah qui l’a créé. (An-Nâzi‘ât : 27)

La création signifie ici créer l’être humain une seconde fois, et le ciel désigne l’ensemble du monde supérieur. Il comprend d’innombrables planètes et étoiles, d’innombrables systèmes solaires et galaxies. La question est la suivante : vous considérez comme impossible de recevoir une seconde vie après la mort et vous répétez sans cesse : comment serait-il possible que, lorsque notre squelette aura complètement fondu et pourri, les parties dispersées et éparses de notre corps soient de nouveau réunies et qu’une vie leur soit insufflée ? Avez-vous réfléchi à ce sujet : créer ce vaste et immense royaume de la nature est-il une œuvre plus importante, ou bien est-il plus difficile, après vous avoir créés une première fois, de recréer cette même forme une seconde fois ? Pour Celui auprès de qui cette première œuvre n’était nullement difficile, comment cette œuvre pourrait-elle être si difficile qu’Il ne puisse l’accomplir ? (86)

(Arabe****************)

Et ils disent : « Ce n’est qu’une magie évidente. Est-il vraiment possible qu’après notre mort, lorsque nous serons mêlés à la terre et qu’il ne restera de nous que des squelettes, nous soyons ressuscités et remis debout ? Nos ancêtres aussi seront-ils ressuscités ? » Dis-leur : « Oui, et vous serez alors totalement impuissants face à Allah. » Puis un seul souffle retentira, et ils verront de leurs propres yeux tout ce qui leur avait été annoncé. À ce moment-là, ils diront : « Malheur à nous ! Voilà donc le Jour du Jugement ! » (As-Sâffât : 15-20)

Leur propos était le suivant : « Voilà donc une histoire du monde magique. Existe-t-il un monde magique tel que celui dont cet homme parle, où les morts revivront, où il y aura un tribunal, où le Paradis sera créé et où les châtiments de l’Enfer seront infligés ? » Le sens de leurs paroles pouvait également être qu’ils disaient : « Cet homme tient des propos qui prouvent que quelqu’un lui a jeté un sort ; c’est pourquoi un homme bon tient de telles paroles. » Il leur fut répondu : « Oui, il en sera ainsi. Vous êtes impuissants devant Allah. Il peut vous donner toute forme qu’Il veut. Lorsqu’Il l’a voulu, vous avez existé sur un simple signe de Sa part. Lorsqu’Il le voudra, vous mourrez sur un seul de Ses signes ; puis, lorsqu’Il le voudra, vous serez relevés et remis debout sur Son ordre. Lorsque le moment de cette œuvre arrivera, rétablir le monde une nouvelle fois ne sera pas une tâche gigantesque et interminable. Un seul souffle et une seule secousse suffiront à réveiller ceux qui dormaient. Les mots « souffle » ou « violente secousse » sont significatifs ici. Ils font apparaître devant les yeux une certaine image de la vie après la mort : tous ceux qui seront morts depuis le commencement de l’humanité jusqu’à la Résurrection seront comme des êtres endormis. Soudain, quelqu’un leur criera d’un ton réprobateur : « Levez-vous ! » Et aussitôt, en un instant, tous se dresseront. (87)

(Arabe*****************)

(Ces gens ne croient pas à l’au-delà.) Ne regardent-ils donc pas les chameaux, comment ils ont été créés ? Ne regardent-ils pas le ciel, comment il a été élevé ? Ne regardent-ils pas les montagnes, comment elles ont été solidement dressées ? Et la terre, ne regardent-ils pas comment elle a été étendue ? (Al-Ghâshiya : 17-20)

Autrement dit, si ces gens, en entendant parler de ces réalités de l’au-delà, disent : « Comment tout cela pourrait-il arriver ? », ont-ils jamais regardé le monde qui les entoure et réfléchi à la manière dont les chameaux ont été créés, dont ce ciel a été élevé si haut, dont les montagnes ont été établies et dont la terre a été étendue ? Si tout cela a pu arriver et se trouve réellement devant eux une fois créé, pourquoi la Résurrection ne pourrait-elle pas avoir lieu ? Pourquoi un second monde ne pourrait-il pas être créé dans l’au-delà ? Et pourquoi l’Enfer et le Paradis ne pourraient-ils pas être créés ? C’est là l’attitude d’un homme stupide et inattentif : après avoir ouvert les yeux sur le monde, il considère que les choses qu’il voit devant lui peuvent exister, mais, au sujet de celles qui ne sont pas encore entrées dans son observation et son expérience, il ferme les yeux et affirme qu’elles sont impossibles. S’il lui reste quelque intelligence, il devrait réfléchir à la manière dont tout ce qui existe est venu à l’existence. Comment ce chameau a-t-il été créé avec toutes ces caractéristiques, précisément celles dont les habitants du désert d’Arabie avaient besoin chez un animal ? Comment ce ciel a-t-il été créé, avec dans son atmosphère l’air nécessaire à la respiration, des nuages qui apportent la pluie, un soleil qui fournit la lumière et la chaleur du jour, ainsi qu’une lune et des étoiles qui brillent dans la nuit ? Comment cette terre est-elle devenue un lit sur lequel l’homme habite, dont les récoltes lui procurent tout ce dont il a besoin et dont les sources et les puits dépendent sa vie ? Comment ces montagnes se sont-elles dressées sur la terre, solidement formées de terres et de pierres aux couleurs variées et de diverses sortes de richesses minérales ? Tout cela est-il apparu sans l’habileté créatrice d’un Être puissant et sage ? Aucun homme réfléchi et raisonnable ne peut répondre négativement à cette question. S’il n’est ni obstiné ni entêté, il devra reconnaître que chacune de ces choses aurait été impossible si un Être immensément puissant et sage ne les avait rendues possibles. Et puisque, par la puissance d’un Être puissant, toutes ces choses du monde ont pu exister, il n’y a aucune raison de considérer comme impossible ce dont on annonce l’existence future. (88)

أَلَمْ يَكُ نُطْفَةً مِنْ مَنِيٍّ يُمْنَى – ثُمَّ كَانَ عَلَقَةً فَخَلَقَ فَسَوَّى – فَجَعَلَ مِنْهُ الزَّوْجَيْنِ الذَّكَرَ وَالْأُنْثَى – أَلَيْسَ ذَلِكَ بِقَادِرٍ عَلَى أَنْ يُحْيِيَ الْمَوْتَى-( القيامة-40)

-N’était-il pas une goutte de sperme méprisable, émise ? Puis Il en fit un caillot, le créa et lui donna une forme harmonieuse. De lui, Il fit les deux sexes, l’homme et la femme. Celui-là n’est-Il pas capable de rendre la vie aux morts ? (La Résurrection : 40)

Voici un autre argument en faveur de la possibilité de la vie après la mort, présenté aux mécréants. Pour ceux qui reconnaissent que, depuis le commencement de la création humaine à partir d’une goutte de sperme jusqu’à la formation d’un être humain complet, tout relève de l’art créateur d’Allah, cet argument était en réalité sans réplique. Car, aussi effrontés soient-ils, leur conscience ne pouvait s’empêcher d’admettre que le Dieu qui crée ainsi l’être humain dans ce monde est également capable de lui redonner l’existence. Mais celui qui considère l’œuvre savamment conçue comme le simple résultat d’un accident, aussi obstiné puisse-t-il se montrer en paroles, ne pouvait en réalité expliquer comment, depuis les débuts de l’humanité jusqu’à aujourd’hui, dans toutes les régions du monde et parmi toutes les nations, la même œuvre créatrice a constamment produit des fils et des filles dans une telle proportion, sans qu’il soit jamais arrivé qu’une population ne donne naissance qu’à des garçons ou qu’à des filles, au point de compromettre la continuité de sa descendance. Aussi effrontés soient-ils, ils ne pouvaient prétendre que tout cela se produisait par hasard. Dès lors que leur esprit témoignait que toutes ces choses étaient le signe du savoir-faire créateur d’un Concepteur sage, ils n’avaient d’autre choix que de reconnaître que ce Concepteur sage, après avoir détruit ce qu’Il avait créé, pouvait le créer de nouveau. (89)

فَلْيَنْظُرِ الْإِنْسَانُ مِمَّ خُلِقَ – خُلِقَ مِنْ مَاءٍ دَافِقٍ – يَخْرُجُ مِنْ بَيْنِ الصُّلْبِ وَالتَّرَائِبِ – إِنَّهُ عَلَى رَجْعِهِ لَقَادِرٌ-( الطارق-5-8)

-Que l’homme considère donc de quoi il a été créé : il a été créé d’une eau jaillissante qui sort d’entre les lombes et la poitrine. Certes, Il — le Créateur — est capable de le faire renaître une seconde fois. (L’Astre nocturne : 5-8)

Autrement dit, que l’homme réfléchisse quelque peu à sa propre existence et à la manière dont il a été créé. Lorsque les parents s’unissent sexuellement à de nombreuses reprises, qui fait de l’une de leurs unions le moyen de la conception et la cause de la naissance d’un être humain particulier ? [Cette question, qui se posait déjà aux Arabes d’autrefois, est devenue plusieurs fois plus complexe pour les hommes de l’époque actuelle en raison des découvertes scientifiques modernes. Selon ces découvertes, au cours de la vie conjugale, d’innombrables spermatozoïdes sortent du corps de l’homme et pénètrent dans celui de la femme. Chez la femme également, des ovules ou cellules embryonnaires se forment continuellement pendant de nombreuses années ; chacun de ces ovules possède la capacité de concevoir lorsqu’un spermatozoïde masculin s’unit à lui. En outre, ils ne sont pas tous identiques : chaque spermatozoïde et chaque ovule possède des caractéristiques distinctes. L’union de chaque paire peut donner naissance à un être humain particulier, qui sera nécessairement différent de ceux issus de l’union d’autres paires. La question est donc la suivante : qui décide, parmi les innombrables spermatozoïdes de l’homme et les innombrables ovules de la femme, lequel s’unira à lequel, à quel moment, afin de créer quel type d’être humain ? L’homme et la femme sont totalement dépourvus de pouvoir à cet égard. Aucun médecin ni aucun spécialiste ne peut y intervenir. Il est également faux de dire que l’union d’un spermatozoïde avec un ovule donné est le simple résultat d’un événement accidentel (ACCIDENTAL). Car, grâce à cette œuvre créatrice étonnante, les êtres humains qui naissent à différentes époques, dans différents pays et parmi différentes nations exercent une influence décisive sur les hauts et les bas de l’histoire humaine. Cette influence s’établit avec une telle habileté et une telle sagesse que l’homme en est venu à penser qu’il pouvait exister une philosophie de l’histoire. Si les hommes naissaient au hasard, sans aucune sagesse, il n’aurait jamais été possible de concevoir une philosophie de leur histoire. Il faut donc reconnaître que la création de l’être humain à partir de cette eau jaillissante a été accomplie par un Dieu sage selon un plan particulier. (L’auteur)] Puis, existe-t-Il un être qui, après la conception, assure dans le sein maternel son développement progressif, étape après étape, jusqu’à ce qu’il atteigne l’état où il naît comme un enfant vivant ? Quelle est donc cette puissance qui, dans le sein maternel, établit la constitution physique de l’enfant ainsi que l’équilibre de ses aptitudes physiques et mentales ? Existe-t-Il un être qui veille continuellement sur lui de la naissance à la mort, le protège contre les maladies, le préserve des accidents et le met à l’abri de toutes sortes de dangers et d’épreuves ? Qui lui fournit tant de moyens de subsistance qu’ils sont incalculables, et crée à chaque étape de sa vie, dans ce monde, tant de possibilités et de facilités pour lui permettre de survivre qu’il est non seulement incapable de les lui procurer lui-même, mais qu’il n’en perçoit même pas beaucoup ? Tout cela se produit-il sans l’administration et la surveillance d’un Dieu ? Si une personne douée de conscience ne répond pas négativement à cette question, il n’est pas difficile de comprendre que Celui qui donne ainsi l’existence à l’homme et le fait progressivement se développer après la conception peut aussi le ramener à l’existence après sa mort. S’Il est capable de la première création et si les hommes qui vivent actuellement dans le monde existent par Sa puissance, quel argument raisonnable peut-on avancer pour soutenir qu’Il ne serait pas capable de la seconde ? Pour nier cette capacité, il faudrait également nier absolument que Dieu lui ait donné l’existence. Et celui qui peut nier cela pourrait tout aussi bien, un jour, sous l’effet d’un dérangement mental, prétendre que tous les livres du monde ont été imprimés par accident, que toutes les villes et tous les ports du monde ont été construits par accident, et qu’un accident s’est produit grâce auquel toutes les usines ont été fabriquées et se sont mises à fonctionner d’elles-mêmes. En réalité, la création de l’homme, la constitution de son corps, l’apparition en lui de la force et de l’aptitude à agir, ainsi que son existence en tant qu’être vivant, constituent une œuvre bien plus difficile que toutes celles que l’homme a réalisées et réalise dans le monde. Si une œuvre aussi complexe et difficile peut se poursuivre pendant des millions d’années, avec sagesse, proportion et organisation, comme le résultat d’un accident, alors y a-t-il une seule chose qu’un insensé puisse ne pas qualifier d’accident ? (90)

­ بَلْ عَجِبُوا أَنْ جَاءَهُمْ مُنْذِرٌ مِنْهُمْ فَقَالَ الْكَافِرُونَ هَذَا شَيْءٌ عَجِيبٌ – أَإِذَا مِتْنَا وَكُنَّا تُرَابًا ذَلِكَ رَجْعٌ بَعِيدٌ – قَدْ عَلِمْنَا مَا تَنْقُصُ الْأَرْضُ مِنْهُمْ وَعِنْدَنَا كِتَابٌ حَفِيظٌ-( ق-2-4)

—Bien plus, ce qui leur a paru étonnant, c’est qu’un avertisseur issu d’eux-mêmes soit venu les avertir. Les négateurs dirent alors : « Quelle chose extraordinaire ! Lorsque nous serons morts et que nous serons mêlés à la terre, serons-nous ensuite ressuscités ? Ce retour à la vie dépasse l’entendement. » Pourtant, Nous savons tout ce que la terre consume de leurs corps, et auprès de Nous se trouve un Livre où toute chose est conservée. (Qâf : 2-4)

Leur première étonnement portait sur le fait qu’un homme semblable à eux, issu de leur propre peuple, prétendît : « Je suis venu vous avertir de la part de Dieu. » Ce qui leur parut ensuite encore plus étonnant, c’est que l’avertissement qu’il leur adressait annonçait que tous les hommes seraient ramenés à la vie après leur mort, puis réunis et présentés devant le tribunal de Dieu. Après que leurs actes y auraient été examinés, ils recevraient récompense ou châtiment. Puis il fut dit que, si ces gens ne pouvaient comprendre cela avec leur intelligence et leur raison, il fallait l’attribuer à l’étroitesse de leur esprit. Cela n’impliquait nullement que la connaissance et la puissance de Dieu fussent limitées. Ils pensent que, depuis les débuts de l’humanité jusqu’à la Résurrection, les parties des corps d’innombrables personnes mortes sont dispersées et disséminées dans la terre, et continueront à l’être à l’avenir, de sorte qu’il serait absolument impossible de les rassembler. Mais la réalité est que Dieu connaît directement chaque partie, où qu’elle se trouve et sous quelque forme qu’elle existe. De plus, leur relevé complet est conservé dans les registres de Dieu, dont pas même la plus infime partie n’a été omise. Lorsque l’ordre de Dieu sera donné, Ses anges en extraieront aussitôt chaque partie à partir de ce registre et reconstitueront pour tous les hommes exactement les corps qu’ils avaient habités durant leur vie terrestre.

Ce verset fait également partie de ceux qui exposent en détail que la vie de l’Au-delà ne sera pas seulement une vie corporelle semblable à celle que vous avez ici-bas ; au contraire, le corps de chacun sera lui aussi exactement celui qu’il avait dans ce monde. S’il n’en était pas ainsi, il serait dépourvu de sens de répondre aux négateurs que Nous savons tout ce que la terre consume de vos corps et que l’enregistrement de chacune de leurs particules existe. (91)

أَفَعَيِينَا بِالْخَلْقِ الْأَوَّلِ بَلْ هُمْ فِي لَبْسٍ مِنْ خَلْقٍ جَدِيدٍ-( ق-15)

—Étions-Nous donc incapables de créer une première fois ? Pourtant, ils doutent de la nouvelle création. (Qâf : 15)

En quelques mots, une vérité si claire et si simple fut exposée aux négateurs de l’Au-delà qu’elle resterait fermement établie dans le cœur de toute personne douée de raison. Si quelqu’un n’est pas un négateur de Dieu et n’est pas parvenu à un tel degré d’aveuglement qu’il considère l’ordre harmonieux de la nature et la naissance de l’être humain en son sein comme le simple résultat d’un accident, il n’aura d’autre choix que de reconnaître que Dieu seul nous a créés, nous et cet univers. Nous voyons cette réalité exister dans ce monde, et toutes les structures de la terre et des cieux fonctionnent sous nos yeux. Tout cela constitue la preuve éclatante que Dieu n’était pas incapable de créer cet ordre naturel. Si, ensuite, quelqu’un affirme qu’après la Résurrection ce même Dieu ne pourra pas établir un second ordre du monde ni nous recréer après notre mort, il faut dire qu’il tient un propos contraire à la raison. Si Dieu avait été incapable, Il n’aurait pas pu créer dès la première fois. Puisqu’Il a créé une première fois et que, grâce à Sa création, nous avons reçu l’existence, quelle raison raisonnable pourrait-il y avoir de penser qu’Il serait incapable de détruire ce qu’Il a créé, puis de le recréer ? (92)

L’argument de la nécessité de l’Au-delà

Le Coran ne s’est pas contenté de démontrer, par des arguments irréfutables, la possibilité de l’Au-delà. Il a également démontré que son avènement est nécessaire. Les exigences de la raison, de la justice et de la morale veulent qu’il existe un Au-delà où seront examinés tous les actes des hommes : ceux qu’ils ont accomplis depuis qu’ils ont acquis la connaissance jusqu’au moment précédant leur mort, ainsi que les effets bons ou mauvais de leurs œuvres qu’ils ont laissés derrière eux et qui continuent à influencer pendant longtemps les générations futures. Si cet examen n’a pas lieu, si les bonnes actions ne sont pas récompensées et les mauvaises actions punies, cela signifierait qu’il n’existe aucune justice de Dieu dans ce monde. L’être humain y aurait été créé inutilement et sans raison, doté de la raison, de la capacité de distinguer le bien du mal, ainsi que d’une autorité sur d’innombrables choses et sur d’autres êtres humains. Dans la vie présente de ce monde, il n’est possible ni de rendre un compte complet, ni d’établir une justice parfaite, ni d’accorder une récompense et un châtiment complets. Il faut donc nécessairement qu’il existe un second monde où tous les hommes ayant existé depuis le commencement de la création jusqu’à la Résurrection puissent être réunis au même moment ; où l’on puisse examiner tous leurs actes apparents et cachés ainsi que les conséquences qui en découlent, et déterminer la responsabilité de chacun ; et où la vie ne soit pas limitée, mais éternelle, afin que chacun puisse subir pleinement le châtiment qu’il mérite et recevoir pleinement la récompense à laquelle il a droit. Le Coran a exposé cette question de diverses manières et en détail, afin que les négateurs ne disposent d’aucun argument pour nier l’Au-delà. (93)

أَيَحْسَبُ الْإِنْسَانُ أَنْ يُتْرَكَ سُدًى-( القيامة-36)

-L’être humain pense-t-il qu’il sera laissé sans but ? (La Résurrection : 36)

En arabe, ابل سدىon appelle ainsi le chameau qui erre librement, paissant où et comme bon lui semble, sans que personne ne s’occupe de lui. C’est dans ce sens que nous employons l’expression « chameau sans bride ». Le sens du verset est donc le suivant : l’être humain se prend-il pour un chameau sans bride, au point de croire que son Créateur l’a laissé sur terre sans responsabilité ? Aucune responsabilité ne lui a-t-elle été imposée ? Rien ne lui a-t-il été interdit ? Ne viendra-t-il jamais un moment où il sera interrogé sur ses actes ? C’est également ce qui est dit ailleurs dans le Coran, où Allah le Très-Haut demandera aux mécréants, le Jour de la Résurrection :

أَفَحَسِبْتُمْ أَنَّمَا خَلَقْنَاكُمْ عَبَثًا وَأَنَّكُمْ إِلَيْنَا لَا تُرْجَعُونَ-( المؤمنون-115)

-Pensiez-vous que Nous vous avions créés en vain et que vous ne retourneriez jamais vers Nous ? (Les croyants : 115)

Dans ces deux passages, l’argument démontrant que la vie après la mort est inévitable est présenté sous forme de question. Le sens de la question est le suivant : vous considérez-vous réellement comme des animaux ? Ne voyez-vous pas clairement la différence entre eux et vous : ils n’ont reçu aucun pouvoir de distinguer le bien du mal, tandis que vous l’avez reçu ? Dans leurs actes, la question du bien et du mal moral ne se pose pas, alors qu’elle se posera nécessairement dans vos actes ? Comment avez-vous donc pu vous considérer comme étant semblables aux animaux, qui sont irresponsables et n’auront pas à rendre de comptes ? On peut comprendre pourquoi les animaux ne seront pas ressuscités une seconde fois : ils n’ont fait que satisfaire les exigences de leur instinct naturel, sans élaborer une philosophie par leur intelligence, ni fonder une religion, ni faire de quelqu’un leur dieu, ni se faire eux-mêmes le dieu de quiconque. Ils n’ont accompli aucun acte que l’on puisse qualifier de bon ou de mauvais. Ils n’ont établi aucune tradition bonne ou mauvaise dont l’influence se serait perpétuée de génération en génération. Dès lors, s’ils meurent et disparaissent, cela peut se concevoir. Car aucune responsabilité ne leur incombe au sujet de leurs actes, qui nécessiterait de les ressusciter afin de les interroger. Mais comment pouvez-vous échapper à la vie après la mort ? Car, jusqu’à votre mort, vous ne cessez d’accomplir des actes moraux dont votre conscience vous indique s’ils sont bons ou mauvais et s’ils méritent récompense ou châtiment. À vos yeux, un homme qui a tué un innocent et qui, aussitôt après, a été victime d’un accident devrait-il échapper tranquillement à toute sanction, et la victime ne devrait-elle recevoir aucune compensation pour cette injustice ? Votre conscience affirme-t-elle sans hésitation, au sujet de celui qui a semé sur terre les graines du désordre et de la dépravation, dont les conséquences ont continué à être subies par les hommes pendant plusieurs siècles, qu’il devrait, comme les insectes, mourir et disparaître, sans être ressuscité pour répondre de ses méfaits, qui ont détruit la vie d’innombrables personnes ? Celui qui passe toute sa vie dans les épreuves et les malheurs serait-il lui aussi, à vos yeux, une créature semblable aux insectes ? (94)

لَا أُقْسِمُ بِيَوْمِ الْقِيَامَةِ – وَلَا أُقْسِمُ بِالنَّفْسِ اللَّوَّامَةِ-( القيامة-1-2)

-Non ! Je jure par le Jour de la Résurrection, et non ! Je jure par l’âme qui se blâme. Autrement dit, votre idée selon laquelle la Résurrection n’aura pas lieu est erronée. Je jure par la Résurrection et par l’âme qui se blâme : la Résurrection aura certainement lieu.

Ici, Allah — exalté soit-Il — n’a pas indiqué pour quelle raison Il a juré par le Jour de la Résurrection et par l’âme qui blâme, car la phrase suivante l’explique. Il jure pour affirmer qu’Allah — exalté soit-Il — fera renaître l’être humain après sa mort et qu’Il en est parfaitement capable. La question est donc la suivante : pour quelle raison logique ces deux choses ont-elles été prises comme objet de serment ? Pour les esprits réfléchis, cette justification était alors claire ; elle l’est aujourd’hui bien davantage.

Prenons précisément le Jour de la Résurrection. La raison pour laquelle Allah jure par lui est que son avènement est inéluctable. L’organisation de l’ensemble de l’univers témoigne du fait qu’elle n’est ni sans commencement ni éternelle. Sa nature même indique qu’elle n’a pas toujours existé et qu’elle ne subsistera pas toujours. Même autrefois, la raison humaine ne disposait d’aucun argument solide en faveur de l’idée absurde que ce monde en perpétuel changement puisse être sans commencement et sans fin. Mais plus la connaissance humaine de ce monde s’accroît, plus il devient certain pour l’homme que cet univers a un commencement, avant lequel il n’existait pas, et qu’il a nécessairement aussi une fin, après laquelle il n’existera plus. C’est sur cette base qu’Allah — exalté soit-Il — a juré par le Jour de la Résurrection lui-même pour affirmer qu’il aura lieu. C’est comme lorsque nous jurons par la vie d’une personne qui doute de sa propre existence en lui disant : « Par ta vie, tu existes. » Autrement dit, ton existence elle-même témoigne du fait que tu existes.

Cependant, le serment par le Jour de la Résurrection prouve seulement qu’un jour l’ordre de l’univers sera démantelé et réduit en poussière. Reste la question de la résurrection des êtres humains : ils devront rendre compte de leurs actes et recevoir la récompense ou le châtiment correspondant à leurs bonnes ou mauvaises actions. C’est pour cela qu’un second serment a été prêté par l’âme qui blâme. Il n’existe personne au monde qui soit dépourvu de conscience morale. Dans cette conscience se trouve nécessairement un sentiment du bien et du mal. Aussi égaré et dévoyé qu’il soit, l’être humain est forcément retenu par sa conscience de commettre certaines mauvaises actions et de s’abstenir de certaines bonnes actions. Que les critères du bien et du mal qu’il a établis soient justes ou non, cela prouve précisément que l’homme n’est pas un simple animal, mais un être moral. Il possède naturellement la faculté de distinguer le bien du mal. Il se considère lui-même comme responsable de ses bonnes et de ses mauvaises actions. Ainsi, même s’il parvient à étouffer le reproche de sa conscience et à éprouver de la satisfaction pour le tort qu’il a causé à autrui, lorsque quelqu’un lui fait subir un tort, son esprit réclame intérieurement que celui qui lui a fait cette injustice soit certainement châtié. Si l’existence, chez l’être humain, d’une telle âme qui blâme — le nafs al-lawwama — est une réalité indéniable, alors il est également indéniable que ce nafs al-lawwama constitue un témoignage en faveur de la vie après la mort, témoignage présent dans la nature même de l’homme. En effet, l’exigence de la nature humaine selon laquelle l’homme est responsable de ses bonnes et de ses mauvaises actions et doit nécessairement en recevoir récompense ou châtiment ne peut être satisfaite sans une vie après la mort. Aucun homme doué de conscience ne peut nier que si l’être humain disparaissait après sa mort, il serait privé de la récompense de nombreuses bonnes actions et échapperait au châtiment pleinement équitable de nombreuses injustices qu’il aurait commises. C’est pourquoi, tant que l’homme n’aura pas accepté cette absurdité selon laquelle l’être humain doué de conscience est né dans un univers dépourvu de sens, et que l’être moral est né dans un monde qui, dans ses fondements mêmes, ne comporte aucune moralité dans l’ensemble de son organisation, il ne pourra nier la vie après la mort. De même, la doctrine de la réincarnation ne répond pas à cette exigence de la nature. Car si l’homme renaissait encore et encore dans ce monde afin de recevoir le châtiment ou la récompense de ses actes moraux, il accomplirait à chaque naissance de nouveaux actes moraux qui appelleraient à leur tour un nouveau châtiment ou une nouvelle récompense ; au lieu de régler son compte dans cette succession sans fin, son compte ne ferait que s’accroître. L’exigence de la nature ne peut donc être satisfaite qu’à la condition que l’homme n’ait dans ce monde qu’une seule vie, puis qu’après la destruction de toute l’humanité survienne une seconde vie, dans laquelle ses actes seront dûment évalués et où il recevra le châtiment ou la récompense complets. (95)

وَمَا خَلَقْنَا السَّمَاءَ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا بَاطِلًا ذَلِكَ ظَنُّ الَّذِينَ كَفَرُوا فَوَيْلٌ لِلَّذِينَ كَفَرُوا مِنَ النَّارِ – أَمْ نَجْعَلُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ كَالْمُفْسِدِينَ فِي الْأَرْضِ أَمْ نَجْعَلُ الْمُتَّقِينَ كَالْفُجَّارِ-(ص-27-28)

— Nous n’avons pas créé sans raison les cieux, la terre et le monde qui se trouve entre eux. C’est là l’opinion de ceux qui mécroient. Malheur donc aux mécréants à cause du Feu de l’Enfer. Traiterons-nous de la même manière ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres et ceux qui sèment la corruption sur la terre ? Traiterons-nous les pieux comme les libertins ? (Sâd : 27-28)

Autrement dit, Nous n’avons pas créé cet univers comme un simple objet de jeu, dépourvu de sagesse, de but, de justice, et où aucune conséquence ne se manifesterait pour les bonnes ou les mauvaises actions. L’être humain n’y a pas été abandonné comme un chameau sans entraves, et ce monde n’est pas un royaume où chacun ferait ce qui lui plaît sans jamais avoir à rendre de comptes. Celui qui refuse de croire à la récompense et au châtiment et s’imagine que les hommes, bons ou mauvais, finiront tous par mourir et se mêler à la poussière, que personne ne sera interrogé et que nul ne subira les conséquences de ses bonnes ou mauvaises actions, considère en réalité le monde comme un jeu et son Créateur comme un joueur. Selon lui, le Créateur de l’univers a accompli une œuvre vaine en créant le monde et l’être humain qui s’y trouve. Mais, en réalité, vous paraît-il raisonnable que le bien et le mal deviennent équivalents ? Vous paraît-il acceptable qu’une personne ne reçoive aucune récompense pour une bonne action ni aucun châtiment pour une mauvaise action ? Il est évident que s’il n’y avait pas d’au-delà, si Allah ne demandait aucun compte et si les actes humains ne recevaient ni récompense ni châtiment, alors la sagesse et la justice d’Allah — exalté soit-Il — n’existeraient pas. L’ensemble de l’ordre de l’univers serait dès lors nécessairement livré au chaos. Sur la base d’une telle conception, il ne resterait dans le monde aucun encouragement à faire le bien ni aucun frein empêchant les injustices. Si la divinité de Dieu — à Allah ne plaise — était dépourvue d’un tel discernement, alors serait extrêmement insensé celui qui, dans ce monde, mènerait lui-même une vie vertueuse au prix de nombreuses souffrances et œuvrerait à la réforme et à l’amélioration de l’humanité. Et serait intelligent celui qui profiterait de circonstances favorables pour commettre des excès et jouir de la vie par toutes sortes d’injustices et de péchés. (96)

زَعَمَ الَّذِينَ كَفَرُوا أَنْ لَنْ يُبْعَثُوا قُلْ بَلَى وَرَبِّي لَتُبْعَثُنَّ ثُمَّ لَتُنَبَّؤُنَّ بِمَا عَمِلْتُمْ وَذَلِكَ عَلَى اللَّهِ يَسِيرٌ-(التغابن-7)

—Les négateurs déclarèrent haut et fort qu’ils ne seraient en aucun cas ressuscités après leur mort. Dis-leur : « Non ! Par mon Seigneur, vous serez certainement ressuscités, puis on vous informera assurément de tout ce que vous avez fait dans le monde. Et cela est très facile pour Allah. » (At-Taghabun : 7)

Bien qu’auparavant aucun négateur de l’au-delà n’ait disposé d’un moyen de savoir qu’il n’existe pas de seconde vie après la mort, et qu’il n’en dispose pas davantage aujourd’hui, ces insensés n’en ont pas moins toujours proclamé cette prétention à grands cris. Pourtant, ils ne possèdent aucun fondement ni rationnel ni intellectuel pour le nier avec certitude.

En réponse à leurs propos, Allah dit à Son Prophète : « Jure par Moi et dis-leur qu’ils seront certainement ressuscités et qu’on leur fera assurément savoir ce qu’ils ont fait sur terre. » C’est le troisième passage du Coran où Allah ordonne à Son Prophète de dire aux gens, en jurant par leur Seigneur, qu’une telle chose aura certainement lieu. Le premier se trouve dans la sourate Yûnus : « Ils demandent : “Est-ce réellement vrai ?” Dis : “Oui, par mon Seigneur, c’est assurément vrai, et vous ne pourrez pas Nous en empêcher.” » (verset 53)

Puis, dans la sourate Saba, il est dit : « Les négateurs disent : “Qu’a-t-il donc à se passer pour que l’Heure ne s’abatte pas sur nous ?” Dis : “Par mon Seigneur, elle s’abattra certainement sur vous.” »

La question est maintenant la suivante : que vous annonciez à un négateur de l’au-delà la nouvelle de l’au-delà en jurant, ou sans jurer, quelle différence cela fait-il ? Puisqu’il ne reconnaît déjà pas cette réalité, pourquoi reconnaîtrait-il simplement que vous la lui affirmez sous serment ? La réponse est que, premièrement, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’adressait à des gens qui, sur la base de leur propre connaissance et de leur expérience, savaient qu’aucun mensonge n’était jamais sorti de sa bouche au cours de sa vie. Aussi calomniassent-ils leur adversaire autant qu’ils le voulaient en public, ils ne pouvaient absolument pas concevoir intérieurement qu’un homme aussi véridique puisse jamais jurer par Dieu au sujet d’une chose dont il n’avait pas la pleine conviction qu’elle était vraie. Deuxièmement, il ne se contentait pas d’exposer la croyance en l’au-delà ; il en présentait au contraire des preuves et des arguments extrêmement rationnels. Mais ce qui distingue le Prophète du non-prophète, c’est que tout l’avantage qu’un non-prophète peut tirer des arguments puissants qu’il avance en faveur de l’au-delà se réduit au mieux à ceci : il peut considérer son existence comme plus probable que son inexistence. En revanche, la position du Prophète est bien supérieure à celle d’un philosophe. Sa véritable dignité ne consiste pas à être parvenu, au moyen d’arguments conformes à la raison, à la conclusion que l’au-delà devrait exister. Elle consiste plutôt en ce qu’il sait que l’au-delà aura lieu et affirme avec une conviction ferme qu’il aura certainement lieu. C’est pourquoi seul un Prophète peut jurer en disant cela. Un philosophe ne peut jurer sur aucune de ses affirmations. Et la foi en l’au-delà ne peut naître qu’après l’exposé d’un Prophète. Le raisonnement du philosophe ne possède pas en lui-même la force de faire de l’au-delà un article de sa propre foi, même pour le philosophe lui-même, à plus forte raison pour autrui. Si le philosophe est doué d’une pensée juste, il ne peut pas dire davantage que : cela devrait être ainsi ; tandis que « cela aura certainement lieu » est une affirmation que seul un Prophète peut prononcer.

Ensuite, il n’a pas seulement été dit sous serment qu’après votre mort vous serez ressuscités. Il a également été dit qu’à ce moment-là, on vous informera certainement de tout ce que vous avez fait dans le monde. Voilà le véritable objectif pour lequel l’humanité sera ressuscitée une seconde fois après la mort. Et la réponse à la question de savoir pourquoi cela est nécessaire se trouve déjà là. Il est vrai que, dans la juste nature de l’univers, la créature humaine a reçu la liberté de choisir entre la mécréance et la foi. Celui à qui l’on a accordé ici-bas la liberté d’utiliser de nombreuses choses et qui, en adoptant la voie de la mécréance ou celle de la foi, a employé cette liberté toute sa vie de manière juste ou erronée, assumant ainsi la responsabilité de nombreuses œuvres bénéfiques ou nuisibles, il serait tout à fait déraisonnable de penser qu’après avoir accompli tout cela, il n’est pas nécessaire que le bien et le mal produisent leurs conséquences et qu’il ne doit en aucun cas arriver un moment où ses actes puissent être examinés et évalués. Celui qui tient un tel propos absurde commet nécessairement l’une de deux sottises. Soit il pense que cet univers est certes une réalité pleine de sagesse, mais qu’un être doué de libre arbitre, comme l’être humain, y a été abandonné sans responsabilité. Soit il pense qu’il s’agit d’un royaume de la création livré au désordre, derrière lequel aucune sagesse n’était à l’œuvre. La première conception est contradictoire en elle-même, car, dans un univers empreint de sagesse, l’absence de responsabilité d’un être doué de libre arbitre est contraire à la sagesse et à la justice. Quant à la seconde conception, il ne peut en fournir aucune analyse rationnelle expliquant comment, dans une création désordonnée et dépourvue de sagesse, a pu exister une créature douée de conscience comme l’être humain. Et d’où lui est venue l’idée de la justice ? L’émergence de la conscience à partir de l’absence de conscience et la naissance de l’idée de justice à partir de l’injustice sont des choses dont le défenseur peut être un entêté, ou quelqu’un qui, à force de philosopher, a été atteint d’une maladie mentale.

Il est ensuite dit qu’une telle chose est très facile pour Allah. Voilà le deuxième argument en faveur de l’au-delà. Le premier argument établissait la nécessité de l’au-delà, tandis que celui-ci établit sa possibilité : pour Celui à qui il n’est pas difficile d’avoir établi l’immense organisation de l’univers, comment serait-il difficile de créer l’être humain une seconde fois, de le présenter devant Lui et de lui demander des comptes ? (97)

إِنَّ هَؤُلَاءِ لَيَقُولُونَ – إِنْ هِيَ إِلَّا مَوْتَتُنَا الْأُولَى وَمَا نَحْنُ بِمُنْشَرِينَ – فَأْتُوا بِآبَائِنَا إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ – أَهُمْ خَيْرٌ أَمْ قَوْمُ تُبَّعٍ وَالَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ أَهْلَكْنَاهُمْ إِنَّهُمْ كَانُوا مُجْرِمِينَ – وَمَا خَلَقْنَا السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا لَاعِبِينَ – مَا خَلَقْنَاهُمَا إِلَّا بِالْحَقِّ وَلَكِنَّ أَكْثَرَهُمْ لَا يَعْلَمُونَ – إِنَّ يَوْمَ الْفَصْلِ مِيقَاتُهُمْ أَجْمَعِينَ-(الدخان-34-40)

-Ces gens disent : « Il n’y a rien d’autre que notre première mort. Ensuite, nous ne serons pas ressuscités une seconde fois. Si tu es véridique, fais donc revenir nos ancêtres morts. »

Sont-ils meilleurs, ou bien le peuple de Tubba‘, ou ceux qui les ont précédés ? Nous les avons anéantis parce qu’ils étaient des pécheurs. Nous n’avons pas créé les cieux, la terre et ce qui se trouve entre eux pour nous divertir. Nous les avons créés avec vérité. Mais la plupart des gens ne savent pas. Le moment fixé pour leur résurrection sera le Jour de la Décision. (Ad-Dukhân : 34-40)

Les mécréants soutenaient que, lorsqu’ils mourraient une première fois, tout serait fini pour eux et qu’il n’y aurait ensuite plus aucune vie. Les mots « première mort » n’impliquent pas nécessairement qu’il y aura ensuite une seconde mort.

Lorsque nous disons qu’un tel homme a eu son premier enfant, il n’est pas nécessaire, pour que cette affirmation soit vraie, qu’il ait ensuite obligatoirement un deuxième enfant. Il suffit qu’il n’ait eu aucun enfant auparavant. C’est pourquoi les mécréants n’employaient pas les mots « première mort » dans le sens où il y aurait ensuite une vie et une seconde mort. Ils considéraient la première mort comme la seule et la dernière. Leur argument était le suivant : « Puisque nous n’avons jamais vu personne être ressuscité une seconde fois après sa mort, nous sommes fermement convaincus qu’il n’y aura pas de seconde vie après la mort. Si vous prétendez qu’il y aura une seconde vie, faites sortir nos ancêtres de leurs tombes afin que nous croyions à la vie après la mort. Si vous ne pouvez pas le faire, nous comprendrons que votre prétention est sans fondement. »

Cela leur paraissait donc une preuve irréfutable contre la vie après la mort. Pourtant, c’était totalement dépourvu de sens. Qui leur avait dit que celui qui était mort reviendrait dans ce monde après avoir reçu une seconde vie ? Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ou un quelconque musulman, a-t-il jamais prétendu pouvoir ressusciter les morts ?

La première réponse à leur objection fut que ces gens ne valent pas mieux que le peuple de Tubba‘ [Tubba‘ était le titre des rois de la tribu de Himyar. Ils prirent le pouvoir au Yémen en 115 avant J.-C. et y régnèrent jusqu’en 300 après J.-C. — L’auteur]. Nous les avons pourtant anéantis à cause de leurs péchés. En d’autres termes, le sens de cette réponse était que nier l’Au-delà est une chose qui ne peut manquer de rendre pécheur tout individu, tout groupe ou toute nation. La décadence morale en est la conséquence inévitable, et l’histoire de l’humanité témoigne que toute nation ayant adopté cette conception de la vie a fini par être détruite. Les mécréants de La Mecque n’avaient pas atteint l’influence, la puissance et le développement que le peuple de Tubba‘, ainsi que les Sabéens, le peuple de Pharaon et d’autres nations avant eux, avaient atteints. Mais quand un tel développement matériel et une telle influence terrestre ont-ils jamais pu les préserver des conséquences de la décadence morale, pour que ceux-ci puissent s’en préserver avec des ressources et des moyens si limités ?

La deuxième réponse à leur objection fut que quiconque nie la vie après la mort ainsi que la récompense et le châtiment de l’Au-delà considère en réalité l’ordre de cet univers comme un jouet et son Créateur comme un enfant ignorant. C’est sur cette base qu’il est parvenu à la conclusion qu’après avoir semé toutes sortes de désordres sur terre, l’être humain finirait un jour par se fondre tout simplement dans la poussière, sans qu’aucune conséquence ne résulte de ses bonnes ou de ses mauvaises actions. En réalité, cet univers n’est pas l’œuvre d’un amuseur, mais celle d’un Créateur, et il n’est pas concevable qu’un être sage accomplisse une œuvre vaine. Cet argument a été exposé à différents endroits du Coran en réponse au déni de l’Au-delà.

Reste leur revendication : « Faites revenir nos ancêtres, si vous êtes véridiques. » Il leur fut répondu que la vie après la mort n’est pas un divertissement, au point que, dès que quelqu’un la nie, un mort serait sorti de sa tombe et placé devant lui. À cette fin, le Seigneur des mondes a fixé un moment où Il donnera une seconde vie à tous les premiers et aux derniers, les réunira devant Son tribunal et proclamera le verdict de leur procès. Que vous y croyiez ou non, cela aura lieu au moment fixé. Si vous y croyez, vous n’agirez que dans votre propre intérêt, car vous pourrez ainsi, en vous tenant sur vos gardes à temps, vous préparer à réussir devant ce tribunal. Ou bien avez-vous certainement tout ce que vous désirez ? Ou bien avez-vous reçu de Notre part une promesse et un engagement obligatoires jusqu’au Jour de la Résurrection, vous garantissant que tout ce que vous dites vous sera accordé ? Demande-leur : lequel d’entre vous en est responsable ? Ou bien ont-ils des associés désignés qui se sont chargés de cette responsabilité ? Qu’ils fassent donc venir ces associés, s’ils sont véridiques. (Al-Qalam : 35-41)

À La Mecque, les chefs disaient aux musulmans : « Les bienfaits dont nous jouissons ici-bas sont le signe que notre Seigneur nous aime. Et la situation misérable dans laquelle vous vous trouvez prouve que vous êtes frappés de Sa disgrâce. Donc, s’il existe vraiment une vie dernière, comme vous le dites, nous y vivrons également dans la joie, tandis que le châtiment vous atteindra, et non nous. » En réponse, il fut dit : il est contraire à la raison que Dieu ne fasse aucune différence entre celui qui Lui obéit et le criminel. Comment avez-vous pu comprendre que le Créateur de cet univers est un roi aveugle, qui ne verra pas qui, ici-bas, a obéi à Ses ordres et s’est abstenu du mal, et qui, se sentant à l’abri de Lui, a commis toutes sortes de péchés, d’injustices et de persécutions ? Vous avez certes vu la situation misérable des croyants et votre propre bonheur et tranquillité. Mais vous n’avez pas vu la différence entre votre caractère et vos actes et les leurs, et vous avez déclaré sans la moindre hésitation qu’auprès de Dieu, les obéissants seraient traités comme les criminels et que des criminels comme vous recevraient le Paradis. Sur quelle base avez-vous affirmé cela ? Avez-vous auprès de vous un Livre de Dieu dans lequel cette chose serait écrite ? Ou bien avez-vous conclu un pacte avec Dieu ? Si tel est le cas, qui parmi vous peut se présenter et prétendre qu’Allah a pris un tel engagement ? En réalité, les affirmations que vous avancez en votre faveur n’ont aucun fondement. Elles sont également contraires à la raison. Vous ne pourrez montrer qu’une telle chose est écrite dans aucun Livre de Dieu. Aucun d’entre vous ne pourra non plus prétendre avoir obtenu de Dieu une telle promesse. Et vous ne pourrez faire témoigner aucune des divinités que vous avez établies comme dieux qu’elle se chargera, auprès de Dieu, de vous faire entrer au Paradis. D’où vous vient donc cette conception erronée ? (101)

وَإِذَا الْمَوْءُودَةُ سُئِلَتْ – بِأَيِّ ذَنْبٍ قُتِلَتْ-(التكوير-8-9)

« Et lorsque la fillette enterrée vivante sera interrogée : pour quel crime a-t-elle été tuée ? (At-Takwir : 8-9)

La formulation de ce verset exprime une colère si violente qu’il est impossible d’en concevoir une plus grande. Le Jour de la Résurrection, les parents qui auront enterré leur fille vivante seront si odieux aux yeux d’Allah qu’ils ne seront pas interpellés en ces termes : « Pourquoi avez-vous tué cette enfant innocente ? » Au contraire, le regard se détournera d’eux pour s’adresser à l’enfant innocente : « Malheureuse, pour quel crime as-tu été tuée ? » Elle racontera son histoire et dira quelles injustices ses parents tyranniques lui ont infligées et comment ils l’ont enterrée sous terre pour la tuer. En outre, deux considérations majeures ont été intégrées dans ce bref verset ; au lieu d’être exprimées par des mots, elles se manifestent spontanément dans sa manière de présenter les choses. La première est qu’il a éveillé chez les Arabes le sentiment que la Jahiliya les avait plongés dans un abîme si profond de déchéance morale qu’ils enterraient de leurs propres mains leurs enfants vivants. Malgré cela, ils s’obstinaient à rester attachés à cette Jahiliya et refusaient la réforme que le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) voulait apporter à leur société déformée et dépravée. La seconde est qu’il fournit une preuve évidente de la nécessité absolue de la vie dernière. L’enfant enterrée vivante doit nécessairement trouver quelque part réparation du tort qui lui a été infligé. Et ceux qui ont commis cette injustice doivent eux aussi connaître un moment où ils seront interrogés sur cette atrocité. Dans le monde, personne n’était là pour entendre la plainte de la fillette enterrée. Dans la société de la Jahiliya, cet acte inhumain n’était même pas considéré comme un acte illégal qu’il fallait empêcher. Ni les parents n’en éprouvaient de honte, ni personne dans la famille ne les réprimandait. Dans la société, il n’y avait pas non plus quelqu’un capable de les arrêter. Alors, dans le royaume de Dieu, cette immense injustice restera-t-elle elle aussi sans réparation ? (102)

Les conséquences morales du déni de la vie dernière

En présentant des arguments et des preuves extrêmement solides concernant la possibilité et la nécessité de la vie dernière, le Noble Coran affirme également que seule la croyance en la vie dernière permet de maintenir le caractère et le comportement humains sur des bases morales justes et solides. Sans elle, rien ne pourrait retenir l’être humain de l’injustice, de la tyrannie, de la dépravation et du péché, de la violation des engagements, de l’appropriation illégitime des biens d’autrui, des mauvaises actions et de bien d’autres choses encore. En effet, quels que soient les arguments qu’ils déploient verbalement, les négateurs de la vie dernière montrent par leurs actes réels qu’ils désirent en réalité la liberté de vivre sans frein moral et qu’ils nient la vie dernière afin de préserver cette liberté. Le Coran a également identifié les différentes formes de dépravation morale qui s’étaient généralement répandues dans la société arabe. Puis il pose aux gens cette question : ces actes répréhensibles auraient-ils encore été commis si l’on avait éveillé en eux le sentiment qu’un jour ils comparaîtraient devant Dieu et devraient rendre compte de chacun de leurs actes ? (103)

أَيَحْسَبُ الْإِنْسَانُ أَلَّنْ نَجْمَعَ عِظَامَهُ – بَلَى قَادِرِينَ عَلَى أَنْ نُسَوِّيَ بَنَانَهُ – بَلْ يُرِيدُ الْإِنْسَانُ لِيَفْجُرَ أَمَامَهُ-(القيامة-3-5)

En l’acceptant, ils ne feront que se nuire à eux-mêmes. Car ils passeront toute leur vie dans la fausse conception que tout ce qui est bien ou mal se limite à ce monde. Après la mort, il n’y aura aucun jugement qui fasse apparaître une conséquence durable de nos bonnes ou mauvaises actions. (98)

أَمْ حَسِبَ الَّذِينَ اجْتَرَحُوا السَّيِّئَاتِ أَنْ نَجْعَلَهُمْ كَالَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ سَوَاءً مَحْيَاهُمْ وَمَمَاتُهُمْ سَاءَ مَا يَحْكُمُونَ- وَخَلَقَ اللَّهُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ بِالْحَقِّ وَلِتُجْزَى كُلُّ نَفْسٍ بِمَا كَسَبَتْ وَهُمْ لَا يُظْلَمُونَ(الجاثية-21-22)

Ceux qui ont commis l’injustice et la transgression pensent-ils que Nous les traiterons de la même manière que ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres, de sorte que leur vie et leur mort soient identiques ? Quel mauvais jugement ont-ils porté ! Allah a créé les cieux et la terre avec vérité. Et Il les a créés afin que chacun soit rétribué selon ce qu’il a accompli et que personne ne soit lésé. (Al-Jâthiya : 21-22)

Voici l’argument moral en faveur de la réalité de l’au-delà. La distinction entre le bien et le mal en morale, et entre le péché et la vertu dans les actes, exige nécessairement que le sort des gens vertueux et celui des gens immoraux ne soient pas identiques. Au contraire, que les gens vertueux reçoivent la récompense de leurs bonnes actions et les gens immoraux celle de leurs mauvaises actions. S’il n’en était pas ainsi, et si la rétribution du péché et de la vertu était la même, la distinction entre le bien et le mal en morale deviendrait totalement dépourvue de sens. Ce serait aussi accuser Allah d’injustice. Ceux qui suivent ici-bas la voie des mauvaises actions souhaitent évidemment qu’il n’y ait ni châtiment ni récompense. Car cette croyance entrave leur vie de jouissance. Mais il serait contraire à la sagesse et à la justice du Créateur et du Maître de l’univers qu’Il traite de la même manière les gens immoraux et les gens vertueux, sans voir comment le croyant pieux a vécu et quel désordre le mécréant et le pécheur ont créé ici-bas. Un homme s’est imposé toute sa vie des restrictions morales, a constamment rendu à chacun son droit, s’est privé des avantages injustes et des plaisirs illicites, et a accepté diverses pertes par souci d’honnêteté et de véracité. D’autres ont satisfait les désirs de leurs passions par tous les moyens possibles ; ils n’ont reconnu ni les droits d’Allah ni cessé de porter atteinte aux droits des hommes, et ont obtenu et consommé de toutes les manières possibles leurs avantages et leurs plaisirs. Peut-on espérer d’Allah qu’Il néglige cette différence entre la vie de ces deux catégories de personnes ? Si, après la mort, leur sort était identique alors que leur vie ne l’avait pas été jusqu’à la mort, quelle injustice plus grande pourrait-il y avoir dans la divinité d’Allah ?

Il est ensuite dit que la création de la terre et des cieux n’est pas un jeu, mais une organisation conçue selon un dessein et empreinte de sagesse. Dans une telle organisation, il est inconcevable que les hommes qui ont correctement utilisé les pouvoirs et les moyens accordés par Allah et ont accompli de bonnes œuvres, et ceux qui, les ayant employés de manière erronée, ont commis injustice et corruption, meurent finalement tous deux, soient réduits en poussière et qu’il n’y ait aucune seconde vie après la mort, où leurs bonnes et mauvaises actions recevraient, selon la justice, leurs bonnes et mauvaises conséquences. S’il en était ainsi, cet univers serait le jouet d’un joueur et non une organisation dotée d’un dessein, créée par un Être sage. (99)

Les versets 21 à 23 de la sourate Al-Jâthiya exposent clairement cette vérité : ceux qui nient l’au-delà sont les gens qui veulent être esclaves de leurs passions et considèrent la foi en l’au-delà comme un obstacle à cette liberté. Puis, lorsqu’ils nient l’au-delà, leur asservissement à leurs passions s’accroît encore et ils s’enfoncent chaque jour davantage dans leur égarement. Il n’y a aucune transgression dont ils s’abstiennent. Ils n’hésitent pas à usurper le droit de quiconque. Lorsqu’une occasion d’injustice ou d’excès se présente à eux, on ne peut espérer qu’ils s’en abstiennent par respect de la vérité et de la justice dans leur cœur. Ils voient sous leurs yeux les événements dont l’homme peut tirer une leçon. Mais ils en tirent la conclusion inverse : ce qu’ils font est juste et c’est donc ce qu’ils doivent faire. Aucune bonne parole ne leur est acceptable. Un argument qui pourrait détourner quelqu’un du mal n’éveille en eux aucun écho. Au contraire, ils recherchent toutes sortes d’arguments en faveur de leur liberté sans frein. Leur esprit ne songe pas à une bonne réflexion, mais à satisfaire par n’importe quel moyen les désirs de leurs passions. Cela prouve que nier l’au-delà est la cause de la destruction du caractère humain. Ce qui peut maintenir l’homme dans les limites de l’humanité, c’est seulement le sentiment que nous ne sommes pas irresponsables, mais que nous devrons rendre compte à Allah de chacun de nos actes. Sans ce sentiment, même quelqu’un qui serait un grand savant pourrait adopter le comportement le plus abject. (100)

أَفَنَجْعَلُ الْمُسْلِمِينَ كَالْمُجْرِمِينَ – مَا لَكُمْ كَيْفَ تَحْكُمُونَ – أَمْ لَكُمْ كِتَابٌ فِيهِ تَدْرُسُونَ – إِنَّ لَكُمْ فِيهِ لَمَا تَخَيَّرُونَ – أَمْ لَكُمْ أَيْمَانٌ عَلَيْنَا بَالِغَةٌ إِلَى يَوْمِ الْقِيَامَةِ إِنَّ لَكُمْ لَمَا تَحْكُمُونَ – سَلْهُمْ أَيُّهُمْ بِذَلِكَ زَعِيمٌ – أَمْ لَهُمْ شُرَكَاءُ فَلْيَأْتُوا بِشُرَكَائِهِمْ إِنْ كَانُوا صَادِقِينَ-(القلم-35-41)

Allons-Nous traiter les gens obéissants comme les criminels ? Qu’avez-vous donc ? Quel genre de jugement portez-vous ? Avez-vous un Livre dans lequel vous lisez que

إِنَّ هَؤُلَاءِ يُحِبُّونَ الْعَاجِلَةَ وَيَذَرُونَ وَرَاءَهُمْ يَوْمًا ثَقِيلًا-(الدهر-27)

Ceux-là aiment ce qui peut être obtenu rapidement (la vie d’ici-bas) et négligent le Jour difficile qui les attend. (Al-Insân : 27)

Autrement dit, la raison pour laquelle ces mécréants qurayshites veulent, par entêtement, rester plongés dans l’égarement moral et doctrinal, et sur la base de laquelle leurs oreilles se sont fermées à l’appel du Messager d’Allah, est en réalité leur attachement à la vie d’ici-bas et leur indifférence à l’égard de l’Au-delà. C’est pourquoi la voie d’un homme véridique est tellement différente de la leur qu’aucune possibilité de compromis entre eux ne se pose. (106)

أَلْهَاكُمُ التَّكَاثُرُ – حَتَّى زُرْتُمُ الْمَقَابِرَ – كَلَّا سَوْفَ تَعْلَمُونَ – ثُمَّ كَلَّا سَوْفَ تَعْلَمُونَ – كَلَّا لَوْ تَعْلَمُونَ عِلْمَ الْيَقِينِ- لَتَرَوُنَّ الْجَحِيمَ – ثُمَّ لَتَرَوُنَّهَا عَيْنَ الْيَقِينِ – ثُمَّ لَتُسْأَلُنَّ يَوْمَئِذٍ عَنِ النَّعِيمِ-(التكاثر-1-8)

La préoccupation d’acquérir davantage que les autres les plaisirs et le bien-être de la vie d’ici-bas vous a plongés dans l’insouciance, c’est-à-dire dans l’indifférence. Jusqu’à ce que, finalement, vous atteigniez les tombes dans cette préoccupation. Non, jamais ! Vous saurez bientôt. Puis, non, jamais ! Vous saurez bientôt. Si vous connaissiez avec certitude (la conséquence de cette conduite), votre comportement ne serait pas ainsi. Ensuite, vous serez certainement interrogés au sujet de ces bienfaits. (At-Takâthur : 1-8).

الهكمLe mot لهو provient de . Son sens premier est l’indifférence. Mais, en arabe, ce terme désigne une activité qui accroît tellement l’intérêt d’une personne que, absorbée par elle, elle devient indifférente aux autres affaires importantes. Lorsque le mot est employé à partir de cette racine, il signifie qu’une indifférence t’a tellement absorbé que tu n’as plus aucune conscience des autres questions importantes. Sa préoccupation s’empare de toi, et cette absorption te rend complètement inattentif.الهكم est employé, son sens est qu’une indifférence t’a tellement absorbé que tu n’as plus aucune conscience des autres questions importantes. Sa préoccupation s’empare de toi, et cette absorption te rend complètement inattentif.

تكاثر dérive de كثرت . Ce terme a trois significations : premièrement, les gens s’efforcent d’acquérir davantage ; deuxièmement, ils cherchent à se dépasser les uns les autres dans l’acquisition de l’abondance ; troisièmement, ils se glorifient les uns devant les autres d’avoir acquis beaucoup plus que les autres.

Ainsi, الهكم التكاثر signifie que le désir d’accumuler, c’est-à-dire de réaliser des gains excessifs, vous a tellement absorbés les uns parmi les autres qu’il vous a rendus inattentifs à des questions plus importantes que lui. Il n’est pas précisé ici, par cette expression, quelle abondance est visée ni de quoi l’on est rendu inattentif. Ici non plus, il n’est pas expliqué qui est interpellé par الهاكم . En l’absence de ces précisions, ces termes ont été employés dans un sens général. Le sens de « takâthur » n’est pas limité ; il comprend la recherche du plus grand possible de tous les avantages terrestres, des profits, des moyens de plaisir et de luxe, ainsi que des moyens de pouvoir et de puissance ; il comprend également le fait de chercher à devancer les autres dans une compétition pour obtenir ces biens et de se glorifier de leur abondance face à autrui. De même, le nombre de ceux qui sont interpellés par الهاكم n’est pas limité. Les gens de chaque époque, individuellement et collectivement, sont concernés par cette interpellation. Autrement dit, les individus comme les nations nourrissent la mentalité d’acquérir le plus possible les intérêts de la vie d’ici-bas et de chercher à progresser en les concurrençant.

De même, puisque l’expression « de quoi ils ont été rendus inattentifs » n’est pas expliquée dans الهاكم التكاثر , elle a également été employée dans un sens général. Autrement dit, l’homme s’est détourné de Dieu et du devenir dans l’Au-delà ; il s’est détourné des limites et des responsabilités morales. Il ne se préoccupe que d’accroître son niveau de vie, sans se soucier de l’abaissement du niveau de l’humanité. Il veut davantage de richesses, sans se préoccuper de la manière dont elles sont acquises. Les plaisirs, le luxe et les jouissances physiques sont pour lui les objets de désir suprêmes. Absorbé par ces plaisirs, il est devenu complètement inattentif aux conséquences possibles de cette conduite. Il ne songe qu’à réunir toujours plus de puissance, de soldats et d’armes, et ils rivalisent entre eux à ce sujet. Ils ne réfléchissent pas au fait que tout cela constitue un moyen de remplir de tyrannie et d’injustice la terre de Dieu et de détruire l’humanité. En somme, le « takâthur » revêt de nombreuses formes qui absorbent tellement les individus et les nations qu’ils ne pensent plus à rien d’autre qu’au monde et à ses plaisirs, et cette préoccupation les accapare jusqu’au moment précédant leur mort.

Après avoir mis les hommes en garde contre cette erreur, il est dit : vous vous imaginez que l’abondance des biens de ce monde et le fait de progresser en rivalisant pour les acquérir constituent le progrès et la réussite. Or cela ne peut en aucune manière être le progrès ni la réussite. Vous apprendrez très bientôt quelles en seront les funestes conséquences, et vous apprendrez quelle grande erreur c’était, celle dans laquelle vous êtes restés absorbés toute votre vie. « Très bientôt » peut aussi désigner l’au-delà. En effet, pour Celui dont le regard s’étend de toute éternité jusqu’à l’éternité, quelques milliers ou même quelques centaines de milliers d’années ne sont qu’une infime partie du temps. Mais cela peut également signifier la mort, car elle n’est éloignée d’aucun être humain. Dès la mort, il deviendra évident pour l’homme si les œuvres auxquelles il a consacré toute sa vie ont été la cause de son bonheur ou de son malheur. (107)

Puis le Coran cite lui-même quelques exemples tirés de la société arabe pour montrer quels désordres le détournement de l’au-delà a engendrés chez les hommes.

— L’homme pense-t-il que Nous ne pourrons pas rassembler ses os ? Nous sommes certes capables de reconstituer jusqu’aux articulations de ses doigts. Mais l’homme veut continuer à commettre le mal à l’avenir. (Al-Qiyâmah : 3-5)

Dans les deux premiers versets, une réponse est apportée aux négateurs, qui disaient : comment est-il possible que les parties du corps de ceux dont la mort remonte à des milliers d’années, dont les moindres fragments corporels se sont mêlés à la terre et y ont disparu, dont les os, réduits en poussière, se sont dispersés on ne sait où, dont certains sont morts brûlés par le feu, d’autres ont été dévorés par des bêtes féroces et d’autres encore se sont noyés dans la mer pour devenir la nourriture des poissons, soient de nouveau rassemblées, et que chaque homme redevienne exactement le même homme qu’il était dix ou vingt mille ans auparavant ? Allah a donné à cette question une réponse extrêmement logique et extrêmement puissante, sous la forme de cette brève interrogation : « L’homme pense-t-il que Nous ne pourrons pas rassembler ses os ? » Autrement dit, si l’on vous avait dit que ces parties dispersées du corps se rassembleraient d’elles-mêmes à un moment donné et que vous ressusciteriez spontanément avec ce corps, il aurait certes été compréhensible que cela vous paraisse impossible. Mais on vous avait dit que cette œuvre ne se ferait pas d’elle-même : c’est Allah qui l’accomplirait. Pensez-vous donc réellement que le Créateur de l’univers, que vous reconnaissez vous-mêmes comme le Créateur, soit incapable de l’accomplir ? Voilà une question à laquelle, à cette époque comme aujourd’hui, aucune personne qui reconnaît Allah comme Créateur ne pouvait ni ne peut répondre qu’Allah, même s’Il voulait accomplir cette œuvre, en serait incapable. Si un insensé tient un tel propos, on peut lui demander : comment Allah, dont tu dis qu’Il ne pourra pas rassembler ces éléments, a-t-Il créé le corps dans lequel tu existes aujourd’hui, en réunissant ses innombrables parties provenant de l’air, de l’eau, de la terre et de je ne sais combien d’endroits ? Puis il est dit : pourquoi ne serions-Nous pas capables de reconstruire ton corps en rassemblant ses grands os ? Nous sommes même capables de reconstituer les parties les plus infimes de votre corps, jusqu’aux articulations de vos doigts, exactement comme elles étaient auparavant.

La dernière phrase établit le véritable diagnostic de la maladie de ceux qui nient l’au-delà. Ce qui les pousse à nier l’au-delà n’est en réalité pas qu’ils le considèrent comme impossible. La véritable raison de leur négation est plutôt que l’acceptation de l’au-delà imposerait nécessairement certaines restrictions et obligations morales, ce qui leur est insupportable. Ils veulent continuer à l’avenir à vagabonder çà et là comme des taureaux sans licol — sans corde passée dans les naseaux —, comme ils le font jusqu’à présent. Ils veulent obtenir à l’avenir une licence complète pour continuer à commettre les injustices, les violences, les trahisons, les péchés et les désordres auxquels ils se livrent encore. Ils ne veulent pas que la pensée qu’un jour ils comparaîtront devant leur Seigneur pour répondre de leurs actes les empêche de jouir de cette liberté injuste. En réalité, ce n’est donc pas leur conscience qui les empêche de croire à l’au-delà, mais les désirs et les convoitises de leurs passions qui font obstacle à cette foi. (104)

C’est précisément ce qui est dit dans le verset suivant ?

وَمَا يُكَذِّبُ بِهِ إِلَّا كُلُّ مُعْتَدٍ أَثِيمٍ-(المطففين-12)

Et nul ne le traite de mensonge, si ce n’est tout transgresseur criminel. (Al-Mutaffifîn : 12)

إِنَّ الَّذِينَ يَضِلُّونَ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ لَهُمْ عَذَابٌ شَدِيدٌ بِمَا نَسُوا يَوْمَ الْحِسَابِ-(ص-26)

-Ceux qui s’écartent du chemin d’Allah subiront un châtiment sévère, parce qu’ils ont oublié le Jour du Jugement. (Sâd : 26)

كَلَّا بَلْ تُحِبُّونَ الْعَاجِلَةَ – وَتَذَرُونَ الْآخِرَةَ-(القيامة-20-21)

Jamais ! En réalité, vous aimez ce qui est promptement accessible (le monde présent) et vous délaissez l’Au-delà. (Al-Qiyâma : 20-21)

C’est la deuxième raison du rejet de l’Au-delà par ceux qui le nient. La première raison a été exposée plus haut : ils veulent une liberté totale de se livrer au péché et cherchent à se soustraire à ces interdits et restrictions morales qui leur sont inévitablement imposés après l’acceptation de l’Au-delà. En réalité, c’est donc la convoitise des passions qui les incite à nier l’Au-delà ; ensuite, ils ont recours aux discussions et aux arguments pour prouver ce rejet.

La deuxième raison exposée ici est que, puisque ceux qui nient l’Au-delà ont une vision étroite et manquent de clairvoyance, toute leur attention se porte sur les avantages de ce monde qui se manifestent ici-bas, tandis qu’ils n’accordent aucune importance aux conséquences qui se manifesteront dans l’Au-delà. Ils pensent qu’il faut obtenir ici les commodités, le luxe, les plaisirs et le bonheur, et consacrer à cette fin tous ses efforts et toute son énergie, car les obtenir revient, selon eux, à tout obtenir, aussi mauvaises que puissent être leurs conséquences dans l’Au-delà. Ainsi, ils estiment que l’essentiel est d’éviter les pertes et les souffrances susceptibles de survenir ici-bas, sans se soucier de la récompense, si grande soit-elle, qui pourrait être obtenue dans l’Au-delà en les supportant. Ils veulent une affaire immédiate. Pour un avenir aussi lointain que l’Au-delà, ils ne sont disposés ni à renoncer à quelque profit présent ni à accepter la moindre perte. Lorsqu’ils engageaient, avec cette mentalité, des discussions sur la question de l’Au-delà, on n’y trouvait aucune sagesse ; mais cette idée agissait derrière leurs arguments et les amenait à conclure qu’il était impossible d’accepter l’Au-delà, bien qu’au fond leur conscience leur dise que les arguments présentés dans le Coran en faveur de sa possibilité et de sa nécessité étaient parfaitement justes, et que ceux qu’ils avançaient contre lui étaient totalement absurdes. (105)

الَّذِي خَلَقَ الْمَوْتَ وَالْحَيَاةَ لِيَبْلُوَكُمْ أَيُّكُمْ أَحْسَنُ عَمَلًا-(الملك-2)

-Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver et de voir lequel d’entre vous accomplit les œuvres les meilleures. (Al-Mulk : 2)

C’est-à-dire qu’Allah a instauré dans ce monde la succession de la vie et de la mort des hommes afin de les mettre à l’épreuve et de voir lequel d’entre eux accomplit les œuvres les plus excellentes. Cette phrase concise fait allusion à de nombreuses vérités.

Premièrement, la mort et la vie viennent de Lui. Il n’existe nul autre qui donne la vie et la mort.

Deuxièmement, en tant que créature, l’homme a reçu le pouvoir de faire le bien et le mal. Ni sa vie ni sa mort ne sont dépourvues de but. Le Créateur l’a créé ici pour le mettre à l’épreuve. La vie est pour lui une occasion de passer cette épreuve. La mort signifie que le temps de son épreuve est arrivé à son terme.

Troisièmement, le but de cette épreuve est que le Créateur a donné à chacun l’occasion d’agir, afin qu’il puisse manifester le bien et le mal par ses actes dans ce monde et montrer concrètement quel genre d’homme il est.

Quatrièmement, c’est le Créateur qui décide quelles œuvres sont bonnes et lesquelles sont mauvaises. Il n’appartient évidemment pas à celui qui passe l’épreuve de déterminer la norme du bien et du mal. C’est plutôt l’examinateur qui en fixe la norme. Celui qui veut réussir cette épreuve doit donc savoir ce qui constitue une bonne œuvre aux yeux de l’examinateur.

Cinquièmement, le sens profond de l’épreuve est que chacun sera récompensé selon ses actes. Car sans récompense, l’épreuve n’aurait absolument aucun sens. (111)

إِنَّا خَلَقْنَا الْإِنْسَانَ مِنْ نُطْفَةٍ أَمْشَاجٍ نَبْتَلِيهِ فَجَعَلْنَاهُ سَمِيعًا بَصِيرًا – إِنَّا هَدَيْنَاهُ السَّبِيلَ إِمَّا شَاكِرًا وَإِمَّا كَفُورًا-( الدهر-2-3)

Nous avons créé l’homme à partir d’une goutte de sperme mêlée, afin de le mettre à l’épreuve, et c’est pour cette raison que Nous l’avons doté de l’ouïe et de la vue. Nous lui avons montré le chemin. Il peut ensuite se montrer reconnaissant ou ingrat. (Dahr : 2-3)

Telle est la véritable dignité du monde terrestre pour l’homme et de l’homme dans le monde terrestre. L’homme n’est pas comme les plantes, les arbres, les animaux et les oiseaux, dont le but de l’existence serait atteint ici même et qui, après avoir accompli leur rôle pendant une période déterminée conformément aux lois de la nature, mourraient ici et disparaîtraient. En outre, ce monde n’est pour l’homme ni un lieu de châtiment, comme le pensent les ascètes, ni un lieu de récompense, comme le pensent les partisans de la transmigration des âmes. Il n’est pas non plus un pâturage ni un lieu de divertissement, comme le pensent les matérialistes. Ce n’est pas davantage un champ de lutte, comme le pensent les disciples de Darwin et de Marx. Il est plutôt, pour l’homme, un lieu d’épreuve. Ce qu’il considère comme sa durée de vie est en réalité le temps de l’épreuve qui lui a été accordé ici-bas. Les forces, les capacités et les aptitudes qui lui ont été données dans le monde, les choses qu’il a la possibilité d’utiliser, les responsabilités avec lesquelles il y agit, ainsi que les relations qui existent entre lui et les autres hommes, constituent en réalité d’innombrables questionnaires d’examen, et cette épreuve se poursuit jusqu’au dernier instant de sa vie. Son résultat n’est pas destiné à apparaître dans le monde terrestre ; c’est plutôt dans l’au-delà, après l’examen de ces questionnaires, qu’il sera décidé s’il a réussi ou échoué. Sa réussite ou son échec dépend de la manière dont il a agi ici en se considérant lui-même, et de la façon dont il a répondu au questionnaire qui lui a été remis. S’il ne s’est considéré comme le serviteur d’aucun Dieu, ou s’il s’est considéré comme le serviteur de plusieurs dieux et a répondu à tous les questionnaires en pensant qu’il n’aurait à rendre aucun compte à son Créateur dans l’au-delà, alors toutes les actions de sa vie auront été erronées. Mais s’il s’est considéré comme le serviteur d’un Dieu unique, a agi selon une voie conforme à la volonté de Dieu et a pris pour objectif la reddition des comptes dans l’au-delà, alors il a réussi l’épreuve.

Il est ensuite dit : Nous l’avons rendu capable d’entendre et de voir. Bien que les deux mots arabes سميع et بصير signifient précisément « capable d’entendre » et « capable de voir », tout arabophone sait que ces deux mots ne s’emploient jamais à propos des animaux. Bien que les animaux entendent et voient, entendre et voir ne désignent donc pas ici les facultés auditives et visuelles qui leur ont également été données. Ils désignent plutôt les moyens par lesquels l’homme acquiert la connaissance et en tire ensuite profit. De plus, puisque l’ouïe et la vue comptent parmi les moyens les plus importants de l’acquisition du savoir humain, seules ces deux facultés sont mentionnées brièvement. En réalité, l’objectif est de donner à l’homme tous les moyens sensoriels de connaissance par lesquels il acquiert le savoir. En outre, les perceptions sensorielles accordées à l’homme se distinguent totalement, par leurs caractéristiques propres, de celles qui ont été accordées aux animaux. Car derrière chacune de ses perceptions se trouve un cerveau pensant qui rassemble les informations reçues par les sens, les organise, en tire des conclusions, forme une opinion, puis parvient à certaines décisions sur lesquelles se construisent sa vision de la vie et son comportement. Ainsi, après avoir dit que Nous avons créé l’homme afin de le mettre à l’épreuve, il est dit : À cette fin, Nous l’avons rendu capable d’entendre et de voir. Cela signifie réellement qu’Allah lui a accordé la faculté de comprendre et de discerner, afin qu’il soit apte à subir l’épreuve. Il est évident que si tel n’était pas le but de la Parole divine et que rendre l’homme capable d’entendre et de voir signifiait seulement lui donner les facultés de l’ouïe et de la vue, alors une personne aveugle et sourde échapperait à l’épreuve. Or, tant qu’une personne n’est pas privée de connaissance et de discernement, il ne peut être question de l’exempter de l’épreuve.سميع et بصير mots ne sont jamais employés à propos des animaux. Bien que les animaux entendent et voient, entendre et voir ne désignent donc pas ici les facultés auditives et visuelles qui leur ont également été données. Ils désignent plutôt les moyens par lesquels l’homme acquiert la connaissance et en tire ensuite profit. De plus, puisque l’ouïe et la vue comptent parmi les moyens les plus importants de l’acquisition du savoir humain, seules ces deux facultés sont mentionnées brièvement. En réalité, l’objectif est de donner à l’homme tous les moyens sensoriels de connaissance par lesquels il acquiert le savoir. En outre, les perceptions sensorielles accordées à l’homme se distinguent totalement, par leurs caractéristiques propres, de celles qui ont été accordées aux animaux. Car derrière chacune de ses perceptions se trouve un cerveau pensant qui rassemble les informations reçues par les sens, les organise, en tire des conclusions, forme une opinion, puis parvient à certaines décisions sur lesquelles se construisent sa vision de la vie et son comportement. Ainsi, après avoir dit que Nous avons créé l’homme afin de le mettre à l’épreuve, il est dit : À cette fin, Nous l’avons rendu capable d’entendre et de voir. Cela signifie réellement qu’Allah lui a accordé la faculté de comprendre et de discerner, afin qu’il soit apte à subir l’épreuve. Il est évident que si tel n’était pas le but de la Parole divine et que rendre l’homme capable d’entendre et de voir signifiait seulement lui donner les facultés de l’ouïe et de la vue, alors une personne aveugle et sourde échapperait à l’épreuve. Or, tant qu’une personne n’est pas privée de connaissance et de discernement, il ne peut être question de l’exempter de l’épreuve.

وَيْلٌ لِلْمُطَفِّفِينَ – الَّذِينَ إِذَا اكْتَالُوا عَلَى النَّاسِ يَسْتَوْفُونَ – وَإِذَا كَالُوهُمْ أَوْ وَزَنُوهُمْ يُخْسِرُونَ – أَلَا يَظُنُّ أُولَئِكَ أَنَّهُمْ مَبْعُوثُونَ – لِيَوْمٍ عَظِيمٍ – يَوْمَ يَقُومُ النَّاسُ لِرَبِّ الْعَالَمِينَ-( المطففين-1-6)

-Malheur à ceux qui trichent dans les mesures ! Lorsqu’ils reçoivent des marchandises des gens, ils prennent la pleine mesure, mais lorsqu’ils leur mesurent ou leur pèsent quelque chose, ils les lésent en donnant moins. Ceux-là ne pensent-ils pas qu’ils seront ressuscités pour un Jour immense, le jour où tous les hommes se tiendront devant le Seigneur des mondes ? (Les Fraudeurs : 1-6)

مطففين Le mot طفيف est dérivé de تطفيف Le terme désigne, dans la terminologie arabe, le fait de frauder sur le poids en donnant moins. En effet, celui qui agit ainsi ne réduit pas considérablement la quantité lorsqu’il pèse ou mesure ; il triche discrètement et trompe chaque client d’une petite quantité, si bien que le pauvre client ne se rend même pas compte de l’ampleur de la perte que le commerçant lui a fait subir. Il est certain que cette injustice, qui était répandue dans la société, n’aurait jamais pu prendre de l’ampleur si les gens s’étaient souvenus de l’au-delà. (108)

كَلَّا بَلْ لَا تُكْرِمُونَ الْيَتِيمَ – وَلَا تَحَاضُّونَ عَلَى طَعَامِ الْمِسْكِينِ – وَتَأْكُلُونَ التُّرَاثَ أَكْلًا لَمًّا – وَتُحِبُّونَ الْمَالَ حُبًّا جَمًّا-( الفجر-Jamais ! (Le progrès ou le déclin dans le monde ne sont pas les critères de l’honneur et du déshonneur.) Mais vous ne traitez pas l’orphelin avec respect, vous ne vous exhortez pas mutuellement à nourrir le pauvre, vous dévorez avidement l’héritage et vous aimez les richesses d’un amour démesuré. (L’Aube : 17-20)

-Jamais ! (Le progrès ou le déclin dans le monde ne sont pas les critères de l’honneur et du déshonneur.) Mais vous ne traitez pas l’orphelin avec respect. Vous ne vous exhortez pas mutuellement à nourrir le pauvre. Vous dévorez tout l’héritage et vous êtes insatiables dans votre amour ou votre convoitise des richesses. (L’Aube : 17-20)

Autrement dit, le fait que vous considériez le progrès et le déclin dans le monde comme les critères de l’honneur et du déshonneur n’est rien d’autre que le fruit de votre vision matérialiste. En réalité, les véritables critères sont la noblesse du caractère et la bassesse morale. Votre situation est telle que, tant que le père de l’orphelin est vivant, vous le traitez d’une certaine manière ; mais lorsque son père meurt, non seulement ses voisins et ses parents éloignés, mais même son oncle paternel, son oncle maternel et jusqu’à son frère aîné ne peuvent plus le supporter. Dans votre société, il n’existe aucune habitude de nourrir les pauvres. Personne ne se prépare lui-même à nourrir un affamé, et l’on ne voit pas non plus parmi les gens cette incitation à réfléchir au moyen de satisfaire la faim des affamés et à s’encourager mutuellement à mettre cela en œuvre. Vous avez privé les femmes et les enfants de leur part d’héritage. De plus, parmi les héritiers du défunt, celui qui est puissant et influent s’empare sans scrupule de tout l’héritage. La part de ceux qui n’ont pas la force ni les moyens de réclamer la leur disparaît. À vos yeux, il n’existe aucune distinction entre droit et responsabilité : vous ne vous estimez pas tenus, par honnêteté, de remettre son dû à celui qui y a droit, qu’il ait ou non la capacité de le réclamer. Vous ne vous souciez nullement de savoir si l’acquisition des biens est permise ou interdite, licite ou illicite. Vous n’éprouvez aucune hésitation à acquérir des richesses par n’importe quel moyen. Et quelle que soit la quantité de biens que vous amassez, le feu de votre avidité et de votre convoitise ne s’éteint jamais.

أَرَأَيْتَ الَّذِي يُكَذِّبُ بِالدِّينِ – فَذَلِكَ الَّذِي يَدُعُّ الْيَتِيمَ – وَلَا يَحُضُّ عَلَى طَعَامِ الْمِسْكِينِ-( الماعون-1-3)

-As-tu vu celui qui traite de mensonge la récompense et le châtiment de l’au-delà ? C’est celui qui repousse l’orphelin et n’exhorte pas à nourrir l’indigent. (Al-Mâ‘ûn : 1-3)

Ici, Allah Tout-Puissant a exposé, à l’aide de deux exemples frappants, le type de méfaits moraux que le refus de l’au-delà entraîne chez l’être humain. Le but principal n’est pas de relever ces deux seuls désordres, comme si le refus de l’au-delà ne produisait que ces deux effets : l’homme réprimande les orphelins et n’incite pas à nourrir les indigents. Mais, parmi les innombrables désordres engendrés par cet égarement, deux exemples ont été présentés, dont toute personne saine d’esprit reconnaîtra qu’ils sont des actes d’un caractère extrêmement abject. L’objectif est ainsi d’enraciner dans les cœurs cette idée : si cet homme acceptait de comparaître devant Dieu et de rendre des comptes, il ne se conduirait pas d’une manière aussi odieuse, en spoliant l’orphelin de son droit, en l’opprimant, en le réprimandant, et en ne nourrissant pas lui-même l’indigent ni n’incitant personne à le nourrir. Les qualités de ceux qui croient à l’au-delà sont décrites dans les sourates Al-Balad et Al-‘Asr. Il y est dit qu’ils s’exhortent mutuellement à faire preuve de compassion envers les créatures de Dieu et qu’ils s’exhortent mutuellement à rester véridiques et à s’acquitter des droits d’autrui. (110)

Le monde est un terrain d’épreuve pour l’être humain

D’un côté, le Coran a dissipé, de la manière la plus rationnelle, chaque doute et chaque incertitude de l’être humain concernant la possibilité et la nécessité de l’au-delà ; de l’autre, il lui a également expliqué que, par sa négligence, il en est venu à considérer le monde comme un simple pâturage ou un lieu de divertissement. Or, c’est un terrain d’épreuve où il est constamment mis à l’épreuve dans l’ensemble des affaires personnelles et sociales de sa vie. Cette épreuve ne lui est pas imposée à son insu ; au contraire, Allah Tout-Puissant a pleinement veillé à lui faire savoir de quoi dépendent ici sa réussite et son échec.

Ils ne sont pas restés ignorants des différences entre les actions, ni des principes moraux et des directives légales qu’ils ont enseignés. Qu’ils sachent ou non avoir acquis cette connaissance par l’enseignement des prophètes et des Livres d’Allah, ceux qui aujourd’hui nient les prophètes et les Livres révélés, ou qui n’en ont aucune connaissance, observent néanmoins de nombreuses règles qui leur sont en réalité parvenues, d’une manière ou d’une autre, de l’enseignement des prophètes et des Livres ; mais ils ignorent quelle en est la véritable source. (112)

Un jour fixé pour le jugement est établi

Puis, il est affirmé à maintes reprises dans le Coran que le résultat de l’épreuve ne se manifestera pas dans ce monde. Un moment lui est au contraire fixé, où les générations antérieures et postérieures de ce monde seront ressuscitées une seconde fois et où toutes seront soumises au compte. Chacun recevra, selon ses œuvres, une récompense ou un châtiment.

إِنَّ يَوْمَ الْفَصْلِ مِيقَاتُهُمْ أَجْمَعِينَ-( الدخان-40)

-Il existe pour tous un moment fixé pour le jugement. (Ad-Dukhân : 40)

قُلْ إِنَّ الْأَوَّلِينَ وَالْآخِرِينَ – لَمَجْمُوعُونَ إِلَى مِيقَاتِ يَوْمٍ مَعْلُومٍ-( الواقعة-49-50)

-Dis-leur : assurément, tous les premiers et les derniers seront un jour rassemblés, à une échéance fixée. (Al-Wâqiʿa : 49-50)

وَنُفِخَ فِي الصُّورِ فَصَعِقَ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَمَنْ فِي الْأَرْضِ إِلَّا مَنْ شَاءَ اللَّهُ ثُمَّ نُفِخَ فِيهِ أُخْرَى فَإِذَا هُمْ قِيَامٌ يَنْظُرُونَ-( الزمر-68)

-Et ce jour-là, on soufflera dans la Trompe, et tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre tomberont foudroyés, sauf ceux qu’Allah voudra maintenir en vie (comme les anges). Puis on y soufflera une seconde fois, et voilà qu’ils se tiendront debout, regardant. (Az-Zumar : 68)

وَقِيلَ لِلظَّالِمِينَ ذُوقُوا مَا كُنْتُمْ تَكْسِبُونَ-( الزمر-24)

-Et il sera dit aux injustes : « Goûtez ce que vous avez acquis par vos œuvres. » (Az-Zumar : 24)

Ci-dessus كسب le mot a été employé. Dans la terminologie coranique, il désigne le droit à la récompense ou au châtiment que l’être humain acquiert par ses actes. Le véritable gain de celui qui accomplit de bonnes œuvres est de devenir digne de la récompense d’Allah. Quant à ceux qui empruntent la mauvaise voie, leur gain est le châtiment qu’ils subiront dans l’au-delà. (113)

الْيَوْمَ تُجْزَى كُلُّ نَفْسٍ بِمَا كَسَبَتْ لَا ظُلْمَ الْيَوْمَ-(المؤمن-17)

— Il sera alors dit : « Aujourd’hui, chacun recevra la rétribution de ce qu’il a acquis par ses actes dans ce monde. Nul ne sera lésé. » (Al-Mu’min : 17)

Autrement dit, aucune forme d’injustice ne sera commise. Il convient de noter que l’injustice peut revêtir plusieurs formes en matière de rétribution. Premièrement : une personne a droit à une rétribution, mais elle ne la reçoit pas. Deuxièmement : elle ne reçoit pas intégralement la rétribution à laquelle elle a droit. Troisièmement : elle ne mérite pas de châtiment, mais elle est châtiée. Quatrièmement : elle mérite un châtiment, mais elle ne l’est pas. Cinquièmement : une personne ne mérite qu’un léger châtiment, mais elle en reçoit un plus sévère. Sixièmement : la personne lésée reste dans l’attente tandis que l’oppresseur est acquitté et s’en va devant elle. Septièmement : une personne est tenue responsable du crime d’une autre. Allah Tout-Puissant veut qu’aucune des formes possibles d’injustice ne soit commise dans Son tribunal. (114)

Allah Tout-Puissant est directement informé de tout ce que l’être humain accomplit dans ce monde

Le Noble Coran affirme également que, dans ce domaine d’épreuve, Allah Tout-Puissant est directement informé de tout ce que l’être humain accomplit. Aucune action de l’être humain, pas même une pensée ou un désir de son esprit, ne peut rester caché à Allah. C’est pourquoi, au Jour du Jugement, l’être humain comparaîtra devant ce Dieu qui est informé de tous les actes de sa vie.

وَأَسِرُّوا قَوْلَكُمْ أَوِ اجْهَرُوا بِهِ إِنَّهُ عَلِيمٌ بِذَاتِ الصُّدُورِ-( الملك-13)

— Que vous parliez à voix basse ou à voix haute, c’est égal pour Lui : Il connaît même l’état des cœurs. (Al-Mulk : 13

أَمْ يَحْسَبُونَ أَنَّا لَا نَسْمَعُ سِرَّهُمْ وَنَجْوَاهُمْ بَلَى وَرُسُلُنَا لَدَيْهِمْ يَكْتُبُونَ-( الزخرف-80)

Pensent-ils que Nous n’entendons pas leurs propos secrets et leurs conversations confidentielles ? Bien au contraire, Nous entendons tout. En outre, Nos anges, qui se tiennent auprès d’eux, consignent tout par écrit. (Az-Zukhruf : 80)

وَنَعْلَمُ مَا تُوَسْوِسُ بِهِ نَفْسُهُ وَنَحْنُ أَقْرَبُ إِلَيْهِ مِنْ حَبْلِ الْوَرِيدِ-( ق-16)

Nous connaissons même les mauvaises pensées qui surgissent dans son esprit (les waswas). Nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire. (Qaf : 16)

Il est ensuite dit : Nous ne lui avons pas seulement accordé la faculté de connaître et de discerner ; Nous l’avons également guidé afin qu’il puisse savoir quelle est la voie de la gratitude et quelle est la voie de la mécréance. Ensuite, quelle que soit la voie qu’il adopte, la responsabilité lui en incombera entièrement. Dans la sourate Al-Balad, cette question est exposée ainsi :

وَهَدَيْنَاهُ النَّجْدَيْنِ

Nous lui avons clairement montré les deux voies, celle du bien et celle du mal.

De même, dans la sourate Ash-Shams, cette même idée est énoncée ainsi :

وَنَفْسٍ وَمَا سَوَّاهَا – فَأَلْهَمَهَا فُجُورَهَا وَتَقْوَاهَا

— Et par l’âme humaine, et par Celui qui l’a harmonieusement façonnée, avec toutes ses forces apparentes et cachées, puis lui a inspiré sa propension au péché et sa crainte de Dieu.

Si l’on considère tout cela et que l’on prête en même temps attention aux descriptions détaillées du Noble Coran, où il est exposé ce qu’Allah a mis en place pour guider les hommes, on comprend que, dans ce verset, la guidance ne signifie pas une seule manière de montrer le chemin, mais qu’elle en comporte d’innombrables. Par exemple :

1. En plus de donner à chaque être humain la capacité de comprendre et de raisonner, on lui a aussi donné un sentiment moral grâce auquel il peut distinguer le bien du mal. Il considère certaines actions et certaines qualités comme mauvaises, bien qu’il s’y adonne, et d’autres comme bonnes, bien qu’il s’en tienne éloigné. Même ceux qui, pour satisfaire leurs intérêts et leurs passions, ont imaginé des philosophies sur la base desquelles ils se sont autorisé de nombreux péchés et de nombreuses injustices se comportent de telle sorte que, si quelqu’un leur infligeait ces mêmes injustices, ils se mettraient à pousser des cris de douleur. On comprend alors que, malgré leurs philosophies erronées, ils les considèrent en réalité comme mauvaises. De même, quelle que soit l’ignorance, la sottise ou l’obsolescence qu’une personne puisse attribuer aux bonnes actions et aux nobles qualités, lorsqu’elle bénéficie elle-même de la conduite honnête de quelqu’un, sa nature la contraint à le considérer digne d’estime.

2. Allah a placé en chaque être humain une chose appelée la conscience (l’âme qui se blâme, nafs al-lawwāma), qui l’empêche de commettre une mauvaise action. Quelque soin que l’homme mette à l’endormir, ou quels que soient ses efforts pour la rendre insensible, il ne pourra jamais la faire disparaître complètement. Il peut feindre l’impudence et se présenter comme totalement dépourvu de conscience, tenter de tromper le monde par des preuves et des arguments fabriqués, et invoquer d’innombrables excuses pour ses actes afin de tromper sa propre âme. Malgré tout cela, le critique qu’Allah a placé dans sa nature est si vivant que même l’homme malhonnête ne pourra cacher ce qu’il est réellement. C’est précisément ce qui est dit dans la sourate al-Qiyāma en ces termes :

— Mais l’homme est parfaitement conscient de lui-même, même s’il présente toutes les excuses et toutes les objections possibles.

3. Dans l’existence même de l’homme, ainsi que dans l’ensemble de la nature qui l’entoure, depuis la terre jusqu’aux cieux, sont dispersés d’innombrables signes attestant que toutes ces choses ne peuvent exister sans Dieu. Pas davantage plusieurs dieux ne pourraient construire et diriger cet univers. Ainsi, les signes du monde supérieur et du monde intérieur apportent les preuves rationnelles de la Résurrection et de l’Au-delà. Si l’homme ferme les yeux devant ces signes, s’il ne réfléchit pas à leur sujet sous la conduite de sa conscience, ou s’il hésite à accepter les vérités qu’ils permettent d’identifier, ce sera sa propre faute. Allah n’a rien laissé de côté pour présenter aux hommes, de Sa part, les signes annonçant la vérité.

4. Dans la vie personnelle de l’homme, dans le monde contemporain où il vit et dans les expériences de l’histoire passée, on observe d’innombrables événements qui prouvent qu’un gouvernement supérieur régit son existence ainsi que l’ensemble de la nature, devant lequel l’homme est absolument impuissant, dont la volonté l’emporte sur toute chose et dont l’aide lui est indispensable. Ces expériences et ces observations n’annoncent pas seulement cette vérité dans le monde extérieur ; elles témoignent aussi, au sein de la nature humaine, de l’existence de cette autorité gouvernante supérieure. C’est pourquoi même les athées les plus convaincus lèvent les mains en prière vers Dieu au moment des dangers extrêmes.

5. La conscience humaine et la nature qu’elle influence indiquent pleinement qu’il est nécessaire que les crimes soient punis et que les bonnes actions soient récompensées. C’est précisément sur cette base qu’un système judiciaire est établi sous une forme ou une autre dans toute société, et que des récompenses sont également prévues pour les actes considérés comme louables. Cela prouve clairement qu’il existe entre la morale et la loi de la rétribution (LAW OF RETRIBUTION) un lien si nécessaire qu’il est impossible à l’être humain de le nier. Or, s’il est unanimement admis qu’il existe dans le monde une multitude de crimes dont la punition complète — voire toute punition — est impossible, et une multitude de bonnes actions pour lesquelles les personnes vertueuses ne reçoivent aucune récompense, encore moins la récompense appropriée, alors il ne reste d’autre choix que d’admettre l’au-delà. À moins qu’un insensé ne pense, ou qu’un téméraire ne veuille conclure, qu’un monde dépourvu de toute notion de justice a donné naissance à des êtres qui, eux, en possèdent une. Dans ce cas, une autre question demeure à sa charge : d’où les êtres humains nés dans un tel monde auraient-ils tiré leur notion de justice ?

6. Allah a envoyé des prophètes dans le monde et a révélé des Livres afin de guider clairement les êtres humains ; il y est clairement exposé quelle est la voie de la gratitude et quelle est la voie de la mécréance, puis quelles sont les conséquences de suivre l’une ou l’autre de ces deux voies. Les enseignements transmis par les prophètes et les Livres d’Allah se sont répandus dans le monde entier, directement et indirectement, avec une telle ampleur qu’aucune communauté humaine ne peut être dépourvue de l’idée de Dieu, de l’idée de l’au-delà, du bien et du mal

وَهُوَ مَعَكُمْ أَيْنَ مَا كُنْتُمْ وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ-( الحديد-4)

-Il est avec vous où que vous soyez. Et Allah voit tout ce que vous faites. (Al-Hadîd : 4)

يَعْلَمُ خَائِنَةَ الْأَعْيُنِ وَمَا تُخْفِي الصُّدُورُ – وَاللَّهُ يَقْضِي بِالْحَقِّ-( المؤمن-19-20)

Allah connaît même les regards furtifs que vous lancez et Il connaît aussi les secrets cachés dans les cœurs. Allah jugera en toute vérité. (Al-Mu’min : 19-20). (115)

Dans l’au-delà, la preuve de ses actes sera présentée au moyen d’un témoignage irréfutable

Il est exposé en détail dans le Coran majestueux que, dans l’au-delà, Allah ne rendra pas Son jugement uniquement sur la base de Sa propre connaissance. Au contraire, Il fait établir un registre complet, détaillé et exact des actes de chacun. Puis, au tribunal de l’au-delà, seront présentés des témoignages des actes des êtres humains qu’il leur sera impossible de nier.

إِذْ يَتَلَقَّى الْمُتَلَقِّيَانِ عَنِ الْيَمِينِ وَعَنِ الشِّمَالِ قَعِيدٌ – مَا يَلْفِظُ مِنْ قَوْلٍ إِلَّا لَدَيْهِ رَقِيبٌ عَتِيدٌ-( ق-17-18)

Deux scribes sont assis à sa droite et à sa gauche et consignent tout. Aucune parole ne sort de sa bouche sans qu’un gardien présent ne se trouve auprès de lui pour l’enregistrer. (Qaf : 17-18)

Le sens de tout cela est que, d’une part, Allah connaît directement les déplacements, les gestes, les attitudes et les dispositions intérieures de l’être humain ; d’autre part, deux anges sont affectés à chaque personne et consignent chacune de ses paroles. Aucune de ses paroles ni de ses actions ne manque dans leur registre. Cela signifie qu’au moment où l’être humain sera présenté devant le tribunal d’Allah, Allah lui-même saura ce que chacun aura fait. Deux anges seront également présents pour la comparution et placeront devant lui, comme pièces justificatives et preuves, les documents relatifs à ses actes. Il nous est très difficile de deviner exactement quelle sera la nature de ces preuves. Cependant, à la lumière des informations qui se révèlent à nous, on peut savoir avec certitude que, dans l’environnement où l’être humain vit et agit, les sons, les images, les mouvements et les empreintes des expressions sont imprimés tout autour, jusque sur chaque particule et chaque atome. Il est possible d’en reproduire un seul exactement, avec la même expression et le même son, de telle sorte qu’il n’y ait pas la moindre différence entre l’original et la copie. Aujourd’hui, l’être humain accomplit cela de manière très limitée au moyen d’appareils. Mais les anges d’Allah ne dépendent pas de ces appareils et ne sont pas davantage liés par leurs contraintes. Le corps même de l’homme et chacun des objets qui l’entourent sont leur pellicule, sur laquelle ils peuvent fixer exactement chaque son et chaque image dans leurs moindres détails. Le Jour de la Résurrection, ils pourront faire entendre à l’homme, avec ses propres oreilles et dans sa propre voix, tout ce qu’il faisait ici-bas. Ils pourront faire voir à ses propres yeux les images animées de tous ses actes, dont il lui sera impossible de nier la réalité.

Il faut également bien comprendre ici qu’Allah ne punira personne, au tribunal de l’au-delà, sur la seule base de Sa propre connaissance. Il le punira plutôt après avoir rempli toutes les conditions de la justice. C’est pourquoi un registre complet des paroles et des actes de chaque personne est établi dans ce monde, afin que la preuve complète de ses agissements soit fournie par des témoignages irréfutables. (116)

وَإِنَّ عَلَيْكُمْ لَحَافِظِينَ – كِرَامًا كَاتِبِينَ – يَعْلَمُونَ مَا تَفْعَلُونَ-( الانفطار-10-12)

(Des gardiens sont chargés de vous surveiller. Ce sont de nobles scribes, parfaitement informés de chacune de vos actions. (Al-Infitar : 10-12)

Autrement dit, que vous niiez le Jour du Jugement, que vous le traitiez de mensonge ou que vous vous en moquiez, cela ne change rien à la vérité. La vérité véritable est que votre Seigneur ne vous a pas abandonnés dans ce monde comme des chameaux sans bride. Au contraire, Il a affecté à chacun de vous un surveillant parfaitement intègre. Aucune de vos actions ne lui est cachée, que vous les accomplissiez dans l’obscurité, dans un lieu isolé, dans une forêt déserte, loin de toute présence humaine, ou dans une situation où vous êtes certains que tout ce que vous avez fait est dissimulé aux regards des gens.

Pour désigner ces anges chargés de surveiller, Allah a employéكراما كاتبينles deux mots. C’est-à-dire qu’ils sont des scribes extrêmement honorables. Ils n’éprouvent envers personne ni amitié ni hostilité personnelles, qui les pousseraient à témoigner injustement de la compassion envers l’un et, par opposition injuste à l’égard d’un autre, à établir un registre contraire aux faits. Ils ne sont pas non plus traîtres, au point de rédiger de leur propre chef de faux rapports sans même avoir été présents lors des actes. Ils ne sont pas davantage corrompus, au point de recevoir quelque chose et de produire un faux rapport en faveur ou à l’encontre de quelqu’un. Leur rang est au-dessus de toutes ces faiblesses morales. Les gens, qu’ils soient vertueux ou mauvais, doivent donc être certains que les bonnes actions de chacun seront consignées sans rien en retrancher et qu’aucun péché qu’il n’a pas commis ne lui sera imputé.

Ensuite, il est décrit comme seconde qualité de ces anges qu’ils savent tout ce que vous faites. Autrement dit, leur situation n’est pas comparable à celle des agents des services CID et DIB de ce monde, auxquels, malgré tous leurs efforts, bien des choses restent inconnues. Ils sont parfaitement informés des actes de chacun. En tout lieu et en toute circonstance, ils restent auprès de chaque être humain d’une manière telle que celui-ci ne se rend même pas compte que quelqu’un le surveille. Ils savent également avec quelle intention chacun a accompli tel ou tel acte. C’est pourquoi le registre qu’ils établissent est un registre complet, dans lequel rien ne manque à être consigné. À ce sujet, il est dit au verset 49 de la sourate Al-Kahf que, le Jour de la Résurrection, les pécheurs seront stupéfaits de constater que, dans le registre de leurs œuvres qui leur est présenté, rien, ni petit ni grand, n’a été omis. Ils verront devant eux, exactement telles qu’elles sont, toutes les choses qu’ils ont accomplies. (117)

وَأَخْرَجَتِ الْأَرْضُ أَثْقَالَهَا – وَقَالَ الْإِنْسَانُ مَا لَهَا – يَوْمَئِذٍ تُحَدِّثُ أَخْبَارَهَا – بِأَنَّ رَبَّكَ أَوْحَى لَهَا-( الزلزلة-2-5)

-Et la terre rejettera au-dehors toutes les charges qu’elle renferme. Et l’homme dira : « Qu’a-t-elle donc ? » Ce jour-là, elle racontera tout ce qui s’est produit sur elle. Car ton Seigneur lui aura ordonné d’agir ainsi. (Al-Zalzala : 2-5)

C’est là le sujet qui est exposé ainsi au verset 4 de la sourate Al-Inchiqaq :

وَأَلْقَتْ مَا فِيهَا وَتَخَلَّتْ

-et elle se videra en rejetant au-dehors tout ce qu’elle contient.

Cela peut avoir plusieurs sens. Premièrement : elle rejettera au-dehors les morts, où qu’ils soient demeurés dans la terre, sous quelque forme et dans quelque état qu’ils s’y trouvent. La phrase suivante indique qu’à ce moment-là toutes les parties séparées et dispersées de leurs corps seront rassemblées et qu’ils revivront sous la même forme et avec la même apparence qu’au temps de leur première vie. Car s’il n’en était pas ainsi et qu’ils fussent des êtres entièrement nouveaux, comment diraient-ils : « Qu’est-il arrivé à la terre ? » Et quand des êtres nouveaux, après avoir vu pour la première fois l’état initial de la terre, auraient-ils l’occasion de prononcer de telles paroles ?

Deuxièmement : elle ne se contentera pas de rejeter au-dehors les morts. Elle rejettera également tout le tas de témoignages concernant les actes, les gestes, les déplacements et les comportements de leur première vie, qui était enfoui en elle.

Par la phrase suivante, il est donc expliqué que la terre racontera ce qui s’est produit sur elle.

Troisième interprétation : certains exégètes ont également dit que des amas d’or, d’argent, de pierres précieuses et de diverses richesses enfouies sous la terre seront eux aussi extraits et rejetés au-dehors. L’homme verra alors que ce sont précisément ces biens pour lesquels il se consumait durant sa vie terrestre, pour lesquels il a tué tant de gens, spolié les ayants droit, volé et pillé, commis des rapines sur terre et sur mer, suscité des guerres et détruit tant de peuples. Ce jour-là, tout cela se trouvera devant lui, sans lui être d’aucun bénéfice ; ce sera au contraire une cause de châtiment.

Dans la deuxième phrase, le terme « homme » peut aussi désigner chaque être humain. En effet, dès qu’ils seront ramenés à la vie, leur première réaction sera : « Qu’est-ce qui se passe donc ? »

Plus tard, il leur apparaîtra clairement que ce jour est celui du Rassemblement. Mais le terme « homme » peut aussi désigner ceux qui nient l’Au-delà. En effet, ce qu’ils considéraient comme impossible se produira sous leurs yeux. Ils seront alors bouleversés et désemparés. Quant aux croyants, ils n’auront aucune raison d’être troublés, puisque tout cela se déroule conformément à leur foi et à leur croyance.

Dans le troisième verset, ou la troisième phrase, il est dit que la terre racontera son état, car son Seigneur lui aura ordonné de le faire. Il est rapporté d’après Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — récita ce verset puis demanda : « Savez-vous quel sera son état ? » Les Compagnons répondirent : « Allah et Son Messager savent mieux. » Le Prophète dit : « Son état sera que la terre témoignera des actes de chaque homme et de chaque femme accomplis sur son dos. Elle dira : “Untel a fait telle chose tel jour.” Voilà l’état que la terre racontera. » (Musnad d’Ahmad, at-Tirmidhî, an-Nasâ’î, Ibn Jarîr, ‘Abd ibn Humayd, Abû al-Mundhir, al-Hâkim, Ibn Mardûya, al-Bayhaqî.)

Rabî‘a al-Jurashî rapporte que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « Préservez-vous de la terre, car elle est votre fondement originel. Aucun être qui agit sur elle ne l’informera de ses actes sans qu’elle ne les rapporte, qu’ils soient bons ou mauvais. » (Al-Mu‘jam at-Tabarânî.)

Anas — qu’Allah l’agrée — rapporte que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « Le Jour de la Résurrection, la terre apportera chaque acte accompli sur son dos. » Puis il récita ce verset. (Mardûya, al-Bayhaqî.)

Il est rapporté au sujet de ‘Alî — qu’Allah l’agrée — que lorsqu’il distribuait entièrement les biens du Bayt al-Mâl et en vidait le trésor, il accomplissait deux unités de prière et disait : « Tu devras témoigner que je t’ai rempli conformément au droit et que je t’ai vidée conformément au droit. » Il est dit au sujet de la terre qu’elle exposera tout ce qui s’est produit sur elle. Pour les hommes des temps anciens, il devait sembler extrêmement étonnant que la terre puisse parler. Mais, à l’époque actuelle, à l’ère des découvertes de la science physique, du cinéma, des haut-parleurs, de la radio, de la télévision, des magnétophones, de l’électronique et autres, il n’est nullement difficile de comprendre comment la terre racontera son état. L’empreinte de tout ce que l’homme dit avec sa bouche s’inscrit dans l’air, dans les ondes lumineuses, sur les murs des pièces, sur les sols, dans chaque particule des plafonds, ainsi que dans les champs, les plaines et les terres cultivées. Chaque fois qu’Allah le voudra, Il pourra faire répéter tous ces sons exactement comme ils étaient sortis de la bouche des hommes. À ce moment-là, chacun entendra de ses propres oreilles que c’est sa propre voix, une voix qui lui est familière. Tous reconnaîtront que tout ce qu’ils entendent est la voix et le timbre de cette personne même. De même, partout où l’homme aura accompli un acte sur la terre et dans quelque circonstance que ce soit, l’empreinte de chacun de ses mouvements se sera déposée sur tous les objets environnants, et son image s’y sera également imprimée. Même s’il a accompli un acte dans une obscurité profonde, la puissance d’Allah dispose de rayons lumineux tels que la question de la lumière ou des ténèbres ne se pose plus. Il peut enregistrer son image dans toutes les circonstances. Le Jour de la Résurrection, toutes ces images apparaîtront devant l’homme comme un film en mouvement et lui montreront quels actes il a accomplis durant toute sa vie, où et quand il les a accomplis.

En vérité, bien qu’Allah connaisse Lui-même directement les actes de chaque être humain, lorsqu’Il établira le tribunal dans l’au-delà, Il ne châtiera quiconque qu’après avoir satisfait à toutes les exigences de la justice. Dans Son tribunal, l’accusation présentée contre chaque coupable sera établie par des preuves si manifestes qu’il ne restera aucune possibilité de contester sa culpabilité.

Tout d’abord, il y aura le registre des œuvres de l’homme, dans lequel les nobles scribes, constamment attachés à lui, consignent chacune de ses paroles et chacun de ses actes. Ce registre lui sera remis et on lui dira : « Lis le récit de tes actes durant ta vie. Tu te suffis à toi-même pour faire ton propre compte. » (Banî Isrâ’îl : 14) En le lisant, l’homme restera stupéfait : il n’y aura aucune chose, petite ou grande, qui n’y aura été consignée. Puis viendra le corps de l’homme, avec lequel il aura agi dans le monde. Devant le tribunal d’Allah, sa propre langue témoignera de tout ce qu’il aura dit. Ses propres mains et ses propres pieds témoigneront de ce qu’il leur aura fait accomplir. (Nûh : 24) Ses yeux témoigneront de tout ce qu’il aura regardé avec eux. Ses oreilles témoigneront de tout ce qu’il aura entendu avec elles. Toute la peau de son corps témoignera de ses actes. Égaré, il dira à ses membres : « Témoignez-vous aussi contre moi ? » Ses membres lui répondront : « Aujourd’hui, par l’ordre d’Allah, toute chose parle. Nous aussi, par Son ordre, nous parlons. » (Hâ-Mîm As-Sajdah : 20-22) Ensuite, des témoignages supplémentaires seront apportés par la terre et par ce qui l’entoure : l’homme entendra alors de ses propres oreilles le son de sa propre voix et verra de ses propres yeux l’image exacte de ses actes.

Même après tout cela, les pensées, les désirs, les volontés et les intentions qui étaient cachés dans le cœur de l’homme, ainsi que l’intention avec laquelle il avait accompli ses actes, seront dévoilés et exposés. Il est dit dans la sourate Al-Âdiyât que c’est pourquoi, après la présentation de toutes ces preuves irréfutables, claires et incontestables, l’homme restera confondu et n’aura aucune possibilité de présenter une quelconque justification en sa faveur. (Voir la sourate Al-Mursalât, versets 35-36.) (118)

وَوُضِعَ الْكِتَابُ فَتَرَى الْمُجْرِمِينَ مُشْفِقِينَ مِمَّا فِيهِ وَيَقُولُونَ يَا وَيْلَتَنَا مَالِ هَذَا الْكِتَابِ لَا يُغَادِرُ صَغِيرَةً وَلَا كَبِيرَةً إِلَّا أَحْصَاهَا وَوَجَدُوا مَا عَمِلُوا حَاضِرًا وَلَا يَظْلِمُ رَبُّكَ أَحَدًا-( الكهف-49)

Et le registre des œuvres sera placé devant eux. Alors tu verras les criminels, épouvantés par ce qui y sera consigné dans le livre de leur vie, s’écrier : « Malheur à nous ! Quel est donc ce livre qui n’a laissé aucune de nos actions, petites ou grandes, sans les consigner ? » Ils trouveront devant eux tout ce qu’ils ont fait, et ton Seigneur ne fera de tort à personne. (Al-Kahf : 49)

Cela signifie qu’il n’arrivera jamais qu’une personne n’ayant commis aucun crime voie celui-ci inscrit injustement dans son registre des œuvres. De même, nul ne sera puni au-delà de la mesure de son crime, et aucun innocent ne sera puni. (119)

وَكُلُّ شَيْءٍ فَعَلُوهُ فِي الزُّبُرِ – وَكُلُّ صَغِيرٍ وَكَبِيرٍ مُسْتَطَرٌ-( القمر-52-53)

Tout ce qu’ils ont fait est consigné dans les registres. Chaque chose, petite ou grande, y est inscrite. (Al-Qamar : 52-53)

Autrement dit, que ces gens ne s’imaginent pas, dans leur erreur, que leurs actes aient disparu quelque part. Non, le relevé complet de chaque individu, groupe et nation est conservé. Il apparaîtra en temps voulu. (120)

يَوْمَ يَبْعَثُهُمُ اللَّهُ جَمِيعًا فَيُنَبِّئُهُمْ بِمَا عَمِلُوا أَحْصَاهُ اللَّهُ وَنَسُوهُ وَاللَّهُ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ شَهِيدٌ-( المجادلة-6)

(Cette punition humiliante aura lieu) le jour où Allah les ressuscitera tous et leur fera connaître ce qu’ils ont fait. Ils l’avaient oublié, mais Allah en a conservé le compte détaillé, et Allah est témoin de toute chose. (Al-Mujādilah : 6)

Autrement dit, même s’ils ont oublié, l’affaire n’est pas réglée pour autant. Pour eux, désobéir à Dieu et transgresser Ses commandements et Ses prescriptions peut être une chose si banale qu’après l’avoir faite, ils ne s’en souviennent même pas. Bien plus, ils ne la considèrent pas comme répréhensible au point de s’en soucier. Mais auprès de Dieu, ce n’est pas une chose insignifiante. Chacun de leurs actes est inscrit dans Son registre. Tout y est consigné : quel individu a accompli quelle action, à quel moment et dans quel but, quelle a été sa propre réaction, et où et sous quelle forme les conséquences s’en sont manifestées. (121)

الْيَوْمَ نَخْتِمُ عَلَى أَفْوَاهِهِمْ وَتُكَلِّمُنَا أَيْدِيهِمْ وَتَشْهَدُ أَرْجُلُهُمْ بِمَا كَانُوا يَكْسِبُونَ-( يس-65)

-Aujourd’hui, Nous scellerons leur bouche. Leurs mains Nous parleront et leurs pieds témoigneront de ce qu’ils acquéraient dans le monde. (Yā-Sīn : 65)

Cet ordre sera donné à ces criminels endurcis qui refuseront de reconnaître leur culpabilité, considéreront les témoignages comme mensongers et n’admettront pas non plus la véracité du registre de leurs actes. Alors Allah ordonnera : « Très bien, cessez donc vos bavardages et regardez quel compte rendu de vos actes les membres de votre corps vont présenter. » (122)

يَوْمَ تَشْهَدُ عَلَيْهِمْ أَلْسِنَتُهُمْ وَأَيْدِيهِمْ وَأَرْجُلُهُمْ بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ-(النور-24)

(Qu’ils n’oublient pas ce jour-là) où leurs visages, leurs mains et leurs pieds témoigneront de leurs actes. (An-Nûr : 24)

La question qui se pose ici est la suivante : dans le verset précité de la sourate Yâ-Sîn, Allah dit : « Nous scellerons leurs bouches. » En revanche, dans la sourate Fussilat, Il dit que leurs bouches témoigneront. Comment concilier ces deux affirmations ?

La réponse est que fermer leurs bouches signifie leur retirer le pouvoir de parler. Autrement dit, ils ne pourront plus parler selon leur propre volonté. Le témoignage de leurs bouches signifie que celles-ci commenceront elles-mêmes à raconter quels actes ces injustes avaient commis, quelles formes de mécréance ils avaient manifestées, quels mensonges ils avaient proférés, quels troubles ils avaient semés et quelles paroles ils avaient prononcées à différents moments par l’intermédiaire de leurs bouches. (123)

حَتَّى إِذَا مَا جَاءُوهَا شَهِدَ عَلَيْهِمْ سَمْعُهُمْ وَأَبْصَارُهُمْ وَجُلُودُهُمْ بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ-وَقَالُوا لِجُلُودِهِمْ لِمَ شَهِدْتُمْ عَلَيْنَا قَالُوا أَنْطَقَنَا اللَّهُ الَّذِي أَنْطَقَ كُلَّ شَيْءٍ وَهُوَ خَلَقَكُمْ أَوَّلَ مَرَّةٍ وَإِلَيْهِ تُرْجَعُونَ-(حم السجده-20-21)

—Puis, lorsqu’ils y seront tous arrivés, leurs oreilles, leurs yeux et la peau de leurs corps témoigneront contre eux de tout ce qu’ils faisaient dans le monde. Ils demanderont à la peau de leurs propres corps : « Pourquoi avez-vous témoigné contre nous ? » Elle répondra : « C’est Allah, Celui qui a donné à toute chose le pouvoir de parler, qui nous a donné le pouvoir de parler. Il vous a créés une première fois, et c’est vers Lui que vous serez ramenés. » (Hâmîm As-Sajdah : 20-21)

Les hadiths expliquent que lorsqu’un criminel endurci et obstiné nie ses crimes et rejette comme mensongères toutes les preuves et tous les témoignages, les membres de son corps témoigneront l’un après l’autre, sur ordre d’Allah, des actes qu’il avait accomplis par leur intermédiaire. Ce récit a été rapporté du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) par Anas, Abû Mûsâ Al-Ach‘arî, Abû Sa‘îd Al-Khudrî et Ibn ‘Abbâs (qu’Allah les agrée). Les traditionnistes Muslim, Ibn Jarîr, Ibn Abî Hâtim, Al-Bazzâr et d’autres ont consigné ce récit.

Ce verset fait partie de ceux qui démontrent que l’Au-delà n’est pas seulement un monde spirituel ; l’être humain y sera ressuscité avec son corps et son âme, exactement comme il existe aujourd’hui dans le monde. Plus encore, on lui donnera le même corps que celui qu’il possède actuellement. Les membres et les atomes qui constituent son corps dans ce monde seront rassemblés le Jour de la Résurrection, et il sera relevé avec son corps antérieur, celui avec lequel il a accompli ses actes dans le monde. Il est évident que les membres de l’être humain ne pourront témoigner dans l’Au-delà que s’il s’agit bien des mêmes membres avec lesquels il a commis ses crimes durant sa vie terrestre. Les versets suivants présentent également des arguments décisifs à ce sujet : Banî Isrâ’îl : 49-51, 98 ; Al-Mu’minûn : 35-38, 82-83 ; An-Nûr : 24 ; As-Sajdah : 10 ; Yâ-Sîn : 65, 78-79 ; As-Sâffât : 16-18 ; Al-Wâqi‘ah : 47-50 ; An-Nâzi‘ât : 10-14. (124)

إِنَّا نَحْنُ نُحْيِي الْمَوْتَى وَنَكْتُبُ مَا قَدَّمُوا وَآثَارَهُمْ وَكُلَّ شَيْءٍ أَحْصَيْنَاهُ فِي إِمَامٍ مُبِينٍ-(يس-12)

Nous ressusciterons certainement les morts un jour. Nous consignons toutes les œuvres qu’ils ont accomplies. Nous préservons également les traces qu’ils ont laissées derrière eux. Nous avons consigné toute chose dans un Livre manifeste. (Yâ-Sîn : 12)

Il ressort de cela que le registre des œuvres de l’être humain sera constitué de trois manières. Premièrement, tout ce que chaque individu accomplit de bien ou de mal est inscrit par Allah le Très-Haut dans le registre. Deuxièmement, tout ce que l’homme imprime sur les choses qui l’entourent et sur les membres de son propre corps est conservé. Puis, au moment venu, toutes ces empreintes apparaîtront de telle façon que leur propre voix pourra être entendue. Il verra inscrite dans son cœur la description complète de ses propres pensées, volontés et désirs. Troisièmement, après sa mort, l’influence bonne ou mauvaise qu’il aura exercée sur ses descendants à venir, sur sa société et sur l’humanité tout entière continuera d’être inscrite dans son registre aussi longtemps et partout où elle demeurera effective. Tout l’enseignement bon ou mauvais qu’il aura transmis à ses enfants, le bien ou la corruption qu’il aura répandus dans sa société, ainsi que les fleurs ou les épines qu’il aura semées pour l’humanité, continueront d’être intégralement enregistrés aussi longtemps que les fruits bons ou mauvais de cette récolte qu’il aura plantée continueront de se manifester dans le monde. (125)

وَتَرَى كُلَّ أُمَّةٍ جَاثِيَةً كُلُّ أُمَّةٍ تُدْعَى إِلَى كِتَابِهَا الْيَوْمَ تُجْزَوْنَ مَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ – هَذَا كِتَابُنَا يَنْطِقُ عَلَيْكُمْ بِالْحَقِّ إِنَّا كُنَّا نَسْتَنْسِخُ مَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ-(الجاثية-28-29)

-Ce jour-là, tu verras tous les peuples agenouillés. Chaque groupe sera appelé : « Venez voir votre registre des œuvres. » On leur dira : « Aujourd’hui, vous recevrez la rétribution des œuvres que vous accomplissiez. » Voici Notre registre des œuvres, qui témoigne avec exactitude contre vous. Nous enregistrions tout ce que vous faisiez. (Jâthiya : 28-29)

L’écriture n’est pas l’unique moyen de consigner les choses, à savoir de les inscrire sur du papier. L’être humain a déjà découvert dans ce monde divers autres moyens de représenter ses paroles et ses actes, puis de les reproduire exactement sous leur forme et leur aspect propres, et nous ne pouvons même pas imaginer quelles autres possibilités sont cachées dans l’avenir et que l’homme pourra maîtriser. Qui peut savoir par quels moyens Allah le Très-Haut fait consigner chacune des paroles, chacun des mouvements et chacune des attitudes de l’être humain, ainsi que chacun des aspects les plus secrets de ses pensées, de ses aspirations, de ses volontés et de ses désirs ? (126)

وَإِذَا الرُّسُلُ أُقِّتَتْ-(المرسلات-11)

-Et lorsque viendra le moment de faire comparaître les Messagers. (Al-Mursalât : 11)

Il est dit en plusieurs endroits du Noble Coran que, lorsque le procès de l’humanité sera présenté sur le champ du Rassemblement, le Messager de chaque peuple sera appelé à témoigner, afin qu’il puisse attester qu’il leur a transmis le message d’Allah le Très-Haut. Ce sera la toute première et la plus accablante preuve contre les égarés et les pécheurs ; elle établira qu’ils sont eux-mêmes responsables de leur conduite erronée. Rien n’aura été laissé de côté, de la part d’Allah le Très-Haut, pour les avertir. Voir, à titre d’exemple, l’explication des versets suivants : sourate Al-A‘râf : 172-173 ; Az-Zumar : 69 ; Al-Mulk : 8. (127)

وَوُضِعَ الْكِتَابُ وَجِيءَ بِالنَّبِيِّينَ وَالشُّهَدَاءِ وَقُضِيَ بَيْنَهُمْ بِالْحَقِّ وَهُمْ لَا يُظْلَمُونَ-(الزمر-69)

—Et le registre des œuvres sera apporté et déposé. Les prophètes et tous les témoins seront amenés. Le jugement entre les hommes sera rendu en toute équité, et aucune injustice ne leur sera faite. (Az-Zumar : 69)

Les prophètes témoigneront qu’ils avaient transmis le message de Dieu. Quant aux autres témoins, il s’agit de ceux qui témoigneront qu’après les prophètes, ils ont transmis le message de Dieu aux gens. Il peut également s’agir de témoins qui témoigneront des actes et des œuvres des hommes. Il n’est pas nécessaire que ces témoins soient uniquement des êtres humains. Les anges, les djinns, les animaux et les oiseaux, les membres du corps humain, les maisons et les demeures, les plantes et les arbres, la terre et les pierres : tous feront partie de ces témoins. (128)

أَفَلَا يَعْلَمُ إِذَا بُعْثِرَ مَا فِي الْقُبُورِ-وَحُصِّلَ مَا فِي الصُّدُورِ-( العاديات-9-10)

—Ne sait-il donc pas que, lorsque ce qui est dans les tombes sera extrait, et que ce qui est contenu dans les poitrines sera mis au jour et soumis à l’examen ? (Al-‘Adiyât : 9-10)

Autrement dit, après la mort, l’être humain défunt sera retiré de l’endroit et de l’état où il se trouvera, puis relevé sous la forme d’un être humain vivant. Les désirs, les aspirations, les intentions, les desseins, les conceptions, les pensées ainsi que les motivations (MOTIVE) cachées derrière les actes apparents seront dévoilés et exposés. Ensuite, ils seront examinés et le bien sera séparé du mal. En d’autres termes, le jugement ne sera pas fondé uniquement sur l’apparence extérieure, en se demandant ce que l’homme a réellement fait ; les secrets cachés dans son cœur seront également mis au jour, afin de montrer dans quelle intention et dans quel but il a accompli ce qu’il a fait. Quiconque réfléchit à cette question ne peut que reconnaître que la véritable justice, dans sa perfection, ne se trouve nulle part ailleurs que devant le tribunal de Dieu.

Même le droit séculier et irréligieux du monde considère, en principe, qu’il est nécessaire de ne pas punir une personne sur la seule base juridique de ses actes extérieurs. Il faut également déterminer dans quelle intention elle a accompli cet acte. Cependant, aucun tribunal de ce monde ne dispose des moyens permettant de connaître exactement cette intention. Seul Allah Tout-Puissant peut examiner la motivation secrète qui se trouve derrière chacun des actes extérieurs de l’homme, puis décider de la peine ou de la récompense dont il est digne.

En outre, les termes du verset montrent que ce jugement ne sera pas fondé uniquement sur la connaissance qu’Allah Tout-Puissant possédait des désirs et des intentions du cœur. Au contraire, le Jour de la Résurrection, ces secrets seront dévoilés et exposés publiquement ; devant le tribunal public, ils seront examinés afin de déterminer quelle part de bien et quelle part de mal ils contenaient. C’est pour cette raison que les termesتحصيل حصل ما فى الصدور sont employés. Ce mot signifie également extraire quelque chose et le faire sortir. Ainsi, on écarte l’écorce ou la coque pour en extraire le noyau. Il signifie ensuite trier différentes choses et les séparer les unes des autres. Ces deux sens sont donc employés pour connaître les secrets du cœur : les dévoiler et les exposer, mais aussi les trier afin de séparer le bien du mal. (129)

يَوْمَ تُبْلَى السَّرَائِرُ – فَمَا لَهُ مِنْ قُوَّةٍ وَلَا نَاصِرٍ – وَالسَّمَاءِ ذَاتِ الرَّجْعِ  وَالْأَرْضِ ذَاتِ الصَّدْعِ – إِنَّهُ لَقَوْلٌ فَصْلٌ – وَمَا هُوَ بِالْهَزْلِ-(الطارق-9-14)

-Le jour où les secrets cachés seront examinés, l’être humain n’aura ni force propre ni auxiliaire. Par le ciel qui fait tomber la pluie et par la terre qui se fend (au moment de produire les cultures) : voilà une parole décisive, non une plaisanterie. (At-Târiq : 9-14)

Les secrets cachés désignent les actes de chaque être humain qui sont demeurés un secret dans ce monde, ainsi que les actions qui, bien qu’ayant été manifestes dans leur apparence extérieure aux yeux du monde, dissimulaient aux hommes les intentions, les buts et les aspirations qui les animaient, de même que les sentiments intérieurs et les motivations qui les suscitaient. Au Jour de la Résurrection, tout cela sera dévoilé et apparaîtra au grand jour. L’examen ne portera pas seulement sur ce que chacun a fait, mais aussi sur la raison pour laquelle il l’a fait, dans quel intérêt, avec quelle intention et dans quel but. De même, il est resté caché au monde entier, et même à l’auteur de l’acte, quels effets son action a produits dans le monde, où elle s’est propagée et combien de temps elle a perduré. Ce mystère sera également dévoilé au Jour de la Résurrection, et l’on examinera minutieusement quelle semence une personne avait semée dans le monde, dans quels champs et pendant combien de temps sa récolte avait continué à pousser, et qui la rapportait chez soi.

Le sens de la dernière phrase est que, de même que la pluie tombant du ciel et la terre se fendant pour laisser germer les plantes ne sont pas une plaisanterie, mais une réalité véritable, de même ce que le Coran annonce — que l’être humain devra retourner de nouveau vers son Seigneur — n’est pas une plaisanterie, mais une vérité absolument certaine, une réalité irréfutable et une vérité éternelle qui s’accomplira inévitablement. (130)

يُنَبَّأُ الْإِنْسَانُ يَوْمَئِذٍ بِمَا قَدَّمَ وَأَخَّرَ – بَلِ الْإِنْسَانُ عَلَى نَفْسِهِ بَصِيرَةٌ – وَلَوْ أَلْقَى مَعَاذِيرَهُ-(القيامة-13-15)

-Ce jour-là, on fera connaître à l’être humain toutes ses actions antérieures et ultérieures. Bien plus, l’être humain se connaît parfaitement lui-même, quoi qu’il puisse présenter comme excuses. (La Résurrection : 13-15)

Les termes exacts sont بما قدم واجر ; c’est une expression à vaste portée qui peut avoir plusieurs significations. Il est probable qu’elle ait été employée dans tous ces sens. L’une de ses significations est que, ce jour-là, on fera également savoir à l’être humain quelles œuvres bonnes ou mauvaises il avait accomplies dans sa vie terrestre avant sa mort et envoyées par avance pour l’Au-delà. On lui présentera aussi le compte des effets que ses bonnes ou mauvaises actions avaient laissés derrière lui et qui étaient restés en vigueur pendant longtemps parmi les générations futures.

La deuxième signification est qu’on lui fera connaître tout ce qu’il aurait dû faire mais n’a pas fait, et tout ce qu’il n’aurait pas dû faire mais a fait.

La troisième signification est que tout ce qu’il aura fait auparavant et tout ce qu’il aura fait par la suite lui sera présenté dans le détail, avec le compte exact et les dates.

La quatrième signification est qu’on lui indiquera aussi les bonnes et les mauvaises actions qu’il aura accomplies, et qu’on l’informera également des bonnes et des mauvaises actions qu’il se sera abstenu d’accomplir.

Mais le but réel de présenter à l’homme le registre de ses œuvres ne sera pas de révéler au coupable ses crimes. Ce sera plutôt nécessaire parce que les exigences de la justice ne peuvent être satisfaites sans que le crime soit établi devant le tribunal. Sinon, chacun sait parfaitement ce qu’il est lui-même. Un menteur peut tromper le monde entier, mais il sait lui-même qu’il ment. Un voleur peut employer d’innombrables moyens pour dissimuler son vol, mais il ne peut cacher à sa propre conscience qu’il est un voleur. Un égaré peut présenter mille arguments et preuves pour convaincre les gens que le kufr, l’athéisme ou le shirk auxquels il croit constituent en réalité sa conviction sincère. Mais sa propre conscience n’ignore pas à quel point il est attaché à ces croyances, ni ce qui l’empêche véritablement de comprendre leur fausseté et de l’admettre. Un tyran, un homme déloyal, un débauché et un consommateur de choses interdites peuvent tenter de faire taire leur conscience en avançant diverses excuses pour leurs méfaits, afin de l’empêcher de les blâmer et de lui faire admettre qu’il existe réellement certaines contraintes, certaines convenances et certains besoins qui les poussent à agir ainsi. Malgré cela, chacun sait nécessairement à qui il a fait du tort et de quels droits il s’est emparé. C’est pourquoi, au moment de comparaître devant le tribunal de l’Au-delà, chaque mécréant, chaque hypocrite, chaque pécheur et chaque criminel saura lui-même dans quelle condition il se tient devant Dieu. (131)

فَإِذَا جَاءَتِ الطَّامَّةُ الْكُبْرَى – يَوْمَ يَتَذَكَّرُ الْإِنْسَانُ مَا سَعَى-(النازعات-34-35)

-Puis, lorsque surviendra la catastrophe majeure, ce jour-là l’homme se souviendra de toutes ses actions. (An-Nâzi‘ât : 34-35)

Autrement dit, lorsque l’homme verra arriver le jour du jugement dont on lui annonçait la venue dans le monde, tout ce qu’il aura fait ici-bas lui reviendra progressivement à la mémoire, avant même qu’on ne lui remette le registre de ses œuvres. Certains font déjà dans ce monde l’expérience suivante : lorsqu’ils se trouvent soudain confrontés à une situation si périlleuse que la mort leur paraît imminente, toute l’image de leur vie se reflète brusquement dans leur esprit. (132)

وَجِيءَ يَوْمَئِذٍ بِجَهَنَّمَ يَوْمَئِذٍ يَتَذَكَّرُ الْإِنْسَانُ وَأَنَّى لَهُ الذِّكْرَى-يَقُولُ يَا لَيْتَنِي قَدَّمْتُ لِحَيَاتِي-(الفجر-23-24)

-Et ce jour-là, la Géhenne sera amenée devant eux. Ce jour-là, l’homme comprendra tout. Mais à quoi lui servira cette compréhension ? Il dira : « Hélas pour moi ! Si seulement j’avais envoyé quelque chose à l’avance pour cette vie ! » (Al-Fajr : 23-24)

-Le premier verset ou la première phrase peut avoir deux significations. La première est que, ce jour-là, l’homme se souviendra de tout ce qu’il aura fait dans ce monde et le regrettera. Mais cela ne lui servira à rien. La deuxième est que, ce jour-là, l’homme retrouvera ses esprits et comprendra que tout ce que les prophètes avaient dit était vrai, et qu’il a été insensé de ne pas suivre leurs paroles. Mais retrouver ses esprits et comprendre son erreur ce jour-là ne lui servira absolument à rien.

عَلِمَتْ نَفْسٌ مَا قَدَّمَتْ وَأَخَّرَتْ-( الانفطار-5)

-À ce moment-là, chaque personne saura tout ce qu’elle aura accompli auparavant et par la suite. (Al-Infitar : 5)

– مَا قَدَّمَتْ وَأَخَّرَتْ – peuvent avoir plusieurs significations. Elles sont toutes utilisées ici. Par exemple :

1. Les bonnes ou mauvaises actions que l’homme a accomplies et envoyées par avance sont مَا قَدَّمَتْ et celles dont il s’est abstenu sont أَخَّرَتْ  مَا ; en ce sens, ces termes sont les équivalents des mots anglais COMMISSION et OMMISSION.

2. Ce qui a été accompli en premier est ما قدمت et ce qui a été accompli plus tard est ما اخرت ; autrement dit, la liste complète des actes de l’homme sera exposée dans l’ordre, avec les années et les dates.

3. Les bonnes et mauvaises actions que l’homme a accomplies au cours de sa vie sont ما قدمت et les effets de ces actions qu’il a laissés derrière lui dans la société humaine sont (134) ما اخرت

يَوْمَئِذٍ يَصْدُرُ النَّاسُ أَشْتَاتًا لِيُرَوْا أَعْمَالَهُمْ – فَمَنْ يَعْمَلْ مِثْقَالَ ذَرَّةٍ خَيْرًا يَرَهُ – وَمَنْ يَعْمَلْ مِثْقَالَ ذَرَّةٍ شَرًّا يَرَهُ-( الزلزلة-6-8)

—Ce jour-là, les hommes reviendront dans des états différents, afin que leurs œuvres leur soient montrées. Celui qui aura accompli le moindre bien le verra, et celui qui aura commis le moindre mal le verra également. (Az-Zalzalah : 6-8)

La première phrase peut avoir deux sens. Le premier est que chacun comparaîtra seul, en tant qu’individu. Les familles, les groupes, les alliances et les nations seront tous séparés. Cela est également mentionné ailleurs dans le Coran. Ainsi, dans la sourate Al-An‘âm, il est dit qu’Allah dira ce jour-là aux hommes : « Vous êtes venus à Nous, seuls, tout comme Nous vous avons créés la première fois. » (verset 94) Dans la sourate Maryam, il est dit : « Ils viendront à Nous, seuls » (verset 80). « Chacun d’eux comparaîtra seul devant Allah, le Jour de la Résurrection. » (verset 95)

Le second sens est que ceux qui seront morts en différents lieux pendant des milliers d’années viendront de tous les coins de la terre, par groupes successifs. Ainsi, il est dit dans la sourate An-Naba’ : « Le jour où l’on soufflera dans la Trompe, vous viendrez par groupes. » (verset 18)

Le fait que leurs œuvres leur soient montrées signifie que tout homme, vertueux ou mauvais, recevra le registre de ses œuvres, afin de voir ce qu’il a accompli dans ce monde. Le Noble Coran donne en plusieurs endroits des explications détaillées à ce sujet : les mécréants et les croyants, les vertueux et les pécheurs, les obéissants et les désobéissants recevront tous le registre de leurs œuvres. (Voir Al-Hâqqah, versets 19 et 25, ainsi qu’Al-Inshiqâq, versets 7 à 10.)

Il convient de préciser qu’il n’y a aucune différence entre montrer à quelqu’un ses œuvres et lui remettre le registre de ses œuvres. De plus, lorsque la terre présentera les événements qui s’y sont déroulés, le tableau complet du conflit entre la vérité et le faux, conflit qui s’est poursuivi depuis les premiers temps jusqu’à la Résurrection, apparaîtra devant tous. Chacun verra alors ce qu’ont accompli ceux qui luttaient pour la vérité et quelles actions les partisans du faux ont entreprises contre eux. Il n’est pas impossible non plus que les gens entendent de leurs propres oreilles tous les discours et propos de ceux qui appelaient à la bonne direction et de ceux qui répandaient l’égarement. Les archives complètes des tracts et des écrits des deux camps seront déposées intactes devant tous. La foule réunie dans la plaine du Rassemblement verra de ses propres yeux toutes les scènes des persécutions et des violences infligées par les partisans du faux aux partisans de la vérité, ainsi que tous les conflits et affrontements qui les ont opposés.

Il est ensuite dit que celui qui aura accompli la moindre bonne œuvre la verra, et que celui qui aura commis la moindre mauvaise œuvre la verra également. Le sens simple de ces paroles — et c’est le sens parfaitement juste — est qu’aucune des plus petites bonnes ou mauvaises actions de l’homme ne sera omise de son registre : il la verra nécessairement. Mais si l’on comprend « voir » comme voir recevoir sa récompense ou son châtiment, cette interprétation serait tout à fait erronée, car elle signifierait que, dans l’au-delà, chacun recevrait séparément la récompense d’un bien insignifiant et le châtiment d’un péché insignifiant. Là, personne ne sera privé de la récompense de ses bonnes œuvres ni exempté du châtiment de ses péchés. En effet, cela signifierait premièrement que le châtiment de chaque mauvaise action et la récompense de chaque bonne action seraient attribués séparément. Deuxièmement, cela signifierait même qu’un croyant très vertueux ne pourrait échapper au châtiment de la moindre de ses fautes, tandis que le pire des mécréants, des injustes et des scélérats ne serait privé de la récompense de la plus petite de ses bonnes actions. Ces deux interprétations sont contraires aux explications et aux commentaires du Coran et des hadiths, et la raison n’admet pas qu’elles répondent aux exigences de la justice. Réfléchissez avec discernement : comment pourrait-il être acceptable que votre serviteur ou votre employé soit extrêmement fidèle et dévoué, mais que vous ne pardonniez aucune de ses fautes, si insignifiante soit-elle, et qu’en lui accordant la rémunération et la récompense de chacun de ses services, vous lui infligiez aussi, en les comptant une à une, le châtiment de chacune de ses fautes ? De même, la raison ne peut admettre que votre serviteur domestique, que vous avez élevé et entretenu et envers lequel vous avez fait preuve de beaucoup de bonté, vous trahisse et réponde à vos faveurs et à votre bienveillance par l’ingratitude, mais que, faisant abstraction de sa conduite d’ensemble, vous lui infligiez séparément un châtiment pour chaque trahison et lui accordiez séparément une récompense pour chaque service — qu’il s’agisse d’avoir apporté un peu d’eau à un moment quelconque ou d’avoir tiré le ventilateur. Reste maintenant la question du Coran et des hadiths. Le Coran et les hadiths exposent en détail une législation relative aux récompenses et aux châtiments de diverses catégories de personnes : croyants, hypocrites, mécréants, croyants vertueux, croyants pécheurs, croyants injustes et pervers, mécréants purs, mécréants semant la corruption, injustes, et autres. Ces récompenses et ces châtiments régissent toute la vie de l’homme, d’ici-bas jusqu’à l’au-delà.

À ce sujet, le Coran expose en détail plusieurs principes. Premièrement, les œuvres des mécréants, des polythéistes et des hypocrites — œuvres qu’ils considèrent comme bonnes — seront annulées. Dans l’au-delà, ils n’en recevront aucune récompense. Si une récompense leur est due, ils la recevront dans ce monde même. À titre d’exemples, voir Al-A‘râf : 127 ; At-Tawbah : 17, 67-69 ; Hûd : 15-16 ; Ibrâhîm : 18 ; Al-Kahf : 104-105 ; An-Nûr : 39 ; Al-Furqân : 23 ; Al-Ahzâb : 19 ; Az-Zumar : 65 ; Al-Ahqâf : 20.

Deuxièmement, le châtiment d’un péché sera proportionnel au péché commis. En revanche, la récompense d’une bonne œuvre sera supérieure à l’œuvre elle-même. Il est même expliqué ailleurs que la récompense de chaque bonne œuvre sera multipliée par dix. Il est également dit qu’Allah accroîtra la récompense des bonnes œuvres autant qu’Il le voudra. (Voir Al-Baqarah : 261 ; Al-An‘âm : 16 ; Yûnus : 66-67 ; An-Nûr : 38 ; Al-Qasas : 48 ; Saba’ : 37 ; Ghâfir : 40.)

Troisièmement : si le croyant s’abstient des péchés majeurs, ses petits péchés lui seront pardonnés. (Voir An-Nisâ’ : 31 ; Ach-Chûrâ : 37 ; An-Najm : 32).

Quatrièmement : le compte du croyant vertueux sera examiné avec indulgence. Ses mauvaises actions seront ignorées et il sera récompensé comme s’il avait accompli ses meilleures œuvres. (Voir Al-‘Ankabût : 7 ; Az-Zumar : 35 ; Al-Ahqâf : 16 ; Al-Inchiqâq : 8).

Les hadiths clarifient davantage cette question. Hazrat Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’un jour, Hazrat Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) mangeait avec le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). C’est alors que ce verset fut révélé (le dernier verset de la sourate Az-Zalzalah). Hazrat Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) retira sa main du repas et demanda : « Ô Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), verrai-je la rétribution des fautes et des erreurs, si insignifiantes soient-elles, que j’ai commises ? » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Ô Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), les épreuves pénibles auxquelles tu es confronté sont l’expiation de ces fautes et erreurs insignifiantes que tu as commises ; quant aux quelques bonnes actions que tu possèdes, Allah Tout-Puissant les a conservées pour toi dans l’au-delà. » (Ibn Jarîr, Ibn Abî Hâtim, At-Tabarânî dans Al-Awsat, Al-Bayhaqî dans Ach-Chu‘ab, Ibn Al-Mundhir, Al-Hâkim, Ibn Mardûwayh, ‘Abd ibn Humayd).

Au sujet de ce verset, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à Hazrat Abou Ayyoub Al-Ansârî (qu’Allah l’agrée) : « Quiconque parmi vous accomplit une bonne action en trouvera la récompense dans l’au-delà. Quant à celui qui commet un péché quelconque, il en subira le châtiment ici-bas sous forme d’épreuves et de maladies. » (Ibn Mardûwayh). Qatâdah, rapportant ces propos du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) d’après Hazrat Anas (qu’Allah l’agrée), dit : « Allah ne fait subir aucune injustice au croyant. En échange de ses bonnes œuvres dans ce monde, Il lui accorde sa subsistance ; ainsi, la rétribution de ses bonnes actions lui est déjà versée. Puis, lorsque viendra la Résurrection, aucune bonne œuvre ne figurera dans son compte. » (Ibn Jarîr).

Masrûq rapporte d’après Hazrat ‘Â’ichah (qu’Allah l’agrée) qu’elle demanda au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « ‘Abdullah ibn Jud‘ân se comportait bien envers ses proches à l’époque de la Jâhiliyyah, nourrissait les nécessiteux, accueillait ses hôtes et libérait les prisonniers. Cela lui sera-t-il profitable dans l’au-delà ? »

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Non. Avant sa mort, il n’a jamais dit : »

(Arabe***********৩৪৪*************)

— Ô mon Dieu ! Au Jour du Jugement, pardonne-moi mes péchés. (Ibn Jarîr)

Le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a également donné une réponse de ce genre au sujet de certaines autres personnes qui accomplissaient de bonnes œuvres à l’époque de la Jahiliya, mais qui sont mortes dans la mécréance et le polythéisme. Toutefois, certains propos du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) montrent que les bonnes œuvres d’un mécréant ne le sauveront pas du châtiment de l’Enfer, mais qu’il ne subira pas un châtiment aussi sévère que celui infligé aux mécréants injustes, pervers et malfaisants. Ainsi, il est rapporté dans un hadith que Hatim al-Taï recevra un châtiment allégé en raison de sa générosité. (Rûh al-Ma‘ânî)

Néanmoins, ce verset rend l’être humain attentif à une réalité d’une importance capitale : chaque bonne action, même insignifiante, possède sa propre importance et sa propre valeur. Il en va de même des mauvaises actions : même le moindre péché est pris en compte et ne doit pas être négligé. Il ne faut donc pas abandonner une petite bonne action sous prétexte qu’elle est insignifiante. En effet, de nombreuses bonnes actions de ce genre peuvent, réunies, être considérées dans le registre des comptes d’Allah comme une très grande bonne action. De même, il ne faut pas commettre de petits péchés, car plusieurs petits péchés peuvent finir par former un véritable amas de péchés. C’est précisément ce que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a déclaré dans différents hadiths. Dans al-Bukhari et Muslim, il est rapporté d’après ‘Adi ibn Hatim (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit : « Préservez-vous du feu de l’Enfer, ne serait-ce qu’en donnant la moitié d’une datte ou en disant une bonne parole. » Une autre parole du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) est également rapportée authentiquement par ‘Adi ibn Hatim (qu’Allah l’agrée) : « Ne méprise aucune bonne action, fût-ce verser un peu d’eau dans le récipient d’une personne qui en demande, ou rencontrer ton frère avec un visage souriant. »

On trouve dans al-Bukhari une narration d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) selon laquelle le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) s’adressa ainsi aux femmes : « Ô femmes musulmanes ! Qu’aucune voisine ne considère comme insignifiant le fait d’envoyer quelque chose à sa voisine, même si ce n’est qu’un sabot de chèvre. »

Dans le Musnad d’Ahmad, al-Nasaï et Ibn Maja, on rapporte d’après ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) disait : « Ô ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), garde-toi également des péchés que l’on considère comme insignifiants, car ils feront eux aussi l’objet d’un interrogatoire devant Allah. » Dans le Musnad d’Ahmad, on rapporte d’après ‘Abdullah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit : « Prenez garde aux petits péchés. Ils seront rassemblés pour les gens et finiront par les détruire. » (135)

Dans l’au-delà, personne ne pourra être utile à personne

La dernière vérité importante énoncée par le Coran au sujet de l’au-delà est que personne n’y sera utile à personne. Chacun sera préoccupé par son propre sort. Personne ne se souciera de sauver son père, son fils, son frère, son mari, sa femme, ses amis, son disciple ou son maître spirituel. Chacun portera le fardeau de ses propres actes. Nul ne portera même le poids d’un atome du fardeau d’autrui. La justice de Dieu n’imposera pas à l’un le fardeau de l’autre. À ce moment-là, la décision appartiendra uniquement à Allah, Maître du Jour du Jugement. Ce jour-là, personne n’aura le pouvoir de parler. Toutefois, si Allah accorde à quelqu’un la permission de parler, celui-ci ne dira que la vérité.

وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى وَإِنْ تَدْعُ مُثْقَلَةٌ إِلَى حِمْلِهَا لَا يُحْمَلْ مِنْهُ شَيْءٌ وَلَوْ كَانَ ذَا قُرْبَى-( فاطر-18)

-Nul ne portera le fardeau d’un autre. Si une personne accablée d’un fardeau appelle quelqu’un pour l’aider à le porter, personne ne viendra en porter la moindre part, même s’il s’agit d’un proche très亲. (Fâtir : 18)

Le « fardeau » signifie le fardeau de la responsabilité des actes. Autrement dit, chacun est lui-même responsable de ses actes. Chacun ne porte que la responsabilité de ses propres actes. Il n’est nullement possible que la responsabilité d’une personne soit transférée par Allah à une autre. Il n’est pas davantage possible qu’une personne assume sur ses épaules la responsabilité d’une autre et se laisse accusée de son crime afin de la sauver. Cette parole fut énoncée ici parce que, à La Mecque, les proches et les membres de la famille de ceux qui embrassaient l’islam leur disaient : « Abandonnez cette nouvelle religion à notre demande et restez attachés à la religion de vos ancêtres. Nous assumerons son châtiment et sa récompense. »

La première phrase expose la loi de la justice d’Allah : Il ne châtiera pas une personne pour le péché d’une autre. Au contraire, chacun sera tenu responsable de son propre péché. La phrase suivante indique que ceux qui disent aujourd’hui : « Continuez à commettre la mécréance et les péchés sous notre responsabilité ; au Jour de la Résurrection, nous porterons le fardeau de vos péchés » donnent en réalité une fausse assurance. Lorsque la Résurrection aura lieu et que les hommes verront quelles conséquences ils doivent affronter pour leurs propres actes, chacun sera pris d’inquiétude. Le frère se détournera de son frère et le père de son fils. Nul ne sera disposé à porter sur ses épaules ne serait-ce que le poids d’un atome appartenant à autrui. (136)

يَوْمَ يَفِرُّ الْمَرْءُ مِنْ أَخِيهِ – وَأُمِّهِ وَأَبِيهِ – وَصَاحِبَتِهِ وَبَنِيهِ – لِكُلِّ امْرِئٍ مِنْهُمْ يَوْمَئِذٍ شَأْنٌ يُغْنِيهِ-( عبس-34-37)

-Ce jour-là, l’homme fuira son frère, sa mère, son père, son épouse et ses enfants. Chacun d’eux sera alors confronté à une situation telle qu’il n’aura aucune présence d’esprit pour penser à quelqu’un d’autre qu’à lui-même. (Abasa : 34-37)

Fuir signifie que, ce jour-là, voyant leurs amis les plus chers en danger, les hommes s’enfuiront au lieu de leur porter secours, afin que ceux-ci ne puissent pas les appeler à l’aide. Cela peut également signifier que, dans le monde, étant exempts de crainte envers Dieu et indifférents à l’au-delà, ils commettaient des péchés par égard les uns pour les autres et s’égaraient mutuellement. Maintenant qu’ils verront les conséquences devant eux, chacun fuira l’autre afin que celui-ci ne puisse pas lui faire porter la responsabilité de ses péchés et de son égarement. Le frère craindra son frère, l’enfant ses parents, le mari son épouse et les parents leur enfant, de peur que ces malheureux ne témoignent contre eux dans le procès. (137)

وَلَا يَسْأَلُ حَمِيمٌ حَمِيمًا- يُبَصَّرُونَهُمْ يَوَدُّ الْمُجْرِمُ لَوْ يَفْتَدِي مِنْ عَذَابِ يَوْمِئِذٍ بِبَنِيهِ – وَصَاحِبَتِهِ وَأَخِيهِ – وَفَصِيلَتِهِ الَّتِي تُؤْوِيهِ – وَمَنْ فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا ثُمَّ يُنْجِيهِ-( المعارج-10-14)

-Aucun ami intime ne demandera des nouvelles d’un autre ami intime. Pourtant, ils seront montrés les uns aux autres. Le coupable souhaitera, pour échapper au châtiment de ce jour-là, donner en rançon son propre enfant, son épouse, son frère, sa famille proche qui lui servait de refuge, ainsi que tous les habitants de la terre, afin que cette ruse lui procure la délivrance. (Al-Ma‘ârij : 10-14)

Cela ne signifie pas qu’ils ne se verront pas les uns les autres et que c’est pourquoi ils ne s’enquerront pas les uns des autres. Au contraire, ils verront de leurs propres yeux dans quelle épreuve les autres seront tombés. Puis ils ne demanderont plus de nouvelles, car le malheur pèsera sur leur propre tête. Ils souhaiteront, en revanche, donner tout le monde en rançon afin d’être eux-mêmes délivrés. (138)

مَا لِلظَّالِمِينَ مِنْ حَمِيمٍ وَلَا شَفِيعٍ يُطَاعُ-(المؤمن-18)

-Pour les injustes, il n’y aura ni ami ni intercesseur dont l’intercession sera entendue. (Mûmin : 187)

Par injuste, on entend toute personne qui, après avoir commis une injustice envers la vérité, a adopté la voie du mensonge.

Dans le verset cité, حميمle mot signifie l’ami d’une personne qui, la voyant attaquée, s’emporte et s’avance rapidement pour la défendre. La dernière affirmation a été formulée pour réfuter la croyance des mécréants en l’intercession. En réalité, les injustes n’auront là absolument aucun intercesseur. En effet, si quelqu’un reçoit l’autorisation d’intercéder, seuls les pieux serviteurs d’Allah peuvent le faire. Or les pieux serviteurs d’Allah ne peuvent jamais être les amis des mécréants, des polythéistes et des pécheurs, au point de songer à intercéder pour les protéger. Cependant, les mécréants, les polythéistes et les égarés ont généralement cru, et certains le croient encore, que les grands personnages religieux auxquels ils se raccrochent ne les laisseront jamais entrer en Enfer, mais se tiendront devant eux comme un écran, obtiendront leur pardon et verront nécessairement leur intercession acceptée. (139)

يَوْمَ يَقُومُ الرُّوحُ وَالْمَلَائِكَةُ صَفًّا لَا يَتَكَلَّمُونَ إِلَّا مَنْ أَذِنَ لَهُ الرَّحْمَنُ وَقَالَ صَوَابًا-( النبأ-38)

-Ce jour-là, lorsque l’Esprit (Jibrîl) et les anges se tiendront en rangs, nul ne parlera, sauf ceux auxquels Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, accordera la permission, et ils diront ce qui est juste. (Naba : 38)

Autrement dit, dans la plaine du Rassemblement, l’effet terrifiant et l’autorité imposante de la présence divine seront tels qu’aucun habitant de la terre ou des cieux n’aura l’audace d’ouvrir spontanément la bouche devant Allah ni d’intervenir dans le jugement. Parler signifie intercéder, et il est dit que cela ne sera possible que sous deux conditions. Premièrement, celui qui aura reçu d’Allah la permission d’intercéder en faveur d’un pécheur ne pourra intercéder qu’en faveur de cette personne. Deuxièmement, l’intercesseur devra lui-même dire ce qui est juste et ne présentera aucune intercession injuste. On trouve également une condition supplémentaire : celui en faveur duquel l’intercession sera faite devra avoir au moins prononcé la formule de foi dans ce monde ; il devra donc être simplement pécheur, et non mécréant. (140)

يَوْمَ لَا تَمْلِكُ نَفْسٌ لِنَفْسٍ شَيْئًا وَالْأَمْرُ يَوْمَئِذٍ لِلَّهِ-( الانفطار-19)

— C’est le jour où personne ne pourra rien faire pour personne, et où le jugement relèvera entièrement de l’autorité d’Allah. (Al-Infitar : 19)

Résumé de la discussion

C’était le quatrième volet de l’appel islamique, présenté avec une telle force, une telle rigueur logique et un tel degré de détail qu’aucune raillerie des mécréants ni aucune revendication aussi insensée que : « Fais revenir nos ancêtres » ne pouvait lui résister. À l’exception de ceux qui combattaient pour leurs intérêts personnels et qui étaient contraints de combattre, toute personne douée de raison ne pouvait s’empêcher de réfléchir au fait que l’Au-delà n’était ni impossible ni contraire à la raison. Il n’était pas davantage possible que, libérée du sentiment d’avoir à rendre des comptes devant Dieu, la conduite humaine dans ce monde puisse être solidement établie sur les principes durables de la vérité et de la justice ; pas plus que l’être humain ne pouvait obtenir une justice véritable et parfaite autrement que par l’avènement de la Résurrection après la fin de l’ordre actuel du monde, le rassemblement de tous les descendants des générations humaines passées et futures devant le Maître de l’univers, puis l’attribution, en toute impartialité, à chacun de ce qu’il mériterait comme châtiment ou récompense, après que sa responsabilité aurait été établie. (141)

Cinquième paragraphe

L’enseignement moral

Tout en présentant ces croyances doctrinales avec des arguments et des preuves, d’une manière touchante, l’appel islamique a également exposé aux hommes une conception extrêmement claire de la morale. Ainsi, tout auditeur ou lecteur du Coran a pu savoir clairement quel type de caractère l’islam approuve et quel type il désapprouve. Quel modèle ou idéal de l’humanité considère-t-il comme mauvais et veut-il transformer et abolir ? Et quel idéal de l’humanité considère-t-il comme bon et veut-il instaurer, entretenir et développer ? Qu’est-ce que le mal et la nuisance à ses yeux, pour quelles raisons apparaissent-ils, et quelles formes prennent-ils dans la vie humaine ? Qu’est-ce qui les développe ? À l’inverse, qu’est-ce que le bien à ses yeux, et quelle est son origine ? Comment les voies de sa manifestation s’ouvrent-elles, et sous quelles formes et apparences se manifeste-t-il ?

L’appel islamique affirme que l’objectif de l’islam est d’éradiquer à la racine toutes les causes du mal et de la nuisance, de faciliter la voie du bien, de l’élargir toujours davantage et d’établir le bien à la place du mal dans tous les domaines de la vie, de l’individu à la société. Cette description a été formulée dans l’appel islamique avec tant de détails, de clarté, d’attrait et dans un langage si compréhensible pour la raison et le bon sens ordinaires qu’il n’était pas difficile, même pour les membres de la société de l’Ignorance qui avaient été plongés pendant des siècles dans les profondeurs de la déchéance morale, de comprendre que le modèle d’humanité qualifié de mauvais par l’islam était réellement le pire, et que le modèle auquel il voulait façonner les hommes et la société était réellement le meilleur. (142)

Quelques réalités fondamentales concernant la morale

À ce sujet, certaines réalités ont d’abord été exposées aux gens afin qu’ils comprennent le problème moral dans ses aspects fondamentaux.

وَنَفْسٍ وَمَا سَوَّاهَا – فَأَلْهَمَهَا فُجُورَهَا وَتَقْوَاهَا – قَدْ أَفْلَحَ مَنْ زَكَّاهَا- وَقَدْ خَابَ مَنْ دَسَّاهَا-( الشمس-7-10)

-Par l’âme humaine et par Celui qui l’a harmonieusement formée ; puis Il lui a inspiré sa tendance au péché et sa piété. A assurément réussi celui qui l’a purifiée, et a certes échoué celui qui l’a corrompue. (Ach-Chams : 7-10)

Harmoniser l’âme humaine signifie que le Créateur lui a donné un corps aux formes et aux proportions justes, entièrement apte à mener une vie humaine par ses mains, ses pieds, son esprit et son cerveau. Il lui a accordé des sens — la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat — qui, par leurs proportions et leurs caractéristiques propres, pouvaient constituer les meilleurs moyens d’acquérir la connaissance. Il lui a donné l’intelligence, la capacité de réfléchir et de prendre des décisions par le raisonnement, la faculté de concevoir, la mémoire, la capacité de distinguer le bien du mal, la volonté et d’autres facultés mentales grâce auxquelles elle devient capable d’accomplir dans le monde les tâches qui incombent à l’être humain. Elle n’a pas été créée comme une créature naturellement perverse et pécheresse par naissance ; elle a au contraire été créée selon une nature juste et droite. Aucune déviation ni aucune difformité n’a été introduite dans sa constitution qui l’empêcherait de suivre le droit chemin même si elle le désirait.

Le terme ilham est employé pour désigner l’introduction, de la part d’Allah, d’une pensée ou d’une idée dans l’esprit et le cerveau du serviteur, à son insu. Le fait d’inspirer à l’esprit humain la tendance au péché, aux bonnes actions et à la piété peut avoir deux significations. La première est que le Créateur a placé en lui à la fois la tendance et le désir d’accomplir le bien ou le mal. C’est une réalité que tout être humain ressent en lui-même. La seconde est qu’Allah a implanté dans l’inconscient de chaque être humain la notion de ce qui, dans le caractère et le comportement, est bon ou mauvais, et que le bien ainsi que la taqwa (le fait de s’abstenir des mauvaises actions) sont des choses nobles. Cette notion n’est pas étrangère à l’être humain ; sa nature en est au contraire pleinement consciente. Le Créateur lui a accordé dès sa naissance la capacité de distinguer le bien du mal.

Le tazkiya signifie purifier, faire croître et développer. À l’inverse, le tazkiya est également employé dans le sens de réprimer, dissimuler, tenter et égarer. Ce verset affirme de manière décisive que la réussite ou l’échec de l’être humain dépend de la question de savoir laquelle des tendances bonnes et mauvaises de son âme il développe et laquelle il réprime, en utilisant les facultés qu’Allah lui a accordées. La réussite appartient uniquement à celui qui purifie son âme du péché, la fait croître jusqu’aux sommets de la taqwa et y développe le bien. Est voué à l’échec celui qui réprime la bonne tendance présente en lui, tente son âme et la conduit vers les mauvaises tendances. Il rend ensuite le péché si puissant que la taqwa se dissimule sous lui, hors de la vue, comme un cadavre après avoir été enseveli dans une tombe. (143)

إِنَّا خَلَقْنَا الْإِنْسَانَ مِنْ نُطْفَةٍ أَمْشَاجٍ نَبْتَلِيهِ فَجَعَلْنَاهُ سَمِيعًا بَصِيرًا – إِنَّا هَدَيْنَاهُ السَّبِيلَ إِمَّا شَاكِرًا وَإِمَّا كَفُورًا-(الدهر-2-3)

-Nous avons créé l’être humain à partir d’une goutte de sperme mélangé afin de le mettre à l’épreuve. C’est pourquoi Nous l’avons fait doué d’ouïe et de vue. Nous lui avons montré le chemin, qu’il soit reconnaissant ou ingrat. (Ad-Dahr : 2-3)

Des animaux aussi naissent, comme l’être humain, de l’union du sperme des parents. Mais la différence entre l’être humain et l’animal est que l’animal n’a pas été créé dans ce monde pour être mis à l’épreuve. L’être humain, lui, a été créé pour être éprouvé. C’est pourquoi Allah, contrairement aux animaux, l’a doté de l’ouïe et de la vue, c’est-à-dire de la faculté de comprendre et de raisonner, afin qu’il puisse être apte à subir cette épreuve. Ensuite, il n’a pas été abandonné avec ces facultés. Au contraire, on lui a également montré la voie, afin qu’il comprenne, en tant que serviteur de Dieu, quelle est la voie de la reconnaissance et quelle est celle de l’ingratitude ou de la mécréance. Son épreuve consiste maintenant à savoir si, après avoir connu la différence entre ces deux voies, il utilise ses facultés pour suivre la voie de la reconnaissance ou celle de la mécréance. (144)

(Arabe**************)

Ne lui avons-Nous pas donné deux yeux, une langue et deux lèvres ? Et ne lui avons-Nous pas montré les deux voies clairement distinctes ? (Al-Balad : 8-10)

Les deux yeux ne désignent pas les yeux d’une vache ou d’un buffle, mais les yeux humains qui, lorsqu’ils s’ouvrent pour regarder, permettent de voir tout autour de soi les signes qui rendent la réalité manifeste et font comprendre la différence entre la vérité et le mensonge. La langue et les lèvres ne désignent pas seulement les organes de la parole, mais aussi un esprit doué de discernement (esprit raisonneur), qui se sert de ces deux organes pour réfléchir et exprimer ce que renferme l’esprit. Puis Allah dit : Nous ne l’avons pas laissé, doté de connaissance, de raison et de faculté de réflexion, choisir seul sa voie. Au contraire, pour le guider, Nous avons clairement placé devant lui les deux voies du bien et du mal, de la vertu et du péché, afin qu’après mûre réflexion il puisse choisir l’une ou l’autre de son propre chef. (145)

(Arabe**************)

Nous avons certes créé l’être humain dans la plus belle des formes. Puis Nous l’avons ramené au plus bas des bas. Excepté ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres. (At-Tîn : 4-6)

Cela signifie qu’Allah a accordé à l’être humain un corps d’une dignité si élevée qu’Il ne l’a accordé à aucun autre animal. Il lui a également donné les meilleures aptitudes à la réflexion, à la connaissance et à la raison, qu’Il n’a données à aucune autre créature. Mais lorsqu’au lieu de suivre la voie de la foi et des bonnes œuvres il utilise les forces de son corps et de son esprit dans le mal, Allah lui accorde la réussite dans les mauvaises actions et le fait tomber dans une déchéance si extrême qu’aucune des créatures les plus viles ne peut atteindre un tel degré.

C’est une réalité que l’on observe souvent dans la société humaine. Quiconque s’abîme dans l’avidité, la cupidité, l’égoïsme, l’auto-glorification, la dépendance aux stupéfiants, la bassesse, la fureur et d’autres penchants de ce genre atteint, sur le plan moral, le niveau le plus bas. Pour ne prendre qu’un seul exemple, on constate que lorsqu’une nation devient aveuglée par la haine d’une autre nation, elle dépasse en sauvagerie tous les animaux féroces. Un animal féroce ne chasse un autre animal que pour se nourrir ; il ne les massacre pas tous en même temps. Mais l’être humain, lui, massacre en masse des êtres humains de son propre genre. L’animal féroce chasse avec ses griffes et ses crocs. Mais l’être humain, créé dans la plus belle des formes, ne cesse de fabriquer, grâce à son intelligence et à son pouvoir d’invention, des armes toujours plus destructrices, capables d’anéantir des populations entières. L’animal féroce ne fait que blesser ou tuer. Mais l’être humain adopte, pour torturer ses semblables, des méthodes si atroces qu’aucun animal féroce ne pourrait même les concevoir. Puis, pour assouvir sa haine et sa soif de vengeance, il atteint un degré de bassesse si extrême qu’il fait défiler nues les femmes de l’ennemi ; dix ou vingt hommes violent une seule femme afin de satisfaire leur appétit sexuel. Sous les yeux de leurs pères, de leurs frères et de leurs maris, il porte atteinte à l’honneur de leurs filles, de leurs sœurs et de leurs épouses. Il tue les enfants devant leurs parents. Il contraint une mère à boire le sang de son enfant. Des êtres humains vivants sont brûlés à mort et enterrés vivants. Il n’existe dans le monde aucun animal, même le plus féroce, qui puisse rivaliser avec un quelconque degré de cette bestialité humaine. Il en va de même pour les autres mauvaises qualités : dans quelque direction que l’être humain s’engage parmi elles, il se montre comme l’une des créatures les plus viles. Même la religion, qui est pour l’être humain la chose la plus sacrée, est tellement dégradée par lui qu’après être tombé au plus bas de la déchéance en adorant les plantes, les animaux et les livres, il en vient à adorer les organes sexuels de la femme et de l’homme. Pour satisfaire les divinités, il institue même dans les temples la pratique d’entretenir des servantes sacrées, et l’adultère avec elles est considéré comme une bonne œuvre. Dans leurs mythes ou leurs livres religieux, on introduit des récits imaginaires si obscènes qu’ils feraient honte même aux êtres humains les plus vils. (146)

Tout en exposant ces réalités, le Coran a décrit trois formes distinctes de l’âme humaine. La première est la nafs al-ammāra, qui incite l’être humain à commettre le mal. (Yûsuf : 53)

La deuxième est la nafs al-lawwāma. Son rôle est d’avertir l’être humain, jusqu’au stade de ses désirs, de ses volontés et de la prise de décision. Puis, après qu’il a commis une mauvaise action, elle ne cesse de le blâmer. (Al-Qiyāma : 2) La troisième est la nafs al-muṭmaʾinna. Avec une pleine sérénité, elle évite la voie du mal et adopte la voie du bien ; elle ne regrette nullement d’avoir renoncé au goût et aux avantages des mauvaises actions, ni d’avoir, pour le bien, enduré privations, sacrifices, souffrances et épreuves. Loin d’en éprouver du regret, elle se réjouit d’avoir été préservée de la souillure et de la fange du mal et d’avoir obtenu la pureté du bien. Le Coran a qualifié cette troisième sorte de nafs d’âme agréée par Dieu et lui a annoncé la bonne nouvelle du Paradis. (Al-Fajr : 27-30)

Les causes de l’égarement

Ensuite, le Noble Coran a exposé une à une les causes qui conduisent généralement l’être humain à l’égarement. Les mécréants arabes s’étaient eux aussi égarés pour ces mêmes raisons. Voici ces causes :

1. L’imitation aveugle des ancêtres

La première de ces choses est l’imitation aveugle de la religion des ancêtres. On agissait ainsi uniquement parce que cela se pratiquait depuis l’époque des pères et des grands-pères. Ils n’ont jamais essayé de réfléchir avec raison pour savoir si tout ce que faisaient leurs ancêtres était conforme à la raison ou non. La seule preuve et le seul argument de cette imitation aveugle étaient que telle était la coutume des pères et des grands-pères. À ce sujet, le Coran a présenté de nombreux exemples tirés de l’histoire.

Lorsque le prophète Hûd (paix sur lui) reprocha au peuple de ʿÂd de s’être égaré et lui conseilla de revenir sur le droit chemin, celui-ci rejeta toutes ses preuves, tous ses arguments et tous ses conseils en disant seulement : « Es-tu venu à nous pour que nous n’adorions que Dieu et que nous abandonnions les divinités que nos pères et nos grands-pères ont adorées ? » (Al-Aʿrāf : 170)

Lorsque le prophète Ṣāliḥ (paix sur lui) tenta de faire comprendre les choses au peuple de Thamûd, celui-ci répondit : « Ô Ṣāliḥ ! Auparavant, tu étais pourtant un homme dont nous espérions beaucoup. Veux-tu maintenant nous détourner de l’adoration des divinités que nos pères et nos grands-pères adoraient ? Nous avons de grands doutes au sujet de la voie vers laquelle tu nous appelles, et elle est pour nous une source de profonde inquiétude et d’appréhension. » (Hûd : 62)

Lorsque le prophète Shuʿayb (que la paix soit sur lui) mit en garde les habitants de Madyan contre leur égarement manifeste, voici quelle fut leur réponse :

« Ô Shuʿayb ! Est-ce ta prière qui t’enseigne que nous devons abandonner les dieux de nos ancêtres ? » (Hûd : 87)

Lorsque le prophète Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) dit à son père et à son peuple : « Que sont donc ces statues auxquelles vous êtes tellement attachés ? », ils ne trouvèrent d’autre réponse que : « Nous avons vu nos ancêtres les adorer. » Le prophète Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) leur dit alors clairement : « Vous êtes vous-mêmes dans l’égarement, et vos ancêtres étaient également plongés dans un égarement manifeste. » (Al-Anbiyâ’ : 52-54)

Le prophète Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) leur demanda : « Répondent-ils à vos appels ? Vous sont-ils utiles ou vous causent-ils du tort ? »

Ils répondirent : « Cela ne nous préoccupe pas. Nous ne faisons tout cela que parce que nous avons trouvé nos ancêtres en faire autant. » (Ash-Shuʿarâ’ : 72)

Lorsque le prophète Mûsâ (que la paix soit sur lui) appela Pharaon et ses courtisans à la vérité, en leur apportant des miracles manifestes, ils dirent eux aussi : « Es-tu venu à nous pour nous détourner de la voie sur laquelle nous avons trouvé nos ancêtres ? » (Yûnus : 78)

En présentant ces exemples, le Noble Coran dit que toutes les nations ignorantes ont rejeté la prédication de leurs prophètes par cet argument dépourvu de raison. Au sujet des premières nations, le Coran dit que, si elles répondirent aux preuves manifestes, aux exhortations et aux avertissements de leurs prophètes, ce fut seulement ainsi : « Tu n’es qu’un être humain comme nous. Tu veux nous détourner du culte des divinités que nos ancêtres adoraient. » (Ibrâhîm : 10)

Il est dit ailleurs : « Ô Prophète ! Chaque fois que Nous avons envoyé un avertissement dans une cité avant toi, ses notables aisés ont dit : “Nous avons vu nos ancêtres suivre une certaine voie et nous suivons leurs traces.” Chaque prophète leur demanda : “Continueriez-vous à suivre cette voie, même si je vous indiquais une voie plus droite et plus juste que celle sur laquelle vous avez trouvé vos ancêtres ?” Ils répondirent tous à leurs prophètes : “Nous renions le message pour lequel vous avez été envoyés.” » (Az-Zukhruf : 23-24)

Ce n’était pas seulement la situation des peuples du passé ; c’était et c’est encore la coutume des ignorants de chaque époque de discuter au sujet d’Allah sans aucune connaissance, ni Livre apportant lumière et direction. Lorsqu’on leur dit : « Venez donc suivre l’enseignement qu’Allah a révélé », ils répondent : « Non, nous suivrons la voie sur laquelle nous avons trouvé nos ancêtres. »

Quand bien même Satan appellerait leurs ancêtres à se rendre en Enfer. (Luqmân : 20-21)

Après avoir exposé ces exemples, le Coran met directement en garde les Quraychites et les Arabes : vous êtes exactement comme eux. Vous ne réfléchissez pas, à l’aide de votre intelligence et de votre raison, pour déterminer si la religion que vous suivez est correcte ou non. Vous ne prêtez pas non plus attention aux erreurs de votre religion et de vos coutumes, alors même qu’elles vous sont exposées avec des arguments et des preuves. Vous vous obstinez donc dans une chose erronée pour la seule raison qu’elle vous vient de vos ancêtres.

Il est dit dans la sourate as-Sâffât que ces gens ont trouvé leurs ancêtres égarés. Ils se sont donc empressés de suivre leurs traces, alors que la plupart de ceux qui vécurent avant eux s’étaient également égarés. (Versets : 69-71)

Dans la sourate Hûd, il est dit, en s’adressant au noble Messager : ne sois pas en proie au moindre doute au sujet de ces divinités que ces gens adorent. Elles sont adorées exactement comme les adoraient leurs ancêtres. (Verset : 109)

Lorsque les Quraychites et les Arabes furent invités à s’abstenir de choses extrêmement honteuses, telles que l’indécence et la nudité, et qu’on leur dit qu’ils n’hésitaient même pas à accomplir nus le tawâf autour de la Kaaba sacrée, alors qu’il n’y a rien de plus répugnant que cela et qu’ils devraient en avoir honte, ils tentèrent malgré tout de le déclarer licite en invoquant le fait de suivre leurs ancêtres. En réalité, il est dit dans la sourate al-A‘râf : lorsqu’ils commettent une turpitude, ils disent : « Nous avons vu nos ancêtres agir ainsi, et Allah nous a ordonné de le faire. »

Ô Prophète ! Dis-leur : « Allah n’ordonne jamais l’indécence. Allez-vous donc, au nom d’Allah, attribuer à Allah ce dont vous ne savez pas qu’Il l’a ordonné ? » (Verset : 28)

Les mécréants arabes demeuraient attachés à diverses coutumes ignorantes et déraisonnables, et ils s’étaient persuadés, sans aucune preuve, qu’elles avaient été prescrites par Allah. À ce sujet, il est dit dans la sourate al-Mâ’ida : « Et lorsqu’on leur dit : “Venez suivre l’enseignement qu’Allah a révélé et venez auprès du Messager”, ils répondent : “Ce que nous avons trouvé chez nos ancêtres nous suffit.” Quoi donc ! Suivront-ils aveuglément leurs ancêtres, même si ceux-ci ne possédaient aucune connaissance et n’étaient pas sur la voie droite ? » (Verset : 104)

C’est ainsi que les mécréants d’Arabie se sont imposé de nombreuses restrictions concernant ce qui est licite et ce qui est illicite. Ils les ont eux-mêmes inventées et les ont rendues obligatoires au motif qu’elles étaient transmises depuis les temps anciens. Parmi elles, beaucoup de choses licites ont été déclarées illicites, et beaucoup de choses illicites, honteuses et abominables ont été déclarées licites. À ce sujet, il est dit dans la sourate Al-Baqara : Lorsqu’on leur dit : « Suivez la guidance qu’Allah a révélée », ils répondent : « Non, nous suivrons plutôt la voie sur laquelle nous avons trouvé nos ancêtres. » Quoi donc ! Les suivraient-ils même si leurs ancêtres ne comprenaient rien et n’étaient pas guidés ? (Verset : 170)

Dans la sourate Al-An‘âm, cette imitation aveugle a été démontrée comme incohérente et contraire à la raison au moyen d’arguments et de preuves si puissants que même le plus obstiné des Arabes a peut-être reconnu, au fond de lui-même, ne serait-ce qu’une fois : « En vérité, nous suivons quelque chose d’absurde. »

Dans cette même sourate, il est dit : « Ils ont assigné à Allah une part des récoltes et du bétail qu’Il a Lui-même créés, et ils disent : “Ceci est pour Allah” — selon leur prétention — “et ceci est pour nos associés que nous avons inventés.” Mais ce qui est destiné à leurs associés n’atteint pas Allah, tandis que ce qui est destiné à Allah atteint leurs associés. » [C’est-à-dire que, si une partie de la récolte, des fruits ou d’autres produits consacrés au nom d’Allah tombait, elle était ajoutée à la part des associés. En revanche, si quelque chose tombait de la part des associés ou se retrouvait dans la part de Dieu, on le rendait à leur propre part. Si l’eau d’une parcelle réservée aux offrandes aux associés s’écoulait vers la parcelle réservée aux offrandes à Dieu, toute la récolte était intégrée à la part des associés. Mais dans le cas contraire, rien n’était ajouté à la part de Dieu. S’il devenait nécessaire, en raison de la sécheresse, d’utiliser pour eux-mêmes la part destinée aux offrandes, ils consommaient la part de Dieu. Mais ils craignaient de toucher à la part des associés, de peur qu’un malheur ne survienne. Si, pour une raison quelconque, la part des associés diminuait, on la complétait avec la part de Dieu. Mais si la part de Dieu diminuait, pas même un grain de la part des associés ne lui était attribué. — L’auteur.]

De même, leurs associés ont rendu très attrayante, pour un grand nombre de polythéistes, la pratique consistant à tuer leurs propres enfants, afin de les précipiter dans la perdition et de rendre leur religion confuse à leurs yeux. [C’est-à-dire qu’on les a plongés dans la confusion en leur faisant croire que cette pratique faisait aussi partie de la religion qu’ils avaient reçue d’Ibrâhîm et d’Ismâ‘îl, la paix soit sur eux. Il apparaît clairement ici que les « associés » ne désignent pas les idoles ni les autres divinités, mais les chefs religieux qui, au cours des époques ultérieures, ont propagé de fausses croyances et des pratiques religieuses erronées. Les gens les suivent de la même manière qu’ils devraient suivre la loi de Dieu. — L’auteur.]

Ils disent : « Ces bestiaux et ces récoltes sont réservés ; nul autre ne peut en manger que ceux que nous nourrissons. » Tout cela n’est que leur invention. Certains animaux ont été déclarés interdits à la monte et au transport de charges. Certains autres sont tels qu’ils ne prononcent pas sur eux le nom d’Allah, attribuant mensongèrement à Allah l’interdiction de prononcer Son nom sur eux. … Ils disent encore : « Les petits qui se trouvent dans le ventre de ces animaux sont réservés à nos hommes et interdits à nos femmes. Mais s’ils sont morts, hommes et femmes y ont tous deux part. » Regardez ces huit animaux, mâles et femelles : deux de l’espèce ovine et deux de l’espèce caprine. Ô Prophète, demande-leur : « Est-ce Allah qui a interdit les mâles, ou les femelles, ou les petits que portent les ventres des brebis et des chèvres ? Informez-moi en vous fondant sur une connaissance exacte et véridique, si vous êtes véridiques. » Il en est de même pour deux sortes de chameaux et deux sortes de bovins. Demande-leur : « Est-ce Allah qui a interdit leurs mâles ou leurs femelles, ou les petits que portent les ventres des chamelles et des vaches ? Étiez-vous présents lorsque Allah vous a prescrit cela comme interdit ? » Qui donc est plus injuste que celui qui forge un mensonge contre Allah afin d’égarer les gens sans connaissance ? Allah ne guide certainement pas les injustes. (Versets : 136-144)

2. L’imitation erronée des riches et des dirigeants

Le Coran a identifié une autre cause de l’égarement, proche de l’imitation aveugle des ancêtres, qui n’est en rien moins nuisible lorsqu’il s’agit de rendre les gens indisciplinés et de détruire la société. Il s’agit de suivre les notables, les dirigeants, les chefs religieux et les riches dirigeants de sa propre communauté ou du monde. Ils les suivent sans réfléchir à l’endroit où ceux-ci les conduisent, simplement parce que, le Jour de la Résurrection, de tels suiveurs, pris de remords, diront : « Ô notre Seigneur ! Nous avons suivi nos chefs et nos notables, et ils nous ont égarés. Ô notre Seigneur ! Inflige-leur un double châtiment et accable-les d’une malédiction redoublée. » (Al-Ahzâb : 67-68)

« Ô notre Seigneur, montre-nous ces djinns et ces hommes qui nous ont égarés. Nous les foulerons aux pieds afin qu’ils soient parmi les plus humiliés et les plus avilis. » (Hâmîm as-Sajda : 29)

— (Lorsque Allah infligera le châtiment), voici ce qui se produira : les dirigeants et les notables que l’on suivait ici-bas déclareront qu’ils rompent tout lien avec leurs adeptes. Mais ceux-ci verront le châtiment, et tous leurs moyens et toutes leurs relations seront rompus. Ceux qui les suivaient ici-bas diront : « Hélas ! Si seulement une nouvelle occasion nous était accordée, nous nous écarterions d’eux de la même manière qu’ils s’écartent aujourd’hui de nous en rompant leurs liens avec nous. » Allah fera certainement apparaître devant eux toutes les actions qu’ils accomplissaient ici-bas, de telle sorte qu’ils n’éprouveront que honte et regret. Mais ils ne trouveront aucune issue pour sortir du feu de l’Enfer. (Al-Baqara : 166-167)

— Ah ! Si seulement tu pouvais voir la situation de ces injustes, lorsqu’ils seront placés devant leur Seigneur et se querelleront les uns avec les autres ! Ceux qui étaient opprimés ici-bas diront aux notables : « Sans vous, nous aurions été musulmans. » Ces notables diront à ceux qui étaient opprimés : « Est-ce nous qui vous avons empêchés d’accepter la guidance lorsqu’elle vous est parvenue ? Vous étiez vous-mêmes coupables. » Ceux qui étaient opprimés diront aux notables : « Non ! C’était plutôt votre tromperie, de jour comme de nuit, lorsque vous nous disiez : “Nous renierons Allah et Lui donnerons des égaux.” » (Saba : 31-33)

Le Coran a présenté cette réalité comme une loi universelle : ce qui finit par détruire une société, c’est la déchéance morale de ses membres aisés et de sa classe supérieure. Lorsqu’une nation est sur le point de connaître le malheur, ses riches et ses personnes influentes se livrent au péché et commencent à commettre toutes sortes de méfaits, tels que l’injustice, l’oppression et la débauche ; finalement, cette corruption et ces turpitudes entraînent la destruction de toute la nation. Le Coran dit :

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— Lorsque Nous décidons de détruire une cité, Nous ordonnons à ses gens aisés ; mais ils s’y livrent alors à toutes sortes de turpitudes. Le décret du châtiment s’accomplit donc contre cette cité, puis Nous la détruisons. (Les Enfants d’Israël : 16)

3. L’orgueil et l’arrogance

La troisième cause importante de l’égarement que le Coran identifie est que l’être humain refuse d’accepter la vérité parce qu’il considère comme humiliant de reconnaître que sa façon de voir est erronée. Ou bien il pense que, s’il accepte cette vérité, il perdra la haute position dont il jouit dans une société égarée. Ou encore il estime qu’abandonner sa propre opinion pour accepter celle d’autrui porterait atteinte à son rang élevé, quelle que soit l’errance de son opinion et quelle que soit la vérité présentée par l’autre.

Le Très Noble Coran a exposé à maintes reprises cette cause de l’égarement aux hommes, afin que soit brisé leur orgueil et leur arrogance, lesquels faisaient obstacle à l’acceptation de la vérité, et afin qu’ils connaissent la cause de l’égarement de ces porte-étendards de l’égarement qui, à leur époque ou dans les époques passées, faisaient obstacle au droit chemin.

À titre d’exemple, la sourate Nûh rapporte cette parole du prophète Nûh (paix sur lui) : « Ô mon Seigneur ! J’ai appelé nuit et jour les gens de mon peuple à venir vers la vérité. Mais le résultat de mon appel fut qu’ils s’éloignèrent davantage. Chaque fois que je les ai invités à la vérité afin que Tu leur pardonnes, ils ont mis leurs doigts dans leurs oreilles, se sont couvert le visage de leurs vêtements, se sont obstinés dans leur comportement et se sont enorgueillis. » (Nûh : 6-7) [L’orgueil signifie qu’ils considéraient comme préjudiciable à leur honneur de se soumettre à la vérité et d’accepter les conseils du messager de Dieu. Imaginez, par exemple, qu’un homme de bien conseille une personne dépravée ; celle-ci, en réponse, secoue la tête, se détourne, frappe lourdement le sol de ses pas et s’en va. C’est rejeter un conseil par orgueil — l’auteur.]

La sourate Al-Mu’min relate que lorsque Pharaon exprima son intention de tuer Moïse (paix sur lui), un homme sincère de sa cour lui donna, avec compassion et bienveillance, des conseils formulés de manière raisonnable : il l’exhorta à abandonner son comportement erroné et à suivre la voie droite. Mais celui-ci n’y prêta aucune attention et persista dans son obstination. À ce sujet, Dieu dit :

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« C’est ainsi que Dieu scelle le cœur de tout orgueilleux et de tout tyran. » (Al-Mu’min : 35)

Autrement dit, lorsque le cœur est rempli d’orgueil, de tyrannie et d’oppression, ses portes se ferment à toute parole de conseil et à toute vérité. Dieu y appose alors le sceau de Sa malédiction, de sorte que, quels que soient les efforts déployés pour le ramener sur le droit chemin, il ne se réforme en aucune manière.

Il est dit dans la sourate Al-A‘râf que lorsque Dieu inscrivit pour Moïse (paix sur lui) les directives sur des tablettes, Il l’avertit également en disant : « Je détournerai de Mes signes ceux qui s’enorgueillissent sur la terre sans aucun droit. Même s’ils voient tous les signes, ils n’y croiront jamais. Si le droit chemin se présente à eux, ils ne l’emprunteront pas ; mais s’ils voient le chemin de l’égarement, ils le suivront. » (Al-A‘râf : 146)

Il est dit dans la sourate Al-Baqara : « Parmi les hommes, il en est dont la parole te plaît dans la vie présente et qui prend Dieu à témoin à maintes reprises de la sincérité de ses bonnes intentions. Pourtant, c’est le plus grand ennemi de la vérité. Dès qu’il s’en va, il déploie tous ses efforts pour semer le désordre et la corruption, détruire les récoltes et la descendance humaine. Or Dieu n’aime pas la corruption. Et lorsqu’on lui dit : “Crains Dieu !”, son orgueil le maintient fermement dans le péché. » (Al-Baqara : 204-206)

Dans la sourate Al-Muddaththir, le comportement d’un notable de La Mecque est lui-même présenté. Ce chef qurayshite avait déclaré clairement aux autres notables de Quraych que toutes les accusations qu’ils portaient contre Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) étaient mensongères. Le Coran était une parole extrêmement douce et mélodieuse ; sa racine était profondément ancrée et ses branches portaient de nombreux fruits. Mais lorsqu’il fut confronté à cette question : « Vais-je accuser ce messager de mensonge afin de conserver mon pouvoir de chef, ou non ? », il donna la priorité à la première option et, luttant contre sa propre conscience, finit par inventer une accusation. Pourtant, son cœur savait qu’il proférait un mensonge manifeste dans le seul but de préserver sa supériorité. Le Coran dépeint ainsi son portrait et dévoile son égarement :

— Il réfléchit et tenta de forger quelque discours. Que Dieu le maudisse ! Comme il s’efforça de fabriquer un discours ! Puis il regarda les gens. Ensuite, il fronça les sourcils et plissa les lèvres. Puis il se détourna et tomba dans le piège de l’orgueil. Finalement, il dit : « Ce n’est rien d’autre que de la magie. Cela existe depuis longtemps. Ce n’est que la parole d’un être humain. » (Al-Muddaththir : 18-25)

4. Considérer l’aisance et la difficulté matérielles dans ce monde comme le critère du bien et du mal

Ensuite, le Coran affirme qu’une autre cause majeure de l’égarement est cette conception selon laquelle les résultats apparents dans ce monde constituent le critère du bien et du mal. Si quelqu’un jouit ici de l’aisance, même si celle-ci résulte d’une mauvaise action, il est considéré comme prospère et couronné de succès. En revanche, celui qui est démuni ici-bas, même si sa pauvreté s’accompagne d’œuvres vertueuses, est considéré comme un échec. Autrement dit, le bien serait ce dont les conséquences apparaissent manifestement bonnes ici-bas, et le mal ce dont les conséquences apparaissent manifestement mauvaises ici-bas. On ne tient pas compte de la quantité de moyens de subsistance illicites et de mauvaises actions qui se cachent derrière ce bien apparent, ni de la quantité de bonnes œuvres et de richesses morales supérieures qui se trouvent derrière ce mal apparent. Le Coran a présenté des exemples de cette perspective erronée tirés de l’histoire ancienne, et l’a également rendue manifeste dans les paroles et le comportement des Mecquois et des Arabes eux-mêmes.

Dans le récit de Noé, il est dit que les notables de son peuple refusèrent d’accepter son enseignement et sa guidance, affirmant que ceux qui avaient cru en lui étaient pauvres et ne jouissaient d’aucun statut élevé dans la société.

(Arabe************)

— Ils dirent : « Allons-nous te suivre, puisque les gens de la classe la plus basse t’ont suivi ? » (Ach-Chu‘arâ’ : 111)

Dans le récit de Salih (que la paix soit sur lui), il est également clairement mentionné que les gens riches et influents de son peuple demandent à ses pauvres disciples :

(Arabe**************)

Savez-vous vraiment que Ṣāliḥ est le prophète de son Seigneur ?

Ils répondent :(Arabe*******************)

Nous avons foi en ce avec quoi il a été envoyé.

Les notables répondent :

(Arabe*************)

Nous ne croyons pas en ce en quoi vous avez cru. (Al-Aʿrāf : 75-76)

Autrement dit, nous ne croyons pas en ce que des gens de basse condition comme vous ont accepté.

Le Coran dit au sujet de tous les prophètes que les gens aisés de leurs peuples s’opposaient à eux, et que leur point de vue était que celui qui avait eu la chance d’obtenir dans ce monde une grande richesse et de nombreux enfants était celui qui était établi dans la vérité.

(Arabe*************)

—Et il n’est jamais arrivé que Nous envoyions un avertisseur à une cité sans que les gens aisés de cette cité ne disent : « Nous ne croyons pas au message avec lequel tu as été envoyé. » Et ils disent : « Nous possédons davantage de richesses et d’enfants que vous, et nous ne serons jamais châtiés. » (Saba : 34-35)

Telle était la manière de penser des mécréants de La Mecque et des Arabes à l’époque du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Le Coran a maintes fois souligné qu’elle était erronée.

Il est dit dans la sourate Maryam : lorsque Nos signes évidents leur sont récités, les mécréants disent aux croyants : « Voyons, lequel de nos deux groupes est dans la meilleure situation et lequel possède les assemblées les plus somptueuses ? »

Pourtant, combien de peuples, qui étaient plus riches qu’eux et les surpassaient en splendeur apparente, avons-Nous anéantis avant eux ! (Maryam : 73-74)

Il est dit dans la sourate al-Mu’minûn : « Pensent-ils que, parce que Nous les aidons en leur accordant richesses et enfants, Nous œuvrons à leur bien ? Non, il n’en est pas ainsi ; ils n’en ont aucune conscience. En vérité, ceux qui, par crainte de leur Seigneur, sont saisis de peur, ceux qui croient aux signes de leur Seigneur, ceux qui n’associent personne à leur Seigneur, et ceux dont le cœur tremble lorsqu’ils donnent — quoi qu’ils donnent — parce qu’ils savent qu’ils retourneront auprès de leur Seigneur, ce sont eux qui s’empressent vers les bonnes œuvres et les obtiennent en les devançant. » (Verset : 55061)

Pour faire comprendre cela, la sourate al-Fajr décrit d’abord la transgression et la rébellion contre Allah de peuples et d’empires très puissants, tels que les ‘Âd, les Thamûd et Pharaon ; puis elle dit que l’être humain reste encore plongé dans cette conception erronée selon laquelle les bienfaits et les richesses de ce monde constituent le véritable honneur, tandis que la pauvreté et la détresse matérielle qui y règnent constituent le véritable déshonneur. Or, cela ne constitue pas le critère de l’honneur et du déshonneur. (al-Fajr : 15-16)

5. Suivre les désirs de la passion et les conjectures

En exposant les causes de l’égarement, le Coran en identifie encore une importante : l’homme, se fondant uniquement sur des suppositions et des conjectures, tient telle chose pour la vérité et telle autre pour le faux. Ou bien il fait de ses passions une divinité et lui voue un tel culte qu’il y entraîne sa volonté de force. Mais le Coran a maintes fois averti l’homme de cette erreur, afin qu’au lieu de s’égarer et d’errer dans la vallée des conjectures et des passions, il emprunte la voie droite de la raison et de la connaissance, qu’il ait adopté la voie donnée par Dieu ou qu’il suive le chemin dicté par ses passions, et que ce chemin soit juste et raisonnable.

Dans la sourate Al-A‘râf est présenté l’exemple d’un homme qui, bien qu’ayant la connaissance, devient, en se faisant l’esclave de ses passions, un chien de ce monde. Puis, en évoquant le cas de gens semblables, il est dit : « Nous avons destiné à la Géhenne un grand nombre de djinns et d’hommes. Ils ont des cœurs, mais ils ne comprennent pas avec eux ; ils ont des yeux, mais ils ne voient pas avec eux ; ils ont des oreilles, mais ils n’entendent pas avec elles. Ils sont comme les bestiaux, ou plutôt plus égarés encore. Ceux-là sont les insouciants plongés dans le sommeil de la négligence. » (Versets 173-179)

Dans la sourate Al-Anfâl, il est fait mention de ceux qui, après avoir tout entendu, semblent n’avoir rien entendu. Puis il est dit : « En vérité, les pires créatures auprès d’Allah, parmi toutes les créatures vivantes, sont les sourds et les muets qui ne font pas usage de leur intelligence et de leur raison. » (Verset 22) Les sourds et les muets ne désignent pas ici ceux qui le sont physiquement, mais ceux qui n’écoutent pas la parole de vérité et ne la prononcent pas.

Aucune des divinités que les associateurs ont établies comme associées au Seigneur des mondes dans Sa divinité ne possède les attributs ni l’autorité divins. Après avoir exposé, dans la sourate Yûnus, versets 31 à 35, les preuves de cette vérité une à une, il est clairement dit qu’ils n’ont pas été pris pour divinités sur la base d’un quelconque savoir. Les hommes ont plutôt supposé, par de simples conjectures, qu’elles détenaient elles aussi une part de la divinité. La plupart d’entre eux ne suivent rien d’autre que des conjectures. Or les conjectures ne sauraient en rien satisfaire les exigences de la vérité. (Verset 36)

Dans la sourate Al-Hajj, attirant l’attention sur les vestiges des peuples égarés d’autrefois, il est dit : « Ces gens n’ont-ils donc pas parcouru la terre, de sorte qu’ils aient eu des cœurs pour comprendre et des oreilles pour entendre ? En vérité, ce ne sont pas les yeux qui deviennent aveugles, mais les cœurs qui sont dans les poitrines. » (Verset 46)

De même, dans la sourate Al-Furqân, après avoir attiré l’attention sur le sort du peuple de Noé, des ‘Âd, des Thamûd, des gens d’Ar-Rass, du peuple de Pharaon et du peuple de Loth, il est dit, en s’adressant au Messager d’Allah : « As-tu considéré celui qui a pris sa passion pour divinité ? Pourrais-tu prendre la responsabilité de guider dans la bonne voie un tel homme ? Penses-tu que la plupart d’entre eux entendent ou font usage de leur raison ? Ils sont comme les bestiaux, ou plutôt plus égarés encore. » (Versets 43-44)

La même chose est dite dans la sourate Al-Jâthiya : « Ô Prophète, as-tu considéré la condition de celui qui a pris sa passion pour divinité et qu’Allah a égaré malgré la connaissance qu’il possédait ? Un sceau a été apposé sur son cœur et ses oreilles, et un voile a été placé sur ses yeux. Qui donc, en dehors d’Allah, pourrait encore le guider ? » (Verset 23)

6. Prendre le mal pour une beauté et se plonger dans le mensonge

Un autre élément que le Coran considère comme une cause majeure de l’égarement de la société est que l’homme en vient à considérer le mal comme un bien. En s’opposant à la vérité, il ne ressent aucun malaise intérieur. Au contraire, il s’y plonge, en tire de la fierté et ne ressent nullement le besoin de connaître la vérité. Il est dit en réalité dans la sourate Fâtir : « Celui dont les mauvaises actions ont été embellies et qui les considère comme bonnes, peut-on mettre un terme à son égarement ? » (verset 8)

Il est dit dans la sourate Al-Mu’min que, lorsque les hommes seront châtiés en Enfer, on leur dira : « Ce sort vous est échu parce que, dans le monde, vous vous complaisiez dans le mensonge et en tiriez de la fierté. » (verset 75)

7. L’idée que les bonnes œuvres et l’attachement à la vérité conduisent à la ruine dans ce monde

Le Noble Coran a également mentionné cette idée comme une cause majeure de l’égarement. Il est dit dans la sourate Al-A‘râf que, lorsque le prophète Shu‘ayb (paix sur lui) demanda à son peuple de s’abstenir de donner des poids insuffisants, de piller les caravanes et de pratiquer le brigandage, les notables du peuple dirent aux gens :

(Arabe************)

— Si vous suivez Shu‘ayb, vous serez assurément voués à la destruction. (verset 90) Comme si le sens de leurs paroles était : si l’on veut être honnête dans le commerce, les affaires peuvent-elles prospérer ? Et puisque nous vivons sur la route des caravanes commerciales, si nous ne pratiquons pas le brigandage et ne rendons pas les chemins dangereux afin de percevoir de lourds péages auprès des caravanes, comment notre prospérité financière pourrait-elle se maintenir ? C’est précisément ce que les chefs quraychites disaient au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui).

(Arabe**************)

— Si nous suivons avec toi cette guidée, nous serons arrachés de la terre. (Al-Qasas : 75) Autrement dit, toute l’influence et tout le prestige que nous avons auprès des Arabes tiennent au fait qu’ici nous sommes les chefs religieux des polythéistes d’Arabie. C’est pour cette raison que notre commerce est si prospère. C’est pour cette raison également que nos caravanes bénéficient de la sécurité sur toutes les routes et dans toutes les régions du pays. Et c’est pour cette raison que toutes les tribus arabes nous regardent avec respect. Si nous acceptons de te suivre et d’emprunter la voie que tu proposes, tout l’Arabie deviendra notre adversaire. Le prestige dont nous jouissons dans le pays disparaîtra, et il ne sera même plus possible de demeurer en sécurité à La Mecque.

8. La conception polythéiste de l’intercession

Depuis les temps les plus anciens, cela a été, à toutes les époques, une cause majeure de cet égarement. Lorsque la prédication islamique débuta en Arabie, elle dut faire face à cet égarement. Les gens pensaient qu’il existait certains serviteurs bien-aimés d’Allah dont la parole ne pouvait en aucune circonstance être contredite. S’ils s’accrochaient fermement à leur pan, les contentaient par des offrandes votives et des actes de dévotion, ils pouvaient ensuite faire dans le monde ce qui leur plaisait. Leur intercession les protégerait de tous les crimes et de tous les péchés. Puisqu’il existait un moyen si simple d’obtenir la grâce d’Allah et de satisfaire les désirs du cœur, qui aurait encore besoin de s’imposer les entraves de la piété et de la crainte révérencielle, et de se priver du plaisir de chaque péché ainsi que des occasions de commettre toute injustice et tout excès ? Les mécréants arabes disaient :

(Arabe**************)

« Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah. » (Az-Zumar : 3) Autrement dit, la cour d’Allah est si élevée, comment pourrions-nous avoir la force de l’atteindre directement ? C’est pourquoi nous avons fait de ces vénérables personnages des intermédiaires pour nous y conduire.

(Arabe**********)

« Ce sont nos intercesseurs auprès d’Allah. » (Yûnus : 18)

Tant que cette croyance erronée subsiste, aucun appel aux bonnes œuvres et au bien ne peut réussir. C’est pourquoi le Coran l’a attaquée à maintes reprises et a démontré, avec des arguments si probants, son absence de fondement qu’il n’est plus possible à une personne douée de raison de soutenir une intercession aussi insensée.

Il est dit dans la sourate Al-Mu’min : « Ô Prophète ! Avertis ces gens du jour qui est proche, lorsque les cœurs remonteront jusqu’aux gorges et qu’ils resteront debout, silencieux, ravagés par l’angoisse. Aucun ami compatissant ne se dressera pour les injustes, ni aucun intercesseur dont la parole serait acceptée. Allah connaît la traîtrise des regards ainsi que ce que les poitrines dissimulent. Allah rendra un jugement équitable et juste. Quant à ceux que ces polythéistes invoquent en dehors de Lui, ils ne décideront absolument de rien. En vérité, Allah entend et sait toute chose. » (Versets : 18-20)

Ces versets ont réduit à néant cette croyance polythéiste en l’intercession. Tout d’abord, il est contraire à la raison et à la justice que l’on intercède en faveur de l’injuste. Ensuite, il est contraire à la majesté divine qu’un serviteur d’Allah soit un intercesseur dont la parole devrait nécessairement être acceptée, c’est-à-dire qu’Allah serait obligé d’accepter son intercession. Plus encore, il est inconcevable de penser qu’auprès d’Allah l’intercession de personnes qui, ici-bas, prendraient le parti de criminels coupables d’injustice et souhaiteraient qu’Allah, par égard pour elles, pardonne à ces injustes criminels, puisse être acceptée. Plus encore, un juge qui connaît parfaitement le crime d’une personne et doit trancher son affaire avec équité accorderait-il à quelqu’un le droit d’intercéder en faveur de l’accusé, alors même que cet intercesseur ne saurait même pas ce que cette personne a fait ?

Ailleurs, cette conception de l’intercession a été réfutée par des arguments solides. Il y est dit que ceux que ces gens invoquent en dehors d’Allah ne détiennent aucun droit à l’intercession. Il en va autrement de celui qui témoigne de la vérité en connaissance de cause. (Az-Zukhruf : 86)

Autrement dit, celui qui croit au sujet d’une divinité ou d’un homme pieux qu’il possède nécessairement le droit d’intercéder et qu’il dispose d’une intercession incontestable devrait se présenter et témoigner sincèrement à ce sujet sur la base du savoir. Il est absolument absurde d’adopter, en se fondant uniquement sur des légendes ou des conjectures, une croyance dont on ne peut établir la véracité par un témoignage fondé sur le savoir. En d’autres termes, ceux qui prétendent que certaines entités possèdent un tel pouvoir ne peuvent jamais dire : « Nous savons qu’elles détiennent ce pouvoir et nous en témoignons correctement. »

Mais le Coran n’a pas non plus nié l’intercession. Il a au contraire affirmé à maintes reprises que seul celui à qui Allah en a donné la permission peut intercéder, et qu’il ne peut intercéder qu’en faveur de celui pour lequel Allah accepte que l’intercession soit entendue. Une condition supplémentaire est que l’intercesseur intercède conformément à la vérité et ne prononce aucune parole contraire à la vérité et à la justice. Malgré cela, Allah reste libre d’accepter ou non l’intercession. Il n’est jamais obligé d’accepter l’intercession de qui que ce soit. Voici l’exposé détaillé du Coran à ce sujet :

(Arabe****************)

— Qui donc pourrait intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? (Al-Baqara : 255)

(Arabe**************)

— Et l’intercession auprès de Lui ne sera d’aucune utilité, si ce n’est en faveur de celui à qui Il l’aura permise. (Saba : 23)

(Arabe***************)

— Le jour où l’Esprit (Gabriel) et les anges se tiendront en rangs. Nul ne parlera, excepté celui à qui le Tout Miséricordieux aura accordé la permission et qui dira la vérité. (An-Naba : 38)

(Arabe*****************)

— Ô Prophète ! Dis : « L’intercession relève entièrement du pouvoir d’Allah. À Lui appartient la souveraineté des cieux et de la terre. » (Az-Zumar : 44)

En d’autres termes, entendre ou ne pas entendre l’intercession, l’accepter ou la rejeter, relève absolument du pouvoir d’Allah. Il est le Souverain de l’univers. Nul ne peut intercéder sans Sa permission, et nul ne possède un tel rang que Dieu soit obligé d’entendre son intercession et de l’accepter.

Des exemples de bons et de mauvais comportements dans l’histoire de l’humanité

Toutes les causes de l’égarement dont le Coran a présenté une description détaillée étaient présentes chez les Quraychites et dans la société arabe. Lorsque chacun d’eux entendait cela, il comprenait qu’en réalité toutes ces causes de l’égarement existaient en leur sein. Puis, dans le Noble Coran, des exemples de caractères et de comportements tirés de l’histoire humaine sont présentés, les uns après les autres : certains étaient d’un niveau élevé, tandis que d’autres étaient particulièrement vils. Cela permettait aux gens de comprendre clairement quel type d’êtres humains l’islam veut former, quel type d’êtres humains Il réprouve et qu’il faudrait corriger, ou dont il faudrait purifier la société, ou que, finalement, Allah Lui-même a détruits en ce monde après en avoir fait les objets de Son châtiment. Examinons cette présentation coranique en suivant l’ordre chronologique de l’histoire.

L’histoire des deux fils d’Adam

Le premier récit instructif que l’on trouve dans l’histoire de l’humanité est celui des deux fils du prophète Adam (paix sur lui). On y voit deux comportements différents s’opposer l’un à l’autre. Les deux frères offrent un sacrifice : le sacrifice de l’un est accepté, tandis que celui de l’autre ne l’est pas. Alors, le second, rendu furieux par la jalousie, dit à son frère : « Je vais te tuer. » Son frère lui répond : « Allah n’accepte les sacrifices que de ceux qui Le craignent. » (Cela signifie : je ne suis pas responsable du fait que ton sacrifice n’a pas été accepté. Efforce-toi de corriger les défauts de ton caractère et de tes actes, à cause desquels ton sacrifice n’a pas été accepté.) Mais si tu es résolu à me tuer, je ne te tuerai pas, car je crains Allah, le Seigneur des mondes. Au lieu de me battre avec toi et de partager le péché d’un meurtre injuste, je préférerai que tu prennes toi-même sur toi mes péchés et les tiens, et que tu les réunisses.

Finalement, ce frère injuste tua son propre frère. Puis il éprouva de profonds remords.

Après avoir relaté cet événement, dans un environnement où la vie humaine n’avait aucune valeur et où les meurtres et les violences étaient quotidiens, le Coran adresse aux hommes une parole d’une grandeur incomparable. Le Coran dit : celui qui tue une personne pour une raison autre que le talion pour meurtre ou que la corruption semée sur la terre, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière. Et celui qui sauve une seule vie, c’est comme s’il avait donné la vie à l’humanité entière. (Voir al-Mâ’ida : 27-32.)

Le prophète Noé (paix sur lui) et son peuple — Le premier peuple de l’histoire à avoir déchaîné sur la terre la tempête de la rébellion contre Dieu fut le peuple de Noé (paix sur lui). En relatant à plusieurs endroits du Coran le récit de ce peuple, le Coran décrit d’une part le comportement de ce peuple et de ses chefs, à cause duquel ils finirent tous par subir le châtiment, et présente d’autre part l’exemple éclatant du comportement de Noé lui-même (paix sur lui). Il est dit dans la sourate al-‘Ankabût qu’au milieu d’une opposition extrême, il s’efforça pendant neuf cent cinquante ans de réformer ce peuple, avec une patience et une endurance remarquables (verset 14). Par tous les moyens possibles, et avec une profonde compassion, il ne négligea rien pour guider les hommes vers la bonne voie. Mais les chefs du peuple ne permirent à aucun de ses efforts d’aboutir. (L’ensemble de la sourate Noé.) Il fut traité de fou, raillé et couvert de reproches. (Al-Qamar : 9.) Lui et ses pauvres partisans furent méprisés et humiliés. (Hûd : 27.) On le menaça en lui disant que, s’il ne cessait pas, il serait lapidé. (Ash-Shu‘arâ’ : 116.) Mais il déclara d’une voix ferme : « Si ma présence et mes exhortations vous sont insupportables, faites contre moi tout ce que vous voulez et ne m’accordez aucun répit. Je place ma confiance en Allah. » (Yûnus : 71.) Puis, lorsque le conflit atteignit son paroxysme, son peuple lui dit : « Fais donc venir le déluge dont tu nous menaces. » Noé (paix sur lui) commença alors à construire l’arche sous leurs yeux, afin que lui et les croyants qui l’accompagnaient puissent y monter et être sauvés du déluge à venir. Mais son peuple se mit à se moquer de lui en le voyant construire son arche. Ils disaient : « La folie du vieux monsieur va jusqu’à préparer un navire pour naviguer sur la terre ferme ! » Ils ignoraient que cette terre ferme allait bientôt se transformer en une mer dont une seule vague serait haute comme une montagne, que tous les membres du peuple, y compris le fils de Noé (paix sur lui), y périraient noyés, et que l’arche déposée sur la terre ferme finirait par s’échouer contre une montagne. (Hûd : 32-44.)

La dernière étape de ce récit est présentée ainsi : lorsque le prophète Noé (paix sur lui) vit son fils se noyer avec les mécréants, il fut submergé par l’affection et la tendresse humaines et implora Allah de le sauver. Allah le réprimanda en disant : « Ne sois pas ignorant. Il est certes ton fils, mais il ne fait pas partie de ta famille ; il n’est pas une œuvre pieuse. » Dès qu’il entendit la réponse à sa prière, Noé (paix sur lui) implora le pardon et dit : « Ô mon Seigneur ! Je cherche refuge auprès de Toi contre le fait de Te demander ce dont je n’ai aucune connaissance. Si Tu ne me pardonnes pas, je serai perdu. » (Hûd : 44-47.)

Le peuple de ‘Âd et le prophète Hûd (paix sur lui)

‘Âd était un peuple arabe célèbre, que même les enfants d’Arabie connaissaient bien. On savait également à son sujet qu’il avait été anéanti par le châtiment de Dieu. À propos de ce peuple, le Coran indique quels défauts de caractère, en plus de l’associationnisme et de l’adoration des idoles, l’habitaient. La sourate Hâmîm as-Sajda rapporte qu’ils s’enorgueillissaient sur la terre sans aucun droit et disaient : « Qui donc est plus fort que nous ? » (Verset 15.) La sourate al-Fajr rapporte qu’ils se rebellèrent contre Dieu sur la terre et y semèrent grandement la corruption. (Voir les versets 6-12.) Dans la sourate ash-Shu‘arâ’, le prophète Hûd (paix sur lui) leur dit : « Quelle est donc cette conduite qui vous fait ériger sur chaque hauteur un monument et construire d’immenses palais comme si vous deviez vivre éternellement ? Et lorsque vous sévissez contre quelqu’un, vous le faites en véritables tyrans. » (Versets 128-130.) Ils obéissaient aux ordres de tout tyran ennemi de la vérité. (Hûd : 59.) Malgré tous les efforts du prophète Hûd (paix sur lui) pour les convaincre, ils répondirent par la transgression, l’hostilité et des manœuvres pleines d’opposition. Finalement, comme Noé (paix sur lui) avant lui, il dut dire à son peuple : « Agissez tous ensemble contre moi comme bon vous semble et ne m’accordez aucun répit. Je place ma confiance en Allah, qui est mon Seigneur comme Il est votre Seigneur. Il n’existe aucune créature dont Il ne tienne le toupet. » (Hûd : 55-56.) Enfin, ils dirent au prophète : « Si tu es véridique, fais donc venir le châtiment dont tu nous menaces. » Puis, lorsqu’ils virent ce châtiment arriver de face, ces insensés crurent qu’il s’agissait d’un nuage qui allait irriguer leur vallée. Mais c’était une tempête destructrice qui anéantit toute chose. (Al-Ahqâf : 22-25.)

Thamûd et le prophète Sâlih (paix sur lui)

Après les ‘Âd, parmi les anciennes nations d’Arabie, les Thamûd furent une nation particulièrement célèbre. Les ruines abandonnées de cette nation sont dispersées dans tout le nord du Hedjaz et peuvent encore être observées aujourd’hui. Les caravanes commerciales des Quraysh les traversaient en direction du Shâm (Syrie). Il était également de notoriété générale qu’un terrible tremblement de terre avait détruit cette nation, si bien que les montagnes de cette région continuent encore à s’effondrer. Le Coran dit que, en se rebellant contre Dieu, cette nation ne s’était pas contentée de pratiquer le polythéisme et l’adoration des idoles ; elle avait aussi déclenché sur la terre de Dieu une tempête de rébellion et de corruption. (Al-Fajr : 6-12 ; Al-A‘râf : 74.) Les chefs et notables de cette nation étaient des transgresseurs et des semeurs de corruption, par lesquels aucune œuvre de réforme ou d’amélioration ne pouvait être accomplie. (Ash-Shu‘arâ’ : 151-152.) Pour satisfaire leur goût du luxe et afficher leur rang, ils construisaient des palais dans les espaces ouverts et taillaient des demeures dans les montagnes. (Al-A‘râf : 74 ; Ash-Shu‘arâ’ : 149.) L’un des traits caractéristiques d’une société décadente est que, d’un côté, les pauvres n’ont pas même un endroit où abriter leur tête, tandis que, de l’autre, les riches bâtissent de somptueux palais. Aux yeux de ces fortunés, le vénérable Sâlih (sur lui la paix) n’était pas suffisamment digne pour qu’on pût croire en lui, car des gens pauvres avaient cru en lui. (Al-A‘râf : 75-76.) Lorsque le vénérable Sâlih (sur lui la paix) les invita à adorer Dieu et leur demanda de s’abstenir de l’injustice, de la corruption et du luxe, neuf puissantes coalitions tribales semeuses de corruption se concertèrent et déclarèrent : « Jurez par Dieu et décidez que, pendant la nuit, nous lancerons une attaque surprise contre Sâlih et sa famille. Ensuite, nous dirons à l’allié de Sâlih, c’est-à-dire au chef de sa tribu, que nous n’étions pas présents au moment où sa famille a été tuée, et que nous disons absolument la vérité. » (An-Naml : 48-49.) Allah fit échouer leur complot. Ils demandèrent au vénérable Sâlih (sur lui la paix) un miracle. En réponse à leur demande, Allah fit apparaître devant eux une chamelle. Son existence même constituait un miracle. Puis, par l’intermédiaire du vénérable Sâlih (sur lui la paix), ils furent avertis que cette chamelle pourrait paître où elle voudrait dans vos plaines et vos champs. Un jour, elle boirait seule, et le jour suivant, vous tous ainsi que vos bêtes boiriez. Si vous lui portiez atteinte avec de mauvaises intentions, un châtiment s’abattrait sur vous. (Al-A‘râf : 73 ; Hûd : 64 ; Ash-Shu‘arâ’ : 155, voir.)

Pendant quelque temps, ils continuèrent à se tenir à distance de cette chamelle par crainte. Finalement, bien qu’ils sussent qu’elle était un miracle, ils appelèrent le chef le plus audacieux parmi eux et lui dirent : « Délivre-nous de ce malheur. » Il se chargea de cette tâche et la tua. Après avoir fait preuve d’une telle arrogance, ils défièrent le vénérable Sâlih (sur lui la paix) en disant : « Fais donc venir ce châtiment dont tu nous menaçais. » (Al-A‘râf : 77.) Le vénérable Sâlih (sur lui la paix) répondit : « Très bien ; profitez encore pendant trois jours de vos maisons dans la joie et les réjouissances. » Puis un terrible tremblement de terre, accompagné d’un fracas de tonnerre, survint. Il anéantit toute la nation, à l’exception du vénérable Sâlih (sur lui la paix) et des croyants, et leurs maisons furent réduites à des amas de ruines, comme si personne n’y avait jamais vécu. (Al-A‘râf : 78 ; Hûd : 65 ; Al-Qamar : 31, voir.)

Le vénérable Ibrâhîm (sur lui la paix)

Le Coran présente le caractère et la conduite les plus exemplaires à travers le vénérable Ibrâhîm, que la paix soit sur lui. Les Arabes le considéraient comme le guide de leur religion. C’est en raison de leur lien avec lui que furent établis les fondements de toute la gloire, de l’orgueil, du prestige, de l’honneur, de l’influence et de la puissance des Quraysh. Le Coran leur dit quelle beauté et quelle qualité particulières il possédait, pour qu’Allah, le Seigneur des mondes, prît ce serviteur comme Son ami intime. (An-Nisâ’ : 125.) Allah dit : « Je vais faire de toi un guide pour l’ensemble des nations. » (Al-Baqara : 124.) Lorsque la vérité lui apparut clairement — qu’il n’existe aucun seigneur ni aucune divinité en dehors d’Allah, et que son père ainsi que son peuple étaient tous égarés — il abandonna l’imitation aveugle de ses ancêtres. Il ne tarda pas un instant à délaisser la religion de son peuple et à se tourner entièrement vers l’obéissance au Créateur de la terre et des cieux. Il ne se contenta pas de rester un adorateur sincère de Dieu dans son propre lieu ; au contraire, il déclara publiquement à ses ancêtres et aux gens de son peuple : « Je suis totalement dégoûté de cette religion polythéiste qui est la vôtre, et, à mon avis, vous êtes plongés dans un égarement manifeste. » (Al-An‘âm : 74-81.) Il dit clairement à son père : « En adorant des divinités sourdes, aveugles et dépourvues de tout pouvoir, tu adores en réalité Satan. » Son père le réprimanda sévèrement et le chassa de la maison. (Maryam : 43-46.) Après avoir essayé de les convaincre par des arguments rationnels et constaté qu’ils ne l’écoutaient pas, il entra à la faveur d’une occasion dans leur temple et brisa leurs idoles. Il leur montra ainsi concrètement que celles qu’ils adoraient étaient incapables non seulement d’être adorées, mais même de se défendre elles-mêmes. (Al-Anbiyâ’ : 53-67 ; As-Sâffât : 85-96.) Le vénérable Ibrâhîm (sur lui la paix) fut présenté au roi du pays, qui prétendait être le Seigneur. Il déclara sans crainte : « Je ne reconnais pour seigneur personne en dehors de Celui qui détient ma vie et ma mort. » L’autre répondit : « La vie et la mort sont également entre mes mains. » Le vénérable Ibrâhîm (sur lui la paix) dit : « Allah fait lever le soleil à l’est ; fais-le donc lever à l’ouest. » Par ces paroles, il réduisit au silence le roi orgueilleux. (Al-Baqara : 258.)

Un immense brasier fut préparé pour lui. Il fut décidé d’y jeter le vénérable Ibrâhîm et de le brûler vif. Pourtant, il se prépara à ne pas incliner la tête devant le faux et à mourir consumé pour la vérité. Ce fut par la grâce et la faveur d’Allah qu’Il rendit le feu frais et inoffensif pour lui. Mais, de son côté, il ne manqua pas de prouver qu’il pouvait accepter d’être livré au feu, mais qu’il ne pouvait abandonner la vérité ni accepter l’adoration du faux. (Al-Anbiyâ’ : 68-70 ; As-Sâffât : 97-98.)

Finalement, lorsqu’il se trouva face à cette alternative : abandonner la religion ou quitter son pays, il n’abandonna pas la religion. Il quitta au contraire pour toujours sa maison, sa famille, son peuple et son pays, puis partit en plaçant sa confiance en Dieu. Il savait combien il était périlleux de quitter son pays pour devenir étranger, et il savait tout particulièrement combien il pouvait être dangereux, à cette époque, de sortir du refuge de son peuple pour se diriger vers une région inconnue. Mais il déclara sans la moindre hésitation :(Arabe***********)« Je vais vers mon Seigneur ; Il me guidera certainement. » (As-Sâffât : 99.)

À un âge avancé, après de nombreuses invocations et supplications, un fils lui naquit. Son Seigneur le soumit alors à une autre épreuve particulièrement difficile. Il lui indiqua : « Emmène cet enfant encore allaité et laisse-le avec sa mère dans cet endroit désert et inhabité de La Mecque, où Je souhaite construire Ma Maison. » Il se prépara également à exécuter cet ordre et, depuis sa demeure en Palestine, parcourut des centaines de kilomètres avec sa femme et son fils, avant de les laisser là, plaçant entièrement sa confiance en Dieu. (Al-Hajj : 26 ; Ibrâhîm : 37.) Puis il dut affronter une épreuve encore plus difficile. Lorsque ce fils eut grandi et atteint l’âge où il pouvait courir aux côtés de son père, il lui fut indiqué qu’il devait l’immoler pour Dieu. Il se prépara également à exécuter cet ordre. Mais au moment où il allait passer le couteau sur la gorge de son fils, Allah accepta son sacrifice et lui donna en rançon une immense victime sacrificielle, un « sacrifice sublime ». (As-Sâffât : 100-107.)

Il n’était disposé à faire preuve de favoritisme envers personne lorsqu’il s’agissait de Dieu et de Sa religion. Au moment de quitter sa patrie, il dit clairement à son peuple : « Entre nous et vous, l’inimitié et la rupture ont commencé pour toujours, jusqu’à ce que vous croyiez en l’Unique Dieu » (Al-Mumtahana : 4). Il promit de prier pour le pardon de son père et il pria effectivement pour lui. Mais lorsqu’il comprit que son père était un ennemi de Dieu, il rompit également avec lui tout lien d’affection (At-Tawba : 114). Tel était le caractère et tel était le comportement que l’appel islamique présente aux hommes comme modèle.

Le prophète Loth (paix sur lui) et le peuple de Loth

Le prophète Loth (paix sur lui) était le neveu du prophète Abraham (paix sur lui) et il émigra avec lui en direction de la Palestine. Près de l’endroit qu’il avait choisi comme résidence vivait un peuple extrêmement pervers, qui n’avait aucun égal au monde en matière de turpitude et de dépravation. Dieu lui confia la difficile mission de réformer ce peuple et l’envoya dans sa région en tant que prophète. L’état de ce peuple était tel que les relations sexuelles entre hommes y étaient devenues une pratique courante. Ils ne les pratiquaient pas en secret, mais ouvertement, les uns devant les autres et lors des rassemblements publics. De plus, ils se livraient au brigandage. Il était impossible à quiconque, homme ou caravane, de traverser cette région en sécurité (An-Naml ; Al-Ankabut : 29).

Pendant de nombreuses années, le prophète Loth (paix sur lui) les avertit du châtiment de Dieu et leur demanda de renoncer à ces mauvaises actions. Ils répondirent : « Ô Loth ! Si tu ne cesses pas de tenir ces propos, nous t’expulserons d’ici » (Ash-Shu’ara : 167). Sans tenir compte de ces menaces, Loth poursuivit sa prédication. Ils se consultèrent alors et décidèrent d’expulser la famille de Loth de leur cité, car ses membres se prétendaient très purs et innocents (Al-A’raf : 82 ; Al-Ankabut : 56). Finalement, Dieu décida de les châtier et adopta, pour mettre cette décision à exécution, une méthode extraordinaire. Il envoya chez Loth plusieurs anges sous l’apparence de beaux jeunes gens, comme hôtes. Dès leur arrivée, une vague de joie et d’excitation parcourut toute la ville. Les gens accoururent en groupes vers la maison de Loth (paix sur lui), dans l’intention de commettre des actes pervers avec ces jeunes gens. Loth (paix sur lui) les implora longuement : « Ne m’humiliez pas à cause de mes hôtes. » Mais ils ne prêtèrent aucune attention à ses paroles ; au contraire, ils le réprimandèrent en disant : « Ne t’avons-nous pas interdit à maintes reprises de recevoir des gens du monde entier ? » (Al-Hijr : 70).

Alors les anges dirent au prophète Loth (paix sur lui) : « Nous sommes les anges envoyés par Dieu et nous avons été envoyés pour faire descendre le châtiment sur ces gens. Avant l’aube, pars d’ici avec les membres de ta maison. » Les gens qui s’étaient rués vers la maison de Loth furent rendus aveugles. Leur cité fut bouleversée de fond en comble et des pierres furent lancées sur eux, chacune étant marquée et destinée à mettre fin à la vie d’une personne déterminée (Hud : 82-83). C’était un peuple si malheureux que, dans toute cette région, il n’y avait aucune maison de croyants en dehors de celle de Loth (paix sur lui) (Adh-Dhariyat : 36). Même dans cette maison, l’épouse de Loth (paix sur lui) était infidèle ; il lui fut ordonné de ne pas l’emmener avec lui, car elle devait elle aussi subir le châtiment (Hud : 81). Le Coran relate cette histoire en plusieurs endroits afin de montrer aux hommes ce que devient un peuple immoral, quelle est sa fin et dans quelles conditions les prophètes de Dieu ont accompli leur mission.

Le récit de Joseph (paix sur lui)

Vient ensuite, du point de vue historique, le récit du prophète Joseph (paix sur lui), au sujet duquel une sourate entière du Coran fut révélée afin de présenter le bon et le mauvais caractère l’un face à l’autre. D’un côté, elle montre le caractère des frères de Joseph (paix sur lui) : parce que leur honorable père, le prophète Jacob (paix sur lui), aimait davantage son jeune fils Joseph (paix sur lui), ils décidèrent, après délibération, soit de le tuer, soit de le jeter quelque part puis de devenir des gens vertueux. Ils trompèrent ensuite leur père, emmenèrent leur frère sous prétexte de le faire voyager et se divertir, puis le jetèrent dans un puits desséché. Après quoi, ils revinrent avec sa tunique faussement tachée de sang et dirent à leur père qu’un loup l’avait attrapé et dévoré.

Quant aux gens de cette caravane de marchands, leur comportement fut tel qu’après avoir trouvé le prophète Joseph (paix sur lui) dans le puits desséché, ils transformèrent l’enfant opprimé en marchandise et l’emmenèrent en Égypte pour l’y vendre.

Voyez le caractère de l’épouse de l’Aziz d’Égypte, dont le mari avait acheté Joseph (que la paix soit sur lui) et dans la maison duquel il avait grandi jusqu’à atteindre l’âge de la jeunesse. Son effronterie était telle qu’elle invita Joseph (que la paix soit sur lui) au péché. Il s’enfuit en s’y refusant, mais elle le poursuivit. C’est alors que son mari arriva. Elle porta alors contre lui cette accusation mensongère : il aurait voulu attenter à sa chasteté. Lorsque son mensonge fut démontré et que les femmes de la haute société commencèrent à parler de sa passion pour lui, elle les invita et les fit venir, puis leur présenta Joseph (que la paix soit sur lui) en disant : « Si je ne suis pas tombée amoureuse d’un jeune homme aussi beau, que pourrais-je bien avoir fait ? » Puis elle déclara devant toute l’assemblée : « S’il refuse d’avoir une relation illicite avec moi, je l’enverrai en prison. »

Voyez le comportement des femmes de la haute société égyptienne : lorsqu’elles virent la beauté de Joseph (que la paix soit sur lui) dans cette assemblée, elles se coupèrent les mains. Elles aussi tombèrent amoureuses de lui et se mirent à tenter de l’attirer vers elles.

Voyez le comportement des juges égyptiens : ils infligèrent à Joseph (que la paix soit sur lui) la peine due à la déchéance morale de leurs propres femmes et, bien qu’il fût innocent, l’envoyèrent en prison pour plusieurs années.

D’autre part, les exemples de la pureté morale de Joseph (que la paix soit sur lui) apparaissent un à un. Il supporta l’emprisonnement, mais ne supporta pas d’être souillé par le péché. Cela ne fit pourtant naître en lui aucun orgueil au sujet de sa piété. Avec une grande humilité et une profonde modestie, il pria Allah Tout-Puissant : « Ô mon Seigneur ! La prison m’est plus chère que ce vers quoi ces gens m’appellent. Si Tu ne me protèges pas des pièges tendus par ces femmes, je pencherai vers elles et je serai du nombre des ignorants. »

Même en prison, il s’efforçait de conseiller les serviteurs de Dieu et de les guider vers le droit chemin, et il ne laissait échapper aucune occasion de transmettre la vérité. Un seul de ces épisodes est rapporté dans la sourate Yûsuf, des versets 36 à 40 ; il montre comment, durant sa longue incarcération, il continua à s’acquitter de la mission d’appeler à Allah.

Puis, lorsqu’il interpréta un rêve du roi d’Égypte, le roi, impressionné, exprima le souhait de le faire libérer et de le rencontrer. Mais Joseph (que la paix soit sur lui) refusa d’être libéré tant que l’épouse de l’Aziz d’Égypte et les autres femmes qui l’accompagnaient n’auraient pas attesté sa pureté morale et reconnu leur propre culpabilité.

Puis vint un temps où il accéda au pouvoir en Égypte. À cette époque, ses frères, ceux qui l’avaient jeté dans un puits asséché, vinrent à plusieurs reprises lui demander des vivres. Il continua à leur en donner. Mais il ne lui vint jamais à l’esprit de se venger des mauvais traitements qu’ils lui avaient infligés. Au début, ils ne savaient même pas qui était le gouverneur d’Égypte auprès duquel ils obtenaient du grain. Seul Joseph (que la paix soit sur lui) les reconnut. Mais lorsqu’ils vinrent pour la troisième fois, Joseph (que la paix soit sur lui) leur dit : « Je suis votre frère, celui envers lequel vous avez commis une injustice dont vous êtes parfaitement conscients. » Ils reconnurent alors leur faute. La réponse de Joseph fut :

(Arabe*****************)

—Aujourd’hui, vous ne serez pas poursuivis pour vos fautes. Qu’Allah vous pardonne : Il est le plus Miséricordieux des miséricordieux. Ensuite, il ne fit pas seulement venir en Égypte son honorable père, le prophète Jacob (sur lui la paix), mais fit également venir ses frères avec leurs familles et les réinstalla avec tous les honneurs.

Dans la sourate Yûsuf, l’ultime grandeur du caractère de cet illustre homme est montrée par le fait qu’il n’exprima aucune fierté ni aucun orgueil en raison de la position éminente qu’il avait atteinte. Au contraire, il s’adressa à Allah, inclinant humblement la tête dans la servitude, et Lui demanda :

—Ô mon Seigneur ! Tu m’as donné l’autorité sur le pays et m’as enseigné l’interprétation subtile de toutes les choses. Ô Créateur des cieux et de la terre ! Tu es mon Protecteur et mon Ami dans ce monde et dans l’au-delà. Fais-moi mourir en musulman et joins-moi aux vertueux. (Yûsuf : 101)

Le prophète Shuʿayb (sur lui la paix), les habitants de Madyan et les gens d’al-Ayka

Le Noble Coran relate également l’histoire des habitants de Madyan et des gens d’al-Ayka, qui vivaient dans la région septentrionale du Hedjaz. Il est dit à leur sujet qu’outre le fait qu’ils adoraient d’autres divinités avec Allah, ils étaient entachés de plusieurs défauts moraux : ils trichaient sur les mesures, pratiquaient le brigandage et semaient la discorde et la corruption. Allah envoya le prophète Shuʿayb (sur lui la paix) à Madyan comme prophète. La mission de réformer les gens d’al-Ayka lui fut également confiée. Pendant longtemps, il les exhorta à craindre Allah et à s’abstenir de ces mauvaises actions. Mais seuls quelques-uns crurent en lui, tandis que les autres persistèrent dans leur conduite. Les notables de Madyan dirent au prophète Shuʿayb : « Est-ce ta prière qui t’ordonne que nous abandonnions les divinités de nos pères et de nos ancêtres, ou que nous renoncions à disposer de nos biens comme bon nous semble ? » (Hûd : 87) En d’autres termes, ils s’obstinaient à dire qu’il fallait adorer d’autres divinités qu’Allah parce que leurs pères et leurs ancêtres les avaient adorées. Ils s’obstinaient également à exiger la liberté d’acquérir des richesses à leur guise, que ce soit en les pillant, en trichant dans le commerce ou en opprimant les faibles. Ils disaient à leurs gens : « Si vous suivez Shuʿayb, vous serez certainement perdus. » (al-Aʿrâf : 90) Selon eux, le progrès et le développement de la nation dépendaient de l’acquisition de richesses par tous les moyens illégaux. Adopter des moyens licites signifiait, à leurs yeux, que la nation périrait. Ils menacèrent le prophète Shuʿayb (sur lui la paix) en disant : « Nous t’expulserons, toi et ceux qui ont cru avec toi. » (al-Aʿrâf : 88) Ils dirent encore : « Nous te considérons comme un homme faible parmi nous. Sans ton clan, nous t’aurions lapidé. Tu n’as pas assez de force et de pouvoir pour nous dominer. » (Hûd : 91) En réponse, le prophète Shuʿayb (sur lui la paix) les humilia par ces paroles : « Mon clan est-il plus puissant qu’Allah face à vous ? Pourtant, vous L’avez rejeté derrière vous. » (Hûd : 92)

Les gens d’al-Ayka agirent de la même manière envers le prophète Shuʿayb. Ils n’acceptèrent aucune de ses exhortations et lui répondirent : « Si tu es véridique, fais donc tomber sur nous un morceau du ciel. » (ash-Shuʿarâʾ : 187)

Finalement, les deux peuples subirent le châtiment d’Allah et furent anéantis. Lorsque les Qurayshites se rendaient en Syrie pour leurs voyages commerciaux, ils traversaient les régions où ces deux peuples avaient été frappés par le châtiment. C’est pourquoi ils ne pouvaient manquer d’être touchés par ce récit du Coran.

Le récit de Pharaon et de Moïse (sur lui la paix)

Dans le monde entier, chacun connaissait cet événement historique terrifiant : Pharaon et ses troupes furent engloutis dans les profondeurs de la mer, victimes du châtiment de Dieu. De nombreux Juifs et chrétiens vivaient en Arabie, et c’est par leur intermédiaire que tous les Arabes savaient que Moïse — que la paix soit sur lui — avait été envoyé auprès d’eux en tant que prophète et qu’il les avait appelés à la vérité en accomplissant des miracles extraordinaires. Pourtant, même après avoir vu ces miracles, ils ne crurent pas. Les Quraychites eux-mêmes étaient informés de ces miracles de Moïse — que la paix soit sur lui. En réalité, l’un de leurs reproches contre le Prophète — que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui — était aussi le suivant :

(Arabe***************)

« Pourquoi ce prophète n’a-t-il pas reçu les mêmes miracles que Moïse — que la paix soit sur lui — ? » (Al-Qasas : 48)

C’est sur cette base que le Coran rapporte en de nombreux endroits, de manière détaillée, le récit de Moïse — que la paix soit sur lui — et de Pharaon. Il y expose clairement aux hommes les comportements bons et mauvais, ainsi que leurs caractéristiques respectives.

Les crimes de Pharaon sont identifiés un à un. Il manifesta une arrogance effroyable sur la terre, divisa la population en deux groupes, humilia profondément l’un d’eux, en tua les garçons et laissa vivre les filles. En réalité, il faisait partie des corrupteurs. (Al-Qasas : 4) Autrement dit, la règle de son gouvernement n’était pas que tous les citoyens du pays fussent égaux devant la loi et bénéficient des mêmes droits. Il adopta plutôt une politique visant à diviser les habitants du pays en différents groupes. Les uns, à qui l’on accordait des privilèges et des avantages, étaient considérés comme le groupe dirigeant, tandis que les autres, considérés comme les sujets, étaient opprimés et écrasés. C’est surtout contre les Enfants d’Israël, qui appartenaient à ce second groupe, que furent exercées les persécutions et les violences les plus extrêmes. On tuait leurs garçons et on laissait vivre leurs filles, afin que leur descendance s’éteigne progressivement et que, les femmes étant placées sous l’autorité des Égyptiens, une lignée égyptienne naisse d’elles. C’est pourquoi, lorsque Moïse — que la paix soit sur lui — naquit dans une famille israélite, Dieu inspira à sa mère que, lorsqu’elle craindrait qu’on ne tue son enfant, elle le déposât dans une corbeille et le jetât dans le fleuve. (Al-Qasas : 7)

Le comportement de Pharaon envers son propre peuple égyptien a été résumé en une seule phrase dans la sourate Az-Zukhruf, qui en donne un tableau complet.

« Il méprisait son propre peuple, qui lui obéissait. Ils étaient en réalité des gens pervers. » (Az-Zukhruf : 54)

Cela fait apparaître à la fois la politique de Pharaon et l’état de décadence morale de son peuple.

Lorsqu’un homme tente d’imposer son pouvoir tyrannique dans un pays, qu’il recourt à toutes sortes de stratagèmes et de tromperies, qu’il met les consciences en vente sur le marché public et qu’il écrase impitoyablement ceux qui refusent de se vendre, il révèle par ses actes, qu’il le dise ou non, qu’en réalité il considère les habitants de ce pays comme insignifiants par leur conscience, leur caractère et leur courage. Il finit par penser qu’il peut conduire à sa guise ces ignorants, ces lâches et ces êtres dépourvus de conscience. Puis, lorsque ses méthodes sont instaurées avec succès dans le pays et que ses habitants deviennent des esclaves, les mains jointes en signe de soumission, il prouve par sa conduite qu’ils sont exactement tels qu’il les avait jugés. La véritable raison de leur déchéance dans cette situation déshonorante est qu’ils sont, au fond, des pervers. Ils ne se soucient nullement de savoir ce qui est le vrai et ce qui est le faux, ce qui est la justice et ce qui est l’oppression, ni si la vérité, la loyauté et la politesse méritent le respect plutôt que le mensonge, la perfidie et la bassesse. À la place de tout cela, seule la satisfaction de leurs intérêts personnels revêt à leurs yeux une véritable importance ; pour elle, ils sont prêts à soutenir tout oppresseur, à s’incliner devant tout puissant, à accepter tout mensonge et à étouffer toute voix de vérité.

Lorsque le prophète de Dieu, Moïse, arriva à la cour de Pharaon avec son frère Aaron, et qu’il présenta, l’une après l’autre, des miracles si évidents que même le plus sot ne pouvait imaginer qu’il s’agissait d’un tour de magie, celui-ci continua à les appeler magie, uniquement par orgueil et arrogance. Ses courtisans approuvaient chacune de ses paroles. Même lorsque le bâton se transforma en serpent gigantesque, les habiles magiciens qu’il avait invités reconnurent que cela ne relevait pas de leur art, mais constituait un miracle de Dieu.

Quant aux autres miracles, comme la famine qui frappa toute l’Égypte conformément à l’annonce préalable de Moïse, puis sa disparition grâce à sa prière ; la terrible tempête accompagnée de pluie qui s’abattit sur tout le pays après son annonce, puis cessa grâce à sa prière ; l’invasion dévastatrice de sauterelles qui survint après son annonce, puis disparut grâce à sa prière ; et, de même, la propagation successive dans tout le pays, conformément à ses annonces, des poux, des petits insectes, des grenouilles et du fléau du sang, qui ne disparurent que grâce à sa prière : tout cela ne laissait aucun doute sur le fait qu’il ne s’agissait pas de la magie d’un magicien. Car jamais un magicien n’avait pu accomplir de telles choses, et il ne le pourrait jamais. Ces miracles révélaient clairement qu’ils étaient des manifestations extraordinaires de la puissance d’Allah, le Seigneur des mondes. C’est pourquoi, après chaque châtiment, Pharaon et ses courtisans disaient à Moïse : « Invoque ton Seigneur, en vertu du rang que tu occupes auprès de Lui, afin qu’Il éloigne de nous ce châtiment. Alors nous suivrons ta parole. » Mais une fois le malheur dissipé, ils violaient leur promesse. (Al-A‘raf : 134-135 ; Az-Zukhruf : 49-50.)

Le Coran affirme clairement qu’au fond d’eux-mêmes, ils croyaient que Moïse était dans le vrai. Pourtant, par injustice et arrogance, ils persistèrent dans le déni. (An-Naml : 14.) Cette vérité apparut pleinement lorsque Pharaon, avec ses troupes, commença à être englouti et s’écria : « Je reconnais qu’il n’y a de divinité que Celui en qui ont cru les enfants d’Israël, et je suis du nombre des musulmans. » (Yunus : 90.)

Ainsi, bien qu’il connût la vérité, lui et ses courtisans, adorateurs du mensonge, commirent des injustices extrêmes et se montrèrent arrogants. Ses courtisans lui dirent : « Seigneur ! Allez-vous laisser Moïse et son peuple agir ainsi, semer la corruption dans le pays et abandonner le culte de Votre personne et de vos divinités ? »

Il répondit : « Non. Je vais ordonner dès maintenant que leurs fils soient tués et que leurs filles soient laissées en vie. » (Al-A‘raf : 127.)

En réalité, l’ordre qui avait été promulgué avant la naissance de Moïse fut renouvelé. Puis un nouvel ordre fut donné : les fils de ceux qui avaient cru en Moïse devaient eux aussi être tués, tandis que leurs filles seraient laissées en vie. (Al-Mu’min : 25.)

Il dit à Moïse : « Si tu reconnais comme dieu quelqu’un d’autre que moi, je te ferai emprisonner. » (Ash-Shu‘ara : 29.) Dans sa cour bondée, il déclara : « Ô notables ! Je ne connais pour vous aucune autre divinité que moi. » (Al-Qasas : 38.) Il proclama sans la moindre crainte : « Je suis votre seigneur le plus élevé. » (An-Nazi‘at : 24.) Avec une impudence extrême, il dit à son ministre Haman : « Construis-moi une haute tour ; je monterai dessus pour voir où se trouve le dieu de Moïse. » (Al-Qasas : 38 ; Al-Mu’min : 36-37.) Il alla même jusqu’à décider un jour de tuer Moïse et dit à ses courtisans : « Laissez-moi, je tuerai Moïse. Ensuite, qu’il invoque donc son dieu pour voir. » (Al-Mu’min : 26.)

On observe dans ces récits un premier type de comportement : celui de Pharaon, de ses courtisans et de son peuple. Un second comportement, riche en enseignements, est celui des magiciens d’Égypte qui s’étaient rassemblés de différentes régions du pays afin d’affronter Moïse (paix sur lui) pour défendre leur religion. Ils dirent à Pharaon : « Si nous remportons la victoire, recevrons-nous une récompense ? »

Pharaon répondit : « Vous ne recevrez pas seulement une récompense ; vous compterez aussi parmi mes proches. »

Mais lorsque ces mêmes magiciens virent que le miracle de Moïse (paix sur lui) avait vaincu leur magie, ils comprirent qu’il ne s’agissait pas de magie, mais d’une puissance divine. Ils se prosternèrent alors et s’écrièrent : « Nous croyons au Seigneur des mondes, le Seigneur de Moïse et d’Aaron (paix sur eux). »

Un bouleversement si profond s’opéra soudain en eux qu’ils ne prêtèrent aucune attention aux menaces de Pharaon de leur couper les mains et les pieds et de les faire crucifier. Ils lui déclarèrent clairement : « Fais tout ce que tu peux. Nous ne renoncerons ni à la vérité évidente que nous avons vue, ni à notre Créateur, pour te complaire. » (Al-A‘râf : 113-126 ; Tâ-Hâ : 70-73 ; Ach-Chu‘arâ’ : 41-51, voir.)

Un autre comportement remarquable fut celui de l’un des courtisans de Pharaon. Il avait cru intérieurement et avait gardé sa foi secrète. Mais lorsque Pharaon décida de tuer Moïse (paix sur lui), cet homme se leva au milieu de toute la cour et dit : « Allez-vous tuer un homme simplement parce qu’il dit : “Mon Seigneur est Allah” ? »

Il prononça ensuite un long discours vigoureux, cité successivement dans la sourate Al-Mu’min, aux versets 28 à 44. Dans ce discours, il avertit ouvertement Pharaon, les hauts fonctionnaires et les membres de son gouvernement, ainsi que le peuple, du châtiment de Dieu. Il les exhorta tous à suivre le droit chemin. Il ne se soucia aucunement des conséquences qu’il aurait à subir pour avoir dit cette vérité.

Le comportement le plus remarquable de ce récit est celui de Moïse (paix sur lui). Il appartenait à un peuple qui menait une vie extrêmement honteuse. Ses membres n’avaient même pas le courage de se lamenter un peu sur le meurtre de leurs enfants. Moïse (paix sur lui) lui-même était accusé d’avoir tué un Égyptien, et un mandat d’arrêt avait été lancé contre lui. Il quitta le pays et trouva refuge à Madyan pendant plusieurs années. Dans ces circonstances, Allah Tout-Puissant le fit prophète et lui ordonna d’affronter un souverain tyrannique tel que Pharaon, muni comme miracles d’un bâton et de la main lumineuse. S’en remettant à Allah, il se rendit à la cour de Pharaon sans aucune force militaire. Il ne fut pas effrayé par ses menaces et ne s’inclina pas devant sa tyrannie et ses persécutions. Année après année, il continua à affronter des situations extrêmement difficiles. Lorsque Pharaon annonça publiquement son intention de le tuer, il lui cloua le bec en disant :

(Arabe**************)

— Je me suis réfugié auprès de mon Seigneur et du vôtre, contre tout arrogant et tyrannique qui ne croit pas au Jour du Jugement. (Al-Mu’min : 27)

D’autres exemples historiques

Ainsi, en présentant dans le Coran de nombreux autres exemples historiques, il a été clairement établi quel genre de comportement et de caractère l’islam apprécie chez les hommes, et quel genre d’hommes il réprouve. D’un côté, il y avait David et Salomon, qui, bien qu’assis sur le trône royal, ne s’étaient pas écartés de la crainte de Dieu ni de Son adoration. Au lieu de l’orgueil et de l’arrogance, ils demeuraient attachés à la reconnaissance et à la soumission. Chaque fois qu’ils comprenaient qu’Allah les mettait à l’épreuve, ils s’inclinaient aussitôt devant Lui avec humilité et modestie. (Sad : 17-24, 34-35 ; An-Naml : 19-40, voir)

La reine de Saba, bien qu’elle fût la souveraine d’un peuple polythéiste, accepta sans hésitation la vérité lorsqu’elle en fut informée, sans se soucier de savoir si son peuple polythéiste la soutiendrait ou non. (An-Naml : 44)

Dans la sourate Yâ-Sîn, il est fait mention d’un homme de vérité dont le peuple s’opposa à trois prophètes et entreprit de les tuer à coups de pierres. Dans cette situation dangereuse, il accourut d’un bout de la ville, exhorta son peuple, démontra par des arguments l’égarement de ceux qui refusaient d’accepter les prophètes, proclama clairement sa foi et finit par renoncer à tout espoir de préserver sa vie. Autrement dit, ils le tuèrent. Pourtant, aucune malédiction ne sortit de sa bouche contre les injustes. Au contraire, il espérait : « Ah ! si seulement mon peuple savait par quelle faveur j’ai obtenu de mon Seigneur l’honneur et le pardon ! » (Yâ-Sîn : 13-27)

Viennent ensuite les Gens de la Caverne, qui, pour préserver leur foi de la tyrannie d’un peuple polythéiste, se réfugièrent dans une grotte de montagne en ne comptant que sur Dieu, sans se demander combien de temps ils devraient rester dans cette situation démunie. Leur seule préoccupation était de ne pas s’écarter du chemin de la foi. (Al-Kahf : 13-20)

D’un autre côté, le Coran mentionne également Qaroun. Il appartenait au peuple de Moïse, mais, par amour du monde, il s’était joint aux proches courtisans de Pharaon. Il devint riche à profusion par des moyens illicites et commença à s’en enorgueillir. Lorsque des hommes pieux lui conseillèrent de mener une vie vertueuse, il rejetait leurs efforts en disant : « Tout ce que j’ai acquis est le fruit de mes propres capacités. » Les gens épris des biens de ce monde, voyant son faste, le considéraient comme très chanceux et souhaitaient eux aussi connaître une telle fortune. Mais lorsqu’Allah l’ensevelit sous terre avec ses richesses et son palais, cela devint une leçon pour ceux qui aspiraient à connaître une fortune semblable à la sienne. (Al-Qasas : 76-82)

Le pays où vivait le peuple de Saba, Allah en avait fait un paradis terrestre. Mais lorsqu’ils adoptèrent la voie de la désobéissance à Allah, Il les anéantit par une terrible inondation. Leurs jardins se transformèrent en bouquets d’arbustes épineux et ils furent dispersés de telle manière que leur histoire devint un exemple proverbial en Arabie. (Saba : 15-19)

Le pire exemple est fourni par les Juifs. En désobéissant à Dieu, ils provoquèrent à deux reprises de grands désordres dans l’histoire, dont ils durent également subir le châtiment. Une première fois, les dirigeants sévères des Babyloniens et des Assyriens les chassèrent. Une seconde fois, les Romains les dispersèrent depuis la Palestine à travers le monde entier. Après cette dernière dispersion, ils arrivèrent en Arabie. Chacun de leurs défauts moraux était connu des Arabes. En les mettant en évidence, le Coran dit aux gens qu’Allah déteste profondément les personnes présentant de tels défauts. Ils se livraient sciemment à des péchés contraires aux enseignements de la religion, afin de satisfaire leurs intérêts terrestres et les désirs de leurs passions, tout en comptant sur le fait qu’ils seraient de toute façon pardonnés. (Al-A‘râf : 169)

Ils disaient que nous ne commettions aucun péché en nous emparant des biens des non-Juifs et en les traitant mal. (Âl ‘Imrân : 175) Leurs savants, leurs maîtres spirituels et leurs ascètes dévoraient injustement les biens des gens. (At-Tawbah : 34) L’usure était largement répandue parmi eux, alors même qu’elle était interdite dans leur religion. (An-Nisâ’ : 161)

Ils attribuaient injustement au prophète Salomon les activités sataniques dont ils avaient développé le commerce florissant avec l’aide de la magie et des esprits. (Al-Baqarah : 102)

Toutes sortes d’injustices et de turpitudes s’étaient répandues parmi eux, et ils avaient renoncé à s’empêcher mutuellement de faire le mal. C’est pourquoi ils s’enfonçaient dans les profondeurs de la décadence morale. (Al-Mâ’idah : 79) Ce sont là des défauts que le Coran présente comme les causes générales de la destruction de toutes les nations. Ainsi, après avoir relaté dans la sourate Hûd les épisodes où les peuples anciens furent maintes fois frappés par le châtiment, il est dit : « Parmi les générations qui vous ont précédés, ne se trouvaient-ils donc pas des gens qui interdisaient la corruption sur terre ? » Il n’y en eut qu’un petit nombre, que Nous sauvâmes parmi eux. Quant aux injustes, ils se livraient aux plaisirs dont Nous leur avions largement fourni les moyens, et ils étaient criminels. (Versets 116-117)

Les turpitudes que le Coran a condamnées

Telle était une première manière par laquelle le Coran exposait ses enseignements moraux en relatant les événements historiques. La seconde manière consistait à condamner directement les mauvais comportements, les mauvaises actions et les mauvais caractères que l’on trouvait chez les Qurayshites, les Arabes et, plus généralement, dans la société humaine. Il s’agissait de maux que personne n’osait appeler bons. En opposition à ceux-ci, le Coran expose les qualités, le caractère et les actions vertueux dont l’islam souhaite voir les individus et la société parés. Ce sont des vertus dont personne ne pouvait nier la grandeur morale.

Nous allons maintenant exposer les défauts que le Coran a condamnés et dire aux hommes que l’islam veut en purifier la vie humaine.

— Ruine assurée pour tout homme qui diffame les gens ouvertement et s’habitue à divulguer leurs défauts dans leur dos, qui amasse des richesses et les compte avec soin, pensant que sa fortune demeurera éternellement avec lui. (Al-Humazah : 1-3)

—As-tu vu celui qui nie la rétribution et le châtiment de l’Au-delà ? C’est celui qui repousse brutalement l’orphelin et n’incite pas à nourrir le nécessiteux. (C’est-à-dire qu’il ne s’y encourage pas lui-même et n’y encourage pas non plus les autres, afin qu’ils fassent quelque chose pour apaiser la faim des pauvres et des nécessiteux.) Puis, malheur à ceux qui prient, qui négligent et dédaignent leur propre prière, qui prient par ostentation et qui s’abstiennent de donner aux gens les choses nécessaires, même ordinaires. (Al-Ma‘ûn)

La condition de l’homme est telle que, lorsque son Seigneur le met à l’épreuve et, à titre d’épreuve, lui accorde honneur et bienfaits, il dit : « Mon Seigneur m’a honoré. » Et lorsqu’Il le met à l’épreuve et, en conséquence, lui restreint sa subsistance, il dit : « Mon Seigneur m’a humilié. » Jamais ! (C’est-à-dire que cela ne constitue pas le critère de l’honneur et du déshonneur.) Mais vous ne traitez pas les orphelins avec honneur, vous ne vous encouragez pas les uns les autres à nourrir le nécessiteux, vous dévorez entièrement les biens de l’héritage, puis vous vous attachez complètement à l’amour des richesses. (Al-Fajr : 15-20)

—Ceux qui dévorent injustement les biens de l’orphelin remplissent leur ventre de feu. (An-Nisâ’ : 10)

—La rivalité pour acquérir toujours davantage de biens de ce monde et en obtenir plus que les autres vous a plongés dans l’insouciance. Jusqu’à ce que, finalement, cette préoccupation vous conduise aux tombes. Jamais ! (C’est-à-dire que cela ne constitue nullement un bien.) Vous saurez bientôt. (At-Takâthur : 1-3)

—N’obéis jamais à celui qui prête serment sans cesse et qui est méprisable, qui injurie, maudit et colporte les propos. Qui s’oppose au bien, se livre à l’injustice et à la transgression, est un grand pécheur, violent, débauché et, de surcroît, de mauvaise naissance. (Ne te soumets pas à sa pression simplement parce que) il possède beaucoup de richesses et d’enfants. (Al-Qalam : 10-14)

—Malheur aux fraudeurs, dont la pratique consiste à prendre pleine mesure lorsqu’ils reçoivent des gens, mais à les léser lorsqu’ils leur mesurent ou leur pèsent quelque chose. Ne comprennent-ils pas qu’ils seront ressuscités pour un Jour immense, le Jour où tous les hommes se tiendront devant le Seigneur des mondes ? (Al-Mutaffifîn : 1-6)

—Mesurez avec exactitude et équité, et ne faussez pas l’aiguille de la balance, vers le haut ou vers le bas (pour tromper le client). (Ar-Rahmân : 9)

—(Le Jour de la Résurrection, les habitants du Paradis) demanderont aux criminels habitants de l’Enfer : « Qu’est-ce qui vous a conduits en Enfer ? » Ils répondront : « Nous ne faisions pas partie de ceux qui priaient ; nous ne nourrissions pas les orphelins ; nous nous joignions à ceux qui forgeaient des propos contraires à la vérité ; et nous traitions de mensonge le Jour de la Rétribution. » (Al-Muddaththir : 40-46)

— (Le Jour de la Résurrection, lorsqu’on emmènera l’habitant de l’Enfer chargé de chaînes, il sera dit 🙂 Cet homme ne croyait ni au Dieu Très-Grand ni n’encourageait à nourrir le pauvre. Aujourd’hui donc, il n’a ici ni ami compatissant ni nourriture, si ce n’est un liquide purulent, que nul ne mange hormis les criminels. (Al-Haqqah : 33-37)

— Il dit : « J’ai dilapidé une immense fortune. » Pense-t-il que personne ne l’a vu ? (Al-Balad : 6-7)

— Dilapider une immense fortune signifie dépenser excessivement son argent pour exhiber sa richesse et manifester sa fierté et son orgueil. Le sens de la dernière phrase est le suivant : cet homme qui affiche sa fierté et son orgueil pense-t-il que personne ne voit comment il a acquis sa richesse, dans quel but il la dilapide et avec quelles intentions ?

— Ceux qui dépensent leurs biens dans le chemin d’Allah, puis ne réclament à personne de récompense après leur dépense et n’infligent aucune peine à ceux qui en ont bénéficié, leur récompense se trouve auprès de leur Seigneur et ils n’auront aucune raison de s’attrister ni de craindre.

Une parole aimable et l’indulgence en toute circonstance sont meilleures qu’une aumône suivie de vexations. (Al-Baqara : 162-163)

— Ne réduisez pas à néant votre aumône en réclamant une récompense et en infligeant de la peine, à l’instar de celui qui dépense ses biens pour être vu des gens. (Al-Baqara : 264)

— Que celui qui se montre avare de dépenser les biens qu’Allah lui a accordés par grâce ne pense pas que cela soit meilleur pour lui ; au contraire, c’est extrêmement mauvais pour lui. Ce qu’il aura thésaurisé par avarice sera transformé, le Jour de la Résurrection, en chaînes autour de leur cou. (Al ʿImrân : 180)

L’avarice ne consiste pas seulement à ne dépenser ses biens ni pour soi-même ni pour ses enfants. Elle consiste plutôt à tout dilapider dans ses plaisirs, ses divertissements et l’ostentation de ses richesses, sans éprouver le désir de dépenser quoi que ce soit dans une bonne œuvre.

—Allah n’aime jamais celui qui est arrogant et qui se glorifie de sa propre supériorité. Celui qui est avare, incite les autres à l’être et dissimule les bienfaits qu’Allah lui a accordés. (Nisâ : 36-37)

—Ceux qui se préservent de l’avarice de leur âme sont ceux qui réussiront. (Taghaboun : 16)

—Ne détourne pas ton visage des gens et ne marche pas sur terre avec arrogance. Allah n’aime aucun être arrogant et fanfaron. Adopte une démarche modérée et baisse quelque peu ta voix. De toutes les voix, celle de l’âne est la plus discordante. (Luqman : 18-19)

—Ne convoitez pas ce par quoi Allah a favorisé certains d’entre vous par rapport à d’autres. (Nisâ : 32)

C’est le fait de s’agiter en voyant quelqu’un supérieur à soi sous quelque rapport qui constitue la cause profonde de l’envie et de la rivalité ; l’être humain en souffre intérieurement. Il souhaite le malheur de cette personne pour son propre bien. Et lorsqu’il ne peut obtenir cette amélioration par des moyens licites, il recourt à des moyens illicites.

—Ô Prophète ! Dis aux gens : « Mon Seigneur a interdit les actes indécents, apparents ou cachés, les péchés et toute transgression contre le droit. Il a également interdit que vous Lui donniez des associés sans qu’Il ait fait descendre à ce sujet la moindre preuve, et que vous disiez au sujet d’Allah ce dont vous n’avez aucune connaissance quant à son origine divine. » (A‘râf : 33)

—N’utilisez pas le nom d’Allah dans vos serments afin de vous abstenir de faire le bien, de pratiquer la piété et de rétablir la concorde entre les gens. (Baqara : 224)

—Tenez votre promesse faite à Allah lorsque vous avez conclu un pacte avec Lui. Et ne violez pas vos serments après les avoir solennellement confirmés, alors que vous avez pris Allah à témoin contre vous. Allah est parfaitement informé de toutes vos actions. Ne soyez pas comme cette femme qui a filé son ouvrage avec effort, puis l’a elle-même réduit en morceaux. Ne faites pas de vos serments un moyen de tromperie et de fraude entre vous, afin qu’un groupe obtienne plus d’avantages qu’un autre. En vérité, Allah vous éprouve par ces serments et ces pactes. (Nahl : 91-92)

-Et ceux qui rompent le pacte conclu avec Allah après l’avoir fermement établi, qui coupent les liens qu’Allah a ordonné de maintenir et qui sèment la corruption sur terre : ceux-là seront maudits et auront la plus mauvaise demeure dans l’au-delà. (Ar-Ra‘d : 25)

-Lorsqu’un roi entre dans un pays, il le dévaste et humilie ses notables. C’est ainsi qu’ils agissent. (An-Naml : 34)

-Les défauts moraux condamnés dans la sourate Al-Hujurât sont les suivants : se moquer les uns des autres, s’insulter, se donner de mauvais sobriquets, nourrir injustement de mauvaises pensées, espionner la situation d’autrui et calomnier les autres en leur absence. (Voir les versets 11-12.)

-Ils ont certainement subi une grande perte, ceux qui ont tué leurs enfants par ignorance. (Al-An‘âm : 140)

-Lorsqu’on annonce à l’un d’entre eux la naissance d’une fille, son visage s’assombrit et il ravale sa colère comme une gorgée de sang. Il se cache des gens, se demandant comment il pourra leur montrer son visage après cette mauvaise nouvelle. Il se demande s’il gardera l’enfant malgré l’humiliation ou s’il l’enfouira dans la terre. (An-Nahl : 58-59)

-(Le Jour de la Résurrection, lorsque les hommes comparaîtront devant leur Seigneur,) on demandera à la fille enterrée vivante : « Pour quel crime as-tu été tuée ? » (At-Takwîr : 8-9)

-Quiconque commet lui-même une faute ou un péché, puis en accuse un innocent, se charge d’une terrible calomnie et d’un péché manifeste. (An-Nisâ’ : 112)

-Ne prends pas la défense d’un traître. Allah n’aime ni le traître ni celui qui s’obstine dans le péché. (An-Nisâ’ : 105-107)

-Le traître comparaîtra au Jour de la Résurrection avec sa trahison. Ensuite, chacun recevra pleinement la rétribution de ce qu’il aura acquis, et nul ne sera lésé. (Âl ‘Imrân : 161)

-Ne trahissez pas sciemment les dépôts qui vous sont confiés. (Al-Anfâl : 27)

-L’usure que vous pratiquez afin d’accroître les biens des gens n’augmente pas auprès d’Allah. Mais la zakat que vous donnez pour rechercher l’agrément d’Allah, ce sont eux qui voient leurs biens multipliés. (Ar-Rûm : 39)

-Ne dévorez pas injustement les biens les uns des autres. Mais il en va autrement lorsqu’il s’agit d’une transaction conclue d’un commun accord. Ne vous entretuez pas. … Quiconque parmi vous commet cela par injustice et transgression, Nous le jetterons certainement dans la Géhenne. (An-Nisâ’ : 29-30)

-Ne dévorez pas injustement les biens les uns des autres. Et ne les présentez pas aux juges dans le but de dévorer sciemment une partie des biens d’autrui. (Al-Baqara : 188)

-Cela signifie également que vous ne devez pas tenter d’obtenir illégalement des avantages en soudoyant le juge. Ne portez pas une affaire devant le tribunal dans le seul but de vous en emparer, tout en sachant que le bien appartient en réalité à une autre personne, parce qu’elle ne pourra pas prouver sa propriété ou parce que vous gagnerez le procès par quelque manipulation.

-Les témoins ne doivent pas refuser de témoigner lorsqu’ils sont appelés à le faire, et ne dissimulez pas le témoignage. Celui qui le dissimule aura le cœur souillé par le péché. (Al-Baqara : 282-283)

-Éloignez-vous du mensonge. (Al-Hajj : 30)

Le faux témoignage en fait également partie. À ce sujet, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit que le faux témoignage équivaut à associer des divinités à Allah.

– Quiconque intercédera en faveur d’une bonne action en aura une part, et quiconque intercédera en faveur d’une mauvaise action en aura une part. (An-Nisâ’ : 85) Autrement dit, il en sera également associé, qu’il s’agisse d’une bonne ou d’une mauvaise action.

– Dans les versets 4 à 23 de la sourate An-Nûr, la fausse accusation portée contre des femmes chastes et vertueuses, le fait de la colporter après l’avoir entendue, ainsi que la propagation de l’obscénité dans la société sont sévèrement condamnés. Je considère qu’il suffit de renvoyer aux versets concernés, sans en exposer le détail. Cette question ne concerne pas uniquement les femmes : porter contre des hommes une calomnie ou une fausse accusation est également un péché.

– Vivez avec vos épouses de la meilleure manière. (An-Nisâ’ : 19)

– Lorsque vous divorcez d’avec vos femmes et que leur délai d’attente approche de son terme, retenez-les convenablement ou libérez-les convenablement. Ne les retenez pas pour leur nuire et transgresser à leur encontre. Ceux qui agissent ainsi se font du tort à eux-mêmes. (Al-Baqara : 231)

– Épousez les femmes avec l’autorisation de leurs tuteurs et versez-leur leur dot de manière convenable, afin que le lien conjugal soit préservé. Ne vous adonnez pas librement à des relations sexuelles et n’établissez pas secrètement de relations sexuelles illicites. (An-Nisâ’ : 25)

– Ô Prophète ! Demande aux femmes de prendre l’engagement qu’elles n’associeront personne à Allah, ne commettront pas d’adultère, ne tueront pas leurs propres enfants, ne fabriqueront pas de fausses accusations qu’elles placeront devant elles, et ne te désobéiront pas dans ce qui est reconnu comme juste. (Al-Mumtahana : 12)

– Deux explications peuvent être données au sujet du fait de fabriquer et d’apporter une fausse accusation. Premièrement, il peut s’agir d’une femme qui accuse d’autres femmes d’entretenir des relations illicites avec des hommes étrangers et qui propage cette accusation. Deuxièmement, il peut s’agir d’un enfant engendré par un autre homme, tandis que le mari est trompé et amené à croire que cet enfant est le sien.

— Ô fils d’Adam ! Nous avons fait descendre sur vous des vêtements afin de couvrir les parties honteuses de votre corps. Ils sont aussi un moyen de parure. Ô fils d’Adam ! Que Satan ne vous fasse pas tomber dans la tentation, comme il a fait sortir vos père et mère — le vénérable Adam et Ève — du Paradis —

et leurs vêtements leur furent retirés, de sorte que leurs parties honteuses apparurent l’une à l’autre. (Al-A‘râf : 26-27)

— Ô Prophète ! Dis-leur : « Qui a interdit la parure d’Allah, qu’Il a produite pour Ses serviteurs, et qui a interdit les bonnes choses de la nourriture ? » (Al-A‘râf : 32)

— L’innovation du monachisme, ce sont les chrétiens eux-mêmes qui l’ont inventée. Nous ne la leur avons pas prescrite. (Al-Hadîd : 27)

— Des fruits du palmier-dattier et de la vigne, vous tirez une boisson enivrante ainsi qu’une bonne subsistance. (An-Nahl : 67) Autrement dit, vous utilisez la bonne subsistance qu’Allah vous a accordée pour en faire une mauvaise chose, c’est-à-dire une substance provoquant l’ivresse.

Le Coran a condamné ces mauvais caractères, qualités et actes. Personne ne pouvait nier leur nocivité. Aucun individu parmi les Quraychites et les Arabes n’avait le courage de prétendre que sa société était exempte de ces abus. Personne ne pouvait non plus dire qu’un seul de ceux que le Coran détournait de tous ces abus et méfaits se trouvait parmi le Messager d’Allah ou ses Compagnons. À l’exception des entêtés et des obstinés, tous ceux qui possédaient un esprit sain et exempt de superstitions n’avaient d’autre choix que d’admettre qu’en réalité, les gens et la société devaient se tenir éloignés de ces méfaits, et que celui qui voulait purifier la vie humaine de ces choses ne commettait aucun crime.

Une vaste orientation morale

Parallèlement à l’identification de ces mauvaises actions, le Coran a maintes fois donné une vaste orientation morale, dont les nobles qualités touchaient le cœur et l’esprit ; aucune personne de nature saine ne pouvait faire autrement que de les reconnaître comme vraies. Elles étaient d’autant plus attrayantes qu’elles n’étaient pas seulement décrites : le Messager d’Allah qui les enseignait, ainsi que ceux qui avaient cru en lui, les observaient pleinement. Nous les citons ci-dessous dans l’ordre :

—Allah ordonne la justice, la bienfaisance et la générosité envers les proches. Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles, l’injustice et la transgression. Il vous exhorte afin que vous tiriez enseignement. (An-Nahl : 90)

—Ô Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ! Dis aux gens : « Venez, je vais vous réciter ce que votre Seigneur vous a interdit. C’est que vous ne Lui associiez rien. Soyez bons envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté : Nous vous pourvoyons, et Nous les pourvoirons également. N’approchez pas les actes indécents, qu’ils soient apparents ou cachés. Ne tuez pas la personne qu’Allah a rendue sacrée, sauf en vertu de la vérité et de la justice. Voilà ce qu’Il vous a recommandé afin que vous agissiez en connaissance de cause. Ne vous approchez pas des biens de l’orphelin, sauf de la meilleure manière, jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de la maturité. Donnez le poids et la mesure avec équité. Nous n’imposons à chaque personne qu’une charge qu’elle est capable de porter. Lorsque vous parlez, soyez équitables, même s’il s’agit d’un proche parent. Et honorez l’engagement pris envers Allah. »

[L’engagement pris envers Allah désigne celui que l’être humain contracte avec Allah, ainsi que les engagements pris avec les hommes au nom d’Allah. Il désigne aussi l’engagement qui s’établit spontanément entre l’être humain et Allah, et entre les êtres humains, dès qu’une personne naît sur la terre d’Allah au sein d’une société humaine. Bien que ce dernier engagement, naturel (), ne résulte d’aucun acte de la volonté ni de la conscience humaines, il n’est en rien inférieur, quant à son caractère honorable, à l’engagement conclu consciemment. — L’auteur.]

Allah vous a recommandé ces enseignements afin que vous tiriez enseignement. (Al-An‘âm : 151-152)

—Votre Seigneur a décrété : premièrement, n’adorez personne d’autre que Lui ; adorez-Le Lui seul.

Deuxièmement : soyez bons envers vos père et mère. Si l’un d’eux, ou tous deux, atteignent la vieillesse auprès de vous, ne leur dites même pas « Ouf ! ». Ne les réprimandez pas et adressez-leur des paroles respectueuses. Inclinez-vous humblement devant eux et invoquez : « Seigneur, fais-leur miséricorde comme ils m’ont élevé avec tendresse et affection durant mon enfance. » Votre Seigneur sait parfaitement ce qui est dans vos cœurs. Si vous êtes vertueux, Il est certes Pardonneur envers ceux qui, conscients de leurs fautes, adoptent une attitude de servitude.

Troisièmement : donnez aux proches ce qui leur revient, ainsi qu’au nécessiteux et au voyageur ce qui leur revient.

Quatrièmement : ne dépensez pas avec prodigalité. Les prodigues sont les frères de Satan, et Satan est ingrat envers son Seigneur.

Cinq : Et si vous devez vous détourner d’eux (c’est-à-dire des nécessiteux) parce que vous recherchez la miséricorde d’Allah que vous espérez, alors adressez-leur une réponse courtoise et douce.

Six : Ne gardez pas vos mains attachées à votre cou (ne soyez pas avares), sinon vous serez blâmés et impuissants. Votre Seigneur accroît la subsistance de qui Il veut et la restreint pour qui Il veut. Certes, Il connaît parfaitement Ses serviteurs et les observe.

Sept : Ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté. Nous leur accorderons leur subsistance, ainsi qu’à vous. En vérité, les tuer est une faute immense.

Huit : Et n’approchez pas de la fornication. C’est une turpitude abominable et un bien mauvais chemin.

Neuf : Et ne commettez pas le meurtre d’une vie qu’Allah a déclarée sacrée, sauf pour une raison légitime. Quant à celui qui a été tué injustement, Nous avons accordé à son héritier le droit au talion. Mais qu’il ne dépasse pas les limites dans le meurtre. Certes, il sera secouru.

Dix : Et n’approchez pas des biens des orphelins, si ce n’est de la meilleure manière, jusqu’à ce qu’ils atteignent leur maturité.

Onze : Et remplissez vos engagements et vos promesses. Vous serez interrogés au sujet de vos engagements (au Jour de la Résurrection).

Douze : Lorsque vous mesurez avec un récipient, remplissez-le complètement. Et lorsque vous pesez à la balance, faites-le avec une balance exacte. Voilà la meilleure manière, et c’est aussi la meilleure en termes de conséquences.

Treize : Ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. Sache avec certitude que l’œil, l’oreille et le cœur seront tous interrogés.

Quatorze : Ne marche pas sur la terre avec arrogance. Tu ne pourras ni la fendre ni atteindre la hauteur des montagnes.

Le mal et les aspects répréhensibles de chacun de ces commandements sont détestés par ton Seigneur. Telles sont les paroles pleines de sagesse que ton Seigneur t’a révélées (Banî Isrâ’îl : 23-30).

Adorez Allah et ne Lui associez rien dans cette adoration. Traitez convenablement vos père et mère. Agissez avec bonté envers vos proches, les orphelins et les nécessiteux. Traitez avec compassion et bienveillance le voisin apparenté, le voisin qui ne vous est pas apparenté, le compagnon qui vous est proche, le voyageur et les esclaves qui sont en votre possession. (An-Nisâ’ : 36)

La piété ne consiste pas à tourner vos visages vers l’est ou vers l’ouest. La piété consiste plutôt à ce que l’homme croie sincèrement en Allah, au Jour dernier, aux anges, aux Livres et aux prophètes, et qu’il donne, par amour pour Allah, de ses biens qu’il chérit à ses proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs et à ceux qui demandent de l’aide. Il les dépense pour libérer des vies de l’esclavage. Il accomplit la prière et acquitte la zakât. Sont pieux ceux qui, lorsqu’ils concluent un pacte, tiennent leur engagement, font preuve de patience dans la pauvreté et les épreuves, et restent fermes dans la lutte (entre la vérité et le faux). Ceux-là sont les véridiques et les pieux. (Al-Baqara : 177)

Ont certes réussi les croyants qui se montrent humbles dans leur prière, qui préservent leurs parties intimes de la nudité et des turpitudes sexuelles, sauf avec leurs épouses et les esclaves qu’ils possèdent ; ils ne seront alors pas blâmés. Mais ceux qui recherchent davantage que cela commettent une transgression. Et ont réussi les croyants qui préservent les dépôts qui leur sont confiés et leurs engagements, et qui veillent sur leurs prières. (Al-Mu’minûn : 1-9)

Les véritables serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre et qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux en termes querelleurs, disent : « Paix à vous. » Ceux qui passent la nuit prosternés et debout en prière devant leur Seigneur. Ceux qui disent : « Ô notre Seigneur ! Épargne-nous le châtiment de l’Enfer. Son châtiment est certes une perdition. Quel mauvais lieu de séjour et quelle mauvaise demeure ! » Ceux qui, lorsqu’ils dépensent, ne sont ni prodigues ni avares, mais maintiennent leurs dépenses dans un juste équilibre entre les deux extrêmes. Ceux qui n’invoquent aucune autre divinité avec Allah, ne tuent pas injustement une personne qu’Allah a rendue sacrée et ne commettent pas d’adultère. Quiconque commet ces actes en recevra le châtiment de son péché. Le Jour de la Résurrection, son châtiment lui sera infligé à plusieurs reprises et il y demeurera couvert d’humiliation. Toutefois, si quelqu’un se repent de ces péchés, croit et commence à accomplir de bonnes œuvres, Allah transformera ses mauvaises actions en bonnes actions. Il est certes grand Pardonneur. Celui qui se repent et commence à accomplir de bonnes œuvres revient vers Allah comme il convient de revenir vers Lui.

Les véritables serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui ne portent pas de faux témoignage et qui, lorsqu’ils passent près d’une activité futile, s’en écartent avec la plus grande courtoisie et décence. Ceux à qui les versets de leur Seigneur sont récités en guise de rappel ne restent ni aveugles ni sourds à leur égard. Ceux qui disent dans leur invocation : « Ô notre Seigneur ! Accorde-nous, par nos épouses et nos enfants, la joie de nos yeux, et fais de nous des guides pour les pieux. » (Al-Furqân : 63-74)

—Tout ce qui vous a été donné ici-bas n’est qu’un bien permettant de vivre quelques jours dans ce monde. Mais ce qui se trouve auprès d’Allah est meilleur et éternel. Il est destiné à ceux qui ont cru et qui placent leur confiance en leur Seigneur. [C’est-à-dire qu’ils ne se fient pas à leur force, leur intelligence, leurs capacités et leurs moyens, mais à la grâce d’Allah, et qu’ils croient que la guidance qu’Il a donnée est la seule vraie et juste. Ils croient également qu’auprès de Lui la récompense d’aucune bonne œuvre ne sera perdue — l’auteur.]

Ceux qui s’abstiennent des grands péchés et des actes honteux. Lorsqu’ils se mettent en colère, ils pardonnent. Ceux qui obéissent aux commandements de leur Seigneur, accomplissent la prière, règlent leurs affaires par la consultation mutuelle et dépensent de la subsistance que Nous leur avons accordée. [Le terme rizq signifie la subsistance licite. Nulle part dans le Coran les biens illicites ne sont appelés la subsistance d’Allah. Le sens du verset est donc que

a. il dépense de la subsistance licite que Nous lui avons accordée.

b. il ne thésaurise pas cette subsistance quelque part, mais la dépense.

c. il en dépense également dans le chemin d’Allah. Il ne donne pas tout pour lui-même.]

Lorsqu’on commet une injustice à son égard, il y riposte. La rétribution d’une mauvaise action est une mauvaise action équivalente. Mais celui qui pardonne et se réconcilie, sa récompense incombe à Allah. Allah n’aime pas les injustes. Ceux qui se vengent après avoir subi une injustice ne peuvent être blâmés. Le blâme ne revient qu’à ceux qui commettent des injustices envers autrui et transgressent injustement sur la terre. Ceux-là auront un châtiment douloureux. Mais celui qui fait preuve de patience et passe outre les fautes accomplit certes une œuvre qui témoigne d’un grand courage. (Ash-Shûrâ : 36-43)

—L’homme a été créé impatient et étroit d’esprit. Ainsi, lorsqu’un malheur l’atteint, il est pris d’une terrible panique, et lorsqu’il obtient l’aisance, il devient avare. Mais échappent à ces défauts ceux qui prient, ceux qui observent constamment la prière (c’est-à-dire qui en respectent correctement les règles et les prescriptions), ceux dont les biens comportent un droit déterminé en faveur du mendiant et du démuni [c’est-à-dire qu’ils ont décidé qu’une certaine part de leurs biens revient au mendiant et au démuni, et qu’ils continueront à la leur donner. Le mendiant est une personne pauvre qui demande de l’aide. Le démuni est une personne dont il apprend qu’elle est privée de moyens de subsistance pour satisfaire ses besoins. Qu’elle vienne ou non demander, dès qu’il connaît sa situation, il l’aide de lui-même — l’auteur.] ceux qui tiennent le Jour du Jugement pour vrai et craignent le châtiment de leur Seigneur, car le châtiment de leur Seigneur n’est pas de ceux dont on puisse se sentir à l’abri. Ceux qui préservent leurs parties intimes (de la nudité et de la fornication), sauf avec leurs épouses et leurs esclaves, ne seront pas blâmés pour ne pas les avoir préservées avec elles. Mais ceux qui recherchent autre chose que cela sont les transgresseurs ; ceux qui remplissent les engagements et les promesses qu’ils ont contractés, ceux qui demeurent véridiques dans leurs témoignages et ceux qui veillent sur leurs prières. (Al-Ma‘ârij : 19-34)

—Hâtez-vous vers la voie qui mène au pardon de votre Seigneur et à ce Paradis dont la largeur est comme celle de la terre et des cieux, préparé pour ceux qui Le craignent.

Ceux qui dépensent leurs biens dans l’aisance comme dans la difficulté, qui maîtrisent leur colère et pardonnent les fautes d’autrui. De telles personnes pieuses sont celles qu’Allah aime. Leur situation est telle que, lorsqu’une mauvaise action est commise par eux (c’est-à-dire lorsqu’ils commettent un péché) et qu’ils se font du tort à eux-mêmes, ils se souviennent d’Allah et Lui demandent pardon pour leur péché. Et qui donc peut pardonner les péchés en dehors d’Allah ? Ils ne persistent pas sciemment dans leurs actes.

—Les habitants du Paradis sont ceux qui accomplissent leurs vœux [Le vœu désigne une bonne action que l’homme s’est lui-même engagée par serment à accomplir dans le but d’obtenir la satisfaction d’Allah — l’auteur.] et qui craignent le Jour dont les calamités se répandront de toutes parts. Ceux qui, par amour pour Allah, nourrissent les orphelins, les indigents et les prisonniers, et disent : « Nous ne vous nourrissons que pour Allah. Nous n’attendons de vous ni récompense ni gratitude. Nous craignons de la part d’Allah le châtiment de ce Jour, un jour terriblement long et plein d’épreuves. » (Ad-Dahr : 7-10)

Hâtez-vous vers le chemin qui vous mène au pardon et au Paradis, dont la largeur est comme celle des cieux et de la terre. Ce Paradis est préparé pour ceux qui craignent Allah, ceux qui dépensent leurs biens dans l’aisance comme dans la difficulté, qui maîtrisent leur colère, pardonnent les fautes d’autrui ; et Allah aime de telles personnes vertueuses. Ceux dont la situation est telle que, lorsqu’ils commettent quelque acte obscène ou se font du tort à eux-mêmes par un péché, ils se souviennent d’Allah et Lui demandent pardon pour leur péché. Et qui donc peut pardonner les péchés en dehors d’Allah ? Ils ne persistent pas sciemment dans leurs actes. (Âl ‘Imrân : 133-135)

L’enseignement de la noblesse morale

Ces enseignements éthiques détaillés sont tels qu’aucune personne portée à la réforme, possédant quelque sens moral et connaissant le bien et le mal, ne peut manquer d’en être influencée. Le Coran ne s’est pas contenté de cela. Il a plutôt exposé clairement chacune des vertus morales, indiquant de quelles qualités l’islam veut parer l’être humain. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et ses Compagnons ont également montré par leurs actes que ces qualités ne sont pas de simples paroles, mais que l’islam a paré de ces qualités toute vie dans laquelle il a trouvé accès. Il n’est pas possible d’en donner ici le détail ; j’en cite donc quelques exemples.

—Aidez-vous mutuellement dans les bonnes œuvres et la piété, et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. Craignez Allah, car Allah est dur en châtiment. (Al-Mâ’idah : 2)

—(Le prophète Moïse, que la paix soit sur lui,) dit : « Ô mon Seigneur ! Après la grâce que Tu m’as accordée, je ne serai jamais le soutien des criminels. » (Al-Qasas : 17)

—Repousse le mal par ce qui est meilleur. Nous savons parfaitement ce qu’ils inventent contre toi. Et dis : « Ô mon Seigneur ! Je cherche refuge auprès de Toi contre les incitations des démons, et je cherche refuge auprès de Toi afin qu’ils ne s’approchent pas de moi. » [C’est-à-dire : demande à Allah de te protéger afin que Satan ne puisse jamais t’inciter à répondre à l’insulte par l’insulte, au mensonge par le mensonge, à l’injustice par l’injustice, ni à la négation de la justice et à la violation des droits par la négation de la justice et la violation des droits — l’auteur.] (Al-Mu’minûn : 96-98)

-Ils repoussent le mal par le bien et dépensent de ce que Nous leur avons accordé. Lorsqu’ils entendent des propos futiles, ils s’abstiennent d’y répondre et disent : « Nos œuvres sont pour nous, et vos œuvres sont pour vous. Paix à vous. Nous ne voulons pas suivre la voie des ignorants. » (Al-Qasas : 54-55)

-Cette demeure de l’au-delà (le Paradis), Nous la réserverons à ceux qui ne recherchent ni la domination sur la terre ni la corruption. (Al-Qasas : 83)

-(Ce sont les croyants) ceux qui, si Nous leur donnons autorité sur la terre, accomplissent la prière, établissent la zakat, ordonnent le bien et interdisent le mal. (Al-Hajj : 41)

-(Les gens guidés vers la lumière d’Allah) se trouvent dans des maisons qu’Allah a permis d’élever et où Son nom est rappelé. Ils y célèbrent Sa gloire matin et soir ; ce sont des hommes que ni le commerce, ni les affaires, ni les transactions ne distraient du rappel d’Allah, de l’accomplissement de la prière et du versement de la zakat. Ils redoutent un jour où les cœurs se retourneront et où les yeux deviendront comme des pierres. (An-Nur : 36-37)

-Ô vous qui avez cru ! Que vos biens et vos enfants ne vous distraient pas du rappel d’Allah. Ceux qui agiront ainsi seront les perdants. (Al-Munafiqun : 9)

-Ô vous qui avez cru ! Soyez fermes dans la justice et témoignez pour Allah, même si votre justice et votre témoignage doivent aller contre vous-mêmes, vos père et mère ou vos proches.

Que la personne concernée soit riche ou pauvre, Allah est plus soucieux de son bien que vous. Ne vous abstenez donc pas de leur rendre justice en suivant vos passions. Et si vous déformez vos paroles pour les satisfaire ou vous écartez de la vérité, sachez qu’Allah est parfaitement informé de tout ce que vous faites. (An-Nisa : 135)

-Ô vous qui avez cru ! Tenez-vous fermement à la vérité pour Allah et soyez des témoins équitables. Que l’hostilité envers un groupe ne vous pousse pas à l’excès au point de vous empêcher d’être justes. Soyez justes, car cela est plus proche de la piété, et craignez Allah. Allah est parfaitement informé de tout ce que vous faites. (Al-Ma’idah : 8)

-Combattez, dans le chemin d’Allah, ceux qui vous combattent, mais ne transgressez pas. Allah n’aime pas les transgresseurs. (Al-Baqara : 194)

-Si quelqu’un vous agresse, agressez-le dans la même mesure qu’il vous a agressés, et craignez Allah. Sachez qu’Allah est avec ceux qui s’abstiennent du mal. (Al-Baqara : 194)

-Si vous voulez exercer des représailles, faites-le dans la mesure où vous avez été agressés. Mais si vous prenez patience, cela est meilleur pour ceux qui prennent patience. (An-Nahl : 126)

-Vous entendrez certainement, de la part des gens du Livre et des associateurs, des paroles très pénibles. Mais si vous prenez patience face à de telles paroles (provocatrices) et demeurez fermes dans la crainte d’Allah, ce sera certes une preuve de grande fermeté. (Âl ‘Imrân : 186)

-Allah n’aime pas que l’on profère publiquement de mauvaises paroles. Toutefois, il en va autrement pour celui qui a subi une injustice. [C’est-à-dire que l’opprimé a le droit de faire entendre sa voix contre l’oppresseur — l’auteur.] [ (An-Nisâ’ : 148)

-Allah vous ordonne de remettre les dépôts à ceux qui en sont dignes. [Par cette parole divine, il est recommandé aux citoyens de la société musulmane de ne pas trahir les dépôts qui leur sont confiés. Au contraire, tout dépôt qui leur a été confié par quelqu’un qui leur faisait confiance doit être restitué correctement. D’une manière générale, cette recommandation s’adresse à l’ensemble de la société et à ses dirigeants : les fonctions de responsabilité (positions de confiance) doivent être confiées à des personnes capables d’en porter la charge. Ne confiez pas la direction religieuse, la direction nationale ni les fonctions de gouvernement à des personnes incompétentes, corrompues, étroites d’esprit et dépourvues de moralité. Car la direction exercée par des gens malhonnêtes ruine toute la société — l’auteur.]

Et lorsque vous devrez juger entre les gens, jugez avec équité.

-Seuls les gens doués d’intelligence acceptent les exhortations (leur comportement est le suivant) : ils tiennent la promesse faite à Allah et ne rompent pas les pactes. Ils maintiennent les liens qu’Allah a ordonné d’établir. Ils craignent leur Seigneur et redoutent d’avoir à subir un compte rigoureux. Ceux qui prennent patience pour obtenir l’agrément de leur Seigneur, accomplissent la prière, dépensent ouvertement et secrètement de ce que Nous leur avons accordé comme subsistance, et repoussent le mal par le bien. (Ar-Ra‘d : 19-22)

-Vous ne pourrez atteindre la piété tant que vous ne dépenserez pas dans le sentier d’Allah les biens que vous aimez. Et quoi que vous dépensiez, Allah le sait parfaitement. (Al-‘Imrân : 92)

-Ô vous qui croyez ! Dépensez dans le sentier d’Allah une part excellente des biens que vous avez acquis et de ce que Nous avons fait sortir de la terre pour vous, et ne choisissez pas délibérément ce qu’il y a de plus mauvais pour le donner. Car vous-mêmes, vous ne l’accepteriez jamais, si ce n’est en fermant les yeux sur sa qualité. Allah n’a nul besoin de vos dépenses. Il possède les qualités les plus excellentes. (Al-Baqara : 267)

-Si vous faites l’aumône publiquement, c’est une bonne chose. Mais si vous la gardez secrète et la distribuez aux pauvres, cela est meilleur pour vous. Par ces actes, beaucoup de vos péchés vous seront pardonnés, et Allah sait ce que vous faites. (Al-Baqara : 271)

-Si le débiteur est dans la gêne financière, accordez-lui un délai jusqu’à ce qu’il soit dans l’aisance. Et si vous lui faites remise de sa dette en aumône, cela est meilleur pour vous, si vous le comprenez. (Al-Baqara : 280)

-Du feu de l’Enfer) sera éloignée la personne profondément pieuse qui donne ses biens afin de se purifier. Elle n’a envers personne une faveur dont elle devrait rendre la pareille. Elle n’agit ainsi que pour rechercher l’agrément du Seigneur, le Très-Haut et le Très-Grand. (Al-Layl : 17-20)

-Dépensez de ce que Nous vous avons donné avant que la mort ne vienne à l’un d’entre vous et qu’il dise : « Ô mon Seigneur ! Si seulement Tu m’accordais un court délai, je ferais l’aumône et je serais parmi les gens vertueux. » (Al-Munâfiqûn : 10)

-Rendez aux orphelins leurs biens. Ne remplacez pas les biens de qualité par de mauvais biens. Et ne consommez pas leurs biens en les mêlant aux vôtres. C’est là un grave péché. (An-Nisâ’ : 2)

-Ô Prophète, dis aux hommes croyants de baisser leurs regards et de préserver leurs parties intimes (de la nudité et de la fornication)… Dis aux femmes croyantes de baisser leurs regards et de préserver leurs parties intimes. Qu’elles ne montrent pas leurs parures, sauf ce qui en paraît naturellement. Qu’elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines et ne montrent pas leurs parures, si ce n’est à ceux qui sont mentionnés dans la sourate An-Nûr, tels que leur mari, leur père, leur beau-père, leur fils, etc. Et qu’elles ne frappent pas le sol de leurs pieds en marchant, de façon à faire connaître leurs parures cachées. (An-Nûr : 30-31)

-Si vous craignez Dieu, ne parlez pas d’une voix douce et enjôleuse, de peur qu’une personne dépravée ne nourrisse des convoitises à votre égard. Parlez plutôt clairement et sans détour. Restez dans vos demeures et ne vous parez pas comme au temps de l’ancienne Jahiliya. (Al-Ahzab : 32-33)

-Ô gens ! Ne déclarez pas illicites les bonnes choses qu’Allah vous a rendues licites. Et ne transgressez pas, car Allah n’aime pas les transgresseurs. Mangez des choses bonnes et licites qu’Allah vous a accordées, et gardez-vous de désobéir au Dieu en lequel vous avez cru. (Al-Maïda : 87-88)

-Les hommes et les femmes croyants sont alliés les uns des autres. Ils ordonnent le bien, interdisent le mal, accomplissent la prière, acquittent la zakat et obéissent à Allah et à Son Messager. (At-Tawba : 71)

-Ceux qui désirent honneur et considération doivent savoir que tout honneur appartient à Allah. La bonne parole s’élève vers Lui, et l’œuvre pieuse l’élève. (Fatir : 10)

-Et Nous vous éprouvons en vous confrontant tantôt à l’aisance, tantôt à la difficulté. (Al-Anbiya : 35)

[C’est-à-dire que Nous vous éprouvons afin de voir si, dans l’aisance, vous ne devenez pas arrogants, injustes, oublieux de Dieu et esclaves de vos passions, et si, dans la gêne ou l’adversité, vous n’adoptez pas des moyens vils, méprisables et illicites. C’est le propre d’un homme étroit d’esprit de devenir un Pharaon dans la prospérité, puis, dans le malheur, de ramper dans la poussière et d’employer n’importe quel moyen, licite ou illicite, pour changer sa situation. Le croyant, lui, doit rester fermement attaché à la véracité en toutes circonstances — l’auteur.]

Ce ne sont pas seulement les individus vertueux qui sont souhaitables, mais aussi une société vertueuse

Parallèlement aux nobles qualités morales mentionnées ci-dessus, le Coran affirme également que le but de l’islam n’est pas seulement de former des hommes vertueux, mais aussi de les réunir afin de constituer une société vertueuse. Car, sans cela, il est absolument impossible de préserver l’humanité du mal et de parvenir à la prospérité. Bien que cette question soit exposée de diverses manières en de nombreux endroits, nous n’en présenterons ici que deux passages à titre d’exemple.

(Arabe****************)

-Ne avons-nous pas donné à l’homme deux yeux, une langue et deux lèvres ? Et ne lui avons-nous pas montré les deux voies clairement distinctes du bien et du mal ? N’a-t-il pas eu le courage de franchir le défilé escarpé ? Et sais-tu ce qu’est ce défilé escarpé ? C’est affranchir un être de la chaîne de l’esclavage, ou nourrir, en un jour de famine, un orphelin proche, couvert de poussière, ou un pauvre indigent. Puis, c’est faire partie de ceux qui ont cru, qui s’exhortent mutuellement à la patience et se recommandent mutuellement la compassion. (Al-Balad : 8-17)

Les caractéristiques d’une société vertueuse

Parmi ces actes — affranchir un esclave, ou nourrir un orphelin proche et un pauvre indigent couvert de poussière — deux ou trois actes individuels de bonté, choisis parmi les innombrables œuvres pieuses, sont présentés comme modèles de ce qui devrait exister chez l’individu.

Mais il a également été jugé nécessaire que ces personnes vertueuses ne demeurent ni isolées ni dispersées. Elles doivent plutôt se joindre à ceux qui ont cru et former avec eux une communauté, s’exhortant mutuellement à la patience et se recommandant mutuellement de faire preuve de compassion envers les créatures de Dieu, afin qu’une société patiente et miséricordieuse puisse voir le jour. Une société qui restera fermement attachée à une moralité pure, se tiendra éloignée des péchés et de ce qui y incite, affrontera courageusement les difficultés et les obstacles du chemin de la vérité, y demeurera fermement établie et ne sera ni tyrannique ni endurcie envers les créatures de Dieu, mais au contraire compatissante et affectueuse. Une telle société ne peut être constituée sans la foi en Dieu et en l’Au-delà, ni sans une confiance et une conviction inébranlables dans la loi qu’Il a apportée. C’est pourquoi, nécessairement, ces qualités ne peuvent aujourd’hui s’enraciner solidement que dans une société musulmane, qui ne se départit pas de ses qualités, même dans les épreuves que la vie terrestre lui fait subir.

(Arabe******************)

Par le Temps ! L’homme est certes en grande perdition, à l’exception de ceux qui croient, accomplissent de bonnes œuvres, se recommandent mutuellement la vérité et s’exhortent mutuellement à la patience.

Ici, le Temps peut signifier le temps passé ou l’histoire. Il peut aussi désigner le temps qui passe, lequel est affecté à chaque instant. Jurer par lui signifie qu’il est témoin de la réalité qui va être exposée.

Ici, le mot « homme » est employé dans son sens le plus complet. Il peut donc désigner chaque individu, l’ensemble des êtres humains ou l’humanité tout entière.

Le mot khusr peut signifier perte, dommage et échec, qui sont l’opposé de la prospérité, du profit et de la réussite.

Les quatre qualités dont dépendent la réussite et la prospérité de l’humanité

Dans ces quelques phrases concises, il est affirmé avec certitude, sous serment, que tant l’histoire passée que la situation actuelle attestent que l’être humain, en tant qu’individu, que nation et qu’espèce, est plongé non pas dans la prospérité, mais dans la perte. Seuls ceux qui possèdent les quatre qualités suivantes sont à l’abri de cette perte.

La foi

C’est-à-dire la conviction ferme que seul Allah, l’Unique, sans associé, est le Créateur, le Maître, le Pourvoyeur, Celui qui comble les besoins, le Dieu digne d’adoration et le Souverain auquel doivent être consacrés le culte, l’obéissance et la glorification. La guidance apportée par le Messager d’Allah est la seule vérité qu’il convient de suivre. Par vie, il ne faut pas entendre seulement la vie temporaire de ce monde : une vie éternelle commencera ensuite, où les hommes devront rendre compte de toutes leurs actions accomplies ici-bas. Ils en subiront alors la récompense ou le châtiment. Cette foi est la première condition de la réussite et de la prospérité. Car il n’existe rien d’autre qui puisse, sans elle, constituer une base solide pour la conduite, la morale et le comportement, sur laquelle puisse être édifié l’édifice d’une vie pieuse et pure.

Sans cela, aussi belle que puisse paraître la vie humaine, elle ressemble à un navire sans ancre, emporté par les vagues de l’intérêt personnel, des désirs et des rêveries, sans jamais accoster nulle part.

Les bonnes œuvres

Le rapport entre cette qualité et la foi est semblable à celui qui existe entre la graine et l’arbre. La foi est une graine sans laquelle l’arbre des bonnes œuvres ne peut pousser, même si l’on trouve, dans la vie de certaines personnes dépourvues de foi, quelques qualités apparentes et temporaires ainsi que certaines bonnes actions. L’arbre représente toutes ces bonnes œuvres dont la germination et l’épanouissement dans la vie d’une personne sont exigés par la conscience et la raison, lorsque la graine de la foi y a été semée. Si cette graine a été semée quelque part, mais que l’arbre des bonnes œuvres n’y a pas poussé, il faut comprendre que le cœur de cette personne est devenu la tombe de la graine et qu’il n’existe plus aucune garantie de la préserver de la perte. En effet, avec la foi, les bonnes œuvres constituent la deuxième condition pour être préservé de la perte.

Les deux qualités mentionnées plus haut peuvent se trouver individuellement chez une personne et ne garantir que sa réussite personnelle. Mais la réussite collective n’est possible que si une société est constituée de personnes possédant ces qualités et que deux qualités supplémentaires s’y trouvent également : celles qui sont définies dans cette sourate comme des conditions pour être préservé de la perte.

Se conseiller mutuellement la vérité

Le mot haqq est l’opposé du faux. Il est généralement employé dans deux sens. Il désigne d’abord ce qui est juste, vrai, équitable et conforme à la réalité, qu’il s’agisse de la foi, de la croyance et des convictions, ou des affaires de ce monde. Il désigne aussi ce que l’être humain est tenu d’accomplir, qu’il s’agisse du droit de Dieu, du droit des hommes ou de son propre droit. Ainsi, se conseiller mutuellement le haqq signifie que la société des croyants sincères ne sera pas insensible au point de laisser le faux relever la tête et porter atteinte aux droits des hommes, tandis que ceux-ci assisteraient silencieusement au spectacle. Au contraire, sa conscience collective sera tellement vivante que ses membres considéreront comme leur devoir de descendre dans l’arène partout où le faux relèvera la tête ou partout où ils verront le haqq être bafoué, afin de s’opposer au faux et de soutenir le haqq. Nul ne se contentera d’être lui-même partisan du haqq, sincère et équitable, et de rendre leurs droits à ceux qui les méritent ; il conseillera également aux autres d’agir de la sorte. C’est cela qui protège et garantit la société contre la déchéance morale. Si une société est dépourvue de cette noble qualité, elle ne pourra échapper à la perte. Bien plus, à mesure que le désordre général s’accroît, il devient même difficile de faire respecter les droits de l’individu.

Se conseiller mutuellement la patience

Le mot « sabr » signifie littéralement résister et faire obstacle, ou se retenir et s’abstenir. En arabe, ce mot s’emploie dans le sens de tolérance, de patience, de maîtrise de soi, de constance, de fermeté de la volonté et d’engagement résolu, avec courage, face à une force qui fait obstacle. Mais, dans le Coran, il est employé dans un sens si vaste que toute la vie du croyant devient une vie de sabr.

Le sens coranique du sabr

Ce mot est employé à plus de cent endroits dans le Coran. En réfléchissant à ces passages, on comprend qu’il y est employé dans les sens suivants.

Garder ses émotions, ses inclinations, ses aspirations et ses penchants dans les limites fixées par Allah.

Quels que soient les profits et les occasions de jouissance et de luxe que puisse procurer la désobéissance à Dieu, ne pas se laisser égarer par leur attrait, et accueillir avec le sourire les pertes, les peines, les souffrances et les privations qu’entraîne l’obéissance à Dieu.

Maîtriser ses passions durant toute sa vie et rejeter les incitations de Satan au péché ainsi que les désirs de la passion. Rester ferme dans la quête de la vérité face à chaque tentation et à chaque peur. Supporter les pertes et les peines qui résultent de la pratique de l’honnêteté dans ce monde. Refuser les avantages et les facilités que l’on pourrait obtenir par des moyens illicites.

Loin de s’impatienter sous l’effet de l’envie et du désir à la vue du faste des mangeurs de biens illicites, ne même pas y jeter un regard, et comprendre lucidement que la pureté dépourvue d’apparat qu’Allah lui a accordée par Sa grâce est préférable à cette saleté et à cette souillure étincelantes.

Accepter tous les risques liés à l’adhésion à la foi. Endurer courageusement les persécutions et les injustices des ennemis de la vérité. Rester ferme dans le soutien de la vérité face à la tempête de l’opposition et à l’assaut des épreuves et des calamités. Ne pas se soumettre au faux et ne laisser aucune place dans son cœur à l’idée de transiger avec lui.

Ne pas se laisser spontanément exciter par les excès, les moqueries et la propagande mensongère des opposants ; poursuivre au contraire, dans le calme et sans émotion, le travail de prédication et de réforme selon la juste méthode, même si aucune possibilité de le voir porter ses fruits ne se profile dans un avenir lointain.

Ne pas perdre patience face à des comportements extrêmement provocateurs et ne pas prendre précipitamment de fausses mesures contraires à la stratégie appropriée à la prédication de la vérité et nuisibles à son objectif.

Lutter pendant des années contre ceux qui suivent le faux, transgressent toutes les limites de l’éthique et de la moralité, et sont enivrés par le pouvoir et la force. Mais, en aucune circonstance, ne pas abandonner l’honnêteté ni adopter, comme eux, des procédés injustes.

Ne pas se laisser gagner par le désespoir et l’abattement en voyant la faiblesse de la vérité face au faux, les échecs continus de ceux qui luttent pour établir la vérité et les succès des dirigeants du faux. Ne jamais, sous l’effet de la frustration, du découragement et de la perte de courage, penser que la lutte pour établir la vérité est vaine et qu’il convient désormais de rester assis, satisfait de la maigre religiosité encore possible sous un régime d’incroyance et d’impiété. Même dans la plus extrême adversité, poursuivre avec détermination et courage les efforts pour maintenir la vérité élevée.

Un croyant patient n’accomplit pas tout cela dans l’espoir d’en recueillir les fruits ici-bas. Il croit au contraire qu’il en récoltera les fruits dans la seconde vie qui commencera après la mort.

Il ne devient pas non plus si inconséquent que, lorsque viennent les jours heureux et qu’il connaît le succès ici-bas, il se transforme en Pharaon, gonflé d’orgueil et d’arrogance. Et lorsque surviennent les mauvais jours, il ne se met pas à se lamenter ni n’hésite à recourir aux moyens les plus vils pour y mettre fin.

Il conserve son équilibre en toutes circonstances. Il ne change pas avec les temps. Au contraire, il reste toujours attaché à une conduite juste et correcte. Lorsque les circonstances lui sont favorables et qu’il atteint les sommets de la richesse, de la fortune, de l’honneur et de la renommée, il ne s’enivre pas de sa propre supériorité. Et lorsque, parfois, il est broyé par la meule des épreuves, des malheurs et des souffrances, il ne permet pas que cela détruise ses qualités humaines. Que l’épreuve envoyée par Dieu prenne la forme d’un bienfait ou d’une adversité, sa patience demeure intacte.

L’enseignement de la sourate « Al-‘Asr » est que l’être humain ne peut échapper à la perdition que si, individuellement, il est croyant, vertueux, attaché à la vérité et patient, et si, grâce à lui et à ceux qui lui ressemblent, naît une société où chacun recommande à l’autre la vérité et la patience.

Cet instrument d’éducation morale était une arme si puissante que les polythéistes qurayshites et les mécréants d’Arabie ne disposaient d’aucun moyen pour lui résister. Quelles que soient les accusations portées contre le Prophète (s.a.s.) et contre l’islam, aucune personne douée de conscience n’aurait pu croire un seul instant qu’un enseignement moral d’un si haut niveau puisse être dispensé par un homme égoïste, un fou ou un magicien. (147)

 

Sixième section

L’établissement d’une oumma musulmane universelle

Un principe majeur de l’appel islamique était que, en réalité, tous les habitants du monde ne forment qu’une seule humanité et que tous sont égaux en tant qu’êtres humains. Les différences de nature, de nation, de lignée, de tribu, de langue et de terre natale qu’Allah a créées parmi eux ne sont destinées qu’à les identifier, afin de permettre l’établissement entre eux d’un esprit de coopération. Elles ne doivent pas servir à susciter des divergences et des désaccords, à engendrer l’hostilité, à amener un groupe à considérer l’autre comme méprisable et inférieur et à se considérer lui-même comme noble et distingué, ni à pousser un groupe à s’acharner à écraser, piller et anéantir l’autre. Dans le cadre de cette égalité humaine fondamentale, si quelque chose peut légitimement et justement devenir un motif de distinction entre les hommes, c’est la croyance et la pensée sur lesquelles ils se rassemblent pour ne former qu’un seul ensemble. Et dans cette communauté, la seule chose qui puisse légitimement être une cause de supériorité et de grandeur est la taqwa : craindre Dieu, s’abstenir de Lui désobéir et, en se souvenant de rendre des comptes dans l’au-delà, se retenir de suivre une voie erronée.

Sur la base de cette doctrine, l’islam n’a laissé entre les hommes du monde qu’une seule distinction : celle entre la foi et la mécréance. Quiconque, quel que soit son pays, sa nation, sa tribu, sa couleur ou sa lignée, et quelle que soit sa langue, accepte l’unicité d’Allah telle que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’a présentée, reconnaît Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) comme le dernier Messager destiné à toute l’humanité, le Coran comme le dernier Livre d’Allah, et croit en l’au-delà, est un croyant, le frère des croyants, un membre de la communauté des croyants, un membre de l’umma musulmane, et jouit à tous égards de droits égaux dans la société musulmane. En revanche, celui qui ne professe pas cette croyance est un mécréant. Qu’il s’agisse du père, de la mère, du frère, de la sœur, du fils, de la fille, de l’épouse ou de l’époux d’un croyant, le fait d’appartenir à la même tribu, à la même terre natale ou à la même race ne lui confère aucun rang particulier. Le croyant peut maintenir avec lui les relations humaines, mais, sous tous les autres rapports, sa communauté sera distincte de la société musulmane. Dans les affaires de ce monde, il peut entretenir avec lui les relations ordinaires qui existent naturellement entre les hommes. Mais, en matière de religion, il ne peut avoir avec lui ni amitié ni affection, ni s’unir à lui pour former une seule communauté et une seule société. Même si son père est mécréant, il ne peut pas demander le pardon en sa faveur. Si, au nom de la religion, il doit affronter la guerre, le frère combattra contre son frère et le père contre son fils. Il n’hésitera pas non plus à le tuer. Si le pays et la nation font obstacle à la religion, il émigrera en abandonnant sa maison, sa nation et son pays, mais ne sacrifiera pas sa religion à son pays et à sa nation.

Le nom de cette communauté était toujours l’umma musulmane. La communauté de chaque prophète était musulmane, et ce nom a également été donné à ceux qui ont cru en Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Elle était ouverte à chaque être humain de la terre, qu’il vienne de n’importe quel pays, de l’Est ou de l’Ouest, du Nord ou du Sud. Aucune nation ne possédait une caractéristique qui aurait été refusée aux autres. Elle ne reposait pas sur une naissance fortuite, mais sur l’adhésion consciente et éclairée à la foi. Tous les hommes du monde qui pouvaient partager cette foi pouvaient entrer dans cette communauté avec des droits égaux.

Ensuite, ce n’était pas une communauté qui se contentait de croire et de rester inactive. C’était au contraire une communauté de da‘is, c’est-à-dire d’appelants, et de muballighs, c’est-à-dire de transmetteurs du message. Chacun de ses membres était un militant d’un mouvement. Son objectif le plus cher était de transmettre à autrui la vérité qui lui était parvenue par l’intermédiaire d’Allah et de Son Messager, et de s’efforcer de sauver du plus grand nombre possible de personnes l’égarement ici-bas et le châtiment d’Allah dans l’au-delà.

C’était une question qui troubla non seulement les Quraychites, mais toutes les tribus arabes. Depuis des milliers d’années, toute leur organisation sociale reposait sur le tribalisme. Celui-ci était leur protecteur. Les liens du sang constituaient le fondement de leurs relations, de leur entraide et de leur assistance. Leur noblesse et leur honneur en dépendaient. Chaque tribu se glorifiait devant les autres en affirmant que ses ancêtres avaient apporté telle ou telle contribution. Or, lorsqu’ils virent apparaître parmi eux un appel qui déracinait le tribalisme, qui retirait des gens de chaque groupe et de chaque tribu pour les réunir en une communauté permanente sous un nom distinct, une communauté qui ne reconnaissait ni peuple ni tribu, mais fondait la fraternité et l’amitié universelles sur une croyance, qui abolissait toutes les anciennes conceptions de l’orgueil et de la noblesse et rendait égaux les nobles et les gens de basse condition, qui faisait de la différence entre la mécréance et la foi le fondement de l’amitié et de l’inimitié et séparait le fils du père, le frère du frère et l’époux de l’épouse, alors leur patience fut à bout. Il leur était impossible d’accepter cette immense révolution sociale. Ils décidèrent qu’il fallait détruire cette plante dès sa germination, afin qu’elle ne puisse jamais donner de fleurs ni produire de jardins. Mais ceux qui possédaient quelque intelligence et quelque discernement, dont l’esprit n’était pas verrouillé par la superstition et le fanatisme, comprirent que c’était précisément le remède souverain capable de mettre fin aux inimitiés, à la haine et aux rancœurs tribales, d’unir toute l’Arabie et, au-delà, de lier les peuples du monde entier à une même corde.

La pleine importance de cette partie de l’appel islamique, dont le résumé a été exposé ci-dessus, ne pourra être comprise que lorsque les hommes en connaîtront le détail à partir du Coran. (148)

Le nom de cette communauté était toujours l’umma musulmane. La communauté de chaque prophète était musulmane, et ce nom a également été donné à ceux qui croient en Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Elle était ouverte à chaque être humain de la terre, qu’il vienne de n’importe quel pays, de l’Est ou de l’Ouest, du Nord ou du Sud. Aucune nation ne possédait une caractéristique qui aurait été refusée aux autres. Elle ne reposait pas sur une naissance fortuite, mais sur l’adhésion consciente et éclairée à la foi. Tous les hommes du monde qui pouvaient partager cette foi pouvaient entrer dans cette communauté avec des droits égaux.

Ensuite, ce n’était pas une communauté qui se contentait de croire et de rester inactive. C’était au contraire une communauté de da‘is, c’est-à-dire d’appelants, et de muballighs, c’est-à-dire de transmetteurs du message. Chacun de ses membres était un militant d’un mouvement. Son objectif le plus cher était de transmettre à autrui la vérité qui lui était parvenue par l’intermédiaire d’Allah et de Son Messager, et de s’efforcer de sauver du plus grand nombre possible de personnes l’égarement ici-bas et le châtiment d’Allah dans l’au-delà.

C’était une question qui avait profondément bouleversé non seulement les Quraychites, mais aussi toutes les tribus arabes. Depuis des milliers d’années, toute leur organisation sociale reposait sur le tribalisme. La tribu était l’entité à laquelle ils étaient liés et sur laquelle leur société était établie. Elle était leur protectrice. Les liens du sang constituaient le fondement de leurs relations, de leurs liens sociaux, ainsi que de leur entraide et de leur coopération. Leur noblesse et leur honneur en dépendaient. Chaque tribu se glorifiait aux dépens des autres en affirmant que ses ancêtres avaient apporté telle ou telle contribution. Or, ils virent apparaître parmi eux un appel qui déracinait le tribalisme, qui retirait des hommes de chaque groupe et de chaque tribu pour les réunir en une communauté permanente portant un nom distinct — une communauté qui ne reconnaissait ni peuple ni tribu, mais qui édifiait, sur la base d’une croyance, une fraternité et une amitié universelles ; une communauté qui mettait fin à toutes les anciennes conceptions de la fierté et de la noblesse, plaçant sur un pied d’égalité les nobles et les gens de basse condition ; et qui faisait de la différence entre la mécréance et la foi le fondement de l’amitié et de l’hostilité, séparant le fils de son père, le frère de son frère et le mari de son épouse. Alors, leur patience fut à bout. Il leur était impossible d’accepter cette immense révolution sociale. Ils décidèrent qu’il fallait détruire cette plante dès sa germination, afin qu’elle ne puisse jamais produire de fleurs, ni ces fleurs donner naissance à un jardin florissant. Mais ceux qui possédaient quelque intelligence et dont l’esprit n’était pas verrouillé par la superstition et le fanatisme comprirent que c’était précisément le remède merveilleux capable de mettre fin aux inimitiés, à la haine et aux rancœurs tribales, et d’unir toute l’Arabie. Puis, dépassant les frontières de l’Arabie, il pouvait également attacher les peuples du monde entier à une même corde.

On ne pourra pleinement mesurer l’importance de cette partie de l’appel islamique, dont le résumé a été exposé plus haut, que lorsque les hommes en connaîtront le détail à travers le Coran. (148)

Tous les êtres humains sont fondamentalement égaux, et le seul critère de supériorité entre eux est la taqwâ

La première vérité essentielle exposée par le Coran à ce sujet était que toute l’humanité est issue d’un même père et d’une même mère et que, sur cette base, tous les êtres humains sont fondamentalement égaux.

يَا أَيُّهَا النَّاسُ اتَّقُوا رَبَّكُمُ الَّذِي خَلَقَكُمْ مِنْ نَفْسٍ وَاحِدَةٍ وَخَلَقَ مِنْهَا زَوْجَهَا وَبَثَّ مِنْهُمَا رِجَالًا كَثِيرًا وَنِسَاءً – (النساء 1)

— Ô gens ! Craignez votre Seigneur, qui vous a créés à partir d’un seul être, dont Il a créé son épouse, et qui, de ces deux-là, a répandu sur la terre un grand nombre d’hommes et de femmes. (Les Femmes : 1)

La deuxième vérité essentielle exposée par le Coran était que la diversité des peuples et des tribus au sein de l’unité humaine n’a été créée que pour permettre de se reconnaître les uns les autres. Le critère de grandeur parmi eux n’est ni la lignée, ni la couleur, ni la langue, ni le lieu de naissance, mais la qualité morale de la taqwâ.

يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَاكُمْ مِنْ ذَكَرٍ وَأُنْثَى وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِنْدَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ –( الحجرات— 13)

— Ô gens ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme, puis Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez les uns les autres. En vérité, le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux, c’est-à-dire celui qui se préserve le plus de Lui désobéir.

Dans ce verset, toute l’humanité est interpellée et le grand égarement qui a toujours été la cause des troubles et de la corruption universels dans le monde est identifié : le fanatisme fondé sur la lignée, la couleur, la langue, la patrie et le nationalisme. Depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours, les hommes ont généralement négligé leurs semblables et tracé autour d’eux de petits cercles, considérant comme leurs proches ceux qui y étaient nés et comme étrangers ceux qui étaient nés en dehors. Ces cercles ne reposaient sur aucun fondement intellectuel ou moral ; ils étaient au contraire édifiés sur le seul fondement de la naissance fortuite. Ici, ce fondement était la naissance au sein d’une même famille, tribu ou communauté parlant une langue particulière. Ensuite, la distinction entre les siens et les autres, établie sur ces fondements, ne s’est pas limitée à traiter avec davantage d’amour, d’aide et de coopération ceux que l’on considérait comme siens par rapport aux autres. Elle a pris les formes les plus abjectes de la haine, de l’hostilité, du mépris, de l’oppression et de l’écrasement. On a élaboré des philosophies à son sujet, inventé des religions, formulé des principes moraux, et les nations et les États en ont fait leur doctrine permanente, qu’ils ont appliquée pendant des siècles. C’est sur cette base que les Juifs ont considéré les Enfants d’Israël comme la création préférée de Dieu, voire comme les fils de Dieu, et que, jusque dans leurs prescriptions religieuses, ils ont placé les droits et la dignité de ceux qui n’étaient pas des Enfants d’Israël à un rang inférieur à ceux des Israélites. Chez les hindous, cette distinction a donné naissance au système des castes, qui a établi la supériorité des brahmanes. Tous les autres hommes ont été considérés comme inférieurs et impurs face aux classes supérieures, tandis que les shudras ont été jetés dans un abîme d’humiliation et d’opprobre. Il n’est pas nécessaire de rechercher dans les pages de l’histoire l’oppression exercée sur les Noirs d’Afrique et d’Amérique au nom de la distinction entre le noir et le blanc : chacun peut encore la voir de ses propres yeux au XXe siècle. Le comportement des Européens envers les Indiens d’Amérique après leur arrivée sur le continent américain, ainsi que celui qu’ils ont adopté envers les peuples faibles d’Asie et d’Afrique après y avoir établi leur domination, étaient intérieurement animés par l’idée que les biens, les vies, l’honneur et la dignité de ceux qui étaient nés en dehors des frontières de leur pays et de leur nation leur étaient licites. Ils se croyaient autorisés à les piller et à les réduire en esclavage, voire, si nécessaire, à les anéantir de la surface de la terre. La vénération de la nation, à laquelle les peuples occidentaux ont voué une nation en la transformant en bête féroce pour les autres nations, a manifesté ses exemples les plus abjects dans les guerres récentes, et les manifeste encore aujourd’hui. En particulier, si l’on considère la violence déployée durant la dernière guerre mondiale par la doctrine raciste de l’Allemagne nazie et l’idée de la supériorité de la race nazie, on peut aisément mesurer combien était grave et destructeur l’égarement dont le Coran a révélé ce verset afin de le corriger et de le réformer.

Dans ce bref verset, Allah, s’adressant à l’ensemble de l’humanité, a exposé trois réalités d’une importance capitale.

Premièrement : vous êtes tous fondamentalement semblables. Toute votre humanité est issue d’un même homme et d’une même femme. Toutes les lignées qui existent aujourd’hui dans le monde sont en réalité les branches et les ramifications d’une même lignée originelle, commencée avec le même père et la même mère. Dans cette continuité de la naissance, il n’existe nulle part le moindre fondement à la différence et à la hiérarchie auxquelles vous vous attachez à tort. Le même Dieu est votre Créateur. Il n’en est pas ainsi que différents dieux auraient créé différents hommes, certains à partir de la même matière et des mêmes éléments, et d’autres à partir de matières impures et viles, à partir desquelles les habitants des différentes régions du monde seraient nés séparément.

Deuxièmement : bien que vous soyez unis quant à votre origine, il est naturel que vous soyez divisés en peuples et en tribus. Il est évident que tous les hommes du monde ne peuvent constituer une seule famille. Avec la multiplication des descendants, la formation d’innombrables familles était inévitable ; puis l’apparition de tribus et de peuples à partir de ces familles était également naturelle et nécessaire. Ainsi, après l’établissement des hommes dans les différentes régions de la terre, il était inévitable que la couleur, l’apparence, la langue et les modes de vie se différencient. Il était également naturel que les habitants d’une même région soient plus proches les uns des autres et que ceux des régions éloignées le soient davantage. Mais ces différences et ces divergences naturelles n’impliquaient nullement qu’on établisse sur leur base une distinction entre supérieurs et inférieurs, nobles et non nobles, vils et éminents ; qu’une lignée affiche sa supériorité sur une autre, que les membres d’une couleur méprisent ceux d’une autre, qu’une nation établisse sa supériorité et sa domination sur une autre, ou qu’un groupe obtienne la priorité sur un autre dans les droits humains.

La raison pour laquelle le Créateur avait organisé les groupes humains en peuples et en tribus était uniquement que c’était le moyen naturel de leur permettre de se reconnaître et de s’entraider. De cette manière, les membres d’une famille, d’un clan, d’une tribu et d’un peuple pouvaient former ensemble une organisation sociale universelle et se soutenir mutuellement dans les activités de la vie. Mais ce fut une pure ignorance satanique que de transformer en instrument d’orgueil, d’arrogance et de haine ce qu’Allah avait institué comme un moyen naturel d’identification, puis de le convertir finalement en oppression et en cruauté.

Troisièmement : s’il existe, ou peut exister, un fondement à la supériorité d’un homme sur un autre, ce ne peut être que la supériorité morale. Tous les hommes sont égaux du point de vue de la naissance, car leur Créateur est unique. Leur matière et leur mode de création sont les mêmes, et leur généalogie remonte à la même mère et au même père. De plus, le fait qu’une personne naisse dans un pays ou un groupe ethnique particulier est un hasard, dans lequel sa volonté, son choix, ses efforts ou son caractère n’ont aucune part. Il n’existe aucune raison légitime pour que quelqu’un soit supérieur à un autre à cet égard. Le véritable fondement sur lequel une personne peut être supérieure à une autre est qu’elle craint Dieu davantage que les autres, s’abstient des actes pécheurs et suit la voie de la bonté et de la pureté. Une telle personne, quelle que soit sa lignée, sa nation ou son pays, mérite le respect en raison de ses qualités personnelles. Quant à celui dont la conduite est à l’opposé, il est un homme de rang inférieur, qu’il soit noir ou blanc, oriental ou occidental.

Ces réalités, exposées dans un bref verset du Coran, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les a expliquées en détail dans ses différents sermons. Dans le sermon qu’il prononça après le tawaf, lors de la conquête de La Mecque, il dit :

(Arabe*******************)

Louange à Allah, qui a ôté de vous les défauts de la jahiliya, ainsi que son orgueil et son arrogance. Ô gens ! Tous les êtres humains peuvent être répartis en deux catégories seulement. Premièrement : celui qui est vertueux et pieux, et qui est honoré au regard d’Allah. Deuxièmement : celui qui est pécheur et misérable, et qui est vil au regard d’Allah. Sinon, toute l’humanité est issue d’Adam. Et Allah a créé Adam à partir de l’argile.

Lors d’un sermon prononcé au milieu des jours de Tachriq, pendant le pèlerinage d’adieu, le Prophète (s.a.s.) dit :

(Arabe******************)

— Ô gens ! Prenez garde. Votre Seigneur à tous est unique. Aucun Arabe n’a de supériorité sur un non-Arabe, ni aucun non-Arabe sur un Arabe ; aucun Blanc n’a de supériorité sur un Noir, ni aucun Noir sur un Blanc, si ce n’est sur la base de la taqwa. Auprès d’Allah, le plus honoré d’entre vous est celui qui est le plus pieux. Dites-moi : vous ai-je transmis mon message ? L’assemblée répondit : Oui, ô Messager d’Allah (s.a.s.). Il dit : Alors, que ceux qui sont présents transmettent ce message à ceux qui sont absents.

Dans un hadith, il dit :

(Arabe***************)

— Vous êtes tous les enfants d’Adam. Et Adam a été créé à partir de l’argile. Que les gens cessent donc de s’enorgueillir de leurs ancêtres. Sinon, ils seront plus méprisables au regard d’Allah que les insectes les plus vils.

Il dit également :

(Arabe************)

— Allah ne vous interrogera pas, le Jour de la Résurrection, sur votre lignée. Auprès d’Allah, le plus honorable d’entre vous est celui qui est le plus pieux.

Il dit également :(Arabe****************)

— Allah ne regarde ni votre apparence ni vos richesses. Il regarde vos cœurs et vos œuvres.

Ces enseignements ne se limitaient pas à de simples paroles. Bien plus, l’islam a établi, conformément à ces principes, une fraternité universelle entre les croyants et l’a démontré dans la pratique : elle ne connaît aucune distinction de race, de lignée, de langue, de pays ou de nationalité. Elle ne comporte aucune notion de supériorité ou d’infériorité, d’intouchabilité, de discrimination, de division ou de fanatisme. Tous ceux qui souhaitent y prendre part peuvent le faire — et l’ont effectivement fait — avec des droits absolument égaux, quelle que soit leur lignée, leur nation ou leur pays. Même les adversaires de l’islam ont dû reconnaître que le principe de l’égalité et de l’unité humaines a été réalisé avec un tel succès dans la société musulmane qu’aucun exemple comparable ne se trouve dans aucune religion ni dans aucun système du monde, et qu’il ne s’en est jamais trouvé. Seul l’islam est cette religion, ou ce système de vie, qui a rassemblé les innombrables lignées et nations dispersées à travers le monde pour en faire une seule communauté, fondée sur une même croyance. (149)

Cette règle éternelle sera également appliquée dans l’au-delà

Poursuivant son exposé, le Coran informe l’être humain de cette réalité : après la fin de la vie présente et dans la seconde vie de l’au-delà, cette règle de division et de rassemblement fondée sur la croyance et les œuvres, plutôt que sur la lignée, la nation et le pays, sera également appliquée. Tous les groupes établis en ce monde sur d’autres bases seront entièrement dispersés.

وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ يَوْمَئِذٍ يَتَفَرَّقُونَ-( الروم-14)

— Le jour où l’Heure se lèvera, tous les hommes seront alors séparés en groupes distincts. (Ar-Rûm : 14)

Tous les groupes et toutes les nations du monde qui se sont constitués sur la base de la lignée, de la race, du lieu de naissance, de la langue, de la tribu, de la parenté, ainsi que des intérêts politiques et économiques, se disloqueront ce jour-là. Un second regroupement sera alors formé sur la base de la pure croyance, du caractère et de la conduite. D’une part, parmi les nations anciennes et futures de l’humanité, les croyants et les gens vertueux seront distingués et sélectionnés pour former un groupe. D’autre part, les adeptes de diverses doctrines et croyances égarées, ainsi que les auteurs de diverses injustices et de divers crimes, seront sélectionnés et séparés de cette immense foule pour former des groupes distincts. En d’autres termes, ce qu’Islam considère ici-bas comme le véritable fondement de la séparation et de l’union, et que les adorateurs de la jâhiliyya refusent d’accepter dans ce monde, sera précisément le fondement sur lequel les hommes seront séparés et réunis dans l’au-delà. Islam enseigne que ce qui sépare et unit réellement les hommes, c’est la croyance et le caractère. Ceux qui croient et fondent leur système de vie sur la guidée de Dieu constituent une seule umma, quel que soit le pays du monde dont ils proviennent. Quant à ceux qui suivent la voie de la mécréance et de la débauche, ils forment une autre umma, quel que soit leur pays ou leur lignée. Ces deux groupes ne peuvent avoir la même nationalité. Ils ne peuvent ni cheminer ensemble en formant un mode de vie universel ici-bas, ni avoir le même destin dans l’au-delà. De ce monde jusqu’à l’au-delà, leur voie et leur destination sont distinctes. Les adorateurs de la jâhiliyya ont toujours affirmé avec force, et restent encore aujourd’hui attachés à cette idée, que le regroupement doit se faire sur la base de la lignée, du pays et de la langue. Ceux qui sont unis par ces fondements devraient, même en faisant abstraction de leur religion et de leur croyance, former une seule nation et s’unir contre les autres nations de même nature. Cette nationalité devrait aussi avoir un mode de vie dans lequel les adeptes du monothéisme, du polythéisme et de l’athéisme pourraient tous vivre ensemble. Telle était l’idée d’Abû Jahl, d’Abû Lahab et des notables qurayshites. Ils reprochaient sans cesse à Muhammad — que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui — que son arrivée avait semé la division au sein de leur nation. Contre cette conception, le Coran avertit ici en disant que tous ces regroupements que vous avez établis dans ce monde sur les fondements que vous avez adoptés finiront par se briser. Il n’existe pas de division permanente au sein de l’humanité ; la division se fera sur les fondements de la croyance, de la vision de la vie, du caractère et de la conduite, précisément ceux sur lesquels Islam veut organiser la vie présente. Comment ceux dont la destination n’est pas la même pourraient-ils avoir le même chemin de vie ? (150)

L’umma musulmane

Après avoir considéré tous les hommes comme égaux selon la description précédente, Islam n’a désigné que la taqwâ comme facteur de distinction entre eux. Du point de vue d’Islam, la taqwâ signifie suivre les croyances et les prescriptions exposées dans le Livre de Dieu, ainsi que celles de Dieu et de Son Messager. Cela implique également, en gardant à l’esprit la reddition des comptes dans l’au-delà, d’abandonner toute conduite de désobéissance et d’adopter une attitude d’obéissance aux commandements. C’est pourquoi Islam divise l’ensemble de l’humanité en deux parties : premièrement, ceux qui ont cru, et deuxièmement, ceux qui n’ont pas cru. Il fait de ceux qui ont cru une seule umma et lui donne le nom d’umma musulmane, à laquelle tous les croyants du monde peuvent appartenir. Ce n’est pas un nom nouveau que Muhammad — que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui — aurait donné uniquement à ceux qui ont cru en lui. Au contraire, depuis les temps les plus anciens, Dieu a donné ce même nom aux communautés de tous les prophètes.

هُوَ سَمَّاكُمُ الْمُسْلِمِينَ مِنْ قَبْلُ وَفِي هَذَا-( الحج-78)

— Dieu vous avait déjà donné le nom de musulmans, ainsi que dans ce Coran. (Al-Hajj : 78)

L’adresse « vous » ne s’adressait pas particulièrement aux seuls croyants qui étaient présents au moment de la révélation de ce verset, ni à ceux qui ont ensuite rejoint les rangs des croyants. Au contraire, la deuxième personne de cette adresse désigne tous ceux qui, depuis le commencement de l’histoire humaine, ont cru au monothéisme, à l’au-delà, à la mission prophétique et aux Livres célestes. En somme, ceux qui adhéraient à cette religion de vérité n’étaient pas autrefois désignés par des noms tels que noéhites, abrahamiques ou mosaïques ; leur nom était plutôt musulman, c’est-à-dire soumis à Dieu. Aujourd’hui encore, ils ne sont pas des « muhammadiens », mais des musulmans. Parce qu’ils ne comprennent pas cela, les gens trouvent énigmatique la question de savoir dans quel Livre antérieur au Coran le nom des adeptes de Muhammad aurait été établi. Il n’est pas nécessaire que le mot arabe « musulman » ait été utilisé dans toutes les langues. Mais quel que soit, dans une langue donnée, le nom attribué à ceux qui ont suivi les prophètes, il est synonyme de musulman. (151)

L’universalité et l’intemporalité de l’umma musulmane

الَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ مِنْ قَبْلِهِ هُمْ بِهِ يُؤْمِنُونَ – وَإِذَا يُتْلَى عَلَيْهِمْ قَالُوا آمَنَّا بِهِ إِنَّهُ الْحَقُّ مِنْ رَبِّنَا إِنَّا كُنَّا مِنْ قَبْلِهِ مُسْلِمِينَ-( القصص-52-53)

— Ceux auxquels Nous avions donné le Livre auparavant y croient. Et lorsqu’on le leur récite, ils disent : « Nous y croyons. C’est assurément la vérité venant de notre Seigneur. Nous étions déjà musulmans. » (Al-Qasas : 52-53)

Autrement dit, auparavant déjà, nous croyions aux prophètes et aux Livres célestes ; c’est pourquoi, à cette époque également, nous n’avions d’autre religion que l’islam. Puis nous avons aussi accepté le Prophète qui est venu maintenant avec un Livre de la part d’Allah. En réalité, notre religion n’a donc subi aucun changement. Au contraire, de même que nous étions musulmans au début, nous le sommes encore aujourd’hui.

Cette déclaration des gens du Livre qui avaient embrassé la foi, rapportée dans le Coran, démontre clairement que l’islam n’est pas seulement le nom de la religion apportée par le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), et que l’emploi du terme « musulman » ne se limite pas aux seuls adeptes du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Au contraire, depuis toujours, la religion de tous les prophètes était l’islam, et leurs adeptes furent musulmans à toutes les époques. Si ces musulmans devinrent parfois mécréants, ce ne fut que lorsqu’ils refusèrent de croire en un prophète véridique venu ultérieurement. Mais ceux qui avaient d’abord cru à un prophète, puis crurent au prophète venu après lui, ne connurent aucune rupture dans leur islam : de même qu’ils étaient musulmans auparavant, ils le demeurèrent ensuite.

Il est étonnant que certains grands savants eux-mêmes n’aient pas réussi à comprendre cette réalité. Même après avoir vu ce verset explicite, ils ne furent pas convaincus. L’érudit al-Suyuti rédigea un traité détaillé sur cette question. Il affirme que le terme « musulman » est une appellation réservée à l’umma de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Puis, lorsque ce verset se présenta à lui, il déclara lui-même : « Mes arguments et mes preuves sont épuisés. » Mais il ajoute : « J’ai néanmoins prié Allah de m’accorder, à ce sujet, une ouverture du cœur. » Finalement, au lieu de modifier son opinion, il y resta attaché et donna différentes interprétations de ce verset, chacune étant plus faible que la précédente. L’une de ses interprétations est, par exemple, queان كنا من قبله مسلمينcela signifie : nous avions déjà l’intention de devenir musulmans avant la venue du Coran. Car nous avions appris sa venue par notre Livre et nous souhaitions que, lorsqu’il viendrait, nous embrassions l’islam.

Sa deuxième interprétation est que, dans cette phrase,مسلمين est suivi du motبه qui est sous-entendu. Autrement dit, dès le début, nous croyions au Coran, car nous espérions sa venue et avions cru en lui par anticipation. Ainsi, nous n’étions pas musulmans parce que nous suivions la Torah et l’Évangile, mais parce que nous avions accepté le Coran avant sa révélation.

Sa troisième interprétation était que, dès le début, il était écrit dans notre destinée qu’après la venue de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et du Coran, nous embrasserions l’islam. C’est pourquoi, en réalité, nous étions musulmans dès le départ. Aucune de ces interprétations ne semble porter la moindre trace de l’ouverture du cœur accordée par Allah.

Le fait est que, dans le Coran, ce n’est pas seulement à cet endroit, mais en de nombreux endroits, que cette vérité fondamentale est exposée : en réalité, il n’existe que l’islam (la soumission à Allah). Et dans le royaume créé par Allah, pour les serviteurs d’Allah, aucune autre religion que celle-ci ne peut exister. Depuis le commencement de l’humanité, tout prophète venu guider les hommes est venu avec cette religion. Et les prophètes (a) ont toujours été eux-mêmes musulmans. Ils ont toujours exhorté leurs adeptes à rester musulmans. Ceux de leurs adeptes qui se sont soumis aux commandements d’Allah proclamés par la prophétie ont toujours été musulmans, à toutes les époques. Quelques exemples à ce sujet sont présentés ci-dessous :

إِنَّ الدِّينَ عِنْدَ اللَّهِ الْإِسْلَامُ-( آل عمران-19)

-En vérité, la religion auprès d’Allah est uniquement l’islam.

وَمَنْ يَبْتَغِ غَيْرَ الْإِسْلَامِ دِينًا فَلَنْ يُقْبَلَ مِنْهُ-( آل عمران-85)

-Et quiconque désire une religion autre que l’islam, elle ne sera jamais acceptée de sa part. (Âl-‘Imrân : 85)

Hazrat Noé (a) dit :

إِنْ أَجْرِيَ إِلَّا عَلَى اللَّهِ وَأُمِرْتُ أَنْ أَكُونَ مِنَ الْمُسْلِمِينَ-( يونس-72)

-Ma récompense ne relève que d’Allah. Et il m’a été ordonné de compter parmi les musulmans. (Yûnus : 72)

Il est dit au sujet de Hazrat Ibrahim (paix sur lui) et de ses descendants :

إِذْ قَالَ لَهُ رَبُّهُ أَسْلِمْ قَالَ أَسْلَمْتُ لِرَبِّ الْعَالَمِينَ – وَوَصَّى بِهَا إِبْرَاهِيمُ بَنِيهِ وَيَعْقُوبُ يَا بَنِيَّ إِنَّ اللَّهَ اصْطَفَى لَكُمُ الدِّينَ فَلَا تَمُوتُنَّ إِلَّا وَأَنْتُمْ مُسْلِمُونَ – أَمْ كُنْتُمْ شُهَدَاءَ إِذْ حَضَرَ يَعْقُوبَ الْمَوْتُ إِذْ قَالَ لِبَنِيهِ مَا تَعْبُدُونَ مِنْ بَعْدِي قَالُوا نَعْبُدُ إِلَهَكَ وَإِلَهَ آبَائِكَ إِبْرَاهِيمَ وَإِسْمَاعِيلَ وَإِسْحَاقَ إِلَهًا وَاحِدًا وَنَحْنُ لَهُ مُسْلِمُونَ-( البقرة-131-133)

-Lorsque son Seigneur lui dit : « Soumets-toi », il répondit : « Je me suis soumis au Seigneur des mondes. » Ibrahim (paix sur lui) recommanda cette voie à ses enfants, et Ya‘qoub (paix sur lui) également : « Ô mes enfants ! Allah a choisi cette religion pour vous. Ne mourez donc qu’en étant musulmans. »

(Ô Juifs,) étiez-vous présents lorsque la mort se présenta à Ya‘qoub ? Lorsqu’il demanda à ses enfants : « Qui adorerez-vous après moi ? » Ils répondirent : « Nous adorerons votre Dieu et le Dieu de vos ancêtres, Ibrahim, Ismaïl et Ishaq, en Le reconnaissant comme Dieu unique, et nous Lui sommes soumis. » (Al-Baqara : 131-133)

مَا كَانَ إِبْرَاهِيمُ يَهُودِيًّا وَلَا نَصْرَانِيًّا وَلَكِنْ كَانَ حَنِيفًا مُسْلِمًا-( آل عمران-67)

-Ibrahim n’était ni juif ni chrétien, mais un musulman monothéiste. (Al-Imran : 67)

Hazrat Ibrahim (paix sur lui) et Hazrat Ismaïl (paix sur lui) invoquent eux-mêmes :

رَبَّنَا وَاجْعَلْنَا مُسْلِمَيْنِ لَكَ وَمِنْ ذُرِّيَّتِنَا أُمَّةً مُسْلِمَةً لَكَ-( البقرة-128)

—Ô notre Seigneur, fais de nous Tes musulmans et suscite de notre descendance une communauté qui Te sera musulmane. (Al-Baqara : 128)

Il est dit dans le récit du vénérable Loth (que la paix soit sur lui) :

فَمَا وَجَدْنَا فِيهَا غَيْرَ بَيْتٍ مِنَ الْمُسْلِمِينَ-(الذاريات-36)

—Nous n’avons trouvé dans la cité du peuple de Loth qu’une seule maison de musulmans (la maison même du vénérable Loth (que la paix soit sur lui)). (Adh-Dhâriyât : 36)

Le vénérable Joseph adresse cette invocation à Dieu :

تَوَفَّنِي مُسْلِمًا وَأَلْحِقْنِي بِالصَّالِحِينَ-(يوسف-101)

—Fais-moi mourir en tant que musulman et joins-moi aux vertueux. (Joseph : 101)

Le vénérable Moïse (que la paix soit sur lui) dit à son peuple :

يَا قَوْمِ إِنْ كُنْتُمْ آمَنْتُمْ بِاللَّهِ فَعَلَيْهِ تَوَكَّلُوا إِنْ كُنْتُمْ مُسْلِمِينَ-(يونس-84)

— Ô gens de mon peuple ! Si vous avez cru en Allah, placez votre confiance en Lui, si vous êtes musulmans. (Yûnus : 84)

La véritable religion des Enfants d’Israël n’était pas le judaïsme, mais l’islam. Amis et ennemis le savaient tous. En fait, voici les dernières paroles de Pharaon lorsqu’il se noya dans la mer :

آمَنْتُ أَنَّهُ لَا إِلَهَ إِلَّا الَّذِي آمَنَتْ بِهِ بَنُو إِسْرَائِيلَ وَأَنَا مِنَ الْمُسْلِمِينَ-( يونس-90)

— J’accepte qu’il n’y a aucune divinité en dehors de Celui en qui les Enfants d’Israël ont cru, et je suis du nombre des musulmans. (Yûnus : 90)

La religion de tous les prophètes des Enfants d’Israël était également cet islam.

إِنَّا أَنْزَلْنَا التَّوْرَاةَ فِيهَا هُدًى وَنُورٌ يَحْكُمُ بِهَا النَّبِيُّونَ الَّذِينَ أَسْلَمُوا لِلَّذِينَ هَادُوا-( المائدة-44)

— Nous avons révélé la Torah, dans laquelle se trouvent une guidance et une lumière. Selon celle-ci, le prophète qui était musulman rendait un jugement au sujet des agissements de ceux qui s’étaient faits juifs. (Al-Mâ’idah : 44)

Telle était la religion de Sulaymân (a.s.). En effet, la reine de Saba, en croyant en lui, déclara :

أَسْلَمْتُ مَعَ سُلَيْمَانَ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ-( النمل-44)

-Je me suis soumise avec Sulaymân à Allah, le Seigneur des mondes. (An-Naml : 44)

Telle était la religion de Jésus (a.s.) et de ses disciples :

وَإِذْ أَوْحَيْتُ إِلَى الْحَوَارِيِّينَ أَنْ آمِنُوا بِي وَبِرَسُولِي قَالُوا آمَنَّا وَاشْهَدْ بِأَنَّنَا مُسْلِمُونَ-( المائدة-111)

-Lorsque J’inspirai aux disciples : « Croyez en Moi et en Mon Messager », ils dirent : « Nous croyons, et sois témoin que nous sommes musulmans. » (Al-Mâ’idah : 111)

Si quelqu’un nourrit à ce sujet le doute fondé sur l’idée qu’il était impossible que les mots arabes islam et musulman fussent utilisés dans différents pays et différentes langues, ce serait là une affirmation empreinte d’une ignorance manifeste. Car l’essentiel à prendre en considération ne réside pas dans ces mots arabes, mais dans le sens pour lequel ces mots ont été employés en arabe. En réalité, ce qui est dit dans ces versets, c’est que la véritable religion envoyée par Dieu n’est ni le christianisme, ni le mosaïsme, ni le mahométisme ; elle consiste plutôt à incliner la tête dans la soumission devant le commandement de Dieu transmis par les prophètes et les Livres célestes. Quiconque, où qu’il soit et à quelque époque que ce soit, a adopté cette conduite parmi les serviteurs de Dieu est devenu adepte de la même religion universelle et éternelle de vérité. Pour tous ceux qui ont adopté cette religion avec une compréhension véritable et une sincérité authentique, accepter Jésus (a.s.) après Moïse (a.s.), puis Muhammad (s.a.s.) après Jésus (a.s.), ne constitue pas un changement de religion ; c’est au contraire l’exigence naturelle et logique du suivi de la véritable religion. À l’inverse, ceux qui ont rejoint le groupe des prophètes sans réflexion, ou qui y sont nés, et pour qui le fanatisme national, ancestral et partisan a pris la forme de la véritable religion, sont restés juifs et chrétiens ; et après la venue de Muhammad (s.a.s.), le voile de leur ignorance fut levé. En effet, en rejetant le dernier Prophète, ils ne se sont pas seulement refusés à rester musulmans à l’avenir ; leur attitude a également prouvé qu’ils ne l’avaient pas été auparavant. Ils n’étaient attachés qu’à la personne d’un prophète ou de certains prophètes, ou bien avaient fait de l’obéissance aveugle à leurs ancêtres une religion. (152)

Le processus de formation de la communauté musulmane

Ainsi, le Messager d’Allah (s.a.s.) ne fait pas que vivifier la religion qui existait déjà. Il établit également de nouveau cette communauté qui, depuis l’époque de tous les prophètes, était connue sous le nom de communauté musulmane. Il fait de tous ceux qui, issus de tribus, de familles et de régions diverses, s’y étaient rassemblés, des alliés et des soutiens les uns pour les autres, des frères les uns pour les autres, pleins de compassion et de sollicitude les uns envers les autres. Il rend également inviolables les vies, les biens et l’honneur de tous, considère les droits et les responsabilités de chacun de la même manière, et n’accorde à personne une distinction qui ne serait pas accordée aux autres. C’était une chose extraordinaire pour cet environnement arabe dominé par le culte des tribus et accablé par le fanatisme, que les esprits et les cœurs de ses habitants n’étaient nullement prêts à accepter. (153)

Il est rapporté d’après Ibn Zayd que l’oncle du Messager (s.a.s.), Abou Lahab, lui demanda un jour : « Quel avantage aurai-je si j’adopte ta religion ? » Le Prophète (s.a.s.) répondit : « Celui qu’obtiendront les autres croyants. » Il demanda : « N’ai-je donc, moi aussi — en tant qu’oncle du Messager — aucune distinction particulière ? » Le Prophète (s.a.s.) répondit : « Que voulez-vous de plus ? »

Abou Lahab dit :(Arabe******************)

— Maudite soit cette religion dans laquelle je suis mis sur un pied d’égalité avec les autres ! (Ibn Jarir) (154)

Contrairement à cette idée fanatique, le Coran déclara clairement :

لَنْ تَنْفَعَكُمْ أَرْحَامُكُمْ وَلَا أَوْلَادُكُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ

— Le Jour de la Résurrection, ni vos liens de parenté ni vos enfants ne vous seront utiles. (Al-Mumtahanah : 3)

Les liens du sang subsisteront pleinement ici, mais là-bas ils ne procureront aucun avantage. L’essentiel est la foi, qui sera utile au Jour de la Résurrection. C’est pourquoi, même dans ce monde, vos liens de parenté devraient être fondés sur la foi.

إِنَّمَا وَلِيُّكُمُ اللَّهُ وَرَسُولُهُ وَالَّذِينَ آمَنُوا الَّذِينَ يُقِيمُونَ الصَّلَاةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَهُمْ رَاكِعُونَ-( المائدة-55)

-Vos véritables alliés sont Allah, Son Messager et ceux qui ont foi, qui accomplissent la prière, s’acquittent de la zakat et s’inclinent humblement devant Dieu. (Al-Ma’idah : 55)

إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ إِخْوَةٌ فَأَصْلِحُوا بَيْنَ أَخَوَيْكُمْ-( الحجرات-10)

-Les croyants sont certes frères les uns des autres. Réconciliez donc vos frères. (Al-Hujurat : 10)

Ce verset, ainsi que d’autres versets semblables, a établi une fraternité universelle rassemblant tous les musulmans du monde. Cette enseignement a pour bénédiction qu’aucune autre religion ni aucun autre courant de pensée ne connaît, parmi ses adeptes, la fraternité qui s’est créée entre les musulmans et qui existe encore aujourd’hui. Le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) en a exposé l’importance et les exigences dans de nombreux sermons, ce qui a grandement éveillé toute leur énergie spirituelle.

Hazrat Jarir ibn Abdullah rapporte que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) m’a fait prêter serment d’allégeance sur trois points : premièrement, accomplir la prière ; deuxièmement, continuer à acquitter la zakat ; et troisièmement, être bienveillant envers chaque musulman. (Al-Bukhari, Kitab al-Iman)

Hazrat Abdullah ibn Mas’ud (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Insulter un musulman est un acte de péché, et le combattre est de la mécréance. » (Al-Bukhari, Kitab al-Iman.) Dans le Musnad d’Ahmad, ce propos est rapporté par Hazrat ibn Malik (qu’Allah l’agrée), d’après son père.

Hazrat Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « La vie, les biens et l’honneur de tout musulman sont sacrés pour les autres musulmans. » (Muslim, Kitab al-Birr wa-s-Sila)

Hazrat Abou Saïd al-Khoudri (qu’Allah l’agrée) et Hazrat Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) rapportent que le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) a dit : « Le musulman est le frère du musulman : il ne lui fait pas de tort, ne l’abandonne pas et ne l’humilie pas. Il suffit comme mal à un homme qu’il humilie son frère musulman. » (Musnad Ahmad)

Hazrat Sahl ibn Sa‘d as-Sa‘idi (qu’Allah l’agrée), citant les paroles du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui), rapporte : « Le lien d’un croyant avec l’ensemble des gens de la foi est semblable au lien de la tête avec le corps. Il ressent la souffrance d’un membre des gens de la foi exactement comme la tête ressent la douleur de chaque partie du corps. » — Musnad Ahmad. (155)

Hazrat an-Nou‘man ibn Bachir (qu’Allah l’agrée) rapporte ce hadith du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui).

(Arabe***************************)

— Les croyants, dans leur affection, leur amour et leur compassion mutuels, sont semblables à un seul corps. Lorsqu’une partie du corps souffre, tout le corps est touché par l’insomnie et la fièvre à cause d’elle.

Hazrat Abou Moussa al-Ach‘ari (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) a dit :(Arabe**********************)

— Le croyant est pour l’autre croyant comme un mur dont chaque partie renforce les autres.

Hazrat Abdallah ibn Omar (qu’Allah les agrée tous deux) cite ce hadith du Prophète(Arabe***************)

— Le musulman est le frère du musulman : il ne lui fait pas subir d’injustice et ne l’abandonne pas. Celui qui s’emploie à combler le besoin de son frère, Allah s’emploie à combler son besoin. Celui qui sauve un musulman d’une difficulté, Allah le sauvera des difficultés du Jour de la Résurrection. Celui qui dissimule les défauts d’un musulman, Allah dissimulera ses défauts au Jour de la Résurrection. (156)

Hazrat Jabir ibn Abdullah et Abu Talha ibn Sahl al-Ansari, qu’Allah les agrée, rapportent ce hadith du Prophète, paix et bénédictions sur lui.

(Arabe***********************)

— Lorsqu’un musulman est humilié et avili, et que son honneur est atteint, si personne ne vient à son secours, Allah Tout-Puissant ne lui portera pas secours lorsqu’il aura besoin de l’aide d’Allah. Mais si quelqu’un vient en aide à un musulman alors que son honneur est atteint et qu’il est humilié, Allah Tout-Puissant lui portera secours lorsqu’il souhaitera qu’Allah lui accorde Son aide. (157)

Hazrat Abdullah ibn Amr ibn al-As, qu’Allah l’agrée, rapporte que le Prophète, paix et bénédictions sur lui, a dit :(Arabe****************)

— Le musulman est celui dont la langue et la main ne nuisent pas aux musulmans.

Hazrat Abu Bakra Nufay ibn al-Harith, qu’Allah l’agrée, rapporte que, lors du pèlerinage d’Adieu, dans le sermon du jour du Sacrifice, le Prophète, paix et bénédictions sur lui, a dit,

(Arabe******************)

-Prenez garde ! Après moi, ne devenez pas comme les mécréants qui s’entre-tuent en se frappant au cou.

Hazrat Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit un jour :(Arabe******************)

-Aide ton frère, qu’il soit injuste ou victime d’une injustice. Quelqu’un demanda : « S’il est victime d’une injustice, je peux certes l’aider ; mais s’il est injuste, comment puis-je l’aider ? »

Le Prophète dit :(Arabe************************)

-Empêche-le de commettre l’injustice et éloigne-le de celle-ci. C’est ainsi que tu l’aideras. (Al-Bukhari)

Hazrat Abdullah ibn Amr ibn Al-As (qu’Allah les agrée) rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit :(Arabe******************)

-Le sang des croyants a la même valeur. Face à l’ennemi, ils ne forment qu’une seule main.

Hazrat Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée) rapporte ce hadith du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) :(Arabe****************)

—Il m’a été ordonné de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils attestent qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah. Puis, lorsqu’ils auront attesté cela, qu’ils se seront tournés vers notre qibla, qu’ils auront mangé de ce que nous avons égorgé et qu’ils auront accompli la prière comme nous, leur sang et leurs biens nous seront interdits. Toutefois, s’ils ont un droit à faire valoir contre nous, c’est autre chose. Ils ont les mêmes droits que les musulmans et les mêmes devoirs qu’eux.

Une ummah porteuse de l’étendard de l’appel et du mouvement

Mais cette ummah n’est pas de celles où quelques personnes, après avoir cru, se contentent de rester dans leur coin à invoquer Allah, à accomplir de bonnes œuvres, et à être mutuellement solidaires, secourables, bienveillantes et compatissantes. Elle devait aller plus loin : sa mission était de diffuser l’appel à l’islam parmi chaque personne et parmi les gens, d’ordonner le bien et d’interdire le mal. Cette ummah tout entière a été choisie et tirée de toutes les nations et de toutes les tribus afin de réformer et d’améliorer les serviteurs de Dieu. Ses relations avec toutes les nations seraient fondées sur le droit et la justice, et non sur l’injustice et l’iniquité envers quiconque. Si l’affaire était restée limitée au premier état, les Quraychites et les polythéistes d’Arabie auraient été prêts à le tolérer dans une certaine mesure. Mais le second état était tel qu’ils voyaient que cette ummah ne se contentait pas de vouloir s’accroître et s’étendre ; au contraire, chacun individuellement et toute la communauté collectivement étaient très actifs dans la propagation de leur mouvement. Leur inquiétude dépassa alors les limites de leur patience, car ils voyaient chaque jour certains des leurs quitter leur groupe et rejoindre le nouveau groupe. (158)

وَمَنْ أَحْسَنُ قَوْلًا مِمَّنْ دَعَا إِلَى اللَّهِ وَعَمِلَ صَالِحًا وَقَالَ إِنَّنِي مِنَ الْمُسْلِمِينَ-(همالسجده-33)

—Et qui donc tient un meilleur discours que celui qui appelle à Allah, accomplit de bonnes œuvres et dit : « Je suis musulman. » (Hâmîm as-Sadjda : 33)

Dans les versets 30 à 32 précédents, il a été dit aux musulmans que rester fermes dans la servitude envers Allah et, après avoir suivi cette voie, ne pas s’en détourner constitue en soi cette bonne œuvre terrestre qui fait de l’homme l’ami des anges et le rend digne du Paradis. Puis, dans ce verset, il leur est dit que l’œuvre dont le mérite est si élevé qu’il ne peut y en avoir de supérieur consiste à accomplir soi-même de bonnes œuvres et à appeler les autres à la servitude envers Allah. Même dans un environnement d’opposition extrême, il faut dire sans crainte : « Je suis musulman », dans un environnement où proclamer l’islam et le manifester équivalait à appeler le danger sur soi. Pour comprendre toute l’importance de cette parole, il faut garder devant les yeux l’environnement dans lequel elle fut prononcée. À cette époque, quiconque déclarait être musulman avait le sentiment de pénétrer dans une forêt de bêtes féroces, où chacune accourait pour le déchirer et le dévorer. Et celui qui, allant plus loin, ouvrait la bouche pour transmettre l’islam, était comme quelqu’un qui appelait les bêtes féroces en leur disant : « Venez me mettre en pièces et me dévorer ! » C’est dans cette situation qu’il fut dit qu’admettre Allah comme Seigneur, suivre le droit chemin et ne pas s’en écarter constituent une grande bonne œuvre fondamentale. Mais la bonne œuvre du degré supérieur consiste à se lever et à dire : « Je suis musulman », puis à appeler les gens vers Allah sans se soucier des conséquences. En accomplissant cette tâche, il préservera ses propres œuvres dans une telle pureté qu’il ne laissera à personne la possibilité de formuler un reproche contre l’islam et ceux qui en portent l’étendard. (159)

Instruction adressée aux musulmans en vue de la direction du monde

وَكَذَلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطًا لِتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدًا-( البقرة-143)

—Et c’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté excellente, afin que vous soyez témoins à l’égard de l’humanité et que le Messager soit témoin à votre égard. (Al-Baqara : 143)

C’était l’annonce de la direction du monde confiée à la communauté de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Cela indiquait également la guidance d’Allah, grâce à laquelle les disciples du Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pouvaient trouver la voie droite et, progressant sans cesse, atteindre un rang tel qu’ils seraient considérés comme l’« ummat al-wasat ». Cette indication concernait aussi le changement de qibla, que les ignorants considèrent comme le simple fait de tourner le visage d’une direction vers une autre. En réalité, le changement de qibla de Bayt al-Maqdis vers la Kaaba signifiait qu’Allah retirait méthodiquement aux enfants d’Israël la dignité de la direction du monde et qu’Il installait la communauté de Muhammad dans cette fonction.

L’expression « ummat al-wasat » est si vaste par son sens qu’aucun autre terme ne peut rendre pleinement justice à sa traduction. Elle désigne un groupe grand et noble, qui adopte l’équité, la justice et la modération. Il jouira, parmi les nations du monde, du rang de dirigeant. Ses relations avec tous seront identiques, et elles seront fondées sur la probité, non sur le mensonge et l’injustice.

Lorsqu’il est dit que vous avez été constitués en « ummat al-wasat » afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes et que le Messager soit témoin à votre égard, cela signifiait, et signifie encore, qu’au Jour dernier, lorsque l’humanité entière sera réunie pour être jugée, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui), en tant que représentant mandaté par Allah, témoignera contre vous qu’il vous a transmis intégralement et fidèlement l’enseignement qu’Allah lui avait donné sur la pensée juste, les bonnes œuvres et un ordre fondé sur la justice, et qu’il vous en a montré l’application par ses actes. Puis, parce que vous êtes les successeurs du Messager, vous devrez vous présenter comme témoins devant l’ensemble des hommes et témoigner que vous n’avez épargné aucun effort pour leur transmettre tout ce que le Messager vous avait communiqué et pour leur montrer tout ce qu’il vous avait montré.

Ainsi, le fait qu’une personne ou un groupe soit investi en ce monde du rang de témoin au nom de Dieu signifie en réalité qu’il est investi du rang de guide. Ce rang comporte, d’un côté, l’honneur et l’autorité, et de l’autre, le lourd fardeau de la responsabilité. Cela signifie que, de même que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fut pour cette communauté un témoin vivant de la crainte révérencielle de Dieu, de la sincérité, de la justice et de l’attachement à la vérité, cette communauté doit elle aussi être un témoin vivant pour le monde entier. Au point que, par ses paroles et ses actes, son caractère et son comportement, le monde puisse comprendre ce qu’est la crainte de Dieu, ce qu’est la sincérité, ce qu’est véritablement la justice, et ce que signifie réellement l’attachement à la vérité. L’islam est venu pour faire des êtres humains des personnes de cette nature. (160)

Les caractéristiques de la communauté musulmane

كُنْتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ-( آل عمران-110)

Vous êtes la meilleure communauté suscitée pour le monde (pour guider les hommes, les réformer et les améliorer). Vous ordonnez le bien, interdisez le mal et croyez en Allah. (Âl ‘Imrân : 110)

Dans ce verset, il est dit aux adeptes du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) que la dignité de la direction et de la guidance du monde, dont les enfants d’Israël ont été dépossédés en raison de leur inaptitude, vous a maintenant été confiée. En effet, du point de vue de la moralité et des œuvres, vous êtes désormais devenus la meilleure communauté du monde, et des qualités nécessaires à une direction fondée sur la justice se sont développées en vous. C’est-à-dire la motivation et l’effort nécessaires pour établir les bonnes œuvres et éliminer les mauvaises, ainsi que le fait de reconnaître Allah, sans associé, comme son propre Dieu et Seigneur, par la foi et les œuvres. Ainsi, la tâche de la direction du monde vous a été confiée. (161)

وَالْمُؤْمِنُونَ وَالْمُؤْمِنَاتُ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاءُ بَعْضٍ يَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَيُقِيمُونَ الصَّلَاةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَيُطِيعُونَ اللَّهَ وَرَسُولَهُ-( التوبة71)

-Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils ordonnent le bien et interdisent le mal, accomplissent la prière, acquittent la zakat et obéissent à Allah et à Son Messager. (At-Tawbah : 71)

Autrement dit, les croyantes et les croyants sont devenus une communauté dont les membres possèdent tous également ces caractéristiques : ils aiment tellement les bonnes œuvres qu’ils ordonnent aux habitants du monde de les accomplir. Ils détestent tellement les mauvaises actions qu’ils en détournent le monde. Le rappel de Dieu est pour eux, à l’instar des Compagnons, l’un des besoins indispensables de la vie ; pour dépenser leurs biens dans la voie de Dieu, leurs cœurs et leurs mains sont largement ouverts. L’obéissance à Dieu et au Messager est devenue leur nature. Cette disposition morale universelle, cette nature et ce mode de vie les ont unis les uns aux autres. (162)

L’élan au sacrifice de sa vie

Il a également été insufflé aux membres de cette communauté l’élan de donner la priorité à leur religion sur toute chose. Chacun sera prêt à sacrifier toute chose pour elle, mais ne sera prêt à la sacrifier pour aucune chose.

S’il est possible de rester dans son propre pays, auprès de sa famille et dans son foyer tout en adorant Dieu, il n’y a évidemment aucun problème. Mais si cela n’est pas possible, l’épreuve consistera à déterminer s’il abandonne l’adoration de Dieu par attachement à son foyer, à ses enfants, à sa famille et à son pays, ou s’il quitte tout cela pour adorer Dieu et accepte le risque de l’émigration et de l’exil.

وَالَّذِينَ هَاجَرُوا فِي اللَّهِ مِنْ بَعْدِ مَا ظُلِمُوا لَنُبَوِّئَنَّهُمْ فِي الدُّنْيَا حَسَنَةً وَلَأَجْرُ الْآخِرَةِ أَكْبَرُ لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ-( النحل-41)

À ceux qui, après avoir subi l’oppression, ont émigré, Nous accorderons ici-bas une excellente demeure, et la récompense de l’au-delà est bien plus grande. (An-Nahl : 41)

يَا عِبَادِيَ الَّذِينَ آمَنُوا إِنَّ أَرْضِي وَاسِعَةٌ فَإِيَّايَ فَاعْبُدُونِ-كُلُّ نَفْسٍ ذَائِقَةُ الْمَوْتِ ثُمَّ إِلَيْنَا تُرْجَعُونَ-وَالَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ لَنُبَوِّئَنَّهُمْ مِنَ الْجَنَّةِ غُرَفًا تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا نِعْمَ أَجْرُ الْعَامِلِينَ-الَّذِينَ صَبَرُوا وَعَلَى رَبِّهِمْ يَتَوَكَّلُونَ-وَكَأَيِّنْ مِنْ دَابَّةٍ لَا تَحْمِلُ رِزْقَهَا اللَّهُ يَرْزُقُهَا وَإِيَّاكُمْ وَهُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ-(العنكبوت56-60)

— Ô Mes serviteurs qui avez cru ! Ma terre est vaste. Adorez-Moi donc, Moi seul. Toute âme goûtera la mort, puis vous serez tous ramenés vers Moi. Ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres, Nous les installerons dans les appartements élevés du Paradis, sous lesquels coulent des rivières, où ils demeureront éternellement. Quelle belle récompense pour ceux qui œuvrent ! Ceux qui ont patienté et placé leur confiance en leur Seigneur. Que de créatures ne portent pas avec elles leur subsistance ! C’est Allah qui les nourrit, ainsi que vous. Et Il est Celui qui entend tout et sait tout. (Al-‘Ankabût : 56-60)

La sourate Al-‘Ankabût permet de comprendre quelle inspiration avait alors été insufflée au sein de la communauté musulmane.

Le premier verset faisait allusion à l’émigration : si adorer Dieu à La Mecque est devenu difficile, quittez alors le pays. La terre de Dieu n’est pas étroite. Allez là où vous pourrez vivre en serviteurs de Dieu. Vous devez adorer votre Dieu, et non votre peuple ou votre pays. On apprend ainsi que l’essentiel n’est ni le peuple, ni la patrie, ni le pays, mais bien l’adoration d’Allah. Si jamais les exigences de l’amour du peuple, de la patrie et du pays entrent en conflit avec celles de l’adoration de Dieu, c’est alors pour le croyant l’épreuve décisive de la foi. Le croyant sincère adorera Dieu seul et rejettera le pays et le peuple. Ceux qui prétendent faussement avoir la foi abandonneront celle-ci et resteront attachés à leur pays et à leur peuple. Ce verset établit clairement à ce sujet qu’un homme véritablement dévoué à Dieu peut être patriote et attaché à son peuple, mais ne peut être un adorateur du peuple ni du pays. Pour lui, l’adoration de Dieu est plus chère que toute chose ; il sacrifiera pour elle toute chose de ce monde, mais ne la sacrifiera pour rien au monde.

Le sens du deuxième verset est de ne pas se préoccuper de la vie, car elle s’en ira de toute façon à n’importe quel moment. Personne ne vient au monde pour y demeurer éternellement. Ce qui doit donc vous préoccuper n’est pas de savoir comment préserver votre vie, mais bien comment préserver votre foi et comment répondre aux exigences du dévouement à Dieu. En définitive, vous devrez revenir auprès de Moi. Si vous revenez de ce monde après avoir perdu la foi pour sauver votre vie, votre sort sera tout autre. Mais si vous en sortez après avoir perdu la vie pour sauver votre foi, votre sort sera différent. Préoccupez-vous donc de ce que vous emporterez lorsque vous reviendrez vers Moi : une foi sacrifiée pour préserver la vie, ou une vie sacrifiée pour préserver la foi.

Le troisième verset indique que, si, en raison de votre engagement sur la voie de la foi et de la vertu, vous êtes privés de toutes les faveurs de ce monde et mourez après avoir échoué selon les critères terrestres, vous devez croire que cette perte sera assurément compensée. Vous ne recevrez pas seulement une compensation, mais aussi la meilleure des récompenses.

Le quatrième verset indique que, dans l’au-delà, la meilleure des récompenses est destinée à ceux qui, affrontant toutes sortes de malheurs, d’épreuves, de peines et de persécutions, restent fermes dans la foi ; à ceux qui acceptent les risques de la foi et ne s’en détournent pas ; qui, bien qu’ayant vu de leurs propres yeux les avantages, les facilités et les profits liés à l’abandon de la foi, n’y ont prêté aucune attention ; qui, même en voyant la progression et la prospérité des mécréants, des pervers et des débauchés, n’y ont accordé aucun regard ; à ceux qui ne se sont pas reposés sur leurs richesses, leurs affaires, leur commerce, leur tribu ou leur famille, mais ont placé leur confiance en leur Seigneur ; qui, faisant abstraction des moyens et ressources terrestres, se sont préparés à affronter de simples rapports de force et conflits de puissance, et qui, lorsque cela était nécessaire, ont quitté leurs maisons et sont partis ; à ceux qui ont acquis la conviction auprès de leur Seigneur que la récompense de demeurer fermes dans la foi et la vertu ne sera jamais perdue. Ils ont également gardé la confiance qu’Il aiderait Ses serviteurs croyants et vertueux dans ce monde même, et leur accorderait dans l’au-delà la meilleure récompense pour leurs œuvres.

Le dernier verset indique qu’après avoir émigré, vous ne devez pas vous préoccuper seulement de votre vie, mais aussi de votre subsistance. Voyez donc ces innombrables animaux, oiseaux et créatures aquatiques qui se déplacent sous vos yeux dans l’eau, sur la terre et dans les airs. Où qu’ils aillent, ils trouvent, par la grâce d’Allah, quelque moyen de subsistance. Ne perdez donc pas courage en vous demandant sans cesse d’où vous mangerez si, pour la cause de la foi, vous abandonnez vos maisons et partez. Celui qui pourvoit de subsistance Ses innombrables créatures vous en pourvoira également. (163)

La nature des relations des croyants avec les mécréants

D’un côté, il a été clairement indiqué quelle devait être la relation réciproque entre les membres de la communauté musulmane et combien ils devaient être étroitement liés à la religion et à la foi. D’un autre côté, il a été indiqué quel devait être le type de relation des musulmans avec les mécréants.

لَا يَتَّخِذِ الْمُؤْمِنُونَ الْكَافِرِينَ أَوْلِيَاءَ مِنْ دُونِ الْمُؤْمِنِينَ-( آل عمران-28)

-Les croyants ne prendront jamais les mécréants pour amis au détriment des croyants. (Al-i Imran-28)

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَتَّخِذُوا الْكَافِرِينَ أَوْلِيَاءَ مِنْ دُونِ الْمُؤْمِنِينَ-( النساء-144)

-Ô vous qui avez cru ! Ne prenez pas les mécréants pour amis au détriment des croyants. (An-Nisa : 144)

أَمْ حَسِبْتُمْ أَنْ تُتْرَكُوا وَلَمَّا يَعْلَمِ اللَّهُ الَّذِينَ جَاهَدُوا مِنْكُمْ وَلَمْ يَتَّخِذُوا مِنْ دُونِ اللَّهِ وَلَا رَسُولِهِ وَلَا الْمُؤْمِنِينَ وَلِيجَةً-( التوبة-16)

-Pensez-vous que vous serez laissés ainsi, alors qu’Allah n’a pas encore vu lesquels d’entre vous ont combattu dans Sa voie et n’ont pris pour intime ami personne en dehors d’Allah, du Messager et des croyants ? (At-Tawbah : 16)

Dans ce verset de la sourate At-Tawbah, l’appel s’adresse à ceux qui étaient devenus musulmans récemment. Il leur fut dit que, tant qu’ils n’auraient pas franchi cette épreuve du feu et prouvé qu’en vérité ils considéraient Allah et Sa religion comme plus chers que leur vie, leurs biens et leurs proches, ils ne seraient pas considérés comme de véritables croyants. Jusqu’à présent, manifestement, votre situation est la suivante : l’islam ayant triomphé et s’étant répandu dans tout le pays grâce aux efforts acharnés des véritables croyants et des premiers devanciers dans la foi, vous êtes devenus musulmans. (164)

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَتَّخِذُوا آبَاءَكُمْ وَإِخْوَانَكُمْ أَوْلِيَاءَ إِنِ اسْتَحَبُّوا الْكُفْرَ عَلَى الْإِيمَانِ وَمَنْ يَتَوَلَّهُمْ مِنْكُمْ فَأُولَئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ – قُلْ إِنْ كَانَ آبَاؤُكُمْ وَأَبْنَاؤُكُمْ وَإِخْوَانُكُمْ وَأَزْوَاجُكُمْ وَعَشِيرَتُكُمْ وَأَمْوَالٌ اقْتَرَفْتُمُوهَا وَتِجَارَةٌ تَخْشَوْنَ كَسَادَهَا وَمَسَاكِنُ تَرْضَوْنَهَا أَحَبَّ إِلَيْكُمْ مِنَ اللَّهِ وَرَسُولِهِ وَجِهَادٍ فِي سَبِيلِهِ فَتَرَبَّصُوا حَتَّى يَأْتِيَ اللَّهُ بِأَمْرِهِ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْفَاسِقِينَ-( التوبة-23-24)

-Ô vous qui avez cru ! Ne prenez pas vos pères et vos frères pour amis intimes s’ils préfèrent la mécréance à la foi. Ceux d’entre vous qui les prendront pour amis seront les injustes. Ô Prophète ! Dis-leur : si vos pères, vos frères, vos épouses, vos proches et amis, les biens que vous avez acquis, ainsi que vos épouses, vos proches et amis, les biens que vous avez acquis, vos commerces dont vous craignez la stagnation et les demeures qui vous plaisent vous sont plus chers qu’Allah, que Son Messager et que le combat dans Sa voie, alors attendez qu’Allah rende Son jugement à votre sujet. Et Allah ne guide pas les gens pervers.

قَدْ كَانَتْ لَكُمْ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ فِي إِبْرَاهِيمَ وَالَّذِينَ مَعَهُ إِذْ قَالُوا لِقَوْمِهِمْ إِنَّا بُرَآءُ مِنْكُمْ وَمِمَّا تَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ كَفَرْنَا بِكُمْ وَبَدَا بَيْنَنَا وَبَيْنَكُمُ الْعَدَاوَةُ وَالْبَغْضَاءُ أَبَدًا حَتَّى تُؤْمِنُوا بِاللَّهِ وَحْدَهُ-( الممتحنة-4)

-Vous avez un excellent modèle en Abraham et en ceux qui étaient avec lui, lorsqu’ils dirent à leur peuple avec clarté : « Nous nous désavouons de vous et de ces divinités que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous rejetons, et entre nous et vous se sont établies pour toujours l’inimitié et la haine, jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, l’Unique. » (Al-Mumtahanah : 4)

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَتَّخِذُوا عَدُوِّي وَعَدُوَّكُمْ أَوْلِيَاءَ تُلْقُونَ إِلَيْهِمْ بِالْمَوَدَّةِ وَقَدْ كَفَرُوا بِمَا جَاءَكُمْ مِنَ الْحَقِّ يُخْرِجُونَ الرَّسُولَ وَإِيَّاكُمْ أَنْ تُؤْمِنُوا بِاللَّهِ رَبِّكُمْ إِنْ كُنْتُمْ خَرَجْتُمْ جِهَادًا فِي سَبِيلِي وَابْتِغَاءَ مَرْضَاتِي-( الممتحنة-1)

-Ô vous qui croyez ! Si vous êtes sortis de vos demeures pour combattre dans Ma voie et rechercher Ma satisfaction, ne prenez pas pour amis Mes ennemis et vos ennemis. Vous leur témoignez de l’affection, alors qu’ils ont refusé de croire à la vérité qui vous est parvenue. Ils expulsent le Messager et vous-mêmes de vos demeures parce que vous croyez en Allah, votre Seigneur. (Al-Mumtahanah : 1)

لَا تَجِدُ قَوْمًا يُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ يُوَادُّونَ مَنْ حَادَّ اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَلَوْ كَانُوا آبَاءَهُمْ أَوْ أَبْنَاءَهُمْ أَوْ إِخْوَانَهُمْ أَوْ عَشِيرَتَهُمْ أُولَئِكَ كَتَبَ فِي قُلُوبِهِمُ الْإِيمَانَ وَأَيَّدَهُمْ بِرُوحٍ مِنْهُ-( المجادلة-22)

—Vous ne trouverez jamais que ceux qui croient en Allah et au Jour dernier entretiennent des liens d’amitié avec ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager, même s’il s’agit de leur père, de leur fils, de leur frère ou des membres de leur famille. Ce sont eux dont Allah a gravé la foi dans les cœurs et qu’Il a fortifiés et honorés en leur accordant un esprit venant de Lui. (Al-Mujādilah : 22)

Dans ce verset de la sourate Al-Mujādilah, deux points sont exposés : l’un relève du principe, et l’autre relate des faits réels.

En principe, il est dit que la foi en la religion de vérité et l’amour des ennemis de cette religion sont deux choses contradictoires. Il est absolument impossible de les réunir. Il est tout à fait inconcevable que la foi et l’amour des ennemis d’Allah et du Messager puissent coexister dans un même cœur. De même, dans l’esprit d’une personne, l’amour de sa propre personne et l’amour de ses ennemis ne peuvent se trouver réunis simultanément. Ainsi, si vous voyez quelqu’un qui prétend avoir la foi tout en entretenant des relations affectueuses avec des gens hostiles à l’islam, vous ne devez pas vous laisser troubler au point de penser qu’en dépit d’une telle conduite, il est peut-être sincère dans sa prétention à la foi. Ceux qui entretiennent simultanément les mêmes relations avec l’islam et avec ses adversaires doivent eux-mêmes réfléchir sérieusement à leur propre condition et se demander ce qu’ils sont réellement : des croyants ou des hypocrites ? S’ils possèdent ne serait-ce qu’un peu de sincérité et ressentent quelque peu que, du point de vue moral, l’hypocrisie est le comportement le plus vil pour l’être humain, ils devraient renoncer à tenter de monter sur deux embarcations à la fois. La foi exige d’eux une décision ferme. S’ils veulent rester croyants, ils doivent rompre tout lien de parenté et toute relation qui entrerait en conflit avec l’islam. S’ils choisissent une autre relation comme étant plus chère que leur attachement à l’islam, ils doivent renoncer à leur fausse prétention à la foi.

Voilà le principe. Mais Allah n’a pas jugé suffisant de l’énoncer seulement ici. Il a également présenté aux prétendus croyants, à titre d’exemple, des faits réels : ceux qui étaient véritablement croyants ont effectivement rompu, aux yeux de tous, tous les liens qui faisaient obstacle à la religion d’Allah. C’est un fait historique que toute l’Arabie a pu observer lors des batailles de Badr et d’Uhud. Les nobles Compagnons qui avaient émigré de La Mecque et étaient venus à Médine ont combattu leurs propres tribus et leurs proches parents uniquement pour Allah et pour Sa religion.

Abū ʿUbaydah tua son père, ʿAbdullāh ibn al-Jarrāḥ. Muṣʿab ibn ʿUmayr tua son propre frère, ʿUbayd ibn ʿUmayr. ʿUmar tua son oncle maternel, ʿĀṣ ibn Hishām ibn al-Mughīrah. Abū Bakr se prépara à combattre son propre fils, ʿAbd al-Raḥmān. ʿAlī, Ḥamzah et ʿUbaydah ibn al-Ḥārith tuèrent ʿUtbah, Shaybah et al-Walīd ibn ʿUtbah, qui étaient leurs proches parents. Au sujet des prisonniers de la bataille de Badr, ʿUmar demanda au Prophète que tous fussent tués et que chacun d’entre nous tue son propre parent. Lors de cette bataille de Badr, un Ansar retenait et attachait Abū ʿAzīz ibn ʿUmayr, le frère germain de Muṣʿab ibn ʿUmayr. En le voyant, Muṣʿab s’écria : « Attache-le solidement. Sa mère est très riche ; elle te versera une forte rançon pour sa libération. » Abū ʿAzīz dit : « Est-ce ainsi que tu parles alors que tu es mon frère ? » Muṣʿab répondit : « En ce moment, tu n’es pas mon frère. C’est cet Ansar qui est mon frère, lui qui t’a capturé. » Au cours de cette même bataille de Badr, ʿAbbās, l’oncle du Prophète lui-même, ainsi qu’Abū al-ʿĀṣ, son gendre — l’époux de Zaynab, fille du Prophète —, furent faits prisonniers. Pourtant, en raison de leur parenté avec le Messager, ils ne reçurent aucun traitement de faveur qui les aurait distingués des autres prisonniers. Ainsi, dans le domaine des faits réels, il fut montré aux habitants de ce monde ce qu’est un musulman véritable et quelle est sa relation avec Allah et Sa religion.

Al-Daylamī a rapporté, d’après Muʿādh, cette invocation du Messager d’Allah :

— Ô Seigneur ! Ne permets pas qu’un pervers — selon une autre version, un débauché — me témoigne de la bienveillance, afin qu’un amour pour lui ne naisse pas dans mon cœur. Car j’ai trouvé dans la Révélation que Tu as fait descendre ceci : ceux qui croient en Allah et à la religion du Jour dernier ne peuvent entretenir de l’amour pour ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager. (165)

On ne peut pas abandonner la foi pour faire plaisir à qui que ce soit

وَوَصَّيْنَا الْإِنْسَانَ بِوَالِدَيْهِ حَمَلَتْهُ أُمُّهُ وَهْنًا عَلَى وَهْنٍ وَفِصَالُهُ فِي عَامَيْنِ أَنِ اشْكُرْ لِي وَلِوَالِدَيْكَ إِلَيَّ الْمَصِيرُ – وَإِنْ جَاهَدَاكَ عَلَى أَنْ تُشْرِكَ بِي مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ فَلَا تُطِعْهُمَا وَصَاحِبْهُمَا فِي الدُّنْيَا مَعْرُوفًا-( لقمان-14-15)

-Nous avons expressément enjoint à l’être humain de reconnaître les droits de ses père et mère. Sa mère l’a porté dans son sein au prix de grandes souffrances, et il a fallu deux ans pour le sevrer. (C’est pourquoi Nous lui avons recommandé 🙂 «Sois reconnaissant envers Moi et envers tes père et mère. C’est vers Moi que vous retournerez.» Mais s’ils te pressent de M’associer quelqu’un dont tu ne connais pas qu’il soit Mon associé, ne leur obéis jamais. Toutefois, comporte-toi convenablement envers eux dans le monde d’ici-bas. (Luqmân : 14-15)

وَوَصَّيْنَا الْإِنْسَانَ بِوَالِدَيْهِ حُسْنًا وَإِنْ جَاهَدَاكَ لِتُشْرِكَ بِي مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ فَلَا تُطِعْهُمَا-( العنكبوت-8)

-Nous avons recommandé à l’être humain de bien traiter ses père et mère. Mais s’ils te pressent de M’associer quelqu’un dont tu ne sais pas qu’il soit Mon associé, ne leur obéis pas. (Al-‘Ankabût : 8)

Selon les récits de Muslim, at-Tirmidhî, Ahmad, Abû Dâwûd et an-Nasâ’î au sujet de ce verset de la sourate al-‘Ankabût, celui-ci fut révélé à propos du vénérable Sa‘d ibn Abî Waqqâs (qu’Allah l’agrée). Il embrassa l’islam à l’âge de dix-huit ou dix-neuf ans. Sa mère était Hamna bint Sufyân ibn Umayya (la nièce d’Abû Sufyân). Lorsqu’elle apprit que son fils était devenu musulman, elle lui dit : «Tant que tu n’auras pas renié Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), je ne mangerai ni ne boirai. Je ne m’assiérai même pas à l’ombre. Honorer sa mère est certes un commandement d’Allah. Si tu refuses de m’obéir, tu désobéis donc aussi à Allah.»

Le vénérable Sa‘d en fut terriblement embarrassé et se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), à qui il raconta toute l’affaire. C’est à ce sujet que ce verset fut révélé. Il est probable que d’autres jeunes, devenus musulmans à La Mecque au début de l’islam, aient eux aussi été confrontés à cette situation. C’est pourquoi cette question a été répétée avec une grande insistance dans le verset de la sourate Luqmân que nous avons cité plus haut.

Le sens du verset est le suivant : si, parmi toutes les créatures, quelqu’un possède le plus grand droit sur l’être humain, ce sont bien ses père et mère. Mais s’ils le contraignent à pratiquer l’associationnisme, il ne faut pas leur obéir. À plus forte raison, il ne faut pas le faire sur l’ordre de quiconque. Les termes de l’injonction étaient وان جاهدك c’est-à-dire que tous deux déploieraient tous leurs efforts pour te contraindre. On en déduit qu’une pression moindre, ou la pression exercée par un seul des deux parents, doit également être rejetée. Il faut également retenir ماليس لك به علم Cela signifie : celui que tu ne reconnais pas comme Mon associé. Une justification légitime est donnée pour ne pas obéir aux parents. Les parents ont certes aussi le droit que leur enfant les serve, les honore et respecte leurs paroles licites. Mais nul n’a le droit de suivre aveuglément ses parents lorsque cela contredit ce qu’il sait. Il ne peut être juste qu’un fils ou une fille suive une religion uniquement parce qu’elle est celle de ses parents. Si les enfants découvrent que la religion de leurs parents est erronée, ils doivent l’abandonner et adopter une religion correcte. Même sous la pression des parents, ils ne doivent pas suivre une voie dont l’égarement est manifeste. Et si ce comportement s’applique aux parents, il peut également s’appliquer à toute personne dans le monde. Il n’est juste de suivre aveuglément personne, tant qu’il n’est pas établi que cette personne est fermement attachée à la vérité. (166)

وَقَالَ الَّذِينَ كَفَرُوا لِلَّذِينَ آمَنُوا اتَّبِعُوا سَبِيلَنَا وَلْنَحْمِلْ خَطَايَاكُمْ وَمَا هُمْ بِحَامِلِينَ مِنْ خَطَايَاهُمْ مِنْ شَيْءٍ إِنَّهُمْ لَكَاذِبُونَ – وَلَيَحْمِلُنَّ أَثْقَالَهُمْ وَأَثْقَالًا مَعَ أَثْقَالِهِمْ وَلَيُسْأَلُنَّ يَوْمَ الْقِيَامَةِ عَمَّا كَانُوا يَفْتَرُونَ-( العنكبوت-12-13)

-Les mécréants disent aux croyants : « Suivez notre voie, et nous porterons le poids de vos fautes. » Pourtant, ils ne porteront rien de leurs fautes. Ce ne sont que des mensonges. Oui, ils porteront certainement leurs propres fardeaux, ainsi que bien d’autres fardeaux avec les leurs. Et, le Jour de la Résurrection, ils devront certainement rendre compte des mensonges qu’ils profèrent. (Al-‘Ankabût : 12-13)

Le sens de cette déclaration des mécréants était le suivant : la vie après la mort, la résurrection, le jugement, la récompense et toutes ces choses ne sont que tromperie et imposture. Mais s’il existe réellement une vie après la mort et qu’un interrogatoire y a lieu, alors nous prenons la responsabilité de subir nous-mêmes tous les châtiments devant Dieu. Nous vous disons : abandonnez cette nouvelle religion et retournez à la religion de vos ancêtres.

Il est rapporté au sujet de plusieurs chefs quraychites que, dans les premiers temps, ces gens tenaient de tels propos lorsqu’ils allaient voir ceux qui embrassaient l’islam. Il est également dit qu’après qu’Omar eut embrassé la foi, Abû Sufyân et Harb ibn Umayya ibn Khalaf allèrent le voir et lui tinrent précisément ce genre de propos.

C’est pour cette raison qu’il est dit, en premier lieu, qu’il est tout simplement impossible qu’une personne assume devant Dieu la responsabilité d’une autre et qu’un pécheur échappe lui-même au châtiment de ses péchés sur la parole de quelqu’un. Car là-bas, chacun sera lui-même responsable de ses propres actes.(Arabe************************)

Mais même s’il en était ainsi, lorsque la conséquence de la mécréance et de l’associationnisme apparaîtra sous la forme d’un Enfer embrasé, qui aura alors le courage de dire, par pudeur envers la promesse faite ici-bas : « Seigneur ! Pardonnez et envoyez au Paradis celui qui, sur mes paroles, a abandonné la foi et emprunté la voie de l’apostasie ou du reniement religieux. Je suis prêt à subir, en plus du châtiment de ma propre mécréance, celui de sa mécréance également. » (167)

Il est interdit d’implorer le pardon pour les mécréants

مَا كَانَ لِلنَّبِيِّ وَالَّذِينَ آمَنُوا أَنْ يَسْتَغْفِرُوا لِلْمُشْرِكِينَ وَلَوْ كَانُوا أُولِي قُرْبَى مِنْ بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُمْ أَنَّهُمْ أَصْحَابُ الْجَحِيمِ-( التوبة-113)

-Ce n’est pas au Prophète ni aux croyants de demander le pardon pour les associateurs, fussent-ils leurs proches, lorsqu’il leur est devenu évident qu’ils sont voués à l’Enfer. (At-Tawba : 113)

Demander le pardon pour quelqu’un signifie, premièrement, éprouver de la compassion et de l’affection à son égard ; deuxièmement, considérer que ses fautes sont dignes d’être pardonnées. Cela s’applique à celui qui fait partie des obéissants, mais qui est simplement pécheur. En revanche, lorsqu’une personne est ouvertement rebelle, éprouver de la compassion et de l’affection à son égard et considérer son crime comme pardonnable n’est pas seulement une erreur de principe : cela rend même suspecte notre propre obéissance, à nous qui demandons pardon. Si, en raison uniquement des liens de parenté, nous souhaitons qu’elle soit pardonnée, cela signifie que, pour nous, ces liens ont plus de valeur que l’exigence d’obéir à Allah. Cela signifie également que notre amour pour Allah et pour Sa religion n’est ni désintéressé ni exempt de parti pris. Nous entretenons des relations affectueuses avec ceux qui se rebellent contre Allah et nous souhaitons qu’Allah Lui-même accepte ces relations et pardonne nécessairement nos proches, même s’Il précipite en Enfer les autres coupables du même crime. Tout cela est erroné et contraire à la sincérité et à l’obéissance. C’est également contraire à la foi, qui exige que notre amour pour Allah et pour Sa religion soit totalement exempt de parti pris : l’ami d’Allah est notre ami et Son ennemi est notre ennemi. C’est pourquoi Allah n’a pas dit : « Ne demandez pas le pardon pour les associateurs », mais Il a dit : « Il ne vous sied pas, il ne vous appartient pas, de demander le pardon pour eux. » Autrement dit, si, après Mon interdiction, vous vous abstenez, cela ne suffit pas. Le sentiment d’obéissance en vous devrait être si intense qu’éprouver de la compassion pour ceux qui se rebellent contre Moi et considérer leur crime comme pardonnable vous paraisse indigne de vous-mêmes.

Il convient aussi de comprendre ici que l’interdiction de manifester de la compassion envers ceux qui se rebellent contre Allah concerne la compassion qui intervient dans les affaires de la religion. En revanche, la compassion humaine, la bonté et la bienveillance envers les proches dans les relations terrestres, la générosité et les comportements affectueux ne sont pas interdits ; ils sont au contraire louables. Qu’un proche soit mécréant ou croyant, ses droits terrestres doivent nécessairement être respectés. Il faut aider celui qui est en détresse et permettre aux nécessiteux de gagner leur subsistance. Il ne faut manquer ni d’aide ni de compassion envers les malades et les blessés. Il faut entourer les orphelins d’affection et de tendresse. Dans ces domaines, il ne faut jamais faire de distinction selon que la personne est musulmane ou non musulmane.

Le mariage avec eux ainsi que les liens successoraux sont également interdits

لَا هُنَّ حِلٌّ لَهُمْ وَلَا هُمْ يَحِلُّونَ لَهُنَّ-( الممتحنة-10)

-Ni les femmes musulmanes ne sont licites pour les mécréants, ni les mécréants ne leur sont licites. (Al-Mumtahana : 10)

وَلَا تُمْسِكُوا بِعِصَمِ الْكَوَافِرِ-( الممتحنة-10)

-Et vous non plus, ne retenez pas les femmes mécréantes dans les liens du mariage. (Al-Mumtahana : 10)

Toutefois, cette règle comporte une différence : les hommes musulmans peuvent épouser les femmes des gens du Livre, comme cela est indiqué dans le verset 5 de la sourate Al-Mâ’ida. En ce qui concerne les musulmanes, elles ne sont licites ni permises à aucun homme autre qu’un musulman.

وَلَا تَنْكِحُوا الْمُشْرِكَاتِ حَتَّى يُؤْمِنَّ وَلَأَمَةٌ مُؤْمِنَةٌ خَيْرٌ مِنْ مُشْرِكَةٍ وَلَوْ أَعْجَبَتْكُمْ وَلَا تُنْكِحُوا الْمُشْرِكِينَ حَتَّى يُؤْمِنُوا وَلَعَبْدٌ مُؤْمِنٌ خَيْرٌ مِنْ مُشْرِكٍ وَلَوْ أَعْجَبَكُمْ-( البقرة-221)

— N’épousez jamais les femmes polythéistes tant qu’elles n’auront pas cru. Une esclave croyante vaut mieux qu’une femme issue d’une noble famille polythéiste, même si celle-ci vous plaît beaucoup. Ne donnez pas vos filles en mariage aux hommes polythéistes tant qu’ils n’auront pas cru. Un esclave croyant vaut mieux qu’un homme polythéiste issu d’une noble famille, même si celui-ci vous plaît beaucoup. (Al-Baqara : 221)

Il est rapporté d’après Usâma ibn Zayd (qu’Allah l’agrée) que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit :(Arabe*****************)

— Ni le musulman ne peut hériter du mécréant, ni le mécréant du musulman. (Al-Bukhârî, Muslim, An-Nasâ’î, Ahmad, At-Tirmidhî, Ibn Mâja, Abû Dâwûd).

Les mécréants sont de deux sortes, et la différence dans la manière de les traiter

Après avoir ainsi séparé complètement la communauté musulmane des mécréants, une différence n’a été établie dans l’attitude des musulmans envers les deux sortes de mécréants que sur un seul point. C’est qu’Allah ne vous interdit pas de faire preuve de bonté et d’équité envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre religion et ne vous ont pas expulsés de vos maisons. Allah aime ceux qui sont équitables. En revanche, Il vous interdit de vous lier d’amitié avec ceux qui vous ont combattus à cause de votre religion, vous ont expulsés de vos maisons et se sont entraident pour vous expulser. Ceux qui se lient d’amitié avec eux sont injustes. (Al-Mumtahana : 8-9)

En d’autres termes, il a été ordonné aux musulmans d’agir en faisant la distinction entre les mécréants ennemis et les mécréants non ennemis. Ils doivent se comporter avec bonté envers les mécréants qui ne leur ont jamais fait de mal. On en trouve une excellente illustration dans un événement. L’épouse d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) était mécréante ; c’est d’elle que naquit Asmâ’ bint Abî Bakr. Elle resta à La Mecque. Après le traité d’Al-Hudaybiya, lorsque les habitants de La Mecque et de Médine commencèrent à se rendre visite, l’épouse mécréante d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) vint à Médine pour rencontrer sa fille. Elle apporta également quelques présents.

Hazrat Asmâ (que Dieu l’agrée) rapporte elle-même : « Puis je me rendis auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui demandai si je pouvais rendre visite à ma mère et me comporter avec elle comme il convient envers une parente. Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : “Oui, rends-lui visite et comporte-toi également avec elle comme il convient envers une parente.” » (Musnad d’Ahmad, al-Bukhari, Muslim). Il ressort de cela qu’il est permis à un musulman d’aider ses parents, ses frères et sœurs ainsi que ses proches non musulmans, à condition qu’ils ne soient pas ennemis de l’islam. De même, il est permis de donner la zakat à un pauvre dhimmi (Ahkam al-Qur’an, Ruh al-Ma‘ani). (169)

La véritable dignité de l’umma musulmane

Ainsi, la communauté (le groupe) qui avait vu le jour n’était en aucun sens une nation. Sa véritable nature se comprend clairement à travers les termes employés dans le Coran et les hadiths.

Hizb

Un terme, « hizb », est employé en deux endroits pour désigner les musulmans (al-Ma’idah, verset 56 ; al-Mujadalah, verset 22). Ce terme est véritablement synonyme de parti ou de groupe. Dans les deux passages, les musulmans sont appelés « Hizbullah » (les gens du parti d’Allah), c’est-à-dire les membres du groupe qui se sont voués à l’œuvre d’Allah. Une nation se forme sur la base de la lignée et de la famille, tandis qu’un parti se forme sur la base de principes et d’une idéologie. De ce point de vue, les musulmans ne constituent en réalité pas une nation, mais plutôt un parti. Ils ont été distingués du reste du monde et liés les uns aux autres pour une seule raison : ils croient à un même principe et à une même doctrine, et les suivent. Quant à ceux dont les principes et la doctrine ne concordent pas avec les leurs, ils n’ont aucun lien avec eux, même s’ils sont leurs proches parents.

Le Coran ne reconnaît, parmi les habitants de la terre, que deux groupes : l’un est le parti d’Allah (Hizbullah), l’autre le parti de Satan (Hizb ach-Chaytan). Quels que soient les désaccords qui existent au sein du parti de Satan sur le plan des principes et de la doctrine, le Coran les considère tous comme un seul et même groupe. En effet, leur manière de penser et d’agir n’est pas islamique et, malgré leurs divergences secondaires, ils sont tous d’accord pour obéir à Satan. Le Coran dit :

اسْتَحْوَذَ عَلَيْهِمُ الشَّيْطَانُ فَأَنْسَاهُمْ ذِكْرَ اللَّهِ أُولَئِكَ حِزْبُ الشَّيْطَانِ أَلَا إِنَّ حِزْبَ الشَّيْطَانِ هُمُ الْخَاسِرُونَ-(المجادلة-19)

-Satan a pris autorité sur eux et leur a fait oublier le rappel de Dieu. Ce sont les gens du parti de Satan. Prenez garde : ce sont les gens du parti de Satan qui sont les perdants. (Al-Mujadalah : 19)

À l’inverse, les membres du parti d’Allah, si différents soient-ils les uns des autres par leur lignée, leur patrie, leur race, leur langue et leur histoire et leurs traditions, et quand bien même une haine meurtrière aurait opposé leurs ancêtres, dès lors qu’ils se sont accordés sur la pensée et le mode de vie prescrits par Dieu, se sont comme trouvés liés ensemble par le lien divin (Hablullah) ; et dès qu’ils ont rejoint ce nouveau parti, tous leurs liens avec les partisans du parti de Satan ont été rompus.

Ummah

Le deuxième terme, employé dans le Coran à quatre endroits (Al-Baqara : 128, 143 ; Âl ‘Imrân : 104, 110) au sens de parti, est celui d’ummah. Ce terme est également employé en de nombreux endroits dans les hadiths. On appelle ummah le groupe que réunissent certaines questions d’ordre général. Ainsi, les gens d’une même époque étaient autrefois appelés une « ummah ». Les gens d’une même lignée ou d’un même pays étaient également appelés une ummah. Mais le véritable fondement de l’universalité qui vaut aux musulmans d’être appelés une ummah n’est ni la lignée, ni la patrie, ni les intérêts économiques ; c’est plutôt leur « mission dans la vie, leurs principes fondamentaux et leur voie dans la vie ». En vérité, le Coran dit :

(Arabe***************)

-Vous êtes la meilleure ummah qui ait été suscitée pour l’humanité. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez en Dieu. (Âl ‘Imrân : 110)

(Arabe***************)

-Et c’est ainsi que Nous avons fait de vous une ummah du juste milieu, afin que vous soyez les gardiens de l’humanité et que le Messager soit votre gardien. (Al-Baqara : 143)

Il ressort clairement de ces deux versets que le « musulman » constitue en réalité un groupe international. De toutes les nations du monde, ont été choisis ceux qui ont été préparés à suivre un principe particulier, à mettre en œuvre un programme particulier et à accomplir une mission. Puisque ces gens sont issus de chaque nation et qu’après être devenus un seul groupe ils n’ont plus de lien avec aucune nation, ils constituent à ce titre une ummah intermédiaire. Mais, après avoir rompu leurs liens avec toutes les nations, un second lien avec toutes les nations leur a été établi. Il consiste en ceci : ils assumeront dans le monde la charge de commander l’armée divine. Les mots « vous êtes les gardiens de l’humanité » indiquent que les musulmans ont été nommés par Dieu commandants de l’armée dans le monde, et les mots « suscitée pour l’humanité » disent clairement que la mission des musulmans est une mission internationale. L’essence de cette mission est que le chef du « parti d’Allah », Sayyiduna Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), puisse mettre en œuvre dans le monde, par l’emploi de toutes les forces intellectuelles, morales et matérielles, le système de pensée et d’action que Dieu lui a donné, et vaincre en face de lui tous les autres systèmes et méthodes-(Arabe****************) C’est sur cette base que les musulmans ont été constitués en une ummah.

Jamāʿat

Le troisième terme technique que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a employé en de nombreux endroits pour désigner le statut collectif des musulmans est « Jamāʿat » ; ce terme est lui aussi synonyme de groupe, comme « hizb ». (****) et (******)

L’examen de nombreux hadiths de ce genre permet de constater que le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) s’est abstenu d’employer « qawm », « shaʿb » (***) ou tout autre terme synonyme, et qu’il a employé à la place le terme technique Jamāʿat. Il n’a jamais dit : « Restez toujours avec le qawm », ni : « La main de Dieu est au-dessus du qawm. » Au contraire, dans tous les cas de ce genre, il employait le mot « Jamāʿat ». La raison en est simplement que ce terme est peut-être plus juste pour exprimer la manière dont les musulmans se réunissent. Le mot « qawm », dans son usage courant, désigne une appartenance telle qu’un individu, quelles que soient ses convictions et ses principes, peut appartenir à une nation s’il est né au sein de celle-ci et qu’il y est rattaché par son nom, son mode de vie et ses relations sociales.

Différence entre un groupe idéologique et un groupe national

Il existe d’abord un groupe qui, compte tenu des circonstances particulières d’une nation ou d’un pays, adopte une idéologie et un programme spécifiques en matière de stratégie politique. Un tel groupe n’est rien d’autre qu’un parti politique. Il peut donc agir comme une partie intégrante de la nation au sein de laquelle il est né, et il le fait.

Le deuxième groupe est celui qui apparaît avec une idéologie et une conception universelles. Il porte, pour l’ensemble de l’humanité, indépendamment des nations et des patries, une idéologie universelle. Il cherche à façonner toute la vie selon un modèle particulier. Il veut réorganiser selon son propre moule chaque aspect, depuis son idéologie et son mode de vie, sa croyance et sa pensée, ainsi que ses principes moraux, jusqu’aux comportements individuels et aux détails de l’organisation sociale collective. Il aspire à établir une culture durable et une civilisation particulière. Bien qu’il soit lui aussi un groupe, ce n’est pas un groupe qui puisse agir comme une composante d’une nation. Il s’élève au-dessus du nationalisme limité. Sa mission consiste à renverser les fanatismes aveugles qui ont donné naissance dans le monde à des nations fondées sur la lignée, la couleur, la langue, la patrie et la tradition. Comment ce groupe pourrait-il se rattacher à ces nations ? À la place des nationalités héréditaires et historiques, il établit une nationalité fondée sur le discernement (). À la place de la nationalité créée, il en forme une expansive (). Il se transforme lui-même en une nationalité destinée à rassembler dans son propre cadre toutes les forces humaines du monde sur la base de l’unité de la pensée et de la culture. Mais, bien qu’il constitue ainsi une nationalité, il demeure un groupe. Car on n’y adhère pas en fonction du hasard de la naissance des populations. On y adhère plutôt en suivant consciemment l’idéologie et le mode de vie sur lesquels ce groupe est fondé.

Les musulmans désignent en réalité ce deuxième type de groupe. Ce n’est pas un groupe formé au sein d’une nation. C’est plutôt un groupe qui apparaît dans le but d’établir durablement un système de vie global ainsi qu’un système de civilisation et de culture, et qui veut, au-delà des frontières étroites des petites nationalités, former sur des bases rationnelles une grande nationalité universelle (). Il est juste de l’appeler une nation en ce sens qu’il ne cherche pas à se rattacher affectivement à l’une des nations héréditaires et historiques du monde. Il construit au contraire séparément son propre édifice culturel conformément à sa vision de la vie et à sa philosophie sociale. Mais, bien qu’il soit en ce sens une nation distincte, il demeure en réalité un groupe. Car la simple naissance fortuite () ne peut faire d’un individu un membre de ce groupe tant qu’il ne croit pas en son idéologie et ne la suit pas. Ainsi, le fait qu’un individu soit né dans une autre nation ne l’empêche pas de quitter sa propre nation et de rejoindre le groupe s’il est prêt à croire en son idéologie. En résumé, tout ce que nous avons dit signifie en réalité que la nationalité des musulmans repose sur le fait qu’ils constituent un groupe. Le statut de groupe est la racine, et le statut de nation en est la branche ; si le statut de groupe en est séparé, il ne reste qu’une simple nation, ce qui constitue sa décadence. Plus encore, c’est en réalité la négation de son existence en tant que musulman. (170)

Résumé de la discussion

Bien que l’organisation distincte de la communauté musulmane sous la direction du Messager d’Allah (s.a.s.) et la formation d’une société entièrement distincte de la société non musulmane ne se soient réalisées que progressivement, au cours de plusieurs années, et non du jour au lendemain, la nature de l’appel islamique avait néanmoins permis aux gens de comprendre dans quelle direction ce mouvement avançait et quelle révolution il finirait par provoquer. C’est pourquoi ceux qui voulaient préserver l’ancienne société de la Jâhiliya furent profondément troublés et déployèrent toutes leurs forces pour empêcher l’émergence, en leur sein même, de cette nouvelle communauté. (171)

Septième section

La différence entre l’œuvre d’un prophète et celle d’un réformateur

À la fin de cette discussion, il nous paraît nécessaire de comprendre clairement, à la lumière de tout ce qui a été dit jusqu’ici, la différence entre la direction et la méthode d’action d’un prophète et celles d’un réformateur.

Lorsque le Messager d’Allah (s.a.s.) reçut l’ordre de prêcher l’islam en Arabie, d’innombrables problèmes moraux, culturels, économiques et politiques existaient dans le monde entier comme dans son propre pays, et leur résolution était indispensable. Les deux empires de Rome et de Perse se trouvaient au sommet de l’autocratie. Les inégalités de naissance et de classe avaient atteint leur paroxysme. L’oppression du faible par le puissant était devenue insupportable. Diverses formes d’exploitation économique illégale sévissaient pleinement. Des turpitudes morales de la pire espèce s’étaient répandues. L’Arabie était accablée de problèmes encore plus graves que ces pays. La population qui vivait dans un même pays et parlait une même langue était divisée en une multitude de tribus, bien qu’il existât entre elles des liens de parenté réciproques fondés sur le clan et la lignée. L’idée d’une « nation arabe » n’existait même pas parmi elles. Chacun considérait sa propre tribu comme sa nation. Le désordre, les guerres civiles, l’insécurité, l’ignorance, la déchéance morale, l’oppression et la persécution, la faim et la pauvreté étaient manifestes partout. Des puissances étrangères profitaient de toutes ces faiblesses de l’Arabie pour s’infiltrer dans le pays. Au nord, leur domination était parvenue jusqu’aux frontières du Hedjaz. Le gouvernement romain étendait son influence en Arabie en y répandant de l’argent et des missionnaires. Le royaume chrétien d’Abyssinie, situé en face de la côte occidentale, attaquait depuis longtemps le Yémen et cherchait à s’en emparer. Une fois même, ses troupes étaient parvenues jusqu’à La Mecque. La Perse avait étendu sa domination sur la côte orientale de l’Arabie et sur certaines régions intérieures. Par la suite, cette domination s’étendit même jusqu’au Yémen. La plupart des terres fertiles du Hedjaz étaient depuis plusieurs siècles sous le contrôle de Juifs venus de l’extérieur. Ils tenaient les habitants de l’Arabie prisonniers dans les filets de leur usure.

Dans une telle situation, si un dirigeant de type réformateur était apparu en Arabie, il aurait peut-être commencé son action en tentant de mettre fin aux coutumes et usages de la Jâhiliya, aux turpitudes morales et aux guerres civiles réciproques. Ou bien, en soulevant la question des riches et des pauvres, il aurait excité et enflammé les pauvres contre les riches afin d’apaiser la faim des gens ordinaires et d’abolir la pauvreté. Et si un dirigeant de type politique était apparu, il aurait tenté de séduire les Arabes et d’en faire ses partisans en leur disant : « Je ferai de vous une nation puissante, je chasserai du pays les pillards étrangers, je transformerai l’Arabie en un vaste royaume et je développerai pour vous le commerce, l’industrie et les arts. J’accroîtrai vos ressources économiques, j’éliminerai votre faim et, après avoir acquis de la puissance, je lancerai des agressions contre les pays voisins afin que vos richesses augmentent considérablement. »

Dans toutes ces entreprises, la question du caractère ne se serait nullement posée et, pour assurer le succès de sa direction politique, il n’aurait pas hésité le moins du monde à recourir à la tromperie, aux complots, à la ruse, à la force et aux massacres. En outre, les deux types de direction auraient été des directions nationalistes. Même s’il s’était élevé au-dessus du fanatisme de sa propre tribu, il ne serait tout au plus parvenu qu’au fanatisme arabe. Sa vision n’aurait pas pu s’étendre jusqu’aux autres peuples et aux autres pays.

La méthode d’action particulière du mouvement islamique

Commencez par observer quelque peu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), inspiré par Dieu. La situation et les problèmes de l’époque étaient précisément ceux qui ont été décrits plus haut. Tous étaient importants et aucun ne pouvait être négligé. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne les considérait pas non plus comme négligeables. En temps voulu, il ne s’est pas contenté de résoudre chacun d’eux l’un après l’autre ; il a plutôt accompli une immense révolution, dont aucun réformateur non prophétique ni aucun dirigeant politique n’aurait même pu concevoir l’idée. Pourtant, au début de sa mission, il détourna son attention de toutes ces questions et se concentra entièrement sur une seule réforme fondamentale, qui constituait la clé de la résolution de tous les problèmes. Bien qu’il fût né dans une tribu et une ville, dès le premier jour du mouvement islamique, son regard se portait sur l’humanité entière, qu’il s’était levé pour appeler à la voie droite. Et la réforme fondamentale à laquelle il consacra tous ses efforts, en écartant tous les autres problèmes, était la suivante :

1. Que les gens aient foi au tawhîd, qu’ils abandonnent le culte de tous les autres et adoptent le culte d’Allah seul, en considérant Son commandement comme absolument obligatoire.

2) Qu’ils reconnaissent Muhammad, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), comme le Messager d’Allah, et qu’ils suivent les orientations, les enseignements et les lois qui leur sont parvenus par son intermédiaire depuis la voie d’Allah.

3) Qu’ils reconnaissent le Coran comme la parole d’Allah et qu’ils se conforment impérativement à ses commandements en tout temps.

4) Qu’ils aient foi en l’Au-delà et accomplissent leurs activités terrestres en gardant à l’esprit qu’après leur mort, ils comparaîtront finalement devant Dieu et devront rendre compte de leurs actes.

5) Qu’ils suivent, dans les aspects bons et mauvais du caractère, les principes immuables qu’Allah, Son Messager et Son Livre ont établis.

6) Ceux qui, parmi les gens, accepteront cet appel deviendront une communauté qui se dressera comme porteuse de l’étendard de cet appel ; ils devront se préparer à courir de grands risques de leur vie et de leurs biens pour le faire triompher. Ils devront être pleinement unis les uns aux autres et, en édifiant leur propre société future, rompre avec les mécréants et la mécréance les relations d’amitié, d’affection et de vie sociale effective. (172)

L’importance de cette méthode d’action

La raison pour laquelle, tout d’abord, il détourna son attention de tous les autres aspects et consacra toutes ses forces à cette seule réforme fondamentale était, premièrement, qu’il s’agissait de l’œuvre juste et véridique. Or la tâche véritable du Messager est précisément de présenter la vérité. La deuxième raison était que, du point de vue du mouvement islamique, la cause réelle de tous les méfaits et de toutes les corruptions qui apparaissent dans la vie morale et civilisée de l’homme est que celui-ci se considère comme libre et exempt de toute responsabilité, qu’il se prend lui-même pour sa propre divinité et qu’il attribue les qualités, l’autorité et les droits divins à d’autres, à l’exclusion du Dieu de l’univers, qu’il s’agisse d’un être humain ou de quelque autre entité. Si ce mal fondamental existe, aucune réforme superficielle ou sommaire ne pourra, selon la perspective de l’islam, éliminer la dégradation individuelle ou les méfaits collectifs. Si le mal est supprimé d’un côté, il relèvera la tête de l’autre. Ainsi, si la réforme doit commencer, elle ne peut commencer que de cette manière : il faut, d’une part, arracher de l’esprit de l’homme l’illusion de la liberté et de l’absence de responsabilité, et lui dire que le monde dans lequel il vit n’est pas, en réalité, un royaume sans gouvernant. Il a effectivement un Roi souverain, et lui-même est son sujet de naissance. Sa royauté ne dépend pas de son acceptation. Il ne pourra pas mettre fin à cette royauté, pas plus qu’il ne pourra sortir de son royaume pour aller ailleurs. Tant que cette réalité immuable subsiste, son illusion de liberté n’est rien d’autre qu’une conception insensée et erronée, dont il devra lui-même subir les conséquences. Ce qu’exige la réalité, c’est qu’il s’incline directement devant Lui et demeure un serviteur ou un esclave obéissant. D’autre part, il faut aussi lui exposer cet aspect de la réalité : dans l’ensemble de la création, il n’y a qu’un seul Roi, un seul Propriétaire et un seul détenteur de l’autorité et de la souveraineté. Nul autre n’a le droit de commander, et en réalité nul autre ne commande. Il ne doit donc être le serviteur de personne en dehors de Lui, ni obéir à l’ordre de qui que ce soit, ni s’incliner devant qui que ce soit. Ici, il n’existe aucun His Majesty ; la majesté appartient exclusivement à cet Être unique. Il n’existe aucun His Highness ; la haute dignité ne sied qu’à Lui. Il n’existe aucun His Holiness ; la sainteté Lui appartient tout entière. Il n’existe aucun His Lordship ; la seigneurie est entièrement la Sienne. Il n’existe aucun législateur. La loi n’appartient qu’à Lui ; c’est Lui seul qui possède le droit de légiférer et de châtier le crime de désobéissance à la loi. Il n’existe ici aucun gouvernement, aucun dispensateur de bienfaits et de miséricorde, aucun roi ni empereur, aucun saint ou dignitaire, aucun être capable d’écarter les épreuves et les calamités, aucun auditeur des invocations ni aucun intercesseur pour les supplications des affligés. Personne ne détient les clés du pouvoir. Nul ne possède la supériorité. De la terre jusqu’au ciel, tous ne sont que serviteurs, esclaves et soumis. Le Seigneur et le Maître n’est qu’Un. Il faut donc renoncer à toutes les formes de servitude, d’obéissance et de soumission, devenir le serviteur et l’obéissant de Lui seul, et n’accepter que Son commandement et Son gouvernement.

Telle est la base fondamentale de toutes ces réformes. C’est sur cette base que tout l’édifice du caractère individuel et de l’organisation collective est démoli et réduit en poussière, puis reconstruit selon un plan entièrement nouveau. Et c’est sur cette même base que seront résolus, d’une manière nouvelle, tous les problèmes apparus dans la vie humaine depuis Adam (paix sur lui) jusqu’à aujourd’hui, ainsi que ceux qui apparaîtront désormais jusqu’au Jour de la Résurrection.

La méthode adoptée par le Prophète (paix et bénédictions sur lui) au début de son appel

Muhammad (paix et bénédictions sur lui) n’a pas adopté, pour appeler à cette réforme fondamentale, une méthode consistant à se livrer d’abord à certaines activités politiques et sociales afin d’acquérir de l’influence parmi les gens, puis à utiliser cette influence pour obtenir une certaine autorité de gouvernant et, grâce à cette autorité, les diriger et les amener progressivement à ce stade. Rien de tout cela. Nous voyons là un homme qui proclame uniquement : « Il n’y a de divinité qu’Allah. » Son attention ne s’est portée sur rien de moindre. La raison n’en est pas seulement un courage prophétique et un zèle missionnaire ; c’est en réalité la méthode même du mouvement islamique. L’influence et le pouvoir que l’on peut produire par d’autres moyens ne sont nullement utiles à l’œuvre de cette réforme. Ceux qui rassemblent les gens sur une base autre que « Il n’y a de divinité qu’Allah » ne seront d’aucune utilité au Prophète (paix et bénédictions sur lui) pour reconstruire sur cette fondation. Leur participation à cette œuvre sera d’autant plus fructueuse que ceux qui, dès qu’ils entendront « Il n’y a de divinité qu’Allah », accourront vers l’appelant. C’est cette œuvre qui les attirera. Ils feront de cette réalité le fondement de leur vie et avanceront dans l’action sur cette base. Par conséquent, la nécessité même de la stratégie et du programme particuliers requis pour mener le mouvement islamique impose de commencer l’œuvre, sans aucune introduction, par l’appel à l’unicité divine.

L’ampleur de la conception de l’unicité divine

Cette conception de l’unicité divine n’est pas simplement une croyance religieuse. Elle déracine tout le système de la vie individuelle et sociale fondé sur la liberté de l’homme et sur l’autorité et la domination de ce qui est autre que Dieu. Puis un nouvel édifice est construit sur une seconde fondation. Aujourd’hui, lorsqu’ils voient le muezzin du monde élever la voix en proclamant « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah », les gens l’écoutent avec indifférence. Ni l’appelant ne sait ce qu’il dit, ni les auditeurs n’y discernent une quelconque signification ou intention. Mais s’ils savaient que le but de cette proclamation est de déclarer la révolte contre l’ensemble du système actuellement en vigueur et d’instaurer à sa place un ordre nouveau, croyez-moi, il ne serait toléré nulle part que cette voix soit élevée. Que vous alliez ou non combattre quelqu’un, le monde lui-même viendra vous combattre. Dès que vous élèverez cette voix, vous aurez l’impression que la terre et le ciel sont soudain devenus vos ennemis et, de tous côtés, vous verrez des serpents, des scorpions et des bêtes féroces.

La raison du succès de cette méthode d’action

C’est cette situation qui apparut lorsque le Prophète Muhammad (s.a.s.) éleva publiquement la voix. Le prédicateur appelait en toute connaissance de cause, et les auditeurs le comprenaient également ; ils résolurent donc fermement de faire taire cette voix. Les idolâtres et les prêtres y virent une menace pour leur brahmanisme et leur papauté ; les riches, pour leurs richesses ; les usuriers, pour leurs affaires fondées sur l’intérêt ; les adorateurs des lignées, pour leur prétendue supériorité familiale ; les adorateurs des rites, pour leurs rites et leurs coutumes ; les adorateurs de la nation, pour leur nationalisme ; les adorateurs des ancêtres, pour les méthodes et les traditions héritées de leurs pères et de leurs aïeux. Autrement dit, chaque adorateur d’une idole vit, dans cette seule voix, la menace de la destruction de sa propre idole. C’est pourquoi, conformément à « Al-kufru millatun wahidatun (*******) », ceux qui étaient en désaccord les uns avec les autres s’unirent pour combattre ce nouveau mouvement. Dans ces circonstances, seuls vinrent vers le Prophète Muhammad (s.a.s.) ceux dont la pensée était claire, qui étaient capables de comprendre la réalité et de l’accepter, et qui possédaient un tel amour de la sincérité que, dès qu’ils avaient compris qu’une chose était vraie, ils étaient prêts à se jeter dans le feu et à jouer avec la mort pour elle. C’était précisément de tels hommes qu’exigeait ce mouvement. Ils vinrent d’abord un par un, puis deux par deux, puis quatre par quatre, tandis que les affrontements et les conflits s’intensifiaient. Certains furent privés de leurs moyens de subsistance ; des membres de leur famille en expulsèrent certains de leur maison ; des amis et des proches rompirent avec d’autres. Certains furent emprisonnés ; certains furent traînés sur le sable brûlant ; certains furent accueillis publiquement à coups de pierres et d’insultes ; à certains on arracha les yeux ; à d’autres on fracassa le crâne ; certains furent attirés et tentés d’être achetés par les femmes, les richesses, la royauté et toutes sortes d’avantages imaginables. Tout cela survint, et il fallait que cela survienne. Sans ces épreuves, le mouvement islamique n’aurait pu ni se fortifier ni progresser.

La méthode naturelle de sélection et de formation des hommes d’action

L’effet inévitable de cette situation fut que les individus au caractère vil, à la personnalité faible et à la volonté défaillante ne pouvaient pas rejoindre ce mouvement. Ceux qui le rejoignirent étaient les plus doués parmi les fils d’Adam, précisément ceux dont on avait besoin. Il n’existait pas d’autre moyen de sélectionner les hommes d’action parmi les incapables : tous ceux qui vinrent durent passer par l’épreuve du feu. De plus, ceux qui vinrent n’eurent pas à affronter les dangers pour un intérêt personnel, un objectif familial ou une cause nationale. Tout ce qu’ils durent endurer, ils l’endurèrent uniquement pour la vérité et la sincérité, pour Dieu et pour obtenir Son agrément. C’est pour cela qu’ils furent frappés, qu’ils moururent de faim et de soif, et qu’ils furent victimes des persécutions et des violences du monde entier. Il en résulta qu’une mentalité islamique correcte et nécessaire commença à se former en eux. Leur caractère islamique devint solide et digne de confiance. La sincérité s’installa dans leur adoration de Dieu et ne cessa de croître. Il était naturel que, dans ce puissant terrain de formation constitué par les épreuves et les calamités, les réalités de l’islam s’épanouissent. Lorsqu’un homme se lève pour atteindre un objectif et avance en traversant pour lui les conflits et les affrontements, les efforts épuisants, les épreuves et les difficultés, les peines et les souffrances, l’inquiétude, la prison et la persécution, la faim et la soif, l’exil et autres épreuves, toute la réalité de cet objectif envahit son for intérieur grâce à son expérience personnelle. Puis toute sa personnalité se transforme au service de cet objectif. Afin de l’aider à atteindre la perfection dans ce domaine, la prière lui fut d’abord prescrite, afin que toute crainte d’erreur ou de trouble dans sa vision disparaisse, que son regard demeure fixé sur son objectif, et que, par la reconnaissance répétée de l’autorité de Celui qu’il avait accepté comme son Maître, il s’affermisse dans sa croyance. Celui selon l’ordre duquel il doit agir dans le monde — Celui qui connaît l’invisible et le visible, qui est le Maître de l’univers et exerce Son autorité sur toute Sa création — devait s’enraciner pleinement dans son cœur, de sorte qu’en aucune circonstance l’idée d’obéir à quelqu’un d’autre que Lui ne puisse y trouver place.

Les raisons de l’expansion de l’appel islamique

D’un côté, les nouveaux venus étaient formés de cette manière ; de l’autre, le mouvement islamique se développait en raison de ces conflits et de ces affrontements. Lorsque les gens voyaient qu’une poignée d’hommes étaient battus, emprisonnés et chassés de leurs maisons, une curiosité naissait inévitablement en eux, et ils cherchaient à savoir la cause d’un tel tumulte. Lorsqu’ils apprenaient que ce n’était ni pour des femmes, ni pour de l’argent, ni pour des terres, et qu’ils n’avaient aucun intérêt personnel, mais que ces serviteurs d’Allah étaient frappés uniquement parce qu’une vérité s’était dévoilée à eux, ils ressentaient spontanément le désir de savoir quelle était donc cette chose pour laquelle ces hommes acceptaient d’endurer de telles épreuves et de tels malheurs. Puis, lorsqu’ils apprenaient que cette chose était « La ilaha illallah » et qu’elle produisait dans la vie humaine une révolution de cette nature, et que des hommes s’engageaient dans cette mission en rejetant, pour la seule vérité, tous les avantages du monde et en sacrifiant leur vie, leurs biens et leurs enfants, leurs yeux s’ouvraient ; les voiles qui recouvraient leur cœur commençaient à se lever. Dans ce contexte, cette vérité atteignait sa cible comme une flèche. Voilà pourquoi tous ceux qui n’étaient pas aveuglés par l’orgueil de leur statut personnel, l’ignorance d’une imitation aveugle de leurs pères et de leurs aïeux, ou l’attrait des intérêts terrestres, commencèrent à être attirés par ce mouvement. Certains le furent rapidement, tandis que d’autres résistèrent longtemps à cette attraction. Mais tôt ou tard, tout homme épris de vérité et dépourvu d’égoïsme dut se rattacher à cette vérité.

L’influence extraordinaire du caractère du Prophète (s.a.s.)

Pendant cette période, le chef du mouvement, le Prophète (s.a.s.), exposa clairement, par sa vie, les principes fondamentaux du mouvement ainsi que chacun des éléments pour lesquels il avait été lancé. De chacune de ses paroles, de chacun de ses actes et de chacune de ses activités jaillissait la véritable force vitale de l’islam, et les gens comprenaient ce qu’était l’islam.

Son épouse, Khadija (qu’Allah l’agrée), était la femme la plus riche du Hedjaz. Le Prophète (s.a.s.) faisait du commerce avec ses biens. Lorsque l’appel à l’islam commença, toutes ses activités commerciales cessèrent. En effet, étant entièrement absorbé par son œuvre de prédication et ayant fait de l’ensemble de l’Arabie son ennemi, il ne pouvait plus poursuivre ses affaires. En quelques années, le mari et la femme dépensèrent entièrement, pour la diffusion de ce mouvement, tout ce qui leur restait des biens des jours passés. Finalement, lorsque la situation l’amena à se rendre à Taïf, celui qui avait autrefois été le principal commerçant du Hedjaz ne put même pas trouver un âne pour sa monture.

Les Quraychites offrirent au noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) le trône du gouvernement du Hedjaz. Ils lui dirent : « Nous vous ferons notre roi, nous vous marierons à la plus belle fille d’Arabie et nous déposerons à vos pieds des montagnes de richesses, à condition que vous renonciez à ce mouvement. » Mais celui qui était apparu pour la libération et le bien-être de l’humanité rejeta toutes ces propositions et accepta de subir les insultes et de recevoir des pierres.

Les Quraychites et les chefs arabes dirent : « Muhammad (paix et bénédictions sur lui), comment pourrions-nous venir nous asseoir auprès de toi et écouter tes paroles, alors que des esclaves, des démunis et des gens de basse condition — à Dieu ne plaise — siègent toujours dans ton assemblée ? Tu as rassemblé autour de toi ceux qui, à nos yeux, sont les gens les plus inférieurs. Éloigne-les afin que nous puissions nous réunir avec toi. » Mais celui qui était venu pour mettre les hommes de toutes conditions sur un pied d’égalité refusa de chasser les pauvres pour complaire aux riches.

Dans l’intérêt du mouvement, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) ne se soucia des intérêts ni de son pays, ni de son peuple, ni de sa tribu, ni de sa famille. Ceux qui avaient embrassé la foi étaient les siens ; ceux qui ne l’avaient pas embrassée étaient les autres. C’est précisément cela qui convainquit fermement les habitants du monde qu’il était apparu, en tant qu’être humain, pour le bien de l’humanité, et c’est précisément cela qui attira à son appel les peuples et les nations de chaque contrée. S’il s’était préoccupé de sa famille, quel attachement ceux qui n’étaient pas hachémites auraient-ils éprouvé pour cette cause ? S’il avait ardemment souhaité préserver à tout prix la domination des Quraychites, quelle raison les non-Quraychites auraient-ils eue de participer à cette entreprise ? S’il avait œuvré à la suprématie des Arabes, pourquoi Bilal (que Dieu l’agrée), d’Abyssinie, Suhayb (que Dieu l’agrée), de Rome, et Salman (que Dieu l’agrée), d’Iran, auraient-ils eu besoin de l’aider dans son œuvre ? En réalité, ce qui attirait tout le monde, c’était la pure adoration de Dieu et le fait de s’élever au-dessus des intérêts personnels, familiaux et nationaux. (173)

Notes

1. Ajout de l’auteur

2. Tafhîm al-Qur’an, vol. 2, Banî Isrâ’îl, note 92

3. Tafhîm al-Qur’an, vol. 4, az-Zumar, note 64

4. Ajout de l’auteur]

5. Tafhîm al-Qur’an : tome 1, Al-An‘âm, note 29

6. Ajout de l’auteur

7. Tafhîm al-Qur’an : tome 4, Az-Zumar, note 27

8. Tafhîm al-Qur’an : tome 4, Ach-Chûrâ, note 38

9. Tafhîm al-Qur’an : tome 2, At-Tawbah, note 31

10. Ajout de l’auteur

11. Tafhîm al-Qur’an : tome 3, Al-Qasas, notes 80–85

12. Ajout de l’auteur

13. Tafhîm al-Qur’an : 3e volume, Al-Anbiyâ, note 5

14. Tafhîm al-Qur’an : 3e volume, Al-Furqân, notes 14-17

15. Ajout par l’auteur

16. Tafhîm al-Qur’an : 3e volume, Al-Anbiyâ, note 10

17. Tafhîm al-Qur’an : 5e volume, At-Taghâbun, notes 11-13

18. Tafhîm al-Qur’an : 2e volume, Banî Isrâ’îl, note 108

19. Tafhîm al-Qur’an : 2e volume, Yûsuf, note 79

20. Ajout par l’auteur

21. Tafhîm-ul-Qur’an : 2e volume, Banî Isrâ’îl, note 63

22. Tafhîm-ul-Qur’an : 4e volume, Az-Zukhruf, notes 30-32

24. Tafhîm-ul-Qur’an : 4e volume, Al-Mu’min, notes 75-76

25. Tafhîm-ul-Qur’an : 2e volume, An-Nahl, note 4

26. Tafhîm-ul-Qur’an : 4e volume, Al-Ahqâf, notes 15-16

27. Tafhîm-ul-Qur’an : 3e volume, Ash-Shu’arâ, note 81

28. Tafhîm-ul-Qur’an : 4e volume, Sâd, note 8

29. Ajout de l’auteur

30. Tafhîm al-Qur’an : 3e tome, Al-Mu’minûn, note 27

31. Tafhîm al-Qur’an : 3e tome, Al-Mu’minûn, note 36

32. Tafhîm al-Qur’an : 5e tome, At-Tûr, note 22

33. Tafhîm al-Qur’an : sixième tome, At-Takwir, note 21

34. Tafhîm al-Qur’an : 3e tome, Ash-Shu‘arâ, notes 130-133

35. Tafhîm al-Qur’an : 4e tome, Ad-Dukhân, note 12

36. Tafhîm al-Qur’an : 2e tome, An-Nahl, note 70

37. Tafhîm al-Qur’an : 3e tome, Al-Qasas, note 64

38. Ajout de l’auteur

39. Tafhîm al-Qur’an : tome 3, Al-Furqân, note 18

40. Tafhîm al-Qur’an : tome 4, Saba’, notes 66-67

41. Tafhîm al-Qur’an : tome 3, Saba’, notes 66-67

42. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, Al-Qalam, notes 2-4

43. Tafhîm al-Qur’an : tome 2, Al-A‘râf, note 143

44. Tafhîm al-Qur’an : tome 3, Ach-Chu‘arâ’, note 142

45. Tafhîm al-Qur’an : tome 3, Ach-Chu‘arâ’, note 143

46. Tafhim al-Qur’an : 3e tome, Ash-Shu‘ara, note 144

47. Tafhim al-Qur’an : 5e tome, At-Tur, note 25

48. Tafhim al-Qur’an : 2e tome, Bani Israïl, note 54

49. Tafhim al-Qur’an : 5e tome, Qaf, note 5

50. Tafhim al-Qur’an : 3e tome, Al-Furqan, note 55

51. Tafhim al-Qur’an : 2e tome, Bani Israïl, note 106

52. Tafhim al-Qur’an : 3e tome, Al-Ankabut, note 91

53. Tafhim al-Qur’an : sixième tome, Al-Muddaththir, note 39

54. Tafhîm al-Qur’an : 1er volume, Al-An‘âm, note 5-7

55. Tafhîm al-Qur’an : 1er volume, Al-An‘âm, note 26-27

56. Tafhîm al-Qur’an : 2e volume, Ar-Ra‘d, note 47

57. Tafhîm al-Qur’an : 3e volume, Al-‘Ankabût, note 88

58. Tafhîm al-Qur’an : 2e volume, Yûnus, note 21

59. Tafhîm al-Qur’an : 3e volume, Al-Qasas, note 109

60. Ajout de l’auteur

61. Tafhîm al-Qur’an : 4e volume, As-Sajda, note 1

62. Tafhim al-Qur’an : tome 4, Sajda, note 2-4

63. Tafhim al-Qur’an : tome 2, Yunus, note 45

64. Tafhim al-Qur’an : tome 2, Bani Isra’il, note 105

65. Tafhim al-Qur’an : tome 2, Hud, note 14

67. Tafhim al-Qur’an : tome 2, Yunus, note 46

68. Tafhim al-Qur’an : tome 3, Furqan, notes 44-46

69. Tafhim al-Qur’an : tome 2, Nahl, notes 102-106

70. Tafhim al-Qur’an : tome 3, Furqan, note 12

71. Tafhîm al-Qur’an : 4e volume, Hâ-Mîm As-Sajda, note 54

72. Tafhîm al-Qur’an : 4e volume, Hâ-Mîm As-Sajda, note 1

73. Ajout de l’auteur

74. Ajout de l’auteur

75. Tafhîm al-Qur’an : 4e volume, Al-Jâthiya, note 44

76. Tafhîm al-Qur’an : 4e volume, Al-Jâthiya, note 34

77. Tafhîm al-Qur’an : 2e volume, Ar-Ra‘d ; note 12

78. Tafhîm al-Qur’an : 4e volume, Saba, note 10

79. Tafhîm al-Qur’an : volume VI, An-Nâzi‘ât, note 4

80. Tafhîm al-Qur’an : volume IV, Yâ-Sîn, notes 64-67

81. Tafhîm al-Qur’an : volume II, Banî Isrâ’îl, note 56

82. Tafhîm al-Qur’an : volume II, Al-Hajj, notes 5-6

83. Tafhîm al-Qur’an : volume IV, As-Sajda, notes 20-21

84. Tafhîm al-Qur’an : volume IV, As-Sâffât, notes 8-9

85. Tafhîm al-Qur’an : volume IV, Al-Mu’min, note 79

86. Tafhîm al-Qur’an : volume VI, An-Nâzi‘ât, note 14

87. Tafhîm al-Qur’an : volume 4, As-Saffat, notes 8-12

88. Tafhîm al-Qur’an : volume 6, Al-Ghashiya, note 7

89. Tafhîm al-Qur’an : volume 5, Qaf, note 4

90. Tafhîm al-Qur’an : volume 5, Qaf, note 4

91. Tafhîm al-Qur’an : volume 5, Qaf, note 4

92. Tafhîm al-Qur’an : volume 5, Qaf, note 18

93. Ajout de l’auteur

94. Tafhîm al-Qur’an : volume 6, Al-Qiyama, note 24

95. Tafhim-ul-Qur’an : tome 6, Al-Qiyamah, note 2

96. Tafhim-ul-Qur’an : tome 4, Sad, notes 29-30

97. Tafhim-ul-Qur’an : tome 5, At-Taghabun, notes 15-17

98. Tafhim-ul-Qur’an : tome 4, Ad-Dukhan, notes 31-32

99. Tafhim-ul-Qur’an : tome 4, Al-Jathiyah, notes 27-28

100. Tafhim-ul-Qur’an : tome 4, Al-Jathiyah, note 33

101. Tafhim-ul-Qur’an : tome 6, Al-Qalam, notes 19-23

102. Tafhim-ul-Qur’an : tome 6, At-Takwir, note 9

103. Ajout de l’auteur

104. Tafhîm al-Qur’ân : volume 6, Al-Qiyâmah, notes 3-5

105. Tafhîm al-Qur’ân : volume 6, Al-Qiyâmah, note 15

106. Tafhîm al-Qur’ân : volume 6, Ad-Dahr, note 21

107. Tafhîm al-Qur’ân : volume 6, At-Takâthur, notes 1-3

108. Tafhîm al-Qur’ân : volume 6, Al-Mutaffifîn, note 1

109. Tafhîm al-Qur’ân : volume 6, Al-Fajr, notes 11-14

110. Tafhîm al-Qur’ân : volume 6, Al-Mâ‘ûn, note 7

111. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, Al-Mulk, note 4

112. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, Ad-Dahr, notes 3-5

113. Tafhîm al-Qur’an : tome 4, Az-Zumar, note 45

114. Tafhîm al-Qur’an : tome 4, Al-Mu’min, note 28

115. Ajout de l’auteur

116. Tafhîm al-Qur’an : tome 5, Qaf, note 21

117. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, Al-Infitar, note 7

118. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, Az-Zalzala, notes 2-4

119. Tafhîm al-Qurân : 3e volume, Al-Kahf, note 46

120. Tafhîm al-Qurân : 5e volume, Al-Qamar, note 28

121. Tafhîm al-Qurân : 5e volume, Al-Mujadilah, note 17

122. Tafhîm al-Qurân : 4e volume, Ya-Sîn, note 55

123. Tafhîm al-Qurân : 4e volume, Ya-Sîn, note 55

124. Tafhîm al-Qurân : 4e volume, Fussilat, note 25

125. Tafhîm al-Qurân : 4e volume, Ya-Sîn, note 9

126. Tafhîm al-Qurân : 4e volume, Al-Jâthiyah, note 42

127. Tafhîm al-Qur’an : tome 4, az-Zumar, note 80

128. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, al-Adiyat, note 8

129. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, at-Târiq, notes 5-7

130. . Tafhîm al-Qur’an : tome 6, at-Târiq, notes 5-7

131 Tafhîm al-Qur’an : tome 6, al-Qiyâma, notes 9-10

132. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, al-Qiyâma, note 20

133. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, al-Fajr, note 17

134. Tafhîm al-Qur’an : tome 6, al-Infitar, note 3

135. Tafhîm-ul-Qur’an : volume 6, Az-Zilzâl, notes 5-7

136. Tafhîm-ul-Qur’an : volume 4, Fâtir, notes 39-40

137. Tafhîm-ul-Qur’an : volume 6, ‘Abasa, note 22

138. Tafhîm-ul-Qur’an : volume 6, Al-Ma‘ârij, note 11

139. Tafhîm-ul-Qur’an : volume 4, Al-Mu’min, note 31032

140. Tafhîm-ul-Qur’an : volume 6, An-Naba’, notes 23-24

141. Ajout de l’auteur

142. Ajout de l’auteur

143. Tafhîm al-Qur’ân : 6e volume, Ash-Shams, notes 4-6

144. Ajouté par l’auteur

145. Tafhîm al-Qur’ân : 6e volume, Al-Balad, notes 9-10

146. Tafhîm al-Qur’ân : 6e volume, At-Tîn, notes 2-4

147. Ajouté par l’auteur

148. Ajouté par l’auteur

149. Tafhîm al-Qur’ân : 5e volume, Al-Hujurât, note 28

150. Tafhîm al-Qur’ân : 3e volume, Ar-Rûm, note 18

151. Tafhîm-ul-Qur’an : tome 3, Al-Hajj, note 132

152. Tafhîm-ul-Qur’an : tome 3, Al-Qasas, note 73

153. Ajout de l’auteur

154. Tafhîm-ul-Qur’an : tome 6, Al-Lahab, introduction

155. Tafhîm-ul-Qur’an : tome 5, Al-Hujurât, note 18

156. Tafhîm-ul-Qur’an : tome 6, Al-Balad, note 14

157. Tafhîm-ul-Qur’an : tome 5, Hujuratk, note 26

158. Ajout de l’auteur

159. Tafhimul Quran : tome 4, Hâmîm Sajda, note 136

160. Tafhimul Quran : tome 1, Al-Baqara, note 144

161. Tafhimul Quran : tome 1, Al ‘Imrân, note 88

162. Tafhimul Quran : tome 2, At-Tawbah, note 80

163. Tafhimul Quran : tome 3, Al-‘Ankabût, notes 94-99

164. Tafhimul Quran : tome 2, At-Tawbah, note 18

165. Tafhimul Quran : tome 5, Al-Mujâdalah, note 37

166. Tafhimul Quran : tome 3, Al-‘Ankabût, notes 17-18

167. Tafhîm al-Qur’an : tome 3, al-‘Ankabût, note 17-18

168. Tafhîm al-Qur’an : tome 2, at-Tawba, note 111

169. Tafhîm al-Qur’an : tome 5, al-Mumtahana, note 13

170. Extrait de « L’État islamique » : pages 159-176

171. Ajout de l’auteur

172. Ajout de l’auteur

173. Extrait de « La voie de la révolution islamique »