Notre propos
Le Maulana, que Dieu ait pitié de lui, n’a pas pu achever cet ouvrage de son vivant. Après avoir écrit jusqu’à l’Hégire, il est décédé. En langue ourdoue, cette partie allant jusqu’à l’Hégire a été publiée en deux volumes. Nous avons divisé le premier volume ourdou en deux volumes en bengali. Le présent ouvrage en constitue la deuxième partie. Nous espérons publier le deuxième volume ourdou en bengali sous la forme des troisième et quatrième volumes.
L’Académie de recherche Sayyid Abul Ala Maududi s’efforce de présenter rapidement aux lecteurs bengalophones l’ensemble des ouvrages du Maulana. Le présent ouvrage a été traduit par un proche collaborateur du Maulana, l’éminent écrivain M. Abbas Ali Khan. Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de rappeler aux lecteurs avisés la compétence de son travail de traduction, la précision de son choix des mots et la vigueur de sa langue.
Nous rendons grâce à Allah le Très-Haut de nous avoir permis de publier cet ouvrage au nom de l’Académie. Qu’Il accorde à tous les lecteurs de cet ouvrage la grâce de comprendre la véritable mission de la prophétie. Amen.
Abdus Shahid Nasim
Directeur
Académie de recherche Sayyid Abul Ala Maududi, Dhaka.
L’islam est en réalité le nom de ce mouvement qui veut édifier tout l’édifice de la vie humaine sur la conception et la conviction de la souveraineté de Dieu l’Unique. Depuis les temps les plus anciens, ce mouvement se poursuit sur le même fondement et selon la même méthode. Il a été dirigé par ceux que l’on appelle les prophètes et messagers d’Allah le Très-Haut. Si nous devons conduire ce mouvement, il nous faudra nécessairement suivre la méthode d’action de ces dirigeants. Car, en dehors de celle-ci, il n’existe et ne peut exister aucune autre méthode d’action adaptée à un mouvement de cette nature particulière. Lorsque nous tentons de suivre les traces des nobles prophètes à ce sujet, nous nous trouvons confrontés à de grandes difficultés. Nous ne pouvons pas apprendre grand-chose des activités des prophètes qui ont vécu dans les temps anciens. Le Coran en fournit quelques indications succinctes, mais il est impossible d’en reconstituer le plan d’ensemble. Dans le Nouveau Testament de la Bible, on trouve certaines paroles peu fiables attribuées à Jésus — qui éclairent dans une certaine mesure un aspect, à savoir comment le mouvement islamique peut être conduit à son tout premier stade et à quels problèmes il doit alors faire face. Mais Jésus n’a pas eu à affronter le stade suivant, et aucune indication ne nous est fournie à ce sujet. En cette matière, nous ne trouvons une orientation claire et complète qu’en un seul endroit : dans la vie du prophète Muhammad Mustafa. Si nous nous tournons vers lui, ce n’est pas par simple révérence à son égard ; en réalité, nous sommes obligés de nous tourner vers lui afin d’acquérir la connaissance des montées et des descentes de cette voie. Parmi tous les dirigeants du mouvement islamique, le prophète Muhammad est le seul dirigeant dont la vie nous permet de connaître, de l’appel initial de ce mouvement jusqu’à l’établissement de l’État islamique, puis de la structure de l’État, de sa constitution, de ses politiques intérieure et extérieure et des principes et méthodes de sa gouvernance, le récit complet et extrêmement fiable de chaque étape et de chaque aspect.
Chapitre 13 — Le déclin des communautés antérieures et leurs vestiges
Introduction
En étudiant l’histoire de l’humanité, nous apprenons quel terrible destin ont successivement connu les peuples qui, considérant le monde comme un simple lieu de jouissance et de divertissement, ont rejeté la vérité prêchée par les prophètes et vécu selon des doctrines erronées. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Anbiyâ’, note 17)
Les peuples maudits et anéantis ont observé les ruines antiques avec simple amusement et curiosité. Mais ils n’en ont tiré aucune leçon. Cela montre combien le regard des croyants en l’Au-delà diffère de celui des incroyants. L’un se contente de regarder un spectacle ou, au mieux, d’écrire l’histoire. L’autre, en observant ces choses, en tire un enseignement moral et accède à des informations et à des vérités qui ne sont pas liées à la vie terrestre. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Furqân, note 54)
Tous ceux qui furent envoyés pour réformer et améliorer la condition des hommes étaient des habitants de leurs propres cités. Qui étaient Hazrat Nûh (paix sur lui), Hazrat Ibrâhîm (paix sur lui), Hazrat Mûsâ (paix sur lui) et Hazrat ‘Îsâ (paix sur lui) ? Voyez maintenant quel fut le destin des peuples qui n’acceptèrent pas leur da‘wa et qui suivirent leurs conceptions infondées ainsi que leurs passions débridées. Beaucoup, voyageant pour affaires, sont passés devant les cités détruites de ‘Âd, de Thamûd, de Madyan, du peuple de Loth et d’autres encore. N’y ont-ils donc rien vu ? Le destin qu’ils subirent dans ce monde indique précisément qu’ils connaîtront dans l’Au-delà un destin encore plus terrible. En revanche, ceux qui se sont réformés ici-bas n’étaient pas seulement éminents dans ce monde : leur situation dans l’Au-delà sera également bien meilleure et plus heureuse. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Yûsuf, note 79)
Les peuples qui n’ont pas prêté l’oreille aux paroles des prophètes et qui ont mené leur vie en niant le tawhîd, la risâlat et l’Au-delà ont finalement mérité le déclin et la destruction. La succession des événements historiques témoigne que les règles morales envoyées par Allah le Très-Haut par l’intermédiaire des prophètes, ainsi que l’interrogatoire auquel les hommes seront soumis dans l’Au-delà au sujet de leurs actes conformément à ces règles, sont une vérité absolument décisive. En effet, tout peuple qui, sans se soucier de ces règles morales, s’est cru affranchi de toute responsabilité et a pensé n’avoir de comptes à rendre à personne, a finalement été confronté à la destruction. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate adh-Dhâriyât, note 21)
La cause de la destruction des peuples anéantis dans le passé fut la suivante : lorsqu’Allah le Très-Haut leur accorda d’immenses richesses et une grande influence, ils s’enivrèrent de jouissance et de pouvoir et commencèrent à semer la corruption sur terre. Le déclin moral général de la société devint alors si profond qu’il ne se trouva plus parmi eux aucun homme vertueux pour les empêcher de commettre le mal. Et s’il s’en trouvait encore quelques-uns, ils étaient si peu nombreux que leur voix faible ne pouvait les détourner des mauvaises actions. C’est pour ces raisons que ces peuples méritèrent la malédiction d’Allah le Très-Haut. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 115)
Pour ceux qui recherchent la vérité, la terre d’Allah est remplie de signes, et de signes encore. En les observant, ils peuvent comprendre la vérité. Mais les obstinés n’ont pas cru, même après les avoir vus. Jusqu’à ce que la paix vienne de la part d’Allah, ils demeurent constamment plongés dans l’égarement. À ce propos, la sourate ash-Shu‘arâ’ décrit la situation de sept peuples de l’histoire. Ils s’obstinaient exactement comme les mécréants de La Mecque à l’époque du Prophète Mustafa (paix sur lui). En rapportant ces récits historiques, Allah le Très-Haut a attiré l’attention sur plusieurs points.
La première chose à retenir est que les signes sont de deux sortes. La première sorte de signes est répandue de tous côtés sur la terre d’Allah. Une personne douée de raison peut, en les observant, déterminer si ce à quoi les prophètes d’Allah appellent est juste ou non. La seconde sorte de signes est celle que virent le peuple de Loth et les Compagnons d’al-Aïka. Il appartient maintenant aux mécréants de La Mecque de décider quelle sorte de signes ils veulent voir.
Deuxièmement, à toutes les époques, la mentalité des mécréants, leurs arguments, leurs plaintes, leurs excuses et leurs objections ont été de même nature. Leurs stratagèmes et leurs prétextes pour ne pas croire étaient également les mêmes. En fin de compte, leur sort a lui aussi été identique. En revanche, à toutes les époques, l’enseignement des prophètes était le même, tout comme leur caractère et leur conduite. Face à leurs adversaires, leur manière d’argumenter était identique, et il en allait de même de la faveur d’Allah. Ces deux exemples sont consignés dans l’histoire. (Tafhîm al-Qur’an, sourate Ash-Shu‘arâ’, introduction)
Il avait été donné aux peuples du passé la possibilité d’agir à leur époque respective. Mais ils adoptèrent la voie de l’injustice, de l’oppression et de la rébellion. Ils ne prêtèrent pas attention aux paroles des prophètes envoyés pour les guider dans le droit chemin. Ils échouèrent donc à l’épreuve et furent chassés de la surface de la terre. Enfin vint le tour des Arabes. À la place de leurs prédécesseurs, la possibilité d’agir leur fut accordée. Ils se tiennent dans le même champ d’épreuve duquel leurs prédécesseurs avaient été expulsés. Il leur fut dit que, s’ils ne voulaient pas subir le sort de leurs prédécesseurs, ils devaient tirer profit de la possibilité qui leur avait été accordée. Ils devaient tirer une leçon du sort des peuples anciens et ne pas répéter les erreurs qui avaient causé leur destruction. (Tafhîm al-Qur’an, sourate Yûnus, note 18)
Le peuple de Noé (paix sur lui)
Il ressort clairement des indications du Coran et du récit de la Bible que le pays où vivait le peuple de Noé (paix sur lui) est aujourd’hui appelé l’Irak. La véracité de ce fait est également établie par les anciennes inscriptions sur pierre et les tablettes de pierre antérieures à la Bible, découvertes parmi les vestiges anciens de Babylone. On y trouve notamment le récit d’une histoire de ce genre, également mentionnée dans le Coran et la Bible, selon laquelle leur lieu d’habitation se trouvait dans les environs de Mossoul. Les légendes transmises de génération en génération au Kurdistan et en Arménie permettent aussi de savoir qu’après la pluie torrentielle et le déluge, l’arche de Noé (paix sur lui) aborda quelque part dans cette région. Divers vestiges de Noé (paix sur lui) sont encore aujourd’hui identifiés aux environs de l’île d’Ibn Umar, au nord de Mossoul, ainsi qu’au pied du mont Ararat, situé près de la frontière arménienne. Les habitants de Nakhitchevan continuent en outre de transmettre que cette ville fut fondée par Noé (paix sur lui).
Illustration
(Région du peuple de Noé et mont Jûdî)
Illustration des preuves historiques d’un violent déluge
On trouve dans les littératures anciennes de la Grèce, de l’Égypte, de l’Inde et de la Chine des légendes semblables au récit susmentionné de Noé (paix sur lui). En outre, des légendes de ce genre se transmettent depuis les temps anciens en Birmanie, en Malaisie, dans les archipels des Indes orientales, en Australie, en Amérique et dans diverses régions d’Europe. Cela montre clairement que ce récit remonte à une époque où l’ensemble de l’humanité vivait sur un même territoire, avant de se disperser ensuite de là dans différentes contrées du monde. C’est pourquoi tous les peuples mentionnent, dans leur histoire primitive, une immense tempête. Toutefois, au fil du temps, ils en ont oublié le récit véritable et chacun a recouvert l’événement réel d’une épaisse couche de couleurs imaginaires, conformément à ses propres conceptions. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 47)
La montagne de Jûdî, où l’arche de Noé (paix sur lui) s’était arrêtée, se trouve dans la région du Kurdistan, au nord-est de l’île d’Ibn ‘Umar. Dans la Bible, le lieu où l’arche aborda est appelé Ararat, qui est le nom d’une montagne d’Arménie. Il s’agit d’une chaîne de montagnes. Cette chaîne appelée Ararat s’étend depuis les hauts sommets de l’Arménie vers le sud, jusqu’au Kurdistan. L’une des montagnes de ce massif s’appelle Jûdî, et elle est encore connue aujourd’hui sous ce nom. Les chroniques anciennes rapportent que l’arche s’arrêta précisément en ce lieu. En fait, environ deux cent cinquante ans avant la naissance de Jésus (paix sur lui), un dignitaire religieux babylonien nommé Bérose rédigea, sur la base de récits traditionnels anciens, une histoire de son pays dans laquelle il désigna la montagne de Jûdî comme le lieu où l’arche de Noé (paix sur lui) avait abordé. Abydénos, disciple d’Aristote, l’a également confirmé dans son histoire. Il décrit en outre la situation de son époque et dit que de nombreux habitants de l’Iraq conservaient des morceaux de cette arche, qu’ils lavaient pour faire boire cette eau aux malades. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 46)
La déchéance morale du peuple de Noé
Il ressort clairement de la situation de Noé (paix sur lui) et de son peuple, telle qu’elle est décrite dans le Coran, que ce peuple ne niait pas l’existence d’Allah et n’ignorait pas non plus Sa réalité. Il ne refusait pas non plus d’adorer Allah. Mais l’égarement dans lequel il était plongé était celui du polythéisme. Autrement dit, il considérait d’autres êtres comme associés à Allah dans Sa divinité et croyait qu’ils avaient eux aussi le droit de recevoir louanges et adoration. De nombreux désordres apparurent ensuite dans ce peuple à partir de cet égarement fondamental. Une classe particulière se forma au sein du peuple pour représenter les divinités fabriquées par eux-mêmes, qu’ils considéraient comme associées à Allah dans Sa divinité. Cette classe s’empara de tous les pouvoirs religieux, politiques et économiques. Elle créa parmi les hommes des distinctions entre supérieurs et inférieurs. Elle remplit la vie sociale d’injustice et de corruption, tandis que les désordres moraux et les turpitudes vidèrent l’humanité de sa substance essentielle.
Le peuple de Noé (paix sur lui)
Les efforts de réforme de Noé (paix sur lui)
*****Arabe*******
Ils avaient étendu un vaste réseau de tromperie. — Sourate Nûh : 22
La tromperie était l’ensemble des stratagèmes employés par ces dirigeants pour tenter d’inciter les gens à s’opposer à l’enseignement de Noé (paix sur lui). Ils disaient notamment : « Noé n’est qu’un homme comme vous. Comment peut-on admettre qu’il ait reçu une révélation de la part d’Allah ? » (sourate Al-A‘râf, 63 ; sourate Hûd, 27). « Seuls les gens de notre classe inférieure ont suivi Noé sans comprendre. Si ses paroles avaient réellement quelque importance, nos notables les auraient certainement acceptées. » (sourate Hûd, 27). « Si Allah avait voulu envoyer un prophète ou un messager, Il aurait envoyé un ange. » (sourate Al-Mu’minûn, 24). « S’il était vraiment envoyé par Allah, il aurait avec lui des trésors et connaîtrait l’invisible. Il serait, comme les anges, exempt de tous les besoins humains. » (sourate Hûd, 31). « Quel miracle avons-nous donc vu chez Noé et ses partisans qui nous obligerait à reconnaître sa dignité ? » (sourate Hûd, 27). « Cet homme veut en réalité exercer sur vous son autorité et sa domination. » (sourate Al-Mu’minûn, 24). « Un djinn l’a touché et l’a rendu fou. » (sourate Al-Mu’minûn, 25). (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 48)
Noé (paix sur lui) s’efforça pendant une longue période, avec patience et sagesse, de changer cette situation. Mais ils avaient pris le peuple dans les rets de la tromperie avec une telle habileté qu’aucune tentative de réforme ne porta ses fruits. Finalement, Noé (paix sur lui) invoqua Allah : « Seigneur, ne laisse sur la terre aucun de ces mécréants en vie. Car si Tu les épargnes, ils égareront Tes serviteurs, et de leur descendance ne naîtront que des êtres pervers, mécréants et ingrats. » (Il est ici fait allusion à l’invocation de Noé (paix sur lui), qu’il prononça après avoir consacré une très longue période à œuvrer sans relâche à la réforme et à l’amélioration de son peuple. Il avait invoqué :*****Arabe *****« Ô Allah, je n’en peux plus ; aide-moi ! » (sourate Al-Qamar, 10)*****Arabe ******« Seigneur, ne laisse aucun mécréant sur la terre. » (sourate Nûh, 26) (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Nûh, note 16)
Châtiment
L’invocation de Noé (paix sur lui) auprès d’Allah (Le Coran mentionne le long conflit qui se poursuivit durant plusieurs siècles au sujet de l’appel de Noé (paix sur lui) et de la persistance de son peuple dans la mécréance. Il est dit dans la sourate Al-‘Ankabût que ce conflit dura neuf cent cinquante ans. *****Arabe******Au fil des générations, le peuple de Noé (paix sur lui), observant l’ensemble de leurs agissements, ne se contenta pas de conclure qu’ils étaient incapables d’accepter la vérité ; il estima également qu’il n’existait aucun espoir de voir naître à l’avenir, de leur descendance, des gens vertueux et croyants. *****Arabe *******« Ô Allah, si Tu les épargnes, ils égareront Tes serviteurs, et de leur descendance ne naîtront que des êtres pécheurs et opposés à la vérité. » Allah Lui-même jugea fondée cette opinion de Noé et, sur la base de Sa connaissance parfaite et infaillible, dit :*****Arabe ******« Parmi ton peuple, ceux qui devaient croire ont déjà cru ; nul autre ne croira. Ne t’afflige donc plus à cause de leur sort. » (sourate Ash-Shu‘arâ’, note 85). L’invocation fut exaucée. Alors le châtiment d’Allah s’abattit sur ce peuple. Il ressort clairement du Coran que le déluge commença à partir d’un four particulier, sous lequel une source d’eau jaillit. Puis, d’un côté, une pluie torrentielle se mit à tomber du ciel et, de l’autre, des sources jaillirent çà et là du sol. Dans la sourate Hûd, il est seulement fait mention d’eau chaude jaillissant du four ; la pluie est toutefois évoquée par la suite. Mais la sourate Al-Qamar en donne le récit :
(*****Arabe******)
« J’ai ouvert les portes du ciel, d’où une pluie incessante s’est mise à tomber. Et J’ai fait jaillir la terre, si bien que des sources ont jailli de toutes parts. Les deux eaux se sont rejointes pour l’accomplissement du décret d’Allah. »
En outre, dans le Coran, l’emploi du mot tannûr (*****Arabe***) (alif-lâm) semble indiquer qu’Allah avait choisi un four particulier pour cette tâche. Puis, au moindre signe, de l’eau chaude commença à en jaillir au moment voulu. Par la suite, il fut appelé le four à l’origine de la tempête et du déluge. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 48)
Le déluge s’est-il étendu au monde entier ?
Cette inondation s’est-elle étendue au monde entier, ou s’est-elle limitée à la région où vivait le peuple de Noé ? C’est une question à laquelle aucune réponse n’a encore été trouvée. Selon les récits israélites, l’opinion généralement admise est que l’inondation s’est étendue à toute la terre (Genèse 7 : 18-24). Mais le Coran ne l’affirme nulle part. Les allusions du Coran permettent certainement de comprendre que l’humanité de l’époque postérieure au déluge est issue du groupe humain qui avait été sauvé du déluge de Noé. Mais cela n’implique pas nécessairement que le déluge de Noé ait été mondial. On peut tout aussi bien dire qu’à cette époque, les descendants d’Adam étaient limités à la région du monde où le déluge s’était produit. Puis la descendance humaine née après le déluge se dispersa progressivement dans le monde entier. Deux éléments viennent à l’appui de cette conception. Premièrement, des récits historiques, des vestiges anciens et des couches différentes du sol attestent l’existence d’une grande inondation dans la région arrosée par le Tigre et l’Euphrate. Deuxièmement, une légende concernant une grande inondation se transmet depuis les temps anciens chez la plupart des peuples de la terre. On en trouve même la mention dans les légendes anciennes de pays aussi lointains que l’Australie, l’Amérique et la Nouvelle-Guinée. On peut en conclure qu’à une certaine époque, les ancêtres de ces peuples vivaient peut-être dans la même contrée, où cette inondation s’était produite. Puis, lorsqu’ils se dispersèrent dans différentes régions du monde, ils emportèrent ces légendes avec eux. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 42).
L’arche de Noé devint un signe instructif
*****Arabe *******
Nous en avons fait un signe instructif pour les habitants du monde. — Sourate al-‘Ankabût : 15
Cela peut également signifier que ce terrible châtiment, ou cet événement considérable, a été transformé en signe instructif pour les générations suivantes. Mais d’après la manière dont cela est décrit dans la sourate al-Qamar (verset 115), il semble plutôt que le signe instructif fût l’arche elle-même, qui demeura au sommet de la montagne et continua de transmettre aux générations suivantes la nouvelle qu’une inondation de cette nature s’était produite dans le monde, à la suite de laquelle cette arche s’était immobilisée sur la montagne. Dans son commentaire du verset de la sourate al-Qamar, Ibn Jarîr rapporte ce récit de Qatâda et dit qu’à l’époque des Compagnons, lorsque les musulmans se rendirent dans la région d’al-Jazîra, ils virent cette arche au sommet du mont Jûdî (selon une autre version, près d’un village appelé Bâqirwa). Même à l’époque actuelle, on entend parfois dire que des expéditions sont envoyées de temps à autre à la recherche de l’arche de Noé. On explique cela par le fait que, lorsqu’un avion survole la chaîne de l’Ararat, les aviateurs aperçoivent parfois au sommet des montagnes quelque chose qui ressemble à une embarcation. L’imam al-Bukhârî, Ibn Abî Hâtim, ‘Abd al-Razzâq et Ibn Jarîr rapportent de Qatâda que, lors de la conquête de l’Irak et d’al-Jazîra par les musulmans, cette arche se trouvait encore sur le mont Jûdî (selon une autre version, près du village de Bâqirwa), où les musulmans des premières générations la virent. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 46)
Le peuple de ‘Âd
Dénomination
C’était un peuple très ancien d’Arabie. L’histoire de ce peuple se transmettait oralement parmi les Arabes. Même les jeunes enfants connaissaient son nom. Sa splendeur, sa puissance et son influence étaient exemplaires. De même, l’effacement de son nom et de toute trace de son existence du monde fut exemplaire. En raison de cette renommée, tout objet ancien est appelé « ‘âdî » en arabe. Les vestiges anciens sont également appelés « ‘âdiyyât ». Une terre qui n’a pas de propriétaire et qui reste inculte est appelée « ‘âdiyy al-ard ». Ce peuple est très fréquemment mentionné dans la poésie arabe ancienne. Les généalogistes arabes citent son nom avant celui de tous les autres peuples anciens de leur pays. Il est rapporté dans un hadith qu’un jour, un homme des Banû Zuhal ibn Shaybân, qui vivait dans la région du peuple de ‘Âd, vint auprès du Prophète vénéré (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Il lui raconta les récits que les habitants de sa région se transmettaient de génération en génération depuis des temps très anciens au sujet de ce peuple.
L’habitat du peuple d’ʿĀd
Selon le Coran, le véritable habitat de ce peuple était la région d’al-Aḥqāf (Aḥqāf est le pluriel du mot ḥiqf, qui signifie littéralement de longues dunes de sable ou des monticules qui, par leur hauteur, ne ressemblent toutefois pas à des montagnes. Au sens technique, ce terme désigne la partie occidentale du désert d’Arabie (Rubʿ al-Khālī), où il n’y a aucun établissement. — L’auteur), située entre le Ḥijāz, le Yémen et al-Yamāma. À partir de là, ils étendirent leur influence et leur puissance de la partie occidentale du Yémen jusqu’à l’Irak. Du point de vue historique, les vestiges de ce peuple ont presque entièrement disparu de la surface de la terre. Cependant, on trouve çà et là, dans le sud de l’Arabie, des ruines antiques attribuées au peuple d’ʿĀd.
On raconte qu’un endroit abrite la tombe du prophète Hūd (que la paix soit sur lui). En 1837, un officier de la marine britannique (James R. Wellested) aperçut à Ḥiṣn Ghurāb une inscription mentionnant le prophète Hūd (que la paix soit sur lui). Le texte semble clairement avoir été écrit par des gens qui suivaient la loi religieuse de Hūd (que la paix soit sur lui). (Tafhīm al-Qurʾān, sūrate al-ʿAnkabūt, note 25)
Ibn Isḥāq dit que les établissements du peuple d’ʿĀd s’étendaient d’Oman au Yémen. Le Coran nous dit que leur véritable habitat était al-Aḥqāf, d’où ils sortirent pour se répandre dans les régions voisines et s’étendre sur les peuples faibles. Jusqu’à aujourd’hui, les habitants du sud de l’Arabie continuent de dire que le peuple d’ʿĀd vivait dans cette région. À Ḥaḍramawt, à environ 125 miles au nord de l’actuelle ville de Mukallā, se trouve un endroit où l’on a construit une tombe attribuée au prophète Hūd (que la paix soit sur lui), connue comme la tombe de Hūd. Chaque année, une célébration d’ʿurs y est organisée le 15 shaʿbān. Des milliers de personnes s’y rassemblent, venues de différentes régions d’Arabie. Bien que cette tombe ne soit pas historiquement attestée, le rassemblement d’un grand nombre d’habitants du sud de l’Arabie y est peut-être la preuve que la tradition locale situe dans cette région l’habitat du peuple d’ʿĀd. En outre, on trouve encore aujourd’hui divers vestiges à Ḥaḍramawt, ce qui montre que les habitants locaux considèrent toujours cette région comme l’habitat du peuple d’ʿĀd.
L’état actuel de l’habitat du peuple d’ʿĀd
En voyant l’état actuel d’al-Aḥqāf, personne ne peut imaginer qu’un peuple puissant et civilisé ait autrefois vécu en ce lieu. Il s’agissait probablement, il y a des milliers d’années, d’une région verdoyante et fertile qui, à la suite de changements climatiques successifs, s’est transformée en une étendue désertique. Aujourd’hui, c’est un désert dévorant, au milieu duquel personne n’ose s’aventurer. En 1843, un officier militaire de Bavinger atteignit son extrémité méridionale. Il raconte que, lorsqu’on regarde depuis les hauteurs au nord de Ḥaḍramawt, cette étendue désertique apparaît mille pieds plus bas. On y trouve çà et là des terrains blancs où tout objet qui tombe s’enfonce dans une mer de sable et se décompose. Même les Bédouins d’Arabie redoutent terriblement cette région et refusent absolument de s’y rendre. Un jour, comme aucun Bédouin n’acceptait d’y conduire cet officier militaire, il s’y rendit seul. Il raconte que le sable de cette région est fin et délicat comme de la poudre. De loin, je lançai un seau à cet endroit. Il s’enfonça en cinq minutes. La corde avec laquelle je l’avais attaché et jeté fondit elle aussi immédiatement. (Pour plus de détails à ce sujet, voir : 1. Arabia and the Isles, Harold Ingrams, Londres, 1946. 2. The Univeiling of Arabia, R. H. Kirman, Lindon, 1937. 3. The Empty Quarter, Philby, Londres, 1933.) (Tafhīm al-Qurʾān, sūrate al-Aʿrāf, note 51)
La prospérité avant la destruction
Les récits historiques des Arabes et les découvertes archéologiques actuelles prouvent que le premier peuple d’ʿĀd a été entièrement détruit et que ses traces ont également été effacées de la surface de la terre. Les historiens arabes le considèrent comme un peuple disparu. Il fait également l’unanimité dans l’histoire arabe que seule la partie du peuple d’ʿĀd qui suivait le prophète Hūd (que la paix soit sur lui) subsista. Cette partie restante du peuple d’ʿĀd fut appelée le Second ʿĀd. L’inscription de Ḥiṣn Ghurāb mentionnée plus haut constitue l’une de leurs traces. On estime que cette inscription date d’environ dix-huit cents ans avant Jésus-Christ. Voici quelques phrases du texte original de l’inscription, déchiffré par les spécialistes : Nous avons longtemps vécu dans cette forteresse avec une telle influence et une telle puissance que ni la pauvreté ni la prospérité ne pouvaient nous atteindre. Nos fleuves étaient toujours remplis à ras bord, et les souverains étaient des rois dont les pensées étaient pures et éclairées et qui se montraient sévères envers l’injustice et les méfaits. Ils nous gouvernaient conformément à la loi religieuse de Hūd (que la paix soit sur lui), et les bonnes décisions étaient consignées dans un livre. Nous croyions aux actes miraculeux et à la résurrection après la mort.
Cette déclaration témoigne de la véracité du récit coranique selon lequel les héritiers ultimes de l’influence, du prestige et de la prospérité passés du peuple de ‘Âd furent ceux qui avaient cru en Hûd (sur lui la paix). (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Ahqâf, note 25)
Mention dans le Coran de leur prospérité, de leur fierté et de leur arrogance
(******Arabe ******)
Souvenez-vous de la grâce et de la faveur d’Allah : après le peuple de Noé, Il vous a établis comme ses successeurs. Sourate al-A‘râf : 69)
Sur le plan physique, ils étaient très robustes et puissants.
(*****Arabe *****)
Il vous avait dotés d’une excellente santé et d’une grande robustesse physique.
À leur époque, ils étaient un peuple sans égal. Aucun autre peuple ne leur était comparable.
(*****Arabe******)
Aucune autre nation semblable à eux n’avait été établie dans le pays. Sourate al-Fajr : 8
Leur civilisation était très avancée. Ils se distinguaient par la construction de hauts édifices reposant sur de très hautes colonnes. C’est ainsi qu’ils acquirent une grande renommée dans le monde.
(*****Arabe********)
N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a traité les ‘Âd, Iram aux hautes colonnes ? Sourate al-Fajr : 6-7.)
Cette puissance matérielle et physique les avait rendus orgueilleux. Ils étaient devenus enivrés par leur force.
(*****Arabe******)
Venons-en maintenant aux ‘Âd. Ayant délaissé la voie de la vérité dans le monde, ils se comportèrent avec orgueil et arrogance et commencèrent à dire : « Qui donc est plus puissant que nous ? » Sourate Hâ Mîm as-Sajda : 15
Le pouvoir politique était entre les mains de quelques grands tyrans devant lesquels personne n’osait même murmurer un mot.
(*****Arabe *****)
Et ils obéissaient aux ordres de chaque tyran ennemi de la vérité. — Sourate Houd : 59
Sur le plan religieux, ils ne niaient pas Allah, mais ils étaient plongés dans le shirk. Ils n’admettaient pas que la servitude et l’obéissance ne doivent être vouées qu’à Allah.
(*****Arabe********)
Ils lui (à Houd) dirent : « Es-tu venu à nous pour que nous n’adorions qu’Allah et que nous abandonnions ceux que nos pères et nos ancêtres adoraient ? » Sourate Al-A‘râf : 70 (Tafhîm-ul-Qur’an, sourate Al-Ahqâf, note 25)
La cause de la révélation du châtiment sur eux
La destruction de l’ancien peuple de ‘Âd ne fut pas due à une quelconque inimitié d’Allah envers eux, ni au fait qu’Il aurait voulu les détruire pour cette raison. Au contraire, ils adoptèrent eux-mêmes un mode de vie qui les conduisit à la destruction. Allah Très-Haut leur avait pourtant accordé la possibilité de réfléchir et de se ressaisir. Il leur envoya des messagers pour les guider. Par l’intermédiaire des messagers, Il les avertit des conséquences de suivre une voie égarée. Il leur expliqua clairement quelle était la voie de leur bien et quelle était celle de leur destruction. Mais lorsqu’ils ne saisirent aucune occasion de réforme et de correction et s’obstinèrent à suivre la voie de la destruction, leur destin inévitable fut celui qui devait leur échoir. (Tafhîm-ul-Qur’an, sourate Al-A‘râf, note 56
Le récit coranique concernant le châtiment
(*****Arabe****)
Finalement, Nous déchaînâmes contre eux, durant quelques jours néfastes, une tempête furieuse, afin de leur faire goûter l’humiliation dès cette vie terrestre. – (Sourate Hâ Mîm as-Sajda, 16)
Voici le récit de ce châtiment tel qu’il est rapporté en plusieurs endroits du Noble Coran : un vent d’une violence extrême souffla sans interruption pendant sept nuits et huit jours. Sous sa puissance, les hommes tombaient et mouraient les uns après les autres, comme des troncs de palmiers desséchés gisant au sol (sourate Al-Hâqqa, 7). Tout ce sur quoi ce vent passait, il le réduisait en ruines (sourate Adh-Dhâriyât, 42). Lorsque ce vent commença à souffler, les gens du peuple de ʿÂd se réjouissaient. Ils disaient : « Oh ! Voilà de gros nuages épais qui apparaissent ; il va pleuvoir et les choses desséchées vont reprendre vie. »
Mais le vent arriva avec une telle violence qu’il détruisit toute la cité. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Ash-Shuʿarâ’, note 86)
( *****Arabe******)
Nous déchaînâmes contre eux, durant un jour néfaste, une tempête furieuse. Elle les soulevait et les rejetait au sol, comme des troncs de palmiers déracinés. – Sourate Al-Qamar, 19-20
C’est-à-dire un jour dont la nocivité s’est prolongée pendant plusieurs jours. Dans le verset 16 de la sourate Hâ Mîm as-Sajda,(*****Arabe***) les mots suivants sont employés. Dans le verset 7 de la sourate Al-Hâqqa, il est dit que cette tempête dura sept nuits et huit jours. (On rapporte que le jour où ce châtiment commença était un mercredi. Les gens en vinrent ainsi à penser que le mercredi était un jour néfaste et qu’il ne convenait pas de commencer une activité ce jour-là. Certains hadiths faibles sont également cités à l’appui de cette idée. La croyance en la malfaisance de ce jour s’enracina alors dans la population. Parmi ces récits figure celui rapporté par Ibn Mardawayh et Al-Khatîb al-Baghdâdî,(*****Arabe******) c’est-à-dire que le dernier mercredi du mois est un jour néfaste, dont la malfaisance se prolonge sans cesse. Ibn al-Jawzî qualifie ce hadith d’inventé. Ibn Rajab affirme qu’il n’est pas authentique. Hâfiz Sakhâwî dit que toutes les versions dans lesquelles ce hadith a été rapporté sont forgées. De même, les traditionnistes ont jugé faible ce hadith d’At-Tabarânî, qui est le suivant :(*****Arabe******) c’est-à-dire que le mercredi est un jour maudit ou néfaste. D’autres récits affirment qu’il ne convient pas de voyager le mercredi, ni d’effectuer des transactions ou de se couper les ongles. Il ne conviendrait pas non plus de rendre visite à un malade, car la lèpre aurait commencé ce jour-là. Mais tous ces récits sont faibles et peu fiables ; ils ne peuvent servir de fondement à aucune croyance. Le vérificateur Al-Munâdî dit :(*****Arabe****) c’est-à-dire qu’il est strictement interdit d’adopter à ce sujet une opinion semblable à celle des devins. Car tous les jours appartiennent à Allah. Aucun jour n’est intrinsèquement bénéfique ou maléfique.
Allama Alousi dit : tous les jours sont égaux. Le mercredi ne possède aucune particularité. Il n’existe, entre la nuit et le jour, aucun moment qui soit bon pour certains et mauvais pour d’autres. À tout moment, Allah crée pour les uns une situation favorable et pour les autres une situation défavorable. — L’auteur (Tafhim al-Qur’an, sourate Hamim as-Sajdah, note 20)
Le peuple de Thamud
Origines
Parmi les peuples les plus anciens de l’Arabie, le peuple de Thamud était le deuxième à avoir acquis la plus grande renommée après celui de ‘Ad. Avant la révélation du Coran, ses récits et ses histoires étaient connus de tous les Arabes. Il était abondamment mentionné dans la poésie et les discours de l’époque de la Jâhiliyyah. On trouve également des mentions de ce peuple dans les inscriptions assyriennes ainsi que dans les ouvrages des anciens historiens et géographes de Grèce, d’Alexandrie et de Rome. Certains vestiges de ce peuple subsistaient encore peu avant la naissance du Messie (paix sur lui). Les historiens romains rapportent que ses membres s’enrôlaient dans l’armée romaine et combattaient les Nabatéens, car ils étaient ennemis de ces derniers.
Habitat du peuple de Thamud
Ce peuple habitait la région du nord-ouest de l’Arabie qui est encore appelée aujourd’hui al-Hijr. De nos jours, une station du chemin de fer du Hedjaz, située entre Médine et Tabuk, porte le nom de Madâ’in Sâlih. C’était le principal lieu de résidence du peuple de Thamud ; dans l’Antiquité, on l’appelait al-Hijr. On peut encore y voir, sur des milliers d’acres, des édifices en pierre que les Thamudéens avaient construits en taillant les montagnes. Il suffit de regarder cette ville silencieuse et déserte pour comprendre qu’à une certaine époque sa population ne devait pas compter moins de quatre à cinq cent mille habitants. (Dans toute la région septentrionale du Hedjaz, de Rabigh à ‘Uqbah, et de Médine et Khaybar jusqu’à Tayma et Tabuk, le territoire demeure encore rempli des vestiges de Thamud. À l’époque de la révélation du Coran, ces vestiges devaient être plus visibles qu’aujourd’hui. — L’auteur [sourate al-Qamar, note 16])
À l’époque de la révélation du Coran, les caravanes commerciales du Hedjaz traversaient ces vestiges. Pourtant, lorsque le Prophète ﷺ passa par cette route au cours d’une expédition, il les montra aux musulmans et leur demanda de tirer une leçon de ces ruines anciennes. À un endroit, il désigna un puits et dit : « C’est le puits duquel la chamelle de Sâlih (paix sur lui) buvait. » Il ordonna aux musulmans de ne boire que de ce puits. Il désigna une vallée montagneuse et dit : « C’est d’ici que cette chamelle buvait. » Ce lieu est encore connu sous le nom de Fajj an-Nâqah. (Sur le chemin de l’expédition de Tabuk, les musulmans observaient çà et là les vestiges de Thamud. Le Prophète ﷺ les rassembla et leur dit de tirer une leçon du sort du peuple de Thamud. Il ajouta : « C’était l’habitat d’un peuple sur lequel le châtiment d’Allah s’est abattu. Ce n’est pas un lieu de promenade joyeuse, mais un lieu de pleurs. Dépêchez-vous donc de traverser cet endroit. » — L’auteur [Tafhim al-Qur’an, sourate al-A‘raf, note 59] [Tafhim al-Qur’an, sourate al-Qamar, note 16])
Les vestiges du peuple de Thamud
(*****Arabe******)
Souvenez-vous du moment où Allah vous a établis comme successeurs du peuple des ‘Ad, et vous a donné un tel statut qu’aujourd’hui vous construisez de vastes palais sur les terrains qu’ils avaient aménagés et que vous creusez les montagnes pour y bâtir des demeures. — Sourate Al-A‘raf, 74
L’architecture du peuple de Thamûd — le creusement des montagnes — était exactement semblable à celle que l’on peut observer à Ellora, Ajanta et en d’autres lieux du Bharat. À Madaïn Salih, ces demeures subsistent encore intactes. Leur vue donne une idée du degré de progrès atteint par ce peuple dans l’ingénierie. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-‘Ankabût, note 65)
Al-Hijr était le principal lieu d’habitation du peuple de Thamûd. Ses vestiges peuvent être vus à quelques kilomètres de l’actuelle ville d’Al-‘Ulâ, située au nord-ouest de Médine. En allant de Médine à Tabûk, on trouve cet endroit directement sur la route principale. Les caravanes traversent cette vallée. Toutefois, conformément aux instructions du Prophète ﷺ, personne n’y séjourne.
Au VIIIe siècle de l’Hégire, Ibn Battûta y arriva alors qu’il se rendait au pèlerinage. Il rapporte que les demeures du peuple de Thamûd subsistaient sur les montagnes rouges de cette région. Ils les avaient construites en creusant les montagnes. Les ornements qu’ils avaient réalisés sont encore si vivants qu’on croirait qu’ils viennent tout juste d’être exécutés. On peut encore voir en ces lieux des ossements humains calcinés. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 57)
Progrès matériel et déchéance morale
Les récits concernant ce peuple, rapportés dans le Noble Coran aux versets 73 à 79 de la sourate Al-A‘râf, 61 à 68 de la sourate Hûd, 80 à 84 de la sourate Al-Hijr, 45 à 53 de la sourate An-Naml, 43 à 45 de la sourate Adh-Dhâriyât, 23 à 31 de la sourate Al-Qamar, 4 à 5 de la sourate Al-Hâqqah, 9 de la sourate Al-Fajr et 11 de la sourate Ash-Shams, permettent de savoir que le peuple qui fut favorisé par la prospérité après le peuple des ‘Ad était précisément le peuple de Thamûd.(*****Arabe****)Mais le résultat de leur développement civilisé et de leur prospérité fut le même que celui du peuple des ‘Ad. Autrement dit, tandis que le niveau de vie s’élevait vers les sommets du progrès, le niveau d’humanité ne cessait de s’abaisser. D’un côté, en plein désert, on construisait palais après palais en taillant la pierre, comme à Ellora et à Ajanta. De l’autre, l’associationnisme et l’idolâtrie se répandaient dans la société. Celle-ci était accablée par l’injustice et la tyrannie. Le pouvoir y était passé aux mains de gens dépourvus de moralité. Les gens des classes supérieures, dans leur orgueil et leur arrogance, se croyaient les maîtres de tout. Seuls les gens des classes inférieures répondirent à l’appel à la vérité que le prophète Sâlih (sur lui la paix) leur adressa. Les gens des classes supérieures refusèrent d’accepter le message du prophète, en disant :
(*****Arabe *****)
Nous ne croyons pas en ce en quoi vous avez cru.
Les trois raisons du rejet de la vérité
Le peuple de Thamûd refusait de suivre le prophète Sâlih (paix sur lui) pour trois raisons. Premièrement, il était un être humain. Il n’était pas un surhomme, et ils ne pouvaient donc pas reconnaître sa supériorité. Deuxièmement, il était issu de leur propre peuple. Selon eux, il n’y avait donc aucune raison qu’il leur fût supérieur. Troisièmement, à leurs yeux, il n’était qu’un homme ordinaire. Ce n’était pas un chef puissant, il n’avait ni hommes ni armée avec lui, et ne jouissait d’aucune influence ni autorité. Il n’était donc pas possible d’admettre sa supériorité. Ils pensaient qu’un prophète devait être un surhomme. Et s’il devait être humain, il ne devait pas être né dans leur pays et au sein de leur peuple : il devait venir d’ailleurs ou être envoyé de l’extérieur. Si cela n’était pas le cas, il devait au moins être un homme fortuné, jouissant d’une grande renommée et d’une influence considérable ; c’est seulement alors qu’ils auraient pu admettre que Dieu avait porté Son regard sur lui et l’avait choisi pour guider les hommes. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 57)
Le conflit entre le bien et le mal
Après que le prophète Sâlih (paix sur lui) eut commencé sa prédication, son peuple se divisa en deux groupes.
(*****Arabe****)
Ils se divisèrent soudain en deux groupes antagonistes. Sourate An-Naml, 45
Un groupe crut, tandis que l’autre refusa de croire. En raison de cette divergence, un affrontement éclata entre eux. Il est dit ailleurs dans le Coran :
(*****Arabe******)
Les chefs orgueilleux de ce peuple disaient aux croyants faibles : « Savez-vous vraiment que Ṣâlih a été envoyé par son Seigneur ? » Ils répondirent : « Nous croyons en la vérité avec laquelle il a été envoyé. » Alors ces gens orgueilleux dirent : « Nous ne croyons pas à ce en quoi vous croyez. »
Ailleurs, les propos des chefs de ce peuple sont rapportés ainsi : « Ô Ṣâlih, fais donc venir le châtiment dont tu nous menaces, si vraiment tu es l’un des messagers. » — Sourate Al-Aʿrâf, 77.
La demande d’un miracle
(*****Arabe****)
Nous envoyons la chamelle comme une épreuve pour eux. Observe donc patiemment quelle sera leur fin. Informe-les que l’eau sera partagée entre eux et la chamelle. Chaque partie viendra boire à tour de rôle le jour qui lui sera réservé. — Sourate Al-Qamar, 27-28.
L’explication de ces paroles — « Nous envoyons la chamelle comme une épreuve pour eux » — est qu’une chamelle fut soudain amenée et présentée devant eux, et qu’on leur dit : « Elle boira seule un jour, et vous ainsi que vos animaux pourrez boire l’autre jour. Le jour qui lui sera réservé, aucun d’entre vous ne viendra puiser de l’eau à un puits ou à une source, et vous ne viendrez pas non plus y faire boire vos animaux. » Ce défi fut lancé par celui au sujet duquel ils disaient eux-mêmes qu’il n’avait ni soldats ni partisans pour le soutenir. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Qamar, note 17)
Un signe décisif
Il est dit dans les versets 154 à 156 de la sourate Ach-Chou‘arâ que les Thamûd demandèrent au prophète Sâlih (sur lui la paix) un signe qui constituerait une preuve manifeste qu’il avait été mandaté par Allah. En réponse, le prophète Sâlih (sur lui la paix) leur présenta cette chamelle. (C’est également ce qui est dit dans le verset 73 de la sourate Al-A‘râf. — L’auteur.) Il est donc clairement établi que l’apparition de la chamelle eut lieu en tant que miracle. C’était un miracle du type de ceux que certains prophètes présentèrent comme preuve de leur mission prophétique afin de répondre aux exigences des négateurs. En outre, l’apparition miraculeuse de la chamelle est également attestée par le fait que le prophète Sâlih (sur lui la paix), en la leur présentant, menaça les mécréants en leur disant : « Votre vie est étroitement liée à celle de cette chamelle. Elle se déplacera librement dans vos champs et vos pâturages. Un jour, elle boira l’eau, et le lendemain, tous vos animaux la boiront. Si vous lui faites le moindre mal, le châtiment d’Allah s’abattra immédiatement sur vous. » Il est certain qu’on ne peut faire preuve d’une telle assurance et d’une telle conviction qu’au sujet d’une chose que l’on voit de ses propres yeux et dont on sait qu’elle est extraordinaire. La chamelle continua ensuite, pendant un certain temps, à paître librement çà et là : un jour, elle buvait seule, et le lendemain, les autres animaux. Malgré leur profonde répugnance, ils continuèrent à tolérer tout cela. Finalement, après de nombreuses consultations et conspirations, ils tuèrent la chamelle, alors que le prophète Sâlih (sur lui la paix) ne disposait d’aucune autre force qui aurait pu les contraindre à le craindre. Une autre preuve de ce fait est qu’ils étaient terrifiés par la chamelle et savaient qu’une force devait nécessairement se trouver derrière elle, grâce à laquelle elle circulait parmi eux avec une totale insouciance. (Le Coran ne donne aucune explication détaillée sur l’apparence de la chamelle ni sur la manière dont elle apparut. On n’en trouve pas non plus de récit dans un hadith authentique. Il n’est donc pas nécessaire d’accepter les récits sur la naissance de la chamelle que les exégètes ont rapportés en s’appuyant sur diverses traditions. En revanche, le Coran établit que la chamelle apparut de manière miraculeuse.) (Tafhîm al-Qur’ân, sourate An-Naml, note 58)
Le meurtre de la chamelle
(*****Arabe******)
Ils tuèrent la chamelle et transgressèrent l’ordre de leur Seigneur. — Sourate Al-A‘râf, 77
Pendant un certain temps, la chamelle devint un problème pour toute la nation. Les gens en éprouvaient intérieurement du ressentiment. Puis les consultations se poursuivirent, jusqu’à ce qu’un chef obstiné prenne la responsabilité de délivrer la nation de ce mal. Dans la sourate Ach-Chams, cet homme est mentionné ainsi(*****Arabe******) : « Soudain, le plus pervers des membres de la nation se prépara à accomplir cette tâche. » Dans la sourate Al-Qamar, il est dit(*****Arabe*****) : « Ils sollicitèrent leur compagnon, et celui-ci accepta cette tâche. Puis il trancha les jarrets de la chamelle. » (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Qamar, note 19)
Bien qu’un seul homme ait tué la chamelle, comme cela est dit dans les sourates Ach-Chams et Al-Qamar, la nation entière le soutenait et, en réalité, il accomplissait ce crime pour satisfaire la volonté de toute la nation ; c’est pourquoi toute la nation fut déclarée coupable. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 58) (Tout crime commis conformément à la volonté d’une nation, ou dont celle-ci se montre satisfaite, est considéré comme un crime national, même si son auteur n’est qu’un seul individu. Le Coran dit même qu’un crime commis ouvertement et accepté par la nation est également considéré comme un crime national. — L’auteur.)
La conspiration des malfaiteurs contre le prophète Sâlih (sur lui la paix)
(*****Arabe******)
Il y avait dans cette ville neuf chefs qui semaient le désordre dans le pays et n’accomplissaient aucune œuvre de réforme. Ils se dirent les uns aux autres : « Jurez par Allah que nous attaquerons soudainement Sâlih et sa famille pendant la nuit. Puis nous dirons à son responsable que nous n’étions absolument pas présents lors de la destruction de sa famille. Nous disons assurément la vérité. »
Ils mirent donc ce complot à exécution. Mais Nous conçûmes également un stratagème dont ils ne se doutèrent nullement. Voyez donc quelle fut l’issue de leur complot : Nous les anéantîmes, eux et toute leur nation. — Sourate An-Naml, 48-51
Avant même qu’ils ne s’en prennent à Sâlih au moment fixé, Allah Tout-Puissant les anéantit, eux et toute leur nation.
Il semble qu’ils aient tramé ce complot après avoir tranché la bosse de la chamelle. Il est rapporté dans la sourate Hûd que, lorsqu’ils eurent tué la chamelle, Sâlih les avertit en ces termes : « Très bien, profitez encore pendant trois jours de vos demeures ; puis le châtiment d’Allah va s’abattre sur vous. »(*****Arabe****)Ils pensaient peut-être alors que le châtiment promis par Sâlih survienne ou non, pourquoi ne pas en finir tous ensemble avec lui aussi, en plus de la chamelle ? Il est fort probable qu’ils aient décidé de l’attaquer précisément cette nuit-là, celle où le châtiment devait s’abattre sur eux. Mais voici ce qui se produisit : avant même qu’ils ne portent la main sur Sâlih, la main implacable d’Allah s’abattit sur eux. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 58)
Description du châtiment
(*****Arabe*****)Le châtiment s’abattit sur eux.
Voici comment le châtiment est décrit ailleurs dans le Coran : lorsqu’ils eurent tué la chamelle, Sâlih dit
(*****Arabe***)
Restez encore trois jours dans vos maisons.
Après l’expiration du délai fixé par cet avis, vers la fin de la dernière nuit, une formidable explosion se produisit, accompagnée d’un tremblement de terre si violent qu’il dévasta toute la nation en un instant. Le lendemain matin, on vit les cadavres écrasés gisant à terre, comme des buissons plantés dans une haie, piétinés, broyés et détruits par le passage des animaux. Ni leurs palais construits en pierre ni leurs demeures creusées dans les montagnes ne purent les sauver. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 61.) (Voir sourate Al-Qamar, verset 31 ; sourate Al-A‘râf, verset 78 ; et sourate Al-Hijr, versets 83-84. — L’auteur.)
Les croyants furent sauvés
(*****Arabe****)
Lorsque le moment de Notre décision arriva enfin, par Ma miséricorde, Nous sauvâmes Sâlih ainsi que ceux qui avaient cru avec lui, et Nous les préservâmes de l’humiliation de ce jour. Sourate Hûd : 66
Les légendes qui ont cours dans la péninsule du Sinaï permettent de savoir que, lorsque le châtiment s’abattit sur le peuple des Thamûd, le prophète Sâlih émigra et se rendit dans cette région. Tout près de la montagne de Moïse se trouve une autre montagne appelée la montagne du prophète Sâlih. Selon la tradition, c’est ici qu’il aurait résidé. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate An-Naml, note 65.)
Le progrès civilisationnel des Thamûd et ses vestiges
De même que la caractéristique manifeste du peuple des ‘Âd était de construire des édifices sur de hautes colonnes, celle du peuple des Thamûd était de tailler les montagnes pour y bâtir des édifices. C’est pourquoi ils étaient célèbres parmi les peuples anciens. Dans la sourate Al-Fajr, les ‘Âd ont été surnommés Dhât al-‘Imâd (les possesseurs des colonnes) ; de même, il est dit au sujet des Thamûd qu’ils ont taillé les montagnes dans la vallée(*****Arabe******)En outre, le Coran dit qu’ils construisaient de grands palais sur un sol rocheux(*****Arabe******)Quelle était la raison de la construction de palais de cette nature ? Le Coran(*****Arabe***)l’a expliquée par le mot. Autrement dit, ils avaient fait tout cela par orgueil et vanité, pour exhiber leurs richesses, leur puissance et leur art architectural. Aucun besoin véritable ne les avait incités à agir ainsi. Telle est la situation d’une civilisation débridée. Lorsque, d’un côté, les démunis de la société ne trouvent pas le moindre endroit où poser leur tête et que, de l’autre, les émirs, les notables et les riches construisent des palais bien au-delà de leurs besoins, ils se mettent à édifier des palais commémoratifs destinés à l’ostentation.
Parmi ces palais du peuple de Thamûd, certains subsistent encore. Je les ai moi-même visités en décembre 1959. Quelques-unes de leurs photographies sont reproduites ici. Ce site se trouve à quelques miles au nord d’Al-‘Ulâ, lieu célèbre du Hedjaz, situé entre Médine et Tabûk. À l’époque du Prophète (ﷺ), il était appelé Wâdî al-Qurâ. Aujourd’hui encore, les habitants de cette région le désignent sous les noms d’Al-Hijr et de Madâ’in Sâlih.
Dans cette région, Al-‘Ulâ est encore une vallée verdoyante et fertile. On y trouve de nombreuses sources et de nombreux jardins. Mais autour d’Al-Hijr, on observe une atmosphère terriblement sinistre. La population y est insignifiante et la fertilité fait défaut. Il s’y trouve quelques puits ; parmi les habitants de la région, une légende circule au sujet de l’un d’eux. Ce puits se trouve actuellement dans un ancien camp militaire ; il est complètement à sec. Sa photographie est également reproduite ici.
Lorsque nous pénétrâmes dans cette région, nous aperçûmes, dès que nous approchâmes d’Al-‘Ulâ, des montagnes qui semblaient entièrement brûlées et rôties. Il était évident qu’un terrible tremblement de terre les avait bouleversées et disloquées de bas en haut. Des photographies de ces montagnes sont également reproduites ici. On trouve des montagnes de ce type sur près de quarante miles à l’est d’Al-‘Ulâ, sur la route de Khaybar, et sur trente à quarante miles vers le nord, à l’intérieur de la Jordanie. Cela signifie qu’une zone longue de trois à quatre cents miles et large de cent miles a été dévastée par un tremblement de terre. Parmi les édifices des Thamûd que nous avons vus à Al-Hijr, nous avons également observé des constructions du même type à Madyan, sur les rives du golfe d’Aqaba, ainsi qu’à Pétra, en Jordanie. À Pétra en particulier, les édifices des Thamûd et ceux construits par les Nabatéens subsistent côte à côte. La différence entre leur ornementation et leur mode de construction est si manifeste que n’importe qui peut comprendre au premier regard qu’ils n’appartiennent ni à la même époque ni au même peuple.
L’orientaliste anglais (Dayghty), voulant prouver que le Coran était mensonger, affirme au sujet des édifices d’Al-Hijr qu’ils n’ont pas été construits par les Thamûd, mais par les Nabatéens. Pourtant, la différence entre les édifices des deux types est si évidente qu’il faudrait être aveugle pour les attribuer au même peuple. Je pense que l’art de construire des édifices en taillant la montagne a commencé chez le peuple de Thamûd. Plusieurs milliers d’années plus tard, aux IIᵉ et Iᵉ siècles avant J.-C., les Nabatéens portèrent cet art architectural à un niveau supérieur. Puis, à Ellora, cet art atteignit le sommet de son développement. Les grottes d’Ellora sont toutefois postérieures d’environ sept cents ans à celles de Pétra. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Ash-Shu‘arâ’, note 106)
Le peuple d’Ibrâhîm (عليه السلام)
Après Noé (عليه السلام), Ibrâhîm (عليه السلام) fut le premier prophète que Dieu Tout-Puissant chargea de transmettre l’appel universel de l’islam. Il parcourut d’abord lui-même les régions allant de l’Irak à l’Égypte, et de la Syrie et de la Palestine aux différentes contrées du désert d’Arabie, appelant les hommes à l’obéissance et à l’adoration de Dieu Tout-Puissant, c’est-à-dire à l’islam. Ensuite, afin de propager sa mission, il nomma ses lieutenants dans différentes régions : son neveu Lût (عليه السلام) en Transjordanie, son fils Ishâq (عليه السلام) en Syrie et en Palestine, et son fils aîné Ismâ‘îl (عليه السلام) au cœur de l’Arabie. Puis, sur l’ordre de Dieu Tout-Puissant, il construisit à La Mecque une maison appelée la Kaaba. C’est cette maison qu’il établit, sur l’ordre de Dieu, comme centre de sa mission. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 74)
Le lieu de naissance d’Ibrâhîm (عليه السلام)
La ville où naquit Ibrâhîm (عليه السلام) n’est pas seulement connue grâce aux recherches archéologiques modernes ; celles-ci ont également apporté des éclaircissements sur la situation des habitants de cette région à son époque. Voici un résumé des résultats de ses recherches publiés par Sir Leonard Woolley dans son ouvrage intitulé Abraham Lindon 1953.
Données historiques et civilisationnelles à connaître au sujet de la ville d’Ur
Les spécialistes reconnaissent aujourd’hui généralement que le prophète Abraham (paix sur lui) apparut vers 2100 avant J.-C. À cette époque, la population de la ville d’Ur avoisinait deux cent cinquante mille habitants, voire peut-être cinq cent mille. La ville était un immense centre commercial et industriel. Des marchandises y arrivaient d’une part du Pamir et des monts Nilgiri, tandis qu’elle entretenait d’autre part des relations commerciales avec l’Anatolie. Le royaume dont elle était la capitale s’étendait un peu moins vers le nord que l’Irak actuel, et un peu davantage vers l’ouest. La plupart des habitants du pays exerçaient des activités industrielles ou commerciales. Les inscriptions de cette époque retrouvées dans les ruines anciennes permettent de comprendre que leur vision de la vie était purement matérialiste. Acquérir des richesses et amasser en grande quantité des biens destinés au confort et aux plaisirs constituaient le but de leur existence. Le marché de l’usure était extrêmement florissant. Les gens avaient une mentalité de marchands. Ils se regardaient mutuellement avec suspicion et les procès entre eux étaient très fréquents. La plupart de leurs prières adressées à leurs divinités portaient sur la longévité, la prospérité et le développement de leurs affaires. Les habitants étaient divisés en trois classes.
Premièrement : les Amīlū. C’étaient les gens de la classe supérieure. Les prêtres et les fonctionnaires civils ordinaires appartenaient à cette classe.
Deuxièmement : les Miškīnū. C’étaient les commerçants, les industriels et les agriculteurs.
Troisièmement : les Ardū, c’est-à-dire les esclaves.
Parmi ces trois classes, la première jouissait d’un statut particulièrement élevé. Ses droits pénaux et civils étaient différents de ceux des autres. La valeur de leur vie et de leurs biens était également supérieure à celle des autres.
—————— Figure :
La route de l’émigration du prophète Abraham (paix sur lui)
Telle était la ville et la société dans lesquelles le prophète Abraham (que la paix soit sur lui) ouvrit les yeux. D’après la situation de sa famille et la sienne, telle que nous la trouvons dans le Talmud, il appartenait à la classe des Amilu. Son père occupait la plus haute fonction de l’État. Auprès de Nimrod, il était le plus haut fonctionnaire du royaume (Chief officer of the state).
Les dieux et les déesses, les temples et les rites idolâtres
Les inscriptions d’Ur mentionnent les noms de près de cinq mille dieux et déesses. Les différentes villes du pays avaient chacune leurs divinités adorées. Chaque ville avait un protecteur. On l’appelait Rabb al-balad ou le seigneur de la cité. On le considérait comme le dieu suprême ou le chef des dieux, et on lui témoignait plus de vénération qu’à tous les autres dieux et déesses. Le Rabb al-balad de la ville d’Ur était Nannar (le dieu de la Lune). Plus tard, les gens donnèrent à cette divinité le nom de Kamrina, d’après son nom. La deuxième grande ville était Larsa, qui devint plus tard la capitale à la place d’Ur. Son Rabb al-balad était Shammash (le dieu du Soleil). Sous ces grandes divinités se trouvaient également de nombreuses petites divinités. La plupart étaient choisies parmi les planètes et les étoiles du ciel, et un petit nombre parmi les êtres terrestres. Elles étaient liées aux besoins les plus modestes des hommes. On en fabriquait des représentations sous forme de poupées, et toutes sortes de rites étaient accomplis devant elles. Les besoins ordinaires des hommes leur étaient également associés. On en fabriquait des représentations sous forme de poupées, et toutes sortes de rites étaient accomplis devant elles. La statue de Nannar était installée dans un splendide édifice, au sommet de la plus haute colline de la ville d’Ur. Le temple de son épouse Nangul se trouvait à proximité. Le temple de Nannar ressemblait à un palais royal. Chaque nuit, dans sa chambre, une prêtresse se parait comme sa fiancée. De nombreuses femmes étaient consacrées au dieu dans le temple. On les appelait des prostituées religieuses (Religious Prostitutes). Les femmes qui consacraient leur virginité au nom de leur dieu ou de leur divinité étaient considérées avec beaucoup de respect. On pensait probablement que se donner une fois comme compagne charnelle à un homme inconnu, au nom du dieu, constituait une voie de salut. Il va sans dire que la plupart des prêtres tiraient plaisir et jouissance de cette prostitution religieuse.
Le statut divin de Nannar
Nannar n’était pas seulement une divinité. Il était aussi le plus grand propriétaire foncier du pays, un immense commerçant, un grand industriel et le souverain tout-puissant de la scène politique nationale. De nombreux jardins, terres et bâtiments étaient consacrés à ce temple sous forme de waqf. En plus des revenus qui en provenaient, les paysans, les propriétaires fonciers et les commerçants envoyaient au temple, à titre d’offrandes, toutes sortes de récoltes, du lait, de l’or, des bijoux, des vêtements, etc. Le temple menait lui-même des activités commerciales à très grande échelle. On considérait que les prêtres accomplissaient toutes ces activités pour se rapprocher de la divinité, et que leurs décisions étaient les décisions du dieu lui-même. Même l’autorité gouvernementale de la famille royale tirait sa source de ce dieu Nannar. Le véritable roi était Nannar, et le dirigeant du pays gouvernait en son nom. Selon ce principe, le roi du pays lui-même était compté parmi les divinités adorées, et on lui rendait un culte comme aux dieux.
L’origine, l’essor et la fin du royaume de Nimrod
Le nom du premier fondateur de la dynastie royale qui régnait sur Ur à l’époque du prophète Abraham (que la paix soit sur lui) était Urnamu. Deux mille trois cents ans avant la naissance de Jésus (que la paix soit sur lui), il fonda un vaste royaume. Celui-ci s’étendait à l’est jusqu’à Suse et à l’ouest jusqu’au Liban. Cette famille adopta de lui le nom de Namu, qui devint Nimrod en arabe. Après la migration du prophète Abraham (que la paix soit sur lui) hors de son pays, cette famille fut frappée par une série de destructions. D’abord, les Élamites détruisirent la ville d’Ur et emmenèrent Nimrod captif avec son dieu Nannar. Ensuite, une domination élamite fut établie à Larsa, sous laquelle les habitants de la région d’Ur furent réduits en esclavage. Puis une famille d’origine arabe devint puissante à Babylone et soumit à la fois Larsa et Ur. Après ces destructions, la croyance que les habitants d’Ur vouaient à Nannar fut ébranlée, car Nannar n’avait pas pu les protéger.
L’influence des enseignements du prophète Abraham (que la paix soit sur lui) aux époques ultérieures
On ne peut pas établir avec certitude dans quelle mesure l’enseignement de Hazrat Ibrahim (a.s.) influença les habitants de ce pays aux époques suivantes. Cependant, le code de lois rédigé par le roi de Babylone, Hammurabi (Amraphel dans la Bible), en 1910 avant J.-C., s’inspirait directement ou indirectement de la lumière reçue des flambeaux des prophètes. L’inscription détaillée de ces lois fut découverte en 1902 par un chercheur français spécialisé dans l’archéologie ancienne. Il publia sa traduction anglaise sous le titre C. H. W. John, The Oldest Code of Law, en 1903. Les principes fondamentaux et les détails de ces lois présentent des similitudes avec la charia de Hazrat Moussa (a.s.).
Un système civilisationnel entièrement polythéiste
Si les recherches archéologiques menées jusqu’à présent sont exactes, elles montrent clairement que le polythéisme dans lequel était plongue la nation de Hazrat Ibrahim (a.s.) ne se limitait pas à un ensemble de croyances religieuses et de rites idolâtres. En réalité, l’ensemble du système économique, culturel, politique et social de cette nation fonctionnait sur la base de ces croyances. Face à cela, l’appel au tawhid que Hazrat Ibrahim (a.s.) avait entrepris de proclamer ne frappait pas seulement l’idolâtrie ; il portait également un coup extrêmement violent aux prétentions de la famille royale à la divinité, à son autorité et à sa domination, à la situation économique et politique des prêtres et des classes supérieures, ainsi qu’à l’ensemble du mode de vie du pays. Porter son appel signifiait qu’il fallait réduire en poussière toute la structure sociale, du bas jusqu’au sommet. Puis il fallait la reconstruire entièrement sur les fondements du tawhid. C’est pourquoi, dès que la voix de Hazrat Ibrahim (a.s.) retentit, la population, Nimrod et les prêtres résolurent tous ensemble de la faire taire. (Tafhim al-Qur’an, sourate Ach-Chu‘ara, note 99)
Examen du système polythéiste de Nimrod
De la première époque jusqu’à nos jours, toutes les sociétés polythéistes présentent cette même caractéristique : elles reconnaissent Allah comme Rabb al-arbab, c’est-à-dire le Seigneur de tous les seigneurs et le Dieu de tous les dieux, mais elles ne reconnaissent pas exclusivement ce Seigneur et ce Dieu comme leur seul Ma‘bud.
Les polythéistes ont toujours divisé en deux la divinité souveraine. La première est une divinité surnaturelle, qui exerce son autorité sur l’enchaînement des causes et des effets et vers laquelle l’homme se tourne pour satisfaire ses besoins et éloigner les épreuves et les malheurs. Dans ce domaine, les polythéistes associent à Allah Tout-Puissant les esprits, les anges, les djinns et de nombreux autres êtres. Ils les implorent, accomplissent des rites d’adoration devant eux et déposent des offrandes votives dans leurs sanctuaires. La seconde est la divinité, ou l’autorité et la souveraineté, dans les affaires culturelles et politiques, qui détient le droit d’établir les lois régissant la vie et d’obtenir l’obéissance. À presque toutes les époques, tous les polythéistes du monde ont séparé cette seconde forme de divinité d’Allah Tout-Puissant, ou l’ont partagée entre Lui, les familles royales, les prêtres religieux et les notables anciens de la société. La plupart des familles royales en sont venues à revendiquer la divinité dans ce second sens. Pour affermir leur divinité, elles ont prétendu être les enfants du dieu au sens premier. À cet égard, la classe religieuse a conspiré avec elles.
La prétention de Nimrod à la divinité relevait elle aussi de la seconde catégorie. Il ne niait pas l’existence d’Allah Tout-Puissant. Il ne prétendait pas être lui-même le Créateur de la terre et des cieux ni le régisseur du monde créé. Il prétendait plutôt être le souverain absolu de ce pays d’Irak et de ses habitants. Sa parole était la loi ; au-dessus de lui, il n’existait aucune puissance ni aucune entité supérieure devant laquelle il aurait dû rendre des comptes. Ainsi, tout habitant de l’Irak qui ne le reconnaissait pas comme son seigneur et reconnaissait quelqu’un d’autre que lui comme seigneur était considéré comme un rebelle et un traître.
Le choc porté par l’appel au tawhid de Hazrat Ibrahim (a.s.)
Lorsque le prophète Abraham (paix sur lui) déclara : « Je reconnais comme Dieu, Maître et Seigneur uniquement le Rabb al-‘Âlamîn, et je nie absolument toute autorité et toute seigneurie en dehors de Lui », la question ne se limitait pas à savoir dans quelle mesure cette nouvelle croyance, concernant la religion nationale et ses divinités, était acceptable ; on se demanda également comment ignorer le coup que cette croyance portait à l’État national et à l’autorité de son gouvernement central. C’est pourquoi Abraham (paix sur lui) fut présenté à Nimrod sous l’accusation de rébellion.
L’argument irréfutable d’Abraham (paix sur lui)
Lorsque Abraham (paix sur lui) dit à Nimrod que son Seigneur était Celui qui détient la vie et la mort, Nimrod répondit : « La vie et la mort sont entre mes mains. »
Abraham (paix sur lui) dit : « Fort bien ! Allah fait lever le soleil à l’est ; fais-le donc lever une fois à l’ouest, que je voie. » En entendant cela, l’incroyant obstiné resta stupéfait.
Bien que les premières paroles d’Abraham (paix sur lui) eussent clairement établi que nul autre qu’Allah ne pouvait être le Seigneur ou le Maître, Nimrod lui répondit néanmoins avec insolence. Après la seconde parole, il lui était difficile de répondre avec une insolence plus grande. Car il savait lui-même que le soleil et la lune étaient soumis à l’ordre de cet Allah qu’Abraham (paix sur lui) avait reconnu comme son Seigneur. Que pouvait-il dire en réponse ? Pourtant, reconnaître la vérité qui se manifestait ainsi clairement à ses yeux aurait signifié renoncer à sa domination et à son autorité absolues, ce à quoi son esprit tyrannique n’était pas disposé. Il resta donc simplement stupéfait. Il ne sortit pas de la demeure de son propre culte pour accéder à la lumière de la vérité. S’il avait, au lieu de cette tyrannie, reconnu Allah comme son Protecteur et son Soutien, le droit chemin se serait ouvert à lui après cette prédication d’Abraham (paix sur lui).
Le brasier de Nimrod et le jardin fleuri de l’Ami intime
Il est mentionné dans le Talmud qu’ensuite, sur ordre du roi, Abraham (paix sur lui) fut emprisonné et passa dix jours en prison. Le conseil du roi décida de le faire brûler vif. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Baqara, note 123)
Selon le récit du Coran également, ils mirent leur décision à exécution. Après avoir construit le brasier, ils y jetèrent Abraham (paix sur lui). (Concernant le fait qu’Abraham (paix sur lui) fut jeté dans le feu, voir les passages coraniques suivants : sourate al-Anbiyâ’, 68-70 ; sourate al-‘Ankabût, 24 ; as-Sâffât, 97-98. Les compilateurs.)
Alors Allah le Très-Haut ordonna au feu : « Deviens frais et inoffensif pour Ibrahim. » (Ceci est également, de toute évidence, l’un des miracles mentionnés dans le Coran. Si quelqu’un explique ces miracles en affirmant qu’à ses yeux Allah Lui-même ne peut accomplir un acte extraordinaire en dérogeant au cours habituel du fonctionnement de l’univers, pourquoi s’épargne-t-il la peine de croire en Allah ? Et s’il donne une telle interprétation parce que les prétendus rationalistes de l’époque actuelle ne sont pas disposés à accepter de telles choses, nous voudrions lui demander : ô serviteur d’Allah, qui t’a imposé le fardeau de devoir absolument me faire admettre cette idée d’une manière ou d’une autre ? Celui qui n’est pas disposé à accepter le Coran exactement tel qu’il est, laisse-le donc à sa propre condition. Pour lui faire accepter le Coran, lui donner une forme conforme à ses désirs : quel genre de prédication de l’islam est-ce là, et quelle personne douée de conscience pourrait considérer cela comme juste ? (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-An‘âm, note 52 ; Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Baqara, note 258.)
Le peuple d’Ibrahim (paix sur lui) a été effacé de la surface de la terre à tel point qu’il n’en reste nulle part la moindre trace. Si certains d’entre eux ont eu le privilège de subsister, ce sont uniquement les descendants d’Ibrahim (paix sur lui) et de ses deux fils bénis, Ismaël (paix sur lui) et Isaac (paix sur lui). (Allah le Très-Haut s’adressa à Ibrahim (paix sur lui) en déclarant :(*****Arabe*****)c’est-à-dire : « Je te nomme chef de l’ensemble de l’humanité. » De nos jours, les adeptes de toutes les religions fondées sur la révélation dans le monde — musulmans, juifs et chrétiens — se rattachent de la même manière à Ibrahim (paix sur lui). Les compilateurs. Après le départ d’Ibrahim (paix sur lui) de son pays, le châtiment qui s’abattit sur son peuple n’est certes pas rapporté dans le Coran ; néanmoins, celui-ci a été compté parmi les peuples châtiés. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Baqara, notes 291-292.)
Les dirigeants, les savants et les prêtres de Babylone qui avaient voulu étouffer l’appel d’Ibrahim (paix sur lui), ainsi que les habitants polythéistes qui obéissaient à ces oppresseurs, ont disparu de la surface de la terre à tel point qu’il n’en existe nulle part la moindre trace. Mais l’homme qu’ils avaient voulu brûler et réduire en cendres pour le crime d’avoir exalté la parole d’Allah, et qui avait finalement dû quitter sa patrie les mains vides, Allah le Très-Haut lui accorda la grâce de faire resplendir son nom dans le monde depuis quatre mille ans, et ce jusqu’au Jour de la Résurrection. Tous les musulmans, les juifs et les chrétiens du monde reconnaissent unanimement ce bien-aimé du Seigneur des mondes comme un guide religieux. Toute la lumière de la guidance qui a illuminé le monde au cours des quarante derniers siècles est venue grâce à cet homme et à ses descendants purs et bénis. Quant à l’immense récompense qu’ils recevront dans l’au-delà, ils la recevront certes ; mais ils ont également obtenu sur cette terre un honneur tel qu’aucun de ceux qui se sont engagés dans des luttes illusoires pour conquérir le monde n’a eu le privilège d’obtenir un tel honneur. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Anbiyâ’, note 62.)
Le récit du Talmud
La Bible ne mentionne aucunement cet événement important de la vie d’Ibrahim (paix sur lui). Elle ne rapporte même aucun épisode de sa vie irakienne. Sa rencontre face à face avec Nimrod, ses conflits et ses affrontements avec son père et son peuple, ses efforts et ses luttes contre l’idolâtrie, l’épisode où il fut jeté dans le feu, et finalement l’obligation de quitter son pays : chacun de ces faits était, aux yeux de l’auteur du livre initial de l’Ancien Testament, indigne d’être mentionné. Il ne fait que signaler son émigration, et encore, de telle manière qu’on croirait qu’une famille s’est déplacée d’un pays à un autre à la recherche de moyens de subsistance. La divergence entre le Coran et la Bible est ici d’autant plus considérable que, selon le récit coranique, le père polythéiste d’Ibrahim (paix sur lui) fut le premier à lui faire subir des injustices. La Bible, en revanche, dit que son père s’installa lui-même à Haran avec son fils, son petit-fils et ses belles-filles — Ancien Testament, Genèse, chapitre 11, versets 27-32. Puis, soudain, Dieu dit à Ibrahim (paix sur lui) : « Quitte Haran et va t’établir à Canaan ; je ferai de toi une grande nation et je te bénirai, et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai quiconque te maudira, et par toi toutes les familles de la terre seront bénies. » (Le même livre de la Genèse, chapitre 12, versets 2-3.) On ne comprend pas pourquoi cette faveur divine se porta soudainement sur Ibrahim (paix sur lui). Le Talmud contient certes la plupart des récits de la période irakienne de la vie d’Ibrahim qui sont rapportés en divers endroits du Coran. Mais lorsqu’on compare les deux récits, on ne constate pas seulement des différences dans les épisodes importants de l’histoire ; on peut aussi clairement sentir que le récit du Talmud est, pour l’essentiel, rempli de propos incohérents et invraisemblables. Le Coran, en revanche, présente un récit clair des événements importants de la vie d’Ibrahim (paix sur lui), sans aucune absurdité. Pour information, nous citons ici un bref résumé du récit rapporté dans le Talmud. Les erreurs de ceux qui pensent que le Coran dépend de la Bible et de la littérature juive apparaîtront ainsi clairement.
Le Talmud rapporte qu’au moment de la naissance d’Ibrahim (paix sur lui), des astrologues, ayant observé certains signes dans le ciel, conseillèrent à Nimrod de tuer l’enfant né dans la maison de Tharé. Nimrod se prépara à le faire tuer. Mais Tharé présenta, à la place de son propre enfant, l’enfant d’un de ses esclaves, et sauva ainsi son fils. Puis Tharé cacha sa femme et son jeune fils dans une grotte. Ils y passèrent dix années. Au cours de la onzième année, Tharé envoya Ibrahim (paix sur lui) auprès de Noé (paix sur lui). Ibrahim (paix sur lui) resta auprès de Noé (paix sur lui) pendant trente-neuf ans, puis épousa Sara, sa propre nièce, qui avait quarante-deux ans de moins que lui. La Bible ne dit pas que Sara était la nièce d’Ibrahim (paix sur lui). Selon la Bible, l’écart d’âge entre eux n’était que de dix ans. Ancien Testament, Genèse, chapitre 11, verset 29, et chapitre 17, verset 17.
Le Talmud rapporte ensuite qu’à l’âge de cinquante ans, Ibrahim (paix sur lui) quitta la maison de Noé (paix sur lui) et retourna auprès de son père. Il constata que son père était polythéiste et que sa maison abritait douze idoles, une pour chacun des douze mois de l’année. Après avoir longuement tenté de convaincre son père, mais sans succès, il profita un jour d’une occasion pour briser toutes les idoles du temple familial. En voyant dans quel état se trouvaient ses divinités, Tharé se rendit directement auprès de Nimrod et se plaignit en ces termes : « L’enfant qui est né dans ma maison il y a cinquante ans a fait cela chez moi. Maintenant, rendez votre jugement. »
Nimrod convoqua Ibrahim (paix sur lui) et l’interrogea. Celui-ci répondit avec dureté. Nimrod l’envoya immédiatement en prison et soumit l’affaire à son conseil. Après délibération, le conseil recommanda de le brûler vif. On organisa donc un immense bûcher (Bonjire) et on y jeta Ibrahim (paix sur lui). Son frère et son beau-père Haran furent également jetés dans le feu avec Ibrahim (paix sur lui). En effet, lorsque Nimrod avait demandé à Tharé : « Je voulais tuer cet enfant dès le jour de sa naissance. Pourquoi m’as-tu présenté un autre enfant à sa place ? »
En réponse, Taré dit : « J’ai fait cela sur les conseils de Harân. » Après ces paroles, celui qui avait effectivement commis cet acte fut épargné, mais le conseiller fut jeté dans le feu avec Ibrahim (paix sur lui). Dès qu’il tomba dans le feu, Harân brûla et fut réduit en cendres. Mais les gens virent Ibrahim se promener tranquillement. On en informa Nemrod. Lorsque Nemrod vint ensuite constater de ses propres yeux ce phénomène extraordinaire, il cria : « Serviteur du Dieu céleste ! Sors du feu, puis tiens-toi devant moi. » Le vénérable Ibrahim sortit du feu. Nemrod fut attiré par lui et le congédia après lui avoir offert de nombreux présents de grande valeur.
Puis, selon le récit du Talmud, le vénérable Ibrahim demeura là pendant deux ans. Entre-temps, Nemrod fit un rêve terrifiant. Les astrologues l’interprétèrent et déclarèrent qu’Ibrahim serait la cause du déclin de ce royaume. Il fallait donc le tuer. Des hommes furent envoyés pour l’assassiner. Mais l’esclave qu’Ibrahim avait lui-même reçu en présent de Nemrod, nommé Éliézer, révéla le complot avant le moment prévu. Ibrahim s’enfuit alors et trouva refuge chez le vénérable Noé. Là, Taré continuait à le rencontrer en secret. Puis le père et le fils décidèrent ensemble qu’il convenait de quitter le pays. Le vénérable Noé et Sem approuvèrent cette proposition. Taré partit ensuite d’Ur pour Harran avec son fils Ibrahim, son petit-fils Loth et sa belle-fille Sara. — Extrait du Talmud, H. Pullan, Londres, p. 30-42 ; Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Anbiyâ’, note 62.
Le peuple de Loth
Selon la Bible, le vénérable Ibrahim avait deux frères : Nahor et Harân. Le vénérable Loth était le fils de Harân (Ancien Testament, Genèse, chapitre 11, verset 26). Le verset 26 de la sourate Al-‘Ankabût, où le vénérable Ibrahim est mentionné, laisse clairement entendre que, parmi son peuple, seul le vénérable Loth avait cru en lui. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Ach-Chu‘arâ’, note 73)
Le vénérable Loth était le neveu du vénérable Ibrahim. Il quitta l’Irak avec son oncle et acquit pendant quelque temps de l’expérience dans la prédication et la transmission du message en voyageant à travers le Châm, la Palestine et l’Égypte. Puis, après avoir été investi de façon permanente de la mission prophétique, il reçut l’ordre de réformer et de corriger un peuple égaré. Ce peuple fut appelé le peuple de Loth. Les habitants de Sodome sont désignés comme son peuple parce qu’il est probable qu’il avait avec eux des liens de parenté.
La région du peuple de Loth
Ce peuple vivait dans une région que l’on appelle aujourd’hui la Transjordanie. Elle se trouve entre l’Irak et la Palestine. Dans la Bible, la ville principale de ce peuple est appelée Sodome. Elle se trouvait quelque part près de la mer de Loth, la mer Morte. Le Talmud rapporte qu’outre Sodome, cette région comptait encore quatre grandes villes. Les territoires situés entre ces villes étaient si luxuriants qu’un seul jardin, long de plusieurs miles, émerveillait les gens par sa beauté. Mais aujourd’hui, le nom et l’existence de ce peuple ont complètement disparu de la surface de la terre. Il n’est même plus possible de déterminer exactement où se trouvaient ses agglomérations. Seule la mer Morte subsiste comme l’unique vestige de leur mémoire ; elle est aujourd’hui appelée la mer de Loth. Parmi les calomnies répandues au sujet du vénérable Loth dans la Bible déformée par les Juifs figure aussi l’affirmation selon laquelle, après s’être disputé avec le vénérable Ibrahim, il serait parti s’installer dans la région de Sodome (Ancien Testament, Genèse, chapitre 13, versets 1-12). Mais le Coran réfute cette affirmation et dit qu’Allah l’envoya comme prophète auprès de ce peuple. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Anbiyâ’, note 66 ; Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-‘Ankabût, note 49)
On peut apercevoir cette région dévastée sur la route du Hedjaz vers le Châm et de l’Irak vers l’Égypte. Les groupes de voyageurs voient généralement ces ruines, qui sont encore nettement visibles aujourd’hui. Cette région se situe au sud-est de la mer de Loth. Les géographes affirment notamment, au sujet de sa partie méridionale, qu’on y trouve une telle quantité de vestiges qu’on n’en voit nulle part ailleurs dans le monde. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Anbiyâ’, note 63)
La déchéance du peuple de Lot
(*****Arabe*****)
Premièrement : allez-vous vers les hommes parmi les créatures de la terre et délaissez-vous ce que votre Seigneur a créé pour vous parmi vos épouses ? Vous êtes plutôt des transgresseurs. — Sourate Ach-Chu‘ara, 165-166
(*****Arabe****)
Deuxièmement : commettez-vous cette turpitude qu’aucune créature de la terre n’a jamais commise avant vous ? — Sourate Al-Ankabut, 28
(*****Arabe*****)
Troisièmement : votre conduite consiste-t-elle à aller vers les hommes, à pratiquer le brigandage et à commettre des actes blâmables dans vos assemblées ? — Sourate Al-Ankabut, 29
C’est-à-dire avoir des relations sexuelles avec eux. Comme il est dit dans la sourate Al-A‘raf :
(*****Arabe*****)
Vous vous approchez des hommes au lieu des femmes afin de satisfaire votre désir sexuel. Et le plus étonnant est que vous ne commettez pas cet acte obscène en secret ; au contraire, vous vous livrez publiquement à cette turpitude les uns devant les autres dans vos lieux de réunion. C’est ce qui est dit dans la sourate An-Naml : (*****Arabe*****)Êtes-vous tombés à ce point dans la déchéance que vous commettez cet acte obscène devant des spectateurs ? (Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-A‘râf, note 63)
Les gens de caractère honorable n’ont pourtant jamais cessé de se livrer à l’acte abominable pour lequel le peuple de Loth restera à jamais tristement célèbre. Mais les Grecs sont devenus les seuls à pouvoir revendiquer cette « gloire » (?) : leur philosophie tente de conférer à ce crime abject le statut d’une beauté morale. Puis l’Europe et l’Amérique modernes ont comblé toutes les lacunes qui subsistaient dans ce domaine. Une vaste propagande publique a été menée en sa faveur. Même le parlement d’un pays comme l’Allemagne l’a déclaré légal. Dans les autres pays occidentaux également, il a été légalisé sur le plan juridique. Pourtant, il est absolument évident que l’homosexualité est totalement contraire à l’ordre naturel. Allah a créé tous les êtres vivants. Chez l’être humain, l’un de ses objectifs est que les femmes et les hommes forment une famille et établissent ainsi les fondements d’une civilisation. C’est dans ce but que deux sexes distincts, l’homme et la femme, ont été créés. Une attirance sexuelle réciproque a été instaurée entre eux. Leur constitution physique et leur structure psychologique ont été entièrement adaptées à la vie conjugale par la satisfaction réciproque de leurs désirs. Dans leur attirance et leur épanouissement, il existe une jouissance qui, pour réaliser le dessein de la nature, est à la fois une incitation, une force active et la récompense de cet acte. Mais celui qui, en agissant contrairement à cet ordre naturel, recherche la jouissance sexuelle par l’homosexualité commet simultanément plusieurs crimes. Premièrement, il lutte contre sa propre constitution naturelle universelle et contre sa structure psychologique. Il crée ainsi en lui un immense désordre et une profonde perturbation, ce qui produit des effets néfastes sur le corps, l’esprit et le caractère des deux partenaires. Deuxièmement, il commet un acte de trahison et de détournement à l’égard de la nature. Car la nature avait fait de la jouissance sexuelle un présent destiné au service de l’espèce et de la civilisation, et avait lié son obtention au devoir, à la responsabilité et au droit ; lui l’acquiert furtivement, sans aucun service rendu et sans s’acquitter d’aucun devoir, droit ou responsabilité. Troisièmement, il agit ouvertement de manière égoïste et traîtresse envers la société humaine. Il profite des institutions civilisationnelles établies par la société, mais lorsque vient son propre tour, au lieu de porter le poids des droits, des devoirs et des responsabilités, il utilise toutes ses forces et ses capacités de façon entièrement égoïste, selon une voie qui n’est pas seulement inutile à la société, à la civilisation et à la morale, mais qui leur est assurément nuisible. Il se rend inapte à servir sa descendance et sa famille. Il entraîne au moins un homme, avec lui-même, dans des pratiques féminines anormales, ouvrant ainsi la voie à la débauche sexuelle et à la déchéance morale pour au moins deux femmes. (Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-A‘râf, note 63)
( *****Arabe****)
Quatrièmement : lorsque Nos anges arrivèrent auprès de Loth, celui-ci fut bouleversé par leur venue et son cœur se serra. Il se mit alors à dire : « C’est aujourd’hui un jour de grande détresse. » (À la vue de ces hôtes) les gens de son peuple se précipitèrent spontanément vers sa maison. Ils étaient déjà accoutumés à de telles turpitudes. Loth leur dit : « Ô mes frères, voici mes filles. Elles sont plus pures pour vous. Craignez Allah et ne m’humiliez pas à cause de mes hôtes. N’y a-t-il donc parmi vous aucun homme raisonnable ? » Ils répondirent : « Tu sais très bien que nous n’avons aucun besoin de tes filles, et tu sais aussi ce que nous voulons. » Sourate Hûd, 77-79
D’après la manière dont le Coran relate en détail cet événement, il apparaît clairement que ces anges étaient arrivés chez le prophète Loth sous l’apparence de jeunes hommes séduisants. Il ne savait pas qu’ils étaient des anges. C’est pourquoi l’arrivée de ces hôtes le plongea dans une grande inquiétude et fit naître en lui de l’angoisse. Il savait à quel point son peuple était dépravé et éhonté.
Il est possible que le prophète Loth ait fait allusion aux filles de son peuple, car le prophète est comparable au père de son peuple, et les filles de celui-ci sont à ses yeux comme ses propres filles. Il est également possible qu’il ait fait allusion à ses propres filles. Quoi qu’il en soit, dans les deux cas, rien ne permet de penser que le prophète Loth leur aurait proposé de commettre l’adultère avec elles. Il n’y a absolument aucune raison de donner une interprétation perverse à ces paroles : « Elles sont plus pures pour vous. » L’intention claire du prophète Loth était qu’ils satisfassent leur instinct sexuel de la manière naturelle et licite qu’Allah a prescrite, et que les femmes ne leur manquaient pas pour cela.
(*****Arabe******) Et ces paroles : « Ne m’humiliez pas à cause de mes hôtes » dressent un tableau complet de leur état d’esprit et montrent jusqu’où ils étaient plongés dans la débauche. Il ne s’agissait pas seulement du fait qu’ils avaient abandonné la voie de la nature et de la pureté pour s’engager dans une voie obscène et contre nature ; leur déchéance avait atteint un degré si extrême que toutes leurs inclinations et tous leurs désirs ne se portaient plus que vers cette unique voie impure et répugnante. Ils ne désiraient désormais que cette souillure et cette impureté, et ils n’éprouvaient aucune honte à dire, au sujet de la voie de la nature et de la pureté, qu’elle ne leur convenait pas. C’est le degré le plus bas de la déchéance morale et psychologique que l’on puisse concevoir. Le cas de celui qui, par faiblesse psychologique, se livre à un acte interdit est relativement bénin. Il considère toutefois le licite comme une chose désirable et l’interdit comme une chose dont il faut se préserver. Une telle personne peut parfois se corriger. Et même si elle ne se corrige pas, on peut tout au plus dire qu’elle est égarée. Mais lorsqu’une personne ne ressent d’inclination que pour les actes interdits et pense que le licite ne lui est pas destiné, elle ne peut plus être comptée parmi les êtres humains. Elle est en réalité un insecte répugnant et impur, qui ne vit et ne se développe que dans les excréments, et dont la nature et le tempérament n’ont absolument aucune affinité avec la pureté. Si un tel insecte naît dans la maison d’une personne propre et de bon goût, celle-ci, dès la première occasion, y répand du phénol afin de préserver sa maison propre et purifiée de sa présence. Combien de temps Allah pourrait-Il donc supporter encore l’invasion de ces insectes répugnants et impurs sur Sa terre ? (Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Hijr, note 42)
(*****Arabe*****)
Cinq : Entre-temps, les habitants de la ville, transportés de joie, envahirent la maison du prophète Loth. Loth dit : « Mes frères, ce sont mes hôtes. Ne me couvrez pas de honte. Craignez Allah et ne m’humiliez ni ne m’avilissez. » Ils répondirent : « Ne t’avons-nous pas maintes fois interdit de te poser en protecteur du monde entier ? » Loth dit alors, contraint : « Si vous devez absolument faire quelque chose, voici mes filles. » — Sourate al-Hijr, 66-71
On peut ainsi mesurer jusqu’à quel degré l’immoralité de ce peuple était parvenue. Dès que quelques beaux hôtes arrivaient chez quelqu’un du village, il n’y avait plus rien à faire : une foule se rassemblait devant sa maison et réclamait ouvertement : « Livre-nous tes hôtes ; nous commettrons des actes obscènes avec eux. »
Dans toute leur cité, il ne se trouvait personne pour élever la voix contre leurs méfaits. Ils n’avaient même plus aucun sentiment moral, si bien qu’en voyant publiquement de tels excès, ils ne pouvaient éprouver la moindre honte. Lorsque des vauriens pouvaient attaquer sans crainte la maison d’un homme éminent comme le prophète Loth, éducateur à la moralité, il est facile d’imaginer ce que devait subir la population ordinaire de cette cité. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-‘Ankabût, notes 51-52)
Le récit du Talmud
Voici le résumé de la situation de ce peuple telle qu’elle est consignée dans le Talmud. Il en ressortira clairement jusqu’à quel degré d’anarchie morale ce peuple était descendu. Le Talmud rapporte qu’un jour, un voyageur élamite traversait leur région. Comme la nuit tomba en chemin, il dut séjourner dans la ville de Sodome. Il avait des provisions avec lui. Personne ne l’invita à l’hospitalité. Il s’installa sous un arbre. Plus tard, un Sodomite l’emmena chez lui avec insistance et l’hébergea pour la nuit. Avant l’aube, son âne et ses bagages avaient disparu. Il se mit à crier, mais personne ne l’écouta. Au contraire, les habitants du village lui arrachèrent tout ce qu’il possédait encore et le chassèrent de la ville.
Un jour, Sarah, l’épouse du prophète Abraham, envoya son serviteur Ali Izr à Sodome pour s’enquérir de la situation du prophète Loth. En entrant dans la ville, Ali Izr vit un Sodomite frapper un étranger qu’il avait arrêté. Lorsqu’Ali Izr demanda pourquoi l’on frappait un voyageur sans défense, tous les gens du marché se liguèrent pour lui trancher la tête.
Un jour, un pauvre homme arriva dans cette ville. Ne trouvant nulle part de quoi manger, il resta étendu en un lieu, accablé par la faim. En le voyant, la fille du prophète Loth lui apporta de la nourriture. Pour cela, Loth et sa fille furent vivement réprimandés, et on les menaça en leur disant qu’ils ne seraient pas autorisés à rester dans le village s’ils recommençaient. Après avoir rapporté divers faits de ce genre, l’auteur du Talmud dit que, dans la vie quotidienne, ces gens étaient extrêmement injustes, trompeurs et malhonnêtes dans leurs transactions. Aucun voyageur ne pouvait traverser leur territoire en sécurité. Aucun pauvre ne pouvait obtenir d’eux même un morceau de pain. Il arrivait souvent qu’un étranger venu chez eux meure de faim. Ils lui retiraient alors ses vêtements et l’enterraient nu. Si, par malheur, un commerçant venu de l’extérieur arrivait chez eux, tous ses biens étaient pillés. Personne n’écoutait sa plainte. Dans leur vallée, ils avaient aménagé des jardins qui s’étendaient sur plusieurs kilomètres. Dans ces jardins, ils commettaient publiquement des actes obscènes avec une extrême impudence. À l’exception de la voix du prophète Loth, aucune voix ne s’élevait contre eux.
Bref aperçu du Coran
Dans le Coran Majîd, toute cette histoire est décrite en seulement deux phrases(*****Arabe****)Il commettait déjà de graves méfaits.(*****Arabe******)Vous assouvissez vos désirs sexuels avec des hommes, vous détroussez les voyageurs et vous vous livrez ouvertement à des actes sexuels dans vos assemblées. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-A‘râf, note 64)
La réaction à la prédication du Prophète
Lorsque Hadrat Lût (sur lui la paix) les appela à se réformer, les gens de son peuple, furieux, lui dirent :
(*****Arabe*******)
« Ô Lût, si tu ne cesses pas de tenir ces propos, tu seras certainement du nombre de ceux qui ont été expulsés de cette cité. » — Sourate ach-Chu‘arâ’, 167
Autrement dit, tu sais que, par le passé, quiconque s’est élevé contre nous, a protesté contre nos actes ou a agi contrairement à notre volonté a été expulsé de notre cité. Si tu agis ainsi, tu connaîtras toi aussi le même sort.
Il est dit dans les sourates al-A‘râf et an-Naml qu’avant de faire parvenir cet avertissement à Hadrat Lût (sur lui la paix), les gens pervers de ce peuple avaient décidé ceci :(*****Arabe*****)« Expulsez Lût et les membres de sa famille de leur cité. Ils veulent rester d’une grande pureté. » (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, notes 86–88)
L’arrivée des anges
(*****Arabe********)
Et lorsque Nos anges parvinrent auprès d’Ibrahim avec la bonne nouvelle, ils se présentèrent d’abord devant Ibrahim (paix sur lui). Ils lui annoncèrent la naissance d’Isaac (paix sur lui), puis celle de Jacob (paix sur lui). Ensuite, ils lui dirent qu’ils avaient été envoyés pour anéantir le peuple de Loth, car les gens de son peuple avaient transgressé les limites. (Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Hijr, note 39)
(*****Arabe*****)
Ibrahim dit : « Mais Loth s’y trouve. » Sourate Al-Ankabut : 32
Tout d’abord, le vénéré Ibrahim (paix sur lui) fut saisi de crainte en voyant les anges sous une apparence humaine. En effet, lorsqu’ils viennent ainsi sous cette apparence, c’est généralement pour mener une mission terrible. Puis, lorsqu’ils lui annoncèrent la bonne nouvelle, son inquiétude se dissipa. Mais lorsqu’il apprit que cette mission serait dirigée contre le peuple de Loth, il demanda que cette nation soit traitée avec clémence (*****Arabe********)Mais sa demande ne fut pas acceptée. On lui dit : « Ne parle pas de cette affaire. Le jugement de ton Seigneur a déjà été rendu et il ne peut désormais en aucune façon être modifié »(*****Arabe**********) À ces mots, lorsque le vénéré Ibrahim (paix sur lui) n’eut plus aucun espoir, il s’inquiéta au sujet du vénéré Loth (paix sur lui). Il dit à son propos : « Mais Loth s’y trouve. » C’est-à-dire : si ce châtiment a lieu alors que le vénéré Loth (paix sur lui) s’y trouve, comment lui et sa famille pourront-ils y échapper ? (Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Hijr, note 39)
( *****Arabe*******)
Ils dirent : « Nous savons parfaitement qui s’y trouve. Nous le sauverons, lui et les autres membres de sa famille, à l’exception de sa femme. Elle sera parmi ceux qui resteront en arrière. » — Sourate Al-Ankabut : 32
À propos de l’épouse de Hadrat Loth (paix sur lui), il est dit dans le verset 10 de la sourate At-Tahrîm qu’elle ne lui était pas fidèle. C’est pourquoi il fut décidé à son sujet que, bien qu’elle fût l’épouse d’un prophète, elle serait frappée par le châtiment. Il est probable que, lorsque Hadrat Loth (paix sur lui) émigra et s’installa dans la région de la Jordanie, il épousa une femme de ce peuple. Mais, même après avoir passé une longue partie de sa vie à ses côtés, elle ne crut pas, et son attachement demeura envers son propre peuple. Puisque, auprès d’Allah le Très-Haut, la parenté et la fraternité n’ont aucune valeur en elles-mêmes, chacun est traité selon sa foi et son caractère. Ainsi, le fait d’être l’épouse d’un prophète ne lui fut d’aucune utilité, et son sort ne fut pas lié à celui de son mari, mais à celui du peuple auquel elle avait rattaché sa religion et sa morale. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Ash-Shu‘arâ’, note 111)
L’inquiétude de Hadrat Loth (paix sur lui)
(*****Arabe*******)
Et lorsque Nos anges parvinrent auprès de Loth, il fut profondément inquiet et attristé par leur arrivée. — Sourate Al-‘Ankabût, 33
La cause de cette inquiétude était que les anges étaient venus sous l’apparence de jeunes hommes extrêmement beaux. Hadrat Loth (paix sur lui) connaissait le caractère de son peuple. Dès qu’ils arrivèrent, il se trouva donc bouleversé, se demandant comment il pourrait les protéger de son peuple pervers s’il les accueillait chez lui. Mais s’il ne les laissait pas rester, ce serait une grande impolitesse. De plus, il craignait qu’en n’offrant pas l’hospitalité à ces voyageurs, il ne les jetât lui-même dans la gueule des loups. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-‘Ankabût, note 53)
Il est dit dans la sourate Hûd que, lorsque les gens commencèrent à entrer dans la maison de Hadrat Loth (paix sur lui), celui-ci pensa qu’il ne serait désormais plus possible de sauver ses hôtes. Il s’écria alors :(*****Arabe*******)« Si seulement j’avais la force de vous remettre dans le droit chemin, ou si je disposais du soutien d’un homme puissant ! » Les anges dirent alors :(*****Arabe*******)« Ô Loth ! Nous sommes les anges envoyés par ton Seigneur. Ils ne pourront absolument pas t’atteindre. » (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-‘Ankabût, note 55)
( *****Arabe********)
Ils dirent : « N’ayez aucune crainte et ne vous inquiétez pas. » — Sourate Al-‘Ankabût, 33
En d’autres termes, ne te préoccupe ni de savoir s’ils peuvent nous faire quoi que ce soit, ni de savoir comment nous protéger contre eux. C’est à cette occasion que les anges révélèrent à Hadrat Loth (sur lui la paix) leur secret : ils n’étaient pas des hommes, mais des anges. Ils avaient été envoyés pour faire descendre le châtiment sur ce peuple. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-‘Ankabût, note 56)
Il ressort clairement de la signification profonde du récit détaillé de cet événement rapporté dans le Noble Coran que les anges étaient venus chez Hadrat Loth (sur lui la paix) déguisés en beaux jeunes gens. Hadrat Loth (sur lui la paix) ignorait qu’ils étaient des anges. C’est pourquoi l’arrivée de ces hôtes lui causa une très grande inquiétude et son cœur se serra. Il connaissait son peuple. Il savait à quel point ses membres étaient débauchés et jusqu’à quel degré ils étaient devenus éhontés. Dès que ces hôtes arrivèrent, les gens de son peuple se précipitèrent sans aucune gêne vers sa maison. Ils étaient depuis longtemps habitués à ce genre de turpitudes. Loth leur dit : « Ô mes frères ! Voici mes filles ; elles sont plus pures pour vous. Craignez donc Allah et ne m’humiliez pas au sujet de mes hôtes. N’y a-t-il pas parmi vous un seul homme de bien ? » Ils répondirent : « Tu sais bien que nous n’avons aucun besoin de tes filles, et tu sais aussi ce que nous voulons. » — Sourate Hûd, 78 (sourate al-‘Ankabût, note 57)
( *****Arabe********)
Puis ils tentèrent d’empêcher Hadrat Loth de protéger son hôte. Finalement, Nous les rendîmes aveugles. (Il leur fut dit 🙂 « Goûtez maintenant Mon châtiment et Mes avertissements. » — Sourate al-Qamar, 37
Hadrat Loth (sur lui la paix) supplia la foule déchaînée de renoncer à cette démarche abominable. Mais elle ne l’écouta pas. Ils entrèrent dans la maison et tentèrent d’en faire sortir les hôtes par la force. À cet instant ultime, ils devinrent soudain aveugles. Puis les anges ordonnèrent à Hadrat Loth (sur lui la paix) de quitter cette ville avec sa famille avant l’aube. Dès qu’ils en furent sortis, un terrible châtiment s’abattit sur ce peuple.
La Bible rapporte ainsi cet événement : « Alors ils dirent : Va-t’en ! Et ils ajoutèrent : Celui-ci est venu séjourner ici en étranger, et il prétend être notre juge ; maintenant nous te traiterons plus mal qu’eux. Puis, s’étant précipités violemment sur Lot, ils s’efforcèrent d’enfoncer la porte. Alors les deux hommes étendirent la main, tirèrent Lot à eux dans la maison et fermèrent la porte ; puis ils frappèrent d’aveuglement tous les hommes, petits et grands, qui se trouvaient près de l’entrée de la maison, si bien qu’ils s’épuisèrent à chercher la porte. » — Genèse, 19:9-11 (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-‘Ankabût, note 58)
(*****Arabe********)
Ils dirent : « Nous avons été envoyés vers un peuple criminel. Nous ferons pleuvoir sur eux des pierres d’argile cuite. Elles sont marquées par ton Seigneur pour les transgresseurs. » — Sourate adh-Dhâriyât, 32-34
Cela signifie que chaque pierre avait été marquée afin de savoir laquelle serait lancée sur quel pécheur. (Sourate al-‘Ankabût, note 58)
La descente du châtiment
(*****Arabe*********)
Puis, lorsque Notre ordre arriva, Nous renversâmes cette cité et fîmes pleuvoir sans interruption sur elle des pierres d’argile cuite. Chacune de ces pierres était marquée auprès de ton Seigneur, et ce châtiment n’était pas loin des injustes. Sourate Hûd, 82-83(*****Arabe********)
Et Nous fîmes pleuvoir sur eux une pluie torrentielle. Cette pluie s’abattit sur ceux qui avaient été préalablement avertis. – Sourate ach-Chu‘arâ’, 173
Ce châtiment est probablement survenu sous la forme d’un terrible tremblement de terre et d’explosions volcaniques. Le tremblement de terre renversa cette cité, tandis que les matières volcaniques, en explosant, firent pleuvoir des pierres sur eux. Les pierres d’argile cuite étaient probablement ces terres qui, dans les régions volcaniques, se transforment en pierres sous l’effet de la chaleur souterraine et du mélange avec les matières en fusion. On voit encore aujourd’hui, tout autour de la région sud-est de la mer de Loth, les vestiges de la destruction provoquée par cette pluie de pierres. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 86)
( *****Arabe*******)
où Nous n’avons trouvé, en dehors d’une seule maison, aucune autre maison de musulmans.
Dans toute la nation et dans toute la région, il n’y avait qu’une seule maison où l’on trouvait la lumière de la foi et de l’islam. Et cette unique maison était celle du prophète Lot (paix sur lui). Tout le reste de la nation était plongé dans le péché, et leur pays était rempli de souillure et de corruption. C’est pourquoi Allah le Très-Haut fit sortir vivants les habitants de cette seule maison. Puis une telle destruction s’abattit sur ce pays qu’aucun membre de cette nation pécheresse ne put survivre. (La loi d’Allah le Très-Haut en matière de rétribution ou de châtiment (Loi de la rétribution) est qu’une nation n’est pas entièrement détruite tant qu’il subsiste en elle un bien notable. Si, face au grand nombre de gens mauvais, il existe même un petit groupe qui s’efforce de résister à l’injustice et d’appeler les hommes à la bonne voie, Allah le Très-Haut lui accorde la possibilité d’agir. Mais lorsque la situation devient telle qu’il n’y a plus la moindre parcelle de bien dans une nation, la règle d’Allah le Très-Haut est de sauver par Sa puissance le petit nombre de ceux qui, en combattant l’injustice dans la cité, sont tombés d’épuisement, et de traiter le reste comme un propriétaire raisonnable traite ses fruits pourris. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate adh-Dhâriyât, note 32) (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Qamar, note 22)
Le récit du châtiment dans la Bible
Voici ci-dessous un bref résumé des éclairages apportés sur le récit de ce châtiment par le récit biblique, les anciens documents de Grèce et d’Italie, les recherches archéologiques modernes et l’examen des ruines antiques.
Dans la région déserte située à l’est et au sud de la mer Morte, les vestiges de nombreuses anciennes agglomérations témoignent du fait qu’elle fut autrefois une région densément peuplée. On y trouve encore aujourd’hui les traces de centaines d’agglomérations détruites. Cette région n’est désormais plus assez fertile pour supporter une population aussi nombreuse. Les spécialistes de l’archéologie estiment que cette région fut habitée et prospère jusqu’à la période 2300–1900 avant J.-C., tandis que les historiens pensent que le prophète Abraham (paix sur lui) vécut environ deux mille ans avant Jésus-Christ. De ce point de vue, les ruines attestent que cette région fut détruite à l’époque du prophète Abraham (paix sur lui) et de son neveu, le prophète Lot (paix sur lui).
Dans la Bible, la partie la plus densément peuplée et la plus fertile de cette région est appelée la vallée de Siddim. Elle était aussi fertile que le jardin du Seigneur (Éden) et que l’Égypte (Genèse 13:10). Selon les spécialistes de l’époque moderne, cette vallée est aujourd’hui submergée par la mer Morte. Divers vestiges en témoignent. Dans l’Antiquité, la mer Morte ne s’étendait pas aussi loin vers le sud qu’aujourd’hui. À l’ouest, en face de l’actuelle ville transjordanienne d’Al-Karak, se trouvait dans cette mer une petite île appelée Al-Lisan ; dans l’Antiquité, elle marquait la limite des eaux. Dans sa partie inférieure, là où les eaux s’étendent aujourd’hui, se trouvait autrefois une vallée fertile. C’était précisément la vallée de Siddim, où se trouvaient les grandes villes du peuple de Lot : Sodome, Amoura, Adma, Tseboïm et Dégar. Environ deux mille ans avant Jésus-Christ, un terrible tremblement de terre ouvrit cette vallée, qui s’enfonça, et les eaux de la mer Morte la recouvrirent. Aujourd’hui encore, c’est la partie la plus agitée de la mer Morte. Cependant, sous la domination romaine, elle n’était pas aussi agitée et tumultueuse ; les gens pouvaient alors partir d’Al-Lisan et atteindre la rive occidentale en traversant les eaux. À cette époque, on pouvait encore distinguer nettement, le long de la rive méridionale, des forêts immergées. On soupçonnait également que certains bâtiments étaient submergés.
La Bible et les anciens ouvrages grecs et italiens rapportent qu’il y avait, çà et là dans cette région, des puits de pétrole et de sphalérite, et qu’en certains endroits des gaz inflammables s’échappaient également du sol. On y trouve encore aujourd’hui du pétrole et du gaz souterrains. Les recherches archéologiques ont permis de supposer qu’au cours des violentes secousses du tremblement de terre, du pétrole, du gaz et de la sphalérite jaillirent du sol et que toute la région fut anéantie par ces explosions. La Bible rapporte qu’après avoir appris cette destruction, le prophète Abraham (paix sur lui) vint de Hébron pour voir l’état de cette vallée ; il vit alors une fumée s’élevant du sol comme celle qui sort d’un four. (Genèse, chapitre 19, verset 28) (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 91)
( *****Arabe****)
Nous avons laissé dans cette cité un signe évident.
Par cette preuve manifeste, il faut entendre la mer de Loth (Deas sea). En divers endroits du Noble Coran, il est dit aux mécréants de La Mecque qu’un signe du châtiment infligé en raison des actes de cette nation injuste existe encore sur la route principale, que vous voyez jour et nuit en vous rendant en Syrie pour vos affaires commerciales.
(*****Arabe*****)
Découvertes récentes
À l’époque actuelle, on admet presque avec certitude que la partie méridionale de la mer de Loth a pris cette forme parce qu’elle s’est enfoncée sous terre à la suite d’un terrible tremblement de terre. C’est précisément dans cette partie engloutie que se trouvait la ville centrale du peuple de Loth, Sodome (Sodom). On a retrouvé sous l’eau les ruines de quelques localités submergées. Récemment, on a tenté d’explorer les fonds marins à l’aide d’équipements modernes de plongée afin d’y rechercher des vestiges. Cependant, aucun résultat de cette entreprise n’a été rapporté. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Adh-Dhâriyât, note 34)
(****Arabe*****)
Puis Nous y avons laissé un signe pour ceux qui craignent le châtiment douloureux. — Sourate Adh-Dhâriyât, 37
Ce signe est la mer de Loth (Dead Sea), dont la partie méridionale porte encore les traces d’une immense destruction. Les archéologues pensent que la grande ville du peuple de Loth s’est probablement enfoncée sous terre à la suite d’un terrible tremblement de terre, puis que les eaux de la mer de Loth se sont répandues au-dessus d’elle. En effet, la partie de cette mer située au sud de la petite île appelée Al-Lisân semble être de formation plus récente, et les vestiges de l’ancienne mer de Loth que l’on aperçoit à l’intérieur de cette île sont de nature différente de ceux de la partie méridionale. On peut en déduire que la partie sud s’élevait d’abord au-dessus de la surface de cette mer, avant de s’enfoncer à une certaine époque. Il semble également que cet enfoncement se soit produit deux mille ans avant Jésus-Christ. Historiquement, c’est l’époque d’Ibrâhîm et de Loth, que la paix soit sur eux. En 1965, une équipe américaine qui recherchait des vestiges découvrit à Al-Lisân un vaste cimetière contenant plus de vingt mille tombes. On peut en déduire qu’une grande ville devait certainement se trouver à proximité. Pourtant, il n’existe dans les environs aucune ruine d’une ville près de laquelle un cimetière aussi vaste aurait pu se trouver. Le soupçon s’en trouve renforcé : la ville dont ce cimetière dépendait a été submergée par la mer. La région située au sud de la mer présente elle aussi des traces de destruction tout autour. On y trouve dans le sol une telle abondance de soufre, de bitume, de gaz naturel et d’autres matières qu’à leur vue, on a l’impression qu’à une certaine époque, la chute de la foudre ou l’explosion de matières en fusion provoquée par un tremblement de terre y avait créé un enfer. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Adh-Dhâriyât, note 34)
Le peuple de Saba
Le territoire du peuple de Saba
Saba était un peuple de commerçants très renommé du sud de l’Arabie. Sa capitale, Marib, se trouvait à cinquante-cinq miles au nord-est de l’actuelle capitale du Yémen, Sanaa. Après la chute du royaume de Maïn, l’essor du peuple de Saba commença vers 1100 avant J.-C., et son immense influence se maintint en Arabie pendant un millier d’années. Puis, en 115 avant J.-C., les Himyarites, l’autre grand peuple renommé du sud de l’Arabie, lui succédèrent. Leur domination s’étendit à l’ouest sur le Yémen et le Hadramawt, ainsi que, en Afrique, sur la région abyssinienne.
Un peuple immense et très renommé
La plus grande partie du commerce qui se faisait entre l’Afrique orientale, l’Inde, l’Extrême-Orient et l’Arabie elle-même, d’une part, et l’Égypte, la Syrie, la Grèce et Rome, d’autre part, était entre les mains des Sabéens. C’est pourquoi ce peuple était célèbre dans l’Antiquité pour ses richesses. Bien plus, les historiens grecs le mentionnent comme le peuple le plus riche du monde. Outre le commerce, la principale raison de leur prospérité était qu’ils avaient construit des barrages en divers endroits du pays et mis en place un remarquable système d’irrigation. Ainsi, toute leur région était verdoyante, couverte de cultures, de fruits et de fleurs. Les historiens grecs ont eux aussi mentionné l’extraordinaire fertilité et la luxuriance de leur pays. Le deuxième rukū‘ de la sourate Saba du Coran y fait également allusion. Du point de vue historique, Saba est le nom d’un très grand peuple du sud de l’Arabie. Il était constitué de grandes confédérations tribales. L’imam Ahmad, Ibn Jarir, Ibn Abi Hatim, Ibn Abd al-Barr et at-Tirmidhi rapportent, en citant une tradition du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), que Saba était le nom d’un homme d’Arabie, dont la descendance donna naissance aux tribus suivantes : Kindah, Himyar, Azd, Ash‘ariyyan, Madhhij, Anmar — dont étaient issues deux branches, Khath‘am et Bajilah —, Amilah, Judham, Lakhm et Ghassan.
Depuis les temps les plus reculés, ce peuple d’Arabie jouissait d’une grande renommée dans le monde. Les inscriptions d’Ur, datant de 2400 avant J.-C., mentionnent ce peuple sous le nom de Sabum. Il est ensuite mentionné à maintes reprises dans les inscriptions de Babylone et d’Assyrie, puis dans la Bible également (par exemple : Psaumes 72:15, Jérémie 6:20, Ézéchiel 27:22 et 38:13, Job 6:19). Les historiens et géographes grecs et romains, notamment Théophraste (Theofrastes), le mentionnent continuellement depuis 288 avant J.-C. jusqu’aux quelques siècles qui suivirent Jésus-Christ. Son habitat se trouvait dans l’angle sud-ouest de l’Arabie, région aujourd’hui appelée le Yémen. Son âge d’or commença en 1100 avant J.-C., et sa renommée se répandit comme celle d’un peuple prospère à l’époque des prophètes David et Salomon, que la paix soit sur eux. (Tafhīm al-Qur’ān, sourate ach-Chu‘arā’, note 114)
L’histoire religieuse de Saba
À l’origine, ce peuple était un peuple adorateur du soleil. (Il ressort du verset 24 de la sourate an-Naml du Noble Coran que, lorsque la huppe informa le prophète Salomon, que la paix soit sur lui, de la situation de ce peuple, celui-ci adorait alors le soleil. Les anciennes traditions arabes indiquent également que telle était sa religion. Ibn Ishaq, citant le récit des généalogistes, affirme que l’ancêtre du peuple de Saba était Abd Shams (adorateur du soleil), et que Saba était son titre. Les traditions des enfants d’Israël en apportent également la confirmation. Elles rapportent que, lorsque la huppe se rendit auprès de la reine de Saba avec la lettre de Salomon, que la paix soit sur lui, elle allait adorer le dieu Soleil. En chemin, la huppe jeta la lettre devant la reine.) Lorsque leur reine embrassa la foi entre les mains du prophète Salomon, que la paix soit sur lui (965–926 avant J.-C.), la plupart d’entre eux devinrent très probablement musulmans. Mais, à une époque ultérieure, l’associationnisme et le polythéisme se répandirent parmi eux, et ils commencèrent à adorer Almaqah (dieu de la Lune), Athtar (Vénus), Dhat Hamim et Dhat Badan (dieux du Soleil), ainsi que Hobis, Harastham ou Harimat, et de nombreuses autres divinités de ce genre. Leur plus grande divinité était Almaqah. Leur roi se considérait comme le représentant de ce dieu et comme ayant droit à l’obéissance. On a découvert au Yémen un grand nombre d’inscriptions indiquant que tout le pays était rempli de temples consacrés à ces divinités, en particulier au temple d’Almaqah. On leur exprimait sa gratitude en toute circonstance. (L’histoire nous apprend que, dans l’Antiquité, il existait parmi le peuple de Saba un groupe de personnes qui, au lieu d’adorer les divinités, croyait en l’unicité d’Allah. Des recherches archéologiques récentes ont permis de retrouver la trace de ce petit groupe dans les inscriptions découvertes parmi les ruines du Yémen. Certaines inscriptions datant d’environ 650 avant J.-C. attestent qu’en divers endroits du royaume de Saba avaient été édifiés des lieux de culte réservés à l’adoration du Seigneur du ciel (Rabb as-Samā’). En certains endroits, le nom de ce Dieu a été retrouvé par écrit (en arabe*) (un roi qui est le Seigneur du ciel). Ce groupe demeura continuellement présent au Yémen pendant plusieurs siècles. Une inscription datant de 378 après J.-C. porte les mots suivants «(*****Arabe***)c’est-à-dire : avec l’aide et le soutien de ce Dieu qui est le Maître des cieux et de la terre. Dans une autre inscription de cette époque (458 apr. J.-C.), le mot Rahman a été employé pour désigner ce Dieu. Les mots en question sont «(*****Arabe****)c’est-à-dire : avec l’aide du Tout Miséricordieux. (Tafhīm al-Qur’ān, sourate adh-Dhāriyāt, note 35)
Dans le cadre des recherches modernes sur les vestiges antiques, près de trois mille inscriptions ont été recueillies au Yémen, lesquelles éclairent l’histoire de ce peuple. Si l’on y ajoute les récits des histoires arabe, romaine et grecque, il est possible d’en rédiger une histoire détaillée. Selon ces récits, les principales périodes de leur histoire sont les suivantes :
Période antérieure à 650 av. J.-C.
À cette époque, le titre des rois de Saba était Mukarrib ; il est très probable que cette expression(*****Arabe***)soit synonyme du mot concerné. Cela signifie que ce roi se considérait comme un intermédiaire entre les hommes et Dieu ; en d’autres termes, ils étaient des rois devins (Roi-prêtre). À cette époque, leur capitale était Sirwah, dont les ruines sont encore visibles aujourd’hui à une journée de marche à l’ouest de Ma’rib, dans un lieu connu sous le nom de Kharibah. C’est à cette époque que les fondations du célèbre barrage de Ma’rib furent posées, puis que les rois de Saba l’agrandirent à plusieurs reprises.
Période allant de 650 av. J.-C. à 115 av. J.-C.
À cette époque, les rois de Saba abandonnèrent le titre de Mukarrib et adoptèrent celui de Malik, c’est-à-dire roi. Cela signifie que, dans la conduite de l’État, la politique et l’irréligion prirent progressivement la place de la religion. À cette époque, les rois de Saba établirent leur capitale à Ma’rib au lieu de Sirwah et en firent une ville d’un développement extraordinaire. Cette cité se trouve à 3 900 pieds d’altitude, à soixante miles à l’est de Sanaa. Ses ruines témoignent encore aujourd’hui qu’elle fut autrefois le centre d’une civilisation raffinée.
Période allant de 115 av. J.-C. à 300 apr. J.-C.
À cette époque, la tribu de Himyar devint victorieuse dans le royaume de Saba. Elle était l’une des tribus du peuple de Saba et la plus nombreuse de toutes. À cette époque, la capitale fut transférée à Raydan, après que Ma’rib eut été dépeuplée. C’était le foyer central de la tribu de Himyar. Plus tard, cette ville fut appelée Zafar. Aujourd’hui, ses ruines sont visibles au sommet d’une montagne arrondie, près de la ville actuelle d’Iarim. Dans la région voisine vit une petite tribu appelée Himyar ; en la voyant, on ne pourrait jamais imaginer qu’elle porte la mémoire de cette tribu qui avait autrefois une influence étendue au monde entier. À cette époque, le premier(Arabe***)mot fut employé pour désigner une partie du royaume, puis le nom de l’ensemble de la région devint progressivement Yémen. Le Yémen s’étendait d’Asir à Aden, dans l’angle sud-ouest de l’Arabie, et de Bab el-Mandeb à l’Hadramaout. C’est également à cette époque que commença le déclin des Sabéens.
Période allant de 300 apr. J.-C. jusqu’à l’avènement de l’islam
Cette époque fut celle de la destruction du peuple de Saba. Comme des guerres civiles se poursuivaient sans cesse parmi eux, les peuples étrangers commencèrent à intervenir. Le commerce et l’agriculture connurent un déclin extrême et, finalement, le peuple de Saba perdit même son indépendance. Profitant des querelles et des dissensions entre les Raydanites, les Himyarites et les Hamdanites, les Abyssins gardèrent le Yémen sous leur domination de 340 à 378 apr. J.-C. Ensuite, bien que l’indépendance fût rétablie, des fissures commencèrent à apparaître dans le célèbre barrage de Ma’rib. Finalement, lorsque le barrage se rompit en 450 ou 451 apr. J.-C., une immense inondation se produisit, mentionnée dans la sourate Saba. Bien que le barrage ait continué à être réparé jusqu’à l’époque d’Abraha, la population qui s’était dispersée dans toutes les directions ne put jamais se regrouper. Après la destruction du système d’irrigation et de l’organisation agricole, ceux-ci ne purent être rétablis. Le peuple de Saba se dispersa de façon si complète que cela devint un proverbe. Aujourd’hui encore, lorsqu’un Arabe évoque la dispersion de quelqu’un, il dit qu’il s’est dispersé comme le peuple de Saba. Lorsque, de la part d’Allah, leur prospérité et leur bien-être commencèrent à décliner, leurs différentes tribus quittèrent leurs terres d’origine et partirent vers diverses régions de l’Arabie. Les deux tribus d’Aws et de Khazraj s’établirent à Yathrib. La tribu de Khuza’a s’installa dans la région de la Tihama, près de Djeddah. La tribu d’Azd s’établit à Oman. Lakham, Judham et Kimmâh furent contraints de quitter le pays. Finalement, il ne resta plus dans le monde aucune nation portant le nom de Saba. Il n’en subsista plus que la mention dans les récits et les légendes. (Sourate An-Naml, note 29.) En 523 apr. J.-C., le roi juif du Yémen, Dhou Nouwas, infligea de terribles persécutions aux chrétiens de Najran ; le Coran les mentionne sous le nom des gens de la Fosse. Ensuite, le gouvernement chrétien d’Abyssinie envahit le Yémen pour se venger et conquit tout le pays. Puis, afin de détruire la position centrale de la Kaaba et de placer toute la partie occidentale de Ma’rib sous l’influence romano-abyssine, le vice-roi abyssin du Yémen, Abraha, attaqua La Mecque en 570 ou 571 apr. J.-C., quelques jours avant la naissance du Prophète. Mais une telle destruction s’abattit sur toute son armée qu’elle est décrite dans le Noble Coran sous le nom des gens de l’Éléphant. Enfin, les Iraniens prirent possession du Yémen en 575 apr. J.-C., et la domination iranienne sur le Yémen prit fin en 628 apr. J.-C., après la conversion à l’islam du gouverneur iranien Badhan.
Le développement matériel du peuple de Saba
Le développement du peuple de Saba reposait en réalité sur deux facteurs : d’abord l’agriculture, ensuite le commerce. Grâce à une remarquable organisation de l’irrigation, l’agriculture avait atteint un tel niveau qu’autrefois, en dehors de Babylone, on ne trouvait nulle part ailleurs un système d’irrigation comparable. Leur pays ne possédait aucun fleuve naturel. Pendant la saison des pluies, l’eau descendait des montagnes par des ravins. En construisant des barrages à différents endroits de ces ravins, ils formaient des réservoirs, puis creusaient des canaux à partir de ceux-ci pour acheminer l’eau dans tout le pays, si bien que, selon l’expression du Coran, on ne voyait partout que jardins et vergers. Le plus grand réservoir de ce système d’irrigation se trouvait dans la vallée située entre les monts Balak, près de la ville de Ma’rib ; il avait été créé par la construction d’un barrage. Mais lorsque Allah Très-Haut détourna d’eux Son regard miséricordieux, ce gigantesque barrage se rompit au Ve siècle de l’ère chrétienne, et le courant impétueux qui s’en échappa entraîna la rupture successive de tous les autres barrages ; ainsi, tout le système d’irrigation fut détruit. Il ne fut plus possible de le rétablir. (Le Noble Coran donne une description précise de ce châtiment destructeur.) Pour leur commerce, Allah avait accordé à ce peuple une situation géographique exceptionnelle, dont ils tirèrent largement parti. Pendant plus de mille ans, ce peuple servit d’intermédiaire commercial entre l’Orient et l’Occident. D’un côté, la soie de Chine, les épices de l’Indonésie et du Malabar, les étoffes et les légumes de l’Inde, les esclaves noirs, les singes, les plumes d’autruche et l’ivoire d’Afrique orientale arrivaient dans leurs ports ; de l’autre, ils expédiaient ces marchandises vers les marchés d’Égypte et du Shâm, d’où elles parvenaient ensuite à Rome, en Grèce et dans d’autres pays. En outre, leur pays produisait de l’encens, du bois de santal, du musc ainsi que diverses autres substances et essences parfumées. Les habitants d’Égypte, du Shâm, de Rome et de Grèce emportaient ces produits jusque chez eux. Ce vaste commerce empruntait deux voies : l’une maritime et l’autre terrestre. Pendant mille ans, les Sabéens détenaient le monopole du commerce maritime. En effet, eux seuls connaissaient les vents de mousson de la mer Rouge, les montagnes sous-marines et les lieux où les navires pouvaient jeter l’ancre. Aucun autre peuple n’osait naviguer sur cette mer dangereuse. Par cette voie maritime, ils acheminaient leurs marchandises jusqu’aux ports de Jordanie et d’Égypte. La voie terrestre partait d’Aden et de l’Hadramaout et rejoignait Ma’rib. De là, une route royale se prolongeait jusqu’à Pétra en passant par La Mecque, Djeddah, Yathrib, al-‘Ulâ, Tabûk et Aylah. Ensuite, une voie se dirigeait vers l’Égypte et l’autre vers le Shâm, comme le dit le Coran. Leurs colonies s’étendaient sans interruption du Yémen jusqu’aux frontières du Shâm, et leurs caravanes commerciales empruntaient cette route jour et nuit. De nombreux vestiges de leurs colonies existent encore dans cette région, où l’on trouve des inscriptions en langues sabéenne et himyarite.
Le début du déclin commercial
Vers le Ier siècle de l’ère chrétienne, le déclin de leur commerce commença. Lorsque les Grecs, puis les Romains, établirent de puissants royaumes au Moyen-Orient, ils commencèrent à prétendre que, puisque les commerçants arabes détenaient le monopole du commerce et imposaient à leur gré les prix des marchandises orientales, il fallait désormais avancer et s’emparer eux-mêmes de ce commerce. À cette fin, le souverain d’origine grecque de l’Égypte, Ptolémée II (285-246 av. J.-C.), fit rouvrir l’ancien canal que le pharaon Sésostris avait creusé dix-sept siècles auparavant pour relier le Nil à la mer Rouge. C’est par ce canal que le premier navire de guerre égyptien entra dans la mer Rouge. Mais cette tentative ne produisit guère de résultats face aux Sabéens. Par la suite, les Romains établirent leur domination sur l’Égypte. Ils envoyèrent alors en mer Rouge des navires marchands plus puissants, accompagnés d’un navire de guerre. Les Sabéens étaient incapables de faire face à cette puissance. Les Romains établirent leurs colonies commerciales dans différents ports et y organisèrent tout ce qui était nécessaire aux navires. Puis ils déployèrent des forces militaires partout où ils le jugèrent nécessaire. Finalement, ils établirent leur domination militaire à Aden. Dans cette entreprise, les dirigeants romains et abyssins s’unirent pour priver les Sabéens de leur indépendance.
Après avoir perdu le commerce maritime, il ne resta aux Sabéens que le commerce terrestre. Mais de nombreux obstacles entraînèrent progressivement l’anéantissement de leur puissance. Tout d’abord, les Nabatéens chassèrent les Sabéens des plateaux du Hedjaz, de Pétra jusqu’à al-‘Ulâ, ainsi que de toutes leurs colonies en Jordanie. Puis, en 106 de l’ère chrétienne, les Romains mirent fin à l’empire sabéen et s’emparèrent de toutes les régions du Shâm et de la Jordanie le long de la frontière du Hedjaz. Ensuite, l’Abyssinie et Rome s’efforcèrent conjointement de détruire le commerce des Sabéens en profitant de leurs conflits et de leurs querelles internes. À cette fin, l’Abyssinie intervint à plusieurs reprises au Yémen. Finalement, elle finit par soumettre tout le pays à sa domination.
Leur civilisation somptueuse avant la venue du châtiment
Ainsi, la colère d’Allah Très-Haut précipita ce peuple du sommet de la prospérité dans un abîme de destruction d’où aucune nation maudite ne put jamais relever la tête. Il fut un temps où les Grecs et les Romains en avaient l’eau à la bouche rien qu’en entendant parler de leurs richesses. Strabon rapporte qu’ils utilisaient de la vaisselle en or et en argent. Les toits, les murs et les portes de leurs maisons étaient incrustés d’ivoire, d’or, d’argent et de pierres précieuses. Pline rapporte que les richesses de Rome et de la Perse affluaient vers eux. Ce peuple était le plus riche du monde de son époque ; son pays, abondamment irrigué et fertile, était rempli de jardins, de champs cultivés et d’animaux domestiques. R. T. Médoras affirme qu’ils étaient plongés dans le luxe et qu’au lieu de bois de chauffage, ils brûlaient de la cannelle, du bois de santal et d’autres bois parfumés. De même, d’autres historiens romains racontent que, lorsque les navires marchands longeaient le littoral proche de leur région, on pouvait sentir le parfum de ces bois aromatiques. Dans l’histoire, ce furent les premiers à construire, sur les hauts plateaux de San‘â’, des édifices vertigineux (gratte-ciel), qui restèrent célèbres pendant plusieurs siècles sous le nom de Qaṣr Ghumdân (le palais de Ghumdân). Les historiens arabes disent que cet édifice comportait vingt étages et que chaque étage avait une hauteur de trente-six pieds.
Ils connurent ces jours heureux aussi longtemps que dura la faveur d’Allah Très-Haut. Lorsqu’au lieu de se montrer reconnaissants pour les biens qu’Allah leur avait accordés, ils dépassèrent les limites de l’ingratitude et de la perfidie, le Seigneur Tout-Puissant, Allah Très-Haut, retira définitivement d’eux Son regard miséricordieux, et jusqu’à leur nom et leur trace furent effacés. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate an-Naml, note 30)
Illustration – territoire du peuple de Thamûd.
Les gens de Madian et les gens d’al-Aïka
Les exégètes divergent sur la question de savoir si les gens de Madian et les gens d’al-Aïka étaient deux peuples distincts ou deux noms différents désignant un même peuple. Selon un groupe, il s’agissait de deux peuples distincts, et la preuve la plus importante en est que, dans la sourate al-A‘râf, le prophète Shu‘ayb (paix sur lui) est appelé le frère des gens de Madian(*****Arabe****)et qu’ici, à propos de la mention des gens d’al-Aïka, il est seulement dit ceci :(*****Arabe****)« Lorsque Shu‘ayb leur dit… » L’expression « leur frère » n’est pas employée. En revanche, certains exégètes considèrent les deux groupes comme un seul peuple. En effet, dans les sourates al-A‘râf et Hûd, il est également dit, au sujet des gens d’al-Aïka, que la prédication et les exhortations du prophète Shu‘ayb (paix sur lui) étaient de même nature et que leur sort final ne présentait aucune différence.
La recherche historique
Les recherches historiques montrent que les deux affirmations sont exactes. Les gens de Madian et les gens d’al-Aïka étaient incontestablement deux tribus distinctes, mais deux branches d’une même lignée. Parmi les descendants d’Abraham (paix sur lui), ceux qui étaient nés de sa servante Qatûrâ furent appelés, dans les histoires arabe et israélite, les Benî Qatûrâ. Parmi eux, une tribu très renommée, étant issue de Madian fils d’Abraham, fut appelée les Madianites ou les gens de Madian. Leur population s’étendait du nord du Hedjaz à la partie méridionale de la Palestine, puis de là jusqu’à l’extrémité de la vallée du Sinaï, le long des côtes du golfe d’Aqaba et de la mer Rouge. La ville de Madian était leur principal centre et, selon Abû al-Fidâ, elle se trouvait à cinq jours de marche d’Ayla (l’actuelle Aqaba), sur la rive occidentale du golfe d’Aqaba. Le reste des Benî Qatûrâ s’établit dans le nord de l’Arabie, entre Taymâ, Tabûk et al-‘Ulâ. Parmi eux, les Benî Dadân (Dédanites) étaient les plus célèbres. Tabûk était leur principal centre ; dans l’Antiquité, elle était appelée Aïka. (Dans le Mu‘jam al-buldân, l’explication du mot Aïka indique qu’il s’agissait de l’ancien nom de Tabûk et qu’il est communément admis, parmi les habitants de Tabûk, qu’Aïka y résida à une certaine époque.)
Pourquoi le même prophète pour les deux tribus ?
La raison pour laquelle le même prophète fut envoyé aux gens de Madian et aux gens d’al-Aïka était probablement qu’ils descendaient de la même lignée. Ils parlaient la même langue et leurs territoires d’habitation se rejoignaient. Il est également possible que, dans certaines régions, ils aient vécu ensemble et que les liens matrimoniaux les aient réunis au sein d’une même société. De plus, les membres de ces branches des Benî Qatûrâ exerçaient le commerce, et les deux groupes étaient atteints du même type de corruption dans leurs activités commerciales. Ils souffraient également des mêmes maladies religieuses et morales. Il est mentionné à plusieurs endroits dans les premiers livres de la Bible qu’ils adoraient Baal-Peor ; lorsque les Benî Isrâ’îl sortirent d’Égypte et arrivèrent dans leur région, ils y propagèrent également l’épidémie de l’associationnisme et de la débauche (Livre des Nombres, chapitre 25, versets 1-5). Ils étaient établis sur les deux grandes routes du commerce international. L’une reliait le Yémen à la Syrie et l’autre le golfe Persique à l’Égypte. Du fait que leurs établissements se trouvaient sur ces deux routes, ils pratiquaient largement le brigandage et le pillage. Ils ne laissaient pas passer les caravanes commerciales des peuples étrangers sans leur faire payer de lourdes taxes. Afin de préserver leur monopole sur le commerce international, ils avaient rendu dangereuses ces deux routes. Le Coran dit à leur sujet :(*****Arabe****)« Ces deux peuples (le peuple de Loth et les gens d’al-Aïka) s’établissaient sur une route ouverte. » Leur brigandage est mentionné ainsi dans la sourate al-A‘râf :(*****Arabe****)« Ne vous asseyez pas sur chaque route pour effrayer les gens. » C’est pour toutes ces raisons qu’Allah le Très-Haut envoya un même prophète à ces deux tribus et leur dispensa un enseignement de même nature. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Saba’, note 35)
Informations plus détaillées sur les habitants de Madian (puisqu’il s’agissait d’une tribu plus importante et que le Coran a présenté le prophète Shu‘ayb (paix sur lui) comme quelqu’un qui leur était très étroitement apparenté, quelques informations détaillées les concernant ont été données. – Le compilateur)
Le véritable territoire de Madian se trouvait au nord-ouest du Hijaz et au sud de la Palestine, sur le littoral de la mer Rouge et du golfe d’Aqaba, bien que quelques-unes de leurs colonies s’étendissent également sur la rive orientale de la vallée du Sinaï. C’était un peuple de commerçants. Dans l’Antiquité, leur territoire se situait au point de convergence de deux grandes routes commerciales : la première longeait la mer Rouge, du Yémen jusqu’à la Syrie (Cham), en passant par La Mecque et Yanbu ; la seconde allait de l’Irak à l’Égypte. Même après leur anéantissement, leur renommée demeura intacte, car les caravanes commerciales arabes se rendant en Égypte et en Syrie franchissaient jour et nuit leurs ruines.
Il faut également retenir un autre fait important au sujet des habitants de Madian : ils étaient les descendants de Madian, fils de Qétoura, troisième épouse du prophète Ibrahim (paix sur lui). Selon la coutume des temps anciens, ceux qui étaient liés par le sang à un grand homme étaient appelés les Banû Untel. Tous ceux qui, parmi les descendants du prophète Jacob (paix sur lui), embrassèrent l’islam furent appelés les Enfants d’Israël. De même, tous les habitants de la région de Madian qui se trouvaient sous l’influence de Madian, fils d’Ibrahim (paix sur lui), furent appelés les Enfants de Madian, et le nom de leur pays devint Madian ou Midian. Une fois ce fait historique connu, il n’y a aucune raison de penser que le prophète Shu‘ayb (paix sur lui) fut le premier à transmettre à ce peuple l’appel à la religion de la vérité. En réalité, comme les Enfants d’Israël, ils étaient eux aussi musulmans à l’origine ; à l’époque de l’apparition de Shu‘ayb (paix sur lui), leur état était celui d’un peuple dégénéré, tout comme l’était celui des Enfants d’Israël à l’époque de l’apparition du prophète Moïse (paix sur lui). Après avoir vécu pendant six ou sept cents ans parmi des peuples polythéistes et immoraux, à compter d’Ibrahim (paix sur lui), ils furent atteints par la maladie du polythéisme et sombrèrent dans l’immoralité. Pourtant, ils conservèrent intactes leur prétention à la foi et leur fierté de celle-ci. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Saba, note 35)
La réaction à l’appel à la réforme et à la rectification
(*****Arabe*****)
Les chefs du peuple qui refusaient d’accepter les paroles de Shu‘ayb (paix sur lui) se disaient entre eux : « Si vous obéissez à Shu‘ayb, vous serez perdus. » — Sourate Al-A‘râf, 90
En réponse à l’appel à la réforme et à la rectification lancé par Shu‘ayb (paix sur lui), les chefs et les dirigeants de Madian disaient, et en persuadaient le peuple, que s’il suivait l’appel à la foi et à l’honnêteté prêché par Shu‘ayb (paix sur lui), et les principes éternels de moralité et de probité auxquels il l’exhortait, il serait voué à la ruine. Comment nos affaires commerciales pourraient-elles prospérer si nous suivions l’honnêteté et pratiquions des transactions parfaitement loyales ? Nous vivons au point de convergence des plus grandes routes commerciales du monde et nous nous trouvons aux frontières de deux grands royaumes civilisés comme l’Égypte et l’Irak. Si nous cessions de mettre les caravanes commerciales en difficulté et devenions nous-mêmes pacifiques, comme des gens de bien, tous les avantages économiques et politiques que nous procurent notre position géographique actuelle prendraient fin. Nous perdrions également l’influence que nous exerçons sur les peuples voisins.
Cette idée et cette manière de voir n’étaient pas limitées aux chefs du peuple de Shu‘ayb (paix sur lui). À toutes les époques, les gens égarés ont nourri les mêmes craintes au sujet de la vérité, de l’honnêteté et de la probité. Les malfaiteurs de chaque époque ont toujours pensé que le commerce, la politique et les autres activités mondaines et matérielles ne pouvaient fonctionner sans fraude ni corruption. Parmi toutes les excuses et objections opposées partout à l’appel à la vérité, il en est une qui revient également : si l’on s’écarte des voies et des pratiques courantes du monde pour suivre l’appel à la vérité, le peuple sera détruit. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Saba, note 37)
Le châtiment des habitants de Madian
Un châtiment sous la forme d’une terrible explosion et d’un tremblement de terre (arabe*) s’abattit sur les habitants de Madian. Pendant longtemps, cette destruction demeura un exemple pour les peuples voisins. Il est dit en un endroit des Psaumes : « Ô Dieu ! Telle et telle nation ont juré contre Toi. Traite-les donc comme Tu as traité les Madianites » (83:5-9). En un endroit, le prophète Yahya, cherchant à réconforter les Israélites, leur dit : « Ne craignez pas les Assyriens. Bien qu’ils soient devenus pour vous aussi tyranniques que les Égyptiens, le Seigneur des armées les frappera bientôt de Son fouet, et leur sort sera celui des Madianites. » (Isaïe 10:21-26) (Sourate Ach-Chou‘ara, note 115)
Le châtiment des habitants d’Al-Aykah
(*****Arabe*****)
Ils le traitèrent de menteur. Enfin, le châtiment du jour couvert de nuages s’abattit sur eux. Et ce fut le châtiment d’un jour terrible. Sourate Ach-Chou‘ara : 189
On ne trouve dans le Coran ni dans les hadiths authentiques aucun récit du châtiment qui s’était abattu sur eux. Ce que l’on peut comprendre du sens apparent des termes, c’est que, puisqu’ils avaient demandé un châtiment céleste, Allah Très-Haut envoya sur eux un nuage qui continua à leur procurer de l’ombre comme un parasol, jusqu’à ce que le châtiment les eût anéantis. Le Coran permet de savoir clairement que le châtiment des habitants de Madian était d’une nature différente de celui des habitants d’Al-Aykah. Il y est dit que ceux-ci furent anéantis par le châtiment du jour couvert de nuages, tandis que le châtiment qui s’abattit sur les habitants de Madian prit la forme d’une explosion et d’un tremblement de terre. Il n’est donc pas juste de tenter de réunir ces deux événements pour en faire un seul récit. Certains exégètes ont donné quelques explications du châtiment du jour couvert de nuages. Mais nous ignorons la source de leur savoir à ce sujet. Ibn Jarir, citant une parole de ‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée), dit : «(*****Arabe****)
Si quelqu’un parmi les savants affirme ce qu’était le châtiment du jour couvert de nuages, ne le tenez pas pour exact. (Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 69)
Le peuple du prophète Jonas (paix sur lui)
La vie du prophète Jonas (paix sur lui)
Dans la Bible, le prophète Jonas (paix sur lui) est appelé Jonas, et sa vie s’étend de 860 à 784 avant Jésus-Christ.
Le prophète Jonas (paix sur lui) est mentionné dans le Coran tantôt par son nom, tantôt sous les noms de Dhun-Nun et de Sahib al-Hût ou Mawla. Il n’est pas appelé « l’homme au poisson » parce qu’il pêchait ou faisait le commerce du poisson, mais parce qu’un poisson l’avait avalé sur l’ordre d’Allah. Voir la sourate As-Saffat, verset 142.
Bien qu’il fût israélite, il fut envoyé en Irak pour guider les Assyriens. C’est pourquoi les Assyriens sont appelés le peuple de Jonas. À cette époque, le principal lieu d’habitation de ce peuple était la célèbre ville de Miowa, dont on peut encore voir de nombreuses ruines, juste en face de la ville de Mossoul, sur la rive orientale du Tigre. Il existe également dans cette région un lieu appelé le prophète Jonas. On peut mesurer la prospérité de ce peuple au fait que sa capitale, Ninive, s’étendait sur près de soixante milles carrés.
La mention de Jonas dans le Coran et la Bible
Le Coran ne fait allusion à cette histoire qu’en quatre endroits, sans en donner de récit détaillé. Il est donc impossible d’affirmer avec certitude pour quelle raison particulière ce peuple aurait été exempté de la loi d’Allah selon laquelle, après la décision de faire descendre le châtiment, la foi de quiconque ne lui est plus profitable. La Bible contient certes quelques détails dans le bref livre appelé Jonas, mais ils ne sont pas dignes de foi. Premièrement, on ne peut pas le considérer comme un livre révélé, et il n’a pas non plus été écrit de la main de Jonas (paix sur lui). Bien au contraire, quatre ou cinq cents ans après lui, un auteur inconnu en a consigné l’histoire de Jonas et l’a insérée dans la Bible. Deuxièmement, il contient certaines absurdités qui ne sont pas crédibles. Toutefois, les allusions du Coran et le récit du livre de Jonas font clairement apparaître ce que les exégètes ont rapporté. À savoir que le prophète Jonas (paix sur lui), après avoir appris la venue du châtiment, quitta son lieu de mission sans l’autorisation d’Allah. (Autrement dit, avant que l’ordre d’émigrer ne lui fût donné par Allah, il quitta son pays, mécontent de son peuple. S’il avait quitté son lieu de mission après avoir reçu l’ordre, cela aurait été permis. Voir la sourate Al-A‘raf, note 74.) C’est pourquoi, lorsque les Assyriens se repentirent et demandèrent pardon après avoir vu le châtiment, Allah Très-Haut leur pardonna. (Pour une discussion détaillée à ce sujet, voir Tafhim al-Qur’an, sourate As-Saffat, note 85. De nombreuses objections y trouvent leur réponse.) L’un des principes permanents de la loi d’Allah et de la méthode exposés dans le Coran est qu’Allah ne châtie aucun peuple tant que les conditions requises ne sont pas remplies. Ainsi, lorsque le prophète n’a pas poursuivi ses exhortations jusqu’au terme du délai accordé à ce peuple et a émigré de son propre gré avant le moment fixé par Allah Très-Haut, la justice d’Allah Très-Haut ne voulut pas châtier ce peuple, car la preuve décisive n’avait pas été établie contre lui et les conditions légales n’étaient pas remplies.
La destruction finale du peuple du prophète Jonas (paix sur lui)
Après que ce peuple eut cru, le délai qui lui était accordé fut prolongé. Puis, dans ses convictions comme dans ses actes, il retomba dans l’égarement. Le prophète Nahum (720–698 avant Jésus-Christ) l’avertit, mais cela ne produisit aucun effet. Ensuite, le prophète Sophonie (640–609 avant Jésus-Christ) le mit en garde une dernière fois. Cela resta également sans effet. Finalement, vers 602 avant Jésus-Christ, Allah Très-Haut donna aux Mèdes la victoire sur lui. Le roi des Mèdes attaqua les Assyriens avec l’aide des Babyloniens. L’armée assyrienne fut vaincue et assiégée à Ninive. Elle continua quelque temps à résister. Puis une crue du Tigre fit s’effondrer les murailles de la ville, et les assaillants pénétrèrent à l’intérieur. Ils mirent alors le feu à la ville entière, qui fut détruite. Les régions voisines furent elles aussi ravagées. Le roi des Assyriens mit le feu à son propre palais et se suicida. Avec lui, le royaume et la civilisation assyriens furent anéantis à jamais. Les fouilles archéologiques menées aujourd’hui dans cette région ont permis de découvrir de nombreuses traces d’incendies (Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 75).
Les enfants d’Israël
Les deux branches de la descendance d’Abraham
De la descendance du prophète Abraham (paix sur lui) sont issues deux grandes branches. De l’une d’elles sont descendus les descendants du prophète Ismaïl (paix sur lui), qui s’établirent en Arabie. Les Quraychites et certaines autres tribus arabes appartenaient à cette branche. Quant aux tribus arabes qui n’étaient pas des descendants du prophète Ismaïl (paix sur lui), elles aussi se rattachaient à lui, parce qu’elles avaient été influencées par la religion qu’il avait prêchée.
La seconde branche est issue du prophète Isaac (paix sur lui). De cette branche sont nés les prophètes Jacob (paix sur lui), Joseph (paix sur lui), Moïse (paix sur lui), David (paix sur lui), Salomon (paix sur lui), Jean (paix sur lui), Jésus (paix sur lui), ainsi que beaucoup d’autres prophètes. Puisque le nom du prophète Jacob (paix sur lui) était Israël, cette lignée fut appelée les Enfants d’Israël. À la suite de sa prédication, les autres peuples qui adoptèrent sa religion finirent soit par fondre leur identité dans la leur, soit, bien que distincts par leur ascendance, par lui devenir soumis sur le plan religieux. Lorsque cette branche fut frappée d’humiliation et de décadence, le judaïsme et le christianisme apparurent en son sein. (Sourate ach-Chu‘ara, note 117.)
Dans le verset 20 de la sourate al-Maïda, Allah le Très-Haut évoque l’influence et la puissance passées des Enfants d’Israël. Leur époque de puissance et de prospérité se situait bien avant le prophète Moïse (paix sur lui). D’une part, de grands prophètes tels qu’Abraham (paix sur lui), Isaac (paix sur lui), Jacob (paix sur lui) et Joseph (paix sur lui) naquirent au sein de ce peuple ; d’autre part, à l’époque du prophète Joseph (paix sur lui) et après lui, ils eurent la chance d’exercer une vaste autorité politique en Égypte. Pendant longtemps, ils furent les souverains les plus puissants du monde civilisé de leur temps. Leur influence et leur prestige s’étendaient de tous côtés. Généralement, on fait commencer l’histoire de l’essor des Enfants d’Israël avec le prophète Moïse (paix sur lui). Mais le Coran affirme clairement que l’époque de leur essor était déjà révolue avant le prophète Moïse (paix sur lui). Le prophète Moïse (paix sur lui) la présentait comme l’héritage passé de son peuple. (Sourate al-Anbiya, note 83.)
L’époque de la forme la plus vile de l’associationnisme en Palestine
Après la mort du prophète Moïse (paix sur lui), lorsque les Enfants d’Israël entrèrent en Palestine, diverses nations y vivaient, telles que les Hittites, les Amorites, les Cananéens, les Jébuséens, les Philistins, entre autres. La forme la plus vile de l’associationnisme y était répandue. Le nom de leur divinité suprême était El, que l’on appelait le père des dieux. On le comparait à un taureau. Sa femme s’appelait Ashéra ; de leur union se développa une vaste lignée de dieux et de déesses, dont le nombre atteignit soixante-dix. Le plus puissant de leurs enfants était Baal(***Arabe***) considéré comme le dieu dispensateur de la pluie et de la fertilité des céréales, ainsi que comme le maître du ciel et de la terre. Dans les régions du Nord, sa femme était appelée Anath, tandis qu’en Palestine elle était appelée Astarté. Ces deux divinités féminines étaient considérées comme les déesses de l’amour, de la passion et de la procréation. Il y avait en outre une divinité qui était maîtresse de la mort ; une autre était chargée de préserver la santé ; une autre encore était chargée de provoquer les épidémies et les famines. Ainsi, la totalité des attributs divins était répartie entre de nombreux dieux. On attribuait à ces dieux et déesses des qualificatifs et des actes si abominables que même les individus les plus dépravés sur le plan moral ne souhaitaient pas les fréquenter. Il est dès lors évident que ceux qui font de telles créatures obscènes et viles des dieux et les adorent peuvent difficilement éviter de sombrer au plus bas degré de la dépravation morale. C’est pourquoi l’état de leur société, révélé par les fouilles archéologiques, témoigne d’une extrême décadence des mœurs. La pratique du sacrifice d’enfants existait dans leur société. Leurs lieux de culte étaient des repaires de débauche. On faisait des femmes des prostituées sacrées (Religious Prostitutes), on les gardait dans les sanctuaires et l’on considérait comme un acte de culte le fait de commettre la fornication avec elles. Bien d’autres formes de dépravation se répandirent encore parmi eux.
La cause de la décadence morale des Enfants d’Israël
Dans la Torah, les directives données aux Enfants d’Israël par l’intermédiaire de Moïse (paix sur lui) stipulaient clairement qu’ils devaient arracher la Palestine aux peuples idolâtres, éviter de vivre et de se mêler à eux, ainsi que se tenir à l’écart de la nocivité de leurs mœurs, de leurs conceptions et de leurs croyances. Mais lorsque les Enfants d’Israël entrèrent en Palestine, ils oublièrent ces directives. Ils n’établirent pas de royaume unifié. Ils étaient en proie au particularisme tribal. Chaque tribu préférait prendre une portion du territoire conquis et se séparer des autres. En raison de cette dispersion, aucune tribu ne devint assez puissante pour purifier entièrement son territoire des polythéistes. Finalement, ils acceptèrent de vivre avec eux. Bien plus, de petites cités-États de ces peuples polythéistes étaient établies çà et là dans les territoires conquis, et les Israélites ne parvinrent pas à les soumettre. C’est ce reproche qui est formulé dans le livre des Psaumes. Voici une plainte attribuée au prophète David (paix sur lui) : conformément au commandement de Dieu, ils n’anéantirent pas ces peuples ; au contraire, ils se mêlèrent à eux, apprirent leurs mauvaises actions et se mirent à adorer leurs dieux, ce qui devint pour eux un piège mortel. Ils sacrifièrent leurs filles aux démons et versèrent le sang de leurs fils et de leurs filles innocents — c’est pourquoi la colère de Dieu s’abattit sur eux ; ils devinrent odieux à leur propre héritage, et celui-ci fut livré à ces peuples ; leurs ennemis devinrent leurs dirigeants. Psaumes, chapitre 106, versets 34-41.)
Expiation
La première expiation qu les Israélites durent subir fut que, par l’intermédiaire de ces peuples, le polythéisme s’infiltra parmi eux, ouvrant également la voie à d’autres maladies morales. Il est ainsi rapporté dans le livre biblique des Juges : « Les enfants d’Israël firent ce qui est mal aux yeux de Dieu et se mirent à servir les Baals. Ils abandonnèrent le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir d’Égypte, et se prosternèrent devant les dieux des peuples qui les entouraient, irritant ainsi Dieu. Ils abandonnèrent Dieu et servirent Baal et les Astartés, et la colère ardente de Dieu s’enflamma contre Israël. » Chapitre 2, versets 11-13
La deuxième expiation qu’ils durent subir fut que les peuples dont ils avaient laissé les cités-États indépendantes, ainsi que les Philistins, dont tout le territoire n’avait pas été conquis, s’unirent et formèrent une coalition contre les Israélites. Puis, par des attaques répétées, ils les dépossédèrent d’une grande partie de la Palestine. Ils leur enlevèrent même l’Arche de l’Alliance de Dieu (Tabût). Finalement, les Israélites ressentirent la nécessité d’établir un royaume uni sous l’autorité d’un seul souverain. À leur demande, le prophète Samuel (1020 av. J.-C.) fit de Saül leur roi. (Le récit en est donné dans la sourate Al-Baqara, section 32.)
L’époque de la prospérité et de la bénédiction
Ce royaume uni eut trois souverains : Saül (1020-1004 av. J.-C.), le prophète David (paix sur lui) (1004-965 av. J.-C.) et le prophète Salomon (paix sur lui) (965-926 av. J.-C.). Ces souverains achevèrent les œuvres que les enfants d’Israël avaient laissées inachevées après le prophète Moïse (paix sur lui). Seuls les royaumes des Phéniciens, sur la côte maritime du Nord, et des Philistins, sur la côte maritime du Sud-Ouest, demeurèrent indépendants. Ils ne purent être conquis ; on jugea suffisant de les transformer en alliés tributaires.
L’époque de l’anarchie et des crises
Après le prophète Salomon (paix sur lui), les enfants d’Israël se replongèrent dans la convoitise et les passions de ce monde. À la suite de leurs conflits et de leurs querelles, ils établirent deux royaumes distincts. Le royaume des Israélites, qui s’étendait au nord de la Palestine et à l’est du Jourdain, avait pour capitale Samarie ; le royaume de Juda, établi dans le sud de la Palestine et en Édom, avait Jérusalem pour capitale. Dès le premier jour, une rivalité et des affrontements opposèrent ces deux royaumes, et cela jusqu’à la fin. Les dirigeants et les habitants du royaume d’Israël furent les premiers et les plus profondément influencés par les croyances polythéistes et les mœurs immorales des peuples voisins. La situation atteignit son paroxysme lorsque le roi Achab épousa Jézabel, une princesse païenne de Sidon. À cette époque, avec l’appui de la puissance de l’État et de tous ses moyens et ressources, le polythéisme et la dépravation se répandirent parmi les Israélites comme une puissante inondation. Le prophète Élie (paix sur lui) et le prophète Al-Yasa (paix sur lui) s’efforcèrent de toutes leurs forces d’endiguer cette inondation. Mais ce peuple ne renonça pas à la voie de décadence vers laquelle il se précipitait. Finalement, la colère de Dieu s’abattit sur le royaume d’Israël sous la forme des Assyriens, et les attaques assyriennes se poursuivirent sans interruption à partir du IXe siècle av. J.-C. À cette époque, le prophète Amos (787-747 av. J.-C.), puis le prophète Osée (747-735 av. J.-C.), avertirent à maintes reprises les Israélites. Mais ils étaient plongés dans une telle négligence et une telle indifférence que les avertissements produisirent l’effet inverse. Finalement, le souverain israélite notifia au prophète Amos de quitter le pays et de cesser sa mission prophétique dans le royaume de Samarie. Peu après, le châtiment de Dieu s’abattit sur le royaume d’Israël et ses habitants. En 721 av. J.-C., le redoutable souverain assyrien Sargon conquit Samarie et mit fin au royaume d’Israël ; des milliers d’Israélites furent tués. Plus de vingt-sept mille Israélites influents furent expulsés du pays et contraints de se disperser dans les districts orientaux du royaume assyrien. Des populations d’autres peuples furent amenées de l’extérieur et réinstallées dans les régions israélites. Les quelques Israélites qui restèrent finirent, en vivant avec les nouveaux arrivants, par oublier leur propre civilisation et leur propre culture nationales.
Le second État des enfants d’Israël, établi sous le nom de Juda dans le sud de la Palestine, tomba lui aussi très rapidement, après le prophète Salomon (paix sur lui), dans le polythéisme et la dépravation. Cependant, le rythme de sa décadence était relativement plus lent que celui du royaume d’Israël. C’est pourquoi un délai plus long lui fut accordé. Bien que, comme dans le cas du royaume d’Israël, les Assyriens l’attaquassent à plusieurs reprises, détruisissent ses villes et assiégeassent sa capitale, cet État ne fut néanmoins pas détruit par les Assyriens. Il subsista seulement comme allié tributaire. Puis, malgré les efforts incessants du prophète Ésaïe et du prophète Jérémie, lorsque les habitants de Juda ne renoncèrent ni à l’idolâtrie ni à la dépravation, le roi de Babylone, Nabuchodonosor, s’empara en 598 av. J.-C. de tout le royaume de Juda, y compris Jérusalem, et fit prisonnier le roi de Juda. Même cela ne mit pas fin à leurs mauvaises actions. Malgré les exhortations du prophète Jérémie, au lieu de se réformer, ils se rebellèrent contre Babylone et tentèrent de changer leur destin. Finalement, en 587 av. J.-C., Nabuchodonosor lança une attaque soudaine et détruisit toutes les villes de Juda, grandes et petites. Il rasa Jérusalem et le Temple de Salomon de telle manière qu’il n’en resta pas un seul mur. Un grand nombre de Juifs furent expulsés du pays et dispersés dans toutes les directions. Ceux qui restèrent vécurent eux aussi humiliés et assujettis aux peuples voisins. (Sourate Yûnus, notes 98-100)
Le rôle des enfants d’Israël durant leur vie de captifs sous la domination de Babylone(**********Arabe***************)
Et ils se mirent à accepter tout ce que les démons présentaient en l’attribuant au royaume de Salomon. Pourtant, Salomon n’a jamais adopté la mécréance. Ceux qui pratiquaient la mécréance étaient les démons qui enseignaient la magie aux gens. Ils se prirent d’un intérêt particulier pour ce qui avait été révélé aux deux anges, Hârût et Mârût, à Babel (Babylone). Or, chaque fois que ces anges enseignaient cela à quelqu’un, ils l’avertissaient clairement en disant : « Prenez garde ! Nous ne sommes qu’une épreuve. Ne vous adonnez pas à la mécréance. » Malgré cela, ils apprenaient auprès des anges ce qui permettait de séparer l’époux de son épouse. Pourtant, il est évident qu’ils ne pouvaient nuire à personne par ce moyen sans la permission d’Allah. Néanmoins, ils apprenaient ce qui ne leur était pas bénéfique, mais leur était au contraire nuisible, et ils savaient parfaitement que celui qui acquérait cette chose n’aurait aucune part de bien dans l’au-delà. Comme est vil ce contre quoi ils vendent leur vie ! Ah ! S’ils pouvaient le savoir. — Sourate al-Baqara, 102
Par « démons », il faut entendre à la fois les démons parmi les djinns et les démons parmi les hommes. Ici, les deux catégories sont visées. Lorsque vint l’époque du déclin moral et matériel des Israélites, l’esclavage, l’ignorance, le malheur, la pauvreté, l’humiliation et les affronts ne laissèrent en eux ni enthousiasme ni résolution ferme. Leur attention se tourna alors vers la magie, les pratiques occultes, les amaliyat et les talismans. Ils se mirent à rechercher toutes sortes de procédés grâce auxquels ils pourraient accomplir toute chose par de simples souffles et incantations, sans aucun effort ni application. À cette époque, Satan les trompait en leur faisant croire que l’immense royaume de Salomon et ses pouvoirs extraordinaires n’étaient que le résultat de schémas et d’incantations, et qu’il allait leur en révéler les secrets. Ils se passionnèrent pour ces choses, les considérant comme des bienfaits inattendus. Dès lors, ils ne conservèrent plus aucun intérêt ni attachement pour le Livre d’Allah, et la voix de ceux qui appelaient à la vérité ne parvint plus à leurs oreilles.
Diverses explications ont été données au sujet du verset susmentionné. Mais ce que j’en ai compris, c’est qu’à l’époque où toute la nation israélite vivait captive et réduite en esclavage à Babylone, Allah Tout-Puissant aurait envoyé auprès d’elle deux anges sous apparence humaine afin de la mettre à l’épreuve. De même que les anges s’étaient rendus auprès du peuple de Loth sous l’apparence de beaux jeunes gens, ces deux anges seraient venus auprès de ces Israélites sous l’apparence de pîrs et de fakîrs. D’un côté, ils ouvrirent un véritable marché de la magie ; de l’autre, pour leur fournir une preuve décisive, ils les avertissaient en disant : « Écoutez, nous sommes venus vous mettre à l’épreuve. Ne ruinez pas votre vie future. » Malgré cela, ils devinrent fous de désir d’accepter les amaliyat et les talismans proposés par les anges.
Il n’y a rien d’étonnant à ce que les anges prennent forme humaine pour accomplir une mission. Ils sont les serviteurs de l’immense royaume d’Allah Tout-Puissant. Pour s’acquitter de leurs responsabilités, ils peuvent adopter la voie qui s’avère nécessaire au moment voulu. Combien d’anges, autour de nous aujourd’hui, agissent sous apparence humaine, et que savons-nous réellement de tout cela ? Toutefois, enseigner aux anges une chose intrinsèquement mauvaise peut s’expliquer par l’exemple suivant : imaginez un agent de police en civil qui remet comme pot-de-vin à un fonctionnaire corrompu un billet marqué. Le but est de le prendre en flagrant délit au moment où il commet ce crime, afin qu’il ne lui reste ensuite aucune possibilité de prétendre à son innocence.
À cette époque, ce qui était le plus recherché par les gens, c’étaient les amaliyat et les talismans, grâce auxquels un homme séparait une autre personne de son épouse et la rendait amoureuse de lui. C’était le degré le plus bas de la déchéance morale auquel ils étaient parvenus. Si, dans une nation, la chose la plus chère aux gens consiste à tenter de séduire l’épouse d’autrui, à séparer une femme mariée de son mari pour l’attirer à eux, et à considérer cet acte comme une immense victoire, quelle déchéance morale pourrait être plus grave ?
La relation conjugale constitue en réalité le fondement de la civilisation humaine. Lorsque les relations entre la femme et l’homme sont saines et correctes, la civilisation humaine le sera également. En revanche, si une fissure apparaît dans les relations entre l’homme et la femme, la civilisation humaine se désagrégera elle aussi. Est donc le pire des scélérats et des fauteurs de désordre celui qui frappe à coups de hache un arbre dont la stabilité conditionne sa propre existence ainsi que celle de toute la société. Il est rapporté dans un hadith qu’Iblîs envoie, depuis son quartier général, un représentant dans chaque région de la terre. Puis ces représentants reviennent lui présenter leur rapport. L’un dit : « J’ai provoqué telle épreuve ou telle calamité. » Un autre dit : « J’ai instauré telle immoralité. » Mais Iblîs répond à chacun : « Tu n’as rien fait. » Puis l’un d’eux vient dire : « J’ai séparé l’époux de son épouse. » En entendant cela, Iblîs le serre contre lui et lui dit : « C’est toi qui as accompli un véritable exploit. »
En réfléchissant à ce hadith, on comprend clairement pourquoi il avait été ordonné aux anges envoyés pour mettre les enfants d’Israël à l’épreuve de leur enseigner la pratique permettant de séparer l’époux de son épouse. (Sourate al-Baqara, note 100)
L’ère de la renaissance
Les Samaritains et les Israélites ne purent plus remonter de l’abîme de décadence morale et doctrinale dans lequel ils avaient sombré. Mais parmi les habitants de Juda qui avaient survécu, il y en eut un qui, demeurant fermement attaché au bien, appelait à celui-ci. Il poursuivit son œuvre de réforme et de rectification parmi les Juifs restants. Il exhorta également au repentir ceux qui avaient été exilés à Babylone et dans d’autres régions. Finalement, la miséricorde d’Allah Tout-Puissant leur vint en aide. Le royaume de Babylone tomba. En 539 av. J.-C., le conquérant perse Cyrus (ou Khusro) conquit Babylone. L’année suivante, il publia un décret déclarant que les Israélites étaient autorisés à retourner dans leur patrie et à s’y réinstaller. Les Juifs commencèrent alors à se rendre en Judée par groupes successifs. Cela se poursuivit pendant longtemps. Cyrus autorisa les Juifs à reconstruire le Temple de Salomon. Cependant, les peuples voisins qui s’étaient installés dans la région depuis quelque temps y firent obstacle. Finalement, en 522 av. J.-C., Darius Ier (Dara) nomma gouverneur de la Judée Zorobabel, petit-fils du dernier roi de Juda. Celui-ci reconstruisit le Temple sacré sous la supervision des prophètes Aggée, Zacharie et Josué. Puis, en 450 av. J.-C., le prophète Esdras arriva en Judée avec un groupe d’exilés. Par un décret du roi perse Artaxerxès, les pouvoirs suivants lui furent accordés : « Établis, selon la sagesse que ton Dieu t’a donnée, des gouverneurs et des juges, afin qu’ils rendent justice à tous ceux qui, au-delà du fleuve, connaissent la loi de ton Dieu. Instruis ceux qui ne la connaissent pas, et quiconque transgressera la loi de ton Dieu et l’édit du roi sera immédiatement puni conformément à la loi, que ce soit de mort, d’exil, de confiscation des biens ou d’emprisonnement. » Livre d’Esdras, chapitre 8, versets 25-26.
Profitant de ce décret, le prophète Esdras accomplit la grande œuvre de revivifier la religion de Moïse (paix sur lui). Il rassembla de toutes parts les hommes vertueux du peuple juif et établit une organisation solide. Il publia, après l’avoir édité, le cinquième livre de la Bible, qui contient la Torah. Il organisa l’enseignement religieux des Juifs. Par l’application de la loi de la charia, il tenta d’éliminer les défauts et les lacunes qui, sous l’influence d’autres peuples, s’étaient introduits chez les Enfants d’Israël dans les domaines doctrinal et moral. Il ordonna aux Juifs de divorcer des femmes polythéistes qu’ils avaient épousées. Il fit prendre aux Enfants d’Israël un nouvel engagement de vouer un culte à Allah et d’observer Sa loi.
En 445 av. J.-C., un autre groupe d’exilés retourna en Judée sous la direction de Néhémie. Le roi de Perse nomma Néhémie gouverneur de Jérusalem et l’autorisa à y bâtir une ville pour y établir des habitants. Ainsi, après un siècle et demi, Bayt al-Maqdis redevint peuplée et se transforma en centre de la religion et de la civilisation juives. Mais les Israélites du nord de la Palestine et de la Samarie ne tirèrent aucun bénéfice de l’œuvre de réforme et de renaissance du prophète Esdras. Au contraire, ils construisirent sur le mont Garizim leur propre centre religieux face à Bayt al-Maqdis et tentèrent d’en faire la qibla des Gens du Livre. Ainsi, la distance entre les Juifs et les Samaritains s’accrut encore.
La domination grecque et la lutte contre celle-ci
La chute de l’Empire perse, les conquêtes d’Alexandre et la nouvelle ascension des Perses entraînèrent, pendant quelque temps, le malheur des Juifs. Après la mort d’Alexandre, son empire fut divisé en trois royaumes. La région de Syrie échut au royaume séleucide, dont la capitale était Antioche. Son souverain, Antiochos III, s’empara de la Palestine en 198 av. J.-C. C’était un polythéiste et il ne pouvait tolérer la religion ni la civilisation juives. Il entreprit de propager la civilisation grecque en exerçant des pressions politiques et économiques. Une partie importante des Juifs eux-mêmes devint le jouet de sa politique. Cette ingérence extérieure provoqua des divisions au sein du peuple juif. Un groupe adopta les vêtements, la langue, le mode de vie et les jeux grecs. Le second demeura attaché à sa propre civilisation. Lorsque Antiochos IV monta sur le trône en 175 av. J.-C., il tenta, par son pouvoir tyrannique, d’extirper la religion et la civilisation juives. Il fit placer une immense idole dans le Temple de Bayt al-Maqdis et contraignit les Juifs à se prosterner devant elle. Il mit fin aux sacrifices dans leur autel sacrificiel et ordonna à la place aux Juifs de sacrifier sur l’autel des polythéistes. Il décréta la peine de mort pour tous ceux qui conserveraient chez eux le livre de la Torah, observeraient les prescriptions du sabbat ou feraient circoncire leurs enfants. Mais les Juifs ne se soumirent pas à cette tyrannie. Un vaste mouvement naquit parmi eux, appelé dans l’histoire la révolte des Maccabées. Bien que, dans ce conflit, les Juifs favorables aux Grecs témoignassent de toute leur sympathie aux Grecs et aidassent en pratique les tyrans d’Antioche à faire échouer la révolte des Maccabées, l’influence de la force spirituelle de la piété qu’Esdras avait insufflée dans les cœurs des Juifs ordinaires était si grande que tous rejoignirent les Maccabées. Ils finirent par chasser les Grecs et établirent leur propre État religieux indépendant, qui subsista jusqu’en 67 av. J.-C. Les frontières de cet État s’étendirent à l’ensemble du territoire qui avait autrefois été soumis aux royaumes de Juda et d’Israël. Il engloba même une grande partie de la Philistie qui n’avait pas reconnu la domination de David (paix sur lui) et de Salomon (paix sur lui). (Sourate al-Ma’ida, note 42.)
L’ère de la seconde catastrophe
La force morale et religieuse avec laquelle le mouvement des Maccabées avait commencé s’affaiblit progressivement. Puis l’amour du monde s’empara d’eux. Finalement, des divisions apparurent parmi eux et ils invitèrent eux-mêmes le conquérant romain Pompée à s’emparer de la Palestine. Ainsi, en 63 av. J.-C., Pompée prit Bayt al-Maqdis et priva les Juifs de leur indépendance. La politique constante des conquérants romains consistait à préférer atteindre leurs objectifs par l’intermédiaire de dirigeants locaux plutôt qu’à établir directement l’ordre et la loi dans les régions conquises. C’est pourquoi ils établirent en Palestine, sous leur supervision, un État indigène qui passa en 40 av. J.-C. sous l’autorité d’un Juif très habile nommé Hérode. Il fut connu sous le nom d’Hérode le Grand. Son pouvoir s’exerça sur toute la Palestine et la Jordanie orientale de 40 à 4 av. J.-C. D’un côté, il s’attacha les Juifs en soutenant les chefs religieux ; de l’autre, il enrichit la civilisation romaine et manifesta une loyauté extrême envers l’Empire romain. Il obtint ainsi la faveur de l’empereur romain César. À cette époque, la décadence religieuse et morale des Juifs atteignit son point culminant.
Après Hérode, son royaume fut divisé en trois parties :
L’un de ses fils, Archélaos, devint gouverneur de la Samarie, de la Judée et du nord de l’Idumée. Mais en l’an 6 de l’ère chrétienne, l’empereur romain Auguste le destitua et plaça tout son territoire sous l’autorité de ses propres gouverneurs ; cette administration resta en vigueur jusqu’en l’an 41. C’est à cette époque que Jésus (sur lui la paix) apparut pour réformer et corriger les Enfants d’Israël. Tous les chefs religieux juifs s’opposèrent unanimement à lui, et le gouverneur romain Ponce Pilate tenta de le faire condamner à mort.
Le deuxième fils d’Hérode, Hérode Antipas, devint le souverain de la région de Galilée, dans le nord de la Palestine, ainsi que de la Transjordanie. C’était lui qui, à la demande d’une danseuse, fit décapiter Yahya (sur lui la paix) et lui en offrit la tête en cadeau.
Son troisième fils, Philippe, devint le roi d’un vaste territoire s’étendant du mont Hermon jusqu’au fleuve Yarmouk. Il était davantage attaché et dévoué aux civilisations romaine et grecque que son père et ses frères. Dans son territoire, il n’existait même pas la possibilité de prêcher une parole bienfaisante qui subsistait dans les autres régions de Palestine.
En l’an 41, les Romains nommèrent Hérode Agrippa, petit-fils d’Hérode le Grand, gouverneur des régions qui avaient été dirigées par Hérode le Grand. Après avoir accédé au pouvoir, il commença à infliger de cruelles persécutions aux disciples de Jésus (sur lui la paix) et mobilisa toutes ses forces pour éradiquer le mouvement de piété envers Dieu et de réforme morale qui se poursuivait sous la direction des apôtres.
Pour se faire une idée exacte de la situation des Juifs ordinaires et de leurs chefs religieux à cette époque, il faut lire les critiques que Jésus (sur lui la paix) formula dans les discours qu’il prononça. Ces discours sont consignés dans les quatre Évangiles. Il suffit cependant, pour s’en faire une idée, de constater que, lorsque, sous les yeux de cette nation, la tête d’un homme aussi pur et vertueux que Yahya (sur lui la paix) fut tranchée, pas un seul mot ne fut prononcé contre cette atrocité extrême. Bien plus, l’ensemble des chefs religieux de la nation réclama la condamnation à mort de Jésus (sur lui la paix). Pourtant, à l’exception d’une poignée de gens sincères, personne ne déplora ce malheur. Le comble du malheur fut que, lorsque Ponce Pilate demanda à ces gens frappés par le destin : « Aujourd’hui est votre jour de fête ; selon la coutume, j’ai le droit de libérer l’un des condamnés à mort. Dites-moi : dois-je libérer Jésus ou le brigand Barabbas ? », la foule répondit d’une seule voix : « Libérez Barabbas ! » C’était comme la dernière occasion d’accepter la vérité, accordée à cette nation par Dieu Très-Haut.
Le châtiment de la catastrophe
Peu de temps après, un conflit et des affrontements extrêmes éclatèrent entre les Juifs et les Romains. Entre 64 et 66 de l’ère chrétienne, les Juifs proclamèrent ouvertement la révolte. Hérode Agrippa II et le procurateur romain Florus échouèrent tous deux à réprimer cette révolte. Finalement, l’Empire romain entreprit une sévère opération militaire pour l’anéantir, et Titus conquit Jérusalem par l’épée en l’an 70. Le massacre qui suivit fit cent trente mille morts. Soixante-sept mille personnes furent capturées et réduites en esclavage. Des milliers de personnes furent arrêtées et envoyées travailler dans les mines d’Égypte. Des milliers d’autres furent capturées et envoyées dans différentes villes ; on les poussait devant des bêtes sauvages féroces dans les amphithéâtres et les colisées, ou on les faisait participer à des combats à l’épée, pour en faire un spectacle réjouissant. Toutes les jeunes filles grandes et belles furent choisies pour le plaisir des vainqueurs. La ville de Jérusalem et le Temple furent réduits en ruines. Ensuite, l’influence et le pouvoir des Juifs en Palestine furent anéantis à tel point qu’ils ne purent plus relever la tête pendant deux mille ans. Le saint Temple de Jérusalem ne put pas non plus être reconstruit. Plus tard, l’empereur Hadrien repeupla la ville, qui fut alors appelée Ælia. Pendant longtemps ensuite, l’entrée en fut interdite aux Juifs. (Sourate Al-Isra, note 6-7)
La dernière chance accordée
Puisque les enfants d’Israël étaient plongés dans le péché pendant plusieurs siècles consécutifs, leurs mœurs et leurs pratiques nationales ne cessaient de se dégrader, malgré les avertissements et les blâmes répétés. Ils tuèrent successivement plusieurs prophètes et devinrent assoiffés du sang de tout homme éminent qui les appelait aux bonnes œuvres et au droit chemin de la vérité. C’est pourquoi Allah envoya simultanément deux grands prophètes tels que le prophète Issa (paix sur lui) et le prophète Yahya (paix sur lui), afin d’établir pleinement la preuve contre eux et de leur exposer la vérité de manière définitive. Ils portaient de la part d’Allah des signes si évidents de leur mission qu’ils ne pouvaient être niés que par ceux dont l’hostilité aveugle envers la vérité était extrême et dont l’insolence contre elle avait atteint son comble. Mais les enfants d’Israël laissèrent également passer cette dernière occasion. Non seulement ils rejetèrent la prédication de ces deux prophètes, mais l’un de leurs principaux personnages fit décapiter, sur l’ordre d’une danseuse, un sage tel que le prophète Yahya (paix sur lui). Après cela, consacrer davantage de temps et d’énergie à blâmer et à réprimander les enfants d’Israël était devenu inutile. C’est pourquoi Allah rappela Son prophète auprès de Lui et inscrivit sur le front de la vie des enfants d’Israël la malédiction de l’humiliation jusqu’au Jour de la Résurrection. (Sourate Al-Baqara, notes 104-106)
Le prophète Yahya (paix sur lui) et l’attitude des enfants d’Israël à son égard
En rassemblant les éléments de la vie du prophète Yahya (paix sur lui), dispersés en différents passages de la Bible, nous en présentons ici un aperçu de sa vie pure :
Selon le récit de Luc, le prophète Yahya (paix sur lui) avait six mois de plus que le prophète Issa (paix sur lui). Leurs mères étaient parentes. Vers l’âge de trente ans, il reçut la charge de la prophétie. Selon le récit de Jean, il commença à appeler les gens à Allah dans la région de la Jordanie orientale. Il disait : « Je suis la voix de celui qui appelle dans le désert : rendez droit et aisé le chemin de Dieu. » Jean 1:23
Marc dit qu’il amenait les gens à se repentir de leurs péchés et baptisait ceux qui se repentaient, c’est-à-dire qu’il les baignait après leur repentir afin que leur âme et leur corps soient purifiés. Un grand nombre d’habitants de Judée et de Jérusalem devinrent ses disciples. Ils allaient auprès de lui pour se faire baptiser (Marc 1:4-5). C’est pourquoi il acquit la réputation de Jean le Baptiste. En général, les enfants d’Israël avaient reconnu sa mission prophétique. Matthieu 21:26 rapporte cette parole d’Issa (paix sur lui) : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, nul ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste » (Matthieu 11:11). Il portait un vêtement de poil de chameau et une ceinture autour des reins. Sa nourriture consistait en sauterelles et en miel sauvage (Matthieu 3:4). Tout en menant cette vie de pauvreté, il proclamait : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Matthieu 3:2). C’est-à-dire que le début de la prédication du prophète Issa (paix sur lui) était imminent. C’est pourquoi on l’appelait le confirmateur du Messie (Issa). C’est ainsi qu’il est dit à son sujet dans le Coran(*****Arabe****) : « celui qui atteste la véracité d’un décret venant d’Allah (du prophète Issa, paix sur lui). »
Il exhortait les gens à accomplir la prière et à observer le jeûne. Matthieu 9:14 ; Luc 5:33 ; Luc 11:1.
Il disait aux gens : « Que celui qui possède deux vêtements en donne un à celui qui n’en a pas. Que celui qui possède de la nourriture en fasse de même. » Les percepteurs lui demandèrent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il répondit : « N’exigez pas davantage que ce qui vous est prescrit. » Les soldats demandèrent : « Et quel ordre avons-nous ? » Il répondit : « Ne faites violence à personne et ne prenez rien à quiconque injustement. Contentez-vous de votre solde. » Luc 3:10-14.
Lorsque les savants corrompus des Enfants d’Israël, les Pharisiens et les Sadducéens, vinrent auprès de lui pour recevoir son enseignement, il les réprimanda en disant : « Engeance de serpents ! Qui vous a appris à fuir le châtiment imminent ? Ne pensez surtout pas à dire : “Ibrahim est notre père.” Maintenant, la hache est posée à la racine des arbres. Tout arbre qui ne produira pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » Matthieu (Mathew) 3:7-10.
Il accomplissait sa mission de prêcher la vérité dans le royaume d’Hérode Antipas, le gouverneur juif de son époque. Hérode Antipas était complètement plongé dans la civilisation romaine. À cause de lui, le péché et la dépravation se répandaient dans tout le pays. Il avait lui-même fait venir dans sa propre maison Hérodias, la femme de son frère Philippe, et l’avait prise pour compagne. C’est pourquoi Hazrat Yahya (a.s.) réprimanda Hérode et critiqua sa conduite pécheresse. Pour ce crime, Hérode l’arrêta et l’envoya en prison. Pourtant, il le considérait comme un homme saint et sincère, le respectait, et, voyant son immense influence sur le peuple, il le redoutait également. Mais Hérodias estimait que la force morale que Hazrat Yahya (a.s.) insufflait à la nation faisait paraître une femme comme elle extrêmement vile et méprisable aux yeux des gens. Elle résolut donc de le faire tuer. Finalement, elle saisit son occasion lors de la fête d’anniversaire d’Hérode. Au cours des festivités, sa fille dansa avec beaucoup d’ardeur. Émerveillé par elle, Hérode lui dit : « Demande-moi ce que tu veux. » La jeune fille demanda à sa mère débauchée ce qu’elle devait réclamer. Sa mère lui répondit : « Demande la tête tranchée de Yahya. » Elle joignit donc les mains et dit à Hérode : « Faites apporter immédiatement devant moi, sur un plateau, la tête tranchée de Yahya. » Hérode fut plongé dans l’inquiétude. Mais comment pouvait-il refuser la demande de sa fille bien-aimée ? Il fit aussitôt présenter en cadeau, devant la danseuse, la tête tranchée du prophète Yahya sur un plateau. Matthieu 14:3-12, Marc 6:17-29, Luc 3:19-20. (Sourate Al-Isra, note 8.)
Hazrat Isa (a.s.) et l’attitude des Enfants d’Israël à son égard(**********Arabe*******)
Et rappelle dans ce Livre la situation de Maryam, lorsqu’elle se retira de son peuple en un lieu isolé, à l’est, et se dissimula à leurs regards en tendant un rideau. — Sourate Maryam : 16
Il est dit dans la sourate Al-Imran que la mère de Hazrat Maryam, conformément à son vœu, avait installée Maryam pour l’adoration dans le Bayt al-Maqdis, et que Hazrat Zakariya (a.s.) avait pris en charge sa surveillance et sa subsistance. Il y est également mentionné que le mihrab dans lequel Hazrat Maryam s’était retirée se trouvait dans la partie orientale du Bayt al-Maqdis. Selon l’usage courant, elle avait tendu un rideau afin de se préserver des regards des gens. Ceux qui, pour préserver la concordance avec la Bible, ont donné à(*****Arabe*****)ce terme le sens de Nazareth se sont trompés. Car Nazareth se trouve au nord de Jérusalem, et non à l’est.(*****Arabe********)
Dans cette situation, Nous lui envoyâmes Notre Esprit (l’ange). Celui-ci lui apparut sous la forme d’un homme accompli. Maryam s’écria soudain : « Si tu es un homme pieux, je cherche refuge auprès du Tout Miséricordieux contre toi. » Il répondit : « Je ne suis que l’ange de ton Seigneur. J’ai été envoyé afin de te donner un fils pur. » Maryam dit : « Comment pourrais-je avoir un fils, alors qu’aucun homme ne m’a touchée et que je ne suis pas une femme dépravée ? » L’ange répondit : « Il en sera ainsi. Ton Seigneur a dit : “Cela M’est très facile. Et Je ferai de cet enfant un signe pour les gens et une miséricorde venant de Moi.” Et cela est une affaire décrétée. » — Sourate Maryam : 17-21.
Lorsque Hazrat Maryam s’étonna, l’ange lui dit : « Il en sera ainsi. » Cela ne peut absolument pas signifier qu’un homme te touchera et qu’un fils sera conçu dans ton sein par lui. Le sens évident est plutôt que tu auras un fils sans qu’aucun homme ne t’ait touchée. Hazrat Zakariya (a.s.) s’était étonné dans les mêmes termes, et l’ange lui avait également donné cette réponse. Il est clair que le sens retenu là doit être retenu ici aussi. De même, dans la sourate Adh-Dhariyat (versets 28-30), lorsque l’ange annonça à Hazrat Ibrahim (a.s.) la naissance d’un fils, Hazrat Sarah dit : « Comment une vieille femme stérile comme moi pourrait-elle avoir un fils ? » L’ange lui donna alors cette même réponse :(*****Arabe*****)« Il en sera ainsi. » Cela signifie que, malgré son âge avancé et sa stérilité, elle aurait un enfant. De plus, si l’on donne à(*****Arabe*****)cette expression le sens suivant : un homme te touchera et tu auras un fils de la manière dont toutes les femmes du monde ont des enfants, alors les deux phrases suivantes deviennent dépourvues de sens. Pourquoi aurait-il été nécessaire de dire : « Ton Seigneur dit que cela M’est très facile et que Je veux faire de cet enfant un signe » ? Le mot « signe » est ici employé au sens manifeste d’un miracle, et la phrase indique précisément ce sens : « Cela M’est très facile. » Le sens de la parole d’Allah Tout-Puissant n’est donc rien d’autre que celui-ci : « Je veux présenter précisément cet enfant comme un miracle aux Enfants d’Israël. » La suite du récit montre elle-même clairement comment la personne de Hazrat Isa (a.s.) est présentée comme un miracle.(*****Arabe****)Maryam conçut cet enfant et, durant sa grossesse, se rendit en un lieu éloigné. Puis les douleurs de l’enfantement la conduisirent sous un palmier. Elle s’écria : « Hélas ! Si seulement j’étais morte avant cela et si seulement j’étais complètement oubliée ! » L’ange l’appela depuis le dessous de ses pieds : « Ne t’afflige pas ! Ton Seigneur a fait couler un ruisseau sous toi. Secoue vers toi le tronc de ce palmier : des dattes fraîches tomberont sur toi en abondance. Mange des dattes, bois de l’eau et réjouis-toi. Si tu rencontres ensuite quelqu’un, dis-lui : “J’ai voué un jeûne au Tout Miséricordieux ; aujourd’hui, je ne parlerai donc à personne.” » Puis elle se rendit auprès de son peuple avec son enfant. Ils dirent : « Ô Maryam ! Tu as commis une chose monstrueuse. Ô sœur de Harun ! Ton père n’était pas un homme mauvais et ta mère n’était pas une femme de mauvaise vie. » Sourate Maryam : 22-28.
Le lieu éloigné désigne Bayt Lahm. Il était tout à fait naturel que Hazrat Maryam se rende là après avoir quitté son lieu de retraite spirituelle. La fille de la très sainte famille des Enfants d’Israël, la famille de Bani Harun, était installée au Bayt al-Maqdis, consacrée à l’adoration d’Allah. Elle se retrouva soudain enceinte. Si, dans cette situation, elle était restée dans son lieu de retraite et que les gens avaient découvert sa grossesse, non seulement les membres de sa famille, mais aussi les autres personnes de la société lui auraient rendu la vie impossible. C’est pourquoi, après avoir été soumise à cette terrible épreuve, la pauvre femme quitta silencieusement sa cellule de retraite. Ainsi, aussi longtemps qu’Allah le voudrait, elle serait préservée des reproches de son peuple, de ses réprimandes et de la diffamation générale. Cet événement constitue en lui-même une preuve éclatante que Hazrat Isa (a.s.) est né sans père. Si Hazrat Maryam avait été mariée et que l’enfant eût été conçu de son époux, il n’y aurait eu aucune raison pour qu’elle abandonne tout, au lieu de se rendre chez ses parents ou sa belle-famille, et parte seule dans un lieu éloigné pour accoucher.
On peut, à partir de tout cela, mesurer l’inquiétude dont elle souffrait. Si l’on considère la gravité de la situation, chacun peut comprendre que ces paroles ne lui étaient pas venues aux lèvres à cause des douleurs de l’enfantement. Elle était plutôt accablée par la pensée de savoir comment elle pourrait se sortir convenablement de l’épreuve terrible dans laquelle Dieu Très-Haut l’avait placée. Elle avait encore réussi, d’une manière ou d’une autre, à dissimuler sa grossesse. Mais où irait-elle maintenant avec cet enfant ? Les paroles prononcées par l’ange après celles de Hazrat Maryam montrent clairement pourquoi elle avait dit ces mots. Lorsqu’une femme mariée met au monde son premier enfant, aussi agitée soit-elle par les douleurs de l’enfantement, elle n’a normalement aucune raison de s’inquiéter. Le sens de « Ne t’inquiète pas » est qu’elle n’aurait rien à dire au sujet de l’enfant. Si quelqu’un l’interrogeait sur sa naissance, c’était à nous qu’incombait la responsabilité de répondre (il convient de préciser que, dans la société des Banî Isrâ’îl, il existait la pratique d’observer un jeûne de silence, en s’abstenant de parler). Ces paroles montrent clairement quelle était la véritable cause de l’inquiétude de Hazrat Maryam. Il faut remarquer que, si la naissance du premier enfant d’une femme mariée s’était déroulée selon les usages ordinaires du monde, pourquoi aurait-il été nécessaire d’observer un jeûne de silence ?
(*****Arabe****)(Ô sœur de Hârûn) peut avoir deux significations. La première consiste à en retenir le sens apparent et à considérer que Maryam avait un frère nommé Hârûn. La seconde consiste, conformément à l’usage de la langue arabe, à comprendre « sœur de Hârûn » au sens de fille de la famille de Hârûn. En effet, ce type de tournure est courant en arabe. Ainsi, on appelait un homme de la tribu de Mudar « ô frère de Hamdân »(*****Arabe***)La preuve en faveur de la première interprétation est qu’un sens de ce genre a également été rapporté du Prophète (ﷺ). L’argument en faveur de la seconde est que les circonstances et le contexte l’exigent. En effet, il ne semble pas que l’émoi suscité parmi les gens de la nation par cet événement ait été dû au fait que la sœur vierge d’un homme inconnu nommé Hârûn était revenue avec un enfant dans les bras. La raison pour laquelle les gens s’étaient rassemblés autour de Maryam ne pouvait être que celle-ci : une jeune fille de la lignée de Hârûn, issue de l’une des familles les plus pieuses des Banî Isrâ’îl, avait été trouvée dans cette situation. Bien qu’en présence d’un hadith marfû‘ aucune autre interprétation ne puisse, en principe, être acceptée, le sens donné à ce hadith dans les ouvrages de Muslim, de Nasâ’î, de Tirmidhî et d’autres ne permet pas d’affirmer que l’expression signifie nécessairement « sœur de Hârûn ». D’après le récit de Hazrat Mughîra ibn Chu‘ba, tout ce qui est rapporté est que les chrétiens de Najrân demandèrent à Hazrat Mughîra : le Coran appelle Hazrat Maryam la sœur de Hârûn, alors que Hârûn avait disparu plusieurs centaines d’années auparavant. Quel est donc le sens de cette parole du Coran ?
Hazrat Mughîra (qu’Allah l’agrée) ne put répondre à cette question. Plus tard, il soumit l’affaire au Prophète (ﷺ). Le Prophète (ﷺ) lui dit : « Pourquoi n’as-tu pas répondu que les Banî Isrâ’îl avaient coutume de donner à leurs enfants les noms des prophètes et des hommes pieux ? » Cette parole du Prophète (ﷺ) montre clairement qu’au lieu de rester sans réponse, on peut faire face à la question en donnant une réponse de ce genre. (*****Arabe****)Maryam désigna l’enfant. Les gens dirent : « Comment pourrions-nous lui parler ? Ce n’est qu’un bébé couché dans un berceau. » L’enfant s’exclama alors : « Je suis le serviteur d’Allah. Il m’a donné le Livre et a fait de moi un prophète. Où que je sois, Il m’a béni. Il m’a ordonné d’accomplir régulièrement la prière et de verser la zakât aussi longtemps que je vivrai. Il a fait de moi quelqu’un qui honore les droits de sa mère. Il n’a pas fait de moi un tyran ni un être immoral. Que la paix soit sur moi le jour où je suis né, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité. » Tel est Jésus, fils de Maryam, et telle est la parole de vérité à son sujet, au sujet duquel les gens doutent. — Sourate Maryam, 29-34
Voici le signe qui a été présenté aux Banî Isrâ’îl sous la forme de Hazrat Jésus. Avant d’infliger aux Banî Isrâ’îl un châtiment exemplaire pour leurs méfaits, leurs transgressions et leurs péchés continuels, Dieu Très-Haut voulut leur exposer définitivement la vérité fondamentale et leur offrir une dernière possibilité de se réformer. C’est pourquoi Il adopta le procédé suivant : Il rendit enceinte, alors qu’elle n’était pas mariée, la jeune fille chaste et pieuse de la famille de Hârûn qui se consacrait à la retraite spirituelle dans le Bayt al-Maqdis et qui était sous la tutelle de Hazrat Zakariya (sur lui la paix). Le but était que, lorsqu’elle reviendrait parmi les siens avec le nouveau-né, un grand tumulte éclate dans toute la nation et que l’attention de tous se porte sur elle. Puis, conformément à ce plan, lorsque la foule commença à se rassembler devant Hazrat Maryam, Dieu Très-Haut fit parler l’enfant nouveau-né. Il voulait que, lorsque cet enfant grandirait et serait honoré de la dignité prophétique, de nombreuses personnes de la nation soient présentes pour témoigner qu’elles avaient vu chez cet homme, dès son enfance, un miracle extraordinaire. Si, malgré cela, cette nation refusait d’accepter sa prophétie et, au lieu de reconnaître son obéissance, refusait de croire à sa mission prophétique et tentait de le déclarer coupable et de le crucifier, elle recevrait un châtiment éducatif si rigoureux qu’aucune nation au monde n’en aurait reçu de semblable. (Sourate Al-Isrâ’, note 9)
(Pour une explication détaillée, voir Tafhîm al-Qur’ân, volume I, sourate Âl ‘Imrân, notes 44 et 53 ; sourate An-Nisâ’, notes 212 et 213 ; volume III, sourate Al-Anbiyâ’, notes 88 à 90, et sourate Al-Mu’minûn, note 43.) Ils sont mentionnés pour la première fois dans la sourate Al-Furqân, verset 38. Ils sont ensuite mentionnés une deuxième fois dans la sourate Qâf, verset 12. Cependant, dans les deux passages, leur nom est cité avec celui de peuples qui avaient voulu traiter les prophètes de menteurs et les rejeter ; aucun détail n’est donné. (Aucune recherche historique ne permet de déterminer qui étaient les Compagnons d’Ar-Rass. Les exégètes ont rapporté différentes traditions, mais aucune n’est suffisamment certaine pour être acceptée. Tout ce que l’on peut dire avec un minimum de certitude, c’est qu’il s’agissait d’un peuple qui avait tué son prophète en le jetant dans un puits ou en l’y suspendant. En arabe, rass désigne un vieux puits. — Tafhîm al-Qur’ân, volume III, Al-Furqân, note 52.)
Selon la tradition arabe, deux lieux portant le nom d’Ar-Rass sont célèbres. L’un se trouve dans le Najd et l’autre dans le nord du Hedjaz. Il est aujourd’hui difficile de déterminer duquel de ces deux lieux les Compagnons d’Ar-Rass étaient les habitants. Aucun récit ne fournit de témoignage fiable sur leur histoire. Tout ce que l’on peut affirmer avec certitude, c’est qu’il s’agissait d’un peuple qui avait jeté son prophète dans un puits. Toutefois, le fait que le Noble Coran se contente de les mentionner brièvement permet de penser qu’à l’époque de sa révélation, les Arabes connaissaient généralement ce peuple. Par la suite, son histoire n’a pas été conservée dans les annales. (Sourate Âl ‘Imrân, note 51)
Une vue d’ensemble de toute l’humanité
Lorsque le Prophète Muhammad (s.a.w.) reçut l’ordre de prêcher le message de l’islam, le monde exigeait la résolution de diverses sortes de problèmes moraux, civilisationnels, économiques et politiques. À cette époque, les empires romain et iranien existaient encore. Il y avait aussi des divisions de classes et une exploitation économique injuste était en cours. La corruption morale s’était également largement répandue. Dans le propre pays du Prophète, de nombreux problèmes complexes existaient aussi. Les régions orientales et méridionales de l’Arabie, jusqu’au Yémen, y compris les provinces fertiles de l’Irak, étaient sous la domination de l’Iran. Au nord, la domination romaine s’étendait jusqu’aux frontières du Hedjaz. Dans le Hedjaz même, les capitalistes juifs avaient établi de grandes forteresses. Ils tenaient les Arabes pris dans les filets de l’usure. Juste en face de la côte occidentale, un gouvernement chrétien d’Abyssinie était établi ; quelques années auparavant seulement, il avait lancé une attaque contre La Mecque. Un groupe partageant leur religion et entretenant avec eux des relations économiques et politiques d’une certaine nature vivait à Najrân, entre le Hedjaz et le Yémen. (Sourate Maryam, note 12)
Rome, la Grèce et l’Inde
Les récits du Colisée de Rome sont encore conservés dans les pages de l’histoire. Des milliers de malheureux étaient victimes des combats à l’épée et des spectacles organisés pour le divertissement des dignitaires romains. Dans la plupart des pays d’Europe et d’Asie, il n’était pas considéré comme blâmable de pousser des esclaves devant des bêtes féroces pour divertir les invités ou recevoir des amis, de les égorger comme des animaux ou de les brûler vifs pour s’en amuser. Punir les prisonniers et les esclaves de diverses manières jusqu’à les mettre à mort était une pratique courante de cette époque. Et pas seulement chez les dignitaires ignorants et assoiffés de sang : dans les réflexions et les recherches des grands penseurs et philosophes de Grèce et de Rome, de nombreuses méthodes barbares pour tuer des innocents étaient également considérées comme licites. Des maîtres de morale tels qu’Aristote et Platon ne jugeaient pas blâmable d’accorder à la mère le droit de séparer de son corps une partie de celui-ci — l’embryon ou l’enfant à naître. Ainsi, en Grèce et à Rome, l’avortement n’était pas un acte illégal. Le père avait le droit de tuer son fils, et les législateurs romains se glorifiaient de cette particularité de la loi : l’autorité du père sur ses enfants était sans limites. Pour les disciples de Zénon, indifférents au bonheur comme au malheur, le suicide n’était pas une faute ; c’était même un acte honorable, au point que l’on convoquait une assemblée pour s’y suicider. Même un penseur tel que Platon ne le considérait pas comme un crime. Pour le mari, égorger sa femme était exactement comme égorger un animal domestique. Le droit grec ne prévoyait aucune peine pour cela. L’Inde, berceau de la préservation de la vie, était cependant la plus avancée de toutes sur ce point. Là, brûler vive une veuve avec le cadavre de son mari était un acte licite. (On pourrait objecter que la femme n’était pas brûlée sur le bûcher de son mari, mais qu’elle se suicidait elle-même. Cependant, la pression sociale, sous ses diverses formes, la contraignait à ce terrible suicide, et la religion l’y poussait également.) La vie des shudras n’avait absolument aucune valeur. Ces malheureux étaient réputés être nés des pieds de Brahma ; c’est pourquoi les tuer était licite au nom de Brahma. Pour les shudras, écouter les paroles des Védas était un si grand péché que verser du métal en fusion dans leurs oreilles et les tuer n’était pas seulement licite, mais obligatoire. La coutume du sacrifice par immersion était ancienne et, selon cette coutume, les parents jetaient leur premier enfant dans le Gange. Ils considéraient cette cruauté comme une cause de bonheur. (Sourate Maryam, notes 14-19, 21)
Le fléau universel du polythéisme
Quelles étaient les conceptions religieuses du monde lorsque le Messager d’Allah (s.a.w.) commença à appeler au tawhid ? Les polythéistes idolâtres adoraient des dieux et des déesses fabriqués à partir de diverses matières, telles que le bois, la pierre, l’or et l’argent. Ils avaient une forme, une apparence et un corps. Les dieux et les déesses se reproduisaient véritablement. Il n’y avait aucune déesse sans mari ni aucun dieu sans épouse. Ils avaient aussi besoin de nourriture et de boisson. Leurs prêtres en faisaient le commerce. Un grand nombre de polythéistes croyaient que Dieu apparaissait sous une forme humaine et que certains hommes étaient ses incarnations. Bien que les chrétiens prétendissent reconnaître un Dieu unique, leur dieu avait lui aussi au moins un fils. Avec le Père et le Fils, le Saint-Esprit avait également l’honneur de participer à la divinité. Il avait même une mère et une belle-mère. Les juifs prétendaient eux aussi reconnaître un Dieu unique. Mais leur dieu n’était pas dépourvu de qualités terrestres, corporelles et autres qualités humaines. Il se déplaçait, se manifestait sous une forme humaine et luttait même avec l’un de ses serviteurs. Il avait également un fils, Uzayr. Outre ces groupes religieux, les mazdéens adoraient le feu et les sabéens adoraient les étoiles. (La voie de la révolution islamique, p. 24-25, en ourdou)
Le fléau des fausses divisions de l’humanité en castes
Depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, à chaque époque, les hommes ont généralement négligé l’humanité et tracé autour d’eux un cercle : ceux qui naissaient à l’intérieur, ils les considéraient comme leurs proches, et ceux qui naissaient à l’extérieur, comme des étrangers. Ce cercle n’était pas tracé sur une base intellectuelle ou morale, mais sur celle d’une naissance fortuite. Tantôt son fondement était la naissance dans une famille, une tribu ou une lignée, tantôt la naissance dans une région géographique donnée, ou parmi une race particulière ou un peuple parlant une langue déterminée. Puis, les distinctions établies sur cette base ne se limitèrent pas au fait que celui qui était ainsi considéré comme un proche bénéficiait simplement de davantage d’amour, d’aide et de sympathie que les autres ; elles prirent au contraire, à l’égard de ces derniers, la forme la plus odieuse de la haine, de l’hostilité, du mépris, de l’oppression et de la persécution. On élabora des philosophies à cette fin, on inventa des religions, on établit des lois et on formula des principes moraux. Les nations et les États les adoptèrent comme des doctrines permanentes et les appliquèrent pendant des siècles. C’est sur cette base que les Juifs considèrent les enfants d’Israël comme les créatures choisies par Allah et que, conformément à leurs prescriptions religieuses, les droits et la dignité des non-Israélites furent même placés au-dessous de ceux des Israélites. Cette division en classes donna naissance, chez les hindous, au système des castes et des ordres, qui établit la haute dignité des brahmanes. Tous les hommes, comparés aux membres des castes supérieures, sont considérés comme vils et impurs, tandis que les Blancs sont précipités dans l’extrême humiliation. Il n’est pas nécessaire de rechercher dans les pages de l’histoire les injustices et les persécutions infligées aux Noirs en Afrique et en Amérique au nom de la distinction entre Blancs et Noirs : au XXe siècle, chacun peut les voir de ses propres yeux. Le comportement des Européens envers les peuples d’origine amérindienne après leur entrée sur le continent américain, ainsi que leur comportement envers les peuples faibles d’Asie et d’Afrique dont ils établirent la domination, reposait sur cette conception : les biens, la vie, l’honneur et la dignité de ceux qui naissaient au-delà des frontières de leur pays et de leur nation leur étaient licites, et ils avaient le droit de les piller, de les réduire en esclavage et, si nécessaire, de les exterminer de la surface de la terre. Le nationalisme des peuples occidentaux, ou le culte de la nation, a rendu une nation si féroce envers les autres que ses exemples les plus détestables se sont manifestés dans les guerres récentes et se manifestent encore aujourd’hui. En particulier, lorsqu’on observe les ravages provoqués lors de la dernière guerre mondiale par la philosophie raciste de l’Allemagne nazie et la conception de la supériorité de la race nordique, on peut aisément mesurer l’ampleur de l’égarement destructeur auquel le verset coranique fut révélé pour remédier et apporter une réforme.(****Arabe******)
Ô humanité ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme. Puis Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez les uns les autres. En vérité, le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux et le plus vertueux. Certes, Allah sait toute chose et est parfaitement informé de tout. — Sourate Al-Hujurât, 13
La religion et les usages sociaux des polythéistes arabes
La société polythéiste arabe en un coup d’œil
À cette époque obscure, il existait sur la terre une région où les ténèbres s’étaient encore davantage épaissies. Parmi les pays considérés comme civilisés selon les critères de la civilisation de cette époque, l’Arabie était restée à l’écart. Dans les pays qui l’entouraient — l’Iran, Rome et l’Égypte — on trouvait quelques rayons de lumière dans les domaines des sciences, des arts, de la civilisation et de la politesse. Mais de vastes mers de sable séparaient les Arabes de ces contrées. Les marchands arabes se rendaient dans ces pays pour y faire du commerce, parcourant pendant plusieurs mois les distances à dos de chameau, puis revenaient après avoir seulement échangé des marchandises. Aucune lumière du savoir et de la civilisation ne les accompagnait. Dans leur pays, il n’y avait ni enseignants ni bibliothèques. Parmi les hommes, il n’existait ni pratique de l’instruction ni intérêt pour les sciences, le savoir et les arts. Dans tout le pays, seul un nombre très limité de personnes savait lire et écrire. Ils possédaient cependant une langue d’une grande richesse, grâce à laquelle ils avaient une capacité remarquable à exprimer des idées élevées. Ils avaient également un goût littéraire très raffiné. Mais les quelques vestiges de leur littérature qui nous sont parvenus montrent combien leurs connaissances étaient limitées, combien leur place dans la civilisation et la culture était basse, à quel point ils étaient superstitieux, combien leur pensée et leur tempérament portaient la marque de l’ignorance et de la bestialité, et combien leurs conceptions morales étaient hideuses.
Il n’y avait là, comme il se doit, ni gouvernement ni lois. Chaque tribu était indépendante sur son propre territoire. Seule régnait la loi de la jungle. Celui qui avait pouvoir sur quelqu’un le tuait et s’emparait de ses biens. Un Bédouin arabe ne pouvait même pas comprendre pourquoi il ne tuerait pas un homme qui n’appartenait pas à sa tribu, ni pourquoi il ne deviendrait pas le propriétaire de ses biens.
Les notions de morale, de civilisation et de bienséance qu’ils possédaient étaient extrêmement rudimentaires et incohérentes. Ils ne connaissaient presque pas la différence entre le pur et l’impur, le licite et l’illicite, la bienséance et l’indécence. Leur mode de vie était extrêmement sordide. Leurs usages étaient bestiaux. La fornication, l’ivrognerie, le vol, le brigandage, le meurtre et l’effusion de sang étaient devenus des habitudes ordinaires de leur vie. Ils se dénudaient sans la moindre gêne devant les uns les autres. Même leurs femmes accomplissaient nues les circumambulations autour de la Kaaba. Ils enterraient de leurs propres mains leurs filles vivantes, sous l’effet de l’ignorance et dans la crainte que quelqu’un ne devienne leur gendre. Après la mort de leur père, ils épousaient leur belle-mère. Ils ne possédaient même pas le simple bon sens concernant la nourriture, les boissons, les vêtements et la tahâra, c’est-à-dire la purification. En matière de religion, ils partageaient l’ignorance et l’égarement dans lesquels le monde de cette époque était plongé (La situation religieuse des Arabes sera exposée plus loin. — Les compilateurs). Le culte des idoles, celui des esprits, celui des astres et des constellations — en somme, toutes les formes de culte et d’adoration qui existaient alors dans le monde, au lieu de l’adoration et de l’obéissance à l’unique Dieu — étaient répandus parmi eux. Ils n’avaient aucune connaissance exacte des prophètes du passé ni de leurs enseignements. Ils savaient seulement que les prophètes Ibrâhîm et Ismâ‘îl étaient leurs ancêtres. Mais ils ignoraient quelle était la religion de ces deux pères, et qui ils adoraient. Ils connaissaient également assez bien les récits de ‘Âd et de Thamûd. Toutefois, à la lecture des récits consignés par les historiens arabes, on constate qu’ils ne contiennent pas même la moindre trace de l’enseignement des prophètes Sâlih et Hûd. Par l’intermédiaire des juifs et des chrétiens, les récits de la vie des prophètes des enfants d’Israël leur étaient également parvenus. Il suffit de jeter un coup d’œil aux récits israélites cités par les exégètes musulmans pour se faire une idée de ce qu’étaient ces prophètes. On y découvrira quel genre d’hommes étaient les prophètes connus des Arabes et des enfants d’Israël eux-mêmes, et combien leur conception de la prophétie était dégradée. (Tafhîm al-Qur’ân, introduction de la sourate Al-Ikhlâs)
La fierté de suivre Ibrâhîm et Ismâ‘îl
Les Arabes de l’époque de la Jâhiliya se considéraient comme les disciples du vénérable Ibrâhîm (sur lui la paix) et du vénérable Ismâ‘îl (sur lui la paix). Ils pensaient donc que la religion qu’ils suivaient était celle agréée par Allah. Mais, au cours des siècles qui suivirent, les chefs religieux, les chefs de tribus, les anciens des familles et d’autres personnes ajoutèrent à l’enseignement religieux qu’ils avaient reçu du vénérable Ibrâhîm et du vénérable Ismâ‘îl toutes sortes de croyances, de prescriptions, de rites et de coutumes. Les générations suivantes les considérèrent comme faisant partie de la véritable religion et les suivirent avec vénération et respect. Comme aucun récit historique ni aucun livre ne conservait de document permettant de savoir quelle était la véritable religion et quand, par qui et comment chaque élément y avait été ajouté par la suite, toute leur religion devint suspecte aux yeux des Arabes. Ils ne pouvaient affirmer avec certitude de rien que cela faisait partie de la véritable religion envoyée par Allah. Ils ne savaient pas non plus que ces éléments étaient des innovations religieuses — des choses nouvellement inventées au nom de la religion — ainsi que des rites et coutumes erronés ajoutés ultérieurement par les gens. (Sourate al-Hujurât, note 12)
Quelques-unes des idoles les plus célèbres des polythéistes arabes
Al-Lât
Son temple se trouvait à Taïf. Les Banû Thaqîf lui vouaient une telle dévotion que, lorsque Abraha avançait avec son armée d’éléphants pour attaquer La Mecque et détruire la Kaaba, les membres des Banû Thaqîf lui fournirent une escorte armée afin de l’accompagner sur la route de La Mecque, dans le seul but de protéger le sanctuaire de leur dieu, pour qu’il ne porte pas la main sur al-Lât. Pourtant, comme tous les Arabes, les membres des Banû Thaqîf reconnaissaient que la Kaaba était la Maison d’Allah.
Les savants divergent sur le sens d’al-Lât. Selon les recherches d’Ibn Jarîr at-Tabarî, il s’agit du féminin d’Allah. Autrement dit, le mot était(***Arabe***) « Allahâtoun », qui a été transformé en(***Arabe***) « al-Lât ». Selon Zamakhsharî, il provient d’un terme(***Arabe****)qui signifie se détourner ou s’incliner vers quelqu’un. Comme les polythéistes se tournaient vers elle pour l’adorer, s’inclinaient devant elle et en faisaient la circumambulation, elle fut appelée al-Lât. Ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée) disait(***Arabe***)qu’elle provenait d’un terme signifiant broyer et pétrir. Lui et Mujâhid disent qu’il s’agissait d’un homme qui vivait sur un rocher montagneux près de Taïf et servait du sawîq et du bouillon aux pèlerins. Après sa mort, les gens construisirent son temple sur ce rocher et se mirent à l’adorer. Cependant, au sujet d’al-Lât, deux éminents personnages tels qu’Ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée) et Mujâhid ont dit al-Lât, et non le terme arabe correspondant. Deuxièmement, le Coran mentionne al-Lât, al-‘Uzzâ et Manât toutes trois comme des déesses, alors que, selon le récit ci-dessus, al-Lât était un homme et non une femme.
Al-‘Uzzâ
Le mot al-‘Uzzâ(***Arabeprovient de « ‘izzat » et signifie celle qui possède l’honneur. C’était la déesse particulière des Quraychites, et son temple se trouvait dans la vallée de Nakhlah, entre La Mecque et Taïf, à Huraz(***Arabedans un endroit ainsi nommé. Les membres des Banû Shaybân, alliés des Banû Hâshim, étaient les gardiens de ce temple. Les Quraychites et les membres des autres tribus lui rendaient visite et lui présentaient des offrandes. Ils immolaient également des sacrifices en son nom. Comme pour la Kaaba, on lui conduisait des bêtes offertes en présent, et elle était honorée plus que toutes les autres divinités. Ibn Hishâm rapporte qu’Abû Luḥayḥa, alors qu’il était sur le point de mourir, reçut la visite d’Abû Lahab. Celui-ci le vit pleurer. Abû Lahab lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? » Il répondit : « Je ne pleure pas par crainte de la mort. Je pleure en me demandant comment al-‘Uzzâ sera adorée après moi. » Abû Lahab lui dit : « Son culte n’était pratiqué ni pour toi de ton vivant, ni ne cessera d’être pratiqué après toi. » Abû Luḥayḥa dit : « Me voilà rassuré : après moi, quelqu’un me remplacera. »
Manât
Son temple se trouvait à Qudayma, sur la côte de la mer Rouge, entre La Mecque et Médine. Les membres des Banû Khuzâʿa, ainsi que ceux des tribus Aws et Khazraj, lui vouaient une grande vénération. On lui rendait visite et on accomplissait autour de son sanctuaire le tawâf ; on lui offrait des sacrifices votifs. Au moment du pèlerinage, lorsque les pèlerins avaient achevé le tawâf de la Maison sacrée ainsi que les rites d’Arafat et de Mina, ils se mettaient en route depuis cet endroit pour rendre visite à Manât, en répétant : « Labbayka, labbayka ! » Ceux qui formulaient l’intention d’accomplir ce second pèlerinage ne faisaient pas le saʿî entre Safâ et Marwa.
Les divinités du peuple de Noé
Parmi les divinités du peuple de Noé, la sourate Nûh ne mentionne que les noms de celles que les Arabes commencèrent par la suite à adorer. Au début de l’islam, leurs temples étaient établis en divers endroits de l’Arabie. Il est possible que les générations suivantes aient entendu de la bouche de ceux qui avaient survécu au Déluge parler des anciennes divinités du peuple de Noé et que, lorsque l’ignorance religieuse se répandit de nouveau parmi leurs descendants, elles aient fabriqué les statues de ces divinités et recommencé à les adorer.
Les divinités du peuple de Noé
Parmi les divinités du peuple de Noé, la sourate Nûh ne mentionne que les noms de celles que les Arabes commencèrent par la suite à adorer. Au début de l’islam, leurs temples étaient établis en divers endroits de l’Arabie. Il est possible que les générations suivantes aient entendu de la bouche de ceux qui avaient survécu au Déluge parler des anciennes divinités du peuple de Noé et que, lorsque l’ignorance religieuse se répandit de nouveau parmi leurs descendants, elles aient fabriqué les statues de ces divinités et recommencé à les adorer.
Premièrement : Wadd était la divinité des Banû Kalb ibn Wabara, une branche de la tribu de Qudâʿa ; ils avaient construit son temple à Dûmat al-Jandal. Son nom, Waddâm Abâm, apparaît dans les anciennes inscriptions arabes. Selon le récit d’al-Kalbî, la statue avait été façonnée sous la forme d’un homme au corps gigantesque. Les Quraychites le reconnaissaient eux aussi comme un dieu, et l’appelaient Wudd. L’histoire mentionne un homme nommé ʿAbd Wudd, qui tirait son nom de cette divinité.
Deuxièmement : Suwâʿ(***Arabe***)
C’était la déesse de la tribu de Hudhayl, et sa statue représentait une femme. Son temple se trouvait dans un lieu appelé Rubayt, près de Yanbuʿ.
Trois : Yaghûth
Yaghûth était le dieu de la branche An‘um de la tribu des Tayyi’ et de certaines branches de la tribu des Madhhij. Les gens de la tribu des Madhhij avaient placé sa statue à Jurna, un lieu situé entre le Yémen et le Hedjaz. Il avait la forme d’un tigre. Parmi les Quraychites, certains portaient également le nom d’Abd Yaghûth.
Quatre : Ya‘ûq
C’était le dieu de Khaywân, une branche de la tribu des Hamdân, dans la région du Yémen. Il avait la forme d’un cheval.
Cinq : Nasr
Nasr était le dieu de Dhûl-Kulâ, une branche de la tribu des Himyar, dans la région de Himyar. Sa statue, en forme d’âne, était installée dans un lieu appelé Balkha. Dans les anciennes inscriptions rupestres du peuple de Saba, son nom apparaît écrit sous la forme Nasûr. Les gens appelaient son temple le Bayt Nasûr et ses adorateurs les Ahl Nasûr. Parmi les vestiges des temples anciens que l’on trouve en Arabie et dans les régions voisines, on voit, sur les portes de nombreux temples, des statues d’ânes. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-An‘âm, note 109)
La célèbre idole Baal(***Arabe***)
Invoquerez-vous Baal et délaisserez-vous le meilleur des créateurs ? — Sourate As-Sâffât, 125
Le sens lexical de Baal est seigneur, chef, maître. Ce terme est également employé pour désigner le mari. Dans différents passages du Coran, il est aussi utilisé dans ce dernier sens, notamment dans la sourate Al-Baqara, verset 228, la sourate An-Nisâ, verset 128, la sourate Hûd, verset 72, et la sourate An-Nûr, verset 31. Cependant, les peuples sémitiques de l’Antiquité employaient ce terme au sens de divinité ou de dieu. Ils donnèrent le nom de Baal à une divinité particulière. Chez les Phéniciens du Liban notamment, Baal était la plus grande divinité, tandis que son épouse, Astarté, était la plus importante des déesses. Les chercheurs sont divisés sur la question de savoir si Baal désignait le soleil ou la planète Jupiter, et si Astarté désignait la lune ou la planète Vénus. Quoi qu’il en soit, il est historiquement établi que le culte de Baal se répandit dans tout le Moyen-Orient, de Babylone jusqu’à la Syrie. Les peuples polythéistes du Liban, de la Syrie et de la Palestine y étaient particulièrement profondément engagés.
Lorsque les Enfants d’Israël sortirent d’Égypte et s’établirent en Palestine et en Transjordanie, ils commencèrent à contracter des mariages et à nouer des relations sociales avec les peuples polythéistes, en violation des interdictions strictes de la Torah. Ils furent alors eux aussi atteints par ce mal. La Bible rapporte que cette décadence morale et religieuse commença parmi les Enfants d’Israël après la mort de Josué, fils de Noun, le premier successeur du prophète Moïse (que la paix soit sur lui).
Les enfants d’Israël firent ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel et se mirent à servir les dieux Baals. Ils abandonnèrent l’Éternel et suivirent d’autres dieux, ceux des peuples qui les entouraient, se prosternant devant eux — Juges 2:11-13.
Ainsi, les enfants d’Israël habitèrent au milieu des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Phéréziens, des Héviens et des Jébusiens ; ils épousèrent leurs filles, donnèrent leurs propres filles en mariage à leurs fils et servirent leurs dieux. — Juges 3:5-6
À cette époque, le culte de Baal s’était tellement infiltré parmi les Israélites que, selon le récit de la Bible, un autel sacrificiel de Baal avait été construit dans l’une de leurs localités, où l’on procédait à des sacrifices. Un Israélite pieux, ne pouvant supporter cette situation, détruisit secrètement le lieu des sacrifices pendant la nuit. Le lendemain, lors d’un grand rassemblement, la foule réclama la peine de mort pour celui qui avait détruit ce repaire du polythéisme. Finalement, le prophète Samuel, Saül, le prophète David (que la paix soit sur lui) et le prophète Salomon (que la paix soit sur lui) changèrent radicalement cette situation. Ils ne se contentèrent pas de réformer les Enfants d’Israël ; ils réprimèrent également, de manière générale, le polythéisme et l’idolâtrie dans l’ensemble de leurs royaumes. Mais après la mort du prophète Salomon (que la paix soit sur lui), la discorde releva de nouveau la tête et, en particulier, le royaume israélite du nord de la Palestine sombra dans le culte de Baal. (Sourate An-Najm, note 15)
Une conception élevée d’Allah parallèlement à l’idolâtrie
Les polythéistes arabes reconnaissaient qu’Allah était le Créateur des cieux et de la terre. C’est Lui qui fait alterner et se succéder le jour et la nuit. C’est Lui qui a donné leur existence au soleil et à la lune. Aucun d’entre eux ne croyait que ces actes relevaient de Lât, Hubal, Al-‘Uzzâ ou d’une autre divinité. (Sourate Nûh, note 17)
Le Coran expose en plusieurs endroits quelles étaient les conceptions et les croyances des polythéistes arabes au sujet d’Allah. Ainsi, il est dit dans la sourate Az-Zukhruf : « Si tu leur demandes qui les a créés, ils répondront certainement : Allah » (verset 87). Il est dit dans la sourate Al-‘Ankabût : « Si tu leur demandes qui a créé les cieux et la terre, et qui a soumis le soleil et la lune, ils répondront certainement : Allah. Et si tu leur demandes qui fait descendre l’eau du ciel et qui redonne vie à la terre morte, ils répondront certainement : Allah. » Versets 61 et 63.
Il est dit dans la sourate al-Mu’minûn : « Dis-leur : À qui appartiennent la terre et tous ceux qui l’habitent ? Répondez, si vous le savez. Ils répondront certainement : À Allah. Demande-leur : Qui est le Seigneur des sept cieux et du Trône immense ? Ils répondront certainement : Allah. Dis-leur : Si vous le savez, dites-moi donc : À qui appartiennent l’autorité et la souveraineté sur toute chose ? Et qui protège, alors que nul ne peut protéger contre Lui ? Ils répondront certainement : Tout cela appartient à Allah. » — Versets 84-89
Il est dit dans la sourate Yûnus : « Demande-leur : Qui vous dispense votre subsistance depuis les cieux et la terre ? Qui détient le pouvoir sur l’ouïe et la vue dont vous jouissez ? Qui fait sortir le vivant du mort et le mort du vivant ? Et qui dirige l’ordre de l’univers ? » Ils répondront certainement : « Allah » (verset 31). Il est également dit ailleurs dans la sourate Yûnus : « Lorsque vous êtes à bord d’un navire et que vous voguez joyeusement au gré d’un vent favorable, puis qu’un vent contraire se lève avec violence, que les vagues vous assaillent de toutes parts et que les voyageurs se croient encerclés par la tempête, ils invoquent alors Allah en Lui consacrant exclusivement leur religion : “Si Tu nous sauves de ce péril, nous serons assurément au nombre de Tes serviteurs reconnaissants.” Mais lorsqu’Il les sauve, les voilà qui se détournent de la vérité et se mettent à semer la rébellion sur terre » (versets 22-23). La sourate Banî Isrâ’îl l’exprime ainsi : « Lorsque le péril vous atteint en mer, ceux que vous invoquez en dehors de l’Unique Allah disparaissent ; mais lorsqu’Il vous sauve et vous ramène sur la terre ferme, vous vous détournez de Lui » (verset 67). (Sourate as-Saffât, note 71)
La part des divinités dans les biens aux côtés d’Allah
Les polythéistes reconnaissaient eux-mêmes que la terre appartenait à Allah et que c’était Lui qui produisait les récoltes. Allah était également le Créateur de ces animaux, dont ils utilisaient les services au cours de leur vie. Mais ils croyaient que ces divinités, les anges, les djinns, les astres du ciel et les âmes des pieux défunts, parce qu’ils leur accordaient un regard bienveillant, étaient à l’origine de la grâce d’Allah à leur égard, par leur intercession et leur bénédiction. C’est pourquoi ils prélevaient deux parts sur les récoltes de leurs champs et sur leurs animaux. L’une était consacrée au nom d’Allah, en signe de reconnaissance pour les récoltes et les animaux qu’Il leur avait accordés. La seconde était destinée aux offrandes votives aux divinités tutélaires de leur tribu ou de leur famille, afin que leur faveur se répande sur eux. (Sourate al-Ikhlâs, note 2)
Accorder la préséance aux idoles sur Allah
La part des biens qu’ils prélevaient au nom d’Allah, ils la réduisaient encore par toutes sortes de subterfuges. Ils s’efforçaient par tous les moyens d’augmenter la part de leurs associés qu’ils avaient eux-mêmes fabriqués. Cela montre qu’ils accordaient à ces associés plus d’importance qu’à Allah. Ainsi, si une partie des céréales, des fruits ou d’autres denrées prélevées au nom d’Allah venait à tomber, ils la donnaient à la part des associés. De même, si une partie de la part des associés tombait ou se mélangeait à la part d’Allah, ils la donnaient aux associés. Mais dans le cas contraire, ils n’ajoutaient rien à la part d’Allah. Si, en raison d’une sécheresse, ils avaient besoin de consommer les récoltes destinées aux offrandes votives, ils mangeaient la part d’Allah. En revanche, ils craignaient de toucher à la part des associés d’Allah, de peur qu’un malheur ne survienne. Si, pour une raison quelconque, la part des associés se trouvait diminuée, ils la complétaient avec la part d’Allah. Mais si la part d’Allah diminuait, ils ne lui donnaient pas même un grain de la part des associés. Lorsque quelqu’un critiquait ce comportement, ils avançaient toutes sortes d’excuses destinées à tromper les esprits. Ils disaient par exemple : “Allah est riche ; si Sa part diminue quelque peu, cela ne Lui fait rien. Quant à ceux-ci, ce sont de pauvres serviteurs, ils ne sont pas riches comme Allah ; c’est pourquoi, si leur part diminue ou augmente quelque peu, ils nous en tiendront rigueur.”
Pour comprendre ce qui se trouvait à la racine de ces superstitions, il faut savoir que la part de leurs biens que les Arabes ignorants prélevaient pour Allah était dépensée pour aider les pauvres, les indigents, les orphelins, les voyageurs, etc. Quant à la part prélevée pour les offrandes votives aux associés d’Allah, elle allait soit directement dans les caisses des dignitaires religieux, soit leur était offerte dans les sanctuaires. Elle finissait donc indirectement dans le ventre des prêtres idolâtres. C’est pourquoi leurs chefs religieux intéressés avaient, par des siècles de sermons religieux, profondément ancré dans leur esprit l’idée que la diminution de la part d’Allah n’avait aucune importance, tandis que la part des bien-aimés d’Allah ne devait pas diminuer ; mieux encore, il était préférable qu’elle augmente. (Sourate al-Ikhlâs, note 2)
Quelle était la véritable égarement des polythéistes ?
Bien que les polythéistes de La Mecque ne niassent pas que tous les biens étaient accordés par Allah et qu’ils reconnaissent également la faveur d’Allah sur ces biens, leur erreur consistait à remercier, par leurs paroles et leurs actes, de nombreuses autres entités pour ces biens et ces bienfaits, en même temps qu’ils remerciaient Allah. En effet, sans la moindre preuve ni argument, ils les considéraient comme intervenant dans l’octroi de ces bienfaits ou de ces biens et comme y étant associées.
C’est précisément ce que le Coran a appelé le déni de la faveur d’Allah. Le Coran a énoncé comme une règle générale que si l’on témoigne de l’ingratitude pour la faveur du bienfaiteur envers quelqu’un qui n’est pas le bienfaiteur, on fait en réalité preuve d’ingratitude, voire de trahison, envers le véritable bienfaiteur. De même, le Coran a énoncé comme un principe que si, sans la moindre preuve ni argument, on imagine au sujet du bienfaiteur ou de celui qui accorde les biens qu’il ne les a pas accordés par sa propre faveur et sa propre miséricorde, mais par l’intermédiaire d’un tel, en l’honneur d’un tel, ou sur la base de l’intercession ou de l’intervention d’un tel, cela constitue en réalité un déni de son don. (Sourate al-An‘âm, note 105)
La conception des Arabes au sujet de leurs propres divinités
Bien que les Arabes fussent plongés dans le polythéisme et qu’ils y fussent extrêmement fanatiques, les racines de leur polythéisme se limitaient néanmoins à la surface et n’atteignaient pas les profondeurs. Nulle part et jamais les racines du polythéisme n’ont pu pénétrer profondément dans la nature humaine. En revanche, la grandeur du pur monothéisme fondé sur le culte d’Allah était présente au plus profond de leur cœur. Pour l’éveiller et l’embraser, il suffisait de frotter un peu vigoureusement la surface.
Divers événements de l’histoire de la Jâhiliya témoignent de ces deux points. Ainsi, lors de l’attaque d’Abraha, tous les Qurayshites, jeunes et vieux, hommes et femmes, savaient que les idoles conservées dans la Kaaba ne pouvaient empêcher ce malheur ; seul Allah pouvait protéger cette Maison. Des poèmes et des chants de louange que les poètes de l’époque récitèrent dans la joie après la destruction des gens de l’Éléphant sont encore conservés aujourd’hui. Chaque mot témoigne du fait qu’ils considéraient cet événement comme une manifestation merveilleuse de la puissance d’Allah. Ils n’avaient pas la moindre idée que leurs divinités y eussent joué le moindre rôle. Cet événement révéla également aux Qurayshites et à tous les polythéistes l’aspect le plus abject du polythéisme : lorsque Abraha atteignit Taïf, sur la route de La Mecque, les habitants de Taïf furent saisis de peur, se demandant s’il n’allait pas détruire également le temple de leur dieu al-Lât. C’est pourquoi ils offrirent eux aussi leurs services à Abraha pour la destruction de la Kaaba et envoyèrent avec lui leur propre escorte armée, afin de le conduire en sécurité jusqu’à La Mecque par les chemins montagneux. L’amère expérience de cet événement continua longtemps à tourmenter les Qurayshites, qui, pendant plusieurs années, jetèrent des pierres sur la tombe de l’homme qui avait dirigé l’escorte de Taïf.
En outre, les Qurayshites et les autres Arabes rattachaient leur religion à Abraham. Ils considéraient nombre de leurs coutumes religieuses et sociales, en particulier les rites du pèlerinage, comme faisant partie de la religion d’Abraham.
Ils savaient également qu’Abraham était un adorateur sincère d’Allah. Il n’avait jamais adoré les idoles. Leur tradition consignait aussi le récit de l’introduction du culte des idoles parmi eux, ainsi que l’identité de ceux qui avaient apporté telle ou telle idole, et le lieu et le moment où ils l’avaient fait.
On peut mesurer le degré de dévotion et de vénération que les Arabes ordinaires éprouvaient pour leurs divinités au fait que, lorsqu’un événement contraire à leurs prières et à leurs souhaits se produisait, ils allaient parfois jusqu’à insulter leurs dieux et à cesser de leur présenter des offrandes. Un Arabe voulait venger le meurtre de son père et se rendit auprès de la divinité Dhû al-Khalasa pour tirer au sort et connaître son destin. Le sort qui sortit en réponse disait : « Ne fais pas cela. » Il se mit alors en colère et dit(*****Arabe****)
Ô Dhû al-Khalasa, si tu avais été à ma place et que ton père avait été tué, jamais tu n’aurais dit ce mensonge : « Ne venge pas l’opprimé. »
Un autre Arabe emmena son troupeau de chameaux dans un temple appelé Sa‘d, dans l’espoir d’obtenir quelque bénédiction. Mais l’idole était grande, large et hideuse, et du sang sacrificiel était resté sur son corps. En la voyant, les chameaux s’enfuirent de tous côtés, effrayés. Lorsqu’il les vit ainsi fuir dans toutes les directions, il entra dans une terrible colère et, tout en lançant des pierres contre cette divinité, se mit à dire : « Qu’Allah te détruise ! J’étais venu chercher une bénédiction, et toi, tu as fait fuir mes chameaux ! » En observant la situation sous ses différents aspects, on comprend aisément qu’un profond respect pour le culte d’Allah habitait leur cœur. Mais, d’une part, leur conservatisme issu de l’ignorance et, d’autre part, les prêtres des idoles de Quraysh s’employaient à répandre l’hostilité envers le culte d’Allah. En effet, ils craignaient que, si la dévotion et le respect envers les dieux et les déesses disparaissaient, leur position centrale en Arabie ne prenne fin. De plus, leurs moyens de subsistance cesseraient. La religion du polythéisme, établie sur ces supports, ne pouvait se maintenir avec honneur face à l’appel au tawhid. C’est pourquoi le Coran s’adresse aux polythéistes en leur disant que la raison principale pour laquelle les adeptes du prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont acquis la supériorité dans votre société est qu’ils sont exempts de polythéisme et établis sur le culte sincère d’Allah. À cet égard, que les polythéistes reconnaissent ou non de vive voix la supériorité des musulmans, ils en ressentaient l’importance au fond d’eux-mêmes. » (Sourate An-Nahl, note 64)
Il existait de nombreuses divinités au sujet desquelles circulaient des récits abjects et obscènes. Les idoles d’Isaf et de Naïla étaient installées sur les deux monts de Safa et de Marwa. Une histoire célèbre à leur sujet racontait qu’ils étaient un homme et une femme qui avaient commis l’adultère dans la Kaaba. Pour ce crime, Allah les aurait transformés en pierres. Lorsque telle est la véritable identité des divinités, elles ne peuvent occuper aucune place dans le cœur de leurs adorateurs en matière de dévotion et de respect. (Sourate Al-An‘am, note 106)
Le culte des idoles des pieux prédécesseurs
Parmi les diverses tribus d’Arabie, telles que Rabî‘a, Ghassan, Kalb, Taghlib, Qudâ‘a, Kînâna, Harith, Ka‘b et Kinda, se trouvaient un grand nombre de juifs et de chrétiens. Ces deux religions étaient toutes deux engagées dans le culte des prophètes, des saints et des martyrs. En outre, même si ce n’était pas le cas de la majorité des divinités des polythéistes arabes, beaucoup d’entre elles avaient à l’origine été des êtres humains. Les générations suivantes les avaient transformés en dieux. Il est rapporté dans Al-Bukhari, d’après Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée), que Wadd, Suwâ‘, Yaghûth, Ya‘ûq et Nasr étaient les noms de gens pieux. Les générations ultérieures en firent des divinités adorées. Il est rapporté d’après Aïcha (qu’Allah l’agrée) qu’Isaf et Naïla étaient tous deux des êtres humains. On trouve des récits de même nature au sujet de Lât, Manât et ‘Uzzâ. Il est également rapporté que les polythéistes croyaient que Lât et ‘Uzzâ étaient si chers à Allah qu’Allah se trouvait près de Lât en hiver et près de ‘Uzzâ en été. Qu’Allah nous en préserve ! Gloire à Lui, très élevé soit-Il au-dessus de ce qu’ils décrivent. » (Sourate Al-Furqân, note 84)
Le culte des habitants des tombeaux
Dans le verset 21 de la sourate An-Nahl, les fausses divinités réfutées en particulier ne sont ni les anges, ni les djinns, ni les démons, ni les idoles de bois ou de pierre. Ce sont plutôt les habitants des tombeaux. En effet, les anges et les démons sont des êtres vivants. On ne peut donc leur appliquer les termes (*****Arabe****) ; et la question de la résurrection des idoles de bois et de pierre après leur mort ne se pose même pas. C’est pourquoi les termes (***Arabe****) les excluent également de cette catégorie. Dans ce verset, le sens de (***Arabe****) désigne donc nécessairement certains prophètes, saints, martyrs, pieux et autres musulmans éminents que des dévots extrémistes ont commencé à invoquer pour obtenir la réalisation de leurs souhaits, après les avoir qualifiés de donateurs, de dispensateurs de secours dans l’épreuve, d’auditeurs des appels au secours, de bienfaiteurs des pauvres ou de sauveurs des indigents, de Ganjbakhsh, et de bien d’autres épithètes de ce genre. Si quelqu’un répond qu’il n’existait pas de telles divinités en Arabie, nous dirons que cela ne fait que prouver son ignorance de l’histoire de l’époque antéislamique de l’Arabie. (Sourate Al-Furqân, note 84)
Le culte des représentations féminines des anges
Les récits fondamentaux permettent de savoir que les Quraychites, les Juhayna, les Banû Salama, les Khuzâ‘a, les Banû Mulayh et d’autres tribus arabes croyaient que les anges étaient les filles d’Allah le Très-Haut. (Le Coran a réfuté en plusieurs endroits leurs croyances issues de l’ignorance. Voir notamment la sourate An-Nisâ’, verset 117 ; la sourate An-Naml, versets 57-58 ; Banû Isrâ’îl, verset 40 ; Az-Zukhruf, versets 16-19 ; et An-Najm, versets 21-27.) Ils considéraient les anges comme des déesses, fabriquaient leurs statues sous forme féminine, les revêtaient de vêtements et de bijoux féminins, et disaient : « Ce sont toutes les filles d’Allah. » Ils les adoraient et faisaient des vœux en leur nom afin d’obtenir la réalisation de leurs désirs.
L’invocation du destin
Lorsqu’on réfutait leur ignorance, ils invoquaient le destin comme excuse. Ils disaient : « Si Allah n’avait pas agréé cette pratique, comment aurions-nous pu adorer ces statues ? »
Or, le moyen de connaître ce qu’Allah agrée ou désapprouve, ce sont Ses Livres, et non les actes qui se produisent dans le monde par Sa volonté. Dans le monde, ce n’est pas seulement l’adoration des idoles qui se déroule par Sa volonté : le vol, le brigandage, le meurtre et la fornication s’y déroulent également par Sa volonté. Peut-on, en s’appuyant sur cet argument, déclarer licite ou juste chacun des actes mauvais qui se produisent sur terre ? Le fait qu’un acte se produise dans le monde par la volonté d’Allah ne signifie pas qu’Allah l’agrée.
L’imitation aveugle des ancêtres
Si on leur demandait s’ils possédaient, en dehors de cet argument erroné, une autre preuve authentique, ils répondaient : « Cela nous vient de nos pères et de nos grands-pères. » Autrement dit, pour eux, c’était là une preuve suffisante de la vérité de leur religion. Pourtant, Ibrâhîm (paix sur lui), dont le fait d’être les descendants constituait pour eux un motif de gloire et d’orgueil, avait abandonné la religion de ses pères et quitté sa demeure. Il avait rejeté cette imitation aveugle de ses ancêtres, car elle ne reposait sur aucune preuve rationnelle. Si ces gens devaient absolument suivre leurs ancêtres, pourquoi, au lieu de suivre leurs plus éminents ancêtres, le prophète Ibrâhîm (paix sur lui) et le prophète Ismâ‘îl (paix sur lui), suivaient-ils leurs ancêtres les plus ignorants ?
L’argumentation des Arabes idolâtres fondée sur l’égarement des chrétiens
Si on leur disait : « Un prophète ou un Livre envoyé par Allah a-t-il jamais enseigné que quelqu’un d’autre qu’Allah méritait d’être adoré ? », ils citaient comme preuve les agissements des chrétiens et disaient : « Eux aussi ont reconnu Jésus, fils de Marie, comme le fils d’Allah et l’adorent. » Or la question n’était pas de savoir si la communauté d’un prophète avait commis le polythéisme, mais si un prophète lui-même avait enseigné le polythéisme. Jésus, fils de Marie, avait-il jamais dit : « Je suis le fils d’Allah et vous devez m’adorer » ? L’enseignement de Jésus était le même que celui de tous les prophètes du monde : « Ma divinité est Allah et votre divinité est Allah. Adorez donc Allah seul. » (Sourate An-Nahl, note 19)
Les catégories de divinités adorées par les polythéistes
Les êtres auprès desquels les polythéistes du monde entier invoquaient, en dehors d’Allah, et auprès desquels les Arabes invoquaient eux aussi, étaient de trois catégories. (L’auteur a écrit ailleurs la même chose d’une autre manière : dans les religions polythéistes, on trouve trois choses distinctes. Premièrement, les statues, représentations ou signes qui deviennent les objets du culte (Objects of worship). Deuxièmement, les personnes ou les choses qui sont réellement considérées comme des divinités et qui sont représentées sous la forme de statues, de représentations, etc. Troisièmement, les idées et croyances qui régissent ces cultes, rites et pratiques polythéistes. (Sourate An-Nahl, note 19.) Premièrement : une créature dépourvue de vie et de connaissance. Deuxièmement : les hommes pieux et vénérables qui ont quitté ce monde. Troisièmement : les hommes égarés qui étaient eux-mêmes égarés et qui ont égaré les autres. Il est tout à fait évident que les divinités de la première catégorie ignorent complètement les invocations de leurs adorateurs. Quant aux divinités de la deuxième catégorie, celles qui étaient les bien-aimés d’Allah ici-bas, leur ignorance s’explique par deux raisons. La première est qu’elles se trouvent auprès d’Allah dans une situation telle qu’aucune voix humaine ne leur apporte la nouvelle que ceux à qui elles avaient enseigné toute leur vie à invoquer Allah L’invoquent maintenant, au contraire, elles-mêmes. Cette nouvelle ne leur est pas transmise, car il ne pourrait guère y avoir pour elles de nouvelle plus douloureuse. Allah Tout-Puissant ne veut en aucune manière faire souffrir l’âme de Ses serviteurs pieux. En réfléchissant ensuite aux divinités de la troisième catégorie, on comprend que leur ignorance a également deux causes. La première est qu’elles sont détenues comme accusées dans la prison du Seigneur, où aucune voix de ce monde ne parvient. La seconde est qu’Allah Tout-Puissant et Ses anges leur annoncent que leur mission rencontre un immense succès dans le monde et qu’après leur mort, les hommes les ont transformées en divinités. Une telle nouvelle leur serait très agréable. Mais Allah Tout-Puissant ne veut en aucune manière réjouir l’âme des injustes et des pécheurs. (Sourate Az-Zukhruf, introduction.)
Ces anges qui, dans le monde, ont été pris pour des dieux et des déesses et adorés, ainsi que ces djinns, esprits, ancêtres, prophètes, saints, martyrs et autres auxquels, parce qu’on les considérait comme associés aux attributs divins, on a accordé les droits qui appartenaient en réalité à Allah, déclareront clairement là-bas, dans l’au-delà, à leurs adorateurs : « Nous ne savions absolument pas que vous nous adoriez. Aucune de vos invocations, supplications, plaintes, cris de détresse, vœux et offrandes, aucun sacrifice, aucune louange, aucune récitation en notre nom, aucune prosternation, aucun baiser donné à nos sanctuaires, aucun culte de nos mausolées ne nous est parvenu. » (Sourate Al-A‘râf, note 148.)
Les formes de prostitution dans l’Arabie
Deux formes de prostitution étaient répandues en Arabie. La première était la prostitution domestique (Private Prostitution), la seconde la prostitution publique dans les maisons closes. La prostitution domestique était pratiquée pour la plupart par des esclaves affranchies qui n’avaient aucun tuteur, ou par une femme libre qui n’avait derrière elle ni famille ni tribu pour la protéger. Elles séjournaient dans une maison pour y exercer cette activité et concluaient des accords avec plusieurs hommes, qui s’engageaient à subvenir à leurs besoins et à continuer de satisfaire leurs nécessités. Lorsqu’un enfant naissait, l’homme que la femme désignait comme son père biologique l’acceptait comme son enfant. C’était comme une institution reconnue au sein de la société, que les gens de l’époque de l’ignorance considéraient comme une forme de mariage. Abou Dâwoud
La deuxième forme, c’est-à-dire la prostitution proprement dite, était pratiquée par toutes les esclaves. Elle se divisait elle-même en deux catégories. Dans la première, les hommes imposaient une somme à leurs jeunes esclaves et leur disaient qu’elles devaient gagner chaque mois telle quantité d’argent. Ces malheureuses satisfaisaient les exigences de leurs maîtres en se prostituant. Elles n’avaient aucun autre moyen de gagner une telle somme. De plus, il n’existait pour les jeunes esclaves aucun autre moyen de recevoir une rémunération plusieurs fois supérieure au salaire ordinaire.
La seconde consistait à installer les jeunes esclaves dans des cabanes et à suspendre des drapeaux au-dessus de leurs portes, de sorte que l’on comprenne de loin que c’était là que les hommes pouvaient satisfaire leurs besoins. Ces femmes étaient appelées Kalikiyât(***Arabe***) et leurs établissements étaient appelés Mawâkhir(***Arabe***). De grands notables ouvraient de tels bordels. Abdallah ibn Ubayy, le chef des hypocrites lui-même, possédait également un bordel de ce genre. Pourtant, avant l’arrivée du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine, les habitants de Médine avaient décidé de le faire leur roi, et c’était lui qui avait été au premier rang de ceux qui avaient répandu la fausse calomnie contre Aïcha (qu’Allah l’agrée). Six belles esclaves vivaient dans son bordel. Il ne les employait pas seulement à gagner de l’argent ; il les chargeait également de recevoir les hôtes venus des différentes régions d’Arabie. Les enfants illégitimes qui naissaient de ces femmes lui servaient à augmenter le nombre de ses serviteurs et de ses domestiques. (Sourate Al-Ahqâf, note 6.)
La divination dans les temples des idoles
Les polythéistes de La Mecque avaient désigné l’idole Hubal, située à l’intérieur de la Kaaba, pour pratiquer la divination. On lui demandait de révéler le destin, on cherchait à connaître les nouvelles de l’avenir ou on lui soumettait le règlement des querelles et des différends. Dans son sanctuaire étaient conservées sept flèches portant diverses inscriptions et formules. Lorsqu’une question se posait quant à l’opportunité d’accomplir ou non une action, on se rendait auprès du gardien des flèches de Hubal. Celui-ci déterminait le sort au moyen des flèches. On acceptait comme la décision de Hubal ce qui était inscrit sur la flèche tirée. (Sourate Yûnus, note 37)
Méthode des vœux et des offrandes votives
Les Arabes avaient pour coutume de faire vœu, au sujet d’un animal ou de la récolte d’un champ, de le consacrer aux offrandes votives de tel sanctuaire ou de telle idole. Tout le monde ne pouvait pas manger de cette offrande. Des règles avaient été établies à cet égard, en vertu desquelles les différentes offrandes votives ne pouvaient être consommées que par certaines catégories de personnes. (Sourate An-Nûr, note 59)
Certains animaux consacrés aux vœux et aux offrandes des Arabes étaient tels qu’ils ne considéraient pas comme permis d’invoquer le nom d’Allah sur eux. Il était interdit d’accomplir le pèlerinage en les montant, car, pour le pèlerinage, il fallait réciter : « Labbayka Allâhumma labbayk ». De même, lorsqu’on les trayait, qu’on les montait, qu’on les égorgeait ou qu’on mangeait leur viande, on prenait soin de ne pas prononcer le nom d’Allah. (Sourate Al-Mâ’ida, note 14)
Les Arabes avaient également, au sujet des animaux consacrés par leurs vœux, une règle de leur prétendue loi religieuse selon laquelle, si un petit naissait dans le ventre de cet animal, seuls les hommes pouvaient le manger, tandis que cela était interdit aux femmes. Mais si ce petit naissait mort ou mourait ensuite, il était permis à tous, hommes et femmes, de le manger. (Sourate Al-An‘âm, note 111)
Abandonner des animaux après les avoir consacrés à la religion
À l’époque de l’ignorance, les Arabes abandonnaient de diverses manières des animaux au nom de la religion. Les animaux ainsi abandonnés recevaient différents noms.
On appelait bahîra les chamelles qui avaient mis bas cinq fois et dont le dernier petit était un mâle. On leur fendait l’oreille, puis on les abandonnait en liberté. Personne ne pouvait ensuite les monter, ni boire leur lait, ni les égorger, ni leur enlever leur laine. Elles pouvaient paître librement où bon leur semblait et boire où elles le souhaitaient.
On appelait sāʾiba ces chameaux ou chamelles que l’on relâchait, en guise de remerciement, après l’accomplissement d’un vœu, la guérison d’une maladie ou la dissipation d’un malheur. De plus, la chamelle qui avait mis bas dix fois et donné naissance à une femelle à chaque portée était elle aussi laissée en liberté.
Wāsila : si le premier chevreau d’une chèvre était un mâle, il était sacrifié au nom d’Allah. Si le premier était une femelle, on la gardait pour soi. Mais lorsque la chèvre mettait au monde simultanément un mâle et une femelle, le mâle n’était pas sacrifié : il était relâché au nom d’Allah. On l’appelait wāsila.
Hām : si le petit-fils d’un chameau devenait apte à être monté, on relâchait ce vieux chameau. De plus, tout chameau dont la descendance avait compté dix petits était lui aussi laissé en liberté (sourate al-Anʿām, note 112).
Le pèlerinage des Arabes à l’époque de l’Ignorance
En somme, parmi les pratiques cultuelles superstitieuses en vigueur chez les Arabes, il y en avait une selon laquelle, lorsqu’une personne revêtait l’ihrām pour le pèlerinage, elle ne rentrait pas chez elle par la porte. Elle escaladait plutôt le mur par-derrière, ou y perçait un trou et entrait par là. De même, à son retour d’un voyage, elle escaladait le mur par-derrière ou y perçait un trou pour entrer ; elle rentrait également chez elle par la porte arrière. (Sourate al-Anʿām, note 114.) Les anciens Arabes avaient aussi cette conception née de l’ignorance : ils considéraient comme blâmable de se livrer à une activité destinée à gagner sa subsistance pendant le pèlerinage. Selon eux, gagner sa subsistance relevait des affaires mondaines et le faire durant une œuvre religieuse telle que le pèlerinage était très répréhensible. (Sourate al-Māʾida, note 118.) Après le pèlerinage, les Arabes se réunissaient ; au cours de cette assemblée, ils évoquaient fièrement les actions de leurs pères et de leurs ancêtres et se répandaient en démonstrations de fierté et d’orgueil. (Sourate al-Baqara, note 199.)
Tirer des présages favorables ou défavorables des phénomènes naturels
Les phases croissantes et décroissantes de la lune sont un phénomène qui a attiré l’attention des hommes à toutes les époques ; à leur sujet, diverses superstitions, croyances, conceptions et coutumes étaient répandues — et le sont encore — parmi les peuples du monde. De telles superstitions existaient également chez les Arabes. Ils tiraient de la lune des présages favorables ou défavorables, fixaient certaines dates pour voyager et d’autres pour commencer une activité, considéraient certaines dates comme favorables ou défavorables au mariage, et croyaient que le lever et le coucher de la lune, ses phases croissantes et décroissantes, son mouvement, les astres, etc., influençaient le destin des hommes. Comme chez les autres peuples, ces conceptions et croyances existaient aussi chez les Arabes. Diverses pratiques et coutumes superstitieuses à ce sujet étaient répandues parmi eux. (Sourate al-Baqara, note 221.)
Les superstitions au sujet des djinns
Hazrat Ibn Abbas rapporte qu’à l’époque de l’Ignorance, lorsqu’un Arabe passait la nuit dans une contrée déserte, il criait : « Nous cherchons refuge auprès du maître de cette contrée (les djinns). » On trouve également cette mention dans d’autres récits de l’époque de l’Ignorance. Ainsi, lorsque l’eau et le fourrage pour les bêtes venaient à manquer en un lieu, les Bédouins nomades envoyaient l’un des leurs ailleurs à la recherche d’eau et de pâturage pour les animaux. Puis, lorsqu’ils arrivaient au nouvel endroit indiqué par cet homme, avant même de descendre de leurs montures, ils criaient : « Nous cherchons la protection du seigneur de cette contrée, afin de pouvoir y rester à l’abri de tout danger. » Ils croyaient qu’un lieu inhabité par les hommes relevait nécessairement de quelque djinn et que, si l’on s’y installait sans demander sa protection, celui-ci causait lui-même des nuisances ou permettait à d’autres djinns d’en causer. (Sourate An-Nisâ, note 88)
La polygamie
À l’époque de l’Ignorance, aucun nombre n’était fixé pour le mariage. Certains hommes avaient dix ou douze épouses. Lorsque les dépenses augmentaient à cause du grand nombre d’épouses, ils en venaient, par nécessité, à porter atteinte aux droits de leurs neveux orphelins, de leurs nièces orphelines et d’autres proches démunis. (Sourate Al-Baqara, note 198) Ils allaient même jusqu’à épouser leur belle-mère. (Sourate Al-Jinn, note 7)
Attitude envers les femmes menstruées
Puisque les habitants de Médine étaient influencés par les Juifs, les femmes étaient considérées dans leur société, comme chez les Juifs, comme impures pendant leurs menstruations. Il n’était pas permis de manger les aliments qu’elles avaient préparés ni de boire l’eau qu’elles avaient servie. Il n’était pas permis de s’asseoir sur le même lit qu’elles. Même toucher leur main était considéré comme mauvais. Durant ces quelques jours, la femme demeurait telle une intouchable dans sa propre maison. (Sourate An-Nisâ, note 4)
La coutume de divorcer à répétition
À l’époque de l’Ignorance chez les Arabes, une grande injustice sociale consistait en ce qu’un homme avait le droit de divorcer à maintes reprises de sa femme. Lorsqu’un mari était mécontent de son épouse, il divorçait d’elle puis la reprenait, encore et encore. Ainsi, la malheureuse ne pouvait ni vivre avec son mari, ni se libérer de son emprise pour prendre un autre époux. (Sourate An-Nisâ, note 88)
Les excès commis envers les orphelins
À l’époque de la Jâhiliya, ceux qui épousaient des filles orphelines vivant sous la tutelle d’autrui les opprimaient, attirés par leurs biens et leur beauté, ou pensant que, puisqu’elles n’avaient pas de tuteur, ils pourraient les dominer à leur guise. (Sourate An-Nisâ’, note 49)
‘Â’isha (r.a.) explique que les tuteurs chez lesquels vivaient ces orphelines, et qui détenaient les biens laissés par leurs parents, commettaient toutes sortes d’injustices à leur égard. Si la fille était à la fois riche et belle, ils souhaitaient l’épouser eux-mêmes afin de jouir de ses biens et de sa beauté. Mais si elle était laide, ils ne l’épousaient pas eux-mêmes et ne la laissaient pas non plus épouser quelqu’un d’autre, afin que personne ne puisse se présenter comme son tuteur et réclamer la restitution de ses droits. (Sourate Al-Baqara, note 250)
Comment traitait-on les filles orphelines ?
À ce sujet, le qâdî Abû al-Hasan al-Mâwardî rapporte un récit étonnant dans son ouvrage Alam an-Nubuwwa. Il dit qu’Abû Jahl était le tuteur d’une fille orpheline. Un jour, la jeune fille vint le trouver, dévêtue, et lui demanda de lui remettre une part des biens laissés par son père. Mais l’inique Abû Jahl ne daigna même pas la regarder. La pauvre fille repartit alors, désespérée, après être restée debout quelque temps. Les chefs qurayshites lui dirent en se moquant : « Va te plaindre auprès de Muhammad (s). Il intercédera auprès d’Abû Jahl et fera en sorte qu’il te remette tes biens. » La pauvre fille ignorait quels rapports existaient entre Abû Jahl et le Prophète Muhammad (s), et dans quel but ces scélérats lui donnaient ce conseil. Elle se rendit directement auprès du Prophète (s) et lui exposa sa situation. Le Prophète (s) se leva aussitôt et l’emmena chez son pire ennemi, Abû Jahl. En le voyant, Abû Jahl l’accueillit avec égards. Puis, lorsque le Prophète (s) lui demanda de restituer son droit à la jeune orpheline, il lui remit immédiatement ses biens. Les chefs qurayshites attendaient cette occasion afin de s’amuser en voyant ce qui se passerait entre eux. Mais lorsqu’ils virent la scène, ils s’approchèrent d’Abû Jahl, stupéfaits, et lui dirent d’un ton de reproche : « As-tu abandonné ta religion ? » Abû Jahl répondit : « Par Allah, je n’ai pas abandonné ma religion. Mais j’avais l’impression que Muhammad (s) tenait une arme de chaque côté de son corps et que, si je ne lui obéissais pas, ces armes pénétreraient dans mon corps. » (Sourate An-Nisâ’, note 4) Cet événement ne nous apprend pas seulement comment, à cette époque, les chefs des tribus les plus avancées et les plus nobles d’Arabie traitaient les orphelins et les autres personnes démunies ; il nous montre également de quelle grandeur morale le Prophète Muhammad (s) était doté et combien cette moralité inspirait de la crainte à son pire ennemi. Un autre récit de ce genre est mentionné dans Tafhîm al-Qur’ân, tome III, p. 146. 390)
Les méthodes de mise à mort des enfants
Trois méthodes de mise à mort des enfants étaient répandues parmi les Arabes.
1. Si la fille survivait, quelqu’un finirait par l’épouser ; au cours d’un conflit tribal, elle pourrait tomber aux mains de l’ennemi, ou bien devenir une cause de déshonneur d’une autre manière. Sous l’emprise de cette idée, on tuait les filles.
2. On tuait les enfants dans l’idée qu’il ne faudrait ainsi pas assumer la responsabilité de leur entretien et que, du fait de faibles revenus, ils deviendraient un fardeau insupportable.
3. Des enfants étaient sacrifiés pour obtenir la satisfaction des divinités. (Sourate Al-Ma’ûn, note 5)
Priver les femmes et les enfants de leur héritage
En Arabie, les femmes et les enfants étaient privés d’héritage, car l’opinion générale était que seuls les hommes capables de combattre et d’assurer l’entretien de la famille étaient dignes d’hériter. En outre, parmi les héritiers du défunt, le plus puissant réunissait et s’appropriait tout l’héritage sans rencontrer d’obstacle, tandis qu’il privait de leur part ceux qui n’avaient pas la force de la réclamer. Ils n’accordaient aucune importance aux droits et aux devoirs, de sorte qu’ils ne considéraient pas comme un devoir d’honneur de restituer leur dû à ceux qui avaient ou non la capacité de faire valoir leurs droits. (Sourate Al-Ma’ûn, note 5)
Une coutume successorale
Chez les Arabes, il était coutume que ceux qui avaient conclu un pacte d’amitié ou de fraternité deviennent mutuellement héritiers de leurs biens. De même, les enfants adoptés ou ceux que l’on appelait fils héritaient eux aussi. (Sourate Al-An’âm, note 107)
Enterrer vivantes les filles nouveau-nées
En Arabie, la cruel coutume d’enterrer vivantes les filles nouveau-nées était pratiquée depuis l’Antiquité pour diverses raisons. La première était la misère matérielle : les gens voulaient réduire le nombre de bouches à nourrir et ne pas être accablés par la lourde responsabilité d’élever trop d’enfants. Ils élevaient les garçons dans l’espoir qu’ils les aideraient plus tard à gagner leur subsistance. Quant aux filles, on les tuait parce qu’il aurait fallu les élever jusqu’à leur puberté. La deuxième raison était l’insécurité, qui poussait à élever les garçons, car plus un homme avait de fils, plus il disposait d’auxiliaires. En revanche, on tuait les filles parce qu’il fallait assurer leur protection durant les guerres tribales. Elles n’étaient d’aucune utilité pour la défense. Troisièmement, dans cette insécurité générale, on craignait que, lorsque des tribus ennemies se lançaient soudainement des attaques, les femmes qui tombaient entre leurs mains soient emmenées pour devenir esclaves ou vendues à quelqu’un, quelque part. Pour ces raisons, une coutume s’était instaurée en Arabie : au moment même des douleurs de l’accouchement, on creusait une fosse devant la femme afin que, si elle donnait naissance à une fille, on puisse la jeter dans cette fosse et la recouvrir de terre. Si la mère refusait ou si les membres de sa famille s’y opposaient, le père l’élevait malgré lui pendant quelque temps. Puis, un jour ou l’autre, il l’emmenait dans un champ et l’y enterrait vivante. Un homme raconta au Prophète (paix et bénédictions sur lui) un épisode de l’époque de l’Ignorance qui illustrait les crimes commis à cet égard. Il dit : « J’avais une fille qui m’était très attachée. Lorsque je l’appelais, elle accourait auprès de moi. Un jour, je l’appelai et l’emmenai avec moi. En chemin, je trouvai un puits ; je la saisis par la main et la poussai dans le puits. Les dernières paroles que j’entendis furent : “Ô papa ! Ô papa !” » En entendant cela, le Prophète se mit à pleurer, et ses larmes se mirent à couler de ses yeux. Quelqu’un parmi les personnes présentes dit : « Ô homme, tu as peiné le Maître (paix et bénédictions sur lui) ! » Le Prophète dit : « Ne l’interrompez pas ; laissez-le être interrogé sur ce qui le bouleverse profondément. » Puis il lui dit : « Raconte ton histoire. » L’homme relata de nouveau son récit. Cette fois, le Prophète de la miséricorde pleura tellement que sa noble barbe fut trempée de larmes. Puis il dit : « Allah a pardonné tout ce qui s’est passé durant l’époque de l’Ignorance. Commence maintenant une nouvelle vie. » (Sunan al-Dârimî, premier chapitre)
Il ne faudrait pas croire que les Arabes étaient totalement insensibles à une cruauté aussi extrême et aussi inhumaine. Il est vrai que, si dépravée qu’une société puisse être, les hommes ne peuvent devenir insensibles à des actes d’oppression de cette nature. C’est pourquoi le Noble Coran n’a pas donné de longue description de la cruauté de cette pratique. Il s’est contenté de dire, dans un langage qui fait frémir, qu’un jour viendra où l’on demandera aux filles enterrées vivantes pour quel crime elles avaient été tuées. (Et lorsque les filles enterrées vivantes seront interrogées sur le crime pour lequel elles ont été tuées — Sourate At-Takwîr, 8-9.) La manière dont ce verset est formulé exprime une colère telle qu’il est impossible d’en imaginer une plus grande. Aux yeux d’Allah, les pères et les mères qui ont enterré leurs propres filles vivantes sont si détestables qu’on ne leur demandera pas directement : « Pourquoi avez-vous tué ces enfants innocents ? » Au contraire, détournant le regard des coupables, on demandera aux enfants innocents : « Ô malheureuses, pour quel crime avez-vous été tuées ? » Elles raconteront alors leur histoire terrifiante : combien leurs parents injustes les ont maltraitées et comment ils les ont enterrées vivantes. En outre, ce bref verset renferme deux enseignements considérables, qui ne sont pas exprimés en toutes lettres mais se comprennent par le ton de la parole. Le premier est que l’on a fait naître chez les Arabes la conscience que l’Ignorance les avait conduits à un degré extrême de déchéance morale, au point qu’ils tuaient de leurs propres mains leurs propres enfants en les enterrant vivants. Malgré cela, leur obstination les poussait à rester attachés à leur Ignorance et à refuser absolument cette réforme que le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) voulait introduire dans leur société égarée et déchue. Le deuxième est qu’il s’agit d’une preuve évidente de la nécessité inéluctable de l’au-delà. Les enfants tués après avoir été enterrés vivants devaient bien obtenir justice quelque part, et un jour devait bien venir où les injustes qui avaient commis une telle oppression inhumaine seraient interrogés. Dans ce monde, personne n’entend la plainte des enfants enterrés vivants. Dans la société de l’Ignorance, cette pratique était même considérée comme parfaitement légitime. Ni le père ni la mère n’en éprouvaient de honte, il n’y avait dans la famille personne pour les réprimander, et il n’y avait pas davantage dans la société quelqu’un pour les punir de cet acte. La question est donc la suivante : dans le royaume de Dieu, cette oppression resterait-elle sans réparation ? (Sourate An-Nisâ’, note 55)
L’histoire de l’Arabie permet également de savoir que, même à l’époque de l’ignorance, beaucoup éprouvaient de l’aversion pour cette pratique barbare. At-Tabarani rapporte que Farazdaq al-Kabir, Sasaya ibn Najati al-Mujashi‘i, se présenta auprès du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et dit : « Ô Messager d’Allah ! À l’époque de l’ignorance, j’ai également accompli quelques bonnes actions. L’une d’elles est que j’ai sauvé de l’ensevelissement vivant trois cent soixante filles. Pour sauver la vie de chacune, j’ai donné deux chameaux à titre de rançon. En recevrai-je une récompense ? » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Tu en recevras certainement une récompense, et cette récompense est qu’Allah t’a accordé la grâce de l’islam. »
La vengeance du meurtre
À l’époque de l’ignorance, la règle était que les membres d’un groupe ou d’une tribu cherchaient à prendre à la famille, à la tribu ou au groupe auquel appartenait le meurtrier d’un des leurs une vie d’une valeur équivalente à celle qu’ils attribuaient à leur victime. Il ne leur suffisait pas de tuer le meurtrier pour venger la victime. Ils étaient prêts à prendre des centaines de vies pour une seule. Si l’un de leurs personnages honorables était tué par un homme de rang inférieur appartenant à un autre groupe, ils ne se contentaient pas de tuer l’auteur véritable du meurtre. Ils désiraient plutôt qu’un personnage honorable de la tribu du meurtrier fût tué, ou que plusieurs membres du camp adverse fussent tués en échange de la victime. En revanche, si, à leurs yeux, la victime était un homme de rang inférieur et le meurtrier jouissait d’un plus grand respect, ils ne toléraient en aucune façon que le meurtrier fût tué en échange de la victime. (Sourate At-Tanwir, note 9)
La conception du vêtement et la nudité
Les Arabes n’utilisaient les vêtements que pour protéger leur corps contre les effets de la beauté et du climat. Mais ils n’accordaient aucune importance à leur objectif premier et fondamental, qui est de couvrir les parties honteuses du corps. Ils n’éprouvaient ni crainte ni honte à découvrir leur intimité devant autrui. Se baigner nu dans les lieux publics, s’accroupir au bord du chemin pour uriner ou satisfaire ses besoins naturels, et ne pas se soucier que son intimité soit découverte lorsque ses vêtements se défaisaient, tout cela faisait partie de leurs habitudes quotidiennes. Plus honteux encore, la plupart d’entre eux faisaient le tawaf autour de la Kaaba entièrement nus pendant le pèlerinage, et leurs femmes étaient encore plus effrontées qu’eux à cet égard. À leurs yeux, c’était un acte religieux, et ils accomplissaient ces pratiques en les considérant comme de bonnes actions. (Sourate At-Tanwir, note 9)
Insécurité et anarchie dans toute l’Arabie
L’insécurité régnait partout en Arabie, si bien que la terreur s’était répandue dans tout le pays ; partout sévissaient les meurtres et les pillages. Les tribus lançaient soudainement des attaques les unes contre les autres. Personne ne pouvait passer une nuit en sécurité, car chacun craignait qu’à n’importe quel moment l’ennemi n’attaque sa localité. C’était une situation dont tous étaient conscients et dont chacun ressentait la gravité. Ceux dont les biens avaient été pillés se lamentaient, tandis que les pillards se réjouissaient ; mais lorsque le malheur venait à son tour frapper le pillard, celui-ci comprenait également qu’il s’agissait d’un acte odieux auquel ils s’adonnaient. (Sourate Al-Baqara, note 177)
Les Arabes avaient pour habitude, lorsqu’ils devaient attaquer une localité, d’avancer dans l’obscurité de la nuit afin que l’ennemi ne puisse pas être alerté, puis de fondre soudainement sur lui à l’aube, de sorte que la lumière naissante permette de tout voir sans que la clarté du jour soit encore assez vive pour que l’ennemi remarque leurs mouvements, se mette en garde et puisse leur faire face. (Sourate Al-A‘raf, note 15)
À cette époque, la situation de l’Arabie était telle qu’il n’y avait dans tout le pays aucune localité dont les habitants puissent vivre en paix. Ils étaient constamment terrifiés à l’idée qu’une bande de pillards puisse soudain les attaquer. Il n’y avait personne qui puisse sortir des limites de sa tribu, car il était presque impossible à une ou deux personnes de revenir vivantes et d’échapper à la capture et à l’esclavage. Il n’existait aucune caravane qui puisse voyager en toute sécurité, car elle risquait d’être attaquée par des brigands en divers endroits du trajet. Toutefois, en soudoyant les chefs des tribus influentes tout au long de la route, les caravanes pouvaient la franchir en sécurité. (Sourate al-ʿĀdiyāt, introduction)
Quelques autres religions des Arabes
Les Ḥunafāʾ
Même si les gens de l’époque de la jāhiliyyah ne possédaient pas une connaissance détaillée de la religion, ils ne pouvaient ignorer que la véritable religion était le tawḥīd et que les prophètes — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur eux — n’avaient jamais enseigné le culte des idoles. Cette vérité était conservée dans les récits qui leur étaient parvenus des prophètes de leur propre pays. Ils en avaient également été informés par l’enseignement de prophètes venus dans les contrées voisines, tels que Moïse, David, Salomon et Jésus — que la paix soit sur eux.
Il était très connu dans la tradition arabe que, dans les temps anciens, la véritable religion des Arabes était la religion d’Ibrahim, et que le culte des idoles avait été introduit chez eux par un homme nommé ʿAmr ibn Luḥayy. Malgré la propagation générale du shirk et de l’idolâtrie, il existait en divers endroits des gens qui rejetaient le shirk, proclamaient le tawḥīd et condamnaient ouvertement le culte des idoles. Peu avant l’époque du Prophète ﷺ, il y eut de nombreux hommes dont l’histoire nous apprend qu’ils étaient des Ḥunafāʾ. Parmi les plus remarquables figuraient Quss ibn Sāʿidah al-Iyādī, Umayyah ibn Abī al-Ṣalt, Suwayd ibn ʿAmr al-Mustaliki, Wāqiʿ ibn Salām ibn Zuhayr al-Iyādī, ʿAmr ibn Jundub al-Juhanī, Abū Qays Ṣirmah ibn Abī Anas, Zayd ibn ʿAmr ibn ʿAmr ibn Jundub al-Juhanī, Abū Qays Ṣirmah ibn Abī Anas, Zayd ibn ʿAmr ibn ʿAmr ibn Nufayl, Waraqah ibn Nawfal, ʿUthmān ibn al-Ḥuwayrith, ʿUbayd Allāh ibn Jaḥsh, ʿĀmir ibn al-Ẓarb al-ʿAdwānī, ʿAllāf ibn Shihāb al-Tamīmī, al-Mutalammis ibn Umayyah al-Kinānī, Zuhayr ibn Abī Sulmā, Khālid ibn Sinān ibn Qays al-ʿAbsī, ʿAbd Allāh al-Quḍāʿī et bien d’autres. Ces hommes proclamaient ouvertement que le tawḥīd était la véritable religion et déclaraient clairement n’avoir aucun lien avec la religion des polythéistes. Il est certain que cette conception s’était formée dans leur esprit sous l’influence de l’enseignement des prophètes. En outre, les inscriptions découvertes au Yémen grâce aux recherches archéologiques menées aux IVe et Ve siècles de l’ère chrétienne montrent qu’à cette époque une religion monothéiste y existait, dont les adeptes reconnaissaient al-Raḥmān et le Seigneur du ciel et de la terre comme l’unique Dieu. Une inscription datant de 378 fut découverte dans les ruines d’un lieu de culte ; elle indiquait que ce lieu avait été construit pour adorer le Dieu ou Seigneur du ciel. Une inscription datant de 465 portait des mots qui attestent la croyance monothéiste. Une autre inscription de cette époque fut trouvée dans une tombe, sur laquelle étaient gravés les mots(***Arabe***)suivants. De même, dans le nord de l’Arabie, à un endroit appelé Zabad, situé entre l’Euphrate et les fleuves de Qinnasrīn, une inscription datant de 512 fut découverte, sur laquelle étaient gravés les mots(****Arabe*****)suivants. Tout cela prouve qu’avant l’avènement du Prophète Muḥammad ﷺ, l’influence de l’enseignement des prophètes n’avait pas entièrement disparu du territoire arabe. Il subsistait au moins suffisamment de moyens pour rappeler aux gens que leur Dieu est unique. (Sourate al-ʿĀdiyāt, note 3)
Les monothéistes qui se trouvaient parmi les Arabes s’abstenaient de trois péchés auxquels la plupart des Arabes se livraient : associer des partenaires à Allah, tuer injustement et commettre l’adultère. Le Prophète ﷺ l’a rapporté dans de nombreux hadiths. Ainsi, ʿAbd Allāh ibn Masʿūd رضي الله عنه raconte qu’un jour on demanda au Prophète ﷺ quel était le plus grave des péchés. Le Prophète ﷺ répondit :(*****Arabe****)c’est que tu donnes à Allah un égal alors que c’est Lui qui t’a créé. On demanda ensuite : « Et après ? » Le Prophète ﷺ répondit :(****Arabe*****)c’est que tu tues ton enfant de peur qu’il ne partage ta nourriture avec toi. On demanda encore : « Et après ? » Le Prophète ﷺ répondit :(****Arabe****)c’est que tu commettes l’adultère avec la femme de ton voisin. (Al-Bukhārī, Muslim, al-Tirmidhī, al-Nasāʾī, Aḥmad.) Bien qu’il existe encore beaucoup d’autres péchés majeurs, ces trois-là étaient les plus répandus dans la société arabe de l’époque. C’est pourquoi il est souligné, comme une caractéristique des musulmans, qu’au sein de toute cette société se trouvaient des gens qui s’abstenaient de ces péchés. (Sourate Quraysh, note 5)
Sabéens
Dans l’Antiquité, deux groupes étaient connus sous le nom de Sabéens. L’un d’eux suivait le prophète Yaḥyā, sur lui la paix, et un grand nombre de ses membres vivaient dans la Jazīrah, la région septentrionale de l’Irak. Suivant le prophète Yaḥyā عليه السلام, ils pratiquaient l’initiation religieuse par le baptême. Le second groupe adorait les astres. Ils affirmaient que leur religion provenait des prophètes Shīth et Idrīs, sur eux la paix. Ils croyaient que les planètes et les satellites exerçaient leur autorité sur les éléments, et que les anges exerçaient leur autorité sur les planètes et les satellites. Ḥarbān était leur centre. Leurs ramifications s’étendaient dans diverses régions de l’Irak. Ce second groupe était plus célèbre en raison de ses progrès considérables en philosophie, en sciences et en médecine. Il est très probable qu’il soit ici question du premier groupe, car le second ne semble vraisemblablement pas avoir été connu sous ce nom à l’époque de la révélation du Coran. À ce sujet, Maḥmūd Shukrī al-Ālūsī a rassemblé les informations suivantes : les Sabéens comptent parmi les meilleures communautés. Les divergences sont aussi nombreuses que les connaissances dont on dispose au sujet de leur religion. Ils se divisent en deux groupes : croyants et mécréants. Ils étaient le peuple d’Ibrāhīm al-Khalīl, sur lui la paix, et c’est à eux qu’Ibrāhīm avait été envoyé. Leur lieu de résidence était Ḥarbān, où se trouvaient également les habitations des Sabéens. Ils se divisaient en deux groupes : l’un fondé sur la religion ḥanīf, l’autre polythéiste. Les polythéistes vénéraient sept astres et douze grands personnages, dont ils plaçaient les représentations dans leurs temples. Ils possédaient des temples particuliers pour chacun de ces astres. C’étaient leurs principaux lieux de culte, à l’instar des églises des chrétiens et des lieux de culte des juifs. Ils avaient construit un immense temple pour le soleil, un pour la lune, un pour Vénus, un pour Jupiter, un pour Mercure, un autre pour Mercure, un pour Mars, un pour Saturne et un également pour la cause première. Chez eux, un culte et des invocations particuliers étaient prescrits pour chaque astre ; ils avaient eux aussi cinq prières quotidiennes, comme les musulmans.
Certains d’entre eux observaient également le jeûne durant le mois de Ramadan. Ils priaient aussi en se tournant vers la Kaaba. Ils vénéraient la Mecque et croyaient également qu’il fallait s’y rendre pour accomplir le hajj. Ils considéraient comme haram les animaux morts, le sang et la viande de porc. En matière de mariage, ils déclaraient également interdites les femmes que les musulmans considéraient comme interdites. Un groupe de membres de la cour royale de Bagdad appartenait à cette religion. L’un d’eux, nommé Bilal ibn al-Muhsin al-Sabi, était doué pour composer des traités et des poèmes et était le rédacteur d’un célèbre journal militaire. Il jeûnait avec les musulmans, adorait avec eux, versait la zakat et considérait comme haram les choses interdites. On pense que l’essence de leur religion était qu’ils adoptaient les bons aspects des religions répandues dans le monde et s’éloignaient de leurs mauvais aspects. C’est pourquoi on les appelait les Sabéens, ou kharijites, c’est-à-dire ceux qui sont sortis. Ils abandonnaient l’ensemble des règles et usages de chaque religion et n’en observaient que ce qu’ils estimaient juste.
Les Qurayshites mécréants appelaient le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) un Sabéen, et ses compagnons des Soubat. On employait ce proverbe lorsqu’une personne sortait d’une chose pour entrer dans une autre :(****Arabe***)Extrait de la traduction en ourdou de Bulugh al-Adab — les compilateurs — (sourate as-Sajda, note 5)
Mages
À l’exception des deux groupes que sont les juifs et les chrétiens, les autres peuples auxquels des Livres célestes avaient été envoyés ne peuvent être appelés « gens du Livre », puisqu’ils avaient fait disparaître ou altéré leurs Livres et que rien des enseignements des prophètes ne subsistait dans leurs croyances ni dans leurs pratiques. C’est pour cette raison que les Mages ne furent pas désignés comme gens du Livre, bien qu’ils suivissent Zarathoustra, dont on peut supposer qu’il était prophète. Au sujet des Mages de Hajar, le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit :(****Arabe****)Traitez-les comme les gens du Livre. Il ne dit pas qu’ils étaient des gens du Livre. Puis, lorsqu’il écrivit aux Mages de Hajar, il précisa clairement 🙁 ****Arabe*****)Si vous acceptez l’islam, vous aurez les mêmes droits que nous et vous serez soumis aux mêmes obligations que nous. Ceux d’entre vous qui refuseront devront payer la jizya. Toutefois, il ne sera permis ni de manger les animaux qu’ils auront égorgés, ni d’épouser leurs femmes.
Les adorateurs du feu en Iran (au sujet des adorateurs du feu parmi les Arabes, Mahmud Shukri al-Alusi dit : « Parmi les Arabes, il y avait différentes sortes de gens de cette catégorie. Il semble que cette religion se soit introduite chez eux par l’intermédiaire des Iraniens et des Mages. On dit que le culte du feu existe dans le monde depuis l’époque de ses premiers adorateurs. Caïn fut le premier à construire un temple du feu et à l’adorer. Puis cette religion trouva sa place parmi les Mages. Ils construisirent de nombreux temples du feu et leur attribuèrent des biens en waqf, des gardiens, des sentinelles, etc. Ils ne laissaient pas ce feu subir la moindre atteinte, ne serait-ce qu’un instant. Les Faridites élevèrent un temple du feu et en construisirent un autre à Boukhara. Bahman en construisit un au Sijistan, et Abu Qatada en construisit un près de Boukhara. »
Les adorateurs du feu se divisent en plusieurs catégories. L’un de leurs groupes considère comme haram de jeter un être vivant dans le feu et d’y brûler un corps. Il en est un autre qui pousse si loin le culte du feu qu’il se sacrifie lui-même et sacrifie ses enfants dans le feu.
Parmi les adorateurs du feu, certains sont également pieux. Ils restent assis près du feu en jeûnant et se livrent à la retraite spirituelle. Leur tradition les incite à la véracité, à la loyauté, à l’honnêteté, à la chasteté et à la justice.
Ibn Qutayba dit dans son ouvrage Kitab al-Ma’arif que les coutumes de la religion mage existaient parmi les Banou Tamim. Zurara ibn Udas al-Tamimi et son fils Hajib ibn Zurara en faisaient partie. Il avait épousé sa fille, mais il s’en repentit par la suite. L’un des leurs, Aqra ibn Habis, embrassa plus tard l’islam et rejoignit les Compagnons. Abu al-Aswad, le grand-père de Waki ibn Hassan, était lui aussi mage — extrait de la traduction de Bulugh al-Adab, troisième volume, p. 138-141. — Deux divinités de la lumière et des ténèbres (Nous pensons que diverses branches des Mages et leurs formes atteignirent l’Arabie. Parmi les Arabes, un chapitre intitulé « Les deux divinités du groupe zoroastrien et les croyances relatives à la lumière et aux ténèbres » fut rédigé comme suit :
Ces gens disaient qu’il y avait deux créateurs. Le créateur du bien est la lumière, ou Nûr, et le créateur du mal est l’obscurité. Ils sont éternels et perpétuels, puissants, sensibles, doués de perceptions sensorielles, et capables d’entendre et de voir.
Certains pensaient qu’après être resté seul pendant un certain temps, Dieu s’était attristé, que de mauvaises pensées lui étaient venues à l’esprit — à Dieu ne plaise —, qu’il avait pris corps et était tombé dans les ténèbres, d’où Iblis était né. — Extrait de la traduction de Bulûgh al-Adab, tome III, p. 130-131 — les compilateurs) Manat. Ils se disaient adeptes de Zarathoustra. Leur religion et leur morale furent corrompues par les égarements de la secte mazdakite. La coutume d’épouser sa propre sœur était même devenue répandue parmi eux.
L’athéisme
L’essence de l’athéisme
Ceux qui ne voient des choses que la surface sont plongés dans de nombreuses illusions par la vie de ce monde. Certains pensent que la vie et la mort sont limitées à ce monde et qu’il n’existe ensuite aucune autre vie. Alors, tout ce que tu as à faire, fais-le ici même. (Tafhîmât, tome II, p. 322-323).
Certains refusent absolument de reconnaître qu’Allah le Très-Haut est le Créateur de toutes ces choses. Toutes ces choses sont le résultat des mouvements de la matière, ou le fruit d’un accident dans lequel la main d’aucun artisan ni d’aucune habileté artistique n’est intervenue. (Il convient de noter que le Coran donne également une brève description des athées et réfute l’erreur de leur doctrine. Cela signifie que ce groupe existait aussi en Arabie, mais en très petit nombre. C’est sur cette base que Mawlana Maududi a présenté une brève discussion de ce groupe. À propos des athées arabes, l’Allama Mahmoud Ali a formulé le commentaire suivant. À propos des athées arabes, l’Allama Choukri Alûsi a formulé le commentaire suivant : il existait en Arabie une catégorie d’athées qui considérait l’œuvre comme totalement séparée de l’artisan. Leur propos, comme le rapporte le Coran, est le suivant, à savoir que(Arabe******)la vie n’est rien d’autre que la vie de ce monde. (Nous naissons et nous mourons), et rien, hormis le temps ou le cycle du temps, ne nous détruit.
Parmi leurs deux catégories, la doctrine la plus largement admise a été exposée de la manière suivante :
En réalité, il n’y a absolument aucune origine ni aucun commencement. En réalité, tout procède uniquement de l’énergie et se dirige vers l’action. Ainsi, lorsque la matière qui possède d’abord de l’énergie entre en action, ses composés et ses propriétés se créent spontanément ; ils ne sont créés à partir de rien d’autre. En outre, ils disent que l’univers existe depuis les temps les plus reculés et continuera ainsi jusqu’à l’éternité. Aucun changement ne s’y produira et, bien qu’il soit en activité, il ne périra pas.
Dans l’ouvrage al-Milal wa al-Nihal de Shahristani, les athées sont présentés comme suit, en résumé :
Ils nient la résurrection de la création. Ils disent que la nature (Nature) donne la vie et que le temps détruit. — Extrait de la traduction ourdoue de Bulugh al-Adab — les compilateurs
Réfutation de l’athéisme en même temps que du polythéisme
Voir à ce sujet le verset 60 de la sourate An-Naml. Il y est dit : « Qui donc a créé les cieux et la terre et fait descendre pour vous l’eau du ciel, grâce à laquelle Nous avons fait pousser de magnifiques jardins dont vous n’auriez pu faire pousser les arbres ? Existe-t-il une autre divinité associée à Allah pour ces œuvres ? » (Non.) Mais ces gens s’écartent plutôt du droit chemin. — Tafhim al-Qur’an
Dans cette question et dans les questions qui la suivent, ce n’est pas seulement le polythéisme des associateurs qui est réfuté, mais aussi l’athéisme. Ainsi, dans cette première question, il est demandé : qui fait tomber la pluie et produit à partir d’elle différentes sortes de plantes ? En réfléchissant quelque peu en profondeur, on comprendra que le rassemblement dans la terre, en quantité exacte ou légèrement moindre, des éléments nécessaires à la vie de différentes espèces végétales, leur extraction continuelle de la mer et leur déversement précis, à différents moments, dans diverses régions de la terre, l’entretien et la croissance du monde végétal, ainsi que l’établissement de proportions, d’une entraide et d’une coopération réciproques entre les forces de la terre, de l’eau, de l’air, de la chaleur et autres, afin de satisfaire tous les besoins du monde des oiseaux, peuvent-ils se produire spontanément et par hasard sans le plan parfait d’un Sage suprême, Sa gestion empreinte de sagesse, Sa puissance invincible et Sa volonté irrésistible ? Est-il possible que chaque événement fortuit se produise correctement pendant des milliers, voire des milliards d’années ? Seul un individu téméraire, mû par une haine aveugle, peut prétendre qu’il s’agit d’un événement fortuit. Il est absolument impossible qu’une personne honnête et douée de raison formule une affirmation aussi dépourvue de sens et l’accepte comme vraie. (Sourate As-Saba, note 76)
L’ordre et l’harmonie ne sont pas le fruit du hasard
Il n’est pas non plus simple que la terre puisse abriter d’innombrables populations de différentes sortes. Ce globe est suspendu dans l’espace, sans s’appuyer sur quoi que ce soit. Pourtant, il n’y règne ni instabilité ni tremblement. S’il vibrait ne serait-ce qu’un peu, et si un séisme survenait, nous pouvons aisément en imaginer les conséquences terrifiantes. Aucune habitation n’aurait alors été possible à sa surface. Une fine couche dense d’air s’étend au-dessus de ce globe jusqu’à une altitude de cinq cents miles ; elle protège la Terre contre les chocs dévastateurs des chutes de météorites. Autrement, les vingt millions de météorites qui tombent chaque jour vers la Terre à la vitesse de trente miles par seconde provoqueraient sur son sol une destruction catastrophique. Cette couche atmosphérique régule la température. Elle fait monter la vapeur depuis cette mer, forme les nuages et fait tomber la pluie en différents endroits. Elle fournit les gaz nécessaires aux êtres humains, aux animaux et au règne végétal. (C’est elle qui constitue le milieu par lequel nous transmettons et recevons les sons ; sans elle, la conversation aurait été impossible.) Des minéraux et des substances chimiques ont été fournis en abondance ; ils sont absolument indispensables aux plantes, aux animaux et aux êtres humains. Sous cette terre, d’immenses réserves d’eau ont été aménagées, sous forme de mers, de rivières, de lacs, d’étangs, de cascades et de sources. Même au sommet des montagnes, un dispositif permet de faire geler l’eau, puis de la faire fondre et couler. Ensuite, une force d’attraction a été établie afin de maintenir ensemble cette eau, cet air et toutes les substances disponibles sur la Terre. — De plus, une force d’attraction a été établie afin de maintenir ensemble toutes les substances disponibles sur cette Terre. — De plus, cette Terre a été placée à une distance particulière du Soleil, extrêmement favorable à tous les êtres vivants qui l’habitent. —
Seuls quelques exemples d’harmonie ont été mentionnés ici, grâce auxquels la Terre est devenue propre à l’habitation. Si une personne douée de raison réfléchit à ces faits, elle ne pourra pas concevoir un seul instant que ces harmonies se soient établies spontanément à la suite d’un accident, sans le plan d’un Créateur savant. Elle ne pourra pas non plus concevoir que des divinités, des djinns, des prophètes, des saints ou des anges aient la moindre autorité dans la conception de cet immense plan créateur et dans sa mise en œuvre. (Rasa’il wa Masa’il, tome 1, page 38)
La vie et sa résurrection ou sa répétition
La théorie selon laquelle les facteurs (Factors) nécessaires à l’apparition de la vie se seraient réunis tout à fait fortuitement, dans les proportions exactes requises, permettant ainsi à la vie d’exister d’elle-même, peut certes être une rêverie non scientifique des athées. Mais si l’on applique à cette théorie la loi des changements soudains (Law of Changes) des mathématiques, la probabilité qu’un tel événement se produise ne sera rien d’autre que zéro.
La vie ne se rencontre pas sous une seule forme, mais sous une multitude de formes. Jusqu’à présent, on a découvert sur la Terre près d’un million d’espèces animales et environ deux cent mille espèces végétales. Ces millions d’êtres vivants diffèrent nettement les uns des autres par leur structure et leurs caractéristiques propres à leur espèce. Cette diversité est si manifeste et si irréfutable que, depuis les temps les plus anciens dont nous ayons connaissance, ils ont continuellement conservé leurs formes et leurs configurations propres à chaque espèce ; en dehors du plan créateur (Desing) d’Allah l’Unique, même un Darwin ne pourrait fournir aucune explication ni analyse rationnelle d’une si vaste diversité spécifique de la vie.
Réfléchissons maintenant un peu à la répétition de la création. Le Créateur a établi dans la forme, la structure et la composition de chaque espèce animale et végétale un tel mécanisme (Mechanism) qu’à partir de ses innombrables individualités, il ne cesse de produire d’innombrables descendants présentant exactement les mêmes formes, les mêmes dispositions et les mêmes caractéristiques spécifiques. Dans ces milliards de petites usines, aucune usine de production d’une espèce donnée ne produit, même par erreur, un modèle d’une autre espèce. Les observations et les expériences de la génétique moderne (Genetics) ont apporté à ce sujet des informations étonnantes. Dans chaque plant, on a placé la capacité de maintenir la continuité de sa propre espèce jusqu’aux générations suivantes grâce à un dispositif si complet que les descendants pourront posséder toutes les caractéristiques distinctives de leur espèce, et que chacune de leurs individualités pourra conserver correctement, par rapport aux individus de toutes les autres espèces, une forme et une apparence propres à son espèce, sous une forme distincte. Les éléments de cette stabilité spécifique et de cette reproduction sont conservés dans une partie d’une cellule (Cell) de chaque plant. Ils ne peuvent absolument pas être observés sans un microscope plus puissant. Ce minuscule ingénieur dirige avec une précision absolue la croissance et le développement de la plante selon une voie déterminée, ou bien selon la voie propre à la forme de son espèce ! — On observe une situation analogue dans le monde vivant et dans l’humanité.
La création d’aucun d’entre eux ne s’est arrêtée après avoir eu lieu une seule fois. Au contraire, on ne peut imaginer sur quelle vaste échelle fonctionne tout autour de nous une immense usine de répétition de la création. Là, à partir des différentes individualités de chaque espèce, d’innombrables êtres appartenant à la même espèce continuent de venir à l’existence.—-
L’existence d’un Créateur parfaitement savant et d’une sagesse subtile n’est pas seulement indispensable à l’origine de ces systèmes ; il faut aussi absolument, pour qu’ils se poursuivent correctement à chaque instant, un Directeur et un Régulateur, ainsi qu’un Être éternel et perpétuellement vivant (Dieu), qui ne sera pas inattentif, ne serait-ce qu’un instant, à la conduite de cette usine.
De même que ces grandes vérités et ces réalités déracinent l’athéisme de l’athée, elles déracinent également le polythéisme du polythéiste (Tafhîm al-Qur’ân, sourate An-Naml, note 73).
Les deux aspects essentiels de la nature de l’univers
(Arabe*****)
N’ont-ils jamais réfléchi en eux-mêmes ? Allah a créé la terre, les cieux et tout ce qui se trouve entre eux avec vérité et pour un terme déterminé. — Sourate Ar-Rûm, 8
Dans cette phrase, deux arguments supplémentaires sont présentés au sujet de l’Au-delà. Il y est dit que si l’être humain observe attentivement l’ordre du monde extérieur à sa propre existence, deux vérités se révéleront à lui.
La première est que cet univers a été créé avec vérité. Ce n’est pas le jeu d’un enfant qui, pour se distraire, aurait construit une maisonnette avec de la boue. La construction de cette maison puis sa destruction seraient toutes deux dénuées de sens. Au contraire, cet univers constitue une organisation régie par une responsabilité. Chaque atome qui le compose témoigne clairement qu’il a été façonné avec une intelligence parfaite et une réflexion subtile. Toute chose y est soumise à une loi et à un ordre. Chaque chose y a une finalité. L’ensemble de la civilisation humaine, tout son système économique, ainsi que toutes les sciences, les connaissances et les arts témoignent eux-mêmes de ceci : si, après avoir découvert les lois actives qui se trouvent derrière chaque chose de ce monde et compris la finalité de la création de chaque être, on avait considéré celui-ci comme un jouet dépourvu de but, semblable à une marionnette, il aurait été impossible de concevoir ici la moindre science, la moindre civilisation ou la moindre culture. Comment la conscience et la raison humaines pourraient-elles admettre que Celui qui, dans Sa connaissance immense, a créé ce monde avec une intelligence subtile, un but et une finalité, qui a placé en son sein une créature telle que l’être humain, lui a accordé des facultés mentales et physiques supérieures, le pouvoir, la capacité de choisir et la liberté de décision, l’a dotée d’un sens moral et lui a confié les innombrables biens du monde qu’Il a créé, aurait créé l’être humain sans objectif ? L’homme accomplirait sur terre des œuvres constructives ou destructrices, commettrait le péché ou la vertu, agirait avec justice ou injustice, adopterait la sincérité ou le mensonge, puis mourrait simplement et se mêlerait à la poussière, sans qu’aucune rétribution ne lui soit accordée pour ses bonnes ou ses mauvaises actions ? Il laisserait, par chacun de ses actes, une influence bonne ou mauvaise sur sa propre vie, sur celle d’innombrables personnes semblables à lui et sur d’innombrables choses de ce monde, puis, dès sa mort, le registre entier de ses activités serait-il refermé et jeté au fleuve ? Quelle parole pourrait être plus risible que celle-là ? En observant attentivement l’organisation de l’univers, la deuxième vérité apparaît clairement. La voici : rien n’est éternel ici. Une durée déterminée est fixée pour chaque chose, et dès qu’elle atteint cette limite, elle prend fin. Il en va de même, dans son ensemble, pour toute la création. Toutes les forces qui y sont actives sont limitées. Elles restent opérantes jusqu’à un certain moment. Puis, à un moment donné, leur existence disparaît inévitablement et cette organisation prend elle aussi fin. Dans l’Antiquité, certains philosophes et savants affirmaient que la terre était sans commencement et impérissable ; leurs propos étaient quelque peu admis en raison de la faiblesse des connaissances. Mais le débat qui opposa longtemps les athées et les croyants en Allah au sujet de la nouveauté perpétuelle et de l’ancienneté du monde a été définitivement tranché par la science moderne en faveur de l’opinion des croyants en Allah. Il ne reste plus aux athées aucune possibilité de prétendre, au nom de leur intelligence et de leurs connaissances scientifiques, que le monde existe depuis l’éternité, qu’il subsistera éternellement et que la Résurrection n’aura jamais lieu. Le matérialisme ancien reposait sur l’idée que la matière ne se détruit jamais et que seule sa forme peut changer. Sur cette base, on pouvait dire que le monde matériel n’avait ni commencement ni fin. Mais la découverte actuelle de l’énergie atomique a démontré que cette conception était totalement erronée. On a découvert que l’énergie se transforme en matière et la matière en énergie, au point qu’alors elle ne conserve ni forme ni apparence, ni même une forme informe. La deuxième loi de la thermodynamique a désormais démontré que le monde matériel n’est ni sans commencement, ni éternel et impérissable. Il doit nécessairement avoir un commencement et une fin. Il n’est donc plus possible de nier la Résurrection sur la base de la science. Si la science elle-même s’est rendue à cette évidence, au nom de quel argument la philosophie nierait-elle la Résurrection ? (Tafhîm al-Qur’ân, sourate An-Naml, note 74)
L’époque antérieure à Hazrat Moussa (paix sur lui)
C’est dans la descendance de Hazrat Ya‘qûb (paix sur lui), fils de Hazrat Ishaq (paix sur lui), que naquirent Hazrat Yûsuf, Hazrat Moussa, Hazrat Dâwûd, Hazrat Sulaymân, Hazrat ‘Issa et les autres nobles prophètes, qu’Allah les bénisse et leur accorde la paix. Puisque le nom de Hazrat Ya‘qûb (paix sur lui) était Israël, ses descendants furent appelés les Banî Israël. Grâce à leur prédication, les peuples qui adoptèrent leur religion abandonnèrent peut-être leur identité propre et se fondirent parmi eux ; ou bien, tout en étant distincts d’eux par leur ascendance, ils devinrent leurs adeptes du point de vue religieux. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate An-Naml, note 80)
Le récit mythologique de ce peuple prétend que Allah engagea un combat de lutte avec leur ancêtre éminent, Hazrat Ya‘qûb (paix sur lui). La lutte se poursuivit toute la nuit. L’aube arriva, mais Allah ne parvint pas à le vaincre. Puis Allah dit : « Laisse-moi partir maintenant. » Ya‘qûb (paix sur lui) répondit : « Non, je ne te laisserai pas partir tant que tu ne m’auras pas accordé un don. » Allah dit : « Ton nom ne sera plus Ya‘qûb, mais Israël, car tu as remporté l’épreuve de force entre Dieu et l’homme. » (À Allah ne plaise !) (Voir la traduction moderne de The Holy Sepulchre, Jewish Publications Society of America, 1954, Genèse, chapitre 32, versets 25-29. La Bible traduite par les chrétiens rapporte également cette histoire de cette manière. Dans la note de la traduction juive, le sens du mot Israël est donné ainsi : « He who striveth with God », c’est-à-dire : « celui qui lutte avec Dieu ». Puis, dans l’encyclopédie de la littérature biblique, des érudits chrétiens ont expliqué le mot Israël par « Wrestler with God », c’est-à-dire « celui qui lutte avec Dieu ». Dans le livre biblique d’Osée(Arabe***)où l’identité de Hazrat Ya‘qûb est présentée en ces termes : « Il lutta avec Dieu tant qu’il en eut la force, puis avec les anges, et il fut victorieux » — chapitre 12, verset 4. 418 (sourate Ar-Rûm, note 6)
Le passé glorieux des Banî Israël
D’une part, de grands prophètes tels qu’Abraham, Isaac et Joseph sont nés dans cette lignée ; d’autre part, à l’époque de Joseph et après lui, elle eut la chance d’exercer l’autorité et le pouvoir en Égypte. Pendant longtemps, ils furent les souverains les plus puissants du monde civilisé de leur temps, et leur influence et leur prestige s’étendaient tout autour d’eux.
En général, on fait commencer l’histoire du progrès et de l’essor des enfants d’Israël avec Moïse. Mais l’explication coranique à ce sujet est que la véritable période de leur progrès et de leur essor était déjà révolue avant Moïse. Moïse rappelait à son peuple son glorieux passé. (Sourate al-Mâ’ida, 20) — Sourate al-Baqara, note 123
Origine et dénomination du judaïsme
La religion de vérité prêchée par Moïse et les prophètes qui l’ont précédé était bien l’islam. Aucun de ces prophètes n’était juif, et le judaïsme n’est pas apparu à leur époque. Cette religion, sous ce nom, est apparue bien plus tard. Elle fut attribuée à Juda, quatrième fils de Jacob, lorsque cette famille devint maîtresse de l’État appelé Judée. Les autres tribus des enfants d’Israël établirent un État distinct, qui devint célèbre sous le nom de Samarie. Puis les Assyriens ne se contentèrent pas de détruire la Samarie : ils effacèrent également toute trace des tribus israélites qui avaient fondé cet État. Seules les lignées de Juda et de Benjamin subsistèrent. En raison de l’influence et du prestige de la tribu de Juda, ses membres furent appelés judéens ou juifs. Au sein de cette lignée, les prêtres, les rabbins et les savants élaborèrent au fil des siècles, selon leurs propres conceptions et inclinations, un ensemble de croyances, de coutumes, de pratiques et de rites religieux ; cet ensemble fut appelé le judaïsme ou la religion juive. Sa formation commença au IVe siècle avant J.-C. et se poursuivit jusqu’au Ve siècle après J.-C.
La guidance divine venue aux prophètes n’y était présente que dans une très faible mesure, et ses éléments essentiels avaient été déformés. C’est pourquoi, en de nombreux endroits du Coran, ils sont désignés comme(Arabe****) c’est-à-dire : « Ô vous qui êtes devenus juifs. » Tous n’étaient pas israélites ; il y avait aussi parmi eux des gens qui avaient adopté le judaïsme. Lorsque le Coran s’adresse aux enfants d’Israël, il emploie les mots « enfants d’Israël ». Et lorsqu’il s’adresse aux adeptes du judaïsme, il emploie les mots(Arabe***) « juifs ». (Sourate al-Mâ’ida, note 42)
Les Juifs à l’époque de Joseph
Après avoir comparé la Bible et l’histoire de l’Égypte, les chercheurs modernes estiment que, parmi les rois pasteurs (Kykoss Kings), le souverain appelé Apophis dans l’histoire égyptienne était contemporain de Joseph.
La capitale de l’Égypte était Memphis. On peut voir ses ruines à quatorze miles au sud du Caire. Joseph y arriva à l’âge de dix-sept ou dix-huit ans. Il demeura deux ou trois ans dans la maison de l’Aziz d’Égypte, puis passa huit ans en prison. À l’âge de trente ans, il devint gouverneur de l’Égypte et continua à la diriger en souverain absolu pendant quatre-vingts ans. Au cours de la neuvième ou de la dixième année de son règne, il fit venir d’Égypte son père avec toute sa famille depuis la Palestine. Il les réinstalla dans la région située entre Le Caire et Damiette. Dans la Bible, cette région est appelée Gosen ou Dosen. (Le Talmud rapporte que, lorsque la nouvelle de l’arrivée de Jacob parvint à la capitale, Joseph sortit à sa rencontre avec les émirs et dignitaires éminents du royaume ainsi que les hauts responsables militaires et civils, et le conduisit à la capitale avec un grand apparat. Les festivités durèrent deux jours. Tous, femmes, hommes et enfants sans distinction, participèrent au cortège. Un flot de joie et d’allégresse se répandit dans tout le pays. (Sourate al-Hachr, note 4) Ils demeurèrent dans cette région jusqu’à l’époque de Moïse. Selon le récit biblique, Joseph vécut cent dix ans ; au moment de sa mort, il recommanda aux enfants d’Israël que, lorsqu’ils quitteraient l’Égypte, ils emportent avec eux ses ossements. (Sourate al-Jumu‘a, note 10)
C’est grâce à lui qu’ils s’établirent en Égypte. Lui, c’est-à-dire le prophète Joseph (paix sur lui), était lui-même prophète. Après lui, pendant quatre ou cinq siècles, le pouvoir politique en Égypte resta entre leurs mains. Durant cette période, ils durent certainement mener une vaste œuvre de propagation de l’islam en Égypte. Parmi les Égyptiens qui embrassèrent l’islam, ce ne fut pas seulement la religion, mais aussi la civilisation et l’ensemble du mode de vie qui se distinguèrent de ceux des Égyptiens non musulmans et se trouvèrent imprégnés de la même couleur que ceux des Banû Isrâ’îl. De même que les hindous de l’Inde considéraient les musulmans comme des étrangers avant la partition, les Égyptiens considéraient eux aussi tous ces gens comme des immigrés. Ils désignaient les musulmans égyptiens sous le nom de Banû Isrâ’îl, tout comme les musulmans non arabes étaient appelés « mahométans ». Eux-mêmes, en raison de leurs liens religieux, culturels et matrimoniaux, s’étaient séparés des Égyptiens non musulmans et s’étaient rattachés aux Banû Isrâ’îl. C’est pourquoi, lorsque le puissant mouvement nationaliste commença en Égypte, les persécutions et les sévices ne frappèrent pas seulement les Banû Isrâ’îl : les musulmans égyptiens furent eux aussi victimes de ces persécutions. Puis, lorsque les Banû Isrâ’îl quittèrent le pays, les musulmans égyptiens partirent également avec eux et furent comptés parmi les Banû Isrâ’îl. Cette conception est confirmée par divers indices de la Bible. Ainsi, en relatant dans le livre de l’Exode le départ des Banû Isrâ’îl d’Égypte, l’auteur de la Bible dit qu’un immense groupe de population semblable les accompagnait (12:38). Ces musulmans non israélites étaient appelés des étrangers venus d’ailleurs. On trouve parmi les instructions données à Moïse (paix sur lui) dans la Torah : « Pour vous et pour ces étrangers qui résident avec vous, la même loi sera en vigueur de génération en génération. Aux yeux de Dieu, les étrangers auront le même statut que vous » (25:14-15). L’auteur. (Sourate Yûsuf, note 69)
La révolution nationaliste en Égypte
Après la fin de l’époque de Joseph (paix sur lui), une révolution nationaliste eut lieu en Égypte. Lorsque les Coptes reprirent le pouvoir, le gouvernement nationaliste déploya tous ses efforts pour anéantir le pouvoir des Banû Isrâ’îl. Non content d’humilier et d’avilir les Banû Isrâ’îl et de les affecter à des travaux subalternes, il adopta également une politique consistant à tuer leurs fils et à épargner leurs filles, afin que leurs femmes passent progressivement sous l’emprise des Coptes et qu’une descendance copte puisse naître d’elles à la place d’une descendance israélite. Le Talmud ajoute que cette révolution eut lieu un peu plus d’un siècle après la mort de Joseph (paix sur lui). Le nouveau gouvernement nationaliste commença par priver les Israélites de leurs terres fertiles, de leurs maisons et de leurs autres biens, puis les déposséda de tous les postes à responsabilité du gouvernement. Lorsque les dirigeants coptes constatèrent malgré cela que les Banû Isrâ’îl et les Égyptiens partageant leur religion exerçaient encore une influence considérable, ils commencèrent à les humilier et à les avilir de diverses manières. Ils leur imposèrent des travaux pénibles pour une faible rémunération. C’est là l’explication du récit coranique selon lequel Pharaon humiliait et avilissait un groupe des habitants de l’Égypte «(Arabe****) et de ce que, dans la sourate Al-Baqara, Allah le Très-Haut dit que les gens de Pharaon infligeaient de terribles châtiments aux Banû Isrâ’îl. (Sourate Yûsuf, note 68)
L’arrivée de Moïse (paix sur lui)
Les Banû Isrâ’îl vivaient depuis plusieurs siècles dans l’humiliation et la pauvreté. C’est dans ces circonstances qu’Allah le Très-Haut fit naître Moïse (paix sur lui) parmi eux. Par son intermédiaire, Il libéra ce peuple des chaînes de l’esclavage. Puis Il fit descendre sur eux le Livre ; sous son influence, ce peuple foulé aux pieds et opprimé reçut la lumière de la guidance et devint un peuple éminent dans le monde. (Sourate Yûsuf, note 68)
La mission de Moïse (paix sur lui)
Moïse (paix sur lui) se rendit auprès de Pharaon avec un appel portant sur deux points. Premièrement, qu’il accepte de servir Allah (l’islam) ; deuxièmement, qu’il libère de ses persécutions et de ses sévices le peuple des Banû Isrâ’îl, qui était musulman depuis longtemps déjà. (Sourate Al-Qasas, note 5)
D’autre part, Moïse (paix sur lui) enseigna aux Banû Isrâ’îl ce qui suit :
Implore l’aide d’Allah et fais preuve de patience. Cette terre appartient à Allah, et Il en fait l’héritier qui bon Lui semble. Le succès final revient à ceux qui œuvrent dans Sa crainte.
La mentalité vile des enfants d’Israël
En cette période de crise, quelques jeunes hommes et jeunes femmes eurent le courage d’accepter la vérité et de reconnaître comme leur chef celui qui en portait l’étendard — Moïse, paix sur lui. Mais leurs pères, leurs mères et les anciens de la nation n’eurent pas cette chance. La recherche des occasions favorables, les intérêts terrestres et le désir de mener une vie paisible et sans difficultés les avaient tellement obnubilés qu’ils ne purent accepter cette vérité. Car ils considéraient cette voie comme extrêmement risquée. Ils empêchaient au contraire les jeunes de s’en approcher, en leur disant : « Ne vous approchez pas de Moïse, paix sur lui. Sinon, vous vous attirerez vous-mêmes la colère de Pharaon et vous attirerez également le malheur sur nous. » (Sourate As-Sajda, note 36)
La raison de leur attitude n’était pas qu’ils eussent le moindre doute sur le fait que Moïse, paix sur lui, était sincère et que sa prédication reposait elle aussi sur la vérité. C’était plutôt qu’eux-mêmes et leurs aînés n’étaient pas prêts à subir la cruauté de Pharaon en soutenant Moïse, paix sur lui. Bien qu’ils appartinssent, par leur ascendance et leur religion, à la communauté d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Joseph, paix sur eux, la lâcheté engendrée par leur vie d’esclavage ne leur avait laissé aucune force pour devenir eux-mêmes les porte-étendards de la foi et de la bonne direction face à l’autorité de la mécréance et de l’égarement, ni pour soutenir ceux qui en portaient l’étendard. (Sourate Al-A‘raf, note 86) Il convient de préciser qu’une période de persécution et d’oppression eut lieu sous le règne de Ramsès II, avant la naissance de Moïse, paix sur lui. Une deuxième période de persécution commença après la venue de Moïse, à l’époque du Pharaon Mineptah. Durant ces deux périodes, la même pratique était en vigueur : les garçons des enfants d’Israël étaient tués, tandis que les filles étaient laissées en vie. (Sourate Younous, note 78)
Le rôle joué par les Israélites ordinaires dans le conflit entre Moïse, paix sur lui, et Pharaon peut être deviné à partir du passage suivant de la Bible :
Lorsqu’ils (Moïse et Aaron) sortirent de chez Pharaon, ils virent que ceux-ci (les Israélites) se tenaient sur la route pour les rencontrer. Ils dirent : « Que Dieu vous rende justice ! Vous nous avez rendus odieux auprès de Pharaon et de ses serviteurs, et vous avez mis une épée entre ses mains pour nous tuer. » Livre de l’Exode, 6:20–21.
Il est rapporté dans le Talmud que les enfants d’Israël disaient à Moïse, paix sur lui, et à Aaron, paix sur lui : « Notre situation ressemble à celle d’une chèvre qu’un loup a saisie et que le berger tente de sauver. Puis, à force de tirer chacun de son côté, la chèvre fut mise en pièces. De même, nous périrons sous les tiraillements entre vous et Pharaon. » (Sourate Younous, note 79)
L’émigration des enfants d’Israël hors d’Égypte (Sans entrer dans le détail des différentes méthodes par lesquelles Moïse, paix sur lui, présenta son appel à Pharaon, des accusations portées contre lui, des châtiments destinés à avertir les Pharaonites qui furent infligés à l’époque, ni de la situation des Israélites eux-mêmes, nous mettons ici en lumière l’aspect historiquement important suivant : puisque les gens avaient répondu à l’appel de Moïse, paix sur lui, par un refus, celui-ci, sur ordre d’Allah le Très-Haut, adopta la voie de l’émigration afin de libérer les enfants d’Israël. — Les deux compilateurs
La vie nomade du peuple de Moïse
Le Prophète Moïse (paix sur lui), emmenant les Enfants d’Israël, arriva vers le mont Sinaï en passant par Mara, Élim et Rephidim. Ils y demeurèrent ensuite un peu plus d’un an. (Le récit de la vie nomade des Enfants d’Israël est très important à bien des égards. Durant cette période, ils furent miraculeusement comblés de biens particuliers. Les signes de leur ancienne vie d’esclavage apparurent alors à travers divers comportements erronés. Le Prophète Moïse (paix sur lui) déploya de grands efforts pour les corriger. À cet égard, ce fut une période de formation. — Les compilateurs. C’est également là que la plupart des prescriptions de la Torah lui furent révélées.)
L’ordre d’attaquer la Palestine
Il reçut ensuite l’ordre de conquérir la Palestine avec les Enfants d’Israël. Elle vous a été donnée en héritage. Le Prophète Moïse (paix sur lui) parvint donc au désert de Paran avec les Enfants d’Israël, en passant par Abir et Hazeroth. De là, il envoya une délégation afin d’examiner la situation de la Palestine. Arrivée à un lieu appelé Cadès, cette délégation présenta son rapport. À l’exception de Josué et de Caleb, son rapport était décourageant ; après l’avoir entendu, les Enfants d’Israël poussèrent des cris et refusèrent de partir en expédition contre la Palestine.
La deuxième période d’errance dans le désert, en guise de châtiment
Allah Tout-Puissant décréta que les Enfants d’Israël erreraient dans cette région comme des gens égarés pendant quarante ans, et que, hormis Josué et Caleb, aucun membre de leur génération actuelle ne verrait la Palestine. Les Enfants d’Israël se mirent alors à errer, désorientés, entre le désert de Paran, le désert de Shur et le désert de Tsin, et à entrer en conflit avec les Amalécites, les Amorites, les Édomites, les Madianites, les habitants de Moab et d’autres peuples.
La conquête de la Palestine et la période qui s’ensuivit
La conquête de la Palestine
Peu avant la fin des quarante années, Hâroun (que la paix soit sur lui) mourut au mont Hor. Ensuite, Moussa (que la paix soit sur lui) entra avec les Banî Isrâ’îl dans la région de Moab ; après avoir conquis toute cette région, ils atteignirent Heshbôn et Shittîm. C’est au mont Abarim que Moussa (que la paix soit sur lui) rendit son dernier souffle. Après sa mort, son premier successeur, Yousha, franchit le Jourdain par l’est et conquit la ville de Jéricho, ou Ariha. Ce fut la première ville de Palestine à tomber entre les mains des Banî Isrâ’îl ; peu après, toute la Palestine passa sous leur contrôle. (Avant la conquête de la Palestine, les Banî Isrâ’îl étaient engagés dans diverses séditions. Après la conquête, les abus et les méfaits prirent de l’ampleur parmi eux. Ils durent également en subir les conséquences.
L’avertissement de Moussa (que la paix soit sur lui) pour préserver les Banî Isrâ’îl de la décadence
Dans le verset 7 de la sourate Ibrâhîm, Moussa (que la paix soit sur lui) les exhorta ainsi : « Et souvenez-vous que votre Seigneur vous avait avertis : “Si vous êtes reconnaissants, Je vous accorderai certainement davantage de bienfaits ; mais si vous vous montrez ingrats envers Mes bienfaits, alors Mon châtiment sera certes terrible.” » (Cette exhortation était nécessaire, car après avoir été comblés des biens accordés par Allah, les Banî Isrâ’îl ne cessèrent de manifester leur désobéissance et leur ingratitude. Moussa, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui, s’efforça de les réformer et de les inciter au repentir. Il n’était pas sans fondement de craindre que, s’ils atteignaient le sommet de la conquête de la Palestine, Satan ne les plonge facilement dans la désobéissance. C’est pourquoi leur attention fut attirée sur cette loi d’Allah qui se réalise lorsque les peuples gratifiés de richesses se montrent désobéissants. — Les compilateurs)
Une explication détaillée du discours prononcé à ce sujet est rapportée dans le cinquième livre de la Torah, dans la Bible. Peu avant sa mort, Moussa (que la paix soit sur lui) demanda, dans ce discours, aux Banî Isrâ’îl de se remémorer les événements importants de leur histoire. Puis, à partir du livre de la Torah, il répéta les prescriptions qui leur avaient été transmises par son intermédiaire. Ensuite, il prononça un long discours. — Certaines parties de son discours sont extrêmement touchantes et instructives. En voici quelques extraits, à titre d’exemple :
Mais si tu n’écoutes pas la voix du Seigneur, ton Dieu, et si tu ne prends pas soin de mettre en pratique tous les commandements et toutes les lois que je te prescris aujourd’hui, alors toutes ces malédictions viendront sur toi et t’atteindront. Tu seras maudit dans la ville et tu seras maudit dans les champs. — Dans toutes les entreprises auxquelles tu t’appliqueras, le Seigneur enverra contre toi malédiction, trouble et réprimande. — Jusqu’à ce que tu sois exterminé du pays où tu vas entrer pour en prendre possession, le Seigneur fera s’attacher à toi la peste. — Le ciel au-dessus de ta tête sera de bronze, et la terre sous tes pieds sera de fer. — Le Seigneur te fera battre devant tes ennemis ; tu marcheras contre eux par un seul chemin, mais tu fuiras devant eux par sept chemins. Tu fianceras une femme, mais un autre homme couchera avec elle. Tu bâtiras une maison, mais tu n’y habiteras pas ; tu planteras une vigne, mais tu n’en mangeras pas le fruit. Ton bœuf sera égorgé sous tes yeux. — Les ennemis que le Seigneur enverra contre toi te réduiront en esclavage, tandis que tu souffriras de la faim, de la soif, de la nudité et de toutes les privations ; jusqu’à ce qu’Il t’anéantisse, ils placeront un joug de fer sur ton cou. — Et le Seigneur te dispersera parmi tous les peuples, d’un bout de la terre à l’autre. — (28:15-16) (Sourate Tâhâ, notes, 53-54)
L’appel réformateur de Yousha
Soixante-dix ans après la sortie d’Égypte (à l’époque où les Banî Isrâ’îl s’adonnèrent au culte des idoles — les compilateurs), on peut aisément mesurer, à partir de ce que Yousha ibn Nûn, premier successeur de Moussa (que la paix soit sur lui), déclara dans son dernier discours devant l’assemblée, à quel point la vie d’esclavage en Égypte avait déformé la mentalité des Banî Isrâ’îl. Son discours était le suivant :
Maintenant donc, craignez le Seigneur, servez-Le avec intégrité et fidélité, et éloignez les dieux que vos ancêtres servaient au-delà du fleuve Euphrate et en Égypte ; servez le Seigneur. Et si vous trouvez mauvais de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir. — Quant à moi et à ma famille, nous servirons le Seigneur. — Josué 24:14-15
Il ressort de tout cela que, même après avoir vécu pendant quarante ans sous la direction de Moïse (paix sur lui) et pendant vingt-huit ans sous la direction et l’éducation de Josué, ce peuple n’a pas pu extirper de son esprit et de son cœur les influences qui s’étaient répandues jusque dans sa moelle durant l’époque où il était soumis à Pharaon. (La déviation de la nature et du caractère de ce peuple, ainsi que sa lâcheté, sont décrites en détail dans le Coran. Son refus de répondre à l’appel de Moïse (paix sur lui) en Égypte ; l’adoration du veau sous l’influence de Sâmirî, immédiatement après sa libération d’Égypte ; le fait de poser question après question au lieu d’obéir sincèrement lorsque Moïse (paix sur lui) lui ordonna d’abattre la vache ; le fait de réclamer les anciens aliments de la ville au lieu de se montrer reconnaissant pour la manne et les cailles reçues gratuitement dans le désert du Sinaï comme bienfaits d’Allah ; le refus d’obéir aux ordres au moment du jihâd ; la violation des prescriptions du jour du sabbat ; la falsification du Livre d’Allah ; le meurtre des prophètes et l’enseignement dispensé contre rémunération de fausses accusations portées contre eux ; la dissimulation de la vérité : bref, toute l’histoire des Banî Isrâ’îl en est ainsi souillée. — Les compilateurs
Après la conquête de la Palestine
Après la mort de Moïse (paix sur lui), lorsque les Banî Isrâ’îl entrèrent en Palestine, plusieurs peuples y vivaient, tels que les Hittites, les Amorites, les Cananéens, les Héviens, les Jébuséens, les Philistins, entre autres. Le shirk, sous sa forme la plus vile, y était répandu. L’ensemble de la création avait été réparti entre de nombreuses divinités. On attribuait à ces divinités des qualificatifs et des actes si abominables que même un homme extrêmement dépravé sur le plan moral n’aurait pas souhaité faire leur connaissance. Dans leur société, la pratique du sacrifice d’enfants était courante. Leurs lieux de culte étaient devenus des repaires de fornication. Faire des femmes des déesses, les garder dans les lieux de culte et forniquer avec elles était considéré comme un acte d’adoration.
Les directives données aux Banî Isrâ’îl par l’intermédiaire de Moïse (paix sur lui) dans la Torah stipulaient clairement qu’ils devaient détruire ces peuples, leur arracher la Palestine et se tenir à l’écart de leur compagnie ainsi que de leurs défauts moraux et doctrinaux.
Mais, après leur entrée en Palestine, les Banî Isrâ’îl oublièrent ces directives. Ils n’établirent pas d’État unifié. Ils se livrèrent au fanatisme tribal. Chacune de leurs tribus préférait s’isoler en prenant une partie du territoire conquis. (Les tribus entre lesquelles le petit territoire de la Palestine fut partagé étaient : les Banî Yahûdhâ, les Banî Sham‘ûn, les Banî Dânî, les Banî Yamîn, les Banî Afrâyim, les Banî Rûbân, les Banî Jâd, les Banî Mûsâ, les Banî Ashkar, les Banî Zabûlûn, les Banî Naftâlî, les Banî Ashîr, entre autres. — Recherches de l’auteur.)
Du fait de cette dispersion, aucune de leurs tribus n’était assez puissante pour préserver entièrement son propre territoire des polythéistes. Finalement, ils acceptèrent de cohabiter avec eux. La première conséquence qu’ils eurent à subir fut que le shirk pénétra parmi eux par l’intermédiaire de ces peuples, ouvrant en même temps la voie à toutes sortes de souillures et de dépravations morales. (La deuxième conséquence qu’ils eurent à subir fut que ces peuples dont les cités-États avaient été laissées indépendantes, ainsi que les Philistins, dont tout le territoire était resté invaincu, formèrent une coalition contre les Banî Isrâ’îl et lancèrent des attaques répétées, les dépossédant d’une grande partie de leur territoire. Ils leur arrachèrent même l’Arche de l’Alliance. Finalement, les Banî Isrâ’îl comprirent la nécessité d’établir un royaume unifié sous l’autorité d’un seul souverain. — Les trois souverains de ce royaume unifié furent Tâlût, Dâwûd (paix sur lui) et Sulaymân (paix sur lui). Ces souverains accomplirent les tâches que les Banî Isrâ’îl avaient laissées inachevées après Moïse (paix sur lui). — Auteur, p. 437 (sourate Ibrâhîm, note 12)
La Bible nous apprend que, jusqu’à l’époque de Tâlût, les villes de Sidon, Tyr, Dor, Méguiddo, Beth-Shéan, Guézer, Jérusalem, entre autres, étaient aux mains des polythéistes, et que la civilisation idolâtre de ces villes exerçait une immense influence sur les Banî Isrâ’îl. En outre, des États véritablement puissants des Philistins, des Édomites, des Moabites et des Ammonites étaient établis aux frontières des tribus israélites. Ils lancèrent des attaques successives et arrachèrent aux Israélites de vastes territoires. La situation finit par devenir telle que les Banî Isrâ’îl auraient été expulsés de ces lieux par les oreilles si Allah Très-Haut n’avait pas, au moment opportun, rassemblé les Israélites sous la direction de Tâlût. (Sourate al-A‘râf, note 98)
L’époque de la première catastrophe des Banî Isrâ’îl
Après le prophète Salomon (que la paix soit sur lui), les Israélites furent terriblement accaparés par la cupidité et les convoitises de ce monde. Ils se livrèrent des guerres et établirent deux royaumes distincts. Le royaume d’Israël fut établi dans le nord de la Palestine et en Transjordanie. Finalement, sa capitale fut fixée à Samarie. Le royaume de Juda fut établi dans le sud de la Palestine et dans la région d’Édom. Jérusalem en devint la capitale. Dès le premier jour, une rivalité extrême, des conflits et des querelles commencèrent entre ces deux royaumes et se poursuivirent jusqu’à la fin.
Parmi eux, les dirigeants et les habitants du royaume d’Israël furent les premiers et les plus fortement influencés par les croyances polythéistes, les conceptions et les dérèglements moraux des nations voisines. Le prophète Élie et le prophète Al-Yasa, que la paix soit sur eux, s’efforcèrent de toutes leurs forces d’endiguer cette déferlante. Mais cette nation ne revint pas de la voie de décadence vers laquelle elle se précipitait. Finalement, le châtiment de Dieu, sous la forme des Assyriens, s’abattit sur les Israélites, et les attaques incessantes des Assyriens, victorieux en Palestine, se poursuivirent jusqu’au IXe siècle avant Jésus-Christ.
En 620 avant Jésus-Christ, Sargon, le cruel souverain d’Assyrie, conquit Samarie et mit fin au royaume d’Israël.
Le second royaume des Enfants d’Israël, établi dans le sud de la Palestine sous le nom de Juda, sombra lui aussi très rapidement dans le polythéisme et la dépravation après le prophète Salomon (que la paix soit sur lui).
Bien que les Assyriens aient, comme contre le royaume d’Israël, lancé contre lui des attaques incessantes, détruit ses villes et assiégé sa capitale, ce royaume ne disparut pas aux mains des Assyriens. Il demeura seulement un allié tributaire. Enfin, en 587 avant Jésus-Christ, le roi de Babylone Nabuchodonosor lança une vaste offensive et transforma toutes les villes, grandes et petites, de Juda en ruines. Il rasa Jérusalem et le Temple de Salomon à tel point qu’aucun de leurs murs ne put rester debout. Il expulsa de leur territoire un grand nombre de Juifs et les dispersa dans différents pays. (Sourate Al-Isra, note 7)
Une nouvelle occasion accordée par Dieu
Après la victoire des Assyriens, les habitants de Samarie et d’Israël ne purent plus relever la tête après leur extrême déchéance dans la foi, la croyance et la moralité. Toutefois, quelques habitants de Juda subsistèrent. Parmi ceux qui étaient restés en Juda, ils continuèrent à œuvrer à la réforme et à la rectification. Ils encouragèrent au repentir ceux qui avaient été exilés à Babylone et dans d’autres régions. Ensuite, la grâce de Dieu Tout-Puissant leur vint en aide. L’empire babylonien tomba. En 531 avant Jésus-Christ, le conquérant iranien Cyrus (Kouroush ou Khosroès) s’empara de Babylone. Au cours de sa deuxième année, il promulgua un édit déclarant que les Israélites étaient autorisés à retourner dans leur pays et à s’y réinstaller.
Cyrus autorisa les Juifs à reconstruire le Temple de Salomon. Cependant, les tribus voisines qui s’étaient installées dans cette région continuèrent pendant quelque temps à y faire obstacle. Finalement, en 522 avant Jésus-Christ, Darius Ier nomma Zorobabel, petit-fils du dernier roi de Juda, gouverneur de Juda. Sous la supervision du prophète Aggée, du prophète Zacharie et du grand prêtre Esdras, il reconstruisit le Temple sacré.
À cette époque, Uzayr (que la paix soit sur lui) accomplit une œuvre considérable pour rétablir la religion de Hazrat Moïse (que la paix soit sur lui). Il rassembla de toutes parts tous les hommes vertueux et bienfaisants de la nation juive et fonda une organisation solidement structurée. Il révisa et publia les livres de la Bible, notamment la Torah. Il mit en place l’enseignement religieux des Juifs. En faisant appliquer la loi de la Loi religieuse, il commença à corriger les défauts psychologiques et moraux qui s’étaient introduits chez les Israélites sous l’influence des peuples étrangers. Les Juifs qui avaient épousé des femmes polythéistes furent contraints de divorcer. Les Enfants d’Israël prêtèrent de nouveau serment de vouer un culte à Allah et de respecter Sa loi. Cent cinquante ans plus tard, Bayt al-Maqdis fut de nouveau peuplée et devint le centre de la religion et de la civilisation juives.
La domination grecque et le mouvement des Maccabées
Antiochus III conquit la Palestine en 98 avant J.-C. Il était le souverain de l’Empire séleucide, dont la capitale était Antioche. Ce conquérant grec était polythéiste sur le plan religieux et despotique. Il ne tolérait ni la religion ni la civilisation et la culture juives. Pour leur faire opposition, il exerça des pressions politiques et économiques et entreprit de propager la civilisation grecque ; une grande partie des Juifs eux-mêmes devint son instrument. Cette intervention extérieure provoqua une fracture au sein de la nation juive. Un groupe adopta les vêtements, la langue, l’organisation sociale et les jeux grecs, tandis que l’autre demeura attaché à sa propre civilisation.
Lorsque Antiochus IV monta sur le trône en 157 avant J.-C., il voulut, par l’emploi de la force despotique, éradiquer la religion et la civilisation juives (les nombreux décrets qu’il promulgua et qui visaient les croyances religieuses générales des Juifs, leur culte, leurs symboles religieux et les principes fondamentaux de leur organisation sociale ne sont pas rapportés ici). Mais les Juifs ne se soumirent pas à ce despotisme. Au contraire, un vaste mouvement naquit parmi eux, devenu célèbre dans l’histoire sous le nom de révolte des Maccabées. Bien que les Juifs influencés par les Grecs eussent de la sympathie pour ces derniers et coopérassent pleinement avec les tyrans d’Antioche pour réprimer la révolte des Maccabées, la force spirituelle de la piété que Hazrat Uzayr avait insufflée aux Juifs ordinaires était si puissante qu’ils rejoignirent tous le camp des Maccabées. Finalement, ils expulsèrent les Grecs et fondèrent leur propre État religieux. Cet État subsista jusqu’en 67 avant J.-C. Ses frontières s’étendirent à toute la région qui avait autrefois été soumise aux deux royaumes de Judée et d’Israël. En outre, ils s’emparèrent d’une grande partie de la Philistie, qui n’avait même pas pu être conquise à l’époque de Hazrat David (que la paix soit sur lui). (Sourate al-Isra, note 7.)
La deuxième catastrophe et ses conséquences
L’inspiration religieuse et morale qui avait animé le mouvement des Maccabées commença peu à peu à disparaître. L’inspiration religieuse se transforma en convoitise et avidité pour les biens de ce monde, ainsi qu’en rites extérieurs dépourvus de vie. Finalement, une fracture se produisit parmi eux et ils invitèrent le conquérant romain Pompée à venir en Palestine. Pompée entreprit donc de conquérir la Palestine en 63 avant J.-C. et, en s’emparant de Bayt al-Maqdis, mit fin à l’indépendance des Juifs. Cependant, la politique constante des conquérants romains consistait à nommer des gouverneurs locaux dans les régions conquises plutôt qu’à les administrer directement, afin de parvenir ainsi à leurs propres fins. C’est pourquoi il établit en Palestine un État indigène soumis à son autorité. Finalement, cet État passa en 40 avant J.-C. sous l’autorité d’un Juif habile nommé Hérode. Il était connu sous le nom d’Hérode le Grand. D’un côté, il satisfaisait les Juifs en soutenant leurs chefs religieux ; de l’autre, il satisfaisait César en propageant la civilisation romaine et en manifestant une extrême fidélité à l’Empire romain. À cette époque, la décadence religieuse et morale des Juifs atteignit son comble.
En l’an 41, les Romains nommèrent Hérode Agrippa, petit-fils d’Hérode le Grand, gouverneur de toutes les régions qui avaient été sous la domination d’Hérode le Grand. Après avoir accédé au pouvoir, Hérode Agrippa infligea de cruelles persécutions aux disciples de Hazrat Jésus le Messie (que la paix soit sur lui).
Pour comprendre exactement dans quel état se trouvaient les chefs religieux juifs à cette époque, il faut connaître les reproches que Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui) leur adressa dans ses discours.
Sous les yeux de ce peuple, un homme au caractère aussi irréprochable que le prophète Yahya (paix sur lui) fut décapité. Mais personne parmi eux ne protesta contre cette atrocité. Puis toute la nation réclama la condamnation à mort du prophète Isa (paix sur lui). — Même lorsque Ponce Pilate demanda à ces malheureux : — Dites-moi, dois-je libérer Jésus ou le brigand Barabbas ? Toute la foule répondit d’une seule voix : Libérez Barabbas. Ce fut comme l’aboutissement ultime de toutes les preuves et de tous les arguments adressés par Allah à cette nation.
Peu de temps après, un affrontement extrême éclata entre les Juifs et les Romains. Entre 164 et 166 de l’ère chrétienne, les Juifs proclamèrent ouvertement la révolte. —
Finalement, l’Empire romain prit de sévères mesures militaires et réprima la révolte ; en l’an 70 de l’ère chrétienne, Titus conquit Jérusalem par la force. Au cours du massacre, cent trente-trois mille personnes furent tuées. Soixante-seize mille furent capturées et réduites en esclavage. Des milliers de personnes furent envoyées de force travailler dans les mines d’Égypte. Des milliers d’autres furent utilisées dans diverses villes pour être jetées en pâture aux bêtes féroces dans les amphithéâtres et les cirques, ou pour servir de victimes dans les combats de gladiateurs. De jeunes filles grandes et belles furent choisies pour les vainqueurs. La ville de Jérusalem et le Temple furent réduits en ruines. Ensuite, l’influence juive en Palestine disparut à tel point qu’ils ne purent plus relever la tête pendant deux mille ans. (Sourate Al-Isra, note 7)
Les altérations de la Torah (la structure du judaïsme s’est constituée à partir des modifications et additions que les prédicateurs, commentateurs, orateurs et docteurs juifs ont ajoutées de leur propre chef au Verbe divin contenu dans la Torah. — Les compilateurs)
Dans le cinquième livre de la Torah est rapporté le dernier discours du prophète Musa (paix sur lui), dans lequel le serment suivant est fait à plusieurs reprises aux enfants d’Israël :
Gravez profondément dans vos cœurs les commandements que je vous ai transmis ; enseignez-les aux générations futures ; répétez-les en vous levant et en vous asseyant, dans votre sommeil et dans vos rêves ; écrivez-les sur les montants de vos portes.
Puis, dans ses dernières volontés, il dit ceci : Après être entrés sur le territoire de la Palestine, votre première tâche sera de placer de grandes pierres sur le mont Ébal et d’y graver les commandements de la Torah.
En outre, le prophète Musa (paix sur lui) remit un exemplaire de la Torah aux enfants de Lévi et leur ordonna, tous les sept ans, le jour de la fête des Tentes, de rassembler en différents lieux tous les hommes, les femmes et les enfants sans distinction, et de leur faire entendre l’intégralité du Livre (la Torah), mot à mot. Malgré cela, le désintérêt des enfants d’Israël pour le Livre d’Allah s’accrut à tel point que, sept cents ans après le prophète Musa (paix sur lui), l’héritier de Salomon au Temple et le souverain juif de Jérusalem ignoraient même qu’ils possédaient un livre appelé la Torah.
Le plus grand défaut des savants juifs était qu’au lieu de diffuser la connaissance du Livre d’Allah, ils la gardaient secrète au sein d’une classe particulière de rabbins et de marchands de religion, et l’éloignaient même du contact du peuple juif, sans parler du commun des gens. Puis, lorsque l’ignorance générale commença à favoriser la propagation de la corruption parmi eux, les savants ne se contentèrent pas de ne faire aucun effort pour les réformer et les corriger ; bien plus, afin de préserver leur popularité auprès du peuple, ils accordaient, par leurs paroles et leurs actes ou par leur silence, un certificat de légitimité aux égarements et aux innovations qui se répandaient parmi les gens. (Sourate Al-Isrâ’, note 9)
Ils ne se contentèrent pas de modifier à leur gré le sens de la Parole divine ; ils mélangèrent également à la Bible leurs propres commentaires, l’histoire de leur nation, leurs superstitions et leurs conjectures, des philosophies imaginaires ainsi que les lois issues de leurs propres réflexions. (Selon les termes du Coran, la situation des savants juifs était la suivante : la plupart des savants, saints et ascètes juifs consommaient illicitement les biens des gens et les détournaient du chemin d’Allah — sourate At-Tawbah, 34. Les oppresseurs vendaient des fatwas, acceptaient des pots-de-vin, s’emparaient des offrandes votives et inventaient des rites religieux permettant aux gens d’acheter leurs prétendus raisonnements auprès d’eux. Rien, dans leur vie ou leur mort, dans leurs mariages ou leurs affaires, ne pouvait se faire sans les satisfaire, et les gens les considéraient comme les seuls responsables de déterminer leur destinée. Mais ce n’est pas tout : pour leurs intérêts personnels, ces marchands de religion enfermaient les gens dans les filets de l’égarement. Dès qu’une voix de vérité s’élevait, ils s’empressaient plus que quiconque de déployer leurs filets de tromperie afin de lui barrer la route.) Ils présentaient tout cela aux gens comme si tout venait d’Allah. Chaque philosophie historique, l’explication de chaque commentateur, les conceptions et croyances de chaque philosophe savant au sujet d’Allah, ainsi que les recherches juridiques de chaque spécialiste des Écritures, trouvèrent place dans la Bible ; tout cela devint la Parole de Dieu (Word of God). Il devint obligatoire d’y croire, et s’en détourner signifiait se détourner de la religion.
À notre connaissance, les cinq livres de l’Ancien Testament (Pentateuque) ne constituent pas la véritable Torah. La véritable Torah a disparu de la surface de la terre. On trouve la confirmation de cette thèse dans l’Ancien Testament lui-même. Nous y apprenons qu’à la fin de sa vie, Moïse, avec l’aide de Josué, compila la Torah et la déposa dans un coffre (Genèse 31:24-27). Après sa mort, lorsque, au VIe siècle avant J.-C., Nabuchodonosor mit le feu à Jérusalem, ce coffre sacré brûla lui aussi, avec les livres composés après Moïse par les rénovateurs de sa Loi. Deux cent à deux cent cinquante ans après cette destruction, Ezra, selon le récit même de la Bible, rédigea de nouveau cet ouvrage avec les prêtres des Enfants d’Israël, grâce à l’inspiration céleste. Mais le cours du temps ne permit pas davantage à ce nouvel ouvrage de rester dans son état originel. Lorsque le flot des conquêtes universelles d’Alexandre le Grand s’étendit au Moyen-Orient avec l’Empire grec, ainsi que les sciences et la littérature, tous les livres de la Torah furent traduits en grec en 280 avant J.-C. Puis les copies hébraïques furent progressivement abandonnées et la traduction grecque se répandit. Ainsi, la chaîne de transmission de la Torah qui se trouve aujourd’hui devant nous ne remonte en aucune façon jusqu’à Moïse. Cela ne signifie cependant pas qu’aucune partie de la véritable Torah ne soit incluse dans la Torah actuelle, ni que celle-ci soit entièrement forgée. Ce que nous voulons réellement dire, c’est que cette Torah contient, mêlés à la Torah originelle, beaucoup d’autres éléments ; ce que nous voulons réellement dire, c’est que cette Torah contient, mêlés à la Torah originelle, beaucoup d’autres éléments. Il n’est pas non plus impossible qu’une grande partie de la Torah originelle n’y ait pas été insérée. Si quelqu’un étudie aujourd’hui cet ouvrage avec une profonde perspicacité, il ressentira clairement que la Parole d’Allah y est mêlée de telle manière aux commentaires des savants juifs, à l’histoire nationale des Enfants d’Israël, aux recherches juridiques des spécialistes israélites des Écritures et à bien d’autres éléments, qu’il est extrêmement difficile d’en extraire et d’en distinguer la Parole d’Allah. Il est extrêmement difficile d’en extraire et d’en distinguer la Parole d’Allah.
Nous voulons également préciser clairement que, selon le point de vue du Coran, la religion de la Torah était la même que celle du Coran ; et de même que Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) était le prophète de l’islam, Moïse (paix sur lui) était lui aussi le prophète de l’islam. Au début, les Enfants d’Israël suivaient cette même religion. Mais, par la suite, ils ajoutèrent et retranchèrent de nombreux éléments à la religion originelle selon leurs propres inclinations, et élaborèrent ainsi, sous le nom de judaïsme, un nouveau système religieux. (Autrement dit, la Torah actuelle n’est pas l’islam apporté par Moïse (paix sur lui), mais l’expression du judaïsme, forme dénaturée de cette religion de l’islam — les compilateurs.) (Sourate Al-Baqara, note 16)
En réalité, par Torah, il faut entendre l’ensemble des prescriptions révélées à Moïse (que la paix soit sur lui) pendant près de quarante ans, depuis le début de sa mission prophétique jusqu’à sa mort. Parmi elles, dix commandements lui furent remis gravés sur des tables de pierre. Moïse (que la paix soit sur lui) fit mettre par écrit les prescriptions restantes, en fit douze copies et les distribua aux douze tribus des Enfants d’Israël. Une copie fut également remise aux Lévites, afin qu’ils puissent la conserver. C’est ce livre qui est appelé la Torah. Il fut conservé comme un ouvrage permanent jusqu’à la première destruction de Bayt al-Maqdis. La copie remise aux Lévites fut déposée, avec les tables de pierre, dans l’Arche de l’Alliance. Les Enfants d’Israël ne la connaissaient que sous le nom de Torah. Leur négligence à son égard était devenue si grande que, sous le règne de Josias, roi de Juda, lorsque le Temple de Salomon fut restauré, le grand prêtre — c’est-à-dire le successeur du gardien du Temple et le plus éminent chef religieux de la nation — découvrit soudain le livre de la Torah conservé en un endroit. Le prenant pour une chose extraordinaire, il le remit au secrétaire royal. Celui-ci le présenta à son tour au roi comme s’il s’agissait d’une découverte merveilleuse. C’est pourquoi, lorsque Nabuchodonosor conquit Jérusalem et réduisit toute la ville en ruines, avec le Temple, les très rares exemplaires de l’authentique Torah oubliée des Enfants d’Israël disparurent à jamais. Puis, à l’époque d’Esdras, lorsque les survivants des Enfants d’Israël furent libérés de leur captivité à Babylone, retournèrent à Jérusalem et que Bayt al-Maqdis fut reconstruit, Esdras rédigea, avec l’aide de quelques anciens de la nation, toute l’histoire des Enfants d’Israël. Celle-ci est aujourd’hui incluse dans les dix-sept premiers livres de la Bible. Quatre livres de cette histoire — le deuxième livre (Exode), le troisième (Lévitique), le quatrième (Nombres) et le cinquième (Deutéronome) — relatent la vie de Moïse (que la paix soit sur lui), et les paroles de la Torah qui parvinrent à Esdras et à ses anciens compagnons y furent également insérées, aux endroits appropriés de ce récit, suivant l’ordre chronologique de leur révélation. Aujourd’hui, l’ensemble des passages de la Torah dispersés et épars dans le récit de la vie de Moïse (que la paix soit sur lui) porte le nom de Torah. On peut les reconnaître à ce signe : dans le récit historique, chaque fois que l’auteur de la biographie dit que Dieu dit ceci à Moïse (que la paix soit sur lui), ou que Moïse (que la paix soit sur lui) dit : « Votre Dieu dit ceci », c’est là qu’un passage de la Torah commence. Puis, lorsque le récit biographique reprend, le passage de la Torah s’achève. Entre les deux, il est très difficile pour le commun des gens de déterminer si les ajouts des rédacteurs de la Bible, sous forme de commentaires et d’explications, constituent une partie de l’authentique Torah ou bien leur interprétation et leur commentaire. Cette Torah altérée est la source du judaïsme. Mais le fait instructif est que les Juifs n’ont jamais cherché à établir la Torah sous sa forme et dans son état véritables. Ils n’en ont ni propagé fidèlement les prescriptions ni ne les ont mises en pratique. C’est pourquoi le Coran posait la question.(Arabe *****)(Sourate al-Baqara, note 90)
La situation religieuse et sociale des Juifs à l’époque de l’avènement du prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)
Il n’existe pas d’histoire fiable des Juifs d’Arabie
Il n’existe nulle part au monde d’histoire fiable des Juifs d’Arabie. Ils n’ont consigné dans aucun livre ni aucune inscription une description permettant d’éclairer leur passé. Aucun historien ni auteur juif extérieur à l’Arabie ne les a non plus mentionnés. C’est pourquoi l’on dit qu’après leur arrivée en terre arabe, ils se séparèrent des membres de leur propre peuple, au point que les Juifs du monde entier ne les comptaient nullement parmi eux. En effet, ils avaient abandonné jusqu’à la langue, la civilisation et les noms hébraïques, et adopté l’arabe. Dans les ruines du Hedjaz, les inscriptions découvertes ne portent aucune trace de Juifs antérieurs au premier siècle de l’ère chrétienne ; on n’y trouve que quelques noms juifs. C’est pourquoi l’essentiel de l’histoire des Juifs d’Arabie repose sur les légendes répandues parmi les Arabes, dont une partie fut propagée par les Juifs eux-mêmes.
Les Juifs du Hedjaz prétendaient être venus s’y établir pour la première fois à la fin de l’époque de Moïse (que la paix soit sur lui). Ils racontaient leur histoire de la manière suivante : Moïse (que la paix soit sur lui) envoya un groupe de soldats pour expulser les Amalécites de Yathrib. Il leur ordonna également de ne laisser en vie aucun membre de ce peuple. Cette troupe des Enfants d’Israël vint ici et exécuta l’ordre du prophète. Cependant, un jeune fils du roi des Amalécites était très beau. Ils l’épargnèrent et retournèrent avec lui en Palestine. À cette époque, Moïse (que la paix soit sur lui) était déjà mort. Ceux qui lui succédèrent les critiquèrent sévèrement, déclarant que laisser un Amalécite en vie était totalement contraire à l’ordre du prophète et aux prescriptions de la Loi religieuse. Pour cette raison, ils expulsèrent ces soldats de leur communauté, et ceux-ci durent retourner à Yathrib et y demeurer. — Kitab al-Aghani, tome 19, p. 94.
Ainsi, les Juifs prétendaient s’être établis ici douze siècles avant Jésus (que la paix soit sur lui). Mais cette affirmation ne repose sur aucune preuve historique. Il est probable que les Juifs aient inventé ce récit afin d’étendre leur influence sur les Arabes en se présentant comme issus d’une ancienne lignée noble.
Selon leurs propres récits, la deuxième migration des Juifs eut lieu en 587 avant notre ère, lorsque le roi de Babylone, Nabuchodonosor, détruisit Bayt al-Maqdis et dispersa les Juifs à travers le monde. Les Juifs d’Arabie disaient qu’à cette époque leurs différentes tribus arrivèrent en terre arabe et s’installèrent à Wadi al-Qura, Tayma et Yathrib (Futuh al-Buldan, al-Baladhuri). Mais cette affirmation non plus ne repose sur aucune preuve historique. Là encore, ils cherchaient probablement à démontrer leur ancienneté.
La vérité établie est qu’en 77 de notre ère, lorsque les Romains massacrèrent les Juifs en masse en Palestine, puis les en expulsèrent en 102, de nombreuses tribus juives s’enfuirent et trouvèrent refuge dans le Hedjaz. Cette région étant contiguë au sud de la Palestine, ils y demeurèrent partout où ils trouvèrent des sources et des terres fertiles et bien irriguées. Puis, progressivement, ils étendirent leur influence et leur domination sur cette région par la conspiration et le commerce de l’usure. C’est à cette époque qu’ils établirent leur domination sur Aylah, Maqna, Tabuk, Tayma, Wadi al-Qura, Fadak et Khaybar. Les tribus des Banu Qurayza, des Banu Nadir, des Banu Bahdal et des Banu Qaynuqa, entre autres, s’emparèrent également de Yathrib et s’y installèrent.
Parmi les tribus installées à Yathrib, les Banû Nadhîr et les Banû Qurayza étaient les plus renommées, car elles appartenaient à la classe des prêtres et des religieux. Elles étaient considérées comme nobles parmi les Juifs. Au sein de leur propre communauté, elles détenaient l’autorité d’un État religieux. Lorsqu’elles s’installèrent à Médine, quelques tribus arabes y vivaient déjà. Après les avoir vaincues, elles s’emparèrent de terres fertiles et abondamment irriguées. Environ trois siècles plus tard, en 450 ou 451 de l’ère chrétienne, une grande inondation eut lieu au Yémen, mentionnée dans le deuxième rukû‘ de la sourate Saba. À cause de cette inondation, différentes tribus du peuple de Saba furent contraintes de quitter le Yémen et de se disperser dans diverses régions de l’Arabie. Parmi elles, les Ghassânides s’installèrent en Syrie, les Lakhmides à Hîra, en Irak, les Banû Khuzâ‘a entre Djeddah et La Mecque, tandis que les Aws et les Khazraj s’établirent à Yathrib. Comme les Juifs avaient établi leur domination sur Yathrib, ils ne laissèrent d’abord aucune possibilité aux Aws et aux Khazraj de s’affirmer. Ces deux tribus arabes furent contraintes de vivre sur des terres arides. Ils firent alors venir une troupe qui brisa la puissance des Juifs. Ainsi, l’autorité complète des Aws et des Khazraj s’établit sur Yathrib. Les deux grandes tribus juives, les Banû Nadhîr et les Banû Qurayza, furent contraintes d’aller vivre hors de la ville. La troisième tribu, les Banû Qaynuqâ‘, étant en conflit avec ces deux tribus, resta dans la ville. Mais, pour y demeurer, elle dut chercher la protection de la tribu des Khazraj. En contrepartie, les Banû Nadhîr et les Banû Qurayza recherchèrent la protection de la tribu des Aws, afin de pouvoir vivre en sécurité dans les faubourgs de Yathrib.
La situation des Juifs à l’époque de l’avènement du Prophète (sur lui la paix et les bénédictions)
Avant l’arrivée du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions) à Médine, jusqu’au début de l’Hégire, la situation des Juifs dans le Hedjaz en général, et à Yathrib en particulier, était la suivante :
Par leurs vêtements, leur langue, leur civilisation et leur culture, ils étaient entièrement imprégnés du mode de vie des Arabes. Même les noms de leur très grande majorité étaient devenus arabes. Parmi les douze tribus juives qui s’étaient installées dans le Hedjaz, aucune, à l’exception des Banû Zâ‘ûrâ, ne portait un nom hébreu. Hormis quelques-uns de leurs savants, nul ne connaissait même la langue hébraïque. Dans la poésie des poètes juifs de l’époque de la Jâhiliya, que nous pouvons observer, rien dans la langue, la conception ni les thèmes ne présente une caractéristique suffisamment distincte de la poésie arabe pour permettre de les différencier des poètes arabes. Des liens matrimoniaux se nouèrent également entre eux et les Arabes. En réalité, entre eux et les Arabes en général, il n’existait aucune différence autre que la religion. Malgré cela, ils ne se fondirent pas dans la population arabe et conservèrent rigoureusement leur fanatisme juif. S’ils adoptèrent ouvertement l’arabité, c’est parce que, sans cela, ils n’auraient pas pu vivre en Arabie.
Illustration :——————–
C’est parce qu’ils avaient adopté cette arabité que les orientalistes sont tombés dans l’erreur de penser qu’ils n’étaient peut-être pas des Banû Isrâ’îl, mais plutôt des Arabes adeptes du judaïsme, ou tout au moins que leur majorité était constituée de Juifs arabes. Pourtant, aucune preuve historique n’établit que les Juifs aient jamais mené une activité de prédication religieuse au Hedjaz, ni que leurs savants aient appelé les Arabes au judaïsme comme le faisaient les prêtres et les missionnaires chrétiens. Au contraire, nous constatons chez eux un fanatisme extrême à se dire israélite, ainsi qu’un orgueil et une arrogance fondés sur la lignée. Ils appelaient les Arabes des ummî. Ummî ne signifie pas illettré, mais plutôt sauvage et barbare. Ils croyaient que les ummî ne méritaient aucun des droits humains auxquels les Israélites avaient droit. Pour les Israélites, il était licite et pur de piller, par des moyens licites ou illicites, les biens des ummî. À l’exception des chefs arabes, ils ne considéraient pas les Arabes ordinaires comme suffisamment dignes pour être convertis au judaïsme et recevoir un statut égal au leur. On ne trouve aucune preuve historique, ni aucun témoignage dans la tradition arabe, qu’une tribu arabe ou une grande famille ait adopté le judaïsme. On trouve certes mention de quelques individus devenus juifs. En outre, au lieu de propager leur religion, les Juifs n’éprouvaient d’intérêt que pour le commerce. C’est pourquoi le judaïsme ne se répandit pas au Hedjaz en tant que religion. Il ne servit plutôt que de support à l’orgueil et à l’arrogance de quelques tribus israélites. Toutefois, les savants et les pîrs juifs avaient développé une activité très florissante de vente d’amulettes, de divination et de sorcellerie, ce qui leur permit d’exercer une influence, par leur savoir et leurs pratiques, sur les Arabes. (Al-Jihâd fî al-Islâm, p. 380-382)
Leur situation économique
Comparativement aux tribus arabes, leur situation économique était très solide. Comme ils venaient des régions plus civilisées de Palestine et de Syrie, ils connaissaient de nombreux arts et procédés ignorés des Arabes. Ils entretenaient également des relations commerciales avec le monde extérieur. Pour ces raisons, ils contrôlaient l’importation des denrées alimentaires à Yathrib et dans le nord du Hedjaz, ainsi que l’exportation des dattes depuis ces régions. Ils maîtrisaient la majeure partie de l’élevage des volailles et de la pisciculture. Ils fabriquaient des textiles. Ils tenaient des débits de boissons en divers endroits et importaient du vin de Syrie pour le vendre sur place. La plupart des Banû Qaynuqâ‘ exerçaient les métiers d’orfèvre, de forgeron et de potier. Dans ces activités commerciales, les Juifs pratiquaient une spéculation excessive. Mais leur activité la plus importante était l’usure. Par ce réseau d’usure, ils tenaient prisonniers les habitants arabes des alentours. Les cheikhs et les chefs des tribus arabes, en particulier, étaient atteints de la passion d’afficher leur faste et leur puissance en s’endettant sans cesse. Ils se retrouvaient pris dans les filets des dettes juives. Ceux-ci prêtaient à des taux usuraires, puis l’emprunteur se trouvait tellement pris dans l’engrenage des intérêts composés qu’il lui était très difficile de s’en libérer. Ainsi, ils avaient réduit les Arabes à un dénuement économique total. La conséquence naturelle en était qu’une haine générale régnait parmi les Arabes à leur encontre. Leurs intérêts commerciaux et économiques exigeaient qu’ils ne se fassent pas les amis de certains Arabes et les ennemis d’autres, ni qu’ils ne prennent part à leurs querelles mutuelles. Mais, d’un autre côté, leurs intérêts exigeaient aussi qu’on ne laisse pas les Arabes rester unis, mais qu’on les maintienne engagés dans des luttes et des conflits les uns contre les autres. Ils savaient en effet que, si les tribus arabes s’unissaient, elles ne leur permettraient plus de conserver les vastes domaines, jardins et terres fertiles dont ils étaient devenus propriétaires grâce à leurs pratiques usuraires. En outre, pour leur propre sécurité, chacune de leurs tribus devait être placée sous la protection d’une tribu puissante, afin que nul ne puisse s’en prendre à elle. Pour cette raison, ils ne se contentaient pas de participer aux combats entre tribus arabes ; souvent, une tribu juive s’alliait à la tribu arabe qui lui était amie pour combattre une autre tribu juive, aux côtés de la tribu des Khazraj. Peu avant l’Hégire, lors de la bataille sanglante qui opposa les Aws et les Khazraj à Bu‘âth, ils combattirent aux côtés de leurs alliés respectifs. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate Âl ‘Imrân, note 2)
L’enveloppe ostentatoire de la piété
Les Juifs croyaient au tawḥīd, à la prophétie, à la révélation, à l’au-delà et aux anges. Ils reconnaissaient également les prescriptions de la Loi que Dieu avait révélées à leur prophète, Moïse. En principe, leur religion était elle aussi l’islam, celui que le prophète Muhammad enseignait. Mais plusieurs siècles de décadence les avaient éloignés de la religion véritable. (À cette époque, près de dix-neuf siècles s’étaient écoulés depuis la disparition de Moïse. Selon l’histoire israélite, Moïse mourut en 1272 avant J.-C., tandis que le prophète Muhammad reçut la dignité de la prophétie en 610 après J.-C. — l’auteur.)
Ils s’efforçaient d’empêcher sa réforme d’aboutir. En réalité, c’étaient des musulmans égarés. L’innovation religieuse, la déformation de la vérité, le souci excessif des détails, les querelles intestines, le fait de délaisser les questions importantes pour perdre son temps dans des questions secondaires — mâcher les os après en avoir rejeté la moelle —, ainsi que l’oubli de Dieu et l’absorption dans les convoitises et les désirs de ce monde, entre autres causes, poussèrent leur décadence à un degré tel qu’ils en vinrent à oublier jusqu’à leur véritable nom de musulmans et demeurèrent de simples Juifs, au lieu de se dire musulmans. Ils firent de la religion de Dieu un patrimoine transmis par héritage au sein de la descendance d’Israël. (Sourate al-Ḥashr, introduction)
Le fanatisme religieux et tribal
Les Juifs estimaient que l’honnêteté, la probité, la sincérité et la loyauté ne devaient s’exercer que dans leurs relations réciproques. Ils ne voyaient aucun mal à s’approprier les biens de ceux qui n’étaient pas juifs. Ce n’était pas seulement une croyance née de l’ignorance du peuple juif ; en réalité, tout le système religieux du judaïsme avait été conçu de telle manière qu’il établissait, dans les questions morales, une distinction à chaque pas entre Israélites et non-Israélites : une même chose était illicite pour les Israélites et licite pour les autres ; ce qui était un droit pour les Israélites ne l’était pas pour les non-Israélites. Ainsi, la Bible prescrit : « Tu pourras exiger le paiement de l’étranger, mais ta main remettra ce que ton frère te doit. » (Deutéronome 15:3.) Il est dit ailleurs que la perception d’intérêts est interdite ; cependant, on peut prêter à l’étranger à intérêt, mais on ne prêtera pas à intérêt à son frère. (Deutéronome 23:20.) Il est encore écrit : « Si un homme vole une personne parmi ses frères, les enfants d’Israël, et la traite comme un esclave ou la vend, et qu’il soit découvert, ce voleur sera mis à mort. » (Deutéronome 24:7.) Le Talmud dit que si le bœuf d’un Israélite encorne le bœuf d’un non-Israélite, aucune indemnité ne doit être versée ; mais si le bœuf d’un non-Israélite blesse le bœuf d’un Israélite, une indemnité doit être versée. Si quelqu’un trouve un objet abandonné quelque part, il doit regarder à quelles gens appartient la localité voisine. Si l’objet appartient à des Israélites, il doit l’annoncer ; s’il appartient à des non-Israélites, il convient de le prendre. Le rabbin Ismaël dit que si une affaire opposant un Ummī à un Israélite est portée devant le juge, et que celui-ci peut faire triompher son frère de religion selon la loi israélite, il le fera triompher et dira que telle est la décision rendue selon leur loi. S’il peut le faire triompher selon la loi des Ummīs, il le fera triompher et dira : « Telle est la décision rendue selon votre loi. » Mais si aucune loi ne permet de le faire triompher, il le fera triompher dans l’affaire par quelque stratagème que ce soit. Le rabbin Samuel dit : « Il faut tirer parti de toute erreur d’un non-Israélite. » (Sourate al-Ḥashr, introduction)
S’attacher aux détails en délaissant l’essentiel
Les savants juifs observaient avec le plus grand soin les prescriptions secondaires de la Loi. Ils consacraient même tout leur temps à discuter minutieusement les détails. Leurs docteurs de la Loi avaient arrêté ces règles secondaires après mûre réflexion. Mais le polythéisme leur paraissait une chose si insignifiante qu’ils ne songeaient ni à s’en préserver eux-mêmes, ni à empêcher leur peuple d’adopter des idées et des pratiques polythéistes. Leur conscience ne les empêchait pas non plus de se lier d’amitié avec les polythéistes ni de leur apporter aide et soutien. (Sourate al-Baqara, introduction)
La falsification de la Loi au profit des notables
La manière dont les Juifs s’étaient détournés de leurs prescriptions religieuses apparaît clairement dans l’affaire que les Juifs de Khaybar soumirent au Prophète (s.a.s.) afin qu’il la tranche. Voici les faits : une femme issue d’une famille noble de Khaybar avait eu une relation sexuelle illicite avec un homme. Selon la Torah, leur châtiment était la lapidation, c’est-à-dire la mise à mort à coups de pierres (Deutéronome 22:23-24). Mais les Juifs ne voulaient pas appliquer ce châtiment. Ils se consultèrent donc et décidèrent de prendre le Prophète Muhammad (s.a.s.) comme arbitre dans cette affaire. S’il rendait un jugement autre que la lapidation, ils l’accepteraient ; mais s’il jugeait qu’il fallait lapider, ils ne l’accepteraient pas. L’affaire fut ensuite présentée au Prophète. Il ordonna la lapidation, mais ils refusèrent de s’y soumettre. Le Prophète (s.a.s.) leur demanda : « Quel est le châtiment prévu par votre religion pour ce cas ? » Ils répondirent : « Donner des coups de fouet, noircir le visage avec de la chaux, puis faire monter la personne à rebours sur le dos d’un âne. » Le Prophète (s.a.s.) demanda solennellement à leurs savants : « La Torah prévoit-elle ce châtiment pour l’homme ou la femme mariés qui commettent l’adultère ? » Ils donnèrent de nouveau une réponse mensongère. Cependant, un homme nommé Ibn Sûriya était, de l’aveu même des Juifs, le plus grand savant de la Torah à cette époque, et il était resté silencieux. Le Prophète (s.a.s.) s’adressa à lui en ces termes : « Par Allah, qui vous a délivrés de Pharaon et qui vous a donné la Loi sur le mont Tûr, je te le demande : quel châtiment est réellement prescrit dans la Torah pour l’adultère ? » Il répondit : « Si vous ne m’aviez pas adjuré de la sorte, je ne vous l’aurais pas dit. En réalité, le châtiment de l’adultère est bien la lapidation. Mais lorsque l’adultère se répandit dans notre société, nos dirigeants adoptèrent la règle suivante : lorsqu’une personne noble commettait l’adultère, on la laissait libre ; lorsqu’une personne de condition inférieure le commettait, on la lapidait. Puis, lorsque le mécontentement commença à se manifester parmi le peuple, la loi fut modifiée de telle sorte que l’homme ou la femme adultère devait, après avoir reçu des coups de fouet, avoir le visage noirci à la chaux et être promené à rebours sur le dos d’un âne. » (Sourate Âl ‘Imrân, note 64)
La modification du licite et de l’illicite de la Loi religieuse
Lorsque les Juifs se révoltèrent contre la Loi religieuse révélée par Allah le Très-Haut et se mirent eux-mêmes à légiférer, ils se livrèrent à une analyse tatillonne de nombreuses choses pures et licites. Parmi celles-ci figuraient les animaux à sabots fendus, c’est-à-dire l’autruche, le cygne, etc. Deuxièmement, la graisse des bovins et des chèvres. Dans la Bible, l’interdiction de ces deux catégories fut insérée dans la Torah. Pourtant, ces choses n’étaient pas interdites dans la Torah ; elles ne le furent qu’après Moïse (a.s.). L’histoire témoigne également que la loi religieuse juive actuelle fut élaborée par le rabbin Juda vers la fin du deuxième siècle de l’ère chrétienne. (Sourate An-Nisâ’, note 80)
Le comportement irrationnel des Juifs à l’égard du Prophète Muhammad (s.a.s.)
Le Coran dit : (Arabe****)et maintenant qu’un Livre venu d’Allah leur est parvenu, quelle attitude adoptent-ils à son égard ? Pourtant, ce Livre confirme ce qui se trouvait déjà auprès d’eux, et avant sa venue ils imploraient la victoire et le secours contre les mécréants. Malgré cela, lorsque cette chose se présenta devant eux et qu’ils la reconnurent, ils refusèrent néanmoins de l’accepter. — Sourate Al-Baqara, 89
Avant l’arrivée du Prophète (s.a.s.), les Juifs attendaient avec impatience ce prophète dont leurs prophètes avaient annoncé la venue. Ils priaient pour qu’il arrive rapidement, que la domination des mécréants prenne fin et que commence leur ère de prospérité. Les habitants de Médine eux-mêmes témoignent qu’avant l’arrivée du Prophète Muhammad (s.a.s.), les Juifs comptaient les jours dans l’attente du prophète qui devait venir, et qu’ils disaient à tout propos : « Très bien, allez-y, faites subir toutes les injustices que vous voulez à ceux qui vous plaisent. Lorsque ce prophète viendra, nous nous occuperons des injustes. » Les habitants de Médine entendaient ces paroles. C’est pourquoi, lorsqu’ils apprirent la réalité du Prophète (s.a.s.), ils se dirent entre eux : « Regardez, ne permettons pas que ces Juifs prennent le dessus sur vous. Allons, croyons en lui avant eux. » Mais chose étonnante, ces mêmes Juifs qui attendaient avec impatience le prophète annoncé devinrent, après son arrivée, ses adversaires les plus acharnés.
Et ils le reconnurent — diverses preuves de cette affirmation du Coran apparurent à cette époque même. Le témoignage le plus fiable est celui de l’« Mère des croyants », Safiyya (r.a.). Elle était la fille d’un célèbre savant juif et la nièce d’un autre savant. Elle raconte : lorsque le Prophète (s.a.s.) arriva à Médine, mon père et mon oncle allèrent tous deux le rencontrer et s’entretinrent longuement avec lui. À leur retour chez nous, je les entendis de mes propres oreilles tenir les propos suivants :
L’oncle : Est-ce vraiment lui le prophète dont nos Livres ont annoncé la bonne nouvelle ?
Père : Par Allah, c’est bien cela.
Oncle : Tu crois cela ?
Père : Oui, je le crois.
Oncle : Alors, que comptes-tu faire maintenant ?
Père : Tant que je vivrai, je continuerai à m’y opposer et je ne le laisserai dire un seul mot. (Ibn Hichâm, tome 2, p. 165, nouvelle édition) (sourate Al-Mâ’ida, note 70)
La création de troubles hostiles par les Juifs
Les Arabes étaient généralement illettrés. Comparativement à eux, les Juifs étaient naturellement beaucoup plus instruits. Parmi eux se trouvaient, à titre individuel, de très grands savants dont la renommée s’était étendue au-delà même de l’Arabie. C’est pourquoi l’influence intellectuelle des Juifs était très grande en Arabie. De plus, leurs savants, leurs maîtres et leurs prêtres renforçaient et étendaient cette influence par le faste extérieur de leurs sanctuaires religieux, ainsi que par le commerce des exorcismes et des amulettes. Les habitants de Médine, en particulier, étaient fortement influencés par eux, car de grandes tribus juives vivaient dans leur voisinage. Ils étaient en contact avec elles jour et nuit. Par ces relations, ils étaient profondément influencés, tout comme une population illettrée est influencée par des voisins plus instruits, plus civilisés et dotés de personnalités religieuses éminentes. Dans ces circonstances, lorsque le Prophète (que la paix soit sur lui) se proclama prophète et commença à appeler les gens à l’islam, les illettrés se mirent naturellement à aller voir les Juifs, gens du Livre, pour leur demander : « Vous suivez un prophète et vous vous conformez à un Livre ; dites-nous donc : voici que quelqu’un parmi nous prétend être un prophète ; que pensez-vous de lui et de ses enseignements ? » Même après l’arrivée du Prophète (que la paix soit sur lui) à Médine, beaucoup de gens continuèrent à aller interroger ainsi les savants juifs. Mais ces savants juifs ne leur disaient jamais la vérité. Il leur était difficile de dire que le tawhîd qu’il prêchait était faux, ou que quelque chose était erroné dans ce qu’il disait au sujet des prophètes, des Livres célestes, des anges et de l’Au-delà, ou encore que l’un des principes moraux qu’il enseignait était faux. Mais ils n’étaient pas non plus disposés à reconnaître clairement que tout ce qu’il prêchait était vrai. Ils ne pouvaient ni nier ouvertement la vérité, ni se résoudre simplement à l’accepter. Entre ces deux voies, ils adoptèrent la méthode suivante : ils insufflaient dans l’esprit de chaque questionneur quelque mauvaise suggestion contre le Prophète (que la paix soit sur lui), contre son groupe et contre sa noble mission ; ils portaient contre lui une accusation et répandaient une calomnie absurde, de nature à susciter dans l’esprit des gens le doute, l’hésitation et la confusion ; ils soulevaient diverses questions embarrassantes, afin de mettre les gens mal à l’aise et de tenter également de gêner le Prophète et ses compagnons. Telle était leur conduite ; c’est pourquoi il leur fut dit dans la sourate Al-Baqara : « Ne couvrez pas la vérité du voile du faux ; ne cherchez pas à étouffer et à dissimuler la vérité par une propagande mensongère, en suscitant malicieusement des doutes et en lançant des accusations ; et ne cherchez pas à tromper le monde en mêlant la vérité au faux. » — Sourate Al-Baqara, 2:42. (L’étendue des méfaits des Juifs était considérable. Pris dans les filets de leurs mauvaises suggestions, des hypocrites apparurent au sein de la communauté musulmane. Ils firent preuve d’une audace coupable contre le Prophète (que la paix soit sur lui) en toute circonstance, tentèrent à plusieurs reprises de le tuer, et leur audace suprême fut de se livrer à des actes destructeurs aux moments décisifs des batailles. Il sera fait mention de ces audaces à l’endroit approprié. — L’auteur)
Apparition et développement du christianisme
Explication du terme Nasara
Certains se trompent en pensant que le terme Nasara est dérivé de Nazareth, qui était la patrie du Messie (paix sur lui). En réalité, ce terme dérive de nusrat. Il se fonde sur la réponse que les apôtres donnèrent à la question du Messie (paix sur lui) : « Qui me secourra dans la voie d’Allah ? »(Arabe*****)Ils répondirent : « Nous sommes les auxiliaires de la cause d’Allah. »(Arabe***)Les auteurs chrétiens ont généralement été induits en erreur par la simple ressemblance extérieure de ces deux termes : ils ont pensé que le Coran avait employé, pour désigner tous les chrétiens, le nom du groupe appelé les Nazaréens (Nazarenes) dans l’histoire chrétienne primitive, groupe que l’on appelait avec mépris les Nazaréens et les Ébionites. Mais le Coran affirme clairement qu’ils avaient eux-mêmes dit : « Nous sommes des Nasara » (sourate Âl ‘Imrân, 52). Il est également exact que les chrétiens ne se sont jamais eux-mêmes appelés Nazaréens. (Sourate al-Baqara, note 95)
Il convient de relever à ce propos que Jésus (paix sur lui) n’a jamais donné à ses disciples le nom d’ésaïens ou de messianiques. En effet, il n’était pas venu fonder une nouvelle religion en son propre nom. Sa mission consistait à vivifier la religion apportée par Moïse (paix sur lui), ainsi que par les prophètes qui l’avaient précédé et ceux qui lui succéderaient. C’est pourquoi il ne forma aucun groupe distinct de l’ensemble des Enfants d’Israël et des adeptes de la Loi de Moïse, et ne lui attribua pas non plus de nom permanent. Ses premiers disciples ne se considéraient pas comme distincts de la communauté israélite ; ils ne constituaient pas encore un groupe permanent et ne se choisirent ni nom ni signe distinctif. Ils se rendaient au Temple de Jérusalem pour y adorer avec les Juifs ordinaires et se considéraient comme soumis à la Loi de Moïse. — Voir Actes des Apôtres 3:1, 10 ; 14, 15 ; 21:21.
La séparation des ésaiens d’avec le peuple israélite
Par la suite, le processus de séparation commença de deux côtés. D’une part, Paul, parmi les disciples de Jésus (paix sur lui), abolit l’obligation de la Loi et proclama que la seule foi au Messie suffisait au salut. D’autre part, les docteurs juifs considérèrent les disciples du Messie comme un groupe égaré et les séparèrent du peuple israélite. Malgré cette séparation, ce nouveau groupe ne reçut d’abord aucun nom particulier. Les disciples du Messie employaient parfois pour eux-mêmes le terme « disciples » — ou « élèves » —, parfois les termes « compagnons » et « croyants » pour désigner leurs compagnons, et parfois encore le nom de « saints » (Actes des Apôtres 2:44 ; 4:32 ; 9:26 ; 11:29 ; 13:52 ; 15:1-23 ; Romains 15:25 ; Colossiens 1:2). Les Juifs, quant à eux, les appelaient parfois Galiléens et parfois secte hérétique des Nazaréens (Actes des Apôtres 24:5 ; Luc 13:2). Ils les désignaient ainsi par dérision, car la patrie de Jésus (paix sur lui) était Nazareth, qui faisait partie de la région de Galilée en Palestine. Mais ce nom moqueur ne se répandit pas suffisamment pour acquérir une valeur honorifique parmi les disciples du Messie.
Comment furent-ils appelés messianiques ou chrétiens ?
Le nom de chrétiens fut donné pour la première fois à ce groupe, en l’an 43 ou 54 de l’ère chrétienne, par les habitants polythéistes d’Antioche, lorsque Paul et Barnabé s’y rendirent pour commencer leur prédication religieuse (Actes des Apôtres 11:26). Ce nom leur fut attribué par leurs adversaires, par dérision, et les disciples du Messie refusèrent de l’adopter. Mais lorsque leurs ennemis continuèrent à les appeler ainsi, leurs dirigeants déclarèrent : « Si vous êtes rattachés au Messie et appelés messianiques, quelle honte y a-t-il à cela ? » (1 Pierre 4:16). Ainsi commencèrent-ils eux-mêmes à se désigner progressivement par le nom que leurs ennemis leur avaient attribué par moquerie et dérision. Finalement, le sentiment que ce nom était à l’origine un sobriquet moqueur disparut même parmi eux.
C’est pourquoi le Noble Coran n’a pas appelé les disciples du Messie « messianiques » ou « ésaiens ». Il leur rappelle au contraire qu’ils sont en réalité les descendants de ceux auxquels Jésus, fils de Marie (paix sur lui), s’était adressé en disant :(Arabe*****)« Qui me secourra dans la voie d’Allah ? » Ils répondirent :(Arabe****)« Nous sommes les auxiliaires de la cause d’Allah. » Ainsi, dans leur sens premier et fondamental, ils sont des Nasara ou des Ansar. Mais aujourd’hui, au lieu de lui témoigner leur reconnaissance pour ce rappel, les missionnaires ésaiens se plaignent que le Coran les appelle Nasara plutôt que messianiques ou chrétiens. (Sourate al-Baqara, note 58)
L’apparition du christianisme
Le judaïsme et le christianisme sont des créations ultérieures. Le judaïsme, avec son nom, ses caractéristiques, ses rites et ses pratiques, est né aux IIIe et IVe siècles avant Jésus-Christ. Quant à l’ensemble des croyances, des convictions et des doctrines religieuses particulières appelé christianisme, il n’a pris existence que longtemps après Jésus, le Messie (paix sur lui). La question se pose donc tout naturellement : si le fait d’être guidé ou de suivre la voie de la vérité dépend du judaïsme, du christianisme ou même du christianisme seul, alors de quoi étaient guidés Abraham (paix sur lui) et les autres prophètes, nés plusieurs siècles avant ces deux religions, et que les juifs et les chrétiens eux-mêmes reconnaissent comme ayant été guidés ? Il est certain que ce n’était ni le judaïsme ni le christianisme. Il devient donc parfaitement clair que la guidance de l’être humain ne dépend pas de ces particularités religieuses qui ont donné naissance à différents groupes, tels que les juifs et les chrétiens. Elle dépend en réalité du fait d’emprunter cette voie droite universelle, par laquelle les hommes ont été guidés à chaque époque.
Deuxièmement, les propres Écritures sacrées des juifs et des chrétiens témoignent qu’Abraham (paix sur lui) ne vouait adoration, glorification, servitude ni obéissance à personne en dehors du Dieu unique. Sa mission consistait précisément à ne reconnaître aucun associé à Dieu dans Ses attributs et Ses qualités. Il est donc absolument évident que le judaïsme et le christianisme se sont tous deux écartés de la voie de la vérité suivie par Abraham (paix sur lui), car le polythéisme s’est mêlé à ces deux religions. (Sourate al-Mâ’idah, note 36)
Les chrétiens qualifient Jésus, le Messie (paix sur lui), de dieu
Premièrement, les chrétiens commettent l’erreur de considérer la personne du Messie comme une substance composée d’humanité et de divinité (Divinity), si bien que la réalité du Messie demeure pour eux une énigme. Plus leurs théologiens ont tenté de résoudre cette énigme à l’aide de jeux de mots et de conjectures, plus ils se sont empêtrés dans la complexité. Chez ceux dont l’esprit a été davantage influencé par l’élément humain de cette personne composée, l’accent a été mis sur le fait que le Messie serait le fils de Dieu et l’un des trois dieux éternels. Chez ceux dont l’esprit a été davantage influencé par l’élément divin (ulûhiyyah), le Messie a été considéré comme une manifestation corporelle de Dieu ; ils en ont ainsi fait Dieu lui-même et l’ont adoré comme Dieu. Ceux qui ont voulu trouver une voie intermédiaire entre ces deux positions ont consacré toutes leurs forces à des interprétations verbales telles que le Messie continue d’être appelé homme tout en étant également considéré comme Dieu. Dieu et le Messie sont à la fois deux êtres distincts et un seul être. (Sourate al-Mâ’idah, note 36)
Le sens du fait que Jésus, le fils de Marie (paix sur lui), soit la Parole de Dieu
(Arabe*****)
Le Messie Jésus, fils de Marie, n’était rien d’autre que le Messager de Dieu et une de Ses paroles. — Sourate an-Nisâ’, 171
En réalité, c’est le mot « Parole » qui a été employé. Le sens de l’envoi d’une Parole à Maryam est qu’Allah Très-Haut a décrété pour la matrice de Maryam qu’elle conçoive sans avoir été fécondée par un homme. C’est d’abord ce mystère de la naissance de Jésus, le Messie, sans père qui avait été exposé aux chrétiens. Mais, égarés par la philosophie grecque, ils considérèrent d’abord le mot « Parole » comme synonyme de parole ou de faculté de parler. Puis ils prirent cette parole et cette faculté de parler pour désigner l’attribut propre d’Allah Très-Haut de parler. Ils en vinrent ensuite à la conclusion conjecturale que cet attribut propre d’Allah Très-Haut était entré dans le sein de Maryam, y avait pris une forme corporelle et s’était manifesté sous la forme du Messie. C’est ainsi que naquit chez les chrétiens la conception erronée de la divinité du Messie, et que s’enracina l’idée fausse selon laquelle Allah Lui-même, ou l’attribut de la parole parmi Ses attributs éternels, s’était manifesté sous la forme du Messie. (Sourate al-Baqarah, note 135)
La conception de la Trinité
Dans le verset 171 de la sourate an-Nisâ’, Jésus, le Messie, est appelé un esprit venant d’Allah, et dans la sourate al-Baqarah, la question est formulée ainsi : « Nous l’avons soutenu par l’Esprit Saint. »(Arabe*****)Le sens des deux expressions originelles est qu’Allah Très-Haut a accordé au Messie un esprit si pur qu’il est au-dessus du péché, entièrement véridique et paré d’une perfection et d’une noblesse de caractère accomplies. C’est cette définition qui avait été donnée aux chrétiens. Mais ils l’exagérèrent. Ils considérèrent l’esprit envoyé par Allah comme étant l’Esprit même d’Allah et donnèrent à l’Esprit Saint le sens qu’il s’agissait de l’esprit sacré d’Allah qui avait pris forme dans le Messie. Ainsi, ils firent de l’Esprit Saint un troisième dieu aux côtés d’Allah et du Messie. Ce fut la seconde exagération extrême des chrétiens, qui les fit s’égarer. Ce qui est étonnant, c’est que l’Évangile selon Matthieu rapporte encore aujourd’hui ceci : un ange dit en rêve à Joseph le charpentier : « Ô Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre auprès de toi Maryam, ton épouse, car ce qui est dans son sein est l’œuvre de la puissance de l’Esprit Saint. » (Chapitre 1:2). (Sourate al-Mâ’idah, note 39)
Le fait est que les chrétiens professent à la fois le tawhid et la Trinité. Au vu des paroles explicites du Messie que l’on trouve dans les Évangiles, aucun chrétien ne peut nier qu’Allah est unique et qu’il n’existe aucun autre dieu en dehors de Lui. Ils n’ont d’autre choix que de reconnaître que le tawhid est la véritable religion. Mais ils se laissent d’abord gagner par l’idée erronée que la Parole d’Allah s’est manifestée sous la forme du Messie et que l’Esprit d’Allah a pris forme en lui. C’est pourquoi ils s’imposent inutilement de reconnaître, avec la divinité d’Allah Très-Haut, Créateur de l’univers, la divinité du Messie et celle de l’Esprit Saint. Parce qu’ils se sont imposé cette croyance par la force, elle est devenue pour eux une énigme insoluble : comment accepter la croyance au tawhid tout en professant la croyance en la Trinité, et la croyance en la Trinité tout en professant la croyance au tawhid ? Les théologiens chrétiens se creusent la tête depuis près de dix-huit cents ans pour résoudre ce problème qu’ils ont eux-mêmes créé. De nombreuses petites sectes sont nées de leurs diverses interprétations ; chacune traite l’autre d’incrédule ou de mécréante, se querelle avec elle, et les églises se séparent les unes des autres. Toute la puissance de leur théologie est mobilisée à cette fin. Pourtant, ce problème n’a été créé ni par Allah ni par le Messie qu’Il a envoyé, et il n’existe aucune solution permettant de croire en trois dieux tout en préservant l’unicité de Dieu. C’est leur exagération et leur outrance qui ont créé ce problème. La seule solution consiste à abandonner l’exagération et l’emphase, à renoncer à l’idée de la divinité du Messie et de l’Esprit Saint, à reconnaître Allah seul comme l’unique divinité et à considérer le Messie comme Son prophète, sans lui attribuer sous quelque rapport que ce soit une part de la divinité. (Sourate an-Nisâ’, note 212)
Le polythéisme et le culte des figures religieuses
Vers le milieu du Ve siècle chrétien, le polythéisme, le culte des figures religieuses et le culte des tombes prirent une ampleur considérable parmi les chrétiens ordinaires, et particulièrement dans les églises catholiques romaines. On se mit à vénérer les sanctuaires des saints, et des statues du Messie, de Maryam et des houris célestes furent placées dans les églises. Peu avant l’apparition des Gens de la Caverne, en 431 de l’ère chrétienne, un concile des chefs religieux de tout le monde chrétien se tint en un lieu appelé Éphèse. Lors de cette assemblée, la croyance en la divinité du Messie et en la qualité de mère de Dieu attribuée à Maryam fut établie. Si l’on prête attention à cette histoire, on comprend clairement que(Arabe***)la phrase coranique fait allusion à ceux qui, à cette époque, étaient devenus les dirigeants et les responsables de la population chrétienne face aux disciples dévoués du Messie, et qui détenaient entre leurs mains l’autorité religieuse et politique. Ils étaient en réalité les porte-étendards du polythéisme. Ce furent eux qui décidèrent qu’un monument funéraire serait construit sur les Gens de la Caverne et qu’il serait adoré. (Sourate an-Nisâ’, note 212)
Le christianisme actuel et saint Paul
Les premiers disciples de Jésus le reconnaissaient simplement comme un prophète. Ils suivaient la Loi de Moïse. En matière de croyance, de prescriptions, de commandements et de culte, ils ne se considéraient en rien différents des autres Israélites. Leur seul désaccord avec les Juifs était que, eux, reconnaissaient Jésus comme le Messie et avaient cru en lui, tandis que les Juifs refusaient de le reconnaître comme tel. Plus tard, lorsque saint Paul rejoignit ce groupe, celui des disciples de Jésus, il entreprit de propager cette religion parmi les Romains, les Grecs et d’autres populations non juives et non israélites. Dans ce but, il institua une nouvelle religion dont les croyances, les principes fondamentaux et les prescriptions étaient entièrement différents de la religion que Jésus présentait. Saint Paul n’avait jamais côtoyé Jésus. Au contraire, du vivant de celui-ci, il était son adversaire acharné. Même après sa disparition, il resta pendant plusieurs années le plus grand ennemi de ses disciples. Puis, lorsqu’il rejoignit ce groupe et commença à instaurer une nouvelle religion, il ne cita aucune parole de Jésus comme preuve. Au contraire, cette nouvelle religion reposait sur ses propres révélations et inspirations, ou sur des élans et des exaltations spontanés. Son objectif, en instituant cette nouvelle religion, était qu’elle soit de nature à être acceptée par les populations non juives du monde. Il proclama qu’un chrétien était libéré de toutes les contraintes de la Loi juive. Il abolit les interdits concernant le licite et l’illicite dans la nourriture et la boisson. Il supprima également la circoncision, que les populations non juives du monde n’appréciaient pas. Finalement, il élabora aussi les croyances en la divinité du Messie, en sa qualité de fils de Dieu et en son expiation des péchés de toute l’humanité par sa crucifixion, car tout cela correspondait à la nature des polythéistes ordinaires. Les disciples de la première époque du Messie s’opposèrent à cette nouvelle innovation et à cette nouvelle croyance religieuse. Mais, par la porte que saint Paul avait ouverte, un tel flot de chrétiens non juifs entra dans cette nouvelle religion que cette poignée de gens ne put lui tenir tête. Néanmoins, jusqu’à la fin du IIIe siècle chrétien, un grand nombre de personnes niaient encore la croyance en la divinité du Messie.
Propagation de la doctrine paulinienne
Au début du IVe siècle (325 apr. J.-C.), le concile de Nicée (Nicaea Council) proclama la doctrine paulinienne comme la religion incontestable et universellement reconnue du christianisme. Ensuite, l’empereur romain adopta le christianisme et, sous le règne de l’empereur Théodose, cette religion devint la religion officielle de l’État. Il était donc naturel que tous les livres contraires à cette doctrine fussent rejetés, tandis que ceux qui lui étaient conformes fussent reconnus comme authentiques. En 367 apr. J.-C., Athanase Ier annonça, dans une lettre, le nom des livres authentiques et universellement reconnus. Cette décision fut ensuite approuvée lors d’une assemblée présidée par Damase (Damasias). À la fin du Ve siècle, le pape Gélase (Gelasius), en déclarant cet ensemble de livres universellement reconnu, dressa également la liste des livres jugés inacceptables. Pourtant, au sujet de la doctrine paulinienne sur laquelle se fondait la décision concernant l’authenticité ou la non-authenticité des livres religieux, aucun savant chrétien n’a jamais pu prétendre que Jésus l’avait enseignée, même dans l’un de ses articles de foi. Bien plus, parmi les livres bibliques inclus dans l’ensemble reconnu comme authentique, aucune parole de Jésus ne permet de prouver cette nouvelle doctrine. (Sourate An-Nisâ’, note 215)
L’apparition des ascètes et ses causes
Pendant deux cents ans après Jésus, l’ascétisme ne toucha pas les églises chrétiennes. Cependant, ses germes étaient présents dans le christianisme dès ses débuts, et celui-ci renfermait déjà les idées qui allaient donner naissance à cette pratique. Considérer le renoncement et le détachement des biens matériels comme les caractères idéaux, et juger la vie ascétique supérieure au mariage et à la vie mondaine : ces deux éléments existaient dans le christianisme dès l’origine. En particulier, parce que le monachisme était considéré comme synonyme de sainteté, on estimait indésirable que ceux qui accomplissaient des fonctions religieuses dans l’Église se marient, deviennent parents et supportent les soucis de la vie familiale. Vers le IIIe siècle, cela prit la forme d’une tentation, et l’ascétisme commença à se répandre dans le christianisme comme une épidémie.
Trois causes
Du point de vue historique, il y eut trois grandes causes :
Premièrement : pour s’opposer à l’immoralité sexuelle, à la dépravation et à l’attachement au monde, qui s’étaient largement répandus dans l’ancienne société polythéiste, les savants chrétiens adoptèrent une position extrémiste au lieu de rechercher l’équilibre. Ils accordèrent une telle importance à la chasteté qu’ils considérèrent comme impure toute relation entre l’homme et la femme, même lorsqu’elle se faisait dans le cadre du mariage. Ils adoptèrent une telle rigueur contre les biens de ce monde qu’il devint péché, pour tout homme religieux, de posséder des richesses, et que la norme de la moralité devint de vivre sans le sou et de renoncer à toute vie familiale. Ainsi, en réaction au luxe et aux plaisirs de la société polythéiste, ils adoptèrent un tel extrémisme que renoncer aux plaisirs, détruire les instincts et éradiquer les désirs devinrent les objectifs du caractère moral. Infliger des souffrances au corps par diverses formes d’austérité fut considéré comme le sommet de la spiritualité et comme sa preuve.
Deuxièmement : lorsque le christianisme remporta du succès et commença à se répandre parmi le peuple, l’Église, dans l’espoir de propager et d’étendre sa religion, entreprit d’intégrer toutes les pratiques pécheresses qui plaisaient aux gens. Le culte des saints, des ascètes et des sages commença à remplacer l’ancienne idolâtrie. À la place des idoles d’Horus (Horus) et d’Isis (Isis), on commença à adorer les images du Messie et de Marie. La fête du Soleil commença à être célébrée à la place des Saturnales (Saturnalia). Tous les ascètes chrétiens commencèrent à pratiquer les amulettes, les talismans, la magie, la divination et les rites d’exorcisme des démons et des djinns, qui existaient dans l’Antiquité.
Ainsi, puisque le peuple considérait comme envoyé par Allah quiconque vivait dans la saleté et la nudité, dans quelque trou ou grotte de montagne, cette conception de la proximité d’Allah devint populaire dans l’Église chrétienne, et des livres relatant les miracles de personnes de ce genre furent composés parmi les chrétiens.
Troisièmement : les chrétiens ne disposaient ni d’une législation religieuse détaillée ni d’une Sunna ou d’une tradition claire pour définir les limites de la religion. Ils avaient rejeté la loi de Moïse, et l’Évangile seul ne fournissait aucune orientation complète. C’est pourquoi les docteurs chrétiens, influencés par certaines philosophies et pratiques extérieures, et s’appuyant sur leurs propres inclinations et tendances, introduisirent diverses innovations dans la religion. L’ascétisme fut l’une de ces innovations.
L’origine de l’ascétisme et ceux qui le propagèrent
Les docteurs et les dirigeants du christianisme adoptèrent la philosophie de l’ascétisme et ses pratiques auprès des moines bouddhistes, des yogis et des ascètes hindous, des ermites de l’Égypte ancienne (Anchorites), des ascètes d’Iran, ainsi que de Platon et de ses disciples. Ils considérèrent cette pratique comme une méthode de purification de l’âme, un moyen de progresser spirituellement et d’atteindre la proximité d’Allah. Cette erreur ne fut pas commise par des gens ordinaires. Du IIIe au VIIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à l’époque de la révélation du Coran, tous ceux qui, en Orient comme en Occident, étaient vénérés comme les éminents docteurs, penseurs et dirigeants religieux du christianisme — notamment saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire, saint Chrysostome, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Benoît, Grégoire le Grand et bien d’autres — étaient tous détachés de la vie mondaine et porteurs de l’étendard de l’ascétisme. C’est grâce à leurs efforts que l’ascétisme se répandit dans l’Église.
Le premier moine et le premier khanqah ou monastère
L’histoire nous apprend que l’ascétisme chrétien commença en Égypte. Son fondateur fut saint Antoine (250-350 apr. J.-C.). Il fut le premier moine chrétien. Dans la région du Fayoum, à un endroit appelé Pispir, aujourd’hui connu sous le nom de Deir al-Maymoun, il établit son premier khanqah. Puis il construisit un second khanqah, ou monastère, au bord de la mer Rouge, aujourd’hui appelé Deir Mar Antonios. Les règles et les méthodes fondamentales de l’ascétisme chez les chrétiens furent adoptées à partir de ses écrits et de ses enseignements.
Construction de monastères en tous lieux
Après ce début, une véritable fièvre de construction de monastères s’empara de toute l’Égypte, et des monastères pour moines et moniales furent édifiés en divers endroits. Certains d’entre eux furent construits pour accueillir jusqu’à trois mille moines. En 325 apr. J.-C., un moine chrétien nommé Pachôme apparut en Égypte et bâtit dix grands monastères pour les moines et les moniales. Par la suite, ce mouvement s’étendit à la Syrie, à la Palestine, ainsi qu’à divers pays d’Afrique et d’Europe. Au début, les responsables de l’Église rencontrèrent de terribles difficultés au sujet de cet ascétisme. En effet, ils considéraient certes le renoncement au monde, la chasteté, la pauvreté et le dénuement comme des idéaux de la vie spirituelle, mais ils ne considéraient pas comme des péchés le fait de se marier, d’avoir des enfants et de posséder des biens, contrairement aux moines. Finalement, sous l’influence de personnes telles qu’Athanase (mort en 303 apr. J.-C.), saint Basile (mort en 379 apr. J.-C.), saint Augustin (mort en 430 apr. J.-C.) et Grégoire le Grand (mort en 609 apr. J.-C.), de nombreuses règles et pratiques de l’ascétisme furent progressivement intégrées à l’administration de l’Église.
Les caractéristiques de la continuité de l’ascétisme
Voici, en résumé, quelques caractéristiques de cette innovation ascétique :
Premièrement : sa première caractéristique consiste en une ascèse rigoureuse et en l’imposition de souffrances au corps par des moyens toujours nouveaux.
Deuxièmement : demeurer constamment sale et malpropre constitue sa deuxième caractéristique. Ils se tenaient éloignés de la propreté et de l’hygiène. Pour eux, se baigner ou mettre de l’eau sur son corps était contraire à l’adoration d’Allah. Ils considéraient la propreté du corps comme une impureté de l’esprit.
Troisièmement : l’ascétisme a pratiquement déclaré totalement illicite la vie conjugale et a impitoyablement supprimé les relations matrimoniales. Tous les écrits des quatrième et cinquième siècles regorgent de l’idée que la virginité est la plus haute norme morale et que la chasteté signifie renoncer complètement aux relations sexuelles, qu’il s’agisse ou non de relations entre époux. On considérait que la perfection de la vie sainte consistait à détruire complètement son nafs, de sorte qu’il ne subsiste en lui aucun désir de jouissance physique. Selon eux, il était nécessaire d’éradiquer les désirs, car ceux-ci renforçaient les instincts bestiaux. La jouissance et le péché étaient employés chez eux dans le même sens. Même le fait de prendre plaisir était, à leurs yeux, comparable à l’oubli d’Allah. Saint Basile interdit à la fois le rire et le sourire. Sur la base de ces conceptions, les relations conjugales entre hommes et femmes étaient considérées comme impures à leurs yeux. Il était non seulement interdit à un moine de se marier, mais même de regarder la silhouette d’une femme. S’il était marié, il devait abandonner son épouse et partir. On inculquait également aux femmes l’idée que, si elles voulaient entrer au royaume des cieux, elles resteraient vierges toute leur vie, deviendraient les fiancées ou les épouses du Messie et auraient la chance de devenir la mère de Dieu, c’est-à-dire la belle-mère du Messie (Mother in Law of God). Il dit ailleurs que la première tâche du voyageur sur cette voie (du salik) est de couper, avec la hache de la chasteté, le bois des liens conjugaux. Sous l’effet de ces enseignements, après l’éveil de la ferveur religieuse, la première conséquence pour un homme chrétien et une femme chrétienne fut que leur vie conjugale heureuse prit fin pour toujours.
L’administration de l’Église s’opposa de son mieux à cette conception extrémiste pendant trois siècles. Au quatrième siècle, l’idée s’enracina progressivement selon laquelle il était extrêmement honteux qu’une personne chargée d’une fonction dans l’Église soit mariée. En 362 de l’ère chrétienne, le concile de Gengra (Council of Gengra) fut la dernière institution ou assemblée à considérer de telles croyances comme contraires à la religion. Mais peu après, en 386, le Synode romain conseilla à tous les prêtres de s’abstenir de relations conjugales. L’année suivante, Siricius ordonna que tout prêtre qui se marierait ou qui entretiendrait des relations avec son épouse après son mariage soit destitué.
Quatrièmement : l’aspect le plus douloureux de l’ascétisme est qu’il a également rompu les liens entre parents et enfants, ainsi qu’entre frères et sœurs. Aux yeux des saints et des moines chrétiens, l’amour des enfants envers leurs parents, l’amour entre frères et sœurs et l’amour des parents envers leurs enfants étaient eux aussi des péchés. Selon eux, il était indispensable, pour progresser spirituellement, de rompre tous les liens. De ce point de vue, l’ascétisme considérait que celui qui désire l’amour de Dieu doit rompre tous les liens de l’amour humain qui, en ce monde, l’attachent à ses parents, à ses frères et sœurs et à ses enfants.
Cinquièmement : l’habitude qu’ils avaient de traiter avec barbarie, cruauté et dureté leurs proches parents faisait disparaître leurs sentiments humains. Il en résultait qu’ils infligeaient d’extrêmes persécutions et tortures à ceux avec lesquels ils avaient des divergences religieuses. Jusqu’au quatrième siècle, le christianisme se divisa en quatre-vingts ou quatre-vingt-dix petits groupes. Saint Augustin en compta 88 à son époque. Ces groupes se vouaient une haine extrême les uns aux autres. Ce furent les moines qui attisèrent le feu de cette haine. Les moines furent également à l’avant-garde lorsqu’il s’agissait de brûler vifs les adversaires qui soutenaient des opinions divergentes. Le point culminant de ces affrontements entre groupes se trouvait à Eskandarie, ou Alexandrie.
Six : la renonciation et l’indifférence à l’égard des biens matériels n’ont nullement empêché l’accumulation des richesses terrestres sous couvert de pauvreté et de dervicherie. Au début du Ve siècle, la situation en était arrivée au point que l’évêque de Rome vivait dans son propre palais comme un roi. Lorsque son équipage sortait dans les rues, son faste et son apparat n’avaient rien à envier à ceux de l’empereur de Rome. À mesure que les richesses affluaient dans les monastères et les églises, jusqu’au VIIe siècle (l’époque de la révélation du Coran), ce flux finit par prendre l’ampleur d’une puissante inondation. — Ce qui contribua particulièrement à cette décadence, c’est que, lorsque le peuple se mit à vénérer excessivement les moines en voyant leurs pratiques ascétiques extraordinaires et leur extrême maîtrise des passions, nombre d’individus avides de richesses revêtirent l’habit des derviches et rejoignirent les rangs des moines. Sous le déguisement du renoncement au monde, ils développèrent si bien le commerce des biens terrestres que même les plus grands cupides ne pouvaient rivaliser avec eux.
Sept : même en matière de chasteté, l’ascétisme, en luttant contre la nature, essuya défaite sur défaite. — Dans les monastères, certaines pratiques rigoureuses de maîtrise des passions étaient telles que les prêtres ascètes vivaient ensemble et, parfois, couchaient à deux dans le même lit pour se livrer à des exercices encore plus austères. Saint Évagre (St. Evagrius), louant la maîtrise des passions de ces prêtres de Palestine, dit qu’ils se baignaient avec des femmes pratiquant l’ascèse, qu’ils se regardaient, se touchaient et s’embrassaient. Pourtant, la nature ne pouvait pas les vaincre. — La nature ne laisse jamais impunis ceux qui la combattent. L’histoire honteuse de la déchéance morale dans laquelle l’ascétisme finit par tomber en s’opposant à la nature constitue une tache indélébile de l’histoire religieuse, du VIIIe au XIe siècle. — Les ouvrages rédigés par les auteurs du Moyen Âge rapportent de nombreuses accusations selon lesquelles les khanqahs ou monastères des prêtres étaient devenus des lieux de débauche. À l’intérieur de leurs quatre murs, on se livrait sans retenue au massacre des nouveau-nés. Les prêtres et les responsables religieux des églises entretenaient également des relations illicites avec des femmes avec lesquelles le mariage leur était interdit. Les crimes contre nature dans les monastères prirent eux aussi une ampleur considérable. (Sourate al-Kahf, note 20)
La valeur historique des livres de la Bible
De même que chez les juifs, les chrétiens n’ont pas pu préserver leur Livre céleste. C’est pourquoi des conceptions erronées, des croyances et des prescriptions ont pénétré la religion par la voie de la déformation. Si la véritable Bible (l’Évangile) avait été préservée, le christianisme n’aurait pas pris sa forme actuelle. Nous présentons ci-dessous les recherches de Mawlana Sayyid Abul Ala Maududi concernant les livres de la Bible. (Les compilateurs)
Recherche sur les sources
Les ouvrages que nous appelons aujourd’hui l’Évangile ou la Bible comprennent en réalité quatre grands livres : Matthieu (Mathew), Marc (Mark), Luc (Luke) et Jean (John). Mais aucun d’entre eux n’est un livre révélé à Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui). De même que le Noble Coran rassemble tous les versets et toutes les sourates révélés par Allah à Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les révélations qui furent faites à Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui) ne se trouvent réunies dans aucun livre. Quant aux bons conseils et aux orientations transmis par les apôtres de Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui), ou par les disciples des apôtres, ils ont consigné dans ces livres, selon ce qu’ils en savaient, la vie de Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui) ainsi que ses enseignements.
Le livre attribué à Matthieu
Comme on ne connaît la source d’aucun des ouvrages susmentionnés, ils ne sont pas particulièrement dignes de confiance. Le premier livre a été attribué à l’apôtre Matthieu, compagnon de Hazrat Jésus le Messie, mais il est établi par l’histoire qu’il n’a pas été écrit par Matthieu. Le véritable ouvrage de Matthieu, la Logia (Ligia), a disparu. Le livre attribué à Matthieu a été écrit par un auteur anonyme. Pour le composer, celui-ci s’est également servi de la Logia, en plus d’autres ouvrages. Dans ce livre, Matthieu lui-même est présenté comme le serait un inconnu. (Matthieu, chapitre 9, verset 9, dit : « Jésus avançait et vit un homme nommé Matthieu assis au bureau des impôts. » Il est évident qu’un auteur ne peut pas parler ainsi de lui-même.) La lecture de ce livre révèle ensuite que la majeure partie de son contenu a été empruntée à l’Évangile de Marc. En effet, sur ses 1 068 versets, 470 se retrouvent mot pour mot dans l’Évangile de Marc. Si son auteur avait été un apôtre, il n’aurait nullement eu besoin de recourir à l’aide d’un homme qui n’était ni apôtre ni quelqu’un ayant jamais vu Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui). Les savants chrétiens disent que ce livre a été écrit en l’an 70, c’est-à-dire 41 ans après Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui). Certains affirment qu’il a été composé en l’an 70.
Livre attribué à Marc
Le deuxième livre est attribué à Marc, et l’on admet généralement que Marc en est lui-même l’auteur. Mais il est établi qu’il n’a jamais rencontré Jésus et qu’il n’a pas non plus été son disciple. (Certains disent qu’au moment où Jésus fut crucifié, il se tenait là à regarder le spectacle. Cela n’est toutefois pas prouvé. — L’auteur.) En réalité, il était disciple de l’apôtre Pierre (St. Peter). Il mettait par écrit en grec tout ce qu’il entendait de lui. C’est pourquoi les auteurs chrétiens l’appelaient le porte-parole de Pierre. On estime que cet ouvrage fut composé entre 63 et 70 après J.-C.
Livre attribué à Luc
Le troisième livre est attribué à Luc. Il est unanimement reconnu que Luc n’a jamais vu le Messie et n’a rien reçu de lui. Il était disciple de saint Paul. Il fut constamment le compagnon de Paul et, dans son Évangile, il a tout consigné en qualité de porte-parole de Paul. Pourtant, Paul lui-même appelle cet Évangile son propre Évangile. Mais il est établi que saint Paul lui-même n’avait pas bénéficié de la compagnie du Messie et que, selon le récit des chrétiens, il adopta le christianisme six ans après la crucifixion du Messie. C’est pourquoi on ne trouve absolument aucun lien de continuité entre Luc et le Messie dans le récit. L’histoire de la composition de l’Évangile de Luc n’est d’ailleurs pas déterminée. Selon certains, il fut composé en 57 après J.-C., et selon d’autres, en 74. Mais, selon des spécialistes tels que Heringke, Mixgiffart et Plummer, cet ouvrage ne fut pas écrit avant 80 après J.-C.
Livre attribué à Jean
Le quatrième livre est attribué à Jean. Selon les recherches modernes, cet ouvrage n’a pas été écrit par le célèbre apôtre Jean. Il est plutôt l’œuvre d’un homme de famille inconnue, nommé Jean (Yahya ou John). Cet ouvrage fut rédigé longtemps après le Messie, en 90 après J.-C. ou plus tard. Heringk repousse cette date jusqu’à 110 après J.-C. Aucun de ces livres ne possède une chaîne narrative qui remonte jusqu’au Messie. Il est impossible d’affirmer avec certitude, au sujet de leur transmission, ce que le Messie a dit ou n’a pas dit. Mais une recherche approfondie révèle que les preuves documentaires de ces livres laissent largement place au doute.
Six raisons de considérer les Évangiles comme peu fiables
Les récits des quatre premiers Évangiles présentent des divergences. Ainsi, le sermon sur la montagne, qui constitue le fondement de l’enseignement et de l’éducation chrétienne, est rapporté de manière différente et contradictoire dans chacun des trois Évangiles de Matthieu, Marc et Luc.
Deuxièmement : dans chacun des quatre Évangiles, les pensées et les réactions de leurs auteurs apparaissent clairement. Matthieu semble s’adresser aux Juifs et leur accorder, semble-t-il, une dernière possibilité. Marc s’adresse aux Romains et souhaite les familiariser avec la doctrine israélite. Luc est le porte-parole de saint Paul et cherche à soutenir ses revendications contre les autres apôtres. Il semble avoir été influencé par les courants philosophiques qui se répandirent parmi les chrétiens vers la fin du premier siècle. Ainsi, les divergences de sens entre ces quatre Évangiles sont plus importantes que leurs divergences de formulation.
Troisièmement : tous les livres des Évangiles furent rédigés en grec. Or la langue de Jésus (paix sur lui) et de tous ses apôtres était le syriaque. Il est donc tout à fait naturel que la diversité des langues ait également entraîné des divergences dans l’interprétation des idées.
Quatrièmement : aucune tentative de mettre les Évangiles par écrit ne fut entreprise avant le deuxième siècle chrétien. Jusqu’en 150 de notre ère, l’opinion générale était que le récit oral était plus utile que le récit écrit. Vers la fin du deuxième siècle naquit le désir de les consigner par écrit. Cependant, les écrits de cette époque n’étaient pas considérés comme fiables. Le premier texte authentique du Nouveau Testament fut approuvé lors du concile de Carthage, tenu en 397 de notre ère.
Cinquièmement : les plus anciennes versions des Évangiles actuellement disponibles datent du milieu du quatrième siècle chrétien. La deuxième version date du cinquième siècle, et la troisième, incomplète, qui se trouve dans la bibliothèque du pape à Rome, n’est pas non plus antérieure au quatrième siècle. Il est donc difficile de dire dans quelle mesure les Évangiles qui circulaient durant les trois premiers siècles concordent avec les Évangiles actuels.
Sixièmement : contrairement au Coran, aucune tentative n’a été faite pour mémoriser les livres des Évangiles. Leur transmission reposait sur des récits reproduisant le sens. Ils ne pouvaient naturellement être exempts ni des défaillances de la mémoire ni de l’influence des conceptions personnelles des narrateurs. Plus tard, lorsque le travail de rédaction commença, il dépendit du bon vouloir des copistes. Lors de la copie, chacun pouvait facilement supprimer tout ce qui lui semblait contraire à ses idées et ajouter ce qui lui convenait lorsqu’il y trouvait une lacune.
C’est pour ces raisons que nous ne pouvons affirmer avec certitude que les quatre Évangiles contiennent les véritables enseignements du Messie. Toute cette discussion a été menée à la lumière des ouvrages suivants :
Dummelow – Commentary on the Holy Bible
W. K. Cheyne – Encyclopaedia Biblica
Willman – Histoire du christianisme
L’enseignement véritable de Jésus (paix sur lui)
Le témoignage le plus éminent concernant l’enseignement et la formation de Jésus (paix sur lui)
Les quatre Évangiles que l’Église chrétienne qualifie d’écritures religieuses fiables et universellement reconnues (Lanocical Gospcls) ne constituent pas une source fiable pour connaître la vie, l’enseignement et la formation de Jésus (paix sur lui). Bien au contraire, il existe une source beaucoup plus fiable. Les chrétiens ont fait des efforts particuliers pour la garder secrète. Pendant plusieurs siècles, elle ne pouvait être trouvée nulle part dans le monde. (Au XVIe siècle, un exemplaire de la traduction italienne de cet ouvrage se trouvait dans la bibliothèque du pape Sixtas, et personne n’avait l’autorisation de le lire. Au début du XVIIIe siècle, il tomba entre les mains d’un homme nommé John Tuckland. Après être passé de main en main, il parvint en 1738 à la Bibliothèque impériale de Vienne. En 1907, sa traduction anglaise fut publiée par la Clarendon Press d’Oxford. Il est probable que, dès sa publication, le monde chrétien comprit que ce livre sapait les fondements mêmes de la religion attribuée à Jésus. C’est pourquoi les exemplaires imprimés furent habilement faits disparaître. Il ne fut ensuite plus possible de le réimprimer. Un autre exemplaire existait au XVIIIe siècle ; il avait été traduit de l’italien en espagnol. George Sale le mentionne dans la préface de son ouvrage contenant sa traduction anglaise du Coran. Celui-ci aussi a été fait disparaître. Il n’en reste aujourd’hui aucune trace. – L’auteur) La prétendue libéralité intellectuelle du monde occidental trouve ici un exemple révélateur : aucun ouvrage n’a été autorisé à subsister, que ce soit pour la recherche pure ou comme document historique (record). – Les compilateurs
Récemment, Lonsdale et Laura Ragg ont traduit en italien le manuscrit de l’Évangile de Barnabé conservé à la Bibliothèque impériale de Vienne. Cet ouvrage a été publié par le waqf Begum Ayesha Bawani de Karachi. – Le traducteur
J’ai eu l’occasion de lire une copie photostatique de la traduction anglaise publiée à Oxford, et je l’ai lue intégralement avec la plus grande attention. J’ai compris qu’il s’agissait d’un immense trésor dont les chrétiens se sont obstinément privés en raison de leur extrême fanatisme. (Partout où l’Évangile susmentionné est mentionné dans la littérature chrétienne, il est rejeté sous prétexte qu’il s’agirait d’un faux évangile, probablement composé par un musulman puis attribué à Barnabé. Mais c’est un mensonge éhonté. La raison de ce mensonge est que cet ouvrage contient çà et là des prophéties explicites concernant le prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui). Premièrement, la lecture de ce livre montre clairement qu’il n’est pas l’œuvre d’un musulman. Deuxièmement, s’il avait été écrit par un musulman, on en aurait trouvé de nombreux exemplaires parmi les musulmans et les ouvrages rédigés par les savants musulmans l’auraient mentionné. Or, la réalité est qu’avant la préface de la traduction anglaise du Coran par George Sale, aucun musulman ne connaissait même son existence. Parmi les auteurs qui, dans le monde musulman, étaient au fait de la littérature chrétienne — Tabari, Ya‘qubi, Mas‘udi, Al-Biruni, Ibn Hazm et d’autres — aucun, lorsqu’il traitait du christianisme, ne faisait la moindre allusion à l’Évangile de Barnabé. Parmi les meilleurs catalogues des livres conservés dans les bibliothèques du monde islamique figurent l’Al-Fihrist d’Ibn al-Nadim et le Kashf al-Zunun de Haji Khalifa. Là encore, il n’en est fait aucune mention. Avant le XIXe siècle, aucun savant musulman n’avait même prononcé le nom de l’Évangile de Barnabé. Troisièmement, et c’est la preuve la plus importante, l’Évangile de Barnabé figurait parmi les livres interdits à l’époque du premier Gélase, soixante-quinze ans avant la naissance du Prophète (paix et bénédictions sur lui) (Evngelium Barnabe). La question est donc la suivante : quel musulman aurait pu composer ce faux ouvrage à cette époque ? – L’auteur
Aucun des auteurs des quatre ouvrages considérés comme légitimes et fiables puis intégrés à la Bible n’était un compagnon de Jésus (paix sur lui). Aucun d’eux n’a non plus prétendu avoir appris quelque chose des compagnons de Jésus et l’avoir ajouté à l’Évangile qu’il avait composé. Ils n’ont indiqué aucune des sources auprès desquelles ils avaient acquis ces connaissances ; on ne peut donc pas dire que le narrateur rapportait les événements qu’il avait lui-même vus et tout ce qu’il avait entendu, ni que ces informations lui étaient parvenues par une ou plusieurs sources. En revanche, l’auteur de l’Évangile de Barnabé affirme : « Je suis l’un des douze premiers apôtres du Messie. Je suis resté avec le Messie du début à la fin, et je consigne dans cet ouvrage les événements que j’ai vus de mes propres yeux et les paroles que j’ai entendues de mes propres oreilles. » Il ajoute à la fin du livre : « Au moment de quitter ce monde, le Messie m’a dit : “Il est de ta responsabilité de dissiper les idées erronées qui se sont répandues parmi les hommes à mon sujet et de leur exposer la réalité.” » (Qui était ce Barnabé ? Dans le texte authentique de la Bible, le nom de cet homme est mentionné à plusieurs reprises. Il appartenait à une famille juive de Chypre. Sa contribution à la propagation du christianisme et son aide au Messie y sont louées. Mais il n’est dit nulle part à quel moment il adopta le christianisme. Son nom ne figure pas dans la liste des douze premiers apôtres donnée dans l’Évangile. Il est donc impossible d’affirmer que l’auteur de cet Évangile était ce Barnabé ou quelqu’un d’autre. Deux noms diffèrent entre la liste des apôtres donnée par Matthieu et Marc et celle attribuée à Barnabé. Le premier est Luc, au nom duquel Barnabé inscrit son propre nom. Le second est Simon le Cananéen, à la place duquel il donne le nom de Judas, fils de Jacob. Ce second nom figure également dans l’Évangile de Luc. Il est donc raisonnable de penser qu’à une époque ultérieure, le nom de Luc fut inséré afin d’exclure Barnabé du groupe des apôtres et de faire disparaître son Évangile. Pour les érudits chrétiens, apporter ce genre de modifications aux ouvrages religieux n’est pas un acte illégal. – L’auteur)
Les caractéristiques distinctives de l’Évangile de Barnabé
Si quelqu’un étudie cet Évangile avec un esprit impartial, libéré de toute forme d’hostilité aveugle, et le compare aux quatre Évangiles du Nouveau Testament, il ne pourra que conclure que l’Évangile de Barnabé est de loin supérieur à ces quatre Évangiles. Il y décrit en détail la situation de Jésus (paix sur lui), et le récit est rapporté de telle manière que l’on a l’impression de voir réellement les événements. Comparées aux récits incohérents des quatre Évangiles concernant ces événements, les descriptions historiques de Barnabé sont beaucoup plus cohérentes et permettent de mieux comprendre la succession des faits.
L’enseignement authentique de Jésus (paix sur lui) et un style narratif captivant
Comparé aux quatre Évangiles, l’Évangile de Barnabé expose l’enseignement de Jésus (paix sur lui) de manière détaillée et dans un langage touchant. L’enseignement de l’unicité divine, la réfutation du polythéisme, les attributs d’Allah, la force spirituelle du culte et la noblesse du caractère y sont présentés de façon très rationnelle et détaillée. On ne trouve même pas un dixième, dans ces quatre Évangiles, des exemples éducatifs par lesquels le Messie a exposé ces sujets avec un tel style. Il apparaît également clairement à quel point le Messie instruisait et formait ses disciples avec sagesse. Quiconque connaît, ne serait-ce qu’un peu, son langage, son style narratif, sa nature et son goût sera obligé, après avoir lu cet Évangile, de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un récit fabriqué par quelqu’un à une époque ultérieure. Au contraire, on n’y trouve aucune trace des contradictions qui apparaissent entre les différentes paroles qui lui sont attribuées dans les quatre Évangiles.
Conformité avec l’enseignement de tous les prophètes
Dans l’Évangile considéré, la vie de Jésus (paix sur lui) et son enseignement apparaissent exactement semblables à la vie et à l’enseignement d’un prophète. Il se présente comme un prophète et proclame la véracité de tous les prophètes et des Livres antérieurs. Il affirme clairement qu’il n’existe aucun autre moyen d’atteindre la vérité que l’enseignement des prophètes. Celui qui abandonne les prophètes abandonne en réalité Allah. Il présente exactement les mêmes conceptions de l’unicité divine, de la mission prophétique et de l’au-delà que celles enseignées par tous les prophètes. Il incite à la prière, au jeûne et à la zakat. Les descriptions de sa prière que Barnabé rapporte en de nombreux endroits montrent qu’il priait aux heures du fajr, du zuhr, de l’asr, du maghrib, de l’isha et du tahajjoud. Il accomplissait toujours les ablutions avant la prière. Il reconnaissait David (paix sur lui) et Salomon (paix sur lui) comme des prophètes, alors que les juifs et les chrétiens les ont exclus de leur liste des prophètes. Il considérait Ismaël (paix sur lui) comme celui qui devait être sacrifié et amène un érudit à reconnaître qu’en réalité, c’était bien Ismaël qui devait être sacrifié. Les Israélites ont, par des interprétations forcées, fait d’Isaac (paix sur lui) celui qui devait être sacrifié. Son enseignement sur l’au-delà, la Résurrection, l’Enfer et le Paradis est presque identique à celui du Coran.
Le but de la rédaction de l’ouvrage
Il a été dit plus haut que l’auteur de cet ouvrage a exposé, au début de son livre, le but de sa rédaction. Il dit que le but de cet ouvrage est de corriger la pensée de ceux qui, sous l’instigation de Satan, considèrent Jésus comme le fils d’Allah, estiment la circoncision inutile et rendent licites les aliments interdits — Paul, l’imposteur, étant l’un d’entre eux.
Il dit également que, lorsque Jésus (paix sur lui) était présent dans le monde, les soldats romains furent les tout premiers, à son époque, après avoir vu ses miracles, à commencer à le qualifier de dieu, et certains de fils de Dieu. Puis cette contagion gagna la population israélite. Jésus (paix sur lui) en fut extrêmement embarrassé. Il réfuta à maintes reprises et avec la plus grande fermeté cette conception erronée à son sujet, et maudit ceux qui tenaient de tels propos à son égard. Il envoya ensuite ses disciples dans toute la Judée pour réfuter cette croyance et, par sa prière, fit également manifester ces miracles par ses disciples, afin que les gens abandonnent l’idée que celui par l’intermédiaire duquel un miracle se manifeste est Dieu ou le fils de Dieu. Il consigne dans cet ouvrage un exposé détaillé de la manière dont Jésus (paix sur lui) réfuta avec tant de fermeté cette croyance erronée. Il affirme également à plusieurs endroits combien Jésus (paix sur lui) fut affligé par la propagation de cette égarement.
En outre, il réfute également la croyance de saint Paul selon laquelle le Messie serait mort sur la croix. Rapportant ce qu’il avait vu de ses propres yeux, il dit que lorsque Judas Iscariote, après avoir reçu un pot-de-vin du grand prêtre juif, vint avec des soldats pour arrêter Jésus (paix sur lui), quatre anges, sur l’ordre d’Allah le Très-Haut, emportèrent Jésus (paix sur lui), tandis que l’apparence et la voix de Judas Iscariote devinrent exactement semblables à celles de Jésus (paix sur lui). Ce fut donc Judas qui fut crucifié, et non Jésus. Ainsi, cet Évangile sape les fondements du christianisme instauré par saint Paul, et le clergé chrétien le rejeta précisément parce qu’il concordait avec le récit donné dans le Coran. (Il est grandement malheureux pour les chrétiens que, par simple entêtement, ils aient perdu l’occasion que leur offrait l’Évangile de Barnabé de corriger leurs croyances et d’acquérir l’enseignement véritable de Jésus (paix sur lui).) — L’auteur (sourate Al-Hadîd, note 54)
L’enseignement de Jésus (paix sur lui) dans les quatre Évangiles reçus
Puisque les circonstances dans lesquelles Sayyiduna le Messie (paix sur lui) présenta aux habitants de la Palestine l’appel au gouvernement divin ressemblent à notre situation actuelle, sa méthode d’action contient pour nous une orientation.
L’appel au tawhîd
Et l’un des docteurs de la Loi lui demanda : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus répondit : « Voici le premier : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur, et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. » — Le docteur lui dit : « Très bien, Maître, vous avez dit vrai : il est un, et il n’y en a pas d’autre que lui. » Marc 12:28-32
Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui. — Luc 4:8
Le gouvernement divin
Priez donc ainsi : « Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton royaume vienne, que ta volonté soit faite, comme au ciel, ainsi sur la terre. » — Matthieu 6:9-10
Dans le dernier verset, le Messie (sur lui la paix) clarifie son objectif. L’idée fausse généralement répandue était que le royaume de Dieu signifiait un royaume spirituel. Le verset précité démontre que cette conception est erronée. Son objectif explicite était que la loi de Dieu et les prescriptions de la charia soient appliquées de la même manière que ses lois naturelles sont appliquées dans l’ensemble de la création. Il préparait des hommes pour cette révolution.
Appel à lutter contre le faux
Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter le châtiment, mais l’épée. Car je suis venu séparer le fils de son père, la fille de sa mère et la bru de sa belle-mère ; et les propres membres de la famille de chacun deviendront ses ennemis. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.
L’épreuve est inévitable sur le chemin de la vérité
Et celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Celui qui cherche à sauver sa vie la perdra, et celui qui perd sa vie à cause de moi la retrouvera. — Matthieu 10:38-39 (Prendre la croix signifie se préparer à la mort ; comme on dit en ourdou, garder sa tête dans la paume de la main, c’est-à-dire être prêt à mourir — l’auteur.)
Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. — Matthieu 16:24 (Le renoncement à soi-même signifie le culte de soi et l’intérêt personnel — l’auteur.)
Le frère livrera son frère à la mort, et le père livrera son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir. Vous serez haïs de tous à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. Matthieu 10:21-22
Si quelqu’un vient à moi et ne considère pas comme moins chers son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa propre croix ne peut pas non plus être mon disciple. En effet, lequel d’entre vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour en calculer la dépense et voir s’il a de quoi l’achever ? De peur qu’après avoir posé les fondations, s’il ne puisse l’achever, tous ceux qui le verront ne commencent à se moquer de lui en disant : « Cet homme a commencé à bâtir, mais il n’a pas pu achever. » Ou quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec dix mille soldats, affronter celui qui marche contre lui avec vingt mille ? Et s’il ne le peut pas, tandis que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander les conditions de paix. Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple. — Luc 14:26-34
Un mouvement révolutionnaire
Ces versets ou hymnes prouvent clairement que Jésus n’est pas apparu uniquement pour prêcher une religion. Bien au contraire, son objectif principal était de transformer l’ensemble du système civilisationnel et politique, ce qui devait nécessairement entraîner un conflit et une confrontation avec l’État juif, l’autorité des juristes et des Pharisiens, bref, avec tous les adorateurs de leurs passions et de leurs intérêts personnels. C’est pourquoi il disait clairement aux gens que l’œuvre qu’il allait accomplir était extrêmement dangereuse et que seuls ceux qui étaient prêts à affronter tous les dangers et toutes les épreuves pouvaient le suivre.
L’inspiration à la tolérance
Mais moi, je vous dis : ne résistez pas au méchant. Au contraire, si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. Et si quelqu’un veut te faire un procès pour prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te contraint à faire un mille, fais-en deux avec lui. — Matthieu 5:39-41
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme et le corps. — Matthieu 10:28
L’appel à renoncer aux illusions du monde et à se soucier de l’au-delà
Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les mites et la rouille les consument, et où les voleurs percent les murs et dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où les mites et la rouille ne consument pas, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. — Matthieu 6:19-20
Nul ne peut servir deux maîtres ; car ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et la richesse. C’est pourquoi je vous dis : ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni, pour votre corps, de ce dont vous vous vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ; pourtant votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Et qui d’entre vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; pourtant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne le fera-t-il pas à plus forte raison pour vous, gens de peu de foi ? Ne vous inquiétez donc pas en disant : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi nous vêtirons-nous ? Car ce sont les païens qui recherchent toutes ces choses. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. — Matthieu 6:24-33
Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez à la porte, et l’on vous ouvrira. – Matthieu 7:7
Le but de l’enseignement de la patience dans l’épreuve
L’idée erronée la plus répandue est que Jésus (que la paix soit sur lui) enseigne le rejet de l’ascétisme et le détachement à l’égard des biens matériels. Pourtant, au début de ce mouvement révolutionnaire, il n’y avait d’autre moyen que d’enseigner aux hommes la patience, la persévérance, la confiance en Allah et autres vertus semblables. Lorsqu’un système culturel et politique est établi et étendu sur la terre avec toute sa puissance, et qu’il tient entre ses mains tous les moyens de subsistance, aucun groupe ne peut se lever pour la révolution tant qu’il n’aura pas extirpé de son cœur l’amour de la vie et des biens, qu’il ne sera pas prêt à endurer les souffrances et disposé à subir de nombreuses pertes. Lutter contre le système établi signifie en réalité attirer sur soi toutes sortes de dangers et d’épreuves. Ceux qui doivent accomplir cette tâche doivent, après avoir reçu une gifle, être prêts à en recevoir une seconde. Si leur vêtement de dessus leur est arraché, ils doivent également être prêts à abandonner leur manteau. Ils doivent effacer de leur cœur le souci de la nourriture et du vêtement. On ne peut espérer obtenir sa subsistance en combattant ceux qui détiennent les trésors de la subsistance. Ainsi, seuls ceux qui peuvent se détourner de tous les moyens matériels, placer leur confiance uniquement en Allah et s’engager dans cette voie sont capables de lutter contre eux.
Le manifeste général du gouvernement divin
Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux et mon fardeau léger. – Matthieu 11:28-30
Il ne serait probablement pas possible de rédiger le manifeste du gouvernement divin dans une langue plus concise et plus touchante. Le joug de la domination des hommes sur les hommes est extrêmement dur et pesant. Au message que le héraut du gouvernement divin peut adresser aux hommes écrasés sous ce fardeau dur et lourd, voici ce qu’il peut leur dire : le joug du gouvernement, ou la lourde responsabilité, qu’il veut leur imposer est aussi doux que léger.
Le pouvoir de gouverner est un immense service
Mais il leur dit : Les rois des nations les dominent, et ceux qui les gouvernent se font appeler bienfaiteurs. Il n’en sera pas de même pour vous ; au contraire, que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui commande comme celui qui sert. – Luc 22:25-26
Le Messie donnait ces conseils à ses apôtres et à ses compagnons. On trouve diverses paroles à ce sujet dans les Évangiles. Leur sens est le suivant : après avoir chassé les Pharaons et les Nimrod, ne devenez pas vous-mêmes des Pharaons et des Nimrod.
Critique des savants et des chefs religieux juifs
Alors Jésus dit aux foules et à ses disciples : « Les scribes et les Pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent, mais n’agissez pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas. Ils lient de lourds fardeaux, difficiles à porter, et les mettent sur les épaules des gens, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Ils font toutes leurs œuvres pour être vus des gens ; ils élargissent leurs phylactères et agrandissent les franges de leurs vêtements. Ils aiment la première place dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, les salutations sur les places publiques et être appelés par les gens “Rabbi” (maître). » — Matthieu 23:2-7
« Mais malheur à vous, scribes et Pharisiens, hypocrites ! Parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux ; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent y entrer. Malheur à vous, scribes et Pharisiens, hypocrites ! Parce que vous parcourez mer et terre pour faire un seul prosélyte, et quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois pire que vous. » — Matthieu 23:13-15
Guides aveugles, vous filtrez le moucheron, mais vous avalez le chameau. — Matthieu 23:24
« Malheur à vous, scribes et Pharisiens, hypocrites ! Parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis, qui paraissent beaux au-dehors, mais qui, au-dedans, sont remplis d’ossements de morts et de toute sorte d’impureté. De même, vous paraissez au-dehors justes aux yeux des hommes, mais au-dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et d’iniquité. » — Matthieu 23:27-28
Telle était la situation de ceux qui, à cette époque, détenaient et transmettaient la Loi religieuse. Bien qu’ils possédassent la connaissance de la religion, ils s’égaraient eux-mêmes en adorant leurs passions. Sur la voie de cette révolution, ils constituaient un obstacle encore plus grand que les dirigeants romains.
La conspiration des chefs religieux contre Jésus
Alors les pharisiens allèrent délibérer sur la manière de le prendre au piège par ses paroles. Puis ils lui envoyèrent leurs disciples avec les hérodiens (à l’époque de Hazrat Issa, il existait dans une partie de la Palestine un État juif qui ressemblait à un royaume indigène et reconnaissait la suzeraineté de l’Empire romain. Il était généralement appelé l’État hérodien, d’après le nom de son fondateur, Hérode. Ici, le terme « hérodiens » désigne les policiers et les membres des services de renseignement de cet État. — L’auteur), qui lui dirent : « Maître, nous savons que vous êtes véridique et que vous enseignez véritablement la voie de Dieu, sans craindre personne, car vous ne vous souciez pas de l’opinion des hommes. Dites-nous donc : quel est votre avis ? Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ? » Mais Jésus, comprenant leur malice, leur dit : « Hypocrites, pourquoi me mettez-vous à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Alors ils lui apportèrent un denier. Il leur dit : « De qui sont cette effigie et ce nom ? » Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » — Matthieu 22:15-21
Cet épisode montre qu’il s’agissait en réalité d’une manœuvre perfide. Pour faire échouer ce mouvement, les pharisiens voulaient provoquer prématurément un affrontement entre Hazrat Issa et le gouvernement, afin de l’écraser par la force de l’État avant que le mouvement ne devienne puissant. C’est pourquoi cette question fut soulevée devant les services de renseignement hérodiens : pouvait-on payer l’impôt à César ? La parole pleine de sens prononcée en réponse par Hazrat al-Masih a toujours été comprise, par les chrétiens comme par les non-chrétiens, dans le sens suivant : consacrez le culte à Dieu et obéissez au gouvernement qui existe parmi vous. Mais, en réalité, il ne dit ni qu’il était juste de payer l’impôt à César — car cela aurait été contraire à son appel — ni qu’il ne fallait pas le lui payer, car son mouvement n’avait pas encore atteint le stade où il aurait pu ordonner de cesser de payer l’impôt. Il prononça donc cette parole subtile : rendez à César son nom et son effigie, et dépensez dans la voie de Dieu l’or que Dieu a créé. Après l’échec de leur complot, les pharisiens soudoyèrent un autre homme parmi les disciples de Hazrat al-Masih et le convainquirent de le faire arrêter à un moment où aucun affrontement populaire ne serait à craindre. Cette tactique réussit. Judas l’Iscariote livra le Messie et le fit arrêter.
Le procès de Hazrat Issa intenté par les notables juifs
Puis ils se levèrent tous en groupe et l’emmenèrent devant Pilate. Ils se mirent à l’accuser en disant : « Nous avons constaté que cet homme égare notre peuple, défend de payer le tribut à César et dit qu’il est lui-même le Christ, le roi. » — Luc 23:1-2. Alors Pilate dit aux grands prêtres et à la foule rassemblée : « Je ne trouve aucune faute chez cet homme. » Mais ils insistèrent avec encore plus de force, disant : « Il soulève le peuple par son enseignement dans toute la Judée, depuis la Galilée jusqu’ici. » (Luc 23:4-5) — Mais ils continuèrent à réclamer avec de grands cris et avec violence qu’il soit crucifié, et leurs cris devinrent de plus en plus forts. — Luc 23:23
Ressemblance avec l’appel du Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) durant la période mecquoise
Ainsi, la mission de Hazrat al-Masih dans le monde échoua sous les efforts de ceux qui se considéraient comme les héritiers de Hazrat Moïse. Selon les témoignages et les preuves historiques, la durée totale de la prophétie de Hazrat al-Masih se situait entre un an et demi et trois ans. Durant cette brève période, il accomplit autant de travail que le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) au cours des trois premières années de sa vie mecquoise. Si quelqu’un étudie comparativement les paroles précitées des Évangiles et les sourates mecquoises du Coran ainsi que les hadiths de la période où le Prophète résida à La Mecque, il y verra une grande ressemblance entre les deux. (Al-Jihad fi-l-Islam, p. 407-410)
La véritable cause de l’égarement des chrétiens
(Arabe)————————
Dis : « Ô gens du Livre ! Ne commettez pas d’excès injustes dans votre religion et ne suivez pas les opinions de ceux qui, avant vous, se sont eux-mêmes égarés, ont égaré beaucoup de gens et se sont écartés du droit chemin. » — Sourate al-Mâ’ida, 77
Les excès des chrétiens et le mal de l’imitation aveugle des autres
Il est ici fait allusion à ces peuples égarés dont les chrétiens adoptèrent les croyances erronées et les mauvaises méthodes. Il est particulièrement fait allusion à la philosophie grecque : influencés par ses idées, ils s’écartèrent de la voie droite — la Sirât al-Mustaqîm — vers laquelle ils avaient d’abord été guidés. Les premiers disciples du Messie professaient des croyances qui ressemblaient en grande partie à la vérité qu’ils avaient eux-mêmes observée et que leur guide et leur chef leur avait enseignée. Mais les chrétiens des générations suivantes, d’une part, poussèrent à l’extrême la vénération qu’ils témoignaient au Messie et, d’autre part, sous l’influence des croyances aveugles et de la philosophie des peuples voisins, commencèrent à donner à leurs croyances une interprétation philosophique exagérée. Ils finirent alors par élaborer une religion entièrement nouvelle, qui n’avait même pas le plus lointain rapport avec l’enseignement véritable du Messie.
L’examen critique d’un érudit chrétien
À ce sujet, le témoignage d’un érudit religieux chrétien du nom de Reverend Charles Anderson Scott mérite une attention particulière. Son long article intitulé Jésus-Christ (Jesus Christ) 0024462 0923620 se trouve dans la quatorzième édition de l’Encyclopædia Britannica. Dans cet article, il dit :
Dans les trois premiers Évangiles (Matthieu, Marc et Luc), rien ne permet de penser que leurs auteurs considéraient Jésus comme autre chose qu’un homme. À leurs yeux, il était un homme, un homme qui avait été béni en recevant l’Esprit de Dieu et qui entretenait avec Dieu une relation si étroite qu’il était juste de l’appeler le fils de Dieu. Matthieu lui-même le désigne comme le fils du charpentier ; et ailleurs, il dit que, après que Pierre l’eut reconnu comme le Messie, il le prit à part et le réprimanda — (Matthieu 16:22). Dans l’Évangile de Luc, nous voyons qu’après la crucifixion, alors que deux disciples de Jésus se rendaient à Emmaüs, ils le mentionnèrent en ces termes : il était un prophète puissant en actes et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple — Luc 24:19.
Il convient de remarquer tout particulièrement que, bien qu’avant la rédaction de l’Évangile de Marc l’usage du mot Seigneur pour Jésus fût devenu courant parmi les chrétiens, Jésus n’est nulle part désigné par ce terme dans l’Évangile de Marc ni dans celui de Matthieu. En revanche, dans ces deux ouvrages, ce terme est employé beaucoup plus souvent pour Allah. Les trois Évangiles mentionnent avec insistance et la dignité qui lui est due le malheur de Jésus. Mais, à l’exception des paroles de Marc relatives à la rançon (Marc 10:45) et de quelques mots vers la fin, on ne trouve nulle part la moindre indication que la mort de Jésus ait un rapport avec le péché des hommes et son expiation.
Il dit encore :
Qu’il se présentait lui-même comme un prophète ressort clairement de différents discours des Évangiles. Ainsi : « Aujourd’hui, demain et après-demain, il me faut poursuivre ma route, car il ne peut arriver qu’un prophète périsse hors de Jérusalem. » — (Luc 13:33). La plupart du temps, il se désigne lui-même comme un fils d’Adam. ——— Jésus ne s’est jamais désigné lui-même comme le fils de Dieu. Lorsque ses contemporains employaient ce terme à son sujet, cela ne signifiait rien d’autre qu’ils le considéraient comme le Messie. Certes, il voulait simplement se désigner par le mot « fils ». ——— En outre, il employait également le mot « père » au sens figuré pour décrire sa relation avec Dieu. ——— Il ne se considérait pas comme unique dans cette relation. Au contraire, il considérait aussi les hommes des premiers temps comme ses compagnons dans cette relation profonde avec Dieu. Toutefois, son expérience ultérieure et son étude approfondie de la nature humaine le contraignirent à penser qu’il était, sur ce point, unique et solitaire.
Cet auteur dit encore,
Ces paroles prononcées par Pierre au moment de la Pentecôte présentent Jésus, l’homme envoyé par Dieu, tel que ses contemporains le connaissaient et le considéraient. ——— Nous apprenons par les Évangiles que, de l’enfance à l’âge adulte, Jésus a franchi de manière parfaitement naturelle les étapes de son développement physique et mental. Il avait faim et soif, il se fatiguait et dormait. Il était étonné et désorienté. Il lui fallait aussi s’informer auprès des gens de la réalité des choses. Il a souffert, enduré des épreuves et subi la mort. Non seulement il n’a pas prétendu tout entendre et tout voir, mais il l’a au contraire nié. ——— En réalité, prétendre qu’il était hâzir-nâzir (Omni-audient et Omnivoyant) serait contraire à toute la conception que nous tirons des Évangiles. De plus, cette prétention ne s’accorde nullement avec les épreuves qu’il subit dans les lieux appelés Gethsémani et Calvaire. Pour rendre ces éléments compatibles, il faudrait considérer ces événements comme totalement dépourvus de fondement. Il faut admettre que, lorsqu’il a été confronté à ces situations, le Messie était soumis aux limites ordinaires de la connaissance humaine. S’il y avait une exception à ces limites, elle consistait seulement en ce qu’il possédait une clairvoyance prophétique et une connaissance directe et certaine de Dieu. Les Évangiles offrent encore moins de raisons de considérer ensuite le Messie comme Tout-Puissant. Nulle part on ne trouve la moindre indication qu’il agissait indépendamment de Dieu, comme s’il ne se souciait pas de Lui. Au contraire, le fait qu’il adressait sans cesse des prières de ce genre — qu’il n’existait aucun autre moyen que la prière d’échapper à ce danger — montre clairement qu’il reconnaissait dépendre entièrement de Dieu. C’est un témoignage important de la fiabilité historique de ces Évangiles : bien qu’ils n’aient pas été rédigés avant que l’Église chrétienne ne commence à considérer le Messie comme une divinité, ces documents ont néanmoins conservé, d’une part, le témoignage de l’humanité réelle du Messie et, d’autre part, ne contiennent aucun témoignage indiquant que le Messie se considérait lui-même comme Dieu.
Le révérend Scott dit également :
Seul saint Paul affirme qu’au moment de la résurrection, c’est par cet acte de résurrection que Jésus fut publiquement élevé, avec pleine autorité, au rang de fils de Dieu. ——— L’expression « fils de Dieu » porte précisément l’idée d’une filiation charnelle. Saint Paul a clarifié la question ailleurs en appelant Jésus le propre fils de Dieu. On ne peut aujourd’hui déterminer qui, des premiers chrétiens ou de saint Paul, employa le premier le terme « Seigneur » comme appellation de Jésus dans son sens proprement religieux. Il est probable que ce furent les premiers. Mais il ne fait aucun doute que Paul commença à employer cette appellation dans toute son acception. Par la suite, il appliqua au Seigneur Jésus-Christ de nombreuses conceptions et expressions techniques qui, dans les anciennes Écritures sacrées, étaient réservées au Seigneur Jéhovah (Allah). Il rendit ainsi son propos encore plus explicite. En même temps, il considérait le Messie comme l’égal de Dieu par sa connaissance, son intelligence et sa grandeur, et l’appelait au sens simple du terme le fils de Dieu. Pourtant, même après avoir, sous divers rapports, placé le Messie au niveau de Dieu, il s’abstint de le proclamer purement et simplement Allah.
L’examen d’un autre spécialiste chrétien
Dans un article intitulé « Christianisme » de l’Encyclopædia Britannica, le révérend George William Fox, abordant les croyances fondamentales de l’Église chrétienne, déclare : « La structure conceptuelle de la Trinité a été empruntée aux Grecs. On a ensuite réaménagé par-dessus la doctrine juive. De ce point de vue, il s’agit pour nous d’un étonnant amalgame. La pensée religieuse est biblique, mais elle a été réélaborée sous la forme d’une philosophie étrangère. »
Les termes « Père », « Fils » et « Saint-Esprit » ont été empruntés à des sources juives. Bien que Jésus ait très rarement employé le dernier de ces termes, et que son sens soit demeuré tout à fait imprécis même lorsque saint Paul l’utilisait, ce mot avait presque acquis une forme personnelle dans la littérature juive. Ainsi, les éléments de cette doctrine sont issus de la religion juive — bien que celle-ci eût déjà été influencée par la pensée grecque avant d’entrer dans cet assemblage — tandis que l’ensemble est purement grec. La question à l’origine de cette doctrine n’était ni morale ni religieuse. C’était plutôt une question entièrement philosophique : quelle est la nature de la relation réciproque entre ces trois éléments, le Père, le Fils et l’Esprit ? La réponse donnée par l’Église figure dans la doctrine adoptée au concile de Nicée. Sous tous ses aspects, elle est le reflet même de la pensée grecque.
Le témoignage de l’histoire de l’Église
À cet égard, l’article intitulé « Church History » dans l’Encyclopaedia Britannica mérite une attention particulière :
Avant même la fin du IIIe siècle chrétien, on avait généralement accepté le Messie comme l’incarnation corporelle de la Parole. Cependant, un grand nombre de chrétiens ne reconnaissaient pas le Messie comme Dieu. Au IVe siècle, une violente controverse éclata à ce sujet, ébranlant les fondements mêmes de l’Église. Finalement, en 325, au concile de Nicée, la conception de la divinité du Messie fut dûment reconnue officiellement comme un dogme chrétien et formulée au moyen de termes spécifiques. Bien que la controverse se poursuivît encore quelque temps, la décision de Nicée finit par triompher. En Orient comme en Occident, elle fut admise de telle sorte que les chrétiens professant la juste croyance devaient y adhérer. En même temps que le Fils était reconnu comme Dieu, l’Esprit fut lui aussi reconnu comme Dieu et se vit attribuer une place aux côtés du Père et du Fils dans la formule du baptême et dans les symboles religieux en usage. Ainsi, la conception du Messie établie à Nicée eut pour conséquence que le dogme de la Trinité devint une partie inséparable de la religion chrétienne. Ensuite, l’affirmation selon laquelle la divinité du Fils s’était incarnée dans la personne du Messie souleva un second problème. Des controverses se poursuivirent à ce sujet pendant le IVe siècle et durant un certain temps par la suite. La question était de savoir quel rapport existait, dans la personne du Messie, entre sa divinité et son humanité. En 451, le concile de Chalcédoine proposa cette solution : la personne du Messie possède deux natures pleinement complètes. Même après leur union, toutes deux demeurent intactes dans leurs caractéristiques distinctes, sans aucune modification. Au concile tenu à Constantinople en 680, on ajouta que les deux natures possédaient également chacune sa propre volonté. Autrement dit, le Messie possède simultanément deux volontés. — À cette époque, l’Église d’Occident s’intéressa particulièrement aux deux questions du péché et de la grâce, et une controverse se prolongea pendant de nombreuses années sur le rôle de Dieu et celui de l’homme dans le salut. Finalement, au deuxième concile d’Orange, en 529, fut adoptée la doctrine selon laquelle, du fait de l’expulsion d’Adam du Paradis, la condition de tout être humain est telle qu’il ne peut faire un seul pas vers le salut tant qu’il n’a pas reçu, par le baptême chrétien, une vie nouvelle grâce à la faveur de Dieu. Même après le commencement de cette vie nouvelle, il ne pourra demeurer dans le bien que si la grâce de Dieu lui apporte son soutien pour l’éternité. Or cette grâce éternelle de Dieu ne peut être obtenue que par l’intermédiaire de l’Église catholique.
Le résultat de la controverse
Il ressort clairement de ces exposés des savants chrétiens que la première chose qui égara les chrétiens fut l’exagération dans le dogme ainsi que dans la vénération et le respect. C’est sur la base de cette exagération que les termes de Seigneur et de Fils de Dieu furent employés pour désigner le Messie (que la paix soit sur lui). On lui attribua les attributs de Dieu et l’on inventa le dogme de l’expiation. Pourtant, les enseignements du Messie ne contenaient pas la moindre trace de ces idées. Puis, lorsque l’atmosphère empoisonnée de la philosophie pénétra l’esprit et le cœur des chrétiens, au lieu de prendre conscience de cette première égarement et de chercher à s’en préserver, ils commencèrent à justifier l’erreur de leurs prédécesseurs et à en fournir des interprétations. Au lieu de revenir aux véritables enseignements du Messie, ils continuèrent à inventer de nouveaux dogmes à l’aide des seules Écritures et de la philosophie. Ces versets du Noble Coran mettent les chrétiens en garde contre ces égarements. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate As-Saff, note 8)
La croyance en l’idée que l’homme est pécheur par nature
Les Livres célestes n’ont présenté aucune idée selon laquelle l’homme serait pécheur par nature, alors que le christianisme la considère depuis quinze à vingt siècles comme l’un de ses dogmes fondamentaux. Aujourd’hui, des savants catholiques eux-mêmes ont commencé à dire que ce dogme n’a aucun fondement. Le révérend Herbert Haag (Haag), éminent spécialiste de la Bible, affirme dans son ouvrage récent intitulé « Is Original Sin In Scripture » que, parmi les premiers chrétiens, ce dogme selon lequel l’homme serait pécheur par nature n’existait pas, du moins jusqu’au IIIe siècle. Lorsque cette idée commença à se répandre parmi les hommes, les savants chrétiens la combattirent pendant deux siècles. Finalement, au Ve siècle, saint Augustin continua de la combattre. Finalement, au Ve siècle, saint Augustin, par la force de sa logique, l’intégra aux dogmes fondamentaux des chrétiens : l’humanité aurait reçu par héritage le fardeau du péché d’Adam. Désormais, elle n’aurait d’autre recours que d’obtenir le salut grâce à l’expiation du Messie. (Le mouvement pour l’indépendance en Inde et les musulmans, tome 2, p. 191-199)
Appeler Marie, la mère de Dieu
En l’an 431 de l’ère chrétienne, un concile des chefs religieux du monde chrétien se réunit à Éphèse. Lors de cette assemblée, la croyance en la divinité de Jésus et en Marie, la mère de Dieu, devint la doctrine officielle de l’Église. Les chrétiens ne se contentèrent pas de faire du Messie et du Saint-Esprit des dieux ; ils firent également de la mère du Messie une divinité permanente. La Bible ne contient aucune indication concernant la divinité de Marie ni sa prétendue sainteté divine. Jusqu’à trois cents ans après le Messie, le monde chrétien ignorait cette conception. Vers la fin du IIIe siècle, certains théologiens d’Alexandrie propagèrent pour la première fois la croyance en la divinité de Marie et le culte de Marie. Mais, au début, l’Église n’était pas disposée à l’accepter. Au contraire, elle considérait le culte de Marie comme une croyance erronée. Puis, lorsque la controverse éclata dans le monde chrétien autour de la conception de Nestorius selon laquelle deux personnes distinctes et permanentes étaient réunies dans l’essence du Messie, ce concile se réunit dans la ville d’Éphèse en 431 afin de trancher la question. Après cette assemblée, cette croyance se répandit rapidement au sein même de l’Église. Au point que, lorsque vint le temps de la révélation du Coran, Marie était devenue une déesse si éminente que le Père, le Fils et le Saint-Esprit paraissaient insignifiants auprès d’elle. Des statues d’elle furent installées dans les églises en divers endroits. Des cérémonies d’adoration étaient célébrées devant ses statues. On lui adressait des prières. Elle était celle qui entendait les supplications, éloignait les malheurs et secourait les démunis. Pour un serviteur chrétien, le plus grand moyen de fidélité consistait à obtenir l’aide et la protection de la mère de Dieu. Dans le préambule d’une loi, l’empereur Justinien proclama Marie protectrice de son royaume. Son célèbre général Narcisse implorait l’aide de Marie sur les champs de bataille. L’empereur Héraclius, contemporain du prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), croyait que, par la bénédiction de cette image, cet étendard ne serait pas abaissé. Bien que, sous l’influence du mouvement de réforme, les chrétiens protestants se soient par la suite élevés contre le culte de Marie, l’Église catholique romaine demeure encore aujourd’hui attachée à cette doctrine. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Mâ’idah, note 101)
Les prophéties concernant le dernier Prophète dans la Torah et l’Évangile
(Il aurait fallu exposer séparément, dans le chapitre consacré aux juifs, les prophéties rapportées dans la Torah, et les paroles de l’Évangile. Mais le sage auteur a présenté les deux catégories de prophéties de manière si étroitement liée que les séparer aurait diminué l’importance de l’exposé. Il les a donc exposées ensemble.)
(Arabe———-)
Et rappelle la parole de Jésus, fils de Marie, lorsqu’il dit : « Ô fils d’Israël ! Je suis le Messager d’Allah envoyé vers vous, confirmant la Torah qui m’a précédé et qui est encore présente, et annonçant la bonne nouvelle d’un Messager qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmad. » — (sourate as-Saff, 6) (Une importante discussion a été consacrée à ce verset controversé ; elle viendra plus loin.)
Cette parole de Jésus fait allusion à la bonne nouvelle que Moïse annonça à son peuple au sujet du Messager d’Allah. (Les chrétiens croient eux aussi à l’enseignement de Moïse et à la Torah.) Il y est dit :
Un prophète apparaîtra
« L’Éternel, ton Dieu, suscitera pour toi, du milieu de toi, du milieu de tes frères, un prophète comme moi ; vous l’écouterez. Car, au jour de l’assemblée à Horeb, tu as demandé à l’Éternel, ton Dieu, en disant : “Que je n’entende plus la voix de l’Éternel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, afin de ne pas mourir.” Alors l’Éternel me dit : “Ce qu’ils ont dit est bien. Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.” » — Deutéronome 18:15-19
La prophétie explicite de la Torah
C’est la prophétie explicite de la Torah, qui ne peut être attribuée à nul autre qu’au prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ainsi, Moïse (que la paix soit sur lui) transmit à son peuple cette injonction d’Allah : « Je susciterai pour toi un prophète issu de tes frères. » Il convient de préciser que les « frères » d’une nation ne peuvent désigner une tribu ou une lignée appartenant à cette nation elle-même. Ils peuvent plutôt désigner une nation qui lui est étroitement apparentée par le sang. Si l’apparition d’un prophète devait avoir lieu au sein même des enfants d’Israël, il aurait été dit : « Je susciterai pour vous un prophète issu de vous-mêmes. » Par conséquent, les « frères » des enfants d’Israël désignent nécessairement les enfants d’Ismaël, qui leur sont apparentés par leur ascendance, puisqu’ils descendent eux aussi d’Abraham (que la paix soit sur lui). En outre, cette prophétie ne peut concerner un prophète quelconque des enfants d’Israël, car après Moïse (que la paix soit sur lui), ce ne fut pas un seul prophète, mais de nombreux prophètes qui apparurent parmi eux, et leurs récits se trouvent partout dans la Bible.
La deuxième indication contenue dans cette annonce est que le prophète qui serait envoyé serait semblable à Moïse. Il est tout à fait évident que cette ressemblance ne concerne ni les traits du visage, la forme et l’apparence, ni les circonstances de la vie. En effet, sous ces rapports, aucun individu ne ressemble exactement à un autre. Elle ne signifie pas non plus une simple ressemblance dans les qualités prophétiques, car ces qualités se retrouvent également chez les prophètes venus après Moïse (que la paix soit sur lui). Aucun prophète ne peut donc avoir pour caractéristique d’être semblable à Moïse sous ce rapport. Une fois ces deux aspects écartés, il ne reste, pour expliquer la ressemblance et comprendre la caractéristique du prophète à venir, qu’une seule possibilité : ce prophète serait semblable à Moïse (que la paix soit sur lui) en ce qu’il apporterait une législation religieuse permanente et complète. Cette caractéristique ne se retrouve chez nul autre que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). En effet, avant lui, tous les prophètes venus parmi les enfants d’Israël suivaient la législation de Moïse. Aucun d’entre eux n’est venu avec une législation permanente et complète.
Cette interprétation est renforcée par les paroles suivantes de la prophétie : « Cela se fera conformément à la prière que tu as adressée à l’Éternel, ton Dieu, au jour de l’assemblée, à Horeb, en disant : Que je n’entende plus la voix de l’Éternel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, de peur que je ne meure. Alors l’Éternel me dit : Ils ont bien parlé. Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète semblable à toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche. »
Ici, Horeb désigne la montagne où les prescriptions de la législation furent données pour la première fois à Moïse (que la paix soit sur lui). La prière des enfants d’Israël mentionnée ici signifie que, si une législation devait être donnée à l’avenir, elle ne le soit pas dans les conditions terrifiantes qui avaient prévalu lors de la révélation de la législation au pied du mont Horeb. Cette situation est mentionnée dans le Coran et s’est produite lors de la conclusion de l’alliance. Elle est mentionnée dans le Coran comme dans la Bible. (Sourate al-Baqara, versets 55-56 ; sourate al-A‘raf, versets 155 et 171 ; Bible, Livre de l’Exode, 19:17-18.) En réponse, Moïse (que la paix soit sur lui) dit aux enfants d’Israël qu’Allah le Très-Haut avait exaucé leur prière. Il dit : « Je leur enverrai un prophète dans la bouche duquel Je mettrai Ma parole. » Autrement dit, au moment de donner la législation future, les conditions terrifiantes qui avaient été créées au pied du mont Horeb ne se reproduiraient pas. Au contraire, dès qu’il serait investi de la dignité de prophète, la parole d’Allah serait placée dans sa bouche, et il la transmettrait au peuple. Après avoir pris en considération ces paroles si explicites, peut-il subsister le moindre doute que celui qui a été annoncé ne puisse être nul autre que le prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ? Après Moïse (que la paix soit sur lui), c’est à Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) seul qu’a été donnée une législation permanente et complète. Lorsqu’elle fut révélée, aucune assemblée populaire ne se réunit, comme cela s’était produit pour les enfants d’Israël au pied du mont Horeb. Les mêmes conditions que celles qui avaient été créées là-bas ne furent pas instaurées au moment de la révélation des prescriptions de la législation. (Sourate at-Taghabun, note 5.)
Exposé détaillé du verset précité de la sourate As-Saff
Le verset de la sourate As-Saff dont la traduction a été donnée au tout début de ce chapitre est un verset très important du Noble Coran. Les adversaires de l’islam ont soulevé contre ce verset une objection extrêmement grave et se sont rendus coupables d’une forme particulièrement odieuse de trahison de la confiance. En effet, ce verset dit qu’Issa (que la paix soit sur lui) a annoncé, en mentionnant explicitement son nom, la venue de ce prophète. Il est donc nécessaire d’examiner cette question en détail.
Premièrement : le nom du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) y est donné comme étant Ahmad. Ahmad possède deux significations. La première est celle d’une personne qui loue Allah le Très-Haut plus que quiconque. La seconde désigne celui qui est le plus loué, ou celui qui est le plus digne de louange parmi les serviteurs. Il est établi par les hadiths authentiques que ce fut également l’un des noms du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Dans Muslim et Abou Dawoud, selon le récit d’Abou Moussa al-Ach‘ari (qu’Allah l’agrée), le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : (en arabe——) « Je suis Muhammad, je suis Ahmad et je suis al-Hachir. » Cette même tradition est rapportée d’après Joubaïr ibn Mut‘im (qu’Allah l’agrée) par l’imam Malik, al-Boukhari, Muslim, ad-Darimi, at-Tirmidhi et an-Nassaï. Ce nom du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était bien connu parmi les nobles Compagnons. Hassan ibn Thabit (qu’Allah l’agrée) dit dans un de ses poèmes :(Arabe*******)
Allah, les anges qui se pressent autour de Son Trône et tous les êtres purs invoquent des bénédictions sur Ahmad, le béni.
L’histoire prouve également que le nom du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) n’était pas seulement Muhammad, mais aussi Ahmad. Dans toute la littérature arabe, on ne trouve aucun exemple de quelqu’un qui, avant le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), se serait appelé Ahmad. Après lui, d’innombrables personnes ont été nommées Ahmad ou Ghulam Ahmad. Quelle preuve plus éclatante pourrait-il y avoir que, depuis l’époque de sa mission prophétique jusqu’à nos jours, ce nom soit si célèbre et si connu dans toute la communauté musulmane ? Si ce n’était pas son nom, de quel Ahmad ceux qui ont appelé leurs enfants Ghulam Ahmad les considéraient-ils comme les serviteurs ?
Deuxièmement : l’Évangile selon Jean témoigne qu’au moment de la venue du Messie, les enfants d’Israël attendaient trois personnes : premièrement, le Messie ; deuxièmement, le retour d’Élie, c’est-à-dire du prophète Élie ; et troisièmement, ce prophète.
Voici le texte de l’Évangile :
Voici le témoignage de Jean : lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem auprès de lui quelques prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui êtes-vous ? », il le reconnut et ne le nia pas ; il reconnut qu’il n’était pas le Christ. Ils lui demandèrent : « Quoi donc ? Êtes-vous Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. » « Êtes-vous le prophète ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui êtes-vous, afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés ? Que dites-vous de vous-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droit le chemin du Seigneur, comme l’a dit le prophète Ésaïe. » Ceux qui avaient été envoyés étaient des Pharisiens. Ils lui demandèrent encore : « Si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni le prophète, pourquoi baptisez-vous ? » — Jean 1:19-25
Ces paroles prouvent que les enfants d’Israël attendaient, outre le prophète Messie et le prophète Élie, un autre prophète. Et il ne s’agissait pas non plus du prophète Yahya. La croyance en la venue de ce prophète était si répandue et universellement connue parmi les enfants d’Israël que le simple fait de dire « le prophète » suffisait à le désigner ; il n’était pas nécessaire de préciser qu’il était celui dont la venue avait été annoncée dans la Torah. On apprend en outre que la venue du prophète auquel ils faisaient allusion était certaine. En effet, lorsque le prophète Yahya fut interrogé à ce sujet, il ne répondit pas : « Aucun autre prophète ne viendra ; de qui parlez-vous donc ? »
L’annonce de l’Évangile écrit par Jean
Troisièmement : examinons maintenant les prophéties rapportées successivement dans l’Évangile selon Jean, des chapitres 14 à 16 : « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous : c’est l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il sera en vous. » — Jean 14:25-26
Je ne vous parlerai plus beaucoup, car le prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi — 14:30
Celui que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui procède du Père, lorsqu’il viendra, lui rendra témoignage à mon sujet. — 15:26
Cependant, je vous dis la vérité : il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas auprès de vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai. — 16:7
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les supporter maintenant. Toutefois, quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité, car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu et vous annoncera les événements à venir. Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi pour vous l’annoncer. Tout ce que le Père possède est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prendra de ce qui est à moi et vous l’annoncera. 16:12-15
Celui qui viendra sera le dirigeant du monde
Dans les passages précités de l’Évangile selon Jean, Jésus (que la paix soit sur lui) annonce la bonne nouvelle de la venue, après lui, d’un autre envoyé. À son sujet, il dit qu’il sera le maître du monde, ou le dirigeant universel (Sarwar-e Alam), qu’il demeurera éternellement, qu’il montrera toutes les voies de la vérité et qu’il témoignera lui-même en sa faveur (celle de Jésus). Dans ces déclarations de Jean, on a tenté de brouiller le sens en employant des termes tels que Rûh al-Qudus et l’Esprit de vérité. Pourtant, si l’on lit attentivement l’ensemble de ces paroles, il apparaît clairement que celui dont la venue est annoncée n’est pas un esprit, mais un homme, et un homme exceptionnel, dont l’enseignement sera vaste et universel et demeurera intact jusqu’au Jour de la Résurrection. Dans la traduction ourdoue, cet homme particulier est appelé « l’auxiliaire », et les chrétiens affirment catégoriquement que le mot employé dans l’Évangile original de Jean, en grec, était Paracletus.
Une controverse s’élève parmi les chrétiens au sujet du mot Paracletus
Les érudits chrétiens eux-mêmes se heurtent à de grandes difficultés pour déterminer le sens de ce mot. Dans la langue grecque originale, le mot Paraclete possède plusieurs sens : appeler vers un lieu, crier à l’aide, avertir, inciter, exciter, prier, etc. On donne également à ce mot, en grec, des sens tels que consoler, apaiser et encourager. Partout où ce mot est employé dans la Bible, aucun de ces sens ne convient véritablement au contexte. Origène a utilisé tantôt le mot Consolator (celui qui console), tantôt Deperecator dans ses traductions. Mais d’autres commentateurs ont rejeté ces deux termes. Premièrement, ils ne sont pas corrects selon la grammaire grecque. Deuxièmement, ce sens ne convient pas partout où ce mot apparaît. Quelques autres commentateurs ont employé le mot Teacher pour traduire ce terme, mais ce sens ne peut être retenu selon les règles d’usage du grec. Tertullien et Augustin ont privilégié le mot Advocate. D’autres encore ont employé des termes tels que Assistant, Confortur et Consoler. — (Voir Encyclopaedia of Biblical Literature, article « Word Paracleture ».)
La possibilité d’une altération verbale
Or, il est intéressant de noter qu’il existe en grec un autre mot, Periclytos. Il signifie « loué ». Ce mot est parfaitement synonyme du mot Muhammad, et il existe une grande similitude de prononciation entre Periclytos et Paracletus. Il n’est pas impossible que les érudits et prêtres chrétiens, habitués à modifier aisément leurs Écritures selon leur bon vouloir, aient apporté quelque changement à ce mot de la prophétie citée par Jean, parce qu’ils le jugeaient contraire à leurs croyances doctrinales. Comme l’Évangile originel écrit par Jean en grec n’existe plus nulle part aujourd’hui, il est difficile de démoner lequel de ces deux mots y était employé.
Le mot syriaque originel
On ne peut pas déterminer quel mot Jean employait réellement en grec, car il s’agissait d’une traduction de la langue originelle. Or la langue du Messie était le syriaque de Palestine. Par conséquent, le mot qu’il employait dans son Évangile devait nécessairement être un mot syriaque. Heureusement, nous retrouvons ce mot syriaque originel dans la biographie rédigée par Ibn Hisham (la Sîra d’Ibn Hisham). Ce livre nous apprend également quel était son équivalent grec. Citant Muhammad ibn Ishaq, Ibn Hisham a reproduit la traduction intégrale des chapitres 15, versets 23 à 27, et 16, verset 1, de l’Évangile écrit par Jean. Il y emploie le mot Munhamanna au lieu du mot grec Paracletus/Periclytos. Puis Ibn Ishaq ou Ibn Hisham explique que Munhamanna signifie Muhammad en syriaque et Periclytos en grec (Ibn Hisham, tome 1, p. 248).
Il faut maintenant observer que, historiquement, la langue des habitants ordinaires de la Palestine est restée le syriaque jusqu’au neuvième siècle. Cette région fut intégrée aux territoires conquis par l’islam à partir du milieu du septième siècle. Ibn Ishaq mourut en 768 et Ibn Hisham en 828. Cela signifie qu’à leur époque, les chrétiens de Palestine parlaient syriaque. Pour ces deux historiens, il n’était pas particulièrement difficile d’entrer en contact avec les sujets chrétiens de leur propre pays. De plus, à cette époque, des millions de chrétiens hellénophones vivaient dans les territoires conquis par l’islam. Il ne leur était donc nullement difficile de savoir quel mot grec était l’équivalent d’un mot syriaque donné. Si le mot syriaque Munhamanna a été employé dans la traduction d’Ibn Ishaq, et si Ibn Ishaq a donné dans son explication son équivalent arabe Muhammad et son équivalent grec Periclytos, alors il ne fait aucun doute que Jésus, fils de Marie, a annoncé par son nom la venue du prophète Muhammad. On apprend également que le mot originel employé dans l’Évangile écrit par Jean en grec était Periclytos, que les érudits chrétiens ont par la suite modifié en Paracletus.
Reconnaissance de la véracité par le roi Négus
Un témoignage historique plus ancien encore nous est rapporté par Abdallah ibn Masud. Il dit que lorsque le Négus convoqua à sa cour les émigrés en Abyssinie et entendit de Jaafar ibn Abi Talib l’enseignement et les préceptes du prophète Muhammad, il déclara :
Félicitations à vous et à Celui auprès duquel vous êtes venus. Je témoigne qu’il est le Messager d’Allah et qu’il est bien celui dont Jésus, fils de Marie, a annoncé la venue.
Ce récit est rapporté dans plusieurs hadiths par Jaʿfar lui-même et par Umm Salama. Il ne prouve pas seulement qu’au début du VIIe siècle, le Négus savait que Jésus, que la paix soit sur lui, avait annoncé la venue d’un prophète ; il prouve également qu’une indication claire de ce prophète se trouve dans l’Évangile, si bien que le Négus n’eut aucune difficulté à conclure que le prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui, était précisément ce prophète. Toutefois, ce récit ne permet pas de savoir si le Négus avait appris cette bonne annonce de Jésus, que la paix soit sur lui, par l’Évangile écrit par Jean ou par une autre source.
Les bonnes annonces de l’Évangile de Barnabé
Dans les prophéties qu’il cite au sujet du Messager de Dieu, Barnabé rapporte que Jésus, que la paix soit sur lui, appelle parfois le prophète Muhammad par son nom, parfois le Messager de Dieu, parfois emploie pour lui le terme de Messie, parfois celui de « Digne de louange » (Admirable), et parfois utilise une expression si claire qu’elle est tout à fait équivalente à « Il n’y a de dieu que Dieu, Muhammad est le Messager de Dieu », que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui. Il n’est pas possible de citer intégralement toutes ces bonnes annonces. Elles sont si nombreuses et exposées en divers endroits selon différents contextes et modes de narration qu’on pourrait en tirer un ouvrage entier. Nous en citons ci-dessous quelques exemples : (L’Évangile de Barnabé [The Gospel of Barnabas] a été traduit en anglais par LONSDALE et LAUR RAAG et publié en 1907 par Clarendon Press, Oxford. Pour les lecteurs instruits en anglais, les extraits de cet ouvrage sont donnés en anglais — le traducteur.)
Les prophètes que Dieu a envoyés dans le monde, au nombre de cent quarante-quatre mille, ont parlé de manière obscure. Mais après moi apparaîtra la splendeur de tous les prophètes et des saints, et elle illuminera l’obscurité des paroles des prophètes, car il est le Messager de Dieu. (Car tous les prophètes, au nombre de cent quarante-quatre mille, que Dieu a envoyés dans le monde, ont parlé de manière obscure. Mais après moi viendra la Splendeur de tous les prophètes et des saints, et il éclairera l’obscurité de tout ce qu’ont dit les prophètes, parce qu’il est le Messager de Dieu [chapitre 17, Évangile de Barnabé].) (Chapitre 17)
Les Pharisiens et les Lévites dirent : « Si vous n’êtes ni le Messie, ni Élie, ni aucun autre prophète, pourquoi donnez-vous un nouvel enseignement et vous présentez-vous comme supérieur même au Messie ? » Jésus répondit : « Les miracles que Dieu accomplit par mes mains montrent que je fais ce que Dieu veut. En réalité, je ne me considère pas digne d’être supérieur à celui dont vous parlez. Je ne suis pas digne de délier les cordons des sandales ou les lacets des chaussures du Messager de Dieu que vous appelez le Messie, qui a été préparé avant moi, qui viendra après moi et qui apportera la parole de vérité, afin que sa religion n’ait pas de fin. » — Verset 42 (Ils dirent : « Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni aucun prophète, pourquoi prêches-tu une nouvelle doctrine et te donnes-tu plus d’importance qu’au Messie ? »
Jésus répondit : « Les miracles que Dieu accomplit par mes mains montrent que je dis ce que Dieu veut ; en vérité, je ne me considère pas comme celui dont vous parlez, car je ne suis pas digne de délier les cordons des sandales ou les lacets des chaussures du Messager de Dieu que vous appelez le Messie, qui a été préparé avant moi, qui viendra après moi et qui apportera les paroles de vérité, afin que sa foi n’ait pas de fin. » — (Chapitre 42, l’Évangile de Barnabé.)
C’est pourquoi je vous le dis en vérité : tout prophète qui est venu est né comme signe de la miséricorde de Dieu pour une seule nation. Ainsi, les paroles des prophètes ne parvenaient à personne d’autre qu’au peuple pour lequel ils avaient été envoyés. Mais lorsque le prophète de Dieu viendra, Dieu lui donnera pour ainsi dire le sceau de Sa propre main. Il viendra exercer son autorité sur les impies et extirpera l’idolâtrie au point que Satan en sera confondu. (Après une longue conversation avec ses disciples,) Jésus, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui, déclara clairement que ce prophète naîtrait parmi les fils d’Ismaël, et non parmi les fils d’Isaac. — Chapitre 43. (Je vous le dis en vérité : tout prophète, lorsqu’il vient, n’est envoyé qu’à une seule nation, comme signe de la miséricorde de Dieu. Ainsi, leurs paroles ne s’adressaient qu’au peuple auprès duquel ils avaient été envoyés. Mais lorsque le Messager de Dieu viendra, Dieu lui donnera pour ainsi dire le sceau de Sa main, de sorte qu’il apportera le salut et la miséricorde à toutes les nations du monde qui accepteront sa doctrine. Il viendra avec puissance contre les impies et détruira l’idolâtrie, au point de confondre Satan. Croyez-moi, car je vous le dis en vérité : la promesse fut faite à Ismaël, et non à Isaac — chapitre 43, Évangile de Barnabé.)
C’est pourquoi je vous le dis : le Messager de Dieu est une splendeur par laquelle presque toute la création de Dieu éprouvera de la joie. Car il est revêtu de l’esprit de compréhension et de conseil, de l’esprit de sagesse et de puissance, de l’esprit de crainte et d’amour, de l’esprit de prudence et de tempérance. Il est revêtu de l’esprit de charité et de miséricorde, de l’esprit de justice et de piété, de l’esprit de douceur et de patience. Dieu lui a accordé ces qualités trois fois davantage qu’à toutes Ses créatures. Béni sera le temps où il viendra dans le monde ! Croyez-moi : je l’ai vu et je lui ai rendu hommage, comme tous les prophètes l’ont vu. Dès que Dieu a vu son esprit, Il lui a accordé la prophétie, et lorsque je le vois, mon âme est remplie de consolation. Alors je dis : Ô Muhammad, que Dieu soit avec toi et qu’Il me rende digne d’attacher tes lacets de chaussure. Car si j’obtiens cet honneur, je deviendrai un grand prophète et un saint de Dieu. — Chapitre 44. (C’est pourquoi je vous le dis : le Messager de Dieu est une splendeur qui réjouira presque tout ce que Dieu a créé, car il est orné de l’esprit de compréhension et de conseil, de l’esprit de sagesse et de puissance, de l’esprit de crainte et d’amour, de l’esprit de prudence et de tempérance. Il est orné de l’esprit de charité et de miséricorde, de l’esprit de justice et de piété, de l’esprit de douceur et de patience, qu’il a reçus de Dieu trois fois plus qu’il ne les a accordés à toutes Ses créatures. Ô temps béni, lorsqu’il viendra dans le monde ! Croyez-moi, je l’ai vu et je lui ai rendu hommage, comme tout prophète l’a vu ; car Dieu leur accorde la prophétie par son esprit. Et lorsque je l’ai vu, mon âme fut remplie de consolation et je dis : Ô Mohammed, que Dieu soit avec toi et qu’Il me rende digne d’attacher tes lacets de chaussure ; car obtenir cela ferait de moi un grand prophète et un saint de Dieu — chapitre 44.)
Ne vous affligez pas et n’ayez pas peur. Car ce n’est pas moi qui vous ai créés ; c’est plutôt Dieu, notre Créateur, qui vous a créés. C’est Lui qui prendra soin de vous. Quant à moi, je suis venu maintenant dans le monde pour préparer la voie au Messager de Dieu : il apportera le salut au monde. Mais prenez garde à ne pas être trompés, car de nombreux faux prophètes viendront et falsifieront ma Bible en se réclamant de mon nom.
Alors Andrew dit : « Maître, indiquez-nous certains de ses signes, afin que nous puissions le reconnaître. »
Jésus dit : « Il ne viendra pas de votre temps. Il viendra quelques années après vous, lorsque mon Évangile (la Bible) aura été tellement falsifié qu’il ne restera tout au plus que trente croyants. À ce moment-là, Dieu aura pitié du monde et enverra Son Messager, au-dessus duquel un nuage fera de l’ombre. Par ce signe, on reconnaîtra qu’il est l’élu de Dieu, et c’est par lui que Dieu sera connu dans le monde. Il possédera un immense pouvoir contre les impies et extirpera l’idolâtrie du monde. Je me réjouis grandement, car c’est par lui que notre Dieu pourra être connu et que Sa sainteté sera proclamée. Ma véracité sera connue dans le monde. Il se vengera de ceux qui me considéreront comme plus qu’un homme. Il apportera une vérité plus manifeste que celle de tous les prophètes. » — Chapitre 72. (L’Évangile de Barnabé) « Que votre cœur ne se trouble pas et ne soyez pas craintifs, car ce n’est pas moi qui vous ai créés, mais Dieu, notre Créateur, qui vous a créés et vous protégera. Quant à moi, je suis maintenant venu dans le monde pour préparer la voie au Messager de Dieu, qui apportera le salut au monde. Mais prenez garde à ne pas être trompés, car de nombreux faux prophètes viendront, prendront mes paroles et souilleront mon Évangile. Alors Andrew dit : “Maître, indiquez-nous un signe afin que nous puissions le reconnaître.” Jésus répondit : “Il ne viendra pas de votre temps, mais quelques années après vous, lorsque mon Évangile sera aboli, au point qu’il ne restera guère plus de trente fidèles. À ce moment-là, Dieu aura pitié du monde et enverra Son Messager, au-dessus de la tête duquel reposera un nuage blanc. Ainsi sera-t-il reconnu comme l’élu de Dieu et sera-t-il manifesté au monde par Lui. Il viendra avec une grande puissance contre les impies et détruira l’idolâtrie sur la terre. Je m’en réjouis, car par lui notre Dieu sera connu, glorifié, et je serai reconnu comme véridique. Il exécutera sa vengeance contre ceux qui diront que je suis plus qu’un homme. Il viendra avec une vérité plus claire que celle de tous les prophètes.” — Chapitre 72. L’Évangile de Barnabé »
Par Dieu, le serment avait été prêté à Jérusalem, dans la mosquée de Salomon, et nulle part ailleurs. Mais crois-le : un temps viendra où Dieu fera descendre Sa miséricorde sur une autre ville. Alors Son véritable culte sera possible en tout lieu, et Dieu, par Sa miséricorde, agréera la prière véritable en tout lieu.
Jésus dit : « En vérité, j’ai été envoyé comme prophète du salut pour les Enfants d’Israël. Mais après moi viendra le Messie, envoyé par Dieu pour le monde entier, pour lequel Dieu a créé ce monde tout entier. Alors Dieu sera adoré dans le monde entier et Sa miséricorde descendra. » — Chapitre 82. (La promesse de Dieu fut faite à Jérusalem, dans le temple de Salomon, et nulle part ailleurs. Mais croyez-moi, un temps viendra où Dieu accordera Sa miséricorde à une autre ville, et où il sera possible de L’adorer en vérité en tout lieu. Et Dieu aura agréé en tout lieu la prière véritable par Sa miséricorde. Je suis véritablement envoyé auprès de la maison d’Israël comme prophète du salut, mais après moi viendra le Messie, envoyé par Dieu au monde entier, pour lequel Dieu a créé le monde. Alors Dieu sera adoré dans le monde entier et Sa miséricorde sera reçue. — Chapitre 82 — L’Évangile de Barnabé.)
Jésus dit : « Par le Dieu Vivant, entre les mains duquel est ma vie, je ne suis pas le Messie dont attendent la venue toutes les nations du monde, celui au sujet duquel Dieu avait promis à notre père Abraham : “Par ta descendance, toutes les nations du monde seront bénies.” »
« Mais lorsque Dieu m’aura retiré du monde, Satan provoquera une telle rébellion que les impies me prendront pour Dieu et pour le Fils de Dieu. C’est pourquoi ils falsifieront mes paroles et mon enseignement. Il ne restera alors, à grand-peine, que trente croyants. À ce moment-là, Dieu fera preuve de miséricorde envers le monde et enverra Son Messager, pour lequel Il a créé toutes les choses de ce monde. Celui-ci viendra du sud avec puissance et détruira les idoles ainsi que les idolâtres. Il arrachera à Satan le pouvoir de gouverner qu’il a acquis sur les hommes. Il apportera la miséricorde de Dieu à ceux qui croiront en lui. Bénis seront ceux qui accepteront sa parole. » — Chapitre 96. (Jésus répondit : « Aussi vrai que Dieu est vivant, Lui en présence duquel se tient mon âme, je ne suis pas le Messie qu’attendent toutes les tribus de la terre, comme Dieu l’a promis à notre père Abraham en disant : “En ta descendance seront bénies toutes les tribus de la terre.” Mais lorsque Dieu m’aura retiré du monde, Satan suscitera de nouveau cette maudite sédition en faisant croire aux impies que je suis Dieu et le Fils de Dieu. Ainsi mes paroles et ma doctrine seront-elles souillées, au point qu’il ne restera guère plus de trente fidèles. Alors Dieu aura pitié du monde et enverra Son Messager, pour lequel Il a créé toutes choses. Celui-ci viendra du sud avec puissance et détruira les idoles et les idolâtres ; il ôtera à Satan la domination qu’il exerce sur les hommes. Il apportera avec lui la miséricorde de Dieu pour le salut de ceux qui croiront en lui. Béni soit celui qui croira en ses paroles. » — Chapitre 96 — L’Évangile de Barnabé.)
Le prêtre demanda : « De quel nom appellera-t-on ce Messie, et quels signes annonceront sa venue ? »
Jésus répond : Le nom du Messie est admirable. Car lorsque Dieu créa son esprit, c’est Lui-même qui lui donna ce nom et le plaça dans une gloire céleste. Dieu dit : « Ô Mohammed, attends ! Car c’est pour toi que je créerai le Paradis, le monde et beaucoup d’autres choses, et je te les offrirai en récompense. Ceux qui te béniront seront bénis, et ceux qui te maudiront seront maudits. Lorsque je t’enverrai dans le monde, je t’enverrai comme prophète du salut. Ta parole sera véridique, au point que la terre et le ciel ne subsisteront pas, mais que ta religion subsistera. Ainsi, son nom béni est Mohammed. » — Chapitre 97 — (Puis le prêtre dit : Comment appellera-t-on le Messie, et quel signe révélera sa venue ?)
Jésus répondit : Le nom du Messie est Admirable. Car Dieu Lui-même lui donna ce nom lorsqu’Il eut créé son âme, et la plaça dans une splendeur céleste. Dieu dit : « Attends, Mohammed, car c’est pour toi que je créerai le paradis, le monde et une grande multitude de créatures, et je t’en ferai présent, de sorte que quiconque te bénira sera béni, et que quiconque te maudira sera maudit. Lorsque je t’enverrai dans le monde, je t’enverrai comme mon messager du salut, et ta parole sera vraie, au point que le ciel et la terre disparaîtront, mais que ta foi ne disparaîtra jamais. Mohammed est son nom béni. » (Chapitre 97 — L’Évangile de Barnabé.)
Le prêtre demanda : « Après ce messager de Dieu, d’autres prophètes viendront-ils ? » Jésus répondit : « Après lui, aucun vrai prophète envoyé par Dieu ne viendra. Mais beaucoup de faux prophètes viendront, ce qui m’attriste profondément. Car Satan les fera apparaître par le juste décret de Dieu, et ils se cacheront derrière le voile de ma Bible. » — (Chapitre 97) (Le prêtre répondit : « Après la venue du messager de Dieu, d’autres prophètes viendront-ils ? » Jésus répondit : « Après ses véritables prophètes envoyés par Dieu, il n’en viendra pas d’autres ; mais viendra un grand nombre de faux prophètes, ce qui m’attriste, car Satan les suscitera par le juste jugement de Dieu, et ils se dissimuleront sous le prétexte de mon Évangile. » — Chapitre 97 — L’Évangile de Barnabé.) Jésus dit : « Sache, Barnabé, qu’un seul de mes disciples me vendra à mes ennemis pour trente pièces de monnaie. Je suis certain que celui qui me vendra sera mis à mort en mon nom. Car Dieu m’élèvera au-dessus de la terre et transformera l’apparence du traître de telle manière que chacun croira que c’est moi. Pourtant, lorsqu’il mourra de cette mort infamante, mon propre déshonneur sera décrit pendant longtemps. Mais lorsque le saint Messager de Dieu, Mohammed, viendra, mon déshonneur sera dissipé. Dieu fera cela parce que j’ai attesté sa vérité, à lui, Mohammed. Il me récompensera ainsi : les hommes sauront que je suis vivant et que je n’ai aucun rapport avec cette mort infamante. » — (Chapitre 112) (Sache, ô Barnabé… et je serai vendu par l’un de mes disciples pour trente pièces de monnaie ; je suis donc certain que celui qui me vendra sera mis à mort en mon nom, car Dieu m’enlèvera de la terre et changera l’apparence du traître, de sorte que chacun croira qu’il est moi. Néanmoins, lorsqu’il mourra d’une mort honteuse, je demeurerai longtemps dans ce déshonneur dans le monde. Mais lorsque Mohammed, le saint Messager de Dieu, viendra, cette infamie sera ôtée. Et Dieu fera cela parce que j’ai reconnu la vérité du Messie, qui m’accordera cette récompense : je serai connu comme vivant et comme étranger à cette mort infamante. — Chapitre 112 — L’Évangile de Barnabé.)
En vérité, je vous le dis : si la vérité n’avait pas été altérée dans le Livre de Moïse, Dieu n’aurait pas donné un second Livre à David, notre père. Et si le Livre de David n’avait pas été altéré, Dieu ne m’aurait pas confié l’Évangile. Car notre Dieu ne change pas et Il a donné un seul et même message à tous les hommes. Ainsi, lorsque le Messager de Dieu viendra, il purifiera mon Livre de toutes les altérations que les impies y ont introduites. — (Chapitre 124) (En vérité, je vous le dis : si la vérité n’avait pas été effacée du Livre de Moïse, Dieu n’aurait pas donné le second Livre à David, notre père. Et si le Livre de David n’avait pas été corrompu, Dieu ne m’aurait pas confié l’Évangile, puisque le Seigneur notre Dieu est immuable et n’a adressé qu’un seul message à tous les hommes. C’est pourquoi, lorsque le Messager de Dieu viendra, il viendra ôter tout ce par quoi les impies ont corrompu mon Livre. — Chapitre 124 — L’Évangile de Barnabé.)
Le christianisme en Arabie
Ajout des deux compilateurs
[Lorsque certains éléments ou matériaux furent rassemblés sous ce titre, on constata qu’il manquait les sujets nécessaires pour commencer la discussion. Il était possible de combler cette lacune en recueillant des matériaux dans les ouvrages d’autres auteurs. Ceux-ci sont donnés ci-dessous sous forme de citations. — [Les deux compilateurs]]
Premièrement : au IIIe siècle de l’ère chrétienne, le christianisme entra en Arabie, alors que les abus et les innovations doctrinales se répandaient progressivement dans les églises d’Orient. Les historiens ordinaires disent que c’était l’époque de Dhou Nouwas. Mais je ne suis pas d’accord avec eux, car celui-ci mourut près de quatre cents ans auparavant. Cette religion se répandit surtout à Najran et ne se généralisa pas davantage en Arabie. Toutefois, le christianisme se répandit parmi les tribus des Banû Rabîʿa et des Ghassan, ainsi que dans une certaine mesure parmi les Qudâʿa. Annotation de la traduction ourdoue, en un volume, de l’Histoire d’Ibn Khaldoun, par l’Allâma Hakîm Ahmad Husayn Allahabadi.
Deux : le christianisme s’était répandu dans certaines parties de Rabiʿa, de Ghassân et de Qudâʿa. Il semble qu’ils aient adopté le christianisme auprès des Romains, car les Arabes se rendaient fréquemment dans leur pays pour leurs activités commerciales. À al-Hîra, les différentes tribus arabes embrassèrent collectivement le christianisme. On les appelait les ʿAbbâd. Parmi eux se trouvait également ʿAdî ibn Zayd al-ʿAbbâdî. Les Banû Aghal comptaient eux aussi des chrétiens arabes. (Traduction ourdoue de Bulûgh al-adab, par Pîr Muhammad Hasan, tome III, p. 152.)
Trois : les Banû Ghassân adoptèrent le christianisme en 330 de l’ère chrétienne. Puis cette religion se répandit en Iran, en Arabie, à Bahreïn, dans le désert de Fârân, à Dûmat al-Jandal, ainsi que dans les régions riveraines de l’Euphrate et du Tigre. Le Négus et le César s’efforcèrent conjointement de propager cette religion. De 395 à 513 de l’ère chrétienne, des efforts particuliers furent déployés pour sa propagation, et de nombreux exemplaires de l’Évangile se répandirent au Yémen. — Rahmat li-l-ʿÂlamîn, tome I, p. 31, note.
Quatre : avant les Tubbaʿ, toutes les classes de la population de Saba adoraient les astres. Leurs plus grandes divinités étaient Shams et al-Makkâ. En langue himyarite, on appelle la lune al-Makkâ. En 330 de l’ère chrétienne, sous l’influence des Romains égyptiens, le christianisme provoqua des troubles sur la côte africaine, derrière le Yémen. Avec l’aide des Romains de Syrie, la ville de Najrân, à l’extrémité du Yémen, adopta le christianisme. Sous l’influence de ce qui l’entourait, les Tubbaʿ du Yémen ne purent pas non plus se préserver du christianisme. Bien que le culte des astres eût cessé, leurs idoles ne furent pas retirées. Dès lors, à côté de Shams, d’al-Makkâ et d’Ashtar, on commença également à voir le nom de Rahmân, nom qui, à l’époque préislamique, était réservé aux juifs et aux chrétiens.
Cinq : dans cette région, le judaïsme et le christianisme étaient les deux seules religions civilisées et révélées. Elles étaient rivales l’une de l’autre. Il a été établi dans le chapitre précédent que le peuple sabéen de Himyar était en conflit avec les Romains et les Abyssins. C’est pourquoi les Tubbaʿ de Himyar accordaient la préférence au judaïsme plutôt qu’au christianisme. On ne trouve aucune preuve qu’un autre Tubbaʿ quʿAbd Kalîl ait adopté le christianisme. Selon les récits arabes, ʿAbd Kalîl lui aussi était chrétien. Une inscription sur pierre prouve également qu’ils étaient chrétiens. Parmi les Tubbaʿ restants, une petite partie adorait les astres et la majorité était juive. L’histoire d’al-Tabarî rapporte qu’avant tous les autres, Asyad Abû Karab(Arabe***)adopta le judaïsme. La religion royale se répandit également parmi le peuple. C’est ainsi qu’un conflit éclata au Yémen entre le judaïsme et le christianisme.
Six : les Romains détournèrent les routes maritimes et ruinèrent le marché de Saba. Ne s’en contentant pas, ils attaquèrent le Yémen en 20 avant l’ère chrétienne. L’Abyssin Aksoumi, qui était d’abord né dans le même pays que les Romains d’Égypte, puis avait adopté cette religion, exprimait à maintes reprises son irritation face aux provocations des Romains. Himyar ne laissait passer aucune occasion. Dès qu’elle en trouvait une, elle pillait en mer les marchands romains. Dans le nord de l’Arabie, l’Iran et Rome étaient engagés dans un conflit permanent. Il était naturel que Himyar éprouve de la sympathie pour les Iraniens.
Les Romains voulurent mettre fin à cette situation par un traité. Vers la fin du VIe siècle de l’ère chrétienne, le César de Rome, Justi Naïs, envoya un ambassadeur au Yémen, auprès du Tubbaʿ. ——- Cette proposition de paix ne put éteindre le feu de la haine. À cette époque, Yu Nuwâs était au pouvoir.
Sept : les marchands romains arrivaient dans les régions côtières du Yémen avec leurs marchandises commerciales et, partout où ils passaient, ils distribuaient avec celles-ci les présents du christianisme. Des prêtres chrétiens parcouraient également l’intérieur du pays dans un but précis. D’abord à Aden, puis à Adnane, où l’on adorait auparavant les arbres, le christianisme s’épanouit pleinement. Les techniques européennes que l’on voit aujourd’hui existaient déjà dans le passé. Sous couvert de commerce, des objectifs religieux et politiques ont toujours été poursuivis. À cette époque aussi, des objectifs religieux et politiques furent poursuivis sous couvert de ce commerce. Grâce à ces procédés, Najrân se transforma au Yémen en centre du christianisme. Autrement dit, elle devint pour les Romains et les Abyssins un lieu d’espoir et de confiance. Les juifs himyarites brûlaient de colère en voyant cela.
Le récit des gens de l’Ukhdûd
(C’est ici que commence le texte de l’auteur lui-même.)
Divers récits rapportent que des croyants furent jetés dans des fosses où brûlait un feu. On en déduit que de telles persécutions diaboliques ont été infligées à maintes reprises dans le monde.
Récit rapporté par Hazrat Suhayb al-Rumi (qu’Allah l’agrée)
Parmi ces récits, il y en a un que Hazrat Suhayb al-Rumi (qu’Allah l’agrée) rapporta au Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il raconte qu’un roi avait un magicien. Lorsque celui-ci devint vieux, il dit au roi : « Donnez-moi un garçon qui apprendra la magie auprès de moi. » Le roi lui confia un garçon à cette fin. Alors que le garçon se rendait chez le magicien, il rencontra un prêtre, qui était probablement un disciple de Hazrat Masih (que la paix soit sur lui). Influencé par les paroles du prêtre, le garçon crut. Puis, ayant reçu son éducation spirituelle auprès de lui, il devint doté de karamat (pouvoirs miraculeux). Par son intermédiaire, des aveugles recouvrèrent la vue et des lépreux furent guéris. Lorsque le roi apprit que le garçon avait foi au tawhid, il fit d’abord tuer le prêtre, puis voulut tuer le garçon. Mais aucun moyen ne permit de le tuer. Finalement, le garçon dit : « Si vous voulez me tuer, alors tirez une flèche sur moi devant la foule en disant : “Au nom du Seigneur de ce garçon.” »
Le roi tua ainsi le garçon. Après cet événement, la foule s’écria d’une seule voix : « Nous croyons au Seigneur de ce garçon ! » Les conseillers du roi dirent : « Voilà précisément ce que vous cherchiez à éviter. Les gens ont abandonné votre religion et adopté celle de ce garçon. » Voyant cela, le roi entra dans une terrible colère. Il fit ensuite creuser des fosses au bord de la route et les remplir d’un feu ardent. Puis quiconque refusait d’abandonner sa foi était jeté dans le feu (Ahmad, Muslim, al-Nasa’i, al-Tirmidhi, Ibn Jarir, Abd al-Razzaq, Ibn Abi Shayba, al-Tabarani, Abd ibn Humayd).
Récit rapporté par Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée)
Un deuxième récit a été rapporté par Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée). Il dit qu’un roi d’Iran, après avoir bu du vin et s’être enivré, commit la fornication avec sa propre sœur. Une relation illicite s’établit ainsi entre eux. Lorsque l’affaire fut connue, le roi proclama que Dieu avait rendu licite le mariage avec sa sœur. Les gens refusèrent de l’accepter ; le roi les contraignit alors à l’accepter par divers châtiments. Ceux qui refusaient cette doctrine furent jetés dans des fosses en flammes. Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée) dit que c’est depuis lors que la pratique d’épouser des femmes interdites s’est répandue parmi les mazdéens (adorateurs du feu). — Ibn Jarir
Récit israélite
Le troisième récit est rapporté par Ibn Abbâs (r.a.). Il est probable qu’il l’ait cité d’après une tradition israélite. Il dit : les habitants de Babylone contraignirent les Enfants d’Israël à abandonner la religion de Moïse (a.s.). Ceux qui refusèrent de renoncer à cette religion furent jetés dans des fosses remplies de feu. — Ibn Jarîr, ‘Abd ibn Humayd.
L’événement de Najrân
L’événement de Najrân est le plus célèbre. Des historiens musulmans tels qu’Ibn Hichâm, Tabarî, Ibn Khaldûn, l’auteur du Mu‘jam al-Buldân et d’autres encore en ont rapporté le récit. En résumé, le roi de Himyar (Yémen), Tubba‘ân As‘ad Abû Karib, se rendit un jour à Yathrib et, influencé par les Juifs, adopta le judaïsme. Il emmena ensuite au Yémen deux savants des Banû Qurayza. Là, il propagea largement le judaïsme. Après sa mort, son fils Dhû Nuwâs lui succéda. Il attaqua Najrân, le puissant bastion des chrétiens du sud de l’Arabie, afin d’y extirper le christianisme et de contraindre ses habitants à embrasser le judaïsme. Ibn Hichâm dit que ces gens étaient des adeptes de la véritable religion de Jésus (a.s.). Arrivé à Najrân, il invita la population à adopter le judaïsme, mais elle refusa. Alors, un grand nombre de personnes furent jetées dans des fosses remplies de feu et brûlées vives, tandis que beaucoup d’autres furent tuées. Au total, vingt mille personnes furent tuées. Parmi les habitants de Najrân, un homme nommé Dhû Tha‘labân s’enfuit. Selon un récit, il se rendit auprès du César de Rome ; selon un autre, auprès du roi d’Abyssinie, le Négus, afin de demander réparation pour cette persécution. D’après le premier récit, le César en informa le Négus ; d’après le second, le Négus demanda au César de lui envoyer des navires de guerre. Quoi qu’il en soit, finalement, soixante-dix mille soldats abyssins, sous le commandement d’un chef nommé Aryât, envahirent le Yémen. Dhû Nuwâs fut tué. L’État juif prit fin et le Yémen devint une partie du royaume chrétien d’Abyssinie.
Les missionnaires chrétiens au Yémen
Les récits des historiens musulmans ne sont pas seulement confirmés par d’autres sources historiques ; celles-ci permettent également d’en connaître de nombreux détails supplémentaires. La première domination des Abyssins chrétiens fanatiques sur le Yémen fut établie en 34 de l’ère chrétienne et se maintint jusqu’en 378. À partir de cette époque, des missionnaires chrétiens commencèrent à pénétrer au Yémen. À une époque relativement proche de celle-ci, un voyageur chrétien nommé Faymiyûn, ascète pieux et doué de pouvoirs miraculeux, arriva à Najrân. Il expliqua à ses habitants combien l’idolâtrie était mauvaise. Sous l’influence de sa prédication, les habitants de Najrân embrassèrent le christianisme. Leur gouvernement était dirigé par trois chefs. Le premier était un chef puissant, semblable aux chefs tribaux. Il était chargé des affaires étrangères, des traités internationaux et de la conduite de l’armée. Le deuxième était le gardien, chargé des affaires intérieures. Le troisième était l’ousqouf, ou évêque, dont la fonction consistait à assurer la direction religieuse. Dans le sud de l’Arabie, Najrân était une ville très importante. C’était un centre de commerce et d’artisanat. On y trouvait des fabriques de soie, de cuir et d’armes. Le célèbre vêtement yéménite, la hullah, y était également fabriqué. C’est pourquoi Dhû Nuwâs attaqua cette ville importante non seulement pour des raisons religieuses, mais aussi pour des raisons politiques et économiques. Il tua Hâritha, le principal personnage de Najrân (Arethas selon les historiens syriaques). Ses deux filles furent tuées devant son épouse Rûmâ, que l’on força à boire leur sang. Puis elle aussi fut tuée. Les os de l’évêque Paul furent exhumés de sa tombe et brûlés. Hommes et femmes, enfants et vieillards, prêtres et religieux furent tous jetés dans des fosses remplies de feu. On rapporte que de vingt à quarante mille personnes furent tuées. L’événement eut lieu en 523, et en 525 les Abyssins envahirent le Yémen, tuèrent Dhû Nuwâs et mirent fin à son royaume himyarite. La preuve de l’authenticité de ces faits se trouve dans l’inscription de Hisn al-Ghurâb, découverte au Yémen par les archéologues modernes.
Des témoins directs de l’événement des Gens de la Fosse
Divers écrits et articles du VIe siècle chrétien donnent un récit détaillé de l’événement des Gens de la Fosse ; certains furent rédigés à cette époque même et à partir de témoignages recueillis auprès de témoins oculaires. Trois de leurs auteurs étaient contemporains de l’événement. Le premier s’appelait Procope et le deuxième Cosmos Indico-Pleustis. Sur l’ordre du Négus Elesboan, celui-ci traduisait en anglais les ouvrages grecs de Ptolémée et vivait dans la ville côtière abyssine d’Adulis. Le troisième était Jean Malalas (Johannes Malala). Des historiens ultérieurs ont cité cet événement d’après son récit. Puis Jean d’Éphèse (mort en 585) consigna, dans son Histoire de l’Église, le récit de la persécution des chrétiens de Najrân. Il le tira d’une lettre de l’évêque Siméon, narrateur contemporain. Cette lettre avait été adressée à l’abbé Von Gabula. Dans sa lettre, Siméon cita des récits de témoins oculaires yéménites. Cette lettre fut publiée à Rome en 1881, puis en 1890 à propos de la situation des martyrs chrétiens. Le patriarche Dionysius et Zacharie de Mytilène ont également rapporté cet événement dans leurs histoires syriaques. Pulus, évêque d’Édesse, écrivit une élégie funèbre sur les victimes tuées à Najrân, qui existe encore aujourd’hui. L’ouvrage syriaque Al-Himyar et sa traduction anglaise, Book of Himyarites, furent publiés à Londres en 1924. Cet ouvrage reconnaît la véracité des récits des historiens musulmans. Le British Museum conserve quelques manuscrits abyssins de cette époque et de périodes proches, qui viennent corroborer ce récit. Philby écrit dans son récit de voyage Arabian Highlands que le lieu de Najrân où se produisit l’événement des Gens de la Fosse est encore bien connu de la population. Près d’Umm Khâriq, on a trouvé en un endroit des images gravées dans la pierre ; les habitants actuels de Najrân savent également où se trouvait la Kaaba de Najrân — ils l’avaient appelée Kaaba et elle était connue sous le nom de Kaaba de Najrân —, [note de l’auteur].
La construction d’un palais en forme de Kaaba
Après que les chrétiens abyssins eurent pris possession de Najrân, ils y construisirent un édifice ayant la forme de la Kaaba. Ils voulaient lui conférer une dignité centrale à la place de la Kaaba située à La Mecque. Ses prêtres portaient des turbans et la considéraient comme un sanctuaire inviolable. Des aides financières étaient envoyées depuis l’Empire romain pour cette Kaaba. Dans cette Kaaba de Najrân, les prêtres, conduits notamment par leur évêque principal, se présentèrent auprès du Prophète Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui) afin de discuter et de débattre avec lui ; c’est alors que se produisit le célèbre événement de la malédiction réciproque, mentionné dans le verset 61 de la sourate Âl ‘Imrân. (Sourate As-Saff, note 7)
Établissement de la domination chrétienne au Yémen
Pour venger les persécutions infligées à Najrân par le souverain juif du Yémen, Dhû Nuwâs, aux adeptes du Messie (paix sur lui), le gouvernement chrétien d’Abyssinie attaqua le Yémen, mit fin au pouvoir himyarite et établit, en 525 de l’ère chrétienne, la domination abyssine sur toute cette région. Tout cela se produisit grâce à la coopération mutuelle du gouvernement romain de Constantinople et du gouvernement d’Abyssinie. En effet, les Abyssins ne possédaient alors aucun navire de guerre maritime important. Les Romains leur fournirent des navires de guerre, et les Abyssins, avec leur aide, débarquèrent sur la côte du Yémen avec soixante-dix mille soldats. Il faut d’abord savoir que tout cela ne résultait pas de motivations purement religieuses. Des objectifs économiques et politiques se dissimulaient plutôt derrière ces événements, et c’est cela qui les poussa à agir. La vengeance du sang des chrétiens persécutés ne fut rien d’autre qu’un prétexte. Dès le jour où l’Empire romain établit sa domination sur l’Égypte et la Syrie, il s’efforça de retirer aux Arabes et de s’approprier le monopole commercial qu’ils exerçaient depuis plusieurs siècles entre les pays d’Afrique orientale, l’Inde, l’Indonésie et les territoires relevant de l’Empire romain. Il pourrait ainsi en recueillir intégralement les bénéfices et mettre fin à l’intermédiation des commerçants arabes. À cette fin, en 24 ou 25 avant l’ère chrétienne, César Auguste envoya vers la côte occidentale de l’Arabie une immense flotte sous le commandement du général Aelius Gallus, afin de soumettre à son autorité la bande de terre s’étendant du sud de l’Arabie jusqu’à la Syrie. Mais la configuration géographique difficile de l’Arabie fit échouer cette tentative. Les Romains stationnèrent ensuite leur flotte en mer Rouge, ce qui interrompit tout le commerce maritime des Arabes. Il ne leur resta que la possibilité de commercer par voie terrestre. Pour s’emparer également de cette route terrestre, ils formèrent une alliance avec le gouvernement chrétien d’Abyssinie et l’aidèrent, grâce à leur flotte, à prendre possession du Yémen.
Comment Abraha devint le souverain du Yémen
Les historiens ont rapporté des versions divergentes au sujet de l’armée abyssine qui lança l’attaque contre le Yémen. Ibn Kathîr affirme que l’expédition fut menée par deux commandants : l’un s’appelait Aryât et l’autre Abraha. Muhammad ibn Ishâq dit qu’ils s’accordent tous deux sur le fait qu’Aryât et Abraha finirent par entrer en conflit, qu’Aryât fut tué et qu’Abraha prit le pouvoir sur le pays. Il réussit ensuite à convaincre l’empereur de le nommer représentant de l’empereur d’Abyssinie au Yémen. En revanche, les historiens grecs et syriaques rapportent qu’après la conquête du Yémen, lorsque les Abyssins commencèrent à tuer un à un les chefs yéménites qui leur résistaient, un chef — que les historiens grecs nomment Esymphaesus — reconnut leur autorité, accepta de payer le tribut et obtint de l’empereur d’Abyssinie une nomination au poste de gouverneur du Yémen. Mais l’armée abyssine se révolta contre lui et nomma Abraha gouverneur à sa place. Cet homme était l’esclave d’un commerçant grec du port abyssin d’Adulis. Il parvint à étendre son influence au sein de l’armée abyssine qui avait envahi le Yémen. Toutes les armées envoyées par l’empereur d’Abyssinie pour le réduire soit se joignirent à lui, soit furent vaincues. Finalement, après la mort de l’empereur d’Abyssinie, son successeur reconnut Abraha comme son représentant au Yémen. Les historiens grecs le mentionnent sous le nom d’Abramès (Abrames), tandis que les historiens syriaques l’appellent Abraham. Abraha est probablement la prononciation abyssine ; en arabe, son nom se prononce Ibrâhîm.
Peu à peu, cet homme (Abraha) devint le roi indépendant du Yémen, tout en reconnaissant la suzeraineté nominale de l’empereur d’Abyssinie. Il se présentait comme le représentant de l’empereur. On peut mesurer l’étendue de son influence par le fait suivant : lorsqu’il acheva de réparer la digue de Ma’rib et organisa une grande fête, les ambassadeurs de l’empereur de Rome, de l’empereur d’Iran, du souverain de Hîra, du souverain de Ghassân et d’autres encore participèrent à cette célébration. Le récit de cet événement figure dans une inscription placée sur la digue de Ma’rib. Cette inscription existe encore et a été publiée par Glaser.
Campagne visant à établir une domination politique, commerciale et religieuse sur les Arabes
Après avoir pleinement établi son pouvoir au Yémen, Abraha se mit à réaliser précisément ce que l’Empire romain et ses alliés chrétiens d’Abyssinie avaient voulu dès le début de cette expédition : d’une part, prêcher et étendre le christianisme en Arabie et, d’autre part, s’emparer du commerce qui, par l’intermédiaire des Arabes, reliait les pays de l’Orient aux territoires sous domination romaine. Ce besoin devint particulièrement pressant, car le conflit de puissance qui opposait Rome au royaume sassanide d’Iran avait entraîné la fermeture de toutes les voies commerciales romaines vers les pays orientaux. C’est pourquoi Abraha fit construire une immense église à San‘a, la capitale du Yémen. Les historiens arabes l’appellent également Qalîs, al-Qulaïs ou al-Qulaïyâs. Il s’agit de la prononciation arabe du mot grec Ekklesia/Ecclesia. Le mot ourdou kalîsâ dérive lui aussi du grec. Muhammad ibn Ishaq rapporte qu’une fois les travaux achevés, Abraha informa l’empereur d’Abyssinie qu’il ne cesserait pas ses efforts avant d’avoir détourné le pèlerinage des Arabes de la Kaaba vers cette église. (Après avoir établi leur autorité politique sur le Yémen, les chrétiens s’efforcèrent constamment d’établir une seconde Kaaba face à celle de La Mecque et d’en faire le centre des Arabes. Ils en avaient d’ailleurs construit une à Najrân, comme il a été mentionné plus haut. — L’auteur.) Ibn Kathîr dit qu’Abraha proclama ouvertement son ambition au Yémen et la fit connaître au peuple. Son objectif était de mettre les Arabes en colère afin qu’ils commettent un acte qui lui servirait de prétexte pour envahir La Mecque et détruire la Kaaba. Muhammad ibn Ishaq rapporte qu’après cette proclamation, un Arabe réussit à entrer dans son église et y déféqua et urina. Ibn Kathîr dit que cet acte fut commis par un Qurayshite. Muqâtil ibn Sulaymân affirme que quelques jeunes Qurayshites se rendirent à l’église et y mirent le feu. Rien d’étonnant à ce qu’un tel événement se soit produit. Une proclamation d’Abraha de cette nature avait provoqué une vive agitation et, à l’époque de l’ancienne Jâhiliya, il n’aurait pas été inconcevable qu’un Arabe, un Qurayshite ou quelques jeunes, emportés par la colère, profanent l’église ou y mettent le feu. Il n’est pas non plus impossible qu’Abraha ait secrètement chargé quelqu’un de commettre cet acte afin de créer un prétexte pour attaquer La Mecque. Il voulait ainsi atteindre ses deux objectifs : anéantir les Qurayshites et terrifier l’ensemble des Arabes. Quoi qu’il en soit, quelle que soit la version exacte des faits, lorsqu’Abraha apprit que des gens vénérant la Kaaba avaient profané son église, il jura qu’il ne resterait pas tranquillement assis tant qu’il n’aurait pas réduit la Kaaba en poussière.
L’agression d’Abraha contre La Mecque
Puis, en l’an 570 ou 571 de l’ère chrétienne, il marcha vers La Mecque avec soixante mille soldats et trente et un éléphants — selon une autre version, neuf éléphants. En chemin, un chef yéménite nommé Dhû Nafar lui barra d’abord la route à la tête d’une armée arabe. Mais il fut vaincu et capturé. Ensuite, dans la région de Khath‘am, un chef arabe nommé Nufayl ibn Habîb al-Khath‘amî se prépara à lui faire face avec les membres de sa tribu. Mais il fut lui aussi vaincu et capturé. Afin de sauver sa vie, il accepta de servir de guide. Lorsqu’ils arrivèrent près de Taïf, les Banû Thaqîf estimèrent qu’ils n’avaient pas la capacité de résister à cette immense armée. Ils craignirent qu’elle ne détruise le temple de leur idole al-Lât. Leur chef Mas‘ûd se rendit donc auprès d’Abraha avec une délégation. Il lui dit : « Le temple que vous êtes venu détruire n’est pas celui-ci ; il se trouve à La Mecque. Ne détruisez pas ce temple. Nous vous donnons des hommes pour vous escorter et vous montrer le chemin de La Mecque. » Abraha accepta leur proposition. Les Banû Thaqîf lui confièrent alors un homme nommé Abû Ruqâl. À l’endroit appelé al-Mughammas ou al-Mughammis, situé à trois étapes de La Mecque, Abû Ruqâl mourut. Pendant longtemps, les Arabes continuèrent à jeter des pierres sur sa tombe. Ils ne cessèrent également, année après année, de blâmer les Banû Thaqîf, parce qu’ils avaient aidé les envahisseurs de La Mecque afin de préserver le temple d’al-Lât.
La réaction des habitants de La Mecque
Ibn Ishaq rapporte qu’Abraha ordonna à son avant-garde de progresser depuis al-Mughammas. Ses soldats pillèrent un grand nombre de bêtes appartenant aux habitants de la Tihâma et aux Qurayshites. Parmi elles se trouvaient deux cents chameaux appartenant à ‘Abd al-Muttalib, le grand-père du Prophète (ﷺ). Abraha envoya ensuite un émissaire à La Mecque. Par son intermédiaire, il fit dire : « Je ne suis pas venu vous combattre. Je suis venu détruire cette Maison de la Kaaba. Si vous ne me combattez pas, je ne toucherai ni à vos vies ni à vos biens. »
Il fit également savoir par son émissaire que, si les habitants de La Mecque avaient quelque chose à dire, ils devaient lui envoyer leur chef. À cette époque, le plus éminent des chefs de La Mecque était ‘Abd al-Muttalib. L’émissaire d’Abraha le rencontra et lui transmit son message. ‘Abd al-Muttalib dit : « Nous n’avons pas la force de combattre Abraha. Ceci est la Maison d’Allah ; s’Il le veut, Il la protégera. » L’émissaire lui dit : « Venez avec moi auprès d’Abraha. » Il accepta et se mit en route avec lui.
‘Abd al-Muttalib était un homme si impressionnant qu’Abraha fut profondément marqué par sa présence. Il descendit de son siège pour venir à sa rencontre et lui demanda : « Que désirez-vous ? » Il répondit : « Rendez-moi les chameaux que vous avez capturés. » Abraha dit : « En vous voyant, j’avais été très fortement impressionné. Mais vous me demandez de vous rendre vos chameaux, sans rien dire de cette Maison qui est le sanctuaire de la religion de vous-mêmes et de vos ancêtres. Votre considération a donc diminué à mes yeux. » Il répondit : « Je ne suis que le maître de mes chameaux, et c’est pour eux que je vous adresse ma demande. Quant à cette Maison, pourquoi m’en parlez-vous ? Elle a un Seigneur, et Lui-même la protégera. » Abraha dit : « Il ne pourra pas protéger Sa Maison contre mon attaque. » ‘Abd al-Muttalib répondit : « Vous le savez, et Lui le sait. » Sur ces mots, il se leva et Abraha lui rendit ses chameaux.
Le récit d’Ibn ‘Abbâs (رضي الله عنه) diffère. Il n’y est pas question de la demande concernant les chameaux. Selon le récit qu’Abd ibn Humayd, Ibn al-Mundhir, Ibn Mardûwayh, al-Hâkim, Abû Nu‘aym et al-Bayhaqî rapportent de lui, lorsque Abraha arriva à un endroit appelé al-Asṣafah, situé entre les montagnes de ‘Arafât et de Taïf, près de la limite du territoire sacré, ‘Abd al-Muttalib se rendit lui-même auprès de lui et lui dit : « Pour quelle raison avez-vous dû venir jusqu’ici ? Si vous aviez besoin de quoi que ce soit, vous n’aviez qu’à nous le faire savoir et nous vous l’aurions fait parvenir. » Il répondit : « J’ai appris que cette Maison est une demeure de paix et de sécurité. Je suis venu mettre fin à sa sécurité. » ‘Abd al-Muttalib dit : « Ceci est la Maison d’Allah. Jusqu’à ce jour, Il n’a permis à personne de porter atteinte à cette Maison. » Abraha répondit : « Nous ne repartirons pas avant de l’avoir réduite en poussière. » ‘Abd al-Muttalib dit : « Prenez de nous ce que vous voulez, puis repartez. » Mais Abraha n’accepta pas et ordonna à son armée d’avancer, laissant ‘Abd al-Muttalib derrière elle.
Si nous laissons ces deux récits diverger chacun à leur place, sans donner la primauté à l’un plutôt qu’à l’autre, il apparaît clairement que La Mecque et les tribus qui l’entouraient n’avaient pas la capacité de combattre une armée aussi immense et de protéger la Kaaba. On comprend donc que les Qurayshites ne tentèrent aucunement de lui résister. Lors de la bataille des Coalisés, les Qurayshites n’avaient pu rassembler, avec les tribus polythéistes et juives, que dix à douze mille hommes. Comment auraient-ils pu affronter une armée de soixante mille soldats ?
Muhammad ibn Ishaq rapporte qu’Abd al-Muttalib, de retour du camp de l’armée d’Abraha, demanda aux Qurayshites de se réfugier dans les montagnes avec leurs femmes et leurs enfants, afin qu’ils ne puissent pas les massacrer en masse. Puis, avec plusieurs chefs qurayshites, il se rendit dans le Sanctuaire et, tenant les anneaux de la porte de la Kaaba, se mit à invoquer Allah le Très-Haut, afin qu’Il protège Sa Maison et ses serviteurs. À cette époque, la Kaaba abritait trois cent soixante idoles. Mais, en cet instant critique, ils les oublièrent et levèrent uniquement les mains pour implorer Allah. Dans les invocations rapportées par l’histoire, aucun nom autre que celui de l’Unique Allah n’est mentionné. Les poèmes qu’Ibn Hisham a copiés de la biographie d’Abd al-Muttalib sont les suivants :(Arabe**********)
Ô Allah ! Le serviteur protège sa propre maison ; protège donc également Ta Maison.
(Arabe *******)
Qu’il ne triomphe pas demain de leur croisade et de leurs stratagèmes.
(Arabe*******)
Si Tu veux les laisser, eux et notre qibla, dans leur état actuel, alors fais ce que Tu veux.
Al-Suhayli a cité à ce sujet un poème dans Rawd al-Unuf.
(Arabe ******)
Aujourd’hui, viens en aide à ton descendant contre le descendant de la croix et ses adorateurs.
Ibn Jarîr cite le poème suivant d’Abd al-Muttalib, qu’il récita au moment de faire cette prière :
(Arabe******)
Ô ennemi de la Maison, ton ennemi ! Empêche-les de détruire leur propre cité.
Le miracle d’Allah pour la préservation de la Kaaba
Après avoir prononcé les prières précédentes, Abd al-Muttalib et ses compagnons se retirèrent sur la montagne. Le lendemain, Abraha s’avança pour entrer à La Mecque. Mais son éléphant particulier, nommé Mahmud, qui marchait en tête de tous, s’assit soudainement. On le frappa violemment, au point de le blesser et de le couvrir de plaies aux yeux et au dos. Pourtant, il ne bougea absolument pas. Lorsqu’on essayait de le faire avancer vers l’est, le sud ou le nord, il partait au pas de course. Mais dès qu’on le dirigeait vers La Mecque, il s’asseyait et ne voulait en aucune manière avancer. Entre-temps, des oiseaux arrivèrent par nuées depuis la direction de la mer Rouge, portant dans leur bec et leurs pattes de petites pierres qu’ils se mirent à lancer sur l’armée d’Abraha. Quiconque était atteint par ces pierres voyait son corps se dissoudre. Muhammad ibn Ishaq et Ikrima disent que, partout où une pierre tombait, le corps de la personne se mettait à démanger. La partie grattée se déchirait et la chair tombait. Selon une autre narration d’Ibn Abbas, la chair et le sang coulaient comme de l’eau, laissant apparaître les os. Il en fut de même pour Abraha lui-même. La chair de son corps commença à tomber en morceaux. Chaque fois qu’un morceau tombait, du pus et du sang s’écoulaient de l’endroit touché. Dans cette agitation et cette confusion, ils se mirent à fuir vers le Yémen. Ils retrouvèrent Nufayl ibn Habib, qu’ils avaient emmené de Khath’am pour leur montrer le chemin, et lui dirent : « Montre-nous maintenant le chemin du retour. » Il refusa catégoriquement et dit :(Arabe*****)« Où pouvons-nous encore fuir, maintenant qu’Allah nous poursuit par-derrière ? L’insolent Abraha est désormais vaincu, et non victorieux. »
Pendant cette fuite, ils se mirent à tomber ici et là, et à mourir. Ata ibn Yasar dit qu’ils ne moururent pas tous sur-le-champ : certains moururent sur place, tandis que d’autres tombèrent et moururent en chemin pendant leur fuite. Abraha mourut après être arrivé à Khath’am. (Allah le Très-Haut ne S’est pas contenté d’infliger ce châtiment aux Abyssins. En l’espace de trois ou quatre ans, Il élimina définitivement du Yémen leur pouvoir politique. L’histoire nous apprend qu’après l’événement de l’Éléphant, leur puissance au Yémen fut complètement brisée. Les chefs yéménites se révoltèrent en divers endroits. Puis un chef yéménite nommé Sayf ibn Dhi Yazan demanda une aide militaire à l’Iran. Seulement mille soldats arrivèrent d’Iran à bord de six navires. Cela suffit à éliminer la domination abyssine. Cet événement eut lieu en 475 de l’ère chrétienne. — L’auteur.)
Cet événement eut lieu à un endroit appelé Muhassir, près de la vallée de Muhassab, entre Muzdalifa et Mina. Selon les récits de Sahih Muslim et d’Abou Dawoud, dans le récit du pèlerinage d’adieu du prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), rapporté par l’imam Ja‘far al-Sadiq d’après son père, l’imam al-Baqir, qui le tenait de Jâbir ibn ‘Abd Allah, il est dit que lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendait de Muzdalifa à Mina, il accéléra son allure dans la vallée de Muhassir. L’imam al-Nawawi dit dans son commentaire que l’événement des Compagnons de l’Éléphant eut lieu ici. C’est pourquoi il est sunnah de traverser rapidement cet endroit. L’imam Malik rapporte dans le Muwatta’ que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Toute Muzdalifa est un lieu où l’on peut stationner, mais ne stationnez pas dans la vallée de Muhassir. »
Témoignage de cet événement dans la littérature arabe
Dans le poème de Nufayl ibn Habib cité par Muhammad ibn Ishaq, celui-ci a donné une description de cet événement dont il fut témoin :(Arabe********)
Ô Rudayna ! Ah ! Si seulement tu pouvais voir ! Mais tu ne pourras pas voir ce que nous avons vu près de la vallée de Muhassab.
(Arabe******)
Je rends grâce à Allah lorsque j’ai vu les oiseaux, et je craignais que les pierres ne tombent sur nous.
(Arabe*******)
Tous, parmi eux, recherchaient Nufayl, comme si les Abyssins avaient une créance sur lui.
C’était assurément un événement considérable, qui devint célèbre dans toute l’Arabie et au sujet duquel les poètes composèrent des vers. Ces poèmes montrent clairement que tous qualifièrent cet événement de manifestation miraculeuse de la puissance d’Allah. Personne n’y suggéra, même à mots couverts, que les divinités adorées dans la Kaaba y eussent joué le moindre rôle. Ainsi, Abdallah ibn Ayzibara dit :
(Arabe ******)
Ils étaient soixante mille et ne purent retourner dans leur pays. Et, après leur impossibilité de repartir, leur malade (Abraha) était encore en vie.
(Arabe *******)
Avant eux, les peuples de ʿAd et de Jurhum se trouvaient ici. Allah veille sur Ses serviteurs ; Il les y a établis.
Abou Qoubays ibn Aslat dit :
(Arabe*******)
Lève-toi, adore ton Seigneur et touche les angles de la Maison sacrée entre les montagnes de La Mecque et de Mina.
(Arabe********)Lorsque le secours du Maître du Trône vous parvint, l’armée de ce roi chassa ces hommes de telle manière que certains restèrent étendus à terre et que d’autres furent tués à coups de pierres.
Quelques récits importants à ce sujet
En outre, Umm Hânî (qu’Allah l’agrée) et Zubayr ibn al-Awwâm (qu’Allah l’agrée) rapportent que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Les Qurayshites n’ont adoré personne d’autre qu’Allah, l’Unique, pendant dix ans — ou, selon une autre opinion, sept ans. » Le récit d’Umm Hânî a été consigné par l’imam al-Bukhârî dans son Histoire, ainsi que par al-Tabarânî, al-Hâkim, Ibn Mardûwayh et al-Bayhaqî dans leurs recueils de hadiths respectifs. Le récit de Zubayr (qu’Allah l’agrée) a été cité par al-Tabarânî, Ibn Mardûwayh et Ibn Asâf. Il est corroboré par le récit mursal de Sa‘îd ibn al-Musayyib, que al-Khatîb al-Baghdâdî a consigné dans son Histoire.
La naissance du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui)
L’année où cet événement se produisit fut appelée par les Arabes ‘Âm al-Fîl, c’est-à-dire l’Année de l’Éléphant. C’est cette même année que naquit le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Les spécialistes du hadith et les historiens sont presque unanimes à considérer que l’événement eut lieu au mois de Muharram et que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) naquit au mois de Rabî‘ al-Awwal. Selon la majorité, sa naissance survint cinquante jours après l’événement de l’Éléphant.
Pourquoi le Coran ne mentionne-t-il cet événement que brièvement ?
Si l’on réfléchit à la sourate al-Fîl à la lumière du récit historique détaillé présenté ci-dessus, il devient évident pourquoi cette sourate ne mentionne que brièvement le châtiment d’Allah infligé aux Compagnons de l’Éléphant. L’événement n’était nullement ancien. Tous les enfants de La Mecque le connaissaient, et les Arabes en général le connaissaient également. Tous les Arabes disaient qu’aucune divinité n’avait protégé la Kaaba contre l’attaque d’Abraha. C’est au contraire Allah le Très-Haut qui l’avait protégée, lorsque les chefs qurayshites Lui avaient demandé secours. Pendant plusieurs années, les Qurayshites furent tellement marqués par cet événement qu’ils n’adorèrent personne d’autre qu’Allah. Il n’était donc pas nécessaire d’en donner un exposé détaillé dans la sourate al-Fîl. Il a plutôt été jugé suffisant de rappeler cet événement, afin que les Qurayshites en particulier et les Arabes en général puissent réfléchir et comprendre que l’appel auquel le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) les conviait ne consistait en rien d’autre qu’à abandonner toutes les divinités et à n’adorer qu’Allah le Très-Haut. En outre, ils devaient réfléchir au fait que, s’ils recouraient à la contrainte et à la violence pour faire taire cet appel à la vérité, ils subiraient eux aussi le châtiment qui avait anéanti les Compagnons de l’Éléphant. (Sourate al-Saff, note 8)
Le christianisme après l’avènement du Sceau des prophètes
[En tant que porteurs des Livres célestes, les Juifs et les chrétiens auraient dû être très proches de l’islam, car leur religion était à l’origine l’islam lui-même. Les chrétiens, en particulier, auraient dû avoir une relation plus étroite avec le dernier Prophète, Muhammad (paix et bénédictions sur lui), pour deux raisons. Premièrement, c’est par la mission de Muhammad (paix et bénédictions sur lui) que l’œuvre laissée par Jésus (paix sur lui) devait être parachevée. Deuxièmement, les annonces de la venue du dernier Prophète étaient beaucoup plus nombreuses dans les livres religieux chrétiens que dans ceux des Juifs. Beaucoup de ceux qui les connaissaient attendaient la venue du dernier Prophète. Le célèbre érudit chrétien Waraqa ibn Nawfal était l’un d’eux. Il est remarquable que certains événements survenus entre les chrétiens et le dernier Prophète auraient dû les conduire à adopter une attitude différente envers le dernier Prophète et les musulmans. Mais le judaïsme des Juifs et le christianisme des chrétiens créèrent à l’égard des musulmans une séparation qui ne cessa de s’élargir. En réponse à la noblesse du comportement des musulmans, ils nourrirent une hostilité extrême. Cette hostilité se transforma en croisades. Après ces croisades, la politique mondiale des chrétiens, avec les Juifs, contre la communauté de l’islam devint extrêmement odieuse. — [Les compilateurs]
La reconnaissance de la véracité de la prophétie par Waraqa ibn Nawfal (Les sources historiques rapportent qu’avant Waraqa ibn Nawfal, lorsque le moine Bahîrâ vit le Prophète (paix et bénédictions sur lui) au cours de son voyage en Syrie, il discerna en lui les signes d’un prophète. À ce sujet, Ibn Khaldûn dit : lorsque le Prophète (paix et bénédictions sur lui) eut atteint l’âge de douze ans, il se rendit en Syrie avec Abû Tâlib. Ayant reconnu en lui les signes d’un prophète, le moine Bahîrâ appela les membres de son peuple et les informa de la prophétie de Muhammad (paix et bénédictions sur lui). Ce récit figure dans les ouvrages biographiques et il est universellement connu. Plus tard, il se rendit une seconde fois en Syrie avec Maysara, l’esclave qui l’accompagnait, portant les marchandises de l’honorable Mère des croyants Khadîdja al-Kubrâ, fille de Khuwaylid ibn Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ. Alors qu’il passait près du moine Nestor, celui-ci discerna en lui les signes de la prophétie et en informa Maysara. À son retour, Maysara rapporta toute l’affaire à Khadîdja (qu’Allah l’agrée). Après avoir entendu cela, Khadîdja, qu’Allah l’agrée, proposa à Muhammad (paix et bénédictions sur lui) de l’épouser. — Ibn Khaldûn, traduction ourdoue, tome I, p. 36 ; traducteurs : l’érudit Hakîm Ahmad Hasan ‘Uthmânî. Que l’on accorde ou non une valeur historique à ce récit, il n’y a pourtant rien d’étonnant à ce que quelqu’un, frappé par le visage et la personnalité imposante du Prophète (paix et bénédictions sur lui), ait affirmé que le prophète promis dont parlent les ouvrages anciens était précisément celui-ci. En outre, le fait que deux prêtres chrétiens — Bahîrâ et Nestor — aient vu le Prophète (paix et bénédictions sur lui) dans son enfance et discerné en lui les signes de la prophétie constitue, à quelque degré que ce soit, une preuve irréfutable pour les chrétiens. Si les chrétiens admettent comme véridique le récit selon lequel leurs deux prêtres ont discerné les signes de la prophétie en Muhammad (paix et bénédictions sur lui), ils devraient également reconnaître qu’un prophète appelé à venir, sur lequel la révélation divine descendrait, n’aurait nul besoin qu’un autre prophète lui enseigne quoi que ce soit concernant la mission prophétique. Maulana Maudûdî a réfuté de la manière suivante l’argument erroné que les chrétiens ont construit à partir du récit de Bahîrâ : parmi les ennemis contemporains du Prophète (paix et bénédictions sur lui), personne n’a dit que, lorsqu’il rencontra le moine Bahîrâ durant son enfance, il avait appris tout cela auprès de lui. Personne n’a non plus prétendu qu’au cours de ses voyages à l’étranger, dans sa jeunesse, pour exercer le commerce, il avait acquis ces connaissances auprès de prêtres chrétiens et de rabbins juifs. Car ils connaissaient tous les détails de ses voyages. Il ne voyageait pas seul ; des centaines d’habitants de sa propre ville les traitaient de menteurs. Chaque habitant de La Mecque leur demandait : si cet homme avait acquis ces connaissances auprès de Bahîrâ à l’âge de douze ou treize ans, ou s’il avait commencé à les acquérir à l’âge de vingt-cinq ans, lorsqu’il entreprit ses voyages commerciaux à l’étranger, pourquoi les avez-vous gardées secrètes jusqu’à ses quarante ans ? Il ne vivait nulle part ailleurs ; au contraire, il vivait parmi vous. — Les compilateurs)
Après sa première rencontre avec l’ange dans la grotte de Hirâ, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) rentra chez lui, bouleversé et tremblant. L’honorable Khadîdja (qu’Allah l’agrée) fut la première à le réconforter. Puis elle l’emmena auprès de son cousin, Waraqa ibn Nawfal. À l’époque de la Jâhiliyya, Waraqa avait embrassé le christianisme. Il écrivait l’Évangile en arabe et en hébreu. Il était devenu très âgé et aveugle. L’honorable Khadîdja (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Mon cher frère, écoutez ce qui est arrivé à votre neveu. »
Waraqa dit au Prophète (paix et bénédictions sur lui) : « Mon neveu, dites-moi donc ce que vous avez vu. »
Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) relata tout ce qu’il avait vu. Waraqa dit : « C’est le Nâmûs — l’ange qui apporte la révélation — qu’Allah, le Très-Haut, a envoyé à Moïse (paix sur lui). Ah ! Si seulement j’étais fort à l’époque de votre prophétie et si je vivais jusqu’au jour où votre peuple vous chassera ! »
Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) demanda : « Ces gens me chasseront-ils ? »
Waraqa répondit : « Certainement. Jamais personne n’a apporté ce que vous apportez sans être pris pour ennemi. Si je vis jusqu’à cette époque, je vous aiderai de toutes mes forces. »
Mais Waraqa mourut peu de temps après. — Hitnî était un habitant de La Mecque très âgé ; il avait connu le Prophète depuis son enfance et, en raison de quinze années de relations familiales étroites, avait observé sa condition de très près. Lorsqu’il entendit parler de cet événement, il ne le prit pas pour une suggestion satanique ni pour une illusion de l’esprit. Au contraire, dès qu’il en entendit le récit, il dit : « C’est le même Nâmûs qu’Allah, le Très-Haut, a envoyé à Moïse (paix sur lui). » Cela signifie qu’à ses yeux, le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) était une personne d’un rang si élevé que le fait qu’il fût honoré de la dignité prophétique n’avait rien d’étonnant. (Sourate al-Burûj, note 4)
La première émigration des musulmans vers un royaume chrétien
Lorsque la situation à La Mecque devint insupportable, durant le mois de Rajab de la cinquième année de la mission prophétique, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) dit :(Arabe ******)
« Partez et rendez-vous en Abyssinie ; cela vaudra mieux pour vous. Là-bas règne un souverain sous l’autorité duquel nul n’est opprimé. C’est une terre de bien. Vous y demeurerez jusqu’à ce qu’Allah vous délivre de cette épreuve. » — Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) prononça avec quelle générosité ces paroles élogieuses au sujet du royaume chrétien d’Abyssinie ! La justice de son souverain aurait à elle seule suffi à faire de cette émigration des musulmans en Abyssinie un événement susceptible de rendre leurs relations avec les chrétiens amicales et solides. Mais, hélas, ceux-ci dressèrent un mur d’hostilité. — Les compilateurs
Conformément à cette directive du Prophète (paix et bénédiction sur lui), onze hommes et quatre femmes partirent d’abord pour l’Abyssinie. Les Quraychites les poursuivirent jusqu’au rivage. Mais, par bonheur, ils trouvèrent à temps des navires dans le port de Shuʿayba. Ils échappèrent ainsi à la capture. Quelques mois plus tard, d’autres personnes émigrèrent. Finalement, soixante-treize hommes, onze femmes et sept non-Quraychites se réunirent en Abyssinie. À La Mecque, il ne resta auprès du Prophète (paix et bénédiction sur lui) que quarante personnes. (Sourate Al-ʿAlaq, introduction)
La sincérité du roi chrétien d’Abyssinie
Le récit de l’émigration sera exposé plus en détail dans la suite. Il convient de préciser ici seulement que, lorsque les représentants diplomatiques des polythéistes de La Mecque poursuivirent les émigrés musulmans, présentèrent leurs griefs contre eux et soulevèrent des objections contre la mission prophétique du Prophète (paix et bénédiction sur lui) ainsi que contre son appel, le roi chrétien, le Négus, demanda à Jaʿfar (qu’Allah l’agrée) de lui réciter une partie de la révélation descendue sur le Prophète. Jaʿfar (qu’Allah l’agrée) lui récita le début de la sourate Maryam, qui traitait de Yaḥyâ (sur lui la paix) et de ʿÎsâ (sur lui la paix). Le Négus écoutait en pleurant, au point que sa barbe fut mouillée de larmes. Lorsque Jaʿfar (qu’Allah l’agrée) acheva sa récitation, le Négus dit : « Cette parole et ce que ʿÎsâ a apporté proviennent d’une même source. » (Le roi à la cour duquel les émigrés musulmans de La Mecque s’étaient présentés reconnut la véracité de la croyance et de la perspective des musulmans. Il reconnut également la véracité de l’enseignement du Prophète (paix et bénédiction sur lui). À cet égard, la conception du roi Négus était la plus proche de l’islam. Plus tard, lorsque le Prophète (paix et bénédiction sur lui) adressa par lettres l’appel à l’islam à différents rois et gouverneurs, il envoya également une telle lettre au roi d’Abyssinie. Celui-ci accepta l’appel du noble Prophète (paix et bénédiction sur lui) et lui répondit par lettre. — (Raḥmat lil-ʿÂlamîn, Qazi Salman Mansur Puri, premier volume, p. 209-212) — Les compilateurs.) (Sourate Al-Furqân, note 12)
Cette délégation diplomatique de La Mecque soudoya les chefs religieux de la cour royale et les rallia à sa cause. Le lendemain, ʿAmr ibn Al-ʿÂs souleva à la cour la question suivante :
« Appelez-les et demandez-leur quelle est leur conception et leur croyance au sujet de ʿÎsâ ibn Maryam. »
Le Négus convoqua de nouveau les émigrés. Puis il leur soumit les questions posées par ʿAmr ibn al-ʿÂs. Alors Jafar ibn Abû Tâlib se leva et déclara d’un cœur parfaitement résolu :
(Arabe *******)
En entendant cela, le Négus ramassa du sol un brin d’herbe et dit : « Par Dieu, ce que tu viens de dire ne dépasse pas ce brin d’herbe en ce qui concerne Jésus (paix sur lui). » (Introduction à la sourate Maryam)
L’attitude particulière des musulmans envers l’Abyssinie
Un propos du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), rapporté dans les Sunan d’Abû Dâwûd et le Musnad d’Ahmad, énonce la règle suivante au sujet de l’Abyssinie : —(Arabe**********)Dans une autre version :(Arabe ********)c’est-à-dire : tant que les Abyssins vous laisseront vivre librement parmi eux, laissez-les eux aussi vivre librement parmi vous.
Il semble que, conformément à cette directive, aucune mesure n’ait été prise contre l’Abyssinie à l’époque des califes bien guidés. La portée de cette directive était probablement qu’il fallait respecter le refuge que les Abyssins avaient accordé aux musulmans dans les moments de danger et, gardant cela à l’esprit, ne pas prendre l’initiative de les attaquer, afin que les peuples du monde ne puissent entretenir cette idée erronée que les musulmans formaient un peuple ingrat. Une autre raison apparaît également. En considérant la situation géographique de l’Abyssinie et son histoire passée, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) avait estimé que des relations amicales avec l’Abyssinie étaient nécessaires à la défense du Hedjaz, centre géographique de l’islam. C’est pourquoi il avait peut-être ordonné que l’appel islamique parvienne dans ce pays par des moyens pacifiques et qu’il fallait, autant que possible, se tenir éloigné des conflits armés. (Introduction à la sourate Maryam)
L’attitude du Muqawqis d’Égypte
Après la trêve de Hudaybiyya, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) écrivit aux souverains des régions environnantes — l’auteur de l’ouvrage Rahmat li-l-ʿâlamîn rapporte que, le premier Muharram de la septième année de l’Hégire, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) écrivit des lettres à divers souverains et les leur fit parvenir par des envoyés. La plupart d’entre eux étaient chrétiens, et leurs réactions furent également favorables. Le roi Négus d’Abyssinie, Ashama ibn Abjar, embrassa l’islam. Le gouverneur de Bahreïn, Mundhir ibn Sâwâ, embrassa l’islam, et la majorité de ses sujets devinrent musulmans. Les gouverneurs d’Oman, Jaïfar et ʿAbd, fils d’al-Julandî, se soumirent eux aussi à l’islam après réflexion. Le gouverneur de Damas, Mundhir ibn al-Hârith ibn Abû Shamir, manifesta une grande colère en recevant la lettre du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), mais, après s’être maîtrisé, il congédia l’émissaire en lui remettant des présents. Le gouverneur de Yamâma, Hawdha ibn ʿAlî, revendiqua la moitié de l’État islamique. Mais il mourut peu de temps après. À Bayt al-Maqdis, Héraclius gouvernait sous l’autorité du roi de Constantinople. Ayant reçu la lettre du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), il convoqua une grande assemblée et prit toutes les dispositions nécessaires pour recueillir des informations à son sujet. Or, par coïncidence, Abû Sufyân s’y rendit alors pour affaires commerciales. Héraclius le convoqua à sa cour et lui posa diverses questions sur le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), afin de se faire une idée de la véracité de sa mission prophétique. Enfin, s’adressant à Abû Sufyân, il lui exposa ainsi sa propre réaction :
On nous a parlé de tous ces signes du Prophète promis. Je pensais qu’un prophète apparaîtrait, mais je ne pensais pas qu’il viendrait d’Arabie. Abû Sufyân, si tu as donné des réponses exactes, il exercera certainement un jour son autorité sur cette région où je suis assis — la Syrie et Bayt al-Maqdis. Comme il aurait été merveilleux que je puisse le rejoindre et avoir la chance de lui laver les pieds. — Rahmatul lil-Âlamîn, vol. 1, p. 206-224) Farwa ibn ʿAmr al-Khuzâʿî était gouverneur dans la région de Syrie, sous l’autorité de l’empereur romain. Il embrassa l’islam. César le convoqua et lui demanda d’abandonner l’islam. Comme il refusa, il fut martyrisé. — Les compilateurs.) Parmi ceux à qui il envoya une lettre se trouvait le gouverneur romain d’Alexandrie, le Patriarche. Les Arabes l’appelaient al-Muqawqis. Lorsque Hâtib ibn Abî Baltaʿa (ra) se présenta auprès de lui avec la lettre du Prophète (saw), il n’embrassa pas l’islam en réponse à la lettre, mais accueillit chaleureusement le messager. Dans sa réponse, il déclara : « Je sais qu’il reste encore un prophète à venir. Mais je pense qu’il apparaîtra en Syrie. Néanmoins, j’ai accueilli votre messager avec les honneurs et je vous envoie deux jeunes filles. Elles sont de noble lignée copte. » — Ibn Saʿd
L’une de ces deux jeunes filles s’appelait Sirîn et l’autre Maria la Copte. (Les chrétiens appelaient Marie, la vénérable Maryam, « Maria ».)
Sur le chemin du retour d’Égypte, Hâtib leur présenta à toutes deux l’appel à l’islam, et elles embrassèrent toutes deux l’islam. Lorsqu’elles furent présentées au Prophète (saw), Sirîn fut donnée à Hasan ibn Thâbit, tandis que Maria (ra) fut accueillie dans les appartements privés et sacrés du Prophète (saw). Durant la huitième année de l’Hégire, le fils du Messager (saw), le vénérable Ibrâhîm, naquit de son sein béni. — (Al-Istîʿâb, al-Isâba) (sourate Maryam, introduction)
Le Prophète (saw) et les chrétiens de Najrân
Au cours de la neuvième année de l’Hégire, une délégation chrétienne de Najrân se rendit auprès du Prophète (saw). Najrân se trouve entre le Hedjaz et le Yémen. À cette époque, cette région comptait soixante-treize localités et l’on dit qu’elle pouvait fournir cent vingt mille hommes aptes au combat. Tous les habitants étaient chrétiens et ils étaient dirigés par trois chefs. L’un d’eux était appelé l’Aqib, auquel était conféré le rang de chef de la nation. Le deuxième était appelé le Sayyid. Il supervisait les affaires politiques et culturelles. Le troisième était l’Usquf (évêque), chargé de la direction religieuse. Après la conquête de La Mecque, tous les Arabes avaient acquis la conviction que l’avenir du pays était désormais entre les mains du Prophète Muhammad (saw). Des délégations commencèrent donc à venir auprès du Prophète depuis les différentes régions du pays. Les trois chefs de Najrân arrivèrent à Médine accompagnés de quarante délégués. (À cette occasion, le Prophète (saw) leur exposa l’appel au tawhîd tel qu’il est énoncé dans le Coran et, en exposant la continuité de la prophétie, réfuta le fait d’élever le vénérable Jésus (as) au rang de divinité ainsi que les autres croyances erronées des chrétiens. Certains membres de la délégation furent influencés par cet appel, mais l’obstination des évêques et des prêtres constitua un obstacle. Finalement, sur ordre d’Allah, le Prophète (saw) les invita à la mubâhala et leur dit : « Si vous avez pleine confiance dans la vérité de votre croyance, venez donc prier ensemble Allah en disant : que la malédiction d’Allah s’abatte sur celui d’entre nous qui ment. » Mais aucun d’eux n’y consentit. Ainsi, outre les membres simples d’esprit de la délégation, il devint parfaitement clair pour le peuple chrétien et non chrétien en général que les dirigeants chrétiens de Najrân professaient une croyance en laquelle ils ne croyaient même pas eux-mêmes.
Finalement, à la demande des habitants de Najrân, le Prophète (saw) rédigea un traité et le leur fit parvenir. Nous le transcrirons dans la suite. — Les compilateurs) (Rasâ’il wa Masâ’il, vol. 1, p. 290)
Appendice
Deux autres points sont liés à ce chapitre. Premièrement : dans le conflit entre Rome et l’Iran, le soutien moral des musulmans allait aux chrétiens. Deuxièmement : à Tabûk, les musulmans furent contraints de prendre les armes contre les chrétiens.
Le récit détaillé du conflit entre Rome et l’Iran se trouve dans l’article intitulé « La prophétie de la victoire de Rome » (voir « Les prophéties », tome I). Pour le récit de l’expédition de Tabûk, voir le tome III.
Les vastes relations des Arabes avec les différents pays
L’examen de l’histoire économique de l’Arabie préislamique et de ses relations avec le monde extérieur permet de supposer que le monde arabe n’était pas un pays isolé, dont les habitants auraient été étrangers au monde situé au-delà de leurs vallées et de leurs déserts.
L’établissement de grands centres commerciaux
Les informations que nous livre l’histoire ancienne prouvent qu’à cette époque, tout le commerce qui reliait la Chine, l’Inde, les autres pays de l’Est et l’Afrique orientale à l’Égypte, à la Syrie, à l’Asie Mineure, à la Grèce et à Rome passait par l’intermédiaire de l’Arabie. Ce commerce empruntait trois grandes routes. La première était la route principale venant d’Iran et passant par l’Irak et la Syrie. La deuxième était la voie maritime du golfe Persique. Par cette voie, toutes les marchandises débarquaient sur la côte orientale de l’Arabie, puis poursuivaient leur route en passant par Dûmat al-Jandal ou Tadmor (Palmyre). La troisième était la voie maritime de l’océan. Les marchandises qui y circulaient traversaient le Hadramawt et le Yémen. Ces trois routes traversaient des régions où les Arabes étaient établis. Les Arabes achetaient les marchandises d’un côté et les revendaient de l’autre. Ils s’occupaient également du transport (« carrying trade »). Ils percevaient de lourdes taxes auprès des marchands qui traversaient leur territoire et se chargeaient de leur assurer un passage sûr. Dans ces trois domaines, ils entretenaient des relations étroites avec le commerce international. La Torah mentionne les activités commerciales des enfants d’Israël vers 1700 avant J.-C. Mille cinq cents ans avant Jésus, ce commerce se pratiquait à Madyan et à Dedan, dans le nord du Hedjaz, et se poursuivit encore pendant plusieurs siècles. À l’époque de Salomon et de David (vers 100 avant J.-C.), la tribu sabéenne du Yémen, puis la tribu himyarite, se déplaçaient à des fins commerciales durant les premiers siècles de l’ère chrétienne. À l’époque contemporaine du Messie, les Juifs de Palestine vinrent en Arabie et s’établirent notamment à Khaybar, Wâdî al-Qurâ (l’actuelle al-‘Ulâ), Taymâ et Tabûk. Leurs relations religieuses, culturelles et commerciales avec les Juifs de Syrie et d’Égypte se poursuivirent. Les Juifs assuraient pour la plupart l’importation des céréales et du vin depuis la Syrie et l’Égypte. À partir du Ve siècle, les Quraychites commencèrent à participer activement au commerce extérieur. Jusqu’à l’époque du Prophète, ils entretenaient d’importantes relations commerciales, d’une part avec le Yémen et l’Abyssinie, et d’autre part avec l’Irak, l’Égypte et la Syrie. La majeure partie du commerce iranien qui se faisait avec le Yémen dans l’est de l’Arabie passait de Hîra à Yamâma (l’actuelle Riyad), puis traversait le territoire des Banû Tamîm avant d’atteindre Najrân et le Yémen.
Relations politiques et culturelles
Outre ces relations commerciales, les Arabes entretenaient également des relations étroites, sur les plans politique et culturel, avec les pays civilisés voisins. Au VIe siècle avant J.-C., à Taymâ, dans le nord du Hedjaz, le roi de Babylone Nabonide avait établi sa capitale d’été. Comment aurait-il été possible que l’organisation économique et politique de Babylone fût inconnue des habitants du Hedjaz ? Du IIIe siècle avant J.-C. jusqu’à l’époque du Prophète, l’État nabatéen de Pétra, puis l’État syrien de Tadmor (Palmyre), et ensuite les États arabes de Hîra et de Ghassân s’étaient successivement établis sur une étendue allant de l’Irak aux frontières de l’Égypte, et des frontières du Hedjaz et du Najd jusqu’à l’Algérie et aux frontières de la Syrie. Ces États entretenaient d’étroites relations politiques, culturelles et économiques, d’un côté avec la Grèce et Rome, et de l’autre avec l’Iran. En outre, sur la base de liens généalogiques, les tribus de l’intérieur de l’Arabie entretenaient elles aussi des relations étendues avec eux. Les Ansâr de Médine et le souverain de Ghassân étaient issus de la même lignée et avaient des relations réciproques. À l’époque du Prophète, son éminent poète, Hassân ibn Thâbit, se rendait auprès des souverains ghassanides. Les Quraychites entretenaient de bonnes relations avec les émirs de Hîra. Ils y acquirent même leur instruction, et l’écriture qu’ils reçurent de Hîra devint par la suite célèbre sous le nom d’écriture de Koufa.
En outre, dans toutes les régions de l’Arabie, les grands cheikhs, les familles nobles et les marchands renommés possédaient un grand nombre d’esclaves et d’esclaves femmes originaires de Rome, de Grèce et d’Iran. Parmi les prisonniers de guerre réduits en esclavage par les deux camps lors des guerres entre l’Iran et Rome, ceux qui étaient considérés comme excédentaires étaient vendus sur les marchés ouverts. L’Arabie constituait le principal marché de cette marchandise. Beaucoup de ces esclaves étaient des personnes très instruites et civilisées. Certains étaient artisans, commerçants ou membres de professions diverses. Les cheikhs et les marchands arabes leur confiaient de nombreuses tâches. Un grand nombre d’esclaves se trouvaient à La Mecque, à Taïf, à Yathrib et dans les autres villes centrales, où ils rendaient de précieux services à leurs maîtres en tant qu’ouvriers qualifiés.
Une situation économique particulière
Il faut également observer un autre aspect de l’histoire économique de l’Arabie. À aucune époque, l’Arabie n’a été autosuffisante sur le plan alimentaire, et aucune industrie n’y avait été développée de manière à répondre aux besoins de la population. Les denrées alimentaires y étaient toujours importées de l’étranger, et la plupart des produits manufacturés, jusqu’aux vêtements, étaient également importés. À l’époque proche de celle du Prophète (paix et bénédictions sur lui), ce commerce d’importation était principalement entre les mains de deux groupes. Le premier était constitué des Quraychites et des Banû Thaqîf, et le second des Juifs. Toutefois, ceux-ci se contentaient d’importer les marchandises et de les vendre en gros. Ils ne se chargeaient pas de les colporter et de les vendre dans les petites agglomérations de l’intérieur du pays ni parmi les tribus. Les membres des tribus n’étaient pas davantage disposés à accepter que ces gens accaparent tous les bénéfices du commerce et que les leurs ne puissent tirer aucun avantage de ce monopole. Ainsi, en tant que grossistes, ces gens vendaient à l’intérieur du pays des marchandises pour des sommes considérables aux détaillants, et une quantité importante de marchandises était vendue à crédit. (Tafhîm al-Qur’ân, sourate At-Tahrîm, note 2)
Tableau de la situation politique
Quelle était la situation politique du pays au moment où le prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) reçut sa mission prophétique ? Quelle ligne de conduite adopta-t-il dans ces circonstances ? L’histoire atteste qu’à cette époque l’Arabie était encerclée de toutes parts par des États tyranniques. À l’intérieur même du pays, l’impérialisme des peuples voisins avait également étendu son influence. Peu avant la naissance du Prophète (paix et bénédictions sur lui), l’armée abyssinienne avança jusqu’à la ville où il devait naître. Le Yémen, la province la plus fertile d’Arabie, tomba d’abord sous la domination des Abyssins, puis sous celle des Iraniens. Les côtes méridionales et orientales de l’Arabie étaient sous l’influence des Iraniens. L’influence iranienne s’était étendue jusqu’aux frontières du Najd. Au nord, l’influence de l’Empire romain s’exerçait jusqu’à Aqaba et Ma‘ân, voire jusqu’à Tabûk. Les deux États voisins, dans leur propre intérêt, maintenaient les tribus arabes en conflit les unes avec les autres et étendaient ainsi leur influence à l’intérieur de l’Arabie. Le César de Constantinople intervenait à diverses reprises dans les affaires de petites cités-États comme La Mecque. Chaque grande puissance voulait assujettir la nation arabe. Car, si le pays de cette nation était aride, la nation elle-même ne l’était pas : pour la conquête du monde, on pouvait recruter parmi elle les meilleurs guerriers. (Sourate Âl ‘Imrân, note 29)
Le message de la Sîra
[Discours du Maulana prononcé lors du rassemblement convoqué par l’association des étudiants de l’université du Pendjab, le 22 octobre 1975, sur le nouveau campus de cette université.]
Monsieur le vice-chancelier, Monsieur le président de l’association des étudiants, et chers étudiants et étudiantes !
J’ai été invité à prendre la parole lors de ce rassemblement afin de dire quelques mots sur le message de la Sîra du prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui). Si l’on veut examiner cette question à la lumière de la raison, une première interrogation se pose : pourquoi le message de la Sîra d’un seul prophète ? Pourquoi pas celui d’un autre ? Il est nécessaire de commencer par étudier, parmi les prophètes, la Sîra de Sayyidunâ Muhammad (paix et bénédictions sur lui), car nous sommes convaincus que ce n’est pas dans la vie d’un guide des temps anciens ou modernes, mais uniquement dans la vie d’un prophète, que nous pouvons trouver la guidée et la voie à suivre. Et ce n’est pas dans la vie d’un autre prophète ou d’un chef religieux, mais bien dans la vie du prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui), que nous pouvons trouver la guidée juste et complète dont nous avons véritablement besoin.
La nécessité de recevoir la guidance d’Allah le Très-Haut
Il est impossible de nier cette vérité : Allah le Très-Haut est l’unique source de la connaissance. C’est Lui qui a créé l’univers et l’être humain. Qui, en dehors de Lui, pourrait connaître les réalités profondes de l’univers, ainsi que la nature et les ressorts de l’être humain lui-même ? Seul le Créateur peut connaître Sa création, et la créature ne peut savoir que ce que son Créateur lui fait connaître. La création ne possède aucun moyen propre par lequel elle puisse connaître la réalité véritable.
Il convient de bien distinguer deux choses à ce sujet, afin qu’aucune confusion ne survienne dans la discussion. La première concerne les informations que vous pouvez acquérir au moyen de vos sens ; à partir de celles-ci, il vous incombe de réfléchir, d’étudier, de raisonner, d’expérimenter, d’observer et de faire des découvertes. Examinez tout ce que vous trouvez autour de vous. Acquérez une connaissance des forces qui y sont à l’œuvre. Comprenez les lois naturelles qui y sont en vigueur. Puis avancez sur la voie du progrès. Toutefois, votre Créateur ne vous a pas laissés seuls dans ce domaine. À différentes étapes de l’histoire, Il a progressivement continué à vous faire connaître, par des moyens imperceptibles, le monde qu’Il a créé. Il n’a cessé d’ouvrir devant vous les portes de connaissances nouvelles. De temps à autre, par le moyen de l’inspiration, Il a continué à suggérer à certains hommes des indications qui leur permettent de découvrir quelque chose de nouveau ou de connaître un principe ou une méthode nouvelle. Néanmoins, tout cela relève du domaine de la connaissance humaine, pour laquelle un prophète ou un Livre céleste n’est pas nécessaire. Les moyens et les ressources permettant d’obtenir les informations souhaitées dans ce domaine ont également été accordés à l’être humain. La seconde catégorie concerne ce qui dépasse la perception de nos sens. Elle est totalement hors de notre portée. Nous ne pouvons ni la mesurer ni la connaître par nos propres moyens. Lorsqu’un philosophe ou un scientifique émet une opinion à son sujet, il le fait uniquement sur la base de conjectures et de suppositions. On ne peut pas appeler cela de la connaissance. Ce sont pour eux des données ultimes ; quant aux théories controversées relatives à cette question, ceux-là mêmes qui les ont formulées ne peuvent en déclarer les limites avec certitude. Si les limites de leur connaissance leur étaient connues, ils ne pourraient ni y croire eux-mêmes ni appeler autrui à y croire.
La nécessité de suivre les prophètes
Or, si l’on acquiert une connaissance de la seconde catégorie mentionnée ci-dessus, cela ne peut se faire que sur l’ordre d’Allah le Très-Haut, car toutes les réalités et toutes les informations sont connues de Lui. Le moyen par lequel Allah le Très-Haut accorde cette connaissance à l’être humain est la révélation, qui n’est descendue que sur les prophètes. Allah le Très-Haut n’a jamais fait imprimer un Livre pour le remettre entre les mains de chaque être humain en lui disant : « Lis ce livre et apprends ce que sont ta réalité profonde et celle de l’univers. » Il lui aurait plutôt fait connaître, conformément à cette réalité, quelle devait être sa conduite ici-bas. Pour transmettre cette connaissance aux êtres humains, Il a toujours utilisé les prophètes comme intermédiaires, afin qu’ils ne se contentent pas de l’enseigner, mais qu’ils l’expliquent, la mettent eux-mêmes en pratique, s’efforcent de ramener ses adversaires dans la bonne voie et organisent ceux qui l’acceptent en une société où cette connaissance se manifesterait à tous les niveaux de la vie.
Il ressort clairement de cet exposé succinct que, pour être guidés, nous dépendons uniquement de la vie et de l’exemple d’un prophète. Si un non-prophète ne suit pas un prophète, aussi grand érudit, savant ou homme de mérite qu’il puisse être, il ne peut être notre guide. Car il ne possède pas la connaissance véritable, et celui qui ne détient pas la connaissance véritable ne peut nous donner un système de vie vrai et juste.
Pourquoi ne recevons-nous pas la guidance des autres prophètes en dehors de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ?
La question qui se pose maintenant est la suivante : parmi ceux que nous savons être des prophètes et les différents chefs religieux dont on peut penser qu’ils étaient peut-être des prophètes, pourquoi cherchons-nous à recevoir le message uniquement de la vie du prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ? Est-ce par sectarisme, ou existe-t-il une raison rationnelle à cela ?
Je veux dire qu’il existe une raison tout à fait légitime à cela. Bien que nous sachions et croyions avec certitude que les prophètes mentionnés dans le Coran étaient des prophètes, l’enseignement et la vie d’aucun d’entre eux ne nous sont parvenus par une source fiable qui nous permettrait de les suivre. Hadrat Nûh (sur lui la paix), Hadrat Ibrâhîm (sur lui la paix), Hadrat Ishâq (sur lui la paix), Hadrat Yûsuf (sur lui la paix), Hadrat Mûsâ (sur lui la paix) et Hadrat ‘Îsâ (sur lui la paix) étaient incontestablement des prophètes. Nous croyons en eux tous. Mais aucun des Livres révélés à ces prophètes n’existe aujourd’hui sous une forme préservée, de sorte que nous puissions y puiser la guidance. La biographie d’aucun d’entre eux ne nous est parvenue d’une manière suffisamment préservée et fiable pour que nous puissions les prendre comme guides dans les différents domaines de notre vie individuelle et collective. Si quelqu’un voulait écrire sur l’enseignement et la vie de ces prophètes, il ne pourrait guère remplir plus de quelques pages, et cela encore à l’aide du Coran. Car, en dehors du Coran, il n’existe aucun document ni matériau probant à leur sujet.
Les écrits de la religion juive et la situation de ses prophètes
On dit que Moïse (sur lui la paix), les prophètes venus après lui et leur enseignement se trouvent dans l’Ancien Testament de la Bible. Mais examinez la Bible du point de vue historique. Elle fut détruite lors de la destruction de Jérusalem au VIe siècle avant notre ère. Les feuillets des autres prophètes qui avaient vécu avant cette époque furent eux aussi détruits. Au Ve siècle avant notre ère, lorsque les Israélites furent libérés de leur captivité à Babylone, Hadrat ‘Uzayr (sur lui la paix), avec l’aide d’autres notables, compila la biographie de Moïse (sur lui la paix) et l’histoire des Enfants d’Israël. Il y inséra, au moment opportun, les versets qui étaient parvenus jusqu’à lui et à ses collaborateurs. Puis, du IVe au IIe siècle avant notre ère, divers individus — je ne sais pas qui ils étaient — compilèrent les feuillets de ces prophètes, disparus plusieurs siècles auparavant. Je ne sais pas de quelles sources ils tiraient ces éléments. Ainsi, par exemple, trois cents ans avant Jésus (‘Îsâ, sur lui la paix), quelqu’un écrivit un livre au nom de Jonas (Yûnus, sur lui la paix) et l’inséra dans la Bible, alors que celui-ci avait été prophète au VIIIe siècle avant notre ère. Le Zabûr (Psaumes) fut écrit cinq cents ans après la mort de David (Dâwûd, sur lui la paix), et l’on y inséra, en plus des poèmes de David, ceux de cent autres poètes. Je ne sais de quelle source ces informations parvinrent aux compilateurs du Zabûr. Salomon (Sulaymân, sur lui la paix) mourut 933 ans avant Jésus (‘Îsâ, sur lui la paix), et ses Proverbes furent mis par écrit 250 ans avant Jésus (‘Îsâ, sur lui la paix). On y inséra également les paroles de nombreux autres sages.
En somme, aucun livre de la Bible ne possède une chaîne de transmission remontant aux prophètes auxquels on l’attribue. De plus, la Bible écrite en hébreu fut détruite en l’an 70 de notre ère, lors de la seconde destruction de Jérusalem. Il n’en subsista que des traductions grecques. Ces traductions furent réalisées entre 258 avant notre ère et le Ier siècle avant notre ère. Au IIe siècle de notre ère, des savants juifs compilèrent, à partir de tous les manuscrits hébreux, ce qui en était resté. Le plus ancien livre qui nous soit parvenu date de 916. Il n’existe aucune autre Bible hébraïque. Les rouleaux hébreux découverts dans les grottes de Qumrân, près de la mer Morte, datent tout au plus des IIe et Ier siècles avant notre ère. Ils ne contiennent que quelques fragments épars de la Bible. Le recueil des cinq premiers livres de la Bible en usage chez les Samaritains possède comme plus ancien exemplaire un manuscrit du XIe siècle de notre ère. La traduction grecque réalisée aux IIIe et IIe siècles avant notre ère comportait d’innombrables erreurs et défauts. Elle fut traduite en latin aux IIe et IIIe siècles de notre ère. Selon quels critères peut-on considérer comme authentiques ces éléments et matériaux concernant la situation et l’enseignement de Moïse (sur lui la paix) et des prophètes venus après lui ?
En outre, on trouve chez les Juifs, transmises de génération en génération, certaines traditions fondamentales appelées la Loi orale. Elles restèrent non écrites pendant treize ou quatorze siècles. À la fin du IIe siècle et au début du IIIe siècle de notre ère, le rabbin Juda ben Shamua leur donna une forme écrite sous le nom de Mishnah. Les savants juifs de Palestine en rédigèrent le commentaire sous le nom de Halakha, et ceux de Babylonie sous celui de Haggadah, aux IIIe et Ve siècles de notre ère. L’ensemble de ces trois ouvrages est appelé le Talmud. Aucune de leurs traditions ne possède de chaîne de transmission permettant de savoir par quelles personnes elles furent rapportées et à quelles personnes elles furent transmises.
La situation des écrits de la religion chrétienne de Jésus (‘Îsâ, sur lui la paix)
La situation de la biographie et de l’enseignement de Jésus (‘Îsâ, sur lui la paix) est quelque peu similaire. L’Évangile originel, révélé par inspiration de la part d’Allah, était transmis oralement aux gens par Jésus (sur lui la paix). Ses disciples le communiquaient eux aussi oralement à d’autres, au point que le récit de la vie du prophète et les versets de l’Évangile se mêlèrent les uns aux autres. Rien de tout cela ne fut écrit du vivant de Jésus (sur lui la paix), ni après sa mort. Ce travail d’écriture fut accompli par des chrétiens dont la langue était le grec. Or la langue de Jésus (sur lui la paix) était le syriaque ou l’araméen, langue que parlaient également ses disciples. De nombreux auteurs de langue grecque entendirent ces récits en araméen et les écrivirent en grec. Aucun ouvrage rédigé par ces auteurs ne fut écrit avant l’an 70 de notre ère. Aucun d’eux ne rapporta la chaîne de transmission d’un événement ou d’une parole de Jésus (sur lui la paix), qui aurait permis de savoir de qui ils avaient entendu ces propos. Ensuite, les ouvrages qu’ils avaient écrits ne furent pas non plus conservés. On rassembla des milliers de livres grecs du Nouveau Testament, mais aucun ne remonte à une époque antérieure au IVe siècle de notre ère. La plupart datent au contraire d’une période allant du XIe au IVe siècle de notre ère. Quelques fragments écrits sur papyrus ont été retrouvés en Égypte. Aucun d’eux ne remonte cependant à une époque antérieure au IIIe siècle. On ne sait ni quand, ni où, ni par qui la traduction du grec vers le latin fut réalisée. Au IVe siècle, ces textes furent réexaminés sur ordre du pape. Puis, au XVIe siècle, on les abandonna et une nouvelle traduction du grec vers le latin fut réalisée. La traduction des quatre Évangiles du grec vers le syriaque fut probablement effectuée vers l’an 200 de notre ère. Mais le plus ancien manuscrit qui en soit aujourd’hui disponible date lui aussi du IVe siècle. Le manuscrit écrit à la main qui a été retrouvé et qui date du Ve siècle est assez différent. Parmi les traductions du syriaque vers l’arabe, aucune n’est antérieure au VIIIe siècle. Il est intéressant de constater qu’environ soixante ouvrages évangéliques furent écrits, mais que les dirigeants chrétiens n’en approuvèrent que quatre et rejetèrent tous les autres. Je ne sais ni pourquoi les uns furent approuvés, ni pourquoi les autres furent rejetés. Peut-on, à quelque degré que ce soit, reconnaître comme authentiques la biographie de Jésus (sur lui la paix) et son enseignement, écrits sur la base de tels éléments et matériaux ?
La situation de la biographie et de l’enseignement de Zarathoustra
La situation des autres chefs religieux n’est pas différente. Prenons par exemple Zarathoustra (Zoroaster), dont la date exacte de naissance demeure inconnue jusqu’à présent. Tout au plus peut-on dire qu’il existait deux cent cinquante ans avant la conquête de l’Iran par Alexandre, c’est-à-dire cinq cent cinquante ans avant le Messie, que la paix soit sur lui. Son livre, l’Avesta, n’existe plus aujourd’hui dans sa langue originale, et la langue dans laquelle il avait été écrit ou transmis oralement est désormais une langue morte. Au IXe siècle de l’ère chrétienne, certaines de ses parties furent traduites et commentées en neuf volumes. Mais les deux premiers volumes furent perdus, et le plus ancien volume actuellement disponible date du milieu du XIIIe siècle. Telle est la situation de l’ouvrage présenté par Zarathoustra. Quant à sa propre biographie, je n’en sais guère davantage, sinon qu’il commença sa prédication à l’âge de quarante ans. Deux ans plus tard, le roi Gushtasp adopta sa religion, qui devint la religion officielle. Il mourut à l’âge de soixante-dix-sept ans. Plus le temps passa après sa mort, plus furent composés à son sujet toutes sortes de récits et d’histoires fantastiques. Aucun d’entre eux ne peut recevoir de valeur historique.
La situation du bouddhisme
Bouddha est l’une des figures religieuses les plus célèbres du monde. Comme pour Zarathoustra, on peut supposer qu’il était peut-être lui aussi un prophète. Mais il n’a présenté aucun livre. Ses disciples eux-mêmes n’ont jamais prétendu qu’il avait apporté un livre. Ses disciples eux-mêmes n’ont jamais prétendu qu’il avait apporté un livre. Ses disciples eux-mêmes n’ont jamais prétendu qu’il avait apporté un livre. Ce n’est qu’un siècle après sa mort que l’on commença à rassembler ses paroles et les récits de sa vie. Ce travail se poursuivit pendant plusieurs siècles. Pourtant, aucun des ouvrages considérés comme les textes fondamentaux du bouddhisme ne contient de chaîne de transmission permettant de savoir par quelle source ceux qui ont recueilli la vie, les paroles et l’enseignement de Bouddha les avaient reçus. Seuls la biographie et l’enseignement du prophète Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ont été préservés.
Il ressort de cela que, si nous nous tournons vers les autres prophètes et chefs religieux, nous ne trouvons à leur sujet aucun moyen authentique grâce auquel nous puissions recevoir, avec une certitude sereine et ferme, une orientation tirée de leur enseignement et de leur vie. Dès lors, il ne nous reste pas d’autre voie que de nous tourner vers un prophète qui nous a laissé un Livre fiable, exempt de toute altération et de tout mélange, et dont la vie détaillée, les paroles et les enseignements nous sont parvenus par des sources dignes de confiance, afin que nous puissions y trouver une orientation. Dans toute l’histoire du monde, une telle personnalité n’est autre que la personne sacrée du prophète Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix.
Le Coran, Livre d’Allah parfaitement préservé
Le prophète Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, a présenté un Livre, le Coran, en affirmant clairement qu’il s’agissait de la parole d’Allah Tout-Puissant révélée à lui. Lorsque nous examinons ce Livre, nous constatons avec certitude qu’il n’y a subi aucun mélange. Aucune parole du Prophète lui-même n’y a été incorporée. Au contraire, ses paroles ont été conservées entièrement à part. À la différence de la Bible, les faits et les actes de sa vie, l’histoire de l’Arabie et les événements survenus au moment de la révélation du Coran n’ont pas été mêlés ni ajoutés à cette parole d’Allah Tout-Puissant. Dans cette pure parole d’Allah (Word of God), pas un seul mot d’un autre que Lui n’a été incorporé. Aucun de ses mots n’a été omis. Elle nous est parvenue exactement telle quelle, de l’époque du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, jusqu’à la nôtre.
Dès que ce Livre commença à être révélé au Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, il le fit mettre par écrit. Chaque fois qu’une révélation lui parvenait, il appelait immédiatement l’un de ses scribes et la lui faisait écrire. Après l’écriture, le texte lui était relu ; lorsqu’il s’assurait que le scribe l’avait correctement transcrit, il le déposait en lieu sûr. Pour chaque révélation reçue, il indiquait au scribe dans quelle sourate elle devait être insérée et après ou avant quel verset. Ainsi, il organisa progressivement le Coran, jusqu’à ce qu’il fût finalement achevé.
Dès le début de l’islam, il fut ensuite ordonné, au sujet de la prière, qu’on y récite le Coran. C’est pourquoi les nobles Compagnons, qu’Allah les agréée, commencèrent à le mémoriser au fur et à mesure de sa révélation. Beaucoup mémorisèrent l’intégralité du Coran, tandis qu’un nombre encore plus grand en conserva dans sa mémoire diverses parties, plus ou moins importantes. En outre, parmi les Compagnons, ceux qui savaient lire et écrire transcrivaient eux-mêmes différentes parties du Coran. Ainsi, du vivant même du Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, le Coran fut préservé de quatre manières :
Premièrement : il la fait lui-même transcrire intégralement par les scribes de la révélation.
Deuxièmement : de nombreux Compagnons mémorisent l’intégralité du Coran, avec chacun de ses mots.
Troisièmement : parmi les nobles Compagnons, il ne s’en trouvait aucun qui n’eût mémorisé une partie quelconque du Coran, petite ou grande.
Quatrièmement : un grand nombre de Compagnons instruits transcrivent le Coran de leur propre initiative, puis le récitent au Messager d’Allah afin de s’assurer de son exactitude.
C’est donc une vérité historique incontestable que le Coran qui se trouve aujourd’hui entre nos mains est, lettre pour lettre, exactement celui que le prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a présenté comme la parole d’Allah. Après le décès du Prophète, son premier calife, Hazrat Abu Bakr Siddiq (qu’Allah l’agrée), rassembla tous les mémorisateurs ainsi que les parties écrites et fit transcrire le Coran complet sous forme de livre. À l’époque de Hazrat Uthman (qu’Allah l’agrée), des exemplaires en furent officiellement envoyés dans les principaux centres du monde islamique. Deux de ces exemplaires existent encore dans le monde : l’un à Istanbul et le second à Tachkent. Quiconque le souhaite peut prendre n’importe quelle édition imprimée du Noble Coran et la comparer avec eux. Il ne constatera aucune différence. Et comment pourrait-il y en avoir, alors que, depuis l’époque du Prophète jusqu’à aujourd’hui, des millions et des milliards de mémorisateurs se sont transmis le Coran de génération en génération ? Si quelqu’un en modifiait ne serait-ce qu’un mot, ces mémorisateurs détecteraient l’erreur. Dans la dernière partie du siècle dernier, un institut de l’université de Munich, en Allemagne, rassembla, en provenance de différentes régions du monde islamique, quarante-deux mille exemplaires manuscrits et imprimés du Noble Coran datant de toutes les époques. Des recherches furent menées sur eux pendant cinquante ans. Le rapport finalement présenté indiqua que ces ouvrages ne comportaient aucune différence autre que des erreurs d’écriture. Il s’agissait d’exemplaires du Noble Coran datant du premier au quatorzième siècle de l’Hégire, recueillis dans toutes les régions du monde. Il est regrettable que cet institut ait été détruit par les bombardements de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais les résultats de ses recherches n’ont pas disparu du monde.
Un autre fait remarquable concernant le Coran est que la langue dans laquelle il a été révélé est une langue vivante. De l’Irak au Maroc, près de cent vingt millions de personnes utilisent l’arabe comme langue maternelle, tandis que des milliards de personnes dans le monde non arabe le lisent et l’enseignent. La grammaire, les dictionnaires, la prononciation des mots et les tournures idiomatiques de la langue arabe sont aujourd’hui encore tels qu’ils étaient il y a quatorze cents ans. Aujourd’hui encore, toute personne instruite en arabe peut le lire et le comprendre de la même manière que les Arabes d’il y a quatorze siècles pouvaient le comprendre.
Voilà une caractéristique importante du prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), qu’aucun autre prophète ou maître religieux ne possédait. Le Livre qu’Allah Très-Haut a révélé à celui-ci pour guider l’humanité existe, dans sa langue originelle et avec ses mots originels, sans aucune modification.
La fiabilité absolue de la sîra et de la sunna du Messager
Si l’on considère sa deuxième particularité, on constate qu’il est unique à cet égard parmi tous les prophètes et les maîtres religieux. Cette particularité est la suivante : de même que le Livre qui lui a été révélé est conservé, sa sîra l’est également, et nous pouvons y trouver des orientations pour tous les domaines de la vie. Un grand nombre de ceux qui l’ont vu depuis son enfance jusqu’au dernier instant de sa vie, qui ont observé son état et ses activités, entendu ses paroles et ses sermons, et l’ont entendu donner des ordres ou interdire certaines choses, ont gravé tout cela dans leur cœur et l’ont transmis aux générations suivantes. Selon certains spécialistes, ils étaient au nombre de cent mille, eux qui ont transmis aux générations suivantes le récit des événements qu’ils avaient vus de leurs propres yeux et entendus de leurs propres oreilles. Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) fit écrire certains commandements et prescriptions, puis les remit à certaines personnes ou les leur envoya ; les générations ultérieures les ont ainsi reçus. Au moins six Compagnons éminents étaient de ceux qui avaient consigné des hadiths et les avaient présentés au Prophète (paix et bénédiction sur lui), afin qu’aucune erreur ne puisse s’y glisser. Les générations suivantes ont reçu ces documents écrits et, après le décès du Noble Prophète (paix et bénédiction sur lui), au moins cinquante Compagnons réunirent par écrit des informations sur son état, ses activités et ses paroles. Ces trésors de connaissance parvinrent également à ceux qui entreprirent la collecte et la compilation des hadiths. Ensuite, le nombre des Compagnons qui transmirent oralement des informations relatives à la sîra atteignit, comme je l’ai dit il y a un instant, cent mille. Et ce n’est nullement étonnant. En effet, cent quarante mille personnes étaient présentes au pèlerinage d’adieu accompli par le Prophète (paix et bénédiction sur lui). Un nombre aussi considérable de personnes le virent accomplir le pèlerinage, apprirent auprès de lui les rites et les modalités du pèlerinage, et entendirent le sermon qu’il prononça à cette occasion. Comment serait-il possible qu’après avoir participé au pèlerinage avec le Prophète en un moment aussi important, toutes ces personnes soient retournées dans leurs régions sans que leurs proches, leurs amis et leurs voisins les interrogent sur le récit de ce voyage au pèlerinage et ne s’informent auprès d’elles des rites et des modalités du pèlerinage ? Vous pouvez ainsi mesurer avec quel intérêt les gens, après le départ de ce monde d’un homme aussi éminent que le Prophète (paix et bénédiction sur lui), ont dû demander à ceux qui l’avaient vu et entendu ses instructions de leur parler de son état, de ses actions, de ses paroles, de ses directives et de ses orientations.
Dès le début, on adopta la méthode suivante concernant les récits transmis par les nobles Compagnons (que Dieu les agrée) aux générations suivantes : quiconque rapportait une parole en l’attribuant au Prophète (paix et bénédiction sur lui) devait préciser de qui il l’avait entendue, et de qui, avant cette personne, celle-ci l’avait entendue à son tour, en suivant la chaîne de transmission. De cette manière, on examinait toute la chaîne de transmission jusqu’au Prophète (paix et bénédiction sur lui), afin de pouvoir s’assurer que la parole lui avait bien été rapportée. Si tous les maillons de la chaîne n’étaient pas retrouvés, sa véracité devenait sujette à caution. De même, si la chaîne remontait jusqu’au Prophète (paix et bénédiction sur lui), mais que l’un des transmetteurs intermédiaires était jugé indigne de confiance, un tel récit ne pouvait être accepté. En y réfléchissant un instant, vous constaterez qu’aucune biographie humaine au monde n’a été compilée de cette manière. Cette particularité appartient exclusivement au Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) : aucune parole le concernant n’a été acceptée sans chaîne de transmission. Et dans cette chaîne, on ne s’est pas contenté de vérifier si la transmission d’un hadith remontait jusqu’au Prophète ; on a également vérifié si tous les transmetteurs concernés étaient dignes de confiance. À cette fin, les biographies des transmetteurs ont elles aussi été examinées dans leurs moindres détails, et des ouvrages détaillés ont été rédigés sur cette question. On peut y apprendre qui était digne de confiance et qui ne l’était pas, quel était le caractère et le comportement de chacun, qui possédait une mémoire solide et qui n’en possédait pas, qui avait rencontré la personne dont il avait repris le récit et qui avait consigné une tradition en son nom sans l’avoir rencontrée. Des informations sur les transmetteurs ont ainsi été recueillies à une échelle si vaste qu’aujourd’hui encore, nous pouvons savoir si tel hadith a été rapporté par une source fiable ou par une source peu fiable. Peut-on trouver, dans toute l’histoire de l’humanité, une autre personne dont la biographie ait été établie à partir de sources aussi fiables ? Existe-t-il un seul exemple où des ouvrages aient été consacrés à la vie de milliers de personnes ayant rapporté quelque chose au sujet d’un individu, afin d’établir l’authenticité de la biographie de ce dernier ? À l’époque actuelle, si les savants chrétiens et juifs ont déployé tous leurs efforts pour présenter l’authenticité des hadiths comme douteuse, la véritable raison n’en est rien d’autre que leur hostilité : leurs Écritures et les biographies de leurs maîtres religieux ne disposent d’aucune chaîne de transmission. C’est sous l’effet de cette brûlure et de ce ressentiment qu’ils ont abandonné l’honnêteté intellectuelle dans leurs critiques de l’islam, du Coran et du Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui).
Chaque aspect de la vie du Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) était connu et parfaitement établi.
La seule particularité de la sîra du Prophète (paix et bénédiction sur lui) n’est pas qu’elle nous soit parvenue par des sources extrêmement fiables ; elle possède aussi cette autre particularité remarquable que nous disposons de récits si détaillés sur chaque aspect de sa vie qu’on n’en trouve pas autant sur la vie d’aucune autre personne. Quelle était sa famille, comment fut sa vie avant la prophétie, comment reçut-il la prophétie, comment la révélation lui était-elle descendue, comment propagea-t-il l’appel à l’islam, comment affronta-t-il l’opposition et les obstacles, comment forma-t-il ses compagnons, comment vivait-il avec sa famille, quelle était son attitude envers ses épouses et ses enfants, comment se comportait-il avec ses amis et ses ennemis, quelle morale enseignait-il, quelles choses prescrivait-il par l’exemple de son propre caractère, quelles actions interdisait-il, quelles actions avait-il vues sans les interdire et quelles actions, après les avoir vues, avait-il interdites : tout cela se trouve exposé dans les moindres détails dans les ouvrages de hadiths et de sîra. Il fut également un général militaire, et nous disposons de récits détaillés sur toutes les guerres et expéditions qui eurent lieu sous son commandement. Il fut aussi juge, et nous pouvons consulter le compte rendu complet de toutes les affaires qui lui furent soumises. Nous savons également quel jugement il rendit dans chaque affaire. Il sortait aussi inspecter les marchés et observait la manière dont les gens achetaient et vendaient. Lorsqu’il voyait une pratique incorrecte, il l’interdisait, et lorsqu’il voyait une pratique correctement accomplie, il l’approuvait. En somme, il n’existe aucun domaine de la vie dans lequel il n’ait donné des orientations détaillées.
C’est pourquoi nous déclarons, en toute impartialité, avec une connaissance et une conviction pleines et entières, que parmi tous les prophètes et les grands maîtres religieux, le Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) est le seul être vers lequel l’ensemble de l’humanité puisse se tourner pour recevoir orientation et direction. En effet, le Livre qu’il a présenté est conservé jusque dans ses termes originels, et les récits détaillés de sa sîra, indispensables à l’orientation, nous sont parvenus par des sources fiables.
Il convient maintenant d’observer quel message et quelle orientation sa noble sîra nous transmettent.
Son message s’adresse à l’ensemble de l’humanité.
La première chose qui frappe notre regard dans sa prédication est qu’il s’adresse à l’être humain en tant qu’être humain, sans tenir compte des distinctions de couleur, d’origine, de langue ou de patrie, et qu’il présente des principes bénéfiques pour l’ensemble de l’humanité. Toute personne qui accepte ces principes devient musulmane et membre d’une ummah musulmane universelle, qu’elle soit noire ou blanche, orientale ou occidentale, arabe ou non arabe. Partout où se trouve un être humain, quel que soit le pays, la nation ou la famille dans lesquels il est né, quelle que soit la langue qu’il parle et quelle que soit sa couleur de peau, la prédication du Prophète Muhammad (sur lui la paix) s’adresse à lui. S’il accepte les principes qu’il a présentés, il est intégré à l’ummah musulmane avec des droits égaux. Dans cette ummah, il n’existe aucune distinction de rang, aucune supériorité ni infériorité, aucune distinction familiale ou sociale, ni aucune différence linguistique, ethnique ou géographique qui, après l’établissement de l’unité de la foi, sépare un être humain d’un autre.
Le meilleur remède au fanatisme de la race et de l’origine
Si vous y réfléchissez, vous comprendrez que c’est un immense bienfait que l’humanité a reçu grâce au Prophète Muhammad l’Arabe (sur lui la paix). Ce qui a le plus détruit l’être humain, c’est cette distinction établie entre les hommes. Ici, on l’a déclaré impur et intouchable, et on l’a privé des droits dont jouit le brahmane. Ailleurs, on a estimé qu’il méritait d’être exterminé, parce qu’il était né en Australie ou en Amérique à une époque où les nouveaux arrivants avaient besoin de le chasser de sa terre. Ailleurs encore, on l’a capturé et réduit en esclavage, lui faisant accomplir un travail bestial, parce qu’il était né en Afrique et que sa peau était noire. En somme, pour l’humanité, ces distinctions fondées sur la nation, la patrie, l’origine, la couleur et la langue ont constitué un immense danger depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. C’est sur cette base que les guerres et les conflits se sont poursuivis. C’est sur cette base qu’un pays en a occupé un autre, qu’une nation en a pillé une autre et que de nombreuses lignées ont été entièrement anéanties. Le Prophète Muhammad (sur lui la paix) a apporté à ce mal un remède que les ennemis de l’islam eux-mêmes reconnaissent. En effet, nul autre n’a obtenu un succès comparable à celui de l’islam dans la résolution du problème des distinctions de couleur, d’origine et de patrie.
Après sa conversion à l’islam, Malcolm X, célèbre dirigeant des Américains d’origine africaine et ancien porte-drapeau de la propagande d’une haine extrême des Noirs contre les Blancs, se rendit au pèlerinage. Lorsqu’il vit des gens de toutes les origines, couleurs, nations et langues venir accomplir le hajj de l’est, de l’ouest, du nord et du sud, tous vêtus du même habit d’ihram, tous répétant d’une seule voix « Labbayka, Labbayka », accomplissant ensemble le tawaf et priant dans la même assemblée derrière le même imam, il s’écria que c’était là l’unique solution correcte au problème de la race et de l’origine, et non ce que nous avions fait jusqu’alors. Les tyrans finirent par assassiner ce malheureux, mais son autobiographie publiée existe encore. Nous y apprenons à quel point le hajj l’avait profondément marqué.
Le hajj n’est qu’un des actes d’adoration de l’islam. Si quelqu’un observe avec les yeux ouverts l’enseignement global de l’islam, il ne pourra nulle part le désigner du doigt et dire que cet enseignement sert les intérêts d’une nation, d’une tribu, d’une famille ou d’une classe particulière. Toute la religion témoigne qu’elle est destinée à l’ensemble de l’humanité et qu’à ses yeux sont égaux tous ceux qui, en acceptant ses principes, entrent dans la fraternité universelle qu’elle a établie. Elle ne traite pas même le non-musulman comme les Blancs ont traité les Noirs, ni comme les puissances impérialistes ont traité les non-communistes soumis à leur domination, pas même comme elles ont traité les membres indésirables de leur propre parti.
Nous devons maintenant examiner quels sont les principes que le Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a présentés pour le bien de l’humanité, et quel élément ils contiennent qui non seulement garantit le bien de l’humanité, mais peut aussi unir l’ensemble de l’humanité en une seule ummah.
La conception la plus vaste de l’unicité d’Allah
L’élément essentiel de ce principe consiste à reconnaître la wahdaniyya, ou l’unicité, d’Allah le Très-Haut. Il ne s’agit pas seulement de croire qu’Allah existe, ni même simplement de croire qu’Allah est unique. Il s’agit de reconnaître qu’Allah le Très-Haut est l’unique Créateur, Propriétaire, Gouverneur et Souverain de l’univers. Dans toute la création, nul autre ne possède l’autorité souveraine ni le droit de commander et d’interdire ; nul autre ne peut rendre une chose illicite par son interdiction, ni licite par sa permission. Ce droit et cette autorité n’appartiennent à personne d’autre qu’Allah. En effet, puisque Lui seul est le Créateur, le Propriétaire et le Seigneur, Lui seul possède le droit d’ordonner à Ses serviteurs, dans le monde qu’Il a créé, de faire ce qu’Il veut et de leur interdire ce qu’Il veut. L’appel de l’islam est d’accepter Allah le Très-Haut en cette qualité. Acceptez-Le ainsi : nous ne sommes les serviteurs de personne d’autre que Lui ; nul n’a le droit de nous imposer une loi contraire à la Sienne ; nos têtes n’ont pas été créées pour s’incliner devant quiconque autre que Lui ; notre vie et notre mort sont entre Ses mains. Quand Il le veut, Il peut nous donner la mort, et Il peut nous maintenir en vie aussi longtemps qu’Il le veut. Si la mort vient de Sa part, aucune puissance au monde ne peut nous sauver. Et s’Il veut nous maintenir en vie, aucune puissance au monde ne peut nous détruire. Telle est la conception de l’islam au sujet d’Allah.
Selon cette conception, toute la création, de la terre jusqu’aux cieux, est soumise et obéissante à Allah ; et l’être humain qui vit au sein de cette création a lui aussi pour devoir de rester soumis et obéissant à Allah. S’il devient libre et rebelle, ou s’il se soumet à quelqu’un d’autre qu’Allah, toute l’organisation de sa vie se trouvera en contradiction avec l’ordre de l’univers. En d’autres termes, essayez de comprendre ainsi : l’univers entier fonctionne sous le commandement d’Allah, et personne ne peut modifier cette réalité fondamentale. Si donc nous vivons sous le commandement de quelqu’un d’autre qu’Allah, ou si nous avançons à notre gré dans la direction qui nous plaît, cela signifie que tout le véhicule de notre vie se déplace en sens inverse du véhicule de l’univers. Il s’ensuit un conflit perpétuel entre nous et l’univers.
Considérez également la question sous un autre angle : selon la conception de l’islam, le mode de vie juste pour l’être humain consiste uniquement à obéir à Allah. En effet, il est une créature et Allah est son Créateur. Du fait qu’il est une créature, il lui est tout aussi erroné de devenir libre et rebelle que de se soumettre à quelqu’un d’autre que son Créateur. Quelle que soit la voie qu’il adopte parmi ces deux voies, elle sera en conflit avec la vérité ; et les conséquences amères du conflit avec la vérité, c’est celui qui provoque ce conflit qui doit les subir, sans que la vérité en subisse le moindre dommage.
L’appel à adorer Allah
L’appel du prophète Muhammad est le suivant : mets fin à ce conflit. Les règles et le mode de conduite de ta vie doivent être ceux du Souverain de l’univers. Ne prétends pas toi-même être législateur et ne reconnais pas non plus à autrui le droit d’appliquer sa loi aux serviteurs d’Allah sur la terre d’Allah. Seule la loi du Créateur de l’univers est la véritable loi ; toutes les autres lois sont erronées et nulles.
L’appel à obéir au Messager
Après être parvenus jusqu’ici, se présente à nous le deuxième volet de l’appel du prophète Muhammad. Il consiste en cette déclaration sans ambiguïté : je suis le prophète d’Allah Très-Haut, et c’est par mon intermédiaire qu’Il a transmis Sa loi à l’humanité. Je suis moi-même soumis à cette loi. Je n’ai moi-même aucun droit d’y apporter la moindre modification. J’ai seulement reçu l’ordre de la suivre. Je n’ai pas non plus le droit d’inventer quoi que ce soit de mon propre chef. Le Coran est une loi qui m’a été révélée par Allah. Ma Sunna est une loi que j’établis sur l’ordre d’Allah. Le premier à s’incliner devant cette loi, c’est moi-même(Arabe****) ; puis j’appelle tous les êtres humains à renoncer à obéir aux lois d’autrui et à obéir à cette loi.
Après Allah, le Messager d’Allah est celui qui a droit à l’obéissance
Que personne ne se demande comment le Messager d’Allah pouvait lui-même obéir à sa propre Sunna, puisque cette Sunna se composait de ses paroles et de ses actes. En réalité, de même que le Coran venait d’Allah, les ordres qu’il donnait en tant que Messager, les choses qu’il interdisait de faire et les règles de conduite qu’il établissait venaient eux aussi d’Allah. C’est cela que l’on appelle la Sunna du Messager, et il y obéissait lui-même de la manière dont il était indispensable à tous les croyants d’y obéir. Cela devient parfaitement clair lorsque les nobles Compagnons, qu’Allah les agrée, interrogeaient le Prophète sur une question : « Ô Messager d’Allah ! Dis-tu cela sur l’ordre d’Allah, ou est-ce ton propre avis ? » Le Prophète répondait : « Ce n’est pas sur l’ordre d’Allah ; c’est plutôt mon opinion personnelle. » Après l’avoir appris, les nobles Compagnons, au lieu d’approuver la parole du Prophète, présentaient leurs propres propositions. Le Prophète abandonnait alors son opinion et acceptait leurs propositions. La même chose devenait également claire lorsque le Prophète consultait ses Compagnons. Cette consultation prouve qu’aucune directive n’était venue d’Allah à ce sujet. Car s’il s’agissait d’un ordre d’Allah, la question d’une consultation ne se poserait pas. De tels cas se sont produits de nombreuses fois dans la vie du Prophète, et nous en trouvons le récit détaillé dans les hadiths. Bien plus, les nobles Compagnons disent : « Nous n’avons vu personne consulter davantage que le Prophète. » Si vous réfléchissez à cette question, vous comprendrez que c’était également une Sunna du Prophète : consulter au sujet des affaires pour lesquelles Allah n’a donné aucune directive. Le Messager d’Allah, à plus forte raison qu’un autre dirigeant, n’a jamais déclaré que son opinion personnelle devait être acceptée par autrui comme une vérité incontestable. Ainsi, le Prophète a formé la communauté à agir sur la base de la consultation et a montré aux hommes que, lorsqu’il existe une directive d’Allah, il faut la suivre sans la moindre hésitation ; et lorsqu’il n’existe aucune directive d’Allah, il faut exercer sans crainte le droit d’exprimer son opinion indépendante.
La véritable charte de la liberté
Il s’agit, pour l’humanité, d’une charte de la liberté que nul autre que le Dîn de vérité ne lui a accordée. Le serviteur d’Allah ne sera le serviteur que d’Allah seul. Il ne sera le serviteur de personne d’autre. Il ne sera même pas le serviteur du Messager d’Allah. Cette charte a libéré l’être humain de la servitude (soumission et obéissance) envers tous, hormis Allah seul, et elle a définitivement aboli la prétention de l’homme à la divinité, ou sa domination et son autorité, sur l’homme.
À cela s’ajoute l’un des plus grands bienfaits que ce message ait accordés à l’humanité : la suprématie d’une loi qu’aucun roi, dictateur, assemblée législative démocratique ni aucune nation ayant embrassé l’islam n’a le droit d’abroger, de déformer ou de modifier. Cette loi confère à l’être humain des valeurs éternelles (Permanent values) du bien et du mal, que nul changement ne peut inverser en transformant le bien en mal et le mal en bien.
La notion de rendre des comptes devant Allah
La troisième chose que le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a enseignée aux hommes est la suivante : tu devras rendre des comptes devant Allah. Tu n’as pas été abandonné dans ce monde comme une bête sans bride, libre de faire tout ce qui te plaît, de paître à ta guise dans n’importe quel champ ou pâturage, sans que personne ne te demande de comptes. Au contraire, tu devras rendre à ton Créateur et Seigneur compte de chacune de tes paroles et de toutes les actions de ta vie volontaire. Après ta mort, tu seras ressuscité et tu comparaîtras devant ton Seigneur pour être interrogé. C’est une force morale immense ; si elle s’installe dans la conscience de l’homme, celui-ci sera comme accompagné en permanence d’un gardien qui l’avertira de chaque inclination au méfait et l’arrêtera à chaque pas. Qu’il y ait ou non, à l’extérieur, une police chargée de l’arrêter et un gouvernement chargé de le punir, il portera en lui un critique scrutateur ; par crainte d’être découvert par lui, il ne pourra jamais désobéir à Allah, même dans la solitude, au fond des forêts, dans l’obscurité profonde ou dans un lieu désert. Il n’existe pas de meilleur moyen pour réformer et corriger la moralité de l’homme et forger en lui un caractère solide. Quel que soit le moyen par lequel vous tentiez de former le caractère, vous ne pourrez aller plus loin que ceci : les bonnes actions seront bénéfiques dans la vie terrestre, les mauvaises seront nuisibles, et l’honnêteté sera un noble principe. Cela signifie que si, en principe, les mauvaises actions et la malhonnêteté sont bénéfiques et ne comportent aucun risque de dommage, on peut les commettre sans hésitation. Cette conception aboutit à ce que ceux qui se comportent honnêtement dans leur vie privée deviennent, dans leur conduite nationale, profondément malhonnêtes, trompeurs, pillards, injustes et tyranniques. Bien plus, même dans leur vie privée, s’ils sont honnêtes dans certains domaines, ils deviennent extrêmement malhonnêtes dans d’autres. Vous constaterez que, d’un côté, ils sont honnêtes dans leurs transactions et courtois dans leurs relations, tandis que, de l’autre, ils sont alcooliques, adultères, joueurs, profondément immoraux, corrompus et dépravés. Ils disent que la vie privée de l’homme est une chose, et sa vie sociale ou publique (Public Life) en est une autre. Lorsqu’on leur reproche un défaut dans leur vie privée, ils répondent aussitôt : « Occupe-toi de tes propres affaires. »
C’est exactement le contraire de la croyance en l’Au-delà. Celle-ci enseigne que le péché demeure toujours un péché, qu’il soit bénéfique ou nuisible dans la vie terrestre. Dans la vie de celui qui éprouve le sentiment de devoir rendre des comptes devant Allah, les deux domaines de la vie privée et de la vie sociale ne peuvent être séparés. S’il adopte l’honnêteté, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un bon principe ; l’honnêteté est plutôt intégrée à son être même, et il ne peut concevoir qu’il lui soit un jour possible d’être malhonnête. Sa croyance lui enseigne que, s’il se montre malhonnête, il tombera plus bas que l’animal. Ainsi qu’il est dit dans le Coran :(Arabe******)
Nous avons certes créé l’être humain sous la meilleure forme. Puis Nous l’avons ramené au plus bas des degrés.
Ainsi, sous la direction du Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), l’humanité n’a pas seulement reçu une loi immuable fondée sur des valeurs morales éternelles ; elle a également reçu, pour son caractère et sa conduite personnels et nationaux, une base absolument ferme et inébranlable. Cette loi ne dépend pas de l’existence d’un gouvernement, d’une police ou d’un tribunal pour que vous puissiez suivre la voie de la droiture ; autrement, vous seriez contraint de demeurer un criminel.
La mise en pratique du caractère moral dans la vie mondaine, au lieu de l’ascétisme
Le message du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) nous enseigne encore une leçon importante. À savoir que le caractère moral n’est pas réservé à la cellule retirée de ceux qui renoncent au monde, ni à la khanqah des derviches, mais qu’il doit se manifester dans tous les domaines de la vie mondaine. L’élévation spirituelle et morale que le monde recherche chez les pauvres et les derviches, le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) l’avait placée sur le trône du pouvoir et au siège de la justice. Il a enseigné d’agir dans le commerce avec la crainte d’Allah et la probité, et il a enseigné la taqwa et la crainte d’Allah aux policiers et aux soldats. Il a dissipé l’idée erronée des hommes selon laquelle le saint d’Allah serait celui qui renonce au monde pour ne faire que répéter le nom d’Allah. Il a dit que la sainteté ne consiste pas en cela ; la véritable sainteté consiste plutôt à ce qu’un homme, qu’il soit gouverneur, juge, commandant militaire, officier de police, commerçant, industriel ou qu’il exerce toute autre activité dans ce monde, prouve à chaque instant qu’il craint Allah, qu’il est honnête et digne de confiance, au moment où sa foi est soumise à l’épreuve du feu. Ainsi, il a fait sortir le caractère moral et la spiritualité du recoin retiré de l’ascétisme pour les introduire dans l’économie et la vie sociale, dans la politique et les tribunaux, ainsi que sur les champs de la guerre et de la paix. Puis il a établi en ces lieux le règne d’un caractère vertueux et parfaitement pur.
Les effets excellents de la guidance du Prophète (paix et bénédictions sur lui)
Ce fut là le noble effet de sa guidance et de sa direction(Arabe***)que, au début de la mission prophétique, il laissa ceux qui étaient des brigands dans un état tel qu’ils devinrent dignes de confiance et protecteurs de la vie, des biens, de l’honneur et de la réputation des gens. Ceux qu’il avait trouvés en train de s’emparer des biens d’autrui, il les laissa en dispensateurs des droits, défenseurs des droits et exhortant les autres à restituer à chacun ses droits. Avant lui, le monde ne connaissait que des dirigeants qui opprimaient et écrasaient leurs sujets, les tenaient asservis et imposaient leur autorité en vivant dans des palais qui touchaient le ciel. Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) fit connaître au même monde des dirigeants qui se déplaçaient dans les marchés comme les gens ordinaires et conquéraient les cœurs par leur équité, leur droiture et leur justice. Avant lui, le monde connaissait des soldats qui, lorsqu’ils entraient dans un pays, y semaient le massacre, incendiaient les localités et violaient l’honneur et la chasteté des femmes de la nation vaincue. Il fit de nouveau connaître à ce monde des armées qui, lorsqu’elles entraient en conquérantes dans une ville, ne s’en prenaient à personne sauf aux soldats ennemis et allaient même jusqu’à leur restituer les impôts perçus dans la ville conquise. L’histoire de l’humanité est remplie de récits de conquêtes de pays et de villes. Mais on ne trouve dans l’histoire aucun exemple comparable à la conquête de La Mecque. Dans cette même ville dont les habitants avaient infligé pendant treize ans oppression et persécution au Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui), il entra en conquérant, la tête humblement inclinée devant Allah. Son front frôlait la litière du chameau et son comportement ne portait pas la moindre trace d’orgueil ou d’arrogance. Lorsque ces gens, qui l’avaient persécuté et tourmenté pendant treize ans, qui avaient contraint le Messager à émigrer et qui, même après l’émigration, lui avaient fait la guerre pendant huit années, se présentèrent vaincus devant lui pour implorer sa clémence, le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui), au lieu de se venger, leur dit :(Arabe*****)Aujourd’hui, vous ne serez pas inquiétés. Allez, vous êtes libres.
Si quelqu’un veut mesurer l’influence qu’a eue l’exemple du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) sur la communauté musulmane, qu’il se tourne vers l’histoire. Il verra quelle fut l’attitude des musulmans lorsqu’ils entrèrent en Espagne en conquérants, et quelle attitude adoptèrent les chrétiens lorsqu’ils les vainquirent. Il verra comment les chrétiens traitèrent les musulmans lorsqu’ils pénétrèrent à Bayt al-Maqdis pendant les croisades, et comment les musulmans traitèrent les chrétiens lorsqu’ils reprirent Bayt al-Maqdis aux chrétiens.
La Sîra du Noble Prophète est un océan si vaste qu’il est impossible de la contenir dans un seul ouvrage. On ne peut même pas en concevoir l’étendue dans un seul discours. Néanmoins, j’ai, autant que possible, brièvement mis en lumière quelques-uns de ses aspects remarquables. Bienheureux sont ceux qui trouveront, grâce à cette unique guidance, la direction à suivre dans leur vie.(Arabe*****)
— Fin —