Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Introduction

 وَإِن مِن أُمَّةٍ إِلّا خَلا فيها نَذيرٌ

« Il n’y a pas eu de nation à laquelle aucun avertisseur ne soit venu. »

— (Sourate Al-Fatiha : 24)

وَلَقَد بَعَثنا فى كُلِّ أُمَّةٍ رَسولًا أَنِ اعبُدُوا اللَّهَ وَاجتَنِبُوا الطّٰغوتَ

« Nous avons envoyé dans chaque nation un prophète, qui les a appelés en disant : Adorez Allah et éloignez-vous de l’obéissance au taghout. »

— (Sourate An-Nahl : 36)

هٰذا نَذيرٌ مِنَ النُّذُرِ الأولىٰ

« Celui-ci est un avertisseur parmi les avertisseurs précédents. »

— (sourate An-Najm : 56)

إِنَّكَ لَمِنَ المُرسَلينَ

« (Ô Muhammad,) tu es certes un messager. » — (sourate Yassine)

قُل ما كُنتُ بِدعًا مِنَ الرُّسُلِ

« (Ô Muhammad,) dis : je ne suis pas un messager inédit. »

— (sourate Al-Ahqaf : 9)

وَما مُحَمَّدٌ إِلّا رَسولٌ قَد خَلَت مِن قَبلِهِ الرُّسُلُ

« Muhammad n’est qu’un Messager, et avant lui, de nombreux messagers sont passés. » — (Sourate Al Imran : 144

قولوا ءامَنّا بِاللَّهِ وَما أُنزِلَ إِلَينا وَما أُنزِلَ إِلىٰ إِبرٰهۦمَ وَإِسمٰعيلَ وَإِسحٰقَ وَيَعقوبَ وَالأَسباطِ وَما أوتِىَ موسىٰ وَعيسىٰ وَما أوتِىَ النَّبِيّونَ مِن رَبِّهِم لا نُفَرِّقُ بَينَ أَحَدٍ مِنهُم وَنَحنُ لَهُ مُسلِمونَ

فَإِن ءامَنوا بِمِثلِ ما ءامَنتُم بِهِ فَقَدِ اهتَدَوا ۖ o

« Dis : Nous croyons en Allah, à la révélation qui nous a été descendue et à celle qui a été descendue sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et leurs descendants, ainsi qu’à ce qui a été donné à Moïse, à Jésus et aux autres prophètes de la part de leur Seigneur. Nous ne faisons aucune distinction entre eux et nous sommes soumis à Allah. S’ils croient de la même manière que vous avez cru, ils seront alors certainement sur la voie droite. »

— (Sourate Al-Baqara : 136-137).

لَقَد مَنَّ اللَّهُ عَلَى المُؤمِنينَ إِذ بَعَثَ فيهِم رَسولًا مِن أَنفُسِهِم يَتلوا عَلَيهِم ءايٰتِهِ وَيُزَكّيهِم وَيُعَلِّمُهُمُ الكِتٰبَ وَالحِكمَةَ وَإِن كانوا مِن قَبلُ لَفى ضَلٰلٍ مُبينٍ

« En vérité, Allah a accordé une immense faveur aux croyants en faisant surgir de leur propre milieu un Messager qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la sagesse. Sinon, ils auraient été manifestement dans l’égarement. » — (Sourate Al Imran : 164).

 اليَومَ يَئِسَ الَّذينَ كَفَروا مِن دينِكُم فَلا تَخشَوهُم وَاخشَونِ ۚ اليَومَ أَكمَلتُ لَكُم دينَكُم وَأَتمَمتُ عَلَيكُم نِعمَتى وَرَضيتُ لَكُمُ الإِسلٰمَ دينًا ۚ

« Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai déversé sur vous Ma grâce et J’ai agréé pour vous l’islam comme mode de vie. » — (sourate al-Mâ’idah : 3)

 

تَاللَّهِ لَقَد أَرسَلنا إِلىٰ أُمَمٍ مِن قَبلِكَ فَزَيَّنَ لَهُمُ الشَّيطٰنُ أَعمٰلَهُم فَهُوَ وَلِيُّهُمُ اليَومَ وَلَهُم عَذابٌ أَليمٌ

وَما أَنزَلنا عَلَيكَ الكِتٰبَ إِلّا لِتُبَيِّنَ لَهُمُ الَّذِى اختَلَفوا فيهِ ۙ وَهُدًى وَرَحمَةً لِقَومٍ يُؤمِنونَ

« Par Dieu, ô Muhammad, Nous avons envoyé avant toi la guidée aux différentes communautés. Mais ensuite, Satan leur a rendu leurs mauvaises actions agréables. Aujourd’hui, il est devenu leur protecteur, et ils sont voués à un châtiment douloureux. Nous n’avons fait descendre sur toi ce Livre que pour que tu leur exposes clairement la vérité au sujet de laquelle ils se sont opposés, et Nous l’avons également fait descendre afin qu’il soit une guidée et une miséricorde pour ceux qui acceptent de lui obéir. »

— (sourate an-Nahl : 63-64)

يٰأَهلَ الكِتٰبِ قَد جاءَكُم رَسولُنا يُبَيِّنُ لَكُم كَثيرًا مِمّا كُنتُم تُخفونَ مِنَ الكِتٰبِ وَيَعفوا عَن كَثيرٍ ۚ قَد جاءَكُم مِنَ اللَّهِ نورٌ وَكِتٰبٌ مُبينٌ

يَهدى بِهِ اللَّهُ مَنِ اتَّبَعَ رِضوٰنَهُ سُبُلَ السَّلٰمِ وَيُخرِجُهُم مِنَ الظُّلُمٰتِ إِلَى النّورِ بِإِذنِهِ وَيَهديهِم إِلىٰ صِرٰطٍ مُستَقيمٍ

« Ô gens du Livre ! Notre Messager est venu à vous ; il vous expose clairement nombre de choses que vous cachiez du Livre, et il vous en pardonne beaucoup. Une lumière et un Livre manifeste vous sont certes venus de la part d’Allah, par lesquels Il guide vers les voies du salut et du châtiment ceux qui suivent ce qui Lui plaît ; par Sa volonté, Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière et les guide vers le droit chemin. » — (sourate al-Mâ’idah : 15-16).

يٰأَيُّهَا النَّبِىُّ إِنّا أَرسَلنٰكَ شٰهِدًا وَمُبَشِّرًا وَنَذيرًا

وَداعِيًا إِلَى اللَّهِ بِإِذنِهِ وَسِراجًا مُنيرًا

« Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé comme témoin, annonciateur de bonnes nouvelles, avertisseur, appelant à Allah par Sa permission, et comme une lampe lumineuse. » — (sourate al-Ahzâb : 45-46).

يَأمُرُهُم بِالمَعروفِ وَيَنهىٰهُم عَنِ المُنكَرِ وَيُحِلُّ لَهُمُ الطَّيِّبٰتِ وَيُحَرِّمُ عَلَيهِمُ الخَبٰئِثَ وَيَضَعُ عَنهُم إِصرَهُم وَالأَغلٰلَ الَّتى كانَت عَلَيهِم ۚ فَالَّذينَ ءامَنوا بِهِ وَعَزَّروهُ وَنَصَروهُ وَاتَّبَعُوا النّورَ الَّذى أُنزِلَ مَعَهُ ۙ أُولٰئِكَ هُمُ المُفلِحونَ

« Il leur ordonne le bien, leur interdit le mal, leur rend licites les bonnes choses et leur interdit les mauvaises. Il les décharge de leurs fardeaux et des chaînes qui les entravaient. Ceux donc qui croiront en lui, le soutiendront et l’aideront, et suivront la lumière qui a été descendue avec lui, ceux-là réussiront. » — (sourate al-A‘râf : 157).

إِنّا أَنزَلنا إِلَيكَ الكِتٰبَ بِالحَقِّ لِتَحكُمَ بَينَ النّاسِ بِما أَرىٰكَ اللَّهُ ۚ وَلا تَكُن لِلخائِنينَ خَصيمًا

« Ô Muhammad ! Nous avons fait descendre sur toi ce Livre avec la vérité, afin que tu juges entre les gens selon ce qu’Allah t’a montré et que tu ne sois pas l’avocat des traîtres. » — (sourate an-Nisâ’ : 105).

هُوَ الَّذى أَرسَلَ رَسولَهُ بِالهُدىٰ وَدينِ الحَقِّ لِيُظهِرَهُ عَلَى الدّينِ كُلِّهِ ۚ

« Allah est Celui qui a envoyé Son Messager avec la guidée et la religion de vérité, afin de faire triompher cette religion de vérité, ou véritable code de vie, sur toutes les autres législations. » — (Sourate Al-Fath : 28).

قُل يٰأَيُّهَا النّاسُ إِنّى رَسولُ اللَّهِ إِلَيكُم جَميعًا الَّذى لَهُ مُلكُ السَّمٰوٰتِ وَالأَرضِ ۖ لا إِلٰهَ إِلّا هُوَ يُحيۦ وَيُميتُ ۖ فَـٔامِنوا بِاللَّهِ وَرَسولِهِ النَّبِىِّ الأُمِّىِّ الَّذى يُؤمِنُ بِاللَّهِ وَكَلِمٰتِهِ وَاتَّبِعوهُ لَعَلَّكُم تَهتَدونَ

« Ô Muhammad ! Dis : Ô hommes ! Je suis, pour vous tous, le Messager d’Allah, à qui appartient la royauté des cieux et de la terre ; il n’y a de divinité que Lui, le Maître de la vie et de la mort. Croyez donc en Allah et en Son Messager illettré, qui croit en Dieu et en Ses commandements. »

وَأوحِىَ إِلَىَّ هٰذَا القُرءانُ لِأُنذِرَكُم بِهِ وَمَن بَلَغَ ۚ

« Et dis : Ce Coran m’a été révélé afin que, par lui, je puisse vous avertir, ainsi que ceux auxquels il parviendra. »

ما كانَ مُحَمَّدٌ أَبا أَحَدٍ مِن رِجالِكُم وَلٰكِن رَسولَ اللَّهِ وَخاتَمَ النَّبِيّۦنَ ۗ

« Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes, mais il est le Messager d’Allah et le dernier des prophètes. » — (Sourate Al-Ahzab : 40).

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Introduction

Nous rendons d’infinies grâces à Allah le Très-Haut : la grande œuvre entreprise est en grande partie achevée, et l’on peut espérer qu’avec Son aide, le travail restant sera lui aussi mené à bien.

Si, en faisant totalement abstraction des relations de groupe qui m’unissent à Maulana Sayyed Abul A‘la Maududi, on considère avec sincérité les services religieux qu’il a rendus, on ne peut que ressentir, sans la moindre admiration aveugle, qu’on ne trouve même aux horizons les plus lointains de l’histoire aucun exemple comparable à la manière dont, à notre époque, il a exposé avec des arguments et des preuves puissants, dans un style nouveau et avec une remarquable ampleur, les vérités fondamentales de l’islam ainsi que les divers aspects de son système de vie complet. En vérité, la contribution qu’il a apportée a transformé le cours de la vie d’un nombre incalculable de personnes. Et cette œuvre grandiose constitue pour Maulana un immense capital pour l’au-delà.

Depuis que j’ai fait la connaissance de Maulana jusqu’à aujourd’hui, j’entretiens avec lui des relations empreintes de cordialité. C’est pourquoi mon désir le plus cher est que l’on adopte diverses formes d’exposition afin de diffuser et de faire connaître la pensée et la sagesse de Maulana. Par ailleurs, je me suis également élevé au-dessus d’une mentalité qui consisterait à utiliser la personnalité de Maulana, sa renommée et les travaux qu’il a accomplis au service de mes intérêts personnels.

C’était il y a dix ou douze ans. Nous étions quelques amis intimes réunis dans la chambre de Maulana Maududi Sahib et nous discutions. Au cours de la conversation, je déclarai que, si Maulana le jugeait bon, on pouvait compiler une biographie à partir de ses articles et autres écrits. Mon ami demanda alors qu’on lui confie la responsabilité de ce travail. J’y consentis. Mais après plusieurs années, comme mon ami n’avait toujours pas eu l’occasion de s’en charger, je soulevai de nouveau la question auprès de Maulana, avec son autorisation. Maulana donna également quelques conseils généraux pour travailler sur d’autres sujets en plus de celui qui était proposé.

Finalement, après avoir commencé le travail, je compris que compiler un ouvrage en rassemblant les déclarations essentielles tirées de l’ensemble de la production littéraire de Maulana était bien plus difficile et exigeant en labeur que de rédiger moi-même un ouvrage de recherche. En effet, outre les six volumes de Tafhim al-Qur’an, il fallait étudier ses nombreux écrits, y repérer les déclarations essentielles nécessaires et pertinentes selon les sujets, en faire ensuite des copies, puis enfin les répartir entre différents chapitres et sections et les organiser sous divers titres. Ces tâches étaient si ardues que je perdais courage à maintes reprises et pensais que la réalisation de ce vaste projet dépassait mes capacités.

Il est heureux que j’aie bénéficié, pour ce travail, de l’aide et de la collaboration de plusieurs amis. Maulana Abdul Wakil Alivi, M.A., a notamment travaillé avec moi pendant près d’un an et demi, d’une manière telle qu’il ne serait pas exagéré de dire que c’est lui qui a apporté la plus grande contribution à cette œuvre.

Après avoir achevé cette tâche, menée silencieusement pendant un an et demi à deux ans de labeur inlassable, nous la présentâmes au mawlana. Celui-ci fut lui aussi étonné de constater qu’il avait rassemblé dans ses articles autant de matériaux concernant la personnalité du Prophète Mustafa — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et le récit de sa vie. Le mawlana exprima également sa satisfaction en voyant que, par la main de gens indignes comme nous, la première compilation d’un ouvrage de près de trois tomes avait été achevée. Le premier tome traite des discussions fondamentales, de la dignité de la prophétie, de la révélation, de l’avènement du Noble Prophète, de l’environnement et des circonstances de l’époque antérieure à la prophétie, de la situation du peuple auquel l’appel fut adressé, ainsi que de celle de divers autres groupes. Le deuxième tome expose les événements allant de la naissance du Prophète Mustafa — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — jusqu’à son émigration à Médine ; le troisième traite des moments culminants de la vie militante du Noble Prophète durant son séjour à Médine. La compilation du quatrième tome reste à faire. Il comprendra les actions réformatrices du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —, son enseignement et l’exposé des changements initiés dans les différents domaines de la vie. Qu’Allah nous accorde également la capacité d’achever ce tome.

L’ouvrage a été compilé de telle manière que les articles du mawlana et ses diverses formulations originales ont été ordonnés sous différents titres, tandis que la cohésion du contenu a été renforcée ; ainsi, les éléments nécessaires à connaître apparaissent progressivement. Il existe quelques passages où les deux compilateurs ont dû insérer des éléments de leur cru ou tirés d’un autre ouvrage, en indiquant également leur source. Il y a deux sortes de notes : premièrement, celles qui figuraient dans l’article original de l’auteur de l’ouvrage ; deuxièmement, celles qui ont été ajoutées par les deux compilateurs. Ces deux sortes de notes ont été rédigées séparément. Les citations tirées des articles de l’auteur dans les différents chapitres et sections sont répertoriées ensemble à la fin de l’ouvrage.

Il est heureux que le mawlana Sayyid Abul A‘la Maududi, malgré sa maladie et ses occupations, ait lu notre compilation de bout en bout, y ait apporté des corrections çà et là et ait indiqué certains de ses textes originaux à ajouter. Malgré cela, si quelque erreur ou imperfection subsiste dans la compilation de cet ouvrage, nous seuls en serons responsables.

Nous prions maintenant Allah d’accepter tout ce que nous avons fait, de quelque manière que nous l’ayons fait, et de permettre aux lecteurs d’en recevoir les rayons lumineux de la guidée. Nous demandons également aux lecteurs de bien vouloir nous informer s’ils remarquent quelque erreur ou imperfection, ou s’ils estiment qu’une correction est nécessaire. Incha’Allah, nous accorderons la priorité à leurs propositions et conseils dans l’édition suivante et nous nous efforcerons d’améliorer encore cet ouvrage.

— Naïm Siddiqi

 

Paroles des deux compilateurs

À propos du premier tome, il convient de préciser qu’y ont été rassemblés, sous les rubriques des sujets traités dans ce monde, les articles, discours et citations nécessaires de l’estimé mawlana, qui, d’une part, mettent en lumière la dignité de la prophétie, la révélation, la conception de la religion et d’autres sujets connexes, et, d’autre part, exposent l’environnement historique, religieux et politique de l’époque de l’avènement du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — ainsi que celui des civilisations antérieures. Bien que cette discussion ne présente pas directement les événements liés à la noble biographie prophétique, elle contribuera néanmoins à faire comprendre la personnalité du Noble Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —, sa dignité et l’ampleur de son combat. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire que les lecteurs prennent connaissance de ces discussions directrices avant d’étudier sa biographie.— Les deux compilateurs

 

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L’islam est en réalité le nom du mouvement qui veut édifier tout l’édifice de la vie humaine sur la conception et la conviction de la souveraineté d’Allah, l’Unique. Depuis les temps les plus anciens, ce mouvement se poursuit sur la même base et selon la même méthode. Il a été dirigé par ceux qu’on appelle les prophètes et messagers d’Allah. Si nous devons conduire ce mouvement, il nous faudra nécessairement suivre la méthode d’action de ces dirigeants. Car il n’existe, et ne peut exister, aucune autre méthode d’action pour un mouvement de ce genre. Lorsque nous cherchons à suivre les traces des nobles prophètes (a), nous nous heurtons toutefois à une immense difficulté. Nous ne savons pas grand-chose des activités des prophètes qui ont vécu dans les temps anciens. Le Coran en donne quelques brèves indications, mais il n’est pas possible d’en reconstituer tout le plan. Le Nouveau Testament de la Bible contient certaines paroles peu fiables attribuées à Jésus (a), qui éclairent dans une certaine mesure un aspect : comment le mouvement islamique peut être conduit à ses tout débuts et à quelles difficultés il doit alors faire face. Mais Jésus (a) n’a pas eu à affronter l’étape suivante, et l’on n’en trouve aucune indication à son sujet. Dans ce domaine, nous ne recevons une orientation claire et complète que d’une seule source : la vie du prophète Muhammad Mustafa (s). Si nous devons nous tourner vers lui, ce n’est pas seulement par respect pour sa personne ; nous sommes en réalité obligés de nous tourner vers lui afin d’acquérir la connaissance des montées et des descentes, des difficultés et des obstacles, de cette voie. Parmi tous les dirigeants du mouvement islamique, le prophète Muhammad (s) est le seul dont la vie nous offre, depuis l’appel initial de ce mouvement jusqu’à l’établissement de l’État islamique, puis de la structure de l’État, de sa constitution, de ses politiques intérieure et extérieure et des principes et méthodes de sa gouvernance, une description complète et extrêmement fiable de chacune de ses étapes et de chacun de ses aspects.

Préface de l’auteur

À toutes les époques, l’être humain n’a reçu le bienfait de l’islam que par deux voies. Premièrement, la Parole d’Allah. Deuxièmement, Allah n’a pas envoyé les prophètes uniquement comme moyen de transmettre Sa parole, de l’enseigner et de la faire comprendre. Il leur a également ordonné d’assurer une direction et une orientation concrètes, afin qu’ils puissent réformer les hommes et la société pour réaliser le véritable dessein de la parole d’Allah, corriger une organisation sociale dévoyée et montrer comment reconstruire une société vertueuse et saine.

Ces deux éléments ont toujours été si étroitement liés que, si l’on sépare l’un de l’autre, l’être humain n’a pu acquérir ni la connaissance correcte de la religion ni la guidance. Si l’on sépare le Livre d’Allah du Prophète, il devient un navire privé de son pilote. Même si un voyageur inexpérimenté parcourt avec lui la mer de la vie, il ne pourra en aucune façon atteindre sa destination. Et si l’on sépare le Prophète du Livre d’Allah, l’être humain, au lieu de trouver le chemin de Dieu, ne pourra en aucune façon se préserver du danger de prendre pour dieu ce qui ne l’est pas. Les peuples précédents ont subi ces deux conséquences. Le peuple hindou a effacé la vie et l’exemple de ses fondateurs religieux et s’est contenté de ses livres sacrés. Il en est résulté qu’il a également effacé ces livres sacrés. Les chrétiens, eux, ont négligé le Livre et sont restés attachés au pan du Prophète et à sa personnalité. Ils ont finalement fait du prophète d’Allah le fils d’Allah, voire Allah Lui-même.

Comme autrefois, à l’époque moderne également, quiconque veut bénéficier du bienfait de l’islam devra s’appuyer sur les deux moyens qui existent depuis toujours. Premièrement, la Parole d’Allah, que l’on ne peut trouver que sous la forme du Saint Coran. Deuxièmement, l’exemple du Prophète, qui n’est désormais conservé que dans la vie du prophète arabe Muhammad (s). Aujourd’hui encore, comme par le passé, si l’on veut acquérir la connaissance correcte de l’islam, la seule voie consiste à comprendre le Coran à partir du prophète Muhammad (s), et à comprendre le prophète Muhammad (s) à partir du Coran. Celui qui a compris ces deux éléments à l’aide l’un de l’autre a compris l’islam. Sinon, il est resté privé de la compréhension de la religion et, en définitive, de la guidance.

Puisque le dessein, l’objectif et la mission particulière du Coran et du prophète Muhammad (s) sont les mêmes, tout dépend de la mesure dans laquelle on parvient à comprendre ce dessein et cet objectif. Si l’on néglige ce point, on constatera que le Coran n’est plus qu’un ensemble de mots et de phrases, et la vie du Prophète un simple assemblage d’événements. On pourra, en poussant au plus haut degré la recherche des faits et des données historiques, acquérir une connaissance exacte et détaillée de la personne du Saint Prophète et de l’époque actuelle, mais on ne pourra pas comprendre la force vitale de la religion. Car cette compréhension n’est pas liée aux seules paroles fondamentales du Coran ni à une simple chronologie des événements, mais au dessein et à l’objectif pour lesquels le Coran a été révélé et pour porter le drapeau desquels le Prophète est apparu. Plus la conception de ce dessein et de cet objectif sera claire et exacte, plus la conception du Coran et de la vie du Prophète sera juste. Et si la conception du dessein et de l’objectif est erronée, la conception du Coran et du Prophète sera nécessairement erronée.

Il est tout à fait vrai que le Coran et la vie du Prophète sont semblables à un océan. Si quelqu’un souhaite en obtenir tout le sens, toute la profondeur, tout le bien et toutes les bénédictions, il ne le pourra absolument pas. Tout ce que l’on peut s’efforcer de faire, c’est d’en acquérir, dans la mesure de ses capacités, le plus de connaissance possible et de comprendre, à sa lumière, autant que possible la force vitale de la religion.

Je suis reconnaissant à l’infinie miséricorde d’Allah de m’avoir accordé la réussite d’achever Tafhim al-Qur’an, afin de mettre à profit tout l’effort et toute la capacité dont je disposais pour faire comprendre le Saint Coran. Ensuite, mon désir le plus cher était de prendre la plume pour écrire sur la vie du Saint Prophète. Mais trente années de ma vie se sont écoulées pour achever le premier travail. Après cela, je n’avais plus la force d’entreprendre le second, et le fait de ne pouvoir m’y atteler me causait une douleur qui me tourmentait constamment. C’est alors que MM. Naïm Siddiqui et Abdul Wakil Alvi me présentèrent cette compilation de matériaux sur la Sira, tirés de mes différents ouvrages et articles. Je fus stupéfait de découvrir qu’il y avait, dans mes écrits sur ce sujet immense, une telle abondance de matériaux. Je leur adressai aussitôt, spontanément et de tout cœur, mes félicitations pour leur labeur infatigable et je priai également pour leur bien. Car ils avaient examiné minutieusement ces matériaux dispersés en divers endroits et les avaient compilés comme il convenait. Bien que cet ensemble de matériaux ne suffise pas à composer un ouvrage définitif sur la Sira, les sujets réunis dans cette compilation contribueront, si Allah le veut, à faire comprendre la personnalité du Saint Prophète (s) et l’importance de son immense contribution.

Il ne fait certes aucun doute que tout ce qui a été ajouté à cet ouvrage avait déjà attiré l’attention des lecteurs de mes livres et de mes articles, et que la répétition de choses déjà dites ne plaît guère aux gens. Mais le lecteur de cet ouvrage constatera lui-même que les idées qui étaient dispersées en différents endroits et qui avaient été exposées au cours des trente ou quarante dernières années, en fonction de contextes et de circonstances variés, se trouvent ici rassemblées sous forme de compilation ; on ne trouve pas, dans l’étude des articles épars, l’utilité qu’offre cette présentation.

Je prie Allah le Très-Haut de faire de cet ouvrage un moyen de guider Ses serviteurs et de m’accorder une récompense dans l’Au-delà.

-Aboul A’la

Lahore

Le 19 Dhou al-Qi‘da 1392 de l’Hégire

Le 25 décembre 1972

Quelques principes fondamentaux concernant la continuité de la prophétie

Chapitre 1 : L’essence de la prophétie

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

La direction d’Allah pour l’humanité

Le Seigneur de l’univers, le Créateur, le Propriétaire et le Souverain de la terre entière, des cieux et de toute la création, a créé l’être humain dans cette partie de Son immense royaume que nous appelons la terre. Il lui a donné la faculté de connaître, de réfléchir et de comprendre. Il lui a donné la capacité de distinguer le bien du mal. Il lui a accordé la liberté d’examiner, de choisir et de vouloir. Il lui a donné le droit d’exercer son autorité. En somme, Il lui a accordé une certaine autonomie et l’a établi sur terre dans la fonction de calife, ou représentant.

Lorsqu’Allah, le Seigneur de l’univers, a établi l’être humain dans cette fonction, Il a profondément ancré en lui cette conviction : Lui seul est le Propriétaire, Celui auquel revient toute obéissance et le Souverain de l’être humain et de l’ensemble de l’univers ! Dans Son royaume, l’être humain n’est ni libre ni soumis à quiconque d’autre ; nul, en dehors de Lui, n’a le droit de recevoir l’obéissance, la servitude, la dévotion et l’adoration des êtres humains. Certes, l’être humain a été envoyé dans cette vie terrestre avec un pouvoir indépendant, mais cette vie constitue en réalité pour lui une période d’épreuve. C’est Lui qui, après avoir jugé leurs actes, décidera qui, parmi eux, a réussi l’épreuve et qui a échoué. La juste conception de l’être humain consiste uniquement à reconnaître Allah comme son seul Maître, son seul Dieu et son seul Souverain. Il devra agir ici-bas conformément aux prescriptions qu’Il aura établies et vivre en considérant le monde comme un lieu d’épreuve, avec la conscience que réussir au moment du Jugement dernier est son véritable objectif. À l’inverse, toute conception différente de celle-ci sera nécessairement une conception erronée. Si l’être humain adopte la première conception — ce qui relève également de sa liberté —, il sera confronté ici-bas à la corruption et aux troubles ; puis, après avoir achevé sa vie terrestre et être entré dans la vie de l’au-delà, il sera précipité dans le gouffre du malheur, de la souffrance et des épreuves éternelles, appelé la Jahannam.

« musulman » (soumis) : ordre de demeurer

Le Seigneur de l’univers a ordonné à l’être humain de vivre sur terre dans la soumission. Il avait également montré à l’être humain originel, Adam (paix sur lui), à Hawwa et à leurs descendants comment agir sur terre. Au moment de sa création, ce premier être humain n’était pas plongé dans les ténèbres de l’ignorance et de l’inconscience ; au contraire, Allah avait fait commencer sa vie sur terre dans un environnement baigné de lumière. Il connaissait la vérité. Les règles selon lesquelles il devait mener sa vie lui avaient également été données, et son mode de vie était l’obéissance à Allah (c’est-à-dire l’islam). Il avait enseigné à ses enfants à vivre sur terre en soumis à Allah (musulmans).

 

La déviation du droit chemin

Mais, au cours des siècles suivants, les êtres humains se détournèrent peu à peu du mode de vie juste (le dîn) et s’engagèrent sur la mauvaise voie. Par négligence et insouciance, ils finirent par faire disparaître ce mode de vie et le déformèrent également par leurs mauvaises intentions et leurs actes pervers. Ils firent de diverses entités humaines, inhumaines, imaginaires et matérielles de la terre et des cieux des associées au pouvoir souverain et à l’autorité d’Allah. Ils mêlèrent à la connaissance vraie donnée par Allah toutes sortes d’imaginations, d’idéalisme, d’idéologies et de philosophies, et élaborèrent, selon leurs passions, leurs penchants, leurs tendances et leur partialité, un code de vie qui fit que la terre d’Allah se remplit d’injustice.

Puisque Allah a accordé à l’être humain une autonomie limitée, comment pourrait-il utiliser Son pouvoir créateur pour contraindre les égarés à revenir sur le droit chemin ? Et puisqu’Il a fixé aux différentes tribus et nations humaines un délai pour agir sur la terre, il ne serait pas davantage juste qu’Il détruise toute l’humanité dès qu’une rébellion apparaît. Depuis le premier jour de la création de l’être humain, tout en préservant son autonomie, Il a également assumé la responsabilité de le guider durant la période déterminée. C’est pourquoi, afin de s’acquitter de cette responsabilité qu’Il S’était imposée, Il commença à choisir parmi les êtres humains des hommes qui croyaient en Lui et obéissaient à Sa volonté et à Ses commandements. Il en fit Ses représentants. Il leur envoya Sa parole. Il leur accorda la connaissance véritable. Il leur donna un code de vie juste et infaillible. Il les chargea d’appeler les descendants égarés d’Adam vers le droit chemin.

Ces prophètes envoyés par Allah commencèrent à apparaître parmi différents pays et différentes nations. Leur venue se poursuivit pendant des milliers d’années. Ils furent également innombrables. Leur dîn à tous était le même, c’est-à-dire la conception vraie et juste ainsi que le code de vie qui avaient été exposés à l’humanité dès le premier jour. Ils suivaient tous la même guidance, ou le même chemin : ils adhéraient aux principes premiers et éternels du caractère, de la morale et de la civilisation, établis pour l’humanité dès l’origine de la création. Ils avaient tous la même mission. Cette mission consistait à appeler leurs tribus et leurs nations à ce dîn et à cette guidance, puis à organiser ceux qui répondraient à cet appel pour en faire une oumma et un groupe qui se soumettrait lui-même à la loi d’Allah, établirait également dans le monde la soumission à la loi d’Allah et poursuivrait ses efforts et son combat pour empêcher qu’il y soit fait opposition. Chacun de ces prophètes a, pour l’humanité, la guidance d’Allah

accompli comme il se devait la mission qui lui avait été confiée à son époque. Mais il s’est toujours avéré qu’un grand nombre de gens n’acceptaient pas de répondre à leur appel. Quant à ceux qui y répondaient et entraient dans la oumma musulmane, ils finissaient eux aussi peu à peu par se corrompre. Ainsi, certaines de ces oumma perdaient complètement la guidance d’Allah, tandis que d’autres ajoutaient de leur propre chef des éléments à la parole d’Allah, la déformaient et en changeaient totalement l’apparence.

Enfin, le Seigneur des mondes envoya Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dans le pays arabe, avec la même responsabilité que celle avec laquelle Il avait auparavant envoyé les prophètes des temps passés. Il appela les gens ordinaires ainsi que les adeptes égarés des prophètes précédents. Sa responsabilité était d’appeler tout le monde à la juste conception et au véritable chemin, de transmettre à nouveau à tous la guidance d’Allah et de transformer ceux qui accepteraient ce chemin et cette guidance en une oumma qui, d’une part, établirait son propre système de vie sur la base de la guidance d’Allah et, d’autre part, poursuivrait ses efforts et son combat pour réformer les habitants du monde.

La prophétie et le pacte primordial

(Arabe****************** (à la page 29 du PDF)

« Et [ô Prophète (que la paix soit sur lui)] ! Rappelle aux gens le moment où ton Seigneur tira de la descendance des fils d’Adam, depuis leurs reins, leur postérité et les fit témoigner contre eux-mêmes en leur demandant : “Ne suis-Je pas votre Seigneur ?” Ils répondirent : “Si, assurément, Tu es notre Seigneur. Nous en témoignons.” Cela, Je l’ai fait afin que, le Jour de la Résurrection, vous ne puissiez pas dire : “Nous n’en savions rien.” Ou que vous ne puissiez pas dire : “Ce sont nos ancêtres qui, avant nous, ont commencé à donner des associés à Allah, et nous sommes nés après eux dans leur descendance. Vas-Tu donc nous saisir pour une erreur commise par ceux qui étaient égarés ?” »

— (sourate Al-A‘râf : 172-173)

Ce verset expose le but pour lequel une reconnaissance a été obtenue de tous les descendants d’Adam à l’aube de la création. Ce but est que les hommes qui choisiront la voie de la rébellion contre Allah soient eux-mêmes tenus pleinement responsables de leur crime. Ils ne pourront pas, pour se disculper à cet égard, invoquer leur ignorance, ni se décharger de la responsabilité de leurs erreurs en la faisant peser sur leurs ancêtres. En d’autres termes, Allah Ta‘âlâ a considéré ce serment et ce pacte primordiaux, contractés dès l’origine de la vie, comme la preuve que chaque être humain porte personnellement en lui le témoignage qu’Allah est l’unique divinité, l’unique Seigneur et Maître. C’est pourquoi il serait erroné d’affirmer qu’une personne puisse être totalement dégagée de la responsabilité de ses erreurs et de son égarement sous prétexte qu’elle a été élevée dans une ignorance complète ou dans un environnement dévoyé.

Une question se pose maintenant : si ce pacte primordial a réellement été conclu, en conservons-nous la trace dans notre conscience et notre mémoire ? Quelqu’un parmi nous sait-il qu’avant la création il a été présenté devant son Allah, qu’on lui a demandé : « Ne suis-je pas votre Seigneur ? », et qu’il a répondu : « Oui » ? Si la réponse est négative, comment un serment dont le souvenir a disparu de notre conscience pourrait-il être retenu comme preuve contre nous ?

On peut répondre que si des dispositions avaient été prises pour maintenir fraîche, dans la conscience et la mémoire humaines, la trace de ce pacte et de ce serment, l’envoi de l’être humain dans le laboratoire d’épreuves qu’est le monde aurait été dépourvu de sens. En effet, une fois la question posée, une telle épreuve n’aurait véritablement plus eu aucun sens. Ainsi, sa trace n’a certes pas été maintenue fraîche dans la mémoire et la conscience, mais elle est assurément conservée dans l’inconscient (Sub-conscious mind) et dans l’intuition (Intuition). Il en va de même pour nos autres intuitions et pour les connaissances acquises inconsciemment. Tout ce que l’être humain a pu accomplir jusqu’à présent dans les domaines de la civilisation, de la culture, de la morale et des relations sociales était en réalité déjà latent en lui. Tout ce que les forces extérieures et intérieures ont pu réaliser ensemble se résume à ceci : rendre effectivement présent ce qui était latent. Il est vrai qu’aucun enseignement, aucun exercice, aucune influence du milieu ni aucune force intérieure ne peuvent en aucune manière faire naître en l’homme la potentialité d’une chose qui n’y est pas déjà latente. De même, malgré mille efforts, ces forces ne sont pas capables d’anéantir définitivement une seule des potentialités latentes en l’être humain. Tout au plus peuvent-elles faire en sorte que, malgré toutes les déformations, les déviations et les égarements, cette réalité demeure latente au fond de lui, continue à exercer une pression pour se manifester et reste toujours prête à répondre aux attraits et aux appels extérieurs. Comme je l’ai déjà dit, on peut en dire autant de toutes nos intuitions et de nos connaissances acquises inconsciemment :

Tout ce qui vient d’être exposé existe activement en nous, et c’est précisément à travers ce qui se manifeste effectivement par notre intermédiaire que nous obtenons la preuve certaine de son existence.

Pour que toutes ces réalités se manifestent, il faut qu’un rappel, un enseignement et un exercice viennent de l’extérieur. Tout ce qui se manifeste à travers nous constitue en réalité, pour l’humanité extérieure, la guidance d’Allah.

La réponse à l’appel. Et ces réponses viennent des réalités actives qui existent en nous.

Les inclinations erronées intérieures et les réactions erronées extérieures peuvent réprimer, dissimuler et déformer toutes ces réalités, jusqu’à les faire presque disparaître, mais elles ne peuvent pas les abolir entièrement. C’est pourquoi une rectification et une transformation (Conversion) sont possibles aussi bien par les sentiments intérieurs que par les efforts extérieurs.

Il en va exactement de même pour la connaissance intuitive que nous avons acquise au sujet de notre véritable statut dans cet univers et de notre relation avec le Créateur de l’univers.

La preuve de son existence réside dans le fait qu’à toutes les époques de la vie humaine, en tout temps et en tout lieu, on en voit l’apparition et le développement au sein de chaque communauté, parmi les lignées, les tribus et les individus. À aucune époque ni en aucun temps, aucune force au monde n’a été capable de la faire disparaître.

Chaque fois qu’elle s’est effectivement réalisée dans notre vie, elle a été capable de produire de bons effets. Voilà la preuve qu’elle est conforme à la vérité.

Pour qu’elle apparaisse, se manifeste et prenne une forme concrète, la nécessité d’un rappel extérieur s’est toujours fait sentir. C’est pourquoi on a toujours vu les prophètes d’Allah, les Livres célestes et tous ceux qui appellent à la vérité parmi leurs adeptes s’employer à accomplir cette même tâche. Ainsi, le Coran les désigne par les termes moudhakkir (celui qui rappelle), dhikr (rappel), tadhkirah (souvenir), et qualifie leur action de tadhkîr (rappel). Cela signifie que les prophètes, les Livres célestes et ceux qui appellent à la vérité ne créent rien de nouveau dans l’être humain ; ils ne font que développer et raviver ce qui existait déjà au fond de lui.

Le jugement de la raison et de la conscience concernant la prophétie

Dans les grandes villes, nous voyons fonctionner des centaines d’usines et d’ateliers grâce à l’énergie électrique. Les tramways et les trains circulent. La nuit, des milliers de lampes s’allument soudainement ; pendant les périodes de chaleur, des ventilateurs tournent au-dessus de nos têtes dans les maisons. Pourtant, ces phénomènes ne nous étonnent nullement. Nous ne sommes pas non plus en désaccord sur la cause de la luminosité et du mouvement de ces appareils. Pourquoi cela ? Parce que nous voyons de nos propres yeux les fils auxquels ces lampes sont reliées. Nous savons également où se trouve la centrale électrique à laquelle ces fils sont raccordés. Nous savons aussi que cet ingénieur s’occupe de l’électricité. Et c’est grâce à l’énergie ainsi produite que les lampes électriques s’allument. Ainsi, si aucune divergence ne se manifeste parmi nous au sujet de la cause des effets de l’électricité lorsque nous en observons les signes, c’est parce que toute la chaîne de ces causes et de ces effets relève de notre perception et que nous l’avons directement constatée. Supposons que ces lampes s’allument, que les ventilateurs tournent à toute vitesse, que les tramways et les trains se déplacent, que les roues des usines et des machines tournent, mais que les fils par lesquels l’électricité leur est fournie restent invisibles, que la centrale électrique demeure hors de portée de nos perceptions et que nous ne sachions pas non plus que cette usine fonctionne grâce à l’énergie de ceux qui y travaillent. Dans ces conditions, notre esprit serait-il convaincu en voyant ces signes de l’électricité ? Parviendrions-nous alors à un accord sur la cause de ces signes ? Il va sans dire que la réponse serait négative. Pourquoi ? Parce que lorsque la cause des signes demeure cachée et que personne ne peut la connaître, il est tout à fait naturel que l’étonnement s’accompagne de trouble, que l’esprit et l’intelligence se mettent à rechercher ce profond mystère, et que les conceptions, les hypothèses et les opinions à son sujet divergent.

Clarifions encore un peu la question. Admettons que ce qui n’avait été auparavant qu’une simple hypothèse existe réellement et effectivement. Autrement dit, supposons que des milliers et des millions de lampes électriques s’allument véritablement, que des millions de ventilateurs électriques tournent, que des véhicules circulent et que les roues des usines et des machines continuent de tourner, mais que nous ne disposions d’aucun moyen de savoir quelle énergie agit en elles ni d’où elle provient. Les gens, en voyant ces signes, sont restés frappés de stupeur.

Des opinions diverses

Beaucoup se sont lancés dans des spéculations pour rechercher la cause de ces phénomènes. Certains disent qu’ils se sont allumés et fonctionnent d’eux-mêmes. En dehors de leur existence, il n’y aurait, selon le jugement de la raison concernant la prophétie, aucune autre chose qui leur ait donné lumière ou mouvement. D’autres affirment que la nature constitutive des éléments dont ils sont faits a elle-même produit en eux l’état de lumière et de mouvement. Selon certains, derrière ce monde matériel se trouve un groupe de divinités : certaines allument les lampes, d’autres conduisent les tramways et les trains, d’autres font tourner les ventilateurs, et d’autres encore font tourner les roues des usines et des machines. Un autre groupe, enfin, s’est lassé de réfléchir à cette question et a fini par reconnaître son impuissance en déclarant : « Notre intelligence est incapable de pénétrer au fond de cette magie. Nous ne savons que ce que nous pouvons voir et percevoir. Nous ne comprenons rien au-delà de cela. Et ce que nous ne comprenons pas, nous ne pouvons ni l’affirmer vrai ni le déclarer faux. »

Ces gens sont en désaccord entre eux. Pourtant, chacun d’eux ne dispose, pour soutenir sa propre pensée et réfuter celle des autres, d’aucun moyen de connaissance hormis les opinions, les conjectures et l’imagination.

 

Une revendication distincte

Alors que cette divergence persistait, un homme vint leur dire : « Mettez de côté toutes vos opinions ; je possède un moyen de connaissance que vous n’avez pas. Grâce à ce moyen, j’ai appris que ces lampes, ces ventilateurs, ces horloges, ces usines et ces machines sont reliés à certains fils invisibles que vous ne percevez pas. Une centrale électrique fournit de l’énergie à ces fils, laquelle se manifeste sous forme de lumière et de mouvement. Cette centrale contient d’immenses machines. D’innombrables employés et techniciens les font fonctionner, et ils sont tous placés sous l’autorité d’un grand ingénieur. L’ingénieur a établi ce système grâce à son propre savoir et à sa propre puissance. Toutes ces activités se déroulent sur ses ordres et sous sa direction. »

Puis un autre homme vint. Lui aussi se mit à exposer exactement la même chose, avec la même revendication. Ensuite vinrent un troisième, un quatrième et un cinquième hommes. Eux aussi répétèrent la même chose, de la même manière que leurs prédécesseurs. Puis une chaîne ininterrompue de nouveaux venus se poursuivit. Leur nombre dépassa même les centaines et les milliers pour atteindre les centaines de milliers. Tous exposaient la même chose, avec la même revendication. Malgré les différences de lieu, d’époque et de circonstances, aucune différence n’apparut dans leurs paroles ni dans leurs revendications. Ils disaient tous : « Nous possédons un moyen de connaissance que les gens ordinaires ne possèdent pas. » Ils furent tous qualifiés de fous et soumis à toutes sortes d’injustices et de persécutions. On les contraignit par tous les moyens à retirer leur revendication, mais ils restèrent tous fermes dans leur revendication, et aucune puissance au monde ne put les faire reculer ne serait-ce que d’un pouce de leur position. Outre cette fermeté et cette constance, ils possédaient encore une qualité remarquable : aucun d’eux n’était menteur, voleur, détourneur, malfaiteur, tyran ou mangeur de biens illicites. Même leurs adversaires et leurs ennemis le reconnaissaient. Ils étaient tous purs, exempts de toute souillure et doués d’une moralité exceptionnelle. Dans leurs rapports et leur comportement bienveillant envers les gens, ils possédaient parmi toute l’humanité une qualité sans égale. On ne décelait chez eux aucun signe de folie ; bien au contraire, ils étaient caractérisés par une haute moralité et une purification spirituelle. Loin de se limiter à exposer les affaires de ce monde, les plus grands savants, érudits, théoriciens et spécialistes du monde consacrent toute leur vie à comprendre pleinement ses mystères profonds et ses subtilités.

Devant le tribunal de la raison et de l’intelligence

D’un côté se trouvent les différents groupes, mutuellement contradictoires, de ceux qui taxent de mensonge ; de l’autre, le groupe des détenteurs d’une revendication unique. L’affaire des deux groupes est soumise au tribunal de la raison et de l’intelligence. En tant que juge, la raison et l’intelligence doivent d’abord comprendre correctement leur propre statut, puis, après avoir examiné la situation des deux parties et procédé à leur comparaison, décider quelle parole doit être considérée comme prépondérante.

La situation propre du juge est qu’il ne possède aucun moyen de connaître la réalité des choses. Il n’est pas lui-même informé de la vérité. Il n’a devant lui que les déclarations des deux parties, leurs arguments et leurs preuves, leur situation personnelle ainsi que les signes et indices extérieurs. Il doit examiner tout cela avec le regard d’un enquêteur. Mais il ne peut rendre d’autre décision que celle qui correspond à la plus grande probabilité. En effet, il lui est impossible, sur la base des informations et des comptes rendus qui se trouvent sur sa table, de découvrir la vérité réelle. Il peut donner la préférence à la déclaration de l’une des deux parties, mais il ne peut affirmer avec une certitude absolue que la déclaration de l’une est vraie et celle de l’autre fausse.

La situation de ceux qui taxent de mensonge

La situation de ceux qui les déclarent mensongers est la suivante :

Premièrement : leurs opinions au sujet de la vérité divergent. Ils ne sont d’accord sur aucun point. Même au sein des groupes qui adhèrent à cette doctrine, des divergences apparaissent souvent entre leurs membres.

Deuxièmement : ils reconnaissent eux-mêmes qu’ils ne disposent d’aucun moyen de connaissance particulier. Tout au plus, chacun de leurs groupes avance la prétention que son hypothèse est plus solide que le jugement de la raison et de la conscience concernant la prophétie d’autrui ; mais tous reconnaissent que leur propre opinion n’est qu’une hypothèse.

Troisièmement : leur foi, leur conviction et leur assurance fondées sur ces hypothèses ne relèvent pas d’une croyance inébranlable. On trouve parmi eux d’innombrables exemples de changements d’opinion. Il arrive souvent qu’un homme qui, jusqu’à la veille encore, défendait avec force une opinion s’y oppose lui-même le lendemain et en avance une autre. Dans la plupart des cas, leur opinion change avec l’âge, le développement de l’intelligence, l’accroissement des connaissances et l’expérience.

Quatrièmement : ils ne disposent que d’un seul argument pour déclarer mensongères les prétentions individuelles : ceux qui les avancent ne possèdent aucune preuve certaine à l’appui de leurs prétentions. Ils n’ont pas pu montrer les fils invisibles auxquels, selon leur affirmation, les lampes et les ventilateurs seraient reliés. Ils n’ont pas pu fournir, au moyen d’expériences et d’observations, de preuve directe de l’existence de l’électricité. Ils n’ont pu montrer à personne la centrale électrique, ni ses appareils et ses machines. Ils n’ont même pu faire rencontrer l’ingénieur à qui que ce soit. Alors, comment leurs prétentions pourraient-elles être acceptées comme vraies ?

La situation de ceux qui avancent des prétentions individuelles

En revanche, la situation de ceux qui avancent des prétentions individuelles est la suivante :

Premièrement : ils sont tous fondés sur l’unanimité. Ils sont en plein accord sur tous les points fondamentaux de leurs prétentions.

Deux : leur revendication unanime est que nous possédons un moyen d’accéder à la connaissance qui n’est pas à la portée des gens ordinaires.

Trois : aucun d’entre eux n’a dit qu’il avançait cela sur la base de suppositions, de conjectures ou d’imagination. Au contraire, ils affirment tous unanimement qu’ils entretiennent une relation particulière avec l’ingénieur, que ses employés viennent à eux et qu’il leur a fait visiter son usine en leur montrant tout. Leur position est donc qu’ils ne parlent pas sur la base de suppositions et d’imagination, mais sur la base d’une connaissance véritable et d’une pleine conviction.

Quatre : il n’existe aucun exemple où l’un d’eux aurait modifié, ne serait-ce que d’un cheveu, le récit qu’il faisait. Chacun d’eux a tenu le même discours du début à la fin de sa vie.

Cinq : leur caractère est on ne peut plus pur et exempt de toute souillure. On n’y trouve aucune trace de mensonge, de fourberie, de ruse ou de tromperie. Il n’y a aucune raison de penser que des hommes véridiques et sincères dans tous les aspects de leur vie se seraient entendus pour mentir dans ce seul domaine.

Six : il n’est pas non plus établi qu’un intérêt personnel les ait poussés à formuler cette revendication. La plupart d’entre eux ont subi, à cause de cette revendication, des souffrances et des persécutions extrêmes, affronté des dangers, connu l’emprisonnement, été accablés de sévices physiques et expulsés de leur pays. Beaucoup ont même été tués. On n’a même vu aucun d’entre eux accéder à la prospérité et à l’abondance. Il est donc impossible de les accuser d’avoir cherché à satisfaire quelque intérêt personnel. Au contraire, le fait qu’ils soient restés attachés à leur revendication individuelle dans une situation aussi extrême prouve que leur confiance et leur conviction en leur propre véracité étaient solides comme une montagne. Leur conviction avait atteint un tel degré qu’aucun d’eux n’a retiré sa revendication, pas même pour sauver sa vie.

Sept : rien ne prouve non plus qu’ils aient été fous ou privés de raison. Dans tous les domaines de leur vie, ils se sont révélés extrêmement instruits et doués d’un jugement équilibré. Même leurs adversaires ont, dans la plupart des cas, reconnu la supériorité de leur savoir. Comment pourrait-on alors admettre que, précisément dans ce seul domaine, ils aient été victimes de la folie ? Il faut également considérer l’importance de la question. Elle était devenue pour eux une affaire de vie ou de mort. Pour elle, ils ont affronté les hommes du monde entier et ont lutté pendant des années. C’était le fondement de tout leur enseignement riche de connaissances, auquel nombre de ceux qui les taxaient de mensonge ont eux-mêmes rendu hommage.

Huit : jamais ils n’ont prétendu pouvoir vous faire rencontrer l’ingénieur ou ses employés. Ils n’ont pas non plus dit pouvoir vous montrer son usine secrète et invisible, ni prouver leur revendication par des expériences et l’observation directe. Eux-mêmes ont qualifié cette réalité de « l’invisible », ou de ce qui est caché. À ce sujet, ils disent : faites-nous confiance et acceptez tout ce que nous disons.

Le verdict du tribunal de la raison et de l’intelligence

Après avoir examiné la situation et les déclarations des deux parties, le tribunal rend maintenant son verdict. Il y est dit que les deux parties ont recherché les causes internes à partir de certains signes et indices, et que chacune a exprimé son opinion. À première vue, les opinions des deux parties semblent identiques. Premièrement, l’opinion d’aucune d’elles n’est contraire à la raison. Autrement dit, au regard des lois de la raison, on ne peut dire d’aucune de leurs opinions qu’il est impossible qu’elle soit exacte. Deuxièmement, l’exactitude de l’opinion d’aucune des deux parties ne peut être démontrée par l’expérimentation ou l’observation directe. Tel est le verdict de la raison et de la conscience concernant la prophétie, qui relève de la première partie.

Aucun groupe ne peut présenter, à l’appui de sa doctrine, une preuve scientifique à laquelle chacun serait obligé d’adhérer. La seconde partie n’en a pas davantage la capacité, et elle ne le prétend d’ailleurs pas. Cependant, après une réflexion et une étude plus approfondies, certains éléments apparaissent sur la base desquels, parmi toutes les doctrines, c’est précisément celle de la seconde partie qui semble devoir être privilégiée.

Premièrement, il semble extraordinaire qu’un si grand nombre de personnes, en des époques et dans des pays différents, se soient avancées d’un commun accord pour soutenir une même doctrine. Toutes affirment d’une seule voix qu’elles disposent d’un moyen de connaissance exceptionnel et qu’à l’aide de ce moyen elles ont toutes découvert les causes internes des signes et des indices extérieurs. Cela nous incline à admettre la véracité de leur affirmation. Nous constatons notamment qu’il n’existe pas la moindre contradiction entre les informations qu’elles ont fournies et que celles-ci ne sont pas contraires à la raison. En outre, ce qui n’existe pas chez certaines personnes ne peut en aucune façon être considéré comme impossible selon les lois de la raison.

Deuxièmement, lorsqu’on examine l’état des signes extérieurs, on est davantage convaincu que la doctrine de la seconde partie est exacte. En effet, les lampes, les ventilateurs, les voitures, les usines et autres appareils ne sont pas devenus lumineux ou mobiles d’eux-mêmes. S’il en était ainsi, le fait de s’allumer et de se mouvoir dépendrait de leur propre volonté. Or ce n’est pas ce que l’on constate, et leur lumière ou leur mouvement ne sont pas non plus le résultat nécessaire des éléments qui les composent. Car même lorsqu’ils ne sont ni lumineux ni en mouvement, ces mêmes éléments se trouvent encore dans leur structure. De plus, lorsqu’une lampe particulière n’est pas allumée, le ventilateur ne fonctionne pas non plus, le tramway s’arrête et les roues de l’usine cessent également de tourner. Ainsi, les doctrines avancées par la première partie pour expliquer les signes extérieurs n’ont même pas le plus lointain rapport avec la raison et l’argumentation. Il semble donc beaucoup plus exact de dire qu’une certaine force est active dans ces signes et que son extrémité se trouve entre les mains d’un être savant et puissant, qui utilise cette force dans différents signes selon un système déterminé.

Quant à l’affirmation des sceptiques selon laquelle cela échappe à leur raison et que ce qui échappe à la raison ne peut être déclaré ni vrai ni faux, on peut répondre qu’elle ne se trouve pas davantage confirmée par le jugement de la raison. En effet, le fait qu’un auditeur comprenne ou non un événement après en avoir entendu parler ne conditionne pas la réalité de cet événement. De nombreux témoignages fiables et concordants suffisent à reconnaître qu’un événement a eu lieu. Si plusieurs personnes dignes de confiance venaient nous dire qu’elles avaient vu, dans les pays occidentaux, des gens voler dans les airs à bord de véhicules de fer, et que, assis à Londres, nous avions entendu de nos propres oreilles des chants venus d’Amérique, nous nous demanderions seulement si ces gens ne sont pas des menteurs ou des plaisantins, si un intérêt personnel ne les pousse pas à parler ainsi, et si leur esprit n’a pas subi quelque altération. S’il était établi qu’ils ne sont ni menteurs, ni plaisantins, ni fous, qu’aucun intérêt ne les lie à cette affaire, et si, de surcroît, nous constations que de nombreux hommes véridiques et intelligents l’affirment avec une pleine assurance, sans la moindre divergence entre eux, alors nous l’accepterions nécessairement. Que nous comprenions ou non comment un véhicule de fer peut voler dans les airs, ou comment un chant peut être entendu en un lieu situé à des milliers de kilomètres sans aucun moyen matériel réel, qu’est-ce que cela change ?

Telle est la conclusion de la conscience et de la raison dans cette affaire. Mais l’état de foi et de conviction, appelé iman, ne se forme pas de cette manière. Il nécessite le sentiment. Il faut qu’une voix s’élève du fond du cœur et mette fin au mensonge, au doute et à l’hésitation, pour dire en termes dépourvus d’ambiguïté : toutes les conjectures et suppositions des hommes sont fausses. La vérité réside uniquement dans ce que les hommes véridiques ont énoncé, non pas sur la base de leurs conjectures et suppositions, mais en s’appuyant sur une connaissance illuminée par la certitude et une profonde clairvoyance intérieure.

La nécessité et la portée de la prophétie

Le plus grand besoin de l’être humain

(Arabe****************à la page 39 du PDF)

« À Allah incombe d’indiquer le droit chemin, alors qu’il existe aussi des chemins tortueux. »

En présentant ici des arguments en faveur du tawhid, de la miséricorde et de la seigneurie universelle d’Allah, on a également présenté, implicitement, des arguments en faveur de la prophétie. En voici le résumé :

Pour les êtres humains de ce monde, de multiples voies de pensée et d’action sont possibles, et elles existent effectivement. Il va sans dire qu’elles ne peuvent pas toutes être vraies en même temps. Il n’y a qu’une seule vérité. Le seul mode de vie correct est donc celui qui repose sur une vision juste de la vie.

Connaître cette idéologie exacte et cette voie juste est le plus grand besoin de chaque être humain. C’est même son besoin fondamental véritable. Toutes les autres choses dont l’être humain a besoin en tant qu’être d’un niveau supérieur ne font que satisfaire certains de ses besoins ; mais il s’agit ici d’un besoin qui lui est indispensable en tant qu’être humain. Ne pas satisfaire ce besoin signifie que toute la vie de l’être humain a été vouée à l’échec.

Il faut maintenant se demander s’il est concevable que le Dieu qui, avant de donner l’existence à l’être humain, avait préparé pour lui tant de moyens et d’équipements, et qui, après lui avoir donné l’existence, avait organisé avec une si grande précision et une telle ampleur la satisfaction de chacun des besoins de sa vie biologique, n’ait pas prévu de satisfaire le besoin le plus important et le plus essentiel de la vie humaine.

Cette disposition a été réalisée par la prophétie. Si quelqu’un veut nier la prophétie, il doit nécessairement dire quelle autre disposition Allah a prise pour guider les êtres humains. Il ne peut pas se tirer d’affaire en répondant qu’Allah a donné aux êtres humains l’intelligence et la capacité de réflexion afin qu’ils recherchent la bonne voie. En effet, l’intelligence et la réflexion humaines ont déjà découvert d’innombrables voies. C’est la preuve évidente de leur échec à trouver avec exactitude la voie simple, juste et droite. D’un autre côté, il n’est pas non plus possible de dire qu’Allah le Très-Haut n’a pris aucune disposition pour nous guider. Car, à l’égard d’Allah, il ne saurait probablement y avoir de plus grave mauvaise opinion que de penser qu’Il a entièrement pourvu à notre entretien, à notre intelligence et à notre développement en tant qu’êtres vivants, mais qu’Il n’a pris aucune disposition pour nous former en tant qu’êtres humains et nous a plutôt laissés dans les ténèbres à cet égard.

La guidance islamique plutôt qu’une guidance contraignante

(Arabe**************page 39 du PDF)

« Si Allah l’avait voulu, Il vous aurait tous guidés. »

— (sourate An-Nahl : 9)

Autrement dit, bien qu’Allah Très-Haut eût pu s’acquitter de cette responsabilité — ou qu’Il eût pu Lui-même prendre en charge la guidance de l’humanité — de telle manière que tous les êtres humains fussent guidés dès leur naissance, à l’instar des autres créatures dépourvues de liberté et de pouvoir autonome, l’être humain possède la liberté d’emprunter, selon la volonté d’Allah, n’importe quelle voie, sans être contraint d’éviter l’erreur. Pour faire usage de cette liberté, il a reçu la connaissance. Il a reçu l’intelligence et la capacité de réfléchir. Il a reçu la force de la volonté et de la détermination. Il a reçu la capacité d’utiliser les innombrables choses qui se trouvent en lui-même et dans le monde extérieur. En outre, d’innombrables causes et circonstances ont été disposées partout, en lui et autour de lui, qui peuvent être pour lui aussi bien des causes de la bonne direction que de l’égarement. Si l’on avait fait de lui, dès sa naissance, un être qui suit nécessairement la bonne voie, tout cela aurait été dépourvu de sens. Il lui aurait alors été impossible d’atteindre les sommets les plus élevés du progrès, qu’il ne peut atteindre que par l’usage véritable de sa liberté. C’est pourquoi, pour guider l’être humain, Allah Très-Haut a écarté le moyen d’une guidance contraignante et adopté celui de la prophétie et de la mission prophétique : ainsi la liberté de l’être humain serait préservée, le but de son épreuve serait atteint, et la voie droite, directe et bonne lui serait présentée par des moyens rationnels.

 

La nécessité de repères indiquant la bonne voie dans la vie matérielle et morale

(Arabe**************page 39 du PDF)

« Il a placé sur la terre des repères qui indiquent la direction, et c’est aussi grâce aux étoiles que les gens trouvent leur chemin. » — (sourate An-Nahl : 16).

Autrement dit, Allah n’a pas créé toute la terre de manière uniforme. Au contraire, Il a donné à chaque région de la terre ses caractéristiques propres au moyen de repères de différentes sortes et de signes particuliers (Land Marks). Les êtres humains en tirent ainsi des avantages de diverses manières. Ils peuvent reconnaître leur chemin et leur destination. C’est l’un de ces nombreux avantages. L’être humain ne peut véritablement mesurer la valeur de cette faveur et de ce don d’Allah que lorsqu’il lui arrive de se rendre dans une région désertique où l’on ne trouve aucun repère remarquable de cette nature. Il reste alors constamment inquiet, de peur de se perdre. Au cours d’un voyage en mer, l’être humain peut ressentir encore davantage la valeur et l’importance de ce grand don d’Allah. Car, en mer, il n’existe en réalité aucun repère indiquant le chemin. Pourtant, même dans les déserts et sur les mers, Allah a établi un système naturel pour guider les êtres humains. Ce système consiste dans les étoiles du ciel, grâce auxquelles l’être humain, depuis les temps anciens jusqu’à aujourd’hui, continue de trouver son chemin.

Ici encore, en présentant des arguments et des preuves en faveur du tawhîd, de la miséricorde et de la « prophétie », il est fait subtilement allusion à la preuve de la risâlat. En lisant ce verset, l’esprit se tourne spontanément vers cette réflexion : Celui qui a établi un système si vaste pour guider l’être humain dans sa vie matérielle serait-Il donc si indifférent à sa vie morale ? Ne ressent-Il même pas le besoin de lui donner la moindre orientation dans sa vie morale ? Il va sans dire que, quelle que soit l’ampleur du préjudice causé par une erreur dans la conduite de la vie matérielle, il est bien moindre que celui qu’une erreur de ce genre peut causer dans la vie morale. De plus, comment pourrait-on nourrir à l’égard du Dieu Très-Miséricordieux, qui veille avec une si grande attention au bien-être des hommes qu’Il leur a aménagé des passages même à travers les montagnes, dressé des repères au milieu des vastes plaines désertes et allumé dans le ciel des lampes afin de les préserver de l’égarement dans les déserts et sur les mers, la mauvaise opinion qu’Il n’aurait indiqué aucune voie pour leur bien-être moral ? Et qu’Il n’aurait dressé aucun repère pour rendre cette voie manifeste ni allumé aucune lumière pour l’illuminer ?

L’importance d’une orientation consciente pour l’être humain

(Arabe**************(à la page 39 du PDF)

« Moïse répondit à Pharaon : “Notre Seigneur est Celui qui a donné à toute chose sa forme, puis l’a guidée.” » — (Tâ-Hâ : 50)

C’est-à-dire que c’est Lui qui a donné à toute chose de ce monde sa forme, sa configuration, sa force, sa capacité, ses qualités et ses caractéristiques, en somme tout. Il a créé la main avec la forme et la configuration qui lui permettent d’accomplir les tâches de ce monde. Il a également donné au pied la forme qui lui convient. Il a donné aux êtres humains, aux animaux, aux végétaux, aux matières inertes, à l’air, à l’eau, à la lumière et aux diverses autres choses la forme grâce à laquelle ils peuvent accomplir correctement, sur la terre, la fonction qui leur revient.

En outre, Il ne s’est pas contenté de donner à chaque chose sa forme particulière ; Il lui a également indiqué la voie à suivre. On ne trouvera aucune chose dans ce monde à laquelle, après l’avoir créée et lui avoir donné une forme particulière, Il n’ait enseigné, par sa constitution physique, la manière d’accomplir sa fonction et de réaliser le but de sa création. C’est Lui qui a appris à l’oreille à entendre et à l’œil à voir. C’est Lui qui a appris au poisson à nager, à l’oiseau à voler, à l’arbre à donner des fleurs et des fruits, et à la terre à produire les plantes, les légumes et les récoltes. En un mot, on peut dire qu’Il n’est pas seulement le Créateur de chaque chose de l’ensemble de la création : Il en est aussi l’enseignant et le guide.

De plus, dans cette seule petite phrase, le prophète Moïse (que la paix soit sur lui) a également présenté, par allusion, l’argument en faveur de la risâlat. Pharaon refusa évidemment de l’accepter. Son argument laisse entendre qu’Allah est le Guide de l’univers tout entier et qu’Il guide chaque chose selon sa condition et ses besoins. La conséquence nécessaire de Sa qualité de Guide universel est qu’Il n’adoptera pas, pour guider l’être humain dans sa vie consciente, une méthode qui pourrait convenir aux poissons et aux oiseaux. La méthode la plus appropriée consiste à ce qu’un être humain conscient soit désigné de Sa part pour guider l’ensemble des hommes. Il s’adressera à leur intelligence, à leur savoir et à leur conscience, et les guidera vers le droit chemin.

Qu’est-ce que la prophétie ?

Allah a lui-même pourvu à tout ce dont l’être humain a besoin pour vivre dans ce monde. Lorsque l’enfant vient au monde, il y est envoyé avec tout ce qui lui est nécessaire. Il reçoit des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un nez pour sentir et respirer, la sensibilité tactile dans la peau de son corps pour ressentir, des jambes pour se déplacer, des mains pour agir, un cerveau pour penser, ainsi qu’une multitude d’autres choses qui, en fonction de ses besoins, sont attachées d’avance à son petit corps. Dès qu’il pose le pied sur la terre de ce monde, il reçoit tant de choses nécessaires à son existence qu’il est impossible d’en achever le dénombrement. La lumière, l’air, la chaleur, l’eau, la terre : tout est tenu prêt pour lui. Dans le sein de sa mère, le lait coule déjà pour lui. Dans le cœur de sa mère, de son père, de ses proches, et même d’autres personnes, Allah fait également couler pour lui les sources de l’affection et de la tendresse ; c’est grâce à elles qu’il est élevé et entretenu. Puis, à mesure qu’il grandit, il reçoit jour après jour toutes sortes de choses destinées à satisfaire ses besoins croissants. À voir les choses, on dirait que toutes les forces de la terre et du ciel se sont consacrées à son éducation, à son entretien et à son service.

Tous les êtres humains ont reçu les aptitudes nécessaires pour agir dans ce monde. La force physique, l’intelligence et le discernement, la faculté de parler, ainsi que de nombreuses autres aptitudes de ce genre, existent à des degrés divers chez chacun. Mais Allah a établi ici une sage organisation. Il n’a pas accordé toutes les aptitudes dans une égale mesure à tous les êtres humains. Sinon, personne n’aurait eu besoin de personne ; personne n’aurait tenu compte de personne. C’est pourquoi, en fonction des besoins collectifs de l’humanité, Allah a certes créé toutes les aptitudes parmi les êtres humains, mais de telle manière qu’Il a donné davantage à chacun dans un domaine particulier. Certains possèdent plus que d’autres la force nécessaire au travail physique. Beaucoup sont naturellement plus aptes à une profession ou à un art particulier, dont d’autres sont dépourvus. Certains ont davantage d’intelligence et de savoir que d’autres. Certains sont des chefs militaires de naissance. D’autres possèdent des aptitudes particulières à gouverner et à exercer l’autorité. Certains naissent doués d’une éloquence exceptionnelle. D’autres possèdent un talent inné remarquable pour l’écriture. On a vu des personnes extrêmement habiles en mathématiques. Elles résolvent même les problèmes les plus complexes de cette discipline d’une manière inimaginable pour les autres. Tel individu invente toutes sortes de choses étonnantes, et ses inventions stupéfient le monde entier. On voit aussi tel autre faire preuve d’une maîtrise exceptionnelle du droit. Après des années de réflexion, certains sujets juridiques parmi les plus complexes restent incompréhensibles pour quiconque ; lui, en un seul regard, en atteint les profondeurs. Ces aptitudes sont accordées par Allah. Nul ne peut les créer en lui-même par ses propres efforts. Il n’est même pas possible de les acquérir par l’éducation et l’exercice. En réalité, ce sont des aptitudes innées ; Allah les accorde à qui Il veut, selon Sa sagesse subtile. (Il est ici question des aptitudes exceptionnelles. Les aptitudes ordinaires de l’être humain peuvent se développer par l’éducation, l’entraînement et l’habitude. Quant aux aptitudes exceptionnelles, elles se manifestent souvent sans aucun entraînement, ou au moyen d’un entraînement très limité. Si l’on s’efforce ensuite de les développer grâce à une éducation et à un entraînement avancés, elles peuvent atteindre un niveau exceptionnel et exemplaire. — Les éditeurs.)

Les aptitudes qui sont le plus nécessaires à la civilisation et à la culture humaines sont présentes chez un plus grand nombre de personnes. Quant à celles qui sont moins nécessaires, elles n’apparaissent que chez un nombre d’individus d’autant plus restreint. Les soldats naissent en grand nombre. Les agriculteurs, les artisans, les tisserands et les personnes aptes à d’autres métiers de ce genre sont également nombreux. En revanche, les individus dotés d’aptitudes théoriques et intellectuelles, ainsi que ceux qui possèdent des qualités politiques ou militaires, sont beaucoup moins nombreux. Car leur contribution se prolonge durant des centaines d’années ; la société humaine n’éprouve donc pas souvent le besoin de personnalités possédant des aptitudes semblables.

Un besoin plus important que les besoins de la vie humaine

Il faut réfléchir à ceci : pour assurer le succès de la vie des hommes dans ce monde, ces seuls besoins ne suffisent pas. Il ne suffit pas que naissent parmi les hommes des ingénieurs, des mathématiciens, des scientifiques, des juristes, des hommes politiques, des économistes et des personnalités compétentes dans diverses professions. Il existe pour l’être humain un besoin encore plus grand que ceux-là. Il faut qu’il naisse parmi les hommes quelqu’un qui leur montre le chemin d’Allah. Le rôle des autres consiste seulement à leur faire savoir quelles sont les choses qui existent dans ce monde pour l’être humain et comment les utiliser. Mais il faut aussi quelqu’un qui leur fasse savoir pour quelle raison l’être humain a été créé, qui lui a donné dans ce monde tout cet équipement, et quelle est la volonté de ce Donateur — volonté selon laquelle, en vivant ici-bas, il peut obtenir une réussite certaine et éternelle. Voilà le besoin véritable et le plus important de l’être humain. La raison refuse d’admettre qu’Allah, qui a pris des dispositions pour satisfaire même nos besoins les plus insignifiants, ait complètement négligé un besoin aussi considérable. Cela est absolument impossible.

La dignité des Messagers

De même que les personnes excellant dans les autres sciences, connaissances et arts naissent avec un esprit particulier et une nature spécifique, le prophète naît lui aussi en ce monde avec une nature particulière.

À travers les poèmes d’un poète naturellement doué, nous comprenons qu’il est né avec une aptitude particulière pour la poésie. Car, quels que soient les efforts déployés par les autres, ils ne sauraient écrire des poèmes comme lui. De même, on reconnaît aisément, à travers leurs œuvres, l’orateur naturellement doué, l’écrivain né, l’inventeur né et le dirigeant né. Chacun d’eux manifeste dans son propre domaine une aptitude extraordinaire, dont les autres sont incapables. Il en va de même pour le prophète. Des pensées naissent dans son esprit et dans son cœur qu’aucun autre être humain que lui ne pourrait exprimer. Son regard pénètre spontanément au cœur de vérités subtiles que les autres ne parviennent pas à atteindre, même après des années de recherche. Tout ce qu’il dit est accepté par notre intelligence et confirmé par notre cœur — c’est bien ainsi que les choses doivent être. Ses paroles se révèlent vraies. Mais nous-mêmes, même si nous voulions dire des choses semblables, nous n’en sommes pas capables. En outre, sa nature est si pure et si irréprochable qu’il adopte en toute circonstance une conduite véridique et digne. Il ne dit jamais de parole fausse. Il ne commet aucune mauvaise action. Il enseigne toujours la vertu et la sincérité. Tout ce qu’il recommande aux autres, il le met lui-même en pratique et le démontre par son exemple. Jamais, dans sa vie, on ne l’a vu agir contrairement à ce qu’il disait lorsqu’il passait à l’action. Ses paroles et ses actes ne sont animés d’aucun intérêt personnel. Il se nuit à lui-même pour le bien des autres et ne nuit pas aux autres pour son propre bien. Toute sa vie est fondée sur les idéaux de la vérité, de la courtoisie, de la pureté morale, de la noblesse de pensée et d’une humanité supérieure. Même en le cherchant à la loupe, on ne trouverait en lui aucun défaut. Tout cela permet de reconnaître clairement que cet homme est un véritable prophète d’Allah.

L’obéissance au prophète

Après avoir reconnu une personne comme le véritable prophète d’Allah, il devient indispensable d’accepter sa parole, de lui obéir et de mener sa vie conformément à sa voie. Reconnaître quelqu’un comme prophète, puis refuser de lui obéir, est un acte totalement contraire à la raison. En effet, accepter quelqu’un comme prophète signifie que nous reconnaissons qu’il parle au nom d’Allah et qu’il agit conformément à la volonté d’Allah. Dès lors, aucune parole ni aucun acte opposé aux siens ne peut être juste. C’est pourquoi, après avoir reconnu quelqu’un comme prophète, il devient indispensable d’accepter sans réserve chacune de ses paroles et de se soumettre à ses ordres. La question de savoir si la signification fondamentale et les bienfaits de cet ordre nous sont compréhensibles ou non ne se pose même pas ici. Le seul fait qu’une parole soit prononcée par le prophète constitue une preuve suffisante de sa vérité, et elle renferme toute connaissance, tout bien et tout avantage. Si la signification d’une de ses paroles ne nous est pas compréhensible, cela ne signifie pas qu’elle comporte une imperfection ; cela signifie plutôt qu’un défaut s’est manifesté dans notre intelligence et dans notre capacité de compréhension.

Celui qui n’est pas spécialiste d’un art ne sera pas capable d’en comprendre les aspects les plus subtils. Mais s’il refuse la parole du spécialiste simplement parce qu’il ne la comprend pas, c’est faire preuve d’une grande sottise. Une fois qu’un spécialiste a été désigné, on s’en remet entièrement à son travail et l’on n’intervient en aucune manière dans celui-ci. Tout le monde ne peut donc pas être spécialiste en tout, et personne n’a la capacité de comprendre toutes les choses et toutes les activités de ce monde. Nous devons seulement déterminer si une personne est ou non spécialiste dans son domaine ; pour acquérir une pleine certitude à ce sujet, nous devons mobiliser notre intelligence, nos connaissances et toute notre vigilance. Ensuite, lorsque nous avons établi qu’elle est un bon spécialiste, nous devons nous fier entièrement à son travail. Intervenir dans son travail et répéter à chaque étape : « Expliquez-moi d’abord ceci ; sinon, je ne suis pas prêt à l’accepter », ce n’est pas de l’intelligence, c’est de la pure sottise. Après avoir confié une affaire à un avocat, si l’on continue à discuter ainsi avec lui, il ne fait aucun doute qu’il chassera un tel client de son cabinet. Si l’on demande à un médecin la raison et la justification de chacune de ses prescriptions, il finira par renoncer à soigner le malade concerné. Il en va de même dans le domaine de la religion. Nous devons acquérir la connaissance d’Allah. Nous voulons savoir quelle est la manière de vivre conformément à la volonté d’Allah. Nous ne disposons d’aucun autre moyen de le savoir. Il devient donc de notre devoir de rechercher le véritable prophète d’Allah. Certes, dans cette recherche, nous devons faire preuve d’une intelligence, d’un discernement et d’une vigilance extrêmes. Car si nous reconnaissons comme prophète une personne qui ne l’est pas en réalité, elle nous conduira dans l’égarement. Mais, après avoir soigneusement vérifié et examiné une personne et acquis la conviction qu’elle est le véritable prophète d’Allah, nous devons placer en lui une confiance absolue et accomplir chacun de ses ordres.

La nécessité de croire aux prophètes

Lorsque nous savons que la voie indiquée par le prophète d’Allah, au nom d’Allah, est l’unique voie véritable et droite, nous comprenons aussi spontanément qu’il est indispensable à tous les êtres humains de croire au prophète, de lui obéir et de le suivre, et que quiconque abandonnera la voie du prophète pour en chercher une autre à l’aide de sa propre intelligence et de ses propres connaissances s’égarera certainement.

Les gens commettent à ce sujet une erreur extrêmement grave. Beaucoup reconnaissent la véracité des prophètes, mais ne croient pas en eux et ne leur obéissent pas. Ceux-là ne sont pas seulement des mécréants, ils sont aussi des insensés. Qui pourrait être plus insensé que celui qui suit sciemment le mensonge ?

Beaucoup disent qu’il n’est pas nécessaire d’obéir à notre Prophète. Nous pouvons découvrir nous-mêmes le droit chemin à l’aide de notre propre intelligence. C’est également une grave erreur. Quiconque a étudié la géométrie sait qu’il ne peut y avoir qu’une seule ligne droite entre un point et un autre. Toutes les autres lignes que l’on pourrait tracer seraient soit des lignes courbes, soit n’atteindraient pas le second point. Il en va de même du droit chemin, appelé en terminologie islamique Sirat al-Mustaqim, c’est-à-dire la voie droite. Cette voie commence auprès de l’homme et aboutit à Allah. Selon le principe géométrique mentionné, elle ne peut être qu’unique. Toutes les voies autres que celle-ci seront des lignes courbes ou n’atteindront pas Allah. Réfléchissons maintenant un peu à cette voie droite. C’est le Prophète qui l’a indiquée. Il ne peut donc exister de second Sirat al-Mustaqim, ni de seconde voie droite. Celui qui, délaissant cette unique voie, en cherchera une par lui-même se trouvera nécessairement dans l’une de deux situations : soit il ne trouvera aucune voie pour parvenir à Allah, soit, s’il en trouve une, ce sera une voie très tortueuse, qui ne sera pas une ligne droite mais une ligne courbe. Dans le premier cas, sa perdition est évidente. Dans le second, il ne peut y avoir le moindre doute quant à sa sottise. Même un animal dépourvu de valeur, lorsqu’il va d’un endroit à un autre, abandonne les chemins tortueux pour suivre la voie droite. Pourtant, le cas de l’être humain, le plus intelligent et le plus habile des créatures, est véritablement étonnant. Un serviteur pieux d’Allah lui montre la voie droite, mais il continue de dire : « Non, je ne suivrai pas la voie que tu m’as montrée ; j’avancerai sur les chemins tortueux, je continuerai ainsi à m’égarer et je poursuivrai la recherche de ma destination. »

C’est une vérité que n’importe qui peut comprendre au premier regard. Mais en y réfléchissant un peu plus profondément, on comprendra qu’une personne qui refuse de croire au Prophète ne peut trouver aucune voie, droite ou tortueuse, pour parvenir à Allah. En effet, celui qui est incapable d’accepter la parole d’un homme véridique et sincère présente dans son esprit quelque défaut qui le détourne de la vérité. Il peut manquer de connaissance et de discernement ; l’orgueil peut s’être installé dans son cœur ; sa nature peut être si dévoyée qu’elle n’est pas disposée à accueillir le message de la droiture et de la vérité ; il peut être plongé dans l’imitation aveugle de ses ancêtres et, de ce fait, ne pas être disposé à accepter quoi que ce soit qui aille contre les idées transmises depuis longtemps par la coutume ; ou bien il peut être l’esclave de ses passions et refuser de suivre l’enseignement du Prophète parce qu’il perdrait alors la liberté de commettre des actes illicites et de se livrer à des pratiques impures. Si l’une quelconque de ces causes se trouve chez une personne, il lui devient impossible de trouver la voie d’Allah. Et si aucune de ces causes ne se trouve en elle, il est absolument impossible qu’une personne véritablement sincère, honnête et innocente refuse d’accepter l’enseignement d’un véritable Prophète.

Le point le plus important est que le Prophète est envoyé par Allah, et que c’est également Allah qui a ordonné de croire en lui et de lui obéir. Ainsi, celui qui ne croit pas au Prophète se rebelle contre Allah. Dans le gouvernement dont un homme est le sujet, il doit nécessairement obéir à l’administrateur nommé par ce gouvernement. S’il refuse de reconnaître cette personne comme administrateur, cela signifie qu’il s’est rebellé contre le gouvernement. Accepter le gouvernement tout en refusant d’obéir à l’administrateur qu’il a nommé : ces deux choses sont totalement contradictoires. Il en va de même pour Allah et le Prophète qu’Il a envoyé. Allah est le véritable Roi des hommes. Reconnaître comme Prophète celui qu’Il a envoyé pour guider les hommes et auquel Il a ordonné d’obéir, et renoncer à toute autre obéissance pour n’obéir qu’à lui, est le devoir de tout être humain. Celui qui lui témoigne de l’indifférence est nécessairement un négateur — un kafir. Dans ce cas, qu’il accepte Allah ou non, tout cela est dépourvu de sens.

Aperçu de l’histoire de la succession des prophètes

Nous allons maintenant examiner comment l’apparition des prophètes a commencé parmi l’humanité et comment, progressant jusqu’au dernier et au plus éminent des prophètes, cette succession a pris fin avec lui.

Allah créa d’abord un être humain. Puis, à partir de cet être humain, Il créa un couple. Ensuite, Il fit se poursuivre la descendance de ce couple. Au fil de centaines et de milliers d’années, elle se répandit dans le monde entier. Tous les êtres humains nés sur la terre sont les descendants de ce premier couple. Les récits religieux et historiques de tous les peuples proclament d’une seule voix que la descendance de l’humanité a commencé avec un seul être humain. Les recherches scientifiques n’ont pas non plus démontré que des êtres humains distincts auraient été créés dans différentes régions de la terre. Au contraire, la plupart des scientifiques soutiennent l’idée qu’un seul être humain est né à l’origine et que tous les hommes que l’on trouve partout dans le monde sont les descendants de cet être unique.

Dans notre langue, ce premier être humain est appelé Adam (que la paix soit sur lui). C’est de là que vient l’expression « enfants d’Adam », qui signifie le genre humain. Allah fit de Adam (que la paix soit sur lui) le premier prophète et lui ordonna d’enseigner l’islam à ses enfants. Autrement dit, Il lui ordonna de leur annoncer ceci : votre Seigneur et le Seigneur du monde entier est l’Allah unique. Vous devez adorer exclusivement Celui-là. Vous ne devez vous prosterner que devant Lui. Vous devez Lui demander de l’aide. Vous devez mener sur terre, conformément à Sa volonté, une vie droite et juste. Si vous vivez ainsi, vous recevrez finalement une immense récompense. Mais si vous vous détournez de Son obéissance, vous serez voués à un châtiment terrible. Parmi les enfants de Adam (que la paix soit sur lui), ceux qui étaient bons et vertueux continuèrent à suivre la voie droite indiquée par leur père, tandis que ceux qui étaient mauvais l’abandonnèrent. Peu à peu, toutes sortes d’injustices et de méfaits apparurent. Certains se mirent à adorer la lune, le soleil et les étoiles. D’autres s’absorbèrent dans le culte des arbres, des animaux et des fleuves. Beaucoup commencèrent aussi à penser que le vent, l’eau, le feu, la maladie, la santé et les autres forces de la nature avaient chacun un Allah distinct. Il fallait donc adorer chacune de ces forces. Ainsi, tous les dieux seraient satisfaits et nous accorderaient leur faveur. À cause de cette ignorance, diverses formes de polythéisme et d’idolâtrie se répandirent, donnant naissance à différentes religions. À cette époque, les descendants de Adam (que la paix soit sur lui) s’étaient dispersés partout sur la terre. Différents peuples apparurent alors. Chaque peuple se créa une nouvelle religion. Les coutumes, les usages et les traditions de chacun étaient différents. En oubliant Allah, les hommes oublièrent également les règles et les lois que leur ancêtre Adam (que la paix soit sur lui) avait enseignées à ses enfants. Ils commencèrent à suivre leurs passions. Toutes sortes de mauvaises coutumes commencèrent à se répandre. Les idées fondées sur l’ignorance se propagèrent sous toutes leurs formes. Les hommes se mirent à se tromper dans la distinction entre le bien et le mal. Beaucoup de mauvaises choses furent considérées comme bonnes, et beaucoup de bonnes choses comme mauvaises.

À ce propos, le verset suivant du Noble Coran expose la signification et l’importance de la prophétie :

(Arabe*********************************à la page 49 du PDF)

« Au commencement, tous les hommes suivaient une seule et même voie. (Mais cette situation ne se prolongea pas et des divergences apparurent.) Alors Allah envoya des prophètes. Ils étaient des annonciateurs de bonnes nouvelles (pour ceux qui adoptaient la voie droite et véridique) et des avertisseurs (quant aux conséquences de l’adoption d’une voie déviante et erronée). Il fit descendre avec eux le Livre de vérité, afin qu’il puisse trancher au sujet des divergences qui étaient apparues parmi les gens concernant la vérité. Et la raison de l’apparition de ces divergences n’était pas qu’ils n’avaient pas reçu la connaissance au départ. Après avoir reçu une guidance claire, ils s’étaient engagés sur différentes voies, abandonnant la vérité pour une seule raison : ils voulaient commettre injustice et transgression les uns envers les autres. — [Après « Au commencement, tous les hommes suivaient une seule et même voie », la mention des divergences est restée implicite. La fin du verset traite de cette question.] — (sourate Al-Baqara, 213).

Des ignorants, écrivant l’histoire de la « religion » sur la base de leurs propres idées et imaginations, affirment que la vie religieuse de l’homme a commencé dans le tourbillon ténébreux du polythéisme, puis que cette obscurité s’est dissipée au fil d’une évolution progressive et que les rayons de lumière sont devenus de plus en plus éclatants. Ainsi, l’homme serait finalement parvenu à la conception du tawhid, c’est-à-dire de l’unicité d’Allah. Le Coran expose des faits totalement opposés : dans la pleine lumière du monde, les descendants d’Adam sont restés longtemps établis sur la voie véritable et droite et sont demeurés unis au sein d’un même groupe. Puis les gens se mirent à inventer de nouvelles voies et à élaborer différentes méthodes. Ce n’était pas parce qu’ils n’avaient pas été informés de la vérité, mais parce que, tout en connaissant la vérité, beaucoup cherchaient à obtenir des gains et des avantages supérieurs à leurs droits légitimes. Ils aspiraient à commettre entre eux injustice, oppression et transgression. Pour éliminer ces défauts, Allah, le Seigneur des mondes, commença à envoyer des prophètes. Ces prophètes ne furent pas envoyés pour établir chacun, en leur propre nom, une nouvelle religion et former une nouvelle ummah. Leur unique objectif était plutôt de rendre de nouveau clairement visible aux hommes cette voie de vérité qu’ils avaient perdue et de les réunir une fois encore en une seule ummah.

La mission des prophètes

Chaque prophète rappelait à son peuple la leçon oubliée. Il lui enseignait d’adorer l’Allah unique. Il l’éloignait du shirk et de l’idolâtrie. Il abolissait ses coutumes et usages ignorants et fondés sur l’ignorance. Il lui enseignait la manière de vivre conformément à la volonté d’Allah, établissait une loi juste et exacte et lui ordonnait de la respecter. Il n’existe aucun pays au monde — qu’il s’agisse du Bengale, du Pakistan, de l’Inde, de la Chine, de l’Irak, de l’Iran, de l’Égypte, de l’Afrique ou de l’Europe — où aucun prophète n’ait été envoyé par Allah. Leur religion à tous était la même. Dans notre propre langue, nous appelons cette religion « l’islam ». — [Les gens entretiennent généralement l’idée erronée que l’islam a commencé avec Muhammad, paix et bénédictions d’Allah sur lui, allant même jusqu’à le considérer comme le fondateur de l’islam. C’est en réalité une très grave erreur. Il faut absolument effacer cette idée de son esprit. Il convient de savoir clairement que l’islam est, en tout temps et en tout lieu, l’unique religion véritable et originelle de l’humanité, et que tous les prophètes envoyés par Allah partout dans le monde ont apporté le message de cette même religion. — (L’auteur)] Toutefois, leurs méthodes d’enseignement et les règles de leur mode de vie différaient quelque peu. On insistait sur l’élimination des ignorances, de l’inculture, des superstitions et des dépravations qui s’étaient répandues parmi chaque peuple. On accordait une attention particulière à la correction des conceptions erronées qui s’y étaient implantées. Lorsque les peuples se trouvaient encore aux premiers stades de la civilisation, de la culture, de l’instruction et des sciences, on leur donnait un enseignement simple et une sharia simple. Puis, à mesure qu’ils progressaient peu à peu, l’enseignement et la sharia étaient eux aussi étendus et approfondis. Mais ces divergences se limitaient uniquement à la forme et à l’apparence extérieures. L’esprit et l’essence étaient les mêmes pour tous. Autrement dit, la croyance de tous reposait sur le tawhid, et leurs œuvres reposaient sur la sincérité, la vertu, la paix, la sécurité et la conviction de l’existence des châtiments et des récompenses dans l’au-delà.

Comment les gens se comportent avec les prophètes

Les gens se comportent d’une manière étrange avec les prophètes. D’abord, ils leur infligent des souffrances physiques. Ils refusent de suivre leurs bons conseils. Beaucoup sont expulsés de leur patrie, beaucoup sont tués. Certains, après avoir enseigné et conseillé toute leur vie, ne parviennent à convertir à la vraie religion que cinq ou dix personnes. Pourtant, ces chers serviteurs d’Allah continuent inlassablement à s’acquitter de leur devoir. Un jour, leur enseignement finit même par exercer son influence. De grandes nations deviennent leurs disciples. Puis l’égarement des hommes prend une nouvelle forme. Après la mort des prophètes, leurs ummah modifient leur enseignement. Les communautés introduisent toutes sortes de courants de pensée dans les Livres que les prophètes ont apportés de la part d’Allah. Elles inventent de nouvelles manières d’adorer. Certaines commencent à adorer leurs propres prophètes. Certaines considèrent leurs prophètes comme des incarnations d’Allah (c’est-à-dire qu’Allah Lui-même serait descendu sous forme humaine). Certaines donnent à leur prophète le titre de fils d’Allah. Certaines déclarent que leur prophète est associé à l’autorité et à la souveraineté d’Allah. Ainsi, de diverses manières, la mentalité étrange et déformée des hommes ne cesse de se manifester. Ceux qui étaient venus pour briser les idoles et les avaient brisées voient leurs statues érigées, puis adorées par les hommes. Ensuite, la sharia que ces prophètes avaient laissée à leurs ummah est elle aussi déformée de multiples façons. Toutes sortes de coutumes ignorantes, d’histoires séduisantes et de récits mensongers y sont mêlés. Il est devenu impossible de savoir quels éléments y avaient été introduits. — [C’est ainsi que les communautés des prophètes ont déformé leur religion originelle (c’est-à-dire l’islam) et fait naître de nouvelles religions. Ce sont ces religions qui existent aujourd’hui dans le monde sous différents noms. Ainsi, la religion enseignée par Jésus était en réalité l’islam, mais ses disciples ont eux-mêmes fait de Jésus un dieu et ont mêlé à son enseignement et à sa sharia de nombreuses paroles forgées par eux, créant une nouvelle religion connue aujourd’hui dans le monde sous le nom de christianisme. — (L’auteur)] La vie des prophètes elle-même s’est à ce point perdue dans les récits divergents des gens qu’on ne dispose plus d’aucune information fiable à leur sujet.

Pourtant, tous les efforts des prophètes n’ont pas été vains. Malgré toutes les altérations, il est resté une part de vérité au sein de chaque peuple. La pensée d’Allah et celle de la vie de l’au-delà se sont répandues, à un degré ou à un autre, dans chaque peuple. La vertu, l’honnêteté, la justice et la moralité ont été généralement reconnues dans le monde entier comme des principes fondamentaux. Les prophètes de toutes les nations et de toutes les tribus ont préparé leurs peuples respectifs de telle manière qu’il est devenu possible de diffuser l’enseignement d’une religion universelle, adaptée à l’humanité tout entière, indépendamment des races, des tribus et des nations du monde entier.

L’appel des prophètes et leur statut

L’étude du Coran montre que les prophètes sont venus les uns après les autres et qu’ils ont tous adressé le même appel à leurs peuples :

(Arabe*********************************page 52 du PDF)

« Ô mon peuple, adorez Allah : vous n’avez pas d’autre divinité que Lui. »

À Babylone ou à Sodome, à Madian ou dans la région d’al-Hijr, dans la vallée du Nil ou dans n’importe quel pays du monde, au quarantième, au dixième siècle avant Jésus-Christ ou plus tard, chaque fois et partout où un prophète envoyé par Allah est venu parmi des peuples esclaves ou libres, sous-développés ou parvenus au sommet du progrès politique et culturel, il a adressé aux hommes le même appel. L’appel de tous était le suivant : adorez Allah ; vous n’avez aucune autre divinité véritable (objet légitime d’adoration ou dieu) que Lui. Le prophète Abraham fit savoir à son peuple en termes dépourvus d’ambiguïté que, tant qu’ils ne reconnaîtraient pas ce principe fondamental, aucune coopération d’aucune sorte ne serait possible entre eux et lui.

(Arabe*********************************page 52 du PDF)

Autrement dit, tant que vous ne croirez pas en l’Unique Allah, l’hostilité et l’animosité subsisteront entre vous et nous ; et, lorsque le prophète Moïse se rendit auprès de Pharaon,(Arabe******) il déclara, avant de présenter cette demande : « Laisse les Enfants d’Israël partir avec moi »,(Arabe*******) « Je suis envoyé par le Seigneur des mondes », et(Arabe********) il l’appela en ces termes : « Moïse dit : Es-tu prêt à te purifier et à te sanctifier ? Puis-je te montrer le chemin de ton Seigneur afin que tu Le craignes ? » Il lui fit savoir qu’il n’était ni le Seigneur ni le Maître, mais que le Seigneur et le Maître étaient Celui qui avait créé toute chose et enseigné à chacun son mode de vie.(Arabe********) « C’est Lui notre Seigneur et notre Maître, qui a donné à chaque chose sa forme, puis lui a indiqué sa voie. » — Cela signifie que Moïse et Aaron (que la paix soit sur eux) assumèrent la même responsabilité que les autres prophètes, depuis Noé (que la paix soit sur lui) jusqu’au dernier prophète, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Cette responsabilité consistait à informer les hommes et à leur faire comprendre qu’ils devaient reconnaître Allah, le Seigneur des mondes, Lui seul, comme leur Seigneur et leur Maître, et qu’après cette vie, ils comparaîtraient devant Allah. Elle dépendait de leur acceptation de l’appel de leurs prophètes respectifs à croire au tawhid et à l’au-delà, ainsi que de l’édification de leur mode de vie sur cette base. — (L’auteur) Le peuple de Jésus (que la paix soit sur lui) vivait dans la servitude sous la domination des Romains. Pourtant, il n’invita pas les Enfants d’Israël ni les divers peuples des régions voisines à mener une guerre d’indépendance contre l’impérialisme romain. Au contraire, il les appela en ces termes :(Arabe***********) « En vérité, Allah est mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc : telle est la voie droite. » Il va sans dire que les événements rapportés dans le Coran ne se sont pas déroulés dans quelque autre monde : ils appartiennent à cette terre où nous vivons et concernent des êtres humains de chair et de sang comme nous. Il n’est donc nullement possible de prétendre que les pays et les peuples auprès desquels les prophètes apparurent ne connaissaient aucun problème politique, économique ou culturel, ni qu’il n’était pas nécessaire de les inciter à résoudre ces problèmes. Pourtant, lorsque, dans chaque pays et à chaque époque, chacun des dirigeants du mouvement islamique a ignoré toutes les difficultés générales et locales pour placer un seul problème au premier plan et lui consacrer toutes ses forces, nous pouvons en conclure qu’à leurs yeux ce problème était la racine de tous les autres et que la résolution de tous les problèmes de la vie dépendait de sa résolution.

Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui) s’adressa aux Enfants d’Israël et exposa ainsi le but de sa venue :

(Arabe*********************************à la page 53 du PDF)

« Je suis venu afin de rendre licites certaines choses qui vous avaient été interdites. Voyez : je vous ai apporté un signe de la part de votre Seigneur. Craignez donc Allah et obéissez-moi. Allah est mon Seigneur et aussi votre Seigneur. Adorez-Le donc ; voilà le droit chemin. » — (Sourate Âl ‘Imrân, 50-51)

Il ressort de ce qui précède que, comme chez tous les autres prophètes, le message essentiel de Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui) comportait lui aussi trois points. — [Il est nécessaire d’accorder une attention particulière au message de Hazrat Jésus (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). En effet, avant la venue de Hazrat Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il était le dernier prophète, et son message, ses enseignements et sa prédication ont été totalement déformés. — (Le compilateur)]

Premièrement : la souveraineté, reconnue comme appartenant exclusivement à Allah. C’est pourquoi l’adoration Lui est exclusivement consacrée, et l’ensemble de l’ordre de la vie morale et culturelle sera établi sur la base de l’obéissance à Lui seul.

Deuxièmement : il faut obéir aux ordres du prophète en tant que représentant du Maître de la souveraineté.

Troisièmement : dans la vie humaine, les limites entre le licite et l’illicite, le légal et l’illégal, seront établies uniquement par la loi d’Allah. À cet égard, les lois établies par d’autres seront abrogées. — [Voir le verset 51 de la sourate Âl ‘Imrân : (Arabe********dans la note de la page 54 du PDF)]

En réalité, il n’existe pas la moindre différence entre la prédication de Hazrat Jésus (que la paix soit sur lui), celle de Hazrat Moïse (que la paix soit sur lui), celle de Hazrat Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et celle des autres prophètes. Ceux qui ont considéré que la mission des différents prophètes était différente et qui ont établi des distinctions entre leurs missions quant à leur but et à leur nature ont commis une grave erreur. Quiconque viendra auprès des sujets du Maître suprême de toute la création, muni de sa lettre de nomination, aura pour seul objectif de les empêcher de désobéir et d’exercer une autonomie de gouvernement ; il leur interdira d’associer quiconque à Lui — c’est-à-dire de donner à quelqu’un une part de la souveraineté aux côtés du détenteur du pouvoir souverain, et de répartir entre eux leur propre obéissance, leur adoration et leur dévotion — et les appellera à adorer, à obéir, à vénérer et à suivre les commandements de l’unique Seigneur véritable.

Dans le Noble Coran, le but de la venue des prophètes est également exposé d’une autre manière :

(Arabe****************** page 54 du PDF)

« Ces messagers ont été envoyés comme annonciateurs de bonnes nouvelles et comme avertisseurs, afin qu’après leur envoi, les gens n’aient aucun argument à opposer à Allah. — (Sourate An-Nisâ’ : 165)

En d’autres termes, l’envoi de ces messagers n’avait qu’un seul but : Allah Tout-Puissant voulait porter Ses arguments et Ses preuves à leur degré ultime devant l’humanité, afin qu’au Jour du Jugement aucun égaré coupable ne puisse dire : « Nous n’étions pas informés et vous n’avez pris aucune disposition pour nous informer de la vérité et de la réalité des choses. » C’est dans ce but qu’Allah a envoyé des prophètes dans différentes régions du monde et qu’Il a révélé des Livres. Ces prophètes ont transmis la connaissance véritable à un grand nombre de personnes et, même après leur départ de ce monde, ils ont laissé aux hommes les Livres célestes. Parmi ces Livres, il est toujours resté sur terre, à chaque époque, au moins un Livre destiné à guider les hommes sur le droit et véritable chemin. Ainsi, si quelqu’un s’égare malgré cela, ni Allah ni Ses prophètes ne seront tenus pour responsables. C’est plutôt la personne concernée qui le sera, car la parole d’Allah lui était parvenue, mais elle ne l’a pas acceptée. Ou bien seront tenus pour responsables ceux qui connaissaient le droit chemin, mais qui, voyant les serviteurs d’Allah plongés dans l’égarement, ne les ont pas guidés vers la voie de la vérité et de la rectitude.

Les prophètes et les messagers, en plus d’appeler à la vérité, ont également le droit d’être obéis. Ainsi, il est clairement énoncé dans le Coran :

(Arabe****************** page 55 du PDF)

« Chaque fois que J’ai envoyé un messager, c’était afin qu’il soit obéi, conformément à l’ordre d’Allah. » — (Sourate An-Nisâ’ : 64)

En d’autres termes, un messager ne vient pas de la part d’Allah pour que l’on croie seulement à sa mission prophétique, puis que l’on puisse obéir à volonté à quelqu’un d’autre. Au contraire, le but même de la venue du messager est que, pour mener sa vie, l’homme abandonne toutes les lois de ce monde et obéisse exclusivement à la loi qu’il apporte, et qu’il mette en application uniquement les directives qu’il transmet de la part d’Allah, en rejetant toutes les autres directives de ce monde. Celui qui n’obéit pas ainsi au messager ne donne aucun sens au fait de le reconnaître simplement comme messager.

S’efforcer et lutter pour faire triompher le dîn fait également partie des responsabilités des prophètes. Il est dit dans le Noble Coran :

(Arabe****************** page 55 du PDF)

« Allah a envoyé Son Messager avec la guidance et la vraie religion, afin de la faire triompher sur toutes les autres religions. » — (sourate At-Tawba : 33)

Dans le verset original, le terme « ad-dîn » est employé. Dans ma traduction, je l’ai rendu par « toutes les religions ». En réalité, le mot dîn est utilisé en arabe comme le synonyme d’un système ou d’un mode de vie dont on reconnaît le fondateur comme une autorité digne d’être suivie, et auquel on obéit. Ainsi, l’objectif de la venue du Messager décrit dans ce verset est qu’il fasse triompher, sur toutes les autres religions, c’est-à-dire sur tous les autres modes et systèmes, la guidance et la vraie religion qu’il a apportées de la part d’Allah. En d’autres termes, le Messager n’est jamais envoyé pour que le système de vie qu’il apporte soit soumis à un autre système, vaincu par lui, et qu’il passe ses jours à végéter, la tête courbée, parmi les quelques privilèges que celui-ci lui accorde. Il vient au contraire en tant que représentant du Roi de la terre et des cieux. Il veut voir triompher le véritable système de son Roi. Si un autre système de vie est en vigueur dans le monde, il doit nécessairement rester soumis au système de vie donné par Allah, en se contentant de quelques-uns des privilèges que celui-ci lui accorde, comme c’est le cas du statut des dhimmis dans le cadre du paiement de la jizya.

La mission des prophètes est d’éliminer la corruption

Lorsque l’être humain abandonne l’obéissance à Allah pour commencer à obéir à son propre nafs ou à d’autres, et qu’il désobéit à la guidance et aux directives d’Allah pour édifier le cadre de sa vie morale, sociale et culturelle sur la base de principes, de lois et de règles forgés par autrui, la véritable corruption apparaît sur terre, entraînant d’innombrables défauts et désordres dans l’ordre du monde. Le but du Coran est de prévenir cette corruption et de corriger ces défauts et ces désordres. En même temps, le Coran révèle aussi cette vérité : la corruption n’est pas l’état originel de l’ordre du monde ; ce qui est originel, c’est l’honnêteté, la vertu et la rectitude, et la corruption ne s’impose temporairement à lui qu’en raison de la sottise, de l’ignorance et des excès des êtres humains. En d’autres termes, la vie des hommes sur terre n’a pas commencé dans la sottise, l’ignorance, la barbarie, le shirk, la rébellion et l’anarchie morale, pour qu’un travail de réforme ait ensuite commencé progressivement afin de les éliminer. En réalité, la vie humaine a commencé dans l’honnêteté et la rectitude, puis des hommes mauvais ont peu à peu souillé et rendu trouble ce système sacré par leur propre stupidité et leurs mauvaises actions. Pour éliminer cette corruption et réformer à nouveau le système de vie des hommes, Allah a envoyé des prophètes à travers les âges. À chaque époque, les prophètes ont adressé aux hommes le même appel : s’abstenir de semer la corruption dans l’ordre du monde établi sur l’honnêteté, la vertu et la rectitude — [À cet égard, la conception du Coran est totalement différente de celle des évolutionnistes. Les évolutionnistes ont élaboré cette doctrine sur la base d’une idée entièrement erronée : l’être humain serait sorti des ténèbres pour parvenir progressivement à la lumière. Au commencement de sa vie se trouvaient la déformation et la rupture ; puis, peu à peu, il serait en train de prendre forme. À l’inverse, le Coran affirme qu’Allah a envoyé l’être humain dans le monde au sein d’un environnement baigné de lumière et qu’Il a fait commencer sa vie dans un système bénéfique. Ensuite, après avoir lui-même suivi la direction de Satan, l’être humain est maintes fois retourné dans les ténèbres et a maintes fois déformé ce système bénéfique. Allah a envoyé Ses prophètes à travers les âges pour appeler les hommes à sortir de ces ténèbres et à aller vers la lumière, et à s’abstenir de créer déformation et corruption.]

La prétention à la prophétie implique implicitement que le prophète veut transformer globalement l’ensemble du système de vie des hommes. Le système politique du pays en fait indubitablement partie. Lorsqu’un homme se présente comme le représentant du Seigneur des mondes, il est inévitablement reconnu par là même qu’il réclame aux hommes une obéissance totale à sa personne. En effet, le représentant du Seigneur des mondes ne vient jamais pour rester un sujet soumis à quelqu’un d’autre et lui obéir. Il vient au contraire pour rendre tout le monde obéissant et devenir leur gouvernant et leur protecteur. Dans ce cas, reconnaître la légitimité de l’autorité et du pouvoir d’un mécréant est totalement contraire à la dignité de sa risâla.

L’objectif de l’envoi des Messagers

(Arabe****************** à la page 56 du PDF)

« (Et je l’ai fait afin qu’ils ne puissent pas dire 🙂 Lorsque, à cause de leurs propres actes, un malheur les frappe, ils ne disent pas : “Ô notre Seigneur ! Pourquoi ne nous as-Tu pas envoyé de messager ? Si Tu nous en avais envoyé un, nous aurions suivi Tes signes et nous aurions été au nombre des croyants.” » — (sourate al-Qasas, 47)

En divers endroits du Noble Coran, c’est précisément cela qui est présenté comme la raison de l’envoi des messagers. Toutefois, ce serait une erreur de conclure, à la lumière de cette description coranique, qu’un messager devrait toujours venir en tout lieu et à toute époque. En effet, tant que le message d’un messager demeure préservé dans son état originel et qu’il existe également un moyen de le faire parvenir à la masse des gens, aucun nouveau messager n’est nécessaire. Cependant, lorsqu’il devient nécessaire d’ajouter quelque chose au message précédent ou d’en transmettre un nouveau, un nouveau messager vient alors. Si, dans un cas donné, il perd sa pertinence, les gens peuvent légitimement présenter cette excuse : ils ne disposaient d’aucun moyen de leur faire connaître la différence entre la vérité et le mensonge ni de leur indiquer le droit chemin ; dans ces conditions, comment auraient-ils pu trouver la voie véritable et correcte ? Afin de lever cette excuse, Allah le Très-Haut envoie un prophète dans de telles circonstances. Dès lors, quiconque adopte la mauvaise voie peut être tenu seul responsable de son erreur.

Un messager venant d’Allah ne vient pas afin que l’on croie seulement en sa mission prophétique, puis que l’on puisse obéir à quelqu’un d’autre selon sa propre volonté. Au contraire, le but même de la venue du messager est — comme cela a été exposé précédemment — que l’on adopte exclusivement, en abandonnant tous les autres systèmes de vie, le système qu’il apporte pour organiser l’existence, et que l’on suive exclusivement, en rejetant toutes les autres directives, les directives que le messager donne de la part d’Allah. Si, après avoir accepté le messager lui-même, une personne n’agit pas ainsi, alors le fait même de reconnaître son messager devient dépourvu de sens.

La venue des messagers avant le temps du Jugement

(Arabe****************** à la page 57 du PDF)

« Je n’envoie les messagers à aucune autre fin que d’annoncer la bonne nouvelle et d’avertir ; mais les mécréants sont tels qu’ils tentent, avec les armes du mensonge, de faire triompher le mensonge sur la vérité, et tournent en dérision Mes signes ainsi que ce contre quoi ils ont été avertis. » — (sourate al-Kahf, 56)

C’est-à-dire que J’envoie les messagers afin d’avertir les gens, avant l’arrivée du temps du Jugement, des bonnes conséquences de l’obéissance au commandement d’Allah et des mauvaises conséquences de sa désobéissance.

(Arabe****************** à la page 58 du PDF)

« La seule religion agréée par Allah est l’islam. Ceux à qui le Livre avait été donné n’ont adopté d’autres voies au détriment de cette religion que parce qu’ils se sont livrés à des excès les uns envers les autres après que la connaissance leur fut parvenue. » — (Sourate Âl-‘Imrân : 19)

Cela signifie que partout dans le monde et chaque fois qu’un Messager est venu de la part d’Allah, il a apporté le message de la religion islamique, et que chaque fois qu’un Livre a été révélé dans la langue d’un peuple du monde, il a enseigné les préceptes de l’islam. La cause unique de l’apparition, parmi l’humanité, des différentes religions par la déformation de cette religion originelle et par l’ajout ou la suppression d’éléments en son sein était que les gens cherchaient à obtenir davantage de droits, d’avantages et d’intérêts, au-delà des limites de leurs droits légitimes. C’est pourquoi ils modifièrent, selon leurs caprices, les croyances, les principes et les prescriptions de la religion originelle.

Les prophètes portaient tous l’étendard d’une même religion

(Arabe****************** à la page 58 du PDF)

« Ils ont fragmenté leur religion entre eux, mais tous devront revenir vers Moi. » — (Sourate al-Anbiyâ’ : 93)

Tous les prophètes venus dans le monde portaient l’étendard de cette religion. L’essence de cette religion originelle était que le Seigneur et le Maître des hommes est Allah seul, et que c’est Lui seul qui doit être adoré et servi avec dévotion. Toutes les religions apparues par la suite ne sont que des formes déformées de cette religion originelle. Les uns en ont retenu un élément, les autres un autre. Certains en ont supprimé un aspect, d’autres un autre. Puis ils y ont mêlé beaucoup d’éléments de leur propre cru. C’est ainsi que les innombrables prophètes les ont divisées en une multitude de fractions ; on peut donc considérer cela comme un mensonge pur et simple. Le seul fait que ces religions présentent des formes différentes et qu’elles soient, selon les époques et les pays, rattachées à différents prophètes ne prouve pas que cette diversité des religions soit l’œuvre des prophètes. Ceux-ci ne peuvent enseigner d’adorer un autre seigneur au lieu d’Allah, l’Unique.

La pensée des prophètes avant leur accession à la prophétie

Le Noble Coran nous apprend qu’avant la descente de la révélation d’Allah, la connaissance que possédaient les prophètes ne différait en rien de celle des gens ordinaires. Avant la descente de la révélation, ils ne disposaient d’aucun moyen de connaissance qui ne fût pas également accessible aux autres. C’est pourquoi le Coran dit : (Arabe*******) « Tu ne savais pas ce qu’étaient le Livre ni la foi. » (Ash-Shûrâ : 52) (Arabe*********) « Et Allah t’a trouvé égaré, puis Il t’a guidé. »

Le Coran nous apprend également qu’avant de recevoir la prophétie, les prophètes franchissaient, grâce aux moyens ordinaires de connaissance et de compréhension dont disposent les autres hommes, l’étape de la foi en l’invisible. La venue de la révélation renforçait leur connaissance acquise par l’expérience. La révélation apportait un témoignage certain et définitif de la véracité des vérités dont leur cœur avait auparavant attesté. Elle leur permettait aussi d’en avoir une connaissance directe et visuelle, de sorte qu’ils pouvaient en témoigner devant le monde avec une pleine conviction. Ce thème est exposé à plusieurs reprises dans la sourate Hûd. Il est d’abord dit au sujet du Messager vénéré :

(Arabe****************** page 59 du PDF)

« Celui qui s’appuie sur une preuve évidente venant de son Seigneur, suivie par un témoin venu de Lui — c’est-à-dire le Coran — et qui avait auparavant le Livre de Moïse comme guide et miséricorde, pourrait-il douter de cette vérité ? » — (Sourate Hûd : 17)

Puis ce même thème est de nouveau exposé, dans le troisième rukû‘, par la bouche du prophète Noé, en ces termes :

(Arabe****************** page 59 du PDF)

« Ô mon peuple, réfléchissez : si je m’appuie sur une preuve évidente venant de mon Seigneur, qu’Il m’a ensuite accordé une miséricorde de Sa part — la révélation et la prophétie —, tandis que cette chose vous est demeurée invisible, devrions-nous vous l’imposer par la force ? » — (Sourate Hûd : 28)

Dans le sixième rukû‘, le prophète Sâlih, puis dans le huitième rukû‘, le prophète Chu‘ayb, ont répété ce même thème. Il apparaît ainsi clairement qu’ils ont répété ce thème par la révélation. Il apparaît également clairement qu’avant d’acquérir directement la connaissance de la vérité par la révélation, les prophètes pénétraient profondément dans la réalité du tawhîd et de l’au-delà en faisant un usage juste de leur aptitude naturelle à la réflexion, à la recherche et à l’observation, aptitude que le verset précédent appelle (Arabe********) . En pénétrant ainsi au cœur de la vérité, leur réussite n’était pas un don d’Allah (Arabe) mais le fruit de leurs propres efforts (Arabe***). Ensuite, Allah leur accordait la connaissance de la révélation. Celle-ci n’était pas acquise : elle était un don d’Allah.

L’observation, la réflexion et l’étude de ces signes naturels, ainsi que l’usage du bon sens (Commonsense), sont des choses totalement différentes des conjectures, suppositions et méditations spéculatives (Speculation) des philosophes. Le Noble Coran lui-même a encouragé chaque être humain à faire usage de ces facultés. Il a répété : ouvrez les yeux, observez les signes naturels d’Allah et efforcez-vous d’en tirer des conclusions exactes.

La connaissance de l’invisible du Messager

Il est erroné de croire que les Messagers n’ont reçu de la connaissance de l’invisible que la quantité qu’Allah voulait transmettre aux hommes. Cette conception est contraire aux déclarations explicites du Noble Coran et des hadiths. Le Noble Coran rapporte au sujet de Yaqoub (paix sur lui) qu’il dit à ses fils :(Arabe*******) « Je sais, de la part d’Allah, des choses que vous ne savez pas. » — (sourate Youssouf, 11)

En outre, il ressort de divers versets du Coran qu’avant d’envoyer un châtiment contre différents peuples, leurs prophètes en étaient informés ; pourtant, même au moment où le châtiment arrivait, ils n’en informaient pas leurs peuples dans tous ses détails. Noé (paix sur lui) avait été informé du châtiment si longtemps à l’avance qu’il avait eu le temps de construire l’arche. Mais il n’avait pas dit à son peuple qu’un déluge allait s’abattre sur lui. Les hadiths nous apprennent également que le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait été informé de certaines réalités de l’invisible qu’il ne transmit pas à sa communauté. Un jour, lors d’un sermon, le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) déclara :

(Arabe****************** PDF, page 60).

« Ô communauté de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ! Par Allah, si vous saviez ce que j’ai appris, vous ririez très peu et pleureriez davantage. » — (Boukhari : chapitre Sadaqa fi-l-Koussouf)

Une autre fois, le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) déclara :(Arabe**********) « Je vous vois derrière moi exactement comme je vous vois devant moi. » — (Boukhari : chapitre Azmatou imam in-nas).

En bref, de nombreux autres hadiths et versets nous apprennent que les Messagers avaient reçu une connaissance de l’invisible bien plus abondante que la part de cette connaissance transmise aux serviteurs par leur intermédiaire. La raison et le bon sens ordinaires le confirment également. En effet, les gens ordinaires ont seulement besoin de connaître la part de l’invisible qui se rapporte à la foi et à la croyance. Mais il ne suffit pas aux Messagers de connaître seulement cette part de l’invisible. Ils doivent en savoir bien davantage, ce qui les aide à s’acquitter de leur mission apostolique. Ainsi, les vice-chefs d’État et les gouverneurs doivent connaître, jusqu’à un certain degré, la politique de l’État et ses secrets. Si ces secrets venaient à être connus du peuple, ils causeraient du tort au lieu d’apporter un bénéfice. De même, l’administration du royaume d’Allah comporte de nombreux secrets que seuls connaissent les représentants particuliers d’Allah et Ses Messagers. Le peuple ordinaire, c’est-à-dire les gens communs, n’en connaît pas la moindre parcelle. Cette connaissance de l’invisible aide les Messagers à s’acquitter de leur responsabilité, mais elle n’est d’aucune utilité aux gens ordinaires, qui ne sont d’ailleurs pas capables de la supporter. En résumé, on peut dire que la connaissance du prophète est moindre que celle d’Allah et supérieure à celle des gens ordinaires. Mais quelle est l’étendue de cette connaissance ? De combien est-elle supérieure ou inférieure ? Nous ne possédons assurément aucun instrument permettant de la mesurer de cette manière.

Un regard attentif sur les prophètes

Dans la société humaine, les prophètes occupent la position la plus importante et la plus délicate. Un événement ordinaire dans la vie d’une personne ordinaire ne revêt pas une importance particulière. Mais ce même événement, lorsqu’il se produit dans la vie d’un prophète, devient une loi. C’est pourquoi, de la part d’Allah, une attention vigilante est portée à chaque événement de la vie des prophètes. Ainsi, le moindre de leurs pas et la plus infime de leurs actions ne peuvent se produire à l’encontre de la volonté d’Allah. Si jamais un prophète accomplissait une telle action, elle était aussitôt corrigée. Le but était que la loi islamique et ses principes fondamentaux parviennent aux hommes non seulement par le Livre d’Allah, mais aussi sous la forme de l’excellent modèle de vie du prophète, et que rien, si minime soit-il, qui ne soit conforme à la volonté d’Allah puisse y être inclus.

Connaissance directe et observation

Allah a fait observer à chacun des prophètes, selon son rang, le fonctionnement de la terre et du ciel et, en écartant le voile séparant le monde matériel du monde invisible, leur a fait voir directement de nombreux secrets dont ils avaient été chargés d’appeler les hommes ordinaires à croire à l’invisible. Ainsi, leur nature et leur rang se sont clairement distingués de ceux des philosophes. Les philosophes parlent sur la base de suppositions et de conjectures. S’ils avaient eu une juste connaissance de leur propre condition et de leur rang, ils n’auraient jamais attesté la vérité de l’une de leurs opinions. Les prophètes, au contraire, parlent toujours sur la base de la connaissance directe et de l’observation. Ils peuvent témoigner devant les hommes en ces termes : « Nous savons parfaitement ce que nous disons et nous l’avons vu de nos propres yeux. »

Une force extraordinaire—[Les forces et aptitudes extraordinaires des prophètes, ainsi que leur système particulier de formation, ont été exposés en détail dans le paragraphe « La dignité du Noble Messager en tant que personne et prophète », du chapitre « La mission prophétique et ses règles ».]

(Arabe****************** à la page 62 du PDF)

« Lorsque cette caravane partit d’Égypte, leur père, assis chez lui à Canaan, dit : “Je sens l’odeur de Joseph. Ne recommencez pas, vous autres habitants de la maison, à dire que, devenu vieux, j’ai perdu la raison.” » — (Sourate Yûsuf : 94)

On peut se faire une idée des forces extraordinaires des prophètes à partir de cela. Au moment même où la caravane, emportant la tunique du prophète Yûsuf (que la paix soit sur lui), venait de partir d’Égypte, le prophète Ya‘qûb (que la paix soit sur lui), assis à des centaines de kilomètres de là, en avait déjà perçu l’odeur. Mais cela permet également de comprendre que cette force n’était pas propre aux prophètes. C’est Allah qui la leur avait accordée. Toutefois, ils ne pouvaient en faire usage, dans la mesure voulue, que lorsque Allah le voulait et dans la mesure qu’Il voulait. Le prophète Yûsuf (que la paix soit sur lui) resta des années en Égypte, mais le prophète Ya‘qûb (que la paix soit sur lui) n’en perçut jamais l’odeur. Or, dès que sa tunique se mit en route depuis l’Égypte, l’odorat du prophète Ya‘qûb (que la paix soit sur lui) s’accrut soudainement à tel point qu’il commença à en sentir le parfum.

La nature humaine des prophètes

Tous les prophètes précédents étaient des êtres humains — [un paragraphe consacré à la nature humaine des prophètes et à cette question a été ajouté dans la suite]. Ils n’étaient pas une création extraordinaire d’Allah. Envoyer un être humain comme Messager n’était pas un événement inédit dans l’histoire.

Les prophètes précédents étaient venus pour accomplir exactement la même mission que celle qu’accomplit maintenant Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ; leur mission et leur enseignement étaient identiques à ceux de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Allah a traité les prophètes d’une manière particulière. De grandes épreuves les ont frappés. Ils sont restés des années durant au milieu des épreuves. Ils ont subi des épreuves sur le plan personnel, et leurs ennemis leur ont également causé des difficultés. Mais, finalement, Allah a exaucé leurs prières, dissipé leurs souffrances, vaincu leurs ennemis et leur a accordé Son aide de manière miraculeuse.

Bien qu’ils fussent aimés et agréés par Allah et qu’ils eussent reçu de Sa part de grands pouvoirs extraordinaires, ils demeuraient des serviteurs d’Allah et des êtres humains. Aucun d’entre eux ne possédait un pouvoir divin.

Le sens de l’infaillibilité des prophètes

Les prophètes aussi sont des êtres humains. Aucun être humain n’est capable de demeurer constamment au degré de perfection prescrit au croyant. Il arrive que, dans une situation délicate et chargée d’émotion, même le meilleur des hommes, tel qu’un prophète, cède un très bref instant devant sa faiblesse humaine. Mais dès qu’il comprend — ou qu’Allah fait naître en lui cette compréhension — qu’il est en train de descendre au-dessous du degré requis, il se repent. Il n’hésite pas un seul instant à corriger son erreur. Quelle preuve plus éclatante de la grandeur morale de Noé (paix sur lui) pourrait-on trouver que celle-ci : son jeune fils est en train de sombrer sous ses yeux dans les eaux profondes ; il le voit de ses propres yeux et sa poitrine se déchire devant l’horreur de la scène. Mais dès qu’Allah l’avertit que considérer comme sien, uniquement parce qu’il était son fils biologique, celui qui avait abandonné la vérité pour s’attacher au faux n’était qu’une émotion ignorante, il revient à la conception juste.

L’infaillibilité du prophète ne signifie pas que la capacité et l’aptitude à commettre un péché ou une erreur lui ont été retirées, ni même qu’il n’existe aucune possibilité qu’un péché soit commis par lui. Elle signifie plutôt que le prophète a la capacité de pécher, mais que, tout en possédant toutes les qualités humaines, les émotions humaines, les sentiments et les désirs, il est si honnête et si pieux qu’il ne forme jamais consciemment l’intention de commettre un péché. Sa conscience contient de si nombreux témoignages et arguments puissants de son Seigneur que les désirs de sa passion ne peuvent jamais l’emporter sur eux. Malgré cela, si une erreur se produit un jour à son insu, Allah le corrige aussitôt par une révélation explicite. Car sa chute ne serait pas seulement la chute d’un individu, mais celle d’une umma. S’il s’écarte ne serait-ce que d’un cheveu du droit chemin, le monde entier avance de plusieurs kilomètres sur la voie de l’égarement.

Quelques versets relatifs aux qualités des prophètes

(Arabe****************** page 63 du PDF)

« Et mentionne dans ce Livre Abraham. C’était certes un homme véridique et un prophète » — (sourate Maryam : 41)

(Arabe****************** page 63 du PDF)

« Et mentionne dans ce Livre Moïse. C’était certes un homme élu et un prophète-messager. Nous l’appelâmes du côté droit du mont Tûr et Nous le rapprochâmes par un entretien secret » — (sourate Maryam : 51-52)

(Arabe****************** page 63 du PDF)

« Et mentionne dans ce Livre Ismaël. Il était certes fidèle à ses promesses et un prophète-messager. Il ordonnait à sa famille la prière et la zakat, et il était agréé auprès de son Seigneur. Et mentionne dans ce Livre Idris. Il était certes un homme véridique et un prophète, et Nous l’élevâmes à un rang élevé » — (sourate Maryam : 54-57)

(Arabe****************** page 64 du PDF)

« Voilà ceux qu’Allah a comblés de bienfaits parmi les prophètes, descendants d’Adam, et parmi ceux que Nous avons transportés avec Noé, descendants d’Abraham et d’Israël, et qui faisaient partie de ceux que Nous avions guidés et choisis. Lorsqu’on leur récitait les versets du Tout Miséricordieux, ils tombaient prosternés en pleurant » — (sourate Maryam : 58)

(Arabe****************** à la page 64 du PDF)

« Et auparavant, J’avais accordé à Abraham la raison et la sagesse, et Je le connaissais parfaitement. » – (sourate Al-Anbiyâ’, 51)

(Arabe****************** à la page 64 du PDF)

« Et Nous le sauvâmes, lui et Lot, vers une terre dans laquelle Nous avons placé une bénédiction pour les mondes. Et Nous lui accordâmes Isaac et Jacob en surcroît, et Nous rendîmes chacun d’eux vertueux. Et Nous les établîmes comme des dirigeants qui guidaient sur Notre ordre. Et Nous leur révélâmes de faire le bien, d’accomplir la prière et de donner la zakat. Et ils étaient Nos adorateurs. » – (sourate Al-Anbiyâ’, 71-71)

(Arabe****************** à la page 64 du PDF)

« Et Nous accordâmes à Lot le jugement et la connaissance, et Nous le sauvâmes de la cité dont les habitants commettaient de mauvaises actions. Ils étaient vraiment un peuple pervers, des gens très corrompus. Nous lui accordâmes Notre miséricorde, car il faisait partie des gens vertueux. » – (sourate Al-Anbiyâ’, 74-75)

(Arabe****************** à la page 65 du PDF)

« Et Nous avons accordé le même bienfait à Noé. Souvenez-vous qu’auparavant il Nous avait invoqué ; Nous avons exaucé sa prière, Nous l’avons délivré, lui et sa famille, d’une immense détresse, et Nous l’avons secouru contre le peuple qui traitait Nos signes de mensonges. C’étaient des gens extrêmement mauvais. Nous les avons donc tous noyés. »

(Arabe****************** à la page 65 du PDF)

« Et c’est cette grâce que J’ai accordée à David et à Salomon. Rappelle-toi l’affaire au sujet de laquelle ils rendaient tous deux un jugement : des moutons appartenant à d’autres gens étaient entrés de nuit dans un champ. Et J’étais témoin de leur jugement. À ce moment-là, J’ai fait comprendre à Salomon le jugement juste. Pourtant, à chacun des deux, Nous avions accordé une compréhension profonde et un savoir. Nous avons soumis les montagnes et les oiseaux à David : ils glorifiaient Dieu avec lui. C’est Nous qui avons fait cela. Et pour votre bénéfice, Nous lui avons enseigné l’art de fabriquer des armures, afin qu’elles vous protègent contre les coups que vous vous portez les uns aux autres. Serez-vous donc reconnaissants ? Et Nous avons soumis à Salomon le vent rapide, qui soufflait, sur son ordre, vers la terre dans laquelle Nous avions placé la bénédiction. Et Nous savons toute chose. Et parmi les démons, Nous en avons soumis beaucoup à son service : ils plongeaient pour lui et accomplissaient aussi d’autres tâches. Et c’est Nous qui veillions sur eux tous. » — (Sourate des Prophètes, 78-82)

La mention, à ce propos, de cet événement particulier concernant David (paix sur lui) et Salomon (paix sur lui) a un objectif : faire comprendre que, bien qu’ils fussent des prophètes et qu’Allah leur eût accordé des capacités et des aptitudes extraordinaires, les prophètes étaient en réalité des êtres humains. Ils ne possédaient pas la moindre parcelle de pouvoir divin. Dans cette affaire, David (paix sur lui) ne fut pas aidé par la révélation et il se trompa en rendant son jugement. Salomon (paix sur lui), lui, fut aidé et rendit donc le jugement juste. Pourtant, tous deux étaient des prophètes. La description des qualités qu’ils possédaient vise également à faire comprendre qu’il s’agissait de qualités accordées par Allah, et que de telles qualités ne placent personne au rang d’Allah.

(Arabe*************************à la page 66 du PDF)

« Et cette même grâce — la grâce de l’intelligence, de la faculté de juger et du savoir —, Nous l’avions accordée à Job. Rappelle-toi lorsqu’il invoqua son Seigneur : “Je suis atteint par la maladie, et Tu es le plus miséricordieux des miséricordieux.” Nous avons exaucé son invocation et dissipé son mal. Nous lui avons rendu sa famille, et Nous lui en avons donné autant en plus, par une miséricorde particulière venant de Nous et afin que cela serve de leçon aux adorateurs. » — (Sourate des Prophètes, 83-84)

(Arabe*************************à la page 66 du PDF)

« Et cette même grâce, Nous l’avions également accordée à Ismaël, Idris et Dhul-Kifl. Ils étaient tous patients, et Nous les avions fait entrer dans Notre miséricorde, car ils étaient vertueux. » — (Sourate des Prophètes, 85-86)

(Arabe*************************à la page 66 du PDF)

« Et l’homme au poisson, Je l’avais comblé de Mes bienfaits, mais il avait pensé que Nous ne le saisirions pas. Finalement, dans les ténèbres, il appela : “Il n’y a de divinité que Toi ; gloire à Toi ! En vérité, j’ai été du nombre des injustes.” Alors J’exauçai sa prière et le délivrai de son affliction. C’est ainsi que Nous délivrons les croyants. » — (Sourate Al-Anbiyâ : 87-88)

(Arabe*************************page 67 du PDF)

« Et Zacharie, lorsqu’il implora son Seigneur en disant : “Ô mon Seigneur ! Ne me laisse pas seul, alors que Tu es le meilleur des héritiers.” Nous exauçâmes donc sa prière, Nous lui donnâmes Yahya et Nous rendîmes son épouse apte à lui donner un enfant. Ils s’empressaient de faire le bien, Nous invoquaient avec crainte et espoir, et s’humiliaient devant Nous. » — (Sourate Al-Anbiyâ : 89-90)

Le récit de Zacharie (paix sur lui) a précisément pour objectif de faire comprendre que tous ces prophètes n’étaient que des serviteurs d’Allah et des êtres humains. Il n’y avait en eux aucune trace de divinité. Ils n’avaient pas le pouvoir de donner des enfants à autrui ; bien au contraire, c’étaient eux-mêmes qui imploraient Allah de leur accorder des enfants. La mention de Jonas (paix sur lui) vise à montrer que, malgré la grandeur et la dignité d’un prophète éminent, il fut saisi dès qu’il commis une erreur. Et lorsqu’il s’inclina devant son Seigneur, une miséricorde exceptionnelle lui fut également accordée. Il fut retiré vivant du ventre du poisson. La mention de Job (paix sur lui) vise à faire savoir que l’épreuve n’a rien d’inhabituel pour les prophètes. Lorsqu’un prophète est frappé par une épreuve ou une maladie, il demande à Allah de l’en délivrer et de lui accorder la guérison. Ils ne peuvent pas guérir autrui ; au contraire, ils demandent eux-mêmes à Allah la guérison. En outre, ces récits ont aussi pour objectif d’établir cette vérité concrète : tous les prophètes reconnaissaient l’unicité divine et ne présentaient leurs besoins devant personne en dehors d’Allah l’Unique. D’autre part, ils visent également à montrer qu’Allah a toujours aidé Ses prophètes d’une manière extraordinaire. Quelle que soit l’ampleur des épreuves auxquelles ils furent confrontés au début, leurs prières furent finalement exaucées et leurs souhaits accomplis de façon miraculeuse.

Chapitre 2 — La Révélation

Sens, formes et catégories de la Révélation

Sens lexical et terminologique

Le sens de la révélation est de faire un signe, de faire allusion, de jeter une pensée dans l’esprit, de communiquer secrètement une parole ou d’envoyer un message. Dans son sens terminologique, la révélation signifie un « signe rapide » et un « signe secret ». C’est-à-dire un signe donné avec rapidité et d’une manière telle que nul autre que celui qui le donne et celui qui le reçoit ne puisse le connaître. Ce terme est employé, dans son sens terminologique, pour désigner une orientation qui, telle un éclair, est projetée par Allah dans l’esprit de l’un de Ses serviteurs.

Il ne peut nullement être question qu’Allah soit présent auprès de quelqu’un, qu’une personne soit présente auprès de Lui, qu’elle se tienne face à Lui et Lui parle. Il est Omniscient et Tout-Puissant. Chaque fois qu’Il veut établir une relation avec un serviteur afin de guider l’humanité ou de lui montrer la voie, aucun obstacle ni aucune difficulté ne peut se dresser sur le chemin de Sa volonté. Par Sa connaissance, Il emprunte pour cela la voie de la révélation.

Les différentes sortes de révélation

Bien que le mot « révélation » soit aujourd’hui employé uniquement pour désigner la révélation envoyée aux prophètes, cette distinction terminologique n’apparaît pas dans le Coran. D’après le Coran, une révélation descend également sur le ciel, et tout son système est régi en conséquence (Arabe**********) la terre reçoit elle aussi une révélation, à l’indication de laquelle elle raconte son histoire sans aucun délai (Arabe******) les anges reçoivent également une révélation et agissent conformément à celle-ci (Arabe***********) Même aux abeilles, toutes leurs activités sont enseignées par la révélation (l’enseignement naturel). C’est ce qui est dit dans le verset 68 de la sourate An-Nahl. Cette révélation ne se limite toutefois pas aux abeilles. Le fait que les poissons nagent dans l’eau, que les oiseaux volent dans les airs et que le nouveau-né tète le lait : tout cela est appris par l’intermédiaire de la révélation d’Allah. De même, le fait qu’un être humain obtienne, sans réflexion ni recherche, une méthode juste, un jugement exact ou la voie correcte dans ses pensées et ses actes relève également de cette révélation (Arabe**********) Aucun être humain n’est privé de cette révélation. Son efficacité se manifeste dans toutes les découvertes réalisées dans le monde, dans toutes les nouvelles choses et réalités inventées pour le bien-être de l’humanité, ainsi que dans les œuvres considérables et nobles accomplies par les grands penseurs, hommes d’État, conquérants et écrivains. Bien plus, les gens ordinaires en font jour et nuit de multiples expériences. Il arrive souvent qu’une idée surgisse spontanément dans l’esprit alors qu’on est assis, qu’une nouvelle méthode ou une nouvelle inspiration naisse dans la tête, ou que l’on voie quelque chose en rêve ; puis l’expérience ultérieure montre que cela constituait une indication vers la bonne voie, qui lui avait été donnée depuis l’invisible. Parmi ces multiples sortes de révélation, une forme particulière descendait sur les prophètes et messagers ; sa différence avec les autres révélations est tout à fait manifeste. Celui sur qui cette révélation descend en est pleinement conscient : il sait qu’elle vient d’Allah. Il a la conviction entière qu’elle provient d’Allah. Cette forme de révélation contient la croyance, les prescriptions, les lois, ainsi que les directives morales et spirituelles. Son objectif est de guider l’humanité par l’intermédiaire du prophète.

Une conception erronée

La sourate Ash-Shu‘arâ’ (Arabe*******)décrit, dans le verset où il est question de la révélation par laquelle tous les Livres célestes sont parvenus aux prophètes, les circonstances de sa transmission. Autrement dit, Allah envoie la révélation aux messagers par l’intermédiaire de l’un de Ses anges. Certains, ayant mal compris le sens de ce verset, l’ont interprété ainsi : « Allah envoie un messager qui, sur Son ordre, transmet Son message aux gens ordinaires. » Mais cette expression du Coran (Arabe**********) (puis il fait descendre ou transmet la révélation de tout ce qu’Il veut, sur Son ordre) réfute clairement leur interprétation. Nulle part dans le Coran la transmission des messages des prophètes aux gens ordinaires n’est appelée « révélation », et en arabe il n’est absolument pas possible de désigner par ce mot une discussion publique entre les hommes. Le sens lexical de la révélation est précisément un signe secret et rapide. Seul quelqu’un de totalement ignorant de la langue arabe pourrait employer ce mot comme synonyme de la transmission publique du message des prophètes.

Quelques remarques supplémentaires sur les différentes sortes de révélation

On peut appeler l’une des formes de révélation la révélation innée ou naturelle. Par son intermédiaire, Allah enseigne à chaque créature son activité. Cette révélation descend davantage sur les animaux et les oiseaux que sur les êtres humains, et probablement davantage encore sur les plantes et les êtres inanimés. La deuxième forme de révélation peut être appelée révélation partielle. Par son intermédiaire, Allah enseigne à l’un de Ses serviteurs une aptitude particulière parmi les affaires de la vie. Cette révélation descend chaque jour sur les gens ordinaires. Toutes les grandes découvertes du monde sont réalisées par son intermédiaire. Elle contribue aux grandes innovations théoriques. Son efficacité se manifeste derrière les événements historiques importants. On constate qu’au cours d’une succession d’événements importants, un événement particulier s’est soudain produit sans réflexion préalable et a exercé une influence décisive sur le cours de l’histoire. Une révélation de cette nature descendit sur la mère de Moïse. Indépendamment de ces deux formes de révélation, il en existe une autre par laquelle Allah informe Son serviteur des vérités profondes de l’invisible et le guide concernant le système de vie. Son objectif est qu’il transmette cette connaissance et cette guidance aux gens ordinaires et les fasse passer des ténèbres à la lumière. Cette révélation ne descend que sur les prophètes. Il ressort clairement du Coran que, quel que soit le nom donné à ce type de connaissance — inspiration, illumination, dévoilement ou révélation au sens technique — elle n’est accordée à personne en dehors des prophètes et des messagers. Cette connaissance est accordée aux prophètes d’une manière qui leur permet d’avoir la pleine conviction qu’elle vient d’Allah, qu’elle est entièrement protégée contre l’intrusion des démons et totalement exempte de l’influence de leurs propres pensées, imaginations et passions. En outre, du point de vue de la Loi religieuse, cette connaissance est considérée comme une preuve décisive. Il est obligatoire pour chaque être humain de lui obéir, et les prophètes sont chargés d’appeler toute l’humanité à y croire. De plus, croire en cette révélation est une condition indispensable du salut dans l’au-delà, tandis que la négliger conduit finalement à la perdition.

Si une part de ce troisième type de révélation est accordée à un être humain autre qu’un prophète, elle demeure au stade d’une indication si obscure que, pour la comprendre pleinement, il est indispensable de recourir à la lumière de la révélation prophétique — c’est-à-dire de la confronter au Coran et à la Sunna, d’en vérifier le caractère erroné ou véridique et, si elle est véridique, d’en déterminer le sens. Celui qui considère sa propre inspiration comme une voie autonome de la guidance, qui commence à agir conformément à celle-ci sans la vérifier à la lumière du critère de la révélation prophétique et qui invite les autres à le suivre, ne peut voir la moindre légitimité reconnue à un tel acte du point de vue de la charia. Cette vérité a été exposée clairement en divers endroits du Coran. Elle a notamment été présentée, dans le dernier verset de la sourate al-Jinn, dépouillée de toute contrainte et de toute ambiguïté :

(Arabe*************************à la page 73 du PDF)

« Il (Allah) connaît l’invisible. Il ne révèle à personne Son invisible, sauf au Messager qu’Il agrée pour lui communiquer une part de la connaissance de l’invisible. Il place alors devant lui et derrière lui des gardiens, afin de savoir s’ils ont bien transmis les messages de leur Seigneur. Il les cerne de toutes parts et dénombre toute chose. » — (sourate al-Jinn : 27-28)

Si l’on réfléchit un peu, on comprend aisément pourquoi les meilleurs hommes pieux et les réformateurs sociaux les plus éminents parmi les musulmans n’ont pas reçu un dévoilement et une inspiration de même rang que ceux des prophètes, et pourquoi ils ont reçu, à la place, une forme inférieure de dévoilement et d’inspiration subordonnés. La raison pour laquelle le premier ne leur a pas été accordé est qu’il constitue la ligne de démarcation entre le prophète et l’ensemble de la communauté. Cette limite ne peut en aucun cas être supprimée. Quant à la raison pour laquelle le second leur a été accordé, c’est que ceux qui, après le prophète, s’efforcent de poursuivre son œuvre ont besoin, pour chaque question du dîn, d’une profonde clairvoyance et, dans leur lutte pour établir le dîn, d’une juste direction venant d’Allah. Certes, cette faveur est accordée inconsciemment à tout serviteur du dîn doté d’une pensée sincère et juste. Et si elle est accordée consciemment à quelqu’un, elle constitue assurément une récompense d’Allah.

La révélation dans les rêves

(Arabe*************************à la page 74 du PDF)

« Lorsque le garçon eut atteint l’âge de courir çà et là avec lui, Ibrahim lui dit un jour : “Mon fils, j’ai vu en rêve que je t’immolais. Dis-moi maintenant ce que tu en penses.” Il répondit : “Mon père, fais ce qui t’est ordonné.” » — (sourate as-Saffat : 102)

Ces paroles montrent clairement que le fils du prophète ne considérait pas le rêve de son père comme un simple rêve, mais comme un commandement d’Allah. Et si ce n’avait réellement pas été un commandement d’Allah, Allah aurait certainement fait savoir clairement, ou au moins par une indication, qu’Ibrahim avait pris par erreur cela pour un commandement divin. Or il n’y a aucune indication de ce genre dans le discours qui précède ou qui suit ce verset. C’est pourquoi la croyance s’est établie en islam que les rêves des prophètes ne sont pas de simples rêves, mais constituent une forme de révélation. Il va sans dire que, si cette parole sur laquelle pourrait se fonder l’introduction d’un principe aussi important dans la loi d’Allah avait été inexacte, Allah l’aurait certainement réfutée. Ceux qui reconnaissent le Coran comme la parole d’Allah ne peuvent en aucun cas admettre qu’Allah puisse commettre une telle erreur.

La révélation aux abeilles

(Arabe*************************à la page 74 du PDF)

« Et vois, ton Seigneur a révélé aux abeilles : “Construisez vos demeures dans les montagnes.” » — (sourate an-Nahl : 68)

Le sens lexical de la révélation (wahy) est une indication secrète et subtile. Personne ne la perçoit hormis celui qui l’indique et celui à qui elle est destinée. Dans le prolongement de ce sens, ce terme est employé au sens d’ilqā’ (jeter une parole dans l’esprit) et d’ilhām (donner un enseignement et une directive secrets). Puisque l’enseignement qu’Allah donne à Ses créatures n’est dispensé dans aucun établissement d’enseignement, mais par une méthode si subtile qu’il n’apparaît pas extérieurement que l’un enseigne et que l’autre reçoive un enseignement, le Coran l’exprime au moyen des termes wahy, ilhām et ilqā’. Aujourd’hui, ces trois termes ont pris trois formes terminologiques distinctes. Le terme wahy est employé exclusivement pour les prophètes, ilhām pour les awliyā’ et les hommes particulièrement éminents dans la piété, tandis qu’ilqā’ s’emploie relativement pour les gens ordinaires.

La révélation à la mère de Moïse

(Arabe*************************à la page 75 du PDF)

« Souviens-toi du moment où J’ai inspiré à ta mère une inspiration qui se fait par le moyen de la révélation. » — (sourate Tā-Hā : 38)

(Arabe*************************à la page 75 du PDF)

« J’ai inspiré à la mère de Moïse : “Allaite-le. Puis, lorsque tu craindras pour sa vie, jette-le dans le fleuve.” » — (sourate al-Qasas : 7)

Cela signifie que la mère de Moïse, sur l’inspiration d’Allah, accomplit cet acte, et qu’Allah l’avait auparavant rassurée : en suivant cette voie, non seulement la vie de ton enfant sera préservée, mais Je te le rendrai dans tes bras, et ton fils deviendra plus tard Mon Messager.

La révélation des démons à leurs compagnons

(Arabe*************************page 75 du PDF)

« Les démons insufflent le doute et la suspicion dans le cœur de leurs compagnons, afin qu’ils disputent avec vous. » — (sourate al-An‘am : 121)

La révélation au Messager d’Allah n’est pas un événement inédit

(Arabe*************************page 75 du PDF)

« Ô Muhammad ! Je t’ai révélé de la même manière que J’avais révélé à Noé et aux prophètes qui lui ont succédé. Et J’ai également révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et aux descendants de Jacob. »

-(Sourate An-Nisâ : 163)

L’objectif de ces paroles est d’informer tout le monde que Muhammad, paix et bénédictions d’Allah sur lui, n’a apporté aucune chose nouvelle que personne n’aurait apportée auparavant. Il n’a pas prétendu être le premier à présenter au monde une chose nouvelle ; au contraire, il a reçu la guidée de la même source de connaissance dont tous les prophètes précédents avaient reçu la guidée. Et il n’a fait que répéter les mêmes paroles de vérité et de justice que les prophètes apparus dans les différentes régions du monde n’ont cessé de transmettre.

La révélation du Coran au Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui

(Arabe*************************à la page 76 du PDF)

« Et ce Coran m’a été envoyé par révélation afin que je puisse vous avertir, vous et tous ceux à qui il parviendra. »

(Arabe*************************à la page 76 du PDF)

« Lorsque Nos paroles claires leur sont récitées, ceux qui n’espèrent pas Nous rencontrer disent : “Apporte un autre Coran que celui-ci, ou modifie-en quelque peu le contenu.” Dis-leur, ô Muhammad : “Il ne m’appartient pas de le modifier de mon propre chef ; je ne fais que suivre la révélation qui m’est adressée.” » — (Sourate Yûnus : 15)

Il est ainsi annoncé à tous que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, n’est pas l’auteur de ce Livre. Il lui est plutôt parvenu par révélation, et il n’a aucun droit d’y apporter quelque modification ou addition que ce soit. Il est en outre annoncé qu’aucun compromis n’est possible à cet égard. Pour l’accepter, il faut accepter toute la religion exactement telle qu’elle est ; sinon, il faut la rejeter.

(Arabe*************************à la page 76 du PDF)

« Ô Prophète, il ne faudrait donc pas que tu délaisses une seule des choses qui te sont révélées et que ton cœur s’en trouve oppressé. » — (sourate Hûd : 12)

Autrement dit, à nos yeux, est digne d’estime celui qui est honnête et qui suit avec patience, fermeté et constance la voie de la justice, de l’intégrité et des bonnes œuvres. Que les étroitesses d’esprit, la haine, l’indifférence, les railleries, les sarcasmes, ainsi que les objections et les questions nées de l’ignorance par lesquelles tu es confronté à eux ne provoquent donc aucune diminution de ta fermeté et de ta constance. Tu ne dois éprouver aucune hésitation, ni crainte ni réserve, à exposer et à proclamer la vérité qui t’a été clairement révélée par la Révélation, et à appeler les gens à celle-ci. Il ne doit jamais te venir à l’esprit une pensée de ce genre : lorsque les gens se mettent à lancer des traits moqueurs dès qu’ils entendent telle parole, comment pourrais-je donc la présenter devant eux ? Et lorsqu’ils ne sont absolument pas prêts à entendre telle vérité, comment pourrais-je donc la leur exposer ? Que les gens l’acceptent ou non, continue à proclamer d’une voix courageuse, sans rien en retrancher ni y rien ajouter, ce que tu sais être la vérité. Quant à ce qui adviendra ou se produira ensuite, tout est entre les mains d’Allah.

(Arabe*************************à la page 77 du PDF)

« Ô Muhammad ! Voilà des informations relevant de l’invisible. Je te les révèle par la Révélation. Avant cela, tu ne les connaissais pas, et ton peuple non plus ne les connaissait pas. » — (sourate Hûd : 49)

(Arabe*************************à la page 77 du PDF)

« Alif-Lâm-Râ. Voici les versets du Livre qui expose clairement son message. Nous l’avons révélé sous la forme d’un Coran en langue arabe, afin que vous, les Arabes, puissiez le comprendre pleinement. Ô Muhammad ! En te révélant ce Coran, Je t’ai exposé de la meilleure manière les faits et les informations. » — (sourate Yûsuf : 1-2)

(Arabe*************************à la page 77 du PDF)

« Ô Muhammad ! Ce récit fait partie des nouvelles de l’invisible que Je te révèle. Et tu n’étais pas présent lorsque les frères de Joseph se concertèrent pour comploter. » — (sourate Yûsuf : 102).

(Arabe*************************à la page 77 du PDF)

« Ô Muhammad ! C’est ainsi que Nous t’avons envoyé comme Messager auprès d’une nation que de nombreuses nations ont précédée, afin que tu leur récites un message que Nous te révélons, alors qu’ils renient leur Seigneur, le Tout Miséricordieux. » — (sourate Ar-Ra‘d : 30).

Les différentes façons dont la révélation fut descendue sur le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui)

Il est dit dans le Noble Coran :

(Arabe*************************à la page 77 du PDF)

« Il n’appartient pas à un être humain qu’Allah lui parle directement. Mais Il lui parle soit par révélation (inspiration), soit derrière un voile, soit en envoyant un messager (ange) qui lui révèle, avec Sa permission, ce qu’Il veut. Certes, Il est Sublime et Sage. » — (sourate Ach-Chûrâ : 51)

Il est établi par le Coran et les hadiths que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) reçut la guidance par ces trois méthodes.

Un : D’après le propos de ʿAïcha, que les hadiths rapportent, on sait que la révélation faite au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) commença par des rêves véridiques. (Al-Bukhari et Muslim.) Cette continuité se maintint également par la suite : de nombreux rêves du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) sont mentionnés dans les hadiths. Par leur intermédiaire, il recevait un enseignement ou était informé de certaines choses. Le Noble Coran rapporte aussi en détail l’un de ses rêves — sourate Al-Fath, 27. En outre, il est mentionné dans divers hadiths que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) disait : « Telle parole a été jetée dans mon cœur », « on m’en a informé », « tel ordre m’a été donné » ou « il m’a été interdit de faire telle chose ». Toutes ces choses relèvent de la première catégorie de la révélation. La plupart des hadiths qudsî appartiennent à cette catégorie.

Deux : La deuxième catégorie de révélation fut accordée au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lors du Miʿrâj. Les récits de hadiths authentiques rapportent que l’ordre d’accomplir les cinq prières quotidiennes fut donné au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ainsi que ses demandes et supplications répétées à ce sujet. Il en ressort clairement qu’à ce moment-là, il y eut entre Allah et Son serviteur Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) un dialogue semblable à celui qui eut lieu entre le prophète Moïse (que la paix soit sur lui) et Allah sur le mont Tûr.

Trois : Concernant la troisième catégorie de révélation, le Coran lui-même témoigne qu’elle était transmise au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) par l’intermédiaire de Jibrîl (que la paix soit sur lui). Cela est exposé dans le verset 97 de la sourate Al-Baqara et dans les versets 192 à 195 de la sourate Ash-Shuʿarâ.

Quelques autres remarques à ce sujet

La révélation venait au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de différentes manières. L’érudit Ibn Qayyim en a présenté une description détaillée dans son ouvrage « Zâd al-Maʿâd », de la manière suivante :

Un : Les rêves véridiques : c’était la première étape de la révélation faite au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Les rêves qu’il voyait étaient parfaitement clairs, comme la lumière du jour.

Deux : L’ange lui inculquait une parole dans le cœur, sans qu’il puisse le voir. On peut citer à titre d’exemple un hadith dans lequel le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « L’Esprit Saint (Jibrîl) a insufflé — ou a jeté — dans mon cœur cette parole : aucune âme ne mourra avant d’avoir reçu la totalité de la subsistance qui lui est destinée. Craignez donc Allah et agissez bien, et adoptez une bonne méthode pour rechercher votre subsistance. Que le retard dans l’obtention de votre nourriture ne vous pousse pas à la rechercher en désobéissant à Allah. Car ce qui se trouve auprès d’Allah — c’est-à-dire Sa récompense — ne peut être obtenu que par l’obéissance envers Lui. »

Trois : L’ange prenait une apparence humaine, venait devant lui et lui parlait jusqu’à ce qu’il ait complètement gravé ses paroles dans son esprit. Il arrivait parfois que les Compagnons voient cet ange.

Quatre : avant la descente de la Révélation, une cloche ne cessait de retentir à ses oreilles, tandis que l’ange lui parlait. C’était la forme la plus difficile de la descente de la Révélation. Lorsqu’elle descendait de cette manière, même par un froid intense, la sueur ruisselait du corps du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). S’il était alors monté sur un chameau, celui-ci s’asseyait sous le poids de la charge. Une fois, il était allongé, la tête posée sur la cuisse de Zayd ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée), lorsque la Révélation commença à descendre. La pression exercée sur la cuisse de Zayd ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée) fut si forte qu’elle faillit se briser.

Cinq : il voyait l’ange dans sa forme originelle, celle sous laquelle Allah l’avait créé. Ensuite, tout ce qu’Allah lui ordonnait lui était révélé sous forme de Révélation.

Six : Allah lui faisait directement descendre la Révélation. Cela eut lieu lorsqu’il monta aux cieux durant le Mi‘râj. Allah y prescrivit la prière obligatoire et lui adressa également d’autres paroles.

Sept : Allah s’entretenait avec lui sans l’intermédiaire des anges, comme Il l’avait fait avec Moïse, sur lui la paix. Cette dignité accordée à Moïse, sur lui la paix, est établie par le Coran. Quant au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), elle est mentionnée dans les hadiths relatifs au Mi‘râj.

En outre, certains ont décrit une autre manière encore. La voici : « Allah lui a parlé sans voile. Telle est l’opinion de ceux qui croient que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a vu Allah. Mais les savants des premières et des dernières générations divergent sur cette question. » — (Zâd al-Ma‘âd, tome 1, p. 24-25).

L’érudit Jalâl al-Dîn al-Suyûtî a consacré tout un chapitre de son ouvrage al-Itqân, dans le premier tome, à l’examen de cette question. Voici ci-dessous le résumé de son exposé :

« Lorsqu’il devint prophète à l’âge de quarante ans, Isrâfîl fut chargé de son enseignement et de sa formation pendant les trois premières années. Aucune partie du Coran ne fut révélée par son intermédiaire. Ensuite, Jibrîl fut chargé d’apporter la Révélation. Il continua à apporter le Coran pendant vingt ans. La Révélation se manifesta de la manière suivante.

Un : une cloche se mettait à retentir à ses oreilles, puis la voix de l’ange se faisait entendre. L’avantage de cette méthode était qu’au moment même où retentissait la cloche, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) pouvait détourner son regard et son esprit de toute chose pour se concentrer uniquement sur la voix de l’ange. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit que cette méthode était pour lui la plus difficile.

Deuxièmement : une parole était fermement implantée dans son esprit et dans son cœur, comme il l’a lui-même dit.

Troisièmement : l’ange venait sous une apparence humaine et lui parlait. Le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit que cette manière de recevoir la révélation était, pour lui, la plus facile et la moins pénible.

Quatrièmement : l’ange venait lui parler en rêve.

Cinquièmement : Allah lui parlait directement, qu’il fût endormi ou éveillé.

Le défi du Coran concernant le fait qu’il est une révélation d’Allah

Au cours des quarante années de sa vie précédant sa mission prophétique, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’avait reçu ni enseignement, ni formation, ni fréquentations qui auraient pu lui procurer une immense réserve de connaissances, dont le flot aurait soudain commencé à jaillir de sa bouche au moment où il se proclama prophète. Or, dans les sourates du Coran qui se succédaient, les gens ne l’avaient auparavant jamais vu manifester de l’intérêt pour les sujets qui y étaient abordés, en discuter ou exprimer des idées de cette nature. Même aucun de ses amis intimes ni aucun de ses proches parents, durant ces quarante années, n’avait décelé dans sa conduite ou ses paroles quoi que ce soit qui pût être considéré comme la préparation ou l’annonce de cette noble mission. Cela prouve clairement que le Coran n’était pas le produit de son propre esprit, mais qu’il lui avait été transmis de l’extérieur.

(Arabe*************************à la page 80 du PDF)

« Ô Muhammad ! Tu n’étais pas présent sur le versant occidental lorsque J’ai donné à Moïse ce commandement de la Loi, et tu n’en as pas été témoin. Mais ensuite, jusqu’à ton époque, J’ai fait surgir de nombreuses générations et de longues périodes se sont écoulées pour elles. Tu n’étais pas non plus présent parmi les habitants de Madyan pour leur réciter Nos versets, et tu n’étais pas au flanc du mont Tûr lorsque J’ai appelé Moïse pour la première fois. Mais ceci est une miséricorde de ton Seigneur — le fait que cette information te soit communiquée — afin que tu puisses avertir ceux auxquels aucun avertisseur n’était venu avant toi, afin qu’ils puissent retrouver la raison. »

—(Sourate al-Qasas : 44-46)

Ces trois éléments ont été présentés comme preuves de la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). À l’époque où ces paroles furent prononcées, les chefs de La Mecque et l’ensemble des mécréants s’efforçaient par tous les moyens de prouver qu’il n’était pas prophète et, à Dieu ne plaise, qu’il prétendait faussement l’être. Pour les aider, il y avait les savants juifs et les prêtres chrétiens établis en divers endroits du Hedjaz. Mais le point le plus important est que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’était pas venu de l’espace pour réciter ce Coran. Il était au contraire lui-même un habitant de La Mecque. Aucun aspect de sa vie n’échappait au regard des habitants de sa ville et des membres de sa tribu. C’est pourquoi personne, à La Mecque, dans le Hedjaz ou dans toute la péninsule Arabique, n’osa tenir des propos aussi absurdes que ceux des orientalistes d’aujourd’hui. Certes, ils ne leur étaient nullement inférieurs pour ce qui était de mentir et de formuler des affirmations inventées de toutes pièces ; mais comment auraient-ils pu proférer en plein jour un mensonge aussi manifeste, auquel personne n’était disposé à croire ne serait-ce qu’un instant ? Comment auraient-ils pu dire : « Ô Muhammad, tu as recueilli toutes ces informations auprès de tel savant juif ou de tel prêtre chrétien » ? Car, dans tout le pays, ils ne pouvaient citer le nom d’aucune personne à cette fin. Dès qu’ils auraient mentionné le nom de quelqu’un à ce propos, il aurait été prouvé que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) possédait auprès de lui une immense bibliothèque d’ouvrages d’information, de sciences et de littérature, et qu’il prononçait ses discours à l’aide des livres conservés dans cette bibliothèque. Or, bien loin de pouvoir trouver une bibliothèque, ils ne pouvaient même découvrir, nulle part dans les environs de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), un simple morceau de papier sur lequel ces informations auraient été écrites. Tous les habitants de La Mecque, jeunes et vieux, savaient que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne savait ni lire ni écrire. Personne ne pouvait non plus prétendre qu’il avait engagé plusieurs traducteurs qui lui traduisaient des ouvrages écrits en hébreu, en latin et en syriaque. Même le plus

éhonté d’entre eux n’aurait osé prétendre qu’il avait eu des échanges avec un prêtre chrétien ou un savant juif de Syrie ou de Palestine : le gouvernement romain aurait aussitôt monté l’affaire en épingle et se serait lancé dans une campagne de calomnies, sans hésiter un instant à proclamer que, à Dieu ne plaise, Muhammad avait tout appris là-bas avant de retourner à La Mecque pour se faire passer pour un prophète. Il apparaît donc qu’à l’époque où le défi du Coran portait aux Quraysh polythéistes un message de mort, et où la nécessité de le réfuter était pour eux bien plus pressante que pour les orientalistes de l’époque actuelle, personne ne put recueillir nulle part des propos permettant de prouver que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) disposait, en dehors de la révélation, d’une autre source pour obtenir ces informations, ni même identifier cette prétendue source.

Il faut également savoir que le Coran n’a pas lancé ce défi en un seul endroit. Au contraire, après avoir relaté différents récits en divers endroits, il a déclaré :

(Arabe*************************page 82 du PDF)

« Voilà des informations relevant de l’invisible que Je te communique par la révélation. Tu n’étais pas présent auprès d’eux lorsqu’ils tiraient au sort pour décider lequel d’entre eux prendrait en charge l’éducation de Marie, et tu n’étais pas non plus présent lorsqu’ils se disputaient. » —(Sourate Âl ‘Imrân : 44).

Après avoir relaté l’histoire du vénéré Joseph (paix sur lui), il est dit :

(Arabe*************************page 82 du PDF)

« Voilà une information relevant de l’invisible que Je te révèle par l’intermédiaire de la révélation. Tu n’étais nulle part parmi eux — c’est-à-dire parmi les frères de Joseph — lorsqu’ils se mirent d’accord sur leur décision et lorsqu’ils ourdirent leur stratagème. »

De même, après avoir relaté en détail l’histoire du prophète Noé, il est dit :

(Arabe*************************page 82 du PDF)

« Voilà une information relevant de l’invisible que Je te révèle par l’intermédiaire de la révélation. Avant cela, ni toi ni ton peuple n’en saviez rien. » — (sourate Hûd : 49).

La répétition de ce point a clairement établi que, parmi les grandes preuves avancées dans le Noble Coran en faveur de sa nature de Livre d’Allah et de la qualité de Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, comme Messager d’Allah, figurait le fait suivant : les récits détaillés d’événements remontant à des centaines et des milliers d’années étaient entendus de la bouche d’un homme illettré, alors qu’en dehors de la révélation, il ne disposait d’aucune autre source de cette connaissance. C’était l’une des raisons majeures pour lesquelles les contemporains du noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, commencèrent à croire qu’il était le véritable prophète d’Allah et que la révélation descendait sur lui. Chacun peut aisément imaginer combien il était important, pour les adversaires du mouvement islamique de cette époque, de répondre à ce défi, et qu’ils n’épargnèrent aucun effort pour réunir des preuves contre lui. Il est également facile de comprendre que si ce défi avait comporté la moindre faiblesse, il n’aurait nullement été difficile pour les contemporains de réunir des témoignages afin de le réfuter.

La comparaison de la révélation avec la pluie

Dans deux passages du Coran, on trouve une allusion à la comparaison de la pluie de miséricorde descendue sur le noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, avec :

(Arabe*************************page 83 du PDF)

« Allah a fait descendre l’eau du ciel, et chaque rivière et chaque cours d’eau l’a recueillie selon sa capacité avant de s’écouler. » — (sourate Ar-Ra‘d : 17)

Dans cette parabole, la Révélation descendue sur le Messager d’Allah est comparée à la pluie, tandis que les croyants équilibrés et doués de discernement sont comparés à des rivières et des cours d’eau qui, remplis à ras bord des ondées de la miséricorde, continuent de s’écouler. En revanche, le tumulte créé par les opposants au mouvement islamique est comparé à l’écume et aux débris qui, emportés par le courant des inondations, remontent toujours à la surface de l’eau et se mettent à danser tumultueusement avec un grondement assourdissant.

(Arabe*************************à la page 83 du PDF)

« Ne vois-tu pas qu’Allah fait descendre l’eau du ciel et qu’ainsi la terre devient verdoyante ? » — (sourate Al-Hajj : 63)

Ici encore se dissimule une allusion au sens apparent. Le sens apparent consiste simplement à décrire la puissance d’Allah. Mais l’allusion subtile qui s’y cache est la suivante : de même que, dès qu’une goutte de la pluie envoyée par Allah tombe sur le sol, vous voyez soudain surgir de tous côtés une profusion de verdure dans les terres sèches et incultes, de même les ondées de la miséricorde d’Allah qui se déversent aujourd’hui sous la forme de la Révélation feront bientôt apparaître devant vous un spectacle semblable. En d’autres termes, cette région désertique sèche et stérile de l’Arabie se transformera bientôt en un jardin luxuriant de savoir, de moralité, de caractère et de saine culture, sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

La Révélation descendue sur le Messager est la miséricorde d’Allah

(Arabe*************************à la page 83 du PDF)

« Ô mon peuple ! Réfléchissez : je m’appuyais sur une preuve évidente venant de mon Seigneur, puis Il a déversé sur moi une miséricorde particulière venant de Lui. » — (sourate Hûd : 28)

C’est précisément cette parole qui a été placée dans la bouche de Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — dans la section précédente. Autrement dit, j’ai d’abord compris la réalité profonde du tawhid en observant les signes d’Allah dans les cieux et sur la terre. Puis Allah a fait descendre sur moi Sa miséricorde (c’est-à-dire la révélation) et m’a directement fait connaître les vérités dont mon cœur et mon âme avaient auparavant témoigné. On apprend également par là qu’avant de recevoir la prophétie, chaque prophète acquérait la foi en l’invisible par sa propre réflexion, sa recherche et son observation. Ensuite, lorsqu’Allah leur conférait le rang de la prophétie, Il leur accordait une foi directe, ou visuelle.

(Arabe*************************à la page 84 du PDF)

« Salih dit : Ô mon peuple ! Que pensez-vous, si je m’appuie sur une preuve évidente venant de mon Seigneur et qu’Il m’ait également accordé Sa miséricorde ? » — (Sourate Houd : 63).

L’emploi du mot Esprit pour désigner la révélation du Messager

(Arabe*************************à la page 84 du PDF)

« Il fait descendre, par Son ordre, cet Esprit ou cette essence vitale, par l’intermédiaire des anges, sur celui de Ses serviteurs qu’Il veut, avec cette directive : “Annoncez aux gens : il n’y a pour vous aucune divinité en dehors de Moi. Craignez-Moi donc.” » — (Sourate An-Nahl : 2).

Le sens de l’Esprit mentionné plus haut est l’essence vitale de la prophétie, dont le prophète est rempli lorsqu’il agit et parle. Cette révélation et cette essence vitale de la prophétie possèdent, dans la vie morale, une importance et une dignité comparables à celles que possède la vie dans l’existence terrestre. C’est pourquoi, à divers endroits du Coran, le mot Esprit (essence vitale) est employé pour exprimer ce sens.

(Arabe*************************à la page 84 du PDF)

« Ils t’interrogent au sujet de l’Esprit. Dis-leur : “L’Esprit vient sur l’ordre de mon Seigneur. Mais vous n’avez reçu qu’une infime part de la connaissance.” »

— (Sourate Banî Isrâ’îl : 85)

On pense généralement qu’ici, le mot « Esprit » signifie la vie. Autrement dit, les gens avaient interrogé le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) afin de connaître la nature de la vie. Il leur fut répondu qu’elle venait sur l’ordre d’Allah. Mais je ne suis absolument pas disposé à accepter cette interprétation. Car elle n’est possible qu’en détachant ce verset de tout le développement de la discussion précédente et suivante, puis en le considérant comme une phrase indépendante et isolée. En revanche, si on l’examine dans le contexte qui était traité ici, accepter « l’Esprit » au sens de synonyme de la vie entraînerait de très graves difficultés. Le texte présenterait une incohérence manifeste. Dans les trois versets précédents, le Coran a été décrit comme un remède aux maladies, tandis que ceux qui le rejettent ont été présentés comme injustes, ingrats et négateurs des bienfaits d’Allah ; et dans les versets suivants, des arguments et des preuves sont exposés en faveur du fait que le Coran est la parole d’Allah. Dans ce contexte, comment une phrase affirmant soudain, au milieu du passage, que l’insufflation de la vie aux êtres vivants se fait sur l’ordre d’Allah pourrait-elle apparaître ? Je suis incapable d’en discerner une quelconque raison logique.

Si l’on examine le passage en tenant compte de l’ensemble de la discussion qui précède et qui suit, on ressentira clairement qu’ici l’Esprit ne peut rien signifier d’autre que la « Révélation » ou « l’ange qui porte la Révélation ». En réalité, la question des polythéistes était : « D’où tirez-vous ce Coran ? » Allah répondit : « Ô Muhammad ! Les gens t’interrogent au sujet de l’Esprit, c’est-à-dire de la source du Coran ou du moyen par lequel tu le reçois. Informe-les que cet Esprit vient sur l’ordre de mon Seigneur. Mais vous ne possédez qu’une connaissance si limitée que vous ne pouvez pas distinguer les paroles humaines de celles révélées par Allah, et vous nourrissez des doutes au sujet de la parole d’Allah, allant jusqu’à penser qu’un être humain compose ce discours. »

Cette interprétation n’est pas seulement privilégiée parce que le rapport du verset avec ce qui le précède et ce qui le suit l’exige ici ; le même sujet est également exposé ailleurs dans le Noble Coran, presque avec les mêmes termes. Il est dit dans la sourate Al-Mu’min :

(Arabe******************************à la page 85 du PDF)

« Il fait descendre l’Esprit, par Son ordre, sur celui de Ses serviteurs qu’Il veut, afin qu’il puisse informer les gens au sujet du Jour du rassemblement. » — (verset 15)

Et il est dit dans la sourate Ash-Shûrâ :

(Arabe******************************à la page 85 du PDF)

« Et c’est ainsi que J’ai envoyé vers toi un esprit par Mon ordre ; tu ne savais pas ce qu’est le Livre ni ce qu’est la foi. » — (sourate Ach-Chûrâ : 52)

Parmi les éminents savants des générations précédentes, Ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée), Qatâdah (qu’Allah l’agrée) et Hassan al-Basri (qu’Allah l’agrée) ont rapporté cette exégèse. Ibn Jarîr a attribué cette opinion à Ibn Abbâs, en la rapportant de Qatâdah. Mais il a écrit une chose étrange : Ibn Abbâs aurait rapporté cette parole en secret. Hassan, l’auteur du commentaire Ruh al-Ma‘ânî, a également cité cette parole de Qatâdah : « Par “Esprit”, il faut entendre Jibrîl (sur lui la paix). La question était de savoir comment il descendait et comment la révélation descendait dans le cœur du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. »

(Arabe******************************à la page 85 du PDF)

« Et c’est ainsi, ô Muhammad, que J’ai envoyé vers toi un esprit par Mon ordre. » — (sourate Ach-Chûrâ : 52)

Par “Esprit”, il faut entendre ici la révélation, ou l’enseignement qui fut accordé au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, par l’intermédiaire de la révélation.

Arguments en faveur du message révélé comme révélation

Le message révélé à Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est en réalité la parole même d’Allah. Pour prouver cette vérité, quatre éléments sont présentés comme témoignages du Coran.

Un : Ce Livre est rempli d’immenses bienfaits et bénédictions. En d’autres termes, il renferme les meilleurs principes pour assurer le bien-être et la prospérité de l’humanité. Il enseigne des croyances doctrinales parfaitement justes. Il comprend l’appel à accomplir de bonnes œuvres et à adopter de nobles qualités morales. La règle d’une vie pure et sanctifiée constitue l’une de ses caractéristiques. En revanche, ce Livre est entièrement exempt de l’ignorance, de l’aveuglement égoïste, de l’étroitesse d’esprit, de l’oppression, de l’injustice, de l’obscénité et des autres mauvaises actions — que vous avez entassées dans les Livres célestes sacrés —.

Deux : Ce Livre ne propose pas une orientation différente de celles qui étaient venues auparavant de la part d’Allah. Il confirme plutôt la véracité de tout ce qui avait été présenté dans les Livres antérieurs et lui apporte son soutien.

Trois : Ce Livre a été révélé dans le même but que celui pour lequel les Livres célestes avaient été révélés par Allah à chaque époque. Ce but était de réveiller les gens insouciants et de les informer des conséquences de s’engager sur une voie erronée et tortueuse.

Quatre : Par son appel, ce Livre n’a pas rassemblé les adorateurs du monde d’ici-bas et les esclaves de leurs passions. Il a plutôt réuni et organisé des gens dont le regard avait dépassé largement les étroites limites de la vie terrestre. Sous l’influence de ce Livre, une telle révolution s’est également opérée en eux que son signe le plus manifeste est le suivant : parmi l’humanité, ils se distinguent par leur adoration d’Allah. Un livre écrit par un imposteur et un menteur, qui l’aurait lui-même composé et aurait eu l’audace de commettre le crime odieux de le prétendre rédigé par Allah, pourrait-il jamais produire de telles qualités et de tels résultats ?

Chapitre 3 — La nécessité de la prophétie de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses preuves

La raison de l’envoi du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) après les prophètes antérieurs

(Arabe******************************à la page 89 du PDF)

« En vérité, ceux qui ont reçu en héritage le Livre après les peuples anciens sont plongés à son sujet dans un doute troublant. » — (sourate Ach-Choura : 14)

À l’époque de chaque prophète et de ses tabi‘un les plus proches, lorsque le Livre d’Allah parvenait aux générations suivantes après le passage de cette époque, celles-ci ne l’acceptaient pas avec confiance et conviction. Au contraire, elles se trouvaient plongées dans de profonds doutes et conflits intérieurs à son sujet. Plusieurs raisons étaient à l’origine de cette situation. Après avoir étudié les circonstances apparues à propos de la Torah et de l’Évangile, nous pouvons très aisément comprendre ces raisons. Les générations précédentes conservèrent ces deux Livres dans leur langue et leur formulation originales, sans les modifier, mais elles mêlèrent aux paroles originelles les paroles humaines, sous forme d’explications, de récits historiques, de diverses traditions rapportées oralement et de questions connexes inventées par les jurisconsultes. Elles diffusèrent tellement leurs traductions que l’original disparut et que seules les traductions demeurèrent accessibles au public. Leur authenticité historique fut également tellement compromise qu’aujourd’hui personne ne peut affirmer avec une pleine conviction que le Livre qui se trouve entre ses mains est bien le Livre originel révélé aux habitants du monde par l’intermédiaire de Jésus ou de Moïse, que la paix soit sur eux. De temps à autre, leurs chefs et leurs penseurs lançaient, au sujet de la religion, d’Allah, de la philosophie, du droit, du corps, de l’âme et de la société, des discussions de toutes sortes et établissaient les fondements de pensées qui, dans le labyrinthe ainsi créé, rendaient extrêmement difficile pour l’être humain de choisir le droit chemin, simple et direct de la vérité, parmi des milliers de voies complexes. D’autre part, le Livre d’Allah n’existait plus non plus sous sa forme originale et dans un état digne de confiance. Les gens ne pouvaient donc même pas se tourner vers une source fiable susceptible de les aider à distinguer la vérité du faux.

Il convient de signaler qu’en terre d’Arabie, l’appel à la vraie religion fut transmis pour la première fois par l’intermédiaire de Houd et de Salih, que la paix soit sur eux. C’était un événement de l’époque préhistorique. Puis vinrent Abraham et Ismaël, que la paix soit sur eux. Ils vécurent deux mille cinq cents ans avant le noble Messager. Après eux et avant le noble Messager, le dernier prophète venu en terre d’Arabie fut Chu‘ayb, que la paix soit sur lui.

Les Arabes réclamaient depuis longtemps la venue d’un prophète

(Arabe******************************à la page 90 du PDF)

« Ils juraient solennellement que si un avertisseur venait à eux, ils seraient plus attachés à la vérité que toutes les autres nations du monde. »

— (sourate Fâtir : 42)

Avant que le noble Messager ne reçût la mission prophétique, les Arabes en général, et les Quraychites en particulier, disaient cela en voyant l’état moral dépravé des juifs et des chrétiens.

De même, il est dit dans la sourate Al-An‘âm :

(Arabe******************************à la page 90 du PDF)

« Après la venue de ce Livre, vous ne pouvez plus dire : “Deux communautés avant nous ont reçu le Livre, mais nous ne savions pas ce qu’elles lisaient ou enseignaient. Et vous ne pouvez plus non plus prétendre : “Si un Livre nous avait été révélé, nous aurions été mieux guidés qu’elles” » — (sourate Al-Anʿâm : 156-157).

Il est dit dans la sourate As-Saffât :

(Arabe******************************à la page 90 du PDF)

« Ils disaient auparavant : “Ah ! Si seulement nous avions reçu le Dhikr que les nations précédentes avaient reçu, nous aurions certes été les serviteurs voués exclusivement à Allah” » — (sourate As-Saffât : 167-169).

La nécessité de présenter une preuve éclatante

(Arabe******************************à la page 90 du PDF)

« Ceux qui, parmi les gens du Livre et les associateurs, étaient mécréants ne pouvaient renoncer à leur mécréance jusqu’à ce qu’une preuve éclatante leur parvienne, c’est-à-dire un Messager venant d’Allah, qui leur récite des feuillets purifiés » — (sourate Al-Bayyinah : 1-2).

Cela signifie qu’une preuve éclatante viendra leur faire comprendre l’égarement de chacune des situations de mécréance et leur opposition à la vérité, et qu’elle exposera clairement et de manière rationnelle devant eux la voie droite et infaillible ; en dehors de cela, ils n’avaient aucun autre moyen de sortir de la mécréance. Cela ne signifie pas qu’à l’arrivée de cette preuve manifeste, ils renonceront tous à la mécréance. Cela signifie plutôt qu’en l’absence de cette preuve, il leur était absolument impossible d’échapper à l’emprise de cette situation et d’en sortir. Désormais, après son arrivée, ceux d’entre eux qui persisteront dans la mécréance en seront eux-mêmes responsables. Ils ne pourront alors pas se plaindre auprès d’Allah en disant qu’Il n’avait pris aucune disposition pour les guider. Le Coran glorieux a exposé cette vérité de différentes manières en plusieurs endroits. Ainsi, il est dit dans la sourate An-Nahl : (Arabe******) « Montrer le droit chemin incombe à Allah. » — (verset 9) Il est dit dans la sourate Al-Layl : (Arabe*******) « La responsabilité de guider m’incombe. » — (verset 12)

(Arabe******************************à la page 91 du PDF)

« Ô Prophète, Nous t’avons révélé la Révélation comme Nous l’avions révélée à Noé et aux prophètes qui lui ont succédé. Nous avons chargé ces messagers d’annoncer la bonne nouvelle et d’avertir, afin qu’après la venue des messagers, les hommes ne puissent avoir aucun argument à faire valoir devant Allah. » — (sourate An-Nisâ’, 163-165)

(Arabe******************************à la page 91 du PDF)

« Ô gens du Livre ! Après une longue interruption dans la succession des messagers, Mon Messager est venu à vous pour vous exposer clairement la vérité, afin que vous ne puissiez pas dire : “Aucun annonciateur de bonne nouvelle ni aucun avertisseur ne nous est venu.” Regardez donc : un annonciateur de bonne nouvelle et un avertisseur sont désormais venus à vous. » — (sourate Al-Mâ’idah, 19)

(Arabe******************************à la page 91 du PDF)

« Ceux qui avaient reçu le Livre auparavant ne se sont divisés qu’après que la description de la vérité leur eut été clairement exposée. » — (sourate Al-Bayyina, 4)

Cela signifie qu’auparavant, les gens du Livre, ayant été victimes de diverses formes d’égarement, se sont divisés en nombreux groupes et sous-groupes. Leur situation n’est pas devenue telle parce qu’Allah aurait négligé de faire le moindre effort pour leur envoyer des preuves manifestes afin de les guider. Au contraire, après que la guidance leur fut venue de la part d’Allah, ils adoptèrent cette attitude. Ils étaient donc eux-mêmes responsables de leur égarement et de leur déviation, car la vérité leur avait été exposée clairement. De même, puisque leurs livres ne sont aujourd’hui plus préservés de toute altération et ne contiennent pas un enseignement parfaitement exact, Allah a envoyé l’un de Ses messagers comme une preuve éclatante et, par son intermédiaire, leur a accordé un Livre pur, intact et porteur d’un enseignement infaillible, exposant ainsi clairement la vérité devant eux. Par conséquent, s’ils persistent malgré cela dans la division, toute la responsabilité leur incombera. Ils ne pourront en aucune manière en rendre Allah responsable. Cette vérité est énoncée de différentes manières à divers endroits du Coran glorieux. Voyez, à titre d’exemple, les versets 213 et 253 de la sourate Al-Baqara, le verset 19 de la sourate Âl ‘Imrân, et les versets 16 à 18 de la sourate Al-Mâ’idah. En outre, si vous parcourez rapidement les notes que j’ai ajoutées dans les commentaires des sourates concernées de Tafhîm al-Qur’ân, il vous sera encore plus facile de comprendre cette question.

L’envoi d’un Messager était absolument nécessaire. En effet, il était totalement impossible à tous les hommes du monde, qu’ils fussent polythéistes ou gens du Livre, de sortir de la forme de mécréance dans laquelle ils s’étaient engagés sans l’aide d’un prophète. Ils avaient besoin de l’aide d’un prophète dont l’existence même constituerait une preuve évidente de sa mission apostolique. Il présenterait aux hommes le Livre d’Allah dans son état originel, intact et parfaitement exact. Ce Livre serait préservé de toutes les falsifications qui s’étaient mêlées aux Écritures célestes antérieures. Il ne contiendrait que des enseignements vrais, exacts et authentiques.

Le choix du lieu d’envoi du prophète

Il apparaîtra clairement à quiconque observe la carte du monde qu’il n’existait, sur la terre, aucun autre lieu plus approprié que la péninsule Arabique pour la mission prophétique destinée au monde entier, et qu’il ne pouvait y en avoir. Ce pays se trouve exactement au centre des continents asiatique et africain. L’Europe en est également très proche. À cette époque en particulier, la plupart des peuples civilisés d’Europe étaient établis dans la partie méridionale de ce continent. Cette région était aussi proche de l’Arabie que l’était alors l’Hindoustan.

L’étude de l’histoire de cette époque montre également qu’aucun peuple n’était alors plus apte que le peuple arabe à recevoir cette mission prophétique. Les autres grandes nations s’étaient affaiblies après avoir atteint l’apogée de leur puissance, de leur influence et de leur prestige. Le peuple arabe, en revanche, débordait d’une énergie nouvelle. Le développement de la civilisation et de la culture avait déformé les habitudes et la nature des autres peuples. Les Arabes, quant à eux, étaient encore éloignés de toute civilisation avancée. C’est pourquoi ils n’étaient ni adonnés au luxe et au confort, ni dépravés. Les Arabes du VIe siècle de l’ère chrétienne étaient totalement préservés de la mauvaise influence des peuples civilisés de leur temps. Ils possédaient toutes les qualités humaines fondamentales que peut avoir un peuple vivant très loin de la lumière de la civilisation. Ils étaient courageux, intrépides, généreux, fidèles à leurs engagements, doués d’une pensée indépendante et épris de liberté. Ils n’étaient soumis à aucun autre peuple. Pour eux, donner leur vie afin de préserver leur honneur était chose aisée. Un mode de vie simple et dépourvu de faste constituait leur caractéristique. Ils n’avaient absolument aucun rapport avec le luxe et la recherche du confort. Il ne fait aucun doute qu’ils possédaient aussi de nombreux défauts. En effet, aucun prophète n’était venu dans leur région depuis deux mille cinq cents ans. — [Les époques d’Ibrahim et d’Ismaïl, que la paix soit sur eux, se situent environ deux mille cinq cents ans avant celle de Muhammad, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui. Durant cette longue période intermédiaire, aucun autre prophète ne naquit en Arabie.] Aucun chef populaire n’y était non plus apparu qui eût pu corriger leurs mœurs et leur caractère et les former en un peuple véritablement civilisé. Ayant vécu libres et indépendants pendant des centaines d’années au milieu de déserts immenses s’étendant jusqu’à l’horizon, ils avaient été gagnés par l’ignorance et l’inculture. Leur ignorance s’était solidifiée au point de devenir une pierre si dure que la polir et les transformer en êtres humains n’était pas à la portée d’un homme ordinaire. Mais ils possédaient en même temps des aptitudes telles que, si un homme exceptionnel les réformait et que, sous l’influence de son enseignement, ils étaient guidés vers un idéal de vie élevé, ils pouvaient bouleverser le monde entier. Pour répandre dans le monde entier l’enseignement du Prophète universel, il fallait précisément un peuple puissant, plein de vitalité et animé par l’ardeur de la jeunesse.

Même en examinant la question de la langue, on constate facilement les particularités de la langue arabe. L’étude de cette langue et de sa littérature montre qu’aucune autre langue ne lui est supérieure pour exprimer simplement des pensées élevées, exposer les aspects les plus subtils du savoir accordé par Allah et exercer une influence profonde sur l’esprit. Grâce à sa puissance intérieure prodigieuse, elle pénètre comme une flèche jusqu’au tréfonds du cœur. Sa douceur, elle aussi, est incomparable. On croirait voir le nectar en déborder. Les flots de sa mélodie submergent le cœur et l’esprit. Un langage de cette nature était nécessaire pour un Livre tel que le Coran.

On peut donc aisément comprendre qu’un dessein immense d’Allah se trouvait derrière le choix d’un pays comme l’Arabie pour le Prophète universel.

Le meilleur guide pour un peuple ignorant

Un peuple s’enfonçait depuis des centaines d’années dans l’abîme de l’ignorance, de l’inculture, de la misère et de la décadence. Puis, un jour, la grâce infinie du Très-Haut se déversa soudain sur lui. Il fit naître en son sein son guide le plus éminent et le meilleur. Afin de les faire sortir de l’abîme insondable de l’ignorance, Il fit descendre Sa parole sur ce guide. Son objectif était de les réveiller du sommeil de l’insouciance, de les libérer de l’emprise de l’ignorance et des superstitions, et de les aider à avancer sur le chemin d’une vie vraie, belle et parfaitement juste.

Mais les ignorants du peuple et les chefs tribaux aveuglés par leurs intérêts s’acharnèrent contre le dirigeant. Ils déployèrent tous leurs efforts pour le faire échouer. Le temps continuait de passer. Un jour, ils complotèrent même pour le tuer. Dans cette situation, le Très-Haut dit : « À cause de votre stupidité, devrais-je interrompre mes efforts pour vous réformer ? Devrais-je mettre fin à cette continuité de l’exhortation ? Et vous laisser tomber dans l’abîme de la déchéance où vous êtes plongés ? Pensez-vous que ce serait là ce qu’exige ma miséricorde ? Avez-vous réfléchi aux conséquences de vos efforts acharnés pour rejeter la grâce d’Allah et vous accrocher au faux, même après que la vérité s’est manifestée ? »

Les preuves rationnelles de la prophétie du Messager d’Allah (ﷺ)

Fermez les yeux un instant et promenez-vous dans le monde de la réflexion. Portez un regard attentif sur le monde d’il y a quatorze siècles. Quelle était alors la situation de la terre ?

Le monde d’il y a quatorze siècles

À cette époque, les moyens permettant aux habitants de la terre d’échanger des idées entre eux étaient très rares. Les moyens d’établir des relations entre les pays et les peuples étaient extrêmement limités. Le champ des connaissances humaines était très restreint. La pensée de l’homme était fort immature. Dans son esprit régnaient la superstition et la peur. Dans les ténèbres impénétrables de l’ignorance, le trait de lumière du savoir était des plus ténus. La vague de lumière progressait avec peine, écartant les vagues hautes comme des montagnes de l’océan obscur. À cette époque, le téléphone, le télégraphe, la radio, le chemin de fer et l’avion n’existaient pas. On ne trouvait pas de maisons d’édition ni d’imprimeries comme aujourd’hui. Les écoles, collèges, madrasas et établissements d’enseignement de diverses sortes n’étaient pas nombreux. Il n’existait alors aucun système largement développé de journaux et de périodiques. Dans certains domaines, l’étendue des connaissances d’un savant de cette époque était même inférieure à celle d’une personne ordinaire de notre temps, pourtant moins raffinée et moins cultivée. Même l’homme de cette époque doté d’une pensée extrêmement lucide et progressiste portait en lui une pensée plus archaïque que celle d’une personne de notre temps aux idées désuètes. Ce que tout le monde sait aujourd’hui ne pouvait être connu à cette époque qu’au prix de longues années d’efforts, de recherches et d’investigations pénibles. Pour acquérir les informations qu’un petit enfant de notre époque apprend facilement autour de lui dès l’éveil de sa conscience, il fallait alors parcourir des centaines de kilomètres. Il fallait même parfois consacrer toute sa vie à obtenir cette modeste information. Ce que l’on considère aujourd’hui comme des superstitions et d’absurdes récits mythologiques était alors tenu pour la « vérité ». Les actes qualifiés aujourd’hui d’indécents et de barbares étaient alors des pratiques ordinaires. Les méthodes que la conscience humaine réprouve aujourd’hui n’étaient pas seulement licites dans la morale de cette époque : personne n’aurait même pu imaginer qu’une autre méthode fût possible. L’attrait des hommes pour les phénomènes miraculeux était si grand qu’ils n’étaient prêts à reconnaître la véracité et la supériorité d’une chose ou d’un phénomène que s’il était surnaturel, extraordinaire et dérogeait aux règles ordinaires. L’homme se considérait même comme extrêmement misérable, inférieur et insignifiant. C’est pourquoi il lui était inconcevable et inimaginable qu’un être humain devînt un saint d’Allah ou qu’un saint d’Allah fût un être humain.

La situation du pays arabe

En cette époque obscure, les ténèbres étaient encore plus épaisses dans une région du monde. Parmi les pays réputés civilisés selon les critères de la civilisation de cette époque, l’Arabie se tenait à l’écart, isolée et solitaire. Autour d’elle, quelques lueurs de savoir, d’art, de civilisation et de culture rayonnaient depuis l’Iran, Rome et l’Égypte. Mais de vastes mers de désert maintenaient l’Arabie séparée de ces pays. Les marchands arabes se rendaient dans ces contrées pour y faire du commerce, chevauchant les chameaux, les navires du désert, et parcourant pendant des mois de longues distances. Ils se contentaient d’y échanger des marchandises, puis revenaient. Ils ne rapportaient avec eux aucune lumière du savoir ni de la civilisation. Leur pays ne possédait aucun établissement d’enseignement. Une bibliothèque y était inconcevable. Au sein de la population, il n’y avait ni pratique du savoir ni intérêt quelconque pour la connaissance et les arts. Dans tout le pays, seuls quelques individus savaient lire et écrire. Mais l’étendue même de leurs connaissances était si limitée qu’ils étaient totalement étrangers au savoir et aux arts de leur époque. Il ne fait aucun doute que leur langue était d’un niveau élevé et qu’elle possédait une capacité remarquable à exprimer clairement toute pensée élaborée. Ils avaient également un goût littéraire très développé. Mais d’après ce que nous avons pu connaître de leur littérature, nous pouvons supposer que l’étendue de leurs connaissances était extrêmement limitée. Dans la civilisation et la culture, leur position était la plus basse. Ils étaient profondément imprégnés de superstitions. Leurs pensées et leur nature étaient la manifestation nue de l’ignorance et de la barbarie. Leur pensée morale était une matière totalement rance, digne d’un dépotoir.

Il n’y avait là aucun gouvernement régulier, aucune discipline, aucune loi ni aucune autorité. Chaque tribu était indépendante. La loi de la jungle était la seule loi qui y régnait. Un Bédouin arabe ne pouvait en aucune façon comprendre pourquoi on ne devait pas tuer un homme qui n’appartenait pas à sa tribu et pourquoi l’on ne devait pas s’emparer de ses biens.

Ils étaient dotés d’un niveau extrêmement bas de moralité, de décence et de civilisation, et leur pensée était obscure. Ils connaissaient à peine la différence entre le pur et l’impur, le licite et l’illicite, le décent et l’indécent, et autres distinctions de ce genre. Leur mode de vie était profondément corrompu. Leurs manières et leur comportement étaient tout à fait barbares et inhumains. La fornication, le jeu, la consommation d’alcool, le brigandage, le meurtre et le pillage constituaient les occupations quotidiennes de leur vie. Ils se dévêtaient sans gêne les uns devant les autres. Leurs femmes, elles aussi, faisaient le tawâf autour de la Kaaba nues. Sous l’emprise de cette ignorance, et simplement pour qu’un homme ne puisse pas devenir leur gendre, ils enterraient de leurs propres mains leurs petites filles vivantes. Après la mort de leur père, ils épousaient leurs belles-mères. Ils ne connaissaient même pas les règles les plus élémentaires concernant la nourriture, la boisson, l’habillement et la propreté rituelle.

En matière de religion, ils partageaient également l’ignorance et l’égarement du monde contemporain. Ils se livraient à toutes les formes de culte répandues dans le monde de leur époque, à l’exception de l’adoration de l’Unique Allah : culte des idoles, croyance aux djinns et aux fantômes, culte des astres, en bref, toutes les formes de culte existantes. Ils ne possédaient aucune connaissance correcte des prophètes des temps anciens ni de leurs enseignements. Ils savaient seulement que le prophète Abraham (paix sur lui) et le prophète Ismaël (paix sur lui) étaient leurs ancêtres, mais ils ignoraient quelle était la religion de ce père et de ce fils, et qui ils adoraient. Ils avaient également entendu les récits des peuples de ‘Âd et de Thamûd. Mais après avoir lu les récits qu’en ont rapportés les historiens arabes, on ne trouvera nulle part la moindre trace des enseignements du prophète Sâlih (paix sur lui) et du prophète Hûd (paix sur lui). Par l’intermédiaire des juifs et des chrétiens, ils avaient aussi appris les récits des prophètes des Enfants d’Israël. Mais pour comprendre de quelle nature étaient ces récits, il suffit d’examiner les récits isra’iliyyât cités dans les ouvrages d’exégèse rédigés par les exégètes musulmans. On saura ainsi quel genre d’hommes étaient les prophètes dont les Arabes et les Enfants d’Israël avaient connaissance. On comprendra également à quel niveau inférieur se situait leur conception de la prophétie.

Un homme apparut

À cette époque, un homme naquit dans ce pays. Dès son enfance, il fut privé de l’affection de sa mère, de son père et de son grand-père. Dans une situation aussi affligeante, il ne reçut même pas l’éducation qu’un enfant arabe aurait normalement pu recevoir. Lorsqu’il eut atteint l’âge de raison, il alla garder les chèvres avec les garçons bédouins. Parvenu à l’âge adulte, il se lança dans le commerce. Il se déplaçait, fréquentait et s’asseyait avec ces mêmes Arabes dont j’ai décrit la condition un peu plus haut. Il n’y avait là pas la moindre trace d’instruction. Ils ne savaient même pas lire ni écrire tant soit peu. Il n’existait aucun savant instruit. Il eut à plusieurs reprises l’occasion de se rendre hors d’Arabie, mais ces voyages se limitèrent à la Syrie. Et il ne s’agissait, comme pour les autres caravanes de cette époque, que de simples voyages commerciaux. Supposons que, durant ces voyages, il ait observé quelques manifestations de connaissance et de civilisation, et qu’il ait rencontré quelques hommes instruits, distingués et civilisés : de telles rencontres et observations dispersées ne suffisent pourtant pas à façonner la vie d’un homme. Elles ne peuvent exercer sur un individu une influence assez vaste pour le libérer entièrement de sa société et de son milieu et le faire parvenir dans un monde supérieur où, une fois arrivé, il ne semblerait plus avoir aucun lien avec son environnement. Il ne lui est pas possible d’acquérir ainsi un savoir d’un tel niveau qu’il puisse placer un Bédouin illettré à la tête non pas d’un seul pays, mais du monde entier, et non pas d’une seule époque, mais de toutes les époques. Même s’il avait acquis quelque connaissance théorique auprès de gens venus de l’extérieur, il n’aurait eu aucun moyen d’obtenir les informations que personne au monde ne connaissait alors, les conceptions et les principes en matière de religion, de morale, de civilisation et de culture qui n’existaient nulle part, ni l’idéal de caractère humain qui n’était présent nulle part dans le monde de cette époque.

Ses actions

Il faut considérer non seulement la situation et le milieu de l’Arabie, mais ceux du monde entier. On verra alors que cet homme, né parmi ces gens, ayant passé son enfance parmi eux, ayant grandi de l’adolescence à l’âge adulte en riant et en jouant avec eux, et ayant constamment vécu avec eux dans les relations quotidiennes et commerciales, se distinguait de tous dès le début par sa nature, son caractère, ses habitudes et son comportement. Il ne mentait jamais. Toute la nation témoignait de sa véracité. Même son ennemi le plus acharné ne l’avait jamais accusé d’avoir menti. Il ne parlait durement à personne. Personne n’avait jamais entendu sortir de sa bouche une insulte ou une parole obscène. Il traitait avec les gens dans toutes sortes d’affaires, mais on ne le vit jamais créer de l’animosité avec quelqu’un, se quereller ou se disputer. Dans ses paroles, on trouvait de la douceur plutôt que de la rudesse. Et cette douceur était empreinte d’une telle sincérité que quiconque le fréquentait devenait son admirateur et son fervent partisan. Il ne maltraitait personne. Il ne privait personne de ses droits. Même après des années de commerce, il ne s’appropriait illicitement pas même un sou appartenant à autrui. Tous ceux avec qui il traitait avaient une confiance absolue en sa loyauté. Toute la nation le surnommait « al-Amîn », le digne de confiance. Même ses ennemis lui confiaient sans hésiter leurs biens précieux. Il les gardait avec le plus grand soin et la plus grande fiabilité. Au milieu de gens dépourvus de pudeur, il manifesta une telle pudeur que, depuis qu’il eut atteint l’âge de raison, personne ne le vit jamais nu. Parmi des gens immoraux de toutes parts, il offrit l’exemple d’un caractère d’une pureté incomparable. Personne ne le vit jamais se livrer à une mauvaise action. Il ne s’approcha jamais ni de l’alcool ni du jeu. Au milieu de gens indécents, il se distingua par une décence extrême. Il haïssait toutes les mauvaises actions et les actes obscènes, et toutes ses œuvres portaient clairement l’empreinte de la pureté et de la décence. Parmi les nomades du désert au cœur de pierre, il était l’incarnation même de la douceur du cœur. On le voyait aider chacun dans ses besoins et ses peines. Il aidait les orphelins et les veuves. Il offrait l’hospitalité aux passants et aux voyageurs. Il ne faisait de mal à personne. Au contraire, il endurait lui-même des souffrances pour les autres. Parmi les Bédouins barbares, il était profondément épris de paix. Il souffrait terriblement de voir les querelles et les effusions de sang au sein de son peuple. Il se tenait à l’écart des guerres tribales et claniques, et jouait un rôle actif et prépondérant pour établir la paix et la réconciliation entre les tribus en conflit. Parmi les idolâtres, il était d’une nature parfaitement équilibrée. Il ne trouva dans la terre ni dans le ciel aucune chose qui pût être adorée. Sa tête ne s’inclina devant aucune créature. Il n’acceptait pas les offrandes consacrées aux idoles. Spontanément, il haïssait le shirk et le culte des créatures.

Dans ce milieu entièrement hostile, cet homme présentait des qualités telles qu’il semblait qu’une lampe lumineuse diffusait sa clarté au cœur de ténèbres d’un noir absolu, ou qu’une pierre précieuse d’une valeur inestimable brillait au milieu d’un amas de rochers.

Transformation mentale et spirituelle

Après avoir mené pendant près de quarante ans une vie aussi noble, pure et vertueuse, un bouleversement survint dans sa vie. En voyant les ténèbres épaisses et impénétrables qui l’entouraient, il fut saisi d’effroi. Il voulut sortir de cet océan terrifiant d’ignorance, d’immoralité, de mauvaises actions, d’anarchie, de désordre, de shirk et d’idolâtrie. Dans cet environnement, rien ne lui semblait conforme à sa nature. Se séparant de tous, il se mit à réfléchir, retiré dans la solitude d’une montagne, loin des lieux habités. Plusieurs jours consécutifs s’écoulèrent dans une profonde paix, dans la solitude. En jeûnant, il purifiait davantage son âme, son cœur et son esprit. Jour après jour, nuit après nuit, il poursuivait ses réflexions. Il cherchait une lumière capable de dissiper les ténèbres qui s’épaississaient de tous côtés. Il s’efforçait d’acquérir une force capable de briser ce monde égaré, de le reconstruire et de l’embellir sur des bases nouvelles.

Le message du bouleversement

Soudain, un changement immense apparut dans sa situation. Une lumière nouvelle jaillit brusquement dans son esprit, dont il n’y avait auparavant pas la moindre trace. La force dont il n’avait jusque-là montré aucun signe vint soudain, d’on ne sait où, remplir tout son être. Il sortit de la solitude de la grotte et se présenta devant son peuple. Il se mit à leur dire : « Ces idoles que vous adorez n’ont aucun pouvoir. Ne les adorez pas. Il n’existe aucun être humain, aucun arbre, aucune pierre, aucun esprit ni aucune étoile qui puisse être adoré ou vénéré, devant lequel on puisse s’incliner et auquel on puisse obéir. La lune, le soleil, la terre, les étoiles et tout ce qui se trouve entre la terre et le ciel sont la création d’Allah, l’Unique. C’est Lui qui vous a créés, ainsi que toute chose. C’est Lui qui donne la vie, et Lui seul détient le pouvoir de donner la mort. Adorez-Le seul. Conformez-vous à Ses commandements. Inclinez-vous devant Lui. Le vol, le brigandage, le banditisme, le pillage, le meurtre, l’injustice et la persécution auxquels vous vous livrez sont tous des actes de péché. Abandonnez-les. Allah ne les aime pas. Dites la vérité. Soyez justes. Ne tuez personne. Ne pillez les biens de personne. Lorsque vous prenez quelque chose, prenez-le légitimement. Lorsque vous donnez quelque chose, donnez-le légitimement. Vous êtes tous des êtres humains. Tous les hommes sont égaux. Personne ne naît avec sur le front la marque infamante de la bassesse, pas plus que quiconque n’entre dans le monde avec sur la tête la couronne de l’honneur et de la dignité. La grandeur, l’honneur et la noblesse ne résident pas dans la lignée. Ils résident dans l’obéissance à Allah, les bonnes œuvres et la pureté. Celui qui craint Allah est vertueux et pur ; il est le meilleur des êtres humains. Sinon, il n’est rien. Après votre mort, vous devrez tous rendre des comptes devant Allah, devant Celui qui voit et sait toute chose. Vous ne pourrez rien Lui cacher. Il déterminera votre destinée en fonction de vos actes. Aucune intercession ni aucun pot-de-vin ne serviront auprès de ce Juge parfaitement équitable. Il ne demandera à personne son ascendance. Il ne sera question que de foi et de bonnes actions. Celui qui possédera ce trésor entrera au Paradis ; celui qui n’en possédera rien sera précipité en Enfer, portant sur sa tête le panier de l’échec. Tel était le message qu’il avait rapporté de la grotte. »

La réaction du peuple

Le peuple ignorant devint son ennemi. Il se mit à l’insulter et à lui jeter des pierres. Ce ne fut pas l’affaire d’un ou de deux jours : pendant treize années consécutives, il lui infligea des persécutions inhumaines. Finalement, il le chassa de sa patrie. Il ne se contenta pas de l’exiler : même là où il trouva refuge, il le poursuivit. Il lui fit subir toutes sortes de souffrances et souleva toute l’Arabie contre lui. Pendant huit années entières, il continua à lui faire la guerre. Il supporta toutes ces souffrances avec le sourire, sans jamais dévier, ne serait-ce que d’un cheveu, de sa résolution et de sa mission.

Pourquoi le peuple devint-il son ennemi ? Était-il question de s’emparer de terres ou de territoires ? Était-il question de vengeance pour un meurtre ? Réclamait-il de leur part quelque bien matériel ? Non, ce n’était pas cela. À la racine de toute la controverse se trouvaient plutôt ces questions : pourquoi enseignait-il le culte d’Allah, l’honnêteté, la véracité et la vertu ? Pourquoi menait-il campagne contre l’idolâtrie, le shirk et les mauvaises actions ? Pourquoi s’attaquait-il à l’autorité des adorateurs d’idoles et des prêtres ? Pourquoi mettait-il le peuple en garde contre l’illusion de domination des chefs ? Pourquoi voulait-il abolir les distinctions entre supérieurs et inférieurs parmi les hommes ? Pourquoi considérait-il l’attachement aux tribus et aux lignées comme du jahiliya ? Son peuple ne cessait de lui dire : « Tout ce que tu dis est contraire à nos usages nationaux et à nos traditions ancestrales. Abandonne donc tout cela, sinon nous te rendrons la vie difficile. »

Pourquoi supporter les souffrances ?

Pourquoi cet homme supporta-t-il tant de souffrances ? Son peuple était prêt à lui offrir la royauté. Il voulait amasser des monceaux de richesses à ses pieds. Mais il y avait une condition : il devait renoncer à ces enseignements. Il rejeta pourtant leur proposition et préféra être opprimé et persécuté plutôt que de renoncer à son enseignement. Pourquoi accepta-t-il tout cela ? Avait-il un intérêt personnel à voir les membres de son peuple devenir vertueux et soumis à Allah ? Y avait-il là un intérêt plus vaste pour lui, devant lequel les attraits du commandement, du pouvoir d’État, des richesses et du confort n’étaient que futilités ? Ou bien y trouvait-il un bénéfice tel qu’un homme aurait pu se préparer à endurer pendant cent années consécutives les plus terribles souffrances physiques et morales ? Un homme qui, non pour son propre intérêt, mais pour l’intérêt et le bien d’autrui, continue à souffrir lui-même : peut-on concevoir pour l’humanité un idéal plus élevé de bonté, de sacrifice et de compassion ? Ceux pour le bien desquels il déployait ses efforts furent précisément ceux qui le rendirent sans foyer et l’exilèrent. Même à l’étranger, ils le poursuivirent. Malgré tout cela, il ne cessa pas de souhaiter leur bien.

Un menteur peut-il supporter de tels périls pour une chose sans fondement ? Un homme qui commence à agir sur la seule base de suppositions peut-il rester à ce point ferme et inébranlable dans sa résolution que, même si des montagnes de malheurs s’abattent sur lui, que tout le pays et le monde entier se dressent contre lui, et que la plus grande armée du monde se jette sur lui, il refuse de s’écarter ne serait-ce que d’un cheveu de sa résolution ? Cette constance et cette ferme résolution témoignent précisément de ce qu’il avait une pleine confiance en sa propre véracité. S’il avait nourri le moindre doute ou la moindre hésitation à ce sujet, il lui aurait été impossible d’affronter, pendant vingt et un ans sans interruption, danger après danger.

C’était un aspect du changement survenu dans sa situation. L’autre aspect était encore plus étonnant.

L’autre aspect du changement survenu dans sa situation

Jusqu’à l’âge de quarante ans, il n’était qu’un Arabe ordinaire parmi les Arabes. À cette époque, personne ne connaissait ce marchand comme un orateur exceptionnel. Personne ne l’avait vu discuter de religion, de morale, de philosophie, de droit, de politique ou d’organisation sociale. Personne n’avait entendu de sa bouche un seul mot au sujet d’Allah, des anges, des Livres célestes, des prophètes et des communautés précédentes, ni au sujet de la Résurrection, de la mort, de la vie après la mort et du Paradis et de l’Enfer. Il est vrai qu’il traitait les gens avec une grande bonté, que ses manières étaient extrêmement courtoises et douces, et qu’il possédait le caractère moral le plus noble de son époque. Mais jusqu’à l’âge de quarante ans, rien d’inhabituel ne s’était manifesté en lui qui eût pu amener les gens à penser qu’il allait devenir quelqu’un d’exceptionnel. Jusque-là, les gens le connaissaient seulement comme un homme silencieux, pacifique, très courtois et distingué. Mais lorsqu’après l’âge de quarante ans il sortit d’une grotte, on constata soudain que son apparence même avait changé.

À présent, il proclamait un message extraordinaire. En l’entendant, tous les Arabes furent bouleversés. Sous l’effet de sa puissance pénétrante, même son ennemi le plus acharné craignait de l’écouter, redoutant que, si ce message entrait une seule fois dans les oreilles, il ne s’enracinât à jamais dans le cœur du peuple. Sa beauté rhétorique et la douceur de son expression étaient sans égales. En présence des grands poètes, orateurs et spécialistes de la langue de l’Arabie de l’époque, ce message lança un défi à tous les Arabes, répétant : « Apportez donc une phrase semblable à l’une quelconque de ses phrases. » Mais personne n’osa relever ce défi. Jamais aucun Arabe n’avait entendu un message aussi incomparable.

Du jour au lendemain, il apparut comme un savant sans égal, un réformateur social extraordinaire et un éducateur du caractère moral, un expert étonnant en politique et un législateur, un juge de haut niveau et un chef militaire sans pareil. Cet homme illettré du désert se mit à exposer des connaissances et une érudition dont personne n’avait parlé auparavant et dont personne ne parla après lui. Cet homme illettré se mit à parler avec assurance d’Allah et du monde invisible. Il se mit à exposer, à partir de l’histoire des peuples, les causes de leur essor et de leur déclin, à analyser l’œuvre des anciens réformateurs, à critiquer les différentes religions du monde et à régler les différends entre les peuples. Il se mit à enseigner le caractère, la morale, la bienséance et la culture.

Il légiféra en matière de société et de culture, de système économique, de transactions réciproques et de relations internationales. Il élabora des lois d’une telle élévation que les plus grands sages, érudits et savants du monde ne purent en comprendre la vérité profonde qu’après des années, voire toute une vie, de recherches et d’investigations. Et plus l’expérience du monde progressait, plus leur vérité apparaissait avec éclat.

Ce marchand silencieux et pacifique n’avait jamais manié l’épée de sa vie, n’avait jamais reçu d’instruction militaire et n’avait même participé qu’à une seule bataille, en simple spectateur silencieux. Pourtant, il devint alors un soldat héroïque. Dans les grandes batailles les plus périlleuses, son pied ne recula jamais d’un seul pouce. Il devint un commandant d’une puissance extraordinaire. En seulement neuf ans, il conquit tout le pays arabe. Il devint alors un chef de guerre et un stratège sans égal. Sous l’effet de l’organisation militaire qu’il avait créée et de l’inspiration au combat qu’il avait insufflée, les Arabes démunis et privés de matériel de guerre mirent en déroute, en quelques années seulement, les deux grandes puissances du monde.

Pendant quarante ans, personne n’avait décelé chez cet homme solitaire et épris de paix la moindre inclination pour la politique. Soudain, il apparut comme un immense réformateur et homme d’État. En vingt-trois ans, sans l’aide des chemins de fer, du téléphone, de la radio ou de l’imprimerie, il soumit à une même religion, une même culture, une même loi et un même système étatique les tribus dispersées dans l’immensité désertique de douze cent mille miles carrés, désordonnées, belliqueuses, ignorantes, anarchiques, barbares et sauvages, perpétuellement engagées dans des conflits mutuels, désordonnées, belliqueuses, ignorantes, anarchiques, barbares et sauvages, perpétuellement engagées dans des conflits mutuels. Il transforma l’orientation de leur pensée. Il changea leur caractère. Il remplit de la bienséance d’une classe supérieure leur mode de vie dépourvu de toute pudeur. Il transforma leur barbarie et leur grossièreté en une vie citadine raffinée. Il transforma leurs vices et leur mauvais caractère en vertu, en taqwa et en nobles qualités morales. Il transforma leur anarchie et leur désordre en une vie disciplinée, au plus haut degré respectueuse de la loi et empressée à obéir aux directives du chef. Cette nation était si stérile qu’aucun personnage remarquable n’était né de son sein pendant des centaines d’années. Mais cet homme solitaire fit naître en elle de si grandes personnalités qu’elles se répandirent aux quatre coins du monde pour enseigner aux peuples la religion et la morale.

Méthode d’action morale

Il n’accomplit pas cette œuvre par l’injustice, la persécution, la tromperie ou la fraude. Il l’accomplit plutôt par une conduite bienveillante qui conquérait les cœurs, par la courtoisie et par un enseignement captivant. Par sa bonne conduite, il transformait ses ennemis en amis. Par l’affection et la bienveillance, il faisait fondre les cœurs. Il gouvernait le pays avec équité et justice. Il ne s’écarta jamais, ne serait-ce que d’un cheveu, de la vérité et de l’honnêteté. Sur le champ de bataille, il ne trompa jamais personne. Il n’opprima même pas ses ennemis jurés. Sur le champ de bataille, il ne trompa jamais personne. Il n’opprima même pas ses ennemis jurés. Ceux qui avaient soif de son sang, qui l’avaient blessé à coups de pierres, contraint à quitter sa patrie et dressé toute l’Arabie contre lui, qui, dans l’excès de leur haine et de leur hostilité, avaient même arraché le foie de son oncle et l’avaient mâché, il leur pardonna après les avoir vaincus. Il ne se vengea de personne pour les injustices commises à son encontre.

Malgré tout cela, sa maîtrise de soi était incomparable. Son détachement à l’égard des intérêts terrestres avait atteint un tel degré que, même après être devenu le roi de tout le pays, il resta un pauvre comme auparavant. Il vivait sous un abri de chaume et de feuilles. Une natte lui servait de lit. Il portait des vêtements grossiers. Il mangeait la nourriture des pauvres. Il lui arrivait souvent de rester sans manger. Toute la nuit, il se consacrait à l’adoration d’Allah. Il aidait et servait les pauvres et les affligés. Il n’hésitait jamais à accomplir un travail physique comme un ouvrier. Jusqu’à la fin de sa vie, on ne trouva en lui la moindre trace de faste royal, de l’éclat des riches ou de l’orgueil des nantis. Il fréquentait tout le monde comme un homme ordinaire. Il partageait leurs épreuves, leurs malheurs et leurs peines. Il s’asseyait parmi les gens du peuple d’une manière telle qu’il devenait difficile à un visiteur venu de l’extérieur de reconnaître, dans cette assemblée, le chef de la nation et le chef de l’État. Bien qu’il fût devenu un personnage si éminent, il se comportait avec les gens les plus modestes comme s’ils étaient exactement comme lui. Après toute une vie de lutte et d’efforts, il ne laissa rien pour lui-même. Il consacra à la nation, en waqf, tous les biens qu’il laissait derrière lui. Il n’établit aucun droit, même minime, sur ses adeptes en sa faveur ou en faveur de ses enfants. Craignant même qu’à l’avenir ses adeptes ne donnent toute la zakat à ses enfants seuls, il priva ses propres enfants du droit de recevoir la zakat.

Le bâtisseur de l’époque moderne

Les grandes œuvres de cet homme éminent sont innombrables. Pour comprendre correctement sa haute stature, il faut maintenant porter un regard d’ensemble sur l’histoire du monde. On y verra que cet homme illettré du désert d’Arabie, né il y a quatorze siècles à l’époque des ténèbres, est en réalité le fondateur de l’époque moderne et le guide du monde entier. Il n’est pas seulement le guide de ceux qui le reconnaissent comme leur guide, mais aussi de ceux qui ne le reconnaissent pas comme tel. Ils ne perçoivent même pas combien la direction de celui contre lequel ils mènent campagne est intimement liée à leur pensée, à leur mode de vie, à leur méthode d’action et à l’essence même de leur époque moderne.

C’est cet homme qui a changé l’orientation de la pensée des peuples du monde. Il les a fait passer de l’idéalisme, de la superstition, du culte des choses merveilleuses et de l’ascétisme au rationalisme, au réalisme et à une religiosité fondée sur la véritable crainte d’Allah. Dans un monde où l’on revendiquait des événements miraculeux perceptibles, il a fait naître la tendance à comprendre le miracle intellectuel et à l’accepter lui-même comme critère de la vérité. Il a ouvert les yeux de ceux qui recherchaient les signes de la puissance d’Allah dans les exceptions aux lois naturelles, et il leur a fait prendre l’habitude de voir les signes d’Allah dans les phénomènes naturels. Il a conduit les rêveurs, au lieu de la spéculation, vers le rationalisme, la réflexion, l’observation et la recherche. Il a fait connaître à l’être humain la ligne de démarcation entre la raison et le sentiment. Il a établi un lien entre le matérialisme et le spiritualisme. Il a établi un lien entre la religion et le savoir et l’action, ainsi qu’entre le savoir et l’action et la religion. Par la force religieuse, il a créé dans le monde une force scientifique et, par l’aide de la science, une religiosité authentique. Il a extirpé les fondements du culte de la création et du shirk, et il a affermi si solidement la foi dans le tawhid par la puissance du savoir que les religions des polythéistes et des idolâtres furent contraintes de se teinter de monothéisme. Il a entièrement transformé les notions fondamentales de la morale et de la spiritualité. À ceux qui considéraient l’ascétisme et la mortification comme la véritable morale, à ceux qui estimaient que le progrès spirituel et le salut dans l’au-delà étaient impossibles si l’on s’acquittait des droits du corps et des instincts et si l’on prenait part aux affaires de la vie terrestre, il a montré la voie vers la grandeur morale, le progrès spirituel et le salut dans l’au-delà au sein de la société, de la culture et de la vie professionnelle terrestre. C’est lui qui a fait connaître à l’être humain sa véritable valeur et sa dignité. À ceux qui n’étaient prêts à reconnaître comme guides et dirigeants que Dieu, les incarnations divines et le fils d’Allah, il a enseigné que des êtres humains semblables à eux pouvaient devenir les représentants du royaume céleste et les khalifa d’Allah, Seigneur de l’univers. À ceux qui considéraient toute personne puissante comme leur dieu, il a expliqué que l’être humain n’est rien d’autre qu’un être humain. Aucun individu ne naît avec un droit inné à la sainteté, à l’autorité politique ou à la souveraineté. Nul ne naît marqué du sceau de l’impureté, de la servitude, de l’esclavage ou de la soumission. Cet enseignement a donné naissance dans le monde à l’unité de l’humanité, à l’égalité, à la démocratie et à la liberté de pensée.

Si l’on sort du domaine de la pensée, on constatera que les résultats réels et effectifs de la direction exercée par cet illettré sont d’une ampleur et d’une portée illimitées dans le domaine des lois, des méthodes et de l’organisation du monde. D’innombrables principes et méthodes relatifs à la morale, à la civilisation, à la culture, aux bonnes mœurs, à la pureté et à la propreté sont sortis de son enseignement et se sont répandus dans le monde entier. Les règles sociales qu’il avait instaurées ont été largement adoptées par le monde entier et continuent de l’être. De nombreux mouvements économiques dans le monde ont vu le jour, et continuent de voir le jour, sur la base des principes économiques qu’il avait établis. Grâce au mode de gouvernement qu’il avait adopté, plusieurs révolutions se sont produites jusqu’à présent dans la pensée politique mondiale, et d’autres sont encore en cours. Les principes fondamentaux de justice et de droit qu’il avait formulés ont profondément influencé les systèmes judiciaires et la pensée juridique du monde, et leur influence continue d’agir silencieusement. C’est lui, en réalité, qui a instauré des usages et des règles civilisés dans les domaines de la guerre, de la paix et des relations internationales. Avant lui, le monde ignorait qu’il pouvait exister des règles et des principes civilisés de la guerre, et que des relations et des échanges fondés sur l’humanité pouvaient être établis entre les différentes nations.

La réunion de toutes les qualités supérieures

Dans l’histoire de l’humanité, la personnalité éminente et exceptionnelle de cet homme extraordinaire est si manifeste et si éclatante que, si l’on plaçait face à lui les plus grands personnages de toute l’histoire, depuis ses débuts jusqu’à nos jours — ceux que les gens ont appelés des héros — ils paraîtraient devant lui de petits nains. Parmi les grands hommes de l’humanité, il n’en est pas un seul dont les qualités éminentes aient pu s’étendre au-delà d’un ou deux domaines de la vie. Certains ont proposé des doctrines, mais n’avaient pas la capacité de les mettre en pratique. Certains étaient habiles dans l’action, mais faibles dans la pensée. L’autorité de certains se limitait à leurs qualités politiques. D’autres ne possédaient que des mérites militaires. La vision de certains s’est approfondie à tel point dans un aspect de la vie sociale qu’ils en ont complètement négligé les autres. Certains ont avancé sur la voie de la morale et de la spiritualité, tout en négligeant totalement l’économie et la politique. D’autres ont progressé dans les domaines de l’économie et de la politique, tout en laissant complètement la morale et la spiritualité hors de leur champ de vision. En somme, l’histoire ne présente que des grands hommes unilatéraux. Mais cet homme est l’unique exception à cet égard. Toutes les qualités se sont réunies en lui. Il est lui-même philosophe et savant. Il met lui-même sa philosophie en pratique dans la vie réelle. Il est homme d’État et aussi chef militaire. Il est législateur et également enseignant de la morale. Il est en outre un guide religieux et spirituel. Sa vision embrasse tous les aspects de la vie humaine et ne néglige pas même ses moindres détails. Depuis les règles de bienséance relatives à la nourriture et à la boisson jusqu’aux relations internationales, il a établi des prescriptions et donné des directives sur chaque sujet. Sur la base de sa doctrine, il a fait naître une civilisation et instauré un équilibre parfait entre les différents domaines de la vie. Nulle part on ne trouve la moindre trace d’extrémisme. Peut-on trouver dans les pages de l’histoire le nom d’un autre homme possédant toutes ces qualités ?

Au-dessus de son environnement

Il n’est aucun des plus grands personnages de l’histoire du monde qui ne soit, dans une certaine mesure, le produit de son environnement. Mais la situation de cet homme est différente de celle de tous les autres. Son environnement n’a exercé la moindre influence sur la formation de sa personnalité. Il serait impossible de démontrer, par quelque argument ou preuve que ce soit, que le cadre et l’environnement de l’Arabie étaient alors historiquement préparés à donner naissance à un homme de cette nature. En tirant beaucoup les choses par les cheveux, on pourrait tout au plus dire que, pour des raisons historiques, l’Arabie avait alors besoin d’un tel dirigeant. Il aurait mis fin au désordre et à l’anarchie tribales, les aurait unies dans les liens d’une même nation, puis aurait ouvert la voie à la prospérité économique des Arabes en conquérant pays après pays. Autrement dit, il aurait été un dirigeant arabe nationaliste, porteur de toutes les caractéristiques de son époque. Il aurait enrichi son peuple en employant l’oppression, la persécution, l’effusion de sang, la tromperie, la fourberie et toutes les manœuvres possibles. Il aurait fondé un empire et l’aurait laissé à ses compatriotes sous-développés. En dehors de cela, aucune autre exigence de l’histoire arabe de cette époque ne peut être démontrée. Du point de vue de la philosophie de l’histoire de Hegel et de l’interprétation matérialiste de l’histoire de Marx, on pourrait tout au plus dire que, dans l’environnement arabe de l’époque, il était nécessaire, ou possible, qu’apparaisse un homme capable de former une nation et d’établir un empire. Mais quelle explication les philosophies hégélienne et marxiste donneront-elles de ce qui s’est réellement produit ? C’est dans cet environnement et à cette époque qu’est né un homme qui a enseigné la morale la plus parfaite et organisé l’humanité de manière harmonieuse. Sa vision a franchi les limites de la lignée, de la tribu, de la nation et du pays pour créer, à l’intention de toute l’humanité, un système moral, spirituel, culturel et politique. Il a démontré en les établissant dans la réalité, et non dans le monde de l’imagination, sur des fondements moraux, la gestion économique, les règles de gouvernement et les relations internationales, et il a réalisé une combinaison si équilibrée du spirituel et du matériel qu’elle demeure aujourd’hui encore, comme elle l’était alors, le plus haut accomplissement du savoir et de la sagesse. Peut-on dire qu’une telle personnalité est le produit du milieu arabe ignorant de cette époque ?

Le créateur de l’histoire

Cet homme n’est pas seulement le produit de son environnement ; lorsque nous observons ses actions, nous constatons également qu’il est libre des limites et de l’influence du lieu et du temps. Sa vision, rompant les liens du temps et des circonstances, s’est avancée au-delà des frontières des siècles et des millénaires. Il a considéré l’être humain à la lumière de toutes les époques et de tous les environnements. Parallèlement, il a donné, pour la conduite de la vie, des directives morales et pratiques qui s’adaptent convenablement à toutes les situations. Il ne fait pas partie de ceux que l’histoire a classés parmi les Anciens. Sa véritable identité ne peut être exprimée qu’ainsi : il fut le plus grand dirigeant de son époque. Il était différent de tous les autres et possédait un caractère singulier. Il fut un guide de l’humanité dont la direction avance au rythme de l’histoire en marche et qui paraît tout aussi moderne à chaque époque qu’il l’était à la précédente.

Ceux que l’on qualifie indistinctement de créateurs de l’histoire sont en réalité des créations de l’histoire. Dans toute l’histoire de l’humanité, on ne trouvera qu’un seul véritable créateur de l’histoire. Si l’on observe d’un regard attentif la situation de tous ceux qui ont provoqué des révolutions dans l’histoire, on constatera que les éléments de la révolution étaient déjà en train de se former avant leur venue. Ce sont ces éléments qui déterminaient la direction et la voie de la révolution selon leurs propres exigences. Dans ce cas, quel rôle le chef révolutionnaire a-t-il joué ? Il a joué, pour concrétiser les exigences de la situation et du milieu, le rôle d’un acteur pour lequel la scène et tout le travail de représentation avaient déjà été préparés et fixés. Mais, parmi les créateurs de l’histoire et des révolutions, il fut le seul à faire exception. Pour lui, les éléments et les causes de la révolution faisaient défaut. Il inventa et prépara donc lui-même les éléments et les causes de la révolution. Là où l’on ne trouvait ni l’esprit révolutionnaire ni la capacité d’action parmi les gens, il forma par ses propres efforts une force humaine apte à créer la révolution. Il fit fondre sa personnalité puissante et la déversa dans l’esprit de milliers de personnes, les façonnant à son image. C’est sa puissance et sa volonté qui créèrent tous les éléments de la révolution et en déterminèrent la forme et la nature ; par la force de sa résolution, il changea le cours des événements et le dirigea vers le but qu’il s’était fixé. A-t-on jamais trouvé, en quelque lieu ou à quelque époque que ce soit, un tel créateur de l’histoire et un tel révolutionnaire ?

Une parfaite véracité

Dans le monde ténébreux d’il y a quatorze siècles, dans cette région reculée d’un pays aussi plongé dans les ténèbres que l’Arabie, comment un berger et commerçant nomade du désert, illettré, aurait-il pu soudainement faire surgir en lui une telle montagne de savoir, de lumière, de puissance, de nobles qualités et de forces exercées à un niveau si élevé ? On dit que tout cela était l’œuvre de son esprit et de son intelligence. Je dirai que, si ces choses étaient l’œuvre de son esprit et de son intelligence, il aurait dû revendiquer non pas la prophétie, mais la divinité. S’il avait réellement formulé une telle prétention, certaines personnes n’auraient nullement refusé de reconnaître comme dieu un homme aussi doué de toutes les qualités que lui. Car, auparavant, elles avaient fait de Rama un dieu, n’avaient pas hésité à accepter Shri Krishna comme divinité, avaient elles-mêmes placé Gautama Bouddha sur le trône de la divinité, avaient volontairement fait de Jésus, عليه السلام, le fils d’Allah, et elles avaient adoré le feu, l’eau et l’air. Mais ce qu’il a lui-même dit est véritablement digne d’attention. Il ne revendique aucun mérite pour toutes ces qualités qui sont les siennes. Il dit : « Je suis un être humain, un être humain comme vous. Rien de ce que je possède ne m’appartient en propre ; tout appartient à Allah et tout m’a été accordé par Lui. Le message que j’ai apporté, auquel l’humanité tout entière est incapable de produire un équivalent, ne m’appartient pas non plus ; il n’est pas le fruit de mes capacités intellectuelles. Chacun de ses mots m’est venu d’Allah. C’est pourquoi Allah seul mérite la louange. Rien de ce que j’ai accompli, aucune loi que j’ai établie, aucun principe moral que j’ai enseigné aux hommes, je ne l’ai créé moi-même. Je n’ai pas le pouvoir de présenter quoi que ce soit de ma compétence personnelle. En toute chose, je dépends de la direction et des instructions d’Allah. Je ne dis et ne fais que ce qui m’est indiqué de Sa part. »

Quelle vérité étonnante ! Quelle extraordinaire probité et quelle véracité ! Les menteurs n’hésitent nullement, pour paraître grands, à inscrire à leur propre crédit les œuvres éminentes d’autrui. Pourtant, il n’est pas du tout difficile d’en retrouver l’origine. Mais cet homme ne revendique même pas comme siens des qualités que, s’il les attribuait à son propre mérite, personne ne pourrait déclarer mensongères. Car nul ne connaît le moindre moyen d’en découvrir l’origine. Quelle preuve plus éclatante de véracité pourrait-il y avoir ? Quelqu’un qui a reçu d’une source extrêmement secrète des qualités sans précédent et qui révèle sans hésitation l’origine véritable de ces qualités, qui pourrait être plus véridique que lui ? Si nous ne l’appelons pas véridique, qui appellerons-nous ainsi ?

Les arguments coraniques en faveur de la prophétie de Hazrat Muhammad (s.a.)

Quelques arguments importants— [Les discussions et les arguments concernant la prophétie de Muhammad qui sont réunis dans le Coran sont si vastes et si étendus qu’il est impossible de les exposer intégralement dans un seul article. En outre, l’explication et l’analyse des arguments coraniques présentées par Maulana Maududi prendraient, une fois rassemblées, la forme d’un ouvrage à part entière. Compte tenu de ces considérations, nous citons ici la brève discussion du Maulana consacrée à quelques arguments particulièrement importants. — (Le compilateur)]

Il est dit dans le Coran :

(Arabe*****************à la page 109 du PDF)

« Ô Prophète, auparavant tu ne lisais aucun livre et tu n’en écrivais aucun de ta main. S’il en avait été ainsi, les gens attachés au faux auraient pu nourrir des doutes. Mais ce sont en réalité des signes évidents dans les cœurs de ceux qui ont reçu la connaissance. » — (Sourate al-‘Ankabût : 48-49)

L’argument essentiel exposé dans ce verset est que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) était illettré. Ses compatriotes, ses proches, les membres de sa famille et les gens de sa tribu l’avaient vu de leurs propres yeux depuis sa naissance jusqu’à sa jeunesse. Ils savaient parfaitement qu’il n’avait jamais lu de livre de toute sa vie et qu’il n’avait jamais pris une plume.

Le fait que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) fût illettré constitue la preuve de sa prophétie

En mentionnant le fait concret qu’il était illettré, Allah a dit : cela prouve clairement que l’immense et profonde connaissance des enseignements des Livres célestes anciens, des récits de la vie des prophètes précédents, des doctrines et croyances des diverses religions du passé, de l’histoire des peuples primitifs, ainsi que de l’économie et de l’organisation sociale, qui sort de la bouche de ce Prophète illettré, ne pouvait lui être acquise par aucun autre moyen que la Révélation. S’il avait su lire et écrire, et si les gens l’avaient vu lire des livres, faire des recherches et mener des investigations, les négateurs auraient peut-être eu un fondement pour soupçonner que cette immense somme de connaissances avait pu être acquise non par la Révélation, mais par l’étude et la recherche du savoir. Mais l’illettrisme absolu du Prophète n’a laissé aucune place à ce genre de soupçon. — [Après une description aussi catégorique du Coran et une démonstration aussi parfaite de son argumentation, il est impossible de ne pas s’étonner de l’audace de ceux qui tentent encore de prouver que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) était instruit. Pourtant, le Coran établit ici en termes parfaitement clairs que son illettrisme constitue une preuve irréfutable en faveur de sa prophétie. Les récits sur lesquels on s’appuie pour affirmer que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) était instruit ou qu’il apprit plus tard à lire et à écrire méritent d’abord d’être rejetés d’emblée. En effet, aucun récit contraire au Coran ne peut être accepté. De plus, ils sont si faibles qu’il est impossible de les prendre pour fondement d’un raisonnement. L’un d’eux est le récit de Boukhari concernant le traité d’al-Hudaybiyya. Il y est rapporté qu’au moment de rédiger le traité, le représentant des polythéistes de La Mecque dit au Prophète (paix et bénédictions sur lui) : « Efface “Messager d’Allah” de “Muhammad, le Messager d’Allah” et écris “Muhammad ibn ‘Abdallah” (Muhammad, fils d’Abdallah). » ‘Ali refusa d’effacer les mots « Messager d’Allah ». Alors le Prophète (paix et bénédictions sur lui) prit le traité de sa main, effaça lui-même ces mots et écrivit « Muhammad ibn ‘Abdallah ». Ce hadith, rapporté d’après le Compagnon al-Barâ’ ibn ‘Âzib, est cité en quatre endroits dans Boukhari et en deux endroits dans Muslim, avec des variantes dans chaque version. Dans un chapitre de Boukhari consacré au traité, l’une des versions est formulée ainsi :

(Arabe*****************page 110 du PDF)

« Le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) dit à ‘Ali (qu’Allah l’agrée) : “Efface cette mention.” ‘Ali répondit : “Je ne peux pas l’effacer.” Finalement, le Prophète l’effaça lui-même de sa propre main.

Deuxièmement : une autre version de Boukhari est formulée ainsi :

(Arabe*****************page 110 du PDF)

« Puis il dit à Ali (que Dieu l’agrée) : “Efface les mots ‘Messager de Dieu’.” Ali (que Dieu l’agrée) répondit : “Non, par Dieu, je n’effacerai jamais votre nom.” Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) prit alors le traité et y écrivit : “Ceci est le traité conclu par Muhammad, fils d’Abdullah.” »

Troisièmement : la troisième version de Boukhari, rapportée par al-Barā ibn ʿĀzib, est insérée dans le chapitre de la jizya. Elle dit : (Arabe*****************à la page 110 du PDF)

« Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) ne savait pas écrire lui-même. Il dit à Ali (que Dieu l’agrée) : “Efface les mots ‘Messager de Dieu’.” Ali (que Dieu l’agrée) répondit : “Par Dieu, je ne les effacerai jamais.” Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) dit alors : “Montre-moi donc l’endroit où ces mots sont écrits.” Il lui montra l’endroit. Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) effaça alors les mots de sa propre main. »

Quatrièmement : la quatrième version de Boukhari est insérée dans le Kitāb al-Maghāzī (le chapitre consacré aux expéditions et aux guerres). La voici :

(Arabe*****************(à la page 110 du PDF)

« Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) prit alors le traité en main, bien qu’il ne sût pas écrire. Il écrivit : “Ceci est le traité conclu par Muhammad, fils d’Abdullah.” »

Cinquièmement : une autre version rapportée d’al-Barā ibn ʿĀzib est consignée dans le Kitāb al-Jihād de Muslim. Elle dit que, comme Ali (que Dieu l’agrée) refusait de le faire, le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) effaça lui-même les mots « Messager de Dieu ».

Sixièmement : une autre version de Muslim rapporte que le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) dit à Ali (que Dieu l’agrée) : « Montre-moi où se trouvent les mots “Messager de Dieu”. » Ali (que Dieu l’agrée) lui en indiqua l’emplacement. Le Prophète effaça alors ces mots et écrivit à leur place : « fils d’Abdullah ». Les différences de formulation entre les diverses versions montrent clairement que le transmetteur intermédiaire n’a pas réussi à rapporter mot pour mot le récit d’al-Barā ibn ʿĀzib. C’est le Prophète lui-même qui aurait écrit de sa propre main le mot « Abdullah ». Il est également possible que les faits se soient déroulés ainsi : lorsque Ali (que Dieu l’agrée) refusa d’effacer les mots « Messager de Dieu », le Prophète lui demanda de lui indiquer l’endroit exact ; après l’avoir appris d’Ali (que Dieu l’agrée), il les effaça de sa propre main, puis fit écrire « ibn Abdullah » par Ali (que Dieu l’agrée) ou par un autre scribe. D’autres versions indiquent peut-être qu’Ali et Muhammad ibn Maslama (que Dieu les agrée tous deux) étaient tous deux chargés de rédiger le traité. (Fath al-Bārī, vol. 5, p. 217.) Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’une tâche qu’un scribe refusait d’accomplir ait été confiée à un autre scribe.

Sur la base d’une autre narration rapportée par Ibn Abi Shayba et ʿAmr ibn Maymûn, d’après Mujâhid, on prétend que le vénérable Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) savait lire et écrire. Cette narration est la suivante :(Arabe*****************page 111 du PDF)

« Le vénérable Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait appris à lire et à écrire avant son décès. » Cependant, du point de vue de la chaîne de transmission, cette narration est très faible. Hafiz Ibn Kathîr l’a qualifiée de dénuée de fondement et de faible. Deuxièmement, si le vénérable Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait réellement appris à lire et à écrire par la suite, la chose aurait été largement connue. De nombreux Compagnons l’auraient rapportée, et l’on aurait également su auprès de quels Compagnons le vénérable Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait appris à lire et à écrire. Pourtant, nul autre qu’ʿAwn ibn ʿAbdullah ne rapporte cette narration. Mujâhid l’apprit d’ʿAwn. Or ʿAwn n’était pas un Compagnon, mais un tâbiʿî (la génération immédiatement postérieure aux Compagnons), et lui non plus n’a pas précisé auprès de quel Compagnon ou de quels Compagnons il avait recueilli cette information. De ce point de vue également, la faiblesse de cette narration est manifeste. Aucune affirmation qui contredit les faits réels ne peut être acceptée sur la base d’une narration aussi faible.]

Qu’un homme illettré apporte un livre semblable au Coran et fasse preuve d’un talent et d’une maturité extraordinaires, apparemment sans aucune préparation préalable, est assurément un phénomène anormal. Pour les gens instruits et clairvoyants, ce sont là les signes les plus éclatants de la prophétie de cet homme illettré — cet argument a également été exposé dans l’article intitulé « La prophétie de Muhammad à l’épreuve de la pierre de touche de la personnalité », mais le sujet y a été présenté sans analyser les arguments du Coran. — (Le compilateur.) Que l’on examine la biographie de n’importe quelle personnalité historique du monde : on pourra trouver, dans son environnement, les causes qui ont contribué à la formation de sa personnalité et à l’épanouissement de son talent. On observe une correspondance évidente entre les éléments qui ont formé sa personnalité et son milieu. Mais on ne retrouve pas, dans la personnalité de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), les qualités étonnantes qui s’y manifestent. Pas dans la société arabe, en tout cas. Même dans les milieux les plus éloignés des sociétés des pays avec lesquels les Arabes entretenaient des relations, on ne trouve aucun élément présentant la moindre ressemblance avec ceux qui ont constitué la personnalité de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). C’est dans le contexte de cette vérité concrète que s’est produit l’ensemble des signes mentionnés plus haut. — Ici, le Coran répond aux contradicteurs qui exigeaient la manifestation d’un miracle comme condition préalable pour accepter la prophétie du Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). — (Le compilateur.) Peu importe que les ignorants ne découvrent en lui aucun signe. Quant aux savants, en voyant ces signes, ils ont compris qu’il possédait ce talent sans précédent et qu’il ne pouvait être autre chose qu’un prophète.

(Arabe*****************page 112 du PDF)

« Ils disent : “Pourquoi aucun signe ne lui est-il descendu de la part de son Seigneur ?” Dis : “Les signes ne sont qu’auprès d’Allah. Moi, je ne suis venu que pour avertir clairement. Ne leur suffit-il donc pas que Nous ayons fait descendre sur toi le Livre et qu’il leur soit récité ? Il contient certes une miséricorde et un rappel pour les croyants.” » — (Sourate al-ʿAnkabût, 50-51)

Autrement dit, le fait qu’un Livre semblable au Coran ait été révélé sur toi, alors même que tu es illettré, n’est-il pas déjà un grand miracle ? N’est-ce pas suffisant pour croire en ta prophétie ? Après cela, est-il encore nécessaire d’exiger d’autres miracles ? Les autres miracles sont d’une autre nature. Ils ne sont rapportés et ne seront rapportés qu’à ceux qui les ont vus. Vous pouvez toujours les voir.

Présenter la vie antérieure à la prophétie comme preuve

(Arabe*****************page 112 du PDF)

« J’ai déjà passé une partie de ma vie parmi vous. » — (sourate Yûnus : 16)

Les polythéistes quraychites pensaient que le Coran était une œuvre inventée par Muhammad (s.a.s.). Ils prétendaient qu’il cherchait sans raison à la faire passer pour une révélation divine. En revanche, Muhammad (s.a.s.) affirmait qu’il ne s’agissait pas d’un livre composé par lui, mais qu’il lui était parvenu par révélation de la part d’Allah. Le verset précédent présente un argument puissant pour réfuter cette conception des polythéistes et soutenir l’affirmation du Prophète. Laissons de côté les autres arguments et preuves. Mais la vie réelle du Prophète (s.a.s.) était sous leurs yeux. Avant sa mission prophétique, il avait passé quarante années entières parmi eux. Il était né dans leur ville. Ils l’avaient vu passer son enfance et sa jeunesse, puis atteindre la maturité. Toutes ses relations sociales — ses fréquentations, sa manière de vivre, son alimentation, ses relations avec les autres, ses transactions, ses mariages, etc. — étaient avec eux. Rien dans sa vie ne leur était inconnu ni caché. Quelle preuve pourrait être plus irréfutable qu’une telle connaissance directe et fondée sur l’observation ! Deux éléments de sa vie étaient parfaitement clairs, et chaque habitant de La Mecque les connaissait.

Premièrement, durant les quarante années entières qui précédèrent sa mission prophétique, il n’avait reçu ni éducation ni fréquenté personne qui puisse constituer une source des connaissances multiples dont il fit preuve immédiatement après avoir revendiqué la prophétie. On ne l’avait jamais vu, avant la révélation du Coran, s’intéresser aux sujets traités successivement dans ses sourates, en parler ou exprimer une opinion à leur propos. Même lorsque, parvenu à l’âge de quarante ans, il commença soudainement à appeler les gens à la foi, aucun de ses amis intimes ni de ses proches parents n’avait remarqué, au cours de ces quarante années, le moindre signe de préparation ou d’organisation dans sa conduite ou ses propos. Cela prouve clairement que le Coran n’est pas le fruit de son esprit : son origine se trouve ailleurs et il lui a été transmis de l’extérieur. En effet, l’esprit humain n’est pas capable de produire soudainement une chose à un quelconque moment de la vie. Quel que soit le moment où il produit quelque chose, on en trouvera nécessairement, aux étapes précédentes, les signes de préparation, de développement et de maturation. C’est pourquoi certains hommes habiles de La Mecque comprirent qu’il serait absolument absurde de prétendre que le Coran provenait de l’esprit du Prophète (s.a.s.). Ils changèrent donc de discours et commencèrent à dire qu’il devait certainement y avoir, dans les coulisses, quelqu’un qui enseignait ces paroles à Muhammad (s.a.s.). Mais cette affirmation se révéla encore plus insensée que la précédente. Car, même dans toute l’Arabie — à plus forte raison à La Mecque —, il n’existait pas une seule personne possédant une telle compétence, que l’on puisse désigner du doigt en disant : « C’est untel qui a composé ces paroles » ou « qui serait capable de les composer ». En réalité, une personne dotée d’une telle compétence ne peut rester inconnue et ignorée dans aucune société.

La deuxième caractéristique éclatante de la vie du Prophète (s.a.s.) avant sa mission prophétique était qu’on ne trouvait dans son caractère pas même la moindre trace d’un défaut relevant du mensonge, de la tromperie, de la fraude, de la malhonnêteté, de la bassesse ou de la vilenie. Dans toute la société, personne n’aurait pu dire avoir observé chez lui, durant ces longues quarante années de relations avec les gens, le moindre défaut de cette nature. Au contraire, quiconque l’avait fréquenté l’avait toujours considéré comme un homme d’une parfaite véracité, juste, vertueux et digne de confiance. Un événement célèbre eut lieu seulement cinq ans avant sa mission prophétique, lors de la reconstruction de la Kaaba. Un différend éclata entre les différents clans de Quraych : qui retirerait la Pierre noire sacrée et la remettrait à sa place ? Finalement, ils décidèrent de se réconcilier en convenant que le premier homme à entrer dans le Sanctuaire le lendemain matin serait accepté comme arbitre. Le lendemain, ils virent que Muhammad (s.a.s.) était le premier à être entré dans le Sanctuaire. Dès qu’ils l’aperçurent, ils s’exclamèrent avec enthousiasme : « C’est bien cet homme juste ! Nous acceptons. C’est Muhammad ! » Ainsi, avant même de le désigner comme prophète, Allah obtint officiellement de tout le clan de Quraych un témoignage en faveur de sa justice. Après cela, comment pourrait-on imaginer que cet homme, connu sous le nom d’« al-Amîn », puisse jamais recourir à l’injustice et au mensonge ? Un homme qui, durant toute sa vie, n’avait jamais eu recours au mensonge, même dans la moindre affaire, ni pratiqué la tromperie ou la fraude, aurait-il soudain commencé à commettre un mensonge aussi énorme et une tromperie aussi monstrueuse, en faisant passer pour la parole d’Allah quelques propos qu’il aurait inventés de toutes pièces ? Comment cela serait-il possible ?

(Arabe*******************************************à la page 114 du PDF)

« Et ainsi, ô Muhammad, Nous t’avons révélé, par Notre ordre, un esprit. Sinon, tu n’aurais rien su du Livre ni de ce qu’est la foi. » — (sourate Ach-Chûrâ : 52)

En vérité, avant de recevoir la mission prophétique, le Messager d’Allah (s.a.s.) n’avait jamais même imaginé qu’un livre puisse lui être destiné ou qu’il fût sur le point d’en recevoir un. Il ne savait absolument rien des Livres célestes ni de leur contenu. De même, sa foi en Allah était réelle. Mais il ignorait qu’il fallait également croire en beaucoup de choses concernant les anges, la prophétie, les Livres célestes et l’au-delà. Pour les habitants de La Mecque aussi, l’annonce de sa mission prophétique fut totalement soudaine et inimaginable. Avant cette annonce inattendue, personne ne pouvait témoigner l’avoir jamais entendu dire qu’il fallait croire au Livre d’Allah ou à telle ou telle autre chose. Il va sans dire que si quelqu’un se préparait à l’avance, de son propre chef, à se faire passer pour un prophète, il n’aurait pas pu être à ce point indifférent à sa prétendue mission que ceux qui vivaient jour et nuit avec lui pendant quarante ans n’entendent pas de sa bouche un seul mot au sujet du Livre et de la foi, puis qu’au terme exact de ces quarante années il commence soudainement à prononcer des discours interminables sur ces sujets.

(Arabe*******************************************à la page 114 du PDF)

« Tu n’espérais nullement que le Livre te serait révélé. Il ne t’a été révélé que par la grâce d’Allah ; ne sois donc pas un soutien pour les mécréants. » — (sourate Al-Qasas, 86) Cette parole est présentée comme une preuve de la prophétie de Muhammad (s.a.s.). Considérons d’abord le cas du prophète Moïse (a.s.). Il ne savait absolument pas qu’il allait devenir prophète et être chargé d’une mission importante. Loin d’avoir le désir ou l’ambition de devenir prophète, il n’avait même jamais imaginé, au moindre instant, que cela fût possible. Soudain, il fut appelé alors qu’il se trouvait sur la route, établi comme prophète, et chargé d’accomplir des actes extraordinaires qui n’avaient aucun rapport avec sa vie passée. C’est exactement ce qui s’était produit dans la vie de Muhammad (s.a.s.). Jusqu’à la veille du jour où il descendit de la grotte de Hirâ avec l’annonce de sa mission prophétique, les habitants de La Mecque connaissaient parfaitement son mode de vie, son activité, sa manière de parler, les sujets dont il discutait, ainsi que la nature de ses occupations et de ses inclinations. Il est vrai que cette partie de sa vie constituait tout entière un témoignage éclatant de sincérité, de véracité, de loyauté et de vertu. C’était la vie d’un homme extrêmement courtois, profondément pacifique et inoffensif, fidèle à ses promesses et à ses pactes, très soucieux de rendre aux autres leurs droits et leurs dûs, et remarquablement charitable. Telles étaient les principales caractéristiques, d’une importance exceptionnelle, de sa vie. Pourtant, rien en lui ne pouvait faire imaginer à quiconque que cet homme pieux et vertueux allait bientôt se déclarer prophète. Parmi ceux qui entretenaient avec lui des relations étroites, qui étaient ses parents, ses voisins ou ses amis, personne n’aurait pu dire qu’il se préparait déjà à devenir prophète. Immédiatement après le moment bouleversant de la grotte de Hirâ, il commença soudain à s’exprimer sur certains sujets ; le langage, les termes et les mots particuliers qu’il employait alors, personne ne les avait auparavant entendus de sa bouche. Jamais il ne s’était levé pour prononcer un sermon, une exhortation ou un discours. Jamais il ne s’était engagé dans une action ou dans une da‘wa. Rien dans son activité ne laissait penser qu’il projetait d’entreprendre un programme destiné à résoudre les problèmes de la vie sociale ou à opérer une réforme religieuse ou morale. Jusqu’à la veille de cet instant révolutionnaire, il passait joyeusement son temps avec ses enfants, prenait soin de ses hôtes, aidait les pauvres et les nécessiteux, se comportait avec bonté envers ses proches et se retirait parfois dans la solitude pour adorer Allah. Qu’un homme aussi paisible et respectable apparaisse soudain devant la foule en proclamant une annonce propre à ébranler le monde, commence à prêcher un message révolutionnaire, produise un patrimoine littéraire incomparable et présente une philosophie de vie, une méthode de pensée ainsi qu’un système moral et social nouveaux, différents de toutes les opinions et de toutes les voies en vigueur dans le monde, constitue sans aucun doute un événement extrêmement saisissant et extraordinaire. Un tel phénomène ne peut jamais résulter de la méthode ou de la préparation d’un homme, ni d’une initiative ou d’un effort volontaire. En effet, toute tentative, toute initiative, toute préparation de ce genre doit nécessairement progresser en franchissant les différentes étapes de l’évolution historique. Et elle doit progresser en franchissant ces étapes. Or ces étapes ne peuvent jamais rester cachées aux compagnons et aux proches qui entourent constamment un homme. Si la vie de Hazrat (s.a.s.) avait avancé en franchissant de telles étapes, des centaines de personnes à La Mecque auraient déclaré : « Nous savions que cet homme finirait un jour par formuler une revendication sensationnelle ou une autre. » Mais l’histoire témoigne que, quels que fussent les autres reproches adressés par les habitants de La Mecque à Hazrat (s.a.s.), ils ne formulèrent jamais celui-là.

En revanche, les hadiths décrivant les débuts de la révélation prouvent que Hazrat (s.a.s.) lui-même ne désirait pas recevoir la prophétie, ne l’espérait pas et ne l’attendait pas ; il se trouva plutôt soudainement confronté à cette réalité, de manière totalement inattendue et inimaginable. Après sa première rencontre avec Jibrîl (a.s.) et l’inauguration de sa mission prophétique par la révélation des premiers versets de la sourate Al-‘Alaq, Hazrat (s.a.s.) rentra chez lui en tremblant, depuis la grotte de Hirâ. Puis il dit aux membres de sa famille : « Couvrez-moi ! Couvrez-moi ! » Lorsque, quelque temps plus tard, sa frayeur se fut un peu dissipée, il raconta tout à son épouse Khadija (r.a.) et lui dit : « Je crains de mourir. » Khadija (r.a.) répondit aussitôt : « Jamais ! Allah ne vous affligera jamais. Vous vous acquittez des droits de vos proches, vous aidez les démunis et les indigents, vous honorez vos hôtes et vous êtes toujours prêt à contribuer à toute bonne œuvre. » Elle conduisit ensuite Hazrat (s.a.s.) auprès de Waraqa ibn Nawfal. Waraqa était le cousin paternel de Khadija (r.a.), un éminent savant des Gens du Livre et un homme véridique. Après avoir entendu de Hazrat (s.a.s.) le récit de tout ce qui s’était passé, il déclara calmement : « Quoi donc ? Ils me chasseront de ce pays ? » Hazrat (s.a.s.) demanda : « Quoi donc ? Ils me chasseront de ce pays ? » Waraqa répondit : « Oui. Chaque fois que quelqu’un est venu autrefois avec ce que vous avez apporté, les gens de son pays sont aussitôt devenus ses ennemis. »

Cet événement offre une image parfaite du bouleversement qui se produit naturellement lorsqu’un homme simple est confronté de manière inattendue à un événement extrêmement extraordinaire et inhabituel. Si le Messager d’Allah (s.a.s.) avait déjà eu l’intention de devenir prophète, s’il avait pensé qu’un homme comme lui devait être prophète et s’était absorbé dans la méditation, attendant avec impatience que l’ange vienne lui apporter un message, alors, lors de l’événement de la grotte de Hirâ, il aurait bondi de joie ; exalté par le bonheur et la fierté, il serait descendu de la montagne et se serait rendu directement auprès du peuple pour proclamer à haute voix sa prophétie. Mais où était cette joie, et où était cette voix retentissante ? Il resta au contraire là, puis s’allongea enveloppé dans une couverture. Lorsque son esprit se fut quelque peu apaisé, il raconta tout à son épouse à voix basse. Il lui dit : « Aujourd’hui, alors que j’étais seul dans la grotte de Hirâ, j’ai été confronté à cet événement terrifiant. Je ne sais pas ce qui va m’arriver. J’ai l’impression que ma vie est en danger. » Il va sans dire que cette réaction était profondément différente de celle que l’on aurait attendue d’un aspirant à la prophétie.

Personne ne peut mieux connaître la vie, le caractère et la manière de penser d’un mari que son épouse. Si Khadija (r.a.) avait su auparavant que son mari aspirait à la prophétie et comptait sans cesse les heures dans l’attente de la venue de l’ange, elle ne lui aurait pas répondu de cette façon. Elle lui aurait dit tout autre chose. Elle aurait dit : « Pourquoi avez-vous peur ? Vous avez obtenu ce que vous désiriez depuis si longtemps. Allez maintenant vous lancer dans le commerce du maître et du disciple ; je me prépare à gérer les offrandes et les présents qui afflueront. » Mais, au regard de ce qu’elle avait appris de la vie de Hazrat (s.a.s.) durant quinze années de vie conjugale, elle comprit en un instant qu’auprès d’un homme aussi honnête et désintéressé, qui que ce soit d’autre pût venir, Satan ne pouvait pas venir, et qu’Allah ne pouvait pas non plus lui infliger une épreuve très difficile. En vérité, ce qu’elle avait constaté était entièrement vrai.

La situation de Waraqa ibn Nawfal était également de cette nature. Il n’était pas d’une génération ultérieure. Il était un parent du Prophète (SA) et son beau-frère très proche. En tant que savant chrétien, il savait ce que signifiaient la prophétie, le Livre et la révélation, et il était capable de distinguer la réalité des choses artificielles et fabriquées. Comme il avait quelques années de plus que le Prophète (SA), il avait vu toute sa vie depuis son enfance. Après avoir lui aussi entendu de sa bouche le récit de l’événement de Hira, il déclara aussitôt : « Cet être venu à toi est certainement l’ange qui apportait la révélation au prophète Moïse (AS). Car ici aussi les circonstances étaient semblables à celles de Moïse (AS). » C’était un homme simple, au caractère absolument parfait et irréprochable. Son esprit était entièrement limpide et libre. Loin d’aspirer à la prophétie, il n’avait même jamais imaginé qu’il puisse devenir prophète. Soudain, en pleine possession de ses facultés et parfaitement conscient, il se trouva publiquement confronté à cet événement extraordinaire et sans précédent. C’est pourquoi Waraqa put parvenir, sans la moindre réflexion préalable, à la conclusion qu’il n’y avait ici ni tromperie des instincts ni ruse de Satan. Au contraire, cet homme honnête et véridique, qu’il connaissait depuis toujours, avait bien vu ce qu’il avait vu, dans un état dépourvu de toute volonté ou ambition personnelle : il avait réellement contemplé la vérité. La conclusion de Waraqa était aussi exacte et irréfutable qu’un calcul mathématique.

En vérité, dans le contexte de l’honnêteté totale, de la véracité et de l’analphabétisme absolu de sa vie antérieure à la prophétie, la révélation descendue de manière si soudaine et inattendue constituait une preuve si éclatante de la véracité de la prophétie qu’il est impossible à toute personne douée d’un véritable discernement de la nier. Le Coran la présente à plusieurs reprises comme une preuve de la prophétie. Ainsi, dans la sourate Yûnus, Allah dit :

(Arabe*******************************************page 117 du PDF)

« Ô Prophète ! Dis : “Si Allah ne l’avait pas voulu, je ne vous aurais jamais récité ce Coran ni ne vous en aurais donné connaissance. J’ai pourtant passé une partie considérable de ma vie parmi vous. Ne comprenez-vous donc pas même cela ?” » — (verset 16)

Dans la sourate Ach-Chûrâ, Allah dit :

(Arabe*******************************************page 114 du PDF)

« Ô Prophète ! Tu ne savais nullement ce qu’était le Livre ni ce que signifiait la foi. Mais Nous avons fait de cette révélation une lumière. Par cette lumière, Nous guidons vers le droit chemin ceux de Nos serviteurs que Nous voulons. » — (verset 52)

Pour une explication plus détaillée à ce sujet, voir Tafhîm al-Qur’ân, sourate Yûnus, note 21 ; Al-‘Ankabût, notes 88 à 92 ; et Ach-Chûrâ, note 84.

La vie pure et immaculée du Messager d’Allah (s), l’influence extraordinaire de son enseignement et de son éducation sur le caractère de ses compagnons, ainsi que les thèmes sublimes abordés par le Coran : tout cela constitue des signes éclatants. Il est extrêmement difficile à quiconque connaît la vie des prophètes et l’enseignement des Livres célestes d’entretenir le moindre doute.

(Arabe*******************************************à la page 118 du PDF)

« (Il est) un Messager envoyé par Allah, qui récite des feuillets purifiés, dans lesquels se trouvent des écrits vrais et justes. » — (sourate Al-Bayyina : 2-3)

Ici, la personne même du Messager d’Allah (s) est qualifiée de preuve éclatante. En effet, l’ensemble de sa vie, avant comme après le début de sa mission prophétique, le fait que, bien qu’illettré, il ait présenté un livre tel que le Coran, la révolution extraordinaire survenue dans la vie des croyants sous l’effet de son enseignement et de sa compagnie, la parfaite rationalité de sa croyance, la précision et la pureté extrêmes de son adoration, son caractère d’une pureté incomparable, ainsi que l’enseignement des meilleurs principes et règles pour la vie humaine ; la parfaite cohérence entre les paroles et les actes du Prophète (s), et la poursuite de sa mission avec une détermination inébranlable et une fidélité inaltérable face à toutes les oppositions et à toutes les difficultés : toutes ces qualités incomparables constituent des signes manifestes qu’il est le Messager d’Allah.

Le Coran, œuvre miraculeuse et preuve de la mission prophétique

(Arabe*******************************************à la page 118 du PDF)

« Il ne fait aucun doute que ce Livre a été descendu de la part du Seigneur des mondes. Vont-ils dire : “Il l’a forgé lui-même” ? Non ! Il est au contraire la vérité venue de ton Seigneur. » — (sourate As-Sajda : 2-3)

Ici, il n’est pas seulement dit que ce Livre a été révélé par le Seigneur des mondes. Il est affirmé avec encore plus de force qu’il est assurément le Livre d’Allah. Il ne peut subsister le moindre doute quant au fait que ce Livre, révélé par Allah, vient de Lui. Si l’on examine cette phrase de certitude à la lumière du contexte réel de la révélation du Coran et de l’ensemble de son exposé, avant comme après ce passage, on comprend qu’elle présente simultanément une affirmation et sa preuve. Cette preuve n’était pas inconnue des habitants de La Mecque devant lesquels cette affirmation fut énoncée. Ils connaissaient toute la vie de celui qui leur récitait ce Livre, aussi bien sa vie antérieure que sa vie postérieure à cette récitation. Ils pouvaient constater la différence manifeste entre la langue et le style de ce Livre et la langue et le style propres à Muhammad (s). Ils comprenaient clairement qu’une même personne ne pouvait avoir deux styles d’expression aussi différents. Ils observaient la beauté littéraire absolument miraculeuse de ce Livre. Et, parce qu’ils parlaient la même langue, ils voyaient de leurs propres yeux que tous les poètes et hommes de lettres d’Arabie étaient incapables de produire une œuvre comparable. — [Le Coran a été présenté précisément avec ce défi : “(Arabe**** dans la note) « Apportez donc une sourate qui lui soit semblable. » Ce défi a rendu encore plus manifeste le caractère miraculeux du Coran. Incapables d’y répondre, les opposants avaient tacitement reconnu que cette littérature n’était pas d’origine humaine. Allah a qualifié ce caractère miraculeux du Coran de preuve de la véracité de la mission prophétique du Prophète (s). — (Les compilateurs)] La différence considérable entre la langue des poètes, des hommes de lettres, des orateurs et des religieux d’Arabie et celle du Coran, ainsi que le niveau exceptionnellement élevé des sujets exposés dans le Coran, ne leur étaient pas inconnus. Ils ne trouvaient la moindre trace de l’égoïsme propre à la littérature et aux actes d’un imposteur ni dans la littérature du Coran ni dans la mission de son porteur. Même à l’aide d’un microscope, ils n’auraient pu découvrir le moindre intérêt personnel : en prétendant à la mission prophétique, quels genres de gens étaient attirés de leur nation vers l’appel du Prophète (s), qu’il s’agisse de lui-même, de sa famille, de sa tribu ou de sa communauté, et quelle immense révolution s’opérait dans leur vie, ils le voyaient de leurs propres yeux. Tout cela constituait une preuve irréfutable en faveur de la prétention à la mission prophétique. Dans ce contexte, il suffisait de dire que ce Livre avait été révélé par le Seigneur des mondes et qu’il ne pouvait y avoir aucun doute à ce sujet.

Les prophéties de la Torah et de l’Évangile concernant le Prophète universel

Une déclaration importante de Jésus, fils de Marie (paix sur lui)

(Arabe*******************************************à la page 120 du PDF)

« Rappelle-toi les paroles de Jésus, fils de Marie. Il dit : “Ô descendants d’Israël ! Je suis envoyé vers vous comme Messager, confirmant la Torah qui était présente avant moi et annonçant la bonne nouvelle d’un Messager qui viendra après moi, dont le nom sera Ahmad.” » — (sourate as-Saff, 6)

Cette parole peut recevoir trois interprétations, et toutes trois sont justes. La première est la suivante : je ne suis pas venu avec une religion différente et nouvelle. J’ai apporté la même religion que Moïse (paix sur lui). Je ne suis pas venu réfuter la Torah, mais la soutenir et en proclamer la véracité. La pratique éternelle de chaque Messager d’Allah consiste à soutenir le Messager précédent et à proclamer sa véracité. Je suis moi aussi cette pratique. Vous n’avez donc aucune raison d’hésiter à reconnaître que je suis un Messager.

La deuxième interprétation est que la prophétie contenue dans la Torah au sujet de ma venue comme Messager a été confirmée et accomplie par ma mission prophétique. Ainsi, au lieu de vous opposer à moi, vous devriez plutôt m’accueillir en disant : « Le prophète dont les prophètes d’autrefois avaient annoncé la venue est arrivé. »

Si l’on lit la parole mentionnée dans le Coran en la reliant à ce qui la suit, la troisième interprétation qui s’en dégage est la suivante : je proclame véridique la prophétie annoncée par la Torah au sujet de la venue du Messager d’Allah Ahmad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), et j’annonce moi-même sa venue. À la lumière de cette troisième interprétation, la parole de Jésus (paix sur lui) constitue donc une confirmation et une validation de la bonne nouvelle que Moïse (paix sur lui) avait annoncée à son peuple au sujet de l’avènement du Prophète universel.

Une prophétie explicite de la Torah

Dans ce discours adressé au peuple, Moïse (sur lui la paix) dit : « Ton Seigneur fera apparaître pour toi, parmi les tiens, c’est-à-dire parmi tes frères, un prophète semblable à moi. Écoutez-le. Cette apparition aura lieu conformément à la demande que tu avais adressée à ton Seigneur le jour de l’assemblée, lorsque tu te trouvais à Horeb. Tu avais dit : “Que je n’aie plus à entendre la voix de mon Seigneur et que je n’aie plus à voir ce feu terrifiant, de peur d’en mourir.” Le Seigneur m’a dit : “Ce qu’ils disent est juste. Je susciterai pour eux, parmi leurs frères, un prophète ; je mettrai Mes paroles dans sa bouche et il leur dira tout ce que Je lui ordonnerai. Et si quelqu’un n’écoute pas les paroles qu’il prononcera en Mon nom, Je lui en demanderai compte.” » — (Deutéronome, chapitre 18, versets 15-19)

C’est une prophétie explicite de la Torah. Elle ne peut s’appliquer à personne d’autre qu’à Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Par ces paroles, Moïse (sur lui la paix) annonce à son peuple la promesse d’Allah : « Je susciterai pour toi, parmi tes frères, un prophète. » Il est évident que, dans le langage d’une nation, ses « frères » ne désignent pas une famille ou une tribu de cette même nation. Les frères d’une nation désignent une autre nation de même ascendance. Si le sens avait été qu’un prophète apparaîtrait parmi les enfants d’Israël, il aurait été dit : « Je susciterai pour vous un prophète issu de vous-mêmes. » Ainsi, les frères des enfants d’Israël ne peuvent nécessairement être que les enfants d’Ismaël, puisqu’ils sont de la même ascendance que les enfants d’Israël, étant tous descendants d’Abraham (sur lui la paix). Il existe en outre une autre raison pour laquelle cette prophétie ne peut s’appliquer à aucun prophète des enfants d’Israël : après Moïse (sur lui la paix), ce ne fut pas un seul prophète qui apparut parmi les enfants d’Israël, mais un grand nombre de prophètes. La Bible entière rapporte l’histoire de ces prophètes.

Un autre aspect de cette prophétie mérite d’être relevé. Le prophète qui viendra sera un prophète semblable à Moïse (sur lui la paix). Il va de soi que cela ne signifie pas une ressemblance physique ou une similitude dans le parcours de vie. Car, sous ces rapports, aucune personne n’est semblable à une autre. Cela ne signifie pas non plus une simple similitude dans le fait d’être prophète, car tous les prophètes venus après Moïse (sur lui la paix) lui ressemblaient sous cet aspect. Aucun prophète particulier ne peut donc prétendre posséder le caractère distinctif d’être semblable à Moïse (sur lui la paix). Après avoir écarté ces deux aspects de la ressemblance, il ne reste qu’un aspect qui puisse être considéré comme une caractéristique du prophète à venir : l’apport d’une législation distincte, c’est-à-dire d’un système juridique différent. Le prophète qui viendra apportera, à l’instar de Moïse (sur lui la paix), un système juridique indépendant : telle est la signification essentielle de cette prophétie. Nul autre que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne possède cette caractéristique. En effet, tous les prophètes des enfants d’Israël venus avant lui suivaient le système juridique apporté par Moïse (sur lui la paix). Aucun n’est venu avec un système juridique distinct.

La justesse de cette interprétation des paroles de la Torah est encore davantage établie par les paroles qui suivent : « Le prophète apparaîtra conformément à la demande que tu avais adressée à ton Seigneur le jour de l’assemblée, lorsque tu te trouvais à Horeb. Tu avais dit : “Que je n’aie plus à entendre la voix de mon Seigneur et que je n’aie plus à voir ce feu terrifiant, de peur d’en mourir.” Le Seigneur m’a dit : “Ce qu’ils disent est juste. Je susciterai pour eux, parmi leurs frères, un prophète. Je mettrai Mes paroles dans sa bouche. Il leur dira tout ce que Je lui ordonnerai.” » La demande mentionnée ici est celle par laquelle Moïse (sur lui la paix) demanda à recevoir pour la première fois les prescriptions de la législation religieuse. Elle signifie que, si une législation, c’est-à-dire un système juridique, devait nous être donné à l’avenir, qu’il ne le soit pas dans les conditions terrifiantes décrites aussi bien dans le Coran que dans la Bible. (Voir la sourate al-Baqara, versets 55, 56 et 63 ; la sourate al-A‘râf, versets 155-171 ; la Bible, Livre de l’Exode, 19:17-18.) En réponse, Moïse (sur lui la paix) informa les enfants d’Israël qu’Allah avait exaucé leur demande. Il dit : « Je susciterai pour eux un prophète par la bouche duquel Je proclamerai Mes paroles. » Autrement dit, lorsque la législation serait donnée à l’avenir, la situation terrifiante qui s’était produite dans la vallée du mont Horeb ne se reproduirait pas. Désormais, le prophète chargé de cette mission recevrait seulement les paroles d’Allah par cœur, puis les ferait entendre aux hommes. En examinant attentivement cette déclaration explicite, on peut affirmer sans aucun doute que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est l’accomplissement réel de cette prophétie. Après Moïse, il fut le seul à être dépositaire d’une législation indépendante. Lors de la révélation de la législation aux enfants d’Israël, un grand rassemblement populaire avait eu lieu au pied du mont Horeb ; lors de la révélation de la législation à Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), aucune assemblée comparable n’eut lieu. Et jamais, lors de l’instauration des prescriptions de la législation, une situation semblable à celle qui s’était produite là-bas ne se reproduisit.

L’annonce de la prophétie de Muhammad dans l’Évangile

Le Coran mentionne ainsi la bonne nouvelle annoncée par Jésus (que la paix soit sur lui) au sujet de la prophétie de Muhammad :

(Arabe*******************************************page 122 du PDF)

« Souviens-toi de la parole de Jésus, fils de Marie. Il disait : Ô enfants d’Israël ! Je suis venu à vous comme Messager d’Allah. Je confirme la véracité de la Torah qui a été révélée avant moi. Et je suis venu vous annoncer la bonne nouvelle d’un Messager nommé Ahmad, qui viendra après moi. » — (sourate As-Saff : 6)

C’est un verset important du Coran. Les adversaires de l’islam ont longuement polémiqué à son sujet et ont même tenté de l’interpréter de manière tendancieuse et malveillante. En effet, il y est dit que Jésus, fils de Marie (sur lui la paix), a annoncé la bonne nouvelle de la venue du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) en mentionnant clairement son nom. — [En outre, la Bible contient globalement, en divers endroits, des prophéties concernant la venue du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). À ce sujet, le Coran dit en une seule phrase :

(Arabe********* dans la note)

« Les gens du Livre trouvent sa mention inscrite chez eux dans la Torah et l’Évangile. » — (sourate Al-A‘râf : 147)

À titre d’exemple, on peut relever des prophéties concernant Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans les passages suivants de la Torah et de l’Évangile : Livre du Deutéronome, chapitre 18, versets 15 à 19 ; Évangile selon Matthieu, chapitre 21, versets 33 à 46 ; Évangile selon Jean, chapitre 1, versets 10 à 21 ; Évangile selon Jean, chapitre 14, versets 15 à 17 et 25 à 30 ; Jean, chapitre 15, versets 25 et 26 ; Jean, chapitre 16, versets 7 à 15. 77 — Auteurs et compilateurs.] Il est donc nécessaire d’examiner cette question quelque peu en détail.

Un : « Muhammad » et « Ahmad”: » : Dans ce verset, le nom Ahmad est mentionné comme étant celui du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ahmad a deux significations : celui qui loue le plus et le plus digne de louange parmi les hommes les plus loués. Il ressort de hadiths authentiques que c’était également l’un des noms du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Dans les recueils de hadiths de Muslim et d’Abou Dâwoud al-Tayâlisî, il est rapporté d’après Abou Mûsâ al-Ach‘arî (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : (Arabe********) « Je suis Muhammad, je suis Ahmad et je suis al-Hâshir (celui qui rassemble). » Plusieurs hadiths rapportés par l’intermédiaire de Jubayr ibn Mut‘im à ce sujet ont été cités dans leurs recueils respectifs par l’imam Mâlik, al-Bukhârî, Muslim, al-Dârimî, al-Tirmidhî et al-Nasâ’î. Ce nom du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était également connu et répandu parmi ses Compagnons. Voici un vers de la poésie de Hassân ibn Thâbit :

(Arabe*******************************************à la page 123 du PDF)

« Allah, les anges qui se pressent autour de Son Trône et les hommes pieux ont invoqué les bénédictions sur Ahmad le bienheureux. » L’histoire montre également que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’était pas connu sous ce seul nom : son nom Ahmad était lui aussi connu de tous. Dans toute la littérature arabe, on ne trouve personne, avant le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), qui ait été connu sous le nom d’Ahmad. Après lui, en revanche, d’innombrables personnes ont reçu les noms d’Ahmad et de Ghulam Ahmad. La plus grande preuve en est que ce nom est célèbre et bien connu de toute la communauté depuis l’époque de la prophétie jusqu’à aujourd’hui. Si ce nom n’avait pas été celui du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), de quel Ahmad ceux qui ont appelé leurs fils Ghulam Ahmad les considéreraient-ils comme les serviteurs ?

Deux : le Messie, le prophète Élie (sur lui la paix) et « ce Prophète”: » : L’Évangile de Jean (Yûhannâ) témoigne qu’au moment de la venue de Jésus (sur lui la paix), les enfants d’Israël attendaient trois personnes. Il s’agissait du Messie, d’Élie (c’est-à-dire la réapparition du prophète Élie, sur lui la paix) et de « ce Prophète ».

« Et Jean [Hazrat Yahya (a)] rend témoignage : lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres lui demander : “Qui es-tu ?”, il le reconnut, il ne le nia pas. Il reconnut qu’il n’était pas le Messie. Ils lui demandèrent : “Alors, qui es-tu ? Es-tu Élie ?” Il répondit : “Non.” “Es-tu le Prophète en question ?” Il répondit : “Non.” Alors ils lui dirent : “Qui es-tu donc ?” Il répondit : “Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin d’Allah.” Ils lui demandèrent : “Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le Prophète en question, pourquoi prétends-tu à la prophétie ?” – (1:19-25)

Ces paroles montrent sans ambiguïté qu’en dehors de Hazrat le Messie (a) (Jésus) et de Hazrat Élie (a), les enfants d’Israël attendaient encore un autre prophète, et que ce prophète n’était pas Hazrat Yahya (a). La croyance en la venue de ce prophète était si répandue parmi les enfants d’Israël qu’il suffisait de dire « le Prophète en question » pour que tout le monde comprenne. Il n’était même pas nécessaire de préciser : « celui dont la venue a été annoncée dans la Torah ». On apprend également que la venue du prophète auquel ils faisaient allusion était établie de manière irréfutable. En effet, lorsque ces questions furent posées à Hazrat Yahya (a), il ne répondit pas : « Aucun autre prophète ne viendra désormais. De quel prophète parlez-vous ? »

Trois : Le texte de l’Évangile de Jean :Voyez maintenant les prophéties rapportées successivement dans l’Évangile de Jean (Yuhanna ou Yahya), des chapitres 14 à 16 :

« Et je prierai le Père de vous envoyer un autre aide, qui demeurera éternellement avec vous, c’est-à-dire l’Esprit de vérité, que les gens du monde ne peuvent recevoir. Car ils ne le voient ni ne le connaissent ; vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous et il est en vous. » – (14:16-17)

« Je vous ai dit ces paroles alors que je demeurais auprès de vous. Mais l’aide, c’est-à-dire l’Esprit glorieux, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. Et il vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » – (14:25-26)

« Désormais, je ne vous parlerai plus beaucoup, car le prince de ce monde vient. Il n’a rien en moi. » – (14:30)

« Mais lorsque viendra cet aide que je vous enverrai de la part du Père, c’est-à-dire l’Esprit de vérité – qui procède du Père –, alors il rendra témoignage en ma faveur. » – (15:26)

« Mais je vous dis en vérité qu’il est avantageux pour vous que je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, cet aide ne viendra pas à vous. Mais si je m’en vais, je vous l’enverrai. » – (16:7)

« J’ai encore beaucoup de choses à vous dire. Mais vous ne pourrez pas les supporter alors. Cependant, lorsque celui qui est l’Esprit de vérité viendra, il vous guidera vers toute la vérité. Car il ne parlera pas de sa propre initiative ; il dira seulement ce qu’il aura entendu et vous annoncera ce qui doit arriver. Il manifestera ma puissance, car c’est de moi qu’il recevra ce qu’il vous annoncera. Tout ce qui appartient au Père m’appartient. C’est pourquoi j’ai dit qu’il recevra de moi ce qu’il vous annoncera. » — (16:12-15_

Quatrièmement : la signification des prophéties précédentes : Pour comprendre correctement le sens des paroles précédentes, il faut d’abord savoir que Hazrat Jésus (paix sur lui) et ses contemporains palestiniens parlaient le syriaque, forme régionale de la langue araméenne. Deux à deux cent cinquante ans avant la naissance de Hazrat Jésus (paix sur lui), sous le règne de la dynastie séleucide, la langue hébraïque disparut de cette région et le syriaque la remplaça. Il est vrai que, sous l’influence de la domination des Séleucides puis des empereurs romains, la langue grecque pénétra également dans cette région. Mais elle resta limitée à une classe particulière. Seuls ceux qui occupaient, ou aspiraient à occuper, diverses fonctions dans l’administration gouvernementale et qui étaient ainsi devenus extrêmement hellénophiles pratiquaient le grec. Les gens ordinaires de Palestine employaient une forme dialectale particulière du syriaque. Cette langue différait du syriaque parlé aujourd’hui dans la région de Damas. Les habitants de Palestine ignoraient à ce point le grec que, lorsque le général romain Titus prononça un discours à l’intention des habitants de Jérusalem après avoir conquis la ville en l’an 70, il fallut le traduire en syriaque. Cela montre que Hazrat Jésus (paix sur lui) avait dit à ses disciples tout ce qu’il leur avait dit en syriaque.

La deuxième chose qu’il faut savoir est que les quatre Évangiles inclus dans la Bible ont tous été écrits par des hellénophones qui avaient embrassé le christianisme après la disparition de Hazrat Jésus (paix sur lui). Le récit des paroles et des actes de Hazrat Jésus (paix sur lui) leur parvint par l’intermédiaire de chrétiens de langue syriaque, non pas sous forme écrite, mais sous forme de récits oraux. Ils traduisirent ces récits syriaques et les consignèrent par écrit. Aucun de ces Évangiles n’a été rédigé avant l’an 70. En particulier, l’Évangile de Jean fut probablement écrit un siècle après Hazrat Jésus (paix sur lui), dans la ville d’Éphèse, en Asie Mineure. En outre, aucun exemplaire original de la langue grecque dans laquelle ces Évangiles furent d’abord écrits n’a été conservé. Parmi les manuscrits grecs rassemblés en divers endroits avant l’invention de l’imprimerie, aucun ne date d’avant le IVe siècle. Il est donc difficile de dire combien de modifications ces Évangiles ont subies en l’espace de trois cents ans. De plus, le fait que les chrétiens aient toujours considéré comme licite de modifier les Évangiles à leur gré rend l’affaire encore plus incertaine. L’auteur de l’article « Bible » de l’Encyclopædia Britannica dit :

« Des changements importants ont été apportés intentionnellement aux Évangiles. Ainsi, à certains endroits, de longs passages provenant d’autres sources ont été intégrés mot pour mot aux Évangiles. … Ces modifications ont été faites délibérément. Ceux qui avaient l’habitude de considérer qu’ils avaient le droit d’inclure dans le texte original toute parole trouvée quelque part, dès lors qu’elle améliorait l’ouvrage ou le rendait plus instructif, sont précisément ceux qui ont procédé à ce genre de changements. Un certain nombre de passages supplémentaires furent ajoutés dès le IIe siècle, mais on ignore d’où ils furent tirés. »

Dans ce contexte, il est difficile d’affirmer avec certitude si les paroles de Hazrat Jésus (paix sur lui) que nous trouvons dans l’Évangile ont été rapportées exactement telles qu’elles furent prononcées et si elles ont subi des modifications.

Le troisième point important est que, même après l’établissement de la domination musulmane en Palestine, la langue des chrétiens de cette région resta le syriaque pendant près de trois cents ans. Au IXe siècle chrétien, l’arabe remplaça le syriaque. Les informations que les savants musulmans des trois premiers siècles obtinrent sur le christianisme par l’intermédiaire des Palestiniens de langue syriaque sont plus fiables que celles reçues par ceux qui obtinrent des informations traduites successivement du syriaque au grec, puis du grec au latin. En effet, il est beaucoup plus probable que les paroles syriaques originales sorties de la bouche de Hazrat Jésus (paix sur lui) leur soient parvenues intactes.

Cinquièmement : il sera le guide du monde entier : À la lumière des faits incontestables exposés plus haut, il faut considérer que, dans les paroles citées de l’Évangile de Jean, Hazrat Jésus (paix sur lui) annonce la venue, après lui, d’un prophète. À son sujet, il dit qu’il sera le guide du monde entier, qu’il demeurera « éternellement », qu’il montrera toutes les voies de la vérité et témoignera lui-même en faveur de Hazrat Jésus (paix sur lui). Dans ces paroles de Jean, des expressions telles que « l’Esprit glorifié » et « l’Esprit de vérité » ont compliqué le sens véritable. Pourtant, si l’on lit attentivement ces paroles, on comprend clairement que celui dont la venue est annoncée n’est pas un esprit, mais un être humain, une personne particulière. L’enseignement de cette personne sera universel, s’étendra partout et demeurera jusqu’au Jour de la Résurrection. Pour désigner cette personne particulière, la traduction ourdoue emploie le mot « Madadgâr » (auxiliaire). Les chrétiens affirment avec insistance qu’il s’agit de Paracletus, mais les savants chrétiens eux-mêmes se sont trouvés déconcertés lorsqu’il s’est agi d’en déterminer le sens. Dans la langue grecque originale, le mot Paraclete est employé dans plusieurs sens : appeler vers un lieu, appeler à l’aide, effrayer ou avertir, inciter, inspirer, supplier, implorer, prier. Ce mot possède en outre plusieurs sens helléniques : consoler, apaiser, encourager. Aucun de ces sens ne convient aux passages où le mot est employé dans la Bible. Le bibliste Origène l’a parfois traduit par Consolator, parfois par Deprecator, mais les autres commentateurs de la Bible ont rejeté ces deux traductions. Premièrement, ce sens n’est pas correct du point de vue de la grammaire grecque. Deuxièmement, il ne convient pas dans les phrases où ce mot est employé. D’autres traducteurs l’ont rendu par Teacher. Pourtant, l’usage de la langue grecque ne permet pas non plus de retenir ce sens. Tertullien et Augustin l’ont traduit par Advocate ; d’autres l’ont traduit par Assistant, Comforter ou encore Consoler (voir l’Encyclopaedia of Biblical Literature, article « Paracletes »).

Or, le fait intéressant est qu’il existe également un autre mot en grec : Pariclytos, qui signifie « loué ». C’est exactement le synonyme de « Muhammad ». On remarque une ressemblance frappante, dans la prononciation, entre ce mot et Paractetus. Les érudits chrétiens qui avaient l’habitude de modifier à leur guise leurs livres religieux ont pu, en constatant que ce mot de la prophétie rapportée par Jean était contraire à leurs croyances, en altérer légèrement l’orthographe ; il n’y aurait donc rien d’étonnant à cela. Pour vérifier cette question, on pourrait rechercher dans le texte grec original de l’Évangile écrit par Jean, s’il en existe quelque part, lequel de ces deux mots y était effectivement employé.

Six : Munhamanna : Mais même si l’on parvenait à savoir quel mot Jean avait réellement employé en grec, on ne pourrait pas trancher la question. Car, quoi qu’il ait écrit, ce n’était rien d’autre qu’une traduction. Nous avons déjà dit que la langue de Jésus était le syriaque palestinien. Par conséquent, quel que soit le mot qu’il ait employé dans sa prophétie, il devait s’agir d’un mot syriaque. Heureusement, nous avons trouvé ce mot syriaque originel dans le Sirat d’Ibn Hicham. Nous avons également appris d’Ibn Hicham quel en était le synonyme grec. En citant la source de Muhammad ibn Ishaq, Ibn Hicham a rapporté la traduction complète des versets 23 à 27 du chapitre 15 et du premier verset du chapitre 16 de l’Évangile de Yuhannas (Yuhanna, c’est-à-dire Jean). On y a employé le mot syriaque Sunhamanna à la place du mot grec « Paraclet ». Ensuite, Ibn Ishaq ou Ibn Hicham l’a expliqué ainsi : le mot syriaque Munhamanna signifie Muhammad en arabe et Paraclet en grec. — (Ibn Hicham, tome I, p. 248).

Il convient de signaler que, d’un point de vue historique, le syriaque fut jusqu’au IXe siècle la langue commune des habitants de la Palestine. Cette région était sous domination islamique depuis la première moitié du VIIe siècle. Ibn Ishaq mourut en 768 et Ibn Hicham en 828. Autrement dit, à l’époque de l’un comme de l’autre, les chrétiens de Palestine parlaient syriaque, et ni l’un ni l’autre n’éprouvait la moindre difficulté à communiquer avec les habitants chrétiens de son propre pays. De plus, des millions de chrétiens hellénophones vivaient alors dans les territoires musulmans. Il ne leur était donc pas difficile de savoir quel mot grec était synonyme de tel mot syriaque. Ainsi, si le mot syriaque Munhamanna a été employé dans la traduction citée par Ibn Ishaq, et si Ibn Ishaq ou Ibn Hicham l’a expliqué en disant que son équivalent était Muhammad en arabe et Paraclet en grec, il ne subsiste plus aucun doute que Jésus avait annoncé la venue de Muhammad en prononçant son nom. On apprend en même temps que le mot Pariclytos était en réalité employé dans l’Évangile grec de Jean. Plus tard, les érudits chrétiens l’ont remplacé par le mot Pariclytos. Plus tard, les érudits chrétiens l’ont changé en Pariclytos.

Sept : Le témoignage du Négus : Une preuve historique encore plus ancienne est le récit d’Abdullah ibn Masud concernant l’émigration en Abyssinie. Lorsque le Négus convoqua à sa cour les émigrés musulmans arrivés en Abyssinie et qu’il entendit de la bouche de Jaafar, fils d’Abou Talib, un exposé détaillé de l’enseignement et de l’idéal du Messager d’Allah, il dit :

(Arabe******************************************(à la page 127 du PDF)

« Je vous félicite, vous-mêmes, ainsi que le grand homme auprès duquel vous êtes venus. J’atteste qu’il est le Messager d’Allah. Il est celui dont nous avons trouvé la mention dans l’Évangile. » Cet événement est également rapporté dans plusieurs hadiths par Jaafar et Umm Salama. On apprend ainsi que, dès cette première période du VIIe siècle chrétien, le Négus savait que Jésus avait annoncé la venue d’un prophète. On apprend également que l’Évangile donnait de ce futur prophète une description si claire que le Négus n’hésita pas le moins du monde à comprendre que Muhammad était précisément ce prophète. Toutefois, ce récit ne permet pas de savoir si le Négus avait appris cette prophétie de Jésus par l’intermédiaire de l’Évangile de Jean, ou s’il existait à cette époque un autre moyen de la connaître.

Huit : L’Évangile de Barnabé : Les quatre évangiles que l’Église chrétienne a retenus comme fiables et reconnus — les « évangiles conciliaires » (Council gospels) — ne constituent en réalité un moyen fiable ni de connaître les prophéties de Jésus au sujet de Muhammad, ni même de connaître la vie de Jésus lui-même ou la nature de son véritable enseignement et de sa doctrine. Au contraire, c’est précisément dans l’Évangile de Barnabé, que l’Église chrétienne qualifie d’illégal et de suspect, que l’on trouve un moyen bien plus fiable et digne de confiance. Les chrétiens ont pris de nombreuses mesures pour dissimuler cet ouvrage. Il resta absent du monde pendant des centaines d’années. Au XVIe siècle, un seul exemplaire de sa traduction italienne se trouvait dans la bibliothèque du pape Sixte (Sixtus). Personne n’était toutefois autorisé à le lire. Au début du XVIIIe siècle, il tomba entre les mains d’un homme nommé John Toland. Puis, passant d’une personne à l’autre, il parvint en 1738 à la bibliothèque impériale de Vienne. En 1907, une traduction anglaise de ce manuscrit fut imprimée par la Clarendon Press d’Oxford. Mais, immédiatement après son impression, le monde chrétien semble avoir compris que cet ouvrage allait renverser les fondements de la religion instituée au nom de Jésus. C’est pourquoi les exemplaires imprimés furent soigneusement faire disparaître par quelque stratagème. Après cela, cet évangile ne put plus être publié. Un autre exemplaire, traduction espagnole du même manuscrit italien, se trouvait encore çà et là au XVIIIe siècle. George Sale en a mentionné l’existence dans la préface de sa traduction anglaise du Coran. Mais il disparut lui aussi, on ne sait où. Il n’en reste aujourd’hui aucune trace. J’ai eu l’occasion d’examiner une photocopie de la traduction anglaise publiée à Oxford et je l’ai lue minutieusement. Mon impression est qu’il s’agit d’un trésor inestimable. Mais les chrétiens s’en sont privés par simple entêtement et obstination.

Partout où cet Évangile est mentionné dans les ouvrages chrétiens, il est rejeté comme faux et apocryphe, avec l’affirmation qu’un musulman l’aurait probablement composé et faussement attribué à Barnabé ; mais c’est un mensonge éhonté. Cet Évangile contient, en plusieurs endroits, des prophéties claires concernant Muhammad (s.a.s.) (une inscription indistincte figure à la première ligne de la page 129**********************) C’est pour dissimuler cette vérité qu’on a eu recours à ce mensonge. Premièrement, il suffit de lire cet Évangile pour comprendre clairement que ce livre ne peut jamais avoir été composé par un musulman. Deuxièmement, s’il avait été écrit par un musulman, il aurait été largement diffusé dans la société musulmane et abondamment cité dans les ouvrages des savants musulmans. Or, en réalité, avant la publication de l’introduction de la traduction anglaise de George Sale (une inscription indistincte figure vers la fin de la quatrième ligne de la page 129******) les musulmans ne savaient même pas qu’un tel Évangile avait jamais existé. Des auteurs tels que Tabari, Ya‘qubi, Mas‘udi, Al-Biruni, Ibn Hamza et Ibn Taymiyya possédaient, parmi les musulmans, une connaissance particulièrement approfondie des Écritures chrétiennes. Pourtant, aucun de leurs ouvrages ne contient la moindre allusion à l’Évangile de Barnabé dans les discussions relatives à la doctrine chrétienne. Les catalogues les plus fiables des livres conservés dans les bibliothèques du monde musulman sont l’Al-Fihrist d’Ibn al-Nadim et le Kashf al-Zunun de Hadji Khalifa. Pourtant, aucun des deux ne le mentionne. Jusqu’au XIXe siècle, aucun savant musulman n’avait même prononcé le nom de l’Évangile de Barnabé. Sa fausseté est établie par une troisième preuve, la plus importante : l’Évangile de Barnabé figurait dans la liste des écrits religieux contenant de fausses croyances et des doctrines trompeuses, dressée sous le pape Gélase Ier, soixante-quinze ans avant la naissance du Messager d’Allah (s.a.s.), et dont la lecture fut interdite par un décret sacerdotal. La question se pose donc : d’où seraient venus les musulmans pour fabriquer, à cette époque, ce prétendu faux Évangile ?

IX. Qu’est-ce que l’Évangile de Barnabé ? Avant de citer les prophéties de Hazrat Jésus (a.s.) concernant le Messager d’Allah (s.a.s.) dans l’Évangile de Barnabé, il est nécessaire de donner une brève présentation de cet Évangile, afin d’en comprendre l’importance et de saisir pourquoi les chrétiens lui sont si hostiles.

Aucun des auteurs des quatre Évangiles qui ont été inclus dans la Bible comme légitimes et dignes de foi n’était un compagnon de Hazrat Jésus (a.s.). Aucun auteur d’un Évangile n’a même prétendu avoir recueilli les informations auprès des compagnons de Hazrat Jésus (a.s.) pour les intégrer à son livre. Ils n’ont pas non plus indiqué auprès de quelles sources ils avaient recueilli leurs informations. On ignore donc si ceux auprès desquels ils les avaient recueillies avaient eux-mêmes été témoins des événements rapportés et auditeurs des paroles citées, ou si celles-ci leur étaient parvenues par quelque autre moyen. En revanche, l’auteur de l’Évangile de Barnabé dit : je suis l’un des douze plus anciens compagnons de Hazrat Jésus (a.s.). Je suis resté avec lui du début à la fin, et j’ai consigné dans ce livre ce que j’ai entendu de mes propres oreilles et vu de mes propres yeux. Ce n’est pas tout. Dans la conclusion de l’ouvrage, il dit : au moment de quitter ce monde, Hazrat Jésus (a.s.) m’a dit qu’il était de mon devoir de dissiper les malentendus nés parmi les hommes à son sujet et de leur faire connaître les faits véritables.

Qui était ce Barnabé ? Le livre des Actes de la Bible mentionne à plusieurs reprises un homme de ce nom, d’origine juive et originaire de Chypre. Sa contribution à la propagation et à l’expansion du christianisme ainsi qu’à l’aide et au soutien des disciples de Hazrat Jésus (a.s.) y est vivement louée. Cependant, on n’y dit nulle part quand il adopta le christianisme, et son nom ne figure pas non plus dans les listes des douze plus anciens compagnons données par les trois Évangiles. Il est donc impossible d’affirmer si le Barnabé de la Bible est l’auteur de cet Évangile ou s’il s’agit de quelqu’un d’autre. Les listes de onze compagnons données par Matthieu et Marc ne diffèrent de celle de Barnabé que par deux noms. Le premier est Thomas : à sa place, Barnabé a inscrit son propre nom. Le second est Simon le Cananéen : à la place de Barnabé, il a mentionné Judas, fils de Jacob. Ce second nom figure également dans l’Évangile de Luc. Ainsi, si l’on suppose qu’à une époque ultérieure le nom de Thomas a été introduit uniquement pour retirer Barnabé de la liste des douze compagnons, cette hypothèse ne serait pas erronée. Cela aurait en effet facilité la mise à l’écart de l’Évangile de Barnabé. En réalité, de telles modifications dans les textes religieux ne constituaient pas, aux yeux des savants chrétiens, une pratique illégitime.

Si quelqu’un lit l’Évangile de Barnabé avec un esprit exempt de préjugés et un regard ouvert, puis le compare aux quatre Évangiles en usage, il ne pourra que le juger bien supérieur à ceux-ci. La vie de Hazrat Jésus (a.s.) y est relatée avec beaucoup plus de détails. La manière dont les événements sont racontés donne l’impression que quelqu’un les observait réellement de ses propres yeux et y était lui-même impliqué d’une façon ou d’une autre. Comparé aux récits décousus des quatre Évangiles, son exposé historique est beaucoup plus cohérent et ordonné. Il est ainsi beaucoup plus facile de comprendre l’enchaînement des événements. Les enseignements de Hazrat Jésus (a.s.) sont également présentés dans cet Évangile de manière bien plus claire et touchante que dans les quatre autres. Les développements consacrés à l’enseignement de l’unicité divine, à la réfutation du polythéisme, aux attributs d’Allah, à l’appel à l’adoration et aux nobles qualités morales y sont très vigoureux, argumentés et détaillés. Les quatre autres Évangiles ne contiennent même pas un centième des paraboles instructives dans le contexte desquelles Hazrat Jésus (a.s.) a exposé ces enseignements. Cet Évangile permet aussi de savoir avec beaucoup de détails avec quelle sagesse et quelle habileté Hazrat Jésus (a.s.) enseignait à ses disciples la religion d’Allah et les formait à sa mise en pratique. Quiconque connaît ne serait-ce qu’un peu la langue, le style et le caractère de Hazrat Jésus (a.s.) sera obligé, après avoir lu cet Évangile, de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un récit imaginé par un auteur ultérieur ; au contraire, Hazrat Jésus (a.s.) y révèle sa véritable nature beaucoup plus clairement que dans les quatre Évangiles en usage. Quant aux contradictions que l’on observe entre ses différentes déclarations dans les quatre Évangiles, on n’en trouve pas la moindre trace dans celui-ci.

Dans cet Évangile, la vie de Jésus (sur lui la paix) et ses enseignements sont décrits d’une manière qui ressemble véritablement à la vie et aux enseignements d’un prophète. Il s’y présente comme un prophète. Il proclame la véracité de tous les prophètes et de tous les Livres antérieurs, et affirme clairement qu’en dehors de l’enseignement des prophètes, il n’existe aucune voie vers la connaissance de la vérité. Celui qui néglige les prophètes néglige en réalité Allah Lui-même. Il a prêché, au sujet du tawhid, de la risala et de l’au-delà, les mêmes croyances que tous les autres prophètes. Il a enseigné la prière, le jeûne et la zakat. Les descriptions répétées que Barnabé donne de sa prière montrent qu’il priait, comme à notre époque, aux heures du fajr, du zuhr, de l’asr, du maghrib, de l’isha et du tahajjud, et qu’il accomplissait toujours les ablutions avant la prière. Avec les autres prophètes, il a également déclaré que David et Salomon (sur eux la paix) étaient des prophètes. Pourtant, les Juifs et les chrétiens les ont exclus de la liste des prophètes. Selon cet Évangile, il reconnaissait Ismaël (sur lui la paix) comme le zabih — celui qui s’était préparé à être immolé et offert en sacrifice — et il contraignit un érudit juif à reconnaître que le prophète d’Israël avait eu recours à la ruse pour établir sans raison qu’Isaac (sur lui la paix) était le zabih. En réalité, c’est Ismaël (sur lui la paix) qui était le zabih. L’enseignement de cet Évangile sur l’au-delà, la Résurrection, le Paradis et l’Enfer est proche de celui du Coran.

Dixième section : Pourquoi les chrétiens s’opposent-ils à l’Évangile de Barnabé ?Le fait que l’Évangile de Barnabé contienne fréquemment des prophéties explicites annonçant la venue du Messager d’Allah (sur lui la paix) n’est pas l’unique raison pour laquelle les chrétiens lui sont devenus hostiles. En effet, ils avaient rejeté cet Évangile bien avant la naissance du Prophète (sur lui la paix). Pour comprendre la véritable cause de leur mécontentement à son égard, il faut examiner la question quelque peu en détail.

Les premiers disciples de Jésus (sur lui la paix) ne le considéraient que comme un prophète. Ils suivaient la loi apportée par Moïse (sur lui la paix), c’est-à-dire la sharia. En matière de croyance, d’adoration et de prescriptions, ils ne se considéraient pas comme distincts des autres Enfants d’Israël. Leur seul désaccord avec les Juifs était qu’ils reconnaissaient Jésus (sur lui la paix) non seulement comme prophète, mais aussi comme Messie, c’est-à-dire comme un prophète doté d’un statut particulier. Les Juifs, quant à eux, ne voulaient pas le reconnaître comme Messie. Plus tard, lorsque saint Paul rejoignit ce groupe, il commença à prêcher cette religion parmi les Romains, les Grecs et les autres non-Juifs et non-Israélites. À cette fin, il modifia les croyances, les prescriptions et les principes fondamentaux de la religion prêchée par Jésus (sur lui la paix), et créa une religion entièrement nouvelle. Cet homme n’avait jamais fréquenté Jésus (sur lui la paix). Au contraire, il lui avait été farouchement hostile de son vivant et, pendant plusieurs années après sa mort, il demeura l’ennemi de ses disciples. Puis, après avoir rejoint ce groupe et commencé à bâtir une nouvelle religion, il ne présenta pas davantage aux gens une seule parole de Jésus (sur lui la paix) comme fondement de celle-ci. Il prit seulement ses propres idées et imaginations pour base. Derrière la création de cette nouvelle religion, son unique objectif était d’établir une religion que tous les non-Juifs du monde pourraient adopter largement. Il déclara que les disciples de Jésus (sur lui la paix) étaient libérés de toutes les prescriptions de la loi juive. En matière de nourriture et de boisson, il abolit la distinction entre le licite et l’illicite. Il supprima la circoncision, pratique particulièrement détestée par les non-Juifs. Il ordonna même de considérer comme un devoir de foi la croyance que Jésus (sur lui la paix) était une divinité et le fils d’Allah, et qu’en mourant sur la croix il avait expié le péché originel de toute l’humanité. Car les polythéistes étaient naturellement enclins à ces idées. Les plus anciens compagnons de Jésus (sur lui la paix) s’opposèrent vigoureusement à ces conceptions nouvellement introduites. Mais, par la porte que saint Paul avait ouverte, un immense et puissant flot de chrétiens non juifs entra dans le christianisme. Cette poignée de personnes ne put en aucune manière contenir ce flot. Toutefois, jusqu’à la fin du troisième siècle chrétien, ceux qui ne considéraient pas Jésus (sur lui la paix) comme une divinité n’étaient pas si peu nombreux. Mais, au début du quatrième siècle, le concile de Nicée (352 apr. J.-C.) devint chrétien selon le système de saint Paul. Sous le règne de l’empereur Théodose, cette doctrine devint la religion officielle de l’Empire. Dès lors, il était naturel que tous les livres opposés à la religion d’État fussent rejetés et que seuls fussent acceptés les livres conformes à cette doctrine. En 367, une liste des livres acceptés et reconnus fut annoncée pour la première fois dans une lettre d’Athanase. Puis, en 382, un concile présidé par le pape Damase approuva cette liste. Ensuite, vers la fin du Ve siècle, le pape Gélase, tout en accordant à cette liste une reconnaissance définitive, publia également une liste des livres rejetés. Pourtant, aucun érudit chrétien n’a jamais pu affirmer que Jésus (sur lui la paix) avait lui-même enseigné l’une quelconque des croyances sur lesquelles on avait fondé la décision de déclarer les Écritures acceptables ou inacceptables selon la religion prêchée par saint Paul. Même parmi les Évangiles figurant dans les Écritures acceptées, aucune parole de Jésus (sur lui la paix) ne vient soutenir ces croyances. L’Évangile de Barnabé fut rejeté précisément parce qu’il s’opposait à ces croyances officielles du christianisme. Dès le début de son ouvrage, son auteur décrit ainsi le but de sa rédaction : « Réfuter l’erreur de ceux qui, victimes des tromperies des démons, qualifient Jésus de fils d’Allah, et corriger également ceux qui considèrent la circoncision comme inutile et rendent licite la nourriture interdite. Saint Paul est lui aussi l’une des principales victimes de cette tromperie satanique. » Barnabé dit que, du vivant de Jésus (sur lui la paix), après avoir vu ses miracles, certains soldats romains polythéistes commencèrent les premiers à le prendre pour Dieu, tandis que d’autres le qualifièrent de fils de Dieu. Peu à peu, cette idée se répandit dans tout le peuple des Enfants d’Israël comme une maladie contagieuse. Jésus (sur lui la paix) en fut profondément irrité et bouleversé. Il protesta à maintes reprises et avec force contre cette conception erronée de sa personne. Au lieu de se rendre lui-même en différents lieux, il y envoyait ses disciples, et, grâce à sa prière, des miracles semblables à ceux de Jésus (sur lui la paix) étaient accomplis par ses disciples. Le but était d’empêcher les gens de considérer l’auteur d’un miracle comme Dieu ou comme le fils de Dieu. À ce sujet, Barnabé cite les longs discours prononcés par Jésus (sur lui la paix) contre cette croyance erronée et décrit, en différents passages, combien Jésus (sur lui la paix) était affligé par la propagation de cette confusion et de cet égarement. Barnabé réfute explicitement la doctrine prêchée par saint Paul au sujet de la mort de Jésus (sur lui la paix) sur la croix. En relatant un événement qu’il dit avoir vu de ses propres yeux, il raconte que, lorsque Judas Iscariote, après avoir reçu un pot-de-vin du grand prêtre juif, vint avec des soldats pour livrer Jésus (sur lui la paix), quatre anges l’emportèrent vers le ciel par l’ordre d’Allah. Au même moment, l’apparence et la voix de Judas Iscariote lui-même furent rendues exactement semblables à celles de Jésus (sur lui la paix). C’est donc lui qui fut crucifié à la place de Jésus (sur lui la paix). Ainsi, l’Évangile de Barnabé détruit jusque dans ses fondements le christianisme élaboré par saint Paul et confirme pleinement le récit du Coran. Pourtant, ces faits furent exposés dans l’Évangile de Barnabé cent quinze ans avant la révélation du Coran, et c’est précisément pour cette raison que les religieux chrétiens le rejetèrent.

Onzième : les prophéties détaillées de l’Évangile de Barnabé :Cette discussion montre clairement que l’Évangile de Barnabé est en réalité plus fidèle et plus digne de confiance que les quatre Évangiles couramment admis. Il y représente correctement l’enseignement, la vie et les paroles de Jésus (sur lui la paix). Les chrétiens avaient reçu, grâce à cet Évangile, une occasion rare de corriger leurs croyances erronées et de connaître l’enseignement véritable de Jésus (sur lui la paix), mais ils l’ont perdue par pure obstination et entêtement. En vérité, c’est là leur plus grand malheur. Quoi qu’il en soit, Barnabé rapporte les prophéties de Jésus (sur lui la paix) au sujet du Messager d’Allah (sur lui la bénédiction et la paix). Dans certains passages, Jésus (sur lui la paix) prononce explicitement le nom du Prophète (sur lui la bénédiction et la paix) ; dans d’autres, il dit simplement « le Messager d’Allah » ; ailleurs, il emploie le mot « Messie » ; parfois, il le qualifie de « digne de louange » (Admirable) ; et, en d’autres endroits, il prononce clairement une phrase équivalant à « Il n’y a de divinité qu’Allah, Muhammad est le Messager d’Allah ». Il ne m’est pas possible de citer toutes ces prophéties. Elles sont si nombreuses et, dans certains passages, se trouvent tellement développées en liaison avec divers contextes et avec les récits qui les précèdent et les suivent que, si on les rassemblait toutes, elles pourraient constituer un ouvrage considérable. Je n’en cite ici que quelques-unes à titre d’exemple :

« Le nombre des prophètes envoyés par Allah était de cent quarante-quatre mille. Tous se sont exprimés de manière concise et obscure. Mais après moi viendra la lumière de tous les prophètes et de tous les saints. Il expliquera clairement ce qui était obscur dans les paroles des prophètes, car il est le Messager d’Allah. » — (Chapitre 17)

« Les Pharisiens et les Lévites dirent : Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni aucun autre prophète, pourquoi enseignes-tu une nouvelle doctrine et pourquoi te présentes-tu comme supérieur au Messie ? Yasû [le vénérable Jésus] répondit : Les miracles qu’Allah accomplit par mon intermédiaire montrent clairement que je ne dis que ce qu’Allah veut. En réalité, je ne me considère pas digne de me croire supérieur à lui [au Messie], comme vous le dites. Je ne suis même pas digne de délier la courroie de ses sandales ou le lacet de ses chaussures — lui que vous appelez le Messie. Il a été créé avant moi, mais viendra après moi. Il apportera la parole de vérité, de sorte qu’il n’y aura aucune limite à l’expansion de sa religion. » — (Chapitre 42)

« Je vous le dis avec certitude : tout prophète venu jusqu’à présent est né uniquement comme un signe de la miséricorde d’Allah pour un seul peuple. C’est pourquoi le message de ces prophètes ne s’est pas étendu au-delà du peuple auprès duquel ils avaient été envoyés. Mais lorsque viendra le Messager d’Allah (sur lui la bénédiction et la paix), Allah, pour ainsi dire, le scellera de Son propre sceau. Ainsi, il fera parvenir la miséricorde d’Allah à tous les peuples du monde touchés par son enseignement et leur montrera le chemin du salut. Il viendra puissant et victorieux contre les gens qui se détournent de Dieu, et il anéantira l’idolâtrie d’une telle manière que Satan en sera bouleversé. » [Puis, au cours d’un long entretien avec ses disciples, Jésus (sur lui la paix) dit clairement qu’il apparaîtra parmi les descendants d’Ismaël (sur lui la paix)]. — (Chapitre 43)

« C’est pourquoi je vous dis que ce Messager d’Allah est une lumière éclatante dont toute créature d’Allah tirera sa joie. En effet, l’intelligence et le conseil, la sagesse et la force, la crainte et l’amour, la fermeté et la modération seront les ornements de son caractère et les sources de son inspiration. Il sera fort par sa générosité, sa compassion, sa justice, sa crainte de Dieu, sa courtoisie et sa patience. Allah lui accordera ces qualités trois fois plus qu’aux autres créatures qu’Il en a parées. Il est impossible d’exprimer par des mots combien l’époque de son apparition sera bénie. Sachez avec certitude que je l’ai vu et que je lui ai rendu hommage, comme tout prophète l’a vu et lui a rendu hommage. Dès qu’Allah porta Son regard sur son âme, Il lui accorda la prophétie. Lorsque je le vis, mon âme se remplit de paix. Je dis alors : Ô Muhammad ! Qu’Allah te soutienne et me rende digne de nouer le lacet de ta chaussure. Car même si j’atteignais seulement cet honneur, je serais compté parmi les grands prophètes et les saints serviteurs d’Allah. » — (Chapitre 44)

« Ne soyez pas affligés ni effrayés par mon départ. Car ce n’est pas moi qui vous ai créés. C’est plutôt Dieu, le Créateur de nous tous — Celui qui vous a également créés — qui prendra soin de vous. Et vous vous demandez ce qu’il adviendra de moi ? Je suis venu en ce temps dans le monde pour préparer la voie à ce Messager de Dieu, guide vers le salut des habitants du monde. … Indiriyas dit : “Ô maître ! Indique-nous ses signes afin que nous puissions le reconnaître.” Yasû répondit : “Il ne viendra pas de votre vivant. Il viendra quelque temps après vous. Il viendra à une époque où, en raison de la déformation de l’Évangile, il ne restera guère plus de trente croyants. Alors Allah fera miséricorde au monde. Il enverra Son Messager, au-dessus de la tête duquel un nuage blanc projettera son ombre ; ce sera par cela qu’on le reconnaîtra comme le serviteur choisi d’Allah. Par son intermédiaire, les habitants du monde connaîtront véritablement Allah. Il affrontera avec une grande puissance les gens qui se détournent de Dieu et extirpera l’idolâtrie du monde. J’en suis très heureux, car c’est par son intermédiaire que nous connaîtrons véritablement notre Dieu, que Sa gloire sera proclamée et que les habitants du monde sauront que ce que j’ai dit est vrai et juste. Il tirera vengeance de ceux qui me considéreront comme supérieur aux hommes. … Il apportera une vérité plus manifeste que celle apportée par tous les autres prophètes.” » — (Chapitre 72)

« L’alliance avec Allah avait été conclue à Jérusalem, dans la mosquée de Salomon — et nulle part ailleurs. Mais croyez-moi : un jour viendra où Dieu répandra Sa miséricorde sur une autre ville. Alors Son adoration véritable sera possible partout, et Allah, par Sa grâce, acceptera partout la prière véritable. …… Je suis en réalité apparu comme un prophète sauveur auprès des descendants d’Israël, mais après moi viendra, auprès de tous les habitants du monde, le Messie envoyé par Dieu. C’est pour lui qu’Il a créé le monde entier. Alors Allah sera adoré dans le monde entier et Sa miséricorde y sera répandue. » — (Chapitre 83)

« (Yasu dit au grand prêtre 🙂 Je jure par le Dieu éternel pour lequel je suis prêt à donner ma vie : je ne suis pas le Messie qu’attendent toutes les nations du monde. Dieu avait promis à notre père Abraham au sujet de ce Messie : “Par l’intermédiaire de ta descendance, toutes les nations du monde seront bénies.” (Genèse, 22:18). Mais lorsque Dieu m’aura retiré du monde, Satan se révoltera de nouveau, au point que les hommes pervers me reconnaîtront comme Dieu et fils de Dieu. C’est pourquoi mes paroles et mes enseignements seront tellement déformés qu’il deviendra difficile qu’il reste même trente croyants. À ce moment-là, Dieu aura pitié du monde et enverra ce Messager pour lequel Il a créé toutes les choses du monde. Il viendra du sud avec une grande puissance et détruira les idoles ainsi que leurs adorateurs. Il arrachera aux démons le pouvoir avec lequel Satan s’est imposé aux hommes. À ceux qui croiront en lui, il apportera la grâce de Dieu pour leur salut. Bienheureux seront ceux qui suivront sa parole. » — (Chapitre 16).

« Le grand prêtre demanda : Après ce Messager de Dieu, viendra-t-il encore un prophète ? Yasu répondit : Aucun véritable prophète ne viendra plus. Cependant, de nombreux faux prophètes viendront. Cela m’inquiète beaucoup, car, par suite du juste jugement de Dieu, Satan les lancera dans l’arène et ils se dissimuleront derrière le voile de mon Évangile. » — (Chapitre 17).

« Le grand prêtre demanda : De quel nom ce Messie sera-t-il connu et à quels signes reconnaîtra-t-on sa venue ? Yasu répondit : Le nom de ce Messie sera “le Loué”. Lorsque Dieu créa son âme, Il lui donna Lui-même ce nom et lui conféra un rang supraterrestre. Dieu lui dit alors : “Ô Muhammad ! Attends. Car c’est pour toi que Je créerai le Paradis, le monde et bien d’autres choses encore, et que Je te les offrirai. Celui qui te souhaitera du bien sera comblé de bienfaits, tandis que celui qui te maudira sera maudit. Lorsque Je t’enverrai dans le monde, Je t’enverrai comme prophète sauveur. Ta parole seule sera vraie. Le ciel et la terre ne demeureront pas immuables, mais ta religion demeurera immuable.” Son saint nom est Muhammad. » — (Chapitre 97).

Barnabé écrit qu’un jour Jésus (paix sur lui) dit à ses disciples que l’un d’entre eux, Judas Iscariote, le vendrait à ses ennemis pour trente pièces. Puis Jésus (paix sur lui) dit :

« Je suis certain qu’ensuite celui qui me vendra sera tué en mon nom. Car Dieu m’élèvera au-dessus de la terre et changera le visage de ce traître de telle manière que chacun croira que c’est moi. Pourtant, après sa mort infamante, je serai encore déshonoré pendant quelque temps ; mais lorsque le saint Messager de Dieu, Muhammad, viendra, cette mauvaise réputation qui m’est attachée disparaîtra. Dieu agira ainsi parce que j’ai proclamé la véracité de ce Messie. Il m’accordera cette récompense : les gens sauront que je suis vivant et que je n’ai aucun rapport avec cette mort infamante. » — (Chapitre 113).

[Jésus (paix sur lui) dit à ses disciples :] « Je vous le dis avec certitude : si la vérité n’avait pas été effacée du Livre de Moïse, Dieu n’aurait pas donné un autre Livre à notre père David. Et si le Livre de David n’avait pas été falsifié, Dieu ne m’aurait pas donné l’Évangile. Car notre Dieu n’est pas changeant. C’est pourquoi Il a adressé à tous le même message. Ainsi, lorsque le Messager de Dieu viendra, il purifiera de toute souillure mon Livre que les gens détournés de Dieu ont corrompu. » — (Chapitre 124).

Réponse à deuxobjections

Dans ces prophéties claires et détaillées, trois éléments seulement semblent, à première vue, susciter certains doutes. Premièrement, dans ces citations ainsi qu’en de nombreux autres passages de l’Évangile de Barnabé, Jésus (paix sur lui) a nié être le Messie. Deuxièmement, non seulement dans ces citations, mais aussi en de nombreux autres endroits de l’Évangile de Barnabé, le véritable nom arabe du Messager de Dieu, “Muhammad” (paix et bénédictions sur lui), est écrit. Or il n’est pas dans la pratique habituelle des prophètes de mentionner le véritable nom d’un prophète futur lorsqu’ils prophétisent à son sujet. Troisièmement, le Messager de Dieu y est désigné comme le Loué.

La réponse au premier doute est que ce n’est pas seulement dans l’Évangile de Barnabé, mais aussi dans l’Évangile de Luc, qu’il est mentionné que Jésus (paix sur lui) avait interdit à ses disciples de l’appeler le Messie. La citation de Luc (9:20-21) mérite attention :

« Il leur dit : “Mais vous, que dites-vous de moi ?” Pierre répondit : “Le Messie d’Allah.” Alors il leur ordonna sévèrement de ne le dire à personne. »

La raison en était peut-être que les enfants d’Israël s’imaginaient que le Messie qu’ils attendaient vaincrait leurs ennemis par la force de l’épée. C’est pourquoi Jésus (paix sur lui) déclara : « Je ne suis pas ce Messie ; il viendra après moi. »

La réponse au deuxième doute est que, dans la traduction italienne de l’Évangile de Barnabé actuellement disponible dans le monde, le nom de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est effectivement écrit. Mais personne ne sait de quelles langues ce livre est passé à l’italien, au terme de traductions successives. Il est inutile de préciser que l’Évangile original de Barnabé devait être en syriaque, puisque c’était la langue de Jésus (paix sur lui) et de ses compagnons. Si ce livre original était retrouvé, on pourrait voir quel nom y était écrit pour le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Puisqu’il ne l’est pas, on peut seulement supposer que Jésus (paix sur lui) avait peut-être employé à l’origine le mot « Munhamanna ». Dans le récit d’Ibn Ishaq tiré de l’Évangile de Jean que nous avons cité précédemment, c’est également ce mot qui est mentionné. Après que Jésus (paix sur lui) eut employé le mot Munhamanna, différents traducteurs l’ont traduit. Et comme le nom du futur prophète mentionné dans la prophétie correspondait exactement au mot « Muhammad », un traducteur ultérieur a peut-être écrit ce nom. Le fait que ce nom y soit ainsi clairement écrit ne suffit donc pas à faire naître le doute que l’intégralité de l’Évangile de Barnabé serait une œuvre fabriquée par un musulman.

La réponse au troisième doute est que le mot « Messie » est un terme israélite. S’il est employé spécifiquement dans le Saint Coran au nom de Jésus (paix sur lui), c’est uniquement parce que les Juifs ne reconnaissaient pas Jésus comme le « Messie ». Autrement, ce n’est pas un terme coranique, et le Coran ne l’emploie nulle part comme synonyme d’un terme israélite. Par conséquent, si Jésus (paix sur lui) a employé le mot Messie au sujet du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), alors que le Coran ne l’a pas fait, cela ne signifie pas que l’Évangile de Barnabé attribue au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) une qualité que le Coran nie. En réalité, l’ancienne pratique des enfants d’Israël voulait que, lorsqu’un objet ou une personne était consacré à une fin religieuse ou spirituelle, on l’oigne d’huile — sur l’objet ou sur la tête de la personne — afin de le consacrer. En hébreu, cette onction d’huile était appelée « mashah », et celui qui la recevait était appelé « Messie ». Les objets nécessaires au lieu de culte étaient ainsi oints, puis affectés par donation au lieu de culte. Les prêtres étaient également « oints » de cette manière lorsqu’ils étaient investis de leur fonction sacerdotale. De même, lorsqu’un roi ou un prophète était choisi par Allah pour exercer la royauté ou la prophétie, il était « oint ». Selon le récit biblique, plusieurs « Messies » apparurent parmi les enfants d’Israël. Aaron (paix sur lui) était Messie en tant que prêtre. Moïse (paix sur lui) l’était en tant que prêtre et prophète ; Saül, en tant que roi ; David (paix sur lui), en tant que roi et prophète ; Melchisédek, en tant que roi et prêtre ; et Élisée, en tant que prophète. Plus tard, l’onction ne fut toutefois plus obligatoire pour investir quelqu’un d’une fonction. Il suffisait d’être choisi par Allah pour être Messie. À titre d’exemple, il est mentionné au chapitre 19 du Premier Livre des Rois qu’Allah ordonna à Élie (paix sur lui) d’oindre Hazaël afin qu’il devienne roi d’Aram, Jéhu, fils de Nimshi, afin qu’il devienne roi d’Israël, et Élisée afin qu’il devienne prophète à sa place. Aucun d’eux ne reçut d’onction d’huile sur la tête. L’onction avait simplement consisté à proclamer la décision d’Allah de les investir de ces fonctions. Ainsi, selon la conception des Israélites, « Messie » est en réalité synonyme de « désigné par Allah ». C’est dans ce sens que Jésus (paix sur lui) qualifia le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de Messie. (Pour l’explication de la signification israélite du mot Messie, voir l’Encyclopédie de la littérature biblique, à l’article « Messie ».)

Chapitre : 4 — Le guide du monde

Le guide du monde

(L’héritage universel du monde entier)

— Il s’agit d’une allocution radiophonique. Elle fut diffusée en 1941 par All India Radio, quelques années avant la partition du pays. Les auditeurs de cette allocution n’étaient pas seulement musulmans : il y avait aussi des hindous, des sikhs, des chrétiens et des parsis. — (Les compilateurs)

Nous, musulmans, appelons Hazrat Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) le dirigeant du monde. En termes simples, cela signifie le chef du monde. En hindi, on le traduirait par « le maître de l’univers ». En anglais, « Leader of the world ». À première vue, c’est un titre considérable. Cependant, les actions du grand homme auquel ce titre a été attribué sont véritablement telles que l’appeler le dirigeant du monde ne constitue nullement une exagération. C’est, au contraire, la pure réalité.

Réfléchissez-y : la première condition pour reconnaître quelqu’un comme le dirigeant du monde est qu’il ait œuvré non pas au bien d’une nation, d’une race ou d’une classe particulière, mais au bien de tous les êtres humains du monde. Vous pouvez honorer autant que vous le souhaitez un dirigeant patriote ou nationaliste parce qu’il a servi sa propre nation ; mais si vous n’appartenez pas à son pays et à sa nation, il ne peut en aucun cas être votre dirigeant. Quel rapport un habitant de l’Inde aurait-il avec un homme dont tout l’amour, tous les vœux de bonheur et toutes les activités d’intérêt public se limitent à la Chine ou à l’Espagne, au point de le reconnaître comme son dirigeant ? S’il considère sa propre nation comme supérieure aux autres, les membres des autres nations seront forcément contraints de le haïr. Les peuples de toutes les nations ne peuvent reconnaître une même personne comme leur dirigeant que lorsqu’elle considère tous les êtres humains et toutes les nations d’un œil égal, souhaite également le bien de tous et n’accorde en aucune façon, par souci de leur intérêt, la primauté à une nation sur une autre.

La deuxième condition pour être le dirigeant de tous les peuples du monde est que les idéaux et les principes fondamentaux qu’il propose servent de guide à l’ensemble de l’humanité et contiennent la solution à tous les problèmes importants de la vie humaine. Le mot « dirigeant » signifie précisément celui qui montre la direction ou guide. On a besoin d’un dirigeant pour qu’il indique quelle voie mène au bien-être et au bonheur. Ainsi, celui qui peut montrer à tous les habitants du monde la voie de leur bien commun est le dirigeant du monde.

La troisième condition indispensable pour être le dirigeant du monde est que ses directives ne soient pas enfermées dans les limites d’une époque ou d’une période particulière, mais qu’elles conservent la même utilité et la même pertinence en toutes circonstances et à toutes les époques, qu’elles se révèlent tout aussi exactes et justes, et qu’elles soient tout autant dignes d’être suivies. On ne peut appeler dirigeant du monde un dirigeant dont la direction est utile à une époque et inutile à une autre, en vigueur à un moment et dépassée à un autre. Seul peut être le dirigeant du monde celui dont la direction restera efficace aussi longtemps que l’univers subsistera.

La quatrième condition, et la plus importante, est qu’il ne se contente pas de proposer un idéal, mais qu’il montre aussi comment appliquer dans la vie réelle l’idéal qu’il a lui-même proposé et qu’il édifie sur cette base une société vivante et éveillée. Celui qui accomplit son devoir en se bornant à proposer un idéal peut tout au plus être un penseur ; il ne peut pas être un dirigeant. Pour être un dirigeant, il est indispensable de montrer par l’exemple comment mettre l’idéal en pratique.

Voyons maintenant dans quelle mesure ces quatre conditions sont pleinement réunies chez celui que nous appelons le dirigeant du monde :

Réfléchissez d’abord à la première condition. Il suffit de lire la biographie de Hazrat Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) pour comprendre d’un seul regard qu’il ne s’agit pas de la biographie d’un nationaliste ou d’un patriote, mais de celle d’un humaniste et du porte-parole d’une doctrine universelle. À ses yeux, tous les êtres humains étaient égaux. Il ne se préoccupait pas des intérêts particuliers d’une lignée, d’une classe, d’une nation, d’une race ou d’un pays. Il ne reconnaissait aucune distinction entre riches et pauvres, gens de haut rang et gens modestes, Blancs et Noirs, Arabes et non-Arabes, Orient et Occident, Aryens et non-Aryens. Il les considérait tous comme les membres d’une seule et même race humaine. Jamais personne n’a entendu de sa bouche, durant toute sa vie, un seul mot ou une seule phrase, et jamais il n’a accompli un seul acte, qui puisse laisser soupçonner qu’il entretenait des liens étroits avec les intérêts d’une catégorie particulière d’êtres humains plutôt qu’avec ceux de l’humanité tout entière. C’est pourquoi, de son vivant déjà, des Abyssins, des Iraniens, des Romains, des Égyptiens et des Israélites, tout comme les Arabes, devinrent ses compagnons et ses collaborateurs. Après sa mort, dans toutes les régions du monde, des gens de toutes races et de toutes communautés l’ont adopté comme leur propre dirigeant, à l’égal d’un membre de leur propre peuple. C’est grâce à cet humanisme parfaitement pur qu’aujourd’hui encore, dans la bouche d’un habitant de l’Inde lointaine, on peut entendre les louanges de cet homme né en Arabie il y a plus d’un millénaire. — Il convient de noter qu’au moment de la diffusion de cette allocution, l’Inde n’était pas encore divisée. — (Les compilateurs)

Examinons maintenant ensemble les deuxième et troisième conditions. Muhammad (paix et bénédiction sur lui) n’a pas perdu son temps à discuter des problèmes temporaires et régionaux de nations et de pays particuliers. Au contraire, il a consacré toutes ses forces à résoudre le plus grand problème de l’humanité dans le monde. Car dès que ce problème majeur est résolu, tous les problèmes particuliers de l’ensemble des êtres humains se résolvent d’eux-mêmes. Ce problème majeur est le suivant :

« La gestion et l’organisation de l’univers s’effectuent en réalité selon un principe ; la gestion et l’organisation de la vie humaine devraient donc elles aussi suivre exactement ce même principe. En effet, l’être humain fait partie de l’univers ; s’il agit contre l’ensemble, le désastre et le chaos deviennent inévitables. »

Pour bien comprendre cette idée, le moyen le plus simple consiste à élargir quelque peu son regard et à tenter de dépasser les limites de l’espace et du temps. Il faut contempler largement la terre entière et imaginer que tous les êtres humains ayant vécu dans le monde, depuis l’origine de la création jusqu’à aujourd’hui et jusqu’à l’éternité future, se trouvent devant nos yeux. Il faut ensuite réfléchir à la cause fondamentale de tous les maux et de tous les désastres qui surviennent ou peuvent survenir dans la vie humaine. Plus on réfléchira à cette question, et plus on procédera à des examens, à des analyses et à des recherches, plus une seule réponse s’imposera.

Cette réponse est la suivante :

« La rébellion et la désobéissance de l’être humain envers le Créateur sont la cause fondamentale de tous les malheurs, désastres, troubles et chaos. »

Car après avoir désobéi au Créateur, deux voies s’ouvrent devant l’être humain. Il ne peut manquer d’en emprunter une ou l’autre. Soit il se considère comme libre de toute règle et irresponsable, fait tout ce qui lui plaît et devient ainsi un injuste. Soit il obéit à des forces autres que le Créateur, ce qui fait naître dans le monde d’innombrables désastres, désordres et anarchies. Pourquoi ces deux situations entraînent-elles de si mauvaises conséquences ? La réponse simple et évidente est que, puisque cette conduite est contraire à la réalité, ses mauvaises conséquences apparaissent inévitablement. Cet univers est en réalité le royaume de Dieu. La terre, le soleil, la lune, l’air, l’eau et la lumière sont tous Sa propriété. L’être humain est, de naissance, un sujet et un serviteur dans Son royaume (Born Subject). Bien qu’il fasse partie de l’ordre selon lequel tout ce royaume fonctionne, s’il agit contre cet ordre, les conséquences destructrices de son comportement apparaissent inévitablement. S’il pense qu’aucune autorité ne s’exerce sur lui et qu’il n’est responsable devant personne, cette conception sera contraire à la réalité. Ainsi, lorsqu’il agit arbitrairement et irresponsablement, et qu’il décide lui-même selon quelles règles il conduira sa vie, il en résulte inévitablement de mauvaises conséquences. De même, reconnaître comme puissant et autoritaire quelqu’un d’autre que le Créateur, le craindre ou désirer obtenir quelque avantage de lui, et s’incliner devant sa domination et son autorité, tout cela est contraire à la vérité réelle. Car en réalité, nul autre que le Créateur ne mérite cette dignité. Les conséquences en sont donc également néfastes. L’être humain doit s’incliner devant l’autorité véritable établie sur toute la terre, sacrifier devant elle son ego et son individualité, réserver à elle seule l’obéissance et la servitude, et, au lieu d’élaborer lui-même les principes et les lois de sa vie ou de les faire élaborer par autrui, les recevoir du Maître de cette autorité.

C’est cette réforme fondamentale que Muhammad (paix et bénédiction sur lui) a proposée pour la vie humaine. Elle est libérée des entraves de l’Orient et de l’Occident, partout où des êtres humains habitent sur cette terre libre. Cette unique proposition réformatrice peut corriger toutes les activités défectueuses et désordonnées de leur vie. Elle est également libérée des entraves du passé et de l’avenir. Il y a mille cinq cents ans, elle était aussi pure et efficace qu’elle l’est aujourd’hui, et elle le restera encore dans dix mille ans.

Il reste maintenant la toute dernière condition. C’est un fait historique que Muhammad (paix et bénédiction sur lui) ne s’est pas contenté de présenter les grandes lignes d’un idéal théorique ; il a au contraire démontré, en établissant une société vivante sur cette base, comment le mettre en pratique. En l’espace de vingt-trois années brèves, il a incité des millions de personnes à se soumettre à l’autorité de Dieu et à lui obéir. Il les a libérées de la servitude de leurs propres passions et de l’obéissance à toute entité autre que Dieu. Puis, les ayant organisées, il a fondé un nouvel ordre moral, social, économique et politique reposant sur l’obéissance et la servitude exclusives envers Dieu. Ainsi, par un processus concret, il a montré à toute l’humanité combien le mode de vie conforme aux principes et au programme qu’il avait proposés était meilleur, plus pur et plus juste que tout autre mode de vie.

Tel est l’immense apport du Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). C’est précisément parce qu’il a laissé cet apport que nous le considérons comme le guide du monde, ou le maître de l’humanité entière. Cet apport n’était pas destiné à une nation particulière : il constituait l’héritage commun de toute l’humanité. Dans cet héritage, les droits de personne ne sont ni inférieurs ni supérieurs à ceux d’autrui. Chacun peut en tirer profit. Je ne comprends pas pour quelle raison quiconque pourrait nourrir de l’hostilité à son encontre.

L’apport véritable du Souverain de l’univers

— Il s’agit d’une allocution radiophonique diffusée par Radio Pakistan en 1948, après la partition du pays. —

Tout le monde sait que le Prophète universel Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était l’un des membres de cette lignée choisie par Allah, qui, depuis les temps les plus anciens, est apparue à travers les âges pour enseigner aux hommes l’adoration d’Allah, l’obéissance à Allah et la noblesse du caractère. L’enseignement de la soumission et de la servitude envers l’Unique Allah, ainsi que d’une vie morale pure, que les prophètes et les sages du monde ont dispensé de tout temps, est aussi celui que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dispensé. Il n’a présenté aucune théorie nouvelle au sujet de Dieu et n’a pas non plus enseigné une conception inédite du caractère, différente de l’enseignement moral transmis par les prophètes antérieurs. Puisqu’il n’a rien fait de cela, une question se pose naturellement : quel fut donc son apport véritable, celui pour lequel nous le qualifions de meilleur homme de l’histoire ? La réponse est que, avant le Prophète Muhammad, les hommes avaient certes connaissance de l’existence et de l’unicité de Dieu. En revanche, ils ne savaient pas quel rapport cette vérité philosophique entretenait avec le caractère humain. Ils ne connaissaient pas non plus, à cette époque, les principes fondamentaux d’un caractère noble. Il est vrai que les hommes étaient au fait des principes élevés de la moralité, mais personne ne savait vraiment comment ces principes devaient être appliqués et mis en pratique dans les différents domaines de la vie. La foi en Allah, les principes moraux et la vie concrète de l’homme constituaient trois choses entièrement séparées. Il n’existait entre elles aucun lien scientifique, aucune relation étroite ni aucun lien opérant. Le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) réunit ces trois éléments dans le cadre d’un système unique. De leur synthèse, il édifia une civilisation et une culture complètes. Il ne se contenta pas d’en limiter les grandes lignes au monde de l’imagination : il les établit également dans le monde réel.

La foi est une force qui pousse à l’action

Le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : la foi en Allah ne consiste pas simplement à accepter une théorie philosophique ; par sa nature même et dès son origine, cette foi exige naturellement un certain type de caractère. Ce caractère doit se refléter dans la conduite concrète de l’homme. La foi est semblable à une semence. Dès que cette semence germe dans le cœur de l’homme, elle commence, sous l’impulsion de sa propre nature, à faire pousser l’arbre d’un mode de vie particulier. Depuis le tronc de cet arbre jusqu’à chacune de ses branches, de ses rameaux et de son feuillage, circule la sève vitale issue de cette semence. De même qu’il est impossible de planter un noyau de mangue dans la terre et d’en voir pousser un citronnier, il est également impossible de planter dans le cœur de l’homme la semence de la servitude envers Allah et d’en voir naître une vie matérialiste souillée par l’absence de moralité. Le caractère issu de l’obéissance et de la servitude envers Allah ne peut être semblable à celui qui se forme à partir du polythéisme, de l’athéisme ou du renoncement au monde. La nature et le tempérament de ces conceptions de la vie humaine sont entièrement différents. Chacune d’elles exige, de par sa nature, un caractère différent de celui des autres.

Le caractère de la dévotion envers Dieu pour toute la vie

Le caractère qui naît de l’obéissance à Dieu n’est pas réservé à une catégorie particulière de saints et d’ascètes, comme si son expression ne pouvait se manifester que dans les khanqahs et les cellules isolées consacrées à la méditation et à l’ascèse ; au contraire, ce caractère doit s’appliquer à l’ensemble de la vie humaine et à chacun de ses aspects. Si un commerçant est pieux envers Dieu, il n’y a aucune raison que son activité commerciale ne manifeste pas un caractère empreint de crainte de Dieu. Si un juge est pieux envers Dieu, et si un agent de police l’est également, on ne peut s’attendre à ce que le premier manifeste un caractère hostile à Dieu dans la salle d’audience, ni que le second le manifeste au commissariat ou au poste de police. De même, si une nation est pieuse envers Dieu et L’aime, il est naturel que son attachement à l’obéissance à Dieu se manifeste dans sa vie urbaine et municipale, dans ses activités étatiques, dans sa politique internationale, ainsi que dans la guerre et la paix. Autrement, la foi de cette nation en Allah ne pourrait avoir aucun sens.

L’enseignement du Prophète Muhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui)

La question est de savoir quel genre de caractère exige la dévotion à Dieu et comment cette moralité peut se manifester dans la vie concrète des êtres humains ainsi que dans leurs conceptions personnelles et sociales. Il s’agit d’un sujet si vaste qu’il est impossible de l’exposer dans une discussion succincte. Toutefois, je cite à titre d’exemple quelques paroles du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Ces paroles permettront de comprendre quelle belle harmonie existe, dans le système de vie qu’il nous a transmis, entre la foi, la pratique et la moralité. Le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) dit :

(Arabe******************************************à la page 146 du PDF)

« La foi a de nombreuses branches. La plus fondamentale est de ne reconnaître nul autre qu’Allah comme divinité. La dernière consiste à retirer du chemin ce qui est nuisible. Et la pudeur est également une branche de la foi. »

(Arabe******) « La pureté du corps et des vêtements représente la moitié de la foi. »

 

(Arabe******************************************à la page 146 du PDF)

« Le croyant est celui dont les gens n’ont rien à craindre pour leur vie et leurs biens. »

 

(Arabe******************************************à la page 146 du PDF)

« Celui qui n’est ni honnête ni digne de confiance n’a pas de foi, et celui qui ne tient pas sa promesse n’a pas de religion. »

 

(Arabe******************************************page 146 du PDF)

« Lorsque tu te réjouis d’une bonne action et éprouves du regret pour une mauvaise action, alors (comprends que) tu es croyant. »

 

(Arabe*********) C’est la patience et la générosité qui sont appelées foi. »

(Arabe******************************************page 147 du PDF)

« La foi la plus excellente consiste à ce que ton hostilité et ton amitié soient pour Allah, que le nom d’Allah soit constamment prononcé par tes lèvres, et que tu aimes pour autrui ce que tu aimes pour toi-même. Et que tu détestes pour autrui ce que tu détestes pour toi-même. »

(Arabe******************************************page 147 du PDF)

« Parmi les croyants, la foi la plus parfaite appartient à celui dont le caractère est le meilleur et qui se montre le plus bienveillant envers sa famille. »

(Arabe******************************************à la page 147 du PDF)

« Celui qui croit en Allah et au Jour dernier doit prendre soin de son hôte et ne pas nuire à son voisin. Et s’il a quelque chose à dire, qu’il dise une bonne parole ou qu’il se taise. »

(Arabe******************************************à la page 147 du PDF)

« Le croyant n’est jamais calomniateur, maudisseur, obscène ou grossier dans ses paroles. »

(Arabe******************************************à la page 147 du PDF)

« Un croyant peut être tout le reste, mais il ne peut être ni détourneur de biens ni menteur. »

(Arabe******************************************à la page 147 du PDF)

« Par Allah, il n’est pas croyant ! Par Allah, il n’est pas croyant !! Celui dont le voisin n’est pas à l’abri de ses méfaits. »

(Arabe******************************************à la page 147 du PDF)

« Celui qui mange à sa faim alors que son voisin reste affamé n’est pas croyant ».

(Arabe******************************************à la page 147 du PDF)

« Celui qui maîtrise sa colère alors même qu’il a le pouvoir de la satisfaire, Allah remplit son cœur de foi et de quiétude ».

(Arabe******************************************à la page 147 du PDF)

« Celui qui accomplit la prière pour être vu des gens commet du shirk ; celui qui jeûne pour être vu des gens commet du shirk, et celui qui fait l’aumône et la charité pour être vu des gens commet également du shirk ».

(Arabe******************************************à la page 148 du PDF)

« Celui qui possède ces quatre défauts est un hypocrite accompli : il trahit le dépôt qui lui est confié, ment lorsqu’il parle, rompt sa promesse lorsqu’il s’engage et dépasse les limites lorsqu’il se dispute ».

(Arabe******************************************à la page 148 du PDF)

« Porter un faux témoignage est un péché si grave qu’il atteint presque le degré du shirk. »

(Arabe******************************************à la page 148 du PDF)

« Le véritable mujâhid est celui qui lutte contre ses propres penchants afin de rester obéissant à Allah. Et le véritable muhâjir est celui qui abandonne les actes interdits par Allah. »

(Arabe******************************************à la page 148 du PDF)

« Savez-vous qui, au Jour de la Résurrection, prendra le premier place sous l’ombre d’Allah ? Les auditeurs répondirent : “Allah et Son Messager savent mieux.” Alors le Prophète (paix et bénédictions sur lui) dit : “Ce sont ceux qui, lorsqu’on leur présente la vérité, l’acceptent ; lorsqu’un droit leur est réclamé, le rendent de bon gré ; et qui, dans le cas des autres, rendent le même jugement que celui qu’ils auraient souhaité pour eux-mêmes.” »

(Arabe******************************************à la page 148 du PDF)

« Si vous me garantissez six choses, je vous garantirai le Paradis : lorsque vous parlez, dites la vérité ; lorsque vous promettez, tenez votre promesse ; lorsqu’un dépôt vous est confié, préservez-le ; éloignez-vous de l’adultère ; protégez-vous des regards concupiscents ; et abstenez-vous de toute injustice. »

(Arabe******************************************PDF, page 148)

« Les trompeurs, les avares et ceux qui se vantent de leurs dons ne pourront entrer au Paradis. »

(Arabe******************************************PDF, page 148)

« La chair nourrie de nourriture illicite n’entrera pas au Paradis. Pour celui dont la chair a été nourrie de nourriture illicite, le feu, c’est-à-dire l’Enfer, est plus approprié. »

(Arabe******************************************PDF, page 149)

« Allah est en colère contre celui qui vend un article défectueux sans en informer l’acheteur, et les anges ne cessent de le maudire. »

(Arabe******************************************PDF, page 149)

« Même si une personne vivait plusieurs vies et était plusieurs fois martyrisée dans la voie d’Allah, elle ne pourrait entrer au Paradis si elle ne remboursait pas sa dette. »

(Arabe******************************************à la page 149 du PDF)

« Qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, même s’il passe soixante années de sa vie dans l’obéissance à Allah, s’il fait, alors que la mort approche, un testament en lésant les droits de quelqu’un, leur entrée à tous deux en Enfer devient inévitable. »

(Arabe******************************************à la page 149 du PDF)

« Ceux qui se comportent mal envers leurs subordonnés n’entreront pas au Paradis. »

(Arabe******************************************à la page 149 du PDF)

« Sais-tu quelle œuvre est meilleure que le jeûne, la prière et l’aumône ? C’est de régler les différends entre les gens. Et détériorer les relations réciproques est une chose si grave que cela anéantit toutes les bonnes œuvres d’une personne. »

(Arabe******************************************à la page 149 du PDF)

« En vérité, le démuni est celui qui viendra le Jour de la Résurrection avec une grande quantité de prières, de jeûnes et de zakat, mais qui aura aussi insulté quelqu’un, calomnié quelqu’un, usurpé les biens de quelqu’un, versé le sang de quelqu’un ou frappé quelqu’un. Alors Dieu attribuera chacune de ses bonnes actions à ces opprimés. Et comme sa dette ne sera toujours pas acquittée, leurs péchés seront placés sur lui, puis il sera jeté en Enfer. »

(Arabe******************************************à la page 149 du PDF)

« Nul ne sera privé du salut, à moins de se convaincre intérieurement par une justification raisonnable de ses mauvaises actions. »

(Arabe******************************************à la page 150 du PDF)

« Maudit soit le commerçant qui retient des marchandises pour faire monter les prix. »

(Arabe******************************************à la page 150 du PDF)

« Celui qui retient des denrées alimentaires pendant quarante jours dans l’espoir d’une hausse des prix n’a aucun lien avec Allah. »

(Arabe******************************************à la page 150 du PDF)

« Même si quelqu’un, après avoir retenu des denrées alimentaires pendant quarante jours, les donne en aumône, le péché de les avoir retenues ne lui sera tout de même pas pardonné.

Parmi les nombreuses paroles du Prophète Muhammad (s.a.s.), quelques-unes sont présentées ici. Elles permettent de comprendre comment le Prophète (s.a.s.) a établi le lien entre la foi et le caractère, puis entre le caractère et tous les domaines de la vie. Tout lecteur d’histoire sait que ces paroles du Prophète (s.a.s.) n’étaient pas de simples paroles : dans le monde réel, il a fondé sur cette base tout le système culturel et politique d’un pays entier. Tel est son immense apport, qui fait de lui le plus grand guide de l’humanité.

Chapitre 5 — Le sceau de la prophétie

La portée et la démonstration du sceau de la prophétie

 

L’interprétation exacte du sceau de la prophétie

Tant que la civilisation et la culture humaines n’avaient pas atteint un degré permettant de diffuser largement le message d’un prophète parmi tous les peuples, et qu’aucun groupe humain n’était apparu qui puisse préserver le message du prophète, son enseignement et son modèle moral, puis les répandre dans toutes les régions du monde, la succession des prophètes se poursuivit. Des prophètes continuèrent d’être envoyés auprès de différents pays et peuples. Mais lorsque, d’une part, la civilisation et la culture humaines eurent atteint un développement suffisant pour que le message d’un prophète puisse prendre une dimension mondiale et que, d’autre part, se fut constitué un peuple acceptant la vraie guidance, capable de préserver intactes le Livre de Dieu, la vie du prophète porteur de ce Livre et sa direction complète et concrète, il ne fut plus nécessaire d’envoyer un autre prophète pour assumer la mission prophétique (ceux qui, en interprétant le sceau de la prophétie, prétendent qu’il n’est plus nécessaire en raison du savoir humain commettent en réalité un affront à la succession des prophètes et l’attaquent. Cette interprétation signifie que la guidance du prophète n’est nécessaire que jusqu’à un certain degré de connaissance, après quoi l’être humain n’a plus besoin de la direction d’un prophète. — L’auteur).

La situation particulière de l’époque antérieure au Noble Messager (s.a.s.)

À l’origine, chaque peuple recevait un prophète distinct. Son enseignement restait limité à son peuple. La raison en était qu’à cette époque les différents peuples du monde étaient séparés les uns des autres. Ils avaient peu de contacts entre eux. Chaque peuple semblait enfermé dans les limites de sa propre patrie. Dans ces conditions, il était difficile de répandre un enseignement commun parmi tous les peuples. En outre, la situation des différents peuples était totalement différente. L’ignorance était très grande. En raison de cette ignorance, les défauts apparus dans les croyances et dans le caractère prenaient des formes différentes selon les lieux. Il était donc nécessaire que les prophètes de Dieu donnent à chaque peuple un enseignement et une guidance particuliers, qu’ils éliminent progressivement les pensées erronées et diffusent les pensées justes, qu’ils leur apprennent peu à peu, en abandonnant les méthodes de l’ignorance, à suivre des lois d’un niveau supérieur, et qu’ils les forment exactement comme on éduque et prend soin des enfants pour les faire grandir. Dieu sait combien de milliers d’années s’écoulèrent ainsi dans l’éducation des peuples. Quoi qu’il en soit, à force de progresser, le jour arriva où l’humanité franchit les limites de l’enfance et atteignit l’âge de la maturité. Avec le développement du commerce, de l’industrie et des métiers, des relations réciproques s’établirent également entre les peuples. La navigation et les voyages par voie terrestre commencèrent, de la Chine et du Japon jusqu’aux contrées lointaines de l’Europe et de l’Afrique. L’usage de l’alphabet se répandit parmi la majorité des peuples. Les connaissances et les sciences se développèrent, et les échanges de pensées et de savoirs commencèrent entre les différents peuples. De grands conquérants apparurent. Ils fondèrent de vastes empires et soumirent plusieurs pays et peuples à un même système politique. Ainsi, l’écart, la distance et la séparation qui existaient entre les descendants antérieurs de l’humanité commencèrent peu à peu à diminuer. Les conditions furent alors réunies pour envoyer au monde entier l’enseignement unique de l’islam et une seule charia. Il y a deux mille cinq cents ans, la situation de l’humanité avait tellement progressé que les hommes aspiraient eux-mêmes à une religion unique convenant à tous. Bien que le bouddhisme ne fût pas une religion complète et qu’il ne comportât que quelques règles morales, il s’était néanmoins répandu au-delà des frontières de l’Inde, d’un côté jusqu’à la Chine, la Mongolie et le Japon, et de l’autre jusqu’à l’Afghanistan et Boukhara. Les prédicateurs bouddhistes étaient parvenus, en propageant cette religion, jusqu’à de nombreux pays lointains. Quelques siècles plus tard apparut la religion chrétienne. Bien que Jésus (a.s.) fût venu avec l’enseignement de l’islam, après sa disparition, une religion impotente et déformée fut fabriquée sous le nom de christianisme. Les chrétiens propagèrent cette religion depuis l’Iran jusqu’aux contrées les plus éloignées de l’Europe. Ces événements montrent clairement que le monde de cette époque aspirait spontanément à une religion universelle. Il s’y était tellement préparé que, même sans avoir encore trouvé une religion complète et exacte, il commença à répandre parmi l’humanité ces religions immatures et incomplètes.

La perfection de la religion et le sceau de la prophétie

À cette époque, un prophète, à savoir Muhammad (s.a.s.), fut envoyé dans le pays arabe pour le monde entier et pour l’ensemble de l’humanité ; il fut chargé de transmettre au monde entier l’enseignement complet de l’islam et sa loi parfaite.

Il ne fait donc aucun doute qu’à l’époque actuelle, en dehors de l’enseignement de Muhammad (s.a.s.) et du Noble Coran, il n’existe aucun autre moyen de connaître la voie vraie et simple de l’islam. Muhammad (s.a.s.) est le prophète d’Allah pour l’ensemble de l’humanité. La chaîne, ou succession, des prophètes a été scellée en lui. Le Très-Haut Allah a transmis, par l’intermédiaire de ce dernier prophète, tout l’ensemble des directives et des prescriptions qu’Il voulait accorder aux hommes. Désormais, croire en ce dernier prophète d’Allah est indispensable à toute personne qui recherche la vérité et souhaite devenir un serviteur obéissant d’Allah. Suivre l’enseignement qu’il a donné et la voie qu’il a enseignée fait partie de leurs devoirs indispensables.

Les preuves du sceau de la prophétie

Pour quiconque comprend la signification de la prophétie, il n’est nullement difficile de comprendre qu’un prophète ne naît pas chaque jour et qu’il n’est pas indispensable qu’il y ait constamment un prophète au sein de chaque nation. La vie de l’enseignement et de la guidance du prophète constitue la vie du prophète. Tant que son enseignement et sa guidance restent vivants, l’époque des prophètes précédents est révolue, car les hommes ont altéré l’enseignement qu’ils avaient donné. Aucun des Livres qu’ils avaient apportés ne subsiste aujourd’hui dans son état originel. Leurs adeptes eux-mêmes ne peuvent plus prétendre aujourd’hui posséder, dans son état original et intact, le Livre apporté par leur prophète. Ils ont également oublié la biographie de leurs propres prophètes. On ne trouve aujourd’hui nulle part de récits exacts et fiables de la vie d’un seul des prophètes précédents. On ne peut même pas affirmer avec certitude à quelle époque et en quel lieu ils étaient nés, ni quelle œuvre ils avaient accomplie. On ne peut pas davantage établir avec certitude où ils avaient vécu et quelle œuvre ils avaient accomplie. On ne sait pas non plus avec certitude où ils avaient vécu, quel enseignement ils avaient donné et de quelles paroles et actions ils avaient détourné les hommes. Mais l’époque de la prophétie de Muhammad (s.a.s.) se poursuit encore, car son enseignement et sa guidance sont toujours vivants. Le Coran qu’il a apporté existe dans un état intact, avec ses mots originels. Pas une seule lettre n’y a été modifiée ; pas même un point diacritique, ni une voyelle, n’a été déplacé. Les événements de sa vie, ses paroles et ses actes ont tous été conservés avec exactitude. Quatorze siècles sont en train de s’écouler, mais dans l’histoire, leur image demeure encore si claire et si lumineuse que nous avons l’impression de voir Muhammad (s.a.s.) de nos propres yeux. Dans le monde, la vie d’aucune personne n’a été conservée avec autant de soin que celle du Noble Messager (s.a.s.). Nous pouvons toujours tirer de la vie du Noble Messager (s.a.s.) un enseignement pour chacune des circonstances de notre existence. C’est là la plus grande preuve qu’après le Noble Messager (s.a.s.), aucun autre prophète n’est nécessaire.

Il ne peut y avoir que trois raisons à la venue d’un prophète après un autre prophète.

Premièrement. L’enseignement du premier prophète a disparu et il est devenu nécessaire de le présenter à nouveau.

Deuxièmement. L’enseignement du premier prophète n’est pas complet et la nécessité de le corriger et de l’enrichir s’est fait sentir.

Troisièmement. L’enseignement du premier prophète est limité à une nation particulière, et un autre prophète distinct est nécessaire pour les autres nations. — [On pourrait indiquer une quatrième raison. Ce serait qu’en présence d’un prophète, un autre prophète puisse être envoyé pour l’assister. Mais je n’ai pas mentionné cette raison, car le Noble Coran n’en donne que deux exemples. On ne peut pas conclure, à partir de ces deux exemples exceptionnels, qu’Allah ait une règle générale consistant à envoyer des prophètes auxiliaires. — L’auteur]

Premièrement : l’enseignement et la guidance de Hazrat Muhammad (paix et bénédictions sur lui) sont toujours vivants. Il est possible de savoir à tout moment quelle était sa religion, quelle guidance il avait apportée, quel mode de vie il avait instauré et quelles pratiques il avait tenté d’abolir et d’interdire. Les moyens de connaître ces éléments sont parfaitement préservés. Il n’est donc pas nécessaire qu’un prophète vienne présenter à nouveau, chaque fois que cela est nécessaire, ses enseignements et sa guidance.

Deuxièmement : par l’intermédiaire du noble Messager (paix et bénédictions sur lui), le monde a reçu l’enseignement complet de l’islam. Il n’est désormais nécessaire ni d’y ajouter ni d’en retrancher quoi que ce soit, et il ne s’y trouve aucune lacune ou insuffisance qui nécessiterait la venue d’un prophète pour être comblée. Ainsi, la deuxième raison disparaît également.

Troisièmement : le noble Messager (paix et bénédictions sur lui) n’a pas été envoyé comme prophète pour un peuple particulier, mais pour les habitants du monde entier. Son enseignement suffit à toute l’humanité. La troisième raison disparaît donc également.

C’est pourquoi le noble Messager (paix et bénédictions sur lui) est appelé le Khâtam an-Nabiyyîn, c’est-à-dire le dernier des prophètes. Autrement dit, la succession des prophètes a pris fin avec lui. Le monde n’a désormais plus besoin d’un autre prophète ; il a plutôt besoin de personnes qui suivront elles-mêmes la voie du noble Messager (paix et bénédictions sur lui), y guideront les autres, comprendront son enseignement, le mettront en pratique et établiront dans le monde entier le règne de la loi qu’il avait apportée.

Le moyen d’obtenir la guidance pour toute l’humanité

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Ô Prophète, Nous t’avons envoyé comme annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur pour l’ensemble de l’humanité, mais la plupart des gens ne le savent pas. » — (sourate Saba, 28)

Cela signifie que tu n’es pas destiné seulement aux habitants de cette ville, de ce pays ou de cette époque ; tu as été envoyé pour les habitants et les peuples du monde entier jusqu’au Jour de la Résurrection. Pourtant, tes compatriotes contemporains ne comprennent ni ta dignité ni ta valeur. Ils ne se rendent pas compte quelle personne éminente et magnifiée leur a été envoyée. Le fait que le noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) n’a pas été envoyé seulement pour son propre pays et son époque, mais pour toute l’humanité jusqu’au Jour de la Résurrection, est exposé en divers endroits du Coran. Par exemple :

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Et ce Coran m’a été révélé afin que, par lui, je vous avertisse, vous et ceux auxquels il parviendra. »

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Ô Prophète, dis : Ô gens, je suis le Messager d’Allah envoyé à vous tous. »

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Et Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour les mondes. »

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Béni soit Celui qui a fait descendre le Coran sur Son serviteur, afin qu’il soit un avertisseur pour les mondes. » — (Sourate Al-Furqân : 1).

Le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a lui aussi exposé cette même idée de différentes manières dans plusieurs hadiths. Par exemple :

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« J’ai été envoyé pour tous, sans distinction entre Blancs et Noirs. »

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« J’ai été envoyé pour l’ensemble de l’humanité, tandis que chacun des prophètes qui m’ont précédé n’a été envoyé qu’à son propre peuple. » — (Rapporté par Abdallah ibn Umar, d’après le Musnad d’Ahmad.)

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Chaque prophète était d’abord envoyé à un peuple particulier, tandis que moi, j’ai été envoyé à toute l’humanité. » — (Rapporté par Jâbir ibn Abdallah, d’après al-Bukhari et Muslim.)

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Le rapport entre mon envoi comme Prophète et l’Heure est exactement celui-ci » : en disant cela, le Messager d’Allah (s.a.s.) leva deux doigts de sa main. — (Al-Boukhari et Muslim).

Cela signifie que, de même qu’aucun troisième doigt ne s’interpose entre ces deux doigts, aucune prophétie ne s’interpose entre moi et l’Heure. L’Heure viendra immédiatement après moi. Je demeurerai établi comme Prophète jusqu’à l’Heure.

Annonciateur de bonne nouvelle et avertisseur pour l’ensemble de l’humanité

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Nous t’avons certes envoyé avec la vérité, comme annonciateur de bonne nouvelle et avertisseur. Il n’est aucune communauté parmi laquelle un avertisseur n’ait été envoyé. » — (sourate Fâtir : 24).

Le sens du premier verset est le suivant : Ô Prophète ! Tu n’as d’autre tâche que d’avertir les hommes. Si, malgré cela, quelqu’un ne se ressaisit pas et continue de sombrer dans les profondeurs de l’égarement, tu n’en es aucunement responsable. Tu n’as pas reçu la mission de faire voir aux aveugles ni d’apprendre à entendre aux sourds.

Ce qui est dit dans le deuxième verset est mentionné en divers endroits du Noble Coran. Son idée essentielle est qu’aucune communauté n’est apparue sur la scène du monde sans qu’Allah Très-Haut n’ait envoyé un Prophète pour la guider. Il est dit dans le septième verset de la sourate Ar-Ra‘d :(Arabe******) Il est dit dans le dixième verset de la sourate Al-Hijr :(Arabe***********)। Il est dit dans le trente-sixième verset de la sourate An-Nahl :(Arabe*****)। Il est dit dans le deux cent huitième verset de la sourate Ash-Shu‘ara :(Arabe*******) Mais, pour éviter toute confusion à ce sujet, il faut bien comprendre deux points. Premièrement, un Prophète suffit aux habitants de la région jusqu’à laquelle son appel peut parvenir. Il n’est donc nullement nécessaire d’envoyer un Prophète distinct pour chaque agglomération et chaque tribu. Deuxièmement, tant que les signes de l’appel et de la guidance d’un Prophète, ainsi que les traces de sa direction, demeurent préservés dans le monde, aucun nouveau Prophète n’est nécessaire. Il n’est pas non plus nécessaire d’envoyer un Prophète séparément à chaque homme de la communauté.

La miséricorde d’Allah pour l’ensemble de l’humanité

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Ô Muhammad ! Je t’ai envoyé dans le monde ; en réalité, tu es Ma miséricorde pour les habitants de la terre. » — (sourate Al-Anbiyâ : 107)

Une autre traduction de ce verset pourrait être : « Je t’ai envoyé comme miséricorde pour les habitants de la terre. » Dans les deux cas, son sens véritable est que la venue du Noble Messager (s.a.s.) est en réalité une miséricorde et une faveur d’Allah pour l’humanité. En effet, il vient éveiller le monde assoupi. Il lui accorde la connaissance qui permet de distinguer clairement la vérité de l’erreur. Surtout, il lui fait savoir sans ambiguïté quelle est la voie de la destruction et quelle est la voie de la paix et de la sécurité. Les mécréants de La Mecque considéraient la prophétie du Noble Messager (s.a.s.) comme une cause de malheur et de souffrance pour eux-mêmes. Ils disaient : « Cet homme a semé la division au sein de notre peuple ; il nous a séparés comme on détache la chair de l’ongle. » Il leur est répondu : « Bande d’insensés, celui que vous considérez comme un malheur est en réalité, pour vous, la miséricorde et la faveur d’Allah. »

Un Messager pour toute l’humanité

(Arabe*******************************************à la page 156 du PDF)

« Ô Muhammad, dis : Ô humanité, je suis venu à vous tous comme le Messager d’Allah, qui détient la souveraineté et l’autorité sur la terre et les cieux. » — (sourate Al-A‘râf : 158). « Chaque communauté a un Messager. » — (sourate Yûnus : 47).

Le mot « umma » n’est pas employé ici seulement comme synonyme de nation ; il est utilisé dans le sens suivant : après la venue d’un Messager, tous ceux auxquels son appel parvient sont son umma. De plus, il n’est pas nécessaire que le Messager soit vivant ni qu’il demeure corporellement parmi eux ; même après la disparition du Messager, tant que son enseignement reste vivant et que chacun peut encore savoir ce qu’il enseignait réellement, tous les habitants du monde seront considérés comme son umma. La règle mentionnée dans la discussion qui suit s’appliquera à eux. Dans ce contexte, après la venue de Muhammad (s.a.s.), tous les habitants du monde sont son umma et le resteront aussi longtemps que le Coran subsistera dans son état authentique et intact. C’est pourquoi le verset ne dit pas : « Chaque nation a un Messager », mais dit : « Chaque umma a un Messager ».

Au lieu d’envoyer un prophète dans chaque localité, Allah a fait de Muhammad (s.a.s.) un prophète et l’a envoyé pour le monde entier.

(Arabe******************************** page 159 du PDF)

« Si Je l’avais voulu, J’aurais envoyé à chaque agglomération un avertisseur. » — (sourate Al-Furqân : 51)

Cela signifie que cette tâche n’était pas au-delà de Mon pouvoir. Si Je l’avais voulu, J’aurais fait apparaître un prophète en chaque lieu. Mais, au lieu de cela, J’ai envoyé un seul prophète pour le monde entier. De même qu’un seul soleil suffit au monde entier, ce seul soleil de la guidance suffit à tous les habitants du monde.

Dans le Noble Coran, le Noble Messager (que la paix soit sur lui) est qualifié d’« avertisseur », d’« informateur » et d’« avertisseur des conséquences néfastes de l’insouciance et de l’égarement ». Il est également qualifié d’avertisseur pour les habitants du monde entier. Il y est aussi présenté comme un avertisseur pour tous les habitants du monde. On apprend ainsi que l’appel du Coran et la mission de Muhammad (que la paix soit sur lui) ne sont pas destinés à un territoire particulier, mais au monde entier ; non pas seulement à son époque, mais à toutes les époques à venir. Ce contenu est exposé en différents endroits du Coran.

Par exemple :

(Arabe******************************** page 159 du PDF)

« Ô humanité, je suis venu à vous tous en tant que Messager d’Allah. »

(Arabe******************************** page 159 du PDF)

« Ce Coran m’a été révélé afin que, par lui, je vous avertisse, ainsi que tous ceux auxquels il parviendra. » — (sourate al-An‘âm : 19)

« Nous t’avons envoyé comme annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur pour l’ensemble de l’humanité. » — (sourate Saba : 28)

Dans le hadith, le Messager d’Allah (s.a.s.) a clarifié davantage ce point en disant à plusieurs reprises :(Arabe***********) « J’ai été envoyé à tous, sans distinction entre les Blancs et les Noirs. » Il a également dit :(Arabe**************)

 « Auparavant, chaque prophète était envoyé spécialement à son peuple, tandis que j’ai été envoyé à l’ensemble de l’humanité. » — (Al-Bukhari et Muslim).

Il a également dit :(Arabe**********) « J’ai été envoyé pour toute la création, et avec ma venue, la succession des prophètes a été close. »

Le dernier prophète d’Allah

(Arabe******************************** à la page 159 du PDF)

« Le moment où les hommes devront rendre leurs comptes est proche, mais ils s’en détournent et demeurent dans l’insouciance. » — (sourate Al-Anbiyâ : 1)

Cela signifie que l’Heure est proche. Autrement dit, le jour où l’homme comparaîtra devant son Seigneur et Maître pour Lui présenter le compte de toutes ses œuvres n’est pas éloigné. Le fait que l’humanité soit entrée dans le dernier chapitre de son histoire est l’un des signes de la mission prophétique de Muhammad (sur lui la paix). Elle est désormais plus proche de sa phase finale que de son commencement. La période initiale et la période intermédiaire sont passées. La période finale a maintenant commencé. C’est précisément ce que le noble Messager a expliqué dans un hadith. Il leva deux doigts et dit :(Arabe************) « J’ai été envoyé alors que moi et l’Heure sommes dans la même relation que ces deux doigts de ma main lorsqu’ils sont côte à côte. » Cela signifie qu’après moi, il ne reste plus qu’à attendre l’Heure. Aucun prophète ne viendra entre-temps. Si vous voulez être guidés dans le droit chemin, suivez-le par le moyen de ma mission ; après cela, aucun autre guide ni avertisseur ne viendra vous montrer le droit chemin.

Une indication importante concernant le sceau de la prophétie

(Arabe******************************** à la page 159 du PDF)

« Rappelle-toi lorsque Allah prit un engagement des prophètes : “Aujourd’hui, Je vous ai donné le Livre et la sagesse. Si, demain, un autre Messager vient à vous, confirmant la véracité de l’enseignement que vous possédez déjà, vous devrez croire en lui et le soutenir.” Allah demanda ensuite : “Consentez-vous à cet engagement et êtes-vous prêts à assumer la lourde responsabilité de cet engagement pris envers Moi à ce sujet ?” Ils répondirent : “Oui, nous y consentons.” » — (Sourate Âl ‘Imrân, 81)

Cela signifie que chaque prophète est lié par cet engagement. Et la responsabilité qui incombe au prophète en vertu de cet engagement incombe nécessairement aussi à ses disciples. L’engagement auquel ils sont liés est le suivant : lorsque, de la part d’Allah, un prophète est envoyé pour propager et établir la religion dont la propagation et l’établissement vous ont été confiés, vous devez lui apporter votre soutien. Vous ne devez nourrir à son égard ni jalousie ni hostilité. Vous ne devez pas vous considérer comme les propriétaires exclusifs de la religion. Vous ne devez pas vous opposer à la vérité. Au contraire, quelle que soit la personne qu’Allah enverra pour élever l’étendard de la vérité, vous devrez vous rassembler sous son étendard.

Il faut ici comprendre clairement que, avant Muhammad (sur lui la paix), chaque prophète était lié par cet engagement. C’est pourquoi chaque prophète annonçait à sa communauté la venue du prophète qui lui succéderait et lui ordonnait de le soutenir. Mais on ne trouve nulle part, dans le Coran ni dans les hadiths, même la moindre indication qu’un tel engagement aurait été demandé à Muhammad (sur lui la paix), ou qu’il aurait annoncé à sa communauté la venue d’un prophète après lui et lui aurait ordonné de le suivre. — [Il n’est pas nécessaire d’expliquer que la question de la prophétie est extrêmement délicate. De l’acceptation ou du rejet du prophète dépendent la foi ou la mécréance de l’homme, ainsi que son salut ou sa perdition. Or, loin d’annoncer dans le Noble Coran la venue d’un prophète après le Messager honoré (sur lui la paix), il y est dit que le Messager honoré (sur lui la paix) est le dernier des prophètes. Et au lieu de convoquer sa communauté pour lui ordonner de croire en un prophète venant après lui, le Messager d’Allah (sur lui la paix) a clairement établi, dans d’innombrables hadiths, qu’aucun prophète ne viendrait après lui et que la succession de la prophétie avait pris fin avec lui. La question est la suivante : Allah et Son Messager nourrissaient-ils quelque hostilité envers notre religion et notre foi ? Un prophète viendrait-il après le Messager d’Allah (sur lui la paix), alors qu’Allah et Son Messager auraient tous deux dit des paroles qui nous conduiraient, en refusant de croire en ce prophète, à la mécréance et au châtiment de l’au-delà ? Cela serait-il seulement possible ? — (L’auteur)]

(Arabe******************************** à la page 161 du PDF)

« Ô fils d’Adam ! Souvenez-vous que, si un Messager issu de vous vient à vous et vous récite Mes versets, ceux qui s’abstiendront de désobéir et se réformeront n’auront rien à craindre et ne seront pas affligés. » — (Sourate al-A‘râf, 35)

Partout où, dans le glorieux Coran, il est question de l’expulsion d’Adam (A) et de Hawwa (A) du Paradis, il y est dit la même chose (voir à ce sujet les versets 38-39 de la sourate Al-Baqara et les versets 123-124 de la sourate At-Taha). Il faudra donc également considérer ici cette affirmation comme se rapportant au même contexte. Autrement dit, dès l’aube de la vie humaine, cette vérité lui avait été expliquée sans la moindre ambiguïté.

Arguments de plusieurs versets contre ceux qui nient la prophétie

(Arabe******************************** page 162 du PDF)

« Et (ô Prophète !) rappelle-toi l’engagement que J’ai pris de tous les prophètes, de toi également, ainsi que de Noé, Abraham, Moïse et Jésus, fils de Marie ; de tous, J’ai pris un engagement solennel. » — (Sourate Al-Ahzab : 7)

Dans ce verset, Allah le Très-Haut rappelle au Prophète (S) que, comme de tous les prophètes, Il a également pris de lui un engagement solennel. Il doit respecter cet engagement avec la plus grande rigueur. Mais de quel engagement s’agit-il ? Si l’on réfléchit au sujet qui fait l’objet de la discussion depuis le début, il apparaît clairement qu’il s’agit d’un engagement en vertu duquel le prophète se soumettra lui-même à chacun des commandements d’Allah et y soumettra également les autres. Il transmettra fidèlement aux gens toutes les paroles d’Allah et ne négligera en rien les efforts visant à les mettre effectivement en application. Cet engagement est mentionné en divers endroits du glorieux Coran. Par exemple :

(Arabe******************************** page 162 du PDF)

« Allah a établi pour vous la religion qu’Il avait prescrite à Noé, celle qu’Il t’a révélée, ô Muhammad, et celle qu’Il avait prescrite à Abraham, à Moïse et à Jésus, en leur enjoignant : “Établissez la religion et n’y introduisez pas de divisions.” » — (Sourate Ach-Choura : 13)

(Arabe******************************** page 162 du PDF)

« Et (ô musulmans), souvenez-vous de la faveur d’Allah qu’Il vous a accordée en faisant descendre sur vous Son Livre, afin que vous en exposiez l’enseignement et que vous ne le dissimuliez pas. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 187)

(Arabe******************************** à la page 162 du PDF)

« Et souvenez-vous du moment où J’ai pris des Enfants d’Israël cet engagement : vous n’adorerez nul autre qu’Allah. » — (Sourate Al-Baqara : 83)

(Arabe******************************** à la page 162 du PDF)

« N’a-t-on pas pris d’eux l’engagement concernant le Livre ? Tenez fermement à ce que Je vous ai révélé et souvenez-vous de la guidance qu’il contient. Il est à espérer que vous vous préserverez de la désobéissance envers Allah. » — (Sourate Al-A‘râf : 169-171)

(Arabe******************************** à la page 162 du PDF)

« Et ô musulmans, souvenez-vous de la faveur d’Allah qu’Il vous a accordée, ainsi que de l’engagement qu’Il a pris de vous lorsque vous avez dit : “Nous avons entendu et nous avons obéi.” » — (Sourate Al-Mâ’ida : 7)

Dans ce contexte particulier, la raison pour laquelle Allah vous rappelle cet engagement est que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), craignant les critiques de ses ennemis, hésitait à rompre la coutume héritée de l’époque de l’ignorance concernant les relations de parenté par adoption (et non de sang). Il s’agissait du mariage avec une femme. C’est pourquoi il éprouvait à plusieurs reprises de la gêne. Il pensait : même si j’accomplis cet acte avec la meilleure intention et dans le seul but de réformer la société, les ennemis continueront à dire qu’il n’a été accompli que pour satisfaire mes désirs sensuels et que cet homme n’a revêtu l’apparence d’un réformateur que pour tromper le peuple. C’est pourquoi Allah dit au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) : « Tu es Mon prophète désigné. Comme pour tous les autres prophètes, J’ai avec toi un engagement ferme : tu accompliras toi-même les ordres que Je te donnerai et tu ordonneras aux autres de les accomplir. Ne te soucie donc ni des critiques ni des calomnies de quiconque. N’aie honte devant personne. Ne crains personne. Accomplis sans hésitation l’œuvre que Je veux te faire accomplir. »

Un groupe a compris ainsi le pacte qui avait été conclu avec les prophètes venus après le prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) et leurs communautés : il leur avait été demandé de croire au prophète qui viendrait ultérieurement et de le soutenir. Sur la base de cette interprétation, ce groupe prétend que la porte de la prophétie est restée ouverte même après le prophète Muhammad (que la paix soit sur lui), et qu’un pacte aurait également été conclu avec le Noble Prophète (que la paix soit sur lui), selon lequel sa communauté devrait croire au prophète qui viendrait après lui. Mais les propos qui précèdent et qui suivent le verset déclarent sans ambiguïté la fausseté de cette interprétation. Dans le contexte qui a motivé l’énoncé de ce verset, rien ne permet d’affirmer qu’un prophète viendrait après le Messager éminent (que la paix soit sur lui) et que sa communauté devrait croire en ces prophètes. Si l’on adoptait ce sens, le verset deviendrait ici totalement déplacé et sans rapport avec le contexte. De plus, les termes du verset n’ont pas de sens explicite permettant de comprendre quel type de pacte a été conclu ici. Pour savoir de quel pacte il est question, nous devons donc examiner les autres passages du Coran où sont mentionnés les pactes conclus avec les prophètes. Si le Coran tout entier ne mentionnait qu’un seul pacte, concernant les prophètes venus ultérieurement, il serait raisonnable de penser que c’est ce pacte qui est visé ici. Mais quiconque étudie le Coran avec attention sait que ce Livre mentionne de nombreux pactes conclus avec les prophètes et leurs communautés. Il est donc convenable de retenir ici le sens du pacte qui est en rapport avec le contexte précédent et suivant. Il ne serait en aucun cas raisonnable de lui donner le sens d’un pacte dont le contexte ne fournit ici aucune occasion de parler. Cette interprétation erronée montre clairement que certaines personnes, au lieu de recevoir la guidée du Coran, s’efforcent de faire du Coran le bénéficiaire de leur propre guidée.

(Arabe******************************** à la page 164 du PDF)

« Qui donc est plus injuste que celui qui forge un mensonge et l’attribue à Allah, ou qui traite de mensonges Ses véritables signes ? Certes, les criminels ne connaîtront jamais la réussite. » — (sourate Yûnus : 17)

Certains ignorants ont pris la « réussite » au sens de la longévité, de la prospérité terrestre ou du progrès dans ce monde. Ils veulent ainsi tirer de ce verset le sens suivant : quiconque reste en vie après avoir revendiqué la prophétie, ou connaît un grand essor dans le monde, ou voit son appel se répandre, doit être reconnu comme un véritable prophète, puisqu’il a remporté la réussite. S’il n’avait pas été un véritable prophète, il aurait été tué dès qu’il aurait revendiqué faussement la prophétie, ou serait mort de faim, et son appel n’aurait pu se répandre dans le monde. Mais seul peut tirer du Coran de tels arguments dignes d’ignorants celui qui ne connaît pas le sens du terme coranique « falâh », ou qui ignore la loi selon laquelle Allah accorde aux criminels un délai, conformément aux règles exposées dans le Coran, et ne comprend pas le sens dans lequel ce terme est employé dans ce contexte.

La première chose à retenir est que le criminel ne peut connaître la réussite. Cette affirmation n’a pas été formulée, dans le contexte de ce verset, dans un sens qui en ferait un critère permettant de vérifier la revendication prophétique de quelqu’un, de sorte que les gens ordinaires pourraient examiner eux-mêmes les prétendants à la prophétie selon ce critère, accepter la revendication de celui qu’ils trouveraient victorieux et rejeter celle de celui qu’ils verraient échouer. Elle signifie plutôt ici : « Je sais avec certitude que les criminels ne peuvent connaître la réussite. Je ne peux donc pas moi-même commettre ce crime en revendiquant faussement la prophétie ; en revanche, je peux vous dire avec certitude que vous commettez le crime de traiter de mensonge le véritable prophète, et que vous ne pourrez donc pas connaître la réussite. »

Le falâh, ou la réussite, n’est pas non plus employé dans le Coran dans le sens restreint de la réussite terrestre. Il désigne plutôt une réussite ininterrompue, dont ne résulte pas la moindre trace de préjudice. Peu importe qu’au début de la vie terrestre d’une personne aucun aspect de la réussite ne soit apparent. Un prédicateur appelant clairement à l’égarement peut mener une vie confortable dans ce monde, atteindre le sommet de la prospérité et de l’essor terrestres, et voir son appel égaré acquérir une immense popularité et se répandre partout ; mais ce n’est pas la réussite que le Coran appelle réussite : c’est au contraire une perte et un échec manifestes. À l’inverse, il peut arriver qu’un appelant à la vérité soit confronté dans ce monde à de graves épreuves, qu’il soit écrasé sous le poids des malheurs, des calamités, de la tristesse et de la souffrance, au point de perdre connaissance, et que pas une seule personne ne rejoigne son groupe. Pourtant, dans le langage du Coran, cela n’est ni une perte ni un échec : c’est au contraire la véritable réussite.

En outre, le Coran affirme très clairement en divers endroits qu’Allah ne se hâte pas de saisir les criminels ; Il leur accorde au contraire suffisamment de temps et de possibilités pour se réformer. Et s’ils abusent de ce délai et de ces possibilités pour se corrompre davantage, Allah leur accorde encore un sursis et répand souvent sur eux Ses bienfaits. Ils finissent ainsi par révéler pleinement toutes les turpitudes cachées au fond d’eux-mêmes et deviennent, par leurs actes, dignes d’un châtiment qui leur revient justement en raison des mauvaises qualités qu’ils réunissent. Il serait donc gravement erroné de considérer qu’un faux prétendant dont le délai s’allonge est, par cela même, établi dans la guidée. La loi divine du sursis, du délai et de l’octroi des possibilités s’applique aux prétendants à la fausse prophétie tout autant qu’à tous les autres criminels. Il n’existe aucun argument ni aucune preuve permettant de les considérer comme exclus du champ d’application de cette loi. De même, lorsque Allah a accordé à Satan un délai jusqu’au Jour de la Résurrection, il n’est dit nulle part : « Toutes les tromperies et toutes les impostures que tu commettras seront tolérées, mais si tu fais apparaître de ton propre chef un faux prophète hypocrite, cette tromperie ne sera en aucun cas tolérée. »

En réponse à mes propos, quelqu’un pourrait peut-être citer les versets 44 à 47 de la sourate Al-Hâqqah, où il est dit :

(Arabe******************************** page 165 du PDF)

C’est-à-dire : « Si Muhammad avait forgé quelque parole en Mon nom, Je l’aurais saisi par la main et lui aurais tranché l’aorte. » Mais ce qui est dit dans ces versets, c’est que celui qui a été véritablement envoyé comme prophète par Allah, s’il invente un mensonge et le présente comme une révélation d’Allah, sera aussitôt saisi. Tirer de cette déclaration l’argument selon lequel le prétendant à la prophétie qui n’est pas saisi est nécessairement véridique ne constitue rien d’autre qu’une confusion de principe. L’exception au principe du délai et de la tolérance accordés par Allah, qui est établie par ce verset, ne concerne que le véritable prophète. Il n’en découle nullement que celui qui prétend faussement à la prophétie soit lui aussi inclus dans cette exception. Tout le monde sait que les lois édictées pour les fonctionnaires ne leur sont pas exclusivement applicables : conformément au code pénal, le même traitement est réservé aux individus malhonnêtes et aux criminels ordinaires. En outre, ce qui est dit dans ces versets de la sourate Al-Haqqah ne l’a pas été pour indiquer aux gens un critère permettant de vérifier les prophètes. Autrement dit, si une main sortait du voile de l’invisible et lui tranchait soudainement l’aorte, il faudrait le considérer comme un menteur et un imposteur ; sinon, il faudrait l’accepter comme véridique. S’il n’était pas possible de vérifier le prophète à travers son caractère, ses actes et ce qu’il a présenté, afin de déterminer s’il est un véritable prophète ou un imposteur, il serait peut-être nécessaire d’adopter un critère aussi absurde.

Prétention à la prophétie après le dernier prophète

Question : À la page 236 de Tarjumān al-Qur’ān (janvier-février), vous avez écrit : « Mon expérience est qu’Allah Tout-Puissant n’accorde jamais prospérité et établissement au mensonge. J’ai toujours suivi ce principe : je ne réponds jamais aux propos de ceux que je trouve indifférents à la vérité et à la loyauté, et dépourvus de crainte d’Allah. Allah peut tirer vengeance d’eux… et, si Allah le veut, leurs méfaits seront dévoilés au grand jour dès ici-bas. »

Je tiens à préciser que j’ai lu les ouvrages de la communauté ahmadie et que j’ai également été impliqué dans ses activités. C’est dans ce contexte que je vous soumets les questions suivantes.

Premièrement : ce n’est pas seulement votre expérience ; Allah a dit dans le noble Coran : « Allah n’aime pas les menteurs. » Et : « La malédiction d’Allah est sur les menteurs. » De même, pour ce genre de menteurs,(Arabe**********) leur châtiment consiste à être immédiatement saisis et jetés en Enfer.(Arabe*************) Dans ces conditions, si Mirza Ghulam Ahmad était un menteur, pourquoi (a) Allah Tout-Puissant ne l’a-t-Il pas encore saisi ? (b) Pourquoi le nombre des membres de la communauté augmente-t-il, et pourquoi la mission de Mirza Sahib, considérée comme une déviation par les musulmans, gagne-t-elle en force, alors que les racines de cette communauté se sont désormais solidement implantées à l’étranger ? (c) Soixante ans se sont écoulés depuis le message apporté par Mirza Sahib ; combien de temps devons-nous encore attendre le jugement d’Allah, alors qu’ils continuent actuellement à progresser et à prospérer ? (d) Pourquoi les groupes et les personnes qui s’opposent à cette communauté ne renoncent-ils pas à leur opposition et ne remettent-ils pas l’affaire entre les mains d’Allah ?

Deuxièmement : à la page 242 de Tarjumān al-Qur’ān, un sympathisant allemand de votre communauté a évoqué la coopération avec la communauté ahmadie de Berlin dans le domaine de la prédication de l’islam. Si vous considérez vous aussi comme juste leur travail de propagation de l’islam, pourquoi ne coopérez-vous pas avec eux au Pakistan ?

Réponse : Vous prenez tellement à la légère le cas d’un prétendant à la prophétie ! Cette méthode ne convient nullement pour trancher une question aussi importante. Tout ce que j’avais écrit concernait une accusation manifestement mensongère. Quelques individus intéressés avaient porté cette accusation contre moi. Vous appliquez ces propos au cas d’un homme qui a effectivement revendiqué la prophétie. Vous devez savoir que, dans le cas d’un prétendant à la prophétie, l’une de deux situations est nécessairement vraie. Si sa prétention est vraie, celui qui ne le reconnaît pas est mécréant. Et s’il est menteur, celui qui le reconnaît est mécréant. Voulez-vous donc trancher une question aussi délicate en vous fondant uniquement sur le fait qu’Allah ne l’a pas encore saisi, que son groupe prospère, et sur la question : « Combien de temps encore attendrons-nous le jugement d’Allah ? » Faut-il alors en conclure que, selon vous, dès qu’un individu revendique la prophétie, si son groupe continue à progresser et à prospérer, et si Allah ne le saisit pas durant la période d’attente que vous proposez, cela suffit à lui seul pour le reconnaître comme prophète ? Est-ce donc là, selon vous, le critère permettant de vérifier la prophétie ? (Arabe**********) Ce que vous avez voulu démontrer à partir de cela est en réalité fondamentalement faux. Ce qui est dit dans ce verset, c’est que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), qui est véritablement le prophète d’Allah, serait privé de sa trachée s’il composait de son propre chef une parole sans révélation divine et la présentait au nom d’Allah. Il n’est pas correct d’en déduire que la trachée de celui qui n’est en réalité pas prophète et qui se présente comme tel en recourant au mensonge serait elle aussi tranchée. En outre, dans ce verset, Allah n’a pas présenté comme critère pour distinguer le vrai prophète du faux le fait que la trachée du prétendant à la prophétie ne serait pas tranchée — auquel cas il serait un vrai prophète — ou qu’elle le serait — auquel cas il serait un faux prophète. Cette manière de tirer et de déformer ainsi le sens des versets du Coran n’est certainement pas votre propre méthode ; vous l’avez plutôt apprise auprès du groupe de Mirza Sahib. Cela prouve à lui seul que ce groupe ne craint pas Allah.

Après le prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), la prétention de quiconque revendiquera la prophétie ne sera pas évaluée selon le critère que vous avez proposé. Elle sera au contraire rejetée avec une entière certitude, car le Coran et la Sunna ont formulé à ce sujet une déclaration dépourvue de toute ambiguïté. Il y est dit qu’aucun prophète ne viendra après le Messager éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Je connais également les arguments que Mirza Sahib et ses disciples avancent pour soutenir que la porte de la prophétie reste ouverte. Mais je dois vous informer que ces arguments ne peuvent influencer qu’un ignorant ou une personne aux connaissances limitées. Après avoir examiné leurs arguments, un homme doué de discernement ne peut être convaincu que de leur seule stupidité.

Le fait qu’une lettre d’Allemagne ait été publiée dans Tarjuman al-Qur’an — cela ne signifie pas que nous considérions toutes les paroles de cette lettre comme littéralement vraies. Notre objectif était, par cette lettre, de susciter chez les musulmans de notre pays l’inspiration nécessaire pour les aider. Ils viennent d’embrasser l’islam. Comment pourraient-ils savoir combien de troubles s’élèvent dans le monde islamique ? Ils sont désormais des nôtres. Sinon, par ignorance, ils pourraient être victimes de n’importe quelle fitna. Le fait qu’une lettre d’Allemagne ait été publiée dans Tarjuman al-Qur’an — cela ne signifie pas que nous considérions toutes les paroles de cette lettre comme littéralement vraies. Notre objectif était, par cette lettre, de susciter chez les musulmans de notre pays l’inspiration nécessaire pour les aider. Ils viennent d’embrasser l’islam. Comment pourraient-ils savoir combien de troubles s’élèvent dans le monde islamique ? Ils sont désormais des nôtres. Sinon, par ignorance, ils pourraient être victimes de n’importe quelle fitna.

Question : J’ai reçu votre réponse. Malheureusement, elle n’a pas dissipé mes doutes. Je vous avais précisément cité vos propres paroles — « Allah punira Lui-même le menteur » — et je vous avais demandé à leur lumière pourquoi le châtiment d’Allah ne s’abat pas sur Mirza Ghulam Ahmad Qadiani, que tous les musulmans considèrent comme un menteur, et comment Allah peut depuis si longtemps assister à l’égarement de Ses serviteurs ?

J’ai étudié avec un regard critique vingt-cinq ouvrages écrits par Mirza Sahib. J’ai ensuite lu plusieurs livres écrits contre lui par des savants musulmans. Je reconnais toutefois n’avoir pu lire aucun de vos ouvrages sur cette question. Cependant, voici ma réaction générale à l’égard des livres des savants :

Ils ont déformé les écrits de Mirza Sahib, en ont tiré un sens erroné et le lui ont attribué.

Ils ne possèdent pas une connaissance complète du sujet sur lequel ils ont pris la plume. Je suis ensuite entré en correspondance avec eux. Mais la plupart ont gardé le silence. Voici ce que j’ai généralement compris des livres de Mirza Sahib : Mirza Sahib lui-même et ses paroles sont plongés jusqu’au cou dans l’amour du Prophète éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui). C’est sur cette base que je m’étais intéressé aux prétentions de Mirza Sahib. Et maintenant, il m’est devenu une vérité démontrée que :

Premièrement : les prétentions de Mirza Sahib ne sont pas contraires au Coran et à la Sunna.

Deuxièmement : la prophétie de Mirza Sahib ne diminue pas le rang du Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ; au contraire, si, grâce à Moïse (paix sur lui), il pouvait y avoir des prophètes dans chaque ville, alors, grâce au rang de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il devrait y avoir dans chaque village des gens qui diraient : « Nous avons eu le privilège de parler à Allah en pratiquant la Loi muhammadienne. » Mirza Sahib lui-même a dit :

« Cette source jaillissante vers la création d’Allah

n’est qu’une fine particule de l’océan de la perfection muhammadienne. »

À présent, vous m’avez de nouveau autorisé à examiner la revendication de Mirza Sahib. Auriez-vous l’amabilité de m’aider à suivre le droit chemin en démontrant, à la lumière du Noble Coran, la fausseté de l’une des revendications de Mirza Sahib ?

Réponse : Votre lettre précédente aurait pu dissiper votre doute si vous aviez véritablement voulu le dissiper. Tout ce que j’avais écrit dans Tarjuman al-Qur’an concernait ceux qui m’accusaient faussement. À ce sujet, j’avais exprimé ma confiance en Allah : Il punirait certainement les menteurs. Mais vous prenez cela comme critère pour vérifier la revendication de celui qui prétend à la prophétie. De plus, vous avez adopté ce critère de telle manière que, s’il apparaît que le prétendant à la prophétie ne reçoit pas de châtiment, il faudrait nécessairement le considérer comme un vrai prophète. Celui qui sera puni ici-bas serait un menteur et un égaré, tandis que celui qui ne sera pas puni serait véridique et bien guidé : est-ce vraiment un critère valable pour déterminer si les gens sont véridiques ou menteurs, bien guidés ou égarés ?

Vous avez dit quelque chose d’étrange : soixante ans se sont écoulés depuis que Mirza Sahib a revendiqué la prophétie, et combien de temps encore faudrait-il attendre ? Vous avez proposé un critère étrange pour vérifier la véracité d’une revendication prophétique. Selon vous, quel châtiment devrait subir un faux prétendant ? Veuillez l’expliquer quelque peu en détail. Si vous pensez qu’une main venue de l’invisible viendra lui trancher la gorge, je vous répondrai que même Moussaylima le Menteur, qui prétendit faussement à la prophétie du vivant du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ne reçut pas ce châtiment. Si vous pensez que tout prétendant à la prophétie qui sera tué par des hommes est un menteur, que dites-vous alors des prophètes dont Allah Lui-même a proclamé la véracité de la mission prophétique, tout en faisant savoir que leurs propres peuples les avaient tués ? Vous avez certainement lu dans le Coran les deux versets suivants :

(Arabe*******************************************(à la page 169 du PDF)

À la lumière de ces versets, je pense que vous devriez réexaminer votre propre manière de penser. On ne peut pas vérifier la revendication d’un prophète selon un tel critère. Ce qu’il faut examiner au sujet d’un prophète, c’est sa position à la lumière des paroles d’Allah qui l’ont précédé. Qu’a-t-il apporté ? Quelle est sa manière de vivre ? Ce serait une grave erreur d’accepter comme vrai prophète quelqu’un qui ne satisfait pas pleinement à ce critère, sous le seul prétexte que vous ne le voyez pas, de vos propres yeux, subir un châtiment en ce monde.

Tant que la prétention de celui qui revendique la prophétie n’aura pas été examinée à l’aune du premier des trois critères que j’ai mentionnés plus haut et pleinement établie comme absolument authentique, il est démontré, par cette dernière considération, qu’aucun nouveau prophète ne pourra venir après le prophète Muhammad (ﷺ) ; dès lors, il n’est nullement nécessaire d’examiner ce qu’a apporté le prophète venu après le Messager honoré (ﷺ), ni quel genre d’homme il est. Bien qu’à mon avis, au regard des deuxième et troisième critères, Mirza Sahib soit si éloigné de la dignité de la prophétie que, même si la porte de la prophétie était ouverte, aucune personne douée de discernement ne pourrait au moins le considérer comme un prophète, après la décision claire et sans équivoque du Coran et du hadith, je considère que poursuivre cette discussion est superflu, voire une insolence extrême envers Allah et le Messager (ﷺ).

Si vous demandez quels arguments le Coran et le hadith fournissent en faveur de la fermeture complète de la porte de la prophétie, il n’est pas possible d’y répondre dans une lettre. Si Allah Tout-Puissant m’en accorde le temps et l’occasion, j’écrirai, incha Allah, un article détaillé sur ce sujet. Sinon, cette question se présentera nécessairement dans le commentaire de la sourate Al-Ahzab, et pourra alors être examinée. — [Cette discussion apparaîtra quelques pages plus loin, dans l’article intitulé « Étude approfondie de la croyance en la clôture de la prophétie ». — (Le compilateur)]

Un autre argument des qadიანis contre la clôture de la prophétie

Question : Dans Tafhim al-Qur’an, dans l’explication du verset de la sourate Al-Imran, vous avez écrit à la note 69 : (Arabe*****)« Il faut encore comprendre ici que, de chacun des prophètes antérieurs à Muhammad (ﷺ), cet engagement a été pris ; c’est sur cette base que chaque prophète a informé sa communauté au sujet du prophète qui lui succéderait et lui a ordonné de le soutenir. Mais nulle part dans le Coran ni dans le hadith ne trouve-t-on mention qu’un engagement de ce genre ait été pris de la part du prophète Muhammad (ﷺ), ou qu’il ait ordonné à sa communauté de croire en un prophète qui viendrait ultérieurement. »

Après avoir lu ces phrases, l’idée m’est venue à l’esprit que, certes, le prophète Muhammad (ﷺ) n’a pas dit cela, mais qu’un engagement est mentionné de la manière suivante dans la sourate Al-Ahzab du Noble Coran :

(Arabe*******************************)

Ici, le prophète honoré (ﷺ) est interpellé par le terme « minka » (« de ta part »). Et l’engagement mentionné ici est celui qui est cité dans la sourate Al-Imran. La mention de l’engagement dans les versets cités de ces deux sourates montre que le même engagement qui avait été pris des autres prophètes l’a également été du prophète Muhammad (ﷺ).

En réalité, cette question m’est venue à l’esprit après la lecture d’un ouvrage des ahmadis. On y expliquait l’un par l’autre les versets cités de ces deux sourates. Un long développement y était également consacré au terme « minka ».

Réponse : (Arabe*****************) Si l’argument que les qadianiens tirent de ce verset de la sourate Al-Ahzab (Arabe****************) a été avancé de bonne foi, il révèle leur ignorance et leur stupidité. Mais s’ils l’ont fait délibérément dans le but de tromper les gens, alors leur égarement devient manifeste. Ils ont tiré un premier argument du verset de la sourate Âl ʿImrân. Il y est question de l’engagement pris par les prophètes et leurs communautés d’obéir à tout prophète qui viendrait ultérieurement. Puis ils ont tiré un deuxième argument du verset précité de la sourate Al-Ahzab. Il y est également question d’un engagement pris auprès du Messager honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), en même temps qu’auprès des autres prophètes. Ensuite, en réunissant ces deux éléments, ils ont eux-mêmes fabriqué ce troisième énoncé : un engagement aurait été pris auprès du Prophète honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de croire en tout prophète qui viendrait après lui et de lui apporter aide et soutien. Pourtant, dans le verset où il est question d’un engagement pris auprès d’un prophète à venir, Allah le Très-Haut n’a nulle part dit que cet engagement avait été pris auprès de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Et dans le verset où il est question d’un engagement pris auprès de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il n’est dit nulle part que cet engagement était lié à l’obéissance à un prophète qui viendrait ultérieurement. La question est donc la suivante : quelle justification y a-t-il à réunir deux énoncés distincts pour en fabriquer un troisième qui ne figure nulle part dans le Coran ? Trois arguments ou fondements auraient pu être invoqués. Premièrement, si, après la révélation de ce verset, le Prophète honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait réuni les Compagnons et proclamé : « Ô gens ! Allah a pris auprès de moi l’engagement que je croirai en tout prophète qui viendra après moi et que je lui apporterai aide et soutien. Prenez donc vous aussi cet engagement, puisque vous m’obéissez », nous pourrions alors le considérer comme un fondement. Mais, dans l’ensemble des recueils de hadiths, nous ne trouvons nulle part un seul hadith contenant cette déclaration. Au contraire, nous trouvons d’innombrables hadiths qui établissent clairement que la chaîne de la prophétie a pris fin avec le Prophète honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et qu’aucun prophète ne viendra après lui. Peut-on seulement imaginer que le Prophète honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ait reçu un engagement aussi important et qu’il l’ait ainsi négligé, allant même jusqu’à prononcer des paroles qui auraient eu pour conséquence qu’une grande partie de sa communauté soit privée de croire en un prophète envoyé par Allah ?

Si le Coran avait mentionné qu’un seul engagement avait été pris auprès de tous les prophètes et de leurs communautés, cela aurait pu constituer le deuxième argument ou fondement permettant d’admettre cet énoncé. Cet engagement aurait été de croire au prophète qui viendrait ultérieurement. Il n’aurait été fait mention, dans tout le Coran, d’aucun autre engagement. Dans ce cas, on aurait pu soutenir que le verset précité de la sourate Al-Ahzab faisait lui aussi référence à ce même engagement. Mais il n’y a même ici aucune possibilité d’avancer un tel argument. Le Coran mentionne non pas un seul engagement, mais de nombreux engagements. Ainsi, dans la dixième section de la sourate Al-Baqara, l’engagement pris auprès des Enfants d’Israël concerne le fait de vouer un culte à Allah, de bien traiter les père et mère et de s’abstenir de verser mutuellement le sang. Dans la dix-neuvième section de la sourate Âl ʿImrân, tous les gens du Livre ont pris l’engagement suivant : ils ne dissimuleront pas les enseignements du Livre d’Allah qui leur a été donné, mais les diffuseront publiquement. Dans la vingt et unième section de la sourate Al-Aʿraf, les Enfants d’Israël ont pris l’engagement de ne rien dire au sujet d’Allah qui ne soit fondé sur la vérité, de s’attacher fermement au Livre qu’Allah a donné et de garder ses enseignements en mémoire. Dans la première section de la sourate Al-Ma’ida, il est rappelé aux adeptes de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) un engagement qu’ils avaient pris envers Allah : « Vous prenez envers Allah l’engagement d’écouter et d’obéir. » La question est donc la suivante : puisque le verset concerné de la sourate Al-Ahzab ne précise pas quel était l’engagement mentionné, pourquoi, pour l’identifier, choisir précisément l’engagement mentionné dans la neuvième section de la sourate Âl ʿImrân plutôt que l’un des nombreux autres engagements cités ? Il faudrait nécessairement un fondement pour cela. Or, ce fondement n’existe nulle part. Si quelqu’un répondait que, puisque dans les deux cas il est question d’un engagement pris auprès des prophètes, l’un des versets a servi à expliquer l’autre, je dirais que tous les autres engagements pris auprès des communautés des prophètes ne l’ont pas été directement auprès d’elles, mais par l’intermédiaire des prophètes. En outre, quiconque étudie attentivement le Coran sait que chaque prophète a pris l’engagement de s’attacher fermement au Livre d’Allah et d’obéir à ses prescriptions.

Le troisième argument ou fondement aurait pu être le contexte des passages précédant et suivant celui de la sourate Al-Ahzab. S’il s’y trouvait une indication claire montrant que, par « engagement », il fallait entendre l’engagement de croire aux prophètes qui viendraient ultérieurement, il aurait été raisonnable d’admettre cet énoncé. Mais ici, c’est tout à fait l’inverse. Le contexte s’oppose plutôt catégoriquement à cette interprétation. La sourate Al-Ahzab commence par ces paroles :

« Ô Prophète ! Crains Allah, n’obéis ni aux mécréants ni aux hypocrites, agis conformément à la révélation que ton Seigneur t’envoie et place ta confiance en Allah. » Puis l’ordre est donné d’abolir la pratique, héritée de l’époque de l’Ignorance, consistant à prendre des fils adoptifs, ainsi que toutes les superstitions et coutumes qui s’y rattachent. Il est ensuite dit que, parmi les liens qui ne sont pas fondés sur la consanguinité, il n’en est qu’un qui soit plus honorable que les liens du sang : c’est le lien entre le prophète et les croyants. En vertu de ce lien, les épouses du Prophète jouissent auprès des croyants d’un statut comparable à celui de leurs mères et leur sont interdites comme leurs mères. Pour tout le reste, seuls les liens du sang sont reconnus, selon le Livre d’Allah, comme fondement de l’interdiction du mariage et du droit à l’héritage. Après avoir énoncé cette règle, Allah le Très-Haut rappelle au Prophète l’engagement qu’Il a pris auprès de tous les prophètes et, conformément à cela, auprès du Prophète honoré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) également. Toute personne douée d’un simple bon sens peut voir clairement quelle place pouvait bien avoir, dans ce contexte, le rappel d’un engagement de croire en un prophète qui viendrait ultérieurement. Tout au plus pouvait-il être question du rappel de l’engagement par lequel tous les prophètes avaient promis de s’attacher fermement au Livre d’Allah, de garder ses prescriptions en mémoire, de les mettre en pratique et de les proclamer publiquement. En avançant un peu plus loin, nous voyons qu’Allah le Très-Haut ordonne clairement au Prophète honoré : épouse toi-même l’ex-femme de ton fils adoptif Zayd, afin d’abolir cette fausse conception de l’époque de l’Ignorance selon laquelle les gens considéraient le fils adoptif comme leur fils biologique. Lorsque les mécréants et les hypocrites soulevèrent objection sur objection contre cet acte et se livrèrent à une campagne de diffamation, Allah le Très-Haut répondit successivement à chacune de leurs objections.

1. Premièrement, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’est le père d’aucun homme parmi vous ; par conséquent, l’épouse divorcée de cet homme ne pourrait lui être interdite.

2. Et si vous dites : puisqu’elle lui était licite, quelle nécessité y avait-il de l’épouser ? Il faut répondre qu’il est le Messager d’Allah. Lorsqu’Allah veut mettre fin à une pratique, il est de sa responsabilité de prendre lui-même l’initiative d’y mettre fin.

3. En outre, il était d’autant plus nécessaire pour lui de le faire qu’il n’est pas simplement un messager, mais le dernier des messagers. S’il ne mettait pas fin à ces coutumes et pratiques de l’époque de l’ignorance, aucun prophète ne viendrait après lui pour y mettre fin.

Si l’on lit cette dernière affirmation en la mettant en relation avec la précédente, chacun dira certainement avec assurance que, dans ce contexte, l’engagement dont il est rappelé au Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — n’est assurément pas un engagement à croire en un prophète qui viendrait ultérieurement.

Considérez maintenant ceci : ces trois fondements auraient pu servir à adopter, à partir du verset en question, le sens avancé par les Qadiens. Chacun de ces trois fondements est sans rapport avec leur thèse, et même lui est opposé. S’ils disposent en outre d’un quatrième argument ou fondement, demandez-le-leur. Et exigez également d’eux la réponse à ces trois arguments. Sinon, il sera légitime de penser qu’ils ont adopté ce sens du verset, soit sous l’effet de la sottise et de l’ignorance, soit après avoir complètement chassé de leur cœur la crainte d’Allah, afin d’égarer les gens simples et confiants. Quoi qu’il en soit, je ne comprends pas ceci : si Mirza Sahib était un prophète, comment se fait-il que l’époque de ses « compagnons » ne soit toujours pas révolue, alors que l’ensemble de sa communauté est actuellement compté parmi les « tâbi‘în et tâbi‘ al-tâbi‘în » ? Malgré cela, leur situation est telle que les membres de sa communauté continuent ouvertement de présenter, à partir du Livre d’Allah, des arguments aussi erronés et mensongers, sans qu’une seule voix ne s’élève dans toute la communauté contre cette ignorance.

Les trois arguments du verset sur le sceau de la prophétie

(Arabe****************************à la page 174 du PDF)

« Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes ; il est plutôt le Messager d’Allah et le dernier des prophètes. Et Allah sait toute chose. » — (sourate Al-Ahzab, 40)

Le contexte dans lequel la question de la fin de la prophétie est abordée dans la sourate Al-Ahzab est le suivant. En Arabie, le fils adoptif jouissait pleinement du statut du fils biologique. Il héritait comme un fils biologique. De même que la mère, le père et les frères et sœurs vivaient ensemble au sein d’un même foyer, le fils adoptif vivait avec l’épouse et les enfants de son père adoptif comme s’il faisait partie de la famille. Une fois devenu fils adoptif, tous les liens qui s’établissaient entre les proches en raison de la parenté par le sang s’établissaient également entre le fils adoptif et son père adoptif. Allah voulait abolir cette coutume. Il déclara donc d’abord que le fait de donner à quelqu’un le nom de fils ne le rendait pas pour autant son véritable fils (verset 4). Cependant, en raison de plusieurs siècles de coutumes et de traditions, le sentiment de statut familial et la notion d’interdiction matrimoniale qui avaient profondément pris racine dans les esprits ne pouvaient être arrachés facilement. Il fallait donc, dans les faits, briser cette pratique. C’est alors que survint l’affaire de Zayd et de Zaynab. Zayd, le fils adoptif du Noble Messager, divorça d’avec son épouse Zaynab. Le Noble Messager comprit que c’était là l’occasion idéale de briser cette grave coutume de l’époque antéislamique. Tant qu’il n’épouserait pas lui-même l’ex-épouse de son fils adoptif, la conception antéislamique selon laquelle le fils adoptif devait être considéré comme un fils véritable et biologique ne disparaîtrait pas. Mais il savait également que les hypocrites de Médine, les communautés juives des environs de Médine et la société polythéiste de La Mecque provoqueraient un immense tumulte contre cette décision. Ils ne laisseraient échapper aucune occasion de le diffamer et de mener une propagande hostile à l’islam. C’est pourquoi, bien qu’il ressentît la nécessité d’agir concrètement, il hésitait. Finalement, sur l’ordre d’Allah, il épousa Zaynab. Comme on pouvait le prévoir, une tempête d’objections se leva. Un déluge de critiques et de calomnies se déversa. Même dans l’esprit de pieux musulmans surgirent toutes sortes de doutes et de soupçons. En réponse à ces objections, critiques, calomnies et doutes, les versets 37 à 40 du cinquième passage de la sourate Al-Ahzab furent révélés.

Au début de ces versets, Allah dit que ce mariage a eu lieu sur Son ordre. La raison en est que rien de répréhensible n’empêche les croyants d’épouser l’ex-épouse de leur fils adoptif. Il dit ensuite que ce n’est pas le comportement d’un prophète d’hésiter par crainte de quelqu’un lorsqu’il s’agit d’exécuter l’ordre d’Allah. Puis Il conclut cette discussion en exposant les paroles suivantes :

« Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes ; mais il est le Messager d’Allah et le dernier des prophètes. » Cette phrase montre clairement qu’Allah veut présenter trois arguments en réponse aux objecteurs. En une seule phrase, les racines de toutes les objections et de toute la propagande que les adversaires soulevaient contre le mariage du Noble Messager ont été extirpées.

Leur première objection était la suivante : alors que, selon leur propre loi religieuse, l’épouse d’un fils était interdite au père, comment avait-il pu épouser l’épouse de son propre fils ? Il leur fut répondu que ce mariage n’était pas répréhensible. En effet, l’homme dont l’ex-épouse avait été épousée n’était pas le véritable fils de Muhammad, et Muhammad n’était pas non plus son véritable père. C’est pourquoi il est dit : « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes. » Autrement dit, celui dont l’ex-épouse avait été épousée n’était pas le fils de Muhammad. Pourquoi donc le mariage avec son ex-épouse aurait-il été interdit ? Vous savez tous que Muhammad n’avait aucun fils.

Leur deuxième objection était la suivante : si le fils adoptif n’était pas un fils véritable, épouser son ex-épouse pouvait tout au plus être licite, mais pourquoi était-il nécessaire, voire indispensable, de l’épouser ? Il leur fut répondu : « Mais il est le Messager d’Allah. » En tant que Messager, il avait notamment pour responsabilité de rendre licite ce que vos coutumes avaient indûment déclaré illicite, en abolissant toutes les conceptions fondées sur les liens du sang à ce sujet et en dissipant tous les doutes et toutes les incertitudes qui s’y rapportaient.

Troisièmement, une autre raison rendait cette mesure indispensable : Muhammad n’était pas simplement un prophète ; il était le dernier des prophètes. Autrement dit, après lui, aucun prophète ne viendrait, et a fortiori aucun messager. Si la réforme d’une loi ou d’une coutume sociale n’était pas réalisée à son époque, il n’y avait aucune possibilité qu’un prophète venu après lui achève l’œuvre qu’il avait commencée. Il était donc absolument nécessaire qu’il abolisse cette importante coutume de l’époque antéislamique. En effet, si cette coutume ne mourait pas de ses mains, il n’y aurait jusqu’au Jour de la Résurrection aucune possibilité qu’elle disparaisse. Aucun prophète ne viendrait après lui. Il n’y aurait personne pour achever ce qu’il aurait laissé inachevé.

Pour insister davantage sur ce point, il est dit : « Allah a connaissance de toute chose. » Autrement dit, Allah sait pourquoi il était nécessaire, à ce moment-là, d’abolir cette coutume de l’époque antéislamique par l’intermédiaire de Muhammad ; Lui seul sait quel préjudice aurait résulté du contraire. Désormais, aucun prophète ne viendra de Sa part. Si donc, par l’intermédiaire de Son dernier prophète, Il n’abolissait pas cette coutume dès maintenant, il ne se trouverait plus à l’avenir aucune personnalité qui, en s’y opposant, puisse la faire disparaître définitivement de la société musulmane du monde entier. Même si les réformateurs des époques ultérieures s’y opposaient, les actes d’aucun d’entre eux n’auraient une influence éternelle et universelle telle que les gens de chaque pays et de chaque époque les accepteraient sans hésitation et les suivraient. De plus, aucun d’eux ne posséderait une personnalité sacrée de nature à faire comprendre qu’en accomplissant cet acte — autrement dit, qu’il s’agissait de sa Sunna — il puisse éliminer des esprits toute la haine et tout le malaise suscités à l’égard de cette coutume.

Il est regrettable qu’à notre époque un groupe ait donné à ce verset une interprétation erronée et ouvert ainsi la porte à une immense fitna. C’est pourquoi, après avoir présenté une discussion complète sur la question de la fin de la prophétie, je m’attacherai, dans la suite, à examiner en détail la question de la fin de la prophétie afin de réfuter les confusions propagées par ce groupe.

 

Étude approfondie de la doctrine de la clôture de la prophétie

IlsArabe****************************) interprètent le terme « khâtam an-nabiyyîn », mentionné dans le verset, comme signifiant le sceau des prophètes. Ils veulent faire croire qu’après le Messager d’Allah (ﷺ), de nombreux prophètes viendront encore dans le monde, revêtus de Son sceau. Autrement dit, nul ne deviendrait prophète tant qu’il n’aurait pas reçu le sceau du Messager d’Allah (ﷺ).

Mais si l’on examine ce terme en le replaçant dans le contexte particulier où ce verset a été exposé, il n’existe absolument aucune possibilité d’en retenir ce sens. Au contraire, l’adoption de ce sens fait disparaître la nécessité même de l’emploi de ce terme dans ce contexte et le rend contraire à l’objectif réel du propos. Alors qu’on répondait aux protestations soulevées contre le mariage de Zaynab (qu’Allah l’agrée) et aux divers doutes qui en étaient nés, dire soudain au milieu de l’exposé : « Muhammad est le sceau des prophètes », c’est-à-dire que tous les prophètes qui viendront seront marqués du sceau de Muhammad (ﷺ) : n’est-ce pas une parole tout à fait hors de propos et sans rapport avec le sujet ? L’apparition soudaine de cette phrase au milieu de l’exposé qui la précède et la suit n’est pas seulement déplacée ; elle affaiblit également l’argument avancé en réponse aux contestataires. Dans cette situation, une occasion remarquable s’offrait à eux. Ils auraient facilement pu dire : « Vous auriez mieux fait de ne pas accomplir cette action de votre vivant ; aucun danger n’aurait alors été à craindre. S’il était à ce point nécessaire d’abolir cette mauvaise coutume, n’importe lequel des prophètes qui viendraient après vous, marqués de votre sceau, aurait pu l’abolir. »

Le groupe mentionné a donné au terme un autre sens déformé. Il a ainsi interprété « khâtam an-nabiyyîn » comme « afdhal an-nabiyyîn ». Cela signifie que la porte de la prophétie demeure ouverte, mais que la prophétie a atteint sa perfection en la personne du Messager d’Allah (ﷺ). Pourtant, en adoptant ce sens, on ne peut pas davantage échapper à la réapparition de la confusion déjà mentionnée. Ce sens n’a aucun rapport avec l’exposé qui précède et qui suit. Il exprime au contraire exactement le contraire de la suite des événements évoqués. Les mécréants et les hypocrites auraient pu dire : « Monsieur, même s’ils étaient moins éminents que vous, d’autres prophètes auraient continué à venir après vous ; vous auriez donc pu laisser cette tâche à leur charge. Était-il vraiment indispensable que ce soit vous qui assumiez la responsabilité d’éradiquer cette mauvaise coutume ? »

Le sens lexical du terme « khâtam an-nabiyyîn »

Du point de vue de son rapport avec l’exposé qui précède et qui suit, on peut finalement dire que le terme « khâtam an-nabiyyîn » signifie ici la clôture de la succession. Autrement dit, aucun prophète ne viendra après le Messager d’Allah (ﷺ). Mais ce n’est pas seulement au regard du contexte qu’il s’agit de son sens juste et unique ; c’est également son seul sens correct sur le plan lexical. Selon les dictionnaires arabes et les expressions consacrées, le terme « khâtam » signifie : apposer un sceau, fermer, parvenir au terme et achever une tâche pour être libéré de la responsabilité.

Khatama al-‘amal (Arabe***) signifie : « faragha min al-‘amal »,(Arabe*****) c’est-à-dire : il a achevé le travail.

Khatama al-inâ’ (Arabe****) signifie : il a fermé l’ouverture du récipient et l’a scellée, afin que rien de ce qu’il contient ne puisse en sortir et que rien de l’extérieur ne puisse y entrer.

Khātama al-kitāb (Arabe******) signifie : il a fermé la lettre et en a apposé le sceau, de sorte que la lettre serait préservée.

Khātama ʿalā al-qalb (Arabe*******) signifie : la saveur ressentie en dernier lieu après avoir bu une boisson.

Khātimatu kulli shay’in ʿāqibatuhu wa ākhiratuhu (Arabe**********) c’est-à-dire que le khātim de toute chose désigne son aboutissement et sa fin.

Khatama ash-shay’a balagha ākhirahu (Arabe*********) c’est-à-dire que terminer une chose signifie parvenir jusqu’à sa fin. C’est ce sens qui est retenu dans l’expression khatm du Coran et, sur cette base, le dernier verset de chaque sourate est appelé khawātim.

Khātamu al-qawmi ākhiruhum (Arabe*******) c’est-à-dire que le dernier individu de la nation est le khātam de la nation. (Voir : Lisān al-ʿArab, al-Qāmūs et Aqrab al-Mawārid.) — [Je n’ai mentionné ici que trois dictionnaires. Mais pourquoi seulement ces trois dictionnaires ? Si l’on ouvre n’importe quel dictionnaire fiable de la langue arabe, on y trouvera le sens et l’explication susmentionnés du mot khātam. Pourtant, ceux qui nient le khatm de la prophétie ont totalement écarté son sens lexical afin de percer une brèche dans la forteresse protégée de la religion d’Allah. Ils prétendent que, lorsqu’on qualifie une personne de khātam ash-shuʿarā’, de khātam al-fuqahā’ ou de khātam al-mufassirīn, on ne veut pas dire qu’après la personne à laquelle ce titre est attribué aucun autre poète, juriste ou exégète n’est né. Le sens serait plutôt que l’accomplissement de la science ou de l’art susmentionné aurait atteint son plein achèvement chez cette personne. Or, l’emploi de tels titres pour mettre extrêmement en valeur une qualité ne fait jamais prendre au mot khātam le sens lexical de « complet » ou de « supérieur », et son emploi dans le sens de dernier n’est pas considéré comme fautif.]

Seul quelqu’un qui ignore les règles de la grammaire peut tenir de tels propos. Aucune langue n’obéit à la règle selon laquelle, lorsqu’un mot est parfois employé indirectement dans un sens autre que son sens premier, ce sens deviendrait son sens véritable et son emploi dans son sens lexical originel serait interdit. Si l’on dit à un Arabe : « Jā’a khātamu al-qawm » (Arabe*****) il ne pensera jamais que le meilleur ou le plus accompli de la tribu est arrivé ; il pensera au contraire que tous les membres de la tribu sont arrivés, jusqu’au dernier.

Il faut également garder à l’esprit que ce sont les hommes eux-mêmes qui ont donné à certaines personnes des titres tels que khātam ash-shuʿarā’, khātam al-fuqahā’ et khātam al-muḥaddithīn. Or, celui qui attribue à quelqu’un le titre de khātam ash-shuʿarā’ ou de khātam al-fuqahā’ n’a aucun moyen de savoir si, après lui, naîtra ou non une autre personne possédant cette qualité. C’est pourquoi, dans le langage humain, on ne peut que recourir à des expressions de ce genre afin de magnifier excessivement sa qualité et de reconnaître sa perfection. Mais lorsqu’Allah le Très-Haut établit qu’une qualité particulière a pris fin avec une personne donnée, je ne vois aucune raison d’employer ce terme dans un sens indirect, à son sujet comme dans l’usage humain. Si Allah avait qualifié quelqu’un de khātam ash-shuʿarā’, cela signifierait sans aucun doute qu’il serait impossible qu’un autre prophète naisse après la personne concernée. En effet, Allah connaît l’invisible et l’avenir, tandis que l’homme ne connaît ni l’invisible ni l’avenir. Comment le fait qu’Allah qualifie quelqu’un de khātam an-nabiyyīn pourrait-il être mis sur le même plan que le fait que les hommes donnent à quelqu’un le titre de khātam ash-shuʿarā’ ? — (L’auteur)

C’est pourquoi tous les lexicographes et les exégètes ont unanimement donné au terme khātam an-nabiyyīn le sens de « ākhir an-nabiyyīn », c’est-à-dire le dernier des prophètes. Selon les dictionnaires et les expressions arabes, khātam ne désigne pas le timbre de la poste, dont l’empreinte est apposée sur la lettre pour la poster ; il désigne plutôt le sceau apposé sur l’ouverture de l’enveloppe afin qu’aucune chose ne puisse en sortir et qu’aucune chose extérieure ne puisse y pénétrer.

Les paroles du Messager d’Allah (s.a.s.)

Les diverses explications du Messager d’Allah (s.a.s.) corroborent le sens que ce mot revêt, tant au regard du contexte coranique qu’au point de vue lexical. À titre d’exemple, nous mentionnons ici quelques hadiths :

(Arabe***************************************à la page 179 du PDF)

« Le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : Les fils d’Israël étaient dirigés par les messagers d’Allah. Lorsqu’un prophète mourait, un autre prophète lui succédait. Mais après moi, il n’y aura aucun prophète ; il n’y aura que des califes. » — (Al-Bukhari, chapitre des Mérites)

(Arabe***************************************à la page 179 du PDF)

« Le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : Moi et les prophètes qui m’ont précédé, nous sommes comparables à un homme qui a construit une demeure et l’a embellie et ornée avec beaucoup de soin. Cependant, à l’un de ses angles, il restait l’emplacement vide d’une brique. Les gens tournaient autour de la demeure, admiraient sa beauté et s’étonnaient en disant : “Pourquoi n’a-t-on pas posé une brique à cet endroit ?” Je suis donc cette brique, et je suis le dernier de ces prophètes. (C’est-à-dire qu’avec ma venue, l’édifice de la prophétie a été achevé ; il n’y subsiste désormais aucun espace vide qu’un autre prophète devrait venir combler. » — (Al-Bukhari, Kitab al-Manāqib, chapitre du Sceau des prophètes).

Quatre hadiths nobles exposant ce même contenu sont rapportés dans le chapitre « Le Sceau des prophètes » du Kitab al-Faḍā’il. Dans le dernier hadith, le passage suivant a été ajouté : (Arabe********) c’est-à-dire : « Puis je suis venu et j’ai mis fin à la succession des prophètes. » ৱ

Ce hadith est également rapporté dans le Tirmidhi Sharif, avec les mêmes termes, dans le chapitre « Les Mérites du Prophète » du Kitab al-Manāqib et dans le chapitre des Exemples du Kitab al-Ādāb.

Dans le Musnad d’Abû Dâwûd Tayâlisî, ce hadith est mentionné dans la chaîne de transmission d’un hadith rapporté par Jâbir ibn ‘Abd Allâh. Sa dernière partie est la suivante (Arabe******) Autrement dit, c’est par mon intermédiaire que la succession des prophètes a été achevée.

Dans le Musnad d’Ahmad, des hadiths de ce type ont également été rapportés, avec de légères variantes de formulation, d’après Ubayy ibn Ka‘b, Abû Sa‘îd al-Khudrî et Abû Hurayra (qu’Allah soit satisfait d’eux).

(Arabe***************************************à la page 180 du PDF)

« Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : Six privilèges m’ont été accordés par rapport aux autres prophètes. (a) J’ai reçu la faculté de prononcer des paroles brèves mais riches de sens. (b) J’ai été soutenu par la puissance et l’autorité. (c) Le butin m’a été rendu licite. (d) La terre entière a été faite pour moi une mosquée (c’est-à-dire que, dans ma Loi, la prière peut être accomplie partout dans le monde et non uniquement dans un lieu de culte particulier), et la terre un moyen de purification (c’est-à-dire que, non seulement avec l’eau, mais aussi avec la terre, par le tayammum, il est possible d’accomplir la purification, autrement dit les ablutions et le bain rituel). (e) J’ai été envoyé comme Messager pour le monde entier, et (f) la succession des prophètes a été achevée avec moi. » — (Muslim, at-Tirmidhî, Ibn Mâja).

(Arabe***************************************à la page 180 du PDF)

« Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : La succession de la mission prophétique et de la prophétie a été achevée. Il n’y aura donc, après moi, ni Messager ni prophète. » — (at-Tirmidhî, Kitâb ar-Ru’yâ, Bâb Dhahâb an-Nubuwwa ; Musnad Ahmad, rapporté par Anas ibn Mâlik).

 

(Arabe***************************************à la page 181 du PDF)

« Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : Je suis Muhammad et je suis Ahmad. Je suis l’Extincteur : par mon intermédiaire, la mécréance sera éteinte. Je suis le Rassembleur : après moi, les gens seront rassemblés sur le champ du Jugement dernier. (C’est-à-dire qu’après moi, il ne reste plus que la Résurrection.) Je suis le Dernier à venir — et le dernier à venir est celui après lequel aucun prophète ne viendra. » — (al-Bukhârî et Muslim, Kitâb al-Fadâ’il, Bâb Asmâ’ an-Nabî ; at-Tirmidhî, Kitâb al-Adab, Bâb Asmâ’ an-Nabî ; al-Muwatta’, Kitâb Asmâ’ an-Nabî ; Mustadrak al-Hâkim, Kitâb at-Târîkh, Bâb Asmâ’ an-Nabî).

(Arabe***************************************à la page 181 du PDF)

« Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : Allah n’a certainement envoyé aucun prophète qui n’ait averti sa communauté au sujet du Dajjâl. (Mais il ne s’est pas manifesté à leur époque.) Je suis maintenant le dernier des prophètes, et vous êtes la dernière communauté. Le Dajjâl se manifestera sans aucun doute maintenant parmi vous. » – (Ibn Mâjah, Kitâb al-Fitan, Bâb al-Dajjâl).

(Arabe***************************************à la page 181 du PDF)

« Abd al-Rahmân ibn Jubayr a dit : J’ai entendu Abdallah ibn Amr ibn al-Âs dire : Un jour, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) sortit de sa maison et vint nous rejoindre. Il s’avança comme s’il prenait congé de nous. Il dit trois fois : “Je suis le prophète illettré Muhammad.” Puis il dit : “Il n’y aura plus de prophète après moi.” » – (Musnad Ahmad, récit rapporté par Abdallah ibn Amr ibn al-Âs).

(Arabe***************************************à la page 181 du PDF)

« Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : Il n’y aura plus de prophétie après moi. Il ne restera que des paroles annonciatrices de bonnes nouvelles. On demanda : “Ô Messager d’Allah ! Que sont ces paroles annonciatrices de bonnes nouvelles ?” Il répondit : “Les bons rêves.” Ou il dit : “Les rêves bénéfiques.” Cela signifie qu’il n’existe désormais plus aucune possibilité que la révélation d’Allah descende. Tout au plus peut-on dire que, si Allah le Très-Haut donne à quelqu’un un signe, celui-ci ne lui sera donné que par l’intermédiaire d’un bon rêve. » – (Musnad Ahmad, rapporté par Abû al-Tufayl ; al-Nasâ’î, Abû Dâwûd).

(Arabe***************************************à la page 182 du PDF)

« Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : S’il devait y avoir un prophète après moi, ce serait Umar ibn al-Khattâb qui aurait bénéficié de cet honneur. » – (al-Tirmidhî, Kitâb al-Manâqib).

(Arabe***************************************à la page 182 du PDF)

« Le Messager d’Allah (s.a.s.) dit à Hazrat Ali (r.a.) : “Ta relation avec moi est semblable à celle de Moïse (a.s.) avec Aaron (a.s.). Toutefois, il n’y aura plus de prophète après moi.” » — (Al-Bukhari et Muslim, Kitab Fada’il as-Sahaba).

Al-Bukhari et Muslim ont rapporté ce hadith en relatant la bataille de Tabuk. Dans le Musnad d’Ahmad, deux hadiths de même teneur ont été rapportés d’après Hazrat Sa’d ibn Abi Waqqas (r.a.). La fin de l’un de ces hadiths est la suivante :(Arabe********) « Sachez qu’il n’y aura aucune prophétie après moi. » Les hadiths détaillés rapportés à ce sujet par Abu Dawud at-Tayalisi, l’imam Ahmad et Muhammad Ishaq montrent qu’avant de partir pour la bataille de Tabuk, le Messager d’Allah (s.a.s.) avait décidé de laisser Hazrat Ali (r.a.) à Médine la Pure afin d’en assurer la protection et l’administration. À ce propos, les hypocrites se mirent à tenir toutes sortes de propos à son sujet. Il se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Me laissez-vous donc parmi les enfants et les femmes ? » Alors le Messager d’Allah (s.a.s.) le consola en lui disant : « Ta relation avec moi est semblable à celle de Moïse (a.s.) avec Aaron. » C’est-à-dire que, tout comme Hazrat Moïse (a.s.), en se rendant au mont Tour, avait laissé Hazrat Aaron (a.s.) derrière lui pour veiller sur les enfants d’Israël, je te laisse derrière moi pour assurer la protection de Médine. Mais, en même temps, le Messager d’Allah (s.a.s.) craignit que cette comparaison avec Hazrat Aaron (a.s.) ne provoque ultérieurement quelque fitna. Il s’empressa donc de préciser ses paroles : « Sache toutefois qu’aucune personne ne sera prophète après moi. »

(Arabe***************************************à la page 182 du PDF)

« Hazrat Thawban rapporte que le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : “….. Il est également dit que trente imposteurs apparaîtront au sein de ma communauté. Chacun d’eux prétendra être un prophète. Pourtant, il n’y aura plus de prophète après moi.” » — (Abu Dawud, Kitab al-Fitan).

Abu Dawud a rapporté un autre hadith de même teneur dans le « Kitab al-Malahim », d’après Hazrat Abu Hurayra (r.a.). At-Tirmidhi a également rapporté ces deux hadiths d’après Hazrat Thawban et Hazrat Abu Hurayra (r.a.). Les termes du second hadith sont les suivants :

(Arabe***************************************à la page 183 du PDF)

« C’est-à-dire qu’environ trente imposteurs apparaîtront. Chacun d’eux prétendra être le Messager d’Allah. »

(Arabe***************************************à la page 183 du PDF)

« Le Prophète (s.a.) a dit : Parmi les Banî Isrâ’îl qui vécurent avant vous, nombreux furent ceux à qui Dieu parla, sans être des prophètes. S’il devait y avoir quelqu’un de pareil dans ma communauté, ce serait ‘Umar. » — (Al-Bukhârî, Kitâb al-Manâqib).

Dans le hadith rapporté par Muslim sur ce sujet, (Arabe****) le terme suivant est employé à la place de (Arabe****)Mais les deux termes, mukallam et muhaddath, sont synonymes. Il s’agit d’une personne à qui Dieu Très-Haut a parlé, ou à qui Il a parlé derrière un voile. Il ressort de cela que, si quelqu’un parmi cette communauté avait pu avoir l’honneur de converser avec Dieu, en dehors de la prophétie, cette personne aurait été le seul ‘Umar (r.a.).

(Arabe***************************************à la page 183 du PDF)

« Le Messager de Dieu (s.a.) a dit : Après moi, il n’y aura plus de prophète, et après ma communauté, il n’y aura plus de communauté. » — (Al-Bayhaqî, Kitâb al-Ru’yâ ; At-Tabarânî).

(Arabe***************************************à la page 183 du PDF)

« Le Messager de Dieu (s.a.) a dit : Je suis le dernier des prophètes et ma mosquée est la dernière des mosquées. » — [Ceux qui nient le khatm an-nubuwwa prétendent déduire de ce hadith que, de même que le Messager de Dieu (s.a.) a appelé sa mosquée la dernière des mosquées, bien qu’elle ne soit pas la dernière, puisque d’innombrables mosquées ont été construites dans le monde après elle, il a pareillement dit qu’il était le dernier des prophètes. Cela signifierait donc que des prophètes viendraient encore après lui. Certes, il serait le dernier des prophètes par son mérite, et sa mosquée serait la dernière des mosquées. Mais, en réalité, une telle interprétation déformée ne fait que prouver que ces gens sont privés de la capacité de comprendre le sens des paroles de Dieu et de Son Messager (s.a.). Il suffirait de considérer l’ensemble des hadiths traitant de cette question, à l’endroit du Sahîh Muslim où ce hadith est rapporté, pour comprendre clairement dans quel sens le Messager de Dieu (s.a.) a parlé de sa mosquée. L’imam Muslim y a rapporté les traditions d’Abû Hurayra (r.a.), de ‘Abd Allâh ibn ‘Umar (r.a.) et de l’épouse du Prophète, la mère des croyants, Maymûna (r.a.). Il y est dit qu’il n’existe dans le monde que trois mosquées qui aient un mérite supérieur à celui des mosquées ordinaires. La prière qui y est accomplie rapporte mille fois plus de récompense que dans les autres mosquées. C’est pourquoi il n’est permis de voyager que vers ces trois mosquées afin d’y prier. En dehors de ces trois mosquées, il n’est pas permis de délaisser toutes les autres mosquées du monde pour voyager spécialement vers l’une d’elles afin d’y prier. Parmi ces trois mosquées particulières, la première est al-Masjid al-Harâm. Elle fut construite par Ibrâhîm (a.s.). La deuxième est al-Masjid al-Aqsâ, construit par Sulaymân (a.s.). La troisième est la mosquée du Prophète à Médine, construite par le Messager de Dieu (s.a.). Le sens des paroles du Messager de Dieu (s.a.) est le suivant : puisque aucun prophète ne viendra après moi, aucune quatrième mosquée ne sera construite dans le monde après ma mosquée, offrant une récompense de prière supérieure à celle des autres mosquées et vers laquelle il serait permis de voyager dans le but d’y prier. — (L’auteur)] (Muslim, Kitâb al-Hajj, chapitre consacré au mérite de la prière dans les mosquées de La Mecque et de Médine).

De nombreux Compagnons ont rapporté ces hadiths du Messager de Dieu (s.a.), et de nombreux muhaddiths les ont cités avec des chaînes de transmission extrêmement solides et fiables. Après les avoir étudiés, on comprend clairement que le Messager de Dieu (s.a.), employant selon les situations des formulations et des termes différents, a expliqué sans ambiguïté qu’il était le dernier des prophètes. Aucun prophète ne viendra après lui. La chaîne de la prophétie a été close avec lui, et quiconque, après lui, prétendra être messager ou prophète sera un imposteur et un menteur. — [Pour répondre à tous ces hadiths du Noble Prophète (s.a.), ceux qui nient le khatm an-nubuwwa citent la tradition suivante, attribuée à ‘Â’isha. On y lit : (Arabe**************) c’est-à-dire : « Dis : certes, il est le sceau des prophètes, mais ne dis pas qu’il n’y aura aucun prophète après lui. » Mais, en premier lieu, opposer une quelconque parole de ‘Â’isha (r.a.) à l’ordre explicite du Noble Prophète (s.a.) ne constitue rien d’autre qu’une extrême insolence et un manque de respect. En outre, la parole susmentionnée de ‘Â’isha (r.a.) n’est attestée nulle part. Aucun célèbre compilateur de hadiths ne l’a consignée dans son ouvrage. La citation susmentionnée est tirée du commentaire coranique intitulé ad-Durr al-Mansûr et du dictionnaire de hadiths intitulé Takmila Majma‘ al-Bihâr. Cependant, aucune chaîne de transmission n’en est mentionnée.]

Présenter, pour nier les innombrables hadiths explicites du Messager d’Allah, rapportés par les plus éminents et les plus grands muhaddiths avec des chaînes de transmission exactes et fiables, la prétendue parole, des plus faibles qui soient, d’une Compagne est une audace extrême, rien de plus. Quelle interprétation pourrait être plus forte, plus fiable et plus probante que les termes coraniques « Khâtam an-Nabiyyîn » ? La parole du Messager d’Allah constitue ici la chaîne de transmission et la preuve définitive. De plus, puisqu’elle interprète un verset du Coran, elle devient une preuve encore plus solide. La question est maintenant de savoir qui a mieux compris le Coran que le Prophète Muhammad, et qui, hormis lui, pourrait être habilité à l’interpréter. Qui donc serait capable de donner un autre sens à la clôture de la prophétie, et serions-nous prêts, à plus forte raison, à l’accepter — voire même à y réfléchir ?

Le consensus des Compagnons

Après le Coran et la Sunna, le consensus, ou l’accord unanime, des nobles Compagnons occupe le troisième rang en importance. Toutes les relations historiques fiables prouvent qu’immédiatement après le décès du Messager d’Allah, les nobles Compagnons combattirent, d’un commun accord, tous ceux qui revendiquaient la prophétie ainsi que tous ceux qui reconnaissaient leur prétendue prophétie.

À cet égard, le cas de Musaylima le Menteur est particulièrement remarquable. Il ne niait pas la prophétie du Messager d’Allah ; il prétendait au contraire avoir été associé à la prophétie du Messager d’Allah. La lettre qu’il lui avait écrite avant le décès du Messager d’Allah disait :

(Arabe***************************************page 185 du PDF)

C’est-à-dire : « De la part de Musaylima, le Messager d’Allah, à Muhammad, le Messager d’Allah. Que la paix soit sur vous. Sachez que j’ai été associé à vous dans la mission prophétique. » — (Târîkh at-Tabarî, tome 2, p. 399, édition imprimée en Égypte). Elle contenait également la formule : « J’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah. »

Bien qu’il ait ainsi reconnu en termes explicites la mission muhammadienne, il fut considéré comme mécréant et exclu de l’islam, et on lui fit la guerre. Il est également établi par l’histoire que les Banû Hanîfa avaient cru en lui de bonne foi. Ils étaient toutefois tombés dans l’erreur de croire que le Prophète Muhammad lui-même l’avait associé à sa mission prophétique. Il faut ajouter qu’un homme qui avait reçu l’enseignement du Coran à Médine la Pure leur avait présenté des versets coraniques comme ayant été révélés à Musaylima. (Al-Bidâya wa-n-Nihâya, d’Ibn Kathîr, tome 5, p. 51.) Malgré cela, les nobles Compagnons ne les reconnurent pas comme musulmans et les combattirent. Il n’est pas possible de soutenir que les Compagnons les combattirent non pour apostasie, mais pour le crime de rébellion. En effet, si des musulmans rebelles devaient être combattus, la loi islamique n’autoriserait pas à réduire leurs prisonniers de guerre en esclavage. De même, si des protégés musulmans proclamaient une rébellion, ils ne pourraient pas non plus être réduits en esclavage après leur arrestation. Or, lors de la guerre contre Musaylima et ses partisans, Abû Bakr as-Siddîq déclara que leurs filles et leurs garçons mineurs seraient réduits en esclavage. Après leur capture, on constata qu’ils avaient effectivement été réduits en esclavage. ‘Alî devint propriétaire de l’une des prisonnières de guerre issues de leur communauté. Le fils né de cette captive, Muhammad al-Hanafiyya — « al-Hanafiyya » signifie une femme de la tribu des Banû Hanîfa — devint par la suite une figure universellement connue de l’islam. — (Al-Bidâya wa-n-Nihâya, tome 6, p. 316-325.)

Il apparaît ainsi clairement que le crime pour lequel les nobles Compagnons les combattirent n’était pas un crime de rébellion ; c’était le fait qu’un homme revendiquait la prophétie après Muhammad et que des gens croyaient en lui. Cette mesure fut prise immédiatement après le décès du Messager d’Allah. Abû Bakr as-Siddîq la dirigea, et l’ensemble des Compagnons lui apporta unanimement son soutien. Quel exemple du consensus des Compagnons pourrait être plus clair que celui-ci ?

Le consensus des ulémas

Après le consensus des Compagnons dans la loi islamique, la preuve la plus solide du quatrième degré est le consensus des ulémas des générations postérieures aux Compagnons. À cet égard, on constate que, depuis le premier siècle de l’Hégire jusqu’à nos jours, les ulémas de chaque région de l’ensemble du monde musulman, à chaque époque, ont toujours été unanimes sur ce point :

Après Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, nul ne peut être prophète ; et quiconque, après lui, revendique la prophétie ou accepte cette fausse prétention est un mécréant. Il n’a aucune place au sein de la communauté islamique.

Voici quelques preuves à ce sujet :

Premièrement : à l’époque de l’imam Abû Hanîfa (80-150 de l’Hégire), un homme revendiqua la prophétie.

Il dit : « Donnez-moi l’occasion de présenter le signe miraculeux de ma prophétie. » En entendant cela, l’imam déclara : « Quiconque lui demande de produire un signe miraculeux deviendra lui aussi mécréant. En effet, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : (Arabe*******) « Il n’y a aucun prophète après moi. » (Manâqib al-Imâm al-A‘zam Abû Hanîfa, écrit par Ibn Ahmad al-Makkî, tome 1, p. 161, publié à Hyderabad en 1321 de l’Hégire).

Deuxièmement : l’érudit Ibn Jarîr at-Tabarî (224-310 de l’Hégire) a écrit, dans son célèbre commentaire du Coran,(Arabe***********) en expliquant ce verset :(Arabe***************) « Celui qui a mis fin à la prophétie et l’a scellée. Par conséquent, sa porte ne s’ouvrira plus à personne jusqu’au Jour de la Résurrection. » (Tafsîr d’Ibn Jarîr, tome 22, p. 12).

Troisièmement : l’imam at-Tahâwî (239-321 de l’Hégire), en exposant dans son ouvrage ‘Aqîdat as-Salafiyya la croyance des anciens ulémas éminents, en particulier celle des imams Abû Hanîfa, Abû Yûsuf et Muhammad (qu’Allah leur fasse miséricorde), a consigné la croyance suivante concernant la prophétie : « Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est le serviteur bien-aimé d’Allah, Son prophète choisi et Son Messager bien-aimé. Il est le dernier des prophètes, l’imam des pieux, le chef des messagers et l’ami du Seigneur des mondes. Toute prétention à la prophétie après lui n’est autre qu’égarement et culte des intérêts personnels. » (Sharh at-Tahâwiyya fî al-‘Aqîdat as-Salafiyya, Dâr al-Ma‘ârif, Égypte, p. 15, 87, 96, 97, 100 et 102).

Quatrièmement : l’érudit Ibn Hazm al-Andalusi (384-456 H.) a écrit : « Il ne fait aucun doute qu’après l’Envoyé d’Allah (s), la chaîne de la révélation a pris fin. La preuve en est que la révélation ne vient qu’à un prophète, et qu’Allah le Très-Haut a dit : “Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes, mais il est l’Envoyé d’Allah et le dernier des prophètes.” » — (Al-Muhalla, vol. 1, p. 26).

Cinquièmement : l’imam Ghazali (450-505 H.) dit : — [Je reproduis ici textuellement la déclaration de l’imam Ghazali dans sa langue originale. La raison en est que ceux qui nient la clôture de la prophétie ont contesté avec beaucoup d’insistance l’authenticité de cette citation. — L’auteur]

(Arabe***********************************************************************************à la page 187 du PDF)

C’est-à-dire : « Si cette porte — la porte qui consiste à refuser d’accepter l’ijma comme preuve — était ouverte, ses conséquences seraient terribles. Par exemple, si quelqu’un disait qu’il est possible qu’un autre prophète apparaisse après notre maître Muhammad (s), il faudrait assurément recourir à l’ijma pour établir qu’il est permis de ne pas hésiter à le déclarer mécréant. En effet, la raison ne conclut pas que cela est interdit. Quant au Coran et au hadith, une personne professant cette croyance ne trouverait guère difficile de donner une interprétation forgée aux deux expressions : “Il n’y a pas de prophète après moi” et “le dernier des prophètes”. Elle pourrait dire que “le dernier prophète” signifie la fin de l’apparition des meilleurs messagers. Et si l’on disait que le terme “prophètes” est employé dans son sens général, il ne lui serait nullement difficile d’en restreindre la portée. À propos de la phrase “Il n’y a pas de prophète après moi”, elle pourrait dire : “Il n’a pas été dit qu’il n’y a pas de messager après moi.” Il existe une différence entre le messager et le prophète. Le rang du prophète est supérieur à celui du messager. En somme, on pourrait tenir quantité de propos absurdes de ce genre. Il n’est d’ailleurs pas possible d’empêcher, par une simple analyse lexicale, la fabrication de diverses interprétations. Au contraire, nous estimons qu’en matière d’interprétations apparentes — c’est-à-dire forgées — il existe encore une possibilité d’attribuer au texte des sens plus éloignés que celui-là. Nous ne pouvons pas dire de ceux qui adoptent de telles interprétations qu’ils nient le Coran et le hadith. Mais pour réfuter leurs propos, nous dirons que l’ensemble de la communauté musulmane a unanimement compris, à partir de cette expression — c’est-à-dire “Il n’y a pas de prophète après moi” — et de la situation du Noble Prophète (s), que le sens de sa déclaration était qu’après lui ne viendraient ni prophète ni messager. En outre, l’ensemble de la communauté musulmane a décidé d’un commun accord qu’en la matière il n’y avait aucune place pour une quelconque interprétation, qu’elle soit forgée ou éloignée. Une telle personne ne peut donc être qualifiée autrement que de négatrice de l’ijma. » — (Al-Iqtisad fi al-I‘tiqad, al-Matba‘at al-Abdiyya, Égypte, p. 114).

Sixièmement : Muhy al-Sunna al-Baghawi (mort en 510 H.) a écrit dans son commentaire exégétique Ma‘alim al-Tanzil : « Par l’intermédiaire de l’Envoyé d’Allah (s), Allah a mis fin à la chaîne de la prophétie. Il est donc le dernier des prophètes… Ibn Abbas dit : Allah a décrété dans ce verset qu’il n’y aurait plus de prophète après Muhammad (s). » — (vol. 3, p. 158).

Septièmement : l’érudit al-Zamakhshari (467-538 H.) a écrit dans son Tafsir al-Kashshaf : « Si vous demandez comment l’Envoyé d’Allah (s) peut être le dernier des prophètes alors que Jésus (a) descendra à la fin des temps, je répondrai que le fait que l’Envoyé d’Allah (s) soit le dernier des prophètes signifie que personne ne sera établi comme prophète après lui. Jésus (a) a été fait prophète avant l’Envoyé d’Allah (s). Lorsqu’il descendra par la suite, il suivra la loi religieuse de l’Envoyé d’Allah (s) et priera en direction de sa qibla. Autrement dit, il fera partie de la communauté de l’Envoyé d’Allah (s). » — (vol. 2, p. 215).

Huitièmement : le qadi Iyad (mort en 544 H.) a écrit : « Quiconque prétend lui-même à la prophétie, ou estime qu’il est possible d’atteindre la prophétie par ses propres efforts et de s’élever au rang de prophète, ne serait-ce que par la purification — comme le pensent certains philosophes et certains soufis aux esprits dévoyés —, ainsi que quiconque ne prétend pas à la prophétie mais affirme recevoir une révélation, tous ceux-là sont des mécréants et démentent la prophétie de l’Envoyé d’Allah (s). En effet, il a annoncé qu’il était le dernier des prophètes et qu’il n’y aurait aucun prophète après lui. Il a également annoncé de la part d’Allah qu’il avait mis fin à la prophétie et qu’il avait été envoyé à l’ensemble de l’humanité. Toute la communauté musulmane est unanime pour dire qu’il faut ici retenir le sens apparent de cette parole et qu’il n’est permis de lui donner aucun autre sens. Il n’existe donc aucun doute, au regard du Coran, du hadith et de l’ijma, quant à la mécréance des groupes susmentionnés. » — (Al-Shifa, vol. 2, p. 270-271).

Neuvièmement : l’érudit al-Shahrastani (mort en 548 H.) a écrit dans son célèbre ouvrage Al-Milal wa al-Nihal : « Ainsi, quiconque dit qu’un prophète viendra après Muhammad (s) — à l’exception de Jésus (a) —, il n’existe aucun désaccord entre deux personnes quant à sa mécréance. » — (vol. 3, p. 249).

Dixième : l’imam Razi (543-606 de l’Hégire) dit dans son ouvrage Tafsîr al-Kabîr, en expliquant le verset « Khatam an-nabiyyîn » : le sens de l’expression « Khatam an-nabiyyîn » dans cette description est que, lorsqu’un prophète est suivi par un autre prophète, si le premier a laissé quelque chose d’incomplet en matière de conseils et de directives, le prophète venu après lui peut le compléter. Mais celui après lequel aucun autre prophète ne viendra se montre particulièrement affectueux envers sa communauté et lui accorde une direction claire. En effet, il est comparable à un père qui sait qu’après sa mort, son fils n’aura plus aucun tuteur ni protecteur. — (vol. 6, p. 581).

Onzième : l’Allama Baydawi (décédé en 685 de l’Hégire) a écrit dans son commentaire Tafsîr Anwâr at-Tanzîl : cela signifie qu’il est lui-même le dernier prophète. Il a mis fin à la succession des prophètes, ou bien c’est par lui que le sceau a été apposé sur la succession des prophètes. Le fait que Hazrat Isa descendra après lui ne porte nullement atteinte à la clôture de la prophétie, car il descendra en suivant la religion du Messager d’Allah. — (vol. 4, p. 164).

Douzième : l’Allama Hafizuddin Nasafi (décédé en 810 de l’Hégire) a écrit dans son commentaire Tafsîr Madârik at-Tanzîl : le Messager d’Allah est le Khatam an-nabiyyîn. Cela signifie qu’il est le tout dernier prophète. Après lui, nul ne sera nommé prophète. Le cas de Hazrat Isa est le suivant : il avait été établi dans la fonction de prophète avant le Messager d’Allah. Lorsqu’il descendra par la suite, il suivra la sharî‘a du Messager d’Allah. En d’autres termes, il fera partie de la communauté du Messager d’Allah. — (p. 471).

Treizième : l’Allama Alauddin Baghdadi (décédé en 725 de l’Hégire) a écrit dans son commentaire Tafsîr al-Khâzin :(Arabe******) cela signifie qu’Allah a mis fin à la prophétie avec le Messager d’Allah. Il n’y a donc aucune prophétie après lui, et après lui personne ne partage sa prophétie.(Arabe**********) Cela signifie qu’Allah sait qu’il n’y a aucun prophète après lui. — (p. 471-472).

Quatorzième : l’Allama Ibn Kathîr (décédé en 74 de l’Hégire) a écrit dans son célèbre commentaire : il ressort ensuite clairement du verset en question qu’il n’y a aucun prophète après le prophète Muhammad. Et puisqu’il n’y a aucun prophète après lui, la question d’un messager ne se pose même pas. En effet, la messagérie est une fonction particulière, tandis que la fonction prophétique est de portée générale : tout messager est prophète, mais tout prophète n’est pas messager. Quiconque prétendra à cette fonction après le Messager d’Allah sera un menteur, un imposteur, un Dajjâl, un égaré et celui qui égare les autres. Même s’il provoque toutes sortes de bouleversements dans l’ordre naturel et crée un écran de fumée devant les yeux des gens par les tours de magie qu’il exhibe, sa prétention ne pourra être acceptée. … Jusqu’au Jour de la Résurrection, la situation de quiconque prétendra à cette fonction sera la même. — (vol. 3, p. 493-494).

Quinzième : l’Allama Jalaluddin Suyuti (décédé en 911 de l’Hégire) a écrit dans son commentaire Tafsîr al-Jalâlayn :(Arabe*************) cela signifie qu’Allah sait qu’il n’y a aucun prophète après le Messager d’Allah et qu’après la descente de Hazrat Isa, celui-ci pratiquera conformément à la sharî‘a du Messager d’Allah. — (p. 768).

Seizième : l’Allama Ibn Nujaim (décédé en 970 de l’Hégire) a écrit dans le chapitre « Kitâb as-Siyar, Bâb ar-Ridda » de son ouvrage majeur de jurisprudence, Al-Ashbâh wa an-Nazâ’ir : quiconque ne considère pas le prophète Muhammad comme le dernier prophète n’est pas musulman. En effet, connaître ces faits et les reconnaître fait partie des éléments essentiels de la religion. — (p. 179).

Dix-septième : le cheikh Ismaïl Haqqi (mort en 1137 de l’Hégire) a écrit, en commentant le verset cité dans son ouvrage Tafsîr Rûh al-Bayân : Asim — célèbre imam de la science du tajwîd — a vocalisé avec une fatha la lettre « ta » du mot « khatam ». Cela signifie l’instrument qui sert à mettre le sceau.

C’est-à-dire que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est venu après tous les prophètes, et que, par son intermédiaire, le sceau a été apposé sur la succession des prophètes. En persan, on l’appelle « Mohre Paygambara ». Autrement dit, par son intermédiaire, la porte de la prophétie a été scellée et fermée, et la succession des prophètes a pris fin. Les autres récitateurs ont lu « Khâtim an-Nabiyyîn », avec une kasra sous le « ta ». Cela signifie qu’il était celui qui appose le sceau ; en d’autres termes, celui qui appose le sceau sur les prophètes. Ainsi, ce terme devient lui aussi synonyme de « Khâtam ». Dès lors, après le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les savants de sa communauté ne recevront par héritage que sa représentation. Avec sa mort, l’héritage de la prophétie a également pris fin, et la descente de Jésus (que la paix soit sur lui) après lui ne portera pas atteinte à sa prophétie. En effet, le sens de Khâtim an-Nabiyyîn est qu’après lui personne ne sera fait prophète, tandis que Jésus (que la paix soit sur lui) avait été établi prophète avant lui. Il fera donc partie des disciples du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), priera en direction de la qibla du Messager d’Allah et appartiendra à sa communauté. Alors, aucune révélation ne descendra sur Jésus (que la paix soit sur lui) et il n’édictera aucune nouvelle règle. Il sera au contraire le représentant du Messager d’Allah. …..La position unanimement admise par les ahl as-sunna wa-l-jamâ‘a est qu’il n’y a aucun prophète après notre Prophète. En effet, Allah a dit :(Arabe********************) C’est-à-dire que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est le Messager d’Allah et le dernier des prophètes. Et le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : (Arabe*****) « Il n’y a aucun prophète après moi. » Par conséquent, quiconque affirme aujourd’hui qu’il existe un prophète après Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) sera déclaré mécréant, car il reniera la déclaration explicite du Coran et du hadith. En effet, après l’établissement de preuves et d’arguments manifestes, la vérité s’est séparée du faux. Et quiconque revendiquera la prophétie de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) verra sa prétention réduite à néant. — (tome 22, page 188).

Dix-neuvièmement : la Fatâwâ-ye ‘Âlamgîrî : sur ordre du roi de l’Hindoustan, ‘Âlamgîr, les éminents savants du sous-continent rédigèrent collectivement cet ouvrage en l’an 1200 de l’Hégire. On y lit : si quelqu’un pense que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’est pas le dernier des prophètes, il n’est pas musulman. Et s’il prétend être le Messager d’Allah ou un prophète, il sera qualifié de mécréant. — (tome 2, page 263).

Vingtièmement : l’érudit ach-Chawkânî (mort en 1255 de l’Hégire) a écrit dans son commentaire Fath al-Qadîr : l’ensemble de la communauté musulmane a lu le terme « Khâtim » avec une kasra sous le « ta ». Seul ‘Âsim l’a lu avec une fatha. Le premier sens est que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a achevé la succession de tous les prophètes, c’est-à-dire qu’il est venu le dernier. Le second sens est qu’il a joué le rôle de sceau pour tous les prophètes ; autrement dit, il a joué le rôle de sceau pour tous les prophètes et, par son intermédiaire, la succession des prophètes a été fermée par l’apposition d’un sceau. Ainsi, leur groupe a atteint sa perfection. — (tome 4, page 275).

Vingt et unièmement : l’érudit al-Alûsî (mort en 1280 de l’Hégire) a écrit dans son commentaire Rûh al-Ma‘ânî : le terme « prophète » a un sens plus général que celui de « messager ». Ainsi, le fait que le Messager soit Khâtim an-Nabiyyîn signifie également qu’il est Khâtim al-Mursalîn. Il est le dernier prophète et le dernier messager : cela signifie qu’après qu’il eut été doté de la qualité de prophète en ce monde, cette qualité a définitivement disparu parmi les hommes et les djinns. — (tome 22, page 32). Quiconque prétendra avoir reçu une révélation prophétique après le Messager d’Allah sera considéré comme mécréant. Il n’existe aucune divergence entre les musulmans à ce sujet. — (tome 22, page 38). Le Coran a proclamé sans ambiguïté que le Messager d’Allah est le dernier prophète. Le Coran a proclamé sans ambiguïté que le Messager d’Allah est le dernier prophète. La Sunna du Messager d’Allah l’a expliqué clairement, et l’ensemble de la communauté musulmane l’a mis en pratique. Par conséquent, quiconque formulera une prétention contraire sera considéré comme mécréant. — (tome 22, page 39).

J’ai ici exposé les explications et les opinions des plus éminents savants, jurisconsultes, exégètes et traditionnistes du monde musulman, depuis l’Hindoustan jusqu’au Maroc et à l’Andalousie, et de la Turquie jusqu’au Yémen. J’ai également indiqué, avec leurs noms, leurs dates de naissance et de décès. À première vue, chacun pourra comprendre qu’y figurent les plus grands savants de l’histoire de l’islam, depuis le premier jusqu’au treizième siècle de l’Hégire. J’aurais également pu citer les opinions des savants du quatorzième siècle de l’Hégire. Mais je me suis délibérément abstenu de les citer. Car quelqu’un aurait pu répondre à leurs opinions et à leurs explications qu’ils avaient exposé ce sens de la clôture de la prophétie sous l’effet de leur hostilité envers le prétendant à la prophétie de notre époque. C’est pourquoi j’ai cité les opinions des savants des époques antérieures. Il va sans dire qu’il ne saurait être question d’une quelconque opposition entre eux et qui que ce soit à notre époque. Ces opinions ont démontré de manière définitive que, depuis le premier siècle de l’Hégire jusqu’à nos jours, l’ensemble du monde musulman a unanimement compris l’expression Khâtam an-Nabiyyîn comme signifiant le dernier prophète. Les musulmans de toutes les époques ont professé la même croyance : après le Messager d’Allah, la porte de la prophétie a été définitivement fermée. Les musulmans n’ont pas davantage divergé sur le fait que quiconque prétendra être messager ou prophète après le Prophète Muhammad, et que quiconque acceptera sa prétention, deviendront mécréants.

À la lumière de cette discussion, toute personne douée de raison peut parvenir à la conclusion suivante : face au sens de l’expression Khâtam an-Nabiyyîn attesté par les dictionnaires arabes, au sens qui ressort du contexte coranique, à l’explication donnée par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), à l’interprétation sur laquelle les nobles Compagnons sont tombés d’accord et à ce que l’ensemble de la communauté musulmane reconnaît sans ambiguïté depuis les Compagnons jusqu’à aujourd’hui, peut-on encore trouver la possibilité ou la latitude d’adopter un autre sens, c’est-à-dire d’ouvrir la porte de la prophétie à un nouveau prétendant ? Et comment peut-on reconnaître comme musulmans ces gens qui non seulement n’ont pas conservé la simple idée d’ouvrir la porte de la prophétie, mais qui ont laissé un homme entrer par cette porte en qualité de prophète et ont cru en sa prophétie ?

Dans ce contexte, trois autres points doivent être examinés.

Une question importante

La première chose à considérer est que la question de la prophétie est extrêmement délicate. Du point de vue du Coran, elle fait partie des croyances fondamentales de l’islam. La foi ou la mécréance d’une personne dépend de son acceptation ou de son refus de cette vérité. Si un homme est véritablement prophète et que les gens refusent de le reconnaître, ils deviennent mécréants. De même, si les gens reconnaissent comme prophète un homme qui ne l’est pas, ils deviennent eux aussi mécréants. Dans une situation aussi délicate, il est inconcevable de penser qu’Allah puisse faire preuve de la moindre négligence. Si aucun prophète ne devait venir après le prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Allah l’aurait Lui-même déclaré dans le Coran en des termes clairs et dépourvus d’ambiguïté, l’aurait proclamé publiquement par l’intermédiaire du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne aurait jamais quitté ce monde avant d’avoir pleinement informé toute la communauté qu’il y aurait encore des prophètes après lui et que nous devrions les reconnaître. Quelle inimitié Allah et Son Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) auraient-ils donc nourrie envers notre religion et notre foi, pour que la porte de la prophétie reste ouverte après le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), qu’un prophète puisse entrer par cette porte, et que nous ne puissions rester musulmans sans croire en lui — alors que non seulement nous n’aurions pas été informés de cette question, mais qu’au contraire Allah et Son Messager auraient conjointement tenu des propos qui ont amené toute la communauté, pendant treize siècles jusqu’à aujourd’hui, à croire qu’aucun prophète ne viendrait après le prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ?

Admettons, pour les besoins de la discussion, que la porte de la prophétie soit ouverte et qu’un prophète soit effectivement venu. Dans ce cas, nous le rejetterions sans hésitation. La seule crainte pourrait être celle de devoir répondre devant Allah. Mais si, le Jour de la Résurrection, Il nous demandait des comptes à ce sujet, nous présenterions directement devant Son tribunal les documents mentionnés plus haut. Il serait alors prouvé — qu’Allah nous en préserve — que c’est le Livre d’Allah et la Sunna de Son Messager qui nous avaient précipités dans cette mécréance. Nous pouvons affirmer sans crainte qu’après avoir vu ces documents, Allah le Très-Haut ne nous châtierait pas pour n’avoir pas cru en un nouveau prophète. En revanche, si la porte de la prophétie était réellement et définitivement fermée, s’il n’existait plus aucune possibilité qu’un prophète vienne, et qu’un homme croyait malgré tout en un prétendant à la prophétie, il devrait alors se demander s’il pourrait présenter devant le tribunal d’Allah des documents lui permettant d’espérer échapper au crime de mécréance. Il devrait analyser dès maintenant les preuves rassemblées pour répondre de ses actes avant de comparaître devant le tribunal. Et, en comparant ses propres preuves avec celles que nous avons présentées, il devrait juger si, en s’appuyant sur la justification qui le pousse à agir ainsi, une personne raisonnable peut prendre le risque de subir le châtiment de la mécréance.

À présent, quelle nécessité y a-t-il d’un nouveau prophète ?

La deuxième remarque importante est qu’en progressant dans l’adoration et les bonnes œuvres, nul ne peut acquérir en lui-même la qualité de prophète. La prophétie n’est pas une récompense accordée à un homme en échange d’un service exceptionnel. C’est plutôt une dignité qu’Allah le Très-Haut accorde à une personne particulière lorsqu’une nécessité particulière se présente. Lorsque cette nécessité apparaît, Allah établit un homme dans cette dignité ; mais lorsque cette nécessité n’existe pas ou n’existe plus, Allah n’envoie pas inutilement des prophètes les uns après les autres. En cherchant à savoir, à partir du Noble Coran, dans quelles circonstances l’envoi d’un prophète devient nécessaire, on constate que les prophètes n’ont été envoyés que dans quatre types de situations :

Premièrement : il devient nécessaire d’envoyer un prophète à un peuple particulier parce qu’aucun prophète ne lui a été envoyé auparavant et que le message d’un prophète envoyé à un autre peuple ne lui est pas non plus parvenu.

Deuxièmement : il devient nécessaire d’envoyer un prophète parce que les hommes ont oublié l’enseignement du prophète précédent ou l’ont altéré, au point qu’il est devenu impossible de suivre la voie qu’il avait montrée.

Troisièmement : l’instruction du peuple n’a pas atteint sa pleine maturité par l’intermédiaire du prophète précédent, et un prophète supplémentaire est devenu nécessaire pour parachever la religion.

Quatrièmement : un autre prophète est devenu nécessaire pour aider et soutenir un prophète.

Il va sans dire qu’après le Messager d’Allah (s.a.s.), aucune des raisons susmentionnées n’existe plus.

Le Coran lui-même dit que le Messager d’Allah (s.a.s.) a été envoyé comme guide pour l’ensemble du monde. L’histoire culturelle du monde montre que, depuis qu’il a reçu la prophétie, les conditions dans le monde sont telles que son appel peut parvenir à toutes les nations. Dès lors, il n’est plus nécessaire d’envoyer des prophètes distincts à chaque peuple.

Le Coran affirme également, et l’ensemble des récits du hadith et de la Sîra en témoigne aussi, que l’enseignement du Messager d’Allah (s.a.s.) a été préservé dans sa totalité, avec une exactitude et une pureté absolues. Il n’y a subi aucune altération ni modification. Pas un seul mot du Coran qu’il a apporté n’a été ajouté ou retranché jusqu’à aujourd’hui, et cela ne pourra pas davantage se produire jusqu’au Jour de la Résurrection. Les directives qu’il a données par ses paroles et ses actes nous sont également parvenues de telle manière que nous avons l’impression de vivre à son époque même. Ainsi, le deuxième besoin a lui aussi disparu.

Le Noble Coran déclare en outre en termes parfaitement clairs que, par l’intermédiaire du Messager d’Allah (s.a.s.), Allah a parachevé Sa religion. Il n’est donc désormais plus nécessaire qu’un prophète vienne parachever la religion.

Il reste maintenant le quatrième besoin. À ce sujet, je dirai que, si un prophète avait été nécessaire pour cette raison, il aurait été envoyé en même temps que le Messager d’Allah (s.a.s.), à son époque. Or chacun sait qu’aucun prophète de cette sorte n’a été envoyé à l’époque du Messager d’Allah (s.a.s.). Cette raison est donc elle aussi écartée.

Nous voulons maintenant savoir quelle serait la cinquième raison justifiant la venue d’un nouveau prophète après le Messager d’Allah (s.a.s.). Si quelqu’un dit que la communauté tout entière s’est égarée et qu’un nouveau prophète est donc nécessaire pour la réformer, nous lui demanderons : un prophète est-il jamais venu dans le monde jusqu’à aujourd’hui dans le seul but de réformer, pour qu’un prophète vienne aujourd’hui uniquement à cette fin ? La raison pour laquelle un prophète est envoyé est qu’une révélation lui est descendue. Or la révélation est nécessaire soit pour transmettre un nouveau message, soit pour préserver le message précédent de toute altération. Après la préservation du Coran d’Allah et de la Sunna du Messager d’Allah (s.a.s.), lorsque la religion a été parachevée et que toutes les nécessités possibles de la révélation ont disparu, seul le besoin d’un réformateur demeure pour la réforme — non celui d’un prophète.

Une nouvelle prophétie n’est pas porteuse d’un message de miséricorde pour la communauté actuelle

Le troisième point important est que, dès qu’un prophète apparaît au sein d’une nation, la question de la foi et de la mécréance se pose parmi ses membres. Ceux qui reconnaissent ce prophète formeront une seule communauté. Quant à ceux qui le rejettent, ils feront nécessairement partie d’une autre communauté distincte. Le désaccord entre ces deux communautés ne sera pas considéré comme une divergence partielle ou secondaire. Il prendra au contraire la forme d’une divergence fondamentale, au niveau même de la foi en un prophète, si bien qu’un groupe ne pourra jamais s’unir à l’autre tant qu’il n’aura pas abandonné ses propres croyances et convictions. En outre, dans la pratique, les sources de la guidance et de la loi seront différentes pour les deux groupes. En effet, l’un élaborera ses lois à partir de la révélation et de la Sunna de son propre prophète, tandis que le second refusera catégoriquement de reconnaître ces deux éléments comme sources de sa législation. Il leur sera donc absolument impossible de constituer ensemble une seule société.

Après avoir observé ces vérités éclatantes, toute personne pourra comprendre clairement que le « sceau de la prophétie » est une immense miséricorde d’Allah Très-Haut envers la communauté musulmane. C’est grâce à lui que l’ensemble de la communauté musulmane a pu devenir partie intégrante d’une fraternité éternelle et universelle. Cette réalité a protégé les musulmans contre de telles divergences fondamentales qu’elles auraient pu semer parmi eux les germes d’une séparation perpétuelle. Ainsi, quiconque reconnaît le Prophète Muhammad (s.a.s.) comme guide et chef, et ne souhaite se tourner vers aucune autre source de guidance en dehors de son enseignement, appartient à cette fraternité et peut y entrer à tout moment. Si la porte de la prophétie n’avait pas été fermée, la communauté musulmane n’aurait jamais trouvé cette unité. Car après l’avènement de chaque prophète, cette unité aurait été réduite en pièces.

La raison et la conscience humaines approuvent également l’idée qu’après avoir établi une religion universelle et parfaite, puis l’avoir préservée de toute altération et modification, la porte de la prophétie devait être fermée. Ainsi, en suivant collectivement ce dernier Prophète, les musulmans du monde entier pourront rester pour toujours membres d’une même communauté, et l’avènement inutile de nouveaux prophètes ne pourra pas provoquer à maintes reprises des divisions au sein de la communauté. Qu’il soit un prophète « zillî » ou « buruzî » — on appelle prophète « zillî » le prophète qui suit un prophète antérieur, et prophète « buruzî » celui qui ne suit pas un prophète antérieur —, qu’il soit « porteur d’une communauté » ou porteur d’une loi religieuse et d’un Livre, quel que soit son statut, l’avènement de tout homme qui serait prophète et envoyé par Allah aurait inévitablement pour conséquence que ceux qui le suivraient formeraient une communauté, tandis que ceux qui ne le suivraient pas seraient considérés comme mécréants. Cette division devient inévitable lorsqu’apparaît un véritable besoin d’envoyer un prophète — et seulement alors. Mais lorsqu’il n’existe aucun besoin de sa venue, il est absolument inconcevable, au regard de la sagesse et de la miséricorde d’Allah, qu’Il engage Ses serviteurs dans le conflit entre la foi et la mécréance et ne leur donne pas la possibilité de demeurer collectivement membres d’une seule communauté. Ainsi, ce qui est établi par le Coran, la Sunna et le consensus est également reconnu comme exact par la raison humaine, et cette raison exige elle aussi qu’à l’époque actuelle la porte de la prophétie reste fermée.

 

À la lumière des hadiths, la signification du « Messie promis »

Les prédicateurs appelant à une nouvelle prophétie disent généralement aux musulmans ignorants que les hadiths annoncent la venue du « Messie promis » et que le « Messie » était un prophète. Par conséquent, sa venue ne porte en aucune manière atteinte au sceau de la prophétie. Au contraire, le sceau de la prophétie est vrai, tout comme la venue du Messie promis est vraie.

À ce propos, ils disent également que Jésus, fils de Marie (sur lui la paix), n’est pas le « Messie promis ». Il serait mort. Celui dont la venue est annoncée dans les hadiths serait un « semblable au Messie », c’est-à-dire un messie semblable à Jésus (sur lui la paix). Et il s’agirait de tel ou tel individu apparu récemment. Le reconnaître ne serait pas contraire à la croyance au sceau de la prophétie.

Afin de percer le voile de cette tromperie, nous reproduisons ici, avec leurs références, les hadiths probants cités à ce sujet dans les ouvrages fiables de hadiths. En prenant connaissance de ces hadiths, chacun pourra comprendre par lui-même ce que le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit et la manière dont on Le présente aujourd’hui. — Il convient de préciser que la question de la venue ou de la non-venue du Messie promis n’a aucun rapport avec le Coran. Elle repose entièrement sur les hadiths. Ainsi, si un Messie doit venir, ce ne peut être que celui dont la venue est mentionnée dans les hadiths exacts et fiables. Et si l’on n’accepte pas les hadiths relatifs au Messie, la question de la venue d’un Messie ne se pose même pas. Le fondement de cette croyance sera donc constitué par les hadiths, mais relever inutilement toutes sortes de défauts dans les hadiths exacts et fiables qui annoncent la venue du Messie ne serait que pure bouffonnerie. — (L’auteur).

Hadiths relatifs à la descente de Jésus (sur lui la paix)

(Arabe******************************************page 196 du PDF)

« Abû Hurayra (r.a.) rapporte que le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : Je jure par Celui dans la main de qui se trouve ma vie : certainement, le fils de Maryam descendra parmi vous en qualité de souverain juste. Ensuite, il brisera les croix, exterminera les porcs (briser les croix et exterminer les porcs signifie que le christianisme disparaîtra en tant que religion distincte. Toute la structure du christianisme repose sur la croyance qu’Allah a fait crucifier Son fils unique (c’est-à-dire Jésus (a.s.)) et lui a fait subir une mort maudite, et que cela a servi d’expiation pour les péchés de tous les hommes. La différence entre les chrétiens et les communautés des autres prophètes est qu’ils ont accepté cette seule croyance tout en rejetant l’ensemble de la Loi divine. Ils ont même déclaré licite la chair de porc, qui était interdite dans la Loi de tous les prophètes. Ainsi, lorsque Jésus (a.s.) viendra lui-même déclarer : “Je ne suis pas le fils d’Allah, je n’ai pas été crucifié et je n’ai expié les péchés de personne”, le fondement même de la croyance chrétienne sera entièrement déraciné. De même, lorsqu’il dira : “Je n’ai pas déclaré le porc licite pour mes disciples et je ne les ai pas libérés des prescriptions de la Loi”, la seconde caractéristique du christianisme disparaîtra.) et mettra fin à la guerre (dans une autre version, le mot “jizya” est mentionné à la place de “guerre”, ce qui signifie qu’il mettra fin à la jizya). Autrement dit, les différences religieuses disparaîtront et les hommes entreront tous dans l’unique dîn de l’islam. Il ne sera alors plus nécessaire de faire la guerre et aucune jizya ne sera perçue de personne. La richesse augmentera alors tellement qu’il ne se trouvera personne pour l’accepter et (la situation atteindra un tel degré que les hommes) considéreront l’accomplissement d’une seule prosternation pour Allah comme plus précieux que le monde et tout ce qu’il contient. »

Dans un autre hadith, le récit d’Abû Hurayra (r.a.) est le suivant :

(Arabe******************************p. 197 du PDF)

Cela signifie : « L’Heure ne surviendra pas avant la descente de Jésus, fils de Maryam (a.s.). » … Tout ce qui est dit ensuite concorde parfaitement avec le hadith cité plus haut. — (Al-Bukhârî, Kitâb al-Mazâlim, bāb qasr al-salîb ; Ibn Mâja, Kitâb al-Fitan, bāb fitnat al-Dajjâl.)

(Arabe******************************p. 197 du PDF)

« Il est rapporté d’Abû Hurayra (r.a.) que le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : Quelle sera votre situation lorsque le fils de Maryam descendra parmi vous et que, à ce moment-là, votre imam sera choisi parmi vous-mêmes ? » (Cela signifie que Jésus (a.s.) ne dirigera pas la prière. Il priera derrière l’imam précédemment désigné par les musulmans. — L’auteur.)

(Arabe******************************p. 197 du PDF)

« Il est rapporté d’Abû Hurayra (r.a.) que le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : Jésus, fils de Maryam, descendra. Il exterminera les porcs et effacera les croix. Plusieurs prières seront accomplies pour lui en un seul temps. Il distribuera tant de richesses qu’à la fin il ne se trouvera personne pour les recevoir. Il abolira le kharâj. Après avoir séjourné à Rawhâ (Rawhâ est le nom d’un lieu situé à vingt-cinq miles de Médine), il accomplira de là le hajj ou la ‘umra, ou les deux. » — (Il convient de signaler que celui qui, à l’époque actuelle, a été considéré comme le “semblable du Messie” ou comme ressemblant au Messie n’a jamais accompli de sa vie ni le hajj ni la ‘umra. — L’auteur.)

[Le narrateur est resté dans le doute quant à laquelle de ces deux choses le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait dite.]

(Arabe*******************************************page 198 du PDF)

« Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) a rapporté : [Après avoir décrit l’apparition de l’Antéchrist, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit :] Entre-temps, les musulmans se prépareront à le combattre et se mettront en rangs, tandis que l’appel à l’accomplissement de la prière, l’iqâma, s’achèvera. C’est alors que Jésus fils de Marie (paix sur lui) descendra et dirigera les musulmans dans la prière. Dès que l’ennemi d’Allah, l’Antéchrist, le verra, il commencera à fondre comme le sel se dissout dans l’eau. Même si Jésus (paix sur lui) le laissait dans cet état, il continuerait à fondre jusqu’à mourir. Mais Allah Très-Haut le fera tuer par Jésus (paix sur lui). Celui-ci montrera aux musulmans la pointe de sa lance, teinte du sang de l’Antéchrist. »

(Arabe*******************************************page 198 du PDF)

« Il est rapporté d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : Il n’y a aucun prophète entre moi et lui [c’est-à-dire Jésus (paix sur lui)], et il descendra. Dès que vous le verrez, vous le reconnaîtrez. Il sera de taille moyenne et aura le teint rougeâtre et blanc. Il portera deux vêtements jaunes, qui ne seront pourtant nullement mouillés. Il combattra les gens pour l’islam. Il brisera la croix en morceaux. Il détruira les porcs. Il abolira la jizya. À son époque, Allah fera disparaître toutes les autres religions du monde, à l’exception de l’islam. Lui, le Messie, tuera l’Antéchrist et demeurera sur terre pendant quarante ans. Puis il mourra, et les musulmans accompliront sur lui la prière funéraire. »

(Arabe*******************************************page 198 du PDF)

« Jâbir ibn ‘Abd Allah (qu’Allah l’agrée) a dit : J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire : Puis Jésus fils de Marie descendra. L’émir des musulmans lui dira : “Venez diriger la prière.” Mais il répondra : “Non, vous êtes les émirs les uns des autres.” [C’est-à-dire que votre émir doit être choisi parmi vous.] Il dira cela en considération de l’honneur qu’Allah Très-Haut a accordé à cette communauté. »

(Arabe*******************************************page 199 du PDF)

« Hazrat Jâbir ibn Abdallah (r.a.) rapporte, au sujet d’Ibn Sayyad : Puis ʿUmar ibn al-Khattab demanda : « Ô Messager d’Allah, permets-moi de le tuer. » Le Messager d’Allah (s.a.s.) répondit : « S’il s’agit bien de cet homme — c’est-à-dire du Dajjâl — vous ne serez pas ses meurtriers ; c’est Jésus, fils de Marie (a.s.), qui le tuera. Et s’il ne s’agit pas de cet homme, vous n’avez aucun droit de tuer quiconque parmi les protégés. » »

(Arabe*******************************************à la page 199 du PDF)

« Hazrat Jâbir ibn Abdallah (r.a.) rapporte que le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit, au sujet du Dajjâl : « Ce Jésus, fils de Marie (a.s.), apparaîtra soudainement parmi les musulmans. Les gens se lèveront pour la prière. On lui dira : “Ô Esprit d’Allah, avance donc.” Mais il répondra : “Non, votre imam doit vous précéder.” C’est lui qui dirigera la prière. Après la prière de l’aube, les musulmans sortiront pour affronter le Dajjâl. » Le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : « Lorsque ce menteur verra Hazrat Jésus (a.s.), il commencera à fondre comme le sel se dissout dans l’eau. Puis Jésus s’avancera vers le Dajjâl et le tuera. Alors la situation sera telle que les arbres et les pierres crieront : “Ô Esprit d’Allah ! Le juif se cache derrière moi, ici.” Aucun des adeptes du Dajjâl ne restera en vie sans que Hazrat Jésus (a.s.) ne le tue. » »

(Arabe*******************************************à la page 200 du PDF)

« Hazrat Nawwas ibn Samʿan al-Kalbi (r.a.) rapporte, citant les paroles du Messager d’Allah (s.a.s.) au sujet du Dajjâl : « Pendant que se dérouleront ces agissements du Dajjâl, Allah enverra le Messie, fils de Marie (a.s.). Il descendra près du minaret blanc, dans la partie orientale de Damas, vêtu de deux étoffes jaunes et les mains posées sur les épaules de deux anges. Lorsqu’il baissera la tête, on aura l’impression que de l’eau en dégouline ; et lorsqu’il la relèvera, on croira voir des gouttelettes d’eau scintiller comme des perles. Aucun mécréant sur lequel atteindra son souffle — dont la portée ira aussi loin que porte son regard — ne restera en vie. Puis le fils de Marie poursuivra le Dajjâl et le capturera à la porte de Ludd — [Il convient de préciser ici que Ludd (Lydda) se trouve à quelques kilomètres seulement de Tel-Aviv, capitale de l’actuel État d’Israël, en Palestine. Les Juifs y ont construit un immense aéroport. — (L’auteur)] ». »

(Arabe*******************************************à la page 200 du PDF)

« Il est rapporté de Hazrat Abdallah ibn ʿAmr ibn al-ʿAs (r.a.) que le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : « Le Dajjâl apparaîtra parmi ma communauté et demeurera quarante — je ne sais pas s’il s’agit de quarante jours, de quarante mois ou de quarante années — [ce sont les paroles du compagnon Hazrat Abdallah ibn ʿAmr (r.a.)]. Puis Allah enverra Jésus, fils de Marie (a.s.). Son visage ressemblera à celui de ʿUrwa ibn Masʿud (comme celui d’un compagnon). Il poursuivra le Dajjâl et le tuera. Ensuite, pendant sept ans, les gens vivront dans une telle situation qu’il n’y aura d’hostilité même entre deux personnes. »

(Arabe*******************************************à la page 200 du PDF)

« Hudhayfa ibn Asîd al-Ghifârî a rapporté : Un jour, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vint nous rejoindre dans notre assemblée. Nous étions alors engagés dans une discussion. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda : “De quoi discutez-vous ?” Les gens répondirent : “Nous discutons au sujet de l’Heure.” Il dit : “Elle ne surviendra en aucun cas avant que dix signes ne soient apparus.” Puis il énuméra les dix signes : la fumée, l’Antéchrist, la Bête de la terre, le lever du soleil à l’ouest, la descente de Jésus fils de Marie, Gog et Magog, trois immenses effondrements de terrain — à l’est, à l’ouest et dans la péninsule Arabique. Enfin, un immense incendie surgira du Yémen et poussera les gens vers le lieu du Rassemblement. »

(Arabe*******************************************à la page 201 du PDF)

« Il est rapporté de Thawbân, l’affranchi du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : “Allah a préservé du feu de l’Enfer deux armées de ma communauté. L’une d’elles est celle qui attaquera l’Inde, et la seconde est celle qui demeurera avec Jésus fils de Marie.” »

(Arabe*******************************************à la page 201 du PDF)

« Mujammi‘ ibn Jâriya al-Ansârî a dit : J’ai entendu le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dire : “Le fils de Marie tuera l’Antéchrist à la porte de Lod.” »

(Arabe*******************************************à la page 201 du PDF)

« Abû Umâma al-Bâhilî a rapporté, dans un long hadith au sujet de l’Antéchrist : Au moment même où l’imam des musulmans s’avancera pour diriger la prière de l’aube, Jésus fils de Marie descendra parmi eux. L’imam reculera afin de faire avancer Jésus. Mais Jésus posera la main sur son épaule et dira : “Non, c’est toi qui dirigeras la prière, car ces gens se sont levés pour toi.” C’est donc lui, l’imam, qui dirigera la prière. Après la fin de la prière, Jésus dira : “Ouvrez la porte.” La porte sera alors ouverte. Dehors, l’Antéchrist attendra avec soixante-dix mille soldats juifs armés. Dès que son regard se posera sur Jésus, il commencera à fondre comme fond le sel dans l’eau. Il s’enfuira. Jésus dira : “J’ai pour toi un coup dont tu ne peux en aucune manière échapper.” Puis il le poursuivra et le capturera à la porte orientale de Lod. Allah accordera ensuite la victoire sur les Juifs… et la terre sera remplie de musulmans comme un récipient se remplit d’eau. Tous croiront à la profession de foi, et nul autre qu’Allah ne sera adoré dans le monde. »

(Arabe*******************************************à la page 202 du PDF)

« ‘Uthmân ibn Abî al-‘Âs rapporte : J’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ) dire : … et ‘Îsâ ibn Maryam (que la paix soit sur lui) descendra au moment de la prière de l’aube. Le chef des musulmans lui dira : Ô Esprit d’Allah ! Conduis la prière. Il répondra : Les membres de cette communauté sont eux-mêmes leurs propres chefs. Alors le chef des musulmans s’avancera et conduira la prière. Après la fin de la prière, ‘Îsâ (que la paix soit sur lui) avancera avec son armée vers l’Antéchrist. Il le tuera avec sa propre arme, et ses troupes, vaincues, prendront la fuite. Mais nulle part elles ne trouveront un endroit où se cacher. Même les arbres appelleront en disant : Ô croyant, un mécréant se cache ici. Les pierres appelleront également en disant : Ô croyant, un mécréant se cache ici. »

(Arabe*******************************************à la page 203 du PDF)

« Samura ibn Jundub rapporte, dans un long hadith, que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : Puis, au matin, ‘Îsâ ibn Maryam (que la paix soit sur lui) viendra parmi les musulmans, et Allah fera subir la défaite à l’Antéchrist et à son armée. À tel point que les murs et les troncs d’arbres appelleront en disant : Ô croyant, voici un mécréant caché derrière moi ; viens le tuer. »

(Arabe*******************************************à la page 203 du PDF)

« ‘Imrân ibn Husayn rapporte que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : Il y aura toujours, au sein de ma communauté, un groupe fermement attaché à la vérité, et qui exercera sa suprématie sur le groupe adverse. Puis viendra le décret d’Allah Très-Haut, et le fils de Maryam, ‘Îsâ (que la paix soit sur lui), descendra. » — (Musnad d’Ahmad).

(Arabe*******************************************à la page 203 du PDF)

« ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) rapporte, au sujet de l’Antéchrist, que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : Puis ‘Îsâ (que la paix soit sur lui) descendra et tuera l’Antéchrist. Ensuite, ‘Îsâ (que la paix soit sur lui) demeurera quarante ans sur terre en tant qu’imam et gouvernant équitable. »

(Arabe*******************************************à la page 203 du PDF)

« Soufayna, l’esclave affranchi du Messager d’Allah (s), a rapporté au sujet du Dajjâl que le Messager d’Allah (s) a dit : Puis Jésus (a) descendra, et Allah tuera le Dajjâl près d’un poste frontière appelé “Afîq” — [Afîq est aujourd’hui appelé “Fîq”. Afîq est la dernière ville de l’actuelle Syrie, à la frontière entre la Syrie et Israël. À quelques miles à l’ouest, en face de cette ville, se trouve un lac appelé Tabariyya. C’est là que prend sa source le fleuve Jourdain. Au sud-ouest de ce lac, dans la partie centrale des montagnes et dans une dépression, se trouve un chemin. Ce chemin descend à environ mille cinq cents pieds de profondeur et aboutit à l’endroit où le Jourdain sort du lac Tabariyya. Ce passage est appelé “Aqaba d’Afîq” — le passage montagneux inférieur d’Afîq. — L’auteur.] »

(Arabe*******************************************(à la page 203 du PDF)

« Hadhrat Hudhayfa ibn al-Yamân, rapportant un récit au sujet du Dajjâl, dit que le Messager d’Allah (s) a dit : Lorsque les musulmans se prépareront pour la prière, Jésus fils de Marie (a) descendra sous leurs yeux. Il dirigera la prière des musulmans. Puis, après avoir prononcé la salutation finale, il dira aux gens : Écartez-vous entre moi et cet ennemi d’Allah… et Allah donnera aux musulmans la domination sur les troupes du Dajjâl. Les musulmans les massacreront largement. Finalement, même les arbres et les pierres appelleront : Ô serviteur d’Allah, ô serviteur du Miséricordieux, ô musulman, regarde : voici un Juif, tue-le ! Ainsi Allah les anéantira et les musulmans remporteront la victoire. Ils abattront les croix, extermineront les porcs et aboliront la jizya. »

(Ce hadith est rapporté sous une forme abrégée dans le Sahîh de Muslim, et le hafiz Ibn Hajar l’a jugé authentique dans Fath al-Bârî, tome II, page 450.)

Ces vingt et un hadiths ont été rapportés par l’intermédiaire de quatorze Compagnons, avec des chaînes de transmission irréprochables, dans les ouvrages de hadiths faisant autorité. De nombreux autres hadiths à ce sujet figurent également dans d’autres recueils de hadiths. Mais, craignant de prolonger la discussion, nous ne les avons pas cités ici. Nous n’avons cité ici que les hadiths les plus solides et les plus fiables, tant du point de vue du récit que de celui de la chaîne de transmission.

Que démontrent ces hadiths ?

Toute personne qui lira ces hadiths pourra comprendre par elle-même qu’ils ne mentionnent nullement un Messie promis, un “semblable au Messie” ou une “manifestation du Messie”. Même aujourd’hui, aucun individu né d’un père et du sein de sa mère ne peut prétendre être le Messie au sujet duquel le Prophète universel, Hadhrat Muhammad Mustafa (s), avait prophétisé. Ces hadiths affirment sans ambiguïté que celui dont ils annoncent la descente est Jésus (a), né il y a deux mille ans du sein de Marie (a), sans père. La question de savoir s’il est mort à ce sujet ou s’il se trouve quelque part vivant est totalement hors de propos. Même si, pour les besoins de la discussion, on admet qu’il est mort, on peut néanmoins dire qu’Allah a le pouvoir de le ramener à la vie. — [Ceux qui nient le pouvoir d’Allah de ressusciter devraient comprendre le sens du verset 259 de la sourate al-Baqara. Dans ce verset, Allah dit qu’Il maintint l’un de Ses serviteurs mort pendant cent ans, puis le ramena à la vie. — L’auteur.] — En outre, Allah peut maintenir l’un de Ses serviteurs en vie pendant des milliers d’années en un lieu quelconque de ce vaste univers créé par Lui, puis le ramener dans ce monde au moment qu’Il souhaite. À la lumière de la puissance infinie d’Allah, cela ne paraît nullement extraordinaire. Il va sans dire que quiconque reconnaît la véracité des hadiths doit nécessairement reconnaître l’existence de celui qui viendra dans l’avenir. Car la croyance en la venue de celui qui viendra ne peut trouver son fondement nulle part ailleurs que dans les hadiths. Pourtant, c’est seulement ici que l’on observe cette chose étrange : la croyance en la venue de celui qui viendra est acceptée sur la base des hadiths, mais lorsque ces mêmes hadiths déclarent clairement que celui qui viendra ne sera pas un “semblable au Messie” — c’est-à-dire une personne ressemblant au Messie — mais qu’il sera Jésus fils de Marie (a) lui-même, cette affirmation est alors rejetée.

Le deuxième point qui ressort clairement et sans ambiguïté de ces hadiths est que Jésus fils de Marie (a) ne descendra pas une seconde fois en tant que prophète. Il ne recevra pas de révélation. Il n’apportera de la part d’Allah aucun nouveau message ni aucune nouvelle loi. Il n’introduira aucune diminution ni aucun ajout dans la loi de Muhammad. Il ne sera pas envoyé dans le monde pour faire revivre la religion de l’islam. Il ne viendra pas appeler les gens à croire en lui et ne constituera pas non plus une communauté distincte avec ceux qui croiront en lui. — [Les savants musulmans ont exposé ce point avec la plus grande clarté. L’érudit Taftazânî (722–792 de l’Hégire) a écrit dans son ouvrage Sharh ‘Aqâ’id al-Nasafî :(Arabe****************************************************************************

Il est établi comme une vérité certaine que Muhammad (s.a.s.) est le dernier des prophètes. Si l’on dit que, dans les hadiths, il est fait mention de la venue de Jésus (a.s.) après lui, nous répondrons : oui, ce qui est dit au sujet de la venue de Jésus (a.s.) est vrai. Cependant, il sera un disciple de Muhammad (s.a.s.), car sa charia a été abrogée. Par conséquent, aucune révélation ne lui sera adressée et il n’établira aucune nouvelle loi ; il agira au contraire en qualité de représentant de Muhammad, le Messager d’Allah (s.a.s.).

C’est précisément ce qu’a dit le savant al-Alûsî dans son Tafsîr Rûh al-Ma‘ânî :

(Arabe*******************************************)

« Lorsque Jésus (a.s.) descendra, il demeurera investi de sa dignité prophétique et ne sera pas destitué de son rang antérieur (celui de prophète). Toutefois, il ne suivra pas son ancienne charia, car celle-ci a été abrogée pour lui comme pour tous les autres hommes. Désormais, dans toutes les questions, tant fondamentales que secondaires, il suivra cette charia même, c’est-à-dire la charia de Muhammad. Ainsi, de même qu’aucune révélation ne lui parviendra désormais, il n’aura pas davantage le droit d’édicter une quelconque loi. Il agira plutôt, au sein de cette communauté, en tant que représentant (na’ib) du Messager (s.a.s.) et comme l’un des gouvernants de sa communauté muhammadienne. (Tome XXII, p. 32.) L’imam al-Râzî a exposé cette idée avec davantage de clarté dans les termes suivants : («Arabe**********************)

« L’époque des prophètes a pris fin avec Muhammad (s.a.s.). Après la venue de Muhammad (s.a.s.), la venue des prophètes a pris fin. Il n’est donc nullement déraisonnable de dire qu’après sa descente actuelle, Jésus (a.s.) sera un disciple de Muhammad (s.a.s.) » ] Il sera envoyé dans le monde avec une seule mission particulière : il anéantira radicalement la fitna du Dajjâl. C’est pourquoi il descendra d’une manière telle qu’aucun doute ne pourra subsister parmi les musulmans au sujet de sa descente. Les musulmans parmi lesquels il descendra comprendront sans aucun doute qu’il est bien celui au sujet duquel le Messager d’Allah (s.a.s.) avait annoncé la venue, à savoir Jésus fils de Marie (a.s.), et qu’il est descendu au moment annoncé, conformément à la parole du Messager d’Allah (s.a.s.). Il viendra se joindre au groupe des musulmans et priera derrière l’imam des musulmans de cette époque. — [Bien que les hadiths n° 5 et 21 indiquent qu’après sa descente Jésus (a.s.) dirigera lui-même la première prière, il ressort de la majorité des hadiths, notamment de certains hadiths particulièrement solides (n° 3, 7, 9, 15 et 16), qu’il refusera de diriger la prière et fera avancer l’imam et le dirigeant des musulmans de cette époque. Les spécialistes du hadith et les exégètes ont unanimement adopté cette opinion.] Il fera donc avancer celui qui dirigera les musulmans à cette époque, afin que nul ne puisse nourrir le moindre doute en pensant qu’il serait revenu pour exercer de nouveau la fonction prophétique avec le rang prophétique qu’il détenait auparavant. On peut assurément dire qu’en présence d’un prophète d’Allah au sein d’un groupe, nul autre ne peut en être l’imam ou le dirigeant. Ainsi, son intégration au groupe des musulmans en tant que simple individu proclamera spontanément qu’il n’est pas venu comme prophète. Dès lors, il ne saurait être question que sa venue ouvre la porte de la prophétie.

Sa venue est assurément comparable à celle d’un ancien chef d’État sous le règne d’un chef d’État en exercice. Dans une telle situation, l’ancien chef d’État peut venir participer à une fonction publique sous l’autorité du chef d’État actuel. Même une personne douée de bon sens peut aisément comprendre que la simple venue d’un ancien chef d’État pendant le mandat d’un autre chef d’État ne constitue pas en elle-même une violation de la loi. Toutefois, la loi serait certainement violée dans deux situations. Premièrement, si l’ancien chef d’État revenait et tentait de reprendre l’exercice de la fonction de chef d’État. Deuxièmement, si quelqu’un niait également les actes accomplis par cet ancien chef d’État. Car cela reviendrait à contester la validité des actes accomplis durant son mandat de chef d’État. À moins que l’une de ces deux situations ne se produise, la simple venue de l’ancien chef d’État ne peut entraîner aucun changement dans sa situation juridique. Il en va de même pour la seconde venue de Jésus (a.s.). Si, par sa seule venue, il se mettait à exercer la fonction liée au khatm al-nubuwwa, ou si quelqu’un niait le statut prophétique qu’il avait auparavant, alors la loi de la prophétie d’Allah serait, dans ce cas, réduite à néant. Les récits des hadiths ont complètement fermé ces deux voies. D’un côté, les hadiths déclarent clairement qu’il n’y a plus de prophète après le prophète Muhammad (s.a.s.) ; de l’autre, ils annoncent que Jésus (a.s.) descendra de nouveau. Il apparaît donc clairement que cette seconde venue n’aura pas pour objectif l’exercice de la fonction prophétique.

De même, avec sa venue, la question de la mécréance et de la foi ne se posera pas de nouveau parmi les musulmans. Aujourd’hui encore, quiconque ne croit pas à sa prophétie antérieure devient mécréant. Le Prophète Muhammad (s.a.s.) lui-même deviendrait mécréant s’il ne croyait pas à cette même prophétie. Le Prophète Muhammad (s.a.s.) lui-même croyait en cette prophétie. Toute la communauté du Prophète Muhammad (s.a.s.) y croit également depuis le début. Les musulmans ne croiront à aucune nouvelle prophétie. Au contraire, comme aujourd’hui, ils croiront alors aussi à la prophétie antérieure de Jésus, fils de Marie (a.s.). De même que cette situation ne s’oppose pas aujourd’hui au sceau de la prophétie, elle ne s’y opposera pas non plus ce jour-là. La dernière chose que l’on apprend de ces hadiths et de nombreux autres hadiths est que celui qui sera envoyé pour éradiquer la fitna mondiale du Dajjâl vaincu par Jésus (a.s.) sera d’origine juive. Il se présentera comme le « Messie ». Quiconque ignore l’histoire des Juifs ainsi que leur pensée et leurs croyances religieuses ne pourra pas comprendre la portée de cette question. Après la mort de Salomon (a.s.), lorsque les Enfants d’Israël furent frappés par la décadence sociale et religieuse ainsi que par le déclin politique, puis que ce déclin se prolongea jusqu’à ce que les souverains de Babylone et d’Assyrie les asservissent, les chassent de leur pays et les dispersent dans différentes régions du monde, les prophètes des Enfants d’Israël commencèrent à leur annoncer la bonne nouvelle qu’un Messie envoyé par Allah viendrait les libérer de cette humiliation extrême. Dans le contexte de ces prophéties, les Juifs attendaient la venue d’un Messie. Il serait roi. Il conquérirait des pays par la guerre. Il rassemblerait en Palestine les Enfants d’Israël venus de différents pays et établirait un État puissant pour eux. Mais, démentant tous leurs espoirs et aspirations, lorsque Jésus, fils de Marie (a.s.), refusera d’être reconnu comme le « Messie » envoyé par Allah, ils tenteront de le tuer. Depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, le monde juif compte les jours dans l’attente de ce Messie promis (Promissed Messiah) dont on leur avait annoncé la venue. Depuis des centaines d’années, le peuple juif vit en puisant dans ses ouvrages littéraires l’imaginaire dessiné à son sujet. Il demeure plein d’espoir, convaincu que ce Messie promis sera un puissant dirigeant militaire et politique. Il ramènera sous la domination juive toute la région allant du Nil à l’Euphrate — région que les Juifs considèrent comme leur territoire héréditaire — et rassemblera les Juifs venus du monde entier. En observant la situation actuelle du Moyen-Orient et en analysant les événements à la lumière des prophéties du Messager d’Allah (s.a.s.), on verra que, conformément aux paroles du Prophète Muhammad (s.a.s.), la scène est désormais entièrement préparée pour la venue du Dajjâl suprême, qui jouera le rôle du Messie promis aux Juifs. La dépossession des musulmans d’une grande partie de la Palestine

(Une carte figure à la page 208 du PDF***************************************)

l’État juif dont rêvent les dirigeants israéliens

a été réalisée. Un État juif nommé Israël y a été établi. Des Juifs venus de différents pays du monde s’y installent en groupes. L’Amérique, la Grande-Bretagne et la France l’ont transformé en une immense puissance militaire. Avec l’aide des capitalistes juifs, les scientifiques et les industriels juifs le font progresser rapidement sur la voie du développement. Pour les pays musulmans qui l’entourent, cette puissance est devenue un immense danger. Les dirigeants de cet État n’ont nullement caché leur désir de s’emparer de ce « pays reçu » par héritage. Une reproduction du plan de l’État juif futur qu’ils présentent depuis longtemps figure sur la carte précédente. Sur ce plan, on voit

(Une carte figure à la page 209 du PDF***************************************)

Le lieu de la descente du véritable Messie, Jésus (a.s.)

qu’ils veulent étendre leur empire à toute la Syrie, au Liban et à la Jordanie, ainsi qu’à presque tout l’Irak, à İskenderun en Turquie, au Sinaï et à la région du delta en Égypte, et jusqu’aux hauteurs du Hedjaz et du Najd en Arabie, y compris Médine l’Illuminée. Dans ce contexte, il apparaît clairement qu’à l’avenir, au milieu du tumulte d’une guerre mondiale, ils tenteront de s’emparer de ces territoires, et que c’est alors que le prétendu Dajjâl suprême apparaîtra sous la forme de leur Messie promis. Le Messager d’Allah (s.a.s.) ne s’est pas contenté d’annoncer sa venue ; il a également dit qu’à cette époque les musulmans seraient accablés par des montagnes de malheurs et que chaque jour leur semblerait durer une année. C’est pourquoi il a lui-même demandé à Allah de le protéger contre la fitna du Messie Dajjâl et a ordonné aux musulmans de demander également cette protection.

Pour combattre ce Messie Dajjâl, Allah n’enverra pas un « semblable du Messie », mais le véritable Messie. Il y a deux mille ans, les Juifs refusèrent de reconnaître ce véritable Messie et, selon ce qu’ils savaient, le crucifièrent et le firent disparaître de la surface de la terre. Ce véritable Messie ne descendra ni en Inde, ni en Afrique, ni en Amérique ; il descendra à Damas, car c’est là que la guerre fera alors rage. Veuillez également consulter la deuxième carte précédente. On y voit que Damas se trouve seulement à 50 ou 60 miles de la frontière d’Israël. Si l’on se rappelle le contenu du hadith que j’ai cité précédemment, on comprendra aisément que le Messie Dajjâl entrera en Syrie avec une armée de 70 000 Juifs et se présentera devant Damas. À cet instant précis, Jésus (a.s.) descendra près d’un minaret blanc, dans la partie orientale de Damas, après l’aube véritable, puis, après la prière de l’aube, il sortira avec les musulmans pour affronter le Dajjâl. Sous la violence de son attaque, le Dajjâl reculera et retournera vers Israël par le passage montagneux d’Afik (voir le hadith n° 21). Mais il le poursuivra. Finalement, il sera tué de sa main à l’aéroport de Lydda (hadiths n° 10, 14 et 15). Ensuite, les Juifs seront capturés et tués partout, et l’existence du peuple juif disparaîtra (hadiths n° 9, 15 et 21). Après que Jésus (a.s.) aura manifesté la vérité, la religion chrétienne disparaîtra également (hadiths n° 1, 2, 4 et 6), et toutes les communautés s’uniront au sein de la communauté musulmane (hadiths n° 6 et 15).

Cette vérité sans équivoque ressort clairement du hadith, sans la moindre ambiguïté ni confusion. Après cette longue discussion, il ne subsiste aucun doute à ce sujet : l’entreprise menée dans notre pays au nom du « Messie promis » n’est rien d’autre qu’une gigantesque imposture.

Je vais maintenant exposer l’aspect le plus risible de cette imposture. Celui qui s’est déclaré identique au Messie mentionné dans cette prophétie a lui-même avancé l’argument savoureux suivant pour démontrer qu’il était Jésus fils de Marie :

« Il (c’est-à-dire Dieu) m’a donné le nom de Marie dans la troisième partie du Barāhīn-i Ahmadiyya. Puis, comme cela a été révélé dans le Barāhīn-i Ahmadiyya, j’ai été élevé pendant deux ans avec les qualités de Marie.…… Ensuite, l’esprit de Jésus a été insufflé en moi comme en Marie, et je suis tombé enceinte au sens figuré. Enfin, quelques mois plus tard — pas plus de dix mois — par cette révélation mentionnée dans la quatrième partie du Barāhīn-i Ahmadiyya, j’ai été transformé de Marie en Jésus. C’est ainsi que je suis devenu Jésus fils de Marie. » — (Kishṭī-yi Nūḥ, p. 87-89)

Autrement dit, il devient d’abord Marie. Puis il se retrouve lui-même enceinte. Ensuite, il naît lui-même de son propre ventre sous la forme de Jésus fils de Marie. Un problème se posa néanmoins. En effet, selon le hadith, Jésus fils de Marie descendra à Damas. Damas est depuis plusieurs milliers d’années une ville célèbre et universellement connue de Syrie. Aujourd’hui encore, cette ville figure sous ce nom sur les cartes du monde. On a donc résolu ce problème par une autre déclaration tout aussi cocasse :

« Il convient de noter que le sens du mot Damas m’a été révélé par Dieu de la manière suivante : ce nom a été donné à une ville où résident des gens ayant le caractère de Yazīd et qui suivent les habitudes et les pensées de Yazīd l’impie.……. Cela entretient une correspondance et un rapport avec Damas. » — (Izāla-yi Auhām, notes 63 à 73)

Une autre difficulté subsiste encore. Selon le hadith, le fils de Marie descendra près d’un minaret blanc. Cette difficulté a été résolue très simplement : le Messie lui-même est venu construire son propre minaret. Dites-moi donc qui ira lui faire comprendre que, d’après la description du hadith, le minaret sera déjà présent avant la descente du fils de Marie. Or, ici, on voit que le minaret est construit après l’arrivée du Messie promis.

Le dernier problème, et le plus complexe, demeure encore. Selon la description du hadith, Jésus fils de Marie (que la paix soit sur lui) tuera l’Antéchrist à l’entrée de Lydda. Pour résoudre cette difficulté, on a d’abord avancé quantité d’absurdités. Tantôt on a reconnu comme Lydda un village de Bayt al-Maqdis. (Izāla-yi Auhām, publié par l’Anjuman Ahmadiyya Lahore, édition abrégée, p. 220.) Tantôt on a affirmé que Lydda désigne les gens qui se querellent sans raison. ….. Lorsque les querelles stériles de l’Antéchrist atteindront leur paroxysme, le Messie promis apparaîtra et mettra fin à toutes ses querelles. » (Izāla-yi Auhām, p. 730.) Mais lorsque cela non plus ne permit pas de résoudre le problème, on déclara clairement que Lydda (Ludd en arabe) désigne la ville de Ludhiana, au Pendjab. Tuer l’Antéchrist à l’entrée de Ludhiana signifie que, malgré l’opposition des méchants, c’est là que le premier serment d’allégeance fut prêté entre les mains de Mirza Sahib. — (Al-Hudā, p. 99)

Toute personne douée d’un jugement sain qui examinera impartialement ces déclarations sera contrainte de parvenir à la conclusion qu’il s’agit ici, en plein jour et au vu de tous, d’une représentation mensongère sous de multiples apparences (False Impersonation).

 

Quelques autres interprétations trompeuses des Qadianis

 

Une opposition manifeste au Coran et aux hadiths

Lorsque Allah et Son Messager ont tranché une question par une prescription claire et sans ambiguïté, écarter cette prescription explicite, tirer à sa convenance un sens de versets et de hadiths sans rapport avec la question, et adopter une croyance totalement contraire aux prescriptions explicites du Coran et des hadiths, puis agir en conséquence, constitue un égarement extrême, voire la pire des rébellions contre Allah et Son Messager. Celui qui adopte ouvertement une voie contraire à Allah et à Sa prescription commet une forme de rébellion relativement moindre. Mais déformer les déclarations et les prescriptions d’Allah et de Son Messager eux-mêmes, afin de les utiliser dans son propre intérêt contre leur décision, n’est pas une petite rébellion. Nous ne pouvons en aucune manière penser de ceux qui agissent ainsi qu’ils suivent sincèrement les directives d’Allah et de Son Messager. Pour trancher la question de savoir si Sayyidina Muhammad (s) est le dernier des prophètes et si un autre prophète viendra après lui, nous aurions pu nous concentrer sur (Arabe**************) et (Arabe*****)entre autres versets, si Allah et Son Messager n’avaient pas donné quelque part dans le Coran et les hadiths une réponse précise à cette question. Mais puisque nous avons déjà reçu d’Allah, dans le verset du « Khâtam an-Nabiyyîn », et du Messager, dans d’innombrables hadiths authentiques et fiables, une réponse sans ambiguïté à cette question, alors prêter attention à Arabe*********) et (Arabe*******) entre autres versets, et en tirer une croyance contraire aux prescriptions explicites du Coran et des hadiths, ne peut être le fait que de celui qui ne ressent pas la moindre crainte d’Allah dans son cœur et qui ne croit même pas qu’un jour, après sa mort, il devra rendre des comptes devant Allah. On peut en donner l’exemple suivant : une disposition du code pénal du pays qualifie un acte de crime en termes parfaitement explicites. Or un homme s’acharne à prouver que ce crime est une action licite. À cette fin, il écarte cette disposition particulière et se met à rechercher, dans des dispositions sans rapport avec la loi en question, le moindre indice ou la moindre déclaration vaguement ambiguë. Puis, en rapiéçant ces éléments, il tente de prouver que l’acte condamné par la disposition claire de la loi est licite. Si les autorités policières et les tribunaux de ce monde ne sont pas disposés à accepter les témoignages et les preuves, comment peut-on espérer qu’ils soient acceptés devant le tribunal d’Allah ?

Prouver par la force

Après avoir lu les versets par lesquels les Qadianis veulent prouver leur thèse, on ne peut qu’être étonné de leur méthode de démonstration. On constate que ces versets n’ont nullement le sens qu’ils veulent leur faire prendre de force, en les tirant et en les torturant. Voyons donc quel est le véritable sens des versets sur lesquels ils se sont livrés à ces exercices : Arabe*********) Dans le verset 69 de la sourate An-Nisâ’, il est seulement dit que ceux qui obéissent à Allah et au Messager seront les compagnons des prophètes, des véridiques, des martyrs et des vertueux (des gens pieux). Comment peut-on en déduire que ceux qui obéissent à Allah et au Messager deviendront soit prophètes, soit véridiques, martyrs ou vertueux ? Considérez ensuite une fois le verset 19 de la sourate Al-Hadîd. Il y est dit :

(Arabe*******************************************à la page 213 du PDF)

C’est-à-dire : « Ceux qui ont cru en Allah et en Ses messagers, ceux-là sont les véridiques et les martyrs auprès de leur Seigneur. » Il devient ainsi parfaitement clair que, grâce à la foi, une personne ne peut atteindre que le rang des véridiques et des martyrs. Quant aux prophètes, il suffit aux croyants d’en être les compagnons. Il est absolument impossible qu’une personne devienne prophète en récompense d’une quelconque action. C’est pourquoi il est dit dans le verset de la sourate An-Nisâ’ que ceux qui obéissent à Allah et au Messager seront avec les prophètes, les véridiques et les martyrs. Et il est dit dans le verset de la sourate Al-Hadîd que ceux qui croiront en Allah et au Messager deviendront eux-mêmes des véridiques et des martyrs.

Et, au sujet de Arabe**********) ce qui est mentionné dans le verset 35 de la sourate Al-A‘râf, il faut dire que ce verset s’inscrit dans une narration. Cette narration s’étend des versets 11 à 36 de la sourate Al-A‘râf. Si on l’examine à la lumière de son contexte, il apparaît clairement que cette adresse avait été adressée aux enfants d’Adam au tout début de la création de l’humanité. Comment peut-on, à la lecture de ces versets, parvenir à l’idée qu’ils annoncent la venue de prophètes après le prophète Muhammad (s) ? Il y est simplement question de l’époque où le prophète Adam (paix sur lui) et son épouse furent expulsés du Paradis et amenés sur terre.

Le sens exact du verset de la sourate Al-A‘râf

Le sens que les Qadianis tirent du verset 35 de la sourate Al-A‘râf en l’isolant de son contexte antérieur et postérieur est totalement opposé à celui qui s’en dégage lorsqu’on l’examine à sa juste place. En réalité, l’exposé dans le cadre duquel ce verset a été révélé est présenté de manière suivie depuis le deuxième rukū‘ jusqu’à la partie intermédiaire du quatrième rukū‘ de la sourate Al-A‘râf. Dans le deuxième rukū‘, l’histoire d’Adam et de Hawwâ’ est d’abord relatée. Puis, dans les troisième et quatrième rukū‘, des commentaires sont formulés sur les conséquences de cette histoire. Si l’on lit le verset 35 à la lumière de cette discussion contextuelle, il apparaît clairement que l’énoncé adressé par (Arabe******)ce moyen se rapporte à la période initiale de la création, et non à l’époque de la révélation du Coran. En d’autres termes, son objectif est de faire savoir aux descendants d’Adam, dès l’origine de la création, que leur salut dépendrait de leur obéissance à la guidée qui leur serait envoyée de la part d’Allah.

Des versets contenant ce même enseignement ont été insérés en trois endroits du Coran. Dans chacun de ces endroits, ils sont introduits dans le cadre du récit de Hadrat Adam et de Hadrat Hawwâ’ (que la paix soit sur eux). Le premier verset se trouve dans la sourate Al-Baqara (verset 38), le deuxième dans la sourate Al-A‘râf (verset 35), et le troisième dans la sourate Tâ-Hâ (verset 123). Outre la profonde similitude du contenu de ces trois versets, la similitude de leur contexte et des circonstances qui les entourent est également remarquable.

Les exégètes du Coran considèrent, comme les autres versets, celui-ci de la sourate Al-A‘râf comme se rapportant au récit de Hadrat Adam et de Hawwâ’ (que la paix soit sur eux). Dans son ouvrage d’exégèse, ‘Allâma Ibn Jarîr écrit, en citant les paroles de Hadrat Abû Sayyâr As-Sulamî à propos de l’interprétation de ce verset : « Allah Tout-Puissant s’est adressé ici à Hadrat Adam et à sa famille en même temps et au même moment. » L’Imâm Râzî écrit dans son Tafsîr Kabîr, à propos de l’interprétation de ce verset : « Si l’adresse est faite au Noble Prophète (que la paix soit sur lui), alors qu’il est le dernier des prophètes, cela signifie qu’Allah expose ici Sa règle concernant les communautés. » ‘Allâma Âlûsî dit dans son Tafsîr Rûh al-Ma‘ânî : « Ce qui est arrivé à chaque peuple est ici relaté sous forme de récit. Considérer ici la communauté du Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) comme désignée par les Banû Âdam constituerait une grave erreur et contredirait le sens manifeste. En effet, le mot rasûl n’a pas été employé au singulier, mais au pluriel, “rasûl” (Arabe***) a été employé. » La dernière partie de la déclaration de ‘Allâma Âlûsî signifie que, si la communauté de Muhammad avait été interpellée ici, on n’aurait jamais pu lui dire : « Des messagers viendront parmi vous. » Car il ne saurait être question qu’un autre messager vienne au sein de cette communauté en dehors de l’unique messager, Muhammad (que la paix soit sur lui).

Le sens du verset de la sourate Al-Mu’minûn

(Arabe*******************************************à la page 214 du PDF)

C’est-à-dire : « Ô messagers ! Mangez des aliments purs et accomplissez de bonnes œuvres ; certes, Je sais tout ce que vous faites. » — (sourate Al-Mu’minûn : 51)

Si l’on ne dissocie pas ce verset de son contexte antérieur et postérieur, il est absolument impossible de lui donner le sens que les Qadianis lui ont attribué. L’exposé dans le cadre duquel ce verset a été révélé se poursuit sans interruption depuis le deuxième rukū‘. Dans ces versets, après avoir évoqué tous les prophètes et leurs peuples, depuis Hadrat Nûh (que la paix soit sur lui) jusqu’à Hadrat ‘Îsâ (que la paix soit sur lui), il est dit : « Dans chaque pays et à chaque époque, les prophètes ont transmis aux hommes un seul et même enseignement ; leur méthode était également une et identique, et Allah leur a accordé des bienfaits du même ordre. À l’inverse, les peuples égarés ont toujours abandonné la voie d’Allah et se sont adonnés aux mauvaises actions. » Dans le cadre de cet exposé, ce verset n’a en aucune manière été révélé avec le sens suivant : « Ô messagers ! Vous qui viendrez après Muhammad (que la paix soit sur lui), mangez des aliments purs et accomplissez de bonnes œuvres. » Le sens de ce verset est au contraire qu’Allah Tout-Puissant avait donné cette même instruction à tous les prophètes venus depuis Hadrat Nûh (que la paix soit sur lui) jusqu’à Hadrat Muhammad (que la paix soit sur lui) : mangez des aliments purs et accomplissez de bonnes œuvres.

Même à partir de ce verset, les exégètes n’ont jamais compris que la porte de la prophétie se serait ouverte après le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Si vous souhaitez approfondir vos recherches et parvenir à une plus grande tranquillité d’esprit, vous pouvez lire l’analyse de ce passage dans différents ouvrages d’exégèse.

Présentation des preuves tirées des hadiths réfutant l’erreur des Qadianis

(Arabe*******************************************à la page 215 du PDF)

Autrement dit, « si Ibrahim [le fils du Noble Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)] était resté en vie, il serait certainement devenu prophète » : la preuve que les Qadianis tirent également de ce hadith est erronée pour quatre raisons.

Premièrement : dans la version qui le rapporte comme une parole du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), la chaîne de transmission est faible, et aucun traditionniste n’a déclaré cette chaîne solide.

Deuxièmement : les grands traditionnistes, tels qu’al-Nawawi et Ibn Abd al-Barr, ont jugé le contenu de ce hadith peu fiable. L’imam al-Nawawi a écrit dans son ouvrage « Tahdhîb al-Asmâ wa-l-Lughât » :

(Arabe*******************************************à la page 215 du PDF)

Autrement dit : « Certains savants des premières générations ont écrit que, si Ibrahim [le fils de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)] était resté en vie, il serait devenu prophète ; cette affirmation n’est pas vraie. Car elle relève de l’audace consistant à parler de l’invisible et revient à proférer une parole sans l’avoir réfléchie. »

Le savant Ibn Abd al-Barr a écrit dans son ouvrage intitulé « al-Tamhîd » :

(Arabe*******************************************à la page 215 du PDF)

C’est-à-dire : « Je ne sais pas de quel genre de propos il s’agit. Un enfant qui n’était pas prophète est né dans la famille de Noé (sur lui la paix). Or, si le fils d’un prophète devait nécessairement être prophète, tout le monde serait aujourd’hui prophète sur terre, car tous sont les descendants de Noé. »

Troisièmement : dans la majorité des récits, ce hadith est présenté comme une parole des Compagnons plutôt que comme une parole du Prophète (sur lui la paix et les bénédictions de Dieu). Ils ont également affirmé très clairement que, puisqu’il n’y aurait plus de prophète après le Prophète (sur lui la paix et les bénédictions de Dieu), Allah avait fait mourir son fils. À titre d’exemple, le récit rapporté par al-Bukhari dit :

(Arabe*******************************************à la page 216 du PDF)

« Ismaïl ibn Abî Khâlid dit : J’ai demandé à ‘Abdullah ibn Abî Awfâ, un Compagnon : “Aviez-vous vu Ibrâhîm, le fils du Prophète (sur lui la paix et les bénédictions de Dieu) ?” Il répondit : “Il mourut durant son enfance. Si Allah avait décidé d’envoyer un prophète après Muhammad, le Prophète (sur lui la paix et les bénédictions de Dieu), Il aurait laissé son fils en vie. Mais il n’y a plus aucun prophète après le noble Messager (sur lui la paix et les bénédictions de Dieu).” »

Hazrat Anas (qu’Allah l’agrée) a rapporté un récit allant à peu près dans le même sens. Il a dit :

(Arabe*******************************************à la page 216 du PDF)

« S’il était resté en vie, il aurait été prophète. Mais il n’est pas resté en vie. Car votre prophète est le dernier des prophètes. » — (Tafsîr Rûh al-Ma‘ânî, vol. 22, p. 3)

Quatrièmement, même si le récit dans lequel cette parole est attribuée au Noble Prophète (s.a.s.) et qui a été jugé faible et peu fiable n’avait pas comporté cette explication des Compagnons éminents, et même si les propos des spécialistes du hadith n’y avaient pas été ajoutés, il n’aurait en aucun cas été acceptable. En effet, le principe unanimement admis de la science du hadith est que, si le contenu d’un récit est en contradiction avec un grand nombre de hadiths authentiques, il ne peut en aucun cas être accepté. Examinons donc la situation : d’un côté, d’innombrables hadiths authentiques, appuyés par de solides chaînes de transmission, déclarent clairement qu’après le prophète Muhammad (s.a.s.), la porte de la prophétie est fermée ; de l’autre, il n’y a qu’un seul récit qui laisse entendre la possibilité que cette porte soit encore ouverte. Après avoir examiné ces deux situations, comment pourrait-on rejeter les innombrables récits au profit de ce récit unique ?

Dernières remarques

Du point de vue du Noble Coran comme de la Noble Sunna, la prophétie constitue un principe fondamental de la religion. Autrement dit, la foi et la mécréance de l’être humain reposent sur elle, et c’est également sur cette base que sera décidé son succès ou son échec dans l’au-delà. Celui qui ne reconnaît pas un véritable prophète devient mécréant ; de même, celui qui reconnaît un faux prophète devient mécréant. S’agissant d’une question d’une telle importance fondamentale, Allah et Son Messager (s.a.s.) ont fourni des indications claires et dépourvues d’ambiguïté. Ils ont pris d’avance les dispositions nécessaires afin que la religion et la foi des hommes ne soient pas mises en péril et qu’Allah et Son Messager (s.a.s.) ne puissent être tenus responsables de leur égarement. Un autre point digne d’attention est qu’avant le prophète Muhammad (s.a.s.), jamais, à l’époque d’un prophète, il n’avait été annoncé que la succession des prophètes avait pris fin et qu’aucun autre prophète ne viendrait. Cela signifie qu’à cette époque la porte de la venue des prophètes était ouverte, et que personne n’avait le droit de rejeter la prétention d’un prétendant à la prophétie en disant qu’aucun autre prophète ne viendrait désormais. De plus, les prophètes de cette époque continuaient d’annoncer la venue de prophètes qui apparaîtraient après eux. Ils faisaient prêter à leurs disciples le serment de suivre les prophètes qui viendraient ultérieurement. Ces pratiques renforçaient encore l’idée que, lorsqu’un homme se présentait comme prophète, il n’était pas permis de le rejeter d’emblée, sans aucune réflexion. On s’efforçait plutôt d’examiner attentivement sa prédication, sa personnalité, ses actes et sa situation, afin de déterminer s’il était véritablement un prophète d’Allah ou un imposteur prétendant à la prophétie. Mais après l’avènement du prophète Muhammad (s.a.s.), la situation s’est complètement inversée. Il ne s’agit plus seulement du fait que Muhammad (s.a.s.) n’a annoncé aucun prophète après lui et n’a pas fait prêter à la communauté le serment de lui obéir ; au contraire, le Coran a déclaré que Muhammad (s.a.s.) est le dernier des prophètes, et il a affirmé, dans d’innombrables hadiths authentiques et fiables, en des termes clairs et sans ambiguïté, que quiconque se lèverait après lui en revendiquant la prophétie serait l’Antéchrist. La question est donc la suivante : du point de vue d’Allah et de Son prophète, la question de l’islam et de la mécréance des hommes est-elle aujourd’hui dépourvue de gravité et d’importance ? Les croyants venus après le Messager d’Allah (s.a.s.) étaient-ils les seuls à avoir le droit d’être préservés de l’épreuve de la mécréance ? Est-ce pour cela qu’Allah et Ses messagers avaient pris soin de les informer, eux seuls, d’une voix dépourvue d’ambiguïté que la porte de la prophétie resterait ouverte et que la succession des prophètes se poursuivrait ? Mais nous auraient-ils maintenant, sciemment, précipités dans ce danger ? Autrement dit, d’un côté subsisterait la possibilité de la venue d’un prophète, et selon que nous le reconnaissions ou non, nous pourrions devenir croyants ou mécréants. De l’autre, Allah et Ses messagers ne se seraient pas contentés de nous laisser ignorants de la venue d’un prophète : ils auraient même constamment tenu des propos qui nous amènent à penser que la porte de la prophétie est fermée et qui nous empêchent, pour cette raison, de reconnaître le prétendant à la prophétie. Votre raison vous dit-elle vraiment qu’Allah et Son Messager Muhammad (s.a.s.) puissent nous tromper de cette manière ?

Les Qadianis peuvent interpréter comme bon leur semble l’expression « Khâtam an-Nabiyyîn ». Mais ils ne pourront au moins pas nier qu’elle puisse aussi signifier que la succession des prophètes a pris fin, et que, sur les cent millions de savants et de gens du peuple de la communauté, tous sauf une poignée de Qadianis — soit quatre-vingt-dix-neuf millions neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf personnes — donnent précisément ce sens à cette expression. La question est la suivante : s’agissant d’une question aussi délicate que la prophétie, dont dépendent la foi et la mécréance des musulmans, Allah aurait-Il dû employer une formulation telle que toute la communauté de Muhammad, à l’exception de quelques Qadianis, en déduise qu’aucun prophète ne viendra désormais ? Quant aux paroles du prophète Muhammad (s.a.s.), elles ne laissent absolument aucune place à une interprétation différente sur ce point. Elles expriment sans ambiguïté qu’aucun prophète ne viendra après lui. La question est donc la suivante : le prophète d’Allah nourrissait-il envers nous une quelconque hostilité qui aurait fait qu’un prophète viendrait après lui, alors qu’il nous aurait au contraire laissé pour instruction de ne pas le reconnaître, afin que nous devenions mécréants et allions en enfer ?

Dans ces conditions, aussi séduisant que puisse être l’apparence d’un homme, même si toutes ses prédictions se réalisaient à cent pour cent et malgré ses innombrables mérites, nous ne considérerions même pas sa prétention à la prophétie comme digne d’examen. Car elle ne pourrait être digne d’examen que s’il existait une possibilité qu’un prophète vienne. Dès que nous entendrons parler d’un prétendant à la prophétie, nous le qualifierons avec une entière certitude de menteur et nous n’accorderons aucune importance à ses arguments et à ses preuves en faveur de sa prétention à la prophétie. Si cela constitue de la mécréance, nous n’en porterons aucune responsabilité. Car, pour présenter notre défense devant Allah au Jour de la Résurrection, nous disposons du Coran et des hadiths du Messager.

 

Chapitre 6 — La vie personnelle et la vie prophétique de Muhammad (s.a.s.)

Suivre le Noble Prophète et lui obéir

Pour ceux qui embrassent l’islam et deviennent membres de la communauté musulmane, le Messager n’est alors plus seulement un transmetteur du message ; il devient à la fois leur enseignant, leur formateur et le modèle concret du mode de vie islamique. Plus que tout, il acquiert pour eux le statut d’un chef dont l’obéissance absolue est requise à toutes les époques.

Enseignant, formateur et homme exemplaire

En tant qu’enseignant, la responsabilité du Noble Prophète (s.a.s.) consiste à expliquer, analyser et faire comprendre clairement à tous tout ce qu’Allah a enseigné et recommandé, ainsi que toutes les lois, règles et interdictions qu’Il a révélées. C’est précisément ce qui est dit dans ce passage du Coran : (Arabe*********) « Il leur enseignera le Livre et la sagesse (nécessaire à la mise en pratique de l’enseignement du Livre), les formera conformément aux lois et aux règles, et façonnera leur vie selon ce modèle (Arabe******) Et, en tant qu’homme exemplaire, le rôle du Messager (s.a.s.) est de se présenter comme l’incarnation des enseignements du Coran : sa vie sera exactement le reflet de la vie que doit mener un musulman conformément au Livre d’Allah. En observant chacune de ses paroles et chacun de ses actes, on saura comment parler, comment employer ses forces à bon escient et quel comportement adopter dans la vie terrestre, conformément à la volonté du Livre d’Allah. Tout ce qui s’y oppose est contraire à la volonté de ce Livre. C’est exactement ce qu’expriment ces deux versets du Coran : (Arabe************) « Vous avez certes dans la vie du Messager d’Allah un excellent modèle. » (Arabe**************************) « Il ne parle pas de sa propre initiative ; tout ce qu’il dit lui parvient par la révélation. » En même temps, le Messager est aussi l’émir et le dirigeant des musulmans. Mais il n’est pas un dirigeant dont les paroles et les actes pourraient faire l’objet de désaccord ou de controverse. Il est au contraire un dirigeant au sujet duquel le Coran dit : (Arabe******************) « Si vous vous disputez au sujet de quelque chose, soumettez-le à Allah et au Messager. » (Arabe*****************) « Celui qui obéit au Messager obéit à Allah. » Il n’est pas un dirigeant seulement durant sa vie ; il est, jusqu’au Jour de la Résurrection, le dirigeant de l’ensemble de la nation musulmane. Ses directives doivent être suivies par les musulmans en toute époque et en toute circonstance.

Pas seulement prédicateur et transmetteur du message

Le passage du Coran (Arabe******) « Votre devoir consiste uniquement à transmettre l’appel d’Allah. » ainsi que d’autres versets similaires sont invoqués par certains pour tenter de prouver que la mission du Messager se limite à la prédication. Ces gens oublient que le Messager n’est un simple prédicateur que tant que les gens n’ont pas embrassé l’islam, et que cela ne concerne que ceux qui n’ont pas encore accepté son enseignement. Quant à ceux qui ont embrassé l’islam et sont devenus membres de la communauté musulmane, le Messager n’est pas seulement pour eux un prédicateur : il est à la fois leur dirigeant, leur gouverneur, leur législateur, leur juge, leur enseignant, leur formateur et, par-dessus tout, un homme exemplaire qu’ils doivent imiter et suivre.

La distinction que certains ont voulu établir entre Muhammad fils d’Abdullah et Muhammad, le Messager d’Allah chargé de prêcher l’islam, n’est nullement étayée par le Saint Coran. Le Coran ne donne au Noble Prophète qu’une seule identité : celle de prophète et de messager. Chacune de ses paroles était prononcée en tant que Messager d’Allah et chacun de ses actes était accompli en tant que Messager d’Allah. C’est précisément parce qu’il occupait la fonction de Messager qu’il était à la fois prédicateur et maître, formateur et purificateur des caractères, juge et gouverneur, dirigeant et administrateur. Même toutes les activités de sa vie personnelle, familiale et sociale étaient conduites et accomplies en tant que Messager. Dans tous ces domaines de la vie, il possédait, à l’image d’un être humain accompli, d’un musulman soumis et d’un croyant sincère, une conduite parfaite, irréprochable et pure. Suivre et imiter cette conduite pure et irréprochable est indispensable pour obtenir l’agrément d’Allah et réussir dans l’au-delà. Allah Lui-même l’a déclaré dans le verset 21 de la sourate Al-Ahzab du Saint Coran :

(Arabe*******************************************page 222 du PDF)

On ne trouve dans aucun passage du Coran, même sous la forme de la moindre indication ou allusion, l’idée qu’une distinction aurait été établie entre les différents aspects de la vie du Prophète (s.a.s.) en tant que prophète, homme et gouverneur. Comment une telle distinction pourrait-elle d’ailleurs être possible ? Dès lors qu’il est le Messager d’Allah, il est indispensable que toute sa vie soit soumise à la charia d’Allah, conforme à celle-ci et représentative des préceptes islamiques. Il lui est impossible d’accomplir un acte ou d’adopter un comportement qu’Allah réprouve.

Il ne se laissait pas guider par ses passions ni par ses désirs personnels.

Le fait que le Messager d’Allah (s.a.s.) était exempt de toute mauvaise passion et ne se laissait pas guider par ses désirs personnels est clairement affirmé dans les premiers versets de la sourate An-Najm du Saint Coran. Il y est dit : (Arabe**********) « Votre compagnon [c’est-à-dire Muhammad (s.a.s.)] ne s’est pas égaré et n’a pas été induit en erreur. » (Arabe********) « Il ne parle pas selon ses propres désirs. » (Arabe**********) « Sa parole n’est rien d’autre qu’une révélation qui lui a été inspirée. » (Arabe********) « Un maître d’une puissance extraordinaire la lui a enseignée. » Certains pensent que ces versets ne font que revendiquer le caractère révélé du Coran. C’est précisément ce que certains mécréants niaient. Mais je ne vois dans ces versets pas la moindre allusion au Coran. (Arabe*****) Dans ce verset (Arabe)le pronom « ta » renvoie à la parole du Messager (s.a.s.). Autrement dit, (Arabe*********) « Il ne dit rien selon ses propres désirs. » C’est au mot « parole » contenu dans cette phrase qu’il renvoie. Il n’existe dans ces versets aucun fondement permettant d’affirmer que la parole du Messager (s.a.s.) désigne ici exclusivement le Coran. Ces versets affirment que toute parole sortant de la bouche du Messager (s.a.s.) est une révélation et qu’elle est exempte de l’impulsion des passions et des désirs personnels. Le certificat que le Coran lui décerne a pour but de permettre à ceux auprès desquels le Messager a été envoyé de savoir, en toute tranquillité et sans le moindre doute, que le Messager (s.a.s.) ne s’est jamais égaré, même d’un instant, et que, s’il avait parlé selon ses propres désirs au lieu de parler de la part d’Allah, personne n’aurait pu avoir confiance en lui en tant que Messager. Les mécréants niaient précisément cela, c’est-à-dire qu’il fût le Messager. Ils pensaient — qu’Allah nous en préserve — que le Prophète Muhammad (s.a.s.) était devenu fou, qu’un homme venait secrètement lui enseigner quelque chose, ou qu’il inventait lui-même ses paroles. Allah Très-Haut a réfuté cette fausse conception en révélant ces versets de la sourate An-Najm et a déclaré en termes absolument clairs que votre compagnon n’est ni égaré ni induit en erreur. Il ne prononce pas non plus de paroles inventées. Toute parole qui sort de sa bouche est vraie et provient de Ma part. Aucun homme, djinn ou démon ne lui dicte ni ne lui enseigne quoi que ce soit ; c’est un Maître d’une puissance immense qui le lui enseigne. Le Messager d’Allah (s.a.s.) lui-même, en montrant sa langue, avait dit : (Arabe*****) « Je jure par Allah, Celui qui tient entre Ses mains ma vie et ma mort, que cette langue ne laisse sortir que la vérité. »

Il est obligatoire de le suivre en toute circonstance

Il est profondément regrettable que certains refusent d’admettre qu’il est obligatoire d’obéir au Messager (s.a.s.) en toute circonstance. Ils disent que, concernant les conversations que le Messager d’Allah (s.a.s.) tenait chez lui avec ses épouses ou à l’extérieur avec d’autres personnes, on ne prétendait pas qu’elles fussent également des révélations, et que les mécréants ne s’en préoccupaient pas non plus. Je veux dire par là que, dans quelque situation que ce fût et quoi qu’il fît, le Messager d’Allah (s.a.s.) agissait en tant que Messager. Rien de ce qu’il faisait n’était entaché d’égarement ni de passions. Toutes ses paroles et toutes ses actions procédaient de la conscience et de la nature parfaites, infaillibles et attachées à la vérité avec lesquelles Allah Très-Haut l’avait créé, et demeuraient dans les limites de la crainte d’Allah et de la pureté qu’Il lui avait prescrites. Sa noble personnalité constituait un modèle et un exemple éminents, dignes d’être imités et suivis par l’ensemble de l’humanité. C’est en effet à la lumière de cet exemple que nous savons, dans l’islam, ce qui est licite et illicite, ce qui est halal et haram, ce qu’Allah aime et ce qu’Il n’aime pas, dans quels domaines nous sommes libres d’exprimer notre opinion personnelle et de réfléchir et dans quels domaines nous ne le sommes pas. C’est ce même exemple qui nous enseigne comment obéir au dirigeant et au gouverneur, comment résoudre tous les problèmes par la consultation, et quelle est la signification de la démocratie dans notre religion, l’islam.

Le Prophète Muhammad (s.a.s.) était un émir nommé par Allah Très-Haut

Le Messager d’Allah (s.a.s.) n’était pas un émir élu ou désigné par les hommes, et il ne le devint pas non plus de sa propre initiative. Il était un émir et un dirigeant nommé par Allah Lui-même. Le rôle qu’il jouait en tant que dirigeant ne différait pas de son rôle de Messager ; en réalité, il était le dirigeant des hommes précisément en tant que Messager d’Allah. Pour parler plus exactement, il n’était pas un dirigeant ou un émir, mais un serviteur soumis aux commandements d’Allah. Il est exact qu’il lui avait été ordonné de consulter ses compagnons. C’était afin qu’il se présente à sa communauté comme un modèle de la consultation. Par ses propres actes et comportements, il enseignait les principes véritables de la démocratie (Democracy). Il ne serait donc pas juste d’en conclure que son rang était identique à celui des autres dirigeants. Quant aux autres dirigeants, la loi leur ordonne de consulter obligatoirement avant d’agir. (Arabe******)« Toutes leurs affaires doivent être conduites par la consultation mutuelle. » Et lorsque des divergences surviennent au cours de la consultation, il faut directement rechercher les directives d’Allah et du Messager (s.a.s.), c’est-à-dire du Coran et de la Sunna : (Arabe*************************) (Lorsque vous divergez entre vous sur une question, demandez-en le règlement à Allah et au Messager). Pourtant, après avoir ordonné au Messager d’Allah (s.a.s.) de consulter, il lui fut immédiatement dit aussi : (Arabe*******) « Puis, lorsque tu auras pris une décision ferme concernant une affaire, place ta confiance en Allah. » Il apparaît clairement ainsi qu’il ne dépendait pas de la consultation. Toutefois, il lui fut demandé de consulter uniquement afin que, par la main bénie du Messager (s.a.s.), soit établi le fondement d’un véritable système de gouvernement démocratique.

L’obéissance au Messager en tant que dirigeant ou émir

Certains se font également à ce sujet des idées erronées. Ils disent que l’obéissance à Hazrat (s.a.s.) en tant que dirigeant se limitait à la durée de sa vie. Or cela est inexact. Ils s’appuient, pour le prouver, sur les mots du verset 20 de la sourate Al-Anfal (Arabe********) et leur attribuent le sens suivant : l’ordre d’obéir aux paroles du Messager (s.a.s.) n’aurait été donné qu’à ceux qui pouvaient alors l’entendre. Pourtant, tel n’est pas le véritable sens de ce verset. Dès le premier verset de la sourate Al-Anfal, il est dit : (Arabe*************) « Si vous êtes croyants, conformez-vous à la parole d’Allah et du Messager. » Bien plus, au verset 5, ceux qui hésitaient intérieurement à répondre à l’appel du Messager (s.a.s.) au djihad ont été blâmés. Puis, au verset 13, il est dit : (Arabe***************) « Que celui qui s’oppose à Allah et à Son Messager sache qu’Allah inflige un châtiment sévère. »

C’est immédiatement après ces paroles qu’il est dit, au verset 20 :

(Arabe*******************************************à la page 225 du PDF)

« Ô vous qui croyez ! Obéissez au commandement d’Allah et obéissez au commandement du Messager. Ne désobéissez pas lorsque vous l’entendez. » Dans ce verset comme dans les précédents, il est répété qu’il faut obéir au commandement d’Allah en même temps qu’à celui du Messager. Le but est de faire comprendre qu’obéir au commandement du Messager revient précisément à obéir au commandement d’Allah Lui-même. Il faut également relever un autre point : partout, c’est le mot « Messager » qui est employé ; le mot « émir » n’est utilisé nulle part. Il n’y a même pas la moindre allusion implicite permettant de comprendre que le Messager désignerait une fonction de dirigeant ou d’émir distincte du rang de Messager (s.a.s.). Il faut aussi remarquer qu’il est interdit de négliger le commandement du Messager et que l’expression « lorsque vous l’entendez » signifie clairement ceci : même après avoir entendu les commandements que Je vous ai si souvent répétés, ne refusez pas d’obéir à Mon Messager (s.a.s.). Ici, le mot « vous » ne désigne pas seulement les musulmans vivant du temps du Messager (s.a.s.), mais tous les croyants qui, jusqu’au Jour de la Résurrection, entendront le message du Coran. Pour chacun d’eux, il est obligatoire d’obéir à chacun des ordres du Messager et de les mettre en pratique, quelle que soit la manière dont ils leur parviennent.

Un argument étrange

Certains soutiennent que la responsabilité dirigeante du Noble Prophète (s.a.s.) est tout aussi temporaire que celle des autres dirigeants. En effet, à notre époque, il est impossible de combattre avec des lances, des piques et des épées comme lors des batailles de Badr et d’Ouhoud. Voilà certes un argument étrange ! Les armes que le Messager d’Allah (s.a.s.) employait à cette époque peuvent être limitées aux conditions particulières de cette époque. Cela ne signifie nullement que les règles et restrictions morales qu’il observait à la guerre et qu’il a ordonné aux autres d’observer soient propres à une époque particulière. Au contraire, il a ainsi établi pour les musulmans un code militaire permanent.

En réalité, du point de vue de la charia, les armes que le Prophète (s.a.s.) utilisait à la guerre — l’épée, le fusil ou le canon — ne constituent pas une question essentielle. Ce qui importe véritablement, c’est dans quel but il employait ces armes et quelle effusion de sang il provoquait par leur moyen. L’idéal qu’il a présenté à travers les différentes guerres constitue, pour le djihad islamique, un modèle éternel et parfait. Ainsi, dans l’idéal et selon les principes, le Prophète universel, Muhammad (s.a.s.), est, jusqu’au Jour de la Résurrection, le commandant suprême de toutes les armées musulmanes de toutes les époques.

Le statut éminent de la direction du Prophète

Un homme distingué, établissant une distinction entre la fonction d’émir et la mission prophétique, affirme que les musulmans ont le droit de débattre avec leur dirigeant et d’être en désaccord avec lui, alors qu’il n’est pas permis d’être en désaccord avec le Messager (s.a.s.). Je demande à cet homme comment la direction du Messager (s.a.s.) pourrait être égale à celle des autres dirigeants. Devant ce dirigeant, il n’était même pas permis de parler à voix haute ; il est déclaré dans la sourate Al-Hujurât que le simple fait de parler à voix haute ferait perdre toutes les bonnes œuvres de toute une vie, et il est dit dans la sourate An-Nisâ’ que celui qui se querellerait avec lui serait jeté en Enfer. Un musulman pouvait-il avoir le droit de s’opposer à sa décision ? Certainement pas. Alors, comment la direction de ce dirigeant pourrait-elle être égale à celle des autres dirigeants ? Le droit de s’opposer aux autres dirigeants a bel et bien été accordé aux musulmans.

Les trois degrés de l’obéissance

Certains entretiennent l’idée erronée que les injonctions coraniques relatives à l’obéissance au Messager (s.a.s.) sont synonymes de l’obéissance à l’émir ou au dirigeant. Voici la citation d’une opinion de ce genre :

« Partout où l’ordre d’obéir à Allah et au Messager (s.a.s.) est mentionné conjointement dans le Coran, il signifie, de manière générale, l’obéissance des musulmans à cette direction qui adopte le Coran comme fondement de la loi et de la constitution, et qui est exercée soit par le Messager d’Allah lui-même (s.a.s.), soit par son calife. Ainsi, le Coran dit au sujet du butin de guerre : (Arabe************) « Les gens t’interrogent au sujet du butin de guerre. Dis-leur : “Le butin appartient à Allah et au Messager.” » Il est évident que cette directive concernant le butin n’était pas limitée aux guerres du Messager d’Allah (s.a.s.), mais qu’elle devait également être appliquée de la même manière dans les périodes ultérieures. Cette injonction (s.a.s.), c’est-à-dire cette autorité musulmane contemporaine, en est dépositaire. Par conséquent, le statut que le Messager d’Allah (s.a.s.) détenait lui-même en tant que dirigeant est exactement celui de ses califes. »

Cette opinion n’est manifestement qu’une déformation de la vérité. Le Noble Coran mentionne clairement trois degrés de direction : l’obéissance à Allah, l’obéissance au Messager (s.a.s.) et l’obéissance aux « détenteurs de l’autorité ». L’obéissance à Allah signifie l’obéissance aux commandements du Coran. L’obéissance au Messager (s.a.s.) signifie suivre et imiter ses paroles et ses actes. Quant à l’obéissance aux « détenteurs de l’autorité », elle signifie l’obéissance à la direction qui gouverne les musulmans et les oriente conformément à l’obéissance à Allah et au Messager et aux prescriptions de l’islam. En ce qui concerne les deux premiers degrés, la position du Coran est claire et dépourvue d’ambiguïté. Le Coran a déclaré à maintes reprises qu’il n’y avait pas la moindre place pour la contestation des ordres d’Allah et du Messager (s.a.s.). Le devoir des musulmans consiste simplement à les entendre et à agir conformément à eux. Lorsqu’Allah et le Messager ont rendu une décision sur une question, aucun autre musulman n’a désormais le moindre droit de prendre une nouvelle décision à ce sujet. En d’autres termes, tenter, à ces deux degrés, de soulever la moindre objection, opposition ou controverse revient à sortir de l’islam. Quant au troisième degré, le Coran affirme que l’obéissance à l’émir ou au dirigeant est subordonnée à Allah et au Messager. En cas de controverse, d’opposition ou de désaccord, il faut trancher conformément aux prescriptions d’Allah et du Messager (s.a.s.). Avec des directives aussi claires et explicites, il n’y a aucune raison de dire qu’Allah et le Messager (s.a.s.) désignent la direction des musulmans. Il est absolument impossible de mettre sur un même plan la direction du Prophète, le Messager d’Allah (s.a.s.), et celle des dirigeants musulmans ordinaires. À ce sujet, (Arabe**************) « L’argument que l’on a tenté de tirer de ce verset n’est pas correct. Dire que le butin appartient à Allah et au Messager signifie qu’il doit être dépensé au profit de la société, de l’organisation et de l’État islamiques établis par Allah et le Messager (s.a.s.). Comment a-t-on pu comprendre de ce verset qu’Allah et le Messager signifient nécessairement la direction musulmane ? »

La vaine tentative de distinguer les activités religieuses des activités sociales

On ne trouve dans le Coran pas même la moindre allusion implicite permettant de considérer comme un modèle éternel et intemporel les seules activités religieuses du Messager d’Allah (ﷺ), tout en estimant que ses directives et décisions relatives aux questions sociales et civilisationnelles ne seraient applicables qu’à une époque particulière. Si un tel verset existe dans le Coran, à la lumière duquel il serait possible d’établir une distinction entre ces deux types d’activités, qu’on veuille bien nous le montrer. À ma connaissance, telle est la règle explicite du Coran :

(Arabe*******************************************à la page 227 du PDF)

« Après qu’Allah et Son Messager ont pris une décision concernant une affaire, aucun croyant ni aucune croyante n’a plus le pouvoir de prendre une autre décision pour sa propre personne. Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager s’égarera manifestement. » — (sourate Al-Ahzab : 36)

Ce verset ne fixe aucune limite liée à une époque ou à un temps. Il n’y a aucune raison de prétendre que les croyants, hommes et femmes, dont il est question ici désignent uniquement les croyants et croyantes du vivant du Messager d’Allah. Les directives ou décisions d’Allah et du Messager ne sont pas non plus limitées au domaine religieux ; elles englobent toutes sortes de questions : religieuses et sociales, civilisationnelles et économiques, ou politiques. Allah et le Messager signifient Allah et le Messager eux-mêmes, et jamais l’émirat ou la direction. Tout émir ou détenteur de l’autorité sera nécessairement un croyant. Or, après qu’Allah et le Messager ont pris une décision au sujet d’une affaire, aucun croyant ni aucune croyante n’a plus le moindre droit de prendre lui-même une décision. Peu importe que cette décision soit prise par une seule personne ou collectivement. Il est ensuite dit que quiconque s’y opposera s’égarera. Cela signifie que la règle qu’Allah et Son Messager ont établie, sur la base de leurs directives et de leurs prescriptions, pour la communauté ou la société islamique, ne peut être maintenue qu’en respectant à la lettre cette loi et ces prescriptions.

Si les hommes, au mépris de ce qu’Allah a dit et de ce que Son Messager a fait, adoptent une voie fondée sur leur propre volonté et leur propre libre arbitre, cette règle ne pourra pas subsister.

La conception islamique de l’obéissance au Prophète et de la liberté d’exprimer son opinion

 

Un homme a écrit :

« Le récit de Zayd ibn Haritha (ﷺ) et de Zaynab (ﷺ) rapporté dans la sourate Al-Ahzab soulève une question. Le Messager d’Allah (ﷺ) dit à Zayd : (Arabe**********) mais Zayd désobéit à cette directive du Prophète et répudia Zaynab. Il ne fait aucun doute que cet acte était contraire à l’ordre du Messager d’Allah (ﷺ). Pourtant, ni dans les termes explicites ni dans les allusions du récit coranique, on ne trouve quoi que ce soit permettant de comprendre qu’Allah ait le moins du monde désapprouvé cette opposition de Zayd. Bien au contraire, au début du récit, Zayd est qualifié de serviteur gratifié par Allah, (Arabe*********) Cela donne à penser qu’il n’est peut-être pas fautif d’agir contrairement à l’ordre du Prophète et que, même si la parole du Prophète est authentiquement établie, il n’est pas aussi indispensable de s’y conformer que de suivre l’ordre d’Allah. »

La question ne présente aucune difficulté et l’on aurait pu dissiper le doute de celui qui l’a posée en quelques mots. Mais, en réalité, c’est de l’endroit même où ce doute prend naissance que proviennent également diverses conceptions erronées. Et les racines de ces conceptions erronées sont profondément enfouies. Dissipons donc ce doute tout en jetant quelque lumière sur ses racines et ses ramifications.

Le droit de donner des directives appartient exclusivement à Allah

Plus clairement et sans ambiguïté que les autres Livres célestes, le Coran proclame que nul autre qu’Allah n’est le législateur suprême et souverain, le commandant et le gouvernant. (Arabe*********) (Nul autre qu’Allah n’a le droit d’édicter des lois et de gouverner.) Allah seul peut donner les directives qui Lui plaisent : (Arabe********) Certes, Allah ordonne ce qu’Il veut.) Lui seul est le souverain dont les commandements ne peuvent faire l’objet d’aucune question : (Arabe********) (On ne peut demander des comptes sur ce qu’Il fait.) Il est obligatoire d’obéir à Allah seul, et cela parce que, par nature, l’être humain est Son serviteur et Son esclave. Il n’a été créé que pour servir Allah. (Arabe*************) (Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent et Me servent.) L’être humain n’est la créature, le serviteur ni le protégé de nul autre qu’Allah. Il n’est donc obligatoire pour aucun être humain d’obéir à un autre être humain. (Arabe*******************) (Ils demandent : « Avons-nous une part dans l’autorité du gouvernement ? » Dis-leur : « L’autorité souveraine appartient exclusivement à Allah. ») De même qu’aucun être humain ne possède une autorité souveraine et absolue (Absolute Authority) sur un autre être humain, nul n’est tenu d’obéir à un autre qu’à Dieu, simplement parce que l’ordre émane d’une personne particulière.

L’autorité des hommes sur les hommes

Le Coran veut retirer des épaules de l’être humain le joug de l’obéissance à toute entité autre qu’Allah. Il veut en faire le serviteur obéissant d’Allah, le véritable Maître souverain et Gouvernant. Puis il veut lui accorder la pleine liberté de pensée et de conscience. En réalité, tel était le but fondamental de la révélation du Coran. C’est pourquoi nous constatons que c’est le Coran qui a mené le plus grand combat contre l’asservissement et la servitude de l’être humain. Selon lui, aucun homme n’a le droit de déclarer licite ou illicite une chose selon sa propre volonté et d’exiger que ses commandements et ses interdits soient vénérés comme ceux d’Allah. Le Coran ne reconnaît à aucun homme une telle autorité absolue. Au contraire, il a déclaré que se conformer à de tels commandements et interdits relève du shirk. Ceux qui érigent les savants, les maîtres spirituels, les prêtres et les dirigeants en (Arabe*********) ou en divinités de substitution à Allah, et les placent sur le trône de Dieu en acceptant docilement leurs paroles, le Coran les a déclarés mushrikûn. Lorsqu’un homme voue une obéissance aussi absolue à un autre homme, il finit nécessairement par le considérer comme son maître et par se considérer comme son esclave. Un homme ne peut accepter de sacrifier volontairement, devant un autre homme, la liberté de sa conscience, de son esprit et de son corps que s’il le croit exempt de toute erreur et totalement innocent et irréprochable, ou s’il pense qu’il possède, de par son propre droit, le pouvoir de prescrire et d’interdire ce qu’il veut et qu’il détient un droit inné à gouverner et à exercer l’autorité. Ou encore s’il croit que lui seul possède tout pouvoir de nuire ou de faire du bien, et que lui seul a le pouvoir d’accorder ou de suspendre les moyens de subsistance. Croire qu’un être ou une chose autre qu’Allah possède de telles qualités est le shirk et la source fondamentale de la servitude. À l’inverse, le principe essentiel de la doctrine du tawhid est de croire qu’aucun être ni aucune chose autre qu’Allah ne possède ces qualités, et de rejeter l’autorité et le droit de gouverner de tous les autres. La libération et l’indépendance totales de l’être humain à l’égard de la servitude envers la création sont la conséquence inévitable de cette doctrine.

En quel sens faut-il obéir au Prophète ?

Après avoir compris la discussion précédente, il faut réfléchir à la manière dont doit s’exercer l’obéissance au Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), obéissance que l’islam a rendue indispensable et sur laquelle repose le dîn. Cette obéissance ne s’impose nullement parce que le Prophète serait une personne éminente — comme le fils d’Imran, le fils de Maryam ou le fils d’Abdallah — et qu’en raison de cette distinction, il aurait le droit d’ordonner et d’interdire, ainsi que de déclarer licites ou illicites certaines choses. Dans ce cas, à Allah ne plaise, le Prophète deviendrait lui-même l’un des nombreux divinités de parmi les seigneurs en dehors d’Allah, c’est-à-dire une divinité de substitution à Allah. Ainsi, il ferait lui-même échouer l’objectif pour lequel il a été envoyé comme Prophète. Le Coran a exposé cette question en des termes extrêmement clairs. Il dit que, en tant qu’individu, le Prophète n’est qu’un être humain comme les autres.(Arabe********************) « Ô Prophète ! Dis : Mon Seigneur est au-dessus de toute imperfection et de toute erreur. En vérité, je ne suis rien d’autre qu’un être humain auquel a été conféré le rang de Messager. »(Arabe******************) « Leurs prophètes leur dirent : Nous ne sommes que des êtres humains comme vous. » Cependant, le fait d’être Prophète crée une différence considérable entre lui et les autres êtres humains. Lorsqu’il reçut la prophétie, le pouvoir de gouverner lui fut également confié. Allah dit :(Arabe******************) « Ce sont ceux auxquels J’ai donné le Livre, le pouvoir de gouverner et la prophétie. » Ici, par « hukm », ou pouvoir de gouverner, il faut entendre à la fois le pouvoir de prendre des décisions et l’autorité de l’État. Il apparaît donc clairement que le pouvoir et l’autorité de l’État détenus par le Prophète ne lui sont pas personnels ; ils sont au contraire un pouvoir et une autorité confiés par Allah. C’est pourquoi lui obéir revient à obéir à Allah Lui-même. Allah dit :(Arabe******************) « Quiconque obéit au Messager obéit en fait à Allah. » Le but même de l’envoi du Prophète est qu’il édicte, de la part d’Allah, Ses commandements, et que les musulmans s’y conforment. Allah dit :(Arabe******************) « Je n’ai envoyé aucun prophète si ce n’est afin qu’il soit obéi, avec la permission d’Allah. » Ainsi, l’ordre du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) — puisqu’il faut lui obéir conformément à l’ordre d’Allah — est en réalité l’ordre d’Allah Lui-même. Personne n’a le moindre droit de le contester. Allah dit :

(Arabe************************************à la page 231 du PDF)

« Celui qui se querelle avec le Prophète après que la bonne direction lui est clairement apparue et qui suit une voie différente de celle des croyants, Nous le dirigerons vers ce vers quoi il s’est tourné, puis Nous le précipiterons dans la Géhenne. Et quelle détestable destination ! »

L’obéissance absolue

Loin de se limiter à désobéir effectivement au Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), le simple fait de nourrir intérieurement l’intention de lui désobéir fait assurément perdre la foi. Allah le Très-Haut a dit :

(Arabe******************************à la page 231 du PDF)

« Par Allah, ils ne seront jamais croyants tant qu’ils ne t’auront pas pris pour arbitre dans leurs différends et qu’ils n’éprouveront aucune gêne à accepter le jugement que tu auras rendu, mais qu’ils s’y soumettront entièrement. »

La désobéissance au Messager entraîne pour l’être humain une perte et un échec éternels. Allah le Très-Haut dit :

(Arabe******************à la page 232 du PDF)

« Ceux qui ont mécru et désobéi au Messager subiront, le Jour de la Résurrection, un malheur tel qu’ils souhaiteront que la terre entière soit jetée sur eux. »

Le Prophète ne transforme pas les hommes en ses esclaves

La religion et la foi reposent sur l’obéissance au Prophète et la soumission totale à celui-ci. Il a également été expliqué de manière encore plus claire que la guidée repose sur l’obéissance complète au Prophète. (Arabe******************) Il a déjà été dit que cette obéissance n’est pas due au Prophète en tant qu’homme ou individu. Les prophètes ne sont pas envoyés pour faire des hommes leurs serviteurs et leurs esclaves ; ils sont envoyés précisément pour les rendre obéissants à Allah. À ce sujet, Allah dit :

(Arabe******************à la page 232 du PDF)

« Il ne convient pas à un être humain qu’Allah lui accorde le Livre, le pouvoir de gouverner et la prophétie, puis qu’il dise aux hommes : “Devenez mes serviteurs au lieu d’être les serviteurs d’Allah.” Non ! Il dira plutôt : “Devenez les serviteurs d’Allah.” »

Le Prophète n’est pas venu pour contraindre les hommes à suivre ses désirs et ses inclinations personnels, pour exercer sur eux l’influence de sa grandeur et de sa dignité, les priver du droit d’avoir leurs propres opinions face aux siennes et les amener à laisser leur esprit et leur intelligence inactifs devant lui. Ce serait précisément adorer autre qu’Allah, alors que le Prophète est venu pour en extirper les racines.

C’est précisément pour briser toutes les formes de chaînes de la servitude des hommes envers les hommes que le Prophète est venu. Allah dit : (Arabe******************) « Et il les décharge de leurs fardeaux et les libère des chaînes auxquelles ils sont asservis. » Le Prophète est venu retirer aux hommes le pouvoir et l’autorité qu’ils s’étaient arrogés de déterminer les droits et les devoirs des uns et des autres, ainsi que de fixer arbitrairement les limites du licite et de l’illicite. Allah dit : (Arabe******************) « Vous n’avez pas le droit de déclarer licite ou illicite, par vos propres paroles, ce que vous voulez. » La prophétie est apparue pour libérer les hommes de cette bassesse qui les avait saisis, au point de leur faire accepter docilement les ordres et les décisions des autres. Le Coran rappelle précisément ceci aux hommes : (Arabe******************) « Qu’aucun homme parmi nous ne prenne un autre homme comme seigneur à la place d’Allah. » Dès lors, comment serait-il légitime qu’un prophète brise les chaînes de la servitude envers autrui qui pèsent sur les épaules des hommes, pour les enchaîner de nouveau par les chaînes de sa propre servitude ? Il leur retirerait à tous le droit de déterminer le licite et l’illicite, puis s’en emparerait lui-même l’instant d’après ; et, après avoir écarté tous les autres du siège du pouvoir et de la domination, il s’y installerait lui-même : comment cela pourrait-il être convenable ? Le Prophète qui reproche aux juifs et aux chrétiens d’avoir pris leurs chefs religieux, leurs maîtres et leurs prêtres comme seigneurs à la place d’Allah, (Arabe******************) comment pourrait-il leur dire : “À présent, prenez-moi pour seigneur ou dieu au lieu d’Allah, et servez mes désirs et mes passions” ?

L’obéissance au Prophète en tant que Prophète

C’est précisément pour cela qu’Allah Très-Haut a fait proclamer à maintes reprises par Son Prophète cette vérité : l’obéissance prescrite au croyant, celle dont dépend la présence ou l’absence de la foi, et dont le croyant n’a pas le droit de s’écarter ne serait-ce que d’un cheveu, loin de pouvoir la délaisser, n’est en réalité pas l’obéissance au Prophète en tant qu’homme, mais son obéissance en tant que Prophète. Autrement dit, il faut obéir au commandement, à la connaissance, à la guidance, ainsi qu’à la loi et aux règles que le Prophète transmet aux hommes de la part d’Allah. Il ressort de cette discussion que le lien d’obéissance par lequel l’islam attache les hommes n’est en réalité pas l’obéissance à un homme, mais l’obéissance à Allah seul. Allah dit :

(Arabe****************** à la page 233 du PDF)

« Ô Prophète ! Nous avons fait descendre vers toi ce Livre de vérité afin que tu juges entre les gens selon la justice qu’Allah t’a montrée. » — (Sourate An-Nisâ’ : 105).

(Arabe****************** à la page 233 du PDF)

« Et ceux qui ne jugent pas d’après la loi qu’Allah a révélée, ceux-là sont véritablement les injustes. » — (Sourate Al-Mâ’idah : 45).

De même que tous les autres hommes sont tenus de respecter cette loi d’Allah, le Prophète lui-même, en tant qu’homme, est tenu de la respecter. (Arabe******************) « Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. » — (Sourate Al-An‘âm : 50)

L’obéissance au Prophète est subordonnée au commandement d’Allah

Outre les versets précités, de nombreux autres versets prouvent clairement que l’obéissance n’est due qu’à Allah, et à nul autre. S’il existe une possibilité de servir autre chose qu’Allah et de voir l’homme exercer autorité et domination sur l’homme, ce n’est pas en tant qu’être humain. Il faut certes obéir au Prophète, mais c’est parce qu’Allah lui a accordé le droit d’édicter des ordres. Il faut obéir aux dirigeants et aux administrateurs parce qu’ils sont chargés d’appliquer et de mettre en œuvre les commandements d’Allah et du Messager (s.a.s.). Il faut obéir aux savants parce qu’ils exposent les commandements et les interdits d’Allah et du Messager (s.a.s.), ainsi que les limites du licite et de l’illicite qu’Il a prescrites. Si l’un d’eux présente un commandement d’Allah, tout musulman doit s’incliner devant lui. Il n’a aucun droit d’en contester la logique ou la légitimité. Devant Allah, le croyant ne dispose d’aucune liberté de pensée ni de liberté d’opinion. En revanche, si quelqu’un présente non pas un commandement d’Allah, mais sa propre opinion ou conception, le musulman n’est pas tenu de l’accepter. Dans ce cas, il a le droit de penser librement et de soutenir sa propre opinion. Il a le droit d’exprimer volontairement une opinion divergente de la sienne. Il n’y a donc aucun obstacle à ce qu’il soit en désaccord non seulement avec un savant ou un dirigeant, mais même avec une opinion personnelle.

Le but de la vie du Saint Prophète (s.a.s.) était de deux objectifs

L’un des buts de la vie du Saint Prophète (s.a.s.) était de passer autour du cou des hommes la chaîne du service et de l’obéissance à Allah. L’autre était de libérer et d’affranchir les hommes des chaînes de l’obéissance et de la servitude envers les hommes. Ces deux tâches faisaient toutes deux partie de sa mission en tant que Prophète, et leur importance était égale. Pour accomplir la première, il était indispensable de contraindre tous les musulmans à lui obéir en tant que Prophète. En effet, l’obéissance à Allah dépendait précisément de leur obéissance à lui. En revanche, pour accomplir la seconde tâche, il était tout aussi nécessaire qu’il commence par inculquer profondément aux musulmans, par ses actes et sa conduite, cette vérité : l’obéissance à quelque être humain que ce soit, même à Muhammad, fils d’Abdullah, en tant qu’homme, ne leur était pas obligatoire, et leur esprit était entièrement libre de toute servitude envers les hommes. C’était une tâche extrêmement difficile. La prophétie et l’humanité se trouvaient réunies chez une même personne. Il n’était pas possible de les séparer l’une de l’autre par une frontière clairement définie. Pourtant, le Messager d’Allah (s.a.s.), par la sagesse qu’Allah lui avait accordée, accomplit cette tâche avec une maîtrise remarquable. D’un côté, en tant que Prophète, il obtint une obéissance qu’aucun héros de l’histoire universelle n’avait jamais obtenue. De l’autre, en tant qu’homme, il accorda à ses fidèles disciples une liberté individuelle telle que même le plus grand dirigeant démocrate du monde n’avait jamais pu accorder une telle liberté à ses partisans.

Il est inutile d’expliquer quelle influence et quelle autorité il exerçait en tant que Prophète sur ses disciples, ni à quel point il était vénéré et aimé des musulmans. Pourtant, malgré cette influence et cette puissance considérables, il séparait dans sa conduite quotidienne sa dignité humaine de sa dignité prophétique avec une perfection sans égale. Tout en recevant, en tant que Prophète, une obéissance inconditionnelle et sans réserve, il accordait, en tant qu’homme, une entière liberté d’opinion aux hommes ; il les encourageait même tous à être en désaccord avec ses opinions personnelles. Quiconque réfléchira profondément à cette question comprendra certainement qu’une telle maîtrise de soi, une capacité aussi extraordinaire à discerner et une sagesse et une prévoyance d’un si haut niveau ne pouvaient être manifestées que par un Prophète. D’un côté, on ressent que, bien que la dignité personnelle du Prophète soit distincte, elle se fond dans la dignité de la prophétie. De l’autre, il apparaît aussi clairement que, par sa conduite personnelle, il accomplissait également la mission de la prophétie. Personnellement, il leur enseignait comment mettre en œuvre leur liberté de pensée dans leurs relations avec les hommes. Il leur faisait savoir que l’homme peut exercer sa liberté d’opinion et de pensée face à n’importe quelle personne. Même face au meilleur des hommes, celui qu’il est tenu de considérer comme la personne la plus éminente en tant qu’homme envoyé par Allah, il possède cette liberté et peut l’exercer. Si quelqu’un d’autre qu’un Prophète avait détenu un pouvoir et une influence aussi absolus sur les hommes, il les aurait assurément transformés en esclaves et aurait étendu sur eux sa domination exclusive, comme l’ont fait, à travers les époques et dans tous les pays, les prêtres, les religieux, les pirs et les rois. Le Messager d’Allah (s.a.s.) dit :

(Arabe************************************à la page 235 du PDF)

« Je suis moi aussi un être humain. Lorsque je vous donne un commandement concernant vos affaires religieuses, acceptez-le. Mais lorsque je dis quelque chose selon ma propre opinion, sachez que je ne suis qu’un être humain. »

Quelques exemples de l’encouragement à la liberté d’opinion

Un jour, le Prophète (s.a.s.) donna quelques conseils concernant la culture des dattiers aux propriétaires des vergers de Médine. Les propriétaires des vergers suivirent ces conseils, mais cela ne leur apporta guère de bénéfice. Lorsqu’on en informa le Messager d’Allah (s.a.s.), il dit :

(Arabe************************************à la page 235 du PDF)

« Je n’avais fait qu’émettre une conjecture. Ne vous conformez pas à ce que je dis lorsque cela repose uniquement sur des suppositions et mon opinion personnelle. En revanche, lorsque je vous rapporte quelque chose de la part d’Allah, acceptez-le, car je n’ai jamais attribué de mensonge à Allah. »

Lors de la bataille de Badr, l’endroit où le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait d’abord installé son campement n’était pas très approprié. Le compagnon Hubâb ibn al-Mundhir (qu’Allah l’agrée) lui demanda : « Cet endroit a-t-il été choisi sur l’ordre de la Révélation, ou seulement comme stratégie militaire ? » Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit que ce n’était pas sur l’ordre de la Révélation. Hubâb dit alors : « Dans ce cas, à mon avis, il faudrait avancer davantage et installer le camp à tel endroit. » Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) accepta son avis et agit en conséquence.

Au sujet des prisonniers de guerre de Badr, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) consulta les Compagnons et exprima lui-même son opinion comme un membre ordinaire du groupe. À cette occasion, Omar (qu’Allah l’agrée) exprima son désaccord avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). C’est un épisode célèbre de l’histoire. Au cours de cette même réunion, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) évoqua également son gendre Abou al-Âs et dit aux Compagnons : « Si vous y consentez, le collier reçu d’Abou al-Âs comme rançon peut lui être rendu. » Ce n’est qu’après que tous les Compagnons eurent donné leur accord avec joie qu’il lui rendit le collier.

Lors de la bataille de la Tranchée, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) voulut conclure un accord avec la tribu des Banou Ghatafân. Les notables des Ansar dirent : « S’il s’agit d’un ordre de la Révélation, il n’y a rien à redire. Mais si c’est votre opinion personnelle, nous ne sommes pas d’accord. » Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) accepta leur avis et déchira de ses propres mains le projet d’accord.

Le traité de Hudaybiyya déplut aux Compagnons, car il leur sembla à première vue être un traité de capitulation. Omar (qu’Allah l’agrée) exprima ouvertement son désaccord. Mais lorsque le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) déclara qu’il agissait en tant que prophète, tous, bien qu’un peu contrariés, n’osèrent pas prononcer la moindre objection par respect religieux. Jusqu’à l’instant précédant sa mort, Omar (qu’Allah l’agrée) continua de regretter de diverses manières cette erreur : il avait exprimé son désaccord avec le Prophète au sujet d’une décision que celui-ci s’apprêtait à prendre en tant que Messager.

Après la bataille de Hounaïn, les Ansar furent contrariés par la courtoisie dont le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit preuve envers les non-musulmans relativement généreux lors de la répartition du butin. Il les fit venir auprès de lui. Pour se justifier, il ne dit pas : « Je suis prophète, je ferai donc ce qui me plaît », mais il procéda comme le chef d’un gouvernement démocratique qui expose ses arguments devant les membres de l’opposition afin de faire prévaloir son opinion. Il ne leur demanda pas : « Puisque vous avez foi dans le Messager, acceptez cela » ; il fit plutôt appel à leur intelligence et à leurs sentiments, puis les congédia après les avoir convaincus.

Voilà ce qu’il en était de son comportement envers les personnalités éminentes de la société. Le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait même éveillé un esprit d’indépendance chez les esclaves et les servantes. Une servante nommée Barîra en vint à éprouver de l’aversion pour son mari et le quitta. Pourtant, son mari lui était profondément attaché. Voyant son mari pleurer, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à Barîra : « Il ne serait pas mauvais que tu retournes auprès de ton mari. » Elle demanda : « Ô Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), est-ce un ordre ? » Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Non, ce n’est pas un ordre ; je te le recommande seulement. » Elle dit : « Si ce n’est qu’une recommandation, je ne veux pas retourner auprès de lui. »

Il existe encore de nombreux exemples de ce genre. Ils montrent que, lorsque les gens comprenaient, par l’attitude du Prophète ou par ses déclarations explicites, qu’il parlait selon son propre avis, ils exprimaient librement leur opinion, et que lui-même les encourageait à le faire librement. Dans de tels cas, exprimer une opinion divergente n’était pas seulement licite : c’était aussi apprécié par lui, et il lui arrivait souvent de retirer son propre avis.

La portée de l’épisode de Zayd

Examinons à présent l’épisode de Zayd. Ses relations avec le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) étaient de plusieurs sortes. Il existait d’abord entre eux un rapport selon lequel le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était son chef et Zayd son disciple. Un autre rapport était que le Prophète était son beau-frère et Zayd son gendre. — [Zaynab était la cousine paternelle du Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), et elle avait épousé Zayd.] Une troisième relation était que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était son père adoptif et son tuteur, tandis que Zayd était son fils adoptif. Zayd ne parvint pas à s’entendre avec son épouse. Il décida donc de divorcer. Dans ces circonstances, le Prophète lui donna le conseil qu’il était naturel qu’un beau-frère donne à son beau-frère et qu’un père adoptif donne à son fils adoptif. En d’autres termes, il lui dit : « Crains Allah et ne divorce pas d’avec ton épouse. » Mais, en raison de la différence de tempérament et de nature entre les deux époux, l’aversion qui s’était installée entre eux était ressentie par Zayd lui-même beaucoup plus fortement. Il ne s’agissait pas d’une question touchant sa religion ou sa foi, mais d’un sentiment psychologique. C’est pourquoi, sans suivre le conseil du Prophète, il divorça. L’opposition dont il fit preuve ici n’était pas une opposition à un Messager. De même, le conseil donné par le Prophète ne l’avait pas été en sa qualité de Messager d’Allah. Il ne s’en irrita donc pas, et Allah Très-Haut ne s’en irrita pas non plus. Mais si, à la place du Noble Prophète, il y avait eu quelqu’un qui avait élevé une personne depuis son enfance, lui avait témoigné sa bienveillance et sa compassion, lui avait fait épouser sa propre sœur malgré le déshonneur de l’esclavage, et qui, après l’avoir interdit, la voyait divorcer de cette sœur, cet homme aurait certainement été mécontent. Or le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’était pas seulement le tuteur et le beau-frère de Zayd : il était aussi le Messager d’Allah. En tant que Messager, il avait pour devoir de libérer les êtres humains de la servitude envers leurs semblables et de leur restituer les droits humains qu’ils avaient perdus. C’est pourquoi il ne donna pas un ordre, mais un conseil. Et il ne manifesta pas la moindre contrariété lorsque ce conseil ne fut pas suivi. Cela montre que, dans sa personnalité, les différents aspects de sa dignité prophétique étaient à la fois distincts et intimement liés. Dans l’exercice de chacun d’eux, il maintint un équilibre si étonnant que seul un prophète pouvait le maintenir. Même en tant qu’être humain, il agissait de telle manière que les responsabilités et les devoirs de la prophétie s’accomplissaient en même temps, naturellement et spontanément.

L’enseignement du Prophète sur la liberté de pensée

C’est sous l’influence de la semence de la liberté de pensée que le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait semée, ainsi que de l’enseignement qu’il avait dispensé par ses actes et son comportement sur la libre expression des opinions tout en observant les commandements d’Allah, que les Compagnons du Prophète (qu’Allah les agrée) furent plus obéissants aux commandements d’Allah que tous les autres hommes, et plus indépendants d’esprit et attachés à la démocratie que quiconque. Même en présence de grandes personnalités, ils ne renonçaient pas à leur liberté d’exprimer leurs propres opinions. L’idée qu’une opinion devait être à l’abri de toute critique simplement parce qu’elle était celle d’un grand homme ne trouvait aucune place dans leur esprit. Parmi eux se trouvaient des hommes éminents, dont eux-mêmes reconnaissaient la supériorité et que le monde actuel reconnaît également comme tels. Pourtant, ils n’acceptaient jamais leurs opinions uniquement en raison de leur éminence : ils les acceptaient parfois et les rejetaient parfois, en toute indépendance. Après le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), les plus grands défenseurs de la liberté d’opinion furent les Califes bien guidés. À l’exemple de leur grand chef, ils ne se contentèrent pas de tolérer la liberté des hommes : ils l’encouragèrent. Jamais ils ne dirent même au plus insignifiant des hommes : « Nous sommes les meilleurs des êtres humains ; acceptez donc nos paroles sans réserve. »

La liberté de pensée après le califat bien guidé

Après les Califes bien guidés, les souverains omeyyades et abbassides tentèrent de diverses manières de priver les gens de leur liberté de pensée et d’opinion : tantôt en les intimidant, tantôt en recourant à une oppression et à des persécutions sévères, tantôt en les attirant par des avantages. Malgré cela, l’élan de la pensée indépendante demeura longtemps intact parmi les Tabi‘ûn, successeurs des Compagnons, parmi les Tabi‘ al-Tabi‘ûn, leurs successeurs, et même parmi les musulmans des générations suivantes. On en trouve des témoignages particulièrement éclatants dans l’histoire de l’islam jusqu’aux deux ou trois premiers siècles. Certes, devant les souverains, les émirs et les gouverneurs, le sentiment de liberté était une question relativement secondaire. Le plus grand signe de la liberté de l’âme et de la conscience est qu’une personne s’abstienne d’imiter aveuglément même la personnalité qu’elle tient pour profondément vénérable et sainte, celle pour laquelle elle éprouve au plus intime d’elle-même un profond respect et une haute considération ; qu’elle pense aussi librement face à elle et arrête librement son opinion. Nous trouvons ce sentiment de liberté chez les savants et les érudits de cette époque.

La liberté de pensée des jurisconsultes et des imams

Quelles personnalités pourraient être plus pures et plus vénérables que les Compagnons ? Et qui pourrait leur témoigner plus de respect que les tabi‘în ? Pourtant, ils critiquaient librement les opinions des Compagnons, examinaient leurs divergences mutuelles, rejetaient l’opinion de l’un pour adopter celle d’un autre. Au sujet des divergences entre les Compagnons, l’imam Mâlik (que Dieu lui fasse miséricorde) a déclaré sans la moindre hésitation :(Arabe**************) « Parmi les opinions des Compagnons, certaines sont justes et d’autres erronées. Réfléchissez vous-mêmes et arrêtez votre propre opinion. » De même, l’imam Abû Hanîfa (que Dieu lui fasse miséricorde) a dit :(Arabe*********************) « De deux opinions différentes, l’une doit nécessairement être considérée comme erronée. »

Jamais aucun de ces imams eux-mêmes n’a dit : « Nous ne commettons aucune erreur. Cessez de réfléchir par vous-mêmes et contentez-vous de nous imiter. » Chaque fois que le vénérable Abû Bakr as-Siddîq (que Dieu l’agrée) exprimait son opinion sur une question, il disait aussitôt :

(Arabe************************************page 239 du PDF)

« Voilà mon opinion. Si elle est juste, elle vient d’Allah ; si elle est erronée, elle vient de moi, et je demande pardon à Allah. »

Le vénérable ‘Umar (que Dieu l’agrée) disait :(Arabe***************************) « Ne permettez pas qu’une opinion erronée devienne le modèle de l’ensemble des musulmans. »

Le vénérable Ibn Mas‘ûd (que Dieu l’agrée) a dit :

(Arabe************************************page 239 du PDF)

« Prenez garde ! Que nul parmi vous n’imite aveuglément qui que ce soit en matière d’islam, au point que, si la personne suivie est croyante, il devienne lui aussi croyant, et que, si la personne suivie est mécréante, il devienne lui aussi mécréant. En vérité, nul ne doit être imité dans ce qui est mauvais et erroné. »

L’imam Malik dit :

(Arabe************************************à la page 239 du PDF)

« Je ne suis qu’un être humain. Mon opinion peut être erronée comme elle peut être juste. Réfléchissez et faites des recherches au sujet de mon opinion. Ce que vous trouverez conforme au Coran et à la Sunna, acceptez-le, et ce que vous trouverez contraire au Coran et à la Sunna, rejetez-le. »

Cet épisode concernant l’imam Malik est célèbre dans l’histoire : le calife abbasside al-Mansour voulait faire de son ouvrage, al-Muwatta, une constitution applicable à l’ensemble du monde musulman, et souhaitait abolir toutes les écoles juridiques alors en usage pour n’instaurer que l’école malikite. Mais l’imam Malik lui-même ne le lui permit pas, car il ne voulait pas priver les autres de leur liberté de réflexion, de recherche, d’opinion et d’ijtihad.

L’imam Abou Youssouf dit : (Arabe********************à la page 240 du PDF)

« Il n’est pas permis aux autres d’adopter l’opinion que nous avons exprimée sans en connaître la source. »

L’imam Chaféï dit :

(Arabe************************************à la page 240 du PDF)

« Celui qui acquiert un savoir sans preuve est semblable à celui qui ramasse du bois dans l’obscurité de la nuit. Il portera sur sa tête une charge de bois, sans savoir qu’un serpent s’y est caché et le mordra. »

L’ère du déclin de la liberté accordée par l’islam dans le domaine de la pensée

La force vitale de la liberté absolue de réflexion, de recherche, d’opinion et de quête de la vérité que le vénérable Messager d’Allah (paix sur lui) avait éveillée chez ses disciples se maintint parmi les musulmans pendant près de trois siècles. Ensuite, l’autoritarisme des émirs et dignitaires, des gouvernants et des savants, ainsi que des maîtres spirituels, commença à anéantir cette force vitale. Le droit des penseurs à la libre réflexion, ainsi que leur droit de voir et de parler, leur fut également retiré. Des cours des souverains aux madrasas et aux khanqahs, on se mit à enseigner aux musulmans la servitude. On les enchaîna étroitement dans une servitude totale de l’esprit, de l’âme et du corps. Les gouvernants, en leur faisant accomplir devant eux le rukū‘ et le sujūd, créèrent chez eux une mentalité de servitude. Les directeurs des madrasas, tout en enseignant le culte de Dieu, leur insufflèrent aussi le poison de la vénération des anciens. Quant à la pratique de la bay‘a, qui remonte à l’époque du Messager d’Allah (paix sur lui), les maîtres spirituels la déformèrent et enfermèrent les musulmans dans les chaînes d’une sorte de « servitude sacrée ». Ces chaînes étaient si terribles que l’être humain n’a, semble-t-il, jamais inventé pour son semblable de chaînes plus dures et plus lourdes.

En conséquence, on commença à s’incliner devant d’autres qu’Allah, à tenir les mains devant eux comme pour la prière, à considérer comme une impolitesse le fait de regarder les gens en levant les yeux, et à embrasser les mains et les pieds des hommes. L’homme devint le dieu et le pourvoyeur de l’homme ; il s’arrogea de lui-même le droit de prescrire et d’interdire, et devint indifférent aux preuves du Coran et de la Sunna. On commença à considérer les hommes comme exempts de défauts et de fautes ; les ordres et les opinions des hommes, même sans les tenir pour des articles de foi, furent en pratique considérés comme obligatoires, à l’instar des commandements de Dieu. Lorsque cette situation se produisit, il faut comprendre que l’on s’était alors détourné de l’appel éternel lancé par le prophète d’Allah. Cet appel était le suivant :

(Arabe************************************à la page 241 du PDF)

« Venez, nous ne servirons et ne suivrons personne d’autre qu’Allah, et nous ne Lui associerons rien. Que nul parmi nous ne prenne personne pour dieu en dehors d’Allah. » Dès lors, aucun progrès intellectuel, moral ou spirituel ne sera plus possible. Le déclin en sera l’issue inévitable.

 

La mission prophétique et les dispositions islamiques qui s’y rapportent

Tous s’accordent à dire, concernant l’obéissance au Messager, qu’aucun messager n’a droit à l’obéissance en tant que personne. L’obéissance et le suivi de Moïse (paix sur lui) ne sont pas dus au fait qu’il est Moïse fils d’Imran ; Jésus (paix sur lui) ne peut pas davantage recevoir l’obéissance parce qu’il est Jésus fils de Marie. De même, l’obéissance au prophète Muhammad (paix sur lui) n’est pas obligatoire parce qu’il est Muhammad fils d’Abdallah. L’obéissance et le suivi ne sont requis que parce que ces grandes personnalités sont les messagers d’Allah. Allah leur a accordé une connaissance vraie et une guidance qu’Il n’a pas accordées aux gens ordinaires. Il leur a enseigné, pour vivre ici-bas, les méthodes correctes conformes à Sa volonté, que les gens ordinaires ne peuvent acquérir par leur propre raison et leur propre discernement, ni avec l’aide d’autres personnes que les prophètes. Le point sur lequel porte désormais la divergence est de savoir dans quels domaines l’obéissance et le suivi du Messager sont requis, et quelles en sont les limites.

Le point de vue d’un groupe

Un groupe affirme que l’obéissance et l’adhésion doivent être exclusivement réservées au Livre que le Messager (s.a.s.) a apporté de la part d’Allah. Après avoir transmis ce Livre aux hommes, la mission de messager du Messager (s.a.s.) prend fin. Il n’est ensuite plus qu’un homme comme les autres. Si d’autres hommes sont émirs et dirigeants de la nation, il faut leur obéir uniquement pour les besoins de la discipline et du maintien de l’ordre, mais cela ne constitue pas un devoir religieux. Si d’autres hommes sont savants, érudits et législateurs, on les suivra en raison de leurs mérites. Toutefois, cela relève entièrement du libre choix et non d’un devoir impératif ; il faut donc agir de la même manière à l’égard du Messager. En dehors de la transmission du Livre, sa dignité dans tous les autres domaines est purement personnelle. En tant que personne, s’il est émir ou dirigeant, on lui obéira seulement tant qu’il exercera cette fonction, et non de façon permanente. S’il est juge, ses jugements et décisions ne seront applicables qu’à l’intérieur de sa juridiction déterminée. En dehors de cette juridiction, ses jugements et décisions, en tant que ceux d’un juge éminent, pourront tout au plus être acceptés comme un précédent ; mais sa qualité de législateur et d’ordonnateur de la loi ne sera pas reconnue. S’il est un sage éminent, les connaissances et les enseignements moraux qu’il énonce pourront être acceptés en fonction de leur valeur intrinsèque, comme on accepte les paroles de ce genre prononcées par d’autres savants, hommes distingués et érudits. Une parole ne sera pas considérée comme faisant partie de la religion pour la seule raison qu’elle est sortie de la bouche d’un Messager. De même, s’il est un homme de caractère noble et que sa vie, dans sa conduite, ses manières, ses relations et ses transactions, est considérée comme une vie d’une très grande excellence, nous le prendrons volontairement pour modèle, de la même façon que nous sommes libres de prendre pour modèle la vie irréprochable d’un homme ordinaire. Cependant, aucune de ses actions ni aucune de ses paroles n’aura pour nous, dans les domaines moral, social et économique, le statut d’une loi obligatoire.

Le point de vue d’un deuxième groupe

Un autre groupe a légèrement modifié cette opinion. Selon lui, la tâche du Messager (s.a.s.) ne se limitait pas à transmettre le Livre ; il lui incombait également d’en mettre en pratique les prescriptions afin de les montrer concrètement, pour que la nation musulmane puisse les suivre à la lettre. La méthode pratique détaillée concernant les prescriptions du Livre relatives au culte et à d’autres questions, que le Messager (s.a.s.) a enseignée, doit elle aussi être observée comme un devoir religieux et sera considérée comme relevant du suivi du Livre lui-même. En revanche, en dehors des prescriptions énoncées dans le Livre, aucune des tâches que le Messager a accomplies dans les différents aspects de sa vie personnelle — en tant que juge, réformateur social, sage, citoyen ou membre d’un groupe — ne peut constituer l’élément d’une loi éternelle et universelle dont le suivi et l’obéissance pourraient être considérés comme un devoir religieux.

L’opinion du troisième groupe

Selon le troisième groupe, la mission et la dignité de messager du Messager (s.a.s.) s’étendent à une grande partie de sa vie. Dans de nombreux domaines — la morale, les usages et les comportements sociaux, les transactions économiques, ainsi que les jugements administratifs et judiciaires — ses paroles et ses actes font eux-mêmes partie des prescriptions d’Allah. Selon eux, dans ces domaines, les paroles et les actes du Messager constituent pour l’ensemble de la communauté un modèle excellent et obligatoire. Toutefois, ils sont favorables à une distinction entre sa vie personnelle et sa vie prophétique. Ils estiment que certains aspects de la vie du Messager (s.a.s.) sont extérieurs à sa vie prophétique, mais ils n’ont pas pu distinguer séparément la vie exemplaire susceptible d’être imitée, ni déterminer à partir de quelle limite le Messager (s.a.s.) acquiert simplement le statut d’un homme ordinaire.

L’opinion du quatrième groupe

Le quatrième groupe estime que, bien que la vie personnelle du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et sa vie de prophète soient considérées comme deux réalités distinctes du point de vue de leur rang, elles sont en réalité une seule et même chose, et qu’il est impossible de les différencier effectivement. Le rang de la mission apostolique n’est pas comparable aux autres fonctions de ce monde : une personne investie d’une responsabilité ne l’est que tant qu’elle siège à son poste, puis, dès qu’elle le quitte, elle redevient un homme ordinaire. Le Messager demeure chargé de cette mission depuis le moment où il la reçoit jusqu’à sa mort. Durant toute cette période, il ne peut, ne serait-ce qu’un instant, se livrer à une activité contraire aux principes de l’autorité au nom de laquelle il a été envoyé. Qu’il soit dirigeant ou chef d’État, simple membre de la société, époux, père, frère, parent ou ami, la mission apostolique exerce pleinement son autorité sur tous les actes de sa vie. La charge et le rang de la mission apostolique ne se séparent jamais de sa personne, même un instant. Ainsi, lorsqu’il dirige la prière, il est le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et lorsqu’il se trouve dans l’intimité de son épouse, il est tout autant le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Tout ce qu’il fait dans les différents domaines de la vie, il le fait conformément aux ordres d’Allah. Il demeure constamment sous la surveillance stricte d’Allah. Il est donc tenu d’accomplir chaque acte dans les limites fixées par Allah. Par ses paroles, ses actes et l’ensemble de sa conduite, il montre ainsi à l’humanité que tout l’ordre de la vie individuelle et collective doit être établi sur ces principes, et que la liberté d’action de l’être humain doit rester limitée à l’intérieur de ces frontières. Il s’acquitte de cette noble responsabilité aussi bien au niveau de l’État que dans sa vie personnelle et familiale. S’il commet le moindre faux pas dans quelque affaire que ce soit, il en est immédiatement averti. La moindre de ses erreurs est nécessairement appelée à devenir la cause de l’erreur de toute la communauté musulmane. Il a été envoyé comme Messager précisément afin de présenter aux hommes, en vivant au sein de la société, l’image concrète de la vie d’un véritable musulman. Il ne s’agit pas seulement de les guider par ses activités personnelles et d’en faire individuellement de meilleurs musulmans ; il doit aussi mettre en œuvre les principes sociaux, politiques, économiques et moraux de l’islam afin d’édifier une véritable société islamique. Il est donc absolument nécessaire qu’il soit préservé de toute erreur et de tout faux pas, afin que l’on puisse l’imiter avec une pleine certitude et prendre ses paroles et ses actes comme le véritable critère de l’enseignement et de l’idéal islamiques. Il est certes indéniable qu’il existe différents degrés d’obligation dans l’imitation et le suivi des paroles et des actes du Prophète : certaines choses relèvent de la nécessité absolue, c’est-à-dire du fard ou du wajib ; d’autres sont préférables et relèvent du mustahabb ; d’autres encore ne visent que l’accomplissement et la perfection. Mais, dans l’ensemble, toute la vie du Prophète constitue un modèle. Il a été envoyé afin que les êtres humains le suivent et se forment à son image. Plus une personne avance dans l’imitation de ce modèle, plus elle peut devenir un être humain accompli et un musulman accompli ; mais celui qui reste en dessous même du degré minimal de nécessité absolue sera, à proportion de son retard, pécheur, désobéissant, égaré et maudit.

À mon avis, c’est ce dernier groupe qui est établi dans la vérité. Plus je réfléchis et mène mes recherches à la lumière du Noble Coran et de la raison, plus ma conviction de la véracité de cette dernière opinion se renforce.

Des dispositions particulières pour l’éducation des prophètes dès leur enfance

La signification de la prophétie se comprend à la lecture des récits que le Noble Coran rapporte au sujet des prophètes. À la lumière de ces récits, je ne pense pas qu’Allah Tout-Puissant saisisse soudainement un passant pour lui confier la mission de transmettre Son Livre aux hommes, ni qu’Il nomme quelqu’un prophète comme un fonctionnaire pour une certaine période, lequel accomplirait une tâche déterminée à un moment donné avant d’être libéré de sa fonction et de pouvoir ensuite faire ce qui lui plaît. Au contraire, je constate que, chaque fois qu’Allah a voulu envoyer un prophète à un peuple, Il a spécialement créé un homme capable d’assumer la mission prophétique. Il lui avait déjà accordé les meilleures qualités humaines ainsi que les plus éminentes forces et capacités intellectuelles et spirituelles nécessaires pour préserver cette fonction d’une importance exceptionnelle. Dès sa naissance, Il l’a élevé sous Sa surveillance particulière.

Avant de lui conférer la prophétie, Il l’a tenu éloigné de toute faute de caractère, de tout égarement et de toute mauvaise action, et l’a protégé de toutes sortes de dangers et de causes de destruction. Il l’a élevé dans un environnement où les aptitudes nécessaires à la prophétie, dépassant les limites de leur puissance initiale, se transformaient progressivement en une efficacité toujours plus grande. Puis, lorsqu’il parvint à sa pleine maturité, Il lui accorda de Sa part la connaissance, la capacité de prendre des décisions et la guidance vers le chemin droit. C’est ainsi qu’Il l’installa sur le trône sublime de la prophétie et lui fit accomplir cette mission de la meilleure manière. Dès son accession à ce trône et jusqu’à son dernier souffle, sa vie fut consacrée à l’accomplissement de cette lourde responsabilité. Présenter fidèlement à son peuple les versets révélés par Allah, lui enseigner ensuite la connaissance détaillée et la sagesse du Livre d’Allah, et purifier entièrement les âmes des hommes : telle était leur tâche. Ils n’en avaient aucune autre. De jour comme de nuit, dans leurs déplacements comme dans leurs moments de repos, leur unique préoccupation était de ramener vers le droit chemin ceux qui s’étaient égarés et de rendre ceux qui y étaient déjà parvenus capables de gravir les degrés supérieurs du progrès. Ils étaient chacun des serviteurs permanents. Ils n’avaient jamais de pause ni de congé, et leur travail n’était soumis à aucune durée déterminée. Afin qu’ils ne puissent commettre aucun péché, une surveillance rigoureuse était assurée par Allah. Ils étaient sévèrement protégés contre les désirs de la passion et les incitations de Satan. La manière dont ils devaient accomplir leurs activités quotidiennes n’était pas entièrement laissée à leur conscience, à leur intelligence et à leur discernement humains ; partout où, en suivant leur propre inclination ou leur jugement personnel, ils s’écartaient ne serait-ce que de l’épaisseur d’un cheveu du droit chemin, leur erreur leur était signalée et ils étaient conduits sur la voie droite. En effet, le but même de leur naissance et de leur nomination au rang de prophètes était qu’ils guident les serviteurs d’Allah sur le droit chemin. S’ils s’en écartaient ne serait-ce que d’un cheveu, les gens ordinaires s’en éloigneraient de centaines de kilomètres.

Le Coran témoigne de chaque lettre de cette affirmation. Le fait que les prophètes fussent choisis pour la prophétie avant même leur naissance et qu’ils fussent spécialement créés dans ce but apparaît dans la vie de plusieurs prophètes. Ainsi, avant même la naissance d’Isaac, Abraham (que la paix soit sur lui) reçut la bonne nouvelle de sa naissance et de son accession à la prophétie.

(Arabe************************************à la page 245 du PDF)

« Nous avons annoncé à Ibrahim la bonne nouvelle d’Ishaq, en tant que prophète vertueux, et Nous avons béni lui-même ainsi qu’Ishaq. » — (sourate As-Saffat : 112-113)

Dès l’enfance de Hazrat Yusuf, son père Hazrat Yaqub apprit qu’Allah l’avait choisi comme prophète et qu’Il lui accorderait, comme à Ibrahim et Ishaq, Ses bienfaits dans leur plénitude. Lorsque Hazrat Zakariya invoqua Allah en faveur d’un fils, Allah lui annonça ainsi la bonne nouvelle :

(Arabe************************************à la page 246 du PDF)

« Allah t’annonce la bonne nouvelle d’un fils nommé Yahya. Il viendra confirmer une parole émanant d’Allah. Il sera un dirigeant et un homme éminent. Il sera du nombre des prophètes et des vertueux. »

Un ange fut spécialement envoyé auprès de Hazrat Maryam pour lui annoncer au sujet de Hazrat Isa qu’un fils pur et immaculé lui serait donné. Lorsque le moment de son accouchement arriva, des dispositions particulières furent prises par Allah pour l’assister durant l’enfantement. — (sourate Maryam : 2e ruku, voir). Ensuite, le cas de ce berger israélite mérite également attention. Allah l’appela dans la sainte vallée de Touwa et s’entretint avec lui. Il n’était pas comme les autres bergers : en Égypte, il avait été spécialement créé pour anéantir la mauvaise gouvernance de Pharaon et libérer les Enfants d’Israël de l’esclavage. Afin de le protéger de la mort, on organisa son placement dans une caisse puis son abandon dans le fleuve. La caisse flottante parvint précisément à la maison du Pharaon qui devait être vaincu et anéanti par sa main. Il fut créé avec une apparence attirante afin de pouvoir gagner le cœur des membres de la famille de Pharaon. (Arabe********) On veilla à ce qu’aucune femme ne l’allaitât et à ce que son éducation fût menée à bien sous la surveillance particulière d’Allah. (Arabe**********) Ces exemples montrent clairement que les prophètes étaient spécialement créés pour la prophétie.

Des aptitudes extraordinaires et une capacité d’action particulière

Il convient de préciser que ceux qui naissent ainsi ne sont pas semblables aux gens ordinaires. Ils apparaissent dotés d’aptitudes extraordinaires. Ce sont des hommes d’une grande pureté et d’un caractère vertueux. La nature et la structure de leur esprit sont telles qu’ils expriment toute chose avec une grande simplicité et une parfaite franchise. Leur nature ne comporte aucune tendance à adopter des démarches erronées ou des points de vue tortueux. Ils sont constitués dès la naissance de telle manière que, sans le vouloir et uniquement par une perception intense et une connaissance intuitive (intuition), ils peuvent parvenir à des conclusions exactes auxquelles les autres hommes n’aboutissent même qu’après de longues réflexions et recherches. Ils n’ont pas à acquérir le savoir. Leur savoir est inné et donné par Dieu. La connaissance de ce qui est vrai, de ce qui est vain, de ce qui est faux et de ce qui est juste est ancrée en eux. Par nature, ils pensent juste et parlent juste. On peut citer, à titre d’exemple, Hazrat Yaqub (paix sur lui). Dès qu’il entendit le récit du rêve de Hazrat Yusuf, un doute naquit dans son esprit. Les frères du garçon ne le laisseraient pas vivre. Ils voulaient emmener Yusuf avec eux pour jouer. Hazrat Yaqub ne se contenta pas de déceler leurs mauvaises intentions ; il comprit également avec exactitude le faux prétexte qu’ils chercheraient par la suite à présenter. Il dit : (Arabe*************) (Je crains que, tandis que vous ne veillerez pas sur lui, un tigre ne le dévore.) Puis, lorsque les frères de Yusuf apportèrent et montrèrent la tunique tachée de sang, Hazrat Yaqub dit dès qu’il la vit : (Arabe**************) « Vos passions vous ont rendu facile une chose qui est difficile pour vous. » Lorsque les frères de Yusuf revinrent d’Égypte et dirent que votre fils avait volé, ajoutant, pour le convaincre, de demander aux habitants du village d’où ils venaient, il leur donna de nouveau la même réponse : vos passions vous ont rendu facile une chose qui est difficile pour vous. Puis il renvoya encore ses fils en Égypte en leur disant : (Arabe********************) (Allez rechercher Yusuf et son frère). Tout se passe comme s’il croyait, malgré le temps écoulé, que Yusuf était vivant et se trouvait en Égypte. Ensuite, lorsque les fils de Hazrat Yaqub repartirent d’Égypte avec la tunique de Hazrat Yusuf, Hazrat Yaqub commença à sentir de loin le parfum de Hazrat Yusuf. Ces événements permettent de comprendre combien les forces psychologiques et spirituelles des prophètes sont puissantes et extraordinaires. Cela ne caractérise pas seulement Hazrat Yaqub : tous les prophètes sont dans la même situation. Au sujet de Hazrat Yahya, Allah dit :

(Arabe************************************à la page 247 du PDF)

« Dès mon enfance, Je lui ai accordé la capacité de prendre les justes décisions, la tendresse du cœur et la pureté. » — (Marie : 12-13).

Alors que Jésus était encore dans les bras de sa mère, on lui fit proclamer :

(Arabe************************************à la page 247 du PDF)

« Il m’a créé béni, où que je sois, et m’a ordonné d’accomplir la prière et de verser la zakat toute ma vie. Il m’a fait naître respectueux des droits de ma mère. Il ne m’a fait ni tyrannique ni pervers. »

Au sujet du noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Allah a dit : (Arabe**************) « Tu es certes au sommet d’un caractère éminent. » — (sourate Al-Qalam : 4)

Telles sont les qualités et caractéristiques innées et naturelles avec lesquelles les prophètes naissent. Ensuite, Allah perfectionne davantage ces qualités et caractéristiques innées et les conduit vers un rôle actif. Enfin, Il leur accorde cette réalité sublime que le Coran désigne notamment par les termes ‘ilm et hukm (la connaissance et la capacité de prendre des décisions), hidaya (la guidance) et bayyina (les signes évidents). Le prophète Noé (paix sur lui) dit à son peuple :

(Arabe************************************à la page 248 du PDF)

« J’ai acquis auprès d’Allah une connaissance que vous n’avez pas acquise. »

On fit observer au prophète Abraham (que la paix soit sur lui) l’organisation ordonnée par Allah des cieux et de la terre (sourate Al-An‘am). Après cette observation, lorsqu’il revint, ayant acquis une connaissance certaine, il dit à son père :

(Arabe************************************à la page 248 du PDF)

« Ô mon père ! J’ai acquis une connaissance que vous n’avez pas acquise. Suivez-moi donc ; je vous montrerai le droit chemin. » — (sourate Maryam : 43)

Au sujet du prophète Jacob, Allah a dit :

(Arabe************************************à la page 248 du PDF)

« Il possédait assurément la connaissance que Je lui avais accordée. Mais la plupart des gens ne connaissent pas ce mystère. » — (sourate Yusuf : 68)

Il est dit au sujet du prophète Joseph :

(Arabe************************************à la page 248 du PDF)

« Lorsqu’il atteignit l’âge adulte, Je lui accordai la connaissance et la capacité de juger et de trancher. » – (Sourate Yûsuf : 22).

Il est également dit à propos du vénéré Moïse (paix sur lui) dans le verset 14 de la sourate Al-Qasas. La même connaissance et la capacité de juger et de trancher furent également accordées au vénéré Loth. – (Sourate Al-Anbiyâ’ : 74)

Cette connaissance extraordinaire fut également accordée au vénéré Muhammad (paix et bénédictions sur lui) :

(Arabe************************************à la page 248 du PDF)

« Allah a fait descendre sur toi le Livre et la sagesse, et t’a enseigné ce que tu ne savais pas auparavant. » – (Sourate An-Nisâ’ : 113)

(Arabe************************************à la page 248 du PDF)

« Dis : Je suis sur une voie claire et lumineuse venant de mon Seigneur. » – (Sourate Al-An‘âm : 57)

(Arabe************************************à la page 249 du PDF)

« Dis : voici mon chemin. J’appelle à Allah, moi-même ainsi que ceux qui me suivent, avec une connaissance inspirée et une clairvoyance. » — (sourate Yûsuf : 108)

C’est en vertu de cette connaissance et de cette capacité de juger et de trancher que la différence entre les prophètes et les gens ordinaires devient aussi grande que celle qui existe entre une personne voyante et une personne aveugle.

(Arabe************************************à la page 248 du PDF)

« Je ne fais que suivre la révélation qui m’est communiquée. (Ô Muhammad !) Dis : l’aveugle et celui qui voit peuvent-ils être égaux ? » — (sourate Al-An‘âm : 50)

La chose évoquée dans ces versets n’est pas seulement le Livre ; c’est plutôt une lumière toujours resplendissante dans le cœur des prophètes. C’est pourquoi elle est mentionnée séparément du Livre. Cette chose est décrite comme une qualité et une caractéristique des prophètes. À l’aide de ce rayon de lumière, ils recherchent les faits et cherchent également la solution aux problèmes qui leur sont constamment présentés. Les érudits éminents l’ont appelée la « révélation secrète ». Autrement dit, il s’agit d’une orientation intérieure et d’une perception profondément assimilée, qui demeure constamment présente en eux et à l’aide de laquelle ils abordent toute question. Dans les domaines dont les autres personnes ne peuvent saisir la réalité profonde, même après une longue réflexion, et où elles ne peuvent distinguer le vrai du faux, le regard du prophète, grâce à la lumière accordée par Allah et à la connaissance inspirée, est capable de dévoiler en un instant les secrets les plus profonds.

Les dispositions particulières d’Allah pour la supervision et la protection des prophètes

Nous apprenons également du Coran qu’Allah n’a pas seulement accordé aux prophètes la connaissance profonde, la capacité de juger et de trancher, ainsi qu’une connaissance et une sagesse extraordinaires ; Il veille également sur eux d’une manière particulière, les préserve des erreurs et les protège de l’égarement, qu’il soit dû à l’influence des hommes, aux incitations de Satan ou aux suggestions malveillantes de leurs propres instincts. Même lorsqu’ils commettent une erreur en prenant une décision après avoir exercé leur propre jugement et leur propre raison, Allah les corrige immédiatement. Prenons l’exemple de Yûsuf. Lorsque l’épouse d’un haut fonctionnaire de l’époque en Égypte eut presque réussi à attirer Yûsuf dans son piège, Allah le préserva de la mauvaise action en lui montrant une « preuve » manifeste.

(Arabe************************************à la page 249 du PDF)

« Elle conçut de mauvaises intentions à l’égard de Joseph. Lui aussi aurait eu des intentions envers elle s’il n’avait vu la preuve de son Seigneur. Il en fut ainsi afin que Je le détourne du mal et de l’indécence. Il était en effet au nombre de Mes serviteurs que J’ai élus pour Moi. » — (sourate Yûsuf : 24).

Lorsque Moïse et Aaron reçurent l’ordre d’aller auprès de Pharaon, ils furent pris de peur, craignant que Pharaon ne les maltraite. Alors Allah dit : « N’ayez pas peur. Je suis avec vous deux, et Je vois et J’entends tout » (sourate Tâ-Hâ : 45-46). Ils avaient été effrayés en raison de leur faiblesse humaine. Allah, Très-Haut, ôta cette grave faiblesse par la révélation.

Le prophète Noé poussa un cri de détresse en voyant son fils sur le point de se noyer ! (Arabe*****************) « Ô Seigneur ! Voici mon fils. » C’était là une faiblesse humaine. Allah, Très-Haut, lui fit aussitôt comprendre clairement que, même s’il était peut-être son fils biologique, il ne faisait pas partie des siens, car il était un malfaiteur. Sous l’effet de l’affection paternelle, cette faiblesse humaine avait, pendant quelques instants, voilé à l’intuition du prophète cette vérité : lorsqu’il s’agit de la vérité, il n’y a ni père, ni fils, ni frère, ni sœur. Par la révélation, Allah ôta le voile qui couvrait ses yeux. Le prophète Noé se sentit rassuré.

De tels événements se sont également produits à plusieurs reprises dans le cas du prophète Muhammad (s.a.s.). Tantôt par compassion et miséricorde naturelles, tantôt par son zèle ardent à convertir les mécréants à l’islam, tantôt par le désir de gagner le cœur des mécréants, tantôt en s’efforçant de rendre aux gens de menus services, tantôt dans le souhait d’insuffler la foi dans le cœur des hypocrites, et tantôt en raison d’une faiblesse humaine, des erreurs d’ijtihad se sont produites de sa part. Mais chaque fois qu’une telle chose se produisait, Allah le corrigeait par une révélation manifeste et explicite. Ainsi :

(Arabe************************************à la page 250 du PDF)

« Il se détourna, le visage contrarié, parce que l’aveugle était venu à lui. »

 

(Arabe************************************à la page 250 du PDF)

« Il ne convient à aucun prophète d’avoir des prisonniers de guerre. »

 

(Arabe************************************à la page 250 du PDF)

« Ô Prophète, qu’Allah te pardonne ! Pourquoi leur as-tu permis de ne pas partir au combat ? » — (sourate At-Tawba : 43).

(Arabe************************************à la page 250 du PDF)

« Que tu implores ou non le pardon en leur faveur, cela leur est pareil. Même si tu implores soixante-dix fois le pardon en leur faveur, Allah ne leur pardonnera jamais. » — (sourate At-Tawba : 80)

(Arabe************************************à la page 251 du PDF)

« Désormais, si l’un d’entre eux (les hypocrites) meurt, ne fais jamais sa prière funéraire. »

(Arabe************************************à la page 251 du PDF)

« Ô Prophète ! Pourquoi déclares-tu illicite ce qu’Allah a rendu licite pour toi ?

Ces versets témoignent de la surveillance et de la protection particulières qu’Allah accorde aux prophètes.

Certaines personnes tentent de prouver, à partir de ces versets, que les prophètes commettaient des erreurs. Ils n’étaient pas exempts de fautes et de manquements. En particulier, le groupe des Ahl al-Qur’an opposé aux hadiths se réjouit grandement de relever les erreurs du Prophète à l’aide de ces versets. Pourtant, ces mêmes versets prouvent clairement qu’Allah a Lui-même assumé la responsabilité de préserver Son Prophète des erreurs et des fautes, et de maintenir leur vie établie sur l’étalon de la vérité. Cela n’est pas énoncé seulement dans les versets susmentionnés ; le Coran l’expose également, sous forme de principe, en plusieurs autres endroits. Par exemple :

(Arabe************************************à la page 251 du PDF)

« Si la grâce et la miséricorde d’Allah n’avaient pas été sur toi, un groupe parmi eux aurait certainement résolu de te détourner du droit chemin. Mais, en réalité, ils ne peuvent qu’égarer leurs propres personnes et ne peuvent te causer aucun mal. Car Allah a fait descendre sur toi le Livre et sa profonde sagesse, et t’a enseigné ce que tu ne savais pas auparavant. » — (sourate An-Nisâ’, 113)

(Arabe************************************à la page 251 du PDF)

« Ils ont failli te détourner de ce que Nous t’avons révélé, afin que tu inventes quelque chose en Notre nom ; alors ils t’auraient pris pour ami. Et si Nous ne t’avions pas affermi, tu aurais certainement penché quelque peu vers eux. » — (sourate Banî Isrâ’îl, 73-74)

(Arabe************************************à la page 252 du PDF)

« Chaque fois que J’ai envoyé avant toi un prophète ou un messager, et que celui-ci a nourri un désir quelconque, Satan a soufflé ses suggestions dans ses espoirs et ses désirs. Mais telle est la règle d’Allah : Il abolira toute suggestion que Satan inspire au cœur du prophète, puis Il affermira Ses signes. » — (Sourate al-Hajj : 52)

Ces enseignements fondamentaux et les exemples tirés des événements précédents montrent clairement qu’Allah a Lui-même assumé la responsabilité de maintenir la vie de Son prophète selon la norme souhaitée et qu’Il a pris des mesures rigoureuses pour corriger immédiatement le moindre faux pas du prophète, qu’il s’agisse d’une affaire personnelle ou d’une question liée à la vie collective. Si l’on admet ce principe, il en découle naturellement que toutes les paroles du prophète auxquelles Allah n’a formulé aucune objection ont satisfait à la norme voulue par Allah. Il faut considérer qu’elles ont toutes été agréées par Allah.

Examen comparatif

La discussion menée jusqu’ici a permis de faire ressortir clairement la signification de la prophétie. Selon la première des quatre opinions mentionnées, la signification de la prophétie serait la suivante : un homme, qui toute sa vie demeure à tous égards un être humain semblable aux autres, est choisi soudainement, lorsqu’il atteint un certain âge, pour recevoir la révélation d’Allah. En dehors du Livre qui lui est révélé, aucune de ses opinions, réflexions, décisions, directives, etc., ne serait en quoi que ce soit différente ou supérieure à celles des gens ordinaires. Selon la deuxième opinion, la prophétie signifie que la seule différence entre le prophète et les gens ordinaires est qu’en même temps que le Livre lui est révélé, on lui enseigne également les détails pratiques de ses prescriptions. Après avoir acquis cette particularité, il n’est qu’un dirigeant comme les dirigeants ordinaires et un juge comme les juges ordinaires. La troisième opinion exprime, à propos de la prophétie, la conception selon laquelle celle-ci ne serait qu’un état ou une transformation temporaire affectant provisoirement l’essence humaine du prophète ; même après la survenue de cet état ou de cette transformation, son essence humaine et son essence prophétique demeureraient entièrement séparées. Selon cette conception, il devient indispensable de diviser la vie du prophète en deux parties, et seule la partie de sa vie liée à la prophétie est considérée comme digne d’être imitée et suivie. Il va sans dire que ces trois opinions sont toutes dépourvues de fondement et erronées.

Le prophète est paré des qualités humaines les plus parfaites et les plus éminentes.

De la présentation de la prophétie faite par le Noble Coran, nous apprenons ceci : le prophète ne naît pas et ne grandit pas comme un homme ordinaire pour être soudainement choisi comme prophète à un moment donné ; il naît au contraire précisément pour la prophétie. Bien qu’il soit un être humain et qu’il ne soit pas exempt des limites naturelles qu’Allah a fixées pour l’être humain, il est, dans ces limites, l’homme le plus parfait et le plus excellent. En lui, les qualités humaines se trouvent à leur degré le plus élevé et dans leur plénitude. Ses forces physiques, mentales, intellectuelles et spirituelles sont présentes dans l’équilibre le plus harmonieux. Sa capacité de perception est si subtile qu’il acquiert la connaissance divine concernant le juste et l’injuste, sans aucune réflexion, uniquement par son intelligence pénétrante et sa profonde intuition. C’est à cette connaissance divine acquise grâce à la sagesse que fait allusion ce verset : (Arabe*******) (Puis Il y a insufflé les tendances au bien et au mal.) La nature du prophète est si saine et si juste que, sans recevoir aucun enseignement extérieur, il abandonne la voie du péché et adopte celle de la taqwā et de la justice par sa seule sensibilité naturelle et son inspiration intérieure. Sa conscience et son esprit sont si purs et si immaculés qu’il comprend avec exactitude, dans toutes les affaires nécessaires, la conduite choisie par Allah. Le Coran dit dans ce verset : (Arabe**********) Sa nature saine le conduit spontanément à suivre la voie voulue par Allah. Voilà la parfaite humanité ; et c’est grâce à cette qualité qu’il est, au sens propre et dans la réalité, le calife ou représentant d’Allah. En vérité, après que le prophète a atteint cette maturité et cet épanouissement particuliers, Allah l’investit de la dignité de guide de toute l’humanité. Recevant d’Allah une lumière de connaissance supplémentaire, il devient un « sirâjan munîran », c’est-à-dire une lampe resplendissante, destinée à servir, par l’enseignement et les directives, à la réforme et au bien-être de l’humanité. C’est ce que l’on appelle communément la prophétie et la mission de messager. Il n’est donc pas juste de dire que la prophétie est une fonction temporaire imposée, à un moment particulier, au génie humain du prophète. La réalité est plutôt qu’elle est le génie de l’humanité parfaite qui s’élève jusqu’à la prophétie. La dignité de la prophétie ne ressemble pas à la fonction d’un homme nommé vice-roi. Si un autre avait pu le remplacer, celui-ci aurait également été nommé vice-roi. En réalité, la prophétie est innée. L’identité personnelle du prophète est elle-même son identité prophétique. La seule différence est qu’avant la descente de la révélation, son identité prophétique demeure inactive et latente ; après la descente de la révélation, elle devient active. C’est comme un fruit sucré : il naît en tant que fruit sucré, mais sa douceur ne se manifeste qu’une fois arrivé à un certain degré de maturité.

Versets pertinents

Nous pouvons maintenant mieux comprendre le sens des paroles qu’Allah Très-Haut a prononcées, en différents endroits, au sujet de la prophétie et de l’identité prophétique. Afin de les rendre faciles à comprendre, je cite ces versets dans un ordre précis :

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Telle est la règle d’Allah : Il ne vous donnera pas directement la connaissance de l’invisible. Il choisit plutôt, parmi Ses Messagers, qui Il veut. Croyez donc en Allah et en Ses Messagers. » — (sourate Al ‘Imrân : 179)

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Je n’ai envoyé aucun Messager si ce n’est afin qu’il soit obéi, par ordre d’Allah. » — [C’est-à-dire que le Messager n’a pas droit à l’obéissance en sa qualité personnelle ; il faut plutôt lui obéir conformément à la permission ou à l’ordre d’Allah. — (l’auteur)] — (sourate An-Nisâ’ : 64)

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Quiconque obéit au Messager obéit en réalité à Allah Lui-même. »

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Par l’étoile lorsqu’elle disparaît. Votre compagnon n’est ni égaré ni dans l’erreur. Il ne parle pas de son propre chef. Ce qu’il dit n’est rien d’autre qu’une révélation qui lui est révélée. » — (sourate An-Najm : 1-4)

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Je ne suis que ce qui m’est révélé. » –(Sourate al-An‘âm : 50)

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle. » –(Sourate al-Ahzâb : 21)

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« (Ô Muhammad !) Dis : “Si vous aimez Allah, suivez ma voie ; Allah vous aimera.” » –(Sourate Âl ‘Imrân : 31)

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Le devoir des croyants est que, lorsqu’ils sont appelés vers Allah et Son Messager afin qu’il puisse trancher entre eux, ils disent seulement : “Nous avons entendu et nous obéissons.” Ceux-là sont les bienheureux. Et vous serez bien guidés si vous obéissez au Messager. » –(Sourate an-Nûr : 51-54)

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Par ton Seigneur, non ! Ils ne seront nullement croyants tant qu’ils ne t’auront pas pris pour arbitre dans leurs différends. Puis ils n’éprouveront aucune gêne à l’égard de ton jugement et s’y soumettront pleinement, la tête inclinée. » – (Sourate An-Nisâ’, 65)

(Arabe********************************************à la page 254 du PDF)

« Lorsqu’Allah et Son Messager ont décidé d’une affaire, aucun croyant ni aucune croyante n’a le droit de choisir lui-même ou elle-même une décision concernant sa propre personne. Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager s’égare manifestement. » – (Sourate Al-Ahzâb, 36)

Il suffit d’examiner ces quelques versets pour découvrir toute la portée de la question.

La différence entre le Prophète et les hommes ordinaires

Le premier verset décrit la différence entre le Prophète et les hommes ordinaires, et explique également pourquoi il faut croire en lui. La règle d’Allah est qu’Il n’accorde pas personnellement à chaque être humain la connaissance de l’invisible — c’est-à-dire des vérités qui échappent aux perceptions sensorielles de l’homme, mais dont la connaissance est indispensable pour élaborer, dans le monde terrestre, un système de vie sain et exact pour l’humanité. Dans le langage coranique, c’est cela que l’on appelle l’invisible. Par exemple : quelle est la véritable nature de l’être humain ? Est-il libre ou assujetti ? S’il est assujetti, à qui l’est-il ? De quelle nature est sa relation avec ce Maître ? Doit-il rendre des comptes à ce Maître ? Si oui, où ? Comment ? Selon quel critère ? Dans quels domaines ? Quelle récompense recevra-t-il s’il réussit à rendre des comptes, et quel sera son destin s’il échoue ? Avant d’obtenir les réponses à ces questions — non pas sur la base de conjectures et de suppositions, mais sur celle d’un savoir certain — il ne peut être établi aucune règle pour la vie humaine. La « connaissance de l’invisible » mentionnée par Allah dans le verset est précisément cette connaissance de l’invisible. – (L’auteur)] Il l’accorde plutôt à une personne distinguée. C’est pourquoi il est du devoir absolu des hommes ordinaires de croire en cette personne distinguée.

L’obéissance au Prophète est inconditionnelle et illimitée

Le propos du deuxième verset est que croire au Messager ne signifie pas seulement le reconnaître comme Messager, mais qu’il est également indispensable de lui obéir, c’est-à-dire de suivre ses directives. Il ne s’agit pas seulement de ce verset : partout dans le Coran où l’obéissance au Messager est prescrite, cette prescription est sans condition. Nulle part il n’est dit qu’il faut obéir au Messager dans tel domaine, mais qu’en dehors de celui-ci, il ne serait pas nécessaire de lui obéir. Il est donc certain que, selon le Coran, le Messager est un gouvernant désigné par Allah, dont l’autorité est absolue et dont les ordres doivent être pleinement respectés en toutes circonstances et dans tous les domaines : c’est un devoir pour chaque croyant. Toutefois, si le Messager lui-même limite son pouvoir de gouvernement à certains domaines particuliers, dans le cadre des lois divines, cela relève de sa volonté. Il peut, s’il le souhaite, le faire et accorder aux gens la liberté de penser et d’agir au-delà de limites déterminées. En revanche, les croyants eux-mêmes n’ont reçu ni le pouvoir ni le droit de fixer les limites de l’autorité du Messager. Ils sont entièrement et absolument soumis à son autorité et obéissent à ses ordres. Si le Messager leur avait ordonné d’adopter une méthode précise, même dans l’agriculture, le commerce, la forge ou tout autre domaine, ils auraient dû suivre cet ordre sans hésitation ni réserve.

L’obéissance au Prophète n’est pas semblable à l’obéissance aux gens ordinaires

Lorsqu’une obéissance aussi inconditionnelle et illimitée a été prescrite, il était nécessaire de préciser qu’elle n’était pas semblable à l’obéissance à un homme ordinaire. En effet, les mécréants ignorants le considéraient simplement comme un homme ordinaire. Ils disaient aux gens : (Arabe************) « N’est-il pas un homme ordinaire comme vous ? »

(Arabe********************************************page 256 du PDF)

« Ce n’est rien de plus qu’un homme comme vous. De plus, il veut s’élever au-dessus de vous. »

(Arabe********************************************page 256 du PDF)

« Si vous obéissez à un homme semblable à vous, vous serez assurément perdants. »

En réalité, obéir au Prophète, c’est obéir à Allah Lui-même. En effet, tout ce que dit le Prophète, il le dit de la part d’Allah, et tout ce qu’il fait, il l’accomplit conformément aux ordres d’Allah. Il ne dit rien selon ses propres désirs ; il ne fait que suivre la révélation d’Allah. Il faut donc être certain qu’en lui obéissant, on ne risque aucunement de s’égarer ni de dévier du droit chemin.

La révélation non récitée destinée à guider le Prophète— [une révélation qui n’est pas consignée dans le Livre et qui n’est pas destinée à être récitée. — (L’éditeur)]

C’est précisément ce qui est exposé dans les troisième, quatrième et cinquième versets. Certains disent que ce qui est appelé révélation dans les quatrième et cinquième versets désigne le Livre d’Allah et qu’aucune autre révélation que le Livre n’était descendue sur le Prophète ; mais cette conception est totalement erronée. Il est prouvé par le Saint Coran que les prophètes ne recevaient pas seulement un Livre : Allah le Très-Haut leur envoyait constamment des révélations pour les guider. À la lumière de ces révélations, ils suivaient la voie juste, rendaient des décisions correctes dans les problèmes quotidiens et mettaient en œuvre les dispositions requises. On peut citer à titre d’exemple le fait que le prophète Noé (paix sur lui) construisit l’arche, sous la supervision d’Allah et conformément à Sa révélation, afin de se protéger du Déluge.

(Arabe********************************************à la page 257 du PDF)

« Ô Noé ! Construis l’arche sous Ma supervision et conformément à Ma révélation. »

On fit voir à Abraham (paix sur lui) le fonctionnement des cieux et de la terre, ainsi que le processus par lequel les morts sont ramenés à la vie. On enseigna à Joseph le sens des rêves. (Arabe************) « Cela fait partie des connaissances qu’Allah m’a accordées. » On parla à Moïse (paix sur lui) sur le mont Ṭūr. On lui demanda : « Qu’as-tu dans la main ? » Il répondit : « C’est mon bâton. Je m’en sers pour faire paître mes chèvres. » Il lui fut ordonné de jeter son bâton. Lorsque celui-ci prit la forme d’un serpent, Moïse, effrayé, s’enfuit presque en courant. Alors la révélation vint : (Arabe*********) « Ô Moïse ! N’aie pas peur, avance. Tu es en sécurité. » Puis l’ordre fut donné : (Arabe*********) « Va auprès de Pharaon. Il s’est rebellé. » Il demanda qu’Aaron l’aide. Sa requête fut acceptée. Tandis que les deux frères se rendaient auprès de Pharaon, ils éprouvaient de la peur. Allah les rassura en disant : (Arabe*********) « N’ayez pas peur. Je suis avec vous deux ; Je vois et J’entends toute chose. » Puis, lorsqu’il vit les serpents fabriqués par les magiciens à la cour de Pharaon, Moïse eut peur. Alors la révélation vint : (Arabe*********) « N’aie pas peur : c’est toi qui triompheras. » Après l’échec de toutes les tentatives visant à guider Pharaon vers la bonne voie, il fut ordonné à Moïse : (Arabe*********) « Pars dans la nuit avec Mes serviteurs. Vous serez poursuivis. » Lorsqu’il atteignit la rive du fleuve, l’ordre divin fut donné : (Arabe*********) « Frappe le fleuve avec ton bâton. »

La question qui se pose maintenant est la suivante : parmi toutes ces révélations, y en eut-il une seule qui fût descendue sous forme de Livre pour guider l’ensemble des gens ? Ces exemples suffisent à montrer à chacun qu’Allah veille constamment sur les prophètes et que, dès qu’une possibilité d’erreur apparaît dans leurs pensées et leurs opinions humaines, Il les guide par la révélation vers la voie juste. La révélation envoyée par l’intermédiaire des prophètes pour guider tous les hommes et consignée sous forme de livre, de la part d’Allah, comme un guide et une constitution applicable, est d’une nature différente de la révélation dont il est question ici.

Quelques exemples de révélations non récitées descendues sur le Prophète

Ce type de « révélation non récitée », ainsi que des révélations secrètes, descendait sur le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Le Coran y fait allusion à différents endroits. Le Prophète fit d’abord de Bayt al-Maqdis la direction de la prière. On ne trouve aucune instruction à ce sujet dans le Livre d’Allah. Mais lorsque l’ordre fut donné d’abroger cette direction et de faire de Bayt al-Haram (la Kaaba) la direction de la prière, il fut dit :

(Arabe***********************************page 258 du PDF)

« La qibla que tu avais auparavant, Je ne l’avais établie que pour distinguer ceux qui obéissent au Messager de ceux qui lui désobéissent. » — (Sourate al-Baqara : 143)

Il ressort clairement de ce verset que le fait d’avoir établi d’abord Bayt al-Maqdis comme qibla reposait bien sur la révélation.

Lors de la bataille d’Uhud, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit aux musulmans qu’Allah enverrait des anges pour les aider. Plus tard, Allah mentionna ainsi dans le Coran cette parole du Prophète : (Arabe******************) « Allah avait fait de cette promesse une bonne nouvelle pour vous. » — (Sourate Âl ʿImrân : 126)

Il ne fait donc aucun doute que cette promesse avait été faite par Allah.

Après la bataille d’Uhud, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna aux musulmans de partir pour la seconde bataille de Badr. Or, cet ordre n’est mentionné nulle part dans le Coran. Mais Allah confirma ensuite l’ordre du Prophète en déclarant qu’il venait de Lui.

(Arabe***********************************page 258 du PDF)

« ceux qui, malgré les blessures subies au combat, ont de nouveau répondu à l’appel d’Allah et du Messager ».

La mention du départ du Prophète de Médine pour la bataille de Badr est formulée ainsi : (Arabe************) « De même qu’Allah t’a fait sortir de ta demeure » — (sourate al-Anfāl : 5)

Aucun ordre de sortir de sa demeure n’est mentionné dans le Coran, mais Allah a ensuite confirmé que le Prophète était sorti sur Son ordre, et non de son propre gré.

Plus tard, au cours de la bataille, Allah fit voir un rêve à Son Prophète :

(Arabe***********************************dans le PDF, page 258)

« Quand Allah te les fit voir en rêve peu nombreux » — (sourate al-Anfāl : 43)

Lorsque le butin de guerre fut partagé, les hypocrites se mirent à manifester leur dédain. Allah fit alors savoir que ce partage avait été effectué sur l’ordre même d’Allah.

(Arabe***********************************dans le PDF, page 259)

« Si seulement ils s’étaient satisfaits de ce qu’Allah et Son Messager leur avaient donné, cela aurait été meilleur pour eux » — (sourate at-Tawbah : 59)

Lors de la trêve de Hudaybiyya, tous les Compagnons s’y opposaient. Les conditions de la trêve semblaient inacceptables à tous. Mais le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les accepta. Plus tard, Allah la confirma en déclarant que cette trêve venait d’Allah Lui-même.

(Arabe***********************************à la page 259 du PDF)

« Je t’ai certes accordé une victoire éclatante. » — (sourate Al-Fath : 1)

La substance des versets précités

De nombreux autres exemples de ce genre peuvent être trouvés à la lumière des versets coraniques. Mais je n’ai pas pour objectif de citer ici tous les versets. Je veux seulement démontrer que la relation d’Allah avec le Prophète n’est pas seulement temporaire et de courte durée, comme si elle ne s’établissait avec lui que lorsqu’il devait transmettre un message aux hommes, pour être aussitôt interrompue. La réalité est plutôt qu’Allah veille constamment d’une manière particulière sur celui qu’Il choisit comme prophète et qu’Il continue en permanence à le guider et à lui donner Ses directives par la révélation. Il garantit ainsi que le prophète s’acquitte correctement de sa mission à chaque instant de sa vie et qu’aucun acte ni aucune parole déplaisant à Allah ne se produise par son intermédiaire. Les premiers versets de la sourate An-Najm exposent cette vérité. Je l’ai déjà dit au début de cette discussion, et le Saint Coran l’a également clairement affirmé : les prophètes sont placés sous la surveillance permanente d’Allah ; ils sont préservés des erreurs et des fautes. Si, en raison de leur faiblesse humaine, un faux pas leur arrive, Allah le corrige, leur montre leur erreur et les ramène sur le droit chemin. Les mentions, dans le Saint Coran, des erreurs et manquements du Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et des autres prophètes, ainsi que des avertissements d’Allah à ce sujet, n’ont jamais pour but que les hommes perdent confiance dans les prophètes. Elles n’ont pas non plus pour but que les gens se demandent — à Dieu ne plaise ! — comment il serait possible de les suivre et de leur obéir avec certitude puisqu’ils commettent, eux aussi, des erreurs comme nous. Leur but est en réalité de faire savoir qu’Allah n’a pas accordé aux prophètes la liberté absolue de suivre leurs désirs ni de se conduire selon leurs propres opinions et leur propre jugement. Puisqu’ils sont chargés de guider les hommes ordinaires vers la bonne voie, il leur a été ordonné avec la plus grande rigueur d’obéir constamment aux commandements d’Allah et de ne suivre, même dans la moindre affaire, aucune voie qui Lui déplaise. C’est pourquoi le Coran a réprimandé le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) même pour des questions insignifiantes qui n’ont guère d’importance dans la vie des gens ordinaires : par exemple, le fait pour un homme de manger ou non du miel, de ne pas prêter attention à un aveugle et de s’irriter parce que celui-ci interrompait son discours riche en enseignements, ou encore de demander pardon pour quelqu’un. Ces choses n’ont nullement une grande importance, mais Allah n’a pas permis au Prophète, même dans de telles affaires mineures, d’agir selon sa propre volonté ou celle d’autrui. De même, exempter quelqu’un de participer à une expédition militaire ou libérer certains prisonniers de guerre contre rançon est une affaire ordinaire pour un dirigeant ; mais, dans le cas du Prophète, c’est un événement d’une très grande importance. Il fut donc averti par une révélation explicite. Pourquoi ? Parce que le prophète d’Allah n’est pas comme les dirigeants ordinaires, qui peuvent faire ce qui leur plaît selon leur propre jugement. En raison de la grande responsabilité de la prophétie qui lui a été confiée, si, en prenant une décision selon son propre jugement, le Prophète ne parvient pas à comprendre correctement l’indication de la révélation cachée d’Allah, et s’il avance ne serait-ce que d’un cheveu contre la volonté d’Allah, Allah juge nécessaire de le corriger par une révélation explicite.

La véracité du Prophète, pleinement digne de confiance

Allah Très-Haut a décrit ces qualités et ces caractéristiques de Son Prophète afin que nous ayons une pleine confiance en sa véracité et que nous puissions croire fermement que ses paroles et ses actes sont au-dessus de l’égarement, de la déviation, du suivi des passions et des erreurs propres aux conceptions et aux pensées humaines. À chaque pas de sa vie, il demeure fermement sur la voie droite décrite par Allah. Sa noble moralité est un modèle de l’éthique islamique qui ne comporte pas la moindre imperfection. Allah Très-Haut a précisément établi ce modèle complet et parfait afin que quiconque, parmi Ses serviteurs, désire devenir Son serviteur bien-aimé puisse suivre et imiter Son Prophète sans crainte ni hésitation. C’est cet objectif qui est exposé dans les sixième et septième versets mentionnés plus haut. Le sixième verset dit qu’il y a pour vous un modèle dans le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Le septième verset présente le fait de suivre le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) comme l’unique moyen d’obtenir l’amour d’Allah.

Toute la vie du Prophète est un « excellent modèle’

Ici encore, nous constatons que la vie du Prophète est qualifiée de meilleur modèle sans que la moindre condition ou limite soit mentionnée. En d’autres termes, la vie entière du Prophète constitue, sous tous ses aspects, pour tous les êtres humains, dans tous les domaines et en toutes circonstances, le meilleur modèle qu’il est indispensable de suivre. Il n’y a ici aucune possibilité d’imposer quelque condition ou limite que ce soit. La personne du Prophète a été présentée globalement comme le meilleur modèle, et son obéissance totale est indispensable. Cela signifie que plus on le suivra et l’imitera, et plus on développera dans sa propre vie une ressemblance qualitative avec lui, plus il sera possible de se rapprocher d’Allah et plus on sera aimé d’Allah.

La portée des exceptions

Cependant, déclarer que la vie du Prophète, considérée dans son ensemble, est un modèle ou un exemple à imiter, et ordonner de lui obéir totalement, ne signifie pas que tous les hommes doivent reproduire exactement, dans tous les domaines de la vie, tout ce qu’il a fait et la manière dont il l’a fait, ni qu’ils doivent suivre sa vie bénie à tel point qu’il soit impossible de distinguer l’original de la copie. Ce n’est pas là le but du Coran, et cela ne peut pas l’être. Il s’agit en réalité d’une directive concise et fondamentale. Nous pouvons savoir comment la mettre en pratique en étudiant l’enseignement du Messager d’Allah (s.a.s.) lui-même et le mode de vie de ses Compagnons. Il n’est pas possible d’en faire ici une analyse détaillée. Je veux simplement dire que, pour les actes qui ont le statut d’obligations, de devoirs religieux et de piliers fondamentaux de l’islam, il faut lui obéir et l’imiter exactement, sans s’en écarter de l’épaisseur d’un cheveu. Il en va ainsi de la prière, du jeûne, du pèlerinage, de la zakat, de la purification, etc., ainsi que des règles qui s’y rapportent et de tout ce qu’il a ordonné dans ces domaines. Il en va de même des règles générales de la vie islamique, telles que les activités sociales, économiques et politiques et leurs prescriptions détaillées. Pour certaines de ces questions, le Messager d’Allah (s.a.s.) s’est contenté d’ordonner de préserver la moralité et la bienséance et d’adopter une méthode raisonnable. Pour d’autres, ses indications nous permettent de déterminer quelles méthodes d’action sont conformes à l’islam et lesquelles ne le sont pas. Celui qui souhaite sincèrement imiter le Messager d’Allah (s.a.s.) et qui étudie dans ce but ses hadiths et ses règles de conduite peut facilement savoir dans quelles questions il faut l’imiter exactement, et dans quelles autres il faut seulement dégager de ses hadiths et de sa conduite les principes généraux de moralité, de raison et d’intérêt bénéfique. Mais les gens querelleurs avancent toutes sortes de prétextes à ce sujet. Ils disent : « Le Messager d’Allah (s.a.s.) parlait arabe ; devons-nous donc, nous aussi, parler arabe ? Il a épousé des femmes arabes ; devons-nous donc, nous aussi, épouser des femmes arabes ? Il portait un vêtement d’un certain type ; devons-nous porter le même genre de vêtement ? Il mangeait certains aliments ; devons-nous manger les mêmes aliments ? Il fréquentait les gens, s’asseyait avec eux et se comportait avec eux d’une manière particulière ; devons-nous, nous aussi, faire exactement tout cela de la même manière ? » Il est regrettable qu’ils ne prennent même pas la peine de réfléchir au fait que l’essentiel n’est pas la langue, mais la règle morale de la parole qu’il observait constamment. La question n’est pas de savoir s’il faut épouser une femme arabe ou non arabe ; l’essentiel est de savoir comment nous traiterons la femme que nous épouserons, comment nous établirons ses droits et comment nous exercerons sur elle notre autorité légale et légitime. À cet égard, pour la vie familiale d’un musulman, il ne peut y avoir de meilleur modèle que celui que le Prophète (s.a.s.) a laissé dans son comportement envers ses épouses. Qui a dit que porter exactement le même type de vêtement que le Prophète (s.a.s.) constituait une règle de la charia ? Et qui a ordonné que chaque musulman doive manger exactement les mêmes aliments que lui ? Dans ces domaines, ce qui mérite d’être imité, c’est la crainte pieuse, la pureté, la propreté et la bienséance qu’il observait dans sa manière de manger et de se vêtir. Nous comprenons ainsi comment peut être mise en pratique la brève leçon de conduite que le Coran nous a donnée sur l’équilibre entre l’ascétisme et le matérialisme : éviter d’un côté la prodigalité et le gaspillage, sans de l’autre renoncer inutilement aux choses licites. La même remarque s’applique à tous les autres aspects de la vie individuelle et collective du Prophète (s.a.s.). L’ensemble de cette vie grandiose et bénie constitue un excellent modèle pour la vie d’un musulman véritablement pénétré de la crainte d’Allah. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit à juste titre que(Arabe**********) c’est-à-dire : si vous voulez savoir comment un homme croyant doit vivre dans ce monde conformément à l’enseignement et à l’esprit du Saint Coran, étudiez le mode de vie de Muhammad (s.a.s.). Vous verrez que l’islam, résumé dans le Coran, se trouve exposé dans toute son ampleur dans la vie du Messager d’Allah (s.a.s.).

Le Messager est Messager en tout temps

Il est réconfortant de constater que le troisième groupe ne partage pas les opinions des premier et deuxième groupes. Pourtant, certains hadiths ont fait naître chez ses membres le doute suivant : « Peut-être le Messager d’Allah (s.a.s.) n’était-il pas Messager en toutes circonstances et à tout moment, et chacune de ses paroles et de ses actions n’était-elle pas prononcée et accomplie en tant que Messager. » Les récits qui ont donné naissance à ce malentendu indiquent en réalité autre chose. En vérité, le Prophète (s.a.s.) était à chaque instant et en toute circonstance le Messager d’Allah, et son rôle consistait à garder constamment à l’esprit le but pour lequel il avait été envoyé comme Prophète. Il n’a pas été fait Prophète pour ôter entièrement aux hommes la liberté de penser et d’exprimer leurs opinions, ni pour paralyser leur conscience et leur intelligence. Il n’est pas venu enseigner aux hommes du monde l’agriculture, l’industrie et les métiers, et il n’a pas non plus été envoyé pour diriger leurs activités commerciales et leurs affaires personnelles.

L’attention du Prophète portée au véritable objectif de la mission prophétique

La vie du saint Prophète n’avait qu’un seul objectif : enraciner l’islam, en tant que croyance et conviction, dans l’esprit des hommes et le mettre en pratique dans leur caractère individuel ainsi que dans l’organisation sociale. En dehors de cet objectif fondamental, il ne s’intéressait jamais à aucune autre chose. Et s’il lui arrivait très rarement de dire quelque chose sur un sujet quelconque, il ajoutait aussitôt : « Vous êtes libres dans vos opinions et vos activités. » Il a dit :(Arabe****************) « Vous êtes plus à même de connaître vos affaires mondaines. » Les Compagnons, pour leur part, étaient toujours prêts à obéir de tout cœur au Prophète, considérant chacune de ses paroles comme une parole du Messager, et jugeaient nécessaire de lui obéir et de le suivre en toutes choses. C’est pourquoi, chaque fois que le Prophète disait quelque chose au sujet d’une affaire mondaine, les Compagnons pensaient qu’il s’agissait peut-être aussi d’une directive donnée en tant que Messager. Mais jamais il ne leur est arrivé qu’il leur ordonne quelque chose sans rapport avec l’objectif de sa venue et les contraigne à l’accomplir. Ne jamais, durant les vingt-trois années, être demeuré un seul instant inattentif à son objectif et à sa mission ; être constamment conscient de la distinction subtile entre ce qui relevait de son objectif et ce qui n’en relevait pas ; et, malgré l’autorité et le pouvoir absolus qu’il exerçait sur ses disciples, ne jamais leur donner d’ordre dans des affaires étrangères à sa mission : tout cela prouve que la fonction de Prophète et de Messager ne se séparait jamais de sa personne. Toutefois, il ne faut pas croire que tout ce que le saint Prophète a dit au sujet des affaires mondaines avait pour origine la révélation. Certes, ces propos n’étaient pas des ordres ; il ne les formulait pas non plus sur le ton d’une directive, et personne ne les acceptait comme tels. Néanmoins, toute parole sortie de sa bouche bénie était entièrement exacte et vraie. Ainsi, les hadiths du saint Prophète relatifs à la médecine sont remplis de propos d’une grande sagesse. En les lisant, on est émerveillé de voir comment un homme illettré d’Arabie, qui n’avait jamais été médecin et n’avait effectué aucune recherche en médecine, a pu connaître des faits de cette science qui ne sont confirmés comme vrais qu’aujourd’hui, après des siècles d’expérimentations et d’expériences. On trouve des centaines d’exemples de ce genre dans les paroles savantes du saint Prophète. Bien que ces connaissances ne relèvent pas de la mission apostolique, Allah confère naturellement à Ses messagers des capacités extraordinaires qui ne servent pas uniquement à l’accomplissement de leur mission apostolique, mais témoignent aussi de leur excellence dans tous les domaines. Il est évident que la fabrication des armures ne peut avoir aucun rapport avec la mission apostolique. Pourtant, le saint David (paix sur lui) fit preuve d’une habileté exceptionnelle dans cet art également. Allah a Lui-même dit : « C’est Moi qui lui ai enseigné cet artisanat. »(Arabe**********************) « Je lui ai enseigné l’art de fabriquer les armures afin qu’elles vous protègent les uns des autres contre les attaques. » — (Sourate al-Anbiyâ, 80). Quel rapport l’apprentissage du langage des oiseaux pourrait-il avoir avec l’accomplissement de la mission apostolique ? Pourtant, le saint Salomon (paix sur lui) acquit une grande maîtrise dans ce domaine. Il dit lui-même :(Arabe**********) « On m’a enseigné le langage des oiseaux. » — (Sourate an-Naml, 16). Quel rapport la menuiserie et la construction des bateaux pourraient-elles avoir avec l’accomplissement de la mission apostolique ? Pourtant, Allah ne dit pas au saint Noé (paix sur lui) : « Construis un bateau solide. » Il lui dit plutôt :(Arabe***********) « Construis l’arche sous Nos yeux, conformément à Notre révélation. » — (Sourate Hûd, 37).

Les deux aspects de la vie du Prophète

Cette discussion permet de comprendre que les prophètes ne recevaient pas uniquement des révélations ayant un rapport direct avec l’accomplissement de leur mission apostolique. En réalité, toute leur vie était soumise aux commandements d’Allah. La seule différence est qu’une partie de leur vie est telle qu’il est indispensable, pour être musulman, de l’imiter exactement, tandis qu’une autre partie n’a pas à être imitée à cent pour cent par tous les musulmans, car cette imitation n’est pas obligatoire. Toutefois, celui qui souhaite devenir un serviteur aimé et proche d’Allah n’a d’autre choix que de suivre intégralement la Sunna du Prophète. La moindre défaillance dans ce domaine entraînera une diminution correspondante dans la proximité d’Allah et dans le fait d’être Son serviteur bien-aimé. En effet, il n’existe absolument aucun autre moyen d’être aimé d’Allah que de suivre le Prophète.(Arabe***********) « Suivez-moi, et Allah vous aimera. »

La différence entre la direction du Prophète et les autres formes de direction

La différence entre le leadership du Prophète et celui des autres dirigeants, ainsi que l’écart entre les jugements et décisions du Prophète et ceux des autres juges, est devenue parfaitement claire à la lumière de la discussion précédente. Néanmoins, j’ai cité vers la fin trois versets qui ont rendu la question encore plus claire. Ces quelques versets prouvent que s’incliner devant les instructions d’Allah et du Messager (s.a.s.) et accepter ses décisions est une condition indispensable pour être croyant. Celui qui refusera de le faire ne restera pas croyant. Un autre dirigeant ou juge possède-t-il un tel rang ? Si ce n’est pas le cas, quelle erreur grave que d’affirmer : « Partout où les deux mots “Allah” et “Messager” sont mentionnés ensemble dans le Coran, ils signifient le leadership. » C’est précisément cette déclaration de Mawlana Aslam Jayrajpuri qui me paraît contestable. Je considère cette affirmation comme totalement contraire au Coran. J’admets moi aussi l’obligation d’obéir à l’ulil amr. Après le Messager d’Allah (s.a.s.), obéir à l’ulil amr est un devoir indispensable. Les affaires de l’État islamique que le Messager d’Allah (s.a.s.) réglait de son vivant seront réglées par cet ulil amr, et ses décisions seront irrévocables et définitives dans toutes les affaires de la société et de l’État. Même si quelqu’un comprend, selon ses propres connaissances, que la décision de l’ulil amr est contraire à Allah et au Messager, il devra, tout en restant fermement attaché à son opinion, se conformer à cette décision jusqu’à une certaine limite. Cela ne signifie pas pour autant que ce que le Coran désigne par “Allah et le Messager” soit le leadership, ni que les ordres émis par les dirigeants soient exactement les ordres d’Allah et du Messager. S’il en était ainsi, lorsque les dirigeants et les autorités s’égareraient et que les détenteurs du pouvoir et les responsables commenceraient à agir contrairement au Coran et à la Sunna, les musulmans se retrouveraient sans recours et impuissants. Sachant qu’ils avancent vers une destruction inévitable, ils n’auraient d’autre choix que de suivre leurs pas et de leur obéir. Dans une telle situation, si quelqu’un se dressait contre eux et revendiquait le droit de suivre la voie d’Allah et du Messager, alors, selon la fatwa de Mawlana Aslam Jayrajpuri, les dirigeants injustes et égarés pourraient déclarer ce malheureux rebelle à Dieu et le mettre à mort, sans commettre la moindre faute. Ils pourraient dire : « Hé, pauvre imbécile, Allah et le Messager, c’est nous ! De quel Allah et de quel Messager veux-tu donc nous faire suivre la voie ? »

 

Examen de la vie personnelle du Messager (s.a.s.) et de sa vie prophétique

La traduction arabe de deux de mes articles, intitulés « La conception de l’islam sur la liberté » et « L’obéissance au Messager et son imitation », avait été publiée dans le périodique damascène Al-Muslimun. À cette époque, des lettrés syriens attirèrent mon attention sur le fait qu’une certaine contradiction apparaissait entre les deux articles. Il était nécessaire de dissiper cette contradiction. Un monsieur de Damas souleva dans mon premier article la question suivante :

« Muhammad (s.a.s.), en tant qu’être humain, est-il simplement semblable à n’importe quel homme parmi nous ? En tant qu’être humain, nourrissait-il lui aussi dans son cœur le désir d’étendre sa domination personnelle sur les autres et de les soumettre à son pouvoir et à son autorité personnels ? Si tel était le cas, quel sens pourraient avoir son impeccabilité en tant que Prophète et la protection dont il bénéficiait en tant qu’être humain ? Sa vie humaine antérieure à sa mission prophétique et sa vie prophétique se sont-elles fondues en une seule, ou sont-elles restées distinctes ? Est-il possible de séparer ces deux aspects de sa vie, afin d’obtenir la liberté d’obéir à Muhammad le Prophète et de s’opposer à Muhammad l’homme ? Ce qu’il a dit en tant que Prophète doit certes être observé, tandis que nous aurions le droit de nous opposer à ce qu’il a dit en tant qu’homme. Mais à la lumière de quel principe pouvons-nous tracer une ligne de démarcation entre ces deux sortes de paroles ? N’existe-t-il absolument aucun obstacle à ce que l’on s’oppose à l’opinion personnelle du Prophète ? Muhammad (s.a.s.) donnait-il aux musulmans l’idée qu’il n’était pas nécessaire de lui obéir en tant qu’homme ? Les encourageait-il à être en désaccord avec ses opinions personnelles ? Est-il vrai que, sur la base de ces arguments et de ces preuves, ʿUmar (r.a.) s’opposa au Très-Honoré en tant qu’homme ? »

L’article suivant de ma plume avait précisément été écrit en réponse à ces questions :

On m’a fait remarquer que les deux articles que j’ai publiés dans les sixième, septième et huitième numéros du sixième volume d’Al-Muslimun, sous les titres « La conception de l’islam sur la liberté » et « L’obéissance au Messager et son imitation », contenaient des affirmations contradictoires qu’il fallait concilier. En d’autres termes, le premier article affirmait que la vie personnelle du Prophète et sa vie prophétique étaient distinctes. L’islam appelle à obéir à la vie prophétique, et non à la vie personnelle. Mais, dans le deuxième article, cette distinction entre les deux vies du Prophète était niée, et il y était affirmé avec insistance que la vie du Prophète était une seule et même vie : une vie prophétique. On demandait comment résoudre cette contradiction. En outre, un monsieur de Damas avait soulevé quelques questions au sujet de mon premier article, « La conception de l’islam sur la liberté ». Ces questions furent publiées dans le septième numéro d’Al-Muslimun. Nous les avons citées au début. Les deux questions sont, dans une large mesure, de même nature. C’est pourquoi je réponds aux deux dans le même bref article.

En réalité, le problème comporte deux aspects. Le premier est théorique. Il s’agit d’examiner quelle est la vérité réelle et pure. Le second est pratique. La question à examiner est la suivante : pour recevoir une orientation de la personnalité du Prophète, devons-nous considérer toute sa vie comme prophétique pour nous, et est-il uniquement Prophète ? Ou bien devons-nous le diviser en deux, obéir à sa vie prophétique et écarter le reste ?

Première partie : l’aspect théorique de la discussion

Commençons par examiner l’aspect théorique. Le Noble Coran a affirmé en termes dépourvus d’ambiguïté qu’il existe une différence entre la vie personnelle des prophètes et leur vie prophétique. Ils ne viennent pas transformer les hommes en esclaves à leur propre service ; ils viennent en faire des serviteurs, c’est-à-dire des esclaves d’Allah.

(Arabe***************************à la page 266 du PDF)

« Il ne convient nullement à un être humain auquel Allah aura donné le Livre, le pouvoir de gouverner et la prophétie de dire ensuite aux gens : “Devenez mes serviteurs au lieu d’être les serviteurs d’Allah.” » — (Sourate Âl ʿImrân : 79)

Deux responsabilités leur étaient assignées simultanément. Premièrement, libérer les hommes de la servitude envers tous les êtres humains et toutes les choses autres qu’Allah, y compris de leur propre servitude à eux. Deuxièmement, les placer sous la servitude exclusive d’Allah.

(Arabe***************************à la page 266 du PDF)

« Dis : “Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : nous n’adorerons qu’Allah, nous ne Lui associerons rien et nul parmi nous ne prendra d’autre seigneur qu’Allah.” » — (Âl ʿImrân : 64)

L’ordre d’obéir sans réserve au Messager dans toutes les affaires relatives à l’islam ne lui est pas donné en vertu d’un droit personnel ; il tient uniquement au fait qu’Allah ne fait connaître ce qui Lui plaît et quels sont Ses commandements que par l’intermédiaire du Messager. C’est pourquoi l’obéissance au Messager a été déclarée être l’obéissance même à Allah. Il est dit dans le Coran :

(Arabe***************************à la page 267 du PDF)

« Tout Messager que J’ai envoyé ne l’a été que pour qu’on lui obéisse, avec la permission d’Allah. » — (Sourate An-Nisâ’, 64)

(Arabe***************************à la page 267 du PDF)

« Quiconque obéit au Messager obéit en réalité à Allah. » — (Sourate An-Nisâ’, 80)

Il est également établi par le Coran et de nombreux hadiths que le vénérable Messager d’Allah (ﷺ) n’a jamais exigé une obéissance absolue à une parole ou à un acte qu’il avait énoncé ou accompli selon son propre jugement, et non sur l’ordre d’Allah, telle que celle qu’il exigeait lorsqu’il disait ou faisait quelque chose sur l’ordre d’Allah. J’en ai donné de nombreux exemples dans mon article intitulé « Le point de vue de l’islam sur la liberté ». Le divorce de Zaynab (qu’Allah l’agrée), épouse de Zayd, malgré l’interdiction du Prophète, sans qu’Allah ni Son Messager ne manifestent le moindre mécontentement à ce sujet, en est notamment un exemple éclatant. Il n’est possible de lui donner aucune autre interprétation que celle que j’ai exposée dans cet article. Et au sujet de la pollinisation des dattiers, le Messager d’Allah (ﷺ) a dit en termes parfaitement clairs :

(Arabe***************************à la page 267 du PDF)

« Je ne suis moi-même qu’un être humain. Lorsque je vous donne une instruction concernant l’islam, suivez-la. Mais lorsque je dis quelque chose selon mon propre jugement, souvenez-vous que je ne suis qu’un être humain. J’ai émis une opinion fondée sur une supposition. N’acceptez donc pas ce que je dis sur la base de simples conjectures. En revanche, lorsque je vous transmets quelque chose de la part d’Allah, acceptez-le, car je n’ai jamais dit de mensonge au sujet d’Allah. Vous connaissez mieux que moi les affaires de votre vie terrestre. » — (Muslim)

Telle est la différence de principe. Examinons maintenant son aspect pratique.

Deux : l’aspect concret et pratique

En réalité, la question était extrêmement délicate et complexe. Allah avait envoyé un homme comme Son unique représentant, en lui confiant cette double responsabilité : d’une part, libérer toute l’humanité de la servitude envers toutes les créatures, y compris sa propre personne, et lui enseigner lui-même à exercer cette liberté ; d’autre part, cet homme devait les inciter à obéir sans réserve à Allah, et la source de cette obéissance à Allah devait être sa propre personne en tant que Messager. Ces deux tâches contradictoires devaient être accomplies par la même personne au même moment, et leurs limites étaient si étroitement imbriquées que nul, hormis Allah et Son Messager, ne pouvait en tracer la ligne de démarcation. De plus, leur complexité et leur délicatesse s’accentuent lorsqu’on prend en considération trois éléments. Premièrement, lorsque le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, exhortait les gens à lui obéir sous l’ordre d’Allah, il ne pouvait subsister aucun doute sur le fait qu’il accomplissait précisément sa mission de Messager. Mais lorsqu’il enseignait à ses Compagnons qui lui étaient entièrement dévoués à se libérer de la servitude mentale envers sa propre personne et à exercer leur liberté de pensée et d’opinion, lorsqu’il les encourageait, en sa présence même, à exercer cette liberté de pensée face à son opinion personnelle et leur montrait qu’ils étaient libres dans ce domaine, tandis qu’ils étaient tenus de lui obéir pleinement dans celui-là, il accomplissait également, en réalité, une partie de sa mission de Messager. C’est précisément dans un tel domaine qu’il nous devient difficile de comprendre la différence entre sa vie personnelle et sa vie prophétique, puis d’agir en fonction de cette différence. Ces deux vies sont ici si étroitement imbriquées qu’en pratique, il ne subsiste entre elles qu’une différence théorique. Même lorsqu’il accomplissait un acte en sa qualité personnelle, on le voyait en réalité remplir par cet acte sa mission prophétique.

Deuxièmement, les choses qui semblent être entièrement personnelles, comme manger et boire, l’habillement, le mariage, la vie avec ses épouses et ses enfants, les occupations domestiques, le bain et la propreté, ainsi que la miction et la défécation, etc., ne sont pas non plus des affaires entièrement personnelles dans la vie du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix ; elles comprennent également des enseignements concernant les limites, les prescriptions et les règles de la charia. Il devient donc difficile pour les gens de déterminer, parmi ces actes, où s’achève l’action du Messager Muhammad et où commence celle de Muhammad en tant que personne.

Troisièmement, le Noble Coran nous apprend que la vie prophétique constitue dans son ensemble un modèle, dont chaque aspect est pour nous un flambeau de vérité et de justice. Aucune de ses paroles ni de ses actions n’est le moins du monde souillée par l’incitation des passions, l’égarement ou la confusion. À ce propos, il convient de relever plusieurs paroles du Coran :

(Arabe***************************à la page 268 du PDF)

« Vous avez dans la vie du Messager d’Allah le meilleur des modèles. »

(Arabe***************************à la page 268 du PDF)

« Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé comme témoin pour l’humanité, annonciateur de bonne nouvelle, avertisseur, appelant vers Lui avec la permission d’Allah et lampe lumineuse. »

(Arabe***************************à la page 268 du PDF)

« Votre compagnon ne s’est ni égaré ni fourvoyé. Il ne parle pas sous l’empire de ses désirs ; ce qu’il dit n’est rien d’autre qu’une révélation qui lui est envoyée. » — (Sourate an-Najm : 2-4)

Pour ces raisons, la charia ne nous autorise aucunement à distinguer la vie prophétique du Prophète de sa vie personnelle ; en pratique, une telle distinction est d’ailleurs impossible. Nous ne pouvons pas déterminer nous-mêmes les limites entre ces deux aspects de la vie du Prophète. Nous ne sommes pas en mesure d’affirmer précisément que telle chose relève de sa vie prophétique, tandis que telle autre relève de sa vie personnelle. Nous n’avons donc pas le droit de décider que l’une doit être acceptée obligatoirement et que l’autre peut être acceptée facultativement. Seule une déclaration explicite du Messager d’Allah lui-même, ou un principe établi à la lumière de plusieurs de ses enseignements, peut être retenu comme moyen de déterminer cette distinction.

Quelques exemples significatifs

À l’époque du Messager d’Allah, on trouve des exemples où les Compagnons, avant d’exprimer leur opinion personnelle au sujet d’une de ses paroles ou de ses actions, lui demandaient si cette parole ou cette action reposait sur un ordre d’Allah ou sur son opinion personnelle. Lorsqu’ils apprenaient qu’il s’agissait de son opinion personnelle, ils présentaient alors leur propre avis. Pendant la bataille de Badr, Khabbab ibn al-Mundhir lui demanda, avant d’exprimer son opinion, si le choix de l’emplacement avait été fait sur la base d’une révélation ou s’il relevait simplement d’une stratégie militaire. En effet, s’il avait été fondé sur une révélation, il ne nous aurait pas été permis de le modifier, ne serait-ce que d’un pas en avant ou en arrière. Lors de la bataille du Fossé, Sa‘d ibn Mu‘adh, avant d’exprimer son opinion au sujet de la décision de conclure une trêve avec la tribu de Ghatafan, demanda : « Ô Messager d’Allah ! Cette décision a-t-elle été prise sur la base d’une révélation — auquel cas nous n’avons pas à en discuter — ou bien souhaitez-vous agir ainsi de votre propre initiative ? »

Il arrivait parfois que le Messager d’Allah lui-même précise que ce qu’il avait dit à propos d’une question donnée ne l’avait pas été sur l’ordre d’Allah et qu’il ne l’avait pas établi comme une règle de l’islam, mais qu’il n’avait fait qu’exprimer son opinion personnelle. L’explication qu’il avait donnée au sujet de la pollinisation des palmiers, déjà mentionnée précédemment, en est un exemple.

Il arrivait parfois que la nature même de l’instruction permette de comprendre qu’il l’avait donnée sur le plan personnel. Ainsi, il dit à Zayd :(Arabe**********) « Ne répudie pas ton épouse. Crains Allah. » Il était clairement compris que cette instruction n’était pas une prescription juridique du Prophète adressée à un croyant, mais le conseil du chef de famille à un membre plus jeune de sa famille. C’est pourquoi Zayd répudia Zaynab malgré l’instruction du Prophète. Puisqu’Allah et Son Messager ne manifestèrent aucun mécontentement à ce sujet, il apparaît que Zayd avait correctement compris à quel niveau se situait l’instruction du Prophète.

Comment déterminer le statut prophétique aux époques ultérieures

De nombreux exemples de ce genre peuvent être observés dans la vie du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. En outre, dans bien d’autres domaines, cette distinction peut encore être établie à la lumière des principes de la charia. Prenons, par exemple, la question des vêtements et de la nourriture du Prophète. D’un côté, le type particulier de mesures et de coupe des vêtements qu’il portait était courant dans l’Arabie de son époque, et il choisissait ces vêtements selon ses goûts personnels. De même, les aliments qu’il consommait étaient habituellement préparés dans les foyers arabes de son temps et correspondaient à ses goûts. D’un autre côté, par ses paroles et ses actes dans le domaine de l’alimentation et de l’habillement, il enseignait les usages et les règles islamiques qui s’y rapportent. Nous savons, par les principes enseignés par le Prophète lui-même, que le premier aspect relève de sa vie personnelle et que le second relève de sa vie prophétique. En effet, la charia qu’il avait été chargé par Allah d’enseigner n’a pas inclus dans son domaine cette question de la vie humaine : quel type de coupe les gens doivent donner à leurs vêtements et de quelle manière ils doivent préparer leur nourriture. En revanche, la charia inclut bien dans son domaine la détermination des limites du licite et de l’illicite, du permis et de l’interdit en matière de vêtements et de nourriture, ainsi que l’enseignement d’une politesse et de convenances conformes au caractère, à la civilisation et à la culture des croyants.

Nous pouvons connaître cette distinction soit par une déclaration explicite du Prophète, soit à partir des principes de la charia qu’il a enseignés ; dans les deux cas, l’enseignement du Prophète est la source de cette connaissance. Par conséquent, même pour déterminer les actes relevant de la vie personnelle du Prophète, nous devons nous en remettre à la vie prophétique. Et nous n’avons aucune possibilité d’établir un contact direct avec la vie personnelle en faisant abstraction de la vie prophétique. Dans mon article intitulé « L’obéissance et l’imitation du Messager », j’ai précisément mis en garde les négateurs des hadiths contre cette question. Leur erreur fondamentale est la suivante : de leur propre initiative, ils établissent une distinction entre Muhammad ibn Abdallah en tant que Messager et Muhammad ibn Abdallah en tant qu’être humain, puis tracent une frontière entre les actes relevant de l’un et de l’autre. Ensuite, ils s’affranchissent eux-mêmes de la partie de la vie prophétique qu’ils ont choisie. Pourtant, quelle que soit la différence qui existe réellement entre la vie personnelle du Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et sa vie prophétique, elle ne concerne qu’Allah et le Messager d’Allah. Cette distinction ne nous a été communiquée que pour que, tombant dans la confusion doctrinale, nous ne finissions pas par considérer Muhammad, fils d’Abdallah, comme celui à qui revient l’obéissance véritable. Mais, pour la communauté, il n’a en pratique qu’un seul statut : celui de Messager. Même la liberté dont nous disposerions éventuellement concernant l’obéissance à Muhammad en tant qu’être humain nous a été accordée par le Messager Muhammad. C’est le Messager Muhammad qui a fixé les limites de cette liberté et qui nous enseigne également comment l’exercer.

Après avoir lu mes deux articles à la lumière de cette explication et de cette analyse, il ne devrait plus subsister aucun risque de malentendu.

 

La fonction et les responsabilités de la prophétie selon le Coran

–[Cet article avait été écrit afin de réfuter les diverses questions, objections et doutes des négateurs des hadiths. – Le compilateur]

Les fonctions du Messager sont de quatre sortes

En quatre passages du Saint Coran, les responsabilités du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) sont exposées comme suit :

 

(Arabe***************************À la page 271 du PDF)

« Et souvenez-vous du moment où Abraham et Ismaël élevaient les fondations de cette Maison (la Kaaba)……………….(alors ils invoquèrent 🙂 Ô notre Seigneur ! Envoie à ces gens un Messager issu d’eux-mêmes, qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la sagesse, et les purifiera. » (sourate Al-Baqara : 127-129)

(Arabe***************************à la page 271 du PDF)

« De même, Nous avons envoyé parmi vous un Messager issu de vous-mêmes, qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse, et vous enseigne bien d’autres choses que vous ne saviez pas. » — (Sourate Al-Baqara : 151)

(Arabe***************************à la page 271 du PDF)

« Allah a certes accordé une immense grâce aux croyants lorsqu’Il a envoyé parmi eux un Messager issu d’eux-mêmes, qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse. » — (Sourate Âl-Imran : 164)

(Arabe***************************à la page 271 du PDF)

« C’est Lui Allah qui a envoyé parmi les illettrés un Messager issu d’eux-mêmes, qui leur récite les versets d’Allah, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse. » — (Sourate Al-Jumu‘a : 2)

Ce qui est répété à maintes reprises dans ces versets, c’est qu’Allah n’a pas envoyé Son Messager uniquement pour leur réciter les versets du Coran ; Il l’a envoyé avec trois autres objectifs.

Premièrement, il enseignera le Livre aux hommes.

Deuxièmement, il enseignera la manière et la méthode d’agir conformément aux exigences dudit Livre.

Troisièmement, il purifiera les structures individuelles et sociales. Autrement dit, par sa propre formation, il éliminera leurs défauts individuels et collectifs, afin de faire naître en eux d’excellentes qualités et de permettre l’édification d’un ordre social parfait.

Il est évident qu’après avoir récité les versets du Coran, l’enseignement du Livre et de la sagesse constituait une tâche supplémentaire. Sinon, il aurait été inutile de la mentionner séparément. De même, les méthodes qu’il employait pour former les individus et la société constituaient également une tâche supplémentaire à la récitation du Coran. Sinon, il n’aurait aucun sens de mentionner séparément l’œuvre de formation. La question est maintenant de savoir si les deux responsabilités qu’il avait reçues, en tant qu’enseignant et formateur, en dehors de la simple récitation du Coran, les avait-il assumées de sa propre initiative, ou bien Allah l’avait-Il désigné pour ces deux responsabilités ? Après cette déclaration claire et dépourvue d’ambiguïté du Saint Coran, comment celui qui a foi en ce Livre peut-il avoir l’audace de dire que ces deux responsabilités ne faisaient pas partie de sa mission prophétique et que les actes qu’il accomplissait dans le cadre de ces responsabilités, il ne les accomplissait pas en qualité de Messager, mais à titre personnel ? Si une telle audace n’est pas possible, alors le fait de ne pas reconnaître comme un mandat obtenu d’Allah et faisant foi l’œuvre supplémentaire que le Prophète (s.a.w.) accomplit, après avoir simplement récité les paroles du Coran, pour enseigner le Livre et la sagesse, ainsi que l’œuvre de formation des individus et de la société qu’il acheva par ses paroles et ses actes, ne revient-il pas à nier la mission prophétique elle-même ?

Le rôle du Messager en tant qu’interprète du Livre d’Allah

Dans la sourate An-Nahl, Allah a dit :

(Arabe***************************à la page 272 du PDF)

« Ô Prophète ! Nous avons fait descendre sur toi ce Livre afin que tu expliques et exposes aux hommes l’enseignement qui leur a été révélé. » — (verset 44)

Ce verset montre clairement que l’explication et l’interprétation des prescriptions et des conseils qu’Allah a donnés dans le Coran faisaient également partie de la responsabilité du Prophète. Même une personne ordinaire douée de bon sens peut au moins comprendre qu’il ne suffit pas de lire un livre à quelqu’un pour en achever l’explication ; l’interprète doit au contraire exposer davantage que les paroles mêmes du livre, afin que l’auditeur en saisisse pleinement le sens. Si un passage du livre se rapporte à une question pratique, l’interprète montre, par une démonstration pratique, que l’auteur approuve que l’on agisse de cette manière. Sinon, si quelqu’un demande le sens et l’explication du contenu d’un Livre et qu’on se contente de lui en réciter les propres paroles, même un enfant n’acceptera pas cela comme une explication. La question qui se pose maintenant est la suivante : conformément au sens de ce verset, le Prophète (s.a.w.) était-il, en tant que personne, l’interprète du Coran, ou bien avait-il été désigné comme tel ? Allah dit ici que le but de la révélation du Coran au Messager est que celui-ci en expose le sens par ses paroles et ses actes. Dès lors, comment est-il possible de dissocier et de séparer de l’ensemble de sa mission prophétique la responsabilité d’expliquer le Coran qui lui avait été confiée ? Et comment peut-on, après avoir accepté le Coran qu’il a apporté, nier l’explication qu’il en a donnée ? Cela ne reviendrait-il pas à nier la mission prophétique elle-même ?

En vérité, ce verset constitue une preuve irréfutable contre ceux qui, à l’époque, niaient la prophétie de Muhammad (ﷺ) en affirmant que le Livre d’Allah ne pouvait être transmis par l’intermédiaire d’un être humain ; de même, il constitue aujourd’hui une preuve irréfutable contre ceux qui nient les hadiths et préconisent de n’accepter que le Coran, sans l’explication ni l’interprétation du Prophète. À ce sujet, ils avancent généralement quatre arguments. Tantôt ils disent que le Prophète n’a fourni aucune explication ni interprétation, mais s’est contenté de transmettre le Livre d’Allah. Tantôt ils disent que seul le Livre d’Allah doit être suivi et que l’explication et l’interprétation du Prophète sont superflues. Tantôt encore ils disent qu’à présent, seul le Livre d’Allah existe dans un état fiable, tandis que l’explication et l’interprétation du Prophète n’existent pas du tout ou, si elles existent, ne sont pas fiables. Ces quatre opinions sont toutes en contradiction avec le verset coranique précité. En particulier, la première revient à dire que le Prophète a fait échouer précisément l’objectif pour lequel le Livre d’Allah lui avait été transmis, plutôt que de l’être par l’intermédiaire des anges ou directement entre les mains des hommes. Quant à la quatrième opinion, elle ne constitue rien d’autre qu’une déclaration de négation à la fois du Coran et de la prophétie de Muhammad (ﷺ). Ceux qui proclament une telle opinion n’ont alors d’autre choix que d’emprunter la voie de ceux qui revendiquent une nouvelle prophétie et une nouvelle révélation. En effet, dans ce verset, Allah considère l’explication et l’interprétation du Prophète comme indispensables à l’accomplissement de l’objectif de la prophétie ; Il y déclare également que la nécessité et la pertinence de la prophétie du Prophète ne peuvent être démontrées que par l’explication du Livre d’Allah. Si l’on tient pour exacte l’affirmation des négateurs des hadiths selon laquelle les explications et interprétations données par le Prophète n’existent plus dans le monde, deux conclusions deviennent inévitables. Premièrement, il faudrait considérer que la prophétie muhammadienne, en tant que modèle à imiter, a disparu (qu’Allah nous en préserve), et admettre que notre relation avec le Prophète Muhammad est analogue à celle que nous entretenons avec les prophètes antérieurs, tels que Hud, Salih et Shu‘ayb. Nous devons croire aux prophètes antérieurs et reconnaître la véracité de leur appel, mais, puisque nous ne possédons aucun modèle à imiter venant d’eux, nous ne pouvons ni ne sommes tenus de les imiter. Une fois parvenu à cette conclusion, le besoin d’un nouveau prophète devient une chose naturelle et évidente. Après cela, seul un insensé pourrait s’obstiner à défendre le sceau de la prophétie.

Deuxièmement, si le Coran, sans l’explication du Prophète, n’est pas à lui seul suffisant pour guider, selon le jugement même d’Allah, alors les prétendus adeptes du Coran peuvent bien le proclamer à grand renfort de paroles : cette affirmation ne saurait être acceptée. Si la demande du plaignant est d’une nature et le témoignage du témoin d’une autre, aucun des deux ne peut être établi. Il faut donc conclure que le Coran lui-même apporte la preuve de la nécessité d’un nouveau Livre. Que la malédiction d’Allah soit sur ceux qui diffusent de telles opinions destructrices de la foi. En réalité, en rejetant ainsi les hadiths, ils tentent de ruiner l’islam lui-même.

Le Messager en tant que dirigeant et modèle à suivre

Dans la sourate Al ‘Imran, Allah dit :

(Arabe***************************à la page 274 du PDF)

« Dis : “Ô Prophète ! Si vous aimez Allah, alors suivez-moi ; Allah vous aimera. … Et dis encore : “Obéissez à Allah et au Messager.” S’ils se détournent, sachez qu’Allah n’aime pas les mécréants. » — (Sourate Al ‘Imran : 31-32)

Dans la sourate Al-Ahzab, Il dit :

(Arabe***************************à la page 274 du PDF)

« Vous avez certes dans le Messager d’Allah un excellent modèle, pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier. » — (verset 21)

Dans ces deux versets, Allah Très-Haut Lui-même établit Son Messager (paix et bénédictions sur lui) au poste de dirigeant. Il ordonne de lui obéir et proclame que sa vie doit être prise pour modèle. Il fait clairement savoir que, si vous n’obéissez pas au Messager, vous ne devez espérer aucun bienfait de Ma part. Sans cette obéissance, vous ne pouvez obtenir Mon amour. Se détourner de l’obéissance est de la mécréance. La question qui se pose maintenant est la suivante : le prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) s’était-il lui-même proclamé chef des hommes, les musulmans l’avaient-ils élu, ou Allah l’avait-Il nommé ? Dans le langage du Coran, il est clairement proclamé dirigeant nommé et désigné par Allah. Dans ces conditions, comment pourrait-on refuser de lui obéir et de le prendre pour modèle ? Si quelqu’un répond que l’obéissance au Messager signifie l’obéissance au Coran, on ne peut appeler cela que du délire ; car, si tel était le sens, on aurait dit «Arabe*********) — au lieu de «Arabe***********) suivez le Coran ». Dans ce cas, il n’aurait eu aucun sens de qualifier la vie du Messager d’« excellent modèle ».

Le rôle du Messager en tant que législateur

En mentionnant le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) dans la sourate Al-A‘râf, Allah Très-Haut a dit :

(Arabe***************************page 275 du PDF)

« Il leur ordonne ce qui est convenable, leur interdit ce qui est blâmable, leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises et les décharge des fardeaux et des jougs qui pesaient auparavant sur eux. » — (sourate Al-A‘râf : 157)

Ce verset montre clairement qu’Allah Très-Haut a accordé au noble Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) le pouvoir législatif (Legislative Powers). La liste des prescriptions divines ne s’achève pas avec les seules choses licites et illicites, ni avec les bonnes et les mauvaises actions mentionnées dans le Coran ; ce que le Prophète a ordonné ou interdit fait également partie de la loi d’Allah. En effet, c’est en exerçant le pouvoir qu’Allah lui a accordé que le Prophète a établi ces prescriptions. On trouve une déclaration tout aussi explicite dans la sourate Al-Hashr :

(Arabe***************************page 275 du PDF)

« Ce que le Messager vous donne, acceptez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en ; et craignez Allah. Allah est dur en châtiment. » – (verset : 7)

Aucun de ces deux versets ne peut être interprété comme faisant simplement référence aux prescriptions et interdictions contenues dans le Coran. Il serait plus juste d’y voir non pas une interprétation, mais une tentative déplacée de corriger, voire de modifier, les versets d’Allah. En effet, Allah mentionne ici explicitement comme relevant de la mission du Messager — et non de celle du Coran — le fait d’ordonner le bien, d’interdire le mal et de déterminer ce qui est halal et ce qui est haram. Quelqu’un voudrait-il donc prétendre qu’Allah s’est trompé et qu’au lieu du Coran, Il a par erreur mentionné le nom du Messager ? — (À Dieu ne plaise.)

Le rôle du Messager (s.a.s.) en tant que juge

Allah le Très-Haut a mentionné à plusieurs endroits du Coran qu’Il avait nommé le Messager d’Allah (s.a.s.) juge. Voici, à titre d’exemple, quelques versets remarquables :

(Arabe***************************page 275 du PDF)

« Ô Prophète ! Nous avons fait descendre vers toi le Livre en toute vérité, afin que tu puisses juger entre les gens à la lumière de la preuve qu’Allah t’a montrée. » – (sourate An-Nisâ’ : 105)

(Arabe***************************page 276 du PDF)

« Dis : “J’ai cru au Livre qu’Allah a fait descendre, et il m’a été ordonné de juger équitablement entre vous.” » – (sourate Ach-Chourâ : 15)

(Arabe***************************à la page 276 du PDF)

« Lorsque les croyants sont appelés vers Allah et Son Messager afin qu’il arbitre entre eux, ils disent : “Nous avons entendu et nous avons obéi.” » – (sourate An-Nûr : 51)

(Arabe***************************à la page 276 du PDF)

« Et lorsqu’on leur dit : “Venez vers le Livre qu’Allah a révélé et vers le Messager”, tu vois alors les hypocrites s’éloigner de toi. » – (sourate An-Nisâ’ : 61)

(Arabe***************************à la page 276 du PDF)

« Mais non ! Par ton Seigneur ! Ils ne seront pas croyants tant qu’ils ne t’auront pas pris pour arbitre dans leurs différends, qu’ils n’éprouveront dans leur for intérieur aucune gêne à l’égard de ta décision et qu’ils ne s’y soumettront pas pleinement. » – (sourate An-Nisâ’ : 65)

Ces versets déclarent clairement que le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) n’était ni un juge autoproclamé ni un juge choisi par les musulmans. Il était un juge nommé par Allah. Le troisième verset nous apprend que sa fonction de juge n’était pas distincte ni séparée de sa mission de Messager. En tant que Messager, il était également juge. C’est pourquoi la foi d’un croyant dans la mission prophétique ne peut être correcte tant qu’il n’accepte pas aussi son obéissance au Messager en tant que juge. Dans le quatrième verset (Arabe**********) le Coran et le Messager sont mentionnés séparément, ce qui établit clairement qu’il existe deux sources éternelles de jugement pour prendre des décisions : l’une est le Coran du point de vue de la loi, et l’autre est le Messager en tant que juge. Désobéir à l’une ou l’autre de ces deux sources est l’acte d’un hypocrite, non celui d’un croyant. Le dernier verset affirme de manière catégorique et sans ambiguïté que celui qui n’accepte pas le Messager comme juge n’est pas croyant. Même si quelqu’un éprouve la moindre hésitation ou réticence à accepter la décision du Messager, sa foi est alors anéantie. Après ces déclarations explicites du Coran, personne ne peut prétendre que le prophète Muhammad (paix et salut sur lui) était certes juge, mais non en tant que Messager, et qu’il était simplement un juge ou un magistrat semblable aux juges et magistrats ordinaires. De même que les décisions des juges et magistrats ordinaires ne constituent pas des sources de la loi, les jugements et arbitrages du Prophète ne constitueraient pas non plus une source de la loi. En effet, aucun magistrat ordinaire de ce monde ne possède une dignité telle que le fait de ne pas respecter son jugement, de le critiquer ou d’hésiter à l’accepter puisse faire craindre de perdre la foi.

Le rôle du Messager en tant que dirigeant et chef d’État

Le Coran a maintes fois clairement affirmé que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) était le dirigeant et le chef d’État désigné par Allah, et que cette dignité lui avait également été conférée en tant que Messager.

(Arabe***************************à la page 277 du PDF)

« Je n’ai envoyé aucun Messager si ce n’est pour qu’il soit suivi, avec la permission d’Allah (Sanction). » – (Sourate An-Nisâ’ : 64)

(Arabe***************************à la page 277 du PDF)

« Celui qui obéit au Messager obéit à Allah Lui-même. » – (Sourate An-Nisâ’ : 80)

(Arabe***************************à la page 277 du PDF)

« (Ô Prophète !) Certes, ceux qui prêtent serment d’allégeance auprès de toi prêtent serment d’allégeance à Allah Lui-même. » – (Sourate Al-Fath : 10)

(Arabe***************************à la page 277 du PDF)

« Ô vous qui avez cru, obéissez à Allah et obéissez au Messager, et ne rendez pas vaines vos bonnes œuvres. » — (sourate Muhammad : 33)

(Arabe***************************à la page 277 du PDF)

« Il n’appartient à aucun croyant ni à aucune croyante, lorsqu’Allah et Son Messager ont tranché une affaire, de prétendre encore décider de cette affaire de leur propre chef. Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager s’égare manifestement. »

(Arabe***************************à la page 277 du PDF)

« Ô vous qui avez cru, obéissez à Allah et obéissez au Messager ! Et obéissez à ceux qui détiennent l’autorité parmi vous. Puis, si vous divergez au sujet de quelque chose, référez-vous à ce qu’Allah et le Messager en ont dit, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. » — (sourate An-Nisâ’ : 59)

Ces versets montrent clairement que le Messager n’est ni le souverain autoproclamé de l’État qu’il a établi, ni un chef d’État élu par le peuple ; il est au contraire le chef d’État désigné par Allah. La direction de son État n’est nullement une chose distincte ou séparée de la dignité et de la responsabilité de sa mission prophétique. Être Son Messager signifie précisément être un souverain auquel il faut obéir et que l’on doit suivre en toutes choses. Lui obéir, c’est obéir à Allah Lui-même. Prêter serment d’allégeance à lui (bay‘a), c’est prêter serment d’allégeance à Allah Lui-même. Lui désobéir, c’est désobéir à Allah Lui-même ; et la conséquence en est qu’aucune bonne action de l’être humain ne sera agréée par Allah. Quant aux affaires sur lesquelles le Messager a statué, les croyants — ce qui inclut l’ensemble de la communauté, ses dirigeants ainsi que la « direction centrale » — n’ont pas le droit de prendre de leur propre initiative une quelconque décision.

Enfin, le verset expose cette affirmation avec encore plus de clarté et de manière irréfutable. Dans ce verset, trois ordres d’obéissance sont donnés successivement :

En premier lieu, l’obéissance à Allah.

Puis, l’obéissance au Messager.

En troisième lieu, l’obéissance aux ulul amr (que ceux qui rejettent les hadiths désignent par l’expression « direction centrale »).

La première chose que l’on apprend de cela est que le Messager ne fait pas partie des ulul amr ; sa position est au contraire distincte de la leur et supérieure à la leur. Après Allah, il occupe le deuxième rang. Deuxièmement, il est permis d’être en désaccord avec les ulul amr, c’est-à-dire les responsables et les détenteurs de l’autorité. Mais il n’est pas permis d’être en désaccord avec le Messager. Troisièmement, pour régler un désaccord, il faut recourir à deux sources reconnues. La première est Allah, et la seconde, immédiatement après, est le Messager d’Allah. Si Allah seul avait été cette source de règlement, la mention du Prophète n’aurait eu aucun sens. Recourir à Allah signifie ici, du vivant du Messager, se présenter directement devant lui. Après la mort du Messager, cela signifie recourir à sa sunna ou à ses hadiths.

Même en examinant la question plus attentivement, on comprendra que, du vivant même du Messager, la plupart des problèmes étaient résolus en se fondant sur les hadiths ou la sunna du Messager. Vers la fin de l’époque du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), la domination islamique s’étendit à toute la péninsule Arabique. Dans un pays aussi vaste, d’une superficie de un à un million deux cent mille miles carrés, il était absolument impossible de recevoir directement du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) le jugement et le règlement de chaque affaire. C’est pourquoi, inévitablement, dans le gouvernement islamique de cette époque, la seule autre source de droit, après le Coran, à laquelle les gouverneurs, les juges et les autres administrateurs devaient recourir pour rendre leurs jugements et régler les affaires n’était autre que la sunna ou les hadiths du Messager.

La procédure judiciaire à l’époque du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui)

Du vivant du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), lorsqu’on lui soumettait directement des problèmes, il les tranchait lui-même en exposant quelle était la volonté d’Allah et du Messager à leur sujet. Mais tous les problèmes auxquels étaient confrontés les habitants relevant de l’État islamique ne lui étaient ni présentés, ni directement résolus par lui. À la place, il nommait dans les différentes régions du pays des personnes qui enseignaient la religion au peuple, et les gens s’adressaient à elles dans leurs affaires quotidiennes pour savoir quelles instructions le Livre d’Allah donnait et quels enseignements le Messager d’Allah avait dispensés. En outre, dans chaque région étaient nommés un émir, des fonctionnaires et des juges, qui tranchaient eux-mêmes les questions relevant de leurs domaines respectifs. La méthode que le Prophète lui-même préférait pour atteindre l’objectif (Arabe************)– était exposée dans le hadith célèbre de Hazrat Mu‘adh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée) :

(Arabe***************************à la page 279 du PDF)

« Lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) nomma Mu‘adh ibn Jabal juge et l’envoya au Yémen, il lui demanda : “Comment rendras-tu tes jugements ?” Il répondit : “Je suivrai les directives contenues dans le Livre d’Allah.” Le Prophète demanda alors : “Et si tu ne trouves pas cela dans le Livre d’Allah ?” Mu‘adh (qu’Allah l’agrée) répondit : “Alors, selon la sunna du Messager.” Le Prophète demanda de nouveau : “Et si tu ne le trouves pas non plus dans la sunna du Messager ?” Il répondit : “Je m’efforcerai de parvenir à la bonne décision en exerçant mon propre discernement et en pratiquant l’ijtihad.” Le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit alors : “Louange à Allah, qui a donné au représentant du Messager la capacité d’adopter la méthode choisie par le Messager.” » — (Tirmidhi, Abou Dawoud)

La place du Messager dans les principes constitutionnels du système de vie islamique

(Arabe***************************à la page 279 du PDF)

« Ô vous qui croyez ! Obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux qui détiennent l’autorité parmi vous. Puis, si vous vous disputez à propos de quelque chose, référez-vous-en à Allah et au Messager, si vous croyez véritablement en Allah et au Jour dernier. C’est la meilleure voie et l’issue la plus heureuse. » — (sourate An-Nisâ’, 59)

Ce verset constitue le fondement de l’ensemble du système religieux, social et politique de l’islam, ainsi que la première disposition de la constitution de l’État islamique. Les principes fondamentaux suivants y sont inscrits de manière permanente :

Premièrement : dans la loi islamique, l’obéissance première est réservée à Allah Très-Haut. Un musulman est avant tout le serviteur d’Allah ; tout le reste vient après. Dans la vie personnelle de chaque musulman comme dans l’organisation sociale, le centre et le but uniques sont l’accomplissement des commandements d’Allah et l’obéissance à Lui. Toute autre obéissance n’est possible que si elle n’entre pas en conflit avec l’obéissance à Dieu, mais lui est au contraire soumise. Sinon, face à l’obéissance première et fondamentale, tous ceux qui revendiquent une autre obéissance doivent être rejetés. C’est précisément ce que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :(Arabe*************) « Il n’est pas permis d’obéir à la créature en désobéissant au Créateur. »

Deuxièmement : le deuxième principe fondamental de la loi islamique est l’obéissance au Messager. Ce n’est pas une obéissance distincte, mais la seule forme concrète et effective de l’obéissance à Allah. Le Messager doit être suivi parce qu’il est le seul intermédiaire fidèle et digne de confiance par lequel les commandements d’Allah nous sont transmis. Ainsi, l’obéissance au Messager est l’unique moyen et la seule voie de l’obéissance à Allah. De même que l’obéissance à Allah n’est pas acceptable par un moyen non approuvé par le Messager, nier l’obéissance au Messager revient à se rebeller contre Dieu. Pour clarifier davantage cette affirmation, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

(Arabe***************************à la page 280 du PDF)

« Quiconque m’obéit obéit à Allah, et quiconque me désobéit désobéit à Allah. Le Coran énonce également cette vérité de manière explicite, comme nous le verrons plus loin. »

Troisièmement : après les deux sortes d’obéissance susmentionnées, la troisième obéissance indispensable aux musulmans est celle due aux ulul amr, qui doivent être issus des musulmans eux-mêmes. En réalité, cette obéissance dépend des deux obéissances précédentes ; elle n’en est pas distincte. Le Coran les désigne sous le nom d’« ulul amr ». Parmi eux se trouvent ceux qui dirigeront tous les aspects de la vie collective des musulmans. Ils peuvent être des savants exerçant un leadership dans les domaines spirituel et intellectuel, des dirigeants politiques, des administrateurs, des juges, ou encore des chefs et notables de quartiers et de bidonvilles assumant un rôle de direction dans les affaires culturelles et sociales. En somme, quiconque aura, à quelque titre que ce soit, le droit de donner des ordres aux musulmans aura également, à ce titre, le droit de recevoir leur obéissance. Il ne serait pas juste de provoquer le désordre dans la vie sociale des musulmans en s’opposant à lui. Toutefois, une condition s’impose : il doit être musulman et obéir à Allah et au Messager ; ces deux conditions sont indispensables pour lui obéir. Cette condition est exposée dans le verset susmentionné et expliquée en détail dans les hadiths. Les hadiths suivants méritent une attention particulière :

(Arabe***************************à la page 281 du PDF)

« Il est indispensable aux musulmans d’obéir aux ulul amr, que cela leur plaise ou non, à condition qu’il ne leur soit pas ordonné de commettre un péché. Mais si l’on leur ordonne de commettre un péché, il ne faut en aucun cas obéir. »

(Arabe***************************à la page 281 du PDF)

« Il n’est permis d’obéir à personne dans ce qui constitue une désobéissance à Allah et au Messager ; l’obéissance ne doit être accordée que dans le bien. » — (Al-Bukhari et Muslim)

(Arabe***************************à la page 281 du PDF)

« Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : certains de vos dirigeants accompliront des actes bons et d’autres mauvais. Celui qui désapprouvera leurs mauvaises actions sera innocenté, et celui qui les réprouvera sera également épargné. Mais celui qui les approuvera et commencera à les suivre n’aura aucun salut. Les Compagnons demandèrent : devons-nous combattre ces dirigeants ? Le Prophète répondit : ne les combattez pas tant qu’ils maintiennent la prière. » — (Muslim)

Autrement dit, s’ils abandonnent la prière, il faut comprendre qu’ils ont abandonné l’obéissance à Allah et au Messager. Dans ce cas, il sera permis de lutter contre eux.

(Arabe***************************à la page 281 du PDF)

« Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : “Vos pires dirigeants seront ceux envers lesquels vous serez en colère et qui seront eux-mêmes en colère contre vous. Vous les maudirez et ils vous maudiront.” Les Compagnons demandèrent : “Ô Messager d’Allah ! Lorsque nous nous trouverons dans une telle situation, ne devons-nous pas les combattre ?” Il répondit : “Non, tant qu’ils maintiennent la prière parmi vous.” » — (Muslim)

Ce hadith a rendu la condition mentionnée plus haut encore plus stricte. Le hadith précédent pouvait laisser penser que les dirigeants ne pouvaient être combattus aussi longtemps qu’ils observaient la prière uniquement dans leur vie personnelle. Mais ce hadith nous apprend que prier signifie en réalité instaurer la prière dans la vie collective des musulmans. Autrement dit, il ne suffit pas qu’ils prient eux-mêmes ; il est également indispensable que leur gouvernement instaure la prière. On pourra ainsi comprendre que leur gouvernement est au moins, dans son principe, un gouvernement islamique. Dans le cas contraire, il faudra considérer que ce gouvernement s’est écarté de l’islam et qu’il devient licite pour les musulmans d’entreprendre une lutte afin de le destituer. À ce propos, une autre tradition rapporte que l’un des engagements que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) nous avait fait prendre était le suivant :

(Arabe***************************à la page 282 du PDF)

C’est-à-dire : « Si nous ne combattons pas nos dirigeants et nos gouvernants, mais que nous constatons dans leurs actes une mécréance manifeste, nous disposerons alors d’arguments et de preuves à présenter devant Dieu pour justifier notre combat contre eux. » (Al-Bukhari, Muslim)

Quatrièmement : Le verset étudié a établi comme principe éternel et irréfutable que, dans le système étatique islamique, le commandement d’Allah et les hadiths du Messager, c’est-à-dire la méthode et la voie (le Coran et la Sunna), constituent la source fondamentale de la loi (autorité finale). Tout différend qui surgirait entre les musulmans, ou entre les gouvernants et les gouvernés, doit être tranché à la lumière du Coran et de la Sunna, et tous doivent accepter cette décision humblement et sans objection. Reconnaître ainsi le Livre d’Allah et la Sunna du Messager comme la source ultime et définitive, le fondement et la référence suprêmes de toute décision dans tous les problèmes de la vie constitue la caractéristique essentielle du système islamique qui le distingue des systèmes non islamiques et rebelles à Dieu. Tout système dépourvu de cette caractéristique est sans aucun doute un système non islamique. À ce sujet, certains demandent : comment peut-on accepter le Livre d’Allah et la Sunna du Messager d’Allah comme l’unique source et référence pour résoudre tous les problèmes de la vie ? Le Coran et les hadiths ne contiennent pourtant aucune réglementation concernant les municipalités, les chemins de fer, les bureaux de poste, etc. En réalité, ce genre de question naît de l’incapacité à comprendre les principes fondamentaux de l’islam. La différence entre le musulman et le mécréant est que le mécréant veut une liberté absolue et sans limites. Quant au musulman, après avoir reconnu qu’il est par essence le serviteur d’Allah et Son esclave obéissant, il ne jouit de la liberté que dans les domaines où Allah la lui a accordée. Le mécréant prend ses décisions dans toutes ses affaires conformément aux lois et règlements qu’il a lui-même établis ; il ne ressent nullement le besoin d’une référence ou d’une source accordée par Dieu. Le musulman, en revanche, cherche d’abord, dans chacune de ses actions, à connaître la règle d’Allah et de Son Messager. S’il trouve une directive concernant la question en cause, il l’accepte et agit conformément à celle-ci. S’il n’en trouve aucune, ce n’est que dans ce domaine qu’il prend lui-même librement une décision. Le fait qu’Allah et Son Messager n’aient donné aucune directive sur une question donnée prouve précisément que la liberté d’exprimer son opinion et de prendre une décision lui a été accordée dans ce domaine ; c’est pourquoi il y exerce librement son propre jugement.

 

La révélation d’une révélation supplémentaire au Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), en dehors du Coran

(Arabe***************************à la page 284 du PDF)

« Ô Prophète ! Ne remue pas ta langue pour mémoriser cette révélation à la hâte. C’est à Nous qu’incombent sa mémorisation et sa récitation. Lorsque Nous la récitons, écoute-la attentivement. Puis c’est également à Nous qu’incombe l’explication de sa signification. »

C’est un verset extrêmement important. Il établit plusieurs principes fondamentaux qui, une fois bien compris, permettent d’éviter bien des égarements, passés comme présents. Premièrement, il ressort clairement de ce verset que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne recevait pas seulement la révélation intégrée au Coran ; par l’intermédiaire de la révélation, il recevait également un savoir extérieur au Coran. En effet, si le sens des prescriptions coraniques, de leurs allusions et indications subtiles, ainsi que de leurs termes techniques particuliers, qui était expliqué au Prophète, se trouvait déjà dans le Coran, il n’aurait pas été nécessaire de dire que c’était à Moi qu’incombait l’explication et l’interprétation de leur sens. Car, dans ce cas, ces explications et interprétations se trouveraient dans le Coran lui-même. Il faut donc nécessairement reconnaître que l’interprétation et l’explication du Coran données par Allah étaient forcément extérieures au Coran. Nous trouvons ainsi dans le Coran une autre preuve de la révélation secrète.

Deuxièmement, l’explication du sens du Coran et de ses prescriptions, communiquée par Allah au Prophète, lui avait été donnée afin qu’il explique le Coran aux gens par ses paroles et ses actes, et qu’il leur enseigne à agir conformément à ses prescriptions. Si tel n’avait pas été le but, et si ce savoir lui avait été communiqué avec l’intention de le garder limité à sa seule personne, cela aurait été une entreprise dépourvue de sens. En effet, ce savoir ne l’aurait en rien aidé à accomplir sa mission prophétique. Dire que ce savoir relatif à l’interprétation et à l’explication ne peut être considéré comme une source de la législation religieuse n’est donc rien d’autre qu’une absurdité. Allah le Très-Haut a Lui-même dit dans la sourate An-Nahl, au verset 44 :

(Arabe***************************à la page 284 du PDF)

« Nous avons fait descendre sur toi ce Livre afin que tu l’expliques aux hommes ! » — [Pour une explication détaillée de ce verset, voir Tafhîm al-Qur’ân, tome VII, note 40 de An-Nahl.] En outre, Allah le Très-Haut a déclaré explicitement à quatre endroits du Coran que la mission du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne consistait pas seulement à réciter aux gens le Livre d’Allah, mais aussi à leur enseigner les enseignements de ce Livre. — (Sourate Al-Baqara, versets 129 et 151 ; sourate Âl ‘Imrân, verset 164 ; sourate Al-Jumu‘a, verset 2) — [J’ai donné une explication détaillée de ces versets, des pages 74 à 77 de l’ouvrage intitulé « La Sunna dans son statut juridique » — l’auteur.]

Après avoir accepté le Coran, personne ne peut s’empêcher de reconnaître que l’explication du Coran donnée par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à travers ses paroles et ses actes constitue l’explication la plus exacte, la plus fiable et la véritable explication officielle du Coran. Car ce n’est pas son interprétation personnelle, mais l’interprétation que lui a enseignée Allah le Très-Haut, l’Auteur du Coran. Écarter cette explication ou la contourner pour donner à un verset ou à un mot du Coran une interprétation inventée est un acte d’une audace outrageante, dont aucun croyant ne peut se rendre coupable.

Troisièmement, tout étudiant du Coran sait qu’il contient de nombreuses affirmations dont une personne connaissant l’arabe ne peut comprendre le sens véritable ni savoir comment mettre en pratique les prescriptions qu’elles renferment en se contentant d’en lire les mots. Prenons par exemple le terme « salât » (Arabe****) c’est précisément ce terme qui désigne l’acte auquel le Saint Coran enjoint avec le plus d’insistance après la foi ; pourtant, personne ne peut en découvrir le sens exact à l’aide du seul dictionnaire arabe. À la simple constatation de sa répétition dans le Coran, on peut tout au plus comprendre que ce mot est employé en arabe dans un sens pratique particulier et qu’il désigne probablement un certain type d’acte appelé « salât », que les croyants doivent accomplir. Mais la seule lecture du Coran ne permet à personne de déterminer quel est cet acte particulier ni comment l’accomplir. La question est la suivante : si, en même temps qu’Allah envoyait le Coran, Il n’avait pas envoyé de Sa part un enseignant chargé de lui faire connaître le sens exact de ce terme et de lui expliquer clairement la manière de mettre en pratique les prescriptions relatives à la « salât », deux musulmans quelconques dans le monde auraient-ils pu, en lisant uniquement le Coran, s’accorder sur une seule manière d’appliquer ces prescriptions ? Or, voilà quinze siècles que les musulmans accomplissent la prière selon la même méthode, de génération en génération. Dans toutes les régions du monde, des centaines de millions de musulmans observent de la même manière les prescriptions relatives à la prière. La seule raison en est qu’Allah le Très-Haut ne s’est pas contenté de révéler au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les seuls mots du Coran ; Il lui en a également fait comprendre pleinement le sens. Et le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’a cessé d’enseigner ces significations aux gens qui avaient reconnu le Coran comme le Livre d’Allah et lui comme le Messager d’Allah.

Quatrièmement, nous ne disposons d’aucun autre moyen que la sunna et les hadiths du Messager pour connaître l’explication des termes coraniques qu’Allah a enseignée à Son Messager, ainsi que l’enseignement que le Messager a transmis à la communauté par ses paroles et ses actes. Le hadith désigne les récits relatifs aux paroles et aux actes du Prophète, transmis des générations antérieures aux générations suivantes par des transmetteurs dignes de confiance, avec la mention de leurs noms. Quant à la sunna, elle désigne la règle de conduite et la méthode qui, grâce à l’enseignement fourni par les paroles et les actes du Prophète, se sont effectivement établies dans la vie individuelle et collective de la société musulmane. Les générations suivantes ont reçu le détail de cette règle de conduite des générations précédentes par une chaîne de transmission fiable, et elles ont également vu cette pratique en vigueur dans la société des générations antérieures. Nier ce moyen de connaissance reviendrait à dire qu’Allah(Arabe*****) avait assumé la responsabilité d’expliquer au Messager le sens du Coran, mais qu’Il avait échoué à s’en acquitter — qu’Allah nous en préserve. Car Allah n’a pas assumé cette responsabilité uniquement pour faire comprendre personnellement au Messager le sens du Coran, mais l’a assumée afin de le faire comprendre à toute la communauté par l’intermédiaire du Messager. Ainsi, refuser de reconnaître le hadith et la sunna comme des sources de la loi entraîne inévitablement, de lui-même, l’acceptation de l’idée qu’Allah aurait échoué à s’acquitter de cette responsabilité — qu’Allah nous en préserve. Certains répondent que de nombreux hadiths forgés ont également été fabriqués. Je dirai que l’existence même de hadiths forgés prouve avec le plus de force que, dès les premiers temps de l’islam, toute la communauté accordait aux paroles et aux actes du Messager d’Allah ﷺ l’autorité de la loi. Sinon, pourquoi ceux qui voulaient répandre l’égarement auraient-ils ressenti le besoin de fabriquer de faux hadiths ? Ceux qui fabriquent de la fausse monnaie contrefont la monnaie qui a cours sur le marché. Quel insensé contref de la monnaie sans valeur ? De plus, ceux qui invoquent le prétexte des hadiths forgés ne savent peut-être pas que la nation musulmane a pris, dès l’origine, de strictes précautions afin qu’aucun hadith falsifié ne puisse être diffusé sous le nom de ce grand homme dont les paroles et les actes ont valeur de loi. Elle a progressivement instauré des mesures toujours plus rigoureuses pour distinguer le faux de l’authentique. La science qui permet de distinguer les hadiths authentiques des hadiths faibles est une science extraordinaire, qu’aucune autre nation au monde, à ce jour, n’a été capable de développer en dehors des musulmans. Ceux qui, sans acquérir cette science, se laissent égarer par les tromperies des orientalistes et considèrent le hadith et la sunna comme inacceptables sont profondément malheureux. Par cette audace née de l’ignorance, ils causent à l’islam un immense tort sans même savoir à quel point.

La détermination de la qibla

Il est prouvé par le Coran que le Prophète recevait, en plus du Coran, des directives par révélation, et qu’il lui avait été ordonné de suivre les deux sortes de révélations.

(Arabe********************************à la page 286 du PDF)

« La qibla que tu suivais jusqu’à présent, Je ne l’ai établie que pour voir qui obéit au Messager et qui ne lui obéit pas. » — (sourate Al-Baqara, 143)

C’est le verset le plus explicite qui réduit à néant toutes les interprétations erronées. Ce verset démontre que l’idée selon laquelle le Prophète ne recevait aucune autre révélation que le Coran est fausse. En effet, le Coran ne contient aucune directive concernant la qibla que les musulmans observaient avant que la Kaaba ne soit déclarée qibla. Or il est incontestable que, dès le début de l’islam, le Prophète Muhammad ﷺ avait fixé la qibla et que, pendant près de quatorze ans, lui et les Compagnons avaient continué à prier en se tournant dans cette direction. Quatorze ans plus tard, Allah Tout-Puissant approuva, dans ce verset de la sourate Al-Baqara, l’initiative du Prophète et déclara : « C’est Moi qui avais fixé cette qibla. » J’avais fixé cette qibla par l’intermédiaire du Messager afin de voir qui suivrait ses paroles et qui ne les suivrait pas. Il est ainsi clairement établi, d’une part, que le Messager d’Allah ﷺ recevait, en plus du Coran, des révélations. D’autre part, il apparaît également que les directives du Messager d’Allah qui ne sont pas mentionnées dans le Coran doivent elles aussi être suivies par les musulmans. Allah met même à l’épreuve la foi des musulmans envers le Messager en vérifiant s’ils obéissent ou non aux directives transmises par son intermédiaire. Si l’on admet maintenant que le Prophète Muhammad ﷺ ne recevait aucune révélation autre que le Coran, comment aurait-il reçu cette directive concernant la qibla ? Cela ne montre-t-il pas qu’il recevait également des directives qui ne figurent pas dans le Coran ?

La prophétie de la conquête de La Mecque

Le Messager d’Allah ﷺ vit en rêve, à Médine, qu’il était entré à La Mecque et accomplissait le tawaf autour de la Kaaba. Il en informa les Compagnons, puis partit accomplir la umra avec mille quatre cents Compagnons. Les infidèles de La Mecque lui barrèrent la route à un endroit appelé Hudaybiyya. Il en résulta le traité de Hudaybiyya. Certains Compagnons furent alors saisis de doute et d’hésitation. Umar — qu’Allah l’agrée — demanda en leur nom : « Ô Messager d’Allah ! Ne nous avais-tu pas annoncé que nous entrerions à La Mecque et accomplirions la umra ?

Le Prophète dit : « Ai-je dit que cela aurait lieu au cours de ce voyage même ?

À ce sujet, Allah dit dans le Coran :

(Arabe********************************à la page 287 du PDF)

« Allah avait certainement montré à Son Messager un rêve véridique. Vous entrerez assurément dans la Mosquée sacrée, si Allah le veut, en toute sécurité, la tête rasée et les cheveux raccourcis, sans aucune crainte. Allah savait ce que vous ne saviez pas. Il vous accorda donc, avant cela, cette victoire proche (le traité de Hudaybiyya). » — (sourate Al-Fath, 27)

Il en ressort que le Prophète avait été informé par l’intermédiaire d’un rêve de la manière dont il entrerait à La Mecque. Il s’y rendrait avec ses compagnons. Les mécréants lui barreraient la route et, finalement, un traité serait conclu ; grâce à ce traité, la ‘umra pourrait être accomplie l’année suivante et la voie vers les victoires futures serait ouverte. Cela ne montre-t-il pas également qu’il recevait des directives par d’autres moyens que le Coran ?

Signe secret

Lorsque le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) confia secrètement une chose à l’une de ses épouses, celle-ci la révéla à d’autres. Le Prophète interrogea son épouse à ce sujet. Elle lui demanda : « Comment avez-vous appris que j’avais révélé cette chose à d’autres ? » Le Prophète répondit : « Celui qui est Omniscient et Parfaitement Informé me l’a fait savoir. » Ainsi, Allah le Très-Haut dit :(Arabe********************************à la page 288 du PDF)

« Et lorsque le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) confia secrètement une chose à l’une de ses épouses, et que celle-ci la divulgua à d’autres, puis qu’Allah en informa le Prophète, celui-ci lui fit connaître une partie de sa faute et passa sur l’autre. Lorsque le Prophète lui eut fait connaître sa faute, elle dit : “Qui vous en a informé ?” Le Prophète répondit : “C’est Allah, l’Omniscient, le Parfaitement Informé, qui m’en a informé.” » — (sourate At-Tahrim, 3)

La révélation par laquelle Allah avait informé le Prophète de la divulgation du secret de son épouse ne se trouve nulle part dans le Coran. Si elle ne s’y trouve pas, il est alors établi qu’Allah envoyait au Messager d’Allah (s.a.s.), en dehors du Coran, de nombreux messages.

Le mariage de Zaynab

Zayd ibn Hâritha (r.a.), le fils adoptif du Prophète (s.a.s.), divorça de son épouse, puis le Prophète épousa la femme dont il avait divorcé. À cette occasion, les hypocrites et les opposants lancèrent contre lui une violente campagne de propagande et formulèrent diverses accusations à son encontre. Allah répondit à ces accusations dans toute une section de la sourate Al-Ahzâb. Il fit savoir que mon Prophète n’avait pas contracté ce mariage de sa propre initiative, mais qu’il l’avait fait sur Mon ordre.

(Arabe********************************à la page 288 du PDF)

« Puis, lorsque Zayd eut divorcé d’elle, Nous te la fîmes épouser, afin que les croyants ne ressentent aucune gêne à épouser les femmes dont leurs fils adoptifs ont divorcé. » — (verset 37)

J’ai déjà relaté l’événement mentionné dans ce verset. La question est maintenant la suivante : avant cet événement, l’ordre qu’Allah le Très-Haut donna au Prophète (s.a.s.) d’épouser la femme dont Zayd avait divorcé se trouve-t-il quelque part dans le Coran ?

L’autorisation de couper les arbres

Exaspéré par les violations répétées de leurs engagements par les Banû Nadîr, le Messager d’Allah (s.a.s.) assiégea leurs villages situés aux abords de Médine. Pendant le siège, l’armée islamique coupa de nombreux arbres dans les jardins et vergers environnants afin de dégager les voies nécessaires au déplacement des soldats. Les opposants provoquèrent alors un tollé, affirmant que les musulmans avaient détruit les vergers en coupant des arbres fruitiers et semé le désordre dans le monde. En réponse, Allah dit :

(Arabe********************************page 289 du PDF)

« Les palmiers-dattiers que vous avez coupés et ceux que vous avez laissés debout, tout cela était avec la permission d’Allah. »

Quelqu’un peut-il dire dans quel verset du Coran cette permission de couper les arbres a été révélée ?

Une promesse antérieure à la bataille de Badr

Après la fin de la bataille de Badr, lorsque la question de la répartition du butin se posa, la sourate Al-Anfal fut révélée et l’ensemble de la bataille fit l’objet d’un examen. Cet examen commença dès que le Messager d’Allah (s.a.w.) sortit de chez lui pour partir à la guerre. À ce sujet, Allah s’adressa aux musulmans en ces termes :

(Arabe********************************page 289 du PDF)

« Lorsque Allah Très-Haut vous promettait que l’un des deux groupes — c’est-à-dire le groupe des marchands et l’armée quraychie — tomberait entre vos mains, vous souhaitiez que le groupe le plus faible — le groupe des marchands — vous échoie. Mais Allah voulait, par Ses paroles, établir la vérité et briser l’échine des mécréants. » — (Sourate Al-Anfal, 7)

Peut-on maintenant identifier, dans l’ensemble du Coran, un verset où Allah Très-Haut aurait promis aux musulmans qui se rendaient à Badr de leur donner la victoire sur l’un des deux groupes ?

La réponse à la demande d’aide des musulmans

À propos de l’examen de cette bataille de Badr, il est dit dans un verset ultérieur :

(Arabe********************************page 289 du PDF)

« Lorsque vous imploriez l’aide avec ferveur, Allah vous répondit : “Je vous envoie successivement mille anges pour vous secourir.” » — (sourate Al-Anfâl : 9)

Pouvez-vous dire dans quel verset du Coran cette réponse à la supplication des musulmans a été révélée ?

Vous (qui rejetez les hadiths) n’aviez demandé qu’un seul exemple. Je vous en ai présenté sept tirés du Noble Coran. Ils prouvent de manière irréfutable qu’en plus du Coran, la Révélation descendait également sur le Prophète. Avant de poursuivre toute autre discussion, je veux voir si vous êtes prêts à vous incliner devant la vérité.

L’appel à la prière et la prière du vendredi

(Arabe********************************page 290 du PDF)

« Ô vous qui avez cru ! Lorsque l’appel à la prière est lancé le vendredi, accourez vers l’évocation d’Allah et cessez toute affaire commerciale. » — (Sourate Al-Jumu‘a : 9)

Trois points méritent ici une attention particulière. Premièrement, il y est fait mention d’un appel adressé aux gens pour la prière. Deuxièmement, il y est question de l’appel à une prière particulière, qui ne doit être accomplie que le vendredi. Troisièmement, ce verset ne dit pas : « Lancez l’appel à la prière et accomplissez, le vendredi, une prière d’un type particulier. » Il ressort clairement du style et du fil du récit, avant comme après, que les gens faisaient preuve de négligence pour accourir à la prière et restaient absorbés par leurs activités commerciales. C’est pourquoi Allah fit descendre ce verset afin de leur faire comprendre l’importance de cet appel et de cette prière particulière, pour qu’ils la considèrent comme une obligation et se mettent rapidement en route afin de l’accomplir. La réflexion sur ces trois points établit de manière irréfutable une vérité fondamentale : Allah révélait au Messager d’Allah (s.a.) certaines injonctions qui n’avaient pas été révélées dans le Coran, et ces injonctions étaient tout aussi obligatoires à observer que celles révélées dans le Coran.

Cet appel à la prière est l’adhan, qui retentit cinq fois par jour depuis les mosquées du monde entier. Pourtant, les paroles de l’adhan ne figurent nulle part dans le Coran, pas plus qu’il ne s’y trouve d’injonction de lancer l’adhan cinq fois par jour. Cette pratique a été instituée sur l’ordre du Prophète. Le Coran l’a approuvée en deux endroits : dans ce verset de la sourate Al-Jumu‘a et au verset 38 de la sourate Al-Ma’ida. Le Coran ne contient non plus aucune injonction concernant cette prière particulière du vendredi, que tous les musulmans du monde accomplissent, et n’en précise pas davantage l’horaire ni les modalités. Le Prophète éminent (s.a.) en a lui-même fixé l’horaire et les modalités. Le verset coranique cité ici n’a été révélé que pour en expliquer le caractère indispensable et l’importance. Malgré cette preuve claire et irréfutable, celui qui affirme que seules les injonctions énoncées dans le Coran constituent les prescriptions de la charia ne nie pas seulement la Sunna et les hadiths : il nie également le Coran.

Les règles et modalités de la prière

(Arabe********************************à la page 291 du PDF)

« As-tu vu celui qui empêche un serviteur lorsqu’il prie ? » — (Sourate Al-‘Alaq : 9-10)

Le serviteur désigne ici le Messager d’Allah (s.a.) lui-même. En plusieurs endroits du Coran, le prophète Muhammad (s.a.) est ainsi désigné comme un serviteur, par exemple :

(Arabe********************************à la page 291 du PDF)

« Gloire à Celui qui, de nuit, fit voyager Son serviteur jusqu’à la mosquée al-Aqsa. » – (sourate al-Isra : 1)

(Arabe********************************à la page 291 du PDF)

« Louange à Allah, qui a fait descendre le Livre sur Son serviteur. » – (sourate al-Kahf : 1)

(Arabe********************************à la page 291 du PDF)

« Et lorsque le serviteur d’Allah se leva pour L’invoquer, ils faillirent se ruer sur lui. » – (sourate al-Jinn : 19)

Ces versets montrent que le fait qu’Allah mentionne Son Messager dans Son Livre en l’appelant Son serviteur constitue une manière particulière et affectueuse de le désigner. Ces versets nous apprennent également qu’après avoir conféré la prophétie au Messager d’Allah (s.a.s.), Allah lui avait enseigné la manière et les modalités d’accomplir la prière. Cette manière n’est mentionnée nulle part dans le Coran. Il est donc une fois encore prouvé que le Messager d’Allah ne recevait pas uniquement la révélation du Coran ; bien d’autres choses qui ne figurent pas dans le Coran lui étaient également enseignées par révélation.

 

Chapitre 7 – L’humanité du Messager

Prophétie et humanité

 

La vision jahilite : un prophète ne peut pas être un homme

À chaque époque, les ignorants entretenaient cette conception erronée que l’homme ne pouvait pas être prophète. Ainsi, chaque fois qu’un prophète venait, ils le voyaient vivre avec un corps de chair et de sang, se nourrissant et ayant une épouse, des enfants et une famille, puis concluaient : « Ce n’est pas un prophète, c’est un homme. » Puis, quelque temps après sa mort, certains de ses admirateurs et de ses fervents partisans apparaissaient et commençaient à proclamer qu’il n’avait pas été un homme, puisqu’il était prophète. C’est ainsi que certains ont pris le prophète pour Dieu, d’autres pour le fils de Dieu, et d’autres encore pour une incarnation de Dieu. En bref, les gens étaient incapables de comprendre comment une même personne pouvait être à la fois prophète et homme.

La vision des polythéistes de La Mecque

Premièrement, les habitants de La Mecque trouvaient surprenant qu’un homme puisse être prophète. Ils pensaient que, pour apporter la parole de Dieu, un ange devait venir ; un homme de chair et de sang, qui avait besoin de nourriture pour vivre, ne pouvait pas venir. Pourtant, si un homme avait été envoyé comme messager, il aurait dû être un être semblable aux rois, aux souverains ou aux grands personnages de ce monde, devant lequel les gens seraient impatients de se tenir ne serait-ce qu’un instant et dont il serait extrêmement difficile et rare d’obtenir une entrevue. Il était inconcevable, selon eux, qu’un homme ordinaire, comme celui qui parcourait le marché en faisant claquer ses chaussures, soit fait prophète de Dieu. Ils pensaient : qui respectera celui que chaque passant rencontre librement chaque jour et en qui personne ne voit la moindre particularité extraordinaire ? En d’autres termes, selon eux, si le prophète était réellement nécessaire, ce n’était pas pour guider les gens ordinaires, mais pour leur montrer des prodiges et les impressionner par des tours extraordinaires. Ou, à tout le moins, un ange devait l’accompagner, tenant constamment un fouet à la main et disant aux gens : « Suivez la parole de cet homme, sinon je vais immédiatement faire descendre sur vous le châtiment de Dieu. » Selon eux, il était pour le moins étonnant que le Créateur de l’univers ait envoyé tout seul un homme investi d’une fonction aussi éminente que la prophétie ; et Dieu aurait au moins dû assurer à cet homme un bon revenu en tant que messager. Comment se pouvait-il que la situation financière du Messager de Dieu soit plus misérable que celle de l’un de nos chefs ordinaires ? Celui qui n’avait pas un sou en poche, qui ne possédait même pas un verger de fruits, prétendait être le prophète du Seigneur de l’univers !

Les conceptions jahilites de la prophétie et de l’envoyé de Dieu

Les ignorants étaient depuis toujours fermement attachés à cette idée erronée : celui qui serait envoyé par Dieu devrait nécessairement être un être supérieur à l’homme. Des miracles devraient s’accomplir par son intermédiaire. D’un simple signe, il transformerait une montagne en or. Il donnerait un ordre, et aussitôt la montagne deviendrait or. Il connaîtrait toutes les situations passées et futures des hommes. Il dirait où se trouvent les objets perdus, si un malade mourrait ou survivrait, et si l’enfant dans le ventre d’une femme enceinte était un garçon ou une fille, un mâle ou une femelle. En outre, il devrait être au-dessus des faiblesses et des limites humaines. Mais comment celui qui a faim et soif, doit dormir, a une épouse, des enfants et une famille, doit subvenir à ses besoins par le commerce, a parfois besoin d’emprunter et doit passer ses journées dans la gêne et la pauvreté pourrait-il être un envoyé de Dieu ? Lorsqu’ils entendaient la prétention du vénérable Messager (s.a.s.), les gens qui nourrissaient de telles conceptions lui demandaient des informations et des connaissances sur le monde invisible et exigeaient de lui des miracles. En le voyant semblable aux hommes ordinaires, ils disaient : « Quel genre de prophète est-il, puisqu’il mange et boit, mène une vie de famille avec une épouse et des enfants, et circule çà et là dans les marchés ? »

Pourquoi est-il indispensable que le prophète soit un homme ?

En exposant la sagesse de la révélation de Sa parole (le message inspiré) au prophète, Allah le Très-Haut dit :

(Arabe********************************à la page 296 du PDF)

« Ô Prophète ! Nous avons fait descendre sur toi ce Message afin que tu leur expliques et leur fasses comprendre la révélation envoyée aux hommes. » — (sourate An-Nahl : 44)

Pour que cet objectif de l’envoi de la révélation soit atteint, il était indispensable qu’un homme soit Prophète. La parole d’Allah aurait pu être envoyée par l’intermédiaire d’un ange. Elle aurait même pu être envoyée directement à chaque être humain sous la forme d’un livre imprimé. Mais l’objectif pour lequel Allah, le Seigneur Omniscient, infiniment Miséricordieux et Majestueux, a envoyé Sa parole ne pouvait être atteint par le simple fait de la transmettre de main en main. Il fallait donc un homme digne de cette mission, qui apporterait cette parole avec lui et la réciterait peu à peu aux hommes. Il expliquerait ce que certains ne comprendraient pas bien. Il dissiperait les doutes de ceux qui en auraient dans le cœur. Il répondrait aux objections et aux plaintes de ceux qui en auraient. À ceux qui n’accepteraient pas sa parole, s’y opposeraient et lui feraient obstacle, il montrerait, en les affrontant, une conduite digne du porteur de la parole d’Allah. À ceux qui l’accepteraient, il donnerait des directives concernant chaque aspect et chaque domaine de la vie. Il présenterait sa propre vie comme un modèle devant eux et, en les formant individuellement et collectivement, il établirait sous leurs yeux, à la face du monde, une société exemplaire dont l’ensemble du système de règles et de lois serait considéré comme l’interprétation concrète de la parole d’Allah susmentionnée.

Pour guider les hommes, seul un homme peut être Prophète

La tâche du porteur du Message (du Prophète) ne consiste pas seulement à venir en faire entendre la parole. Elle consiste aussi à mettre correctement en pratique, dans toutes les situations humaines, les principes fondamentaux de cette parole à la lumière de laquelle il réformera et corrigera la vie des hommes, et à le leur montrer. Ces principes doivent également se manifester concrètement dans sa propre vie. Il doit trouver la solution aux nombreuses questions complexes qui se posent dans l’esprit des innombrables personnes de toutes sortes qui cherchent à entendre et à comprendre son message. Il doit organiser et former ceux qui écoutent son appel et l’acceptent, afin qu’une société puisse être édifiée conformément à l’enseignement de cette parole. Il doit combattre ceux qui rejettent son appel, s’y opposent et dressent une résistance contre lui, afin que les partisans de la déformation et de l’égarement soient vaincus et que soit achevée l’œuvre de réforme et de correction pour laquelle Allah a envoyé le Prophète. Puisque ces tâches doivent être accomplies au sein même de la société humaine, quel autre être qu’un homme pouvait être envoyé pour les accomplir ? Si un ange avait été envoyé, il aurait tout au plus transmis la parole d’Allah, puis serait reparti. Vivre parmi les hommes comme un homme, agir comme eux et leur montrer comment réformer et corriger leur vie conformément à la volonté d’Allah dépasse les possibilités d’un ange. Pour cette tâche, c’est un homme qui pouvait être considéré comme le plus apte.

 

L’humanité des Prophètes

-[Seuls quelques Prophètes sont mentionnés ici : ceux dont le Coran affirme explicitement qu’ils étaient des hommes, ou ceux au sujet desquels l’auteur a fourni une discussion détaillée. — (Les deux compilateurs)]

Hazrat Adam (paix sur lui) était un homme

(Arabe********************************à la page 298 du PDF)

« J’ai d’abord commencé votre création, puis Je vous ai donné forme. Ensuite, J’ai ordonné aux anges : “Prosternez-vous devant Adam.” » — (sourate Al-A‘râf : 11)

Le sens clair de ce qui a été dit plus haut est le suivant :

« J’ai d’abord conçu votre création et préparé les éléments de la création. Puis J’ai donné à ces éléments une forme humaine. Ensuite, lorsqu’Adam (paix sur lui) eut pris existence en tant qu’être humain vivant, J’ai ordonné aux anges de se prosterner devant lui. »

La prosternation ordonnée devant Adam (paix sur lui) ne le fut pas parce qu’il était Adam, mais en tant que représentant de l’humanité. C’est cette interprétation de ce verset qui est également donnée dans d’autres passages du Coran. Ainsi, dans la cinquième section de la sourate Sâd, on lit :

(Arabe********************************à la page 298 du PDF)

« Souviens-toi du moment où ton Seigneur dit aux anges : “J’ai décidé de créer un être humain à partir d’argile. Lorsque Je l’aurai entièrement formé et que J’aurai insufflé en lui un de Mes esprits, alors tombez prosternés devant lui.” » — (sourate Sâd : 71-72) — [Il est ainsi prouvé par ce récit que le tout premier prophète était bien un être humain ; c’est là une croyance unanimement admise en islam. — (l’auteur)]

Le prophète Noé (paix sur lui) était un être humain

(Arabe********************************à la page 298 du PDF)

« (Noé) dit : Je ne vous dis pas que je possède les trésors d’Allah, et je ne dis pas non plus que je connais le monde invisible. Je ne prétends pas davantage être un ange. Je ne peux pas non plus dire qu’Allah n’a jamais accordé quelque bien à ceux que vous méprisez. Allah connaît mieux leur situation. Si je disais une telle chose, je serais certainement au nombre des injustes. » — (sourate Hûd : 31)

C’est en réponse à l’objection des opposants qui disaient : « Tu n’es qu’un homme comme nous. » Noé dit : « Il est vrai que je suis bien un homme. Ai-je jamais prétendu être autre chose qu’un être humain, pour que vous souleviez ces objections ? Ai-je jamais prétendu être autre chose, pour que vous souleviez ces objections ? Ma seule prétention est qu’Allah m’a montré la voie droite et correcte de la connaissance et de l’action. Vérifiez comme bon vous semble la véracité de cette affirmation. Mais quelle sorte de vérification est-ce donc lorsque, tantôt, vous m’interrogez sur des informations relevant de l’invisible, tantôt vous me demandez des choses extravagantes, comme si toutes les clés des trésors d’Allah se trouvaient entre mes mains ? Et tantôt encore, vous mettez en question le fait que je mange et vive comme un être humain, comme si j’avais prétendu être un ange. Celui qui prétend montrer la voie correcte en matière de croyance, de morale et d’organisation sociale, vous pouvez l’interroger comme vous le voulez sur ces sujets. Mais, chose étonnante, vous me demandez si la bufflesse pleine d’un tel donnera naissance à un mâle ou à une femelle. On dirait que la gestation d’une bufflesse a quelque rapport avec la détermination de principes moraux et civilisationnels infaillibles pour la vie humaine.

(Arabe********************************à la page 299 du PDF)

« Les notables de son peuple qui avaient refusé de le suivre dirent : Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. Il veut seulement obtenir domination et supériorité sur vous. Si Allah avait voulu envoyer quelqu’un, Il aurait envoyé des anges. Nous n’avons jamais entendu dire, du temps de nos ancêtres, qu’un être humain puisse venir comme prophète. Non, ce n’est rien de tout cela. En réalité, cet homme est devenu fou. Attendez encore quelque temps — peut-être retrouvera-t-il la raison. » — (sourate al-Mu’minûn : 24-25)

« Un être humain ne peut pas être prophète » : telle est une conception commune à tous les égarés. C’est pourquoi le Coran a mentionné à maintes reprises cette conception ignorante afin de la réfuter. Il a affirmé avec insistance que tous les prophètes étaient des êtres humains et que, pour les êtres humains, le prophète devait nécessairement être un être humain.

(Arabe********************************à la page 299 du PDF)

« En réponse, les notables parmi les chefs de son peuple qui avaient refusé de le suivre dirent : À nos yeux, tu n’es qu’un être humain comme nous. Et nous voyons que seuls les gens de condition inférieure parmi nous t’ont suivi sans comprendre ni réfléchir. » — (sourate Hûd : 27)

C’était la vieille excuse et objection jahilite que les habitants de La Mecque soulevaient à propos de Muhammad (s.a.s.) : celui-ci n’est qu’un homme ordinaire comme nous. Il mange et boit, se déplace, dort et se réveille, et a une famille. Comment pourrions-nous accepter qu’il soit venu comme prophète de la part d’Allah ?

(Arabe********************************page 300 du PDF)

« (Le prophète Nûh (a.s.) dit 🙂 Vous étonnez-vous qu’un rappel de votre Seigneur vous soit parvenu par l’intermédiaire d’un homme issu de votre propre peuple, afin qu’il vous avertisse, que vous puissiez éviter la voie de l’égarement et que la miséricorde vous soit accordée ? » — (sourate Al-A‘râf, 63)

Hûd (a.s.) était un être humain

(Arabe********************************page 300 du PDF)

« Les notables de son peuple, qui avaient mécru, traité l’au-delà de mensonge et auxquels J’avais accordé aisance et prospérité dans la vie terrestre, dirent : “Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. Il mange de ce que vous mangez et boit de ce que vous buvez. Si vous obéissez à un être humain semblable à vous, vous serez certainement perdants.” » — (sourate Al-Mu’minûn, 33-34)

Certains ont mal compris : ils pensent que ces propos étaient échangés entre eux. Non, ce n’est pas cela. Leurs chefs s’adressaient ainsi au peuple. Ils craignaient que les gens ne soient influencés par la personnalité pure du prophète et par ses paroles captivantes ; et s’ils se laissaient influencer, qui pourrions-nous encore gouverner ? C’est pourquoi ils se mirent à égarer les gens par de tels discours répétés. Ils disaient : toute cette prétendue prophétie n’est en réalité rien ; il ne parle ainsi que par pure soif de pouvoir et par attachement au trône. Mes frères ! C’est un être humain de chair et de sang, tout comme vous. Il n’y a absolument aucune différence entre lui et vous. Puisqu’il n’y en a aucune, pourquoi serait-il votre chef, et pourquoi devriez-vous lui obéir ? Dans ces propos, il était tacitement admis qu’ils avaient, eux, des chefs et des notables, et que cette position devait leur revenir à eux seuls. Selon eux, le fait qu’ils soient des êtres humains de chair et de sang et qu’ils mangent et boivent ne souffrait aucune question, car cela allait de soi et constituait une évidence. La question, désormais, concernait cette nouvelle direction qui semblait maintenant s’établir. Plus tard également, ceux qui se sont opposés à quelque nouveau venu l’ont fait en l’accusant uniquement d’être séduit par le pouvoir. Dès qu’ils percevaient cette tendance chez un nouveau venu, ou qu’ils la soupçonnaient, leurs propos faisaient exactement écho à ceux de ces notables. À leurs yeux, rien d’autre que l’avidité du pouvoir et des charges honorifiques ne semblait répréhensible. Pourtant, il leur était impossible de formuler contre eux-mêmes l’accusation de soif de pouvoir. C’était comme si le pouvoir constituait leur nourriture naturelle. Même si une consommation excessive de cette nourriture leur causait des indigestions, il ne fallait pas s’en plaindre.

(Arabe***********************************page 301 du PDF)

« Il dit (c’est-à-dire le prophète Hûd) : Ô mon peuple ! Je ne suis nullement atteint de folie. Je suis le Messager du Seigneur des mondes. Je vous transmets les paroles de mon Seigneur et je suis pour vous un conseiller digne de confiance. Un rappel de Dieu vous est venu par l’intermédiaire d’un homme issu de vous-mêmes, afin de vous avertir. Est-ce que cela vous étonne ? » — (Sourate al-A‘râf : 67-69)

(Arabe***********************************dans le PDF, page 301)

« Ils dirent : Si notre Seigneur l’avait voulu, Il aurait envoyé des anges. Nous ne croyons donc pas à la mission pour laquelle vous avez été envoyés. » — (Sourate Fussilat : 14)

Les prophètes Sâlih et Shu‘ayb étaient des êtres humains

(Arabe***********************************dans le PDF, page 301)

« Ils (les gens du peuple de Thamûd) répondirent : Tu as été ensorcelé. Qu’es-tu donc, sinon un homme comme nous ? Apporte un signe, si tu es véridique. » — (Sourate ach-Chu‘arâ’ : 153-154)

(Arabe***********************************dans le PDF, page 301)

« Ils dirent : Tu as été ensorcelé. Tu n’es rien d’autre qu’un homme comme nous. Nous te tenons pour un menteur. » — (Sourate ach-Chu‘arâ’ : 185-186)

Hazrat Moussa et Haroun étaient des hommes

Pharaon et ses conseillers dirent au sujet de Hazrat Moussa et Haroun :

(Arabe***********************************à la page 302 du PDF)

« Pharaon se mit à dire : Allons-nous croire en deux hommes comme nous ? Et qui plus est, en deux hommes dont le peuple est notre esclave. »

Tous les prophètes étaient des hommes

(Arabe***********************************à la page 302 du PDF)

« Leurs messagers leur répondirent : Nous ne sommes certes que des hommes comme vous. Toutefois, Allah accorde Sa grâce, parmi Ses serviteurs, à qui Il veut. » — (sourate Ibrahim : 11)

En d’autres termes, nous sommes des hommes, cela ne fait aucun doute. Cependant, Allah nous a choisis, par Sa grâce, parmi vous, afin de nous accorder la connaissance de la vérité et une pleine clairvoyance. Nous n’y sommes pour rien. Cela relève du pouvoir d’Allah : Il donne à chacun de Ses serviteurs ce qu’Il veut lui donner. Nous ne pouvons pas dire que nous vous transmettrons tout ce qui nous est parvenu. Et nous ne pouvons pas non plus fermer les yeux sur les vérités que nous pouvons connaître.

(Arabe***********************************à la page 302 du PDF)

« Ils répondirent aux messagers : “Vous n’êtes que des êtres humains comme nous. Vous voulez nous détourner de ce que nos ancêtres adoraient depuis des générations. Apportez-nous donc une preuve manifeste.” » — (sourate Ibrâhîm : 10)

Leur raisonnement était le suivant : vous êtes, à tous égards, des êtres humains comme nous. Vous mangez et buvez, vous dormez, vous avez des épouses et des enfants ; vous ressentez comme nous la faim, la soif, la maladie, le chagrin, le froid et la chaleur, et vous avez les mêmes faiblesses humaines que nous. Nous ne voyons en vous rien d’extraordinaire. Dans ces conditions, comment pourrions-nous admettre que vous êtes des hommes envoyés en mission, qu’Allah vous parle et que les anges viennent à vous ?

 

Le Prophète Muhammad (s.a.s.) était aussi un être humain

Les mécréants de La Mecque disaient que Muhammad (s.a.s.) n’était pas un Messager, puisqu’il était un être humain.

(Arabe***********************************à la page 303 du PDF)

« Ils disent : “Quel est donc ce Messager qui mange de la nourriture et circule dans les marchés ?” »

(Arabe***********************************à la page 303 du PDF)

« Ces injustes se chuchotent entre eux : “Qu’est donc cet homme (Muhammad, paix et bénédictions sur lui), sinon un être humain comme vous ? Allez-vous, tout en le sachant et en le voyant, vous laisser ensorceler ?” » — (sourate Al-Anbiyâ : 3)

Les conceptions de l’ignorance antéislamique dans l’Antiquité

En réfutant cette conception ignorante des mécréants de La Mecque, le Saint Coran dit qu’il ne s’agit pas d’une ignorance nouvelle apparue chez eux pour la première fois. Bien au contraire, depuis les temps les plus anciens, tous les ignorants étaient prisonniers de cette idée erronée selon laquelle un être humain ne peut jamais être messager et qu’un messager ne peut jamais être un être humain. Lorsque les chefs et les notables du peuple de Noé (paix sur lui) rejetèrent la mission prophétique de Noé, ils dirent :

(Arabe***********************************dans le PDF, page 303)

« Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. Il veut exercer sa domination sur vous. Pourtant, si Allah l’avait voulu, Il aurait envoyé des anges. Nous n’avons jamais entendu nos ancêtres dire une telle chose : qu’un être humain puisse venir comme messager. »

Le peuple de ‘Âd avait également dit la même chose au sujet du prophète Hûd :

(Arabe***********************************dans le PDF, page 303)

« Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. Il mange ce que vous mangez et boit ce que vous buvez. Si vous obéissez à un être humain comme vous, vous serez alors assurément de grands perdants. » — (sourate Al-Mu’minûn : 33-34)

Le peuple de Thamûd avait dit la même chose au sujet de Salih (paix sur lui) :

(Arabe***********************************à la page 303 du PDF)

« Allons-nous accepter de suivre un être humain issu de notre propre communauté ? » – (sourate al-Qamar : 24)

Presque tous les prophètes ont été confrontés à ce genre de situation. Les mécréants disaient : (Arabe********) « Vous n’êtes rien d’autre que des êtres humains comme nous. » Et les prophètes leur répondaient :

(Arabe***********************************à la page 304 du PDF)

« En vérité, nous ne sommes que des êtres humains comme vous. Toutefois, Allah accorde Sa grâce à qui Il veut parmi Ses serviteurs. » – (sourate Ibrâhîm : 11)

Un obstacle sur le chemin de la guidance

Ensuite, le Noble Coran dit que c’est précisément cette conception ignorante qui, à chaque époque, a empêché les hommes d’accepter la guidance. C’est pour cette raison que l’humiliation et les épreuves se sont abattues sur divers peuples.

(Arabe***********************************page 304 du PDF)

« N’avez-vous pas appris ce qu’il advint de ceux qui, avant eux, avaient mécru et goûté les conséquences de leurs actes, et auxquels est ensuite réservé un châtiment encore plus douloureux ? Il en fut ainsi parce que leur Messager venait à eux avec des preuves irréfutables. Mais ils disaient : “Un être humain va-t-il nous guider ?” Ils renièrent donc la foi et se détournèrent. » – (sourate At-Taghabun : 5-6)

(Arabe***********************************page 304 du PDF)

« Lorsque la guidée leur est parvenue, le seul obstacle qui les empêchait d’y croire était cette parole : “Allah aurait-Il envoyé un être humain comme Messager ?” » – (sourate Banî Isrâ’îl : 94)

Il a déjà été dit qu’à chaque époque, les gens nourrissaient cette idée erronée qu’un être humain ne pouvait jamais devenir prophète. Ainsi, chaque fois qu’un Messager venait, ils le voyaient manger et boire, vivre avec sa famille et être un être humain de chair et de sang, puis décidaient qu’il n’était pas prophète. Car il était humain. Or, quelque temps après la mort du prophète, un groupe apparut parmi ses admirateurs et ses fidèles, qui se mit à dire qu’il n’avait pas été humain. Puisqu’il était prophète. Ensuite, certains le déclarèrent fils de Dieu, tandis que d’autres le proclamèrent incarnation de Dieu. En somme, la manière dont la prophétie et l’humanité pouvaient se réunir dans un même être demeura toujours, pour les ignorants, un mystère absolument impénétrable.

Les êtres humains ont toujours été envoyés comme Messagers

Le Saint Coran a déclaré en termes clairs et dépourvus d’ambiguïté qu’Allah a toujours envoyé des êtres humains comme Messagers ; en réalité, pour guider les êtres humains, seul un être humain peut être Messager, et non un ange ni une quelconque créature supérieure à l’être humain.

(Arabe***********************************page 305 du PDF)

“Ô Prophète ! J’ai envoyé avant toi des hommes comme messagers, auxquels j’adressais la révélation. Si vous ne le savez pas, informez-vous auprès des gens de connaissance. Je ne leur avais pas donné — aux prophètes — des corps qui ne mangeraient pas de nourriture, et ils n’étaient pas immortels.” — (sourate Al-Anbiyâ : 7-8)

(Arabe***********************************à la page 305 du PDF)

“Ô Prophète ! Dis-leur que, si les anges circulaient tranquillement sur la terre, j’aurais envoyé vers eux un ange comme messager.”

(Arabe***********************************à la page 305 du PDF)

« Ô Muhammad ! Tous les prophètes que Nous avons envoyés avant toi étaient des êtres humains. Ils étaient tous habitants de cités, et Nous leur révélions Nos messages. N’ont-ils donc pas parcouru la terre et vu quel fut le sort des peuples qui les précédèrent ? En vérité, la demeure de l’au-delà est bien meilleure pour ceux qui ont vécu dans la piété conformément aux enseignements des prophètes. Ne comprendrez-vous donc toujours pas ? » — (sourate Yûsuf, 109)

Ici, une question immense a été exprimée en seulement deux ou trois phrases ; si l’on en donne l’explication détaillée, elle se présente ainsi :

Ils ne prêtent pas attention à tes paroles, car comment pourraient-ils croire que celui qui, peu auparavant, était né dans leur propre ville et qui, sous leurs yeux, était passé de l’enfance à la jeunesse, puis de la jeunesse à la vieillesse, a soudain été désigné un jour par Allah comme Son messager ? Mais ce n’est nullement un phénomène inédit auquel ils seraient les premiers à être confrontés dans le monde. Avant cela déjà, Allah avait envoyé de nombreux prophètes, et ils étaient tous des êtres humains. Jamais un prophète n’est venu de la manière suivante : un homme inconnu serait soudain apparu dans une ville et aurait déclaré qu’il avait été envoyé comme prophète. Au contraire, tous ceux qui furent envoyés pour réformer et améliorer les hommes étaient eux-mêmes habitants de la cité concernée. Jésus, Moïse, Abraham et Noé (que la paix soit sur eux) n’étaient pas des hommes inconnus et étrangers. Malgré cela, allez vous-mêmes constater quel fut le sort des peuples et des communautés qui n’ont pas prêté attention à l’appel des prophètes à la purification et qui ont continué à courir derrière leurs pensées sans fondement, leurs imaginations illusoires et leur essor débridé. Au cours de vos voyages commerciaux, vous avez traversé les régions ravagées des peuples de ‘Âd, de Thamûd, de Madyan et du peuple de Loth (que la paix soit sur lui). N’y avez-vous donc tiré aucune leçon ? Le sort qu’ils ont subi dans ce monde montre clairement qu’ils connaîtront dans l’au-delà un sort encore plus terrible. Quant à ceux qui se sont corrigés dans ce monde, ils n’y ont pas seulement été heureux : leur sort sera également meilleur dans l’au-delà.

La différence entre l’aveugle et celui qui voit

(Arabe***********************************page 306 du PDF)

« Ô Muhammad ! Dis-leur : “Je ne vous dis pas que les trésors d’Allah sont en ma possession. Je ne prétends pas non plus être un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. Demande-leur : l’aveugle et celui qui voit sont-ils donc égaux ? Ne réfléchissez-vous pas ?” » — (sourate Al-An‘âm : 50)

En d’autres termes, j’ai vu de mes propres yeux les vérités et les informations que je vous ai exposées, et j’en ai eu une expérience directe. La Révélation m’a communiqué avec exactitude toutes ces informations, et mon témoignage à leur sujet est un témoignage oculaire. Vous, en revanche, êtes ignorants de ces informations, car vos conceptions à leur sujet reposent uniquement sur l’imagination ou sur une imitation aveugle. Ainsi, la différence qui existe entre l’aveugle et celui qui voit est la même que celle qui existe entre vous et nous. Ce n’est donc pas parce que les trésors d’Allah sont en ma possession que je vous suis supérieur, ni parce que je connais l’invisible ou que je suis au-dessus des faiblesses humaines.

(Arabe***********************************page 306 du PDF)

« Ô Prophète ! J’ai envoyé avant toi de nombreux messagers et je les avais tous dotés d’épouses et d’enfants. » — (sourate Ar-Ra‘d : 38)

C’est la réponse à certaines critiques formulées contre le prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui). Ils disaient : Quel genre de prophète est-ce donc, lui qui a femme et enfants ? Quel rapport les désirs charnels peuvent-ils bien avoir avec un prophète ?

Le prophète aurait dû être un ange (?)

(Arabe***********************************page 307 du PDF)

« Lorsque les messagers d’Allah vinrent à eux de devant eux et de derrière eux et leur dirent : “N’adorez nul autre qu’Allah”, ils répondirent : “Si notre Seigneur l’avait voulu, Il aurait envoyé des anges. Nous ne croyons donc pas au message pour lequel vous avez été envoyés.” » — (sourate Fussilat : 14)

C’est-à-dire que, si notre religion actuelle n’avait pas plu à Allah et qu’Il avait voulu envoyer un messager pour nous en détourner, Il aurait envoyé un ange. Puisque vous n’êtes pas des anges, mais des hommes semblables à nous, nous ne croyons donc pas qu’Allah vous ait envoyés, ni qu’Il vous ait envoyés dans le but que nous abandonnions notre religion pour adopter la religion que tu nous proposes. La parole : « Nous ne croyons pas au message pour lequel tu as été envoyé » était une raillerie des mécréants. Elle ne signifie pas qu’ils reconnaissaient ces hommes comme envoyés par Allah, mais qu’ils refusaient seulement d’obéir à leurs paroles. Pharaon avait également tenu ce genre de propos moqueurs à l’égard du Prophète Moïse. Il avait dit à ses conseillers :

(Arabe***********************************page 307 du PDF)

« Le messager qui vous a été envoyé semble vraiment fou. » — (sourate Ach-Chu‘ara : 27)

S’il était un prophète, il serait riche

(Arabe***********************************page 307 du PDF)

« Ils disent : “Pourquoi ce Coran n’a-t-il pas été révélé à un grand homme de l’une des deux villes ?” » — (sourate Az-Zukhruf : 31)

Ici, les deux villes désignent La Mecque et Taïf. Les mécréants disaient : si Allah avait réellement jugé nécessaire d’envoyer un messager et avait voulu lui révéler un Livre, Il aurait choisi à cette fin quelque homme renommé de l’une de ces deux villes centrales. Et pour en faire Son messager, Il aurait choisi quelqu’un qui était orphelin depuis son enfance, qui ne possédait pas même un sou d’héritage paternel, qui avait passé sa jeunesse à garder des chèvres, qui vivait alors en faisant du commerce avec l’argent de son épouse, qui n’était le chef d’aucune tribu ni le doyen d’aucune famille ? À La Mecque, n’y avait-il pas des chefs renommés tels que Walid ibn al-Mughira et Utba ibn Rabi‘a ? À Taïf, n’y avait-il pas des hommes éminents tels qu’Urwa ibn Mas‘ud, Habib ibn Amr, Kinana ibn Abd Amr et Ibn Abd Yalil ? Tel était l’argument des mécréants. Au départ, ils n’étaient même pas disposés à admettre qu’un homme puisse être messager. Mais le Coran réfuta complètement cette idée par des arguments et des preuves répétés, et leur expliqua qu’auparavant les messagers avaient toujours été des hommes ; que, pour guider les hommes, seul un homme pouvait être envoyé comme messager, et que nul autre ne pouvait accomplir cette tâche. De plus, aucun messager venu dans le monde n’était descendu soudainement du ciel : il était né dans un lieu habité par les hommes, circulait dans les marchés et les bazars, était père d’enfants et ne s’abstenait pas non plus de manger et de boire.

Après avoir entendu ces arguments du Coran, ils se mirent à échafauder de nouvelles manœuvres et dirent : « Soit, nous n’avons rien contre le fait que ce soit un homme. Mais il doit absolument être un homme réputé, riche et influent. Il doit être le chef d’un grand groupe et exercer une immense influence et autorité sur le peuple. Comment Muhammad ibn Abdallah pourrait-il être digne d’un tel rang ? »

Question sur les moyens de subsistance du Prophète (s.a.w.)

(Arabe***********************************page 308 du PDF)

« Ils disent : “Quel genre de messager est-ce donc, qui mange et boit et circule dans les marchés ? Pourquoi ne lui a-t-on pas envoyé un ange qui l’aurait accompagné et aurait menacé ceux qui lui désobéissent ?” » — (sourate Al-Furqân : 7)

Autrement dit, tout d’abord, le fait qu’un homme soit messager est en soi une chose étonnante. Si quelqu’un devait venir porteur de la parole d’Allah, ce serait un ange, et non un être humain de chair et de sang ayant besoin de nourriture pour vivre. Pourtant, même en admettant que ce soit un homme qui ait été choisi comme messager, il aurait au moins dû être un roi ou un autre personnage éminent de ce monde, que tous auraient été impatients d’apercevoir ne serait-ce qu’une fois et dont la rencontre n’aurait été accordée qu’après de grands efforts et de nombreuses démarches. Au lieu de cela, on a fait d’un homme ordinaire le messager du Créateur de l’univers : un homme qui parcourt les marchés en faisant claquer ses chaussures. Un simple passant que chacun voit tous les jours, en qui l’on ne distingue rien d’extraordinaire. Qui le regardera donc avec respect ? En d’autres termes, selon eux, si le Prophète avait jamais été nécessaire, ce n’était pas pour guider les hommes, mais pour accomplir des miracles ou dominer les gens en leur faisant étalage de ses pouvoirs extraordinaires.

(Arabe***********************************page 308 du PDF)

« Ô Muhammad ! Ceux des messagers que J’ai envoyés avant toi mangeaient eux aussi et circulaient dans les marchés. En réalité, Nous avons fait de vous les uns pour les autres un moyen d’épreuve. Serez-vous donc patients ? Ton Seigneur voit parfaitement toute chose. » — (sourate Al-Furqân : 20)

« Quel genre de messager est-ce donc, qui mange et boit et circule dans les marchés ? » La réponse à cette question des mécréants de La Mecque est donnée dans le verset ci-dessus. Il faut ici garder à l’esprit que les mécréants de La Mecque connaissaient Noé, Abraham, Ismaël, Moïse et de nombreux autres prophètes. Ils reconnaissaient même leur mission prophétique. Y a-t-il eu auparavant un seul prophète qui ne mangeait pas et ne circulait pas dans les marchés ? C’est pourquoi il est dit : pourquoi posez-vous cette question si singulière au sujet de Muhammad (s.a.w.) ? Prenons même le cas de Jésus, que les chrétiens ont établi comme fils d’Allah et dont les mécréants de La Mecque avaient placé la statue dans la Kaaba. Même Jésus mangeait et parcourait les marchés, selon le récit de la Bible.

(Arabe***********************************à la page 308 du PDF)

« Ô Muhammad ! Avant toi également, Je n’ai envoyé que des hommes comme messagers, auxquels Je révélais. Si vous ne le savez pas, interrogez les Gens du Livre. Leur avais-Je donné des corps qui n’avaient pas besoin de se nourrir ? Et ils n’étaient pas immortels. » — (Sourate Al-Anbiyâ’, 7-8)

« Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain comme vous. » La réponse à cette affirmation des mécréants est donnée dans le verset ci-dessus. Ils invoquaient le fait que le Prophète Muhammad (sallallahu alayhi wa sallam) était un être humain comme preuve qu’il n’était pas prophète. Il leur est répondu que tous les grands hommes des temps anciens que vous reconnaissez comme envoyés de Dieu étaient eux aussi des êtres humains, et que c’est en tant qu’êtres humains qu’ils recevaient la révélation de Dieu.

 

Chapitre : 8 – La religion de vérité

La conception jahlienne de la religion et la conception islamique

Avant que le Prophète Muhammad (sallallahu alayhi wa sallam) ne reçoive sa mission prophétique, la conception générale de la religion qui prévalait dans le monde était qu’elle constituait un aspect ou un domaine parmi les nombreux domaines de la vie. Autrement dit, la religion était un appendice de la vie terrestre de l’être humain, que l’on pouvait utiliser comme certificat pour obtenir le salut dans la vie future. La religion ne concernait que la relation entre l’être humain et Dieu. Celui qui désirait obtenir le salut dans l’au-delà avec un rang élevé devait rompre avec tous les autres domaines de la vie et se consacrer uniquement à celui-ci. Mais celui qui ne convoitait pas un rang aussi élevé et se contentait d’obtenir le salut par n’importe quel moyen, tout en souhaitant que Dieu lui accorde un regard de faveur dans sa vie terrestre et lui continue d’accorder succès et prospérité dans les affaires du monde, estimait suffisant d’ajouter la religion à sa vie terrestre comme un appendice. Selon la conception jahlienne, toutes les activités du monde devaient continuer à être menées selon les règles et les normes en vigueur ; parallèlement, on accomplirait quelques cérémonies et coutumes religieuses afin de satisfaire également Dieu. La relation de l’être humain avec lui-même, avec les autres êtres humains et avec son environnement était entièrement distincte de sa relation avec Dieu. Il n’existait aucun lien entre les deux.

Telle était la conception jahlienne de la religion. Il n’était pas possible d’établir une civilisation et une culture humaines sur cette base. Par civilisation et culture, on entend l’ensemble de la vie humaine. Il est donc manifestement impossible de fonder la vie entière sur une chose qui n’en constitue qu’un appendice. C’est pourquoi, de tout temps et partout dans le monde, la religion d’un côté, et la civilisation et la culture de l’autre, sont restées séparées et isolées l’une de l’autre. Bien que ces deux choses n’aient pu éviter de s’influencer plus ou moins mutuellement, cette influence était contradictoire et diverse, comme il arrive lorsqu’un grand nombre d’éléments sont réunis. Aussi n’a-t-on vu nulle part cette influence produire des effets bénéfiques. Lorsque la religion a influencé la civilisation et la culture, elle y a engendré l’ascétisme, l’aversion pour les liens matériels, le désintérêt pour les plaisirs et les jouissances terrestres, la rupture avec le monde dépendant des moyens matériels, ainsi que l’individualisme, l’hostilité et les tendances étroites dans les relations humaines.

Cette influence n’avait en aucun sens un caractère constructif ; elle constituait au contraire une lourde pierre sur la voie du progrès et de la prospérité terrestres. En revanche, lorsque la civilisation et la culture fondées sur le matérialisme et le culte des passions exerçaient leur influence sur la religion, elles la souillaient. Cette civilisation et cette culture avaient introduit dans la religion toute la saleté et l’impureté du culte des passions. Ainsi, les actes les plus vils et les plus répugnants que l’on souhaitait accomplir étaient revêtus d’une enveloppe religieuse, afin que la conscience personnelle ne puisse les réprouver et que personne d’autre ne puisse s’y opposer. C’est sous l’effet de cette influence que l’on voit, dans certaines pratiques et cérémonies religieuses, des coutumes et des méthodes faites de culte des plaisirs, de satisfaction des désirs et d’impudence, que même les coreligionnaires extérieurs au cadre religieux qualifient de religieuses.

Même sans tenir compte de cette relation réciproque entre la religion et la civilisation, il apparaît clairement que, partout dans le monde, les édifices de la civilisation et de la culture ont été bâtis sur les fondations de l’irréligion et de l’absence de moralité. Quant à toutes les activités de la vie mondaine, les gens attachés à ce monde les ont accomplies comme bon leur semblait, en suivant les désirs de leurs propres instincts et leurs expériences imparfaites, tout en observant aussi certains rites religieux. Certes, bien que ces activités aient été considérées comme exemptes de défauts à leur époque, elles se sont révélées défectueuses par la suite. Mais puisque la religion ne représentait pour eux rien de plus qu’une simple annexe de la vie, elle est restée, même présente, une simple annexe. Cette annexe pouvait se trouver associée à toutes sortes d’inégalités sociales et de confusions culturelles. En tant qu’annexe, cette religion a coexisté avec la tromperie et le brigandage, les activités destructrices et subversives, l’usure, l’avarice, l’adultère et la prostitution.

La conception globale et intégrale du dîn

La seule raison pour laquelle le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) fut envoyé était de réfuter les conceptions jahilites, c’est-à-dire non islamiques, de la religion et d’en présenter une conception intellectuelle et réfléchie. Et il ne se contenterait pas de la présenter : il établirait sur cette base un système complet de civilisation et de culture, puis en montrerait la gestion avec succès. Il déclara que si la religion n’était qu’une simple annexe de la vie humaine, elle serait totalement dépourvue de sens. Il serait également erroné de qualifier une telle chose de religion. En réalité, le dîn est ce qui n’est pas une partie de la vie, mais la vie tout entière : sa force vitale et sa force motrice, sa faculté de compréhension et de sensibilité, sa pensée et sa vision du monde, le critère permettant de distinguer le bien du mal. Dans chaque domaine de la vie et à chaque pas, il distingue la voie droite, simple et correcte de la voie tortueuse, protège l’être humain contre l’égarement, lui donne la force de rester ferme sur le droit chemin et de progresser, et l’aide à franchir avec succès et bonheur chaque étape de l’inépuisable voyage de la vie, d’ici-bas jusqu’à l’au-delà.

Cette religion s’appelle l’islam. Elle n’est pas venue pour être une annexe de la vie. En vérité, si, conformément à l’ancienne conception jahilite, on l’accepte comme une simple annexe de la vie, le but même de sa venue et de son apparition est réduit à néant. Elle est venue informer l’être humain de la vérité concernant la relation entre Dieu et l’être humain, ainsi que celle entre l’être humain et l’ensemble de la création : ces différentes relations ne sont ni séparées ni indépendantes les unes des autres ; elles ne sont que plusieurs parties inséparables et coordonnées d’un tout. Le salut et la réussite globaux de l’être humain dépendent de l’établissement entre elles d’une liaison saine et d’une harmonie parfaite. Si la relation entre l’être humain et son Créateur n’est pas saine, celle de l’être humain avec la création ne peut pas l’être non plus. Ainsi, ces deux relations se purifient et s’accomplissent mutuellement, et, réunies, elles édifient une vie réussie. La véritable fonction de la religion est de préparer l’être humain, mentalement et activement, à cette vie réussie. La religion qui ne remplit pas cette fonction n’est pas une religion. Et la religion qui accomplit cette mission est l’islam. C’est pourquoi Allah a dit :(Arabe***************) « La seule religion agréée par Allah est l’islam. »

Une pensée et une vision particulières

L’islam est une attitude particulière de l’esprit (attitude de l’esprit) et une perspective particulière sur l’ensemble de la vie (vision de la vie). Il est également une méthode d’action particulière, déterminée par cette attitude et cette perspective. La structure formée par cette attitude et cette méthode d’action, c’est l’islam ; c’est aussi la civilisation islamique et la culture islamique. Ici, la religion et la civilisation ne sont pas des choses distinctes : elles forment ensemble un tout unique. Cette même attitude et cette même philosophie de la vie résolvent tous les problèmes de l’existence. La philosophie de la vie détermine les droits de Dieu sur l’être humain, les droits de l’être humain sur lui-même, ceux des parents, de l’épouse et des enfants, des proches, des voisins, des personnes liées par des transactions, des coreligionnaires et des adeptes d’autres religions, des ennemis et des amis ; en un mot, les droits de l’ensemble de l’humanité ainsi que de chaque objet et de chaque force de l’univers. Elle établit entre ces droits un équilibre parfait et la justice. Le fait qu’un homme soit musulman constitue en soi une garantie suffisante qu’il s’acquittera de tous ces droits avec une pleine équité et qu’il ne sacrifiera pas injustement un droit au profit d’un autre. Ensuite, cette attitude et cette philosophie de la vie fixent à l’existence humaine un noble objectif moral et une destination spirituelle sainte et immaculée. Elles veulent orienter tous les efforts et toutes les activités de la vie, quel que soit leur domaine, sur une voie qui, de toutes parts, gravite vers ce même centre.

Le critère décisif des valeurs

Le centre susmentionné est un élément décisif. C’est à partir de lui que se mesure la valeur de toute chose. Toute chose est examinée selon ce critère. Tout ce qui contribue à atteindre cet objectif central est accepté, tandis que tout ce qui y fait obstacle est écarté et rejeté. Cette norme s’applique aussi bien aux affaires les plus petites et les plus insignifiantes de la vie individuelle qu’aux grandes questions de la vie sociale et collective. C’est cette norme qui détermine les limites auxquelles une personne doit veiller et les règles et interdits qu’elle doit respecter dans sa consommation de nourriture et de boissons, dans sa manière de s’habiller, dans les relations entre hommes et femmes, dans ses transactions, dans ses paroles, bref, dans tous les aspects de sa vie, afin de pouvoir rester sur la route qui mène à sa destination et progresser sans s’en écarter pour emprunter un chemin tortueux. Cette même norme détermine également selon quels principes il convient d’organiser les relations réciproques entre les individus dans la vie collective, afin que les activités sociales, économiques et politiques, ainsi que les voies de la vie sociale qui conduisent à s’écarter de l’objectif, ne soient pas suivies. Les choses du ciel et de la terre qui tomberont sous l’autorité de l’être humain et qu’il soumettra à son pouvoir, il les utilisera conformément au Livre, afin qu’elles puissent contribuer à la réalisation de son objectif. Elle détermine aussi quelles choses et quelles méthodes favorisent la progression vers le but et lesquelles doivent être évitées, ainsi que les principes que le groupe islamique doit suivre dans l’établissement d’amitiés et l’adoption d’hostilités avec les groupes non islamiques, dans la guerre et la paix, dans la prospérité et l’adversité, dans la victoire et la défaite, dans l’acquisition des connaissances et des techniques, et dans les échanges de civilisation et de culture, afin que, dans ces divers domaines des relations extérieures, il ne s’écarte pas de l’objectif fixé, mais accepte, dans la mesure du possible, volontairement ou contre son gré, consciemment ou inconsciemment, l’aide et la coopération même des ignorants et des égarés de l’humanité pour parvenir à cet objectif. Car, par nature, leur objectif est également le même que celui des partisans de l’islam.

De la mosquée au champ d’action plus vaste

En bref, cette même vision transforme toutes les activités de la vie, tous les efforts et toutes les branches de la pensée et de l’action en une seule réalité cohérente : de la mosquée au marché et au lieu de travail, des méthodes du culte à la conduite de la radio et des avions, des détails des règles relatives aux ablutions, au bain rituel, à la pureté et aux besoins naturels aux questions importantes de la politique sociale, de l’économie, de la politique et des relations internationales, de l’enseignement élémentaire à l’observation expérimentale ultime des phénomènes du monde naturel et à l’immense recherche théorique sur les lois de la nature. Entre ses différentes parties, on peut discerner une continuité et une relation orientées vers un même objectif. Ensuite, ces parties sont reliées les unes aux autres comme les éléments d’une machine, de telle sorte qu’une fois la machine mise en marche, elle produise toujours le même genre de résultat.

Une doctrine révolutionnaire

Dans le domaine religieux, c’était une doctrine révolutionnaire. Mais cette doctrine n’a pas pu trouver place dans les esprits et les cœurs accaparés par les conceptions de la jâhiliya. Le monde actuel est bien plus avancé dans le domaine des sciences et des connaissances qu’au VIe siècle chrétien. Pourtant, il subsiste encore aujourd’hui une telle arriération et une telle superstition aveugle que, tout comme les ignorants de l’ancienne jâhiliya n’ont pas pu accepter cette doctrine révolutionnaire, les jeunes gens hautement instruits des célèbres universités européennes n’ont pas davantage pu la comprendre. L’influence des conceptions erronées de la religion, transmises de génération en génération depuis des milliers d’années, reste profondément enracinée dans leurs esprits. Même après une formation supérieure à la critique fondée sur la raison et à la recherche scientifique, leur bon sens ne s’est pas éveillé. Si ceux qui vivent dans les cellules des khanqahs et des mosquées obscures comprennent la piété comme le fait de s’asseoir à l’écart pour répéter « Allah, Allah », et s’ils estiment que la religiosité doit être limitée au domaine de l’adoration, il n’y a là rien d’étonnant. Car ils sont assurément superstitieux. Si les masses ignorantes estiment que la religion se limite aux taziyas de Muharram accompagnées de tambours et aux chants et à la musique, ainsi qu’à la connaissance des masâ’il, cela n’a également rien d’étonnant. Car elles sont ignorantes. Mais qu’est-il arrivé à nos vénérables maîtres, gardiens de la lumière du savoir, pour que les ténèbres de la décrépitude ne se dissipent toujours pas de leurs esprits ? Eux aussi considèrent l’islam comme une religion au même sens où un non-musulman le considère sous l’emprise des conceptions jahilies.

Qu’est-ce que le Dîn de vérité ?

— Discours prononcé à la Jamia Millia de Delhi, le 1er mars 1943. —

La manière dont le Qur’an appelle l’humanité à l’idéologie qu’il présente, avec les revendications qui l’accompagnent, est formulée dans ses propres termes comme suit :

(Arabe***********************************à la page 317 du PDF)

« Auprès d’Allah, la seule religion est l’Islam. » — (sourate Âl ʿImrân : 19)

On donne généralement à cette phrase du Coran une explication aussi simple que celle-ci : auprès d’Allah, la seule vraie religion est l’Islam. Quant à l’idée que les gens se font communément de l’« Islam », c’est qu’il s’agit du nom d’une religion. Cette religion serait apparue en Arabie il y a treize siècles, et le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) en aurait posé les fondements. J’ai employé intentionnellement les mots « en aurait posé les fondements ». En effet, ce ne sont pas seulement les non-musulmans, mais aussi un assez grand nombre de musulmans instruits, qui disent et écrivent que le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) est l’initiateur de l’Islam. Comme si l’Islam avait commencé avec lui et qu’il en fût le fondateur (Founder). C’est pourquoi, lorsqu’un non-musulman, en étudiant le Coran, arrive à cette phrase, il pense que, de même que toutes les religions se déclarent vraies et proclament les autres fausses et vaines, le Coran proclame lui aussi vraie la religion qu’il présente. Ayant pensé cela, il passe outre ce verset et poursuit sa lecture. De même, lorsqu’un musulman lit ce verset, il ne ressent pas non plus le besoin d’y réfléchir et de l’examiner. Car il croit lui-même que la religion déclarée fondée sur la vérité dans cette phrase est effectivement telle. Ou bien, si cette phrase suscite en lui quelque réflexion, c’est généralement parce qu’il lui faut prouver la véracité de l’Islam en le comparant à l’hindouisme, au bouddhisme, au christianisme et aux autres religions semblables. Mais en réalité, cette phrase du Coran est de nature à exiger d’un homme réfléchi et avide de savoir qu’il y pense profondément. Il est nécessaire de réfléchir à ce sujet davantage qu’on ne l’a fait jusqu’à présent.

Pour comprendre correctement cette affirmation du Coran, nous devons d’abord saisir la signification des deux mots « dîn » et « al-Islâm ».

La signification du dîn

En arabe, le mot « dîn » s’emploie dans plusieurs sens. L’un de ses sens est la victoire, la puissance, la soumission et la prise de possession. Un autre sens est l’obéissance et la servitude. Le troisième est la rétribution et la récompense. Le quatrième est la règle, la méthode et le code de vie. C’est dans ce quatrième sens que ce mot est employé ici. Autrement dit, le dîn désigne le système et les règles de vie, ou la méthode de pensée et d’action, auxquels il faut se conformer.

Mais il faut garder à l’esprit que le Coran ne dit pas simplement « dîn » : il dit « al-dîn ». Dire en anglais « This is the way of life » au lieu de « This is a way of life » produit ici la même différence de sens. Autrement dit, l’affirmation du Coran n’est pas que l’Islam est, auprès d’Allah, un système de vie parmi d’autres. Elle est que l’Islam seul est la véritable et correcte méthode de vie, ou méthode de pensée et d’action.

Il faut ensuite garder à l’esprit que le Coran n’emploie pas ce mot dans un sens étroit ou limité, mais dans son sens le plus large. Une méthode ou un système de vie ne désigne pas la méthode d’un aspect particulier de la vie ou d’un domaine spécifique, mais celle de la société entière dans sa globalité. Il ne s’agit pas du mode de vie d’un pays, d’une nation ou d’une époque déterminés, mais du mode de vie individuel et collectif de tous les êtres humains, à toutes les époques. Ainsi, le sens de l’affirmation du Coran n’est pas que l’Islam serait le nom donné à une juste synthèse de la manière de rendre un culte à Dieu, des croyances relatives au monde suprasensible et de la conception de la vie après la mort. Il ne signifie pas davantage que l’Islam serait le nom d’une méthode correcte de la pensée et de l’action religieuses des individus — au sens étroit dans lequel le mot « religion » est pris dans la terminologie occidentale. En outre, le sens de l’affirmation du Coran n’est pas non plus qu’un système de vie pur et exact aurait été appelé Islam pour les habitants de l’Arabie, ou pour tous les hommes jusqu’à tel siècle, ou pour ceux qui ont vécu avant la révolution industrielle. Son affirmation explicite est plutôt que, pour l’ensemble de l’humanité de toutes les époques, il n’existe, du point de vue d’Allah, qu’une seule voie et méthode correcte et authentique de vivre la vie terrestre, et que cette voie se nomme « al-Islâm ». — [Il est très étonnant qu’en un lieu quelconque situé entre l’Asie et l’Europe, une interprétation originale du Coran ait été proposée. Selon elle, le sens du dîn se limiterait à la relation personnelle entre le serviteur et Dieu, sans aucun rapport avec la civilisation ni avec le système politique. Si cette interprétation a effectivement été tirée du Coran lui-même, elle serait assurément une chose bien curieuse. Mais, sur la base de ce que j’ai compris après m’être consacré pendant dix-huit longues années à l’étude approfondie du Coran, je peux dire sans crainte que, quelles que soient les interprétations arbitraires que donnent les commentateurs modernes, le Coran n’a pas employé le mot « al-dîn » dans un sens étroit ; il l’a employé au sens de « la règle de pensée et d’action de toute la vie », pour les hommes de toutes les époques. (Une délégation de journalistes turcs avait formulé cette remarque lors d’une visite en Inde en 1943. C’est à cela que l’auteur fait allusion.)]

La signification de l’islam

Expliquons ici le mot « islam ». En arabe, il signifie déposer les armes, s’incliner, reconnaître l’obéissance et se soumettre. Mais le Coran ne dit pas seulement islam : il dit « al-islam ». C’est son terme spécifique. Le sens dans lequel il emploie ce terme est de s’incliner devant Allah, de Lui obéir, de renoncer à sa liberté devant Lui et de se soumettre à Lui. Bien entendu, cette soumission ne signifie pas se soumettre à la loi de la nature. Certains ont pourtant tenté d’en donner cette interprétation erronée. Elle ne signifie pas non plus que l’être humain, en faisant usage de son imagination, ou par l’expérimentation et l’observation, parvienne de lui-même à une conclusion sur ce qu’Allah veut et ce qui Lui plaît, puis Lui obéisse. D’autres ont précisément compris les choses de cette manière. En réalité, cela signifie qu’il faut accepter la voie et la méthode de pensée et d’action qu’Allah a fait connaître par l’intermédiaire de Ses messagers, et renoncer à la liberté, c’est-à-dire à l’arbitraire, de sa pensée et de son action afin d’obéir à cette voie et à cette méthode et de les suivre. C’est précisément ce que le Noble Coran entend par l’expression « al-islam ». Il ne s’agit pas d’une religion d’une époque nouvelle, et il y a quatorze cents ans, Muhammad (que la paix soit sur lui) n’en a ni établi ni inauguré les fondements en Arabie. Au contraire, dès le jour où l’être humain apparut pour la première fois sur la terre, Allah lui fit savoir que seul cet islam constituait pour lui un mode de vie juste et pur. Ensuite, tous les prophètes venus guider les hommes de la part d’Allah dans les différentes régions du monde ont, sans interruption, appelé les hommes vers ce même « al-islam ». Il ne s’en est jamais produit la moindre déviation. Enfin, le prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) a lui aussi appelé l’humanité vers ce même « al-islam ». Il faut toutefois préciser que les disciples de Moïse (que la paix soit sur lui), en y mêlant par la suite de nombreuses autres choses, ont formé ce qu’ils ont appelé le judaïsme ; les disciples de Jésus (que la paix soit sur lui), ce qu’ils ont appelé le christianisme ; et les communautés des prophètes de l’Inde, de l’Iran, de la Chine et d’autres pays ont également élaboré toutes sortes de doctrines composites et confuses. En réalité, la religion que Moïse, Jésus et tous les autres prophètes connus ou inconnus étaient venus prêcher était un islam pur et sans mélange, rien d’autre.

La thèse du Coran

Après cette explication et cette analyse, la thèse du Coran devient parfaitement claire devant nous. La voici : « Pour l’humanité, le seul mode de vie et la seule voie authentiques agréés par Allah consistent à s’incliner devant Allah et à suivre la voie et la méthode de pensée et d’action qu’Allah a indiquées par l’intermédiaire de Ses prophètes. » Telle est la thèse du Coran.

Nous devons maintenant réfléchir profondément pour savoir s’il convient d’accepter cette thèse. Nous examinerons bien sûr les arguments et les preuves que le Coran lui-même a présentés à l’appui de cette thèse. Mais auparavant, pourquoi ne chercherions-nous pas nous-mêmes à déterminer, par une recherche approfondie, si nous avons une autre possibilité que d’accepter cette thèse ?

La nécessité d’un mode de vie

Il est évident que, pour vivre, l’être humain doit en toutes circonstances adopter un mode de vie. L’être humain n’est pas un fleuve dont le cours se formerait de lui-même à travers les montées et les descentes du terrain. Il n’est pas non plus une plante ou un arbre dont la voie serait déterminée par les lois de la nature. Il n’est pas davantage un simple animal dont l’instinct et la nature suffiraient à lui indiquer le chemin. Bien qu’une grande partie de sa vie soit soumise aux lois naturelles, il existe dans sa vie de nombreux domaines où il ne trouve aucune voie toute tracée qu’il pourrait suivre involontairement, comme les autres êtres vivants et les animaux. Il doit au contraire choisir une voie après réflexion et discernement. De nombreux problèmes de l’univers se présentent naturellement à sa conscience réfléchie, mais il n’en trouve pas la solution dans un langage dépourvu d’ambiguïté. Il lui faut donc une voie de pensée pour résoudre ces problèmes. Par l’intermédiaire de ses cinq sens, la nature fait certes parvenir à son esprit certaines notions et informations éparses, mais elle ne les organise ni ne les ordonne de manière systématique. Il lui faut une voie de connaissance pour les organiser et les structurer. Sa conduite personnelle exige certaines règles et méthodes grâce auxquelles il puisse satisfaire des besoins que la nature lui impose, mais pour lesquels elle ne définit aucune méthode convenable. Il lui faut une règle pour sa vie conjugale, ses relations familiales, ses transactions et ses activités économiques, ainsi que pour de nombreux autres aspects et domaines. Cette règle doit lui permettre d’atteindre un objectif en vivant non pas seulement comme individu, mais aussi comme membre d’un groupe, d’une nation et d’une communauté ; cet objectif est naturellement souhaitable pour lui, mais la nature ne le lui a pas clairement présenté et ne lui a indiqué aucun moyen de l’atteindre.

La vie humaine est indivisible

Dans ces différents aspects et domaines de la vie, il est indispensable que l’être humain adopte une voie et une méthode. Mais ces domaines ne sont pas des divisions permanentes et mutuellement autonomes. Il n’est donc pas possible d’adopter, dans ces différents domaines, des voies différentes dont les buts, les provisions de route, la manière et la méthode de progression, les exigences et les besoins, ainsi que les destinations, seraient distincts. Quiconque ferait ne serait-ce qu’un léger effort de réflexion pour comprendre l’être humain et ses problèmes existentiels comprendrait certainement que la vie constitue, dans son ensemble, un tout organique, dont chaque partie est intimement liée et inséparable des autres, et dont chaque domaine est étroitement lié aux autres domaines. Chacune de ses parties agit sur les autres et subit leur influence. Une même force vitale se répand dans toutes les parties, et l’ensemble qui en résulte s’appelle la vie humaine. En réalité, ce dont l’être humain a besoin, ce ne sont donc pas de nombreux buts dans la vie, mais d’un seul but principal, sous lequel tous les buts secondaires, petits ou grands, resteront harmonisés, et dont la réalisation entraînera celle de tous les autres. Il n’a pas besoin de nombreuses voies, mais d’une seule grande voie sur laquelle il puisse avancer vers le but de sa vie en maintenant une parfaite harmonie entre tous ses aspects et ses domaines. Il ne faut pas des systèmes séparés pour la philosophie, les sciences et les savoirs, la littérature, les beaux-arts, l’éducation, la religion, la morale, la vie sociale, l’économie, la politique, la justice et le droit, etc., mais un système global au sein duquel tous ces éléments puissent exister en parfaite harmonie et qui contienne, pour chacun d’eux, des principes appropriés de même nature et du même esprit. En les suivant, l’individu, la collectivité et, d’une manière générale, l’humanité tout entière pourront atteindre le but suprême. C’était l’âge obscur de la Jahiliya, lorsque l’on croyait possible de diviser durablement la vie en domaines distincts. Si, de nos jours, quelqu’un entretient encore une telle conception et veut tenir des propos dénués de sens, il faut dire soit qu’il s’accroche sincèrement à de vieilles idées et qu’il mérite donc la pitié, soit qu’il connaît parfaitement la réalité et tient sciemment de tels propos uniquement parce que le système qu’il veut instaurer dans un pays — c’est-à-dire un système nationaliste, consistant à élaborer pour les habitants un système de vie visant de simples intérêts terrestres, en rompant tout lien avec Dieu, le Livre et la prophétie — l’oblige à rassurer ceux qui s’opposent à ses principes en leur promettant qu’ils bénéficieront, sous ce système, d’une sécurité totale dans tels ou tels domaines de leur vie. Du point de vue de la raison, de la normalité et de la réalité, cela est impossible. Ceux qui tiennent ce discours le savent probablement eux-mêmes : c’est impossible — pour une étude détaillée de cette question, voir les premier et deuxième tomes de l’ouvrage de l’auteur, Musalmân aur Maujûdah Siyâsî Kashmakash, et en particulier le deuxième tome, intitulé Bunyâdî Huqûq. — (Les compilateurs.) Tout dîn victorieux est nécessairement contraint de façonner tous les aspects et domaines de la vie selon sa propre force vitale, son esprit et sa nature, de même que tout objet tombé dans une mine de sel est nécessairement transformé en sel.

La division géographique et héréditaire de la vie

Diviser la vie humaine en différentes parties est déjà absurde et irrationnel ; la diviser sur la base des frontières géographiques et de la couleur de peau ou de l’ascendance l’est encore davantage. Il ne fait aucun doute que l’on trouve des êtres humains en de nombreux endroits de la terre, séparés les uns des autres par des fleuves et des mers, des montagnes et des reliefs, des forêts et des jungles, ou encore par des frontières artificielles. On trouve également des hommes appartenant à diverses lignées et nations, chez lesquels, pour des raisons historiques, psychologiques et autres, le développement et le progrès de l’humanité ont pris des formes différentes.

Mais celui qui, prenant prétexte de ces différences, affirme qu’il est nécessaire d’élaborer un « dîn » ou système de vie distinct pour chaque lignée, chaque peuple et chaque région géographique, ne fait que tenir des propos incohérents. Sa vision étroite est restée prisonnière des différences de forme extérieure et d’apparence. Il n’a pas compris l’existence de l’essence une et indivisible de l’humanité qui demeure sous ces variations extérieures. Toutefois, si ces différences sont réellement si importantes qu’elles exigent des systèmes de vie distincts, alors je dirai ceci : écrivez, en les exagérant autant que vous le voudrez, toutes les différences que vous observez entre un pays et un autre, ainsi qu’entre une lignée et une autre. Ensuite, procédez à une analyse scientifique impartiale des différences observables entre les femmes et les hommes d’un pays quelconque, entre un être humain et un autre, et entre deux enfants des mêmes père et mère. Je suis certain qu’une analyse scientifique fera apparaître les secondes différences comme plus marquées que les premières. Pourquoi, dès lors, ne recommandez-vous pas un système de vie distinct pour chaque être humain ? En réalité, même dans les différences entre les individus, entre les femmes et les hommes, et entre les familles, on peut assurément observer un élément permanent d’unité ; c’est sur cette base qu’il est possible de concevoir l’existence d’un peuple, d’un pays et d’une lignée. C’est pourquoi il est raisonnable de penser qu’un seul système de vie puisse convenir au grand nombre d’habitants d’un peuple ou d’un pays. Et puisque cela est possible, pourquoi ne serait-il pas possible de trouver un élément d’unité fondamentale au milieu de l’ampleur des différences nationales, territoriales et lignagères ? Et pourquoi ne serait-il pas possible, sur cette base, de considérer l’ensemble de l’humanité comme une unité indivisible et d’élaborer un seul dîn ou système de vie pour le monde humain tout entier ? N’est-il pas vrai que, malgré toutes les différences géographiques, ethniques et lignagères, la nature rend tous les êtres humains égaux dans les questions fondamentales ; que la vie terrestre de tous les êtres humains s’écoule selon les mêmes lois naturelles ; que tous les êtres humains sont constitués selon les mêmes lois corporelles ; que les caractéristiques qui ont conféré à l’être humain le statut d’une espèce distincte des autres créatures sont présentes de manière égale chez tous ; que tous les êtres humains partagent également, par naissance, les besoins et les exigences naturels ; et que l’essence humaine de chaque individu est formée par la combinaison de forces physiques et psychologiques de même nature ? Enfin, n’est-il pas également exact que toutes les causes physiques, psychologiques, historiques, sociales et économiques actives et influentes dans la vie humaine sont les mêmes pour tous les êtres humains ? Puisque tous les êtres humains sont en réalité égaux sur ces plans, les principes et les idéaux fondamentaux qui sont purs et exacts pour le bien de tous devraient eux aussi être universels et valables pour toute l’humanité. Ces principes et idéaux fondamentaux ne peuvent pas être différents pour chaque pays, chaque peuple et chaque lignée. Les différents peuples et lignées peuvent, dans le cadre de ces principes et idéaux fondamentaux, exprimer leurs qualités et leurs particularités propres et résoudre partiellement les divers problèmes de leur vie par des moyens différents — et ils doivent le faire. Cependant, le « dîn » ou système de vie exact dont l’être humain a besoin en tant qu’être humain doit, en toutes circonstances, être un et identique. Il n’est pas acceptable pour la raison qu’une chose juste pour un peuple soit fausse pour un autre, et qu’une chose fausse pour un peuple soit juste pour un autre.

La division temporelle de la vie

On a déjà examiné plusieurs arguments inconsistants avancés en faveur de la division de la vie sur la base de différences extérieures. Un autre argument du même genre, présenté récemment avec beaucoup d’assurance et d’érudition, est en réalité le plus inconsistant et le plus erroné de tous : c’est la division temporelle de la vie. On affirme à ce propos qu’un système de vie est juste à une époque, puis se révèle faux à une autre, parce que les problèmes de la vie changent à chaque époque. Or, la justesse ou l’erronéité d’un système de vie dépendrait des problèmes de la vie. Ce qui est curieux, c’est que cette affirmation est énoncée au sujet de la vie humaine, alors que, dans le même temps, on parle de l’évolution progressive de cette même vie. Et lorsqu’il est question de l’évolution de la vie, on recherche également les lois historiques qui l’influencent, on tire de son expérience passée des enseignements pour le présent et des orientations pour l’avenir. On démontre même par le raisonnement l’existence d’une chose appelée « la nature humaine ». Ma question est la suivante : ceux qui croient à la division temporelle de la vie disposent-ils d’un instrument de mesure permettant de déterminer des limites précises entre les époques ou les périodes au cours de l’évolution historique ininterrompue de l’humanité ? Et, même si une limite était repérée, serait-il possible de montrer du doigt l’un de ses points et de dire que les problèmes de la vie qui existaient de l’autre côté ont, en arrivant de ce côté-ci, complètement changé, et que la situation qui existait de l’autre côté ne subsiste plus ici ? Si la vie humaine était réellement divisée en fragments temporels séparés de cette manière, il faudrait admettre que le fragment passé est absolument inutile pour le fragment qui lui succède. Une fois ce fragment révolu, tout ce que les hommes ont accompli à cette époque serait devenu vain. L’expérience acquise par les hommes à une époque ne contiendrait aucun enseignement pour l’époque suivante, puisque ni cette situation ni ces problèmes n’existeraient plus. Dès lors, l’expérience des efforts déployés par l’homme dans cette situation et pour résoudre ces problèmes n’aurait elle non plus aucune valeur. Il n’y aurait donc plus aucune place pour parler d’évolution. La recherche des lois historiques qui influencent la vie n’aurait plus aucune utilité. Aucune utilité. Lorsque l’on parle d’évolution, on admet nécessairement qu’il existe quelque chose qui change tout en demeurant continuellement en mouvement et en conservant son existence à travers tous les changements. Lorsque l’on discute des lois de la vie, on admet naturellement aussi qu’au milieu de tant d’ascensions et de déclins, de destructions et de reconstructions, de révolutions et d’évolutions, il existe une vérité éternelle de la vie, dotée de sa nature propre et de ses règles particulières. Lorsque l’on tire un enseignement des exemples de l’histoire, cela signifie qu’un voyageur parcourt cette longue route de l’histoire, avance sans cesse et franchit étape après étape, et qu’il possède une identité propre ainsi qu’un caractère distinct. Cette identité agit d’une manière particulière dans des circonstances particulières ; ce qu’elle accepte à un moment, elle le rejette à un autre et réclame quelque chose de nouveau. Mais lorsque l’on commence à discuter de cette vérité éternelle, de cet être éternellement changeant, ainsi que des différentes étapes parcourues sur la route de l’histoire, de leurs situations et de leurs problèmes, on le fait avec une telle absorption que l’on ne se souvient plus du voyageur lui-même. Les étapes de la route, ainsi que leurs situations et leurs problèmes, peuvent changer ; cela signifie-t-il pour autant que le voyageur et son individualité changent ? Pour ma part, je constate qu’il n’y a eu aucun changement dans sa structure fondamentale depuis le commencement de la création jusqu’à aujourd’hui. L’homme qui était constitué, il y a des milliers d’années, des mêmes éléments fondamentaux est encore constitué aujourd’hui de ces mêmes éléments. Son tempérament, les exigences et les besoins de sa nature, ses qualités et ses caractéristiques, ses émotions et ses sentiments, ses inclinations et ses tendances, ses capacités et ses aptitudes, ses faiblesses et ses forces, ses actions et ses réactions, sa faculté d’exercer une influence et d’en subir une, les forces qui le dominent ainsi que son environnement naturel et cosmique : tout est aujourd’hui comme auparavant. Dans aucun de ces domaines il ne s’est produit la moindre différence depuis l’origine de la création jusqu’à nos jours. En réalité, personne ne peut avoir l’audace d’affirmer que, du fait des changements de situation et de la transformation des problèmes qui en découlent au cours des révolutions et des évolutions de l’histoire, l’humanité même de l’homme aurait changé, ou que les éléments fondamentaux liés à cette humanité auraient changé. Dès lors, puisqu’une telle affirmation est impossible, comment pourrait-on admettre que ce qui était hier pour l’homme aussi bénéfique que le nectar soit devenu aujourd’hui aussi nocif que le poison, que ce qui était vrai hier soit devenu faux aujourd’hui, et que ce qui avait de la valeur hier soit aujourd’hui dépourvu de toute valeur ?

De quel type de système de vie l’homme a-t-il besoin ?

En réalité, au cours des révolutions et des évolutions de l’histoire, en cherchant à comprendre l’essence humaine et les éléments fondamentaux qui s’y rapportent, l’homme a été victime, individuellement et collectivement, de la confusion et de la tromperie. Il a perçu certaines vérités de manière exagérée et s’est trompé dans la compréhension d’autres, ce qui l’a conduit, à différentes époques, à adopter des systèmes de vie erronés. Par la suite, après les avoir expérimentés, l’humanité dans son ensemble (Humanity at large) en a compris la vacuité et les a abandonnés pour un autre système de vie similaire. À la suite de ces expériences, on a conclu qu’il fallait élaborer, à chaque époque, un système de vie différent pour l’humanité, fondé uniquement sur les situations et les problèmes de l’époque concernée, et s’efforçant seulement de résoudre ces problèmes. Pourtant, dans une telle situation, la seule conclusion juste est que le fait de mettre sans cesse à l’épreuve de tels systèmes de vie fondés sur les époques et les périodes — autrement dit, de telles constructions saisonnières et spontanées — puis d’en expérimenter un autre après l’échec de chacun, ne produit rien d’autre que la perte du temps précieux de l’humanité. Cela entrave son progrès et lui impose de grands obstacles sur la voie de son amélioration, de son développement et de l’atteinte de son objectif ultime. En réalité, elle dépend entièrement d’un système de vie qui sera élaboré sur la base de principes universels, éternels et immuables, par Celui qui connaît parfaitement l’homme ainsi que tous les éléments et toutes les données qui s’y rapportent. En s’appuyant sur ce système de vie, elle pourra progresser en toute sécurité à travers toutes les situations changeantes du présent et de l’avenir, résoudre tous les problèmes qui surgiront et avancer rapidement vers le but désiré, au lieu de progresser par des hauts et des bas sur la route de la vie.

L’homme est-il lui-même capable d’élaborer un tel système de vie ?

Voilà ce qu’est le « dîn », le mode ou le code de vie dont l’être humain a besoin. Nous devons maintenant réfléchir à ceci : si l’être humain voulait élaborer pour lui-même un tel système de vie sans l’aide d’Allah, pourrait-il réussir dans cette entreprise ? Je ne veux pas poser la question de savoir si, jusqu’à présent, l’être humain a pu élaborer seul un tel système de vie. La réponse à cette question est catégoriquement négative. Même ceux qui, à notre époque, présentent leur propre système de vie avec de grandiloquentes prétentions et luttent les uns contre les autres à son sujet ne pourront prétendre qu’aucun des codes de vie qu’ils ont proposés est capable de répondre aux besoins pour lesquels l’être humain, en tant qu’être humain, dépend d’un « dîn ». En effet, le système de vie des uns est fondé sur la lignée ou la nation, celui des autres sur la géographie, celui d’autres encore sur la classe sociale, tandis que certains ont élaboré leur système de vie en fonction des exigences d’une époque qui vient à peine de s’écouler. Il est impossible de dire si celui-ci se révélera adapté aux conditions et aux problèmes de l’époque à venir, car les exigences historiques de l’époque qui s’achève n’ont pas encore été examinées. Ma question n’est donc pas de savoir si l’être humain a réussi à élaborer un tel système de vie, mais s’il peut en élaborer un.

En réalité, c’est une question extrêmement importante. Il ne conviendrait donc pas de l’examiner brièvement. Elle compte parmi les questions décisives de la vie humaine. Il faut par conséquent bien comprendre quelle est cette chose qu’il est ici question d’élaborer, et dans quelle mesure l’être humain possède les aptitudes dont on affirme qu’elles lui permettraient de l’élaborer.

Que signifie le « dîn » ?

Le « dîn » dont je viens de démontrer la nécessité pour l’être humain n’est pas un code détaillé comprenant des règles et des dispositions, grandes ou petites, jusque dans leurs moindres détails, pour toutes les situations de toutes les époques, que l’être humain devrait appliquer tant qu’il existerait. Il consiste en réalité en un ensemble de principes généraux, fondamentaux et éternels, capables de guider l’être humain en toutes circonstances, d’orienter correctement sa pensée et sa vision, ses efforts et sa progression, et de le préserver du gaspillage de son temps, de son énergie et de son labeur dans de vaines expérimentations.

À cette fin, la toute première tâche de l’être humain consiste à acquérir une connaissance claire et exacte, et non de simples conjectures, des mystères de son propre être et de l’univers, ainsi que de sa position et de sa dignité dans cet univers.

Il doit ensuite savoir si cette vie terrestre constitue toute son existence ou si elle n’en est qu’une première partie. Son voyage se limite-t-il à la naissance et à la mort, ou cette période n’est-elle qu’une étape de son voyage ?

Il faut ensuite nécessairement qu’un objectif de vie soit fixé pour lui ; cet objectif ne doit pas dépendre de la volonté humaine, mais être véritablement celui de la vie humaine : l’être humain a été créé pour parvenir à cet objectif, et tous les buts et desseins de l’individu, du groupe et de l’humanité tout entière doivent pouvoir s’y harmoniser sans aucune contradiction ni aucun conflit.

Il lui faut ensuite certains principes de morale, inébranlables et universels, qui soient conformes à ses qualités et caractéristiques innées, et qui puissent être efficaces et applicables, sur les plans théorique comme pratique, dans toutes les situations possibles. Ces principes lui sont absolument nécessaires afin qu’il puisse façonner son caractère, recevoir une orientation pour résoudre les problèmes qui surgissent à chaque étape de son parcours dans la vie, et que son idéal moral ne soit pas constamment démantelé puis refait pour s’adapter à l’évolution des conditions et des problèmes, au point qu’il soit considéré comme un homme sans principes et opportuniste.

Ensuite, il lui faut quelques principes fondamentaux, autonomes et d’une portée étendue, concernant l’organisation de la société. Ces principes doivent être établis sur la base d’une compréhension complète de la signification et du but de la vie sociale de l’homme, ainsi que de ses besoins et exigences naturels. Ils ne doivent comporter ni insuffisance extrême, ni excès démesuré, ni déséquilibre. Ils doivent garantir le bien-être général de l’humanité et contribuer à la structuration, à la reconstruction, au progrès et à l’épanouissement de tous les aspects de la vie humaine à toutes les époques.

Ensuite, il lui faut un certain nombre de règles complètes et précises pour orienter correctement le caractère individuel, le comportement collectif ainsi que les efforts et activités personnels et collectifs, et pour les préserver de l’égarement. Ces règles serviront de guide sur la grande route de sa vie ; à chaque tournant, à chaque carrefour et à chaque étape dangereuse, elles l’avertiront et lui indiqueront le droit chemin.

En outre, il lui faut encore un certain nombre de règles pratiques, qui devront être observées universellement et en tout temps. Ces règles pratiques sont nécessaires afin de maintenir intact le lien de l’homme avec les vérités profondes relatives à l’homme et à l’univers exposées dans l’ad-dîn, c’est-à-dire dans le système de vie complet considéré, ainsi qu’avec le but et l’aboutissement de la vie, les principes moraux et sociaux et les règles de conduite qui y sont définis.

C’est de l’ensemble de ces principes fondamentaux et de ces règles que se forme ce système de vie complet. La composition de ce système de vie constitue le sujet de notre discussion. Il faut maintenant examiner si l’homme possède les moyens et les ressources nécessaires pour élaborer un tel système de vie complet.

Examen des moyens et des ressources de l’homme

L’homme ne dispose au maximum que de quatre moyens et ressources pour élaborer son propre dîn, ou système de vie. Le premier est la volonté, le deuxième l’intellect, le troisième l’expérimentation et l’observation, et le quatrième le témoignage historique de l’expérience passée. Il ne semble pas possible d’identifier une cinquième ressource en dehors de ces quatre-là. Examinez donc chacune de ces quatre ressources aussi attentivement que possible. Peuvent-elles aider l’homme à élaborer l’ad-dîn dont nous parlons ? J’ai consacré une part importante de ma vie à réfléchir sur cette question et à en rechercher la vérité. Je suis finalement parvenu à la conclusion que ces ressources ne peuvent en aucune manière contribuer à l’élaboration de ce système de vie complet. Toutefois, si un guide de l’ad-dîn, provenant des sphères supérieures et non de l’humanité, le présente, elles peuvent aider à le comprendre, à l’identifier, à en vérifier la véracité et, conformément à celui-ci, à élaborer les règles détaillées de la vie dans leurs moindres aspects.

I. La volonté

Commençons par examiner la volonté. Peut-elle guider l’homme ? Bien que la volonté soit la véritable force d’inspiration et d’action de l’homme, les faiblesses inhérentes à sa nature lui ôtent à jamais la capacité de guider l’homme vers le droit chemin de la vie. Loin de lui indiquer ce chemin, elle conduit le plus souvent sa conscience, son intellect et ses connaissances à l’égarement. Quelle que soit l’étendue de la formation qui lui est dispensée pour la rendre cultivée et raffinée, dès que la responsabilité de prendre la décision finale lui sera confiée, elle prendra inévitablement une mauvaise décision dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas. Car les besoins qui se manifestent en elle la contraignent, au lieu de prendre la bonne décision, à choisir celle qui rendra l’objet désiré rapidement et facilement accessible. C’est là, au fond, la faiblesse inhérente de la volonté humaine. Ainsi, qu’il s’agisse d’une volonté individuelle, d’une volonté de classe ou de la volonté générale décrite par Rousseau, en somme, aucune forme de volonté humaine n’est, par nature, apte à contribuer à l’élaboration d’un système de vie complet. Elle est tout particulièrement dépourvue, et ne peut être dotée, du moindre pouvoir pour contribuer à la détermination de questions supérieures, telles que l’essence de la vie humaine, son aboutissement et son but.

Deux : l’intellect

Passons maintenant à la question de l’intellect. Nul doute qu’il constitue une faculté humaine dotée des aptitudes et des capacités les plus éminentes, que son importance et son influence dans la vie humaine sont extraordinaires et qu’il représente pour l’être humain une immense force motrice. Mais dès qu’il s’agit d’examiner à qui pourrait être confiée la responsabilité de concevoir un « ad-dîn » pour l’humanité, une question se pose : à l’intelligence de qui cette responsabilité pourrait-elle être confiée ? À celle de Zaïd ou de Bakr ? À celle de tous les êtres humains ? Ou à celle d’un groupe particulier d’entre eux ? Aux hommes de l’époque actuelle, à ceux du passé ou à ceux de l’avenir ? Laissons pourtant cette question de côté. Mais la question que l’on ne peut absolument pas éluder est la suivante : après avoir considéré les limites et l’étendue de l’intellect humain, quelqu’un peut-il affirmer qu’il est possible de s’en remettre à lui pour élaborer un système de vie complet et autonome, et qu’il soit approprié de lui confier cette tâche ? Il est bien connu que toutes ses décisions dépendent des informations recueillies par les cinq sens, c’est-à-dire par les facultés sensibles. Si les informations qu’il recueille sont erronées, les conclusions de l’intellect le seront également. Si ses informations sont incomplètes, ses conclusions le seront aussi. Et dans les domaines où les cinq sens ne fournissent absolument aucune information, l’intellect, s’il est conscient de ses propres capacités, ne prendra aucune décision. Mais s’il est arrogant, il continuera à tirer dans l’obscurité des flèches stériles. Une faculté intellectuelle dont les capacités sont si limitées et si étroites peut-elle être digne d’assumer la responsabilité de concevoir pour l’humanité un système de vie complet (ad-dîn) ? En outre, la conception d’un « ad-dîn » dépend de la résolution de problèmes supérieurs et complexes. Faudrait-il résoudre ces problèmes sur la base de suppositions, d’estimations et d’élucubrations imaginaires ? Les cinq sens ne fournissent que des informations extrêmement incomplètes sur les notions qui sont indispensables pour fonder les valeurs morales éternelles nécessaires à la conception d’un « ad-dîn ». Comment espérer que l’intellect puisse, à partir de ces informations incomplètes, déterminer des valeurs morales complètes et authentiques ? De même, pour aucun des autres éléments de l’« ad-dîn » que j’ai mentionnés, les cinq sens ne fournissent d’informations précises et complètes sur lesquelles l’intellect pourrait s’appuyer pour élaborer un système de vie autonome et universel. De plus, l’élément appelé désir ou instinct reste constamment attaché à l’intellect. Il ne lui permet pas de prendre des décisions fondées sur une logique pure. Même lorsque l’intellect veut suivre la voie droite, le désir ou l’instinct ne manque pas de l’incliner quelque peu vers une voie tortueuse. Supposons donc même que l’intellect humain ne commette aucune erreur en ordonnant et en harmonisant les informations recueillies par les cinq sens ni en tirant des preuves de ces informations ; en raison de sa propre faiblesse, il ne possède néanmoins pas une capacité suffisante pour qu’on puisse lui confier une si lourde responsabilité. Lui imposer ce fardeau serait lui faire subir une injustice, et celui qui le lui impose commettrait lui aussi une injustice.

Trois : la science

Examinons maintenant le troisième instrument. Il s’agit du savoir acquis par l’expérience, l’expérimentation et l’observation. Je reconnais à ce savoir autant de valeur et d’importance que peut en reconnaître un étudiant en sciences. Je ne le méprise pas le moins du monde. Mais lui attribuer une portée qu’il n’a pas, sans tenir compte de ses limites, est une démarche tout à fait contraire à l’esprit scientifique. Quiconque connaît correctement la nature du savoir humain ne peut nier que les mystères profonds des problèmes métaphysiques échappent à sa prise. Il ne dispose pas des moyens et des instruments nécessaires pour dévoiler ces mystères. Il ne peut pas non plus les observer directement ; et, à partir des choses qui peuvent faire l’objet d’un examen et d’une observation, il n’est pas capable d’établir à leur sujet, avec des arguments et des preuves rationnels, une opinion que l’on puisse qualifier de « scientifique ». Il va donc sans dire que la science n’atteint pas le niveau où il faudrait connaître, dès le départ, la solution de quelques problèmes fondamentaux indispensables à l’élaboration de l’« ad-dîn » dont nous parlons. La question demeure alors de savoir si l’on peut confier à la science la détermination des valeurs morales, l’élaboration des principes socioculturels et la définition des limites qui empêchent l’égarement. Pour y répondre, on se demande d’abord à la science de quel individu, de quel groupe ou de quelle époque cette responsabilité pourrait être confiée. Mais au lieu de nous attarder sur cette question, nous devrions réfléchir aux conditions indispensables à remplir pour mener à bien, par une méthode scientifique, l’élaboration d’un système de vie complet (ad-dîn). La première condition est de connaître les lois naturelles auxquelles est soumise la vie terrestre de l’être humain. La deuxième est de maîtriser parfaitement tous les principes et toutes les données relatifs à la vie de l’être humain lui-même. La troisième est de réunir ces deux catégories de connaissances — c’est-à-dire l’ensemble des principes et des données connus sur la vie humaine et sur le monde naturel — puis de les organiser avec rigueur sous la direction d’un esprit pleinement mûr et sage, afin d’en tirer des arguments et des preuves exacts permettant de déterminer les valeurs morales, les principes socioculturels et les limites empêchant l’égarement. Ces conditions n’ont jamais été réunies jusqu’à présent, et l’on ne peut espérer qu’elles le soient même dans cinq mille ans. Peut-être le seront-elles la veille de la disparition de l’humanité. Mais alors elles ne serviront plus à rien.

Quatre : l’histoire

Enfin, considérons ce moyen et cet instrument de connaissance que nous appelons le dossier des preuves, ou le registre des actes de l’humanité. Je ne peux nier son importance ni son utilité. Je veux seulement dire qu’il ne suffit pas non plus à accomplir une tâche aussi immense que l’élaboration d’un « ad-dîn ». Je crois qu’en y réfléchissant plus profondément, les lecteurs seront eux aussi d’accord avec moi. Je ne pose pas ici la question de savoir si ce dossier historique de preuves est parvenu, du passé jusqu’aux hommes du présent, de manière exacte et complète. La question est plutôt la suivante : au nom de l’ensemble de l’humanité, à l’esprit de qui pourrait-on confier la tâche d’élaborer un « ad-dîn » à l’aide de ce dossier historique ou de ces archives ? À Hegel, à Marx, à Ernst Haeckel, ou à quelqu’un d’autre ? Ce que je demande, c’est seulement ceci : jusqu’à quelle date précise du passé, du présent ou de l’avenir les archives historiques seraient-elles capables de fournir les matériaux suffisants à l’élaboration d’un « ad-dîn » ? Heureux ceux qui naîtront après cette date. Et ceux qui auront quitté ce monde avant elle ? Allah Très-Haut est leur Protecteur.

Des résultats décevants

Je crois que, dans le bref exposé que je viens de faire, je n’ai commis aucune erreur dans l’analyse scientifique ni dans la présentation de l’argumentation. Si l’examen des moyens et des ressources humains que j’ai présenté est exact, je peux affirmer avec une ferme conviction, sans me soucier des obstacles et des entraves, que l’être humain peut peut-être élaborer pour lui-même un système de vie immature, imparfait, éphémère et de portée régionale. Mais il lui est absolument impossible de concevoir un système de vie complet et intemporel (ad-dîn). Cela était impossible dans le passé, cela l’est encore aujourd’hui, et il n’y a non plus aucun espoir que cela devienne possible dans l’avenir.

Dans ces conditions, si, selon les athées, aucun « Dieu » n’existe pour guider l’être humain, celui-ci devrait alors se suicider. Pour le voyageur qui n’a pas de guide et ne dispose d’aucun autre moyen de trouver son chemin, il ne peut y avoir d’autre issue que le désespoir absolu. À son égard, la seule chose qu’une personne compatissante puisse lui conseiller est de se fracasser violemment la tête contre une pierre au beau milieu du chemin et d’en finir avec tous ses problèmes. Et s’il existe un « Dieu », mais que ce Dieu ne soit pas un Dieu qui guide — comme s’efforcent de le démontrer certains philosophes et savants en établissant l’existence d’un Dieu conçu de cette manière particulière —, la situation devient alors plus lamentable encore. Le Dieu qui a donné à toutes les choses et à tous les êtres de l’univers tout ce qui est nécessaire à leur subsistance, à leur développement et à leur croissance, mais qui ne leur a pas donné la chose dont l’être humain a le plus besoin, à savoir les règles et la méthode de sa vie, rend extrêmement périlleux le fait d’habiter dans le monde qu’il a créé. À vrai dire, on ne peut imaginer de péril plus grand. Car sans cette méthode de vie, l’existence de l’ensemble de l’humanité devient vaine. Dans ces conditions, il faudrait se lamenter sur le sort des pauvres, des orphelins, des malades, des affligés, des blessés et des opprimés. L’humanité expérimente sans cesse, en vain, de fausses conceptions de la vie. Elle trébuche et tombe en avançant, puis se relève et recommence à marcher, avant de trébucher de nouveau. Et chaque fois qu’elle trébuche, pays après pays et nation après nation se transforment en champs de ruines. Elle est si désorientée qu’elle ne sait même pas quel est le but de sa propre vie. Elle ignore pour quoi elle doit travailler et déployer ses efforts, ainsi que les règles et la méthode selon lesquelles elle doit agir. Le Dieu qui l’a créée et lui a permis de vivre dans ce monde semble observer en silence toutes ces épreuves. Comme s’il ne se préoccupait que de l’acte de créer et ne se souciait nullement de lui faire connaître les règles permettant de vivre et d’agir dans ce monde.

L’unique lueur d’espoir

Le Coran nous présente une situation entièrement opposée à ce tableau. Le Coran dit qu’Allah n’est pas seulement le Créateur, mais aussi le Guide. Il a donné à chaque chose présente dans l’univers toutes les indications nécessaires, conformément à sa nature et à ses dispositions propres.

(Arabe************************************à la page 330 du PDF)

« Celui qui a donné à chaque chose sa forme corporelle, puis l’a guidée. » — (sourate Tâ-Hâ : 50)

Pour en voir la preuve, il suffit de prendre une fourmi, une mouche ou une araignée. Le même Dieu qui a montré le chemin de la vie à ces créatures insignifiantes a également montré le chemin à l’être humain. La seule conduite juste et pure qui s’offre donc à l’homme consiste à renoncer à toute arrogance, à s’incliner devant Lui et à suivre les indications relatives au système de vie universel et complet, ou « ad-dîn », qu’Il a envoyé par l’intermédiaire des prophètes.

Il apparaît maintenant que deux voies s’offrent à nous. Après avoir examiné les forces, les capacités et les moyens dont dispose l’être humain, une voie a été découverte. Une autre voie est apparue à travers la déclaration du Coran. Nous n’avons d’autre choix que d’emprunter l’une de ces deux voies. Soit nous devons accepter la déclaration du Coran, soit nous devons nous précipiter nous-mêmes dans les ténèbres effrayantes du désespoir, où ne brille aucun rayon d’espoir. En réalité, nous ne sommes pas dans une situation où deux moyens permettraient d’élaborer un système de vie et où il suffirait d’en choisir un. La situation à laquelle nous sommes réellement confrontés est la suivante : il n’existe qu’un seul moyen d’acquérir un système de vie. Nous devons décider si nous adopterons ce moyen unique ou si, plutôt que d’en tirer profit, nous préférerons errer sans direction dans les ténèbres.

L’argumentation du Coran

Les raisonnements que j’ai présentés jusqu’ici ne nous permettent de parvenir qu’à cette conclusion : pour le bien de l’humanité, il n’existe aucune autre issue que d’accepter la revendication du Coran. En d’autres termes, on ne peut pas être mécréant ; il faut donc être musulman. Mais, pour soutenir sa revendication, le Coran présente des arguments et des preuves d’une qualité et d’une supériorité bien plus grandes. Il ne demande pas à l’être humain de devenir musulman sous la contrainte des circonstances. Au contraire, il l’y exhorte avec joie et de son plein gré. Il dispose à cet égard de nombreux arguments et preuves. Parmi eux, quatre sont les plus puissants. Ce sont précisément ceux qu’il présente de manière répétée.

Premièrement : l’islam est le seul système de vie correct pour l’être humain, car lui seul est conforme à la vérité réelle. Toutes les autres conceptions et croyances sont contraires à la vérité et irréalistes.

(Arabe************************************page 331 du PDF)

« Désirent-ils une autre religion que la religion d’Allah ? Alors que tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre s’incline devant Lui en signe de soumission, de gré ou de force, et que tous retourneront auprès de Lui. »

Deuxièmement : c’est le seul système de vie pur et parfaitement exact pour l’être humain, car il est l’unique vérité. Même au regard de la justice et de la morale, aucun autre système ne peut être pur. Allah dit :

(Arabe************************************page 331 du PDF)

« En vérité, votre Seigneur est Allah, Celui qui a créé les cieux et la terre en six jours (ou six ères). Puis Il s’est établi sur le Trône. Il enveloppe le jour de la nuit, tandis que celle-ci poursuit le jour avec impétuosité. Le soleil, la lune et les étoiles sont tous soumis à Son commandement. Sachez-le : c’est Lui qui a créé, et c’est à Lui seul qu’appartiennent la création et le commandement. Béni soit Allah, le Seigneur des mondes. » — (Sourate Al-A‘râf : 54)

Troisièmement : puisque Lui seul possède la connaissance exacte de toutes les réalités et de toutes les informations, Lui seul est capable de fournir une orientation parfaitement juste. Ainsi, la loi qu’Il a établie est, pour l’être humain, véritable et exacte.

(Arabe************************************page 332 du PDF)

« En vérité, rien n’est caché à Allah, ni sur la terre ni dans le ciel. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 5)

(Arabe************************************page 332 du PDF)

« Il connaît tout ce qui est caché et manifeste aux hommes. De ce qu’Il sait, ils ne peuvent connaître que ce qu’Il veut bien leur faire connaître. » — (Sourate Al-Baqara : 255)

(Arabe************************************page 332 du PDF)

« Ô Prophète ! Dis-leur que seule la guidance d’Allah est la véritable et juste guidance. » — (Sourate Al-An‘âm : 71)

Quatrièmement : c’est la seule voie véritable pour l’être humain. Car sans elle, la justice est impossible. Quelle que soit l’autre voie que l’être humain empruntera, elle finira par l’entraîner vers la tyrannie et l’injustice.

(Arabe************************************à la page 332 du PDF)

« Quiconque transgresse les limites fixées par Allah se fera certainement du tort à lui-même. » — (Sourate At-Talaq : 1)

(Arabe************************************à la page 332 du PDF)

« Ceux qui ne jugent pas conformément à ce qu’Allah a révélé, ceux-là sont les injustes. » — (Sourate Al-Ma’idah : 45)

À la lumière de ces arguments et preuves coraniques, il est du devoir de toute personne douée de conscience de se soumettre devant Allah et d’accepter de Lui seul les règles régissant sa vie.

Les critères permettant de vérifier la loi divine

Avant d’aller plus loin, je pense devoir répondre à une question. À ce stade de la discussion, cette question surgit dans l’esprit de chacun. Lorsque je réfléchissais à ce sujet, elle s’était également posée dans mon esprit. La question est la suivante : par quel moyen pouvons-nous déterminer quelle loi a été établie par Allah et quelle loi a été établie par l’être humain ? Il ne suffit évidemment pas que quelqu’un présente une loi en affirmant qu’elle vient d’Allah pour que nous l’acceptions. Il faudrait une discussion très détaillée pour répondre à cette question. Je vais toutefois tenter d’y répondre brièvement. En réalité, il existe quatre critères principaux permettant de distinguer la pensée humaine de la pensée divine. Je vais les exposer l’un après l’autre.

Une caractéristique importante de la pensée humaine est que l’erreur et les limites du savoir y sont nécessairement présentes. Mais cela est impossible dans la pensée divine. On y observe clairement l’empreinte d’un savoir infini et infaillible. Dans la loi d’Allah, il ne peut jamais y avoir quoi que ce soit qui soit contraire à une vérité scientifique établie d’une époque donnée ; il ne peut pas davantage s’y trouver quoi que ce soit qui permette de conclure qu’un aspect quelconque de la vérité est resté inconnu à l’Auteur de la loi. Toutefois, en appliquant ce critère, il ne faut pas oublier que le savoir, les hypothèses et conceptions scientifiques, et les théories scientifiques ne sont pas une seule et même chose. À certaines époques, certaines théories ainsi que certaines hypothèses et conceptions scientifiques exercent une influence sur l’esprit humain, et les gens, par erreur, les considèrent comme du « savoir ». Pourtant, la possibilité qu’elles soient erronées est exactement aussi grande que celle qu’elles soient justes. Dans l’histoire des sciences et du savoir, on a rarement vu des hypothèses, des conceptions et des théories qui aient finalement été reconnues comme un véritable « savoir ».

Une autre grande faiblesse de la pensée humaine est l’étroitesse de sa perspective. À l’inverse, la pensée divine se distingue par l’ampleur et l’immensité maximales de sa perspective. Lorsqu’on examine une parole issue de la pensée divine, on a l’impression que celui qui la profère voit de ses propres yeux toute chose, du commencement à la fin. On a l’impression qu’il voit en même temps, d’un seul regard, l’univers tout entier et toutes ses vérités les plus profondes. En comparaison, même les opinions et les modes de pensée des philosophes et des penseurs les plus éminents paraîtront tout à fait enfantins.

Une autre caractéristique importante de la pensée humaine est qu’on y voit l’émotion, l’enthousiasme et les désirs de la passion et de l’instinct se livrer, d’une manière ou d’une autre, à des jeux cachés et à des arrangements avec la raison, l’intelligence et la connaissance de la réalité. À l’inverse, le système divin resplendit d’une intelligence sans mélange et d’un savoir parfaitement pur. Cette caractéristique est si lumineuse et si manifeste qu’on ne relève, dans aucune de ses règles et dispositions, la moindre trace de sentimentalité ou de penchant partial.

Une autre faiblesse de la pensée humaine est que les systèmes de vie qu’elle élabore comportent nécessairement des éléments de partialité, de discrimination irrationnelle entre les êtres humains et de préférence accordée à l’un sur l’autre sur des bases irrationnelles. En effet, chaque être humain possède certaines intentions et certains goûts personnels ; il est lié à certains groupes, mais ne l’est pas à d’autres. La pensée divine, en revanche, est totalement exempte de tels éléments.

Tout système qui se présente comme un système de vie divin peut être examiné à l’aune de ce critère. S’il s’avère exempt de ces faiblesses et de ces défauts de la pensée et de la raison humaines, et s’il possède l’ampleur et l’autosuffisance indispensables à un système de vie complet, alors on peut avoir foi en lui sans réserve ni hésitation. Il n’y a absolument aucune raison d’y opposer une excuse ou une objection.

Les exigences de la foi

Je vais maintenant aborder la dernière des questions fondamentales. Cette question est la suivante : lorsque l’être humain accepte cette prétention du Coran et, ayant acquis la certitude qu’un système de vie est un système de vie divin, y croit, que doit-il faire ?

Je l’affirme d’emblée : le sens de l’islam est de s’incliner, et l’obéissance, la soumission et l’abandon de soi ne peuvent coexister avec l’arbitraire ni avec la liberté absolue de la pensée et de l’action. Quel que soit le système de vie auquel on accorde sa foi, il faut lui remettre l’intégralité de son être et de sa vie. Rien de ce qui est sous son contrôle ne doit être maintenu en dehors de son obéissance. L’esprit et le cerveau, les yeux et les oreilles, les mains et les pieds, le ventre et le corps, la langue et la plume, le temps et le travail, les efforts et les démarches, les activités et les œuvres, la haine et l’amour, l’hostilité et l’amitié : il faut accepter sur tout cela l’autorité et la domination absolues de ce système de vie. Aucune partie ni aucun domaine de sa propre personne ne peut rester en dehors de son champ d’action. Dans la mesure exacte où l’on maintiendra une chose placée sous son contrôle en dehors de l’obéissance et du champ de ce système de vie, et dans la mesure où l’on en exclura tel ou tel aspect ou domaine, l’exigence de la foi sera déclarée mensongère. Celui qui désire rester sincère et fidèle dans sa foi ou sa conviction doit impérativement s’efforcer de son mieux de préserver sa vie de toute fausseté.

Je souhaite répéter ici une autre chose. Il faut absolument garder à l’esprit que la vie de l’être humain constitue une entité unique et indivisible. C’est pourquoi un seul système de vie est nécessaire pour l’ensemble de son existence. Suivre simultanément plusieurs systèmes de vie ne peut être que le signe d’une foi vacillante, d’une indécision et d’une immaturité dans la prise de décision. Lorsqu’une personne accepte une religion ou un système de vie comme étant sa propre religion ou son propre système de vie, elle doit nécessairement l’accepter comme la religion effective de toutes les parties et de tous les domaines de son existence : de sa vie personnelle, de son éducation et de ses établissements d’enseignement, de son activité professionnelle, de sa politique et de sa vie sociale, de ses affaires et de ses moyens de subsistance, de ses relations avec autrui, de ses usages et de son comportement, de son activité nationale, ainsi que de sa littérature et de sa culture. Il n’y a absolument aucune raison qu’il puisse y avoir une exception à cela. Il est impossible que les perles, tant qu’elles restent séparées, demeurent des perles, mais qu’aussitôt enfilées en collier, elles se transforment toutes en graines de pois et de lentilles. De même, il est impossible qu’un individu soit personnellement un adepte complet d’une religion ou d’un système de vie particulier, mais que, dès qu’un grand nombre d’individus s’organisent en collectivité, certaines parties de leur vie collective échappent à l’obéissance à cette religion ou à ce système de vie. En outre, pour celui qui accepte une religion comme l’unique système de vie complet et y croit, la plus grande exigence de sa foi consiste à offrir à l’ensemble de l’humanité la possibilité d’être comblée par les bénédictions de cette noble religion et à s’efforcer de faire de ce système de vie complet le système de vie dominant et effectif dans le monde entier. De même que le fait de vivre victorieux est dans la nature même de la vérité, de même, être attaché à la vérité exige naturellement de tout mettre en œuvre pour faire triompher la vérité sur le faux. Aucun homme partisan de la vérité ne peut trouver la paix s’il ne s’acquitte pas de cette responsabilité. Celui qui voit que, dans le monde entier, les forces du faux se sont solidement installées avec une puissance tyrannique et une force formidable, mais qui, malgré cela, n’en éprouve ni colère ni trouble, même infimes, possède peut-être encore quelque affection ou quelque attrait pour la vérité, mais ceux-ci demeurent latents et endormis. Il devrait prendre garde que ce sommeil ne se transforme pas en un sommeil désastreux et que ce silence ne se change pas en le silence de la mort.

 

Le conflit entre l’islam et la jahiliya

—[Dans un sens comparatif, toutes les doctrines et idéologies qui existent ou ont existé et qui sont opposées à la véritable religion de l’islam sont désignées sous le nom de « jahiliya ». Le fondement de l’islam est la « connaissance véritable », c’est-à-dire la révélation divine, tandis que les idéologies jahilies reposent sur des conjectures, des suppositions et des conceptions métaphysiques fondées sur l’imagination, ou sur une pensée spirituelle issue de la simple ignorance et de l’irréflexion — l’auteur.]

Quel que soit le système de vie élaboré pour régir l’existence des hommes dans le monde, il est inévitable qu’il procède d’une conception métaphysique ou d’une autre. Pour établir un plan cohérent de vie, il est d’abord indispensable d’acquérir une conception claire et précise de l’être humain et de l’univers, qui constitue son lieu de résidence. Sans cela, il est impossible d’élaborer un tel plan. Pour répondre à la question de savoir comment devraient être la conduite et le comportement de l’homme, et comment il devrait agir dans le monde, il faut d’abord savoir ce qu’est l’homme, quelle est la position et la valeur de l’univers, et quelle est la nature de son organisation, à laquelle la vie humaine doit être harmonisée. La solution qui sera trouvée à ces dernières questions déterminera la formation d’une idéologie morale, et les différents aspects et domaines de la vie humaine seront façonnés conformément à la nature de cette idéologie morale. Ensuite, selon ce modèle déterminé, seront élaborées les règles détaillées régissant le caractère individuel, ainsi que les relations, les transactions et le comportement collectifs. Enfin, tout l’édifice de la société et de la civilisation sera construit sur cette base.

En vérité, toutes les religions et idéologies qui ont été élaborées jusqu’à présent pour l’humanité ont dû, à leur fondement, définir leur propre philosophie fondamentale et leur propre conception morale fondamentale. Ainsi, de leurs principes directeurs jusqu’à leurs règles les plus détaillées, c’est cette philosophie fondamentale et cette conception éthique qui distinguent une idéologie d’une autre. Car elles déterminent le tempérament, la nature et le caractère de chaque système de vie. Si l’on compare le système de vie à un corps, elles en sont l’âme.

Quatre doctrines sur la vie

Si l’on examine un système de vie en laissant de côté ses détails et ses ramifications, pour ne considérer que sa structure fondamentale, on constate que quatre doctrines métaphysiques au total peuvent être adoptées au sujet de l’homme et du monde naturel. Toutes les philosophies de la vie qui existent dans le monde ont adopté l’une de ces quatre doctrines. Parmi ces quatre doctrines, nous pouvons appeler la première la jahiliya absolue.

La jahiliya absolue

L’idée fondamentale de cette doctrine est que l’organisation de l’univers tout entier est la manifestation réelle d’un accident fortuit. Il n’y a derrière elle ni sagesse, ni vérité profonde, ni dessein. Elle s’est formée d’elle-même, fonctionne spontanément et, un jour, disparaîtra d’elle-même, sans aucun résultat ni conséquence. Elle n’a pas de Dieu. Et même s’il en existe un, il n’a aucun rapport avec la vie humaine. L’homme est une sorte d’être vivant et, comme les autres êtres vivants, il est peut-être apparu par hasard. Il n’est pas nécessaire que nous nous préoccupions de savoir qui l’a créé, ni pourquoi il l’a créé, et ainsi de suite. Tout ce que nous savons, c’est que l’homme existe dans ce monde. Il a certains espoirs et désirs, que sa nature intérieure pousse fortement à satisfaire. Il possède également certaines forces et certains outils susceptibles de servir à la satisfaction de ces espoirs et désirs. Il voit autour de lui un certain nombre de ressources répandues dans son environnement. En appliquant ses forces et ses outils à ces ressources, il peut satisfaire ses espoirs et ses désirs. Ainsi, en dehors de la satisfaction des exigences de ses instincts, sa vie n’a aucun autre but. En dehors de l’acquisition des meilleurs moyens et instruments pour satisfaire ces besoins, ses capacités humaines n’ont aucune autre fonction. Il n’existe au-dessus de l’homme aucune source ni aucune origine de connaissance et de direction vers la vérité et la juste voie, d’où il puisse tirer le système régissant sa vie. Il devrait donc élaborer lui-même un système de vie à partir de son environnement, des circonstances et des signes qui l’entourent, ainsi que de l’expérience et des épreuves historiques qu’il a vécues. Puisqu’il n’existe aucune autorité surnaturelle, l’homme est naturellement un être irresponsable. S’il doit malgré tout rendre des comptes, ce sera à lui-même ou à une autorité qui naît parmi les hommes et finit par exercer son autorité sur eux.

Quels que soient les effets des actes, ils sont limités à la vie de ce monde. Il n’existe aucune autre vie au-delà de la vie terrestre. Ainsi, c’est en fonction des effets manifestés dans ce monde que l’on déterminera si une chose est fausse ou juste, nuisible ou avantageuse, acceptable ou à rejeter.

Lorsque l’homme est plongé dans l’ignorance absolue — c’est-à-dire lorsqu’il ne peut atteindre aucune vérité au-delà des choses perceptibles par les sens, ou qu’il ne veut pas y parvenir en raison de son asservissement à ses instincts — cette doctrine domine son esprit et sa pensée. Les adorateurs du monde ont adopté cette doctrine à toutes les époques. À quelques exceptions près, les rois, souverains, émirs et dignitaires, dirigeants, courtisans, riches et ceux qui consacrent leur vie à la poursuite de la richesse lui ont généralement accordé la préférence. Et chez tous les peuples dont l’histoire célèbre la civilisation et la culture, cette doctrine était à l’œuvre au fondement même de leur culture. Elle est également active au fondement de la civilisation occidentale moderne. Certes, tous les Occidentaux ne sont pas incroyants en Dieu et en l’au-delà, et, sur le plan intellectuel, ils ne sont pas tous partisans du matérialisme ni de sa morale. Mais la force vitale qui anime le corps de toute leur civilisation et de leur culture est précisément la force vitale de cette incroyance en Dieu et en l’au-delà, ainsi que de la morale matérialiste. Elle s’est tellement enracinée dans leur vie que ceux qui, par leur raison et leur jugement, reconnaissent l’existence de Dieu et de l’au-delà et adoptent, en matière de morale, une conception non matérialiste ne sont eux-mêmes, inconsciemment, dans la vie réelle, rien d’autre que des athées et des matérialistes. En effet, la doctrine qu’ils suivent dans le domaine de la pensée n’a aucun rapport avec leur vie réelle. Il en allait de même de leurs prédécesseurs prospères et oublieux de Dieu. Les gens prospères de Bagdad, de Damas, de Delhi et de Grenade ne niaient pas Dieu ni l’au-delà parce qu’ils étaient musulmans, mais l’ensemble de leur programme de vie était conçu comme si Dieu et l’au-delà n’existaient pas, et comme s’il n’était nullement question de rendre des comptes à qui que ce soit ni de recevoir une direction de qui que ce soit. Il n’y avait que leurs désirs, leurs passions et leurs aspirations. Pour satisfaire ces aspirations, ils étaient entièrement libres d’adopter tous les moyens, instruments et procédés possibles. Leur conviction était la suivante : puisqu’il n’existe aucune vie après celle-ci, il faut employer au mieux le temps qui nous est accordé pour vivre en recherchant les plaisirs et le confort.

Il a été dit plus haut que la nature même de cette doctrine est de faire naître, sur sa base, un système moral purement matérialiste. Peu importe que ce système moral soit consigné dans des livres ou simplement élaboré dans les esprits. Ensuite, c’est de cette mentalité matérialiste que se développent les sciences et les connaissances, les courants de pensée, la littérature et la culture. Progressivement, l’ensemble du système d’éducation et de formation se trouve animé par l’athéisme et le matérialisme. Puis le caractère individuel se forme selon le même modèle idéologique. Les principes des relations et des transactions entre les hommes sont établis selon la même méthode et le même modèle. La rédaction des lois et règlements, ainsi que leur perfectionnement, suivent également la même voie. Alors la direction d’une telle société revient à ceux qui sont les plus grands escrocs, détourneurs, menteurs, trompeurs, cruels et vils. La direction et l’autorité sur l’ensemble de la société, ainsi que la responsabilité de gouverner l’État, passent entre leurs mains. Puis, tels des chameaux déchaînés, ils lancent sans retenue contre l’humanité une cruelle campagne d’exploitation et d’oppression. Ils ne craignent ni d’avoir à rendre des comptes ni d’être appréhendés par qui que ce soit. Toutes leurs méthodes pratiques sont élaborées sur la base des principes politiques de Machiavel. Dans leurs livres de lois, la force est synonyme de vérité et la faiblesse de mensonge. En dehors des obstacles matériels, rien ne peut les empêcher de commettre l’injustice et la tyrannie. À l’intérieur de l’État, cette tyrannie et cette oppression prennent une telle ampleur que les puissants continuent d’écraser les classes faibles de leur propre nation. Et, sur le plan international, le nationalisme, l’impérialisme, l’expansionnisme — [En analysant un autre aspect de la doctrine ignorante, l’auteur a dit : lorsque le prophète Shuʿayb (que la paix soit sur lui) appela les membres de son peuple à adorer l’Unique Dieu et leur demanda de s’abstenir de la corruption dans les transactions commerciales, ils lui répondirent :

(Arabe************************************à la page 338 du PDF)

« Ô Shuʿayb, ta prière t’enseigne-t-elle que nous devons abandonner les divinités que nos ancêtres adoraient ? Et que nous ne pouvons pas disposer de nos biens comme bon nous semble ? » — (sourate Hûd, 87)

Voici l’exposé complet de l’idéologie de la jahiliya face à l’islam. L’islam enseigne que toutes les opinions et toutes les voies autres que la servitude envers Allah sont erronées et indignes d’être suivies, car aucun argument ni aucune preuve en leur faveur ne se trouve dans les Livres célestes. La servitude envers Allah ne doit pas se limiter au domaine religieux ; elle doit s’étendre à tous les aspects et secteurs de la vie, notamment à la société et à la civilisation, à l’économie et à la politique. En effet, tout ce que l’homme possède en fait de pouvoir et de biens, ou quoi que ce soit d’autre, appartient fondamentalement à Allah, et l’homme n’a le droit d’utiliser aucune chose selon son propre désir, contrairement à la volonté d’Allah. En revanche, la doctrine de la jahiliya affirme qu’il faut suivre les coutumes et les usages transmis par les ancêtres. Le seul fait qu’il s’agisse de la tradition des ancêtres suffit comme argument et comme preuve pour les suivre. Aucun autre argument ni aucune autre preuve ne sont nécessaires. La religion ne concerne que les rites et le culte. Dans les affaires terrestres de notre vie, nous devrions jouir d’une entière liberté afin de les régler comme bon nous semble. On peut également en déduire que l’idée de diviser la vie en domaines religieux et profane n’est pas nouvelle. Il y a plutôt trois ou quatre mille ans, le peuple du prophète Chouayb (paix sur lui) insistait déjà sur cette séparation, exactement comme le font aujourd’hui les peuples occidentaux et leurs imitateurs aveugles. En réalité, ce n’est pas une nouvelle « lumière » que l’homme aurait acquise grâce à l’évolution progressive de sa pensée et de ses conceptions. C’est au contraire cette ancienne manière de penser, empreinte de superstitions, qui existait déjà sous cette forme dans la jahiliya, il y a des milliers d’années. Le conflit de l’islam avec elle n’est donc pas nouveau, mais très ancien. (Les compilateurs)] et elle se manifeste sous la forme de la destruction des peuples.

Deux : la jahiliya mêlée de shirk

La deuxième doctrine surnaturelle repose sur le principe du shirk. Ce n’est pas que l’ordre de la nature universelle soit le résultat d’un événement fortuit, ni qu’il n’y ait aucun Dieu derrière lui. Toutefois, son Dieu ou Maître n’est pas unique : ils sont nombreux. Aucun argument ni aucune preuve scientifique ne soutiennent cette conception. Elle repose au contraire sur de simples conjectures et suppositions. C’est pourquoi les polythéistes n’ont jamais pu, et ne pourront jamais, parvenir à un accord pour prendre comme dieux toutes les choses qui peuvent être imaginées, ressenties ou appréhendées par l’intelligence. Dans les ténèbres profondes de l’ignorance, ils ont fait de tout objet sur lequel leur main est tombée un dieu. Ainsi, le nombre des divinités a augmenté ou diminué. Les anges, les djinns, les esprits, les astres, ainsi que des êtres humains vivants ou morts, ont été adoptés comme divinités. Même des choses abstraites telles que l’amour, la beauté, le désir sexuel, la force créatrice, les maladies, la guerre, Lakshmi et la puissance ont été transformées en objets de culte. Des êtres aussi extravagants que l’homme-lion, l’homme-poisson, l’homme-oiseau, les êtres à quatre têtes et les hommes à mille bras et à tête d’éléphant ont même été inclus dans la catégorie des divinités des polythéistes aux formes grotesques.

Autour de cette voie s’est ensuite créé un monde merveilleux et ensorcelant d’imagination et de mythologie. L’imagination fertile de chaque peuple ignorant, ainsi que son art et son savoir-faire variés, ont produit des exemples si étonnants qu’ils laissent stupéfait. Chez les peuples qui ont une conception claire du Dieu suprême, c’est-à-dire d’Allah, l’organisation de la divinité ressemble quelque peu à ceci : Allah est le roi, tandis que les autres dieux sont ses vizirs, ses ministres, les membres de sa cour, ses favoris et ses différents responsables. Mais comme les hommes ne peuvent accéder directement au roi, toutes les affaires sont traitées avec les dieux subalternes. Quant aux peuples dont la conception d’Allah est très vague, ou qui n’en ont pour ainsi dire aucune, toute l’autorité divine se trouve répartie entre différents dieux.

Après la jahiliya pure, voici la deuxième forme de jahiliya, dans laquelle les hommes sont plongés depuis des temps immémoriaux jusqu’à nos jours. Ils sont toujours descendus si bas, jusqu’au niveau mental le plus inférieur. Sous l’influence de l’enseignement des prophètes d’Allah, ceux qui ont cru en un Allah unique et tout-puissant ont certes vu disparaître de leur esprit l’existence des autres dieux ; cependant, les prophètes, les martyrs, les pirs, les saints, les ghaus, les qutb, les abdal et les hommes honorés du titre de Zillullah ont trouvé, d’une manière ou d’une autre, une place dans leurs croyances. Les ignorants ont pris pour dieux des polythéistes ceux dont toute la vie avait été consacrée à mettre fin à la domination de l’homme sur l’homme et à établir exclusivement l’autorité et la souveraineté d’Allah. D’une part, à la place du culte des polythéistes, on a institué une nouvelle charia faite de fatiha, de visites pieuses, de vœux et d’offrandes, d’urs, du culte des mausolées, du déploiement de drapeaux sur les tombes, de ta‘ziya et d’autres pratiques religieuses de ce genre. D’autre part, sans aucune preuve ni aucun argument théorique, on a élaboré une mythologie complète au sujet de la naissance et de la mort de ces grands personnages, de leur apparition et de leur disparition, de leurs dévoilements et de leurs miracles, de leurs pouvoirs extraordinaires et de leur proximité avec Allah. Elle est en tous points conforme à la mythologie des polythéistes. Troisièmement, sous le voile séduisant de termes tels que « wasila », « aide spirituelle » et « effusion spirituelle », toutes les relations entre Allah et Ses serviteurs ont été rattachées à ces grands personnages. En pratique, la situation est devenue exactement semblable à celle des polythéistes, pour qui le Seigneur de l’univers est très éloigné de la portée des hommes et toutes les affaires liées à leur vie sont confiées aux mains de Ses agents subalternes. La seule différence est que les polythéistes désignent ouvertement ces agents subalternes comme des objets de culte, des divinités, des incarnations ou les fils d’Allah, tandis que ceux-ci les dissimulent derrière des termes tels que ghaus, qutb, abdal, awliya et hommes d’Allah.

À toutes les époques de l’histoire, cette deuxième forme de jahiliya a coopéré avec la première, c’est-à-dire la jahiliya pure. Dans l’Antiquité, ces deux formes de jahiliya coexistaient dans les civilisations et les cultures de Babylone, de l’Égypte, de l’Inde, de l’Iran, de la Grèce, de Rome et d’autres pays. Aujourd’hui, la situation du Japon est également semblable. Cette coopération a diverses causes. J’en mentionnerai ici quelques-unes.

Premièrement, dans la jahiliya mêlée de shirk, la relation de l’homme avec ses divinités se réduit au fait qu’il les considère comme détentrices de l’autorité et maîtresses du bien et du mal, et qu’il cherche, par divers rites de culte, à obtenir leur faveur et leur aide afin de réaliser des objectifs terrestres. — [Le prophète Salih (paix sur lui) avait dit à son peuple :

(Arabe************************************(Arabe **************************** à la page 340 du PDF)

« Demandez donc pardon à Allah et revenez à Son obéissance. Certes, mon Seigneur est proche et Il exauce les prières. » — (sourate Hûd : 61)

Ici, une grave conception erronée des polythéistes est réfutée. Cette conception erronée était généralement répandue chez tous les polythéistes et constituait, à toutes les époques, l’une des principales causes de l’implication des hommes dans le shirk. Ils pensaient qu’Allah était comme leurs rois et leurs empereurs : un être qui, loin de ses sujets, se livrait aux plaisirs dans un palais royal. Les sujets ordinaires ne pouvaient y accéder. Ainsi, pour Lui adresser une prière, il fallait se tourner vers l’un de ceux qui jouissaient de Sa proximité. Et même si, par bonheur, une prière parvenait jusqu’à Lui, ils pensaient que, par orgueil divin, Il ne souhaitait pas y répondre Lui-même. Cette tâche était plutôt confiée à l’un de Ses dévots proches. Sous l’emprise de cette conception erronée et poussés par des hommes rusés, ils en vinrent à croire que la cour sacrée du Maître de l’univers était très éloignée de la portée des gens ordinaires. Un homme commun ne pouvait même pas espérer y parvenir. Il était absolument impossible de faire parvenir une prière à Sa cour et d’en recevoir la réponse sans l’intercession d’âmes sacrées et sans faire parvenir des offrandes votives, des sacrifices et des supplications par l’intermédiaire d’experts religieux. C’est à cause de cette conception erronée qu’une multitude de petites et de grandes divinités s’est interposée entre l’homme et son Seigneur, et que le système sacerdotal est apparu ; sans son intermédiaire, les adeptes des religions de la jâhiliya ne peuvent accomplir aucun rite religieux, de la naissance jusqu’à la mort. — (L’auteur)

Or, le fait est qu’il n’existe aucune possibilité de recevoir d’eux une directive morale ou un quelconque système de lois pour la conduite de la vie. Car s’il y avait là un dieu, la question de donner des directives et d’établir des lois se poserait. Et puisqu’il n’y en a pas, les polythéistes se trouvent nécessairement contraints de forger eux-mêmes une doctrine morale et, sur cette base, d’élaborer eux-mêmes une charia. Ainsi, c’est cette jâhiliya pure qui devient effective. C’est pourquoi, dans les sociétés et les civilisations fondées sur la jâhiliya pure et sur la jâhiliya mêlée de shirk, il n’existe aucune autre différence que celle-ci : dans un cas, la jâhiliya s’accompagne de l’apparition d’une succession de temples, de prêtres et de cultes, tandis que dans l’autre, ce n’est pas le cas. Le caractère moral et la conduite sont identiques dans les deux cas ; c’est la raison de la ressemblance entre le tempérament et la nature morale de la Grèce antique et de l’Empire romain païen, d’une part, et ceux de l’Europe moderne, d’autre part.

Deuxièmement, la doctrine mêlée de shirk ne fournit aucune base distincte et durable aux sciences, aux lettres, à la philosophie, à la politique, à l’économie, etc. Ici encore, le polythéiste adopte la jâhiliya pure, et tout le développement intellectuel et psychologique de la société polythéiste s’accomplit selon l’idéal de la jâhiliya pure. La seule différence est que l’imagination des polythéistes est démesurée et que leur pensée est donc extrêmement portée vers l’imaginaire. Les athées, en revanche, sont quelque peu réalistes. Ils n’éprouvent donc aucun intérêt ni attrait pour la philosophie purement imaginaire. Toutefois, lorsqu’ils entreprennent, sans Dieu, de percer le mystère de la création de l’univers, les raisonnements qu’ils tissent sont eux aussi aussi illogiques que les doctrines mythologiques des polythéistes. En réalité, du point de vue de la pensée, il n’existe aucune différence fondamentale entre le shirk et la jâhiliya pure. La preuve éclatante en est qu’aujourd’hui, l’Europe est, par sa doctrine, liée à la Grèce et à Rome antiques par un lien si étroit qu’on croirait qu’elle est leur descendante.

Troisièmement, la société polythéiste est entièrement disposée à adopter les usages et les institutions civilisationnelles des sociétés de jâhiliya pure, bien qu’il existe une différence méthodologique entre le shirk et la jâhiliya pure dans la structure et l’organisation de la société. Dans le royaume du shirk, les rois sont installés sur le trône de Dieu. Une classe de chefs spirituels et religieux apparaît, jouissant d’un prestige et de privilèges particuliers. Une coterie se forme grâce à la collusion entre la famille royale et la communauté religieuse. Une doctrine permanente est élaborée afin d’établir la supériorité et la prééminence d’une lignée ou d’une tribu sur une autre, et d’une classe sur une autre. Ainsi, on enferme les masses ignorantes dans les clôtures de la religion et l’on exerce sur elles une domination oppressive. Dans la société de jâhiliya pure, ces vices et ces défauts prennent, en revanche, la forme du culte de la lignée, du culte de la nation, de l’impérialisme national, de la dictature, du capitalisme et de la lutte des classes. Mais, du point de vue de leur force vitale et de leur inspiration fondamentale, les deux appartiennent au même ordre lorsqu’il s’agit d’établir la domination de l’homme sur l’homme, de morceler la société par l’action des hommes et de rendre les membres d’une classe assoiffés du sang des membres d’une autre classe.

Troisièmement : la jâhiliya ascétique

La troisième doctrine surnaturelle, fondée sur l’ascétisme, peut être résumée ainsi : ce monde et l’existence corporelle sont, pour l’homme, le châtiment d’une prison. L’âme humaine demeure dans la cage du corps comme un détenu condamné. Les désirs, les aspirations et l’attrait des plaisirs que l’homme ressent en raison de son lien avec le corps, ainsi que les besoins biologiques auxquels il est confronté, ne sont en réalité que les entraves et les chaînes de cette prison. Plus l’homme entretient de liens avec ce monde et ses divers biens, plus il se corrompt et plus il devient finalement digne d’un châtiment. Son unique voie de délivrance consiste à se libérer des tracas et des tourments de cette vie terrestre, à extirper les désirs, à se tenir éloigné des plaisirs et à refuser de satisfaire les besoins corporels et les appétits des passions, à effacer de son cœur l’affection et l’amour nés des liens avec les biens matériels, l’amour et la chair et, par une austérité rigoureuse, à opprimer et à maltraiter son propre ennemi — c’est-à-dire le corps et les passions — au point qu’il ne puisse plus exercer aucune domination sur l’âme. Ainsi, l’âme sera libérée de son fardeau, purifiée de toute souillure et sanctifiée ; elle pourra alors s’élever vers les hauts degrés du salut.

Cette doctrine est fondamentalement une doctrine antisociale (Anti-Social). Elle exerce toutefois son influence sur l’organisation sociale de diverses manières. Sur cette base se développe un système philosophique particulier ; le vedānta, la philosophie de Manu, le néoplatonisme (New-Platonism), le yoga, le soufisme, l’ascétisme chrétien, le bouddhisme et d’autres en sont différentes formes. De cette philosophie naît un système moral qui n’est que très rarement positif (Positive) et qui est, pour la plus grande part, entièrement négatif (Negative). Ces deux éléments pénètrent ensemble dans la littérature, les croyances doctrinales, la morale et la vie réelle ; partout où leur influence atteint, ils y produisent l’effet de l’opium et de la cocaïne. Cette troisième jâhiliya coopère généralement de trois manières avec les deux premières formes de jâhiliya :

Premièrement : Cette jahiliyyah ascétique écarte les gens vertueux et pieux du champ d’action terrestre pour les enfermer dans des cellules isolées, laissant ainsi le champ libre aux pires malfaiteurs. Les gens malhonnêtes, ayant pris entre leurs mains l’autorité absolue sur la terre, répandent impunément le désordre, tandis que les gens vertueux poursuivent leur ascèse, préoccupés de leur propre salut.

Deuxièmement :La part d’influence que cette jahiliyyah exerce sur les gens ordinaires engendre en eux une patience et une tolérance erronées, ainsi qu’une vision désespérée, les transformant en proies faciles pour les oppresseurs. C’est pourquoi les rois et souverains, les émirs et dignitaires, ainsi que les classes détentrices de l’autorité religieuse, manifestaient un intérêt particulier pour la diffusion de cette philosophie et de cette morale ascétiques. Sous leur protection, elles se répandaient sans entrave. Il est rare que la philosophie et l’idéal moral ascétiques soient entrés en conflit avec l’impérialisme, le capitalisme et la papauté ; l’histoire en offre très peu d’exemples.

Troisièmement : Lorsque cette philosophie et cet idéal moral ascétiques sont vaincus par la nature humaine, on commence à inventer toutes sortes de procédés. Ici, on élabore la croyance à l’expiation, afin de pouvoir pécher à satiété sans perdre pour autant le Paradis. Ailleurs, on fait de l’amour centré sur le corps un prétexte destiné à offrir un exutoire aux pulsions sexuelles, de manière à éteindre le feu intérieur tout en préservant la pureté. Quelque part encore, sous le voile du renoncement au monde et de l’ascétisme, on étend les réseaux de la spiritualité en collusion avec les rois, les souverains, les riches et les marchands. La communauté des papes de Rome et les détenteurs des trônes du monde oriental en ont fourni les exemples les plus abjects. La jahiliyyah agit ainsi avec ceux de sa propre famille. Mais lorsque cette jahiliyyah s’infiltre parmi les disciples des prophètes, un autre spectacle se présente. Au lieu de reconnaître le monde comme un champ d’action, un lieu d’épreuve et le champ à cultiver pour l’Au-delà, elle porte un premier coup à la religion d’Allah en le présentant comme un lieu de supplice et une « illusion trompeuse ». Ce changement de perspective fait oublier à l’homme cette vérité réelle : il a été établi sur terre comme calife d’Allah. Il commence à penser qu’il n’est pas venu ici pour agir et assumer les diverses responsabilités du monde, mais qu’il a été jeté au milieu des impuretés et des détritus. Il faudrait donc se tenir éloigné des détritus et de l’impureté. Sa véritable tâche serait de rester ici un « non-coopérant » et d’éviter toute responsabilité. Cette conception lui fait considérer avec effroi le monde, ses activités et les responsabilités qui s’y trouvent. Loin d’accepter la responsabilité du califat, il craint même d’assumer une responsabilité sociale. Dès lors, tout le système de la charia islamique perd son sens pour lui. Il ne comprend pas que l’adoration et les commandements et interdits divins ont pour but de former l’homme à réformer sa vie terrestre et à assumer la responsabilité du califat. Il en vient plutôt à penser que l’adoration et certains rites religieux particuliers sont l’expiation de sa vie pécheresse. Il faut donc les accomplir avec la plus grande attention et de la manière appropriée, afin d’obtenir le salut dans l’Au-delà.

Cette mentalité a jeté une partie de la communauté des prophètes dans le labyrinthe des interprétations philosophiques de la réalité — telles que le panthéisme —, de la muraqabah (méditation dans la retraite), de la mukashafah (tentative de découvrir les mystères inconnus), des retraites spirituelles de quarante jours, de la récitation de wirds, des ahzab et des pratiques rituelles (incantations, amulettes et talismans, etc.), ainsi que des voyages dans les lieux du monde spirituel (safar al-maqamat). Elle les a rendus absorbés par les actes surérogatoires et recommandés au détriment des obligations, les détournant de la responsabilité du califat. Pourtant, c’est précisément pour établir ce califat que les prophètes furent envoyés. Chez un autre groupe, elle a fait naître l’importation d’une pauvreté artificielle, l’exagération dans la religion, les jugements tatillons et la recherche de théories inutiles, ainsi que l’habitude de s’attarder excessivement sur les mesures infimes et les détails de choses insignifiantes. La religion d’Allah est devenue à leurs yeux un récipient de verre si fragile qu’ils craignent, au moindre mouvement, qu’il ne se produise quelque dénivellation ou que le récipient de verre posé sur leur tête ne se brise en mille morceaux. Après tant de minuties religieuses apparaissent inévitablement l’étroitesse de vue, le manque d’élan et l’immobilisme. Comment de telles personnes pourraient-elles acquérir la capacité de porter un regard pénétrant sur les grands problèmes de la vie et de comprendre les principes universels de l’islam ? Et comment pourraient-elles connaître à la fois les principes universels de la religion et ses détails, puis se préparer à diriger et guider le monde dans les nouvelles étapes engendrées par le mouvement des époques ?

 

Quatrièmement : l’islam

Les prophètes d’Allah ont présenté une conception surnaturelle. Son essence est la suivante :

L’univers entier qui nous entoure — dont nous-mêmes ne sommes qu’une partie — est en réalité le royaume d’un seul souverain. Lui seul en est le Créateur, le Maître et l’unique Gouvernant. Ici, nul ordre ni aucun pouvoir ne s’exerce en dehors du sien, et tous lui sont soumis ; toute puissance et toute autorité sont entièrement concentrées entre les mains de ce seul Maître et Souverain suprême. L’homme est un sujet de naissance de cet empire. Autrement dit, être ou ne pas être un sujet ne dépend pas de sa volonté. Il est né sujet, et il ne peut en aucun cas devenir autre chose que sujet.

Dans cet ordre politique, l’homme n’a aucune possibilité de devenir arbitraire et irresponsable. Par nature, il ne le peut pas non plus. Il est, d’une part, un sujet de naissance et, d’autre part, une partie de cet empire. Ainsi, de même que toutes les autres parties de l’empire obéissent aux ordres du souverain, lui aussi n’a d’autre choix que de lui obéir. Il n’a pas le droit de fixer lui-même son mode de vie et ses responsabilités. Sa seule tâche consiste à suivre les directives que lui donne le maître de l’empire. Ces directives lui parviennent par la révélation. Et tous ceux auxquels parvient la révélation sont des prophètes.

Mais, pour mettre l’homme à l’épreuve, le Maître et Seigneur a adopté une méthode subtile. Il S’est Lui-même dissimulé et a également voilé toute l’organisation intérieure de Son royaume. Extérieurement, cet État fonctionne de telle manière qu’on n’en voit ni le souverain ni les fonctionnaires. L’homme ne voit qu’une usine en marche et se voit lui-même présent à l’intérieur. Par ses sens externes, il ne peut sentir qu’il est le sujet de quelqu’un et qu’il devra rendre des comptes à quelqu’un. Il ne voit de ses propres yeux aucun signe manifeste qui rende absolument évident sur lui l’autorité souveraine du Créateur de l’univers, ainsi que le fait qu’il devra Lui rendre des comptes et être gouverné par Lui, de sorte qu’il n’aurait d’autre choix que de l’accepter. Des prophètes sont également venus, mais pas de telle manière que l’homme ait pu voir de ses propres yeux la révélation leur parvenir ; aucun signe n’est non plus descendu avec eux qui aurait contraint quiconque à reconnaître leur prophétie en le voyant. En outre, l’homme jouit d’une pleine liberté jusqu’à une certaine limite. Le pouvoir de désobéir et de se rebeller lui est accordé, les moyens nécessaires lui sont fournis et un très long délai lui est laissé. Il ne rencontre aucun obstacle, même lorsqu’il atteint les limites extrêmes de l’insoumission et de la désobéissance. S’il veut obéir et se soumettre à quelqu’un d’autre qu’au Souverain du royaume, il n’en est pas empêché par la force ; on lui accorde la pleine liberté de servir et de suivre qui il veut. Dans les deux cas — qu’il désobéisse ou qu’il se soumette à autrui — il continue à recevoir sa subsistance. Les biens nécessaires à sa survie, les moyens indispensables à ses activités et toutes les jouissances lui sont accordés en abondance, selon son rang. Ils continuent à lui être prodigués généreusement jusqu’à son dernier souffle. Jamais les moyens de la vie terrestre n’ont été refusés à un rebelle envers Dieu ou à quelqu’un qui obéit à autrui, uniquement pour le crime d’être rebelle envers Dieu ou de servir autrui. En effet, le Créateur a donné à l’homme l’intelligence, la capacité de distinguer le bien du mal, l’aptitude à discerner ce qui est raisonnable de ce qui ne l’est pas, ainsi que la libre volonté et la capacité d’agir. Il lui a accordé le droit et la capacité d’exercer une certaine domination et une autorité de gouvernant sur d’innombrables créatures. C’est par ces facultés qu’Il veut le mettre à l’épreuve. Afin que cette épreuve puisse s’accomplir, Il a recouvert d’un voile invisible la réalité de tout Son royaume et Sa propre existence, afin de mettre à l’épreuve l’intelligence de l’homme. Il lui a donné la liberté de choisir la bonne ou la mauvaise voie, pour éprouver s’il reconnaîtra la vérité et la justice, puis les suivra volontairement et avec ardeur, sans y être contraint, ou s’il acceptera l’asservissement à ses passions et s’en détournera. Sans lui fournir les moyens nécessaires à la vie et la possibilité d’agir librement, il serait impossible d’éprouver sa compétence ou son incapacité.

Cette vie terrestre n’est qu’un délai accordé pour l’épreuve. C’est pourquoi les comptes de ses actes n’y seront pas examinés et qu’il n’y recevra pas leur rétribution. Tout ce qui lui est accordé comme biens de jouissance dans la vie terrestre n’est pas une récompense pour une bonne action ; c’est également un moyen d’épreuve. De même, toutes les souffrances, difficultés, épreuves et calamités auxquelles il est confronté ne sont pas le châtiment d’une mauvaise action, mais le résultat qui se manifeste spontanément en vertu de la loi naturelle sous laquelle l’univers est administré. —[Cela ne signifie évidemment pas que la loi de la rétribution des actes ne soit aucunement en vigueur dans la vie terrestre. Ce que je veux dire, c’est que les conséquences des actes dans ce monde ne sont ni certaines ni déterminées, et qu’elles ne sont pas non plus claires. Dans toute affaire terrestre, la part de l’épreuve est plus importante que celle de la récompense et de la rétribution. C’est pourquoi les conséquences qui se manifestent ici ne peuvent servir de critère pour juger quelqu’un de vertueux ou de vicieux. —(L’auteur)] L’examen, la vérification et le jugement définitifs des actes auront lieu après la fin de cette vie terrestre. Tel est le moment qui lui est fixé, et c’est ce qu’on appelle l’Au-delà. Il n’est donc pas possible de déterminer, à partir des conséquences obtenues dans ce monde, si un mode de vie ou une action est juste ou injuste, bonne ou mauvaise, acceptable ou à rejeter. Le véritable critère est le résultat qui apparaîtra dans l’Au-delà. Et c’est uniquement par la révélation descendue d’Allah sur les prophètes qu’il est possible de savoir quel mode de vie et quelles actions auront une bonne issue, et lesquels auront une mauvaise issue. Les règles détaillées viennent ensuite. La question fondamentale et décisive, dont dépendent le succès ou l’échec dans l’Au-delà, est de savoir si l’homme peut comprendre, en faisant correctement usage de sa capacité de raisonnement et de sa faculté de réflexion, qu’Allah est le véritable Législateur et Gouverneur, et que la loi venue de Sa part est une loi établie par Allah Lui-même. Puis, après l’avoir compris, se soumet-il volontairement et avec ardeur au gouvernement et à la loi d’Allah, bien qu’il possède la faculté de choisir librement ?

Dès le début, les prophètes ont exposé cette doctrine. Sur sa base, il est possible d’obtenir une explication complète de tous les événements du monde. Il est possible de saisir pleinement la signification de tous les signes de la nature universelle. Aucune observation ni aucune expérience nouvelle ne peut réfuter cette doctrine. Elle donne naissance à une démarche philosophique durable et distincte, entièrement différente de toutes les philosophies de vie ignorantes. Cette philosophie réorganise selon une méthode nouvelle l’ensemble des connaissances et des sciences relatives à la nature de l’univers et à l’être humain. Cette méthode d’organisation est totalement opposée à la méthode d’organisation ignorante. Pour cultiver et développer la littérature et les arts, la doctrine des prophètes ouvre une voie entièrement inverse et différente de celle suivie par la littérature et les arts ignorants pour leur essor et leur développement. Dans toutes les activités de la vie, elle fixe une perspective, un objectif et une finalité particuliers. Cet objectif et cette perspective n’ont, par leur nature ni par leurs éléments constitutifs, aucune ressemblance avec les objectifs et la perspective ignorants. Cette doctrine fait également naître un système distinct de moralité. On ne lui trouve aucune compatibilité avec la moralité ignorante. Ensuite, la civilisation qui s’élève sur ces fondements théoriques et moraux est entièrement différente des civilisations issues d’une ignorance pure. La préservation de cette civilisation exige un système éducatif de nature totalement différente, dont les principes sont, de bout en bout, opposés au système éducatif ignorant. En somme, dans chaque veine et dans chaque couche de cette civilisation vivent, comme force motrice active et principe vital, l’autorité unique et absolue et la souveraineté du Tout-Puissant Allah, la foi en l’Au-delà, ainsi que la conscience par l’homme de sa responsabilité envers Lui et son sentiment d’obéissance à Son égard. En revanche, toutes les activités et toutes les institutions de la civilisation purement ignorante sont inspirées et dirigées par la liberté débridée de l’homme, son arbitraire et son irresponsabilité. C’est pourquoi l’humanité produite par la civilisation fondée par les prophètes, par son type et son niveau, est absolument incomparable, dans sa forme, sa structure et son éclat extérieur, à l’humanité produite par la civilisation ignorante.

Ensuite, le système social et civilisationnel détaillé qui se construit sur cette base possède une structure différente de toutes les autres structures du monde. La pureté et la propreté, l’alimentation et le vêtement, le mode de vie, les manières, le caractère personnel, le gain de la subsistance, la dépense des biens, la vie conjugale et familiale, les coutumes et pratiques sociales, les règles des réunions, les diverses formes de relations réciproques entre les hommes, leurs transactions mutuelles, la répartition des richesses, l’administration de l’État, la formation du gouvernement, le statut du dirigeant, les modalités de formation de l’assemblée législative, l’organisation de l’administration civile, depuis les principes fondamentaux de la législation jusqu’à l’élaboration des règles dans leurs moindres détails, les tribunaux, la police, les méthodes de contrôle des comptes, le système fiscal, le système financier, les travaux publics, l’industrie et le commerce, la diffusion de l’information et des nouvelles, le système éducatif et la définition des principes de tous les autres secteurs, la formation et l’organisation des forces armées, la guerre et la paix, les relations internationales et la politique étrangère — en un mot, des détails les plus infimes de la vie jusqu’aux questions les plus vastes et les plus importantes, les règles et méthodes de ce système civilisationnel sont auréolées d’une grandeur éternelle. Dans chacune de ses parties, une ligne de démarcation nette le distingue des autres civilisations. Dans chaque domaine, du début à la fin, une perspective particulière, un objectif particulier et une conduite morale particulière sont à l’œuvre ; tous se rapportent à la souveraineté de Dieu, au sentiment de la soumission et de la responsabilité de l’homme, ainsi qu’à la finalité de l’au-delà.

Le but de la venue des prophètes

C’est précisément pour établir dans le monde la civilisation et la culture décrites plus haut que les prophètes sont venus successivement. À l’exception de la civilisation ascétique, toutes les autres civilisations — qu’elles soient jahilites ou islamiques — adoptent naturellement une vision globale de la vie terrestre et une méthode universelle pour administrer le monde, et souhaitent que le pouvoir gouvernant leur revienne afin de pouvoir élaborer les règles de la vie selon leur propre méthode. Présenter une idéologie ou un mode de vie, ou y croire, sans le pouvoir gouvernant, est une entreprise parfaitement vaine. Le cas de l’ascète est différent, car il ne souhaite pas diriger les affaires du monde. Au contraire, par une forme particulière de sulûk ou de pratique spirituelle, il demeure séparé du champ d’action terrestre et se concentre sur l’atteinte de sa libération imaginaire. Il n’a donc ni besoin ni désir du pouvoir gouvernant. Mais ceux qui entrent dans l’arène avec une méthode particulière pour diriger les affaires du monde et qui croient que le salut et la délivrance des hommes dépendent du suivi de cette méthode n’ont d’autre choix que de s’efforcer d’obtenir les clés du pouvoir. En effet, tant qu’ils n’ont pas acquis la capacité de mettre en œuvre le modèle de vie qu’ils présentent, celui-ci ne peut devenir effectif dans le champ réel des activités du monde. Même sans acquérir ce pouvoir, leur modèle ne peut pas non plus se maintenir longtemps sur le papier ni dans les esprits. Toutes les activités du monde se déroulent selon le programme de la civilisation entre les mains de laquelle se trouve l’autorité du pouvoir gouvernant. Dans les domaines des sciences, de la pensée, de la littérature et de la culture, ce sont ses directives qui prévalent ; c’est elle qui façonne la structure morale ; elle détient l’administration de l’éducation et de la formation des masses ; l’ordre civilisationnel est établi selon les lois qu’elle élabore, et sa politique s’applique dans tous les domaines de la vie. Une civilisation qui n’est pas installée au pouvoir n’a sa place nulle part dans la vie. Même lorsqu’une civilisation dominante exerce son hégémonie pendant une longue période, la civilisation exclue du pouvoir gouvernant n’a plus aucune influence dans le champ des activités du monde. Ceux qui lui sont favorables en viennent eux-mêmes à douter qu’elle puisse être efficace dans la vie terrestre. Finalement, ceux qui se prétendent les porte-drapeaux de cette civilisation et les héritiers de sa direction se préparent à poursuivre leurs activités par des compromis et un partage avec la civilisation adverse. Pourtant, entre deux civilisations issues de sources entièrement opposées quant au pouvoir gouvernant, le partage et le compromis sont absolument impossibles et irréalistes. La civilisation humaine ne peut tolérer une telle association. Croire qu’un tel partage est réellement possible témoigne d’une faiblesse de connaissance ; s’y préparer ne peut signifier qu’une faiblesse de foi et de courage.

L’objectif ultime et suprême de la venue des prophètes dans le monde était d’y établir le gouvernement divin, c’est-à-dire le système de gouvernement d’Allah, et de mettre en œuvre l’ensemble du code de vie révélé par Allah. — [On entend souvent certains pieux notables de notre époque dire que les musulmans ne devraient pas avoir pour objectif de s’emparer du pouvoir gouvernant, car celui-ci est une promesse d’Allah. Les honnêtes gens qui tiennent ce discours considèrent en réalité le pouvoir gouvernant comme une simple récompense. Ils ne pensent pas qu’il s’agit d’une immense responsabilité. Ils ignorent que, selon la loi d’Allah, il est indispensable d’établir le gouvernement nécessaire pour instaurer l’islam comme système effectif, et que cela devrait être l’objectif des musulmans. Il est également obligatoire de mener le jihâd pour établir un tel gouvernement. — (L’auteur)] Les prophètes étaient prêts à accorder aux porteurs de la civilisation jahilite le droit de rester fermes dans leurs croyances s’ils le souhaitaient, et de suivre les coutumes et méthodes jahilites dans la mesure où les effets de leurs activités demeuraient limités à leur propre groupe. Mais les prophètes n’étaient pas prêts à leur accorder le droit de détenir les clés du pouvoir gouvernant et de diriger par la force l’ensemble des activités de la vie humaine selon des lois mécréantes et jahilites ; naturellement, il n’était pas possible de le leur accorder. C’est pourquoi tous les prophètes ont fait tout leur possible pour modifier la situation politique. Les efforts de certains se sont limités à créer un environnement et un terrain favorables, comme ceux du prophète Ibrâhîm (paix sur lui). D’autres ont commencé un mouvement révolutionnaire, mais ont quitté ce monde avant l’établissement du système de gouvernement islamique, comme le prophète ‘Îsâ (paix sur lui). D’autres encore ont réussi à mener ce mouvement jusqu’à la victoire, comme les prophètes Yûsuf, Mûsâ et Muhammad Mustafa, le digne de confiance (paix sur eux).

 

Le dîn selon le Coran

(Arabe************************************(Arabe************************************à la page 349 du PDF)

« Il a établi pour vous, en matière de dîn, la même règle qu’Il avait prescrite à Noé, et que Nous t’avons révélée à présent, ô Prophète, ainsi que ce que Nous avions prescrit auparavant à Ibrâhîm, à Mûsâ et à ‘Îsâ, en leur enjoignant : “Établissez le dîn et ne vous divisez pas à son sujet.” » — (Sourate Ash-Shûrâ, 13)

Ce verset affirme clairement que le prophète Muhammad (s.a.s.) n’est pas l’initiateur d’une nouvelle religion. Aucun des prophètes précédents n’a non plus été le fondateur ou l’initiateur d’une religion distincte. Du début à la fin, tous les prophètes ont présenté, de la part d’Allah, un même dîn, et le prophète Muhammad (s.a.s.) a lui aussi présenté ce même dîn. À ce propos, le nom de Hadrat Noé est mentionné en premier. En effet, après le Déluge, il fut le premier prophète de l’humanité actuelle. Puis le nom du dernier prophète, Muhammad (s.a.s.), est mentionné. Ensuite vient le nom de Hadrat Ibrahim. Les Arabes le considéraient comme leur guide religieux. Enfin, les noms de Hadrat Moïse et de Hadrat Jésus sont mentionnés. Les chrétiens et les juifs les considèrent comme les fondateurs de leurs religions respectives. Cela ne signifie évidemment pas que ces cinq prophètes seulement aient reçu l’ordre d’établir ce dîn. L’idée essentielle est que tous les prophètes venus dans le monde ont apporté le dîn. Les noms de cinq prophètes célèbres sont ici cités à titre d’exemple seulement, car c’est par leur intermédiaire que les législations célestes les plus connues dans le monde nous sont parvenues.

Ce verset nous livre un enseignement extrêmement important sur le « dîn », c’est-à-dire la véritable religion, l’islam, ainsi que sur son objectif. Il est donc nécessaire de réfléchir profondément à ce verset afin de le comprendre correctement.

Analyse lexicale

En arabe, le mot « dîn » est employé dans plusieurs sens, notamment :

Premièrement : le pouvoir, la puissance et la domination, le gouvernement et l’autorité ; contraindre autrui à reconnaître l’obéissance et la soumission ; exercer sur autrui un pouvoir souverain (Sovereignty), en faire son esclave et son obéissant. Ainsi :(Arabe**********) c’est-à-dire qu’il l’a contraint à obéir.(Arabe**************) c’est-à-dire : je les ai vaincus et ils se sont soumis.(Arabe***********) c’est-à-dire : j’ai soumis ce peuple et j’en ai fait des esclaves.(Arabe*********) c’est-à-dire : un tel est devenu puissant et honoré.(Arabe**************) c’est-à-dire : je l’ai contraint à accomplir une chose qu’il ne voulait pas faire.(Arabe**************) c’est-à-dire : un tel a été contraint d’accomplir une chose déplaisante.(Arabe**************) c’est-à-dire : j’ai exercé sur lui le gouvernement et l’autorité.(Arabe**************) c’est-à-dire : j’ai confié à un tel la direction et l’autorité sur le peuple. Dans ce sens, Hutay’a s’adresse ainsi à sa mère :

(Arabe************** page 350 du PDF)

« On t’avait désignée comme tutrice de tes propres enfants ; tu les as donc réduits en une pâte plus fine que la farine. »

Il est rapporté dans un hadith :

(Arabe************** page 350 du PDF )

« Celui qui a maîtrisé ses passions et s’est consacré aux œuvres bénéfiques pour l’au-delà, celui-là est véritablement intelligent. »

C’est pourquoi celui qui a vaincu une nation, un peuple et une tribu et exerce son autorité sur eux est appelé (Arabe**************) (Dayyân). Âchâ al-Harmâzî s’adressa au Messager d’Allah (s.a.s.) en ces termes : (Arabe**************) « Ô chef du peuple et souverain des Arabes », puis, dans ce sens, (Arabe**************) signifie esclave, et (Arabe**************) signifie servante. Quant à (Arabe**************) cela signifie le fils d’une servante. Le poète al-Akhtal dit : (Arabe**************) « Elle, la servante, m’a élevé comme le fils d’une servante. » Il est dit dans le Saint Coran :

(Arabe***************************************** page 350 du PDF)

C’est-à-dire : « Si vous n’êtes véritablement les esclaves, les adeptes et les sujets de personne, pourquoi ne pouvez-vous pas sauver celui qui est à l’agonie ? Pourquoi ne pouvez-vous pas faire revenir l’âme qui s’en va ? »

Deuxièmement : l’obéissance, la servitude, le service, le fait de se soumettre à quelqu’un, d’être sous l’autorité de quelqu’un et de s’incliner devant sa puissance et sa domination. Les Arabes disent : (Arabe*************) c’est-à-dire : j’ai servi untel et untel. Selon un hadith, le Prophète (s.a.s.) dit : (Arabe*************) « Je voudrais faire adhérer les anges à une parole qui, s’ils l’acceptaient, rendrait toute la nation arabe soumise à eux et inclinée devant eux. » C’est dans ce sens que le peuple est (Arabe*************) appelé ainsi. Dans le hadith relatif aux kharijites, le mot « dîn » est également employé dans ce sens. Il y est dit : (Arabe*************) « Ils sortiront du dîn (de l’obéissance) comme la flèche jaillit de l’arc. » — Le sens de ce hadith n’est pas que les kharijites deviendront apostats. En effet, lorsque l’on demanda à Ali : « Sont-ils mécréants ? », il répondit : (Arabe*************) « Ils ont précisément fui la mécréance. » On lui demanda encore : (Arabe*************) « Sont-ils donc hypocrites ? » Il répondit : « L’hypocrite ne se souvient que très peu d’Allah, alors que ceux-ci se souviennent d’Allah jour et nuit. Ainsi, il est incontestable que, dans ce hadith, le mot « dîn » signifie l’obéissance au dirigeant. Ibn Athîr écrit dans son ouvrage intitulé an-Nihâya :

(Arabe*************)

« Le sens des paroles d’Ali est qu’ils sortiront de l’obéissance au dirigeant dont l’obéissance est obligatoire. » — (Tome II, p. 41-42)

Troisièmement : la charia, la loi, les coutumes, les usages et les habitudes. Dans le langage courant, on dit par exemple : (Arabe*************) c’est-à-dire : « C’est la coutume établie. » (Arabe*************) Autrement dit, quelle que soit la coutume, bonne ou mauvaise, qu’une personne suit, on peut l’appeler un dîn. On trouve dans un hadith : (Arabe*************) « Avant sa mission prophétique, le Messager d’Allah (s) suivait les coutumes pratiquées par son peuple. En d’autres termes, il suivait lui aussi les usages et les traditions concernant le mariage, le divorce, l’héritage ainsi que les autres pratiques sociales et coutumières observées par son peuple. »

Quatrièmement : les conséquences des actes, la rétribution, la récompense ou la vengeance, le jugement et l’interrogatoire. Le célèbre proverbe arabe (Arabe*************) « À chaque acte correspond une conséquence » en est l’illustration parfaite. Le Coran rapporte la parole des mécréants : (Arabe*************) « Devons-nous rendre des comptes après la mort ? Devons-nous subir les conséquences de nos actes ? » On trouve dans un hadith rapporté par ‘Abdullah ibn ‘Umar : (Arabe*************) « N’insultez pas les gouvernants. S’il devient absolument nécessaire de dire du mal d’eux, dites plutôt : Ô Allah, traite-les comme ils nous traitent. » C’est dans ce sens que (Arabe*************) le terme « dayyân » est employé pour désigner le qadi ou le juge. Un sage a dit à propos de ‘Ali : (Arabe*************) « Après le Prophète, il fut le meilleur juge de la communauté musulmane. »

Un terme aux significations très étendues

Les Arabes employaient le mot « dîn » de différentes manières, tantôt pour l’un des sens mentionnés, tantôt pour un autre. Cependant, leur conception de ces quatre notions n’était ni parfaitement claire ni particulièrement élevée. C’est pourquoi une certaine imprécision subsistait dans ce mot. Il ne pouvait donc pas encore devenir, à proprement parler, un terme technique désignant une pensée particulière. Lorsque le Coran fut révélé, il trouva dans ce mot le véhicule approprié à son message, l’employa dans un sens clair et précis et l’adopta comme un terme qui lui était propre. Dans le langage coranique, le mot « dîn » exprime ainsi un système de vie complet. Selon le sens du Coran, le comportement particulier et la méthode d’action particulière qu’adopte l’être humain en reconnaissant la souveraineté et la seigneurie d’une personne et en lui prêtant obéissance sont appelés « dîn ». Quant au fait de consacrer le « dîn » à Allah et de Le servir, cela signifie que l’homme ne mêlera au service d’Allah le service d’aucun autre ; il n’adorera donc que Lui, ne suivra que Sa loi et n’obéira qu’à Ses ordres et à Ses commandements. Il espérera l’honneur, l’élévation et la récompense en se conformant à Ses prescriptions, et il restera sur ses gardes, sachant que s’il Lui désobéit, il devra subir l’humiliation, l’avilissement et le châtiment. Il est probable qu’aucune langue au monde ne possède un terme aux significations aussi étendues. Le mot moderne « État » s’en approche quelque peu. Mais pour exprimer encore pleinement le sens du dîn, il lui faudrait acquérir une portée et une ampleur plus grandes.

Une conception erronée

Le dîn dont l’établissement a été ordonné était le même pour tous les prophètes, tandis que leurs charias étaient différentes (Arabe*************) « J’ai fixé pour chacune de vos communautés une charia et une voie. » Selon cette opinion, les prescriptions du Coran n’en feraient pas partie ; le contenu du dîn consisterait uniquement à croire au tawhid, à la mission prophétique, à l’Au-delà, aux Livres et à la prophétie, ainsi qu’à adorer Allah. Tout au plus, les principes moraux fondamentaux qui étaient les mêmes pour tous les prophètes pourraient être inclus dans le dîn. C’est en considérant de manière superficielle et flottante l’unité du dîn et la diversité des charias qu’il a été possible d’établir une telle opinion. C’est une opinion extrêmement grave. Si elle n’est pas rectifiée, des tentatives visant à instaurer par la suite une séparation trompeuse entre le dîn et la charia pourraient se poursuivre. C’est en se laissant entraîner dans une telle séparation que saint Paul a présenté la conception d’un dîn sans charia et a égaré la communauté de Jésus (a). Lorsque la charia sera considérée comme une chose distincte du dîn, les musulmans, à l’instar des chrétiens, jugeront eux aussi les prescriptions de la charia dépourvues d’importance et les délaisseront, estimant que leur établissement et leur mise en pratique ne relèvent pas de leur objectif. Ils se contenteront alors de la croyance et des enseignements moraux fondamentaux. Lorsqu’il est ordonné ici de déterminer la signification du dîn à partir de telles suppositions, cela signifie-t-il qu’il ne comprend que la croyance et les enseignements moraux fondamentaux, ou bien les lois et les prescriptions de la charia en font-elles également partie ? Si nous étudions le Noble Coran, nous constatons qu’outre la croyance et les enseignements moraux, les éléments suivants ont également été inclus dans le dîn :

(Arabe****************************************à la page 353 du PDF)

Il ne leur a été ordonné que d’adorer Allah en Lui vouant exclusivement le dîn avec une sincérité totale, d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakat. Voilà le dîn de la communauté attachée à la voie droite. » — (sourate al-Bayyina : 5)

Il ressort de cela que la prière et la zakat font partie du dîn. Pourtant, les prescriptions relatives à ces deux actes diffèrent selon les diverses sharî‘a. On ne peut pas dire que, dans toutes les sharî‘a antérieures, la forme de la prière, ses éléments constitutifs, le nombre de rak‘ât, la qibla, les horaires et les autres prescriptions aient été identiques. Il en va de même pour la zakat. Personne ne peut prétendre que, dans toutes les sharî‘a, les prescriptions concernant le nisâb rendant la zakat obligatoire, son taux, ainsi que sa perception et sa répartition, aient été les mêmes. Malgré cette diversité des prescriptions de la sharî‘a, Allah, exalté soit-Il, a déclaré que ces deux choses faisaient partie intégrante du dîn.

(Arabe****************************************à la page 353 du PDF)

« Vous sont interdits la bête morte, le sang, la chair de porc, les bêtes sur lesquelles un autre nom que celui d’Allah a été invoqué lors de l’abattage, ainsi que celles qui sont mortes étouffées, à la suite d’un coup, d’une chute, d’un choc ou de l’attaque d’une bête féroce. Mais celle que vous avez égorgée alors que vous l’avez trouvée encore vivante est licite. Vous sont également interdites les bêtes sacrifiées sur les autels. Vous est aussi interdit de tirer au sort votre destinée au moyen de flèches divinatoires. Tout cela est un acte de désobéissance. Aujourd’hui, les mécréants ont désespéré de votre dîn. Ne les craignez donc pas, mais craignez-Moi. Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre dîn, J’ai accompli sur vous Mon bienfait et J’ai agréé pour vous l’islam comme dîn. » — (sourate al-Mâ’ida : 3)

Il ressort de cela que ces prescriptions de la sharî‘a font elles aussi partie du dîn.

(Arabe****************************************à la page 353 du PDF)

« Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son Messager ont interdit et qui n’adoptent pas le dîn de vérité comme leur dîn. » — (sourate at-Tawba : 29)

Il ressort de ce qui précède qu’en plus de croire en Allah et au Jour dernier, se conformer aux prescriptions relatives au licite et à l’illicite établies par Allah et Son Messager, et les appliquer, relève également de la religion.

(Arabe****************************************page 354 du PDF)

« Frappez de cent coups de fouet la femme adultère et l’homme adultère, tous deux, et ne vous laissez pas gagner par la compassion à leur égard dans la religion d’Allah, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. » — (sourate An-Nûr : 2)

Il ressort de ce qui précède que les dispositions pénales relèvent également de la religion.

Nous avons cité quatre exemples où les dispositions de la sharî‘a sont explicitement désignées comme la religion. En outre, une étude approfondie et réfléchie permettra de comprendre que s’abstenir des actes dont Allah a averti qu’ils conduisent à l’Enfer, tels que l’adultère, l’usure, le meurtre d’un musulman, la consommation des biens de l’orphelin, l’appropriation injuste des biens d’autrui, etc., ainsi que des crimes au sujet desquels Allah a déclaré que Son châtiment est inévitable, tels que la sodomie et la fraude dans les transactions, etc., fait également partie de la religion. Car quel autre sens la religion pourrait-elle avoir, sinon de préserver de l’Enfer et du châtiment divin ? De même, les dispositions de la sharî‘a dont la violation est une cause d’être jeté éternellement en Enfer doivent elles aussi être considérées comme faisant partie de la religion. On peut citer, à titre d’exemple, les dispositions relatives à l’héritage. Après avoir exposé ces dispositions, Allah dit en conclusion :

(Arabe****************************************page 354 du PDF)

« Celui qui désobéit à Allah et à Son Messager et transgresse les limites fixées par Allah, Il le fera entrer dans le Feu, où il demeurera éternellement. Il aura un châtiment avilissant. » — (sourate An-Nisâ’ : 14)

De même, les choses qui ont été déclarées haram, telles que les jeux de hasard, le faux témoignage, etc., ne peuvent pas être considérées comme extérieures à la religion sous prétexte que leur interdiction serait une prescription inutile édictée par Allah, dont Il ne souhaiterait pas la mise en œuvre. De la même manière, les actes qu’Allah a déclarés obligatoires, tels que le jeûne et le pèlerinage, etc., ne peuvent être exclus de la religion sous prétexte que les trente jours de jeûne du Ramadan n’existaient pas dans les anciennes sharî‘as et que le pèlerinage à la Kaaba ne relevait, parmi les descendants d’Ibrâhîm, que de la sharî‘a d’Ismâ‘îl.

La loi du pays et la religion

de la sourate Yûsuf (Arabe************) (selon la loi du roi, Yûsuf ne pouvait pas retenir son frère) Dans ce verset, Allah Très-Haut a employé le terme « religion » au sens de loi du pays (Law of the land), clarifiant ainsi toute l’étendue du sens de la religion. Cela réduit à néant la conception de ceux qui limitent la prédication des prophètes à la simple adoration d’un Dieu unique et à l’accomplissement de quelques rites et pratiques religieuses, et qui pensent que la religion n’a aucun rapport avec la civilisation humaine, la politique, l’économie, le droit, les tribunaux et les autres affaires de ce monde. Et même s’il existe un rapport, les prescriptions de la religion dans ces domaines ne seraient que de simples recommandations facultatives : il serait bon de les appliquer si l’on en est capable, mais il n’y aurait aucun mal à suivre les lois et les règles forgées par les hommes dans le cas contraire. C’est là une conception manifestement erronée. Cette conception s’est largement répandue parmi les musulmans pendant longtemps et elle est en grande partie responsable de leur indifférence à l’égard de l’effort visant à établir un système de vie islamique. À cause d’elle, les musulmans ne se sont pas contentés d’accepter un système de vie fondé sur la mécréance et l’ignorance ; ils ont même été disposés à en devenir les partenaires et les administrateurs, le considérant comme une sunna du Prophète. En qualifiant la loi pénale de religion, ce verset a démontré l’erreur de leur conception. Allah Très-Haut y a clairement déclaré que, tout comme la prière, le jeûne et le pèlerinage relèvent de la religion, les lois régissant la société et l’État en relèvent également. Ainsi, (Arabe************) (l’islam est l’unique religion agréée par Allah) et (Arabe************) (quiconque adopte une autre religion que l’islam ne verra jamais celle-ci acceptée), dans les versets qui ordonnent d’obéir à la religion, cela ne signifie pas seulement accomplir la prière et jeûner, mais aussi adopter l’organisation sociale de l’islam. Si on l’abandonne pour suivre un autre système, celui-ci ne peut être agréé par Allah.

En réalité, dans la sourate al-Mâ’ida (Arabe***************) (J’ai établi pour chaque communauté une Loi et une voie), on a donné à ce verset un sens contraire à sa portée, en affirmant que, puisque la Loi sacrée était différente pour chaque communauté, l’ordre ne concernait que l’établissement de la religion commune à tous les prophètes. On a affirmé encore que l’ordre ne concernait que l’établissement de la religion commune à tous les prophètes. Par conséquent, l’établissement de la Loi sacrée ne ferait pas partie de l’ordre d’établir la religion. Pourtant, la portée réelle de ce verset est exactement l’inverse. Si l’on lit attentivement les versets 41 à 50, avant et après l’endroit de la sourate al-Mâ’ida où se trouve ce verset, on comprend que son sens exact est le suivant : quelle que soit la Loi sacrée qu’Allah avait donnée à la communauté d’un prophète, c’était cette Loi qui constituait la religion de cette communauté. À l’époque de ce prophète, l’ordre avait été donné d’établir cette religion et cette Loi sacrée. Puisque nous sommes à l’époque prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), la Loi sacrée donnée à la communauté de Muhammad est donc la religion de notre époque, et l’établir revient précisément à établir la religion. Quant aux différences entre ces Lois sacrées, elles ne signifient pas que les Lois d’Allah se contredisaient entre elles. Elles signifient plutôt que certaines différences existaient dans les détails, selon les circonstances. Prenons par exemple la prière et le jeûne. La prière était obligatoire dans toutes les Lois sacrées, mais la direction de la prière n’était pas la même dans toutes. Les horaires, le nombre d’unités de prière ainsi que les piliers et les règles de la prière différaient également. Le jeûne était lui aussi obligatoire dans toutes les Lois sacrées, mais le jeûne de trente jours du mois de Ramadan n’existait pas dans toutes. Il n’est donc pas juste de dire que la prière en général et le jeûne aux moments prescrits sont étrangers à l’établissement de la religion. La conclusion incontestable que l’on peut en tirer est que, pour la communauté de chaque prophète, accomplir la prière et observer le jeûne à cette époque conformément aux modalités fixées par la Loi sacrée de son temps constituait l’établissement de la religion. À l’époque actuelle, établir la religion signifie accomplir ces actes d’adoration conformément aux règles établies à leur sujet par la Loi sacrée de Muhammad. On peut déduire de ces deux exemples toutes les autres prescriptions de la Loi sacrée.

La religion revendique le pouvoir de gouverner

Une étude attentive du Noble Coran permettra de comprendre clairement que ce Livre sublime ne propose pas à ses adeptes un programme de vie religieuse comme s’ils étaient des sujets des systèmes fondés sur la mécréance et des mécréants, des citoyens vaincus et soumis. Au contraire, il veut ouvertement établir son propre système de gouvernement. Il appelle ses adeptes à se consacrer et à sacrifier leur vie afin de faire triompher la vraie religion dans les domaines de la pensée, de la morale, de la civilisation, des lois et de la politique. Ce Livre sublime leur propose, pour réformer la vie humaine, un programme dont une grande partie ne peut être mise en œuvre que si le pouvoir de gouverner est détenu par des croyants. Il décrit ainsi le but de sa révélation :

(Arabe*****************************************à la page 356 du PDF)

« Ô Prophète ! Nous avons fait descendre vers toi ce Livre sublime avec la vérité, afin que tu juges entre les gens selon la lumière qu’Allah t’a montrée. » — (sourate an-Nisâ’, 105)

Dans ce Livre, les dispositions relatives à la perception et à la distribution de la zakat ont été établies. Derrière ces dispositions se trouve manifestement l’idée d’un gouvernement qui se chargerait de percevoir la zakat et de la distribuer entre les personnes qui y ont droit. — (sourate At-Tawba : 60-130). Dans ce Livre, l’ordre de mettre fin à l’usure ainsi que la guerre déclarée contre ceux qui persistent à en consommer (Al-Baqara : 257) ne peuvent être appliqués que si le système politique et économique du pays passe entièrement entre les mains de croyants. L’ordre d’infliger la peine capitale au meurtrier (Al-Baqara : 178), de couper la main du voleur (Al-Ma’ida : 38), ainsi que les peines prescrites pour la fornication et l’accusation calomnieuse de fornication, n’a pas été donné en supposant que les tribunaux et la police chargés d’appliquer ces prescriptions resteraient sous l’autorité des mécréants. Il y est ordonné de combattre les mécréants (Al-Baqara : 190-216).

Cela n’est pas fondé sur l’idée que les adeptes de cette religion s’enrôleraient comme soldats sous l’autorité d’un gouvernement mécréant pour appliquer cet ordre. L’ordre d’extorquer la jizya aux juifs et aux chrétiens y est également donné. Mais il est impossible que les musulmans, devenus les sujets des mécréants, leur prélèvent la jizya et prennent en charge leur protection. Cela ne s’applique pas seulement aux sourates révélées après l’Hégire : même en lisant les sourates antérieures à l’Hégire, toute personne clairvoyante peut voir clairement que, dès le début du Coran, il était prévu de rendre les croyants victorieux et souverains ; il n’a jamais été prévu que l’islam et les musulmans demeurent sous la tutelle d’un gouvernement mécréant.

Le témoignage des actes concrets du Prophète (s.a.s.)

Par-dessus tout, l’interprétation erronée susmentionnée entre en conflit avec les actes concrets accomplis durant les vingt-trois années de la mission prophétique de Muhammad (s.a.s.). Qui ignore qu’à l’aide de la prédication et de l’épée, il soumit l’ensemble du monde arabe et y établit un système étatique complet, doté d’une charia détaillée ? Cet État exerçait son influence sur tous les aspects et tous les domaines de la vie : depuis la croyance et la foi jusqu’au caractère individuel et collectif, à la civilisation et à la culture, à l’économie et à l’organisation sociale, à la politique et à la justice, ainsi qu’à la guerre et à la paix. Si l’on ne reconnaît pas que toutes ses activités constituaient l’interprétation concrète de l’ordre donné, dans le verset cité, à Muhammad (s.a.s.), comme à tous les prophètes, d’établir la religion, il n’en résulte que deux possibilités. Il faudrait soit porter contre le Messager d’Allah (s.a.s.) — qu’Allah nous en préserve — l’accusation d’avoir reçu l’ordre de prêcher uniquement les principaux fondements de la croyance et de la morale, puis d’avoir outrepassé cette limite en établissant de sa propre initiative un gouvernement et en élaborant un système détaillé, différent et supplémentaire par rapport à l’ensemble des dispositions de la charia de tous les prophètes. Soit il faudrait accuser Allah Lui-même d’avoir, après avoir proclamé ce qui est mentionné dans la sourate Ach-Choura, agi en contradiction avec cette proclamation et d’avoir fait accomplir par Son prophète une œuvre bien plus vaste et d’une nature différente de celle d’établir la religion annoncée dans cette sourate. Bien plus, une fois cette œuvre achevée, Il aurait également fait une seconde proclamation contraire à Sa première proclamation :(Arabe***********) « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion » — qu’Allah nous en préserve.

La religion : un terme au sens global et étendu

Le Saint Coran emploie le mot religion comme un terme au sens très large. Il désigne un système de vie dans lequel l’être humain reconnaît la souveraineté de quelqu’un et lui obéit, vit conformément aux limites, aux usages et aux lois qu’il a fixés, espère obtenir honneur, progrès et récompense par son obéissance, et doit garder à l’esprit la crainte de subir humiliation, abaissement et châtiment pour lui avoir désobéi. Il n’existe probablement, dans aucune langue du monde, de mot au sens aussi vaste. Dans les versets suivants, religion est employé précisément comme ce terme :

(Arabe*****************************************à la page 358 du PDF)

« Combattez ceux qui, parmi les gens du Livre — les juifs et les chrétiens — ne croient ni en Allah (c’est-à-dire ne Le reconnaissent pas comme l’unique détenteur de la souveraineté), ni au Jour dernier (c’est-à-dire au Jour des comptes et de la rétribution), qui ne considèrent pas comme interdit ce qu’Allah et Son Messager ont interdit, et qui n’adoptent pas la vraie religion comme leur religion, jusqu’à ce qu’ils versent la jizya de leurs propres mains et se soumettent. » — (sourate At-Tawba : 29)

Dans ce verset, dîn al-haqq (la vraie religion) est un terme technique. Ce qu’Il veut exprimer par là, Il l’a Lui-même expliqué dans les trois premières expressions du verset. C’est l’ensemble de ces trois éléments qui est expliqué comme étant le dîn al-haqq :

(Arabe*************************************PDF 358 )

« Pharaon dit : Laissez-moi tuer Moïse, et qu’il invoque maintenant son Seigneur. Je crains qu’il ne change votre religion même, ou qu’il ne fasse naître la corruption dans le pays. » — (Sourate al-Mu’min : 26)

Si l’on examine le contexte de tous les récits de Pharaon et de Moïse rapportés dans le Coran, il est incontestablement prouvé que le terme dîn n’est pas employé ici au sens d’une simple religion. Il est plutôt employé au sens d’un système étatique et civilisationnel. Le propos de Pharaon était que, si l’objectif de Moïse (que la paix soit sur lui) aboutissait, le système de gouvernement serait changé. Le système de vie établi sur la base de la souveraineté de Pharaon, des lois en vigueur, ainsi que des usages et coutumes existants, serait déraciné ; à sa place, soit un nouveau système serait édifié sur de nouvelles bases, soit aucun système ne serait établi et une situation d’anarchie apparaîtrait dans tout le pays.

(Arabe*************************************PDF 358 )

« La seule religion agréée par Allah est l’islam. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 19)

(Arabe*************************************PDF 358 )

« Quiconque recherchera une religion autre que l’islam, cette religion ne sera nullement acceptée de lui. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 85)

(Arabe*************************************PDF 358 )

« C’est Lui, Allah, l’Unique, qui a envoyé Son Messager avec la bonne direction et la religion de vérité, afin de la faire prévaloir sur toutes les autres religions, aussi odieuse qu’elle puisse être aux polythéistes. » – (Sourate At-Tawba : 36)

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« Combattez-les jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus aucun système fondé sur la mécréance dans le monde et que la religion soit exclusivement consacrée à Allah. » – (Sourate Al-Anfal : 39)

(Arabe*************************************PDF 359 )

« Lorsque le secours d’Allah sera venu et que la victoire aura été remportée, et que tu verras les gens entrer en foule dans la religion d’Allah, alors glorifie et loue ton Seigneur, célèbre Sa transcendance et implore Son pardon. Il est certes très Indulgent. » – (Sourate An-Nasr)

Dans ces versets, le terme religion désigne tous les aspects et toutes les dimensions de la vie, tels que la croyance, la pensée, la moralité et les actions concrètes.

Les deux premiers versets indiquent que le seul système de vie agréé par Allah et véritablement pur est celui qui est établi sur la base de l’obéissance et de la servitude envers Allah (l’islam). En revanche, un système de vie établi sur l’obéissance à une quelconque fausse entité souveraine n’est jamais acceptable aux yeux du Seigneur de l’univers et ne peut pas l’être par nature. En effet, l’être humain, qui est la créature de Celui qui l’a créé, Son serviteur et celui qu’Il entretient, et qui vit comme un sujet dans Son royaume, ne peut jamais admettre qu’il ait le droit de vivre dans l’obéissance et la servitude envers une autre puissance, en dehors de Lui, ni de suivre les instructions de quelqu’un d’autre.

Dans le troisième verset, il est dit qu’Allah a envoyé Son Messager avec ce mode de vie pur, infaillible et véridique, c’est-à-dire l’islam, et que le but de son envoi est qu’Il fasse triompher ce mode de vie sur tous les autres.

Dans le quatrième verset, il est ordonné aux adeptes du mode de vie islamique de continuer à combattre les habitants de la terre jusqu’à ce que tous les modes de vie fondés sur la rébellion contre Dieu soient extirpés du monde et que la servitude et l’obéissance soient exclusivement vouées à Allah.

Dans le cinquième verset, le Messager d’Allah est interpellé à un moment où, après vingt-trois années d’efforts inlassables et ininterrompus, la révolution en Arabie est arrivée à son terme. L’islam s’est concrètement établi comme un système doctrinal, intellectuel, moral, éducatif, social, civilisationnel, économique et politique, et des gens venus des diverses régions d’Arabie y entrent en groupes successifs. C’est ainsi que l’œuvre accomplie par le Prophète Muhammad est arrivée à son achèvement. Il lui est dit de ne pas considérer cette immense réussite comme la sienne et de ne pas en tirer de la fierté.

L’Être qui est au-dessus de toute sorte de défaut, de manquement, d’incapacité et d’imperfection est le Seigneur du Prophète Muhammad. Aussi, pour l’achèvement de cette œuvre immense, il lui est demandé de glorifier et de louer son Seigneur, ainsi que de solliciter Son pardon pour les fautes et les manquements survenus au cours de ces longues vingt-trois années de lutte et d’efforts.

 

Chapitre 9 — Les miracles

Discussion sur les miracles

Chaque fois que les prophètes se sont présentés comme les messagers chargés de transmettre le message du Seigneur de l’univers, les gens leur ont demandé : « Si vous êtes véritablement les représentants du Seigneur de l’univers, vous devriez produire des événements extraordinaires et miraculeux, dépassant le cours habituel des lois naturelles, de sorte qu’à leur vue il soit évident que le Seigneur de l’univers a provoqué cet événement comme un signe, en intervenant directement pour prouver votre véracité. » En réponse à cette demande, les prophètes ont montré un certain nombre de signes. Dans la terminologie coranique, ils sont appelés âyât, ou signes, et dans la terminologie des spécialistes de la croyance, ils sont appelés miracles.

La confusion des négateurs des miracles

Certain people try to prove that such signs or miracles are ordinary, natural events occurring under the laws of nature. In reality, they adopt an irrational and obscure middle position regarding whether or not to accept the Qur’an. For when the Qur’an unequivocally mentions a miraculous event, attempting to establish it as an ordinary occurrence completely contrary to the preceding and following account is nothing but an extremely absurd exercise in verbal sophistry. Such sophistry is needed only by those who neither wish to believe in a book recounting extraordinary events, nor, because they are innately attached to their ancestral religion, can deny that book—despite the fact that it actually contains references to miraculous events.

La question véritable

La question véritablement décisive concernant les miracles est la suivante : après avoir soumis le monde naturel à certaines lois, Allah s’est-Il rendu inactif et a-t-Il perdu le pouvoir d’intervenir quelque part dans le cours établi des choses ? Ou bien a-t-Il conservé entre Ses propres mains la responsabilité de gouverner Son royaume, de sorte que Son ordre s’y accomplit à chaque instant et qu’Il possède également le pouvoir d’apporter, quand et comme Il le veut, des changements partiels ou complets dans la forme des différentes choses et dans le cours habituel des événements ?

Deuxpoints de vue

Pour ceux qui soutiennent la première affirmation en réponse à cette question, il est impossible d’admettre les miracles. En effet, les miracles ne concordent pas avec leur conception de Dieu et de l’univers. Cependant, au lieu de s’occuper de l’exégèse et de l’interprétation du Qur’an, ces gens devraient le nier en termes clairs. Car le Qur’an a résolument réfuté la première conception de Dieu et a fermement soutenu la seconde. En revanche, pour celui qui, convaincu par les arguments et les preuves du Qur’an, adopte la première conception susmentionnée, comprendre et croire aux miracles ne présente aucune difficulté. Prenons l’exemple d’une personne qui adhère à la croyance que le serpent ne peut naître que de la manière dont les serpents naissent habituellement, et que créer un serpent par toute autre méthode dépasse même le pouvoir d’Allah. Si on lui annonçait que le bâton d’un tel homme s’est transformé en serpent, puis que ce serpent a repris la forme d’un bâton, il est évident qu’elle rejetterait catégoriquement cette nouvelle. En revanche, la croyance d’une autre personne est qu’Allah crée des êtres vivants à partir de matières inertes et qu’Il peut donner la vie à toute matière inerte comme Il le souhaite. Pour cette personne, que certaines matières inertes contenues dans un œuf deviennent un serpent n’est pas plus étonnant que la transformation d’un bâton en serpent. La seule différence est qu’un événement se produit constamment, tandis que l’autre ne s’est produit que trois fois. Mais cette différence ne suffit pas à rendre l’un étonnant et l’autre non étonnant.

La preuve de l’authenticité des miracles

(Arabe*************************************(PDF 364 )

« Dis : “Mon Seigneur sait mieux combien ils étaient. Très peu de gens connaissent leur nombre exact. Ne discute donc pas à leur sujet avec qui que ce soit, si ce n’est par des propos superficiels. Et ne demande à personne d’informations à leur sujet.” » — (Sourate Al-Kahf : 22)

Le sens de ce verset de la sourate al-Kahf est que leur nombre n’est pas l’essentiel ; l’essentiel est plutôt l’enseignement ou l’exhortation que l’on peut tirer de cet événement. La leçon à en tirer est qu’un véritable croyant ne doit en aucune circonstance être disposé à négliger la vérité ni à s’incliner devant le faux. Il est également instructif de comprendre que le croyant ne doit pas placer sa confiance dans les moyens et ressources terrestres, mais en Allah. Même lorsqu’aucun signe d’un environnement extérieurement favorable n’apparaît pour œuvrer en faveur de la vérité, il convient de s’engager sur le chemin de la vérité en plaçant sa confiance en Allah.

Les lois de la nature et la toute-puissance d’Allah

Une autre leçon de cet événement est que les gens appellent « lois de la nature » le cours habituel des phénomènes naturels et pensent que rien ne peut se produire dans le monde contrairement à ces lois ; en réalité, Allah n’est soumis à aucune obligation de ce genre. Il peut, quand et où Il le veut, produire tout événement extraordinaire contraire au cours habituel des choses. Qu’un homme dorme pendant deux cents ans puis se relève soudain comme s’il n’avait dormi que quelques heures, sans que cette longue durée ait le moindre effet sur son âge, son visage, son apparence, ses vêtements ou sa santé, n’est nullement une chose extraordinaire pour Lui. On comprend ainsi que, conformément aux Livres célestes et aux prophéties des prophètes, la résurrection simultanée de tous les descendants passés et futurs de l’humanité n’est pas hors du pouvoir d’Allah. On comprend également qu’à toutes les époques, les ignorants et les esprits bornés ont, au lieu de tirer enseignement des signes d’Allah, trouvé en eux de nouveaux moyens de s’égarer davantage, comme ils l’ont fait dans le cas des Gens de la Caverne. — [Allah avait fait se produire le miracle des Gens de la Caverne afin que les gens en tirent la croyance en l’Au-delà. Pourtant, c’est précisément de ce signe qu’ils ont déduit le contraire : Allah leur aurait procuré quelques divinités supplémentaires à adorer. — (L’auteur)]

L’existence d’innombrables choses merveilleuses dans l’univers

Dans cet univers créé par Allah existent d’innombrables choses merveilleuses. Où que l’on porte le regard, la grandeur infinie de Sa puissance apparaît sous la forme de phénomènes extraordinaires. Certains événements et certains états se manifestent généralement sous une forme particulière. Mais cela ne peut prouver qu’ils ne puissent apparaître d’une autre manière extraordinaire, en violation de la règle établie. Pour réfuter cette conception, il existe partout dans l’univers et à chaque niveau de la création une longue liste d’états et d’événements extraordinaires. En particulier, celui qui possède une conception claire de la toute-puissance d’Allah ne peut jamais nourrir l’idée erronée qu’il serait impossible au Maître de la vie et de la mort d’accorder à un homme une durée de vie de mille ans, ou un peu plus ou un peu moins. Il est vrai que l’homme ne peut, par sa propre volonté, prolonger sa vie ne serait-ce qu’un instant. Mais si Allah le veut, Il peut le maintenir en vie aussi longtemps qu’Il le souhaite.

Examen des miracles des prophètes antérieurs

 

Le miracle de la chamelle de Hadrat Salih (sur lui la paix)

(Arabe*************************************(PDF 366)

« Nous avons envoyé aux Thamûd leur frère صالح Salih. Il leur dit : “Ô mes frères de peuple ! Adorez Allah. Vous n’avez pas de divinité en dehors de Lui. Une preuve évidente de votre Seigneur vous est parvenue. Laissez-la paître sur la terre d’Allah et ne lui faites aucun mal avec de mauvaises intentions, sinon vous serez saisis par un châtiment douloureux.” » — (sourate Al-A‘râf, 73)

Il ressort clairement de la formulation apparente que, dans la première partie du verset, l’expression « preuve évidente » et, dans la seconde, le mot « signe » désignent tous deux cette chamelle. Il est exposé en détail, dans la huitième section de la sourate Ach-Chou‘arâ, que le peuple des Thamûd avait lui-même demandé à Salih un signe qui prouverait de façon irréfutable qu’il était le prophète d’Allah. C’est en réponse à cette demande que Salih fit apparaître la chamelle. Il est donc incontestablement vrai que cette chamelle apparut comme un miracle. C’était un miracle du même genre que ceux que de nombreux autres prophètes montraient aux incroyants comme preuve de leur prophétie. Salih avait averti les incroyants que leur vie dépendait de la survie de la chamelle. Cet avertissement prouve qu’elle était née sous la forme d’un miracle. Il avait également dit qu’elle paîtrait librement dans leurs champs. Un jour, elle boirait seule ; le lendemain, les bêtes de tous les autres boiraient. S’ils lui faisaient du mal, le châtiment d’Allah s’abattrait soudainement sur eux. Il va sans dire que seul un objet dont les gens peuvent constater de leurs propres yeux le caractère miraculeux peut être présenté avec une telle dignité. La chamelle paissait où bon lui semblait ; un jour, elle seule buvait, et le lendemain, les bêtes de tous les autres buvaient. Cette situation dura longtemps, et ils la supportèrent malgré leur répugnance. Finalement, après de nombreuses consultations et conspirations, ils la tuèrent. Pourtant, Salih ne possédait aucune force qui aurait pu les contraindre à le craindre. Une autre preuve du caractère miraculeux de cette chamelle est qu’ils en étaient terrifiés et savaient qu’une puissance se trouvait certainement derrière elle, grâce à laquelle elle circulait parmi eux avec une telle audace. Le Coran et les hadiths ne donnent aucun récit explicite sur l’espèce de cette chamelle ni sur la manière dont elle apparut. Il n’est donc pas nécessaire d’accepter les récits que les commentateurs ont rapportés au sujet de sa naissance. Toutefois, le Coran établit qu’elle apparut, sous un aspect ou un autre, en tant que miracle.

Le miracle de la résurrection des morts

(Arabe*************************************(PDF 367 )

« Ou prends pour exemple celui qui passa auprès d’une ville en ruines et dit : “Comment Allah redonnera-t-Il vie à cette ville morte ?” Allah lui ôta alors la vie, et il resta mort pendant cent ans. Puis Allah lui redonna la vie et lui demanda : “Combien de temps es-tu resté ainsi ?” Il répondit : “Un jour ou quelques heures.” Allah dit : “Tu es resté ainsi cent ans. Regarde donc ta nourriture et ta boisson : elles ne se sont nullement altérées. Regarde aussi ton âne — jusqu’à ses os, qui se décomposent. Nous avons fait cela afin de faire de toi un signe pour les hommes. Regarde ensuite comment Nous redressons ces os et les revêtons de chair.” Lorsque la vérité lui apparut clairement, il dit : “Je sais qu’Allah est Omnipotent.” » — (sourate Al-Baqara, 259)

Il n’est pas nécessaire de discuter de l’identité de cet homme ni de la ville dont il s’agissait. Le but de cette mention est simplement de montrer que celui qui prend Allah pour protecteur reçoit de Lui la lumière de la guidance de cette manière. Nous ne disposons d’aucun moyen de déterminer l’identité de cet homme ou le lieu concerné, et cela ne présenterait d’ailleurs aucun intérêt. Toutefois, la suite du récit permet de comprendre que l’homme dont il est question était certainement un prophète.

La question mentionnée plus haut ne signifie pas que ce vénérable homme ne croyait pas à l’au-delà ou qu’il nourrissait quelque doute à ce sujet. En réalité, il souhaitait faire l’expérience directe d’une vérité profonde. Cette possibilité était accordée aux prophètes. Le fait qu’un homme que les gens du monde savaient mort depuis cent ans revienne à la vie suffisait à faire de lui, parmi ses contemporains, un exemple éclatant.

La source guérisseuse de la maladie de Job

(Arabe*************************************PDF 368 )

« Souviens-toi de Mon serviteur Ayyûb. Il invoqua son Seigneur en disant : Satan m’a infligé une souffrance et un châtiment douloureux. (Je lui ordonnai 🙂 Frappe le sol de ton pied. Voici une eau fraîche pour te laver et pour boire. » — (Sourate Sâd : 41-42)

Sur l’ordre d’Allah, dès qu’il frappa le sol du pied, une source jaillit. Boire de l’eau de cette source et s’en laver constituait le traitement de la maladie du prophète Ayyûb. Il semble qu’Ayyûb ait probablement été atteint d’une grave maladie de peau. La Bible dit également que tout son corps, de la tête aux pieds, était couvert d’ulcères.

Le miracle du prophète Ibrâhîm (sur lui la paix)

 

Le récit de la résurrection de quatre oiseaux

(Arabe*************************************PDF 368 )

« Souviens-toi également du moment où Ibrâhîm dit : Seigneur, montre-moi comment Tu ressuscites les morts. Allah dit : Ne crois-tu donc pas ? Ibrâhîm répond : Si, je crois, mais je souhaite que mon cœur soit pleinement rassuré. Allah dit : Prends donc quatre oiseaux et apprivoise-les. Puis place une partie de chacun d’eux sur une montagne. Ensuite, appelle-les : ils viendront vers toi en toute hâte. Sache qu’Allah est Tout-Puissant et parfaitement Sage. » — (Sourate al-Baqara : 260)

La naissance d’un enfant au prophète Ibrâhîm dans sa vieillesse

(Arabe*************************************PDF 368 )

« Puis Nous lui annonçâmes la bonne nouvelle d’Isaac, puis, après Isaac, de Jacob. Elle dit : Hélas ! Quel malheur pour moi ! Aurai-je un enfant, alors que je suis devenue une vieille femme décrépite et que mon époux aussi est devenu vieux ? Voilà vraiment une chose extraordinaire ! Les anges dirent : T’étonnes-tu du décret d’Allah ? Ô famille d’Abraham ! La miséricorde d’Allah et Ses bénédictions sont sur vous. Certes, Allah est Très Digne de louange et doté d’une immense noblesse. » — (sourate Hûd : 71-73)

La délivrance du prophète Abraham (paix sur lui) du feu

(Arabe*************************************PDF 369 )

« Ils se dirent les uns aux autres : Construisez pour lui un brasier et jetez-le dans les flammes ardentes. Ils tramèrent un complot contre lui, mais c’est eux que J’ai humiliés. » — (sourate as-Sâffât : 97-98)

Les miracles du prophète Moïse (paix sur lui)

(Arabe*************************************PDF 369 )

« Puis J’envoyai Moïse et son frère Aaron auprès de Pharaon et de ses notables, avec Mes signes et une preuve irréfutable. » — (sourate al-Mu’minûn : 45-46)

La mention de la « preuve irréfutable » après celle des « signes » peut signifier que le simple fait que ces signes les accompagnaient constituait la preuve irréfutable de la prophétie des deux hommes. Il se peut aussi que les miracles qu’il accomplit en Égypte, en dehors de celui du bâton, soient les signes, tandis que la preuve irréfutable désigne son bâton. En effet, les miracles apparus par l’intermédiaire du bâton ne laissaient plus aucune place au doute quant au fait qu’ils étaient tous deux des messagers.

(Arabe*************************************PDF 369 )

« Lorsqu’ils jetèrent leurs instruments de magie, ils ensorcelèrent les yeux des spectateurs et les remplirent d’effroi. Ils produisirent ainsi une magie terrifiante. J’inspirai à Moïse : “Jette ton bâton !” Dès qu’il le jeta, celui-ci se mit à dévorer leurs vaines illusions magiques. » (Sourate Al-A‘râf : 116-117)

Le bâton du prophète Moïse

Il ne faut pas s’imaginer que le bâton du prophète Moïse avait avalé les bâtons et les cordes des magiciens qui semblaient avoir pris l’apparence de serpents monstrueux. Le Coran dit seulement que le bâton de Moïse, devenu un serpent, engloutit les illusions trompeuses des magiciens. Le sens du verset semble clairement indiquer que partout où le serpent de Moïse était passé, l’effet de la magie avait disparu. Sous l’effet de la magie, les bâtons et les cordes des magiciens semblaient dresser leur tête comme des serpents. Mais dès que le serpent de Moïse eut fait un tour, tous les bâtons reprirent l’apparence de bâtons et toutes les cordes celle de cordes.

Divers châtiments destinés à avertir le peuple de Pharaon

(Arabe*************************************PDF 370 )

« Nous avons frappé les gens de Pharaon par la famine et la perte des récoltes pendant plusieurs années, afin qu’ils reviennent à la raison. Mais leur situation était telle que, lorsqu’un bien leur arrivait, ils disaient : “Cela nous est dû.” Et lorsqu’un malheur les frappait, ils considéraient Moïse et ses compagnons comme un mauvais présage pour eux. En réalité, leur mauvais sort était auprès d’Allah, mais la plupart d’entre eux ne le savaient pas. Ils dirent à Moïse : “Quel que soit le signe que tu nous apporteras pour nous ensorceler, nous ne croirons pas en toi.” Finalement, Nous envoyâmes contre eux la tempête, les sauterelles, les poux et les grenouilles, et Nous fîmes pleuvoir le sang. Nous leur montrâmes ces signes séparément. Mais ils persistèrent dans leur arrogance. En vérité, c’était un peuple profondément criminel. » — (Sourate Al-A‘râf : 130-133)

Les dignitaires de Pharaon ont fait preuve d’obstination et de sophisme en qualifiant également de magie une chose qu’ils savaient avec certitude ne pouvoir en aucune façon être le résultat de la magie. Quel esprit sensé pourrait croire que provoquer la famine dans tout le pays et des pertes de récoltes continuelles puisse être l’œuvre d’un magicien ? C’est pourquoi le Coran dit :

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« Lorsqu’ils virent Mes signes, ils dirent : “Ce n’est assurément que de la magie évidente.” Pourtant, intérieurement, leurs cœurs en étaient convaincus. Mais, par pure arrogance et orgueil, ils les renièrent. » — (Sourate An-Naml : 13-14)

La tempête mentionnée dans le verset précité était probablement une pluie torrentielle accompagnée de grêle. Il pourrait aussi s’agir d’un autre type de tempête. Cependant, la Bible mentionne une tempête provoquée par des chutes de neige. C’est donc ce sens que j’ai retenu.

Le mot « qummal » employé dans ce verset possède plusieurs significations : poux, petites sauterelles, moustiques, termites, etc. La raison de l’emploi d’un terme aussi large est probablement que les moustiques et les poux s’attaquèrent aux êtres humains, tandis que les termites s’attaquèrent aux réserves alimentaires. — (Voir la Bible, Livre de l’Exode, chapitres 7 à 12)

Les neuf signes

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« Nous avons donné à Moïse neuf signes évidents. Demande donc toi-même aux Enfants d’Israël ce que Pharaon lui dit lorsque Moïse se présenta devant eux : “Ô Moïse, je pense que tu as certainement été ensorcelé.” Moïse lui répondit : “Nul autre que le Seigneur des cieux et de la terre n’a fait descendre ces signes manifestes. Ô Pharaon, je pense que tu es certainement voué au malheur.” » — (Sourate Banî Isrâ’îl : 101-102)

Dans la sourate Al-A‘râf, ces neuf signes sont mentionnés. Les voici : 1. Le bâton — qui se transformait en serpent ; 2. la main lumineuse — qui, dès qu’il la sortait de son aisselle, brillait comme le soleil ; 3. la défaite publique de la magie des magiciens ; 4. une famine frappant tout le pays, conformément à une proclamation ; 5. des tempêtes successives ; 6. les sauterelles ; 7. les termites ; 8. les grenouilles ; et 9. le sang, ainsi que d’autres calamités.

La réponse que Hazrat Moïse fit à Pharaon revenait à dire que la famine à l’échelle du pays, les invasions de grenouilles sur des millions de kilomètres carrés, l’attaque des termites dans tous les entrepôts de nourriture et les autres crises de cette nature ne pouvaient être provoquées ni par la magie d’un magicien ni par une quelconque force humaine. Il faut se rappeler ici qu’avant chaque calamité, Hazrat Moïse avertissait Pharaon en lui disant : si tu ne renonces pas à ton entêtement, telle et telle calamité seront infligées à ton royaume. Et précisément la calamité qu’il avait annoncée survenait au moment prévu. Dans ces conditions, dire que ces calamités avaient été provoquées par quelqu’un d’autre qu’Allah, le Maître des cieux et de la terre, n’était possible que pour un fou ou un homme obstiné.

Fendre la mer au moyen du bâton

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« Nous révélâmes à Moïse : Pars maintenant de nuit avec Mes serviteurs et ouvre-leur un chemin à sec au milieu de la mer. Ne crains pas d’être poursuivi par quelqu’un derrière vous et ne t’affole pas en avançant au milieu de la mer. » — (Sourate Tâ-Hâ : 77)

Voici le récit de cet événement : Allah, l’Exalté, fixa finalement une nuit au cours de laquelle tous les musulmans israélites et non israélites — désignés par l’expression à sens général « Mes serviteurs » — devaient émigrer et partir de toutes les régions. Ils se rassemblèrent tous en un lieu fixé à l’avance, puis partirent en caravane. À cette époque, le canal de Suez n’existait pas. Toute la région comprise entre la mer Rouge et la mer Méditerranée était ouverte. Cependant, des garnisons militaires se trouvaient sur toutes les routes de cette région. Il n’était donc pas sûr de les emprunter. C’est pourquoi Hazrat Moïse prit la route qui menait vers la mer Rouge. Il souhaitait probablement partir en direction de la péninsule du Sinaï en longeant le rivage. Alors que la caravane se trouvait encore au bord de la mer, la grande armée de Pharaon arriva par-derrière. Il est rapporté dans la sourate Ash-Shu‘arâ que la caravane des émigrants se retrouva encerclée entre la mer et l’armée de Pharaon. À cet instant précis, Allah ordonna à Hazrat Moïse :(Arabe**********) « Frappe la mer avec ton bâton. »(Arabe************) « Aussitôt, la mer se fendit, et ses deux parties se dressèrent de part et d’autre comme d’immenses montagnes. » Il ne s’ouvrit donc pas seulement un chemin au milieu pour permettre à la caravane de passer : cette partie centrale se transforma également en une route sèche. Voilà la description d’un miracle manifeste. Les propos de ceux qui affirment que l’eau de la mer s’était retirée à cause d’une tempête ou des marées sont réfutés par ce récit. En effet, si l’eau s’était retirée pour cette raison, elle ne se serait pas dressée des deux côtés comme des montagnes et la partie centrale ne se serait pas transformée en route sèche.

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« Nous révélâmes à Moïse : Frappe la mer avec ton bâton. Aussitôt, la mer se fendit en deux, et ses deux parties se dressèrent de part et d’autre comme d’immenses montagnes. » — (Sourate Ash-Shu‘arâ : 63)

En langue arabe (Arabe*******) signifie montagne. Dans le dictionnaire intitulé Lisân al-ʿArab, il est dit que (Arabe***********) signifie une montagne gigantesque. L’emploi, en outre, de l’adjectif « immense », (Arabe********) à savoir « immense », signifie donc que l’eau s’était dressée des deux côtés sous la forme de montagnes extrêmement élevées. Cette voie aménagée à travers la mer avait pour but, d’une part, de permettre au peuple des Enfants d’Israël de la traverser et, d’autre part, de noyer l’armée de Pharaon. Il apparaît clairement que l’eau était restée dressée, pendant si longtemps, sous la forme de montagnes si hautes que la caravane de millions d’émigrés israélites avait pu passer par-dessus, puis que l’armée de Pharaon avait atteint son milieu à leur suite. Il est inutile de préciser que les vents violents qui soufflent selon les lois naturelles ordinaires, aussi puissants soient-ils, ne peuvent faire que l’eau de la mer se dresse sous la forme de montagnes aussi imposantes et demeure ainsi pendant si longtemps. Il convient également de remarquer que la sourate Tâ-Hâ dit : (Arabe************) « Construis pour eux un chemin à sec au milieu de la mer. » Cela signifie que, lorsque Moïse frappa la mer de son bâton, l’eau ne se contenta pas de se retirer et de se dresser des deux côtés comme des montagnes : le chemin qui apparut au milieu devint également sec. Il n’y resta pas la moindre eau boueuse susceptible d’entraver le passage. C’est là la description manifeste d’un miracle. Il devient évident que l’opinion de ceux qui tentent d’expliquer cet événement par les lois naturelles ordinaires est erronée.

« manne » et « salwa’

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« J’ai fait descendre sur vous la manne et le salwa. » — (sourate Tâ-Hâ : 80)

Le récit biblique rapporte qu’après avoir quitté l’Égypte, lorsque les Enfants d’Israël traversaient le désert de Sin, entre Élim et le Sinaï, et qu’ils étaient sur le point de mourir de faim parce que leurs réserves de nourriture étaient épuisées, la manne et le salwa commencèrent à descendre. Ce phénomène se poursuivit pendant quarante longues années, jusqu’à leur arrivée dans les localités de Palestine. (Livre de l’Exode, chapitre 16 ; Livre des Nombres, chapitre 11, versets 7-9 ; Livre de Josué, chapitre 5, verset 12.) À propos de la manne et du salwa, le Livre de l’Exode dit : « Puis, le soir, des cailles vinrent et couvrirent le camp ; et, au matin, la rosée tomba tout autour du camp. Lorsque la rosée qui était tombée se fut dissipée, voici qu’à la surface du désert demeurait une chose fine, semblable à des graines, menue comme le givre sur la terre. Les enfants d’Israël se regardèrent les uns les autres et dirent : “Qu’est-ce que cela ?” Car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit alors : “C’est le pain que l’Éternel vous a donné pour nourriture.” » — (chapitre 16, versets 13-15)

Et la maison d’Israël donna à cette nourriture le nom de manne ; elle ressemblait à une graine de coriandre, était blanche et avait un goût semblable à celui d’un gâteau au miel. — (verset 31)

Le Livre des Nombres donne encore, à ce sujet, les précisions suivantes :

Le peuple allait la ramasser, la broyait à la meule ou la pilait dans un mortier, puis la faisait cuire dans des marmites et en préparait des gâteaux ; elle avait le goût d’un gâteau cuit à l’huile. Lorsque la rosée tombait sur le camp pendant la nuit, la manne y demeurait. — (chapitre 11, versets 8-9)

C’était également un miracle. En effet, au bout de quarante ans, lorsque les enfants d’Israël commencèrent à disposer d’une nourriture ordinaire, ce phénomène prit fin. De nos jours, on ne trouve même plus là-bas une grande abondance des oiseaux appelés cailles, et l’on ne trouve de manne nulle part non plus. Des chercheurs ont fouillé de fond en comble la région où les enfants d’Israël avaient mené une vie nomade dans le désert pendant quarante ans, mais ils n’y ont trouvé de manne nulle part. Certes, des commerçants vendent çà et là de la halwa appelée « manne » afin de tromper les gens.

Les miracles de Hazrat Sulayman (que la paix soit sur lui)

(Arabe*************************************PDF 374 )

« Et il dit : Ô gens ! On m’a enseigné le langage des oiseaux. » – (sourate An-Naml : 16)

La Bible reste silencieuse sur le fait que Hazrat Sulayman connaissait le langage des animaux et des oiseaux. Toutefois, les légendes israélites en donnent une description claire. – (Encyclopédie juive, tome XI, p. 439)

Les djinns lui étaient soumis

(Arabe*************************************PDF 374 )

« Les djinns, les hommes et les oiseaux furent rassemblés pour Sulayman en une armée parfaitement disciplinée. » – (sourate An-Naml : 17)

Le trône de la reine de Saba fut apporté en un instant

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« Soulayman dit : Ô notables, qui peut m’apporter le trône de la reine avant qu’elle ne vienne à moi en se soumettant ? Un démon dit : Je te l’apporterai avant que tu ne te lèves de ta place ; j’en suis capable et digne de confiance. Un homme qui possédait une connaissance du Livre dit : Je te l’apporterai en un clin d’œil. Puis, lorsque Soulayman vit le trône devant lui, il dit : C’est une grâce de mon Seigneur. »

Les miracles d’autres prophètes

 

L’aspect miraculeux de l’histoire de Jonas (paix sur lui)

(Arabe*************************************PDF 374 )

« Jonas était certainement un messager. Souviens-toi du moment où il s’enfuit vers un navire chargé de voyageurs. Il participa au tirage au sort et fut perdant. Finalement, le poisson l’engloutit. Il était plein de regrets. S’il n’avait pas été de ceux qui glorifient Allah, il serait resté dans le ventre du poisson jusqu’au Jour de la Résurrection. Finalement, Nous le rejetâmes, très malade, dans une terre dénuée de végétation, et Nous fîmes pousser au-dessus de lui un plant de courge. » — (sourate As-Saffat, 139-146)

La naissance d’un enfant de Hazrat Zacharie par son épouse âgée

(Arabe*************************************PDF 374 )

« Accorde-moi donc un héritier, afin qu’il hérite de moi et qu’il hérite de la famille de Jacob. Et fais de lui, ô mon Seigneur, un homme agréé. Ô Zacharie ! Nous t’annonçons la bonne nouvelle d’un enfant dont le nom sera Yahya. Nous n’avons créé auparavant aucun homme portant ce nom. Il dit : “Ô mon Seigneur ! Ma femme est stérile et j’ai atteint un âge très avancé. Comment pourrais-je avoir un enfant ?” La réponse fut : “Il en sera ainsi. Ton Seigneur dit : Cela M’est tout à fait facile. Je t’ai déjà créé auparavant, alors que tu n’étais rien.” Zacharie dit : “Ô mon Seigneur ! Accorde-moi un signe.” Allah dit : “Ton signe sera que tu ne pourras pas parler aux gens pendant trois jours consécutifs.” » — (sourate Maryam : 5-10)

Le miracle de Jésus (sur lui la paix)

 

La naissance de Jésus sans père

(Arabe*************************************PDF 374 )

« Nous fîmes de Marie et de son fils un signe, et Nous les installâmes sur un lieu élevé où ils trouvèrent quiétude et où coulaient des sources. » — (sourate al-Mu’minûn : 50)

Il n’est pas dit ici que Marie était un signe et que le fils de Marie en était un autre. Il n’est pas dit non plus que Nous avons fait de Marie et de son fils deux signes. Il est plutôt dit qu’ils furent réunis pour constituer un seul signe. Cela signifie que la naissance de Jésus sans père et la grossesse de Marie sans relation avec un homme sont la raison pour laquelle la mère et le fils, ensemble, sont devenus un seul signe.

 

(Arabe*************************************PDF 374 )

« (Ô Muhammad !) Mentionne dans ce Livre l’histoire de Marie, lorsqu’elle se retira des siens en un lieu situé à l’est. Elle se déroba à leurs regards derrière un voile. Nous lui envoyâmes alors Notre Esprit (l’ange), qui lui apparut sous la forme d’un homme accompli. Nous envoyâmes à Marie (l’ange), qui lui apparut sous la forme d’un homme accompli. Marie s’écria soudain : “Si tu es un homme pieux, je cherche refuge auprès du Tout Miséricordieux contre toi.” Il répondit : “Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur, venu pour te donner un fils pur.” Marie dit : “Comment pourrais-je avoir un fils ? Aucun homme ne m’a touchée et je ne suis pas une femme de mauvaise vie.” L’ange répondit : “Il en sera ainsi. Ton Seigneur a dit : ‘Cela M’est très facile. Nous ferons de cet enfant un signe pour les hommes et une miséricorde de Notre part.’ C’est une affaire décrétée par Allah : elle s’accomplira certainement.” Elle conçut donc cet enfant et se retira en un lieu éloigné. Puis les douleurs de l’accouchement la contraignirent à se rendre sous un palmier. Elle dit : “Plût à Dieu que je fusse morte avant cela et que je fusse totalement oubliée !” » — (Sourate Marie : 16-23)

Ici, l’expression « un lieu éloigné » désigne Bethléem. Il était naturel que Marie s’y rende après avoir quitté son lieu de retraite spirituelle. Marie était, d’une part, issue de la famille d’Aaron, le groupe le plus pieux des enfants d’Israël, et, d’autre part, elle résidait à Bayt al-Maqdis, consacrée au culte d’Allah. Une telle jeune femme se retrouva soudain enceinte. Si elle était restée dans son lieu de retraite et que sa grossesse eût été connue, non seulement sa famille, mais aussi les autres membres de son peuple lui auraient rendu la vie insupportable. Tombée dans cette terrible épreuve, la pauvre femme quitta silencieusement sa chambre de retraite afin de pouvoir, au moins jusqu’au moment où la volonté d’Allah s’accomplirait, échapper aux reproches de son peuple et à une vaste infamie. Le fait qu’elle se soit retirée ainsi constitue une preuve éclatante de la naissance miraculeuse de Jésus sans père. Si Marie avait été mariée et était tombée enceinte de son mari, elle n’aurait eu aucune raison de quitter la maison paternelle et la maison conjugale pour aller accoucher dans un lieu éloigné.

« Plût à Dieu que je fusse morte et que je fusse totalement oubliée » : cette parole de Marie montre à quel point elle était alors anxieuse et accablée d’inquiétude. Quiconque comprend la gravité de la situation ne peut manquer de voir que ces mots ne lui furent pas arrachés par les seules douleurs de l’accouchement ; c’était la pensée de savoir comment elle pourrait sortir victorieuse de la terrible épreuve de feu à laquelle Allah l’avait soumise qui la tenait en proie à l’agitation. Jusqu’alors, elle avait pu cacher d’une manière ou d’une autre le fait qu’elle portait un enfant. Mais où allait-elle maintenant emmener cet enfant ? Que Marie ait prononcé ces paroles est confirmé par la suite, lorsque l’ange lui dit : « Ne t’afflige pas. » Lorsqu’une femme mariée arrive au terme de sa grossesse, elle peut se tortiller de douleur autant qu’elle veut, elle ne devient jamais inquiète ni angoissée.

Parler d’un enfant nouveau-né dans le berceau

(Arabe********************************************à la page 377 du PDF)

« Lorsqu’elle revint auprès des siens en portant l’enfant dans ses bras, ils lui demandèrent : “Ô Marie ! D’où as-tu apporté cela ? Ô sœur d’Aaron ! Ton père n’était pas un homme mauvais, et ta mère n’était pas une femme de mauvaise vie.” » — (Sourate Marie : 27-28)

Quelle explication ceux qui nient la naissance miraculeuse de Jésus peuvent-ils donner au fait que, lorsque Marie vint avec l’enfant dans ses bras, les gens de son peuple se mirent, irrités, à lui adresser toutes sortes de reproches et de blâmes ?

(Arabe********************************************à la page 377 du PDF)

« Lorsque Marie leur fit signe de s’adresser à son enfant, ils dirent : “Comment parlerions-nous à un enfant couché dans un berceau ?” » — (Sourate Maryam : 29)

Les interprètes dévoyés du Coran ont donné à ce verset le sens suivant : « Comment parlerions-nous à cet enfant d’hier ? » Selon eux, ces paroles auraient donc été prononcées par Jésus au temps de sa jeunesse. Les vieillards et les anciens des Enfants d’Israël auraient dit : « Pourquoi parlerions-nous encore à ce garçon que nous avions vu couché dans un berceau ce jour-là ? » Mais il suffit d’examiner les circonstances ainsi que le récit qui précède et qui suit pour comprendre qu’il ne s’agit là que d’une interprétation absurde, destinée à éviter le miracle. Ces interprètes auraient au moins pu réfléchir à ceci : l’événement contre lequel les gens étaient venus protester ne s’était pas produit pendant sa jeunesse, mais au moment même de sa naissance. De plus, il est dit de manière parfaitement claire et irréfutable, dans le verset 46 de la sourate Âl ‘Imrân et dans le verset 110 de la sourate al-Mâ’idah, que Jésus n’a pas prononcé ces paroles au temps de sa jeunesse ; il les a prononcées alors qu’il venait de naître et qu’il était couché dans son berceau. Dans le premier verset, l’ange dit à Marie, au moment où il lui annonce la naissance d’un fils, que cet enfant parlera aux gens dans son berceau comme à l’âge adulte. Dans le second verset, Allah Lui-même dit à Jésus : « Tu parleras aux gens dans ton berceau comme à l’âge adulte. »

(Arabe********************************************page 378 du PDF)

« L’enfant s’écria : “Je suis le serviteur d’Allah. Il m’a donné le Livre, a fait de moi un prophète et m’a béni où que je sois. Il m’a ordonné d’accomplir la prière et de verser la zakât toute ma vie. Il m’a rendu pieux envers ma mère et ne m’a fait ni tyrannique ni malheureux.” » — (Sourate Maryam : 30-32)

Ici, il n’est pas dit qu’il était pieux envers ses père et mère, mais seulement envers sa mère. Cela prouve également que Jésus n’avait pas de père. Le fait que le Coran le désigne partout comme Jésus, fils de Marie, en constitue une autre preuve irréfutable.

(Arabe********************************************page 378 du PDF)

« Que la paix soit sur moi le jour où je suis né, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité. » — (Sourate Maryam : 33)

Tel est le « signe » qui fut présenté aux Enfants d’Israël à travers la personne de Jésus (que la paix soit sur lui). Avant de leur infliger un châtiment exemplaire pour leurs méfaits incessants, Allah voulait leur accorder une dernière occasion de se réformer. C’est pourquoi Il adopta cette stratégie : Il rendit soudain enceinte, alors qu’elle était vierge, cette jeune femme pieuse de la famille des Enfants d’Aaron, qui se consacrait à la retraite spirituelle dans Bayt al-Maqdis et avait été élevée sous la tutelle de Zacharie. Lorsqu’elle se présenterait ensuite avec l’enfant dans les bras, toute la nation serait bouleversée et l’attention de tous se porterait immédiatement sur elle. Ainsi, lorsque les gens se rassemblèrent autour de Marie, elle fit parler l’enfant nouveau-né, afin que, lorsque celui-ci grandirait et recevrait la prophétie, des milliers de membres de la nation soient présents pour témoigner avoir vu chez cet enfant un miracle extraordinaire d’Allah. Malgré cela, lorsque la nation nierait sa mission prophétique et tenterait, au lieu de le suivre, de le faire passer pour un criminel et de le crucifier, elle subirait un châtiment exemplaire, tel qu’aucune autre nation dans le monde n’en avait reçu.

Les autres miracles mentionnés dans le Coran

(Arabe********************************************à la page 379 du PDF)

« Et lorsqu’il vint aux Enfants d’Israël en tant que messager, il leur dit : “Je vous ai apporté un signe de la part de votre Seigneur. Je façonne pour vous, avec de l’argile, la forme d’un oiseau, puis je souffle dedans et, par la permission d’Allah, il devient un oiseau. Par la permission d’Allah, je guéris l’aveugle-né et le lépreux, et je redonne la vie aux morts. Je vous informe également de ce que vous mangez et de ce que vous amassez. Il y a certes là pour vous un signe, si vous êtes croyants.” » – (Sourate Âl ‘Imrân : 49)

Le prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et ses miracles

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Le Coran lui-même a été présenté comme preuve de la prophétie

(Arabe********************************************à la page 379 du PDF)

« Ô Prophète ! Lorsque tu ne leur présentes aucun signe (miracle), ils disent : “Pourquoi n’en as-tu pas choisi un pour toi-même ?” Dis-leur : “Je ne fais que suivre la révélation que mon Seigneur m’envoie. Ceci est une lumière de sagesse, une guidée et une miséricorde venant de votre Seigneur, pour ceux qui l’acceptent.” » – (Sourate Al-A‘râf : 203)

La question des mécréants était manifestement sarcastique. En d’autres termes, le sens de leurs propos était celui-ci : « Puisque tu es devenu prophète, mon cher, tu aurais aussi bien pu choisir et apporter quelque miracle pour toi-même. » Mais il convient de remarquer quelle réponse élégante a été donnée à cette raillerie.

Le sens de cette réponse est le suivant : je n’ai pas le pouvoir d’inventer ou de fabriquer quelque chose simplement parce que vous le réclamez ou parce que j’en éprouverais moi-même le besoin. Je ne suis qu’un Messager. Ma responsabilité consiste seulement à agir conformément aux instructions de Celui qui m’a envoyé. Celui qui m’a envoyé m’a donné le Coran au lieu de miracles. Celui-ci est rempli d’une lumière clairvoyante. Sa plus grande caractéristique est que ceux qui l’acceptent trouvent le droit et simple chemin de la vie, et que les signes de la miséricorde d’Allah se manifestent dans la beauté de leur caractère.

Le prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) n’était pas capable de montrer des miracles de sa propre initiative

(Arabe********************************************à la page 380 du PDF)

« Toutefois, ô Prophète, si tu ne peux supporter leur indifférence, alors, si tu en as le pouvoir, cherche un tunnel sous la terre ou dresse une échelle vers le ciel, et tâche de leur apporter un signe. » — (sourate Al-An‘âm : 35)

Lorsque le Prophète (paix et bénédictions sur lui) vit que de longs jours s’étaient écoulés à expliquer les choses à son peuple sans qu’ils reviennent dans la bonne voie, le désir suivant naissait parfois dans son cœur : « Ah ! si seulement un signe venant d’Allah apparaissait, grâce auquel leur mécréance disparaîtrait et ils reconnaîtraient la véracité de ma prophétie ! » Ce verset répond précisément à ce désir du Prophète. Son sens est le suivant : ne sois pas impatient. Suis avec patience la règle et le processus selon lesquels Je poursuis cette œuvre. S’il avait fallu accomplir la mission au moyen de miracles, n’aurais-Je pas pu les produire Moi-même ? Mais Je sais que ce n’est pas la voie appropriée pour parvenir au succès dans la révolution intellectuelle et morale, ainsi que dans l’établissement du système culturel pur auquel tu as été chargé de travailler. Cependant, si tu ne peux supporter l’immobilisme actuel des hommes et leur refus obstiné, leur incrédulité, et si tu penses qu’il est absolument nécessaire de montrer un signe matériel et perceptible par les sens pour dissiper cet immobilisme, alors prends toi-même l’initiative et, si tu en as le pouvoir, pénètre dans la terre ou monte au ciel, et essaie d’en rapporter quelque miracle que tu juges suffisant pour transformer l’incrédulité en foi. Mais n’espère pas que Je comblerai ce désir. Car, dans Mon plan, il n’y a pas de place pour de telles tentatives ni pour de tels moyens.

Le plus grand miracle du prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) est le Coran

(Arabe********************************************à la page 380 du PDF)

« Ils disent : “Pourquoi Muhammad n’apporte-t-il pas un signe (miracle) de la part de son Seigneur ?” Les enseignements de toutes les Écritures antérieures ne leur sont-ils donc pas clairement parvenus ? » — (sourate Tā-Hā : 133)

Autrement dit, n’est-ce pas un miracle considérable qu’un homme illettré issu de leur propre peuple ait présenté un Livre réunissant la substance du contenu et des enseignements de toutes les Écritures célestes, depuis les premières jusqu’à nos jours ? Non seulement tout ce que ces Livres contenaient pour guider les hommes dans la voie droite a été rassemblé dans celui-ci, mais cela y est également exposé dans une langue si simple et si claire qu’un Bédouin du désert lui-même peut le comprendre et en tirer profit.

(Arabe********************************************(à la page 381 du PDF)

« (Ô Prophète !) Tu ne lisais auparavant aucun livre et tu n’en écrivais aucun de ta main ; sinon, les adeptes du faux auraient pu nourrir des doutes. En réalité, ceux qui ont reçu la connaissance portent ces signes éclatants dans leur cœur. Nul ne renie Mes signes hormis les injustes. Ils disent : “Pourquoi aucun signe (miracle) n’a-t-il été descendu sur cet homme de la part de son Seigneur ?” Dis : “Les signes sont auprès d’Allah ; je ne suis qu’un avertisseur explicite.” Ne leur suffit-il donc pas comme signe que Nous avons fait descendre sur toi le Livre qui leur est récité ? Il contient certes une miséricorde et un rappel pour ceux qui croient. » — (sourate Al-‘Ankabūt : 48-51)

L’argument présenté dans ces versets se résume ainsi : le vénérable Muhammad (paix et bénédiction sur lui) était illettré. Ses voisins, ses proches et les membres de sa tribu l’avaient observé depuis sa naissance jusqu’à sa jeunesse, et ils savaient parfaitement que, durant toute sa vie, il n’avait lu aucun livre et n’avait jamais pris une plume en main. En évoquant cette réalité, Allah dit que, si l’on avait vu cet homme illettré exprimer, par sa propre bouche, une connaissance vaste et profonde des enseignements des Écritures célestes antérieures, des récits de la vie des prophètes précédents, des croyances et doctrines des religions anciennes, de l’histoire des peuples primitifs, ainsi que des aspects essentiels de leur organisation sociale, de leur économie et de leurs principes moraux, après avoir lu des livres et mené des recherches savantes en dehors de la révélation, les incroyants auraient peut-être eu quelque motif de douter. Ils auraient pu penser que ce trésor de connaissances avait été acquis par ses propres efforts et études, plutôt que par la révélation. Mais son illettrisme ne laissait pas la moindre place au doute. Dès lors, hormis l’obstination pure et simple, il n’existe aucune raison rationnelle de nier sa prophétie.

Le fait qu’un Livre tel que le Coran ait été révélé au Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui), bien qu’il fût illettré, constitue en soi un miracle si grand qu’il suffit à établir la foi en sa qualité de Messager. Ceux qui ont été témoins de miracles supplémentaires n’en avaient donc pas besoin. Mais le Coran est un miracle éternel et impérissable, toujours présent devant les hommes ; il leur est récité et ils peuvent toujours le contempler.

La raison pour laquelle le Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) reçut un miracle fondé sur la connaissance plutôt qu’un miracle matériel

(Arabe********************************************(à la page 382 du PDF)

« Si l’on avait fait descendre un Coran grâce auquel les montagnes se seraient mises à marcher, la terre se serait fendue ou les morts seraient sortis de leurs tombes et auraient commencé à parler, quel profit cela aurait-il donc apporté ? » — (sourate Ar-Ra‘d : 31)

Pour comprendre ce verset, il faut garder à l’esprit qu’il ne s’adresse pas aux mécréants, mais aux musulmans. Ceux-ci, en entendant sans cesse les mécréants réclamer des miracles, devenaient anxieux et se disaient intérieurement : comme il serait bon qu’on leur montre quelque miracle capable de les convaincre ! Lorsqu’ils constataient que, faute de tels signes, les mécréants trouvaient l’occasion de répandre dans l’esprit des gens du commun la confusion au sujet de la prophétie du Prophète, leur agitation et leur inquiétude augmentaient encore. C’est dans ce contexte qu’il est dit aux musulmans : si, en même temps qu’une sourate du Coran, un signe de cette nature leur était soudain montré, pensez-vous qu’ils croiraient réellement ? Êtes-vous à ce point optimistes à leur sujet que vous pensez qu’ils sont tout à fait prêts à accepter la vraie religion et qu’il ne leur manque plus qu’une seule révélation ? Ceux qui n’ont pas vu la lumière de la vérité dans l’enseignement du Coran, dans les signes de la nature universelle, dans la vie immaculée du Prophète et dans la transformation révolutionnaire de la vie des nobles Compagnons, pensez-vous donc qu’ils trouveraient un rayon de lumière dans le déplacement des montagnes, la dislocation de la terre et la sortie des morts de leurs tombes ? — [Le sens de cet exposé n’est pas qu’aucun miracle ne se soit manifesté de la part du Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). De nombreux miracles se sont manifestés à diverses reprises. Mais ils n’ont pas été utilisés comme preuves de la prophétie pour amener les opposants à croire. — (Les compilateurs)]

(Arabe********************************************(à la page 382 du PDF)

« Si Je le voulais, Je ferais descendre du ciel un signe devant lequel ils inclineraient la tête. » — (sourate Ach-Chu‘arâ’ : 4)

Cela signifie qu’il n’est nullement difficile pour Allah de faire descendre un signe qui contraindrait tous les mécréants à croire et à se soumettre à Allah. S’Il ne le fait pas, ce n’est pas parce que cette chose dépasse Son pouvoir. En réalité, une foi imposée de cette manière n’est pas ce qu’Il veut pour les hommes. Il veut qu’ils parviennent à la vérité en faisant usage de leur propre intelligence et de leur raison, avec l’aide des signes répandus dans le Livre d’Allah, dans l’ensemble de la nature et en eux-mêmes. Puis, lorsque leur cœur témoignera que ce que les prophètes ont dit est bien la vérité, et que toutes les croyances, convictions, coutumes et pratiques établies à leur encontre sont vaines et fausses, Allah demande aux hommes d’abandonner consciemment le faux et de suivre la vérité. C’est pour cette raison qu’Il leur a accordé la liberté de vouloir et de choisir. C’est pour cette raison qu’Il leur a donné la liberté d’adopter, s’ils le souhaitent, l’une ou l’autre voie, la bonne ou l’égarée. C’est pour cette raison qu’Il a placé en eux les deux tendances, celle du bien et celle du mal. Il a ouvert devant eux les deux voies, celle du péché et celle de la vertu. Il a accordé à Satan la liberté de les tromper. Pour les guider vers le droit chemin, Il a établi la succession de la prophétie, de la révélation et de l’appel au bien. Il a placé l’être humain dans le champ de l’épreuve, en lui donnant toutes les aptitudes et capacités nécessaires pour choisir une opinion et une voie, afin de voir s’il adoptera le chemin de la mécréance et de la désobéissance, ou celui de la foi et de l’obéissance. Si Allah avait instauré un système contraignant les hommes à croire et à obéir, le but de cette épreuve aurait été anéanti. Si Son intention avait été de contraindre les hommes à croire, pourquoi aurait-il été nécessaire de les y contraindre au moyen de miracles ? Allah aurait pu créer l’être humain avec une nature et une constitution telles qu’il n’aurait eu aucune capacité de mécréance, de désobéissance ou de péché. Les hommes seraient nés obéissants et soumis, comme les anges. Dans plusieurs versets du Coran, Allah a exposé précisément cette vérité. Ainsi :

(Arabe********************************************(à la page 383 du PDF)

« Si ton Seigneur l’avait voulu, tous les habitants de la terre auraient été croyants. Vas-tu donc contraindre les gens à devenir croyants ? » — (sourate Yûnus : 99)

(Arabe********************************************(à la page 383 du PDF)

« Si ton Seigneur l’avait voulu, Il aurait pu faire de tous les hommes une seule communauté. Pourtant, ils ne cesseront de suivre des voies différentes. Seuls ceux auxquels ton Seigneur accorde Sa grâce seront préservés de l’égarement. C’est dans ce but qu’Il les a créés. »

(Arabe********************************************à la page 383 du PDF)

« N’ont-ils donc jamais regardé la terre et vu quelle abondance de toutes sortes de plantes excellentes Nous y avons fait pousser ? » – (Sourate Ach-Chu‘arâ’ : 7-8)

Autrement dit, si quelqu’un a besoin de signes pour découvrir la vérité, il n’a pas besoin d’aller bien loin. Il lui suffit d’observer les formes et la diversité de ce monde pour comprendre si la conception de l’organisation de l’univers — l’unicité d’Allah — que les prophètes ont présentée est vraie, ou si la vérité réside dans les doctrines que les polythéistes et les athées propagent. En voyant l’abondance et la diversité extraordinaires des végétaux produits sur la terre, ainsi que l’accord et l’harmonie manifestes qui existent entre leurs propriétés et les innombrables besoins d’innombrables créatures, seul un insensé pourrait conclure que tout cela se produit spontanément, sans l’habileté pénétrante d’un artisan expert, la sagesse d’un savant omniscient, la puissance invincible d’un Être tout-puissant et le plan mûrement réfléchi d’un Créateur habile. Ou bien qu’une coordination aussi parfaite ait pu s’établir entre la terre, la lune, le soleil, l’air et l’eau sous la direction de plusieurs divinités, plutôt que d’un Dieu unique qui aurait conçu et réalisé tous ces plans, et qu’une telle harmonie ait pu être instaurée entre ces éléments, les végétaux qu’ils composent et les besoins et nécessités des innombrables espèces d’animaux et d’êtres vivants. Si un homme doué de raison ne se laisse pas emporter par l’obstination ni par des idées préconçues, il s’écriera spontanément, en contemplant ce spectacle, que tout cela constitue assurément une preuve irréfutable de l’existence de Dieu et de l’existence d’un Dieu unique. Malgré toutes ces preuves, peut-il encore être nécessaire de produire quelque autre miracle, sans lequel l’homme ne pourrait croire à la vérité du tawhîd ?

Un miracle sensible d’une grande envergure

[La présente partie de l’ouvrage est consacrée, conformément à notre structure, à la discussion de principe de la philosophie des miracles ; les miracles du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’y ont pas été insérés dans leur dimension événementielle, mais sont mentionnés aux endroits respectifs de l’ouvrage consacrés au récit des événements. Ici, seul l’immense miracle de la scission de la lune a été inclus à titre d’exemple.]

(Arabe********************************************à la page 385 du PDF)

« L’Heure s’est rapprochée et la lune s’est fendue. Telle est leur disposition : quel que soit le signe qu’ils voient, ils s’en détournent et disent : “C’est une magie perpétuelle.” Ils ont traité cela de mensonge et ont suivi leurs passions ; or toute affaire doit nécessairement parvenir à son terme. » – (Sourate Al-Qamar : 1-3)

Récits relatifs à la scission de la Lune

L’événement de la scission de la Lune est établi par le récit catégorique du Coran. Il ne dépend pas des récits des hadiths. Toutefois, les récits des hadiths permettent d’en connaître les détails et de déterminer quand et comment il s’est produit. Al-Bukhari, Muslim, At-Tirmidhi, Ahmad, Abou ‘Awana, Abou Dawoud At-Tayalissi, ‘Abd ar-Razzaq, Ibn Jarir, Al-Bayhaqi, At-Tabarani, Ibn Mardawayh et Abou Nu‘aym Al-Isfahani ont rapporté cet événement, par différentes chaînes de transmission, d’après le vénérable ‘Ali, le vénérable ‘Abdallah ibn Mas‘ud, le vénérable ‘Abdallah ibn ‘Abbas, le vénérable ‘Abdallah ibn ‘Umar, le vénérable Hudhayfa, le vénérable Anas ibn Malik et le vénérable Zubayr ibn Mut‘im. Parmi eux, trois de ces éminents personnages ne pouvaient pas avoir été témoins oculaires de l’événement. En effet, l’événement s’est produit avant la naissance de l’un d’eux, le vénérable ‘Abdallah ibn ‘Abbas. Le deuxième, le vénérable Anas ibn Malik, était encore enfant à cette époque. Toutefois, puisqu’ils étaient tous deux des Compagnons, on peut assurément considérer qu’ils l’ont rapporté après l’avoir entendu de Compagnons adultes qui en avaient été les témoins directs.

Résumé des récits

Si l’on rassemble tous ces récits, on peut en dégager le sens suivant : l’événement s’est produit environ cinq ans avant l’Hégire. C’était la nuit du quatorzième jour du mois lunaire. La Lune venait tout juste de se lever. Soudain, elle se scinda en deux. L’un de ses morceaux apparut d’un côté de la montagne située en face, et l’autre de l’autre côté. Après être restés ainsi un instant, les deux morceaux se réunirent à nouveau. Le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se trouvait alors à Mina. Il dit aux personnes présentes : « Regardez ce qui se passe et soyez-en témoins. » Les mécréants dirent : « Muhammad nous a ensorcelés. C’est pourquoi notre vision a été trompée. Il ne peut pas avoir fait de la magie. Que des gens de l’extérieur viennent ; nous leur demanderons s’ils ont eux aussi vu l’événement. » Lorsque quelques personnes venues de l’extérieur arrivèrent, elles déclarèrent elles aussi avoir vu cette scène.

Certains récits du vénérable Anas donnent naissance à l’idée erronée que l’événement de la scission de la Lune se serait produit deux fois. Premièrement, aucun autre Compagnon ne l’a affirmé. Deuxièmement, dans certains récits transmis précisément par le vénérable Anas figurent les mots « marratayn » (deux fois), tandis que d’autres contiennent les deux termes « firqatayn » et « shirqatayn ». Ces derniers signifient « en deux morceaux ». Troisièmement, le Saint Coran ne mentionne la scission de la Lune qu’une seule fois. Il est donc correct de dire que l’événement ne s’est produit qu’une seule fois. En revanche, les légendes selon lesquelles la Lune se serait scindée en deux dès que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’aurait désignée du doigt, et selon lesquelles l’un de ses morceaux serait entré dans son vêtement avant de ressortir par sa manche, sont totalement dépourvues de fondement.

La véritable nature de l’événement

La question se pose ici de savoir quelle fut réellement la nature de cet événement. Était-ce un miracle destiné à prouver la véracité de la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), en réponse à la demande des mécréants ? Ou bien s’agissait-il simplement d’un accident survenu à la surface de la Lune par la volonté d’Allah ? Et le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait-il attiré l’attention des gens sur cet événement en le considérant comme un signe de la possibilité et de l’imminence de la Résurrection ? Un groupe d’érudits musulmans le considère comme l’un des miracles particuliers du Prophète. Selon eux, ce miracle fut accompli en réponse à la demande des mécréants. Mais cette opinion repose sur quelques hadiths rapportés d’après le vénérable Anas. Aucun autre Compagnon n’a avancé cette affirmation. Dans le Fath al-Bari, Ibn Hajar dit : « Parmi tous les hadiths rapportés par diverses chaînes au sujet de la scission de la Lune, je n’en ai trouvé aucun, hormis celui du vénérable Anas, qui affirme que cet événement s’est produit conformément à la demande des polythéistes. » (Voir le chapitre consacré à la scission de la Lune.) Abou Nu‘aym Al-Isfahani a certes cité exactement cette affirmation dans un hadith rapporté d’après le vénérable ‘Abdallah ibn ‘Abbas, dans son ouvrage intitulé Dala’il an-Nubuwwa. Toutefois, sa chaîne de transmission est très faible. Cette affirmation ne figure dans aucun des récits rapportés d’après Ibn ‘Abbas par des chaînes fiables et consignés dans les recueils de hadiths. De plus, le vénérable ‘Abdallah ibn ‘Abbas et le vénérable Anas étaient tous deux absents au moment de l’événement. Aucun des Compagnons présents à cette époque — notamment le vénérable ‘Abdallah ibn Mas‘ud, le vénérable Hudhayfa, le vénérable Zubayr ibn Mut‘im, le vénérable ‘Ali et le vénérable ‘Abdallah ibn ‘Umar — n’a dit que les polythéistes de La Mecque avaient exigé qu’un signe quelconque leur soit montré pour prouver la véracité de la mission prophétique de Muhammad, et que c’est pour cette raison que le miracle de la scission de la Lune leur avait été montré. Le point le plus important est que le Saint Coran lui-même qualifie cet événement non de signe de la mission de Muhammad, mais de signe de l’imminence de la Résurrection. Cependant, puisque cet événement a confirmé la véracité de la prédiction faite par le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) au sujet de l’approche de la Résurrection, il ne fait aucun doute qu’il constitue également un signe éclatant de la véracité de la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Quelques objections et leurs réponses

Deux objections ont été soulevées au sujet de ce miracle. Premièrement, selon eux, il est absolument impossible qu’un satellite aussi immense que la Lune se fende en deux morceaux, que ceux-ci se séparent l’un de l’autre, parcourent des centaines de miles en s’éloignant l’un de l’autre, puis se réunissent à nouveau. Deuxièmement, si un tel événement s’était réellement produit, il aurait été connu dans le monde entier, mentionné dans les ouvrages d’histoire et décrit dans les livres d’astronomie. Mais ces deux objections sont, en réalité, dépourvues de fondement. Le débat sur sa possibilité pouvait se tenir dans l’Antiquité ; toutefois, à la lumière des connaissances acquises à notre époque sur la structure et la nature des planètes et des satellites, il n’est nullement invraisemblable qu’une planète se soit fissurée sous l’effet de l’éruption du feu d’un volcan présent en son sein, et que, lors d’une explosion extrêmement violente, ses fragments aient été projetés dans différentes directions et parcouru de très grandes distances. Il n’est pas non plus impossible que, sous l’effet de la force magnétique du noyau, les fragments se soient ensuite réunis. Venons-en maintenant à la deuxième objection. Elle est également sans importance, car cet événement s’est produit soudainement et n’a duré qu’un instant. Rien ne permet de penser qu’à ce moment précis tous les habitants du monde regardaient la Lune. L’événement ne s’est accompagné d’aucune explosion qui aurait attiré l’attention des gens. Aucun avis préalable n’avait non plus été diffusé pour que les gens attendent le phénomène en levant les yeux vers le ciel. En outre, il n’était pas possible de l’observer dans le monde entier. À cette époque, la Lune ne s’était levée que dans les pays arabes et dans les contrées situées à leur orient. Par ailleurs, l’intérêt et les méthodes de l’écriture historique n’avaient pas encore atteint un degré de développement suffisant pour que ceux qui, dans les pays orientaux, avaient observé l’événement le consignent par écrit et qu’un historien, s’il avait eu connaissance de ces témoignages, les rapporte dans un ouvrage d’histoire. Pourtant, on trouve dans l’histoire du Malabar la mention suivante : cette nuit-là, un roi de cette région avait observé le phénomène. Quant à la question de savoir pourquoi il n’en est fait mention ni dans les livres d’astronomie ni dans les calendriers, on peut répondre que cela n’aurait été nécessaire que si l’on avait constaté une modification du mouvement de la Lune, de son orbite ou de ses heures de lever et de coucher. Comme rien de tel ne s’était produit, l’attention des astronomes de l’Antiquité ne fut pas attirée par cet événement. À cette époque, les observatoires célestes n’étaient pas non plus suffisamment développés pour suivre chaque phénomène survenant dans l’espace et en conserver des preuves visuelles.

 

Chapitre 10 — La question de l’intercession

Les différents aspects de la question de l’intercession

[La question de l’intercession est profondément liée, pour deux raisons, à l’essence du message prophétique. La première raison est que ceux qui rejetaient l’appel du Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) et des autres nobles prophètes considéraient la croyance en l’intercession comme un bouclier les mettant à l’abri, et disaient qu’ils étaient les descendants de prophètes et de pieux personnages ; d’autre part, ils cherchaient à satisfaire les divinités par leur adoration et leurs rites. Ces divinités intercéderaient en leur faveur auprès d’Allah et, pour cette raison, ils seraient les bien-aimés d’Allah. Dès lors, la crainte du châtiment de Dieu pour les péchés serait dépourvue de sens. Le Coran a réfuté cette conception de l’intercession.

La deuxième raison est qu’au Jour de la Résurrection, les prophètes — ainsi qu’un certain nombre de pieux serviteurs — intercéderont en faveur de certains de leurs disciples qui, tout en s’efforçant de mener globalement leur vie conformément à la volonté de Dieu, auront commis quelques erreurs et manquements, ou auront même commis des péchés, mais se seront repentis à maintes reprises et auront tenté de se réformer.

Pour ces deux raisons, nous avons estimé qu’un chapitre consacré à la question de l’intercession devait faire partie des sujets fondamentaux de cette étude. Il est heureux que la plume du Maulana ait produit sur ce sujet des paroles d’une grande valeur. — (Les compilateurs).]

La question de l’intercession est expliquée clairement à plusieurs endroits du Coran. Qui peut intercéder et qui ne le peut pas, dans quelles circonstances l’intercession est permise ou ne l’est pas, en faveur de qui elle peut être faite ou ne peut pas l’être, pour qui elle est bénéfique et pour qui elle ne l’est pas : rien de tout cela n’est difficile à connaître. Les conceptions et croyances erronées au sujet de l’intercession comptent parmi les causes principales de l’égarement des hommes. C’est pourquoi le Coran a exposé cette question avec une telle clarté qu’il n’y a laissé place à aucun doute ni à aucune incertitude. Ainsi, il est dit dans le verset 255 de la sourate Al-Baqara (le Verset du Trône) :

(Arabe********************************************(à la page 391 du PDF)

« Tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre n’appartient qu’à Lui. Qui donc peut intercéder auprès d’Allah sans Sa permission ? »

(Arabe********************************************à la page 391 du PDF)

« Il connaît tout ce qui est visible aux hommes. Mais aucune des choses connues d’Allah ne peut entrer dans le domaine de leur connaissance. Toutefois, s’Il veut Lui-même en informer quelqu’un, c’est une autre question. »

Personne ne peut exercer d’influence sur Allah

Les polythéistes pensaient, au sujet des sages musulmans, des anges et des autres êtres, qu’ils jouissaient d’une grande influence auprès d’Allah. Lorsqu’ils s’obstinaient sur une question, ils ne renonçaient pas avant de l’avoir fait exécuter, et ils pouvaient obtenir d’Allah tout ce qu’ils voulaient. Le début du verset cité réfute cette conception. Il leur est dit que, loin de pouvoir exercer une quelconque influence, même les plus éminents prophètes et les anges les plus proches n’osent pas émettre le moindre son devant le Roi de l’univers sans Sa permission.

La discussion théorique exposée dans la deuxième partie porte un nouveau coup aux fondements du polythéisme. Dans la première partie, après avoir présenté l’idée de l’autorité, de la souveraineté absolue et illimitée d’Allah, ainsi que de Sa compétence universelle, il était dit que nul ne possède le pouvoir d’exercer une autorité ou une influence sur Lui. Il est maintenant affirmé sous un autre angle : comment quelqu’un d’autre pourrait-il intervenir dans Ses affaires ? Ils n’ont en effet aucune connaissance de la gestion de l’univers ni de Ses mystères cachés. La connaissance de tous les êtres — hommes, djinns, anges ou autres créatures — est incomplète et limitée. Le regard de nul être ne s’étend à toutes les réalités de l’univers. Si, de surcroît, on permettait à quelqu’un d’intervenir de façon indépendante ou de faire valoir une intercession inébranlable dans une affaire quelconque, même mineure, tout l’ordre du monde serait détruit. Sans même parler de l’ordre et de la gestion de l’univers, le serviteur n’est pas capable de discerner ce qui lui est bon ou mauvais. Seul le Créateur et Administrateur de l’univers connaît parfaitement ce qui est bon ou mauvais pour lui. Il ne lui reste donc d’autre choix que de s’en remettre aux lois et aux directives qu’Il a établies.

Il n’y a aucune intercession pour ceux qui méritent le châtiment

Il est dit dans la sourate Al-An‘âm :

(Arabe********************************************à la page 392 du PDF)

« Et maintenant, Nous ne voyons pas avec vous vos intercesseurs, au sujet desquels vous pensiez qu’ils joueraient un rôle dans la réalisation de vos affaires. Tous les liens qui vous unissaient ont été rompus, et ceux que vous considériez comme vos soutiens se sont éloignés de vous. »

Il est dit ailleurs dans cette sourate :

(Arabe********************************************à la page 392 du PDF)

« Ô Muhammad ! Exhorte, par cette connaissance fondée sur la révélation, ceux qui craignent de comparaître devant Allah, là où ils devront comparaître sans aucun protecteur ni intercesseur en dehors de Lui. Peut-être adopteront-ils ainsi la voie de la crainte révérencielle de Dieu. » — (sourate al-An‘âm : 51)

Le sens en est que ceux qui sont tellement absorbés par la vie de jouissance de ce monde qu’ils ne pensent même pas à leur mort et n’ont pas à l’esprit qu’ils devront un jour comparaître devant Dieu, ceux qui se disent : « Nous pouvons faire ici-bas tout ce que nous voulons, nous ne subirons aucun dommage dans l’au-delà, car untel intercédera pour nous, untel nous aidera, ou untel a déjà expié nos péchés », ne tireront eux non plus aucun profit de cette exhortation.

Il est dit dans la sourate al-A‘râf :

(Arabe********************************************à la page 393 du PDF)

« (Dans l’au-delà, ils diront 🙂 Trouverons-nous maintenant des intercesseurs qui intercéderont en notre faveur ? Sinon, qu’on nous renvoie encore sur terre ; nous accomplirons des œuvres différentes de celles que nous accomplissions auparavant. » — (Sourate Al-A‘râf : 53)

Dans la sourate Yûnus, Allah le Très-Haut dit :

(Arabe********************************************à la page 393 du PDF)

« Personne ne peut intercéder sans Sa permission. Tel est Allah, votre Seigneur. Adorez-Le donc Lui seul. Ne prendrez-vous donc pas garde ? » — (Verset : 3)

Dans la même sourate, il est également dit :

(Arabe********************************************à la page 393 du PDF)

« Ils adorent, en dehors d’Allah, des êtres qui ne peuvent ni leur procurer un bien ni leur causer un mal, et ils disent : “Ce sont nos intercesseurs auprès d’Allah.” Dis-leur, ô Muhammad : “Voulez-vous informer Allah de l’existence, dans les cieux ou sur la terre, d’une chose dont Il n’aurait pas connaissance ?” Gloire à Lui ! Il est bien au-dessus de ce qu’ils Lui associent. » — (Sourate Yûnus : 18)

Le fait qu’une chose soit inconnue d’Allah signifie qu’elle n’existe absolument pas. En effet, Allah connaît tout ce qui existe. C’est précisément ainsi que l’existence des intercesseurs est niée ici, dans une formulation très subtile. Il est dit qu’Allah le Très-Haut ne sait pas qu’il existe, dans les cieux ou sur la terre, quelqu’un qui puisse intercéder en votre faveur. Alors, de quels intercesseurs Lui parlez-vous ?

(Arabe********************************************à la page 394 du PDF)

« Les injustes n’auront ni ami intime ni intercesseur dont la parole sera entendue. » – (sourate Al-Mu’min : 18)

Ces paroles ont été prononcées pour réfuter les croyances erronées des mécréants au sujet de la shafā‘at, ou intercession. En réalité, aucun intercesseur ne se trouvera là pour les criminels. Car si la permission d’intercéder est jamais accordée, seuls les serviteurs bien-aimés et vertueux d’Allah la recevront. Or ces serviteurs vertueux d’Allah ne peuvent être les amis des gens pervers et dépravés, et ils ne songeront même pas à intercéder pour les sauver. Pourtant, les mécréants, les polythéistes et les égarés croient généralement que les saints et les hommes pieux qu’ils vénèrent et suivent ne les laisseront en aucun cas entrer en Enfer. Ils leur barreront le chemin et obtiendront absolument leur pardon. C’est pourquoi il est dit qu’il n’y aura là aucun intercesseur dont l’intercession devra être acceptée par Allah.

La permission est nécessaire pour l’intercession

Il est dit dans la sourate Maryam :

(Arabe********************************************à la page 394 du PDF)

« Ce jour-là, nul ne sera capable d’intercéder, sauf celui qui aura reçu la permission du Tout Miséricordieux. » – (sourate Maryam : 87)

Cela signifie que seule la personne qui recevra la permission pourra faire l’objet d’une intercession. Le deuxième sens est que seul celui qui aura obtenu la permission pourra intercéder, et nul autre. La formulation du verset se prête également à ces deux interprétations.

L’intercession ne pourra être accordée qu’en faveur de celui qui recevra la permission du Miséricordieux. Cela signifie que seul celui qui, dans sa vie terrestre, a cru et a maintenu un certain lien avec Allah, se rendant ainsi digne du pardon, pourra espérer bénéficier de l’intercession. — [En d’autres termes, l’intercession relève de la loi de la rétribution et des règles qu’Allah a établies en matière de pardon. La condition préalable pour bénéficier de l’intercession est que le serviteur prouve devant Allah qu’il est digne du pardon. À titre d’exemple, les principes fondamentaux relatifs au repentir énoncent une règle concernant le pardon : le repentir de ceux qui restent plongés jusqu’au cou dans le péché toute leur vie, sans éprouver le moindre regret ni la moindre inquiétude à ce sujet, ne sera pas accepté. Il va sans dire que ceux qui, immédiatement après avoir commis un péché, éprouvent du regret, se repentent, abandonnent le péché et s’efforcent de se purifier, sont d’une tout autre catégorie. De même, pour identifier ceux qui peuvent être pardonnés, il est dit qu’il s’agit de ceux qui s’abstiennent des péchés majeurs et des actes mauvais universellement reconnus, et qui ne commettent que de petites fautes par erreur ou par ignorance. Même une personne ordinaire peut en déduire si elle pourra ou non bénéficier du pardon et de l’intercession. En outre, dans plusieurs hadiths, le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) a lui-même mentionné certains actes mauvais et déclaré qu’il n’intercéderait pas en faveur de ceux qui les commettraient. — (Les compilateurs)] Quant à celui qui recevra la permission, lui seul pourra intercéder. Cela signifie que ceux que les gens considèrent comme des intercesseurs ou des personnes habilitées à intercéder n’auront pas le droit de le faire. Au contraire, seul celui à qui Allah en donnera la permission pourra prendre la parole afin d’intercéder.

Il est dit dans la sourate Tâ-Hâ :

(Arabe********************************************à la page 395 du PDF)

« Nulle intercession ne sera efficace, excepté celle de celui à qui le Miséricordieux aura accordé la permission d’intercéder et dont Il agréera la parole. Il connaît tout ce qui les précède et tout ce qui les suit, tandis que les autres n’en ont pas une connaissance complète. » — (sourate Tâ-Hâ : 109-110)

Le premier verset peut avoir deux significations : premièrement, le sens exprimé dans la traduction ; deuxièmement : « Nulle intercession ne sera efficace en faveur de quiconque, excepté en faveur de celui pour qui Allah, le Miséricordieux, accordera la permission d’intercéder et dont Il agréera la parole. » Le Jour de la Résurrection, personne n’osera prononcer le moindre mot, encore moins parler selon ses propres désirs et caprices. Seul celui qui aura reçu d’Allah la permission d’intercéder pourra le faire. Ces deux points sont expliqués en détail à divers endroits du Coran. Il est dit d’une part :

(Arabe********************************************à la page 395 du PDF)

« Qui donc peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? » — (sourate al-Baqara : 255) et

(Arabe********************************************à la page 395 du PDF)

« Ils ne peuvent intercéder pour personne, si ce n’est en faveur de ceux pour lesquels Allah accepte que l’on intercède et envers lesquels ils éprouvent de la crainte. » — (Sourate Al-Anbiyâ, 28)

(Arabe********************************************à la page 395 du PDF)

« Que d’anges dans les cieux dont l’intercession ne sert à rien ! Mais il en va autrement lorsqu’ils intercèdent avec la permission d’Allah et en faveur de celui pour lequel Il veut et agrée l’intercession. » — (Sourate An-Najm, 26)

La raison des restrictions imposées à l’intercession

La raison de ces restrictions imposées à l’intercession est exposée dans la sourate Tâ-Hâ. Qu’il s’agisse d’un ange, d’un prophète, d’un saint ou de n’importe qui d’autre, nul ne sait — et ne peut savoir — quel est le contenu du registre des œuvres de chacun, ce qu’il faisait dans sa vie terrestre, ni avec quel comportement, quel caractère et quelles responsabilités il s’est présenté devant le tribunal d’Allah. En revanche, Allah connaît parfaitement les actes passés de tous : Il sait quelle est leur situation actuelle, jusqu’à quel degré est devenu pieux celui qui l’était, à quel niveau de péché se trouve celui qui était pécheur, s’il est digne du pardon, s’il mérite le châtiment suprême, si son châtiment peut être allégé ou si quelque clémence peut lui être accordée. Cela, Allah seul le sait avec exactitude. — [En d’autres termes, on peut dire que l’intercession consiste essentiellement en un témoignage. Elle sert à témoigner de la nature générale de la personne dont le registre des œuvres est présenté : est-elle digne du châtiment ou du pardon ? — (Les deux compilateurs)] Dans ces conditions, comment pourrait-on accorder aux anges, aux prophètes et aux hommes pieux une liberté absolue d’intercéder, de sorte que chacun puisse intercéder comme il le souhaite en faveur de qui il veut ? Si un simple fonctionnaire commençait, dans son petit service, à écouter les recommandations de chaque parent et de chaque ami, il ruinerait tout le service en deux ou trois jours. Dès lors, comment pourrait-on attendre du Maître absolu des cieux et de la terre qu’une liberté illimitée d’intercéder existe auprès de Lui et que chaque éminent personnage puisse se rendre auprès d’Allah pour obtenir le pardon de qui bon lui semble ? Aucun de ces éminents personnages ne sait pourtant quelle est la nature du registre des œuvres de ceux en faveur desquels il intercède. Dans le monde, tout responsable qui possède un tant soit peu le sens du devoir adopte la conduite suivante : si un de ses amis recommande un employé fautif placé sous son autorité, il lui dit : « Vous ne savez pas à quel point cet homme est un grand tire-au-flanc, irresponsable et corrompu dans son travail, ni combien il tourmente la population. Je connais parfaitement ses agissements. Je vous prie donc de ne pas intercéder auprès de moi en sa faveur. » — [Le prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a maintes fois mis en garde ses contemporains musulmans en ces termes : « Ceux qui, après moi, modifieront ma voie et ma méthode seront écartés du bassin de Kawthar et ne seront pas autorisés à en approcher. Je dirai : “Ce sont mes adeptes.” On me répondra alors : “Vous ne savez pas ce qu’ils ont fait après votre disparition.” Je les chasserai ensuite à mon tour en disant : “Loin de moi !” » Ce récit figure dans un grand nombre de hadiths. — (L’auteur) Voir dans Al-Bukhârî : Kitâb ar-Riqâq et Kitâb al-Fitan ; dans Muslim : Kitâb at-Tahâra et Kitâb al-Fadâ’il ; dans le Musnad d’Ahmad, les récits d’Ibn Mas‘ûd et d’Abû Hurayra ; dans Ibn Mâja : Kitâb al-Manâsik, entre autres.]

À partir de ce petit exemple, on peut mesurer combien la règle énoncée dans ce verset au sujet de l’intercession est juste, raisonnable et équitable. La porte de l’intercession auprès d’Allah ne sera pas fermée. Les serviteurs pieux qui avaient l’habitude, dans le monde, de se comporter avec compassion envers les hommes devront demander la permission avant d’intercéder, et ils ne pourront intercéder qu’en faveur de la personne pour laquelle Allah leur aura permis de le faire. En outre, l’intercession sera elle-même soumise à la condition d’être juste et conforme à la vérité. (Arabe********) (et ce qu’il dira sera juste) La parole d’Allah explicite précisément cela. Il ne sera pas permis de présenter une intercession aussi absurde que celle-ci : un homme aurait lésé des milliers de personnes dans le monde, puis un éminent personnage se tiendrait debout pour intercéder en disant : « Seigneur ! Honorez-le en le récompensant. » — [Bien au contraire, les prophètes intercéderont pour que les coupables et les égarés de leurs propres communautés soient châtiés. Ainsi, le Coran rapporte la parole suivante du prophète au sujet de son peuple :

(Arabe********************************************à la page 397 du PDF)

« Ô mon Seigneur ! Mon peuple a délaissé ce Coran. »]

Dans la sourate An-Naba, il est dit :

(Arabe********************************************page 397 du PDF)

« Le jour où l’Esprit et les anges se tiendront en rangs, nul ne pourra parler, sauf celui à qui Allah en donnera la permission, et il dira ce qui est juste. » — (sourate An-Naba : 38)

Ici, parler signifie intercéder. Il est dit que cela se fera sous deux conditions. Premièrement, seule la personne à qui Allah aura accordé la permission d’intercéder en faveur d’un pécheur donné pourra intercéder pour lui. Deuxièmement, l’intercesseur devra tenir des propos justes et équitables, et ne devra présenter aucune intercession inconvenante. Quant à celui en faveur duquel il intercédera, il devra au moins avoir reconnu ici-bas l’établissement du haqq. Autrement dit, il devra avoir été pécheur, mais non mécréant.

Les intercesseurs imaginés par les polythéistes

Il est dit dans la sourate Al-Anbiya :

(Arabe********************************************page 397 du PDF)

« Il sait ce qui est devant eux, tout comme Il sait ce qui échappe à leur connaissance. Ils n’intercéderont qu’en faveur de ceux pour lesquels Allah accepte que l’on intercède, et ils resteront remplis de crainte devant Allah. »

Les polythéistes considéraient les anges comme des divinités pour deux raisons. Premièrement, ils les considéraient comme les enfants et la descendance d’Allah. Deuxièmement, ils voulaient, en les adorant, en faire des intercesseurs auprès d’Allah. (Arabe*******************) (Ils disaient : « Ceux-ci sont nos intercesseurs auprès d’Allah » : sourate Yûnus, 18) et (Arabe*****************) (« Ils nous aideront à nous rapprocher [de Lui] » : sourate az-Zumar, 3). Ces deux versets réfutent ces deux raisons.

Il convient de relever qu’en réfutant la conception et la croyance polythéistes de l’intercession, le Coran affirme souvent avec insistance : « Ceux que vous considérez comme des intercesseurs ne connaissent rien de l’invisible, tandis qu’Allah connaît toutes les choses, connues ou inconnues. » Par là, Allah veut faire comprendre aux hommes ceci : puisque ces êtres ne connaissent ni le passé ni l’avenir de chaque personne, ni ce qui est caché et ce qui est apparent, comment pourraient-ils obtenir le pouvoir inconditionnel et absolu d’intercéder ? C’est pourquoi le pouvoir d’intercession de chacun — ange, prophète ou autre homme pieux — est soumis à une condition. Cette condition est qu’Allah Très-Haut lui accorde la permission d’intercéder en faveur de quelqu’un. Personne n’aura le droit d’intercéder en faveur de qui que ce soit selon sa propre volonté. Et puisque le fait d’écouter ou non l’intercession, de l’accepter ou de la refuser, dépend entièrement de la volonté d’Allah, quel droit de tels intercesseurs impuissants pourraient-ils avoir de recevoir l’adoration de quiconque ou d’entendre ses prières et ses supplications ?

Il est dit dans la sourate Saba :

(Arabe********************************************page 398 du PDF)

« L’intercession ne sera profitable à personne, si ce n’est à celui pour lequel Allah aura permis qu’elle soit faite. » — (sourate as-Saba, 23)

Autrement dit, loin qu’il existe quelqu’un qui soit lui-même propriétaire, associé dans la propriété, ou auxiliaire et collaborateur de Dieu, il n’existe dans tout l’univers pas même un être capable d’intercéder, ne serait-ce qu’un peu, en faveur de qui que ce soit auprès d’Allah, selon sa propre volonté. Vous vous bercez inutilement de cette idée erronée qu’Allah possède des serviteurs aimés ou influents qui, s’ils formulent une demande et s’y obstinent, peuvent contraindre Allah à l’accepter. En réalité, personne n’ose même y prononcer un mot sans permission. Seul celui qui recevra la permission pourra présenter quelque supplication, et l’intercession ne pourra être faite qu’en faveur de celui pour lequel la permission d’intercéder aura été accordée.

La fin du même verset dit :

(Arabe********************************************page 398 du PDF)

« Lorsque finalement l’angoisse sera dissipée des cœurs des gens, ils demanderont aux intercesseurs : “Qu’a répondu votre Seigneur ?” Ils répondront : “Il a dit la vérité.” En vérité, Il est le Tout-Puissant, le Très-Grand. » — (Sourate As-Saba, 23)

Cette scène décrit ce qui se passera au Jour de la Résurrection lorsqu’un intercesseur demandera la permission d’intercéder en faveur de quelqu’un. Nous y voyons l’intercesseur et celui en faveur duquel l’intercession est demandée, tous deux plongés dans une extrême anxiété, effrayés et bouleversés, attendre fébrilement et impatiemment la réponse après avoir présenté leur demande d’autorisation. Enfin, lorsque l’autorisation arrive et que, voyant l’expression du visage de l’intercesseur, celui en faveur duquel l’intercession est demandée comprend que la situation est quelque peu encourageante, il semble reprendre vie. Il s’avance et demande à l’intercesseur quelle réponse a été donnée. Celui-ci répond que tout va bien : l’autorisation a été accordée. — Une scène montrant avec quelle humilité les prophètes intercéderont au Jour de la Résurrection est présentée dans le dernier rukū‘ de la sourate Al-Mā’idah. On y décrit comment Jésus intercédera en faveur de ses disciples. Il témoignera d’abord en réponse à la question d’Allah. Puis il dira :

(Arabe********************************************à la page 399 du PDF)

« Si Tu veux les châtier, ils sont certes Tes serviteurs. (Ils n’ont d’autre choix que de se soumettre au châtiment.) Et si Tu leur pardonnes, Tu es certes le Tout-Puissant et le Sage. » — (Verset 118) La première partie de cette phrase importante exprime le ton d’une supplication en faveur de l’intercession : il n’y a ni revendication ni exigence. — (Les deux compilateurs)

Par cette description, Allah veut faire comprendre ceci : « Ô bande d’insensés ! Comment pouvez-vous penser d’une cour dont la situation est telle que quelqu’un puisse s’y rendre et, usant de son propre pouvoir, vous faire pardonner, ou s’obstiner auprès d’Allah et avoir l’audace de dire : “Ce sont mes dévots ; Vous devez absolument leur pardonner” ? »

Il est dit dans la sourate Ad-Dukhān :

(Arabe********************************************à la page 399 du PDF)

« Ce jour-là, aucun proche ne sera d’aucune utilité à un autre proche. Aucun secours ne viendra de nulle part. Seul fera exception celui envers qui Allah Lui-même aura montré Sa miséricorde. Il est certes le Tout-Puissant et le Très-Miséricordieux. » — (Sourate Ad-Dukhān, 41-42)

Ici est décrit le tribunal qui sera établi au Jour du Jugement. L’aide ou le soutien de quiconque ne pourra garantir la libération d’un coupable ni alléger sa peine. La véritable souveraineté restera entre les mains du Seigneur, Celui qui détient les clés de tout pouvoir, dont nul ne peut empêcher la décision de s’appliquer et dont personne n’a la capacité d’influencer le jugement. Alléger ou annuler la peine de quelqu’un par miséricorde dépend entièrement de la volonté d’Allah. En réalité, Il ne rend pas la justice avec cruauté, mais Il la rend avec bonté. Toutefois, toute décision qu’Il prendra dans quelque jugement que ce soit sera nécessairement appliquée à la lettre. Après avoir expliqué cette scène du tribunal divin, les quelques versets suivants exposent quel sera le sort de ceux qui seront reconnus coupables devant ce tribunal, et comment seront récompensés ceux dont il sera établi que, dans le monde, ils craignaient Allah et s’abstenaient de Lui désobéir.

L’exemple de l’invocation du prophète Noé (paix sur lui) en faveur de son fils

Le récit du prophète Abraham (paix sur lui) rapporté dans la sourate Hûd (voir les versets 69 à 76) s’adressait précisément aux Quraychites. Parce qu’ils étaient les descendants du prophète Abraham (paix sur lui), ils étaient devenus les descendants d’un saint pour l’ensemble de l’Arabie, les prêtres gardiens du culte de la Kaaba sacrée, ainsi que les détenteurs du leadership religieux, moral, politique et civilisationnel. C’est pourquoi ils disaient avec beaucoup d’orgueil et de vanité que, puisqu’ils étaient les descendants de ce serviteur bien-aimé d’Allah et que celui-ci se trouvait auprès d’Allah pour intercéder en leur faveur, comment le courroux d’Allah pourrait-il s’abattre sur eux ? Pour briser cette fausse arrogance, on montre d’abord une scène où un grand prophète comme Noé voit sous ses yeux sombrer son propre enfant, morceau de son cœur, et implore Allah avec agitation de sauver son fils ; mais cette intercession ne lui apporte aucun avantage et, de plus, le père reçoit une réprimande en retour. Ensuite, c’est le prophète Abraham (paix sur lui) lui-même qui est présenté. D’un côté, l’immense grâce d’Allah à son égard est mentionnée, et son nom est cité dans un langage empreint d’une profonde affection. D’un autre côté, lorsque cet ami d’Allah (Khalîl), Abraham, intervient dans la justice, Allah, malgré ses supplications ardentes, rejette son intercession concernant le peuple criminel de Loth.

Puis, dans un verset suivant de cette même sourate Hûd, Allah dit :

(Arabe********************************************à la page 400 du PDF)

« Lorsque ce jour-là viendra, personne ne pourra même émettre le moindre son sans la permission d’Allah. » — (sourate Hûd, 105)

Autrement dit, cette bande d’imbéciles passe sa vie dans de vains espoirs mensongers : tel vénérable intercédera en notre faveur et nous sauvera ; tel saint s’obstinera et ne cessera pas avant d’avoir obtenu le pardon de chacun de ses fidèles ; tel homme est un favori d’Allah. Il restera fermement assis sur le chemin du Paradis et ne bougera pas avant d’avoir obtenu pour ses fidèles le décret de leur pardon. Pourtant, il ne sera absolument pas question de s’obstiner ou de rester campé sur ses positions. Quelque éminent que soit un être humain ou un ange, personne n’aura là-bas le courage de prononcer même une parole. Il ne sera possible de parler que si Allah Lui-même, le juge suprême de ce tribunal, autorise quelqu’un à dire quelque chose. — (Ceux qui, dans divers mausolées et sanctuaires, font des offrandes en pensant que les personnes qui y sont enterrées jouissent d’une grande influence et d’un grand pouvoir auprès d’Allah souillent leurs registres d’œuvres dans l’espoir d’obtenir leur intercession. Le Jour de la Résurrection, ils seront confrontés à une situation de profond désespoir.)

La conception polythéiste de l’intercession auprès d’Allah dans la vie terrestre

Il est dit dans la sourate An-Nahl :

(Arabe********************************************à la page 401 du PDF)

« Malgré tout cela, après l’avoir vu et su, croient-ils au faux et nient-ils la grâce d’Allah ? » — (sourate An-Nahl, 72)

Les polythéistes de La Mecque ne niaient pas que toutes ces jouissances matérielles de ce monde étaient un don d’Allah. Ils ne niaient pas non plus que la grâce d’Allah se trouvait à l’origine de ces dons. Mais leur erreur consistait à exprimer, en plus de leur gratitude envers Allah pour ces biens, leur gratitude envers de nombreuses autres entités qu’ils estimaient également impliquées dans l’obtention de ces biens, alors qu’ils ne disposaient d’aucun argument ni d’aucune preuve à ce sujet. C’est ce comportement que le Coran qualifie de « nier la grâce d’Allah ». Un don est accordé par une personne, mais la gratitude en est exprimée à une autre : selon le Coran, cela revient à de l’ingratitude. Le Coran enseigne également, en principe, que si l’on pense, sans aucune preuve concernant le donateur, qu’il n’a pas donné par bonté, mais par l’intermédiaire d’un tel, en faveur d’un tel, sur la recommandation d’un tel ou à la suite de l’intervention d’un tel, cela revient en réalité à nier son don.

Ces deux enseignements fondamentaux du Coran sont parfaitement justes et conformes au bon sens commun. Toute personne peut en comprendre la logique en y réfléchissant quelque peu. Imaginez que, pris de compassion pour une personne en détresse, vous lui veniez en aide, et qu’elle se mette aussitôt à exprimer devant vous sa gratitude envers quelqu’un d’autre qui n’a absolument joué aucun rôle dans cette aide. Peut-être, par générosité, passerez-vous outre à son comportement injuste et continuerez-vous même à l’aider à l’avenir ; mais, au fond de vous, vous comprendrez certainement qu’il s’agit d’une personne extrêmement mal élevée et ingrate. Imaginez ensuite qu’en lui demandant la raison de ce comportement, vous appreniez qu’à ses yeux vous ne l’avez pas aidée en raison de votre bonté et de votre générosité, mais en considération de cette seconde personne. Or, en réalité, cela est faux. Dans ce cas, vous vous sentiriez certainement insulté. Le sens manifeste de cette opinion serait pour vous qu’il nourrit à votre égard une très mauvaise disposition d’esprit. Selon lui, vous n’êtes ni une personne bienveillante ni compatissante. Votre rôle consisterait plutôt à complaire à vos amis et à les favoriser. Si quelqu’un vient par l’intermédiaire de quelques amis attitrés, vous ne l’aideriez que pour préserver les sentiments de ces amis. Sinon, vous ne seriez tout simplement pas quelqu’un dont l’aide puisse être utile à qui que ce soit.

Il est dit dans un autre verset de la sourate An-Nahl :

(Arabe********************************************à la page 401 du PDF)

« Ils reconnaissent le bienfait d’Allah, puis le nient. La plupart d’entre eux ne sont pas disposés à accepter la vérité. » — (sourate An-Nahl, 83)

Ce qui est désigné ici par le déni, c’est le comportement que nous avons mentionné précédemment. Les mécréants de La Mecque ne niaient pas que tout ce qui existe sur terre soit un don d’Allah, mais ils croyaient qu’Allah leur avait accordé toutes ces choses en considération de leurs divinités. C’est pourquoi, pour ces bienfaits, ils exprimaient leur gratitude non seulement à Allah, mais aussi à ces intermédiaires. Ils allaient même jusqu’à leur témoigner davantage de gratitude qu’à Allah. C’est ce comportement qu’Allah a désigné par les termes d’ingratitude, de manque de reconnaissance et de négation des bienfaits d’Allah, entre autres.

Dans la sourate Al-Hajj, Allah Très-Haut dit :

(Arabe********************************************à la page 402 du PDF)

« En vérité, Allah choisit des messagers parmi les anges et parmi les hommes. Il voit et entend toute chose. Il connaît tout ce qui est apparent et caché chez les hommes. Et toute chose revient à Lui. » — (sourate Al-Hajj : 75-76)

Le sens en est que, parmi les êtres de la création que les polythéistes ont pris pour divinités, les plus éminents sont les prophètes ou les anges. Autrement dit, ils ne sont que les messagers choisis par Allah pour transmettre Ses commandements aux hommes. Leur rang ne va pas au-delà de cela. Ce seul rang ne peut faire d’eux des dieux ni des associés d’Allah.

La formule « Il connaît tout ce qui est caché et apparent chez les hommes » est généralement employée dans le Coran pour réfuter la croyance polythéiste en l’intercession. Elle signifie ici que, même si vous ne considérez pas les anges, les prophètes et les hommes pieux comme ceux qui, personnellement, satisfont tous les besoins des hommes et les délivrent de leurs épreuves, et que vous les adorez seulement en les considérant comme des intercesseurs auprès d’Allah, vous êtes malgré tout dans l’erreur. Car Allah seul possède le pouvoir de tout voir et de tout entendre. Lui seul connaît tout ce qui est caché et apparent chez chacun. Lui seul connaît le bien et le mal, cachés et apparents, de ce monde. Personne, pas même les anges et les prophètes, ne sait quand telle action est appropriée et quand elle ne l’est pas. C’est pourquoi Allah n’a accordé à aucune de Ses créatures, même à celles qu’Il aime le plus et qui Lui sont les plus proches, le droit d’intercéder à sa guise sans Sa permission, et Il n’a pas non plus considéré une telle intercession comme recevable.

Dans la sourate Az-Zumar, Allah dit :

(Arabe********************************************à la page 402 du PDF)

« Ont-ils donc pris, en dehors d’Allah, des intercesseurs ? Dis-leur : “Même s’ils ne possèdent aucun pouvoir et ne comprennent rien, pourront-ils intercéder ?” Proclame : “Toute intercession relève exclusivement de l’autorité d’Allah. C’est Lui qui détient la souveraineté et la domination des cieux et de la terre. Puis c’est vers Lui que vous serez ramenés.” » — (Sourate Az-Zumar : 43-44)

Autrement dit, ils se sont eux-mêmes mis en tête qu’il y aurait auprès d’Allah des êtres influents dont l’intercession ne pourrait en aucun cas être refusée. Pourtant, personne n’a le pouvoir de se présenter de sa propre initiative comme intercesseur auprès d’Allah. Loin de voir leur intercession acceptée, il n’existe même aucune preuve qu’ils soient des intercesseurs. Allah Tout-Puissant n’a jamais dit non plus qu’ils jouissaient auprès de Lui d’un quelconque rang de cette nature. Et ces êtres n’ont jamais prétendu qu’ils exauceraient les souhaits de leurs adorateurs. Plus encore, leur sottise consiste à avoir considéré ces intercesseurs imaginaires comme détenteurs de l’autorité absolue, en écartant le véritable Maître de tout pouvoir, et à leur avoir consacré toute leur vénération et leur révérence.

Il est dit dans la sourate An-Najm :

(Arabe********************************************à la page 403 du PDF)

« Combien d’anges se trouvent dans les cieux ! Leur intercession ne sert absolument à rien, jusqu’à ce qu’Allah Tout-Puissant ait autorisé l’intercession en faveur d’une personne pour laquelle Il veut entendre une demande et qu’Il agrée. » — (Sourate An-Najm : 26)

Autrement dit, même si tous les anges s’unissaient pour intercéder en faveur de quelqu’un, et que cela ne servait à rien, il ne saurait davantage être question que l’intercession de ces divinités imaginaires que vous avez inventées puisse être utile. Allah est le détenteur de l’autorité absolue. Les anges eux-mêmes n’osent pas intercéder en faveur de quelqu’un tant qu’Allah ne leur en a pas donné la permission et n’a pas accepté d’entendre leur intercession en sa faveur.

Nul ne peut s’opposer au décret d’Allah.

Il est dit dans la sourate Ar-Ra‘d :

(Arabe********************************************À la page 403 du PDF)

« Et lorsque Allah décide d’infliger un malheur à un peuple, nul ne peut le repousser, et ce peuple n’a, face à Allah, ni allié ni secours. » – (Sourate ar-Ra‘d : 11)

Autrement dit, il est dit : ne vous laissez jamais prendre par l’idée erronée que, quoi que vous fassiez, un pir, un faqir, un saint du passé ou de l’avenir, ou encore un djinn ou un ange, pourrait, après avoir été acheté par les présents que vous lui offrez, avoir le pouvoir de vous sauver des conséquences de vos mauvaises actions. »

Dans quels cas la porte de l’intercession est fermée

(Arabe********************************************À la page 404 du PDF)

« Ô Prophète ! Que tu implores le pardon pour ces gens (les hypocrites) ou que tu ne l’implores pas — même si tu implores soixante-dix fois leur pardon — Allah ne leur pardonnera jamais. C’est parce qu’ils ont rejeté Allah et Ses messagers. Allah ne montre pas la voie du salut aux désobéissants. » – (Sourate at-Tawba : 80)

(Arabe********************************************À la page 404 du PDF)

« Ô Prophète ! Que tu implores le pardon pour eux (les hypocrites) ou que tu ne l’implores pas, cela leur est parfaitement égal. Allah ne leur pardonnera jamais. Allah ne guide jamais les pervers sur le droit chemin. » – (Sourate al-Munâfiqûn : 6)

Cette affirmation a d’abord été révélée dans la sourate Al-Munafiqun. Trois ans plus tard, la même affirmation a été énoncée avec encore plus d’insistance dans la sourate At-Tawbah.

« Dans ce verset, Allah le Très-Haut s’adresse au Messager d’Allah (s.a.w.) au sujet des hypocrites et dit : “Que tu implores leur pardon ou que tu ne l’implores pas — même si tu implores leur pardon soixante-dix fois — Allah ne leur pardonnera pas. Cela parce qu’ils ont renié Allah et Ses messagers. Allah ne guide pas les gens pervers sur le droit chemin.” — (Sourate At-Tawbah : 80)

Un peu plus loin dans la même sourate, Allah dit encore : « Ne prie jamais sur l’un d’entre eux lorsqu’il meurt et ne te tiens pas non plus près de sa tombe. Ils ont renié Allah et Son Messager et sont morts alors qu’ils étaient désobéissants. » — (Sourate At-Tawbah : 84) — [Ces versets du Coran, ainsi que plusieurs autres, nous livrent une information importante : selon les paroles du Saint Prophète (s.a.w.), il est clairement établi que, le Jour de la Résurrection, aucune intercession ne sera profitable à certaines catégories de personnes ni à celles qui se sont rendues coupables de certains actes. Les divers hadiths en fournissent des preuves irréfutables. À la lumière de cette vérité, les conceptions répandues de l’intercession n’ont aucune valeur, car elles incitent les gens à délaisser les actes d’adoration avec insouciance, à se montrer indifférents aux prescriptions de la religion et à se livrer au péché selon leurs désirs. — (Les compilateurs)]

Ce verset traite de deux points. Premièrement, lorsque l’on implore Allah de pardonner les péchés, cette invocation ne peut être efficace que pour les personnes qui ont reçu la guidance. Quant à celui qui s’écarte du chemin de la guidance et adopte celui de la perversité et de la désobéissance, il ne sera pas pardonné, quand bien même le Messager d’Allah lui-même implorerait le pardon en sa faveur, à plus forte raison une personne ordinaire. Deuxièmement, Allah ne facilite pas le chemin de la vérité et de la droiture à ceux qui ne souhaitent pas le suivre. Si un serviteur s’écarte lui-même du droit chemin et que, même après qu’on le lui a indiqué et qu’on l’y a appelé, il rejette cet appel avec arrogance, en levant la tête, pourquoi Allah devrait-Il le poursuivre avec la guidance et le supplier de venir sur le droit chemin ?

Le Prophète Muhammad (s.a.w.) comme intercesseur le Jour du Rassemblement

Selon le Coran et les hadiths, la règle islamique concernant l’intercession est la suivante : le Jour de la Résurrection, devant le tribunal d’Allah, seul pourra intercéder celui à qui Allah Lui-même aura accordé le pouvoir et le droit d’intercéder, et l’intercession ne pourra être faite qu’en faveur de celui pour qui Allah en aura accordé l’autorisation. Les versets suivants méritent à cet égard notre attention :

(Arabe********************************************à la page 405 du PDF)

Conformément à cette règle, le Prophète Muhammad (s.a.w.) intercédera certainement dans l’Au-delà. Toutefois, il intercédera avec la permission d’Allah et en faveur des croyants pieux qui, tout en s’efforçant autant que possible d’accomplir de bonnes œuvres, se sont néanmoins rendus coupables de certains péchés. Les personnes qui se livrent volontairement et consciemment aux mauvaises actions et à l’appropriation des biens d’autrui, ainsi que celles qui ne craignent jamais Allah, ne méritent pas l’intercession du Prophète. Un long discours du Saint Prophète est rapporté dans un hadith. Il y explique combien l’appropriation des biens confiés par autrui constitue un crime grave et terrifiant. Il a dit qu’au Jour de la Résurrection, ceux qui se seront approprié les biens d’autrui se présenteront en portant sur leur nuque le fardeau de ces biens et m’appelleront en disant :(Arabe*********) « Ô Messager d’Allah (s.a.w.) ! Sauvez-moi. » Mais je leur répondrai :(Arabe*********) « Je ne pourrai rien faire pour toi. Je t’avais transmis la loi d’Allah. » — (Mishkat, chapitre Qismat al-Ghana’im, al-Ghulul fiha)

 

Chapitre 11 – Prophéties

Quelques importantes prophéties du Saint Prophète

Les nobles prophètes (paix sur eux) ont fait des prophéties qui se sont réalisées. Cependant, il arrive souvent que leurs prophéties mettent longtemps à se réaliser et que, au vu des circonstances apparentes dans lesquelles elles sont formulées, il soit difficile de penser qu’elles se concrétiseront.

Une prophétie véridique compte parmi les signes de la prophétie et comporte, d’une certaine manière, une dimension miraculeuse. Certaines choses annoncées par les devins et les chiromanciens se reflètent parfois, sous une forme ou une autre, dans la réalité. Mais les prophéties des prophètes étant fondées sur la connaissance que Dieu leur a donnée, elles se réalisent pleinement.

Les prophéties du Saint Prophète sont de celles qui ont été rapportées dans le Coran. Le deuxième type de prophéties est conservé dans les hadiths. Nous avons ajouté ici toutes celles que nous avons pu recueillir dans les articles de l’auteur. – (Les compilateurs)

 

Les prophéties du Coran

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Un avenir radieux

(Arabe********************************************à la page 409 du PDF)

Allah Tout-Puissant avait annoncé cette bonne nouvelle au Prophète (paix et bénédictions sur lui) à une époque où seule une poignée de personnes l’accompagnaient. Toute la nation lui était hostile. En apparence, aucun signe, même lointain, de succès ne se dessinait. La lampe de l’islam vacillait à La Mecque même. De toutes parts soufflait une tempête destinée à l’éteindre. C’est alors qu’Allah Tout-Puissant dit à Son Prophète : « Ne te laisse pas abattre par les obstacles et les difficultés qui se présentent durant cette période initiale. La période à venir s’avérera meilleure que celle-ci. Ton honneur, ta considération et ton prestige ne cesseront de croître, et ton influence et ton autorité continueront de s’étendre. Cette promesse ne se limite pas à ce monde. Il est également promis que le rang qui sera le tien dans l’au-delà sera bien supérieur à celui que tu auras ici-bas. »

At-Tabarânî, dans son « Al-Awsat », et Al-Bayhaqî, dans ses « Dalâ’il », rapportent une tradition d’Ibn ‘Abbâs : le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Tous les succès dont ma communauté bénéficiera après moi me sont présentés, et j’en suis satisfait. » Puis Allah Tout-Puissant déclara : « L’au-delà sera meilleur pour toi que ce monde. »

La prophétie de la victoire de la religion

(Arabe********************************************à la page 409 du PDF)

« Bientôt, ton Seigneur te donnera tant que tu seras comblé. »

Autrement dit, même si l’octroi doit connaître un certain retard, le moment n’est pas éloigné où ton Seigneur répandra sur toi Ses faveurs et où tu en seras comblé. Cette promesse s’accomplit du vivant du Prophète de la manière suivante : depuis l’extrémité méridionale de l’Arabie jusqu’au nord, jusqu’aux frontières de l’Empire romain et aux frontières irakiennes de l’Empire perse, et depuis le golfe Persique à l’est jusqu’à la mer Rouge à l’ouest, tout le territoire reconnut son autorité. Pour la première fois dans l’histoire arabe, ce territoire se trouva soumis à la loi et à l’ordre. Toute puissance qui entra en conflit avec lui fut mise en pièces. Partout dans ce pays où les polythéistes et les gens du Livre avaient déployé tous leurs efforts pour faire triompher leurs fausses doctrines, la formule « Lâ ilâha illâ Allâh, Muhammad est le Messager d’Allah » retentit. Ce ne furent pas seulement les têtes des hommes qui s’inclinèrent : leurs cœurs et leurs esprits se soumirent également. Une immense révolution s’opéra dans leurs croyances et leurs pratiques. Une nation plongée dans les ténèbres de la Jâhiliya se transforma en seulement vingt-trois ans d’une manière si profonde que son exemple est rare dans l’histoire. Puis le mouvement fondé par le Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) acquit une telle ampleur qu’il se répandit dans la plus grande partie de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe. Ensuite, son influence s’étendit aux quatre coins du monde. Tout cela, Allah Tout-Puissant l’accorda à Son Prophète ici-bas. Quant à ce qu’Il lui accordera dans l’au-delà, cela dépasse toute imagination.

C’est une manifestation de la puissance et de la sagesse d’Allah Tout-Puissant qu’Il ait fait naître, au sein d’une nation ignorante et barbare, un grand Prophète dont l’enseignement et la direction sont si révolutionnaires et porteurs d’un idéal si universel que l’ensemble de l’humanité peut devenir une seule umma, ou communauté, puis recevoir en permanence une orientation fondée sur cet idéal. Aucun imposteur ni hypocrite, quels que soient ses efforts, ne peut jamais atteindre un tel rang. Sans même parler d’un pays sous-développé comme l’Arabie, même le plus grand génie d’une grande nation du monde n’aurait pas été capable de transformer ainsi entièrement la nature et la structure d’un peuple, puis de lui présenter un idéal aussi global, sur la base duquel l’ensemble du genre humain pourrait se transformer en une seule umma et être à jamais capable de faire fonctionner un système universel de mode de vie (dîn) et de civilisation. C’est un miracle accompli par la puissance d’Allah. Allah Tout-Puissant seul, sur la base de Sa connaissance subtile et clairvoyante, choisit pour cette œuvre la personne, le pays ou la nation qu’Il veut. Si quelqu’un en éprouve du dépit, qu’il en éprouve : cela n’y change rien.

La garantie d’une époque meilleure

Le thème de la sourate Ad-Duhâ est de réconforter le Prophète et de dissiper la souffrance qu’il éprouvait en raison de l’interruption de la révélation. D’abord, en jurant par le jour lumineux et la nuit paisible, il lui fut assuré que son Seigneur ne l’avait nullement abandonné et qu’Il n’était pas mécontent de lui. Ensuite, il lui fut annoncé que les difficultés auxquelles il avait été confronté durant la première étape de la prédication islamique n’étaient que temporaires. Chaque période à venir serait meilleure que la précédente, et bientôt Allah déverserait sur lui tant de faveurs et de bienfaits qu’il en serait heureux. Il s’agit là d’une prophétie parfaitement claire, qui s’est par la suite réalisée à la lettre. Pourtant, au moment où cette prophétie fut annoncée, rien ne laissait présager que l’homme démuni de La Mecque, engagé dans un combat acharné contre l’ignorance de son peuple, remporterait un succès aussi extraordinaire.

Puis Allah dit à Son Prophète bien-aimé, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : pourquoi cette crainte est-elle née dans ton cœur, à savoir que Je t’aurais abandonné et que Je serais mécontent de toi ? Depuis ta naissance, Je ne cesse pourtant de te combler de bienfaits. Tu es né orphelin, et J’ai parfaitement organisé ta prise en charge et ta protection. Tu ne connaissais pas le droit chemin ; Je t’y ai guidé. Tu étais démuni ; Je t’ai enrichi. Tout cela prouve que, dès le début, Mon regard était tourné vers toi et que tu as toujours été entouré de Mes faveurs et de Mes bienfaits.

Le sens de l’allègement du fardeau

(Arabe********************************************page 411 du PDF)

« Ô Prophète ! N’avons-Nous pas ouvert pour toi ta poitrine ? Et ne t’avons-Nous pas déchargé du lourd fardeau qui accablait ton dos ? » — (sourate Alam Nashrah : 1-3)

Certains commentateurs ont émis l’avis que, durant l’époque de l’ignorance, le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aurait commis certaines fautes et certains écarts, ce qui l’aurait accablé de grandes inquiétudes. Allah aurait alors révélé ce verset pour le réconforter, en lui disant qu’Il lui avait pardonné ces fautes. Mais, selon nous, cette interprétation est totalement erronée. Premièrement, le sens nécessaire de ce terme n’est pas celui de péché, de faute ou d’écart. Ce mot signifie également un lourd fardeau. Il n’y a donc aucune raison d’adopter gratuitement une signification aussi dégradante. Deuxièmement, la vie du noble Prophète avant sa mission prophétique était si pure et immaculée qu’elle constituait un défi pour ses adversaires. En réalité, c’est en s’adressant aux mécréants que l’on fit dire au Prophète :

(Arabe********************************************page 411 du PDF)

« J’ai vécu toute une vie parmi vous avant de vous présenter ce Coran. » — (sourate Yûnus, 16)

Le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’était pas un homme qui aurait secrètement commis un péché — à Dieu ne plaise. Si tel avait été le cas, cela n’aurait pas échappé à Allah le Très-Haut, et s’il avait porté une faute cachée, Il aurait pu la révéler sans hésitation à la nation, comme Il l’a fait dans le verset précité de la sourate Yûnus. Par conséquent, le sens exact du mot employé dans ce verset est celui de fardeau : le fardeau du chagrin, de la souffrance et des préoccupations. En voyant l’ignorance et la sottise de son propre peuple, le fardeau de la tristesse et de l’inquiétude s’alourdissait sur son tempérament sensible. La corruption morale et la nudité régnaient partout. L’oppression dans la société, ainsi que les conflits et les discordes dans les affaires, étaient devenus chose courante. Sous les abus des puissants, les faibles étaient écrasés. Les petites filles étaient enterrées vivantes. Une tribu lançait soudainement une attaque contre une autre. Parfois, ces querelles tribales se poursuivaient pendant des centaines d’années. Personne ne pouvait assurer sa vie, ses biens ni son honneur tant qu’il ne bénéficiait pas du soutien d’un groupe puissant. Le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) souffrait profondément à la vue de ces conditions. Mais il ne trouvait aucun moyen de mettre fin à cette décadence. L’immense fardeau de cette douleur lui brisait les reins. Allah le Très-Haut lui montra la voie de la guidance et ôta ce fardeau de ses épaules. Puis, après avoir été établi dans la fonction de prophète, il comprit que la foi en l’unicité divine, à la mission prophétique et à l’Au-delà constituait la solution à tous les problèmes de la vie humaine. C’est par elle que pouvait être ouverte la voie à la réforme et à l’amélioration de tous les aspects et domaines de la vie. Cette direction donnée par Allah le Très-Haut allégea tous les fardeaux du Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et il fut pleinement rassuré que c’était par cette voie seule que la décadence et la corruption pouvaient être empêchées, non seulement en Arabie, mais dans le monde entier.

L’élévation de la renommée

(Arabe********************************************(en arabe************************************page 412 du PDF)

« Et Nous avons élevé pour toi la renommée. »

Ces paroles furent prononcées à une époque où personne ne pouvait même imaginer comment la voix d’un homme qui n’avait avec lui qu’une poignée de personnes, limitées à la ville de La Mecque, pourrait s’élever dans le monde entier, ni comment une renommée extraordinaire pourrait se répandre à son sujet. Pourtant, Allah le Très-Haut annonça cette bonne nouvelle à Son Prophète dans de telles circonstances et la réalisa d’une manière étonnante. Il fit commencer par les ennemis mêmes du Prophète la diffusion de sa renommée et de sa voix jusque dans chaque foyer. Parmi les moyens employés par les mécréants de La Mecque pour mettre le Prophète en difficulté, il y en avait un qui consistait, au moment du pèlerinage, lorsque les habitants de toute l’Arabie arrivaient à La Mecque en groupes, à envoyer des délégations dans les différents campements des pèlerins pour les avertir en disant : « Un homme dangereux appelé Muhammad pratique telle ou telle magie sur les gens. Il sème la division entre les pères et leurs fils, et entre les maris et leurs femmes. Prenez donc garde à lui. » Ils menaient également ce genre de propagande auprès de ceux qui venaient à La Mecque, en dehors de la période du pèlerinage, simplement pour visiter la ville ou pour quelque affaire. Ainsi, bien qu’ils calomniassent le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), le résultat était que son nom parvenait dans les villages et les campagnes de l’Arabie. De cette manière, les ennemis firent connaître le nom du Prophète, depuis le lieu isolé qu’était La Mecque, à toutes les tribus du pays. Les gens commencèrent alors naturellement à se demander qui était cet homme, ce qu’il disait, quel genre d’homme il était, qui était influencé par sa magie et quel effet cette magie produisait sur eux. Plus la propagande des mécréants de La Mecque s’intensifiait, plus ces questions grandissaient dans l’esprit des gens. Grâce à ces interrogations et à cette curiosité, les gens apprirent à connaître le caractère et la conduite du Prophète. En écoutant le Coran, ils comprirent quel enseignement le Prophète dispensait aux hommes. Ils virent quels changements s’étaient produits dans le mode de vie des personnes influencées par ce qu’on appelait la magie, par rapport à celui des Arabes ordinaires. De ce fait, la mauvaise réputation du Prophète commença à se transformer en estime et en renommée. Puis, à l’approche de l’Hégire, la situation devint telle que des gens de tribus arabes éloignées comme proches se prirent de sympathie pour le Prophète et son appel. Ce fut la première étape de l’élévation de la renommée du Saint Prophète. Après l’Hégire commença la deuxième étape. D’un côté, les hypocrites, les Juifs et les polythéistes de toute l’Arabie s’employaient avec acharnement à calomnier le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ; de l’autre, l’État islamique de Médine offrait un exemple de dévotion et de crainte d’Allah, de pureté morale, de belle organisation sociale, de justice, d’égalité, de générosité des riches, de prise en charge des pauvres, de respect des pactes et d’honnêteté dans les transactions et les affaires, qui gagnait les cœurs des gens. Les ennemis tentèrent, par la guerre armée, de mettre fin à l’influence croissante du Prophète. Mais la communauté des croyants formée sous sa direction leur imposa sa soumission. En l’espace de dix ans, la renommée et la gloire du Saint Prophète s’étaient tellement élevées et s’étaient étendues que, dans tout le pays où ses adversaires avaient déployé toutes leurs forces pour le diffamer, retentit la proclamation : « J’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah. »

Ensuite commença la troisième période, à partir de l’époque du Califat bien guidé, lorsque le nom béni du Saint Prophète (paix et bénédiction sur lui) commença à s’élever dans le monde entier. Cette progression n’a cessé de s’accroître jusqu’à aujourd’hui et, si Allah le veut, elle continuera de s’accroître jusqu’au Jour de la Résurrection. Il n’existe aujourd’hui aucun endroit au monde où ne se trouve une communauté musulmane, où la mission prophétique de Muhammad (paix et bénédiction sur lui) ne soit proclamée à haute voix cinq fois par jour par l’appel à la prière, où l’on ne récite pas des bénédictions sur le Prophète pendant la prière et où son nom ne soit pas mentionné dans le sermon du vendredi avec des vœux de bénédiction. Parmi les douze mois de l’année, il n’est pas un seul jour, et parmi les vingt-quatre heures de la journée, il n’est pas un seul moment où, quelque part dans le monde, la noble évocation du Saint Prophète (paix et bénédiction sur lui) ne soit faite. C’est une preuve manifeste de la véracité de ce Coran que, lorsque, au début de la mission prophétique, Allah le Très-Haut avait dit «(Arabe********) personne n’aurait pu imaginer que cette (Arabe********) (élévation de son nom et de son évocation) se poursuivrait avec une telle dignité et une telle ampleur. Dans un hadith rapporté par Saïd al-Khudri (qu’Allah l’agrée), il est dit que le Prophète (paix et bénédiction sur lui) a déclaré : « Gabriel m’a demandé : “Mon Seigneur et votre Seigneur demande comment Il élève votre nom et votre évocation.” Le Prophète répondit : “Allah seul le sait parfaitement.” Gabriel dit : “Allah dit : lorsque Mon évocation est faite, la tienne aussi, celle du Prophète, sera faite avec la Mienne.” » (Ibn Jarir, Ibn Abi Hatim, Musnad d’Abou Ya‘la, Ibn al-Mundhir, Ibn Hibban, Ibn Mardawayh, Abou Nu‘aym.) Toute l’histoire ultérieure témoigne que cette parole s’est réalisée à la lettre.

Sharh al-sadr

(Arabe****************************************à la page 413 du PDF)

« Ô Prophète ! Ne t’avons-Nous pas ouvert la poitrine ? » — (sourate Alam Nashrah : 1)

Le début de cette parole sous forme de question, ainsi que la suite, montrent qu’au moment où il commença à appeler à l’islam, le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) fut très troublé par les obstacles et les difficultés auxquels il se heurta. Dans cette situation, afin de le réconforter, Allah le Très-Haut dit : « Ô Prophète ! Ne t’ai-Je pas accordé tous ces bienfaits ? Pourquoi donc ces obstacles te préoccupent-ils encore ? » En observant les différents passages du Noble Coran où l’expression « ouvrir la poitrine » est employée, on comprend qu’elle possède deux significations.

Premièrement : (Arabe****************************************à la page 414 du PDF)

« Celui à qui Allah le Très-Haut veut accorder la bonne direction, Il lui ouvre la poitrine à l’islam. » — (sourate Al-An‘am : 125)

Deuxièmement : (Arabe****************************************à la page 414 du PDF)

« Celui dont Allah a ouvert la poitrine à l’islam marche à la lumière venant de son Seigneur. » — (Sourate az-Zumar : 22)

Dans ces deux passages, l’ouverture de la poitrine signifie se libérer de toute inquiétude et de toute hésitation intérieure, et acquérir la certitude que la voie de l’islam est la vérité incontestable, et que les croyances, les principes moraux, la civilisation, les commandements, les interdictions et les orientations que l’islam a présentés sont absolument exempts d’erreur. Il est mentionné dans les versets 12 et 13 de la sourate ash-Shu‘ara que, après que Moïse (sur lui la paix) eut été chargé de la grande mission prophétique, lorsqu’il reçut l’ordre de lutter et de combattre Pharaon et son pouvoir d’État, Moïse (sur lui la paix) implora :

(Arabe****************************************page 414 du PDF)

« Ô mon Seigneur ! Je crains que les gens ne me traitent de menteur et ma poitrine se resserre. » — (Sourate ash-Shu‘ara : 12-13)

Il est dit dans les versets 25 et 26 de la sourate Ta-Ha qu’à ce moment-là, Moïse (sur lui la paix) adressa à Allah cette invocation :

(Arabe****************************************page 414 du PDF)

« Mon Seigneur ! Ouvre-moi la poitrine et facilite-moi ma tâche. »

Ici, l’étroitesse de la poitrine signifie que le courage ne naissait pas en lui pour porter le lourd fardeau d’une mission aussi immense que la prophétie et pour s’engager seul dans la confrontation et le combat contre les forces formidables de la mécréance. Quant à l’ouverture de la poitrine, elle signifie l’accroissement du courage moral de l’homme : ne pas reculer devant la conduite d’une grande expédition ni devant l’accomplissement d’une tâche extrêmement difficile, et trouver le courage d’assumer une responsabilité aussi immense que la prophétie.

En y réfléchissant, on comprend que ces deux significations sont incluses dans l’ouverture de la poitrine du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) mentionnée dans ce verset. Selon la première signification, cela veut dire qu’avant sa mission prophétique, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) considérait comme erronées les religions des polythéistes, des chrétiens, des juifs et des adorateurs du feu d’Arabie, et qu’il n’était pas non plus satisfait de la forme d’unilatéralité que l’on trouvait chez certains monothéistes arabes. En effet, il s’agissait d’une croyance obscure, qui ne comportait aucune explication détaillée de la voie véritable et correcte. Mais, comme il ne savait pas encore quelle était la voie juste, il souffrait d’une hésitation et d’un conflit intérieur. Puis la prophétie — la Voie droite — s’ouvrit devant lui, ce qui ramena dans son cœur la sérénité et la tranquillité.

La seconde signification est qu’en lui conférant la mission prophétique, Allah Très-Haut accorda au Prophète le courage, l’enthousiasme, la détermination ferme et l’ouverture d’esprit nécessaires à l’accomplissement de cette immense responsabilité. Il acquit une connaissance si vaste qu’aucun autre être humain n’aurait pu l’accueillir dans son cœur. Il reçut une connaissance si clairvoyante qu’elle était capable de mettre fin à une vaste anarchie et à un profond désordre, et d’établir la paix. Il acquit ainsi une telle compétence qu’il se dressa, sans aucun moyen ni ressource et sans aucune force auxiliaire apparente, au sein d’une société extrêmement déchaînée, plongée dans les ténèbres de l’ignorance, et qu’il n’hésita pas à affronter, en tant que porte-étendard de l’islam, les tempêtes de l’opposition et de l’hostilité. Toutes les peines, souffrances, épreuves et calamités qui surgirent sur cette voie, il les accepta avec patience. Aucune force ne put le détourner de la voie menant à son objectif. Puisqu’Allah Très-Haut lui avait accordé ce précieux trésor de l’ouverture de la poitrine, pourquoi aurait-il perdu courage en voyant ces obstacles et ces difficultés dès le début de son action ?

Certains commentateurs ont compris l’ouverture de la poitrine au sens de son ouverture physique et ont présenté ce verset comme une preuve du miracle de la fente de la poitrine, rapporté à la lumière des hadiths. Mais, en réalité, la preuve de ce miracle repose uniquement sur les récits des hadiths. Il ne serait pas correct de chercher à l’établir à partir du Coran. Du point de vue de la langue arabe, il est absolument impossible de comprendre l’ouverture de la poitrine au sens de la fente de la poitrine. L’Allama Alûsî dit dans son Rûh al-Ma‘ânî :

(Arabe****************************************Page 415 du PDF)

« Pour les spécialistes, comprendre ici “sharh” au sens de “shaq” est une interprétation faible. »

La bonne nouvelle de Kawthar

Au début de la mission prophétique, lorsque le noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) fut confronté à de très grandes difficultés, que toute la nation se souleva avec hostilité contre lui, que des montagnes d’obstacles se dressèrent sur son chemin, que des tempêtes d’opposition faisaient rage de tous côtés et qu’aucun signe de succès ne se manifestait pour le Prophète et ses compagnons, Allah Très-Haut révéla différents versets afin de le réconforter et de susciter en lui courage, ardeur et enthousiasme. Il est dit dans la sourate Ad-Duhâ :

(Arabe****************************************Page 416 du PDF)

« Certes, chaque période à venir sera meilleure que la précédente, et ton Seigneur te donnera tant que tu seras satisfait. »

Dans la sourate Al-Inchirâh, Allah dit :(Arabe**********) « J’ai certes élevé la mention de ton nom. » C’est-à-dire : tes ennemis parcourent tout le pays en te calomniant, mais J’ai pris les dispositions nécessaires pour honorer ton nom et te rendre célèbre.

Puis il est dit :

(Arabe****************************************page 416 du PDF)

« Certes, avec la difficulté vient la facilité ; certes, avec la difficulté vient la facilité. »

— C’est-à-dire : ne t’impatiente pas parce que la situation est très difficile en ce moment. Bientôt, le temps des épreuves et des malheurs prendra fin et le succès arrivera. »

C’est dans ces circonstances qu’Allah révéla la sourate Al-Kawthar pour réconforter le noble Prophète. Il y annonça également la destruction de ses adversaires. Les mécréants qurayshites disaient que Muhammad était séparé de toute sa nation. Sa situation était désormais celle d’un homme sans soutien ni amis. Selon une tradition rapportée par Ikrima, lorsque le noble Prophète fut désigné comme prophète et qu’il commença à appeler les Quraysh à l’islam, ils se mirent à dire :(Arabe*******) (Ibn Jarîr). C’est-à-dire que Muhammad était séparé de son peuple comme un arbre coupé de ses racines. On pouvait espérer qu’après quelque temps il se dessécherait et disparaîtrait dans la terre. Muhammad ibn Ishaq rapporte que lorsqu’on parla du Prophète Muhammad à Âs ibn Wâ’il as-Sahmî, chef de La Mecque, celui-ci dit : « Laissez donc son affaire. Il est sans racines (abtar). Il n’a même pas de fils. Lorsqu’il mourra, personne ne restera pour perpétuer son nom. »

Shamir ibn Atiya dit qu’Uqba ibn Abi Mu‘ayt tenait lui aussi des propos de ce genre au sujet du Prophète. — (Ibn Jarîr)

Ibn Abbas rapporte qu’un jour, lorsque Ka‘b ibn Ashraf, un notable juif de Médine, arriva à La Mecque, les notables quraychites lui dirent :

(Arabe****************************************à la page 416 du PDF)

« Regarde donc ce garçon : il est complètement rejeté par la société, et pourtant il prétend être meilleur que nous, alors que nous accomplissons le pèlerinage, assurons l’entretien de la Kaaba et fournissons même de l’eau aux pèlerins. » — (al-Bazzar) À propos de cet événement, une tradition rapportée par Ikrima indique que les Quraysh employaient, à l’égard du Prophète (SAW), les(Arabe********) termes. Leur signification était : faible, dépourvu de soutien et d’amis, et séparé de la société (Ibn Jarir). Selon des traditions rapportées par Ibn Sa‘d et Ibn ‘Asakir, Ibn Abbas (RA) dit que le fils aîné du Noble Prophète (SAW) était Qasim (RA), suivi de Zaynab (RA), puis d’Abdullah (RA). Venaient ensuite, l’une après l’autre, ses trois filles : Umm Kulthum (RA), Fatima (RA) et Ruqayya (RA). Qasim (RA) mourut le premier, puis Abdullah (RA) décéda. En l’apprenant, As ibn Wa’il déclara : « Sa descendance a été anéantie. Il est désormais abtar, c’est-à-dire que sa souche est coupée. » Certaines traditions rapportent qu’As ajouta :

(Arabe****************************************à la page 417 du PDF)

Autrement dit : Muhammad est abtar (sans descendance). Il n’a pas de fils qui puisse lui succéder. Après sa mort, son nom sera effacé du monde ; alors vous serez débarrassés de lui. D’après une tradition rapportée par Abd ibn Humayd au sujet d’Ibn Abbas (RA), Abu Jahl fit également une remarque de ce genre après la mort d’Abdullah, le fils du Prophète. Ibn Abi Hatim rapporte de Shamir ibn Atiyya qu’au moment où le Prophète (SAW) pleurait la perte de son fils, Uqba ibn Abi Mu‘ayt manifesta lui aussi une mentalité aussi vile. ‘Ata rapporte qu’après la mort du deuxième fils du Prophète (SAW), Abu Lahab, son voisin très proche et son oncle, courut annoncer aux polythéistes cette prétendue bonne nouvelle :(Arabe********) « Cette nuit, Muhammad s’est retrouvé complètement sans fils. »

Telle était la situation déchirante dans laquelle la sourate al-Kawthar fut révélée. Les infidèles quraychites étaient irrités contre le Prophète parce qu’il n’adorait et ne servait que le Dieu unique, et qu’il réfutait ouvertement leur polythéisme. C’est pour cette raison qu’ils le privèrent du rang qu’il occupait au sein de toute la nation avant sa mission prophétique. Ils le rejetèrent comme s’ils l’avaient séparé de sa propre tribu et expulsé au-dehors. Ses quelques compagnons étaient eux aussi dépourvus de soutien matériel et d’amis, et ils étaient persécutés. Dans une telle situation, les montagnes du chagrin causé par la perte successive de ses fils s’abattirent sur le Noble Prophète. En ces temps d’épreuve, loin de lui témoigner la moindre compassion, ses amis, ses proches, les membres de sa tribu et de son clan, ainsi que ses voisins, éclatèrent au contraire de joie. Ils se mirent à tenir des propos extrêmement douloureux. Pourtant, il avait toujours fait preuve de la meilleure conduite envers tous, proches ou étrangers. C’est pourquoi Allah Tout-Puissant annonça, dans cette sourate la plus courte, une bonne nouvelle qui n’avait jamais été accordée à aucun être humain dans le monde. Il y annonça également cette décision : ce sont ses adversaires qui se retrouveraient sans descendance.

Le mot « abtar » dérive de « batar », qui signifie couper. Mais, dans son emploi terminologique, il revêt un sens très large. Dans la prière, la rak‘a qui n’est suivie d’aucune autre rak‘a est appelée « r u t a y r a » dans un hadith. Un autre hadith dit :(Arabe**********************) Toute œuvre importante qui est commencée sans la louange d’Allah est « abtar ». Autrement dit, sa racine sera tranchée : cette œuvre ne sera pas solide et son issue ne sera pas bonne. On appelle également « abtar » celui qui échoue. Est appelé « abtar » l’homme privé de moyens et de ressources. Celui pour qui il n’existe aucune possibilité de bien et dont tout espoir de réussite a été anéanti est lui aussi « abtar ». Celui qui, séparé de ses proches, se retrouve complètement seul est également « abtar ». Le terme « abtar » est employé pour celui qui n’a pas d’enfants ou dont les enfants sont morts après leur naissance, car il ne reste ensuite personne pour faire vivre son nom, et son nom comme sa trace s’effacent. C’est principalement dans ces différents sens que les mécréants qurayshites qualifiaient le noble Prophète (s.a.s.) d’« abtar ». Ce n’était pas une simple réponse à leurs propos ; c’était en réalité une très importante prophétie du Coran, qui s’est réalisée à la lettre. À l’époque où cette prophétie fut énoncée, les gens considéraient précisément le Prophète comme « abtar ». Ils ne pouvaient absolument pas imaginer comment les grands chefs de Quraysh deviendraient eux-mêmes « abtar ». En effet, ils n’étaient pas seulement des notables de La Mecque, mais de toute l’Arabie, et ils étaient prospères. Ils possédaient les bienfaits de la richesse, des enfants et de nombreuses autres faveurs. Ils avaient des représentants dans tout le pays, ainsi que des amis et des alliés prêts à les soutenir. Ils détenaient le monopole du commerce. Comme l’organisation du pèlerinage était entre leurs mains, ils entretenaient de vastes relations avec toutes les tribus arabes. Pourtant, en quelques années seulement, la situation changea. Il fut un temps où, lors de la bataille du Fossé, les Qurayshites attaquèrent Médine avec de nombreuses tribus arabes et juives, et le noble Prophète (s.a.s.) dut leur résister en faisant creuser un fossé près de la ville. À ce moment-là, les Qurayshites n’avaient plus aucun partisan ni soutien, et ils durent déposer les armes, réduits à l’impuissance. Puis, en l’espace d’une année, toute l’Arabie se retrouva dans la poigne du Prophète. Des gens venus des régions lointaines et reculées du pays affluèrent en groupes pour lui prêter allégeance. Ses ennemis se retrouvèrent totalement dépourvus d’amis. Ensuite, leur nom et leur trace furent effacés à tel point que, même si leurs descendants vivaient encore dans le monde, aucun d’eux ne savait qu’ils étaient les descendants d’ennemis de l’islam tels qu’Abû Jahl, Abû Lahab, ‘Âs ibn Wâ’il ou ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt. Et même lorsqu’ils le savaient, ils refusaient d’admettre que leurs ancêtres eussent été ces hommes. En revanche, aujourd’hui, des prières et des salutations sont adressées du monde entier aux descendants du Messager d’Allah (s.a.s.). Des centaines de millions de musulmans éprouvent fierté et honneur à être apparentés à la descendance du Prophète et à celle de ses Compagnons. Les uns sont sayyids, d’autres ‘alawis, abbassides, hachémites, siddiqis, farouqis, uthmanis, zubayris ou ansaris. Mais on n’entend aucun nom tel qu’Abû Jahl ou Lahabi. L’histoire a prouvé que ce n’est pas le noble Prophète (s.a.s.) qui était « abtar » ; c’étaient ses ennemis qui l’étaient, et ils le sont encore.(Arabe********) Ici, le mot(Arabe******) a été employé ; il dérive du mot(Arabe******) qui signifie la haine et l’hostilité poussant à mal agir envers autrui. Il est dit ailleurs dans le Coran :(Arabe********) Et (ô musulmans), que l’hostilité envers un peuple ne vous pousse pas à dépasser les limites au point de commettre une injustice. Ainsi, estArabe*******) toute personne qui, dans son hostilité envers le Messager d’Allah (s.a.s.), est devenue tellement aveugle qu’elle assouvit sa rancœur en le diffamant, en tenant des propos injurieux contre lui, en l’humiliant et en lui adressant toutes sortes d’insultes.

L’aspect eschatologique de la bonne nouvelle d’al-Kawthar

Voici ce que le Prophète (s.a.s.) a dit au sujet du bassin d’al-Kawthar :

Premièrement : au jour terrible de la Résurrection, lorsque chacun sera torturé par la soif, le bassin d’al-Kawthar sera accordé au noble Prophète (s.a.s.). La communauté du Prophète le rejoindra près du bassin et s’y désaltérera jusqu’à être rassasiée. Le noble Prophète s’y présentera avant tous les autres et se tiendra au milieu. Le Prophète dit :(Arabe*************) « C’est un bassin ou une citerne vers lequel ma communauté se rendra au jour de la Résurrection » (Muslim, Abû Dâwûd).(Arabe*********) « J’arriverai au bassin avant vous tous. » (Al-Bukhârî, Muslim, Ibn Mâjah, Musnad Ahmad)

(Arabe*****************************************à la page 419 du PDF)

« J’y arriverai avant vous et je témoignerai en votre faveur. Par Dieu, je vois maintenant mon bassin. » (Al-Bukhârî)

Un jour, le Prophète s’adressa aux Ansars en ces termes :

(Arabe*****************************************à la page 419 du PDF)

« Après moi, vous serez confrontés à l’égoïsme et au favoritisme envers les proches. Alors, faites preuve de patience. Puis, vous me rejoindrez au Hawd al-Kawthar. » – (Boukhari, Muslim, Tirmidhi)

(Arabe**********) « Le Jour de la Résurrection, je me tiendrai au milieu du Hawd. » (Muslim). On demanda à Hazrat Abou Barza al-Aslami (ra) : « Avez-vous entendu quelque chose du Prophète (saw) au sujet du Hawd ? » Il répondit : « Une fois, deux fois, trois fois — non pas quatre, mais de nombreuses fois. Celui qui le considérera comme un mensonge, Allah le privera de son eau. » – (Abou Dawoud)

Oubaydallah ibn Ziyad considérait comme mensongers les récits relatifs au Hawd. Il a même déclaré mensongers tous les récits d’Abou Barza al-Aslami (ra), d’al-Bara ibn Azib (ra) et d’Ayad ibn Amr (ra). Finalement, Abou Sabra produisit un récit qu’il avait consigné par écrit auprès d’Amr ibn al-As. Il y était écrit que le Noble Prophète (saw) avait dit : (Arabe********) « Sachez que le lieu de votre rencontre avec moi sera le Hawd al-Kawthar. » – (Musnad Ahmad)

Deuxièmement : Divers récits donnent des descriptions différentes de l’étendue de ce Hawd. Cependant, la plupart rapportent que sa longueur s’étend d’Ayla (l’actuel port israélien d’Eilat) jusqu’à San‘a au Yémen, ou d’Ayala jusqu’à Aden, ou encore d’Amman jusqu’à Aden. Sa largeur s’étend d’Ayla jusqu’à Jouhfa (la région située entre Djeddah et Rabigh). (Boukhari, Abou Dawoud, Musnad Ahmad, Muslim, Tirmidhi, Ibn Majah)

On peut en déduire que l’actuelle mer Rouge sera peut-être transformée en Hawd al-Kawthar. Allah seul sait le mieux.

Troisièmement : Au sujet de ce Hawd, le Prophète a dit que l’eau serait apportée du fleuve appelé Kawthar au Paradis et versée dans ce Hawd. (Arabe**********) Ailleurs, (Arabe*************) c’est-à-dire que deux canaux provenant du Paradis y seront raccordés afin de l’alimenter en eau. (Muslim)

Dans une autre narration, il est dit (Arabe********************) : « Un canal sera ouvert depuis le fleuve Kawthar du Paradis en direction de ce Hawd. » – (Musnad Ahmad)

Quatrièmement : le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit à ce sujet : « Son eau est plus blanche que le lait ou l’argent, plus fraîche que la neige et plus douce que le miel. Le sol de son fond est plus parfumé que le musc. D’innombrables cruches, semblables aux étoiles du ciel, y seront disposées. Quiconque boira une fois de cette eau n’aura plus jamais soif. Celui qui en sera privé ne sera jamais rassasié. Ces paroles sont rapportées dans de nombreux hadiths, avec de légères variantes de formulation (Bukhari, Muslim, Musnad Ahmad, Tirmidhi, Ibn Majah, Abu Dawud).»

Cinquièmement : à ce sujet, le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a maintes fois averti les gens en disant : « Ceux d’entre vous qui, après moi, modifieront ma voie et mes pratiques seront éloignés de ce bassin et n’y seront pas admis. Je dirai : “Ce sont mes compagnons.” On me répondra : “Vous ne savez pas ce qu’ils ont fait après vous.” Alors je les repousserai moi aussi et je dirai : “Éloignez-vous !” » Cette parole est rapportée dans de nombreuses traditions (Bukhari, Muslim, Musnad Ahmad, Ibn Majah).

Le hadith rapporté par Ibn Majah à ce sujet est particulièrement poignant dans sa formulation.

(Arabe*****************************************Page 420 du PDF)

« Sachez que je vous devancerai au bassin. Je serai fier de constater que ma communauté sera plus nombreuse que les autres communautés grâce à vous. Prenez garde : je ferai avancer certains, tandis que certains autres me seront retirés. Je dirai alors : “Seigneur ! Ce sont pourtant mes Compagnons.” Il dira : “Tu ne sais pas ce qu’ils ont fait après toi.” » Ibn Majah dit que le Prophète prononça ces paroles dans le sermon d’Arafat.

Sixièmement : de la même manière, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a averti les musulmans qui viendraient depuis son époque jusqu’à la Résurrection en disant : « Tous ceux qui s’écarteront de ma voie et modifieront mes pratiques seront chassés du bassin. Je dirai : “Ô mon Seigneur ! Ils sont des miens. Ils appartiennent à ma communauté.” Il me sera répondu : “Tu ne sais pas quelles modifications ils ont introduites après toi et comment ils ont suivi une voie opposée.” » Le Prophète dit : « Ensuite, je les repousserai et je ne les laisserai pas approcher du bassin. »

De nombreux hadiths authentiques sont rapportés à ce sujet. — Voir Bukhari, Muslim, Ibn Majah et le Musnad Ahmad.

La description de ce bassin est rapportée par cinquante Compagnons. Les anciens savants musulmans ont considéré que ce bassin était précisément le bassin de Kawthar. Dans le dernier chapitre de son Kitab al-Riqaq, l’imam Bukhari a donné le titre suivant : (Arabe*****************************************Page 421 du PDF)

Dans une tradition rapportée par Anas (رض), il est précisé que le Noble Prophète (ص) dit au sujet de Kawthar : (Arabe*************) « C’est le bassin où ma communauté se rassemblera. »

De nombreux hadiths décrivent également le fleuve appelé Kawthar qui sera donné au Messager d’Allah (ص) au Paradis. De nombreux récits rapportés par Anas (رض) ont aussi été consignés ; il y dit que, durant la nuit de l’Ascension, le Prophète fut conduit au Paradis. Il y vit alors un fleuve dont les rives étaient bordées de pavillons sertis de diamants. Son lit exhalait un parfum semblable à celui du musc. Le Prophète (ص) demanda à Jibrîl ou à l’ange qui l’accompagnait ce que c’était. Il lui fut répondu : « C’est le fleuve de Kawthar qu’Allah, Très-Haut, vous a accordé. » (Musnad d’Ahmad, al-Bukhari, Muslim, Abu Dawud, at-Tirmidhi, entre autres.)

Anas (رض) rapporte qu’un homme demanda au Prophète ce qu’était Kawthar. Le Prophète répondit : « C’est un fleuve qu’Allah m’a accordé au Paradis. » Son sol est parfumé comme le musc, son eau est plus blanche que le lait et plus douce que le miel (Musnad d’Ahmad, at-Tirmidhi). Ibn Jarir cite un autre récit du Musnad d’Ahmad dans lequel il est rapporté que le Prophète (ص), décrivant les qualités du fleuve de Kawthar, dit que son lit est orné de joyaux au lieu de pierres. Ibn Umar (رض) rapporte que le Noble Prophète (ص) a dit : « Kawthar est un fleuve du Paradis. Ses rives sont d’or. Il coule sur ces joyaux. » Autrement dit, au lieu de blocs de pierre, on y trouve des diamants et des joyaux. Son sol est plus parfumé que le musc. Son eau est plus blanche que le lait, plus froide que la glace et plus douce que le miel. (Musnad d’Ahmad, at-Tirmidhi, Ibn Majah, Ibn Abi Hatim, ad-Darimi, Abu Dawud, Ibn al-Mundhir, Ibn Marduyah, Ibn Abi Shaybah.) Usama ibn Zayd (رض) rapporte qu’un jour le Prophète (ص) se rendit chez Hamza (رض), qui n’était pas à la maison. Son épouse accueillit le Prophète. Elle dit : « Mon mari m’a dit qu’un fleuve vous avait été accordé au Paradis et qu’il s’appelait Kawthar. » Le Prophète répondit : « Oui, c’est exact ; son sol est fait de rubis et de diverses pierres précieuses. » Outre ces récits, de nombreuses paroles des Compagnons et des Tabi‘in ont été citées dans les hadiths, dans lesquelles Kawthar désigne ce fleuve du Paradis et où sont mentionnées les mêmes qualités que celles décrites ci-dessus. À titre d’exemple, les paroles d’Abdullah ibn Umar (رض), d’Abdullah ibn Abbas (رض), d’Anas ibn Malik (رض), d’Aïcha (رض), de Mujahid et d’Abu al-Aliya sont rapportées dans les ouvrages des spécialistes du hadith tels que le Musnad d’Ahmad, al-Bukhari, at-Tirmidhi, an-Nasa’i, Ibn Marduyah, Ibn Jarir, Ibn Abi Shaybah, entre autres.

Le terrible destin d’Abu Lahab

(Arabe*****************************************page 422 du PDF)

« Les mains d’Abu Lahab sont anéanties et il est voué à l’échec. »

Certains exégètes ont donné à (Arabe****************)son expression le sens de : « Que les mains d’Abu Lahab soient anéanties », et à (Arabe****************)son expression le sens de : « Qu’il soit détruit » ou « il a été détruit ». Mais, en réalité, il ne s’agit pas d’une malédiction ou d’une imprécation qui lui aurait été adressée. C’était plutôt une prophétie, pour laquelle un événement devant se produire dans l’avenir a été exprimé par un verbe au passé. Sa réalisation était si certaine qu’elle semblait déjà accomplie. En fait, elle s’est effectivement réalisée, comme cela avait été annoncé dans cette sourate quelques années auparavant. L’anéantissement des mains ne signifie pas que les membres de son corps aient été brisés. Il signifie plutôt l’échec d’un homme dans les entreprises pour lesquelles il s’est efforcé de toutes ses forces. Abu Lahab mobilisa toute son énergie pour faire échouer la mission islamique du Messager d’Allah (ص). Mais sept ou huit ans à peine après la révélation de cette sourate, la plupart des chefs qurayshites qui l’avaient aidé dans son hostilité au Prophète furent tués lors de la bataille de Badr. Lorsque la nouvelle de leur défaite parvint à La Mecque, Abu Lahab fut si accablé qu’il ne put vivre plus de sept jours. Sa mort fut elle aussi riche d’enseignements. Il fut atteint de la maladie de la pustule maligne, si bien que les membres de sa famille l’abandonnèrent et s’éloignèrent de lui, terrifiés par cette maladie extrêmement contagieuse. Après sa mort, personne ne s’approcha de lui pendant trois jours. Son cadavre se décomposa et dégagea une odeur nauséabonde. Les gens commencèrent alors à reprocher cette situation à ses fils ; ceux-ci firent venir quelques Abyssins, qui soulevèrent le cadavre et l’ensevelirent. Selon un récit, on creusa une fosse, puis le cadavre y fut jeté à l’aide de bâtons et recouvert de terre et de pierres. Sa défaite totale et complète se manifesta encore d’une autre manière : ses enfants adoptèrent la religion dont il avait mobilisé toutes ses forces pour barrer le chemin. Sa fille Durrah fut la première à émigrer de La Mecque vers Médine et à embrasser l’islam. Puis, lors de la conquête de La Mecque, ses deux fils, Utbah et Muattab, se présentèrent devant le Prophète (ص) grâce à la médiation d’Abbas (رض) ; après avoir embrassé la foi, ils prêtèrent serment d’allégeance entre les mains du Prophète (ص).

Le châtiment des Mecquois pour avoir expulsé le Prophète

(Arabe*****************************************à la page 422 du PDF)

« Ils étaient fermement déterminés à t’expulser de cette terre et à t’en chasser. Mais s’ils le font, ils n’y resteront eux-mêmes que peu de temps après toi. » — (Banî Isrâ’îl : 76)

Bien que cette prophétie explicite ait alors été considérée comme une menace, elle se réalisa à la lettre en l’espace de dix ou onze ans. Un an après la révélation de cette sourate, ils contraignirent le Prophète (paix et bénédiction sur lui) à quitter La Mecque. Puis, avant même que huit années supplémentaires ne se soient écoulées, il entra à La Mecque en conquérant. Ensuite, en moins de deux ans, toute présence des polythéistes disparut de la péninsule Arabique. Tous ceux qui se trouvaient alors en Arabie y demeuraient en tant que musulmans. Les polythéistes n’y avaient plus aucune place.

La défaite du parti des Quraychites

(Arabe*****************************************à la page 423 du PDF)

« Très bientôt, cette troupe sera vaincue, et on les verra tourner le dos et prendre la fuite. » — (sourate al-Qamar : 45)

Cinq ans avant l’Hégire, cette prophétie explicite avait été faite : le parti des Quraychites, qui, dans l’orgueil de sa puissance, se croyait maître du monde, serait bientôt vaincu par les musulmans. À l’époque, personne ne pouvait imaginer comment cette révolution se produirait dans un avenir proche. La situation des musulmans était si désastreuse qu’une partie d’entre eux avait quitté le pays pour émigrer en Abyssinie, tandis que les croyants restants étaient assiégés dans le Shi‘b Abî Tâlib. Les Quraychites, ayant rompu toutes leurs relations avec eux et les ayant confinés dans une grotte montagneuse, les laissaient mourir de faim. Dans une telle situation, qui aurait pu imaginer qu’en sept ans le cours des événements changerait complètement ? Le récit d’Ikrima, disciple de ‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée), rapporte que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : lorsque ce verset de la sourate al-Qamar fut révélé, je me demandais avec étonnement : « Mais quelle est donc cette troupe qui sera vaincue ? » Cependant, lorsque les mécréants furent vaincus et s’enfuirent lors de la bataille de Badr, je vis le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui), revêtu de son armure de guerre, avancer vers l’avant, tandis que ces paroles sortaient de sa bouche bénie :

(Arabe*****************************************à la page 423 du PDF)

« Alors je compris que c’était cette défaite dont on avait annoncé la nouvelle. » — (Ibn Jarîr, Ibn Abî Hâtim)

La Mecque sera conquise

(Arabe*****************************************à la page 423 du PDF)

« Nos armées seront certainement victorieuses. » — (Sourate As-Saffat : 173)

Cela signifie que les mécréants de Quraysh verront bientôt de leurs propres yeux leur défaite et votre victoire. Les choses se produisirent exactement comme cela avait été annoncé. Quatorze ou quinze ans seulement après la révélation de ces versets, les mécréants de La Mecque virent de leurs propres yeux le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) entrer à La Mecque en vainqueur. Puis, quelques années plus tard, ils virent également que l’islam étendait sa domination non seulement sur La Mecque, mais aussi sur les empires romain et iranien.

(Arabe*****************************************à la page 424 du PDF)

Ce lieu désigne La Mecque. Cela signifie que c’est précisément dans le lieu où ces gens (les mécréants de Quraysh) tiennent aujourd’hui de grands discours qu’ils subiront un jour la défaite. C’est ici que viendra pour eux le moment où ils se tiendront, la tête inclinée, devant le Prophète qu’ils méprisent aujourd’hui et qu’ils refusent de reconnaître comme prophète.

L’appel du Coran se répandra certainement partout

(Arabe*****************************************à la page 424 du PDF)

« Très bientôt, Je leur montrerai Nos signes dans les horizons élevés et en eux-mêmes, si bien qu’il leur deviendra manifeste que ce Coran est en vérité une immense vérité. » — (Sourate Fussilat : 53)

Autrement dit, ils verront bientôt de leurs propres yeux que l’appel de ce Coran s’est répandu de toutes parts et qu’eux-mêmes se tiennent la tête inclinée devant lui. À ce moment-là, ils comprendront que tout ce qu’on leur dit aujourd’hui et qu’ils refusent d’accepter est absolument vrai.

Certains demandent si le fait qu’un appel triomphe et conquière de vastes territoires constitue une preuve de sa vérité. Car même les appels mensongers se répandent de toutes parts, et leurs adeptes conquièrent eux aussi pays après pays.

En réalité, cette question a été soulevée en considérant son aspect extérieur, sans porter une attention profonde à l’ensemble de la question. L’extraordinaire victoire remportée par l’islam à l’époque du noble Prophète et des califes bien guidés n’était pas simplement un signe d’Allah au sens où les musulmans conquéraient pays après pays. Elle l’était plutôt en ce sens que cette victoire ne ressemblait pas aux autres victoires. Dans les autres conquêtes, lorsqu’un individu, une famille ou une nation l’emporte, il devient le maître de la vie et des biens des vaincus, et la terre d’Allah se remplit de tyrannie et d’oppression. En revanche, la victoire de l’islam apporta avec elle une immense révolution religieuse, morale, psychologique, politique, économique et civilisationnelle. Partout où les effets de cette révolution parvinrent, les meilleures qualités humaines s’épanouirent et les mauvaises qualités furent réprimées. Le monde avait souhaité voir ces qualités chez les derviches renonçant au monde et chez ceux qui invoquent silencieusement Allah, et il n’avait jamais pu imaginer que de telles qualités puissent aussi se trouver chez ceux qui administrent les affaires du monde. Grâce à cette révolution, ces qualités morales apparurent dans la politique des gouvernants, dans la justice des tribunaux, dans les combats et les victoires des chefs militaires, chez les percepteurs d’impôts et parmi les grands propriétaires d’entreprises commerciales. Cette révolution éleva tellement, dans la société qu’elle avait établie, le caractère, l’efficacité et la pureté des gens ordinaires que même les personnalités éminentes des autres sociétés parurent leur être inférieures. L’islam libéra l’être humain des chaînes de la croyance aveugle et de la superstition, et le conduisit sur la grande voie de la recherche intellectuelle, de la réflexion rationnelle et de l’action raisonnée. Il apporta un traitement bien organisé aux maux sociaux auxquels les autres systèmes sociaux ne songeaient même pas à remédier, ou auxquels ils n’avaient pas réussi à remédier malgré leurs efforts. Citons notamment les divisions entre les hommes fondées sur la caste, la descendance, la patrie, la langue, etc., la division de la société en classes et les différences de supériorité et d’infériorité entre elles, l’intouchabilité, l’absence d’égalité dans les droits légaux et les relations sociales concrètes, la vie humiliante des femmes et leur privation de leurs droits fondamentaux, l’abondance des crimes, la consommation généralisée de l’alcool et d’autres stupéfiants, l’impossibilité de critiquer le gouvernement, la privation du peuple lui-même de ses droits fondamentaux, la violation des traités au niveau international, les comportements bestiaux pendant les guerres et divers maux de ce genre. Sous les yeux mêmes des habitants de la péninsule Arabique, cette révolution remplaça l’anarchie par la crainte d’Allah et la pureté, l’injustice par l’équité, l’impureté et la barbarie par la pureté et la civilisation, l’ignorance par le savoir, et les conflits et querelles héréditaires par la fraternité, l’affection et l’amour. De plus, les membres d’une nation qui ne pouvaient même pas concevoir autre chose que la direction de leur propre tribu reçurent la direction du monde. Tels étaient les signes que virent de leurs propres yeux les descendants de ceux auxquels le Prophète avait d’abord récité ce verset en s’adressant à eux. Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, Allah n’a cessé de montrer ces signes. Même durant leur période de déclin, les musulmans ont fait preuve d’une noblesse de caractère que n’ont jamais approchée ceux qui se vantent d’être les porteurs de la civilisation et des bonnes manières. Les peuples européens ont infligé aux nations conquises d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et même d’Europe des traitements oppressifs dont on ne trouve aucun exemple dans aucune période de l’histoire musulmane. C’est uniquement la bénédiction du Noble Coran qui avait suscité chez les musulmans un tel sentiment d’humanité qu’après leur victoire, ils ne se montrèrent pas — et ne se montrent toujours pas — aussi tyranniques. Que celui qui a des yeux regarde le comportement des musulmans en Espagne, où ils régnèrent durant plusieurs siècles, envers les chrétiens. Puis qu’il regarde comment les chrétiens traitèrent les musulmans lorsqu’ils y prirent le pouvoir. Qu’il observe également le comportement des musulmans envers les hindous après avoir régné plus de huit cents ans en Inde, puis ce que les hindous infligent aujourd’hui aux musulmans après avoir pris le pouvoir dans ce pays. Quel fut, durant les treize siècles écoulés, le comportement des musulmans envers les Juifs ? Et quel traitement leur infligent-ils aujourd’hui en Palestine ?

La haute dignité accordée au Noble Prophète

(Arabe*****************************************à la page 426 du PDF)

« Ô Prophète ! Sache avec certitude que Celui qui t’a prescrit ce Coran te conduira à la destination la plus excellente. » — (Sourate Al-Qasas : 85)

Les mots originaux sont (Arabe*********) vous ramènera vers un « Maʿâd ». Le Maʿâd (Arabe******) désigne littéralement le lieu vers lequel l’homme doit finalement retourner. Comme ce terme est employé sous une forme indéfinie, il signifie naturellement que ce lieu est d’une très grande dignité. Certains exégètes lui ont donné le sens de Paradis. Mais rien ne permet raisonnablement de le limiter au Paradis. Puisque Dieu Très-Haut l’a Lui-même employé dans un sens général, il convient de le laisser ainsi, afin que la promesse relative à ce lieu puisse s’appliquer à la fois à ce monde et à l’au-delà. Le contexte précédent du sujet exige également qu’on le comprenne non seulement comme la promesse d’une immense dignité accordée au Prophète Mustafa (paix et bénédictions sur lui) dans l’au-delà, mais aussi dans ce monde. Dans la discussion qui se poursuit depuis le verset 57 au sujet des propos des mécréants de La Mecque, ceux-ci avaient dit : « Ô Muhammad (paix et bénédictions sur lui), tu veux nous faire sombrer avec toi. Si nous te soutenons et adoptons ta religion, il nous sera difficile de survivre dans la péninsule Arabique. » En réponse, Dieu Très-Haut dit à Son Prophète : « Ô Prophète ! Le Dieu qui t’a confié la charge de porter l’étendard de ce Coran ne te détruira pas. Au contraire, Il t’accordera une dignité que ces gens ne peuvent même pas imaginer. »

En réalité, quelques années plus tard, Dieu Très-Haut montra, ici même en ce monde et sous leurs yeux, qu’Il avait accordé au Prophète (paix et bénédictions sur lui) la domination exclusive de toute la péninsule Arabique : aucune force ne put continuer à lui résister, et aucune autre religion que celle qu’il avait établie n’y conserva la moindre place. Dans toute la péninsule Arabique s’établit la royauté exclusive d’un homme qui n’avait aucun rival ; et les gens ne se contentèrent pas d’accepter sa domination politique : cet homme fit disparaître toutes les religions et rendit toute la nation adepte de sa religion. Jamais auparavant l’histoire de l’Arabie n’avait connu un tel exemple.

Le Maqâm Mahmûd du Prophète Muhammad

(Arabe*****************************************(en arabe*****************************************page 426 du PDF)

« Très bientôt, ton Seigneur t’établira au Maqâm Mahmûd. »

C’est-à-dire qu’Il t’honorera, dans ce monde et dans l’au-delà, d’une dignité où tu seras loué par toute la création. De toutes parts, tu seras loué et respecté, et ton être deviendra un être digne de louange. Aujourd’hui, tes adversaires t’accueillent par les insultes et les reproches, et ils ont déchaîné une tempête de fausses accusations pour te diffamer dans tout le pays. Mais le moment n’est plus très éloigné où l’on entendra dans le monde les échos de tes louanges, et où, dans l’au-delà également, tu seras loué par toute la création. La dignité obtenue par le Prophète Mustafa (paix et bénédictions sur lui) en tant qu’intercesseur au Jour de la Résurrection constitue une part de sa Mahmûdiyya, c’est-à-dire de son caractère digne de louange.

La bonne nouvelle de la victoire pour l’Empire romain vaincu

La prophétie formulée dans les premiers versets de la sourate Ar-Rûm constitue l’un des témoignages les plus manifestes que le Coran est la parole de Dieu et que Muhammad Mustafa (paix et bénédictions sur lui) est le véritable Prophète de Dieu. Pour comprendre cela, il est particulièrement nécessaire d’examiner les événements historiques de cette époque qui sont liés aux versets de cette sourate.

L’événement qui se produisit huit ans avant que le Prophète Mustafa (paix et bénédictions sur lui) ne reçoive la mission prophétique fut le suivant : une révolte éclata contre l’empereur romain Maurice (Marice), et un homme nommé Phocas (Phicas) monta sur le trône. Cet homme fit tuer, sous les yeux de l’empereur, ses cinq fils. Puis il fit tuer le père et exposa publiquement à Constantinople les têtes tranchées du père et de ses fils. Quelques jours plus tard, sa femme et ses trois filles furent également tuées. Après cet événement, l’empereur d’Iran, Khosro Parviz, trouva un prétexte moral pour envahir l’Empire romain. Maurice était son bienfaiteur, et c’est grâce à son aide et à son soutien que Parviz avait obtenu le trône d’Iran. Parviz le considérait comme un père. Il déclara donc qu’il vengerait le traitement bestial infligé par l’usurpateur Phocas à Maurice, qu’il tenait pour son père, ainsi qu’à sa famille. En 603, il déclara la guerre à l’Empire romain et avança ainsi, d’une part, jusqu’à Édesse, en Asie Mineure (l’actuelle Şanlıurfa), et, d’autre part, jusqu’à Alep et Antioche, en Syrie. Lorsque les dirigeants romains virent que Phocas était incapable de défendre le pays, ils demandèrent l’aide du gouverneur d’Afrique. Celui-ci envoya son fils Héraclius (Heraclius) à Constantinople avec une armée puissante. Dès son arrivée, il détrôna Phocas. Héraclius lui-même fut alors nommé César, c’est-à-dire souverain de Rome, à sa place. Une fois au pouvoir, il traita Phocas exactement comme Phocas avait traité Maurice. Cela se produisit en 610, et c’est précisément cette année-là que le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) fut investi de la mission prophétique.

Le prétexte moral au nom duquel Khosro Parviz avait déclaré la guerre disparut après la destitution et la mort de Phocas. Si le but de sa guerre avait réellement été de venger les sévices et les persécutions de Phocas, il aurait dû conclure la paix avec le nouveau César, Héraclius, après la mort de celui-ci. Mais il poursuivit la guerre. Les communautés chrétiennes — nestoriennes, jacobites et autres — que l’Église officielle qualifiait d’athées et qu’elle persécutait depuis des années se prirent de sympathie pour les envahisseurs mazdéens, et les Juifs s’allièrent eux aussi aux mazdéens. Le nombre de Juifs qui rejoignirent l’armée de Khosro Parviz atteignit même vingt-six mille.

Héraclius ne put endiguer ce déferlement. À peine monté sur le trône, il apprit qu’Antioche était tombée aux mains des Iraniens. Puis, en 613, les Iraniens conquirent Damas. L’année suivante, ils s’emparèrent de Bayt al-Maqdis et commencèrent à ravager les chrétiens. Quatre-vingt-dix mille chrétiens furent tués dans cette ville. Leur église la plus sacrée, l’église de la Résurrection, le Saint-Sépulcre (Holy Sepulchre), fut détruite. La Vraie Croix, ou le bois de la croix, au sujet de laquelle les chrétiens croyaient que Jésus-Christ avait donné sa vie, fut arrachée par les mazdéens iraniens et envoyée à Ctésiphon. Le patriarche en fonction, Zacharie, fut enlevé, et toutes les grandes églises de la ville furent détruites. Une lettre que Khosro Parviz envoya d’al-Qods à Héraclius témoigne de l’ivresse que cette victoire lui inspira. Il y disait :

« De la part de Khosro, le plus grand des dieux et le maître de l’univers, à cet homme vil et dépourvu de discernement, Héraclius : tu dis que tu as confiance en ton dieu. Alors pourquoi ton dieu n’a-t-il pas sauvé Jérusalem de mes mains ?

Moins d’un an après cette victoire, l’armée iranienne étendit sa domination sur l’ensemble de la Jordanie, de la Palestine et de la vallée du Sinaï, et atteignit la frontière de l’Égypte. C’était une époque où, à La Mecque, se déroulait une lutte encore plus importante. Là, les porte-étendards du tawhid, sous la direction du Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), et les polythéistes, sous l’autorité des chefs qurayshites, s’affrontaient. La situation atteignit un tel point qu’en 615 de l’ère chrétienne, un grand nombre de musulmans furent contraints de quitter leurs foyers et de chercher refuge dans un royaume chrétien d’Abyssinie. L’Abyssinie était un État allié de Rome. À cette époque, on n’entendait parler partout que des victoires iraniennes sur Rome. À La Mecque, les polythéistes dansaient de joie et disaient aux musulmans : « Voyez, les adorateurs du feu d’Iran remportent la victoire, tandis que ceux qui croient à la révélation et à la mission prophétique essuient défaite sur défaite. De même, nous, les idolâtres d’Arabie, nous anéantirons votre religion. »

C’est dans une telle situation que cette sourate du Saint Coran fut révélée. Elle y annonce, sous la forme d’une prophétie, que les Romains ont été vaincus dans la contrée proche. Mais, quelques années après leur défaite, ils seront victorieux. Ce sera un jour où les musulmans se réjouiront de la victoire accordée par Allah.

Ces paroles contenaient deux prophéties. Premièrement : les Romains remporteraient la victoire. Deuxièmement : les musulmans connaîtraient eux aussi la victoire à cette époque. En apparence, aucun signe ne laissait entrevoir, même dans un avenir lointain, que l’une ou l’autre de ces deux prophéties s’accomplirait en quelques années. D’un côté, il n’y avait qu’une poignée de musulmans, persécutés et opprimés à La Mecque, et, pendant les huit années qui suivirent cette prophétie, aucune possibilité ne semblait se dessiner qu’ils remportent la victoire. De l’autre côté, les défaites des Romains s’aggravaient de jour en jour. En 619 de l’ère chrétienne, l’ensemble de l’Égypte était passé sous le contrôle des Iraniens, et les armées mazdéennes avaient hissé leurs étendards jusqu’à la frontière de Tarabélis (Tripoli). Les armées iraniennes attaquèrent les Romains jusqu’en Asie Mineure, et leurs forces restantes atteignirent les rives du Bosphore. En 617, elles s’emparèrent de Chalcédoine (Chalecdon), l’actuelle Kadıköy, située en face de Constantinople. Le César de Rome envoya un émissaire auprès de Khusrau d’Iran pour lui faire savoir humblement qu’il était disposé à conclure la paix à n’importe quel prix. Mais Khusrau répondit : « Je ne laisserai en aucun cas le César vivre en paix tant qu’il ne se présentera pas devant moi chargé de chaînes, n’aura pas abandonné le Dieu crucifié et n’aura pas accepté de vouer un culte au dieu du feu. » Finalement, Khusrau tomba dans un tel état de découragement après ses défaites qu’il envisagea de quitter Constantinople pour se rendre à Carthage (l’actuelle Tunis). Pour reprendre les termes de l’historien Gibbon, durant les sept ou huit années qui suivirent cette prophétie du Saint Coran, la situation était telle que personne ne pouvait même imaginer que les Romains vaincraient l’Iran. Sans parler de victoire, personne ne pouvait alors espérer que cet empire survivrait. — [Gibbon, Decline & Fall of the Roman Empire, vol. 2, p. 788. Modern Library, New York.]

Lorsque ces versets du Coran furent révélés, les mécréants de La Mecque se mirent à les tourner en dérision et à s’en moquer. Ubayy ibn Khalaf fit un pari avec le vénérable Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « Si les Romains remportent la victoire dans les trois ans, je te donnerai dix chameaux ; sinon, tu devras m’en donner dix. » Lorsque la nouvelle de ce pari parvint au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il dit : « Dans le Coran,(Arabe********************)les mots ont été employés, et, en arabe, leur durée se situe dans la limite de dix ; fixe donc la durée du pari à dix ans et porte le nombre de chameaux à cent. »

Ensuite, Abou Bakr rencontra de nouveau Oubay, et la condition fut à nouveau fixée : celui dont la parole serait reconnue mensongère dans les dix ans devrait donner cent chameaux à l’autre.

En 622 de l’ère chrétienne, le Noble Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) émigra à Médine. De son côté, l’empereur Héraclius quitta secrètement Constantinople en direction de Trébizonde, par la route de la mer Noire, et se prépara à attaquer les Iraniens par-derrière. Pour préparer cette contre-offensive, l’empereur demanda une aide financière à l’Église, et Sergius (Serjius), le plus haut dignitaire religieux de l’Église chrétienne, prêta à intérêt les richesses accumulées dans l’Église comme offrandes, afin de sauver le christianisme du mazdéisme. En 623, Héraclius commença son offensive depuis l’Arménie et, l’année suivante, en 624, entra en Azerbaïdjan, détruisit Ourmia, lieu de naissance de Zoroastre, et réduisit en poussière les temples iraniens du feu. Le prodige de la puissance divine voulut que, la même année, les musulmans remportassent pour la première fois une victoire décisive sur les mécréants dans la plaine de Badr. Ainsi, les deux prophéties mentionnées dans la sourate ar-Roum s’accomplirent simultanément avant l’écoulement de dix années.

Ensuite, les troupes romaines continuèrent à vaincre les Iraniens. Lors de la bataille décisive de Ninive, en 627, elles brisèrent l’échine de l’Empire iranien. Puis la résidence des rois iraniens, Dastagird (Dastérat al-Moulk), fut détruite, et les Romains avancèrent jusqu’aux environs de Ctésiphon (Ctesiphin), qui était alors la capitale de l’Iran. En 628, une révolte familiale éclata contre Khosro Parviz, qui fut fait prisonnier. Dix-huit de ses enfants furent tués sous ses yeux. Quelques jours plus tard, il mourut en prison. Cette même année fut signé le traité de Houdaybiya, que le Coran qualifie de « grande victoire ». Cette même année, le fils de Khosro Parviz, Kavad II, libéra de la domination iranienne tous les territoires romains occupés et, après avoir fait revenir la croix originelle, conclut un traité avec les Romains. En 629, le César se rendit lui-même à Jérusalem afin de remettre la « Sainte Croix » à sa place. Cette même année, le Noble Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) entra pour la première fois à La Mecque après l’Hégire, afin d’accomplir la ‘omra de rattrapage.

Après cela, il ne resta dans l’esprit de personne le moindre doute quant au fait que la prophétie coranique s’était réalisée à la lettre. Un grand nombre de polythéistes arabes y crurent. Après avoir remporté le pari contre les héritiers d’Oubay ibn Khalaf, Abou Bakr dut recevoir cent chameaux afin d’en respecter la condition. Il se présenta auprès du Prophète avec ces chameaux. Le Prophète lui ordonna de les donner en aumône. La condition avait été fixée à une époque où le jeu n’avait pas encore été interdit par la loi religieuse. L’interdiction venait désormais d’être révélée. C’est pourquoi, bien que la prise des biens des mécréants belligérants fût autorisée, il fut ordonné de ne pas les utiliser soi-même, mais de les donner en aumône.

(Arabe*****************************************page 430 du PDF)

« Et ce jour-là, les musulmans se réjouiront de la victoire accordée par Allah. » — (sourate ar-Roum : 4)

Des éminents savants tels qu’Ibn Abbas, Abou Saïd al-Khoudri, Soufyan ath-Thawri et Souddi ont déclaré que la victoire des Romains sur les Iraniens et celle des musulmans sur les polythéistes à Badr eurent lieu la même année. C’est pourquoi la joie des musulmans fut double. Cela est également attesté par les histoires de l’Iran et de Rome. La bataille de Badr eut lieu en 624 ; cette même année, le César de Rome détruisit le lieu de naissance de Zoroastre et réduisit en poussière le plus grand temple iranien consacré au culte du feu.

La conservation du corps de Pharaon

[Voici une grande prophétie du Coran, qui constitue une preuve manifeste de la mission prophétique de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et de la véracité du Coran. À l’époque où cette prophétie coranique fut portée à la connaissance des hommes, on ne connaissait pas encore l’état des tombeaux et des cadavres des pharaons d’Égypte. L’accès aux chambres des momies ainsi que l’ouverture des tombeaux et des cercueils des pharaons sont des travaux accomplis récemment. Avant 1907, nul ne savait si, après sa mort par noyade, le cadavre du pharaon contemporain de Moïse avait été conservé ou non. Les informations récemment mises au jour au sujet d’un événement vieux de plus de trois mille ans ont fourni aux négateurs du Coran la preuve que le Coran est descendu de la part d’Allah.]

(Arabe*****************************************page 430 du PDF)

« À présent, Nous ne préserverons que ta dépouille, afin qu’elle demeure un signe instructif pour les générations à venir. » — (sourate Yûnus : 92).

Dans la vallée du Sinaï, sur la rive occidentale, existe encore l’endroit où la dépouille du pharaon fut retrouvée flottant. Cet endroit est aujourd’hui appelé Jabal al-Fir‘awn. À proximité se trouve une source chaude. Les habitants du lieu l’appellent le hammam du pharaon. Il se situe à quelques miles au nord d’Abu Zaynāmā, vers les hauteurs. Les habitants locaux ont marqué l’endroit, parce que la dépouille du pharaon y était tombée.

Si le pharaon mort noyé est bien celui que les examens et les recherches récentes ont identifié comme contemporain du vénérable Moïse (sur lui la paix), sa dépouille peut aujourd’hui être vue au musée du Caire. En 1907, lorsque Sir Grafton Elliot Smith retira les enveloppes de sa momie, on trouva du sel agglutiné sur sa dépouille, ce qui constitue une preuve manifeste de son immersion dans les eaux salées de la mer.

(Arabe************************)c’est-à-dire : « Nous continuerons certes à montrer des signes propres à instruire, bien que la plupart des gens soient tels que, même après avoir vu de grands signes instructifs, ils n’en tirent pas de leçon. »

L’attaque mondiale de Gog et Magog

Par Gog, on entend ces peuples tribaux de Roum et du nord de la Chine, connus sous les noms de Tatars, Mongols, Huns, Scythes et autres. Depuis l’Antiquité, ils lançaient des attaques contre les pays civilisés. On sait en outre que, pour se protéger de leurs incursions, les murailles de Derbent et de Darial furent édifiées dans la partie méridionale du Caucase. En effet, leurs attaques se déversaient soudainement dans les deux directions, vers l’Asie et vers l’Europe. Dans la Bible (Genèse, chapitre 10), ils sont présentés comme les descendants de Japhet, fils du vénérable Noé. Les historiens musulmans l’ont également affirmé. Dans le livre d’Ézéchiel (chapitres 38 et 39), ils sont décrits comme les habitants des régions de Rous, de Tobel (l’actuelle Tobolsk) et de Méchek (l’actuelle Moscou). L’historien israélite Josèphe les a rattachés au peuple scythe, dont les lieux d’habitation se trouvaient au nord et à l’est de la mer Noire. Selon le récit de Jérôme, Magog s’établit au nord du Caucase, près de la mer Khazare.

Le fait de les libérer signifie qu’ils commenceront à attaquer les habitants de la terre comme on relâche soudain une bête féroce d’une cage fermée. L’indication claire de la parole « le moment où la véritable promesse s’accomplira est proche » est que cette attaque et cette subversion mondiales de Gog et Magog auront lieu à la fin des temps, et que la Résurrection surviendra peu après. La prophétie suivante du Prophète (paix et bénédictions sur lui), rapportée par l’imam Muslim d’après Hudhayfa ibn Asid al-Ghifari, renforce encore ce sens. Elle dit : « La Résurrection n’aura pas lieu avant que vous n’ayez vu, au préalable, dix signes, à savoir : la fumée, l’Antéchrist, la Bête de la terre, le lever du soleil à l’ouest, la descente de Jésus fils de Marie, l’attaque et la subversion de Gog et Magog, trois grands glissements de terrain — l’un en Orient, le deuxième en Occident et le troisième en Arabie — et, enfin, un feu terrifiant qui surgira du Yémen et poussera les gens vers la plaine du Rassemblement (c’est-à-dire que la Résurrection aura lieu). » Dans un autre hadith, à propos de l’attaque de Gog et Magog, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) dit que, tout comme l’accouchement d’une femme enceinte à terme est imminent sans qu’elle sache à quel moment, de jour ou de nuit, elle accouchera, la Résurrection sera alors devenue tout aussi imminente.

(Arabe*****************************************à la page 432 du PDF)

Cependant, il n’est pas possible d’affirmer clairement, à partir du Coran et des hadiths, si Gog et Magog s’uniront tous deux pour commencer leurs attaques et leurs ravages dans le monde. Il est également possible qu’à l’approche de la Résurrection, ils continuent à s’attaquer mutuellement et que leur guerre prenne l’ampleur d’une catastrophe mondiale.

Humiliation et opprobre des Juifs

(Arabe******************) Je crois que cela se poursuivra jusqu’aux instants précédant la Résurrection. L’établissement de l’État actuel des Israéliens en Palestine n’y change rien. Premièrement, ce verset s’applique à la nation juive dans son ensemble. Le sens de ce verset ne s’applique pas à chacun de ses membres ni à de petits groupes isolés d’individus. Deuxièmement, il s’agit d’une description de la condition dans laquelle ils vivront en tant que nation entière, depuis la proclamation du décret d’Allah le Très-Haut jusqu’à la Résurrection. Cela ne signifie pas que, durant cette longue période, ils ne pourront jamais, même pour une courte durée, exercer le pouvoir quelque part dans le monde. En réalité, pour comprendre le sens de ce verset, il faut bien connaître l’histoire de la nation juive, qui se poursuit depuis Jésus (que la paix soit sur lui) jusqu’à aujourd’hui. Si l’on observe attentivement cette histoire ainsi que leur situation actuelle dans le monde considéré dans son ensemble, la véracité de la parole suivante du Noble Coran est démontrée :

(Arabe*****************************************à la page 432 du PDF)

« Et lorsque ton Seigneur proclama qu’Il susciterait jusqu’au Jour de la Résurrection quelqu’un qui les soumettrait à son autorité et leur infligerait un châtiment sévère. » — (sourate Al-A‘raf, 167).

(Arabe*****************************************à la page 432 du PDF)

« L’ignominie leur a été imposée, et partout où ils seront trouvés, ils porteront le fardeau de cette ignominie. Toutefois, s’ils obtiennent quelque part la garantie d’une protection de la part d’Allah et des hommes, il en va autrement. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 112).

Toute leur histoire montre que, de temps à autre, une force est apparue quelque part dans le monde et a massacré les Juifs avec cruauté, puis les a expulsés. Et s’ils ont vécu en sécurité quelque part, ce n’est pas grâce à leur propre puissance, mais parce qu’ils ont été établis et qu’ils subsistent avec l’aide et le soutien d’un groupe humain, sur la base des possibilités et des facilités accordées par Allah. Le jour où cette coopération cessera, le monde verra ce qu’il adviendra d’Israël. Je pense qu’Allah le Très-Haut ne veut pas exterminer ce peuple, mais veut le maintenir en vie comme un signe instructif. Si les persécutions et les oppressions avaient continué sans relâche contre ce peuple, il aurait depuis longtemps disparu de la surface de la terre. Par Sa sagesse propre, Allah le Très-Haut a organisé les choses de telle sorte que, tandis qu’il est persécuté quelque part, il trouve refuge ailleurs. Ainsi, depuis deux mille cinq cents ans, il demeure dans le monde, ni vivant ni mort(Arabe********************)et persiste dans cet état.

 

Les prophéties des hadiths

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L’ère de la sécurité parfaite

Hazrat Khabbâb (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’un jour, le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était assis à l’ombre de la Kaaba. Je me présentai auprès de lui et lui dis : « Ô Messager d’Allah ! Les persécutions et les injustices n’en finissent pas. Ne priez-vous donc pas Allah ? »

En entendant cela, son visage rougit de colère et il dit : « Ceux qui, avant vous, avaient la foi ont subi des persécutions bien plus terribles. On déchiquetait leur chair avec des peignes de fer, et on sciait leur tête après y avoir posé une scie ; pourtant, ils ne se détournaient pas de la vraie religion. Sache avec certitude qu’Allah mènera cette œuvre à son terme. Finalement viendra un temps où un homme voyagera sans crainte de Sanaa jusqu’au Hadramaut et n’aura à craindre personne si ce n’est Allah. Mais vous êtes bien trop pressés. » — (Al-Bukhari)

La condition de la victoire sur les Arabes et les non-Arabes

Abou Talib appela le Prophète Muhammad (s.a.w.) et lui dit : « Mon neveu ! Regarde, les membres de ton peuple sont venus me voir. Ils souhaitent que tu sois d’accord avec eux sur une parole de justice. Ainsi, la querelle et le conflit entre toi et eux prendront fin. » Puis Abou Talib exposa au Prophète la proposition des chefs qurayshites. En réponse, le Prophète (s.a.w.) dit : « Mon oncle ! Je leur propose une parole telle que, s’ils l’acceptent, toute l’Arabie leur sera soumise et les autres pays continueront à payer tribut. »

Cette parole du Prophète a été rapportée de diverses manières par différents transmetteurs. L’une de ces versions est la suivante :

(Arabe*****************************à la page 434 du PDF)

Dans une autre version :

(Arabe*****************************à la page 434 du PDF)

Une autre version

On voit que le Prophète (s.a.w.), au lieu de s’adresser à Abou Talib, s’adressa aux Qurayshites et dit :

(Arabe*****************************à la page 434 du PDF)

Ailleurs :

(Arabe*****************************à la page 434 du PDF)

Malgré ces différences de formulation, le sens de tous les récits est le même. En d’autres termes, le Noble Prophète (paix et salut sur lui) leur dit : « Je vous propose une parole qui, si vous l’acceptez, fera de vous les maîtres des Arabes et des non-Arabes. Alors dites-moi : ce que vous appelez une parole juste est-il meilleur, ou la mienne l’est-elle davantage ? Votre bien se trouve-t-il dans l’acceptation de cette parole, ou dans le fait que je vous laisse dans la situation où vous vous trouvez et que je continue moi-même à adorer mon Seigneur ? »

Le pouvoir politique des Quraychites

Le Prophète (paix et salut sur lui) avait annoncé que, tant que les Quraychites préserveraient la noblesse de leur caractère et continueraient collectivement à porter l’étendard de la religion, et que l’on trouverait parmi eux ne serait-ce que deux hommes luttant pour la vérité, le pouvoir resterait entre leurs mains.

Cette conception du Prophète (paix et salut sur lui) était si juste que, durant plusieurs siècles après lui, l’histoire ne cessa d’en apporter la preuve. La prééminence de la tribu des Quraychites fut si durable qu’à l’époque du Califat bien guidé, cette tribu fournit les quatre califes, et il est bien connu qu’il n’existait alors dans toute la péninsule Arabique aucune personnalité pouvant leur être comparée. Par la suite, cette même tribu établit le célèbre pouvoir omeyyade. C’est également elle qui fonda le pouvoir abbasside. L’établissement d’un vaste gouvernement en Espagne et le pouvoir fatimide en Égypte furent aussi des contributions de cette tribu.

Le djihad se poursuivra sans interruption

Le djihad se poursuivra au sein de ma communauté jusqu’au Jour de la Résurrection. Ni la justice d’un juge équitable ni l’oppression d’un tyran ne pourront y mettre fin. C’est cette force vitale qui a toujours insufflé son élan aux mouvements de renouveau islamique. C’est cette même force qui a empêché les vertueux (les salihîn) de s’incliner devant le tableau terrifiant de leur environnement.

La décadence des musulmans sera semblable à celle des juifs et des chrétiens

Parmi les prophéties du Saint Prophète (s.a.s.) rapportées dans les hadiths, il en est une selon laquelle les musulmans finiront par suivre les traces des juifs et des chrétiens. Ils adopteront chacun des comportements qu’ils ont adoptés. Même si l’un d’eux commet l’adultère avec sa propre mère, des gens apparaîtront aussi parmi les musulmans par lesquels ce crime sera commis. — [L’auteur rapporte en ces termes, selon une autre source, la parole du Saint Prophète (s.a.s.) : Le Prophète (s.a.s.) a dit : Vous suivrez vous aussi les coutumes et les comportements des communautés qui vous ont précédés. Même s’ils entraient dans le trou d’un varan, vous y entreriez vous aussi. Les Compagnons demandèrent : Ô Messager d’Allah ! Parlez-vous des juifs et des chrétiens ? Le Prophète répondit : Oui. Ce n’était pas seulement un avertissement du Prophète ; grâce à la perspicacité subtile que Dieu lui avait accordée, le Saint Prophète savait par quelles voies la décadence s’était introduite dans sa communauté et comment elle s’y était manifestée.]

Esquisse de l’histoire future de la millat

Bien que ces prophéties se trouvent en grand nombre dans les recueils de hadiths tels que le Sahih Muslim, le Tirmidhi, Ibn Majah et le Mustadrak, il serait ici inutile de citer les récits consignés par l’imam Shatibi dans Al-Muwafaqat et par Mawlana Ismaïl Shahid (r.a.) dans Mansab-i Imamat :

(Arabe*****************************à la page 436 du PDF)

« Le commencement de votre religion procède de la prophétie et de la miséricorde. Allah la maintiendra aussi longtemps qu’Il le voudra. Puis Il y mettra fin, et le califat selon la voie de la prophétie — [le Prophète (s.a.s.) avait prédit : “Après moi, le califat durera trente ans, puis la monarchie sera établie.” Le califat prit fin au mois de Rabi al-Awwal de l’an 41 de l’Hégire, lorsque Hadrat Hasan (r.a.) renonça au califat en faveur de Muawiya (r.a.). — (L’auteur)] — se poursuivra aussi longtemps qu’Il le voudra. Puis la monarchie du pire genre se poursuivra aussi longtemps qu’Allah le voudra. Par la volonté d’Allah, celle-ci prendra elle aussi fin. Ensuite s’établira le règne de dirigeants tyranniques. Il durera aussi longtemps qu’Allah le voudra. Puis Allah Très-Haut y mettra fin. »

(Arabe*****************************à la page 436 du PDF)

« Ensuite viendra ce califat selon la voie de la prophétie, qui appliquera parmi les hommes la Sunna du Prophète et établira l’islam sur la terre. Sous ce système de gouvernement, les habitants des cieux comme ceux de la terre seront heureux. Le ciel déversera généreusement ses bénédictions, et la terre rejettera tout ce qu’elle recèle dans ses entrailles. »

Je ne saurais dire quel est le degré d’authenticité de ces récits du point de vue de leur chaîne de transmission. Mais si on les considère du point de vue de leur sens, ils concordent avec les autres récits de ce genre. Ils font allusion à cinq étapes de l’histoire. Trois sont déjà passées et la quatrième est en cours. Quant à la cinquième étape, qui a été annoncée, tous les signes montrent que l’histoire humaine s’y précipite rapidement. Toutes les formes d’« ijma » créées par l’homme ont été mises à l’épreuve. Elles ont échoué de manière désespérante. Les hommes n’ont d’autre issue que de revenir désespérément vers l’islam.

La déchéance morale des émirs, des dignitaires et des gouvernants

(Arabe*****************************page 436 du PDF)

« Après moi, certains seront investis du pouvoir. Ceux qui les aideront dans leurs mensonges et ceux qui les assisteront dans leurs injustices ne sont pas des miens, et je ne suis pas des leurs. » – (An-Nasaï).

(Arabe*****************************page 437 du PDF)

« Très bientôt, vous serez gouvernés par des hommes entre les mains desquels se trouveront les clés de votre subsistance. Lorsqu’ils vous parleront, ils mentiront, et lorsqu’ils agiront, ils commettront le mal. Ils ne seront satisfaits de vous que si vous louez leurs mauvaises actions et déclarez que leurs mensonges sont vrais. Tant qu’ils le toléreront, exposez la vérité devant eux. S’ils dépassent les limites et qu’une personne est tuée, celle-ci sera un martyr. » – (Kanz al-Oummal)

La continuité du renouveau de la religion

(Arabe*************)(ceux qui raviveront pour eux leur religion) – Explication de ce hadith.

C’est là une chose dont le véridique Messager, le Noble Prophète (que la paix soit sur lui), a annoncé la bonne nouvelle, et qui a été rapportée dans les Sunan d’Abû Dâwûd par l’intermédiaire d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée).

(Arabe*****************************à la page 437 du PDF)”

« À la tête de chaque siècle, Allah fera apparaître des gens qui revivifieront pour eux leur religion. »

Cependant, certains ont tiré de ce hadith une conception tout à fait erronée du tajdîd et des mujaddidîn. Ils ont(Arabe********)compris son sens comme le début ou la fin du siècle. Et ils ont(Arabe****************)compris qu’il s’agirait nécessairement d’une seule personne. Sur cette base, ils ont également entrepris le travail de tajdîd de la religion. Or(Arabe*********)le sens littéral est « tête », et le sens manifeste de l’apparition d’une personne à la tête d’un siècle est qu’elle exercera une influence particulière sur les sciences et les connaissances, les courants de pensée ainsi que l’orientation des activités de son époque. (Arabe********)Ce mot s’emploie en arabe aussi bien au singulier qu’au pluriel. Ainsi,(Arabe*******)il peut désigner aussi bien une seule personne que plusieurs. Il peut également désigner toute une institution ou un groupe. Le sens manifeste de la bonne nouvelle annoncée par le Noble Prophète (que la paix soit sur lui) est que, si Allah le veut, à aucune époque de l’histoire islamique il ne manquera de personnes qui se dresseront contre les tempêtes de la jahiliyyah et poursuivront la lutte pour rétablir l’islam dans sa véritable forme. Il n’est pas nécessaire qu’il n’y ait qu’un seul mujaddid au cours d’un siècle. Au sein d’un même siècle, diverses personnes et divers groupes peuvent accomplir ce service. Il n’est pas non plus nécessaire qu’il n’y ait qu’un seul mujaddid pour le monde entier. Au même moment, de nombreuses personnes peuvent œuvrer au tajdîd de la religion dans plusieurs pays. Il n’est pas davantage nécessaire que quiconque aura accompli une part de ce service soit investi du rang de mujaddid. Le rang et le titre de mujaddid ne peuvent être accordés qu’aux personnes qui ont été capables d’apporter une contribution considérable et remarquable au tajdîd de la religion, c’est-à-dire à la renaissance et au rétablissement de la religion.

La manifestation des divisions parmi les musulmans

Il est rapporté dans un hadith : « Très bientôt, ma communauté se divisera en soixante-douze sectes. Une seule d’entre elles obtiendra le salut dans l’au-delà. Ce seront ceux qui suivront mes Compagnons. »

Ces hadiths annoncent l’apparition de diverses épreuves et dissensions parmi les musulmans. Leur objectif est de mettre en garde contre celles-ci et d’exhorter à s’en tenir éloigné.

La prophétie concernant l’apparition du Mahdi

Les traditions rapportées au sujet de l’apparition du Mahdi ont été soumises à un examen si rigoureux par les spécialistes de la vérification des hadiths qu’un groupe d’entre eux ne reconnaît même pas que l’imam Mahdi apparaîtra. L’examen critique de l’Asma’ ar-Rijal (la chaîne des transmetteurs de hadiths) permet de constater que la plupart des rapporteurs de ces hadiths appartenaient à la communauté chiite. L’étude de l’histoire montre également que chaque groupe a utilisé ces hadiths à des fins politiques et religieuses et a tenté d’appliquer à l’un de ses propres membres les signes rapportés au sujet du Mahdi.

Éléments authentiques et fabriqués parmi les traditions

Pour les raisons exposées ci-dessus, je suis parvenu à la conclusion que les traditions relatives à l’apparition du Mahdi sont authentiques. Cependant, la plupart des éléments mentionnés dans les récits détaillés sont probablement fabriqués. Des gens intéressés ont ajouté de nombreux éléments aux véritables paroles du Prophète. Les personnes qui, à différentes époques, ont revendiqué le titre de Mahdi promis — examinons précisément le mot « Mahdi » employé dans les hadiths. Le Prophète a employé le mot Mahdi, qui signifie « guidé ». Il n’a pas employé le mot « Hadi ». Tout chef, dirigeant ou émir qui reste fermement attaché à la voie de la vérité peut être un Mahdi. « Al-Mahdi » a tout au plus été employé avec une caractéristique supplémentaire, dans le but de manifester une dignité particulière chez une personne appelée à apparaître dans l’avenir. Cette dignité particulière est décrite ainsi dans les hadiths : après la disparition du califat établi selon la méthode du Prophète, le monde sera accablé d’oppression et d’injustice, puis la personne qui apparaîtra rétablira le califat selon la méthode du Prophète et remplira le monde de justice. Voilà le sens véritable pour lequel le mot « Mahdi » a été précédé de(Arabe*******) ce terme, afin de désigner cette personne et de lui attribuer une qualité particulière. Mais ce serait une erreur de penser que le nom de Mahdi a créé dans la religion une fonction particulière, croire en laquelle serait comparable à croire aux prophètes et dont l’obéissance deviendrait une condition du salut, de l’islam et de la foi. On ne trouve dans les hadiths aucune preuve à l’appui de l’idée que le Mahdi serait un être infaillible. En réalité, l’idée de l’infaillibilité de toute personne autre qu’un prophète appartient à la communauté chiite. Le Coran et la Sunna n’en fournissent aucune preuve. Dans les écrits de ceux qui ont faussement revendiqué le titre de Mahdi, on voit que ces traditions ont servi d’éléments aux désordres qu’ils ont suscités.

Le mode d’expression des prophéties du Prophète

Après avoir réfléchi autant que possible aux prophéties du Saint Prophète, j’ai constaté que le style des hadiths relatifs à l’apparition du Mahdi ne correspondait pas à son style d’expression. Il décrivait certes les principaux signes, mais il n’avait pas pour habitude d’en donner les détails.

Les contradictions entre les traditions correspondantes

Lorsque l’on réunit ces traditions et qu’on les compare les unes aux autres, on constate que la plupart sont contradictoires. En outre, ceux qui connaissent toute l’histoire des conflits entre les Banû Fâtima, les Banû ‘Abbâs et les Banû Umayya, et qui constatent clairement qu’il existe différentes traditions en faveur de chacun des groupes engagés dans ces conflits, tandis que la plupart des rapporteurs sont liés d’une manière ou d’une autre à l’un de ces groupes, éprouvent des difficultés à accepter tous les détails rapportés dans les hadiths. Ainsi, certaines de ces traditions mentionnent des étendards noirs(Arabe**********) . L’étude de l’histoire permet de savoir que l’étendard noir était le symbole des Banû ‘Abbâs. Elle permet également de constater que, en présentant des hadiths de ce genre, on a tenté de faire passer le calife abbasside al-Mahdi pour le Mahdi promis.

Le rang du Mujaddid parfait

Si l’on se penche sur l’histoire, on constate que jusqu’à ce jour, aucun mujaddid accompli n’est né. Ḥaḍrat ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz était sur le point d’atteindre cette dignité, mais il n’a pas réussi. Après lui, chacun des mujaddid qui sont apparus a œuvré dans un domaine particulier ou dans plusieurs domaines. La place du mujaddid accompli est encore vacante ; pourtant, la conscience le souhaite, la nature l’exige, et le cours du monde lui-même réclame la naissance d’un tel « leader ». Qu’il naisse à cette époque ou après de nombreux cycles et transformations du temps, son nom sera « al-Imām al-Mahdī », au sujet duquel une prophétie explicite a été prononcée par la bouche sacrée du Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

De nos jours, les gens, par ignorance, font la grimace lorsqu’ils entendent ce nom. Ils prétendent que, dans l’attente d’un homme appelé à venir, les ignorants ont perdu leur esprit d’action. Selon eux, lorsqu’un ignorant entretient une conception erronée des faits, il devient inactif ; cela ne correspondrait en réalité à aucun fait. Ils disent en outre que l’idée de la venue d’un grand homme invisible se retrouve dans toutes les communautés religieuses. Il ne s’agirait donc de rien d’autre que de superstitions. Mais je pense que si les prophètes antérieurs, à l’instar du Khātam al-Nabiyyīn, ont annoncé à leurs peuples la bonne nouvelle qu’avant la fin de la vie terrestre de l’humanité, l’islam deviendrait une fois la religion du monde entier, et si cela n’est pas une superstition, alors, après l’échec de tous les « ismes » élaborés par l’homme, l’humanité au bord de la destruction sera contrainte de se tourner vers la doctrine établie par Allah ; elle recevra cette grâce par l’intermédiaire d’un grand dirigeant qui, œuvrant selon la voie des prophètes, réalisera pleinement l’islam sous sa forme véritable. Pourquoi serait-ce donc une superstition de dire cela ? Il est fort possible que cette parole, issue de la bouche des prophètes, se soit répandue parmi les autres nations du monde, puis que les ignorants en aient déformé le sens véritable pour lui donner la forme d’une superstition.

La conception courante du Mahdi

Certains modernistes ne reconnaissent absolument pas la venue de l’Imam Mahdi. Parmi les musulmans, ceux qui reconnaissent la venue de l’Imam Mahdi ne sont pourtant pas moins éloignés que le premier groupe des conceptions erronées. Ils pensent que l’Imam Mahdi sera, par son vêtement et son apparence, un mawlawi ou un soufi d’un genre archaïque. Un jour, il apparaîtra soudain de la cellule d’une madrasa ou d’une khānqāh, un chapelet à la main. Aussitôt, il proclamera : « Je suis le Mahdi. » Les savants, les pīrs et les derviches se présenteront avec leurs livres, puis le vérifieront et le reconnaîtront conformément aux signes et au signalement décrits dans les ouvrages. Ensuite aura lieu le serment d’allégeance, et le jihād sera proclamé. Les derviches en retraite spirituelle et tous les pieux anciens de la voie traditionnelle se rassembleront sous son étendard. On utilisera l’épée uniquement pour remplir la condition requise, mais en réalité toutes les opérations seront accomplies par la bénédiction et la puissance spirituelle. On remportera les batailles au moyen d’incantations, de souffles magiques et de wird, entre autres. Tout mécréant sur lequel se posera le regard de l’Imam Mahdi mourra aussitôt dans d’atroces convulsions. Par de simples malédictions, les chars et les avions bombardiers tomberont en panne.

La conception de l’auteur concernant le Mahdi

Telle est la conception des gens ordinaires au sujet de la venue de l’Imam Mahdi, comme on vient de la décrire. Mais ce que j’en ai compris est tout à fait contraire. Il me semble que celui qui viendra sera le dirigeant de son époque. Il possédera une vision pénétrante et fondée sur la recherche de toutes les sciences et connaissances de son temps. Il comprendra toutes les questions complexes de la vie. Par sa pensée intellectuelle et philosophique, sa sagesse politique et son art de la stratégie militaire, il étendra son influence sur le monde entier. Il atteindra le sommet de toutes les innovations de son époque. Je crains que les mawlawi et les soufis ne commencent à faire grand bruit contre ses innovations. Je ne pense pas non plus que, par sa constitution physique, il sera à ce point différent des gens ordinaires qu’on puisse le reconnaître au premier regard. Je ne pense pas davantage qu’il se proclamera lui-même Mahdi. Il est possible qu’il ne sache même pas lui-même qu’il est le Mahdi promis. Il se peut aussi qu’après sa mort, les habitants du monde découvrent que c’était lui qui avait établi le califat selon la méthode prophétique, celui dont la bonne nouvelle avait été annoncée.

Être le Mahdi n’est pas une chose que l’on revendique

J’ai indiqué précédemment qu’en dehors du prophète, personne ne possède un rang tel qu’il puisse commencer une œuvre en la revendiquant. En dehors du prophète, nul ne peut non plus savoir pour quelle mission il a été désigné. Être le Mahdi n’est pas une chose que l’on revendique, mais une chose que l’on accomplit et que l’on démontre par ses actes. Ceux qui formulent de telles revendications, tout comme ceux qui placent leur foi en eux, témoignent tous deux, selon moi, de leur manque de savoir et de la bassesse de leur esprit.

La nature de la mission du Mahdi

L’idée que je me fais de la nature de la mission du Mahdi diffère de celle de ces messieurs. Je ne vois dans cette mission aucune place pour le kashf, les karamat, l’inspiration divine, la retraite spirituelle de quarante jours, la méditation, la contemplation mystique, ou autres pratiques semblables. Je pense que, tout comme un dirigeant révolutionnaire doit progresser dans le monde à travers de grandes luttes et de grands affrontements, le Mahdi devra lui aussi suivre cette voie. Il créera, sur les fondements de l’islam authentique, un nouveau courant ou une nouvelle école de pensée (School of Thought). Il transformera les mentalités. Il mettra sur pied un vaste mouvement qui sera à la fois civilisationnel et politique. La jahiliyya tentera de l’anéantir de toutes ses forces, mais il finira par renverser le système de gouvernement jahilite et établir un puissant État islamique. En lui, d’un côté, la force vitale de l’islam se déploiera et, de l’autre, le progrès scientifique atteindra son apogée. Comme il est rapporté dans le hadith, sous son gouvernement, les habitants des cieux comme ceux de la terre seront satisfaits. Le ciel déversera généreusement ses bénédictions et la terre fera sortir de ses entrailles toutes ses richesses.

 

La prophétie du Prophète concernant la venue du Messie (sur lui la paix)

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Les hadiths relatifs à ce sujet

 

(Arabe****************************************À la page 441 du PDF)

« Il est rapporté d’Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (sur lui la paix et les bénédictions) a dit : “Par Celui qui tient ma vie entre Ses mains, le fils de Maryam descendra parmi vous en qualité de dirigeant équitable. Il brisera ensuite la croix et détruira le porc — [briser la croix et détruire le porc signifie que le christianisme prendra fin en tant que religion indépendante. Tout l’édifice de la religion chrétienne repose sur la croyance que Dieu a fait crucifier Son fils unique (Jésus) et lui a fait subir une mort maudite, ce qui devient l’expiation des péchés de l’humanité. Parmi les communautés des prophètes, la particularité des chrétiens est qu’ils se sont contentés de la croyance et ont rejeté toute la Loi religieuse. Ils ont même déclaré licite le porc, qui était interdit par la Loi de tous les prophètes. Lorsque Jésus (sur lui la paix) reviendra et déclarera lui-même : “Je ne suis pas le fils de Dieu et je n’ai expié le péché de personne”, il ne restera plus aucun fondement à la croyance chrétienne. Lorsqu’il dira également qu’il n’a ni déclaré le porc licite pour ses disciples ni libéré ceux-ci des prescriptions et interdictions de la Loi religieuse, la seconde particularité de la religion chrétienne disparaîtra elle aussi.] — et proclamera la fin des guerres.” Selon une autre version, le mot “guerres” est remplacé par “jizya”. Cela signifie qu’il abolira la jizya. — [Selon une autre source, cela signifie qu’à cette époque les divergences entre toutes les communautés et tous les groupes prendront fin et que tous rejoindront une seule communauté. Il n’y aura donc plus de guerre ni besoin d’imposer la jizya à quiconque. Les hadiths numéros 5 et 15 ci-après contiennent également cette affirmation.] Ensuite, l’abondance des richesses sera telle que personne ne voudra les accepter. À ce moment-là, une seule prosternation devant Dieu vaudra mieux que le monde entier.” » — (Boukhari, Mouslim, Tirmidhi, Mousnad d’Ahmad)

Dans une autre version, on trouve ces termes d’Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) :

(Arabe****************************************à la page 442 du PDF)

« L’Heure n’aura pas lieu avant la descente de Jésus (sur lui la paix). Ensuite viennent les paroles mentionnées ci-dessus. » — (Al-Bukhari, Ibn Majah)

(Arabe****************************************à la page 442 du PDF)

« Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : “Que deviendrez-vous lorsque le fils de Marie descendra parmi vous et que votre dirigeant sera l’un des vôtres ?” — (Al-Bukhari, Musnad Ahmad) — [Cela signifie que Jésus (sur lui la paix) ne dirigera pas la prière. Il priera plutôt derrière celui qui, auparavant, était l’imam des musulmans.]

(Arabe****************************************à la page 442 du PDF)

« Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : “Jésus, fils de Marie, descendra. Puis il tuera les porcs et abolira les croix. La prière sera organisée pour lui et il distribuera tant de richesses qu’il ne se trouvera personne pour les accepter. Il abolira le tribut et séjournera à Rawha — [“Rawha” est un lieu situé à 35 miles de Médine] — où il accomplira le hajj ou la ‘omra, ou les deux.” — [Il convient de préciser que l’homme auquel on a comparé Jésus (sur lui la paix) à cette époque n’a accompli de son vivant ni le hajj ni la ‘omra.] [Le rapporteur ne se souvient pas de ce que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait dit.] — (Musnad Ahmad, Muslim)

(Arabe****************************************à la page 442 du PDF)

« Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’après avoir mentionné l’apparition de l’Antéchrist, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : “Les musulmans se prépareront à combattre l’Antéchrist et, après s’être rangés en lignes pour la prière, le takbir continuera d’être prononcé. C’est alors que Jésus, fils de Marie, descendra et dirigera les musulmans dans la prière. L’ennemi d’Allah — c’est-à-dire l’Antéchrist — commencera à fondre dès qu’il le verra, comme le sel fond dans l’eau. Si Jésus (sur lui la paix) le laissait dans cet état, il mourrait dissous ; mais Allah fera tuer l’Antéchrist par sa main, et il montrera aux musulmans son sang sur son arme.” — (Mishkat, avec référence à Muslim)

(Arabe****************************************page 443 du PDF)

« Il est rapporté d’Abou Hourayra (que Dieu l’agrée) que le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a dit : “Il n’y a aucun prophète entre moi et lui, c’est-à-dire Jésus. Il descendra donc. Lorsque vous le verrez, reconnaissez-le. Ce sera un homme de stature moyenne, au teint mêlé de rouge et de blanc. Il portera deux vêtements jaunes. Les cheveux de sa tête seront comme s’ils dégoulinaient d’eau, bien que son corps ne soit pas mouillé. Il combattra les gens pour l’islam. Il brisera la croix, détruira les porcs et abolira la jizya. Dieu anéantira toutes les communautés adhérant à des doctrines autres que l’islam. Il tuera le Dajjal. Il demeurera quarante ans sur terre. Puis il mourra, et les musulmans accompliront sur lui la prière funéraire.” — (Abou Dawoud, Musnad d’Ahmad)

(Arabe****************************************page 443 du PDF)

« Il est rapporté de Jabir ibn Abdallah (que Dieu l’agrée) que le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a dit : “Ensuite, Jésus, fils de Marie, descendra. L’émir des musulmans lui dira : ‘Venez diriger la prière.’ Il répondra : ‘Non. Vous êtes les émirs les uns des autres’ — c’est-à-dire que votre émir doit être choisi parmi vous. Il donnera cette réponse en considération de l’honneur que Dieu a accordé à cette communauté.” — (Mouslim, Musnad d’Ahmad)

(Arabe****************************************page 444 du PDF)

« Jabir ibn Abdallah (que Dieu l’agrée), au sujet de la tentation d’Ibn Sayyad, rapporte que l’émir des croyants Omar (que Dieu l’agrée) demanda alors : “Ô Messager de Dieu, permettez-moi de le tuer.” Le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) lui répondit : “S’il est bien cet homme — c’est-à-dire le Dajjal — ce n’est pas toi qui le tueras ; c’est Jésus, fils de Marie, qui le tuera. Et s’il n’est pas cet homme, tu n’as pas le droit de tuer une personne liée par un pacte — c’est-à-dire une personne protégée.” — (Mishkat, avec référence à Sharh as-Sunna d’al-Baghawi)

(Arabe****************************************page 444 du PDF)

« En relatant l’histoire du Dajjal, Jabir ibn Abdallah rapporte que le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a dit : “À cette époque, Jésus (paix sur lui) apparaîtra soudainement parmi les musulmans. Les gens se lèveront pour la prière et on lui dira : ‘Ô Esprit de Dieu, avancez !’ Mais il dira : ‘Non. C’est plutôt votre imam qui doit avancer et diriger la prière.’ Après avoir achevé la prière du matin, les gens sortiront pour affronter le Dajjal. Le Prophète dit : ‘Lorsque ce menteur verra Jésus (paix sur lui), il commencera à fondre comme le sel se dissout dans l’eau. Jésus s’avancera vers lui et le tuera. Alors les arbres, les plantes, les montagnes et les collines crieront : “Ô Esprit de Dieu ! Ce Juif se cache derrière moi.” Aucun des partisans du Dajjal ne restera sans que Jésus (paix sur lui) ne le tue.’” — (Musnad d’Ahmad)

(Arabe****************************************page 444 du PDF)

« Hadrat Nawwâs ibn Sam‘ân al-Kilâbî, relatant l’histoire de l’Antéchrist, dit : “Lorsque l’Antéchrist fera tout cela, Allah Tout-Puissant enverra le Messie, fils de Marie. Il descendra près du minaret blanc, dans la partie orientale de Damas, vêtu de deux habits jaunes, les mains posées sur les bras de deux anges. Lorsqu’il inclinera la tête, on croira que des gouttes d’eau en tombent. Lorsqu’il la relèvera, les gouttes d’eau paraîtront scintiller comme des perles. Son souffle s’étendra jusqu’à la limite de sa vue, et aucun mécréant sur lequel il se posera ne restera en vie. Puis le fils de Marie poursuivra l’Antéchrist, le rattrapera à la porte de Lod — [il est indiqué que Lod se trouve à quelques miles de Tel-Aviv, capitale de l’État d’Israël en Palestine. Les Juifs y ont construit une immense base aérienne.] — et le tuera.” » — (Muslim, Abû Dâwûd, Tirmidhî, Ibn Mâjah)

(Arabe****************************************page 445 du PDF)

« ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : “L’Antéchrist apparaîtra parmi ma communauté et demeurera quarante — je ne sais pas s’il s’agit de quarante jours, de quarante mois ou de quarante années — [ceci est la propre parole de ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘Âs.] Puis Allah Tout-Puissant enverra Jésus, fils de Marie. Il ressemblera à ‘Urwah ibn Mas‘ûd (l’un des Compagnons). Il poursuivra l’Antéchrist et le tuera. Ensuite, sept années s’écouleront sans qu’il n’y ait la moindre inimitié entre deux personnes.” » — (Muslim)

(Arabe****************************************page 445 du PDF)

« Hudhayfah ibn Asîd al-Ghifârî (qu’Allah l’agrée) rapporte : “Un jour, le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vint parmi nous, alors que nous étions en train de parler entre nous. Il demanda : ‘De quoi parlez-vous ?’ Nous répondîmes : ‘Nous parlons de l’Heure.’ Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : ‘L’Heure ne surviendra absolument pas avant que dix signes ne se manifestent.’ Puis il dit : ‘Voici ces dix signes : (1) la fumée, (2) l’Antéchrist, (3) la Bête de la Terre, (4) le lever du soleil à l’ouest, (5) la descente de Jésus, fils de Marie, (6) Gog et Magog, (7) trois grands effondrements de terrain — l’un à l’est, (8) l’un à l’ouest, (9) l’un en Arabie — et enfin (10) un immense feu qui s’élèvera du Yémen et poussera les gens vers la plaine du Rassemblement.’” » — (Muslim, Abû Dâwûd)

(Arabe****************************************page 446 du PDF)

« Thawbân, affranchi du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), rapporte : “Le Prophète a dit : Parmi ma communauté, il y aura deux armées qu’Allah aura sauvées du feu de l’Enfer. L’une attaquera l’Hindoustan et l’autre sera avec Jésus, fils de Marie.” »

(Arabe****************************************à la page 446 du PDF)

« Mujammi‘ ibn Jariya al-Ansari rapporte : J’ai entendu le Noble Prophète (ﷺ) dire : “Le fils de Maryam tuera le Dajjâl à la porte de Lod.” » — (Musnad Ahmad, at-Tirmidhi)

(Arabe****************************************à la page 446 du PDF)

« Abû Umâma al-Bâhilî, mentionnant le Dajjâl dans un long hadith, dit : Au moment même où l’imam des musulmans s’avancera pour diriger la prière du matin, Îsâ ibn Maryam descendra à cet endroit. L’imam reculera afin de permettre à Îsâ de s’avancer, mais Îsâ (que la paix soit sur lui), posant ses mains entre ses deux bras, lui dira : “Non, dirige la prière, car c’est pour toi que cette prière a été établie.” C’est donc lui, l’imam précédent, qui dirigera la prière. Puis Îsâ (que la paix soit sur lui) dira : “Ouvrez la porte.” La porte sera ouverte et l’on verra le Dajjâl se tenir là avec soixante-dix mille Juifs armés. Dès que son regard se posera sur le vénérable Îsâ, il commencera à fondre comme fond le sel dans l’eau. Il se mettra alors à fuir. Îsâ (que la paix soit sur lui) dira : “Je vais te frapper d’un coup dont tu ne réchapperas pas.” Puis il le rattrapera à la porte orientale de Lod. Ensuite, Allah fera vaincre les Juifs… et le monde sera rempli de musulmans comme un récipient se remplit d’eau. Alors la parole de foi sera unifiée dans le monde entier et nul autre qu’Allah ne sera adoré ni obéi. » — (Ibn Mâjah)

(Arabe****************************************à la page 447 du PDF)

« ‘Uthmân ibn Abî al-‘Âs rapporte : J’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ) dire : “… et Îsâ ibn Maryam (que la paix soit sur lui) descendra au moment de l’aube. L’émir des musulmans lui dira : Ô Esprit d’Allah, dirige la prière. Il répondra : Les membres de cette communauté sont eux-mêmes les émirs les uns des autres. Alors l’émir des musulmans s’avancera et dirigera la prière. Après la prière, Îsâ (que la paix soit sur lui) prendra ses armes et se précipitera vers le Dajjâl. Il le tuera. Ses compagnons vaincus s’enfuiront, mais ils ne trouveront refuge nulle part. Les arbres crieront : Ô croyant, le mécréant est ici !” » — (Musnad Ahmad, at-Tabarânî, al-Hâkim)

(Arabe****************************************à la page 447 du PDF)

« Samura ibn Jundub (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (ﷺ) a dit : Puis, au matin, Îsâ ibn Maryam rejoindra les musulmans. Allah vaincra le Dajjâl et ses troupes. Au point que les murs et les racines des arbres crieront : Ô croyant, un mécréant se cache derrière moi ; viens le tuer ! » — (Musnad Ahmad, al-Hâkim)

(Arabe****************************************page 448 du PDF)

« Imrân ibn Husayn (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : “Il y aura toujours, au sein de ma communauté, un groupe qui restera fermement attaché à la vérité et sera insupportable pour ses adversaires. Puis viendra le décret du Très-Haut, et Jésus, fils de Marie, descendra.” » — (Musnad Ahmad)

(Arabe****************************************page 448 du PDF)

« Au sujet de l’histoire de l’Antéchrist, Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte : “Jésus (paix sur lui) descendra et le tuera. Ensuite, il demeurera quarante ans dans ce monde en tant qu’imam équitable et souverain juste.” » — (Musnad Ahmad)

(Arabe****************************************page 448 du PDF)

« Shafîna, l’esclave affranchi par le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), rapporte au sujet de l’histoire de l’Antéchrist : “Ensuite, Jésus (paix sur lui) descendra, et Allah détruira l’Antéchrist près de la forteresse d’Afîq — [Afîq, dont le nom actuel est ‘Qayek’, est la dernière ville de Syrie située à la frontière entre la Syrie et Israël. À quelques kilomètres devant elle, vers l’ouest, se trouve un lac appelé Tabariyya, d’où sort le Jourdain. Au sud-ouest, un chemin en pente traverse les montagnes et atteint, à une profondeur de quinze cents à deux mille pieds, un endroit d’où le Jourdain sort du lac de Tabariyya. Ce col montagneux est appelé Aqaba d’Afîq ou forteresse d’Afîq.]” » — (Musnad Ahmad)

(Arabe****************************************page 448 du PDF)

« Hudhayfa (qu’Allah l’agrée) rapporte au sujet de l’Antéchrist : “Lorsque les musulmans se lèveront ensuite pour la prière, Jésus, fils de Marie, descendra sous leurs yeux. Il dirigera la prière des musulmans. Après avoir prononcé la salutation finale, il dira aux gens : ‘Écartez-vous de ce qui se trouve entre moi et cet ennemi d’Allah.’ Allah accordera ensuite la victoire aux musulmans sur l’Antéchrist et ses compagnons. Les musulmans continueront à les exterminer. Au point que les arbres et les pierres crieront : ‘Ô serviteur d’Allah, ô serviteur du Tout-Miséricordieux, ô musulman, voici un Juif ! Tuez-le !’ Ainsi Allah les anéantira. Les musulmans triompheront, la croix sera détruite, le porc sera exterminé et la jizya sera abolie.” »

[Dans le Mustadrak d’al-Hakim, une version abrégée figure également dans le Sahih Muslim. Hafiz Ibn Hajar a mentionné ce hadith comme étant sahih dans le Fath al-Bari (tome 6, p. 450).]

Au total, vingt et un hadiths transmis par quatorze Compagnons ont été consignés dans des recueils de hadiths extrêmement fiables. Bien que cette question soit également évoquée dans de nombreux autres hadiths, ils n’ont pas été cités par crainte d’augmenter le volume de l’ouvrage. Seuls ceux dont la chaîne de transmission est extrêmement fiable ont été cités ici.

L’idée qu’il serait une réplique du Messie est erronée

Quiconque étudiera ces hadiths constatera de ses propres yeux qu’ils ne mentionnent absolument ni un « Messie promis9 », ni une « réplique du Messie », ni une « manifestation du Messie », ni rien de semblable. Il n’est pas davantage permis de soutenir qu’à notre époque, une personne née d’un père puisse prétendre : « Je suis le Messie dont le dernier Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a annoncé la venue. » Ces hadiths annoncent clairement et sans ambiguïté la descente de ce même Jésus (paix sur lui), qui naquit il y a deux mille ans dans le sein de Marie, sans père.

 

Le Dajjal et son apparition

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L’époque de l’apparition du Dajjal n’est pas déterminée

Si l’on examine dans son ensemble le contenu de tous les hadiths rapportés du Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) au sujet du Dajjal, il devient évident que la connaissance qu’Allah lui avait accordée à ce propos se limitait à ceci : un grand tyran, le Dajjal, apparaîtrait. Il serait défini par le fait de posséder ces caractéristiques. Mais il n’a pas été dit au Prophète quand il apparaîtrait, où il apparaîtrait, ni s’il était né de son vivant ou s’il naîtrait à une époque ultérieure.

Les différentes conjectures du Prophète (s.)

Les divergences dans le contenu des propos rapportés du Prophète (s.) à ce sujet dans les hadiths, ainsi que sa manière de s’exprimer, montrent clairement qu’il a prononcé ces paroles non pas sur la base d’une révélation, mais par conjecture. Tantôt il pensait que le Dajjâl sortirait du Khurâsân, tantôt il disait qu’il sortirait d’Ispahan. À d’autres moments, il disait qu’il apparaîtrait entre la Syrie et l’Irak. Il soupçonnait qu’un jeune garçon juif, probablement né à Médine au cours de la deuxième ou de la troisième année de l’Hégire, serait peut-être le Dajjâl. Selon un dernier récit, au cours de la neuvième année de l’Hégire, un prêtre chrétien de Palestine, Tamîm al-Dârî, vint embrasser l’islam et raconta une histoire au Prophète. Il dit qu’un jour, au cours d’un voyage en mer — probablement en mer de Rome ou en mer d’Arabie —, il était arrivé sur une île inhabitée. Là, il avait rencontré un homme étrange, qui lui avait dit être lui-même le Dajjâl. Le Prophète (s.) ne vit aucune raison de considérer son récit comme faux, mais exprima des doutes en disant : « D’après ses paroles, il faut dire que le Dajjâl se trouve en mer de Rome ou en mer d’Arabie ; mais je pense qu’il sortira de l’Est. »

Les deuxparties des déclarations du Noble Prophète

Si l’on examine dans leur ensemble ces différents récits, et que l’on soit informé de la science du hadith et des principes fondamentaux de la religion, il ne devrait pas être difficile de comprendre que les propos du Noble Prophète (s.) à ce sujet se divisent en deux parties.

La première partie est que l’apparition du Dajjâl aura certainement lieu, qu’il aura les caractéristiques qui lui sont attribuées et qu’il provoquera la fitna. Il s’agit d’une information absolument certaine, que le Messager (s.) a transmise de la part d’Allah. Les récits ne présentent aucune divergence sur ce point.

Le statut particulier de la seconde partie

La seconde partie concerne le lieu et le moment de l’apparition du Dajjâl, ainsi que l’identité de cet homme. Les récits à ce sujet ne sont pas seulement divergents dans leurs formes : ils comportent aussi des doutes et emploient des termes fondés sur la conjecture. Ainsi, à propos d’Ibn Sayyâd, le Prophète (s.) dit à Umar : « Si celui-ci est le Dajjâl, tu ne seras pas son meurtrier. Et s’il ne l’est pas, tu n’as pas le droit de tuer un dhimmî lié par un pacte. » De même, dans un hadith, le Noble Prophète (s.) dit : « S’il apparaît de mon vivant, je l’affronterai. Et s’il apparaît après moi, mon Seigneur est le protecteur et le soutien de tout croyant. »

La valeur religieuse et fondamentale de cette seconde partie n’est pas, et ne peut pas être, celle de la première. Celui qui inclut les détails de cette partie dans les croyances islamiques se trompe ; il n’est d’ailleurs pas juste d’affirmer la véracité de chacun de ses éléments. Le Prophète avait des doutes au sujet d’Ibn Sayyâd et pensait que celui-ci pourrait être le Dajjâl. Umar alla jusqu’à jurer que c’était bien lui. Pourtant, Ibn Sayyâd devint musulman, vécut dans les deux Lieux saints, mourut en croyant à l’islam et les musulmans accomplirent sur lui la prière funéraire. Dites-moi donc : reste-t-il aujourd’hui la moindre possibilité de maintenir des doutes au sujet d’Ibn Sayyâd ? Le récit de Tamîm al-Dârî était alors considéré comme presque véridique. Tamîm al-Dârî avait vu, treize siècles et demi auparavant, un homme retenu captif. Le fait qu’il ne soit pas apparu pendant toute cette longue période ne suffit-il pas à prouver que l’information selon laquelle cet homme était le Dajjâl, qui avait été donnée à Tamîm al-Dârî, n’était pas exacte ? Du vivant même du Noble Prophète, on soupçonnait que le Dajjâl apparaîtrait peut-être de son vivant ou peu après sa mort. Mais n’est-il pas vrai que treize siècles et demi se sont écoulés et que le Dajjâl n’est toujours pas apparu ? Dès lors, considérer tout cela comme faisant partie des croyances islamiques, puis le rapporter et le transmettre comme tel, ne peut être considéré ni comme une représentation correcte de l’islam ni comme une compréhension exacte des hadiths. J’ai déjà dit que, dans ce genre de questions, si une prédiction ou une appréhension du Prophète fondée sur une conjecture ne se réalise pas dans la réalité, cela ne porte nullement atteinte à la dignité de la prophétie. Cela ne remet pas davantage en cause l’idée de l’infaillibilité du Prophète. La Loi sacrée ne nous a pas non plus obligés à croire à ces questions. Le Prophète (s.) a expliqué ce principe fondamental dans le hadith concernant la pollinisation des palmiers.

Directives tirées des propres explications du Prophète

Il est souvent apparu dans ses propres explications quelles paroles du Prophète relevaient de ses suppositions, lesquelles étaient son opinion personnelle et lesquelles reposaient sur un savoir accordé par Dieu. On peut aussi souvent le savoir d’après les circonstances environnantes. Prenons, par exemple, le hadith relatif au Dajjâl. Ses propres explications montrent que Dieu ne lui avait donné aucune connaissance concernant le lieu et l’époque de l’apparition du Dajjâl, ni concernant sa personne. Son doute au sujet d’Ibn Sayyad était si manifeste que, en sa présence, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) alla jusqu’à jurer qu’il était le Dajjâl. Le Prophète ne le contredit pas ; mais lorsque ʿUmar lui demanda l’autorisation de le tuer, le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit :

(Arabe****************************************à la page 451 du PDF)

« S’il est effectivement le Dajjâl, tu ne pourras pas le maîtriser ; et s’il ne l’est pas, sa mise à mort ne t’apportera aucun bien. » — (Muslim, à propos du Dajjâl

suite)

Dans un autre hadith, le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), en mentionnant le Dajjâl, dit :

(Arabe****************************************à la page 451 du PDF)

« S’il apparaît de mon vivant, je l’affronterai ; et s’il apparaît après ma mort, chacun l’affrontera de son propre chef. Allah est le Protecteur de tout musulman après ma mort. » — (Muslim, à propos du Dajjâl)

Lorsque Tamîm al-Dârî raconta au Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) son récit de la rencontre avec le Dajjâl au cours de son voyage maritime, celui-ci ne l’approuva pas catégoriquement et ne le considéra pas non plus comme un mensonge. Il dit plutôt : (Arabe*********************************************************)

« Le récit de Tamîm m’a plu. Il concorde avec ce que je vous dis au sujet du Dajjâl. » Puis le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ajouta : (Arabe**********************************************************)

« Non, il se trouve plutôt dans la mer du Shâm ou dans la mer du Yémen. Non, plutôt à l’est. » Ces récits expliquent clairement par eux-mêmes leur signification.

La prophétie concernant le meurtre de ʿAmmâr ibn Yâsir

La parole suivante du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) au sujet de ʿAmmâr (qu’Allah l’agrée) était bien connue parmi les Compagnons, et beaucoup d’entre eux l’avaient entendue directement de la bouche du Prophète : (Arabe*****************)« Un groupe rebelle te tuera. » — Cette tradition a été rapportée de nombreux Compagnons — notamment Abû Saʿîd al-Khudrî, Abû Qatâda al-Ansârî, Umm Salama, ʿAbd Allâh ibn Masʿûd, ʿAbd Allâh ibn ʿAmr ibn al-ʿÂs, Abû Hurayra, ʿUthmân ibn ʿAffân, Hudhayfa, Abû Ayyûb, Abû Râfiʿ, Khuzayma ibn Thâbit, ʿAmr ibn al-ʿÂs, Abû al-Yusr et ʿAmmâr ibn Yâsir (qu’Allah les agrée), ainsi que de nombreux autres Compagnons — dans divers recueils de hadiths, tels que le Musnad d’Aḥmad, ceux d’al-Bukhârî, de Muslim, d’al-Tirmidhî, d’al-Nasâ’î, d’al-Ṭabarânî, d’al-Bayhaqî et le Musnad d’Abû Dâwûd. Ibn Saʿd l’a également rapportée par plusieurs chaînes dans les Ṭabaqât. »

Ibn ʿAbd al-Barr écrit dans al-Istîʿâb que cette parole a été transmise successivement à partir du Prophète : le groupe rebelle tuera ʿAmmâr ibn Yâsir (qu’Allah l’agrée), et c’est l’un des hadiths les plus authentiques.

Les dix signes de l’approche de la Résurrection

Il est rapporté de Muslim ibn Hudhayfa ibn Asîd al-Ghifârî que le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « La Résurrection n’aura pas lieu tant que vous n’aurez pas vu dix signes : la fumée, le Dajjâl, la Bête de la terre, le lever du soleil à l’ouest, la descente de ʿÎsâ ibn Maryam, l’apparition de Gog et Magog, et trois grands affaissements de terrain : le premier à l’est, le deuxième à l’ouest et le troisième en Arabie. Enfin, un feu terrifiant surgira et poussera les gens vers le lieu du Rassemblement. » (C’est-à-dire que la Résurrection aura alors lieu.) Dans un autre hadith, évoquant l’apparition et les ravages de Gog et Magog, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit qu’à ce moment-là la Résurrection sera aussi proche que l’accouchement imminent d’une femme qui ne sait pas à quel moment son enfant naîtra, la nuit ou le jour.

(Arabe****************************************à la page 452 du PDF)

 

Chapitre 12 – La malhonnêteté théorique des orientalistes au sujet du Coran et du Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui)

[Dans les ouvrages que ces orientalistes occidentaux ont consacrés à l’islam, au Coran et à la vie du Messager de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), ils ont ajouté d’innombrables propos absurdes et irrationnels, qui ont également été diffusés sous le couvert du beau nom de recherche. Même dans les écrits d’auteurs modérés tels que William Muir, on trouve, dans le cadre de cette prétendue recherche, des propos aussi ridicules au sujet du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) et de l’islam que, du point de vue d’un lecteur impartial, l’ensemble des connaissances et des recherches des orientalistes perd toute valeur. Le premier objectif de tous ces travaux de recherche à grande échelle était de dresser un mur de nationalisme étroit et de créer un écran afin de protéger les chrétiens de l’influence de l’islam, sous l’emprise de l’état d’esprit engendré par les guerres des Croisades. Leur second objectif était de donner aux ignorants de l’islam des idées erronées à son sujet et de les plonger dans le doute et l’incertitude. Malgré tout cela, les orientalistes ont assumé pendant un siècle le rôle d’enseignants de l’islam et de la biographie du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) pour nos générations modernes. Et les personnes inexpérimentées en matière d’islam, à force de lire leurs écrits, se sont laissées entraîner dans des doutes de toutes sortes et ont elles-mêmes soulevé contre leur propre religion des objections si nombreuses que tout amoureux de la vérité a eu l’occasion de s’en étonner et d’en tirer une leçon.]

Dans la vaste réorganisation du savoir islamique entreprise par l’honorable auteur de cet ouvrage en sa qualité d’interprète de l’islam, il n’a parfois pu faire autrement que de soulever des objections contre les écrits des orientalistes. Sans briser le cercle des erreurs de ces chercheurs qui déforment la vérité, il est impossible de conduire la société musulmane instruite de l’époque moderne jusqu’aux sources authentiques de l’islam.

C’est pourquoi, dans sa rédaction de la biographie du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), chaque fois que le savant auteur a attiré l’attention sur les erreurs et les manquements des orientalistes, les passages nécessaires, dans la mesure où nous avons pu les repérer, ont été insérés dans ce chapitre.

Avant d’étudier les sujets traités dans ce chapitre, les lecteurs doivent garder à l’esprit que l’auteur n’a pas procédé à une analyse minutieuse de toutes les erreurs commises par les orientalistes au sujet de l’islam et du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), ni de toutes les formes d’égarement qu’ils ont engendrées. En effet, aucun ouvrage ni article exhaustif n’a été rédigé en prenant pour seul sujet l’ensemble des écrits des orientalistes. La question n’a été abordée que là où cela s’avérait nécessaire et opportun. Les réponses à d’innombrables autres objections des orientalistes concernant la biographie du Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) figurent dans différents chapitres, même si les propos des objecteurs n’y ont pas été reproduits.

Il est nécessaire de préciser ici que, concernant le contenu de ce chapitre, une question nous a causé une grande inquiétude : dans quelle partie de l’ouvrage fallait-il l’insérer ? Après réflexion, nous l’avons également inclus parmi les sujets fondamentaux. En effet, les autres articles de ce volume ont cette importance que leur étude est indispensable pour comprendre la vie du Prophète ; dans ce cas, l’étude de cet article sur les écrits des orientalistes supprimera les obstacles qui entravent la compréhension de la biographie prophétique.

Le premier paragraphe de ce chapitre est très bref, mais riche de sens. Ce paragraphe, qui ne comporte que quelques phrases, a été isolé afin que le point de vue du savant auteur apparaisse clairement.–(Les deux compilateurs)]

La méthode déraisonnable des orientalistes

Ces gens de nature malhonnête décident eux-mêmes, avant toute recherche et toute investigation, qu’il est inadmissible de reconnaître le Coran comme un Livre révélé par Allah. Ils cherchent donc des preuves et des arguments quelque part, puis affirment que les paroles que le prophète Muhammad a prononcées au nom du Coran ne sont rien d’autre que des articles et des informations volés à tel ou tel endroit. Dans cette méthode d’investigation, ils soulèvent le monde entier en se livrant à la supercherie avec une telle impudence qu’elle inspire spontanément le dégoût et contraint à dire : si c’est cela que l’on appelle le savoir et la recherche, alors maudits soient ce savoir et cette recherche.

Le récit du moine Bahira

 

(Arabe***************************************à la page 456 du PDF)

« Ceux qui ont refusé d’écouter les paroles du Prophète disent : “Ce Furqân est une invention forgée ; cet homme l’a fabriqué lui-même et d’autres gens l’ont aidé dans cette entreprise.” Ce qu’ils disent est une immense injustice et un mensonge. Ils disent : “Ce sont les écrits des anciens que cet homme fait copier et qu’on lui fait réciter matin et soir.” Ô Muhammad, dis-leur : “C’est Celui qui connaît les mystères des cieux et de la terre qui l’a fait descendre. Il est, en vérité, Grand Pardonneur et Très Miséricordieux.” » — (sourate Al-Furqân, 4-6)

C’est là précisément l’accusation que les orientalistes de notre époque portent contre le Coran.

Pourquoi le peuple du Prophète ne l’a-t-il pas accusé ?

Il est étonnant qu’aucun des ennemis contemporains du Prophète n’ait dit : « Lorsque, dans ton enfance, tu as rencontré le moine Bahira, tu as appris tout cela de lui. » Ils n’ont pas non plus dit : « Lorsque, dans ta jeunesse, tu voyageais à l’étranger pour faire du commerce, tu as acquis à cette époque ces connaissances auprès de prêtres et de moines chrétiens ainsi que de rabbins juifs. » S’ils ne l’ont pas dit, c’est parce qu’ils connaissaient dans le détail les circonstances de ces voyages. Il ne les avait pas accomplis seul, mais avec sa propre caravane. Ils savaient que, s’ils l’accusaient d’avoir appris quelque chose auprès de quelqu’un, des centaines de personnes de leur propre ville les traiteraient de menteurs. En outre, chaque habitant ordinaire de La Mecque leur aurait dit : « Si cet homme avait acquis toutes ces connaissances auprès de Bahira à l’âge de douze ou treize ans, il n’aurait pas vécu ailleurs, mais parmi nous. Alors, pour quelle raison ces connaissances seraient-elles restées cachées jusqu’à l’âge de quarante ans, sans qu’un seul mot ne sorte de sa bouche pendant tout ce temps qui révélât qu’il possédait un tel savoir ? »

Telle était la raison fondamentale pour laquelle les mécréants de La Mecque n’osèrent pas proférer un mensonge aussi énorme et monstrueux. Ils avaient peut-être laissé cette tâche à la charge de gens encore plus éhontés des générations suivantes.

Quelle était l’accusation des mécréants de La Mecque ?

Ce qu’ils disaient ne concernait pas la période antérieure à la mission prophétique, mais la période où il appelait les gens à cette mission. Ils disaient : « Cet homme est illettré. Il lui est impossible d’acquérir par lui-même quelque connaissance que ce soit en lisant et en étudiant, car auparavant il n’avait rien appris. Rien de ce qui sort aujourd’hui de sa bouche ne lui était connu jusqu’à l’âge de quarante ans. D’où lui viennent donc maintenant toutes ces connaissances ? La source de son savoir doit certainement être les livres des peuples anciens. La nuit, on en traduit et en copie secrètement des extraits. Il les fait lire par quelqu’un, les mémorise, puis nous les récite pendant la journée. »

Certaines sources rapportent qu’ils citaient également, à ce propos, les noms de quelques personnes qui étaient des gens du Livre, savaient lire et écrire et vivaient à La Mecque. Il s’agissait d’Addâs (l’affranchi de Houaytib ibn Abd al-‘Uzzâ), de Yassâr (l’affranchi de ‘Alâ ibn al-Hadramî) et de Jabr (l’affranchi de ‘Âmir ibn Rabî‘a).

À première vue, l’accusation semble assez importante. Quelle accusation pourrait être plus importante que d’identifier la source du savoir afin de réfuter la prétention à la révélation ? Mais on est immédiatement frappé de constater qu’aucune preuve ni aucun argument n’ont été présentés en réponse à cette accusation. Au contraire, on met fin à la discussion en se contentant de dire qu’une injustice manifeste est commise envers la vérité et qu’une tempête de mensonges est déchaînée. Pourtant, ceci est la parole du Dieu qui connaît les mystères des cieux et de la terre.

N’est-il pas étonnant qu’une accusation aussi importante ait été formulée dans un contexte d’opposition extrême, puis rejetée avec mépris ? Leur accusation était-elle réellement si insignifiante qu’il suffisait d’y répondre en la qualifiant simplement de mensonge et d’injustice ? Si tel était le cas, pourquoi la population n’a-t-elle pas réclamé une réponse détaillée et claire après cette réponse concise, pourquoi aucun doute n’est-il apparu dans l’esprit des nouveaux musulmans, et pourquoi aucun des adversaires n’a-t-il osé dire : « Vous voyez ? Comme ils n’ont pas eu le courage de répondre à notre accusation capitale, ils se sont contentés de l’éluder en parlant seulement de “mensonge et d’injustice” ? »

Nous trouvons la réponse à cette question dans le contexte même où les adversaires de l’islam avaient formulé cette accusation.

[Pour apporter cette réponse, l’auteur a consigné l’examen qui suit. – Les compilateurs]

Première analyse

Il n’aurait nullement été difficile à ces oppresseurs, qui maltraitaient les musulmans les uns après les autres et rendaient leur vie insupportable, et dont ils disaient qu’ils traduisaient d’anciens livres pour les faire mémoriser au prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui), de faire irruption chez eux et chez le Prophète, d’en retirer ces effets et de les montrer au public. Alors même que ce travail secret était en cours, ils auraient pu les attaquer, appeler les gens et dire : « Regardez, regardez, c’est ici que se prépare la prophétie ! » Ceux qui pouvaient maintenir Bilal (que Dieu l’agrée) étendu sur le sable brûlant n’étaient entravés par aucune loi ; ils auraient ainsi pu anéantir définitivement la « menace » de la prophétie muhammadienne. Pourtant, ils se contentaient de protestations et de dénonciations verbales, et ne prirent pas, ne serait-ce qu’un seul jour, la moindre mesure décisive évoquée plus haut.

Deuxième analyse

Les personnes dont ils citaient les noms à propos des traductions qu’elles auraient faites écouter n’étaient pas des étrangers, mais des habitants de la ville de La Mecque. Leurs capacités n’étaient cachées à personne. Toute personne dotée d’un minimum de raison et de discernement pouvait constater le niveau élevé de ce que le prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) présentait : la noblesse de sa langue, la grandeur de sa littérature, la force de ses paroles, ainsi que le niveau supérieur de sa pensée et de son discours. Et quel était le niveau de ceux dont on prétendait que Muhammad (paix et bénédiction sur lui) apprenait tout cela auprès d’eux ? C’est pourquoi personne n’accordait la moindre importance à leur accusation. Chacun pensait qu’en formulant de telles accusations, ils ne faisaient que soulager leur rancœur. Quant à ceux qui ne savaient rien de ces personnes, ils pouvaient au moins réfléchir ainsi : si ces gens possédaient réellement une telle compétence, pourquoi n’avaient-ils pas allumé leur propre lampe ? Pourquoi auraient-ils eu besoin de fournir de l’huile à la lampe d’autrui, et cela en secret, de sorte qu’ils ne recueilleraient même aucune part de la renommée de cette œuvre ?

Troisième analyse

Les esclaves affranchis dont les noms étaient cités à ce propos n’étaient pas non plus des étrangers. Dans la vie tribale de l’Arabie, aucun individu ne pouvait survivre sans le soutien d’un clan puissant, quel qu’il fût. Même après son affranchissement, l’esclave demeurait sous la protection de son ancien maître. Le soutien de celui-ci était son seul moyen de subsister dans la société. Or voici la question : si le prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) avait, grâce à ces esclaves affranchis, monté une fausse affaire de prophétie — à Dieu ne plaise —, comment ces hommes auraient-ils pu participer sincèrement et dans une bonne intention à cette conspiration ? Comment auraient-ils finalement pu devenir les collaborateurs dévoués et les admirateurs respectueux de cet homme qui, après avoir appris certaines choses auprès d’eux durant la nuit, les proclamait devant tout le monde pendant la journée en affirmant qu’une révélation lui était descendue de la part de Dieu ? Ils auraient certes pu l’aider par appât du gain ou dans leur propre intérêt, mais une personne raisonnable peut-elle croire que ces hommes auraient mécontenté leurs protecteurs pour devenir les complices, dans cette conspiration, du prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) ? Cet homme était maudit et honni par toute la nation, et la cible de son hostilité générale. Pour quelle tentation ces hommes se seraient-ils joints à lui ? Dans l’espoir de quel avantage auraient-ils accepté de subir le préjudice de se séparer de leurs protecteurs pour rejoindre cet homme en détresse ? Il faut également réfléchir au fait que ces protecteurs avaient la possibilité de leur extorquer, sous les coups, des aveux sur la conspiration. Pourquoi n’en ont-ils pas profité ? Et pourquoi toute la nation ne leur a-t-elle pas fait avouer que cet homme n’avait rendu florissante son entreprise de prophétie qu’après avoir appris auprès d’eux ?

Quatrième analyse

Le plus étonnant est qu’ils crurent tous au prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) et lui vouèrent une dévotion et un respect incomparables, comme le faisaient les nobles Compagnons (que Dieu les agrée). Est-il possible que ceux qui avaient participé à sa conspiration n’aient pas seulement cru à une fausse prophétie fondée sur une machination — à Dieu ne plaise —, mais y aient cru avec une profonde dévotion et un profond respect ? Et même si cela avait été possible, ils auraient certainement joui d’un rang particulier parmi les croyants. Comment aurait-il été possible que l’entreprise de la prophétie repose sur Addas, Yasar et Jabr, tandis que les bras droits du Prophète (paix et bénédiction sur lui) soient Abou Bakr (que Dieu l’agrée), Omar (que Dieu l’agrée) et Abou Obeïda (que Dieu l’agrée) ?

Plus étonnant encore : si les matériaux de cette affaire avaient été fabriqués de nuit avec l’aide de quelques personnes, comment cela aurait-il pu rester caché à Zayd ibn Hâritha, à ʿAlî ibn Abî Tâlib, à Abû Bakr as-Siddîq et aux autres Compagnons, qui demeuraient jour et nuit auprès du prophète Muhammad, comme son ombre ?

Tous ceux qui entendaient cette accusation n’y accordaient aucune valeur. C’est pourquoi elle n’a pas été mentionnée dans le Coran comme une accusation importante nécessitant une réponse. Elle y a plutôt été évoquée pour montrer à quel point ces gens s’opposaient aveuglément à la vérité et étaient déterminés à mentir et à commettre des injustices.

Examen de trois récits du Coran

Après avoir examiné trois récits du Coran, les orientalistes ont formulé l’accusation selon laquelle le prophète Muhammad aurait recueilli ces informations ailleurs et les aurait présentées comme venant de lui-même.

Avant de rapporter les accusations et les objections de ces orientalistes, il est nécessaire de connaître ces récits. Sinon, il sera difficile de comprendre la discussion qui suit. — (Les compilateurs)

I. Le voyage du prophète Moïse vers le confluent des deux fleuves

 

(Arabe***************************************à la page 460 du PDF)

« Raconte-leur ce récit : lorsque Moïse dit à son serviteur : “Je ne cesserai pas de marcher jusqu’à atteindre le confluent des deux fleuves, quand bien même je devrais poursuivre ma marche pendant de longues années.” » — (Sourate al-Kahf : 60)

L’objectif de rapporter ce récit à ce stade est d’informer les mécréants comme les musulmans d’une vérité profonde : on tire une conclusion absolument erronée de ce qui semble se produire dans le monde. En effet, le dessein mystérieux avec lequel Allah agit échappe aux yeux de l’observateur. La progression des injustes et les souffrances des innocents, les richesses qui se déversent sur les pécheurs et les épreuves auxquelles sont confrontés les vertueux, le confort et les plaisirs dont jouissent les débauchés et la détresse des pieux : tel est le spectacle qui se présente chaque jour aux yeux des hommes. Comme ils n’en connaissent pas les secrets, le doute, voire les conceptions erronées, s’installent généralement dans leur esprit. L’injuste mécréant en conclut que le monde est le théâtre de l’anarchie, qu’il n’a ni maître ni souverain et que, s’il en a un, celui-ci est impuissant. Ici, chacun fait ce qui lui plaît, sans que personne ne lui demande de comptes. Le croyant, lui aussi, en vient à vaciller. Dans une telle situation, Allah dévoila à Moïse (paix sur lui) quelques lueurs des mystères de Ses actes, afin qu’il comprenne comment et dans quel but se produisent, jour et nuit, tous les événements du monde, et comment leur aspect extérieur diffère de leur réalité intérieure.

Détails du récit

Le Coran ne précise ni quand ni où cet épisode de Moïse (paix sur lui) s’est produit. On trouve toutefois un récit d’al-‘Awfî dans les traditions prophétiques. Citant une parole d’Ibn ‘Abbâs, il dit que cet épisode eut lieu lorsque Moïse (paix sur lui), après la destruction de Pharaon, eut réinstallé son peuple en Égypte ; cependant, le récit plus solidement rapporté d’Ibn ‘Abbâs dans al-Bukhârî et d’autres ouvrages, récit

(Une carte figure à la page 401 du PDF**********************************************************)

Carte relative au récit de Moïse et de Khidr (paix sur eux)

ne confirme pas cela. Aucune autre source ne prouve non plus qu’après la destruction de Pharaon, Moïse (paix sur lui) ait séjourné quelque temps en Égypte. Au contraire, le Coran affirme clairement qu’après avoir quitté l’Égypte, il passa toute sa vie dans les vallées du Sinaï et de Tayma. Ce récit n’est donc pas recevable. Toutefois, lorsque nous examinons le récit dans le détail, deux points deviennent clairs. Le premier est que ces observations furent présentées à Moïse (paix sur lui) au début de sa mission prophétique, car c’est dès le commencement de la prophétie que les prophètes ont besoin d’un enseignement et d’une formation de cette nature.

Le second est que Moïse (paix sur lui) eut besoin de telles observations à l’époque où les Enfants d’Israël se trouvaient en Égypte dans une situation exactement semblable à celle des musulmans à La Mecque. Nous pensons que c’est pour ces deux raisons — Allah sait mieux quelle était la réalité — que cet épisode eut lieu alors que les persécutions et l’oppression de Pharaon s’abattaient sur les Enfants d’Israël en Égypte. Pharaon et ses courtisans, à l’instar des chefs qurayshites, estimaient que, puisqu’aucun châtiment ne les frappait, personne ne se trouvait au-dessus d’eux pour leur demander des comptes. De même que les musulmans opprimés de La Mecque, les musulmans opprimés d’Égypte demandaient avec impatience : « Ô Seigneur ! Jusqu’à quand ces injustes jouiront-ils du bonheur et des richesses, tandis que nous subirons épreuves et malheurs ? » Moïse (paix sur lui) lui-même s’écria alors :

(Arabe***************************************page 462 du PDF)

« Ô Seigneur ! Tu as comblé Pharaon et ses dignitaires, dans la vie terrestre, de pouvoir, d’influence et de richesses. Ô Dieu ! Est-ce pour qu’ils égarent les gens du monde ? »

Si cette hypothèse est exacte, on peut penser que le voyage de Moïse (paix sur lui) était probablement dirigé vers le Soudan, et que le lieu de la jonction des deux fleuves désigne l’endroit où, près de l’actuelle ville de Khartoum, les deux branches du Nil se jettent dans la mer Méditerranée.

Le récit du Talmud

La Bible garde un silence total au sujet de cet événement. On trouve toutefois ce récit dans le Talmud, mais l’événement y est attribué non pas à Moïse (paix sur lui), mais au rabbin Yahuhanan ben Labi. Le récit dit que, lorsque cet événement se produisit, le rabbin en question se trouvait avec le prophète Élie (paix sur lui), lequel, après avoir été enlevé vivant de ce monde, fut intégré aux anges ; après avoir été enlevé vivant de ce monde, il se trouva avec les anges ; après avoir été enlevé vivant de ce monde, il fut intégré aux anges. Puis il fut chargé de l’administration du monde.

(The Talmud Selections, par H. Polano, p. 313-316).

Il est possible que, comme les événements antérieurs à l’Exode d’Égypte, cet événement n’ait pas été correctement conservé dans les livres des enfants d’Israël et que, plusieurs siècles plus tard, ils aient déplacé et rattaché des fragments du récit d’un endroit à un autre. Influencés par ce récit talmudique, certains musulmans ont déclaré que le Moïse mentionné ici ne pouvait pas être le prophète Moïse (paix sur lui), mais devait être un autre Moïse. Cependant, on ne peut considérer chacun des récits du Talmud comme une histoire exacte, pas plus qu’il n’existe de raison valable de penser que le Coran ferait ainsi mention d’un Moïse inconnu. De plus, lorsque les hadiths fiables rapportent, d’après Oubay ibn Ka‘b, que le Prophète éminent lui-même (paix et bénédictions sur lui), en expliquant ce récit, a indiqué que par Moïse il fallait entendre le prophète Moïse (paix sur lui) des enfants d’Israël, aucun musulman ne peut accepter le récit talmudique.

Les orientalistes ont, conformément à leur habitude, tenté de rechercher également la source de ce récit coranique. Ils ont identifié trois récits et affirmé que le prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) avait composé cette histoire en la copiant de ces sources, puis prétendu qu’elle lui avait été révélée par l’intermédiaire de cette révélation. Le premier des trois est l’épopée de Gilgamesh, le deuxième le Livre d’Alexandre en syriaque, et le troisième le récit juif mentionné plus haut.

Quatre questions à poser aux orientalistes

Il suffit de leur demander les réponses aux quatre seules questions suivantes pour arracher le masque de leur propagande haineuse :

Premièrement : Avez-vous la moindre preuve que, parce que vous avez trouvé dans deux ou quatre ouvrages anciens quelques propos concordant avec le Coran, vous puissiez affirmer que le récit coranique en a été tiré ?

Deuxièmement : La liste des livres en diverses langues que vous avez désignés comme sources des récits et des descriptions du Coran se transformerait, si vous l’établissiez, en catalogue d’une bibliothèque. Une telle bibliothèque existait-elle alors à La Mecque ? Ensuite, si les traducteurs de diverses langues prétendent cela en se fondant simplement sur les deux ou trois voyages que le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) aurait effectués hors d’Arabie, la question est la suivante : combien de bibliothèques aurait-il copiées ou mémorisées au cours de ces voyages commerciaux ? Et pourquoi ne trouve-t-on, dans ses paroles jusqu’à la veille de sa proclamation de la prophétie, aucun indice qu’il ait acquis de telles connaissances ?

Troisièmement : Les mécréants de La Mecque, les juifs et les chrétiens cherchaient, tout comme vous, d’où le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) tirait ces paroles. S’il les avait volées, pourquoi ses contemporains ne l’auraient-ils pas découvert ? On les mettait sans cesse au défi en leur disant que ce Coran avait été révélé par Allah et qu’il n’avait aucune autre source que la révélation. On leur disait : « Si vous prétendez que ce ne sont que des paroles humaines, prouvez donc qu’un être humain est capable de tenir de tels propos. » Ce défi brisa les reins des ennemis contemporains du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Pourtant, ils ne purent identifier aucune source dont serait issu le Coran, au point qu’une personne douée de raison aurait pu, non seulement y croire, mais même en concevoir le moindre doute.

La question est maintenant de savoir pourquoi les contemporains échouèrent à découvrir cette théorie, et comment, aujourd’hui, treize ou quatorze siècles plus tard, ceux qui nourrissent de l’hostilité envers l’islam ont-ils pu remporter un tel succès dans ce domaine ?

Quatrièmement : la dernière question, et la plus importante, est qu’il est également possible que le Coran soit un Livre révélé par Allah et qu’il rapporte fidèlement les événements des temps anciens, lesquels, déformés au fil de plusieurs siècles sous forme de récits oraux, sont parvenus aux hommes et se sont transformés en légendes. Sur la base de quelle preuve rationnelle cette possibilité a-t-elle été écartée ? Pourquoi a-t-on fait de cette seule possibilité le fondement de l’examen et de la recherche, à savoir que les récits coraniques auraient été composés à partir d’événements qui existaient déjà parmi les gens sous forme de légendes transmises oralement ? Peut-il y avoir une autre raison que l’hostilité et l’inimitié religieuses ?

Si l’on réfléchit profondément à ces questions, on est nécessairement conduit à la conclusion que tout ce que les orientalistes ont présenté au nom de l’« acquisition du savoir » ne relève en réalité nullement d’une véritable recherche du savoir.

Deuxièmement : la résolution de Pharaon de tuer Moïse (paix sur lui)

(Arabe****************************************à la page 464 du PDF)

« Un jour, Pharaon dit aux membres de son assemblée : “Laissez-moi, je vais tuer Moïse, et qu’il invoque donc son Dieu !” » — (sourate Al-Mu’min : 26).

L’événement relaté depuis ce verset jusqu’au verset 45 est un épisode d’une importance capitale dans l’histoire des enfants d’Israël. Pourtant, ils l’ont complètement oublié. La Bible et le Talmud ne font aucune mention de cet événement. On n’en trouve aucune trace non plus dans leurs autres récits. C’est uniquement par l’intermédiaire du Coran que le monde entier a appris que cet événement s’était produit pendant le conflit entre Pharaon et Moïse (paix sur lui).

L’importance de ce récit du point de vue de l’appel à la vérité

Toute personne qui ne nourrit pas une haine aveugle envers l’islam et le Coran ressentira certainement, en lisant ce récit, qu’il revêt une importance capitale du point de vue de l’appel islamique. Il ne serait pas déraisonnable de penser que certains membres de l’entourage de Pharaon, influencés par la personnalité de Moïse (paix sur lui), par sa prédication et par les miracles accomplis par son intermédiaire, aient cru intérieurement et n’aient pu rester silencieux en voyant Pharaon se préparer à faire tuer Moïse (paix sur lui). Pourtant, malgré leurs prétentions emphatiques à la connaissance et à la recherche de la vérité, il n’est pas difficile de comprendre que les orientalistes occidentaux tentent, sous l’emprise d’une haine aveugle, de dissimuler la vérité manifeste du Coran. Dans l’article consacré à « Moïse » dans l’Encyclopédie de l’islam, l’auteur dit au sujet de ce récit : « Un musulman de la cour de Pharaon tente de sauver Moïse (paix sur lui). » — Le récit coranique n’est pas clair (sourate 40, verset 28). Devons-nous le comparer au récit rapporté dans la Haggadah, selon lequel Hithro avait conseillé à la cour de Pharaon de faire preuve de clémence et de générosité ?

La confusion créée par ceux qui se prétendent chercheurs de vérité

Ceux qui se prétendent chercheurs de vérité semblent avoir définitivement décidé qu’il leur fallait relever une erreur dans chacune des paroles du Coran. S’ils ne trouvent aucun fondement pour relever une erreur dans un passage du Coran, ils doivent au moins semer suffisamment de confusion pour faire croire que ce passage n’est pas clair. Ensuite, ils doivent progressivement faire naître dans l’esprit des lecteurs le soupçon que l’épisode de Hithro rapporté dans la Haggadah, avant la naissance de Moïse (paix sur lui), aurait été entendu quelque part par le prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui), qui l’aurait ensuite relaté sous cette forme. Telle est la manière de procéder en matière de recherche qu’ils ont adoptée à l’égard de l’islam, du Coran et du prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui).

Troisièmement : objection concernant la durée du séjour dans la grotte dans le récit des Compagnons de la Caverne

Certains orientalistes refusent d’admettre que cet événement soit comparable au récit des Gens de la Caverne, au motif que le Coran fixe à trois cents et neuf ans la durée de leur séjour dans la caverne. Pourtant, nous avons expliqué dans la note 25 de cette sourate que, selon notre opinion, l’affirmation selon laquelle, dans le verset 25, la durée du séjour des Gens de la Caverne aurait été de trois cents et neuf ans est une parole des gens, et non une parole d’Allah. La preuve en est que, dans le verset suivant, Allah dit Lui-même : « Dis : Allah sait mieux combien de temps ils y sont restés. » Si Allah Lui-même avait mentionné trois cents et neuf ans, cette parole n’aurait aucun sens. C’est sur cette base que le vénérable Abdallah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) a retenu l’interprétation selon laquelle il ne s’agit pas d’une parole d’Allah, mais d’une parole des hommes.

L’audace de Gibbon

Il existe quelques divergences mineures entre le récit syriaque et le récit coranique, sur la base desquelles Gibbon a accusé le prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) d’« ignorance ». Pourtant, il sait lui-même, à propos du récit auquel il a accordé foi et sur lequel il a fait preuve d’une telle audace, qu’un homme de Syrie en a consigné le récit trente ou quarante ans après la survenue de cet événement. Au cours d’une période aussi longue, lorsqu’un récit oral passe d’un pays à un autre, il s’y produit nécessairement quelques divergences. Prétendre, à propos d’un tel récit, qu’il est vrai jusque dans les moindres détails et que toute divergence avec lui constitue une erreur du Coran, cela ne sied qu’à ces gens irréfléchis qui, aveuglés par la haine religieuse, méprisent les exigences élémentaires du savoir et de la raison.

Le témoignage des auteurs chrétiens

Le témoignage le plus ancien concernant ce récit se trouve dans l’homélie d’un prêtre chrétien de Syrie nommé Jacques de Saroug, rédigée en syriaque. Cet homme naquit en 452 de l’ère chrétienne, quelques années après la mort des habitants de la caverne, et rédigea cette homélie vers 474. Dans cette homélie, il donne un récit détaillé de l’événement. D’une part, ce récit syriaque parvint aux exégètes des premiers temps, et Ibn Jarir al-Tabari le cita dans son Tafsir à partir de diverses sources. D’autre part, ce récit parvint également aux Européens, fut traduit en grec et en latin, puis publié avec son commentaire. Dans le chapitre XXIII de son ouvrage intitulé Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, dans l’article consacré aux « Sept Dormants », Gibbon donne, à partir de la source susmentionnée, un récit de cette histoire qui correspond tellement à celui de nos exégètes qu’il semble que les deux récits proviennent d’une même source. Par exemple, le souverain dont les persécutions poussèrent les Gens de la Caverne à se réfugier dans une grotte de montagne est appelé Dakyanus ou Damyus par nos exégètes. Gibbon dit, quant à lui, qu’il s’appelait l’empereur Decius, qui régna sur l’Empire romain de 249 à 251 et dont le règne fut marqué par les persécutions infligées aux disciples de Jésus (que la paix soit sur lui). La ville où l’événement eut lieu est appelée Éphèse par nos exégètes, tandis que Gibbon l’appelle Ephesus. C’était une grande ville et un port romains situés sur la côte occidentale de l’Asie Mineure. Ses ruines sont encore visibles aujourd’hui en Turquie, à trente ou quarante miles au sud de la ville de Smyrne. Ensuite, le souverain sous le règne duquel les Gens de la Caverne se réveillèrent est appelé Tinzusis par nos exégètes, et l’empereur Théodose II par Gibbon. Après avoir adopté le christianisme, il fut empereur de Rome de 408 à 450. La similitude entre les deux récits était si grande que l’homme envoyé au marché pour acheter de la nourriture après le réveil des habitants de la caverne est appelé Yamlika par les exégètes, tandis que Gibbon l’appelle Izelikhas (Jamblique).

Deux récits divergents : leur mise en harmonie

Le récit détaillé de l’histoire est identique dans les deux versions. En voici le résumé : sous le règne de l’empereur Decius, alors que les chrétiens subissaient de terribles persécutions, sept jeunes gens se réfugièrent dans une grotte de montagne. Puis, la trente-huitième année du règne de l’empereur Théodose, c’est-à-dire en 445 ou 446, ils se réveillèrent. À cette époque, tout l’Empire romain était devenu adepte de Jésus (que la paix soit sur lui). Selon ce calcul, la durée de leur séjour dans la caverne s’éleva à environ 196 ans.

 

Directives

1. Le mouvement pour l’indépendance de l’Inde et les musulmans, vol. 2, p. 177-178

2. Introduction au Tafhîm al-Qur’ân

3. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 135

4. Tafhîmât, vol. 1, p. 9-17

5. Tafhîm al-Qur’ân, sourate An-Nahl, note 9

6. Tafhîm al-Qur’ân, sourate An-Nahl, note 10

7. Tafhîm al-Qur’ân, sourate An-Nahl, note 14

8. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Tâ-Hâ, note 23

9. Diniyat (Introduction à l’islam), p. 52-55

10. Tafhim al-Qur’an, sourate al-Baqara, note 23

11. Diniyat (Introduction à l’islam), p. 52-55

12. Tafhim al-Qur’an, sourate Yunus, note 74

13. Tehrik-e Azadi-e Hind aur Musalman, tome 2, p. 105-106 (Le mouvement pour l’indépendance du sous-continent et les musulmans)

14. Tafhim al-Qur’an, sourate Al ‘Imran, note 48

15. Tafhim al-Qur’an, sourate an-Nisa, note 208

16. Tafhim al-Qur’an, sourate an-Nisa, note 94

17. Tafhim-ul-Qur’an, sourate At-Tawbah, note 32

18. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 44

19. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 44

20. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 88

21. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-Qasas, note 66

22. Tafhim-ul-Qur’an, sourate An-Nisa, note 94

23. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-Kahf, note 94

24. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al ‘Imran, note 17

25. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Anbiyâ’, note 91

26. Rasâ’il wa Masâ’il, vol. 1, p. 25-27

27. Rasâ’il wa Masâ’il, vol. 1, p. 34-36

28. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Tahrîm, introduction

29. Tafhîm al-Qur’an, sourate Banî Isrâ’îl, note 1

30. Tafhîm al-Qur’an, sourate Yûsuf, note 66

31. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Anbiyâ’, note 49

32. Tafhîm al-Qur’an, sourate Hûd, note 50

33. Tafhim-ul-Quran, sourate Yusuf, note 22

34. Tafhim-ul-Quran, sourate Al-Anbiya, note 70

35. Tafhim-ul-Quran, sourate Al-Anbiya, note 87

36. Tafhim-ul-Quran, sourate An-Nisa, note 204

37. Tafhim-ul-Quran, sourate Ash-Shura, note 1

38. Tafhim-ul-Quran, sourate An-Nahl, note 56

39. Tafhim-ul-Quran, sourate Ash-Shura, note 81

40. Rasa’il wa Masa’il, volume 2, p. 348-351

41. Tafhîm al-Qur’an, sourate As-Saffat, note 60

42. Tafhîm al-Qur’an, sourate An-Nahl, note 56

43. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Qasas, note 10

44. Tafhîm al-Qur’an, sourate An-Nisa, note 204

45. Tafhîm al-Qur’an, sourate Yunus, note 20

46. Tafhîm al-Qur’an, sourate Hud, note 13

47. Tafhîm al-Qur’an, sourate Ash-Shura, note 83

48. La question politique et ses aspects politiques, religieux et civilisationnels, p. 247-250

49. Tafhim al-Qur’an, sourate Yunus, note 21

50. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Qasas, note 64

51. Tafhim al-Qur’an, sourate Ar-Ra’d, note 31

52. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Hajj, note 110

53. Tafhim al-Qur’an, sourate Hud, note 34

54. Tafhim al-Qur’an, sourate An-Nahl, note 3

55. Tafhim al-Qur’an, sourate Bani Isra’il, note 103

56. Tafhim al-Qur’an, sourate Ash-Shura, note 83

57. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-An‘âm, note 61

58. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Shûrâ, note 25

59. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Sajda, note 5

60. Tafhîm al-Qur’an, sourate Fâtir, note 71

61. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Bayyina, note 3

62. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Bayyina, note 3

63. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Bayyina, introduction

64. Dîniyât (Introduction à l’islam), p. 57-60

65. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Az-Zukhruf, note 4

66. Tafhimat, 1er tome, p. 238-255

67. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-Ankabut, note 91

68. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Yunus, note 88

69. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Yunus, note 89

70. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Yunus, note 90

71. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Yunus, note 21

72. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Ach-Choura, note 84

73. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-Qasas, note 109

74. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-Bayyina, note 4

75. Tafhim-ul-Qur’an, sourate As-Sajda, note 1

76. Tafhim-ul-Qur’an, sourate As-Saff, note 7

77. Tafhim-ul-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 113

78. Tafhim-ul-Qur’an, sourate As-Saff, note 8

79. Discours radiophoniques, p. 13-19

80. Discours radiophoniques, p. 28-38

81. Rasa’il o Masa’il, vol. 3, p. 149

82. Diniyat (Introduction à l’islam), p. 55-57, 71-72

83. Diniyat (Introduction à l’islam), p. 71-75

84. Tafhim al-Qur’an, sourate Saba’, note 47

85. Tafhim al-Qur’an, sourate Fatir, notes 44-45

86. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Anbiya, note 100

87. Tafhim al-Qur’an, sourate Yunus, note 55

88. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Furqan, note 66

89. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Furqân, note 4

90. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Anbiyâ’, note 1

91. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Âl ‘Imrân, note 69

92. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-A‘râf, note 28

93. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Ahzâb, note 15

94. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Yûnus, note 23

95. Rasâ’il wa Masâ’il, volume 2, p. 321-329

96. Rasâ’il wa Masâ’il, volume 2, p. 329-335

97. Rasa’il wa Masa’il, tome 1, p. 30-32

98. Rasa’il wa Masa’il, tome 1, annexe

99. Rasa’il wa Masa’il, tome 3, p. 164-167

100. Rasa’il wa Masa’il, tome 3, p. 151-154

101. Rasa’il wa Masa’il, tome 3, p. 154-157

102. Rasa’il wa Masa’il, tome 3, p. 157-162

103. Tafhimat (abrégé), tome 1, p. 158-162

104. Tafhimat (abrégé), tome 1, p. 98-113

105. Tafhimat, vol. 1, p. 288-317

106. Tafhimat, vol. 1, p. 273-81

107. La Sunna dans sa dimension juridique, p. 78-85, et Tafhim al-Qur’an, sourate an-Nahl, note 40

108. La Sunna dans sa dimension juridique, p. 78-85

109. Le Message islamique, p. 465-66

110. Tafhim al-Qur’an, sourate an-Nisa, note 89

111. Tafhim al-Qur’an, sourate al-Qiyama, note 13

112. La Sunna dans sa dimension juridique, p. 93-95

113. La Sunna dans son statut juridique, p. 121

114. La Sunna dans son statut juridique, p. 121-125

115. Tafhim al-Qur’an, sourate al-Jumu‘a, note 14

116. Tafhim al-Qur’an, sourate al-‘Alaq, note 10

117. Tafhim al-Qur’an, sourate Banî Isrâ’îl, note 107

118. Tafhim al-Qur’an, sourate al-Furqân, notes 14-16

119. Tafhim al-Qur’an, sourate al-An‘âm, note 31

120. Tafhim al-Qur’an, sourate al-Nahl, note 40

121. Tafhîm al-Qurân, sourate Banî Isrâ’îl, note 108

122. Tafhîm al-Qurân, sourate Al-A‘râf, note 10

123. Tafhîm al-Qurân, sourate Hûd, note 37

124. Tafhîm al-Qurân, sourate Al-Mu’minûn, note 26

125. Tafhîm al-Qurân, sourate Hûd, note 31

126. Tafhîm al-Qurân, sourate Al-Mu’minûn, note 26

127. Tafhîm al-Qurân, sourate Ibrâhîm, note 21

128. Tafhîm al-Qurân, sourate Ibrâhîm, note 19

129. Tafhim al-Qur’an, sourate Yâ-Sîn, note 107 ; Banî Isrâ’îl, note 95

130. Tafhim al-Qur’an, sourate Yâ-Sîn, note 95

131. Tafhim al-Qur’an, sourate Yûsuf, note 79

132. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-An‘âm, note 32

133. Tafhim al-Qur’an, sourate Ar-Ra‘d, note 56

134. Tafhim al-Qur’an, sourate Hâ-Mîm As-Sajda, note 19

135. Tafhim al-Qur’an, sourate Az-Zukhruf, note 30

136. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Furqân, note 14

137. Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Furqân, note 29

138. Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Anbiyâ, note 9

139. Le mouvement pour l’indépendance de l’Inde et les musulmans, vol. 1, p. 109-115 (le mouvement pour l’indépendance du sous-continent et les musulmans)

140. Dîn-e Haqq, p. 3-38

141. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 97

142. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hûd, note 69

143. Tajdîd wa Ihyâ-e Dîn, p. 13-34

144. Tafhîm al-Qur’ân, sourate ach-Chûrâ, note 20, sourate Yûsuf, note 60, sourate az-Zumar, note 3 ; Les quatre termes fondamentaux du Coran, p. 129-143, 52-56 (les quatre termes fondamentaux du Coran)

145. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 87

146. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Kahf, note 23

147. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-‘Ankabut, note 22

148. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 58

149. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Baqara, notes 293-295

150. Tafhim al-Qur’an, sourate Sad, note 43

151. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-Mu’minun, note 39

152. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A‘raf, note 90

153. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A’raf, note 94

154. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A’raf, note 95

155. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A’raf, note 96

156. Tafhim al-Qur’an, sourate Banî Isrâ’îl, note 113

157. Tafhim al-Qur’an, sourate Banî Isrâ’îl, note 115

158. Tafhim al-Qur’an, sourate Tâ-Hâ, note 53

159. Tafhim al-Qur’an, sourate Ash-Shu’ara, note 47

160. Tafhim al-Qur’an, sourate Tâ-Hâ, note 59

161. Tafhîm al-Qur’an, sourate An-Naml, note 21

162. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Mu’minûn, note 43

163. Tafhîm al-Qur’an, sourate Maryam, note 16

164. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Mu’minûn, note 17

165. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Mu’minûn, note 19 (a)

166. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Mu’minûn, note 20

167. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Mu’minûn, note 20 (a)

168. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Mu’minûn, note 21

169. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-A‘râf, notes 151-152

170. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-An‘âm, note 23

171. Tafhim al-Qur’an, sourate Tâ-Hâ, note 116

172. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-‘Ankabût, note 88

173. Tafhim al-Qur’an, sourate Al-‘Ankabût, note 91

174. Tafhim al-Qur’an, sourate Ar-Ra‘d, note 47

175. Tafhim al-Qur’an, sourate Ash-Shu‘arâ’, note 3

176. Tafhim al-Qur’an, sourate Ash-Shu‘arâ’, note 5

177. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Qamar, note 1

178. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Muddaththir, note 36 ; sourate Al-Baqara, note 281

179. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Baqara, note 282

180. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-An‘âm, note 33

181. Tafhîm al-Qur’an, sourate Yûnus, note 24

182. Tafhîm al-Qur’an, sourate Yûnus, note 24

183. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Mu’min, note 32

184. Tafhîm al-Qur’an, sourate Maryam, note 52

185. Tafhîm al-Qur’an, sourate Tâ-Hâ, notes 85-86

186. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Kawthar, note 1

187. Tafhîm al-Qur’an, sourate an-Naba’, note 25

188. Tafhîm al-Qur’an, sourate al-Anbiyâ’, note 27

189. Tafhîm al-Qur’an, sourate Saba’, note 40

190. Tafhîm al-Qur’an, sourate Saba’, note 41

191. Tafhîm al-Qur’an, sourate ad-Dukhân, note 37

192. Tafhîm al-Qur’an, sourate Hûd, note 84

193. Tafhim al-Qur’an, sourate Hûd, note 106

194. Tafhim al-Qur’an, sourate Hûd, note 106

195. Tafhim al-Qur’an, sourate an-Nahl, note 64

196. Tafhim al-Qur’an, sourate an-Nahl, note 79

197. Tafhim al-Qur’an, sourate al-Hajj, notes 124-125

198. Tafhim al-Qur’an, sourate az-Zumar, note 62

199. Tafhim al-Qur’an, sourate an-Najm, note 21

200. Tafhim al-Qur’an, sourate ar-Ra‘d, note 19

201. Tafhîm al-Qur’ân, sourate sourate al-Munâfiqûn, notes 13 et 14

202. Rasâ’il wa Masâ’il, vol. 2, p. 329–350

203. Tafhîm al-Qur’ân, sourate ad-Duhâ, note 4

204. Tafhîm al-Qur’ân, sourate ad-Duhâ, note 5

205. Tafhîm al-Qur’ân, sourate al-Jumu‘a, note 6

206. Tafhîm al-Qur’ân, sourate ad-Duhâ, introduction

207. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Alam Nashrah, note 2

208. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Alam Nashrah, note 3

209. Tafhîm al-Qur’an, sourate Alam Nashrah, note 1

210. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Kawthar, introduction

211. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Kawthar, note 4

212. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Kawthar, note 3

213. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Kawthar, note 1

214. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Lahab, note 1

215. Tafhîm al-Qur’an, sourate Banî Isrâ’îl, note 81

216. Tafhîm al-Qur’an, sourate Al-Qamar, note 24

217. Tafhîm al-Qur’ân, sourate As-Saffât, note 94

218. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Sâd, note 12

219. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Hâ-Mîm As-Sajdah, note 70

220. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Al-Qasas, note 108

221. Tafhîm al-Qur’ân, sourate Banî Isrâ’îl, note 98

— Fin —