Introduction

Bismillāhir-Raḥmānir-Raḥīm
Nous Le louons et prions sur Son noble Messager. Cela dit,
Après le Noble Coran, les hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) constituent la deuxième source du savoir islamique et le fondement du système de vie islamique. La vie du croyant s’articule autour des hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Sans les hadiths, il n’est pas non plus facile de comprendre le Coran et de le mettre en pratique. Profitant de cet amour naturel et de cette confiance envers les hadiths, de nombreux falsificateurs diffusent dans la société diverses paroles fabriquées sous le nom de « hadiths ». À toutes les époques, les savants ont identifié ces paroles forgées et fabriquées au moyen d’examens rigoureux et ont alerté les musulmans.
Bien que, dans notre pays, la lecture, l’enseignement et la pratique des hadiths existent depuis des générations, on y observe une négligence particulière dans la distinction entre les hadiths authentiques, faibles et fabriqués. Depuis des générations, d’innombrables paroles fabriquées, dépourvues de fondement et mensongères ont été et sont diffusées dans notre société sous le nom de hadiths. Ainsi, nous nous enfonçons dans le grave péché de mentir au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). En outre, nous subissons des préjudices de deux manières. Premièrement, ces hadiths fabriqués nous ont empêchés d’apprendre les enseignements des hadiths authentiques, de les pratiquer et d’agir conformément à eux. Deuxièmement, en les mettant en pratique, nous nous attirons un châtiment au lieu d’une récompense auprès d’Allah.
Depuis 1998, mon vénéré beau-père, le pir de Furfura, Hazrat Mawlānā Abū al-Anṣār al-Ṣiddīqī al-Qurayshī (qu’Allah le préserve), m’ordonne d’écrire un livre sur les hadiths fabriqués et forgés répandus dans la société. Conformément à ses instructions, j’avais écrit et remis quelques éléments. En 2002-2003, j’avais également écrit à ce sujet dans quelques numéros de Nida-e-Islam. Mais, en raison de mes capacités limitées, du manque de temps et d’autres circonstances, il ne m’était pas encore possible de publier ce sujet sous forme de livre. Enfin, par l’immense miséricorde d’Allah, ayant pu publier cet ouvrage, je Lui exprime d’innombrables remerciements.
Deux types de confusion existent au sujet des hadiths forgés. Beaucoup pensent que le mot « hadith » désigne nécessairement une parole du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ainsi, considérer un hadith comme faible reviendrait à mépriser la parole ou le propos du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Certains pensent que, aussi faible soit-il, puisqu’il s’agit d’une parole du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il faut l’accepter et le mettre en pratique.
Cette conception est sans aucun doute erronée. Cependant, à l’inverse, une confusion encore plus grave existe chez beaucoup de gens. De nombreux savants « ignorants » pensent que, puisque les hadiths ont été transmis oralement par une chaîne de transmission, c’est-à-dire par une succession de narrateurs, puis écrits et compilés plusieurs centaines d’années après le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ils contiennent nécessairement de nombreuses erreurs. Il ne faudrait donc pas se fier aux hadiths. Certains pensent aussi que puisque les hadiths contiennent de nombreuses paroles forgées, nous devons, selon notre raison et notre discernement, en accepter certaines et en rejeter d’autres.
La cause de toutes ces confusions est l’ignorance des méthodes précises et scientifiques employées par les Compagnons et, aux époques suivantes, par les traditionnistes de la communauté musulmane pour examiner les chaînes de transmission des hadiths et déterminer leur fiabilité. C’est pourquoi, dans la première partie de cet ouvrage, je m’efforce de traiter en détail de la définition du hadith, du statut du mensonge au nom des hadiths, de son histoire, des méthodes d’examen employées par les Compagnons et les traditionnistes ultérieurs pour déterminer l’authenticité des hadiths, des résultats de ces examens, des différentes formes de mensonge, de la classification des narrateurs menteurs, des méthodes de détermination des hadiths forgés, et d’autres sujets similaires. J’espère que cette étude dissipera les doutes et les obscurités dans l’esprit du lecteur et lui fera clairement comprendre le caractère extraordinaire de la communauté musulmane dans la préservation de l’authenticité des hadiths.
Dans la deuxième partie, j’ai présenté une étude thématique de plusieurs hadiths dépourvus de fondement, fabriqués et forgés, répandus dans notre société. Il convient de préciser qu’en ce qui concerne les hadiths forgés, je n’ai essentiellement exprimé aucune opinion personnelle. Depuis les imams tābiʿūn et tābiʿ al-tābiʿīn de la deuxième génération de l’Hégire jusqu’aux innombrables traditionnistes des époques ultérieures, ceux-ci ont compilé tous les hadiths attribués au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et, après un examen et une vérification approfondis, ont formulé des avis sur les hadiths et les narrateurs. Je me suis essentiellement appuyé sur ces avis et les ai rapportés. Lorsque les traditionnistes ont divergé au sujet de certains hadiths, j’ai mentionné leurs divergences. Dans certains cas, j’ai tenté d’expliquer la question au moyen d’une discussion quelque peu détaillée.
Dans un ou deux cas, j’ai constaté que certains ouvrages répandus dans notre société contenaient des hadiths que l’on ne trouvait dans aucun livre avec quelque chaîne de transmission que ce soit, authentique, faible ou mawḍūʿe. Ils sont fabriqués et dépourvus de fondement. Pour ce type de hadiths, j’ai exprimé mon propre avis. Dans les volumes suivants, je tenterai de traiter plus en détail de ces hadiths, si Allah le veut.
Il faut préciser ici que nombre de ces paroles sont directement présentées comme des hadiths. D’autres sont énoncées de manière générale comme des causes de récompense, de mérite, de bénédiction ou de préjudice, mais le lecteur ou l’auditeur les comprend comme étant des paroles d’Allah et de Son Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). On trouve beaucoup de paroles de cette nature dans divers ouvrages religieux répandus dans notre pays. Je les ai également abordées de temps à autre.
Pour montrer qu’elles sont répandues, j’ai parfois cité des ouvrages courants. Dans tous ces cas, mon intention était de montrer la diffusion de la parole en question. Je n’ai pas l’intention de critiquer ou de déprécier l’auteur ou le livre. Au contraire, tout en reconnaissant le service qu’ils ont rendu, mon intention est d’avertir les lecteurs au sujet des paroles fabriquées diffusées sous le nom de hadiths. Tous les auteurs recevront auprès d’Allah une récompense pour leurs efforts sincères. Nous prions le Tout-Puissant Allah pour ces auteurs : qu’Il accepte leur grand service, leur accorde la meilleure récompense et pardonne nos erreurs ainsi que les leurs.
L’une des raisons de l’augmentation du volume du livre est que, lors de l’examen des hadiths fabriqués sur presque tous les sujets, j’ai également apporté quelques éclaircissements sur les hadiths authentiques rapportés à ce sujet. Il a fallu le faire pour deux raisons.
Premièrement, il arrive souvent que les falsificateurs, en fabriquant un hadith, lui adjoignent certains mots ou phrases tirés d’un hadith authentique. En outre, du fait de la traduction, le sens d’un hadith forgé peut parfois sembler proche de celui d’un hadith authentique. Si l’on mentionnait seulement le hadith forgé, le lecteur ordinaire pourrait penser que tous les hadiths relatifs à ce sujet sont peut-être forgés. Ou bien il pourrait se dire : « Un hadith ayant ce sens se trouve dans tel ouvrage ; comment pourrait-il donc être forgé ? »
Deuxièmement, notre objectif n’est pas seulement d’identifier les hadiths forgés. Notre objectif est de renoncer aux hadiths forgés dans nos croyances et nos actes, de mettre en pratique les hadiths authentiques et de nous efforcer d’obtenir notre salut. C’est pourquoi, lorsque j’ai mentionné un hadith forgé, j’ai également dit, même brièvement, quelques mots sur les hadiths authentiques relatifs au sujet.
Je souhaite mettre le lecteur honoré en garde contre un point. Nous savons qu’il est beaucoup plus facile et plus agréable à la nature humaine de critiquer autrui que d’agir soi-même. C’est pourquoi, lorsque nous apprenons parfois une chose nouvelle, nous utilisons ce nouveau savoir pour relever les fautes des autres.
Quelqu’un me dit : « Untel appelle les gens à la voie d’Allah au moyen de hadiths faibles ou forgés. Je leur répète de lire les livres de hadiths authentiques, mais ils n’écoutent pas. » Je lui répondis : « Eux vont de porte en porte pour appeler les gens au moyen de hadiths faibles ; vous, auprès de combien de personnes êtes-vous allé avec les ouvrages de hadiths authentiques ? » La simple critique n’apporte aucun bien.
Grâce à ce livre, nous apprendrons l’existence de nombreux hadiths forgés. Ce savoir peut facilement nous faire tomber dans les griffes de Satan. Dans les salons de thé, les mosquées ou les sermons, nous pourrons critiquer diverses personnes ou divers groupes en disant qu’ils rapportent ou mettent en pratique tel hadith forgé. Par cette attitude, nous gagnerons un péché au lieu d’une récompense.
Tel n’est pas l’objectif de ce livre. Son objectif est que, plutôt que de nous appuyer sur des hadiths peu fiables, dépourvus de fondement et fabriqués, nous améliorions davantage nos actes et nos croyances en nous appuyant sur les hadiths authentiques. Nous mettrons personnellement en pratique les hadiths authentiques que nous apprendrons et encouragerons les autres à les mettre en pratique. Nous ne rapporterons ni ne mettrons plus jamais en pratique comme hadiths ceux dont nous apprendrons qu’ils sont forgés. Si quelqu’un le fait, nous tenterons, autant que possible, de le corriger avec affection et respect. En toutes circonstances, nous prierons Allah, le Majestueux et le Miséricordieux, de pardonner ses fautes et les nôtres et d’accepter nos œuvres.
Cher lecteur, je suis conscient de mes capacités limitées. Je sais que je ne suis fondamentalement pas qualifié pour écrire sur ce sujet. Tout ce que j’ai écrit est essentiellement un savoir emprunté. Il est donc naturel qu’il comporte des erreurs. Ainsi, si vous me signalez une erreur sur quelque point que ce soit, je vous en serai reconnaissant et vous accorderai le respect dû à un maître.
Comme je l’ai déjà dit, c’est mon vénéré beau-père, le pir de Furfura, Mawlānā Abū al-Anṣār al-Ṣiddīqī, qui m’a le plus encouragé à écrire cet ouvrage. Je prie le Tout-Puissant Allah de lui accorder la meilleure récompense, de le protéger, ainsi que ses enfants, ses proches et ses disciples. De nombreux amis, collègues, étudiants et bienfaiteurs m’ont également encouragé. Mon ami le Dr Muḥammad Abū Sīnā, le Dr Muḥammad ʿAlī Ullāh, M. A. S. M. Shuʿayb Aḥmad et M. Muḥammad ʿAbd al-Mālik ont lu le manuscrit et m’ont donné de nombreux conseils constructifs. Qu’Allah le Très-Haut accorde à tous la meilleure récompense.
Pour l’orthographe, j’ai généralement suivi les recommandations de la Bangla Academy. Toutefois, pour les mots arabes et persans, j’ai tenté d’employer des lettres aussi proches que possible de la prononciation originale. La question est difficile. Sous l’influence du persan et de l’ourdou, d’innombrables mots arabes sont entrés dans le patrimoine de la langue bengalie avec une prononciation et une transcription erronées. Dans bien des cas, je les ai conservés tels quels.
Cet ouvrage constitue une très humble tentative au service des hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Mon travail comporte de nombreuses imperfections. J’implore humblement le Tout-Puissant Allah de bien vouloir pardonner mes erreurs, accepter ce modeste service et en faire un moyen de salut pour moi, mes parents, mon épouse, mes enfants, mes proches, mes amis et tous les lecteurs. Āmīn !

Abdullah Jahangir

Première partie

Les hadiths et la falsification au nom des hadiths

1.1. La révélation et les hadiths

1.1.1. La révélation et son importance pour la préservation de l’humanité
Le Très-Haut aime profondément l’humanité qu’Il a créée. Il a créé l’être humain comme la meilleure de Ses créatures. Il lui a accordé la connaissance, la conscience, la raison et la capacité de discernement, qui le conduisent progressivement vers le progrès et le bien-être. Cependant, les connaissances humaines sont limitées. Grâce à sa connaissance, à sa conscience et à son discernement, l’être humain peut apprendre beaucoup de choses sur divers aspects du monde terrestre et progresser vers l’amélioration et l’enrichissement de sa propre condition ; mais il ne peut rien connaître de ce qui se trouve au-delà de ses sens. Ainsi, dans les domaines qui dépassent les sens, l’être humain n’est pas davantage capable de parvenir à une solution correcte par sa connaissance, sa conscience ou sa raison. Il suffit de se tourner vers l’histoire pour le comprendre.

L’être humain peut connaître les choses matérielles par l’expérience et la recherche. Il peut savoir, grâce à l’expérience humaine, à la recherche, à la raison et à la réflexion, comment cultiver pour obtenir une récolte plus abondante, comment construire une maison pour la rendre plus durable, comment conduire une voiture pour aller plus vite, comment cuisiner pour économiser davantage les qualités nutritives des aliments, comment faire des affaires pour augmenter les bénéfices ou renforcer la sécurité du capital, comment soigner pour accroître les chances, la certitude ou le taux de guérison, et ainsi de suite.

En revanche, la connaissance relative aux croyances, aux actes et aux pratiques religieuses ne peut jamais être acquise par l’expérience ou par la connaissance empirique. Quelle doit être la croyance concernant Allah, comment croire aux prophètes et aux messagers, quelle est la croyance correcte concernant l’au-delà, comment invoquer Allah, quelle œuvre permet d’obtenir davantage de Sa miséricorde et de Ses bénédictions, comment vivre pour accroître ses chances de salut dans l’au-delà, par quelle voie obtenir rapidement l’amitié d’Allah, quelle œuvre permet d’acquérir le plus de récompense, par quelle action les péchés sont pardonnés, et autres questions semblables : la plupart des questions religieuses et doctrinales ne peuvent jamais être connues de manière définitive par l’expérience ou la recherche, et aucun problème dans ce domaine ne peut être résolu définitivement au moyen de connaissances issues de la recherche ou de l’expérience.

C’est pourquoi, bien qu’Allah ait créé l’être humain comme la meilleure de Ses créatures en lui donnant la connaissance, l’intelligence et la conscience, Il a envoyé des prophètes et des messagers à travers les époques afin de le guider. À travers les âges, Il a choisi de grands hommes parmi différents peuples et communautés et leur a envoyé Sa parole, Sa révélation ou Son message. Il a enseigné par la révélation toutes les choses que l’être humain ne peut pas connaître ou sur lesquelles il ne peut pas prendre de décision définitive au moyen de la raison, de l’intelligence, de la conscience, de la recherche et de l’expérience. De plus, concernant les choses que l’être humain peut comprendre comme bonnes ou mauvaises par son intelligence et sa conscience, Il lui a également fait connaître par la révélation leur degré de bien ou de mal, leur importance, la manière de les mettre en pratique, et ainsi de suite.

La préservation de l’humanité et de la civilisation humaine est impossible sans préserver et suivre la connaissance reçue par la révélation. Pour éliminer les conflits d’intérêts, les affrontements et l’égoïsme, et pour développer l’amour véritable, le service et les valeurs humaines, il faut s’appuyer sur la connaissance révélée. Tout ce qui est dit, au sujet de la foi, de l’honnêteté, du péché, de la vertu, du Créateur, de l’au-delà, etc., à la lumière de la conscience humaine, de l’expérience ou de la recherche, en dehors de la révélation, ne fait qu’accroître la controverse, les conflits et les divisions. En effet, dans ce domaine, la vérité ultime ne peut jamais être connue par l’effort humain sans la révélation. Lorsque nous examinons l’histoire de la civilisation humaine, nous constatons que c’est en raison de la déformation ou de la disparition de la connaissance reçue par la révélation que différents peuples se sont égarés.

1.1.2. Les causes de la déformation ou de la disparition de la révélation
Les récits du Coran et des hadiths ainsi que l’histoire des différentes religions nous montrent que la disparition du savoir reçu par la révélation a principalement deux causes :
1. La connaissance ou les livres issus de la révélation ont été perdus ou détruits par négligence, faute de les mémoriser ou en raison de l’absence de conservation.
2. Faire passer des paroles humaines pour la révélation, ou mélanger des paroles ou des connaissances humaines à la révélation. (Khondkar Abdullah Jahangir, La croyance islamique à la lumière du Coran et de la Sunna, p. 11-15.)
Au premier stade, le savoir révélé disparaît complètement. Au second stade, un certain savoir est conservé sous le nom de révélation, mais il contient également des paroles fondées sur des connaissances humaines. Il n’existe alors aucun moyen de savoir quelle parole relève de la révélation et quelle parole est humaine, ni de les distinguer. Ainsi, le livre ou le savoir conservé sous le nom de « révélation » devient dépourvu de valeur. La plupart des peuples antérieurs ont déformé le savoir révélé selon la deuxième méthode. Chez les juifs, les chrétiens et la plupart des adeptes des autres religions, certains ouvrages sont conservés sous les appellations de « livres religieux », Divine Scripture, etc. D’innombrables paroles, récits et opinions humaines y sont mêlés. Il n’existe aucun moyen de séparer la révélation des paroles humaines, ni aucun moyen d’en extraire l’enseignement pur de la révélation.

1.1.3. Les deux types de révélation : le Coran et le hadith
Il est dit à maintes reprises dans le Noble Coran que l’Allah glorieux a accordé deux choses à Son noble Messager : la première est le « Livre » ou l’« Écrit », et la seconde est la « Hikmah » ou la « sagesse » (sourate al-Baqara, 129, 151, 231 ; sourate Âl ‘Imrân, 164 ; sourate an-Nisâ’, 113 ; sourate al-Ahzâb, 34 ; sourate al-Jumu‘a, 2).
Cet Écrit ou Livre est le Noble Coran, qui a été compilé mot pour mot, dans les termes et les phrases mêmes de la révélation. Quant à la Hikmah ou sagesse, il s’agit d’un savoir pratique supplémentaire transmis par la révélation et compilé sous le nom de hadith. Ainsi, en islam, la révélation est de deux sortes : le Coran et le hadith. Des dispositions particulières ont été prises afin de préserver ces deux sources fondamentales de l’islam. D’une part, il a été ordonné de mémoriser intégralement et littéralement le Coran et les hadiths afin de préserver intact et sans mélange le savoir révélé. D’autre part, il a été sévèrement interdit d’attribuer à Allah et à Son Messager toute parole qui n’est pas établie de manière incontestable.
1.1.4. Définition pratique du hadith
Par hadith, on entend les paroles, les actes ou les approbations du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Autrement dit, est appelé hadith ce que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit, fait ou approuvé à la lumière du savoir reçu par révélation.
Dans la terminologie des traditionnistes, est appelé « hadith » toute « parole, tout acte, toute approbation ou toute description qui a été rapporté ou revendiqué comme étant du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix ». Les paroles, actes ou approbations des Compagnons et des Tabi‘în sont également appelés hadiths. Le hadith rapportant les actes, paroles ou approbations du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est appelé « hadith marfû‘ ». Le hadith rapporté comme étant un acte, une parole ou une approbation est appelé « hadith mawqûf », tandis que le hadith rapporté comme étant un acte, une parole ou une approbation des Tabi‘în est appelé « hadith maqtu‘ ». [Al-‘Irâqî, Zayn ad-Dîn ‘Abd ar-Rahîm ibn al-Husayn (806 H), At-Taqyîd wa-l-Îdâh, p. 66-70 ; Fath al-Mughîth, p. 52-63 ; As-Sakhâwî, Muhammad ibn ‘Abd ar-Rahmân (902 H), Fath al-Mughîth, 1/8-9, 177-155 ; As-Suyûtî, Jalâl ad-Dîn ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Bakr (911 H), Tadrîb ar-Râwî, 1/183-194.]
Il convient de remarquer ici que, dans la terminologie des traditionnistes, est considéré comme un hadith tout acte, toute parole, toute approbation ou tout récit qui a été revendiqué ou présenté comme provenant du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Les traditionnistes ont vérifié s’il s’agissait réellement d’une parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), puis ont classé les hadiths en différents types et degrés selon leur fiabilité. Nous les expliquerons dans la suite de notre exposé.
1.1.5. L’importance du hadith dans le système de vie islamique
Discuter de l’importance du hadith dans le système de vie islamique semble, en apparence, superflu. De nombreux commandements du Noble Coran, les innombrables directives du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et la conduite des Compagnons prouvent incontestablement que le hadith est la deuxième source et le deuxième fondement du système de vie islamique. En réalité, les musulmans de toutes les époques sont unanimes sur ce point. Depuis l’époque des Compagnons et à toutes les époques, les efforts visant à étudier, compiler et expliquer les hadiths, ainsi qu’à diriger la vie humaine à leur lumière, se sont poursuivis. C’est ainsi qu’a été constitué un immense patrimoine de connaissances consacré au hadith. Toutefois, certains orientalistes juifs et chrétiens ainsi que certains savants de la communauté musulmane ont, à différentes époques et de diverses manières, tenté de nier l’importance du hadith. Nous pouvons répartir en quatre catégories les arguments présentés à l’appui de leur position :
(1) À la lumière de certains versets du Noble Coran, ils prétendent que « tout est exposé dans le Coran ». Le hadith serait donc inutile.
(2) En soulevant certaines objections concernant la transmission et la compilation des hadiths, ils prétendent que beaucoup de falsifications se sont introduites dans les hadiths. Il ne serait donc pas possible de s’y fier.
(3) En citant certains hadiths, ils tentent de démontrer qu’ils contiennent des propos contraires à la science ou au savoir, ou des contradictions.
(4) À partir de certains hadiths, ils présentent des preuves (!) selon lesquelles le Messager d’Allah et les Compagnons auraient interdit d’accorder de l’importance aux hadiths.
Il n’est pas possible de développer cette question dans le cadre de notre ouvrage. Cependant, dans ce livre, nous avons traité de la falsification des hadiths et de la manière de distinguer les hadiths forgés des hadiths authentiques. Le fondement même de toutes nos discussions et de tous les efforts de la communauté musulmane depuis l’époque des Compagnons jusqu’à aujourd’hui est le suivant : sans suivre les hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il n’est possible ni de mettre en pratique le Coran, ni de pratiquer l’islam, ni d’être musulman. Le hadith du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est l’un des principaux viatiques de notre vie. Nous devons toutefois nous appuyer sur des hadiths authentiques et établis.
Si l’on écarte les hadiths, il devient absolument impossible de suivre le Coran ou de pratiquer l’islam. Parmi les arguments avancés par ces personnes contre les hadiths, nous pouvons examiner le premier. Nous verrons que, pour suivre le Coran, il est indispensable de suivre les hadiths. Observez les points suivants :
(1) Les prophètes qui ont reçu la révélation ainsi que leurs disciples et compagnons qui les ont accompagnés constituent le modèle suprême de la mise en pratique et de l’observance des directives reçues par l’humanité au moyen de la révélation. Leur conduite est essentiellement le seul moteur permettant aux autres de suivre et de mettre en pratique la révélation. C’est pourquoi les membres de toutes les communautés préservent et enseignent la vie, les actes et les principes de leurs prédicateurs religieux, de leurs disciples, de leurs envoyés et de leurs compagnons comme la source principale de la pratique religieuse. Or il est impossible de connaître, sans les hadiths, la vie, les actes, les sacrifices, la patience, l’amour de l’humanité, la crainte d’Allah et l’intransigeance dans la voie de la vérité du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), etc. Séparer un musulman des hadiths revient précisément à le séparer de la vie réelle du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il devient alors très facile de le séparer du Coran et de l’islam.
(2) Sans s’appuyer sur les hadiths, il est absolument impossible de connaître le Coran. Aucune information sur la vie, l’identité, la fiabilité, l’honnêteté ou la prophétie de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne peut être connue autrement que par les hadiths. Il est impossible de savoir, sans les informations contenues dans les hadiths, comment il a reçu le Coran, l’a enseigné, l’a compilé, etc.
(3) Sans s’appuyer sur les hadiths, il est également impossible de suivre le Coran.
Le Noble Coran contient l’exposé de toute chose. Mais tout cela n’y figure que sous forme de « principes fondamentaux » ou de « directives premières ». La plupart des commandements du Noble Coran sont des « directives premières » qu’il est impossible de mettre en pratique sans explication. La plus haute et la plus éminente des œuvres de l’islam est la salat ou prière. Le Noble Coran ordonne la salat en plus d’une centaine d’endroits, mais n’en explique pas la méthode. Il ordonne en divers endroits de s’incliner ou de se prosterner. Il est dit : « Accomplissez la salat comme je vous l’ai enseignée. » Pourtant, nulle part dans le Noble Coran cette méthode de la salat n’est enseignée. Qu’est-ce que la « salat » ou la « prière » ? Quand faut-il l’accomplir ? Combien de rak‘at faut-il accomplir et à quels moments ? Selon quelle méthode chaque rak‘a doit-elle être accomplie ? Comment le Coran doit-il être récité dans chaque rak‘a ? Combien y aura-t-il d’inclinaisons et de prosternations ? Comment accomplir les inclinaisons et les prosternations ? Rien de tout cela n’est enseigné dans le Coran. Nous ne pouvons absolument pas accomplir le plus grand commandement du Coran sans nous appuyer sur les hadiths. De même, la plupart des commandements du Coran ne peuvent être mis en pratique sans l’explication des hadiths.
(4) Certains commandements du Noble Coran semblent contradictoires entre eux. Ainsi, à certains endroits, le vin, les jeux de hasard, etc., sont mentionnés comme licites, tandis qu’à d’autres ils sont mentionnés comme illicites. À certains endroits, il est ordonné de combattre les mécréants et les incroyants, tandis qu’à d’autres il est ordonné de s’abstenir de toute opposition et de toute guerre. Sans les directives des hadiths, il est impossible de savoir lequel de ces commandements est antérieur, lequel est postérieur et comment les mettre en pratique. C’est pourquoi, si l’on écarte les hadiths, il devient facile d’égarer les gens en donnant à ces versets des interprétations arbitraires et personnelles.
C’est principalement pour cette raison que les communautés juive, chrétienne, qadianie, bahá’ie et d’autres communautés similaires mènent une campagne générale de propagande contre les hadiths. Leur objectif est d’éloigner la communauté musulmane du Coran et de l’islam. Elles savent elles aussi qu’il est absolument impossible de suivre le Coran sans l’aide des hadiths. C’est essentiellement pour tromper les musulmans simples et sincères qu’elles invoquent le nom du « Coran ».
(5) Nous avons vu qu’Allah a accordé deux choses à Son Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : le Livre et la Hikmah. De toute évidence, le Coran est lui aussi sagesse et Hikmah. Cependant, le fait que ces deux éléments soient mentionnés séparément à maintes reprises nous permet de comprendre qu’Allah avait accordé à Son bien-aimé Messager une sagesse ou un savoir supplémentaires au-delà du Coran, et qu’à partir de cette sagesse il avait transmis à l’humanité de nombreux enseignements supplémentaires. Nous savons que ces enseignements supplémentaires du Coran qu’il a transmis ont été compilés sous la forme de « hadiths ». En dehors des hadiths, il n’existe aucun autre moyen de connaître et de suivre sa sagesse. Nous devons donc, conformément aux directives du Coran, mener notre vie en suivant le Coran et les hadiths.
(6) Le Coran ordonne d’obéir au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il ordonne également, en plus de lui obéir, de le suivre.
قُلْ إِن كُنتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ ۗ
— « Dis : “Si vous aimez Allah, alors suivez-moi ; Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés.” » (sourate Âl ‘Imrân : 31).
Nous savons que l’obéissance signifie appliquer les ordres et les interdictions. Suivre quelqu’un signifie agir exactement comme il agit. Sans s’appuyer sur les hadiths, il est absolument impossible de suivre le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Bien que le Noble Coran mentionne des ordres et des interdictions, il n’y expose nulle part les actes et le mode de vie du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il est donc absolument impossible de suivre le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) en se fondant uniquement sur le Coran. Ainsi, pour obtenir l’amour et le pardon d’Allah conformément aux directives du Coran, il faut nécessairement suivre le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) selon les récits des hadiths.
(7) Le Noble Coran dit :
لَّقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللَّهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ
— « Vous avez assurément dans le Messager d’Allah un excellent modèle. » (sourate al-Ahzâb : 21).
La conduite concrète du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la vie personnelle, familiale, sociale, étatique, etc., n’est pas mentionnée dans le Coran. Nous comprenons ainsi que, pour suivre l’exemple du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) conformément aux directives du Coran, nous devons nécessairement nous appuyer sur les hadiths.
(8) Le Noble Coran dit :
وَمَا آتَاكُمُ الرَّسُولُ فَخُذُوهُ وَمَا نَهَاكُمْ عَنْهُ فَانتَهُوا
— « Ce que le Messager vous donne, prenez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en. » (sourate al-Hashr : 7).
Nous savons que, durant sa longue vie prophétique, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a transmis d’innombrables enseignements à ses Compagnons. Il leur a donné de nombreuses directives détaillées concernant les différents aspects de la vie. Ces enseignements et ces directives font également partie de ce que « le Messager vous a donné ». Ainsi, pour accepter tout ce que « le Messager a donné », nous devons nécessairement nous appuyer sur les hadiths parallèlement au Coran.
Nous prendrons connaissance des autres objections qu’ils soulèvent concernant la compilation, l’écriture, la transmission et la falsification des hadiths dans les autres développements de cet ouvrage. Mais nous comprenons ici que, conformément aux directives du Coran, nous devons construire notre vie à la lumière des hadiths, suivre exactement le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à la lumière des hadiths, bâtir notre vie selon son modèle à la lumière des hadiths et appliquer les commandements du Coran sur la base des hadiths. Nous constatons également qu’en aucune circonstance il n’est possible de mettre en pratique le Coran ou de construire une vie islamique sans les hadiths.
La communauté musulmane est essentiellement unanime quant à cette importance des hadiths. C’est pourquoi elle a suivi les meilleures méthodes d’examen et de jugement pour prévenir la falsification et le mensonge au nom des hadiths. Avant d’examiner ces méthodes d’examen et de jugement, nous allons traiter de la définition du mensonge et du statut du mensonge au nom de la révélation. Nous implorons le tawfîq auprès d’Allah, le Très-Haut.

1.2. Le mensonge et le mensonge au nom de la Révélation

1.2.1. Définition du mensonge
Il est difficile de définir une chose célèbre et bien connue. Quelle est la définition du mensonge ? Le mensonge est le contraire de la vérité. Ce qui n’est pas vrai est un mensonge. Dire quelque chose qui, en réalité, n’est pas exact ou vrai, voilà ce qu’est le mensonge.
1.2.1.1. Le mensonge intentionnel et le mensonge involontaire
La question est claire. Toutefois, les savants musulmans divergent quelque peu au sujet du mensonge intentionnel et du mensonge involontaire. Les savants de la secte mu‘tazilite estimaient que si quelqu’un disait par erreur quelque chose qui était contraire à la réalité, cela ne serait pas considéré comme un mensonge au sens juridique de la Sharî‘a. Seul le fait de mentir sciemment serait considéré comme un mensonge. Les savants des Ahl as-Sunna wa-l-Jamâ‘a ont réfuté cette conception. Selon eux, même mentir par ignorance ou par erreur est considéré comme un mensonge au sens juridique de la Sharî‘a.
L’imam Abû Zakariyyâ Yahyâ ibn Sharaf an-Nawawî (676 H) dit : « Selon l’avis des savants attachés à la vérité, mentir consiste à dire une chose contraire à la réalité, que cela soit fait intentionnellement, involontairement, par erreur ou par ignorance. » [An-Nawawî, Yahyâ ibn Sharaf (676 H), Sharh Sahîh Muslim, 1/94]
Il dit également : « Selon nos savants appartenant à l’école des Ahl as-Sunna, le mensonge consiste à dire une chose contraire à la réalité, que cela soit intentionnel ou dû à une erreur. Selon les mu‘tazilites, seul le mensonge intentionnel est considéré comme un mensonge. » (An-Nawawî, Sharh Sahîh Muslim, 1/69).
1.2.1.2. Le mensonge involontaire à la lumière des hadiths
L’usage des hadiths nous permet d’établir avec certitude que toute parole contraire à la réalité est considérée comme un mensonge, qu’elle soit prononcée intentionnellement, involontairement, par ignorance ou pour toute autre raison.
1. Jâbir ibn ‘Abd Allâh (qu’Allah l’agrée) dit : Arabe (******)
— Un esclave de Hâtib ibn Abî Balta‘a (qu’Allah l’agrée) vint auprès du Messager (s) et dit : « Ô Messager d’Allah ! Certainement, Hâtib entrera en Enfer. » Le Messager d’Allah (s) lui dit alors : « Tu as menti. Il n’entrera pas en Enfer, car il était présent à Badr et à Hudaybiyya. » (Muslim, As-Sahîh, 4/1942).
Ici, le Messager d’Allah (s) a considéré comme mensongères les paroles de l’esclave de Hâtib. Celui-ci n’avait pas intentionnellement menti au sujet d’un événement passé. En réalité, il avait exprimé une opinion sur l’avenir. Il avait dit ce qu’il croyait. Cependant, puisque sa prédiction était contraire à la réalité, le Messager d’Allah (s) l’a qualifiée de mensonge. Nous comprenons ainsi que toute information concernant le passé ou l’avenir, si elle est contraire à la réalité, est considérée comme un mensonge. L’intention, l’absence d’intention, l’ignorance ou toute autre circonstance concernant l’informateur ne sont pas prises en considération à cet égard. Toutefois, le péché ou la faute du mensonge dépend de l’intention.
2. Le tâbi‘î Sâlim ibn ‘Abd Allâh dit : J’ai entendu mon père, ‘Abd Allâh ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée), dire : Arabe (*****)
— Voici votre plaine d’Al-Baydâ’, au sujet de laquelle vous mentez au nom du Messager d’Allah (s) — vous dites qu’il a commencé l’ihrâm du hajj depuis cet endroit — alors que le Messager d’Allah (s) avait revêtu l’ihrâm du hajj près de la mosquée, dans la plaine de Dhû-l-Hulayfa. (Muslim, As-Sahîh, 2/843).
De toute évidence, Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) n’accusait pas ces Compagnons et tâbi‘îs d’avoir menti intentionnellement. Le Messager d’Allah (s) accomplit le hajj avec plus de cent mille Compagnons lors du pèlerinage d’adieu. Après être sorti de Médine, il passa la nuit dans la plaine de Dhû-l-Hulayfa, puis revêtit le lendemain matin l’ihrâm du hajj depuis cet endroit. La plaine d’Al-Baydâ’ est adjacente à celle de Dhû-l-Hulayfa. Les Compagnons qui se trouvaient à une certaine distance ne l’entendirent pas dire qu’il revêtait l’ihrâm depuis Dhû-l-Hulayfa ; ils l’entendirent plutôt réciter la talbiya dans la plaine d’Al-Baydâ’. Ils pensèrent donc qu’il avait commencé l’ihrâm depuis Al-Baydâ’. C’est pourquoi beaucoup de gens rapportaient que le Messager d’Allah (s) avait commencé l’ihrâm depuis la plaine d’Al-Baydâ’. Comme ‘Abd Allâh ibn ‘Umar se trouvait à proximité, il connaissait le fait réel.
Nous constatons ainsi que l’information selon laquelle l’ihrâm avait été revêtu depuis Al-Baydâ’ était une erreur involontaire. Ceux qui avaient transmis cette information avaient dit sincèrement ce qu’ils savaient. Mais comme cette information était contraire à la réalité, Ibn ‘Umar l’a qualifiée de mensonge.

1.2.1.3. Mensonge versus « mawḍūʿ » (mawzūʿ) et « bāṭil »
(Nous avons l’habitude de dire mawḍūʿ selon la prononciation arabe originale. En revanche, dans l’usage bengali influencé par le persan et l’ourdou, nous disons mawzūʿ.)
Dans la terminologie du hadith et dans celle des Compagnons et des Tābiʿūn au premier siècle, les paroles mensongères attribuées au Messager d’Allah (s) étaient désignées comme des « hadiths mensongers ». Abū Umāmah (ra) rapporte que le Messager d’Allah (s) a dit : Arabe(*******)
— Celui qui attribue délibérément à mon nom un « hadith mensonger » devra demeurer en Enfer. (Al-Ṭabarānī, Sulaymān ibn Aḥmad (360 H), al-Muʿjam al-kabīr, 8/122.)
Même lorsqu’une parole que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’avait pas prononcée lui était attribuée, les Compagnons disaient : « Ce hadith est mensonger » ; ils employaient également les expressions « hadith mensonger » ou des termes similaires. À propos de ces personnes, ils employaient des expressions telles que « menteur » et « il ment ». [Ibn Abī Ḥātim, ʿAbd al-Raḥmān ibn Muḥammad (327 H), al-Jarḥ wa-l-taʿdīl, 1/349, 350, 351, 3/407, 6/212, 8/16, 52, 325 ; al-Dhahabī, Muḥammad ibn Aḥmad (748 H), Mīzān al-iʿtidāl, 1/271, 285, 2/80, 109, 122, 241, 3/4, 50, 375, 467, 475, 4/31, 91, 178, 191, 420, 428, 437, 5/3, 29, 52, 54, 88, 128, 169, 207, 220, 6/24, 55, 138, 246, 249, 534, 545, 566, 7/219, 341, 393, 8/162, 182, 196 ; Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī, Aḥmad ibn ʿAlī (852 H), Fatḥ al-Bārī, 13/113 ; al-Munāwī, Muḥammad ʿAbd al-Raʾūf (1031 H), Fayḍ al-qadīr, 1/540, 3/219, 5/300, 6/15, 216, 221, 353.]
À partir du deuxième siècle de l’hégire, avec la diffusion des mensonges au nom du hadith, les muhaddiths commencèrent à employer un autre terme synonyme de mensonge pour identifier ces menteurs. Le terme est(Arabe*****). Son sens premier est faire descendre, jeter, donner naissance. Il est également employé dans le sens de fabrication. [Ibn Durayd, Muḥammad ibn al-Ḥasan (321 H), Jamharat al-lugha, 3/95 ; al-Jawharī, Ismāʿīl ibn Muḥammad (393 H), al-Ṣiḥāḥ, 3/1299 ; Ibn Fāris, Aḥmad (395 H), Muʿjam maqāyīs al-lugha, 6/117-118 ; Ibn al-Athīr, Muḥammad ibn al-Mubārak (606 H), al-Nihāya, 5/197, 198 ; Ibn Manẓūr, Muḥammad ibn Mukarram (711 H), Lisān al-ʿarab, 8/396-397 ; Fallāta, ʿUmar ibn Ḥasan, al-Waḍʿ fī al-ḥadīth, 1/108]
En anglais : To lay, lay off, lay down, put down, set up… give birth, produce… humiliate, to be low, humble (Hans Wehr, A Dictionary of Modern Written Arabic, p. 1076).
À l’époque suivante, l’emploi de ce terme se généralisa dans la terminologie des muhaddiths. Selon leur terminologie, le fait de mentir au nom du hadith est appelé « waḍʿ », et ce type de hadith mensonger est appelé « mawḍūʿ ». Dans la prononciation bengali influencée par le persan et l’ourdou, nous disons généralement « mawzūʿ ».
De nombreux muhaddiths n’ont pas fait de distinction entre le mensonge intentionnel et le mensonge involontaire, c’est-à-dire l’erreur. Ils ont désigné les deux types de hadiths mensongers comme des hadiths mawḍūʿ. En bengali, nous pouvons traduire mawḍūʿ par forgé ou fabriqué.
Les muhaddiths ont défini le hadith mawzūʿ de deux manières. Certains muhaddiths ont dit dans leur définition du hadith mawzūʿ : « Un hadith fabriqué et forgé est appelé hadith mawzūʿ. » Ici, ils ont donné leur définition en considérant la nature du hadith.
D’autres muhaddiths ont dit dans leur définition du hadith mawzūʿ : « Le hadith qu’un narrateur menteur est le seul à avoir rapporté est un hadith mawzūʿ. » Ici, ils ont pris en considération la caractérisation générale du hadith mawzūʿ ou forgé. Nous verrons dans la suite de l’exposé que les muhaddiths vérifiaient essentiellement la véracité ou la fausseté du narrateur au moyen d’un examen comparatif (Cross Examine).
Certains muhaddiths ont fait une distinction entre le mensonge intentionnel et le mensonge involontaire. Ils ont appelé le mensonge involontaire « bāṭil » et le mensonge intentionnel « mawzūʿ » ou « mawḍūʿ ». Si l’examen comparatif et la vérification effectués par les muhaddiths prouvent que cette phrase n’a pas été prononcée par le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, mais qu’elle lui a été attribuée par erreur, ils désignent alors ce hadith comme « bāṭil ». En revanche, si l’examen montre que le narrateur a attribué cette parole au Messager d’Allah (s) volontairement ou en connaissance de cause, ils la qualifient de hadith mawzūʿ.
Lors de la compilation des hadiths mensongers, les muhaddiths ont suivi la première méthode. Ils ont considéré toutes les formes de mensonge, intentionnelles ou involontaires, comme mawḍūʿ. Leur objectif était d’identifier les paroles que le noble Messager (s) n’avait pas prononcées ou les actes qu’il n’avait pas accomplis, mais qui lui avaient été attribués ou imputés, afin d’empêcher la falsification au nom de la Révélation. La question de savoir si le narrateur avait menti intentionnellement ou par erreur ne constituait pas leur préoccupation. Un dispositif distinct existe pour examiner cette question dans les disciplines du rijāl et du jarḥ wa-l-taʿdīl. (Al-Muʿallimī, Muqaddimāt al-fawāʾid, p. 57.)

1.2.2. Le statut du mensonge
Avant d’examiner le statut du mensonge au nom de la Révélation ou du hadith, nous souhaitons aborder de manière générale le statut du mensonge. Détester le mensonge fait partie de la disposition naturelle de l’être humain. C’est pourquoi, dans toutes les sociétés humaines, le mensonge est considéré comme un péché, une injustice et une chose détestable. Dans le Noble Coran et les nobles hadiths, le mensonge a été sévèrement interdit. Dans différents versets du Noble Coran, il est ordonné aux croyants d’être véridiques en toutes circonstances. Le mensonge y est également présenté comme un péché détestable et une cause de châtiment sévère.
Il est dit en ordonnant une véracité constante :
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَكُونُوا مَعَ الصَّادِقِينَ [٩:١١٩]
— Ô vous qui croyez, craignez Allah et soyez avec les véridiques. (Sourate al-Tawbah : 119.)
Concernant le terrible châtiment du mensonge, il est dit :
فِي قُلُوبِهِم مَّرَضٌ فَزَادَهُمُ اللَّهُ مَرَضًا ۖ وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ بِمَا كَانُوا يَكْذِبُونَ [٢:١٠]
— Il y a une maladie dans leurs cœurs. Allah a donc accru leur maladie, et un châtiment douloureux leur est réservé parce qu’ils mentaient. (Sourate al-Baqarah : 10.)
Il est également dit :
فَأَعْقَبَهُمْ نِفَاقًا فِي قُلُوبِهِمْ إِلَىٰ يَوْمِ يَلْقَوْنَهُ بِمَا أَخْلَفُوا اللَّهَ مَا وَعَدُوهُ وَبِمَا كَانُوا يَكْذِبُونَ [٩:٧٧]
— En conséquence, Il a établi l’hypocrisie dans leurs cœurs jusqu’au jour où ils Le rencontreront, parce qu’ils ont manqué à la promesse qu’ils avaient faite à Allah et parce qu’ils mentaient. (Sourate al-Tawbah : 77.)
Il est dit dans un autre verset :
إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي مَنْ هُوَ مُسْرِفٌ كَذَّابٌ [٤٠:٢٨]
— Allah ne guide pas celui qui est transgresseur et grand menteur. (Sourate Ghāfir : 28.)
D’innombrables hadiths mentionnent le mensonge comme un péché terrifiant. Dans un hadith, ʿAbd Allāh ibn Masʿūd (ra) rapporte que le Messager d’Allah (s) a dit : Arabe(********)
— La véracité est une vertu. La véracité conduit à la vertu, et la vertu conduit au Paradis. Celui qui s’efforce constamment de dire la vérité est finalement inscrit auprès d’Allah comme un ṣiddīq, c’est-à-dire comme un très grand véridique. Quant au mensonge, c’est un péché. Le mensonge conduit au péché, et le péché conduit à l’Enfer. Celui qui ment ou s’efforce de mentir finit par être inscrit comme un grand menteur. [Al-Bukhārī, Muḥammad ibn Ismāʿīl (256 H), al-Ṣaḥīḥ, 5/2261 ; Muslim ibn al-Ḥajjāj (262 H), al-Ṣaḥīḥ, 4/2012, 2013.]
Dans les nobles hadiths, le mensonge est considéré comme l’un des signes de l’hypocrisie. Il a même été dit qu’un croyant peut commettre de nombreuses fautes, mais qu’il ne peut jamais dire un mensonge. Saʿd ibn Abī Waqqāṣ (ra) rapporte que le Messager d’Allah (s) a dit : Arabe (*******)
— La nature du croyant peut comporter toutes sortes d’habitudes, mais elle ne peut comporter ni trahison ni mensonge. [Al-Bazzār, Abū Bakr Aḥmad ibn ʿAmr (292 H), al-Musnad, 3/341 ; al-Haythamī, ʿAlī ibn Abī Bakr (807 H), Majmaʿ al-zawāʾid, 1/92.]

1.2.3. Le mensonge au nom de la Révélation
Le mensonge est toujours détestable. Mais lorsqu’il est proféré au nom de la Révélation, il est encore plus détestable et nuisible. En général, le mensonge entraîne des préjudices matériels pour l’individu ou la société humaine. Quant au mensonge au nom de la Révélation, il provoque la ruine et la destruction durables de l’humanité, ici-bas comme dans l’au-delà. Les gens se livrent alors, au nom de la religion, à diverses pratiques issues de la raison humaine et sombrent dans la ruine ici-bas et dans l’au-delà.

En observant les religions antérieures, nous pouvons clairement constater ce phénomène. Nous avons déjà dit que faire passer des paroles issues du savoir humain pour la Révélation est la cause de la déformation et de la disparition des religions. En général, les savants érudits de ces religions ont attribué ces paroles à la Révélation dans l’intérêt même de la religion. Ils pensaient qu’en présentant leurs paroles, leurs explications et leurs opinions comme venant de la Révélation, la « religiosité », la « dévotion », etc., augmenteraient chez les gens et qu’Allah en serait satisfait. C’est ainsi qu’ils ont déformé leur religion et égaré ceux qui la suivaient. Mais ils n’ont pas compris que si l’être humain pouvait comprendre toutes ces choses par sa seule sagesse, la Révélation ne serait pas nécessaire.

Le christianisme en est un exemple particulièrement connu. Selon le récit de la Bible déformée actuellement répandue, « Jésus-Christ » ordonna à ses disciples de n’adorer qu’Allah, d’observer les dix principes fondamentaux de la religion juive, de se circoncire, de respecter toutes les prescriptions de la Torah, de s’abstenir de manger du porc et d’accomplir d’autres actes similaires. Le menteur Saul, prenant le nom de Paul, se mit à prêcher « dans le but de propager le christianisme et d’accroître la dévotion parmi les gens » qu’il suffisait de croire en « Jésus-Christ » et de lui vouer un culte, et qu’il n’était pas nécessaire d’accomplir ces actes. Il disait : « Je mens à chaque peuple selon ce qui me plaît, afin que la dignité de Dieu soit rehaussée. »

C’est ainsi qu’il inaugura le chapitre le plus honteux de l’histoire de l’humanité. Peu à peu, cette religion paulinienne de la dévotion sans œuvres se répandit parmi les chrétiens. Des centaines de millions d’êtres humains à travers le monde tombèrent ainsi dans le polythéisme, la mécréance et le péché. Puisque le paradis s’obtient par la seule foi, il est impossible de réduire, par la prédication religieuse, les péchés, les injustices et les crimes destructeurs de l’humanité au sein des sociétés chrétiennes.

Parce que le mensonge au nom de la Révélation est le plus grave des mensonges, le Noble Coran et les nobles hadiths interdisent sévèrement de mentir au nom de la Révélation, d’Allah ou de Son Messager (s), de dire des choses douteuses ou de parler selon de simples conjectures. Toutes les dispositions nécessaires ont été prises afin que les deux formes de Révélation descendues sur Muhammad, le Messager d’Allah (s), soient conservées sans altération pour tous les êtres humains jusqu’au Jour de la Résurrection.

1.2.4. Les directives coraniques visant à préserver la Révélation du mensonge
La diffusion de mensonges ou de propos fondés sur des conjectures au nom de la « Révélation » comporte deux étapes : premièrement, dire soi-même un mensonge au nom de la Révélation ; deuxièmement, accepter et diffuser le mensonge d’autrui. Afin de fermer ces deux voies, le Noble Coran interdit, d’une part, de dire au nom d’Allah des mensonges ou des propos fondés sur des conjectures. D’autre part, il interdit d’accepter, sans l’examiner ni le vérifier, une information diffusée par quelqu’un.
1.2.4.1. L’interdiction de dire au nom d’Allah des mensonges et des propos fondés sur des conjectures
Dans le Noble Coran, Allah Très-Haut a maintes fois interdit avec la plus grande fermeté de mentir au nom d’Allah. De même, Il a sévèrement interdit de dire quoi que ce soit au nom d’Allah sans savoir, en se fondant sur des suppositions, des idées ou des conjectures. Mentir au nom du Messager d’Allah (s) revient à mentir au nom d’Allah, car le Messager d’Allah (s) parle de la part d’Allah. Tout comme le Coran, les hadiths sont également une révélation d’Allah. Le monde n’a reçu ces deux formes de Révélation, le Coran et les hadiths, que par l’intermédiaire du Messager d’Allah (s). Ainsi, dire au nom du Messager d’Allah (s) quelque mensonge, invention, conjecture ou propos fondé sur des suppositions revient à mentir au nom d’Allah ou à dire quelque chose au nom d’Allah sans savoir. Le Noble Coran a donné à maintes reprises des directives à ce sujet. Nous en mentionnons ici quelques-unes.
1. Le Noble Coran dit à maintes reprises :وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا– Qui est plus injuste que celui qui forge un mensonge contre Allah ou au sujet d’Allah ? (Sourate al-An‘âm : 21, 93 et 144 ; sourate al-A‘râf : 37 ; sourate Yûnus : 17).
2. Il est également dit :قَالَ لَهُم مُّوسَىٰ وَيْلَكُمْ لَا تَفْتَرُوا عَلَى اللَّهِ كَذِبًا فَيُسْحِتَكُم بِعَذَابٍ ۖ وَقَدْ خَابَ مَنِ افْتَرَىٰ [٢٠:٦١– Malheur à vous ! Ne forgez pas de mensonge contre Allah, sinon Il vous anéantira par un châtiment. Celui qui invente un mensonge est voué à l’échec. (Sourate Tâ-Hâ : 61)

3. Le Noble Coran interdit à maintes reprises de parler d’Allah, de la religion d’Allah, de Ses prescriptions, etc., sans savoir, en se fondant sur des conjectures ou des suppositions. Il est ainsi dit à un endroit :يَا أَيُّهَا النَّاسُ كُلُوا مِمَّا فِي الْأَرْضِ حَلَالًا طَيِّبًا وَلَا تَتَّبِعُوا خُطُوَاتِ الشَّيْطَانِ ۚ إِنَّهُ لَكُمْ عَدُوٌّ مُّبِينٌ [٢:١٦٨]
إِنَّمَا يَأْمُرُكُم بِالسُّوءِ وَالْفَحْشَاءِ وَأَن تَقُولُوا عَلَى اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ [٢:١٦٩– Ô humanité ! Mangez de ce qui est licite et bon sur la terre, et ne suivez pas les pas du diable. Il est certes pour vous un ennemi déclaré. Il ne vous commande que le mal et la turpitude, et de dire au sujet d’Allah ce que vous ne savez pas. (Sourate al-Baqara : 168-169).
4. Il est également dit ailleurs :قُلْ إِنَّمَا حَرَّمَ رَبِّيَ الْفَوَاحِشَ مَا ظَهَرَ مِنْهَا وَمَا بَطَنَ وَالْإِثْمَ وَالْبَغْيَ بِغَيْرِ الْحَقِّ وَأَن تُشْرِكُوا بِاللَّهِ مَا لَمْ يُنَزِّلْ بِهِ سُلْطَانًا وَأَن تَقُولُوا عَلَى اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ [٧:٣٣– Dis : « Mon Seigneur a interdit les turpitudes, apparentes et cachées, ainsi que le péché, l’agression injuste, le fait d’associer à Allah ce au sujet de quoi Il n’a fait descendre aucune preuve, et de dire au sujet d’Allah ce dont vous n’avez aucune connaissance. » (Sourate al-A‘râf : 33).
C’est ainsi que le Coran donne des directives pour préserver la connaissance révélée de toute falsification et de tout mensonge. Il interdit sévèrement de tenir des propos mensongers, inventés, conjecturaux ou fondés sur des suppositions au sujet d’Allah le Magnifique, de Son noble Messager (s), de Sa religion, de Ses prescriptions, etc.

1.2.4.2. L’ordre de vérifier toute information avant de l’accepter
De même qu’il est interdit de mentir soi-même au nom d’Allah ou de Son Messager (s), il est également interdit d’accepter le récit ou le propos peu fiable, mensonger ou fondé sur des conjectures d’autrui. Le Noble Coran ordonne à la communauté musulmane de rester vigilante lorsqu’elle reçoit une information ou un propos quelconque. Il est dit :يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِن جَاءَكُمْ فَاسِقٌ بِنَبَإٍ فَتَبَيَّنُوا أَن تُصِيبُوا قَوْمًا بِجَهَالَةٍ فَتُصْبِحُوا عَلَىٰ مَا فَعَلْتُمْ نَادِمِينَ [٤٩:٦– « Ô vous qui croyez ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-la, de peur que, par ignorance, vous ne portiez préjudice à des gens et que vous ne regrettiez ensuite ce que vous avez fait. » (Sourate al-Hujurât : 6).
À la lumière de cette directive, lorsqu’une personne fournit un témoignage ou une information, le musulman doit, avant de l’accepter, vérifier son honnêteté personnelle ainsi que son exactitude dans la transmission de l’information. Il est nécessaire d’être encore plus prudent et rigoureux que pour toute question mondaine lorsqu’il s’agit d’accepter un message ou une parole concernant le Messager d’Allah (s). En effet, dans les affaires mondaines, se fier à une information ou à un témoignage erroné peut porter atteinte aux biens, à l’honneur ou à la vie des gens. En revanche, la négligence concernant les hadiths du Messager d’Allah (s) ou la connaissance révélée peut entraîner la perte de la foi et la ruine de la vie éternelle dans l’au-delà. C’est pourquoi la communauté musulmane a toujours examiné toutes les informations, tous les hadiths et tous les récits avant de les accepter.

1.2.5. Les directives des hadiths pour préserver la Révélation du mensonge
Afin de préserver sa parole, ou les hadiths, de toute altération, erreur ou mensonge, intentionnel ou involontaire, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a donné à sa communauté diverses directives. Parmi celles-ci :

1.2.5.1. La directive de mémoriser et de transmettre les hadiths dans leur forme authentique
Dans divers hadiths, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a ordonné de mémoriser ses hadiths ou ses paroles exactement et dans leur forme authentique, puis de les transmettre. Jubayr ibn Mut‘im (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah a dit :

— Qu’Allah illumine le visage de celui qui a entendu une de mes paroles, l’a parfaitement assimilée et mémorisée, puis l’a transmise à celui qui ne l’avait pas entendue. [At-Tirmidhî, Muhammad ibn ‘Îsâ (279 H), As-Sunan, 5/33-34 ; Abû Dâwûd, Sulaymân ibn al-Ash‘ath (275 H)]

De nombreux autres hadiths allant dans ce sens ont été rapportés et compilés d’après beaucoup d’autres Compagnons.

1.2.5.2. L’interdiction de mentir au nom du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui)

D’autre part, afin qu’aucune parole humaine ne puisse être attribuée à son nom, il leur a strictement interdit de mentir en son nom ou d’y ajouter des paroles. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) rapporte que le noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

— Ne mentez pas en mon nom, car quiconque ment en mon nom devra entrer en Enfer. [Al-Bukhârî, Muhammad ibn Ismâ‘îl (256 H), As-Sahîh, 1/52, Fath al-Bârî, 1/199]

Az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

— Celui qui ment en mon nom aura pour demeure l’Enfer. [Al-Bukhârî, As-Sahîh, 1/52]

Salama ibn al-Akwa‘ (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

— Celui qui attribue à mon nom une parole que je n’ai pas prononcée aura pour demeure l’Enfer. [Al-Bukhârî, As-Sahîh, 1/52]

Ainsi, près de cent Compagnons, parmi lesquels les « Dix à qui le Paradis a été annoncé », ont rapporté cette mise en garde du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Aucun autre hadith n’a été rapporté par un aussi grand nombre de Compagnons. [An-Nawawî, Yahyâ ibn Sharaf (676 H), Sharh Sahîh Muslim, 1/68 ; Ibn al-Jawzî, Al-Mawdû‘ât]

1.2.5.3. L’interdiction de rapporter trop de hadiths et de rapporter un hadith sans l’avoir mémorisé

Rapporter beaucoup de hadiths peut entraîner des erreurs. C’est pourquoi le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a ordonné d’être vigilant à ce sujet. Il a interdit de rapporter un hadith sans être pleinement certain de l’avoir mémorisé correctement et avec exactitude. Abû Qatâda (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), debout sur le minbar, a dit :

— Attention ! Abstenez-vous de rapporter abondamment des hadiths en mon nom. Que celui qui rapporte quelque chose en mon nom rapporte une parole exacte. Et celui qui rapporte en mon nom une chose que je n’ai pas dite devra demeurer en Enfer. [Ibn Mâjah, As-Sunan, 1/14 ; Al-Albânî, Muhammad Nâsir ad-Dîn, Sahîh Sunan Ibn Mâjah, 1/29 ; Al-Mustadrak, 1/194]

‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah les agrée tous deux) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

— Abstenez-vous de rapporter des hadiths de ma part, sauf ceux que vous connaissez. [At-Tirmidhî, As-Sunan, 5/183]

Abû Mûsâ Mâlik ibn ‘Ubâda al-Ghâfiqî (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) nous a transmis ses dernières révélations et directives en disant :

— Attachez-vous fermement au Livre d’Allah et suivez-le. Bientôt, vous rencontrerez des gens qui aimeront rapporter des hadiths en mon nom. Si quelqu’un a quelque chose de mémorisé, qu’il le rapporte. Mais celui qui rapportera en mon nom une chose que je n’ai pas dite aura pour demeure l’Enfer. [Muslim, As-Sahîh, 1/12]

Ainsi, nous voyons dans divers hadiths que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a ordonné à sa communauté de mémoriser ses hadiths exactement et avec précision, et de transmettre ces hadiths ainsi mémorisés. En revanche, il a interdit de rapporter un hadith lorsqu’on ne l’a pas parfaitement mémorisé ou que l’on éprouve le moindre doute. Car attribuer à son nom, volontairement ou involontairement, une parole qu’il n’a pas prononcée est interdit et constitue le plus grave des péchés. Afin que ses hadiths ne soient pas altérés, même par erreur, il a interdit de rapporter un hadith sans l’avoir parfaitement mémorisé. Nous verrons que les Compagnons étaient extrêmement vigilants à ce sujet.

1.2.5.4. La mise en garde contre les rapporteurs de hadiths mensongers

De même qu’il est interdit de mentir de son propre chef au nom du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il est également interdit d’accepter les mensonges fabriqués par autrui. Il a averti sa communauté que des individus rapportant des hadiths mensongers apparaîtraient parmi la communauté musulmane. Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

— À la fin des temps, certains membres de ma communauté vous rapporteront des hadiths que ni vous ni vos pères et grands-pères n’avez jamais entendus. Attention ! Prenez garde à eux et éloignez-vous d’eux. [Muslim, As-Sahîh, 1/12]

Wâsila ibn al-Asqa‘ (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

— Avant l’Heure, Satan circulera dans les marchés et les assemblées en rapportant des hadiths ; il dira : « Untel, fils d’untel, m’a rapporté tel hadith au sujet de telle chose. » [Ibn ‘Adî, Ahmad, Al-Kâmil fî Du‘afâ’ ar-Rijâl, 1/115]

‘Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) rapporte :

— Satan prend l’apparence d’un être humain, vient parmi les hommes et leur rapporte des hadiths mensongers. Puis, après avoir entendu ces hadiths mensongers, les personnes réunies quittent l’assemblée. Ensuite, elles rapportent ces hadiths en disant : « J’ai entendu un homme rapporter ce hadith ; je reconnais son visage, mais je ne connais pas son nom. » [Muslim, As-Sahîh, 1/12]

1.2.5.5. L’interdiction d’accepter les récits douteux ou peu fiables
Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a interdit d’accepter un hadith sans l’avoir vérifié. Si quelqu’un accepte et rapporte comme hadith tout ce qu’il entend sans vérification, il sera coupable du péché de mentir au nom du hadith en raison de sa négligence dans la vérification. Il est dit dans les hadiths que, même sans avoir intentionnellement fabriqué un hadith mensonger, le simple fait de l’accepter sans vérifier s’il est vrai ou faux suffit à faire de lui un menteur. En outre, si une personne rapporte un hadith alors qu’elle éprouve un doute ou une incertitude quant à son authenticité et à son exactitude, elle sera également considérée comme menteuse et sera coupable du péché consistant à rapporter un hadith mensonger.

Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

— Il suffit à un homme, pour être considéré comme pécheur, de rapporter tout ce qu’il entend. [Muslim, As-Sahîh, 1/10]

Samura ibn Jundub (qu’Allah l’agrée) et Al-Mughîra ibn Shu‘ba (qu’Allah l’agrée) rapportent que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit :

— Celui qui rapporte en mon nom un hadith alors qu’il doute dans son cœur que ce hadith soit mensonger est lui aussi un menteur. [Muslim, As-Sahîh, 1/9]

1.2.6. La règle concernant le fait de mentir au nom des hadiths
1.2.6.1. Mentir au nom des hadiths est l’un des plus graves péchés majeurs
À la lumière des versets et des hadiths mentionnés ci-dessus, nous pouvons très facilement comprendre que mentir au nom des hadiths et faire passer les paroles des hommes pour des hadiths constituent le plus odieux des péchés et des crimes. Il n’existe aucune hésitation ni aucun doute à ce sujet parmi la communauté musulmane. Nous verrons dans la suite de cette discussion que les Compagnons du Messager d’Allah (s) s’abstenaient de rapporter des hadiths par crainte de commettre la moindre erreur involontaire ou due à l’inattention. Même les erreurs involontaires, ils les considéraient comme de terribles péchés et les évitaient avec prudence. En outre, ils considéraient le fait de rapporter un faux hadith fabriqué par autrui comme un crime équivalent à celui de fabriquer un faux hadith.
À propos de l’examen des hadiths mentionnés ci-dessus, l’imam Abû Zakariyyâ Yahyâ ibn Sharaf al-Nawawî (676 H) dit : Ces hadiths nous apprennent que mentir au nom du Messager d’Allah (s) est le plus rigoureusement interdit, le plus grave des péchés majeurs et le plus odieux et le plus destructeur des crimes. La communauté musulmane est unanime sur ce point. Toutefois, selon la majorité des savants, on ne peut déclarer quelqu’un mécréant pour ce crime. Celui qui ment au nom du Messager d’Allah (s), s’il ne considère pas ce mensonge comme licite, ne peut être déclaré mécréant. C’est un musulman pécheur. En revanche, s’il considère ce péché des plus graves comme licite, il sera considéré comme mécréant. Cependant, Muhammad al-Juwaynî et quelques autres imams ont considéré ce crime comme relevant de la mécréance. Al-Juwaynî disait que quiconque ment délibérément au nom du Messager d’Allah (s) doit être considéré comme mécréant et condamné à mort.
Ces hadiths nous apprennent que tout mensonge au nom du Messager d’Allah (s) est pareillement interdit, quel que soit le sujet concerné. Qu’il s’agisse des règles de la Loi religieuse, des mérites, de l’encouragement aux bonnes œuvres, de la mise en garde contre les péchés ou de tout autre sujet, mentir à son sujet constitue l’interdit le plus grave et l’un des plus terribles péchés majeurs. La communauté musulmane est unanime sur ce point. Tous ceux qui sont habilités à émettre des avis et dont les avis peuvent être suivis sont d’accord à ce sujet. (Al-Nawawî, Sharh Sahîh Muslim, 1/69).

1.2.6.2. Mentionner ou diffuser un hadith mawdu‘ est également rigoureusement interdit
L’imam al-Nawawî dit également : Rapporter sciemment un mensonge ou un hadith fabriqué est également interdit, quel qu’en soit le sens. Toutefois, il est permis de le rapporter afin de faire savoir qu’il s’agit d’un hadith mensonger. (Al-Nawawî, Taqrîb, Tadrîb al-râwî, 1/274).
Ailleurs, il dit : Si quelqu’un apprend qu’un hadith est mawdu‘, c’est-à-dire mensonger ou forgé, ou s’il a la forte conviction que le hadith est forgé, il lui est interdit de le rapporter. Si quelqu’un apprend qu’un hadith est mensonger et qu’il le rapporte malgré cela sans mentionner qu’il est fabriqué, il sera lui aussi considéré comme un fabricant de hadiths et sera inclus dans le terrible châtiment mentionné dans ces hadiths. (Al-Nawawî, Sharh Sahîh Muslim, 1/71).
L’imam Zayn al-Dîn ‘Abd al-Rahîm ibn al-Husayn al-‘Irâqî (806 H) dit : Un hadith mawdu‘ ou forgé est interdit à rapporter, quel que soit le sujet ou le sens qu’il véhicule. Qu’il s’agisse de règles, de récits, de mérites, d’encouragement aux bonnes œuvres, de mise en garde contre les péchés ou de tout autre sujet, celui qui sait qu’il est mawdu‘ n’a pas le droit de le rapporter, de le diffuser, de s’en servir comme preuve ni de prêcher à son sujet. Toutefois, il est permis de le rapporter en précisant qu’il est forgé ou fabriqué. (Al-‘Irâqî, Fath al-Mughîth, p. 120-121).

1.2.6.3. La règle concernant le repentir du fabricant de hadiths
Une différence particulière entre le fait de mentir au nom des hadiths et le fait de mentir dans d’autres domaines est que le repentir du menteur au nom des hadiths n’est pas considéré comme recevable par les traditionnistes. S’il est établi qu’une personne a faussement attribué ou diffusé une parole en la présentant comme une parole du Messager d’Allah (s), puis qu’elle se repent, Allah peut lui pardonner ; toutefois, auprès des traditionnistes, elle ne retrouvera pas son acceptabilité du seul fait de son repentir. Les traditionnistes ne considéreront jamais comme véridique et fiable un hadith rapporté par cette personne.
L’un des plus éminents traditionnistes et jurisconsultes du Ve siècle, Ahmad ibn Thâbit al-Khatîb al-Baghdâdî (463 H), dit : Le hadith de celui qui ment aux gens n’est pas recevable. Toutefois, l’imam Mâlik a mentionné que s’il se repent et que son honnêteté est établie, son hadith peut être considéré comme recevable. Mais si quelqu’un forge un hadith, y introduit un mensonge ou prétend avoir entendu ce qu’il n’a pas entendu, le hadith qu’il rapporte ne peut être considéré comme véridique ou correct. Les savants ont précisé que même s’il se repent par la suite, aucun hadith qu’il rapporte ne pourra être considéré comme véridique. On demanda à l’imam Ahmad (241 H) : Un homme a menti au sujet d’un seul hadith, puis il s’est repenti et a cessé de mentir ; que faut-il faire à son sujet ? Il répondit : Son repentir concerne ses relations avec Allah. Allah peut l’accepter s’Il le veut. Toutefois, aucun hadith qu’il rapporte ne pourra plus jamais être accepté comme correct et l’on ne pourra jamais plus se fier à ses narrations. L’imam Sufyân al-Thawrî (161 H), ‘Abd Allah ibn al-Mubârak (181 H) et d’autres imams ont tenu des propos semblables.
‘Abd Allah ibn al-Zubayr al-Humaydî (219 H), l’un des maîtres de l’imam al-Bukhârî, dit : Si quelqu’un, en rapportant un hadith, dit : « J’ai entendu ce hadith d’untel », puis qu’il est établi qu’il ne l’a pas entendu de cette personne, ou que son mensonge dans la transmission d’un hadith est découvert d’une autre manière, aucun hadith qu’il rapporte ne pourra plus être considéré comme correct ou fiable. Al-Khatîb al-Baghdâdî dit que cette règle s’applique lorsque le mensonge intentionnel est établi. [Al-Khatîb al-Baghdâdî, Ahmad ibn ‘Alî ibn Thâbit (463 H), Al-Kifâya fî ‘ilm al-riwâya, p. 117-118].
Le cheikh ‘Abd al-Haqq al-Muhaddith al-Dihlawî (1052 H) dit : S’il est établi qu’une personne a, ne serait-ce qu’une seule fois dans sa vie, menti intentionnellement en rapportant un hadith, aucun hadith qu’elle rapporte ne sera considéré comme correct ou fiable, même si elle se repent. (‘Abd al-Haqq al-Dihlawî, Muqaddima fî usûl al-hadîth, p. 63-64).

1.2.7. L’apparition du mensonge au nom des hadiths

Nous savons que, dans toutes les sociétés, nations et religions, le mensonge et les menteurs sont détestés. La véracité est toujours et partout louée et appréciée. C’est pourquoi, même dans la société arabe de la Jâhiliya, l’extraordinaire véracité de Muhammad, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était louée. Il était appelé « al-Amîn » et « as-Sâdiq », c’est-à-dire le digne de confiance et le véridique.

Muhammad, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, le plus véridique de tous les temps, a formé ses Compagnons à une véracité incomparable et exceptionnelle. Leur véracité était inflexible. Aucune difficulté ni aucun danger ne les a amenés à abandonner la vérité pour recourir au mensonge. En outre, il a expressément interdit de mentir au nom de la Révélation et au nom des hadiths, et a maintes fois évoqué le châtiment sévère qui en résulte.

Nous verrons dans la suite de cette étude que les Compagnons considéraient comme le plus grave des péchés et évitaient même la moindre erreur ou déformation involontaire attribuée au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, sans parler d’un mensonge délibéré.

C’est pourquoi nous constatons que, du vivant du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — comme après sa mort, aucun de ses Compagnons n’a jamais, en aucune circonstance, menti en son nom. Nous constatons plutôt que la plupart des Compagnons s’abstenaient de rapporter le moindre hadith au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — par crainte de commettre involontairement une erreur.

Du vivant du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, quelques hypocrites vivaient dans la société de Médine. Le mensonge était répandu parmi eux. Ils étaient toutefois très peu nombreux, et leur caractère mensonger était connu de la société. Ils n’étaient donc pas considérés comme crédibles. Personne ne croyait leurs paroles et eux-mêmes n’eurent jamais le courage ni l’occasion de mentir au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.

On rapporte un récit selon lequel un jeune homme demanda la main d’une jeune fille. Les proches de celle-ci refusèrent de lui donner leur fille en mariage. Plus tard, le jeune homme se rendit auprès d’eux et leur dit que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui avait ordonné de choisir et d’épouser n’importe quelle fille de leur famille. Le jeune homme resta sur place. Entre-temps, l’un d’eux se rendit auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et l’interrogea sur la véracité de l’affaire. Il répondit que le jeune homme avait menti : « Si vous le trouvez vivant, mettez-le à mort. Mais je ne pense pas que vous le trouverez vivant. » Ils retournèrent alors chez eux et constatèrent que le jeune homme était mort d’une morsure de serpent.

Si ce récit est authentique, il indique qu’un cas de mensonge délibéré au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’est produit de son vivant. Toutefois, la chaîne de transmission de ce récit est extrêmement faible. Il a été rapporté par plusieurs transmetteurs accusés de mensonge et très faibles. (Adh-Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl, 3/401-402 ; Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 4/54.)

De manière générale, nous constatons qu’après la mort du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, tant que les Compagnons furent nombreux dans la société musulmane, aucun cas de mensonge en son nom ne se produisit.

Avec le passage du temps, la situation commença à changer. Le changement s’amorça durant la seconde moitié du premier siècle de l’Hégire. À cette époque, de nombreux Compagnons moururent et d’innombrables nouveaux musulmans se réfugièrent sous l’égide de l’islam. C’est parmi eux qu’apparurent d’abord des mensonges au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Puis cette tendance se répandit progressivement.

En l’an 23 de l’Hégire, Dhû an-Nûrayn, ‘Uthmân ibn ‘Affân — qu’Allah l’agrée —, prit la responsabilité du califat. Il l’exerça pendant près de douze ans, jusqu’en l’an 35 de l’Hégire. Durant cette période, parallèlement aux conquêtes islamiques, l’islam se répandit dans diverses régions d’Asie et d’Afrique. D’innombrables personnes se réfugièrent sous l’égide de l’islam. La plupart d’entre elles vivaient très loin de Médine, le centre de l’islam, dans des régions telles que l’Égypte, Kairouan, Koufa, Bassora, la Syrie, la Palestine et le Khurasan. Elles étaient également privées de la compagnie des Compagnons.

Chez beaucoup d’entre elles, la foi, le caractère et la conduite véritablement islamiques ne purent se développer pleinement. Du fait de leur ignorance, de l’influence de leurs anciennes religions, de leur hostilité envers l’islam ou les Arabes, et d’autres facteurs, divers mensonges et calomnies commencèrent à se propager parmi elles. De nombreux ennemis de l’islam, ayant échoué à vaincre l’islam sur le champ de bataille, tentèrent de le détruire par le mensonge et la calomnie. Or le mensonge le plus grave et le plus durable est celui qui est propagé au nom de la Révélation ou des hadiths. Les ennemis de l’islam eurent recours à ce mensonge.

À cette époque, ces gens se mirent à multiplier les propos sur le rang, le pouvoir, les connaissances particulières, les pouvoirs extraordinaires et la nécessité de placer au pouvoir les descendants du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, en particulier ‘Alî ibn Abî Tâlib — qu’Allah l’agrée —, ainsi que les propos dénigrant ‘Uthmân ibn ‘Affân — qu’Allah l’agrée. La plupart de ces affirmations étaient formulées sous forme d’arguments et de débats. Mais ils commencèrent aussi à inventer indirectement certains propos au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Ces pécheurs n’avaient toutefois pas encore l’audace de mentir directement en son nom : d’innombrables Compagnons étaient encore vivants et il existait une forte possibilité que leurs mensonges soient démasqués. La tendance au mensonge commença néanmoins à se former.

L’un des grands juristes, traditionnistes et historiens des troisième et quatrième siècles de l’Hégire, l’érudit Muhammad ibn Jarîr at-Tabarî — mort en 310 de l’Hégire —, dit en évoquant les événements de l’an 35 : « ‘Abdullah ibn Saba était un Juif du Yémen. Il embrassa l’islam à l’époque de ‘Uthmân — qu’Allah l’agrée —. Ensuite, il parcourut différentes villes et localités, y propageant diverses paroles qui égaraient les gens. Il ne parvint pas à obtenir de résultat notable au Hijaz, à Bassora, à Koufa et en Syrie. Il se rendit alors en Égypte. Il se mit à prêcher : “Il est étonnant de voir quelqu’un croire que Jésus reviendra sur terre, mais ne pas croire que Muhammad reviendra sur terre. Il considère le retour de Jésus comme vrai, mais considère comme mensonge le retour de Muhammad. Des milliers de prophètes sont partis. Chaque prophète a confié, par testament, une responsabilité à l’un des membres de sa communauté. Le dépositaire du testament et de la responsabilité confiés par Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est ‘Alî ibn Abî Tâlib. Muhammad est le dernier des prophètes et ‘Alî est le dernier dépositaire du testament et responsable désigné. Qui donc peut être plus injuste que celui qui n’a pas accepté le testament et la désignation du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, mais s’est emparé lui-même du pouvoir ?” » (At-Tabarî, Muhammad ibn Jarîr, mort en 310 de l’Hégire, Târîkh al-Umam wa al-Mulûk, 2/647.)

Nous voyons ici que ‘Abdullah ibn Saba, tout en présentant ses égarements sous le couvert d’arguments, attribua indirectement certains propos au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Il affirma notamment que ‘Alî avait reçu une responsabilité du Messager d’Allah et que le fait de ne pas lui confier cette responsabilité constituait une injustice.

Nous verrons dans la suite de cette étude que, lorsque ce type de faiblesse apparut dans la véracité de la population musulmane, les Compagnons adoptèrent des mesures et des méthodes particulières afin de combattre le mensonge au nom des hadiths du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.

Vers la fin du premier siècle de l’Hégire, la tendance à fabriquer des hadiths au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — afin de démontrer diverses opinions égarées se renforça. La tendance à mentir au nom des Compagnons augmenta également. Parallèlement, les mesures de vigilance de la communauté musulmane se développèrent.

Mukhtâr ibn Abî ‘Ubayd ath-Thaqafî — 1-67 de l’Hégire — était un tâbi‘î contemporain des Compagnons. Après le martyre de l’imam Husayn — qu’Allah l’agrée — dans la plaine de Karbalâ, en l’an 60 de l’Hégire, il se rendit à Koufa, en 64-65, au nom du gouverneur de La Mecque, ‘Abdullah ibn az-Zubayr — 1-73 de l’Hégire. À Koufa, il se mit à capturer et à tuer les personnes impliquées dans l’assassinat de l’imam Husayn. Puis il refusa de prêter allégeance à ‘Abdullah ibn az-Zubayr et prétendit être le représentant de Muhammad ibn al-Hanafiyya, fils de ‘Alî. Il se mit ensuite à prétendre qu’il recevait l’inspiration de la Révélation, qu’il était le représentant particulier du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, le calife, et ainsi de suite. Finalement, en l’an 67 de l’Hégire, il fut vaincu et tué par l’armée de ‘Abdullah ibn az-Zubayr.

Pour démontrer la véracité de toutes ces prétentions, il ordonna, sollicita et encouragea plusieurs personnes à fabriquer et à rapporter des hadiths mensongers en sa faveur.

Abû ‘Anâr al-Harrânî rapporte que Mukhtâr ibn Abî ‘Ubayd ath-Thaqafî dit à un transmetteur de hadith : « Fabrique en ma faveur un hadith au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — disant qu’après lui je viendrai comme son représentant et que je vengerai le meurtre de ses descendants. Pour cela, je t’offrirai dix mille dirhams, des montures, des esclaves et des vêtements. » Le transmetteur répondit : « Il m’est impossible de fabriquer un hadith au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Mais il serait possible d’inventer une parole au nom de l’un des Compagnons. Pour cela, tu peux réduire comme tu le souhaites ton cadeau. » Mukhtâr dit : « Si la parole est attribuée au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, son importance sera plus grande. » L’homme répondit : « Son châtiment sera aussi plus sévère. » (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât, 1/16-17.)

Mukhtâr adressa de telles demandes à beaucoup de gens. Lorsque cela était nécessaire, il les menaçait et alla même jusqu’à les tuer. Salâma ibn Kathîr rapporte qu’Ibn Rabî‘a al-Khuzâ‘î avait connu l’époque du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Il dit : « Je me rendis un jour à Koufa. On m’amena auprès de Mukhtâr ath-Thaqafî. Il s’assit seul avec moi et me dit : “Monsieur, vous avez connu l’époque du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Si vous rapportez une parole au nom du Messager d’Allah, les gens vous croiront. Renforcez mon pouvoir en rapportant un hadith au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Ces sept cents pièces d’or sont pour vous.” Je lui répondis : “Le mensonge au nom du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — conduit certainement à la Géhenne. Je ne peux pas faire cela.” » (Al-Bukhârî, Muhammad ibn Ismâ‘îl, mort en 256 de l’Hégire, at-Târîkh al-Kabîr, 8/438 ; at-Târîkh as-Saghîr, 1/147.)

Mukhtâr ordonna également à Muhammad ibn ‘Ammâr, fils du Compagnon ‘Ammâr ibn Yâsir — qu’Allah l’agrée —, de fabriquer et de diffuser en sa faveur des hadiths transmis par l’intermédiaire de son père ‘Ammâr. Lorsque celui-ci refusa, Mukhtâr le tua. (Al-Bukhârî, at-Târîkh as-Saghîr, 1/147 ; al-Jarh wa at-Ta‘dîl, 8/43.)

Vers la fin du premier siècle de l’Hégire, la tendance à mentir au nom des Compagnons célèbres apparut. En particulier, certains partisans de ‘Alî ibn Abû Tâlib — qu’Allah l’agrée — commencèrent à mentir en son nom. Ils se mirent à inventer diverses affirmations : il aurait secrètement détesté ou blâmé Abû Bakr et ‘Umar — qu’Allah les agrée —, il accomplissait toutes sortes de miracles, il possédait des pouvoirs surnaturels, et ainsi de suite.

Le célèbre tâbi‘î Ibn Abî Mulayka, ‘Abdullah ibn ‘Ubaydullah — mort en 117 de l’Hégire —, rapporte : « J’écrivis à ‘Abdullah ibn ‘Abbâs — mort en 68 de l’Hégire — pour lui demander de m’écrire quelques questions choisies et utiles. Il répondit : “Un jeune homme digne de confiance et bienveillant. Je choisirai spécialement pour lui certaines questions et laisserai de côté ce qui est inutile.” Il demanda alors le manuscrit écrit du jugement de ‘Alî. Il en recopia certains passages. Puis, après en avoir lu quelques parties, il dit : “Par Allah, ‘Alî n’aurait jamais rendu un tel jugement. Seul un égaré pourrait rendre un tel jugement.” » (Muslim, as-Sahîh, 1/13.)

Autrement dit, certains compagnons de ‘Alî, excessivement enthousiastes et dévoués, avaient écrit dans ces manuscrits des paroles mensongères en son nom qui portaient atteinte à sa dignité, bien qu’ils les eussent ajoutées dans l’intention d’accroître son prestige.

À ce sujet, un autre tâbi‘î, Tâwûs ibn Qaysân — mort en 106 de l’Hégire —, dit : « Le manuscrit du jugement de ‘Alî fut apporté à Ibn ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée —. Il en effaça tout le contenu, à l’exception d’une longueur équivalente à une coudée. » (Muslim, as-Sahîh, 1/13.)

Le célèbre tâbi‘î Abû Ishâq as-Sabî‘î — mort en 129 de l’Hégire — rapporte que lorsque ces partisans excessivement dévoués de ‘Alî inventèrent ces nouvelles paroles fabriquées après sa mort, l’un des partisans de ‘Alî dit : « Qu’Allah les détruise ! Quel immense savoir ont-ils détruit ! » (Muslim, as-Sahîh, 1/13.)

Le tâbi‘î Mughîra ibn Miqsam ad-Dabbî — mort en 136 de l’Hégire — dit : « Le mensonge s’étant tellement répandu parmi les partisans de ‘Alî, lorsqu’une personne autre que celle qui avait connu ‘Abdullah ibn Mas‘ûd rapportait un hadith de ‘Alî — qu’Allah l’agrée —, celui-ci n’était pas considéré comme exact et fiable. » (Muslim, as-Sahîh, 1/13.)

Ainsi, nous avons vu qu’à partir du milieu du premier siècle de l’Hégire, la tendance à mentir au nom des hadiths apparut progressivement chez les gens, pour divers intérêts et objectifs. Cette tendance augmenta avec l’évolution des époques. À partir du deuxième siècle de l’Hégire, le nombre de menteurs ne cessa de croître, tout comme les formes et les méthodes du mensonge. Dans le chapitre suivant, nous étudierons l’identité et les catégories des faussaires menteurs, ainsi que les causes de leurs falsifications. Mais auparavant, nous souhaitons examiner les méthodes adoptées par la communauté musulmane pour combattre le mensonge.

Les Compagnons et les savants musulmans des générations qui leur succédèrent adoptèrent des méthodes extrêmement efficaces et scientifiques afin de distinguer les hadiths authentiques de toutes les formes de mensonge. Nous souhaitons examiner ici leurs méthodes et leurs actions.

1.3. Les Compagnons dans la lutte contre le mensonge

À la lumière des directives générales du Coran et des hadiths concernant la préservation exacte et intacte du savoir révélé, des conséquences terribles du fait de mentir au nom de la Révélation ou de parler au hasard, des instructions particulières du Messager d’Allah (ﷺ) relatives à la préservation exacte et intacte des hadiths, ainsi que de l’interdiction de mentir au nom des hadiths, les Compagnons adoptèrent diverses méthodes pour protéger les hadiths du Messager (ﷺ) contre toute erreur, déformation ou mensonge, qu’ils soient involontaires, dus à l’ignorance ou intentionnels. D’une part, ils faisaient eux-mêmes preuve de la plus grande prudence dans la transmission des hadiths. Tant qu’ils n’étaient pas pleinement certains de les avoir mémorisés intégralement et correctement, ils ne les rapportaient pas. D’autre part, ils encourageaient et exhortaient chacun à mémoriser les hadiths intégralement, mot à mot et avec exactitude, puis à les transmettre. Troisièmement, au moindre doute concernant l’exactitude d’un hadith rapporté par un Compagnon ou un Tabi‘î, ils ne l’acceptaient qu’après l’avoir vérifié par différents moyens d’examen. Il convient de noter qu’à leur époque, il n’existait aucune possibilité de commettre une erreur intentionnelle. Personne ne mentait, même dans les conversations et les transactions de la vie courante. L’honnêteté et la fiabilité étaient leurs traits caractéristiques. Malgré cela, lorsqu’on observe les efforts qu’ils déployaient pour protéger les hadiths du Messager (ﷺ) contre la moindre erreur involontaire, due à l’ignorance ou à l’inattention, on ne peut qu’être stupéfait.

1.3.1. Se préserver de mentir involontairement
Nous savons que le mensonge peut être volontaire ou involontaire. L’erreur involontaire est également considérée comme un mensonge. Lorsqu’ils rapportaient un hadith, les Compagnons s’efforçaient de toutes leurs forces de se préserver du « mensonge » involontaire en rapportant les hadiths avec exactitude et littéralement. Les ouvrages de hadith consignent d’innombrables exemples de leur prudence dans la transmission des hadiths. Nous en mentionnerons ici quelques-uns.

Le tabi‘î ‘Amr ibn Maymûn al-Azdî (74 H) dit : Arabe (*********)
— Je me rendais chaque jeudi auprès de ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée). Dans ses propos, il ne disait jamais : « Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit. » Un après-midi, il dit : « Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit », puis baissa la tête. Je le regardai et le vis debout. Les boutons de sa tunique étaient ouverts. Ses yeux étaient devenus rouges et les veines de son cou s’étaient gonflées. Il dit : « Ou bien le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit une parole moindre que celle-ci, ou plus grande, ou semblable, ou proche de celle-ci. » (Ibn Mâjah, as-Sunan 1/10-11 ; as-Sunan 1/88 ; al-Mustadrak 1/194).

Le tabi‘î Masrûq ibn al-Ajda‘ Abû ‘Â’isha (61 H) dit : Arabe (***)
— Un jour, ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) rapporta un hadith du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Il se mit alors à trembler, au point que ses vêtements tremblaient eux aussi. Puis il dit : « Ou bien il a dit une parole semblable. » (Al-Hâkim, al-Mustadrak 1/193).

Le tabi‘î Muhammad ibn Sîrîn (110 H) dit : Arabe (****)
Lorsqu’Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) rapportait un hadith, il disait, après avoir achevé sa transmission : « Ou bien c’est ce qu’a dit le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) » (il se peut que je me sois trompé dans ma transmission). (Ibn Mâjah, as-Sunan 1/11).

Lorsqu’ils rapportaient des hadiths, les Compagnons n’en modifiaient sciemment pas même un mot. Ils les rapportaient littéralement, mot pour mot. Le tabi‘î Sa‘d ibn ‘Ubayda as-Sulamî (103 H) dit : Le Compagnon ‘Abdullah ibn ‘Umar (73 H) dit : Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit : Arabe (******)
— « L’islam repose sur cinq éléments : adorer Allah Seul, c’est-à-dire le tawhîd ; accomplir la salât ; acquitter la zakât ; observer le jeûne de Ramadan ; et accomplir le hajj. » Alors un homme dit : « Le hajj et le jeûne de Ramadan. » Il répondit : « Non : le jeûne de Ramadan et le hajj. » C’est ainsi que je l’ai entendu du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). (Muslim, as-Sahîh 1/45).

Le tabi‘î nommé Ya‘fûr ibn Rûzî dit : J’ai entendu le célèbre tabi‘î et éminent prédicateur de La Mecque, ‘Ubayd ibn ‘Umayr (72 H), dire un jour dans son sermon : Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit : Arabe (*****)
— « L’exemple de l’hypocrite est celui d’une chèvre située entre deux troupeaux de chèvres. » En entendant cela, le Compagnon ‘Abdullah ibn ‘Umar (73 H) dit : Arabe (****)
— Malheur à vous ! Ne mentez pas au nom du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit : « L’exemple de l’hypocrite est celui d’une chèvre qui va et vient entre deux troupeaux de chèvres (errante, vagabonde). » (Muslim, as-Sahîh 1/45).

Afin de garantir la prudence et l’exactitude parfaite dans la transmission des hadiths, la majorité des Compagnons s’abstenaient de rapporter des hadiths au nom du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Ils ne rapportaient que les paroles ou les événements qu’ils étaient certains d’avoir mémorisés avec une exactitude parfaite. Beaucoup ne rapportaient jamais rien au nom du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Il suffit de comparer le nombre des Compagnons à celui des Compagnons qui rapportèrent des hadiths pour comprendre ce point. Le nombre des Compagnons ayant connu une compagnie plus ou moins longue du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) dépassait cent mille. Le nombre des Compagnons célèbres, connus par leur nom et leur identité, dépassait dix mille. Pourtant, le nombre des Compagnons transmetteurs de hadiths n’était que d’environ mille cinq cents.

Le plus célèbre et le plus vaste ouvrage de hadith compilé selon les noms des Compagnons est le Musnad d’Ahmad. L’imam Ahmad y a rassemblé, dans l’ensemble, tous les hadiths acceptables ainsi que les hadiths faibles. Les hadiths de 904 Compagnons y sont réunis. En additionnant le nombre de tous les Compagnons transmetteurs de hadiths — connus ou inconnus, fiables ou non fiables — on obtient 1 565 personnes.

Il faut également remarquer que, parmi les plus de mille Compagnons transmetteurs de hadiths, la majorité n’en ont rapporté qu’un à vingt ou trente. Le nombre des Compagnons ayant rapporté plus de cent hadiths n’est que de 38. Parmi eux, seuls 7 Compagnons ont transmis plus de mille hadiths. Les 31 autres ont transmis de cent à quelques centaines de hadiths.

De nombreux récits montrent que les Compagnons s’abstenaient de transmettre des hadiths par crainte de commettre une erreur involontaire.

Sa‘îd ibn Yazîd (91 H) était un Compagnon. Dans sa jeunesse, il eut le privilège d’accompagner le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) lors du pèlerinage d’adieu. Plus tard, il passa sa vie en compagnie des Compagnons. Il dit : Arabe (******)
— J’ai passé du temps en compagnie de Compagnons tels que ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée), Talha ibn ‘Ubaydillah (qu’Allah l’agrée), Sa‘d ibn Abî Waqqâs (qu’Allah l’agrée) et al-Miqdâd ibn al-Aswad (qu’Allah l’agrée). Je n’ai entendu aucun d’entre eux rapporter un hadith du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Toutefois, j’ai seulement entendu Talha ibn ‘Ubaydillah parler de la bataille d’Uhud. (Ibn ‘Adî, al-Kâmil fî Du‘afâ’ ar-Rijâl 1/93).

Il dit également : « J’ai voyagé de Médine à La Mecque en compagnie de Sa‘d ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée). Durant ce long trajet et tout ce temps, je ne l’ai pas entendu rapporter un seul hadith au nom du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). »

Le célèbre tabi‘î du premier siècle de l’hégire, ash-Sha‘bî (204 H), dit : « Je suis resté une année avec ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée), sans jamais l’entendre dire quoi que ce soit du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). »

Ailleurs, il dit : « Je me suis assis auprès de ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) pendant deux ans, ou un an et demi. Durant tout ce temps, je ne l’ai entendu rapporter qu’un seul hadith… » (Al-Bukhârî, as-Sahîh 6/2652 ; Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Fath al-Bârî 13/243).

Le Compagnon ‘Abdullah ibn az-Zubayr dit : Je demandai à mon père, az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée) : Pourquoi ne vous ai-je jamais entendu rapporter des hadiths comme certains autres Compagnons ? Il répondit : « Sache que, depuis que j’ai embrassé l’islam, je ne me suis jamais éloigné de sa compagnie. Mais je l’ai entendu dire : “Quiconque ment à mon sujet volontairement devra certainement résider en Enfer.” » (Al-Bukhârî, as-Sahîh 1/52 ; Ibn Mâjah, as-Sunan 1/14).

Ainsi, si az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (36 H) ne rapportait pas de hadiths, ce n’était pas par ignorance. Il embrassa l’islam au tout début de la mission prophétique, alors qu’il était encore adolescent. Il passa ensuite près de vingt années en compagnie du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Après la mort de celui-ci, il vécut encore environ vingt-cinq ans. Pourtant, le nombre de hadiths qu’il rapporta est inférieur à quarante. Le Musnad d’Ahmad contient 36 hadiths transmis par lui. Ibn Hazm a indiqué que le nombre total des hadiths rapportés en son nom, avec des chaînes de transmission fiables ou non fiables, n’était que de 38. (Ibn Hazm, Asmâ’ as-Sahâba ar-Ruwât, p. 95).

Nous avons vu qu’il s’abstenait de rapporter des hadiths par crainte de commettre une erreur involontaire. En effet, le châtiment du mensonge au nom du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) est l’Enfer. Une erreur involontaire ou une modification des termes peut également constituer un mensonge à son sujet. C’est pourquoi il s’abstenait la plupart du temps de transmettre des hadiths.

D’autres Compagnons aussi s’abstenaient de rapporter des hadiths par crainte de commettre une erreur involontaire. Le tabi‘î ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Laylâ (83 H) dit : « Nous avons demandé au Compagnon Zayd ibn Arqam (68 H) de nous rapporter des hadiths du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Il répondit : “Nous sommes devenus âgés et avons été touchés par l’oubli. Rapporter un hadith au nom du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) est une responsabilité très lourde.” »

Le Compagnon Suhayb ibn Sinân (qu’Allah l’agrée) disait : « Venez, je vais vous raconter des récits de batailles et de guerres. Mais en aucune circonstance je ne dirai : “Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit.” » (Ansâb al-Ashrâf 1/183).

Le tabi‘î Hâshim al-Hurmûzî rapporte qu’Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) disait : « Je crains de commettre involontairement une erreur. Si je n’avais pas cette crainte, je vous rapporterais beaucoup de choses que je l’ai entendu dire. Mais il a dit : “Quiconque ment volontairement à mon sujet devra certainement résider en Enfer.” » (Ahmad, al-Musnad 3/172).

C’est ainsi que les Compagnons s’abstenaient de rapporter des hadiths par crainte de commettre une erreur involontaire. Il faut remarquer qu’Anas ibn Mâlik et Abû Qatâda ont tous deux rapporté que le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) avait mentionné le châtiment réservé à celui qui rapporte volontairement des hadiths à son sujet. Pourtant, ils évitaient de transmettre des hadiths en son nom par crainte de l’erreur involontaire. En effet, ne pas prendre de précautions tout en sachant qu’une erreur est possible revient à « laisser volontairement place à l’erreur involontaire ». Ne pas se montrer extrêmement vigilant pour éviter l’erreur involontaire revient à encourager la falsification volontaire. Ainsi, celui qui commet une erreur parce qu’il ne s’est pas montré vigilant face à l’erreur involontaire a, en réalité, menti volontairement au nom du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Aucun croyant ne peut se montrer négligent concernant les hadiths du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut).

1.3.2. Accepter les hadiths rapportés par autrui après vérification
Nous avons ainsi vu que, lorsqu’ils rapportaient eux-mêmes des hadiths, les Compagnons faisaient tout leur possible pour les rapporter littéralement et sans erreur, et qu’ils ne rapportaient pas de hadith lorsqu’ils éprouvaient le moindre doute ou la moindre hésitation. Leur deuxième méthode pour préserver l’authenticité des hadiths consistait à adopter la même prudence lorsqu’ils rapportaient les hadiths d’autrui. Au moindre doute concernant l’exactitude littérale ou la justesse (Accuracy) d’un hadith rapporté par un autre Compagnon ou par un tabi‘i de leur époque, ils ne l’acceptaient pas sans l’avoir vérifié.
Autrement dit, tout comme ils faisaient leur possible pour se préserver du « mensonge involontaire » lorsqu’ils rapportaient eux-mêmes un hadith, ils vérifiaient également, avant de considérer comme authentique un hadith rapporté par autrui, s’il contenait ou non un mensonge ou une erreur. Ils considéraient cette vérification et cet examen minutieux comme l’une des responsabilités prescrites par Allah et Son illustre Messager d’Allah (s) afin de préserver l’authenticité et la dignité des hadiths. C’est pourquoi personne ne s’y est jamais opposé ni n’en a éprouvé un sentiment d’humiliation.

1.3.2.1. L’examen comparatif pour déterminer l’exactitude
Nous avons appris dans la discussion précédente que le mensonge peut être intentionnel ou involontaire. Afin de protéger les hadiths contre ces deux sortes de mensonges ou d’erreurs, les nobles Compagnons adoptèrent des mesures rigoureuses.
À leur époque, aucun Compagnon ne mentait et aucun ne commettait de faute dans ses efforts pour rapporter les hadiths avec exactitude. Malgré cela, dès qu’ils soupçonnaient une éventuelle erreur de la part d’un Compagnon rapporteur de hadith, ils vérifiaient son récit par un examen comparatif avant de l’accepter.
La procédure d’examen comparatif revêtait plusieurs formes.
1. Présenter le hadith rapporté, c’est-à-dire la parole, l’instruction ou le récit, à son auteur initial afin d’en déterminer la justesse et l’exactitude (Accuracy).
2. Comparer la parole, l’instruction ou le récit rapporté (le hadith) avec le récit d’une ou de plusieurs autres personnes afin d’en déterminer la justesse et l’exactitude.
3. Comparer la parole, l’instruction ou le récit rapporté (le hadith) avec les récits faits par le rapporteur à différentes périodes afin d’en déterminer la justesse et l’exactitude.
4. Déterminer la justesse ou l’exactitude du récit en posant diverses questions au rapporteur au sujet du hadith rapporté, ou en lui faisant prêter serment.
5. Comparer le sens de la parole, de l’instruction ou du hadith rapporté avec les sens et les directives bien connus du Coran et des hadiths.
Grâce à tous ces examens, ils vérifiaient si le rapporteur du hadith avait pu le mémoriser et le rapporter correctement.
De l’époque des Compagnons jusqu’à toutes les époques ultérieures, l’examen par ces méthodes constituait la méthode principale des muhaddiths pour déterminer l’exactitude et l’authenticité des récits de hadiths. Nous savons que cette même méthode est suivie dans les tribunaux de tous les pays du monde pour déterminer la justesse et l’exactitude des témoignages produits. C’est la méthode scientifique pour déterminer l’authenticité et l’exactitude d’un récit ou d’un témoignage. Nous examinerons ici quelques exemples datant de l’époque des Compagnons.

1.3.2.2. Interroger l’auteur initial de la déclaration
La meilleure façon de vérifier la véracité ou la fausseté d’un témoignage ou d’un récit consiste à interroger son auteur. Du vivant du Messager d’Allah (s), lorsqu’un Compagnon avait des doutes sur l’exactitude d’un hadith rapporté par un autre Compagnon, il interrogeait le Messager d’Allah (s) afin de s’assurer de son exactitude. De nombreux épisodes à ce sujet sont rapportés dans les différents hadiths. Nous en mentionnerons ici quelques-uns.
1. Jabir ibn Abdallah (ra) dit dans son récit du pèlerinage d’adieu : Arabe (*******)
-[(Avant le pèlerinage d’adieu, le Messager d’Allah (s) envoya Ali (ra) au Yémen en qualité de gouverneur. Ainsi, Ali (ra) vint à La Mecque depuis le Yémen pour accomplir le pèlerinage. En arrivant à La Mecque, il vit que Fatima (ra), après avoir accompli la ‘umra, s’était désacralisée. Elle portait des vêtements colorés et parfumés et avait utilisé du khôl. Ali le lui reprocha, mais elle répondit : « Mon père m’a ordonné d’agir ainsi. » Ali dit : « Je me plaignis de Fatima auprès du Messager d’Allah (s), lui rapportai qu’elle disait agir sur l’ordre du Messager d’Allah (s), ainsi que mon objection. … Alors le Messager d’Allah (s) dit : “Elle a dit vrai, elle a vraiment dit vrai.” (Muslim, as-Sahih, 2/886-892).
Nous voyons ici qu’Ali (ra) eut des doutes concernant l’exactitude du récit de Fatima (ra). Il ne doutait pas de sa véracité. Mais il eut un doute quant au fait qu’elle ait correctement compris et rapporté la parole du Messager d’Allah (s). Autrement dit, il eut un doute concernant un mensonge involontaire. C’est pourquoi il interrogea le Messager d’Allah (s) afin de vérifier l’exactitude.
2. Ubayy ibn Ka‘b dit : Arabe (*******)
-Un jour, le Messager d’Allah (s) se leva pour prononcer le sermon du vendredi, récita la sourate Tabaraka (la sourate Al-Furqan) et nous exhorta au sujet des bienfaits et de la paix accordés par Allah. Dans ces circonstances, Abu ad-Darda ou Abu Dharr me toucha légèrement et dit : « Quand cette sourate a-t-elle été révélée ? Je ne l’entends que maintenant pour la première fois. » Ubayy lui fit alors signe de se taire. Après la prière, il (Abu Dharr ou Abu ad-Darda) dit : « Je vous ai demandé quand cette sourate avait été révélée, mais vous ne m’avez rien répondu ! » Ubayy dit alors : « Aujourd’hui, vous n’avez obtenu aucune récompense de votre prière ; vous n’avez obtenu que la récompense de ces quelques paroles que vous avez prononcées » (car parler pendant le sermon annule la récompense de la prière). Il se rendit alors auprès du Messager d’Allah (s) et lui exposa l’affaire. Celui-ci dit : « Ubayy a dit vrai. » (Ibn Majah, as-Sunan, 1/352-353)

3. Abdallah ibn Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée) rapporte : Arabe(*******)
— On m’a dit que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait dit : « Si quelqu’un accomplit la prière assis, elle équivaut à la moitié d’une prière. » Je me rendis alors auprès de lui et le vis accomplir la prière assis. Je posai alors ma main sur sa tête. Il dit : « Ô Abdallah ibn Amr, qu’as-tu donc ? » Je répondis : « Ô Messager d’Allah, on m’a dit que vous aviez dit que si quelqu’un accomplissait la prière assis, elle équivalait à la moitié d’une prière, alors que vous accomplissez la prière assis. » Il dit : « Oui, c’est bien ce que j’ai dit, mais je ne suis pas comme vous. » (Muslim, As-Sahîh, 1/507).

Ainsi, nous constatons dans de nombreux récits que, lorsqu’ils éprouvaient un doute quant à l’exactitude ou à la précision d’un hadith rapporté par quelqu’un, les Compagnons interrogeaient le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) afin d’en vérifier l’exactitude. Ils ne mettaient pas en doute l’honnêteté du rapporteur. Ils vérifiaient essentiellement s’il avait correctement compris les paroles et s’il les avait rapportées avec exactitude. De cette manière, ils empêchaient le « mensonge involontaire » ou la déformation commise par erreur au nom du hadith.

1.3.2.3. Interroger d’autres personnes
La deuxième méthode pour déterminer l’exactitude d’un témoignage ou d’une déclaration consiste à rechercher si quelqu’un d’autre l’a entendu et de quelle manière il l’a entendu. Il s’agit d’une méthode universelle pour déterminer l’exactitude de tout témoignage ou de toute déclaration. Dans tous les tribunaux, les juges rendent leur décision en procédant à un examen comparatif des témoignages de plusieurs témoins. La concordance entre plusieurs témoignages prouve la véracité du fait, tandis que leur divergence en détruit la valeur probante.

Après le décès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les Compagnons appliquaient cette méthode. Lorsque l’un d’eux avait un doute quant à l’exactitude ou à la précision d’un hadith rapporté par un Compagnon, ils interrogeaient d’autres Compagnons ou demandaient au rapporteur de produire un témoin. Lorsqu’une ou plusieurs personnes affirmaient avoir elles aussi entendu ce hadith de la bouche du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ils acceptaient alors le hadith. Abou Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) fut le premier à appliquer cette méthode. Les califes suivants ainsi que les traditionnistes de toutes les époques la suivirent. Je mentionne ici quelques événements datant de l’époque des Compagnons.

1. Le Compagnon Qabîsah ibn Dhu’ayb (84 H) rapporte : Arabe(*******)
« Une grand-mère se rendit auprès d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) pour réclamer sa part d’héritage dans les biens laissés par son petit-fils décédé. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) lui dit : “Vous n’avez aucune part dans le Livre d’Allah concernant l’héritage de la grand-mère, et je ne connais rien qui vous accorde une part dans la Sunna du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Revenez plus tard afin que je puisse interroger d’autres personnes à ce sujet.” Il interrogea donc les gens à ce propos. Le Compagnon Al-Mughîrah ibn Shu‘bah (qu’Allah l’agrée) dit alors : “En ma présence, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a accordé à la grand-mère un sixième des biens laissés.” Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) demanda : “Y a-t-il quelqu’un d’autre avec vous ?” Un autre Compagnon, Muhammad ibn Maslamah al-Ansârî (qu’Allah l’agrée), se leva et confirma les paroles d’Al-Mughîrah. Abou Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) ordonna alors d’attribuer à la grand-mère un sixième de l’héritage. » [Mâlik ibn Anas (179 H), Al-Muwatta’, 2/513].

Nous voyons ici qu’Abou Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) donna l’exemple de la plus grande prudence dans l’acceptation des hadiths. Il aurait pu se contenter du seul récit d’Al-Mughîrah ibn Shu‘bah, car celui-ci était un Compagnon célèbre et un dirigeant très respecté de la tribu de Quraysh. À tous les niveaux de la société, son seul témoignage aurait été considéré comme décisif. Malgré cela, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) fit preuve de prudence. Même si la fiabilité d’Al-Mughîrah était incontestable, sa mémoire pouvait le trahir ou son interprétation pouvait être erronée. C’est pourquoi il demanda si quelqu’un d’autre connaissait ce hadith. Il l’accepta en se fondant sur le récit de deux personnes.

C’est pour cette raison que les traditionnistes ont qualifié Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) de père de la critique du hadith. L’érudit Al-Hâkim an-Naysâbûrî (405 H) dit à son sujet : « Il fut le premier à prendre des mesures pour empêcher la transmission de hadiths mensongers au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). » (Muhammad Mustafa al-A‘zamî, Manhaj an-naqd ‘inda al-muhaddithîn, p. 10).

L’érudit Muhammad ibn Tâhir ibn al-Qaysarânî (507 H), évoquant la biographie d’As-Siddîq al-Akbar, dit : « Il fut le premier à faire preuve de prudence dans l’acceptation des hadiths. »

2. Le deuxième calife, ‘Umar (qu’Allah l’agrée), suivit dans ce domaine son prédécesseur, As-Siddîq al-Akbar. Dans diverses affaires, il demandait aux Compagnons de produire un autre Compagnon comme témoin d’un hadith rapporté. Je mentionne ici quelques événements de ce type.

Abou Sa‘îd al-Khudrî (qu’Allah l’agrée) rapporte : Arabe(*******)
— J’étais assis dans une assemblée des Ansâr lorsqu’Abou Mûsâ al-Ash‘arî (qu’Allah l’agrée) arriva. Il semblait agité ou inquiet. Il dit : « J’ai demandé trois fois la permission d’entrer chez ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Comme elle ne m’a pas été accordée, je repartais. » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) m’appela et dit : « Pourquoi êtes-vous reparti ? » Je répondis : « J’ai demandé trois fois la permission, mais elle ne m’a pas été accordée. Or le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : “Si vous demandez trois fois la permission et qu’elle ne vous est pas accordée, repartez.” » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit alors : « Par Allah, vous devez produire un témoin attestant ce récit. » (Abou Mûsâ dit 🙂 « Quelqu’un parmi vous a-t-il entendu ce hadith du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ? » Ubayy ibn Ka‘b (qu’Allah l’agrée) dit alors : « Que celui qui est le plus jeune parmi nous vous accompagne. » (Abou Sa‘îd al-Khudrî dit 🙂 « J’étais le plus jeune des personnes présentes. J’accompagnai Abou Mûsâ et dis à ‘Umar (qu’Allah l’agrée) que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait bien dit cela. » (Al-Bukhârî, As-Sahîh, 5/2305 ; Muslim, As-Sahîh, 3/1694).

3. Le tâbi‘î ‘Urwah ibn az-Zubayr (94 H) rapporte : Arabe(*****)
— ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) demanda aux gens si quelqu’un savait quelle décision le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait rendue concernant le prix du sang ou l’indemnité compensatoire lorsqu’un fœtus mourait à la suite d’un coup. Al-Mughîrah ibn Shu‘bah (qu’Allah l’agrée) dit alors : « Je l’ai entendu prescrire à ce sujet l’affranchissement d’un esclave homme ou femme. » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Amenez quelqu’un qui puisse témoigner avec vous à ce sujet. » Muhammad ibn Maslamah dit alors : « J’atteste que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a rendu une décision semblable. » (Al-Bukhârî, As-Sahîh, 6/2531 ; Muslim, As-Sahîh, 3/1311).

4. Le Compagnon ‘Amr ibn Umayyah ad-Damrî (qu’Allah l’agrée) rapporte : Arabe(*****)
— Il marchandait le prix d’une couverture qu’il souhaitait acheter. ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) passa alors près de lui. ‘Umar demanda : « Qu’est-ce que c’est ? » Il répondit : « Je veux acheter cette couverture et la donner en aumône. » Il l’acheta ensuite, l’offrit à son épouse et dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dire : “Ce que vous donnez à vos épouses est également considéré comme une aumône.” » ‘Umar demanda alors : « Qui témoigne avec vous ? » Il se rendit auprès de ‘Â’ishah (qu’Allah l’agrée) et resta debout devant sa porte. ‘Â’ishah demanda : « Qui est-ce ? » Il répondit : « C’est ‘Amr. Avez-vous entendu le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dire : “Ce que vous donnez à vos épouses est une aumône” ? » ‘Â’ishah répondit : « Oui. » [Al-Bayhaqî, Ahmad ibn al-Husayn (458 H)].

5. Le tâbi‘î nommé Walîd ibn ‘Abd ar-Rahmân al-Jurâshî rapporte : Arabe(*********)
« Le Compagnon ‘Abdallah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) passa près d’un autre Compagnon, Abou Hurayrah (qu’Allah l’agrée). Celui-ci rapportait alors un hadith du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Au cours de son récit, il dit : “Celui qui accompagne le cortège funèbre d’une personne et participe à la prière funéraire obtiendra la récompense d’un qîrât. S’il assiste à son inhumation, il obtiendra la récompense de deux qîrât. Un qîrât est plus grand que la montagne d’Uhud.” ‘Abdallah ibn ‘Umar lui dit alors : “Ô Abou Hurayrah, réfléchissez donc à ce que vous rapportez au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) !” Abou Hurayrah (qu’Allah l’agrée) l’accompagna auprès de ‘Â’ishah (qu’Allah l’agrée) et lui dit : “Ô Mère des croyants, je vous le demande au nom d’Allah : avez-vous entendu le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dire que celui qui accompagne le cortège funèbre d’une personne et participe à la prière funéraire obtient la récompense d’un qîrât, et que s’il assiste à son inhumation, il obtient la récompense de deux qîrât ?” Elle répondit : “Oui, je l’ai certainement entendu.” » (Ahmad, Al-Musnad, 2/2 ; Al-Mustadrak, 3/584).

1.3.2.4. Comparer des récits rapportés à différents moments
Une autre méthode pour déterminer l’exactitude d’un témoignage ou d’une déclaration consiste à interroger une personne à plusieurs reprises sur le même sujet. Si la réponse donnée la deuxième fois correspond exactement à celle donnée la première fois, son exactitude est alors établie. En revanche, une contradiction entre les deux réponses prouve que le récit n’est pas acceptable. Les Compagnons appliquaient cette méthode pour vérifier l’exactitude des hadiths. En voici un exemple.

Le tabi‘i ‘Urwa ibn az-Zubayr dit : arabe(******)
« Ma tante ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) me dit : “Mon neveu, j’ai appris que le Compagnon ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘As (qu’Allah l’agrée) allait passer dans notre région pour se rendre au pèlerinage. Va le rencontrer et apprends en lui posant des questions, car il a acquis beaucoup de connaissances auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).” ‘Urwa dit : “Je le rencontrai alors et l’interrogeai sur différents sujets. Il rapporta, à propos de chacun d’eux, des hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Parmi les paroles qu’il prononça, il y avait celle-ci : Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : ‘Certes, Allah ne retirera pas la connaissance aux hommes en l’arrachant de leurs poitrines. Mais Il fera disparaître les savants en les faisant mourir, et la connaissance disparaîtra avec eux. Il restera parmi les hommes des dirigeants ignorants qui délivreront des fatwas sans connaissance ; ils s’égareront eux-mêmes et égareront les autres.’” ‘Urwa dit : “Lorsque je rapportai cette parole à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle refusa de l’accepter. Elle dit : ‘T’a-t-il dit qu’il avait entendu cette parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ?’” ‘Urwa dit : “L’année suivante, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) me dit : ‘‘Abdullah ibn ‘Amr est arrivé. Va avec lui, rencontre-le et parle-lui. Au cours de la conversation, parle-lui aussi du hadith sur la disparition de la connaissance.’” ‘Urwa dit : “Je le rencontrai alors et l’interrogeai. Il rapporta le hadith exactement comme il l’avait rapporté la fois précédente.” ‘Urwa dit : “Lorsque j’en informai ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle dit : ‘J’ai compris qu’‘Abdullah ibn ‘Amr avait bien dit la vérité. J’ai constaté qu’il n’avait rien ajouté ni retranché.’” (Muslim, as-Sahih, 4/2058-2059).

Ici encore, nous voyons un exemple de la prudence inimaginable dont les Compagnons faisaient preuve lorsqu’ils acceptaient un hadith. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne doutait ni de l’honnêteté ni de la véracité d’‘Abdullah ibn ‘Amr. Toutefois, même une personne honnête et véridique peut commettre une erreur. C’est pourquoi ils ne voulaient rien accepter sans vérification. Avant de vérifier un hadith attribué au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ils ne le plaçaient pas pieusement dans leur cœur.

1.3.2.5. Faire jurer le transmetteur
Pour vérifier l’exactitude d’un récit ou d’un témoignage, il peut être nécessaire de faire jurer le transmetteur ou le témoin. Les personnes véridiques et pieuses ne mentent pas intentionnellement. Cependant, leur mémoire peut les tromper ou elles peuvent tomber dans une erreur involontaire. Mais lorsqu’il doit jurer au nom d’Allah, il ne dira jamais quelque chose sans en être parfaitement certain. C’est pourquoi le serment constitue, pour une personne véridique, une méthode efficace pour vérifier l’exactitude d’un témoignage ou d’une déclaration. En revanche, le serment ne suffit pas dans le cas d’un menteur. Dans son cas, il faut vérifier la justesse de ses propos au moyen de questions diverses (interrogatoire contradictoire).

Tous les Compagnons étaient des personnes véridiques et extrêmement pieuses. Malgré cela, afin d’écarter la possibilité d’une erreur involontaire, il leur arrivait de faire jurer le Compagnon qui rapportait un hadith. ‘Ali (qu’Allah l’agrée) dit : arabe(*****)
« J’étais un homme tel que, lorsque j’entendais moi-même une parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Allah me permettait d’en tirer le bénéfice selon Sa volonté. Mais si l’un de ses Compagnons me rapportait un hadith, je lui faisais prêter serment. Lorsqu’il prêtait serment, j’acceptais son hadith comme véridique. » (at-Tirmidhi, as-Sunan, 1/446).

1.3.2.6. Vérification du sens et du contenu
La connaissance de la « révélation » dépasse la connaissance humaine, mais elle n’est jamais opposée ni contraire à la connaissance humaine. De même, la « révélation » reçue par l’intermédiaire des hadiths peut être une explication, un complément ou un ajout à la « révélation » reçue par l’intermédiaire du Coran, mais elle ne peut jamais être opposée ou contraire au Coran.

La méthode suivie par les Compagnons montre qu’ils vérifiaient le sens des hadiths rapportés sur la base de ce principe. Nous avons vu qu’en général, ils recherchaient dans les hadiths des significations supplémentaires et complémentaires au Coran. Ils cherchaient à savoir si les hadiths contenaient des informations sur des sujets au sujet desquels le Noble Coran ne fournissait aucune information. Parallèlement, ils examinaient le sens des informations transmises. Leur méthode d’examen du sens était la suivante :

(1) Dans le cas d’un hadith, la première question à considérer est de savoir s’il est établi que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a effectivement prononcé ces paroles. S’il est établi avec certitude, par le récit du transmetteur, par un serment ou par d’autres témoignages, que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a prononcé ces paroles, leur principe consistait alors à les accepter comme une directive complémentaire du Coran et à interpréter le Coran à leur lumière. Nous l’avons déjà constaté à propos de l’héritage de la grand-mère et de la demande de permission pour entrer dans une maison. Le Coran ne dit rien au sujet de la grand-mère. Dans ce cas, le récit du hadith constitue un ajout supplémentaire. Concernant la demande de permission, le Coran dit qu’après avoir demandé la permission : « Si l’on vous dit : “Retournez”, alors retournez. » (sourate an-Nur, 28).

Dans ce cas, la directive du hadith semble « contraire » à cette directive coranique. En effet, elle modifie partiellement la directive coranique en disant qu’après avoir demandé la permission trois fois, il faut repartir même si personne ne vous a dit : « Retournez. »

Les Compagnons ont accepté les deux hadiths comme une explication du Coran.

(2) Lorsqu’il était établi qu’une parole n’avait pas été prononcée par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ou lorsqu’il existait un doute sérieux à son sujet, ils la rejetaient sans examiner son sens d’aucune manière. Nous avons vu que lorsqu’ils doutaient de la probité et de la fiabilité du transmetteur, ils rejetaient son récit sans en examiner le sens.

(3) Il arrivait parfois qu’un hadith rapporté paraisse acceptable en raison de la fiabilité de son transmetteur. Cependant, il existait une forte possibilité que le transmetteur ait commis une erreur involontaire. Dans ce cas, ils examinaient le sens de ce hadith à la lumière du Noble Coran et des hadiths qu’ils connaissaient ; si le sens du hadith était manifestement contraire au Noble Coran et à la Sunna connue, ils le rejetaient.

Voici quelques exemples de cet examen et de cette vérification du sens :

1. Le tabi‘i nommé Abou ‘Uthman al-A‘raj dit : arabe(****)
« Deux hommes se rendirent auprès de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et dirent : “Abou Hurayra (qu’Allah l’agrée) a dit que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait dit : Il y a de la malchance et de mauvais augure dans les femmes, les animaux ou les montures, ainsi que dans les maisons.” En entendant cela, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) se mit dans une telle colère qu’il sembla que son corps, sous l’effet de la colère, s’était déchiré et dispersé dans l’air et dans le ciel. Elle dit : “Par Celui qui a révélé le Coran, il ne parlait pas ainsi. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) disait : ‘Les gens de l’époque de l’ignorance disaient : Il y a de la malchance dans les femmes, les maisons et les animaux ou les montures.’” Puis ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) récita le verset du Coran : (sourate al-Hadid, 22) : “Aucun malheur n’atteint la terre ni vos personnes sans qu’il ne soit consigné avant que Nous ne l’ayons créé.” » (Ahmad, al-Musnad, 6/150, 246).

Ici, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’accepta pas le récit d’Abou Hurayra (qu’Allah l’agrée). À la lumière de ce qu’elle avait entendu du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et du verset coranique qu’elle avait récité, elle rejeta ce récit.

2. ‘Umra bint ‘Abd ar-Rahman dit : arabe(*******)
« On mentionna auprès de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) qu’‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) avait rapporté du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) que “le mort est châtié à cause des pleurs du vivant”. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit alors : “Qu’Allah pardonne à Ibn ‘Umar ! Il n’a pas menti, mais il a oublié ou commis une erreur (selon une autre version : il arrive que l’on se trompe en entendant). En réalité, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) passa près de la tombe d’une femme juive pour laquelle sa famille pleurait. Il dit alors : ‘Ils pleurent sur elle alors qu’elle est châtiée dans sa tombe.’ Allah a dit : (sourate al-An‘am, 164 ; sourate Fatir, 18) : ‘Aucune âme ne portera le fardeau du péché d’une autre âme.’ » (Muslim, as-Sahih, 2/640-643).

3. Une Compagnonne nommée Fatima bint Qays (qu’Allah l’agrée) dit que son mari lui avait donné trois répudiations. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) déclara alors qu’elle n’aurait droit ni à un logement ni à une pension pendant sa période de viduité. En entendant cela, le calife ‘Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) dit : « Nous ne pouvons pas abandonner le Livre d’Allah et la Sunna de Son noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) pour la parole d’une femme. Nous ne savons pas si elle a bien retenu cette affaire ou si elle l’a oubliée. La femme qui a reçu trois répudiations aura elle aussi droit à un logement et à une pension durant sa période de viduité. » Allah, le Glorieux et le Tout-Puissant, a dit : (sourate at-Talaq, 1) « Ne les faites pas sortir de leurs maisons, et qu’elles n’en sortent pas, à moins qu’elles ne commettent une turpitude manifeste. » (Muslim, as-Sahih, 2/1118 ; as-Sunan, 2/297).

1.3.3. Prévenir la possibilité du mensonge délibéré

Au début de l’époque des Compagnons, seuls les Compagnons rapportaient les hadiths. Un Compagnon transmettait et enseignait les hadiths à un autre Compagnon ou aux tabi‘is de la génération suivante. Dans les vingt à vingt-cinq années qui suivirent le décès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), de nombreux Compagnons moururent, tandis que beaucoup d’autres commencèrent à rapporter et à enseigner les hadiths. Nous avons déjà expliqué qu’à partir de cette époque, une tendance au mensonge délibéré apparut chez certains tabi‘is nouvellement convertis à l’islam. Les Compagnons commencèrent alors à faire preuve d’une prudence encore plus grande dans l’acceptation des hadiths.

Lorsqu’un Compagnon rapportait un hadith d’un autre Compagnon, le Compagnon qui l’écoutait ou l’étudiait ne doutait aucunement de l’honnêteté personnelle et de la véracité du rapporteur, et ne lui demandait pas non plus s’il avait entendu le hadith de ses propres oreilles de la bouche du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ou si quelqu’un d’autre le lui avait rapporté. Tous ceux qui avaient bénéficié de la compagnie du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) étaient de grands hommes illuminés par sa lumière et absolument attachés à la véracité. Toutefois, comme des erreurs pouvaient résulter de l’oubli, d’une faute involontaire ou d’une compréhension incomplète, ils vérifiaient l’exactitude des hadiths rapportés au moyen des différentes méthodes mentionnées précédemment.

Pour accepter les hadiths rapportés par les tabi‘is, ils ajoutèrent aux vérifications précédentes deux éléments supplémentaires. Premièrement, ils enquêtaient sur la véracité personnelle et la fiabilité du rapporteur ; deuxièmement, ils demandaient de qui le rapporteur avait entendu le hadith (la référence).

Sous le califat du troisième calife bien guidé, ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), durant la période 23-35 de l’hégire, des troubles et des affrontements apparurent au sein de la communauté musulmane en raison de propagandes trompeuses diffusées parmi les nouveaux musulmans éloignés du centre de Médine, et l’on constata une diminution de la véracité parmi ces nouveaux musulmans. C’est à partir de ce moment que les Compagnons adoptèrent les deux méthodes susmentionnées. Le célèbre tabi‘i de la première siècle de l’hégire, Muhammad ibn Sîrîn (mort en 110 de l’hégire), dit : « Ils — c’est-à-dire les Compagnons — ne posaient aucune question au sujet de la chaîne de transmission ou de la source. Mais lorsque la fitna et les troubles apparurent, vers la fin du califat de ‘Uthmân, entre 30 et 35 de l’hégire, ils dirent : “Mentionnez-nous les noms de ceux qui vous ont rapporté les hadiths.” Il fallait en effet vérifier : s’ils faisaient partie des gens de la Sunna ou de ceux qui suivent la Sunna, leurs hadiths seraient acceptés ; mais s’ils faisaient partie des gens de l’innovation ou de ceux qui suivent l’innovation, leurs hadiths ne seraient pas acceptés. » (Muslim, as-Sahîh, 1/15).

Le célèbre Compagnon ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), mort en 68 de l’hégire, dit : « Nous mémorisions les hadiths, et le hadith du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était mémorisé, quel que soit le rapporteur. Mais puisque vous avez emprunté tous les chemins, les bons comme les mauvais, et traversé ravins et fossés, il est désormais presque impossible d’accepter quoi que ce soit sans examiner le rapporteur.

Le tabi‘i Mujâhid (mort en 104 de l’hégire) dit : « Un ancien tabi‘i nommé Bashîr ibn Ka‘b al-‘Adawî vint auprès de ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) et commença à rapporter des hadiths. Il répétait : “Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit”, “Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit.” Mais Ibn ‘Abbâs ne lui prêta ni attention ni regard. Bashîr lui dit alors : “Ô Ibn ‘Abbâs, que m’arrive-t-il ? N’as-tu pas entendu mes hadiths ? Je te rapporte les hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), et pourtant tu ne m’écoutes pas.” Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) répondit : “Il fut un temps où, dès que nous entendions quelqu’un dire : ‘Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit’, nos regards se fixaient sur lui et nous l’écoutions avec la plus grande attention. Mais lorsque les gens eurent emprunté tous les chemins, les bons comme les mauvais, nous cessâmes d’accepter quoi que ce soit des gens, sauf ce qui était bien connu et clairement établi. » (Muslim, as-Sahîh, 1/13).

1.3.4. L’instruction d’être prudent dans la transmission et l’acceptation des hadiths

C’est ainsi que les Compagnons faisaient preuve d’une extrême prudence dans la transmission et l’acceptation des hadiths. Par ailleurs, ils encourageaient et ordonnaient à tous les autres d’adopter la même prudence. Ils ne toléraient aucune négligence ni aucun relâchement dans ce domaine. Ils interdisaient d’accepter un hadith sans vérification. Souvent, lorsqu’il existait un risque qu’une personne commette involontairement une erreur en rapportant un hadith, ou que les auditeurs se trompent, ils lui interdisaient de rapporter des hadiths. En voici quelques exemples.

1. Abû ‘Uthmân an-Nahdî rapporte que ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) a dit : « Il suffit à un homme de mentir pour qu’il rapporte tout ce qu’il entend. » (Muslim, as-Sahîh, 1/11).

2. Abû al-Ahwâs rapporte que ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) a dit : « Il suffit à un homme de mentir pour qu’il rapporte tout ce qu’il entend. » (Muslim, as-Sahîh, 1/11).

3. Le célèbre savant, jurisconsulte et muhaddith de Médine, Ibrâhîm ibn ‘Abd ar-Rahmân, fils du Compagnon ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (mort en 95 de l’hégire), dit : « ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) fit convoquer ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée), Abû ad-Dardâ (qu’Allah l’agrée) et Abû Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée). Il leur dit : “Pourquoi rapportez-vous autant de hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ?” Puis il leur ordonna de rester à Médine. Ils y demeurèrent jusqu’à son martyre. » (at-Tabarânî, al-Mu‘jam al-Awsat, 4/86, n° 3449).

Ces trois Compagnons étaient extrêmement prudents dans la transmission des hadiths. ‘Umar ibn al-Khattâb ne doutait pas le moins du monde de leur capacité ou de leur compétence à rapporter des hadiths authentiques. Cependant, le fait de rapporter un grand nombre de hadiths pouvait entraîner certaines erreurs involontaires. En particulier, dans des régions éloignées comme Koufa ou la Syrie, où vivaient de nombreux nouveaux musulmans non arabes au début des conquêtes islamiques, il était à craindre qu’en rapportant beaucoup de hadiths parmi eux, de nombreux auditeurs ne puissent les comprendre et les mémoriser correctement. C’est pourquoi, afin de préserver l’authenticité des hadiths, ‘Umar ibn al-Khattâb leur ordonna de rester à Médine.

Dans un autre récit, nous voyons que ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) souhaita lui-même exposer publiquement à La Mecque, pendant la saison du pèlerinage, certains sujets concernant le Coran et les hadiths. Mais le Compagnon ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée) lui dit que les innombrables pèlerins non arabes et nouveaux musulmans présents à La Mecque ne comprendraient peut-être pas correctement ses propos. Cela ouvrirait la possibilité de malentendus et d’interprétations erronées. Il valait donc mieux qu’il traite ces sujets après son retour à Médine. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) renonça, suivant ce conseil, à les aborder à La Mecque. (Al-Bukhârî, as-Sahîh, 6/2503-2504).

1.4. La communauté musulmane face à la falsification

La discussion précédente montre clairement que les mesures prises par les Compagnons pour préserver parfaitement les hadiths authentiques de toutes les formes de mensonge — délibéré, involontaire, résultant d’une mauvaise compréhension ou de l’inattention — étaient à la fois rationnelles, pratiques, scientifiques et minutieuses ; elles étaient aussi uniques et sans équivalent dans l’histoire de la civilisation humaine. Les adeptes d’aucune autre religion n’ont pris de mesures comparables pour préserver les enseignements fondamentaux de leur religion ou la révélation. Tout ce qui a été propagé a été compilé. Finalement, le mélange de la connaissance humaine avec la révélation a entraîné la déformation et la disparition de cette dernière.

Depuis l’époque des tabi‘is, les muhaddiths de la communauté musulmane, suivant les traces des Compagnons, se sont montrés intransigeants dans la vérification de l’authenticité des hadiths. Pour préserver les hadiths et distinguer les hadiths authentiques des paroles fabriquées, ils ont renoncé à tout le confort et à tous les plaisirs de leur vie.

Dans ce chapitre, nous examinerons brièvement leurs principes fondamentaux.

1.4.1. L’enseignement et la préservation des hadiths
Allah le Très-Haut a accordé aux hommes de la première génération de la communauté de Muhammad la possibilité d’accomplir une œuvre juste et opportune pour préserver les hadiths de Son noble Messager (s). Dès le premier siècle de l’hégire, les Compagnons, les Tabi‘în et les savants des générations suivantes parcouraient chaque village, ville et agglomération du monde musulman afin de recueillir tous les hadiths ainsi que les informations concernant leurs transmetteurs. L’apprentissage des hadiths, leur mise par écrit, leur enseignement et les discussions centrées sur les hadiths constituaient l’une des principales activités, passions, professions et joies des musulmans durant les trois ou quatre premiers siècles de l’islam.

À partir de l’époque des Tabi‘în, ou du milieu du premier siècle de l’hégire, et pendant près des trois siècles suivants, nous constatons qu’il existait deux catégories de transmetteurs de hadiths. De nombreux transmetteurs de hadiths, ou « râwî », étudiaient les hadiths auprès des râwî ou des muhaddiths de leur région et, lorsque cela était possible, auprès de certains muhaddiths d’autres pays. Ensuite, ils se consacraient à la transmission et à l’enseignement des hadiths. Ils enseignaient ces hadiths à ceux qui venaient les étudier auprès d’eux. Ceux-ci étaient généralement connus sous le nom de « râwî » ou transmetteurs.

D’autre part, durant ces époques, de nombreux muhaddiths, après avoir étudié et mis par écrit les hadiths auprès de tous les râwî de leur région, se mettaient en route pour voyager dans chaque localité du monde musulman de leur temps. Pendant de longues années, voire plusieurs décennies, chacun d’eux se rendait ainsi dans chaque agglomération et écoutait les hadiths de tous les râwî ou muhaddiths de ces lieux, en les mettant par écrit. Pour entendre et recueillir un seul hadith d’un Compagnon ou d’un Tabi‘î par la bouche de différents râwî, ils voyageaient dans d’innombrables villes telles que La Mecque, Médine, le Khorassan, Samarcande, Marw, Wâsit, Bassora, Koufa, Bagdad, Damas, Alep, Le Caire et San‘a. Ils recueillaient un même hadith par des centaines de chaînes de transmission, puis les comparaient afin de distinguer les narrations exactes des narrations erronées.

Voyez un exemple. Ibrâhîm ibn Sa‘îd al-Jawharî al-Baghdâdî (247 H), célèbre muhaddith du troisième siècle de l’hégire. Son contemporain, le muhaddith ‘Abdullah ibn Ja‘far ibn Khâqân, rapporte : « J’interrogeai Ibrâhîm ibn Sa‘îd au sujet d’un hadith rapporté d’Abû Bakr as-Siddîq (r.a.). Il dit à son serviteur : “Entre dans la bibliothèque et apporte le vingt-troisième volume de la compilation des hadiths d’Abû Bakr as-Siddîq (r.a.).” Je lui dis : “On ne trouve même pas vingt hadiths d’Abû Bakr (r.a.) avec une chaîne authentique ; comment avez-vous donc compilé ses hadiths en vingt-trois volumes ?” Il répondit : “Si je ne parviens pas à recueillir un hadith par au moins cent chaînes de transmission, je me considère comme orphelin concernant ce hadith.” » (Adh-Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl, 1/154-155).

Lorsqu’ils recevaient un hadith, ils tentaient d’en vérifier l’exactitude en posant diverses questions au râwî concerné au sujet de sa narration. En même temps, ils interrogeaient les savants, les muhaddiths et les étudiants réputés de la région au sujet de son honnêteté personnelle, de ses maîtres et des autres râwî de son territoire. Par l’examen comparatif de toutes les informations ainsi recueillies, ils formulaient des jugements précis au sujet de tous les râwî et de tous les hadiths qu’ils avaient transmis. Ces spécialistes du hadith, examinateurs et critiques, étaient à la fois des râwî ou transmetteurs de hadiths et des « nâqid », c’est-à-dire des critiques du hadith et des imams du hadith. Au cours des quatre premiers siècles de l’islam, nous trouvons plus d’une centaine d’imams et de nâqid de cette nature. Leurs efforts et leurs sacrifices au service des hadiths du Messager sont sans précédent dans l’histoire du monde. Ils méritent d’être inscrits en lettres d’or dans l’histoire du savoir et de la civilisation. On ne trouve pas la moindre trace d’un exemple comparable dans l’histoire d’une autre nation. Même un résumé de leurs œuvres nécessiterait la rédaction de centaines de pages.

Tous ces muhaddiths nâqid ou imams ont ainsi assuré la préservation authentique et parfaitement intacte des hadiths du Messager d’Allah (s), en recueillant et en conservant tous les hadiths ainsi que les informations pertinentes. Ils ont identifié les mensonges intentionnels et involontaires dans la transmission des hadiths, identifié les menteurs et séparé les hadiths authentiques des narrations mensongères et douteuses. Ils ont pris les mesures suivantes.

1. Préserver l’isnâd, la chaîne de transmission, la source ou la référence de tous les hadiths.
2. Recueillir toutes les informations relatives à l’identité personnelle, à la naissance, au décès, à la formation, aux maîtres, aux étudiants, aux activités, aux voyages, etc., de tous les râwî des chaînes de transmission.
3. Vérifier l’honnêteté personnelle, la fiabilité et la véracité des râwî.
4. Examiner et vérifier le sens des hadiths transmis.
5. Vérifier si chaque râwî mentionné dans la chaîne de transmission avait effectivement entendu le hadith de ses propres oreilles auprès du râwî qui le précédait.
6. Séparer les narrations exactes des mensonges intentionnels et involontaires au moyen d’un examen comparatif de tous les hadiths recueillis.
7. Révéler à la communauté les mensonges des râwî dont la falsification avait été découverte grâce aux informations recueillies et aux examens comparatifs.
8. Mettre par écrit tous les hadiths recueillis avec leurs chaînes de transmission.
9. Mettre par écrit les informations concernant l’exactitude ou la falsification des râwî.
10. Compiler les hadiths authentiques dans des ouvrages distincts.
11. Compiler les hadiths mensongers et fabriqués dans des ouvrages distincts.
12. Élaborer des règles permettant de reconnaître facilement les hadiths fabriqués ou mensongers.

Nous examinerons ci-dessous tous ces sujets.

1.4.2. La préservation de l’isnâd
Nous avons vu que les Compagnons instaurèrent, dans la transmission des hadiths, la pratique de mentionner l’isnâd, c’est-à-dire la source de l’information, afin que l’authenticité ou la fausseté du hadith puisse être vérifiée par l’examen de sa source. Au cours des générations suivantes, une très grande importance fut accordée à la préservation de l’isnâd. Quelle que soit la notoriété, l’intégrité, la grandeur ou l’érudition du transmetteur d’un hadith, les muhaddiths ne considéraient jamais le hadith qu’il rapportait comme fiable s’il ne mentionnait pas de qui il l’avait entendu et par quelle chaîne il l’avait transmis. En outre, ils vérifiaient que lui-même, ainsi que chacun des râwîs mentionnés dans son isnâd, avait bien entendu le hadith directement du râwî précédent. Ils ont dit beaucoup de choses pour expliquer l’importance de l’isnâd.

Le célèbre tâbi‘î du premier siècle de l’Hégire, Muhammad ibn Sîrîn, a dit : « Cette science est la religion. Regardez donc de qui vous prenez votre religion. » (Muslim, as-Sahîh, 1/14).

Sufyân ibn ‘Uyaynah (198 H) a dit : « Un jour, Ibn Shihâb az-Zuhrî (125 H) racontait un hadith. Je lui ai dit : “Racontez donc ce hadith sans isnâd.” Il a répondu : “Veux-tu monter sur un toit sans escalier ?” » (As-Suyûtî, Tadrîb ar-Râwî, 2/160).

L’un des éminents muhaddiths du deuxième siècle de l’Hégire, Sufyân ibn Sa‘îd ath-Thawrî (161 H), a dit : « L’isnâd est l’arme du croyant. » (As-Suyûtî, Tadrîb ar-Râwî, 2/160).

‘Utbah ibn Abî Hakîm (140 H) raconte : « Un jour, je me trouvais auprès d’Is’hâq ibn ‘Abdullah ibn Abî Farwah (144 H). Ibn Shihâb az-Zuhrî (125 H) était également présent. Ibn Abî Farwah se mit à transmettre des hadiths en disant : “Le Messager d’Allah (s) a dit, le Messager d’Allah (s) a dit…” Alors Ibn Shihâb az-Zuhrî lui dit : “Ô Ibn Abî Farwah, qu’Allah vous anéantisse ! Quelle audace avez-vous de parler au nom d’Allah ! Vous rapportez des hadiths, mais vous n’en mentionnez pas l’isnâd. Vous nous rapportez des hadiths sans bride.” » (Adh-Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl, 1/344).

Le célèbre tâbi‘ at-tâbi‘î, ‘Abdullah ibn al-Mubârak (181 H), a dit : « La transmission et la préservation de l’isnâd sont une partie indissociable de la religion. S’il n’existait pas de système de transmission de l’isnâd, chacun dirait ce qu’il voudrait. » (Muslim, as-Sahîh, 1/15).

Le muhaddith du troisième siècle de l’Hégire, Abû Ishâq Ibrâhîm ibn Ishâq ibn ‘Îsâ (215 H), raconte : « J’ai dit à ‘Abdullah ibn al-Mubârak (181 H) : “Il est dit dans un hadith : ‘Accomplir la prière pour ses parents en même temps que votre salât et jeûner pour ses parents en même temps que votre jeûne font partie des bonnes œuvres.’” Il a dit : “De qui as-tu entendu ce hadith ?” J’ai répondu : “De Shihâb ibn Khirâsh.” Il a dit : “Shihâb est une personne fiable ; de qui l’a-t-il entendu ?” J’ai répondu : “D’al-Hajjâj ibn Dînâr.” Il a dit : “Al-Hajjâj est une personne fiable ; de qui l’a-t-il entendu ?” J’ai répondu : “Il a dit : ‘Le Messager d’Allah (s) a dit.’” Ibn al-Mubârak dit alors : “Ô Abû Ishâq, il y a une grande distance entre al-Hajjâj ibn Dînâr et le Messager d’Allah (s), une distance qui nécessite de nombreuses montures pour être parcourue. En effet, al-Hajjâj était un tâbi‘ at-tâbi‘î de la fin du deuxième siècle de l’Hégire. Il ne pouvait atteindre le Messager d’Allah (s) sans l’intermédiaire d’au moins deux ou trois personnes. Puisqu’il n’a pas mentionné le reste de l’isnâd, le hadith n’est donc pas recevable.” » (Muslim, as-Sahîh, 1/16).

Ainsi, depuis le premier siècle de l’Hégire, la communauté musulmane a considéré comme indispensable de mentionner l’isnâd (la chaîne ininterrompue des autorités) dans la transmission des hadiths. Dans la terminologie des muhaddiths, le hadith désigne un ensemble composé de deux parties. La première partie est la source ou l’isnâd du hadith, et la seconde est son contenu principal ou matn.

Voyez un exemple. L’imam Mâlik ibn Anas (179 H) était un célèbre compilateur de hadiths du deuxième siècle de l’Hégire. Dans son ouvrage al-Muwatta’, il dit : Arabe (*****)

— « Mâlik, d’Abû az-Zinâd (130 H), de al-A‘raj (117 H), d’Abû Hurayrah (59 H) : le Messager d’Allah (s), évoquant le vendredi, a dit : “Il y a, durant ce jour, un moment tel que si un musulman, debout en prière, demande quelque chose à Allah, Allah le lui accorde.” Le Messager d’Allah (s) indiqua de la main que cette occasion était de courte durée. » [Mâlik ibn Anas (178), al-Muwatta’, 1/108].

Dans le hadith ci-dessus, la première partie — « Mâlik, d’Abû az-Zinâd… d’Abû Hurayrah » — constitue l’isnâd ou la source du hadith. La parole du Messager d’Allah (s) mentionnée à la fin constitue le matn, ou contenu, du hadith. Dans la terminologie des muhaddiths, le hadith ne désigne pas seulement le contenu final ; c’est l’ensemble formé par l’isnâd et le matn qui est appelé hadith. Lorsqu’un même contenu est transmis par deux isnâds distincts, il est considéré comme deux hadiths. Il arrive parfois que l’isnâd seul soit appelé hadith. (Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Lisân al-Mîzân, 3/253).

1.4.3. La chaîne de transmission face au manuscrit écrit

À partir des nombreux hadiths similaires compilés dans les recueils de hadiths mentionnés plus haut, quelqu’un pourrait penser que les Compagnons, les Tabi‘un ou les Tabi‘ al-Tabi‘in ne consignaient ni ne compilaient probablement les hadiths, mais les transmettaient uniquement de mémoire et oralement. C’est peut-être pour cette raison, pourrait-on croire, que les muhaddithun ont compilé les hadiths en mentionnant ainsi leur chaîne de transmission. Beaucoup pensent que les hadiths n’ont été écrits ou compilés qu’aux troisième ou quatrième siècles de l’Hégire et qu’auparavant ils circulaient oralement.

Il n’en est absolument rien. C’est l’ignorance des méthodes de transmission ou de compilation des hadiths, ou une connaissance superficielle et vague de ces méthodes, qui a donné naissance à cette grave confusion. En réalité, dans la transmission et la compilation des hadiths, les muhaddithun de la communauté musulmane ont suivi les méthodes scientifiques les plus précises. En combinant la transmission orale et les manuscrits écrits, ils ont empêché les erreurs de s’introduire dans la transmission des hadiths. Dans l’enseignement, la collecte et la transmission de la chaîne des hadiths, ils s’appuyaient toujours, parallèlement à la transmission orale et à l’audition, sur l’écriture et les manuscrits. De même, ils s’appuyaient sur les manuscrits pour examiner les hadiths et déterminer les falsifications.

1.4.3.1. Les manuscrits dans l’enseignement, la collecte et la transmission de la chaîne des hadiths

Les Compagnons mémorisaient généralement les hadiths et les écrivaient parfois. Ils n’avaient d’ailleurs pas particulièrement besoin de les mettre par écrit. Nous avons déjà mentionné que le nombre de hadiths rapportés par la plupart des Compagnons ne dépassait pas vingt ou trente. Pour rapporter, à partir des souvenirs des jours passés en compagnie du Messager d’Allah (s), vingt ou trente, cent, voire un millier d’événements ou de paroles, il n’était pas nécessaire de les écrire. De plus, rien d’autre d’important ne les occupait dans leur vie. Évoquer les souvenirs du Messager d’Allah (s), appliquer exactement ses directives, l’imiter fidèlement et transmettre ses paroles aux gens constituaient l’une des principales tâches de leur existence. Aucune autre préoccupation mondaine ne pouvait occuper leur esprit. Et ce souvenir, cette parole qui demeuraient constamment présents dans leur esprit et dans leurs actes n’avaient pas besoin d’être écrits sur des feuilles séparées. Malgré cela, de nombreux Compagnons consignaient les hadiths qu’ils avaient mémorisés et conservaient les manuscrits écrits. (Muhammad ‘Ajjaj al-Khatib, al-Sunna qabla al-tadwin, p. 303-321.)

Dès l’époque des élèves des Compagnons, c’est-à-dire des Tabi‘un, la conservation des manuscrits écrits constituait une partie intégrante de l’enseignement des hadiths. La plupart des Tabi‘un et des muhaddithun des générations suivantes écoutaient les hadiths, les écrivaient et les mémorisaient. Ils les enseignaient à leurs élèves en gardant le manuscrit devant eux ou après les avoir mémorisés à partir du manuscrit. Leurs élèves les écrivaient dans leurs propres manuscrits au fur et à mesure qu’ils les entendaient, puis les collationnaient avec le manuscrit du maître. Depuis l’époque des Tabi‘un, c’est-à-dire à partir de la fin du premier siècle de l’Hégire, le fait de consigner ainsi tous les hadiths étudiés devint une partie intégrante du système d’enseignement des hadiths. D’innombrables récits à ce sujet sont consignés dans les ouvrages consacrés aux hadiths. En voici quelques exemples.

Le Tabi‘i ‘Abdullah ibn Muhammad ibn ‘Aqil (140 H) dit : « Abou Ja‘far Muhammad al-Baqir (114 H) et moi-même nous rendions auprès du Compagnon Jabir ibn ‘Abdullah (70 H). Nous emportions avec nous de petites planches ou ardoises sur lesquelles nous consignions les hadiths. » [al-Ramahurmuzi, Hasan ibn ‘Abd al-Rahman (360 H)].

Le Tabi‘i ‘Amir ibn Sharahil al-Sha‘bi (102 H) dit : « Tout ce que vous entendrez de moi, consignez-le. Même s’il vous faut l’écrire sur un mur, écrivez-le et conservez-le. » (Même ouvrage, p. 376.)

Le Tabi‘i Abou Qilaba ‘Abdullah ibn Zayd (104 H) dit : « Il m’est beaucoup plus cher d’écrire que d’oublier. » (Ibn Rajab, Sharh ‘Ilal al-Tirmidhi, p. 57.)

Le Tabi‘i al-Hasan al-Basri (110 H) dit : « Nous possédons des manuscrits que nous consultons et conservons régulièrement. » (al-Ramahurmuzi, al-Muhaddith al-Fasil, p. 370-371.)

Le célèbre Tabi‘i des Tabi‘un, ‘Abdullah ibn al-Mubarak (181 H), dit : « Si nous n’avions pas écrit les hadiths sous forme de manuscrits au moment de leur étude, nous n’aurions pas pu les mémoriser. » (Ibn Rajab, Sharh ‘Ilal al-Tirmidhi, p. 57.)

Il faudrait un ouvrage distinct pour consigner les innombrables récits relatifs à ce sujet.

Nous avons ainsi vu que, depuis l’époque des Tabi‘un, les muhaddithun écrivaient les hadiths au fur et à mesure qu’ils les étudiaient. Lorsqu’ils enseignaient les hadiths, les Tabi‘un et les Tabi‘ al-Tabi‘in les lisaient généralement à partir d’un manuscrit. Parfois, ils les enseignaient de mémoire, mais conservaient le manuscrit sous leur garde afin de pouvoir le consulter au besoin.

À l’époque des Tabi‘un ou dans les générations suivantes, certains muhaddithun mémorisaient et transmettaient les hadiths sans manuscrit. Dans la plupart des cas, il fut démontré qu’ils étaient faibles dans la transmission des hadiths. Les muhaddithun postérieurs établirent, par comparaison et examen, que leur absence de recours aux manuscrits les amenait parfois à commettre des erreurs dans la transmission. En réalité, une transmission fiable n’est possible que par l’audition orale et la conservation des manuscrits. C’est pourquoi les muhaddithun considéraient comme faibles ou peu fiables les hadiths transmis par les rawi qui s’appuyaient uniquement sur les manuscrits ou uniquement sur leur mémoire. Les erreurs et les incohérences de leurs transmissions apparaissaient grâce à l’examen comparatif. On trouve d’innombrables récits de ce genre dans les ouvrages consacrés aux rijal et au jarh wa al-ta‘dil. En voici quelques exemples.

Abou ‘Ammar ‘Ikrima ibn ‘Ammar al-‘Ijli (160 H) était un célèbre muhaddith tabi‘i du deuxième siècle. Il était réputé pour sa mémorisation des hadiths. Cependant, il ne consignait pas les hadiths mémorisés dans des manuscrits et ne pouvait donc pas les consulter en cas de besoin. C’est pourquoi certaines erreurs apparaissaient dans les hadiths qu’il transmettait. L’imam al-Bukhari (156 H) dit : « Il ne possédait aucun manuscrit ; c’est pourquoi on trouve des incohérences dans ses hadiths. » (Al-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal, 5/114.)

Jarir ibn Hazim ibn Zayd (170 H) était un célèbre transmetteur de hadiths et muhaddith du deuxième siècle de l’Hégire. Ibn Hajar dit à son sujet : « Il est fiable… Toutefois, lorsqu’il rapportait des hadiths sans regarder le manuscrit et en s’appuyant uniquement sur sa mémoire, il commettait des erreurs. » (Ibn Hajar, Taqrib al-Tahdhib, p. 138.)

‘Abd al-‘Aziz ibn ‘Imran ibn ‘Abd al-‘Aziz (170 H) était un rawi du deuxième siècle de l’Hégire. Il habitait Médine et descendait du Compagnon ‘Abd al-Rahman ibn ‘Awf. Les muhaddithun le considérèrent comme faible et inacceptable, car les erreurs étaient nombreuses dans les hadiths qu’il transmettait. Ces erreurs étaient dues au fait qu’il transmettait de mémoire sans manuscrit. L’historien et muhaddith médinois du troisième siècle de l’Hégire, ‘Umar ibn Shabba (262 H), dit à son sujet dans son ouvrage Histoire de Médine : « Il commettait beaucoup d’erreurs dans la transmission des hadiths, car, après que ses manuscrits eurent brûlé, il rapportait de mémoire les hadiths qu’il avait mémorisés. » (Ibn Hajar, Tahdhib al-Tahdhib, 6/312.)

Selon Ibn Hajar al-‘Asqalani : « C’est un rawi délaissé. Ses manuscrits ont brûlé. Il rapportait donc les hadiths en s’appuyant sur sa mémoire, ce qui le conduisait à commettre de très nombreuses erreurs. » (Ibn Hajar, Taqrib al-Tahdhib, p. 358.)

Hajib ibn Sulayman al-Manbiji (265 H) était un célèbre muhaddith du troisième siècle. Il fut le maître de l’imam al-Nasa’i. Bien qu’il fût fiable dans la transmission des hadiths, l’absence de manuscrits le conduisait à commettre des erreurs. L’imam al-Daraqutni (385 H) dit : « Il rapportait les hadiths de mémoire et s’appuyait uniquement sur celle-ci. Il ne possédait aucun manuscrit. C’est pourquoi des erreurs apparaissaient dans ses hadiths. » (Al-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal, 2/164.)

Muhammad ibn Ibrahim ibn Muslim, Abou Umayya (273 H), était un célèbre muhaddith du troisième siècle. Son élève Muhammad ibn Hibban (354 H) dit à son sujet : « Il était originaire de Tartous et était fiable. Il vint en Égypte et y transmit de mémoire certains hadiths sans manuscrit ; il commit des erreurs dans la transmission de ces hadiths. C’est pourquoi je ne souhaite accepter aucun de ses hadiths comme preuve. Seuls les hadiths qu’il a transmis en consultant un manuscrit peuvent être acceptés. » (Ibn Hibban, Muhammad (354 H), al-Thiqat, 9/137.)

L’imam al-Shafi‘i (204 H) était l’un des plus éminents savants du deuxième siècle de l’Hégire. Il écrivit : « Le hadith d’un muhaddith qui commet beaucoup d’erreurs et ne possède aucun manuscrit écrit authentique ne peut être accepté. » (Al-Shafi‘i, al-Risala, p. 382.)

Nous avons ainsi vu que, depuis le deuxième siècle de l’Hégire, afin de préserver l’exactitude dans l’apprentissage et l’enseignement des hadiths, on s’appuyait sur la combinaison de l’audition orale auprès du maître et de la conservation des manuscrits écrits. Même les célèbres hafiz de hadith, qui avaient étudié et enseigné les hadiths toute leur vie et en avaient mémorisé des millions, n’enseignaient ni ne transmettaient les hadiths sans consulter leurs manuscrits.

‘Ali ibn al-Madini (234 H), l’un des grands muhaddithun du troisième siècle, dit : « Parmi nos compagnons, nul n’était plus grand ni plus compétent qu’Ahmad ibn Hanbal (241 H) dans la mémorisation des hadiths. Malgré cela, il ne transmettait pas les hadiths sans avoir le manuscrit devant lui. Il constitue pour nous un excellent modèle. » (Al-Dhahabi, Siyar A‘lam al-Nubala’, 11/213.)

De son côté, l’imam Ahmad ibn Hanbal (241 H) dit : « Certains nous ont fait entendre les hadiths de mémoire et d’autres nous les ont fait entendre à partir de manuscrits. La transmission de ceux qui lisaient les hadiths dans leurs manuscrits était plus exacte. » (Ibn Rajab, Sharh ‘Ilal al-Tirmidhi, p. 57.)

Nous avons ainsi vu que, depuis le deuxième siècle de l’Hégire, les muhaddithun jugeaient indispensable de réunir trois éléments dans l’apprentissage des hadiths : premièrement, entendre littéralement le hadith de la bouche du maître, ou le lui lire oralement ; deuxièmement, écrire de sa propre main le hadith entendu ; troisièmement, comparer son propre manuscrit avec celui du maître et le corriger. Ils refusaient d’accepter qu’un muhaddith enseigne un hadith uniquement en le consultant dans un manuscrit, sans l’avoir entendu de ses propres oreilles, ou qu’il enseigne uniquement de mémoire sans manuscrit.

‘Abdullah, fils de l’imam Ahmad ibn Hanbal (290 H), rapporte : « L’imam Yahya ibn Ma‘in (233 H) dit : l’imam ‘Abd al-Razzaq al-San‘ani (211 H) me dit : “Accepte de moi au moins un hadith sans manuscrit écrit.” Je répondis : “Jamais ! Je ne suis pas disposé à accepter ne serait-ce qu’une seule lettre en me fondant uniquement sur une transmission orale, sans preuve écrite dans un manuscrit.” » (Ahmad, al-Musnad, 3/297.)

L’imam Yahya ibn Ma‘in ne consentit donc même pas à accepter un seul hadith d’un muhaddith aussi célèbre et fiable qu’‘Abd al-Razzaq al-San‘ani, sans la combinaison d’un manuscrit écrit et conservé !

Voyez leur principe à ce sujet. L’imam Yahya ibn Ma‘in, l’un des grands muhaddithun et juges des hadiths du troisième siècle, dit : « Si l’on doute qu’un rawi ait correctement mémorisé et transmis un hadith, il faut lui demander son ancien manuscrit. S’il peut montrer son ancien manuscrit, il ne doit pas être considéré comme quelqu’un qui commet volontairement des erreurs. Mais s’il dit : “Mon manuscrit original et ancien a été détruit ; j’en possède une copie”, sa parole ne doit pas être acceptée. De même, s’il dit : “Je ne retrouve pas mon manuscrit”, sa parole ne doit pas être acceptée. Il faut plutôt le tenir pour menteur. » (Al-Khatib al-Baghdadi, al-Kifaya fi ‘ilm al-riwaya, p. 117.)

1.4.3.2. Sens et contexte de la transmission par audition dans la chaîne

La discussion précédente nous permet de comprendre que, dès la seconde moitié du premier siècle de l’Hégire, les hadiths étaient écrits et mémorisés. Les muhaddithun transmettaient les hadiths en consultant les manuscrits écrits, les examinaient, en vérifiaient l’authenticité et chacun consignait les hadiths qu’il avait entendus. La question est alors la suivante : pourquoi, dans la transmission des hadiths, s’appuyaient-ils uniquement sur la transmission orale sans fournir la référence d’un livre écrit ? Pourquoi disaient-ils : « Il m’a dit », « Il m’a informé », etc. ? Pourquoi ne disaient-ils pas : « Cette parole est écrite dans tel ouvrage », et ainsi de suite ?

En réalité, depuis l’époque des Compagnons, on accordait davantage d’importance à la personne qu’au livre. Afin d’écarter la dépendance à l’égard des manuscrits et les risques d’erreurs qui y étaient liés, les muhaddithun accordaient, parallèlement au manuscrit, une importance particulière à l’audition directe du hadith auprès du maître qui le transmettait. C’est pourquoi, dans l’enseignement des hadiths, on ne donnait pas la référence du livre ou du manuscrit ; on mentionnait plutôt le nom du maître transmetteur. Dans la terminologie des muhaddithun, l’expression « haddathana, akhbarana », c’est-à-dire « il nous a dit », signifie : j’ai cité ce hadith après avoir entendu de mes propres oreilles la lecture de son livre, auprès de lui-même ou de tel de ses élèves. Certains disaient aussi : « Je l’ai entendu lui lire » ou « J’ai lu », mais, généralement, ils exprimaient tout cela en une seule formule : « haddathana », « akhbarana » ou « il nous a dit ».

Nous comprenons donc que la chaîne du Muwatta mentionnée plus haut ne signifie pas que Malik a entendu une simple transmission orale d’Abou al-Zinad, que celui-ci l’a entendue d’al-A‘raj, et que celui-ci l’a entendue d’Abou Hurayra. La signification de la chaîne est plutôt que chacun de ses rawi a entendu le hadith de son maître, l’a écrit et a comparé le manuscrit écrit avec la transmission orale.

Le célèbre muhaddith du troisième siècle, Muhammad ibn Isma‘il al-Bukhari (256 H), a cité ce hadith d’après le Muwatta.

Il dit : « ‘Abdullah ibn Maslama nous a dit, d’après Malik, d’après Abou al-Zinad, d’après al-A‘raj, d’après Abou Hurayra : le Messager d’Allah (s) parla du vendredi : “Il y a, durant ce jour, un moment où tout musulman qui invoque Allah, alors qu’il est debout en prière, obtient de Lui ce qu’il demande.” Le Messager d’Allah (s) indiqua de la main que cette occasion ne durait que peu de temps. » (Al-Bukhari, Muhammad ibn Isma‘il, al-Sahih, 1/316.)

Ici, l’imam al-Bukhari a cité textuellement le hadith du Muwatta. Pourtant, il n’a pas donné la référence du Muwatta. Il a plutôt indiqué qu’il avait entendu le hadith d’un élève de l’imam Malik. En apparence, le lecteur pourrait penser que l’imam al-Bukhari s’est essentiellement appuyé sur l’audition. Mais il n’en est absolument rien. Plus d’une centaine d’élèves avaient intégralement entendu et écrit le Muwatta auprès de l’imam Malik. Les exemplaires écrits du Muwatta qu’ils avaient transmis étaient disponibles dans les boutiques des warraq, c’est-à-dire des marchands de livres manuscrits, sur les marchés de l’époque. Si l’imam al-Bukhari avait acheté un tel manuscrit et cité le hadith sur cette base, sa citation aurait été jugée faible et inacceptable par les muhaddithun, car la dépendance à l’égard d’un manuscrit comporte différents risques d’erreur. C’est pourquoi l’imam al-Bukhari se rendit auprès des muhaddithun qui avaient entendu le Muwatta de bout en bout de la bouche de l’imam Malik, l’avaient comparé au manuscrit et en transmettaient une version authentifiée, et il entendit lui-même le Muwatta auprès d’eux, du début à la fin.

L’imam al-Bukhari a cité les hadiths du Muwatta en divers endroits de son ouvrage, mais n’a jamais fourni la référence du livre. Il a plutôt mentionné la chaîne de ceux auprès desquels il avait étudié le livre. Ainsi, ici, il mentionne la chaîne d’‘Abdullah ibn Maslama. Le sens de ses paroles est : « J’ai entendu de mes propres oreilles ce hadith, lu dans le livre de l’imam Malik, auprès d’‘Abdullah ibn Maslama. »

L’imam Muslim (262 H), l’un des grands muhaddithun du troisième siècle, a également cité ce hadith d’après le Muwatta.

Il dit : « Qutayba ibn Sa‘id nous a dit, d’après Malik, d’après Abou al-Zinad, d’après al-A‘raj, d’après Abou Hurayra : le Messager d’Allah (s), évoquant le vendredi, dit… » (Muslim ibn al-Hajjaj, al-Sahih, 2/583.)

Ici encore, l’imam Muslim ne donne pas la référence du livre, mais celle du transmetteur du livre. Le célèbre muhaddith du cinquième siècle, l’imam al-Bayhaqi Ahmad ibn al-Husayn (458 H), a cité ce hadith dans son recueil intitulé al-Sunan al-Kubra.

Il dit : « ‘Ali ibn Ahmad ibn ‘Aban nous a dit, Ahmad ibn ‘Ubayd al-Saffar nous a dit, Isma‘il al-Qadi nous a dit, ‘Abdullah ibn Maslama al-Qa‘nabi nous a dit, d’après Malik, d’après Abou al-Zinad, d’après al-A‘raj, d’après Abou Hurayra : le Messager d’Allah (s), évoquant le vendredi, dit… » (Al-Bayhaqi, al-Sunan al-Kubra, 3/249.)

En voyant cette chaîne, quelqu’un pourrait penser que, jusqu’au cinquième siècle, les muhaddithun s’appuyaient uniquement sur la transmission orale pour transmettre les hadiths. Il y aurait huit transmetteurs entre le Messager d’Allah (s) et l’ouvrage, et tous se seraient fondés uniquement sur la transmission orale et l’audition ! Le risque d’erreur serait donc très grand !

Mais la situation réelle est tout autre. Le sens de la chaîne de l’imam al-Bayhaqi est le suivant : j’ai entendu la lecture du Muwatta écrit par l’imam Malik auprès de ‘Ali ibn Ahmad ibn ‘Abdan. Celui-ci l’a lu auprès d’Ahmad ibn ‘Ubayd al-Saffar. Celui-ci a lu le livre auprès d’Isma‘il al-Qadi. Celui-ci l’a lu auprès de ‘Abdullah ibn Maslama al-Qa‘nabi. Celui-ci le tient de Malik, et ainsi de suite. Il a ainsi démontré qu’il n’avait pas acheté le Muwatta au marché, ne l’avait pas lu seul et n’en avait pas recueilli les hadiths de cette manière. Il avait plutôt obtenu un manuscrit du Muwatta et l’avait lu à quelqu’un qui, lui-même, avait maîtrisé l’ouvrage par une lecture authentifiée, et ainsi de suite jusqu’à la fin. Al-Bayhaqi a mentionné cette chaîne à travers de nombreuses autres chaînes. Dans toutes, il mentionne la transmission orale et l’audition. Il a en réalité indiqué qu’il avait lu et entendu correctement le Muwatta de l’imam Malik auprès de différents maîtres, par différentes chaînes. (Al-Bayhaqi, al-Sunan al-Kubra, 3/249.)

Nous avons ainsi vu que, pour combiner les manuscrits écrits avec la transmission orale et l’audition, les muhaddithun ont instauré la pratique de donner la référence de l’audition au lieu de citer le manuscrit ou le livre. Leur méthode était extrêmement précise et scientifique. À l’époque actuelle, cette manière de donner la référence en mentionnant le nom du maître est beaucoup plus sûre et plus logique que la pratique consistant à indiquer le nom du livre, le numéro de page, etc., sous la forme d’une « référence ». À l’époque des livres manuscrits, la simple citation d’un ouvrage comportait le risque d’erreurs de lecture, d’ajouts par des tiers dans le livre et de fautes de copistes. Mais lorsqu’on recevait le livre sous forme de lecture faite à partir de la bouche du maître, ces risques d’erreurs ou de déformations disparaissaient.

Les juifs et les chrétiens écrivaient leurs livres religieux en s’appuyant sur des manuscrits. Cela facilita la déformation de la Bible. Les savants juifs et chrétiens reconnaissent unanimement que la Bible actuellement en circulation contient des centaines de milliers de déformations. Ils les désignent par les termes « erreurs » (erratum) ou « variantes de lecture » (various readings). (T. H. Horne, An Introduction to the Critical Study and Knowledge of the Holy Scriptures, 2/325 ; Rahmatullah al-Kairanawi, Izhar al-Haqq, 2/542.)

Les muhaddithun de la communauté musulmane purent prévenir et corriger ces déformations et ces erreurs en accordant de l’importance à la transmission orale et à l’audition.

Nous comprenons également qu’il est faux de penser que les hadiths furent compilés au troisième siècle ou plus tard. En réalité, leur compilation commença dès le premier siècle. Les compilateurs postérieurs compilèrent dans leurs propres ouvrages les livres compilés par les compilateurs précédents. Toutefois, les muhaddithun ne mentionnèrent jamais les manuscrits comme source de transmission des hadiths. Ils accordèrent au contraire une importance particulière à la transmission orale et à l’audition, parallèlement aux manuscrits.

1.4.4. Vérification de l’intégrité personnelle
La deuxième étape des muhaddiths, pour distinguer les hadiths authentiques et établis des erreurs ou mensonges intentionnels ou involontaires rapportés au nom des hadiths, consistait à recueillir les informations personnelles de tous les « rawis » mentionnés dans l’isnad et à s’assurer de leur intégrité personnelle, de leur équité et de leur piété. À cette fin, ils observaient eux-mêmes le comportement des rawis et, si nécessaire, interrogeaient les savants, les muhaddiths et les étudiants de leur époque.
Abū al-ʿĀliyah Rufayʿ ibn Mihrān (90 H), célèbre tābiʿī du Ier siècle de l’hégire contemporain des Compagnons, dit : « Lorsque j’apprenais qu’une personne enseignait ou rapportait des hadiths en un lieu quelconque, je parcourais une longue distance pour me rendre auprès d’elle afin de recueillir des hadiths. Une fois arrivé, j’observais sa prière. Si je voyais qu’elle accomplissait la prière de manière belle et complète, je restais auprès d’elle et écrivais les hadiths qu’elle rapportait. Mais si je constatais de la négligence dans sa prière, je repartais sans apprendre de hadiths auprès d’elle. Je disais : celui qui peut se montrer négligent dans la prière le sera encore davantage dans d’autres domaines. » (Ibn Hādī, al-Kāmil, 1/132).
Ils ne se contentaient pas d’observer les actes extérieurs du rapporteur de hadiths ; ils cherchaient également à connaître son comportement, son akhlāq, son honnêteté, sa fiabilité, etc. ʿĀṣim ibn Sulaymān al-Aḥwal (140 H), célèbre tābiʿī du IIe siècle de l’hégire, dit : « J’ai entendu Abū al-ʿĀliyah (90 H) dire : vous, les tābiʿūn de la deuxième génération, pratiquez certes davantage la prière et le jeûne que vos prédécesseurs, mais le mensonge s’est mis à couler sur vos langues. » (Ibn ʿAdī, al-Kāmil, 1/133).
En outre, ils s’assuraient de l’intégrité du rawi en lui posant diverses questions et en comparant ses récits oraux avec son manuscrit. Tout en l’observant eux-mêmes, ils cherchaient surtout à connaître la fiabilité du rawi à travers l’opinion des savants de son époque. Yaḥyā ibn Mughīrah (253 H) dit : « J’ai interrogé le célèbre tābiʿ al-tābiʿī Jarīr ibn ʿAbd al-Ḥamīd (188 H) au sujet de son frère Anas ibn ʿAbd al-Ḥamīd. Il répondit : “N’écrivez pas ses hadiths, car il ment dans ses conversations avec les gens. Il a appris les hadiths auprès de muhaddiths tels que Hishām ibn ʿUrwah et ʿUbayd Allāh ibn ʿUmar. Mais, puisqu’il a l’habitude de mentir dans ses conversations avec les gens, n’acceptez pas ses hadiths.” » (Ibn Abī Ḥātim, al-Jarḥ wa-l-taʿdīl, 2/289).
Cependant, en toutes circonstances, la base de leur décision reposait sur l’examen comparatif des informations fournies par la personne. C’est pourquoi nous constatons dans d’innombrables cas qu’un muhaddith, après avoir entendu de nombreux éloges au sujet d’un rawi, se rendait auprès de lui pour apprendre les hadiths, mû par la vénération et l’intérêt. Mais dès qu’il décelait des mensonges et des erreurs, intentionnels ou involontaires, dans les hadiths rapportés par cette personne, son jugement à son sujet changeait immédiatement.

ʿAbd Allāh ibn al-Muḥarrir al-Jazarī était un savant et un homme pieux du IIe siècle. Sous le règne du calife al-Manṣūr (136-158 H), il exerça également la fonction de juge. Cependant, il était extrêmement faible dans la transmission des hadiths. Il mentait, volontairement ou involontairement. Le célèbre muhaddith ʿAbd Allāh ibn al-Mubārak (181 H) dit : « En entendant parler des bonnes œuvres, de la piété et de la célébrité de ʿAbd Allāh ibn al-Muḥarrik, j’éprouvai pour lui une telle admiration que, si l’on m’avait donné le choix entre entrer au Paradis et rencontrer ʿAbd Allāh ibn al-Muḥarrik, j’aurais choisi de le rencontrer avant d’entrer au Paradis. Mais lorsque je le rencontrai et constatai la profusion de mensonges dans les hadiths qu’il rapportait, toute l’admiration que j’avais pour lui disparut. Même les crottes sèches d’une chèvre me sont plus chères que lui. » (Ibn ʿAdī, al-Kāmil, 4/132).

1.4.5. La probité des Compagnons
Ainsi, pour chaque transmetteur de hadith, les muhaddiths de la communauté musulmane ont examiné et vérifié avec une extrême minutie la probité personnelle et l’exactitude de la transmission. Ni la notoriété personnelle du râwî, ni son prestige, ni sa renommée, ni quoi que ce soit d’autre ne les a empêchés de procéder à cette vérification et à cet examen.
Dans la suite de cet exposé, nous verrons que, sur la base de leurs vérifications et de leurs examens, ils ont déclaré inacceptables, pour la transmission des hadiths, même nombre de personnalités très célèbres et renommées dans tout le pays. Les seuls qui font exception dans ce domaine sont les Compagnons. Dans leur seul cas, les muhaddiths n’ont pas examiné la probité personnelle et la fiabilité. Ils ont admis que tous les Compagnons étaient personnellement honnêtes et véridiques.
Les érudits juifs et chrétiens ainsi que les chiites critiquent ce principe des muhaddiths. Ils ne croyaient pas à la probité des Compagnons. Au contraire, ils accusent précisément les Compagnons d’être des imposteurs.
Il n’est pas possible de traiter ici en détail de la probité et de la fiabilité des Compagnons. Je n’examinerai pas non plus ici les indications des hadiths concernant leur probité. Je traiterai ici de la probité des Compagnons à la lumière de la raison, de la conscience et du Coran.
(1) Les muhaddiths de la communauté musulmane ont principalement agi à l’égard des Compagnons sur la base d’un principe humain « universel ». Le principe reconnu partout dans le monde est que, tant qu’un mensonge n’a pas été prouvé au sujet d’une personne, celle-ci doit être considérée comme « véridique » et son témoignage doit être accepté. Dans les autres domaines, on ne peut pas rejeter une information ou un récit transmis par quelqu’un au seul motif qu’il est en procès avec son frère ou qu’il lui est hostile. C’est sur la base de ce principe que la communauté musulmane a accepté les transmissions des Compagnons. Les Compagnons se sont combattus entre eux, ont connu diverses oppositions et divers problèmes mondains, mais il n’a jamais été établi d’aucune manière que l’un d’entre eux ait menti, en quelque circonstance que ce soit, au nom du Messager d’Allah (s). Ceux qui calomnient les Compagnons n’ont pas pu apporter la moindre preuve établissant que, dans tel événement, tel Compagnon aurait été reconnu coupable d’avoir menti au nom d’un hadith. L’histoire contient de nombreux propos contre les Compagnons. Mais aucune information n’a établi qu’ils aient menti au nom du Messager d’Allah (s). Il n’y a donc d’autre choix que d’accepter les informations qu’ils ont transmises. On ne peut pas rejeter le témoignage de quelqu’un sur la base d’un simple doute ou de l’idée qu’il a peut-être menti.
(2) Nous avons vu que les Compagnons examinaient les hadiths au moment de les recevoir et de les juger. Ils ont souvent vérifié les transmissions d’autres Compagnons. Dans aucun cas, un mensonge ou une falsification n’a été découvert chez qui que ce soit. Au contraire, la véracité et la probité des Compagnons, ainsi que leur intransigeance dans ce domaine, sont célèbres dans l’histoire. Leur prudence dans la transmission et l’acceptation des hadiths était incomparable.
(3) L’opinion et l’identité de tout prédicateur religieux ou fondateur d’une doctrine ne peuvent être connues qu’à travers ses compagnons. C’est pourquoi, dans toutes les religions, une dignité particulière est accordée aux compagnons des prophètes, des messagers ou des fondateurs de religions. Sans s’appuyer sur eux, il est absolument impossible de connaître les paroles, les propos et l’exemple d’un prophète ou d’un messager. Douter des Compagnons et ne pas leur faire confiance revient précisément à nier le Messager d’Allah (s) et à effacer l’islam de la vie pratique. Car c’est par l’intermédiaire de ces Compagnons que nous avons reçu le Coran, les hadiths et l’islam tout entier.
(4) Ne pas croire à la probité des Compagnons revient à nier la prophétie du Messager d’Allah (s). Ceux qui pensent que la plupart des Compagnons étaient égoïstes, mécréants ou apostats pensent sans aucun doute que Muhammad, le Messager d’Allah, était un prophète qui avait échoué — qu’Allah nous en préserve. Dans une société comptant des centaines de milliers de personnes, il n’est pas impossible que deux ou quatre hypocrites inconnus et obscurs existent. Mais si quelqu’un affirme que ceux qui ont longtemps vécu auprès du Messager d’Allah (s) et acquis la renommée de Compagnons étaient eux aussi des trompeurs, il affirme en réalité l’échec du Messager d’Allah (s).
Si un prédicateur religieux ne peut pas rendre pieux le cœur de ses propres compagnons, comment pourra-t-il rendre pieux les autres ? Si, après avoir entendu son exemple, l’avoir vu mis en pratique et avoir vécu auprès de lui, les gens ne peuvent même pas acquérir l’« honnêteté », alors imaginer que les générations suivantes acquerront cette honnêteté en entendant seulement cet exemple n’est qu’une absurdité.
Celui qui pense aujourd’hui avoir appris l’honnêteté en lisant le Coran, mais qui estime qu’Abû Hurayra, après avoir lu le Coran auprès de Muhammad, le Messager d’Allah (s), et vécu auprès du Coran vivant, n’a pas pu apprendre l’honnêteté, nie en réalité la prophétie du prophète Muhammad (s). La faiblesse humaine, la colère et les divisions sont une chose ; la tromperie et la falsification en sont une autre. La falsification commise au nom de la religion est une chose encore plus grave. Si un fondateur de religion ne peut pas faire sortir ses adeptes de la souillure de ce péché suprême, on ne peut en aucune manière le considérer comme ayant réussi. De même que la réussite d’une école dépend du taux de réussite de ses élèves, celle d’un prédicateur religieux dépend de la piété de ceux qui ont bénéficié de sa compagnie.
(5) Plus fondamentalement, aucun musulman qui croit au Coran ne peut jamais douter de la probité des Compagnons. Le Coran témoigne à maintes reprises de leur piété. Je mentionne ici quelques versets à ce sujet.
Allah, le Très-Glorieux, a dit :

« Ceux qui, parmi les émigrés et les Ansars, ont été les tout premiers à devancer les autres, ainsi que ceux qui les ont suivis avec sincérité, Allah est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui. Il leur a préparé des jardins sous lesquels coulent les rivières, où ils demeureront éternellement. Voilà l’immense succès. » (sourate 9, At-Tawba, 100).

Ici, les Compagnons ont été répartis en trois groupes. Premièrement, les tout premiers émigrés ; deuxièmement, les tout premiers Ansars ; troisièmement, ceux qui les ont suivis avec sincérité. Les Compagnons des deux premiers groupes ont été présentés comme le critère du succès et comme des modèles à imiter. La majorité des Compagnons transmetteurs de hadiths appartenait à ces deux groupes.
Dans de nombreux autres passages du Noble Coran, tous les émigrés et tous les Ansars sont décrits comme de « véritables croyants » et comme destinés au Paradis (sourate Al-Anfal, versets 72 et 74 ; sourate Al-Hachr, versets 8, 9 et 10).
Au sujet de la Bay‘at ar-Ridwân, prêtée dans la plaine de Hudaybiyya, il est dit :لَّقَدْ رَضِيَ اللَّهُ عَنِ الْمُؤْمِنِينَ إِذْ يُبَايِعُونَكَ تَحْتَ الشَّجَرَةِ فَعَلِمَ مَا فِي قُلُوبِهِمْ فَأَنزَلَ السَّكِينَةَ عَلَيْهِمْ وَأَثَابَهُمْ فَتْحًا قَرِيبًا [٤٨:١٨« Lorsque les croyants ont prêté serment d’allégeance auprès de toi sous l’arbre, Allah les a agréés. » (sourate 48, Al-Fath, 18).
Tous les Compagnons célèbres qui ont transmis des hadiths ont participé à cette allégeance. Aucun hypocrite n’y a participé.
À la louange de tous les Compagnons qui ont participé à la bataille de Tabûk, il est dit :لَٰكِنِ الرَّسُولُ وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ جَاهَدُوا بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنفُسِهِمْ ۚ وَأُولَٰئِكَ لَهُمُ الْخَيْرَاتُ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ [٩:٨٨« Mais le Messager et ceux qui ont cru avec lui ont combattu par leurs biens et leurs personnes dans le chemin d’Allah. Ceux-là auront les biens, et ce sont eux les bienheureux. » (sourate 9, At-Tawba, 88).

Tous les Compagnons célèbres qui rapportaient des hadiths participèrent à cette bataille. Pas un seul hypocrite n’y prit part. C’est en faisant l’éloge sans distinction de tous les Compagnons du Messager d’Allah (s) et en proclamant sans distinction leur piété, leur honnêteté et leur fiabilité qu’il est dit :
وَاعْلَمُوا أَنَّ فِيكُمْ رَسُولَ اللَّهِ ۚ لَوْ يُطِيعُكُمْ فِي كَثِيرٍ مِّنَ الْأَمْرِ لَعَنِتُّمْ وَلَٰكِنَّ اللَّهَ حَبَّبَ إِلَيْكُمُ الْإِيمَانَ وَزَيَّنَهُ فِي قُلُوبِكُمْ وَكَرَّهَ إِلَيْكُمُ الْكُفْرَ وَالْفُسُوقَ وَالْعِصْيَانَ ۚ أُولَٰئِكَ هُمُ الرَّاشِدُونَ [٤٩:٧]
« Mais Allah vous a fait aimer la foi et l’a embellie dans vos cœurs. Il vous a fait détester la mécréance, la perversité et la désobéissance. Ceux-là sont les bien-guidés. » (sourate 49, Al-Hujurât : 7).
Ailleurs, les Compagnons qui embrassèrent l’islam avant et après la conquête de La Mecque ont tous reçu la bonne nouvelle du bien ou du Paradis, sans distinction.
وَمَا لَكُمْ أَلَّا تُنفِقُوا فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَلِلَّهِ مِيرَاثُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۚ لَا يَسْتَوِي مِنكُم مَّنْ أَنفَقَ مِن قَبْلِ الْفَتْحِ وَقَاتَلَ ۚ أُولَٰئِكَ أَعْظَمُ دَرَجَةً مِّنَ الَّذِينَ أَنفَقُوا مِن بَعْدُ وَقَاتَلُوا ۚ وَكُلًّا وَعَدَ اللَّهُ الْحُسْنَىٰ ۚ وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌ [٥٧:١٠]
« Ceux d’entre vous qui ont dépensé et combattu avant la victoire (de La Mecque) ne sont pas égaux à ceux qui l’ont fait par la suite ; ils ont un rang supérieur à ceux qui ont dépensé et combattu après. Toutefois, Allah a promis à chacun le bien. » (sourate 57, Al-Hadîd : 10).
Il convient de préciser ici que tous les Compagnons célèbres qui rapportaient des hadiths avaient embrassé l’islam avant la conquête de La Mecque et avaient combattu.
Le Noble Coran contient encore de nombreux versets qui louent les Compagnons et attestent leur honnêteté, leur fiabilité, leur foi et leur entrée au Paradis.

Parmi les Compagnons célèbres dans la transmission des hadiths figurent Abû Hurayra, Abdullâh ibn Umar, Anas ibn Mâlik, Aïcha, Abdullâh ibn Abbâs, Jâbir ibn Abdullâh, Abû Sa‘îd al-Khudrî, Abdullâh ibn Mas‘ûd, Abdullâh ibn Amr, Alî ibn Abî Tâlib, Umar ibn al-Khattâb, Umm Salama, Abû Mûsâ al-Ash‘arî, Al-Barâ ibn Âzib, Abû Dharr al-Ghifârî, Sa‘d ibn Abî Waqqâs, Abû Umâma al-Bâhilî, Hudhayfa ibn al-Yamân, Sahl ibn Sa‘d, Ubâda ibn al-Sâmit, Imrân ibn Husayn, Abû al-Dardâ, Abû Qatâda, Abû Bakr al-Siddîq, Ubayy ibn Ka‘b, Mu‘âdh ibn Jabal, Uthmân ibn Affân, ainsi que d’autres Compagnons célèbres.
Ils étaient tous des compagnons célèbres du Messager d’Allah (s), ayant embrassé l’islam avant la conquête de La Mecque, ayant participé à la bataille de Tabûk, ayant pris part au serment d’allégeance d’Al-Ridwân, ou faisant partie des tout premiers Émigrés et Ansâr.
Douter de l’honnêteté de celui dont le Coran atteste la droiture, la foi et la réussite, et à qui le Coran promet le bien, revient à nier le témoignage du Coran.

1.4.6. Examen comparatif
L’une des méthodes employées par les muhaddiths pour déterminer l’authenticité d’un hadith ou distinguer les hadiths authentiques des hadiths non authentiques était l’examen global (Cross Examine). À cet égard, ils ont essentiellement suivi la méthode des Compagnons.
1.4.6.1. Le processus fondamental de l’examen comparatif
Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) était un Compagnon. De nombreux tâbi‘îs ont appris les hadiths auprès de lui. Certains d’entre eux sont restés longtemps à ses côtés, tandis que d’autres ne sont restés que peu de temps. Aucun Compagnon ni aucun muhaddith n’enseignait un hadith différent à chacun de ses élèves. Ils enseignaient à tous leurs élèves les hadiths qu’ils avaient recueillis auprès d’eux. Ainsi, en général, la plupart des élèves d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) avaient entendu tous les hadiths rapportés par lui. Ils rapportaient le même hadith par l’intermédiaire d’Abû Hurayra. Les muhaddiths ont recueilli et compilé les hadiths rapportés par tous les élèves d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée), puis les ont examinés en les comparant entre eux.
S’il apparaissait que trente tâbi‘îs avaient rapporté un hadith d’Abû Hurayra et que vingt ou vingt-cinq d’entre eux l’avaient mémorisé et consigné exactement avec les mêmes termes que ceux employés par Abû Hurayra, tandis que les autres n’avaient pas pu le mémoriser correctement, cela prouvait la faiblesse de leur mémoire et de leur capacité de rétention.
Si un élève d’Abû Hurayra apprenait et rapportait cent hadiths de lui, et qu’il pouvait en mémoriser et en rapporter correctement la totalité ou la majorité, mot pour mot, cela constituait une preuve de son acceptabilité. En revanche, si un tel tâbi‘î rapportait la majorité de ces cent hadiths d’une manière qui ne concordait pas avec les récits des autres tâbi‘îs, on comprenait qu’il ne consignait pas correctement les hadiths et ne pouvait pas les mémoriser. Ce rapporteur perdait alors son acceptabilité et était classé parmi les râwî faibles, dits « da‘îf ».
Le degré de faiblesse se déterminait selon la quantité et l’ampleur des erreurs. Si, d’après sa vie et les hadiths incohérents qu’il rapportait, il était établi qu’il avait volontairement ajouté ou retranché des éléments aux hadiths rapportés du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ou qu’il avait délibérément inventé des propos au nom du hadith, il était classé comme rapporteur menteur. Un hadith rapporté uniquement par un tel rapporteur menteur n’était en aucune circonstance accepté comme une parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il était au contraire classé comme hadith mensonger ou « mawḍû‘ ».
Il arrivait parfois qu’un élève d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapportât un ou plusieurs hadiths qu’aucun autre élève ne rapportait. Les muhaddiths les examinaient alors selon la règle précédente. S’il apparaissait que ce tâbi‘î était resté plus longtemps qu’autrui auprès d’Abû Hurayra, que l’examen avait établi qu’il consignait et mémorisait correctement la majorité des hadiths qu’il rapportait, et que tous reconnaissaient son honnêteté et sa piété, les hadiths supplémentaires qu’il rapportait étaient acceptés comme authentiques (« sahîh ») ou bons et recevables (« hasan »).
En revanche, si l’examen comparatif mentionné précédemment établissait que la majorité ou un grand nombre des hadiths qu’il rapportait divergeaient plus ou moins des récits des rapporteurs acceptables, ce hadith supplémentaire qu’il rapportait était lui aussi classé, selon la règle précédente, comme faible et mensonger.
En général, un tâbi‘î n’apprenait pas les hadiths d’un seul Compagnon. La plupart du temps, chaque tâbi‘î s’efforçait d’apprendre les hadiths auprès du plus grand nombre possible de Compagnons. C’est pourquoi ils se rendaient dans toutes les villes du monde musulman de l’époque où résidait un Compagnon. Les muhaddiths rassemblaient les hadiths de tous les Compagnons, ceux de tous les tâbi‘îs qui les avaient appris auprès d’eux, puis ceux des tâbi‘ al-tâbi‘în rapportés par ces derniers. Ils déterminaient l’acceptabilité des hadiths au moyen d’un examen comparatif et à la lumière de la vie personnelle, de l’honnêteté, de la piété et d’autres caractéristiques des rapporteurs.
Cette méthode se poursuivit au cours des siècles suivants. D’une part, les muhaddiths compilèrent, avec leurs chaînes de transmission, tous les hadiths attribués au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). D’autre part, ils consignèrent la véracité ou la fausseté des récits des râwîs après les avoir étudiés comparativement. (Les ouvrages consacrés au jarh wa ta‘dîl contiennent tous des informations à ce sujet. Voir en particulier : Muslim ibn al-Hajjâj, Kitâb al-Tamyîz ; Ibn ‘Adî, Al-Kâmil fî Du‘afâ’ al-Rijâl ; Dr Muhammad Mustafa al-A‘zamî, Manhaj an-Naqd ‘ind al-Muhaddithîn.)
L’imam at-Tirmidhî, Abû ‘Îsâ Muhammad ibn ‘Îsâ (mort en 275 de l’hégire), dit : « ‘Alî ibn Hujr nous a rapporté ; Hafs ibn Sulaymân nous a rapporté ; celui-ci le tenait de Kathîr ibn Dhayzân, qui le tenait de ‘Âsim ibn Damura, qui le tenait de ‘Alî ibn Abî Tâlib ; le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : “Celui qui récite le Coran, le mémorise, observe comme licite ce que le Coran a déclaré licite et s’abstient de ce que le Coran a déclaré illicite, Allah le fera entrer au Paradis et acceptera son intercession en faveur de dix membres de sa famille, dont chacun avait été condamné au châtiment de l’Enfer.” »
Après avoir compilé ce hadith de cette manière, l’imam at-Tirmidhî mentionna sa faiblesse et son irrecevabilité, puis dit : « Ce hadith est gharîb (faible ou irrecevable). Il n’est connu par aucune autre chaîne que celle-ci. Sa chaîne de transmission n’est pas authentique. Hafs ibn Sulaymân est faible dans le domaine du hadith. »
L’avis de l’imam at-Tirmidhî repose sur ses propres examens ainsi que sur ceux d’innombrables muhaddiths durant trois longs siècles. Les étapes résumées de leur examen sont les suivantes :
1. Ils ont recueilli tous les hadiths rapportés par Hafs ibn Sulaymân.
2. Ils ont recueilli les récits des autres élèves des maîtres auprès desquels Hafs avait rapporté des hadiths, ainsi que ceux des râwîs qui avaient été ses « condisciples », puis les ont comparés à ses récits.
3. Pour ce hadith, ils ont recueilli tous les hadiths rapportés par l’intermédiaire du maître de Hafs, Kathîr ibn Dhayzân, et les ont comparés au récit de Hafs.
4. Ils ont recueilli, par l’intermédiaire des autres élèves de ‘Âsim ibn Damura, tous les hadiths rapportés par le maître de Kathîr, ‘Âsim ibn Damura, puis les ont comparés à ce récit de Hafs.
5. Ils ont recueilli et comparé tous les hadiths rapportés par l’intermédiaire des autres élèves de ‘Alî (qu’Allah l’agrée).
6. Ils ont comparé ce récit aux hadiths rapportés d’autres Compagnons que ‘Alî (qu’Allah l’agrée).
Grâce à ce processus d’examen, ils ont constaté ce qui suit :
a. Ce hadith n’avait été rapporté par aucune autre chaîne que celle-ci. Personne ne l’avait rapporté d’un autre Compagnon. Aucun autre élève de ‘Alî ne l’avait rapporté de ‘Alî. Aucun autre élève de ‘Âsim ne l’avait rapporté de lui. Aucun autre élève de Kathîr ne l’avait rapporté. Ils ont ainsi constaté qu’à la fin du deuxième siècle de l’hégire, Hafs ibn Sulaymân prétendait avoir entendu ce hadith par cette chaîne. Aucun témoin ne fut trouvé pour confirmer la véracité de sa prétention.
b. Grâce à ce processus, l’acceptabilité du hadith fut remise en question. En effet, il n’arrive généralement pas qu’un hadith rapporté par ‘Alî (qu’Allah l’agrée) ne soit connu d’aucun de ses élèves à l’exception de ‘Âsim. Il n’arrive pas non plus que ‘Âsim enseigne un hadith que nul autre que Dhayzân ne connaisse, puis que Dhayzân enseigne un hadith que nul autre que Hafs ne connaisse.
c. Il fallait ensuite examiner l’état des autres hadiths rapportés par Hafs. Les muhaddiths ont constaté par leurs examens que presque tous les hadiths que Hafs rapportait de son maître Dhayzân et de tous ses autres maîtres étaient remplis d’erreurs. Ils ont donc eu la certitude que, bien que Hafs fût un grand récitant du Coran et un savant, il était faible dans la transmission des hadiths. Même s’il ne mentait pas intentionnellement, il commettait très fréquemment des erreurs ou des mensonges involontaires. Ils le considérèrent donc comme faible et délaissé. (Muslim ibn al-Hajjâj, At-Tamyîz, p. 169.)
Beaucoup de gens ne comprennent pas cette méthode scientifique et subtile permettant de déterminer l’exactitude des récits d’un transmetteur de hadith, ou « râwî ». C’est pourquoi, lorsque le muhaddith émet un jugement au sujet d’un râwî ou d’un hadith, certains s’en étonnent ou le contestent. Certains ont dit : « C’est une audace qui consiste à juger les paroles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). » D’autres ont dit : « C’est une critique injustifiée, ignorante ou fondée sur des suppositions, de personnes pieuses. » Beaucoup de gens partageaient cette conception, non seulement à l’époque actuelle, mais également durant les premiers siècles de l’islam. (Muslim ibn al-Hajjâj, At-Tamyîz, 169.)
La discussion précédente nous permet de comprendre que tous les jugements et avis des imams du hadith concernant la critique des râwîs et des hadiths reposent sur cet examen. Lorsqu’un muhaddith dit au sujet d’un râwî ou d’un transmetteur de hadith qu’il est : fiable, doté d’une mémoire parfaite, doté d’une bonne mémoire, véridique, acceptable, faible, sujet à de nombreuses erreurs, rapporteur de hadiths répréhensibles, délaissé, menteur, fabricateur de hadiths, etc., il faut comprendre que cette « opinion concise » est le résultat de toute une vie de labeur inlassable, de collecte de hadiths et d’examens comparatifs.
De même, lorsqu’il dit au sujet d’un hadith : ce hadith est authentique, faible, répréhensible, fabriqué, mursal, authentique est le hadith qui constitue la parole d’un Compagnon, etc., nous pouvons également comprendre qu’il nous a transmis la quintessence de toute une vie de recherches.
C’est ainsi que nous avons appris la méthode de travail des muhaddiths. Nous allons maintenant examiner les aspects importants de cette méthode.

1.4.6.2. Les questions d’investigation
Les spécialistes du hadith tentaient de vérifier, au moyen de questions d’investigation, les mensonges intentionnels ou involontaires des transmetteurs. Voici un ou deux récits à ce sujet :
1. ‘Ufair ibn Ma‘dân, un tâbi‘î du IIe siècle de l’hégire, rapporte : « ‘Umar ibn Mûsâ al-Wâjihî arriva auprès de nous, dans la ville de Homs. Nous nous réunîmes auprès de lui dans la mosquée de Homs afin d’étudier le hadith. Il se mit à dire : “Votre pieux shaykh nous a rapporté des hadiths.” Nous lui demandâmes : “Qui désignez-vous par ‘pieux shaykh’ ?” Il répondit : “Khâlid ibn Ma‘dân.” Je lui demandai : “En quelle année avez-vous entendu des hadiths de lui ?” Il répondit : “J’ai étudié les hadiths auprès de lui en l’an 108 de l’hégire.” Je lui demandai : “Où l’avez-vous rencontré ?” Il répondit : “Lors d’une bataille en Arménie.” Je lui dis : “Craignez Allah et abstenez-vous de mentir. Khâlid ibn Ma‘dân est mort en l’an 104 de l’hégire. Il apparaît donc que vous avez étudié les hadiths auprès de lui quatre ans après sa mort. De plus, il ne s’est jamais rendu à une bataille en Arménie. Il a seulement participé à des combats contre l’Empire byzantin.” (Ibn Abî Hâtim, al-Jarh wa al-Ta‘dîl, 6/133 ; al-Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl, 5/217.)
Ainsi, les spécialistes du hadith ayant établi le mensonge de ce transmetteur, ils l’ont classé parmi les transmetteurs délaissés et menteurs. Abû Hâtim al-Râzî dit : “ ‘Umar ibn Mûsâ est délaissé ; il fabriquait des hadiths mensongers.” Al-Bukhârî dit : “Les hadiths qu’il rapporte sont répréhensibles et irrecevables.” Ibn Ma‘în dit : “Cet homme n’est pas digne de confiance.” Ibn ‘Adî dit : “Cet homme fabriquait de toutes pièces les chaînes de transmission et les textes des hadiths.” Des spécialistes du hadith tels qu’al-Dâraqutnî et al-Nasâ’î disent : “Il est délaissé.” (Référence précédente.)
2. Abû al-Walîd al-Tayâlisî, Hishâm ibn ‘Abd al-Malik (mort en 227 de l’hégire), rapporte : « J’avais commencé à transcrire des hadiths auprès de ‘Âmir ibn Abî ‘Âmir al-Khazzâz. Un jour, dans la chaîne de transmission d’un hadith, il dit : “ ‘Atâ’ ibn Abî Rabâh (mort en 114 de l’hégire) nous a rapporté…” Je lui demandai : “En quelle année avez-vous entendu des hadiths de ‘Atâ’ ?” Il répondit : “En l’an 124 de l’hégire.” Je lui dis : “Mais ‘Atâ’ est mort en l’an 113 ou 114 de l’hégire.” »
Son mensonge fut ainsi découvert dans sa transmission. Ce mensonge pouvait être intentionnel ou involontaire. L’imâm al-Dhahabî (mort en 748 de l’hégire) dit : “S’il a dit cela intentionnellement, c’est un menteur et un transmetteur de hadiths fabriqués. Mais s’il a confondu par erreur un autre tâbi‘î nommé ‘Atâ’ ibn al-Sâ’ib (mort en 136 de l’hégire) avec ‘Atâ’ ibn Abî Rabâh, il faut comprendre que c’est un transmetteur extrêmement inattentif, ignorant et délaissable.” (Al-Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl, 4/18.)
3. Suhayl ibn Dhakwân Abû Sindî al-Wâsitî, un transmetteur du Ier siècle de l’hégire, prétendait avoir entendu des hadiths de ‘Â’isha. Son mensonge fut découvert grâce aux questions d’investigation posées par les spécialistes du hadith. Yahyâ ibn Ma‘în rapporte que ‘Abbâd nous dit : « Nous demandâmes à Suhayl ibn Dhakwân : “Avez-vous vu ‘Â’isha ?” Il répondit : “Oui, je l’ai vue.” Nous lui demandâmes : “Dites-nous donc à quoi elle ressemblait.” Il répondit : “Son teint était noir.” Suhayl prétendit également avoir vu Ibrâhîm al-Nakha‘î, dont les deux yeux auraient été très grands.
Ces propos de Suhayl révélèrent son mensonge, car ‘Â’isha avait le teint clair. Quant aux yeux d’Ibrâhîm al-Nakha‘î, ils étaient aveugles. (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 4/521-522.)

1.4.6.3. L’examen des termes et du sens
Lorsqu’ils recueillaient et examinaient les hadiths, les spécialistes du hadith prêtaient une attention particulière aux termes, à la structure des phrases et au sens du hadith. Ils vérifiaient si les termes employés dans le hadith rapporté, la formulation des phrases et autres éléments étaient conformes à la langue et à l’esprit du Messager d’Allah. Ils examinaient également si le sens du hadith rapporté était contraire à la raison, au savoir ou à la conscience humaine, ou s’il contredisait clairement les enseignements bien connus du Coran et du hadith. Ainsi, même lorsque l’intégrité personnelle du transmetteur était établie, ils rejetaient parfois le hadith qu’il rapportait en le déclarant mensonger ou fabriqué. Le lecteur trouvera de nombreux exemples à ce sujet dans la suite de cette discussion.
1.4.6.4. Interroger le maître du transmetteur
Après avoir recueilli un hadith auprès d’un transmetteur, les spécialistes du hadith s’efforçaient de vérifier la transmission en se rendant auprès du maître par l’intermédiaire duquel le transmetteur avait rapporté le hadith, afin de l’interroger directement. Pour cela, ils acceptaient si nécessaire la difficulté de parcourir des milliers de kilomètres. S’il n’était pas possible d’interroger l’enseignant parce qu’il était décédé, ils recueillaient les transmissions de ses autres élèves et les comparaient. Je vais mentionner un récit de ce genre.
Ḥasan ibn ‘Umârah al-Bajalî (mort en 153 de l’hégire) était un transmetteur de hadith et un tâbi‘î du IIe siècle de l’hégire. C’était un grand savant et un faqîh, et il fut pendant quelque temps juge à Bagdad. Cependant, il était extrêmement faible dans la transmission des hadiths. Les imâms du hadith contemporains, critiques et spécialistes de l’évaluation des transmetteurs, démontrèrent sa faiblesse au moyen d’un examen comparatif. À ce sujet, l’un des plus éminents spécialistes du hadith, critique et imâm du IIe siècle de l’hégire, l’érudit Shu‘ba ibn al-Hajjâj (mort en 160 de l’hégire), rapporte : « Ḥasan ibn ‘Umârah me rapporta sept hadiths. Il affirma les avoir entendus de Ḥakam ibn ‘Utaybah (mort en 113 de l’hégire), qui les aurait entendus de Yahyâ ibn al-Jazzâr. Je rencontrai Ḥakam ibn ‘Utaybah et l’interrogeai à leur sujet. Il répondit : “Je n’ai rapporté aucun de ces hadiths.” » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil fî Du‘afâ’ al-Rijâl, 2/283.)
Abû Dâwûd al-Tayâlisî, Sulaymân ibn Dâwûd (mort en 204 de l’hégire), rapporte : « Shu‘ba me dit : “Ḥasan ibn ‘Umârah m’a dit : ‘Ḥakam ibn ‘Utaybah m’a rapporté, ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Laylâ m’a rapporté, ‘Alî a dit : “Les martyrs d’Uhud furent lavés, enveloppés dans un linceul et la prière funéraire fut accomplie sur eux.”” Je me rendis ensuite auprès de Ḥakam et l’interrogeai au sujet des martyrs d’Uhud. Il répondit : “Ils ne furent ni lavés ni enveloppés dans un linceul.” Je lui dis : “Alors, Ḥasan ibn ‘Umârah a rapporté tout cela par votre intermédiaire ?” Il répondit : “Je ne lui ai jamais rapporté ce hadith.” » (Référence précédente, 2/284.)
Abû Dâwûd al-Tayâlisî rapporte également : « Shu‘ba me dit : “Rends-toi auprès de Jarîr ibn Hâzim (mort en 170 de l’hégire) et dis-lui : ‘Il ne vous est pas permis de rapporter des hadiths de Ḥasan ibn ‘Umârah, car il ment.’” Al-Tayâlisî demanda : “Comment l’avez-vous su ?” Il répondit : “Il m’a rapporté de nombreux hadiths par l’intermédiaire de Ḥakam ibn ‘Utaybah, mais je n’en ai trouvé aucun fondement.”
Al-Tayâlisî poursuit : “Je demandai : ‘Lesquels ?’ Shu‘ba répondit : ‘Je demandai à Ḥakam : “Quel est votre avis au sujet de l’enfant illégitime ?” Il répondit : “La prière funéraire sera accomplie sur lui.” Je demandai : “De qui ce hadith est-il rapporté ?” Ḥakam répondit : “Il est rapporté d’al-Ḥasan al-Basrî.” Pourtant, Ḥasan ibn ‘Umârah affirme que Ḥakam lui a rapporté ce hadith par l’intermédiaire de Yahyâ ibn al-Jazzâr, selon ‘Alî.’” (Muslim, al-Ṣaḥîḥ, 1/23-24.)
Nous voyons ainsi que Shu‘ba soumit les hadiths rapportés par Ḥasan ibn ‘Umârah à son maître et démontra l’inexactitude de la transmission de Ḥasan, ainsi que ses erreurs ou mensonges intentionnels et involontaires. On trouve d’innombrables récits de ce genre dans les ouvrages consacrés aux transmetteurs. En réalité, les spécialistes du hadith consacraient une grande partie de leurs voyages à présenter les hadiths compilés aux maîtres des transmetteurs afin d’en vérifier l’exactitude.

1.4.6.5. Comparaison des récits de différents transmetteurs
L’un des aspects essentiels de l’examen effectué par les muhaddiths consistait à rassembler les récits des compagnons d’étude ou condisciples du râwî et à les comparer afin d’en déterminer l’exactitude. Ce processus de comparaison et d’examen constituait la principale caractéristique de leur pratique constante du hadith. Dès qu’ils entendaient un hadith, ils le comparaient avec les hadiths rapportés par d’autres et conservés dans leur mémoire. Ensuite, selon les besoins et les possibilités, ils interrogeaient d’autres râwîs, comparaient leurs récits avec celui-ci et les confrontaient, si nécessaire, aux manuscrits.
Le célèbre muhaddith du IIe siècle de l’Hégire, Abû Dâwûd at-Tayâlisî (204 H), raconte : « Un jour, nous étions assis auprès de notre maître Shu‘ba ibn al-Hajjâj (160 H). Sur ces entrefaites, le râwî contemporain Hasan ibn Dînâr arriva. Shu‘ba lui dit : “Asseyez-vous ici.” Il s’assit et rapporta un hadith : “Humayd ibn Hilâl nous a dit ; il le tenait de Mujâhid (21-104 H), qui avait entendu ‘Umar ibn al-Khattâb (21 H) dire……” En entendant ce hadith, Shu‘ba s’étonna et dit : “Mujâhid a-t-il entendu un hadith de ‘Umar ? Comment cela serait-il possible ?” À ce moment-là, Hasan ibn Dînâr se leva et partit. Un autre râwî, Abû al-Fadl Bahr ibn Qunays al-Saqqâ (160 H), arriva. Shu‘ba lui dit : “Abû al-Fadl, avez-vous entendu un hadith de Humayd ibn Hilâl ?” Il répondit : “Oui.” Il rapporta : “Humayd ibn Hilâl nous a dit qu’un savant nommé Abû Mujâhid, de la tribu des Banû ‘Adî, lui avait dit avoir entendu ‘Umar ibn al-Khattâb dire……” Shu‘ba dit alors : “Voilà donc ce qui s’est réellement passé.” » (Ibn ‘Adî, Al-Kâmil, 3/117).
Hasan ibn Dînâr s’était trompé dans la transmission de son hadith. Le célèbre râwî Mujâhid était né un ou deux ans avant le martyre de ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée). Il n’avait entendu aucun hadith de ‘Umar. Intentionnellement ou non, il s’était trompé sur le nom du transmetteur. En comparant son récit avec celui de Bahr al-Saqqâ, Shu‘ba comprit où se trouvait l’erreur de Hasan ibn Dînâr. Celui-ci n’avait pas correctement retenu le nom du maître de Humayd ibn Hilâl. Cela prouve que, même s’il ne mentait pas intentionnellement, il se trompait involontairement. Il n’était pas capable de mémoriser ni de transmettre les hadiths avec exactitude.
L’un des plus grands muhaddiths critiques du IIIe siècle, l’imam Yahyâ ibn Ma‘în (233 H), se rendit auprès de Mûsâ ibn Ismâ‘îl (223 H) et exprima le souhait de lire les manuscrits contenant les hadiths rapportés par Hammâd ibn Salama ibn Dînâr (167 H). Mûsâ lui demanda : “N’avez-vous pas déjà entendu ces manuscrits auprès de quelqu’un d’autre ?” Yahyâ répondit : “J’ai auparavant lu aux dix-sept élèves de Hammâd les manuscrits des hadiths de Hammâd qu’ils avaient compilés. Vous êtes la dix-huitième personne auprès de laquelle je souhaite lire les hadiths rapportés par Hammâd.” Mûsâ demanda : “Pourquoi ?” Yahyâ répondit : “Parce que Hammâd ibn Salama commettait parfois une ou deux erreurs dans la transmission des hadiths ; je veux donc distinguer ses erreurs de celles de ses élèves. Si je constate que tous les élèves de Hammâd ont rapporté le hadith de la même manière, je saurai que Hammâd l’a ainsi rapporté et que l’erreur, s’il y en a une, est la sienne. Mais si je constate des divergences entre les récits des élèves, je saurai que l’erreur vient de l’élève lui-même. Ainsi, je pourrai distinguer les erreurs de Hammâd de celles de ses élèves.” (Adh-Dhahabî, Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 7/456).
L’imam Muslim a exposé en détail, dans son ouvrage intitulé At-Tamyîz, d’innombrables exemples et explications de l’examen comparatif effectué par les muhaddiths. Je présente ici un exemple selon ses propres termes. Il dit : « Dans la transmission d’un hadith, l’erreur peut se trouver dans la chaîne de transmission ou dans le matn. Voici un exemple d’erreur dans le matn. Hasan al-Hulwânî et ‘Abdullah ibn ‘Ubaydullah ad-Dârimî m’ont rapporté ; Kathîr ibn Zayd nous a rapporté ; Yazîd ibn Abî Ziyâd nous a rapporté, d’après Qurayb ibn Abî Muslim (98 H), d’après Ibn ‘Abbâs, qui dit : “Je passai la nuit dans la maison de ma tante, l’épouse du Prophète, Maymûna. … Le Messager d’Allah (ﷺ) se leva la nuit, fit ses ablutions et se plaça pour la prière (du tahajjud). Je me plaçai alors à sa droite. Il me saisit et me fit passer à sa gauche……” »
L’imam Muslim dit : « Ce hadith est erroné, car des transmetteurs fiables ont rapporté dans des versions authentiques le contraire. Ils ont indiqué qu’Ibn ‘Abbâs s’était placé à la gauche du Messager d’Allah (ﷺ), puis que celui-ci l’avait fait passer à sa droite. ….. Je vais ici mentionner le récit des autres élèves de Qurayb ibn Abî Muslim, puis celui des autres élèves d’Ibn ‘Abbâs qui étaient les condisciples de Qurayb et ont rapporté la même version que lui.
1. Ibn Abî ‘Umar nous a rapporté ; Sufyân ath-Thawrî nous a rapporté, d’après ‘Amr ibn Dînâr, d’après Qurayb, d’après Ibn ‘Abbâs, qui passa la nuit dans la maison de Maymûna. Le Messager d’Allah (ﷺ) se leva la nuit, fit ses ablutions et se plaça pour la prière. Ibn ‘Abbâs dit : “Je me levai alors, fis mes ablutions comme le Messager d’Allah (ﷺ) faisait les siennes, me rendis auprès de lui et me plaçai à sa gauche. Il me fit alors passer à sa droite.”
2. Makhrama ibn Sulaymân a rapporté de Qurayb, d’après Ibn ‘Abbâs, une version similaire.
3. Salama ibn Kuhayl a rapporté de Qurayb, d’après Ibn ‘Abbâs, une version similaire.
4. Sâlim ibn Abî al-Ja‘d a rapporté de Qurayb, d’après Ibn ‘Abbâs, une version similaire.
5. Hushaym, d’après Abû Bishr, d’après Sa‘îd ibn Jubayr, d’après Ibn ‘Abbâs.
6. Ayyûb as-Sakhtiyânî, d’après ‘Abdullah ibn Sa‘îd Jubayr, d’après son père Sa‘îd ibn Jubayr, d’après Ibn ‘Abbâs.
7. Al-Hakam ibn ‘Utayba, d’après Sa‘îd ibn Jubayr.
8. Ibn Jurayj, d’après ‘Atâ’ ibn Abî Rabâh, d’après Ibn ‘Abbâs.
9. Qays ibn Sa‘d, d’après ‘Atâ’ ibn Abî Rabâh, d’après Ibn ‘Abbâs.
10. Abû Nadra (Mundhir ibn Mâlik), d’après Ibn ‘Abbâs.
11. Ash-Sha‘bî, d’après Ibn ‘Abbâs.
12. Tâwûs, d’après ‘Ikrima, d’après Ibn ‘Abbâs.”
L’imam Muslim dit : « Ainsi, il est établi par des récits authentiques transmis de Qurayb et des autres élèves d’Ibn ‘Abbâs que le hadith rapportant que le Messager d’Allah (ﷺ) avait placé Ibn ‘Abbâs à sa gauche est incontestablement erroné. » (Muslim, At-Tamyîz, p. 62-63).
Lecteur, observez ici la profondeur et la valeur probante de l’examen effectué par l’imam Muslim. Il a rassemblé ce seul hadith selon treize chaînes remontant à Ibn ‘Abbâs et, par un examen comparatif, a distingué le récit exact du récit erroné ou forgé.
Il a d’abord mentionné qu’un récit transmis par le râwî nommé Yazîd ibn Abî Ziyâd rapportait que Qurayb lui avait dit qu’Ibn ‘Abbâs lui avait dit qu’il s’était placé à la droite du Messager d’Allah (ﷺ), lequel l’avait fait passer à sa gauche. Il compara ensuite ce récit avec ceux des autres élèves du maître de Yazîd, Qurayb. Les récits de trois autres élèves célèbres de Qurayb — Makhrama, Salama et Sâlim — contredisent celui de Yazîd. Tous trois avaient rapporté que Qurayb avait dit qu’Ibn ‘Abbâs s’était placé à gauche et que le Messager d’Allah (ﷺ) l’avait fait passer à droite. Il fut ainsi établi que Yazîd ibn Abî Ziyâd n’avait pas correctement mémorisé ce hadith.
L’imam Muslim ne s’arrêta pas là. En plus de Qurayb, il rassembla ensuite les récits de cinq autres élèves d’Ibn ‘Abbâs — Sa‘îd ibn Jubayr, ‘Atâ’ ibn Abî Rabâh, Abû Nadra, Ash-Sha‘bî et ‘Ikrima — et les compara au récit précédent. Les récits de ces cinq transmetteurs prouvent eux aussi que Yazîd ibn Abî Ziyâd avait rapporté incorrectement le hadith. Il fut ainsi établi sans aucun doute qu’Ibn ‘Abbâs avait dit à tous ses élèves qu’il s’était d’abord placé à gauche, puis que le Messager d’Allah (ﷺ) l’avait fait passer à droite. Comme tous les élèves d’Ibn ‘Abbâs, Qurayb avait également transmis cette version à ses élèves. Mais Yazîd avait rapporté le hadith de manière erronée en raison de la faiblesse de sa mémoire.
Les muhaddiths procédaient à des comparaisons et à des examens aussi vastes pour chaque hadith. Chacun de leurs avis concernant les hadiths et le statut des râwîs reposait sur un examen comparatif aussi approfondi et étendu.
Voyez un autre exemple. Au IIe siècle de l’Hégire, l’un des savants, faqîhs et muhaddiths célèbres d’Égypte était Abû ‘Abd ar-Rahmân ‘Abdullah ibn Lahî‘a ‘Uqba al-Hadramî al-Ghâfiqî (174 H). C’était un transmetteur de hadith célèbre qui en avait rapporté un grand nombre. Après avoir examiné comparativement tous les hadiths qu’il avait rapportés, les muhaddiths constatèrent que la quantité d’erreurs dans ses récits était très importante. Les muhaddiths critiques compilèrent ses hadiths à partir de lui-même ou de ses élèves. Ils rassemblèrent ensuite ces hadiths auprès des autres élèves des maîtres par l’intermédiaire desquels il les avait transmis. Après avoir constaté les divergences entre les chaînes et les matn de ces récits, ils déclarèrent Ibn Lahî‘a faible dans la transmission des hadiths.
Comme exemple de l’erreur grave d’Ibn Lahî‘a, l’imam Muslim dit : « Zuhayr ibn Harb nous a rapporté ; Ishâq ibn ‘Îsâ nous a rapporté ; ‘Abdullah ibn Lahî‘a nous a rapporté ; Mûsâ ibn ‘Uqba (141 H) m’a écrit ; Busr ibn Sa‘îd m’a rapporté, d’après Zayd ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée), qui a dit : “Le Messager d’Allah (ﷺ) pratiquait la saignée dans la mosquée.” » L’élève d’Ibn Lahî‘a, Ishâq ibn ‘Îsâ, dit : « Je demandai à Ibn Lahî‘a : “Dans un lieu de prière de sa maison ?” Il répondit : “Dans la mosquée du Prophète.” »
L’imam Muslim dit : « Le récit de ce hadith est déformé sous tous ses aspects. Il comporte de graves erreurs tant dans sa chaîne que dans son matn. Ibn Lahî‘a a altéré les termes du matn et s’est trompé dans la chaîne. Je vais mentionner la version authentique de ce hadith.
Muhammad ibn Hâtim m’a rapporté ; Bahaz ibn Asad nous a rapporté ; Uhayb ibn Khâlid ibn ‘Ajlân (165 H) nous a rapporté ; Mûsâ ibn ‘Uqba m’a rapporté : j’ai entendu Abû an-Nadr Sâlim ibn Abî Umayya (129 H) dire, d’après Busr ibn Sa‘îd, d’après Zayd ibn Thâbit : “Le Messager d’Allah (ﷺ) construisit une petite pièce avec une natte dans la mosquée et y accomplit la prière pendant quelques nuits……” »
L’imam Muslim dit : « Muhammad ibn al-Muthannâ m’a rapporté ; Muhammad ibn Ja‘far nous a rapporté ; ‘Abdullah ibn Sa‘îd ibn Abî Hind al-Farazî (145 H) nous a rapporté ; Abû an-Nadr Sâlim nous a rapporté, d’après Busr ibn Sa‘îd, d’après Zayd ibn Thâbit, qui dit : “Le Messager d’Allah (ﷺ) aménagea une pièce avec une natte dans la mosquée……” »
L’imam Muslim dit : « Ainsi, nous trouvons le récit exact transmis par Uhayb ibn Khâlid (165 H), d’après Mûsâ ibn ‘Uqba, d’après Abû an-Nadr. J’ai également mentionné, dans le second cas, le récit transmis par ‘Abdullah ibn Sa‘îd ibn Abî Hind al-Farazî (145 H), d’après Abû an-Nadr. Ici, Ibn Lahî‘a s’est trompé dans la transmission du matn du hadith parce qu’il ne l’avait pas entendu directement de Mûsâ. Il s’est uniquement fondé sur un manuscrit qui lui avait été envoyé, comme il l’a lui-même indiqué. (C’est pourquoi il a lu “ou il construisit une pièce” au lieu de “ou il pratiqua la saignée”.) Nous craignons cette déformation chez tous ceux qui transmettent des hadiths en se fondant uniquement sur des manuscrits écrits, sans les avoir entendus directement de la bouche du muhaddith ni les lui avoir eux-mêmes lus.
L’erreur dans la chaîne est la suivante : Mûsâ ibn ‘Uqba a reçu ce hadith d’Abû an-Nadr Sâlim. Abû an-Nadr avait appris le hadith de Busr ibn Sa‘îd. Mais, dans la transmission de la chaîne, Ibn Lahî‘a a omis le nom d’Abû an-Nadr et a dit : “Mûsâ a entendu le hadith de Busr.” » (Muslim, At-Tamyîz, p. 187-188).
Il faut remarquer ici que l’imam Muslim a effectué la comparaison en deux étapes. Premièrement, il a comparé le récit d’Ibn Lahî‘a avec celui d’Uhayb, un autre élève de son maître Mûsâ. Les deux récits ont prouvé qu’Ibn Lahî‘a avait commis une grave erreur dans la transmission de la chaîne et dans la mention du matn.

1.4.6.6. Comparer des récits rapportés à différents moments
L’une des méthodes permettant de vérifier l’exactitude d’un témoignage ou d’un récit consiste à interroger le narrateur, à différents moments, sur le même sujet. Les Compagnons employaient cette méthode pour vérifier l’exactitude des récits des transmetteurs de hadiths. Les muhaddiths des générations suivantes l’employaient également. J’en mentionne ici deux exemples.
1. Abû Dhû‘ayza, secrétaire du gouverneur omeyyade Marwân ibn al-Hakam (65 H), raconte : « Un jour, Marwân me dit : “Va chercher Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée).” Lorsqu’Abû Hurayra se présenta, il se mit à l’interroger sur des hadiths concernant différents sujets et m’ordonna de m’asseoir derrière un rideau pour les écrire. Puis, une année s’étant écoulée, Marwân fit de nouveau venir Abû Hurayra et me demanda de m’asseoir derrière le rideau avec le manuscrit que j’avais rédigé l’année précédente. Il interrogea de nouveau Abû Hurayra sur ces mêmes sujets, et Abû Hurayra répéta les hadiths qu’il avait rapportés l’année précédente. En comparant les deux versions, je constatai qu’il n’en avait rien diminué ni augmenté et qu’il n’avait inversé aucun mot. » (Al-Hâkim, Al-Mustadrak, 3/583).
2. ‘Umâra ibn al-Qa‘qâ‘ raconte : « Ibrâhîm al-Nakha‘î (96 H) me dit : “Rapporte-moi un hadith d’après Abû Zur‘a ibn ‘Amr ibn Jarîb.” La preuve de la fiabilité d’Abû Zur‘a est la suivante : je l’interrogeai au sujet d’un hadith. Puis, deux ans plus tard, je l’interrogeai de nouveau à propos de ce hadith. La seconde fois, il le rapporta exactement comme la première, sans y ajouter ni en retrancher une seule lettre. » (Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Tahdhîb al-Tahdhîb, 12/109).

1.4.6.7. Comparaison du manuscrit avec la mémoire et la transmission orale

Nous avons vu précédemment que, depuis l’époque des Tabi‘în, les rawis et les muhaddiths consignaient généralement séparément, sous forme de manuscrits, les hadiths appris auprès de chacun de leurs maîtres et les conservaient. Ils vérifiaient leur exactitude en comparant ces manuscrits avec les récitations mémorisées. Si nécessaire, ils examinaient l’écriture, l’encre, etc. des manuscrits. Je vais mentionner ici quelques exemples de l’utilisation des manuscrits pour vérifier l’authenticité des hadiths rapportés.

(1) Khalîfa ibn Mûsâ, un muhaddith du deuxième siècle de l’hégire, raconte : Je me rendis auprès d’un muhaddith nommé Ghâlib ibn ‘Ubaydullâh al-Jazarî afin d’étudier les hadiths. Il commença à nous faire écrire des hadiths et, en consultant son manuscrit, il disait : « Makhûl m’a dit… Makhûl m’a dit… » Ainsi, il nous faisait écrire des hadiths par l’intermédiaire de Makhûl. À ce moment-là, il ressentit le besoin d’uriner et se leva. Je jetai alors un regard sur son manuscrit et j’y vis écrit : « Abân ibn Abî ‘Ayyâsh m’a dit (140 H), d’après Anas ; Abân a dit, d’après untel… » Je le quittai donc et partis. (Muslim, as-Sahîh, 1/18).

Autrement dit, ce rawi avait entendu et écrit ses hadiths auprès d’Abân. Or Abân était connu des muhaddiths comme faible et peu fiable. C’est pourquoi, lorsqu’il lisait les hadiths, il supprimait son nom et les attribuait au célèbre Tabi‘î Makhûl. Profitant de l’occasion, Khalîfa compara sa récitation orale avec le manuscrit écrit et découvrit sa falsification.

(2) L’imam critiqueur du deuxième siècle, ‘Abd ar-Rahmân ibn Mahdî (198 H), raconte : Un jour, alors que Sufyân ath-Thawrî (161 H) rapportait un hadith, il dit : « Ce hadith m’a été rapporté par Hammâd ibn Abî Sulaymân (120 H), qui le tenait du Tabi‘î ‘Amr ibn ‘Atiyya at-Taymî (mort vers 100 H), qui le tenait de Salmân al-Fârisî (34 H). »

‘Abd ar-Rahmân dit : Je lui dis : « Hammâd ibn Abî Sulaymân a pourtant rapporté ce hadith d’après Rib‘î ibn Hirâsh (100 H), qui le tenait de Salmân al-Fârisî. » (C’est-à-dire : vous vous êtes trompé dans la chaîne de transmission ; le maître de Hammâd n’était pas ‘Amr ibn ‘Atiyya, mais Rib‘î ibn Hirâsh.) Sufyân ath-Thawrî demanda : « Qui vous a rapporté cette chaîne ? » Je répondis : « Hammâd ibn Salama (167 H) me l’a rapportée ; il la tenait de Hammâd ibn Abî Sulaymân. » Sufyân dit : « Écris ce que je te dis. » Je lui répondis : « Shu‘ba ibn al-Hajjâj (160 H) m’a également rapporté cette chaîne. » Il dit : « Écris ce que je te dis. » Je répondis : « Hishâm ad-Dastuwâ’î (154 H) m’a également rapporté cette chaîne. » Il demanda : « Hishâm ? » Je répondis : « Oui. » Il resta silencieux quelques instants, puis dit : « Écris ce que je te dis. J’ai entendu Hammâd ibn Abî Sulaymân dire qu’il avait entendu ce hadith de ‘Amr ibn ‘Atiyya. »

‘Abd ar-Rahmân poursuit : Je fus fermement convaincu que Sufyân ath-Thawrî s’était trompé. Pendant longtemps, je conservai cette opinion : Sufyân s’était trompé en rapportant ce hadith. Puis, un jour, je trouvai parmi les manuscrits écrits des hadiths que j’avais entendus de Shu‘ba ibn al-Hajjâj par l’intermédiaire de mon maître Muhammad ibn Ja‘far Ghundâr (193 H) que Shu‘ba avait dit : « Hammâd ibn Abî Sulaymân m’a rapporté ce hadith ; il le tenait de Rib‘î ibn Hirâsh, d’après Salmân al-Fârisî. » Shu‘ba avait également dit : « Hammâd a parfois affirmé l’avoir entendu de ‘Amr ibn ‘Atiyya. »

‘Abd ar-Rahmân dit : Après avoir consulté le manuscrit, je compris que Sufyân ath-Thawrî avait bien parlé. En raison de sa profonde confiance dans ce qu’il avait mémorisé, il n’avait pas tenu compte de l’opposition des autres. (Ibn Abî Hâtim, al-Jarh wa at-Ta‘dîl, 1/64-65).

(3) L’un des plus grands muhaddiths et jurisconsultes du deuxième siècle, ‘Abdullâh ibn al-Mubârak (181 H), dit : Si les muhaddiths divergent au sujet de la transmission correcte d’un hadith rapporté de Shu‘ba ibn al-Hajjâj (160 H), c’est le manuscrit de Muhammad ibn Ja‘far Ghundâr (193 H) qui tranchera définitivement entre eux. La version rapportée dans le manuscrit de Ghundâr sera considérée comme correcte et exacte. (Ibn Abî Hâtim, ouvrage cité, 1/271).

(4) Trois muhaddiths du troisième siècle, Muhammad ibn Muslim ibn ‘Uthmân ar-Râzî (270 H), Fadl ibn ‘Abbâs et Abû Zur‘a ar-Râzî, ‘Ubaydullâh ibn ‘Abd al-Karîm (264 H), étaient assis ensemble et discutaient des hadiths. Muhammad ibn Muslim rapporta un hadith auquel Fadl fit objection. Il en rapporta une autre version. Les deux hommes se disputèrent au sujet de ce hadith. Ils choisirent alors Abû Zur‘a comme arbitre. Celui-ci hésitait à donner son avis, mais Muhammad ibn Muslim insista. Il lui dit : « Votre silence ne signifie rien. Si c’est moi qui me trompe, dites-le ; et si c’est lui qui se trompe, dites-le également. »

Abû Zur‘a ordonna alors qu’on lui apporte son manuscrit. Il dit à son élève Abû al-Qâsim : « Entre dans la bibliothèque, laisse de côté les première, deuxième et troisième rangées. Puis, dans la rangée suivante, compte les livres ; laisse les seize premiers volumes manuscrits et apporte le dix-septième. » L’élève alla chercher le manuscrit correspondant à cette description et le remit à Abû Zur‘a. Celui-ci en tourna les pages et finit par retrouver le hadith. Il remit ensuite le manuscrit à Muhammad ibn Muslim. Après avoir lu le hadith qui y était consigné, Muhammad dit : « Oui, c’est donc moi qui me suis trompé. Après tout, l’erreur est possible. » (Ibn Abî Hâtim, ouvrage cité, 1/337 ; Ibn Hajar, Tahdhîb at-Tahdhîb, 7/30).

(5) Un célèbre muhaddith du troisième siècle de l’hégire, ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Umar al-Isfahânî Rustâh (250 H), rapporta un jour un hadith en présence d’Abû Zur‘a ar-Râzî (264 H) et d’Abû Hâtim ar-Râzî, Muhammad ibn Idrîs (277 H). Il dit : « ‘Abd ar-Rahmân ibn Mahdî nous a rapporté ce hadith ; il le tenait de Sufyân ath-Thawrî, qui le tenait d’al-A‘mash, qui le tenait d’Abû Sâlih, qui le tenait d’Abû Hurayra, selon lequel le Messager d’Allah ﷺ a dit : “Accomplissez la prière du zuhr lorsqu’il fait moins chaud, car l’intensité de la chaleur provient du souffle de la Géhenne.” »

Dès qu’il entendit cela, Abû Zur‘a ar-Râzî protesta : « Vous vous êtes trompé. Tous rapportent ce hadith d’après Abû Sa‘îd al-Khudrî. » Cette remarque affecta profondément ‘Abd ar-Rahmân. De retour chez lui, il examina ses manuscrits et écrivit à Abû Zur‘a : « J’ai rapporté devant vous un hadith d’après Abû Hurayra. Vous avez dit que ma transmission était erronée et que tout le monde rapportait ce hadith d’après Abû Sa‘îd. Cette remarque m’a profondément peiné et je n’ai pas pu l’oublier. De retour chez moi, j’ai examiné les manuscrits que je conservais. J’y ai constaté que le hadith était bien rapporté d’après Abû Sa‘îd. Si cela ne vous cause aucune peine, veuillez informer Abû Hâtim et tous les autres amis que je m’étais trompé. Qu’Allah vous récompense. Reconnaître son erreur et en éprouver honte ou humiliation vaut mieux que brûler dans le feu de la Géhenne en dissimulant son erreur. » (Ibn Abî Hâtim, al-Jarh wa at-Ta‘dîl, 1/336).

(6) L’un des muhaddiths éminents du troisième siècle de l’hégire, Sulaymân ibn Harb (224 H), dit : Lorsque je discutais de différents hadiths avec le célèbre muhaddith critique de mon époque, Yahyâ ibn Ma‘în (233 H), il disait parfois : « Ce hadith est erroné. » Je lui demandais : « Quelle en est alors la version correcte ? » Il répondait : « Je ne la connais pas. » Je consultais alors mon manuscrit et je constatais que ses paroles étaient justes : le hadith y était écrit d’une autre manière. (Ibn Abî Hâtim, ouvrage cité, 1/314).

(7) On demanda à l’imam Ahmad ibn Hanbal (241 H) : « Abû al-Walîd est-il totalement fiable ? » Il répondit : « Non. Ses manuscrits ne comportaient ni points diacritiques ni voyelles. Toutefois, les hadiths qu’il avait entendus et écrits auprès de Shu‘ba ibn al-Hajjâj, il les rapportait correctement. » (Ahmad ibn Hanbal, al-‘Ilal wa Ma‘rifat ar-Rijâl, 2/369).

(8) Parmi les transmetteurs de hadiths du troisième siècle de l’hégire figurait Ya‘qûb ibn Humayd ibn Kâsib (240 H). L’imam Abû Dâwûd (275 H) dit : « Je trouvai parmi les hadiths rapportés par Ya‘qûb de nombreux hadiths que personne d’autre ne rapportait de cette manière. Nous lui demandâmes donc de nous montrer son manuscrit original. Pendant quelque temps, il ignora notre demande. Puis il sortit son manuscrit et nous le montra. Nous constatâmes que de nombreux hadiths y étaient écrits avec une encre neuve et fraîche. La différence entre les anciennes écritures et les nouvelles était manifeste. Nous vîmes que, dans plusieurs chaînes de transmission, le nom d’un rawi ne figurait pas ; il y avait ajouté ultérieurement le nom d’un rawi. Dans certains textes de hadiths, il avait également ajouté des mots ou des phrases. C’est pourquoi nous nous abstînmes d’accepter ses hadiths. » (Adh-Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl, 7/276-277 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 11/159).

(9) L’un des muhaddiths éminents du quatrième siècle de l’hégire, Abû Ahmad ‘Abdullâh ibn ‘Adî (365 H), raconte : Un homme nommé Muhammad ibn Muhammad ibn al-Ash‘ath vivait en Égypte et rapportait des hadiths. Au cours d’un voyage entrepris pour recueillir des hadiths, je me rendis auprès de lui en Égypte. Il nous sortit un manuscrit. L’encre du manuscrit était fraîche et le papier neuf. Il contenait près d’un millier de hadiths qu’il prétendait avoir entendus du descendant de ‘Alî, Mûsâ ibn Ismâ‘îl ibn Mûsâ ibn Ja‘far as-Sâdiq ibn Muhammad al-Bâqir ibn Zayn al-‘Âbidîn ibn Husayn ibn ‘Alî, lequel les aurait reçus de son père et de ses ancêtres, jusqu’au Messager d’Allah ﷺ.

La quasi-totalité de ces hadiths était inconnue ; personne d’autre ne les avait rapportés, ni avec cette chaîne ni avec une autre. Le contenu de certains hadiths se retrouvait dans d’autres hadiths authentiques, mais pas avec cette chaîne de transmission. J’interrogeai alors Husayn ibn ‘Alî, l’un des chefs contemporains de la famille de ‘Alî, au sujet de Mûsâ ibn Ismâ‘îl mentionné dans cette chaîne. Il me répondit : « Ce Mûsâ fut mon voisin à Médine pendant quarante ans. Jamais, à aucun moment, il ne m’a dit avoir entendu ou rapporté un hadith de son père et de ses ancêtres, ni par quelque autre voie. » Ibn ‘Adî dit : « Nous ne trouvâmes aucun fondement aux hadiths contenus dans ce manuscrit. Il semble qu’il les ait inventés. » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 6/301-302 ; Ibn al-Jawzî, ad-Du‘afâ’, 3/43, 97).

1.4.7. Les catégories de hadiths selon leur examen critique

Sur la base de l’examen critique, les muhaddiths ont principalement divisé les hadiths en trois catégories : les hadiths sahîh, c’est-à-dire authentiques ; les hadiths hasan, c’est-à-dire bons et donc globalement acceptables ; et les hadiths da‘îf, c’est-à-dire faibles. Les hadiths faibles se divisent de différentes manières selon la cause et le degré de leur faiblesse.

Je vais tenter de les expliquer simplement afin qu’ils soient compris par le lecteur ordinaire. Supposons qu’un juge ait examiné les témoignages et les preuves présentés contre une personne accusée de meurtre. Elle est accusée d’avoir tué quelqu’un de sang-froid et avec préméditation. Sur la base des témoignages et des preuves fournis, il peut rendre quatre types de verdicts : 1. la peine de mort ; 2. la prison à perpétuité ; 3. une peine de prison de quelques années ; ou 4. l’acquittement. Dans l’ensemble, on retrouve ces mêmes degrés lorsqu’il s’agit d’évaluer la fiabilité des hadiths.

1.4.7.1. Le hadith sahîh ou authentique

Dans la terminologie des muhaddiths, un hadith qui remplit cinq conditions est appelé hadith sahîh. 1. La ‘adâla : il est établi que tous les rawis du hadith sont parfaitement honnêtes et dignes de confiance ;

2. Le dabt : il est établi que tous les rawis possèdent pleinement la capacité de rapporter avec exactitude ;

3. L’ittisâl : il est établi que chaque rawi de la chaîne a entendu directement le hadith de son rawi supérieur ;

4. L’absence de shudhûdh : il est établi que le hadith ne contredit pas les autres transmissions faisant autorité ; et

5. L’absence de ‘illa : il est établi que le hadith ne comporte aucune imperfection subtile, liée à la chaîne de transmission ou au sens. (Al-‘Irâqî, at-Taqyîd, p. 23-25 ; Fath al-Mughîth, p. 7-8 ; As-Sakhâwî, Fath al-Mughîth, 1/25-31 ; As-Suyûtî, Tadrîb ar-Râwî, 1/63-74 ; Mahmûd T ahhân, Taysîr Mustalah al-Hadîth, p. 34-36).

Les trois premières conditions concernent la chaîne de transmission, tandis que les deux dernières concernent essentiellement le sens. Il n’est pas pertinent d’en donner ici une explication détaillée. Pour le lecteur ordinaire, nous pouvons toutefois dire que lorsque les muhaddiths acquièrent, au sujet des témoignages et des preuves présentés, un degré de certitude suffisant pour qu’un juge puisse prononcer une condamnation à mort ou à la prison à perpétuité, ils considèrent de la même manière comme sahîh, ou authentique, un hadith dont ils sont convaincus que le Messager d’Allah ﷺ l’a réellement prononcé. Pour désigner la fiabilité des transmetteurs dont les hadiths sont jugés, après examen, aussi exacts ou sahîh, les muhaddiths emploient en arabe des termes signifiant « fiable », « faisant autorité », etc.

1.4.7.2. Le hadith « hasan », c’est-à-dire beau ou recevable
Dans la terminologie des muhaddiths, la présence des cinq conditions mentionnées précédemment est également indispensable pour qu’un hadith soit considéré comme hasan. Toutefois, si la deuxième condition présente la moindre faiblesse, le hadith est qualifié de « hasan ». Autrement dit, les rapporteurs de la chaîne de transmission du hadith sont personnellement intègres, il est établi que chacun d’eux a entendu le hadith de ses propres oreilles auprès du rapporteur qui le précédait, et le hadith ne comporte ni shudhūdh ni ʿilla. Cependant, il apparaît que la capacité d’un rapporteur de la chaîne à transmettre avec exactitude, c’est-à-dire son ḍabt, est quelque peu faible. On relève certaines erreurs et imperfections involontaires dans les hadiths qu’il a rapportés. Le hadith rapporté par un tel rāwī est considéré comme « hasan ». (Al-ʿIrāqī, At-Taqyīd, p. 45-61 ; Fath al-Mughīth, p. 32-48 ; As-Sakhāwī, Fath al-Mughīth, 1/76-110 ; As-Suyūṭī, Tadrīb ar-Rāwī, 1/153-178 ; Maḥmūd Ṭaḥḥān, Taysīr Muṣṭalaḥ al-Ḥadīth, p. 45-50).

Une explication détaillée de la terminologie serait ici sans pertinence. Pour les lecteurs ordinaires, nous pouvons toutefois dire que, sur la base d’un niveau de preuves qui permet à un juge de condamner à une peine déterminée une personne accusée de meurtre, sans lui infliger la peine de mort ni l’emprisonnement à perpétuité, les muhaddiths considèrent un hadith comme « hasan ». Pour exprimer la recevabilité des rapporteurs dont les hadiths ont été établis comme « hasan » ou recevables, les muhaddiths emploient en arabe des termes tels que véridique, sans problème, convenable, et autres expressions similaires.

1.4.7.3. Le hadith « ḍaʿīf » ou faible
Dans la terminologie des muhaddiths, tout hadith auquel fait défaut l’une des conditions du hadith hasan est appelé hadith « ḍaʿīf ». Autrement dit, si un hadith comporte l’un des éléments suivants : un défaut dans la fiabilité du rāwī, une insuffisance dans sa capacité à rapporter des hadiths authentiques ou dans sa mémoire, l’établissement ou le doute sérieux qu’un rapporteur de la chaîne n’a pas directement entendu le hadith de son rapporteur supérieur, de ses propres oreilles, ou encore la présence de shudhūdh ou d’une ʿilla dans le hadith, il est considéré comme ḍaʿīf. (Al-ʿIrāqī, At-Taqyīd, p. 62 ; Fath al-Mughīth, p. 49 ; As-Sakhāwī, Fath al-Mughīth, 1/111 ; As-Suyūṭī, Tadrīb ar-Rāwī, 1/179 ; Maḥmūd Ṭaḥḥān, Taysīr Muṣṭalaḥ, p. 62-63).

Les muhaddiths ont divisé les hadiths ḍaʿīf en différentes catégories sur la base des cinq conditions. Leur explication détaillée serait ici sans pertinence. Nous pouvons toutefois comprendre que considérer un hadith comme ḍaʿīf signifie qu’il apparaît ne pas être une parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Pour indiquer la faiblesse des rapporteurs, les muhaddiths ont employé différents termes, tels que : faible, rien du tout, sans valeur, inconnu, rapporteur de hadiths ignobles et incohérents, délaissé, menteur, etc.

La faiblesse des hadiths « ḍaʿīf », ou faibles, comporte trois degrés.
1.4.7.3.1. Quelque peu faible

Il apparaît que le rapporteur s’est trompé, car plusieurs erreurs figurent parmi les nombreux hadiths qu’il a rapportés. Toutefois, il est établi qu’il ne commettait pas ces erreurs intentionnellement. Si un tel hadith ḍaʿīf est corroboré par une ou plusieurs autres chaînes qui sont quelque peu faibles, il est alors considéré comme un hadith hasan ou recevable.
1.4.7.3.2. Très faible (ḍaʿīf jiddan, wāhī)

Si, après un examen comparatif de tous les hadiths rapportés par le transmetteur d’un tel hadith, il est établi que la plupart ou la totalité de ses hadiths sont remplis d’innombrables erreurs, et que ces erreurs sont plus graves que celles qui se produisent généralement involontairement, le hadith qu’il a rapporté sera considéré comme délaissé, totalement irrecevable ou très faible. Même lorsqu’un tel hadith faible est rapporté par une autre chaîne faible similaire, il n’est pas recevable.
1.4.7.3.3. Hadith mawḍūʿ ou forgé

S’il est établi que le rapporteur d’un tel hadith faible le diffusait intentionnellement dans la société au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ou qu’il modifiait intentionnellement, en ajoutant ou en retranchant, la chaîne de transmission du hadith ou son texte original, le hadith qu’il a rapporté est considéré comme un hadith « mawḍūʿ », c’est-à-dire forgé. Le hadith forgé est le plus faible des hadiths. (Voir en détail : Al-Ḥākim An-Naysābūrī (m. 405 H), Maʿrifat ʿUlūm al-Ḥadīth, p. 14-17, 36-40, 52-62, 112-151 ; Al-ʿIrāqī, Fath al-Mughīth, p. 7-51, 138-178 ; At-Taqyīd wa-l-Īḍāḥ, p. 23-63, 133-157, 420-421 ; Dr Maḥmūd Ṭaḥḥān, Taysīr Muṣṭalaḥ al-Ḥadīth, p. 33-125, 144-155).

1.4.8. Compilation et préservation des hadiths sous forme d’ouvrages

L’une des principales activités des muhaddiths pour protéger les hadiths de la falsification et du mensonge consistait à compiler, sous forme d’ouvrages, tous les hadiths avec leurs chaînes de transmission. Nous avons vu que, dès l’époque des tabi‘in, ou au moins depuis la seconde moitié du premier siècle de l’Hégire, il était courant de mettre les hadiths par écrit à des fins d’étude, de mémorisation et d’enseignement. Toutefois, la compilation des hadiths en ouvrages selon une méthode déterminée commença au deuxième siècle de l’Hégire. Cette activité atteignit sa pleine maturité au troisième siècle de l’Hégire. Durant les deux siècles suivants également, la tradition de compiler les hadiths avec leurs chaînes de transmission se poursuivit, et plusieurs ouvrages furent composés. Les muhaddiths de chaque époque compilèrent, avec leurs chaînes de transmission, les hadiths réunis par les muhaddiths des époques précédentes. En outre, ils parcoururent l’ensemble du monde musulman et entreprirent des campagnes de collecte des hadiths, rassemblant puis compilant, avec leurs chaînes de transmission, tous les hadiths attribués au Messager d’Allah (s).

Ces ouvrages furent compilés selon différentes méthodes :
1. Compiler tous les hadiths en circulation avec leurs chaînes de transmission.
2. Compiler uniquement les hadiths authentiques ou globalement acceptables.
3. Compiler les hadiths rapportés par les narrateurs, avec la biographie de ces derniers.
4. Compiler uniquement les hadiths non fiables ou forgés.

La tradition de compilation des hadiths, qui commença au deuxième siècle de l’Hégire et se poursuivit pendant près de quatre siècles, avait principalement pour objectif de réunir tous les hadiths attribués et diffusés au nom du Messager d’Allah (s), afin que les muhaddiths de la communauté musulmane puissent, à la lumière des règles fondées sur l’examen critique, en distinguer les hadiths authentiques et exacts. Certains compilaient les hadiths selon le nom du narrateur, le rawi, ou celui du Compagnon narrateur. Leur objectif commun était de réunir tout ce qui circulait sous le nom de hadith.

C’est pourquoi nous constatons que la plupart des recueils de hadiths contiennent toutes sortes de hadiths : sahih, da‘if et mawdu‘. Par ignorance, certains se méprennent à ce sujet. En se fondant sur l’étude des hadiths, la vérification des chaînes de transmission et l’examen critique effectués par les Compagnons et les muhaddiths des époques suivantes, exposés dans les chapitres précédents, certains pensent que les muhaddiths n’ont ni accepté ni compilé les hadiths de ceux dont les erreurs ou les mensonges avaient été décelés grâce à ces évaluations et à ces examens. Ainsi, ils en concluent que le fait qu’un muhaddith ait compilé un hadith dans son ouvrage signifie nécessairement que ce hadith a été déclaré authentique par l’examen critique.

Cette conception est totalement issue de l’ignorance et absolument contraire à la réalité. À quelques compilateurs près, aucun compilateur n’a composé un ouvrage dans le seul but de réunir des hadiths authentiques ou fiables. La plupart des muhaddiths, mufassirs, ‘ulama et imams ont compilé, avec leurs chaînes de transmission, toutes les catégories de hadiths — authentiques, faibles ou forgés — afin que tout ce qui était attribué ou diffusé au nom du Messager d’Allah (s) soit préservé. Ils n’ont pas rapporté directement un hadith comme étant une parole ou un acte du Messager d’Allah (s). Ils ont plutôt mentionné la chaîne de transmission, en indiquant qui leur avait rapporté le hadith et de qui il le tenait. En substance, ils disaient : « Untel a dit que cette parole était un hadith ; je l’ai donc compilée avec sa chaîne de transmission. » À présent, lecteurs amateurs de hadiths, choisissez les hadiths sahih, da‘if et forgés. Certains de ces compilateurs examinaient également la chaîne de transmission en même temps qu’ils rapportaient le hadith. D’autres, tout en rapportant le hadith, discutaient de sa chaîne et en exposaient les faiblesses ou la solidité.

Seul un petit nombre de compilateurs s’efforcèrent de réunir uniquement des hadiths sahih. Parmi eux figurent les célèbres muhaddiths du troisième siècle, l’imam Muhammad ibn Isma‘il al-Bukhari (256 H) et l’imam Muslim ibn al-Hajjaj al-Qushayri (261 H). Après eux vinrent ‘Abdullah ibn ‘Ali ibn al-Jarud (307 H), Muhammad ibn Ishaq ibn Khuzayma (311 H), Ahmad ibn Muhammad ibn al-Sharqi (325 H), Qasim ibn Yusuf al-Bayqani (340 H), Sa‘id ibn ‘Uthman ibn al-Sakan (353 H), Abu Hatim Muhammad ibn Hibban al-Busti (354 H), Abu ‘Abdullah Muhammad ibn ‘Abdullah al-Hakim al-Naysaburi (405 H), Ziya’ al-Din Muhammad ibn ‘Abd al-Wahid al-Maqdisi (643 H), et d’autres muhaddiths qui composèrent des ouvrages intitulés « Sahih » en tentant de ne compiler que des hadiths authentiques. (Qattani, al-Risalat al-Mustatrafa, p. 20-26.)

Cependant, après une analyse minutieuse menée par les muhaddiths des époques suivantes, seuls tous les hadiths des deux ouvrages d’al-Bukhari et de Muslim ont été reconnus authentiques. Il n’a pas été établi que tous les hadiths d’un quelconque autre ouvrage étaient authentiques. Au contraire, il a été démontré que certains ouvrages contenaient des hadiths faibles, caducs et mensongers.

L’un des grands savants du douzième siècle de l’Hégire, l’imam Shah Waliullah al-Dihlawi (1176 H/1762 ap. J.-C.), a classé les recueils de hadiths en cinq catégories. La première comprend trois ouvrages : Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim et le Muwatta de l’imam Malik. Il a été établi que tous les hadiths rapportés dans ces trois ouvrages avec leurs chaînes de transmission sont acceptables.

La deuxième catégorie comprend les ouvrages dont les hadiths sont globalement acceptables, mais qui contiennent également certains hadiths non fiables. La communauté musulmane a, dans l’ensemble, accepté ces ouvrages, qui ont acquis une grande notoriété parmi elle. Cette catégorie comprend trois ouvrages : Sunan Abi Dawud, Sunan al-Nasa’i et Sunan al-Tirmidhi. Le Musnad de l’imam Ahmad se situe presque au même niveau.

La troisième catégorie comprend les ouvrages compilés avant ou après l’époque de l’imam al-Bukhari, de l’imam Muslim et d’autres muhaddiths, mais qui contiennent toutes sortes de hadiths : authentiques, faibles, mensongers et erronés. Il n’est donc pas possible de tirer profit de ces ouvrages sans être un muhaddith spécialiste. Ces ouvrages n’ont pas acquis une grande célébrité parmi les muhaddiths. Cette catégorie comprend : le Musnad d’Abi Ya‘la, le Musannaf de ‘Abd al-Razzaq, le Musannaf d’Ibn Abi Shayba, le Musnad de ‘Abd ibn Humayd, le Musnad d’al-Tayalisi, les recueils de hadiths compilés par l’imam al-Bayhaqi — Sunan al-Kubra, Dala’il al-Nubuwwa, Shu‘ab al-Iman, etc. —, les recueils compilés par l’imam al-Tahawi — Sharh Ma‘ani al-Athar, Sharh Mushkil al-Athar, etc. —, et les recueils compilés par al-Tabarani — al-Mu‘jam al-Kabir, al-Mu‘jam al-Awsat, al-Mu‘jam al-Saghir, etc. Les compilateurs de ces ouvrages avaient pour objectif de compiler tout ce qu’ils trouvaient. Ils ne s’attachaient pas à l’examen critique ni à la vérification.

Les ouvrages de la quatrième catégorie sont ceux qui furent compilés plusieurs générations plus tard. Leurs compilateurs réunirent principalement les hadiths de rang inférieur suivants : (1) les hadiths qui n’avaient pas été compilés dans les ouvrages précédents parce qu’ils étaient inconnus ou méconnus à l’époque ; (2) les hadiths qui se trouvaient dans quelque ouvrage peu connu ; (3) diverses paroles répandues parmi les gens ou propagées dans les prêches des prédicateurs, mais qui n’avaient été incluses dans aucun recueil de hadiths ; (4) les propos en circulation parmi diverses communautés faibles ou égarées ; (5) les paroles qui étaient en réalité celles de Compagnons ou de tabi‘in, des récits juifs ou les paroles de sages des époques anciennes, mais qu’un narrateur avait rapportées, par erreur ou volontairement, comme des hadiths ; (6) des propos relevant de l’explication du Coran ou des hadiths, qu’un homme pieux ou un ascète avait rapportés par erreur comme des hadiths ; (7) des significations déduites des hadiths que certains avaient volontairement fait passer pour des hadiths ; ou (8) des formulations provenant de différents hadiths rapportés par différentes chaînes, présentées comme constituant un seul hadith.

Parmi les recueils de ce type figurent notamment al-Du‘afa d’Ibn Hibban, al-Kamil d’Ibn ‘Adi, ainsi que les ouvrages compilés par al-Khatib al-Baghdadi, Abu Nu‘aym al-Isfahani, Ibn ‘Asakir, Ibn al-Najjar et al-Daylami. Le Musnad de l’imam Abu Hanifa compilé par al-Khwarizmi appartient également à peu près à cette catégorie. Les hadiths de ces ouvrages sont faibles ou forgés.

Les ouvrages de la cinquième catégorie contiennent les hadiths répandus parmi les juristes, les soufis ou les historiens et que l’on trouve dans leurs livres, mais dont aucune trace n’apparaît dans les ouvrages des quatre catégories précédentes. Parmi ces hadiths, certains ont été fabriqués par un homme pécheur, érudit en langue mais sorti de la religion. Pour son hadith forgé, il a élaboré une chaîne de transmission dont il est difficile de déceler le défaut ; de plus, le contenu de son hadith était si beau qu’il pouvait facilement être cru comme une parole du Messager d’Allah (s). Ces hadiths forgés ont causé de graves dangers et de vastes troubles au sein de l’islam. Toutefois, les muhaddiths spécialistes, profondément savants dans la science du hadith, sont capables d’en découvrir les défauts en comparant la formulation du hadith et sa source, c’est-à-dire sa chaîne de transmission.

Shah Waliullah dit : « Les muhaddiths ne se sont appuyés que sur les recueils de hadiths des première et deuxième catégories. Parmi les recueils de la troisième catégorie, seuls les muhaddiths spécialistes, profondément versés dans la science du hadith et experts en ‘ilm al-rijal et en ‘ilal, peuvent tirer profit des hadiths, car eux seuls peuvent distinguer, parmi les hadiths compilés dans ces ouvrages, les hadiths mensongers des hadiths fiables. Quant à compiler ou à lire les recueils de la quatrième catégorie, cela ne relève que d’une forme de divertissement intellectuel. En vérité, les Rafidites, les Mu‘tazilites et les adeptes de toutes les autres innovations et doctrines vaines peuvent très facilement tirer de ces ouvrages divers hadiths en faveur de leurs opinions. C’est pourquoi, aux yeux des savants, établir une opinion ou l’étayer par des preuves au moyen des hadiths de ces ouvrages est une absurdité inacceptable. » (Shah Waliullah, Hujjat Allah al-Baligha, 1/385-391.)

Il convient de signaler ici que, pour préserver l’authenticité des hadiths et distinguer les hadiths sahih des hadiths faibles et mawdu‘, les muhaddiths de la communauté musulmane ont fait preuve d’une fermeté sans compromis et inflexible. Jamais, à aucune époque, aucun imam, muhaddith, juriste ou savant n’a déclaré qu’un hadith pouvait être considéré comme authentique du seul fait qu’il était rapporté dans un recueil de hadiths : « Puisqu’un tel savant a compilé ce hadith, il est donc peut-être authentique. »

De même, quel que soit le prestige du compilateur, ils n’ont jamais hésité à déclarer clairement qu’un hadith compilé par lui pouvait comporter une faiblesse ou la possibilité d’un mensonge volontaire ou involontaire. Ils ont placé la préservation de l’authenticité des hadiths au-dessus de tout amour et de tout respect personnels.

C’est précisément en raison de cette ferme détermination à identifier tous les mensonges et toutes les erreurs attribués au Messager d’Allah (s), et à préserver les hadiths authentiques en les séparant des « hadiths » erronés et mensongers, que les muhaddiths n’ont jamais accepté sans vérification la prétention de quiconque. Ils n’ont jamais estimé que, parce qu’une grande personnalité avait qualifié un hadith d’authentique, son opinion devait être acceptée sans examen.

Les muhaddiths ont examiné et vérifié avec le plus grand soin, pendant plusieurs siècles, chacune des chaînes de transmission de chaque hadith compilé dans tous les recueils de hadiths « sahih » mentionnés précédemment, y compris Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim, selon une méthode d’analyse rigoureuse et détaillée. C’est au moyen de cet examen qu’ils ont déclaré qu’al-Bukhari et Muslim avaient atteint leur objectif. La raison pour laquelle tous les hadiths compilés dans Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim sont acceptés comme « sahih » n’est pas que l’imam al-Bukhari et l’imam Muslim les ont eux-mêmes déclarés authentiques ; leur prestige personnel n’a ici absolument aucune valeur. En réalité, ils ont affirmé que ces hadiths étaient authentiques, puis, durant plusieurs siècles, les muhaddiths ont vérifié les chaînes de transmission des hadiths qu’ils avaient compilés, et la véracité de leur affirmation a été établie.

D’autres auteurs ont composé des ouvrages dans le but de compiler uniquement des hadiths sahih, ou des hadiths sahih et hasan. Certains ont déclaré qu’ils compileraient les hadiths sahih et da‘if tout en écartant les hadiths forgés et mawdu‘. Les muhaddiths des époques suivantes n’ont jamais accepté leurs affirmations sans vérification. Au contraire, ils ont examiné tous les hadiths qu’ils avaient compilés et ont porté un jugement sur leurs ouvrages. Ces vérifications ont montré que la majorité des auteurs et des compilateurs n’avaient pas réussi à tenir leurs déclarations et à réaliser leurs intentions. Les muhaddiths n’ont accepté la prétention de personne sans vérification.

1.4.9. Préservation sous forme d’ouvrages des notices biographiques des transmetteurs
De la discussion précédente, nous voyons qu’à partir du IIe siècle de l’hégire, les muhaddiths ont compilé tous les hadiths avec leur chaîne de transmission, afin que l’examen de celle-ci permette de distinguer clairement les hadiths authentiques des mensonges et des erreurs.
À partir du IIe siècle de l’hégire, parallèlement à la compilation des hadiths, les muhaddiths ont commencé à réunir sous forme d’ouvrages les informations relatives à la recevabilité des transmetteurs, afin que les chaînes de transmission des hadiths compilés dans les recueils de hadiths puissent être évaluées à la lumière de ces informations. La rédaction de ce type d’ouvrages connut elle aussi une évolution progressive.
À partir du milieu du IIe siècle de l’hégire, les muhaddiths commencèrent d’abord à compiler ensemble les notices de tous les rapporteurs, fiables et non fiables. Des muhaddiths tels que l’imam Layth ibn Sa‘d (175 H) et ‘Abdullah ibn al-Mubarak (181 H) commencèrent à rédiger ce type d’ouvrages à partir du milieu du IIe siècle de l’hégire. Ces ouvrages rassemblaient les biographies de tous les transmetteurs, fiables ou non, certains hadiths qu’ils avaient rapportés, ainsi que les jugements concernant leur recevabilité ou leur irrecevabilité, établis à partir de l’examen des hadiths qu’ils avaient rapportés. La rédaction de ce type d’ouvrages se poursuivit au cours des siècles suivants. Au IIIe siècle de l’hégire, Ahmad ibn Hanbal, ‘Ali ibn al-Madini, al-Bukhari, Muslim, at-Tirmidhi, an-Nasa’i et d’innombrables muhaddiths des époques ultérieures rédigèrent ce type d’ouvrages.
Dans une deuxième étape, les muhaddiths commencèrent à rédiger des ouvrages distincts consacrés uniquement aux muhaddiths et aux transmetteurs menteurs. L’éminent muhaddith du IIe siècle, l’imam Yahya ibn Sa‘id al-Qattan (198 H), fut le premier à entreprendre la rédaction d’un ouvrage de ce type, intitulé « Ad-Du‘afa ». La rédaction de ce type d’ouvrages se poursuivit au cours des siècles suivants. Ces ouvrages rassemblaient les transmetteurs faibles et menteurs, certains hadiths qu’ils avaient rapportés, ainsi que les avis des imams à leur sujet. Parallèlement, à partir du IIIe siècle de l’hégire, certains muhaddiths commencèrent à rédiger des ouvrages distincts consacrés uniquement aux transmetteurs fiables et dignes de confiance.
En réalité, la collecte et la compilation des notices des transmetteurs constituent une œuvre incomparable des muhaddiths de la communauté musulmane. Depuis le Ier siècle de l’hégire et pendant les six siècles suivants, les muhaddiths parcoururent toutes les contrées des pays musulmans et conservèrent de manière détaillée, pour chaque transmetteur, toutes les informations personnelles telles que son nom, sa généalogie, sa naissance, sa mort, ses études, ses activités, ses maîtres et ses élèves, ainsi que l’examen des hadiths qu’il avait rapportés et les avis de ses contemporains et des muhaddiths des générations suivantes à son sujet, fondés sur cet examen. Afin de préserver les hadiths du Messager contre la déformation et la falsification, ils conservèrent ainsi les informations relatives à près de cinquante mille personnes. Il n’existe aucun équivalent de cela dans l’histoire de la civilisation humaine. Grâce à ces informations, tout chercheur, à n’importe quelle époque, peut évaluer et examiner la chaîne de transmission de n’importe quel hadith.

1.4.10. Conservation des hadiths forgés sous forme d’ouvrages
1.4.10.1. Rédaction d’ouvrages fondés sur l’identification des transmetteurs menteurs

L’une des principales mesures prises pour identifier les mensonges attribués aux hadiths fut de compiler séparément les falsifications des menteurs. La première méthode consista à rédiger des ouvrages consacrés aux transmetteurs faibles et menteurs.

Les premiers siècles de l’islam furent l’âge d’or du savoir islamique, et particulièrement de l’étude des hadiths. Des milliers d’étudiants étudiaient les hadiths. Des centaines de muhaddiths et d’imams étaient présents dans la société. Tous écoutaient et enseignaient les hadiths avec leur isnad. Si l’identité d’une personne mentionnée dans l’isnad leur était inconnue, ils se renseignaient à son sujet. À cette époque, il suffisait de connaître le nom et l’identité des transmetteurs menteurs pour pouvoir se protéger de leurs mensonges et de leurs falsifications.

Aux deuxième, troisième et quatrième siècles de l’Hégire, de nombreux recueils de hadiths n’étaient pas organisés par thèmes, mais selon les noms des transmetteurs ou des Compagnons. En effet, l’acceptabilité d’un hadith dépendait du transmetteur. En outre, chacun étudiait l’ensemble des hadiths. La tendance à n’étudier que les hadiths d’un thème précis n’existait pas encore.

C’est pourquoi nous constatons que, pendant quatre siècles, du deuxième au sixième siècle de l’Hégire, l’une des principales activités visant à identifier les mensonges volontaires et involontaires diffusés au nom des hadiths fut la rédaction d’ouvrages distincts sur les transmetteurs faibles et menteurs. Ces ouvrages rassemblaient les noms et les identités de ces transmetteurs, certains hadiths erronés ou mensongers qu’ils avaient rapportés, ainsi que les résultats des examens comparatifs et les avis des muhaddiths à leur sujet.

1.4.10.2. Compilation des hadiths mensongers ou forgés

Jusqu’au sixième siècle de l’Hégire, ces ouvrages constituaient la principale source d’information sur les menteurs et leurs mensonges attribués aux hadiths. La rédaction d’ouvrages de ce type se poursuivit après le sixième siècle. Toutefois, une nouvelle méthode apparut dans le processus d’identification des hadiths forgés.

Avec le temps, une stagnation apparut dans la communauté musulmane en matière d’étude des connaissances, y compris l’étude des hadiths. L’intérêt pour la connaissance de l’identité des transmetteurs diminua progressivement. La tendance à apprendre n’importe quelle chose en peu de temps et avec peu d’efforts se développa. Le temps et l’intérêt consacrés à rechercher les hadiths mensongers dans les ouvrages classés selon les noms des transmetteurs diminuèrent. C’est pourquoi les muhaddiths commencèrent à compiler par thèmes les hadiths forgés et fabriqués, afin que le lecteur puisse facilement savoir si un hadith relatif à un sujet donné était forgé ou non. La rédaction de ce type d’ouvrages commença au cinquième siècle de l’Hégire. Au sixième siècle, cette tendance prit un essor particulier grâce aux travaux d’Ibn al-Jawzî. Elle se poursuit jusqu’à l’époque actuelle. Au début, les muhaddiths citaient ces hadiths mawdu‘ avec leur isnad et démontraient leur caractère mensonger en analysant l’isnad. Par la suite, on rassembla uniquement les hadiths fabriqués, sans mentionner leur isnad.

Certains de ces ouvrages sont organisés par thèmes. D’autres sont classés selon la première lettre du hadith, c’est-à-dire alphabétiquement. La plupart des muhaddiths se contentèrent de rassembler les hadiths mawdu‘. Certains muhaddiths rassemblaient les hadiths répandus dans la société et précisaient lesquels étaient authentiques et lesquels étaient fabriqués. Certains compilèrent, en plus des hadiths fabriqués, des hadiths faibles. Selon diverses méthodes, plus d’une cinquantaine d’ouvrages furent rédigés sur ce sujet au cours des neuf derniers siècles. Je mentionne ici les principaux ouvrages de cette catégorie ainsi que les noms de leurs auteurs.

1. Al-Mawdu‘ât, Abû Sa‘îd Muhammad ibn ‘Alî al-Naqqâsh (414 H).
2. Dhakhîrat al-Huffâz, Muhammad ibn Tâhir ibn al-Qaysarânî (507 H).
3. Al-Abâtîl wa-l-Manâkîr, Husayn ibn Ibrâhîm al-Jûzqânî (543 H).
4. Kitâb al-Qussâs wa-l-Mudhakkirîn, Abû al-Faraj ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Alî, Ibn al-Jawzî (597 H).
5. Al-Mawdu‘ât, Abû al-Faraj, Ibn al-Jawzî (597 H).
6. Al-‘Ilal al-Mutanâhiya, Abû al-Faraj Ibn al-Jawzî (597 H).
7. Al-Ahâdîth al-Mawdu‘a fî al-Ahkâm al-Mashrû‘a, Abû Hafs ‘Umar ibn Badr al-Mawsilî (622 H).
8. Al-Mughnî ‘an Hifz al-Kitâb, ‘Umar al-Mawsilî (622 H).
9. Al-Wuqûf ‘alâ al-Mawqûf, ‘Umar al-Mawsilî (622 H).
10. Al-Mawdu‘ât, Hasan ibn Muhammad al-Saghânî (650 H).
11. Al-Durar al-Multaqit, al-Saghânî (650 H).
12. Ahâdîth al-Qussâs, Ahmad ibn ‘Abd al-Halîm, Ibn Taymiyya (728 H).
13. Mukhtasar al-Abâtîl, Muhammad ibn Ahmad al-Dhahabî (748 H).
14. Tartîb Mawdu‘ât Ibn al-Jawzî, al-Dhahabî (748 H).
15. Al-Mawdu‘ât fî al-Masâbîh, ‘Umar ibn ‘Alî al-Qazwînî (750 H).
16. Al-Manâr al-Munîf, Ibn Qayyim al-Jawziyya (751 H).
17. Al-Ahâdîth allatî lâ Asla Lahâ fî al-Ihyâ’, ‘Abd al-Wahhâb ibn ‘Alî al-Subkî (771 H).
18. Al-Tadhkira fî al-Ahâdîth al-Mushtahira, Muhammad ibn Bahâdur al-Zarkashî (794 H).
19. Tab’yîn al-‘Ajab fîmâ Warada fî Shahr Rajab, Ibn Hajar al-‘Asqalânî Ahmad ibn ‘Alî (852 H).
20. Al-Maqâsid al-Hasana, Muhammad ibn ‘Abd al-Rahmân al-Sakhâwî (902 H).
21. Al-La’âlî al-Masnû‘a, Jalâl al-Dîn ‘Abd al-Rahmân al-Suyûtî (911 H).
22. Al-Ta‘aqqubât ‘alâ al-Mawdu‘ât, al-Suyûtî (911 H).
23. Al-Durar al-Muntashira, al-Suyûtî (911 H).
24. Tahdhîr al-Khawâss min Ahâdîth al-Qussâs, al-Suyûtî (911 H).
25. Al-Ghammâz ‘alâ al-Lammâz, ‘Alî ibn ‘Abd Allâh al-Samhûdî (911 H).
26. Tamyîz al-Tayyib min al-Khabîth, ‘Abd al-Rahmân al-Zabîdî (944 H).
27. Al-Shâdhira fî al-Ahâdîth al-Mushtahira, Muhammad ibn ‘Alî al-Dimashqî (953 H).
28. Tanzîh al-Sharî‘a, ‘Alî ibn Muhammad ibn ‘Irâq (963 H).
29. Tadhkirat al-Mawdu‘ât, Muhammad Tâhir al-Fattanî (986 H).
30. Al-Asrâr al-Marfû‘a, Mullâ ‘Alî al-Qârî (1014 H).
31. Al-Masnû fî Ma‘rifat al-Mawdu‘, Mullâ ‘Alî al-Qârî (1014 H).
32. Mukhtasar al-Maqâsid, Muhammad ibn ‘Abd al-Bâqî al-Zurqânî (1122 H).
33. Al-Jadd al-Hathîth fî Bayân mâ Laysa bi-Hadîth, Ahmad ibn ‘Abd al-Karîm al-‘Âmirî (1143 H).
34. Kashf al-Khafâ wa Muzîl al-Ilbâs, Ismâ‘îl ibn Muhammad al-‘Ajlûnî (1162 H).
35. Al-Kashf al-Ilâhî ‘an Shadîd al-Da‘f wa-l-Mawdu‘ wa-l-Wâhî, Muhammad ibn Muhammad al-Tarâbulusî (1177 H).
36. Al-Nawâfih al-‘Atira, Muhammad ibn Ahmad al-San‘ânî (1181 H).
37. Al-Nukhba al-Bahiyya, Muhammad ibn Muhammad al-Sabnâwî (1232 H).
38. Al-Fawâ’id al-Majmû‘a, Muhammad ibn ‘Alî al-Shawkânî (1250 H).
39. Asnâ al-Matâlib, Muhammad ibn Sayyid Darwîsh (1276 H).
40. Husn al-Ashar, Muhammad Darwîsh (1275 H).
41. Al-Ash‘âr al-Marfû‘a, ‘Abd al-Hayy al-Laknawî (1304 H).
42. Al-Lu’lu’ al-Marsû‘, Muhammad ibn Khalîl al-Mashîshî (1305 H).
43. Tahdhîr al-Muslimîn, Muhammad ibn al-Bashîr al-Madanî (1329 H).

De nombreux ouvrages ont également été rédigés et continuent de l’être sur ce sujet au siècle actuel. Cher lecteur, nous pouvons maintenant nous demander pourquoi tant d’ouvrages sont nécessaires sur un même sujet.

La réalité est que, depuis le début du deuxième siècle de l’Hégire, les tentatives de falsification au nom des hadiths ne se sont jamais arrêtées. Dans le paragraphe suivant, en abordant l’identification des falsificateurs et de leurs falsifications, nous apprendrons en détail toutes ces questions. De même que les mensonges volontaires et involontaires se sont poursuivis, les efforts visant à les identifier et à les distinguer des hadiths authentiques se sont eux aussi poursuivis. De nouvelles paroles furent diffusées au nom des hadiths dans différents pays musulmans. Les muhaddiths érudits de ces pays en déterminèrent alors l’authenticité ou la fausseté au moyen de recherches. Ils vérifièrent notamment si ces paroles avaient été rapportées avec un isnad dans un recueil de hadiths, quel était le degré d’acceptabilité de cet isnad, et si un autre hadith exprimant le même sens avait été rapporté. Si les conclusions de chercheurs antérieurs comportaient une erreur, les auteurs ultérieurs l’examinaient également. Ainsi, la rédaction d’ouvrages et la recherche sur ce sujet se poursuivirent sans interruption.

Nous avons ainsi constaté qu’au cours des quinze derniers siècles, à toutes les époques et dans tous les siècles, les muhaddiths de la communauté musulmane sont restés constamment vigilants, tels des sentinelles éveillées, pour protéger les hadiths du Messager. Ils se sont toujours efforcés d’identifier toutes les tentatives de mensonge commises au nom des hadiths du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et de protéger la communauté musulmane du piège des paroles mensongères présentées comme des hadiths. Qu’Allah le Très-Haut accorde la meilleure récompense à toutes ces personnes.

1.5. Les causes du mensonge et les catégories de menteurs

Dans notre discussion sur l’apparition des mensonges au nom des hadiths, nous avons vu que les ennemis secrets de l’islam ont commencé les premiers à répandre dans la société musulmane des propos mensongers au nom des hadiths, afin d’y diffuser la confusion. La religion repose sur la Révélation. Ainsi, dès qu’une parole peut être établie par la Révélation, elle est acceptée dans la société musulmane. Comme le Coran est mémorisé par un nombre incalculable de personnes, il n’a jamais été possible de dire directement quelque chose de mensonger ou de fabriqué au nom du Coran. C’est pourquoi ils ont tenté de mentir au nom des hadiths.

Progressivement, beaucoup d’autres personnes se sont mises à mentir au nom des hadiths pour diverses raisons. En outre, certains ont menti au nom des hadiths par ignorance, négligence ou inadvertance. Une bonne parole, une ancienne sentence pleine de sagesse, ou une parole entendue d’un compagnon ou d’un tâbi‘î leur plaisait. Puis, lorsqu’ils la rapportaient par la suite, ils l’attribuaient au Messager d’Allah. C’est ainsi que, pour diverses raisons, les falsifications au nom des hadiths se sont poursuivies.

Nous avons vu que le mensonge est de deux sortes : intentionnel et involontaire. Le mensonge involontaire est principalement dû à une défaillance de la mémoire, à la négligence dans la mémorisation des hadiths ou à l’imprudence dans leur transmission. Quant au mensonge intentionnel, il vise le plus souvent à nuire à la religion ou à lui être utile (!).

Nous savons que la Révélation est liée à la religion. Par conséquent, tous les objectifs du mensonge au nom de la Révélation sont centrés sur la religion. Certains ont fabriqué des hadiths au nom de la religion afin de nuire à la religion. D’autres en ont fabriqué pour gagner leur vie au nom de la religion, ou pour renforcer leur propre fatwa, leur groupe ou leur lignée. D’autres encore en ont fabriqué pour faire prévaloir leur opinion au nom de la religion. Certains, prétendument de manière désintéressée (!), ont fabriqué des hadiths afin d’encourager les gens à faire le bien et de les dissuader de faire le mal. Nous pouvons répartir ces causes en trois catégories : 1. nuire à la religion ; 2. être utile à la religion ; 3. atteindre ses propres objectifs mondains.

Au sujet des causes du mensonge et des catégories de menteurs, le célèbre muhaddith du VIIe siècle de l’hégire, l’allama Ibn al-Salah Abû ‘Amr ‘Uthmân ibn ‘Abd al-Rahmân (643 H), dit : « Les falsificateurs qui fabriquent des hadiths sont de diverses sortes. Parmi eux, les plus nuisibles sont un groupe de personnes connues dans la société pour être pieuses et ascètes. En raison de leur ignorance et de leur égarement, ils répandaient dans la société, dans l’espoir d’obtenir une récompense, des propos fabriqués au nom des hadiths. Voyant leur piété extérieure, leur vie dépourvue de convoitise et autres traits semblables, les gens, dans leur simplicité, croyaient leurs paroles et acceptaient ces propos fabriqués comme des hadiths. Ensuite, les imams experts en hadiths découvrirent et dévoilèrent leurs mensonges et leurs falsifications grâce à un examen minutieux. » Certains d’entre eux considéraient comme permis de diffuser au nom des hadiths, dans le but d’obtenir une récompense, des propos mensongers et fabriqués sur le mérite des bonnes œuvres et le châtiment des actes répréhensibles. (Iraqi, al-Taqyîd, p. 128-129 ; Suyûti, Tadrîb al-râwî, 1/281-284.)

L’allama Zayn al-Dîn al-Iraqi (806 H) dit : « Les falsificateurs de hadiths sont de diverses sortes selon les objectifs et les raisons de leurs falsifications.

1. Beaucoup ont fabriqué des hadiths afin d’égarer les gens. Hammâd ibn Zayd a dit : “Les zindîqs ont fabriqué dix mille hadiths au nom du Messager d’Allah.”
2. Certains ont fabriqué des hadiths pour soutenir leurs opinions religieuses.
3. Certains ont fabriqué des hadiths sur des sujets appréciés des califes et des émirs, afin de devenir leurs favoris.
4. Certains ont fabriqué des hadiths dans le but de gagner de l’argent en prononçant des sermons et en racontant des histoires.
5. Certains étaient eux-mêmes de bonnes personnes, mais leur fils ou un membre de leur famille inscrivait des hadiths mensongers dans leurs manuscrits. Eux les rapportaient sans s’en rendre compte.
6. Certains fabriquaient des hadiths afin d’établir la preuve de leurs propres fatwas ou de leurs questions juridiques.
7. Certains composaient diverses chaînes de transmission et divers textes inhabituels afin d’établir la nouveauté et l’originalité.
8. Certains considéraient la fabrication de hadiths mensongers comme une manifestation de piété. En raison de leur égarement, ils pensaient qu’il était permis de mentir afin d’améliorer les gens et de les appeler à la bonne voie. Ils étaient connus dans la société comme des pieux ascètes et des saints renonçants. Leur nuisance est la plus grave dans le domaine de la falsification des hadiths, car ils considéraient ce péché grave comme une bonne œuvre et un acte méritant une récompense. Il était donc impossible de les en détourner. De plus, les gens, impressionnés par leur piété extérieure, leur vie sans convoitise et leur ascétisme, acceptaient leurs mensonges comme des vérités et les propageaient. C’est pourquoi l’imam Yahyâ ibn Sa‘îd al-Qattân (198 H) disait : “Je n’ai jamais vu, en matière de hadiths, de menteur plus grand que le pieux ascète.” » (Muslim, al-Sahîh, 1/17-18.)

Par « pieux ascète », il entendait les ignorants qui se considèrent eux-mêmes comme pieux et suivent la voie des saints, mais ne comprennent rien au licite et à l’illicite. (Iraqi, Fath al-mughîth, p. 122-124.)

Nous allons ici examiner quelque peu en détail les principales causes des falsifications au nom des hadiths ainsi que les personnes qui s’y sont livrées.

1.5.1. Les zindîqs et les ennemis secrets de l’islam

Durant le premier demi-siècle de l’histoire islamique, de vastes régions d’Asie et d’Afrique furent intégrées à l’État islamique grâce aux conquêtes musulmanes. De nombreux habitants non musulmans de ces pays embrassèrent volontairement l’islam. D’autres continuèrent à suivre leur ancienne religion. L’État islamique leur accorda sa protection. En revanche, certaines personnes, malgré leur fidélité et leur attachement à leur ancienne religion et à leurs anciennes opinions, prétendirent publiquement avoir embrassé l’islam. Bien qu’elles fussent considérées comme musulmanes dans la société, leur véritable objectif était de détruire les croyances et les pratiques de la société musulmane en y répandant la confusion et une forme de terrorisme informationnel. Dans la plupart des cas, ces personnes étaient appelées « zindîqs ». Pour atteindre leurs objectifs abjects, elles diffusaient dans la société d’innombrables mensonges comme s’il s’agissait de hadiths. Nous avons vu que ce sont des personnes de cette catégorie, dirigées par ‘Abdullah ibn Saba’, qui commencèrent les premières à diffuser des hadiths fabriqués.

Ces zindîqs hypocrites se faisaient parfois passer pour des partisans de ‘Alî et diffusaient des hadiths fabriqués en faveur de celui-ci et de sa descendance. Parfois, ils se faisaient passer pour des derviches soufis, trompaient les gens et fabriquaient des hadiths en faveur de l’ascétisme et de la vie de derviche à la manière des Perses, des juifs et des chrétiens. Leur objectif principal était de détruire les croyances islamiques et de les présenter comme ridicules et irrationnelles.

Il faut remarquer ici qu’ils fabriquaient des hadiths avec une chaîne de transmission. À cette époque, il n’était pas possible de rapporter un hadith sans chaîne de transmission. Ils connaissaient les noms des muhaddiths célèbres et des rapporteurs dignes de confiance. Ils avaient mémorisé les chaînes de transmission de différents hadiths authentiques. C’est en utilisant ces chaînes qu’ils fabriquaient leurs hadiths.

Il était très facile de tromper les gens ordinaires avec ces procédés. Toutefois, cette tromperie n’avait aucune efficacité auprès des muhaddiths critiques. Grâce à l’examen décrit plus haut, ils démasquaient leurs falsifications. Par exemple, quelqu’un disait : « Yahyâ ibn Sa‘îd al-Qattân m’a rapporté ceci ; il le tient de Sufyân al-Thawrî, qui le tient d’Ibn Sîrîn, qui le tient d’Anas ibn Mâlik, qui le tient du Messager d’Allah… » Les muhaddiths comparaient alors ce récit, selon la méthode exposée précédemment, avec les hadiths rapportés par les autres élèves de chacun des rapporteurs mentionnés dans la chaîne. Parallèlement, ils examinaient les autres récits de cet homme et ses actes, et démasquaient très facilement la falsification.

Voici un hadith qu’ils ont fabriqué :

Un homme nommé Muhammad ibn Shuja‘ a dit : « Hibbân ibn Hilâl m’a rapporté ceci ; il le tient de Hammâd ibn Salama, qui le tient d’Abû al-Mahzam, qui le tient d’Abû Hurayra : on demanda au Messager d’Allah : “Ô Messager d’Allah, de quoi notre Seigneur suprême a-t-il été créé ?” Il répondit : “Il créa un cheval, puis fit courir le cheval. De la sueur qui sortit du corps du cheval, Il se créa Lui-même.” (Qu’Allah nous en préserve !) » (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât, 1/64.)

Nous comprenons clairement que l’objectif de cette falsification était de présenter la croyance musulmane au sujet d’Allah Tout-Puissant sous un jour ridicule et de transformer la croyance musulmane en objet de plaisanterie.

Ces falsificateurs se vantaient parfois de leurs propres falsifications. ‘Abd al-Karîm ibn Abî al-‘Awjâ’ était un tel falsificateur du IIe siècle de l’hégire. Le gouverneur de l’époque, Muhammad ibn Sulaymân ibn ‘Alî, ordonna son exécution pour des crimes tels que l’apostasie et la falsification. Avant son châtiment, il déclara : « Par Allah, j’ai fabriqué quatre mille hadiths mensongers et les ai diffusés parmi les musulmans. » (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât, 1/15.)

Le troisième calife abbasside, al-Mahdî (règne : 158-169 H), dit : « Un zindîq m’a avoué avoir fabriqué quatre cents hadiths qui sont maintenant répandus parmi les gens. » (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât, 1/15.)

1.5.2. Les adeptes des factions religieuses et des écoles doctrinales
En général, l’être humain ne veut pas prendre conscience de sa petitesse et de ses limites. Depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, d’innombrables personnes ont tenté et tentent, au moyen de leur intelligence, de leur conscience, de leur jugement et de leur sagesse, de remédier à la faiblesse ! et à l’incomplétude !! de la « Révélation » !!! Tous se demandent pourquoi telle parole ne se trouve pas dans la Révélation. Sans cette parole, la religion ne peut atteindre sa perfection. Très bien, je vais donc prononcer cette parole au nom de la Révélation. Ainsi, la religion atteindra sa perfection !!!
Parmi eux, certains ont élaboré ou suivi eux-mêmes une doctrine religieuse forgée de toutes pièces, puis ont fabriqué des « révélations » en sa faveur. À peine un demi-siècle s’était-il écoulé après le décès du Messager d’Allah (s) que de nouvelles doctrines religieuses apparurent au sein de la société musulmane, sous l’influence, parmi les nouveaux musulmans, des anciennes religions, de la propagande des ennemis cachés de l’islam, ainsi que de la littérature, de la philosophie, etc. de diverses sociétés. La doctrine kharijite fut fondée dans une frénésie de mener le jihad contre Ali (r.a.) et tous les Compagnons, et d’établir un islam forgé de toutes pièces. La doctrine chiite fut fondée afin de propager parmi les musulmans les doctrines des juifs, des chrétiens et des adorateurs du feu, sous le couvert de la dévotion et de l’amour envers Ali (r.a.). La doctrine qadariyya fut fondée sous le faux prétexte de défendre la dignité d’Allah le Très-Haut ; elle niait la connaissance d’Allah le Très-Haut concernant le qadar, c’est-à-dire le destin humain. La doctrine jabriyya fut fondée dans l’exagération visant à démontrer le pouvoir d’Allah le Très-Haut ; elle niait la volonté et la capacité d’agir de l’être humain. Les doctrines jahmiyya, mu‘tazila, etc. furent fondées au nom d’une prétention forgée de toutes pièces à établir l’unicité d’Allah le Très-Haut ; elles niaient Ses attributs.
Les Compagnons du Messager d’Allah (s) ont cru aux enseignements du Coran et des hadiths et les ont appliqués à la lettre. Il faut aimer les Compagnons, mais aussi aimer les descendants du Messager d’Allah (s). Il n’existe aucune contradiction entre ces deux exigences, et aucune place pour l’exagération. De même que la connaissance et la détermination d’Allah concernant le destin humain sont vraies, la volonté et la capacité d’agir de l’être humain sont également vraies. Ils ont simplement cru à tous les versets et hadiths relatifs à ces deux questions. Ils n’y ont vu aucune contradiction.
Mais les fondateurs de nouvelles doctrines, en voulant suivre certains enseignements du Coran et des hadiths, ont nié les autres ou les ont interprétés. Chacun considérait sa propre opinion comme correcte. Tous croyaient que leur opinion était celle qui défendait Allah et Son Messager (s), et que fabriquer des hadiths en faveur de cette opinion revenait à fabriquer des hadiths pour défendre Allah et Son Messager (s). Quel mal y aurait-il à renforcer, en rapportant au nom de la Révélation ou des hadiths certaines paroles fabriquées ou mensongères, « l’opinion véritablement préférée !!! » par Allah et Son Messager ?! Cela devrait même être considéré comme une bonne action ! C’est pourquoi, lorsque certains d’entre eux ne trouvaient aucun hadith explicite en faveur de leur opinion, ils en fabriquaient et en propageaient, si nécessaire, en leur faveur et contre leurs adversaires. Des hadiths mensongers furent également parfois fabriqués dans le cadre des divergences de fiqh et de questions juridiques. (Falata, Umar ibn Hasan, Al-Wad‘ fi al-hadith, 1/223-263.)
Dans ce domaine, les chiites furent les plus actifs. Au nom de la dévotion envers la famille du Prophète, ils firent d’innombrables paroles fabriquées une partie de la croyance religieuse. Puis ils fabriquèrent et propagèrent d’innombrables hadiths pour les soutenir. Ils propagèrent sous le nom de hadith d’innombrables paroles fabriquées concernant la supériorité d’Ali sur tous les êtres humains après les prophètes, ses pouvoirs miraculeux innombrables, son retour ultérieur dans le monde, la grandeur de la famille d’Ali, l’injustice et le châtiment de ceux qui devinrent califes en écartant Ali et ses descendants, le terrible sort et le châtiment de ceux qui s’opposèrent à lui, ainsi que le terrible châtiment de ceux qui ne le reconnurent pas comme le plus éminent ou qui aimèrent les autres Compagnons.
Leur falsification était si étendue que leurs propres savants furent contraints de le reconnaître. Ibn Abi al-Hadid Abd al-Hamid ibn Hibat Allah (656 de l’Hégire), célèbre savant chiite du VIIe siècle de l’Hégire et commentateur de Nahj al-Balagha, recueil des sermons d’Ali (r.a.), dit : « En ce qui concerne les hadiths faisant état des mérites ou du rang éminent, les premiers mensonges furent commencés par les chiites. Ils fabriquèrent d’abord divers hadiths en faveur de leur chef et les propagèrent. Leur hostilité intense et leur haine envers leurs adversaires les poussèrent à accomplir cet acte. »…… (Muhammad Ajjaj al-Khatib, Al-Sunna qabla al-tadwin, p. 195).

1.5.3. Les pieux ascètes et les vénérables hommes simples

Dans la transmission et la diffusion de paroles mensongères au nom du Messager d’Allah (s), le rôle le plus grave et le plus odieux a été joué par certains religieux ignorants des enseignements du Coran et de la Sunna, mus par le désir de « guider les gens vers la bonne voie ». C’est dans ce but que d’innombrables hadiths ont été fabriqués au sujet du mérite du Coran, du mérite de différentes sourates, du mérite de diverses sortes de salât accomplies à différents moments ou différents jours, du mérite de diverses sortes de dhikr, bref, du mérite de toutes sortes de bonnes œuvres, ainsi qu’au sujet du châtiment de différents péchés et actes répréhensibles. (Fallâtâ, al-Wad‘, 1/263-269).

Ces hommes pieux furent les plus nuisibles dans la fabrication et la diffusion des hadiths forgés. On peut les diviser en deux catégories. Certains hommes pieux mentaient involontairement. En raison de leur simplicité, ils croyaient et rapportaient tout ce qu’ils entendaient au nom du hadith. Souvent, lorsqu’ils entendaient une belle parole ou une maxime de sagesse, ils la rapportaient imprudemment comme un hadith. D’autres personnes connues pour leur piété mentaient volontairement.

1.5.3.1. Le mensonge involontaire des hommes pieux

Les derviches soufis, hommes attachés à Allah, sont des gens bons et simples de cœur. Leur tâche consiste à croire sincèrement en chacun et à faire preuve de compassion envers tous. Quant au travail des muhaddiths, il ressemble à celui d’un enquêteur. Le derviche commence par la confiance, tandis que l’enquêteur commence par la méfiance. Lorsqu’une personne raconte un malheur qui lui est arrivé ou présente une excuse pour une faute, les gens au cœur simple la croient généralement. Mais l’enquêteur commence par douter. Il lui pose diverses questions afin de déterminer si elle le trompe ou si elle dit vrai. Ensuite seulement, il la croit.

À la lumière des innombrables directives du Noble Coran et du Hadith Sharîf, depuis l’époque des Compagnons, les Compagnons puis les muhaddiths des générations suivantes ont assumé la responsabilité de gardiens toujours vigilants, ou d’enquêteurs, pour préserver l’authenticité de la Révélation et des hadiths du Messager d’Allah (s). Sans examen minutieux ni vérification, ils n’ont accepté comme authentique aucune parole attribuée au Messager d’Allah (s).

À l’inverse, les derviches « zâhid », simples et détachés du monde, sont la plupart du temps bouleversés par l’émotion dès qu’ils entendent une parole attribuée au Messager d’Allah (s). Ils n’ont jamais imaginé que quelqu’un puisse mentir au nom du Messager d’Allah (s). Tout ce qu’ils entendaient, ils l’écoutaient avec le cœur d’un dévot, l’acceptaient avec une foi simple, le mettaient en pratique et encourageaient les autres à le mettre en pratique. C’est pourquoi, dès l’époque des tâbi‘ûn et des tâbi‘ at-tâbi‘în, les muhaddiths n’acceptaient pas les hadiths rapportés par ce genre de derviches pieux. L’imam Mâlik (179 H) disait : « Il y a à Médine beaucoup de derviches auxquels je serais disposé à confier cent mille pièces d’argent, mais je ne serais disposé à accepter aucun hadith rapporté par eux. » (Dr Amîn Abû Lâbî, ‘Ilm usûl al-jarh wa at-ta‘dîl, 166-167).

Yahyâ ibn Sa‘îd al-Qattân (198 H) dit : « Les pieux vénérables mentent davantage au sujet des hadiths du Messager d’Allah (s) qu’ils ne mentent sur tout autre sujet. » L’imam Muslim (261 H) explique cette parole ainsi : « Ces hommes pieux ne mentent pas volontairement, mais ils se rendent coupables de mensonge par inadvertance. En effet, ils ne parviennent pas à mémoriser correctement les hadiths, les confondent et, la plupart du temps, les rapportent selon leur propre estimation ; ils tombent donc involontairement dans le mensonge. » (Muslim, as-Sahîh, 1/17-18).

Ibn as-Salâh (643 H), an-Nawawî (676 H), al-‘Irâqî (806 H) et d’autres muhaddiths ont donné un exemple de mensonge involontaire. Ce hadith mensonger a été compilé par l’imam Ibn Mâjah dans son Sunan. Il dit : Ismâ‘îl ibn Muhammad at-Talhî nous a rapporté ; Thâbit ibn Mûsâ Abû Yazîd nous a rapporté, d’après Sharîk, d’après al-A‘mash, d’après Abû Sufyân, d’après Jâbir (r.a.), qui a dit : le Messager d’Allah (s) a dit : « Celui qui priera beaucoup la nuit aura un visage plus beau durant le jour. » (Ibn Mâjah, as-Sunan, 1/422).

Les muhaddiths ont établi avec certitude, par une étude comparative, que cette parole était une parole forgée attribuée au Messager d’Allah (s). Ils ont toutefois divergé sur la question de savoir s’il s’agissait d’un mensonge volontaire ou involontaire.

Le maître d’Ibn Mâjah, Ismâ‘îl, ainsi que de nombreux muhaddiths, ont entendu et écrit ce hadith d’après Abû Yazîd Thâbit ibn Mûsâ ibn ‘Abd ar-Rahmân (229 H). Lui seul en est le rapporteur. Il prétend que Sharîk ibn ‘Abdullah (178 H) lui a rapporté ce hadith.

Les muhaddiths ont rassemblé et comparé les hadiths de tous les élèves de Sharîk, ceux de tous les élèves du maître de Sharîk, Sulaymân ibn Mihrân al-A‘mash (147 H), ceux de tous les élèves du maître d’al-A‘mash, Abû Sufyân Talhah ibn Nâfi‘, ainsi que ceux des autres élèves de Jâbir (r.a.). Ils ont constaté que personne d’autre que Thâbit n’avait rapporté ce hadith. Ils ont également constaté que Thâbit n’était pas un élève proche de Sharîk ni un compagnon de longue date, au point que Sharîk lui aurait rapporté ce hadith à lui seul sans le rapporter à personne d’autre. Ainsi, après un examen d’ensemble, ils ont conclu que Thâbit avait menti, volontairement ou involontairement.

Thâbit ibn Mûsâ était un dévot pieux et un derviche détaché du monde du troisième siècle de l’Hégire. En raison de sa piété, les muhaddiths avaient généralement une bonne opinion de lui. Toutefois, grâce à l’étude comparative, ils ont constaté que plusieurs des hadiths qu’il rapportait s’étaient révélés erronés ou mensongers. Il rapportait des hadiths au nom de maîtres dont ni les élèves particuliers de longue date ni les autres élèves ne rapportaient ces mêmes hadiths. C’est pourquoi certains muhaddiths l’ont qualifié de « menteur ». L’imam Yahyâ ibn Ma‘în (233 H) dit à son sujet : « C’est un menteur. » (adh-Dhahabî, Mîzân al-i‘tidâl, 2/89 ; Ibn Hajar, Tahdhîb at-tahdhîb, 2/14).

En revanche, des muhaddiths tels qu’Abû Hâtim ar-Râzî (277 H) et Ibn ‘Adî (365 H) ont considéré le mensonge de Thâbit comme involontaire. Ils ont dit que Thâbit n’était pas réellement un transmetteur de hadiths, mais un simple dévot. Il n’a rapporté en tout que sept ou huit hadiths. À l’exception de deux d’entre eux, il a correctement rapporté les autres. Cela laisse penser que son erreur était involontaire. C’est pourquoi, plutôt que de le qualifier explicitement de « menteur », ils l’ont qualifié de « faible ». (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 2/99 ; adh-Dhahabî, Mîzân al-i‘tidâl, 2/89).

Certains muhaddiths ont mentionné la cause du mensonge involontaire de Thâbit. Muhammad ibn ‘Abdullah ibn Numayr (234 H) dit : « Ce hadith est nul. Thâbit l’a rapporté sans comprendre. » Sharîk ibn ‘Abdullah aimait plaisanter. Sharîk ibn ‘Abdullah aimait plaisanter. Quant à Thâbit, c’était un homme pieux et dévot. Il est probable que Sharîk était en train de rapporter un hadith lorsque Thâbit entra. Sharîk disait : « Al-A‘mash nous a rapporté, d’après Abû Sufyân, d’après Jâbir (r.a.), d’après le Messager d’Allah (s). » C’est alors que Thâbit entra. En le voyant, Sharîk interrompit son hadith, observa son visage lumineux marqué par la simplicité et dit : « Celui qui prie beaucoup la nuit aura un visage plus beau durant le jour. » Thâbit prit par inadvertance cette parole de Sharîk pour un hadith rapporté avec la chaîne précédente. Il rapporta ainsi par erreur une parole de Sharîk comme étant une parole du Messager d’Allah (s). C’est pour cette raison qu’Ibn as-Salâh, an-Nawawî, al-‘Irâqî et d’autres muhaddiths ont présenté ce hadith comme un exemple de mensonge involontaire. (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 2/99 ; adh-Dhahabî, Mîzân al-i‘tidâl, 2/88 ; al-‘Irâqî, at-Taqyîd, p. 129 ; Fath al-Mughîth, p. 127-128).

1.5.3.2. Le mensonge involontaire des gens pieux

Certaines personnes connues pour leur piété se livraient à une pratique encore plus abominable. Elles attribuaient délibérément des paroles inventées au Messager d’Allah (s). Dans la fabrication de hadiths, ce furent les plus dangereux et les plus nuisibles.

Sur beaucoup de sujets au sujet desquels elles fabriquèrent des hadiths, il existait déjà de nombreux hadiths authentiques. Mais ces gens pieux estimaient que le langage de ces hadiths authentiques, ainsi que les récompenses et les châtiments qui y étaient mentionnés, ne suscitaient pas suffisamment d’émotion chez les gens. Ils fabriquèrent donc des hadiths dans un langage plus percutant, avec davantage de détails, en mentionnant d’innombrables récompenses et les châtiments les plus terribles, afin que les gens soient impressionnés dès qu’ils les entendaient. Ainsi, ils voulurent compléter (!) par l’intelligence humaine l’insuffisance (!) de la « Révélation ». Le plus grave était qu’en raison de leur religiosité (?), beaucoup de membres de la société tombaient dans le piège de ces falsifications. Ils les croyaient être des hadiths. Seuls les muhaddiths critiques découvrirent leurs falsifications grâce à une étude comparative.

Satan leur avait fait croire : « Nous ne parlons pas contre le Messager d’Allah (s), mais en sa faveur. Sans ces mensonges, il est impossible de guider les gens. Dire un mensonge dans une bonne intention n’est donc pas seulement permis : c’est même une bonne action. »

Satan ne leur permit pas de comprendre que toutes leurs réflexions avaient été orientées dans une mauvaise direction. Penser qu’on ne peut amener les gens sur la bonne voie sans mensonge revient à dire que la Révélation n’est pas capable de guider les êtres humains. Le Noble Coran et les hadiths authentiques ont perdu leur efficacité. Il faudrait donc guider les gens par des mensonges extravagants ! Quelle pensée abominable !

Qui leur a donné le droit de prétendre que leurs paroles imaginaires étaient en faveur de la Révélation, d’Allah et de Son Messager ? Ce qu’ils considéraient comme favorable à l’islam a toujours causé le plus grand tort à l’islam. Les histoires extravagantes, les récompenses inimaginables pour de petites actions, les châtiments terribles pour de légères fautes ou de petits péchés, les récits imaginaires sur différentes créatures, les récits miraculeux imaginaires et les récits de mérites fabriqués ont détourné la communauté musulmane des enseignements fondamentaux de l’islam. Ils ont répandu parmi elle d’innombrables superstitions. Les récits imaginaires qu’ils avaient inventés au sujet des récompenses des actes de dévotion surérogatoires ont fait oublier à la communauté musulmane ses devoirs obligatoires. D’innombrables pratiques inventées ont éloigné les musulmans des actes et des responsabilités mentionnés dans le Coran et les hadiths authentiques. Nous verrons beaucoup d’exemples de cela lorsque nous examinerons les hadiths fabriqués dans le chapitre suivant.

C’est parce qu’ils ont menti au nom de la Révélation que toutes les religions se sont corrompues à travers les âges. L’exemple le plus manifeste de l’égarement causé par des mensonges au nom de la Révélation est celui de Saül, appelé Paul, le corrupteur du christianisme, ainsi que des chrétiens qui le suivirent. Ils mentirent au nom de la Révélation afin d’accroître la grandeur de Dieu, d’élever le rang de Jésus et de guider un plus grand nombre de personnes sur la bonne voie. Ils pensaient : « Nous parlons en faveur de Dieu ou de Jésus ; ce mensonge ne comporte donc aucun mal. » Mais, en réalité, ils servirent Satan. C’est pourquoi Allah, le Très-Glorieux, a déclaré dans le Noble Coran :

Arabe(********)

« Dis : “Ô gens du Livre ! Ne commettez pas d’excès injustes dans votre religion et ne suivez pas les passions de gens qui se sont auparavant égarés, qui ont égaré beaucoup d’autres et qui se sont détournés du droit chemin.” » (sourate 5, al-Mâ’idah, 77).

On a également vu apparaître au sein de la communauté musulmane des groupes égarés qui, suivant leurs passions, fabriquaient une prétendue révélation de ce genre. Toutefois, grâce à la chaîne de transmission et au système de vérification des chaînes de transmission, leurs falsifications furent démasquées.

Ces « pieux falsificateurs » fabriquaient des hadiths de différentes manières.

A. Certains fabriquaient des hadiths en décrivant les récompenses imaginaires « innombrables » de la récitation du Coran et de la récitation de différentes sourates du Coran.

B. D’autres rapportaient des hadiths au sujet des récompenses de diverses bonnes œuvres célèbres et pratiquées. Il existe, par exemple, dans les hadiths authentiques de nombreuses mentions de récompenses pour des actes de dévotion tels que le tasbîh, le dhikr, le tahajjud, le châcht, etc. Ils estimaient que ces hadiths ne pouvaient pas attirer les cœurs des gens. Ils fabriquaient donc des hadiths attrayants (!) sur ces sujets. De même, il existe de nombreux hadiths authentiques en faveur de la Sunna et contre l’innovation religieuse. Ces falsificateurs ne s’en satisfaisaient pas. Ils fabriquèrent de nombreux hadiths sur la récompense et le mérite de la Sunna, ainsi que sur le péché de l’innovation religieuse et le destin terrible et le châtiment effrayant des innovateurs.

C. Certains inventaient diverses sortes de bonnes œuvres et fabriquaient des hadiths sur leurs mérites. Par exemple, ils inventaient des prières particulières selon certains procédés pour différents mois, une prière particulière pour chaque jour de la semaine, ou des prières particulières destinées à voir Allah en rêve, à voir le Messager d’Allah (s) en rêve, à voir sa propre place au Paradis, et à atteindre divers autres objectifs. De même, ils inventaient différents « salawât », « dhikr », « invocations » et « munâjât », puis fabriquaient des hadiths mentionnant leurs mérites inventés. Ils inventèrent ainsi d’innombrables « actes de dévotion » et, au sujet de leurs mérites, racontèrent des histoires fabuleuses faisant miroiter d’innombrables récompenses et mérites.

D. Afin d’attendrir le cœur de nombreuses personnes, ils inventèrent des récits sur le renoncement au monde, l’absence de convoitise, le sacrifice, les mérites de la faim, les mérites de la pauvreté, ainsi que diverses histoires, punitions, récompenses et autres récits imaginaires, qu’ils attribuèrent au Messager d’Allah (s).

Je vais maintenant mentionner les aveux de quelques personnes de ce genre. Ces gens tentaient d’établir leurs fausses chaînes de transmission auprès des muhaddiths. Cependant, face aux questions de vérification de ceux-ci, ils avouaient parfois qu’ils fabriquaient des hadiths.

Abû Ismâ‘îl Nûh ibn Abû Maryam (173 H.) était un célèbre savant, dévot et juriste du deuxième siècle de l’Hégire. En raison de son érudition remarquable dans différents domaines tels que le hadith, le fiqh et l’histoire, on le surnommait « al-Jâmi‘ ». Sous le calife al-Mansûr (136-158 H.), il fut nommé juge dans la région de Marw, au Khurâsân. Il était considéré comme l’un des principaux savants de cette région. Il était très sévère envers les mu‘tazilites, les jahmites, les juristes ahl al-ra’y et les autres groupes innovateurs.

Malgré tout cela, il disait des mensonges au nom du hadith. Il rapportait certains hadiths sur les mérites des différentes sourates du Coran. Les muhaddiths lui demandèrent : « Où avez-vous trouvé les hadiths que vous rapportez d‘Ikrimah, d’après Abû ibn ‘Abbâs, au sujet des mérites de chaque sourate du Coran ? Les élèves les plus proches d‘Ikrimah, pas plus que ses autres élèves, ne rapportent ces hadiths. Comment les avez-vous donc obtenus ? » Il répondit : « J’ai constaté que les gens avaient délaissé le Coran. Ils s’étaient occupés du fiqh d’Abû Hanîfah et du maghâzî d’Ibn Ishâq. J’ai donc fabriqué ces hadiths pour les ramener vers le Coran. » (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât, 1/18 ; al-Dhahabî, Mîzân al-i‘tidâl, 7/55-57.)

Ahmad ibn Muhammad ibn Ghâlib Ghulâm Khalîl (275 H.) était un célèbre dévot, savant et prédicateur du troisième siècle de l’Hégire. Il était connu comme l’un des plus grands ascètes de la capitale, Bagdad. Il ne mangeait que des légumes, menait une vie très simple et prononçait des sermons extrêmement émouvants. Il était très sévère envers les juristes dits « ahl al-ra’y » (hanbalites), ainsi qu’envers les mu‘tazilites, les chiites, les qadarites, les jabrites et les autres doctrines innovatrices. Ses sermons exerçaient une grande influence sur le peuple. Pour attendrir le cœur de ses auditeurs et les guider, il racontait sans cesse de nouvelles histoires en les falsifiant au nom du hadith. Il fabriquait des chaînes de transmission au nom de célèbres muhaddiths et rapportait ainsi ses faux hadiths.

Abû Ja‘far ibn al-Shu‘ayrî raconte qu’un jour, alors que Ghulâm Khalîl rapportait un hadith, il dit : « Bakr ibn ‘Îsâ (204 H.) m’a rapporté, d’après Abû ‘Awânah… » Je lui dis : « Bakr ibn ‘Îsâ est pourtant mort depuis très longtemps. L’imam Ahmad (241 H.) et ses contemporains ont entendu des hadiths de lui. Vous ne l’avez pas vu vivant. » Après ces paroles, il resta silencieux et se mit à réfléchir. J’eus peur qu’il ne dise quelque chose contre moi. Je lui dis donc : « Peut-être votre maître Bakr ibn ‘Îsâ était-il une autre personne. » Il resta silencieux. Le lendemain, il me dit : « J’ai réfléchi à la question cette nuit et j’ai constaté qu’à Bassora j’avais entendu des hadiths de soixante personnes portant le nom de Bakr ibn ‘Îsâ. » (Al-Dhahabî, Mîzân al-i‘tidâl, 1/285.)

Voyez l’audace du mensonge ! Pour les imams critiques du hadith, ce genre de mensonge « froid » n’a aucune valeur. Ils avaient rassemblé et compilé les hadiths rapportés par les transmetteurs de Bassora, avec leurs noms et les époques auxquelles ils avaient vécu. C’est pourquoi ces gens étaient souvent contraints d’avouer leurs falsifications.

‘Abdullah ibn ‘Adî (365 H.), l’un des grands muhaddiths du quatrième siècle, raconte : « Alors que je me trouvais dans la ville de Harrân durant un voyage à la recherche de hadiths, Abû ‘Abdullah al-Nahâwandî dit, lors de l’assemblée d’Abû ‘Urûbah : “J’ai demandé à Ghulâm Khalîl : Où avez-vous trouvé les hadiths qui touchent le cœur des auditeurs ?” Il répondit : “Je les ai fabriqués afin d’attendrir le cœur des gens.” » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 1/195.)

Tous les imams de la science du hadith ont évoqué les méfaits des falsifications de ces gens pieux. Nous avons déjà cité à ce sujet les propos d’Ibn al-Salâh, d’al-Nawawî et d’al-‘Irâqî. À ce propos, l’érudit Sayyid Sharîf al-Jurjânî al-Hanafî (816 H.) a écrit : « Ceux qui ont le plus nui à la diffusion des hadiths mawdu‘ ou fabriqués sont les derviches renonçants au monde. Ils ont souvent fabriqué et rapporté de faux hadiths même avec l’intention d’obtenir une récompense. » (Abd al-Hayy al-Laknawî, Zafar al-amânî fî mukhtasar al-Jurjânî, p. 433.)

Ibn Hajar al-‘Asqalânî (852 H.) dit : « Il est rapporté que certains soufis estimaient permis de fabriquer et de diffuser des hadiths mensongers au sujet des récompenses et des châtiments des péchés. » (Mullâ ‘Alî al-Qârî, Sharh sharh Nukhbat al-fikar, p. 451.)

Al-Suyûtî (911 H.) dit que les falsificateurs sont de différentes catégories selon leur objectif. Parmi eux, les plus graves et les plus nuisibles furent certaines personnes considérées comme des pieux ascètes, détachés du monde et exempts de convoitise. En raison de leur égarement, ils fabriquaient des hadiths mensongers dans l’espoir d’obtenir une récompense auprès d’Allah. ………….. (Un célèbre derviche du deuxième siècle) Abû Dâwûd al-Nakha‘î Sulaymân ibn ‘Amr était incomparable dans la prière de tahajjud durant la nuit et le jeûne surérogatoire durant des jours successifs. Malgré cela, il fabriquait et diffusait de faux hadiths. …… Abû Bishr Ahmad ibn Muhammad al-Marwazî était l’un des grands juristes, dévots et défenseurs de la Sunna du Khurâsân. Il était comme une épée tirée contre les innovations et leurs adeptes, et en faveur de la Sunna. Pourtant, il considérait les paroles mensongères comme des hadiths. …….. Wahb ibn Yahyâ ibn Hafs (250 H.) était l’un des pieux dévots et prédicateurs les plus éminents de son époque. Pendant vingt ans, il ne parla à personne de choses mondaines. Lui aussi disait de terribles mensonges au nom du hadith. (Al-Suyûtî, Tadrîb al-râwî, 1/281-283.)

L’érudit ‘Alî al-Qârî (1014 H.) a écrit : « Les derviches renonçants au monde, profondément absorbés par les actes de dévotion, ont diffusé au nom du hadith de nombreuses paroles fabriquées sur les mérites de différentes choses, telles que la prière de la Nuit de la Mi‘râj et la prière du mois de Rajab. Ils pensaient que cela leur procurerait une récompense et constituerait un service rendu à la religion. Parmi ceux qui ont causé le plus grand tort à eux-mêmes et aux autres musulmans dans le domaine des hadiths fabriqués figurent ces gens. Ils considéraient cette activité comme une bonne œuvre et une source de récompense ; il était donc impossible de les en empêcher. D’un autre côté, en raison de leurs bonnes œuvres, de leur sincérité, de leur dévotion et de leur ascétisme, les musulmans ordinaires et les savants les aimaient et les vénéraient profondément. Ils acceptaient et rapportaient leurs paroles avec enthousiasme. Il arrivait même que de bons muhaddiths, trompés par leur pratique, leur comportement et leur moralité, acceptent sans précaution leurs hadiths fabriqués et mensongers. » (Mullâ ‘Alî al-Qârî, Sharh sharh Nukhbat al-fikar, p. 447-448.)

1.5.4. Les courtisans des émirs
Les objectifs expliqués ci-dessus étaient principalement religieux. Mais, en dehors des objectifs religieux, beaucoup de gens ont fabriqué des hadiths pour divers buts mondains : gagner de l’argent, obtenir honneur ou renommée, attirer l’attention des rois et des souverains, acquérir un statut à la cour, établir une prééminence politique ou tribale, etc.
Pour approcher les dirigeants et les administrateurs et devenir leurs favoris, les gens font toutes sortes de choses. Au IIe siècle de l’Hégire, certains « savants » à la foi faible ont essayé de fabriquer des hadiths selon les goûts des califes ou des émirs afin de gagner leur faveur. En relatant un événement de ce genre, le célèbre muhaddith du IIIe siècle de l’Hégire, Zuhayr ibn Harb (234 H), dit : Plusieurs muhaddiths se présentèrent à la cour du troisième calife abbasside, Muhammad al-Mahdi (règne : 158-169 H). Parmi eux se trouvait Ghiyath ibn Ibrahim al-Nakhaï. Le calife al-Mahdi aimait faire voler des pigeons de race et organiser des concours de pigeons. Tenant compte des goûts du calife, cet homme nommé Ghiyath mentionna sa chaîne de transmission et dit : « Le Messager d’Allah (s) a dit : “Il n’y a de compétition que dans le tir à l’arc, les chevaux et les oiseaux.” » En entendant cela, al-Mahdi fut heureux et ordonna de remettre à ce muhaddith un cadeau de dix mille takas. Mais, lorsque Ghiyath quittait la cour, al-Mahdi dit : « Je comprends que vous avez menti. C’est moi qui vous ai incité à mentir. » Il ordonna que les pigeons soient égorgés et ne permit plus jamais à ce muhaddith d’entrer dans sa cour. (Al-Khatib al-Baghdadi, Ahmad ibn Ali, Tarikh Baghdad, 12/323-324).
Il faut remarquer ici que le hadith original est authentique : il encourage la compétition et l’attribution de récompenses dans les courses de chevaux, les courses de chameaux et le tir à l’arc. [Al-Tirmidhi, Muhammad ibn Isa (279 H), al-Sunan, 4/205]. Cet homme y ajouta le mot « oiseaux » pour divertir le calife.
Le cinquième calife abbasside, Harun al-Rashid (règne : 193-170 H), arriva à Médine lors d’un voyage officiel. Il désirait monter sur le minbar de la mosquée du Prophète et y prononcer un discours. Il portait un sherwani noir. Il hésitait à monter sur le minbar du Prophète dans cette tenue. Le célèbre savant et juge de Médine, Wahb ibn Wahb Abu al-Bakhtari, lui dit alors : « Jafar al-Sadiq m’a rapporté, de son père Muhammad al-Baqir, que Jibril (a) vint auprès du Messager d’Allah (s) vêtu d’un sherwani noir. » (Al-Khatib al-Baghdadi, Tarikh Baghdad, 13/452).
Ainsi, pour divertir le calife, il fit passer une parole mensongère pour un hadith. Abu al-Bakhtari était très habile à fabriquer des hadiths.

1.5.5. Les conteurs et prédicateurs
Afin d’attirer l’attention des auditeurs pendant leurs prêches, de les divertir, d’exercer une influence sur eux et d’accroître leur propre réputation, leur célébrité et leurs revenus immédiats, beaucoup de gens ont présenté dans leurs sermons des paroles fabriquées comme des hadiths. Ces prédicateurs et conteurs ont joué un rôle très important dans la propagation des hadiths mensongers et fabriqués. Ils étaient particulièrement habiles et audacieux pour inventer des mensonges au nom des hadiths. Beaucoup d’entre eux inventaient rapidement des mensonges selon les attentes des auditeurs, afin de les émerveiller et de vider leurs poches. En outre, lorsqu’un hadith fabriqué ou une histoire inventée par un faussaire était captivant, d’autres prédicateurs faussaires le volaient, fabriquaient une chaîne de transmission en leur propre nom et le diffusaient. (Fallata, al-Wad‘, 1/272-279).
Voyez un exemple de leur intelligence et de leur audace. L’imam Yahya ibn Maïn (233 H) et l’imam Ahmad ibn Hanbal (241 H) étaient parmi les plus grands muhaddiths du IIIe siècle de l’Hégire. Dans la première moitié de ce siècle, ils étaient connus à Bagdad et dans tout le monde musulman. Un jour, tous deux accomplirent la salat dans une mosquée de Bagdad. Après la salat, un prédicateur se mit à prêcher. Au cours de son sermon, il dit : « Ahmad ibn Hanbal et Yahya ibn Maïn m’ont tous deux rapporté ; eux-mêmes le tenaient d’Abd al-Razzaq, qui le tenait de Ma‘mar, qui le tenait de Qatada, qui le tenait d’Anas ; le Messager d’Allah (s) a dit : “Si quelqu’un dit : ‘La ilaha illallah’, un oiseau est créé à partir de chacune de ses lettres ; son bec est en or et ses plumes sont faites de pierres précieuses…” » Il continua ainsi à raconter des histoires extraordinaires et des récits imaginaires promettant d’innombrables récompenses. À la fin du sermon, beaucoup d’auditeurs présents lui offrirent quelques cadeaux.
Pendant le sermon, Ahmad et Yahya, étonnés, se demandèrent l’un à l’autre : « Est-ce vous qui avez rapporté ce hadith à cet homme ? » Tous deux répondirent : « C’est la première fois de notre vie que j’entends ce hadith. » Après le sermon, voyant que la foule avait diminué, Yahya fit signe à l’homme de s’approcher. Celui-ci s’avança rapidement, pensant recevoir un cadeau. Yahya lui demanda : « Qui t’a rapporté ce hadith ? » L’homme répondit : « Yahya ibn Maïn et Ahmad ibn Hanbal. » Il lui dit : « Je suis Yahya, et voici Ahmad. Aucun de nous deux n’a jamais entendu ce hadith, encore moins ne l’a enseigné à quelqu’un. Si tu dois mentir, fais-le au nom de quelqu’un d’autre, mais ne le fais pas en notre nom. » L’homme répondit alors : « J’ai toujours entendu dire que Yahya ibn Maïn était un imbécile ; maintenant, j’en ai la preuve. » Yahya demanda : « Comment cela ? » Il répondit : « Pensez-vous qu’il n’existe dans le monde aucun autre Yahya ibn Maïn ni aucun autre Ahmad ibn Hanbal que vous ? En dehors de votre compagnon Ahmad, j’ai appris des hadiths auprès de seize personnes nommées Ahmad ibn Hanbal. » En entendant cela, Ahmad ibn Hanbal se couvrit la bouche avec son vêtement et dit : « Laissez cet homme partir. » L’homme s’en alla en les regardant tous deux avec mépris. (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at, 1/21-22).
Abu Hatim Muhammad ibn Hibban al-Busti (354 H), l’un des grands muhaddiths du IVe siècle de l’Hégire, dit : « Au cours de mon voyage consacré à la collecte des hadiths, j’entrai dans une ville de Syrie appelée “Tajrawan”. Après avoir accompli la salat dans la mosquée principale de la ville, un jeune homme se leva et se mit à prêcher. Dans son sermon, il dit : “Abu Khalifa m’a rapporté ; lui-même le tenait de Walid, qui le tenait de Shu‘ba, qui le tenait de Qatada, qui le tenait d’Anas (r), qui a dit que le Messager d’Allah (s) a dit : ‘Si quelqu’un satisfait le besoin d’un musulman, Allah lui accorde telle et telle récompense…’” Il continua ainsi à parler longuement. Lorsqu’il eut terminé, je l’appelai et lui demandai : “Où habites-tu ?” Il répondit : “Je suis de la région de Bardaya.” Je lui demandai : “Es-tu déjà allé à Bassora ?” Il répondit : “Non.” Je lui dis : “Comment peux-tu alors rapporter des hadiths d’Abu Khalifa alors que tu ne l’as jamais vu ?” Le jeune homme répondit : “Poser des questions à ce sujet est contraire à la bienséance et à l’adab. Je ne connais par cœur que cette seule chaîne de transmission. Chaque fois que j’entends un hadith ou une parole de quelqu’un, je place cette chaîne devant cette parole et je la rapporte ainsi.” Ibn Hibban dit : “Je le laissai alors et m’en allai.” » (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at, 1/22).
Le célèbre muhaddith du VIe siècle de l’Hégire, Abul-Faraj Ibn al-Jawzi (597 H), dit : « Il y a dans ma région un prédicateur. En apparence, c’est un homme pieux et craignant Allah. Dans ses actes et son comportement, il manifeste l’ascétisme et la taqwa. Deux de mes amis savants, extrêmement dignes de confiance, m’ont rapporté à son sujet que, un jour d’Achoura, cet homme dit : “Le Messager d’Allah (s) a dit : celui qui accomplira telle action le jour d’Achoura recevra telle récompense, celui qui accomplira telle autre action recevra telle récompense…” Il rapporta ainsi des hadiths au sujet de nombreuses récompenses pour de nombreuses actions. Nous lui demandâmes : “Où avez-vous appris et mémorisé ces hadiths ?” Il répondit : “Par Allah, je n’ai jamais appris ni mémorisé ces hadiths. Ils me sont venus à l’esprit à l’instant, et je les ai prononcés.” » (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at, 1/20).
Ibn al-Jawzi dit qu’un prédicateur de son époque avait même écrit un livre contenant tous ces hadiths mensongers. Voici l’un des hadiths fabriqués de ce livre : « Un jour, Hasan (r) et Husayn (r) entrèrent dans la maison du calife Umar (r). Umar était occupé. Après avoir terminé son travail, il leva la tête et les vit tous deux. Il se leva, les embrassa, donna à chacun mille pièces et dit : “Pardonnez-moi, je n’avais pas compris que vous étiez arrivés.” Tous deux retournèrent auprès de leur père Ali (r) et lui parlèrent de la politesse et de l’humilité de Umar (r). Ali (r) dit alors : “J’ai entendu le Messager d’Allah (s) dire : Umar ibn al-Khattab est la lumière de l’islam et le flambeau des habitants du Paradis.” Tous deux retournèrent auprès de Umar (r) et lui rapportèrent ce hadith. Il demanda alors du papier et de l’encre et écrivit : “Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Les deux chefs de la jeunesse du Paradis m’ont rapporté qu’ils le tenaient de leur père Ali al-Murtada, qui le tenait de leur grand-père, le Prophète al-Mustafa (s) : Umar est la lumière de l’islam et le flambeau des habitants du Paradis.” Umar recommanda qu’après sa mort, ce papier soit placé sur sa poitrine à l’intérieur de son linceul. Après sa mort, on exécuta cette recommandation. Le lendemain matin, tous virent que le papier se trouvait au-dessus de la tombe et qu’il y était écrit : “Hasan et Husayn ont dit vrai, leur père a dit vrai, le Messager d’Allah a dit vrai : Umar est la lumière de l’islam et le flambeau des habitants du Paradis.”
Ibn al-Jawzi dit : « Le plus triste et le plus regrettable est qu’il ne se contenta pas d’écrire ce mensonge abominable et cette histoire extravagante. Il le montra à de nombreux savants de notre époque. Le manque de connaissance, même chez les savants, de la chaîne de transmission des hadiths et de leur authenticité est si manifeste que beaucoup d’entre eux ont cité ce mensonge abominable comme étant authentique. » (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at, 1/20-21).

1.5.6. Hostilité régionale, professionnelle ou ethnique
Les membres de différentes lignées, ethnies, pays ou villes ont parfois eu recours à la falsification afin d’établir leur prééminence ou leur statut. Des hadiths ont été fabriqués en faveur de la nation arabe et de la langue arabe, et contre la langue persane et le peuple persan. De même, des hadiths ont été falsifiés en faveur de la langue persane et contre la langue arabe. Des hadiths ont été fabriqués en faveur ou à l’encontre de différentes couleurs de peau ou professions. Parmi ces propos inventés figurent les suivants : « La langue la plus détestée par Allah est la langue persane. » « Lorsque Allah est en colère, Il fait descendre la révélation en arabe ; lorsqu’Il est satisfait, Il la fait descendre en persan. » « Les anges qui se trouvent autour du Trône parlent persan. » De même, des hadiths diffamatoires et dénigrants ont été fabriqués contre les tisserands, les orfèvres et d’autres professions, en raison de rivalités professionnelles.
Des hadiths ont été fabriqués pour vanter les mérites ou blâmer diverses villes, pays ou régions. On peut dire que des hadiths ont été fabriqués à la louange ou à la condamnation de presque toutes les villes ou tous les pays connus au troisième siècle de l’Hégire. Même pour des villes comme La Mecque et Médine, au sujet desquelles existent de nombreux hadiths authentiques concernant leurs mérites, on a fabriqué de nombreux hadiths apocryphes particulièrement séduisants. (Voir en détail : Ibn al-Jawzî, Al-Mawdû‘ât, 1/357-373, 2/147-161 ; Fallâta, Al-Wad‘, 1/260-263.)
1.5.7. Le désir de célébrité
Nous avons déjà mentionné qu’à cette époque, l’isnâd et le matn constituaient deux parties indissociables du hadith. C’est la forme réunissant l’isnâd et le matn qui était appelée hadith. Les hadiths sous cette forme combinée étaient bien connus des muhaddiths. Il arrivait qu’un muhaddith modifie cette forme combinée afin d’acquérir la célébrité ou de se distinguer. Il rapportait le hadith d’un isnâd sous un autre isnâd, ou le hadith d’un rapporteur au nom d’un autre rapporteur. Parmi les différentes formes de mensonge, nous mentionnerons, si Allah le veut, un ou deux exemples de fabrication de faux isnâds.

1.6. Les types de mensonges

Dans la terminologie des traditionnistes, il existe diverses formes et méthodes de « mensonge au nom du hadith ». Dans cette section, nous les examinerons brièvement, si Dieu le veut.
1.6.1. Le mensonge dans la chaîne de transmission
Le hadith est la combinaison de l’« isnad » et du « matn ». Pour fabriquer un hadith, il était indispensable de falsifier l’isnad. Souvent même, la falsification de l’isnad constituait l’objectif principal du faussaire. Les menteurs falsifiaient les isnad selon leurs objectifs et leurs capacités. Ces falsifications peuvent être réparties en plusieurs catégories.
1.6.1.1. Un isnad fabriqué pour une parole fabriquée,
Aucun hadith n’était accepté sans isnad. Ainsi, pour faire passer une parole mensongère pour un hadith, il fallait lui attribuer une chaîne de transmission. La plupart du temps, les faussaires inventaient de leur propre chef des isnad au nom de savants connus. Ou bien ils plaçaient, avant divers hadiths fabriqués, un isnad qu’ils avaient mémorisé. Nous l’avons constaté dans les différents hadiths fabriqués examinés précédemment. Ainsi, l’isnad de la plupart des hadiths fabriqués était lui aussi inventé. Regardez un exemple :
L’imam Ibn Mâjah dit : « Sahl ibn Abî Sahl et Muhammad ibn Ismâ‘îl m’ont rapporté qu’eux-mêmes avaient entendu ‘Abd al-Salâm ibn Sâlih Abû al-Salt al-Harawî dire : “ ‘Alî al-Ridâ m’a rapporté — de son père Mûsâ al-Kâzim, de son père Ja‘far al-Sâdiq, de son père Muhammad al-Bâqir, de son père ‘Alî Zayn al-‘Âbidîn, de son père l’imam Husayn, de son père ‘Alî — que le Messager de Dieu a dit : ‘La foi est la connaissance du cœur, la parole de la bouche et l’accomplissement des actes conformément aux prescriptions.’ ” »
Ainsi, la foi est le nom collectif donné à la connaissance du cœur, à la profession de foi par la bouche et à la mise en pratique par les actes. Cette affirmation est très séduisante. Beaucoup de tâbi‘ûn et de savants postérieurs ont défini la foi de cette manière. L’imam Mâlik, al-Shâfi‘î, Ahmad ibn Hanbal et d’autres ont adopté cette opinion. En revanche, l’imam Abû Hanîfa dit : « La foi désigne essentiellement la croyance du cœur et la profession de foi par la bouche. Les actes ne font pas partie de la foi ; ils en sont plutôt l’exigence et la conséquence. L’islam résulte de l’association de la foi et des actes. » Si ce hadith était authentique, il prouverait l’erreur de l’opinion de l’imam Abû Hanîfa. Mais l’examen effectué par les traditionnistes a démontré que ce hadith était sans fondement et mensonger.
Lecteur, remarquez ceci. Les transmetteurs de ce hadith sont sept des douze imams de l’école chiite et comptent parmi les grandes figures de la descendance du Messager de Dieu. C’est pourquoi nous, musulmans simples et confiants, sommes facilement trompés. Mais il n’était pas possible de tromper ainsi les traditionnistes chargés de préserver la Sunna du Messager de Dieu. Ils ont examiné ce hadith selon leur méthode. Leur examen a montré qu’aucun élève des sept imams célèbres mentionnés dans l’isnad n’avait transmis ce hadith, et qu’il n’avait été transmis par aucune autre chaîne.
Seul ‘Abd al-Salâm Abû al-Salt prétendit que l’imam ‘Alî al-Ridâ (mort en 203 de l’Hégire) lui avait rapporté ce hadith. Nous constatons ainsi que cet homme nommé Abû al-Salt ne diffusa ce hadith que deux cents ans après le décès du Messager de Dieu. Grâce à une étude comparative, les traditionnistes ont constaté que cet homme, ‘Abd al-Salâm Abû al-Salt, avait appris et transmis de nombreux hadiths. Mais ses hadiths comportaient beaucoup d’erreurs. Il attribuait à divers traditionnistes ou savants des hadiths qu’aucun de leurs autres élèves ne rapportait. Cela prouve qu’il ne savait pas mémoriser correctement les hadiths. Toutefois, les avis divergeaient quant à savoir s’il rapportait délibérément de faux hadiths. Yahyâ ibn Ma‘în et quelques imams ont dit qu’il semblait être un homme de bonne conduite dans sa vie privée. Bien que chiite, il n’était pas extrémiste. Cependant, il rapporta d’innombrables hadiths incohérents et sans fondement (munkar), qu’aucun autre transmetteur n’avait jamais rapportés. Il semble toutefois qu’il ne mentait pas volontairement. À l’inverse, des imams tels qu’al-Jûzânî et al-‘Uqaylî ont affirmé qu’il était un menteur. (Pour plus de détails : Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Tahdhîb al-tahdhîb, 6/285-286 ; Taqrîb al-tahdhîb, p. 355.)
Ceux qui estimaient qu’il commettait des erreurs involontaires ont qualifié ce hadith de nul, sans fondement, extrêmement faible, etc. Ceux qui le considéraient comme un menteur volontaire ont qualifié le hadith de mawdu‘, c’est-à-dire fabriqué. (Al-Bûsîrî, Zawâ’id Ibn Mâjah, p. 37.)
Le célèbre traditionniste du VIIIe siècle de l’Hégire, Ibn al-Qayyim Muhammad ibn Abû Bakr (mort en 751 de l’Hégire), était adepte de l’école hanbalite et considérait les actes comme faisant partie de la foi. Selon lui, la foi est la connaissance du cœur, la profession de foi par la bouche et l’accomplissement des prescriptions. Après une longue discussion en faveur de cette opinion, il dit : « Cependant, le hadith rapporté par ‘Abd al-Salâm ibn Sâlih à ce sujet et recueilli par Ibn Mâjah est mawdu‘ ; ce n’est pas une parole du Messager de Dieu. » (Ibn al-Qayyim, Hâshiyat Abî Dâwûd, 12/294.)
Nous constatons que tous les transmetteurs de cette chaîne sont des personnalités très célèbres et unanimement respectées. C’est là une caractéristique des hadiths fabriqués. La plupart du temps, les faussaires composaient, pour faire fonctionner leur falsification, des isnad réunissant des personnalités connues. Leur falsification pouvait tromper les gens ordinaires, mais elle ne pouvait tromper les traditionnistes examinateurs. En effet, le nom du faussaire finissait par apparaître dans l’isnad. Le nom de celui qu’il prétendait être son maître y figurait. En comparant et en examinant les hadiths rapportés par les autres élèves du maître avec ceux rapportés par le faussaire, les traditionnistes démasquaient la falsification.
Voyez un autre exemple de falsification. Ismâ‘îl ibn Ziyâd était un transmetteur de hadith du IIe siècle de l’Hégire. Il dit : « Sawr ibn Yazîd (mort en 155 de l’Hégire) m’a rapporté, de Khâlid ibn Ma‘dân (mort en 103 de l’Hégire), de Mu‘âdh ibn Jabal : “Nous avons demandé : Ô Messager de Dieu, pouvons-nous toucher le Coran sans ablutions ? Il répondit : Oui, mais si le bain rituel est obligatoire, ne touchez pas le Coran. Nous avons demandé : Ô Messager de Dieu, quel est alors le sens de la parole coranique : ‘Seuls les purifiés le touchent’ (sourate al-Wâqi‘a, 79) ? Il répondit : Cela signifie que personne, en dehors des croyants, n’obtiendra la récompense du Coran.” »
Les traditionnistes sont unanimes à considérer ce hadith comme fabriqué. Les imams du hadith ont rassemblé les hadiths rapportés par cet homme nommé Ismâ‘îl ibn Ziyâd (Abû Ziyâd) et les ont comparés à toutes les autres transmissions. Ils ont constaté qu’aucun de ses hadiths n’était correct. C’était un bon savant et il était juge dans la région appelée Mossoul. Mais il rapporta, au nom de plusieurs traditionnistes célèbres de son époque, tels que Shu‘ba (mort en 160 de l’Hégire), Ibn Jurayj (mort en 150 de l’Hégire) et Sawr (mort en 155 de l’Hégire), de nombreux hadiths qu’ils n’avaient jamais prononcés et qu’aucun de leurs élèves ne rapportait d’eux.
C’est ainsi qu’ici, il attribua ce hadith à Sawr. Sawr était l’un des traditionnistes et jurisconsultes les plus célèbres de Syrie au IIe siècle de l’Hégire. Il avait d’innombrables élèves. Beaucoup avaient étudié le hadith auprès de lui pendant des années. Aucun élève ne rapporta ce hadith de lui. Pourtant, Ismâ‘îl le rapporta en son nom. Au vu des circonstances, il semble qu’il rapportait volontairement de cette manière des hadiths fabriqués. L’imam al-Dâraqutnî, Ibn ‘Adî, Ibn Hibbân, Ibn al-Jawzî et d’autres imams ont exposé ces faits en détail et l’ont qualifié de dajjâl et de menteur. Ils ont considéré comme mawdu‘, c’est-à-dire fabriqués, tous les hadiths qu’il avait rapportés seul et qu’aucun autre n’avait transmis.
Voici une autre parole fabriquée et mensongère rapportée par cet Ismâ‘îl comme un hadith du Messager de Dieu. Il dit : « Ghâlib al-Qattân m’a rapporté, de Abû Sa‘îd al-Maqbarî, de Abû Hurayra : “Le Messager de Dieu a dit : ‘La langue la plus détestée de Dieu est la langue persane, tandis que la langue des habitants du Paradis est la langue arabe.’ ” » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 1/510-511 ; Ibn Hibbân, al-Majrûhîn, 1/129.)
1.6.1.2. Un isnad fabriqué pour un hadith connu
Nous avons vu que, souvent, l’objectif du faussaire était d’établir son originalité et sa distinction. C’est pourquoi il fabriquait un isnad particulier pour une formulation ou une parole déjà connue. J’en mentionne ici un exemple.
L’imam Mâlik était l’un des grands traditionnistes du IIe siècle de l’Hégire. Il rapporta de nombreux hadiths du Messager de Dieu par l’intermédiaire de son maître Nâfi‘, lui-même par l’intermédiaire de ‘Abd Allâh ibn ‘Umar. C’est pourquoi « Mâlik, de Nâfi‘, de ‘Abd Allâh ibn ‘Umar » constitue un isnad extrêmement authentique et très célèbre. Les traditionnistes le conservaient tous dans leurs recueils.
‘Abd al-Mun‘im ibn Bashîr, un transmetteur du IIIe siècle de l’Hégire, dit : « Mâlik m’a rapporté, de Nâfi‘, de ‘Abd Allâh, qui a dit : “Le Messager de Dieu a dit : ‘Ô Dieu, accorde la bénédiction à ma communauté en toutes ses époques.’” » [Al-Khalîlî, Khalîl ibn ‘Abd Allâh (mort en 446 de l’Hégire), al-Irshâd, p. 7.]
Le célèbre traditionniste du Ve siècle de l’Hégire, l’érudit Khalîl ibn ‘Abd Allâh al-Khalîlî (mort en 446 de l’Hégire), dit : « Il s’agit d’un hadith mawdu‘, c’est-à-dire fabriqué. Cet homme nommé ‘Abd al-Mun‘im était un menteur et un faussaire. ‘Abd Allâh, le fils de l’imam Ahmad, dit : “Je dis un jour à ton père : ‘J’ai vu ‘Abd al-Mun‘im ibn Bashîr au marché.’ Il répondit : ‘Mon fils, ce menteur et ce faussaire est-il encore en vie ?’” Ce hadith est totalement sans fondement et inexistant avec cette chaîne. Personne ne l’a jamais rapporté de Mâlik ni de Nâfi‘. En réalité, ce hadith a été rapporté du Messager de Dieu par le Compagnon nommé Sakhr al-Ghâmidî. » (Al-Khalîlî, al-Irshâd, p. 7.)
Nous voyons ici que l’érudit al-Khalîlî a conclu que le hadith était mawdu‘. Mais il mentionne lui-même que le hadith a été rapporté par un autre Compagnon. Son intention est que ce hadith est mawdu‘ avec cette chaîne. La combinaison de cette chaîne et de ce matn est fabriquée. Il a également exposé brièvement le résultat de l’examen effectué par les traditionnistes. Aucun des innombrables élèves de l’imam Mâlik n’a rapporté ce hadith de lui avec cette chaîne. Seul ‘Abd al-Mun‘im prétendait que l’imam Mâlik le lui avait rapporté. En se fondant sur tous les autres hadiths rapportés par ‘Abd al-Mun‘im, les traditionnistes ont démasqué ses mensonges et l’ont identifié comme un menteur.
Cela ne signifie toutefois pas que le matn de ce hadith est mensonger. Le matn a été rapporté par diverses autres chaînes de Sakhr al-Ghâmidî et d’autres Compagnons, et l’examen des traditionnistes a démontré qu’il était authentique. (Al-Tirmidhî, al-Sunan, 3/517 ; Ibn Mâjah, al-Sunan, 2/752.)
Nous avons ainsi constaté que ‘Abd al-Mun‘im avait fabriqué, pour un matn connu et authentique, un isnad très célèbre et authentique. Il nous est impossible, à notre époque, de mesurer l’importance qu’un tel isnad fabriqué revêtait alors pour acquérir la célébrité. Les traditionnistes connaissaient ce hadith par l’intermédiaire de Sakhr al-Ghâmidî. Mais dès qu’ils apprenaient qu’un homme, dans telle ville, rapportait ce hadith de ‘Abd Allâh ibn ‘Umar par l’intermédiaire de Mâlik, ils se rendaient auprès de lui, écrivaient son hadith et l’examinaient. Lorsque leur examen révélait la falsification de cet homme, ils la rendaient publique. D’autres traditionnistes se rendaient ensuite auprès de lui. Dans l’ensemble, cet homme devait éprouver beaucoup de plaisir à voir tant de gens venir écouter des hadiths auprès de lui ! Il devait se réjouir de tromper tout le monde ! Mais il ne se préoccupait pas du fait que sa falsification serait découverte. Aucun faussaire ne falsifie en se souciant d’être découvert.
Ibrâhîm ibn al-Hakam ibn Abân était un transmetteur de hadith du IIIe siècle de l’Hégire. Il recourait lui aussi à certaines falsifications dans la transmission des hadiths. Même un imam célèbre comme Ahmad ibn Hanbal se rendit auprès de lui pour apprendre des hadiths. L’imam Ahmad disait par la suite : « J’ai voyagé de Bagdad jusqu’à Aden, au Yémen, pour apprendre les hadiths auprès d’Ibrâhîm ibn al-Hakam. L’argent du voyage est parti “fî sabîl Allâh”. » (Ibn al-Jawzî, al-Du‘afâ’ wa-l-matrûkîn, 1/30.)

1.6.1.3. Ajouter ou retrancher quelque chose dans la chaîne de transmission
Il faut rapporter les paroles du Messager d’Allah exactement telles qu’on les a entendues. Ajouter ou retrancher quoi que ce soit dans la chaîne de transmission revient également à mentir en son nom. C’est pourquoi les muhaddiths ont considéré comme fabrication et falsification toute modification apportée aux chaînes de transmission connues. Présenter un hadith mawqûf ou maqṭû‘, c’est-à-dire une parole d’un Compagnon ou d’un tâbi‘î, comme un hadith marfû‘ ou comme une parole du Messager d’Allah ; présenter comme continue une chaîne de transmission mursal ou munqati‘ ; remplacer le nom d’un transmetteur faible de la chaîne par celui d’un transmetteur célèbre ; ou modifier de quelque manière que ce soit la chaîne de transmission d’un hadith : tout cela est considéré comme un mensonge attribué au hadith. Ce type de mensonge peut être intentionnel ou involontaire. Celui qui ment intentionnellement est considéré comme un menteur ou un falsificateur. Celui qui ment involontairement est considéré comme inacceptable, faible et délaissé. Voici quelques exemples à ce sujet.
Abû Samârah Ahmad ibn Sâlim était un râwî des IIe-IIIe siècles de l’Hégire. Il dit : « Sharîk nous a rapporté, d’après al-A‘mash, d’après ‘Atiyyah, d’après Abû Sa‘îd al-Khudrî, que le Messager d’Allah a dit : “Alî est le meilleur de toutes les créatures.” »
Les imams du hadith ont établi, après examen, que cet Abû Salâmah Ahmad ibn Sâlim était un transmetteur extrêmement faible. Il rapportait, de la part de divers savants et muhaddiths, des hadiths que personne d’autre n’avait rapportés. Ce hadith est l’une de ses narrations mensongères ou erronées. D’autres élèves de Sharîk ibn ‘Abdallah ont également rapporté ce hadith. En outre, plusieurs personnes autres que Sharîk l’ont rapporté d’al-A‘mash, le maître de Sharîk. Mais ils ont dit : « D’après al-A‘mash, qui le tenait de ‘Atiyyah, Jâbir disait : “Nous considérions Alî comme le meilleur d’entre nous.” »
Nous constatons donc qu’Abû Salâmah a modifié, intentionnellement ou non, trois éléments.
Premièrement, le hadith était rapporté de ‘Atiyyah d’après Jâbir, alors qu’Abû Salâmah a, par erreur, mentionné comme maître de ‘Atiyyah Abû Sa‘îd al-Khudrî. Il a ainsi changé le nom du Compagnon dans la chaîne de transmission.
Deuxièmement, il a également modifié la chaîne de transmission ou le texte du hadith.
Troisièmement, en modifiant la chaîne de transmission, il a fait passer la parole de Jâbir pour une parole du Messager d’Allah.
En réalité, le hadith est une parole de Jâbir lui-même, alors qu’il l’a rapporté comme une parole du Messager d’Allah. C’est là la modification la plus grave. En effet, on a attribué au Messager d’Allah ce qu’il n’a pas dit, ce qui constitue un très grand péché. Présenter comme une parole du Messager d’Allah la parole d’un Compagnon, d’un tâbi‘î ou d’un pieux ancien, ou une maxime de sagesse, est une forme particulière de hadith mawḍû‘ ou fabriqué. Nous reviendrons tout à l’heure sur ce sujet, si Allah le veut. (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 1/277-278).
Ibrâhîm ibn al-Hakam ibn Abân était un transmetteur du IIIe siècle de l’Hégire. Il falsifiait les hadiths dans leur transmission. Le muhaddith du IIIe siècle ‘Abbâs ibn ‘Abd al-‘Azîm dit : « Ibrâhîm ibn al-Hakam apprit et écrivit, par l’intermédiaire de son père, certains hadiths reçus du tâbi‘î ‘Ikrimah et remontant au Messager d’Allah. Ces hadiths étaient écrits dans son manuscrit sous forme mursal, sans le nom d’aucun Compagnon. Plus tard, il les rapporta en y mentionnant les noms de Compagnons tels qu’Abdallah ibn ‘Abbâs et Abû Hurayrah. À cause de ce mensonge dans la chaîne de transmission, il perdit toute crédibilité. » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 1/241-242).
1.6.1.4. Le vol de la chaîne de transmission ou le vol d’un hadith
Dans la falsification des hadiths, le vol constitue une méthode particulière employée par les menteurs. Le « vol d’un hadith » consiste pour un râwî menteur à entendre un hadith d’un autre transmetteur, puis à le rapporter avec une chaîne fabriquée, sans le rapporter selon la source de ce transmetteur. Le vol peut prendre plusieurs formes :
a. Le falsificateur « voleur » conservera la chaîne originale. Toutefois, au lieu de mentionner le nom de celui auprès de qui il a entendu le hadith, il mentionnera le nom du maître de ce dernier et prétendra l’avoir entendu directement de ce maître.
b. Le falsificateur voleur modifiera certains éléments de la chaîne originale. Il changera le nom d’un transmetteur dans la chaîne et en fabriquera ainsi une nouvelle.
c. Le falsificateur voleur fabriquera une nouvelle chaîne adaptée au texte du hadith. Ayant entendu, de la bouche d’un transmetteur faible ou menteur, ou en quelque lieu, un hadith qui lui plaît, il désirera lui aussi le rapporter en raison de son attrait. Mais s’il le rapporte au nom du falsificateur initial, sa propre considération diminuera. De plus, le hadith perdra son attrait et sa nouveauté. Il fabriquera donc une autre chaîne de transmission pour ce hadith fabriqué.
La question du vol est extrêmement importante pour identifier les hadiths fabriqués. Il arrive souvent que divers hadiths faibles ou fabriqués soient rapportés par dix ou quinze chaînes. Face à un si grand nombre de chaînes, le muhaddith peut parfois être trompé. Il peut penser que, même si les chaînes du hadith sont faibles, le fait qu’il apparaisse dans tant de chaînes indique peut-être qu’il possède un fondement. Dans ce cas, il doit s’assurer de deux choses. Premièrement, il doit vérifier si chaque chaîne contient un transmetteur menteur. S’il apparaît qu’un hadith est devenu célèbre, à une époque déterminée, dans la narration d’un transmetteur déterminé, et que les muhaddiths de cette époque l’ont identifié comme étant le hadith de ce transmetteur, puis que certains transmetteurs faibles ou falsificateurs l’ont rapporté d’après le maître de ce transmetteur ou avec une autre chaîne, on comprendra alors que les transmetteurs ultérieurs ont « volé » le hadith.
Voici quelques exemples de vol.
Nous avons déjà cité, comme exemple du mensonge involontaire des pieux, un hadith rapporté par le célèbre dévot du IIIe siècle de l’Hégire Thâbit ibn Mûsâ (229 H), selon lequel : « Celui qui priera davantage la nuit aura un visage plus beau durant le jour. » Thâbit fut le premier à prononcer ce hadith. Après l’avoir entendu de la bouche de Thâbit, les muhaddiths établirent, au terme d’un examen détaillé, que personne avant lui ne l’avait rapporté. Mais après que ce hadith fut devenu connu et célèbre par l’intermédiaire de Thâbit, un transmetteur faible ou menteur le rapporta d’après Sharîk, le maître de Thâbit, ou avec d’autres chaînes. Les muhaddiths les identifièrent comme des vols. L’un de ces falsificateurs voleurs était ‘Abd al-Hamîd ibn Bahr Abû al-Hasan al-‘Askarî. À l’époque qui suivit celle de Thâbit, il prétendit lui aussi avoir entendu ce hadith de Sharîk. Le célèbre muhaddith du IVe siècle de l’Hégire, le savant Ibn ‘Adî, dit : « Al-Hasan ibn Sufyân m’a rapporté ; ‘Abd al-Hamîd ibn Bahr m’a rapporté ; Sharîk nous a rapporté, d’après al-A‘mash, d’après Abû Sufyân, d’après Jâbir, que le Messager d’Allah a dit : “Si quelqu’un accomplit la prière de nuit, son visage sera embelli durant le jour.” » Ibn ‘Adî dit : « Ce hadith est célèbre comme étant celui de Thâbit ibn Mûsâ. Après lui, de nombreux transmetteurs faibles l’ont volé. ‘Abd al-Hamîd est l’un d’eux. » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 5/322).
Al-Hasan ibn ‘Alî ibn Sâlih al-‘Adawî était un transmetteur falsificateur du IVe siècle de l’Hégire. Le savant Ibn ‘Adî dit : « J’ai entendu et écrit des hadiths auprès de cet homme. Il fabriquait et volait des hadiths. Il rapportait le hadith de l’un au nom d’un autre. Il rapportait des hadiths en mentionnant les noms de personnes dont on ne connaissait aucune identité. » Il cite ensuite de nombreux exemples du vol de hadiths commis par cet al-Hasan ibn ‘Alî. À ce propos, Ibn ‘Adî dit : « Al-Hasan ibn ‘Alî al-‘Adawî m’a dit : al-Hasan ibn ‘Alî ibn Râshid nous a rapporté, d’après Sharîk, d’après al-A‘mash, d’après Abû Sufyân, d’après Jâbir, que le Messager d’Allah a dit : “Celui qui priera davantage la nuit aura un visage plus beau durant le jour.” » Ibn ‘Adî dit : « Ce hadith est celui de Thâbit ibn Mûsâ. Après Thâbit, de nombreux transmetteurs faibles l’ont volé et l’ont diffusé sous les noms de différents transmetteurs. Dans cette chaîne, al-Hasan ibn ‘Alî al-‘Adawî attribue le hadith à al-Hasan ibn ‘Alî ibn Râshid. Or al-Hasan ibn ‘Alî ibn Râshid était un transmetteur célèbre et véridique ; il n’a jamais rapporté ce hadith de Sharîk ni par une autre chaîne. Aucun de ses élèves connus ne l’a rapporté de lui. » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 2/338-341 ; voir également 6/303).
Hudhayl ibn al-Hakam était un transmetteur faible du IIe siècle. Il dit : « ‘Abd al-‘Azîz ibn Abî Rawwâd (mort en 159 H) m’a rapporté, d’après ‘Ikrimah, d’après Ibn ‘Abbâs, que le Messager d’Allah a dit : “La mort en terre étrangère est considérée comme un martyre.” » Le seul transmetteur de ce hadith était ce râwî nommé Hudhayl. Après des recherches et des vérifications approfondies, les muhaddiths des IIe et IIIe siècles établirent qu’aucun transmetteur, hormis cet homme, n’avait rapporté ce hadith d’après ‘Abd al-‘Azîz ni par aucune autre voie.
Un autre transmetteur de cette époque était Ibrâhîm ibn Bakr al-A‘war. Il vint prétendre avoir entendu ce hadith de ‘Abd al-‘Azîz. Il dit lui aussi : « ‘Abd al-‘Azîz nous a rapporté, d’après ‘Ikrimah, d’après Ibn ‘Abbâs, … » Les muhaddiths déterminèrent, après examen, que cet homme nommé Ibrâhîm avait volé le hadith. Ils constatèrent qu’Ibrâhîm n’avait pas entendu le hadith de ‘Abd al-‘Azîz. Lorsque Hudhayl rapportait le hadith, il n’avait pas non plus prétendu l’avoir entendu. Lorsque le hadith devint célèbre parmi les muhaddiths par l’intermédiaire de Hudhayl, Ibrâhîm l’apprit lui aussi par la voie de Hudhayl. Mais s’il le rapportait par la voie de Hudhayl, son prestige en serait diminué ! Il vola donc la chaîne de Hudhayl. Il prétendit que le maître de Hudhayl était son propre maître et commença à rapporter le hadith. (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 1/257).
1.6.2. Le mensonge dans le texte du hadith
Le principal domaine de la falsification est le matn, c’est-à-dire le texte ou contenu même du hadith. Les muhaddiths ont indiqué que les paroles mensongères attribuées au Messager d’Allah peuvent essentiellement être de deux sortes : le falsificateur attribue au Messager d’Allah une parole qu’il a inventée, ou bien il lui attribue une parole déjà répandue. Ces deux sortes de mensonges peuvent être intentionnelles ou involontaires.
1.6.2.1. Faire passer une parole inventée pour un hadith
Nous constatons souvent qu’un transmetteur menteur fait passer sa propre parole pour un hadith. Le savant al-Suyûtî (911 H) a indiqué que cette catégorie est la plus nombreuse parmi les hadiths mawḍû‘ ou mensongers. Dans la plupart des cas, le falsificateur invente une parole selon ses besoins et ses intérêts, puis la fait passer pour un hadith. (Al-Suyûtî, Tadrîb al-râwî, 1/287).
Parmi les divers exemples cités plus haut, nous avons vu de nombreux hadiths fabriqués de cette catégorie. Les hadiths fabriqués au sujet des mérites de différentes sourates du Coran, ou en faveur ou contre un pays, une nation, un groupe, une opinion, etc., relèvent tous du même degré.
1.6.2.2. Faire passer une parole répandue pour un hadith
Il arrive souvent qu’un transmetteur faible ou menteur rapporte, par erreur ou intentionnellement, la parole d’un Compagnon ou d’un tâbi‘î, un proverbe, une parole d’un pieux, une parole attribuée aux anciens prophètes, une affirmation médicale, une parole d’un savant célèbre ou toute autre parole répandue comme étant un « hadith du Messager ». Le savant al-‘Irâqî (806 H) a cité deux exemples de hadiths mawḍû‘ de cette nature. Le premier est : « L’amour du monde est la racine de tous les péchés. » Al-‘Irâqî dit que cette phrase était à l’origine la parole d’un pieux adorateur. Elle est également diffusée comme une parole de Jésus. Mais elle n’a aucun fondement en tant que parole du Messager d’Allah.
Le second exemple est : « L’estomac est la demeure des maladies, et la maîtrise de l’alimentation est la racine de tous les remèdes. » Cette parole vient des médecins. Elle n’a aucun fondement en tant que hadith. (Al-Suyûtî, Tadrîb al-râwî, 1/287).
Nous avons vu plus haut, dans la section intitulée « Ajouter ou retrancher quelque chose dans la chaîne de transmission », quelques exemples de cette nature. Nous verrons encore de nombreux exemples de ce type de mensonge ou de falsification au deuxième chapitre. Je mentionne ici un hadith de cette nature répandu parmi les savants de notre pays.
Dans notre pays, une parole est répandue comme étant un hadith : « Ce que les musulmans considèrent comme bon est bon auprès d’Allah. »
Dans notre pays, cette parole est généralement connue comme un hadith prophétique. En réalité, elle est une parole d’Abdallah ibn Mas‘ûd. La rapporter comme une parole du Messager d’Allah revient à mentir en son nom. Ibn Mas‘ûd dit : « Allah regarda les cœurs de Ses serviteurs. Il trouva que le cœur de Muhammad était le meilleur et le plus éminent de tous les cœurs parmi l’ensemble des créatures. Il le choisit donc pour Lui-même et l’envoya avec la mission de transmettre le message. Puis, après le cœur de Muhammad, Il regarda les cœurs des autres serviteurs. Il trouva que les cœurs de ses Compagnons étaient les meilleurs. Il en fit donc les compagnons et les conseillers de Son Prophète ; ils combattirent pour Sa religion. Ainsi, ce que les musulmans [c’est-à-dire les Compagnons au cœur pur, compagnons et conseillers du Messager d’Allah] considèrent comme bon est également bon auprès d’Allah, et ce qu’ils considèrent comme mauvais est également mauvais auprès d’Allah. » (Ahmad, al-Musnad, 1/379 ; al-Hâkim, al-Mustadrak, 3/83).
Certains juristes ou savants ont, par erreur, cité cette parole comme un hadith prophétique. Les muhaddiths des générations ultérieures ont recherché dans tous les recueils de hadiths et ont établi avec certitude que ce hadith n’avait pas été rapporté du Messager d’Allah. Le savant al-Zayla‘î, Abdallah ibn Yûsuf (762 H), Ibn Kathîr, Ismâ‘îl ibn ‘Umar (774 H), Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Ahmad ibn ‘Alî (852 H), al-Sakhâwî, Muhammad ibn ‘Abd al-Rahmân (902 H), ainsi que d’autres muhaddiths, ont indiqué que ce hadith était rapporté avec une bonne chaîne comme une parole d’Abdallah ibn Mas‘ûd, mais qu’il n’avait été rapporté nulle part comme une parole du Messager d’Allah.

1.6.3. Le mensonge dans la traduction, l’explication et la recherche
Un autre domaine majeur du mensonge au nom des hadiths est celui de la traduction et de l’explication. Lorsqu’on examine les livres courants ainsi que les sermons et exhortations, on constate que, dans la transmission des hadiths, nous nous accordons généralement une liberté totale, à cent pour cent. Nous traduisons le sens original du hadith en l’abrégeant ou en l’allongeant selon nos préférences, nous y ajoutons nombre de nos opinions et de nos explications, puis nous faisons passer le tout sous le nom de « hadith ». Pourtant, les nobles Compagnons se tourmentaient profondément à la moindre modification d’un mot !

Le qiyâs et l’ijtihâd, à la lumière du Coran et des hadiths, constituent l’une des sources fondamentales du fiqh islamique. Pour les questions au sujet desquelles le Coran et les hadiths n’ont établi aucune règle explicite, il faut déterminer les prescriptions au moyen du qiyâs et de l’ijtihâd. Ainsi, le Messager d’Allah (s) a enseigné la prière à la communauté, mais il n’a pas exposé en détail quelle action était obligatoire, laquelle était recommandée, etc. Le mujtahid s’efforce de le déterminer à la lumière de différents hadiths. De même, le Coran et les hadiths ne disent rien au sujet du microphone, du téléphone, de l’avion, etc. Le mujtahid s’efforce d’en connaître les prescriptions au moyen du qiyâs et de l’ijtihâd, à la lumière des directives pertinentes du Coran et des hadiths.

Toutefois, le qiyâs ou l’ijtihâd ne permettent ni de connaître les choses relevant de l’invisible ni d’accomplir les actes cultuels. On ne peut pas, par analogie avec le port de l’ ihrâm pendant le pèlerinage, établir qu’il est prescrit de porter l’ ihrâm pendant la prière. De même, on ne peut pas, par analogie avec la récompense multipliée par cent mille pour la prière dans la Mosquée sacrée, affirmer que la récompense du versement de la zakât dans cette mosquée est multipliée par cent mille. Nous ne pouvons pas non plus dire que celui qui verse la zakât pendant le Ramadan reçoit une récompense multipliée par soixante-dix, et que celui qui la verse pendant le Ramadan dans la Mosquée sacrée reçoit une récompense multipliée par sept millions.

Je vais mentionner ici quelques exemples. Dans son Sunan, l’imam at-Tirmidhî a rassemblé, dans le chapitre consacré au mérite du jihâd, le hadith suivant, qualifié de « hasan », c’est-à-dire acceptable. Khuraym ibn Fâtik (ra) rapporte que le Messager d’Allah (s) a dit : « Si quelqu’un dépense une somme quelconque dans le chemin d’Allah, sept cents fois cette somme lui seront inscrits comme récompense. »

Dans un hadith faible rapporté par l’imam Ibn Mâjah, il est dit : « Si quelqu’un reste chez lui et envoie de l’argent dans le chemin d’Allah, il recevra, pour chaque dirham, sept cents dirhams de récompense. Mais s’il participe lui-même à la guerre dans le chemin d’Allah et dépense pour cela, il recevra, pour chaque dirham, sept cent mille dirhams de récompense. » Puis il récita ce verset : « Allah accroît pour qui Il veut. » (Ibn Mâjah, as-Sunan, 2/922).

L’unique transmetteur de ce hadith est Ibn Abî Fudayk. Il dit : « Un homme nommé Khalîl ibn ‘Abd Allâh a rapporté ce hadith d’après al-Hasan al-Basrî. Les muhaddiths n’ont pas même pu connaître l’identité de cet homme nommé Khalîl ibn ‘Abd Allâh, encore moins établir sa fiabilité. » C’est pourquoi l’ allâma al-Bûsayrî dit : « Cette chaîne de transmission est faible, car Khalîl ibn ‘Abd Allâh est inconnu. »

Le tâbi‘î Mujâhid rapporte : Abû Hurayra (ra) était un jour affecté à la surveillance de la frontière. Soudain, on se mit à crier, croyant que l’ennemi était arrivé. Tous se précipitèrent alors vers le bord de la mer. Puis on annonça qu’il n’y avait aucun problème. Tous revinrent, sauf Abû Hurayra, qui resta debout. Un homme lui demanda : « Abû Hurayra, pourquoi restez-vous ici debout ? » Il répondit : « J’ai entendu le Messager d’Allah (s) dire : “Rester un instant dans le chemin d’Allah est meilleur que de prier près de la Pierre noire durant la Nuit du Destin.” » (Ibn Hibbân, as-Sahîh, 10/462).

Les hadiths précédents mentionnent la récompense des dépenses, du séjour et d’autres actes dans le chemin d’Allah. Tous les savants de la communauté musulmane sont unanimes pour dire que l’expression « dans le chemin d’Allah » désigne ici la guerre ou le jihâd de l’État musulman contre un État non musulman. Tous les muhaddiths ont rassemblé ces hadiths dans les chapitres du jihâd ou de la guerre. Ainsi, si nous traduisons l’expression par « dans le chemin d’Allah » ou par « jihâd », la traduction des hadiths sera correcte.

Dans un autre hadith authentique, Ka‘b ibn ‘Ujra (ra) rapporte : « Un homme passa près du Messager d’Allah (s). En voyant sa santé, sa force et son enthousiasme, les Compagnons dirent : “Ô Messager d’Allah ! Si seulement cet homme était dans le chemin d’Allah !” Le Messager d’Allah (s) dit alors : “S’il est sorti pour gagner de quoi subvenir aux besoins de ses jeunes enfants, il est dans le chemin d’Allah. S’il est sorti pour gagner de quoi subvenir aux besoins de ses vieux parents, il est dans le chemin d’Allah. S’il est sorti pour gagner de quoi se préserver de la dépendance envers autrui, il est dans le chemin d’Allah.” » (al-Haythamî, Majma‘ az-Zawâ’id, 4/325).

Ici, le fait de travailler pour gagner sa subsistance est désigné comme « être dans le chemin d’Allah » ou « cheminer dans le chemin d’Allah ». Dans d’autres hadiths, l’étude du savoir, le pèlerinage, le fait d’ordonner le bien, l’accomplissement complet des ablutions dans le froid, l’attente de la prière dans la mosquée, l’effort pour maintenir son nafs dans le chemin d’Allah et d’autres actes sont désignés comme un jihâd.

Après avoir exposé le sens exact et littéral des hadiths précédents, nous pouvons dire que, dans divers hadiths, les actes consistant à gagner licitement sa subsistance, à étudier le savoir, à ordonner le bien, à accomplir le pèlerinage, etc., sont également désignés comme des « actions dans le chemin d’Allah ». Nous espérons donc que les personnes qui accomplissent de tels actes pourront elles aussi obtenir la récompense du jihâd mentionnée dans ces hadiths.

Mais si, au lieu de cela, nous disons directement : « Il est dit dans le noble hadith que rester un instant à gagner une subsistance licite est meilleur que de prier près de la Pierre noire durant la Nuit du Destin », ou : « Dépenser une unité monétaire dans une marche ou un rassemblement visant à ordonner le bien rapporte la récompense de soixante-dix millions d’unités monétaires », cela sera considéré comme un mensonge. Car le Messager d’Allah (s) n’a jamais parlé de cette manière.

De même, les hadiths précédents mentionnent une récompense multipliée par sept cents ou sept cent mille lorsqu’on dépense dans la guerre menée dans le chemin d’Allah. Un autre hadith dit : « La récompense de la prière, du jeûne et du dhikr est multipliée par sept cents par rapport à la dépense dans le chemin d’Allah. »

Dans l’explication de ce hadith, les muhaddiths ont dit que son sens apparent est le suivant : celui qui accomplit la prière, le jeûne et le dhikr chez lui reçoit une récompense sept cents fois supérieure à celle obtenue en dépensant de l’argent pour le jihâd dans le chemin d’Allah. Certains pensent toutefois qu’une partie de l’énoncé est sous-entendue. Ils disent que le sens du hadith est que, « pendant qu’on mène le jihâd dans le chemin d’Allah », la récompense de la prière, du jeûne et du dhikr est multipliée par sept cents par rapport à la dépense d’argent dans le chemin d’Allah. (Hâshiyat Ibn al-Qayyim, 7/127). Notre responsabilité est ici, après avoir donné le sens littéral du hadith, d’en présenter séparément l’explication.

Il existe ici plusieurs façons de mentir au nom du hadith. Quelqu’un pourrait par exemple effectuer une multiplication et une division et dire : « Dépenser de l’argent en allant au jihâd rapporte une récompense multipliée par sept cent mille. Faire du dhikr chez soi rapporte une récompense sept cents fois supérieure. Cela signifie que faire du dhikr chez soi rapporte la récompense de quatre cent quatre-vingt-dix millions de bonnes œuvres. » S’il donne cette explication séparément après avoir correctement traduit les hadiths précédents, il n’y a pas de problème. Mais s’il présente cette affirmation comme étant une parole du hadith, il aura menti au nom du hadith. Car le Messager d’Allah (s) n’a jamais parlé de cette manière. Il n’a pas non plus précisé si, en disant que la récompense est multipliée par sept cents par rapport à la dépense dans le chemin d’Allah, il voulait dire sept cents fois la récompense initiale ou sept cents fois sept cents. Il n’est donc pas permis de lui attribuer ce qu’il n’a pas expliqué clairement. On peut toutefois le mentionner séparément dans une explication.

De même, si quelqu’un dit : « Il est dit dans le noble hadith que celui qui fait du dhikr alors qu’il travaille pour gagner une subsistance licite, qu’il voyage pour le pèlerinage, qu’il étudie le savoir, qu’il s’occupe de la prédication, qu’il participe à une marche visant à ordonner le bien ou qu’il lutte contre son nafs reçoit une récompense quatre cent quatre-vingt-dix millions de fois supérieure », il aura lui aussi menti au nom du hadith.

Une forme de mensonge au nom du hadith consiste, au moment de traduire, à ne pas donner une traduction littérale, mais à ajouter à la traduction des éléments conformes à ses propres idées, ou à en retrancher certains. Une autre forme consiste à transformer l’explication de ce que le Messager d’Allah (s) a dit en une partie du hadith. Dans notre société, nous sommes presque tous coupables de cette faute. Pour l’auto-purification, la relation entre le maître spirituel et le disciple, la prédication et le tablîgh, la politique, ainsi que diverses questions juridiques faisant l’objet de divergences, les gens de chaque groupe et de chaque opinion apportent des preuves tirées du Coran et des hadiths. Le fait de présenter ces preuves est tout à fait naturel et relève des exigences de la foi. Cependant, nous faisons généralement passer notre propre interprétation sous le nom du Messager d’Allah (s).

Le Messager d’Allah (s) a propagé la religion toute sa vie. Pour la religion, lui-même et nombre de ses Compagnons ont définitivement quitté leurs maisons et émigré — ils ont accompli la « hijra ». Mais il n’est jamais parti en voyage dans différentes régions en fixant une période déterminée pour la prédication. Dans le contexte actuel, certains, sans accomplir la hijra, se sont rendus dans différents endroits pendant quelques jours au moins pour mener des activités de prédication. Mais si, à propos de cette activité, nous disons qu’il « sortait » pour la prédication, le lecteur ou l’auditeur comprendra qu’il sortait pour une période déterminée. Or il n’a jamais mené la prédication de cette façon. Ce serait donc mentir à son sujet.

Si nous disons que « le Messager d’Allah et les Compagnons organisaient des assemblées de mawlid », ce sera également un mensonge à son sujet. Car ils n’ont jamais organisé d’assemblée uniquement pour discuter du « mawlid » ou le célébrer. Toutefois, le Messager d’Allah (s) a raconté aux Compagnons deux ou quelques faits concernant sa naissance. Les Compagnons ont transmis ces hadiths aux tâbi‘îs. Ils n’ont organisé aucune assemblée pour cela et ne les ont pas non plus étudiés séparément. Aujourd’hui, si un musulman rapportait ces hadiths exactement selon la méthode du Messager d’Allah (s) et des Compagnons, sans les formalités annexes, personne ne dirait qu’il a organisé une assemblée de mawlid. Nous comprenons ainsi qu’il n’a pas accompli l’activité que nous entendons tous par « assemblée de mawlid ».

C’est pourquoi nous devrions distinguer ce que le Messager d’Allah (s) a fait ou dit de ce que nous en avons compris, et exposer séparément ces deux éléments. Nous avons vu combien les Compagnons étaient effrayés à l’idée de modifier un seul mot. Que le Très-Haut Allah nous accorde la tawfîq.

1.7. Présentation et identification du mensonge

1.7.1. Principaux moyens d’identifier le mensonge
1.7.1.1. L’aveu du faussaire
En exposant la manière d’identifier et de reconnaître les hadiths mensongers, l’Allama Ibn al-Salah (643 H.) dit : On sait qu’un hadith est mawdu‘ ou forgé grâce à l’aveu du faussaire, ou à quelque chose qui équivaut à un aveu. Les traditionnistes peuvent souvent déceler sa falsification en fonction de la situation du transmetteur. Parfois, ils la décèlent en examinant l’état du hadith transmis. De nombreux hadiths importants ont été fabriqués, et la faiblesse de leur formulation et de leur sens témoigne de leur falsification. (Iraqi, al-Ta‘qid, p. 128).
L’Allama al-Nawawi, Iraqi, al-Sakhawi, al-Suyuti et d’autres traditionnistes ont également mentionné les méthodes permettant d’identifier les hadiths mensongers ou forgés.
1.7.1.2. Les récits dépourvus de chaîne de transmission
En général, on ne peut pas obtenir l’aveu d’un faussaire. C’est pourquoi les traditionnistes ne s’appuient pas sur cet élément. Ils recueillent des « informations équivalant à un aveu » en examinant la chaîne de transmission, en procédant à des études comparatives et en posant des questions d’investigation, puis déterminent la falsification sur cette base. Ainsi, l’examen critique constitue le principal moyen de déterminer la falsification. Les traditionnistes considèrent principalement un hadith comme fabriqué, sans fondement, forgé ou mensonger pour deux raisons : premièrement, la présence d’un menteur dans sa chaîne de transmission ; deuxièmement, l’absence de toute chaîne de transmission du hadith.
En réalité, c’est la première raison qui constitue le moyen essentiel d’établir la falsification. La seconde situation n’est pas apparue durant le premier demi-millénaire de l’islam. Jusqu’aux IVe/V e siècles de l’Hégire, personne ne rapportait de hadith sans chaîne de transmission ; et si quelqu’un le faisait, personne n’y prêtait attention. Même le plus abominable des faussaires devait donc fabriquer une chaîne pour donner crédit à son mensonge. Au cours des époques suivantes, certaines paroles furent progressivement diffusées dans la société musulmane sous le nom de hadiths. Bien qu’elles circulassent de bouche à oreille, on ne les trouvait avec une chaîne de transmission dans aucun ouvrage ni opuscule. Tout naturellement, les savants de la communauté musulmane les ont unanimement considérées comme mensongères, sans fondement et forgées.
Les savants de la communauté musulmane se montrèrent inflexibles lorsqu’il s’agissait de repousser toutes les paroles mensongères ou sans fondement diffusées au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et de déterminer l’origine et la source des paroles répandues en son nom. C’est pourquoi nous constatons qu’à partir des VIIe/VIIIe siècles de l’Hégire jusqu’à l’époque actuelle, d’innombrables traditionnistes intrépides ont consacré leur vie à rechercher la source ou l’origine de ces paroles répandues. Ils les ont recherchées dans d’innombrables ouvrages et opuscules de toutes sortes — hadith, fiqh, exégèse, histoire, langue, littérature, biographies, etc. — écrits depuis le IIe siècle et pendant près d’un demi-millénaire. Après ces recherches, les paroles répandues sous le nom de hadiths dont ils n’avaient trouvé aucune chaîne de transmission furent considérées par eux comme sans fondement, sans source, fabriquées ou mensongères.
1.7.1.3. La narration d’un menteur
L’un des moyens de reconnaître un hadith forgé ou mensonger consiste à constater que sa chaîne de transmission comprend un transmetteur que les traditionnistes ont identifié comme menteur au moyen de leurs recherches, et que le hadith n’a été rapporté par aucune autre voie que la sienne. C’est pourquoi, dans leur définition du hadith forgé ou mensonger, les traditionnistes ont dit : « Tout hadith qui n’a été rapporté que par un transmetteur menteur est un hadith mawdu‘. »
Peu importe que les maîtres ou les transmetteurs précédents de ce transmetteur menteur, ainsi que ses élèves ou les transmetteurs qui le précèdent, soient dignes de confiance, véridiques et fiables. Si, grâce à leurs recherches, les traditionnistes constatent qu’aucun autre élève de la personne dont cet individu a cité le nom comme étant son maître ne rapporte ce hadith, et qu’il n’est rapporté par aucune autre voie, ils sont certains que ce menteur a fabriqué la chaîne au nom de son maître et diffusé ce hadith mensonger. Par la suite, différents traditionnistes ont recueilli ce hadith auprès de ce menteur afin de l’examiner, de l’étudier ou de le compiler.
1.7.1.3.1. Identifier le menteur
Les traditionnistes ont qualifié de diverses manières les transmetteurs dont ils avaient compris qu’ils rapportaient des hadiths mensongers. Parfois, ils les ont explicitement qualifiés de menteurs et de faussaires. D’autres fois, au lieu de les appeler menteurs ou faussaires, ils ont employé d’autres termes. Il convient de remarquer que, durant les trois premiers siècles, les traditionnistes ne souhaitaient généralement pas qualifier facilement quelqu’un de « menteur ». En particulier, lorsqu’ils pensaient qu’une personne avait menti involontairement, ils employaient à son sujet des termes plus modérés. Nous pouvons résumer en plusieurs catégories les termes employés par les traditionnistes à propos des transmetteurs menteurs :
1. Les désigner directement comme menteur ou faussaire : pour indiquer le mensonge du transmetteur, les traditionnistes disent notamment : menteur, fieffé menteur, il ment, dajjal, abominable faussaire, il forge, accusé, il a forgé un hadith, le plus grand des menteurs, un pilier du mensonge, tel traditionniste l’a qualifié de faussaire, tel autre l’a qualifié de menteur, etc.
2. Les désigner comme rapporteurs de hadiths nuls ou calamiteux : parmi les termes employés pour indiquer le mensonge du transmetteur figurent : il rapporte des hadiths nuls ; il possède des hadiths nuls ; il comporte des calamités ; parmi les calamités qu’il rapporte, il y a tel hadith ; le danger de ce hadith est grand ; il rapporte des hadiths abominables ; il vole les hadiths…
3. Les désigner comme munkar (répréhensible) ou matruk (délaissé) : « munkar » signifie rejeté, réprouvé, injuste, blâmable, etc. Les traditionnistes ont qualifié le transmetteur et le hadith de munkar dans différents sens. Certains ont appelé munkar un hadith faible ou un transmetteur faible. D’autres ont qualifié de munkar un transmetteur menteur. En particulier, l’imam al-Bukhari employait des termes très modérés lorsqu’il mentionnait les défauts des transmetteurs. Il n’a jamais qualifié directement quelqu’un de menteur. Au contraire, lorsqu’un autre traditionniste avait qualifié quelqu’un de menteur, il le désignait par munkar, ou par matruk, maskut ‘anhu ou manzur fih, c’est-à-dire « délaissé » ou « faisant l’objet de réserves ».
Un autre terme courant parmi les traditionnistes est matruk, c’est-à-dire « délaissé » ou « digne d’être délaissé ». En général, les traditionnistes qualifient de « délaissé » un transmetteur extrêmement faible. Toutefois, l’imam al-Bukhari, al-Nasa’i, al-Daraqutni et quelques autres traditionnistes ont qualifié de matruk des transmetteurs menteurs. En particulier, lorsque l’imam al-Bukhari et l’imam al-Nasa’i qualifient quelqu’un de matruk ou de délaissé, cela signifie qu’ils l’accusent d’être menteur.
De même, si les traditionnistes disent qu’il n’est pas permis de rapporter les hadiths d’un tel homme, cela permet également de comprendre qu’il est un menteur.
4. Dire que son hadith n’est rien et qu’il est sans valeur
Certains, pour indiquer le mensonge d’un transmetteur, ont dit de lui ou du hadith qu’il rapportait qu’il était sans valeur, qu’il n’était rien, qu’il ne valait même pas un sou, ou employé des expressions semblables. À ce propos, les paroles de l’imam al-Shafi‘i sont remarquables. L’imam Isma‘il ibn Yahya al-Muzani (264 H.) rapporte : Un jour, je dis au sujet d’un homme que c’était un menteur. L’imam al-Shafi‘i (204 H.) me dit : « Soigne tes paroles. Au lieu de dire “menteur”, dis : “Son hadith n’est rien.” »
5. Les désigner comme déchus, ruinés, extrêmement faibles, etc. : les traditionnistes ont exprimé la grande faiblesse d’un transmetteur par certains termes, tels que : déchu, extrêmement faible, totalement nul, ruiné, son hadith est parti, s’est envolé, etc. Même si les hadiths de ces transmetteurs ne sont pas des mensonges intentionnels, ils relèvent du mensonge involontaire et sont totalement inacceptables. De nombreux traditionnistes ont également considéré comme forgés ou mensongers les hadiths de transmetteurs appartenant à cette catégorie.

1.7.1.3.2. Les différentes appellations des hadiths mensongers
Il convient de signaler à ce propos que, bien que le hadith forgé ou mensonger soit appelé mawḍūʿ, les traditionnistes emploient encore plusieurs autres termes consacrés pour désigner les hadiths forgés. Parmi ceux-ci figurent :
1. Bāṭil : nous avons déjà vu que les traditionnistes qualifient souvent de bāṭil le hadith mensonger, au lieu de le nommer mawḍūʿ ou forgé. En particulier, lorsque de nombreux traditionnistes ne sont pas certains du mensonge délibéré du transmetteur, ils ne veulent pas qualifier le hadith de mawḍūʿ. Ils emploient alors le terme bāṭil. Cela signifie que le hadith est mensonger et invalide, mais qu’il n’est pas certain que le transmetteur l’ait forgé intentionnellement.
2. Non ṣaḥīḥ : l’une des expressions employées par les traditionnistes pour désigner un hadith forgé est : « ce hadith n’est pas ṣaḥīḥ ». Certains comprennent mal cette expression. Ils pensent que, si le hadith n’est pas ṣaḥīḥ, il est peut-être ḥasan ou ḍaʿīf. En réalité, il n’en est pas ainsi. Dans le cadre de l’étude des hadiths forgés, lorsque les traditionnistes disent que le hadith n’est pas ṣaḥīḥ ou authentique, ils veulent dire qu’il est incorrect, invalide et sans fondement. Toutefois, dans les discussions de fiqh, il leur arrive d’employer l’expression « non ṣaḥīḥ » pour signifier ḍaʿīf.
3. Il n’a aucun fondement, aucune source : pour désigner un hadith forgé et mensonger, les traditionnistes disent souvent que le hadith n’a aucun fondement ni aucune source. Ils veulent généralement dire par là qu’il ne s’agit que d’une phrase répandue parmi les gens, dépourvue de chaîne de transmission : elle ne possède aucune chaîne ni source, qu’elle soit ṣaḥīḥ, ḍaʿīf ou mawḍūʿ, et on ne la trouve avec une chaîne de transmission dans aucun ouvrage. Il leur arrive également de qualifier ainsi un hadith doté d’une chaîne forgée ou invalide, en disant : « Il n’a aucun fondement. »
4. Je ne sais pas, je ne l’ai vu nulle part, je ne l’ai pas trouvé : les traditionnistes sont unanimes à dire qu’après la compilation des hadiths, si une phrase répandue ne peut être trouvée avec sa chaîne de transmission dans aucun ouvrage, malgré toutes les recherches possibles, il est établi sans le moindre doute qu’elle est invalide et sans fondement. Si l’un des traditionnistes qui ont consacré leur vie à la collecte, à la recherche, à la vérification et à l’examen des hadiths dit : « Je n’ai vu ce hadith nulle part, je ne l’ai trouvé nulle part, je ne le connais pas, je n’en sais rien, il ne m’est pas connu… », sa déclaration prouvera que ce hadith est une parole sans fondement et forgée.
5. Gharīb (inconnu), extrêmement gharīb : le mot gharīb signifie expatrié, inconnu ou étranger. Selon la terminologie des traditionnistes, on appelle généralement hadith gharīb un hadith qui, à tous les niveaux de sa chaîne, n’a été rapporté que par un seul transmetteur. Selon cette terminologie, un hadith gharīb peut être ṣaḥīḥ, mais il peut aussi être ḍaʿīf.
Cependant, certains traditionnistes ont employé ce terme pour désigner les hadiths forgés. À propos des hadiths au sujet desquels d’autres traditionnistes disaient : « Je ne sais pas, il est sans fondement… », ils disaient : « gharīb » ou « gharībun jiddan », c’est-à-dire inconnu ou extrêmement inconnu. L’imam al-Dāraquṭnī, al-Khaṭīb al-Baghdādī, al-Dhahabī et d’autres traditionnistes ont parfois employé ce terme dans ce sens. Celui qui l’a le plus utilisé est le célèbre juriste et traditionniste hanafite du VIIIe siècle, l’érudit ʿAbd Allāh ibn Yūsuf al-Zaylaʿī (762 H).

1.7.2. Examen de la langue, du sens et de la rationalité
Parallèlement à la vérification de l’exactitude de la transmission du narrateur, les muhaddithûn ont également examiné le sens de la narration. Ils n’ont pas accepté comme hadith une affirmation manifestement contraire au Noble Coran, à la Sunna bien établie, à la raison et à la conscience, aux faits historiques établis ou aux vérités reconnues des sciences. Le contenu, le ton et la langue du hadith aident également les muhaddithûn critiques expérimentés à en discerner l’authenticité ou la faiblesse. À la lumière d’une vie entière consacrée à l’étude des hadiths, ils peuvent parfois sentir, en voyant seulement la langue, le sens ou le contenu d’un hadith, qu’il est fabriqué. La chose n’est pas très difficile. Tout chercheur acquiert une expérience particulière dans son domaine. Si l’on attribuait à Nazrul le poème d’un poète d’une époque ultérieure, un spécialiste de Nazrul le découvrirait. En voyant le ton et la langue du poème, il s’exclamerait d’abord : « Mais ce poème ne peut pas être de Nazrul ! Où avez-vous trouvé ce poème ? Comment cela est-il possible ? »

De même, le chercheur qui est particulièrement lié à une personne ou à un domaine acquiert dans ce domaine une expérience et une intuition particulières, grâce auxquelles il devient capable d’un premier jugement sur les informations qui s’y rapportent.

Les éminents imams de la science du hadith, qui ont consacré toute leur vie aux hadiths, à leur enseignement, à leur mémorisation, à leur comparaison, à leur examen et à leur transmission, ont eux aussi acquis une expérience et une intuition particulières concernant les ordres, les interdictions, les conseils, les descriptions de récompenses et de châtiments, le choix des mots, le contenu, le ton, le sens, etc. des paroles du Messager d’Allah (s). Ainsi, lorsqu’ils entendaient une parole ou un hadith diffusé en son nom, ils pouvaient immédiatement sentir si ce sujet, cette langue, ces mots ou ce sens pouvaient, ou non, constituer un hadith du Messager d’Allah (s). Parallèlement, ils confirmaient sa fabrication au moyen d’autres examens.

Dans l’immense patrimoine de la littérature de critique des hadiths des muhaddithûn, on trouve d’innombrables exemples où, bien que le narrateur du hadith n’ait pas été considéré comme menteur, les muhaddithûn ont jugé le hadith « abandonné », fabriqué ou mensonger en raison de sa langue, de son ton et de son sens.

Lorsque nous examinons la méthode des muhaddithûn sur cette question, nous constatons qu’ils ont suivi en la matière la méthode des Compagnons. Nous avons vu que, dans l’évaluation d’un hadith, la première chose à vérifier est de savoir si la parole est établie comme étant une parole du Messager d’Allah (s). Si elle est établie, il faut l’accepter ; si elle ne l’est pas, il faut la rejeter ; et en cas de doute, il faut procéder à un examen supplémentaire. Ainsi, l’examen de la langue et du sens comporte trois niveaux concernant les hadiths.

1.7.2.1. Établi comme authentique par l’examen fondamental
Si les témoignages des narrateurs et tous les examens pertinents établissent que la parole est un acte, une parole ou une approbation du Messager d’Allah (s), il faut l’accepter comme une directive de la « Révélation ». Ici encore, il faut examiner le shudhûdh et la ‘illa, car le processus d’examen linguistique et sémantique y est présent. Toutefois, il faut observer les points suivants :

Premièrement, on ne trouve dans aucun hadith établi à ce niveau de faiblesse ou d’incohérence linguistique ou sémantique. En effet, le fait de rapporter un hadith incohérent dans ses mots ou son sens, ou de rapporter un hadith contraire à la raison, à la conscience ou aux données scientifiques ou historiques, a été considéré comme une faiblesse du narrateur. De nombreux narrateurs honnêtes et célèbres ont été jugés faibles parce qu’ils avaient rapporté de tels hadiths, et leurs transmissions ont été rejetées. C’est pourquoi aucun hadith reconnu comme sahîh après l’examen de la chaîne et du sens général, en remplissant les cinq conditions, ne présente de faiblesse linguistique ou sémantique.

Deuxièmement, dans la plupart des cas, les indications de la conscience, de la raison ou de l’intellect sont relatives. Ce qu’une personne juge contraire à la conscience, une autre peut le considérer compatible avec la conscience ou la raison. C’est pourquoi le principe fondamental de la communauté musulmane est d’accepter toute chose établie comme étant une Révélation. Ainsi, le Noble Coran prescrit l’amputation de la main comme châtiment du vol. Cela peut sembler contraire à la raison à certains. Mais le croyant ne rejette jamais cette prescription sous ce prétexte. Il cherche plutôt à en comprendre la sagesse à la lumière de la raison, de la conscience et de la justice. Les croyants suivent le même principe dans le domaine des hadiths.

Troisièmement, les croyants suivent le même principe concernant les données scientifiques ou historiques. Par nature, le Coran et les hadiths n’ont pas été révélés pour enseigner la science ou l’histoire. Toutefois, certaines questions de ce type y sont évoquées à titre contextuel. Si le sens apparent d’une affirmation établie comme Révélation semble contraire à une donnée historique ou scientifique, ils ne considèrent jamais cette affirmation comme erronée ou mensongère. Ainsi, le sens apparent d’un verset du Noble Coran peut donner l’impression que la Terre est plate ou que le Soleil tourne autour de la Terre. Dans ce cas, les croyants cherchent à comprendre le sens correct de ces affirmations. Ils suivent le même principe dans le cas des hadiths.

Quatrièmement, un hadith sahîh établi par l’examen n’est fondamentalement jamais en contradiction avec un autre hadith sahîh ou avec un verset du Coran. Lorsqu’une contradiction apparente se présentait, les muhaddithûn la résolvaient au moyen de preuves documentaires, en tenant compte des données historiques et contextuelles. Mais ils n’ont jamais rejeté globalement une information établie en raison d’une simple contradiction apparente. Nous avons déjà vu qu’il existe plusieurs transmissions sahîh concernant le lieu à partir duquel le Messager d’Allah (s) commença à réciter la talbiya du pèlerinage lors du Pèlerinage d’Adieu, et qu’elles semblent se contredire. Pour résoudre cette contradiction apparente, les muhaddithûn ont pris en considération les données historiques et contextuelles, dont nous avons parlé au début de cet ouvrage.

Ainsi, même après qu’un hadith a été établi comme Révélation par un examen documentaire, si une contradiction apparente apparaît avec un autre hadith ou un verset, les muhaddithûn ont recherché et consigné l’histoire, les causes et la solution de cette contradiction.

1.7.2.2. Établi comme mensonger par l’examen fondamental
S’il est établi qu’une parole ou une affirmation n’est pas une parole du Messager d’Allah (s), mais que le narrateur a menti en son nom par erreur ou volontairement, alors la langue ou le sens de cette affirmation ne sont pas pris en considération. Elle est rejetée sans aucun examen supplémentaire. La plupart des hadiths fabriqués appartiennent à cette catégorie. Les faussaires s’efforcent généralement de fabriquer des hadiths avec des sens aussi beaux que possible.

1.7.2.3. Jugé faible par l’examen fondamental
S’il est établi que le narrateur était personnellement honnête et véridique, mais qu’il commettait certaines erreurs dans sa transmission, le hadith rapporté est classé comme hasan ou da‘îf selon le degré de sa faiblesse. De même, lorsqu’on ignore l’identité d’un narrateur, le hadith est généralement considéré comme faible. Les muhaddithûn ont jugé fabriqués, grâce à l’examen des mots et du sens, de nombreux hadiths de cette catégorie. Les ouvrages consacrés aux hadiths fabriqués mentionnent ainsi de nombreux hadiths dont la chaîne ne contient personne accusé de mensonge, mais qui ont néanmoins été déclarés fabriqués. Les muhaddithûn ont également divergé au sujet de certains hadiths de cette catégorie. Certains les ont qualifiés de faibles ou de hasan en raison de leur chaîne apparente, tandis que d’autres les ont considérés comme fabriqués en raison de leur sens. Je vais mentionner ici deux exemples :

(1) Un hadith a été rapporté d’Anas au sujet du Trône. Anas dit : « J’ai interrogé le Messager d’Allah (s) au sujet du Trône du Seigneur glorieux. Il dit : “J’ai interrogé Jibrîl au sujet du Trône du Seigneur glorieux.” Il dit : “J’ai interrogé Mîkâ’îl au sujet du Trône du Seigneur glorieux.” Il dit : “J’ai interrogé Isrâfîl au sujet du Trône du Seigneur glorieux.” Il dit : “J’ai interrogé Râfi‘ au sujet du Trône du Seigneur glorieux.” Il dit : “J’ai interrogé la Table préservée au sujet du Trône du Seigneur glorieux.” Elle dit : “J’ai interrogé le Calame au sujet du Trône du Seigneur glorieux.” Il dit : “Le Trône possède trois cent soixante mille piliers…” et ainsi de suite. »

La chaîne de ce hadith comprend un narrateur faible nommé Muhammad ibn Nasr, qui n’a pas été explicitement qualifié de menteur. Cependant, les muhaddithûn sont unanimes à considérer ce hadith comme fabriqué. Ibn Hajar dit : « Le caractère mensonger de ce hadith est évident. Quiconque maîtrise la littérature du hadith ne pourra jamais être en désaccord sur ce point. » (Ibn ‘Irâq, Tanzîh al-sharî‘a, 1/211.)

(2) Le tâbi‘î des tâbi‘ûn Fudayl ibn Marzûq (160 H) rapporte d’Ibrâhîm ibn Hasan, de Fâtima bint al-Husayn ibn ‘Alî (100 H), d’Asma bint ‘Umays (qu’Allah l’agrée), qui dit : « La Révélation descendait sur le Messager d’Allah (s), tandis que sa tête reposait sur les genoux de ‘Alî (qu’Allah l’agrée). C’est pourquoi ‘Alî ne put accomplir la prière de l’après-midi. Le soleil se coucha alors. Il lui dit : “As-tu accompli la prière ?” Il répondit : “Non.” Il dit alors : “Ô Allah, si ‘Alî est resté dans Ton obéissance et dans celle de Ton Messager, fais revenir le soleil pour lui.” Asma dit : “Je vis le soleil se coucher, puis je le vis se lever de nouveau après son coucher.” »

Dans cette chaîne, Asma bint ‘Umays est une Compagne célèbre. Fâtima bint al-Husayn est une narratrice digne de confiance et fiable. Fudayl ibn al-Marzûq était un narrateur véridique, mais il commettait des erreurs. Ibrâhîm ibn Hasan est une personne dont l’identité est quelque peu inconnue. On ne sait pas grand-chose à son sujet. Cependant, puisque personne ne l’a explicitement déclaré inacceptable, Ibn Hibbân l’a considéré comme acceptable.

Nous avons ainsi vu que, du point de vue de la chaîne, ce hadith pourrait être considéré comme hasan. Certains muhaddithûn ont exprimé cette opinion en se fondant sur la chaîne apparente. Mais Ibn Taymiyya, Ibn Kathîr, al-Dhahabî et de nombreux autres muhaddithûn ont considéré le matn, ou texte principal, de ce hadith comme fabriqué.

Le résumé de leur discussion détaillée est le suivant : le lever du soleil après son coucher est un événement extraordinaire. Or la nature humaine éprouve le plus grand intérêt à rapporter les événements inhabituels et miraculeux. On devrait donc naturellement s’attendre à ce qu’il soit rapporté par au moins plusieurs Compagnons. Pourtant, il n’a été rapporté d’aucun Compagnon autre qu’Asma bint ‘Umays. Un tel événement est plus extraordinaire encore qu’une éclipse solaire. Nous constatons que les éclipses solaires ont été rapportées par de nombreux Compagnons, alors que cet événement ne l’a été que par cette unique chaîne.

De plus, Asma (qu’Allah l’agrée) avait plus de vingt élèves célèbres, hommes et femmes. On pourrait s’attendre à ce que la plupart de ses élèves rapportent un événement aussi extraordinaire. Mais cela ne s’est pas produit. Il n’est rapporté que par la chaîne de Fâtima. Ibrâhîm ibn Hasan, présenté comme l’élève de Fâtima, est une personne dont l’identité est assez inconnue ; on ne sait même pas s’il a réellement entendu ce récit de Fâtima. Dans une autre chaîne similaire, l’événement est également rapporté d’Asma bint ‘Umays (qu’Allah l’agrée). Cette chaîne comprend elle aussi deux narrateurs inconnus et un narrateur faible. Il est difficile d’imaginer qu’un événement aussi important n’ait été rapporté par personne d’autre que deux ou trois personnes inconnues.

D’autre part, cet événement semble contredire d’autres récits du Coran et des hadiths. Lors de la bataille du Fossé, le Messager d’Allah (s), ‘Alî (qu’Allah l’agrée) et tous les autres Compagnons ne purent accomplir la prière de l’après-midi. Ils l’accomplirent en rattrapage après le coucher du soleil. Un autre jour, la prière de l’aube fut également rattrapée par le Messager d’Allah (s) et les Compagnons parce qu’ils s’étaient endormis. Durant ces deux jours, le soleil ne fut pas ramené pour le Messager d’Allah (s), ‘Alî (qu’Allah l’agrée) et les autres Compagnons ; pourquoi l’aurait-il été uniquement pour ‘Alî dans cet événement ? De plus, lorsqu’un empêchement fait manquer l’heure de la prière, il n’y a aucune difficulté. Il ne semble pas non plus naturel que ‘Alî n’ait pas prié en assemblée avec le Messager d’Allah (s), ni que la Révélation soit descendue pendant une heure ou une heure et demie entre la prière de l’après-midi et le coucher du soleil.

Sur la base de ces éléments et d’autres considérations, ils ont déclaré que ce matn était erroné ou fabriqué. Certains de ces narrateurs inconnus se sont trompés volontairement ou involontairement. (Ibn ‘Irâq, Tanzîh al-sharî‘a, 1/378-382 ; al-Albânî, al-Da‘îfa, 2/395-401.)

La discussion précédente nous permet de comprendre que la méthode des muhaddithûn dans l’examen linguistique, sémantique et rationnel est extrêmement logique et précise. Dans tout tribunal, le juge examine les preuves rationnelles et contextuelles après les preuves documentaires. Même s’il perçoit clairement le mobile et la justification du crime concernant un accusé, il ne le condamne pas sur la seule base du mobile lorsqu’il n’existe pas de preuves concordantes. De même, s’il estime qu’un accusé n’avait aucune raison rationnelle ou moralement acceptable de commettre le crime, mais que tous les documents et témoignages indiquent clairement qu’il est coupable, il est obligé de le reconnaître comme coupable. Les muhaddithûn ont eux aussi commencé par examiner les preuves « documentaires », puis ont pris en considération la langue, le sens et les données. Dans la deuxième partie, nous verrons, si Allah le veut, certains principes fondamentaux de l’examen des mots et du sens.

1.7.3. Divergences dans l’identification des hadiths mensongers
Il est parfois arrivé que les muhaddithûn divergent dans l’identification des hadiths fabriqués. Cette divergence est limitée et tout à fait naturelle. Nous avons vu que vérifier l’exactitude d’un hadith est une activité comparable à la vérification de l’exactitude des témoignages et des preuves présentés devant un tribunal. Dans différentes affaires, nous constatons que les juges divergent. Cela ne signifie pas que la justice soit une activité incontrôlée et que les juges exécutent les gens à leur gré ou attribuent la propriété de l’un à l’autre. En réalité, les juges peuvent parfois diverger dans l’évaluation des témoignages et des preuves. De même, dans l’examen de l’exactitude des hadiths, nous constatons que les muhaddithûn sont d’accord au sujet de la plupart des hadiths. Ils divergent au sujet d’un nombre limité de hadiths. Nous pouvons diviser ces divergences en deux catégories : 1. les divergences terminologiques et 2. les divergences réelles.

1.7.3.1. Une divergence qui n’en est pas une
La divergence entre les muhaddithûn est souvent purement terminologique. Nous avons vu plus haut que, pour désigner les narrateurs menteurs ou faussaires et pour identifier les hadiths fabriqués, les muhaddithûn ont employé les mêmes termes. Il arrive ainsi qu’un muhaddith qualifie un hadith de munkar ou de bâtil, tandis qu’un autre le qualifie de mawdu‘.

L’emploi du terme da‘îf constitue un exemple de cette question terminologique. Dans la terminologie de la science du hadith, toutes les catégories de hadiths inacceptables sont appelées da‘îf. Parmi les différentes catégories de hadiths da‘îf figurent les hadiths fabriqués ou mawdu‘. Qualifier un hadith de da‘îf signifie qu’il est faible et inacceptable ; il peut être fabriqué, mais pas nécessairement.

Nous constatons que de nombreux muhaddithûn ont qualifié de faibles ou de da‘îf de nombreux hadiths lors de la compilation et de l’examen des hadiths, notamment dans les ouvrages volumineux. D’autres muhaddithûn ont qualifié certains de ces hadiths faibles de mawdu‘ ou de fabriqués. Bien que la question semble être une divergence, il ne s’agit pas d’une véritable divergence. Si un muhaddith dit que le hadith est da‘îf mais non mawdu‘, tandis que d’autres disent qu’il est mawdu‘, alors il s’agit bien d’une divergence. Mais pour les muhaddithûn qui n’emploient généralement pas le terme mawdu‘ et qualifient simplement de faibles tous les hadiths « non fiables », la question ne doit pas être considérée comme une divergence.

1.7.3.2. Les divergences réelles
On trouve de véritables divergences entre les muhaddithûn au sujet de certains hadiths. Dans la majorité de ces cas, leur divergence oppose le jugement da‘îf à celui de mawdu‘. Un muhaddith affirme que le hadith n’est pas mawdu‘, mais qu’il doit être considéré comme da‘îf. D’autres, en revanche, le considèrent comme mawdu‘. Pour un petit nombre de hadiths, on trouve une divergence entre sahîh et mawdu‘. Autrement dit, certains muhaddithûn ont considéré un hadith comme mawdu‘, tandis qu’un autre l’a considéré comme sahîh. Dans ces divergences, les muhaddithûn postérieurs ont, au moyen de différents examens, donné la préférence à l’opinion de l’un d’entre eux. La question ressemble à une divergence concernant un jugement et à une procédure d’appel.

1.7.3.3. Les causes des divergences
Ces divergences se produisent pour plusieurs raisons.

1.7.3.3.1. La diversité des chaînes
Il arrive qu’un muhaddith identifie un hadith comme fabriqué sur la base d’une ou de plusieurs chaînes, sans savoir que le hadith avait été rapporté par une autre chaîne. Un autre muhaddith, en revanche, le considère comme acceptable en raison d’une ou de plusieurs autres chaînes.

1.7.3.3.2. Divergence dans l’évaluation du rang du narrateur
L’examen comparatif des hadiths rapportés par un narrateur est le principal critère pour déterminer l’authenticité d’un hadith. C’est pour cette raison que des divergences apparaissent dans l’évaluation des narrations d’un narrateur. De ce point de vue, nous pouvons répartir les narrateurs en trois catégories : (1) les narrateurs pleinement acceptables, dont tous les muhaddithûn reconnaissent l’acceptabilité ; (2) les narrateurs totalement non fiables, au sujet de la faiblesse ou de la fabrication desquels les muhaddithûn examinateurs sont d’accord ; et (3) les narrateurs controversés, au sujet du degré d’acceptabilité desquels les muhaddithûn divergent.

Les muhaddithûn ont parfois divergé au sujet de narrateurs qui avaient rapporté certains hadiths et dont l’examen comparatif avait révélé des récits confus et erronés, mais aussi certaines transmissions authentiques. Ils ont parfois divergé dans la détermination de la proportion de récits corrects et erronés parmi leurs hadiths, ainsi que de la cause de ces erreurs et de la question de savoir s’il s’agissait de mensonges volontaires ou d’erreurs involontaires.

En outre, certains muhaddithûn ont parfois rendu un jugement en s’appuyant sur des informations partielles, jugement qu’un autre muhaddith a rejeté après avoir considéré l’ensemble des informations. Ainsi, après avoir constaté que certains hadiths d’un narrateur étaient authentiques ou erronés, un muhaddith le déclarait acceptable ou inacceptable. Un autre muhaddith rendait un jugement différent après un examen comparatif de l’ensemble de ses transmissions.

Il faut noter que, dans ces divergences, les muhaddithûn des générations postérieures ont réexaminé les questions et établi des principes permettant de trancher les désaccords, en se fondant sur l’équilibre, la perspicacité, la profondeur et d’autres qualités des différents avis exprimés. (Al-‘Irâqî, Fath al-mughîth, p. 151-170.)

1.7.3.3.3. Divergences de principe ou de méthode entre les muhaddithûn
Il existe parfois entre les muhaddithûn des différences méthodologiques dans le jugement porté sur un narrateur ou un hadith. Certains se montrent plus indulgents, d’autres plus stricts. Les muhaddithûn postérieurs ont résolu ces divergences après les avoir suffisamment examinées et réévaluées. Ainsi, le muhaddith du IVe siècle Ibn Hibbân, Abû Hâtim Muhammad al-Bustî (354 H), et le muhaddith du VIe siècle Ibn al-Jawzî, Abû al-Faraj ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Alî (597 H), ont été accusés de sévérité infondée. En revanche, le célèbre muhaddith du IIIe siècle, l’imam al-Tirmidhî ibn ‘Îsâ (279 H), le muhaddith des IVe-Ve siècles Muhammad ibn ‘Abd Allah al-Hâkim al-Naysâbûrî (405 H), ainsi que le muhaddith du Xe siècle Jalâl al-Dîn al-Suyûtî (911 H), entre autres, étaient connus pour leur indulgence. Je vais en mentionner quelques exemples.

(1) Exemple d’une erreur due à la sévérité d’Ibn Hibbân et d’Ibn al-Jawzî. Le narrateur du IIe siècle de l’Hégire Aflah ibn Sa‘îd al-Ansârî (156 H) dit : « Le serviteur d’Umm Salama, ‘Abd Allah ibn Râfi‘, nous a rapporté : j’ai entendu Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) dire que le Messager d’Allah (s) a dit : “Si ta vie se prolonge, tu verras probablement des gens ayant dans les mains quelque chose semblable à la queue d’une vache — un bâton ou une baguette — avec laquelle ils terroriseront ou frapperont des innocents. Ils seront le matin sous la colère d’Allah et le soir encore sous Sa colère.” »

Ibn Hibbân et Ibn al-Jawzî ont considéré ce hadith comme mensonger et fabriqué. Ils prétendaient que son narrateur, Aflah ibn Sa‘îd, rapportait des hadiths confus et fabriquait des hadiths. Les muhaddithûn postérieurs, à la lumière des avis des muhaddithûn précédents, ont constaté que l’opinion d’Ibn Hibbân et d’Ibn al-Jawzî était totalement erronée. Aucun muhaddith n’a jamais affirmé qu’Aflah rapportait des hadiths fabriqués. Personne n’a même dit qu’il était faible ou non fiable. Muhammad ibn Sa‘d (230 H), Yahyâ ibn Ma‘în (233 H), Abû Hâtim al-Râzî (277 H), al-Nasâ’î (304 H) et d’autres muhaddithûn l’ont déclaré fiable ou acceptable après un examen détaillé. De plus, Ibn Hibbân et Ibn al-Jawzî n’ont pu fournir aucune preuve qu’Aflah ait rapporté un hadith confus contredisant les autres narrateurs. Enfin, ce hadith a également été rapporté par le narrateur fiable Abû Hurayra, indépendamment d’Aflah. Le hadith est donc sans aucun doute sahîh, et l’erreur d’Ibn Hibbân et d’Ibn al-Jawzî est établie. (Muslim, al-Sahîh, 3/1680.)

(2) Exemple d’une erreur due à l’indulgence de l’imam al-Tirmidhî. Il dit : « Muslim ibn ‘Amr Abû ‘Amr al-Hadhdhâ’ al-Madanî nous a rapporté : ‘Abd Allah ibn Nâfi‘ al-Sâ’igh nous a rapporté, d’après Kathîr ibn ‘Abd Allah, d’après son père, d’après son grand-père ‘Amr ibn ‘Awf : “Le Noble Prophète prononçait sept takbîr avant la récitation du Coran dans la première rak‘a et cinq takbîr avant la récitation du Coran dans la seconde rak‘a lors des deux fêtes.” » (Al-Tirmidhî, al-Sunan, 2/416.)

Après avoir cité ce hadith, l’imam al-Tirmidhî dit : « Le hadith du grand-père de Kathîr est hasan. Parmi tous les hadiths rapportés sur cette question, celui-ci est le plus acceptable. » (Al-Tirmidhî, al-Sunan, 2/416.)

Il a donc déclaré ce hadith acceptable. Plus encore, selon lui, c’était le hadith le plus acceptable sur cette question.

Les muhaddithûn ont contesté cette opinion catégorique de l’imam al-Tirmidhî. En effet, ils ont considéré le narrateur de ce hadith, Kathîr ibn ‘Abd Allah, comme extrêmement faible. Beaucoup l’ont en outre qualifié de narrateur qui rapportait volontairement des hadiths mensongers. L’imam Ibn Hanbal dit : « C’est une personne extrêmement faible et totalement inacceptable. » Yahyâ ibn Ma‘în dit : « Il est faible. » L’imam Abû Dâwûd dit : « Cet homme était un abominable menteur. » L’imam al-Shâfi‘î dit : « Il est l’un des plus grands menteurs. » Les imams al-Nasâ’î et al-Dâraqutnî disent : « Il est abandonné », c’est-à-dire accusé d’avoir rapporté des hadiths mensongers. Ibn Hibbân dit : « Il a rapporté de son père, d’après son grand-père, un recueil de hadiths mensongers. Il n’est même pas permis de mentionner dans un ouvrage l’ensemble de ses hadiths, sauf pour les critiquer. » Ibn ‘Abd al-Barr dit : « Il y a consensus sur le fait que cet homme est faible. » (Ibn Hajar, Tahdhîb al-tahdhîb, 8/377.)

C’est pourquoi Abû al-Khattâb ‘Umar ibn Hasan ibn Dihya (633 H) dit : « Il est impossible de compter combien de chaînes mawdu‘, fabriquées et extrêmement faibles l’imam al-Tirmidhî a qualifiées de hasan ou d’acceptables dans son ouvrage. Ce hadith en fait partie. » [Al-Zayla‘î, ‘Abd Allah ibn Yûsuf (762 H).]

(3) Exemple tiré de l’al-Mustadrak de l’imam al-Hâkim. La faiblesse d’al-Hâkim dans le fait de qualifier un hadith de sahîh est particulièrement importante. Dans son ouvrage al-Mustadrak, il a déclaré authentiques de nombreux hadiths fabriqués. Voici un exemple : al-Hâkim dit : « Abû al-Hasan ‘Alî ibn Muhammad ibn ‘Uqba al-Shaybânî nous a rapporté, alors qu’il résidait à Koufa : le juge Ibrâhîm ibn Abî al-‘Anbas nous a rapporté ; Sa‘îd ibn ‘Uthmân al-Kharrâz nous a rapporté ; ‘Abd al-Rahmân ibn Sa‘îd al-Mu’adhdhin nous a rapporté ; Qatâr ibn Khalîfa nous a rapporté, d’après Abû al-Tufayl, d’après ‘Alî et ‘Ammâr (qu’Allah les agrée tous deux), qui dirent : “Le Prophète récitait à voix haute la basmala dans les prières obligatoires et récitait le qunût dans la prière de l’aube…” »

Après avoir cité le hadith, l’imam al-Hâkim dit : « La chaîne de ce hadith est sahîh. Je ne connais aucun de ses narrateurs qui ait été considéré comme faible. » (Al-Hâkim, al-Mustadrak, 1/439.)

Les muhaddithûn al-Dhahabî, al-Zayla‘î, Ibn Hajar et d’autres ont déclaré cette conclusion d’al-Hâkim erronée. L’imam al-Dhahabî dit : « Ce hadith est extrêmement faible et semble être mawdu‘, c’est-à-dire fabriqué. Deux narrateurs de la chaîne sont extrêmement faibles : (1) Sa‘îd ibn ‘Uthmân al-Kharrâz et (2) son maître, ‘Abd al-Rahmân ibn Sa‘îd al-Mu’adhdhin. » (Al-Hâkim, al-Mustadrak, 1/439.)

Nous verrons d’autres exemples de ce genre dans la deuxième partie, si Allah le veut.

(4) L’imam Jalâl al-Dîn al-Suyûtî, le plus célèbre muhaddith du Xe siècle de l’Hégire. Il a rendu de nombreux services dans divers domaines de la science du hadith. Les muhaddithûn postérieurs se sont appuyés de différentes manières sur ses ouvrages. Dans les introductions de ses ouvrages composés et compilés, notamment al-Jâmi‘ al-Saghîr, al-Jâmi‘ al-Kabîr et al-Khasâ’is al-Kubrâ, il a mentionné qu’il y rapporterait des hadiths sahîh et da‘îf, mais aucun hadith fabriqué. Pourtant, les muhaddithûn postérieurs ont trouvé certains hadiths fabriqués dans ces ouvrages. L’imam al-Suyûtî lui-même a notamment écrit plusieurs livres sur les hadiths fabriqués. Il a identifié plusieurs hadiths comme fabriqués et les a compilés dans ses ouvrages consacrés aux hadiths fabriqués. Mais il les a également compilés lui-même dans al-Jâmi‘ al-Saghîr, al-Jâmi‘ al-Kabîr et al-Khasâ’is al-Kubrâ.

Voici un exemple. Le célèbre muhaddith du Ve siècle de l’Hégire Hamza ibn Yûsuf al-Jurjânî (427 H) et Ahmad ibn ‘Alî al-Khatîb al-Baghdâdî (463 H) ont compilé un hadith. Dans leur chaîne, ils le rapportent d’un narrateur de hadith du IIIe siècle de l’Hégire nommé Ishâq ibn al-Salt. Celui-ci dit : « L’imam Mâlik ibn Anas nous a rapporté ; Abû al-Zubayr al-Makkî nous a rapporté ; Jâbir ibn ‘Abd Allah (qu’Allah l’agrée) nous a rapporté : “J’ai vu du Messager d’Allah (s) trois choses extraordinaires telles que, même s’il n’avait pas apporté le Coran, j’aurais cru en lui. Une fois, nous nous rendîmes dans un désert éloigné. Le Prophète (s) prit de l’eau pour faire l’istinjâ’. Ayant vu deux palmiers, il me dit : ‘Jâbir, va auprès de ces deux arbres et dis-leur : rapprochez-vous.’ Les deux arbres se rapprochèrent alors au point de sembler issus d’une même racine. Le Messager d’Allah (s) fit son istinjâ’. Je pris rapidement de l’eau et la lui donnai. Je me dis : ‘Peut-être Allah me montrera-t-Il ce qui est sorti de son ventre, et je le mangerai.’ Mais je vis que le sol était parfaitement blanc. Je dis alors : ‘Ô Messager d’Allah, n’avez-vous pas fait l’istinjâ’ ?’ Il répondit : ‘Si, mais il a été ordonné à la terre, au sujet de nos prophètes, de couvrir les excréments et les urines qui sortent de nous…’ »

L’imam Mâlik était l’un des muhaddithûn les plus célèbres du IIe siècle de l’Hégire. D’innombrables muhaddithûn ont appris les hadiths auprès de lui. En réalité, tous les muhaddithûn de cette époque ont appris auprès de lui. Beaucoup sont restés auprès de lui pendant des années pour étudier les hadiths. Pourtant, aucun de ces innombrables élèves n’a rapporté ce hadith. De même, il n’a été rapporté par aucune autre chaîne d’Abû al-Zubayr, le tâbi‘î, ni de Jâbir, le Compagnon (qu’Allah l’agrée). Uniquement cet homme nommé Ishâq ibn al-Salt a prétendu que l’imam Mâlik lui avait transmis ce hadith. Cet homme a été identifié comme un narrateur extrêmement faible de hadiths bâtil. Il est également remarquable que la transmission d’Ishâq n’ait acquis aucune célébrité ni notoriété au IIIe ou au IVe siècle. Au Ve siècle, personne ne rapporta ce hadith. La chaîne allant d’al-Jurjânî et d’al-Khatîb jusqu’à Ishâq est elle aussi obscure. C’est pourquoi, à la lumière des avis d’al-Khatîb al-Baghdâdî, Hamza ibn Yûsuf al-Jurjânî, al-Dhahabî, Ibn Hajar al-‘Asqalânî et d’autres muhaddithûn, l’imam al-Suyûtî lui-même a considéré ce hadith comme fabriqué et l’a mentionné dans son ouvrage sur les hadiths fabriqués intitulé Dhayl al-la’âlî.

Pourtant, il l’a également mentionné dans son ouvrage consacré aux miracles, au caractère miraculeux et aux particularités du Messager d’Allah (s), intitulé al-Khasâ’is al-Kubrâ. Il avait pourtant affirmé qu’il ne mentionnerait aucun hadith mawdu‘ ou fabriqué dans cet ouvrage. Les muhaddithûn postérieurs ont relevé cette contradiction ainsi que son indulgence dans l’évaluation de l’authenticité des hadiths. (Hamza ibn Yûsuf al-Jurjânî, Târîkh Jurjân, p. 526 ; al-Suyûtî, Dhayl al-la’âlî, p. 50.)

Quelques confusions concernant les hadiths mensongers

1.8.1. Les recueils de hadiths face aux hadiths forgés
Par ignorance, beaucoup pensent que le fait qu’un hadith soit compilé dans un recueil de hadiths signifie qu’il est sahih, ou du moins que, selon le compilateur de ce recueil, il est sahih. Ainsi, si un hadith est compilé dans les Sunan d’Ibn Maja ou le Musannaf d‘Abd al-Razzaq, cela signifierait certainement qu’il est sahih ; sinon, pourquoi un si grand muhaddith comme Ibn Maja ou ‘Abd al-Razzaq l’aurait-il accepté ? À tout le moins, le hadith serait sahih selon Ibn Maja ou ‘Abd al-Razzaq ; autrement, il ne lui aurait pas accordé de place dans son ouvrage.

Nous avons déjà expliqué que les deux aspects de cette conception sont dépourvus de fondement. La plupart des muhaddiths ont compilé dans leurs ouvrages toutes les catégories de hadiths : sahih, da‘if et mawdu‘. Ils n’ont jamais prétendu ni projeté de ne compiler dans leurs ouvrages que des hadiths sahih. Par conséquent, le fait qu’un hadith soit compilé dans les Sunan d’Ibn Maja ou le Musannaf d‘Abd al-Razzaq ne signifie nullement qu’il est sahih, ni qu’il est considéré comme sahih par Ibn Maja ou ‘Abd al-Razzaq.

Lorsque, dans les ouvrages d’Ibn Hibban, d’Ibn Khuzayma, d’Ibn al-Sakan, d’al-Hakim et d’autres muhaddiths qui ont tenté de ne compiler que des hadiths sahih, un hadith est présent, nous considérerons qu’il est sahih selon le point de vue de ce muhaddith. Cela ne prouve toutefois pas que le hadith soit réellement sahih. Nous avons vu dans l’exposé précédent qu’aucune affirmation d’un muhaddith n’a été acceptée par les autres muhaddiths de la communauté sans examen. C’est pourquoi nous exposerons le statut de ce hadith à la lumière de l’examen effectué par les autres muhaddiths.

Dans notre société, parmi les six ouvrages connus sous le nom de « Sihah Sittah » — cette expression est propre à l’usage indien. L’acceptabilité de ces six ouvrages est bien connue, mais ils ne sont pas tous des ouvrages « sahih » : seuls deux le sont, tandis que les autres sont des Sunan. C’est pourquoi l’expression bien connue parmi les muhaddiths est « al-Kutub al-Sittah », c’est-à-dire « les six livres ». En dehors du sous-continent indien, l’expression « Sihah Sittah » n’est utilisée nulle part —, seuls deux sont des recueils sahih : le Sahih al-Bukhari et le Sahih Muslim. Les compilateurs des quatre autres n’ont pas décidé de ne rapporter que des hadiths sahih. Ils ont compilé dans leurs ouvrages, à côté de nombreux hadiths sahih, beaucoup de hadiths faibles et forgés. Toutefois, comme la majorité des hadiths de leurs ouvrages sont fiables, les muhaddiths des générations suivantes se sont généralement appuyés sur ces ouvrages ; en même temps, ils ont formulé des jugements précis au sujet des hadiths faibles et forgés qui y sont compilés. L’érudit ‘Abd al-Hayy al-Laknawi (1304 H) a écrit en réponse à une question : « Tous les hadiths compilés dans ces quatre ouvrages ne sont pas sahih. On y trouve plutôt toutes les catégories de hadiths : sahih, hasan, da‘if et forgés. » (Al-Ajwibat al-Fadila li-l-As’ila al-‘Ashara al-Kamila, p. 66).

Nous avons déjà examiné à ce sujet l’exposé de Shah Wali Allah. Nous avons vu qu’il a classé les Sunan d’Abu Dawud, les Sunan d’al-Nasa’i et les Sunan d’al-Tirmidhi dans la troisième catégorie : les ouvrages dont les hadiths sont globalement acceptables, mais qui contiennent également certains hadiths non fiables. En revanche, il n’a pas mentionné les Sunan d’Ibn Maja dans cette catégorie. La raison en est que la plupart des muhaddiths n’ont pas inclus le recueil des Sunan compilé par l’imam Muhammad ibn Yazid ibn Maja al-Qazwini (275 H) parmi les ouvrages célèbres et acceptés. Jusqu’au VIIe siècle de l’hégire, les muhaddiths considéraient, outre le Sahih al-Bukhari et le Sahih Muslim, ces trois recueils de Sunan comme globalement fiables et comme une base pour l’enseignement et l’apprentissage des hadiths. Les muhaddiths des Ve et VIe siècles de l’hégire, Muhammad ibn Tahir al-Maqdisi et Abu al-Fadl ibn Tahir al-Qaysarani (507 H), y ajoutèrent les Sunan d’Ibn Maja.

Les muhaddiths n’acceptèrent pas cette opinion durant les deux siècles suivants. Les célèbres muhaddiths du VIIe siècle, l’érudit Ibn al-Salah Abu ‘Amr ‘Uthman ibn ‘Abd al-Rahman (643 H), l’érudit Abu Zakariyya Yahya ibn Sharaf al-Nawawi (676 H) et d’autres, citèrent les cinq ouvrages précédents comme les sources fondamentales des hadiths. Ils ne comptèrent pas les Sunan d’Ibn Maja parmi eux. De nombreux savants vérificateurs des époques ultérieures les suivirent. En revanche, l’imam Ibn al-Athir, Mubarak ibn Muhammad (606 H), ainsi que certains autres muhaddiths, retinrent le Muwatta de l’imam Malik comme sixième ouvrage.

La raison pour laquelle les Sunan d’Ibn Maja ne sont pas classés au même niveau que les trois Sunan précédents est que la méthode de compilation de l’imam Ibn Maja n’est pas la même que celle de ces trois ouvrages. Les compilateurs des trois premiers ouvrages les ont rédigés dans le but de compiler des hadiths globalement acceptables. Même lorsqu’ils ont retenu certains hadiths da‘if en raison des exigences du sujet, ils ont, dans la plupart des cas, signalé leur faiblesse. L’imam Ibn Maja, en revanche, a suivi la méthode générale de compilation de son époque. Nous avons vu que la plupart des compilateurs de ces périodes rassemblaient tous les hadiths connus avec leurs chaînes de transmission. Ainsi, leurs ouvrages contenaient toutes les catégories de hadiths : sahih, da‘if et mawdu‘. Il n’était pas possible d’en vérifier la fiabilité sans examiner les chaînes de transmission. L’imam Ibn Maja a lui aussi suivi principalement cette méthode. Il ne s’est pas limité à compiler des hadiths sahih. À côté de hadiths sahih et hasan, il a également compilé beaucoup de hadiths da‘if et quelques hadiths mawdu‘ ou forgés. Il n’a formulé aucun commentaire au sujet de ces hadiths faibles et forgés.

À partir du VIIIe siècle de l’hégire, la plupart des muhaddiths commencèrent à considérer les Sunan d’Ibn Maja comme le quatrième recueil de Sunan. La différence entre le Muwatta et les Sunan d’Ibn Maja est que le Muwatta contient moins de hadiths et que tous ses hadiths sahih sont déjà compilés dans les cinq ouvrages précédents. Par conséquent, son étude séparée ne permet pas d’apprendre des hadiths supplémentaires. En revanche, les Sunan d’Ibn Maja contiennent plus d’un millier de hadiths supplémentaires par rapport aux cinq ouvrages précédents. C’est pour cette raison que les muhaddiths des époques ultérieures ont retenu cet ouvrage comme le quatrième recueil de Sunan.

Au total, 4 341 hadiths ont été compilés dans les Sunan de l’imam Ibn Maja. Environ trois mille d’entre eux sont également compilés dans les cinq ouvrages précédents ; les quelque mille cinq cents restants sont supplémentaires. Le muhaddith du IXe siècle de l’hégire, l’érudit Ahmad ibn Abi Bakr al-Busiri (840 H), a étudié les chaînes de transmission de ces hadiths supplémentaires d’Ibn Maja. L’érudit al-Busiri a examiné les chaînes de transmission de 1 476 hadiths qui ne sont pas compilés dans les cinq ouvrages précédents et qu’Ibn Maja est le seul à avoir compilés. Environ deux tiers d’entre eux sont des hadiths sahih ou hasan, et environ un tiers sont da‘if. Les muhaddiths ont indiqué qu’environ cinquante d’entre eux sont mawdu‘ ou forgés. (Ibn al-Qaysarani, Shurut al-A’imma al-Sitta, p. 13, 24-26.)

1.8.2. Les ouvrages des savants face aux hadiths fabriqués

Des hadiths sont également cités dans divers ouvrages islamiques autres que les recueils de hadiths. De nombreux hadiths sont mentionnés dans des livres consacrés notamment à l’exégèse, au fiqh, aux exhortations, à l’éthique, aux mérites, au tasawwuf, à la philosophie, à la langue et à l’histoire. Généralement, les hadiths y sont cités sans chaîne de transmission. Beaucoup pensent, par ignorance, que les auteurs de ces ouvrages n’ont mentionné ces hadiths qu’après les avoir certainement vérifiés et examinés. « S’il n’était pas authentique, l’aurait-il donc écrit ? »

Cette conception est elle aussi erronée, infondée et encore plus trompeuse que la précédente. En général, chaque science possède son domaine propre. C’est pourquoi, dans la plupart des cas, le savant d’une discipline ne peut consacrer autant de temps à une autre discipline. Les exégètes, les juristes, les historiens, les soufis, les prédicateurs ainsi que les savants et les pieux personnages travaillant dans d’autres domaines ne peuvent naturellement pas approfondir l’examen, la vérification et l’analyse des hadiths. En règle générale, lorsqu’ils citent des hadiths, ils s’appuient sur divers ouvrages répandus, les récits transmis oralement et les usages courants. C’est pourquoi on trouve dans leurs ouvrages de nombreuses paroles infondées, dépourvues de chaîne de transmission et fabriquées.

Allama Nawawi, dans son ouvrage « Taqrib », et Allama Suyuti, dans son ouvrage « Tadrib al-Rawi », ont mentionné que certains pieux derviches avaient fait passer dans la société, en les présentant comme des hadiths, de nombreuses paroles mensongères sur les mérites de différentes sourates du Noble Coran. Certains exégètes, tels qu’Allama Ahmad ibn Muhammad ibn Ibrahim al-Tha‘labi al-Nishapuri (427 H), dans son ouvrage d’exégèse, son élève Allama Ali ibn Ahmad al-Wahidi al-Nishapuri (468 H), dans ses ouvrages d’exégèse « Basit », « Wasit », « Wajiz » et autres, Allama Abu al-Qasim Mahmud ibn Umar al-Zamakhshari (538 H), dans son ouvrage « Kashshaf », et Allama Abdullah ibn Umar al-Baydawi (685 H), dans son ouvrage « Anwar al-Tanzil », également appelé « Tafsir al-Baydawi », ont cité ces hadiths fabriqués. Ils ont commis une erreur en agissant ainsi. Suyuti dit : « Iraqi (806 H) a déclaré que les deux premiers — Tha‘labi et Wahidi — ont cité ces hadiths fabriqués ou forgés en mentionnant leur chaîne de transmission. » Leur excuse peut donc être partiellement acceptée, car, en indiquant la chaîne de transmission, ils ont incité le lecteur à l’examiner, bien qu’il ne soit pas permis, même lorsqu’on cite un hadith mawdu‘ ou mensonger avec sa chaîne de transmission, de garder le silence sans signaler immédiatement qu’il est mawdu‘. En revanche, l’erreur des deux suivants — Zamakhshari et Baydawi — est très grave. En effet, ils n’ont pas mentionné la chaîne de transmission ; ils ont au contraire cité ces hadiths fabriqués directement et explicitement en les attribuant aux paroles du Messager d’Allah (S). (Jalal al-Din Suyuti, « Tadrib al-Rawi », 1/341).

Mulla Ali al-Qari a écrit, après avoir cité certains hadiths fabriqués : « Ne vous laissez pas tromper en voyant que ce hadith est mentionné dans des ouvrages tels que “Qut al-Qulub”, “Ihya’ ‘Ulum al-Din” et “Tafsir al-Tha‘labi”. » (Mulla Ali al-Qari, « al-Asrar al-Marfua », p. 289).

Allama Abd al-Hayy al-Laknawi, après avoir exposé les noms et la classification des ouvrages de référence du madhhab hanafite, dit : « Le classement de la fiabilité des ouvrages de fiqh que nous avons exposé concerne uniquement les questions juridiques. Cette classification ne s’applique absolument pas à l’évaluation de l’authenticité ou de la fiabilité des hadiths mentionnés dans ces livres. Il existe de nombreux ouvrages de fiqh fiables sur lesquels les grands juristes se sont appuyés, mais qui sont remplis de hadiths forgés et mensongers, en particulier les ouvrages consacrés aux fatwas. Après un examen détaillé, il nous est apparu que, bien que les auteurs de ces ouvrages fussent des hommes accomplis, ils manquaient de prudence lorsqu’ils citaient des hadiths. » (Abd al-Hayy al-Laknawi, « al-Nafi‘ al-Kabir », p. 12-13).

C’est pourquoi les spécialistes du hadith ont examiné de manière particulière les hadiths cités dans les ouvrages de fiqh, d’exégèse, de tasawwuf, d’éthique, etc., et ont composé des ouvrages distincts à leur sujet. Ainsi, le célèbre juriste hanafite du VIe siècle de l’Hégire, Allama Burhan al-Din Abu al-Hasan Ali ibn Abi Bakr al-Marghinani (593 H), a cité de nombreux hadiths dans son célèbre ouvrage de fiqh, « Hidaya ». En tant que juriste, il a consacré son attention et tous ses efforts à la détermination et à l’exposition des questions de fiqh. Lorsqu’il citait des hadiths, il écrivait sans distinguer ni examiner ce qu’il avait entendu ou lu. Il ne cherchait pas non plus à se prononcer sur l’authenticité ou la faiblesse d’un quelconque hadith. À une époque ultérieure, des spécialistes du hadith tels qu’Allama Jamal al-Din Abu Muhammad Abd Allah ibn Yusuf al-Zayla‘i al-Hanafi (762 H) et Allama Ahmad ibn Ali ibn Hajar al-‘Asqalani (852 H) ont étudié ces hadiths sur la base de leurs chaînes de transmission et en ont déterminé les hadiths authentiques, faibles et fabriqués.

De même, Hujjat al-Islam l’imam Ghazali (505 H) a cité de nombreux hadiths, çà et là, dans son célèbre ouvrage « Ihya’ ‘Ulum al-Din », au fil de ses discussions sur le fiqh et le tasawwuf. Il était philosophe et juriste, mais non spécialiste du hadith. C’est pourquoi il a mentionné, sans examiner les chaînes de transmission, tout ce qu’il avait entendu ou lu. À une époque ultérieure, Allama Zayn al-Din Abu al-Fadl Abd al-Rahim ibn al-Husayn al-Iraqi (806 H) et d’autres spécialistes du hadith renommés ont analysé les hadiths qu’il avait cités en se fondant sur leurs chaînes de transmission et ont déterminé lesquels étaient authentiques, forgés et fabriqués. En outre, le célèbre juriste et spécialiste du hadith shafiite du VIIIe siècle de l’Hégire, Allama Wahb ibn Ali al-Subki (771 H), a rassemblé dans un ouvrage distinct plusieurs centaines de hadiths forgés et infondés cités dans « Ihya’ ‘Ulum al-Din ». Cet ouvrage s’intitule « al-Ahadith allati la asla laha fi kitab al-Ihya », c’est-à-dire : « Les hadiths cités dans l’ouvrage Ihya’ ‘Ulum al-Din ».

1.8.3. Kashf et inspiration face aux hadiths fabriqués

Les difficultés les plus importantes concernent les savants très renommés comme pieux personnages éminents et favoris d’Allah. Puisqu’ils étaient des saints dotés du kashf, ou « sahibs du kashf », nous supposons qu’ils n’auraient pas écrit les informations reçues par le kashf sans en vérifier l’authenticité. Ainsi, ce qu’ils ont écrit ou dit devrait être considéré comme authentique.

Allama Suyuti (911 H), Abd al-Hayy al-Laknawi (1304 H) et d’autres savants ont traité ces questions en détail. À propos de nombreux hadiths mawdu‘ ou fabriqués cités dans « Ihya’ ‘Ulum al-Din » de l’imam Ghazali et dans d’autres ouvrages, ainsi que dans certains ouvrages écrits par le vénérable Abd al-Qadir al-Jilani, ils disent que quelqu’un pourrait poser la question suivante : « Un savant si éminent, un si grand saint doté du kashf, n’a-t-il pas compris que ce hadith était fabriqué ? Comment un saint tel que lui a-t-il pu mentionner un hadith mawdu‘ dans son propre ouvrage ? La mention qu’il en a faite ne permet-elle pas de comprendre que le hadith est authentique ? » Les explications qu’ils ont données en réponse à ce doute sont exposées ci-dessous :

1.8.3.1. Les vénérables écrivent tout ce qu’ils entendent
En réalité, les vénérables, de nature naïve, écrivent tout ce qu’ils entendent. Ainsi, le fait qu’un hadith soit mentionné dans l’ouvrage d’un vénérable, sans commentaire explicite de sa part, ne signifie pas qu’il l’ait tenu pour authentique avec certitude. En réalité, ils se sont contentés de mentionner ce qu’ils avaient lu ou entendu. Ils espéraient peut-être qu’il possédait une chaîne de transmission et que les spécialistes du hadith la retrouveraient.

1.8.3.2. Le kashf ne joue aucun rôle dans l’évaluation des hadiths
Le kashf n’apporte absolument rien dans l’évaluation des hadiths. Le kashf, les rêves, etc., ne sont que des bienfaits accordés par Allah, des sources de joie et de gratitude. Ce ne sont pas des moyens à utiliser à volonté. Allah avait montré à Umar, par le kashf, la situation de l’armée syrienne située à des centaines de kilomètres, alors qu’Umar n’avait pas perçu la présence d’Abu Lu’lu’a, qui se tenait derrière lui pour le tuer.

En outre, le kashf, les rêves, etc., ne permettent jamais de trancher entre le vrai et le faux, ni entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Divers désaccords et problèmes se sont produits parmi les Compagnons, mais jamais, dans aucun cas, ils n’ont cherché à connaître le vrai ou le faux au moyen du kashf, de l’ilham, des rêves, etc. De nombreux Compagnons ont rapporté des hadiths devant les califes bien guidés — Abu Bakr, Umar, Uthman et Ali, qu’Allah les agrée. Lorsqu’ils soupçonnaient une erreur du rapporteur, ils demandaient un témoin ou lui faisaient prêter serment. Parfois, lorsqu’ils étaient particulièrement convaincus que le rapporteur s’était trompé, ils n’acceptaient pas le hadith qu’il avait rapporté. Mais jamais ils ne jugeaient l’authenticité d’un hadith au moyen du kashf. Pendant près d’un demi-siècle par la suite, les Compagnons ont rapporté et écouté des hadiths, et ont établi le système de transmission des chaînes afin de déterminer quels hadiths étaient authentiques, faibles ou fabriqués. Selon la situation du rapporteur, ils acceptaient le hadith ou le rejetaient comme faible. Mais jamais ils ne se sont fondés sur le kashf.

Se fonder sur la chaîne de transmission pour déterminer l’authenticité des hadiths relève de la sunna des califes bien guidés et de la sunna des Compagnons. En revanche, se fonder à ce sujet sur le kashf, l’ilham ou les rêves est contraire à la sunna, constitue une innovation et une tendance destructrice.

1.8.3.3. Le kashf et l’ilhâm ne sont pas des moyens de connaître la justesse

Il est clairement établi dans les ouvrages de croyance islamique que le kashf ou l’ilm ne constituent pas un critère permettant de connaître la justesse de quoi que ce soit. L’un des éminents savants hanafites du VIe siècle, Umar ibn Muhammad an-Nasafî (537 H.), a écrit dans son « Al-Aqâ’id an-Nasafiyya », et le célèbre savant chaféite du VIIIe siècle, Sa‘d ad-Dîn Mas‘ûd ibn Umar at-Taftâzânî (791 H.), a écrit dans son « Sharh al-Aqâ’id an-Nasafiyya » : « Pour les gens de la vérité, l’ilhâm, connu sous le nom d’“ilqâ accordé sous forme de fayd”, ne peut être un moyen de connaître la justesse de quoi que ce soit. » (Mujaddid al-Alf Thânî, Maktûbât Sharîf, 1/1, p. 88, 178, 195, 196…)

Bien que certains maîtres inexpérimentés prétendent vérifier l’authenticité des hadiths sur la base des rêves, du kashf, de l’ilhâm, etc., les maîtres expérimentés et avisés s’y sont fermement opposés. L’un des plus grands maîtres et réformateurs de l’Inde, Mujaddid al-Alf Thânî (qu’Allah lui fasse miséricorde), a vivement contesté et dénoncé le fait de se fonder sur le kashf, l’ilhâm, etc., pour connaître la vérité et la fausseté, ou l’authenticité et l’inexactitude. Il a maintes fois souligné que le Coran et les hadiths sont le critère permettant de déterminer si le kashf, l’ilhâm, etc., sont corrects ou erronés. Le kashf ne peut jamais être un moyen de connaître la justesse d’un hadith ou d’une opinion quelconque.

1.8.3.4. Les erreurs des saints détenteurs du kashf

En réalité, nous constatons que de nombreux ascètes célèbres, que nous considérons comme des détenteurs du kashf, ont écrit dans leurs différents ouvrages beaucoup de choses qui sont indubitablement erronées ou injustes. Hazrat Abd al-Qâdir al-Jîlânî (561 H.) a écrit que la foi augmente et diminue. Il a considéré l’acceptation de l’augmentation et de la diminution de la foi comme un signe des Ahl as-Sunna wa-l-Jamâ‘a et de la secte sauvée, et le refus de l’augmentation et de la diminution de la foi comme un signe des gens de la fausseté. Il a écrit qu’il ne convenait pas à un musulman de dire : « Je suis certainement croyant », mais qu’il devait dire : « Si Allah le veut, je suis croyant. » Comme l’imam Abû Hanîfa (qu’Allah lui fasse miséricorde) et ses disciples n’acceptent pas l’augmentation et la diminution de la foi, ne considèrent pas les œuvres comme une partie de la foi et jugent répréhensible de dire « Si Allah le veut, je suis croyant », il les a donc qualifiés, lui et ses disciples, de secte fausse et vouée à l’Enfer. [Abd al-Qâdir al-Jîlânî, Ghunyat at-Tâlibîn (traduction de Nûr al-Âlam Ra’îsî), p. 6, 7, 149, 151, 152, 155, 211, 227].

L’imam al-Ghazâlî a écrit que la musique, les instruments, la danse, les mouvements de danse, etc., favorisent la proximité avec Allah et constituent une bonne innovation. Il a cité de nombreux hadiths faibles et forgés en faveur de la musique et des instruments. (Abû Hâmid al-Ghazâlî, Ihyâ’ Ulûm ad-Dîn, 2/292-332.)

On trouve d’innombrables exemples de ce genre dans leurs ouvrages. Ainsi, même s’ils déclarent un hadith authentique, il ne faut pas l’accepter sans examiner sa chaîne de transmission. En effet, préserver l’authenticité des hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et identifier toutes les paroles fabriquées font partie des obligations religieuses majeures. Même celui qui rapporte au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) un hadith douteux devra subir un châtiment sévère. Il n’y a donc ici aucune place pour le relâchement.

1.8.4. Les falsifications attribuées aux maîtres éminents

Nous devons garder à l’esprit un autre point : tout comme des falsifications ont été commises au nom des hadiths, de nombreuses falsifications ont été commises au nom de pieux maîtres et de saints d’Allah. Plusieurs éléments méritent ici d’être relevés :

(1) Les falsificateurs fabriquaient ces récits soit pour nuire à la religion, soit pour lui rendre un « service ». Ceux qui souhaitaient notamment supprimer les prétendues insuffisances de la religion afin de la rendre plus attrayante et plus populaire produisirent les falsifications les plus dangereuses. Pour les deux groupes, et surtout pour le second, il était plus facile et plus avantageux de fabriquer des récits au nom des saints d’Allah qu’au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

(2) La falsification au nom des grands maîtres était plus commode parce que, parmi les gens ordinaires, l’influence de leurs noms était plus forte que celle des « hadiths ». Il est difficile de convaincre beaucoup de musulmans ordinaires en invoquant un « hadith ». Si on leur dit que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a accompli telle action ou a ordonné de l’accomplir…, ils peuvent l’accepter ou ne pas l’accepter. Mais si on leur dit qu’Abd al-Qâdir al-Jîlânî, Khwâja Mu‘în ad-Dîn Chishtî ou tel autre saint a accompli cette action ou a ordonné de l’accomplir, il sera beaucoup plus facile de les en convaincre et ils l’accepteront très rapidement. Telle est, à travers les époques, la situation des musulmans ordinaires après les premiers siècles d’or de l’islam. La falsification au nom des grands maîtres était donc plus efficace.

(3) La falsification au nom des saints d’Allah était plus facile parce que, contrairement aux hadiths, aucun système de surveillance et de vérification comparable à celui mis en place par les dévoués traditionnistes de la communauté musulmane n’existait, ou n’existe, dans ce domaine. Il n’y avait ni contrôle, ni examen, ni chaîne de transmission, ni texte, ni vérification historique ou sémantique : chacun disait ce qu’il voulait. Les falsificateurs pouvaient donc très facilement atteindre leurs objectifs.

(4) L’utilisation des noms de ces grands maîtres était également extrêmement efficace pour fabriquer des hadiths. Ils ont introduit de nombreux hadiths forgés parmi les paroles inventées attribuées à ces maîtres. En raison de l’« intensité de la vénération » que les musulmans leur vouaient, ceux-ci ont très facilement avalé avec dévotion ces poisons. Les falsificateurs ont ainsi fait d’une pierre deux coups.

1.8.4.1. La voie qadiriya

Abd al-Qâdir al-Jîlânî (qu’Allah lui fasse miséricorde) est la personnalité la plus célèbre du VIe siècle de l’Hégire (XIIe siècle chrétien). D’un côté, il était un grand jurisconsulte de l’école hanbalite ; de l’autre, il était un ascète et soufi célèbre. De nombreuses voies spirituelles, paroles et œuvres circulent dans le monde musulman sous son nom. La plupart de ces voies, paroles et ouvrages sont fabriqués. Même si certains ouvrages ont été rédigés par lui, de nombreuses paroles inventées y ont été insérées ultérieurement. Nous examinerons ici la voie qadiriya et le livret « Sirr al-Asrâr », connus sous son nom.

Les ouvrages d’Abd al-Qâdir al-Jîlânî (qu’Allah lui fasse miséricorde) ne contiennent pas la description des pratiques, wird, muraqaba et autres méthodes de la voie qadiriya actuellement répandue. Les historiens rapportent qu’environ deux cents ans après la mort d’Abd al-Qâdir al-Jîlânî (qu’Allah lui fasse miséricorde), l’un de ses descendants, « Ghawth al-Jîlânî », introduisit la voie qadiriya en 887 de l’Hégire (1482 de l’ère chrétienne). Diverses méthodes sont pratiquées dans différents pays sous le nom de « voie qadiriya ». Les pratiques, wird, etc., exposés dans les ouvrages connus écrits par Hazrat Abd al-Qâdir al-Jîlânî lui-même ne se retrouvent pas dans la voie qadiriya actuellement répandue.

En examinant la chaîne ou « shajara » de la voie qadiriya répandue dans notre pays, nous constatons qu’elle est reçue de Shâh Walî Allâh al-Muhaddith ad-Dihlawî (1176 H./1762 de l’ère chrétienne). Cependant, la description de la voie qadiriya donnée par Shâh Walî Allâh dans son ouvrage « Al-Qawl al-Jamîl » diffère de celle que Sayyid Ahmad Barelwî donne dans son « Sirât al-Mustaqîm » (1246 H.). De plus, les wird et ashghâl de la voie qadiriya actuellement répandue dans notre pays diffèrent largement des méthodes enseignées par ces deux hommes. Il est impossible de savoir lesquelles de ces pratiques ont été instituées par lui-même et lesquelles ont été introduites ultérieurement en son nom.

1.8.4.2. Sirr al-Asrâr

Un ouvrage célèbre et répandu sous le nom de Hazrat Abd al-Qâdir al-Jîlânî (qu’Allah lui fasse miséricorde) est le « Sirr al-Asrâr ». On y trouve beaucoup de bonnes paroles à la lumière du Coran et des hadiths. Mais l’ouvrage contient également de nombreux hadiths forgés et paroles inventées. Il semble qu’une personne ultérieure ait écrit ce livre et l’ait fait passer sous son nom. Plusieurs éléments prouvent cette falsification :

1. À différents endroits de cet ouvrage, l’auteur cite diverses paroles et poèmes de Farîd ad-Dîn Attâr. Il dit par exemple en un endroit : « Hazrat Shaykh Farîd ad-Dîn Attâr (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit… » (Abd al-Qâdir al-Jîlânî, Sirr al-Asrâr, p. 27). Il faut remarquer ici que Farîd ad-Dîn Attâr (qu’Allah lui fasse miséricorde) est né en 512 de l’Hégire et est décédé en 626, tandis qu’Abd al-Qâdir al-Jîlânî est né en 471 et mort en 561 de l’Hégire. Farîd ad-Dîn Attâr était de quarante ans son cadet et, au moment de la mort d’Abd al-Qâdir al-Jîlânî, il n’était pas encore particulièrement célèbre. Il est donc inconcevable qu’il ait cité Attâr en disant « Hazrat Shaykh… » et autres formules.

2. Cet ouvrage cite également Shams de Tabrîz. L’auteur dit : « Hazrat Shams de Tabrîz (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit… » (Abd al-Qâdir al-Jîlânî, Sirr al-Asrâr, p. 27).

Il convient de rappeler que Shams de Tabrîz mourut en 644 de l’Hégire. La date exacte de sa naissance n’est pas connue, mais il semble être né après 560 de l’Hégire. Autrement dit, au moment de la mort d’Abd al-Qâdir al-Jîlânî (qu’Allah lui fasse miséricorde), Shams de Tabrîz n’était même pas encore né. Pourtant, l’auteur cite ses paroles.

3. Cet ouvrage cite à maintes reprises Jalâl ad-Dîn Rûmî. L’auteur écrit par exemple : « Le sultan du monde spirituel, Mawlânâ Jalâl ad-Dîn Rûmî, a dit dans son poème immortel, le Mathnawî… » (Abd al-Qâdir al-Jîlânî, Sirr al-Asrâr, p. 25, 29). Il faut remarquer que Jalâl ad-Dîn Rûmî (604-676 H.) est né près d’un demi-siècle après la mort d’Abd al-Qâdir al-Jîlânî ! On cite donc des passages de son Mathnawî datant d’un demi-siècle avant la naissance de Rûmî !

Nous comprenons ainsi que cet ouvrage est entièrement apocryphe, ou que de nombreuses paroles fabriquées y ont été insérées ultérieurement. Il contient d’innombrables hadiths forgés et des mensonges abominables. Or, sous le nom d’Abd al-Qâdir al-Jîlânî (qu’Allah lui fasse miséricorde), ces écrits ont très facilement trouvé leur place dans le public.

1.8.4.3. La voie chishtiya

Parmi les grands maîtres les plus célèbres de notre pays figurent Hazrat Khwâja Mu‘în ad-Dîn Chishtî (633 H.), Qutb ad-Dîn Bakhtiyâr Kâkî (653 H.), Farîd ad-Dîn Mas‘ûd Ganj-i Shakar (663 H.) et Nizâm ad-Dîn Awliyâ’ (725 H.), qu’Allah leur fasse miséricorde. La voie chishtiya est répandue sous leurs noms. De nombreuses paroles, actions et œuvres circulent également sous leurs noms. Beaucoup de ces éléments sont manifestement mensongers et fabriqués. Nous examinerons ici la voie chishtiya ainsi que quelques ouvrages connus sous leurs noms.

On observe de nombreuses différences entre les pratiques, wird, etc., de la voie chishtiya dans les différents sanctuaires de l’Inde. Les ouvrages diffusés sous les noms des maîtres mentionnés ne contiennent rien de ces « voies » ou méthodes. De plus, les descriptions des dhikr et wird présentes dans ces ouvrages ne se retrouvent pas dans la voie chishtiya actuellement pratiquée. Dans le cas de la voie chishtiya également, la description de Shâh Walî Allâh al-Muhaddith ad-Dihlawî diffère de celle de Sayyid Ahmad Barelwî. Les wird et ashghâl de la voie chishtiya actuellement répandue dans notre pays diffèrent aussi largement des méthodes enseignées par ces deux hommes. Il est impossible de savoir lesquelles sont originales et lesquelles sont fabriquées.

1.8.4.4. Anis-ul-Arwah, Rahat-ul-Qulub, etc.

Certains ouvrages sont diffusés comme ayant été rédigés par ces grands maîtres spirituels. Ils ont été composés comme des « souvenirs et récits de la compagnie d’un maître ou d’un pir ». Khwaja Mu‘inuddin Chishti a relaté dans l’ouvrage intitulé Anis-ul-Arwah sa longue compagnie avec son maître ‘Uthman Haruni. Khwaja Qutbuddin Bakhtiyar Kaki a écrit dans Dalil-ul-‘Arifin ses souvenirs de la compagnie de son maître Mu‘inuddin Chishti. Khwaja Fariduddin Ganj-i Shakar a écrit dans Fawa’id-us-Salikin ses souvenirs de la compagnie de son maître Qutbuddin. Khwaja Nizamuddin Auliya a écrit dans Rahat-ul-Qulub ses souvenirs de la compagnie de son maître Fariduddin. Le célèbre chanteur Amir Khusrau a écrit dans Rahat-ul-Muhibbin ses souvenirs de la compagnie de son maître Nizamuddin.

La lecture de ces ouvrages donne l’impression qu’il s’agit de livres falsifiés, rédigés par des gens d’époques postérieures. Ou bien ces maîtres avaient écrit certains textes, auxquels les falsificateurs des époques suivantes ont ajouté à leur guise de nombreux éléments. Ces ouvrages contiennent beaucoup de paroles pertinentes fondées sur le Coran et les hadiths. Mais ils sont également remplis d’innombrables hadiths fabriqués et de propos mensongers. En outre, les données historiques y sont consignées de manière incohérente. Ils comportent des erreurs qui apparaissent dès le premier regard.

Chaque saint y a indiqué les dates de ses majalis. Les années et les dates y sont consignées de façon contradictoire, ce qui montre clairement qu’ils ont été falsifiés ultérieurement au nom de ces personnages. Il y est écrit que le 4 de Shawwal était un jeudi et le 7 un dimanche. Cela signifie que Shawwal aurait commencé un lundi. Mais le 15 de Dhu al-Qa‘da est indiqué comme étant un lundi. Cela signifie que Dhu al-Qa‘da aurait également commencé un lundi. Cela ne serait possible que si le mois de Shawwal avait compté vingt-huit jours. (Khwaja Mu‘inuddin, Anis-ul-Arwah (Fawa’id-us-Salikin), p. 135, 143, 144.)

La majlis suivante aurait encore eu lieu le jeudi 5 de Dhu al-Hijja. Quel que soit le jour — lundi, mardi ou mercredi — où Dhu al-Qa‘da aurait commencé, le 5 de Dhu al-Hijja ne pourrait en aucun cas être un jeudi. Puis la majlis suivante aurait eu lieu le samedi 20 de Dhu al-Hijja ! Si le 5 était un jeudi, comment le 20 pourrait-il être un samedi ? (Ibid., p. 147, 149.)

Il est écrit que le 20 de Rajab était un lundi et le 27 un dimanche. Le 5 de Shawwal était un samedi, alors que le 20 de Shawwal était un jeudi (Nizamuddin Auliya, Rahat-ul-Muhibbin, p. 24, 43, 83, 88) : autant d’incohérences innombrables qui apparaissent au premier coup d’œil.

Kaki (que Dieu lui fasse miséricorde) a mentionné qu’en 613 de l’Hégire, il avait prêté allégeance à son pir Mu‘inuddin Chishti à Bagdad. Il serait ensuite resté quelque temps à Bagdad pour plusieurs majalis, avant de se rendre à Ajmer avec ses compagnons. Nous savons ainsi avec certitude que Hazrat Mu‘inuddin Chishti arriva en Inde après 613 de l’Hégire. Hazrat Bakhtiyar Kaki a également mentionné que, pendant son séjour à Ajmer, Prithviraj, le roi d’Ajmer, conspirait contre lui. À un moment donné, il dit : « J’ai remis Prithviraj vivant et captif aux mains des musulmans. » Quelques jours plus tard, les soldats du sultan Shahabuddin Ghori auraient vaincu et capturé Prithviraj. [Anis-ul-Arwah (avec Dalil-ul-‘Arifin et Fawa’id-us-Salikin), p. 62, 119, 138].

Pourtant, les historiens ont indiqué qu’environ vingt-cinq ans avant 613 de l’Hégire, en 588, ils avaient vaincu Prithviraj lors de la deuxième bataille de Tarain et pris Ajmer. De plus, Shahabuddin Ghori mourut en 603 de l’Hégire, soit dix ans avant l’arrivée de Khwaja Mu‘inuddin à Ajmer en 613. Cela montre que tous ces récits sont fabriqués. Ou bien Mu‘inuddin (que Dieu lui fasse miséricorde) arriva en Inde bien plus tôt. Dans ce cas, les années, les dates et les informations connexes consignées dans Anis-ul-Arwah, Dalil-ul-‘Arifin, Fawa’id-us-Salikin et d’autres ouvrages sont fabriquées.

Nous avons ainsi constaté qu’une falsification considérable a été commise au nom des saints, tout comme au nom des hadiths. Alors qu’il existe, pour les hadiths, une méthode d’examen précise, l’absence d’une telle méthode concernant les saints ne permet pas de détecter les falsifications commises en leur nom. Les falsificateurs ont rédigé des ouvrages falsifiés au nom des saints et y ont cité des hadiths fabriqués ; ils ont aussi inséré des hadiths fabriqués dans les livres écrits par ces derniers. Désormais, dès que l’on dit quoi que ce soit contre ces hadiths fabriqués, le musulman ordinaire répond : « Ce hadith figure dans le livre de tel saint ; comment pourrait-il être fabriqué ?! » Ainsi, les falsificateurs ont fait d’une pierre deux coups.

1.8.5. Hadith fabriqué contre hadith faible

Nous avons vu dans les développements précédents que le hadith fabriqué constitue une catégorie de hadith faible. Les muhaddithun de la communauté musulmane ont fait preuve d’une rigueur particulière à l’égard des hadiths fabriqués, mais de nombreux muhaddithun n’ont pas adopté la même rigueur à l’égard des hadiths faibles. Ils ont strictement interdit l’usage ou la mention des hadiths faibles dans deux domaines : (1) celui de la ‘aqida ou croyance, et (2) celui des ahkam ou règles de la Shari‘a. Dans ces domaines, il faut s’appuyer exclusivement sur les hadiths authentiques. Bien plus, pour établir la ‘aqida ou la croyance, il faut essentiellement s’appuyer sur les hadiths mutawatir, c’est-à-dire ceux rapportés par de nombreux Compagnons et Tabi‘in et dont il est établi qu’ils étaient largement répandus parmi les Compagnons. En effet, seule la Parole du Noble Coran et de tels « hadiths mutawatir » permet d’établir la certitude absolue, ou yaqin. Dans le second domaine, il faut s’appuyer sur les hadiths sahih ou hasan. (Suyuti, Tadrib ar-Rawi, 1/132 ; Ibn Jama‘a, Al-Manhal ar-Rawi, p. 32.)

1.8.5.1. Domaines et conditions relatifs aux hadiths faibles

En revanche, certains ont autorisé la mention de hadiths « légèrement faibles » dans trois domaines : (1) le tafsir, ou explication lexicale, du Noble Coran ; (2) l’histoire ou les récits historiques ; (3) la mention des mérites ou récompenses de diverses bonnes œuvres. À ce sujet, ils ont énoncé les conditions suivantes :

(1) Le hadith faible doit être légèrement faible, et non très faible.

(2) Le hadith faible doit mentionner le mérite d’une bonne œuvre qui, à la lumière des hadiths authentiques, est bonne et permise.

(3) Lorsqu’on agit conformément à un hadith faible, il ne faut pas croire que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a réellement prononcé ces paroles. Il faut agir par précaution. Autrement dit, il faut garder à l’esprit qu’il est plus probable que ce hadith ne soit pas une parole du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), mais que, s’il est authentique, on obtiendra cette récompense ; on peut donc accomplir l’œuvre. Même s’il n’est pas authentique, puisque l’œuvre elle-même est recommandée à la lumière des hadiths authentiques, on en obtiendra tout de même une certaine récompense. (Voir en détail : ‘Abd al-Hayy Lakhnawi, Zafar al-Amani, p. 209-224.)

Ayant mal compris l’opinion de certains muhaddithun concernant les hadiths faibles, beaucoup ont parfois contribué par ce moyen à la diffusion des hadiths fabriqués dans la société. En réalité, la plupart des hadiths fabriqués et dépourvus de fondement qui sont répandus dans diverses sociétés musulmanes s’y sont propagés par cette voie. Plusieurs causes sont à l’origine de la diffusion d’innombrables hadiths fabriqués dans la société :

(1) La prédication, les exhortations et l’exercice de diverses responsabilités religieuses par des personnes incompétentes et dépourvues de savoir ;
(2) la négligence et la paresse des ‘ulama ordinaires ;
(3) la désinvolture de ‘ulama célèbres et compétents ;
(4) le désir de guider les gens ; et
(5) l’intérêt pour l’histoire, la Sira et les récits des miracles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

1.8.5.2. Les hadiths forgés sous le nom de hadiths faibles dans la guidance et les mérites

Les deux dernières raisons ont joué le rôle le plus important dans la propagation des hadiths forgés. Désireux de guider les gens, de nombreux savants compétents ont cité, dans leurs ouvrages consacrés aux sermons, aux mérites, à la purification de l’âme, etc., de nombreux hadiths faibles aux côtés de hadiths authentiques. Parmi ces hadiths faibles, beaucoup de hadiths forgés ont trouvé place dans leurs livres. Dans la plupart des cas, ils n’ont pas signalé leur caractère forgé ni leur faiblesse. Ainsi, les lecteurs ordinaires les ont considérés comme des « hadiths authentiques ».

À voir la situation, on a l’impression qu’après avoir mentionné tant de versets du Coran et tant de hadiths authentiques, il n’a apparemment pas été possible de faire entrer le message de la guidance dans le cœur des gens. Il semble qu’on ne puisse toucher leur cœur sans raconter quelques paroles faibles ou peu fiables. Les châtiments mentionnés dans le Coran et les hadiths authentiques, ainsi que les récompenses, les rétributions et les mérites mentionnés dans le Coran et les hadiths authentiques, ne semblent apparemment pas capables de susciter dans le cœur des gens une véritable orientation vers l’au-delà, la crainte d’Allah et l’empressement à accomplir les œuvres. C’est pourquoi, semble-t-il, ils mentionnent ces paroles faibles ou dépourvues de fondement après les versets coraniques et les hadiths authentiques.

1.8.5.3. Les hadiths forgés sous le nom de hadiths faibles dans l’histoire et la sîra

On observe la même situation dans le domaine de l’histoire, de la sîra et des récits faibles. Tout auteur souhaite rassembler le plus grand nombre possible d’informations sur son sujet. En raison de cet intérêt pour la collecte des informations, de nombreux savants ont accepté dès les premières époques certains hadiths quelque peu faibles. Mais, aux époques ultérieures, cet intérêt a entraîné l’infiltration d’innombrables hadiths forgés et dépourvus de fondement dans les ouvrages consacrés à la vie du Prophète.

Nous avons appris précédemment, à travers l’exposé de Shah Waliullah Dehlawi, que tous les hadiths diffusés au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avaient été compilés entre les IVe et Ve siècles. À l’époque postérieure, la plupart des éléments supplémentaires compilés étaient des paroles forgées et dépourvues de fondement, fabriquées aux époques ultérieures. Il a classé les ouvrages de ce type aux quatrième et cinquième niveaux.

Nous pouvons également comprendre à partir de là la situation des ouvrages consacrés à l’histoire, à la sîra et aux miracles. Parmi les ouvrages de ce genre compilés au cours des six premiers siècles figurent notamment : la Sîra d’Ibn Ishaq (150 H), les Maghâzî d’al-Waqidi (207 H), la Sîra d’Ibn Hisham (218 H), les Tabaqât d’Ibn Sa‘d (230 H), le Târîkh de Khalîfa ibn Khayyât (240 H), le Futûh al-buldân d’al-Balâdhurî (279 H), les Dalâ’il al-nubuwwa d’al-Firyâbî (301 H), le Târîkh d’al-Tabarî (310 H), le Târîkh d’al-Mas‘ûdî (345 H), les Dalâ’il al-nubuwwa d’al-Bayhaqî (458 H), et d’autres encore. Ces ouvrages ont accepté un grand nombre de hadiths « extrêmement faibles » ainsi que quelques hadiths forgés. Pourtant, nous constatons que les auteurs des époques ultérieures ont rassemblé bien d’autres récits qui ne se trouvent absolument pas dans ces ouvrages.

Parmi les ouvrages célèbres des époques ultérieures figurent al-Khasâ’is al-kubrâ d’al-Suyûtî (911 H), al-Mawâhib al-ladunniyya d’al-Qastallânî (923 H), et Subul al-hudâ, ou al-Sîra al-Shâmiyya, de Muhammad ibn Yûsuf al-Shâmî (942 H). Les auteurs de ces ouvrages ont affirmé qu’ils y mentionneraient des hadiths faibles, mais non des hadiths forgés. En réalité, nous constatons qu’ils y ont cité de nombreux hadiths qu’ils ont eux-mêmes qualifiés ailleurs de forgés et de mensongers.

Parmi les ouvrages de l’étape suivante figurent notamment la Sîra halabiyya d’Ali ibn Burhân al-Dîn al-Halabî (1044 H), le Sharh al-Mawâhib d’al-Zurqânî (1122 H), ainsi que d’autres ouvrages. Les auteurs de ces livres n’ont opéré aucune sélection. Leur objectif était de rassembler et d’organiser autant d’informations que possible. C’est pourquoi, sans aucun examen ni vérification, ils ont réuni, mélangé et ordonné toutes sortes de récits : authentiques, faibles, forgés et dépourvus de chaîne de transmission. Ainsi, d’innombrables récits forgés et sans fondement y ont trouvé place. De plus, les hadiths forgés contiennent davantage de nouveautés et d’éléments extravagants. C’est pourquoi, dans ces ouvrages, on s’est davantage appuyé sur les hadiths forgés que sur les hadiths authentiques. À voir la situation, on a l’impression qu’il n’est apparemment pas possible de prouver la prophétie, les miracles et le mérite du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) au moyen du Noble Coran et des innombrables hadiths authentiques, ou que la description de son mérite ne peut apparemment atteindre sa perfection sans ces récits mensongers et forgés !

Les auteurs des ouvrages de cette période n’ont indiqué les sources de la plupart des récits. Et même lorsqu’ils en ont indiqué une, leur négligence est inimaginable. Je vais en donner un exemple. L’auteur de la Sîra halabiyya dit : « J’ai lu un livre intitulé Tashrîfât fî al-khasâ’is wa al-mu‘jizât. Je n’ai pas pu connaître le nom de son auteur. J’y ai vu le récit suivant : rapporté d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée), le vénérable Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda à Gabriel (que la paix soit sur lui) : “Ô Gabriel, quel âge avez-vous ?” … Al-Bukhârî a compilé ce hadith. » (Halabî, Ali ibn Burhân al-Dîn, Sîra halabiyya, 1/49).

Ce hadith ne se trouve pas dans al-Bukhârî, et il ne se trouve même dans aucun recueil de hadiths. Se fondant sur le récit de cet auteur anonyme, l’auteur de l’ouvrage cita le hadith. Il ne prit même pas la peine de rechercher dans le Sahîh al-Bukhârî ou dans les autres ouvrages écrits par l’imam al-Bukhârî. De cette manière, il a établi durablement la diffusion, parmi les musulmans des époques ultérieures, d’une abominable parole mensongère attribuée au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Les savants de notre pays s’appuient précisément sur des ouvrages comme la Sîra halabiyya ; d’innombrables paroles forgées trouvent donc place dans leurs écrits ou leurs discours. Le célèbre savant et pieux Abdul Khaleq (qu’Allah lui fasse miséricorde) a mentionné dans la préface de son ouvrage Sayyid al-mursalîn qu’il s’était essentiellement appuyé sur cette Sîra halabiyya, ou Sîrat-i Halabî. Par respect naturel pour l’auteur, il n’en a vérifié aucune information. Nous trouvons donc dans cet ouvrage précieux d’innombrables hadiths forgés et dépourvus de fondement.

Nous avons vu que la condition permettant d’agir selon un hadith faible est de ne pas croire à son contenu, et de n’accomplir l’œuvre qu’à titre de précaution. Mais, en réalité, il est difficile de séparer la croyance de l’action. En effet, celui qui a agi conformément à un hadith faible a au moins cru qu’il était possible d’obtenir une telle récompense pour cette œuvre. En particulier, lorsqu’un croyant entend un récit concernant la vie et les miracles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il y croit. Plus encore, ces paroles « faibles » ou « forgées » deviennent une partie de sa foi. Ainsi, sa croyance repose sur des hadiths faibles ou forgés.

1.8.6. Vérification contre propos globaux et conjecturaux

Dans le domaine des hadiths forgés, la confusion la plus abominable et la plus dangereuse consiste à émettre des jugements globaux sans procéder à une vérification. Nous avons mentionné à maintes reprises et compris avec certitude, à partir de tout l’exposé précédent, que la préservation de l’authenticité de la révélation ou de l’enseignement religieux et la conservation des sources constituent une caractéristique particulière de la communauté musulmane. Aucune autre communauté religieuse ne s’est attachée de la même manière à préserver l’authenticité de ses livres religieux, de l’enseignement de ses prédicateurs ou des directives de ses fondateurs.

Depuis l’époque des Compagnons et à toutes les époques, les savants et les spécialistes du hadith musulmans ont accepté chaque parole diffusée au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) après l’avoir examinée, observée et vérifiée avec la plus grande minutie. Pourtant, de nombreux « orientalistes », ainsi que de nombreux musulmans influencés par leur pensée et de nombreux penseurs ou chercheurs musulmans inexpérimentés ou ignorants, émettent des jugements et des opinions globaux sur l’authenticité et l’exactitude des hadiths : « Puisque des hadiths ont été forgés, aucun hadith n’est donc fiable », ou encore : « Puisque le sens de tel hadith n’est pas correct, il doit être considéré comme forgé », et ainsi de suite. Certains pensent que les spécialistes du hadith n’ont probablement examiné que les chaînes de transmission, sans examiner ni vérifier le sens, les termes, les phrases, l’idée, etc. Tout cela ne constitue que des suppositions sans fondement et les inventions barbares d’esprits fertiles. La cause première en est leur méconnaissance de la méthode d’examen des spécialistes du hadith. Une cause plus importante encore est l’hostilité envers l’islam et le désir ardent d’en détourner les gens.

Outre les savants orientalistes juifs et chrétiens, les communautés non musulmanes telles que les qadianis et les bahaïs, ainsi que la communauté chiite, certains « savants pécheurs par leur savoir » émettent de tels jugements globaux contre les hadiths, ou déclarent un hadith forgé en en jugeant le sens selon leur bon vouloir. Ils veulent se réclamer de l’islam, mais ne veulent pas pratiquer l’islam. Ils ne veulent accomplir aucune pratique : la prière, le jeûne, la zakât, le pèlerinage, la consommation du licite, la purification, etc. Ils veulent annuler les sujets mentionnés dans le Coran en leur donnant des interprétations arbitraires. Mais ce qui les inquiète, ce sont les hadiths. Car si les hadiths existent, l’interprétation arbitraire devient impossible. L’interprétation du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est la définitive. C’est pourquoi ils veulent rejeter sans distinction les hadiths en les déclarant forgés.

J’espère que l’exposé de cet ouvrage aura permis au lecteur de comprendre la réalité des opinions de ces gens. Nous avons compris que la méthode d’examen et de jugement des spécialistes du hadith était extrêmement subtile et scientifique. Ils ont identifié comme authentiques certains hadiths à la lumière des chaînes de transmission, de la transmission orale, des manuscrits, de la langue, du sens et de toutes les preuves pertinentes. Seul un ignorant dépourvu de savoir, ou un savant pécheur animé de haine, peut émettre sur leur authenticité et leur exactitude un doute global dénué de preuves et de données. De même, prétendre par la force que les hadiths qu’ils ont déclarés forgés et fabriqués sont des hadiths ne constitue rien d’autre que l’audace effrayante de mentir au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Toutefois, la porte de l’examen fondé sur les preuves demeure toujours ouverte.

1.8.7. Quelques questions relatives aux hadiths forgés

Nous avons achevé l’exposé de la première partie. Dans la deuxième partie, nous mentionnerons de nombreux hadiths forgés et propos dépourvus de fondement répandus dans notre société. En lisant ces paroles forgées et sans fondement, plusieurs questions peuvent revenir à l’esprit du lecteur. Nous avons appris les réponses à ces questions dans l’exposé précédent. Néanmoins, je souhaite les examiner ici.

Nous constaterons que, parmi les hadiths mensongers et fabriqués, se trouvent de nombreuses paroles très belles, riches de sens, précieuses et émouvantes. Nous pourrions alors penser : « Cette parole est pourtant très belle ; pourquoi la qualifier de fabriquée ? » Ou bien : « Une parole aussi belle et aussi émouvante ne peut pas ne pas être un hadith. » Ou encore : « Cette parole ne contient pourtant aucun défaut ; pourquoi s’y opposer ? », et ainsi de suite.

La réponse est que nous devons comprendre que la première responsabilité de la communauté est de préserver intactes et parfaitement authentiques les enseignements et les paroles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il a répété à maintes reprises qu’attribuer à son nom une parole qu’il n’a pas prononcée constitue une voie certaine vers l’Enfer. Par conséquent, le sens ou la portée d’une parole ne doit jamais être notre première considération. La première chose à considérer est de vérifier s’il a prononcé cette phrase. Aussi beau et émouvant que soit le sens d’une parole, nous ne pouvons pas la présenter comme une parole du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ni comme un hadith tant qu’elle n’est pas rapportée de lui par une chaîne authentique. Qu’Allah nous préserve du plus grave des crimes : rapporter au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) une parole dont nous ne savons pas avec certitude qu’il l’a prononcée.

Le deuxième point est que nous constatons souvent que de nombreux pieux et grands personnages ont mentionné comme hadiths, dans leurs ouvrages, certains des récits que nous avons qualifiés de fabriqués. Quelqu’un pourrait alors dire : « Tel savant ou tel pieux a rapporté ce hadith ; est-il donc voué à l’Enfer ? »

Nous avons vu que de nombreuses falsifications ont été commises au nom des pieux et des grands personnages. Nous ne savons pas si ces hadiths ont réellement été prononcés par eux ou si des falsificateurs les leur ont attribués. Même s’ils les ont effectivement prononcés, nous devons comprendre qu’un grand personnage peut commettre quelques erreurs au milieu de ses innombrables actes. Ces erreurs et ces fautes ne représentent rien comparées à leurs innombrables bonnes œuvres. En réalité, ils étaient des mujtahid. Le mujtahid reçoit d’Allah une double récompense pour son acte correct, et une seule récompense pour son erreur. (Sahîh al-Bukhârî.) En outre, Allah a dit : « Les bonnes œuvres effacent assurément les mauvaises. » (sourate Hûd, verset 114.) Ainsi, les quelques erreurs de celui qui a accompli beaucoup de bonnes œuvres seront effacées grâce à ses bonnes œuvres.

Aucun pieux ni aucun véritable homme de Dieu ne peut attribuer sciemment une parole forgée ou mensongère au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Quelqu’un a peut-être pu en rapporter une sans le savoir. Mais cela ne signifie pas que nous puissions, en connaissance de cause, rapporter un hadith forgé. Notre responsabilité est la suivante : si nous apprenons ou savons qu’un hadith est forgé, nous devons immédiatement cesser de le rapporter et de le mettre en pratique. Si nous avons un doute à ce sujet, nous devons tenter d’en connaître la réalité en procédant à une tahqîq, c’est-à-dire à une recherche, à la lumière des informations fournies par les spécialistes du hadith. Le Très-Haut nous interrogera au sujet de nos propres actes, et non au sujet des actes d’autrui. Nous devons donc nous préserver de rapporter au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) quoi que ce soit de mensonger ou de douteux.

La troisième question qui nous viendra à l’esprit est la suivante : « Tous ces grands personnages n’ont-ils rien compris ? Avons-nous maintenant compris davantage qu’eux ? » À ce sujet, je dirai que, lorsqu’il s’agit de déclarer forgés les hadiths étudiés dans cet ouvrage, un homme aussi indigne que moi n’y joue aucun rôle. Je n’ai fait ici que rapporter principalement les avis des spécialistes du hadith des époques précédentes. Le lecteur pourra les consulter en détail.

Deuxième partie :

Les hadiths mensongers répandus et les propos infondés

২.১. Principes fondamentaux relatifs aux hadiths non authentiques

Une méthode particulière de compilation des hadiths apocryphes et fiables consiste à rassembler les sujets au sujet desquels tous les hadiths, ou la plupart d’entre eux, sont fabriqués ou peu fiables. Cette méthode est particulièrement importante pour identifier les hadiths apocryphes. Ainsi, le musulman intéressé peut facilement comprendre, sans l’aide de différents ouvrages, que ce hadith est fabriqué, car aucun hadith authentique n’existe sur le sujet qu’il traite. Parmi les ouvrages composés selon cette méthode figure notamment Al-Mughni, écrit par l’un des grands muhaddiths et jurisconsultes hanafites du VIIe siècle de l’Hégire, Umar ibn Badr al-Mawsili (557-622 H). De même, Mulla Ali al-Qari (1014 H), l’un des plus éminents jurisconsultes et muhaddiths hanafites du XIe siècle de l’Hégire, Muhammad ibn al-Sayyid Darwish Hut (1276 H), célèbre jurisconsulte chaféite, muhaddith et ascète soufi du XIIIe siècle, ainsi que d’autres muhaddiths, ont mentionné certains principes à ce sujet. 2.1.1. Umar ibn Badr al-Mawsili al-Hanafi Ziya al-Din Abu Hafs Umar ibn Badr ibn Sa‘id ibn Muhammad al-Mawsili al-Hanafi a composé de nombreux ouvrages précieux sur le hadith, le tafsir, le fiqh et d’autres disciplines. Parmi eux figure notamment l’ouvrage intitulé « Al-Mughni ‘an al-hifz wa-l-kitab bi-qawlihim lam yasih shay’un fi hadha al-bab ». Le sens de ce long titre est le suivant : « L’exposé des sujets au sujet desquels les muhaddiths ont déclaré qu’aucun hadith n’est authentique ; il ne sera donc pas nécessaire de lire ou de mémoriser un autre ouvrage à leur sujet. » Dans ce livre, il a brièvement mentionné 101 sujets au sujet desquels les muhaddiths ont déclaré que tous les hadiths rapportés sont faibles. Lorsque certains hadiths d’un sujet étaient authentiques, il les signalait et déclarait que tous les autres étaient faibles. 2.1.2. Les sujets au sujet desquels tous les hadiths sont faibles L’érudit al-Mawsili a indiqué, à la lumière de l’examen et des recherches détaillées des muhaddiths précédents, que tous les hadiths rapportés sur les sujets suivants sont faibles. Ils sont soit fabriqués, soit extrêmement faibles et peu fiables. 1. L’augmentation et la diminution de la foi Aucun hadith authentique n’a été rapporté du Messager d’Allah (s) au sens où la foi augmente et diminue, ou bien n’augmente ni ne diminue, et où les paroles et les actes font partie de la foi ou n’en font pas partie. Tous les hadiths rapportés à ce sujet sont fabriqués ou extrêmement faibles. Les imams de la communauté musulmane ont divergé sur cette question à la lumière des différents versets du Noble Coran et des indications pertinentes de divers hadiths. Mais aucun hadith authentique et direct n’a été rapporté à ce sujet. 2. Les sectes murji’ites, jahmites, qadarites et acharites Aucun hadith authentique à caractère prophétique concernant ces sectes n’a été rapporté du Messager d’Allah (s). Les hadiths rapportés à leur sujet sont fabriqués ou extrêmement faibles. Les Compagnons, les tâbi‘ûn et les imams ont parlé de ces sectes à la lumière des enseignements du Coran et de la Sunna. 3. La parole d’Allah n’est pas créée Aucun hadith authentique n’a été rapporté du Messager d’Allah (s) à ce sujet. Tous les hadiths rapportés à ce propos sont fabriqués. À la lumière de différents versets du Noble Coran, des indications pertinentes de divers hadiths et des opinions des Compagnons, les tâbi‘ûn, leurs successeurs et les imams postérieurs sont unanimes à dire que le Coran est la parole d’Allah, qu’il fait partie de Ses attributs sublimes et qu’il n’est pas créé. L’égarée secte mu‘tazilite croyait que le Coran était une chose créée. Aux IIe et IIIe siècles de l’Hégire, cette question était l’un des principaux sujets de controverse dans la société musulmane. C’est pourquoi de nombreux faussaires ont tenté de se faire connaître en fabriquant des hadiths au nom du Messager d’Allah (s) sur ce sujet. Les muhaddiths sont unanimes pour affirmer que le Coran n’est pas créé. Toutefois, ils ont rejeté avec indignation toutes les tentatives de fabrication de hadiths dans ce sens. 4. La création des anges dans un océan de lumière Il est prétendu que Jibril (a) plonge chaque jour dans un océan de lumière, puis secoue son corps, et que de chaque goutte de lumière sont créés soixante-dix mille anges. Tous les hadiths ayant ce sens, ainsi que ceux de même nature, sont fabriqués et dépourvus de fondement. 5. Le mérite de donner aux enfants les noms de Muhammad ou Ahmad Tous les hadiths diffusés au sujet du mérite de donner les noms de Muhammad ou d’Ahmad sont fabriqués et sans fondement. De nombreux hadiths apocryphes ont été propagés à ce propos : Allah ne châtierait pas ceux qui portent ces noms ; les familles comptant plusieurs personnes nommées Muhammad seraient pardonnées et bénies ; et d’autres affirmations semblables auraient été inventées puis diffusées au nom du hadith. Ces deux noms sont incontestablement excellents. Il est bon de donner ces noms aux enfants par amour pour le Messager d’Allah (s). Mais les hadiths mentionnant un mérite particulier à ce sujet sont fabriqués. 6. L’intellect, c’est-à-dire la raison ou la faculté cognitive Tous les hadiths rapportés pour louer l’intellect ou mentionner son mérite sont sans fondement. Le Coran et les hadiths ordonnent d’acquérir et d’étudier la connaissance, et louent les savants. Cependant, aucun hadith authentique n’a été rapporté du Messager d’Allah (s) au sujet du mérite de la faculté cognitive. Les faussaires ont fabriqué de nombreux hadiths pour louer l’intelligence : ils affirment que l’homme sera récompensé selon son intelligence plutôt que selon ses actes, que la prière de l’intelligent rapporte plus de récompense que celle de l’idiot ou de l’ignorant, et d’autres propos semblables. Tout cela est fabriqué. Aucun élément inné ou héréditaire ne détermine le salut ou le rang dans l’au-delà. Ce sont principalement les actes accomplis volontairement par l’homme qui constituent le moyen de son salut. Celui qui possède davantage d’intelligence et l’emploie dans les bonnes œuvres sera loué et récompensé pour ses actes. Mais l’intelligence innée ou naturelle ne constitue en elle-même ni un moyen de salut ni une cause de récompense. 7. La longue vie de Khidr (a) et d’Élie (a) Dans la sourate al-Kahf, le Très-Haut mentionne certains événements concernant un serviteur d’Allah avec Moïse (a). Le nom de ce serviteur n’est pas mentionné dans le Coran. Toutefois, un hadith authentique indique que son nom était « Khadir » — Khidr dans la langue bengalie courante. En dehors de cet événement, aucun récit authentique connu ne concerne Khidr (a). Aucun hadith authentique ne rapporte quoi que ce soit sur sa naissance, son enfance, sa prophétie, ses actes, son domaine d’activité, sa vie après cet événement ou sa mort. Les récits selon lesquels il aurait bu l’eau de la source de la vie et autres propos semblables sont des croyances répandues chez les juifs et les chrétiens qui ont pénétré dans la société musulmane. L’érudit al-Mawsili dit que tous les hadiths affirmant que Khidr (a) et Élie (a) ont vécu longtemps, qu’ils ont vu le Messager d’Allah (s) ou lui ont parlé, qu’ils ont survécu après lui, et autres affirmations de ce genre, sont faux et sans fondement. Il dit qu’on demanda à l’imam Ahmad ibn Hanbal si Khidr (a) et Élie (a) avaient vécu longtemps et étaient encore en vie. Il répondit : « C’est Satan lui-même qui a propagé cette idée parmi les gens. » On demanda à l’imam al-Bukhari si Khidr (a) et Élie (a) étaient encore vivants. Il répondit que cela était impossible, car le Messager d’Allah (s) a dit que tous ceux qui étaient vivants dans le monde à cette époque mourraient dans les cent ans. Ibn al-Jawzi dit, à propos de la longue vie de Khidr (a) et d’Élie (a), que cette affirmation contredit un verset coranique. Allah le Très-Haut dit dans le Noble Coran : « Nous n’avons accordé l’immortalité à aucun être humain avant toi. Si donc tu meurs, seront-ils, eux, éternels ? » (sourate 21, al-Anbiya, verset 34). Il convient de signaler que certains savants ont évoqué la possibilité que Khidr (a) soit encore vivant. Ils se sont appuyés sur les propos de divers pieux personnages. Cependant, aucun hadith acceptable n’a été rapporté du Messager d’Allah (s) à ce sujet. 8. Le mérite de diverses sourates du Coran L’érudit al-Mawsili dit que certains hadiths concernant le mérite du Coran sont authentiques, mais que beaucoup de hadiths fabriqués ont été diffusés dans la société à ce sujet. Des hadiths authentiques ou bons mentionnant un mérite ou un rang particulier ont été rapportés au sujet des sourates ou versets suivants : al-Fatiha, al-Baqara, les deux derniers versets d’al-Baqara, Ayat al-Kursi, Al ‘Imran, al-Kahf, les dix premiers ou les dix derniers versets d’al-Kahf, al-Mulk, al-Zalzala, al-Kafirun, al-Ikhlas, al-Falaq et al-Nas. Les hadiths rapportés sur le mérite des autres sourates sont fabriqués ou extrêmement faibles. De même, de nombreux propos apocryphes ont été diffusés au nom du hadith même au sujet du mérite des sourates précitées. 9. L’éloge ou le blâme d’Abu Hanifa (rah) et d’al-Shafi‘i (rah) Tous les hadiths rapportés à ce sujet sont faux ou fabriqués. 10. Chauffer de l’eau au soleil Tous les hadiths rapportés du Messager d’Allah (s) selon lesquels l’utilisation d’eau chauffée au soleil pourrait provoquer une maladie ou un malheur sont faux et sans fondement. 11. Utiliser un mouchoir après les ablutions Aucun hadith authentique ne rapporte que le Messager d’Allah (s) essuyait ses doigts humides après les ablutions ou employait un mouchoir pour les essuyer. 12. Réciter la basmala à voix haute pendant la prière L’érudit al-Mawsili dit que l’imam al-Daraqutni a déclaré qu’aucun hadith rapporté selon lequel le Messager d’Allah (s) récitait la basmala à voix haute pendant la prière n’est authentique. 13. La prière de celui qui doit une prière à rattraper n’est pas acceptée L’imam al-Mawsili dit que tous les hadiths rapportés en ce sens sont sans fondement. 14. Interdiction d’accomplir la prière funéraire dans la mosquée L’imam al-Mawsili dit qu’aucun hadith authentique n’a été rapporté du Messager d’Allah (s) à ce sujet. 15. Lever les mains lors des takbirs de la prière funéraire Aucun hadith authentique ne rapporte que le Messager d’Allah (s) levait les mains lors d’un takbir de la prière funéraire autre que le premier. 16. Salat al-Ragha’ib Tous les hadiths concernant le mérite d’une prière surérogatoire particulière le premier vendredi du mois de Rajab, appelée Salat al-Ragha’ib, sont fabriqués et sans fondement. 17. Salat Laylat al-Mi‘raj Tous les hadiths concernant le mérite d’une prière surérogatoire particulière accomplie durant la nuit du Mi‘raj sont fabriqués et sans fondement. 18. Salat Laylat Nisf Sha‘ban Tous les hadiths concernant le mérite particulier de certaines unités de prière surérogatoire accomplies selon une méthode spéciale durant la nuit de Bara’a sont fabriqués et sans fondement. 19. Une prière surérogatoire particulière pour chaque jour et chaque nuit de la semaine L’érudit al-Mawsili dit que tous les hadiths à ce sujet sont fabriqués et sans fondement. Il dit également que, concernant les prières surérogatoires, des hadiths authentiques n’ont été rapportés que pour les prières suivantes : les sunnas avant et après les prières obligatoires, le tarawih, la prière de duha, la prière nocturne ou tahajjud, tahiyyat al-masjid, tahiyyat al-wudu, la prière de l’istikhara, la prière de l’éclipse lunaire ou solaire et la prière de demande de pluie. La Salat al-Tasbih est également rapportée dans des hadiths authentiques. 20. Le nombre de takbirs de la prière de l’Aïd L’érudit al-Mawsili dit que l’imam Ahmad a déclaré qu’aucun hadith authentique n’a été rapporté du Messager d’Allah (s) concernant le nombre de takbirs de la prière de l’Aïd. Tous les hadiths rapportés du Messager d’Allah (s) à ce sujet sont faibles. De nombreux hadiths authentiques ont toutefois été rapportés des Compagnons au sujet de leurs propres pratiques. Pour une discussion détaillée, voir un autre ouvrage de l’auteur : « La méthode d’évaluation des chaînes des hadiths et les takbirs supplémentaires de la prière de l’Aïd à la lumière des hadiths authentiques ». 21. L’éloge des personnes au beau visage Tous les hadiths rapportés dans ce sens sont sans fondement et fabriqués. 22. Le mérite de ‘Ashura Le mérite du jeûne du jour de ‘Ashura est établi par des hadiths authentiques. En revanche, tous les hadiths concernant le fait de donner l’aumône ce jour-là, de se teindre les cheveux, d’utiliser de l’huile, de mettre du khôl, de consommer des aliments particuliers et autres pratiques semblables sont fabriqués et sans fondement. 23. Le mérite du jeûne durant Rajab Tous les hadiths concernant le mérite d’un jeûne surérogatoire durant le mois de Rajab ou à une date particulière de ce mois sont fabriqués et sans fondement. 24. Tout profit tiré d’un prêt est de l’usure L’érudit al-Mawsili dit qu’une expression répandue affirme : « Tout avantage tiré d’un prêt constitue de l’usure. » La chaîne du hadith rapporté dans ce sens n’est pas authentique. L’usure possède dans les hadiths une définition et une description précises. 25. Toutes les affirmations louant le célibat sont sans fondement. 26. Interdiction de couper la viande avec un couteau Un hadith affirme qu’utiliser un couteau pour manger ou couper la viande avec un couteau serait une pratique des étrangers et que les musulmans devraient l’éviter. Ce hadith est du degré des hadiths fabriqués. Un hadith authentique rapporte au contraire que le Messager d’Allah (s) a mangé de la viande de chèvre après l’avoir coupée avec un couteau. 27. Les bienfaits ou mérites des noix, aubergines, grenades, raisins secs, viandes, pastèques, roses et autres Tous les hadiths rapportés au sujet de leurs bienfaits ou de leurs mérites sont fabriqués ou sans fondement. 28. L’éloge du coq ou du coq blanc Toutes les affirmations concernant l’éloge du coq ou du coq blanc sont fabriquées. 29. L’utilisation de la pierre d’agate ou les propriétés d’autres pierres Tous les hadiths concernant l’utilisation de la pierre d’agate ou les propriétés d’une quelconque autre pierre sont fabriqués et sans fondement. 30. Il ne faut pas raconter ses rêves aux femmes Tous les hadiths affirmant qu’il ne faut pas raconter ses rêves aux femmes sont sans fondement. 31. Le Messager d’Allah (s) parlait persan ou condamnait la langue persane Tous les hadiths affirmant cela sont fabriqués et sans fondement. 32. L’enfant illégitime n’entrera pas au Paradis Toutes les affirmations rapportées dans ce sens sont fabriquées et sans fondement. 33. La permission de médire d’une personne perverse Parmi les propos apocryphes répandus figure : « Il n’y a pas de médisance concernant le pervers. » Cela signifie que, si l’on mentionne en son absence les défauts réels et avérés qui existent chez une personne perverse, ce ne serait pas de la médisance et il n’y aurait pas de péché. Tous les propos rapportés dans ce sens sont fabriqués, sans fondement et nuls. De tels propos apocryphes font tomber d’innombrables croyants dans le péché terrible de la médisance. 34. Les prédictions indiquant qu’une chose précise se produira dans tel mois, telle année, à telle date ou en tel lieu Ces prédictions fondées sur l’année, la date et le lieu sont fabriquées. 35. L’interdiction du jeu d’échecs Les hadiths encouragent les activités sportives. Les jeux fondés sur le hasard sont interdits. Les savants divergent depuis l’époque des Compagnons sur la licéité des échecs, jeu fondé sur l’intelligence mais dépourvu d’exercice physique. Beaucoup de Compagnons ont sévèrement interdit ce jeu. Toutefois, rien n’a été rapporté du Messager d’Allah (s) à ce sujet. L’érudit al-Mawsili dit qu’aucun hadith authentique n’a été rapporté du Messager d’Allah (s) dans ce sens. Les hadiths concernant cette question sont faibles ou du degré des hadiths fabriqués. 2.1.3. Mulla Ali al-Qari et Darwish Hut Parmi les précieux ouvrages composés par Mulla Ali ibn Sultan Muhammad Nur al-Din al-Harawi al-Qari (1014 H), l’un des plus grands savants et jurisconsultes hanafites des Xe et XIe siècles de l’Hégire, deux traitent des hadiths apocryphes. Le premier s’intitule « Al-Asrar al-Marfua » ou « Al-Mawdu‘at al-Kubra », et le second « Al-Masnu‘ fi al-Hadith al-Mawdu‘ » ou « Al-Mawdu‘at al-Sughra ». À la fin des deux ouvrages, certains principes relatifs aux hadiths fabriqués sont mentionnés. Muhammad ibn al-Sayyid Darwish Hut (1209-1276 H) était un célèbre savant syrien et soufi du XIIIe siècle de l’Hégire. L’un de ses précieux ouvrages s’intitule « Asna al-Matalib ». Il y examine divers hadiths authentiques, faibles et fabriqués répandus dans la société. À la fin de l’ouvrage, il mentionne certains principes relatifs aux hadiths apocryphes. À la lumière des principes exposés par ces deux savants, je mentionne ici brièvement quelques points. Pour plus de détails, voir : Al-Asrar, p. 277-259 ; Al-Masnu‘, p. 178-220 ; Asna al-Matalib, p. 269-300. 2.1.4. Quelques principes concernant les hadiths apocryphes 1. Les récits concernant les guerres et conflits futurs Presque tous les récits concernant les guerres et conflits futurs sont peu fiables et proviennent de conteurs. Très peu de hadiths authentiques ont été rapportés au sujet des prophéties et des événements futurs ; ils ont été compilés dans Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim et d’autres célèbres recueils de hadiths. En dehors de ceux-là, la plupart des hadiths rapportés et répandus au sujet des guerres futures, des troubles et de la corruption sont peu fiables ou sans fondement. 2. Les récits détaillés des guerres et de la vie du Messager d’Allah (s) La plupart des hadiths concernant l’histoire détaillée des guerres du Messager d’Allah (s), les différents événements de sa vie ou la maghazi ne possèdent aucune chaîne de transmission ni source acceptable. Seuls quelques hadiths authentiques existent sur ces sujets ; tout le reste est constitué d’ajouts de conteurs. Dans le domaine historique, l’histoire de Muhammad ibn Ishaq est célèbre. Lui aussi recueillait des informations auprès des juifs et des chrétiens. 3. Le tafsir et les circonstances de la révélation Les commentaires coraniques fondés sur des chaînes authentiques et les récits concernant les circonstances de la révélation sont très peu nombreux. La plupart des hadiths relatifs à ces sujets sont dépourvus de chaîne ou de source fiable. En particulier, tous les commentaires rapportés par Muhammad ibn Sa‘ib al-Kalbi (146 H) sont faux et sans fondement. Le tafsir rapporté par Muqatil ibn Sulayman (150 H) est également de même nature. Ces hommes ont mêlé d’innombrables mensonges aux traditions populaires et aux récits isra’iliyyât provenant des juifs et des chrétiens. 4. Les tombes des prophètes Tout ce qui est répandu au sujet des tombes des prophètes est sans fondement et fabriqué. On ne sait rien de la tombe d’un prophète autre que le Messager d’Allah (s). 5. Les tombes des Compagnons à La Mecque De nombreux Compagnons ont été enterrés à La Mecque, mais on ne connaît pas l’emplacement de leurs tombes. Le lieu connu dans le cimetière de Mu‘alla comme étant la tombe de Khadija al-Kubra (ra) n’est rapporté par aucune source fiable. Un homme aurait vu en rêve que cet endroit était la tombe de Khadija (ra), puis cette croyance se serait progressivement répandue parmi les habitants de La Mecque. 6. Le lieu exact de naissance du Messager d’Allah (s) à La Mecque On ne sait pas précisément à quel endroit de La Mecque le Messager d’Allah (s) est né. Les avis divergent à ce sujet. 7. Les hadiths supplémentaires du livre « Al-Shihab » d’al-Quda‘i Après le IVe siècle de l’Hégire, certains muhaddiths ont composé des recueils de hadiths. Dans certains de ces ouvrages, presque tous les hadiths compilés sont fabriqués et sans fondement. L’un des plus connus est « Al-Shihab », composé par le savant égyptien du Ve siècle, le juge Abu Abd Allah Muhammad ibn Salama al-Quda‘i (454 H). Il y a compilé environ 1 500 hadiths. Certains avaient déjà été recueillis dans les siècles précédents, dans les « six recueils authentiques » ou dans d’autres ouvrages célèbres. Quant aux autres, il les a compilés avec ses propres chaînes de transmission. Presque tous ces hadiths sont fabriqués, sans fondement ou rapportés avec des chaînes extrêmement faibles. 8. Tous les hadiths du recueil « Les Quarante hadiths » d’Ibn Wad‘an Un autre savant du Ve siècle de l’Hégire était le juge Abu Nasr Muhammad ibn Ali ibn Wad‘an (494 H), originaire de Mossoul en Irak. Il composa un recueil de hadiths intitulé « Al-Arba‘in », ou « Les Quarante hadiths ». Tous les hadiths de ce recueil sont des propos fabriqués et apocryphes. L’imam al-Suyuti dit que le contenu de ces faux propos appelés hadiths dans ce livre est très beau et qu’ils contiennent des exhortations qui attendrissent le cœur. Mais la beauté d’un propos ne suffit pas à en faire une parole du Messager d’Allah (s) : il faut qu’il soit rapporté de lui par une chaîne authentique. Tous les hadiths de ce livre sont fabriqués. Cependant, les faussaires y ont inséré, dans certains hadiths apocryphes, quelques phrases provenant de hadiths authentiques. 9. Tous les hadiths du livre « Fada’il al-Ulama », composé par Sharaf al-Balkhi. 10. Le livre répandu intitulé « Kitab al-‘Arus » Ce livre contient de nombreux propos apocryphes concernant les jeunes mariés et les personnes mariées. Les faussaires l’ont attribué à l’imam Ja‘far al-Sadiq. 11. Le célèbre savant du IIIe-IVe siècle de l’Hégire, « al-Hakim al-Tirmidhi », Muhammad ibn Ali (mort vers 320 H) Il composa « Nawadir al-Usul » et de nombreux autres ouvrages célèbres. Ses livres contiennent beaucoup de hadiths fabriqués. Les muhaddiths ont même déclaré qu’il avait rempli ses ouvrages de hadiths apocryphes. Aucun hadith de ses livres ne peut donc être accepté sans examen. 12. Les hadiths cités dans « Ihya’ ‘Ulum al-Din » de l’imam al-Ghazali Aucun hadith mentionné dans cet ouvrage ne doit être accepté sans examen. Le rang éminent de l’imam al-Ghazali est incontestable. Toutefois, il n’a pas vérifié les hadiths qu’il citait. S’appuyant sur certains ouvrages répandus et sur des traditions populaires, il a mentionné dans son livre de nombreux hadiths fabriqués et sans fondement. 13. « Tanbih al-Ghafilin » d’Abu al-Layth al-Samarqandi La situation est semblable pour l’ouvrage composé par l’érudit imam Abu al-Layth al-Samarqandi, Nasr ibn Muhammad (373 H), intitulé « Tanbih al-Ghafilin ». Ce livre contient de nombreux hadiths mawdu‘, c’est-à-dire fabriqués et apocryphes. 14. Shu‘ayb ibn Abd al-Aziz al-Khurayfish Ce célèbre savant du VIe siècle, Shu‘ayb ibn Abd al-Aziz al-Khurayfish (597 H), composa sur l’exhortation et les mérites un ouvrage intitulé « Al-Rawd al-Fa’iq », qui devint célèbre. Ce livre contient également de nombreux hadiths fabriqués. 15. Les ouvrages du soufisme De nombreux hadiths fabriqués ont été inclus dans les ouvrages du soufisme en raison de la simplicité des grands personnages soufis. 16. L’imam al-Hakim et « Al-Mustadrak » Dans son ouvrage « Al-Mustadrak », l’imam al-Hakim (405 H) a qualifié d’authentiques de nombreux hadiths faibles, nuls et fabriqués. Il s’est montré très faible dans l’évaluation de l’authenticité des hadiths. Il n’est donc pas possible de se fier à son avis. 17. Le commentaire d’« Al-Shihab » d’al-Quda‘i Un muhaddith du VIe siècle, Muhammad ibn Abd Allah ibn Ahmad ibn Habib al-Amiri (530 H), a écrit un commentaire du livre « Al-Shihab » d’al-Quda‘i. Lui aussi a fait preuve de beaucoup de laxisme et de faiblesse dans l’évaluation de l’authenticité des hadiths. Il a qualifié d’authentiques ou de bons de nombreux hadiths faibles, fabriqués et sans fondement de cet ouvrage. Abd al-Ra’uf al-Munawi et d’autres muhaddiths ont signalé ces erreurs. Son opinion est donc inacceptable sans examen. 18. Le testament du Messager d’Allah (s) à Ali (ra) Plusieurs testaments apocryphes circulent sous le nom d’Ali (ra). Au début du plus célèbre d’entre eux, une phrase a été tirée d’un hadith authentique ; toutes les phrases suivantes sont fabriquées et mensongères. Ce testament commence ainsi : « Ô Ali, tu as auprès de moi le même rang qu’Aaron auprès de Moïse, si ce n’est qu’il n’y aura aucun prophète après moi. » Le faussaire a tiré cette phrase d’un hadith authentique, puis a ajouté diverses affirmations sans fondement, telles que : « Ô Ali, les signes du croyant sont au nombre de trois… les signes de l’hypocrite… les signes de l’envieux… » Le testament entier est nul, sans fondement et rempli de mensonges. De temps à autre, une ou deux phrases de hadiths authentiques y ont été insérées. Ce testament apocryphe a été entièrement imprimé en bengali. Voir : l’érudit al-Suyuti, « Le testament du Noble Prophète », traduction de Mawlana Muhammad Rizaul Karim Islamabadi, Dacca, Fondation islamique du Bangladesh, 2e édition, 2003, p. 11-24. Les faussaires ont également fabriqué plusieurs autres testaments au nom d’Ali (ra). Les muhaddiths sont unanimes : tout ce qui est diffusé sous le titre de « Testament du Messager d’Allah (s) à Ali » est fabriqué. Toutefois, les faussaires y ont inséré une ou deux phrases de hadiths authentiques, qui ont été rapportées par d’autres chaînes. 19. Le testament du Messager d’Allah (s) à Abu Hurayra (ra) Un autre hadith fabriqué et apocryphe circule sous le nom de testament du Messager d’Allah (s) à Abu Hurayra (ra). Ce testament est entièrement fabriqué et mensonger. Toutefois, conformément à leur habitude, les faussaires y ont assemblé et inséré quelques phrases de hadiths authentiques rapportées par d’autres chaînes. Ce testament apocryphe a également été imprimé en bengali avec le précédent. Voir : l’érudit al-Suyuti, « Le testament du Noble Prophète », p. 27-38. 20. Le récit du départ de Bilal de Médine et de son retour après un rêve Après la mort du Messager d’Allah (s), Bilal (ra) aurait quitté Médine pour se rendre dans la région de Syrie dans le but de participer au jihad, et il y aurait vécu. Il est raconté qu’un jour il vit en rêve le Messager d’Allah (s) l’encourager à lui rendre visite. Il se rendit alors à Médine, et ainsi de suite. L’érudit al-Qari dit qu’al-Suyuti a indiqué que ce récit était fabriqué. Il est probable qu’Ibn Hajar al-Makki n’ait pas vu cet exposé de l’imam al-Suyuti ; c’est pourquoi il a mentionné ce récit apocryphe dans son ouvrage consacré à la visite pieuse. 21. Les prières particulières des jours ou nuits déterminés de la semaine Tout ce qui est rapporté au sujet d’une prière particulière pour un jour ou une nuit déterminé de la semaine est fabriqué et sans fondement. De même, toutes les affirmations concernant la prière du jour ou de la nuit de ‘Ashura, la prière de la première nuit de Rajab, les prières des autres jours ou nuits de Rajab, la prière de la nuit du 27 Rajab et autres prières semblables sont fabriquées et sans fondement. L’érudit Ali al-Qari dit : « Ne vous laissez pas tromper en voyant ces hadiths dans des ouvrages tels que Qut al-Qulub, Ihya’ ‘Ulum al-Din ou le tafsir d’al-Tha‘labi. Ils sont tous fabriqués. » 22. Hasan al-Basri aurait reçu de l’imam Ali (ra) la khirqa ou la responsabilité d’une voie soufie Tout ce qui est répandu dans ce sens est une affirmation nulle, sans fondement et dépourvue de réalité. 23. Le Messager d’Allah (s) aurait donné son vêtement ou sa khirqa à Umar (ra) et Ali (ra) afin qu’ils la remettent à Uways al-Qarani, et ils la lui auraient effectivement remise Tout ce qui est dit dans ce sens est nul et sans fondement. 24. Les hadiths concernant les qutb, aqtab, ghawth, nuqaba, nuqaba’, nujaba, awtad et notions semblables Tous ces hadiths sont nuls et sans fondement. 25. Le mérite particulier ou l’éloge du henné Tous les hadiths rapportés au sujet d’un mérite particulier ou de l’éloge du henné sont sans fondement et fabriqués. Seuls les hadiths encourageant la teinture des cheveux avec du henné sont fiables. 26. Les récompenses ou châtiments extraordinaires Parmi les éléments secondaires de sens et de contenu que les muhaddiths ont mentionnés, en plus de l’examen des chaînes, comme signes des hadiths apocryphes figure la description de récompenses et de châtiments extraordinaires. On trouve des descriptions d’innombrables récompenses extraordinaires pour diverses petites dévotions surérogatoires ou pour des actes de dévotion très ordinaires, des invocations, des paroles, des actes ou des pensées. Les faussaires attribuent parfois de telles récompenses extraordinaires à des invocations, prières ou dévotions établies par des hadiths authentiques. Parfois, ils fabriquent une invocation, une prière, un jeûne ou une dévotion, puis décrivent la récompense extraordinaire qu’elle procurerait. Le langage de ces hadiths apocryphes est le suivant : « Celui qui accomplira telle invocation, ou fera telle ou telle chose, recevra cent mille bonnes actions et cent mille péchés effacés… » Ou bien : « Cent mille arbres seront plantés pour lui au Paradis ; la base de chaque arbre sera d’or, ses branches…, ses feuilles… », avec des descriptions imaginaires. Ou encore : « Il recevra la récompense de cent mille martyrs, la récompense des véridiques… » Ou bien : « On lui fabriquera un ange ou un oiseau ayant plusieurs milliers ou plusieurs centaines de milliers de faces… » Ou encore : « Si telle invocation est récitée, le fer fondra, l’eau courante s’arrêtera, et chaque lettre donnera lieu à tant de centaines de milliers d’anges », et ainsi de suite. 27. Les propos contraires à la raison naturelle et à l’expérience Parmi ces propos fabriqués figurent les suivants : 1. « L’aubergine est le remède contre toutes les maladies », ou : « L’intention avec laquelle on mange l’aubergine sera exaucée. » 2. « Si quelqu’un dit une parole et qu’une autre personne éternue à ce moment-là, cela prouve que la parole est vraie. » 3. « Mangez des lentilles, car elles sont bénies. Elles adoucissent le cœur et augmentent les larmes. Soixante-dix prophètes ont exposé le mérite des lentilles. » 4. « Les orfèvres, les forgerons et les tisserands sont les plus grands menteurs. » 28. Les discussions sur des sujets futiles, inutiles et absurdes Les propos dont les gens doués de bon sens ne souhaitent pas discuter ne peuvent être tenus par le Messager d’Allah (s), le maître de tous les hommes doués de connaissance, le Sayyid al-Bashar. Parmi ces propos figurent les suivants : 1. « Si le riz était un être humain, il serait patient ; tout affamé qui en mangerait aurait le ventre rassasié. » 2. « La noix est un remède et le fromage une maladie ; s’ils arrivent ensemble dans l’estomac, la maladie disparaît. » 3. « Mangez du sel. Le sel est le remède de soixante-dix maladies. » 4. « La constellation est la sueur d’un serpent sous le Trône… » 5. « Lorsque Allah se met en colère, Il fait descendre la révélation en langue persane. » 6. « Regarder un beau visage augmente la vue. Allah ne châtiera pas un beau visage en Enfer. » 7. « La couleur bleue des yeux est de bon augure. » 8. « Allah a purifié certaines personnes par la calvitie, et le premier d’entre elles fut Ali (ra). » 9. « La pousse de poils dans le nez protège contre la lèpre. » 10. « Les hadiths concernant les bourdonnements ou sifflements dans l’oreille sont fabriqués. » Font également partie de cette catégorie les hadiths diffusés au sujet des bienfaits de divers arbres, légumes, plantes médicinales et autres. De même, les hadiths fabriqués sur le mérite du coq, du coq blanc et autres sujets semblables appartiennent à cette catégorie. 29. La plupart des propos concernant la médecine, les remèdes populaires ou les aliments sont fabriqués Parmi ces propos absurdes figurent : 1. « Telle ou telle action diminue ou fait disparaître la mémoire. Telle action provoque telle maladie. Telle autre fait disparaître telle maladie », et autres affirmations semblables. 2. « Tel aliment fortifie les reins ou les lombes ; tel autre augmente la descendance. Le croyant est doux et il aime ce qui est doux. Manger des dattes avec une bouche souillée tue les vers. » 30. Les propos irréels concernant Ujj, le géant, le mont Qaf et autres Parmi ces propos nuls, sans fondement et dépourvus de réalité figurent : 1. La taille imaginaire d’Ujj ibn Unuq, ou du géant Ujj. Tous les propos concernant « Ujj le géant » sont faux et fabriqués. 2. Les hadiths diffusés et rapportés au sujet du mont Qaf. Tout ce qui concerne ce sujet est sans fondement, apocryphe et mensonger. 3. « La terre repose sur une pierre, elle-même posée sur la corne d’un taureau, lui-même posé sur un poisson… Lorsque le taureau bouge, sa corne bouge et un tremblement de terre se produit… » Tous ces propos sont faux et fabriqués ; des faussaires malveillants et éhontés les ont diffusés au nom du hadith. 31. Les propos qui contredisent clairement les hadiths authentiques L’enseignement de nombreux versets coraniques et d’innombrables hadiths authentiques est que le salut dans l’au-delà dépend des actes, non du nom ou de la lignée. De même, parmi les actes, les plus importants sont les obligations, qu’il est indispensable d’accomplir, et les interdits, qu’il est indispensable d’éviter. Viennent ensuite les actes wajib, sunna, recommandés et autres. De nombreux propos répandus dans la société contredisent clairement cet enseignement islamique. L’examen des chaînes prouve qu’ils sont faibles ou fabriqués. Mais même sans examiner les chaînes, leur caractère apocryphe apparaît lorsqu’on en examine seulement le sens. Par exemple, certains hadiths affirment qu’une simple œuvre recommandée procure une récompense telle que le feu de l’Enfer ne touchera pas celui qui l’accomplit ou qu’il sera libéré de l’Enfer, et autres affirmations semblables. De même, ils affirment qu’une personne sera libérée de l’Enfer parce qu’elle porte le nom de Muhammad ou d’Ahmad. Tous les hadiths de ce genre sont fabriqués et sans fondement.

2.2. Les hadiths forgés au sujet du Créateur sublime

1. Il est dit dans le Noble Coran que les yeux ne peuvent voir Allah sous aucune forme : لَّا تُدْرِكُهُ الْأَبْصَارُ وَهُوَ يُدْرِكُ الْأَبْصَارَ ۖ — « Les regards ne peuvent L’atteindre, alors que Lui atteint les regards. » (sourate 6, al-An‘âm, verset 103). Il est également dit : « Il n’est donné à aucun être humain qu’Allah lui parle autrement que par révélation, ou derrière un voile. » (sourate 42, ach-Chûrâ, verset 51). Il est encore dit : « Lorsque Moïse se rendit au lieu fixé par Moi et que son Seigneur lui parla, il dit : “Seigneur, montre-Toi à moi, afin que je puisse Te voir.” Il dit : “Tu ne Me verras jamais. Mais regarde la montagne : si elle reste en place, tu Me verras.” Puis, lorsque son Seigneur se manifesta à la montagne, Il la réduisit en poussière et Moïse s’effondra évanoui… » (sourate 7, al-A‘râf, verset 143). À la lumière de ces directives explicites du Noble Coran, la communauté musulmane est unanime : personne ne peut voir Allah ici-bas. Aucun hadith authentique n’a été rapporté du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) affirmant : « J’ai vu Allah de mes yeux ou avec la vision du cœur, ici-bas à l’état de veille ou lors du Mi‘râj. » Il n’existe aucun désaccord concernant les rêves. En revanche, les Compagnons ont divergé sur la question de savoir si le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait vu Allah avec la vision du cœur à l’état de veille. ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée) dit : « Celui qui affirme que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a vu son Seigneur profère un mensonge abominable au nom d’Allah. » (Al-Bukhârî, as-Sahîh, 3/1181 ; Muslim, as-Sahîh, 1/159.) Ibn Mas‘ûd et d’autres Compagnons partageaient également cet avis. En revanche, il est rapporté d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) que : « Durant la nuit du Mi‘râj, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vit Allah avec la vision du cœur. De même qu’Allah avait accordé à Moïse (que la paix soit sur lui) le miracle de la parole, Il accorda à Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le miracle de Le voir avec la vision du cœur. » (Ibn Khuzayma, Kitâb at-Tawhîd, 2/477-563.) Ceux qui affirment que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a eu cette vision sont unanimes à dire qu’il s’agissait d’un miracle particulier qui lui était propre et qui n’appartenait à personne d’autre, et que cette vision était une perception du cœur, sans aucune mention d’une forme. Tout ce qui est rapporté selon lequel le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aurait vu Allah sous une forme quelconque, ou selon lequel un Compagnon autre que lui L’aurait vu, est forgé et mensonger. Tous les hadiths affirmant que, durant la nuit du Mi‘râj, le jour de ‘Arafa, le jour de Minâ ou à un autre moment ou dans une autre circonstance, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aurait vu son Seigneur sublime, Allah, sous une forme particulière sont forgés. Dire, par exemple, qu’il L’aurait vu sous l’apparence d’un jeune homme, dans une forme couronnée, sur le dos d’un chameau ou d’un mulet, ou toute affirmation semblable, est mensonger et forgé. (Ibn ‘Irâq, Tanzîh ash-Sharî‘a, 1/137-139.) Une parole infondée de cette nature est : « J’ai vu mon Seigneur sous l’apparence d’un jeune homme imberbe, sans moustache. » Les spécialistes du hadith ont déclaré cette parole abominable forgée. (Ibn al-Jawzî, Al-Mawdû‘ât, 1/80-81 ; as-Suyûtî, Al-La’âlî, 1/28-31 ; Mullâ ‘Alî al-Qârî, Al-Asrâr, p. 126.) De même, les faussaires ont attribué à ‘Umar (qu’Allah l’agrée) cette parole : « Mon cœur a vu mon Seigneur par la lumière de mon Seigneur. » Ils ont aussi attribué à ‘Alî (qu’Allah l’agrée) une parole encore plus abominable : « Je n’adore pas un Seigneur que je ne vois pas. » (Sirr al-Asrâr, p. 57-58.) 2. Les 7, 70 ou 70 000 voiles Il est rapporté dans un hadith authentique : « Allah, le Très-Haut, possède un voile de lumière. » (Muslim, as-Sahîh, 1/161.) Mais les hadiths authentiques ne donnent aucun détail précis sur le nombre et la nature de ces voiles. Certains hadiths mentionnent le nombre des voiles du Créateur sublime, Allah, Seigneur des mondes. Dans notre pays, il est souvent question, lors de divers sermons, de 70 000 voiles de lumière, de 70 voiles, de 7 voiles, etc. Après une étude et un examen détaillés, les spécialistes du hadith ont établi que certains hadiths exprimant ce sens sont indubitablement mensongers et forgés, tandis que d’autres sont faibles et peu fiables. 3. Au sujet de l’immense coq sous le Trône Dans notre société, il est parfois question, lors des sermons, de l’immense coq situé sous le Trône, de sa forme, de son chant, etc. Les hadiths à ce sujet sont sans fondement, forgés ou extrêmement faibles. (As-Suyûtî, Al-La’âlî, 1/60 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh, 1/155, 189.) 4. Celui qui se connaît connaît Allah Une parole très répandue parmi les personnes religieuses de notre société est : « Celui qui se connaît connaît son Seigneur. » De nombreux savants ont rapporté cette parole dans leurs ouvrages en l’attribuant au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), sans chaîne de transmission. Mais les spécialistes du hadith ont déclaré unanimement que cette parole n’est pas une parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et qu’elle ne lui a été rapportée par aucune chaîne. Certains spécialistes du hadith ont indiqué qu’il s’agissait d’une parole personnelle de Yahyâ ibn Mu‘âdh ar-Râzî (mort en 258 de l’Hégire), un prédicateur soufi du IIIe siècle de l’Hégire. Il la prononçait lors de ses exhortations, comme une parole personnelle et non comme un hadith. Par la suite, par inadvertance, certains savants l’ont citée comme un hadith. 5. Le cœur du croyant est le Trône d’Allah Une parole très répandue parmi les personnes religieuses de notre société est : « Le cœur du croyant est le Trône d’Allah. » Diverses formulations circulent à ce sujet : « Le cœur est la demeure du Seigneur. » « Le cœur du croyant est le Trône d’Allah. » « Ma terre et Mon ciel ne peuvent Me contenir, mais le cœur de Mon serviteur croyant M’a contenu. » Toutes ces paroles sont des hadiths forgés. Certains auteurs les ont mentionnées dans leurs ouvrages comme des hadiths, sans chaîne de transmission. Les grands spécialistes du hadith, gardiens de cette science, ont effectué de nombreuses recherches sans trouver aucune chaîne pour ces paroles, ni aucune mention dans les ouvrages de hadith. Rien de tout cela n’a été rapporté du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) par quelque chaîne que ce soit. C’est pourquoi ils les ont classées parmi les hadiths mensongers et forgés. (Mullâ ‘Alî al-Qârî, Al-Asrâr, p. 170 et 206 ; Al-Masnû‘, p. 100 et 130.)   6. J’étais un trésor caché Une parole forgée répandue et connue comme un hadith est : « J’étais un trésor caché et inconnu. J’ai aimé être connu. J’ai alors créé l’univers afin d’être connu. » J’ai déjà mentionné que les hadiths forgés répandus dans la société sont de deux catégories. La première comprend les hadiths forgés possédant une chaîne de transmission et ayant été compilés avec cette chaîne dans un ouvrage. Grâce à l’examen des chaînes, les spécialistes du hadith ont découvert leur falsification. La seconde comprend les hadiths forgés qui n’ont été rapportés avec une chaîne dans aucun ouvrage. Pourtant, ils se sont répandus de bouche à oreille et, s’appuyant sur cette circulation, certains savants les ont mentionnés dans leurs ouvrages sans chaîne de transmission. Cette parole est un exemple de propos forgé totalement dépourvu d’existence et de chaîne. (Ibn Taymiyya, Ahâdîth al-Qussâs, p. 55 ; Mullâ ‘Alî al-Qârî, Al-Asrâr, p. 179.) 7. Lors de la Résurrection, Allah appellera les gens par le nom de leur mère Une autre parole forgée et mensongère affirme : « Le Jour de la Résurrection, Allah appellera les gens par le nom de leur mère. » Cette parole est à la fois une affirmation vaine et forgée, et elle contredit les hadiths authentiques. Divers hadiths authentiques compilés par l’imam Al-Bukhârî et d’autres spécialistes du hadith indiquent que, le Jour de la Résurrection, les gens seront identifiés par le nom de leur père. On dira : « Untel, fils d’untel », ou « untel, fils d’une telle personne ». (As-Sakhâwî, Al-Maghâdîs, p. 139 ; as-Suyûtî, Al-La’âlî, 2/449.) 8. Les habitants du Paradis n’auront pas de barbe Les habitants du Paradis n’auront pas de barbe ; tous seront de jeunes hommes imberbes. Seul Adam (que la paix soit sur lui) aura une barbe. Certains disent que seuls Moïse (que la paix soit sur lui) ou Aaron (que la paix soit sur lui) auront une barbe, ou qu’Abraham (que la paix soit sur lui) et Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) en auront une. Toutes ces affirmations sont mensongères et forgées. (Adh-Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl, 3/393 ; Mullâ al-Qârî, Al-Asrâr, p. 75.) 9. Réfléchir au sujet d’Allah, du Paradis et de l’Enfer Un hadith mensonger répandu affirme : « Réfléchir un seul instant à la grandeur d’Allah, au Paradis et à l’Enfer est meilleur que de veiller toute la nuit à accomplir la prière de tahajjud. » (Ibn ‘Irâq, Tanzîh, 1/148.)  

2.3. Les créations antérieures, les prophètes et l’exégèse

Le Coran noble évoque brièvement les créations antérieures, les prophètes précédents et les récits historiques. Il ne traite que des sujets comportant un enseignement pour la vie présente et future. Les récits de ces créations et de ces prophètes circulaient avec beaucoup plus de détails parmi les Juifs. Comme le Coran ne les expose pas en détail, de nombreux exégètes, dès l’époque des Compagnons et des tâbi‘ûn, écoutaient avec curiosité les récits juifs. Après la conversion de plusieurs savants juifs à l’islam, à l’époque des tâbi‘ûn, ceux-ci rapportèrent également aux musulmans nombre de récits populaires répandus dans leur milieu. L’islam n’a pas interdit de raconter ou d’écouter ces récits en tant que récits, mais il a interdit de les tenir pour vrais. Pourtant, certains exégètes et historiens se sont appuyés, dans l’exégèse de versets concernant les prophètes antérieurs et dans leurs biographies, sur la Bible déformée des Juifs et des chrétiens ainsi que sur divers récits vrais ou faux. Aux premières époques, les musulmans les écoutaient comme des histoires; plus tard, on les considéra comme véridiques et certains les diffusèrent comme des hadiths. Le Coran affirme à plusieurs reprises que les Juifs et les chrétiens ont altéré la Parole d’Allah descendue sur eux: la Torah, les Psaumes et l’Évangile. Ils ont composé de nombreuses paroles de leurs propres mains et les ont attribuées à Allah. C’est pourquoi les hadiths indiquent qu’il est permis de rapporter leurs paroles, à condition de ne rien accepter comme vrai sans la confirmation du Coran. Les Compagnons blâmaient le fait de dépendre des informations juives et chrétiennes. ‘Abdullah ibn ‘Abbas dit: «Comment pouvez-vous interroger les Juifs et les chrétiens sur une question, alors que votre Livre, révélé au Messager d’Allah, est plus récent et que vous l’avez lu dans son état authentique, sans aucune altération? Ce Coran vous a informés que les adeptes des Livres précédents ont changé et déformé le Livre d’Allah, écrivant de leurs propres mains des livres qu’ils attribuaient à Allah pour un faible profit terrestre. La connaissance venue à vous — celle du Coran et de la Sunna — ne devrait-elle pas vous dispenser de leur poser des questions?» (Al-Bukhari, as-Sahih, 6/2679). Malgré cela, les récits isra’iliyyât continuèrent progressivement à pénétrer la société musulmane. Aux époques suivantes, les musulmans finirent par les croire en les attribuant au Coran ou aux hadiths. Il n’est pas possible d’examiner ici ce sujet en détail; quelques indications suffiront. 1. La date de la création du monde et son âge Tout ce qui est affirmé sur la date et la durée de la création du monde, son âge, le temps écoulé d’Adam à Jésus et la durée restante du monde est nul, mensonger et sans fondement. Les faussaires ont fabriqué de nombreux récits à ce sujet. La Bible juive et chrétienne indique un âge du monde et une date de la création de l’être humain. Selon ses calculs, le monde actuel n’aurait que sept mille ans. Cela est historiquement et scientifiquement faux. Des historiens musulmans, s’appuyant sur ces informations erronées, ont eux aussi écrit de nombreuses choses, et les faussaires ont forgé quantité de hadiths sur ce thème. 2. Les créatures antérieures à l’être humain Le Coran et les hadiths ne disent pas clairement si, avant l’humanité, il existait dans le monde d’autres êtres intelligents que les djinns. Ils indiquent cependant en plusieurs endroits qu’Allah avait créé les djinns avant l’être humain, en leur accordant intelligence, libre arbitre et responsabilité du culte. Le Coran ne donne pas de récit détaillé de leur création, et aucun hadith authentique ne fournit d’information à ce sujet. Tout ce qui est raconté sur le mystère de leur création, leur ancêtre, leurs activités, leurs prophètes, leurs châtiments, leurs rois ou les noms de leurs prophètes et messagers n’est que superstition, légende populaire ou récit imaginaire sans fiabilité, répandu chez les Juifs et les chrétiens. Le Coran précise qu’Iblis appartenait aux djinns et qu’il devint maudit après avoir refusé de se prosterner devant Adam. Aucun récit authentique ne rapporte son histoire avant cet événement. Les récits concernant sa naissance, sa généalogie, ses actes, son savoir et son adoration sont des paroles humaines, des récits israélites ou des informations invérifiables. Les ouvrages tels que Qisas al-anbiya sont remplis de telles histoires mensongères. 3. Le nombre des créatures: dix-huit mille créatures Une affirmation très répandue veut que le nombre des espèces créées dans l’univers soit de dix-huit mille. Ce n’est qu’une tradition populaire et l’opinion de certains savants. Aucun renseignement, ni dans un hadith authentique ni même dans un hadith faible, ne précise le nombre des innombrables créatures d’Allah. 4. Le nombre des prophètes et des messagers Le Coran enseigne qu’Allah a envoyé des prophètes et des messagers à toutes les nations et à toutes les époques. Il est dit: «Il n’est pas de communauté qui n’ait eu un avertisseur» (sourate 35, Fatir, verset 24; voir aussi 10, Yunus, verset 47). Leur nombre total n’est pas mentionné dans le Coran. Il y est plutôt dit que certains d’entre eux ont été mentionnés au Messager et que d’autres ne l’ont pas été.(Arabe*********)«Il y a des messagers dont Nous t’avons raconté l’histoire auparavant, et d’autres dont Nous ne t’avons pas raconté l’histoire» (sourate 4, an-Nisa’, verset 164; voir aussi sourate 40, Ghafir/Al-Mu’min, verset 78). Il est très répandu parmi nous que les prophètes et messagers furent au nombre de cent vingt-quatre mille, ou de deux cent vingt-quatre mille. Il faut cependant remarquer qu’aucun hadith authentique ne rapporte leur nombre. Plusieurs hadiths faibles ou forgés contiennent certaines affirmations à ce sujet, mais je n’ai trouvé nulle part de chaîne de transmission pour un hadith donnant clairement le nombre de deux cent vingt-quatre mille. Le nombre de cent vingt-quatre mille, ou d’autres nombres, a toutefois été rapporté comme suit. A. Cent vingt-quatre mille Plusieurs chaînes rapportent que le nombre des prophètes et messagers était de cent vingt-quatre mille, mais toutes sont extrêmement faibles. Certains traditionnistes ont même considéré le hadith comme forgé. Ibn Hibban et d’autres ont rapporté, par la chaîne d’Ibrahim ibn Hisham ibn Yahya al-Ghassani (mort en 238 de l’hégire), un récit dans lequel Abu Dharr demande au Messager d’Allah le nombre des prophètes. Il répond: «Cent vingt-quatre mille.» À la question du nombre de messagers, il répond: «Trois cent treize, un nombre considérable.» (Ibn Hibban, as-Sahih, 1/76-79). Les traditionnistes ont divergé au sujet de l’unique rapporteur de ce hadith, Ibrahim ibn Hisham. At-Tabarani et Ibn Hibban le jugèrent relativement acceptable, tandis que d’autres le déclarèrent menteur. Abu Zur‘a le qualifia de très grand menteur. Abu Hatim ar-Razi se rendit auprès de lui pour entendre ses hadiths, compara son manuscrit à sa récitation et y trouva d’innombrables contradictions. Il conclut que cet homme n’avait probablement jamais consacré de temps à l’étude des hadiths et semblait être un menteur. Adh-Dhahabi le classa parmi les rapporteurs abandonnés (Adh-Dhahabi, Mizan al-i‘tidal, 1/201; Ibn Hajar, Lisan al-mizan, 1/122). Puisque ce hadith n’a été rapporté que par Ibrahim ibn Hisham, Ibn al-Jawzi et d’autres traditionnistes le déclarèrent forgé et fabriqué (Ibn Kathir, at-Tafsir, 1/586-587). L’imam Ahmad rapporta un autre récit de même sens, transmis par Mu‘an ibn Rifa‘a, ‘Ali ibn Yazid, al-Qasim Abu ‘Abd ar-Rahman et Abu Umama, donnant également le nombre de cent vingt-quatre mille (Ahmad, al-Musnad, 5/265). Mu‘an ibn Rifa‘a as-Sulami était un rapporteur quelque peu faible; son maître ‘Ali ibn Yazid était encore plus faible. Al-Bukhari le qualifia de munkar, et an-Nasa’i, ad-Daraqutni et d’autres le considérèrent comme abandonné. Son maître al-Qasim Abu ‘Abd ar-Rahman, mort en 112 de l’hégire, était lui aussi faible. Ahmad, Ibn Hibban et d’autres ont affirmé qu’il rapportait des paroles au nom des Compagnons au point de donner l’impression de commettre volontairement ces erreurs. Il prétendait avoir rencontré quarante Compagnons ayant participé à Badr, alors qu’il était né vers le milieu du premier siècle (Ibn al-Jawzi, ad-Du‘afa’, 3/14). Ce hadith est donc extrêmement faible. Le nombre de cent vingt-quatre mille a également été rapporté par deux ou trois chaînes tout aussi faibles. Dans l’ensemble, même si ce nombre n’est pas nécessairement forgé, il doit être considéré comme extrêmement faible. Allah sait mieux (Ibn Kathir, Tafsir, 1/587-588). B. Huit mille prophètes Abu Ya‘la al-Mawsili rapporte, par Musa ibn ‘Ubayda ar-Rabazi et Yazid ibn Aban ar-Raqashi, qu’Anas ibn Malik a dit que le Messager d’Allah déclara: «Allah a envoyé huit mille prophètes: quatre mille aux Enfants d’Israël et quatre mille au reste de l’humanité» (Ibn Kathir, Tafsir, 1/588). Ce hadith est également faible. Ibn Kathir dit que sa chaîne est faible, ar-Rabazi étant faible et son maître ar-Raqashi encore plus faible. Une autre chaîne aurait aussi rapporté ce nombre et serait, en apparence, relativement acceptable. C. Mille prophètes ou davantage Dans un hadith recueilli par l’imam Ahmad et d’autres, le Messager d’Allah aurait dit: «Je suis le sceau de mille prophètes ou davantage.» Ibn Kathir, al-Haythami et d’autres ont indiqué que, concernant le nombre, ce hadith est quelque peu plus acceptable que les précédents, bien que sa chaîne comporte également une faiblesse (Ibn Kathir, Tafsir, 1/588). 5. Les noms des prophètes et des messagers Le Coran mentionne vingt-cinq prophètes: Adam, Idris, Noé, Hud, Salih, Abraham, Lot, Ismaël, Isaac, Jacob, Joseph, Job, Shu‘ayb, Moïse, Aaron, Jonas, David, Salomon, Élie, Élisée, Dhu’l-Kifl, Zacharie, Jean, Jésus et Muhammad — qu’Allah les bénisse et les salue. Leurs noms sont mentionnés un nombre variable de fois dans les sourates du Coran. Le nom de Muhammad est cité quatre fois: dans les sourates Al ‘Imran 144, al-Ahzab 40, Muhammad 2 et al-Fath 29. Alors que le Coran s’adresse aux autres prophètes par leur nom et mentionne leurs récits par leur nom, il s’adresse généralement à Muhammad par les titres «Ô Prophète» ou «Ô Messager», et parle de lui par ses titres honorifiques de prophète, messager ou serviteur. C’est pourquoi son nom ne figure explicitement que dans quatre passages (Ibn Kathir, Tafsir, 1/586; al-Qurtubi, Tafsir, 3/31). Le Coran rapporte que les Juifs prétendaient qu’Uzayr était le fils d’Allah (sourate 9, at-Tawba, verset 30), mais il ne dit rien de sa qualité de prophète. Abu Hurayra rapporte que le Messager d’Allah a dit: «Je ne sais pas si Uzayr était prophète ou non» (Abu Dawud, as-Sunan, 4/218; al-‘Azimabadi, ‘Awn al-ma‘bud, 12/280). Le nom de Josué ibn Nun est mentionné dans un hadith comme celui du serviteur de Moïse. Aucun autre prophète n’est nommé dans un hadith authentique rapporté du Messager d’Allah. Des hadiths extrêmement faibles ou forgés mentionnent parfois Seth, fils d’Adam. Les récits concernant Qalut, Hizqil, Hazala, Samuel, Jurjis, Sham‘un, Irmiyah, Daniel et d’autres sont essentiellement des traditions israélites, ainsi que les opinions d’exégètes et d’historiens fondées sur ces traditions. 6. Le nombre des feuillets célestes Allah a maintes fois déclaré dans le Coran qu’Il a donné des Livres aux prophètes et aux messagers. Mais ni le Coran ni aucun hadith authentique n’en précise le nombre. L’affirmation selon laquelle il y aurait cent quatre Livres et feuillets est très répandue dans notre pays, mais ne se trouve dans aucun hadith fiable. Elle figure dans le récit transmis d’Abu Dharr sur les cent vingt-quatre mille prophètes; or nous avons vu que ce récit est forgé ou extrêmement faible. 7. L’âge des prophètes et des messagers Le Coran indique que Noé resta neuf cent cinquante ans parmi son peuple. Il ne mentionne pas la durée de vie d’un autre prophète. Un hadith indique qu’Adam vécut mille ans, mais aucune autre information fiable n’est connue. Tout ce qui est écrit dans les livres au sujet de la durée de vie des prophètes provient des ouvrages déformés des Juifs et des chrétiens. 8. Les biographies des prophètes et messagers Le Coran et les hadiths ne donnent pas de biographies détaillées des prophètes mentionnés. Au sujet d’Élie, d’Élisée et de Dhu’l-Kifl, rien n’est rapporté au-delà de leurs noms; il en est presque de même pour Idris. Pour les autres, seuls certains enseignements de leur vie sont exposés. La plupart des détails racontés sont des traditions israélites et des légendes populaires. Les ouvrages de Qisas al-anbiya et les biographies répandues dans notre pays sont principalement un assemblage de récits forgés, sans fondement et israélites. Il n’est pas possible d’examiner tous ces sujets dans le cadre limité de cet ouvrage.وَرُسُلًا قَدْ قَصَصْنَاهُمْ عَلَيْكَ مِن قَبْلُ وَرُسُلًا لَّمْ نَقْصُصْهُمْ عَلَيْكَ ۚ9. Adam et Ève 9.1. Le fruit du blé Une affirmation très répandue dans notre pays veut qu’Adam ait mangé le fruit du blé. Elle est totalement sans fondement et ne figure nulle part dans le Coran ni dans les hadiths. Allah interdit à Adam et Ève de s’approcher d’un arbre déterminé; plus tard, poussés par Satan, ils en mangèrent. Le Coran et les hadiths rapportent l’événement en plusieurs endroits, mais ne donnent ni le nom de l’arbre ni celui du fruit. Des exégètes postérieurs ont proposé différents arbres. Les Juifs disaient qu’Adam avait mangé du blé; d’autres ont parlé de raisin ou de dattes. Tout cela relève de la conjecture. Le croyant doit tirer une leçon de l’événement, non chercher le nom de l’arbre ou du fruit. Ces opinions humaines ne doivent jamais être attribuées à Allah ou à Son Messager (Ibn Kathir, Qisas al-anbiya, 1/19). Les histoires selon lesquelles une pensée perverse serait née dans le cœur d’Adam, que Jibril l’aurait retirée et enterrée, d’où aurait poussé le blé, sont également forgées et sans fondement. 9.2. Le mariage d’Adam et Ève et leur dot La formulation apparente du Coran indique qu’Ève fut créée avant l’entrée d’Adam au Paradis et qu’il leur fut ordonné d’y demeurer ensemble. Certains exégètes ont toutefois dit, depuis l’époque des Compagnons, qu’Ève fut créée quelque temps après l’entrée d’Adam au Paradis. Le Coran affirme en plusieurs endroits qu’Ève fut créée à partir d’Adam, sans donner le détail du processus. L’idée répandue selon laquelle la dot de leur mariage aurait été la récitation de la prière sur le Prophète n’a aucune chaîne ni fondement connu. 9.3. L’aide du paon et du serpent à Iblis De nombreux récits affirment qu’Iblis tenta d’égarer Adam et Ève avec l’aide d’un serpent et d’un paon. Les chercheurs indiquent que ces récits ont été empruntés aux Juifs et aux chrétiens (Muhammad Abu Shahbah, al-Isra’iliyyat wa’l-mawdu‘at, p. 178-180). 9.4. Après leur descente sur terre Le Coran ne rapporte rien de précis sur Adam et Ève après leur descente sur terre, et aucun hadith authentique ne fournit de détail particulier. On ne sait pas où ils descendirent, où ils vécurent, quel travail ils accomplirent, quelle langue ils parlaient, comment ils adoraient Allah ni comment ils menaient leur vie familiale et sociale. Presque tout ce qui circule sur ces sujets n’est que l’opinion d’exégètes et d’historiens ou les récits de conteurs. Quelques hadiths à chaînes faibles existent également. Allah sait mieux. 9.5. La construction de la Ka‘ba par Adam Il est répandu qu’Adam construisit la Ka‘ba sacrée. Il s’agit en réalité de paroles d’historiens, d’exégètes et de savants, rapportées par des chaînes faibles. Certains traditionnistes ont considéré toutes ces traditions comme extrêmement faibles et nulles. L’érudit Ibn Kathir, commentant les versets relatifs à la Maison d’Allah, dit que ces versets indiquent clairement qu’Abraham construisit la première Maison bénie établie pour tous les hommes afin qu’ils adorent Allah seul. Ce lieu était honoré depuis le commencement de la création et Allah le montra à Son ami intime par la révélation. Il ajoute qu’aucun hadith authentique du Messager d’Allah ne rapporte qu’une Ka‘ba aurait été construite avant Abraham; toutes ces traditions sont israélites et ne doivent être considérées ni comme vraies ni comme fausses (Tafsir Ibn Kathir, 1/173-174). 10. Les excréments dans l’arche de Noé et leur nettoyage De nombreuses histoires plaisantes circulent sur ce sujet, mais je ne connais aucune base dans un hadith authentique ou faible. Elles semblent être des histoires fabriquées par les conteurs. Il existe aussi d’innombrables récits sans fondement sur l’arche de Noé: le bois utilisé, l’emplacement de chaque animal, la manière dont Satan y serait entré, etc. Aucun renseignement n’est fourni à ce propos par les hadiths authentiques. 11. L’ascension corporelle d’Idris au ciel Idris est mentionné deux fois dans le Coran. Il est dit: «Ismaël, Idris et Dhu’l-Kifl étaient tous du nombre des patients» (sourate 21, al-Anbiya’, verset 85). Il est également dit: «Mentionne Idris dans le Livre: il était un homme véridique et un prophète, et Nous l’élevâmes à un rang élevé» (sourate 19, Maryam, versets 56-57). Les hadiths ne rapportent presque rien sur Idris. Tout ce qui est raconté sur sa naissance, sa généalogie ou son lieu d’activité relève des traditions israélites ou des histoires fabriquées par les conteurs. Il est particulièrement répandu dans notre société que quatre prophètes seraient immortels: Khidr et Élie sur terre, Idris et Jésus au ciel. On dit qu’Idris aurait été emmené vivant et corporellement au quatrième ou au sixième ciel, qu’il y vivrait, ou qu’il y serait mort avant de revenir à la vie. Toutes ces affirmations sont des traditions israélites sans fondement. Aucun hadith authentique ou faible rapporté du Messager d’Allah ne dit qu’un prophète autre que Jésus est vivant ou serait monté au ciel vivant. Le fait qu’Allah l’ait élevé à un rang élevé signifie qu’Il lui a accordé une haute dignité. Une dimension de cette dignité est qu’après sa mort, Allah lui accorda spirituellement une place au ciel auprès d’autres grands prophètes et messagers. Un hadith authentique indique que, durant la nuit du Mi‘raj, le Messager d’Allah rencontra plusieurs prophètes dans les cieux: Adam au premier ciel, Jean au deuxième, Joseph au troisième, Idris au quatrième, Aaron au cinquième, Moïse au sixième et Abraham au septième (Al-Bukhari, as-Sahih, 1/136, 3/1173, 1216-1217, 1410-1411; Muslim, as-Sahih, 1/148-150). Tous ces prophètes, à l’exception de Jésus, avaient reçu cette dignité après une mort naturelle (Ibn Kathir, Qisas al-anbiya, 1/61-62; Darwish Hut, Asna al-matalib, p. 25). 12. Hud et le paradis de Shaddad Toutes les histoires concernant la naissance et la vie de Shaddad, les descriptions extravagantes de son paradis et sa mort avant d’y entrer sont forgées et sans fondement. Elles proviennent de certains récits juifs et de fictions de faussaires. Rien de tout cela n’a été rapporté du Messager d’Allah par un hadith authentique ou faible. Certains ont même attribué ces mensonges à Allah. Un auteur a écrit qu’Allah aurait mentionné dans le Coran que Shaddad avait construit sur terre un paradis dont aucun homme n’avait jamais pu édifier l’équivalent. Quelle abominable invention et quelle déformation de la Parole d’Allah! Le sens des versets 6-7 de la sourate al-Fajr a été déformé. Plusieurs exégètes ont cité ces récits sans chaîne dans leur commentaire, puis ils ont été reproduits de la même manière dans les ouvrages de Qisas al-anbiya. Tout cela est mensonger. Ibn Kathir dit: «De nombreux exégètes ont rapporté ces propos au sujet de la cité d’Iram dans l’explication de ce verset. Que le lecteur ne se laisse pas tromper par leurs paroles. Tout cela relève des superstitions israélites et des histoires imaginaires fabriquées par certains hérétiques, destinées à éprouver l’intelligence des gens simples qui croient tout ce qu’ils entendent» (Ibn Kathir, Tafsir, 4/509). 13. Abraham 13.1. Le père d’Abraham Alors que le Coran a été établi par Allah comme critère de jugement de la Torah, des Psaumes et de l’Évangile, certains exégètes ont pris la Bible comme critère d’authenticité et ont interprété le Coran à partir d’elle. Un exemple particulièrement grave concerne le nom du père d’Abraham. Allah dit: «Et lorsqu’Abraham dit à son père Azar…» (sourate 6, al-An‘am, verset 74). Le Coran nomme donc clairement son père Azar, tandis que la Bible affirme que son père s’appelait Térah (Genèse 11/24-32). Le Coran ne donne généralement pas de renseignements supplémentaires sur les parents, le lieu de naissance ou la durée de vie des prophètes, en dehors des questions liées à la prophétie, à l’appel et aux miracles. Il fournit parfois une information pour réfuter les mensonges juifs. Ainsi, les Juifs ont écrit dans leur Bible qu’Allah créa le monde en six jours puis se reposa le septième; le Coran explique qu’Allah n’a éprouvé aucune fatigue et n’a nul besoin de repos. La mention particulière du nom du père d’Abraham vise probablement à corriger l’erreur juive. Pour le croyant, après les affirmations du Coran et des hadiths, aucune autre information n’est nécessaire. La plupart des exégètes érudits ont donc dit que le père d’Abraham s’appelait Azar et que cette donnée coranique est décisive. Certains, influencés par la Bible, ont tenté de concilier les deux récits: Azar et Térah seraient deux noms du même homme, ou l’un serait son titre et l’autre son nom. Ces interprétations ne nient pas directement le sens du Coran, car elles reconnaissent que le terme «père» désigne le père biologique et qu’Azar est son nom ou son titre (Ibn Kathir, Tafsir, 2/150-151; at-Tabari, Tafsir, 7/242-249). Mais une opinion particulièrement fausse affirme que la Bible aurait raison, que le père d’Abraham s’appelait Térah et n’était jamais appelé Azar, et qu’Azar aurait été son oncle que le Coran aurait appelé «père». Ainsi, la Bible est prise comme critère et le sens évident du Coran est déformé. Appeler l’oncle «père» constitue une altération du sens coranique et un rejet injustifié de son sens clair. Même si une telle possibilité existe exceptionnellement dans certaines langues, deux points doivent être retenus: premièrement, les hadiths interdisent sévèrement de se donner pour père quelqu’un qui n’est pas son père biologique; deuxièmement, on ne peut interpréter le sens clair du Coran de manière métaphorique ou tortueuse sans preuve explicite d’un autre verset ou d’un hadith. Les hadiths recueillis dans Sahih al-Bukhari montrent également qu’Azar était bien le père biologique d’Abraham et qu’Abraham le réprimandera au Jour de la Résurrection, avant qu’il ne soit jeté en Enfer sous la forme d’un animal (Al-Bukhari, as-Sahih, 3/1223; Ibn Hajar, Fath al-Bari, 8/500). Pour soutenir cette déformation, certains prétendent encore que le père biologique d’Abraham n’était pas mécréant, car aucun ancêtre d’Adam au Messager d’Allah n’aurait été mécréant ou polythéiste. Cette affirmation est sans fondement et contredit clairement le Coran, les hadiths authentiques et les données historiques. Le Coran et les hadiths authentiques qualifient à plusieurs reprises le père d’Abraham de mécréant. Les hadiths d’al-Bukhari et de Muslim indiquent qu’Abd al-Muttalib, le grand-père du Messager d’Allah, suivait une religion de mécréance. Lorsque le Prophète invita son oncle Abu Talib à embrasser l’islam sur son lit de mort, celui-ci refusa et déclara qu’il resterait dans la religion d’Abd al-Muttalib (Al-Bukhari, as-Sahih, 1/457; Muslim, as-Sahih, 1/54). Les ancêtres compris entre ‘Amr ibn Luhay et Abd al-Muttalib étaient donc naturellement impliqués dans le polythéisme, même s’ils étaient connus pour leur honnêteté, leur moralité et leur service de la communauté (Ibn Hisham, as-Sira an-nabawiyya, 1/93-94). Les ancêtres du Messager étaient toutefois exempts d’immoralité, d’adultère et d’obscénité (at-Tabari, at-Tafsir, 11/76; Ibn Kathir, Tafsir, 2/404). 13.2. La confiance d’Abraham en Allah Une histoire forgée attribuée à Abraham est répandue parmi nous. Lorsqu’il fut jeté dans le feu, Jibril serait venu lui dire: «Si tu as besoin de quelque chose, demande-le-moi.» Abraham aurait répondu: «Je n’ai besoin de rien de ta part.» Jibril aurait alors dit: «Adresse donc ta demande à ton Seigneur.» Il aurait répondu: «Il connaît ma situation; cela me suffit. Je n’ai donc pas besoin de demander.» Cette histoire est fabriquée et sans fondement. C’est un récit juif entré sans chaîne dans la société musulmane; les traditionnistes l’ont considéré comme forgé. Le Coran mentionne de nombreuses invocations d’Abraham et ne rapporte nulle part qu’il aurait refusé de prier Allah pour un besoin (Ibn ‘Iraq, Tanzih ash-shari‘a, 1/250; al-‘Ajluni, Kashf al-khafa, 1/136). Abandonner l’invocation au nom du tawakkul contredit l’enseignement du Coran et des hadiths, qui ordonne de demander à Allah toute chose, même la plus petite. Pour plus de détails, consulter le livre Rahe belayat. 13.3. Le couteau sur le cou du fils Dans la sourate as-Saffat, Allah mentionne qu’Abraham se prépara à sacrifier son fils. Le passage dit qu’Abraham demanda un enfant vertueux, qu’Allah lui annonça un fils doué de jugement, puis qu’Abraham lui dit avoir vu en rêve qu’il l’égorgeait. Le fils répondit qu’il devait accomplir ce qui lui était ordonné et qu’il le trouverait, si Allah le voulait, parmi les patients. Lorsqu’ils se soumirent tous deux et qu’Abraham coucha son fils, Allah l’appela et lui dit qu’il avait réalisé la vision; ainsi Allah récompense les bienfaisants (sourate 37, as-Saffat, versets 100-105). Le sujet est donc parfaitement clair. Pourtant, de nombreuses affirmations mensongères et contraires au Coran et aux hadiths circulent comme hadiths ou commentaires. Le Coran dit explicitement qu’Abraham vit en rêve qu’il égorgeait son fils. L’idée répandue selon laquelle il aurait vu en rêve l’ordre de sacrifier «la chose qu’il aimait le plus» est fabriquée; aucun hadith authentique ou faible ne la rapporte. Le Coran dit aussi qu’Abraham informa son fils de son rêve. Les récits selon lesquels il aurait fait sortir son épouse et son fils de la maison en leur mentant, sous prétexte de les inviter à manger, avant de révéler la vérité, ne sont rapportés par aucune source fiable du Messager d’Allah et portent atteinte à la dignité des prophètes. Pourquoi l’ami intime d’Allah aurait-il menti à sa femme et à son fils? On raconte encore qu’Abraham lia fermement Ismaël avec une corde puis lui passa plusieurs fois le couteau sur le cou. Tout cela est fabriqué et sans fondement. Le Coran indique qu’au moment même où ils se préparèrent au sacrifice, l’appel d’Allah retentit; aucun coup de couteau ne fut porté. Les hadiths indiquent également qu’un animal de remplacement fut accordé au moment de la préparation du sacrifice (Ibn Kathir, Tafsir, 4/16). Le traditionniste syrien Muhammad ibn as-Sayyid Darwish Hut, mort en 1276 de l’hégire, dit que l’histoire selon laquelle Abraham aurait passé le couteau sur le cou de son fils sans le couper est forgée, mensongère et inventée par des hérétiques (Darwish Hut, Asna al-matalib, p. 283-284). 14. L’épreuve de Job Le Coran dit que Job, éprouvé par le malheur, patienta et invoqua Allah. Allah exauça son invocation, le délivra de l’épreuve et lui rendit ses biens et ses enfants (sourates al-Anbiya’, 83-84; Sad, 41-44). Le Coran et les hadiths authentiques ne décrivent ni la nature, ni la forme, ni la durée de son épreuve, pas plus qu’ils ne donnent le nom de son épouse ou de ses proches. Tout ce qui est raconté à ce sujet provient essentiellement des traditions israélites, souvent accompagnées de descriptions imaginaires et extravagantes. Des savants tâbi‘ûn convertis du judaïsme, comme Wahb ibn Munabbih et Ka‘b al-Ahbar, qui connaissaient les Écritures juives et leurs récits, les ont rapportés comme des histoires (Ibn Kathir, Qisas al-anbiya, 1/230-236; Abu Shuhba, al-Isra’iliyyat, p. 275-282). On peut les raconter comme des histoires, mais jamais les tenir pour vraies. Certaines décrivent la maladie de Job d’une manière incompatible avec la dignité d’un prophète. Si ces informations figuraient dans un hadith authentique, nous les accepterions et les expliquerions; puisqu’elles n’y figurent pas et qu’elles proviennent de récits israélites et de conteurs, elles doivent être rejetées. Darwish Hut rapporte une histoire selon laquelle Iblis aurait été autorisé à tourmenter Job, aurait soufflé dans son corps, qui aurait été atteint de lèpre, dont la chair se serait putréfiée et aurait été infestée de vers. Il déclare que ce sont des récits forgés et mensongers, non mentionnés dans le Livre d’Allah ni dans aucun hadith du Messager, même faible ou nul; ce sont des récits sans chaîne (Darwish Hut, Asna al-matalib, p. 284). 15. L’amour de David Une histoire extrêmement obscène concernant le prophète David se trouve dans plusieurs livres d’exégèse et dans quelques ouvrages de hadith postérieurs. Elle provient de la Bible juive et des paroles de savants juifs présents à l’époque des tâbi‘ûn, avant d’entrer dans la société musulmane. Malheureusement, certains ouvrages l’ont aussi attribuée au Messager d’Allah. Les Juifs ont inscrit dans la Torah et les Psaumes, sous le nom de leurs propres prophètes et messagers, des récits obscènes impossibles à exprimer. Ces récits dépassent même, par leur immoralité, les histoires de débauche attribuées aux divinités du Ramayana et du Mahabharata. L’un d’eux raconte, au nom de David, une histoire d’amour, d’adultère et de meurtre. Dans la version répandue chez les musulmans, David aurait aperçu une femme qui se baignait, s’en serait épris, puis aurait conspiré avec le commandant de son armée pour faire tuer son mari Urie à la guerre. Après la mort d’Urie, il aurait épousé la femme — qu’Allah nous en préserve! (At-Tabari, at-Tafsir, 23/14; al-Qurtubi, Tafsir, 15/166-185). La Bible raconte l’affaire de manière encore plus obscène (2 Samuel, 11:1-27). Cette histoire est non seulement mensongère et contraire à la nature des prophètes, mais aussi contraire à la raison. Il est inconcevable qu’un homme âgé et sensé, possédant d’innombrables épouses et étant un souverain populaire, tombe passionnément amoureux d’une femme après un seul regard et recoure à un meurtre et à une conspiration (Muhammad Abu Shahbah, al-Isra’iliyyat, p. 264-270). 16. Harut et Marut La magie était répandue chez les Juifs. Ils prétendaient que Salomon avait obtenu son pouvoir par la magie et que Salomon lui-même, ainsi que deux anges nommés Harut et Marut, leur avaient enseigné la magie. Pour réfuter ces mensonges, le verset 102 de la sourate al-Baqara fut révélé.وَاتَّبَعُوا مَا تَتْلُو الشَّيَاطِينُ عَلَىٰ مُلْكِ سُلَيْمَانَ ۖ وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ وَلَٰكِنَّ الشَّيَاطِينَ كَفَرُوا يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ وَمَا أُنزِلَ عَلَى الْمَلَكَيْنِ بِبَابِلَ هَارُوتَ وَمَارُوتَ ۚ وَمَا يُعَلِّمَانِ مِنْ أَحَدٍ حَتَّىٰ يَقُولَا إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلَا تَكْفُرْ ۖ«Ils suivirent ce que les démons récitaient au sujet du règne de Salomon. Salomon n’a pas mécru, mais les démons ont mécru: ils enseignaient la magie aux gens, ainsi que ce qui avait été descendu sur les deux anges, à Babylone, Harut et Marut. Ceux-ci n’enseignaient rien à personne sans dire: “Nous ne sommes qu’une épreuve; ne mécrois donc pas.”» Les exégètes divergent depuis l’époque des Compagnons et des tâbi‘ûn sur le sens et l’interprétation de ce verset. ‘Abdullah ibn ‘Abbas et certains autres ont dit que la particule arabe utilisée avec Harut et Marut signifie «non»: aucune magie n’aurait donc été descendue sur les deux anges. De même que les prétentions juives au sujet de Salomon sont fausses, leurs prétentions au sujet de Harut et Marut le sont aussi. Selon l’opinion générale des exégètes, lorsque les Juifs se mirent à appeler magie toute chose sans distinguer les prodiges, les miracles et la magie, Allah chargea deux anges d’enseigner la nature de la magie et la différence entre magie et miracle. Ils enseignaient cette distinction aux gens et les avertissaient de ne pas utiliser ce savoir pour pratiquer la magie et tomber dans la mécréance. Malgré cela, beaucoup persistèrent dans la mécréance liée à l’usage de la magie. Certains exégètes ont dit qu’Harut et Marut étaient deux hommes, que les gens appelaient des anges en raison de leur savoir particulier, de leur érudition ou de leur piété, et qu’ils enseignaient aux gens les méfaits de la magie. Le Coran ne donne aucune autre information sur Harut et Marut, et aucun hadith authentique n’en parle. Pourtant, de nombreuses histoires circulent dans les livres d’exégèse et dans la société sous le nom de hadiths ou de commentaires. Leur résumé est le suivant: à cause des péchés de l’humanité, les anges demandèrent à Allah pourquoi Il pardonnait tant de fautes aux hommes et ne les châtiait pas. Allah leur répondit que, s’ils avaient la nature humaine, ils commettraient eux aussi de tels péchés. Ils le nièrent. Deux anges, Harut et Marut, furent alors choisis pour être mis à l’épreuve, dotés d’une nature humaine et envoyés sur terre. Ils tombèrent amoureux d’une femme extrêmement belle appelée Zuhra et se rendirent coupables de boire du vin, d’adultère et de meurtre. Zuhra apprit d’eux des formules magiques et s’envola dans le ciel; elle fut ensuite transformée en étoile. Ces histoires sont essentiellement des récits répandus chez les Juifs. Certains livres d’exégèse les ont toutefois rapportées comme des hadiths. Tous les hadiths sur ce sujet sont transmis par des chaînes extrêmement faibles ou forgées. Certains traditionnistes ont jugé quelques récits acceptables en raison de leurs différentes chaînes, tandis que beaucoup les ont tous déclarés forgés. L’érudit al-Qurtubi et d’autres traditionnistes et exégètes ont indiqué que ces histoires contredisent la croyance islamique concernant les anges. Dans le judaïsme, le christianisme et d’autres religions, les anges sont imaginés comme des êtres de nature humaine, dotés de volonté et de capacité de décision propres. Selon la croyance islamique, les anges sont purs de toute inclination humaine, de toute pensée autonome et de toute tendance à s’opposer à la décision d’Allah. Ils peuvent interroger Allah afin d’obtenir une connaissance, mais ils ne possèdent aucune disposition leur permettant de contester Ses actes ou Ses paroles. Ces récits sont donc contraires à la doctrine islamique. Après avoir rassemblé et comparé toutes les traditions, Ibn Kathir et plusieurs autres traditionnistes ont affirmé qu’aucun hadith authentique ni aucune chaîne fiable ne rapportait ces récits du Messager d’Allah. Les hadiths qui lui sont attribués sur ce sujet sont forgés. Certaines traditions rapportées des Compagnons comme leurs propres paroles possèdent toutefois des chaînes relativement acceptables. Il est bien connu que certains Compagnons écoutaient et rapportaient des histoires répandues chez les Juifs; c’est probablement sur cette base qu’ils les ont mentionnées. Allah sait mieux (At-Tabari, 1/451-464; Ibn Kathir, 1/135-144). Beaucoup d’autres histoires fabriquées et traditions israélites concernant les prophètes et messagers précédents circulent encore dans notre société. Les ouvrages de Qisas al-anbiya sont remplis de ces récits mensongers. Leur examen détaillé exigerait un ouvrage beaucoup plus vaste. Pour le moment, je termine ici cette discussion.

2.4. À propos du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)

La dignité, les mérites, la grandeur et l’importance incomparables du Messager d’Allah sont exposés dans d’innombrables versets du Noble Coran et dans de nombreux hadiths authentiques. Pourtant, beaucoup de croyants sont davantage attirés par des récits inventés que par le langage profond, l’appel intellectuel et l’inspiration spirituelle de ces textes. Les hadiths forgés se sont particulièrement répandus dans les ouvrages sur les mérites des œuvres pieuses, les récits des prophètes antérieurs et la naissance, la vie, les miracles et la biographie du Messager. Des auteurs ont ainsi transmis de nombreux récits sans fondement, notamment au sujet d’événements prétendument survenus avant sa naissance. Dire des mensonges en son nom ne rehausse pas son rang : c’est au contraire la plus grave offense à son égard. Allah et Son Messager détestent le mensonge, surtout celui qui est attribué à Allah ou à Son Messager. Le Prophète a ordonné de combattre le mensonge, de l’identifier et de s’en éloigner. Voici quelques paroles forgées qui lui sont attribuées : « Je suis le dernier prophète, il n’y a pas de prophète après moi, sauf si Allah le veut. » Cette addition est une invention d’un hérétique nommé Muhammad ibn Saʿîd et n’apparaît dans aucun recueil de hadith. Les musulmans guidés soumettent leurs préférences à la révélation et examinent d’abord l’authenticité de la chaîne de transmission. Les égarés, eux, acceptent les paroles selon leurs goûts et les interprètent ou les rejettent selon qu’elles leur conviennent. Parmi les autres paroles inventées figure : « Si ce n’était pour vous, Je n’aurais pas créé les cieux et la terre. » Les spécialistes l’ont unanimement déclarée forgée et sans fondement. Il existe toutefois des récits faibles ou forgés exprimant un sens voisin. L’un d’eux prétend qu’Adam aurait invoqué Allah par le droit de Muhammad, et qu’Allah aurait inscrit sur le Trône : « Il n’y a de divinité qu’Allah, Muhammad est le Messager d’Allah. » Al-Hâkim l’a déclaré authentique, mais les spécialistes s’accordent à le juger faible, voire forgé, en raison de narrateurs extrêmement faibles et peu fiables. Un autre récit, attribué à Ibn ʿAbbâs, affirme que le Trône aurait tremblé avant que la formule ne soit inscrite sur lui. Al-Dhahabî et Ibn Hajar l’ont également jugé forgé. Les récits sur la « Lumière muhammadienne » doivent être examinés à la lumière du Coran : le mot nûr signifie lumière, éclat ou clarté, et peut aussi désigner métaphoriquement la guidance, la foi et la vérité.اللَّهُ نُورُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۚ مَثَلُ نُورِهِ كَمِشْكَاةٍ فِيهَا مِصْبَاحٌ ۖAllah est la lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche contenant une lampe. Al-Tabarî explique que cela signifie qu’Allah guide les habitants des cieux et de la terre vers la vérité. Ibn ʿAbbâs a également interprété ce verset comme signifiant qu’Allah est le Guide des habitants des cieux et de la terre, tandis qu’Anas a rapporté : « Ma guidance est Ma lumière. » Le Noble Coran qualifie aussi le Coran lui-même de lumière. À propos du Messager, il est dit que ceux qui le suivent, l’honorent, le soutiennent et suivent la lumière descendue avec lui sont les bienheureux.الَّذِينَ يَتَّبِعُونَ الرَّسُولَ النَّبِيَّ الْأُمِّيَّ الَّذِي يَجِدُونَهُ مَكْتُوبًا عِندَهُمْ فِي التَّوْرَاةِ وَالْإِنجِيلِ يَأْمُرُهُم بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَاهُمْ عَنِ الْمُنكَرِ وَيُحِلُّ لَهُمُ الطَّيِّبَاتِ وَيُحَرِّمُ عَلَيْهِمُ الْخَبَائِثَ وَيَضَعُ عَنْهُمْ إِصْرَهُمْ وَالْأَغْلَالَ الَّتِي كَانَتْ عَلَيْهِمْ ۚ فَالَّذِينَ آمَنُوا بِهِ وَعَزَّرُوهُ وَنَصَرُوهُ وَاتَّبَعُوا النُّورَ الَّذِي أُنزِلَ مَعَهُ ۙ أُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ [٧:١٥٧« Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré… ceux qui croient en lui, l’honorent, le soutiennent et suivent la lumière descendue avec lui, ceux-là sont les bienheureux. » La lumière mentionnée ici est le Noble Coran révélé au Messager. Ailleurs, le Coran est également appelé esprit et lumière.وَكَذَٰلِكَ أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ رُوحًا مِّنْ أَمْرِنَا ۚ مَا كُنتَ تَدْرِي مَا الْكِتَابُ وَلَا الْإِيمَانُ وَلَٰكِن جَعَلْنَاهُ نُورًا نَّهْدِي بِهِ مَن نَّشَاءُ مِنْ عِبَادِنَا ۚ وَإِنَّكَ لَتَهْدِي إِلَىٰ صِرَاطٍ مُّسْتَقِيمٍ [٤٢:٥٢« Ainsi Nous t’avons révélé un esprit provenant de Notre ordre. Tu ne savais pas ce qu’étaient le Livre et la foi, mais Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. » La Torah révélée à Moïse est elle aussi appelée lumière, tout comme la Torah et l’Évangile. Les exégètes ont divergé au sujet du sens de la « lumière d’Allah » : certains l’ont comprise comme le Coran, d’autres comme l’islam, Muhammad, les preuves d’Allah ou le soleil.يُرِيدُونَ أَن يُطْفِئُوا نُورَ اللَّهِ بِأَفْوَاهِهِمْ وَيَأْبَى اللَّهُ إِلَّا أَن يُتِمَّ نُورَهُ وَلَوْ كَرِهَ الْكَافِرُونَ [٩:٣٢« Ils veulent éteindre la lumière d’Allah avec leurs bouches, mais Allah parachèvera Sa lumière, même si les mécréants la détestent. » Les exégètes ont proposé cinq interprétations : le Coran, l’islam, Muhammad, les preuves d’Allah ou le soleil. Toutes montrent que la lumière désigne une réalité de guidance et de vérité, non une matière créée.الر ۚ كِتَابٌ أَنزَلْنَاهُ إِلَيْكَ لِتُخْرِجَ النَّاسَ مِنَ الظُّلُمَاتِ إِلَى النُّورِ بِإِذْنِ رَبِّهِمْ إِلَىٰ صِرَاطِ الْعَزِيزِ الْحَمِيدِ [١٤:١« Voici un Livre que Nous t’avons révélé afin que tu fasses sortir les hommes des ténèbres vers la lumière. » Il ne s’agit évidemment pas ici de ténèbres et de lumière matérielles : les ténèbres sont celles de l’incroyance et la lumière est le Coran ou l’islam. Dans d’autres versets également, les exégètes ont interprété la lumière comme le Coran, l’islam ou Muhammad.يَا أَهْلَ الْكِتَابِ قَدْ جَاءَكُمْ رَسُولُنَا يُبَيِّنُ لَكُمْ كَثِيرًا مِّمَّا كُنتُمْ تُخْفُونَ مِنَ الْكِتَابِ وَيَعْفُو عَن كَثِيرٍ ۚ قَدْ جَاءَكُم مِّنَ اللَّهِ نُورٌ وَكِتَابٌ مُّبِينٌ [٥:١٥« Ô gens du Livre, Notre Messager vous est venu pour vous exposer une grande partie de ce que vous cachiez du Livre et pour vous dispenser de beaucoup d’autres choses. Une lumière et un Livre explicite vous sont certes venus d’Allah. » Les exégètes ont divergé : certains ont compris la lumière comme le Coran, d’autres comme l’islam ou Muhammad. Ces interprétations ne se contredisent pas. Selon al-Tabarî, la lumière est Muhammad, par lequel Allah a éclairé la vérité, fait triompher l’islam et effacé l’associationnisme.يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ إِنَّا أَرْسَلْنَاكَ شَاهِدًا وَمُبَشِّرًا وَنَذِيرًا [٣٣:٤٥] وَدَاعِيًا إِلَى اللَّهِ بِإِذْنِهِ وَسِرَاجًا مُّنِيرًا [٣٣:٤٦Le Coran appelle le Messager « une lampe lumineuse ». Il n’en résulte pas que Muhammad, le Coran ou l’islam soient faits de lumière matérielle. Il s’agit d’une lumière spirituelle, idéelle et métaphorique qui illumine les cœurs par la foi et la vérité. Le Coran et les hadiths affirment que l’être humain a été créé de terre et que le Messager est un homme comme les autres, tout en étant le plus noble par son œuvre. Les récits prétendant qu’il aurait été créé de lumière sont attrayants, mais leur authenticité doit être vérifiée avant toute acceptation.ﷺLa première règle de la communauté musulmane est de vérifier l’authenticité d’une parole avant de l’accepter, et non de se contenter de son sens apparemment séduisant. Voici quelques hadiths forgés sur ce thème. 4. Muhammad et Ali créés de lumière : « Moi et Ali avons été créés de lumière… » Les spécialistes sont unanimes à déclarer ce hadith mensonger et forgé.ﷺ« Moi et Ali avons été créés de lumière. Deux mille ans avant la création d’Adam, nous étions à la droite du Trône, puis nous avons circulé dans les descendances humaines. » Les spécialistes l’ont unanimement déclaré faux et forgé. Jaʿfar ibn Ahmad al-Ghâfiqî, un menteur, en a fabriqué le texte et la chaîne de transmission.ﷺ5. Muhammad créé de la lumière d’Allah et Abû Bakr de sa lumière : « Allah m’a créé de Sa lumière, Abû Bakr de ma lumière, ʿUmar de la lumière d’Abû Bakr et ma communauté de la lumière de ʿUmar. » Les spécialistes sont unanimes à déclarer ce hadith mensonger et forgé. D’autres versions ajoutent que les croyants auraient été créés de la lumière de ʿUmar et les croyantes de celle de ʿÂ’isha. Toutes ces paroles sont sans fondement.ﷺ6. Muhammad créé de la lumière du Visage d’Allah : le livre forgé Sirr al-Asrâr, attribué à ʿAbd al-Qâdir al-Jîlânî, contient de nombreuses paroles inventées au nom du hadith. L’une d’elles prétend qu’Allah aurait dit : « J’ai créé Muhammad de la lumière de Mon Visage. » Cette abominable parole n’est rapportée avec aucune chaîne, même forgée.ﷺ7. Le riz créé de la lumière du Messager : « Le riz vient de moi et je viens du riz ; le riz a été créé de ma lumière restante. » Cette parole est une invention des faussaires. 8. Le croyant créé de la lumière d’Allah : un récit attribué à Ibn ʿAbbâs affirme que le croyant voit par la lumière d’Allah dont il aurait été créé. Ce hadith est également forgé. Son unique narrateur, Maysara ibn ʿAbd Rabbihi, était un célèbre faussaire et menteur. Tous les spécialistes l’ont considéré comme peu fiable.ﷺ9. La Lumière muhammadienne serait la première création. Ces récits ne sont pas très répandus dans la société, tandis qu’une parole inexistante dans les recueils de hadith est devenue extrêmement populaire : « Allah a créé ma lumière en premier. » On la présente comme une partie d’un long hadith attribué à Jâbir, selon lequel la lumière du Prophète aurait été créée en premier, puis divisée pour créer le Trône, le Piédestal, la Table, la Plume, les anges, les djinns, les hommes et l’univers.ﷺDans cette version, Jâbir demande ce qu’Allah a créé en premier, et le Prophète répond : « Allah a créé en premier la lumière de ton Prophète à partir de Sa lumière. » Cette lumière aurait ensuite été divisée pour produire toutes les créatures. Le récit est agréable à entendre, mais son agrément ne constitue pas une preuve.ﷺSi mentir au nom du Messager était permis, nous accepterions volontiers ces paroles. Mais puisque cela est interdit, nous devons les réfuter. Tout ce qui est répandu au sujet de la création première du Messager à partir de lumière, ou de la création de l’univers à partir de sa lumière, est sans fondement, forgé et mensonger.ﷺCertains prétendent que ce hadith a été recueilli par al-Bayhaqî ou ʿAbd al-Razzâq al-Sanʿânî. Cette affirmation est sans fondement : il ne figure dans aucun de leurs ouvrages ni dans aucun recueil de hadith, avec une chaîne authentique, faible ou forgée. Des centaines de recueils ont été compilés depuis l’époque des Compagnons, et les hadiths connus s’y retrouvent généralement dans plusieurs chaînes. Or cette phrase ne se trouve dans aucun recueil. Le Messager, ses Compagnons et les générations suivantes ne l’ont pas connue pendant des siècles.ﷺSelon les informations disponibles, Ibn ʿArabî fut le premier, au VIIe siècle de l’Hégire, à mentionner ces paroles comme un hadith. Il a fondé sur elles sa théorie de la création, sous l’influence de la doctrine chrétienne du Logos. Ahmad Sirhindî a souvent réfuté ses paroles forgées et sans fondement. La citation fut ensuite reprise sans vérification jusqu’à ce qu’al-Qastallânî affirme à tort qu’elle figurait dans le Musannaf de ʿAbd al-Razzâq. Des spécialistes comme al-Suyûtî ont vérifié les manuscrits et confirmé son inexistence. Cette parole s’est pourtant répandue au point de devenir, chez certains musulmans, un élément de croyance. Elle a aussi produit une grave confusion : certains ont prétendu que l’essence divine serait une lumière dont le Prophète aurait été une partie. C’est une forme d’associationnisme semblable aux déviations chrétiennes. La croyance correcte consiste à s’en tenir au Coran et aux hadiths authentiques, sans attribuer au Messager des paroles infondées.ﷺ10. La Lumière muhammadienne sous la forme d’un paon : les récits prétendant qu’une lumière muhammadienne aurait été placée sous forme de paon dans l’Arbre de la Certitude, puis que toutes les créatures en seraient issues, sont sans aucune chaîne ni fondement. 11. Le Messager aurait existé sous la forme d’une étoile avant Adam : cette croyance et les récits qui la soutiennent sont également faux et sans fondement.ﷺ11. Le Messager sous la forme d’une étoile. Une croyance répandue prétend qu’il existait comme une étoile avant la création d’Adam.ﷺDivers récits sont invoqués à ce sujet, mais tous sont sans fondement et mensongers.ﷺUn livre de sermons publié par un centre islamique réputé rapporte, au nom d’Abû Hurayra, une prétendue conversation entre le Messager et Gabriel au sujet de l’âge de Gabriel et d’une étoile qui se lèverait tous les soixante-dix mille ans.ﷺLe récit prétend que Gabriel aurait vu cette étoile un très grand nombre de fois, puis que le Messager lui aurait dit : « Par la puissance d’Allah, je suis cette étoile. » Ce récit est entièrement inventé.ﷺCette parole mensongère a pourtant été attribuée à al-Bukhârî. Aucun recueil de hadith, y compris Sahîh al-Bukhârî et Sahîh Muslim, ne la rapporte avec une chaîne. Des prédicateurs l’ont répétée en se fiant à des citations non vérifiées. Le fait qu’un savant l’ait écrite ne constitue pas une excuse acceptable lorsqu’elle contredit les sources.ﷺLa lumière du Messager contre sa nature humaine. De nombreux récits forgés et sans chaîne figurent dans les ouvrages d’Ibn ʿArabî, la Sîra halabiyya et le Sharh al-Mawâhib. Tous les hadiths qui affirment que le Messager a été créé de lumière sont inventés. Le Coran et les hadiths authentiques le décrivent comme un être humain.ﷺLes recueils de hadith compilés aux IIe, IIIe et IVe siècles, notamment les six recueils canoniques, contiennent des hadiths sur de nombreux sujets, authentiques, bons, faibles et même forgés. Pourtant, aucun ne rapporte que le Messager aurait été créé de lumière.ﷺLes spécialistes ont consacré des chapitres à des sujets très secondaires, mais aucun n’a consacré de chapitre à la prétendue Lumière muhammadienne. Les exégètes anciens n’ont pas cité de hadith affirmant que le Messager aurait été créé de lumière. Durant les cinq premiers siècles de l’islam, aucune œuvre historique ou biographique ne traite de cette doctrine.ﷺLa seule question restante concerne le verset de la sourate al-Mâ’ida où certains exégètes ont compris la « lumière » comme désignant le Messager. Il faut retenir plusieurs principes : accepter la révélation au-dessus de ses goûts personnels ; reconnaître que le Coran et les hadiths décrivent explicitement le Messager comme un homme ; constater qu’aucun texte clair ne dit : « Je suis lumière » ou « Muhammad est lumière » ; et distinguer la parole des exégètes de celle du Prophète et des Compagnons.ﷺCertains exégètes ont interprété la lumière mentionnée dans un verset comme désignant le Messager, mais cette interprétation n’est établie ni par le Messager ni par un Compagnon.ﷺSi nous voulons nous soumettre au Coran et aux hadiths, nous devons accepter leurs indications explicites et sans ambiguïté, tout en laissant aux exégètes leur place propre.ﷺNous pouvons donc dire que le Coran et les hadiths ne qualifient pas explicitement le Messager de lumière et qu’il vaut mieux s’abstenir de cette expression à son sujet.ﷺOn peut toutefois dire que, selon l’explication de certains exégètes, il est une lumière au sens de flambeau guidant l’humanité. Mais prétendre qu’il était réellement une lumière et non un homme revient à rejeter les textes clairs au profit d’une opinion dépourvue de preuve. Les hadiths authentiques indiquent qu’il fut inscrit comme dernier prophète alors qu’Adam était encore entre l’argile et l’esprit, et que sa mission fut annoncée par la prière d’Abraham, la bonne nouvelle d’Issa et la vision de sa mère. D’autres hadiths authentiques ou bons précisent que sa prophétie fut établie alors qu’Adam était encore entre le corps et l’esprit. Un récit faible dit : « J’étais le premier des prophètes dans la création et le dernier dans l’envoi. » Ces textes prouvent la prééminence et le rang du Messager avant l’achèvement de la création d’Adam, mais ils ne prouvent pas qu’il ait été créé de lumière.يَا أَهْلَ الْكِتَابِ لَا تَغْلُوا فِي دِينِكُمْ وَلَا تَقُولُوا عَلَى اللَّهِ إِلَّا الْحَقَّ ۚ إِنَّمَا الْمَسِيحُ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ رَسُولُ اللَّهِ وَكَلِمَتُهُ أَلْقَاهَا إِلَىٰ مَرْيَمَ وَرُوحٌ مِّنْهُ ۖ فَآمِنُوا بِاللَّهِ وَرُسُلِهِ ۖ وَلَا تَقُولُوا ثَلَاثَةٌ ۚ انتَهُوا خَيْرًا لَّكُمْ ۚ إِنَّمَا اللَّهُ إِلَٰهٌ وَاحِدٌ ۖ سُبْحَانَهُ أَن يَكُونَ لَهُ وَلَدٌ ۘ لَّهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ ۗ وَكَفَىٰ بِاللَّهِ وَكِيلًا [٤:١٧١Allah a interdit aux gens du Livre l’exagération dans la religion et leur a ordonné de ne dire sur Allah que la vérité. Issa est le Messager d’Allah, Sa parole adressée à Marie et un esprit venant de Lui ; il ne faut pas dire « trois ». Les mêmes erreurs apparurent dans les sectes musulmanes lorsque certaines paroles ambiguës furent utilisées pour annuler des textes explicites. Le Coran affirme à maintes reprises que la connaissance de l’invisible appartient à Allah seul et que le Messager ne connaît de l’invisible que ce qu’Allah lui révèle. Aucun verset clair ni hadith authentique ne le décrit comme omniscient ou présent partout. Les récits dans lesquels il annonce certains événements futurs prouvent seulement qu’Allah lui a enseigné ce qu’Il voulait. Les mots « témoin » et « présent » doivent être compris selon les explications des premiers exégètes, non comme une présence corporelle universelle. De même, le fait qu’il ait vu derrière lui durant la prière constitue une particularité liée à la prière et ne prouve pas qu’il voit toutes les choses cachées en tout temps. La croyance doit reposer sur le Coran et les hadiths mutawâtir, non sur des paroles ambiguës ou forgées.النَّبِيُّ أَوْلَىٰ بِالْمُؤْمِنِينَ مِنْ أَنفُسِهِمْ ۖ وَأَزْوَاجُهُ أُمَّهَاتُهُمْ ۗ وَأُولُو الْأَرْحَامِ بَعْضُهُمْ أَوْلَىٰ بِبَعْضٍ فِي كِتَابِ اللَّهِLe verset « Le Prophète est plus proche des croyants qu’ils ne le sont d’eux-mêmes, et ses épouses sont leurs mères » signifie une proximité de droit, d’amour, de responsabilité et de protection, non une présence corporelle partout. Le Messager a lui-même expliqué qu’il est le plus proche des croyants dans ce monde et dans l’au-delà, notamment en assumant leurs dettes. Les partisans de la doctrine du hâdir-nâzir prétendent pourtant qu’il est physiquement présent auprès de tous. Cette interprétation contredit les textes et conduirait absurdement à dire que tous les proches, tous les croyants et même tous les êtres humains sont présents partout. Le hadith selon lequel le Prophète voyait devant et derrière lui pendant la prière indique une capacité particulière durant la prière, pas une connaissance universelle. Les récits sur sa vie après la mort établissent une vie intermédiaire particulière : il prie dans sa tombe, entend certains salutations et reçoit celles qui lui sont transmises par les anges. Il faut s’en tenir à ce qui est rapporté et ne pas inventer davantage. Les récits affirmant qu’il assiste aux assemblées de mawlid, qu’il entend directement toutes les prières à distance ou qu’il possède toute la connaissance de l’invisible sont sans fondement. L’amour et le respect du Messager exigent de suivre la révélation, non de lui attribuer des paroles qu’il n’a jamais dites. Les questions de croyance doivent être fondées sur des textes explicites ; elles ne sont pas ouvertes à l’ajout par analogie ou spéculation. Que le Très-Haut rende nos âmes soumises au Coran et à la Sunna. Âmîn.

2.5. À propos des Ahl al-Bayt, des Compagnons et de l’Oumma

La grandeur éminente du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) implique naturellement que la dignité et l’honneur de sa famille et de ses compagnons soient, après ceux des prophètes, supérieurs à ceux de tous les êtres humains de toutes les époques du monde. Même si le Coran et les hadiths ne les avaient pas mentionnés, toute personne instruite et douée de raison aurait aisément pu comprendre leur immense mérite. De nombreux versets du noble Coran et d’innombrables paroles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont confirmé cette dignité naturelle et décrit leur gloire, leur mérite et leur honneur. Une étude détaillée de ces versets et hadiths nécessiterait un ouvrage distinct. En résumé, aimer et honorer la famille du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ainsi que ses compagnons revient à l’aimer et à l’honorer, et constitue une partie inséparable de la foi. Ces nobles paroles du Coran et des hadiths, ainsi que ces descriptions simples et touchantes, n’ont pas suffi à satisfaire le cœur de nombreux admirateurs ignorants. Elles n’ont pas davantage satisfait les innombrables personnes plongées dans l’hypocrisie de l’exagération religieuse. Elles ont donc fabriqué, en les embellissant et en les amplifiant, des récits extravagants et irréels au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ainsi, tout en commettant le plus abominable des péchés, celui de mentir en son nom, elles ont souillé l’appel rationnel de l’islam et profané la foi du croyant ainsi que la perception de l’homme instruit. Je mentionne ci-dessous quelques paroles de cette nature, mensongères, fabriquées et peu fiables. 1. Le Pak Panjtan De nombreuses paroles fabriquées et mensongères, conférant un mérite particulier aux cinq personnes formées par Ali, Fatima, Hasan et Husayn (qu’Allah les agrée), réunis avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) parmi les Ahl al-Bayt, circulent sous le nom de « Pak Panjtan ». Toutes les paroles relatives au « Pak Panjtan » sont fabriquées et constituent d’odieux mensonges. Les ignorants ont répandu de nombreuses paroles inventées, extravagantes et mensongères au sujet d’Ali et de Fatima (qu’Allah les agrée). Ainsi, il est raconté que Fatima (qu’Allah l’agrée) voulut un jour manger de la chair d’un oiseau. Ali (qu’Allah l’agrée) ne parvint pas à l’attraper malgré tous ses efforts. …… Voilà des paroles odieusement mensongères. 2. Vishad Sindhu et les autres recueils et livres répandus Quatre-vingt-quinze pour cent du contenu du livre Vishad Sindhu est mensonger. Vishad Sindhu est un roman, non un ouvrage historique ou religieux. Il doit être évalué en tant que roman. Mais il est regrettable que les gens ordinaires de la société croient vraies les affirmations de ce genre de livres. Il faut notamment être extrêmement prudent à l’égard de toutes les paroles mensongères qui y sont rapportées au sujet du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Les prétendues prophéties concernant Muawiya (qu’Allah l’agrée), celles concernant Muhammad Hanifa, l’affirmation selon laquelle Husayn (qu’Allah l’agrée) ne fut pas blessé malgré les coups de couteau répétés à sa gorge, le fait que son meurtrier aurait été conduit au Paradis, et toutes les paroles de ce genre sont fabriquées. Tout ce qui concerne Muhammad Hanifa — Muhammad ibn Ali, Ibn al-Hanafiyya —, sa guerre contre Yazid et son enfermement dans une montagne est également mensonger. Il faut aussi signaler que les ouvrages de la nature de Vishad Sindhu, la littérature en recueils populaires et les livres tels que Khairul Hashr constituent l’une des principales causes de la diffusion des hadiths mensongers et forgés dans notre société. Il faut y ajouter Bar Chand-er Fazilat, Nek Amal, Maqsudul Muminin, Niamul Qur’an et Naf‘ul Khala’iq. La contribution de ces recueils et livres à la diffusion de divers enseignements islamiques nécessaires parmi les populations musulmanes ordinaires est indéniable. Leurs honorables auteurs ont assumé leur responsabilité du mieux qu’ils pouvaient, dans les limites de leur époque et de leur temps. Il reste toutefois indéniable qu’en plus de leurs services bénéfiques, ces ouvrages ont contribué à répandre des hadiths forgés, des propos sans fondement, diverses superstitions et des conceptions erronées de l’islam. À une époque, les savants compétents du Bengale considéraient comme blâmable la rédaction d’ouvrages en langue bengalie. Cette confusion destructrice a permis à des savants moins compétents d’écrire des livres remplis d’erreurs. 3. Demander une servante pour masser le corps de Fatima (qu’Allah l’agrée) Je donne ici un exemple de déformation et de mensonge dans la traduction. Un ouvrage répandu rapporte ce qui suit : « Il est mentionné dans le noble hadith qu’un jour Bibi Fatima (qu’Allah l’agrée) vint auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui dit : “Ô père ! Je dois passer toute la journée à moudre la farine et à accomplir les tâches ménagères. Mon corps devient donc douloureux et endolori. Achetez-moi une servante afin qu’elle me masse le corps et m’aide dans les travaux domestiques.” Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : “Ô mère ! Pour une femme, il n’existe pas d’œuvre plus méritoire que de moudre la farine et d’accomplir les tâches ménagères afin de subvenir aux besoins de son mari et de sa famille. Mais si tu recours à l’aide d’une servante, tu n’obtiendras pas une part aussi grande de récompense. Suis donc mon conseil et récite constamment la prière suivante : la douleur de ton corps disparaîtra certainement, ton corps restera toujours fort et sain, et tu obtiendras en outre une récompense supplémentaire.” Dès lors, Bibi Fatima fit cela. Sa prière était : …… “Gloire à Allah, louange à Allah, il n’y a de divinité qu’Allah et Allah est le plus grand.” » (Mo. Golam Rahman, qadi mawla, Maqsudul Muminin, p. 55-56). Une traduction inventée d’un hadith authentique a ainsi servi à attribuer au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de nombreuses paroles mensongères et fabriquées. De plus, des propos insultants ont été tenus à l’égard de Fatima (qu’Allah l’agrée). Le hadith original a été compilé avec des formulations proches par al-Bukhari, Muslim et tous les autres traditionnistes. Il est le suivant : « Ali (qu’Allah l’agrée) dit : Fatima alla trouver le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) pour lui faire part des douleurs qu’elle éprouvait aux mains à force de faire tourner la meule. Elle avait appris que des captifs de guerre, hommes et femmes esclaves, étaient arrivés auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Elle se rendit à sa maison mais ne le trouva pas. Elle en informa alors Aïcha (qu’Allah l’agrée). Lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) rentra, Aïcha lui rapporta l’affaire. Ali dit : Après nous être couchés la nuit, il vint à nous. Nous nous apprêtions à nous lever, mais il dit : “Restez à votre place.” Puis il s’assit entre Fatima et moi. Je sentis même la fraîcheur de ses pieds sur mon ventre. Il nous dit : “Ne voulez-vous pas que je vous enseigne quelque chose de meilleur que ce que vous demandez ? Lorsque vous vous couchez, dites trente-trois fois Subhan Allah, trente-trois fois al-hamdulillah et trente-quatre fois Allahu akbar. Cette pratique est meilleure pour vous qu’une servante.” Ali dit : Depuis lors, je n’ai jamais abandonné cette pratique. » Voilà l’événement réel, que tous les traditionnistes, notamment al-Bukhari et Muslim, ont compilé avec différentes chaînes authentiques. Pourtant, dans la traduction citée plus haut, tout a été déformé et de nombreux mensonges ont été attribués au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). (Sahih al-Bukhari 3/1133, 3/1358, 5/2051 ; Sahih Muslim 4/2091 ; Fath al-Bari 11/120). 4. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) vêtu de feuilles de palmier Je rapporte une histoire sans fondement tirée d’un ouvrage répandu : « Avant d’embrasser l’islam, Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) était un riche commerçant. Le jour où il vint auprès de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et embrassa l’islam, il commença à dépenser tous ses biens dans le sentier d’Allah. …… Un jour, faute de vêtements à porter, il arriva avec un léger retard pour accomplir la prière à la mosquée. En le voyant, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : “Abu Bakr, alors que je suis encore vivant, vous négligez déjà tellement l’islam ; que ne se passera-t-il pas lorsque je serai dans le besoin ?” … Il répondit : “Ô Messager, ce n’est nullement par négligence. En réalité, je n’avais pas de vêtement à porter. J’ai donc déchiré un morceau de tissu de coussin, l’ai cousu avec des feuilles et des épines de palmier, puis je l’ai lavé et séché avant de le porter, ce qui m’a retardé.” …… Peu après, Gabriel se présenta devant le Prophète entièrement vêtu de feuilles de palmier. …… Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demanda : “Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui je te vois vêtu de feuilles de palmier ?” Gabriel (que la paix soit sur lui) répondit : “Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) est venu prier avec un vêtement cousu de feuilles de palmier.” Alors Allah le Très-Haut appela tous les anges et dit : “Ô anges, voyez combien Abu Bakr souffre pour obtenir Ma satisfaction. Si vous désirez aujourd’hui Ma satisfaction, revêtez immédiatement tous des vêtements de feuilles de palmier en l’honneur d’Abu Bakr ; sinon, j’effacerai dès aujourd’hui vos noms de Mon registre.” En entendant ces paroles sévères, nous avons tous été contraints de revêtir des vêtements de feuilles de palmier en son honneur. » (Mo. Golam Rahman, Maqsudul Muminin, p. 149-151). 5. Umar ne comprenait pas les conversations du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avec Abu Bakr C’est une parole inventée par les faussaires. Umar (qu’Allah l’agrée) aurait dit : « Lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) parlait avec Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), je devenais entre eux comme un Abyssin non arabe qui ne comprend rien. » Les imposteurs veulent faire croire que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) parlait à Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) dans un langage mystique (!) tel qu’Umar (qu’Allah l’agrée) ne pouvait pas comprendre leur conversation. Les traditionnistes sont unanimes : cette parole est un mensonge sans chaîne de transmission et sans fondement. (Ibn al-Qayyim, al-Manar, p. 115 ; al-Suyuti, Dhayl al-La’ali, p. 203 ; Ibn Iraq, Tanzih 1/407 ; Mulla Ali al-Qari, al-Asrar, p. 342). 6. Umar (qu’Allah l’agrée) frappant son propre fils Abu Shahma Il est courant de raconter qu’Umar (qu’Allah l’agrée) infligea cent coups de fouet à son propre fils Abu Shahma pour adultère, ce qui causa la mort de celui-ci. On raconte longuement la découverte de l’adultère, l’aveu, la punition et les conversations entre le père et le fils ; ces récits font pleurer les auditeurs ordinaires. Les traditionnistes sont unanimes : ce sont des histoires mensongères et sans fondement. Ibn al-Jawzi dit : « Les prédicateurs ignorants les ont inventées pour faire pleurer les auditeurs ordinaires. » (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at 2/442). L’histoire rapporte qu’Abd al-Rahman Abu Shahma, fils d’Umar (qu’Allah l’agrée), combattait dans l’armée d’Égypte. Un jour, il but du nabidh, une boisson préparée avec des dattes trempées. Cette boisson ayant fermenté et produit un effet enivrant, Abu Shahma s’enivra. Il se rendit auprès du gouverneur d’Égypte, Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée), et dit : “J’ai consommé une substance enivrante ; infligez-moi donc la peine légale prévue pour cela, c’est-à-dire la flagellation.” Amr (qu’Allah l’agrée) le flagella à l’intérieur de la maison. Lorsqu’Umar (qu’Allah l’agrée) l’apprit, il réprimanda Amr (qu’Allah l’agrée) et lui dit que son fils aurait dû être puni publiquement comme tout citoyen musulman ordinaire. Quand Abu Shahma retourna à Médine, il lui infligea lui-même une nouvelle punition. Peu après, Abu Shahma mourut. (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at 2/438-443 ; Ibn Iraq, Tanzih 2/220). 7. Le début de l’appel à la prière à la Kaaba le jour où Umar (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam On raconte que le premier appel à la prière à la Kaaba commença le jour où Umar (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam. Cette affirmation est fausse. Umar embrassa l’islam cinq ans avant l’Hégire, tandis que l’appel à la prière fut institué à Médine après l’Hégire. Il n’y eut aucun appel à la prière au moment où Umar embrassa l’islam ni pendant les six années environ qui suivirent. En réalité, avant la conversion de Umar, les musulmans ne pouvaient pas prier à côté de la Kaaba à La Mecque, car les polythéistes mecquois les en empêchaient. Après sa conversion, Umar repoussa leur opposition, se tint près de la Kaaba pour prier, et d’autres musulmans prièrent avec lui. (Ibn Hisham, al-Sira al-Nabawiyya). Voici un exemple de la manière dont cette information a été progressivement déformée. Dans le livre Rahatil Qulub, attribué à Khwaja Nizamuddin Awliya, son maître Fariduddin Masud Ganj-i Shakar aurait dit : « Tant que le Commandeur des croyants Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) n’avait pas embrassé l’islam, l’appel à la prière était lancé dans les grottes et les cavernes. Mais le jour où le Commandeur des croyants Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée) embrassa la foi, il se tint debout, l’épée dégainée, et dit à Bilal (qu’Allah l’agrée) : “Monte au minbar de la Kaaba et lance l’appel à la prière.” Bilal fit ce qu’il lui ordonna. » (Rahatil Qulub, p. 71, 12e assemblée). Nous savons qu’aucune de ces paroles n’est correcte. Avant comme après la conversion de Umar, aucun appel à la prière ne fut jamais lancé à La Mecque, dans une grotte, une caverne ou à la Kaaba. En outre, la Kaaba n’avait pas de minbar et n’en a pas. Nous pouvons dire que cet ouvrage a probablement été fabriqué et attribué à Khwaja Nizamuddin. Ou bien ses auteurs ont-ils, par naïveté, cru sans examen ce qu’ils avaient entendu. 8. Le Messager d’Allah est la cité de la connaissance et Ali en est la porte Le hadith très répandu dans notre société dit : « Je suis la cité de la connaissance et Ali (qu’Allah l’agrée) en est la porte. » Des traditionnistes expérimentés l’ont déclaré fabriqué. Certains ne l’ont pas qualifié de mensonger, mais de faible. L’imam al-Tirmidhi rapporte un hadith ayant ce sens et le déclare lui-même faible. (Al-Tirmidhi, al-Sunan 5/596). Les imams al-Bukhari, Abu Hatim, Yahya ibn Sa‘id, al-Dhahabi et d’autres traditionnistes l’ont déclaré mensonger et sans fondement. (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at 1/261-265 ; al-Suyuti, al-La’ali 1/328-336 ; Mulla Ali al-Qari, al-Asrar, p. 71-72). 9. Donner à Ali (qu’Allah l’agrée) le khirqa des derviches Une histoire répandue raconte : « Après son retour du Mi‘raj, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) appela ses compagnons (qu’Allah les agrée) et déclara qu’il donnerait son khirqa de derviche à celui qui répondrait correctement à sa question. …… Il demanda à Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) : “Si je te donnais ce khirqa, comment t’acquitterais-tu de son droit ?” …… Il posa la même question à Umar, puis à Uthman. …… Enfin, il interrogea Ali. Ali répondit : “Je préserverai les secrets des serviteurs d’Allah.” Il lui donna alors le khirqa. » Et ainsi de suite. Toute cette histoire est sans fondement et fabriquée. » (Khwaja Nizamuddin Awliya, Rahatil Qulub, p. 8-9). 10. Invoque Ali : il t’aidera dans les épreuves Mulla Ali al-Qari rapporte une odieuse parole mensongère forgée par les chiites : « Invoque Ali, il accomplit des actes extraordinaires ; tu le trouveras comme soutien dans les difficultés et les épreuves. Ô Muhammad, par ta prophétie ; ô Ali, par ta walaya. » (Mulla Ali al-Qari, al-Asrar, p. 265-266 ; al-Ajluni, Kashf al-Khafa 2/489). En réalité, toutes les superstitions, le shirk et les innovations répandus dans notre société ont pour source la doctrine et la communauté chiites. Ayant abandonné le noble Coran et la Sunna explicite, ils exagèrent dans leur vénération des douze ou sept imams issus de la famille du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il devient ainsi facile pour les ennemis de l’islam de répandre et d’établir parmi eux diverses paroles mensongères et destructrices de la foi au nom de ces hommes pieux. Leurs cœurs se sont libérés du lien avec le noble Coran et la Sunna de Muhammad, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ali et les imams de sa descendance ont pris place au centre de leur cœur. Ils ont accepté avec dévotion tout ce que les faussaires ont dit en leur nom, puis ont donné, sur la base de ces mensonges, des interprétations déformées des enseignements explicites du noble Coran. L’un de leurs crimes les plus graves est d’avoir fait d’Ali (qu’Allah l’agrée) et des imams de sa descendance des divinités, en leur attribuant une « divinité » ou une « puissance divine ». C’est une forme de shirk répandue parmi eux. Alors que le Coran et la Sunna enseignent à maintes reprises de ne demander secours qu’à Allah dans toutes les épreuves, ils ont inventé l’idée de demander secours à Ali. Demander à quelqu’un d’autre qu’Allah une aide surnaturelle dans les difficultés constitue la racine de tout shirk. J’ai traité ce sujet en détail dans mon ouvrage intitulé Rahe Belayat. Sur la base de cette odieuse parole mensongère, les chiites ont composé une invocation qui, malheureusement, est également répandue parmi de nombreux musulmans sunnites de notre société. Je la cite d’un ouvrage répandu : « Invocation de Nade Ali. Après la prière de tahajjud, après avoir récité le durood sharif avant et après, celui qui récite cette invocation autant que possible verra ses souhaits exaucés et ses grandes difficultés écartées. Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Nade Aliyan mazhar al-aja’ib, tajid-hu ‘awnan laka fi-n-nawa’ib, wa kulli hammin wa ghammin sayanjali bi-‘azamatika ya Allah, bi-nubuwwatika ya Muhammad, bi-wilayatika ya Ali, ya Ali, ya Ali. La fata illa Ali, la sayfa illa Dhu al-Fiqar. Secours venant d’Allah et victoire prochaine ; annonce la bonne nouvelle aux croyants. Allah est le meilleur protecteur et Il est le plus miséricordieux des miséricordieux. » (Mo. Bashiruddin Ahmad, Nek Amal, p. 186). 11. Laisser Ali (qu’Allah l’agrée) sur le dos d’un chameau sans l’enterrer Le 23 Ramadan de l’an 40 de l’Hégire, Ali ibn Abu Talib (qu’Allah l’agrée) fut tué en martyr à Kufa, capitale de son califat, par un kharijite assassin. Son fils aîné Hasan ibn Ali (qu’Allah les agrée) dirigea la prière funéraire. Après celle-ci, il fut enterré à Kufa, à l’intérieur de sa maison. L’imam Hasan et les autres craignaient en effet que, s’il était enterré dans un cimetière ordinaire, les kharijites ne volent son corps et ne l’outragent. Cela était bien connu parmi les musulmans des premières générations. Plus tard, les chiites diffusèrent à ce sujet une histoire fabriquée et mensongère. En résumé, Ali (qu’Allah l’agrée) aurait été laissé sur le dos d’un chameau sans être enterré. Le chameau aurait disparu, puis sa tombe aurait été retrouvée à Najaf. Ces affirmations ne sont pas seulement mensongères ; elles sont aussi gravement insultantes pour Ali, Hasan, Husayn (qu’Allah les agrée) et toute la famille d’Ali. Après la mort, enterrer le corps est une obligation pour les vivants. Personne, sauf un ignorant totalement dépourvu de bon sens, ne croira qu’ils auraient négligé cette obligation et laissé le corps du Commandeur des croyants sur le dos d’un chameau. À plus forte raison Hasan et Husayn (qu’Allah les agrée), mais même une personne ordinaire ne consentirait pas à abandonner ainsi le corps de son père. Elle voudrait que la tombe de son père soit connue afin de pouvoir la visiter, elle et ses descendants. Mais le problème est qu’après avoir abandonné le Coran et la Sunna et plongé leur cœur dans les ténèbres de l’exagération, les chiites ont cru, en leur donnant diverses interprétations, à toutes les paroles fausses, contraires à la Loi, à la raison et au bon sens, prononcées au nom des imams. Sur la base de ce mensonge, les chiites croient et proclament qu’une tombe de la ville de Najaf est celle d’Ali. Pendant trois cents ans après le martyre d’Ali, personne ne prétendit que sa tombe se trouvait à Najaf. Ce n’est qu’environ trois siècles plus tard que cette tombe commença, sur la base de rumeurs et de superstitions, à être connue comme celle d’Ali. Sa situation ressemble exactement à l’histoire du temple de Ram construit à l’emplacement de la mosquée Babri. Tous les chercheurs et historiens hindous s’accordent à dire qu’il n’y eut jamais de temple de Ram à l’emplacement de la mosquée Babri à Ayodhya. Pourtant, à force d’être propagé par les hindous extrémistes, ce mensonge est presque devenu une vérité évidente. Un temple de Ram sera peut-être un jour construit à cet endroit et des centaines de millions d’Indiens croiront que Ram y est né, de même que des centaines de millions de chiites croient que cette tombe de Najaf est celle d’Ali. C’est pourquoi ils appellent Najaf « Najaf al-Ashraf », c’est-à-dire La Mecque sacrée, Médine sacrée et Najaf très sacrée ! (Ibn Taymiyya, Majmu‘ al-Fatawa 27/446 ; Ibn Kathir, al-Bidaya 7/330 ; Mulla Ali al-Qari, al-Asrar, p. 280). 12. Mes compagnons sont comme des étoiles Un hadith répandu dans la société musulmane dit : « Mes compagnons sont comme des étoiles ; quel que soit celui d’entre eux que vous suivrez, vous serez guidés. » Ce hadith est si connu parmi nous qu’un musulman ordinaire pense naturellement qu’il a été compilé dans al-Bukhari, Muslim, les six recueils authentiques et tous les livres de hadiths. Or, en réalité, il ne se trouve même pas dans un seul recueil de hadiths célèbre, encore moins dans les six recueils authentiques. Cette phrase, ainsi que plusieurs phrases de sens similaire, a été rapportée avec diverses chaînes dans des ouvrages biographiques consacrés aux narrateurs faibles et faussaires, dans quelques livres de jurisprudence et dans deux ou trois recueils de hadiths peu connus. Plusieurs narrateurs de chaque chaîne sont célèbres comme faussaires, extrêmement faibles ou accusés de mensonge. C’est pourquoi Abu Bakr al-Bazzar Ahmad ibn Amr (m. 292 H), Ibn Hazm al-Zahiri Ali ibn Ahmad (m. 456 H), al-Dhahabi Muhammad ibn Ahmad (m. 748 H) et d’autres traditionnistes ont considéré ce hadith comme forgé et sans fondement. (Abd ibn Humayd, al-Musnad, p. 250 ; Ibn Hazm, al-Ihkam 6/244 ; al-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal 2/141-142 ; al-Sakhawi, al-Maqasid, p. 49-50). Il est étonnant que nous nous appuyions sur ce genre de hadith peu fiable pour établir le mérite des compagnons, alors que le Coran décrit clairement leur mérite en de nombreux endroits. De nombreux hadiths authentiques sur leur mérite ont également été compilés dans les recueils de hadiths célèbres. 13. Ma famille est comme des étoiles Un autre hadith, formulé comme le précédent, dit : « Les membres de ma famille, c’est-à-dire les gens de ma maison ou mes descendants, sont comme des étoiles ; quel que soit celui d’entre eux que vous suivrez, vous serez guidés. » Nubayt ibn Sharit (qu’Allah l’agrée) était un compagnon. Plusieurs tabi‘in apprirent et rapportèrent des hadiths de lui. Un de ses descendants, Ahmad ibn Ishaq ibn Ibrahim ibn Nubayt, prétendit aux troisième et quatrième siècles de l’Hégire posséder un manuscrit écrit par Nubayt. Il affirma l’avoir reçu de son père et de son grand-père. L’un des hadiths qui y étaient écrits était celui-ci. Les traditionnistes sont unanimes : cet homme était un abominable menteur. Il fabriqua lui-même ce manuscrit et l’attribua à son ancêtre. Ce hadith, comme tous ceux du manuscrit, est forgé. (Al-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal 1/216 ; Ibn Hajar, Lisan al-Mizan 1/136). 14. La divergence de mes compagnons ou de ma communauté est miséricorde Un hadith extrêmement répandu et célèbre dit : « La divergence de ma communauté est une miséricorde. » On dit parfois : « La divergence des savants est une miséricorde », et certains disent : « La divergence de mes compagnons est une miséricorde. » Les traditionnistes déclarent que, bien que cette phrase soit largement répandue dans la société comme une miséricorde, elle ne se trouve avec aucune chaîne de transmission dans aucun recueil de hadiths. Elle n’a été rapportée par aucune chaîne authentique, faible ou même forgée. Beaucoup l’ont mentionnée comme un hadith, sans chaîne, dans divers ouvrages. L’érudit al-Subki a dit : « Elle n’est pas connue comme un hadith par les traditionnistes. Je n’ai trouvé aucune chaîne de ce hadith ; il n’en existe aucune, qu’elle soit authentique, faible ou fabriquée. » (Mulla Ali al-Qari, al-Asrar, p. 51 ; al-Suyuti, al-Jami‘ al-Saghir 1/13 ; al-Albani, al-Da‘ifa 1/141). La divergence est en principe blâmable. Dans certains cas, elle peut être permise ou louable. Nous pouvons dire bien des choses pour louer ou condamner la divergence. Mais nous ne pouvons en aucun cas attribuer cette parole au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), car elle est sans chaîne et sans fondement. 15. Yazid sur les épaules de Muawiya : un damné sur les épaules d’un bienheureux Dans le livre Rahatil Qulub, attribué à Khwaja Nizamuddin Awliya, Fariduddin Ganj-i Shakar aurait dit : « Le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était un jour assis avec ses compagnons. À ce moment, Muawiya passait en portant son fils Yazid sur ses épaules. En le voyant, le Prophète sourit légèrement et dit : “Regardez, regardez : un damné passe sur les épaules d’un bienheureux.” » (Rahatil Qulub, p. 130). Il ne faut pas beaucoup de savoir pour comprendre que cette parole est sans fondement et fabriquée. Quiconque possède une connaissance élémentaire de l’histoire islamique sait que Yazid naquit environ quatorze ans après la mort du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). 16. Le baisement du sol à l’époque des compagnons Le livre Rahatil Qulub, attribué à Khwaja Nizamuddin Awliya (qu’Allah lui fasse miséricorde), rapporte : « Un jour, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était assis entouré de ses compagnons. …… À ce moment, un Arabe arriva, baisa respectueusement le sol et dit …… » (Rahatil Qulub, p. 130). Cette parole est entièrement sans fondement et fabriquée. Nous avons déjà dit que ce livre semble avoir été entièrement rédigé par des faussaires. À plus forte raison le baisement du sol, même l’habitude de baiser les pieds n’était pas répandue à l’époque du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Durant les vingt-trois années de sa vie prophétique, certains de ses centaines de milliers de compagnons ne vinrent le voir qu’une ou deux fois, tandis que d’autres vinrent plus d’un millier de fois. En pareil cas, leur Sunna consistait à saluer. Parfois, après le salut, ils se serraient la main ou se donnaient une poignée de main. Dans un ou deux cas, ils s’embrassèrent sur le front ou s’étreignirent. Quelques récits faibles rapportent que certains embrassèrent les pieds du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Parmi les innombrables visites de centaines de milliers de personnes durant ses vingt-trois années de prophétie, seuls quatre ou cinq récits de baisement des pieds nous sont parvenus par des chaînes faibles. Aucun compagnon bien connu ne lui embrassa les pieds dans ces récits ; il s’agissait de Bédouins ou de Juifs récemment convertis, qui ne demeuraient pas à la cour du Prophète et n’en connaissaient pas les convenances. (Abu Bakr Muhammad ibn Ibrahim, al-Rukhsatu fi Taqbil al-Yad, p. 55-80). Abu Bakr, Umar, Uthman, Ali, Fatima, Bilal (qu’Allah les agrée), ainsi que des centaines de compagnons éminents comme eux, entrèrent chacun au moins dix mille fois auprès de lui durant ces vingt-trois années. Pourtant, pas une seule fois aucun d’eux n’embrassa ses pieds bénis, ni ne posa la main dessus pour embrasser ensuite cette main ; embrasser le sol devant lui était encore plus impensable. Les hindous de l’Inde avaient l’habitude de se prosterner devant les êtres humains, de se coucher devant eux ou de les saluer en s’inclinant. Après l’arrivée de l’islam, les musulmans de l’Inde adoptèrent également l’habitude de se prosterner devant les maîtres spirituels, les anciens ou les rois, de baiser leurs pieds ou de baiser le sol devant eux. Cette pratique est indubitablement contraire à l’islam. Le plus regrettable est de la faire passer pour un hadith. 17. La préoccupation pour la communauté des derniers temps Voici l’un des innombrables hadiths forgés et sans fondement insérés dans le livre Sirr al-Asrar, attribué à Abd al-Qadir al-Jilani (qu’Allah lui fasse miséricorde) : « Je suis très préoccupé par la communauté de mes derniers temps. » (Sirr al-Asrar, p. 15). On ne trouve cette parole dans aucun ouvrage, avec aucune chaîne authentique, faible ou forgée. Nous avons déjà dit que ce livre semble être entièrement fabriqué.

2.6. À propos des Tabi‘ûn

De nombreuses paroles fabriquées circulent au sujet des tābiʿūn et des pieux des générations postérieures. J’en mentionnerai ici quelques-unes parmi les plus connues. 1. Uways al-Qaranī (qu’Allah lui fasse miséricorde) De son vivant, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) parla aux Compagnons d’un homme nommé Uways ibn ʿĀmir, issu de la tribu de Qaran au Yémen, et des récits authentiques mentionnent la rencontre de ʿUmar avec lui après la mort du Prophète. Cependant, au cours des générations suivantes, de nombreuses histoires extravagantes et mensongères furent inventées autour de Hadrat Uways. Beaucoup de prédicateurs fabriquèrent des récits invraisemblables afin d’émerveiller leurs auditeurs. De nombreux derviches simples d’esprit se contentèrent de rapporter ce qu’ils avaient entendu. Certains de ces récits concernent Uways, tandis que d’autres furent forgés au nom du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il ne fait aucun doute qu’ils constituent des causes de péchés très graves, parmi les plus terribles. Voici le résumé de ce qui est rapporté au sujet de Hadrat Uways ibn ʿĀmir al-Qaranī (qu’Allah l’agrée) dans les hadiths authentiques compilés par Muslim et dans d’autres ouvrages : lorsque Hadrat ʿUmar était calife (13-23 H), il interrogeait les troupes yéménites qui venaient auprès de lui en demandant : « Parmi vous se trouve-t-il quelqu’un nommé Uways ibn ʿĀmir ? » C’est ainsi qu’un jour il trouva Uways. Il lui dit : « Êtes-vous Uways ? » Uways répondit : « Oui. » ʿUmar demanda : « Êtes-vous un homme de la tribu de Murād, branche de la tribu de Qaran ? » Il répondit : « Oui. » ʿUmar demanda : « Votre corps était-il atteint de la lèpre, puis Allah a-t-Il guéri tout votre corps à l’exception d’une zone de la taille d’un dirham près du nombril ? » Il répondit : « Oui. » ʿUmar demanda : « Votre mère est-elle encore en vie ? » Il répondit : « Oui. » Alors ʿUmar dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire : “Uways ibn ʿĀmir viendra à vous avec les troupes du Yémen. Il sera un homme de la tribu de Murād, branche de la tribu de Qaran. Son corps était atteint de la lèpre, puis Allah l’a guéri à l’exception d’une zone de la taille d’un dirham. Sa mère est en vie et il la sert. S’il jure par Allah au sujet d’une chose, Allah exauce son serment. Si tu peux lui demander d’invoquer Allah pour le pardon de tes péchés, fais-le.” » Dans une autre version : « Le meilleur des tābiʿūn est un homme nommé Uways… Demandez-lui d’implorer le pardon en votre faveur. » Après avoir entendu cela, Hadrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) dit : « Demandez à Allah de me pardonner. » Uways implora alors Allah de pardonner les péchés de ʿUmar. ʿUmar lui demanda : « Où allez-vous vous rendre ? » Il répondit : « Je vais à Kūfa. » ʿUmar dit : « Dans ce cas, voulez-vous que j’écrive une lettre au gouverneur de Kūfa en votre faveur ? » Uways répondit : « Je préfère rester mêlé aux gens les plus ordinaires. » L’année suivante, un notable de Kūfa se rendit au pèlerinage. Lorsqu’il rencontra le calife ʿUmar (le texte porte ici une mention erronée), celui-ci l’interrogea au sujet d’Uways. Le notable répondit : « Je l’ai vu dans une maison très délabrée, dans une grande pauvreté. » ʿUmar (qu’Allah l’agrée) lui rapporta alors le hadith susmentionné du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). De retour à Kūfa, le notable se rendit auprès d’Uways et lui demanda d’implorer Allah de lui accorder Son pardon. Uways lui dit : « Vous revenez d’un noble voyage de pèlerinage ; demandez plutôt à Allah de me pardonner. Avez-vous rencontré ʿUmar ? » Il répondit : « Oui. » Uways implora alors Allah de pardonner les péchés de cet homme. Après cet événement, les gens apprirent qui était Uways et commencèrent à venir le voir. Il se retira alors quelque part, à l’abri des regards. Pendant près de deux décennies, Hadrat Uways al-Qaranī vécut à l’écart des regards, comme un homme tout à fait ordinaire de la société. Dans chaque région où il résidait, il fréquentait régulièrement la mosquée locale en tant que simple fidèle, pour la prière et les sermons. Il lui arrivait également de prendre la parole. On rapporte aussi qu’il s’asseyait dans la mosquée avec quelques personnes pour réciter le Coran. C’est ainsi qu’il aurait participé à diverses expéditions de jihād. En 37 H, la bataille de Ṣiffīn opposa Hadrat ʿAlī à Hadrat Muʿāwiya. Hadrat Uways al-Qaranī se trouvait dans l’armée de Hadrat ʿAlī. Il finit par tomber martyr en combattant aux côtés de Hadrat ʿAlī. (Muslim, al-Ṣaḥīḥ, 4/1968-1969 ; Aḥmad, al-Musnad, 3/480 ; al-Ḥākim, al-Mustadrak, 3/455-461.) Telle est la narration authentique à son sujet. Dans notre pays, de nombreuses histoires fabriquées et sans fondement circulent autour de lui. On raconte qu’il portait sa mère. On raconte aussi qu’en apprenant que les dents bénies du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avaient été blessées lors de la bataille d’Uḥud, il se serait cassé toutes ses propres dents, et ainsi de suite. Aucun fondement n’a pu être trouvé pour ces récits. On dit également que Hadrat ʿUmar et ʿAlī seraient venus le rencontrer ou lui auraient demandé de prier pour eux. Tout cela est mensonger. Nous avons vu dans le hadith authentique cité plus haut que, conformément à la prédiction du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), c’est Uways qui s’était présenté auprès de ʿUmar. Plus grave encore sont les paroles fabriquées au nom du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) au sujet d’Uways. On raconte par exemple qu’avant son décès, le Messager d’Allah aurait laissé son vêtement béni, son pirhān, pour Uways al-Qaranī (qu’Allah lui fasse miséricorde), et que Hadrat ʿUmar et Hadrat ʿAlī le lui auraient remis. Ces récits sont entièrement fabriqués et sans fondement. Ibn Daḥya, Ibn al-Ṣalāḥ, Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī, al-Sakhāwī, Mullā ʿAlī al-Qārī et d’autres spécialistes du hadith sont unanimes : ces récits sont tous nuls et fabriqués. (Ibn al-Jawzī, al-Mawḍūʿāt, 1/350 ; al-Suyūṭī, al-Laʾālī, 1/449 ; Ibn ʿIrāq, Tanzīh, 2/32-36 ; Mullā ʿAlī al-Qārī, al-Asrār, p. 181.) 2. Hadrat al-Ḥasan al-Baṣrī (qu’Allah lui fasse miséricorde) Hadrat al-Ḥasan al-Baṣrī (qu’Allah lui fasse miséricorde) (22-109 H) était un tābiʿī célèbre. De nombreuses paroles mensongères et fabriquées circulent dans la société à son sujet. Ainsi, les dialogues et les discussions entre al-Ḥasan al-Baṣrī et Rābiʿa al-Baṣrī sont très répandus dans notre société. Pourtant, ils n’étaient ni du même âge ni contemporains. Rābiʿa al-Baṣrī naquit vers l’an 100 H et mourut en 180 ou 181 H. À la mort d’al-Ḥasan al-Baṣrī, Rābiʿa al-Baṣrī n’avait que dix ou onze ans. Nous comprenons donc aisément que toutes les histoires et tous les récits courants concernant ces deux personnes sont fabriqués. Plus grave encore, des paroles mensongères sont rapportées à son sujet au nom du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). On affirme ainsi qu’al-Ḥasan al-Baṣrī aurait reçu la ṭarīqa du Messager d’Allah par l’intermédiaire de ʿAlī, ou qu’il aurait reçu le khirqa, le bâton, etc. de la ṭarīqa Chishtiyya. Cette affirmation est sans fondement. Hadrat al-Ḥasan al-Baṣrī (qu’Allah l’agrée) était l’un des plus grands spécialistes du hadith, juristes, mujāhidūn, prédicateurs et pieux ascètes parmi les tābiʿūn. En plus d’enseigner le hadith et le fiqh, il prêchait contre l’avidité et les désirs mondains, exhortant les gens à renoncer au confort de la vie pour l’orienter vers l’au-delà. Il pleurait en se rappelant l’au-delà, par amour d’Allah et par crainte de Lui. Ses assemblées exerçaient une influence particulière sur les gens de son époque. La plupart des derviches soufis des générations postérieures furent inspirés par lui et reçurent son enseignement. À l’époque de Hadrat al-Ḥasan al-Baṣrī (qu’Allah lui fasse miséricorde), les termes taṣawwuf et soufi étaient inconnus. La ṭarīqa, au sens courant du terme, l’était également. Ils discutaient principalement de l’amour d’Allah et de l’au-delà à la lumière du Coran et du hadith, et s’adonnaient abondamment à l’adoration et au service d’Allah. Il n’existait pas non plus à cette époque de coutume consistant à se rendre auprès d’une personne déterminée pour suivre une ṭarīqa. Les gens atteignaient la plénitude du cœur grâce à la compagnie collective de différents Compagnons et tābiʿūn. Environ cinq cents ans plus tard, lorsque l’ensemble du monde musulman fut plongé dans les ténèbres de la division et de l’ignorance, et dévasté par les terribles attaques des Tatars, les ṭuruq furent fondées et se répandirent aux VIe et VIIe siècles de l’hégire. La ṭarīqa Qādiriyya est rattachée à Hadrat ʿAbd al-Qādir al-Jīlānī (qu’Allah lui fasse miséricorde), mort en 561 H/1166 apr. J.-C. Toutefois, il ne fonda ni ne répandit la ṭarīqa Qādiriyya telle qu’elle est connue aujourd’hui ; celle-ci fut établie longtemps après lui. Le fondateur de la ṭarīqa Rifāʿiyya fut Aḥmad ibn ʿAlī al-Rifāʿī (qu’Allah lui fasse miséricorde), mort en 578 H. Le fondateur de la ṭarīqa Suhrawardiyya fut Shihāb al-Dīn al-Suhrawardī (qu’Allah lui fasse miséricorde), mort en 632 H. Hadrat Muʿīn al-Dīn Chishtī (qu’Allah lui fasse miséricorde) fut le principal propagateur de la ṭarīqa Chishtiyya. Il mourut en 633 H (1236 apr. J.-C.). ʿAlī ibn ʿAbd Allāh al-Shādhilī (qu’Allah lui fasse miséricorde) (656 H/1258 apr. J.-C.) fonda la ṭarīqa Shādhiliyya. Muḥammad ibn Muḥammad al-Bukhārī Bahāʾ al-Dīn Naqshband (qu’Allah lui fasse miséricorde), mort en 791 H, fonda la ṭarīqa Naqshbandiyya. Ces hommes sélectionnèrent les actes d’adoration conformes à la Sunna à la lumière du Coran et du hadith et s’efforcèrent, sur cette base, d’élever spirituellement les musulmans. En réalité, durant ces périodes sombres et difficiles, ce furent eux qui assumèrent la responsabilité de diffuser et d’établir l’islam parmi les musulmans ordinaires. Une idée répandue dans les générations postérieures veut que la ṭarīqa Chishtiyya et certaines autres ṭuruq aient été reçues par al-Ḥasan al-Baṣrī du Messager d’Allah par l’intermédiaire de Hadrat ʿAlī. On affirme qu’il aurait reçu de Hadrat ʿAlī le khirqa et la khilāfa, et qu’il serait devenu sajjāda-nashīn de la ṭarīqa. Cette affirmation est mensongère et sans fondement. Al-Ḥasan al-Baṣrī (qu’Allah lui fasse miséricorde) naquit à Médine en 22 H. Lorsqu’il eut treize ans, en 35 H, ʿAlī (qu’Allah l’agrée) fut nommé calife et transféra le centre, ou la capitale, du califat de Médine à Kūfa. Après cela, al-Ḥasan al-Baṣrī (qu’Allah l’agrée) ne vit plus ʿAlī. Il n’eut même pas l’occasion de s’asseoir dans son entourage pour recevoir son enseignement. Hadrat ʿAlī (qu’Allah l’agrée) tomba martyr en 40 H. Nous comprenons donc aisément que Hadrat ʿAlī (qu’Allah l’agrée) n’ait pas transmis le khirqa et la khilāfa à un adolescent de treize ans, ni ne l’ait nommé sajjāda-nashīn, en écartant ses propres fils les plus éminents ainsi que ses innombrables disciples, étudiants et compagnons de premier plan. Des spécialistes du hadith tels qu’Ibn Daḥya, Ibn al-Ṣalāḥ, al-Dhahabī, Ibn Ḥajar, al-Sakhāwī et Mullā ʿAlī al-Qārī ont indiqué que tous ces récits sont sans fondement et nuls. (Al-Sakhāwī, al-Maqāṣid, p. 335 ; Mullā Qārī, al-Asrār, p. 181.)

2.7. Concernant les awliya éminents et la wilaya

L’identité, les œuvres et le rang des amis d’Allah sont exposés dans de nombreux versets du Noble Coran et dans des hadiths authentiques. Les ouvrages Ihyâ’ as-Sunan et Râh-e Vilâyat traitent ce sujet en détail. Les imposteurs diffusent beaucoup de paroles mensongères à ce propos dans la société musulmane, et de nombreux pieux vieillards, simples et sincères, les ont crues de bonne foi. Nous allons ici mentionner quelques points à ce sujet. 1. Les prodiges des amis d’Allah sont vrais Dans un ouvrage répandu, on lit : « Quelques paroles du Noble Coran et des nobles hadiths au sujet des amis d’Allah… Karâmât al-awliyâ’ haqq, selon le hadith. Cela signifie : les pouvoirs surnaturels des awliyâ’ sont vrais. » [Khwâdja Nizâm ad-Dîn Awliyâ’ (que Dieu lui fasse miséricorde), Rahât al-Muhibbîn, quatrième de couverture]. En présentant cette phrase comme un hadith, ou comme une parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), on a forgé un mensonge au nom du Messager d’Allah. Nous examinerons ici deux questions : (1) l’origine de cette phrase et (2) sa signification. Premièrement : l’origine de la phrase. « Les prodiges des awliyâ’ sont vrais » est une parole de savants musulmans ; ce n’est pas un hadith. Le Messager d’Allah n’a jamais prononcé cette phrase, et elle n’a été rapportée de lui par aucune chaîne, authentique ou faible. De plus, le mot karâma lui-même n’est pas un terme coranique ou hadithique. Dans le Coran et les hadiths, les actes extraordinaires des prophètes et des awliyâ’ sont appelés âyât, c’est-à-dire des signes. À partir des deuxième et troisième siècles, les savants musulmans ont appelé les signes des prophètes et des messagers mu‘jizât, et ceux des awliyâ’ karâmât. À partir du deuxième siècle de l’Hégire, les mu‘tazilites et certains autres groupes ont nié la possibilité que des actes extraordinaires se produisent par l’intermédiaire des awliyâ’. Cette opinion est contraire au Coran et à la Sunna. Divers versets coraniques et divers hadiths prouvent qu’Allah accorde parfois des signes extraordinaires, ou âyât, à des hommes pieux qui ne sont pas des prophètes. C’est pourquoi les savants attachés à la Sunna disent : « Karâmat al-awliyâ’ haqq » — les prodiges des awliyâ’ sont vrais. Deuxièmement : la signification de la phrase. Nous avons ainsi vu que cette phrase n’est pas une parole du Messager d’Allah, mais une déclaration de savants. La présenter comme un hadith constitue donc une falsification. En outre, la citation précédente a été mal traduite, ce qui a ajouté une falsification au moment de la traduction. A. La karâma n’est pas un pouvoir surnaturel Cette phrase comporte trois mots : karâma, awliyâ’ et haqq. Dans la citation précédente, le premier mot, karâma, a été traduit par « pouvoir surnaturel ». Cette traduction n’est pas seulement erronée : elle est contraire à la croyance islamique. Une karâma signifie un signe extraordinaire, et non un pouvoir surnaturel. Croire que quelqu’un, en dehors d’Allah le Très-Glorieux, possède un pouvoir surnaturel relève du shirk. Le sens originel du mot karâma est honneur. Dans la terminologie islamique, une karâma est « un acte extraordinaire accompli par une personne pieuse autre qu’un prophète ou un messager ». Prendre un signe extraordinaire pour un pouvoir surnaturel est l’une des causes du shirk. Les chrétiens prétendent : « Personne, en dehors de Dieu, ne peut ressusciter les morts. Jésus a ressuscité les morts. Cela prouve que Jésus était Dieu, ou qu’il y avait en lui une divinité ou un pouvoir divin. » Le Noble Coran répète qu’aucun prophète, messager ou autre personne ne peut produire ou montrer de son propre gré un acte ou un signe extraordinaire ; cela ne peut se produire que par la volonté d’Allah. Lorsqu’un événement extraordinaire se produit par l’intermédiaire d’un walî ou d’un homme pieux, cela ne signifie pas que cet acte dépendait de sa volonté ou de son propre pouvoir. Cela signifie qu’à une occasion particulière, Allah l’a honoré en lui accordant un signe extraordinaire. Il peut ne pas le lui accorder à une autre occasion. Mentionnons un seul exemple. Il est rapporté par une chaîne fiable qu’au début de l’an 23 de l’Hégire, un vendredi, alors que ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) prononçait le sermon dans la Mosquée du Prophète, il s’écria à haute voix : « Ô Sâriya, dirige-toi vers la montagne ! » À ce moment-là, un commandant musulman, Sâriya ibn Zuraym, combattait dans une bataille en Perse. Il était sur le point d’être vaincu. Il entendit alors les paroles de ‘Umar, se plaça à l’abri de la montagne et remporta la victoire. (At-Tabarî, Târîkh, 2/553-554 ; Ibn Hajar, al-Isâba, 3/5-6 ; al-Maqdisî, p. 468.) Nous voyons dans cet événement un prodige particulier de ‘Umar. Il observa l’état d’un champ de bataille situé à des milliers de kilomètres, donna oralement une instruction et Sâriya l’entendit. Le sens de cette karâma est qu’Allah le Très-Haut accorda à ce grand walî, à cet instant précis, cet honneur particulier : il ressentit intérieurement la scène lointaine, donna une instruction, puis Allah fit parvenir cette instruction à Sâriya. Cela ne signifie pas que ‘Umar possédait le pouvoir de voir tout ce qui se trouvait à des milliers de kilomètres, ni qu’il pouvait, chaque fois qu’il le voulait, voir ainsi une chose éloignée ou transmettre ses paroles au loin. À la fin de cette même année, le 27 dhû al-hijja de l’an 23 de l’Hégire, lorsque ‘Umar (qu’Allah l’agrée) prononça le takbîr d’entrée en prière pour accomplir la prière de l’aube, l’ennemi d’Allah Abû Lu’lu’, qui se tenait derrière lui parmi les fidèles, vêtu d’une cape, le frappa plusieurs fois avec un couteau dissimulé. ‘Umar s’effondra inconscient. Lorsqu’il reprit connaissance, il demanda : « Qui m’a frappé ? » On lui répondit : « Abû Lu’lu’. » Il dit : « Louange à Allah, je ne serai pas tué par un musulman. » Il mourut quelques jours plus tard. (Ibn Kathîr, al-Bidâya, 7/130-138.) Nous constatons donc qu’au premier événement Allah avait montré à ‘Umar l’état d’un lieu situé à des milliers de kilomètres, tandis qu’au second Il ne lui avait pas permis de connaître l’ennemi qui se tenait juste à côté de lui. En effet, la karâma n’est jamais un pouvoir ; elle est seulement un honneur accordé par Allah. B. Le walî et les awliyâ’ Le mot vilâya signifie proximité, amitié, protection, tutelle, etc. Celui qui atteint la vilâya est appelé walî, c’est-à-dire ami d’Allah, proche de Lui ou placé sous Sa protection. Le Coran dit au sujet des awliyâ’ : « Certes, les amis d’Allah n’auront aucune crainte et ne seront pas attristés : ceux qui ont cru et qui étaient pieux. » (Sourate Yûnus, 62-63.) La foi signifie une croyance pure en l’unicité d’Allah et en la mission prophétique, exempte de shirk et de mécréance. Le mot taqwâ signifie se préserver. Renoncer à tout acte ou toute pensée qui provoque le mécontentement d’Allah le Très-Glorieux, voilà la taqwâ. En réalité, le fait de s’abstenir de tout ce qui est interdit, défendu ou pécheur est appelé taqwâ. Ce verset nous apprend que l’identité du walî se limite à deux qualités : la foi et la taqwâ. Plus ces deux qualités sont présentes et parfaites chez une personne, plus elle progresse sur la voie de la vilâya et plus elle est aimée d’Allah, donc considérée comme un walî. Le Messager d’Allah a divisé les actes de la voie de la vilâya en deux catégories : les obligations et les actes surérogatoires. Après avoir accompli toutes les obligations, le serviteur avance toujours davantage vers la proximité d’Allah en multipliant les adorations surérogatoires. Nous comprenons ainsi que tout musulman est un walî d’Allah. Plus une personne possède de foi et de taqwâ, plus elle est un walî. L’un des grands imams de l’école hanafite, Abû Ja‘far at-Tahâwî (321 H), rapportant la croyance de l’imam Abû Hanîfa, de Muhammad, d’Abû Yûsuf — qu’Allah leur fasse miséricorde — et des gens de la Sunna et de la communauté, dit : « Tous les croyants sont les awliyâ’ du Tout Miséricordieux. Celui qui, parmi eux, est le plus obéissant à Allah et suit le plus le Coran est le plus honoré auprès d’Allah, c’est-à-dire le plus grand walî. » (Imam at-Tahâwî, al-‘Aqîda, p. 357-362.) Le critère de la vilâya et de la qualité de walî est donc la foi et la taqwâ : accomplir toutes les obligations et multiplier les adorations surérogatoires. Si un musulman préserve une foi correcte conformément à la Sunna complète, acquiert la taqwâ en s’abstenant de toutes les interdictions, accomplit toutes les obligations qui lui incombent et accomplit autant que possible les actes surérogatoires, il est un walî d’Allah, un être aimé de Lui. Plus il progresse dans ces domaines, plus il acquiert de proximité avec Allah et de vilâya. Nous comprenons également que la vilâya n’est ni une fonction ni un titre, et que l’islam ne connaît pas de rang particulier appelé « walî ». Tout croyant est un walî. Plus une personne acquiert de foi et de taqwâ, plus elle est un walî. C. Haqq « Karâmat al-awliyâ’ haqq », ou « les prodiges des awliyâ’ sont vrais », signifie qu’il est possible qu’un acte extraordinaire apparaisse par l’intermédiaire d’un walî. Si un acte extraordinaire se manifeste par l’intermédiaire d’un croyant pieux en apparence, il faut le comprendre comme un honneur accordé par Allah. De même, si une source authentique établit qu’un acte extraordinaire s’est produit par l’intermédiaire d’un pieux vieillard, il faut le croire vrai. Le nier ou le déclarer impossible est la croyance des mu‘tazilites. Deux interprétations erronées sont données à l’expression « les prodiges des awliyâ’ sont vrais ». Premièrement, certains pensent que tout ce qui est attribué aux awliyâ’ comme prodige ou récit extraordinaire doit être cru vrai. C’est une erreur abominable. Aucun récit n’est recevable sans une chaîne authentique. De nombreux récits de faux prodiges ont été répandus dans la société au nom des awliyâ’, tout comme les faux hadiths. Deuxièmement, certains pensent que cette expression signifie que les awliyâ’ doivent nécessairement posséder des prodiges, ou que la karâma est le signe distinctif des awliyâ’. C’est une grave erreur. En dehors des œuvres extérieures, il n’existe aucun signe, marque ou certificat permettant d’identifier un walî. Aucun prodige ni phénomène extraordinaire ne constitue jamais le critère de la vilâya. Il est possible que l’ami le plus aimé d’Allah ne possède aucun prodige. Nous savons que la plupart des nobles Compagnons, qui étaient les awliyâ’ les plus aimés d’Allah, n’ont vu aucun prodige rapporté à leur sujet. À l’inverse, un événement extraordinaire peut se produire par l’intermédiaire d’un pécheur, d’un mécréant ou d’un polythéiste. Enfin, la personne à qui un prodige est attribué n’est pas pour autant détentrice d’un rang particulier ni préservée de la chute. Si elle commet une faute dans ses actes, elle sera punie. Le Coran nous apprend que même des awliyâ’ auxquels des prodiges avaient été accordés se sont parfois égarés et ont été induits en erreur. (Sourate al-A‘râf, 175-177 ; Ibn Kathîr, Tafsîr, 2/265-268.) 2. Les awliyâ’ ne meurent pas Dans un ouvrage répandu, on lit : « Certes, les amis d’Allah ne connaissent pas la mort ; ils passent plutôt du monde terrestre périssable à l’au-delà éternel. » — « Hadith ». (Khwâdja Nizâm ad-Dîn Awliyâ’, Rahât al-Muhibbîn, quatrième de couverture.) Il faut signaler que, dans l’ouvrage Sirr al-asrâr attribué à ‘Abd al-Qâdir al-Jîlânî, ce prétendu hadith est formulé autrement : « Les croyants ne connaissent pas la mort ; ils passent plutôt du monde terrestre périssable à l’au-delà éternel. » Ces deux paroles sont des mensonges abominables et forgés, attribués au Messager d’Allah. Elles n’ont été rapportées par aucune chaîne authentique, faible ou même fabriquée. Nous savons que tout être humain, par la mort, « passe du monde terrestre périssable à l’au-delà éternel ». Il n’y a là aucune particularité pour qui que ce soit. Le Noble Coran et plusieurs hadiths authentiques établissent une vie particulière dans l’au-delà pour les martyrs. Les hadiths authentiques établissent également une vie particulière dans l’au-delà pour les prophètes. En dehors de cela, aucune vie particulière dans l’au-delà n’est établie pour les autres pieux. Tout ce qui est dit au sujet de la vie posthume particulière des savants, des awliyâ’, des muezzins et d’autres catégories de pieux n’est que paroles sans chaîne, sans fondement et vaines. (Darwîsh Hût, Asân al-matâlib, p. 295-296 ; ad-Daylamî, al-Firdaws, 3/35.) 3. Les awliyâ’ prient dans leurs tombes Une autre parole forgée au sujet de la vie dans l’au-delà des awliyâ’ affirme : « Les prophètes et les awliyâ’ accomplissent la prière dans leurs tombes comme ils l’accomplissaient dans leurs maisons. » (Sirr al-asrâr, p. 55.) Nous avons déjà vu que ce hadith est authentique lorsqu’il concerne les prophètes. Mais l’ajout du mot « awliyâ’ » est une fabrication. 4. Les awliyâ’ sont le parfum d’Allah Dans un ouvrage répandu, on lit : « Al-awliyâ’ rayhân Allâh — selon le hadith. Cela signifie : les awliyâ’ sont le parfum d’Allah. » [Khwâdja Nizâm ad-Dîn Awliyâ’, Rahât al-Muhibbîn, quatrième de couverture.] Cette parole est également fabriquée au nom du Messager d’Allah. Il n’est pas connu qu’elle ait été rapportée de lui par une chaîne authentique, faible ou forgée. Il n’y a pas d’inconvénient à appeler les awliyâ’ le parfum d’Allah. La subsistance d’Allah a été appelée le parfum d’Allah, et l’enfant également. (At-Tabarî, Tafsîr, 27/123 ; Ibn Hajar, Fath al-Bârî, 8/621.) Mais si l’on veut attribuer cette parole au Messager d’Allah, elle doit être rapportée par une chaîne authentique. 5. Les awliyâ’ sont cachés sous le manteau d’Allah Dans un ouvrage répandu, on lit : « Innâ awliyâ’î tahta qabâ’î, lâ ya‘rifuhum ghayrî illâ awliyâ’î — hadith qudsî. Cela signifie : mes amis se trouvent sous mon manteau ; nul autre que moi ne les connaît, à l’exception de mes awliyâ’. » [Khwâdja Nizâm ad-Dîn Awliyâ’, Rahât al-Muhibbîn, quatrième de couverture.] Cette parole est également sans fondement, forgée et fausse. Il n’est pas connu qu’elle ait été rapportée par une chaîne authentique, faible ou forgée. Comme de nombreuses paroles sans chaîne et sans fondement, elle s’est répandue dans la société à une époque postérieure. Certains savants des neuvième et dixième siècles de l’Hégire l’ont citée dans leurs ouvrages sans chaîne, en se fondant sur une rumeur dépourvue de fondement. (Al-Jurjânî, ‘Alî ibn Muhammad, 816 H, at-Ta‘rîfât, p. 295.) 6. Le paradis particulier des awliyâ’ : seulement la vision d’Allah Il est répandu dans notre société que les awliyâ’ particuliers d’Allah n’adorent pas Allah pour les bienfaits du Paradis, mais uniquement par amour et pour la vision d’Allah. Cet état est considéré comme le degré suprême. Un faux hadith est cité à ce propos : « Allah possède un paradis où il n’y a ni houris, ni palais, ni miel ni lait — mais seulement la vision du Seigneur dans la contemplation divine. » C’est une parole entièrement sans fondement, sans chaîne et forgée. (Sirr al-asrâr, p. 19-20.) 7. Le monde et l’au-delà sont tous deux interdits aux amis d’Allah Dans le même sens, on rapporte encore cette parole forgée : « Le monde est interdit aux gens de l’au-delà, l’au-delà est interdit aux gens du monde, et le monde comme l’au-delà sont interdits aux gens d’Allah. » Autrement dit, tant qu’une personne n’aura pas renoncé au bonheur, à la paix, aux espoirs et aux désirs de ce monde et de l’au-delà, elle n’atteindra pas la proximité d’Allah. Le savant du sixième siècle, Shîrawayh ibn Shahrdâr ad-Daylamî (509 H), a mentionné ce hadith dans son ouvrage al-Firdaws. Son fils, Shahrdâr ibn Shîrawayh Abû Mansûr ad-Daylamî, en a cité une chaîne dans son Musnad al-Firdaws. La plupart des transmetteurs de cette chaîne sont totalement inconnus et les autres sont faibles. C’est pourquoi ce hadith a été considéré comme forgé. (Ad-Daylamî, al-Firdaws, 2/230 ; al-Albânî, ad-Da‘îfa, 1/105-106.) Ce hadith affirme : (1) que le monde est interdit aux gens de l’au-delà et (2) que le monde et l’au-delà sont tous deux interdits aux gens d’Allah. Ces deux affirmations contredisent le Noble Coran et d’innombrables hadiths authentiques. Allah a dit exactement le contraire. Il a déclaré qu’Il n’avait pas interdit aux gens d’Allah et aux gens de l’au-delà — notamment à Son Messager bien-aimé et aux Compagnons qui étaient les plus éminents des gens d’Allah — les beautés et les plaisirs du monde et de l’au-delà : « Dis : qui a interdit la parure d’Allah, qu’Il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes choses de la subsistance ? Dis : elles sont destinées aux croyants dans la vie présente, et exclusivement à eux le Jour de la Résurrection. » (Sourate al-A‘râf, 31-32.) Le Noble Coran ordonne aux gens d’Allah et aux gens de l’au-delà de demander les bienfaits de ce monde et de l’au-delà. Le Messager d’Allah lui-même invoquait constamment de cette manière. Quant aux bienfaits de l’au-delà, ils constituent précisément le souhait principal des gens d’Allah et des gens de l’au-delà. L’idée selon laquelle il faudrait renoncer à espérer les bienfaits du Paradis pour devenir un homme d’Allah est donc manifestement contraire au Coran et aux hadiths. Elle peut parfois surgir dans l’esprit de certains pieux, mais le Messager d’Allah et les Compagnons demandaient toujours les bienfaits du Paradis, et les Compagnons recevaient l’annonce heureuse de divers bienfaits. Plus encore, Allah a décrit dans le Noble Coran les bienfaits du Paradis pour les prophètes et les awliyâ’ de rang suprême comme pour les awliyâ’ ordinaires.

2.8. Les mérites du savoir et des savants

Il existe de nombreux versets coraniques et hadiths authentiques ordonnant l’acquisition du savoir et exposant le mérite des savants et des étudiants en sciences religieuses. En revanche, de nombreux hadiths mensongers ont été fabriqués pour vanter le mérite du savoir. Beaucoup d’ignorants prétendument pieux (!) ont inventé pour les gens de nombreux faux hadiths sur ce sujet. Quel crime abominable ! Ils ont pensé que les versets du Noble Coran et les hadiths authentiques ne suffisaient pas ; qu’il fallait donc rapporter d’autres hadiths fabriqués sur les mérites, sans quoi les gens ne viendraient peut-être pas apprendre la science. Puisque ce sont les savants qui transmettent les hadiths, beaucoup d’entre eux ont parfois rapporté, sans les examiner, ces faux hadiths au sens séduisant. C’est ainsi que de nombreux faux hadiths sur le savoir et le mérite des savants se sont répandus dans la société. Il est du devoir de chacun de connaître ces hadiths mensongers et de s’abstenir de les rapporter. Les versets du Coran et les hadiths authentiques nous suffisent. 1. Quelques instants de réflexion valent mieux que mille ans d’adoration Parmi ces hadiths fabriqués figure : « Réfléchir et pratiquer la muraqabah pendant un instant ou quelque temps vaut mieux qu’une année d’adoration. » Certains vont jusqu’à dire : mieux que soixante-dix mille ans d’adoration. Les spécialistes du hadith l’ont déclaré forgé. L’attribuer au Messager d’Allah (ﷺ) est mensonger. Ce n’est qu’une parole d’un ancien savant. (Mulla Qari, Al-Asrar, p. 97 ; Albani, Da‘if al-Jami‘, p. 581.) 2. L’encre du savant est meilleure que le sang du martyr Un autre faux hadith fabriqué au sujet du mérite du savoir dit : « L’encre du savant est meilleure que le sang du martyr. » Sakhaoui, Zarqani, Mulla Ali Qari et d’autres spécialistes du hadith ont indiqué que, malgré sa belle apparence, cette parole n’est pas celle du Messager d’Allah (ﷺ). Zarkashi a dit qu’il s’agissait en réalité d’une parole de Hasan al-Basri (رحمه الله). 3. Les savants de ma communauté sont comme les prophètes des Enfants d’Israël Cette phrase est très répandue parmi les savants et les dévots : « Les savants de ma communauté sont comme les prophètes des Enfants d’Israël. » Les spécialistes du hadith sont unanimes : ce n’est pas une parole du Prophète (ﷺ), mais une parole mensongère, forgée, sans fondement ni chaîne de transmission, répandue en son nom. (Sakhaoui, Al-Maqasid, p. 293 ; Mulla Qari, Al-Asrar, p. 159.) De nombreux prédicateurs racontent autour de ce faux hadith une histoire fabriquée selon laquelle Moïse (عليه السلام) aurait débattu de cette question avec le prophète Muhammad (ﷺ) ! Qu’Allah nous en préserve ! Quelle abominable invention ! Il faut toutefois signaler qu’il existe de nombreux autres hadiths sur le mérite des savants, leur accordant une dignité proche de celle des prophètes. Un hadith fiable (hasan) dit : « Les savants sont les héritiers des prophètes. » Tirmidhi, Abu Dawud, Ibn Majah et d’autres spécialistes du hadith l’ont rapporté. Nous devons donc exposer ces hadiths acceptables, plutôt que devenir pécheurs en attribuant des paroles fabriquées au Messager d’Allah (ﷺ). 4. Regarder le visage des savants Un autre faux hadith fabriqué sur le mérite des savants dit : « Regarder le visage d’un savant est plus aimé d’Allah que l’adoration de soixante années de jeûne et de qiyam (prière de tahajjud). » Une autre formulation dit : « Regarder le visage du savant est une adoration. » Aucune de ces deux phrases n’est un hadith. Les spécialistes du hadith les ont déclarées mensongères ou fabriquées. (Sakhaoui, Al-Maqasid, p. 442 ; Mulla Qari, Al-Asrar, p. 253.) 5. Le sommeil du savant est une adoration Un autre faux hadith de ce genre dit : « Le sommeil du savant est une adoration. » Mulla Ali Qari a dit : « Cette phrase n’existe pas comme parole du Messager d’Allah (ﷺ), c’est-à-dire comme hadith marfu‘. » 6. Le sommeil du savant est meilleur que l’adoration de l’ignorant Une autre parole forgée et sans fondement dit : « Le sommeil du savant est meilleur que l’adoration de l’ignorant. » Ces deux phrases sont forgées. Elles n’existent dans aucune chaîne authentique, faible ou mawdû‘. Il existe toutefois un hadith faible de sens proche : « Dormir avec le savoir est meilleur que prier avec l’ignorance. » (Abu Nu‘aym al-Isfahani, Hilyat al-Awliya, 4/385 ; Mulla Ali Qari, Al-Asrar, p. 255 ; Albani, Da‘if al-Jami‘, p. 861.) 7. La compagnie du savant est meilleure que mille unités de prière Un autre hadith fabriqué dit : « Assister à l’assemblée d’un savant est meilleur que prier mille rak‘at. » Les spécialistes du hadith l’ont considéré comme mensonger. (Mulla Qari, Al-Asrar, p. 113.) Sur la base de ce faux hadith, on a ensuite énoncé : « Rester un instant en compagnie des saints est meilleur que prier cent ans sans ostentation. » Fréquenter les gens vertueux et pieux est une importante adoration ; le Coran et les hadiths l’ont spécialement recommandé. Mais le mérite particulier attribué ici à cette compagnie est fabriqué. 8. Ne pas étudier après la prière de l’après-midi Dans notre pays, beaucoup de savants et d’élèves de madrasa pensent qu’étudier après la prière de l’après-midi nuit aux yeux. Cette idée provient d’un hadith fabriqué : « Que celui qui aime ses deux yeux n’écrive pas après la prière de l’après-midi. » Ce n’est pas un hadith et cela n’a aucun fondement. Étudier sous une faible lumière, dans l’obscurité ou dans une lumière mêlée d’ombre peut certes nuire aux yeux ; les médecins peuvent en parler. Mais il n’existe aucun hadith à ce sujet. (Sakhaoui, Al-Maqasid, p. 397 ; Mulla Qari, Al-Asrar, p. 216.) 9. Rechercher le savoir, fût-ce en Chine Une parole très répandue dans notre pays dit : « Recherchez le savoir, fût-ce en Chine. » La majorité des spécialistes du hadith l’ont déclarée forgée ; certains l’ont qualifiée de hadith extrêmement faible. Seuls deux transmetteurs extrêmement faibles, qui rapportaient des hadiths mensongers, l’ont attribuée au Messager d’Allah (ﷺ). (Ibn Adi, Al-Kamil, 1/292 ; Ibn al-Jawzi, Al-Mawdu‘at, 1/154 ; Suyuti, Al-La’ali, 1/193.) 10. Étudier quelque temps la nuit vaut mieux que veiller toute la nuit dans l’adoration Un ouvrage célèbre de notre pays affirme : « Il existe aussi dans le Sahih de Boukhari un hadith selon lequel le vénérable [Prophète] aurait dit : apprendre pendant environ une heure la science religieuse durant la nuit est meilleur que veiller toute la nuit dans l’adoration. » (Muhammad Ghulam Rahman, Maqsud al-Mu’minin, p. 25.) Cette parole n’a été compilée comme parole du Messager d’Allah (ﷺ) ni dans le Sahih de Boukhari, ni même dans aucun autre recueil de hadiths. Dans son Sunan, l’imam Darimi l’a rapportée comme une parole du Compagnon Ibn Abbas (رضي الله عنه), avec une chaîne extrêmement faible et interrompue. Tout ce qui a été dit dans ce sens au nom du Messager d’Allah (ﷺ) est forgé et inventé. (Darimi, Abdullah ibn Abd al-Rahman, mort en 255 H, Al-Sunan, 1/94, 157.) 11. Le mérite du savoir, de la pratique et de la sincérité Le Coran et les hadiths contiennent de nombreuses directives sur l’importance du savoir, de la pratique et de la sincérité. Parallèlement, certains faux hadiths se sont répandus dans la société, tels que : « Tous les hommes sont perdus, sauf les savants ; tous les savants sont perdus, sauf ceux qui pratiquent ; tous ceux qui pratiquent sont perdus, sauf les sincères ; les sincères sont dans une grande crainte. » Les spécialistes du hadith sont unanimes : ces paroles sont forgées. Elles n’ont été rapportées du Messager d’Allah (ﷺ) par aucune chaîne authentique, faible ou mawdû‘. Darwesh Hut dit : « Samarkandi a mentionné ce “hadith” dans son livre Tanbih al-Ghafilin, et les prédicateurs en font grand cas. Cet ouvrage contient beaucoup de hadiths mensongers et mawdû‘ ; on ne peut donc pas s’y fier. » (Darwesh Hut, Asan al-Matalib, p. 246 ; Albani, Da‘ifa, 1/174.) 12. La recherche du savoir expie les péchés antérieurs L’imam Tirmidhi a compilé dans son Sunan le hadith suivant : « Si une personne apprend le savoir, cela constituera une expiation de ses péchés antérieurs. » (Tirmidhi, Al-Sunan, 5/29.) Outre Tirmidhi, Darimi, Tabarani et d’autres spécialistes l’ont également compilé. Tous le rapportent par l’intermédiaire de « l’aveugle Abu Dawud », Nufay‘ ibn al-Harith, mort vers 150 de l’Hégire. Des spécialistes contemporains et postérieurs ont démontré, par comparaison critique, que cet homme mentait au nom du hadith. Le célèbre tabi‘i Qatada ibn Di‘ama (mort en 117 H) l’a qualifié de menteur. Dans l’introduction de son Sahih, l’imam Muslim rapporte que le célèbre tabi‘i-tabi‘i Hammam ibn Yahya (mort en 165 H) a dit : « L’aveugle Abu Dawud vint auprès de nous et se mit à rapporter des hadiths. Il prétendait les avoir entendus des Compagnons Bara ibn Azib (mort en 73 H), Zayd ibn Arqam (mort en 68 H) et d’autres. Il prétendait avoir appris les hadiths de dix-huit Compagnons ayant participé à la bataille de Badr. Nous interrogeâmes alors le célèbre spécialiste du hadith parmi les tabi‘in, Qatada, à son sujet. Il dit : “Cet homme ment. Il n’a vu aucun de ces Compagnons et n’a rien entendu d’eux, car nous l’avons encore vu mendier de porte en porte pendant l’épidémie, quelques années auparavant.” » (Muslim, Al-Sahih, 1/21-22.) Les imams Boukhari, Ahmad ibn Hanbal, Abu Hatim al-Razi et d’autres spécialistes l’ont déclaré extrêmement faible et délaissé. Yahya ibn Ma‘in, Nasa’i, Ibn Hibban et d’autres l’ont qualifié de menteur et de faussaire. Personne d’autre que cet homme n’a rapporté ce hadith par une chaîne quelconque. Il prétendait qu’un certain Abdullah ibn Sakhbarah lui avait rapporté cette parole de son père Sakhbarah, qui l’aurait lui-même entendue du Messager d’Allah (ﷺ). Abdullah ibn Sakhbarah est lui aussi inconnu. Personne, hormis l’aveugle Abu Dawud, n’a mentionné son nom ni dit le connaître. De même, personne, hormis cet Abdullah aveugle, n’a mentionné le prétendu Compagnon Sakhbarah. Aucune autre source ne permet de savoir qu’un Compagnon portant ce nom ait existé. (Ibn Hajar, Tahdhib, 10/419 ; Taqrib, p. 465 ; Al-Isaba, 3/35.) Après avoir mentionné ce hadith, l’imam Tirmidhi, faisant allusion à ces éléments, dit : « La chaîne de ce hadith est faible. Abu Dawud est faible. On ne possède aucune information précise sur Abdullah ibn Sakhbarah ni sur son père. Qatada et d’autres savants ont parlé de cet Abu Dawud aveugle. » (Tirmidhi, Al-Sunan, 5/29.) L’imam Tirmidhi s’est contenté de dire que la chaîne était faible, sans préciser le degré de faiblesse. Nous savons qu’un hadith faible est parfois un hadith forgé. Lorsqu’un transmetteur d’un hadith faible est accusé d’avoir rapporté des hadiths mensongers, ce hadith faible est qualifié de forgé. C’est pourquoi certains spécialistes postérieurs ont déclaré ce hadith forgé. L’érudit Nur al-Din Haythami, après l’avoir mentionné, dit : « Sa chaîne contient l’aveugle Abu Dawud, qui était un menteur bien connu. » (Haythami, Majma‘ al-Zawa’id, 1/123 ; Albani, Da‘if al-Jami‘, p. 819.) 13. Marcher pieds nus pour une bonne œuvre ou pour apprendre le savoir Certaines paroles prétendent que marcher pieds nus pour apprendre le savoir ou se rendre à une bonne œuvre procure davantage de récompense. Elles sont toutes vaines et constituent des hadiths forgés. (Ibn al-Jawzi, Al-Mawdu‘at, 1/155-157 ; Suyuti, Al-La’ali, 1/194-196 ; Ibn Iraq, Tanzih, 1/251-252.) 14. Le savoir apparent et le savoir intérieur Les spécialistes du hadith, tels qu’Ibn Hajar al-Asqalani, Suyuti et Mulla Ali Qari, ont indiqué que tous les hadiths décrivant le ‘ilm al-batin, ou savoir intérieur, comme distinct du savoir apparent ou comme une connaissance secrète, sont fabriqués et mensongers. (Suyuti, Dhayl al-Mawdu‘at, p. 44 ; Mulla Ali Qari, Al-Masnu‘, p. 93.) Dans notre société, le vrai et le faux ont souvent été mélangés à ce sujet, et beaucoup de hadiths hasan et authentiques ont été employés avec un sens déformé. Nous savons que le savoir humain comporte deux degrés. Le premier consiste à connaître une chose ; le second, à voir cette connaissance se transformer en conviction profonde, consciente ou inconsciente. Ainsi, une personne sait que « fumer est nuisible à la santé » ou que « fumer revient à boire du poison », mais elle fume malgré tout. Elle ne boit pourtant jamais de poison, car son savoir ne s’est pas transformé en conviction profonde. Lorsqu’il deviendra une conviction, elle ne pourra plus fumer, de même qu’elle ne peut boire du poison. Il en va de même pour les prescriptions religieuses. Une personne sait que sauter dans un feu ardent la brûlera ; elle ne s’y jettera donc jamais et résistera de toutes ses forces si quelqu’un tente de l’y pousser. Cette même personne sait et croit que manquer une prière entraîne la brûlure du feu ardent de l’Enfer, mais elle manque malgré tout la prière, car son « savoir » et sa « croyance » ne sont pas devenus une conviction profonde de l’inconscient. Lorsqu’ils le deviendront, elle ne pourra en aucun cas manquer la prière, tout comme elle ne peut entrer dans le feu. Elle pourra alors contempler et ressentir de tout son cœur le feu de l’Enfer. C’est pourquoi un musulman pieux ordinaire qui accomplit habituellement la prière de l’aube en assemblée peut ne pas se réveiller pour cette prière s’il se couche tard. Mais si ce même homme doit prendre un train ou une voiture à quatre heures du matin, il se réveillera plusieurs fois durant la nuit. La connaissance selon laquelle manquer le véhicule lui causerait un désagrément ou une perte est devenue une connaissance de son inconscient, une « connaissance du cœur ». En revanche, la connaissance selon laquelle manquer la prière en assemblée causerait une perte n’a pas atteint ce degré de profondeur. Lorsqu’elle deviendra une connaissance profonde, une connaissance du cœur, il se réveillera également plusieurs fois pour la prière de l’aube. La mise en pratique du savoir du premier degré conduit le savoir au second degré. Cela vaut dans tous les domaines. Si la connaissance « fumer, c’est boire du poison » est présentée maintes fois à quelqu’un, qu’il la mette en pratique, lise en détail les méfaits du tabac et assiste à des séminaires et discussions sur le sujet, elle finira par devenir un savoir profond et il abandonnera le tabac. De même, si quelqu’un réfléchit souvent à la connaissance « la médisance est le chemin de l’Enfer », lit régulièrement les versets et hadiths qui s’y rapportent et ressent intérieurement son châtiment avec une conviction profonde de l’au-delà, il finira par abandonner la médisance. Son cœur même l’en empêchera. Nous savons que les deux degrés sont bien des formes de savoir. Allah demandera des comptes à Ses serviteurs selon le savoir du premier degré. Celui qui sait que manquer la prière est interdit mais la manque néanmoins méritera le châtiment de son acte. Lorsque le savoir s’élève au second degré, il rend la voie d’Allah très facile et agréable. Les hadiths ont divisé le savoir en deux degrés sous cet angle. Abdullah ibn Mas‘ud (رضي الله عنه) a dit : « Beaucoup de gens récitent le Coran, mais il ne descend pas plus bas que leur gorge ; il ne devient pas une connaissance profonde dans leur cœur. Lorsqu’il atteint leur cœur et s’y établit profondément, il leur est bénéfique. » (Ibn Rajab, Jami‘ al-‘Ulum wa al-Hikam, p. 343.) Le célèbre tabi‘i Hasan al-Basri (mort en 110 H) a dit : « Le savoir est de deux sortes : 1. le savoir de la langue, qui constitue aussi une preuve d’Allah contre le fils d’Adam ; 2. le savoir du cœur. C’est celui-ci qui est le savoir utile. » (Darimi, Al-Sunan, 1/114.) La chaîne de cette parole de Hasan al-Basri est fiable. Toutefois, dans une autre chaîne, elle a été attribuée au Messager d’Allah (ﷺ) par l’intermédiaire de Hasan al-Basri. Dans une chaîne, un transmetteur postérieur prétend que Hasan al-Basri a dit que le Messager d’Allah (ﷺ) avait prononcé la phrase ci-dessus. Dans une autre, un transmetteur postérieur prétend que Hasan al-Basri a dit que le Compagnon Jabir (رضي الله عنه) avait rapporté que le Messager d’Allah (ﷺ) l’avait prononcée. Certains savants ont déclaré ces deux chaînes faibles, tandis que l’érudit Mundhiri a jugé la chaîne du hadith hasan. (Darimi, Al-Sunan, 1/114 ; Ibn al-Mubarak, Al-Zuhd, 1/407 ; al-Mundhiri, Al-Targhib, 1/58.) Il faut signaler qu’un hadith compilé par l’imam Boukhari rapporte qu’Abu Hurayra (رضي الله عنه) a dit : « J’ai conservé du Messager d’Allah (ﷺ) deux récipients de savoir. J’en ai diffusé l’un ; si je diffusais l’autre, ma gorge serait tranchée. » (Boukhari, Al-Sahih, 1/56.) Certains ont voulu comprendre ce hadith comme une allusion au ‘ilm al-batin. En réalité, Abu Hurayra (رضي الله عنه) faisait allusion aux dirigeants injustes de l’époque omeyyade. Le Messager d’Allah (ﷺ) avait annoncé l’arrivée de dirigeants injustes après le califat bien guidé, ainsi que la négligence envers les questions religieuses, et il avait même mentionné les noms de Yazid et d’autres dirigeants injustes. À l’époque omeyyade, Abu Hurayra et de nombreux autres Compagnons parlaient de ces hadiths avec des expressions de ce genre. (Ibn Hajar, Fath al-Bari, 1/216-217.) Les spécialistes du hadith sont donc unanimes : l’expression ‘ilm al-batin n’est mentionnée dans aucun hadith authentique. Toutefois, certains ont appelé « savoir du cœur » ou ‘ilm al-qalb, ou encore ‘ilm al-batin, le savoir du second degré évoqué dans le hadith précédent. Ce savoir n’est pas différent du savoir du Coran, des hadiths ou de la Loi religieuse. Il constitue au contraire le degré véritable et recherché du savoir du Coran et de la Sunna. Lorsque la connaissance du Coran, de la Sunna et de la Loi islamique pénètre profondément dans le cœur par une étude, une pratique et un exercice constants, puis dirige les actes de l’homme depuis son inconscient, on l’appelle ‘ilm al-qalb ou ‘ilm al-batin. Mais, par la suite, de nombreuses superstitions contraires à l’islam se sont répandues dans la société musulmane sous les noms de savoir apparent et de savoir intérieur. On a prétendu que le savoir intérieur était une connaissance secrète ou une chose à acquérir en dehors du Coran et de la Sunna. Des faussaires ont fabriqué des hadiths à ce sujet. Toutes les paroles selon lesquelles le savoir intérieur serait distinct du savoir apparent ou constituerait une connaissance secrète sont forgées. Nous allons mentionner plusieurs de ces faux hadiths. 15. Le savoir intérieur est un secret caché que ni les prophètes ni les anges ne connaissent ! Les faussaires ont fabriqué un hadith en remontant jusqu’à Hasan al-Basri : Hasan al-Basri (22-109 H) aurait dit : « J’ai demandé au Compagnon Hudhayfa ibn al-Yaman (mort en 36 H) ce qu’était le savoir intérieur. Il répondit : “J’ai demandé au Messager d’Allah (ﷺ) ce qu’était le savoir intérieur.” Il dit : “J’ai demandé à Jibril ce qu’était le savoir intérieur.” Il dit : “J’ai demandé à Allah ce qu’était le savoir intérieur.” Allah dit : “Ô Jibril, c’est le secret entre Moi et Mes bien-aimés parmi les saints. Je le dépose dans leur cœur. Aucun ange rapproché ni aucun prophète ou messager ne peut le connaître.” » Le savant Shirawayhi Ibn Shahrdar al-Daylami (mort en 509 H), des cinquième et sixième siècles de l’Hégire, a compilé cette parole comme hadith dans son célèbre ouvrage Al-Firdaws. Mais d’éminents spécialistes, tels qu’Ibn Hajar al-Asqalani, Jalal al-Din al-Suyuti, Ibn Iraq al-Kinani et Mulla Ali Qari, ont dévoilé sa fabrication. Il a été établi que ses transmetteurs étaient des menteurs et fabriquaient des hadiths. De plus, les faussaires ont laissé une erreur : ils disent que Hasan al-Basri avait interrogé Hudhayfa, alors qu’en réalité Hasan al-Basri ne l’a jamais vu, encore moins interrogé. (Daylami, Al-Firdaws, 2/312 ; Ibn Iraq, Tanzih, 1/280 ; Mulla Qari, Al-Masnu‘, p. 92-93.) 16. Le savoir intérieur est un secret caché qu’Allah dépose où Il veut Une autre parole forgée et vaine dit : « Le savoir intérieur est l’un des secrets cachés du Très-Haut et l’une de Ses prescriptions. Il le dépose dans le cœur de celui de Ses serviteurs qu’Il veut. » Ce hadith possède une chaîne, mais celle-ci est obscure et composée de transmetteurs inconnus. Dhahabi, Suyuti, Ibn Iraq et d’autres l’ont déclaré forgé. Il est toutefois amusant de constater que Suyuti lui-même, après l’avoir identifié comme forgé, l’a compilé dans son ouvrage sur les hadiths forgés, Dhayl al-La’ali. Mais il l’a également mentionné comme faible dans son livre Al-Jami‘ al-Saghir, alors qu’il prétendait ne citer aucun hadith forgé dans cet ouvrage. Nous comprenons ainsi que même les savants éminents peuvent se tromper et que les paroles de personne ne doivent être acceptées aveuglément. » Certains ont formulé cette parole vaine autrement : « Le savoir intérieur est l’un de Mes secrets cachés ; Je le place dans le cœur de Mes serviteurs, et nul ne le connaît en dehors de Moi. » (Sirr al-Asrar, p. 23.) 17. L’homme est le secret caché d’Allah Un prétendu hadith qudsi dit : « L’homme est Mon secret caché, et Je suis le secret caché de l’homme. » (Sirr al-Asrar, p. 23, 31.) 18. Le savoir intérieur est un secret caché que seuls les amis d’Allah connaissent Une autre parole extrêmement faible, peu fiable ou forgée dit : « Il existe parmi les savoirs une sorte de savoir semblable à une chose secrète. Nul ne le connaît en dehors des savants amis d’Allah. Lorsqu’ils l’énoncent, nul ne le rejette, sauf celui qui est trompé au sujet d’Allah. » Daylami et d’autres savants ont compilé ce hadith. Dans leur chaîne, ils le rapportent par l’intermédiaire d’un homme inconnu nommé Nasr ibn Muhammad ibn Harith, qui aurait dit qu’Abd al-Salam ibn Salih Abu al-Salt al-Harawi lui avait rapporté cela, de Sufyan ibn Uyayna, d’Ibn Jurayj, d‘Ata’, d’Abu Hurayra, du Messager d’Allah (ﷺ)… Le transmetteur Nasr ibn Muhammad ibn Harith est inconnu. Son maître Abd al-Salam ibn Salih est un transmetteur extrêmement faible. Certains spécialistes l’ont qualifié de menteur volontaire, d’autres de menteur involontaire. Nous avons parlé de lui dans le chapitre consacré aux catégories du mensonge. Ce hadith n’a été rapporté par personne d’autre que ce menteur. (Daylami, Al-Firdaws, 1/210 ; Albani, Da‘ifa, 2/262.) 19. Recevoir trente mille connaissances intérieures durant la nuit de l’Ascension Une abominable parole mensongère sur le savoir intérieur est attribuée à Abd al-Qadir al-Jilani (رحمه الله) dans un ouvrage intitulé Sirr al-Asrar : « Ces trente mille connaissances absolument secrètes, Allah les a déposées dans le cœur béni du Prophète (ﷺ) durant la nuit de l’Ascension. Le Prophète (ﷺ) ne confia ce dépôt sacré à aucune personne ordinaire, en dehors de ses Compagnons les plus aimés et des gens de la Suffa… » (Sirr al-Asrar, p. 45.) Au nom d’Allah et de Son Messager (ﷺ), quelle grossière et abominable calomnie ! Aucune parole semblable n’a été rapportée, par une chaîne authentique ou faible, même d’un seul Compagnon aimé du Messager d’Allah (ﷺ) ou d’un seul membre de la Suffa. 20. Le savoir intérieur particulier du Messager d’Allah (ﷺ) Une parole fabriquée par les faussaires et répandue comme hadith dit : « J’ai avec Allah un moment où aucun ange rapproché ni prophète envoyé ne peut trouver place. » Les spécialistes du hadith sont unanimes : cette parole est forgée, sans fondement et sans chaîne, bien qu’elle se soit répandue parmi certains soufis. Les soufis et les derviches croyaient naïvement tout ce qu’ils entendaient ; les faussaires ont donc pu répandre plus facilement parmi eux des paroles inventées. (Sakhaoui, Al-Maqasid, p. 358 ; Mulla Qari, Al-Asrar, p. 197.) 21. Le passage d’un savant ou d’un étudiant dans un village suspend le châtiment de la tombe pendant quarante jours Une parole mensongère répandue dit : « Lorsqu’un savant ou un étudiant traverse un village, le Très-Haut suspend pendant quarante jours le châtiment des tombes de ce village. » Cette parole est inventée et mensongère. (Mulla Ali Qari, Al-Asrar, p. 74, n° 261.) 22. Rencontrer ou serrer la main d’un savant équivaut à rencontrer ou serrer la main du Messager d’Allah (ﷺ) Un faux hadith répandu dit : « Celui qui rencontre un savant, ou plusieurs savants, est comme s’il m’avait rencontré ; celui qui serre la main d’un savant est comme s’il m’avait serré la main ; celui qui s’assoit dans l’assemblée d’un grand savant est comme s’il s’était assis dans mon assemblée. Et celui qui s’est assis dans mon assemblée ici-bas, Allah le fera asseoir demain, au Jour de la Résurrection, avec moi au Paradis. » Les spécialistes du hadith sont unanimes : cette parole est forgée et mensongère. (Suyuti, Dhayl al-La’ali, p. 35 ; Ibn Iraq, Tanzih, 1/272-273 ; Mulla Qari, Al-Asrar, p. 232.) Il faut signaler que le Coran et les hadiths ordonnent trois adorations importantes : 1. apprendre le savoir ; 2. rester en compagnie des gens vertueux ; 3. aimer les gens vertueux pour Allah et leur rendre visite. Ces trois adorations constituent l’un des fondements du salut du croyant. La compagnie des savants permet de les pratiquer toutes trois. Le savant ne possède aucun mérite propre. Son mérite dépend de la quantité de savoir et de pratique qu’il tire du Coran et des hadiths. En d’autres termes, les mérites de l’action reposent sur deux choses : le savoir et la pratique. La compagnie du savant pieux comporte trois avantages : le mérite général de fréquenter les gens vertueux, le mérite général de les aimer et l’occasion d’acquérir le savoir. Quant aux mérites particuliers prétendument liés au fait de prier derrière un savant, de s’asseoir dans son assemblée, de le rencontrer ou de lui serrer la main, ce ne sont que paroles sans fondement et fabriquées. 23. Le jour où je n’ai rien appris est un jour sans bénédiction Une parole vaine répandue comme hadith dit : « Si, au cours de ma vie, vient un jour où je n’accrois pas une foi qui me rapproche d’Allah, que le lever du soleil de ce jour ne m’apporte aucune bénédiction. » Abu Nu‘aym al-Isfahani et d’autres spécialistes rapportent ce hadith par l’intermédiaire d’un homme du deuxième siècle nommé Hakam ibn Abdullah. Hakam dit qu’Ibn Shihab al-Zuhri lui a rapporté ce hadith, de Sa‘id ibn al-Musayyib, d’Aïcha, du Messager d’Allah (ﷺ). Abu Nu‘aym dit : « Personne ne l’a rapporté en dehors de Hakam. » (Abu Nu‘aym, Hilyat al-Awliya, 8/188.) Les spécialistes du hadith sont unanimes au sujet de cet homme nommé Hakam : c’était un faussaire et un abominable menteur. L’imam Abu Hatim al-Razi a dit qu’il était un abominable menteur. L’imam Daruqutni, Ibn Adi et d’autres ont dit qu’il était un faussaire abominable. Il fabriqua un manuscrit dans lequel il écrivit plus de cinquante faux hadiths, puis les diffusa au nom de l’imam Zuhri par la chaîne de Sa‘id ibn al-Musayyib. Tout cela est forgé et sans fondement. Il a aussi diffusé beaucoup d’autres faux hadiths. Tous les spécialistes sont unanimes : cet homme était délaissé, menteur et faussaire. (Al-Kamil, 2/79, 202-214 ; Ibn al-Jawzi, Al-Du‘afa, 1/227 ; Dhahabi, Mizan al-I‘tidal, 2/337.) Cette phrase est également rapportée sous une autre forme : « Si, au cours de ma vie, vient un jour où je n’ai pas accru une bonne œuvre, que ce jour soit privé de bénédiction. » Cette phrase aussi est rapportée par la chaîne du faussaire Hakam ibn Abdullah ; après Hakam, cette chaîne contient encore d’autres faussaires et transmetteurs. Il est probable qu’un transmetteur faible postérieur ait quelque peu modifié la phrase. 24. Juger les hadiths à l’aide du Coran Les deux sources fondamentales du savoir islamique sont le Coran et les hadiths. Nous avons vu que le savoir contenu dans les hadiths peut être une explication du Coran ou un complément à celui-ci. Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons vu que, sur cette base, les savants de la communauté musulmane, depuis l’époque des Compagnons jusqu’à toutes les époques, ont examiné l’authenticité, les chaînes, les sources, les sens et autres éléments des hadiths. Les faussaires ont également commis diverses falsifications dans ce domaine. Leur objectif était d’« accepter » les hadiths en jugeant leur sens selon leurs préférences, sans procéder à un examen documentaire. Certains ont fabriqué des hadiths afin de juger les hadiths à l’aide du Coran ; d’autres afin de les juger selon ce qu’ils considéraient comme « bon ou mauvais » ; d’autres encore afin que les gens les acceptent aveuglément et avec dévotion. Un hadith de ce genre dit : « Lorsqu’un hadith vous est rapporté de ma part, présentez-le au Livre d’Allah, c’est-à-dire comparez-le au Coran. S’il est conforme au Livre d’Allah, acceptez-le ; s’il le contredit, rejetez-le. » Ce hadith et les diverses phrases rapportées dans ce sens sont tous fabriqués et sans fondement. La plupart de ces paroles sont mensongères et dépourvues de chaîne. Quelques phrases ont été rapportées avec une chaîne, mais celle-ci contient des transmetteurs délaissés, munkar ou accusés de mensonge. Les spécialistes du hadith ont indiqué que les zindiqs, ennemis secrets de l’islam, avaient fabriqué et diffusé ces hadiths. Il est naturellement évident qu’aucun hadith ne contredit le Coran. Mais si l’on juge un hadith par le « Coran » sans preuve documentaire, chacun le jugera selon sa propre « intelligence » ou sa « préférence ». L’un pourra facilement dire que le Coran ne mentionne pas cinq prières quotidiennes, mais seulement trois ; les hadiths sur les cinq prières seraient donc contraires au Coran et devraient être rejetés. Un autre dira que la prescription de donner la zakat après l’écoulement d’une année est contraire au Coran. Un autre encore pourra affirmer que le récit de la vengeance d’Ukkasha est conforme à l’ordre coranique d’établir la justice et qu’il est donc authentique. Ou bien : puisque le Coran qualifie le Messager d’Allah (ﷺ) de miséricorde pour les mondes, le hadith « Si ce n’était pour toi, Je n’aurais pas créé le monde » serait authentique. Ou encore : puisque le Coran fait l’éloge des Compagnons, le hadith « Mes Compagnons sont comme les étoiles » serait authentique. Ainsi chacun aurait continué à formuler des revendications selon ses propres préférences, et la communauté musulmane serait tombée dans une confusion sans fin. C’est précisément dans ce but que les zindiqs avaient fabriqué ces hadiths. Toutefois, l’examen des chaînes par les spécialistes du hadith a permis de démasquer leur falsification. 25. Juger les hadiths selon leur « bon » sens Parmi les hadiths de la deuxième catégorie figure : « Si quelque bien ou quelque chose de bon vous parvient de ma part, acceptez-le, que je l’aie dit ou non, car je le dis. Si quelque mal ou quelque chose de nuisible vous parvient, ne l’acceptez pas, car je ne dis pas le mal. » Une autre parole de ce sens dit : « Lorsqu’un hadith vous est rapporté de ma part et qu’il est conforme à la vérité, acceptez-le, que je l’aie dit ou non. » Plusieurs « hadiths » ont été rapportés au sujet de l’acceptation des hadiths selon leur sens bon ou mauvais. Certains de ceux rapportés dans ce sens sont indiscutablement forgés et mensongers ; leurs chaînes contiennent des transmetteurs notoirement menteurs. D’autres ont été rapportés par des chaînes extrêmement faibles : certains spécialistes les ont qualifiés de faibles, d’autres de mawdû‘. Nous avons vu que, depuis l’époque des Compagnons, le sens fait partie des éléments examinés dans l’évaluation des hadiths. Mais la première question à poser pour tout hadith est de savoir s’il est établi que le Messager d’Allah (ﷺ) l’a réellement prononcé. Dire qu’une parole doit être acceptée comme « hadith » simplement parce qu’elle correspond à la vérité, au bien ou à ce qui est juste, qu’il l’ait prononcée ou non, revient à ouvrir la voie à l’attribution au Prophète de paroles qu’il n’a pas dites. De nombreux hadiths l’interdisent. C’est pourquoi les spécialistes ont également considéré comme invalides quant à leur sens les hadiths faibles traitant de cette question. Il arrive que des transmetteurs faibles rattachent par erreur la chaîne d’un hadith à un autre ou en modifient le texte. C’est pourquoi le hadith d’un transmetteur faible ou inconnu peut parfois être jugé mawdû‘ ou vain sur la base de son sens. 26. Le salut réside dans la dévotion Afin que les gens ordinaires acceptent sans discernement les faux hadiths, les faussaires en ont fabriqué beaucoup autour de l’idée que « le salut réside dans la dévotion ». Par exemple : « Si une personne reçoit une parole au sujet d’un mérite ou d’une récompense et y croit, Allah lui accordera cette récompense, même si cette parole n’est pas réellement exacte, ou même si celui qui la lui a rapportée est un menteur. » Une autre parole mensongère et fabriquée dit : « Si quelqu’un reçoit de la part du Très-Haut une parole au sujet d’un mérite ou d’une récompense, mais ne l’accepte pas comme vraie, il n’obtiendra pas ce mérite. » Une autre parole fabriquée par un imposteur dit : « Si l’un d’entre vous nourrit une bonne opinion même à propos d’une pierre, cette pierre lui sera utile. » Ces paroles et toutes celles qui ont été rapportées dans ce sens sont de grossiers mensonges fabriqués par des imposteurs menteurs, qui leur ont même inventé des chaînes de transmission. Cependant, l’habitude instaurée par les Compagnons de mentionner obligatoirement la chaîne lors de la transmission des hadiths a permis à la communauté musulmane de se protéger contre leurs falsifications. Les spécialistes du hadith ont constaté que chacune de ces chaînes contenait des menteurs et des faussaires. Ils ont donc identifié ces hadiths comme forgés. Certains spécialistes, en raison de chaînes multiples, les ont qualifiés d’extrêmement faibles et ont essayé de leur donner une interprétation compatible avec les hadiths authentiques.

2.9 Questions relatives à la foi

L’amour de la patrie fait partie de la foi : « L’amour du pays fait partie de la foi » est une phrase très répandue. En tant que hadith, cette affirmation est totalement infondée et forgée. De plus, son sens n’est pas vraiment conforme à la perspective islamique. Il n’est donc pas justifié de la présenter comme une parole des savants ou comme une expression de la perspective islamique. La foi et l’islam sont l’ensemble des actes que l’être humain peut accomplir ou acquérir volontairement, par le libre exercice de sa volonté. Les choses acquises naturellement ou par naissance ne sont pas considérées comme faisant partie de la foi ou de l’islam, car elles ne relèvent pas d’actes choisis ou volontaires. L’amour envers le lieu de naissance, le lieu de résidence, les amis, l’épouse, les enfants, la famille et les parents est une disposition naturelle. L’être humain ressent naturellement de l’amour pour eux. Aucun de ces sentiments ne fait partie de la foi. C’est pourquoi l’obéissance aux parents et le fait de les servir sont considérés comme des éléments indissociables de l’islam, mais non l’amour qu’on leur porte. De même, le musulman a de nombreuses responsabilités envers son pays, son lieu de résidence et ses voisins, qu’il doit remplir par des actes volontaires. Mais considérer l’amour naturel comme une partie de la foi ne correspond pas pleinement à la conception islamique. Si quelqu’un, en transgressant l’ordre naturel, n’aime pas ses propres enfants, son épouse, ses parents, son lieu de résidence ou son pays, nous le qualifierons de contre-nature, de maniaque, de fou, etc. Et si cet état l’empêche de s’acquitter des responsabilités mentionnées plus haut, nous le considérerons comme pécheur et désobéissant à Allah. 2. Les « cinq » formules de foi répandues Dans notre pays, il est courant de parler des « cinq formules » dans le cadre de l’exposé de la foi et de la croyance islamiques. Il existe également deux formules appelées îmân mujmal et îmân mufassal. Ces formules figurent dans la qâʿida, l’Ampara, les ouvrages de dîniyât et divers livres courants. On leur accorde une très grande importance et on les mémorise spécialement. Le sens de ces phrases est beau. Cependant, elles ne sont pas toutes rapportées sous cette forme dans les hadiths. Ce serait une erreur de les considérer toutes comme des paroles du Coran ou des hadiths. (1) La formule du témoignage de foi Le Coran et les hadiths ordonnent de prononcer deux témoignages, qui constituent le fondement de la foi ou de la croyance islamiques et sont connus dans notre pays sous le nom de « formule du témoignage de foi ». Dans cette formule, on témoigne de l’unicité d’Allah et de la mission prophétique de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). En réalité, seule la formule du témoignage de foi est mentionnée comme formule fondamentale dans les hadiths. Dans le tashahhud de la prière (salât), les deux phrases sont prononcées ensemble ainsi : « Je témoigne qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah. » « Je témoigne également que Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) est le serviteur et le Messager d’Allah. » Première phrase : « Je témoigne qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah. » Concernant cette première phrase, certains hadiths rapportent : « Je témoigne qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah ; Il est unique et n’a aucun associé. » Deuxième phrase : « Je témoigne également que Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) est le serviteur et le Messager d’Allah. » Dans l’appel à la prière, ces deux phrases sont mentionnées séparément. (2) La bonne formule Dans notre pays, par « la bonne formule » ou « la parole pure », on entend la déclaration réunissant l’unicité divine et la mission prophétique. Il est dit dans le Noble Coran : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en exemple une bonne parole ou “parole pure”, semblable à un arbre pur dont les branches s’étendent dans le ciel ? » Dans l’exégèse de ce verset, il est rapporté d’Abdullah ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée) et d’autres exégètes que la « bonne formule » désigne la phrase « Il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah ». Mais les deux phrases « Il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah, Muhammad est le Messager d’Allah » n’ont été mentionnées ensemble dans aucun hadith sous le nom de « bonne formule ». Les deux parties de la formule du témoignage de foi mentionnée plus haut constituent précisément le fondement de la bonne formule : les deux phrases fondamentales de l’unicité divine et de la mission prophétique y sont prononcées ensemble. Nous avons vu que la formule du témoignage de foi est souvent prononcée en omettant le mot « témoignage ». On ne sait pas qu’elle ait été mentionnée quelque part sous le seul nom de « formule ». Un hadith rapporte que ces deux phrases auraient ainsi été écrites ensemble sur le Trône. Nous avons indiqué ailleurs dans cet ouvrage que ce hadith est extrêmement faible et forgé. Il convient de préciser ici que les deux parties de la bonne formule sont mentionnées séparément dans le Noble Coran et les nobles hadiths. Les deux phrases font partie du Coran et expriment le témoignage fondamental de la foi. Il n’y a aucun inconvénient à les prononcer ensemble. On trouve l’usage de cette phrase comme déclaration fondamentale du témoignage de foi depuis l’époque des tâbiʿûn. Dans le Noble Coran, elle est appelée « la parole de la piété ». Dans son explication, le tâbiʿî ʿAtâ al-Khurâsânî (mort en 135 de l’Hégire) dit : « La parole de la piété est : Il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah, Muhammad est le Messager d’Allah. » (3) La formule de l’unicité divine Dans notre pays, la phrase suivante est répandue sous le nom de « formule de l’unicité divine » : Arabe (******) Le sens de cette phrase est beau. Toutefois, on ne trouve dans le Coran ni dans les hadiths aucune importance particulière qui lui soit attribuée, ni aucune mention ou trace de son existence sous cette forme. 4. La formule de glorification La phrase suivante est répandue sous le nom de « formule de glorification » : Arabe (******) Le sens de cette phrase est également beau. Mais on ne trouve dans le Coran ou les hadiths aucune instruction demandant de la prononcer sous cette forme, ni aucune importance ou existence qui lui soit attribuée. 5. La formule rejetant la mécréance Plusieurs phrases apparaissent sous le nom de « formule rejetant la mécréance » dans divers livres de notre pays. Arabe (******) Le sens de ces phrases est bon. Mais on ne les trouve sous cette forme dans aucun hadith, et aucune importance particulière de ces phrases n’est établie par les hadiths. 6. L’îmân mujmal Arabe (******) Le sens de cette phrase répandue sous le nom d’îmân mujmal est beau. Toutefois, il s’agit d’une formule générale composée par des savants postérieurs. Aucune phrase de ce genre n’a été mentionnée de quelque manière que ce soit dans un hadith. 7. L’îmân mufassal Dans un hadith, l’ange Gabriel (paix sur lui) demande au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ce qu’est la foi. Il répond : Arabe (******) « Tu croiras en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses Messagers et au Jour dernier, et tu croiras au destin, à son bien comme à son mal. » Ces six piliers de la foi sont mentionnés à divers endroits du Noble Coran. Il existe également de nombreux autres hadiths à ce sujet. Il faut remarquer ici que, dans l’îmân mufassal, la croyance en l’au-delà est exprimée par deux phrases distinctes : (Yawm al-âkhir) et (baʿth baʿd al-mawt), c’est-à-dire le Jour dernier (l’au-delà) et la résurrection après la mort. Les deux notions sont identiques.

2.10 Questions relatives à la prière

2.10.1 Questions relatives à la purification 1. « Le châtiment de la tombe si l’on n’utilise pas le kullukh » Un ouvrage répandu affirme : « Il est rapporté dans un hadith que personne ne subira un châtiment aussi sévère que ceux qui n’utilisent pas le kullukh après avoir uriné. » (M. Golam Rahman, Maqsudul Mu’minin, p. 84.) Cette formulation n’est pas correcte. La présenter comme un hadith reviendrait à mentir au nom du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il est probable qu’une traduction déformée d’un hadith authentique ait été donnée ici. Plusieurs hadiths authentiques nous apprennent que le fait de ne pas se purifier correctement de l’urine constitue l’une des causes du châtiment de la tombe. Dans un hadith, Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit : arabe (******) « La majeure partie du châtiment de la tombe est due à l’urine. » (Ibn Mâja, as-Sunan, 1/125 ; al-Hâkim, al-Mustadrak, 1/293.) La phrase citée plus haut est probablement une traduction déformée de ce hadith. Ce hadith et tous les autres hadiths portant ce sens enseignent à se purifier correctement de l’urine. Aucun hadith ne dit que le fait de ne pas utiliser le kullukh constitue nécessairement une faute ou entraîne un châtiment. L’essentiel est de se purifier complètement après avoir déféqué ou uriné ; c’est l’une des prescriptions de l’islam. À la lumière des hadiths, nous constatons que, lors de l’istinjâ’, le Messager d’Allah utilisait parfois des pierres ou des mottes sèches. La plupart du temps, il utilisait de l’eau. Il employait parfois les pierres et l’eau ensemble. Les Compagnons faisaient de même. Il est préférable d’utiliser à la fois l’eau et les pierres (kullukh). À défaut, l’usage de l’eau seule est préférable. À défaut encore, il faut se purifier uniquement avec des pierres ou du kullukh. L’obligation essentielle est alors remplie et il n’y a ni faute ni péché. Les différents hadiths permettent de connaître ces règles. Il faut également remarquer que la purification après avoir satisfait ses besoins comporte deux étapes. La première consiste, après avoir uriné ou déféqué, à nettoyer la souillure en position assise au moyen de l’eau ou des pierres, ou des deux. Cette opération est appelée en arabe istinjâ’ ou istijmâr. La seconde étape consiste à se rassurer et à écarter le doute. Cela signifie qu’après avoir uriné et pratiqué l’istinjâ’, si l’on craint que quelques gouttes ne sortent encore en se levant ou en marchant, on peut se racler la gorge ou faire quelques pas afin de dissiper ce doute. Cette pratique est appelée istibrâ’ en arabe. Les hadiths mentionnent l’emploi de l’eau et des pierres pour l’istinjâ’ durant la première étape. Un hadith faible mentionne le fait de tirer trois fois sur le pénis en position assise après avoir uriné. Rien d’autre de ce genre n’est rapporté dans les hadiths. Ni le Messager d’Allah ni ses Compagnons ne se levaient pendant l’istinjâ’, ne marchaient, ne sautaient ou ne se raclaient la gorge. Pour uriner comme pour déféquer, ils se purifiaient naturellement en position assise, avec des pierres, de l’eau, ou d’abord des pierres puis de l’eau. Les savants des générations postérieures ont autorisé de marcher ainsi par précaution en cas de doute. Ils ont expliqué que les dispositions naturelles des gens diffèrent. Si quelqu’un en éprouve réellement le besoin, il peut se lever, faire quelques pas, se racler la gorge ou accomplir une action semblable afin de s’assurer que l’urine est complètement écoulée. Mais celui qui estime être parfaitement purifié en restant assis n’a pas à sortir de la Sunna. Ainsi, prétendre qu’il faut marcher avec le kullukh, ou que le Messager d’Allah a marché de cette manière ou l’a ordonné, serait mentir à son sujet. 2. La mention du kullukh dans le mérite de Bilâl Un ouvrage répandu rapporte : « Le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) demanda un jour à Bilâl (qu’Allah l’agrée) : “Ô Bilâl, j’ai vu cette nuit, durant l’Ascension, les traces de tes pas au Paradis. Dis-moi donc quelle œuvre de mérite tu accomplis ?” Bilâl répondit : “Après avoir uriné, j’utilise le kullukh, je veille à ma purification et je demeure constamment en état d’ablution.” Le Prophète dit : “C’est donc là la base de toutes les bonnes œuvres.” » Dans plusieurs hadiths, trois actes sont mentionnés au sujet du mérite de Bilâl : accomplir deux rak‘a après chaque ablution ; accomplir deux rak‘a après chaque appel à la prière ; et renouveler ses ablutions dès qu’elles sont rompues. Le premier acte est rapporté par al-Bukhârî et Muslim. Les deuxième et troisième actes figurent dans un hadith rapporté par Ibn Khuzayma, al-Hâkim et d’autres traditionnistes. À notre connaissance, le kullukh n’y est mentionné nulle part. Il faut remarquer que tous les Compagnons utilisaient le kullukh après avoir satisfait leurs besoins. C’est pourquoi plusieurs hadiths encouragent l’usage conjoint de l’eau et du kullukh. 3. Satisfaire ses besoins dans un lieu découvert Un ouvrage répandu affirme : « Il est rapporté dans un hadith que les anges maudiront ceux qui s’assoient dans un endroit découvert pour uriner ou déféquer. » Cette affirmation n’est pas exacte. Après avoir fait les recherches possibles, je n’ai trouvé aucun hadith mentionnant une telle malédiction pour celui qui satisfait ses besoins dans un endroit ouvert au-dessus de lui ou ouvert de tous côtés. Lorsqu’une personne satisfait ses besoins, elle doit couvrir sa nudité aux regards d’autrui. Les hadiths interdisent de montrer sa nudité aux gens, de parler pendant que l’on satisfait ses besoins, et mentionnent comme causes de malédiction le fait de déféquer sur les chemins fréquentés par les gens ou dans les endroits ombragés qu’ils utilisent. 4. Retarder le bain obligatoire Toutes les affirmations selon lesquelles retarder le bain lorsqu’il devient obligatoire serait un péché, ou que la terre maudirait celui qui marcherait sur elle dans cet état, sont inventées et dépourvues de fondement. Lorsque le bain rituel devient obligatoire, il est préférable de l’accomplir aussi rapidement que possible. Toutefois, la raison essentielle du bain est de pouvoir accomplir la prière ou réciter le Coran. En dehors de cela, le croyant peut accomplir toutes les œuvres, invocations et évocations alors que le bain lui est obligatoire. Par conséquent, si la prière n’en subit pas de dommage, retarder le bain n’est pas un péché. Des hadiths authentiques rapportent que le Messager d’Allah se couchait parfois sans prendre immédiatement le bain alors que celui-ci lui était obligatoire au début de la nuit, puis le prenait à la fin de la nuit. 5. Le bain pour Laylat al-Barâ’a ou Laylat al-Qadr Tout ce qui est rapporté au sujet de l’accomplissement d’un bain spécialement pour Laylat al-Barâ’a et Laylat al-Qadr est inventé. Aucun mérite particulier du bain durant ces deux nuits n’est établi par un hadith authentique. Nous espérons mentionner ultérieurement les faux hadiths relatifs à ce sujet. 6. La formulation de l’intention pour les ablutions, le bain, etc. Toutes les formules répandues sous le nom d’intention, telles que « Nawaytu an… », sont des paroles inventées par des savants des générations postérieures. Les considérer comme des hadiths, ou croire que le Messager d’Allah les récitait, les enseignait ou ordonnait de les prononcer, serait une affirmation fausse et sans fondement. L’intention signifie le but ou la volonté (intention). La récompense de l’adoration dépend du but poursuivi. L’intention est la résolution intérieure qui a incité et motivé une personne à accomplir une action. Il faut avoir l’intention, mais il n’est pas nécessaire de la prononcer ou de la réciter. Jamais, au cours de sa vie, le Messager d’Allah n’a prononcé à voix haute une intention particulière pour les ablutions, le bain, la prière, le jeûne ou toute autre adoration. Ses Compagnons, leurs successeurs, l’imam Abû Hanîfa — qu’Allah lui fasse miséricorde —, les quatre imams et les juristes n’ont jamais prononcé l’intention à voix haute et n’ont ordonné à personne de le faire. Des savants des générations postérieures ont élaboré ces formules. Ils ont dit que la prononciation orale n’avait aucune valeur et que seule l’intention présente dans le cœur comptait, mais que la prononcer pouvait raffermir quelque peu cette intention ; ils ont donc estimé préférable de la dire. Beaucoup n’ont pas accepté cette prétendue amélioration. Hazrat Alf Sânî a condamné le fait de prononcer à voix haute l’intention pour les ablutions, la prière, le jeûne et les autres adorations, le qualifiant de mauvaise innovation, et s’y est fermement opposé. J’ai traité ce sujet en détail dans mon ouvrage Ihyâ’ as-Sunan. 7. L’invocation avant les ablutions Dans divers ouvrages répandus dans notre pays, on enseigne l’invocation suivante à réciter avant les ablutions : arabe (*******). Cette invocation est inventée. Plusieurs hadiths ordonnent de prononcer « Bismillâh » avant les ablutions. Un hadith encourage à dire : « Bismillâh wa-l-hamdulillâh » (« Au nom d’Allah, et la louange appartient à Allah »). Mais on ne trouve aucun hadith attestant l’invocation mentionnée plus haut. 8. Les invocations pendant les ablutions Divers ouvrages mentionnent des invocations particulières à réciter lors du lavage de chaque membre pendant les ablutions : l’invocation du lavage des mains, celle du rinçage de la bouche, celle du nettoyage du nez, etc. Le hadith qui sert de fondement à ces invocations est inventé. L’imam ad-Dâraqutnî, l’imam an-Nawawî, l’imam as-Suyûtî, Mullâ ‘Alî al-Qârî et d’autres traditionnistes ont tous déclaré que ce hadith était inventé et sans fondement. 606 9. Ne pas parler pendant les ablutions Aucun hadith rapporté avec une chaîne fiable ou acceptable n’interdit de parler pendant les ablutions ni ne déclare fautif celui qui parle. Ce qui est dit à ce sujet ne représente que l’opinion de certains savants. 10. Réciter la sourate al-Qadr après les ablutions Des hadiths authentiques mentionnent plusieurs invocations à réciter après les ablutions. Dans l’ouvrage Rah-e Wilâyat, j’ai étudié ces invocations avec leurs chaînes de transmission. Dans notre pays, plusieurs ouvrages ont remplacé ces invocations authentiques par des paroles inventées. Certains livres affirment : « Celui qui récite la sourate al-Qadr après les ablutions obtiendra la porte des véridiques. » Des paroles semblables figurent dans le faux hadith intitulé « Le testament du Messager d’Allah à ‘Alî ». Nous avons déjà discuté de ce prétendu testament. 2.10.2 Questions relatives aux mosquées et à l’appel à la prière 1. La destination des mosquées Les mosquées sont destinées à accomplir la prière, à évoquer Allah, à étudier la religion et à d’autres activités semblables. Au sujet des mosquées, le Messager d’Allah a dit : arabe (*****). « Elles sont destinées uniquement à l’évocation d’Allah, à la prière et à la récitation du Coran. » (Muslim, as-Sahîh, 1/236.) Les hadiths interdisent de faire des achats ou des ventes dans la mosquée, d’y rechercher un objet perdu ou une bête égarée, et d’y parler à haute voix ou de crier. En revanche, aucun hadith authentique ne contient d’interdiction explicite concernant les conversations ordinaires sur les affaires de ce monde. Les Compagnons récitaient même des poèmes dans les mosquées. Jâbir (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Le Messager d’Allah restait assis jusqu’au lever du soleil à l’endroit où il accomplissait la prière de l’aube. Il se levait après le lever du soleil. Pendant qu’il était assis, les Compagnons parlaient, évoquaient les affaires de l’époque antéislamique, récitaient des poèmes et souriaient légèrement. Lui ne faisait que sourire légèrement. » (Sahîh Muslim, 1/463.) Voici quelques faux hadiths répandus dans notre pays : « Celui qui parlera des affaires mondaines dans la mosquée verra Allah annuler les œuvres de quarante années. » ‘Allâma as-Saghânî, Tâhir al-Fattanî, Mullâ ‘Alî al-Qârî, al-‘Ajlûnî et plusieurs autres traditionnistes ont unanimement déclaré que cette parole était forgée. Mullâ al-Qârî dit : « Cette parole est non seulement nulle du point de vue de sa chaîne, mais son sens est également contraire à l’islam. » Une autre parole fausse et inventée dit : « Les conversations dans la mosquée dévorent les bonnes œuvres comme le feu dévore le bois. » Certains savants célèbres, se fondant sur la rumeur publique, ont cité cette phrase comme un hadith. Mais al-‘Irâqî, al-Fayrûzâbâdî, Tâhir al-Fattanî, Mullâ ‘Alî al-Qârî et tous les autres traditionnistes sont d’accord pour dire qu’il s’agit d’une parole inventée, sans fondement ni chaîne de transmission, attribuée au Messager d’Allah. 2. Allumer les lampes et balayer la mosquée Nettoyer et balayer la mosquée, y allumer des lampes et accomplir des actes semblables sont en principe de bonnes œuvres. Cependant, comme pour de nombreux autres sujets, certains faux hadiths ont été fabriqués au sujet de récompenses particulières. Les affirmations selon lesquelles allumer une lampe dans la mosquée rapporterait telle ou telle récompense, ferait prier tant de milliers d’anges en faveur de l’auteur, ou procurerait la récompense de tant de pèlerinages majeurs ou mineurs sont toutes inventées. 3. Embrasser ses doigts et les passer sur ses yeux au moment de l’appel à la prière Dans notre pays, beaucoup de musulmans pieux, lorsqu’ils entendent pendant l’appel à la prière les paroles « J’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah », embrassent les doigts de leurs deux mains et les passent sur leurs yeux. Ils accomplissent cet acte en croyant qu’un hadith inventé et mensonger est authentique. Ce faux hadith circule sous plusieurs formes. Dans l’une de ses versions, il est dit que celui qui, en entendant cette formule de l’appel à la prière, dira : arabe (*******), « J’atteste que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Je suis satisfait et comblé d’avoir accepté Allah comme Seigneur, l’islam comme religion et Muhammad — qu’Allah le bénisse et le salue — comme prophète », puis passera simultanément la face intérieure des index de ses deux mains sur ses yeux, obtiendra l’intercession. Certains disent également qu’en entendant cette formule il faut dire : « Bienvenue à mon bien-aimé, à la joie de mes yeux, Muhammad ibn ‘Abd Allah », puis embrasser ses deux pouces et les poser sur ses yeux. Celui qui agirait ainsi ne souffrirait jamais d’une maladie des yeux et ne perdrait jamais la vue. Toutes ces affirmations sont inventées. Certains les ont rapportées d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Mullâ ‘Alî al-Qârî dit : « Si cette narration était établie d’après Abû Bakr, cela suffirait pour la mettre en pratique. » Mais ce hadith n’est pas établi d’après Abû Bakr. L’imam as-Sakhâwî et d’autres traditionnistes en ont discuté en détail. L’un des éminents juristes hanafites, traditionnistes et soufis de notre époque, ‘Abd al-Fattâh Abû Ghudda, a écrit que les recherches de son maître, le célèbre juriste et traditionniste hanafite Muhammad Zâhid al-Kawtharî, avaient établi que Mullâ ‘Alî al-Qârî n’avait pas eu connaissance de l’étude détaillée de l’imam as-Sakhâwî sur ce sujet. Il était donc hésitant. En réalité, aucune narration fiable de ce hadith n’a été trouvée d’après Abû Bakr ni par aucune autre voie. Les traditionnistes ont conclu que toutes les narrations relatives à ce sujet étaient inventées. (As-Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 383-384, n° 1021 ; Mullâ ‘Alî al-Qârî, al-Asrâr, p. 210, n° 829 ; al-Masnû‘, p. 134, n° 300 ; az-Zurqânî, Mukhtasar al-Maqâsid, p. 174, n° 940 ; al-‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ, 2/206 ; ash-Shawkânî, al-Fawâ’id, 1/39.) Trois points doivent être remarqués ici. Premièrement, certaines pratiques peuvent être employées, sur la base de l’expérience, pour obtenir la guérison ou la bonne santé. Le fait qu’une personne obtienne un résultat en accomplissant une telle pratique ne signifie pas qu’elle soit établie par un hadith. Il est permis de pratiquer une œuvre conforme à la Loi religieuse dans l’intention de rechercher la guérison ; mais sans chaîne authentique, une telle pratique ne peut pas être appelée un hadith. Deuxièmement, aimer et honorer le Messager d’Allah fait partie de la foi et constitue une œuvre très méritoire. Si quelqu’un accomplit cette pratique sans savoir que le hadith est forgé, et embrasse ses doigts en entendant le nom du Messager d’Allah, avec amour et affection dans le cœur, il n’obtiendra pas la récompense mentionnée dans le faux hadith, mais il obtiendra, si Allah le veut, la récompense de son amour sincère. En revanche, il n’est pas permis de pratiquer délibérément un faux hadith. Troisièmement, au lieu de ce faux hadith, le croyant peut mettre en pratique un hadith authentique. Même si le fait de passer les doigts sur les yeux est inventé, une narration très authentique existe concernant les paroles à prononcer. Le Messager d’Allah a dit : celui qui entend le muezzin et dit : « Et j’atteste qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah, seul, sans associé, et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Je suis satisfait d’Allah comme Seigneur, de l’islam comme religion et de Muhammad — qu’Allah le bénisse et le salue — comme prophète », verra tous ses péchés pardonnés. (Muslim, 1/290, n° 386 ; Ibn Khuzayma, 1/220 ; Ibn Hibbân, 4/591.) 4. « Sadaqta wa bararta » en réponse à l’appel à la prière Dans notre pays, il est courant qu’à l’appel de l’aube, lorsqu’on entend « as-salâtu khayrun min an-nawm » (« la prière est meilleure que le sommeil »), on réponde : « Sadaqta wa bararta » (« Tu as dit vrai et tu as été bon »). Cette réponse est sans fondement et inventée. Dans un hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim, le Messager d’Allah a dit : « Lorsque vous entendez le muezzin appeler à la prière, répétez ce qu’il dit. » (Al-Bukhârî, 1/221 ; Muslim, 1/288.) Dans un autre hadith, Abû Hurayra rapporte : « J’étais auprès du Messager d’Allah lorsque Bilâl se leva et lança l’appel à la prière. Lorsqu’il eut terminé, le Messager d’Allah dit : “Celui qui répète avec conviction ce que cet homme — le muezzin — a dit entrera au Paradis.” » (Hadith hassan : Sahîh Ibn Hibbân, 4/553 ; Mustadrak al-Hâkim, 1/321 ; Musnad Ahmad, 2/352 ; an-Nasâ’î, as-Sunan al-Kubrâ, 1/510, 6/146 ; Sahîh at-Targhîb, 1/177.) Ces deux hadiths montrent que celui qui entend l’appel doit répéter exactement les paroles du muezzin. Aucune exception n’est mentionnée. Toutefois, un autre hadith rapporté par Muslim enseigne une exception : lorsque le muezzin dit « Hayya ‘ala-s-salâh » et « Hayya ‘ala-l-falâh », celui qui écoute doit dire : « Lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh » (« Il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah »). Le Prophète a dit : « Celui qui répète sincèrement les paroles de l’appel en même temps que le muezzin entrera au Paradis. » (Sahîh Muslim, 1/289, n° 385.) En dehors de ces deux phrases, celui qui répond à l’appel doit donc répéter les paroles exactement comme le muezzin les prononce. La phrase « as-salâtu khayrun min an-nawm » ne fait pas exception. Il faut donc également répéter cette phrase en réponse ; aucun hadith n’enseigne une formule différente pour celle-ci. C’est pourquoi Mullâ ‘Alî al-Qârî a classé la formule « Sadaqta wa bararta » parmi les hadiths forgés et a dit : « Les adeptes de l’école shaféite ont considéré qu’il était recommandé de prononcer cette phrase, mais elle n’a aucune existence dans les hadiths. » (Voir Mullâ ‘Alî al-Qârî, al-Asrâr al-Marfû‘a, p. 146.) 5. La formule « wa-d-darajata ar-râfi‘a » dans l’invocation de l’appel à la prière Le Messager d’Allah a dit : « Lorsque vous entendez le muezzin appeler à la prière, répétez ce qu’il dit. Ensuite, priez sur moi, car celui qui prie sur moi, Allah prie sur lui dix fois. Puis demandez pour moi al-wasîla, car al-wasîla est un rang au Paradis qu’un seul serviteur d’Allah atteindra. J’espère être ce serviteur. Celui qui demandera pour moi al-wasîla obtiendra mon intercession. » (Sahîh Muslim, 1/288, n° 384.) Dans d’autres hadiths, il a enseigné la manière suivante de demander al-wasîla : arabe (*****). « Ô Allah, Seigneur de cet appel parfait et de la prière qui va être accomplie, accorde à Muhammad al-wasîla et le rang éminent, et ressuscite-le dans la station louée que Tu lui as promise. » Il a dit : « Celui qui, après avoir entendu l’appel du muezzin, prononce ces paroles obtiendra mon intercession au Jour de la Résurrection. » (Sahîh al-Bukhârî, 1/222, n° 589 ; 4/1749, n° 4442.) L’imam al-Bukhârî et tous les traditionnistes ont rapporté cette invocation sous cette forme. Dans l’invocation répandue chez nous, deux phrases supplémentaires ont été ajoutées, qui ne figurent pas dans la version précédente. Après « wa-l-fadîlata », certains ajoutent « et le rang élevé ». À la fin de l’invocation, ils ajoutent : « Certes, Tu ne manques pas à Ta promesse. » Cette seconde phrase est rapportée dans un hadith faible. (Al-Bayhaqî, as-Sunan al-Kubrâ, 1/410, n° 603-604.) Quant à la première phrase, « wa-d-darajata ar-râfi‘a », elle repose entièrement sur un hadith sans fondement et mensonger. Ibn Hajar, as-Sakhâwî, az-Zurqânî, Mullâ ‘Alî al-Qârî et d’autres traditionnistes ont déclaré que cette phrase était inventée. 6. Les conséquences du fait de parler pendant l’appel à la prière Pour interdire de parler pendant l’appel à la prière, on cite la prétendue parole suivante : « Celui qui parlera pendant l’appel à la prière risque de perdre sa foi. » ‘Allâma as-Saghânî, al-‘Ajlûnî et d’autres traditionnistes ont expliqué qu’il s’agissait d’une parole forgée et sans fondement, attribuée au hadith. Aucun hadith ne contient d’instruction interdisant de parler pendant l’appel à la prière. (As-Saghânî, al-Mawdû‘ât, p. 80 ; al-‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ, 2/295, 315.)

2.11. Les prières et les mérites des douze mois lunaires

Les faussaires ont fabriqué des hadiths en décrivant les diverses formes et natures des prières accomplies durant les douze mois de l’année, à différents jours de ces mois, ainsi que leurs mérites extravagants et absurdes. Les ouvrages courants consacrés aux « mérites des douze mois » sont remplis de telles paroles infondées. Pour faciliter la tâche aux lecteurs, j’ai mentionné les mois arabes et rapporté, à leur sujet, les paroles authentiques et fabriquées. Bien que nous soyons dans le chapitre consacré à la prière, je mentionnerai également, en plus des prières, les paroles relatives au jeûne et aux autres mérites de ces mois, afin que le lecteur puisse connaître en un même endroit toutes les questions qui s’y rapportent. 2.11.1. Le mois de Muharram A. Le mois de Muharram à la lumière des hadiths authentiques et faibles Le mois de Muharram est le premier mois du calendrier arabe. À la lumière des hadiths authentiques, nous pouvons connaître les points suivants concernant le mérite et le statut de ce mois. Premièrement, ce mois est l’un des quatre mois « sacrés » de l’année. Ces mois sont particulièrement honorés par la loi islamique. Les querelles ordinaires et les guerres y sont interdites. Allah le Très-Haut a dit : « Le nombre des mois, auprès d’Allah, est de douze mois, dans la prescription d’Allah, le jour où Il créa les cieux et la terre. Parmi eux, quatre sont sacrés. Telle est la religion droite. Ne vous faites donc pas de tort à vous-mêmes durant ces mois… » (sourate 9, At-Tawbah, verset 36). Ces mois sont : Muharram, Rajab, Dhul-Qi‘dah et Dhul-Hijjah. Deuxièmement, un hadith authentique a qualifié ce mois de « mois d’Allah » et a indiqué que le jeûne surérogatoire de ce mois est le meilleur des jeûnes surérogatoires. Dans un hadith rapporté par Sahih Muslim, le Messager d’Allah a dit : « Le meilleur jeûne après celui de Ramadan est le jeûne du mois de Muharram d’Allah. » Troisièmement, le jeûne du dixième jour de ce mois, le jour de ‘Ashura, possède un mérite particulier. Au sujet du jeûne de ‘Ashura, le Messager d’Allah a dit : « Le jeûne de ce jour expie les péchés de l’année écoulée. » (Muslim, As-Sahih, 2/821.) Le Messager d’Allah jeûnait lui-même ce jour-là, encourageait la communauté à jeûner et recommandait aussi de jeûner le neuvième ou le onzième jour en plus du dixième. (Ibn Rajab, Lata’if, 1/68-76 ; ‘Abd al-Hayy Lakhnawi, p. 91-94.) Quatrièmement, des hadiths authentiques établissent que, ce jour-là, Allah sauva Son messager Moïse et les enfants d’Israël qui l’accompagnaient de Pharaon, tandis que Pharaon et ses compagnons furent noyés. (Al-Bukhari, As-Sahih, 2/704, 3/1244 ; Muslim, As-Sahih, 2/796.) Voilà tout ce que les hadiths authentiques permettent de connaître au sujet du mois de Muharram et de ‘Ashura. Par la suite, de nombreux récits fabriqués et mensongers se sont répandus à ce sujet. Deux points doivent être remarqués. Premier point : les Juifs honoraient ce jour. C’est pourquoi des récits légendaires le concernant circulaient parmi eux. Au cours des générations suivantes, ces récits sont entrés dans la société musulmane sous la forme de traditions israélites. Dans les premières générations, les musulmans les rapportaient comme des récits israélites, sans les tenir pour vrais ni pour faux. Plus tard, ils furent transformés en hadiths. Deuxième point : un demi-siècle après le décès du Messager d’Allah, le dixième jour de Muharram de l’an 61 de l’hégire, son petit-fils bien-aimé, Husayn, fut martyrisé dans la plaine de Karbala. Cet événement exerça une influence durable sur la communauté musulmane. Des personnes dépourvues de conscience et de scrupules, appartenant aux deux camps, fabriquèrent de nombreux hadiths au sujet de ‘Ashura. Certains inventèrent des paroles afin de faire de ce jour un « jour de deuil », tandis que d’autres voulurent en faire un « jour de victoire ». Pourtant, selon les méthodes d’examen des spécialistes du hadith, il était très facile de déceler ces falsifications. Les autres propos répandus au sujet de Muharram et de ‘Ashura peuvent être divisés en deux catégories. Premièrement, les récits que certains spécialistes ont qualifiés de fabriqués, tandis que d’autres les ont acceptés comme faibles, ainsi que les récits transmis par certains Compagnons ou Successeurs avec des chaînes extrêmement faibles, comme leurs propres paroles, sur la base de traditions israélites apparentes. Deuxièmement, les hadiths que tous les spécialistes ont unanimement considérés comme fabriqués et sans fondement. Hadiths fabriqués ou faibles et avis des Compagnons et des Successeurs 1. Il est rapporté par des chaînes extrêmement faibles, d’après certains Compagnons ou Successeurs, que c’est ce jour-là qu’Allah accepta le repentir d’Adam. 2. De même, il est rapporté par une source peu fiable que l’arche de Noé s’arrêta sur le mont al-Judi ce jour-là. 3. De même, il est rapporté par une source peu fiable que Jésus naquit ce jour-là. 4. Quant à ce qui a été rapporté au sujet de l’aumône et de la charité durant Muharram et le jour de ‘Ashura, certains ont affirmé que puisque le jeûne de ‘Ashura procure la récompense d’une année, donner en charité ce jour-là procurerait également la récompense d’une année d’aumône. Tout ce qui a été dit au sujet de l’aumône de ce jour est par ailleurs infondé et nul. (Ibn Rajab, Lata’if, 1/78 ; ‘Abd al-Hayy Lakhnawi, Al-Athar, p. 95-96.) 5. Un hadith affirme : « Celui qui dépensera largement pour sa famille le jour de ‘Ashura, Allah lui accordera une subsistance abondante durant toute l’année. » Ce hadith a été transmis par plusieurs chaînes, mais chacune est extrêmement faible. En raison de la pluralité des chaînes, certains spécialistes, comme al-Bayhaqi, al-‘Iraqi et as-Suyuti, ne l’ont pas qualifié de fabriqué, mais de faible. Ibn Hajar l’a jugé très répréhensible et extrêmement faible. En revanche, l’imam Ahmad ibn Hanbal, Ibn Taymiyyah et d’autres spécialistes l’ont considéré comme fabriqué. Ils ont expliqué que, puisque chaque chaîne est extrêmement faible, leur multiplicité n’augmente pas l’acceptabilité du hadith. De plus, ce hadith contredit les hadiths authentiques, qui indiquent que les Juifs feraient de ‘Ashura un jour de fête et de réjouissance, tandis que les musulmans doivent se distinguer d’eux en jeûnant ce jour-là et en ne le célébrant pas. (Ibn Taymiyyah, Ahadith al-Qussas, p. 79, et autres références.) 6. Un autre hadith affirme : « Celui qui mettra de l’ismid, c’est-à-dire du khôl, sur ses yeux le jour de ‘Ashura ne souffrira jamais d’une maladie oculaire. » Comme le précédent, ce hadith est transmis par plusieurs chaînes, mais chacune contient un rapporteur extrêmement faible ou menteur. Certains spécialistes l’ont jugé faible en raison de la multiplicité des chaînes, mais la majorité l’ont considéré comme fabriqué. Ils ont expliqué que l’usage du khôl le jour de ‘Ashura fut instauré par les meurtriers de l’imam Husayn et que cette parole fut inventée par eux ; un rapporteur faible l’aurait ensuite rapportée par inadvertance. (Ibn al-Jawzi, Al-Mawdu‘at, 2/116 ; as-Suyuti, Al-La’ali, 2/211, et autres références.) B. Paroles mensongères et infondées concernant Muharram Bien que certains spécialistes aient considéré les propos précédents comme fabriqués, d’autres les ont seulement jugés faibles. Les propos suivants, en revanche, ont été reconnus unanimement comme fabriqués par les spécialistes. Nous pouvons les répartir en trois catégories : premièrement, les paroles fabriquées concernant le mérite du jeûne de Muharram ou de ‘Ashura ; deuxièmement, les paroles fabriquées concernant une prière particulière durant le jour ou la nuit de ‘Ashura, ou durant le mois de Muharram, ainsi que son mérite ; troisièmement, les paroles fabriquées affirmant que de grands événements passés ou futurs se sont produits ou se produiront le jour de ‘Ashura. 1. Le jeûne de Muharram ou de ‘Ashura Nous savons par un hadith authentique que le jeûne de ‘Ashura expie les péchés de l’année précédente. Les faussaires ont néanmoins inventé beaucoup d’autres propos à ce sujet. Je cite un ouvrage répandu : « Il est rapporté dans un hadith que celui qui jeûne durant le mois de Muharram recevra, pour chaque jour de jeûne, la récompense de trente jours de jeûne. Il est également rapporté que celui qui jeûne un jour de ‘Ashura recevra la récompense de dix mille anges, de dix mille martyrs et de dix mille pèlerins. » Un autre passage affirme : « Celui qui, par compassion, passera la main sur la tête d’un orphelin le jour de ‘Ashura recevra, pour chaque cheveu de cet orphelin, une porte du Paradis. Celui qui donnera à manger ou offrira l’iftar à un jeûneur le soir de ce jour recevra la récompense de celui qui aurait nourri et fait rompre le jeûne à toute la communauté de Muhammad. Celui qui jeûnera le jour de ‘Ashura recevra la récompense de soixante années de jeûne et de prière. Celui qui rendra visite à un malade ce jour-là recevra la récompense d’avoir rendu visite à tous les descendants d’Adam… Sa famille vivra dans l’aisance et quarante années de péchés lui seront expiées. » (Mawlana Ghulam Rahman, Maqsud al-Mu’minin, p. 430-431 ; Mufti Habib Samdani, Bar Chand-er Fazilat, p. 13 ; autres références.) Un autre mensonge affirme : « Le Messager d’Allah a dit : celui qui jeûnera les dix jours de Muharram sera comme celui qui aurait jeûné pendant dix mille ans et veillé la nuit dans l’adoration. Celui qui adorera durant Muharram obtiendra le mérite de la Nuit du Destin. Honorez Muharram, le mois préféré d’Allah ; Allah l’honorera au Paradis et le préservera du châtiment de l’Enfer. Le jeûne du dixième jour de Muharram était obligatoire pour Adam et les autres prophètes. Deux mille prophètes naquirent ce jour-là et les invocations de deux mille prophètes furent exaucées… » (Mufti Habib Samdani, Bar Chand-er Fazilat, p. 13.) Les spécialistes du hadith sont unanimes : tout cela est fabriqué et constitue de faux hadiths. (Ibn al-Jawzi, Al-Mawdu‘at, 2/112-117 ; as-Suyuti, Al-La’ali, 2/108-109 ; Ibn ‘Iraq, Tanzih, 2/149-151 ; et autres références.)إِنَّا أَنزَلْنَاهُ فِي لَيْلَةٍ مُّبَارَكَةٍ ۚ إِنَّا كُنَّا مُنذِرِينَ [٤٤:٣] فِيهَا يُفْرَقُ كُلُّ أَمْرٍ حَكِيمٍ [٤٤:٤Je l’ai certes fait descendre durant une nuit bénie, et Je suis en vérité Celui qui avertit. Durant cette nuit, toute affaire sage est décidée. (Sourate 44, Ad-Dukhan, versets 3-4.) Dans l’explication de ce passage, le Successeur ‘Ikrimah a dit que l’expression « nuit bénie » désignait la nuit du milieu de Sha‘ban. Il a affirmé que, durant cette nuit, toutes les affaires de l’année étaient décidées. (At-Tabari, Tafsir, 25/107-109.) Les exégètes n’ont pas accepté l’avis d’Ikrimah. Après avoir rapporté son explication par plusieurs chaînes, l’imam at-Tabari l’a réfutée et a indiqué qu’elle était sans fondement. Il a expliqué que l’avis correct est que la « nuit bénie » désigne la Laylat al-Qadr. Allah a qualifié, à un endroit, de Laylat al-Qadr — la Nuit du Destin — la nuit durant laquelle Il a fait descendre le Coran. (Sourate 97, Al-Qadr, verset 1.) Ailleurs, Il a appelé cette même nuit « la nuit bénie ». Cette nuit se trouve nécessairement au mois de Ramadan, car Allah a également déclaré avoir fait descendre le Coran durant le mois de Ramadan. (Sourate 2, Al-Baqarah, verset 185.) Il en résulte que la nuit bénie se situe au mois de Ramadan et non au mois de Sha‘ban. (An-Nahhas, Ma‘ani al-Qur’an, 6/395 ; Ibn al-‘Arabi, Ahkam al-Qur’an, 4/1690 ; Al-Qurtubi, Tafsir, 16/126 ; Ibn Kathir, Tafsir, 4/140 ; Ash-Shawkani, Fath al-Qadir, 4/570-572.) 3. Les invocations durant la nuit du milieu de Sha‘ban Dans une troisième catégorie de hadiths rapportés au sujet du mérite de la nuit du milieu de Sha‘ban, on encourage de manière générale à invoquer Allah durant cette nuit, à Lui demander de satisfaire ses besoins et à prier pour le pardon des péchés des vivants et des morts. Il n’existe aucun hadith authentique ou acceptable dans ce sens. Certains des hadiths rapportés à ce sujet sont faibles, et d’autres sont fabriqués. 4. Prière et invocation sans modalité déterminée Certains hadiths rapportés au sujet de la nuit du milieu de Sha‘ban mentionnent l’accomplissement de la prière et les invocations durant cette nuit. Aucun de ces hadiths ne fixe toutefois un nombre de rak‘at, une sourate précise ou une méthode déterminée. Ils indiquent seulement, de manière générale, la possibilité d’accomplir le tahajjud et de faire des invocations durant cette nuit. Les hadiths rapportés dans ce sens sont tous proches du degré du fabriqué ; un ou deux peuvent néanmoins être considérés comme faibles plutôt que fabriqués. 5. Prière selon un nombre de rak‘at, des sourates et une méthode déterminés D’autres hadiths relatifs à la Nuit du Pardon mentionnent un mérite particulier pour l’accomplissement, durant cette nuit, d’un nombre déterminé de rak‘at, avec la récitation de sourates précises selon une méthode particulière. Selon l’avis unanime des spécialistes du hadith, tous les hadiths rapportés dans ce sens sont fabriqués. Ils furent forgés et diffusés au nom du Messager d’Allah après le quatrième siècle de l’hégire. Voici quelques-uns de ces hadiths fabriqués. 1. Trois cents rak‘at, trente récitations de la sourate al-Ikhlas par rak‘at « Celui qui accomplira trois cents rak‘at durant la nuit du milieu de Sha‘ban, en récitant trente fois la sourate al-Ikhlas dans chaque rak‘at, verra son intercession acceptée en faveur de dix personnes dont l’entrée dans le Feu est certaine. » L’imam Ibn al-Qayyim a classé ce hadith parmi les hadiths nuls et sans fondement. (Ibn al-Qayyim, Naqd al-Manqul, 1/85.) 2. Deux cents rak‘at, dix récitations de la sourate al-Ikhlas par rak‘at La pratique consistant à accomplir la prière de cette manière durant la nuit du milieu de Sha‘ban s’est répandue après le quatrième siècle de l’hégire. Les spécialistes du hadith et les historiens indiquent qu’elle apparut pour la première fois à Bayt al-Maqdis en l’an 448 de l’hégire. (Mulla ‘Ali al-Qari, Mirqat al-Mafatih, 3/388.) À cette époque, divers conteurs menteurs fabriquèrent et rapportèrent des hadiths dans ce sens. Quatre hadiths ont été transmis à ce sujet, et tous sont fabriqués et sans fondement. Le premier est rapporté au nom du Messager d’Allah par l’intermédiaire de ‘Ali ibn Abi Talib : « Celui qui accomplira cent rak‘at durant la nuit du milieu de Sha‘ban, en récitant une fois la sourate al-Fatihah et dix fois la sourate al-Ikhlas dans chaque rak‘at, verra Allah satisfaire toutes les demandes qu’il formulera cette nuit-là. Même s’il avait été inscrit parmi les malheureux dans la Table préservée, son destin serait changé et il serait inscrit parmi les bienheureux. Allah lui enverra soixante-dix mille anges qui effaceront ses péchés et le maintiendront dans une haute position jusqu’au dernier jour de l’année. Allah enverra également au Paradis ‘Adn soixante-dix mille ou sept cent mille anges qui construiront pour lui des villes et des palais et planteront des arbres pour lui… Celui qui accomplira cette prière et demandera la paix dans l’au-delà recevra sa part. » Ce hadith est unanimement considéré comme fabriqué. Certains de ses transmetteurs sont inconnus et d’autres sont connus comme menteurs et faussaires. (Ibn al-Jawzi, Al-Mawdu‘at, 2/50-51 ; Ibn Hajar, Lisan al-Mizan, 5/271 ; as-Suyuti, Al-La’ali, 2/59.) Le deuxième hadith fabriqué est rapporté par les faussaires, d’après Ibn ‘Umar, au nom du Messager d’Allah : « Celui qui accomplira cent rak‘at durant la nuit du milieu de Sha‘ban et récitera mille fois la sourate al-Ikhlas avant sa mort recevra la visite de cent anges. Trente lui annonceront le Paradis, trente lui annonceront la sécurité contre le Feu, trente le protégeront contre l’égarement et dix répondront aux intrigues de ses ennemis. » Ce hadith est également fabriqué ; la plupart des transmetteurs de sa chaîne sont inconnus et les autres sont réputés menteurs. (Ibn al-Jawzi, Al-Mawdu‘at, 2/50-51 ; Ibn Hajar, Lisan al-Mizan, 5/271.) Le troisième hadith fabriqué est rapporté par les faussaires d’après le célèbre Successeur, l’imam Abu Ja‘far Muhammad al-Baqir, au nom du Messager d’Allah : « Celui qui accomplira cent rak‘at durant la nuit du milieu de Sha‘ban et récitera mille fois la sourate al-Ikhlas recevra, avant sa mort, la visite de cent anges. Trente lui annonceront le Paradis, trente le délivreront du Feu, trente corrigeront ses erreurs et dix inscriront les noms de ses ennemis. » Ce hadith est également fabriqué ; certains transmetteurs de sa chaîne sont inconnus et d’autres sont réputés menteurs. (Ibn al-Jawzi, Al-Mawdu‘at, 2/51 ; as-Suyuti, Al-La’ali, 2/59.) Cette méthode particulière des cent rak‘at s’est répandue parmi les gens par l’intermédiaire de conteurs et de prédicateurs, puis s’est développée au fil des générations. À un certain moment, les prédicateurs du sous-continent indien y ajoutèrent, après chaque groupe de deux rak‘at, le « tasbih du tarawih », ainsi que certaines prosternations et des invocations à réciter pendant et après les prosternations. L’érudit ‘Abd al-Hayy Lakhnawi a mentionné ce hadith parmi les hadiths fabriqués et sans fondement. Son résumé est le suivant : durant la nuit du milieu de Sha‘ban, il faudrait accomplir cent rak‘at en cinquante salutations ; réciter dix fois la sourate al-Ikhlas après al-Fatihah dans chaque rak‘at ; réciter le tasbih du tarawih après chaque groupe de deux rak‘at, puis se prosterner ; réciter pendant la prosternation certaines invocations fabriquées ; relever ensuite la tête, prier sur le Prophète et réciter d’autres invocations fabriquées ; enfin accomplir une seconde prosternation et y réciter d’autres invocations déterminées. (Abd al-Hayy Lakhnawi, Al-Athar al-Marfū‘ah, p. 113-114.) 3. Cinquante rak‘at L’imam adh-Dhahabi a mentionné ce hadith comme infondé et fabriqué dans la biographie de son transmetteur inconnu, Muhammad ibn Sa‘id al-Mili at-Tabari : « Celui qui accomplira cinquante rak‘at durant la nuit du milieu de Sha‘ban verra toutes ses demandes auprès d’Allah exaucées. Même s’il avait été inscrit parmi les malheureux dans la Table préservée, cela serait changé et il deviendrait bienheureux. Allah lui enverra sept cent mille anges qui inscriront ses bonnes actions et sept cent mille autres qui construiront pour lui un palais au Paradis… Son intercession sera acceptée en faveur de soixante-dix mille monothéistes… » Après avoir cité ce faux hadith, l’imam adh-Dhahabi a dit : « Qu’Allah humilie celui qui l’a fabriqué. » (Adh-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal, 6/168-169.)

2.12. Questions relatives à la mort, à la prière funéraire, etc.

1. La dignité du martyre pour celui qui se souvient vingt fois par jour de la mort Dans notre pays, une parole très répandue dans les sermons et divers ouvrages affirme : « Celui qui se souvient de la mort vingt fois par jour sera au nombre des martyrs ou obtiendra le rang de martyr. » Les traditionnistes ont indiqué que cette parole est forgée et dépourvue de chaîne de transmission. (Tâhir al-Fattânî, Tadhkira, p. 213 ; al-Shawkânî, al-Fawâ’id 1/336). 2. Description détaillée des souffrances de la mort Certaines paroles concernant l’agonie ou les souffrances de la mort, ou sakarât al-mawt, sont rapportées dans des hadiths. Mais les hadiths répandus au sujet de la description détaillée de l’agonie, des comparaisons, des exemples, des conversations de l’âme avec chaque membre du corps, etc., sont rapportés avec des chaînes de transmission parfois forgées et parfois extrêmement faibles. (Tâhir al-Fattânî, Tadhkira, p. 213-214). 3. L’agonie d’Ibrâhîm (paix sur lui) Un hadith forgé rapporte que, lorsque Ibrâhîm (paix sur lui) rencontra son Seigneur, Celui-ci lui demanda : « Ô Ibrâhîm, qu’as-tu ressenti face à la mort ? » Il répondit : « J’ai eu l’impression que l’on m’arrachait la peau. » Allah dit alors : « L’agonie de la mort avait pourtant été rendue facile pour toi ; malgré cela, tu as ressenti ceci… » Les traditionnistes sont unanimes à considérer cette parole comme mensongère et forgée. (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât 2/396 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh 2/362). 4. Porter la dépouille funèbre de tous côtés ou accompagner le défunt Une coutume très répandue parmi nous consiste, lorsqu’on transporte la dépouille pour l’ensevelir, à ce qu’une même personne la porte successivement de tous les côtés. Il est rapporté à ce sujet dans un hadith : « Si quelqu’un accompagne le défunt de tous côtés ou porte sa civière de tous côtés, Allah lui pardonnera quarante péchés majeurs. » Des traditionnistes tels qu’Ibn al-Jawzî et al-Albânî ont considéré le hadith ayant ce sens comme forgé, réprouvé et extrêmement faible. En revanche, des traditionnistes tels qu’al-Suyûtî et Ibn ‘Irâq l’ont considéré comme faible. (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât 2/383 ; al-Suyûtî, al-La’âlî 2/405). 5. Enterrer les morts auprès des gens vertueux Un hadith forgé, très répandu, affirme : « Vous enterrerez les morts parmi les gens vertueux, car de même que les vivants souffrent d’un mauvais voisin, les morts souffrent également d’un mauvais voisin. » La chaîne de transmission de ce hadith contient un transmetteur menteur. (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât 2/411-412 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh 2/373 ; al-Albânî, al-Da‘îfa 2/38-39, 79-82). 6. Le mérite de la visite des tombes Visiter les tombes est un acte de dévotion surérogatoire recommandé par la Sunna. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) visitait lui-même les tombes de temps à autre. Il a également permis et encouragé sa communauté à visiter les tombes afin de se rappeler l’au-delà et la mort, et de saluer les défunts et invoquer Allah pour eux. (Al-Bukhârî, al-Sahîh 1/430 ; Muslim, al-Sahîh 1/218, 3/1563). En dehors de cette récompense générale, certains hadiths forgés circulent au sujet d’une récompense particulière de la visite. Ainsi : « Si quelqu’un visite la tombe de son père, de sa mère, de sa tante paternelle, de sa tante maternelle ou de l’un de ses proches, la récompense d’un pèlerinage agréé lui sera inscrite… » (Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât 2/413-414 ; al-Suyûtî, al-La’âlî 2/440). 8. Le mérite particulier de la visite des tombes le vendredi La visite des tombes peut être effectuée n’importe quel jour et à n’importe quel moment. Il n’existe aucun hadith authentique concernant un mérite particulier lié à la visite des tombes un jour ou à un moment déterminé. Un hadith répandu à ce sujet dit : « Si quelqu’un visite chaque vendredi la tombe de ses parents ou de l’un d’eux, ses péchés seront pardonnés et il sera inscrit parmi ceux qui accomplissent leur devoir envers leurs parents. » L’imâm al-Tabarânî et d’autres traditionnistes ont consigné ce hadith. Ils l’ont rapporté par la voie de Muhammad ibn Nu‘mân ibn ‘Abd al-Rahmân. Muhammad ibn Nu‘mân le rapporta de Yahyâ ibn al-‘Alâ’ al-Bâjalî, qui le rapporta de ‘Abd al-Karîm ibn Abî al-Mukhâriq, qui le rapporta de Mujâhid, qui le rapporta d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée). Le transmetteur Muhammad ibn Nu‘mân est un homme dont l’identité est inconnue. Son maître, Yahyâ ibn al-‘Alâ’ al-Balâjî, est un transmetteur délaissé et accusé de mensonge. L’imâm Ahmad, Wakî‘ et d’autres traditionnistes l’ont explicitement qualifié de menteur et de falsificateur. Son autre maître mentionné, ‘Abd al-Karîm, est également connu comme un transmetteur extrêmement faible. Nous constatons ainsi que la chaîne de transmission de ce hadith est extrêmement faible. En particulier, à cause de ce transmetteur menteur nommé Yahyâ, le hadith est considéré comme forgé. (Al-Tabarânî, al-Awsat 6/175 ; al-Saghîr 2/160 ; al-Suyûtî, al-La’âlî 2/440 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh 2/373 ; al-Shawkânî, al-Fawâ’id 1/345). 7. Réciter la sourate Yâ-Sîn lors de la visite des tombes Divers hadiths authentiques rapportent que, lors de la visite des tombes, le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) saluait les habitants des tombes par des paroles telles que : « Que la paix soit sur vous, demeure d’un peuple croyant… » ou par des paroles similaires. Il invoquait également Allah par quelques brèves paroles après les salutations. Il enseigna aux Compagnons à saluer et à invoquer Allah de cette manière. Un hadith rapporte qu’une nuit, il resta longtemps debout, les mains levées, à invoquer Allah pour les morts. (Ihyâ’ al-Sunan, p. 354-355). Ainsi, aucun hadith authentique ne rapporte la récitation du Coran ou d’une quelconque sourate lors de la visite des tombes, en dehors des salutations et des invocations. Certains juristes ont recommandé de réciter, avant la visite, le Verset du Trône, la sourate al-Ikhlâs, etc. Cependant, aucun hadith authentique n’est rapporté à ce sujet. Parmi les hadiths forgés sur cette question figure le suivant : « Si quelqu’un visite le vendredi la tombe de ses parents ou de l’un d’eux et y récite la sourate Yâ-Sîn, il sera pardonné (il sera pardonné selon le nombre de versets ou de lettres récités). » Ibn ‘Adî et d’autres traditionnistes ont consigné ce hadith. Ils l’ont rapporté par la voie d’un transmetteur nommé ‘Amr ibn Ziyâd. Celui-ci dit : « Yahyâ ibn Sulaym nous a rapporté ; Hishâm ibn ‘Urwa nous a rapporté, d’après son père, d’après ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), d’après Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), d’après le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui)… » Les traditionnistes ont clairement déclaré que l’unique transmetteur de ce hadith, ‘Amr ibn Ziyâd, était un menteur, un falsificateur et un voleur de hadiths. C’est pourquoi des traditionnistes tels qu’Ibn ‘Adî, al-Dhahabî et Ibn al-Jawzî ont considéré ce hadith comme forgé. L’imâm al-Suyûtî a indiqué que ce hadith avait le même sens que le hadith précédemment mentionné au sujet de la visite des tombes le vendredi. Mais ‘Abd al-Ra’ûf al-Munâwî et d’autres traditionnistes lui ont répondu qu’il existait premièrement une différence de sens entre les deux hadiths et que, deuxièmement, chacun de leurs isnâd contenait un transmetteur falsificateur. Dans le cas des hadiths forgés, le sens commun de plusieurs hadiths ne devient pas pour autant acceptable. (Ibn ‘Adî, al-Kâmil 5/151 ; Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât 2/413). 8. Réciter la sourate al-Ikhlâs lors de la visite des tombes On trouve dans divers ouvrages répandus : « Celui qui se rend au cimetière et récite onze fois la sourate al-Ikhlâs, puis en offre la récompense aux âmes des défunts, obtiendra une récompense égale au nombre de tous les habitants des tombes du cimetière. » Cette parole est en réalité une traduction répandue d’un hadith forgé. Ce hadith forgé dit : « Si quelqu’un récite vingt et une fois la sourate al-Ikhlâs en se rendant près du cimetière et en offre la récompense aux morts, il recevra une récompense égale au nombre des morts. » Les traditionnistes sont unanimes à considérer ce hadith comme forgé et inventé. (Al-Suyûtî, Dhayl al-La’âlî, p. 144 ; al-Albânî, al-Da‘îfa 3/452-454). 9. Au moment de la mort, Satan prend l’apparence des parents pour tenter d’égarer le mourant Il est communément admis que Satan prend l’apparence des parents du mourant et tente de l’égarer par diverses suggestions. Des traditionnistes tels que l’imâm al-Suyûtî et Ibn Hajar al-Makkî ont indiqué qu’aucune parole à ce sujet n’a été rapportée dans un hadith. (Al-Albânî, Ahkâm al-Janâ’iz, p. 243). 10. Accomplir la prière funéraire en l’absence du défunt Aucun hadith ne justifie que l’on accomplisse de nouveau la prière funéraire pour une personne pour laquelle une prière funéraire a déjà été accomplie sur le lieu de son décès. Cet acte est au contraire contraire à la Sunna. J’expose en détail cette question dans l’ouvrage Ihyâ’ al-Sunan. (Ihyâ’ al-Sunan, p. 335 ; al-Albânî, Ahkâm al-Janâ’iz, p. 252). Dans l’ouvrage intitulé Rahât al-Qulûb, écrit par Khwâja Nizâm al-Dîn Awliyâ’, celui-ci rapporte que son maître, Khwâja Farîd al-Dîn Ganj-i Shakar, a dit : « La prière funéraire en l’absence du défunt est permise. En effet, lorsque le commandeur des croyants, Hamza, et d’autres furent martyrisés, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) accomplit pour eux la prière funéraire en leur absence. Il l’accomplit même séparément pour chacun d’eux. » (Khwâja Nizâm al-Dîn Awliyâ’, Rahât al-Qulûb, p. 126, vingtième assemblée). Nous ignorons si ces paroles ont réellement été écrites par Khwâja Nizâm al-Dîn (qu’Allah lui fasse miséricorde) ou si elles ont été fabriquées en son nom. Quoi qu’il en soit, elles sont totalement dépourvues de fondement. Tout musulman ordinaire sait que Hamza (qu’Allah l’agrée) fut martyrisé à la bataille d’Uhud et que le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) se trouvait lui-même sur place. 11. Interroger les personnes présentes en laissant la dépouille devant elles Dans notre pays, il arrive souvent qu’avant ou après la prière funéraire, on interroge les fidèles présents alors que la dépouille se trouve devant eux : « Comment était cet homme ? » Tous répondent : « Il était bon… », etc. Cet acte est dépourvu de fondement et forgé. Aucun acte de ce genre n’est mentionné dans les hadiths. Il est en revanche mentionné dans les hadiths que, si les gens louent spontanément une personne décédée, cela est considéré comme bénéfique pour elle. (Al-Bukhârî, al-Sahîh 1/460 ; Muslim, al-Sahîh 2/655). 12. Prononcer l’appel à la prière lors de la mise en terre du défunt ou après Une autre pratique répandue, dépourvue de fondement et forgée, consiste à prononcer l’appel à la prière lors de la mise en terre du défunt ou après celle-ci. Rien de semblable n’a été rapporté du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) ni d’un Compagnon, dans aucun hadith authentique, faible ou forgé. De plus, aucun hadith ne mentionne de mérite à prononcer l’appel à la prière pour une raison autre que l’entrée de l’heure de la prière. 13. La croyance aux fantômes et aux revenants Une croyance répandue dans notre société, dépourvue de fondement, forgée et contraire à l’islam, est la croyance aux fantômes et aux revenants. Toutes les affirmations selon lesquelles l’âme d’un mort devient un fantôme ou un revenant, erre sur terre, y demeure, ou peut y faire le bien ou le mal, etc., sont d’ignobles mensonges et contredisent la croyance islamique. Parmi ces paroles invalides figure notamment l’affirmation selon laquelle l’âme du défunt erre autour du lieu de sa mort, etc. 14. Réciter le Coran près de la dépouille après la mort Un hadith est rapporté au sujet de la récitation de la sourate Yâ-Sîn au mourant durant ses derniers instants. (Abû Dâwûd, al-Sunan 3/191). Mais aucun hadith authentique ou faible ne rapporte la récitation du Coran près de la dépouille après la mort. 15. Réciter à haute voix la formule de foi, des invocations ou le Coran pendant le transport de la dépouille Il s’agit d’une pratique forgée, dépourvue de fondement et contraire à la Sunna. La Sunna consiste à observer un silence complet pendant le transport de la dépouille. Il faut avancer en portant au fond du cœur le chagrin et le rappel de la mort. Se parler les uns aux autres est également contraire à la Sunna. L’imâm al-Nawawî dit que garder un silence total pendant le transport de la dépouille est la conduite correcte conforme à la Sunna, et que c’était la pratique des Compagnons et des générations suivantes. Le célèbre juriste hanafite, l’‘allâma al-Kâsânî, dit : « Celui qui accompagne la dépouille prolonge son silence. Il est réprouvé de faire du dhikr à haute voix à ce moment. Qays ibn ‘Ubâda dit : Les Compagnons du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) répugnaient à élever la voix en trois circonstances : la guerre, les funérailles et le dhikr. En outre, faire du dhikr à haute voix pendant le transport de la dépouille imite les Juifs et les chrétiens ; c’est pourquoi cela est réprouvé. » (Al-Kâsânî, Badâ’i‘ al-Sanâ’i‘ 1/310). 16. Faire l’aumône près d’une tombe Les hadiths ordonnent à l’enfant de faire l’aumône pour ses parents. Mais aucun hadith ne rapporte de quelque manière que faire cette aumône près de la tombe procure une récompense ou un avantage supplémentaire. Il en va de même si l’aumône est faite en quelque lieu que ce soit dans le monde. 17. L’aumône faite par d’autres personnes que les enfants Il faut également remarquer qu’aucun hadith ne rapporte de quelque manière que le défunt obtienne une récompense lorsqu’une personne autre que ses enfants ou sa famille fait une aumône pour lui. Tout ce qui est dit ou fait à ce sujet repose soit sur l’opinion de savants, soit sur des inventions personnelles ou des paroles forgées. À la lumière du Coran et des hadiths, la responsabilité des croyants est d’invoquer Allah et de demander pardon pour les croyants défunts. La responsabilité des enfants est, en plus des invocations et des demandes de pardon pour leurs parents décédés, de faire l’aumône pour eux. Nous savons avec certitude, à la lumière du Coran et des hadiths, que les défunts bénéficient des invocations faites par des personnes autres que leurs enfants. En revanche, aucun hadith authentique ne mentionne qu’un défunt obtienne une récompense lorsqu’une personne autre que son enfant fait une aumône pour lui. Cependant, la majorité des savants estiment que, puisque les hadiths indiquent que le défunt reçoit la récompense de l’aumône de son enfant, nous pouvons espérer qu’il reçoive également la récompense de l’aumône d’autres personnes. Certains savants disent qu’il n’existe, dans ce cas, aucun fondement ni argument permettant d’espérer quelque chose au-delà du Coran et des hadiths. Le Coran et les hadiths mentionnent clairement que tout musulman doit invoquer Allah pour tout musulman décédé. Quant aux enfants, ils feront l’aumône en plus d’invoquer Allah pour leurs parents. Nous n’avons pas besoin d’aller au-delà de cela. (Pour consulter en détail les versets, les hadiths et les avis des savants sur cette question, voir : Ibn al-Qayyim, al-Rûh, p. 353-409 ; al-Suyûtî, Sharh al-Sudûr, p. 301-314). Même si l’on accepte l’« espoir » de la majorité des savants, une question demeure. Puisque nous savons, à la lumière du Coran et des hadiths, que le défunt bénéficiera des invocations et des demandes de pardon, et qu’il recevra récompense et mérite en échange de ces invocations, pourquoi serait-il nécessaire d’aller au-delà des prescriptions du Coran et des hadiths ? Puisque nous savons avec certitude qu’il suffit d’invoquer Allah en disant : « Ô Allah, pardonne à telle personne, accorde-lui un rang élevé… », pour que cette personne en bénéficie, avons-nous besoin de dire : « Ô Allah, accorde à telle personne la récompense de cette aumône que nous avons faite et, en échange, pardonne-lui, accorde-lui un rang élevé et des mérites » ? Nous pensons peut-être que le défunt recevra davantage de récompense si l’on joint l’aumône aux invocations. Mais, concernant les choses invisibles, il vaut mieux s’en remettre à la Révélation plutôt que de nous en forger nous-mêmes une opinion. Le Coran et les hadiths ordonnent les invocations et les demandes de pardon. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) a lui-même, durant toute sa vie, invoqué Allah et demandé pardon pour d’innombrables croyants et croyantes, mais il n’a jamais enseigné qu’il était bon, avant, après ou à un autre moment de l’invocation et de la demande de pardon pour un défunt, lors de la visite d’une tombe ou en toute autre circonstance, de faire une aumône ou de distribuer de la nourriture. Il ne l’a jamais fait lui-même et ne l’a jamais enseigné à personne. Les Compagnons ont également invoqué Allah et demandé pardon pour les morts, et ont visité les tombes, mais aucun hadith authentique ne rapporte qu’ils aient jamais fait une aumône près d’une tombe ou ailleurs pour transmettre sa récompense aux morts. Nous devons rester dans l’enseignement de la Sunna. Tous les croyants s’efforceront toujours de faire abondamment l’aumône pour obtenir leur propre récompense, être délivrés des épreuves et recevoir la bénédiction. Par ailleurs, les enfants invoqueront Allah, demanderont pardon et feront l’aumône pour leurs ancêtres. Tous les autres musulmans invoqueront Allah et demanderont pardon pour tous les croyants et croyantes décédés. 18. Les présents des vivants offerts au défunt Dans les sermons répandus, un hadith affirme que le défunt est comme une personne en train de se noyer et qu’il bénéficie lorsque les vivants lui offrent la récompense de la récitation du Coran, de la formule de foi, de l’aumône, etc. En réalité, le hadith ne parle que des invocations et des demandes de pardon ; les autres affirmations sont dépourvues de fondement et forgées. Le hadith lui-même est extrêmement faible. L’imâm al-Bayhaqî l’a recueilli par la voie de Muhammad ibn Jâbir ibn Abî ‘Ayyâsh al-Masîsî, un transmetteur inconnu du troisième siècle. Celui-ci dit : « ‘Abdullah ibn al-Mubârak nous a rapporté, d’après Ya‘qûb ibn Ka‘ka‘, d’après Mujâhid, d’après Ibn ‘Abbâs, que le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) a dit : “La situation du défunt dans la tombe est exactement celle d’une personne qui se noie et cherche du secours. Il attend une invocation qui lui parviendrait de la part d’un père, d’une mère, d’un frère ou d’un ami. Lorsqu’une telle invocation lui parvient, elle lui est plus chère que le monde et tout ce qu’il contient. Et Allah, le Glorieux et le Tout-Puissant, accorde aux habitants des tombes, grâce aux invocations des habitants de la terre, des montagnes de récompenses. Le présent des vivants pour les morts consiste à demander pardon pour eux.” » En citant ce hadith, l’imâm al-Bayhaqî dit qu’il n’a été rapporté d’aucune autre voie que celle de Muhammad ibn Jâbir ibn Abî ‘Ayyâsh. (Al-Bayhaqî, Shu‘ab al-Îmân 6/203, 7/16). L’imâm al-Dhahabî, mentionnant le nom de cet homme, dit : « Je n’ai pu connaître aucune identité de cet homme. Le hadith rapporté par cet homme est extrêmement répréhensible ou très faible (منكر جد \ . (Al-Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl 6/86 ; Ibn Hajar, Lisân al-Mîzân 5/99 ; al-Albânî, al-Da‘îfa 2/211). 19. Organiser des repas, des aumônes ou des cérémonies d’invocation pour le défunt Dans notre pays, il est très courant d’organiser pour le défunt, après sa mort, le troisième, le cinquième, le septième ou le quarantième jour, ou un autre jour quelconque, ainsi qu’au jour de son décès ou à son anniversaire, des repas, des aumônes, des invocations et d’autres cérémonies. Cette coutume est pourtant entièrement forgée. Aucun hadith ne rapporte l’organisation d’une quelconque cérémonie pour le défunt à ce sujet. Aucun hadith ne prescrit non plus d’organiser une quelconque cérémonie après la mort d’une personne. Il faut invoquer Allah pour les morts en tout temps ou lorsque l’occasion se présente. Les enfants feront l’aumône. Tout cela doit se faire sans cérémonie. J’ai exposé cette question en détail dans l’ouvrage Ihyâ’ al-Sunan. (P. 347-359). 20. Divers types de khatm pour les malades et les morts Tous les types de khatm, tels que le khatm al-tahlîl, le khatm al-tasmiyya, le khatm al-jalâlî, le khatm al-khwâjagân et le khatm de Yûnus, ont été inventés ultérieurement. Parmi les paroles forgées répandues sous le nom de hadith figure celle-ci : « Il est rapporté dans les nobles hadiths que le vénérable Prophète (paix et bénédiction sur lui) a dit : lorsque quelqu’un récite la formule suivante (lâ ilâha illâ Allâh) cent vingt-cinq mille fois et en offre la récompense à l’âme d’un défunt, Allah Très-Haut lui pardonnera certainement grâce à cela et lui accordera une place au Paradis. » (Ghulâm Rahmân, Maqsûd al-Mu’minîn, p. 407). Tout cela n’est que paroles forgées. 21. Achever la récitation du Coran pour le défunt Dans notre pays, une pratique très répandue consiste, lorsqu’une personne décède, à achever la récitation du Coran pour elle. Cet acte ne repose sur aucun hadith. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) et les Compagnons n’ont jamais achevé la récitation du Coran pour un mort. Aucun hadith authentique ou recevable ne rapporte non plus qu’une personne décédée obtienne une récompense lorsqu’on achève la récitation du Coran pour elle. Nous avons déjà mentionné que le Coran et les hadiths ordonnent d’invoquer Allah pour le défunt. Ils ordonnent également aux enfants de faire l’aumône pour leurs parents décédés. Les hadiths mentionnent aussi le remboursement des dettes du défunt, l’accomplissement du jeûne, du pèlerinage et de la ‘umra en son nom. Aucune prescription dans les hadiths ne concerne la récitation du Coran, l’achèvement de sa récitation, la récitation du tasbîh, du tahlîl ou d’autres actes de dévotion pour le défunt. Toutefois, la majorité des savants disent que, puisque les hadiths indiquent que le défunt bénéficie de l’aumône, du jeûne, du pèlerinage, de la ‘umra et des invocations, on peut espérer qu’il bénéficie également de la récitation du Coran, du tasbîh, du tahlîl et d’autres actes de dévotion. Mais les cérémonies, les khatm et toutes les formalités organisées à cette fin sont dépourvus de fondement et forgés. 22. Les corps de dix catégories de personnes ne pourriront pas Un ouvrage répandu affirme : « Il est rapporté dans les nobles hadiths que les corps des dix catégories suivantes ne pourriront pas : 1. les prophètes ; 2. les martyrs ; 3. les savants ; 4. les combattants ; 5. ceux qui ont mémorisé le Coran ; 6. les muezzins ; 7. les rois ou chefs équitables ; 8. les femmes mortes de la fièvre puerpérale ; 9. celui qui est tué sans avoir commis de faute ; 10. celui qui meurt un vendredi. » (Mawlânâ Shams al-Hudâ, Ni‘mat al-Qur’ân, p. 245). Plusieurs de ces personnes sont qualifiées de martyrs dans les hadiths. Cependant, seuls les corps des prophètes sont mentionnés dans un hadith authentique comme ne pourrissant pas dans la terre. Malgré tous mes efforts, je n’ai trouvé aucun hadith établissant que les dépouilles des neuf autres catégories de défunts ne pourrissent pas. Allah sait mieux.

2.13. Questions relatives à la zakat, au jeûne et au hajj

2.13.1. Questions relatives à la zakât 1. La taxe foncière et l’ushr ne sont pas réunis sur la terre du croyant Un musulman doit verser comme zakât 5 ou 10 % de la production de ses biens fonciers. La zakât des fruits et des récoltes est appelée « ushr ». Les non-musulmans ne sont pas tenus de payer la zakât. C’est pourquoi les citoyens non musulmans d’un État musulman doivent verser le kharâj sur leurs terres. Le kharâj correspond généralement au double de l’ushr. Depuis l’époque des tâbi‘ûn, les juristes divergent quant à savoir si un musulman qui achète la terre d’un non-musulman doit payer à la fois l’ushr et le kharâj, ou seulement le kharâj. La plupart des tâbi‘ûn et des imams disent qu’il doit payer les deux. Le tâbi‘î ‘Ikrima, Ibrâhîm an-Nakha‘î et l’imam Abû Hanîfa disent qu’il ne doit payer que le kharâj. (Voir l’autre ouvrage de l’auteur : L’ushr ou la zakât des récoltes au Bangladesh : importance et application.) Une tradition est répandue parmi les savants à ce sujet. Certains juristes du Ve siècle de l’Hégire et des siècles suivants l’ont citée. Elle est attribuée à Ibn Mas‘ûd : le Messager d’Allah aurait dit : « L’ushr et le kharâj ne sont pas réunis sur la terre d’un musulman. » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 9/127 ; al-Bayhaqî, as-Sunan al-kubrâ, 4/222.) Cependant, tous les traditionnistes, y compris l’imam az-Zayla‘î et les célèbres traditionnistes hanafites, ont affirmé que cette tradition était forgée. Cette phrase n’est ni une parole du Messager d’Allah ni celle d’Ibn Mas‘ûd. En réalité, elle exprime la parole et l’opinion de l’éminent Ibrâhîm an-Nakha‘î. Cette opinion a également été rapportée d’autres tâbi‘ûn. (Pour plus de détails : L’ushr ou la zakât des récoltes au Bangladesh, p. 86-87.) L’imam Abû Hanîfa a rapporté cette parole d’Ibrâhîm an-Nakha‘î comme étant l’opinion personnelle de ce dernier et l’a adoptée. Il dit : Hammâd ibn Abî Sulaymân m’a rapporté qu’Ibrâhîm an-Nakha‘î disait : « L’ushr et le kharâj ne sont pas réunis sur la terre d’un musulman. » Jusqu’ici, la parole est authentique : il s’agit d’un hadith maqṭû‘, c’est-à-dire d’une parole de tâbi‘î. Mais, à une époque ultérieure, un transmetteur nommé Yahyâ ibn ‘Anbasa attribua frauduleusement cette parole à l’imam Abû Hanîfa comme une parole du Messager d’Allah. Yahyâ ibn ‘Anbasa dit : « Abû Hanîfa nous a rapporté : Hammâd ibn Abî Sulaymân, d’après Ibrâhîm an-Nakha‘î, d’après ‘Alqama, d’après ‘Abdullah ibn Mas‘ûd, rapporte que le Messager d’Allah a dit : “L’ushr et le kharâj ne sont pas réunis sur la terre d’un musulman.” » Ainsi, Yahyâ ibn ‘Anbasa transforma la transmission d’un tâbi‘î en parole du Messager d’Allah. Les traditionnistes découvrirent facilement cette falsification. Ils remarquèrent qu’aucun des innombrables élèves de l’imam Abû Hanîfa n’avait rapporté cette tradition de lui. Ses deux éminents élèves, l’imam Abû Yûsuf et Muhammad, discutèrent longuement de cette question dans leurs ouvrages, mais ne mentionnèrent nulle part qu’Abû Hanîfa leur avait rapporté ce hadith du Messager d’Allah, ni qu’il s’était appuyé sur une tradition prophétique à ce sujet. C’est là que commencèrent les doutes des traditionnistes. Lorsqu’un transmetteur rapporte d’un traditionniste ou d’un juriste célèbre une tradition qu’aucun de ses autres élèves, surtout ceux qui lui furent attachés toute leur vie, ne rapporte, ils mettent en doute son authenticité. Ils examinent ensuite les autres traditions rapportées par le transmetteur isolé et sa réputation personnelle. Ils constatèrent que toutes les traditions rapportées au cours de la vie de Yahyâ ibn ‘Anbasa étaient erronées ou forgées. Il attribuait à des savants et à des traditionnistes renommés et dignes de confiance de nombreuses traditions que personne d’autre ne rapportait. Il transmit ainsi de nombreux hadiths mensongers et forgés avec des chaînes inventées. Après comparaison de toutes ses transmissions avec celles des traditionnistes et examen de sa vie, ils furent certains qu’il avait également fabriqué ce hadith au nom de l’imam Abû Hanîfa. C’est pourquoi aucun imam ou juriste hanafite des IIIe et IVe siècles de l’Hégire ne l’a utilisé comme argument. (Ibn ‘Adî, al-Kâmil, 9/127 ; al-Bayhaqî, as-Sunan al-kubrâ, 4/222 ; Ibn al-Jawzî, al-Mawḍû‘ât, 2/69-70 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh, 2/118 ; as-Suyûtî, al-La’âlî, 2/70.) 2. Il n’y a pas de zakât sur les bijoux Les juristes divergent depuis l’époque des Compagnons sur l’obligation de payer la zakât sur les bijoux utilisés. Jâbir et plusieurs autres Compagnons disaient qu’elle n’était pas obligatoire, tandis que beaucoup d’autres affirmaient le contraire. Pour soutenir la première opinion, une tradition est citée : selon Jâbir, le Messager d’Allah aurait dit : « Il n’y a pas de zakât sur les bijoux. » Cette parole n’est pas celle du Messager d’Allah. Al-Bayhaqî, Ibn Hajar, al-Albânî et d’autres traditionnistes l’ont rejetée comme hadith prophétique. Il s’agit en réalité de la parole personnelle de Jâbir. Un transmetteur extrêmement faible l’a, par erreur, attribuée au Messager d’Allah. (Ibn Hajar, ad-Dirâya, 1/260 ; al-Albânî, Irwâ’ al-ghalîl, 3/294-296.) 2.13.2. Questions relatives au jeûne De nombreux hadiths forgés et paroles inventées concernant le jeûne ont déjà été mentionnés dans le chapitre de la prière, dans la discussion sur « les mérites des douze mois ». Nous mentionnons ici quelques autres paroles forgées ou sans fondement. 1. L’intention du jeûne Nous avons déjà indiqué que toutes les formules d’intention commençant par « Nawaytu an… » sont des paroles inventées. Aucun hadith ne prescrit de réciter une telle intention pour un acte d’adoration. 2. La raison pour laquelle trente jours de jeûne sont obligatoires Chercher une cause précise aux différents actes d’adoration est une curiosité particulièrement vaine. Les falsificateurs ont donc inventé beaucoup de propos à ce sujet. Ils ont forgé, au sujet du jeûne obligatoire de Ramadan : « Le jeûne de trente jours a été imposé à ma communauté parce que, lorsqu’Adam mangea le fruit, celui-ci resta trente jours dans son ventre. Après qu’Allah eut accepté son repentir, Il lui ordonna de jeûner sans interruption trente jours et trente nuits. À ma communauté, Il n’a ordonné de jeûner que pendant le jour… » (Ibn al-Jawzî, al-Mawḍû‘ât, 2/101 ; as-Suyûtî, al-La’âlî, 2/97 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh, 2/145 ; ash-Shawkânî, al-Fawâ’id, 1/119.) 3. L’absence de compte concernant la nourriture de l’iftâr, du sahûr, etc. Il est répandu dans la société que les repas de l’iftâr et du sahûr, entre autres, ne feront pas l’objet d’un compte. Parmi les hadiths forgés dans ce sens figure : « Trois personnes ne verront pas leur nourriture comptabilisée : celui qui rompt le jeûne, celui qui mange le repas du sahûr et celui qui mange avec un invité. » (As-Suyûtî, Dhayl al-La’âlî, p. 121 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh, 2/166 ; ash-Shawkânî, al-Fawâ’id, 1/124.) À cause de telles paroles sans fondement, nous avons transformé le mois de Ramadan en mois où nous mangeons nous-mêmes, alors qu’il est le mois où l’on nourrit les autres et où l’on fait preuve de compassion. Au lieu de nous demander si notre nourriture sera comptée, nous devrions nous demander si notre récompense sera plus grande. 4. L’origine du nom des jours blancs Les 13e, 14e et 15e jours du mois lunaire sont appelés ayyâm al-bîḍ, c’est-à-dire « les jours des nuits blanches », car, en raison de la pleine lune, la clarté ou la lumière demeure presque toute la nuit. (Ibn Hajar, Fath al-Bârî, 4/226 ; ‘Abd ar-Ra’ûf al-Munâwî, Fayd al-Qadîr, 4/229.) Les falsificateurs ont cependant répandu de nombreux hadiths forgés au sujet de cette appellation. Ainsi : « Lorsque Adam descendit sur terre après avoir mangé le fruit de l’arbre interdit, son corps était devenu noir. Les anges se mirent à pleurer pour lui… Allah lui dit alors : “Jeûne pour Moi le treizième jour.” Il jeûna et un tiers de son corps blanchit. Puis Allah lui dit de jeûner le quatorzième jour ; il jeûna et les deux tiers de son corps blanchirent. Puis Il lui ordonna de jeûner le quinzième jour ; il jeûna et tout son corps devint blanc. C’est pourquoi ces jours furent appelés les ayyâm al-bîḍ, les jours de blancheur. » (Ibn al-Jawzî, al-Mawḍû‘ât, 1/375 ; as-Suyûtî, al-La’âlî, 1/483-484 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh, 2/54-55.) 5. Le mérite du jeûne des jours blancs Dans plusieurs hadiths authentiques, le Messager d’Allah a encouragé les croyants à accomplir régulièrement les actes surérogatoires, même en petite quantité. Pour le jeûne surérogatoire, il a recommandé de jeûner au moins trois jours de chaque mois lunaire ou arabe, et certains hadiths recommandent spécialement les 13e, 14e et 15e jours. (Al-Bukhârî, as-Sahîh, 1/395, 2/697-699, 3/1256-1257 ; Muslim, 1/499, 2/812-814.) Les mérites de ces jours sont au nombre de trois : premièrement, le Messager d’Allah a ordonné dans plusieurs hadiths de jeûner ces trois jours. Deuxièmement, il les jeûnait lui-même constamment. Troisièmement, il a indiqué que celui qui jeûne ces trois jours, ou au moins trois jours chaque mois, obtient la récompense du jeûne de toute l’année. Cela suffit au croyant. Mais les falsificateurs ont répandu beaucoup de hadiths forgés sur le mérite des jours blancs, par exemple : « Celui qui jeûne les jours blancs recevra, le premier jour, dix mille années de récompense ; le deuxième jour, cent mille années ; et le troisième jour, trois cent mille années. » D’autres ont réduit les chiffres : « trois mille années le premier jour, dix mille le deuxième et vingt mille le troisième… » (As-Suyûtî, al-La’âlî, 2/106-107 ; Ibn ‘Irâq, Tanzîh, 2/148 ; ash-Shawkânî, al-Fawâ’id, 1/128.) Ils ont propagé beaucoup d’autres paroles inventées de ce genre.ﷺ 2.11.3. Questions relatives au pèlerinage 1. Mourir juif ou chrétien lorsqu’on ne fait pas le pèlerinage malgré ses moyens Un hadith très connu dans notre société est cité dans presque tous les sermons, discussions ou écrits relatifs au pèlerinage : « Celui qui possède les provisions et la monture lui permettant d’atteindre la Maison sacrée, mais n’accomplit pas le pèlerinage, qu’il meure juif ou chrétien, cela ne lui nuira pas. » L’une des raisons de la célébrité de ce hadith est qu’il figure dans Sunan at-Tirmidhî, l’un des six célèbres recueils. L’imam at-Tirmidhî dit : Muhammad ibn Yahyâ m’a rapporté ; Muslim ibn Ibrâhîm nous a rapporté ; Hilâl ibn ‘Abdullah nous a rapporté ; Abû Ishâq al-Hamdânî nous a rapporté, d’après al-Hârith, d’après ‘Alî, du Messager d’Allah…ﷺ) dit… Après avoir cité le hadith, l’imam at-Tirmidhî déclare : « C’est un hadith gharîb. Je ne le connais par aucune autre voie que cette chaîne. Sa chaîne est contestable. Hilâl ibn ‘Abdullah est inconnu, et al-Hârith est faible dans la transmission des hadiths. » (At-Tirmidhî, as-Sunan, 3/176.) Cette chaîne comporte en outre deux graves faiblesses. Premièrement, Abû Ishâq était un mudallis. Ici, il ne précise pas qu’al-Hârith lui a rapporté le hadith ni qu’il l’a entendu de lui ; sa formulation montre qu’il ne l’a pas entendu directement d’al-Hârith. Deuxièmement, le transmetteur suivant, Hilâl ibn ‘Abdullah, est inconnu. Il est impossible de savoir si Abû Ishâq a réellement prononcé ce hadith ou si cet homme l’a inventé. Plusieurs autres chaînes rapportent un hadith de même sens, mais elles sont encore plus faibles. Pour ces raisons, certains traditionnistes l’ont qualifié de forgé, tandis que d’autres l’ont considéré comme faible. Ibn Hajar al-‘Asqalânî, après avoir examiné toutes les chaînes, affirme que cette parole n’a pas été rapportée du Messager d’Allah par une chaîne acceptable et que toutes les chaînes sont très faibles ou nulles.ﷺ) Toutefois, elle a été rapportée par une chaîne authentique comme une parole personnelle de ‘Umar ibn al-Khattâb. (Ibn al-Jawzî, al-Mawḍû‘ât, 2/121-122 ; as-Suyûtî, al-La’âlî, 2/118-119.) 2. Les hadiths relatifs à la visite de la tombe du Messager d’Allahﷺ) Le mot ziyâra signifie visiter, rencontrer ou rendre visite. Visiter les vivants, en particulier les proches et les gens vertueux, est une bonne œuvre recommandée par les hadiths. Plusieurs hadiths encouragent les croyants à pratiquer le ta‘zâwur fî Allâh, c’est-à-dire à se rendre visite les uns aux autres pour Allah. (Al-Mundhirî, at-Targhîb, 3/247-249.)لًلهافروازالت) De même, visiter les tombes des morts est une adoration recommandée par la Sunna. La visite de la Rawda noble du Messager d’Allahﷺ) est sans aucun doute l’une des plus éminentes visites. L’aimer est une partie de la foi et l’une des plus grandes adorations. La visite conforme à la Sunna accroît cet amour, et le mérite de se tenir près de sa tombe bénie pour lui adresser des prières et des salutations est mentionné dans les hadiths. Ainsi, la visite de la Rawda noble est une adoration importante. Il existe toutefois une controverse sur l’existence de hadiths particuliers concernant cette adoration. Certains ont déclaré que tous les hadiths à ce sujet étaient forgés et sans fondement ; d’autres les ont jugés faibles ou relativement acceptables. Nous souhaitons en discuter quelque peu en détail. Les hadiths concernés peuvent être divisés, quant à leur sens, en trois catégories : premièrement, l’annonce de l’intercession ou de la miséricorde en faveur de celui qui visite le Messager d’Allahﷺ) ou sa tombe bénie ; deuxièmement, l’annonce à celui qui visite sa tombe après sa mort qu’il aura le mérite de l’avoir rencontré de son vivant ; troisièmement, l’expression du mécontentement envers celui qui délaisse la visite. A. L’annonce d’une bonne nouvelle au visiteur Premier hadith : « Celui qui visitera ma tombe bénéficiera de mon intercession. » Ce hadith a été recueilli par Ibn Khuzayma, al-Bazzâr, ad-Dâraqutnî, al-Bayhaqî et d’autres traditionnistes. Il possède deux chaînes. Première chaîne : l’imam al-Bazzâr dit : Qutayba nous a rapporté ; ‘Abdullah ibn Ibrâhîm nous a rapporté ; ‘Abd ar-Rahmân ibn Zayd ibn Aslam nous a rapporté, d’après son père, d’après Ibn ‘Umar, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… (Al-Haythamî, Majma‘ az-zawâ’id, 4/2.) Nous avons déjà étudié en détail ‘Abd ar-Rahmân ibn Zayd ibn Aslam. Les traditionnistes l’ont jugé extrêmement faible ; certains l’ont qualifié de transmetteur de hadiths mensongers. Son élève ‘Abdullah ibn Ibrâhîm, présent dans cette chaîne, est lui aussi extrêmement faible. Il a rapporté d’après ‘Abd ar-Rahmân ibn Zayd et d’autres traditionnistes de nombreux hadiths qu’aucun de leurs autres élèves ne rapportait et que l’on ne retrouvait par aucune autre voie. Les traditionnistes sont unanimes à le considérer comme un transmetteur très faible et délaissé. Ibn Hibbân l’a qualifié de falsificateur de hadiths. Nous avons vu que les hadiths rapportés par ‘Abd ar-Rahmân sont eux-mêmes considérés comme très faibles ou forgés ; l’état de son élève dans cette chaîne est encore pire. Deuxième chaîne : l’imam ad-Dâraqutnî dit : le qâdî al-Muhâmalî nous a rapporté ; ‘Ubaydullah ibn Muhammad al-Warrâq nous a rapporté ; Mûsâ ibn Hilâl nous a rapporté ; ‘Abdullah — ou ‘Ubaydullah — ibn ‘Umar al-‘Umarî nous a rapporté, d’après Nâfi‘, d’après ‘Abdullah ibn ‘Umar, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… (Ad-Dâraqutnî, as-Sunan, 2/278.) Al-Bayhaqî a également recueilli ce hadith par la même chaîne. Il dit : « C’est un hadith munkar, extrêmement contestable, rapporté de Nâfi‘ d’après Ibn ‘Umar. Personne d’autre que cet homme — Mûsâ ibn Hilâl — ne l’a rapporté. » Ibn Khuzayma l’a lui aussi recueilli par la même chaîne, tout en disant : « J’ai des doutes sur l’acceptabilité de sa chaîne… C’est un hadith munkar, c’est-à-dire contestable et très faible. » Cette chaîne comporte deux transmetteurs faibles. Mûsâ ibn Hilâl est inconnu ou peu connu. Abû Hâtim ar-Râzî l’a déclaré inconnu ; Ibn ‘Adî espérait que ses hadiths seraient relativement acceptables, et adh-Dhahabî les jugeait également assez acceptables, tout en considérant celui-ci comme le plus contestable de ses récits. L’enseignant de Mûsâ, ‘Abdullah ibn ‘Umar ibn Hafs al-‘Umarî, était un transmetteur du IIe siècle. Il était faible dans la transmission, mais n’était pas délaissé. Les savants divergent sur son degré de fiabilité. Ibn Hajar al-‘Asqalânî a concilié les avis en disant : « C’est un transmetteur faible ; Muslim a cité ses récits comme appuis, et at-Tirmidhî, an-Nasâ’î, Abû Dâwûd et Ibn Mâjah les ont acceptés. » Dans certaines versions, le maître de Mûsâ est appelé ‘Ubaydullah ibn ‘Umar ; Ibn Khuzayma, al-Bayhaqî et adh-Dhahabî ont cependant déclaré qu’il s’agissait d’une erreur et que le récit venait de ‘Abdullah. Malgré sa faiblesse, cette chaîne ne contient ni menteur, ni transmetteur accusé de mensonge, ni transmetteur délaissé. Deuxième hadith : « Celui qui visitera ma tombe — ou, selon une autre formulation, celui qui me visitera —, je serai pour lui, le Jour de la Résurrection, intercesseur ou témoin. » Abû Dâwûd at-Tayâlisî et al-Bayhaqî l’ont rapporté par l’intermédiaire de Siwâr ibn Maymûn. Celui-ci dit qu’un homme de la descendance de ‘Umar ibn al-Khattâb le lui a rapporté, d’après ‘Umar, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… La chaîne est inconnue, car Siwâr ibn Maymûn n’est mentionné dans aucun ouvrage de critique des transmetteurs, et son maître, « un homme de la famille de ‘Umar », est totalement anonyme. Al-Bayhaqî a donc déclaré que cette chaîne était inconnue. Troisième hadith : « Celui qui me visitera volontairement sera, le Jour de la Résurrection, mon voisin ou sous ma protection. » Al-Bayhaqî, adh-Dhahabî et Ibn Hajar l’ont cité par ‘Abd al-Malik ibn Ibrâhîm al-Juddî. Celui-ci le rapporte de Shu‘ba ibn al-Hajjâj, de Siwâr ibn Maymûn, qui le rapporte de Hârûn ibn Quzâ‘a, d’un homme de la descendance de Khattâb, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… Cette chaîne est encore plus faible que la précédente. Hârûn Abû Quzâ‘a est inconnu ; al-Bukhârî a dit que ses hadiths étaient sans fondement et qu’aucun autre ne les rapportait, tandis qu’al-Azdî l’a déclaré délaissé. De plus, le Compagnon n’est pas nommé, ce qui rend la chaîne interrompue ou mursal. Quatrième hadith : « Celui qui viendra me visiter, sans qu’un autre besoin que ma visite l’y pousse, aura sur moi le devoir d’intercéder pour lui le Jour de la Résurrection. » Ad-Dâraqutnî, at-Tabarânî et adh-Dhahabî l’ont rapporté par ‘Abdullah ibn Muhammad al-‘Abbâdî, de Muslim — ou Maslama — ibn Sâlim al-Juhanî, de ‘Abdullah — ou ‘Ubaydullah — ibn ‘Umar, de Nâfi‘, de Sâlim, de ‘Abdullah ibn ‘Umar, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… Le transmetteur Muslim ibn Sâlim al-Juhanî était faible et peu fiable. Certains l’appellent Maslama. Abû Dâwûd as-Sijistânî a déclaré qu’il n’était pas digne de confiance, et al-Haythamî l’a jugé faible. Cinquième hadith : « Celui qui me rendra visite à Médine avec une intention pure ou dans l’espoir de la récompense, je serai son témoin et son intercesseur le Jour de la Résurrection. » Ibn Abî ad-Dunyâ, al-Bayhaqî et d’autres l’ont rapporté par plusieurs chaînes, notamment de Muhammad ibn Ismâ‘îl ibn Abî Fudayk, d’Abû al-Musayyinâ Sulaymân ibn Yazîd al-Ka‘bî, d’Anas ibn Mâlik, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… Le transmetteur Abû al-Musayyinâ Sulaymân ibn Yazîd a été jugé faible par les traditionnistes. Abû Hâtim ar-Râzî disait qu’il n’était pas solide et qu’il rapportait des hadiths contestables ; ad-Dâraqutnî l’a également jugé faible. Ibn Hibbân l’a toutefois inclus parmi les transmetteurs fiables et at-Tirmidhî l’a considéré comme acceptable. Ibn Hajar, après avoir concilié ces avis, l’a finalement déclaré faible. Il n’était pas un tâbi‘î mais un tâbi‘î des tâbi‘ûn et n’avait appris de hadith d’aucun Compagnon. Il les avait entendus de tâbi‘ûn ; la chaîne est donc interrompue. Sixième hadith : « Qu’Allah fasse miséricorde à celui qui m’a rendu visite en tenant dans sa main la bride de son chameau. » Ibn Hajar al-‘Asqalânî, as-Sakhâwî, as-Suyûtî, Ibn ‘Irâq, Mullâ ‘Alî al-Qârî, ash-Shawkânî, Darwîsh al-Hût et d’autres traditionnistes ont déclaré que cette phrase était sans fondement et forgée. Parmi ces six hadiths, le sixième est unanimement considéré comme une parole forgée et sans fondement. Les cinq autres permettent de connaître le mérite de visiter le Messager d’Allahﷺ) ou de le rencontrer. Le premier mentionne explicitement la visite de la tombe ; les troisième, quatrième et cinquième parlent de la visite du Messager d’Allahﷺ) ; le deuxième peut se rapporter à l’une ou l’autre. Après sa mort, visiter sa tombe bénie peut également être considéré comme le visiter.ﷺ) Toutes les chaînes de ces hadiths sont assez faibles. Ibn Taymiyya, Ibn ‘Abd al-Hâdî et d’autres les ont déclarés totalement sans fondement, tandis qu’al-Albânî les a considérés comme faibles. Toutefois, la deuxième chaîne du premier hadith, ainsi que les chaînes des quatrième et cinquième hadiths, ne contiennent ni menteur ni transmetteur totalement inconnu. Elles se renforcent donc mutuellement et peuvent devenir acceptables par la multiplicité des chaînes. B. Donner au visiteur après la mort le mérite d’une visite accomplie du vivant Septième hadith : « Celui qui accomplira le pèlerinage puis visitera ma tombe après ma mort sera comme celui qui m’a visité de mon vivant. » Ad-Dâraqutnî, at-Tabarânî et al-Bayhaqî l’ont rapporté par Hafs ibn Sulaymân, de Layth ibn Abî Sulaym, de Mujâhid, d’après ‘Abdullah ibn ‘Umar, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… Al-Bayhaqî dit : « Hafs est le seul à avoir rapporté ce hadith ; il est faible. » Hafs ibn Sulaymân, mort en 180 de l’Hégire, était un lecteur du Coran célèbre et fiable, mais extrêmement faible dans la transmission des hadiths. Il était tellement absorbé par la récitation du Coran et les matières connexes qu’il ne consacrait presque aucun temps à mémoriser, réviser et transmettre correctement les hadiths. Il commettait de nombreuses erreurs : il inversait les chaînes, changeait les noms des transmetteurs et les textes, et ne distinguait pas toujours le vrai du faux. Tous les traditionnistes, sauf Ahmad, l’ont jugé très faible et délaissé. Al-Bukhârî l’a déclaré délaissé, et Abû Hâtim ar-Râzî, Ibn ‘Adî, Ibn Hibbân et d’autres l’ont également jugé très faible. Ibn Khirâsh l’a accusé de rapporter des hadiths mensongers. Son maître Layth ibn Abî Sulaym était lui aussi quelque peu faible. C’était un grand savant, dévot et véridique, mais sa mémoire s’était détériorée à la fin de sa vie. Muslim a utilisé ses récits comme témoignages d’appui, et les auteurs des quatre Sunan — at-Tirmidhî, an-Nasâ’î, Abû Dâwûd et Ibn Mâjah — ont rapporté de lui.ﷺ) Huitième hadith : « Celui qui visitera ma tombe après ma mort sera comme celui qui m’a visité de mon vivant. » (At-Tabarânî, al-Mu‘jam al-kabîr, 12/406 ; al-Mu‘jam al-awsat, 1/94.) At-Tabarânî rapporte ce hadith par Ahmad ibn Rishdîn, ‘Alî ibn al-Hasan ibn Hârûn al-Ansârî, Layth — le petit-fils de Layth ibn Abî Sulaym —, ‘Â’isha bint Yûnus, de Mujâhid, d’Ibn ‘Umar, du Messager d’Allah qui a dit… La plupart des transmetteurs de cette chaîne sont inconnus ou faibles. Ahmad ibn Rishdîn, le maître d’at-Tabarânî, était faible et certains traditionnistes l’ont même déclaré menteur. ‘Alî ibn al-Hasan est inconnu, de même que Layth et ‘Â’isha. Cette chaîne est donc totalement inacceptable. Neuvième hadith : « Celui qui me visitera après ma mort sera comme celui qui m’a visité de mon vivant. » Ad-Dâraqutnî et al-Bayhaqî l’ont rapporté. Les traditionnistes ont relevé des divergences et des incohérences dans sa chaîne. Dans la première version, Wakî‘ ibn al-Jarrâh rapporte de Khâlid ibn Abî Khâlid et d’Abû ‘Awn, de ash-Sha‘bî et d’Aswad ibn Maymûn, de Hârûn Abû Quzâ‘a, d’un homme de la descendance de Hâtib, de Hâtib, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… Hârûn Abû Quzâ‘a est un transmetteur inconnu, inacceptable et délaissé, et son maître, « un homme de la descendance de Hâtib », est lui aussi totalement anonyme. Dans la deuxième version, Yûsuf ibn Mûsâ rapporte de Wakî‘ ibn al-Jarrâh, de Maymûn ibn Siwâr — ou Siwâr ibn Maymûn —, de Hârûn Abû Quzâ‘a. Cette chaîne est encore plus faible, car Siwâr ibn Maymûn est inconnu. Ces trois hadiths semblent indiquer que le croyant qui visitera la tombe du Messager d’Allahﷺ) après sa mort obtiendra le mérite de l’avoir rencontré de son vivant. Mais leurs trois chaînes sont extrêmement faibles : les deux premières comportent des transmetteurs accusés de mensonge, la troisième un transmetteur délaissé, ainsi que des transmetteurs totalement anonymes ou inconnus. Pour cette raison, Ibn Taymiyya, Ibn ‘Abd al-Hâdî, al-Albânî et d’autres les ont considérés comme mawḍû‘, c’est-à-dire forgés. Ils ont également affirmé que leur sens contredisait l’esprit fondamental de l’islam. Ibn Taymiyya dit qu’il est évident que cette parole est mensongère et contraire à la religion musulmane : le croyant qui rencontre le Messager d’Allahﷺ) de son vivant est considéré comme un Compagnon. Un croyant des générations suivantes, même s’il accomplit abondamment les grandes obligations, ne pourra jamais atteindre le rang d’un Compagnon ; comment pourrait-il l’atteindre par une adoration seulement recommandée ?ﷺ) C. L’expression du mécontentement envers celui qui délaisse la visite Dixième hadith : « Celui qui accomplit mon pèlerinage mais ne me visite pas m’a maltraité ou s’est montré irrespectueux. » En d’autres termes : « Celui qui ne me visite pas ou ne vient pas à ma rencontre m’a maltraité ou s’est montré irrespectueux. » Aucun compilateur de hadith ne l’a recueilli dans un ouvrage de hadith. Certains traditionnistes l’ont toutefois cité dans des ouvrages biographiques consacrés aux transmetteurs faibles et menteurs, avec une seule chaîne : Muhammad ibn Muhammad ibn an-Nu‘mân rapporte de son grand-père an-Nu‘mân ibn Shibl, de Mâlik ibn Anas, de Nâfi‘, d’Ibn ‘Umar, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… Deux transmetteurs de cette chaîne sont extrêmement faibles et accusés de rapporter des hadiths mensongers. An-Nu‘mân ibn Shibl, qui rapporte de l’imam Mâlik, était très faible et certains traditionnistes l’ont qualifié de menteur. Son petit-fils Muhammad ibn Muhammad devint lui aussi connu comme menteur et falsificateur. Ad-Dâraqutnî, Ibn Hibbân, Ibn al-Jawzî, as-Saghânî, adh-Dhahabî, Ibn Hajar, Darwîsh al-Hût, ash-Shawkânî, al-Albânî et d’autres ont déclaré ce hadith forgé. Ils ont précisé que le responsable de la falsification était Muhammad ibn Muhammad ibn an-Nu‘mân, et non son grand-père Nu‘mân ibn Shibl. Onzième hadith : « Si un membre de ma communauté possède les moyens ou la possibilité de me rendre visite et ne le fait pas, il n’a aucune excuse. » Ibn an-Najjâr l’a recueilli dans son Histoire de Médine. Sa chaîne est : Muhammad ibn Muqâtil, de Ja‘far ibn Hârûn, de Sam‘ân ibn Mahdî, d’Anas, du Messager d’Allahﷺ) qui a dit… Cette chaîne est célèbre comme chaîne forgée. Muhammad ibn Muqâtil ar-Râzî était quelque peu faible, mais n’était pas délaissé. En revanche, Ja‘far ibn Hârûn, auprès duquel il aurait entendu le hadith, était connu pour rapporter et diffuser des hadiths mensongers. Sam‘ân ibn Mahdî est pratiquement inconnu. Une prétendue collection forgée d’environ trois cents hadiths lui est attribuée d’après Anas ibn Mâlik. Il semble que ce hadith en fasse partie. Dans tous les cas, sa chaîne contient plusieurs transmetteurs menteurs. Douzième hadith : « Celui qui disposait de l’aisance ou des moyens mais ne vint pas auprès de moi s’est montré grossier ou irrespectueux envers moi. » L’imam al-Ghazâlî l’a mentionné sans chaîne dans son Ihyâ’ ‘ulûm ad-dîn. On ne le trouve nulle part avec une chaîne. As-Subkî, al-‘Irâqî, as-Sakhâwî, al-‘Ajlûnî, ash-Shawkânî et d’autres traditionnistes ont confirmé que cette phrase était sans fondement et forgée.ﷺ) Les trois hadiths précédents semblent présenter comme fautive l’absence de visite ou de rencontre du Messager d’Allah — de son vivant ou après sa mort. Toutefois, le troisième est totalement sans fondement et forgé, tandis que les chaînes des deux premiers contiennent plusieurs menteurs. L’examen précédent montre que tous les hadiths relatifs au mérite de visiter la tombe bénie du Messager d’Allahﷺ) ont été transmis par des chaînes faibles. C’est probablement pourquoi les auteurs des six recueils célèbres, les compilateurs d’autres ouvrages authentiques, l’imam Mâlik, l’imam Ahmad et d’autres traditionnistes ne les ont pas inclus dans leurs ouvrages. En raison de leur faiblesse, certains traditionnistes les ont tous déclarés forgés, extrêmement faibles ou totalement inacceptables. D’autres ont estimé qu’ils pouvaient être acceptés globalement comme authentiques ou bons. Ibn Taymiyya, Ibn al-Jawzî et Ibn ‘Abd al-Hâdî ont déclaré tous les hadiths relatifs à la visite de la tombe bénie du Messager d’Allahﷺ) forgés, extrêmement faibles ou inacceptables. À l’inverse, Abû ‘Alî Ibn as-Sakan, ‘Abd al-Haqq al-Ishbîlî, as-Subkî, as-Sakhâwî et Ibn Hajar al-Makkî les ont jugés acceptables. Je ne connais cependant aucun savant qui ait examiné les chaînes en les distinguant selon cette classification des sens. En tant que modeste étudiant en sciences religieuses, il me semble que tous les hadiths exprimant le mécontentement envers celui qui délaisse la visite sont forgés et sans fondement. Les hadiths qui accordent au visiteur après la mort le mérite d’une visite accomplie de son vivant sont extrêmement faibles ou forgés. Quant aux hadiths annonçant l’intercession en faveur du visiteur, ils devraient être considérés comme hasan, car cinq hadiths de même sens ont été rapportés. La faiblesse de trois de leurs chaînes peut être compensée. La deuxième chaîne du premier hadith ainsi que celles des quatrième et cinquième ne contiennent aucun transmetteur accusé de mensonge ou délaissé. Grâce à la multiplicité des chaînes, ils peuvent donc être classés hasan li-ghayrihi. Allah sait mieux. 3. La nécessité d’accomplir le pèlerinage avant le mariage Dans notre pays, certaines idées sans fondement et superstitions — par exemple : « Pourra-t-il garder le pèlerinage ? », « Il faut marier les enfants avant le pèlerinage », « Il faut faire accomplir le pèlerinage aux parents avant le sien », ou « Il faut obtenir l’autorisation des parents » — font que les musulmans n’accomplissent généralement pas le pèlerinage avant la vieillesse, bien qu’il ne soit nullement convenable de le retarder après qu’il est devenu obligatoire. En Indonésie, la situation est inverse : on pense que si l’on ne fait pas le pèlerinage au début de sa jeunesse, avant le mariage, le pèlerinage n’est pas valable. Cela est dû à un hadith forgé : « Celui qui se marie avant d’accomplir le pèlerinage commence par le péché. » Les traditionnistes sont unanimes à dire que ce hadith est forgé.ﷺ) 4. Le pardon des droits des serviteurs grâce au pèlerinage Certains hadiths répandus au sujet du pèlerinage affirment que, lors du pèlerinage d’Adieu, le Messager d’Allah a imploré Allah de pardonner tous les péchés des pèlerins. Allah aurait d’abord annoncé que tous les péchés du pèlerin seraient pardonnés, à l’exception des droits des serviteurs. Après des invocations répétées, Allah aurait annoncé que tous ses péchés, y compris ceux qui concernent les droits d’autrui, seraient pardonnés. Plusieurs hadiths ont été rapportés dans ce sens, mais chacune de leurs chaînes est extrêmement faible. Chaque chaîne contient un menteur, un transmetteur très faible ou un transmetteur anonyme et inconnu. Certains traditionnistes ont estimé que, malgré leur faiblesse, la multiplicité des chaînes empêchait de les déclarer directement forgés. D’autres ont jugé que tous les hadiths de ce sens étaient forgés et sans fondement, car chacun comporte des menteurs ou des transmetteurs délaissés. De plus, leur sens contredit celui établi par plusieurs hadiths authentiques : les droits et créances des serviteurs ne sont pas pardonnés tant que la personne concernée ne pardonne pas. Même le jihâd et le martyre ne les effacent pas. (Ibn al-Jawzî, al-Mawḍû‘ât, 2/124-127 ; adh-Dhahabî, Tartîb al-mawḍû‘ât, p. 185 ; as-Suyûtî, al-La’âlî, 2/120-124 ; al-Mundhirî, at-Targhîb, 2/129-131.)

2.14. Dhikr, duʿâ, durûd, salâm, etc.

2.14.1. Concernant la récitation du Coran De nombreux hadiths authentiques ont été rapportés au sujet des mérites de différentes sourates ou de différents versets du Noble Coran, comme cela a déjà été mentionné. Mais beaucoup de paroles mensongères ont également été attribuées aux hadiths sur ces sujets. Les divers ouvrages en usage dans notre pays contiennent nombre de paroles de ce genre, peu fiables et forgées. Il convient de préciser que, dans notre pays, deux sortes de propos circulent au sujet des différentes sourates ou des différents versets du Noble Coran. Les premiers concernent les mérites, le rang dans l’Au-delà, la récompense, la miséricorde d’Allah, etc. Les seconds concernent les procédés destinés à obtenir divers résultats dans ce monde. J’ai vu, dans l’exposé d’Umar al-Mawsili, que quelques hadiths authentiques ont été rapportés au sujet des mérites de différentes sourates et de différents versets. Quant à la plupart des autres hadiths répandus, ils sont faibles ou forgés. En particulier, les propos relatifs aux mérites de chaque sourate placés à la fin des sourates dans les Tafsîr al-Kashshâf et al-Baydâwî sont essentiellement tirés d’un long hadith forgé sur ce sujet. Dans notre société, la plupart des propos relatifs aux mérites des « cinq sourates » sont forgés ou faibles. Les hadiths faibles et mawdu‘ sur ce sujet sont très nombreux, et il faudrait un ouvrage distinct pour les examiner en détail. Le volume de ce livre est déjà devenu considérable. C’est pourquoi nous ne traiterons plus ici des hadiths faibles et forgés relatifs aux mérites. Nous mentionnerons plutôt quelques propos concernant les pratiques et les procédés. 2.14.2. Concernant les pratiques, les procédés et les khatms Il est permis de pratiquer la ruqya au moyen des versets coraniques et de les réciter comme pratique afin d’être délivré de diverses maladies ou calamités. Les hadiths ordonnent de pratiquer la ruqya, ou l’exorcisme, au moyen du Coran. Il est également permis de pratiquer la ruqya avec les invocations rapportées dans les hadiths ou avec toute phrase de bon sens. Il existe deux sortes de ruqya ou de procédés. Certaines ruqya sont rapportées dans divers hadiths. Les pratiques et procédés de cette sorte sont limités. Dans notre société, la plupart des pratiques de ruqya et autres procédés ont été élaborés à partir de l’expérience des pieux des générations ultérieures. Par exemple, on récite telle sourate ou tel verset un certain nombre de fois, pendant un certain nombre de jours ou à un moment donné, afin d’obtenir tel résultat ou d’être guéri de telle maladie. Ces diverses pratiques et ces procédés sont issus de l’expérience de différents pieux. On peut utiliser, sur la base de sa pratique personnelle ou de son expérience, une chose comme « procédé » ou comme « ruqya shar‘iyya ». Toutefois, si l’on croit qu’elle possède un mérite particulier ou qu’elle est conforme aux hadiths, on mentira au nom du Messager d’Allah (ﷺ) . En outre, même pour les procédés et les pratiques, nous devrions nous limiter à ceux, ainsi qu’aux invocations et pratiques, mentionnés dans les hadiths authentiques. Parmi les « pratiques » ou « procédés » forgés que l’on trouve, au nom des hadiths, dans certains ouvrages répandus dans notre pays, figurent les suivants : 1. « Lâ hawla wa lâ quwwata… » : pratique pour éliminer la pauvreté Il existe de nombreux hadiths authentiques sur le mérite de cette formule de dhikr : « Lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh ». Plusieurs hadiths ordonnent de répéter abondamment cette formule. Ils indiquent qu’elle est l’un des trésors du Paradis, un moyen d’obtenir le pardon des péchés et une récompense inépuisable. J’ai mentionné certains hadiths authentiques à ce sujet dans mon ouvrage Râh-e Velâyat. Mais divers ouvrages répandus dans notre pays rapportent comme hadith : « Celui qui récite chaque jour cette formule cent fois ne connaîtra jamais la pauvreté. » Cette parole semble forgée. 2. Pratique pour se libérer des dettes Dans un hadith rapporté par ‘Alî, le Messager d’Allah (ﷺ) a dit que si l’on prononce la phrase suivante, Allah fera acquitter même une dette grande comme une montagne : « Ô Allah, protège-moi du haram par ce que Tu m’accordes de licite, et, par Ta grâce et Tes bénédictions, dispense-moi de la faveur de tous ceux qui ne sont pas Toi. » Le hadith est authentique (Sunan al-Tirmidhî, 5/560 ; Mustadrak al-Hâkim, 1/721). Mais aucun hadith ne donne d’instruction concernant la récitation de cette invocation un jour particulier ou un nombre déterminé de fois. Certains ouvrages répandus rapportent : « Il est rapporté dans les hadiths que celui qui récitera cette invocation soixante-dix fois le vendredi, Allah le rendra riche et heureux en peu de temps. Hazrat ‘Alî a dit : si, le vendredi, avant et après la prière du vendredi, on récite cent fois le salât sur le Prophète, puis cette invocation cinq cent soixante-dix fois, même une dette grande comme une montagne sera acquittée en peu de temps… » Ces récits semblent dépourvus de fondement et forgés. 3. Pratique de la sourate al-Fâtiha On dit au sujet du mérite de la sourate al-Fâtiha : « L’intention pour laquelle on récite al-Fâtiha se réalisera. » Cette parole est dépourvue de fondement et forgée. On dit également : « La sourate al-Fâtiha est la guérison de toutes les maladies. » Cette parole est rapportée dans un hadith faible (al-Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 305, n° 734 ; Mullâ ‘Alî al-Qârî, al-Asrâr, p. 165). 4. Les différentes sortes de khatms Différentes sortes de khatms sont répandues. En général, on accomplit un khatm pour deux raisons : (1) écarter diverses calamités ou obtenir un résultat mondain, et (2) offrir la récompense au défunt. Les deux sortes de khatm sont forgées et dépourvues de fondement. Les phrases récitées dans ces khatms sont pour la plupart très belles : ce sont des versets du Noble Coran ou des invocations et dhikrs conformes à la Sunna. Mais aucun hadith authentique ou faible ne rapporte un mérite, une importance ou une instruction déterminés concernant leur récitation cent mille fois ou cent vingt-cinq mille fois. Tous ces « khatms » sont forgés. Des hadiths ont en outre été fabriqués autour d’eux. Le khatm de la basmala, le khatm de l’invocation de Yûnus, le khatm de la kalima, etc., relèvent tous de cette catégorie. On dit : « Si l’on récite cent vingt-cinq mille fois la basmala, on obtient tel résultat », ou : « Si l’on récite cent vingt-cinq mille fois l’invocation de Yûnus, on obtient tel résultat », etc. Tout cela a été élaboré à partir de l’expérience des pieux, et rien de cela n’est un hadith. Il existe des hadiths authentiques sur le mérite et la récompense de la tasmiyya, c’est-à-dire la basmala, du tahlîl, c’est-à-dire « Lâ ilâha illâ Allâh », et de l’invocation de Yûnus (voir l’autre ouvrage de l’auteur : Râh-e Velâyat, p. 89). Cependant, aucun hadith authentique ne rapporte leur récitation selon des nombres déterminés, tels que cent mille ou cent vingt-cinq mille. Dans le khatm des Khwâjagân, certaines invocations récitées sont conformes à la Sunna et d’autres sont forgées. Mais la méthode elle-même est entièrement inventée. 2.14.3. Dhikr, wird, invocations, etc. 1. Le mérite et la pratique liés aux divers Noms sacrés d’Allah Le Très-Haut a mentionné dans le Noble Coran : وَلِلَّهِ الْأَسْمَاءُ الْحُسْنَىٰ فَادْعُوهُ بِهَا ۖ وَذَرُوا الَّذِينَ يُلْحِدُونَ فِي أَسْمَائِهِ ۚ سَيُجْزَوْنَ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ [٧:١٨٠] — « À Allah appartiennent les plus beaux Noms. Invoquez-Le donc par eux, et délaissez ceux qui déforment Ses Noms. Ils seront bientôt rétribués pour ce qu’ils faisaient. » (sourate al-A‘râf, verset 180). Dans un hadith compilé par al-Bukhârî, Muslim et d’autres, Abû Hurayra rapporte que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « Allah possède quatre-vingt-dix-neuf Noms, cent moins un. Celui qui les préservera ou les dénombrera entrera au Paradis. » (Sahîh al-Bukhârî, 2/981, n° 2585 ; Sahîh Muslim, 4/2063, n° 2677). Ce hadith ne donne pas le détail des Noms. Un hadith comportant une liste de quatre-vingt-dix-neuf Noms a été compilé par l’imam al-Tirmidhî, Ibn Mâjah et quelques autres traditionnistes (Sunan al-Tirmidhî, 5/530, n° 3507 ; Mustadrak al-Hâkim, 1/62-63). Mais la plupart des traditionnistes ont jugé cette liste faible. L’imam al-Tirmidhî lui-même a compilé le hadith et a examiné sa faiblesse. Certains traditionnistes disent que la liste des quatre-vingt-dix-neuf Noms n’est rapportée ni du Messager d’Allah (ﷺ) ni d’Abû Hurayra. Un rapporteur postérieur l’aurait recueillie auprès de divers savants à la lumière du Coran, puis incluse dans le hadith. De nombreux Noms mentionnés dans le Noble Coran ne figurent pas dans cette liste. Dans le Noble Coran, Allah est le plus souvent appelé « Rabb », c’est-à-dire Seigneur. Ce Nom ne figure pas non plus dans la liste (Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Fath al-Bârî, 11/217). À ce sujet, le musulman intéressé se demande : pourquoi le Messager d’Allah (ﷺ) a-t-il donné le nombre de quatre-vingt-dix-neuf Noms sans en donner la liste ? Les savants répondent que certaines choses importantes sont partiellement dissimulées afin d’accroître l’ardeur du croyant, comme la Nuit du Destin et l’heure d’exaucement de l’invocation le vendredi. De même, au lieu de donner une liste déterminée des Noms, il a été ordonné de les préserver, afin que le serviteur récite et mémorise avec intérêt tous les Noms d’Allah présents dans le Noble Coran, invoque Allah par ces Noms et L’implore par leur intermédiaire (Ibn Hajar, Fath al-Bârî, 11/217-218 et 11/221 ; al-Nawawî, Sharh Sahîh Muslim, 17/5). Certains traditionnistes ont jugé globalement acceptable la liste compilée par l’imam al-Tirmidhî (al-Nawawî, al-Adhkâr, p. 151 ; Jam‘ al-Usûl, 4/173-175). En tout état de cause, celui qui pratique assidûment le dhikr peut mémoriser ces Noms. Il doit également préserver les Noms bénis d’Allah mentionnés dans le Noble Coran en récitant régulièrement le Coran. J’ai exposé en détail, avec leurs chaînes de transmission, les hadiths authentiques concernant la manière d’invoquer Allah par l’intermédiaire de Ses Noms bénis, le sens de l’« Ism al-A‘zam » du Majestueux Allah et la manière d’invoquer Allah par ce Nom, dans mon ouvrage Râh-e Velâyat. De nombreux ouvrages en usage dans notre pays rapportent encore d’autres mérites de ces Noms : les réciter chaque jour éviterait la difficulté à se nourrir, éloignerait les maladies, permettrait de voir le Messager d’Allah (ﷺ) en rêve, réaliserait les souhaits, ou bien la récitation ou l’écriture d’un certain Nom un certain nombre de fois par jour et pendant un certain nombre de jours produirait tel résultat, ou encore la récitation d’un Nom un certain nombre de fois selon telle méthode procurerait tel résultat, etc. Rien de ce genre ne provient du Coran ou des hadiths. Certains pieux ont pratiqué ou enseigné certaines pratiques ou certains procédés sur la base de leur expérience personnelle. Mais si on les considère comme des paroles d’Allah ou du Messager d’Allah (ﷺ) ou si on les rapporte comme des hadiths, on ment au nom du Messager d’Allah (ﷺ) . Voici quelques-uns des hadiths forgés répandus à ce sujet : 2. « Le dhikr d’Allah est le meilleur dhikr. » On trouve dans divers ouvrages la phrase suivante citée comme un hadith : « Le dhikr d’Allah est le meilleur dhikr. » Le sens en est juste : le dhikr d’Allah est nécessairement le meilleur dhikr. Quel autre dhikr pourrait être meilleur que celui d’Allah ? Toutefois, cette parole n’est pas un hadith. On ne sait pas qu’elle ait été rapportée avec une chaîne authentique ou faible. 3. « Celui qui mentionne le Nom d’Allah durant la nuit verra une lumière briller dans son cœur et, après sa mort, dans sa tombe » (mawlânâ Shamsul Hudâ, Ni‘mat al-Qur’ân, p. 17). 4. Celui qui mentionne cent fois le Nom d’Allah au moment du fajr, puis récite une fois chacun des six Noms suivants — Jalla jalâluhu, wa ‘amma nawâluhu, wa jalla thanâ’uhu, wa taqaddasat asmâ’uhu, wa a‘zama shânuhu, wa lâ ilâha ghayruhu — sera libéré de ses péchés comme s’il venait de naître du sein de sa mère. Son registre sera pur et il entrera certainement au Paradis (mawlânâ Shamsul Hudâ, Ni‘mat al-Qur’ân, p. 36). ﷺTout cela est dépourvu de fondement et a été attribué au Messager d’Allah (ﷺ) . 5. Le dhikr particulier de la kalima « Lâ ilâha illâ Allâh » La meilleure formule pour le dhikr d’Allah est « Lâ ilâha illâ Allâh ». Le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « Le meilleur dhikr est “Lâ ilâha illâ Allâh” » (al-Tirmidhî, al-Sunan, 5/462 ; Ibn Mâjah, al-Sunan, 2/1249 ; al-Hâkim, al-Mustadrak, 1/676, 681). Il a également dit : « Répétez abondamment “Lâ ilâha illâ Allâh”. » (al-Hâkim, al-Mustadrak, 4/285 ; al-Haythamî, Majma‘ al-Zawâ’id, 1/52, 2/211, 10/82). Ailleurs, il a dit : « Les quatre paroles les plus aimées d’Allah sont : “Subhânallâh”, “Alhamdulillâh”, “Lâ ilâha illâ Allâh” et “Allâhu akbar”. Tu peux dire dans l’ordre que tu veux n’importe laquelle de ces quatre paroles. » (Sahîh Muslim, 3/1685, n° 2137). J’ai traité dans l’ouvrage Râh-e Velâyat de nombreux hadiths authentiques et bons concernant l’importance, les mérites, le nombre et les moments de ces dhikrs. Nous y avons constaté que le Messager d’Allah (ﷺ) n’a enseigné aucune méthode particulière pour les pratiquer ou les prononcer. Aucun hadith authentique ou faible ne rapporte que le Messager d’Allah (ﷺ) ait enseigné à quiconque de pratiquer le dhikr en étirant la voix, en criant, en poussant, en se concentrant sur un latîfa, ou selon une autre méthode particulière. L’essentiel est de pratiquer le dhikr avec concentration et une prononciation correcte ; chacun recevra une récompense selon sa concentration et son émotion. À des époques ultérieures, divers savants, pîrs et maîtres spirituels ont indiqué des méthodes particulières pour susciter la concentration et l’émotion des disciples. Ce sont leurs innovations, ainsi que des exercices temporaires destinés à la concentration du disciple. Mais les faussaires ont également inventé des paroles à ce sujet. Voici une parole sans fondement et un hadith forgé de cette catégorie : « Un jour, Hazrat ‘Alî dit au Prophète (ﷺ) : “Ô Messager d’Allah ! Indique-moi une voie simple et directe pour parvenir à la proximité d’Allah.” Le Prophète (ﷺ) répondit : “Continue à pratiquer un dhikr.” Hazrat ‘Alî demanda : “Comment dois-je le faire ?” Il dit : “Ferme les yeux et dis trois fois avec moi : ‘Lâ ilâha illâ Allâh’.” Hazrat ‘Alî le transmit à Hazrat Hasan al-Basrî, puis de Hasan al-Basrî, par la succession des maîtres, cela nous est parvenu. » Une autre version de cette histoire est la suivante : « ‘Alî dit : pour connaître la voie la plus simple et la plus directe vers la connaissance de Dieu, le Messager d’Allah (ﷺ) attendit la révélation. Puis Jibrîl (ﷺ) vint lui enseigner trois fois la kalima « Lâ ilâha illâ Allâh ». Le Messager d’Allah (ﷺ) la récita de la manière dont Jibrîl l’avait prononcée, puis l’enseigna à ‘Alî. ‘Alî l’enseigna ensuite aux autres Compagnons. » Ce hadith n’est qu’une parole sans fondement colportée par les gens. Il n’a été compilé dans aucun ouvrage avec une chaîne authentique, faible ou mawdu‘. C’est pourquoi Shâh Walî Allâh al-Dihlawî a mentionné que cette parole ne s’entend que de la bouche des pieux de la tarîqa et qu’aucun fondement ne lui est connu (Shâh Walî Allâh, al-Qawl al-Jamîl, p. 38-39). 6. Wird après les cinq prières quotidiennes D’innombrables hadiths authentiques mentionnent différents dhikrs, invocations ou wirds après les cinq prières quotidiennes, que le Messager d’Allah (ﷺ) pratiquait lui-même ou qu’il ordonnait aux Compagnons et à la communauté de pratiquer. Mais, en plus de ceux-ci, certains wirds sont très répandus dans notre pays ; ils ont été inventés par des gens des générations ultérieures et ne se trouvent dans aucun hadith. Le wird suivant est très connu : après la prière du fajr, réciter cent fois « Huwa al-Hayy al-Qayyûm » ; après la prière du zuhr, cent fois « Huwa al-‘Aliyy al-‘Azîm » ; après celle du ‘asr, cent fois « Huwa al-Rahmân al-Rahîm » ; après celle du maghrib, cent fois « Huwa al-Ghafûr al-Rahîm » ; et après celle de l’‘ishâ’, cent fois « Huwa al-Latîf al-Khabîr ». Toutes ces phrases sont belles et leur récitation ne comporte aucun mal. Mais aucun mérite particulier n’en est rapporté dans les hadiths. Le Coran ou les hadiths ne donnent aucune instruction imposant de les réciter un tel nombre de fois ou à un moment donné. Nous devons pratiquer les wirds enseignés par le Messager d’Allah (ﷺ) . 7. « Allâhumma anta al-salâm… » après les cinq prières quotidiennes Divers hadiths authentiques rapportent qu’après avoir prononcé le salâm de la prière obligatoire, le Messager d’Allah (ﷺ) disait : « Ô Allah, Tu es la Paix, de Toi vient la paix ; ô Détenteur de la majesté et de la générosité, Tu es béni. » (Sahîh Muslim, 1/414, n° 591). 8. L’invocation de Ganjal ‘Arsh Cette invocation compte parmi les invocations mensongères, forgées et dépourvues de fondement qui sont répandues. Le sens des phrases qu’elle contient est bon. Toutefois, ces phrases n’ont pas été rapportées ainsi dans un hadith. Leur réunion sous cette forme n’a pas non plus été rapportée dans un hadith. Tout ce qui est dit sur leur mérite et leur récompense est mensonger. 9. L’invocation ‘Ahd-nâma Une autre invocation forgée et dépourvue de fondement est l’« invocation ‘Ahd-nâma ». Dans divers ouvrages répandus, cette invocation est citée sous différentes formes. Ses phrases principales se trouvent dans des hadiths rapportés par plusieurs chaînes faibles. Ces hadiths encouragent à la réciter matin et soir. On y mentionne comme mérite que celui qui la récite matin et soir sera sauvé le Jour de la Résurrection… (Ahmad, al-Musnad, 1/412 ; al-Hâkim, al-Mustadrak, 2/409 ; al-Tabarî, al-Tafsîr, 11/154). ﷺTout ce qui est couramment dit au sujet de la pratique et des mérites de cette invocation est en outre forgé. Voici un exemple de ces propos forgés et dépourvus de fondement : « Dans les ouvrages de Tirmidhî, Shâmî et Nafâ’ al-Khalâ’iq, de nombreux mérites sont rapportés au sujet de l’‘Ahd-nâma. Le Messager d’Allah (ﷺ) aurait dit : “Celui qui, vivant une vie islamique, récite cent fois l’Ahd-nâma au cours de sa vie quittera ce monde avec la foi et je me porterai garant de son entrée au Paradis.” … Jâbir rapporte : “J’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ) dire qu’Allah a placé trois mille maladies dans le corps humain. Les médecins en connaissent et en soignent mille. Pour deux mille maladies, nul ne sait rien sinon Allah. Si quelqu’un écrit l’Ahd-nâma et la garde sur lui, ou la récite deux fois, Allah le protégera de deux mille maladies…” (Maw. Muhammad Amjad Husayn, Wazîfa-ye Sâlihîn, p. 144). Tout cela est une parole sans fondement et une falsification au nom des hadiths. Ces propos n’ont été rapportés avec aucune chaîne authentique ou faible dans aucun recueil de hadiths, à plus forte raison dans le Sunan al-Tirmidhî. 10. L’invocation Qadah Une autre invocation forgée et dépourvue de fondement est l’« invocation Qadah ». Tout ce qui est dit sur son mérite est forgé. 11. L’invocation Jamîla Tout ce qui est dit au sujet de l’invocation Jamîla et de ses mérites est forgé. 12. Haft Haykal L’invocation appelée Haft Haykal contient principalement divers versets du Noble Coran. Cette division, cette répartition et cet usage des versets ont été inventés par certains pieux à partir de leur expérience. Tout ce qui est dit sur leur usage et leurs mérites ne vient que de divers individus ; ce ne sont ni des paroles du Messager d’Allah (ﷺ) ni des hadiths. 13. L’invocation Amân Une autre invocation forgée et dépourvue de fondement est l’« invocation Amân ». Le sens des phrases de cette invocation est bon. Toutefois, elle n’a pas été rapportée ainsi dans un hadith, et tout ce qui est dit sur son mérite est forgé. 14. L’invocation Hizb al-Bahr L’invocation et la pratique appelées « invocation Hizb al-Bahr » sont répandues. Beaucoup de phrases qu’elle contient ont été rassemblées à partir du Coran et des hadiths. Mais cette invocation n’a pas été rapportée sous cette forme dans un hadith. Aucun hadith ne rapporte non plus une quelconque importance, un mérite ou un bénéfice particulier la concernant. De nombreux pieux l’ont pratiquée. Certains en ont obtenu des résultats. Certains pourraient penser qu’il ne serait pas répréhensible de considérer ces invocations comme des invocations composées par des pieux plutôt que comme des paroles du Messager d’Allah (ﷺ) ou des hadiths. Mais quel mal y aurait-il à les pratiquer comme des invocations composées par des pieux ? Il est vrai que le croyant peut invoquer Allah avec toute bonne phrase. Toutefois, il ne peut pas annoncer une récompense ou un résultat quelconque, inventé de toutes pièces, pour ces invocations. De plus, les hadiths authentiques mentionnent de nombreuses invocations courtes et belles. Le Messager d’Allah (ﷺ) lui-même a dit que leur pratique permettrait d’obtenir un résultat semblable ou meilleur. La diffusion de ces belles invocations forgées a conduit à l’abandon et à la désuétude de ces invocations « prophétiques ». Ces invocations peuvent porter la marque de la sainteté, mais elles ne possèdent pas la lumière de la prophétie. Il vaut mieux pour nous pratiquer les invocations issues de la lumière de la prophétie. En plus d’invoquer et d’obtenir des résultats, nous gagnerons ainsi la récompense et les bénédictions supplémentaires liées au fait de faire revivre la Sunna et d’invoquer avec les paroles du Messager d’Allah (ﷺ) . J’ai mentionné dans mon ouvrage Râh-e Velâyat de nombreuses invocations, supplications, dhikrs et wirds tirés de hadiths authentiques. Le lecteur intéressé peut les consulter. 2.14.4. Concernant le salât sur le Prophète et le salâm Le Très-Haut a ordonné dans le Noble Coran aux croyants d’adresser le salât (salât sur le Prophète) et le salâm à Son noble Prophète (ﷺ) . À la lumière des hadiths, nous savons qu’adresser le salât et le salâm au Noble Messager (ﷺ) est un acte d’adoration extrêmement important et une œuvre de très grande vertu. J’ai exposé en détail dans Râh-e Velâyat les mérites du salât et du salâm à la lumière des hadiths authentiques. Parmi les mérites établis par les hadiths authentiques figurent les suivants : (1) Allah Lui-même adresse le salât (miséricorde) et le salâm à celui qui adresse le salât et le salâm. Lorsqu’il adresse une fois le salât sur le Prophète, Allah lui accorde dix salât (miséricordes), élève son rang de dix degrés, inscrit dix récompenses en sa faveur et lui pardonne dix péchés. Lorsqu’il adresse une fois le salâm, Allah lui adresse dix salâm. (2) Tant que celui qui adresse le salât ou le salât sur le Prophète s’y consacre, les anges invoquent pour lui. Lorsqu’il adresse une fois le salât, Allah et Ses anges lui adressent soixante-dix salâm (miséricordes et invocations). (3) Le salât et le salâm de celui qui les adresse sont transmis au Messager d’Allah (ﷺ) avec son identité. (4) Le Messager d’Allah (ﷺ) invoquera lui-même en faveur de celui qui adresse le salât. (5) Le salât sur le Prophète est un moyen d’obtenir son intercession au Jour de la Résurrection (ﷺ) . (6) Allah le Très-Haut exaucera l’invocation de celui qui adresse le salât sur le Prophète et résoudra tous ses problèmes terrestres et ceux de l’Au-delà. Malgré ces nombreux mérites authentiques du salât sur le Prophète, certaines personnes emportées par leur émotion ont diffusé, au nom des hadiths, bien d’autres paroles forgées sur ses mérites. « Allâhumma salli ‘alâ Muhammad » constitue le degré minimal du salât sur le Prophète. En y ajoutant le salâm, on accomplit le degré minimal du salâm, par exemple : « Allâhumma salli ‘alâ Muhammadin wa sallim », ou : « Salla Allâhu ‘alâ Muhammadin wa sallama ». Les hadiths authentiques rapportent le salât d’Ibrâhîm ainsi qu’une ou deux formules courtes. J’ai mentionné les formules rapportées dans les hadiths dans les deux ouvrages Râh-e Velâyat et Ihyâ’ al-Sunan. Toutes les formules déterminées du salât répandues dans notre société sont forgées. Quelques paroles forgées ou peu fiables répandues au sujet du salât et du salâm 1. Le mérite d’un nombre déterminé de salât le vendredi Les hadiths authentiques ordonnent d’adresser abondamment le salât le vendredi. Mais aucun hadith authentique ne rapporte un nombre déterminé pour ce jour. Il n’existe aucun hadith authentique disant que réciter le salât quarante, cinquante, cent, mille fois ou un nombre similaire ce jour-là ou cette nuit-là ferait pardonner quarante, cinquante ou cent années de péchés, ou procurerait une récompense ou un mérite particulier. Le croyant adressera autant que possible le salât et le salâm ce jour-là. Il peut établir un wird selon sa convenance et sa capacité, par exemple : « Je réciterai cent, trois cents ou cinq cents fois le wird le vendredi ou chaque jour. » 2. Le salât Mâhî, ou salât du poisson Tous les événements rapportés dans le salât Mâhî, le « salât du poisson », sont mensongers et forgés. De même, toutes les paroles rapportées sur le mérite de ce salât sont mensongères et forgées. Cette histoire forgée raconte qu’à l’époque du Messager d’Allah (ﷺ) , un homme récitait le salât assis au bord d’un fleuve. Un poisson malade de ce fleuve l’apprit en l’écoutant et se mit à le réciter, ce qui le guérit. Plus tard, le poisson fut pris dans le filet d’un Juif. La femme du Juif tenta de le découper sans y parvenir. Finalement, le poisson fut jeté dans l’huile bouillante. Il continua à réciter le salât en tournant dans l’huile bouillante. Émerveillé, le Juif l’emmena auprès du Messager d’Allah (

2.15. Concernant le bon augure, le mauvais augure, la progression et le déclin

Il existe, dans divers ouvrages islamiques couramment diffusés et parmi les musulmans ordinaires de notre société, la croyance que tel jour, jour de la semaine, jour lunaire, moment ou mois est néfaste, de mauvais augure, etc. De même, on pense que diverses actions ont des conséquences néfastes et qu’en raison de ces actions, une personne devient pauvre ou subit un préjudice. Cette croyance ou cette conception n’est pas seulement une superstition contraire à l’islam ; il est en outre dit dans les nobles hadiths qu’une telle croyance fait perdre la foi. Le Messager d’Allah (ﷺ) détestait fortement le fait de croire au mauvais augure, au mauvais présage, au malheur, etc., ainsi que le pessimisme à l’avance et le pessimisme (PESSIMISM) à propos de toute chose. À l’inverse, il aimait, en toute circonstance et dans toutes les affaires, les pensées positives, la conception du bien et le fait de nourrir de bons espoirs. (Al-Bukhari, as-Sahih 5/2171 ; Muslim, as-Sahih 4/1745). Avoir des pensées positives et de bons espoirs signifie continuer à espérer la miséricorde d’Allah. Quant aux pensées de mauvais augure et de malheur, elles signifient désespérer de la miséricorde d’Allah. Le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « Croire au mauvais augure ou chercher à le déterminer est du polythéisme ; croire au mauvais augure ou chercher à le déterminer est du polythéisme ; croire au mauvais augure ou chercher à le déterminer est du polythéisme » (At-Tirmidhi, as-Sunan 4/160 ; Ibn Hibban, as-Sahih 13/491 ; Al-Hakim, al-Mustadrak 1/64 ; Abu Dawud, as-Sunan 4/17 ; Ibn Majah, as-Sunan 2/1170. At-Tirmidhi, Ibn Hibban, Al-Hakim et d’autres ont jugé ce hadith authentique). De nombreux autres hadiths ont été rapportés à ce sujet. Tout ce qu’Allah a interdit est une cause de malheur. C’est précisément parce que cela constitue pour le serviteur une cause de mal et de préjudice qu’Allah le lui a interdit. Lorsqu’une personne se livre à ces actes, elle est privée de la miséricorde et de la bénédiction d’Allah. Les interdits qu’Allah a prohibés sont de deux sortes : (1) les interdits relatifs aux droits d’Allah, ou huquq Allah, et (2) les interdits relatifs aux droits des créatures, ou huquq al-‘ibad. Il ressort de divers hadiths que, pour les interdits de la seconde catégorie, l’être humain subira, en plus du châtiment dans l’au-delà, un châtiment ici-bas sous la forme de préjudices matériels. Commettre une injustice, prendre le bien d’autrui contre sa volonté par extorsion, dot exigée ou tout autre moyen immoral, donner un poids, une mesure ou une quantité insuffisante, violer les droits des parents, de l’épouse, du voisin, du pauvre, de l’orphelin, des proches ou de toute autre personne, priver quelqu’un de ce qui lui est dû, nuire à une créature d’Allah ou à un être humain, ou, de manière générale, violer les droits des créatures, sont des causes de déclin matériel. Mais croire qu’il existe une influence néfaste dans une créature d’Allah, dans un jour, une date, un jour lunaire, une direction, etc., ou dans une action permise, est une grave injustice et une croyance contraire à la foi. De nombreuses affirmations de ce genre circulent dans notre société. Elles ne sont pas toujours présentées comme des hadiths. Cependant, le lecteur pense généralement qu’elles sont certainement les paroles d’Allah et de Son Messager (ﷺ). Sinon, comment saurions-nous que telle chose provoque le malheur, que telle chose provoque le malheur ? Croire en ces affirmations est contraire à la foi. Et les considérer comme les paroles d’Allah ou de Son Messager (ﷺ) constitue une autre grave injustice supplémentaire. 2.15.1. Concernant le temps et les lieux 1. Le samedi, le mardi, la nouvelle lune, la pleine lune, etc. Croire que le samedi, le mardi, la nouvelle lune, la pleine lune, un jour lunaire, un lieu ou un moment est une cause de malheur, de mauvais présage ou de mauvais augure est un mensonge abominable ou une croyance gravement contraire à l’islam. « On ne doit pas couper du bambou tel jour, ni se couper les cheveux ; on ne doit pas accomplir telle action tel jour », etc. : tout cela n’est que superstition infondée et mensongère. Y croire constitue le péché du polythéisme. 2. Les éclipses lunaires et solaires, l’arc-en-ciel, les comètes, etc. Tout ce qui est dit au sujet des éclipses lunaires et solaires, de l’arc-en-ciel, des comètes et d’autres signes naturels, selon lesquels ils laisseraient une influence particulière, bonne ou mauvaise, n’est que fabrication et mensonge. Les affirmations selon lesquelles telle chose se produit lors de l’éclipse de telle lune, ou selon lesquelles l’apparition d’un arc-en-ciel à tel moment entraîne tel résultat, sont fabriquées. (Ibn ‘Iraq, Tanzih 1/178-179, 191 ; Ash-Shawkani, al-Fawa’id 2/568). 3. Le mercredi ou le dernier mercredi du mois Plusieurs hadiths fabriqués circulent au sujet du mercredi ou du dernier mercredi du mois, le présentant comme une cause de malheur, de mauvais augure, de mauvais présage ou comme un mauvais jour, ou condamnant le mercredi. Ils sont tous mensongers. Les jours, les mois et les jours lunaires de la création d’Allah sont tous bons. Certains jours ou moments sont toutefois meilleurs, comme le vendredi, le lundi et le jeudi, qui sont plus bénis. Mais il n’existe ni malheur, ni mauvais augure, ni mauvais présage. (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at 1/374-376 ; As-Suyuti, al-La’ali 1/481-486 ; As-Sakhawi, al-Maqasid, p. 364 ; Mulla ‘Ali al-Qari, al-Asrar, p. 199-200). 2.15.2. Concernant les actions néfastes ou les causes du déclin Divers ouvrages couramment diffusés mentionnent que les actions suivantes sont néfastes, produisent de mauvais résultats ou entraînent la pauvreté. 1. Réciter le durud sharif en marchant et sans ablutions. 2. Réciter le Noble Coran ou un verset du Coran sans ablutions. Ces deux affirmations sont, d’une part, des fabrications contraires à l’islam et, d’autre part, elles servent à empêcher le croyant d’accomplir un acte d’adoration extrêmement important. Il n’est pas permis de réciter le Coran lorsqu’on est en état d’impureté majeure nécessitant le bain rituel. En revanche, il est permis de réciter le Coran sans ablutions. Le Messager d’Allah (ﷺ) et les Compagnons récitaient de mémoire le Coran sans ablutions. Il est bon de réciter le dhikr, les invocations, le durud, les salutations, etc., en état d’ablutions, mais les ablutions et le bain rituel ne sont pas obligatoires. Au contraire, la sunna du Messager d’Allah (ﷺ) et de ses Compagnons consiste à garder, en toute situation — en marchant, en se déplaçant, assis ou couché, avec ou sans ablutions — sa bouche et son cœur occupés par le dhikr d’Allah, le durud et les invocations. 3. Porter un turban sur la tête en étant assis. 4. Mettre son pantalon en étant debout. 5. Se nettoyer le visage avec la manche ou le pan d’un vêtement. 6. Manger ou boire dans un récipient ou un verre cassé. 7. Manger en marchant dans la rue. 8. Aller aux toilettes tête découverte. 9. Manger tête découverte. 10. Coudre un vêtement tout en le portant. 11. Éteindre une lampe en soufflant dessus. 12. Utiliser un peigne cassé. 13. Utiliser un stylo cassé. 14. Se couper les ongles avec les dents. 15. Balayer la maison durant la nuit. 16. Balayer la maison avec un vêtement. 17. Regarder son visage dans un miroir la nuit. 18. Se curer les dents en marchant. 19. Se nettoyer les dents avec un vêtement. De nombreuses autres affirmations de ce genre circulent. Elles sont toutes fabriquées. Croire qu’une action permise puisse entraîner un quelconque préjudice ou une mauvaise influence est une grave injustice. Et les considérer comme des hadiths constitue une injustice encore plus grave. 2.15.3. Concernant les actions bénéfiques ou les causes de la progression Toutes les actions qu’Allah le Très-Haut a prescrites à Ses serviteurs leur apportent bien, bonheur et progression dans la vie présente et dans l’au-delà. Toutes les actions obligatoires, nécessaires, relevant de la sunna, surérogatoires ou recommandées apportent à l’être humain, en plus de la récompense dans l’au-delà, des bénédictions dans la vie terrestre. Allah a dit :وَلَوْ أَنَّ أَهْلَ الْقُرَىٰ آمَنُوا وَاتَّقَوْا لَفَتَحْنَا عَلَيْهِم بَرَكَاتٍ مِّنَ السَّمَاءِ وَالْأَرْضِ — « Si les habitants des cités avaient cru et avaient été pieux (s’ils avaient délaissé les actes interdits par Allah et accompli les actes qu’Il a prescrits), Nous leur aurions certainement ouvert les bénédictions et les bienfaits des cieux et de la terre. » (Sourate 7, Al-A‘raf, verset 96). Nous constatons ainsi que toutes les actions de foi et de piété apportent des bénédictions. Toutefois, Allah est particulièrement satisfait des actions consistant à servir les créatures et à œuvrer au bien-être des êtres humains ; divers hadiths mentionnent qu’Il accorde, pour ces actions, des bénédictions particulières dans ce monde en plus de la récompense dans l’au-delà. À ce sujet, de nombreuses affirmations fabriquées sont également rapportées. On dit notamment que les actions suivantes peuvent rendre une personne riche et chanceuse. 1. Porter une bague en pierre d’agate. 2. Se couper les ongles le jeudi. 3. Porter constamment des chaussures ou des sabots. 4. Garder du vinaigre dans la maison. 5. Porter des chaussures jaunes. 6. Celui qui porte une bague en pierre d’émeraude ou d’agate ne deviendra jamais pauvre et restera toujours joyeux. De même, toutes les affirmations selon lesquelles telle action rend une personne en bonne santé et forte, augmente la mémoire, telle autre détériore la santé ou la mémoire, telle autre améliore la vue, telle autre la diminue, telle autre provoque la vieillesse, telle autre fait grossir le corps et telle autre l’affaiblit, etc., sont fabriquées.

2.16. Vêtements et parure

Dans l’ouvrage « Les vêtements du Messager d’Allah (ﷺ) et les règles vestimentaires en islam », j’ai exposé en détail les hadiths authentiques, faibles et forgés concernant les vêtements. J’y mentionne ici quelques hadiths forgés ou falsifiés. 2.16.1. Questions relatives à la chemise et au pantalon 1. Le Messager d’Allah (ﷺ) n’avait qu’une seule chemise : Il est rapporté d’Abû al-Dardâ (qu’Allah l’agrée) : « Le Messager d’Allah (ﷺ) n’avait qu’un seul qamîs. Il n’en possédait pas plusieurs. » (Tabarânî, al-Mu‘jam al-Awsat 6/31 ; Haythamî, Majma‘ al-Zawâ’id 5/121). Les imams Bukhârî et d’autres traditionnistes ont indiqué que l’unique transmetteur de ce hadith, Sa‘îd ibn Maysara, avait coutume d’inventer des hadiths mensongers. (Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl 3/233). À la lumière de divers hadiths, il semble que le Messager d’Allah (ﷺ) portait différents types de chemises. Certaines descendaient jusqu’aux chevilles. D’autres étaient un peu plus courtes et descendaient jusqu’au-dessous des genoux. Les manches de certaines atteignaient l’extrémité des doigts. Celles d’autres étaient un peu plus courtes et arrivaient jusqu’aux poignets. 2. La chemise n’avait pas de boutons ou avait des attaches Divers hadiths nous apprennent que la chemise du Messager d’Allah (ﷺ) avait des boutons, mais qu’il ne les attachait généralement pas. Plusieurs hadiths disent que « les boutons de sa chemise » étaient ouverts. Il semble donc que la chemise du Messager d’Allah (ﷺ) avait trois boutons ou davantage. En général, il n’en attachait aucun. Certains ont dit que sa chemise n’avait pas de boutons ou qu’elle avait, à leur place, des attaches en tissu. Nous ne connaissons aucun hadith authentique rapporté à ce sujet. L’imam Ghazâlî (505 H) a écrit : « Les boutons de son qamîs et de sa chemise étaient attachés. Parfois, il les laissait ouverts pendant la prière et en dehors de la prière. » (Ghazâlî, Ihyâ’ ‘Ulûm al-Dîn 2/405). 3. Porter le pantalon debout ou assis Certains ouvrages indiquent que porter le pantalon assis relève de la sunna ou de l’adab. Je n’ai vu aucun hadith authentique ou faible à ce sujet. Il me semble qu’il s’agit seulement de l’opinion de savants des époques postérieures. 2.16.2. Questions relatives au couvre-chef 4. Le turban par-dessus le couvre-chef, signe distinctif du musulman Les imams Abû Dâwûd et Tirmidhî ont tous deux recueilli un hadith par l’intermédiaire de leur maître Qutayba ibn Sa‘îd. Ils disent tous deux : Qutayba nous a rapporté que Muhammad ibn Rabî‘a lui avait transmis ce hadith d’un homme nommé Abû al-Hasan al-‘Asqalânî, qui le tenait d’un homme nommé Ja‘far ibn Muhammad ibn Rukâna, lequel le tenait de son père : le Messager d’Allah (ﷺ) lutta avec Rukâna et le vainquit. Rukâna ajouta : J’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ) dire : « Ce qui nous distingue des polythéistes, c’est le turban par-dessus le couvre-chef. » (Tirmidhî, al-Sunan 4/247 ; Abû Dâwûd, al-Sunan 4/55). Après avoir mentionné ce hadith, l’imam Tirmidhî explique que sa chaîne de transmission n’est nullement fiable. Il dit que l’unique transmetteur du hadith est Abû al-Hasan al-‘Asqalânî. Personne ne connaît l’identité de cet homme. De plus, il prétend avoir entendu ce hadith du fils de Rukâna. Or on ne sait rien : Rukâna avait-il un fils ? Si oui, qui était-il et quel genre d’homme était-il ? C’est pourquoi la chaîne de transmission de ce hadith est totalement inacceptable. Le maître de l’imam Tirmidhî, l’imam des traditionnistes, l’imam Bukhârî, a lui aussi exposé la faiblesse de ce hadith dans son ouvrage al-Târîkh al-Kabîr. Il dit que sa chaîne est composée de personnes inconnues et non identifiées. On ne sait pas non plus qu’elles aient entendu le hadith les unes des autres. (Bukhârî, al-Târîkh al-Kabîr 1/82). Les imams Dhahabî, ‘Ajlûnî et d’autres l’ont considéré comme forgé ou fabriqué. (Hâkim, al-Mustadrak 3/511 ; Bayhaqî, Shu‘ab al-Îmân 5/175 ; Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl 6/145 ; ‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ 2/95). Par ailleurs, ‘Abd al-Ra’ûf Munâwî, Mullâ ‘Alî Qârî, ‘Abd al-Rahmân Mubârakpûrî, Shams al-Haqq ‘Azîmâbâdî et d’autres traditionnistes ont expliqué que le sens de ce hadith est contraire à la réalité. Il peut avoir deux sens : 1. les polythéistes portent seulement un couvre-chef, tandis que nous portons un couvre-chef avec un turban ; 2. les polythéistes portent seulement un turban, tandis que nous portons un turban par-dessus le couvre-chef. Les deux sens sont contraires à la pratique du Messager d’Allah (ﷺ) et de ses Compagnons. En effet, divers hadiths montrent qu’ils portaient parfois seulement un couvre-chef et parfois seulement un turban. L’imam Ghazâlî (505 H) dit : « Le Messager d’Allah (ﷺ) portait parfois un couvre-chef sous le turban. Parfois, il portait seulement un couvre-chef sans turban. Il portait aussi parfois seulement un turban sans couvre-chef. » (Ibn al-Qayyim, Zâd al-Ma‘âd 1/130). 5. Le couvre-chef à cinq parties du Messager d’Allah (ﷺ) Il est rapporté d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) : « J’ai vu sur la tête du Messager d’Allah — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui — un couvre-chef haut, divisé en cinq parties. » Le hadith a été recueilli par ‘Allâma Abû Nu‘aym al-Isfahânî dans son recueil Musnad al-Imâm Abî Hanîfa. Il dit : ‘Abdullah ibn Muhammad ibn Ja‘far et Abû Ahmad al-Jurjânî m’ont rapporté ; Ahmad ibn ‘Abdullah ibn Yûsuf nous a rapporté ; Abû Usâma nous a rapporté ; Dahhâk ibn Hujr nous a rapporté ; Abû Qatâda al-Harrânî nous a rapporté qu’Abû Hanîfa nous avait rapporté ce hadith, qu’Ata’ tenait d’Abû Hurayra. (Abû Nu‘aym al-Isfahânî, Musnad al-Imâm Abî Hanîfa, p. 137). Ce hadith est forgé. Seul Qatâda al-Harrânî (mort en 207 H) l’a rapporté d’Abû Hanîfa. Personne d’autre que cet al-Harrânî n’a employé cette formulation. Aucun des innombrables étudiants d’Abû Hanîfa n’a rapporté ce hadith avec ces mots. Au contraire, ils en ont rapporté une formulation opposée. Selon la transmission des autres étudiants, Abû Hanîfa aurait dit qu’Ata’ tenait d’Abû Hurayra que le Messager d’Allah (ﷺ) possédait un couvre-chef blanc de type shâmî. (Mullâ ‘Alî Qârî, Sharh Musnad Abî Hanîfa, p. 142). Nous avons donc vu que, selon les autres transmissions, il s’agit d’un « couvre-chef shâmî », tandis que dans la transmission d’Abû Qatâda al-Harrânî, il s’agit d’un « couvre-chef khumâsî ». Nous comprenons ainsi qu’Abû Hanîfa avait parlé d’un couvre-chef shâmî, comme l’ont rapporté tous ses étudiants, et qu’Abû Qatâda s’est trompé volontairement ou involontairement. Ou bien il a lu le terme sous une forme altérée. En outre, Abû Qatâda est un transmetteur délaissé. L’imam Bukhârî a dit qu’Abû Qatâda al-Harrânî était « munkar al-hadîth ». Lorsque l’imam Bukhârî qualifiait quelqu’un de « munkar al-hadîth », c’est-à-dire de « transmetteur répréhensible », cela signifiait qu’il savait que cet homme rapportait des hadiths mensongers. Toutefois, au lieu de qualifier directement quelqu’un de menteur, il employait « munkar al-hadîth » ou des expressions similaires. De plus, le hadith n’a été rapporté d’Abû Qatâda al-Harrânî que par Dahhâk ibn Hujr. La kunya de ce Dahhâk ibn Hujr était Abû ‘Abdullah al-Manbijî. Lui aussi était un transmetteur extrêmement faible. L’imam Dâraqutnî et d’autres traditionnistes ont indiqué qu’il fabriquait des hadiths mensongers. (Imam Bukhârî, al-Târîkh al-Kabîr 5/219 ; Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl 4/319 ; Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Lisân al-Mîzân 7/72). C’est pourquoi ‘Allâma Abû Nu‘aym al-Isfahânî, après avoir mentionné ce hadith, dit : « Dahhâk est le seul à avoir rapporté ce hadith d’Abû Qatâda. Personne d’autre ne l’a rapporté d’Abû Hanîfa ni d’Abû Qatâda. » (Abû Nu‘aym, Musnad al-Imâm Abî Hanîfa, p. 137). 2.16.3. Questions relatives au turban 6. La longueur du turban Quelle doit être la longueur du turban en coudées, et que dit la sunna à ce sujet ? Beaucoup de propos circulent sur cette question. Ils sont tous sans fondement ou relèvent de simples suppositions. La longueur du turban du Messager d’Allah (ﷺ) n’est mentionnée dans aucun hadith. (‘Azîmâbâdî, ‘Awn al-Ma‘bûd 11/89). 7. Porter le turban debout Certains ouvrages indiquent que « porter le turban debout » relève de la sunna ou de l’adab. Je n’ai vu aucun hadith authentique ou faible à ce sujet. Là encore, il me semble qu’il s’agit seulement de l’opinion de savants d’époques postérieures. (Munâwî, Fayd al-Qadîr 4/362). 8. La couleur du turban : turbans blanc et vert Le Messager d’Allah (ﷺ) portait la plupart du temps un turban noir. Les hadiths montrent qu’il portait un turban noir partout : à Médine, en voyage et à la guerre. Certains savants des VIIIe et IXe siècles de l’hégire ont mentionné que le Messager d’Allah (ﷺ) portait un turban noir lorsqu’il se trouvait à Médine. Ils n’ont fourni aucune preuve ni aucun hadith à l’appui de cette affirmation. C’est pourquoi le célèbre traditionniste du IXe siècle de l’hégire, l’imam Sakhâwî (902 H), l’a déclarée sans fondement. (Muhammad ibn Yûsuf al-Shâmî, Sîra Shâmiyya 7/276). Nous savons que le turban relève de l’habillement et des affaires mondaines. Par conséquent, en l’absence d’une indication claire dans les hadiths, nous ne pouvons déclarer une couleur illicite. En revanche, pour affirmer qu’une couleur relève de la sunna, il faut une preuve. Certains hadiths encouragent de manière générale à porter des vêtements verts. Mais nous ne savons pas que le Messager d’Allah (ﷺ) ait jamais porté du vert pour son turban. Nous n’avons trouvé non plus aucun hadith authentique ou faible indiquant que les anges auraient porté des turbans verts. De même, nous ne savons pas qu’il ait jamais porté un turban blanc. Dans certains récits isra’îlites sans chaîne de transmission, il est dit que le tâbi‘î Ka‘b al-Ahbâr aurait déclaré : lorsque Jésus (que la paix soit sur lui) descendra sur terre, il aura un turban vert sur la tête. (Munâwî, Fayd al-Qadîr 2/538). 9. Les mérites du turban Divers hadiths montrent que le Messager d’Allah (ﷺ) et ses Compagnons portaient le turban. Mais il n’existe aucun hadith authentique encourageant à le porter. Tout ce qui a été rapporté et diffusé à ce sujet est sans fondement, forgé ou extrêmement faible. Les hadiths sur cette question peuvent être divisés en deux catégories : premièrement, ceux qui encouragent à porter le turban comme vêtement ordinaire ; deuxièmement, ceux qui encouragent à accomplir la prière en portant le turban. Tous les hadiths rapportés dans ces deux sens sont extrêmement faibles et proches du hadith forgé. En particulier, tous ceux qui sont rapportés dans le second sens sont indubitablement faux et fabriqués. Il convient de préciser que, dans l’ouvrage « Les vêtements du Messager d’Allah (ﷺ) », j’ai examiné en détail les chaînes de transmission de ces hadiths. J’y ai également présenté l’identité des menteurs et falsificateurs présents dans chaque chaîne. Je me contente ici de mentionner brièvement ces hadiths. Le lecteur intéressé pourra consulter le reste de l’analyse dans l’ouvrage consacré aux vêtements. Premièrement, le turban pour la beauté et la dignité Parmi les hadiths forgés ou extrêmement faibles rapportés pour encourager à porter le turban comme symbole de beauté et de dignité, on trouve : 9.1. Le turban accroît la patience et constitue la couronne des Arabes Un hadith forgé dit : « Portez le turban, car il accroîtra votre patience. Le turban est la couronne des Arabes, c’est-à-dire leur couronne royale. » (Hâkim, al-Mustadrak 4/214 ; Bayhaqî, Shu‘ab al-Îmân 5/175 ; Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 297). 9.2. Le turban est la couronne des Arabes ; l’enlever entraîne la défaite Un autre hadith forgé dit : « Le turban est la couronne de la nation arabe. Lorsqu’ils l’abandonneront, leur dignité disparaîtra, ou Allah leur retirera leur dignité. » (Référence précédente). 9.3. Le turban est la couronne du musulman : aller à la mosquée avec un turban plutôt que tête nue Un autre hadith forgé dit : « Venez à la mosquée tantôt complètement tête nue, tantôt avec un turban, un bandeau ou un foulard sur la tête (c’est-à-dire que, lorsque cela est possible et facile, venez à la mosquée avec un turban plutôt que tête nue), car le turban est la couronne du musulman. » (Ibn ‘Adî, al-Kâmil 6/417-419 ; Albânî, Da‘îf al-Jâmi‘, p. 6 ; al-Da‘îfa 3/459). 9.4. Le turban est la gravité du croyant et la dignité des Arabes Un autre hadith extrêmement faible et forgé dit : « Le turban est la gravité du croyant et la dignité des Arabes. Lorsque les Arabes abandonneront le turban, leur dignité sera détruite. » (‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ 2/94 ; Albânî, Maqâlât, p. 134). 9.5. Le turban est la couronne des Arabes et s’asseoir en s’enveloppant les jambes et le dos dans un tissu est leur rempart Un autre hadith forgé dit : « Le turban est la couronne des Arabes ; s’asseoir en enveloppant les deux pieds et le dos dans un tissu est leur rempart. » (Bayhaqî, Shu‘ab al-Îmân 5/176 ; Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 297). 9.6. Une lumière pour chaque tour du turban au Jour de la Résurrection Un autre hadith forgé dit : « Ce qui distingue les polythéistes de nous, c’est le turban par-dessus le couvre-chef. Au Jour de la Résurrection, une lumière sera accordée pour chaque tour ou chaque pli du turban sur la tête. » (Munâwî, Fayd al-Qadîr 4/392 ; Albânî, Maqâlât, p. 131). 9.7. Portez le turban afin de vous opposer aux communautés antérieures Un autre hadith faible ou forgé dit : « Portez le turban afin de vous opposer aux peuples qui vous ont précédés. » (Bayhaqî, Shu‘ab al-Îmân 5/176). 9.8. L’honneur par le turban et les étendards Un autre hadith faible ou forgé dit : « Allah a honoré cette communauté par le turban et les drapeaux ou étendards. » (Sa‘îd ibn Mansûr, al-Sunan 2/246). 9.9. Le turban est la tenue des anges Un autre hadith forgé dit : « Portez le turban, car le turban est le signe ou la tenue des anges. Et laissez-en retomber l’extrémité par-derrière. » (Bayhaqî, Shu‘ab al-Îmân 5/176 ; Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl 1/315, 6/294, 7/204 ; ‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ 2/94). 9.10. Le turban est une barrière entre la mécréance et la foi Un hadith forgé diffusé au nom de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) dit : « Le jour de Ghadîr Khumm, le Messager d’Allah (ﷺ) me mit un turban et en laissa retomber l’extrémité par-derrière. Puis il dit : “Lors des jours de Badr et de Hunayn, Allah m’a aidé par des anges portant ainsi le turban.” Il dit également : “Le turban est une clôture ou une barrière entre la mécréance et la foi.” » (Bayhaqî, al-Sunan al-Kubrâ 10/14 ; Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl 1/426, 4/67 ; al-Mughnî 1/91, 1/333, 2/784). Les traditionnistes sont d’accord concernant la plupart de ces hadiths : ce sont des paroles fabriquées par des menteurs. Il existe un léger désaccord au sujet de deux ou trois d’entre eux. Certains les ont décrits comme des hadiths mensongers ; d’autres, sans les déclarer directement mensongers, les ont qualifiés d’extrêmement faibles. (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 297-298 ; ‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ 2/94). Deuxièmement, les mérites de la prière avec un turban On ne trouve nulle part que le Messager d’Allah (ﷺ) ou ses Compagnons aient jamais porté le turban spécialement pour la prière. La question est donc : existe-t-il une récompense supplémentaire à accomplir la prière avec un turban ? Plusieurs hadiths ont été rapportés à ce sujet, et les traditionnistes sont unanimes à dire qu’ils sont tous forgés. Il est établi qu’ils ont été fabriqués par des transmetteurs notoirement menteurs. Je les mentionne ici brièvement. Pour une étude détaillée, voir l’ouvrage consacré aux vêtements. 9.11. Le mérite du port du turban blanc le vendredi Une parole mensongère rapportée au nom d’Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) dit : « Allah a des anges qui sont affectés, le vendredi, à la porte de la mosquée principale ; ils demandent à Allah de pardonner à ceux qui portent un turban blanc. » (Khatîb al-Baghdâdî, Târîkh Baghdâd 14/206 ; Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Lisân al-Mîzân 6/261). 9.12. Le mérite du port du turban le vendredi Une parole mensongère rapportée au nom d’Abû al-Dardâ’ (qu’Allah l’agrée) dit : « Allah et Ses anges adressent, le vendredi, leurs prières (miséricorde et bénédictions) à ceux qui portent le turban. » (Dhahabî, Mîzân al-I‘tidâl 1/463 ; Ibn Hajar, Lisân al-Mîzân 1/488 ; ‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ 2/95). 9.13. Deux unités de prière avec turban contre soixante-dix sans turban Un hadith forgé rapporté au nom de Jâbir (qu’Allah l’agrée) dit : « Deux unités de prière avec un turban sont meilleures que soixante-dix unités sans turban ou tête nue. » (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 298 ; ‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ 2/33, 95). 9.14. La prière avec turban vaut vingt-cinq fois plus et la prière du vendredi soixante-dix fois plus Une parole forgée diffusée au nom d’Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Une prière avec un turban équivaut à vingt-cinq prières, et une prière du vendredi avec un turban équivaut à soixante-dix prières du vendredi. » (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 298 ; Mullâ Qârî, al-Asrâr, p. 147 ; ‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ 2/33, 95). 9.15. Dix mille bonnes actions pour une prière avec turban Les menteurs l’ont diffusé au nom d’Anas ibn Mâlik : « Une prière accomplie avec un turban rapporte dix mille bonnes actions. » (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 298 ; Mullâ Qârî, al-Asrâr, p. 147 ; ‘Ajlûnî, Kashf al-Khafâ 2/33, 95). Ainsi, les traditionnistes sont unanimes : tout ce qui a été rapporté au sujet du mérite d’accomplir la prière avec un turban est faux et forgé. 2.16.4. Parure et propreté 10. Le moment de porter des vêtements neufs Aucun récit fiable n’indique que le Messager d’Allah (ﷺ) appréciait un moment particulier pour porter des vêtements neufs. Le hadith suivant a été rapporté à ce sujet, mais les traditionnistes l’ont considéré comme forgé : « Lorsque le Messager d’Allah (ﷺ) portait des vêtements neufs, il les portait le vendredi. » (Khatîb al-Baghdâdî, Târîkh Baghdâd 4/136 ; Ibn Hajar, Tahdhîb 9/228 ; Albânî, Da‘îf al-Jâmi‘, p. 629). 11. Tailler la barbe L’imam Tirmidhî dit dans son Sunan : Hannâd nous a rapporté ; ‘Umar ibn Hârûn nous a rapporté, d’après Usâma ibn Zayd, d’après ‘Amr ibn Shu‘ayb, d’après son père, d’après son grand-père : « Le Messager d’Allah (ﷺ) égalisait la longueur et la largeur de sa barbe (il la taillait). » Après avoir cité ce hadith, l’imam Tirmidhî dit : « Ce hadith est gharîb (faible). J’ai entendu Muhammad ibn Ismâ‘îl (l’imam Bukhârî) dire qu‘Umar ibn Hârûn était un transmetteur à peu près acceptable. Tous les hadiths que j’ai entendus de lui ont une quelconque base. Mais celui-ci n’en a absolument aucune. Ce hadith n’est connu par aucune autre voie que celle d‘Umar ibn Hârûn. » (Tirmidhî, al-Sunan 5/94). De l’analyse de l’imam Tirmidhî, nous apprenons trois choses : (1) ce hadith n’a été rapporté par aucune voie autre que celle d‘Umar ibn Hârûn. Lui seul prétend qu’Usâma ibn Zayd al-Laythî lui a transmis ce hadith. (2) Selon l’imam Bukhârî, ‘Umar ibn Hârûn n’est pas un transmetteur totalement délaissé. (3) Bien que les autres hadiths d‘Umar ibn Hârûn aient une base, celui-ci est entièrement dépourvu de fondement. De nombreux autres traditionnistes ont contesté l’imam Bukhârî sur le deuxième point. Une brève présentation de cette question nous aidera à comprendre clairement la méthode d’examen des traditionnistes et leurs divergences à ce sujet. ‘Umar ibn Hârûn ibn Yazîd al-Balkhî (194 H) était un traditionniste assez célèbre du IIe siècle de l’hégire. Il était également connu pour soutenir vigoureusement la croyance des traditionnistes et des gens de la Sunna contre les Murji’ites. C’est pourquoi de nombreux traditionnistes l’appréciaient. Toutefois, ils remarquèrent qu’il rapportait de certains de ses maîtres de nombreux hadiths qu’aucun autre étudiant de ces maîtres ne rapportait. Les examens comparatifs des traditionnistes le mirent en évidence. Les traditionnistes divergèrent sur la cause de ce phénomène. En raison de sa célébrité et de son opposition aux innovations, beaucoup avaient de lui une bonne opinion. Pour expliquer ses transmissions isolées, ils dirent qu’il avait peut-être commis involontairement des erreurs dans certains hadiths parce qu’il en avait mémorisé un très grand nombre. Selon eux, il ne mentait pas délibérément. L’imam Bukhârî et quelques autres traditionnistes comptent parmi eux. À l’inverse, beaucoup d’autres traditionnistes le considérèrent comme un menteur délibéré. Leurs recherches avaient mis ses mensonges au jour. Parmi eux figurait le célèbre traditionniste de son époque, ‘Abdullah ibn al-Mubârak (181 H). Il dit : je me rendis à La Mecque pour apprendre les hadiths auprès de l’imam Ja‘far al-Sâdiq (148 H), mais celui-ci mourut avant mon arrivée ; je ne pus donc rien apprendre de lui. ‘Umar ibn Hârûn arriva à La Mecque après moi. Pourtant, il prétendit ensuite avoir appris de nombreux hadiths de l’imam Ja‘far al-Sâdiq. Cela prouve qu’il était menteur. ‘Abd al-Rahmân ibn Mahdî (194 H) dit : ‘Umar ibn Hârûn vint nous voir et nous rapporta de nombreux hadiths d’après Ja‘far ibn Muhammad (l’imam Ja‘far al-Sâdiq). Nous avons alors calculé l’année de naissance d‘Umar ibn Hârûn et la date à laquelle il s’était rendu à La Mecque pour étudier les hadiths. Nous avons constaté que Ja‘far était mort avant le voyage d‘Umar à La Mecque. (Umar serait né vers 125/130 de l’hégire, tandis que Ja‘far al-Sâdiq mourut en 148. À cette époque, Umar ne voyageait pas encore pour étudier les hadiths.) L’imam Ahmad ibn Hanbal dit : ‘Umar ibn Hârûn rapporta un jour certains hadiths. Plus tard, il rapporta ces mêmes hadiths au nom d’autres maîtres et avec d’autres chaînes de transmission. Nous avons donc rejeté ses hadiths. À travers ces différents examens, il leur apparut qu‘Umar ibn Hârûn mentait délibérément dans la transmission des hadiths. Parmi les autres traditionnistes qui l’ont qualifié de menteur ou de transmetteur délaissé figurent Yahyâ ibn Sa‘îd al-Qattân, Yahyâ ibn Ma‘în, Nasâ’î, Sâlih Jazara, Abû Nu‘aym, Ibn Hibbân et Ibn Hajar. (Ibn Hajar, Tahdhîb 7/441-443 ; Taqrîb, p. 417). C’est pourquoi certains traditionnistes ont considéré ce hadith comme forgé. (Albânî, Da‘îf al-Jâmi‘, p. 653 ; al-Da‘îfa 1/456-457). Il convient de préciser qu’il est rapporté par une chaîne acceptable d’Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée), d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) et d’autres Compagnons que, lorsqu’ils se rasaient la tête après le pèlerinage ou la ‘umra, ils saisissaient leur barbe dans le poing et coupaient ce qui dépassait du poing. (Bukhârî, al-Sahîh 5/2209 ; Bayhaqî, al-Sunan al-Kubrâ 5/104 ; Ibn Hajar, Fath al-Bârî 10/350). C’est pourquoi certains juristes ont dit qu’il est permis de couper ce qui dépasse une poignée de barbe. D’autres juristes ont dit que, quelle que soit sa longueur, la barbe ne doit pas être taillée ; seules les parties désordonnées peuvent être coupées. 12. La bague et les propriétés des pierres Parmi les innombrables hadiths mensongers et forgés répandus dans la société figurent ceux qui décrivent les propriétés de diverses pierres. Parmi les moyens sataniques qui détruisent la foi du musulman figurent notamment l’astrologie et les charlatans qui se répandent dans tous les recoins de la société. Plusieurs hadiths authentiques rapportent que le musulman devient mécréant et perd sa foi s’il se rend chez un astrologue ou un devin, ou s’il croit ses paroles. Il n’est pas possible d’en discuter ici. L’une des nombreuses impostures des astrologues consiste à prescrire des pierres. Ils conseillent à différentes personnes de porter des bagues ornées de pierres diverses. Certains citent même des hadiths à ce sujet. Croire que les pierres possèdent un pouvoir bénéfique ou nuisible est une croyance contraire à la foi. Cette croyance est entrée dans les sociétés musulmanes en provenance de diverses sociétés non musulmanes. Les traditionnistes sont unanimes : tous les hadiths concernant les propriétés des pierres sont forgés. Aucun hadith rapporté au sujet de pierres telles que la zabarjad, le rubis, l’émeraude, l’agate et autres n’est fiable. (Mullâ Qârî, al-Asrâr, p. 93-94 ; al-Masnû‘, p. 51). 13. Soixante-dix fois plus de récompense en priant avec une bague Un hadith forgé sur le mérite de la bague dit : « Celui qui accomplit la prière avec une bague reçoit soixante-dix fois plus de récompense que celui qui prie sans bague. » Les traditionnistes sont unanimes : ce hadith est dépourvu de fondement et constitue une parole forgée. Il est établi par des hadiths authentiques que le Messager d’Allah (ﷺ) portait une bague. Toutefois, aucun hadith authentique n’encourage à en porter une. (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 271 ; Mullâ Qârî, al-Asrâr, p. 146 ; al-Masnû‘, p. 87 ; Zurqânî, Mukhtasar al-Maqâsid, p. 125). 14. Règles relatives à la coupe des ongles Se couper régulièrement les ongles est une prescription et une sunna de l’islam. Le Messager d’Allah (ﷺ) n’a enseigné aucun jour déterminé pour se couper les ongles. Divers ouvrages rapportent différentes règles : couper les ongles dans le sens inverse, commencer par tel ongle et terminer par tel autre, les couper ou ne pas les couper certains jours, ainsi que les mérites ou conséquences de ces pratiques. Ce sont toutes des règles introduites par les générations postérieures. Les traditionnistes sont unanimes : tout ce qui est répandu à ce sujet est vain, forgé et mensonger. Suivre ces règles pour se couper les ongles est également contraire à la sunna. Le Messager d’Allah (ﷺ) a ordonné de se couper les ongles. Il n’a enseigné aucune méthode ni aucun jour particulier. Par conséquent, cet ordre est accompli dès lors que l’on se coupe les ongles n’importe quel jour et de n’importe quelle manière. Imaginer un mérite particulier à se couper les ongles un jour donné ou selon une méthode donnée revient à considérer l’enseignement du Messager d’Allah (ﷺ) comme incomplet et à oser prétendre le parachever. Qu’Allah nous accorde la capacité de vivre selon la Sunna authentique. (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 313, 421 ; Mullâ ‘Alî Qârî, al-Asrâr, p. 170, 241).

2.17. Questions relatives à la nourriture et aux boissons

1. Ne pas parler pendant le repas Tout ce qui est dit au sens d’une interdiction de parler pendant le repas ou d’une recommandation de ne pas parler est entièrement forgé. Ce n’est pas seulement forgé : c’est contraire aux hadiths authentiques. Il est rapporté dans plusieurs hadiths authentiques que le Messager d’Allah (ﷺ) et les Compagnons parlaient de diverses choses et racontaient des histoires pendant qu’ils mangeaient. (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 460 ; Mullâ Alî al-Qârî, al-Asrâr, p. 265 ; al-Ajlûnî, Kashf al-khafâ, 2/488 ; Zarqânî, Mukhtasar al-maqâsid, p. 203). 2. Ne pas saluer pendant le repas L’idée répandue est qu’il ne convient pas de saluer pendant le repas. On dit : « On ne saluera pas celui qui mange. » Sakhâwî, Mullâ Qârî et Ajlûnî disent que cette parole n’a aucune existence dans les hadiths. Toutefois, si quelqu’un a de la nourriture dans la bouche, il vaut mieux ne pas le saluer. Si quelqu’un le salue dans cet état, il ne sera pas obligatoire pour lui de répondre. (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 460 ; Mullâ Alî al-Qârî, al-Asrâr, p. 265). 3. La guérison par les restes du croyant Une autre parole forgée et répandue est la suivante : « Il y a guérison dans les restes du croyant, ou guérison dans la salive du croyant. » Cette parole n’est en aucun cas un hadith, ni une parole du Messager d’Allah (ﷺ) . (Sakhâwî, al-Maqâsid, p. 241 ; Mullâ Alî al-Qârî, al-Asrâr, p. 129). Manger les restes d’un croyant n’est pas une guérison, mais cela fait partie des convenances islamiques. Le Messager d’Allah (ﷺ) , ses Compagnons et les musulmans des générations suivantes mangeaient ensemble dans le même récipient et buvaient de l’eau dans le même récipient. Cette habitude est encore répandue en Arabie et en Europe. Dans notre pays, en raison du système indien des castes et de la pratique de l’intouchabilité, les gens éprouvent du dégoût à manger les restes les uns des autres. Ce sont des mentalités contraires à l’islam. 4. La guérison obtenue en mangeant du sel avant et après le repas C’est un autre faux hadith répandu dans notre société. « Lorsque tu mangeras, commence par le sel et termine par le sel, car le sel est un remède contre 70 sortes de maladies… » Les spécialistes du hadith sont unanimes : cette parole est mensongère et forgée. (Haythamî, Zawâ’id Musnad al-Hârith, 1/526 ; Daylamî, al-Firdaws, 3/33 ; Ibn al-Jawzî, al-Mawdû‘ât, 2/192). 5. Le mérite de la nappe rouge Parmi les gens pieux de notre pays, manger sur une nappe rouge est une « sunna » célèbre. Aucun hadith authentique ou faible ne rapporte que le Messager d’Allah (ﷺ) ait utilisé une nappe rouge ou ait encouragé à utiliser une telle nappe. De nombreuses paroles forgées circulent à ce sujet. En voici une : « Le vénérable Messager agréé (ﷺ) …. utilisait une nappe rouge. ….. Celui qui mange sur une nappe rouge recevra cent récompenses pour chaque bouchée et cent portes du Paradis lui seront réservées. Cette personne recevra constamment au Paradis des milliers de salutations et de bénédictions de la part de Jésus (a.s.) et des autres prophètes…. Puis le vénérable [Prophète] rapporta en jurant : Par le Dieu dans la main duquel se trouve mon âme, celui qui mangera du pain sur une nappe rouge obtiendra la récompense d’un pèlerinage mineur et celle d’avoir rassasié mille affamés. Il recevra tant de récompenses que ce sera comme s’il avait libéré mille prisonniers de ma communauté……. » Ainsi sont également énumérées bien d’autres histoires extravagantes, absurdes et forgées, ainsi que des listes de récompenses. (Cheikh Maînuddîn Chishtî, Anîs al-arwâh, p. 30-31). Il convient de préciser qu’il existe encore parmi nous de nombreuses conceptions erronées ou infondées au sujet de la nappe. Le Messager d’Allah (ﷺ) utilisait une nappe. Cependant, aucune instruction ni aucun encouragement de sa part à l’utiliser n’a été rapporté avec une chaîne authentique. Il ne s’est pas non plus opposé au fait de manger sans nappe. Mais nous accordons généralement à la nappe une importance que nous n’accordons pas aux nombreuses obligations prescrites par le Coran et les hadiths, ni aux nombreux interdits. En outre, puisque le Messager d’Allah (ﷺ) utilisait une nappe, nous en déduisons qu’il mangeait comme nous en posant des assiettes, des bols, etc. sur la nappe. Cette idée est incorrecte. À son époque, on utilisait une nappe en cuir, ou « sufrâ », et l’on y déposait directement les aliments — dattes, fromage, beurre clarifié, etc. — sans assiettes, bols, bassines ni aucun autre récipient. On mélangeait au besoin ces aliments directement sur la nappe, puis on y mangeait. (Bukhârî, as-Sahîh, 5/2059).

2.18. Questions relatives au mariage, à la famille, à la société, etc.

2.18.1. Le mariage, la famille et la vie conjugale La famille constitue une partie extrêmement importante du système de vie islamique. De nombreuses directives du Messager d’Allah (ﷺ) ont été rapportées dans divers hadiths authentiques au sujet de la fondation d’une famille, des responsabilités réciproques des membres de la famille, des devoirs, de la compassion, des responsabilités réciproques de l’époux et de l’épouse, ainsi que du mérite de la joie et de la satisfaction dans la vie conjugale. Parallèlement à ces enseignements, d’innombrables propos fabriqués, sans fondement, forgés ou faibles circulent dans la société sous le nom de hadiths. Il est particulièrement étonnant que, délaissant les hadiths authentiques des recueils de hadiths célèbres, nous écrivions ou récitions dans divers ouvrages d’innombrables propos fabriqués dépourvus de chaîne de transmission. En raison de l’augmentation du volume de ce livre, il n’est pas possible de mentionner les hadiths authentiques sur les différents sujets. Nous ne citerons brièvement que quelques propos fabriqués. 1. Deux rak‘ates du marié valent 70 rak‘ates du célibataire Un hadith forgé très répandu : « Deux rak‘ates du marié sont meilleures que 70 rak‘ates du célibataire. » 2. Deux rak‘ates du marié valent 82 rak‘ates du célibataire Un autre hadith forgé très répandu : « Deux rak‘ates du marié sont meilleures que 70 rak‘ates du célibataire. » Le Coran et les hadiths prescrivent le mariage et exposent également son mérite. Mais ces deux hadiths sont forgés et fabriqués. (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at 2/164 ; al-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal 6/21 ; Ibn Hajar, Lisan al-Mizan 5/15). 3. Jeter, ramasser ou se disputer des dattes lors de la cérémonie de mariage Plusieurs hadiths ont été rapportés à ce sujet. Aucun d’eux n’est authentique. Leurs chaînes de transmission sont extrêmement faibles et contiennent un rapporteur menteur. C’est pourquoi les spécialistes du hadith les ont considérés comme forgés. (al-Tabarani, al-Awsat 1/44 ; Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at 2/170-172 ; al-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal 2/23 ; Ibn Hajar, Lisan al-Mizan 2/19). 4. Les prétendues restrictions relatives aux rapports conjugaux De même que l’islam interdit strictement les relations extraconjugales, il encourage les couples mariés à jouir de toutes les joies, réjouissances, plaisirs et émotions de leur vie et de leur jeunesse. L’islam n’a interdit ni rendu haram aucun jour, date, jour de la semaine, phase lunaire, moment, instrument ou méthode pour le plaisir naturel du couple. Il n’existe entre l’époux et l’épouse aucune forme de voile ni aucune interdiction de se regarder ou de se toucher. De nombreux hadiths forgés, sans fondement et fabriqués répandent diverses affirmations mensongères au sujet des rapports conjugaux : il ne faudrait pas avoir de rapports à tel moment, tel jour, tel jour de la semaine, telle nuit ou telle phase lunaire, sous peine de subir tel dommage ou de voir l’enfant atteint de telle maladie… etc. Ou bien il ne faudrait pas avoir de rapports selon telle méthode ou dans telle position, sous peine de tel dommage ou de telle malformation chez l’enfant… etc. Ou encore il ne faudrait pas parler, regarder ou toucher pendant les rapports conjugaux… sous peine de telle maladie ou de tel dommage… etc. Ou bien l’enfant serait chanceux ou malchanceux selon le moment, le jour de la semaine ou la phase lunaire des rapports conjugaux. Tout cela n’est que mensonge, fabrication et invention. Il est rapporté dans un hadith authentique que certaines superstitions de ce genre étaient répandues parmi les Juifs de Médine. Alors, le Très-Haut fit descendre dans le Noble Coran le verset 223 de la sourate al-Baqara afin de réfuter ces superstitions. (Muslim, al-Sahih 2/1059 ; Ibn Kathir, Tafsir 1/262 ; Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at 2/175-176 ; al-Albani, al-Da‘ifa 1/351-356). 5. Le paradis de l’épouse se trouve sous les pieds de son époux On lit dans un ouvrage très répandu : « Le Prophète (ﷺ) aurait dit : “Le paradis des épouses se trouve sous les pieds de leurs époux.” » (Maw. Ghulam Rahman, Maqsudul Muminin, p. 328). Cette affirmation est sans fondement et fabriquée. Il n’est connu aucune chaîne authentique, faible ou forgée par laquelle cette parole aurait été rapportée du Messager d’Allah (ﷺ). Les enseignements du Coran et des hadiths montrent que le paradis de chacun des deux époux dépend de l’autre. C’est en assumant réciproquement leurs responsabilités et en faisant valoir leurs droits respectifs qu’il est possible d’obtenir l’agrément d’Allah. 6. La récompense de la grossesse et de l’accouchement Le Noble Coran mentionne en plusieurs endroits la dignité de la maternité, notamment la grossesse, l’allaitement et d’autres sujets. Les hadiths évoquent de manière générale la récompense de la tenue du foyer, de l’éducation des enfants et de tâches semblables. Mais les faussaires, suivant leur habitude, ont fabriqué de nombreux hadiths en attribuant à chaque acte ou situation des mérites et des récompenses extraordinaires distincts. Ces propos circulent dans notre société. Des affiches, calendriers et autres imprimés sont même produits à partir de ces paroles sans fondement. On lit dans un ouvrage très répandu : « Le Prophète (ﷺ) s’adressa un jour aux femmes en disant : lorsqu’une femme tombe enceinte de son mari, depuis ce moment jusqu’à l’apparition des douleurs de l’accouchement, elle recevra constamment, le jour, la récompense du jeûne et, la nuit, celle de la prière surérogatoire. Lorsque les douleurs de l’accouchement apparaissent, Dieu Très-Haut lui réserve au Paradis des choses dont aucun habitant de la terre, du ciel, du Paradis ou de l’Enfer ne connaît l’emplacement. Lorsqu’elle accouche, jusqu’au sevrage de l’enfant, Allah Très-Haut lui accorde une bonne action pour chaque gorgée de lait. Si elle meurt durant cette période, elle obtiendra le rang des martyrs. Et si elle doit veiller une nuit pour son enfant, Allah lui accordera, en échange de cette veille, la récompense de l’affranchissement de 70 esclaves. Il aurait ensuite également dit que ces récompenses ne seraient accordées qu’aux femmes qui, en obéissant constamment au commandement de Dieu et à celui de leur époux, auraient pu compter parmi les femmes vertueuses. Les femmes désobéissant à Allah et à leur époux ne recevraient jamais ces récompenses. » (Maw. Ghulam Rahman, Maqsudul Muminin, p. 331-332). Cette affirmation est une traduction arbitraire d’un hadith forgé. (Ibn al-Jawzi, al-Mawdu‘at 2/178 ; al-Suyuti, al-La’ali 2/174-175 ; Ibn ‘Iraq, Tanzih 2/203-204, 211). En outre, d’innombrables propos extravagants, mensongers, fabriqués et sans fondement ont été écrits au nom des hadiths, noircissant page après page les ouvrages en question. La plupart des propos écrits dans ces livres sous le nom de hadiths sont fabriqués et forgés. 2.18.2. Le mérite de l’âge et le respect des personnes âgées Le Coran et les hadiths enseignent diverses règles de bienséance sociale. L’une des principales consiste à respecter les personnes âgées. Plusieurs hadiths prescrivent d’accorder en premier la parole à celui qui est le plus âgé, de lui remettre un objet en premier, ou de lui donner la priorité dans des actes sociaux et des marques de respect similaires. Il est ordonné de manière générale de respecter les personnes âgées et les vieillards. On trouve dans un hadith authentique : « Celui qui ne fait pas preuve de compassion envers les plus jeunes parmi nous et ne reconnaît pas le droit de nos aînés (ne respecte pas nos aînés) ne fait pas partie des nôtres. » (al-Hakim, al-Mustadrak 1/131 ; al-Tirmidhi, al-Sunan 4/321-322). Dans un autre hadith, le Messager d’Allah (ﷺ) dit : « Honorer un musulman âgé aux cheveux blancs (dont les cheveux et la barbe sont blancs) fait partie de la vénération d’Allah… » (Abu Dawud, al-Sunan 4/261 ; al-Albani, Sahih al-Jami‘ 1/438). 1. Honorer le vieillard, c’est honorer Allah Cependant, comme pour d’autres sujets, les faussaires ont également fabriqué des hadiths sur celui-ci. Parmi les hadiths forgés et extrêmement faibles à ce propos figure : « Honorez les cheikhs ou les vieillards, car honorer les vieillards fait partie de la vénération d’Allah. » Le sens de ce hadith est proche de celui des hadiths fiables cités plus haut. Toutefois, aucune parole sous cette formulation n’a été rapportée du Messager d’Allah (ﷺ). C’est pourquoi les spécialistes du hadith sont unanimes à considérer ce hadith, dans cette formulation, comme forgé. (Ibn ‘Iraq, Tanzih al-Shari‘a 207). 2. Dans une lignée, un vieillard est comme un prophète au sein de la communauté Un autre hadith forgé à ce sujet dit : « Dans un peuple ou une tribu, le cheikh ou l’ancien notable est comme un prophète au sein de la communauté. » (Ibn ‘Iraq, Tanzih al-Shari‘a 207-208). À l’époque du Messager d’Allah (ﷺ) et durant les quelques siècles suivants, le mot cheikh avait deux sens. Le premier était « vieillard ». C’est le sens lexical ou usuel originel de ce terme. Le deuxième était : chef de tribu. À une époque ultérieure, les grands maîtres soufis furent également appelés cheikhs. Le mot persan « pir » a lui aussi ce sens. Après que le mot « cheikh » eut commencé à être employé dans un troisième sens, certaines personnes, ignorantes du caractère fabriqué de ce hadith, le citèrent également comme preuve du rang des cheikhs de la voie spirituelle ou des pir-mashâyikh. Nous savons que les pir-mashâyikh ont un rang en tant que serviteurs pieux et en tant que maîtres ou guides sur le chemin d’Allah. Toutefois, ce hadith forgé n’a aucun rapport avec leur rang. 3. La remise de la punition aux vieillards et aux vieilles femmes aux cheveux blancs C’est un autre propos fabriqué de cette nature. Allah dit : « J’ai honte de châtier en Enfer Mes serviteurs après que leurs cheveux et leur barbe ont blanchi dans l’islam. » (Ibn ‘Iraq, Tanzih al-Shari‘a 204-205). Un autre propos fabriqué de ce genre dit : « Lorsqu’une personne atteint l’âge de 60 ans dans l’islam, Allah lui interdit l’Enfer. » (Ibn ‘Iraq, Tanzih al-Shari‘a 227). 4. Si l’on ne devient pas meilleur à 40 ans, se préparer à l’Enfer Un autre propos fabriqué dit : « Que celui qui atteint l’âge de quarante ans sans que le bien en lui l’emporte sur le mal se prépare à l’Enfer. » (Ibn ‘Iraq, Tanzih 1/205-206).

2.19. Questions relatives à la langue, aux professions, etc.

L’islam est la religion, la foi ou le système de vie choisi par Allah pour les hommes de toutes les époques, de toutes les langues et de toutes les sociétés. Il n’y a ici aucune supériorité ni infériorité de mérite en raison de la langue, de la couleur, du pays, de la tribu, de la lignée ou de l’époque. Le Coran et les hadiths l’affirment à maintes reprises. À partir du deuxième siècle de l’Hégire, de nombreux faussaires ont fabriqué divers hadiths en faveur ou à l’encontre de certaines personnes, en exploitant les divisions ethniques, linguistiques, professionnelles, etc. Certains ont inventé des paroles en faveur de la langue arabe et contre la langue persane. D’autres ont fait l’inverse. De même, des hadiths ont été fabriqués en faveur ou à l’encontre de divers peuples et couleurs, tels que les Arabes, les Persans, les Turcs, les Noirs, les Romains, les Grecs, les Africains… Des hadiths ont également été fabriqués en faveur ou à l’encontre de diverses professions, comme les orfèvres, les tisserands, les pêcheurs, les barbiers, etc. L’examen et la vérification des chaînes de transmission ont permis de démasquer leur falsification. De plus, ces propos sont contraires aux valeurs islamiques. L’unique critère de la dignité humaine est la taqwâ, c’est-à-dire la probité. Blâmer quelqu’un ou le considérer comme inférieur à un autre en raison de sa profession, de sa langue, de sa couleur, de sa tribu ou de sa lignée est contraire aux directives explicites du Coran et des hadiths. Parmi ces hadiths forgés figurent les suivants : 1. Aimez les Arabes pour trois raisons L’arabe est la langue du Coran et la langue du Messager d’Allah (ﷺ) . C’est pourquoi tous les croyants aiment naturellement la langue arabe. En exploitant cet amour naturel de la langue, les faussaires ont fabriqué de nombreux hadiths sur le mérite d’aimer les Arabes. Un hadith répandu dit : « Aimez les Arabes pour trois raisons : je suis arabe, la langue du Coran est l’arabe et la langue du Paradis est l’arabe. » La majorité des muhaddiths ont qualifié cette parole de hadith forgé et mensonger. Certains l’ont toutefois mentionnée comme faible ou peu solide. L’examen de sa chaîne montre qu’il s’agit manifestement d’une fabrication. (Al-Hakim, Al-Mustadrak, 4/97-98 ; As-Suyuti, Al-La’ali, 1/442 ; As-Sakhawi, Al-Maqasid, p. 45-46 ; Al-Albani, Ad-Da‘ifa, 1/293). 2. Le grave crime de parler persan Al-Hakim an-Naysaburi a rapporté dans son ouvrage Al-Mustadrak, par la voie d’Anas (qu’Allah l’agrée), le hadith suivant du Messager d’Allah (ﷺ) : « Si quelqu’un parle persan, cela augmentera ses péchés de bassesse et diminuera son humanité et sa personnalité. » L’unique transmetteur de ce hadith est Talha ibn Zayd ar-Ruqqi. Il prétend que l’imam Al-Awza‘i lui a rapporté ce hadith d’après Yahya ibn Abi Kathir, d’après Anas. Les muhaddiths ont qualifié cet homme d’abandonné et de très répréhensible. C’est pourquoi des imams du hadith tels qu’Ibn al-Jawzi et adh-Dhahabi ont considéré ce hadith comme forgé et mensonger. Il faut remarquer qu’en plus de la faiblesse de sa chaîne, ce hadith est rejeté parce que son sens est contraire aux valeurs islamiques. (Ibn ‘Adi, Al-Kamil, 4/108-110 ; Al-Hakim, Al-Mustadrak, 4/98 ; adh-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal, 3/463-464 ; Ibn ‘Iraq, Tanzih, 2/291). 3. La condamnation de diverses professions Parmi les hadiths forgés qui ont durablement produit des effets détestables dans notre société figurent ceux qui ont été fabriqués contre les personnes exerçant des professions telles que tisserand, tailleur, forgeron, barbier, etc. L’islam encourage le travail, l’effort et l’exercice d’une profession. Toutes les formes de travail et de profession sont louées. Pourtant, ces faussaires ont fabriqué, au nom du Messager d’Allah (ﷺ), des hadiths condamnant diverses professions. Par exemple : les tisserands ou les barbiers ne seraient pas du même rang que les autres musulmans pour les relations matrimoniales ; les forgerons ou les orfèvres seraient les plus grands menteurs ; les tisserands seraient les disciples de l’Antéchrist ; condamnation des marchands de bétail, des bouchers ou des chasseurs. (Ad-Daylami, Al-Firdaws, 3/89 ; Ibn al-Jawzi, Al-Mawdu‘at, 1/162-163 ; adh-Dhahabi, Mizan al-I‘tidal, 5/174-176 ; Ibn ‘Iraq, Tanzih, 1/254-255 ; Al-Albani, Da‘if al-Jami‘, p. 562-563). La diffusion de ces hadiths forgés a créé dans la société musulmane une mentalité contraire à l’islam, faite de haine envers diverses professions, de mépris du travail, etc. 2.18. Quelques autres hadiths forgés Nous savons qu’il faut œuvrer ici-bas en vue de l’au-delà. Toutefois, un hadith dépourvu de fondement est répandu dans ce sens. Il dit : « Le monde ici-bas est le champ de l’au-delà. » Bien que le sens de cette parole soit correct, ce n’est pas un hadith. Elle n’a été rapportée nulle part avec une chaîne authentique, faible ou même forgée. Beaucoup l’ont écrite, citée et la citent encore comme un hadith, uniquement sur la base de sa popularité. (As-Saghani, Al-Mawdu‘at, p. 64 ; As-Sakhawi, Al-Maqasid, p. 227 ; Mulla ‘Ali al-Qari, Al-Asrar, p. 123 ; Darwish al-Hut, Asna al-Matalib, p. 110). 2. Les bonnes actions des vertueux sont les péchés des proches Une phrase répandue est généralement citée comme un hadith : « Les bonnes œuvres des gens vertueux sont comptées comme des péchés pour leurs proches (les amis d’Allah). » Les muhaddiths sont unanimes : cette phrase n’est pas un hadith, mais une parole d’un pieux homme du troisième siècle, Abu Sa‘id al-Kharrar (mort en 286 de l’Hégire). (Ibn Taymiyya, Ahadith al-Qussas, p. 84 ; As-Sakhawi, Al-Maqasid, p. 199 ; Mulla ‘Ali al-Qari, Al-Asrar, p. 113 ; Al-Masnu‘, p. 64). 3. Il n’y a pas de salat sans concentration Une autre parole dépourvue de fondement et forgée est répandue comme un « hadith » : « Il n’y a pas de salat sans présence du cœur. » L’importance de la concentration dans la salat ressort du Coran et de plusieurs hadiths authentiques. Toutefois, cette parole n’est pas un hadith ; c’est une parole forgée, dépourvue de chaîne de transmission. 4. Mourez avant de mourir Une phrase forgée est répandue sous le nom de hadith : « Mourez avant de mourir. » Des muhaddiths tels qu’Ibn Hajar al-‘Asqalani, As-Sakhawi et Mulla ‘Ali al-Qari sont unanimes : cette parole est une invention dépourvue de fondement. (As-Sakhawi, Al-Maqasid, p. 432 ; Mulla ‘Ali al-Qari, Al-Asrar, p. 246 ; Darwish al-Hut, Asna al-Matalib, p. 235 ; Al-‘Ajluni, Kashf al-Khafa, 2/384). 5. Le grand péché du tabagisme D’après un périodique répandu (Anjuman Ahmadiyya Rahmania Sunniya, Chittagong, mensuel Tarjuman, 25e année, 4e numéro, mai-juin 2005, p. 57), deux hadiths forgés contre le tabagisme sont diffusés dans certaines régions de notre pays. « Celui qui fume, c’est comme s’il avait bu le sang des prophètes. » « Celui qui fume, c’est comme s’il avait commis l’adultère avec sa mère à l’intérieur de la Kaaba. » Il est difficile de croire que quelqu’un puisse considérer de telles paroles ignobles, grossières et absurdes comme un hadith. En toutes circonstances, ce ne sont que des paroles ignobles, mensongères et forgées. 6. La madrasa, la maison du Prophète Un hadith très répandu dans notre pays et apprécié des prédicateurs : « La mosquée est la maison d’Allah et la madrasa est ma maison ou mon foyer. » Cette parole, prononcée au nom du hadith, est une abominable invention mensongère ; elle n’a été rapportée du Messager d’Allah (ﷺ) avec aucune chaîne authentique ou faible, et encore moins avec une chaîne forgée ou mawdu‘. Le mot « madrasa » lui-même n’était pas employé durant les deux premiers siècles de l’islam. Conclusion Je termine ici cet exposé sur les falsifications commises au nom des hadiths. D’innombrables hadiths forgés circulent autour de nous. Dans les sermons, les discours, les écrits et les recherches, on constate partout la profusion de ces paroles mensongères et fabriquées. Parmi ces innombrables paroles forgées répandues et diffusées au nom des hadiths ou du Messager d’Allah (ﷺ), j’ai essayé d’en examiner quelques-unes dans cet ouvrage. Si Allah, dans Sa majesté, m’accorde Sa grâce et Sa tawfiq, j’examinerai dans les volumes suivants d’autres paroles forgées, mensongères et peu fiables qui sont répandues. Malgré mon incompétence et ma faiblesse, j’ai tenté d’écrire quelque chose sur ce sujet, animé par le désir de faire revivre la Sunna authentique de Sayyid al-Mursalin, Rahmat li-l-‘Alamin, Muhammad, le Messager d’Allah (ﷺ), et de nous préserver du grave péché qui consiste à discuter, rapporter, pratiquer ou croire des paroles mensongères, forgées, dépourvues de fondement ou peu fiables. Il est naturel que cet ouvrage comporte de nombreuses erreurs. Je demande pardon à Allah pour toutes ces erreurs et je me repens devant Lui. Tout ce qui est bénéfique dans cette humble tentative provient de la grâce et de la tawfiq du Très-Haut. Je prie devant Sa cour sainte afin qu’Il daigne accepter cette modeste contribution au service de la Sunna de Son bien-aimé Messager (ﷺ) et qu’Il en fasse un moyen de salut pour moi, mes parents et tous les lecteurs. Amin ! وصلى آللًه على محمد آلنبى آلأمى وآله وأصحبه أجمعين وآلحمد للًه رب آلع مين