Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Introduction

Al-hamdoulillah. « La vie des Compagnons du Messager (troisième volume) » est publié. J’avais souhaité le publier plus tôt, mais cela n’a pas été possible. Sa publication a été retardée pour diverses raisons. Ce volume présente la vie de vingt Compagnons ansar. Comme dans les deux volumes précédents, j’ai également essayé ici de présenter brièvement la vie et les activités de ces illustres Compagnons. Dès le début, nous nous étions engagés envers les lecteurs à présenter en peu de mots les Compagnons éminents — qu’Allah les agrée. Nous avons essayé de tenir cet engagement. Toutefois, aucune des paroles qui y sont rapportées ne vient de nous-mêmes. Elles proviennent toutes de sources fiables.

Après que « La vie (premier et deuxième volumes) » eut été entre les mains des lecteurs, beaucoup ont insisté pour que j’écrive de manière un peu plus détaillée. Plusieurs personnes ont donné des conseils de diverses sortes. Mais il ne nous a pas été possible d’accepter le conseil de qui que ce soit. Nous pensons que d’autres réaliseront leur souhait. Il y a beaucoup de choses à écrire sur les activités des Compagnons éminents.

Je suis reconnaissant envers ceux qui, de diverses manières, ont contribué à la poursuite de cette série d’écrits. J’exprime une gratitude toute particulière au professeur A. K. M. Nazir Ahmad, directeur du Centre islamique du Bangladesh, qui ne cesse de me conseiller et de m’aider dans mon travail d’écriture. Je prie pour qu’Allah le Très-Haut lui accorde la meilleure récompense.

Enfin, je reconnais humblement que, si ce livre comporte quelque erreur ou incohérence, ou si le moindre manque de respect envers les Compagnons éminents s’y est manifesté en quelque endroit, tout cela relève de mes propres insuffisances. Je prie les lecteurs bienveillants de me les signaler. Puisse Allah le Très-Pur accepter ce modeste effort de ma part comme un minimum de service envers la religion. Âmîn.

1er septembre 1993

13 Rabî‘ al-awwal 1414

Muhammad Abdul Mabud

Professeur adjoint,

Département d’arabe, Université de Dacca,

Dacca-1000.

Présentation des Ansar de Médine

Le mot arabe « al-Ansar » est un pluriel. Au singulier, « nasir » signifie : auxiliaire. Après l’hégire du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — de La Mecque à Médine, les musulmans de cette ville qui l’accueillirent chaleureusement et lui apportèrent leur aide furent appelés les « Ansar ». Ils étaient essentiellement issus des tribus médinoises d’Aws et de Khazraj.

Les habitants de l’Arabie ancienne sont généralement répartis en trois grandes catégories : 1. al-‘Arab al-Ba’ida, 2. al-‘Arab al-‘Ariba, 3. al-‘Arab al-Musta‘riba. Les tribus qui établirent leur domination sur l’Arabie après le déluge du prophète Noé — paix sur lui — puis disparurent sont appelées « Ba’ida ». Les peuples de ‘Ad, de Thamud, des Amalécites, de Tasm et de Jadis en font partie. Quant aux autres tribus contemporaines des Ba’ida, qui prirent le contrôle de l’Arabie après elles, elles sont appelées ‘Ariba. Qahtan, Saba, Himyar et Ma’in en sont des branches. Les Musta‘riba sont les tribus qui descendaient du prophète Ismaël — paix sur lui — et qui habitaient principalement les régions septentrionales de l’Arabie.

L’opinion courante concernant les Ansar de Médine est qu’ils descendent des al-‘Arab al-‘Ariba. C’est sur cette base que les généalogistes arabes font remonter leur généalogie jusqu’à Qahtan ibn ‘Abir, héritier des al-‘Arab al-‘Ariba. Toutefois, à partir de Qahtan, les généalogistes se divisent en deux groupes. Les uns affirment que Qahtan fut lui-même le fondateur d’une lignée indépendante. Les autres ne le considèrent pas comme le fondateur d’une branche distincte et estiment qu’il était le descendant de Nabit ibn Ismaël. Al-Kalbi et quelques habitants du Yémen ont adopté cette opinion. Ils considèrent le prophète Ismaël — paix sur lui — comme l’ancêtre de toute l’Arabie. (Sîrat Ibn Hisham, 1/7) Cependant, al-Mas‘udi affirme qu’il est inexact que les habitants du Yémen considèrent Qahtan comme le descendant de Nabit. Selon lui, ils le tiennent plutôt pour le descendant de ‘Abir. (Kitab al-Tanbih wa-l-Ishraf, p. 81)

Quoi qu’il en soit, Qahtan fut le fondateur d’une lignée indépendante et d’un royaume indépendant. Ses descendants détenèrent longtemps le pouvoir au Yémen.

Les historiens arabes considèrent les Ansar comme les descendants de Qahtan. C’est pourquoi ils commencent l’histoire des Ansar à l’époque de Qahtan. Dans cette lignée vivait un homme nommé ‘Abdi Shams. Son titre était « Saba ». Il est considéré comme le fondateur du royaume de Saba au Yémen. Il avait deux fils, Himyar et Kahlan. Avant sa mort, il convoqua ses deux fils, les membres de la famille royale et les hauts fonctionnaires du royaume, et leur légua cette recommandation : « Donnez à mon fils aîné Himyar la partie droite du royaume et à mon fils cadet Kahlan la partie gauche. » Comme la main droite nécessite une épée, un fouet et une plume, tandis que la main gauche nécessite des rênes, un bouclier et d’autres objets, tous décidèrent que Himyar serait roi et que Kahlan serait chargé de la défense du royaume. Ainsi Himyar devint roi. Puis ses descendants occupèrent le trône de génération en génération, tandis que les descendants de Kahlan continuèrent d’assumer la défense du royaume.

À l’époque du roi al-Harith al-Rayish, ‘Amr al-Muzayqiya continua d’exercer cette même fonction. L’épouse de cet ‘Amr, Turaifa bint Jabr, était une « kahina », c’est-à-dire une devineresse. Une nuit, elle rêva qu’un épais nuage noir enveloppait tout le Yémen. Les éclairs et le grondement insupportable du tonnerre faisaient trembler toute la région. Partout où la foudre frappait, elle transformait le lieu en ruines. Elle se réveilla effrayée et, après avoir raconté son rêve à ‘Amr, lui dit qu’il n’y avait désormais plus aucune solution. ‘Amr lui demanda : « Que devons-nous faire maintenant ? » Elle répondit : « Il faut quitter très rapidement le Yémen et partir ailleurs. »

‘Amr possédait de grandes richesses, du bétail et d’autres biens. Il ne pouvait donc pas partir soudainement sans préparation. De plus, que pourrait-il dire aux gens ? Il conçut alors un stratagème. Il dit à son fils aîné Tha‘laba : « Je vais te donner un ordre devant les gens, et tu feras semblant de refuser de l’exécuter. Lorsque je te réprimanderai, tu me donneras une gifle au visage. » Tha‘laba lui demanda : « Comment pourrais-je faire une chose pareille ? » ‘Amr répondit : « Le bien se trouve précisément dans cela. »

Conformément au plan, ‘Amr invita les notables à un repas. Lorsque tous furent présents, il ordonna à Tha‘laba d’accomplir une tâche, mais celui-ci refusa de l’exécuter. Au moment où ‘Amr levait la main pour le frapper, Tha‘laba donna une forte gifle à son père. ‘Amr s’écria : « Quelle humiliation ! » Le frère de Tha‘laba se leva pour le frapper, mais ‘Amr l’arrêta et dit : « Laisse-le. Je vais vendre mes biens et partir ailleurs. Pour cette insolence, je ne lui donnerai pas même un sou. » Ainsi, ‘Amr vendit ses biens à un prix élevé et quitta le Yémen avec sa famille. Ensuite, le barrage de ‘Arim se rompit, et tout le Yémen fut submergé et transformé en ruines.

Après avoir quitté Ma’rib, ‘Amr trouva d’abord refuge à ‘Akk, puis il demanda à ses trois fils — Harith, Malik et Haritha — de poursuivre leur route. Avant leur retour, ‘Amr mourut et son fils aîné, Tha‘labat al-‘Anqa, lui succéda. Plus tard, ils émigrèrent également de ‘Akk et se dispersèrent dans différentes régions de l’Arabie. Ainsi, les Khuza‘a s’établirent à La Mecque, dans le Hijaz, les Ghassanides en Syrie, et les tribus d’Aws et de Khazraj à Yathrib, c’est-à-dire Médine. C’est ainsi que prit fin le premier royaume de Saba, appelé « Saba al-Ula ». C’est à partir de cette époque que se répandit le proverbe arabe « tafarraqu ayadi Saba », signifiant : « Ils se sont dispersés comme les mains de Saba. »

Certains ont estimé qu’il s’agissait d’un récit fabriqué.

D’autres ont affirmé que les Ansar descendaient de Nabit. Ils pensent que l’histoire des Ansar commence à l’époque de Nabit. Les Ansar appartiendraient alors aux al-‘Arab al-Musta‘riba.

En arabe, Nabit se dit Nabit, et en hébreu Nayabut. La Torah le mentionne parmi les enfants du prophète Ismaël — paix sur lui. Il est présenté comme le fils aîné du prophète Ismaël — paix sur lui. Les historiens arabes n’ont donné de lui qu’une description très succincte. Al-Tabari a déclaré : « Allah fit croître la descendance des Arabes par Nabit et Qaydar. » (Al-Tabari, 1/352) Ibn Hisham écrit dans sa Sîra : « Après le prophète Ismaël — paix sur lui — la responsabilité de la garde de la Kaaba passa à son fils Nabit. » (Sîrat Ibn Hisham, 1/63) Ce récit permet de comprendre que Nabit était un habitant de La Mecque et qu’il reçut la responsabilité de la garde de la Kaaba construite par les prophètes Ibrahim et Ismaël — paix sur eux. On ne sait rien d’autre à son sujet.

La Mecque était une région montagneuse et aride. C’est pourquoi, après la mort de Nabit, ses enfants ainsi que ceux de ses frères s’installèrent dans différentes régions de l’Arabie. Les descendants de Nabit établirent leurs habitations dans le nord-ouest de l’Arabie. Les descendants de Qaydar, eux, demeurèrent encore à La Mecque. Plus tard, lorsque Mudad ibn Hami s’empara de l’autorité sur La Mecque, ils quittèrent cette ville et s’établirent dans des régions telles que Kazima, Ghumar, Jiqundah et Sha‘shamim.

Il a déjà été mentionné que les descendants de Nabit s’étaient établis dans la région septentrionale du Hijaz. Ils y fondèrent, quatre cents ans avant la naissance du prophète Jésus — paix sur lui — un royaume appelé « Anbat ». Au IIe siècle avant Jésus-Christ, cet empire nabatéen devint très puissant et élimina l’empire de Saba du nord de l’Arabie. En 62 avant Jésus-Christ, Harith accéda au trône. Il fut le souverain le plus puissant de cet empire. En résumé, ces Nabatéens régnèrent avec une grande puissance jusqu’à la première moitié du IIe siècle de l’ère chrétienne.

Il existe une autre branche des descendants d’Anbat. À une époque inconnue, elle s’établit au Yémen. Il s’agit de la tribu d’Azd, ou Asad. Ses membres descendaient de Nabit ibn Malik. Il est probable qu’ils se rendirent au Yémen au moment où les Ismaélites s’y installèrent, ou peu après. Ils vivaient à Ma’rib. Avec le temps, leur population augmenta et, en raison de la pénurie et d’autres difficultés, ils furent contraints de quitter Ma’rib. Lorsqu’ils quittèrent Ma’rib, leur chef était ‘Amr ibn ‘Amir, connu dans l’histoire sous le nom de Mu‘ayqiya. Il fut en réalité l’ancêtre de toute la communauté des Ansar et des Ghassanides. L’histoire des Ansar est clairement connue à partir de son époque.

‘Amr quitta d’abord Ma’rib accompagné de Malik ibn Yaman et de la tribu d’Azd. Ses descendants vécurent pendant de nombreuses générations dans diverses régions de l’Arabie. À un moment de l’histoire, les descendants de cet ‘Amr s’établirent à Yathrib et dans ses environs. Ils furent les ancêtres des célèbres tribus médinoises d’Aws et de Khazraj.

Quelles que soient les traditions qui circulent au sujet de l’histoire ancienne des Ansar, en réalité toutes les tribus des Ansar de Médine sont issues de deux hommes nommés Aws et Khazraj. Leur père s’appelait Haritha et leur mère Kayla bint ‘Amr ibn Jafna. Ils avaient également un frère nommé ‘Adi, dont les descendants étaient eux aussi présents à Médine. On ne sait pas grand-chose au sujet de Khazraj. Concernant Aws, on sait seulement qu’il était un orateur et un poète. Certaines paroles pleines de sagesse qui lui sont attribuées ont été conservées. Les descendants d’Aws, de Khazraj et de ‘Adi se multiplièrent à Yathrib et se divisèrent en différentes sous-tribus :

‘Adi : aucune branche tribale distincte ne porte son nom. Beaucoup pensent que ses enfants se fondirent dans les tribus d’Aws et de Khazraj. En effet, chez les Arabes, les neveux deviennent parfois célèbres comme les enfants de leur oncle en raison de la réputation de celui-ci. (Usud al-Ghaba, 5/204)

Aws : il avait un fils nommé Malik. Celui-ci avait cinq fils, dont chacun fut l’ancêtre d’une branche tribale distincte : ‘Amr ibn Malik, ‘Awf ibn Malik, Murra ibn Malik, Imra’ al-Qays ibn Malik et Jusham ibn Malik.

Khazraj : Khazraj avait cinq fils : ‘Amr, ‘Awf, Jusham, Ka‘b et Harith. Toutes les branches de Banu Najjar, la tribu maternelle de ‘Abd al-Muttalib, le grand-père du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — descendaient de ‘Amr ibn Khazraj.

Les Juifs s’étaient établis à Médine avant l’arrivée des ancêtres des Ansar. Selon certains, ils seraient venus en Arabie à l’époque du prophète Sulayman — paix sur lui ; selon d’autres, après la destruction de Bayt al-Maqdis par Nabuchodonosor. Ils établirent leur domination sur Yathrib et ses environs. Plus tard, les ancêtres d’Aws et de Khazraj arrivèrent, construisirent des forteresses et des maisons, puis commencèrent à y vivre. Ils conclurent avec les Juifs un pacte de sécurité. Mais avec le temps, leur nombre augmenta, ce qui suscita la crainte des Juifs, puis cette crainte se transforma en hostilité.

Les membres des tribus d’Aws et de Khazraj vivaient d’abord dans le même quartier de Yathrib. Lorsque la puissance des Juifs s’affaiblit quelque peu, ils se dispersèrent dans les plaines et les hauteurs de la région et formèrent des zones d’habitation distinctes.

Les deux tribus d’Aws et de Khazraj vécurent longtemps en bonne entente. Mais, à un moment donné, l’hostilité naquit entre elles et elles s’engagèrent dans une succession de guerres terribles. Si l’islam n’était pas apparu, elles auraient peut-être disparu de la surface de la terre. L’auteur de l’ouvrage Khulasat al-Wafa dit : « Puis tant de guerres éclatèrent entre elles qu’on n’a jamais entendu parler, chez aucune autre communauté, de guerres plus nombreuses et plus longues. » Ces guerres commencèrent avec la bataille de Samir et s’achevèrent avec celle de Bu‘ath. La bataille de Bu‘ath eut lieu cinq ans avant l’hégire du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — à Médine. On ne peut compter le nombre de guerres qui eurent lieu entre ces deux batailles. Les historiens n’ont rapporté que les conflits les plus importants. (Al-Kamil fi al-Tarikh, 1/503)

Les anciennes croyances religieuses des Ansar

Si les Ansar descendent de Nabit, fils d’Ismaël, leur croyance religieuse originelle devait donc être celle d’Ismaël (sur lui la paix) et de ses descendants. Plus tard, lorsque ‘Amr ibn Luhay introduisit l’idolâtrie en Arabie, ils commencèrent eux aussi à adorer les idoles, comme les autres Ismaélites. On ne dispose guère d’informations sur les croyances religieuses des ancêtres des Ansar à l’époque où ils résidaient au Yémen. Toutefois, on connaît dans leurs grandes lignes celles qu’ils adoptèrent après leur installation à Yathrib. Najjar était le quatrième descendant de l’ancêtre de la lignée des Khazraj. Il fut l’ancêtre des Banu Najjar. Les historiens indiquent que son véritable nom était Taym al-Lat. (Tabari, 1/1085.) Plus tard, ce nom fut changé en Taym Allah. Ibn Hicham a mentionné ce nom dans sa Sira. Il est probable que ce changement eut lieu après la conversion des Ansar à l’islam. Il existe d’autres exemples de changements similaires. Les Banu Samma de l’époque antéislamique prirent, à l’époque islamique, le nom de Banu Sumayya. Ce nom leur fut donné par le Messager lui-même (paix et bénédiction d’Allah sur lui). (Usd al-Ghaba, 5/179.) De même que les noms des tribus, ceux de nombreuses personnes furent également changés.

Quoi qu’il en soit, le nom Taym al-Lat montre que la déesse Lat était adorée parmi les Ansar. Certaines tribus ansarites se désignaient sous le nom d’Aws Allah. Il se peut qu’il s’agît auparavant d’Aws al-Lat. Les historiens arabes mentionnent Manat comme la déesse des Ansar. Cette Manat était la déesse des Nabatéens. Elle est évoquée dans la sourate al-Najm du Coran. Dans le Mu‘jam al-Buldan, il est dit que Manat était la plus ancienne déesse des descendants d’Ismaël. (8/167.) Ensuite, le culte de Lat commença. (7/310.) Les gens des tribus Aws, Khazraj et Ghassan adoraient eux aussi Manat. (Tabaqat, 1/106.) En outre, d’autres tribus arabes, telles que Hudhayl, Khuzâ‘a, Azd Shanû’a et les Banu Ka‘b, lui vouaient également un culte.

Il n’est pas exact de dire que les habitants de Yathrib n’adoraient que Lat et Manat, ou qu’aucune autre tribu arabe n’adorait ces deux déesses. Au contraire, de même que les habitants de Yathrib adoraient, outre Lat et Manat, de nombreuses autres divinités, grandes et petites, les autres tribus arabes adoraient également Lat et Manat.

L’historien Tabari rapporte un événement dans le cadre de son récit de l’hégire du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Un jour, ‘Ali (qu’Allah l’agrée) dut séjourner plusieurs nuits dans la demeure d’une musulmane, à Quba, près de Médine. Chaque nuit, il entendait le bruit de l’ouverture de la porte. La femme ouvrait la porte et faisait entrer dans la maison certains objets venant de l’extérieur. Elle était veuve. Un jour, ‘Ali (qu’Allah l’agrée) lui demanda pourquoi la porte était ouverte ainsi chaque nuit. Elle répondit : « Je suis une femme orpheline. C’est pourquoi, pendant la nuit, Sahl ibn Hunayf brise les idoles de sa tribu et m’en apporte secrètement le bois pour me servir de combustible. » (Tabari, 3/1244.) Cela montre qu’il y avait dans les maisons des habitants de Yathrib de nombreuses idoles en bois.

‘Amr ibn Jamuh était un homme très respecté des Banu Sulaym. Après que Mu‘adh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée) eut embrassé l’islam, il sortait durant la nuit de la maison l’idole en bois appelée « le Manat de ‘Amr » et la jetait au loin. ‘Amr la retrouvait et la rapportait. Ainsi, les notables possédaient leurs propres idoles dans leurs maisons. De plus, presque chaque tribu avait un temple consacré au culte des idoles. Yaqut al-Hamawi a déclaré : aucune tribu ne vénérait la déesse Manat autant que les deux tribus Aws et Khazraj. (Mu‘jam al-Buldan, 8/168.)

Il y avait, parmi les tribus Aws et Khazraj, des personnes qui n’adoraient pas les idoles. Elles croyaient en l’unicité d’Allah. Beaucoup d’entre elles avaient été influencées par les juifs de Médine et de Khaybar. D’autres suivaient la religion hanifite. Au sujet des croyances religieuses des Ansar, Ibn Hicham a dit : « Les Aws et les Khazraj étaient polythéistes. Ils adoraient les idoles. Ils ne connaissaient rien du Paradis, de l’Enfer, de la Résurrection, du rassemblement, de la résurrection des morts, du Livre, du licite et de l’illicite. » (Sira, 1/304.) Telle était, dans son ensemble, leur situation.

Les débuts de l’islam parmi les Ansar

À l’époque de la Jâhiliya, les Ansâr étaient en relation avec La Mecque : ils s’y rendaient à l’occasion du pèlerinage, de la « umra, du commerce et pour d’autres raisons. En raison de leurs guerres intestines et de l’hostilité des Juifs, ils s’y rendaient dans l’espoir d’obtenir le soutien et l’aide des Mecquois. Par ailleurs, pour diverses raisons, les membres des tribus Aws et Khazraj entretenaient des relations étroites avec les habitants de La Mecque. Il existait également des liens de parenté et des pactes d’alliance entre les habitants de La Mecque et ceux de Médine.

Selon les récits, Suwayd ibn Sâmit fut le premier parmi les habitants de Médine à recevoir l’appel à l’islam du Messager d’Allah ﷺ et à avoir l’honneur d’entendre le Noble Coran de sa bouche. C’était un homme respecté de la tribu médinoise des « Amr ibn « Awf. Dès l’époque de la Jâhiliya, les Arabes lui avaient attribué le titre de « Kâmil ». Lorsqu’il se rendit à La Mecque, il rencontra le Messager d’Allah ﷺ. Après avoir entendu de lui l’appel à l’islam, il dit : « Ce que tu possèdes ressemble presque à ce que je possède. » Le Messager ﷺ lui demanda : « Que possèdes-tu ? » Il répondit : « La Sahîfa de Luqmân. » Lorsque le Messager ﷺ manifesta le désir d’en entendre quelque chose, il lui en récita quelques passages. Le Messager ﷺ exprima sa satisfaction et dit : « Ce que je possède est meilleur que cela : c’est le Coran. » Il fut émerveillé en entendant le Coran. Il en résulta que, selon Ibn Hishâm, « il ne resta pas éloigné de l’islam ». À son retour à Médine, il fut tué par les Khazrajites. Les membres de la tribu des « Amr ibn « Awf pensent qu’il mourut musulman. Cet événement se produisit avant la bataille de Bu« âth. (Voir : Sîrat Ibn Hishâm, 1/16.)

Ensuite, Abû al-Maysar Anas ibn Râfi« se rendit à La Mecque accompagné de plusieurs hommes de la tribu des « Abd al-Ashhal. Leur objectif était de conclure un pacte d’alliance avec les Quraysh. Parmi eux se trouvait Iyâs ibn Mu« âdh. Ayant appris leur présence à La Mecque, le Messager ﷺ alla à leur rencontre et les invita à l’islam. Iyâs était jeune. Après avoir entendu le Coran de la bouche du Messager d’Allah ﷺ, il dit à ses compagnons : « Ce pour quoi vous êtes venus est moins bon que cela. » Il mourut après être retourné à Médine. Durant ce bref compagnonnage du Messager d’Allah ﷺ, il avait compris de l’islam suffisamment pour que, dans ses derniers instants, il ne fasse que prononcer le takbîr et faire entendre aux gens les louanges et les éloges d’Allah. Les membres de sa tribu pensaient qu’il était musulman. (Musnad, 5/427.)

Les historiens divergent quant à l’identité du premier musulman parmi les habitants de Médine. Les noms mentionnés à ce sujet par différents historiens sont les suivants : Râfi« ibn Mâlik al-Zuraqî, Mu« âdh ibn « Afrâ’, As« ad ibn Zurâra, Dhakwân ibn « Adî, Jâbir ibn « Abd Allâh — qu’Allah les agrée — et d’autres. (Voir : Tabaqât, 1/146 ; Zarqânî, 1/361.)

En réalité, la diffusion et l’expansion de l’islam parmi les Ansâr de Médine commencèrent avec la première allégeance d’al-« Aqaba. Le mot « Aqaba désigne une portion de montagne. Ici, il désigne la portion de montagne qui se trouve à proximité de Jamrat al-« Aqaba, à Minâ. C’est en ce lieu que les Ansâr venus de Médine prêtèrent allégeance en trois occasions. La première eut lieu durant la onzième année de la mission prophétique. À cette occasion, six hommes au total — ou huit selon une autre version — embrassèrent l’islam, prêtèrent allégeance entre les mains du Messager d’Allah ﷺ, puis retournèrent à Médine. Ce fut la première allégeance d’al-« Aqaba. À partir de là, l’islam et la mention du Noble Prophète ﷺ commencèrent à se répandre dans les maisons de Médine. L’année suivante, pendant la saison du pèlerinage, douze hommes s’y réunirent : cinq d’entre eux avaient déjà participé à la première rencontre et sept étaient nouveaux. Ils prêtèrent tous allégeance entre les mains du Messager d’Allah ﷺ. Ce fut la deuxième allégeance d’al-« Aqaba. Ils demandèrent au Messager d’Allah ﷺ d’envoyer quelqu’un auprès d’eux afin de leur enseigner le Coran. Il leur envoya Mus« ab ibn « Umayr — qu’Allah l’agrée. Celui-ci enseigna le Coran aux musulmans de Médine et y prêcha l’islam. L’islam se répandit ainsi rapidement et largement à Médine.

Puis, durant la treizième année de la mission prophétique, soixante-dix hommes — ou soixante-treize selon une autre version — et deux femmes rencontrèrent de nouveau le Messager d’Allah ﷺ à al-« Aqaba, pendant la saison du pèlerinage, et lui prêtèrent allégeance. Ce fut la troisième, ou dernière, allégeance d’al-« Aqaba. Habituellement, lorsqu’on parle de l’allégeance d’al-« Aqaba, c’est à celle-ci que l’on fait référence. Cette allégeance fut conclue sur les croyances et les œuvres fondamentales de l’islam, le jihâd contre les mécréants, ainsi que la protection, l’aide et le soutien du Noble Prophète lorsqu’il émigrerait à Médine. Après cette allégeance, le Messager ﷺ choisit parmi eux douze naqîb, c’est-à-dire douze représentants. Tous retournèrent ensuite à Médine et y préparèrent la voie et les conditions favorables à l’émigration du Messager d’Allah ﷺ.

Parmi les soixante-douze ou soixante-quinze personnes qui participèrent à cette troisième et dernière rencontre d’al-« Aqaba, onze appartenaient à la tribu des Aws, tandis que soixante-quatre appartenaient à la tribu des Khazraj, dont deux femmes. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/249-255.)

Les Ansâr ne ménagèrent aucun effort pour soutenir et aider l’islam. Par leurs sacrifices et leur aide sans précédent, ils contribuèrent à accroître l’honneur et la dignité de l’islam. L’histoire est remplie de récits de leur bravoure et de leur abnégation. Deux cent trente Ansâr participèrent à la bataille de Badr. Parmi eux, cent soixante-dix appartenaient aux Khazraj, les autres aux Aws. Sur les soixante-dix chameaux utilisés lors de cette bataille, Sa« d ibn « Ubâda al-Khazrajî — qu’Allah l’agrée — en offrit à lui seul vingt. Sur les quatorze martyrs tombés à Badr, huit étaient des Ansâr. Un grand nombre d’Ansâr participèrent à la bataille d’Uhud et, sur les soixante-dix martyrs, soixante-six étaient des Ansâr. Certains d’entre eux portaient soixante-dix blessures sur le corps. Un nombre important des martyrs de Bi’r Ma« ûna étaient également des Ansâr. (Encyclopédie du monde islamique, volume 1, article « Ansâr ».)

Il est impossible de relater en quelques mots les sacrifices et les épreuves consentis par les Ansâr pour l’islam. Ils consacrèrent à l’islam tout ce qu’ils possédaient, leur vie et leurs biens. Pour les émigrés venus à Médine, ils partagèrent leurs richesses et leurs maisons. Il est difficile de trouver dans l’histoire de l’humanité des exemples comparables à l’honnêteté et à la générosité dont ils firent preuve. C’est pourquoi le Messager ﷺ éprouvait pour eux un amour profond. Il considérait leurs contributions, leurs sacrifices et leur abnégation à leur juste valeur. Par ses paroles et ses actes, il reconnut leurs mérites. Il déclara que l’amour des Ansâr faisait partie de la foi. Il dit qu’aucune personne croyant en Allah et au Jour dernier ne pouvait nourrir de l’hostilité envers les Ansâr. Il décrivit la haine à leur égard comme un trait caractéristique de l’hypocrite. Il invoqua Allah afin qu’Il répande Sa miséricorde sur les Ansâr et leur descendance. Il quitta ce monde en étant satisfait d’eux.

Le mot Ansâr apparaît à plusieurs reprises dans le Noble Coran. Parmi ces passages, une partie des versets 100 et 117 de la sourate al-Tawba s’adresse directement aux musulmans ansârites de Médine. Allah dit :

1. « Quant aux tout premiers parmi les Émigrés et les Ansâr, ainsi qu’à ceux qui les ont suivis dans le bien, Allah les agrée et ils L’agréent. Il a préparé pour eux des jardins sous lesquels coulent les rivières, où ils demeureront éternellement. Voilà le succès immense. » (al-Tawba, 100.)

2. « Allah a certes accueilli le repentir du Prophète, des Émigrés et des Ansâr qui l’ont suivi dans les moments difficiles, alors que le cœur d’un groupe d’entre eux était sur le point de dévier. Puis Il accueillit leur repentir. Il est certes Compatissant et Miséricordieux envers eux. » (al-Tawba, 117.)

De nombreux autres versets du Coran évoquent également, tantôt directement, tantôt indirectement, le courage des Ansâr. Ainsi, il est dit au verset 9 de la sourate al-Hachr :

« Ceux qui, avant l’arrivée des Émigrés, s’étaient installés à Médine et avaient embrassé la foi aiment ceux qui émigrent vers eux. Ils ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce qui leur a été donné et les préfèrent à eux-mêmes, même s’ils sont dans le besoin. Ceux qui se préservent de leur propre avarice sont ceux qui réussissent. »

As« ad ibn Zurâra (qu’Allah l’agrée)

Abû Umâma As‘ad, également connu sous le nom d’As‘ad al-Khayr, était issu de la branche des Banû Najjâr de la tribu des Khazraj de Médine. Son père s’appelait Zurâra ibn ‘Adâs. (Al-Isâba, 1/34 ; Usud al-Ghâba, 1/71.) On ne connaît ni l’année ni la date de sa naissance.

Avant que le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne reçût la prophétie, toute la péninsule Arabique était plongée dans les ténèbres de la mécréance et de l’égarement. Pourtant, certains hommes professaient le tawhîd, ou l’unicité divine, conformément aux exigences de leur nature saine, la fitra. As‘ad ibn Zurâra était l’un d’eux. (Tabaqât, 1/146.)

Même à l’époque préislamique, les habitants de Yathrib (Médine) se rendaient à La Mecque afin d’obtenir le soutien des Quraysh dans leurs querelles et leurs conflits, et de les faire arbitrer. Ils y allaient également pour accomplir le pèlerinage et la ‘umra. Puis l’islam apparut à La Mecque. Entre-temps, le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait déjà accompli plusieurs années de sa vie prophétique. Tout en appelant les habitants de La Mecque à l’islam, il se rendait dans les différentes foires, marchés et bazars, où il invitait largement les gens à la vérité. Il continuait aussi à transmettre secrètement le message du Coran aux étrangers venus à La Mecque pour diverses raisons. Ibn al-Athîr rapporte, d’après al-Wâqidî, qu’à cette époque As‘ad ibn Zurâra et Dhakwân ibn ‘Abd al-Qays se rendirent auprès du chef qurayshite de La Mecque, ‘Utba ibn Rabî‘a, afin de régler une querelle qui les opposait. C’est auprès de ‘Utba qu’ils rencontrèrent le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le noble Messager d’Allah leur exposa l’islam et leur récita quelques passages du Noble Coran. À l’issue de cette rencontre, tous deux embrassèrent l’islam. Au lieu de retourner auprès de ‘Utba, ils repartirent directement vers Médine après avoir rencontré le Messager d’Allah. Ainsi furent-ils les deux premiers musulmans à arriver à Médine. Cet événement eut lieu avant le premier serment d’allégeance d’al-‘Aqaba, durant la dixième année de la prophétie. (Usud al-Ghâba, 1/71 ; Al-Isâba, 1/34 ; Hayât al-Sahâba, 1/86.)

Cependant, Ibn al-Athîr, citant Ibn Ishâq, rapporte qu’As‘ad ibn Zurâra faisait partie de ceux qui embrassèrent l’islam en prenant part au premier serment d’allégeance d’al-‘Aqaba, tenu durant la dixième année de la prophétie. Il assista ensuite aux deuxième et troisième serments d’allégeance, qui eurent lieu durant les onzième et douzième années de la prophétie. Il fut donc un ‘Aqabî à part entière. (Usud al-Ghâba, 1/71.)

Il convient de mentionner ici que les spécialistes de la sîra divergent fortement quant à l’identité du premier musulman de Médine. Ibn Hishâm rapporte que Suwayd ibn Sâmit se rendit à La Mecque pour le pèlerinage ou la ‘umra, et qu’il y rencontra le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Les habitants de Yathrib lui avaient donné le titre de « Kâmil ». À cette époque, les Arabes attribuaient le titre de « Kâmil » à l’homme qui réunissait toutes les qualités : bravoure, courage, talent poétique, noblesse de lignée, honneur et influence, bref, toutes les vertus. Parmi les habitants de Médine, il fut le premier à avoir le privilège de recevoir l’appel du Messager d’Allah et d’entendre le Coran. Ibn Hishâm dit qu’après cet appel, il ne resta pas éloigné de l’islam. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/426-427.) Mais il fut tué peu après. Quoi qu’il en soit, même si Suwayd fut le premier à embrasser l’islam, il n’eut pas la possibilité de retourner à Médine et d’y commencer l’appel islamique. Il est probable qu’As‘ad et Dhakwân furent les deux premiers hommes à commencer la prédication de l’islam à Médine.

À son arrivée à Médine, As‘ad rencontra d’abord Abû al-Haytham et lui fit part de sa nouvelle foi. Abû al-Haytham s’écria aussitôt : « Avec toi, moi aussi je crois à sa mission. » (Tabaqât, 1/146.) Certains ont considéré cet Abû al-Haytham comme le premier musulman de Médine.

Durant la dixième année de la prophétie, comme chaque année, les habitants de Yathrib vinrent à La Mecque pour le pèlerinage. Parmi eux, six hommes rencontrèrent secrètement le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), après le pèlerinage, dans un endroit de Minâ appelé al-‘Aqaba, et lui prêtèrent serment d’allégeance. As‘ad faisait partie de ces six hommes. L’année suivante, au moment du pèlerinage, les habitants de Yathrib revinrent à La Mecque. Douze hommes parmi eux rencontrèrent secrètement le Messager d’Allah à al-‘Aqaba et lui prêtèrent serment d’allégeance. As‘ad faisait également partie de ces douze hommes. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/429, 431, 433, 435, 436, 437.)

Après ce serment d’al-‘Aqaba, lorsque les perspectives de propagation et de prédication de l’islam à Médine devinrent assez prometteuses, ils demandèrent au Messager d’Allah de leur envoyer un enseignant qui leur apprendrait le Coran et la religion. À leur demande, le Messager d’Allah envoya Mus‘ab ibn ‘Umayr à Yathrib en qualité de prédicateur et de missionnaire. Avant le départ de Mus‘ab pour Médine, As‘ad ibn Zurâra y dirigeait la prière. Puis Mus‘ab devint imam. Selon certains, As‘ad continua toutefois à diriger la prière jusqu’à l’arrivée à Médine de Sâlim, l’affranchi d’Abû Hudhayfa. Mus‘ab se contentait de leur enseigner le Coran. À Médine, ils priaient en direction de Bayt al-Maqdis. (Ansâb al-Ashrâf, 1/239, 266.) As‘ad accueillit le noble Mus‘ab dans sa propre maison, en lui accordant le statut d’invité. (Tabaqât, 3/483.)

Après l’arrivée du noble Mus‘ab à Médine, As‘ad ibn Zurâra entreprit avec lui une vaste activité de prédication. Ils se rendaient dans les différents quartiers de Médine et invitaient les gens à l’islam, individuellement ou collectivement. Ibn Ishâq rapporte qu’un jour, As‘ad ibn Zurâra partit avec Mus‘ab ibn ‘Umayr vers les Banû ‘Abd al-Ashhal et les Banû Zâfir. Ils entrèrent dans un jardin appartenant aux Banû Zâfir et s’assirent sur un mur, près d’un puits appelé Ma‘raq. Des gens se rassemblèrent autour d’eux. Sa‘d ibn Mu‘âdh et Usayd ibn Hudayr étaient les chefs des Banû ‘Abd al-Ashhal. Ils étaient encore païens. Sa‘d était le cousin maternel d’As‘ad. Ayant appris l’arrivée d’As‘ad et de Mus‘ab, Sa‘d dit à Usayd : « Usayd, va donc voir ces deux hommes. Ils sont venus dans notre quartier et s’emploient à tromper nos gens faibles. Va les en empêcher. Si As‘ad, mon cousin maternel, n’était pas là, tu n’aurais pas eu besoin d’y aller : je les aurais moi-même chassés. » Usayd s’avança vers eux, une lance à la main. En le voyant, As‘ad dit à Mus‘ab : « Cet homme est l’un des chefs de sa tribu ; il vient vers vous. » Le noble Mus‘ab s’entretint avec lui. Par la volonté d’Allah, Usayd devint musulman au cours même de cette assemblée. (Hayât al-Sahâba, 1/187-190.)

Grâce aux efforts conjoints d’As‘ad et de Mus‘ab, l’islam se répandit si largement à Médine qu’un an plus tard, durant la douzième année de la prophétie, au moment du pèlerinage, un groupe de soixante-treize — ou, selon une autre opinion, soixante-quinze — hommes et femmes se réunit de nouveau secrètement avec le Messager d’Allah à Minâ, à al-‘Aqaba. Les spécialistes de la sîra divergent quant à savoir qui, lors de ce troisième et dernier serment d’al-‘Aqaba, fut le premier à placer sa main dans celle du Messager d’Allah et à lui prêter serment. Selon une opinion, cet heureux homme fut As‘ad. (Al-Isâba, 1/34 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/254 ; Usud al-Ghâba, 1/71.)

D’après ‘Abdullah ibn Abî Bakr, après le serment d’allégeance, le Messager d’Allah dit : « Choisissez parmi vous douze naqîb, qui seront responsables de leurs tribus respectives, à l’image des auxiliaires d’‘Îsâ. » As‘ad approuva en disant : « Oui, ô Messager d’Allah. » Le Messager d’Allah dit : « Tu seras le naqîb de ta tribu. » Puis il annonça les noms des autres naqîb. (Târîkh al-Islâm wa Tabaqât al-Mashâhîr wa al-A‘lâm, 1/182.) Ainsi devint-il le naqîb des Banû Najjâr, choisi par le Messager d’Allah. Selon Ibn Mundah et Abû Nu‘aym, il était le naqîb des Banû Sâ‘ida. Ibn al-Athîr dit qu’il ne s’agit là que de leur opinion. En réalité, il était le naqîb de sa propre tribu, les Banû Najjâr. Aussi, lorsqu’il mourut, les Banû Najjâr demandèrent au Messager d’Allah : « Ô Messager d’Allah, As‘ad est mort ; il était notre naqîb. Désigne-nous maintenant un nouveau naqîb. » Le Messager d’Allah répondit : « Vous êtes mes oncles maternels. Je suis moi-même votre naqîb. » Ce fut un immense honneur pour les Banû Najjâr. (Usud al-Ghâba, 1/71-72.) Le Messager d’Allah ne se contenta pas de le nommer naqîb ; il le proclama également « naqîb al-nuqabâ », c’est-à-dire le principal responsable. (Ansâb al-Ashrâf, 1/254.) Ibn al-Athîr dit qu’à l’exception de Jâbir ibn ‘Abdullah, As‘ad était le plus jeune de ces hommes d’al-‘Aqaba. (Usud al-Ghâba, 1/71 ; Al-Isâba, 1/34.)

Après le troisième serment d’al-‘Aqaba, il retourna à Médine en portant sur ses épaules le poids d’une immense responsabilité. Que pouvait importer son jeune âge ? Son ardeur et son émotion religieuses étaient extrêmement intenses. Il organisa la prière en assemblée à Médine et mit en place, pour la première fois, l’accomplissement de la prière du vendredi avec quarante fidèles ; et lorsque quarante fidèles sortirent pour accomplir pour la première fois la prière du vendredi à Médine, chaque fois qu’il entendait l’appel à la prière, il demandait pardon et invoquait Allah en faveur d’Abû Umâma As‘ad ibn Zurâra. Un jour, je demandai : « Père, pourquoi invoques-tu toujours ainsi en sa faveur lorsque tu entends l’appel à la prière ? » Il répondit : « Mon fils, avant l’arrivée du Messager d’Allah à Médine, c’est lui qui, le premier, nous réunissait près de la montagne de Banû Baydâ, appelée Hazm al-Nabît, en un lieu nommé Naqî‘ al-Khadimât, pour y accomplir la prière du vendredi. Nous étions au nombre de quarante. » (Usud al-Ghâba, 1/71 ; Al-Isâba, 1/34 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/435 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/243 ; Hayât al-Sahâba, 3/387.) Il existe des divergences quant à l’identité de celui qui institua le premier la prière du vendredi à Médine.

Après l’arrivée du noble Messager d’Allah à Médine, bien qu’il se fût installé dans la maison d’Abû Ayyûb al-Ansârî, sa chamelle fut l’hôte d’As‘ad. (Tabaqât, 1/160.) Au premier instant de l’arrivée du Messager d’Allah à Médine, la chamelle s’agenouilla à l’endroit même qui fut ensuite choisi pour la mosquée et la demeure du Messager d’Allah. Le terrain appartenait à deux orphelins, nommés Sahl et Suhayl, dont le tuteur était As‘ad ibn Zurâra. (Bukhârî ; Hayât al-Sahâba, 1/343.) Le Messager d’Allah demanda à As‘ad, le tuteur des deux garçons, le prix du terrain. Ceux-ci s’écrièrent aussitôt : « Nous n’en demandons le prix qu’à Allah. » Comme le Messager d’Allah n’accepta pas de recevoir le terrain gratuitement, le noble Abû Bakr en paya le prix. Selon certains récits, toutefois, As‘ad ibn Zurâra aurait donné aux deux orphelins un jardin situé à Banû Baydâ en échange du terrain de la mosquée. (Zarqânî, 1/422.)

Al-Balâdhurî rapporte qu’après l’arrivée du Messager d’Allah à Médine, alors qu’il résidait dans la maison d’Abû Ayyûb, As‘ad ibn Zurâra lui envoyait de la nourriture en alternance, une nuit sur deux. Les nuits où venait le tour de la maison d’As‘ad, le Messager demandait : « Le bol d’As‘ad est-il arrivé ? » On répondait : « Oui. » Il disait : « Apportez-le-moi donc. » Le Compagnon qui rapporte ce récit dit que nous comprenions ainsi que la nourriture d’As‘ad était appréciée du Messager d’Allah. (Ansâb al-Ashrâf, 1/267.) Al-Wâqidî rapporte, d’après ‘Â’isha, que quelque temps après l’installation du Messager d’Allah dans la maison d’Abû Ayyûb à Médine, il demanda un jour : « Abû Ayyûb, as-tu un lit ? » Il faut préciser qu’à La Mecque, les Qurayshites avaient l’habitude de dormir sur des lits. Abû Ayyûb répondit : « Non. » La nouvelle parvint aux oreilles d’As‘ad ibn Zurâra. Il envoya alors un lit muni d’un montant et de pieds ouvragés. Le Messager d’Allah y dormait. Puis, lorsque le Messager d’Allah vint dans ma chambre, il dormit sur le lit que ma mère m’avait donné. (Ansâb al-Ashrâf, 1/525.)

Après sa migration de La Mecque à Médine, le noble Talha ibn ‘Ubaydillah s’installa dans la maison d’As‘ad. Il est également rapporté que le noble Hamza s’y installa lui aussi. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/477-478.)

Les travaux de construction de la Mosquée du Prophète étaient alors en cours. C’est à cette époque, durant le mois de Shawwâl de la première année de l’Hégire, que son heure dernière arriva. Il fut atteint d’une maladie de la gorge appelée « jabhâ ». Le noble Messager d’Allah appliqua de ses propres mains un traitement sur la partie malade et lui posa la main sur la tête, mais aucun soulagement ne se manifesta. Il mourut. Selon al-Wâqidî, il mourut au neuvième mois après l’Hégire. Le Messager d’Allah fut attristé par sa mort et dit : « Les Juifs vont maintenant prétendre : “S’il avait été prophète, son compagnon ne serait pas mort.” Mais puis-je donc guérir la mort ? » Le noble Messager d’Allah dirigea la prière funéraire en sa faveur et l’inhuma dans le cimetière de Baqî‘, à Médine. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/507 ; Usud al-Ghâba, 1/71 ; Al-Isâba, 1/34 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/243.)

On rapporte que cette mort fut la première à survenir après la migration du Messager d’Allah à Médine. On estime également que ce fut la première fois que le Messager d’Allah accomplit la prière funéraire. Selon les Ansâr, le premier musulman enterré à Baqî‘ fut As‘ad ; selon les Muhâjirûn, ce fut ‘Uthmân ibn Maz‘ûn. (Al-Isâba, 1/34.)

À sa mort, le noble As‘ad laissa deux filles sous la responsabilité du Messager d’Allah. Celui-ci veilla sur elles durant toute sa vie. Il leur passa aux poignets des bracelets d’or mêlés de perles. Il maria l’une d’elles à Sahl ibn Hunayf, et Abû Umâma ibn Sahl naquit de cette union. (Ansâb al-Ashrâf, 1/243 ; Al-Isâba, 1/34.)

Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân (qu’Allah l’agrée)

C’est sous le surnom d’Abû al-Haytham qu’il est devenu célèbre dans l’histoire. Il existe des divergences concernant son véritable nom et la tribu dont il était issu. Selon un avis, son véritable nom était « Abdallah ». Selon un autre, il s’appelait « Mâlik ». C’est ce dernier avis qu’ont adopté unanimement Mûsâ ibn ‘Uqba, Ibn Sa‘d, Muhammad ibn Ishâq, Abû Ma‘shar et Muhammad ibn ‘Umar. Il existe également des divergences au sujet de sa tribu et du nom de son père. Selon un avis, son père était Bâlî ibn ‘Amr ibn al-Hâf ibn Qudâ‘a. En conséquence, il est appelé al-Balâbî. Tel est l’avis d’Ibn Sa‘d. Ibn Ishâq ainsi qu’Abdallah ibn Muhammad ibn ‘Amâra al-Ansârî ont contesté cet avis. Ibn Ishâq a dit que le nom d’Abû al-Haytham, qui participa à Badr, était Mâlik, et que le nom de son frère était ‘Atîq. Tous deux étaient les fils de Tayyi­hân. Quant à Abdallah ibn Muhammad al-Ansârî, il affirme qu’Abû al-Haytham était issu de la tribu des Aws et que sa mère s’appelait Laylâ bint ‘Atîq. C’est l’avis de la majorité. (At-Tabaqât, 3447 ; Al-Isâba, 4/212 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/433.) On ne connaît pas avec exactitude la date de sa naissance.

Abû al-Haytham embrassa l’islam par l’intermédiaire de son ami As‘ad ibn Zurâra. Selon un récit, As‘ad ibn Zurâra et Dhakwân ibn ‘Abd Qays se rendirent à La Mecque auprès de ‘Utba ibn Rabî‘a. Là, après avoir entendu parler de la prédication du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, ils le rencontrèrent secrètement et embrassèrent l’islam. As‘ad retourna à Médine, rencontra Abû al-Haytham et lui raconta comment il avait lui-même embrassé l’islam, ainsi que ce qu’il savait du Messager d’Allah et de sa prédication. Ibn Sa‘d rapporte qu’à Yathrib, dès l’époque préislamique, As‘ad et Abû al-Haytham prônaient déjà le tawhîd, c’est-à-dire l’unicité divine. Après avoir entendu de la bouche de son ami Zurâra parler du Messager d’Allah et de sa prédication, Abû al-Haytham s’exclama aussitôt, sans la moindre hésitation ni réserve : « Anâ ashhadu ma‘aka annahu rasûlullâh — Moi aussi, je témoigne avec toi qu’il est le Messager d’Allah. » C’est ainsi qu’il embrassa l’islam par l’intermédiaire de son ami Zurâra.

Lors de la saison du pèlerinage suivante, Abû al-Haytham faisait partie des habitants de Yathrib — huit selon un avis, six selon un autre — qui rencontrèrent secrètement le Messager d’Allah à La Mecque et lui prêtèrent serment d’allégeance. Dans l’histoire, cette allégeance est également appelée la première allégeance d’al-‘Aqaba. Cependant, selon un récit, Abû al-Haytham ne participa pas à cette allégeance. (At-Tabaqât, 1/218-219.) Selon ce récit, As‘ad embrassa l’islam lors de la première ‘Aqaba, puis, de retour à Médine, invita Abû al-Haytham à l’islam. C’est à la suite de cette invitation qu’Abû al-Haytham embrassa l’islam. Un an plus tard, il rencontra de nouveau le Messager d’Allah à al-‘Aqaba avec douze hommes, puis l’année suivante avec soixante-treize hommes — ou soixante-quinze selon un autre avis. Il eut ainsi l’honneur de participer à toutes les allégeances d’al-‘Aqaba. (At-Tabaqât, 1/22 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/433.)

Selon un récit, lors de la dernière ‘Aqaba, Abû al-Haytham fut le premier à tendre la main pour prêter allégeance au Messager d’Allah. Mûsâ ibn ‘Uqba rapporte cette information d’après l’imâm az-Zuhrî. Il existe toutefois de nombreuses divergences à ce sujet. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/447 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/254.)

Lors du serment de la troisième ‘Aqaba, lorsque les habitants de Médine invitèrent le Messager d’Allah à se rendre à Médine, Abû al-Haytham fut l’un des hommes qui prirent la parole au nom des habitants de La Mecque et de Médine. At-Tabarânî le rapporte d’après ‘Urwa. Au moment où Abû al-Haytham ibn at-Tayyihân prêtait serment d’allégeance au Messager d’Allah, il dit : « Ô Messager d’Allah ! Nous avons des accords avec d’autres personnes. Se pourrait-il que nous rompions ces accords, que nous les combattions, tandis que vous retourneriez auprès de votre propre tribu ? » Après l’avoir entendu, le Messager d’Allah sourit légèrement et répondit : « La revendication de votre sang sera ma propre revendication, et votre sang versé sera mon propre sang versé. » Autrement dit, il n’y aura aucune différence entre vous et moi.

Satisfait de cette réponse du Messager d’Allah, Abû al-Haytham s’adressa à ses compagnons en ces termes : « Ô membres de ma tribu ! Cet homme est le Messager d’Allah. Je témoigne qu’il est assurément véridique. Aujourd’hui, il se trouve en sécurité parmi ses proches dans le territoire sacré de La Mecque. Sachez que si vous le faites sortir d’ici et l’emmenez auprès de vous, tous les Arabes vous décocheront leurs flèches d’un même arc. Autrement dit, vous deviendrez la cible commune dès le matin. Si vous êtes prêts à combattre dans le sentier d’Allah et à sacrifier vos biens, vos vies et vos enfants, alors seulement invitez-le sur votre terre. Car il est véritablement le Messager d’Allah. Réfléchissez-y si vous craignez ensuite d’éprouver des regrets. »

Après le discours d’Abû al-Haytham, ses compagnons dirent : « Nous acceptons tout ce qu’Allah et Son Messager nous ont demandé. Ô Messager d’Allah ! Nous vous accordons tout ce que vous nous avez demandé. Abû al-Haytham, écartez-vous un peu afin que nous prêtions serment d’allégeance au Messager d’Allah. » Abû al-Haytham répondit : « C’est moi qui prêterai le premier serment. » Après son allégeance, les autres prêtèrent serment les uns après les autres. (Hayât as-Sahâba, 1/247-248 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/442.) Après cette allégeance, le noble Messager d’Allah annonça les noms de douze naqîb, c’est-à-dire douze responsables. Parmi les Aws, trois naqîb furent désignés : Abû al-Haytham, Usayd ibn Hudayr et Sa‘d ibn Khaythama. (Ansâb al-Ashrâf, 1/252.)

Après la hijra du noble Messager d’Allah à Médine, il établit un lien de fraternité entre Abû al-Haytham et le célèbre muhâjir ‘Uthmân ibn Maz‘ûn. (Ansâb al-Ashrâf, 1/271 ; Al-Isâba, 4/212.)

Il participa à toutes les batailles qui eurent lieu du vivant du Messager d’Allah, notamment à Badr, Uhud et al-Khandaq. Lors de la bataille d’Uhud, son frère ‘Atîq ibn at-Tayyihân tomba en martyr sous les coups de ‘Ikrima ibn Abî Jahl. (Ansâb, 1/329.) Ibn Sa‘d rapporte qu’après le martyre de ‘Abdallah ibn Rawâha à Mu’ta, le noble Messager d’Allah envoya Abû al-Haytham à Khaybar comme mesureur des dattes. Après la mort du Messager d’Allah, Abû Bakr exprima également le souhait de le maintenir à ce poste, mais Abû al-Haytham refusa de l’accepter. (At-Tabaqât, 3/448.)

Il mourut en l’an 20 de l’hégire, sous le califat de ‘Umar. Selon un récit, il serait mort en l’an 37 de l’hégire, avant la bataille de Siffîn. L’imâm al-Asma‘î a rapporté un récit. Il dit : « J’ai interrogé les membres de la tribu d’Abû al-Haytham au sujet de sa mort. Ils m’ont répondu qu’il était mort du vivant du Messager d’Allah. » Certains ont également affirmé qu’il mourut en l’an 21 de l’hégire, tandis que d’autres ont dit qu’il combattit à Siffîn aux côtés de ‘Alî. Certains sont même allés plus loin, affirmant qu’il combattit à Siffîn aux côtés de ‘Alî et y trouva le martyre. (Ansâb, 1/240 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/433.) L’historien al-Wâqidî a clairement déclaré que le récit de sa participation à Siffîn était totalement infondé. En revanche, sa mort en l’an 20 de l’hégire est rapportée par d’éminents spécialistes du hadith tels que l’imâm az-Zuhrî, Sâlih ibn Kaysân et al-Hâkim. Il n’est donc pas possible d’accepter face à ces témoignages un récit douteux. (Siyar al-Ansâr, 2.)

On trouve dans les recueils de hadith quelques traditions rapportées d’Abû al-Haytham, mais leur authenticité n’est pas incontestable. Ibn Hajar al-‘Asqalânî a dit : « Tous les hadiths que l’on trouve rapportés d’Abû al-Haytham sont sujets à caution. On ne trouve aucune chaîne de transmission permettant d’établir l’authenticité de l’un d’entre eux. La raison en est qu’il mourut très tôt. » (Al-Isâba, 4/213.)

Al-Haytham ibn Nasr al-Aslamî — qu’Allah l’agrée — rapporte : « J’ai été au service du Messager d’Allah. Abû al-Haytham ibn at-Tayyihân possédait un puits appelé Jâsim. L’eau de ce puits était douce. Je puisais de l’eau dans ce puits pour le Messager d’Allah. Un jour de grande chaleur, le noble Messager d’Allah vint chez Abû al-Haytham accompagné d’Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — et demanda : “Y a-t-il de l’eau fraîche ?” Abû al-Haytham apporta un seau d’eau aussi froide que la glace. Il la mélangea avec du lait de chèvre et la fit boire au Messager d’Allah. Puis il dit : “Ô Messager d’Allah ! Nous avons une tonnelle fraîche, un ‘arîsh. Reposez-vous-y un peu pendant cette heure de midi.” Abû al-Haytham aspergea d’eau la tonnelle. Le Messager d’Allah y entra accompagné d’Abû Bakr. Abû al-Haytham leur présenta différentes sortes de dattes ainsi qu’un plat rempli de tharîd, une préparation délicieuse. Le rapporteur, Haytham ibn Nasr, dit : “Le Messager d’Allah, Abû Bakr et nous tous en mangeâmes et en bûmes. Lorsque l’heure de la prière arriva, il nous dirigea dans la prière en assemblée chez Abû al-Haytham. L’épouse d’Abû al-Haytham se tenait derrière moi dans l’assemblée. Après la prière, il retourna dans la tonnelle et y accomplit les deux rak‘a surérogatoires qui suivent la prière obligatoire de zuhr.” (Ansâb al-Ashrâf, 1/535.)

Un jour, contrairement à son habitude, le noble Messager d’Allah sortit à une heure où il ne sortait normalement pas de chez lui. Peu après, Abû Bakr arriva également. Le Messager lui demanda : « Abû Bakr, qu’est-ce qui t’amène à sortir à une heure inhabituelle ? » Il répondit : « Je suis venu vous rencontrer. » Entre-temps, ‘Umar arriva lui aussi. Le Messager d’Allah lui posa exactement la même question. ‘Umar répondit : « Ô Messager d’Allah, c’est la faim qui m’a poussé jusqu’ici. » Le Messager d’Allah dit : « Moi aussi, j’ai faim. »

Tous trois se rendirent ensemble chez Abû al-Haytham. Celui-ci possédait un verger de dattiers et un troupeau de chèvres, mais il n’avait aucun serviteur. Il accomplissait lui-même toutes les tâches. À ce moment-là, il n’était pas non plus chez lui. Lorsqu’ils appelèrent, son épouse répondit qu’il était parti chercher de l’eau. Peu après, ils le virent revenir avec une outre pleine d’eau. En apercevant le Messager d’Allah, il posa l’outre à terre, le serra dans ses bras et se mit à dire avec une grande émotion : « Que mes père et ma mère soient sacrifiés pour vous ! » Puis il les conduisit tous dans le verger et étendit quelque chose afin qu’ils puissent s’asseoir. Il les fit asseoir, coupa une grappe de dattes et la leur apporta. Le Messager d’Allah dit : « Si seulement tu avais apporté des dattes mûres ! » Il répondit : « Il y en a de vertes et de mûres ; prenez celles qui vous plaisent. » Le Messager d’Allah en mangea, puis but de l’eau. Cette eau était parfaitement limpide et délicieuse. Après avoir mangé et bu, le Messager d’Allah dit : « Regardez combien Allah a accordé de bienfaits : l’ombre, d’excellentes dattes et de l’eau fraîche. Par Allah, au Jour de la Résurrection, vous serez interrogés au sujet de tout cela. »

Abû al-Haytham laissa ses honorables invités dans le verger, retourna chez lui et prépara un repas. Il égorgea un petit chevreau, le fit rôtir et le leur servit. Après le repas, le Messager d’Allah lui demanda : « N’avez-vous pas de serviteur ? » Il répondit : « Non. » Le Messager d’Allah dit : « Si un prisonnier de guerre tombe entre mes mains, viens me voir. » Quelque temps après, deux prisonniers de guerre furent amenés au Messager d’Allah. Il demanda à Abû al-Haytham d’en choisir un. Celui-ci laissa le choix au Messager d’Allah. Le Messager lui en remit un et lui dit : « Traite-le bien. »

Abû al-Haytham retourna chez lui avec l’esclave et rapporta à son épouse les conseils du Messager d’Allah. Son épouse était une femme très intelligente. Elle lui dit : « Si tu veux obéir à l’ordre du Messager d’Allah, affranchis-le. » Il affranchit donc l’esclave, conformément au conseil de son épouse. Lorsque le Messager d’Allah apprit ce qu’ils avaient fait, il en fut très heureux et les loua tous deux. (At-Tirmidhî, 391.) L’événement est également rapporté dans Kanz al-‘Ummâl. L’imâm Muslim et l’imâm Mâlik le rapportent sous une forme abrégée. Le hâfiz al-Mundhirî dit que cet événement a été rapporté au sujet d’Abû al-Haytham et d’Abû Ayyûb al-Ansârî tous deux. (Hayât as-Sahâba, 1/310.)

On demanda à Abû al-Haytham : « Sur quoi avez-vous prêté serment d’allégeance à al-‘Aqaba ? » Il répondit : « Nous avons prêté au Messager d’Allah exactement le même serment que celui par lequel les Enfants d’Israël s’étaient engagés auprès de Mûsâ — que la paix soit sur lui. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/240.)

Usayd ibn Hudayr (qu’Allah l’agrée)

Le célèbre Compagnon ansarite Usayd était issu de la branche Banû ʿAbd al-Ashhal de la tribu traditionnelle médinoise des Aws. (Ansâb al-Ashrâf, 1/240.) Plusieurs kunyas ou surnoms lui sont attribués dans les ouvrages de sîra. Ainsi, Abû Yahyâ, d’après le nom de son fils Yahyâ ; il est également rapporté que le Messager d’Allah ﷺ l’appelait Abû ʿÎsâ. (Usd al-Ghâba, 1/92.) On connaît aussi les noms Abû ʿAtîq, Abû Hudayr et Abû ʿAmr. (Voir Siyar al-Ansâr, 1/228 ; Usd al-Ghâba, 1/92 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/240 ; al-Aʿlâm, 1/330.)

Son père s’appelait Hudayr ibn Simâk et sa mère Umm Usayd bint Uskûn. Hudayr était un chef de la tribu des Aws. Avant l’islam, il dirigea toutes les guerres qui opposèrent les deux tribus éternellement ennemies de Médine, les Aws et les Khazraj. Il était le principal cavalier des Aws et possédait également une forteresse solide. (Usd al-Ghâba, 1/92.) La dernière et la plus grande des guerres sanglantes entre les Aws et les Khazraj fut la bataille de Buʿâth. Hudayr en était encore le commandant, tandis que le chef militaire des Khazraj adverses était ʿAmr ibn Nuʿmân Ruzayla. Tous deux dirigèrent leurs troupes avec une grande habileté. À un moment donné, les Aws furent proches de la défaite. Hudayr entra alors lui-même dans la bataille. Le commandant khazrajite ʿAmr fut tué et les Aws remportèrent la victoire. Cette bataille eut lieu cinq ans avant l’émigration du Messager d’Allah ﷺ à Médine. (Siyar al-Ansâr, 1/228.)

Trois ans après la fin de cette bataille de Buʿâth, le serment d’al-ʿAqaba fut prêté à La Mecque. À la demande des nouveaux musulmans de Médine, le noble Messager ﷺ y envoya Musʿab ibn ʿUmayr afin d’y transmettre l’islam. Usayd n’était pas encore musulman. Il embrassa l’islam à Médine entre les mains de Musʿab ibn ʿUmayr, avant Muʿâdh ibn Jabal. Selon certains, il ne se serait converti qu’après le dernier serment d’al-ʿAqaba, c’est-à-dire après que les soixante-treize ou soixante-quinze Médinois eurent prêté serment au Messager d’Allah ﷺ à l’endroit de La Mecque appelé al-ʿAqaba. Mais cette opinion n’est pas exacte, car les ouvrages de sîra rapportent par des chaînes fiables qu’il participa à ce dernier serment d’al-ʿAqaba et que le Messager d’Allah ﷺ le nomma naqîb, c’est-à-dire responsable, des Banû ʿAbd al-Ashhal. (Usd al-Ghâba, 1/92 ; Târîkh al-Islâm wa Tabaqât al-Mashâhîr wa-l-Aʿlâm, 1/181 ; al-Aʿlâm, 1/310 ; al-Isâba, 1/49.)

Les ouvrages de sîra relatent une histoire remarquable au sujet de la conversion d’Usayd. Musʿab ibn ʿUmayr séjourna comme hôte chez Asʿad ibn Zurâra à Médine et s’installa dans le clan des Banû Jâfar pour enseigner le Coran aux gens. L’habitat des Banû Jâfar se trouvait près de celui des Banû ʿAbd al-Ashhal. Un jour, Saʿd ibn Muʿâdh et Usayd ibn Hudayr apprirent que Musʿab enseignait le Coran aux musulmans dans un jardin. Saʿd dit à Usayd : « Va là-bas et dis-lui de ne plus jamais revenir dans les limites de notre quartier. » Asʿad était pourtant le cousin maternel de Saʿd. Conformément aux paroles de Saʿd, Usayd se dirigea vers le jardin, décidé à extirper l’islam de ses propres mains. En le voyant arriver, Asʿad dit à Musʿab : « Voici un homme qui vient vers toi. C’est le chef de sa tribu ; fais donc de lui un musulman. »

Usayd dit d’un ton très coléreux : « Pourquoi continuez-vous ainsi à tromper nos gens faibles ? Si vous voulez notre bien, partez immédiatement d’ici. » Musʿab, prédicateur formé à la cour du Messager d’Allah ﷺ, répondit avec le sourire, très calmement : « Asseyez-vous et écoutez-moi un instant. Si cela vous plaît, vous l’accepterez ; sinon, je m’arrêterai et je partirai. » Usayd répondit : « Voilà qui est vraiment sage et juste. » La courtoisie de Musʿab apaisa la colère d’Usayd, qui s’assit. Musʿab lui exposa l’essentiel de l’islam et lui récita quelques versets du Coran. Il continuait sa récitation, tandis que le visage d’Usayd changeait peu à peu. Finalement, il fut profondément touché et s’écria spontanément : « Comment entre-t-on dans cette religion ? » Musʿab répondit : « Il faut d’abord se laver, revêtir des vêtements propres et prononcer la shahâda, puis accomplir la prière. »

Avant même que Musʿab eût terminé, Usayd quitta les lieux. Lorsqu’il revint peu après, ses cheveux étaient mouillés et il portait des vêtements propres. Puis, plaçant sa main dans celle de Musʿab, il prononça : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et j’atteste que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. » Ensuite, en se levant pour quitter l’assemblée, il dit : « Je m’en vais et je vous envoie d’autres chefs ; vous devrez aussi les faire devenir musulmans. » (Hayât al-Sahâba, 1/188-189 ; Siyar al-Ansâr, 1/229.)

Usayd se leva et se dirigea droit vers Saʿd ibn Muʿâdh. En le voyant revenir, les gens assis auprès de Saʿd se dirent entre eux : « Le voilà qui revient, mais son visage a changé. Il était parti extrêmement agité et le voici maintenant calme, posé et souriant. » Usayd décida alors de mettre son intelligence à profit. Il désirait ardemment que Saʿd entende lui aussi de la bouche de Musʿab ce qu’il avait entendu. Mais s’il annonçait directement : « J’ai embrassé l’islam, suis-moi », Saʿd aurait peut-être bondi sur lui. Il voulut donc amener Saʿd devant Musʿab. Celui-ci était l’hôte d’Asʿad ibn Zurâra. Pour provoquer Saʿd, Usayd lui dit : « J’ai appris que les gens des Banû al-Hâritha sont partis avec l’intention de tuer Asʿad ibn Zurâra. Ils savent pourtant très bien qu’il est ton cousin. »

Saʿd entra dans une grande colère. Il prit aussitôt une flèche et arriva auprès de Musʿab et d’Asʿad. Il n’y trouva aucun tumulte ni dispute ; au contraire, dans une atmosphère paisible, Musʿab récitait le Coran aux gens et ceux-ci l’écoutaient attentivement. Saʿd comprit la ruse de son ami Usayd. Il écouta lui aussi attentivement Musʿab et déclara sur-le-champ sa conversion à l’islam. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/436-437 ; Rijâl hawl al-Rasûl, 460-461.)

Quelques jours après la conversion d’Usayd, le noble Messager ﷺ émigra à Médine. Il établit entre Usayd et le célèbre Compagnon muhâjir Zayd ibn Hâritha une mu’âkhât, c’est-à-dire un lien de fraternité religieuse. (Usd al-Ghâba, 1/92 ; al-Isâba, 1/49.) Usayd participa à toutes les expéditions qui eurent lieu du vivant du Messager d’Allah ﷺ, à partir de la bataille d’Uhud. (Al-Aʿlâm, 1/330.) Il existe toutefois une divergence concernant sa participation à Badr. Selon Wâqidî, Ibn Ishâq et Ibn al-Kalbî, il n’y participa pas, bien que certains spécialistes de la sîra aient soutenu l’opinion contraire. (Usd al-Ghâba, 1/92 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/240 ; Tabaqât, 3/605.)

Ibn Saʿd affirme que plusieurs Compagnons éminents, parmi lesquels se trouvaient quelques naqîb comme Usayd, ne participèrent pas à Badr. Al-Balâdhurî rapporte que le noble Messager ﷺ partit en direction de Badr, mais que certains de ses Compagnons restèrent en arrière, ne pensant pas qu’une bataille aurait lieu avec les Quraysh. Usayd faisait partie de ceux qui étaient restés. Lorsque le Messager d’Allah ﷺ revint à Médine après la bataille de Badr, Usayd accourut auprès de lui, le félicita pour la victoire qu’Allah lui avait accordée contre l’ennemi et exprima sa tristesse et ses regrets de n’avoir pu participer. Il s’excusa en disant : « Je pensais qu’il s’agissait de la caravane commerciale des Quraysh et que vous n’entreriez pas en guerre contre eux. Si j’avais compris qu’ils étaient des ennemis et que vous les affronteriez, je ne serais jamais resté en arrière. » Le noble Messager ﷺ le crut. Ibn Saʿd rapporte également cette version. (Ansâb al-Ashrâf, 1/288 ; Tabaqât, 3/605.)

Il participa à la bataille d’Uhud. À la veille de cette bataille, un groupe d’hommes, placé sous la direction de Saʿd ibn Muʿâdh, d’Usayd ibn Hudayr et de Saʿd ibn ʿUbâda, fut chargé de garder le Messager d’Allah ﷺ à Médine. Ils montaient la garde toute la nuit devant sa porte. (Ansâb al-Ashrâf, 1/314.) Au moment le plus critique de la bataille, lorsque presque tous les Compagnons furent dispersés et rejetés loin du Messager d’Allah ﷺ, Usayd resta ferme avec quelques Compagnons. Son corps fut grièvement blessé en sept endroits au cours de cette bataille. (Al-Isâba, 1/49 ; al-Aʿlâm, 1/330.)

Après Uhud, les proches des martyrs se mirent à pleurer. En voyant cela, le noble Messager ﷺ dit : « Aujourd’hui, personne ne pleure pour Hamza. » Saʿd et Usayd retournèrent alors dans leur tribu et ordonnèrent à leurs femmes de pleurer Hamza. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/99.) Le jour d’Uhud, Usayd portait l’étendard des Banû Aws. Au cours des combats acharnés, certains soldats musulmans frappèrent par erreur leurs propres compagnons, les prenant pour des soldats mécréants. Usayd fut accidentellement blessé par Abû Bardah ibn Nayâr. De même, Abû Janâna, ne l’ayant pas reconnu, porta deux coups d’épée à Abû Bardah. Le noble Messager ﷺ dit à leur sujet : « Même si l’un d’entre vous était tué de cette manière, il serait martyr. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/318, 322.)

Usayd participa à la bataille du Fossé. Même dix jours après la fin de la bataille, les musulmans demeuraient encerclés à Médine. Les troupes polythéistes de La Mecque parcouraient la ville la nuit à la recherche des dirigeants musulmans. Usayd défendait alors le Fossé avec deux cents hommes. Après la bataille, les gens de la tribu de Ghatafân commencèrent à piller abondamment. Le noble Messager ﷺ convoqua à Médine leurs chefs, ʿÂmir ibn Tufayl et Zayd. À leur arrivée, ils déclarèrent ensemble qu’une solution pourrait être trouvée si on leur donnait une partie des fruits produits à Médine. Usayd se tenait à proximité. Il leur donna de petites tapes sur la tête avec sa lance et s’écria : « Renards ! Disparaissez d’ici ! » ʿÂmir en fut extrêmement irrité et demanda : « Qui es-tu ? » — « Usayd ibn Hudayr. » — « Le fils de Qatâ’ib ? » (Qatâ’ib était le surnom de son père Hudayr.) — « Oui. » — « Ton père valait mieux que toi. » Usayd rugit aussitôt : « Jamais ! Je vaux bien mieux que vous tous et que mon père, car lui était mécréant. » (Siyar al-Ansâr, 1/230.)

Il est probable que cet événement soit celui que Tabarânî rapporte d’après Ibn ʿAbbâs. Deux hommes, ʿÂmir ibn Tufayl et Arbad ibn Qays, se présentèrent auprès du Messager d’Allah ﷺ à Médine. ʿÂmir lui demanda : « Muhammad, que me donneras-tu si j’embrasse l’islam ? » Le Messager ﷺ répondit : « Tu auras ce qui revient à tous les musulmans et tu seras soumis aux mêmes obligations qu’eux. » Il demanda : « Si je deviens musulman, me donneras-tu l’autorité après toi ? » Le Messager ﷺ répondit : « Ni toi ni aucun membre de ta tribu ne l’obtiendrez. Tu pourras toutefois être le chef d’une troupe de cavaliers. » Après avoir encore discuté quelque temps avec eux, ils se levèrent. Puis ils complotèrent pour tuer le Messager d’Allah ﷺ, mais leur projet fut dévoilé auprès de lui et ils s’enfuirent. Muʿâdh et Usayd les poursuivirent. À un moment donné, Usayd leur cria : « Ô ennemis d’Allah, qu’Allah vous maudisse ! » En chemin, tous deux moururent accidentellement. (Hayât al-Sahâba, 3/548-549.)

Avant le traité de Hudaybiyya, le chef qurayshite Abû Sufyân envoya à Médine un homme afin d’assassiner le Messager d’Allah ﷺ. Celui-ci avait dissimulé un petit poignard à sa ceinture et se rendit à la mosquée des Banû ʿAbd al-Ashhal en demandant où se trouvait le Messager d’Allah ﷺ. Dès que le noble Messager ﷺ vit son visage, il s’écria : « Cet homme est venu pour tromper. » Lorsqu’il s’avança vers lui pour le tuer, Usayd lui saisit le pagne et tira dessus. Le poignard tomba aussitôt de sa ceinture. L’homme comprit qu’il ne pouvait plus être sauvé. Pour l’empêcher de s’enfuir, Usayd agrippa fermement son vêtement près de son cou. (Siyar al-Ansâr, 1/230.)

La bataille des Banû al-Mustaliq eut lieu durant la sixième année de l’hégire. Après la bataille, une querelle insignifiante éclata entre un muhâjir et un Ansar au sujet de l’abreuvement des chameaux et des chevaux à un puits. Le munâfiq ʿAbd Allah ibn Ubay tenta vainement d’attiser cette querelle. S’adressant aux Ansar, il déclara : « Vous leur avez permis de vivre dans votre pays et vous avez partagé entre eux vos biens. Par Allah, si vous ne l’aviez pas fait, ils seraient partis ailleurs. Si nous retournons à Médine, les plus nobles — c’est-à-dire les Médinois — en chasseront les plus vils. » Zayd ibn Arqam entendit ces paroles et en informa le Messager d’Allah ﷺ, qui en fut profondément attristé.

Après cet événement, Usayd vint rencontrer le Messager d’Allah ﷺ. Celui-ci lui demanda :
— As-tu entendu ce qu’a dit votre compagnon ?
— Ô Messager d’Allah, quel compagnon ?
— ʿAbd Allah ibn Ubay.
— Qu’a-t-il dit ?
— Il a dit qu’une fois revenus à Médine, les plus nobles en chasseraient les plus vils.
Usayd répondit : « Ô Messager d’Allah ﷺ, par Allah, si Allah le veut, c’est vous qui le chasserez. Par Allah, c’est lui qui est vil, tandis que vous êtes honoré et victorieux. » (Sîrat Ibn Hishâm, 1/1292.)

Usayd ajouta : « Ô Messager d’Allah, soyez indulgent envers lui. Allah nous a amenés ici avec vous. Ses propres gens lui préparaient une couronne afin de le faire roi de Médine et de la poser sur sa tête. Il pourra voir de ses propres yeux son royaume lui être arraché. » (Rijâl hawl al-Rasûl, 463.)

Selon un autre récit, lorsqu’Usayd apprit les propos de ʿAbd Allah ibn Ubay, il dit : « Ô Messager d’Allah, permettez-moi de tuer cet homme qui sème le trouble parmi les gens. » Le Messager ﷺ demanda : « Le tueras-tu si je te l’ordonne ? » Usayd répondit : « Oui. Avec votre permission, je lui trancherai la tête de mon épée. » Le Messager ﷺ le fit asseoir et l’apaisa. (Hayât al-Sahâba, 1/474.)

Lors de cette expédition contre les Banû al-Mustaliq, ʿÂ’isha, qu’Allah l’agrée, accompagnait le Messager d’Allah ﷺ. Sur le chemin du retour vers Médine, les hypocrites l’accusèrent faussement d’une atteinte à son honneur à la suite d’un incident. Cette histoire est connue dans les ouvrages de sîra sous le nom d’al-ifk, la calomnie. Certains musulmans simples d’esprit furent également égarés par la propagande des hypocrites. Finalement, Allah révéla des versets coraniques qui dévoilèrent la vérité.

Alors que l’affaire avait atteint son paroxysme, Usayd se présenta un jour auprès du Messager d’Allah ﷺ et dit : « Ô Messager d’Allah, si des gens de la tribu des Aws vous causent du tort, nous les en empêcherons. Et si ce sont nos frères de la tribu des Khazraj qui vous causent du tort, ordonnez-le-nous. Par Allah, ils méritent d’être tués. » Le chef khazrajite Saʿd ibn ʿUbâda protesta aussitôt : « Tu ne parlerais pas ainsi s’il s’agissait des gens de ta propre tribu ; tu le dis seulement parce qu’il s’agit des Khazraj. » Usayd rugit immédiatement : « Par Allah, tu as menti ! Tu es un hypocrite et tu te disputes en prenant le parti des hypocrites. » (Sîrat Ibn Hishâm, 1/300.)

À la bataille de Khaybar, ʿÂmir, l’oncle de Salama ibn al-Akwaʿ, attaqua un Juif. Mais son coup d’épée dévia, le blessant lui-même, et il mourut. Usayd et plusieurs autres pensèrent que, puisqu’il était mort de son propre coup — ce qui ressemblait à un suicide — toutes ses bonnes œuvres étaient annulées. Salama en informa le Messager d’Allah ﷺ. Celui-ci répondit : « Ceux qui ont dit cela se trompent. Il recevra une double récompense. » (Muslim, 2/96.)

Lors de la conquête de La Mecque, le noble Messager ﷺ se trouvait avec les muhâjirûn et les Ansar. Son groupe était à l’arrière de tous les autres. Il se tenait entre Abû Bakr et Usayd. Durant les expéditions de Hunayn et de Tabûk, l’étendard de la tribu des Aws était entre les mains d’Usayd.

Le jour de la Saqîfa des Banû Sâʿida — après la mort du noble Messager ﷺ, lorsqu’un groupe d’Ansar dirigé par Saʿd ibn ʿUbâda revendiqua la priorité au califat pour les Ansar — la nouvelle se répandit à Médine et les débats commencèrent. Usayd était l’un des chefs de la tribu ansarite des Aws et joua un rôle important pour maîtriser cette situation difficile. (Usd al-Ghâba, 1/92.) Il se leva et dit aux Ansar : « Vous savez que le Messager d’Allah ﷺ était un muhâjir. Il convient donc que son calife soit lui aussi choisi parmi les muhâjirûn. Nous étions les ansar, les auxiliaires du Messager d’Allah ﷺ. » Puis, s’adressant à Saʿd ibn Muʿâdh, il dit : « Aujourd’hui encore, nous devons être les auxiliaires du calife du Messager d’Allah ﷺ. » (Rijâl hawl al-Rasûl, 462.)

Puis il s’adressa aux membres de sa tribu, les Aws : « La tribu des Khazraj veut s’emparer du pouvoir en faisant de Saʿd ibn ʿUbâda le calife. Si elle réussit aujourd’hui, elle vous sera supérieure pour toujours et ne vous accordera jamais aucune part du califat. À mon avis, vous devez prêter serment à Abû Bakr. » Il leur ordonna ensuite à tous de prêter serment à Abû Bakr. Ainsi, la décision des Aws affaiblit la position des partisans de Saʿd ibn ʿUbâda. (Siyar al-Ansâr, 231.)

Lorsque la mort du calife Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, approcha, Usayd fut parmi les Compagnons éminents, muhâjirûn et Ansar confondus, dont il sollicita l’avis et les conseils au sujet de celui à qui confier le califat. Quand Abû Bakr lui demanda son opinion sur ʿUmar, il répondit : « Je le considère favorablement pour assumer le califat après vous. Son intérieur est meilleur que son extérieur et nul n’est plus capable que lui de porter cette responsabilité. » (Hayât al-Sahâba, 2/26.)

La seizième année de l’hégire, il se rendit de Médine à Bayt al-Maqdis avec le calife ʿUmar, qu’Allah l’agrée. (Usd al-Ghâba, 1/92.) Il mourut à Médine au mois de Shaʿbân de l’an 20 de l’hégire, selon une autre opinion en l’an 21. Le calife ʿUmar, qu’Allah l’agrée, porta son corps sur ses épaules, dirigea la prière funéraire et l’inhuma au cimetière de Baqîʿ. (Ansâb al-Ashrâf, 1/240 ; Tabaqât, 3/506 ; Shadharât al-Dhahab, 1/31.)

Avant sa mort, il recommanda au calife ʿUmar de prendre personnellement en charge ses biens mobiliers et immobiliers et de régler toutes ses dettes. Après sa mort, ʿUmar convoqua les créanciers et les convainquit d’accepter mille dirhams par an. Ainsi, toutes les dettes furent remboursées en quatre ans grâce à la vente des fruits du jardin et tous ses biens furent préservés. ʿUmar disait : « Je ne veux pas voir les enfants de mon frère dans le besoin. » (Tabaqât, 3/606 ; Usd al-Ghâba, 1/93.)

L’épouse d’Usayd mourut du vivant du Messager d’Allah ﷺ. (Siyar al-Ansâr, 1/231.) ʿÂ’isha, qu’Allah l’agrée, rapporte : « Un jour, nous revenions à Médine du pèlerinage ou de la ʿumra. Nous fûmes accueillis à Dhû al-Hulayfa. Les familles des Ansar rejoignirent leurs proches. C’est là qu’Usayd apprit la mort de son épouse. Il se couvrit la tête de son manteau et se mit à pleurer. Je lui dis : “Qu’Allah vous pardonne ! Vous êtes un Compagnon du Messager d’Allah ﷺ et l’un des premiers convertis, et vous pleurez ainsi pour une femme ?” En entendant cela, il retira le vêtement de sa tête et dit : “Vous avez dit vrai. Après Saʿd ibn Muʿâdh, nous ne devrions pleurer personne.” » (Hayât al-Sahâba, 2/595 ; Musnad Ahmad, 2/352.)

Usayd n’avait probablement qu’un seul fils, nommé Yahyâ. Il est mentionné dans le chapitre de Sahîh al-Bukhârî intitulé « La descente de la sérénité et des anges lors de la récitation du Coran ».

Il contribua grandement à la diffusion du Coran et du hadith. Il rapporta directement de nombreux hadiths du Messager d’Allah ﷺ. Des Compagnons très honorés tels que ʿÂ’isha, Abû Saʿîd al-Khudrî, Anas ibn Mâlik, Abû Laylâ al-Ansârî et Kaʿb ibn Mâlik rapportèrent des hadiths qu’ils avaient entendus de lui. Sahîh al-Bukhârî et Sahîh Muslim rapportent au total dix-huit hadiths de lui. (Al-Aʿlâm, 1/330 ; al-Isâba, 1/49.)

Le père d’Usayd était un homme très respecté dans sa tribu. Ibn Saʿd dit : « Après son père, il devint lui aussi, à l’époque de l’islam comme à celle de la Jâhiliyya, un homme extrêmement courtois et honoré. Il était considéré comme l’un des hommes intelligents et réfléchis de la tribu. Ces qualités étaient réunies en Usayd. » Il était également un archer et un coureur habile. Dans l’Arabie de cette époque, l’homme qui réunissait ces trois qualités recevait le titre de kâmil. (Tabaqât, 3/604 ; al-Aʿlâm, 1/330 ; Usd al-Ghâba, 1/92.)

Après sa conversion, il progressa tellement dans la spiritualité que tous les voiles furent retirés de ses yeux. Il récitait également le Coran d’une voix très mélodieuse. (Usd al-Ghâba, 1/92.) Une nuit, il récitait le Coran. Un cheval était attaché tout près. Chaque fois qu’il interrompait sa récitation, le cheval s’arrêtait ; lorsqu’il recommençait, le cheval se remettait à bondir. Son fils Yahyâ dormait à proximité. Usayd eut peur que, si cela continuait, l’enfant ne fût piétiné par le cheval. La troisième fois, il sortit et vit dans le ciel une sorte de nuage, au milieu duquel brillait une lumière semblable à celle d’une lampe. Sa récitation étant achevée, il leva les yeux vers le ciel et la lumière disparut. Le matin, il raconta l’événement au Messager d’Allah ﷺ, qui lui dit : « Les anges étaient venus écouter la récitation du Coran. Si tu avais continué jusqu’au matin, les gens les auraient vus à la lumière du jour. » (Hayât al-Sahâba, 3/543 ; Usd al-Ghâba, 1/93 ; Sahîh al-Bukhârî, 2/750.)

Il contempla de ses yeux la réalité de la sakîna, la sérénité. Il était de ceux dont la marche était précédée par une lumière. Al-Bukhârî rapporte que, par une nuit sombre, ʿAbbâd ibn Bishr et Usayd ibn Hudayr sortirent de chez le Messager d’Allah ﷺ. Une lumière jaillit de leurs bâtons et éclaira leur chemin. Lorsqu’ils se séparèrent et prirent deux directions différentes, la lumière se divisa également et les accompagna chacun. (Shadharât al-Dhahab, 1/31 ; Hayât al-Sahâba, 3/611.)

Usayd raconte : « Un jour, je parlai au Messager d’Allah ﷺ d’une famille ansarite nécessiteuse. Elle était extrêmement pauvre et la plupart de ses membres étaient des femmes. Après m’avoir entendu, le Messager ﷺ dit : “Tu viens à un moment où tout ce que je possédais a déjà été distribué aux gens. Lorsque tu apprendras que quelque chose m’est de nouveau parvenu, rappelle-moi le cas de cette famille.” Quelques jours plus tard, des biens arrivèrent de Khaybar. Il en donna une part importante aux Ansar et, en particulier, une grande quantité à cette famille. Je dis : “Ô Prophète d’Allah, qu’Allah vous récompense de la meilleure récompense.” Le Messager ﷺ répondit : “Ô Ansar, qu’Allah vous accorde la meilleure rétribution. Mon expérience de longue date à votre sujet est que vous êtes très indulgents et patients. Après ma mort, les gens vous négligeront et se donneront la priorité. Faites preuve de patience jusqu’à ce que vous me rejoigniez. Notre lieu de rencontre sera le Hawd.” »

Usayd poursuit : « Ensuite, le Messager d’Allah ﷺ mourut et, après Abû Bakr, ʿUmar prit la charge du califat. Un jour, il distribua un butin entre les habitants de Médine et m’envoya un vêtement. Mais il était trop court pour moi. Alors que j’étais assis dans la mosquée, je vis un jeune Qurayshite portant un vêtement long semblable au mien. Il était si long qu’il traînait par terre. Je rapportai alors à l’homme qui m’accompagnait les paroles précédentes du Messager d’Allah ﷺ et lui dis : “Le Messager d’Allah ﷺ a dit vrai.” Cet homme courut chez ʿUmar et lui rapporta mes paroles. ʿUmar accourut ; j’étais alors en prière. Il dit : “Usayd, termine ta prière.” Lorsqu’elle fut achevée, il me demanda : “Qu’avez-vous dit ?” Je lui racontai ce que j’avais vu et ce que j’avais dit. Il répondit : “Qu’Allah vous pardonne ! J’avais envoyé ce vêtement à untel. C’est un Ansarite, l’un de ceux qui prêtèrent serment à al-ʿAqaba et combattirent à Badr et à Uhud. C’est de lui que ce jeune Qurayshite a acheté le vêtement. Pensez-vous que les paroles du Messager d’Allah ﷺ au sujet des Ansar se réaliseront de mon vivant ?” Usayd répondit : “Par Allah, ô Commandeur des croyants, je ne pense pas que cela puisse arriver de votre vivant.” » (Hayât al-Sahâba, 1/402-403 ; Suwar min Hayât al-Sahâba, 3/36-39.)

La Mère des croyants, ʿÂ’isha, qu’Allah l’agrée, dit : « Usayd était un homme excellent. Il disait : “Si je pouvais demeurer constamment dans l’une de ces trois situations, je serais certainement un habitant du Paradis et je n’en douterais pas : premièrement, lorsque je récite moi-même le Coran ou que j’écoute quelqu’un le réciter ; deuxièmement, lorsque j’écoute le sermon du Messager d’Allah ﷺ ; troisièmement, lorsque j’assiste à des funérailles. Quand je participe à des funérailles, je demande à mon âme : qu’ai-je fait de lui et quelle sera sa destinée finale ?” » (Al-Isâba, 1/49 ; Hayât al-Sahâba, 3/41-42.)

Al-Hâkim rapporte d’après Abû Laylâ qu’Usayd était un homme pieux, joyeux et enjoué. Un jour, dans l’assemblée du Messager d’Allah ﷺ, il faisait rire les gens en racontant diverses choses. Le Messager ﷺ lui donna alors, pour plaisanter, un petit coup à la taille. Usayd s’écria aussitôt : « Vous m’avez fait mal. » Le Messager ﷺ répondit : « Venge-toi donc. » Usayd dit : « Ô Messager d’Allah, je ne portais pas de vêtement, alors que vous en portez un. » Le Messager ﷺ retira son vêtement. Usayd l’enlaça aussitôt et se mit à couvrir de baisers ses côtes. Puis il dit : « Ô Messager d’Allah, que mes père et mère soient sacrifiés pour vous ! C’est ce que je désirais. » (Hayât al-Sahâba, 2/330-331.)

Le noble Messager ﷺ a dit : « Abû ʿUbayda ibn al-Jarrâh, Muʿâdh ibn Jabal, Usayd ibn Hudayr et Muʿâdh ibn ʿAmr : quels hommes excellents ! » (Al-Isâba, 1/92.) Dans une autre narration, le Messager ﷺ a dit : « Quel homme excellent est Usayd ! » (Tabaqât, 3/603.) ʿÂ’isha, qu’Allah l’agrée, dit : « Personne n’égala, en mérite, trois hommes parmi les Ansar. Ils appartenaient tous aux Banû ʿAbd al-Ashhal : Muʿâdh ibn Jabal, Usayd ibn Hudayr et ʿAbbâd ibn Bishr. » (Al-Isâba, 1/49.) Pour toutes ces raisons, Abû Bakr al-Siddîq, qu’Allah l’agrée, lui accordait un très grand honneur et ne préférait personne à lui. (Usd al-Ghâba, 1/92.)

ʿUbāda ibn al-Ṣāmit (qu’Allah l’agrée)

Abû al-Walîd ‘Ubâda était issu de la branche Banû Salîm de la célèbre tribu khazrajite de Médine. Il naquit à Yathrib en 586, trente-huit ans avant l’Hégire. (Al-A‘lâm, 4/30.) Son père était Sâmit ibn Qays et sa mère Qurrat al-‘Ayn. Celle-ci était la fille de ‘Ubâda ibn Nadla ibn Mâlik ibn Adjlân. Elle donna à son fils le nom de son propre père : ‘Ubâda. (Usd al-Ghâba, 3/106.) Khawla bint Tha‘laba, l’épouse de son frère Aws ibn Sâmit, était la femme au sujet de laquelle furent révélés les versets du zihâr de la sourate Al-Mujâdala. (Ansâb al-Ashrâf, 1/251.)

La demeure des Banû Salîm se trouvait à l’ouest de Médine, dans une région rocailleuse proche de Qubâ. Ils y possédaient plusieurs forteresses appelées « ‘Utum Qawâqil ». On peut donc en déduire que la maison de ‘Ubâda se trouvait hors du centre de Médine.

‘Ubâda venait à peine d’atteindre l’âge adulte lorsque l’islam apparut à La Mecque. Il fut l’un de ces rares bienheureux qui répondirent dès qu’ils entendirent le premier appel de l’islam. Lors du premier serment d’Al-‘Aqaba, quand six habitants de Médine prêtèrent allégeance au Messager de Dieu ﷺ en plaçant leurs mains dans la sienne, il était l’un d’eux. Toutefois, nombre d’historiens n’ont pas appelé cette allégeance « Al-‘Aqaba ». Selon eux, il n’y eut que deux serments d’Al-‘Aqaba. Quoi qu’il en soit, ‘Ubâda eut également l’honneur de participer aux deuxième et troisième serments. Selon certains, il embrassa l’islam lors du deuxième serment avec douze autres personnes. Lors du troisième, c’est-à-dire du dernier serment d’Al-‘Aqaba, il fut l’un des douze naqîb — les responsables — désignés par le Messager de Dieu ﷺ. Il fut le naqîb des Banû Qawâqil. (Usd al-Ghâba, 3/106 ; Bulûgh al-Amânî, commentaire du Musnad d’Ahmad, 22/275 ; Fath al-Bârî, 7/172 ; Tabaqât, 3/546.) Il convient de signaler que les Banû ‘Amr ibn ‘Awf ibn Khazraj étaient connus depuis les temps anciens sous le nom de « Qawâqil ». Le mot « qawqala » désigne une manière particulière de marcher. Ils furent ainsi nommés parce que, lorsqu’une personne cherchait leur protection, ils lui donnaient une flèche et lui disaient : « Va, et promène-toi maintenant où tu veux à Yathrib. » (Ibn Hichâm, 1/431.)

La vie de ‘Ubâda était débordante de vitalité. Dès son retour de La Mecque après avoir embrassé l’islam, il initia en premier lieu sa mère à l’islam. À Médine, il avait un ami intime nommé Ka‘b ibn ‘Ujra. Celui-ci était encore non musulman et une immense idole se trouvait dans sa maison. ‘Ubâda se demandait constamment comment libérer cette maison du polythéisme. Un jour, profitant d’une occasion favorable, il entra dans la maison et brisa l’idole. Finalement, par la volonté de Dieu, Ka‘b devint musulman.

Lorsque le noble Messager de Dieu ﷺ arriva à Médine, il établit des liens de fraternité, ou mu’âkhât, entre les Émigrés et les Ansâr. Abû Marsad al-Ghanawî devint son frère dans la religion. (Usd al-Ghâba, 3/106 ; Al-Isâba, 2/268 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/270.) Abû Marsad avait embrassé l’islam dès ses débuts et était un allié contractuel de Hamza, qu’Allah l’agrée.

‘Ubâda participa aux côtés du Messager de Dieu ﷺ à toutes les batailles, notamment Badr, Uhud et Al-Khandaq. (Usd al-Ghâba, 3/106.) Après la bataille de Badr, une légère divergence apparut entre les combattants au sujet du partage du butin. Plusieurs versets furent alors révélés au début de la sourate Al-Anfâl, ce qui mit fin à la dispute. Ibn Hichâm rapporte que, lorsqu’on interrogea ‘Ubâda au sujet des versets concernés de la sourate Al-Anfâl, il répondit : « Ces versets furent révélés à propos des combattants de Badr que nous étions. Le jour de Badr, nous nous querellâmes au sujet des butins. Lorsque notre comportement se dégrada à cause de cela, Dieu nous les retira et les remit au Messager de Dieu ﷺ. Celui-ci les répartit équitablement entre nous. » (Sîra d’Ibn Hichâm, 1/66.)

C’est également pendant la bataille de Badr que la tribu juive médinoise des Banû Qaynuqâ‘ se révolta contre le Messager de Dieu ﷺ, à l’instigation de l’hypocrite ‘Abd Allâh ibn Ubayy. Le clan de ‘Ubâda, les Banû ‘Awf, avait depuis longtemps conclu une alliance avec eux. L’hypocrite ‘Abd Allâh ibn Ubayy ibn Salûl avait lui aussi conclu un pacte avec eux. Lorsque le noble Messager de Dieu ﷺ déclara le jihâd contre eux à cause de leur rébellion, ‘Ubâda se précipita auprès de lui et, annonçant publiquement l’annulation du pacte, déclara : « Je romps tout lien avec eux et me déclare dégagé de toute responsabilité à leur égard. Je prends Dieu, Son Messager et les croyants pour alliés. » En revanche, ‘Abd Allâh ibn Ubayy ibn Salûl resta attaché à sa position antérieure. Après la répression de la révolte, il fut décidé de les expulser de Médine. Le Messager de Dieu ﷺ confia à ‘Ubâda la mission d’accomplir cette expulsion. C’est dans le contexte de cet événement que furent révélés les versets 51 à 58 de la sourate Al-Mâ’ida. Ces versets louent clairement ‘Ubâda et blâment l’hypocrite ‘Abd Allâh ibn Ubayy. (Sîra d’Ibn Hichâm, 2/49.)

‘Ubâda participa au serment d’Al-Ridwân, durant la sixième année de l’Hégire. (Musnad d’Ahmad, 5/319.) Il prit également part à la bataille des Banû al-Mustaliq, ou bataille d’Al-Muraysî‘, qui eut lieu la sixième année de l’Hégire. Au cours de cette bataille, un homme de son groupe tua par erreur un autre combattant musulman, le prenant pour un ennemi. (Sîra d’Ibn Hichâm, 2/290.)

Sous le califat d’Abû Bakr al-Siddîq, qu’Allah l’agrée, ‘Ubâda participa à plusieurs des expéditions menées en Syrie. Sous le califat de ‘Umar al-Fârûq, ‘Amr ibn al-‘Âs conduisit une expédition en Égypte. Comme il ne parvenait pas à remporter une victoire décisive depuis longtemps, il écrivit au calife à Médine pour demander des renforts. Le calife ‘Umar envoya une troupe supplémentaire de quatre mille hommes, ou, selon une autre opinion, de dix mille. ‘Ubâda était le commandant du quart de cette armée. (Al-Isâba, 2/268.) Le calife écrivit également à ‘Amr ibn al-‘Âs que chacun de ces officiers équivalait à mille soldats. Après l’arrivée de ces renforts en Égypte, ‘Amr ibn al-‘Âs rassembla toute l’armée et prononça un discours enflammé. À la fin du discours, il appela ‘Ubâda et lui dit : « Donnez-moi votre lance. » Il la prit, ôta le turban qu’il portait sur la tête et l’attacha à la pointe de la lance. Puis, en la remettant à ‘Ubâda, il dit : « Voici l’emblème, ou l’étendard, du commandant. Aujourd’hui, c’est vous le commandant. » Par la volonté de Dieu, la ville tomba dès la première attaque.

‘Ubâda occupa à différentes périodes trois fonctions administratives très importantes au sein du califat islamique : 1. fonctionnaire chargé de la sadaqa ; 2. juge de Palestine ; 3. gouverneur de Hims.

Vers la fin de sa vie, le noble Messager de Dieu ﷺ nomma dans diverses régions d’Arabie des collecteurs de la sadaqa, c’est-à-dire de la zakât. Il en nomma également ‘Ubâda dans une région. Au moment de son départ, le Messager de Dieu ﷺ lui donna ce conseil : « Crains Dieu. Fais en sorte que, le Jour de la Résurrection, même les quadrupèdes ne viennent pas porter plainte contre toi. » (Usd al-Ghâba, 3/106.)

Sous le califat de ‘Umar, qu’Allah l’agrée, ‘Ubâda fut nommé juge de Palestine. À cette époque, cette région était sous l’autorité de Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée. Un jour, un désaccord survint entre eux sur une question, et Mu‘âwiya employa finalement des paroles quelque peu sévères à son égard. ‘Ubâda lui répondit : « À l’avenir, je ne resterai pas là où vous serez. » Il partit donc pour Médine. Lorsque le calife ‘Umar lui demanda la raison de son départ, il lui relata toute l’affaire. Après l’avoir écouté, ‘Umar lui dit : « Retournez à votre poste. Cette terre convient à des hommes comme vous. Et que Dieu bénisse le lieu où vous et vos semblables ne vous trouvez pas. » Puis il écrivit au gouverneur Mu‘âwiya : « Je libère ‘Ubâda de ton autorité. » (Usd al-Ghâba, 3/106.) La fonction de juge de Palestine fut confiée pour la première fois à ‘Ubâda. L’imam Al-Awzâ‘î dit : « ‘Ubâda fut le premier juge de Palestine. » (Usd al-Ghâba, 3/106.)

Lorsque le noble Abû ‘Ubayda, qu’Allah l’agrée, était gouverneur de Syrie, il nomma ‘Ubâda ibn al-Sâmit comme son représentant à Hims. Durant son séjour à Hims, celui-ci conquit Lâdhîqiyya. Au cours de cette expédition, il appliqua une nouvelle technique militaire : il fit creuser de grandes fosses dans lesquelles un cavalier pouvait facilement se cacher avec son cheval. (Futûh al-Buldân, p. 139.)

‘Ubâda demeura en Syrie — la Grande Syrie — jusqu’à la fin de sa vie. Les historiens divergent au sujet de l’année et du lieu de sa mort. Il mourut en l’an 34 de l’Hégire, correspondant à 654, à Ramla ou, selon une autre opinion, à Bayt al-Maqdis, à l’âge de soixante-douze ans. Dans la biographie de ‘Ubâda, Ibn ‘Asâkir rapporte certains événements survenus entre lui et Mu‘âwiya qui donnent à penser qu’il vécut encore sous le califat de ce dernier. C’est pourquoi certains ont estimé qu’il vécut jusqu’à l’an 45 de l’Hégire. Ibn al-Athîr affirme que l’opinion précédente est la plus juste. (Tabaqât, 3/546 ; Al-Isâba, 2/269 ; Usd al-Ghâba, 3/107 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/251.)

Avant sa mort, il tomba malade. Beaucoup de gens venaient lui rendre une dernière visite. Shaddâd ibn Aws, qu’Allah l’agrée, vint également accompagné de quelques personnes. Il lui demanda : « Comment allez-vous ? » ‘Ubâda répondit : « Je vais bien, par la grâce de Dieu. » Peu avant sa mort, son fils vint lui demander de lui laisser des recommandations. Il dit : « Aidez-moi à me lever et à m’asseoir. » Puis il ajouta : « Mon fils, garde une foi ferme dans le destin ; autrement, il n’y a aucun bien dans la foi. » (Musnad d’Ahmad, 5/317 ; Bulûgh al-Amânî, commentaire du Musnad d’Ahmad, 22/276.)

À ce moment, son élève Sanâbihî arriva. En voyant l’état ultime de son maître bien-aimé, il se mit à pleurer. ‘Ubâda lui interdit de pleurer et dit : « Je suis satisfait en toute circonstance. Pourquoi pleures-tu ? Si l’on me demande de témoigner, je témoignerai ; si je dois intercéder pour quelqu’un, j’intercéderai pour toi. » Puis il ajouta : « Je vous ai transmis toutes les traditions du Messager de Dieu ﷺ que je conservais. Il en restait toutefois une que je vais maintenant rapporter. Je ne l’ai encore rapportée à personne. J’ai entendu le Messager de Dieu ﷺ dire : “Celui qui attestera qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah, Dieu lui interdira le feu de l’Enfer.” » (Bulûgh al-Amânî, 22/276.) Il rendit son dernier souffle immédiatement après avoir rapporté cette tradition. C’était alors l’époque du califat de ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée.

Il existe une divergence quant au lieu où il fut enterré. Ibn Sa‘d écrit qu’il fut enterré à Ramla. Selon un autre récit, c’est la terre bénie de Bayt al-Maqdis qui devint sa dernière demeure, et sa tombe y est encore célèbre. L’imam Al-Bukhârî mentionne la Palestine comme lieu de son inhumation. En réalité, la Palestine était alors une province, et les deux lieux cités en étaient deux districts distincts. Ziriklî, l’auteur de l’ouvrage Al-A‘lâm, dit qu’il mourut à Kibrîs, en Syrie. Jusqu’à aujourd’hui, sa tombe s’y trouve et demeure un lieu de visite. Il y était gouverneur au nom du calife ‘Umar, qu’Allah l’agrée. (Al-A‘lâm, 4/30.)

Lorsque le soir de la mort de ‘Ubâda approcha, il ordonna de faire venir tous ses serviteurs, ses voisins et ses proches. Quand ils furent tous présents, il leur dit : « Ce jour est mon dernier jour en ce monde, et la nuit qui vient sera ma première nuit dans l’au-delà. Si je vous ai causé le moindre tort par ma main ou par ma langue, prenez-en dès maintenant le qisâs, c’est-à-dire la rétribution. Je me présente devant vous. » Ils répondirent : « Vous êtes notre père et notre maître. » Le narrateur dit qu’il n’avait jamais adressé de mauvaise parole à aucun serviteur. Puis il leur donna ses dernières recommandations : « Quand je mourrai, que personne ne pleure. Faites correctement vos ablutions, rendez-vous à la mosquée et priez. Après la prière, invoquez Dieu pour ‘Ubâda et pour vous-mêmes, car Dieu a dit : “Cherchez secours dans la patience et la prière.” (Sourate Al-Baqara, 45 et 153.) Enterrez-moi très rapidement. » (Hayât al-Sahâba, 3/46.)

‘Ubâda était l’un des cinq Ansâr qui mémorisèrent entièrement le Coran du vivant du Messager de Dieu ﷺ. Il comptait parmi les Compagnons instruits et respectés, et possédait une compétence particulière dans la science des lectures coraniques. Du vivant du noble Messager de Dieu ﷺ, il dirigeait la première madrasa de récitation établie à Médine pour les Ahl al-Suffa. Les Compagnons d’Ahl al-Suffa, très honorés et éminents, étudièrent auprès de lui. Dans cette madrasa, on enseignait le Coran ainsi que l’écriture. Nombreux furent ceux qui en sortirent après y avoir appris les lectures coraniques et l’écriture. (Usd al-Ghâba, 3/106 ; Musnad d’Ahmad, 5/315.)

Il assurait également l’hébergement et la nourriture de certains élèves de cette madrasa. Un homme logeait chez lui et partageait son repas du soir. Au moment de repartir, cet homme lui offrit un arc de grande qualité. ‘Ubâda en informa le Messager de Dieu ﷺ, qui lui interdit d’accepter l’arc. (Musnad d’Ahmad, 5/324 ; Hayât al-Sahâba, 3/230.) À une certaine époque, ‘Umar l’envoya enseigner correctement le Coran aux musulmans de Syrie.

Dans la transmission des hadiths, il introduisit plusieurs formulations particulières. Les Compagnons de son époque qui rapportaient des hadiths disaient : « J’ai entendu cette parole du Messager de Dieu ﷺ. » Certains employaient des expressions supplémentaires qui devinrent par la suite une partie de la méthode de transmission des hadiths. ‘Ubâda aussi en institua certaines. Ainsi, lorsqu’il rapportait un hadith, il disait : « Le Messager de Dieu ﷺ me l’a dit directement, face à face. Je ne dis pas qu’untel ou untel me l’a rapporté. »

De même, il prononça un discours lors d’une assemblée. Lorsqu’il y rapporta un hadith, Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, qui se trouvait parmi les auditeurs, exprima quelques doutes au sujet de son authenticité. ‘Ubâda dit alors : « J’atteste que j’ai entendu cela du Messager de Dieu ﷺ. »

Il rapportait les hadiths du Messager de Dieu ﷺ en toute circonstance et en tout lieu. Dans les réunions de prédication, les assemblées d’étude, et même lorsqu’il se rendait parfois dans une église, il faisait parvenir aux oreilles des chrétiens les paroles sacrées du Messager de Dieu ﷺ.

Le nombre de hadiths rapportés de ‘Ubâda est d’environ 181. Parmi eux, six sont reconnus par Al-Bukhârî et Muslim. (Al-A‘lâm, 4/30.) De nombreux grands Compagnons et successeurs les rapportèrent de lui. Parmi les Compagnons figurent Anas ibn Mâlik, Jâbir ibn ‘Abd Allâh, Abû Umâma, Salama ibn Mahbaq, Mahmûd ibn al-Rabî‘, Al-Miqdâm ibn Ma‘dî Karib, Râfi‘a ibn Râfi‘, Aws ibn ‘Abd Allâh al-Thaqafî et Shurahbîl ibn Hasana. Parmi les successeurs, on peut notamment citer ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Usayla al-Sanâbdjî, Hittân ibn ‘Abd Allâh al-Raqâshî, Abû al-Ash‘ath al-Saghânî, Zubayr ibn Nadîr, Junâda ibn Abî Umayya, Aswad ibn Tha‘laba, ‘Atâ ibn Abî Yasâr, Abû Muslim al-Khawlânî et Abû Idrîs al-Khawlânî. (Usd al-Ghâba, 3/106.)

Il était également très savant en jurisprudence. Les Compagnons respectaient cette érudition. Khâlid ibn Ma‘dân dit : « Parmi les Compagnons du Messager de Dieu ﷺ présents en Syrie, il n’y a pas de jurisconsulte plus éminent ni d’homme plus digne de confiance que ‘Ubâda et Shaddâd ibn Aws. » (Hayât al-Sahâba, 3/62.)

Dans un discours, Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, évoqua la peste de ‘Amwâs. Il dit : « J’ai consulté ‘Ubâda à ce sujet, et ce qu’il a dit est juste. Profitez donc de son savoir, car c’est un jurisconsulte plus éminent que moi. » Junâda se rendit ensuite auprès de ‘Ubâda et rapporta : « ‘Ubâda avait acquis une compréhension profonde de la religion de Dieu. » (Al-Isâba, 2/268 ; Siyar al-Ansâr, 2/56.)

Dire la vérité face au gouverneur était l’un des traits marquants de son caractère. Il assumait cette responsabilité avec beaucoup d’ardeur. En arrivant en Syrie, il constata que les règles de la Loi religieuse étaient violées dans les transactions commerciales. Il prononça un discours si enflammé qu’il suscita une vive agitation dans toute l’assemblée. Mu‘âwiya se trouvait lui aussi parmi les présents. Il s’écria : « Le noble Messager de Dieu ﷺ n’a pas dit cela à ‘Ubâda. » Le zèle religieux de ‘Ubâda s’intensifia alors. Il déclara : « Je ne souhaite pas rester avec Mu‘âwiya. J’atteste que le Messager de Dieu ﷺ m’a bien dit cela. » (Usd al-Ghâba, 3/107 ; Musnad d’Ahmad, 5/319.)

L’événement précédent eut lieu sous le califat de ‘Umar, qu’Allah l’agrée. Mais sous le califat de ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, le gouverneur Mu‘âwiya écrivit au calife : « ‘Ubâda a bouleversé toute la situation en Syrie. Soit vous le convoquez à Médine, soit c’est moi qui quitterai la Syrie. » Le Commandeur des croyants lui répondit de l’envoyer à Médine. Sur ordre du calife, ‘Ubâda partit directement de Syrie pour Médine. Lorsqu’il arriva auprès du calife, celui-ci parlait avec un Émigré. Beaucoup de gens étaient alors rassemblés devant la maison du calife. ‘Ubâda entra et s’assit silencieusement dans un coin. Dès qu’il leva les yeux, le calife l’aperçut et lui demanda : « Que se passe-t-il ? » Aussitôt, ‘Ubâda se leva et s’adressa aux personnes réunies : « Le Messager de Dieu ﷺ a dit : “Après moi, les gouvernants transformeront le bien en mal et le mal en bien, mais l’obéissance dans le péché n’est pas permise. Ne vous engagez jamais dans une œuvre coupable.” » (Musnad d’Ahmad, 5/319.)

Au milieu de ses paroles, Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée, tenta d’intervenir. ‘Ubâda gronda : « Vous n’étiez pas présents lorsque nous avons prêté allégeance entre les mains du Messager de Dieu ﷺ. » — autrement dit : « Ne vous mêlez donc pas inutilement de cette affaire. » — « Nous lui avons prêté allégeance à ces conditions : nous lui obéirions en toute circonstance ; nous apporterions une aide financière dans l’aisance comme dans la difficulté ; nous ordonnerions le bien aux gens et les détournerions du mal ; nous ne craindrions personne lorsqu’il s’agirait de dire la vérité ; lorsque le Messager de Dieu ﷺ arriverait à Yathrib, nous le soutiendrions ; nous le protégerions comme nous protégeons nos vies, nos biens et nos enfants ; et, pour la cause de Dieu, nous ne nous soucierions du blâme d’aucun censeur. La récompense de toutes ces œuvres serait le Paradis. Il nous incombe de respecter intégralement tous ces engagements. Celui qui ne les respecte pas en porte seul la responsabilité. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/253 ; Musnad d’Ahmad, 5/325. Les imams Al-Bukhârî et Muslim ont également rapporté ce hadith.)

‘Ubâda accomplissait constamment son devoir de commander le bien et d’interdire le mal, même en marchant sur la route. Un jour, alors qu’il se rendait quelque part, il vit ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâd al-Zarqî chasser des oiseaux. Il lui arracha l’oiseau des mains et le relâcha dans les airs. Il lui dit : « Cet endroit fait partie du territoire sacré ; la chasse y est interdite. » (Musnad d’Ahmad, 5/317.)

‘Ubâda éprouvait un amour intense pour le noble Messager de Dieu ﷺ. Après leur première rencontre, il se rendit encore deux fois à La Mecque pour le rencontrer et lui prêter allégeance. Après l’arrivée du noble Messager de Dieu ﷺ à Médine, on ne trouve aucun événement ni aucune bataille auxquels ‘Ubâda n’aurait pas eu le bonheur de participer. C’est pourquoi il était lui aussi très cher au Messager de Dieu ﷺ. Une fois, alors qu’il était malade, le Messager de Dieu ﷺ vint lui rendre visite, accompagné de quelques Ansâr. Il demanda : « Savez-vous qui est un martyr ? » Tous gardèrent le silence. ‘Ubâda dit à son épouse : « Aide-moi à m’asseoir en m’appuyant sur un coussin. » Une fois assis, il répondit à la question du Messager de Dieu ﷺ : « Celui qui, après avoir embrassé l’islam, accomplit l’Hégire, puis meurt au combat ; celui qui meurt du choléra ou par noyade ; et la femme qui meurt en donnant naissance à un enfant : tous sont considérés comme des martyrs. » (Musnad d’Ahmad, 5/317.) Tant que ‘Ubâda demeura malade, le Messager ﷺ venait le voir matin et soir. Dans cet état, il lui enseigna une invocation et lui dit : « Gabriel me l’a enseignée. » (Musnad d’Ahmad, 5/323.)

Hayât al-Sahâba rapporte un récit au sujet de l’épouse de ‘Ubâda. Un jour, le Messager de Dieu ﷺ se rendit auprès de la fille de Milhân et s’assit en s’appuyant contre quelque chose. Puis il se mit à rire. Lorsqu’elle lui demanda la raison de son rire, il répondit : « Certains membres de ma communauté traverseront la mer dans le chemin de Dieu. » Elle demanda : « Ô Messager de Dieu, invoquez Dieu pour que je sois l’une d’entre eux. » Le Messager ﷺ invoqua Dieu en disant : « Ô Allah, fais qu’elle soit l’une d’entre eux. » Puis il se remit à rire. Lorsqu’elle lui demanda de nouveau la raison, il donna la même réponse. Elle lui demanda encore de prier pour elle. Il dit alors : « Tu seras parmi les premiers d’entre eux, mais non parmi les derniers. » Anas rapporte que ‘Ubâda épousa cette femme. Plus tard, elle traversa la mer avec l’armée qui combattait la femme de Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân, Qarzaja. Elle tomba ensuite du dos de sa monture et mourut. (Hayât al-Sahâba, 1/592.)

‘Uthmân ibn Sawda dit : « Je vis ‘Ubâda ibn al-Sâmit appuyé contre le mur de la mosquée de Wâdî Jahannam, en train de pleurer. Je lui demandai : “Abû al-Walîd, pourquoi pleurez-vous ainsi ?” Il répondit : “C’est l’endroit au sujet duquel le Messager de Dieu ﷺ nous a dit qu’il avait vu l’Enfer.” » (Hayât al-Sahâba, 2/626.)

Sufyân ibn ‘Uyayna résuma en peu de mots l’identité et le rang de ‘Ubâda, qu’Allah l’agrée, en disant : « ‘Ubâda est ‘Aqabî, Uhudî, Badrî, Shajarî, et de plus il est naqîb. » (Bulûgh al-Amânî, commentaire du Musnad d’Ahmad, 22/275.) Oui, il fut réellement membre du serment d’Al-‘Aqaba et combattant de Badr et d’Uhud. Il fut également l’un des membres du serment d’Al-Shajara, c’est-à-dire du serment d’Al-Ridwân, conclu au moment du traité d’Al-Hudaybiyya. En outre, il était l’un des douze naqîb de Médine.

Jâbir ibn Abdallah (qu’Allah l’agrée)

Il existe une divergence au sujet du nom de Jâbir ainsi que de sa kunya ou de son surnom : Abû ʿAbdillâh, Abû ʿAbdir-Rahmân et Abû Muhammad. Ibn al-Athîr a considéré le premier comme le plus exact. (Usud al-Ghâba, 1/257 ; al-Isâba, 1/213 ; Tahdhîb al-Asmâ wa al-Lughât, 1/144.) Son père était ʿAbdullâh ibn ʿAmr et sa mère Nâsiba bint ʿUqba. Par Harâm ibn Kaʿb, ancêtre commun de leurs lignées, les généalogies de ses deux parents se rejoignaient. Les descendants de Salama, l’ancêtre de la branche paternelle de Jâbir, s’étendaient jusqu’à la Harra de Médine et à la mosquée des Deux Qiblas. Toutefois, le clan auquel il appartenait, les Banû Harâm, habitait entre le cimetière et une petite mosquée. Son père, ʿAbdullâh ibn ʿAmr, était l’un des naqîb désignés lors de la dernière ʿAqaba. (Tabaqât, 3/620, 661 ; Usud al-Ghâba, 1/256.)

Le grand-père de Jâbir, ʿAmr, était le chef de sa famille. Le puits appelé ʿAyn al-Azraq, restauré par Marwân ibn al-Hakam sous le califat de Muʿâwiya, lui appartenait. Outre plusieurs forteresses des Banû Salama, il contrôlait aussi plusieurs forteresses voisines de celle de Jâbir ibn ʿAtîq. Après la mort de ʿAmr, ces biens revinrent à son fils ʿAbdullâh. Jâbir, fils de cet ʿAbdullâh, naquit à Médine en l’an 34 de l’Année de l’Éléphant, correspondant à 611, ou, selon une autre opinion, à 607 de l’ère chrétienne. (Al-Aʿlâm, 2/92 ; Siyar al-Ansâr, 1/294.)

Jâbir participa avec son père ʿAbdullâh à l’allégeance de la dernière ʿAqaba. Il est possible qu’il ait embrassé l’islam à Médine, entre les mains de Musʿab ibn ʿUmayr, à cette occasion ou auparavant. Après l’allégeance, le Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — désigna son père comme naqîb et responsable des Banû Salama. Jâbir disait : « J’étais le plus jeune de ceux qui étaient présents à cette ʿAqaba. » Selon Ibn Saʿd, il avait alors dix-huit ou dix-neuf ans. Ibn al-Athîr rapporte qu’il n’était encore qu’un enfant. (Ansâb al-Ashrâf, 1/248, 249, 252 ; Tabaqât, 3/561 ; Usud al-Ghâba, 1/257.)

Jâbir participa à toutes les expéditions du Messager d’Allah, à l’exception de Badr et d’Uhud. Les spécialistes de la Sîra divergent toutefois au sujet de sa participation à ces deux batailles. Ibn ʿAsâkir a rapporté qu’il disait : « Le jour de Badr, j’ai apporté à mon père une outre pleine d’eau. » Muhammad ibn Saʿd rapporte avoir soumis ce récit à Muhammad ibn ʿUmar, qui répondit : « Ce n’est qu’une supposition sans fondement des Irakiens. » Il nia donc la participation de Jâbir à Badr. Jâbir disait lui-même : « Je n’ai pas participé à Badr ni à Uhud. Mon père m’en a empêché. Mais je ne suis jamais resté en arrière d’aucune autre expédition. » (Târîkh Ibn ʿAsâkir, 3/386 ; Usud al-Ghâba, 1/257.)

Jâbir ne participa pas à la bataille d’Uhud. Le récit suivant en explique la raison. Ibn Hishâm dit que Hamrâ al-Asad était situé à huit ou neuf milles de Médine. Les Quraysh s’y rassemblèrent après avoir quitté Uhud. C’était le huit ou le neuf chawwâl de la troisième année de l’Hégire. Informé de cela, le Messager d’Allah ordonna que tous, sauf ceux qui avaient participé à Uhud, partent à la recherche de l’ennemi. Les gens partirent, même les blessés d’Uhud. Jâbir se présenta devant le Messager d’Allah et dit : « Ô Messager d’Allah, hier j’ai été empêché de participer au jihâd. Mon père m’a retenu et m’a chargé de veiller sur mes sept sœurs. Il m’a dit : “Mon fils, il ne convient ni à toi ni à moi de les laisser sans aucun homme auprès d’elles. Je ne peux pas te préférer à moi-même pour partir combattre aux côtés du Messager d’Allah.” » Jâbir rapporte que le Prophète l’autorisa ensuite à partir au combat. (Ansâb al-Ashrâf, 1/338 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/207.)

Les historiens divergent sur le nombre d’expéditions auxquelles Jâbir participa, en dehors de Badr et d’Uhud : dix-neuf selon certains récits, dix-huit selon d’autres, et dix-sept selon d’autres encore. (Al-Aʿlâm, 2/92 ; Usud al-Ghâba, 1/257 ; al-Isâba, 1/313.)

Le père de Jâbir, ʿAbdullâh, participa à Uhud et y fut martyrisé. Jâbir rapporte que, la veille de la bataille, son père l’appela et lui dit : « Je souhaite être parmi les premiers compagnons du Messager d’Allah à tomber martyrs. Après le Messager d’Allah, je ne laisse personne qui me soit plus cher que toi. J’ai des dettes : tu les rembourseras. Je te recommande aussi de bien traiter tes sœurs. » Jâbir dit : « Le matin venu, mon père fut le premier martyr. » Un mécréant nommé Sufyân ibn ʿAbd Shams as-Sulamî tua ʿAbdullâh. (Hayât as-Sahâba, 3/593 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/333.)

Les mécréants mutilèrent le corps de ʿAbdullâh après l’avoir tué. Ses membres furent donc rassemblés dans un tissu. Lorsque Jâbir voulut voir le corps, les gens l’en empêchèrent, mais le Messager d’Allah l’y autorisa. Sa tante se tenait à proximité. À la vue de son frère, elle poussa un cri. Le Prophète demanda : « Qui est-ce ? » On répondit : « La sœur de ʿAbdullâh. » Il dit : « Que vous pleuriez ou non, les anges continueront de l’ombrager de leurs ailes tant que vous ne l’aurez pas emporté. » (Muslim, 2/346 ; Bukhârî, 2/584.)

Les sœurs de Jâbir envoyèrent un chameau afin de transporter le corps de leur père depuis Uhud, car elles souhaitaient l’enterrer au cimetière des Banû Salama. Lorsque le Messager d’Allah l’apprit, il dit qu’il serait enterré à l’endroit où avaient été enterrés ses frères martyrs. Il fut donc enterré avec les autres martyrs d’Uhud. Jâbir rapporte qu’il embrassa le visage de son père après avoir écarté le tissu qui le recouvrait, et que le Prophète le vit sans le lui interdire. Il raconte également que, tandis qu’il pleurait, le Messager d’Allah lui dit : « Ne serais-tu pas heureux quʿÂ’isha soit ta mère et que je sois ton père ? » Puis il lui passa la main sur la tête. Jâbir disait que, même lorsque tous ses cheveux étaient devenus blancs, l’endroit touché par la main du Prophète était resté noir. (Tabaqât, 3/561 ; Târîkh Ibn ʿAsâkir, 3/386.)

Jâbir dit qu’il enterra son père dans une même tombe avec un autre martyr, mais que son cœur n’en fut pas satisfait. Six mois plus tard, il ouvrit la tombe et en sortit le corps. Il constata que la terre ne l’avait presque pas touché, à l’exception de l’oreille, et qu’il était demeuré intact, comme s’il venait d’être enterré. Quarante ans plus tard, lorsque Muʿâwiya fit creuser un puits à Uhud, le corps de son père fut retrouvé avec ceux de plusieurs autres martyrs, entièrement préservé. Selon un autre récit, Allah ressuscita ʿAbdullâh après son martyre et lui demanda ce qu’il désirait. Il répondit : « Je souhaite retourner dans le monde et être martyrisé de nouveau. » (Tabaqât, 3/562 ; Tahdhîb al-Asmâ, 1/143.)

Le père de Jâbir était endetté. Après sa mort, Jâbir se trouva accablé par ces dettes et ne savait comment les rembourser. Il ne possédait que deux vergers, dont les fruits ne suffisaient pas. Il se rendit auprès du Messager d’Allah et lui demanda d’appeler les créanciers juifs afin qu’ils lui accordent une remise. Le Prophète leur exposa sa demande, mais ils refusèrent. Il leur proposa de recevoir la moitié de la dette en deux versements sur deux ans, mais ils refusèrent encore. Il annonça alors à Jâbir qu’il se rendrait chez lui tel jour. Le jour venu, il fit ses ablutions et accomplit deux rakʿa. Puis Abû Bakr et ʿUmar arrivèrent. Le Prophète ordonna de rassembler et de partager les dattes, puis s’assit sur un tas tandis que Jâbir les distribuait et que le Prophète invoquait Allah. Par la grâce d’Allah, la dette fut remboursée et il resta encore beaucoup de dattes. Jâbir en fut très heureux. (Bulûgh al-Amânî, 22/208-209 ; Tabaqât, 3/564.)

La cinquième année de l’Hégire, Jâbir participa à l’expédition de Dhât ar-Riqâʿ. Il montait un excellent chameau qui s’arrêta soudainement. Alors qu’il essayait de le faire avancer, il entendit la voix du Messager d’Allah lui demander ce qui se passait. Le Prophète s’approcha, frappa le chameau d’un coup de fouet, et l’animal se mit aussitôt à avancer rapidement. Plus tard, Jâbir perdit son chameau. Le Prophète lui indiqua à plusieurs reprises où il se trouvait, puis le conduisit lui-même jusqu’à l’animal. Le chameau repartit si vite qu’il arriva en tête de la caravane.

Le Messager d’Allah proposa ensuite de l’acheter. Jâbir accepta de le lui vendre sans en fixer le prix, mais le Prophète insista pour qu’il accepte un paiement et lui permit de continuer à monter l’animal jusqu’à Médine. À son arrivée, Jâbir se présenta avec le chameau. Le Prophète le regarda, le trouva magnifique, puis ordonna à Bilâl de peser une uqiyya d’or et d’en ajouter un peu. Il demanda à Jâbir s’il avait reçu le prix. Lorsque celui-ci répondit affirmativement, le Prophète lui rendit le chameau et lui dit : « Prends l’animal et son prix : tout cela est à toi. » (Bulûgh al-Amânî, 22/209-210.)

Les récits rapportent cet épisode sous des formes différentes. Selon Ibn ʿAsâkir, le Prophète demanda : « Jâbir, me vendras-tu ce chameau ? » Jâbir répondit oui. Le Prophète demanda le prix. Jâbir répondit : « Un dirham. » Le Prophète dit qu’un chameau ne pouvait être acheté pour un dirham. Jâbir proposa alors deux dirhams. Le Prophète dit : « Non, je l’achète quarante dirhams, et je te le laisserai monter dans le chemin d’Allah. » Le reste de la transaction eut lieu à Médine comme précédemment rapporté. L’argent supplémentaire donné à Jâbir était un don du Messager d’Allah. Il le conserva dans une bourse séparée, mais lors de l’événement de la Harra, les habitants de Syrie pillèrent sa maison et emportèrent cette bourse avec le reste de ses biens. (Musnad, 3/308 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/206-207.)

Sous le règne de Yazîd ibn Muʿâwiya, Médine fut un jour le théâtre d’un massacre général et de pillages. Le responsable de cette terreur était Muslim ibn ʿUqba al-Murrî, que les Médinois appelaient Musrif ibn ʿUqba. Les habitants de Médine avaient refusé de reconnaître Yazîd comme calife, chassé son gouverneur Marwân ibn al-Hakam et désigné ʿAbdullâh ibn Hanzala comme leur chef. Aucun compagnon éminent encore vivant n’approuvait toutefois cette action.

À cette époque, Jâbir était aveugle. Il parcourait les rues de Médine tandis que des maisons étaient pillées sous ses yeux. Il trébuchait sur les cadavres et disait : « Malheur à ceux qui terrorisent le Messager d’Allah ! » Il faisait allusion à la parole prophétique : « Celui qui terrorise Médine me terrorise en réalité entre mes deux flancs. » Les soldats le saisirent pour le tuer, mais Marwân lui accorda personnellement sa protection et l’accueillit chez lui. Jâbir disait que le chameau donné par le Messager d’Allah resta auprès de lui jusqu’au califat de ʿUmar, qui le prit et le joignit aux chameaux de l’aumône, en ordonnant qu’on lui fournisse bonne nourriture et eau agréable. (Târîkh Ibn ʿAsâkir, 3/387.)

La même cinquième année de l’Hégire eut lieu la bataille de la Tranchée. Les compagnons creusaient lorsque survint un rocher très dur qu’ils ne pouvaient briser. Le Messager d’Allah descendit, frappa le rocher avec une grande pioche et le réduisit en morceaux. Jâbir remarqua alors que le Prophète avait attaché une pierre sur son ventre à cause de la faim. Il demanda la permission de rentrer chez lui et dit à son épouse de préparer quelque chose. Il égorgea un chevreau, puis invita le Messager d’Allah à venir manger. Le Prophète accepta et annonça à tous les travailleurs de la tranchée que Jâbir les invitait. Jâbir n’avait pourtant préparé à manger que pour le Prophète et deux ou trois personnes. Malgré sa stupeur, il resta silencieux par respect. Le Prophète arriva avec tous les gens de la tranchée ; ils mangèrent à satiété et il resta encore de la nourriture. Il dit à l’épouse de Jâbir d’en manger et d’en envoyer aux autres, car ils avaient faim. (Bukhârî, 2/789 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/218-219.)

La sixième année de l’Hégire eut lieu l’expédition contre les Banû al-Mustaliq. Jâbir, que le Prophète avait envoyé accomplir une tâche, revint avant le départ et reçut l’ordre de rejoindre l’armée. Il participa également à l’expédition d’Anmâr. Cette année-là, le Messager d’Allah partit pour La Mecque afin d’accomplir la ʿumra. Jâbir dit qu’ils étaient au nombre de quatorze cents. C’est au cours de ce voyage qu’eut lieu le célèbre serment de Ridwân. Jâbir eut l’honneur d’y participer. ʿUmar tenait la main du Messager d’Allah et Jâbir tenait celle de ʿUmar. Tous prêtèrent serment, à l’exception d’al-Jadd ibn Qays, qui se cachait derrière son chameau. Le Prophète dit alors : « Vous êtes les meilleurs hommes du monde. » Les autres compagnons disaient avoir prêté serment de mourir, mais Jâbir expliquait qu’ils avaient juré de ne pas fuir.

Sur le chemin du retour, les compagnons s’arrêtèrent à Suqiyâ, où il n’y avait pas d’eau. Jâbir partit avec plusieurs Ansâr à la recherche d’une source et en trouva à Qursâyâ, à vingt-trois milles de là. Ils en rapportèrent dans des outres. Après la prière de ʿishâ, il vit un homme monté sur un chameau se dirigeant vers le bassin : c’était le Messager d’Allah. Jâbir tira la bride du chameau et le fit asseoir. Le Prophète descendit et pria, tandis que Jâbir priait à ses côtés. (Musnad, 3/380.)

La huitième année de l’Hégire, le Messager d’Allah envoya une armée vers la côte, sous le commandement d’Abû ʿUbayda. Ce fut une épreuve étonnante : les provisions s’épuisèrent et les soldats commencèrent à manger des feuilles. Un jour, ils trouvèrent sur le rivage un énorme poisson mort. Ils le mangèrent comme un don d’Allah. Il était si grand que le commandant dressa l’une de ses côtes et que le plus grand chameau passa dessous. Jâbir s’assit avec cinq hommes dans l’orbite de l’un de ses yeux sans ressentir de gêne. Trois cents hommes en mangèrent pendant quinze jours. Le poisson s’appelait ʿAnbar. (Musnad Ahmad, 3/308 ; Hayât as-Sahâba, 2/208-209.)

Les auteurs de la Sîra mentionnent également la participation de Jâbir aux expéditions de Hunayn et de Tabûk. Il participa au Pèlerinage d’Adieu de la dixième année. Il fut absent de l’expédition de Khaybar, mais le Messager d’Allah lui attribua néanmoins une part du butin égale à celle des participants. Lors de la bataille de Siffîn, qui opposa ʿAlî et Muʿâwiya la trente-septième année, Jâbir combattit aux côtés de ʿAlî. (Usud al-Ghâba, 1/257.)

La quarantième année, Busr ibn Abî Artât, gouverneur de Muʿâwiya, arriva au Hijâz et au Yémen et prononça un sermon à Médine. Il déclara que les Banû Salama ne bénéficieraient d’aucune protection tant que Jâbir ne se présenterait pas devant lui. Craignant pour sa vie, Jâbir consulta Umm Salama. Elle lui dit qu’elle avait demandé à ses fils de prêter allégeance et qu’il devait en faire autant. Jâbir répondit qu’il s’agirait d’une allégeance à l’égarement. Elle répondit qu’il s’agissait d’une allégeance sous contrainte. Suivant son conseil, Jâbir se présenta devant Busr et prêta allégeance au califat de Muʿâwiya.

La soixante-quatorzième année, al-Hajjâj était gouverneur de Médine. Même les compagnons n’étaient pas épargnés par sa tyrannie. Il fit apposer un sceau sur le cou de certains d’entre eux et sur la main de Jâbir. À la fin de sa vie, Jâbir disait qu’il avait assisté à l’ʿAqaba et vu les actes d’al-Hajjâj. Il regrettait de ne pas être devenu sourd, car il aurait ainsi échappé à beaucoup de choses. Lorsque cette parole parvint à al-Hajjâj, celui-ci dit n’avoir jamais regretté une chose comme de ne pas l’avoir tué. ʿAbdullâh ibn ʿUmar lui répondit : « Dans ce cas, Allah t’aurait précipité en Enfer. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/249.)

Jâbir devint très faible à la fin de sa vie et perdit la vue. La date de sa mort fait l’objet de divergences : 78, 77, 74 ou 73 de l’Hégire. Selon l’opinion la plus répandue, il mourut en 78, à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans. Il fut le dernier des participants à la troisième ʿAqaba à quitter ce monde. Al-Wâqidî le considérait aussi comme le dernier compagnon du Messager d’Allah à Médine, opinion soutenue par Qatâda. L’imâm al-Baghawî jugea toutefois cette affirmation infondée : en réalité, Sahl ibn Saʿd fut le dernier compagnon de Médine à mourir, en 91 de l’Hégire. Jâbir était néanmoins le seul survivant, parmi les participants à la troisième ʿAqaba, à cette époque.

Il avait été témoin des persécutions d’al-Hajjâj et les avait lui-même subies. Avant sa mort, il recommanda qu’al-Hajjâj ne dirige pas sa prière funéraire. Ce fut donc le fils de ʿUthmân ibn ʿUthmân qui la dirigea. Al-Bukhârî et at-Tabarî rapportent qu’al-Hajjâj assista à ses funérailles, tandis que Tahdhîb at-Tahdhîb affirme qu’il dirigea lui-même la prière funéraire. (Al-Isâba, 1/213 ; Târîkh Ibn ʿAsâkir, 3/391.)

Après le martyre de son père, Jâbir épousa une femme déjà mariée. Un hadith rapporté par Ahmad et al-Bukhârî raconte qu’au retour d’un voyage, près de Médine, il demanda au Messager d’Allah la permission de rentrer rapidement auprès de sa famille, car il venait de se marier. Le Prophète lui demanda s’il avait épousé une vierge ou une femme déjà mariée. Jâbir répondit qu’il s’agissait d’une femme déjà mariée. Le Prophète lui demanda pourquoi il n’avait pas épousé une vierge, afin qu’ils puissent jouer ensemble. Jâbir expliqua que son père était mort à Uhud en lui laissant la charge de plusieurs jeunes filles ; il avait donc besoin d’une femme mûre capable de les peigner, de tresser leurs cheveux et de leur coudre des vêtements. Le Prophète lui dit : « Tu as bien agi. » Jâbir se maria ensuite une seconde fois chez les Banû Salama. Ses épouses furent Suhayla bint Masʿûd et Umm al-Hârith. Parmi ses enfants figurent ʿAbd ar-Rahmân, ʿAqîl, Muhammad, Hamîda, Maymûna et Umm Habîb.

Jâbir commença à acquérir le savoir à l’école du Messager d’Allah et dans les cercles d’étude des meilleurs élèves de la mosquée prophétique. Abû Bakr as-Siddîq, ʿUmar, ʿAlî, Abû ʿUbayda, Talha, Muʿâdh ibn Jabal, ʿAmmâr ibn Yâsir, Khâlid ibn al-Walîd, Abû Qatâda, Abû Hurayra, Abû Saʿîd al-Khudrî, Abû Humayd as-Sâʿidî, ʿAbdullâh ibn Unays, Umm Sharîk, Umm Mâlik, Umm Mubashshir et Umm Kulthûm bint Abî Bakr furent parmi ses maîtres. (Tahdhîb al-Asmâ wa al-Lughât, 1/142.)

Son désir d’entendre et de recueillir les hadiths était si fort qu’il voyageait des mois pour un seul hadith. Il rapporte avoir appris qu’un homme avait entendu directement du Messager d’Allah un hadith concernant le talion. Il acheta alors un chameau, se mit en route et atteignit la Syrie après un mois. Il trouva ʿAbdullâh ibn Unays, l’accueillit avec affection et lui demanda de lui transmettre le hadith avant que l’un d’eux ne meure. De même, il voyagea en Égypte pour entendre un seul hadith sur la protection du croyant. À son arrivée, il refusa de faire monter le narrateur ou de monter lui-même, écouta le hadith, puis repartit immédiatement vers Médine. (Hayât as-Sahâba, 3/196-197.)

Après avoir achevé ses études, Jâbir s’assit pour enseigner. Il possédait un cercle d’étude dans la mosquée prophétique, auquel assistaient des étudiants de La Mecque, Médine, du Yémen, de Kûfa, de Basra et d’Égypte. La diffusion des hadiths était l’un des grands objectifs de sa vie. Il en rapporta 1 540 : soixante sont reconnus par al-Bukhârî et Muslim, vingt-six sont rapportés uniquement par al-Bukhârî et cent vingt-six uniquement par Muslim. Il était extrêmement prudent dans la transmission. Lorsqu’il hésita à dire « j’ai entendu », il rapporta finalement le hadith comme mawqûf, n’étant pas certain d’avoir entendu chaque mot directement de la bouche du Messager d’Allah.

La liste de ses élèves est très longue. Parmi les tâbiʿûn célèbres figurent Saʿîd ibn al-Musayyib, Abû Salama, Saʿîd ibn Mîna, ʿÂsim ibn ʿUmar ibn Qatâda, Abû az-Zubayr, Muhammad ibn al-Munkadir, ash-Shaʿbî, Abû Sufyân Talha ibn Nâfiʿ, al-Hasan al-Basrî, Muhammad al-Bâqir, ʿAtâ, Sâlim ibn Abî Juʿd, ʿAmr ibn Dînâr et Mujâhid. Un grand nombre de compagnons rapportèrent également des hadiths de lui. L’érudit adh-Dhahabî le cite parmi les traditionnistes de la première génération. Jâbir possédait aussi une grande maîtrise du tafsîr et du fiqh.

Interrogé sur l’entrée des hommes en Enfer, Jâbir répondit que les pieux comme les pécheurs y entreraient, mais que le feu ne toucherait pas les pieux ; les gens de taqwâ seraient ensuite sauvés, tandis que les injustes y demeureraient. Il réfuta également l’idée de Talâq ibn Habîb, qui niait l’intercession. Jâbir expliqua que les versets relatifs au séjour éternel en Enfer concernaient les polythéistes, et que le Prophète avait mentionné dans les hadiths ceux qui seraient ensuite délivrés.

Jâbir rapporta que les deux premiers versets de la sourate al-Muzzammil avaient rendu obligatoire la prière nocturne, avant que le verset 20 n’allège cette obligation. Selon lui, les premiers versets révélés du Coran furent quelques versets de la sourate al-Muddaththir. Il était également l’un des muftis de Médine.

Les fondements de la morale islamique sont l’application des prescriptions d’Allah, la ferveur de la foi, le courage de dire la vérité, la recommandation du bien, l’amour du Messager d’Allah, le suivi de la Sunna et la compassion envers les musulmans. Jâbir possédait chacune de ces qualités. Il ne faisait aucune distinction entre proches et étrangers dans l’application des limites d’Allah. Il assista ainsi à la lapidation de Mâʿiz al-Aslamî et y participa de ses propres mains.

L’influence de personne ne l’empêchait de dire la vérité. Lorsque certains rapportèrent que le Prophète avait dit, à la mort de Saʿd ibn Muʿâdh, que le Trône avait tremblé, mais remplacèrent le mot « Trône » par « lit funéraire », Jâbir affirma que la version authentique était celle qu’il avait rapportée. Malgré l’ancienne rivalité entre les tribus Aws et Khazraj, il ne soutint pas son propre groupe et exprima ce qu’il croyait vrai.

Lorsque al-Hajjâj modifia les horaires de prière, les habitants vinrent consulter Jâbir. Il leur rappela les horaires observés par le Messager d’Allah : le zuhr après midi, le ʿasr tant que le soleil était clair, le maghrib au coucher du soleil et le fajr dans l’obscurité ; pour le ʿishâ, il attendait les gens et avançait ou retardait la prière selon leur affluence. Il dénonça aussi la vente des fruits avant leur maturité, rappelant que le Messager d’Allah l’avait interdite.

Son amour du Messager d’Allah et son désir de suivre chacun de ses actes étaient si profonds qu’il l’imitait même dans les choses où cela n’était pas obligatoire. Il pria une fois avec un seul vêtement parce qu’il avait vu le Prophète le faire, afin que les gens sachent que cette pratique était permise. Le Prophète avait invoqué Allah pendant trois jours dans la mosquée de la Victoire ; le troisième jour, lorsque l’invocation fut exaucée, une lumière apparut sur son visage. Jâbir, qui avait vu cette scène, se rendait ensuite au même endroit pour invoquer Allah lorsqu’il rencontrait une difficulté particulière.

Jâbir aimait profondément le Messager d’Allah et désirait lui consacrer sa vie. Il s’efforçait constamment de lui faire plaisir : il lui offrit des dattes de qualité ; lorsque le Prophète dit qu’il avait cru voir de la viande, Jâbir rentra chez lui, égorgea aussitôt une chèvre et prépara de la viande. Il lui offrit également une chèvre, des dattes et de l’eau. Lorsque son épouse demanda au Prophète d’invoquer Allah pour eux, il dit : « Ô Allah, accorde-leur Ta bénédiction. »

Lors d’une maladie de Jâbir, le Messager d’Allah vint le visiter. Jâbir était inconscient ; le Prophète fit ses ablutions et aspergea son visage d’eau, ce qui le fit revenir à lui. Jâbir, qui n’avait alors ni enfant ni père, lui demanda comment son héritage serait réparti. C’est à cette occasion que fut révélé le verset 176 de la sourate an-Nisâ, le verset de la kalâla.

Le Messager d’Allah emmenait parfois Jâbir aux invitations et l’accueillait chez lui. Un jour, il lui donna trois morceaux de pain et du vinaigre, disant que le vinaigre était un excellent condiment. Jâbir affirma qu’il l’aima depuis ce jour. Le Prophète empruntait parfois de l’argent à Jâbir et lui rendait davantage que le principal. À la fin de sa vie, il promit aussi à Jâbir une part des biens arrivant de Bahreïn. Après son décès, Abû Bakr annonça que quiconque avait reçu une promesse du Prophète ou à qui il devait quelque chose devait venir le trouver, et il honora l’engagement pris envers Jâbir.

Jâbir éprouvait une profonde affection pour la communauté musulmane. Lorsqu’un voisin revint d’un voyage et lui raconta les divisions, les querelles et les innovations qu’il avait vues, les yeux de Jâbir se remplirent de larmes. Il dit que le Messager d’Allah avait dit vrai : de même que les gens entreraient dans la religion d’Allah par groupes, ils en sortiraient également par groupes.

Jâbir habitait à un mille de la mosquée prophétique, mais venait chaque jour y accomplir les cinq prières. Lorsque des maisons proches de la mosquée furent libérées, lui et un autre homme des Banû Salama envisagèrent d’y déménager. Le Prophète leur dit que chaque pas qu’ils faisaient pour venir de loin était récompensé. Ils acceptèrent son conseil et restèrent dans leurs maisons. À la fin de sa vie, Jâbir fit construire une mosquée près de son domicile.

Il rapporta également que le Messager d’Allah les avait envoyés en expédition sous le commandement d’Abû ʿUbayda, avec pour seules provisions quelques dattes. Abû ʿUbayda ne leur en donnait qu’une par jour ; ils la suçaient comme des enfants, buvaient de l’eau et tenaient ainsi jusqu’au soir. Jâbir accomplissait régulièrement le pèlerinage ; les hadiths mentionnent deux de ses pèlerinages, dont le Pèlerinage d’Adieu.

Jâbir était simple et dépourvu de prétention. Il recommandait de servir sans hésitation la nourriture disponible à ses proches et à ses invités, et de la manger avec satisfaction sans la mépriser. Il était sincère et généreux dans ses relations avec les gens. Les habitudes et le comportement du Messager d’Allah avaient profondément marqué son esprit.

Lorsqu’il évoquait Hudaybiyya, il disait que le traité de Hudaybiyya était la véritable victoire mentionnée dans le Coran. Il rapportait aussi que la nouvelle de la mission prophétique du Messager d’Allah était parvenue pour la première fois à Médine par l’intermédiaire d’un djinn, qui avait pris la forme d’un oiseau blanc et annoncé à une femme qu’un prophète était apparu à La Mecque, qu’il avait interdit la fornication et interdit aux djinns de demeurer sur terre.

Jâbir raconte enfin qu’il acheta un jour de la viande pour un dirham. ʿUmar lui demanda ce que c’était. Jâbir répondit que sa famille avait désiré manger de la viande. ʿUmar répéta plusieurs fois ses paroles, et Jâbir souhaita alors que son dirham se fût perdu ou qu’il n’eût pas rencontré ʿUmar. Selon une autre version, ʿUmar lui demanda : « Chaque fois que vous désirez quelque chose, l’achetez-vous ainsi ? »

Ainsi, les ouvrages de hadith et de Sîra rapportent de nombreux fragments de la vie de Jâbir ibn ʿAbdillâh, et chacun d’eux contient de nombreuses leçons pour les musulmans.

Abû Ayyûb al-Ansârî (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Khâlid et était surnommé Abû Ayyûb. Son père était Zayd ibn Kulayb al-Najjârî al-Khazrajî. Certains le désignent également sous les noms d’al-Mâlikî, en raison de son rattachement à Mâlik ibn Najjâr, et d’al-Azdî, parce que les Ansâr étaient d’origine azdite. (Dâ’ira-i Ma‘ârif-i Islâmiyya, ourdou, 1/742.) Sa mère s’appelait Hind bint Sa‘d. (Usd al-Ghâba, 2/80.) Selon Ibn Sa‘d, elle s’appelait toutefois Zahra bint Sa‘d. (Tabaqât, 3/484.) Zahra était la cousine germaine du père d’Abû Ayyûb. Abû Ayyûb naquit à Yathrib quarante ans après l’Année de l’Éléphant, c’est-à-dire trente et un ans avant l’Hégire. Dans l’histoire, il est connu sous le surnom d’Abû Ayyûb. (Dâ’ira-i Ma‘ârif-i Islâmiyya, ourdou, 1/742.) Le clan des Najjâr était l’un des clans les plus nobles de Yathrib. Sa noblesse fut encore accrue par le fait qu’il appartenait au clan maternel du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Abû Ayyûb était le chef de ce noble clan des Najjâr.

Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, poursuivait sa mission d’appel à l’islam à La Mecque. Les conditions défavorables à cet appel s’y dégradaient de jour en jour. Entre-temps, l’appel à l’islam s’était également répandu à Yathrib. La dixième année de la prophétie, six personnes, la onzième année douze personnes, et la douzième année soixante-treize — selon une autre version, soixante-quinze — habitants de Yathrib, c’est-à-dire de Médine, vinrent à La Mecque à l’occasion du pèlerinage, embrassèrent l’islam en prêtant serment entre les mains du Messager d’Allah et prononcèrent une formule d’engagement. Ces événements sont connus dans l’histoire sous les noms de premier, deuxième et troisième serments d’al-‘Aqaba. Abû Ayyûb était présent lors de ce dernier serment et retourna à Yathrib après avoir prêté allégeance au Messager d’Allah. (Usd al-Ghâba, 2/80 ; Tabaqât, 3/484.) Il ne put retrouver la tranquillité avant d’avoir fait connaître aux autres la grande vérité qu’il avait découverte. Il prêcha l’islam à ses proches parents, à ses amis et aux membres de sa famille. Il amena bientôt son épouse à embrasser sa religion.

Comme plusieurs habitants de Médine avaient embrassé l’islam lors des serments d’al-‘Aqaba, et grâce aux efforts de Mus‘ab ibn ‘Umayr, qu’Allah l’agrée, envoyé à Médine comme représentant du Messager d’Allah, l’appel islamique s’y répandit très rapidement. Pendant ce temps, sur l’ordre du Messager d’Allah, de nombreux musulmans persécutés commencèrent à émigrer secrètement de La Mecque vers Médine. Le Noble Messager d’Allah demeurait toutefois encore à La Mecque, au milieu de l’hostilité des Quraysh. Finalement, la treizième année de la prophétie, il partit lui aussi vers Médine sur l’ordre d’Allah.

Les habitants de Médine attendaient avec une impatience ardente l’arrivée du Prophète. Un groupe d’Ansâr — dont Abû Ayyûb faisait partie — se rendait chaque matin à un endroit appelé al-Harra, situé à quatre ou cinq miles de Médine, et attendait jusqu’à midi en regardant dans la direction par laquelle le Messager d’Allah devait probablement arriver. Puis ils retournaient chez eux. Un jour, alors qu’ils revenaient, un Juif aperçut de loin le Messager d’Allah et leur annonça la bonne nouvelle. Les Ansâr s’élancèrent rapidement, en armes, pour accueillir le Noble Prophète. Les Banû Najjâr furent les premiers parmi eux.

Le Noble Messager d’Allah séjourna quelques jours dans le village de Qubâ, à la périphérie de Médine. Puis il décida de se rendre dans la ville proprement dite. Le jour où il partit de Qubâ pour Médine fut le jour le plus glorieux et le plus béni de l’histoire de Médine. Les membres de toutes les tribus ansârites de Médine, notamment les Banû Najjâr, se tenaient alignés des deux côtés de la route que suivait le Prophète, tandis que les chefs de tribu attendaient sur le seuil de leur maison. Les jeunes filles, habituellement voilées, étaient descendues dans la rue, et les esclaves abyssins se livraient joyeusement à des démonstrations de techniques militaires. Les petits garçons et les petites filles des Banû Najjâr chantaient en chœur le chant d’accueil « Talaa‘a al-badru ‘alaynâ ». C’est au milieu de cet accueil grandiose et sacré que le Noble Prophète entra à Médine.

Tous les habitants de Médine attendaient avec impatience de voir qui aurait l’honneur d’héberger le Noble Prophète. Il avançait sur la route, tandis que les membres des différentes tribus voisines s’approchaient de lui en disant : « Ahlan wa sahlan wa marhaban », bienvenue, et l’invitaient à devenir leur hôte. Mais Allah avait réservé la maison d’Abû Ayyûb pour l’hospitalité du Noble Prophète. Le Messager d’Allah disait à plusieurs reprises à ceux qui arrêtaient le chemin de sa chamelle : « Laissez-la avancer, car elle a reçu un ordre. » (Usd al-Ghâba, 2/80.) L’imam Mâlik rapporte qu’à ce moment le Messager d’Allah se trouvait dans un état lié à la révélation et attendait celle-ci pour connaître le lieu où il devait descendre. [Siyar al-Ansâr, ourdou, 1/110.]

La chamelle continua d’avancer puis s’agenouilla en un endroit situé chez les Banû Mâlik ibn Najjâr — à l’emplacement où se trouverait plus tard la porte de la mosquée du Prophète. Elle regarda ensuite à droite et à gauche, se releva, fit quelques pas, revint à son premier emplacement et s’y agenouilla de nouveau. Le Messager d’Allah descendit. La maison d’Abû Ayyûb se trouvait tout près. (Usd al-Ghâba, 2/81.) Abû Ayyûb s’avança et dit : « Ma maison est toute proche. Si vous m’y autorisez, je peux descendre les bagages de la monture. » La foule de ceux qui désiraient recevoir le Prophète chez eux n’avait pourtant pas diminué. Chacun souhaitait ardemment que le Messager d’Allah soit son hôte. Finalement, ils tirèrent au sort entre eux, et le nom d’Abû Ayyûb sortit. Ainsi, Abû Ayyûb eut l’immense honneur d’héberger le Noble Prophète. (Siyar al-Ansâr, 1/111.)

Le Noble Messager d’Allah demeura environ six mois dans la maison d’Abû Ayyûb, jusqu’à l’achèvement de la mosquée et de ses appartements attenants. Abû Ayyûb s’acquitta de son devoir d’hospitalité avec un amour et une humilité extrêmes. Sa maison avait deux étages, mais le toit était très rudimentaire. Abû Ayyûb réserva l’étage supérieur au Messager d’Allah. Celui-ci préféra cependant le rez-de-chaussée, afin de faciliter ses propres déplacements ainsi que ceux des visiteurs. Les jours passèrent ainsi. Un jour, par accident, une cruche d’eau se brisa à l’étage et l’eau se répandit. Le toit étant très rudimentaire, Abû Ayyûb et son épouse Ummu Ayyûb furent pris d’une grande inquiétude : l’eau risquait de couler en bas et de causer quelque gêne au Messager d’Allah. Ils ne possédaient qu’une seule couverture. Ils la jetèrent sur l’eau afin qu’elle l’absorbe. Puis ils descendirent immédiatement et demandèrent au Messager d’Allah de monter à l’étage, exprimant leur intention de s’installer eux-mêmes en bas. (Usd al-Ghâba, 2/81.)

Cette gêne n’était pourtant pas, pour eux, la plus importante. Ils furent saisis par une autre crainte. Le sentiment aigu que « nous sommes au-dessus, tandis que le porteur de la révélation est au-dessous de nous » les bouleversa. Ils ne purent même pas dormir cette nuit-là. Le mari et la femme passèrent la nuit éveillés, recroquevillés dans un coin de la maison. Au matin, Abû Ayyûb se présenta auprès du Messager d’Allah et lui raconta ce qui s’était passé durant la nuit ainsi que leurs sentiments. Le Noble Messager d’Allah, respectant leur sensibilité, accepta leur demande et monta à l’étage. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/498 ; Hayât al-Sahâba, 2/328-329.)

Après la mort d’Abû Ayyûb, cette maison passa à son esclave affranchi, Aflah. Lorsque les murs commencèrent à s’effondrer et que la maison menaça de tomber en ruine, al-Mughîra ibn ‘Abd al-Rahmân ibn al-Hârith ibn Hishâm l’acheta à Aflah pour mille dinars et la restaura. Aflah distribua ensuite cette somme aux pauvres et aux nécessiteux de Médine. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/498, note 3.)

Pendant le séjour du Noble Messager d’Allah dans la maison d’Abû Ayyûb, les Ansâr, à tour de rôle, ou Abû Ayyûb lui-même, lui envoyaient généralement de la nourriture. Après le repas, le Prophète faisait porter à Abû Ayyûb ce qui restait. Abû Ayyûb observait les empreintes des doigts du Messager d’Allah dans le plat et mangeait du côté où celui-ci avait mangé

Sa‘d ibn Mu‘adh (qu’Allah l’agrée)

Son nom véritable était Sa‘d, son surnom Abû ‘Amr et son titre Sayyid al-Aws. Il était issu de la branche ‘Abd al-Ashhal de la célèbre tribu des Aws de Médine. Son père s’appelait Mu‘âdh ibn Nu‘mân et sa mère Kabsha — ou, selon une autre version, Qubaysha bint Râfi‘. Elle était la cousine du célèbre Compagnon Abû Sa‘îd al-Khudrî. Son père, Mu‘âdh, mourut à l’époque antéislamique. Sa mère Kabsha embrassa cependant la foi après l’Hégire et vécut encore longtemps après la mort de Sa‘d. De toute la tribu des Aws, la branche ‘Abd al-Ashhal était la plus noble, et la direction de la tribu se trouvait héréditairement entre ses mains. Sa‘d était un dirigeant de grande envergure à son époque. (Voir : Sîrat Ibn Hishâm, 2/252 ; Usd al-Ghâba, 2/296 ; Tabaqât, 3/420 ; Tahdhîb al-Tahdhîb, 3/481.) On ne dispose pas d’informations précises concernant son année de naissance.

Après la première allégeance d’al-‘Aqaba, l’influence de l’islam commença à se faire sentir à Médine, mais elle était en réalité étroitement liée à la personnalité de Mus‘ab ibn ‘Umayr. Après le serment d’al-‘Aqaba, à la demande des habitants de Médine, le noble Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — y envoya Mus‘ab en qualité de prédicateur de l’islam. Dans l’histoire de l’islam, il est reconnu comme un prédicateur ayant remporté un grand succès. Par ses efforts inlassables, il fit parvenir le message de l’islam aux oreilles de tous les habitants de Médine. Lorsque Mus‘ab arriva à Médine et commença à appeler les gens à l’islam, Sa‘d ibn Mu‘âdh était un opposant farouche. Cet état ne dura toutefois pas longtemps. Très vite, lui aussi répondit à l’appel de Mus‘ab. Ibn Ishâq rapporte ainsi le récit de sa conversion :

Un jour, As‘ad ibn Zurâra se rendit, pour une mission de prédication, auprès des tribus des Banû ‘Abd al-Ashhal et des Banû Jâfir, accompagné de Mus‘ab ibn ‘Umayr, le prédicateur envoyé par le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue. Ils s’assirent sur un mur, près d’un puits appelé Marâq. Des personnes qui avaient déjà embrassé l’islam se rassemblèrent autour d’eux. À cette époque, Sa‘d ibn Mu‘âdh et Usayd ibn Hudayr étaient tous deux les chefs des Banû ‘Abd al-Ashhal. Ils étaient encore polythéistes. Il faut préciser que Sa‘d était le cousin maternel d’As‘ad ibn Zurâra.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle parvint aux oreilles de Sa‘d et d’Usayd. Sa‘d dit aussitôt à Usayd : « Que ton père périsse ! Va immédiatement trouver ces deux hommes. Ils sont venus dans notre quartier pour tromper nos gens faibles. Chasse-les et interdis-leur de parcourir ce chemin. Si mon cousin maternel As‘ad ibn Zurâra n’était pas avec cet autre homme, je ne t’enverrais pas : j’irais moi-même. Il ne serait pas convenable que je me présente devant lui. »

Usayd se rendit auprès d’eux, armé. Le résultat fut tout le contraire de ce qui était attendu. Alors qu’il était venu les chasser, il fut lui-même influencé par leurs paroles et embrassa l’islam. Il dit à Mus‘ab et à As‘ad : « J’ai laissé derrière moi un homme tel que, s’il écoute vos paroles, pas un seul membre de la tribu ne restera éloigné de vous. Je vais immédiatement vous envoyer Sa‘d ibn Mu‘âdh. » Sur ces mots, il repartit vers sa tribu.

Sa‘d était alors assis dans un lieu où les membres de la tribu avaient l’habitude de se réunir. En voyant Usayd revenir, il fit cette remarque : « Je jure par Dieu qu’Usayd revient vers vous avec un visage différent de celui qu’il avait en partant. » Lorsqu’Usayd s’approcha, Sa‘d lui demanda : « Qu’as-tu fait ? » Usayd répondit :

« J’ai parlé avec ces deux hommes et je n’ai rien vu de particulièrement mauvais chez eux. Malgré tout, je leur ai interdit de venir ici. Ils m’ont répondu : “Que ce que vous jugerez bon soit fait.” Mais j’ai entendu dire que les hommes des Banû Hâritha sont sortis dans l’intention de tuer As‘ad ibn Zurâra. Ils savent pourtant qu’As‘ad est ton cousin maternel. »

Sa‘d se leva aussitôt, très irrité, prit sa lance et se précipita vers les deux hommes. Lorsqu’il arriva près d’eux et les vit assis, parfaitement calmes et immobiles, il comprit qu’Usayd l’avait trompé afin de lui faire entendre leur discours. Tout en les insultant, il dit à As‘ad : « Écoute, Abû Usâma ! Si nous n’étions pas parents, je ne te parlerais pas ainsi. Tu viens chez nous et tu y fais ce que nous n’aimons pas. »

De son côté, voyant Sa‘d s’approcher, As‘ad avait dit à Mus‘ab : « Mus‘ab, voici qui vient à toi un chef de tribu. S’il accepte tes paroles, pas même deux hommes de la tribu ne pourront rester éloignés de toi. »

Mus‘ab dit à Sa‘d avec beaucoup de douceur : « Voulez-vous vous asseoir un instant et écouter ce que j’ai à dire ? Si mes paroles vous plaisent et vous paraissent bonnes, vous les accepterez ; si elles ne vous plaisent pas et vous semblent mauvaises, nous partirons. »

Sa‘d répondit : « Voilà qui est parfaitement juste. » Il planta sa lance dans le sol et s’assit. Mus‘ab lui exposa l’islam avec calme et sérénité, puis lui récita le Coran. Mus‘ab et As‘ad ont tous deux rapporté : « Après avoir exposé le message de l’islam, avant même que Sa‘d ne prononce une parole, nous avons remarqué sur son visage la lumière de l’islam. »

Après avoir entendu l’appel à l’islam, Sa‘d leur demanda : « Que faut-il faire pour entrer dans votre islam et dans cette religion ? » Ils répondirent : « Il faut se laver et se purifier, revêtir des vêtements propres, prononcer la profession de foi, puis accomplir deux unités de prière. » Sa‘d fit cela. Puis, prenant sa lance, il repartit avec Usayd vers le lieu de réunion de la tribu.

En les voyant revenir, les membres de la tribu se mirent à dire : « Sa‘d n’a plus le visage qu’il avait en partant. Il semble avoir un tout autre visage. » Sa‘d s’approcha d’eux et leur demanda : « Ô membres de la tribu des Banû ‘Abd al-Ashhal ! Que pensez-vous de ma conduite dans les différentes affaires ? »

Ils répondirent tous ensemble : « Tu es notre chef, celui dont l’avis est le meilleur parmi nous, et notre représentant et responsable digne de confiance. »

Sa‘d dit alors : « Dans ce cas, il m’est interdit de parler à l’un ou l’une d’entre vous tant que vous n’aurez pas cru en Dieu et en Son Messager — que Dieu le bénisse et le salue. »

As‘ad et Mus‘ab rapportent : « Je jure par Dieu qu’avant même le soir, tous les hommes et toutes les femmes des Banû ‘Abd al-Ashhal avaient embrassé l’islam à la suite de cette déclaration de Sa‘d. Après la conversion de Sa‘d, As‘ad et Mus‘ab demeurèrent chez lui et continuèrent à appeler les gens à l’islam. Ainsi, avant même l’Hégire du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — à Médine, il n’y avait pas une seule maison ou tribu où une ou deux personnes n’eussent embrassé l’islam. Ensuite, Sa‘d ibn Mu‘âdh et Usayd ibn Hudayr commencèrent tous deux à briser les idoles des Banû ‘Abd al-Ashhal. » (Voir : Tabaqât, 3/420-421 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/435, 437, 479 ; al-Bidâya, 3/152 ; Usd al-Ghâba, 3/296 ; Hayât al-Sahâba, 1/187-190.)

La contribution de Sa‘d à la prédication et à la propagation de l’islam à Médine fut exceptionnelle. Aucun autre Compagnon ne peut lui être comparé dans ce mérite. En effet, on ne trouve nulle part ailleurs, à l’exception de son cas, qu’une personne ait embrassé l’islam et que toute sa tribu l’ait suivie. C’est pourquoi le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — a dit : « La meilleure demeure des Ansâr est celle des Banû Najjâr, puis vient celle des Banû ‘Abd al-Ashhal. » La conversion de Sa‘d et de sa tribu eut lieu entre la première et la deuxième allégeance d’al-‘Aqaba.

Ibn ‘Asâkir rapporte de Bukhârî et d’al-Kalbî le récit suivant. Après l’émigration du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — de La Mecque, les Quraysh ne recevaient plus aucune nouvelle de lui. Ils étaient assis dans leur lieu de consultation, près de la Kaaba, lorsqu’ils entendirent une voix réciter un poème depuis la direction du mont Abû Qubays. En voici un extrait :

« Si les deux Sa‘d embrassent l’islam, Muhammad sera à l’abri de la crainte de ses adversaires. Ô Sa‘d des Aws, ô Sa‘d des Khazraj ! Devenez les protecteurs de Muhammad. »

Après avoir entendu ce poème, les Quraysh comprirent que les deux Sa‘d qui soutenaient le Messager de Dieu dans les tribus des Aws et des Khazraj étaient Sa

Sa‘d ibn ‘Ubâda (qu’Allah l’agrée)

Son nom véritable était Sa‘d ; ses surnoms étaient Abû Qays et Abû Thâbit. Le premier était le plus connu. (Usd al-Ghâba, 2/283.) Son titre honorifique était Sayyid al-Khazraj. Il appartenait à la branche Sâ‘ida de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. Son père s’appelait ‘Ubâda ibn Dulaym et sa mère ‘Umra bint Mas‘ûd. ‘Umra était une Compagne et mourut durant la cinquième année de l’Hégire. À cette époque, Sa‘d se trouvait hors de Médine, ayant rejoint le Messager d’Allah ﷺ dans l’expédition de Dûmat al-Jandal. À son retour à Médine, le Messager ﷺ se rendit sur la tombe de sa mère et invoqua Allah en sa faveur. (Tabaqât, 3/614 ; al-Isâba, 2/30.)

Le noble grand-père de Sa‘d, Dulaym, était le plus grand chef de la tribu des Khazraj. Il était également réputé pour les œuvres d’intérêt général qu’il accomplissait à Médine. C’est principalement lui qui établit l’honneur et le prestige de la famille Sâ‘ida. Il était polythéiste et adorait la déesse Manât, dont l’idole se trouvait dans un lieu appelé Musallal, près de La Mecque. Chaque année, il y sacrifiait dix chameaux. Après sa mort, ‘Ubâda, puis Sa‘d jusqu’à sa conversion à l’islam, continuèrent cette pratique.

À l’époque islamique, Qays, le fils de Sa‘d, perpétua la tradition de ses ancêtres en sacrifiant des chameaux dans l’enceinte de la Ka‘ba. Une fois, Abû ‘Ubayda et ‘Umar, qu’Allah les agrée, lui demandèrent de cesser cette pratique, mais Qays ne prêta aucune attention à leurs paroles. Ils se plaignirent de lui auprès du Messager d’Allah ﷺ. Celui-ci dit alors : « Qays est le fils d’une famille généreuse. » (Al-Istî‘âb, note de l’al-Isâba, 2/37.)

Le père de Sa‘d, ‘Ubâda, était le digne successeur de son père. Il mena une vie semblable à la sienne et établit solidement, pour son fils Sa‘d, une position de pouvoir et de direction. Il forma son fils avec méthode. Dans l’Arabie antéislamique, Sa‘d reçut déjà le titre de Kâmil, c’est-à-dire « l’homme accompli ». En effet, il faisait partie du petit nombre de personnes qui savaient écrire l’arabe à cette époque. Son écriture arabe était remarquable. Il était aussi l’un des meilleurs nageurs et l’un des archers les plus habiles d’Arabie. Les Arabes ne donnaient le titre de Kâmil qu’à ceux qui excellaient particulièrement dans ces disciplines. (Voir Tahdhîb al-Tahdhîb, 3/475 ; al-Isâba, 2/30 ; Tabaqât, 3/613.)

Sa‘d embrassa l’islam au moment du dernier serment d’al-‘Aqaba. Le noble Messager d’Allah ﷺ le nomma naqîb, c’est-à-dire responsable, de Banû Sâ‘ida. (Ansâb al-Ashrâf, 1/250 ; Usd al-Ghâba, 2/283.) Il était considéré comme un Compagnon de haut rang. Al-Bukhârî rapporte à son sujet : « Wa kâna dhâ qadamin fî al-islâm », c’est-à-dire qu’il occupait dans l’islam une position éminente.

La manière dont fut conclu le dernier serment d’al-‘Aqaba, le nombre d’Ansâr qui y participèrent et l’importance des conditions qui y furent acceptées ne permettaient pas que l’événement demeurât secret, même s’il avait eu lieu dans l’obscurité de la nuit. Les Qurayshites étaient extrêmement préoccupés par le Messager ﷺ et le surveillaient constamment. Ainsi, au moment même où le Messager ﷺ recevait le serment des habitants de Médine venus à al-‘Aqaba, quelqu’un se serait tenu au sommet du mont Abû Qubays, à La Mecque, et aurait crié : « Voyez ! Si Sa‘d devient musulman, Muhammad deviendra totalement intrépide. » (Voir Usd al-Ghâba, 2/284 ; al-Istî‘âb ; al-Isâba, 2/37.)

Cette voix parvint aux oreilles des Qurayshites, mais ils ne lui accordèrent pas d’abord une grande importance. En entendant le nom de Sa‘d, ils pensèrent aux hommes appelés Sa‘d appartenant aux tribus de Qudâ‘a et de Tamîm. La nuit suivante, on entendit de nouveau, depuis cette montagne, quelques vers d’un poème. Le nom et l’identité de Sa‘d y étaient clairement mentionnés. Les Qurayshites furent plongés dans la stupeur. Pour examiner l’affaire, ils se réunirent à Dâr al-Nadwa, leur maison de consultation. Ils parlèrent à ‘Abd Allâh ibn Ubayy ibn Salûl, chef de la tribu médinoise des Aws, mais celui-ci déclara n’avoir absolument aucune connaissance de l’affaire. Les Qurayshites placèrent des espions dans toutes les directions, puis chacun regagna sa demeure. Les musulmans de Médine, quant à eux, prirent le chemin de leur patrie par la route de Yâjaj.

Ibn Ishâq rapporte l’événement de la manière suivante : « Après que les naqîb eurent prêté serment au Messager d’Allah ﷺ, la nuit d’al-‘Aqaba, ils se dispersèrent. Certains quittèrent La Mecque et prirent le chemin de leur patrie. Entre-temps, l’affaire du serment se répandit de bouche en bouche. Après enquête, les Qurayshites comprirent que l’événement était réel. Ils partirent arrêter ceux qui avaient prêté serment et trouvèrent Sa‘d ibn ‘Ubâda ainsi qu’al-Mundhir ibn ‘Amr. Al-Mundhir ibn ‘Amr réussit toutefois à s’enfuir, tandis qu’ils capturèrent Sa‘d. Sa‘d avait les cheveux longs ; ils le saisirent par les cheveux et le traînèrent avec violence.

« Sa‘d dit : “Par Allah ! Ils m’avaient fait prisonnier. Plusieurs Qurayshites vinrent à moi. Parmi eux se trouvait un jeune homme d’une grande beauté et d’un visage rayonnant. Je me dis : si quelqu’un de cette communauté possède quelque bien, c’est probablement lui. C’était Suhayl ibn ‘Amr. Mais, réduisant mon espoir à néant, il s’approcha et me frappa violemment au visage. Je me dis alors : par Allah ! Après cela, il est inutile d’espérer le moindre bien de quiconque parmi ces gens.

« “L’un d’eux me demanda : ‘As-tu accepté la religion de Muhammad ?’ Je répondis : ‘Oui.’ Ils me lièrent alors fermement avec une corde. Un homme me tapota la cuisse et me demanda : ‘As-tu conclu un pacte avec l’un des Qurayshites ?’ Je répondis : ‘Oui. Lorsque Mut‘im ibn ‘Adî et al-Hârith ibn Umayya se rendent dans notre pays, je leur accorde ma protection.’ Il dit : ‘Que ton père périsse ! Va vite les appeler à grands cris en les nommant.’ Je le fis. L’homme courut vers eux et leur dit : ‘L’homme que plusieurs Qurayshites ont capturé, frappé et humilié vous appelle par vos deux noms. Il prétend avoir conclu avec vous un pacte de protection.’ Ils demandèrent : ‘Qui est cet homme ?’ Il répondit : ‘Sa‘d ibn ‘Ubâda.’ Ils dirent : ‘Il dit vrai.’ Mut‘im ibn ‘Adî et al-Hârith ibn Umayya accoururent alors, me délivrèrent de leurs mains et me mirent sur la route de Médine.” »

Mut‘im ibn ‘Adî était un homme très courtois et honoré de La Mecque. Au début de l’islam, il avait aidé le Messager ﷺ de nombreuses manières. Celui qui l’avait informé de la situation était Abû al-Bakhtarî ibn Hishâm.

La capture de Sa‘d provoqua une grande agitation dans la caravane des Ansâr qui se dirigeait vers Médine. Après consultation, ils décidèrent que, même au péril de leur vie, ils devaient retourner à La Mecque pour rechercher Sa‘d. Entre-temps, Sa‘d réapparut. Ils l’emmenèrent avec eux et reprirent directement le chemin de Médine. (Voir Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/85-86 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/254-255 ; Sîra d’Ibn Hishâm, 1/150-151 ; Tabaqât, 1/150.)

Au sujet de la capture de Sa‘d, le poète du parti qurayshite Dirâr ibn al-Khattâb ibn Mirdâs composa un poème. Le poète Hassân ibn Thâbit lui répondit par un long poème dans lequel il louait Sa‘d et blâmait les Qurayshites. Des extraits en ont été réunis dans différents ouvrages, notamment Ansâb al-Ashrâf et la Sîra d’Ibn Hishâm. (Voir Ansâb al-Ashrâf, 1/255 ; Sîra d’Ibn Hishâm, 1/150-151.)

Quelques mois après ces événements, le Messager ﷺ émigra de La Mecque à Médine. À cette occasion, les rues et les ruelles de Médine furent envahies par la joie et les festivités. Dès qu’il arriva chez Abû Ayyûb, les cadeaux commencèrent à affluer. Le noble Sa‘d envoya de chez lui un grand récipient de tharîd et de ‘urâq. (Tabaqât, 1/161.)

Quelques mois après l’Hégire, le mouvement islamique prit une forme plus intense. Au douzième mois de l’Hégire, durant Safar, le noble Messager ﷺ se rendit avec une petite troupe vers un lieu appelé al-Abwâ’, afin d’observer les mouvements des Qurayshites. Cette expédition est également appelée expédition de Waddân. Aucun combattant ansârî ne faisait partie de cette troupe. Le Messager ﷺ resta quinze nuits hors de Médine et laissa Sa‘d ibn ‘Ubâda comme son représentant dans la ville. (Ansâb al-Ashrâf, 1/287 ; Tabaqât, 1/3.)

La deuxième année de l’Hégire eut lieu la célèbre bataille de Badr. Les spécialistes de la Sîra divergent fortement quant à la participation de Sa‘d. Ya‘qûb ibn Sufyân, Mûsâ ibn ‘Uqba, Khalîfa ibn Khayyât, al-Wâqidî, al-Madâ’inî, Ibn al-Kalbî et d’autres spécialistes le citent parmi les combattants de Badr. Abû Ahmad affirme dans son ouvrage al-Kunâ qu’il participa à Badr avec le Messager d’Allah ﷺ. (Voir Usd al-Ghâba, 2/283 ; al-Istî‘âb ; al-Isâba, 2/36 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/84-85.)

En revanche, Ibn Ishâq ne le mentionne pas parmi les combattants de Badr. Ibn Sa‘d et al-Balâdhurî disent que Sa‘d se prépara à partir pour Badr, mais qu’un chien le mordit à la veille du départ, l’empêchant ainsi de participer. Le Messager ﷺ dit à son sujet : « Même si Sa‘d n’a pas assisté à Badr, il désirait y aller. » Selon certains récits, le Messager ﷺ lui attribua néanmoins une part du butin de Badr. Ibn ‘Asâkir précise que cela n’est ni unanimement reconnu ni établi. (Voir Taqrîb al-Tahdhîb, 1/288 ; Usd al-Ghâba, 2/283 ; al-Isâba, 2/30 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/84-85.)

L’imâm al-Bukhârî et l’imâm Muslim ont tenté d’établir la participation de Sa‘d à Badr. Cependant, l’opinion correcte est qu’il n’y participa pas. C’est également l’avis d’al-Hâfiz Ibn Hajar al-‘Asqalânî, qui s’appuya avec beaucoup de finesse sur les termes employés par l’imâm Muslim. (Voir Fath al-Bârî, 5/224.)

Sa’d ibn al-Rabî‘ (qu’Allah l’agrée)

Sa‘d ibn al-Rabī‘ al-Anṣārī était issu de la branche Banū al-Ḥārith de la tribu khazrajite de Médine. Al-Haytham a mentionné qu’Abū Rabī‘ était sa kunya, c’est-à-dire son surnom. Son père était al-Rabī‘ et sa mère Ḥuzayla bint ‘Inbā’. Les spécialistes de la sīra sont restés silencieux au sujet de son année de naissance. (Ansāb al-Ashrāf, 1/244 ; Ṭabaqāt, 3/522 ; Usud al-Ghāba, 2/277)

Il existe des divergences concernant l’époque à laquelle Sa‘d ibn al-Rabī‘ embrassa l’islam. Abū Nu‘aym rapporte dans son ouvrage Dalā’il, d’après ‘Aqīl ibn Abī Ṭālib et al-Zuhrī, que Sa‘d faisait partie des six habitants de Yathrib qui, lors de la première ‘Aqaba, prêtèrent allégeance au Messager d’Allah à La Mecque et embrassèrent l’islam. Ces six hommes étaient : 1. As‘ad ibn Zurāra ; 2. Abū al-Haytham ibn al-Tayyihān ; 3. ‘Abdullah ibn Rawāḥa ; 4. Sa‘d ibn al-Rabī‘ ; 5. al-Nu‘mān ibn Ḥāritha ; et 6. ‘Ubāda ibn al-Ṣāmit. (Ḥayāt al-Ṣaḥāba, 1/105) En revanche, certains récits laissent comprendre qu’il fut l’un des douze membres de la seconde ‘Aqaba. C’est à cette seconde ‘Aqaba qu’il embrassa l’islam. Lors de la troisième ‘Aqaba, il se joignit aux soixante-treize hommes — ou, selon une autre version, aux soixante-quinze — présents. Le vénérable Messager d’Allah le nomma, avec ‘Abdullah ibn Rawāḥa, naqīb, c’est-à-dire responsable, de leur tribu, les Banū al-Ḥārith ibn al-Khazraj. (Tārīkh al-Islām wa Ṭabaqāt al-Mashāhīr wa al-A‘lām, 1/181 ; Ṭabaqāt, 2/522 ; Usud al-Ghāba, 2/227)

Ibn Hishām rapporte que le jour où le vénérable Messager d’Allah arriva à Médine depuis Qubā’, des gens de toutes les catégories de la population médinoise vinrent l’accueillir. Il traversait les différents quartiers tribaux, et les membres de chaque tribu lui barraient le chemin de sa monture, le priant de descendre chez eux. Alors qu’il avançait parmi les Banū al-Ḥārith ibn al-Khazraj, Sa‘d ibn al-Rabī‘, accompagné de Khārija ibn Zayd, de ‘Abdullah ibn Rawāḥa et de quelques autres membres des Banū al-Ḥāritha, se plaça devant la monture du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Venez auprès de nous, qui disposons d’hommes, d’équipements et de moyens de défense. » (C’est-à-dire : nous avons la capacité de vous offrir un refuge honorable.) Le Messager d’Allah répondit : « Laissez libre le chemin de ma monture. Elle a reçu l’ordre d’Allah. » Ils s’écartèrent tous du chemin. (Sīrat Ibn Hishām, 1/495)

Al-Zuhrī et Muḥammad ibn Isḥāq disent que le Messager d’Allah établit un lien de fraternité entre Sa‘d ibn al-Rabī‘ et ‘Abd al-Raḥmān ibn ‘Awf. Dans toute l’histoire du monde, on ne trouve guère d’équivalent au dévouement et à la sincérité dont le vénérable Sa‘d fit preuve envers son frère émigré. Les autres Anṣār partagèrent la moitié de leurs biens, de leurs terres et de leurs possessions avec leurs frères émigrés dans la foi ; mais le vénérable Sa‘d proposa, en plus de ses biens, de répudier l’une de ses épouses afin de la donner à son frère dans la foi. Quant à ‘Abd al-Raḥmān, bien qu’il fût alors démuni et sans ressources, son cœur était extrêmement généreux. Il refusa toutes les propositions de Sa‘d. Anas ibn ‘Awf rapporte à ce sujet que Sa‘d emmena son frère dans la foi chez lui et prit un repas avec lui. Puis il lui dit : « Par Allah, vous êtes mon frère. Vous n’avez pas d’épouse, tandis que j’en ai deux. Je vais répudier l’une d’elles, puis vous l’épouserez. » ‘Abd al-Raḥmān répondit : « Par Allah, jamais ! » Sa‘d dit : « Venez dans mon jardin ; partageons-le par moitié. » ‘Abd al-Raḥmān répondit : « Non. Qu’Allah bénisse et fasse prospérer vos enfants et vos biens. Je n’ai besoin de rien de tout cela. Indiquez-moi seulement le chemin du marché. » (Al-Iṣāba, 3/26 ; Usud al-Ghāba, 2/278 ; Ṭabaqāt, 3/523)

Le vénérable Sa‘d participa à la bataille de Badr. Au cours de cette bataille, il tua Rifā‘a ibn Rifā‘a, des Banū Makhzūm. (Sīrat Ibn Hishām, 1/711 ; Ṭabaqāt, 3/523)

À la veille de la bataille d’Uḥud, les Qurayshites de La Mecque commencèrent de vastes préparatifs. Informant secrètement le Messager d’Allah de ces préparatifs militaires, son oncle ‘Abbās ibn ‘Abd al-Muṭṭalib lui envoya de La Mecque une lettre à Médine. Dans cette lettre, après avoir décrit leurs préparatifs, il écrivait également : « S’ils fondent sur vous, faites ce que vous jugerez bon et préparez-vous en conséquence. » Un homme des Banū Ghifār remit très fidèlement la lettre au Messager d’Allah à Qubā’. Le Messager d’Allah la fit d’abord lire à Ubayy ibn Ka‘b et lui ordonna de garder le secret. Ensuite, il se rendit auprès de Sa‘d ibn al-Rabī‘ et l’informa également de l’affaire, lui ordonnant de ne la révéler à personne. Après le départ du Messager d’Allah, l’épouse de Sa‘d lui demanda : « Que t’a dit le Messager d’Allah ? » Sa‘d répondit : « Que ta mère périsse ! Pourquoi as-tu besoin de l’entendre ? » Son épouse dit : « J’ai entendu toute votre conversation. » Puis elle lui répéta tout ce qui avait été dit. Sa‘d récita alors : « Nous sommes à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons », puis dit : « Je vois que tu nous espionnais en cachette. » Sa‘d se rendit avec son épouse auprès du Messager d’Allah et, après lui avoir raconté toute l’affaire, lui dit : « Ô Messager d’Allah, je crains que la nouvelle ne se répande et que vous pensiez que c’est moi qui l’ai divulguée. » Le Messager d’Allah répondit : « Laisse cette affaire. » (Ansāb al-Ashrāf, 1/313-314)

Il participa à la bataille d’Uḥud, qui eut lieu durant la troisième année de l’Hégire, et y combattit avec un courage extraordinaire avant de tomber en martyr. Un groupe de combattants ennemis le vainquit et le tua. (Al-A‘lām, 3/134 ; Usud al-Ghāba, 2/277 ; Ansāb al-Ashrāf, 1/330) Son corps reçut au total douze blessures causées par des flèches et des lances. Alors qu’il gisait, agonisant, sur le champ de bataille, Mālik ibn Dukhshān vint auprès de lui et lui demanda : « Sais-tu que Muḥammad aurait été tué ? » Sa‘d répondit : « Même s’il a été tué, Allah est éternellement vivant et ne meurt pas. Combats pour ta religion. Muḥammad a pleinement accompli la mission de transmettre le message de son Seigneur et les prescriptions de sa religion. » (Ansāb al-Ashrāf, 1/327 ; Ṭabaqāt, 3/523)

À la fin de la bataille d’Uḥud, le vénérable Messager d’Allah dit : « Que quelqu’un aille chercher Sa‘d ibn al-Rabī‘. » Un homme dit : « J’y vais. » Al-Zurqānī rapporte que l’homme fit le tour des cadavres étendus et appela Sa‘d à haute voix. Il n’obtint aucune réponse. Mais lorsqu’il cria : « Le Messager d’Allah m’a envoyé à ta recherche », une voix faible se fit entendre : « Je suis parmi les morts. » C’était le dernier moment de sa vie. Son souffle s’affaiblissait et sa langue ne lui obéissait plus. Selon une autre version, alors que l’homme le cherchait, Sa‘d l’appela lui-même. Quoi qu’il en soit, dans cet état, Sa‘d lui dit : « Transmets mes salutations au Messager d’Allah et dis-lui que j’ai reçu douze blessures. J’ai moi aussi tué mon meurtrier. Dis également aux Anṣār que, si par malheur le Messager d’Allah est tué et que l’un d’entre vous retourne vivant, vous ne serez pas dignes de comparaître devant Allah. Car, lors de la Laylat al-‘Aqaba (la Nuit de ‘Aqaba), vous aviez juré de consacrer vos vies au Messager d’Allah. » Certains récits donnent à cet homme le nom d’Ubayy ibn Ka‘b. Alors qu’il se tenait là, l’âme pure de Sa‘d quitta son corps mortel. (Ṭabaqāt, 3/523-524 ; Al-Istī‘āb, 2/34 ; Tahdhīb al-Asmā’ wa al-Lughāt, 1/210 ; Al-Iṣāba, 2/27)

Lorsque le vénérable Ubayy ibn Ka‘b revint et transmit au Messager d’Allah les dernières paroles de Sa‘d, celui-ci dit : « Qu’Allah lui accorde Sa miséricorde. Dans la vie comme dans la mort, il a conseillé Allah et Son Messager. » (Usud al-Ghāba, 277) Sa‘d fut enterré dans la même tombe qu’un autre martyr d’Uḥud, Ibn Zayd, dans le cimetière d’Uḥud. Khārija était l’oncle paternel de Sa‘d.

Après la mort de Sa‘d, son frère s’empara de tous ses biens, conformément aux coutumes de l’époque de l’Ignorance. Sa‘d laissa une épouse enceinte et deux filles. À cette époque, le verset relatif à l’héritage n’avait pas encore été révélé. Jābir ibn ‘Abdullah rapporte qu’après la mort de Sa‘d, son épouse se rendit un jour auprès du Messager d’Allah avec ses deux filles et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Voici les filles de Sa‘d. Leur père est tombé en martyr à Uḥud. Leur oncle s’est approprié tous les biens et ne leur a rien laissé. Comment pourront-elles se marier sans ressources ? » Le Messager d’Allah répondit : « Allah Très-Haut statuera à leur sujet. » C’est alors que fut révélé ce passage du verset 11 de la sourate al-Nisā’ : « Si elles sont plus de deux filles, alors elles auront les deux tiers de la succession laissée. »

Après la révélation de ce verset, le vénérable Messager d’Allah convoqua l’oncle des deux filles et lui ordonna : « Donne les deux tiers des biens laissés par Sa‘d à ses deux filles et le huitième à leur mère ; puis prends le reste. » (Al-Iṣāba, 2/27 ; Ṭabaqāt, 3/524 ; Usud al-Ghāba, 2/278 ; Tahdhīb al-Asmā’ wa al-Lughāt, 1/210 ; ce hadith a également été rapporté par l’imam Aḥmad, Abū Dāwūd, al-Tirmidhī et Ibn Māja.)

Lorsque le vénérable Messager d’Allah rendit ce jugement concernant les filles et l’épouse de Sa‘d, la part d’héritage de l’enfant dans le sein maternel n’avait pas encore été déterminée. Ce n’est que longtemps après cet événement que fut établie la règle concernant l’héritage de l’enfant à naître. L’enfant porté par l’épouse de Sa‘d vint au monde. Elle fut appelée Umm Sa‘d bint Sa‘d et devint par la suite l’épouse de Zayd ibn Thābit. Sous le califat du vénérable ‘Umar, Zayd dit à son épouse : « Si tu le souhaites, tu peux parler au Commandeur des croyants au sujet de l’héritage de ton père. Il attribue actuellement leur part d’héritage aux enfants qui étaient encore dans le sein maternel. » Umm Sa‘d répondit : « Je ne réclamerai rien à mes sœurs. » (Ansāb al-Ashrāf, 1/338)

Dans cette Arabie de l’époque de l’Ignorance, où l’écriture était très peu répandue, le vénérable Sa‘d savait écrire. (Ṭabaqāt, 3/522 ; Tahdhīb al-Asmā’, 1/210) Comme il était le fils d’un chef tribal, il avait bénéficié de possibilités particulières d’instruction et avait appris à écrire. Il avait également mémorisé certains hadiths entendus de la bouche du vénérable Messager d’Allah. (Usud al-Ghāba, 2/278)

La ferveur de sa foi et l’intense amour qu’il portait au Messager d’Allah se manifestèrent dans l’allégeance de ‘Aqaba, dans la bataille d’Uḥud et dans les dernières volontés qu’il laissa avant sa mort.

Pour toutes ces raisons, le vénérable Sa‘d jouissait d’un statut et d’un honneur particuliers auprès des Compagnons. Un jour, l’une de ses filles se rendit auprès du vénérable Abū Bakr, qui étendit son propre vêtement pour qu’elle s’y asseye. Voyant cela, le vénérable ‘Umar demanda : « De qui est cette fille ? » Le calife répondit : « C’est la fille d’un homme qui était meilleur que toi et moi. » Il demanda encore : « Pourquoi jouit-elle d’un tel statut ? » Il répondit : « Il est déjà parvenu au Paradis du vivant du Messager d’Allah, tandis que toi et moi sommes encore ici. » (Al-Iṣāba, 2/27)

Abū Bakr al-Zubayrī rapporte qu’un homme se rendit auprès du calife Abū Bakr et le vit tenir contre sa poitrine une toute petite fille de Sa‘d ibn al-Rabī‘, essuyer sa salive et l’embrasser. L’homme demanda : « Qui est cette fille ? » Il répondit : « C’est la fille d’un homme qui était meilleur que toi et moi. C’est la fille de Sa‘d ibn al-Rabī‘. Il fut le naqīb de ‘Aqaba, un combattant de Badr et un martyr d’Uḥud. » (Sīrat Ibn Hishām, 2/95)

‘Abdullah ibn Rawaha (qu’Allah l’agrée)

Son nom était ʿAbdullah. Il existe des divergences concernant sa kunya ou son surnom : Abû Muhammad, Abû Rawâha ou Abû ʿAmr. « Shâʿiru Rasûlillâh », c’est-à-dire « le poète du Messager d’Allah », était son titre. Il était issu de la branche des Banû al-Hârith, du clan khazrajite de Médine. Son père était Rawâha ibn Thaʿlaba et sa mère Kabsha bint Wâqid. La Compagne ʿAmrah bint Rawâha était sa sœur, et le Compagnon-poète Nuʿmân ibn Bashîr était son neveu. L’histoire ne fournit aucune information sur la date de sa naissance. Il jouissait d’un très grand prestige aussi bien à l’époque préislamique qu’après l’avènement de l’islam. (Tabaqât, 3/525 ; al-Aʿlâm, 4/217 ; Tahdhîb al-Asmâʾ wa al-Lughât, 1/265)

Il participa au troisième serment d’al-ʿAqaba avec soixante-dix Médinois et prêta serment au Messager d’Allah. Avec Saʿd ibn al-Rabîʿ, il fut également nommé naqîb, c’est-à-dire responsable, des Banû al-Hâritha. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/443, 458 ; Tabaqât, 3/526 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/252 ; Târîkh al-Islâm wa Tabaqât al-Mashâhîr, 1/181)

Il est toutefois probable qu’il ait embrassé l’islam avant ce troisième ʿAqaba. Certains récits indiquent qu’il se convertit avec six hommes lors du premier ʿAqaba et prêta serment au Messager d’Allah. (Hayât al-Sahâba, 1/105)

Après sa conversion, il se consacra à Médine à la transmission et à la prédication de l’islam. Le Messager d’Allah émigra de La Mecque et arriva à Qubâ. Le jour où il entra pour la première fois à Médine depuis Qubâ, ʿAbdullah ibn Rawâha, Saʿd ibn al-Rabîʿ et Khârija ibn Zayd, accompagnés des membres de leur clan Banû al-Hâritha, coururent au-devant de sa chamelle pour lui barrer le passage et le prièrent humblement de descendre chez eux. Le Noble Messager leur dit : « Laissez passer la chamelle. Elle avance selon l’ordre d’Allah et s’arrêtera là où Allah le voudra. » Ils libérèrent alors le passage. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/495) Le Noble Messager établit entre lui et Miqdâd ibn al-Aswad al-Kindî un lien de fraternité.

Il participa à toutes les expéditions de Badr, Uhud, du Fossé, de Hudaybiyya, de Khaybar et de ʿUmrat al-Qadâʾ. Il ne put participer qu’à l’expédition de Badr al-Sughrâ, qui eut lieu la quatrième année de l’Hégire. Le Messager d’Allah le laissa comme son remplaçant à Médine. (Tabaqât, 3/526 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/458) Il faut préciser qu’au retour d’Uhud, le chef qurayshite Abû Sufyân ibn Harb annonça : « Dans exactement un an à compter d’aujourd’hui, nous vous affronterons de nouveau à Badr al-Sughrâ. » Le Messager d’Allah et les musulmans acceptèrent ce défi et se rendirent sur place au moment convenu. Les Qurayshites, cependant, ne tinrent pas leur engagement. À Badr al-Sughrâ, le Messager d’Allah resta huit jours avec son armée. Cela se produisit au mois de Dhû al-Qaʿda de la quatrième année de l’Hégire. (Ansâb al-Ashrâf, 1/339-340)

Au début de la bataille de Badr, le valeureux Qurayshite ʿUtba ibn Rabîʿa, accompagné de son frère Shayba ibn Rabîʿa et de son fils al-Walîd ibn ʿUtba, appela l’armée musulmane adverse à un combat singulier. En réponse à son appel, ʿAwf, Muʿawwidh et ʿAbdullah ibn Rawâha sortirent les premiers des rangs musulmans. ʿUtba leur demanda : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Un groupe d’Ansâr. » ʿUtba dit : « Nous ne voulons pas combattre avec vous. » (Sîrat Ibn Hishâm, 1/625)

Après la victoire de Badr, le Noble Messager envoya des hommes dans les environs de Médine pour en annoncer la nouvelle. Il envoya ʿAbdullah ibn Rawâha vers les hauteurs de Médine. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/642)

Après Badr, le Messager d’Allah demanda aux Compagnons leur avis au sujet des Qurayshites capturés par les musulmans. Chacun exprima une opinion différente. ʿAbdullah ibn Rawâha dit : « Ô Messager d’Allah, rassemble-les dans une vallée remplie d’une grande quantité de bois à brûler, puis j’y mettrai moi-même le feu et je les brûlerai. » (Hayât al-Sahâba, 2/42)

Pendant la bataille du Fossé, le Noble Messager récitait à plusieurs reprises un poème composé par ʿAbdullah ibn Rawâha. En voici un passage :

« Ô Allah, sans Ton aide nous n’aurions pas été guidés ; nous n’aurions pas acquitté la zakât et nous n’aurions pas accompli la prière. Fais descendre sur nous la sérénité et affermis-nous dans le combat. Lorsque ceux qui nous ont opprimés provoquent le désordre, nous les repousserons. » (Siyar al-Ansâr, 2/59)

Pendant cette bataille, Kaʿb ibn Asad, chef de la tribu juive médinoise des Banû Qurayza, rompit le pacte conclu avec le Messager d’Allah et se lança dans une conspiration secrète. La nouvelle parvint au Messager d’Allah. Il envoya plusieurs hommes auprès de Kaʿb afin d’en vérifier l’authenticité ; ʿAbdullah ibn Rawâha en faisait partie. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/221 ; Asahh al-Siyar, 190)

Les ouvrages de sîra rapportent également un miracle du Messager d’Allah durant la bataille du Fossé, associé au nom de ʿAbdullah ibn Rawâha. L’histoire est brièvement la suivante : la nièce de ʿAbdullah ibn Rawâha, qui était aussi la sœur de Nuʿmân ibn Bashîr, raconte : « Un jour, ma mère ʿAmrah bint Rawâha m’appela, attacha quelques dattes dans mon vêtement et me dit : “Va les donner à ton père Bashîr et à ton oncle ʿAbdullah ibn Rawâha ; ils les mangeront à midi.” Je partis avec les dattes, passant près du Messager d’Allah, tout en cherchant mon père et mon oncle. Le Messager m’aperçut et m’appela : “Hé, jeune fille, viens ici. Qu’as-tu avec toi ?” Je répondis : “Des dattes. Ma mère me les a envoyées pour le repas de midi de mon père Bashîr ibn Saʿd et de mon oncle ʿAbdullah.” Il dit : “Donne-les-moi.” Je versai les dattes dans ses deux mains, mais elles ne les remplirent pas. Il demanda qu’on étende un tissu et y répandit les dattes. Puis il dit à quelqu’un qui se trouvait à côté : “Va appeler les gens du Fossé pour qu’ils viennent manger leur repas de midi.” Après l’appel, tous arrivèrent et commencèrent à manger. Ils mangèrent, tandis que les dattes restaient éparpillées. » (Sîrat Ibn Hishâm, 2/118 ; Hayât al-Sahâba, 3/631)

Lors de la trêve de Hudaybiyya et du serment de Ridwân, durant la sixième année de l’Hégire, ʿAbdullah participa également.

Après Abû Râfiʿ, le Juif Usayr ibn Râzim fut nommé gouverneur de Khaybar. Dans son hostilité à l’islam, il était le digne successeur de son prédécesseur. Il parcourut le territoire des Ghatafân et les incita à la révolte. Informé de la situation, le Noble Messager envoya ʿAbdullah à Khaybar au mois de Ramadan de la sixième année de l’Hégire, avec un groupe de trente hommes. Il recueillit secrètement tous les renseignements concernant Usayr ibn Râzim et en informa le Messager d’Allah. Celui-ci plaça ensuite une troupe de trente hommes sous le commandement de ʿAbdullah et lui ordonna de tuer Usayr. (Ansâb al-Ashrâf, 1/378)

ʿAbdullah ibn Rawâha rencontra Usayr et lui dit : « Si tu me garantis la sécurité, je te dirai quelque chose. » Usayr le lui promit. ʿAbdullah dit : « Le Messager d’Allah m’a envoyé auprès de toi. Il souhaite te nommer chef de Khaybar. Mais tu dois d’abord te rendre à Médine. » Séduit par cette proposition, Usayr se mit en route avec la troupe de ʿAbdullah, accompagné de trente Juifs. En chemin, ʿAbdullah affecta un musulman à la surveillance de chacun d’eux. Usayr se mit à soupçonner un piège et tenta de rebrousser chemin. Pour avoir usé de ruse et de trahison, les combattants musulmans les attaquèrent rapidement et les tuèrent tous. Après cet événement, la rébellion qui s’était manifestée à Khaybar fut réprimée. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/618 ; Siyar al-Ansâr, 2/60)

Plus tard, le Messager d’Allah envoya de nouveau ʿAbdullah à Khaybar pour mesurer les dattes qui y étaient produites. Certaines personnes se plaignirent auprès du Messager de la sévérité de ʿAbdullah. À un moment donné, elles voulurent même lui offrir un pot-de-vin. Ibn Rawâha leur dit : « Ô ennemis d’Allah, voulez-vous me faire manger de l’illicite ? Je viens de la part de l’homme qui m’est le plus cher. À mes yeux, vous êtes plus détestables que les singes et les porcs. Mais la haine que j’ai pour vous et l’amour que je lui porte ne me pousseront pas à vous commettre la moindre injustice. » Ils dirent alors : « C’est sur une telle justice que reposent le ciel et la terre. » (Hayât al-Sahâba, 2/108 ; al-Bidâya, 4/199)

Conformément à la trêve de Hudaybiyya, le Messager accomplit l’année suivante, la septième année de l’Hégire, la ʿumra qui avait été différée. Elle est appelée ʿUmrat al-Qadâʾ, ou ʿumra de compensation. Au cours de ce voyage, lorsque le Noble Messager entra à La Mecque et embrassa la Pierre noire assis sur sa chamelle, ʿAbdullah, tenant la bride de sa monture, récita un poème de sa composition. Le sens d’un passage en est le suivant :

« Ô fils des mécréants, écartez-vous de son chemin, laissez la voie libre ! Car tout bien est avec lui. Nous vous avons frappés en nous conformant à l’interprétation du Coran, comme nous vous avons frappés lors de sa révélation. Nous vous avons frappés si durement que vos têtes se sont séparées de vos corps. L’ami a abandonné son ami. Seigneur, j’ai cru en sa parole. » (Tabaqât, 3/526 ; al-Isâba, 2/307)

À un moment donné, ʿUmar le réprimanda : « Réciter ainsi de la poésie dans le Sanctuaire d’Allah et devant le Messager d’Allah ! » Le Messager le calma en disant : « ʿUmar, je l’entends. Par Allah, ses paroles sont plus efficaces contre les mécréants qu’une flèche ou une lance. » (al-Isâba, 2/307) Il dit à ʿAbdullah : « Dis plutôt : “Lâ ilâha illâ Allâhu wahdahu, nasara ʿabdahu wa aʿazza jundahu wa hazama al-ahzâba wahdahu” — Il n’y a de divinité qu’Allah, l’Unique ; Il a secouru Son serviteur, renforcé Son armée et vaincu à Lui seul les armées coalisées de l’ennemi. »

ʿAbdullah ibn Rawâha récitait ces paroles, tandis que la foule musulmane les répétait avec lui. Leur écho se répercutait alors dans les vallées de La Mecque. (Siyar al-Ansâr, 2/61)

La bataille de Muʾta eut lieu au mois de Jumâdâ al-Awwal de la huitième année de l’Hégire. Le Messager d’Allah envoya, par l’intermédiaire d’un émissaire, une lettre au gouverneur de Bosra. En chemin, l’émissaire fut tué par un Ghassanide à l’endroit appelé Muʾta. Le meurtre d’un émissaire constituait en soi une déclaration de guerre. Informé de l’événement, le Messager envoya à Muʾta une armée de trois mille hommes sous le commandement de Zayd ibn Hâritha. Avant leur départ, le Noble Messager dit : « Zayd sera le chef de cette armée. S’il est tué, Jaʿfar ibn Abî Tâlib lui succédera. Après Jaʿfar viendra ʿAbdullah ibn Rawâha. S’il est lui aussi tué, les musulmans choisiront leur émir après délibération. »

Au départ de l’armée de Médine, le Noble Messager avança jusqu’à Saniyyat al-Wadâʿ pour lui faire ses adieux. Les Médinois leur dirent : « Partez en sécurité et revenez victorieux. » ʿAbdullah ibn Rawâha se mit à pleurer. On lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? » Il répondit : « Je ne pleure pas par attachement à ce monde. » Puis il récita le verset 71 de la sourate Maryam : « Chacun de vous devra y passer ; c’est une décision irrévocable de ton Seigneur », et dit : « Pourrai-je traverser ce pont ? » Les gens le réconfortèrent en disant : « Allah te réunira de nouveau avec le Messager d’Allah. » Il récita alors un poème composé par lui-même, dont voici le sens : « Je demande donc le pardon du Tout Miséricordieux, et je souhaite un coup d’épée qui traverse le cœur, ou une blessure de lance qui atteigne le foie et les entrailles, afin que celui qui passera près de ma tombe dise : “Par Allah, quel excellent combattant et quel excellent héros il était !” » (Sîrat Ibn Hishâm, 2/74, 377 ; Hayât al-Sahâba, 1/529-530)

Certains récits rapportent que Zayd et Jaʿfar quittèrent Médine avec l’armée un matin. C’était un vendredi. ʿAbdullah dit : « Je partirai après avoir accompli la prière du vendredi avec le Messager d’Allah. » Après la prière, le Messager le vit et lui demanda : « Pourquoi n’es-tu pas parti ce matin avec tes compagnons ? » ʿAbdullah répondit : « J’ai voulu accomplir la prière du vendredi avec vous, puis les rejoindre. » Le Messager dit : « Même si tu dépensais tout ce que contient ce monde, tu n’atteindrais pas la récompense de leur départ matinal. » (Hayât al-Sahâba, 1/463)

Arrivés de Médine à Maʿân, en Syrie, ils apprirent que l’empereur romain Héraclius s’était installé à Mâb, dans la région de Balqâʾ, avec cent mille soldats romains. Cent mille autres hommes de diverses tribus — Lakhm, Judhâm, Qayn, Bahra, Balî et autres — les avaient rejoints. À cette nouvelle, ils délibérèrent durant deux jours à Maʿân. Certains soldats musulmans proposèrent d’informer le Messager d’Allah du nombre et des préparatifs de l’ennemi, afin qu’il leur envoie des renforts ou leur donne une autre instruction, qu’ils suivraient.

ʿAbdullah ibn Rawâha prononça alors devant les soldats un discours enflammé : « Ô gens, vous ne souhaitez plus affronter l’ennemi, alors que vous êtes tous sortis dans l’espoir d’obtenir le martyre. Nous ne combattrons pas l’ennemi par le nombre, la force ou la supériorité matérielle. Nous combattrons fortifiés par la religion grâce à laquelle Allah nous a honorés. Avancez donc ! Deux biens vous attendent : soit la victoire, soit le martyre. » Les soldats approuvèrent ses paroles et dirent : « Par Allah, Ibn Rawâha a dit vrai. » Ils rejetèrent toutes leurs hésitations et avancèrent. ʿAbdullah ibn Rawâha marcha avec eux en récitant un poème de sa composition. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/375 ; Asahh al-Siyar, 280)

Ils quittèrent Maʿân, atteignirent Muʾta et y installèrent leur camp. Une bataille sanglante et inégale les opposa aux non-musulmans. Dans l’histoire, elle est connue sous le nom de bataille de Muʾta. L’armée musulmane ne comptait que trois mille hommes, tandis que l’armée ennemie était innombrable. (Siyar al-Ansâr, 2/62)

Un combat acharné commença. Le commandant Zayd ibn Hâritha tomba martyr sur le champ de bataille. Jaʿfar saisit son étendard. Peu après, il obtint lui aussi le martyre. ʿAbdullah ibn Rawâha prit alors le drapeau et s’avança. Il était à cheval. Au moment de descendre de sa monture, une légère hésitation apparut dans son esprit. Il la chassa et se mit à réciter intérieurement un poème, dont voici un passage :

« Ô mon âme ! J’ai juré que tu descendrais, volontairement ou sous la contrainte. Les cris et les lamentations des hommes s’élèvent. Qu’as-tu donc à mépriser encore le Paradis ? Depuis combien de temps l’espères-tu ? Tu n’es rien de plus qu’une goutte d’eau dans une vieille outre percée. Ô mon âme, même si tu ne meurs pas aujourd’hui, tu mourras un jour. Le bain de cette mort est chauffé ici même. Ce que tu désirais t’est maintenant accordé. Si tu suis la voie de tes deux compagnons, tu seras guidée. »

Tout en récitant ce poème, il descendit de son cheval. Un de ses cousins lui apporta alors un morceau d’os portant encore de la viande. Il le prit et venait à peine de le lécher qu’un grand tumulte de bataille se fit entendre. Il jeta l’os en disant : « Tu vis encore ! », saisit son épée et se lança dans le combat. Un soldat ennemi décocha une flèche avec une telle force qu’elle sema la terreur dans les rangs musulmans. Une flèche transperça son corps. Couvert de sang, il appela ses compagnons. Ils accoururent, l’entourèrent et se jetèrent sur l’armée ennemie. Entre-temps, il s’effondra dans les bras de la mort. Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons. (Tabaqât, 3/529 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/379 ; Hayât al-Sahâba, 1/533 ; Siyar al-Ansâr, 2/63 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/380, 244)

Une nuit, alors qu’il se trouvait à Muʾta, avant son martyre, il récitait un poème poignant. En l’entendant, Zayd ibn Arqam se mit à pleurer. ʿAbdullah leva son fouet au-dessus de sa tête et lui dit : « Qu’as-tu donc ? Si Allah m’accorde le martyre, vous pourrez repartir tranquillement. » (al-Isâba, 2/307)

Le Noble Messager d’Allah recevait par la révélation les nouvelles de chaque instant de la bataille de Muʾta et les rapportait aux personnes présentes à Médine. Il est rapporté dans Sahîh al-Bukhârî, d’après Anas : avant même l’arrivée de la nouvelle de Muʾta, le Messager annonça à Médine le martyre de Zayd, de Jaʿfar et de ʿAbdullah. Il dit : « Zayd prit l’étendard et fut tué. Puis Jaʿfar le prit et fut lui aussi tué. Ensuite ʿAbdullah le prit et fut à son tour tué. » Il disait cela tandis que des larmes coulaient de ses yeux. (Asahh al-Siyar, 281)

Selon certains récits, après avoir annoncé le martyre de Zayd et de Jaʿfar, le Messager resta silencieux un moment. Les visages des Ansâr pâlirent, car ils pensèrent qu’un malheur était arrivé à ʿAbdullah. Le Messager dit alors : « Ensuite, ʿAbdullah ibn Rawâha prit l’étendard, combattit et fut tué en martyr. » Il ajouta : « Ils m’ont tous été amenés au Paradis. Je les ai vus allongés sur des lits d’or. Cependant, le lit de ʿAbdullah était légèrement incliné par rapport à ceux de ses deux compagnons. » On lui demanda : « Pourquoi cela ? » Il fut répondu : « Les deux autres se sont lancés sans hésitation, tandis que le cœur de ʿAbdullah a vacillé un instant entre hésitation et appréhension, puis il s’est élancé. » (Sîrat Ibn Hishâm, 2/380)

Lorsque la nouvelle de la mort des trois commandants de Muʾta parvint au Messager d’Allah, il se leva et, après avoir évoqué leurs actions, pria ainsi : « Ô Allah, pardonne à Zayd ! » Il répéta cette invocation trois fois, puis dit : « Ô Allah, pardonne à Jaʿfar et à ʿAbdullah ibn Rawâha ! » (Hayât al-Sahâba, 3/344)

Avant son départ pour Muʾta, il perdit une fois connaissance à Médine alors qu’il était malade. Sa sœur ʿAmrah se mit alors à le pleurer selon les lamentations traditionnelles des Arabes, usant de nombreuses expressions. Lorsqu’il reprit connaissance, il lui dit que toutes les exagérations qu’elle avait prononcées à son sujet lui avaient été présentées comme vraies. C’est pourquoi, au moment de sa mort, tous suivirent son conseil et observèrent la patience. Il est rapporté dans Sahîh al-Bukhârî qu’à sa mort, personne ne pleura ni ne se lamenta sur lui. (Usd al-Ghâba, 3/147-159 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/380)

Lorsqu’il partit pour Muʾta, il avait une épouse et des enfants. Cependant, l’auteur de Usd al-Ghâba affirme qu’il fut tué sans laisser d’enfant. (Usd al-Ghâba, 3/159 ; Siyar al-Ansâr, 2/265)

Un récit concernant l’épouse de ʿAbdullah ibn Rawâha est rapporté dans al-Istîʿâb. À la suite d’un événement particulier, son épouse lui dit : « Si tu es en état de pureté, récite-moi quelques versets du Coran. » ʿAbdullah usa alors d’un stratagème et récita un poème, dont voici un passage :

« J’atteste que la promesse d’Allah est vraie ; la demeure des mécréants est l’Enfer ; le Trône était au-dessus de l’eau ; le Seigneur des mondes était au-dessus du Trône ; et ce Trône est porté par Ses anges puissants. »

Son épouse ne connaissait pas bien le Coran. Elle crut donc qu’il avait récité le Coran. Elle dit : « Allah dit vrai ; mes yeux se sont trompés. Je t’accuse injustement. » ʿAbdullah avait eu recours à cette ruse pour échapper à la colère de son épouse après avoir eu des rapports avec une servante. Le lendemain matin, lorsqu’il raconta l’affaire au Messager d’Allah, celui-ci sourit. (al-Istîʿâb, 1/362 ; Hayât al-Sahâba, 3/15)

Outre ses compétences militaires, le noble ʿAbdullah ibn Rawâha possédait de nombreuses autres qualités. C’est pourquoi le Messager d’Allah l’honorait. Dans l’Arabie préislamique, il faisait partie du petit nombre de personnes capables d’écrire en arabe. Après sa conversion, le Messager le nomma son kâtib, c’est-à-dire son scribe. L’histoire ne dit toutefois ni quand ni comment il apprit à écrire.

Il était un poète célèbre de l’Arabie de son époque. Le docteur ʿUmar Farrûkh dit : « Lorsque l’islam acquit le pouvoir politique à Médine, les polythéistes arabes furent davantage alarmés. Les poètes idolâtres de La Mecque, notamment ʿAbdullah ibn al-Zibaʿrâ, Kaʿb ibn Zuhayr et Abû Sufyân ibn al-Hârith, composaient des poèmes pour dénigrer le Messager d’Allah et l’islam. À Médine, Hassân ibn Thâbit, ʿAbdullah ibn Rawâha et Kaʿb ibn Mâlik leur répondirent de manière appropriée et mirent en évidence la beauté de l’islam. Cette guerre poétique entre les deux camps se poursuivit jusqu’à la conquête de La Mecque. ʿAbdullah était l’un des bons poètes de son époque. Il était du même niveau que Hassân et Kaʿb. À l’époque préislamique, il rivalisait avec le poète Qays ibn al-Khutaym en composant des poèmes satiriques. À l’époque islamique, il composa des poèmes à la louange du Messager et pour répondre aux poètes polythéistes et les condamner. » (Târîkh al-Adab al-ʿArabî, 1/258, 261-262)

Jurjî Zaydân dit : « Parmi les poètes idolâtres de La Mecque qui composaient des poèmes pour dénigrer les musulmans, les plus célèbres étaient ʿAbdullah ibn al-Zibaʿrâ, Abû Sufyân ibn al-Hârith et ʿAmr ibn al-ʿÂs. Un jour, le Prophète dit : “Ceux qui ont soutenu le Messager d’Allah par leurs armes, qu’est-ce qui les empêche de le soutenir par leur langue ?” Après ces paroles, les trois poètes qui se dressèrent contre les poètes mentionnés furent Hassân, Kaʿb et ʿAbdullah. Le Messager estimait que leurs poèmes produisaient un effet considérable sur les ennemis. Il dit : “Ces trois poètes sont plus puissants contre les Qurayshites que le tranchant des flèches.” » (Târîkh Âdâb al-Lugha al-ʿArabiyya, 1/191)

Le poète Hassân attaquait la généalogie et le sang des Qurayshites ; le poète Kaʿb décrivait leurs guerres et leur histoire passée, en exposant leurs défauts. Quant à ʿAbdullah ibn Rawâha, il les condamnait et les blâmait pour leur mécréance. (Usd al-Ghâba, 4/248) Abû al-Faraj al-Isfahânî dit : « Hassân et Kaʿb composaient, comme les poètes qurayshites adverses, des poèmes sur les guerres, les combats et les hauts faits, dans lesquels ils exposaient les divers défauts des Qurayshites. ʿAbdullah ibn Rawâha, lui, les blâmait et les condamnait pour leur mécréance. Jusqu’à la conversion des Qurayshites, les poèmes des deux premiers leur étaient plus pénibles que ceux de ʿAbdullah. Mais lorsqu’ils embrassèrent l’islam et en comprirent le message, les poèmes de ʿAbdullah leur apparurent comme les plus influents et les plus douloureux. » (Kitâb al-Aghânî, 4/136)

ʿAbdullah était un poète naturel et savait composer spontanément. Zubayr ibn al-ʿAwwâm dit : « Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus capable que ʿAbdullah de composer immédiatement des vers. » (Tahdhîb al-Asmâʾ wa al-Lughât, 1/265) Un jour, il se trouvait à la mosquée du Prophète, où le Noble Messager était déjà assis avec un groupe de Compagnons. Il appela ʿAbdullah et lui dit : « Récite maintenant quelques poèmes au sujet des polythéistes. » ʿAbdullah récita quelques vers. Après les avoir entendus, le Messager sourit légèrement et dit : « Qu’Allah t’affermisse. » (al-Istîʿâb, 1/362 ; Tabaqât, 3/528 ; al-Isâba, 2/307)

Lorsqu’il prêchait et exhortait les gens, Abû Hurayra disait : « Votre frère ʿAbdullah ibn Rawâha disait des paroles obscènes. » Puis il récitait l’un de ses poèmes. L’imâm Ahmad l’a rapporté dans son Musnad. (al-Fath al-Rabbânî, Sharh Musnad Ahmad, 22/287)

Tous les poèmes de ʿAbdullah ibn Rawâha ont disparu dans le cours du temps. Toutefois, une cinquantaine de vers sont encore conservés dans divers ouvrages de sîra et d’histoire. La plupart se trouvent dans la Sîra d’Ibn Hishâm. (Dâʾira-i Maʿârif Islâmiyya, en ourdou, 12/780)

Lorsque furent révélés les versets 224 à 226 de la sourate al-Shuʿarâʾ : « Les égarés suivent les poètes. Ne vois-tu pas qu’ils errent dans chaque vallée et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ? », Hassân, ʿAbdullah et Kaʿb furent si effrayés qu’ils accoururent en pleurant auprès du Messager d’Allah. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, au moment de la révélation de ces versets, Allah savait pourtant que nous étions poètes. » Le Messager récita alors la suite du passage : « Sauf ceux qui croient, accomplissent de bonnes œuvres, invoquent souvent Allah et se défendent après avoir été opprimés », puis il dit : « C’est vous. » (al-Isâba, 2/307 ; Tabaqât, 3/528 ; Hayât al-Sahâba, 3/77, 172)

Quelques hadiths ont été rapportés d’après ʿAbdullah ibn Rawâha. Il les rapporta directement du Messager d’Allah et de Bilâl. Ibn ʿAbbâs, Usâma ibn Zayd, Anas ibn Mâlik, Nuʿmân ibn Bashîr et Abû Hurayra les rapportèrent à leur tour d’après lui. (al-Isâba, 2/306)

ʿAbdullah ibn Rawâha était un ʿâbid, un adorateur détaché de ce monde, qui se souvenait constamment d’Allah. Abû al-Dardâʾ dit : « Il ne se passe pas un jour sans que je me souvienne de lui. Lorsque nous nous rencontrions, il disait : “Viens, devenons musulmans pendant quelques instants.” Puis il s’asseyait et commençait le dhikr. Lorsqu’il terminait, il disait : “C’était une assemblée de foi.” » (Usd al-Ghâba, 3/157)

Anas ibn Mâlik dit : lorsqu’un Compagnon rencontrait le Messager d’Allah avec ʿAbdullah ibn Rawâha, celui-ci disait : « Venez, croyons pendant quelque temps. » Un jour, un homme se mit très en colère en l’entendant parler ainsi. Il alla directement se plaindre au Messager d’Allah : « Ô Messager d’Allah, ne vois-tu pas qu’Ibn Rawâha abandonne ta foi et préfère une foi momentanée ? » Il répondit : « Qu’Allah fasse miséricorde à Ibn Rawâha. Il aime les assemblées dont même les anges tirent fierté. » Une autre fois, un homme protesta : « Pourquoi ? Ne sommes-nous pas croyants ? » Il répondit : « Si, nous sommes croyants. Mais nous faisons du dhikr, et notre foi en est renforcée. » (al-Fath al-Rabbânî, 22/286 ; Hayât al-Sahâba, 3/15)

Son épouse rapporte que lorsqu’il sortait de chez lui, il accomplissait deux rakʿa. Lorsqu’il rentrait, il faisait exactement la même chose. Il ne se montrait jamais négligent à cet égard. (al-Isâba, 2/307 ; Hayât al-Sahâba, 3/148)

Au cours d’un voyage, la chaleur fut si intense que les gens se protégeaient du soleil en plaçant leurs mains au-dessus de leur tête. Qui pouvait jeûner par une telle chaleur ? Pourtant, seuls le Noble Messager et ʿAbdullah ibn Rawâha observaient le sawm. (Sahîh al-Bukhârî, 1/261 ; Muslim, 1/357 ; Hayât al-Sahâba, 1/479 ; Tahdhîb al-Asmâʾ wa al-Lughât, 1/265)

Il éprouvait une attirance irrésistible pour le jihâd. De Badr à Muʾta, il ne fut absent d’aucune bataille. Les spécialistes de la science des biographies disent : « ʿAbdullah partait au combat le premier et rentrait le dernier. » (al-Isâba, 2/307)

Il observait à la lettre les ordres et les interdictions du Noble Messager. Un événement en fournit une preuve manifeste. Un jour, le Noble Messager prononçait un sermon dans la mosquée, tandis qu’Ibn Rawâha se dirigeait vers elle. Alors qu’il se trouvait encore dans la rue extérieure, il entendit le Messager dire : « Asseyez-vous chacun à votre place. » Dès que ces paroles parvinrent à ses oreilles, Ibn Rawâha s’assit là où il se trouvait. Après la fin du sermon, quelqu’un raconta l’affaire au Messager. Celui-ci commenta : « Qu’Allah accroisse en lui le désir d’obéir à Allah et à Son Messager. » (al-Isâba, 2/306 ; Hayât al-Sahâba, 2/356)

De même que le noble ʿAbdullah ibn Rawâha aimait profondément le Messager d’Allah, le Messager l’aimait aussi. Un jour, ʿAbdullah tomba malade et perdit connaissance. Le Messager lui rendit visite et invoqua : « Ô Allah, si son heure est proche, fais-lui subir une mort facile ; sinon, guéris-le. » (al-Isâba, 2/306)

Usâma ibn Zayd raconte : lorsque Saʿd ibn ʿUbâda tomba malade, le Messager sortit pour lui rendre visite. Il me fit également monter derrière lui sur sa monture. ʿAbdullah ibn Ubayy était assis avec plusieurs hommes de son clan à l’ombre de la forteresse de Muzâhim. Le Messager pensa qu’il serait contraire aux convenances de passer près d’eux sans leur adresser la parole. Il descendit donc de sa monture, les salua et s’assit quelque temps. Il récita ensuite quelques versets du Coran et les invita tous à l’islam. Jusqu’alors, ʿAbdullah ibn Ubayy était resté silencieux. Lorsque le Messager eut terminé, il dit : « Si ce que tu dis est vrai, reste chez toi. Celui qui viendra à toi pourra t’écouter autant qu’il le voudra. Ne viens pas importuner les gens en te présentant ainsi, sans y être invité, dans leurs assemblées. » ʿAbdullah ibn Rawâha faisait partie des musulmans présents. Il s’écria : « Ô Messager d’Allah, ne l’écoute jamais ! Venez nous voir ! Venez dans nos assemblées, dans nos maisons et de foyer en foyer. C’est cela que nous aimons. Par votre venue, Allah nous a honorés et nous a guidés. » (Sîrat Ibn Hishâm, 1/587 ; Hayât al-Sahâba, 2/509)

Un jour, ʿAbdullah posa sa tête sur les genoux de son épouse et se mit à pleurer. En le voyant, elle pleura également. Il lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? » Elle répondit : « Je pleure parce que je te vois pleurer. » Il récita alors le verset 71 de la sourate Maryam et dit : « Je pleure en me souvenant de ce verset. Je ne sais pas si je serai sauvé de l’Enfer. » (Hayât al-Sahâba, 3/45)

Le rôle de ʿAbdullah dans la conversion du célèbre Compagnon ansarite Abû al-Dardâʾ mérite une mention particulière. À l’époque préislamique, ils entretenaient une relation très étroite. Même après la conversion de ʿAbdullah, Abû al-Dardâʾ demeura idolâtre. Il possédait chez lui une grande idole. Un jour, Abû al-Dardâʾ sortit de sa maison, tandis que ʿAbdullah y entra par un autre chemin. Il demanda à l’épouse d’Abû al-Dardâʾ : « Où est Abû al-Dardâʾ ? » Elle répondit : « Il vient juste de sortir. » ʿAbdullah entra dans la pièce où se trouvait l’idole et la réduisit en morceaux avec un marteau. En entendant le bruit, l’épouse d’Abû al-Dardâʾ accourut. ʿAbdullah avait déjà terminé son œuvre et était parti. La femme, effrayée, se mit à pleurer en se tenant la tête. Quand Abû al-Dardâʾ rentra et apprit ce qui s’était passé, il se mit d’abord dans une grande colère. Mais il réfléchit ensuite : si l’idole avait possédé le moindre pouvoir, elle aurait pu se défendre. Après cette prise de conscience, il se rendit avec ʿAbdullah auprès du Messager d’Allah et déclara son islam. (Hayât al-Sahâba, 1/332-333)

Un jour, le poète Hassân ibn Thâbit critiqua dans un poème Safwân ibn al-Muʿattal et son clan. Furieux, Safwân frappa le poète, lui lia les deux mains au cou et l’emmena dans le village des Banû al-Hârith. ʿAbdullah ibn Rawâha le libéra et informa le Messager d’Allah de l’affaire. Il amena également les deux hommes auprès de lui, et le Messager régla leur différend. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/305)

En raison de ces qualités, le Messager d’Allah le loua en disant : « Niʿma al-rajul ʿAbdullah ibn Rawâha » — « Quel excellent homme que ʿAbdullah ibn Rawâha ! » (al-Isâba, 2/306)

Abû Talha al-Ansari (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Zayd, et son surnom était Abû Talha. C’est sous ce nom qu’il est devenu célèbre dans l’histoire. Il naquit à Yathrib en 585 de l’ère chrétienne, trente-six ans avant l’Hégire. (Al-A‘lâm, 3/98) Son père était Sahl ibn al-Aswad ibn Harâm. Il appartenait aux Banû Jâzîla. Sa mère était ‘Ubâda bint Mâlik. À l’époque de l’ancienne Jâhiliyya, la famille d’Abû Talha jouissait d’un grand prestige à Yathrib. Ses lignées paternelle et maternelle étaient également liées par des liens de parenté. Les membres de sa famille étaient installés à l’ouest, près de l’actuelle mosquée du Prophète. De son temps, il était le ra’îs, c’est-à-dire le chef de sa famille. (Ansâb al-Ashrâf, 1/42 ; Al-Istî‘âb, 4/113 ; Tahdhîb al-Asmâ’, 1/445)

Dans sa vie antérieure à l’islam, il adorait les idoles comme la plupart des Arabes. Ses réunions de consommation de vin étaient elles aussi très fastueuses. On s’y réunissait régulièrement. À cette époque de Jâhiliyya, il comptait parmi les quelques archers courageux de Yathrib. (Al-Bukhârî, 2/664 ; Al-A‘lâm, 3/98)

Lorsque Abû Talha était un jeune homme âgé de vingt ou vingt-deux ans, le Très Honoré Messager d’Allah reçut la mission prophétique à La Mecque. Durant les premières années, cela n’eut guère d’influence à Yathrib, mais les années suivantes, cette influence s’y fit progressivement sentir. Quelques années avant l’Hégire du Messager d’Allah vers Médine, celui-ci envoya de La Mecque le Très Honoré Mus‘ab ibn ‘Umayr afin d’y prêcher l’islam. C’est auprès de lui qu’une illustre Médinoise, Umm Sulaym, embrassa l’islam. Grâce aux efforts de cette femme, Abû Talha abandonna par la suite l’adoration des idoles, devint musulman et l’épousa.

L’examen des différents récits permet de dégager deux opinions quant à la date à laquelle Abû Talha embrassa l’islam. Selon la première, il se convertit avant l’Hégire du Messager d’Allah vers Médine, par l’intermédiaire de Mus‘ab ibn ‘Umayr, puis se rendit avec lui à La Mecque à l’occasion du pèlerinage et prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah à al-‘Aqaba, avec soixante-treize personnes — ou, selon une autre version, soixante-quinze. Parmi les douze naqîb, ou responsables, que le Messager d’Allah désigna parmi les présents à cette allégeance, se trouvait Abû Talha. Selon la seconde opinion, Abû Talha embrassa l’islam après l’arrivée du Messager d’Allah à Médine. La première opinion est toutefois la plus célèbre et c’est celle que rapportent la plupart des spécialistes de la Sîra. (Târîkh al-Islâm wa Tabaqât al-Mashâhîr wa-l-A‘lâm, 2/119 ; Shadharât al-Dhahab, 1/40 ; Usd al-Ghâba, 5/234)

Il existe un lien entre la conversion d’Abû Talha et son mariage avec Umm Sulaym. La vénérable Umm Sulaym était la mère honorée du célèbre Compagnon Anas ibn Mâlik, serviteur du Très Honoré Messager d’Allah. Le père d’Anas, Mâlik, était son époux avant l’islam. Lorsque Umm Sulaym embrassa l’islam, Mâlik, accablé de tristesse et de colère, partit pour la Syrie en abandonnant sa femme et son fils, et y mourut. Abû Talha demanda ensuite Umm Sulaym en mariage. Nous rapportons ici plusieurs récits concernant ce mariage.

Il est rapporté d’Anas qu’Abû Talha demanda Umm Sulaym en mariage. Umm Sulaym lui dit : « Il ne me convient pas d’épouser un polythéiste. Eh bien, Abû Talha, ne vois-tu pas que toutes ces divinités que vous adorez sont fabriquées chez untel ? Si on y met le feu, elles brûlent. » Après avoir entendu ces paroles, Abû Talha se leva et partit. Mais une pensée s’éveilla dans son cœur et il ne put trouver le sommeil. Selon un autre récit, Umm Sulaym lui dit : « Je n’ai aucune objection à ta demande. Le problème est que tu es mécréant tandis que je suis une femme musulmane. Si tu embrasses l’islam, il n’y aura aucun problème. Ton islam sera alors ma dot, et je ne demande rien d’autre. » Abû Talha embrassa l’islam et épousa Umm Sulaym. Thâbit disait : « Nous n’avons jamais entendu parler d’une dot meilleure que celle d’Umm Sulaym : sa dot fut l’islam. » Ibn ‘Asâkir dit qu’al-Tabarânî, Abû Nu‘aym et Ibn Durastawayh ont rapporté les paroles précédentes. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/5) ‘Urwa, Mûsâ ibn ‘Uqba, l’érudit al-Dhahabî, Ibn al-‘Imâd al-Hanbalî, Ibn al-Athîr et d’autres historiens disent qu’il s’agit d’un événement antérieur à l’Hégire du Messager d’Allah vers Médine, car Abû Talha prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah à al-‘Aqaba et fut désigné comme naqîb.

Ibn ‘Asâkir dit que les récits relatifs au mariage d’Abû Talha avec Umm Sulaym donnent à penser qu’il embrassa l’islam après l’Hégire du Messager d’Allah vers Médine. À ce sujet, il a retrouvé un récit de Hâfiz et d’al-Bayhaqî transmis par Nadhr ibn Anas. Nadhr dit qu’un jour Mâlik, le père d’Anas, dit à sa femme Umm Sulaym : « Cet homme [le Messager d’Allah] a apparemment interdit le vin. » Puis il partit pour la Syrie en abandonnant sa femme et son enfant, et y mourut.

Abû Talha demanda alors Umm Sulaym en mariage. Umm Sulaym lui dit : « Écoute, Abû Talha, on ne peut refuser un homme tel que toi. Mais tu es mécréant et je suis musulmane : c’est là le problème. Ce mariage ne peut avoir lieu. » Abû Talha demanda : « Veux-tu de l’or ou de l’argent ? » Umm Sulaym répondit : « Non, je n’en veux pas. Je veux seulement ton islam. » Abû Talha demanda : « Qui m’aidera en cela ? » Elle répondit : « Le Messager d’Allah. »

Abû Talha se rendit auprès du Messager d’Allah, qui était assis avec ses Compagnons. En voyant Abû Talha arriver, il dit : « Voici Abû Talha qui arrive ; la lumière de l’islam se voit sur son front. » Abû Talha lui rapporta les paroles d’Umm Sulaym. Ainsi, Abû Talha embrassa l’islam et épousa Umm Sulaym. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/5 ; Hayât al-Sahâba, 1/196)

Après son arrivée à Médine, le Messager d’Allah institua une fraternité religieuse entre les Émigrés de La Mecque et les Ansâr de Médine. Les avis divergent quant à celui qui devint le frère religieux d’Abû Talha. L’opinion de la majorité des auteurs de la Sîra est que ce lien fut établi avec le célèbre Émigré qurayshite Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh. Le Messager d’Allah avait annoncé à cet Abû ‘Ubayda la bonne nouvelle du Paradis et lui avait donné le titre d’« homme de confiance de la communauté ». Ibn ‘Asâkir dit que le Très Honoré Messager d’Allah établit leur fraternité en prenant les mains d’Abû Talha et de Bilâl. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/9) Ibn Sa‘d rapporte à ce sujet un récit de ‘Âsim ibn ‘Umar : le Messager d’Allah établit une fraternité entre Abû Talha et Arqam ibn al-Arqam al-Makhzûmî. (Al-Tabaqât, 3/505)

Abû Talha participa avec le Messager d’Allah à toutes les batailles et expéditions, notamment Badr, Uhud et al-Khandaq. Sur le champ de bataille, il répétait souvent ce vers : « Je suis Abû Talha, mon nom est Zayd ; chaque jour, mon arme porte une proie. » (Tahdhîb al-Asmâ’, 1/445 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 5/4)

Badr fut la première bataille de l’histoire de l’islam. Abû Talha y participa avec un enthousiasme extraordinaire. Ibn Sa‘d mentionne son nom dans la liste des Compagnons ayant pris part à Badr dans son ouvrage al-Tabaqât. Il dit : « À Badr, mon épée tomba de ma main alors que j’étais assoupi, non pas une fois, mais trois fois. » À ce sujet, Allah dit : « Et rappelez-vous lorsqu’Il vous enveloppa de somnolence, comme d’une quiétude venant de Lui. » (Sourate al-Anfâl, 11) (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/6) Il convient de signaler qu’à un moment de la bataille de Badr, l’armée musulmane fut brièvement gagnée par la somnolence, ce qui fit disparaître sa fatigue et sa peur.

Lors de la bataille d’Uhud, il donna un exemple éclatant de sacrifice pour le Prophète d’Allah. Il faisait partie des archers. (Ansâb al-Ashrâf, 1/125) Au plus fort du combat, l’armée musulmane, dispersée et désorganisée, fut repoussée loin du Messager d’Allah. Alors quelques soldats, parmi lesquels Abû Talha, risquèrent leur vie pour entourer le Messager d’Allah et repousser les attaques de l’ennemi. Ce jour-là, il lançait des flèches contre les ennemis en protégeant le Messager d’Allah derrière lui. Lorsqu’il décochait une flèche, le Messager d’Allah relevait légèrement la tête pour regarder où elle était tombée. Abû Talha posait alors la main sur sa poitrine et lui disait : « Ô Messager d’Allah, asseyez-vous ! Restez ainsi, afin qu’aucune flèche ne vous atteigne. » Chaque fois qu’il relevait un peu la tête, Abû Talha se plaçait rapidement devant lui pour le protéger. Ce jour-là, il lui dit également : « Ma poitrine restera devant la vôtre. » À un moment, il lui dit : « Je suis un homme fort et courageux. Dites-moi ce dont vous avez besoin. » Il tirait en direction de la poitrine des ennemis tout en fredonnant un vers : « Que ma vie soit sacrifiée pour votre vie, et que mon visage soit le bouclier de votre visage. » Abû Talha était un homme vaillant et robuste. Au cours de cette bataille d’Uhud, il brisa deux ou trois arcs. Sous la violence de l’attaque, ses deux mains s’engourdissaient ; pourtant, il ne prononça pas une seule fois le moindre gémissement. Sa seule préoccupation était alors la protection et la sécurité du Messager d’Allah. (Usd al-Ghâba, 5/234 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/7 ; Tabaqât, 3/507 ; Al-Bukhârî, Kitâb al-Maghâzî)

Le vénérable Abû Talha participa à la bataille de Khaybar. Durant cette bataille, sa monture et celle du Messager d’Allah étaient très proches l’une de l’autre, et le Messager d’Allah le choisit comme crieur pour annoncer l’interdiction de la viande d’âne. (Musnad Ahmad, 3/121)

Au retour de cette expédition, le Très Honoré Messager d’Allah et la vénérable Safiyya étaient sur un même chameau. À l’approche de Médine, l’animal trébucha et les deux cavaliers tombèrent à terre. Abû Talha sauta rapidement de son chameau, rejoignit le Messager d’Allah et dit : « Ô Messager d’Allah, que je sois sacrifié pour vous par Allah ! Êtes-vous blessé ? » Il répondit : « Non. Mais informe-toi de l’état de la femme. » Abû Talha se couvrit le visage d’un mouchoir, s’approcha de la vénérable Safiyya, remit en ordre le palanquin du chameau et l’y fit remonter. (Musnad Ahmad, 3/180)

Il fit également preuve d’un courage remarquable lors de la bataille de Hunayn. Au cours de cette bataille, il tua à lui seul vingt mécréants — ou vingt et un selon une autre version. Le Messager d’Allah avait déclaré que quiconque tuait un mécréant deviendrait propriétaire de tous les biens du tué. Ce jour-là, Abû Talha reçut donc l’équipement de vingt et un hommes. Cette bataille, qui eut lieu la huitième année de l’Hégire, fut la dernière bataille de la vie du Messager d’Allah. (Târîkh al-Islâm wa Tabaqât al-Mashâhîr, 2/119 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/7 ; Usd al-Ghâba, 5/235)

Durant cette bataille, il s’approcha en riant du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah, avez-vous vu le poignard qu’Umm Sulaym tient à la main ? » Le Messager d’Allah demanda : « Umm Sulaym, que feras-tu de ce poignard ? » Elle répondit : « Si un polythéiste s’approche de moi, je lui ouvrirai le ventre avec. » En entendant cela, le Messager d’Allah se mit à rire. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/446-447 ; Hayât al-Sahâba, 1/597)

Abû Talha accompagna le Messager d’Allah lors du Pèlerinage d’Adieu. À Minâ, le Messager d’Allah se rasait la tête. Il distribua aux Compagnons assis près de lui les cheveux coupés du côté droit, mèche par mèche ou deux par deux. Mais il donna à Abû Talha tous les cheveux du côté gauche. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/7) L’imam Muslim a également rapporté ce récit.

À l’époque proche du décès du Très Honoré Messager d’Allah, deux hommes creusaient habituellement les tombes à Médine. Parmi les Émigrés, il y avait Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh, qui creusait selon la méthode des habitants de La Mecque ; parmi les Ansâr, il y avait Abû Talha, qui creusait selon la méthode des Médinois. Après le décès du Très Honoré Messager d’Allah, les Compagnons s’assirent dans la mosquée du Prophète pour se concerter au sujet de l’inhumation et du linceul. La question se posa : qui préparerait la tombe et selon quelle méthode ? Ces deux hommes ne se trouvaient alors pas dans l’assemblée. Le vénérable ‘Abbâs envoya simultanément des hommes auprès de chacun d’eux afin de les faire venir. Il fut décidé que celui qui arriverait le premier aurait l’honneur de cette tâche. Après avoir envoyé les messagers, le vénérable ‘Abbâs et les Compagnons présents se mirent à invoquer Allah : « Ô Allah, choisis pour Ton Prophète l’un de ces deux hommes. » Peu après, l’homme qui était parti chercher Abû Talha revint avec lui. Abû Talha prépara alors la tombe du Messager d’Allah selon la méthode des habitants de Médine. (Ansâb al-Ashrâf, 1/573 ; Asahh al-Siyar, 587)

Après le décès du Très Honoré Messager d’Allah, de nombreux Compagnons quittèrent Médine pour s’établir en Syrie. Abû Talha fut lui aussi l’un des habitants de cette région. Toutefois, chaque fois qu’il était accablé par un chagrin ou une inquiétude, il parcourait cette longue route, qui demandait plus d’un mois, pour se rendre auprès de la tombe bénie du Messager d’Allah et y trouver la sérénité. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/4)

Durant le califat du vénérable Abû Bakr, Abû Talha passa la majeure partie de son temps en Syrie. Il y demeura également pendant la plus grande partie du califat du très grand al-Fârûq. Il se trouvait en Syrie lorsque le vénérable ‘Umar se rendit à Bayt al-Maqdis. Anas rapporte que ‘Umar ibn al-Khattâb partit pour la Syrie. Abû Talha et Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh vinrent à sa rencontre et lui dirent : « Les meilleurs Compagnons du Messager d’Allah sont avec vous, tandis que nous avons laissé derrière nous un feu ardent. » Ils faisaient allusion à l’épidémie de peste. « Ne pénétrez donc pas en Syrie cette fois-ci ; retournez à Médine. » ‘Umar retourna à Médine. L’année suivante, il acheva ce voyage qu’il avait reporté. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/4)

Abû Talha se trouvait à Médine à la fin de la vie du vénérable ‘Umar. Le calife ‘Umar avait une confiance et une haute estime considérables pour sa personnalité et son rang. Lorsqu’il perdit espoir de vivre, il désigna six hommes éminents, unanimement respectés, pour choisir le prochain calife. Puis il fit appeler Abû Talha et lui dit : « C’est par vous qu’Allah a établi l’honneur et la dignité de l’islam. Après ma mort, tu surveilleras, avec cinquante Ansâr, les actes de ces six hommes. Si quatre d’entre eux prennent une direction et que deux s’y opposent, tranche le cou de ces deux-là. S’ils se divisent en deux groupes égaux, tue le groupe qui ne comptera pas ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf. S’ils ne parviennent pas à une décision dans les trois jours, sépare leurs têtes de leurs corps. Après ma mort, jusqu’à l’élection du prochain calife, tu seras le calife intérimaire. » (Kanz al-‘Ummâl, 3/156-157 ; Hayât al-Sahâba, 2/34)

Une réunion de ces six hommes se tint dans la maison du vénérable Miswar ibn Makhrama. Abû Talha se posta à la porte avec ses compagnons pour assurer la garde. Les Banû Hâshim s’étaient dès le début opposés à cette consultation, car ils désiraient faire de ‘Alî le calife. À cette époque, le vénérable ‘Abbâs dit discrètement à ‘Alî : « Ne remets pas ton affaire entre les mains de ces gens ; décide toi-même. » ‘Alî répondit quelque chose. Abû Talha, qui se tenait à côté, entendit leur conversation. Lorsque le regard de ‘Alî se posa soudain sur lui, celui-ci sembla réfléchir à quelque chose. Abû Talha le comprit et lui dit : « Abû al-Hasan, il n’y a rien à craindre. »

Un jour, alors que les six hommes tenaient leur réunion secrète, Abû Talha se tenait encore à la porte avec ses hommes. ‘Amr ibn al-‘Âs et al-Mughîra ibn Shu‘ba vinrent alors s’asseoir à la porte. Abû Talha ne leur dit rien de particulier ; mais Sa‘d ibn Abî Waqqâs était un homme au caractère très dur. Il ne put supporter l’attitude des deux hommes. Il ramassa des cailloux, les leur lança et dit : « Ils sont venus à Médine répandre que nous aussi étions membres du conseil consultatif. » ‘Amr et al-Mughîra se fâchèrent à cause des cailloux et commencèrent à se quereller. Abû Talha, irrité, leur dit : « Je crains que vous ne vous engagiez dans une querelle inutile et que vous n’abandonniez la question essentielle. Par Celui qui a donné la mort à ‘Umar, je ne vous accorderai pas une seule minute de plus que trois jours. »

Après la fin de l’élection du calife, Abû Talha fit ce commentaire : « Je craignais davantage que ces six hommes ne cherchent à se soustraire à la charge du califat qu’ils ne se la disputent. En effet, après la mort de ‘Umar, chaque foyer avait connu une diminution dans les affaires de la religion et de ce monde. » (Hayât al-Sahâba, 2/473)

Après l’élection du calife, Abû Talha se retira complètement dans la solitude et consacra le reste de sa vie au culte d’Allah avec une attention totale. La vénérable Umm Sulaym eut plusieurs enfants d’Abû Talha, mais aucun ne vécut longtemps. L’un de ses fils s’appelait Abû ‘Umayr. Dans son enfance, il avait un petit oiseau, qui mourut. Un jour, le Messager d’Allah se rendit chez eux et le trouva très triste. Lorsque les gens lui expliquèrent la cause de sa tristesse, le Messager d’Allah lui dit en plaisantant en vers : « Ô Abâ ‘Umayr, qu’a fait le petit oiseau ? » (Hayât al-Sahâba, 2/570 ; Al-Istî‘âb)

Un autre fils d’Abû Talha mourut après avoir été malade quelque temps. Pendant la maladie de l’enfant, Abû Talha se rendit un jour à la mosquée du Prophète, et l’enfant mourut alors. Sans attendre le retour du père, Umm Sulaym l’enterra et dit aux gens de la maison de ne pas parler à Abû Talha de l’inhumation de l’enfant. Entre-temps, Abû Talha revint de la mosquée avec plusieurs invités. Il demanda : « Comment va l’enfant ? » La mère répondit : « Il va mieux qu’avant. » Abû Talha se mit à parler avec ses invités. Le repas fut apporté et ils mangèrent tous ensemble. Lorsque les invités furent partis, Abû Talha entra dans la maison intérieure. Durant la nuit, les époux partagèrent le même lit et eurent des relations conjugales. Vers la fin de la nuit, Umm Sulaym lui annonça la mort de l’enfant ainsi que son linceul et son enterrement, en disant : « Il était auprès de nous un dépôt confié par Allah. Il a repris ce dépôt. Qui pourrait s’en plaindre ? » Abû Talha prononça : « Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons », mais il fut quelque peu contrarié qu’on lui eût caché la nouvelle de cette manière. Le lendemain matin, Abû Talha informa le Messager d’Allah de l’événement. Celui-ci dit : « Qu’Allah bénisse votre nuit. » Cette même nuit, Umm Sulaym conçut un enfant. Après sa naissance, elle l’envoya avec Anas auprès du Messager d’Allah. Celui-ci mâcha quelques dattes, les plaça dans la bouche du nouveau-né, qui se mit à les téter en bougeant la bouche. Le Messager d’Allah dit alors : « Voyez, les Ansâr ont une inclination naturelle pour les dattes. » Il donna à l’enfant le nom de ‘Abdallah. Grâce à la salive bénie du Messager d’Allah, ce garçon se distingua par la suite dans tous les domaines parmi les jeunes Ansâr. C’est par ce ‘Abdallah que la descendance d’Abû Talha se perpétua. Il eut deux fils, Ishâq et ‘Ubaydallah, et Ishâq eut un fils nommé Yahyâ. Tous furent parmi les grands spécialistes du hadith de leur époque. (Musnad Ahmad, 3/257 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/6 ; Al-Bukhârî et Muslim rapportent également cet événement sous différentes formes.)

Il existe une divergence concernant l’année de la mort du vénérable Abû Talha. L’imam al-Nawawî dit : « Il mourut à Médine en l’an 32 ou 34 de l’Hégire, à l’âge de soixante-dix ans. La plupart des spécialistes de la Sîra affirment qu’il mourut à Médine. Abû Zur‘a al-Dimashqî dit toutefois qu’il mourut en Syrie. D’autres disent qu’il mourut au cours d’une expédition maritime. » Il est rapporté d’Abû Zur‘a al-Dimashqî qu’Abû Talha passa quarante années consécutives à jeûner après le décès du Messager d’Allah. Ce récit contredit l’année de décès mentionnée plus haut, car s’il mourut en l’an 32 ou 34 de l’Hégire, il est impossible qu’il ait vécu quarante ans après le décès du Messager d’Allah en jeûnant continuellement. Ceux qui affirment qu’il mourut à Médine disent aussi que le calife, le vénérable ‘Uthmân, dirigea sa prière funéraire. (Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 1/445-446)

Les habitants de Bassora disent qu’il partit à la fin de sa vie pour une expédition maritime et mourut en chemin. Selon cette opinion, il mourut en l’an 51 de l’Hégire. Plusieurs ouvrages rapportent le récit remarquable de la participation d’Abû Talha à ce jihâd. Un jour, il récitait la sourate al-Tawba. Lorsqu’il parvint au verset : « Partez au combat, que vous soyez légers ou lourds » (verset 41), il fut saisi d’un ardent désir de jihâd. Il dit aux membres de sa famille : « Allah a prescrit le jihâd aux jeunes comme aux vieux. Je veux partir au jihâd ; préparez mon voyage. » Il répéta ces paroles deux fois. Il était âgé, et, à force de jeûner continuellement, il était devenu maigre et faible. Sa famille lui dit : « Qu’Allah vous fasse miséricorde ! Vous avez participé à toutes les batailles du temps du Messager d’Allah et vous avez continué à combattre durant les époques d’Abû Bakr et de ‘Umar. Avez-vous encore envie de jihâd ? Restez chez vous ; nous partirons combattre à votre place. Qui peut retenir celui que pousse l’irrésistible désir du martyre ? » Il répondit : « Faites ce que je vous dis. » Malgré leur extrême répugnance, son voyage fut préparé. Ce vieillard de soixante-dix ans sortit de chez lui au nom d’Allah. L’armée musulmane était prête. L’expédition devait se faire par mer. Abû Talha avançait à bord du navire, dans l’attente fébrile du moment où il affronterait l’armée ennemie. C’est alors que son appel vint : il mourut.

Aucune terre n’apparut nulle part sur la route maritime. Les vents violents et la mer agitée poussèrent le navire vers une destination inconnue. Le corps de ce mুজâhid croyant resta sept jours étendu sur le pont. Finalement, une île inconnue fut découverte et il y fut enterré. Même après tout ce temps, son corps ne s’était pas décomposé et n’avait subi aucune altération notable. (Tabaqât, 3/507 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/7 ; Târîkh al-Islâm wa Tabaqât al-Mashâhîr, 2/120 ; Usd al-Ghâba, 5/235 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/242)

Abû Talha prenait des précautions extrêmes dans la transmission des hadiths. Les hadiths qu’il rapporta traitaient de diverses questions juridiques ou de guerres et de conflits. Bien qu’il eût été honoré pendant de longues années par la compagnie du Messager d’Allah, aucun récit de sa part ne porte sur les mérites des œuvres cultuelles. Le nombre total des hadiths qu’il a rapportés est de 92 (quatre-vingt-douze). Al-Bukhârî et Muslim en ont chacun rapporté un. Un groupe de Compagnons, parmi lesquels ‘Abdallah ibn ‘Abbâs et Anas ibn Mâlik, ainsi qu’un groupe d’éminents tâbi‘ûn, entendirent des hadiths de lui et les rapportèrent également. (Tahdhîb al-Asmâ’, 1/445 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/4)

Un groupe d’élèves et d’admirateurs du vénérable Abû Talha vint un jour lui rendre visite alors qu’il était malade. Ils virent qu’un rideau orné d’une image était suspendu à la porte et se regardèrent les uns les autres. Prenant un peu de courage, Zayd ibn Khâlid finit par dire : « Hier encore, vous avez rapporté un hadith interdisant les images. » Il répondit à ‘Ubaydallah al-Khawlânî : « Oui, je l’ai fait. Mais j’ai également dit que les images qui se trouvent sur les étoffes ne sont pas concernées par cette interdiction. » (Musnad, 4/28)

Un jour, Abû Talha mangeait avec Ubayy ibn Ka‘b et Anas ibn Mâlik. Après le repas, Anas demanda de l’eau pour faire ses ablutions. Abû Talha et Ubayy lui dirent tous deux : « Est-ce parce que tu as mangé de la viande que tu as pensé aux ablutions ? » Anas répondit : « Oui. » Abû Talha dit : « Vous mangez des tayyibât, des choses bonnes et pures, puis vous faites vos ablutions, alors que le Messager d’Allah ne le faisait pas ainsi. » (Musnad, 4/3)

Un jour, Abû Talha observait un jeûne surérogatoire. Par hasard, il neigea ce jour-là. Il prit quelques morceaux de neige dans sa main et les mangea. Lorsque les gens lui dirent : « Vous mangez alors que vous jeûnez », il répondit : « C’est une bénédiction ; il convient d’en profiter. Ce n’est ni un aliment ni une boisson. » (Musnad, 3/279 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/10)

Le vénérable Abû Talha aimait la poésie et possédait un talent poétique. Il composait des poèmes et les récitait. Au plus fort des combats, il fredonnait des vers. Plusieurs ouvrages de Sîra ont recueilli certains de ses vers. (Voir al-Isâba, 4/113 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/7 ; Al-Istî‘âb)

La plus grande caractéristique du caractère du vénérable Abû Talha était le hubb al-Rasûl, c’est-à-dire son amour profond et son affection pour le Messager d’Allah. Même lorsque ses compagnons se dispersaient sous les attaques violentes de l’ennemi sur le champ de bataille, il restait debout pour le Messager d’Allah, risquant sa vie. Il le protégeait en faisant de son corps tout entier un écran. Dans l’espoir qu’aucune égratignure n’atteigne le corps du Prophète bien-aimé, il recevait sur sa propre poitrine les coups de flèches et de lances. C’est ainsi que l’on peut mesurer quelque peu la profondeur de son amour. Il accompagnait généralement le Messager d’Allah dans toutes les expéditions, et leurs deux chameaux avançaient presque côte à côte.

Un jour, la crainte d’une attaque ennemie se répandit à Médine. Le Très Honoré Messager d’Allah demanda le cheval d’Abû Talha, nommé Mandûr, et partit dans la direction d’où l’on craignait l’attaque ennemie. Abû Talha le suivit, préoccupé par sa sécurité. Mais à peine avait-il atteint les lieux que le Messager d’Allah revenait déjà ; ils se rencontrèrent sur le chemin. Il dit à Abû Talha : « Il n’y avait rien là-bas. Ton cheval est très rapide. »

L’amour profond qu’il portait au Très Honoré Messager d’Allah se manifestait jusque dans les plus petites choses. Chaque fois qu’un bien arrivait chez lui, il en envoyait une partie à la maison du Messager d’Allah. Un jour, le vénérable Anas rapporta un lapin. Abû Talha l’égorgea et envoya une cuisse à la maison du Prophète. Une autre fois, l’épouse d’Abû Talha, Umm Sulaym, envoya un plat de dattes. Le Messager d’Allah distribua les dattes entre ses épouses pures et les autres Compagnons. (Musnad, 3/125, 171)

Durant la dernière maladie du Très Honoré Messager d’Allah, celle au cours de laquelle il mourut, Abû Talha vint un jour lui rendre visite. Le Messager d’Allah lui dit : « Transmets mes salutations à ton peuple, les Ansâr, car ils s’abstiennent de ce qui n’est ni licite ni convenable et font preuve de patience. » (Hayât al-Sahâba, 1/401)

Abû Talha dit : « Un jour, je me rendis auprès du Messager d’Allah. Je vis sur sa peau et son visage un état que je n’avais jamais vu auparavant. Je lui dis : “Ô Messager d’Allah, jamais encore je ne vous ai vu dans un tel état.” Il répondit : “Abû Talha, comment cet état ne se produirait-il pas ? Jibrîl vient à l’instant de partir. Il m’a apporté une bonne nouvelle de la part de mon Seigneur. Il m’a dit : Allah m’a envoyé auprès de vous pour vous annoncer cette bonne nouvelle : si l’un des membres de votre communauté prie une fois sur vous et vous adresse le salâm, Allah et Ses anges prieront dix fois sur lui et lui adresseront le salâm.” » (Usd al-Ghâba, 5/235) Ahmad et al-Nasâ’î ont rapporté ce hadith sous une autre forme. On y lit que Jibrîl dit : « Celui qui, parmi votre communauté, priera sur vous et vous adressera le salâm, Allah lui inscrira dix bonnes actions, lui pardonnera dix péchés et élèvera son rang de dix degrés. » (Hayât al-Sahâba, 3/313)

Avant l’interdiction du vin, il avait un jour bu une sorte de vin fabriqué à partir de dattes, appelée fadîkh. C’est alors qu’un homme vint annoncer que le vin avait été déclaré interdit. Il dit immédiatement à Anas : « Brise cette jarre de vin. » Anas obéit à son ordre. (Al-Bukhârî, 2/107)

Lorsque fut révélé ce verset de la sourate Âl ‘Imrân : « Vous n’atteindrez jamais la bonté jusqu’à ce que vous dépensiez de ce que vous aimez le plus » — les Ansâr apportèrent au Messager d’Allah tous les biens précieux qu’ils possédaient et les dépensèrent dans le chemin d’Allah. Abû Talha se présenta devant le Messager d’Allah et consacra en waqf, dans le chemin d’Allah, sa vaste propriété appelée Bayrahâ’. Elle comportait un puits dont l’eau était douce et que le Messager d’Allah aimait beaucoup. Le Messager d’Allah se réjouit grandement de ce don d’Abû Talha. (Shadharât al-Dhahab, 1/40 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/8 ; Hayât al-Sahâba, 2/157)

‘Abdallah ibn Abî Bakr rapporte qu’un jour Abû Talha priait près du mur de l’un de ses jardins. À ce moment, un petit oiseau volait çà et là en cherchant une issue, mais il ne pouvait sortir à cause de la densité des palmiers. Abû Talha, debout dans sa prière, observa quelque temps ce spectacle. Puis il ne parvint plus à se rappeler combien d’unités de prière il avait accomplies. Il pensa : « C’est cette richesse qui m’a plongé dans l’épreuve. » Après avoir terminé sa prière, il se précipita auprès du Messager d’Allah. Après lui avoir raconté l’événement, il dit : « Ô Messager d’Allah, je donne tout cela en aumône. Employez cette richesse dans le chemin d’Allah. » Le Messager d’Allah lui dit : « Distribue cette richesse entre tes proches parents. » Parmi ceux auxquels il la distribua conformément à cet ordre se trouvaient Hassân ibn Thâbit et Ubayy ibn Ka‘b. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/8 ; Hayât al-Sahâba, 3/97 ; Musnad Ahmad, 3/141)

Un jour, un homme arriva à Médine sans avoir de quoi se loger ni se nourrir. Le Messager d’Allah déclara : « Allah sera bienveillant envers celui qui accueillera cet homme comme hôte. » Abû Talha dit immédiatement : « C’est moi qui l’emmène. » À la maison, il n’y avait pas de nourriture supplémentaire en dehors de celle destinée aux jeunes enfants. Abû Talha dit à son épouse : « Fais ceci : endors les enfants en les distrayant. Puis apporte le repas devant l’hôte et éteins la lampe sous un prétexte quelconque. Dans l’obscurité, nous ferons semblant de manger en remuant seulement la bouche, tandis que l’hôte pourra manger à sa faim. » Ils firent exactement cela. Les époux firent manger l’invité à sa pleine satisfaction, mais restèrent eux-mêmes, avec leurs enfants, sans manger. Le matin, Abû Talha se rendit auprès du Messager d’Allah. Celui-ci lui récita le verset : « Ils les préfèrent à eux-mêmes, malgré leur propre dénuement » (sourate al-Hashr, 9), puis lui dit : « Allah a grandement agréé votre comportement de la nuit avec votre hôte. » (Muslim, 2/198 ; Hayât al-Sahâba, 2/160-161)

La sincérité et la loyauté étaient des qualités particulières d’Abû Talha. Il se tenait toujours éloigné de la célébrité et de l’ostentation. Lorsqu’il fit don de la propriété de Bayrahâ’, il dit solennellement au Messager d’Allah : « Si j’avais pu garder cette affaire secrète, je ne l’aurais jamais révélée. » (Musnad, 3/115)

Abû Talha possédait une voix puissante. Anas rapporte que le Messager d’Allah disait : « Parmi les soldats, la voix forte d’Abû Talha vaut mieux qu’un groupe de soldats. » Selon une autre version : « mieux que mille hommes ». Un autre récit dit : « Pour les polythéistes, le rugissement d’Abû Talha est plus terrifiant qu’un groupe de soldats. » (Târîkh al-Islâm wa Tabaqât al-Mashâhîr, 2/119 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/7 ; Usd al-Ghâba, 5/235)

Le Très Honoré Messager d’Allah invoqua Allah en faveur de la famille d’Abû Talha. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/9) Le vénérable Anas rapporte qu’après le décès du Messager d’Allah, Abû Talha jeûnait toute l’année. Il ne rompait son jeûne qu’à l’occasion des deux fêtes. En effet, du vivant du Messager d’Allah, il était constamment occupé au jihâd et ne pouvait alors jeûner. (Tahdhîb al-Asmâ’, 1/246)

Dans son ouvrage al-Isâba, Ibn Hajar fait allusion à l’honneur et au rang d’Abû Talha en disant qu’il était l’un des Compagnons de haut rang et de grande distinction.

Abû Masʿûd al-Badrî (qu’Allah l’agrée)

Abû Masʿûd est un surnom, et c’est sous ce nom qu’il est connu dans l’histoire. Son vrai nom était ʿUqba et son père s’appelait ʿAmr ibn Thaʿlaba. Il embrassa l’islam à al-ʿAqaba, où il participa à la dernière allégeance. Al-Wâqidî dit : Abû Masʿûd participa à al-ʿAqaba, mais fut absent à Badr. Muhammad ibn Ishâq dit : parmi les participants à al-ʿAqaba, il était le plus jeune. (Ansâb al-Ashrâf, 1/245 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/459 ; Usud al-Ghâba, 5/296) Il l’a mentionné clairement.
Il participa avec le Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah) à toutes les batailles menées contre les mécréants à Uhud et après Uhud. Toutefois, les spécialistes de la biographie prophétique divergent fortement quant à sa participation à la bataille de Badr. Selon la majorité, il y participa, et c’est pour cette raison qu’il est appelé al-Badrî. L’imam al-Bukhârî a affirmé avec une grande fermeté qu’il avait participé à Badr. À l’appui, il a cité plusieurs hadiths dans son Sahîh, notamment un hadith rapporté par Bashîr ibn Abî Masʿûd. On y lit que, lorsque al-Mughîra retarda la prière de lʿasr, Abû Masʿûd ʿUqba ibn ʿAmr le réprimanda. Cet Abû Masʿûd était le grand-père maternel de Zayd ibn al-Hasan et avait participé à Badr. Abû ʿUtba ibn Sallâm et Muslim ont également affirmé, dans leur ouvrage al-Kunâ, qu’il avait participé à Badr. Ibn al-Barqî dit : Ibn Ishâq ne l’a pas mentionné parmi les anciens de Badr. Al-Tabarânî dit : les habitants de Kûfa prétendent qu’il participa à Badr, mais les habitants de Médine ne le comptent pas parmi les anciens de Badr. Ibn Saʿd a rapporté d’après al-Wâqidî que celui-ci disait : il n’existe aucun désaccord entre nos compagnons sur le fait qu’Abû Masʿûd n’a pas participé à Badr. Il résidait à Badr, et c’est pour cette raison qu’on l’appelle al-Badrî. (Al-Isâba, 2/490-491 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/459 ; Usud al-Ghâba, 5/296)
Abû Masʿûd demeura à Médine depuis l’époque de la prophétie jusqu’au règne des trois premiers califes. À un moment de sa vie, il résida quelque temps près de la source de Badr. Sous le califat de ʿAlî, il quitta Médine pour Kûfa, où il bâtit une maison et s’installa. (Al-Isâba, 4/252 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/245)
Des récits contradictoires existent au sujet du rôle d’Abû Masʿûd lors du conflit entre ʿAlî et Muʿâwiya. Selon l’un d’eux, il comptait parmi les proches de Muʿâwiya. Lorsque celui-ci partit pour la bataille de Siffîn, il le désigna comme son remplaçant à Kûfa. Jusqu’à son retour, Abû Masʿûd exerça la fonction de gouverneur de Kûfa. (Al-Isâba, 2/491) Selon un autre récit, en revanche, il était un compagnon de ʿAlî. Il se rendit à Kûfa sous le règne de ʿAlî, et lorsque celui-ci partit pour Siffîn, il lui confia la charge de gouverneur de Kûfa. (Ansâb al-Ashrâf, 1/245 ; Al-Aʿlâm, 4/241) C’est ce dernier récit qui est exact, car au moment de la bataille de Siffîn, Kûfa était sous l’autorité de ʿAlî, et non sous celle de Muʿâwiya.
Il existe des divergences concernant l’année et le lieu de la mort d’Abû Masʿûd. Certains ont dit qu’après la bataille de Siffîn, il retourna de Kûfa dans sa ville natale, Médine, et y mourut. D’autres ont affirmé qu’il mourut à Kûfa. (Al-Isâba, 2/491 ; Al-Aʿlâm, 4/241)
Il existe également des divergences concernant l’année de sa mort. Les années 41 et 42 de l’hégire ont toutes deux été citées. D’autres ont dit qu’il mourut en l’an 60 de l’hégire, vers la fin du califat de Muʿâwiya. (Usud al-Ghâba, 5/296) Il est toutefois certain qu’il était encore vivant sous le gouvernement de Kûfa par al-Mughîra ibn Shuʿba. Cela se situait assurément après l’an 40 de l’hégire. (Al-Isâba, 2/491)
On connaît l’identité d’un fils et d’une fille d’Abû Masʿûd. Son fils s’appelait Bashîr, et sa fille était l’épouse de l’imam al-Hasan. C’est de cette union que naquit Zayd ibn al-Hasan. Bashîr naquit du vivant du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah), ou peu après.
Abû Masʿûd (qu’Allah l’agrée) s’acquitta avec le plus grand sérieux de la transmission et de la diffusion des hadiths du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah). Il est classé au troisième niveau des Compagnons rapporteurs de hadiths. Divers recueils de hadiths contiennent 102 hadiths rapportés par lui. (Al-Aʿlâm, 4/241) Parmi les tâbiʿûn qui rapportèrent des hadiths de lui, on compte notamment : Bashîr, ʿAbdullâh ibn Yazîd al-Khuthamî, Abû Wâʾil, ʿAlqama, Qays ibn Abî Hâtim, ʿAbd al-Rahmân ibn Yazîd al-Nakhaʿî, Yazîd ibn Shurayk, Muhammad ibn ʿAbdullâh ibn Zayd ibn ʿAbd Rabbihi al-Ansârî, entre autres.
Le suivi de la conduite du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah) et l’ordonnance du bien constituaient les principaux traits de son caractère. Il observait avec le plus grand respect les commandements et les interdictions du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah). Un jour, il frappait l’un de ses esclaves. C’est alors qu’une voix s’éleva derrière lui : « Abû Masʿûd ! Réfléchis un instant. Le Dieu qui t’a donné pouvoir sur lui aurait pu lui donner pouvoir sur toi. » Cette voix était celle du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah). Abû Masʿûd en fut profondément touché. À cet instant, il jura de ne plus jamais lever la main sur aucun esclave. Puis il affranchit cet esclave. (Musnad, 5/273-274)
Il ne négligeait jamais non plus son devoir d’ordonner le bien, et ne se souciait à cet égard de personne, petite ou grande. À cette époque, al-Mughîra ibn Shuʿba (qu’Allah l’agrée) était gouverneur de Kûfa. Un jour, il dirigea la prière de lʿasr avec un certain retard. Abû Masʿûd protesta aussitôt. Il lui dit : « Vous savez que le Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah) accomplissait les cinq prières aux heures indiquées par Jibrîl et disait : “C’est ainsi qu’il m’a été ordonné.” » (Al-Bukhârî, 2/571)
Lui-même suivait exactement la Sunna du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah). Un jour, il demanda aux gens : « Savez-vous comment le Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah) accomplissait la prière ? » Puis il accomplit la prière devant eux pour le leur montrer. (Musnad, 5/122)
Se tenir serrés les uns contre les autres dans la prière en assemblée fait partie de la Sunna du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions d’Allah). Lorsqu’il vit que les gens ne l’observaient pas pleinement, il disait : « L’avantage de se tenir ainsi était qu’ils étaient unis. Maintenant, vous vous tenez éloignés les uns des autres ; c’est pour cela que les désaccords sont apparus. »
Abû Masʿûd (qu’Allah l’agrée) n’est pas compté parmi les Compagnons muftis. Il lui arrivait toutefois de rendre des avis juridiques. Ibn ʿAbd al-Barr a rapporté d’Ibn Sîrîn, dans son ouvrage Jâmiʿ al-ʿIlm (2/166), que celui-ci disait : « Le calife ʿUmar dit un jour à Abû Masʿûd : “Ne m’a-t-on pas informé que tu donnes des avis juridiques ? Laisse la chaleur des avis juridiques à celui qui a éprouvé le froid de leur contact”, c’est-à-dire au gouverneur. Or tu n’es pas gouverneur. » (Hayât al-Sahâba, 2/253)

Abû Qatâda al-Ansârî (qu’Allah l’agrée)

Hazrat Abou Qatada était issu de la branche des Banou Sulayma, du célèbre tribu khazrajite de Médine. Il existe des divergences au sujet de son véritable nom. Certains ont dit qu’il s’appelait al-Harith, d’autres ‘Amr. Selon al-Kalbi et Ibn Ishaq, c’était an-Nu‘man. Toutefois, al-Harith est le nom le plus répandu. Dans l’histoire, il est connu sous le surnom d’Abou Qatada. Son père était Rab‘i ibn Baldama et sa mère, Kabsha bint Mutahhir. Elle aussi appartenait à la branche Sawad ibn Ghanam des Banou Sulayma de la tribu des Khazraj. Il naquit à Médine en 604, dix-huit ans avant l’hégire du Messager d’Allah ﷺ vers Médine. (Usd al-Ghaba, 5/274 ; al-Isaba, 4/158 ; al-A‘lam, 2/154)

Ka‘b ibn Malik al-Ansari, qui fut puni pour ne pas avoir participé à l’expédition de Tabouk puis pardonné par Allah, était le cousin d’Abou Qatada. À cette époque, comme tous les autres, celui-ci boycotta également Ka‘b. (Hayat as-Sahaba, 1/467)

Il embrassa l’islam quelque temps après le dernier serment d’allégeance d’al-‘Aqaba. Les spécialistes de la Sira divergent quant à sa participation à la bataille de Badr. Beaucoup l’ont considéré comme un compagnon de Badr. Cependant, ni Moussa ibn ‘Uqba ni Ibn Ishaq ne mentionnent son nom dans la liste des compagnons de Badr. Il participa à toutes les batailles qui suivirent, notamment à Ouhoud, aux côtés du Messager d’Allah ﷺ. (Al-Isaba, 4/158 ; Usd al-Ghaba, 5/274)

Au mois de Rabi‘ al-Awwal de l’an 6 de l’Hégire, l’expédition de Dhi Qarad, ou de Ghaba, fut menée. Il y fit preuve d’une audace remarquable. Les chameaux du noble Messager d’Allah ﷺ paissaient dans un hameau appelé Dhi Qarad. Son esclave Rabah en avait la garde. Des hommes de la tribu de Ghatafan tuèrent les bergers et emportèrent les chameaux après les avoir pillés. Le célèbre compagnon Salama ibn al-Akwa‘, ayant appris la nouvelle, se tint au sommet d’une montagne, tourné vers Médine, et cria trois fois, selon la coutume arabe, le cri d’alerte annonçant l’attaque ennemie : « Ya sabahah ! » Puis il envoya rapidement Rabah auprès du Messager d’Allah ﷺ et se lança lui-même à la poursuite des pillards ghatafaniens. Le noble Messager d’Allah ﷺ dépêcha aussitôt trois cavaliers à son secours, puis partit lui-même derrière eux. Salama ibn al-Akwa‘ attendait l’aide de Médine. Peu après, il vit Abou Qatada al-Ansari, al-Akhram al-Asadi et, derrière eux, al-Miqdad al-Kindi, lancer leurs chevaux à la vitesse du vent. À la vue de ces cavaliers, les Ghatafaniens tentèrent de fuir en abandonnant les chameaux. Mais al-Akhram al-Asadi était alors animé d’un ardent désir du martyre. Désobéissant à l’interdiction de Salama, il poursuivit les Ghatafaniens. À un moment donné, il en vint aux mains avec ‘Abd ar-Rahman al-Ghatafani et al-Akhram tomba en martyr. ‘Abd ar-Rahman tenta de s’enfuir sur le cheval d’al-Akhram. C’est alors qu’Abou Qatada arriva et tua ‘Abd ar-Rahman d’un coup de lance. (Al-Kamil fi at-Tarikh, 2/198-191 ; al-Isaba, 4/158 ; Hayat as-Sahaba, 1/561 ; Sahih Muslim, 2/101)

Selon une autre narration, l’homme qu’Abou Qatada tua lors de cette bataille de Dhi Qarad s’appelait Habib ibn ‘Uyayna ibn Hisn. Après l’avoir tué, il recouvrit son cadavre de son propre manteau et continua à avancer derrière l’ennemi. Lorsque les hommes qui le suivaient virent un cadavre couvert du manteau d’Abou Qatada, ils pensèrent certainement qu’il s’agissait du cadavre d’Abou Qatada. Ils prononcèrent aussitôt : « Inna lillahi wa inna ilayhi raji‘un » et se mirent à dire entre eux : « Abou Qatada a été tué. » Ayant entendu cela, le Messager ﷺ dit : « Ce n’est pas Abou Qatada ; c’est le cadavre de l’homme tué par Abou Qatada. Après l’avoir tué, celui-ci l’a recouvert de son manteau afin que vous compreniez que cet homme est son meurtrier. » Le cheval d’Abou Qatada durant cette bataille s’appelait Hazwa. (Sira d’Ibn Hicham, 2/284)

Abou Qatada raconte : « Le jour de Dhi Qarad, après la fin de l’expédition, lorsque je rencontrai le Messager d’Allah ﷺ, il me regarda et invoqua Allah en disant : “Ô Allah, bénis ses cheveux et sa peau, et rends son visage prospère.” Je dis : “Ô Messager d’Allah, qu’Allah rende également votre visage prospère !” » (Usd al-Ghaba, 5/275) Ce jour-là, après avoir entendu le récit de sa bravoure et de son courage, le Messager ﷺ déclara : « Abou Qatada est aujourd’hui notre meilleur cavalier. » (Al-Kamil fi at-Tarikh, 2/191 ; al-Isaba, 4/158)

Abou Qatada accompagna le Messager d’Allah ﷺ lors du voyage de la trêve de Hudaybiya. Au retour de ce voyage, il arriva un jour que la prière de l’aube du Messager ﷺ et de ses compagnons de voyage fut manquée. Un hadith rapporté par Abou Qatada donne le récit de la manière et du moment où le Messager ﷺ accomplit cette prière manquée. (Hayat as-Sahaba, 3/29)

Au cours de la septième ou de la huitième année de l’Hégire, le Messager ﷺ envoya une troupe, sous le commandement d’Abou Qatada, en direction d’Idam. Idam est le nom d’un lieu ou d’une montagne situé sur la route de Médine vers la Syrie. Lorsqu’ils arrivèrent dans la vallée d’Idam, ‘Amir ibn al-Adbat al-Achja‘i passa près d’eux. Il salua Abou Qatada et les membres de sa troupe. Malgré cela, en raison d’une hostilité ancienne, un membre de la troupe, Muhallim ibn Jassama ibn Qays, le tua et s’empara de son chameau et de ses autres biens. Lorsqu’ils se présentèrent auprès du Messager d’Allah ﷺ et l’informèrent de l’événement, le verset 94 de la sourate an-Nisa fut révélé. (Ansab al-Ashraf, 1/381 ; Hayat as-Sahaba, 2/389)

« Ô vous qui croyez ! Lorsque vous vous engagez dans le chemin d’Allah, vérifiez soigneusement et ne dites pas à celui qui vous adresse le salut : “Tu n’es pas croyant”, recherchant ainsi les biens de la vie présente. Il y a auprès d’Allah d’abondantes richesses. Vous étiez auparavant dans la même situation, puis Allah vous a accordé Sa faveur. Vérifiez donc soigneusement. Allah est parfaitement informé de ce que vous faites. » (Sourate an-Nisa, 4:94)

Au mois de Cha‘ban de la huitième année de l’Hégire, le Messager ﷺ envoya une troupe de quinze hommes vers un lieu du Najd appelé Khadrah. Abou Qatada en était le commandant. Une implantation de la tribu de Ghatafan se trouvait là. C’était une tribu de pillards, farouchement hostile aux musulmans. L’objectif était de les attaquer par surprise. C’est pourquoi ils marchaient toute la nuit et se dissimulaient quelque part durant le jour. Ainsi, ils arrivèrent soudainement chez les Ghatafaniens. Ceux-ci étaient eux aussi extrêmement courageux. Beaucoup d’hommes accoururent aussitôt et le combat commença. Abou Qatada dit à ses compagnons : « Ne tuez que ceux qui vous combattent. Il n’est pas nécessaire de poursuivre tout le monde. » Grâce à cette règle, le combat prit rapidement fin. Quinze jours plus tard seulement, ils revinrent à Médine avec un butin considérable : deux cents chameaux, deux mille chèvres et de nombreux prisonniers. Un cinquième du butin fut mis de côté, puis tout le reste fut partagé entre eux.

Quelques jours après cet événement, le Messager d’Allah ﷺ envoya, au mois de Ramadan, un groupe de huit hommes vers Batn Akham. Abou Qatada en était également le chef. Batn Akham se trouve entre Dhi Khashab et Dhi Marwa, à trois étapes de marche de Médine en direction de La Mecque. Le Messager ﷺ avait décidé de mener une expédition militaire contre La Mecque. Il envoya ce groupe afin que les gens ne comprennent absolument pas cette intention ; en réalité, il voulait détourner leurs pensées vers une autre direction. Après être arrivés à Dhi Khashab, les hommes apprirent que le Messager ﷺ était parti vers La Mecque. Ils rejoignirent donc l’armée du Messager d’Allah ﷺ dans un lieu appelé Sukayya. (Tabaqat, chapitre des Maghazi, p. 91)

Après la conquête de La Mecque eut lieu l’expédition de Hunayn. Le combat y fut si violent que même nombre des grands héros musulmans furent contraints de battre en retraite. Abou Qatada fit preuve d’une bravoure extraordinaire durant cette bataille. À un endroit, un soldat musulman et un soldat polythéiste se livraient à un combat corps à corps. Un autre homme cherchait à attaquer le soldat musulman par-derrière. Abou Qatada s’en aperçut. Il s’approcha discrètement et frappa l’homme à l’épaule avec son épée par-derrière. Un bras de l’homme tomba, tranché ; mais, prenant Abou Qatada par surprise, il lui enserra le cou de son autre bras. L’homme était extrêmement fort. Il serra Abou Qatada si violemment que celui-ci faillit perdre la vie. Tandis qu’ils luttaient, l’homme s’affaiblit en raison de l’abondante perte de sang. Abou Qatada profita de l’occasion pour lui porter un autre coup. L’homme s’effondra au sol.

Alors qu’Abou Qatada s’occupait de l’achever, un soldat musulman de La Mecque passa par là. Il s’empara de tous les équipements et biens du défunt. Puis une grande panique se répandit dans l’armée musulmane. Les hommes fuyaient du champ de bataille dans toutes les directions. Abou Qatada se dirigeait lui aussi d’un côté. En chemin, il rencontra ‘Umar, qu’Allah l’agrée. Abou Qatada lui demanda : « Que se passe-t-il ? » ‘Umar répondit : « C’est ce qu’Allah a voulu. » Entre-temps, les musulmans surmontèrent leur faiblesse, lancèrent une contre-attaque et prirent le dessus sur le champ de bataille.

Abou Qatada raconte : « Le combat prit fin et nous nous reposions. C’est alors que le Messager d’Allah ﷺ proclama : “Quiconque tue un homme recevra les biens abandonnés par le tué.” Je dis : “Ô Messager d’Allah, j’ai tué un homme équipé de ses armes et de ses effets. Alors que je m’occupais de le tuer, quelqu’un est venu prendre ses biens. Je ne le connais pas.” L’homme mecquois dit alors : “Ô Messager d’Allah, il dit vrai. Les biens du défunt sont auprès de moi. Veuillez le convaincre de me les laisser.” Aussitôt, Abou Bakr s’écria : “Par Allah, le Messager ﷺ ne le convaincra pas ! Un lion d’Allah a combattu dans le chemin d’Allah, et toi, tu cherches à t’emparer de ce qui lui revient ? Rends à cet homme les biens du défunt.” Le Messager ﷺ dit alors : “Abou Bakr a dit vrai. Rends-lui les biens que tu as pris.” » Abou Qatada dit : « Je vendis ces biens et achetai avec leur prix une dizaine de palmiers. Ce fut le premier bien que j’acquis après mon entrée en islam. » (Sira d’Ibn Hicham, 2/448-449 ; Hayat as-Sahaba, 2/90-91 ; Musnad, 5/306)

On ne dispose d’aucune information très détaillée sur les activités d’Abou Qatada sous les califes après le décès du Messager d’Allah ﷺ. Alors que le calife ‘Uthman, qu’Allah l’agrée, était assiégé dans sa maison de Médine par les rebelles, la saison du pèlerinage arriva. Un jour, Abou Qatada se rendit auprès du calife ‘Uthman avec un autre homme et lui demanda la permission d’accomplir le pèlerinage. Il la leur accorda. Ils demandèrent alors au calife : « Si ces rebelles l’emportent, avec qui devrons-nous rester ? » Le calife répondit : « Avec la communauté majoritaire. » Ils demandèrent encore : « Et si cette communauté majoritaire l’emporte sur vous, avec qui devrons-nous rester ? » Il répondit : « Avec ceux qui constitueront le groupe majoritaire, quels qu’ils soient. » (Hayat as-Sahaba, 2/126)

‘Ali, qu’Allah l’agrée, le nomma un jour gouverneur de La Mecque, puis nomma Qutham ibn ‘Abbas à sa place. La bataille du Chameau eut lieu en l’an 36 de l’Hégire, et la bataille de Siffin l’année suivante. Abou Qatada, qu’Allah l’agrée, participa aux deux batailles aux côtés de ‘Ali. (Al-A‘lam, 2/154 ; al-Isaba, 4/158) En l’an 38 de l’Hégire, les kharijites brandirent l’étendard de la révolte. Abou Qatada était l’officier de l’infanterie dans l’armée que ‘Ali dirigea contre eux.

Il existe de profondes divergences concernant l’année de la mort d’Abou Qatada, qu’Allah l’agrée. Selon les habitants de Koufa, il mourut à Koufa en l’an 38 de l’Hégire et ‘Ali dirigea sa prière funéraire en prononçant sept takbir. L’imam ash-Sha‘bi dit : « Non pas sept, mais six takbir. » Hasan ibn ‘Uthman affirme qu’il mourut en l’an 40. Al-Waqidi rapporte qu’il mourut à Médine en l’an 54, à l’âge de soixante-douze ans. D’autres ont dit qu’il n’avait pas soixante-douze ans, mais soixante-dix ans. Dans son ouvrage al-Awsat, l’imam al-Bukhari mentionne Abou Qatada parmi ceux qui moururent entre les années 50 et 60 de l’Hégire. Il rapporte également que lorsque Marwan était gouverneur de Médine au nom de Mu‘awiya, qu’Allah l’agrée, il convoqua un jour Abou Qatada pour le rencontrer, et celui-ci rencontra Marwan. Une autre narration vient appuyer cela. Lorsque Mu‘awiya arriva à Médine, toutes les catégories de gens vinrent le rencontrer. Il convoqua alors Abou Qatada et lui dit : « Tout le monde est venu me voir, sauf vous, les Ansar. » Ces récits montrent avec certitude qu’il mourut après l’an 40 de l’Hégire. (Voir al-Isaba, 4/159 ; al-A‘lam, 2/154 ; Usd al-Ghaba, 5/275)

On ne connaît pas grand-chose de l’apparence physique d’Abou Qatada, qu’Allah l’agrée. Il portait toutefois les cheveux jusqu’au cou, ce qu’on appelait hamiyya. Il les peignait parfois. Un jour, le noble Messager d’Allah ﷺ vit ses cheveux négligés et ébouriffés et lui dit : « Arrange-les un peu. Lorsqu’une personne laisse pousser ses cheveux, elle doit en prendre soin. Sinon, quel est l’intérêt de les laisser pousser ? »

Il avait quatre fils : ‘Abdullah, Ma‘bad, ‘Abd ar-Rahman et Thabit. Le dernier était né d’une servante. Son épouse s’appelait Salafa bint Barra’ ibn Ma‘rur ibn Sakhr, une fille d’une famille noble des Banou Sulayma. Elle était elle-même une sahabiyya, c’est-à-dire une femme compagnon, et son père, Barra’ ibn Ma‘rur ibn Sakhr, était également un compagnon célèbre.

Abou Qatada, qu’Allah l’agrée, ne se montrait nullement indifférent à la mission de diffuser et d’enseigner le Coran et les hadiths. Il était extrêmement prudent dans la transmission des hadiths. Après avoir entendu du Messager d’Allah ﷺ le hadith mettant en garde contre le kizb ‘ala ar-Rasul, c’est-à-dire l’attribution mensongère de paroles au Messager, il adopta une grande prudence dans la transmission des hadiths. (Musnad, 5/292)

Un jour, on étudiait les hadiths dans une assemblée de tabi‘un. Chacun disait : « Le Messager ﷺ a dit ceci ; le Messager ﷺ a dit cela. » Après avoir entendu leurs propos, Abou Qatada leur dit : « Malheureux que vous êtes ! Qu’est-ce qui sort de vos bouches ? Le Messager ﷺ a parlé du châtiment de l’Enfer réservé à ceux qui rapportent des hadiths mensongers. » (Musnad, 5/310)

Malgré cette grande prudence, le nombre de hadiths qu’il rapporta s’élève à 170. Parmi ceux qui rapportèrent des hadiths de lui figurent aussi bien les meilleurs compagnons que les meilleurs tabi‘un. On compte notamment : Anas ibn Malik, Jabir ibn ‘Abdillah, Abou Muhammad Nafi‘, son esclave affranchi, Sa‘id ibn Ka‘b ibn Malik, Kabsha bint Ka‘b ibn Malik, ‘Abdullah ibn Rabah, ‘Ata ibn Yasar, Abou Salama ibn ‘Abd ar-Rahman ibn ‘Awf, ‘Umar ibn Sulaym az-Zurqi, ‘Abdullah ibn Ma‘bad, Muhammad ibn Sirin, Sa‘id ibn al-Musayyib et d’autres. Tous ces hommes étaient des étoiles brillantes dans la science du hadith.

La fraternité islamique s’était pleinement épanouie chez Abou Qatada. Un jour, on apporta devant le Messager d’Allah ﷺ le corps d’un homme ansari afin qu’il dirige sa prière funéraire. Le Messager ﷺ demanda d’abord si cet homme avait des dettes. Les gens répondirent qu’il devait deux dinars. Il demanda ensuite s’il avait laissé des biens. Ils répondirent que non, qu’il n’avait rien laissé. Le Messager ﷺ dit alors : « Priez sur votre compagnon. » Abou Qatada demanda : « Ô Messager d’Allah, si je rembourse sa dette, dirigerez-vous sa prière ? » Il répondit : « Oui. » Abou Qatada remboursa la dette de l’homme et en informa le Messager ﷺ. Celui-ci vint alors diriger la prière funéraire. (Musnad, 5/29, 203)

Un musulman lui devait de l’argent. Lorsqu’Abou Qatada venait lui réclamer sa dette, l’homme se cachait. Un jour, il se rendit chez lui et apprit de son fils qu’il était en train de manger. Il cria : « Sors ! Aujourd’hui, j’ai découvert ta façon d’agir. Aujourd’hui, tu ne pourras pas te cacher. » Lorsque l’homme sortit, Abou Qatada lui demanda pourquoi il se cachait ainsi. L’homme répondit : « En vérité, je suis très pauvre. Je ne possède rien et je dois en plus subvenir aux besoins de ma famille. » Abou Qatada demanda : « Ta situation est-elle vraiment aussi difficile ? » Il répondit : « Oui. » Les yeux d’Abou Qatada se remplirent de larmes et il lui pardonna sa dette. (Musnad, 5/308)

Sous le califat d’Abou Bakr, qu’Allah l’agrée, eurent lieu les guerres de l’apostasie. À un moment de ces guerres, le calife envoya Khalid ibn al-Walid combattre Malik ibn Nuwayra al-Yarbu‘i. Malik avait embrassé l’islam. Malgré cela, pour une raison quelconque, Khalid le tua. Abou Qatada fut tellement irrité par cet acte de Khalid qu’il demanda au calife : « Je ne veux pas rester sous le commandement de Khalid. Il a versé le sang d’un musulman. »

Même dans les sujets les plus insignifiants, il rappelait aux gens la croyance correcte. Un jour, il se tenait sur une terrasse lorsqu’un météore apparut. Les gens le regardaient. Il leur dit : « Il est interdit de l’observer longuement. » (Musnad, 5/299)

Abou Qatada, qu’Allah l’agrée, eut la chance de jouir constamment de la compagnie et du service du Messager d’Allah ﷺ. Un jour, il l’accompagnait au cours d’un voyage. Le Messager ﷺ dit à ses compagnons : « Cherchez où se trouve l’eau, sinon vous vous réveillerez assoiffés demain matin. » Les gens partirent à la recherche d’eau, mais Abou Qatada resta auprès du Messager d’Allah ﷺ. Le Messager ﷺ était monté sur un chameau. Comme, accablé de sommeil, il penchait d’un côté, Abou Qatada s’avançait et le soutenait de sa main. À un moment, le Messager ﷺ faillit tomber ; Abou Qatada le retint rapidement de la main. Le Messager ﷺ ouvrit les yeux et demanda : « Qui est là ? » Il répondit : « Abou Qatada. » Le Messager ﷺ demanda encore : « Depuis quand es-tu avec moi ? » Il répondit : « Depuis le soir. » Le Messager ﷺ invoqua alors Allah pour lui en disant : « Ô Allah, protège Abou Qatada comme il m’a protégé toute la nuit. » (Musnad, 5/298 ; Hayat as-Sahaba, 3/347 ; al-Isaba, 4/159)

Un jour, Abou Qatada, qu’Allah l’agrée, fut témoin d’un miracle du Messager d’Allah ﷺ. Abou Nu‘aym rapporte dans son ouvrage ad-Dala’il, page 144, d’après Ibn Mas‘ud, que celui-ci dit : « Nous accompagnions le Messager d’Allah ﷺ lors d’un voyage. À un moment, pendant une halte, il demanda : “Avez-vous de l’eau avec vous ?” Je répondis : “Oui, j’ai un peu d’eau dans un récipient.” Il dit : “Apporte-la.” Je lui apportai le récipient d’eau. Il dit : “Prenez-en tous pour faire les ablutions.” Après les ablutions, il resta dans le récipient environ une gorgée d’eau. Le Messager ﷺ dit : “Abou Qatada, garde soigneusement cette eau. Elle fera bientôt parler d’elle.” Peu à peu, la chaleur intense de midi commença. Le Messager ﷺ se présenta devant ses compagnons. Ils dirent tous : “Non, vous ne mourrez pas.” Il appela alors Abou Qatada et lui demanda d’apporter le récipient d’eau. Abou Qatada dit : “Je l’apportai.” Le Messager ﷺ dit : “Apporte ma coupe.” On apporta la coupe. Il versa peu à peu l’eau du récipient dans la coupe et la fit boire aux gens. Une foule se pressa autour du Messager d’Allah ﷺ pour boire. Il y eut une grande bousculade. Le Messager ﷺ dit : “Restez calmes et convenables ; tout le monde pourra boire.” Abou Qatada raconte : “Lorsque tous eurent bu, à l’exception du Messager ﷺ et de moi, il dit : ‘Abou Qatada, bois maintenant.’ Je répondis : ‘Buvez d’abord.’ Il dit : ‘Celui qui sert à boire à son peuple boit en dernier.’ Je bus donc, puis le Messager ﷺ but en dernier. Après que tout le monde eut bu, il resta exactement dans le récipient la même quantité d’eau qu’auparavant.” Le narrateur dit qu’ils étaient trois cents ce jour-là. Selon une autre narration, ils étaient sept cents. (Hayat as-Sahaba, 3/620-621)

Il était naturellement doux et éprouvait une grande compassion envers les créatures. Un jour, il se rendit chez son fils. La femme de celui-ci avait préparé de l’eau pour les ablutions. Un chat commença à boire dans le récipient. Hazrat Abou Qatada, qu’Allah l’agrée, au lieu de chasser le chat, inclina davantage le récipient vers lui afin qu’il puisse boire convenablement. La femme de son fils observait la scène, debout à côté. Il lui dit : « Il n’y a rien d’étonnant à cela. Le Messager d’Allah ﷺ a dit : “Le chat n’est pas impur, car ce sont des animaux qui circulent dans les maisons.” » (Musnad, 5/303)

La chasse était l’un de ses passe-temps favoris. Un jour, il voyageait avec le noble Messager d’Allah ﷺ. Au cours d’une halte, il partit chasser avec plusieurs compagnons. L’endroit était montagneux. Il avait l’habitude de gravir les montagnes très rapidement. Il monta donc avec ses compagnons jusqu’au sommet. Ils y aperçurent un animal. Abou Qatada s’avança, l’observa attentivement et demanda à ses compagnons : « Dites-moi, quel est cet animal ? » Ils répondirent : « Nous ne pouvons pas le déterminer exactement. » Il dit : « C’est un âne sauvage. » En gravissant la montagne, Abou Qatada avait oublié son fouet. Il demanda à ses compagnons de le lui apporter. Ils étaient en état d’ihram et ne lui prêtèrent donc aucune assistance pour la chasse. Finalement, il poursuivit lui-même l’animal avec sa lance et le tua. Il demanda ensuite à ses compagnons de l’aider à le porter, mais aucun ne lui vint en aide. Il le porta donc seul, prépara la viande et la fit cuire. Ses compagnons hésitèrent toutefois à en manger. Certains mangèrent cette viande, tandis que d’autres refusèrent.

Abou Qatada dit : « Très bien, je vais demander au Messager d’Allah ﷺ et je vous répondrai dans un instant. » Il se rendit auprès du Messager ﷺ et lui raconta toute l’affaire. Après l’avoir écouté, le Messager ﷺ dit : « Pourquoi serait-il interdit de le manger ? Allah vous l’a envoyé. S’il en reste, apportez-m’en une part. » Lorsque la viande fut présentée, le Messager ﷺ dit à ses compagnons : « Mangez. » (Fath al-Bari, 9/528)

Il était extrêmement sociable. C’est pourquoi il avait un groupe d’amis. Il accompagna le Messager d’Allah ﷺ lors du voyage de Hudaybiya. Il cheminait avec ses amis, plaisantant et échangeant des plaisanteries avec eux. Abou Muhammad faisait également partie de son cercle d’amis. (Musnad, 5/295, 301)

Un jour, Hazrat Abou Qatada, qu’Allah l’agrée, se rendit à la cour de Hazrat Mu‘awiya, qu’Allah l’agrée, enveloppé dans un manteau ‘adani, c’est-à-dire fabriqué à ‘Adan. ‘Abdullah ibn Mas‘ada était alors assis là. Par hasard, le manteau que portait Abou Qatada glissa et tomba sur ‘Abdullah. Très irrité, ‘Abdullah le jeta au loin. Abou Qatada lui dit : « Par Allah ! J’ai défendu la poitrine de son père avec une lance, le jour où il attaqua les environs de Médine. » En entendant cela, ‘Abdullah se tut. (Ansab al-Ashraf, 1/349) Il convient de préciser qu’Abou Qatada faisait allusion à l’expédition de Dhi Qarad. Le père de cet ‘Abdullah faisait partie des pillards ghatafaniens.

Abû Sa‘îd al-Khudrî (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Sa‘d et son surnom Abû Sa‘îd. On l’appelait al-Khudârî ou al-Khudrî parce qu’il était issu de la tribu des Khudrah. Son père, Mâlik ibn Sinân, fut l’un des martyrs d’Uhud. Au cours de cette bataille, lorsque le Messager d’Allah, le Très Noble, fut blessé, il suça et avala son sang béni. Le Messager d’Allah déclara alors : « Le Feu de l’Enfer ne touchera pas celui dont le sang s’est mêlé au mien. » (Sîrat Ibn Hichâm, 2/80 ; Tadhkirat al-Huffâz, 1/44) Sa mère, Unaysa bint Abî Hâritha, était la fille de Banû ‘Adî ibn Najjâr. Son grand-père Sinân était le chef du quartier. Il était le maître d’une forteresse et un juge de l’époque préislamique.
Le premier mari de sa mère était un homme de la tribu des Aws nommé ‘Ammân. Il mourut. Avant l’arrivée du Messager d’Allah à Médine, elle prit Mâlik ibn Sinân pour second mari. De cette union naquit Abû Sa‘îd, à Yathrib, en 613 de l’ère chrétienne, dix ans avant l’Hégire. (Al-Isâbah, 4/88 ; Al-A‘lâm, 3/138) Le célèbre Compagnon de Badr, Qatâdah ibn Nu‘mân — dont l’œil fut blessé à la bataille d’Uhud puis guéri par la bénédiction de l’invocation du Messager d’Allah — était le frère utérin d’Abû Sa‘îd. Lorsque Qatâdah mourut en l’an 23 de l’Hégire, Abû Sa‘îd le descendit dans la tombe et l’y ensevelit. (Ansâb al-Ashrâf, 1/242 ; Usd al-Ghâbah, 5/211)
La prédication de l’islam à Médine commença en quelque sorte dès le serment d’al-‘Aqabah. Beaucoup d’habitants de Médine se consacrèrent alors à l’appel et à la transmission de l’islam. C’est à cette époque que Mâlik ibn Sinân embrassa l’islam. Son épouse devint musulmane avec lui. Ainsi, Abû Sa‘îd grandit auprès de parents musulmans.
Dès la première année de l’Hégire, la construction de la mosquée du Prophète commença. Abû Sa‘îd participa à ces travaux. Il prit part, aux côtés du Très Noble Messager d’Allah, à douze batailles au total. (Tahdhîb al-Asmâ’, 2/237 ; Al-A‘lâm, 3/138) En raison de son jeune âge, il ne put participer à la bataille de Badr. Lors de la bataille d’Uhud, il avait treize ans. Avant la bataille, il se rendit avec son père auprès du Messager d’Allah. Celui-ci l’examina des pieds à la tête puis le renvoya en disant qu’il n’avait pas encore l’âge de combattre. Son père Mâlik prit alors la main du Messager d’Allah et dit : « Que son âge soit peu élevé, qu’importe ? Ses deux mains sont fortes comme celles d’un homme. » Malgré cela, le Messager d’Allah ne l’autorisa pas à partir au combat. (Al-Isâbah, 2/35 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/330)
Au cours de cette bataille d’Uhud, le visage béni du Très Noble Messager d’Allah fut blessé et couvert de sang. Mâlik ibn Sinân but ce sang. Le Messager d’Allah déclara : « Si quelqu’un désire voir un homme dont le sang s’est mêlé au mien, qu’il regarde Mâlik ibn Sinân. » Puis Mâlik combattit héroïquement et mourut en martyr.
Le père d’Abû Sa‘îd n’était pas un homme riche. À la mort de son père, il fut donc confronté à d’immenses difficultés. Dans la pauvreté et la faim, il lui arrivait de passer ses journées avec une pierre attachée au ventre. Un jour, alors qu’il avait attaché une pierre à son ventre en raison d’une faim intense, son épouse — selon une autre version, sa mère ou son esclave — lui dit : « Va auprès du Prophète et demande-lui quelque chose. Untel est venu lui demander de l’aide, et il lui en a donné. » Abû Sa‘îd raconte : « Lorsque je me rendis auprès du Messager d’Allah, il prononçait un sermon et disait : “Celui qui se considère riche, Allah l’enrichit. Et celui qui s’abstient de me demander quoi que ce soit m’est plus cher que celui qui me demande.” » En entendant cela, je ne demandai rien. Je rentrai chez moi. Ensuite, Allah le Très-Haut commença à bénir et à accroître notre subsistance. Finalement, je ne connaissais aucune famille parmi les Ansâr qui fût plus riche que la nôtre. (Musnad, 3/449 ; Hayât al-Sahâbah, 2/257)
Il participa aux batailles de la Tranchée et de Banû al-Mustaliq. Toutefois, une narration rapportée dans l’ouvrage Usd al-Ghâbah dit : « Abû Sa‘îd raconte : Le jour de la Tranchée, mon père me prit par la main et me conduisit devant le Messager d’Allah en disant : “Ô Messager d’Allah ! Ses os sont déjà très solides.” Malgré cela, il me renvoya sans m’autoriser à combattre. Il dit également : “Je participai avec le Messager d’Allah à la bataille de Banû al-Mustaliq.” » Al-Wâqidî dit : « Abû Sa‘îd avait alors quinze ans. » (Usd al-Ghâbah, 5/211 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/334)
L’imâm Ahmad rapporte d’Abû Sa‘îd al-Khudrî. Celui-ci dit : « Le jour de la Tranchée, nous déclarâmes : “Ô Messager d’Allah ! Nos âmes sont remontées jusqu’à nos gorges. Existe-t-il une invocation que nous puissions réciter ?” Il répondit : “Oui. Dites : Allâhumma ustur ‘awrâtinâ wa âmin raw‘âtinâ — Ô Allah, couvre nos défauts et apaise nos frayeurs.” » (Hayât al-Sahâbah, 1/488)
Il participa au serment sous l’Arbre, également appelé serment d’al-Ridwân. (Chajarat al-Dhahab, 1/81 ; Tadhkirat al-Huffâz, 1/44) Au mois de Safar de l’an 8 de l’Hégire, un groupe de soldats fut envoyé à Fadak sous le commandement de ‘Abdullah ibn Ghâlib al-Laythî. Il se trouvait lui aussi dans cette armée. ‘Abdullah insista auprès des soldats pour qu’ils ne se dispersent pas. Dans ce but, il établit entre les membres de l’armée des liens de fraternité, ou mu’âkhât. Il établit également un lien de fraternité entre Abû Sa‘îd et un Compagnon éminent.
Au mois de Rabî‘ al-Thânî de l’an 9 de l’Hégire, ‘Arqamah ibn Mukharr fut envoyé en expédition avec une petite troupe. Abû Sa‘îd était l’un des membres de cette troupe. (Musnad, 3/270 ; Hayât al-Sahâbah, 2/67)
Outre les batailles mentionnées ci-dessus, les ouvrages de sîrah rapportent sa participation à la conquête de La Mecque ainsi qu’aux expéditions de Hunayn, Tabûk, Awtâs et autres. Selon une narration de Sahîh al-Bukhârî, il eut l’honneur de participer à douze batailles au total durant l’époque du Messager d’Allah. Il relata la misère extrême et la famine des musulmans pendant la bataille de Tabûk. Lorsque, après la bataille de Hunayn, le Messager d’Allah distribua la plus grande partie du butin aux nouveaux musulmans de La Mecque afin de gagner leurs cœurs — ta’lîf al-qulûb —, nombre d’Ansâr de Médine en furent quelque peu attristés. Abû Sa‘îd rapporta cet événement. (Hayât al-Sahâbah, 1/397-398 ; 3/625) Il est rapporté de lui : « Nous partîmes en expédition avec le Messager d’Allah durant le mois de Ramadan. Certains d’entre nous jeûnaient et d’autres ne jeûnaient pas. Pourtant, aucun ne jalousait l’autre. Chacun savait que celui qui se sentait capable de jeûner devait jeûner, et que cela était meilleur pour lui ; tandis que celui qui se sentait faible et incapable ne devait pas jeûner, et que cela était meilleur pour lui. » (Hayât al-Sahâbah, 1/479)
Un jour, le Très Noble Messager d’Allah les envoya dans une petite expédition. L’armée comptait trente hommes au total et Abû Sa‘îd en était le chef. En chemin, ils dressèrent leurs tentes dans un endroit et y firent halte. Un village se trouvait à proximité. Ils dirent à ses habitants : « Nous sommes vos hôtes. » Mais ceux-ci refusèrent catégoriquement de les accueillir. Ce jour-là, par hasard, le chef du village fut mordu par un scorpion. Plusieurs personnes essayèrent différents traitements, mais rien n’y fit. Quelqu’un leur conseilla alors : « Allez voir ces voyageurs ; peut-être l’un d’eux connaît-il un remède. » Ils vinrent donc les informer de la situation. Abû Sa‘îd dit : « Je connais une formule de guérison, mais vous devrez me donner trente chèvres comme rémunération. » Ils acceptèrent. Abû Sa‘îd les accompagna, récita la sourate Muhammad et souffla légèrement sur l’endroit de la morsure. L’homme guérit complètement. Les nobles Compagnons prirent les trente chèvres et se dirigèrent vers Médine. Ils éprouvaient un doute : était-il correct de les accepter ainsi ? Ils décidèrent finalement d’en informer le Messager d’Allah. Dès leur arrivée à Médine, ils lui racontèrent toute l’affaire. Après les avoir écoutés, il sourit légèrement puis dit : « Comment avez-vous su que cette sourate pouvait servir de guérison ? Vous avez bien agi. Répartissez-vous les chèvres, et n’oubliez pas de m’en donner une part. » (Sahîh al-Bukhârî, 1/251)
Après le décès du Très Noble Messager d’Allah, il demeura à Médine. Sous les califats de ‘Umar et de ‘Uthmân, il fut chargé de rendre les fatwas. Ibn Sa‘d rapporte, par l’intermédiaire de Ziyâd ibn Mînâ’ : « Ibn ‘Abbâs, Ibn ‘Umar, Abû Sa‘îd al-Khudrî, Abû Hurayrah, ‘Abdullah ‘Amr ibn al-‘Âs, Jâbir ibn ‘Abdullah et d’autres Compagnons du Messager rendaient des fatwas à Médine et rapportaient les hadiths du Messager d’Allah depuis la mort de ‘Uthmân jusqu’à leur propre mort. » (Hayât al-Sahâbah, 3/255)
À l’époque de ‘Alî, il participa à la bataille de Nahrawân contre les Khârijites. Il disait alors : « Je considère qu’il est plus nécessaire de combattre les Khârijites que les Turcs. » (Musnad, 3/33, 56) Lorsque l’imâm Husayn décida de quitter Médine pour se rendre à Kûfa, Abû Sa‘îd, comme beaucoup d’autres Compagnons, lui conseilla de renoncer à cette décision. (Al-Suyûtî, Târîkh al-Khulafâ’)
Lorsque Umm Salamah mourut en l’an 59 de l’Hégire, Abû Sa‘îd assista à ses funérailles. (Ansâb al-Ashrâf, 1/432) En l’an 61, les habitants du Hijâz se révoltèrent contre Yazîd et prêtèrent serment à ‘Abdullah ibn al-Zubayr ibn al-‘Awwâm, le fils du cousin maternel du Messager d’Allah. Abû Sa‘îd faisait partie de ceux qui lui prêtèrent serment.
En l’an 63, les habitants de Médine, la Dâr al-Hijrah, rejetèrent l’allégeance à Yazîd, prêtèrent serment à ‘Abdullah, fils de Hanzalah, surnommé Ghassîl al-Malâ’ikah, et le proclamèrent leur émir. L’armée de Yazîd attaqua Médine et vainquit ses habitants. ‘Abdullah combattit héroïquement contre l’armée de Yazîd et mourut en martyr. L’armée victorieuse de Yazîd se livra alors à Médine à des massacres, des pillages, des viols et des destructions dévastatrices. Les Compagnons encore vivants furent profondément affligés de voir ainsi profanée et humiliée Médine, la ville sacrée et inviolable du Messager d’Allah. Incapable de supporter ce spectacle, Abû Sa‘îd se réfugia dans une grotte de la montagne. Mais un homme finit par l’y retrouver et leva son épée pour le tuer. Abû Sa‘îd leva d’abord son épée pour l’effrayer. Lorsque le soldat continua d’avancer, il posa son épée au sol et récita le verset 28 de la sourate al-Mâ’idah : « Si tu étends vers moi ta main pour me tuer, je n’étendrai pas ma main vers toi pour te tuer. Je crains Allah, le Seigneur des mondes. » Le soldat s’arrêta. Il demanda : « Par Allah, dites-moi qui vous êtes. » Il répondit : « Je suis Abû Sa‘îd al-Khudrî. » — « Êtes-vous un Compagnon du Messager d’Allah ? » — « Oui. » Le soldat quitta alors la grotte. (Al-Isâbah, 3/55) Abû Sa‘îd rentra chez lui. Après divers interrogatoires, il fut emprisonné. Finalement, sous une pression extrême, il fut contraint de prêter serment d’allégeance à Yazîd.
Lorsque ‘Abdullah ibn ‘Umar en fut informé, il se rendit auprès de lui et lui dit : « J’ai appris que vous avez prêté serment d’allégeance, ou promis obéissance, à deux émirs. » Il répondit : « Oui. J’ai d’abord prêté serment à ‘Abdullah ibn al-Zubayr, puis à Yazîd après avoir été fait prisonnier. » Ibn ‘Umar dit : « C’est précisément ce que je craignais. » Abû Sa‘îd répondit : « Mais que pouvais-je faire ? J’ai entendu le Messager d’Allah dire que chaque matin et chaque soir des hommes doivent s’écouler sous l’autorité d’un émir. » En entendant cela, Ibn ‘Umar dit : « Quoi qu’il en soit, je n’approuve pas de prêter serment à deux émirs. » (Musnad, 3/29-30)
Selon la majorité des récits, il vécut soixante-quatorze années de l’Hégire. Toutefois, l’érudit al-Dhahabî écrit qu’il mourut à l’âge de quatre-vingt-six ans, et que c’est l’opinion correcte. (Voir : Tadhkirat al-Huffâz, 1/37 ; Tahdhîb al-Asmâ’ wa al-Lughât, 2/237 ; Al-A‘lâm, 3/138 ; Chajarat al-Dhahab, 1/81 ; Usd al-Ghâbah, 5/211)
Abû Sa‘îd avait deux épouses. L’une s’appelait Zaynab bint Ka‘b ibn ‘Ajrah. Certains ont dit qu’elle était une Compagnonne. La seconde était connue sous le nom d’Umm ‘Abdullah bint ‘Abdullah. Ses enfants s’appelaient ‘Abd al-Rahmân, Hamzah et Sa‘îd.
Abû Sa‘îd était l’un des membres d’Ahl al-Suffah. Il était l’un des plus grands jurisconsultes de son époque. Il avait appris la récitation du Coran auprès d’un récitant. Durant sa formation, les Ansâr possédaient plusieurs cercles d’étude, où des savants ansârîs dispensaient leurs enseignements. La jeunesse studieuse d’Abû Sa‘îd se déroula au tout début de l’islam. À cette époque, les gens ne parvenaient même pas à se procurer suffisamment de vêtements pour couvrir correctement leur corps. Dans les cercles d’étude, chacun s’asseyait discrètement derrière les autres. Un jour, le Très Noble Messager d’Allah se rendit dans l’un de ces cercles. En le voyant, le récitant interrompit sa récitation. Le Messager demanda à tous de s’asseoir en cercle, puis s’assit lui-même parmi eux. De tous ceux qui étaient présents ce jour-là dans ce cercle, le Messager d’Allah ne connaissait qu’Abû Sa‘îd. (Musnad, 3/63 ; Hayât al-Sahâbah, 3/204)
Il acquit la connaissance du hadith et du fiqh directement auprès du Messager d’Allah et d’autres Compagnons. Il entendit des hadiths des quatre califes et de Zayd ibn Thâbit. Il en mémorisa un très grand nombre. Le nombre total de hadiths qu’il rapporta est de 1 170. Il fut l’un des grands hafiz du hadith, parmi ceux qui en ont rapporté un grand nombre. Parmi ses hadiths, quarante-trois — ou, selon une autre opinion, quarante-six — sont muttafaq ‘alayh, c’est-à-dire rapportés conjointement par al-Bukhârî et Muslim. Al-Bukhârî et Muslim en rapportèrent séparément seize et cinquante-deux respectivement. Voici quelques-uns des célèbres Compagnons et tâbi‘ûn qui entendirent des hadiths de lui et les rapportèrent : Zayd ibn Thâbit, ‘Abdullah ibn ‘Abbâs, Anas ibn Mâlik, Ibn ‘Umar, Ibn al-Zubayr, Jâbir, Abû Qatâdah, Ibn ‘Amr, Mahmûd ibn Labîd, Abû al-Tufayl, Abû Umâmah ibn Sahl, Sa‘îd ibn al-Musayyib, Târiq ibn Shihâb, ‘Atâ’, Mujâhid, Abû ‘Uthmân al-Nahdî, ‘Ubayd ibn ‘Umayr, ‘Ayyâd ibn Abî Sarh, Busr ibn Sa‘îd, Abû Nudbah, Ibn Sîrîn et d’autres. (Voir : Al-Isâbah, 2/35 ; Tadhkirat al-Huffâz, 1/44 ; Tahdhîb al-Asmâ’ wa al-Lughât, 2/237 ; Al-A‘lâm, 3/138)
Son cercle d’étude était toujours rempli d’étudiants. Celui qui voulait poser une question devait attendre longtemps avant d’en avoir l’occasion. (Musnad, 3/35) Même en dehors des heures d’enseignement, les gens pouvaient à tout moment venir lui demander des éclaircissements sur diverses questions religieuses. Il répondait à leurs questions. Un jour, Ibn ‘Abbâs dit à son fils ‘Alî et à son serviteur ‘Ikrimah : « Allez donc écouter des hadiths auprès d’Abû Sa‘îd. » Lorsqu’ils arrivèrent, Abû Sa‘îd se trouvait dans un jardin. Il s’assit avec eux et leur transmit des hadiths. (Musnad, 3/90-91)
En rapportant un hadith, il décrivait également dans quelles circonstances il l’avait entendu. ‘Abdullah ibn ‘Umar entendit un hadith d’un homme qui le rapportait d’après Abû Sa‘îd. Ibn ‘Umar se rendit avec cet homme auprès d’Abû Sa‘îd et demanda : « Cet homme a-t-il entendu de vous tel hadith ? Et vous, l’avez-vous entendu de la bouche du Messager d’Allah ? » Il répondit : « Mes deux yeux l’ont vu et mes deux oreilles l’ont entendu. » (Musnad, 3/4)
Un jour, un étudiant nommé Quz‘ah apprécia particulièrement un hadith. Il demanda brusquement : « Avez-vous entendu ce hadith de la bouche du Messager d’Allah ? » Cette question l’irrita quelque peu. Il répondit : « Le rapporterais-je donc sans l’avoir entendu ? Oui, je l’ai entendu. » (Musnad, 3/91)
Il se montrait extrêmement prudent lorsqu’il rapportait les hadiths dont il n’était pas certain des paroles entendues de la bouche du Messager d’Allah. Ainsi, un jour, il rapporta un hadith sans prononcer le nom du Messager d’Allah. Un homme lui demanda : « Est-ce un hadith rapporté du Messager d’Allah ? » Il répondit : « Je le sais aussi. »
Conformément au conseil du Très Noble Messager d’Allah, Abû Sa‘îd accueillait chaleureusement ses étudiants. L’imâm al-Tirmidhî rapporte d’après Abû Hârûn. Celui-ci dit : « Lorsque nous nous rendions auprès d’Abû Sa‘îd, il disait : “Bienvenue à ceux qui suivent le testament du Messager d’Allah.” Le Prophète a dit : “Les gens vous suivront. Des hommes viendront de diverses régions auprès de vous afin d’acquérir une connaissance profonde de la religion. Lorsqu’ils viendront à vous, donnez-leur de bons conseils.” » Une autre narration dit : « Enseignez-leur et dites : “Bienvenue, bienvenue ! Approchez-vous.” » (Hayât al-Sahâbah, 3/202 ; Kanz al-‘Ummâl, 5/243)
Abû Sa‘îd rapporte également : « Le Messager d’Allah nous a ordonné de leur faire une place dans nos assemblées et de leur enseigner les hadiths. Car vous êtes nos représentants et nos transmetteurs de hadiths après nous. » Il disait aussi à ses étudiants : « Si tu ne comprends pas une chose, pose encore et encore des questions afin de la comprendre. Car il m’est plus cher que tu quittes mon assemblée après avoir compris que tu la quittes sans avoir compris. » (Hayât al-Sahâbah, 3/203 ; Kanz al-‘Ummâl, 5/243)
Il n’écrivait pas les hadiths pour ses étudiants. Al-Tabarânî rapporte d’après Abû Nadrah. Celui-ci dit : « Je demandai à Abû Sa‘îd : “Écrivez-nous les hadiths.” Il répondit : “Nous ne les écrirons jamais et nous ne transformerons jamais les hadiths en Coran. Recevez plutôt de nous comme nous avons reçu du Messager d’Allah.” » (Hayât al-Sahâbah, 3/217)
Hanzalah ibn Abî Sufyân al-Jumahî rapporte de ses maîtres qu’ils dirent : « Nul ne comprenait mieux les événements du Messager d’Allah qu’Abû Sa‘îd al-Khudrî. » (Tahdhîb al-Asmâ’ wa al-Lughât, 2/237)
Il était extrêmement véridique. Il disait : « J’ai entendu le Messager insister fortement sur la véracité. Si seulement je ne l’avais pas entendu ! » (Musnad, 3/5) Un jour, lorsque fut évoqué le hadith sur la véracité, il se mit à pleurer puis dit : « J’ai certainement entendu ce hadith, mais personne ne le met aucunement en pratique. » (Musnad, 3/61, 71)
Sous le gouvernement de l’émir Mu‘âwiyah, de nombreuses innovations commencèrent à se répandre. Abû Sa‘îd parcourut une longue distance pour se rendre auprès de Mu‘âwiyah et lui exposa, l’une après l’autre, toutes ces innovations. (Musnad, 3/84) Un jour, il parla avec l’émir Mu‘âwiyah au sujet des Ansâr. Il dit : « Le Messager d’Allah nous a ordonné de patienter face aux difficultés. » L’émir Mu‘âwiyah répondit : « Alors patientez. » (Musnad, 3/89)
Un jour, alors qu’il était assis à la cour du calife omeyyade Marwân, il lui rapporta des hadiths du Messager d’Allah concernant le mérite et le rang des Compagnons. Marwân ne voulut pas le croire. Zayd ibn Thâbit et Râfi‘ ibn Khadîj étaient également présents à cette réunion. Abû Sa‘îd prit d’abord ces deux hommes à témoin. Puis il dit : « Pourquoi parleraient-ils, eux aussi ? L’un craint d’être relevé de sa charge concernant la zakât, et l’autre craint de perdre le commandement de sa tribu au moindre signe de votre part. » Après avoir entendu ces paroles si directes, Marwân voulut le frapper avec un fouet. Les deux hommes reconnurent alors la véracité de ses propos. (Musnad, 3/23)
De même, un jour de fête, Marwân fit sortir la chaire et prononça le sermon avant la prière. Un homme se leva pour protester, déclarant que ces deux pratiques étaient des innovations contraires à la Sunna. Marwân répondit : « L’ancienne pratique a été abandonnée. » Abû Sa‘îd était présent. Il dit : « Quoi qu’il en soit, cet homme a accompli son devoir. J’ai entendu le Messager d’Allah dire : “Si quelqu’un voit une mauvaise action, qu’il la change par la force. S’il ne le peut pas, qu’il la dénonce par la parole ; et s’il ne le peut pas non plus, qu’il la réprouve au moins dans son cœur.” » (Musnad, 3/10)
Son ardeur à ordonner le bien était si intense qu’un jour, Marwân était assis avec Abû Hurayrah. Un cortège funèbre passa devant eux, et Abû Sa‘îd l’accompagnait. Marwân ne se leva pas en voyant le cercueil. Abû Sa‘îd lui dit alors : « Émir, lève-toi pour la prière funéraire, car le Messager d’Allah se levait. » En entendant cela, Marwân se leva. (Musnad, 3/47, 97) Selon Ibn Sa‘d, cette prière funéraire était celle de Hafsah, Mère des croyants. (Ansâb al-Ashrâf, 1/428)
Lorsque Mus‘ab ibn ‘Umayr était gouverneur de Médine, il demanda un jour de l’Aïd al-Fitr : « Quelle était la pratique du Messager d’Allah concernant la prière et le sermon ? » Abû Sa‘îd répondit : « Le Messager d’Allah dirigeait la prière avant le sermon. » Mus‘ab suivit son conseil. (Musnad, 3/4)
Un jour, Shahr ibn Hawshab voulut voyager jusqu’au mont Tûr. Il vint rencontrer Abû Sa‘îd. Celui-ci lui dit qu’il était interdit de voyager vers un lieu sacré autre que trois mosquées. Ibn Abî Sa‘sah aimait beaucoup la forêt. Abû Sa‘îd lui dit : « Là-bas, élève la voix pour l’appel à la prière, afin que les takbîr résonnent dans toute la forêt. » (Musnad, 3/95 ; 4/93)
Sa sœur jeûnait continuellement sans manger ni boire. Le Messager d’Allah interdisait ce genre de jeûne. Abû Sa‘îd essayait lui aussi constamment de l’empêcher d’agir ainsi.
Il suivait parfaitement la Sunna du Messager d’Allah. Abû Hurayrah dirigeait la prière dans une mosquée. Un jour, il tomba malade ou ne put venir pour une autre raison. Abû Sa‘îd le remplaça pour diriger la prière. Les gens exprimèrent un certain désaccord avec sa manière de prier. Il se tint près de la chaire et déclara : « J’ai dirigé la prière exactement comme j’ai vu le Messager d’Allah l’accomplir. Si vous êtes en désaccord avec moi, cela ne me préoccupe pas. »
Il était patient. Un jour, il souffrit du pied et s’allongea en posant une jambe sur l’autre. Son frère arriva soudainement et frappa ce pied avec la paume de sa main, ce qui augmenta la douleur. Abû Sa‘îd lui dit avec beaucoup de douceur : « Tu m’as fait mal. Tu savais pourtant que j’avais mal au pied. » Son frère répondit : « Oui, je le savais. Mais le Messager d’Allah a interdit de s’allonger ainsi. »
La simplicité était l’un des traits essentiels de son caractère. Un jour, il fut appelé pour une prière funéraire. Il arriva un peu en retard, après tout le monde. Les gens étaient assis à l’attendre. Lorsqu’ils le virent, ils se levèrent et lui firent une place. Il dit : « Ce n’est pas convenable. Il faut s’asseoir dans un espace libre. » Puis il s’assit lui-même dans un endroit libre.
Il avait un étudiant nommé Abû Salamah, qui était un tâbi‘î. Une amitié remarquable les unissait. Un jour, Abû Salamah l’appela. Il sortit, enveloppé dans son manteau. Abû Salamah lui dit : « Venez jusqu’au jardin ; j’ai quelque chose à vous dire. » Il partit avec Abû Salamah.
Il s’occupait d’orphelins. Layth et Sulaymân ibn ‘Amr étaient élevés par lui. Il se promenait avec un bâton à la main. Il aimait les bâtons légers et fins. Il redressait une branche de palmier pour en faire un bâton. Là encore, il suivait le Messager d’Allah. (Musnad, 3/65)
Anas dit : « Vingt jeunes gens parmi les Ansâr étaient constamment au service du Messager d’Allah. Pour tout besoin, le Messager envoyait l’un d’eux. » ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf dit : « Quatre ou cinq Compagnons ne quittaient jamais la porte de la maison du Messager d’Allah. » Abû Sa‘îd dit : « Nous demeurions auprès du Messager d’Allah à tour de rôle. » (Hayât al-Sahâbah, 2/687)
Un jour, il fut invité à un repas de noces. Lorsqu’il arriva, il vit que de nombreux plats avaient été préparés. Il dit aux gens de la maison : « Ne savez-vous pas que, le jour où le Messager d’Allah mangeait à midi, il passait la nuit sans manger, et que lorsqu’il prenait son petit-déjeuner le matin, il ne mangeait pas à midi ? » (Hayât al-Sahâbah, 2/308)
Lors de la bataille de Siffîn, ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘Âs partit combattre contre ‘Alî aux côtés de son père, ‘Amr ibn al-‘Âs. Pour cette raison, al-Hasan ibn ‘Alî cessa de lui parler pendant longtemps. Lorsqu’Abû Sa‘îd en fut informé, il se rendit auprès d’al-Hasan avec ‘Abdullah et rétablit entre eux l’entente et l’affection. (Hayât al-Sahâbah, 2/434)

Mu’adh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Muʿâdh, son surnom Abû ʿAbdir-Rahmân, et ses titres étaient « l’Imâm des juristes, le Trésor des savants et le Rabbi­nî des cœurs ». Il était issu de la branche ʿUday ibn Saʿd de la tribu médinoise des Khazradj. Certains l’ont rattaché à la branche Salama ibn Saʿd. Muhammad ibn Ishâq a dit qu’en réalité il appartenait à la tribu de Banû Qudâʿa, tandis que ʿUday ibn Saʿd était le nom de la tribu. Les membres de cette tribu le revendiquaient comme l’un des leurs. (Ansâb al-Ashrâf, 1/247 ; al-Isâba, 4/427 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/464 ; Usud al-Ghâba, 4/376.) Il naquit à Yathrib, c’est-à-dire Médine, en 603, vingt ans avant l’Hégire. (Al-Aʿlâm, 8/166.)

L’ancêtre Saʿd ibn ʿAlî avait deux fils : Salama et ʿUday. La descendance de Salama était appelée Banû Salama. De cette lignée naquirent des Compagnons célèbres tels qu’Abû Qatâda, Jâbir ibn ʿAbdillâh, Kaʿb ibn Mâlik et ʿAbdullâh ibn ʿAmr ibn Harâm. Bien d’autres personnalités éminentes étaient également liées à cette lignée. En revanche, au moment de l’Hégire du Messager d’Allah vers Médine, un seul homme, Muʿâdh, était encore vivant dans la descendance de ʿUday, frère de Salama. Avec sa mort, en l’an 18 ou 19 de l’Hégire, cette lignée disparut pour toujours.

Dans son ouvrage Kitâb al-Ansâb, l’imâm as-Samʿânî rattache Husayn ibn Muhammad ibn Tâhir à la descendance de ʿUday. Cette information n’est toutefois pas exacte. Des récits fiables prouvent en effet que, durant les premières années de l’islam, deux hommes de cette famille étaient encore en vie : l’un était Muʿâdh ibn Jabal, l’autre son fils ʿAbd ar-Rahmân. Tous deux moururent après avoir été touchés par l’épidémie de ʿAmwâs en Syrie. (Usud al-Ghâba, 4/376.)

Les habitations des Banû ʿUday se trouvaient près de la mosquée al-Qiblatayn, à côté de celles de leur clan cousin, les Banû Salama. La maison de Muʿâdh se trouvait également en ce lieu.

Le père de Muʿâdh était Jabal ibn ʿAmr et sa mère Hind bint Sahl al-Juhaniyya. Le Compagnon ayant participé à Badr, ʿAbdullâh ibn al-Jadd, était son frère utérin. (At-Tabaqât, 3/571, 583.) Le fils de Muʿâdh s’appelait ʿAbd ar-Rahmân ; c’est pourquoi on l’appelait Abû ʿAbdir-Rahmân. (At-Tabaqât, 3/583.)

Lorsque Muʿâdh embrassa l’islam, à l’âge de dix-huit ans, durant la douzième année de la mission prophétique, ce fut par l’intermédiaire du Compagnon Musʿab ibn ʿUmayr, envoyé par le Messager d’Allah à Médine depuis La Mecque comme prédicateur de l’islam. (Usud al-Ghâba, 4/376.) Après sa conversion, Musʿab ibn ʿUmayr partit pour La Mecque à la saison du pèlerinage suivante. Un groupe de nouveaux musulmans médinois ainsi que quelques polythéistes l’accompagnèrent pour accomplir le pèlerinage. Muʿâdh faisait partie de cette caravane. À al-ʿAqaba, à La Mecque, ils rencontrèrent secrètement le Messager d’Allah et lui prêtèrent serment d’allégeance. Ce fut le troisième et dernier serment d’al-ʿAqaba. Après le retour de ce groupe à Médine, l’appel à l’islam se répandit de maison en maison.

Lorsque le jeune Muʿâdh revint de La Mecque, son cœur était rempli d’enthousiasme pour la foi. Il lui était désormais insupportable de voir une idole dans la maison de quelqu’un. De retour à Médine, lui et plusieurs autres jeunes décidèrent de débarrasser la ville des idoles, ouvertement ou secrètement, par quelque moyen que ce soit. Leur mouvement amena ʿAmr ibn al-Jamûh à renoncer à l’idolâtrie et à embrasser l’islam.

ʿAmr ibn al-Jamûh était l’un des chefs les plus respectés des Banû Salama de Médine. Comme les autres notables, il possédait une idole de bois à laquelle il était très attaché. Elle s’appelait Manât. ʿAmr lui vouait une vénération et un respect extrêmes. Il la parfumait avec soin et la recouvrait toujours d’un tissu de soie.

Une nuit, les jeunes revenus de La Mecque emportèrent discrètement l’idole et la jetèrent dans la fosse où les Banû Salama déversaient leurs ordures. Ibn Ishâq rapporte les noms de trois de ces jeunes enthousiastes : Muʿâdh ibn Jabal, ʿAbdullâh ibn Unays et Salama ibn Ghanama. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/699.)

Au matin, ʿAmr ibn al-Jamûh se réveilla et, ne trouvant pas l’idole à sa place, se mit à la chercher. Il finit par la découvrir, face contre terre, dans un tas d’ordures et s’écria d’une voix affligée : « Malheur à vous ! Qui a traité ainsi notre divinité la nuit dernière ? » Il la retira de là, la lava, la nettoya, la parfuma et la remit à sa place. Puis il s’adressa à elle : « Ô Manât, si seulement je savais qui t’a fait cela ! »

La nuit suivante, la même scène se reproduisit. Au matin, ʿAmr chercha l’idole et la retrouva dans une autre fosse. Il la lava, la nettoya et la remit comme auparavant. La nuit suivante, l’événement se répéta. Il la ramassa encore et la replaça au même endroit. Mais ce jour-là, il suspendit une épée à l’épaule de l’idole et lui dit : « Par Allah ! Je ne sais pas qui te traite ainsi. Mais tu les as vus. Ô Manât, si tu as quelque pouvoir, défends-toi contre eux. Voici une épée avec toi. »

La nuit venue, les jeunes revinrent. Ils retirèrent l’épée de l’épaule de l’idole et l’attachèrent à un chien mort. Puis ils jetèrent le chien et l’idole dans une fosse malpropre avant de s’en aller. Le matin, ʿAmr partit à sa recherche. En voyant l’état dans lequel elle se trouvait, il récita à son adresse un poème dont le premier vers disait : « Par Allah ! Si tu étais véritablement une divinité, tu ne serais pas tombée ainsi dans une fosse avec un chien. » (Sîrat Ibn Hishâm, 1/453-454.)

Ainsi, dégoûté de l’idolâtrie, ʿAmr ibn al-Jamûh se réfugia sous l’ombre rafraîchissante de l’islam. (Voir Suwar min Hayât as-Sahâba, 7/122-126 ; Hayât as-Sahâba, 1/230 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/452, 453, 699.)

Peu de temps après la conversion de Muʿâdh, le noble Messager d’Allah émigra à Médine. Muʿâdh participa ensuite à toutes les batailles aux côtés du Messager d’Allah, notamment à Uhud et à al-Khandaq. (At-Tabaqât, 3/584 ; al-Aʿlâm, 8/166.)

Du vivant du Messager d’Allah, Muʿâdh mémorisa le Noble Coran. Il fut l’un des six hommes qui, à l’époque du Prophète, recueillirent et préservèrent le Coran. (Al-Aʿlâm, 8/166.)

Lorsqu’une mosquée fut construite dans le quartier des Banû Salama du vivant du Messager d’Allah, Muʿâdh en fut nommé imam. Un jour, il récita la sourate al-Baqara pendant la prière de ʿishâ. Parmi les fidèles se trouvait un travailleur agricole épuisé par sa journée. Avant que Muʿâdh n’ait terminé la prière, l’homme la quitta et partit. Après la prière, lorsqu’il apprit ce qui s’était passé, Muʿâdh dit : « C’est un hypocrite. » L’homme se plaignit de Muʿâdh auprès du Messager d’Allah. Celui-ci le convoqua et lui dit : « Muʿâdh, veux-tu donc plonger les gens dans la difficulté ? » Puis il ajouta : « Récite de courtes sourates, car derrière toi prient des personnes âgées, faibles et occupées. Tu dois tenir compte de leur situation. » (Al-Bukhârî, 1/98.)

Durant la neuvième année de l’Hégire, le noble Messager d’Allah venait à peine de rentrer à Médine après l’expédition de Tabûk lorsqu’un envoyé du gouverneur de la tribu himyarite du Yémen arriva avec la nouvelle que les Yéménites avaient embrassé l’islam. À cette nouvelle, le Messager d’Allah choisit Muʿâdh ibn Jabal comme gouverneur de la région.

Avant sa nomination, tous les biens de Muʿâdh avaient été vendus pour régler ses dettes. Jâbir ibn ʿAbdillâh rapporte : « Par son apparence, son caractère et sa générosité, Muʿâdh était l’un des meilleurs hommes. À cause de sa grande largesse, il s’endetta lourdement. Lorsque ses créanciers commencèrent à le presser, il se cacha quelque temps chez lui. Ils demandèrent au Messager d’Allah de les aider à recouvrer leurs créances. Le Messager d’Allah convoqua Muʿâdh, et les créanciers se présentèrent. Ils dirent : “Ô Messager d’Allah, fais-nous obtenir ce que Muʿâdh nous doit.” Voyant sa situation difficile, le Messager d’Allah leur dit : “Allah fera miséricorde à celui qui renoncera à sa créance.” Après ces paroles, certains abandonnèrent leurs demandes, mais d’autres refusèrent. Le Messager d’Allah dit alors : “Muʿâdh, sois patient.” Puis il partagea tous les biens de Muʿâdh entre ses créanciers. Même cela ne suffit pas à régler toute sa dette. Il leur dit donc : “Vous ne recevrez rien de plus ; prenez ce qui vous a été donné.” »

Muʿâdh quitta la demeure du Messager d’Allah les mains vides et retourna chez les Banû Salama. Un homme lui dit : « Abû ʿAbdir-Rahmân, pourquoi n’as-tu pas demandé de l’aide au Messager d’Allah ? Tu es aujourd’hui complètement démuni. » Muʿâdh répondit : « Demander n’est pas dans ma nature. » Le Messager d’Allah n’oublia pas la situation de Muʿâdh. Le lendemain, il le convoqua et lui annonça sa nomination comme gouverneur du Yémen, en disant : « Il est à espérer qu’Allah compensera tes pertes et te permettra de régler tes dettes. » (Usud al-Ghâba, 4/377 ; Tadhkirat al-Huffâz, 1/21 ; at-Tabaqât, 3/584.)

Bien que le Messager d’Allah eût une entière confiance dans les capacités de Muʿâdh, il jugea nécessaire de l’éprouver avant de l’envoyer au Yémen. Il le convoqua et lui demanda :

— Comment rendras-tu tes décisions ?
— À partir du Coran.
— Et si tu ne trouves pas dans le Coran la solution à une affaire ?
— Je trancherai selon la Sunna du Messager d’Allah.
— Et si tu ne trouves la solution ni dans le Coran ni dans la Sunna ?
— Je ferai un effort personnel de réflexion et je trancherai selon mon ijtihâd.

Muʿâdh réussit cette épreuve. Satisfait de ses réponses, le Messager d’Allah dit : « Louange à Allah qui a accordé au messager de Son Messager la capacité d’accomplir ce qui plaît à Son Messager. » (Al-Istîʿâb ; note marginale d’al-Isâba, 4/458 ; at-Tabaqât, 2/147-148.)

Après l’avoir éprouvé, le Messager d’Allah écrivit une lettre aux habitants du Yémen, dans laquelle la position et le rang de Muʿâdh apparaissaient clairement. Il y disait : « Innî baʿathtu lakum khayra ahlî : je vous envoie le meilleur des miens. » Il ajouta : « Traitez convenablement Muʿâdh et les autres personnes. Versez auprès de lui les sommes de la zakât et de la jizya. Je nomme Muʿâdh ibn Jabal gouverneur de tous ceux qui résident au Yémen. Gardez-le satisfait et ne faites pas en sorte qu’il soit mécontent de vous. »

Après avoir achevé tous les préparatifs du voyage, Muʿâdh se rendit auprès du Messager d’Allah. D’autres personnes s’y trouvaient également. Le noble Messager d’Allah l’accompagna un moment pour lui faire ses adieux. Muʿâdh était monté sur son chameau, tandis que le Messager d’Allah marchait à ses côtés. Ils échangèrent quelques paroles. Le Messager d’Allah lui dit : « Muʿâdh, ta responsabilité est grande. Si quelqu’un t’offre un présent, accepte-le ; je t’y autorise. »

Au moment des adieux, il lui dit : « Il est probable que tu ne me reverras plus. Lorsque tu retourneras à Médine, tu visiteras ma tombe et ma mosquée à ma place. » Muʿâdh se mit aussitôt à pleurer. Le Messager d’Allah lui dit : « Ne pleure pas ; les pleurs sont une œuvre satanique. Pars, et qu’Allah te protège de toutes les épreuves et de tous les malheurs. » Puis il prit congé de Muʿâdh. Celui-ci, le cœur profondément attristé, se tourna vers Médine et dit : « Les pieux sont les hommes qui me sont les plus proches, quels qu’ils soient et où qu’ils se trouvent. » (Hayât as-Sahâba, 2/336.)

Hanzala ibn Abî ‘Âmir (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Hanzala et portait les surnoms ou titres de « celui que les anges ont lavé » et de Taqî. Il était issu de la branche ‘Amr ibn ‘Awf de la tribu médinoise des Aws. Son père s’appelait Abû ‘Âmir ‘Amr — selon une autre version, ‘Abd ‘Âmir — et le nom de sa mère n’est pas connu. On sait toutefois qu’elle était la sœur du chef khazrajite hypocrite, ‘Abdullah ibn Ubayy. On ne dispose guère d’informations sur la naissance et l’adolescence de Hanzala.
Le père de Hanzala, Abû ‘Âmir, était un homme respecté et influent de la tribu des Aws. Dans l’Arabie ignorante de cette époque, il croyait, en tant qu’adepte de la religion hanîf, à la prophétie, à la mission prophétique, à la Résurrection, etc. Ces convictions religieuses le conduisirent vers la « ruhbâniyya » (l’ascétisme). Il renonça à toute forme de pouvoir temporel pour acquérir une autorité religieuse. À un moment de sa vie, il revêtit un habit de couleur safran et se retira du monde. C’est pourquoi il fut connu sous le nom de « râhib » (ascète). (Al-Isâba, 1/361)
Entre-temps, le noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) reçut la prophétie, émigra de La Mecque à Médine et y établit les fondements du califat islamique. L’influence d’Abû ‘Âmir et de ‘Abdullah ibn Ubayy s’en trouva diminuée. ‘Abdullah ibn Ubayy adopta une politique d’hypocrisie (de duplicité) et continua à vivre à Médine. Abû ‘Âmir, en revanche, ne put faire preuve d’autant de patience. Il quitta Médine pour La Mecque, où il s’installa. Lors de la bataille d’Uhud, il rejoignit l’armée qurayshite et marcha sur Médine. C’est pourquoi le noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) le qualifia de « fâsiq ».
Après la bataille, il retourna à La Mecque et continua d’y vivre. Lorsque La Mecque fut conquise par les musulmans durant la huitième année de l’Hégire, la terre d’Allah redevint étroite pour lui. Il quitta La Mecque, se rendit à la cour de l’empereur romain Héraclius et mourut là-bas durant la dixième année de l’Hégire.
Tel fut l’apogée de la mécréance et de l’incrédulité d’Abû ‘Âmir. À l’opposé, la fermeté dans la foi de son fils, Hanzala, est également remarquable. Après avoir embrassé l’islam, celui-ci demanda : « Ô Messager d’Allah ! Si vous me l’ordonnez, je tuerai mon père, Abû ‘Âmir. » Mais le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) n’accepta pas sa demande. ‘Abdullah, le fils du chef hypocrite ‘Abdullah ibn Ubayy, avait lui aussi présenté une demande semblable au sujet de son père, et le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) l’en avait pareillement dissuadé.
Hanzala ne participa pas à la bataille de Badr. On n’en connaît pas la raison. Il participa toutefois à la bataille d’Uhud, qui fut la première et la dernière bataille de sa vie islamique.
Il était couché chez lui après avoir rejoint son épouse. C’est alors qu’il entendit la voix du héraut : « Il faut partir immédiatement au jihâd. » En entendant l’appel au jihâd, il oublia de prendre le bain de « tahâra » (purification). Dans cet état d’impureté, il se rendit sur le champ de bataille d’Uhud, l’épée dégainée à la main. Le combat commença. Il engagea un duel avec le chef qurayshite Abû Sufyân ibn Harb. Alors qu’il allait le maîtriser et le frapper de son épée, Shaddâd ibn al-Aswad al-Laythî l’aperçut de près, se précipita sur Hanzala et, d’un coup d’épée, lui sépara la tête du corps. Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons. Certains ont dit qu’Abû Sufyân et Shaddâd le tuèrent tous deux ensemble. Cependant, l’auteur de l’ouvrage Rawd al-Unuf mentionne comme meurtrier de Hanzala Nâfi‘ ibn Abî Nu‘aym, l’affranchi de Ja‘wana ibn Sha‘ûb. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/75, 123)
Lors de la bataille de Badr, le fils d’Abû Sufyân, nommé « Hanzala », fut tué par l’armée musulmane. C’est pourquoi, après avoir tué ce Hanzala à Uhud, il déclara : « Hanzala pour Hanzala. »
Hanzala (qu’Allah l’agrée) fut martyrisé alors qu’il était en état d’impureté rituelle. Après son martyre, les anges le lavèrent. Le noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), ayant vu cela, dit à ses Compagnons : « Demandez donc à son épouse ce qui s’est passé. » Hishâm ibn ‘Urwa rapporte que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) demanda à l’épouse de Hanzala : « Que s’est-il passé avec Hanzala ? » Elle répondit : « Hanzala était en état d’impureté. Je n’avais lavé qu’une partie de sa tête lorsque l’appel au jihâd parvint à ses oreilles. Il sortit dans cet état, sans achever son bain, et fut martyrisé. » En entendant cela, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Voilà pourquoi j’ai vu les anges le laver. » (Al-Istî‘âb, annotation d’Al-Isâba, 1/281 ; Hayât al-Sahâba, 3/544) C’est ainsi qu’il reçut le surnom ou titre de « celui que les anges ont lavé ».
Au moment de sa mort, Hanzala laissa un fils nommé ‘Abdullah. Celui-ci naquit après l’arrivée du noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à Médine et n’avait que sept ou huit ans au moment de la mort du Messager. À l’âge adulte, il se montra un digne successeur de son père. Pour protester contre les actes infamants du souverain omeyyade Yazîd ibn Mu‘âwiya, il rejeta le bay‘a (serment d’allégeance) qui lui avait été prêté et prêta allégeance à ‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée). L’armée de Yazîd attaqua Médine. ‘Abdullah, faisant preuve d’un immense courage, conduisit lui-même les habitants de Médine et barra la route aux assaillants. De nombreux Médinois furent martyrisés. L’un après l’autre, les huit fils de ‘Abdullah combattirent les troupes de Yazîd et tombèrent en martyrs. ‘Abdullah assista de ses propres yeux à cette scène déchirante. Finalement, il s’avança lui-même. Revêtant le vêtement ensanglanté de son père, martyr à Uhud, il se précipita sur l’ennemi et fut martyrisé. Ces événements eurent lieu au mois de Dhû al-Hijja de l’an 63 de l’Hégire.
Le père de Hanzala était un « fâsiq ». Pourtant, le fils de ce père « fâsiq », Hanzala, reçut le titre de « Taqî » (celui qui craint Allah). Cela prouve à quel point il possédait un caractère élevé. Ibn ‘Asâkir rapporte que, lorsque le calife ‘Umar fixa les allocations des gens, il attribua deux mille dirhams à ‘Abdullah, le fils de Hanzala. Talha prit le fils de son frère par la main et le conduisit auprès du calife. Le calife fixa pour lui une somme légèrement inférieure. Talha dit : « Ô commandeur des croyants ! Vous avez donné à cet Ansârî davantage qu’à mon neveu ? » Le calife répondit : « Oui, car j’ai vu son père Hanzala disparaître à Uhud sous les coups des armes comme disparaît un chameau. » (Hayât al-Sahâba, 2/218)
Un jour, les deux tribus ansârites, les Aws et les Khazraj, évoquaient leur gloire et leur honneur. Chacune cita les meilleurs de ses fils. La tribu des Aws mentionna en premier le nom béni de Hanzala ibn Abî ‘Âmir. Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’un jour, les membres de la tribu des Aws déclarèrent fièrement : « Nous avons Hanzala, que les anges ont lavé ; ‘Âsim ibn Thâbit, dont Allah a protégé le corps contre les polythéistes au moyen des abeilles et des frelons ; Khuzayma ibn Thâbit, dont le témoignage à lui seul équivaut au témoignage de deux personnes ; et Sa‘d ibn ‘Ubâda, dont la mort fit trembler le Trône d’Allah. »
(Voir : Al-Isâba, 1/361 ; Al-Istî‘âb, annotation d’Al-Isâba, 1/280-282 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/75, 123)

Ubayy ibn Ka‘b al-Ansârî (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Ubayy et portait les surnoms d’Abû al-Mundhir et d’Abû al-Tufayl. (Al-A‘lâm, 1/78 ; Al-Isâba, 1/19.) Sayyid al-Qurrâ, Sayyid al-Ansâr et d’autres titres lui furent attribués. Il appartenait à la branche Najjâr de la tribu khazrajite de Médine. Son père s’appelait Ka‘b ibn Qays et sa mère Suhayla. Celle-ci était la fille de Banû ‘Adî ibn Najjâr et la tante paternelle du célèbre Compagnon Abû Talha al-Ansârî. Ubayy était donc le cousin germain d’Abû Talha. Le surnom Abû al-Mundhir lui fut donné par le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — tandis que le second surnom, Abû al-Tufayl, lui fut donné par ‘Umar, d’après le nom de son fils Tufayl. L’année et la date exactes de sa naissance ne sont pas connues.

On sait peu de choses sur la première partie de la vie d’Ubayy. Selon le récit d’Anas ibn Mâlik, on sait toutefois qu’avant l’islam il était dépendant du vin. Il était un membre important des réunions où Abû Talha consommait du vin. On le considérait comme l’un des principaux docteurs de la religion juive de Médine. Il possédait également une connaissance des anciens Livres célestes. À cette époque, la lecture et l’écriture n’étaient pas très répandues ; pourtant, il savait lire et écrire. Après avoir embrassé l’islam, il devint pour cette raison secrétaire du Messager de Dieu et l’un des scribes du Coran. (Al-A‘lâm, 1/78.)

Les Juifs jouissaient d’une influence religieuse considérable à Médine. Avant l’islam, Ubayy avait étudié la Torah ainsi que d’autres livres religieux ; c’est essentiellement cette connaissance qui l’attira vers l’islam. Il faisait partie des habitants de Médine qui se rendirent à La Mecque et prêtèrent allégeance au Messager de Dieu lors de la dernière rencontre d’al-‘Aqaba. C’est à partir de ce moment que commença sa vie islamique. (Al-Isâba, 1/19.)

Après l’Hégire, le noble Messager de Dieu établit entre Ubayy et Sa‘îd ibn Zayd, l’un des membres des ‘Ashara Mubashshara, un lien de fraternité. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/505.) Selon al-Balâdhurî, un lien de fraternité fut établi entre lui et Talha ibn ‘Ubayd Allâh. (Ansâb al-Ashrâf, 1/271.) Après son arrivée à Médine, le Messager de Dieu fut l’hôte d’Abû Ayyûb al-Ansârî. Selon un autre récit, sa chamelle s’arrêta toutefois devant la maison d’Ubayy ibn Ka‘b. (Ansâb al-Ashrâf, 1/267.)

Ubayy participa à toutes les expéditions militaires qui eurent lieu du vivant du Messager de Dieu, depuis Badr jusqu’à l’expédition de Tâ’if. (Al-Isâba, 1/19 ; Al-A‘lâm, 1/78.) Après leur défaite à Badr, les Quraysh retournèrent à La Mecque et commencèrent à préparer activement leur revanche. À la veille de la bataille d’Uhud, l’oncle du Messager de Dieu, ‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib, qui se trouvait à La Mecque, lui fit parvenir secrètement une lettre par l’intermédiaire d’un homme de la tribu de Banû Ghifâr. Dans cette lettre, il informait le Messager de Dieu de tous les mouvements des Quraysh. L’homme remit la lettre au Messager de Dieu à Qubâ, aux environs de Médine. Le Messager de Dieu la fit lire par Ubayy ibn Ka‘b et en entendit le contenu, puis ordonna de garder l’affaire secrète. (Ansâb al-Ashrâf, 1/314.) Au cours de cette bataille d’Uhud, Ubayy fut blessé par une flèche lancée par l’ennemi. Le Messager de Dieu envoya un médecin pour le soigner. Celui-ci incisa sa veine et cautérisa la plaie.

À la fin de la bataille d’Uhud, le noble Messager de Dieu ordonna de rechercher les blessés et les morts. À un moment donné, il dit : « Que l’un de vous aille chercher Sa‘d ibn Rabî‘. » Un Compagnon ansarite le retrouva grièvement atteint parmi les corps entassés des martyrs. Selon certains récits, ce Compagnon ansarite était Ubayy ibn Ka‘b. (Hayât al-Sahâba, 2/95.)

À la veille de la bataille du Fossé, le chef qurayshite de La Mecque, Abû Sufyân, fit parvenir une lettre au Messager de Dieu par l’intermédiaire d’Abû Usâma al-Jushamî. Le Messager de Dieu fit également lire cette lettre par Ubayy. (Ansâb al-Ashrâf, 1/370.) De même, au mois de Rajab de la deuxième année de l’Hégire, le Messager de Dieu envoya vers Nakhlah une troupe placée sous le commandement de ‘Abd Allâh ibn Jahsh al-Asadî. Au moment du départ, il remit à ‘Abd Allâh une lettre scellée et lui dit : « Après avoir marché deux nuits consécutives, ouvre cette lettre, lis-la et agis conformément à ses instructions. » Le Messager de Dieu fit écrire cette lettre par Ubayy. (Ansâb al-Ashrâf, 1/371.)

Lorsque la zakât devint obligatoire au cours de la neuvième année de l’Hégire, le Messager de Dieu nomma des collecteurs dans différentes régions d’Arabie. Il envoya Ubayy collecter la zakât auprès de Bâlî, de ‘Adhrâ et de la tribu de Banû Sa‘d. Il s’acquitta de cette responsabilité avec une grande piété et une parfaite honnêteté. Un jour, il se rendit dans une localité pour y collecter la zakât. Conformément à la règle, un homme lui présenta tout son bétail afin qu’il puisse choisir ce qu’il souhaitait prendre. Ubayy choisit dans le troupeau un chamelon âgé de deux ans. Le contribuable lui dit : « Que ferez-vous d’un si jeune animal ? Il ne donne même pas de lait et n’est pas propre à être monté. Si vous voulez en prendre un, prenez plutôt cette chamelle robuste et bien portante. » Ubayy répondit : « Cela ne m’est pas possible. Je ne peux rien faire qui soit contraire à l’ordre du Messager de Dieu. Médine n’est pas très loin d’ici ; viens avec moi et présentons-lui l’affaire. Nous agirons conformément à ce qu’il dira. » L’homme accepta. Il se rendit à Médine avec sa chamelle et Ubayy. Après les avoir entendus, le Messager de Dieu dit : « Si c’est ce que tu souhaites, donne cette chamelle ; elle sera acceptée. Dieu t’en récompensera. » Satisfait, l’homme donna la chamelle et retourna chez lui. (Musnad, 5/142 ; Kanz al-‘Ummâl, 3/309 ; Hayât al-Sahâba, 1/151.)

Après la mort du noble Messager de Dieu, Abû Bakr devint calife. C’est alors que commença le travail important de rassemblement et de compilation du Noble Coran. Ubayy dirigeait le groupe de Compagnons auquel cette responsabilité avait été confiée. Il récitait les paroles du Coran et les autres les écrivaient. Tous les membres de ce groupe étaient des savants de haut rang. C’est pourquoi ils discutaient et débattaient parfois au sujet de certains versets. Lorsque fut écrit le verset 127 de la sourate al-Tawba, les autres membres du groupe dirent qu’il s’agissait du dernier verset révélé. Ubayy répondit : « Non. Après lui, le Messager de Dieu m’a encore enseigné deux versets. Le verset 128 de la sourate al-Tawba est le dernier à avoir été révélé. » (Musnad, 5/134.)

Après la mort d’Abû Bakr, ‘Umar lui succéda. Durant son califat, il institua de nombreuses œuvres de bien public et plusieurs réformes. Le Conseil consultatif, ou Majlis al-Shûrâ, fut l’une d’elles. Ce conseil fut constitué de personnalités éminentes parmi les Muhâjirûn et les Ansâr. Ubayy en fut membre comme représentant de la tribu des Khazraj. (Kanz al-‘Ummâl, 3/13.)

Pendant toute la durée du califat de ‘Umar, Ubayy résida de façon permanente à Médine. Il consacrait la majeure partie de son temps à l’étude et à l’enseignement. Lorsque le Conseil consultatif se réunissait ou qu’une affaire importante se présentait, le calife ‘Umar sollicitait ses arguments et ses conseils.

Durant tout le califat de ‘Umar, Ubayy occupa la fonction d’iftâ’ et n’exerça aucune autre charge. Un jour, il demanda à ‘Umar : « Pourquoi ne me nommez-vous pas gouverneur d’une région ? » ‘Umar répondit : « Je ne veux pas voir ta religion souillée par les affaires de ce monde. » (Kanz al-‘Ummâl, 3/123.) Lorsque ‘Umar institua l’accomplissement collectif de la prière de tarâwîh, il désigna Ubayy comme imam. (‘Alî al-Bukhârî, Kitâb Salât al-Tarâwîh.) ‘Umar le respectait autant qu’il le craignait et lui demandait des fatwas.

Ubayy accompagna le calife ‘Umar lors de son voyage à Bayt al-Maqdis. Il assista au célèbre discours du calife à Jâbiya. Ce fut également Ubayy qui rédigea le traité conclu par ‘Umar avec les habitants de Bayt al-Maqdis. (Al-A‘lâm, 1/78 ; Sifat al-Safwa, 1/188.)

Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée)

Anas ibn Mâlik était un Compagnon célèbre, le serviteur du Messager, un imam, un mufti, un enseignant du Coran, un traditionniste, un rapporteur renommé, un Ansari, un Khazraji et un Médinois. Ses kunyas étaient Abû Thumâma et Abû Hamza. « Khâdim Rasûlillâh » était son surnom, c’est-à-dire le serviteur du Messager d’Allah. (Dâ’irat al-Ma‘ârif al-Islâmiyya, 3/402 ; Tadhkirat al-Huffâz, 1/44.)

Anas disait : « Je cueillais une sorte de légume appelée hamza. En me voyant faire, le Messager d’Allah m’appelait affectueusement : “Ô Abû Hamza !” À partir de ce jour, ce fut ma kunya, ou mon surnom. » (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 3/141.) Il naquit en 612 de l’ère chrétienne, dix ans avant l’Hégire, à Yathrib, dans la branche des Banû Najjâr de la célèbre tribu khazrajite. (Al-Isâba, 1/71 ; Al-A‘lâm, 1/365.) Cette tribu était la plus honorée parmi les Ansâr.

Le père d’Anas était Mâlik ibn Nadr et sa mère, Umm Sulaym Sahla bint Milhân al-Ansâriyya. Umm Sulaym était la tante maternelle du Messager d’Allah. La généalogie de la mère d’Anas rejoignait celle de la mère de ‘Abd al-Muttalib, grand-père du Messager d’Allah, Salmâ bint ‘Amr, à ‘Âmir ibn Ghanam. (Usd al-Ghâba, 1/127 ; Asahh al-Siyâr, p. 606.) Les spécialistes divergent quant au véritable nom d’Umm Sulaym. Certains citent Sahla, Rumayla, Rumaysâ, Sulayqa ou al-Fâ’isa. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/340.)

L’oncle paternel d’Anas, Anas ibn Nadr, tomba en martyr à la bataille d’Uhud. Les mécréants avaient mutilé son corps en le découpant. On y trouva les traces de quatre-vingts coups. À l’exception d’une de ses sœurs, personne ne put identifier le cadavre. Anas disait : « J’ai reçu mon nom de cet oncle, Anas. » (Sîrat Ibn Hishâm, 2/83 ; Hayât al-Sahâba, 1/504-505.) Son oncle maternel, Harâm ibn Milhân, mourut en martyr lors du tragique événement de Bi’r Ma‘ûna. (Dâ’irat al-Ma‘ârif al-Islâmiyya, 3/402.)

Lorsque Anas eut huit ou neuf ans, sa mère embrassa l’islam. Son père, par colère et par haine, partit alors pour la Syrie, où il mourut dans la mécréance. Sa mère épousa ensuite Abû Talha. Celui-ci était un homme riche de la tribu des Khazraj. Umm Sulaym emmena également le jeune Anas dans la maison d’Abû Talha, où il fut élevé.

Anas rapporta ainsi le mariage de sa mère avec Abû Talha : lorsque celui-ci demanda Umm Sulaym en mariage, il n’avait pas encore embrassé l’islam. Elle lui dit : « Abû Talha, ne sais-tu pas que la divinité que tu adores est faite de terre ? » Il répondit : « Oui, je le sais. » Elle ajouta : « N’as-tu pas honte d’adorer un arbre ? Si tu embrasses l’islam, je n’aurai aucune objection à t’épouser et je ne te demanderai aucune dot. » Abû Talha se leva en disant : « Je vais y réfléchir. » Puis il revint et prononça : « J’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah. » Umm Sulaym appela alors son fils Anas et lui dit : « Anas, conclus le mariage d’Abû Talha. » Anas maria donc sa mère à Abû Talha. (Hayât al-Sahâba, 1/195-196.)

Avant l’interdiction du vin, des réunions de consommation se tenaient dans la maison d’Abû Talha. Le jeune Anas y servait les boissons et s’était lui-même habitué à boire du vin. Personne ne l’en empêchait. (Musnad, 3/181.)

Lorsque Anas eut huit ou neuf ans, la prédication de l’islam commença à Médine. La tribu des Banû Najjâr fut parmi les premières à embrasser l’islam. La plupart de ses membres se convertirent avant l’arrivée du Messager d’Allah à Médine. La mère d’Anas, Umm Sulaym, avait accepté l’islam avant même le troisième serment d’al-‘Aqaba. Comme nous l’avons déjà indiqué, son mari, le père d’Anas, l’abandonna avec son enfant et partit en Syrie parce qu’elle était devenue musulmane. La veuve Umm Sulaym accepta d’épouser Abû Talha à condition qu’il embrasse lui aussi l’islam. Grâce à ses efforts, Abû Talha se convertit, se rendit à La Mecque, participa au troisième serment d’al-‘Aqaba et obtint l’honneur de prêter serment au Messager d’Allah. Ainsi, la maison d’Anas fut illuminée par la lumière de la foi. Sa mère, destinée au Paradis, était un flambeau de l’islam, tandis que son époux était un serviteur dévoué de la religion. C’est dans un tel foyer qu’Anas grandit.

Lorsque Anas eut dix ans, le noble Messager d’Allah arriva à Médine. Malgré son jeune âge, Anas était très enthousiaste. Lorsque le Prophète se rendit de Qubâ à Médine, Anas se tint au bord du chemin avec des garçons et des filles de son âge et chanta des chants d’accueil. Ils couraient partout en annonçant aux habitants, de maison en maison : « Le Messager d’Allah est arrivé ! Muhammad est arrivé ! » Lorsque la foule se dispersa un peu autour du Messager, Anas put contempler son visage béni et eut l’honneur de devenir un Compagnon.

Selon l’opinion la plus répandue, Anas avait dix ans lorsque le noble Messager d’Allah arriva à Médine. Après que le Prophète se fut quelque peu installé, sa mère le prit un jour par la main et l’amena auprès de lui. Anas raconte : « Ma mère me conduisit auprès du Messager d’Allah et lui dit : “Ô Messager d’Allah ! Chaque homme et chaque femme parmi les Ansâr t’a offert un présent. Je ne possède rien de semblable à t’offrir. Voici mon fils : il sait écrire, bien qu’il n’ait pas encore atteint la puberté. Prends-le avec toi ; il te servira.” À partir de ce jour, je le servis continuellement pendant dix ans. Durant toute cette période, il ne me frappa jamais, ne m’insulta jamais, ne me réprimanda jamais et ne me fit jamais de remarque blessante. La première recommandation qu’il me fit fut : “Mon garçon, garde secrète ma confidence ; c’est ainsi que tu seras croyant.” Lorsque ma mère ou les épouses du Messager d’Allah me questionnaient au sujet d’un secret du Prophète, je ne le leur révélais pas. Je n’ai jamais divulgué aucune de ses confidences. » Certaines traditions rapportent toutefois qu’Abû Talha l’amena lui-même auprès du Messager d’Allah. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 3/141 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/506 ; Al-Isâba, 1/71.)

Anas servit le Messager d’Allah avec une grande compétence pendant près de dix ans, jusqu’au dernier jour de sa vie. Il en était extrêmement fier. Il se présentait à son service avant la prière de l’aube et ne rentrait chez lui qu’à midi. Peu après, il revenait, puis rentrait après avoir accompli la prière de l’après-midi. Il y avait une mosquée dans le quartier d’Anas, où les fidèles l’attendaient. Lorsqu’ils le voyaient arriver, ils se levaient pour accomplir la prière de l’après-midi. (Musnad Ahmad, 3/222.)

En dehors de ces heures, il restait toujours prêt à exécuter n’importe quel ordre du Messager d’Allah. Chaque fois que cela était nécessaire, il répondait à son appel. Un jour, après avoir accompli une tâche pour le Messager d’Allah, il rentrait chez lui à midi. En chemin, il vit des garçons de son âge jouer. Le jeu lui plut et il s’arrêta pour les regarder. Quelque temps après, il vit le Messager se diriger vers eux. Le Prophète salua d’abord les garçons, puis prit Anas par la main et l’envoya accomplir une tâche. Ensuite, il se tint à l’ombre d’un mur pour l’attendre. Quand Anas revint après avoir terminé son travail, le Messager rentra chez lui et Anas se dirigea vers la maison familiale.

Comme il avait tardé, sa mère lui demanda : « Pourquoi as-tu mis tant de temps ? » Il répondit : « J’ai été envoyé pour une affaire secrète par le Messager d’Allah ; c’est pourquoi j’ai tardé. » Sa mère pensa peut-être qu’il cachait la vérité et demanda : « Quelle affaire ? » Anas répondit : « C’est une confidence ; je ne peux la révéler à personne. » Sa mère dit : « Alors garde-la secrète et ne la divulgue à personne. » Anas conserva cette confidence toute sa vie. Un jour, son éminent élève Thâbit lui demanda ce qu’elle était. Il répondit : « Si je devais la révéler à quelqu’un, c’est à toi que je la révélerais ; mais je ne la dirai à personne. » (Al-Fath al-Rabbânî ma‘a Bulûgh al-Amânî, 22/204 ; Hayât al-Sahâba, 1/343 ; 2/503.)

Anas demeurait constamment auprès du Messager d’Allah. À la maison comme en voyage, à l’intérieur comme à l’extérieur, aucun lieu ni aucun moment particulier ne lui était réservé. Avant la révélation du verset du voile, il entrait librement dans la demeure du Messager d’Allah. Il disait : « J’entrais dans la maison du Messager d’Allah et je me rendais également auprès de ses épouses purifiées dans les appartements intérieurs. Un jour, alors que j’allais entrer dans l’intérieur de la maison, le Messager m’appela : “Anas, recule ! Le verset du voile vient d’être révélé.” » (Ansâb al-Ashrâf, 1/464.)

Anas disait encore : « Le jour où j’atteignis la puberté, j’en informai le Messager. Il me dit : “Désormais, ne va pas auprès des femmes sans permission.” Je n’ai jamais connu de jour plus difficile que celui-là. » (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 3/144.)

Un jour, avant la prière de l’aube, le Messager d’Allah dit : « J’ai l’intention de jeûner aujourd’hui ; donne-moi quelque chose à manger. » Anas apporta rapidement quelques dattes et de l’eau. Le Messager prit son repas précédant l’aube avec cela, puis se prépara pour la prière. (Musnad, 3/197.) Al-Wâqidî dit : « Anas faisait partie des serviteurs du Messager qui ne s’éloignaient jamais de sa porte. » Abû Hurayra disait : « Je pensais qu’Anas était l’esclave du Messager d’Allah. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/485.)

Lorsque le noble Messager d’Allah arriva à Médine, il fut l’hôte d’Abû Ayyûb al-Ansârî. À cette époque, il buvait avec le plus grand plaisir l’eau du puits appartenant au père d’Anas, Mâlik ibn Nadr. Lorsque le Messager quitta la maison d’Abû Ayyûb pour sa propre demeure, Anas transportait cette eau pour lui. (Ansâb al-Ashrâf, 1/535.)

Anas accomplissait avec un grand savoir-faire toutes les tâches du Messager d’Allah et s’efforçait constamment de lui plaire par son obéissance. Il disait lui-même : « J’ai servi le Messager d’Allah pendant dix ans. Durant toute cette longue période, il ne s’est jamais mis en colère contre moi. Il ne m’a jamais dit à propos d’une chose que j’avais faite : “Pourquoi as-tu fait cela ?” Il ne m’a jamais demandé, à propos d’une chose que je n’avais pas faite : “Pourquoi ne l’as-tu pas faite ?” Il ne m’a jamais dit non plus, à propos d’une erreur : “Tu t’es trompé” ou “Ce que tu as fait est très mauvais.” » (Ansâb al-Ashrâf, 1/464, 506.)

Ainsi, Anas occupa une place particulière dans le cœur du Messager d’Allah. Celui-ci l’appelait affectueusement tantôt « mon garçon », tantôt « Unays ». Il se rendait parfois chez la famille d’Anas, y mangeait, s’y reposait à midi, y accomplissait la prière et invoquait Allah en faveur d’Anas. Plusieurs traditions à ce sujet sont rapportées dans le Musnad d’Ahmad. (Al-Fath al-Rabbânî, 22/203.)

Anas raconte : « Un jour, Abû Talha dit à ma mère Umm Sulaym : “J’ai entendu la voix du Messager d’Allah quelque peu affaiblie ; il me semble qu’il a faim. As-tu quelque chose à manger ?” Elle répondit : “Oui.” Elle enveloppa quelques morceaux de pain dans mon vêtement et m’envoya auprès du Messager d’Allah. Dès qu’il me vit, il demanda : “Est-ce Abû Talha qui t’envoie ?” Je répondis : “Oui.” Il demanda : “Avec de la nourriture ?” Je répondis : “Oui.” Le Messager dit alors à ceux qui l’accompagnaient : “Levez-vous.” Ils partirent et je marchai devant eux.

« En voyant tous ces gens, Abû Talha appela son épouse et lui dit : “Umm Sulaym, regarde : le Messager d’Allah est venu avec des gens. Nous n’avons pas assez de nourriture pour les faire manger tous.” Umm Sulaym répondit : “Allah et Son Messager savent mieux.” Abû Talha fit asseoir les invités. Le Messager entra dans la maison et dit : “Apportez ce que vous avez.” Il n’y avait qu’un peu de nourriture, mais on la lui apporta. Il dit : “Faites entrer les dix premiers.” Dix hommes entrèrent, mangèrent à leur faim et sortirent. Puis dix autres entrèrent. Ainsi, soixante-dix hommes mangèrent à leur faim de cette même nourriture. » (Hayât al-Sahâba, 2/194.)

Anas raconte également : « Ma mère Umm Sulaym avait, de son mariage avec Abû Talha, un jeune fils nommé Abû ‘Umayr. Lorsque le Messager venait chez nous, il plaisantait quelque peu avec lui. Un jour, il vit Abû ‘Umayr assis, le visage triste. Il demanda : “Abû ‘Umayr, pourquoi es-tu si triste ?” Ma mère répondit : “Son petit oiseau, le Nughayr, est mort.” À partir de ce jour, lorsqu’il le voyait, le Messager lui disait en plaisantant : “Ô Abû ‘Umayr, qu’a fait le Nughayr ?” Il faut préciser que le nughayr est un petit oiseau semblable au moineau, au bec rouge. » (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 3/139 ; Hayât al-Sahâba, 2/570-571.)

De nombreux versets du Coran furent révélés dans la maison de la famille d’Anas. Lorsque le Messager recevait la révélation, il transpirait, et ils conservaient cette sueur. Anas raconte : « Un jour, à midi, le Messager vint chez nous se reposer et se mit à transpirer. Ma mère apporta une bouteille et commença à y recueillir sa sueur. Le Messager se réveilla et demanda : “Umm Sulaym, que fais-tu ?” Elle répondit : “Votre sueur est pour nous un parfum.” Anas disait : “Je n’ai jamais senti de musc ni d’ambre plus parfumé que le parfum du Messager d’Allah.” » (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 3/144-145.)

Comme nous l’avons déjà mentionné, la mère bienfaisante d’Anas était la tante maternelle du Messager d’Allah. Elle l’aimait profondément et lui vouait admiration et respect. Le Messager ne l’oublia jamais et lui annonça la bonne nouvelle du Paradis. (Dâ’irat al-Ma‘ârif al-Islâmiyya, 3/402.)

Lors de la bataille de Khaybar, Safiyya fut faite prisonnière et le Messager manifesta le désir de l’épouser. Elle fut envoyée auprès d’Umm Sulaym, qui prit en charge toutes les préparatifs du mariage. Ibn Ishâq dit : « Le mariage béni du Messager d’Allah avec Safiyya eut lieu à Khaybar ou sur le chemin du retour. La mère d’Anas, Umm Sulaym, s’occupa de la préparer, de lui arranger les cheveux et de tout ce qui s’y rapportait. » (Sîrat Ibn Hishâm, 2/339-340 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/443.)

De même, lorsque le Messager épousa Zaynab, Umm Sulaym lui envoya de la nourriture qu’elle avait préparée. Le Messager invita ses Compagnons et leur servit cette nourriture lors d’une courte cérémonie. (Musnad Ahmad, 3/163.)

Toutes ces particularités firent d’Anas un membre de la famille prophétique. Le Messager plaisantait parfois avec lui. Il l’appelait ainsi « Abû Hamza » et, une fois, « Ô homme aux deux oreilles ! » (Usd al-Ghâba, 1/127.)

Nous avons déjà vu combien le lien entre Anas et le Messager d’Allah était profond. C’est pour cette raison qu’il restait constamment auprès de lui, à la maison comme à l’extérieur, en résidence comme en voyage. Il ne l’abandonna pas non plus sur les champs de bataille. Lors de la bataille de Badr, Anas n’avait que douze ans. Malgré cela, il se trouvait sur le champ de bataille aux côtés des combattants musulmans. Il était chargé de servir le Messager et de surveiller l’équipement et les affaires des soldats. Comme il était très jeune, certains doutèrent plus tard de sa présence à cette bataille. Un homme lui demanda un jour avec hésitation : « Étiez-vous présent à Badr ? » Il répondit : « Comment aurais-je pu être absent ? » (Al-Isâba, 1/71 ; Dâ’irat al-Ma‘ârif al-Islâmiyya, 3/402.)

La bataille d’Uhud eut lieu un an après Badr. Anas était encore jeune. La sixième année de l’Hégire, il obtint l’honneur de participer au serment sous l’arbre à al-Hudaybiyya ; il avait alors seize ans. Il était désormais en âge de participer aux expéditions militaires. La septième année, le Messager accomplit la ‘umra al-qadâ’, et Anas l’accompagna. Cette même année, Khaybar fut conquise. Au cours de cette expédition, Anas montait un chameau avec Abû Talha. Lorsque le noble Messager entra à Khaybar en vainqueur, Anas était si près de lui que son pied toucha le pied béni du Messager. L’izâr de celui-ci remonta alors au-dessus du genou, ce que les gens purent voir. (Musnad, 3/102.)

Anas participa ensuite à la conquête de La Mecque ainsi qu’aux expéditions de Tâ’if et de Hunayn. Enfin, il accompagna le Messager lors du pèlerinage d’Adieu, la dixième année de l’Hégire.

Anas raconte : « Le jour de la bataille de Hunayn, Abû Talha se rendit en riant auprès du Messager d’Allah et lui dit : “Ô Messager d’Allah, as-tu vu le poignard qu’Umm Sulaym tient à la main ?” Le Messager demanda : “Que fera Umm Sulaym d’un poignard ?” Il répondit : “Si quelqu’un s’approche de moi, je le frapperai avec.” » (Hayât al-Sahâba, 1/597.)

Abû Dardâ (qu’Allah l’agrée)

Son surnom était Abou Dardâ. Ce nom lui fut donné d’après celui de sa fille Dardâ, et c’est sous ce nom qu’il est connu dans l’histoire. Il existe des divergences concernant son véritable nom : « Âmir » ou « Ouwaymir ». Selon al-Aṣmaʿî, son nom était Âmir, mais les gens l’appelaient Ouwaymir. C’est d’ailleurs l’opinion la plus répandue. Certains ont dit que Ouwaymir était son laqab, c’est-à-dire son titre. Il existe également de nombreuses divergences concernant le nom de son père : Mâlik, Âmir, Thaʿlaba, ʿAbdullâh, Zayd, entre autres. Son nom de naissance aurait été Muhâbbat ou Wâqida. (Tahdhîb at-Tahdhîb, 8/156 ; al-Isâba, 2/45 ; Usud al-Ghâba, 5/185 ; al-Istîʿâb, note marginale d’al-Isâba, 4/59.) Il appartenait à la branche Balhârith de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. Il était du même âge que le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ou légèrement plus jeune que lui. (Dâ’ira-yi Maʿârif Islâmiyya, en ourdou, 1/800.)

Il était l’un des plus grands savants, cavaliers et juges d’Arabie. Avant d’embrasser l’islam, il était un commerçant prospère de Médine. Puis il abandonna tout et se consacra entièrement à l’adoration d’Allah. Il disait lui-même à ce sujet : « Avant que le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ne reçoive la prophétie, j’étais commerçant. Lorsque l’islam apparut, j’essayai de concilier mon commerce et mon adoration. Mais cela ne fut pas possible. J’abandonnai donc le commerce et me consacrai à l’adoration. » (Adh-Dhahabî, Târîkh al-Islâm, 2/107 ; al-Aʿlâm, 5/281 ; Hayât as-Sahâba, 2/296.)

Finalement, il éprouva une profonde aversion pour le commerce. Il disait souvent : « Même si j’avais aujourd’hui une boutique devant la mosquée du Prophète, qu’elle me rapportait chaque jour quarante dinars et que j’en donnais le bénéfice en aumône, sans que cela me fasse manquer la prière en assemblée, je n’aimerais toujours pas un tel commerce. » Lorsqu’on lui demandait pourquoi, il répondait : « Par crainte du compte rigoureux du Jour du Jugement. » (Tadhkirat al-Huffâz, 1/25 ; Hayât as-Sahâba, 2/296 ; al-Hilya, 1/209.) Après avoir embrassé l’islam, il acquit parmi les Compagnons une grande renommée pour sa bravoure, sa crainte révérencielle d’Allah et son indifférence à l’égard des plaisirs et du luxe mondains. (Al-Aʿlâm, 5/281 ; al-Isâba, 2/45.)

La bravoure, l’habileté équestre et la sagesse d’Abou Dardâ sont attestées par les paroles du noble Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Au sujet de sa sagesse, le Prophète dit : « Ouwaymir, le sage de ma communauté — Ouwaymir est l’un des grands sages de ma communauté. » Au sujet de son équitation, il dit : « Niʿma al-fârisu Ouwaymir — Ouwaymir est un excellent cavalier. » (Târîkh al-Islâm, 2/108 ; al-Isâba, 2/44 ; al-Istîʿâb, note d’al-Isâba, 4/60.) De nombreuses paroles empreintes de sagesse sont rapportées de lui dans divers ouvrages. Certaines ont été réunies dans l’ouvrage al-Istîʿâb. (Note d’al-Isâba, 2/17.) C’est pourquoi l’imam Ibn al-Jazarî a dit à son sujet : « Kâna min al-ʿulamâ’ al-hukamâ’ » — « Il était l’un des savants sages. » (Al-Aʿlâm, 5/281.)

Saʿîd ibn ʿAbd al-ʿAzîz rapporte qu’Abou Dardâ embrassa l’islam le jour de la bataille de Badr. (Târîkh al-Islâm, 2/109.) D’autres ont dit que ce fut après la bataille de Badr. (Shadharât adh-Dhahab, 5/39.) L’auteur d’al-Istîʿâb dit qu’il fut le dernier membre de sa famille à embrasser l’islam, mais qu’il devint ensuite un bon musulman. (Note d’al-Isâba, 4/59.) Jubayr ibn Nufayr rapporte que le Messager d’Allah dit : « Allah m’a promis l’islam d’Abou Dardâ. » Jubayr ajoute : « Il embrassa ensuite l’islam. » (Târîkh al-Islâm, 2/109.)

Il est très étonnant qu’un homme aussi intelligent ait attendu jusqu’à la deuxième année de l’hégire pour embrasser l’islam, au lieu de le faire en même temps que les autres grands Ansar. La seule raison en était que sa conversion ne fut pas le résultat d’une imitation ; elle fut le fruit de la réflexion, de la connaissance et d’une conviction personnelle. Il réfléchit probablement profondément à la question pendant une année après l’arrivée du Messager d’Allah à Médine et se renseigna soigneusement. Cependant, il regretta toute sa vie d’avoir pris cette année de retard. Il disait souvent par la suite : « L’esclavage aux passions durant un instant engendre de longs regrets. »

À l’époque de l’Ignorance, Abou Dardâ entretenait une profonde amitié et une relation fraternelle avec le célèbre Compagnon martyr ʿAbdullâh ibn Rawâha — qu’Allah l’agrée. ʿAbdullâh embrassa l’islam bien avant lui, tandis qu’Abou Dardâ demeura attaché au paganisme. Il conserva toutefois avec ʿAbdullâh les mêmes relations qu’auparavant. ʿAbdullâh déploya tous ses efforts pour amener son ami à l’islam et ne cessa de l’y inviter. Finalement, grâce à ses efforts, Abou Dardâ devint musulman. Son histoire est rapportée ainsi dans plusieurs ouvrages :

« Ce jour-là, Abou Dardâ Ouwaymir se réveilla à l’aube et se rendit auprès de son idole. Celle-ci se trouvait dans la meilleure pièce de la maison. Il commença par lui témoigner respect et considération. Puis il enduisit soigneusement son corps du meilleur parfum de sa grande boutique. Ensuite, il la couvrit très élégamment d’une magnifique étoffe de soie qu’un commerçant venu du Yémen la veille lui avait offerte. Puis, lorsque la matinée fut déjà avancée, il sortit de chez lui pour se rendre à sa boutique.

« En chemin, il vit que les rues, les routes et les ruelles de Médine étaient remplies des compagnons de Muhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Ils revenaient en groupes de la bataille de Badr, précédés par les prisonniers qurayshites. Il chercha à les éviter. Mais soudain, un jeune homme de la tribu des Khazraj se trouva devant lui. Il lui demanda des nouvelles de ʿAbdullâh ibn Rawâha. Le jeune homme répondit qu’il avait vaillamment combattu à Badr et qu’il était rentré sain et sauf à Médine avec le butin. Abou Dardâ se rendit alors à sa boutique.

« De son côté, ʿAbdullâh ibn Rawâha, revenu de Badr, s’était rendu chez son frère Abou Dardâ pour lui rendre visite. En entrant dans la maison, il vit l’épouse d’Abou Dardâ assise et se peignant les cheveux. Après les salutations et les échanges de nouvelles, ʿAbdullâh lui demanda : “Où est Abou Dardâ ?” Elle répondit : “Votre frère vient de sortir.” Puis elle invita ʿAbdullâh à s’asseoir et se consacra à une autre tâche.

« ʿAbdullâh prit alors un marteau, entra dans la pièce où se trouvait l’idole et la réduisit en morceaux à coups de marteau, tout en récitant une qasîda mentionnant différents noms de démons. La fin de cette qasîda était la suivante :

« “Prenez garde ! Tout ce qui est invoqué en dehors d’Allah est vain et sans valeur.”

« L’épouse d’Abou Dardâ, entendant le bruit des coups de marteau, accourut. En voyant ce qui s’était passé, elle cria : “Ô Ibn Rawâha, vous m’avez ruinée !” Sans lui répondre, ʿAbdullâh sortit de la maison comme si rien ne s’était produit.

« Lorsque Abou Dardâ rentra chez lui, il trouva sa femme assise et en larmes. Il lui demanda : “Que s’est-il passé ?” Elle répondit : “Votre frère ʿAbdullâh est venu ; regardez donc ce qu’il a fait !” Abou Dardâ entra d’abord dans une violente colère. Puis, après avoir profondément réfléchi, il se dit : “Si cette idole possédait réellement quelque pouvoir bénéfique, elle se serait défendue.”

« À la suite de cette réflexion, il se rendit auprès du Messager d’Allah, accompagné de ʿAbdullâh ibn Rawâha, et embrassa l’islam. » (Suwar min Hayât as-Sahâba, 3/95-100 ; Hayât as-Sahâba, 1/232-233 ; 3/384 ; al-Mustadrak, 3/336.)

Le Prophète établit entre lui et Salmân al-Fârisî un lien de fraternité religieuse. (Ansâb al-Ashrâf, 1/271 ; Tadhkirat al-Huffâz, 1/25 ; Usud al-Ghâba, 5/185.)وَلِمَنْ خَافَ مَقَامَ رَبِّهِ جَنَّتَانِLes fornicateurs et les voleurs y seront-ils inclus ? Il répondit : S’il craint son Seigneur, comment pourrait-il commettre la fornication et voler ?
Sourateالْقَلَمِ- Cela est mentionné à propos d’un mécréantعُتُلٍّ بَعْدَ ذَٰلِكَ زَنِيمٍIci, les mufassirûn ont donné plusieurs explications concernant le sens du terme « ‘utul ». Abû Dardâ en a donné le sens général. Il a dit : on appelle « ‘utul » celui qui mange et boit excessivement, avec un gros ventre et une gorge robuste, qui amasse les richesses et qui est extrêmement avare.
De même, dans la sourate At-Târiq,السَّرَائِرُLe mot est venu. Le vénérable Abou ad-Dardâ a également donné à ce terme une signification particulière.

Après l’enseignement et le service de la Parole d’Allah, le Noble Coran, les Compagnons accordèrent la plus grande importance à la transmission et à la diffusion des hadiths du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Le vénérable Abou ad-Dardâ s’acquitta de cette responsabilité avec une grande efficacité. Dans la transmission des hadiths, Abou ad-Dardâ avait un style particulier. At-Tabarânî rapporte d’après Idrîs al-Khawlânî, qui dit : « J’ai vu Abou ad-Dardâ : lorsqu’il achevait de rapporter un hadith du Messager, il disait : “Ceci, ou quelque chose de semblable, ou de cette nature.” » (Hayât as-Sahâba, 3/239)

Ibn ‘Asâkir rapporte d’après Ibrâhîm ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf que le calife ‘Umar — qu’Allah l’agrée — convoqua plusieurs Compagnons éminents qui se trouvaient en différents lieux : ‘Abdullâh ibn Hudhâfa, Abou ad-Dardâ, Abou Dharr et ‘Uqba ibn ‘Âmir. Lorsqu’ils se présentèrent, il leur dit : « Qu’est-ce donc que toutes ces choses que vous diffusez au nom des hadiths du Messager ? » Ils répondirent : « Nous interdisez-vous de les transmettre ? » ‘Umar dit : « Non. Mais vous resterez auprès de moi. J’accepterai de vous ce qui est acceptable et rejetterai ce qui doit l’être. Nous sommes plus au fait de cette question. » (Hayât as-Sahâba, 3/440-441)

Une fois, il rapporta un hadith au vénérable Sa‘dân ibn Talha. Dans la mosquée de Damas se trouvait alors Thawbân, l’affranchi du noble Messager d’Allah. Afin d’être davantage rassuré au sujet de ce hadith, Sa‘dân l’interrogea. Thawbân répondit : « Abou ad-Dardâ a dit vrai. J’étais moi aussi présent auprès du Messager d’Allah à ce moment-là. » (Musnad, 6/442)

Peu avant sa mort, le vénérable Mu‘âdh rapporta un hadith et dit : « Si vous cherchez un témoin à ce sujet, ‘Uwaymir — Abou ad-Dardâ — est là ; vous pouvez l’interroger. » Les gens allèrent le voir. Après avoir entendu le hadith, il dit : « Mon frère, Mu‘âdh, a dit vrai. » (Musnad, 6/450)

Les nobles Compagnons avaient l’habitude, lorsqu’ils se rencontraient, de discuter des hadiths du Messager d’Allah. Une fois, Abou ad-Dardâ se trouvait dans une assemblée avec ‘Ubâda ibn as-Sâmit, al-Hârith al-Kindî et al-Miqdâd ibn Ma‘dî Karib. Il demanda à ‘Ubâda : « Lors de telle bataille, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — a-t-il dit quelque chose au sujet du cinquième du butin ? » ‘Ubâda s’en souvint et relata toute l’affaire.

Toute la vie du vénérable Abou ad-Dardâ s’écoula dans l’enseignement et la transmission de la Parole d’Allah et des hadiths du Prophète. Peu avant sa mort, il rassembla les habitants de la ville appartenant à diverses catégories et leur adressa sa dernière recommandation : accomplir correctement la prière. Le trésor de hadiths qu’il possédait, il l’avait recueilli directement auprès du Messager d’Allah. Après le décès du Messager, il rapporta également certains hadiths de Zayd ibn Thâbit et de ‘Â’isha — qu’Allah les agrée.

Le cercle de ses élèves et des transmetteurs de ses hadiths était limité. Des Compagnons éminents tels qu’Anas ibn Mâlik, Fudâla ibn ‘Ubayd, Abou Umâma, ‘Abdullâh ibn ‘Umar, ‘Abdullâh ibn ‘Abbâs et Umm ad-Dardâ rapportèrent des hadiths de lui.

La plupart des célèbres savants parmi les tâbi‘ûn acquirent auprès de lui la science du hadith et rapportèrent également des hadiths par son intermédiaire. Voici les noms de quelques-uns des plus célèbres :

Sa‘îd ibn al-Musayyib, Bilâl ibn Abî Dardâ, ‘Alqama ibn Qays, Abou Murra le protégé d’Umm Hâni’, Abou Idrîs al-Khawlânî, Jubayr ibn Nufayr, Suwayd ibn Ghafala, Zayd ibn Wahb, Ma‘dân ibn Abî Talha, Abou Habîba at-Tâ’î, Abou as-Safâr al-Hamdânî, Abou Salama ibn ‘Abd ar-Rahmân, Safwân ibn ‘Abdullâh, Qusayyib ibn Qays, Abou Bahriyya ‘Abdullâh ibn Qays, Qusayyib ibn Murra, Muhammad ibn Sîrîn, Muhammad ibn Suwayd Abî Waqqâs, Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazî, Hilâl ibn Yasâf, entre autres. (Tahdhîb at-Tahdhîb, 8/156 ; Tadhkirat al-Huffâz, 1/24 ; Târîkh al-Islâm, 2/107)

Le nombre total de hadiths rapportés par l’intermédiaire du vénérable Abou ad-Dardâ et que l’on retrouve dans les différents recueils de hadiths est de 179. Parmi eux, treize ont été réunis dans le Sahîh de Bukhârî et huit dans celui de Muslim. (Al-A‘lâm, 5/281 ; Târîkh al-Islâm, 2/107)

Il occupait également une place particulière dans la jurisprudence islamique. Des gens venaient de très loin le consulter sur des questions religieuses. Un homme vint même de Koufa jusqu’à Damas uniquement pour lui poser une question. Cette question était la suivante :

Cet homme n’avait d’abord pas voulu se marier, mais il finit par le faire sous la pression de sa mère. Après le mariage, lorsqu’un amour profond se développa entre les époux, sa mère recommença à le presser de divorcer de sa femme. Lui ne voulait plus divorcer. Après avoir tout entendu, Abou ad-Dardâ dit : « Je ne te dirai pas précisément de rompre avec quelqu’un — ni avec ta mère ni avec ton épouse. Je ne te dirai pas non plus de divorcer de ta femme, mais je ne considérerai pas la désobéissance à ta mère comme permise. Si tu le souhaites, tu peux divorcer ; tu peux aussi rester comme tu es. Toutefois, souviens-toi que le Messager d’Allah a appelé la mère “la porte du Paradis”. » (Musnad, 5/98 ; Siyar al-Ansâr, 2/200)

Une fois, Abou Habîb at-Tâ’î lui demanda : « Mon frère a donné quelques dinars “fî sabîlillâh” — dans le sentier d’Allah — et, au moment de mourir, il a recommandé que ces dinars soient dépensés dans l’une des œuvres de bienfaisance. Dites-moi donc quelle est la meilleure destination. » Il répondit : « À mes yeux, la meilleure destination est le jihâd fî sabîlillâh — le combat dans le sentier d’Allah. »

Le vénérable Abou ad-Dardâ était naturellement d’un caractère honnête et véridique. L’enseignement islamique rendit encore cette nature plus lumineuse et plus limpide. Parmi tous les Compagnons, le vénérable Abou Dharr al-Ghifârî était le plus franc et le plus indépendant d’esprit. Au début, lui aussi résidait en Syrie. Très peu de gens échappèrent à sa rigueur. Il critiqua sévèrement le vénérable gouverneur Mu‘âwiya dans sa propre cour. Un homme aussi strict à l’égard des prescriptions et des interdits islamiques lui dit un jour : « Même si vous n’aviez pas rencontré le Messager d’Allah, ou même si vous aviez embrassé l’islam après sa mort, vous auriez néanmoins été compté parmi les musulmans vertueux. » Quel témoignage plus éloquent pourrait-il y avoir de la pureté morale du vénérable Abou ad-Dardâ ?

Il était un Compagnon du Prophète. Son corps tremblait par crainte d’Allah, le Tout-Puissant et Majestueux. Une fois, debout sur le minbar de la mosquée, il dit dans son sermon : « Je crains profondément le jour où Allah me demandera : “As-tu agi conformément à ta science ?” Le jour où chaque verset du Coran se dressera vivant devant moi et me demandera : “Dans quelle mesure as-tu suivi les commandements du Coran ?” Les versets qui ordonnent se dresseront alors comme témoins contre moi et diront : “Il n’a rien fait.” Puis on me demandera : “Dans quelle mesure t’es-tu éloigné des interdits ?” Les versets qui interdisent s’écrieront alors : “Il n’a rien fait.” Ô gens ! Serai-je sauvé ce jour-là ? » (Kanz al-‘Ummâl, 7/84 ; Hayât as-Sahâba, 3/488-489)

Il vivait constamment dans la crainte de l’au-delà. Hizâm ibn Hakîm rapporte qu’Abou ad-Dardâ disait : « Si vous réalisiez ce qui arrivera après la mort, vous ne pourriez ni manger ni boire avec satisfaction, et vous n’entreriez même pas dans une maison couverte pour vous protéger du soleil. Vous sortiriez plutôt dans les rues en vous frappant la poitrine et en pleurant. » Il disait également : « Hélas ! Si seulement j’étais un arbre que les vaches et les chèvres auraient mangé. Si seulement j’étais la chèvre de ma famille, qu’ils auraient égorgée, découpée et mangée avec leurs invités. Ou si seulement j’étais né sous la forme de ce pilier ! Je n’aurais alors eu aucune crainte du jugement. » (Kanz al-‘Ummâl, 2/145 ; Hayât as-Sahâ

Hadrat Hudhayfa ibn al-Yaman (qu’Allah l’agrée)

Son nom véritable était Hudhayfa, sa kunya Abû ‘Abdillâh et son laqab, ou titre honorifique, « Sâhib as-Sirr ». Il était issu de la branche ‘Abs de la tribu de Ghatafân. C’est pourquoi on l’appelait également al-‘Absî. Son père s’appelait Husayl — selon une autre opinion, Hasal ibn Jâbir — et sa mère Rabâh bint Ka‘b ibn ‘Adî ibn ‘Abd al-Ashhal, fille de la branche ‘Abd al-Ashhal de la tribu médinoise des Ansâr, les Aws. Ibn Hajar, qu’Allah lui fasse miséricorde, dit : « Hudhayfa était l’un des Compagnons les plus éminents. » (Al-Isâba, 1/317 ; note marginale d’al-Istî‘âb dans al-Isâba, 1/277)

Le père de Hudhayfa, Husayl, était à l’origine un homme de la tribu mecquoise des Banû ‘Abs. À l’époque préislamique, après avoir tué un homme de sa propre tribu, il s’enfuit de La Mecque et se réfugia à Yathrib. Il y conclut d’abord un pacte d’alliance avec les Banû ‘Abd al-Ashhal, puis établit avec eux des liens matrimoniaux et continua d’y vivre. Les tribus ansar de Médine avaient à l’origine des liens avec le Yémen. Comme Husayl avait épousé une femme de cette région, les gens de sa tribu l’appelaient « al-Yamân ». C’est pourquoi on le désigne par le nom de Hudhayfa ibn al-Yamân. (Voir Shajarat adh-Dhahab, 1/44 ; al-Isâba, 1/317 ; Tahdhîb at-Tahdhîb, 2/193.) De ce mariage d’al-Yamân avec une femme des Banû ‘Abd al-Ashhal naquirent les enfants suivants : 1. Hudhayfa, 2. Sa‘d, 3. Safwân, 4. Mudlij et 5. Laylâ. Ils furent connus dans l’histoire sous le nom de descendants d’al-Yamân.

Peu à peu, les obstacles et les craintes qui empêchaient al-Yamân d’entrer à La Mecque disparurent. Il se rendait parfois de La Mecque à Yathrib et inversement, mais il séjournait surtout à Yathrib. Entre-temps, le Messager honorable d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, commença à appeler les habitants de La Mecque à l’islam. À un moment donné, le père de Hudhayfa, al-Yamân, se présenta auprès du Messager d’Allah avec onze hommes des Banû ‘Abs et embrassa l’islam. Le Messager honorable d’Allah n’avait pas encore émigré de La Mecque à Médine. Ainsi, Hudhayfa était d’origine mecquoise, mais il naquit à Médine et y grandit. (Suwar min hayât as-Sahâba, 4/122.)

Le père de Hudhayfa, al-Yamân, devint musulman au début de la prédication islamique à La Mecque. Sa mère embrassa également l’islam avec lui. Hudhayfa grandit donc au sein de parents musulmans et devint musulman avant même d’avoir eu la chance de voir le Messager honorable d’Allah. Parmi ses frères et sœurs, seuls lui et Safwân eurent cet honneur. Après être devenu musulman, il éprouva le désir de voir le Messager. Ce désir s’intensifia de jour en jour. Il interrogeait constamment ceux qui avaient vu le Messager afin de connaître son visage, son apparence, ses qualités et ses traits de caractère. Finalement, il se présenta véritablement un jour auprès du Messager d’Allah à La Mecque et lui demanda son avis au sujet de l’émigration et du soutien. Le Messager lui laissa la liberté de choisir l’un des deux. Hudhayfa dit : « Le Messager d’Allah me laissa libre de choisir entre l’émigration et le soutien, c’est-à-dire de prendre place parmi les Muhâjirûn ou parmi les Ansâr. Je choisis le soutien. » (Usud al-ghâba, 1/394 ; Tahdhîb at-Tahdhîb, 2/193 ; al-Isâba, 1/318.)

Selon une autre narration, lors de sa première rencontre à La Mecque, il demanda : « Ô Messager d’Allah ! Suis-je un Muhâjir ou un Ansârî ? » Le Messager répondit : « Tu peux choisir d’être Muhâjir ou Ansârî. » Il dit : « Ô Messager d’Allah ! Je serai un Ansârî. » (Suwar min hayât as-Sahâba, 4/123-124.)

Après que le Messager honorable d’Allah eut quitté La Mecque pour Médine, il institua la mu’âkhât, c’est-à-dire l’établissement de liens de fraternité religieuse. Il déclara Hudhayfa et ‘Ammâr ibn Yâsir frères dans la foi. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/506.)

Hudhayfa ne participa pas à la bataille de Badr. Ibn Sa‘d le mentionne parmi les Compagnons qui n’y prirent pas part. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 1/94.) Au sujet de la raison pour laquelle lui et son père n’avaient pas participé à cette bataille, il rapporta lui-même : « Rien ne m’empêchait de participer à Badr. Cependant, alors que mon père et moi nous trouvions hors de Médine et que nous retournions dans notre patrie, les mécréants qurayshites nous barrèrent la route et nous demandèrent : “Où allez-vous ?” Nous répondîmes : “À Médine.” Ils dirent : “Vous allez donc certainement rejoindre Muhammad !” Nous répondîmes : “Nous allons seulement à Médine ; nous n’avons pas d’autre objectif.” Finalement, ils nous laissèrent passer, mais après nous avoir fait promettre qu’une fois à Médine, nous n’aiderions en aucune manière Muhammad contre les Qurayshites. Après leur avoir échappé, nous arrivâmes à Médine, informâmes le Messager d’Allah de l’engagement que nous avions pris envers les Qurayshites et lui demandâmes : “Que devons-nous faire maintenant ?” Il répondit : “Respectez votre engagement. Quant à nous, nous demanderons l’aide d’Allah pour remporter la victoire sur eux.” » (Târîkh al-Islâm d’adh-Dhahabî, 2/153 ; Sahîh Muslim, 2/89 ; Tahdhîb at-Tahdhîb, 2/193 ; al-Isâba, 1/317.)

Hudhayfa participa à la bataille d’Uhud aux côtés de son père. Il combattit avec un courage remarquable et retourna sain et sauf à Médine. Son vieux père, en revanche, mourut en martyr. Ce martyre survint malheureusement aux mains de soldats musulmans de son propre camp. Voici ce qui s’était passé :

Au moment de la bataille d’Uhud, son père al-Yamân et Thâbit ibn Waqsh avaient atteint un âge avancé. Avant la bataille, les femmes et les enfants furent placés dans une forteresse sûre, et ces deux vieillards furent chargés de la surveillance de cette forteresse. Lorsque le combat devint particulièrement violent, al-Yamân dit à son compagnon Thâbit : « Que ton père périsse ! Qu’attendons-nous ici ? Notre vie à tous est presque arrivée à son terme, comme celle d’un âne assoiffé dont les jours sont comptés. Au mieux, nous ne vivrons que jusqu’à aujourd’hui ou demain. Ne devrions-nous pas prendre nos épées et rejoindre le Messager d’Allah ? Il se peut qu’Allah nous accorde le martyre auprès de Son Prophète. » Tous deux quittèrent alors la forteresse, l’épée à la main.

À un moment de la bataille, l’armée polythéiste fut vaincue et s’enfuit pour sauver sa vie. Un démon pervers cria alors : « Regardez, les musulmans arrivent ! » En entendant cela, un groupe de polythéistes fit demi-tour et engagea le combat avec un groupe de musulmans. Al-Yamân et Thâbit se retrouvèrent pris au milieu de l’affrontement acharné entre les deux camps. Thâbit tomba en martyr sous les coups des polythéistes. Mais le père de Hudhayfa, al-Yamân, fut tué par les musulmans. Cela se produisit parce qu’ils ne l’avaient pas reconnu et que la confusion de la bataille était extrême. De loin, Hudhayfa vit la scène tragique qui frappait son père et se mit à crier : « Mon père ! Mon père ! » Mais ses cris ne parvinrent à personne ; ils se perdirent dans le vacarme du combat. Entre-temps, le vieillard s’était effondré sous les coups d’épée de ses propres compagnons. Après s’être assuré de la mort de son père, Hudhayfa prononça seulement ces mots : « Qu’Allah nous pardonne tous. Il est le plus Miséricordieux. »

Lorsque le Messager honorable d’Allah voulut verser à Hudhayfa la diya, c’est-à-dire le prix du sang de son père, celui-ci dit : « Mon père désirait ardemment le martyre, et il l’a obtenu. Ô Allah, sois témoin : je fais don de sa diya, de son prix du sang, aux musulmans. » Le Messager d’Allah en fut extrêmement heureux. (Voir Sahîh al-Bukhârî, 2/581 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/87 ; Hayât as-Sahâba, 1/519 ; Suwar min hayât as-Sahâba, 4/125-127.)


Références

1. Ibn Hicham : As-Sîra,
2. Ibn Sa‘d : At-Tabaqât,
3. Ibn Al-Athîr :
– Usud Al-Ghâba,
– Tajrîd Asmâ’ As-Sahâba,
– Al-Kâmil fî At-Târîkh,
4. Ibn ‘Asâkir : At-Târîkh Al-Kabîr,
5. Ibn Hajar :
– Al-Isâba,
– Taqrîb At-Tahdhîb,
– Lisân Al-Mîzân,
6. Balâdhurî : Ansâb Al-Ashrâf,
7. Ibn Al-‘Imâd Al-Hanbalî : Shadharât Adh-Dhahab fî man Dhahab,
8. Muhyî Ad-Dîn An-Nawawî : Tahdhîb Al-Asmâ’ wa Al-Lughât,
9. Abû Al-Faraj Al-Isfahânî : Kitâb Al-Aghânî,
10. Ibn Al-Jawzî : Sifat As-Safwa,
11. Adh-Dhahabî :
– Tadhkirat Al-Huffâz,
– Târîkh Al-Islâm wa Tabaqât,
– Al-Mashâhîr wa Al-A‘lâm,
12. Yâqût Al-Hamawî : Mu‘jam Al-Buldân,
13. Al-Qurtubî : Al-Istî‘âb (annotation marginale d’Al-Isâba),
14. Shâh Walî Allâh : Fiqh ‘Umar (ourdou),
15. Muhammad ‘Alî As-Sâbûnî : At-Tibyân fî ‘Ulûm Al-Qur’ân,
16. Az-Ziriklî : Al-A‘lâm,
17. Yûsuf Kandhalawî, Mawlânâ : Hayât As-Sahâba (arabe),
18. Khâlid Muhammad Khâlid : Rijâl hawla Ar-Rasûl,
19. Dr Raf‘at Al-Bâshâ : Suwar min Hayât As-Sahâba,
20. ‘Abd Ar-Ra’ûf, Mawlânâ : Asahh As-Siyar,
21. Sa‘îd Ansârî, Mawlânâ : Siyar Ansâr,
22. Dr ‘Umar Farrûkh : Târîkh Al-Adab Al-‘Arabî,
23. Jurjî Zaydân : Târîkh Âdâb Al-Lugha Al-‘Arabiyya,
24. Imam Ahmad : Al-Musnad,
25. Dâ’irat Al-Ma‘ârif Al-Islâmiyya (ourdou),
26. Muhammad Khidrî Bek : Târîkh Al-Umma Al-Islâmiyya,
27. ‘Abd Ar-Rahmân Al-Bannâ : Al-Fath Ar-Rabbânî (commentaire d’Al-Musnad),
28. Divers ouvrages de hadith.