Introduction

Louange à Allah. Par l’infinie miséricorde d’Allah le Très-Haut, le quatrième tome de « La vie des Compagnons du Prophète » est publié. Il y a quelques années, lorsque nous avons entrepris cette œuvre considérable, nous n’espérions pas pouvoir aller aussi loin. Ce n’est que plus tard que j’ai compris combien cette tâche était difficile pour un homme paresseux comme moi. L’aide d’Allah le Très-Haut, ainsi que les encouragements de mes amis et des lecteurs, m’ont incité à poursuivre ce travail. Sans les conseils et la coopération du professeur Nazir Ahmad, directeur du Centre islamique du Bangladesh, cette œuvre aurait été abandonnée depuis longtemps. Je prie Allah le Très-Haut de récompenser tous ceux qui ont contribué à cette œuvre, chacun à leur manière.

Les grands Compagnons dont la vie est évoquée dans ce quatrième tome appartenaient tous à la communauté des Ansar de Médine. Je me suis efforcé de puiser ces informations dans des sources aussi fiables que possible et j’en ai également indiqué les noms. J’ai fait de mon mieux dans le choix des termes, en tenant compte de l’honneur et de la dignité des nobles Compagnons. Malgré cela, si les lecteurs relèvent quelque part une quelconque erreur factuelle ou incohérence linguistique, je m’efforcerai de la corriger s’ils me la signalent. Nous poursuivrons notre travail dans l’espoir que la foi et les œuvres des nobles Compagnons laisseront leur empreinte dans chaque foyer du Bengale. Qu’Allah le Très-Haut accepte ce modeste effort. Amen.

Muhammad Abdul Ma’boud

Département d’arabe

Université de Dhaka

Dhaka-1000.

1er janvier 1998

1er Ramadan 1418

Anas ibn Nadar (r.a.)

Son nom était Anas et son père s’appelait Nadr ibn Damdam. Il était l’oncle vénéré du célèbre Compagnon Anas ibn Malik, serviteur du Messager d’Allah (s.a.s.).¹ Anas ibn Malik disait : « J’ai été nommé d’après mon oncle Anas. »² Salma bint ʿAmr, la mère du vénéré grand-père du Messager d’Allah (s.a.s.), ʿAbd al-Muttalib, était une femme du clan de cet Anas, les Banû Najjâr. Elle était donc la tante paternelle d’Anas ibn Nadr. Anas ibn Nadr était le raïs, c’est-à-dire le chef, de son clan. La Compagnonne Roubayyiʿa bint Nadr était sa sœur. Sa mère était également une Compagnonne.³ On ne dispose d’aucune information précise sur son année de naissance.

Anas ibn Nadr (r.a.) embrassa l’islam lors de la seconde rencontre d’al-ʿAqaba. Anas ibn Malik (r.a.) rapporte : pour une raison inconnue, mon oncle Anas ibn Nadr ne put participer à la bataille de Badr. Après la bataille, lorsque le Messager d’Allah (s.a.s.) revint à Médine, il se présenta devant lui et dit d’un ton plein de regret : « Ô Messager d’Allah ! J’ai été absent lors de votre première expédition contre les forces polythéistes. Par Allah, si Allah m’accorde à l’avenir l’occasion de combattre avec eux, Il verra certainement ce que je ferai. »

La bataille d’Uhud eut lieu la troisième année de l’Hégire. À un moment de cette bataille, lorsque l’armée musulmane s’était dispersée et avait quitté le champ de bataille, il s’écria intérieurement : « Ô Allah ! Je Te demande pardon pour ce que font ces musulmans. Je n’ai rien à voir avec ce qu’ont fait ces polythéistes. » Sur ces mots, il s’avança. En chemin, il dit : « Ô Saʿd, le Paradis est là-bas, à Uhud. Par Allah ! Je sens le parfum du Paradis venant de la direction d’Uhud. » Tout en répétant ces paroles, Anas (r.a.) se précipita vers le champ de bataille d’Uhud et combattit avec un courage immense, jusqu’à tomber en martyr. Saʿd rapporte : « Ce qu’il fit ce jour-là, je n’ai pas pu le faire. » Al-Balâdhurî rapporte que Sufyân ibn ʿUwayf le tua.⁴

À propos du rôle d’Anas (r.a.) lors de la bataille d’Uhud, Ibn Ishâq rapporte : ʿUmar ibn al-Khattâb et Talha ibn ʿUbayd Allah étaient assis, les bras croisés, avec les Muhâjirûn et les Ansâr. Anas se présenta devant eux et dit : « Pourquoi restez-vous ainsi assis ? » Ils répondirent : « Le Messager d’Allah (s.a.s.) a été tué. »

Anas dit : « S’il est réellement mort, que ferez-vous en restant en vie ? Levez-vous et donnez votre vie sur le même chemin que celui où le Messager d’Allah (s.a.s.) a donné la sienne. » Après avoir prononcé ces paroles, il se jeta sur l’armée ennemie et tomba en martyr.⁵

Anas ibn Malik rapporte : le corps entier d’Anas ibn Nadr avait été transpercé par les coups de flèches, de lances et d’épées. Après décompte, on trouva sur son corps plus de soixante-dix blessures — quatre-vingts, selon une autre version. Les mécréants avaient mutilé son cadavre en lui sectionnant les membres. Personne ne put identifier le corps, hormis sa sœur Roubayyiʿa bint Nadr. Elle-même ne put le reconnaître qu’en observant les doigts de sa main.⁶ La fermeté de la foi d’Anas ibn Nadr (r.a.) apparaît clairement dans le récit de son martyre. Les versets du Coran révélés au sujet de la bataille d’Uhud louent les grandes figures qui s’y sont illustrées. Anas ibn Malik (r.a.) rapporte que le verset 23 de la sourate al-Ahzâb — « Parmi les croyants, certains ont tenu l’engagement qu’ils avaient pris envers Allah : certains ont accompli leur vœu en mourant, tandis que d’autres attendent encore » — fut révélé en l’honneur de son oncle Anas ibn Nadr.⁷

Il est rapporté dans le Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, d’après Anas ibn Mālik, que Roubayyiʿa bint Nāḍir gifla un jour au visage une femme ansarienne, lui cassant ainsi une dent. Des excuses furent présentées en leur nom, mais elles refusèrent de pardonner. On leur proposa alors de verser la diya, c’est-à-dire une indemnité. Elles refusèrent également. Le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) dit alors : « Conformément au commandement de Dieu, le qiṣāṣ, c’est-à-dire la loi du talion, est désormais obligatoire. » En entendant cela, Anas ibn Nāḍir s’écria : « Ô Messager de Dieu ! La dent de Roubayyiʿa sera-t-elle cassée ? Je jure par Celui qui vous a envoyé avec la vérité ! Non, non, sa dent ne sera jamais cassée. »

Par la suite, la partie plaignante accepta soudainement de recevoir la diya. Le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) déclara alors : « Il existe de nombreux serviteurs de Dieu qui, lorsqu’ils jurent par Lui, voient Dieu Lui-même accomplir leur serment. Anas ibn Nāḍir est l’un d’eux. » L’événement est également rapporté dans le Ṣaḥīḥ Muslim par une chaîne de transmission différente et sous une autre forme.⁸

Références :

Al-Barāʾ ibn Mālik (que Dieu l’agrée)

Al-Barāʾ ibn Mālik était le frère utérin du célèbre Compagnon et serviteur bien-aimé du Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui), Anas ibn Mālik (que Dieu l’agrée). C’est ce qu’a affirmé Abū Ḥātim. Selon Saʿd, il était le frère germain d’Anas. Leur mère à tous deux était la célèbre Compagnonne Umm Sulaym.¹ Ibn al-Athīr partage également cet avis.² Toutefois, Ibn Ḥajar a indiqué que cette opinion n’était pas exacte. Il dit que, d’après la biographie de Shurayk ibn Samḥāʾ, celui-ci était le frère utérin d’al-Barāʾ ibn Mālik, et que leur mère à tous deux était Samḥāʾ. En revanche, nul ne conteste que la mère d’Anas ibn Mālik était Umm Sulaym.³ En outre, parmi les enfants d’Umm Sulaym dont l’identité est mentionnée dans les différentes traditions, le nom d’al-Barāʾ n’apparaît nulle part.

Avant même l’Hégire du noble Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) à Médine, les habitants de Médine se mirent en grand nombre à embrasser l’islam. Des groupes entiers se rendaient à La Mecque pour se convertir à l’islam. Beaucoup d’autres habitants de Médine devinrent musulmans grâce à la prédication de Muṣʿab ibn ʿUmayr (que Dieu l’agrée), l’envoyé spécial du Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Cette vague de conversions se poursuivit après l’arrivée du Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) à Médine. Al-Barāʾ embrassa l’islam à une date indéterminée.

À l’exception de la bataille de Badr, il participa avec le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) à toutes les autres expéditions, notamment à celles d’Uḥud et du Fossé.⁴ Il participa également au serment d’allégeance d’al-Riḍwān à Ḥudaybiya.⁵ Sous le califat du premier calife, Abū Bakr (que Dieu l’agrée), les faux prophètes commencèrent à sévir dans toute l’Arabie. À cette époque, lors de la terrible bataille que l’armée musulmane livra dans la plaine de Yamāma contre le faux prophète Musaylima al-Kadhdhāb, al-Barāʾ joua un rôle héroïque. Khālid ibn al-Walīd était le commandant de cette armée. À un moment donné, al-Barāʾ s’adressa à lui en disant : « Lève-toi et donne l’ordre. » Puis, monté sur son cheval, il récita quelques louanges à Dieu et s’adressa à l’armée musulmane en ces termes : « Ô habitants de Médine ! Aujourd’hui, effacez de vos cœurs toute pensée pour Médine. Aujourd’hui, il ne convient de laisser subsister dans vos cœurs que le souvenir de Dieu et du Paradis. »⁶ Après ce discours profondément émouvant, une vague d’enthousiasme et d’ardeur parcourut toute l’armée. Les soldats montèrent chacun sur son cheval et vinrent se joindre à lui.

Au cours de cette bataille, al-Barā’ livra un combat singulier à l’un des chefs ennemis. L’homme était un jeune homme robuste. Al-Barā’ visa d’abord sa jambe et lui porta un coup d’épée. Le coup n’atteignit pas précisément sa cible. Malgré cela, l’homme se mit à se rouler par terre de peur. Profitant de cette occasion, al-Barā’ rengaina son épée en un instant, se jeta sur lui, lui arracha son épée et lui porta un coup si violent que son corps fut tranché en deux.⁷ Puis il se lança à la vitesse de l’éclair contre les apostats et les repoussa jusqu’au mur d’enceinte de leur jardin. Mousaylima se trouvait dans le jardin. Les soldats de Mousaylima pénétrèrent dans le jardin, se rassemblèrent autour de lui et en fermèrent la porte. Barā’ ibn Mālik les poursuivit jusqu’au mur et s’arrêta devant la porte close. En un instant, il se mit à rugir comme un lion et cria : « Ô gens ! Je suis Barā’ ibn Mālik. Venez à moi, venez à moi ! » Lorsque les guerriers s’avancèrent, il leur dit encore : « Ô gens ! Jetez-moi au milieu d’eux, à l’intérieur du jardin. » Les hommes répondirent : « Non, comment cela serait-il possible ? » Il dit : « Par Allah ! Vous me jetterez certainement parmi eux. » On le souleva alors en hauteur. Il passa la tête au-dessus du mur, puis, en un instant, ouvrit la porte aux soldats musulmans qui attendaient. À la vitesse de l’éclair, les soldats musulmans pénétrèrent tous ensemble à l’intérieur et engagèrent un combat acharné. Les pertes furent nombreuses des deux côtés. Le maudit Mousaylima fut tué en ce lieu et son armée fut vaincue.⁸ Parmi ceux qui combattirent épaule contre épaule avec Barā’ ibn Mālik à la porte du jardin d’al-Yamāma, le vénérable ʿAbbād ibn Bishr mourut en martyr.⁹ C’est également là que Barā’ tua à lui seul dix soldats ennemis.¹⁰ Au cours de cette expédition audacieuse, son corps tout entier fut transpercé. Il reçut plus de quatre-vingts blessures de flèches, de lances et de javelots. On le transporta au camp sur le dos d’une monture et, après plus d’un mois de soins, il recouvra la santé. Le vénérable Khālid ibn al-Walīd banda lui-même ses blessures et supervisa personnellement tout son traitement.¹¹ En l’an 17 de l’Hégire, le calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée) destitua son gouverneur d’al-Baṣra, le vénérable al-Mughīra ibn Shuʿba (qu’Allah l’agrée), et nomma à sa place le vénérable Mūsā al-Ashʿarī (qu’Allah l’agrée). Parmi les vingt-neuf hommes qu’Abū Mūsā emmena avec lui en quittant Médine se trouvait al-Barā’ ibn Mālik.¹² Le vénérable al-Barā’ ibn Mālik fit également preuve d’un courage et d’une habileté militaire remarquables lors de la bataille de Hīra, en Irak. Une forteresse de la ville était assiégée par l’armée musulmane. Depuis l’intérieur, les ennemis avaient disposé sur le rempart de la forteresse des chaînes chauffées à blanc par le feu, afin qu’aucun soldat musulman n’ose s’en approcher. Le vénérable Anas s’avança courageusement pour escalader le mur. Les habitants de la forteresse l’enlacèrent habilement avec une chaîne et commencèrent à le hisser vers le haut. Au moment où la chaîne montait, le vénérable al-Barā’ l’aperçut. Il accourut rapidement, saisit la chaîne et tira dessus avec une telle violence qu’elle se rompit et qu’Anas tomba. À force de tirer sur la chaîne, la chair des mains d’al-Barā’ se détacha et ses os apparurent. Toutefois, le vénérable Anas survécut.¹³ Entre les années 17 et 20 de l’Hégire, Ramhormoz, Tustar et Sūs furent conquis en Perse. Lorsque l’armée perse se regroupa de nouveau à Ramhormoz pour résister, on écrivit au commandant en chef de l’armée musulmane, Saʿd ibn ʿUbāda, de dépêcher de nombreux soldats, parmi lesquels devaient se trouver Sahl ibn ʿAdī, al-Barā’ ibn Mālik, Majza’a ibn Thawr et d’autres hommes éminents.¹⁴ Lors de l’expédition de Tustar en Perse, il commandait l’aile droite de l’armée du vénérable Abū Mūsā al-Ashʿarī (qu’Allah l’agrée).¹⁵ Au cours de cette bataille, il tua à lui seul cent soldats.¹⁶ La bataille faisait rage à Tustar. L’armée ennemie s’était retranchée à l’intérieur d’une forteresse bien protégée. Elle tentait de mettre l’armée musulmane en déroute par des attaques désordonnées. Ibn al-Athīr rapporte qu’à cette époque elle lança quatre-vingts attaques contre l’armée musulmane.¹⁷ Un jour, dans ces circonstances, le vénérable Anas se rendit auprès d’al-Barā’ et l’entendit réciter un poème sur un air mélodieux. Anas lui dit : « Allah vous a donné, avec le Coran, quelque chose de meilleur que cela. Récitez-le donc avec une belle voix. » Al-Barā’ répondit : « Peut-être craignez-vous que je meure un jour. Je demande à Allah qu’il n’en soit pas ainsi. Mais si je dois mourir, je mourrai sur le champ de bataille. »¹⁸ Le vénérable Messager d’Allah avait dit un jour à son sujet : « Combien de personnes aux cheveux ébouriffés et couverts de poussière, qui ne comptent pour rien aux yeux des hommes, jurent-elles par Allah ; Allah accomplit pourtant leur serment. Al-Barā’ ibn Mālik est l’un d’eux. » À Tustar, lorsque l’armée musulmane se trouva incapable de faire tomber la forteresse ennemie, elle se souvint de cette parole du vénérable Messager d’Allah. Les soldats vinrent auprès du vénérable al-Barā’ (qu’Allah l’agrée) et lui demandèrent de prêter un serment au nom d’Allah. Il dit : « Ô Allah, je jure par Ton nom : accorde aujourd’hui aux musulmans la victoire et honore-moi en me permettant de rencontrer le Messager d’Allah. »¹⁹ À ce moment-là, les soldats musulmans découvrirent un tunnel permettant de pénétrer à l’intérieur de la forteresse. Le vénérable al-Barā’ tenta d’entrer dans la forteresse par ce tunnel avec le vénérable Majza’a (qu’Allah l’agrée). Alors qu’il sortait du tunnel, le vénérable Majza’a fut tué en martyr par une grosse pierre lancée par les ennemis.²⁰ Le vénérable al-Barā’ se retrouva face à face avec un soldat perse nommé Marzubān Āzār. Celui-ci lui barra le chemin. Mais al-Barā’ le tua et, avec une bravoure héroïque, brisa toute la résistance de l’armée ennemie jusqu’à atteindre la porte de la forteresse. Là, il se retrouva face à Hurmuzān lui-même. Un combat acharné s’engagea entre eux deux. Finalement, il mourut en martyr sous les coups de Hurmuzān. Celui-ci le tua, s’empara de ses armes et de ses vêtements, puis les vendit pour plus de trente mille pièces de monnaie. Cependant, grâce à son courage, la domination des musulmans fut établie sur le champ de bataille. Selon l’historien al-Wāqidī, l’événement eut lieu en l’an 20 de l’Hégire. Selon une autre opinion, il eut lieu en l’an 19 ou en l’an 23.²¹ L’érudit al-Ziriklī dit : « Il mourut en martyr à la porte de Tustar, à l’extérieur de la forteresse, et y fut enterré. »²² Le vénérable al-Barā’ ibn Mālik comptait parmi les Compagnons éminents du noble Messager d’Allah. Pendant de nombreuses années, il bénéficia de la compagnie rapprochée du Prophète. Il avait certainement entendu de nombreux hadiths sortis de la bouche du Messager d’Allah. Il est toutefois étonnant que l’on trouve si peu de hadiths rapportés par lui ; peut-être son engagement constant dans le jihād ne lui permit-il pas d’y accorder son attention. L’auteur de l’ouvrage al-Istīʿāb écrit : « Al-Barā’ comptait parmi les Compagnons éminents. »²³ L’érudit al-Dhahabī dit : « Il était l’un des grands chefs, un héros d’un courage extrême, un homme légendaire dans l’art de monter à cheval et d’affronter les dangers les plus redoutables. »²⁴ C’est pourquoi le vénérable ʿUmar (qu’Allah l’agrée) ne le nomma jamais commandant d’une armée. Il écrivit un jour aux autres officiers militaires : « Ne nommez pas Barā’ comme émir d’une armée musulmane. C’est un homme qui est lui-même une épreuve : il avance toujours et ne sait pas faire demi-tour. » Une autre tradition rapporte : « C’est une véritable destruction. » Pourtant, extérieurement, il paraissait faible.²⁵ Khālid Muḥammad, l’auteur de l’ouvrage Rijāl ḥawla al-Rasūl, dit : « Son désir le plus ardent était de mourir en martyr. » Allah, exalté soit-Il, exauça ce désir. Al-Mustadrak rapporte, d’après Ibn Isḥāq, qu’Anas ibn Mālik disait qu’al-Barā’ ibn Mālik possédait une voix douce. Il aimait également chanter. Le vénérable Anas disait : « Barā’ chantait pour les hommes les chants qui accompagnent la conduite des chameaux. »²⁶ Un jour, au cours d’un voyage avec le Messager d’Allah, il chantait un chant. Le Messager d’Allah l’entendit et dit à al-Barā’ : « Souviens-toi quelque peu des femmes. » En entendant cela, il se tut.²⁷

Références :

Al-Barâ ibn Ma‘rûr (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Al-Barâ et était surnommé Abû Bishr. Il était issu de la branche des Banû Salima, du célèbre clan khazrajite de Médine. Son père était Ma‘rûr ibn Sakhr et sa mère, al-Rubâb bint Nu‘mân. Sa mère était la tante paternelle de Hadrat Sa‘d ibn Mu‘âdh, le chef de la tribu des Aws.¹ Hadrat Al-Barâ ibn Ma‘rûr était le ra’îs, c’est-à-dire le chef, de son clan. Plusieurs forteresses et jardins de Médine lui appartenaient. On ne dispose d’aucune information précise concernant son année de naissance.²

Personne ne conteste que Hadrat Al-Barâ ibn Ma‘rûr ait embrassé l’islam avant le dernier serment d’allégeance. Selon beaucoup, il était présent lors du premier serment d’al-‘Aqaba et prêta serment entre les mains du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).³ Ibn al-Athîr a également rapporté ce récit.⁴ Beaucoup estiment toutefois que cette narration est dépourvue de fondement. À l’exception de Muhammad ibn Ishâq, aucun spécialiste de la Sîra ne l’a rapportée.⁵ À l’époque où Hadrat Al-Barâ ibn Ma‘rûr embrassa l’islam, Bayt al-Maqdis était la qibla des musulmans. Ceux-ci répugnaient à prier en se tournant dans cette direction. Il décida donc de son propre chef de commencer à prier en direction de la Ka‘ba. L’imam al-Zuhrî a dit : « Al-Barâ ibn Ma‘rûr fut le premier homme à se tourner vers la Ka‘ba, vivant comme mort. »⁶ Même lorsque Hadrat le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) priait en direction de Bayt al-Maqdis, il priait lui aussi en direction de la Ka‘ba. Lorsque le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’apprit, il lui ordonna de se tourner vers Bayt al-Maqdis. Il dit : « Fais-moi tourner vers ta Ka‘ba. »⁷ Hadrat Al-Barâ ibn Ma‘rûr était l’un des membres du dernier serment d’al-‘Aqaba. Le récit en a été rapporté par Hadrat Ka‘b ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée), qui en était également membre. Il dit : « Durant la saison du pèlerinage où nous prêtâmes serment entre les mains du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), je quittai Médine avec les polythéistes de notre peuple. Notre chef âgé, Al-Barâ ibn Ma‘rûr, nous accompagnait. Lorsque nous arrivâmes aux abords d’al-Baydâ’, il nous dit : “Écoutez-moi donc ! Je suis parvenu à une décision. Je ne sais pas si vous serez d’accord avec moi.” Nous répondîmes : “Abû Bishr, dites-nous quelle est votre décision.” Il dit : “J’ai décidé de prier tourné vers cette Maison (la Ka‘ba) et de ne jamais la placer derrière moi.” Nous lui dîmes : “Par Allah, vous ne devez pas faire cela, car nous savons que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne prie qu’en direction du Shâm.” Malgré notre demande, il dit : “Par Allah, je prierai bien dans cette direction !” Lorsque l’heure de la prière arriva, il se tint tourné vers la Ka‘ba, tandis que nous nous tournâmes vers le Shâm. C’est ainsi que nous arrivâmes à La Mecque.

À notre arrivée à La Mecque, il me dit : « Mon neveu, conduis-moi auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Je veux lui demander ce qu’il pense de ce que j’ai fait, car je ressens au fond de moi un certain malaise à l’idée de m’opposer à vous. » Ka‘b dit : « Nous partîmes à la recherche du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Dans la vallée d’al-Abtah, nous rencontrâmes un homme. Nous lui demandâmes : “Pouvez-vous nous indiquer où se trouve Muhammad ?” Il répondit : “Par Allah, pas du tout.” Puis il demanda : “Connaissez-vous ‘Abbâs ?” Nous répondîmes : “Oui, nous le connaissons. Il se rend parfois chez nous pour ses affaires commerciales.” Il dit : “Dès que vous entrerez dans la mosquée, vous verrez ‘Abbâs. L’homme assis à ses côtés est Muhammad.”

Ka‘b dit : « Nous entrâmes dans la mosquée et vîmes le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) assis dans un coin avec ‘Abbâs. Nous nous approchâmes, les saluâmes et nous assîmes. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à ‘Abbâs : “Abû al-Fadl, connaissez-vous ces deux hommes ?” ‘Abbâs répondit : “Oui, je les connais. Voici Al-Barâ ibn Ma‘rûr, le chef de son clan, et voici Ka‘b ibn Mâlik.” Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda : “Le poète Ka‘b ?” ‘Abbâs répondit : “Oui.” Alors Al-Barâ dit : “Ô Messager d’Allah ! En venant de Médine, je suis parvenu à une décision et je souhaite vous interroger à ce sujet.” Il lui dit : “Expose-moi clairement la question.” Al-Barâ dit : “J’ai décidé de ne plus jamais tourner le dos à cette Maison (la Ka‘ba) et de prier en me tournant vers elle.” Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit : “Si seulement tu avais patienté encore un peu en suivant la qibla vers laquelle tu étais orienté !” Al-Barâ se tourna alors vers la qibla du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et pria avec nous en direction du Shâm. Les membres de sa famille disaient qu’il était mort en suivant sa qibla.

Ka‘b dit : « Nous savons qu’il s’était tourné vers la qibla du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et qu’il avait prié avec nous en direction du Shâm. Puis, au milieu des jours de Tachrîq, nous convînmes de rencontrer le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à al-‘Aqaba. Nous cachâmes cette affaire aux polythéistes qui nous accompagnaient. Parmi nous se trouvait ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn Harâm, le père âgé de Jâbir. Il n’avait pas encore embrassé l’islam. Son jeune fils Jâbir, en revanche, avait embrassé l’islam et se trouvait dans cette caravane. »

Ka‘b dit : « Nous entourâmes tous ‘Abdullah et lui dîmes : “Père de Jâbir, nous avons de la peine pour vous. Si vous mourez dans la croyance qui est la vôtre, vous deviendrez demain le combustible de ce feu. Or Allah a envoyé un Messager qui appelle les hommes à reconnaître Son unicité et à L’adorer. Beaucoup de membres de votre communauté ont cru en lui et sont devenus musulmans. Nous nous sommes engagés à prêter serment entre les mains du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).” Après nos paroles, il embrassa l’islam et prit part au serment d’allégeance. Enfin arriva cette nuit promise à Minâ. Alors que les gens étaient plongés dans un profond sommeil, nous quittâmes nos couches comme des oiseaux du désert sortant de leur nid et nous nous rassemblâmes finalement à al-‘Aqaba. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vint accompagné de son oncle ‘Abbâs. “Vous savez dans quelle situation se trouve Muhammad parmi nous. Il jouit de l’honneur et de la sécurité au sein de sa communauté. Nous l’avons protégé. Mais il souhaite répondre à votre appel et venir auprès de vous. Si vous pensez pouvoir respecter l’engagement que vous prenez, emmenez-le avec vous. Mais si vous craignez l’humiliation et le déshonneur, laissez-le au sein de son peuple. Il y jouit de l’honneur et de la sécurité auprès de sa propre communauté.”

Nous dîmes : « Ô Messager d’Allah, parlez-nous à présent. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) prononça un discours, invoqua Allah et récita quelques passages du Coran. Puis nous dîmes au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : « Acceptez de nous le serment d’allégeance pour vous-même et pour votre Seigneur. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Je reçois de vous le serment de me protéger contre ce dont vous protégez vos enfants et vos femmes. »

Al-Barâ ibn Ma‘rûr répondit : « Oui. Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, nous vous protégerons de ce dont nous protégeons nos vies et nos femmes. » Puis nous prêtâmes allégeance au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Al-Barâ ibn Ma‘rûr demanda : « Ô Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), tendez-nous votre main afin que nous vous prêtions allégeance. » Lorsque le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) tendit la main, il posa sa main dans la sienne ; il fut ainsi le premier d’entre nous à lui prêter allégeance. Ensuite, les autres lui prêtèrent allégeance les uns après les autres.⁸ Il existe des divergences quant à celui qui fut le premier à poser sa main dans celle du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et à lui prêter allégeance lors de la dernière allégeance d‘Aqaba. Les membres des Banû Najjâr affirmèrent que cet honneur revenait à As‘ad ibn Zurâra, tandis que les membres des Banû ‘Abd al-Ashhal affirmèrent qu’il revenait à Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân. Cependant, l’imam al-Zuhrî, rapportant une tradition de Ka‘b ibn Mâlik, a dit que cet honneur exceptionnel revenait à Al-Barâ ibn Ma‘rûr. Telle était la conviction des membres des Banû Salama.⁹ Ibn Ishâq l’a également rapporté.¹⁰ L’érudit al-Ziriklî dit : le jour où soixante-dix Ansâr rencontrèrent le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à ‘Aqaba et lui prêtèrent allégeance, Al-Barâ ibn Ma‘rûr fut le premier à parler au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) au nom des Ansâr.¹¹ Après l’allégeance, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le nomma, ainsi que ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn Harâm, le père de Jâbir, chefs des Banû Salama.¹² Il a déjà été mentionné que ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn Harâm, le père du célèbre Compagnon Jâbir ibn ‘Abdullah, embrassa l’islam lors de cette dernière rencontre d‘Aqaba. Au moment où il embrassa l’islam, Al-Barâ lui donna deux pièces de vêtement propre, qu’il revêtit avant de prononcer la profession de foi.¹³ Al-Barâ fut l’un des chefs dont les fils participèrent également à l’allégeance de la dernière ‘Aqaba. Son fils Bishr ibn Al-Barâ lui prêta lui aussi allégeance ce jour-là.¹⁴

Il prêta allégeance au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à ‘Aqaba, au mois de Dhû al-Hijja de la douzième année de la mission prophétique. Deux mois seulement plus tard, au mois de Safar, il mourut à Médine. Au moment de sa mort, il laissa ces dernières volontés : « Placez-moi dans ma tombe face à la Ka‘ba, et qu’un tiers de mes biens revienne au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il les dépensera comme il le jugera bon. » Selon Ibn Ishâq, cet événement eut lieu avant l’arrivée du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine.¹⁵ Cette opinion d’Ibn al-Athîr ne semble pas exacte, car on sait que deux ou trois musulmans moururent à Médine avant lui. Cependant, l’observation d’al-Ziriklî selon laquelle il fut le premier des naqîb à mourir est exacte.¹⁶

Le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) émigra à Médine. Accompagné de ses Compagnons, il se rendit sur la tombe d’Al-Barâ et accomplit la prière funéraire pour lui en prononçant quatre takbîr. Quant aux biens qu’Al-Barâ lui avait légués, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les accepta, puis les donna de nouveau au fils d’Al-Barâ.¹⁷

‘Abdullah ibn Abî Qatâda a dit : après son arrivée à Médine, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) accomplit en premier la prière funéraire d’Al-Barâ ibn Ma‘rûr. Il se rendit avec ses Compagnons près de sa tombe, se plaça en rang avec eux et invoqua Allah en sa faveur :

(Ô Allah, pardonne-lui, répands Ta miséricorde sur lui et sois satisfait de lui.)

Une autre tradition rapporte que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) invoqua ainsi en sa faveur :¹⁸ « Ô Allah, répands Ta miséricorde sur Al-Barâ ibn Ma‘rûr. Au Jour de la Résurrection, ne place aucun voile entre Toi et lui et fais-le entrer au Paradis. »

On ne dispose d’aucune information sur les descendants d’Al-Barâ ibn Ma‘rûr (qu’Allah l’agrée). Les ouvrages de sîra indiquent seulement qu’il avait un fils nommé Bishr, qui participa à la dernière allégeance d‘Aqaba et prêta allégeance au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).¹⁹ Après la mort d’Al-Barâ, le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le nomma chef des Banû Salama. Lors de la bataille de Khaybar, une femme juive nommée Zaynab bint al-Hârith mélangea du poison à de la viande de chèvre et la fit manger au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Bishr mangea lui aussi de cette viande empoisonnée et mourut des suites de son effet.²⁰

Il a déjà été mentionné qu’après avoir embrassé l’islam, Al-Barâ ibn Ma‘rûr (qu’Allah l’agrée) adopta immédiatement la Ka‘ba de La Mecque comme qibla et qu’au moment de sa mort, il laissa pour dernières volontés qu’on l’ensevelisse tourné dans cette direction. Pourtant, l’islam n’avait pas encore déclaré la Ka‘ba qibla. Pourquoi fit-il cela ? Avait-il compris que la Ka‘ba deviendrait à l’avenir la qibla de l’islam ? Quelle faveur extraordinaire pour lui que, bien plus tard, après sa mort, alors que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) séjournait dans sa propre maison, Allah le Très-Haut ait, par révélation, désigné la Ka‘ba comme qibla et que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ait accompli dans cette même maison, pour la première fois, la prière tourné vers La Mecque. Voici ce qui s’est passé : l’épouse d’Al-Barâ ibn Ma‘rûr, Umm Bishr (qu’Allah l’agrée), prépara un jour un repas pour le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la maison d’Al-Barâ. Après avoir mangé, il se leva avec ses Compagnons pour accomplir la prière de zuhr. Lorsqu’ils eurent achevé deux rak‘a, l’ordre fut donné de prier tournés vers la Ka‘ba. Il acheva le reste de la prière en se tournant vers la Ka‘ba. Cet événement eut lieu un mardi, au milieu du mois de Sha‘bân — ou, selon une autre opinion, au milieu du mois de Rajab — de la deuxième année de l’Hégire.²¹

Le poète ansarite Awn ibn Ayyûb a exposé, dans l’une de ses qasîdas, les hauts faits glorieux des Ansar. Dans l’un de ses vers, il a composé dans son ouvrage de sîra le vers consacré à al-Barâ ibn Marûr, qui fut le premier à accomplir cet acte.²² Les spécialistes de la sîra ont mentionné les cinq caractéristiques suivantes d’al-Barâ ibn Marûr (ra).²³

Les spécialistes de la sîra ont mentionné les cinq caractéristiques suivantes d’al-Barâ ibn Ma‘rûr (ra) :²⁴

Références :

Al-Barâ ibn ‘Âzib (ra)

Al-Barâ était issu de la branche des Banû Hâritha, de la célèbre tribu médinoise des Aws. C’était un Compagnon ansarite. Sa kunya, ou surnom, était Abû ‘Umar ; selon une autre opinion, Abû ‘Amr ou Abû al-Tufayl.¹ Selon Ibn al-Athîr, Abû ‘Amr est l’opinion la plus exacte.² Son père, ‘Âzib ibn al-Hârith, était un Compagnon.³ Sa mère était Habîba bint Abî Habîba ibn al-Hubâb ; selon une autre opinion, Umm Khâlid bint Thâbit. Quel que soit le nom de sa mère, elle était la sœur germaine du Compagnon de Badr Abû Burda ibn Niyâr et la cousine paternelle du célèbre Compagnon Abû Sa‘îd al-Khudrî (ra).⁴ Le Sahîhayn et divers ouvrages de sîra rapportent un épisode au sujet de ‘Âzib, le vénérable père d’al-Barâ. Al-Barâ dit : « Un jour, Abû Bakr (ra) acheta une monture à ‘Âzib pour dix dirhams. Puis il dit à ‘Âzib : “Dis donc à al-Barâ de me l’amener chez moi.” ‘Âzib répondit : “Non, je ne te la remettrai pas tant que tu ne nous auras pas raconté ton voyage de l’Hégire avec le Messager d’Allah (s).” Abû Bakr (ra) commença alors son récit. »⁵ Lorsque le Noble Messager (s) émigra à Médine, al-Barâ était un garçon de neuf ou dix ans. À cette époque, l’appel à l’islam se répandait largement parmi la population de Médine. Son oncle maternel avait prêté allégeance à al-‘Aqaba, et son père avait également reconnu l’unicité divine et la mission prophétique. C’est dans ces deux familles qu’al-Barâ grandit. C’est pourquoi al-Ziriklî dit qu’il embrassa l’islam à un très jeune âge.⁶ Durant son adolescence, il se consacra à l’apprentissage des prescriptions et des questions de l’islam. À Médine, les assemblées de Mus‘ab ibn ‘Umayr et d’Ibn Umm Maktûm (ra) étaient alors devenues des centres d’enseignement du Coran et de la Sunna. C’est essentiellement là qu’il reçut son instruction durant son enfance. Il commença par apprendre la récitation du Noble Coran. Plus tard, al-Barâ rapporta : « Parmi les Compagnons du Messager d’Allah (s), Mus‘ab ibn ‘Umayr et Ibn Umm Maktûm furent les premiers à venir à Médine. Tous deux nous enseignaient le Coran. Puis ‘Umar ibn al-Khattâb vint, et après eux Abû Bakr amena le Messager d’Allah (s). Je n’avais jamais vu quelqu’un de plus joyeux à son arrivée. Lorsqu’il vint, je ne savais encore réciter que quelques sourates courtes, comme “Glorifie le nom de ton Seigneur, le Très-Haut”. »⁷ Lorsque la bataille de Badr eut lieu, al-Barâ n’avait pas encore dépassé l’adolescence. Cependant, son ardeur religieuse était débordante. Il se présenta devant le Messager d’Allah (s) pour partir au combat, mais celui-ci le renvoya parce qu’il n’avait pas encore l’âge requis. Al-Barâ a rapporté un récit au sujet de Badr. Il dit : « Nous disions que les combattants de Badr étaient un peu plus de trois cent dix, soit un nombre égal à celui de ceux qui avaient traversé le fleuve avec Tâlût. Or, seuls les croyants avaient traversé le fleuve avec Tâlût. » Il dit également : « À Badr, Ibn ‘Umar et moi étions trop jeunes pour combattre. Le Messager d’Allah (s) nous renvoya. Le jour de Badr, les Muhâjirûn étaient un peu plus de soixante et les Ansar un peu plus de deux cent quarante. »⁸

Il existe une certaine divergence concernant la première bataille à laquelle le vénérable al-Barâ participa aux côtés du Messager d’Allah (s), ainsi que le nombre total de batailles auxquelles il prit part avec lui. Selon des spécialistes de la sîra tels qu’Ibn al-Athîr, Ibn ‘Abd al-Barr, Ibn Hishâm, al-Wâqidî, Ibn Sa‘d et al-‘Askarî, il participa pour la première fois à la bataille du Fossé. Ibn Hishâm dit : « Le Messager (s) le renvoya à Badr et l’autorisa à participer au Fossé. Il avait alors quinze ans. »⁹ Al-Wâqidî dit qu’Ibn ‘Umar, al-Barâ ibn ‘Âzib, Abû Sa‘îd al-Khudrî et Zayd ibn Arqam — ces quatre hommes — participèrent à la bataille. Selon le récit de Nâfi‘, c’est l’opinion la plus exacte.¹⁰ Ibn Sa‘d dit que Muhammad ibn ‘Âzib fut autorisé à partir au combat lorsqu’il eut quinze ans ; auparavant, il n’en avait pas reçu l’autorisation.¹¹ Cette divergence a entraîné un désaccord sur le nombre total de batailles auxquelles il participa avec le Messager d’Allah (s). Pour ceux qui affirment qu’il participa à Uhud, ce nombre est de quinze ; pour ceux qui ne comptent pas Uhud, il est de quatorze.¹² Si l’on ajoute à ces batailles les autres expéditions, il participa au total à quinze campagnes avec le Messager d’Allah (s). Selon un autre récit, il dit : « J’ai accompagné le Messager d’Allah (s) dans dix-huit expéditions. »¹³ À partir du Fossé, il prit part à toutes les batailles livrées du vivant du Messager d’Allah (s). Durant la sixième année de l’Hégire, il participa au serment d’allégeance d’al-Hudaybiya. Cette année-là, le Messager (s) se rendait à La Mecque avec mille quatre cents compagnons dans l’intention d’accomplir la ‘umra. Al-Barâ se trouvait lui aussi dans cette caravane. En chemin, les Quraysh les arrêtèrent et le Messager (s) établit son camp dans la vallée d’al-Hudaybiya. Les compagnons dirent : « Mais il n’y a pas d’eau ici ! » Il y avait cependant un puits à sec. Le Messager (s) sortit une flèche de son carquois et dit à un homme de l’y planter. Celui-ci prit la flèche, descendit dans le puits et l’y planta ; aussitôt, l’eau commença à jaillir.¹⁴ Ibn Ishâq dit qu’al-Barâ prétendait être celui qui avait planté la flèche du Messager (s) dans le puits d’al-Hudaybiya.¹⁵ Toutefois, Ibn Hajar al-‘Asqalânî affirme que, selon l’opinion la plus répandue, celui qui y planta la flèche fut Nâjiya ibn Jundub.¹⁶

Une déclaration de ‘Âzib au sujet du serment d’allégeance d’al-Hudaybiya est rapportée dans al-Bukhârî ainsi que dans divers ouvrages de hadith. Al-Barâ disait : « Les gens considèrent la conquête de La Mecque comme al-Fath, la grande victoire. Oui, la conquête de La Mecque fut bien une victoire. Mais nous considérons le serment d’allégeance de Ridwân, le jour d’al-Hudaybiya, comme la véritable victoire. Ce jour-là, nous étions mille quatre cents avec le Messager d’Allah (s). »¹⁷ Il participa à la bataille de Hunayn et affronta l’ennemi avec beaucoup de courage. Al-Bukhârî rapporte, d’après Abû Ishâq, qu’il entendit un homme des Banû Qays demander à al-Barâ ibn ‘Âzib : « Alors, le jour de Hunayn, n’avez-vous pas fui en abandonnant le Messager d’Allah (s) ? » Al-Barâ répondit : « La tribu de Hawâzin était experte dans le tir à l’arc. Lorsque nous les attaquâmes, ils furent mis en déroute. Nous nous précipitâmes alors pour recueillir le butin. Les Banû Hawâzin recommencèrent à nous attaquer à coups de flèches. Je vis alors le Messager d’Allah (s) monté sur sa mule blanche, tandis qu’Abû Sufyân en tenait les rênes. Assis sur la mule, il prononçait ces paroles : »

« Je suis le Prophète, sans mensonge ; je suis le descendant de ‘Abd al-Muttalib. Ô Allah, envoie Ton secours ! »

Al-Barâ dit : « Lorsque la bataille fit rage, nous nous tenions autour du Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) pour lui servir de protection. »18

Avant la bataille de Tâ’if et le Pèlerinage d’adieu, le noble Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) envoya un groupe d’hommes au Yémen afin d’y appeler les habitants à l’islam. Al-Barâ’ ibn ‘Âzib faisait partie de ce groupe. Al-Bayhaqî rapporte qu’Al-Barâ’ ibn ‘Âzib a dit : « Le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) envoya Khâlid ibn al-Walîd au Yémen afin d’y appeler les habitants à l’islam. Je faisais partie de ses compagnons. Pendant six mois, nous appelâmes les gens à l’islam, mais nous ne reçûmes guère de réponse. Le Messager (paix et bénédictions sur lui) envoya alors ‘Alî ibn Abî Tâlib et lui ordonna que ceux qui accompagnaient Khâlid puissent, s’ils le souhaitaient, rester avec ‘Alî. » Al-Barâ’ dit : « Je restai avec ‘Alî. Lorsque nous arrivâmes chez la tribu de Hamadân, ses membres vinrent à notre rencontre. ‘Alî pria avec nous. Après la prière, nous nous rangeâmes en rangs. ‘Alî se plaça devant nous et leur lut la lettre du Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) adressée aux habitants du Yémen. Les membres de la tribu de Hamadân embrassèrent l’islam. ‘Alî écrivit au Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) pour l’informer de leur conversion. Après avoir lu la lettre, celui-ci se prosterna. Puis, au bout d’un moment, il releva la tête et répéta deux fois : “Paix sur Hamadân, paix sur Hamadân.” »19

Sous le califat du calife ‘Umar ibn al-Khattâb, il faisait partie de l’armée d’Abû Mûsâ al-Ash‘arî lors de la conquête de Tustar, en l’an 20 de l’Hégire.20 Abû ‘Amr al-Shaybânî rapporte qu’Al-Barâ’ ibn ‘Âzib conquit Rayy, en Perse, en l’an 24 de l’Hégire.21 L’imam an-Nawawî dit : « Al-Barâ’ ibn ‘Âzib et son frère ‘Ubayd ibn ‘Âzib combattirent aux côtés de ‘Alî lors des batailles du Chameau, de Siffîn et de Nahrawân. »22

À la fin de sa vie, il construisit une maison à Koufa et s’y installa définitivement. C’est à cette époque qu’il devint aveugle.23

Al-Barâ’ mourut à Koufa alors que son gouverneur était Mus‘ab ibn az-Zubayr, en l’an 72 de l’Hégire — ou, selon une autre opinion, en l’an 71.24 Les sources historiques donnent les noms suivants de ses fils : ar-Rabî‘, ‘Ubayd, Lût, Suwayd et Yazîd. Toutefois, l’imam an-Nawawî affirme qu’il laissa deux fils nommés Yazîd et Suwayd.25 Cette opinion de l’imam an-Nawawî ne semble pas exacte. En effet, l’auteur du Tahdhîb al-Kamâl fî Asmâ’ ar-Rijâl rapporte que ses quatre fils — ar-Rabî‘, ‘Ubayd, Lût et Yazîd — entendirent des hadiths de leur père et les transmirent également.26 Yazîd devint un jour gouverneur d’Oman.27 Dans la biographie de Suwayd, Ibn Sa‘d écrit que Suwayd fut reconnu comme le meilleur gouverneur d’Oman.28 Il est donc probable que Yazîd et Suwayd aient tous deux été gouverneurs d’Oman.

Al-Barâ’ ibn ‘Âzib portait toujours une bague en or à la main. Des gens lui dirent : « L’or est pourtant interdit aux hommes. » Il répondit : « Écoutez : un jour, le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) distribua le butin. Il ne resta qu’une seule bague. Il regarda de-ci de-là, puis m’appela et me dit : “Prends-la et porte-la. Dieu et Son Messager te la font porter.” Dites-moi donc : comment pourrais-je retirer ce que Dieu et Son Messager m’ont fait porter ? »29

Al-Barâ’ ibn ‘Âzib était un Compagnon d’une très grande distinction. Il accordait une attention particulière à la transmission et à la diffusion des hadiths du Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui). Le nombre total de hadiths rapportés par son intermédiaire s’élève à 305. Parmi eux, 22 sont unanimement reconnus comme authentiques par al-Bukhârî et Muslim. Al-Bukhârî en a rapporté 15 seul, et Muslim 6 seul.

Dans la transmission des hadiths, il se montrait particulièrement scrupuleux. Il avait reçu cet enseignement du Prophète lui-même (paix et bénédictions sur lui). Un jour, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) lui enseigna une invocation et lui demanda de la répéter. Al-Barâ’ récita « bi-nabiyyika » au lieu de « bi-rasûlika ». Le Prophète le corrigea sur ce mot.31 C’est pourquoi il se montrait extrêmement attentif lorsqu’il rapportait des hadiths.

Un jour, alors qu’il décrivait la nature des hadiths qu’il rapportait, il dit : « Je n’ai pas entendu de la bouche du Messager d’Allah (s.a.s.) tous les hadiths que je rapporte. Nous étions occupés à garder les chameaux et à d’autres tâches. C’est pourquoi nous ne pouvions pas assister à toutes les assemblées du Messager d’Allah (s.a.s.). Beaucoup des hadiths que je rapporte, je les ai entendus d’autres Compagnons. »³²

Al-Barāʾ ibn ʿĀzib a rapporté des hadiths directement du Messager d’Allah (s.a.s.). Les Compagnons auprès desquels il entendit et rapporta des hadiths étaient chacun des figures éminentes à leur époque. Parmi eux figuraient notamment : Bilāl ibn Rabāḥ, Thābit ibn Wadīʿa al-Anṣārī, Ḥassān Thābit, Abū Ayyūb al-Anṣārī, Abū Bakr ibn Abī Quḥāfa, ʿAlī ibn Abī Ṭālib et ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb.³³

Tous ceux qui eurent l’honneur d’être ses élèves et de rapporter des hadiths de lui étaient des tābiʿūn éminents. L’auteur du Tahdhīb al-Kamāl a mentionné les noms de cinquante de ses élèves tābiʿūn. En voici quelques-uns : Iyāḍ ibn Laqīṭ, Thābit ibn ʿUbayd, Ḥarām ibn Saʿd, son fils al-Rabīʿ ibn al-Barāʾ, ʿUbād ibn al-Barāʾ, Lūṭ ibn al-Barāʾ, Yazīd ibn al-Barāʾ, Ibn ʿAbd al-Raḥmān, Saʿīd ibn al-Musayyib, ʿAbd al-Raḥmān ibn Abī Laylā, Zayd ibn Wahb al-Juhanī, Saʿd ibn ʿUbayda, Abū Burda ibn Abī Mūsā al-Ashʿarī, entre autres.³⁴

Des Compagnons assistaient parfois à ses cours de hadith. Les ouvrages de sīra mentionnent les noms de certains d’entre eux. Ils rapportèrent également des hadiths par l’intermédiaire d’al-Barāʾ, tels que ʿAbd Allāh ibn Yazīd al-Khaṭmī et Abū Juḥayfa Wahb ibn ʿAbd Allāh, entre autres.³⁵ En outre, de nombreux Compagnons venaient spontanément assister à ses cours. Un jour, Kaʿb ibn ʿUjra (ra) assista à l’un de ses cours avec plusieurs autres Compagnons.³⁶

Les élèves présents à son assemblée lui posaient toutes sortes de questions. Certains l’interrogeaient au sujet de versets du Coran, tandis que d’autres lui demandaient des éclaircissements sur des questions de fiqh.

Un homme l’interrogea un jour au sujet du verset 195 de la sourate al-Baqara : « Ne vous exposez pas vous-mêmes à la perdition. » Il demanda : « Cette interdiction n’inclut-elle pas l’attaque contre les polythéistes ? » Il répondit : « Comment cela serait-il possible ? Allah a en effet ordonné au Messager (s.a.s.) de mener le jihād en disant : “Combats donc dans le sentier d’Allah. Tu n’es responsable que de toi-même, et incite les croyants.” » (sourate al-Nisāʾ, 84). Il ajouta : « Le verset que tu as cité concerne les dépenses. »³⁶ Autrement dit, il ne faut pas laisser naître la conviction que dépenser dans le sentier d’Allah conduit à la perdition. C’est cette conviction qui est une perdition.

Selon une autre narration, l’homme voulut savoir si le verset cité plus haut signifiait que celui qui rencontre l’ennemi, livre bataille et meurt au combat était visé. Il répondit : « Non. Le verset vise plutôt celui qui commet un péché, puis dit : “Allah ne pardonnera pas ce péché.” »³⁷

Un jour, un ami de ʿAbd al-Raḥmān ibn Muṭʿim vendit quelques dirhams pour une échéance déterminée. ʿAbd al-Raḥmān demanda à son ami : « Une telle vente est-elle licite ? » Il répondit : « Oui, elle est licite. J’ai déjà vendu de cette manière et personne ne l’a désapprouvée. » ʿAbd al-Raḥmān rapporta l’affaire à al-Barāʾ ibn ʿĀzib. Après l’avoir entendue, celui-ci dit : « Lorsque le Messager d’Allah (s.a.s.) arriva à Médine, nous pratiquions de telles transactions. Il nous dit alors : “Il n’y a aucun mal à ce genre de vente lorsqu’elle se fait au comptant de part et d’autre. En revanche, elle n’est pas licite lorsqu’elle est à terme.” » Puis il dit à ʿAbd al-Raḥmān : « Si tu veux davantage de certitude, tu peux interroger Zayd ibn Arqam. Il était le plus grand commerçant parmi nous. » ʿAbd al-Raḥmān se rendit auprès de Zayd ibn Arqam, qui confirma les propos d’al-Barāʾ. Cet événement est rapporté dans al-Bukhārī.

Dans une autre narration, Abû al-Minhal rapporte : Un jour, j’interrogeai Zayd ibn Arqam et al-Barâ’ ibn ‘Âzib au sujet du ṣarf, c’est-à-dire de l’échange de monnaies. Lorsque j’interrogeai l’un d’eux, il me renvoya à l’autre en disant : « Interroge-le, car il est meilleur que moi et plus savant que moi. »38

L’amour infini qu’il portait au noble Messager d’Allah (s), son observance exacte de la Sunna, ainsi que son humilité et sa crainte révérencielle constituaient les traits particuliers de son caractère. Son attachement à la Sunna était tel que chacun des détails de sa prière était conforme à celui du Messager d’Allah (s). Un jour, il réunit les membres de sa famille et leur dit : « Aujourd’hui, je vais vous montrer comment le Messager (s) faisait ses ablutions et accomplissait la prière. Allah seul sait combien de temps il me reste à vivre. » Il fit alors ses ablutions, puis accomplit les prières du zuhr, de ‘asr, du maghrib et de ‘ishâ’ de cette manière. Un autre jour, il leur montra comment le Messager d’Allah (s) se prosternait.39 Un jour, Abû Dâwûd vint lui rendre visite. Al-Barâ’ le salua d’abord, prit sa main dans la sienne et éclata de rire de bon cœur. Puis il lui dit : « Sais-tu pourquoi j’ai fait cela ? Le Messager (s) avait fait la même chose avec moi un jour et m’avait dit : “Lorsque deux musulmans se rencontrent et qu’aucun intérêt personnel ne fait obstacle entre eux, leurs péchés leur sont pardonnés.” »40

Les hadiths mentionnent de nombreux mérites liés au fait de se tenir à droite dans le rang de prière. C’est pourquoi il aimait se tenir à droite.41

Il aimait le Messager (s) plus que sa propre vie et ses propres biens. Il en a apporté la preuve dans chacune de ses paroles et de ses actions. Lorsqu’il décrivait les traits et l’apparence du Messager d’Allah (s), chacune de ses paroles était imprégnée d’amour. Il disait : « Le Messager (s) était le plus beau de tous les hommes au monde. Je l’ai vu porter un manteau rouge ; il était bien plus beau sur le Messager d’Allah (s) que sur quiconque. »42

Un jour, quelqu’un lui demanda : « L’éclat du visage béni du Messager d’Allah (s) était-il semblable au scintillement d’une épée ? » Il répondit : « Non. Il était semblable à celui de la lune. »43

De même qu’il aimait profondément le Messager (s), il le craignait également. Il dit : « Un jour, je voulus poser une question au Messager (s), mais, en raison de la crainte excessive que je ressentais devant lui, j’attendis deux ans. »44

Il était l’incarnation même de l’humilité et de la douceur. Bien qu’il fût un Compagnon de très haut rang, il se considérait comme très insignifiant. Un jour, quelqu’un lui dit : « Quelle chance vous avez d’avoir bénéficié de la compagnie du Messager d’Allah (s), d’avoir assisté à la noble Allégeance de رضوان et d’avoir vécu ce que vous avez vécu ! Quant à nous, qu’avons-nous fait après le Messager d’Allah (s) ? »45

Références :

Hubab ibn al-Mundhir (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Hubab et était surnommé Abou ‘Umar ou Abou ‘Amr. Son père était Mundhir et sa mère Shamous bintou Hakk. Il était issu de la tribu des Khazraj de Médine.¹ Il était l’un des naqîb d’al-‘Aqaba et l’oncle maternel d’al-Mundhir ibn ‘Amr al-Sa‘idi (qu’Allah l’agrée), l’un des martyrs de Bi’r Ma‘ouna.² Il embrassa l’islam avant l’Hégire vers Médine.

Il participa, aux côtés du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), à toutes les batailles depuis Badr. Lors de la bataille de Badr, l’étendard de la tribu des Khazraj était entre ses mains.³ Ibn Sa‘d dit : « Il y a presque unanimité sur le fait qu’il participa à la bataille de Badr. Cependant, Muhammad ibn Ishaq ne le compta pas parmi les combattants de Badr. À notre avis, c’est une erreur de sa part, car les hauts faits de Hubab à Badr sont très célèbres. »⁴

À l’approche de Badr, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) descendit de monture pour établir le camp. Hubab demanda : « Ô Messager d’Allah ! La décision d’établir le camp ici vient-elle d’Allah ou de vous-même ? » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « De moi-même. » Hubab dit : « Alors, pas ici. Emmène-nous jusqu’au point d’eau le plus proche de l’ennemi. Nous y construirons un bassin, nous en puiserons l’eau avec des récipients pour la boire, puis nous combattrons l’ennemi. En outre, nous troublerons l’eau de tous les autres puits. » Selon une autre version, Hubab dit : « Nous sommes un peuple de combattants. Mon avis est de troubler l’eau de tous les puits, sauf d’un seul, afin que nous ne souffrions jamais du manque d’eau, tandis que les ennemis seraient désorientés et désespérés d’en trouver. »

Après que Hubab eut donné son conseil, Gabriel (sur lui la paix) vint informer le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) que l’avis de Hubab était juste. Le Messager convoqua alors Hubab et lui dit : « Ton avis est le bon. » Sur ces paroles, il déplaça toute l’armée et établit le camp près des puits de Badr.⁵

Comme le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait suivi son conseil lors de cette bataille de Badr, il fut connu sous le surnom de « Dhou ar-Ra’y », c’est-à-dire celui qui donne les décisions. L’imam ath-Tha‘labî a dit à son sujet :⁶ « À Badr, il était le conseiller. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) accepta son conseil. Gabriel (sur lui la paix) vint dire : “L’avis présenté par Hubab est le bon.” Même à l’époque de l’Ignorance, il formulait de très importantes décisions et opinions. »

Abou Qays ibn al-Faqih, l’un des scélérats qui avaient le plus persécuté le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à La Mecque, fut tué à Badr. Selon une version, ce fut le noble Hubab qui le tua.⁷ Au cours de cette bataille, il trancha d’un coup d’épée la cuisse d’Omayya ibn Khalaf, le persécuteur de Bilal (qu’Allah l’agrée). De plus, ‘Ammar ibn Yassir et lui tuèrent ensemble ‘Ali, le fils d’Omayya.⁸ Lors de cette bataille, il captura Khalid ibn al-A‘lam.⁹

Lors de la bataille d’Ouhoud, l’armée de Quraysh se dirigea vers Médine avec de tels préparatifs que toute la ville fut plongée dans l’agitation. Lorsque l’armée de Quraysh parvint à Dhoul Houlayfa, non loin de Médine, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya deux espions, puis dépêcha Hubab derrière eux. Celui-ci circula parmi les forces ennemies, recueillit diverses informations et donna au Messager d’Allah une estimation exacte de leurs effectifs.¹⁰ Lors de cette bataille également, l’étendard de la tribu des Khazraj était entre ses mains. Beaucoup pensent toutefois que le porte-étendard n’était pas lui, mais Sa‘d ibn ‘Ubada.¹¹

Lors de cette bataille d’Uhud, lorsque les musulmans subirent un revers et que l’armée musulmane se trouva séparée du vénérable Messager de Dieu (s.a.w.), Khubab fut l’un des quinze combattants qui, au péril de leur vie, entourèrent et protégèrent le Messager de Dieu (s.a.w.). Au cours de cette bataille, il lui prêta serment jusqu’à la mort.12

Lorsque le vénérable Messager de Dieu (s.a.w.) consulta les Compagnons au sujet des tribus juives médinoises des Banû Qurayza et des Banû Nadîr, Khubab dit : « Nous encerclerons leurs demeures et couperons toutes leurs communications. » Le Messager (s.a.w.) adopta son avis.13

Il porta l’étendard d’une partie des forces des Khazraj lors de la bataille de Khaybar, puis celui de l’ensemble des forces des Khazraj lors de la bataille de Hunayn.14 Selon un récit, lors de la bataille de Tabuk également, le Messager (s.a.w.) lui confia l’étendard des Khazraj.15

Après le décès du Messager de Dieu (s.a.w.), les membres de toute la communauté des Ansar, notamment ceux des tribus médinoises des Aws et des Khazraj, se réunirent en un lieu appelé la Saqîfa Banû Sâʿida, non loin de la Mosquée du Prophète, et commencèrent à discuter ouvertement du choix du prochain calife. Après un discours de Saʿd ibn ʿUbâda, le chef des Ansar, ils étaient presque décidés à l’élire lui-même comme calife. La nouvelle de cette réunion des Ansar parvint alors à Abû Bakr (s.a.w.). Il s’y précipita avec ʿUmar (r.a.). Une vive controverse éclata entre les deux parties pour déterminer si le calife devait être choisi parmi les Émigrés ou parmi les Ansar. Au cours de ce débat, le vénérable Khubab s’opposa au vénérable Abû Bakr (r.a.) et prononça deux discours enflammés, en deux étapes. Lorsque le vénérable Abû Bakr (r.a.) eut achevé son discours, Khubab se leva et commença à s’adresser aux Ansar en ces termes :16

« Ô communauté des Ansar ! Ne renoncez pas à ce droit qui est le vôtre. Le peuple est avec vous. Nul n’osera porter atteinte à votre honneur. Personne ne pourra mettre en œuvre aucune décision sans votre avis. Vous êtes honorables, riches, majoritaires, expérimentés, courageux et intelligents. Les gens attendent de voir quelle décision vous prendrez. Ne semez pas la division parmi vous. Si vous vous divisez, votre droit vous échappera. Si vos adversaires, les Émigrés, refusent votre revendication, qu’il y ait un émir parmi nous et un parmi eux, soit deux émirs au total. »

Rejetant la proposition de Khubab en faveur de deux émirs, ʿUmar (r.a.) s’exclama : « Quelle absurdité ! Deux personnes ne peuvent se tenir sur une seule corne. » Après les paroles de ʿUmar (r.a.), il reprit : « Tenez fermement à votre autorité. N’écoutez pas les paroles de cet homme. Si vous l’écoutez, votre droit à ce pouvoir vous échappera. Je suis celui en qui ma communauté a confiance, et les gens tirent profit de mes décisions. Par Dieu ! Si vous le souhaitez, nous transformerons ce califat en un petit chameau de cinq ans, puis nous en disposerons. » Ensuite, s’adressant aux Émigrés, il dit : « Nous n’aurions pas répugné à vous laisser cette affaire, si nous n’avions pas craint que ceux dont nous avons tué les pères et les frères ne s’en emparent. Dans ce cas, mieux vaudrait pour vous mourir. » C’est-à-dire que ʿUmar (r.a.) les rassura en affirmant qu’une telle chose n’arriverait jamais : ils prêteraient serment à l’un de ceux qui avaient embrassé l’islam au tout début, et celui-ci ne commettrait envers eux aucune injustice ni aucune iniquité. »

Malgré tout cela, il ne put empêcher l’assemblée présente de prêter serment d’allégeance au vénérable Abû Bakr (r.a.). Bashîr ibn Saʿd (r.a.) fut le premier des Ansar à prêter serment d’allégeance à Abû Bakr (r.a.). Khubab lui dit alors : « T’es-tu opposé à ta propre communauté ? Enviais-tu le pouvoir ou le commandement de ton cousin ? » Bashîr répondit : « Non. Je n’aimais simplement pas disputer à une communauté le droit que Dieu lui avait accordé. »

Il mourut sous le califat du deuxième calife, le vénérable ʿUmar (r.a.).17 Il avait alors environ cinquante ans. Lors de la bataille de Badr, il avait trente-trois ans.18 Dans le domaine de la transmission des hadiths, Abû Tufayl ʿÂmir ibn Wâthila fut son élève. Il rapporta des hadiths par l’intermédiaire de Khubab.19

La poésie était une qualité innée chez les Arabes de cette époque. Hadrat Houbab possédait lui aussi cette qualité. Il composait des poèmes. Certains ouvrages historiques mentionnent quelques vers sous son nom.20 Voici la traduction de quelques-uns de ses vers :

1. Qu’Allah bénisse les parents de vous deux ! Ne savez-vous pas que les hommes sont de deux sortes : les aveugles et ceux qui voient ?

2. Nous et les ennemis de Muhammad sommes tous des hommes-lions, dont le rugissement a retenti dans le monde entier.

3. Mais la différence est que nous l’avons secouru et accueilli. En dehors de nous, il n’a aucun autre soutien.

C’était un orateur hors pair. Sa langue était pure et recherchée. La lecture des deux discours qu’il prononça à la Saqîfa des Banî Sâ‘ida permet de se faire une idée claire de son éloquence et de son talent oratoire. Il exprima, dans une phrase ornée, la capacité des Ansar à infliger des pertes à leurs adversaires. Il dit : « Par Allah ! Si vous le souhaitez, nous pouvons certainement nous emparer de ce califat par la force. » Autrement dit, si nous le voulons, nous pouvons renforcer notre position par la guerre. De même, il décrivit ainsi sa dignité et sa place parmi les Ansar : « Je suis pour les Ansar le pieu auquel le chameau atteint de gale se frotte le corps, ainsi que le support ou le mur qui soutient leurs arbres longs et fertiles. »

En Arabie, on plantait un pieu ou enfonçait une pièce de bois pour les chameaux atteints de gale, afin qu’ils puissent s’y frotter et en guérir. De même, lorsqu’un palmier, en raison de sa hauteur ou de sa fertilité, risquait de se déraciner, on plantait un pieu pour le soutenir ou l’on élevait un mur à ses côtés. Hadrat Houbab se compara à ce pieu et à ce mur.21

Sources :

Qatada ibn Nu‘man (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Qatada. Il avait plusieurs surnoms, tels qu’Abû ‘Umar, Abû ‘Uthmân, Abû ‘Amr et Abû ‘Abdillâh. Il était issu de la branche Banû Ja‘far de la célèbre tribu médinoise des Aws. Sa mère, Unaysa bint Qays, était une fille de la tribu des Najjâr, et le célèbre Compagnon Hadrat Abû Sa‘îd al-Khudrî (r.a.) était également son fils. Qatada et Abû Sa‘îd al-Khudrî étaient des frères utérins.³

Il participa au dernier serment d’al-‘Aqaba et, après avoir embrassé l’islam, prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah (s.a.s.).⁴ Il participa avec le Messager d’Allah (s.a.s.) à toutes les batailles et expéditions, notamment à Badr.⁵ Lors de la bataille d’Uhud, il fit preuve d’une patience et d’une fermeté extraordinaires. Il était l’un des membres de l’unité musulmane d’archers. À cette occasion, le Messager (s.a.s.) lui donna son propre arc brisé, appelé « al-Qatûm ».⁶

À un moment critique de la bataille d’Uhud, les archers polythéistes firent du noble Messager d’Allah (s.a.s.) leur unique cible. Ils tiraient leurs flèches en le visant directement. À ce moment-là, seuls quelques moudjahidîn se trouvaient autour du Messager d’Allah (s.a.s.). Les autres s’étaient dispersés et isolés de part et d’autre. L’un après l’autre, ces quelques moudjahidîn se plaçaient devant lui et le protégeaient des flèches lancées par l’adversaire en leur offrant leur poitrine. Après que dix d’entre eux eurent été martyrisés de cette manière, le tour de Hadrat Qatada arriva. Il était le onzième. Il se posta face à l’armée ennemie, le Messager (s.a.s.) derrière lui, en lui offrant sa poitrine. Soudain, une flèche lancée par l’ennemi arriva et frappa l’un de ses yeux. L’œil jaillit de son orbite et roula sur sa joue. Selon une autre version, l’œil se détacha entièrement et il le tint dans sa main. On lui conseilla de le jeter, mais il refusa. Il s’adressa au Messager d’Allah (s.a.s.) en ces termes : « J’ai une épouse à laquelle je suis très attaché. Je l’aime profondément. Dans mon état actuel, elle pourrait me prendre en aversion. Ce que j’ai fait sur le champ de bataille, je ne l’ai fait que pour obtenir le martyre. » Le Messager (s.a.s.) remit lui-même l’œil à sa place et invoqua Allah : « Ô Allah ! Qatada a protégé Ton Prophète (s.a.s.) avec son visage. Rends donc cet œil plus beau que l’autre et donne-lui une vue plus perçante. » L’invocation du Messager d’Allah (s.a.s.) fut exaucée. Cet œil devint beaucoup plus beau que l’autre, et sa vue devint également plus perçante.⁷

Plus tard, l’un de ses descendants se rendit à la cour du calife omeyyade Hadrat ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz. Lorsque celui-ci lui demanda qui il était, il se présenta par un poème. En voici la traduction de quelques vers :⁸

« Je suis le descendant de celui dont un œil roula sur la joue. Puis la main du Prophète Mustafa le remit à sa place.

Ensuite, il redevint comme auparavant. Quelle merveilleuse apparence prit cet œil, et comme il fut magnifiquement remis en place !

Les spécialistes de la sîra divergent quant à la bataille au cours de laquelle l’œil de Hadrat Qatada fut blessé. Les trois batailles de Badr, d’Uhud et du Fossé ont toutes été mentionnées. L’imam Mâlik, Dâraqutnî, Bayhaqî et le hâfiz Ibn ‘Abd al-Barr considèrent que le récit concernant la bataille d’Uhud est le plus authentique.⁹

Lors de l’expédition pour la conquête de La Mecque, l’étendard des Banû Ja‘far était entre les mains de Hadrat Qatada.¹⁰ Au moment de la débâcle la plus grave de la bataille de Hunayn, il fut l’un de ceux qui restèrent fermes.¹¹

En l’an 11 de l’Hégire, le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) ordonna l’envoi d’une armée vers la frontière de la Syrie, sous le commandement d’Usâma ibn Zayd. Presque tous les Compagnons de haut rang parmi les Muhâjirûn et les Ansâr faisaient partie de cette armée. Qatâda (que Dieu l’agrée) en était également membre.12

Il mourut à Médine en l’an 23 de l’Hégire/644 de l’ère chrétienne, à l’âge de 65 ans. ‘Umar ibn al-Khattâb (que Dieu l’agrée) était alors installé sur le trône du califat.13 Le calife ‘Umar (que Dieu l’agrée) dirigea la prière funéraire. ‘Umar, Abû Sa‘îd al-Khudrî et Muhammad ibn Maslama (que Dieu les agrée) descendirent tous trois dans la tombe et l’y ensevelirent.14 L’imam al-Nawawî rapporte que Muhammad ibn Maslama et al-Hârith ibn Khuzayma descendirent tous deux dans la tombe.15

On connaît les noms de deux de ses fils : ‘Umar et ‘Ubayd. Le nom de son épouse n’est pas connu. On sait toutefois qu’il entretenait avec elle une relation empreinte d’un profond amour et d’une grande affection.16 Il s’était marié avant la bataille d’Uhud. Il était le grand-père du célèbre tâbi‘î et traditionniste, ‘Âsim ibn ‘Umar ibn Qatâda. Muhammad ibn Ishâq a rapporté de nombreuses narrations par son intermédiaire.17 Cet ‘Âsim mourut en l’an 120 ou 129 de l’Hégire.18

Il était l’un des Compagnons les plus éminents. De nombreux Compagnons de haut rang venaient le consulter au sujet des différentes dispositions de la Sharî‘a. Les ouvrages de hadith rapportent que des Compagnons éminents tels qu’Abû Sa‘îd al-Khudrî et Abû Qatâda lui demandaient des fatwas.19

Le nombre total de hadiths rapportés par Qatâda ibn al-Nu‘mân (que Dieu l’agrée) est de sept (7). Parmi eux, l’imam al-Bukhârî en a rapporté un seul de manière indépendante.20

Parmi ceux qui ont rapporté des hadiths de lui figurent également des personnalités éminentes telles qu’Abû Sa‘îd al-Khudrî, Hudhayfa, Mahmûd ibn Labîd, ‘Ubayd ibn Hunayn, ‘Ayâda ibn ‘Abdallâh et son fils ‘Umar ibn Qatâda.21

Le zuhd et la taqwâ prédominaient dans son caractère. Un jour, il passa toute la nuit à réciter uniquement la sourate al-Ikhlâs.22

Du vivant du Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui), un vol eut lieu parmi les membres de la famille de Qatâda. Le voleur était un hypocrite. Il tenta de faire porter à quelqu’un d’autre la faute de son vol. Qatâda le soupçonna. Lorsqu’il fit part de ses soupçons au Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui), celui-ci manifesta un vif mécontentement. Entre-temps, l’homme soupçonné vint trouver le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui), feignit d’être un homme parfaitement honnête et formula une vive protestation contre les soupçons de Qatâda à son égard. Alors Dieu le Très-Haut révéla les versets 105 à 113 de la sourate al-Nisâ’, informant le Messager de la réalité des faits ; en même temps, la véracité de Qatâda devint manifeste.23

Les ouvrages de la Sîra rapportent un événement où un miracle du Messager d’Allah (s.a.s.) se manifesta à Qatada. Un jour, le ciel était couvert de nuages. La nuit était profondément obscure. Le Messager (s.a.s.) vint pour la prière d’al-‘Ishâ’. Qatada vint également. Lorsque l’éclair illumina le ciel, le Messager (s.a.s.), voyant Qatada, lui demanda : « Qatada ? » Il répondit : « Comme je pensais qu’il y aurait peu de monde aujourd’hui, je suis venu précisément pour cette raison. » Le Messager (s.a.s.) lui dit alors : « Lorsque tu retourneras chez toi, viens auprès de nous. » Il rencontra le Messager d’Allah (s.a.s.). Celui-ci lui donna une branche de palmier et lui dit : « Prends-la. Tant que tu la tiendras à la main, elle éclairera dix personnes devant toi et dix derrière toi. Lorsque tu arriveras chez toi, si tu vois quelque part de l’obscurité aux alentours de la maison, frappe cet endroit avec elle sans rien dire. Car c’est Satan. » Suivant les instructions du Messager d’Allah (s.a.s.), il rentra chez lui en tenant la branche de palmier. Dans la cour de sa maison, il vit effectivement une petite créature ronde au poil dru ; lorsqu’il la frappa avec la branche, elle s’enfuit.²⁴

Références :

Khuzayma ibn Thabit (r.a.)

Son nom était Abû ‘Ammâra Khuzayma et son titre, Dhû ash-Shahâdatayn. Son père, Thâbit ibn al-Fâkih, appartenait à la tribu médinoise des Aws, tandis que sa mère, Kabsha bint Aws, était issue de la tribu des Khazraj. Comme il était issu du clan Khâtim de la tribu des Aws, on le désignait sous le nom de Khâtimî. C’était un Compagnon ansarî.¹ À l’époque antéislamique comme à l’époque islamique, il était un chef noble et un vaillant héros de la tribu médinoise des Aws.²

Il embrassa l’islam à un moment donné avant l’Hégire du Messager d’Allah (s.a.s.) à Médine. Après sa conversion, il brisa, avec ‘Umar ibn ‘Adî ibn Kharâsha, les idoles de sa tribu. Ibn Hishâm dit : « Parmi les Banû Khâtima, ceux qui embrassèrent secrètement l’islam au début furent ‘Umar ibn ‘Adî, ‘Abdullah ibn Aws et Khuzayma ibn Thâbit. »⁴

Selon Ibn Sa‘d, il participa à la bataille de Badr et mourut à Siffîn.⁵ Toutefois, selon l’opinion la plus recevable, il participa à Uhud ainsi qu’aux batailles et expéditions qui suivirent.⁶ Dans son récit de la bataille de Siffîn, l’imam adh-Dhahabî dit incidemment que Khuzayma fut l’un des Compagnons ayant participé à Siffîn aux côtés de ‘Alî, bien qu’ils n’eussent pas participé à Badr.⁷ Lors de l’expédition pour la conquête de La Mecque, c’est lui qui portait l’étendard de sa tribu, les Banû Khâtima.⁸ Il participa également à l’expédition de Mu’ta. Il raconte : « Je pris part à l’expédition de Mu’ta et, un jour, je pris à un homme un joyau d’une blancheur éclatante. Après la bataille, je l’apportai au Messager d’Allah (s.a.s.). Il me le donna, et, sous le califat de ‘Umar (r.a.), je le vendis pour acheter une palmeraie proche de la tribu des Khâtima. »⁹ Bien qu’il se joignît à ‘Alî (r.a.) lors de la bataille du Chameau, il ne tira pas son épée du fourreau. Il se rendit sur le champ de bataille de Siffîn aux côtés de ‘Alî et dit : « Je ne participerai pas au combat tant que ‘Ammâr n’aura pas été tué et que je n’aurai pas vu qui l’aura tué. Car j’ai entendu le Messager d’Allah (s.a.s.) dire : “Un groupe rebelle tuera ‘Ammâr.” » Lorsque ‘Ammâr fut ensuite tué par l’armée de Mu‘âwiya (r.a.), il déclara : « La chose est désormais claire. » Alors, rejetant tous ses doutes et hésitations, il tira son épée du fourreau et se précipita sur le champ de bataille en récitant à mi-voix les deux vers d’un poème.¹⁰ Le sens de ces deux vers est le suivant :

1. Nous avons prêté serment d’allégeance à Allah, et Abû al-Hasan suffit face à la discorde que nous redoutons.

2. ‘Alî possède toutes les qualités des habitants de Syrie ; mais ceux-ci ne possèdent pas la moindre des qualités de ‘Alî.

C’est ainsi qu’il combattit aux côtés de ‘Alî (r.a.) et tomba en martyr sur le champ de bataille de Siffîn. Cela se produisit en l’an 37 de l’Hégire / 675 de l’ère chrétienne.¹¹ À sa mort, il laissa trois enfants, nommés ‘Ammâr, ‘Umar et ‘Umâra.

Il a rapporté un certain nombre de hadiths du Messager d’Allah (s.a.w.). Le nombre total des hadiths qu’il a rapportés est de 38 (trente-huit).¹² Des Compagnons et des tabi‘ûn éminents, tels que Jâbir ibn ‘Abdillâh, ‘Ammâr ibn ‘Uthmân, Ibn Hunayf, ‘Amr ibn Maymûn al-Awdî, Ibrâhîm ibn Sa‘d ibn Abî Waqqâs, Abû ‘Abdillâh al-Jadalî, ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Laylâ et ‘Atâ ibn Yasâr, ont rapporté des hadiths par son intermédiaire.

La fermeté de la foi ainsi que l’amour et l’affection profonds envers le Messager d’Allah (s.a.w.) constituaient les principales caractéristiques de son caractère. Un événement permet de mesurer la solidité de sa foi. Un jour, le Messager d’Allah (s.a.w.) acheta un cheval à un Bédouin arabe. Cet homme s’appelait Sawâ ibn Qays al-Muhâzilî. Personne d’autre n’était présent au moment de cette transaction, et nul n’en avait donc connaissance. Après avoir convenu du prix avec le Messager d’Allah (s.a.w.), l’homme prit la route avec lui vers sa maison. En chemin, un autre acheteur proposa un prix plus élevé pour le cheval. Le propriétaire appela alors le Messager d’Allah (s.a.w.) et lui dit : « Si vous voulez le cheval, prenez-le ; sinon, je le vends à cet homme. » Il parlait comme s’il n’avait pas vendu le cheval au Messager d’Allah (s.a.w.). Celui-ci lui dit : « Mais tu me l’as déjà vendu. » L’homme répondit : « Non, je ne l’ai pas vendu. Si ce que vous dites est vrai, produisez donc un témoin. » Au milieu de leur discussion, les musulmans se rassemblèrent. Ils dirent : « Le Messager (s.a.w.) dit vrai. » Mais l’homme le nia et continua d’exiger la présentation d’un témoin. C’est alors que Khuzayma arriva sur les lieux. Après avoir tout entendu, il dit : « J’atteste que tu as vendu le cheval au Messager d’Allah (s.a.w.). » Les paroles de Khuzayma surprirent le Messager lui-même (s.a.w.). Il lui demanda : « Sur quelle base as-tu livré ce témoignage ? Tu n’étais pourtant pas présent. » Khuzayma répondit : « Ô Messager d’Allah ! Je tiens pour vrai tout ce que vous avez apporté, et je sais aussi que vous ne dites rien d’autre que la vérité. » Selon une autre version, Khuzayma aurait dit : « Je crois aux nouvelles que vous donnez du ciel, et je ne croirais pas ce que vous dites vous-même ? » Ce jour-là, le noble Messager (s.a.w.) déclara que le témoignage unique de Khuzayma équivalait au témoignage de deux personnes. Dès ce jour, son surnom ou titre fut Dhû ash-Shahâdatayn, c’est-à-dire « celui qui possède les deux témoignages ».¹³ Abû Dâwûd rapporte, par l’intermédiaire de l’imam az-Zuhrî, que le Messager (s.a.w.) a dit que le témoignage de Khuzayma seul suffirait pour n’importe qui.¹⁴

Certains ouvrages de sîra mentionnent deux personnes portant le titre de Dhû ash-Shahâdatayn. L’autre est Khuzayma ibn Thâbit ibn Shammâs. Il est difficile de dire s’il s’agit de la même personne ou de deux personnes différentes. Leurs biographies sont présentées séparément, sous les numéros 2251 et 2252, dans l’ouvrage al-Isâba.¹⁵ L’événement susmentionné concernant Khuzayma est également rapporté dans le Sahîh al-Bukhârî. Zayd ibn Thâbit rapporte : « Lorsque nous rassemblions le mushaf, nous ne trouvâmes pas un verset de la sourate al-Ahzâb que nous avions pourtant entendu de la bouche du Messager d’Allah (s.a.w.). Or ce verset ne se trouvait qu’auprès de Khuzayma al-Ansârî, et le Messager (s.a.w.) avait déclaré que son témoignage équivalait au témoignage de deux personnes. »¹⁶ De nombreux récits relatifs à son honneur et à son rang sont rapportés dans les ouvrages de sîra. Un jour, il rêva qu’il embrassait le front béni du noble Messager. Après avoir raconté son rêve au Messager (s.a.w.), celui-ci lui dit : « Tu peux donner réalité à ton rêve. » Khuzayma se leva alors, s’avança et embrassa le front béni du Messager (s.a.w.).¹⁷

Selon certains récits, il rêva qu’il se prosternait devant le Messager (s.a.w.). Lorsqu’il le lui raconta, le Messager (s.a.w.) toucha de son propre front le front de Khuzayma.¹⁸ Un jour, une joute oratoire eut lieu entre les deux tribus d’Aws et de Khazraj au sujet de leur noblesse, de leur supériorité et de leur lignage. Les gens mentionnèrent alors le nom de Khuzayma avec une grande fierté, en disant : « Parmi nous se trouve Khuzayma, dont le témoignage a été déclaré par le Messager (s.a.w.) équivalent à celui de deux personnes. »¹⁹

Références :

Abû Dujâna (r.a.)

Son véritable nom était Simâk, et son surnom Abû Dujâna. Il était issu du clan des Banû Sâ‘ida, de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. Il était le cousin paternel du célèbre Compagnon Sa‘d ibn ‘Ubâda (r.a.), chef des Khazraj. Son père s’appelait Khirâsha ibn Lawzân — selon une autre opinion, Aws ibn Khirâsha — et sa mère Hazma bint Harmala.¹ Abû Dujâna était un illustre Compagnon ansârî et un héros courageux. Son immense sacrifice pour la propagation et l’établissement de l’islam est reconnu.²

Il embrassa l’islam avant l’Hégire. Lorsque le vénérable Messager d’Allah (s.a.w.) arriva à Médine, il établit entre lui et ‘Utba ibn Ghazwân (r.a.) un lien de fraternité religieuse.3 L’érudit Ibn Hajar (qu’Allah lui fasse miséricorde) a rapporté que les historiens étaient unanimes quant à sa participation à la bataille de Badr.4 Ibn Hichâm a également mentionné qu’il avait pris part à Badr.5 Le jour de la bataille de Badr, il portait un bandeau rouge autour de la tête. Mûsâ ibn Muhammad dit : « Ce jour-là, c’est précisément grâce à ce bandeau rouge qu’on pouvait le distinguer clairement au milieu de la foule. »6 À La Mecque, Abû al-Aswad ibn al-Muttalib était l’un de ceux qui se moquaient cruellement du vénérable Messager d’Allah (s.a.w.). Selon un récit, à Badr, Abû Dujâna tua son fils Abû Hakîma, Zam‘a ibn al-Aswad. Il tua également Abû Musâfi‘ al-Ach‘arî et Ma‘bad ibn Wahb.7

Abû Dujâna se trouvait également aux côtés du Messager d’Allah (s.a.w.) lors de la bataille d’Uhud. Même au moment de la plus grande épreuve, il resta ferme à ses côtés. Ce jour-là, il prêta serment au Messager d’Allah (s.a.w.) de combattre jusqu’à la mort. Anas ibn Mâlik rapporte : « Peu avant la bataille, le Messager (s.a.w.), tenant une épée à la main, demanda : “Qui prendra celle-ci ?” Tous les présents tendirent la main, puis restèrent silencieux ; mais Abû Dujâna dit : “Je suis capable d’en acquitter le droit.” » Certains récits rapportent qu’Abû Dujâna demanda au Messager (s.a.w.) : « Quel est son droit ? » Il répondit : « Ne tuer aucun musulman avec elle et ne pas fuir devant les mécréants par crainte d’eux. »8

Il avait l’habitude de nouer un bandeau rouge autour de sa tête en temps de guerre. Lorsqu’il le nouait, on comprenait qu’il était prêt à combattre. Ayant reçu l’épée des mains du Messager d’Allah (s.a.w.), il noua le bandeau autour de sa tête. Puis il alla se placer parmi les rangs des soldats, d’une démarche pleine d’assurance.9 Peu après, il se lança vers l’armée ennemie en fredonnant quelques vers de poésie. Le sens des deux vers est le suivant :10

1. Je suis celui à qui mon ami avait promis quelque chose au pied de la montagne, près d’une palmeraie.

2. Que je ne me trouve pas à l’extrémité des rangs des soldats. Et il ordonnait d’anéantir l’ennemi avec l’épée d’Allah et de Son Messager (s.a.w.).

Lorsqu’il se dirigea vers le champ de bataille d’Uhud d’une démarche pleine d’assurance, le Messager (s.a.w.) fit cette remarque : « Même si une telle démarche ne plaît pas à Allah, il n’y a pas de mal en l’occurrence. »11

Le vénérable Zubayr ibn al-‘Awwâm raconte : « J’avais demandé cette épée avant Abû Dujâna. Mais le Messager (s.a.w.) ne me la donna pas et la lui remit à lui. Pourtant, je suis le fils de Safiyya bint ‘Abd al-Muttalib, la tante paternelle du Messager d’Allah (s.a.w.). Je le suivis donc afin de découvrir la raison pour laquelle l’épée lui avait été remise. Il s’avança en tenant l’épée donnée par le Messager (s.a.w.). Partout où il avançait, la terreur se répandait parmi les ennemis. À un moment donné, il descendit sur le versant de la montagne, où les femmes quraychites, sous la direction de Hind, chantaient des chants de guerre pour encourager leurs soldats. En voyant Abû Dujâna, elles furent effrayées et se mirent à crier pour demander de l’aide. Mais personne ne vint à leur secours. Cependant, Abû Dujâna ne toucha aucune d’entre elles. Il revint. Selon un récit, il plaça son épée au-dessus de la tête de Hind, puis la releva. Zubayr se trouvait derrière lui. Cette scène l’étonna. Il lui en demanda la raison. Abû Dujâna répondit : “Je ne voulais pas tuer une femme sans défense avec l’épée du Messager d’Allah (s.a.w.).” »12

Au moment du désastre d’Uhud, Abû Dujâna fut l’un des quelques soldats qui entourèrent le Messager (s.a.w.), faisant de leurs propres corps des boucliers et demeurant fermement à ses côtés.13 Ce jour-là, il lui présenta son dos pour protéger le dos du vénérable Messager d’Allah (s.a.w.). C’est pourquoi son dos fut criblé par les flèches et les coups de lance lancés par l’ennemi.14

À un moment donné de cette bataille, le polythéiste ‘Abdullah ibn Humayd s’avança dans l’intention de tuer le Prophète ﷺ. Abû Dujâna le frappa violemment de son épée et s’écria : « Tiens, je suis Ibn Kharrâsha ! » Sous ce coup, le scélérat ‘Abdullah s’effondra. Alors le Noble Messager d’Allah ﷺ invoqua Dieu en sa faveur en disant : « Ô Allah ! Sois satisfait d’Ibn Kharrâsha, car je suis satisfait de lui. »15

À son retour du champ de bataille, après la bataille d’Uhud, le Messager ﷺ dit à sa fille Fâtima رضي الله عنها : « Prends mon épée et lave-la. Aujourd’hui, elle a fait preuve de fidélité. » ‘Alî رضي الله عنه adressa également la même demande à Fâtima et dit : « Aujourd’hui, j’ai beaucoup combattu. » Le Messager ﷺ lui répondit : « Oui, si tu as bien combattu, alors Sahl ibn Hunayf et Abû Dujâna ont tous deux bien combattu. »16

Allah, le Très-Haut, attribua au Messager ﷺ la totalité du butin des Banû Nadîr. Il répartit ces biens uniquement entre les premiers émigrés. Toutefois, en raison de leur pauvreté, il en donna aussi une part aux deux Ansârites, Sahl ibn Hunayf et Abû Dujâna. À cette occasion, Abû Dujâna reçut des terres qui furent longtemps connues sous le nom de terres d’Ibn Kharrâsha.17

Selon un récit, lors de la bataille de Tabûk, le Noble Messager d’Allah ﷺ confia à Abû Dujâna l’étendard de la tribu des Khazraj.18

En somme, il joua un rôle remarquable dans toutes les batailles et expéditions qui eurent lieu du vivant du Noble Messager d’Allah ﷺ. L’auteur d’Al-Istî‘âb écrit : « Il joua un rôle digne d’éloges dans toutes les batailles de l’époque du Messager d’Allah ﷺ. »19

Il fit preuve d’une audace extrême lors de la terrible bataille de Yamâma, qui eut lieu sous le califat du premier calife, Abû Bakr رضي الله عنه. Cette bataille opposait les musulmans au faux prophète Musaylima al-Kadhdhâb. Celui-ci repoussait les attaques de l’armée musulmane depuis l’intérieur d’un jardin fortifié. Comme le jardin était entouré de solides murailles, les soldats musulmans échouaient dans leurs tentatives d’y pénétrer. Abû Dujâna réfléchit à la situation, puis dit : « Mes frères musulmans, jetez-moi à l’intérieur ! » Il franchit ainsi la muraille, mais se brisa la jambe. Malgré cela, il parvint à chasser les ennemis de la porte de la muraille et resta fermement à son poste jusqu’à ce que les soldats musulmans soient entrés. Avec ‘Abdullah ibn Zayd et Wahshî, il participa à la mise à mort du faux prophète Musaylima. Finalement, il tomba en martyr au cours de cette bataille. Selon Ibn Sa‘d, l’événement eut lieu en l’an 12 de l’Hégire, tandis que, selon l’érudit Ziriklî, il eut lieu en 11 de l’Hégire/632 de l’ère chrétienne.20

Bien qu’aucun hadith ne soit rapporté par l’intermédiaire d’Abû Dujâna, Ibn al-Athîr dit de lui : « Il était l’un des Compagnons honorés et occupait parmi eux un rang élevé. »21

Il était animé d’une foi ardente. Il en donna la preuve lors de la bataille de Yamâma. Il manifesta également la profondeur de son amour pour le Noble Messager d’Allah ﷺ lors de la bataille d’Uhud. À un moment critique de cette bataille, lorsque l’armée musulmane, dispersée, fut rejetée loin du Messager ﷺ, seuls quelques soldats se trouvaient encore près de lui. Parmi eux, Mus‘ab ibn ‘Umayr et Abû Dujâna exposèrent leur poitrine comme un bouclier pour le protéger. Mus‘ab donna sa vie, tandis qu’Abû Dujâna, le corps transpercé de blessures, offrit un exemple d’amour incomparable.

Sa manière de marcher était particulière, au point de devenir alors véritablement un modèle. Il possédait une armure appelée « al-Mashhara », qu’il portait au combat. C’est pourquoi on le surnommait « Dhul-Mashhara » (le détenteur d’al-Mashhara). On l’appelait également « Dhu as-Sayfayn », car il combattit à Uhud avec deux épées : l’une lui appartenait et l’autre au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). « Dhu as-Sayfayn » signifie le détenteur de deux épées.²²

Un jour, Abou Doujana était alité, malade. Un homme vint lui rendre visite. Ayant aperçu une lumière éclatante sur son visage, il lui demanda : « Pourquoi votre visage est-il si lumineux ? » Il répondit : « Je n’ai pas beaucoup d’œuvres, si ce n’est deux habitudes. La première est que je ne prononce aucune parole inutile. La seconde est que mon cœur souhaite toujours le bien des musulmans. »²³ L’exposé qui précède permet de se faire une idée claire de sa vie active, de son caractère et de ses qualités.

Références :

Kulsum ibn al-Hidam (qu’Allah l’agrée)

Dès que l’on aborde le chapitre de l’Hégire dans l’histoire de l’islam, le saint nom de Kulsum ibn al-Hidam (qu’Allah l’agrée) revient sans cesse. Bien que sa contribution à la propagation et à l’expansion de l’islam n’ait pas été particulièrement remarquable, il est resté dans les mémoires pour avoir accordé l’hospitalité à ceux qui y ont contribué. On ne dispose pas d’une biographie détaillée de sa vie.

Son surnom était Abou Qays et son véritable nom était Kulsum. Son père était al-Hidam ibn ‘Imrân al-Qays. Il était issu des Banou ‘Amr ibn ‘Awf, de la tribu des Aws. Il habitait le village de Qouba, à Médine, et était un Compagnon ansar du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il embrassa l’islam avant l’Hégire. À cette époque, il avait déjà atteint un âge avancé. Peu de temps après sa conversion à l’islam eut lieu l’Hégire historique.¹

Après avoir émigré de La Mecque, le noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) séjourna d’abord quatre jours dans le village de Qouba, aux environs de Médine, chez les Banou ‘Amr ibn ‘Awf.² Selon le récit le plus exact, celui qui eut le rare honneur d’accueillir durant ces quatre jours le noble Messager d’Allah et son illustre compagnon fut Kulsum ibn al-Hidam (qu’Allah l’agrée). Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) descendirent chez lui à Qouba. Ibn Ishaq, Moussa ibn ‘Oqba et al-Waqidi sont unanimes sur ce point.³ Ibn Ishaq dit : « Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) séjourna dans la demeure de Kulsum à Qouba. » Quant à ceux qui ont affirmé qu’il séjourna non pas chez Kulsum, mais chez Sa‘d ibn Khaythama, il précise : « Le Messager séjournait chez Kulsum et rencontrait les gens dans la demeure de Sa‘d. » En effet, Sa‘d était célibataire et n’avait pas de famille. C’est pourquoi les émigrés célibataires venus de La Mecque trouvaient refuge chez Sa‘d. Les gens avaient donc surnommé cette demeure la résidence des célibataires.⁴ Après avoir séjourné quatre jours chez lui, il s’installa dans le centre de Médine, chez Abou Ayyoub al-Ansari (qu’Allah l’agrée).

Il fut si heureux de l’arrivée du noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) qu’il se mit à appeler ses domestiques à grands cris. Il avait un serviteur nommé Najih. Lorsque le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) arriva dans sa demeure, il se mit à appeler : « Najih ! Najih ! » Najih signifie « celui qui réussit ». Le Messager vit dans ce nom un présage favorable. Il dit à Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) : « Ô Abou Bakr, tu as réussi ! »⁵

Seuls le Messager éminent d’Allah (s.a.w.) et Abou Bakr (r.a.) avaient-ils été les hôtes dans sa demeure ? Non, ce n’était pas le cas. Beaucoup d’autres personnes venues de La Mecque avaient d’abord trouvé refuge chez lui. Al-Waqidi rapporte que, alors que le Messager (s.a.w.) séjournait dans sa demeure à Quba, Ali (r.a.) et Souhayb (r.a.) vinrent de La Mecque et le rejoignirent au même endroit. Lorsqu’ils rencontrèrent le Messager d’Allah (s.a.w.), se trouvait devant lui une variété de dattes de qualité appelée Oummou Jarjan, présentée par Koulthoum ibn al-Hidm. Souhayb avait alors très faim. De plus, il souffrait d’une maladie des yeux. Dans cet état, il se mit à manger ces dattes avec beaucoup d’appétit. Le voyant manger ainsi, le Messager (s.a.w.) lui en demanda la raison. Il répondit : « Les Quraychites m’avaient capturé et m’avaient torturé. Puis, en échange de tous mes biens, j’ai racheté ma vie et celle de ma famille, et je suis parti très rapidement. » Le Messager (s.a.w.) fit cette remarque : « Tu as fait une bonne affaire. »⁶

Al-Baladhuri a rapporté un épisode survenu pendant le séjour de Ali dans la demeure de Koulthoum ibn al-Hidm. Alors qu’il y résidait, il remarqua que, chaque nuit profonde, la porte d’une maison voisine s’ouvrait et que l’on entendait des allées et venues. Cela éveilla sa curiosité. Un jour, il demanda à la femme de la maison voisine quelle en était la raison. Elle répondit : « Monsieur, je suis une veuve orpheline. Chaque nuit, Sahl ibn Hunayf brise secrètement les idoles en bois de Médine et m’en apporte le bois pour servir de combustible. »⁷ Cela montre que son séjour dans la demeure de Koulthoum fut assez long.

En outre, Abou Ma‘bad al-Miqdad ibn al-Aswad (r.a.)⁸, Zayd ibn Haritha (r.a.)⁹, Abou Asda Kannaz ibn Hisn (r.a.)¹⁰ et Abou Kabsha (r.a.)¹¹ vinrent de La Mecque et trouvèrent d’abord refuge chez lui. Selon al-Haytham ibn ‘Adi, Abou ‘Ubayda ibn al-Jarrah (r.a.) fut lui aussi hébergé en premier lieu dans sa demeure. En parcourant ainsi les pages de l’histoire, on trouverait encore les noms de nombreux émigrés auxquels il accorda l’hospitalité en ces temps de grande détresse.

Après son arrivée à Médine, le noble Messager d’Allah (s.a.w.) établit entre Koulthoum et Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib (r.a.) un lien de fraternité religieuse, ou mu’akhāt.¹³

Alors que se poursuivaient à Médine les travaux de construction de la mosquée du Prophète et de la résidence des épouses du Messager d’Allah (s.a.w.), l’appel vers l’au-delà lui parvint. La bataille de Badr eut lieu peu de temps après sa mort. Il n’eut pas l’occasion de participer à une guerre ou à une expédition aux côtés du Messager d’Allah (s.a.w.).¹⁴ Après l’arrivée du Messager d’Allah (s.a.w.) à Médine, ce fut le premier décès parmi les Compagnons ansar. Peu de temps après, mourut Abou Oumama (r.a.), l’un des plus éminents prédicateurs de l’islam. Par ailleurs, un autre Compagnon ansar, As‘ad ibn Zurara, mourut quelque temps plus tard.¹⁵ Al-Tabari et Ibn Qutayba ont mentionné que, parmi les Compagnons du Messager d’Allah (s.a.w.), Koulthoum ibn al-Hidm fut le premier à mourir à Médine. As‘ad ibn Zurara (r.a.) mourut ensuite.¹⁶

Références :

Shaddad ibn Aws (r.a.)

Son nom était Shaddad et sa kunya, ou surnom, était Abou Ya‘la ou Abou ‘Abd al-Rahman. Il était issu de la branche des Banou Najjar, du célèbre clan khazrajite de Médine. Il était le neveu de Hassân ibn Thabit (r.a.), le célèbre poète de ce clan, connu sous les noms de « poète du Messager » et de « poète d’al-Manzira ». Le poète Hassân était le frère d’Aws ibn Thabit, le père de Shaddad.¹ Sa mère, Soumayma, était la fille d’un homme du sous-clan des ‘Adi, lui-même issu des Banou Najjar.²

Le père adoptif de Shaddad, Aws ibn Thabit, eut l’honneur de participer au dernier serment d’al-‘Aqaba et à la bataille de Badr. Il tomba en martyr à la bataille d’Uhud.³

Shaddad était un Compagnon et un émir. Le calife ‘Umar le nomma émir de Homs. Après le martyre du troisième calife, ‘Uthman, il se déchargea de toutes ses responsabilités et se consacra à l’adoration. C’était un homme à l’éloquence pure, patient et savant.⁴ Dès les débuts de la prédication de l’islam à Médine, presque tous les membres de sa tribu, y compris son oncle, embrassèrent l’islam. Il crut lui aussi avec eux.⁵ Comme Shaddad n’avait pas encore l’âge de partir à la guerre, on rapporte qu’il ne participa à aucune expédition avec le Noble Messager d’Allah. Selon l’imam al-Bukhari, il prit part à Badr. Mais ‘Allama Ibn ‘Asakir et beaucoup d’autres ont déclaré que cela n’était pas exact.⁶

En l’an 58 de l’Hégire, correspondant à 677 de l’ère chrétienne, il mourut en Palestine à l’âge de 75 ans et fut enterré à Bayt al-Maqdis.⁷ Toutefois, des avis divergents indiquent également qu’il serait mort en l’an 41, 54 ou 64 de l’Hégire.⁸

Al-Hafiz et al-Hakim rapportent que Shaddad laissa quatre fils et une fille. Ses fils étaient : Ya‘la, Muhammad, ‘Abd al-Wahhab et al-Mundhir. Ya‘la mourut sans descendance. On retrouve la lignée des autres. Sa fille épousa un homme de la tribu des Azd, et sa descendance est attestée jusqu’à l’an 130 de l’Hégire. Cette année-là, Abu Muslim al-Khurasani se souleva et les dynasties omeyyades tombèrent. La même année, un terrible tremblement de terre frappa la Syrie et Bayt al-Maqdis. De nombreux descendants des Ansar qui y résidaient périrent dans cette catastrophe. Les enfants de Shaddad moururent sous les décombres de leur maison. Toutefois, son fils Muhammad survécut de justesse. Paralysé, il resta en vie jusqu’à l’époque du calife al-Mahdi.

Une paire de sandales du Noble Messager d’Allah était conservée par Shaddad. L’une d’elles passa, par l’intermédiaire de sa fille, entre les mains de ses descendants. Lorsque le calife al-Mahdi se rendit à Bayt al-Maqdis, il la leur acheta pour mille dinars et de nombreux présents. On l’informa que la sandale restante se trouvait chez Muhammad ibn Shaddad. Lorsque celui-ci se présenta devant al-Mahdi, ce dernier réclama la sandale. Muhammad lui dit avec beaucoup d’humilité et de déférence : « Ne ravissez pas à ses descendants l’honneur que le Messager d’Allah a conféré à son Compagnon par l’intermédiaire de cette sandale. » Al-Mahdi se ravisa et les autorisa à conserver la sandale auprès d’eux.⁹

Shaddad comptait parmi les Compagnons les plus savants. ‘Ubada ibn al-Samit était comme un pilier de la communauté et un centre de savoir dans la société des Compagnons. Il disait : « Il existe deux sortes d’hommes. Certains sont savants, mais très colériques. D’autres sont patients, mais ignorants et dépourvus de connaissance. » En Shaddad, la connaissance et la patience étaient réunies.¹⁰ Abu al-Darda’ disait : « Certains hommes ont reçu le savoir, mais non la mansuétude ; chez Abu Ya‘la Shaddad, ces deux qualités étaient réunies. »¹¹ Il disait également : « Chaque communauté possède un faqih, un spécialiste des questions religieuses. Le faqih de cette communauté est Shaddad ; le savoir et la sagesse lui ont été accordés. »¹²

Un jour, Ibn Ghanam, Abu al-Darda’ et ‘Ubada ibn al-Samit étaient assis et discutaient dans la mosquée de Jabiyah. À ce moment-là, Shaddad arriva et dit : « Ô gens ! Je crains pour vous. Ma crainte vient de ce que le Messager d’Allah a dit : “Ma communauté suivra ses passions et tombera dans le polythéisme.” » La fin de cette parole était pour le moins surprenante. Abu al-Darda’ et ‘Ubada protestèrent donc et présentèrent, à l’appui de leur position, un hadith disant que Satan avait désespéré d’être adoré dans la péninsule Arabique. « Que signifie alors le fait que nous soyons polythéistes ? » demandèrent-ils.

Shaddad demanda : « Que pensez-vous d’un homme qui prie et s’acquitte de la zakât afin d’être vu des gens ? » Ils répondirent : « C’est un polythéiste. » Il poursuivit : « J’ai entendu le Messager (paix et bénédiction sur lui) dire à son sujet que celui qui accomplit toutes ces œuvres dans le but d’être vu des gens est un polythéiste. » ʿAwf ibn Mâlik était également avec eux. Il dit : « Toute œuvre entachée de riya, c’est-à-dire mêlée de shirk, ne sera pas acceptée. Nous ne devrions donc pas avoir une confiance excessive dans nos propres œuvres. » Le hadith qudsi rapporte, répondit le vénérable Shaddad, que toutes les œuvres des polythéistes seront remises à leur divinité ou à leur idole. Allah n’a besoin de personne.13 L’opinion du vénérable Shaddad correspond exactement à la parole du Coran. Le Coran dit qu’Allah ne pardonnera en aucune circonstance le péché de shirk. Il possédait une connaissance profonde et un discernement remarquable dans la science du hadith. En la matière, il suivait les principes de la dirâya et du naqd. Le vénérable Abû Dharr al-Ghifârî (qu’Allah l’agrée) était célèbre pour son zuhd et sa qinâʿa, c’est-à-dire son ascétisme et son contentement. Il lança dans tout le Shâm un puissant mouvement contre la vie matérialiste. À l’appui de ses opinions et de son mouvement, il rapporta de nombreux hadiths, ce qui provoqua un grand tumulte. À son sujet, le vénérable Shaddad (qu’Allah l’agrée) dit : « Abû Dharr entendait de la bouche du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) un hadith comportant une certaine sévérité. Puis il retournait auprès de son peuple et le diffusait. Le Messager (paix et bénédiction sur lui) atténuait ensuite quelque peu cette sévérité, mais Abû Dharr ne le savait pas et demeurait ferme sur cette rigueur. »14 Le nombre de hadiths rapportés par l’intermédiaire du vénérable Shaddad (qu’Allah l’agrée) s’élève à cinquante. L’érudit al-Ziriklî a déclaré qu’ils avaient tous été rapportés dans les deux Sahîh.15 Il avait entendu ces hadiths du Messager (paix et bénédiction sur lui), et certains de Kaʿb al-Ahbâr (qu’Allah l’agrée).16 Nombre de ceux qui rapportèrent des hadiths de lui étaient originaires du Shâm. Parmi les plus éminents figuraient Mahmûd ibn Labîd, ses deux fils Muhammad et Yaʿlâ, Abû al-Ashʿath al-Saffîn, Damra ibn Habîb, Abû Idrîs al-Khawlânî, Mahmûd ibn al-Rabîʿ, ʿAbd al-Rahmân ibn Ghanam, Bashîr ibn Kaʿb, Jubayr ibn Nufayr, Abû Asmâʾ al-Rahabî, Hassân ibn ʿAtiyya, ʿUbâda ibn Bâsânî al-Hanẓalî, et d’autres encore.17 C’était un adorateur profondément pieux et entièrement dévoué à Allah. Il tremblait constamment par crainte d’Allah. La plupart du temps, il se couchait la nuit pour se reposer. Peu après, il se relevait, s’asseyait et passait toute la nuit debout en prière. On l’entendait parfois prononcer : « Allâhumma innan-nâra qad hâlat baynî wa baynan-nawm » — « Ô mon Dieu ! Le feu de l’Enfer s’est interposé entre moi et le sommeil. Le feu de l’Enfer m’a ôté le sommeil. » Il convient de mentionner ici une remarque d’Asad ibn Wadiʿa : lorsque Shaddad se couchait la nuit, il était extrêmement inquiet et effrayé par crainte d’Allah.18 Il ressentait vivement les changements qui s’opéraient parmi les musulmans après le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) et le califat bien guidé. ʿUbâda ibn Nâsî rapporte : « Un jour, alors que je passais près de Shaddad ibn Aws, il me prit par la main et me conduisit chez lui, puis se mit à pleurer. En le voyant, nous nous mîmes nous aussi à pleurer. Il demanda : “Pourquoi pleurez-vous ?” Nous répondîmes : “Votre chagrin nous a fait pleurer.” Il dit : “Je me suis souvenu d’un hadith du Messager d’Allah. Il disait : ‘Ce que je crains le plus pour ma communauté, c’est qu’elle devienne esclave de ses passions et de ses désirs, et qu’elle tombe dans le shirk.’” Nous demandâmes : “Votre communauté deviendra-t-elle polythéiste ?” Il répondit : “Oui, mais pas au point d’adorer la lune, le soleil, les statues ou les pierres. On verra plutôt apparaître parmi eux l’influence de la riya et du culte des passions. Tous jeûneront, mais lorsque leurs passions le leur commanderont, ils rompront leur jeûne sans la moindre hésitation.”19 Il avait pour habitude de rendre visite à ses amis, à ses proches et à ses parents lorsqu’ils tombaient malades, et de prendre de leurs nouvelles. Abû al-Ashʿath al-Saghânî séjournait dans la mosquée de Damas, près du Shâm. Un jour, Shaddad (qu’Allah l’agrée) le rencontra en chemin avec une troupe. Il lui demanda : « Où allez-vous ? » Shaddad répondit : « Nous allons rendre visite à un frère malade. » Il les accompagna. Une fois entré, il demanda au malade : « Comment allez-vous ? » Celui-ci répondit : « Je vais bien. » Le vénérable Shaddad lui dit : « Je t’annonce la bonne nouvelle : la maladie et l’épreuve expient les péchés. » Il est rapporté dans un hadith : « Celui qui, éprouvé par Allah, Le loue et se montre satisfait de Lui devient aussi pur qu’un enfant nouveau-né sorti du ventre de sa mère. »20 À l’époque de la conquête de La Mecque, le Messager (paix et bénédiction sur lui) se rendit un jour au cimetière de Baqîʿ, à Médine. Le vénérable Shaddad était alors avec lui, et le Messager (paix et bénédiction sur lui) lui tenait une main.21 Cet événement permet de mesurer la proximité qui l’unissait au Messager (paix et bénédiction sur lui).

Un jour, il se présenta auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui). Voyant la tristesse empreinte sur son visage, le Messager (paix et bénédiction sur lui) lui demanda : « Que t’arrive-t-il ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah ! La terre est devenue étroite pour toi. » Le Messager (paix et bénédiction sur lui) dit : « La terre ne deviendra pas étroite pour toi. Le Shâm et Bayt al-Maqdis seront conquis. Toi et tes enfants en deviendrez les imams. »22 Cette prophétie s’accomplit à la lettre. Plus tard, il s’installa à Bayt al-Maqdis avec ses fils et ses filles, qui devint le centre du savoir et de la spiritualité de tout le Shâm.

Un jour, Shaddad faisait ses adieux à un groupe de combattants qui partaient au jihâd. Lorsqu’ils l’invitèrent à partager leur repas, il dit : « Si, depuis que j’ai prêté serment d’allégeance entre les mains du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui), j’avais pris l’habitude de manger sans savoir d’où venait la nourriture, je mangerais certainement avec vous. »23 Ibn Saʿd rapporte de Khâlid ibn Maʿdân que celui-ci a dit : « Parmi les Compagnons du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) encore vivants au Shâm, il n’y a personne de plus digne de confiance, plus réfléchi et plus satisfait de son sort que ʿUbâda ibn al-Sâmit et Shaddad ibn Aws. »24

Au sujet de la disparition et de l’oubli du savoir, ʿAwf ibn Mâlik al-Ashjaʿî (qu’Allah l’agrée) rapporte également un hadith du Messager (paix et bénédiction sur lui). Lorsqu’un homme interrogea Shaddad (qu’Allah l’agrée) à ce sujet, il répondit : « ʿAwf a dit vrai. » Puis il ajouta : « Veux-tu que je te dise quel sera le premier savoir à disparaître ? » L’homme répondit : « Oui. » Il dit : « La crainte d’Allah. Tu ne verras même plus un seul homme craindre Allah. »25 Shaddad ibn Aws disait : « Vous ne voyez rien qui ne soit la cause ou le moyen d’un bien et d’une bénédiction. De même, vous ne voyez rien qui ne soit la cause ou le moyen d’un malheur et d’un mal. Tout ce qui relève du bien appartient au Paradis, et tout ce qui relève du mal appartient à l’Enfer. Cette vie terrestre n’est qu’un objet de jouissance immédiate, dont jouissent les gens pieux comme les pervers. Quant à l’au-delà, c’est la promesse véritable, où règne le Roi Tout-Puissant. Chacun a des enfants : soyez donc les enfants de l’au-delà et ne soyez pas les enfants de ce monde. »26

Il était extrêmement patient et parlait peu. Toutefois, lorsqu’il s’adressait aux gens, ses paroles étaient très douces et captivantes. Saʿîd ibn ʿAbd al-ʿAzîz disait : « Shaddad nous surpassait par deux qualités : l’éloquence lorsqu’il parlait, et, dans la colère, la patience, la tolérance et la générosité. »27 La preuve de sa grande réserve dans la parole apparaît dans une de ses remarques. Un jour, il dit à l’un de ses compagnons : « Apporte la nourriture de voyage, mangeons un peu. » Son compagnon répondit : « Je ne vous ai jamais entendu dire une chose pareille ! » Il dit : « Depuis que j’ai embrassé l’islam, je me suis imposé une bride sur la bouche. Aujourd’hui, cette parole m’est soudainement échappée ; oubliez-la. Cela ne se reproduira jamais. »28

Un jour, le calife Mu’awiya (qu’Allah l’agrée) demanda à Shaddad : « Shaddad, dites-moi donc : ne dites-vous pas qu’Ali ibn Abi Talib est meilleur ? Lequel de nous deux vous est le plus cher ? » Shaddad répondit : « Ali a émigré avant vous, il a accompli davantage de bonnes œuvres avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il est plus courageux que vous et son cœur est plus généreux que le vôtre. Et vous me parlez d’amour ? Ali est parti. Aujourd’hui, les gens espèrent davantage de vous. »²⁹

Références :

Mu’adh ibn Afra (qu’Allah l’agrée)

Le père de Mu’adh s’appelait al-Harith ibn Rafi’a al-Najjari et sa mère Afra bint Ubayd. Il était issu de la branche des Banu Najjar, du célèbre clan khazrajite de Médine. Il n’était pas connu sous le nom de son père. Ibn Sa’d dit qu’il était rattaché à sa mère.¹ Sa mère Afra épousa d’abord al-Harith ibn Rafi’a al-Khazraji. Elle lui donna deux fils, Mu’adh et Mu’awwidh. Ils se séparèrent ensuite. Afra se rendit à La Mecque pour le pèlerinage, où elle épousa al-Bukayr ibn Abd Yalil al-Laythi. Après y avoir donné naissance à quatre fils nommés Aqil, Iyas, Imr et Khalid, elle retourna à Médine. Son ancien mari, al-Harith, la reprit alors. Cette fois, elle eut un fils nommé Awf.² Tout cela eut lieu avant l’islam.

Afra (qu’Allah l’agrée) était une femme fortunée. En embrassant l’islam, elle eut elle-même l’honneur de devenir une sahabiyya. Elle obtint en outre le rare privilège d’être la mère de trois fils tels que Mu’adh, Mu’awwidh et Awf. Ces trois fils furent des combattants de Badr célèbres dans l’histoire.³ Les deux derniers moururent en martyrs à Badr.⁴ De plus, ce furent eux qui, à Badr, attaquèrent ensemble et tuèrent Abu Jahl, le plus grand ennemi de l’islam.

Avant même que le serment d’allégeance des habitants de Médine au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne fût prêté dans la vallée d’al-Aqaba, il se rendit à La Mecque et embrassa l’islam. Cinq autres personnes l’accompagnaient dans ce voyage. Les spécialistes de la sira divergent toutefois considérablement au sujet des noms de ces six personnes. Selon les récits d’al-Zuhri et d’Urwa, Mu’adh ibn Afra en faisait partie.⁵

Al-Tabarani rapporte d’après Urwa que, durant la saison du pèlerinage, plusieurs hommes parmi les Ansar se rendirent à La Mecque pour accomplir le pèlerinage. Il s’agissait de Mu’adh ibn Afra, As’ad ibn Zurara, Rafi’ ibn Malik, Dhakwan ibn Abd al-Qays, Abu al-Haytham ibn al-Tayyihan et Uwaym ibn Sa’ida (qu’Allah les agrée). Ayant appris leur présence, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) alla à leur rencontre et leur annonça qu’Allah l’avait choisi comme prophète. Il leur récita également des passages du Coran. Ils écoutèrent son discours avec la plus grande attention et dans le plus grand calme. Ayant appris auprès des gens du Livre les qualités et les caractéristiques du dernier Prophète ainsi que le contenu de sa mission, ils furent convaincus et confiants dans les paroles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils crurent. Après avoir promis de le retrouver à la prochaine saison du pèlerinage, ils retournèrent à Médine. Une fois arrivés, ils commencèrent discrètement à appeler les gens à l’islam et à les informer de la venue du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et de sa mission. Ils leur récitaient le Coran. Ils œuvrèrent avec tant d’efficacité qu’il y avait très peu de maisons parmi les Ansar où personne n’avait embrassé l’islam.⁶ Dans l’histoire de l’islam, certains ont appelé cet événement le premier serment d’al-Aqaba. Selon cette classification, il y eut donc trois serments d’al-Aqaba.

Lorsque de nombreuses personnes à Médine eurent embrassé l’islam et que celui-ci se fut répandu de maison en maison, les habitants de Médine demandèrent au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de leur envoyer quelqu’un de La Mecque qui, en qualité de représentant du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), leur enseignerait le Coran et leur dispenserait un enseignement correct de la religion. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les envoya à Médine. Abu Nu’aym rapporte dans al-Hilya (1/107), d’après al-Zuhri : « Les habitants de Médine envoyèrent à La Mecque Mu’adh ibn Afra et Rafi’ ibn Malik afin qu’ils les leur amènent auprès du Messager d’Allah. »⁷

Les spécialistes de la sîra ont des avis divergents au sujet de sa conversion à l’islam et de son voyage à La Mecque. Ibn Sa‘d rapporte notamment que Mu‘âdh ibn al-Hârith et Râfi‘ ibn Mâlik furent les deux premiers Ansâr à se rendre à La Mecque et à y embrasser l’islam. Il est également rapporté qu’ils comptaient parmi les huit Ansâr qui furent les premiers à se rendre à La Mecque et à y embrasser l’islam. On les compte aussi parmi les six hommes dont il est rapporté qu’ils furent les tout premiers Ansâr à rencontrer le Messager d’Allah (s.a.w.) à La Mecque et à embrasser l’islam, sans que personne ne les eût précédés. Al-Wâqidî et Muhammad ibn ‘Umar disent que le récit des six hommes est, à leurs yeux, le plus exact et le plus solide.⁸ Les spécialistes de la sîra sont presque unanimes à dire qu’il assista aux deux serments d’allégeance d’al-‘Aqaba qui eurent lieu par la suite.⁹

Après l’Hégire, le noble Messager d’Allah (s.a.w.) établit un lien de fraternité religieuse entre lui et Ma‘mar ibn al-Hârith.¹⁰ Mu‘âdh participa à la bataille de Badr avec ses deux autres frères, Mu‘awwidh et ‘Awf. Ibn Hichâm dit qu’il prit part à toutes les batailles, notamment à Badr, Uhud et al-Khandaq.¹¹ Personne ne conteste la participation de Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’ à la bataille de Badr. En revanche, les spécialistes de la sîra et du hadith sont fortement divisés quant au fait qu’il ait tué Abû Jahl, le pire ennemi de l’islam, ou qu’il soit tombé en martyr au cours de cette bataille. L’examen de divers récits montre clairement qu’il participa au meurtre d’Abû Jahl et qu’il vécut encore longtemps après avoir été blessé à Badr. Je vais citer ici brièvement quelques récits. Au début de la bataille de Badr, trois héros du camp qurayshite, dont ‘Utba et al-Walîd ibn ‘Utba, poussèrent leur cri de guerre et appelèrent leurs adversaires au duel. Alors, les trois fils d’‘Afrâ’, Mu‘âdh, Mu‘awwidh et ‘Awf, furent les premiers de l’armée musulmane à se précipiter vers le champ de bataille, l’épée à la main. Mais le noble Messager d’Allah (s.a.w.) les en empêcha et ordonna à Hamza et aux autres d’avancer. Mais comment auraient-ils pu contenir l’ardeur intense que leur inspirait le jihâd ? ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf se tenait dans un rang. Ses deux frères vinrent se placer à sa droite et à sa gauche. ‘Abd al-Rahmân ne les connaissait pas. C’est pourquoi, en voyant deux jeunes hommes de part et d’autre de lui, il éprouva un peu de déception et d’appréhension. L’un d’eux lui demanda à voix basse : « Oncle, dites-moi, de quel côté se trouve Abû Jahl ? » Il lui répondit par une question : « Mon neveu, que veux-tu faire de lui ? » Le jeune homme répondit : « J’ai appris qu’il insultait le Messager d’Allah (s.a.w.). C’est pourquoi nous avons fait à Allah la promesse de le tuer absolument. Et, s’il le faut, nous donnerons même notre vie dans ce but. » Le second jeune homme dit exactement la même chose.

‘Abd al-Rahmân en fut profondément réjoui. Il éprouva même une certaine fierté en songeant entre quels grands hommes il se trouvait placé ! Il indiqua de la main et dit : « Regardez, c’est Abû Jahl qui marche là-bas. » À peine eut-il prononcé ces mots que les deux jeunes hommes fondirent sur lui avec la rapidité de faucons et le tuèrent. Ils revinrent ensuite annoncer au Messager d’Allah (s.a.w.) la bonne nouvelle de cette victoire. Le sang d’Abû Jahl se trouvait alors encore sur leurs deux épées.¹² Dans le Sahîh Muslim, les noms de ces deux jeunes hommes sont donnés comme étant Mu‘âdh ibn ‘Amr ibn al-Jamûh et Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’. Mais le Sahîh al-Bukhârî parle des fils d’‘Afrâ’. Cela prouve que Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’ et son frère tuèrent l’infâme Abû Jahl.

D’après un récit d’al-Hâkim (3/425) et d’al-Bayhaqî (6/305), l’un de ces deux jeunes hommes était Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’ et l’autre Mu‘âdh ibn ‘Amr ibn al-Jamûh. Après avoir tué Abû Jahl, ils coururent annoncer la bonne nouvelle au Messager d’Allah (s.a.w.). Celui-ci leur demanda : « Lequel de vous deux l’a tué ? » Tous deux répondirent : « Nous l’avons tué tous les deux. » Il leur donna alors à tous deux les objets pris à Abû Jahl sur le champ de bataille.¹³

Ibn Abî Khaythama rapporte, d’après Ibn Ishâq, que Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’ dit : « J’eus l’occasion de frapper Abû Jahl de mon épée avec une telle force que sa jambe fut sectionnée à mi-hauteur du tibia. Aussitôt, ‘Ikrima ibn Abî Jahl me frappa à l’une des épaules et s’y accrocha. Je traînai alors ce bras pendant qu’il pendait derrière moi. Puis, lorsqu’il devint trop douloureux, je le posai un jour sous mon pied et l’arrachai. » Cependant, Ibn Hichâm rapporte d’après Ibn Ishâq l’événement précité au sujet de Mu‘âdh ibn ‘Amr ibn al-Jamûh, et il mentionne Mu‘awwidh ibn ‘Afrâ’ comme son compagnon.¹⁴

L’auteur de l’al-Istî‘âb mentionne qu’à Badr il fut blessé par Ibn Mâ‘id, de la tribu des Banû Zurayq.¹⁵ Selon Ibn Sa‘d, les deux fils d’‘Afrâ’, Mu‘awwidh et ‘Awf, attaquèrent Abû Jahl d’un seul coup. Abû Jahl contre-attaqua et les tua tous deux. Puis, lorsqu’Abû Jahl tomba à terre, ‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd acheva le travail et l’envoya en Enfer.¹⁶ Selon un récit, il participa également, lors de cette bataille de Badr, au meurtre d’un autre grand ennemi de l’islam, Umayya ibn Khalaf.¹⁷

Comme pour l’épisode de la mort d’Abû Jahl, les avis divergent considérablement quant à la date de la mort de Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’. Al-Balâdhurî dit que Mu‘âdh et son frère Mu‘awwidh tombèrent en martyrs à Badr, tandis que leur frère ‘Awf survécut. Ibn al-Kalbî rapporte qu’‘Afrâ’ se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.w.), puis, montrant son fils ‘Awf, dit : « Ô Messager d’Allah, voici le plus mauvais de mes fils qui soit resté. » Le Messager (s.a.w.) répondit : « Non. C’est par lui que se perpétuera la descendance d’‘Afrâ’. » Mais al-Wâqidî dit qu’‘Awf et Mu‘awwidh tombèrent en martyrs à Badr et que Mu‘âdh survécut. Il mourut ensuite en l’an 37 de l’Hégire, durant la fitna, c’est-à-dire pendant le conflit entre ‘Alî et Mu‘âwiya (r.a.).¹⁸ Ibn Hichâm affirme lui aussi qu’‘Awf et Mu‘awwidh tombèrent en martyrs à Badr.¹⁹

D’autres ont dit que Mu‘âdh fut blessé à Badr par Ibn Mâ‘ida, de la tribu des Banû Zurayq, et qu’il mourut plus tard de cette blessure à Médine. Ibn Idrîs rapporte d’après Ibn Ishâq que Mu‘âdh vécut jusqu’à l’époque du calife ‘Uthmân (r.a.). Le calife Ibn Khayyât dit qu’il mourut sous le califat de ‘Alî ibn Abî Tâlib (r.a.).²⁰ Quoi qu’il en soit, il est établi qu’il ne tomba pas en martyr à Badr et qu’il ne mourut pas du vivant du Messager d’Allah (s.a.w.), comme le prouvent les nombreux événements de sa vie ultérieure rapportés dans les ouvrages de sîra. Nous en mentionnerons ici deux :

Il partagea Wâdî al-Qurâ entre les musulmans. Une partie de ce récit a été rapportée par Aflah, l’esclave affranchi de Mu‘âdh ibn Abû Ayyûb al-Ansârî (qu’Allah l’agrée). Le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) fit confectionner de très beaux manteaux pour chacun des combattants de Badr. Il en envoya également un à Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’. Mu‘âdh me dit alors : « Vends ce manteau. » Je dépensai mille cinq cents dirhams pour confectionner un manteau épais et ample, puis je le lui envoyai de nouveau. Mu‘âdh prit le manteau et se rendit auprès de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), puis lui demanda : « Est-ce vous qui l’avez envoyé ? » ‘Umar répondit : « Oui. J’avais envoyé à tous tes autres frères des manteaux semblables à celui que je t’avais envoyé auparavant. J’ai appris que tu ne l’avais pas porté. » Mu‘âdh dit : « Ô commandeur des croyants ! Je ne le porterai pas. » L’événement rapporté ci-dessus montre à quel point il était détaché des biens de ce monde.٢١

Il aimait le noble Messager d’Allah (ﷺ) plus que sa propre vie. La preuve en est fournie par l’épisode du meurtre de l’infâme Abû Jahl. Dans cette circonstance, il donna, en renonçant à préserver sa vie, un exemple extraordinaire, véritablement stupéfiant.

Le terrain sur lequel fut édifiée la Mosquée du Prophète à Médine appartenait à deux garçons orphelins nommés Sahl et Suhayl. Le jour où le Messager (ﷺ) entra à Médine depuis Qubâ’, les rênes de sa chamelle furent relâchées. Celle-ci avançait selon l’ordre d’Allah et, conformément à Sa volonté, s’arrêta sur le terrain appartenant à Sahl et Suhayl. Selon le récit d’Ibn Hishâm, ces deux orphelins étaient alors élevés et pris en charge sous la tutelle de Mu‘âdh ibn ‘Afrâ’.٢٢ Cela montre qu’il était profondément bienveillant envers les orphelins et les démunis.

Il était très consciencieux dans l’accomplissement de ses responsabilités. Il accomplit une fois le pèlerinage avec le Messager d’Allah (ﷺ). Il accomplit également d’autres pèlerinages, dont un récit est rapporté dans les Sunan d’al-Nasâ’î.٢٣ Ibn Sa‘d mentionne qu’il avait plusieurs épouses et de nombreux fils et filles. Il rapporte même leurs noms.٢٤

On trouve quelques hadiths rapportés de lui dans les Sunan d’al-Nasâ’î ainsi que dans divers autres ouvrages.٢٥

Références :

Abû Lubâba (qu’Allah l’agrée)

Il existe une grande divergence concernant le nom véritable d’Abû Lubâba (qu’Allah l’agrée). Mûsâ ibn ‘Uqba et Ibn Hishâm disent qu’il s’appelait Bashîr. Selon Ibn Ishâq, il s’appelait Râfi‘a. Dans le Tafsîr, son nom est mentionné comme étant Sarwân.١ Selon al-Balâdhurî, Râfi‘a était le frère d’Abû Lubâba. Il participa à la dernière allégeance d’al-‘Aqaba, prit part à la bataille de Badr et tomba en martyr lors de la bataille de Khaybar. Quant à Abû Lubâba, son nom était Bashîr.٢ Quel qu’ait été son nom véritable, il est connu dans l’histoire sous le nom d’Abû Lubâba. Son père s’appelait ‘Abd al-Mundhir ibn Zubayr. Il était issu de la branche Banû ‘Amr ibn ‘Awf du célèbre clan médinois des Aws. Il participa à la dernière allégeance d’al-‘Aqaba et fut désigné comme naqîb (responsable) de sa tribu.٣

Il participa à la plupart des expéditions aux côtés du Messager d’Allah (s.a.w.). Lors de la bataille de Badr, il reçut un honneur et un avantage particuliers. Au cours de ce voyage, trois hommes montaient sur chaque chameau. Abû Lubâba et ‘Alî ibn Abî Tâlib (r.a.) montaient sur le chameau du Messager d’Allah (s.a.w.). Ils montaient à tour de rôle sur le dos du chameau. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah ! Restez sur le chameau ; nous marcherons à pied. » Mais le Messager (s.a.w.) répondait : « Vous n’êtes pas plus forts que nous, et je n’ai pas moins besoin de récompense que vous. »⁴

Ibn Ishâq dit : « Beaucoup ont rapporté qu’Abû Lubâba et al-Hârith ibn Hâtib partirent en direction de Badr avec le Messager d’Allah (s.a.w.). Après avoir parcouru une certaine distance, le Messager (s.a.w.) les renvoya tous deux à Médine. Il confia à Abû Lubâba la responsabilité du gouvernement de Médine. À la fin de la bataille, le Messager (s.a.w.) leur attribua à tous deux une part du butin et les traita comme les compagnons de Badr. » Mûsâ ibn ‘Uqba mentionne Abû Lubâba parmi les combattants de Badr.⁵ Ibn Hishâm dit : « Le Messager (s.a.w.) les renvoya tous deux depuis un lieu appelé al-Rawhâ. »⁶

Il ne participa ni à la bataille contre la tribu juive médinoise des Banû Qaynuqâ, qui eut lieu au mois de Shawwâl de la deuxième année de l’Hégire, ni à la bataille de Sawîq, qui eut lieu au mois de Dhû al-Hijja de la même année. À cette occasion, le Messager (s.a.w.) le laissa comme gouverneur de Médine. Le Messager (s.a.w.) assiégea les Banû Qaynuqâ pendant quinze jours ; durant cette période, Abû Lubâba assuma la responsabilité du gouvernement de Médine.⁷

Au cours de la bataille du Fossé, durant la cinquième année de l’Hégire, la tribu juive médinoise des Banû Qurayza rompit le pacte conclu avec les musulmans et apporta son aide et son soutien à l’armée qurayshite. Après la bataille, dès que l’armée musulmane fut rentrée chez elle, Jibrîl (a.s.) vint auprès du Messager d’Allah (s.a.w.) et dit : « Ô Messager d’Allah ! As-tu déposé tes armes ? » Il répondit : « Oui. » Jibrîl (a.s.) dit : « Mais les anges n’ont pas déposé leurs armes. Ô Muhammad ! Allah t’ordonne de te diriger vers les Banû Qurayza. Je m’y rends moi-même et je les fais trembler. » Le Messager (s.a.w.) venait alors de rentrer chez lui après avoir accompli la prière de zuhr.

Après ces paroles de Jibrîl (a.s.), le Messager (s.a.w.) proclama aussitôt : « Que nul ne prie la prière de l’après-midi avant d’être arrivé chez les Banû Qurayza. » Conformément à cette proclamation, tous arrivèrent chez les Banû Qurayza. Leur forteresse fut assiégée pendant vingt-cinq longues nuits et ils furent invités à se rendre. Finalement, Allah sema la peur dans leurs cœurs. Ils acceptèrent de se soumettre à l’arbitrage de leur ancien ami, Sa‘d ibn Mu‘âdh (r.a.).

La tribu des Banû ‘Amr ibn ‘Awf, issue du clan médinois des Aws, avait conclu depuis l’époque de l’Ignorance un pacte d’alliance avec les Banû Qurayza. Abû Lubâba appartenait à cette tribu. C’est pourquoi, alors qu’ils étaient assiégés, ils demandèrent au Messager d’Allah (s.a.w.) : « Envoyez-nous Abû Lubâba ; nous voudrions le consulter quelque peu. » Le Messager (s.a.w.) accepta leur demande et autorisa Abû Lubâba à se rendre auprès d’eux.

Lorsque Abû Lubâba arriva chez les Banû Qurayza, les Juifs lui témoignèrent un grand respect. Ils lui exposèrent leur problème. Les femmes et les enfants juifs vinrent se tenir devant lui, éperdus, en pleurant. La scène était véritablement déchirante. Le cœur d’Abû Lubâba s’attendrit. Ils lui demandèrent : « Devons-nous accepter l’ordre de Muhammad ? » Il répondit : « Oui. » Mais il porta aussitôt la main à sa gorge pour leur faire comprendre qu’ils seraient tués.

Emporté par l’émotion, il avait fait ce geste. Mais il comprit aussitôt qu’il avait ainsi trahi la confiance d’Allah et de Son Messager (s.a.w.). Il eut alors l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Il se leva, se rendit directement à la mosquée du Prophète, s’attacha à l’un de ses piliers avec une chaîne épaisse et lourde, puis déclara : « Je resterai ainsi attaché jusqu’à ce qu’Allah accepte mon repentir. »

Comme Abou Louba tardait à revenir, le Messager (s.a.s.) demanda un jour : « Abou Louba a-t-il achevé sa mission ? » Les gens l’en informèrent. Le Messager (s.a.s.) dit : « Quoi qu’il en soit, ce qui est arrivé est bien arrivé. S’il était venu directement auprès de moi, j’aurais demandé à Allah de lui pardonner. » En somme, Abou Louba passa vingt jours et dix nuits attaché. Son épouse lui déliait les liens au moment de la prière et pour ses autres nécessités, puis les renouait une fois celles-ci satisfaites. Il cessa complètement de manger et de boire. Son ouïe s’affaiblit et sa vue diminua également. Un jour, à cause de sa faiblesse, il perdit connaissance et s’effondra au sol. C’est alors que le moment de la descente de la miséricorde d’Allah arriva.

Ce jour-là, le noble Messager d’Allah (s.a.s.) se trouvait dans la demeure de l’honorable Mère des croyants, Oumm Salama (r.a.). Le verset fut révélé avant l’aube. Le Messager (s.a.s.) sourit légèrement. En le voyant, Oumm Salama (r.a.) dit : « Ô Messager d’Allah ! Qu’Allah vous garde toujours heureux. Dites-moi donc ce qui se passe. » Il répondit : « Le repentir d’Abou Louba a été accepté. » Oumm Salama demanda : « Puis-je annoncer cette bonne nouvelle aux gens ? » Le Messager (s.a.s.) répondit : « Oui. » À cette époque, le verset du voile n’avait pas encore été révélé. Oumm Salama (r.a.) se tint à la porte de sa chambre et en informa les gens. Ceux-ci accoururent pour libérer Abou Louba. Mais il déclara qu’il ne serait libéré que lorsque le Messager viendrait à la mosquée pour la prière de l’aube et le délivrerait de ses propres mains.

Abou Louba (r.a.) fut extrêmement heureux lorsque son repentir fut accepté. Il se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Je veux quitter la maison où j’ai commis ce péché. Je veux faire don de tous mes biens en aumône pour Allah et Son Messager. » Le Messager (s.a.s.) répondit : « Pas la totalité ; le tiers suffit. » Il en donna donc le tiers.

Les spécialistes de la Sîra divergent toutefois sur la raison de ce repentir d’Abou Louba (r.a.). Ma‘mar l’a rapporté d’après l’imam az-Zouhrî. Selon lui, Abou Louba adopta cette forme de repentir pour avoir commis la faute de ne pas participer à la bataille de Tabouk. L’honorable Ibn Abbâs (r.a.) a également affirmé cela. Dans le verset 102 de la sourate At-Tawba, il est dit que d’autres ont reconnu leurs péchés : ils ont mêlé une bonne œuvre à une autre mauvaise. Allah leur pardonnera peut-être ; Allah est certes Pardonneur et Miséricordieux. Ce verset fut révélé au sujet d’Abou Louba et de huit ou neuf autres personnes. Ils étaient restés à Médine sans participer à la bataille de Tabouk. Puis, repentants, ils se repentirent tous. Pour manifester leur repentir, ils s’attachèrent aux piliers de la mosquée. Ensuite, leur repentir fut accepté. Leur meilleure action fut ce repentir, et leur pire action fut de ne pas participer à Tabouk.

Selon Abou ‘Âmir, ce repentir d’Abou Louba ne concernait pas l’affaire de Tabouk, mais celle des Banou Qurayza. C’est dans ce contexte que fut révélé le verset 27 de la sourate Al-Anfâl : « Ô vous qui croyez ! Ne trahissez pas Allah et le Messager, et ne trahissez pas sciemment les dépôts qui vous sont confiés. » Selon Abou ‘Âmir et beaucoup d’autres, Abou Louba participa à la bataille de Tabouk. Les musulmans qui, sans excuse, ne participèrent pas à Tabouk n’étaient que trois : Mourâra ibn ar-Rabî‘, Hilâl ibn Oumayya et Ka‘b ibn Mâlik (r.a.). Il n’est donc pas juste d’ajouter Abou Louba à leur groupe. En effet, le verset 118 de la sourate At-Tawba parle précisément de ces trois hommes : « Et aux trois qui furent laissés en arrière, si bien que la terre, malgré son immensité, leur paraissait étroite, que leurs âmes leur semblaient à l’étroit et qu’ils comprirent qu’il n’y avait de refuge contre Allah qu’auprès de Lui. Puis Il se tourna vers eux afin qu’ils reviennent à Lui. » 8

Lors de l’expédition pour la conquête de La Mecque, durant la huitième année de l’Hégire, l’étendard des Banou ‘Amr ibn ‘Awf était confié à l’honorable Abou Louba (r.a.). En outre, il participa à toutes les batailles et expéditions qui eurent lieu du vivant du Messager d’Allah (s.a.s.).

Il existe une grande divergence concernant l’année de sa mort. Cependant, selon la majorité, il mourut sous le califat de l’honorable ‘Alî (r.a.). Il est également rapporté qu’il mourut après le martyre de l’honorable ‘Uthmân (r.a.). Certains ont même dit qu’il resta en vie jusqu’à l’an 50 de l’Hégire. 9 À sa mort, il laissa deux fils, nommés Sâ’ib et ‘Abd ar-Rahmân.

L’honorable Abou Louba était un Compagnon de très grand mérite. Il eut la chance de bénéficier durant de nombreuses années de la compagnie du Messager d’Allah (s.a.s.). Durant cette période, il dut entendre de nombreuses paroles du Messager d’Allah (s.a.s.). Pourtant, le nombre de hadiths qu’il a rapportés est très limité. Parmi ceux qui ont entendu et rapporté des hadiths de lui figuraient également de grands Compagnons, notamment le grand ‘Abdallah ibn ‘Umar (r.a.). De plus, beaucoup de membres de la première génération des tâbi‘în furent ses élèves et rapportèrent des hadiths de lui. Voici les noms de quelques-uns des plus célèbres :

ʿAbd al-Raḥmān ibn Yazīd ibn Jābir, Abū Bakr ibn ʿAmr ibn Ḥazm, Saʿīd ibn al-Musayyab, ʿAbd al-Raḥmān ibn Kaʿb ibn Mālik, Sālim ibn ʿAbd Allāh, ʿUbayd Allāh ibn Abī Yazīd et Nāfiʿ, affranchi d’Ibn ʿUmar. Ses deux fils étaient Ṣāʾib et ʿAbd al-Raḥmān.10

Ḥaḍrat Abū Lubāba (r.a.) était un parfait adepte de l’islam. Il observait scrupuleusement les commandements et les interdits du Coran et de la Sunna. Si, en raison d’une faiblesse humaine, il lui arrivait de commettre une erreur ou une faute, il s’en repentait sincèrement dès qu’il s’en rendait compte. Nous devons garder à l’esprit que l’erreur commise par Abū Lubāba (r.a.) au sujet des Banū Qurayẓa fut davantage encore purifiée et embellie par son repentir. Allah, le Très-Haut, a Lui-même révélé un verset annonçant l’acceptation de son repentir, et le Messager d’Allah (s.a.w.) lui a délié les liens de ses propres mains, avec une entière satisfaction. Quelle dignité plus grande Abū Lubāba (r.a.) pouvait-il recevoir ? En vérité, le pécheur repentant est très aimé d’Allah. Il veillait à mettre en pratique les hadiths du Messager d’Allah (s.a.w.) jusque dans les moindres détails.

Ḥaḍrat ʿAbd Allāh ibn ʿUmar (r.a.) avait entendu de la bouche du Prophète un hadith concernant le fait de tuer les serpents. C’est pourquoi il les tuait dès qu’il en voyait un. La maison d’Abū Lubāba (r.a.) était juste à côté de la sienne. Un jour, il dit à Ibn ʿUmar (r.a.) : « Ouvrez un peu la porte de votre maison ; je passerai par là pour me rendre à la mosquée. » À peine Ibn ʿUmar s’était-il levé et avait-il ouvert la porte qu’il aperçut un serpent. Il s’empressa de le tuer. Abū Lubāba (r.a.) l’en empêcha en disant : « Le Messager (s.a.w.) a interdit de tuer les serpents qui se trouvent dans les maisons. »11

Abū Nuʿaym a rapporté dans son ouvrage al-Dalāʾil (160) un récit concernant Abū Lubāba. Il dit : « Un vendredi, alors que le Messager (s.a.w.) se tenait debout sur le minbar pour prononcer le sermon, il dit : “Ô Allah, donne-nous de l’eau !” Abū Lubāba dit : “Ô Messager d’Allah ! Les dattes sont dans la cour, en train de sécher.” Le Messager (s.a.w.) dit alors : “Ô Allah, donne-nous de l’eau”, jusqu’à ce qu’Abū Lubāba se dénude et bouche avec son pantalon le canal d’écoulement de l’eau de sa cour. Puis la pluie se mit à tomber si abondamment que les gens dirent à Abū Lubāba : “La pluie ne cessera pas tant que tu n’auras pas fait ce que le Messager (s.a.w.) a dit à ton sujet.” Abū Lubāba le fit donc, et la pluie cessa également. »12

Ainsi, de nombreux fragments de la vie d’Abū Lubāba (r.a.) sont dispersés dans les pages des ouvrages de la sīra.

Références :

Zayd ibn Arqam (r.a.)

Son nom était Zayd. Il existe une grande divergence concernant sa kunya, ou son surnom : Abū ʿUmar, Abū ʿĀmir, Abū Saʿd, Abū Unays, etc.1 Son père était Arqam ibn Zayd. Il était issu de la branche Banū al-Ḥārith de la tribu médinoise des Khazraj. Ce Compagnon ansarien devint orphelin de père à un très jeune âge. Ḥaḍrat ʿAbd Allāh — Ḥaḍrat ʿAbd Allāh ibn Rawāḥa (r.a.) était un Compagnon de haut rang — était son oncle. Il prit sous sa responsabilité Zayd, devenu orphelin de père, et l’éleva.2 ʿAbd Allāh ibn Rawāḥa (r.a.) avait participé au pacte d’al-ʿAqaba. C’est principalement sous son influence que Ḥaḍrat Zayd (r.a.) embrassa l’islam.

Zayd souhaitait participer à la bataille d’Uhud. Mais, comme il n’avait pas encore l’âge requis pour partir au combat, le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’en empêcha. Il participa pour la première fois à la bataille du Fossé. Il est toutefois également rapporté qu’al-Muraysi fut la première bataille de sa vie. Dans le Sahih al-Bukhari, son récit est rapporté ainsi : « Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a livré au total dix-neuf batailles, et j’ai participé à dix-sept d’entre elles (17). »³

Son oncle, ‘Abdullah ibn Rawaha, était un poète de grand talent lors de la bataille de Mu’ta. En chemin, il récita un poème de sa propre composition, dans lequel il exprimait son ardent désir du martyre. En l’entendant, Zayd se mit à pleurer. Ibn Rawaha agita son bâton et s’exclama : « Espèce de petit vaurien ! Si nous avons la chance d’obtenir le martyre, en quoi cela te nuira-t-il ? »⁴

Parmi les califes bien guidés, il entretenait des relations d’amitié avec ‘Ali (qu’Allah l’agrée). Il se rangea aux côtés de ‘Ali (qu’Allah l’agrée) lors de la bataille de Siffîn. Il était considéré comme l’un des proches de ‘Ali.

À la fin de sa vie, Zayd (qu’Allah l’agrée) s’installa dans le quartier de Banu Kinda, à Koufa. C’est dans cette ville qu’il mourut. Il existe toutefois des divergences concernant l’année de sa mort. Selon beaucoup, il mourut en l’an 66 de l’Hégire, lors de la révolte d’al-Mukhtar al-Thaqafi. Cependant, al-Haytham ibn ‘Adi et bien d’autres estiment qu’il mourut en l’an 68 de l’Hégire. Certains ont également affirmé qu’il mourut peu après le martyre d’al-Husayn (qu’Allah l’agrée).⁶

Zayd (qu’Allah l’agrée) était, à son époque, une référence en matière de savoir, de mérite et de considération. Des gens accouraient auprès de lui de contrées lointaines à la recherche du savoir. Un homme était même venu le trouver depuis l’extrémité de Qistâs pour lui poser une question de jurisprudence.⁷ Partout où il se rendait, ceux qui s’intéressaient aux hadiths se pressaient autour de lui. Lorsqu’il se rendit un jour à Bassora — ou, selon une autre version, à La Mecque — ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Je voudrais vous entendre de nouveau réciter de votre propre bouche tel hadith que vous rapportez. »⁸ Un jour, ‘Atiyya lui dit : « Vous avez rapporté tel hadith. Je suis venu dans le but de l’entendre de votre propre bouche. » Après que celui-ci eut rapporté le hadith, ‘Atiyya lui dit : « Vous aviez également prononcé cette phrase : “Je te rapporterai ce que j’ai entendu, exactement comme je l’ai entendu.” »⁹

Outre les hadiths, il enseignait aussi aux gens les invocations qu’il avait apprises par cœur après les avoir entendues de la bouche du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ; c’est pourquoi nous vous les enseignons. De nombreuses invocations rapportées par lui ont été compilées dans les ouvrages de hadiths et de sîra.¹⁰ Zayd (qu’Allah l’agrée) était extrêmement prudent lorsqu’il rapportait des hadiths. ‘Abd al-Rahman ibn Abi Layla dit : « Nous venions le trouver et lui demandions de nous rapporter des hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il répondait : “Je suis maintenant âgé et ma mémoire s’est affaiblie. Rapporter les hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est une tâche très difficile.” »¹¹

Un jour, Yazid ibn Hayyan, Husayn ibn Sabra et ‘Amr ibn Muslim vinrent le voir pour écouter des hadiths. Ils commencèrent par louer Zayd (qu’Allah l’agrée) et lui dirent : « Allah vous a accordé un grand mérite. Vous avez été témoin de la plénitude du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Vous avez entendu ses hadiths, participé à des expéditions avec lui et accompli la prière derrière lui. Quelle dignité pourrait être supérieure à celle-ci ? Rapportez-nous donc quelques hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). » Zayd (qu’Allah l’agrée) répondit : « Mes neveux, je suis maintenant âgé et cette époque est révolue. Beaucoup de choses sont aujourd’hui devenues des souvenirs et des rêves. J’ai oublié une grande partie du trésor de hadiths que je possédais. Écoutez donc ce que je rapporte désormais. Vous ne devriez pas me peiner en me demandant ce que je ne possède plus. »¹² C’est pourquoi le nombre de hadiths rapportés par Zayd (qu’Allah l’agrée) ne dépasse que quatre-vingt-dix (90). Il a entendu des hadiths de la bouche du noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et de ‘Ali (qu’Allah l’agrée), puis les a rapportés. Voici les noms éminents des Compagnons et des tabi‘in qui ont rapporté des hadiths par son intermédiaire :

Anas ibn Malik, ‘Abdullah ibn al-‘Abbas, al-Tufayl, Abu ‘Uthman al-Nahdi, ‘Abd al-Rahman ibn Abi Layla, ‘Abd Khayr al-Hamadani, Tawus, Nadar ibn Anas, Abu ‘Umar al-Shaybani, Abu al-Mis-hal, ‘Abd al-Rahman ibn Mut‘aym, Abu Ishaq al-Sabi‘i, Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazi, Abu Hamza Talha ibn Yazid, ‘Abdullah ibn al-Harith, al-Basri, Qasim ibn ‘Awf, ‘Atiyya al-‘Awfi, Abu Muslim al-Bajali, entre autres.¹³ La formation spirituelle ou mystique de l’islam avait atteint chez Zayd (qu’Allah l’agrée) un degré remarquable. On en trouve toutefois une preuve concrète dans un événement survenu lors de la bataille de Banu Mustaliq. En voici brièvement le récit :

Le nom du réservoir aménagé de Banû al-Mustaliq était al-Muraysî. Selon Ibn Ishâq, une bataille eut lieu près de ce réservoir en l’an 6 de l’Hégire, et selon Mûsâ ibn ‘Uqba, en l’an 4, entre l’armée musulmane commandée par le Messager d’Allah (s.a.s.) et les ennemis. Elle est connue dans l’histoire sous le nom de bataille d’al-Muraysî. Au cours de cette bataille, Banû al-Mustaliq subirent une défaite écrasante.14

Le Messager (s.a.s.) établit son camp avec son armée près de ce réservoir. C’est de là que les soldats faisaient boire les animaux. ‘Umar ibn al-Khattâb (r.a.) avait pour domestique un homme de la tribu de Banû Ghifâr nommé Jahljah ibn Mas‘ûd. Celui-ci s’occupait du cheval de ‘Umar (r.a.). Un jour, alors que le cheval allait boire, Sinân ibn Wabar al-Juhanî, l’allié ou l’ami de Khawf ibn Khazraj, se mit à crier pour demander l’aide des Ansâr. Jahljah ne resta pas sans réagir : il appela lui aussi à l’aide les Muhâjirûn. Le chef des hypocrites, ‘Abdullah ibn Ubay ibn Salûl, en fut profondément humilié. Un groupe d’hommes de sa tribu se trouvait alors auprès de lui. Zayd ibn Arqam en faisait également partie. Il était alors un jeune homme.

Profitant de l’occasion, ‘Abdullah ibn Ubay s’adressa aux hommes de sa tribu en ces termes : « Les Muhâjirûn musulmans nous traitent-ils donc de cette manière ? Sur notre propre terre, ils nous méprisent et sont devenus plus nombreux que nous. La situation des Muhâjirûn ressemble à celle d’un chien engraissé que l’on nourrit et qui finit par dévorer son maître. Par Allah, si nous retournons à Médine, les notables en expulseront certainement ces misérables. Tout cela est la conséquence de vos propres actes. Vous leur avez ouvert les portes de votre patrie et leur avez partagé tout ce que vous possédez. Par Allah, vous serez contraints de quitter votre patrie et de fuir. » L’hypocrite Ibn Ubay ne négligea aucun effort pour frapper ainsi les sentiments latents des hommes de sa tribu et les dresser contre les Muhâjirûn. Zayd ibn Arqam (r.a.) écouta en silence toutes ses paroles. Sa conscience religieuse ne lui permit pas de garder secrètes les paroles de cet hypocrite, bien qu’Ibn Ubay appartînt à sa propre tribu. Le vénérable Messager d’Allah (s.a.s.) se reposait après avoir terminé les tâches liées à la guerre. ‘Umar ibn al-Khattâb (r.a.) était assis auprès de lui. À ce moment, Zayd (r.a.) se présenta et lui rapporta toute l’affaire. ‘Umar (r.a.) entra dans une violente colère et conseilla au Messager (s.a.s.) : « Ordonnez à ‘Abbâd ibn Bishr de tuer Ibn Ubay. » Le Messager (s.a.s.) répondit : « Ô ‘Umar, que se passera-t-il lorsque les gens diront que Muhammad tue ses compagnons ? Non, cela ne convient pas. Informe plutôt les gens qu’ils doivent partir d’ici. » Habituellement, le Messager (s.a.s.) ne se mettait pas en route à une telle heure. Mais, conformément à l’ordre donné, les gens se mirent en marche.

Entre-temps, lorsque l’hypocrite ‘Abdullah ibn Ubay apprit que Zayd ibn Arqam avait rapporté toutes ses paroles au Messager d’Allah (s.a.s.), il accourut auprès de lui et jura : « Je n’ai rien dit de ce que Zayd a rapporté. Je n’ai prononcé aucune parole de cette nature. » Il était une personnalité très respectée au sein de sa tribu. C’est pourquoi les Compagnons ansâr présents déclarèrent : « Ô Messager d’Allah, il est possible que ce jeune homme ait mal compris les paroles d’Ibn Ubay et qu’il ne se soit pas souvenu de leur véritable sens. » Ainsi, croyant ‘Abdullah ibn Ubay, ils prirent sa défense. L’oncle de Zayd (r.a.), ‘Abdullah ibn Rawâhah (r.a.), le réprimanda également.

Ibn Ishâq rapporte : le Messager (s.a.s.) partit d’al-Muraysî. Usayd ibn Hudayr vint le trouver et lui demanda : « N’avez-vous pas entendu ce qu’a dit votre compagnon ? » — « Ubay ? Qu’a-t-il dit ? » En réponse, le Messager (s.a.s.) lui rapporta ce qu’il avait entendu. Usayd déclara alors : « Ô Messager d’Allah ! Par Allah, vous êtes honoré et puissant. » Puis il demanda au Messager (s.a.s.) de faire preuve de compassion envers ‘Abdullah ibn Ubay.

Ensuite, le Messager (s.a.s.) fit halte sur les hauteurs de Baqâ‘, dans le Hijâz. C’est là que fut révélée la sourate al-Munâfiqûn. Elle dévoilait le masque de ‘Abdullah ibn Ubay et des autres hypocrites qui lui ressemblaient. Elle proclamait également la sincérité et la véracité du vénérable Zayd (r.a.). Afin de comprendre la manière dont cette sourate commence, voici la traduction de ses deux premiers versets :

« Lorsque les hypocrites viennent à toi, ils disent : “Nous attestons que tu es assurément le Messager d’Allah.” Allah sait que tu es certes Son Messager, et Allah atteste que les hypocrites sont certainement des menteurs. Ils ont pris leurs serments comme bouclier, puis ils ont détourné les gens du chemin d’Allah. Ce qu’ils font est vraiment mauvais. » Après la révélation de la sourate al-Munâfiqûn, le Messager (s.a.s.) prit Zayd (r.a.) par l’oreille et lui dit : « Voilà l’homme dont l’oreille a pleinement accompli le droit d’Allah. »

Selon une autre narration, après le départ d’al-Muraysî, le vénérable Zayd (r.a.) se rendait fréquemment auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). Il était fermement convaincu que cet hypocrite l’avait fait passer pour un menteur aux yeux de toute la communauté et l’avait ainsi humilié. Il était donc certain que le Coran serait révélé pour confirmer sa véracité et dévoiler le masque du mensonge de cet homme. Soudain, Zayd ibn Arqam vit apparaître chez le Messager d’Allah (s.a.s.) les signes de la réception de la révélation. Il espéra qu’un verset concernant cette affaire allait être révélé. Finalement, cet état prit fin chez le Messager d’Allah (s.a.s.). Zayd (r.a.) raconte : « Ma monture avançait tout près de celle du Messager d’Allah (s.a.s.). Du haut de sa monture, il me prit par l’oreille et me dit : “Ô jeune garçon, Allah a confirmé la véracité de tes paroles.” »

Ce récit permet de savoir que la sourate al-Munâfiqûn a été révélée au cours même du voyage. Cependant, selon le récit de l’imam al-Baghawî (qu’Allah lui fasse miséricorde), cette sourate fut révélée lorsque le Messager d’Allah (s.a.s.) arriva à Médine et que Zayd ibn Arqam (qu’Allah l’agrée) se réfugia chez lui par crainte d’être humilié.15

Il ne dérogeait pas le moins du monde à la sunna du Prophète. Lors de la prière funéraire, il prononçait quatre takbîr. Une fois, il en prononça cinq. Un homme lui prit la main et lui demanda : « Ne vous êtes-vous pas trompé ? » Il répondit : « Cela aussi fait partie de la sunna du Messager d’Allah (s.a.s.). Comment pourrais-je l’abandonner complètement ? »16

Il était un proche compagnon du Messager d’Allah (s.a.s.). Chaque fois qu’il tombait malade, le Messager (s.a.s.) allait lui rendre visite.17 Une fois, il fut atteint d’une maladie des yeux. Le Messager (s.a.s.) vint le voir. Après sa guérison, le Messager (s.a.s.) lui demanda : « As-tu patienté en espérant la récompense ? » Il répondit : « Oui. » Le Messager d’Allah dit : « Celui qui agit ainsi se présentera auprès d’Allah exempt de péché. »18 Selon un autre récit, le Messager (s.a.s.) lui dit : « Cette maladie ne te causera aucun dommage. Mais si tu survis à ma mort et deviens aveugle, que feras-tu ? » Il répondit : « Je patienterai alors et espérerai la récompense. » Le Messager (s.a.s.) dit : « Alors tu entreras au Paradis sans avoir à rendre de comptes. » Après la mort du Messager d’Allah (s.a.s.), Zayd (qu’Allah l’agrée) devint aveugle.19

Il s’abstenait toujours de toute conduite ou remarque susceptible de porter atteinte à l’honneur et à la dignité d’autrui. Et lorsqu’il voyait quelqu’un commettre une telle faute, il la désapprouvait. Un jour, Mughirah ibn Shu‘bah (qu’Allah l’agrée) prononça une parole inconvenante au sujet de ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Aussitôt, Zayd (qu’Allah l’agrée) dit : « Le Messager (s.a.s.) a interdit de dire du mal des morts. ‘Alî est mort. Pourquoi dites-vous maintenant du mal de lui ? »

S’enquérir de la situation des personnes frappées par une épreuve ou un malheur, leur exprimer ses condoléances et leur témoigner de la compassion faisait partie de sa nature. Lors de l’événement d’al-Harrah, un disciple d’Anas ainsi que certains de ses proches et amis moururent. Zayd (qu’Allah l’agrée) écrivit à Anas (qu’Allah l’agrée) pour lui présenter ses condoléances et lui témoigner sa compassion. Il lui dit notamment : « Je vous transmets la bonne nouvelle d’Allah. Le Messager (s.a.s.) a dit : “Ô Allah, pardonne aux Ansar, à leurs descendants masculins, à leurs petits-enfants ainsi qu’à tous leurs fils et toutes leurs filles.” »20

Il reconnaissait avec une très grande générosité les compétences et les qualités de ses contemporains. C’est pourquoi, lorsque quelqu’un venait lui poser une question sur un sujet, il lui conseillait de s’adresser à la personne compétente en la matière. Un jour, Abû Minhal vint lui poser une question au sujet de l’échange monétaire. Il lui dit : « À ce sujet, al-Barrâ’ est un savant plus éminent que moi. » Abû Minhal se rendit auprès d’al-Barrâ’. Celui-ci répondit à la question juridique, puis ajouta : « Vérifie la véracité de ce que je t’ai dit auprès de Zayd ibn Arqam. Il en sait davantage et mieux que moi. »

Il fréquentait les émirs et les dirigeants. Du vivant du Messager d’Allah (s.a.s.), il subvenait à ses besoins grâce au commerce.

Zayd ibn Arqam (qu’Allah l’agrée) a rapporté de nombreuses paroles importantes concernant les croyances fondamentales et les actes d’adoration de l’islam. Elles sont dispersées dans les ouvrages de hadith et de sîrah. Il a notamment dit : « Celui qui prononce sincèrement “Lâ ilâha illâ Allah” entrera au Paradis. » On lui demanda : « Que signifie le prononcer sincèrement ? » Il répondit : « S’abstenir de ce qu’Allah a interdit. »21

Un jour, des gens accomplissaient la prière de duha dans la mosquée de Quba. Il passait par là. En les voyant prier, il dit : « Ils ne savent probablement pas qu’il existe, pour cette prière, un moment meilleur que celui-ci. »

Références :

Zayd ibn Thabit (رضي الله عنه)

Le vénérable Zayd (رضي الله عنه), l’un des plus éminents Compagnons du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), est désigné dans plusieurs ouvrages de sîra par différents noms teknonymiques ou surnoms, notamment : Abû Sa‘îd, Abû Khârija, Abû ‘Abd al-Rahmân et Abû Thâbit.¹ La communauté musulmane lui a également attribué de nombreux titres, tels que Habr al-Umma et Kâtib al-Wahy. Il était issu de la branche al-Najjâr de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. Son père était Thâbit ibn al-Dahhâk et sa mère Nawwâr bint Mâlik.² Nawwâr était apparentée au célèbre Compagnon Anas ibn Mâlik (رضي الله عنه).

Parmi les conflits et affrontements sanglants qui opposèrent les habitants de Médine avant l’arrivée du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), la bataille de Bu‘âth fut la plus célèbre. Le père de Zayd, Thâbit, y fut tué. Cela se produisit cinq ans avant l’Hégire. Zayd n’avait alors que six ans. Il grandit sous la tutelle de sa mère. Au moment de l’Hégire du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) vers Médine, Zayd n’était encore qu’un garçon de onze ans.³

Lorsqu’il embrassa l’islam, ses fondements n’étaient pas encore solidement établis à Médine. À l’époque où le vénérable Mus‘ab ibn ‘Umayr (رضي الله عنه), envoyé de La Mecque par le noble Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), appelait les habitants de Médine à l’islam, il embrassa lui aussi la foi, alors qu’il était encore très jeune. Si le fait d’avoir cru avant la puberté constitue un honneur, le vénérable Zayd en fut assurément digne. Dès le début de sa vie, il fut ainsi préservé de la souillure du polythéisme.

Dès qu’il embrassa l’islam, il se mit à réciter le Coran. Les gens commencèrent à le considérer avec respect. Il était extrêmement doué et possédait une intelligence pénétrante.⁴ On l’amena auprès du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) et on le lui présenta en disant que le garçon appartenait à la tribu des Najjâr et qu’il avait déjà appris dix-sept sourates. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) fut très heureux de l’entendre réciter le Coran.⁵ Zayd dit : « J’avais alors seulement onze ans. »⁶ Au moment de la bataille de Badr, il n’était encore qu’un garçon de treize ans. Il n’avait pas encore atteint l’âge requis pour partir au combat. Pourtant, lorsque les Ansâr et les Muhâjirûn se mirent en route vers Badr, ce garçon décida lui aussi de partir. Avec un groupe de garçons de son âge, il se présenta devant le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) et exprima le désir de participer à la bataille. Comme ils n’avaient pas l’âge requis, le Messager (صلى الله عليه وسلم) les consola et les renvoya.⁷

Les spécialistes de la sîra divergent quant à la première bataille à laquelle le vénérable Zayd participa. Beaucoup pensent qu’il prit part à la bataille d’Uhud, car il avait alors atteint l’âge de seize ans. D’autres estiment que la bataille du Fossé fut la première de sa vie.⁸ Al-Wâqidî rapporte que Zayd ibn Thâbit dit : « Je ne fus pas autorisé à participer à Badr ni à Uhud. J’obtins pour la première fois cette autorisation lors de la bataille du Fossé. »⁹ Ibn Hichâm affirme également qu’en raison de son jeune âge, le Messager (صلى الله عليه وسلم) le renvoya d’Uhud avec les autres garçons.¹⁰

Dans l’ouvrage Hayāt al-Sahāba, un récit de Zayd ibn Thābit est rapporté. Il en ressort qu’il participa à la bataille d’Uhud. Il dit : « Le jour d’Uhud, après la fin du combat, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) m’envoya chercher Sa‘d ibn ar-Rabī‘. En partant, il me dit : “Si tu le trouves, transmets-lui mes salutations. Dis-lui aussi que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) demande comment il se sent.” »

Zayd dit : « Je me mis à le chercher en parcourant les rangs des martyrs. Je finis par le trouver. Il était alors dans ses derniers instants. Son corps portait soixante-dix blessures causées par des flèches, des lances et des épées. Je lui dis : “Sa‘d, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) te salue, et je te salue également.” Il répondit : “Dis-lui que je respire le parfum du Paradis.” »١١

Quoi qu’il en soit, nul ne conteste sa participation active à la bataille de la Tranchée. Zayd (qu’Allah l’agrée) dit : « Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) m’autorisa à participer à la bataille de la Tranchée et me donna également une pièce d’étoffe qibtī (égyptienne, fine et blanche). »١٢ Il participa au creusement de la tranchée et au transport de la terre. Dans ces circonstances, lorsque ‘Ammār tomba une fois sous le regard du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), celui-ci déclara : « Quel brave garçon ! »١٣ Au cours de ces événements, il finit par s’endormir, épuisé. Profitant de son sommeil, Ibn Hazm lui retira son arme de l’épaule, pour plaisanter un peu. Zayd ne s’en aperçut pas. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se trouvait tout près. Lui aussi l’appela en plaisantant : « Ô Abū Ruqād ! Hé, dormeur, réveille-toi ! » Puis il interdit aux gens de faire ce genre de plaisanteries.١٤ À partir de la bataille de la Tranchée, il participa avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à toutes les batailles et expéditions ultérieures.١٥

Lors de la bataille de Tabūk, l’étendard de la tribu de Zayd (qu’Allah l’agrée), les Banū Mālik ibn an-Najjār, était d’abord porté par ‘Ammāra ibn Hazm. Puis le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le confia à Zayd. ‘Ammāra pensa alors qu’il avait peut-être commis une faute. Il demanda : « Ô Messager d’Allah ! Ai-je commis une faute ? » Il répondit : « Non, rien de tel. J’ai agi ainsi en tenant compte de la connaissance du Coran. Zayd en connaît davantage que toi. La priorité revient à celui qui connaît le mieux le Coran. »١٦

Sous le califat d’Abū Bakr (qu’Allah l’agrée), la bataille d’al-Yamāma eut lieu contre le faux prophète Musaylima al-Kadhdhāb. Zayd (qu’Allah l’agrée) participa lui aussi à cette bataille sanglante et fut atteint par une flèche. Cependant, il échappa à une blessure grave. Sous le califat de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), après l’expulsion des Juifs de Khaybar, Wādī al-Qurā leur fut retirée et répartie entre les musulmans. Zayd (qu’Allah l’agrée) en reçut également une part.١٨

Lorsque le calife ‘Uthmān (qu’Allah l’agrée) fut assiégé par les insurgés, de nombreuses personnalités éminentes de Médine demandèrent au calife l’autorisation de combattre les insurgés. À cette occasion, Zayd ibn Thābit (qu’Allah l’agrée) se rendit lui aussi auprès du calife et lui dit : « Les Ansār sont présents à votre porte. Si vous le souhaitez, ils sont prêts à œuvrer de nouveau en tant qu’auxiliaires d’Allah. » Le calife répondit : « Si vous avez l’intention de combattre, je ne vous y donne pas mon accord. »١٩

Toute la vie de Zayd ibn Thābit (qu’Allah l’agrée) fut une somme de bonnes actions. Il était le secrétaire du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il écrivait la Révélation. Il rédigeait les lettres du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui lisait celles qui lui parvenaient. Il assuma également par la suite les fonctions de secrétaire du calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée).٢٠

Le Noble Coran est le fondement même de l’islam. L’immense honneur de l’avoir rassemblé et compilé revint au scribe de la Révélation, Zayd ibn Thābit (qu’Allah l’agrée).٢١ Jusqu’à l’époque du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), le Coran était conservé sur des os, du cuir et des feuilles de palmier, ainsi que dans la mémoire des nombreux mémorisateurs musulmans. De nombreux Compagnons avaient mémorisé le Coran. Zayd était lui aussi l’un de ces mémorisateurs.

Après le décès du noble Messager d’Allah (ﷺ), un groupe d’habitants de la péninsule Arabique apostas ia et rejoignit le camp de Musaylima al-Kadhdhâb. Celui-ci se proclama prophète à Yamâma. Le calife Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) déclara le jihâd contre lui. Musaylima fut vaincu lors de la bataille de Yamâma et tué par l’armée musulmane. Cependant, soixante-dix mémorisateurs du Coran trouvèrent le martyre au cours de cette bataille.

Après cet événement, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) conçut l’idée de rassembler le Coran. Il dit au calife Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) : « Si le martyre des mémorisateurs se poursuit ainsi, une grande partie du Coran risque un jour de se perdre. Prenez donc, sans délai, les dispositions nécessaires pour rassembler l’intégralité du Coran en un seul endroit. » Le calife accepta son conseil. Il convoqua Zayd ibn Thâbit et lui dit : « Tu es un jeune homme intelligent et tout le monde a confiance en toi. Tu écrivais la Révélation du vivant du Messager d’Allah (ﷺ). Accomplis donc cette tâche. »²²

Zayd (qu’Allah l’agrée) dit : « Par Allah ! S’ils m’avaient chargé de déplacer une montagne, cela m’aurait été plus facile que d’accomplir la mission de rassembler le Coran qu’ils m’avaient confiée. » Il dit au calife : « C’est juste. Mais quelle difficulté peut-il y avoir dans une bonne œuvre ? » Malgré cela, Zayd continua d’hésiter à entreprendre cette tâche. Après que le calife lui eut expliqué la question de diverses manières, il finit par accepter.²⁴

Pour aider Zayd dans cette tâche, le calife Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) lui adjoignit un autre groupe de Compagnons. Selon certains récits, ils étaient au nombre de soixante-quinze. Parmi eux se trouvaient Ubayy ibn Ka‘b et Sa‘îd ibn al-‘Âs (qu’Allah les agrée). Zayd rassembla toutes les parties du Coran écrites sur des feuilles de palmier, des pierres plates et des os. Il les vérifia en les comparant à la récitation des mémorisateurs. Il était lui-même mémorisateur du Coran et l’avait rassemblé du vivant du Messager d’Allah (ﷺ).²⁵

Pour vérifier l’authenticité et l’exactitude des versets, les discussions allaient parfois jusqu’à la controverse et à la dispute. Arrivé à un endroit, Zayd dit : « J’avais entendu du Messager d’Allah (ﷺ) le verset de la lapidation. » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) répondit : « Mais le Messager (ﷺ) n’a pas autorisé à l’écrire. »²⁶ En somme, Zayd (qu’Allah l’agrée) acheva cette importante tâche au prix d’un dur labeur. C’est par son intermédiaire que l’intégralité du Coran fut rassemblée et mise par écrit.

Pour un verset, aucun second témoignage ne pouvait être trouvé. La règle retenue exigeait le témoignage d’au moins deux personnes pour chaque verset. Ce verset se trouvait auprès d’Abû Khuzayma (qu’Allah l’agrée). Il s’agissait de cet Abû Khuzayma dont le témoignage seul avait été déclaré par le Messager (ﷺ) équivalent au témoignage de deux personnes. C’est pourquoi Zayd ne jugea pas nécessaire de rechercher un second témoignage au sujet de ce verset. De plus, il le connaissait lui-même.²⁷ Cette copie du Noble Coran, rassemblée et écrite par Zayd (qu’Allah l’agrée), fut conservée par le calife Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Après son décès, elle passa entre les mains du deuxième calife, ‘Umar (qu’Allah l’agrée), puis fut remise à sa fille, la Mère des croyants Hafsa (qu’Allah l’agrée), auprès de qui elle fut conservée.²⁸

Sous le califat du troisième calife, ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), des divergences apparurent dans la récitation du Coran selon les régions. Hudhayfa ibn al-Yamân (qu’Allah l’agrée) conseilla alors au calife de prendre des mesures pour les prévenir avant qu’elles ne provoquent parmi les musulmans des divergences semblables à celles des juifs et des chrétiens. Le calife comprit lui aussi l’importance et la nécessité de cette démarche. Il demanda à Hafsa (qu’Allah l’agrée) de lui remettre la copie du Coran rassemblée par Zayd (qu’Allah l’agrée). Puis il ordonna à quatre éminents Compagnons — Zayd ibn Thâbit, ‘Abd Allah ibn az-Zubayr, Sa‘îd ibn al-‘Âs et ‘Abd ar-Rahmân ibn al-Hârith ibn Hishâm (qu’Allah les agrée) — d’en faire des copies. Zayd fit cinq copies de l’original conservé par Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Le calife ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) envoya ces copies dans les cinq régions du califat et restitua à Hafsa (qu’Allah l’agrée) l’original préparé par Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), connu sous le nom de Mushaf as-Siddîqî.²⁹ Le Prophète illettré Muhammad, le Messager d’Allah (ﷺ), avait confié à différents Compagnons la responsabilité d’écrire la Révélation. Zayd ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée) était l’un de ces heureux Compagnons.

Zayd s’asseyait auprès du Messager d’Allah (ﷺ), muni d’une plume, de papier, d’un encrier, de feuilles de palmier, de larges feuilles et d’os fins, de pierres et d’autres supports. Lorsque la Révélation descendait, le Messager (ﷺ) la lui dictait et il l’écrivait. Si le Messager (ﷺ) donnait des instructions particulières concernant l’écriture, il les lui communiquait, et Zayd agissait en conséquence.

L’imam al-Bukhari (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte, d’après al-Barâ’ (qu’Allah l’agrée) : lorsque le verset 95 de la sourate An-Nisâ’ fut révélé—

« Les musulmans qui restent assis chez eux et ceux qui combattent dans le chemin d’Allah avec leurs biens et leurs personnes ne sont pas égaux », le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit alors : « Apportez une écritoire, de l’encre et un os, et dites à Zayd de venir auprès de moi. » Lorsque Zayd arriva, il lui ordonna d’écrire le verset. Le compagnon aveugle Ibn Umm Maktum était alors assis derrière le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il dit : « Ô Messager d’Allah, quelle est la disposition me concernant ? Je suis un homme aveugle. » C’est alors que fut révélé le passage : « à l’exception de ceux qui ont une excuse valable ». Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit alors à Zayd de disposer le verset ainsi.³⁰ Zayd écrivit ensuite le passage révélé sur la fente de l’os, car l’os sur lequel le verset avait précédemment été écrit était fendu.³¹

Aussitôt après le décès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), la question du califat devint le principal sujet de discussion parmi les Ansar. Ils se réunirent à la Saqîfa de Banû Sâ‘ida et en établirent comme dirigeant le célèbre compagnon ansarite Sa‘d ibn ‘Ubâda (qu’Allah l’agrée). Les personnes qu’il avait désignées y prononçaient des discours, et un grand nombre d’Ansar le soutenaient. Zayd ibn Thâbit était également présent à cette assemblée. Mais il n’était alors pas facile de parler contre l’opinion de la majorité. C’est pourquoi il restait assis en silence.

Puis Abû Bakr, ‘Umar et Abû ‘Ubayda (qu’Allah les agrée) arrivèrent à la Saqîfa de Banû Sâ‘ida, et ‘Umar (qu’Allah l’agrée) commença à discuter de la question du califat au nom des Muhajirûn. Le tout premier Ansarite à soutenir son discours fut Zayd ibn Thâbit.

Hudhâfa ibn al-Mundhir (qu’Allah l’agrée) était un compagnon ansarite ayant participé à Badr. Dans son discours, il proposa un système comportant deux dirigeants et, s’adressant aux Muhajirûn, dit : « L’un d’entre vous sera émir et l’un des nôtres le sera également. Nous ne ferons aucun compromis sur un autre arrangement. » Zayd ibn Thâbit se leva alors, réfuta ses propos et proposa une nouvelle solution. Il dit : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était un Muhajir. Désormais, l’imam aussi sera un Muhajir. Et de même que nous étions les Ansar du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), nous serons désormais les Ansar de l’imam. » Sur ces mots, il prit une main d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), se tourna vers les Ansar et dit : « Voici votre compagnon ; prêtez-lui allégeance. »³²

Le discours de Zayd (qu’Allah l’agrée) s’opposait aux membres de sa propre tribu. Malgré cela, il n’hésita pas à exprimer ses sentiments. Après la fin de son discours, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) se leva, le remercia et lui dit : « Qu’Allah t’accorde la meilleure récompense. Si le contraire avait été dit, je ne l’aurais peut-être pas accepté. »³³

Après l’arrivée du noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à Médine, les lettres des rois, des émirs et des chefs de tribus des différents pays et régions voisins commencèrent à lui parvenir à diverses occasions. La plupart étaient rédigées en syriaque et en hébreu. À Médine, seuls les Juifs connaissaient alors ces deux langues. Or ils éprouvaient une hostilité extrême envers l’islam et ses adeptes. Il était donc absolument nécessaire pour les musulmans de maîtriser ces deux langues.

Le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ressentit vivement cette nécessité. Ayant reconnu l’intelligence de Zayd (qu’Allah l’agrée), il le choisit précisément pour cette tâche. À ce sujet, voici un récit de Zayd (qu’Allah l’agrée) :

Lorsque le Messager (sallallahu alayhi wa sallam) arriva à Médine, on me présenta à lui. Il me dit : « Zayd, apprends pour moi l’écriture des Juifs. Par Allah, je ne fais pas confiance à ce qu’ils écrivent en mon nom en langue hébraïque. » J’appris donc l’hébreu et, en seulement quinze jours, je le maîtrisai. Ensuite, chaque fois que le Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) avait besoin d’écrire quelque chose aux Juifs, c’est moi qui l’écrivais ; et lorsque quelqu’un écrivait au Messager (sallallahu alayhi wa sallam), c’est moi qui lui en faisais la lecture.

Selon une autre narration, le Messager (sallallahu alayhi wa sallam) me dit : « Zayd, connais-tu bien la langue syriaque ? Je reçois des lettres dans cette langue. » Je répondis : « Non. » Il dit : « Alors, apprends à l’écrire. » Je l’appris en seulement dix-sept jours.³⁴

En raison de l’intelligence et du savoir illimités de Zayd (qu’Allah l’agrée), le noble Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) lui confia toutes les tâches d’écriture. Muhammad ibn Umar rapporte : « Zayd écrivait dans les deux langues, l’arabe et l’hébreu. »³⁵ Al-Baladhuri rapporte que le premier à exercer la fonction de secrétaire du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) fut Ubayy ibn Ka‘b al-Ansari. En son absence, Zayd assumait cette fonction. Ils écrivaient, outre la Révélation, les lettres du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam).³⁶ Zayd conserva cette fonction jusqu’au décès du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam). Il continua également à l’exercer sous les califats d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) et d’Umar (qu’Allah l’agrée). Toutefois, lorsque la charge de travail augmenta considérablement, Mu‘ayqib al-Dawsi fut nommé comme son assistant.³⁷

La magistrature, ou qada, constitue l’une des institutions les plus prestigieuses du gouvernement islamique. Selon l’opinion la plus répandue, cette institution fut créée sous le califat de Faruq al-A‘zam. Il n’existait pas de service distinct de la magistrature à l’époque du Messager (sallallahu alayhi wa sallam) ni sous Abu Bakr (qu’Allah l’agrée). Le calife Umar (qu’Allah l’agrée) en institua un et nomma Zayd ibn Thabit (qu’Allah l’agrée) juge à Médine. Il est rapporté dans les ouvrages Tabaqat Ibn Sa‘d et Akhbar al-Qudat qu’Umar (qu’Allah l’agrée) nomma Zayd juge et fixa également son allocation.³⁸

À cette époque, aucun bâtiment ni tribunal distinct n’avait encore été construit pour le juge. La maison de Zayd (qu’Allah l’agrée) elle-même servait de Dar al-Qada, ou tribunal. Un tapis était étendu sur le sol de la maison, et il s’asseyait au milieu, dessus. Toutes les affaires et tous les procès de la capitale, Médine, et de ses environs étaient portés devant la cour de Zayd (qu’Allah l’agrée). On y avait même introduit une affaire contre le calife Umar (qu’Allah l’agrée) en personne, et le procès s’y était déroulé.

L’imam al-Cha‘bi rapporte qu’un différend surgit un jour entre le calife Umar (qu’Allah l’agrée) et Ubayy ibn Ka‘b (qu’Allah l’agrée). Lorsque l’affaire fut portée devant le tribunal de Zayd (qu’Allah l’agrée), le calife Umar (qu’Allah l’agrée) comparut en qualité de défendeur. De même qu’à l’époque moderne il est d’usage de fournir une chaise au Premier ministre ou au chef de l’État lorsqu’il comparaît devant un tribunal, Zayd aménagea pour le calife une place à côté du siège inférieur. Mais les Compagnons (qu’Allah les agrée) observaient avec la plus grande rigueur le principe d’égalité et d’équité établi par l’islam. Umar (qu’Allah l’agrée), en particulier, était inflexible sur ce point. Irrité par l’attitude du juge Zayd (qu’Allah l’agrée), il dit : « Voilà votre première injustice. Je devrais être assis avec mon adversaire. » Le demandeur et le défendeur s’assirent alors ensemble devant le tribunal.

L’audience commença. Ubayy (qu’Allah l’agrée) était le demandeur. Il revendiquait une certaine chose, tandis que Umar (qu’Allah l’agrée) la niait. Selon la procédure judiciaire islamique, il incombe à celui qui nie de prêter serment. Cependant, prenant en considération l’honneur et le rang du califat, Zayd (qu’Allah l’agrée) dit au demandeur : « Bien que cela ne soit pas conforme à la règle, je vous demande de dispenser l’Émir des croyants de prêter serment. » En entendant cela, l’Émir des croyants déclara avec colère : « Zayd ne pourra être un juge équitable tant qu’Umar et un simple musulman ne seront pas égaux à ses yeux. »³⁹

Bien qu’il y eût plusieurs Bayt al-Mal locaux dans les différentes régions du califat de l’époque, le Bayt al-Mal central se trouvait dans la capitale du califat, Médine. Zayd (qu’Allah l’agrée) était responsable de ce Bayt al-Mal central. Au cours de l’an 31 de l’Hégire, le calife Uthman (qu’Allah l’agrée) le nomma à cette fonction. Parmi les employés de ce Bayt al-Mal se trouvait également un esclave de Zayd (qu’Allah l’agrée), nommé Wuhaib. Il était extrêmement intelligent et aidait Zayd (qu’Allah l’agrée) dans diverses tâches.

Un jour, il travaillait au Bayt al-Mal. À ce moment-là, le calife ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) arriva. Il demanda : « Qui est-ce ? » Zayd répondit : « Mon esclave. » ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) dit : « Il a des droits auprès de nous, car il aide les musulmans. » En réalité, il faisait allusion au travail effectué au Bayt al-Mal. Il voulut ensuite fixer son salaire à deux mille dirhams, mais Zayd proposa de le fixer à mille. Le calife accepta. Ainsi, son salaire fut fixé à mille dirhams.⁴⁰ Sous le califat d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), Zayd (qu’Allah l’agrée) fut un membre éminent du conseil consultatif composé des notables des Muhâjirûn et des Ansâr. Le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) transforma ce conseil en un conseil de consultation. Zayd (qu’Allah l’agrée) en fut également membre.

Zayd (qu’Allah l’agrée) possédait, outre sa parfaite maîtrise du savoir et de la religion, des compétences administratives. Le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) lui accordait une telle confiance que, chaque fois qu’il voyageait hors de Médine, il le désignait comme son remplaçant. Le calife ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) suivit la même pratique. Nâfi‘ rapporte d’après Ibn ‘Umar : lorsque ‘Umar (qu’Allah l’agrée) partait accomplir le pèlerinage, il désignait Zayd comme son remplaçant. ‘Uthmân faisait de même.⁴¹

Sous le califat de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), il eut l’honneur de remplacer le calife à trois reprises au total, deux fois durant les années 16 et 17 de l’Hégire. Al-Balâdhurî rapporte qu’en l’an 23 de l’Hégire, ‘Umar accomplit le pèlerinage avec les épouses du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et désigna alors encore Zayd ibn Thâbit comme son remplaçant à Médine.⁴² Lorsque le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se rendit en Syrie, il laissa également Zayd (qu’Allah l’agrée) chargé des affaires. Arrivé en Syrie, il lui écrivit une lettre dans laquelle il mentionna le nom de Zayd avant le sien. Il écrivit :

« De la part de ‘Umar ibn al-Khattâb à Zayd ibn Thâbit. »⁴³

Zayd (qu’Allah l’agrée) s’acquittait avec une grande prudence et compétence de la responsabilité qui lui avait été confiée. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) était satisfait de la manière dont il remplissait sa mission et, à son retour, lui faisait toujours quelque don au nom de l’État.

Il est rapporté dans un hadith que la foi comporte plus de soixante-dix branches. Parmi elles, l’honnêteté et la fidélité dans le dépôt constituent une branche particulièrement importante. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a même dit : « Celui qui n’est pas digne de confiance n’a pas de foi. » Cette qualité de loyauté s’était pleinement épanouie chez Zayd (qu’Allah l’agrée). C’est pourquoi de nombreuses responsabilités importantes relatives aux finances de l’État lui furent confiées à différentes périodes.

À l’époque du Noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il distribuait lui-même la majeure partie des biens provenant du butin. Cela permet de comprendre l’importance de cette tâche. Sous le califat de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), la bataille de Yarmouk fut particulièrement célèbre et importante. Le calife confia à Zayd la distribution de l’immense quantité de biens obtenus comme butin lors de cette bataille. En outre, lorsque le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) fixa les allocations des Compagnons, il lui confia la distribution des allocations des Ansâr. Il commença par les ‘Awâlî, puis distribua successivement les allocations aux tribus des ‘Abd al-Ashhal, des Aws, des Khazraj et d’autres, avant de prendre finalement la sienne.⁴⁴

Zayd (qu’Allah l’agrée) était très proche de la cour du calife. Parmi les personnes les plus proches de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), il occupait une place éminente. Il jouissait également de la confiance du calife ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée). Vers la fin de son califat, alors que la rébellion et les troubles s’intensifiaient de tous côtés, Zayd (qu’Allah l’agrée) demeura encore du côté du calife. Au milieu de cette agitation et de ce désordre, il s’adressa un jour aux Ansâr en disant : « Ô communauté des Ansâr ! Soyez une fois encore les auxiliaires d’Allah. » Il est regrettable que même un homme comme Zayd (qu’Allah l’agrée) n’ait pu empêcher ce jour-là cette terrible tragédie de l’histoire.

Cet échec avait également une raison. Ce jour-là, certains nobles Compagnons, qu’Allah les agrée, s’étaient inexplicablement irrités contre Hadrat Uthman, qu’Allah l’agrée. Parmi eux se trouvait même un Compagnon éminent tel que Hadrat Abu Ayyub al-Ansari, qu’Allah l’agrée. En réfutant les paroles de Hadrat Zayd, qu’Allah l’agrée, il lui dit : « Tu encourages les gens à aider Uthman parce qu’il t’a donné de nombreux esclaves. » Hadrat Abu Ayyub, qu’Allah l’agrée, était un Compagnon ansar éminemment respecté. Devant lui, Hadrat Zayd, qu’Allah l’agrée, n’eut d’autre choix que de garder le silence.

L’auteur du Tahdhib al-Kamal mentionne plusieurs épouses de Hadrat Zayd, qu’Allah l’agrée, ainsi que les noms de vingt-neuf de ses fils et filles. Parmi ses épouses figurait la fille du célèbre Compagnon martyr Hadrat Sa‘d ibn Rabi‘ al-Ansari.45

Hadrat Sa‘d ibn Rabi‘, qu’Allah l’agrée, tomba en martyr à Uhud. Il laissa derrière lui deux filles et une épouse. Celle-ci était alors enceinte. L’enfant qu’elle portait était Umm Sa‘d, ou Umm al-‘Ala. Son véritable nom était Jamila. Elle devint par la suite l’honorable épouse de Zayd, qu’Allah l’agrée. Lorsque Sa‘d, qu’Allah l’agrée, mourut, les versets relatifs à l’héritage n’avaient pas encore été révélés. Conformément à la coutume de la période antéislamique, le frère de Sa‘d s’empara donc de la totalité de l’héritage. C’est alors que les versets sur l’héritage furent révélés au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il fit appeler le frère de Sa‘d et lui ordonna de remettre les deux tiers aux deux filles et la moitié à l’épouse, puis de prendre le reste. À cette époque, la règle concernant l’héritage de l’enfant à naître n’était pas encore établie. Plus tard, lorsque le calife Umar, qu’Allah l’agrée, établit la règle attribuant un héritage à l’enfant à naître, Hadrat Zayd dit à son épouse : « Si tu le souhaites, tu peux parler à tes sœurs au sujet de l’héritage de ton père, car à présent l’Émir des croyants a déclaré que les enfants à naître héritent. » Umm Sa‘d répondit : « Non, je ne demanderai rien à mes sœurs. »46

Parmi les enfants de Hadrat Zayd, qu’Allah l’agrée, Kharija était le plus célèbre. Il était l’un des sept célèbres jurisconsultes et était l’enfant porté par Umm Sa‘d. Son deuxième fils ainsi que l’un de ses petits-fils furent eux aussi des personnalités célèbres de leur époque. Ils acquirent la renommée d’imams de la science du hadith. Le nombre de ses esclaves affranchis était également élevé. Les plus célèbres d’entre eux étaient Thabit ibn Ubayd et Wahib.

Il existe de nombreuses divergences au sujet de l’année de la mort de Hadrat Zayd, qu’Allah l’agrée. Selon al-Waqidi, il mourut en l’an 45 de l’Hégire. Selon Ali al-Madini, en l’an 51 ; selon Ahmad ibn Hanbal et Abu Hafs al-Fallas, en l’an 51 également ; et selon al-Haytham ibn Adi et Yahya ibn Mu‘in, en l’an 55.47 Ibn Hajar, qu’Allah lui fasse miséricorde, dit que selon la majorité, il mourut en l’an 45 de l’Hégire.48 Il était âgé de cinquante-quatre ou cinquante-cinq ans au moment de sa mort. Marwan ibn al-Hakam était alors gouverneur de Médine. Il entretenait des relations étroites avec Zayd, qu’Allah l’agrée, et ce fut lui qui dirigea la prière funéraire.49 À l’annonce de sa mort, la population fut accablée de chagrin. À l’annonce de sa mort, la population fut accablée de chagrin. Le jour de sa mort, Hadrat Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, déclara : « Aujourd’hui, le habr de la communauté, le guide religieux de la communauté, nous a quittés. »50 Salim ibn Abdullah rapporte : « Le jour où Zayd ibn Thabit mourut, nous étions avec Abdullah ibn Umar, qu’Allah l’agrée. Je dis : “Aujourd’hui, le maître des gens est mort.” Ibn Umar, qu’Allah l’agrée, répondit : “Qu’Allah lui fasse miséricorde. Sous le califat de Umar, qu’Allah l’agrée, il était le maître des gens et le habr, c’est-à-dire leur guide religieux.” »51

Le célèbre tabi‘i Ibn al-Musayyab dit : « J’assistais aux funérailles de Zayd ibn Thabit, qu’Allah l’agrée. Lorsqu’on le descendit dans la tombe, Ibn Abbas, qu’Allah l’agrée, déclara : “Vous qui désirez savoir comment la connaissance disparaît, sachez que c’est ainsi que la connaissance disparaît. Aujourd’hui, une grande quantité de connaissance s’en est allée.” » Selon une autre narration, il dit : « Aujourd’hui, beaucoup de connaissances ont été ensevelies. » Puis, montrant la tombe de la main, il ajouta : « C’est ainsi que la connaissance disparaît. Lorsqu’un homme meurt et que les autres ne connaissent pas ce qu’il savait, il rejoint la tombe avec son savoir. »52 Le poète Hassan ibn Thabit, qu’Allah l’agrée, composa une élégie. L’un de ses vers est le suivant :53

— Après Hassan et son fils, qui composera encore les vers de la poésie ?

Hadrat Zayd, qu’Allah l’agrée, était un spécialiste de la récitation coranique, des règles successorales, du jugement et des fatwas. Selon l’expression du Noble Coran, il était rasikh fi al-‘ilm, profondément enraciné dans la connaissance. Hadrat Abdullah ibn Abbas, qu’Allah l’agrée, considéré comme l’océan du savoir parmi les Compagnons, tenait lui aussi Zayd pour rasikh fi al-‘ilm.54 Selon Ibn al-Athir, il était l’homme le plus savant parmi les Compagnons.55 Masruq ibn al-Ajda‘, l’un des meilleurs élèves de Hadrat Abdullah ibn Mas‘ud, qu’Allah l’agrée, dit : « J’ai examiné et comparé les connaissances des Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. La somme de leurs connaissances se trouvait chez ces six hommes : Umar, Ali, Abdullah, Muadh, Abu al-Darda et Zayd ibn Thabit. » Il dit encore : « Étant allé à Médine et m’étant renseigné sur les Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, j’ai appris que Zayd ibn Thabit était l’un des rasikhuna fi al-‘ilm, ceux qui sont profondément enracinés dans la connaissance. »56

Parmi les sciences dont l’islam a établi les fondements, l’ilm al-qirâ’ât, la science des récitations coraniques, mérite une mention particulière. Tous les Compagnons et les tâbi‘în reconnaissaient l’érudition de Zayd dans cette discipline.

L’éminent savant tâbi‘î, l’imam al-Cha‘bî, déclara : « Zayd avait surpassé tous les Compagnons dans la science du Coran, tout comme dans la science des successions. »57

La profondeur des liens qui unissaient Zayd au Noble Coran est attestée par les événements survenus au moment de sa conversion à l’islam. À l’âge de seulement onze ans, il en mémorisa dix-sept sourates. Il mémorisa ensuite les sourates restantes. Sa vie entière se déroula dans l’écriture du Coran. Chaque fois qu’une partie de la révélation était descendue auprès du Messager d’Allah, il l’apprenait, la transcrivait et la mémorisait. Ainsi, du vivant du Messager d’Allah, il avait mémorisé l’intégralité du Coran.58 Qatâdah dit : « Ils étaient quatre, tous Ansâr : Ubayy ibn Ka‘b, Mu‘âdh ibn Jabal, Zayd ibn Thâbit et Abû Zayd. »59 C’est pourquoi, lorsque le calife Abû Bakr décida de rassembler le Coran, il choisit Zayd pour s’acquitter de cette responsabilité. De même, lorsque le calife ‘Uthmân fit établir des copies du Coran, il jugea indispensable la participation active de Zayd à cette tâche.

Ubayy ibn Ka‘b était le chef des qurrâ’, c’est-à-dire des récitateurs du Coran. ‘Umar accordait à Zayd la préférence même sur lui. Un jour, ‘Abd al-Rahmân al-Sulamî voulut réciter le Coran au calife ‘Uthmân. Celui-ci lui dit : « Si tu fais cela, tu m’empêcheras de m’occuper des affaires des gens. Va plutôt auprès de Zayd ibn Thâbit : il dispose de davantage de temps pour cette tâche. Récite-le-lui ; sa récitation et la mienne sont identiques. Il n’y a aucune différence entre nos deux récitations. »60

La chaîne de transmission de la récitation de Zayd s’étendait très loin. Comme il récitait selon la manière des Quraychites, les gens se tournaient vers lui. Du vivant d’Ubayy ibn Ka‘b, Zayd ne pouvait certes pas devenir le point de convergence de tous dans ce domaine ; mais après sa mort, il devint l’unique centre de référence de l’ensemble du monde musulman. Des gens de diverses régions accouraient auprès de lui à Médine.

La qirâ’ah, ou récitation du Noble Coran, établie par Zayd est encore préservée aujourd’hui. Ibn ‘Abbâs, Abû ‘Abd al-Rahmân al-Sulamî, Abû al-‘Âliyah al-Riyâhî, Abû Ja‘far et d’autres furent ses élèves dans la science des récitations.61

Après le Noble Coran vient le rang du Noble Prophète. Il n’a pas rapporté autant de hadiths que d’autres. Toutefois, sa particularité était de recourir à la dirâyah, c’est-à-dire au raisonnement. Râfi‘ ibn Khadîjah rapporta que le Messager avait interdit de donner des terres à bail. Lorsque cette parole parvint aux oreilles de Zayd, il dit : « Qu’Allah fasse grâce à Râfi‘ ! Nous connaissons la raison pour laquelle il a rapporté ce hadith. Voici ce qui s’est réellement passé : deux hommes se disputaient. En voyant cela, le Messager dit : “Dans une situation comme celle-ci, il ne faut pas cultiver la terre sur la base d’un bail.” Râfi‘ n’a entendu que la dernière partie. »62

‘Â’ishah rapporta aux fils d’al-Zubayr que le Messager avait accompli deux rak‘ahs de prière dans sa maison après la prière de l’après-midi. Ils commencèrent à accomplir ces deux rak‘ahs en les considérant comme une sunna. Lorsque Zayd l’apprit, il dit : « Qu’Allah pardonne à ‘Â’ishah ! Nous connaissons mieux le hadith qu’elle. La raison pour laquelle la prière fut accomplie après celle de l’après-midi est que, vers midi, quelques Bédouins vinrent rencontrer le Messager d’Allah. Ils posaient des questions et le Messager répondait. Lorsque vint l’heure de la prière de midi, il l’accomplit. De retour chez lui, il se rappela qu’il n’avait pas accompli les deux rak‘ahs de sunna qui suivent les prières obligatoires de midi. Il accomplit alors sur-le-champ ces deux rak‘ahs. Qu’Allah pardonne à ‘Â’ishah ! Nous savons mieux qu’elle que le Messager avait interdit de prier après la prière de l’après-midi. »63

Lorsqu’un hadith était authentique et que quelqu’un l’interrogeait à son sujet, il le confirmait. Un jour, le vénérable Abû Sa‘îd al-Khudrî (ra) rapporta devant Marwân, le gouverneur omeyyade tyrannique, un hadith au sujet du mérite des Compagnons. Marwân lui dit : « Vous mentez. » Zayd ibn Thâbit et Râfi‘ ibn Khadîja (ra) étaient assis sur la tribune aux côtés de Marwân. Abû Sa‘îd dit à Marwân : « Vous pouvez les interroger à ce sujet. » Au lieu de le faire, Marwân brandit un couteau pour frapper Abû Sa‘îd. Alors ces deux nobles Compagnons confirmèrent la véracité des paroles d’Abû Sa‘îd.⁶⁴

La plupart des hadiths du vénérable Zayd (ra) sont rapportés directement du Messager d’Allah (s.a.w.). Il a également rapporté des hadiths transmis par Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân (ra).⁶⁵

La liste de ses élèves dans la science du hadith est très longue. Nous mentionnons ici les noms de quelques Compagnons et tâbi‘în célèbres qui ont entendu des hadiths de lui et les ont rapportés par son intermédiaire.⁶⁶

Ibn ‘Abbâs, Ibn ‘Umar, Anas ibn Mâlik, Abû Hurayra, Abû Sa‘îd al-Khudrî, Sahl ibn Hunayf, Sahl ibn Sa‘d et ‘Abdullah ibn Yazîd al-Khuthamî : tous étaient des Compagnons. Sa‘îd ibn al-Musayyab, Qâsim ibn Muhammad, Abân ibn ‘Uthmân, Khârija ibn Zayd — le fils de Zayd et l’un des sept grands juristes de Médine —, Sahl ibn Abî Hathma, Abû ‘Âmir, Marwân ibn al-Hakam, ‘Ubayd ibn Sabbâq, ‘Atâ’ ibn Yasâr, Busr ibn Sa‘îd, Hajjâj al-Mudrî, Tâwûs, ‘Urwa ibn al-Zubayr, Salmân ibn Zayd, Thâbit ibn ‘Ubayd et Umm Sa‘d, l’épouse de Zayd. Il y en avait encore beaucoup d’autres. Le nombre de hadiths rapportés du vénérable Zayd (ra) est comparativement très faible : seulement 92. Parmi eux, cinq sont des hadiths muttafaq ‘alayh. C’est en raison de sa prudence extrême dans la transmission des hadiths que leur nombre est si réduit. Autrement, il avait passé la majeure partie de son temps auprès du Messager d’Allah (s.a.w.), et avait eu la chance d’entendre de nombreux hadiths et d’être témoin de nombreux événements. La raison de cette faible transmission de hadiths était un avertissement du Messager d’Allah (s.a.w.). Cet avertissement incita également beaucoup d’autres personnes comme lui à faire preuve de retenue dans la transmission d’un grand nombre de hadiths. Muhammad ibn Sa‘d le mentionne dans la troisième catégorie des Ansâr dans son ouvrage al-Tabaqât. L’érudit al-Dhahabî consacre également un passage à sa biographie dans la première catégorie de son ouvrage Tadhkirat al-Huffâz.

Le vénérable Zayd (ra) était remarquablement compétent dans la science du fiqh. Il occupait la fonction de mufti du vivant du Messager d’Allah (s.a.w.). Sahl ibn Abî Khaythama rapporte : « Du vivant du Messager d’Allah (s.a.w.), trois hommes parmi les Muhâjirûn et trois hommes parmi les Ansâr émettaient des fatwas. Zayd ibn Thâbit (ra) était l’un de ces trois Ansâr. »⁶⁷ L’imâm al-Sha‘bî et le célèbre tâbi‘î Masrûq ont rapporté une parole similaire.⁶⁸ Sous les califats d’Abû Bakr (ra) et de ‘Umar (ra), il occupait également à Médine le siège de mufti. Bien plus, il conserva cette fonction jusqu’à sa mort, en l’an 45 de l’Hégire. Ibn Sa‘d rapporte que, lorsque le calife Abû Bakr (ra) était confronté à un problème complexe, il consultait certains Compagnons ansâr et muhâjir compétents et versés dans le fiqh. Zayd ibn Thâbit en faisait partie. C’est lui qui émettait les fatwas sous Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân (ra).⁶⁹

Qabîsa ibn Dhu’ayb a rapporté que, sous ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Alî (ra), et même après que Mu‘âwiya (ra) eut assumé le califat en l’an 40 de l’Hégire, jusqu’à la mort de Zayd (ra) en l’an 45, celui-ci fut à Médine l’autorité principale en matière de justice, de fatwas, de qirâ’ât et de fara’id.⁷⁰ Le calife ‘Umar (ra) reconnut pleinement ses compétences. Il accordait une telle importance à Zayd (ra) qu’il ne lui permettait pas de se rendre quelque part hors de Médine. Lorsqu’un poste particulièrement important devenait vacant dans une région éloignée de Médine et qu’il fallait trouver une personne qualifiée pour s’acquitter de tâches importantes, plusieurs noms étaient proposés au calife. Il désignait alors l’un d’eux. Mais dès que le nom de Zayd était proposé, il disait : « Zayd n’est pas à ma disposition. Mais que puis-je faire ? Les habitants de Médine ont davantage besoin de lui. Car ce qu’ils peuvent obtenir auprès de lui, ils ne peuvent l’obtenir auprès de personne d’autre. »⁷¹

Le vénérable ‘Abdullah ibn ‘Umar disait : « Zayd était l’un des grands savants du califat de Fârûq. ‘Umar (ra) avait dispersé les gens dans divers pays et diverses villes. Il avait interdit de donner des fatwas et de rendre des avis. Mais Zayd, installé à Médine, donnait des fatwas aux habitants de Médine ainsi qu’à ceux qui y arrivaient. »⁷²

Sulaymân ibn Yasâr dit : « En matière de fatwas, de fara’id et de qirâ’ât, ‘Umar et ‘Uthmân (ra) ne préféraient personne à Zayd (ra). »⁷³ Bien qu’il fût lui-même un très grand mujtahid, le célèbre tâbi‘î Sa‘îd ibn al-Musayyab suivait le vénérable Zayd (ra) dans l’émission des fatwas. Lorsqu’une question juridique ou un problème lui était soumis et que les gens rapportaient les ijtihads d’autres Compagnons, il leur demandait : « Qu’a dit Zayd à ce sujet ? » Zayd était le plus savant en matière de jugement et de règlement des affaires. Pour les questions au sujet desquelles aucun hadith n’était disponible, il possédait la plus grande perspicacité lorsqu’il fallait rendre un avis. « S’il a prononcé une parole à ce sujet, rapportez-la. »⁷⁴

L’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde) était l’imam de Médine. Aujourd’hui encore, il est l’imam d’innombrables personnes dans les sciences du fiqh et du hadith. Il disait qu’après ‘Umar (qu’Allah l’agrée), Zayd ibn Thâbit était l’imam de Médine. L’imam ach-Châfi‘î (qu’Allah lui fasse miséricorde) a lui aussi suivi Zayd dans toutes les questions de la science des successions.75

Les Compagnons jurisconsultes se répartissaient en trois catégories ou niveaux. Zayd (qu’Allah l’agrée) occupait la première catégorie. Au cours de sa vie, il a émis une quantité considérable de fatwas. Si elles étaient toutes rassemblées, elles constitueraient un livre d’une taille imposante.76

Le fiqh de Zayd (qu’Allah l’agrée) jouissait d’une grande estime auprès de la population de son vivant. Sa‘îd ibn al-Musayyab disait qu’il n’existait aucune parole de Zayd ibn Thâbit sur laquelle les gens ne se fussent accordés à agir. Parmi les Compagnons, nombreux étaient ceux dont les paroles n’étaient suivies par personne. Mais, du vivant même de Zayd (qu’Allah l’agrée), les gens de l’Est à l’Ouest appliquaient ses fatwas.

On considère que quatre personnalités parmi les Compagnons ont contribué à la célébrité et à la diffusion de la science du fiqh : Zayd ibn Thâbit, ‘Abd Allah ibn Mas‘ûd, ‘Abd Allah ibn ‘Umar et ‘Abd Allah ibn ‘Abbâs (qu’Allah les agrée). Par l’intermédiaire de leurs disciples et de leurs élèves, la science de la religion s’est répandue dans l’ensemble du monde musulman. Mais Médine était la source de l’islam et le lieu de résidence du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Grâce à Zayd et à ses élèves, elle devint un centre d’étude et de savoir.

Les Compagnons jurisconsultes avaient deux assemblées. L’une était présidée par ‘Umar (qu’Allah l’agrée), et l’autre par ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Zayd (qu’Allah l’agrée) était membre de l’assemblée de ‘Umar (qu’Allah l’agrée). On y tenait de savantes discussions et on y prenait des décisions concernant les questions complexes et importantes.

Il ne répondait à aucune question concernant des sujets qui ne s’étaient pas encore produits dans la réalité. Khârija ibn Zayd rapporte que, lorsqu’on lui posait une question sur un sujet, il demandait : « Est-ce arrivé ou non ? » Tant qu’il n’avait pas obtenu cette précision, il ne donnait aucun avis. Si la question ne correspondait pas à une situation réellement survenue, il n’en disait rien ; mais si elle s’était produite, il répondait.77

Zayd (qu’Allah l’agrée) était généralement occupé en permanence à transmettre le savoir. Néanmoins, pour la commodité du grand public, il s’asseyait à un moment déterminé dans la mosquée du Prophète afin de répondre aux fatwas et aux questions de fiqh.

Les questions de fiqh de Zayd (qu’Allah l’agrée) couvrent tous les chapitres du fiqh. Il n’est pas possible d’en exposer les détails dans un cadre aussi bref. Nous allons ici présenter succinctement quelques-unes de ces questions.

1. Il a dit qu’en dehors des prières obligatoires, il est préférable d’accomplir les autres prières à la maison.⁷⁸ Il a dit que l’accomplissement de la prière des hommes à la mosquée est une lumière particulière. Lorsque l’homme se tient debout pour prier, ses péchés restent suspendus au-dessus de sa tête. Dès qu’il accomplit une prosternation, Allah efface ses péchés.⁷⁹

2. Un homme demanda : « Y a-t-il une récitation dans les prières de zuhr et dʿasr ? » Il répondit : « Oui. » Le Messager ﷺ accomplissait la station debout de ces deux prières pendant un long moment, et ses lèvres bougeaient alors.⁸⁰ Cela ne signifie pas que le fidèle doit lui aussi réciter derrière l’imam. En réalité, la question concernait l’imam, et non le fidèle. Elle portait sur le fait de savoir si quelque chose était récité dans les prières de zuhr et dʿasr. Aucun des récits rapportés de Zayd ibn Thabit, d’Abu Qatada et de Saʿd ibn Abi Waqqas, qu’Allah les agrée, ne prouve que les Compagnons récitaient derrière le Messager d’Allah ﷺ.

3. Si quelqu’un donne à une personne le droit de résider dans sa maison jusqu’à la fin de sa vie, ses fils en deviennent les héritiers après sa mort. Zayd a rapporté les détails de cette disposition. Il a dit :

4. Selon Zayd, il est interdit de vendre les fruits d’un verger par estimation tant qu’ils ne sont pas suffisamment mûrs ou que les dattes sur les palmiers ne sont pas arrivées à maturité.⁸¹

À l’époque antérieure à l’islam, il était d’usage à Médine de vendre les fruits avant leur maturation sur les arbres. Lorsque l’acheteur subissait une perte, un différend éclatait alors entre les deux parties. En arrivant à Médine et en constatant cette situation, le Messager ﷺ interdit ce genre de transaction.

De tous les chapitres du fiqh, celui des faraʾid — les règles successorales — était le domaine dans lequel Zayd excellait le plus. Un hadith du Messager d’Allah ﷺ rapporte :⁸² « Le plus grand spécialiste des faraʾid parmi les membres de ma communauté est Zayd ibn Thabit. » Cette parole du Messager d’Allah ﷺ montre à quel point ses connaissances dans la science des successions étaient profondes. Les nobles Compagnons reconnaissaient eux aussi sa maîtrise de cette discipline. Dans son discours historique à Jabiya, le calife ʿUmar, qu’Allah l’agrée, déclara devant une foule innombrable : « Que celui qui a une question concernant les faraʾid se rende auprès de Zayd ibn Thabit. »⁸³ Ses contemporains disaient que Zayd avait dépassé les autres dans les faraʾid et dans la connaissance du Coran.⁸⁴

La science des faraʾid est particulièrement complexe. Le Coran expose brièvement toutes les questions importantes de cette discipline. Leur explication et leur analyse détaillées sont tirées des paroles et des actes du Messager d’Allah ﷺ, ainsi que des fatwas et des décisions judiciaires des nobles Compagnons. Tout ce que le Coran énonce au sujet de l’héritage et du testament l’est en des termes extrêmement concis. Il y fixe les parts déterminées des différents héritiers — époux et épouse, fils et fille, mère, père, frère et sœur, entre autres — et déclare que quiconque transgresse ces limites est en réalité injuste envers lui-même.

Le Noble Messager d’Allah ﷺ a expliqué et développé ces règles concises à travers ses décisions judiciaires. Après sa disparition, Zayd perfectionna tellement cette discipline que des ouvrages furent composés sur le sujet après lui, et que cette matière devint une science indépendante. Même des Compagnons aussi savants et éminents qu’Abdullah ibn ʿUmar, qu’Allah l’agrée, venaient consulter Zayd afin de connaître la solution aux questions relatives aux faraʾid.

Concernant les habitants de Yamâma qui avaient été tués, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) rendit son jugement conformément à la fatwa de Zayd (qu’Allah l’agrée). Autrement dit, il désigna ceux qui avaient survécu comme héritiers des morts. Il ne considéra pas les morts comme héritiers les uns des autres.⁸⁵

Lorsque, lors de l’épidémie de peste d’Amwâs, tribu après tribu succomba à la mort, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) rendit sa décision en se fondant sur l’avis précédemment exposé par Zayd (qu’Allah l’agrée). Même ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), que l’on appelait le plus grand connaisseur de la communauté et une mer de savoir, s’en remettait aux décisions de Zayd (qu’Allah l’agrée).

Un jour, il envoya son élève ‘Ikrima en lui disant : « Va demander à Zayd comment doit être réparti l’héritage d’un homme mort en laissant une épouse, une mère et un père. » Zayd répondit : « L’épouse reçoit la moitié, la mère reçoit un tiers de la moitié restante, et le père reçoit ce qui reste. » Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) avait un avis différent. Il estimait que la mère devait recevoir un tiers. Il demanda donc de nouveau : « Cette répartition figure-t-elle dans le Coran, ou est-ce votre propre opinion ? » Zayd (qu’Allah l’agrée) répondit : « C’est mon effort d’interprétation. Je ne peux pas donner la préférence à la mère sur le père. »⁸⁶

Des gens écrivaient depuis les régions les plus éloignées du califat pour demander par lettre une fatwa sous forme écrite. Lui aussi leur répondait par écrit. Un jour, l’émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) demanda par lettre à Zayd (qu’Allah l’agrée) sa fatwa au sujet de la part du grand-père. La fatwa écrite que Zayd (qu’Allah l’agrée) lui adressa est rapportée dans l’ouvrage Kanz al-‘Ummâl. Dans cette lettre, il mentionna la manière dont les califes ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) avaient réparti la part du grand-père.⁸⁷

Zayd (qu’Allah l’agrée) élabora, sous le califat de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), des solutions à diverses questions et cas relevant de la science des successions.⁸⁸ De nouvelles difficultés surgissaient dans son esprit et son intelligence, et il en trouvait la solution. Par la suite, toutes ces solutions devinrent une partie indissociable de cette science.

De nombreux Compagnons s’opposèrent à la décision rendue par Zayd (qu’Allah l’agrée) au sujet de l’héritage du grand-père. Cependant, le soutien du peuple était de son côté. Dans la science des successions, l’héritage du grand-père est une question particulièrement controversée. Zayd (qu’Allah l’agrée) lui-même exprima à différentes époques des avis différents à ce sujet. L’imâm al-Bukhârî a consacré, dans le chapitre des successions, une section intitulée « L’héritage du grand-père ». Il y fait allusion à cette divergence. Il rapporte également qu’à ce sujet, différents avis sont attribués à Ibn ‘Umar, ‘Alî, Ibn Mas‘ûd et Zayd (qu’Allah les agrée).⁸⁹ Toutefois, ‘Umar et ‘Uthmân (qu’Allah les agrée) considéraient comme applicable l’avis auquel Zayd (qu’Allah l’agrée) resta attaché jusqu’à la fin de sa vie.

Dans l’histoire de l’islam, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) fut le premier à prendre en considération la part du grand-père. Lorsque l’un de ses petits-fils mourut, il se mit à se considérer comme ayant droit à l’ensemble de ses biens. Les gens commencèrent à exprimer leur opposition. Un jour, lorsque ‘Umar se rendit chez Zayd (qu’Allah l’agrée), celui-ci se peignait les cheveux et une servante les arrangeait soigneusement. Zayd (qu’Allah l’agrée) dit au calife : « Pourquoi vous être donné la peine de venir ? Vous auriez pu simplement me faire appeler. » Le calife répondit : « Je suis venu vous consulter au sujet d’une question juridique. » Comme aucune obligation ne pesait sur lui, Zayd refusa alors de donner son avis. ‘Umar repartit. Un autre jour, il revint. Zayd lui dit : « Je vous ferai connaître ma décision par écrit. » Puis il établit la répartition des parts sous la forme d’un arbre généalogique. Lors d’un sermon adressé au peuple, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) déclara : « Zayd ibn Thâbit a écrit cela et me l’a envoyé. Je vais le mettre en application. »⁹⁰

Zayd (qu’Allah l’agrée) compila la science des successions et, en étudiant ses diverses questions de détail, établit également de nouveaux cas juridiques. Parmi ses découvertes fondamentales, la plus importante fut toutefois la question de l’‘awl. Certains pensent que l’inventeur de l’‘awl fut ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée). Mais cette opinion est contraire à la fois aux récits rapportés et à la raison.

Premièrement, cette opinion ne repose sur aucune chaîne de transmission véritablement solide. Deuxièmement, Hadrat al-ʿAbbās (qu’Allah l’agrée) ne possédait pas une grande maîtrise de la science des farāʾiḍ. Il est donc contraire à la raison de lui attribuer une telle hypothèse.

La contribution de Hadrat Zayd (qu’Allah l’agrée) à la science des farāʾiḍ est devenue évidente dans l’exposé qui précède. La parole du noble Messager d’Allah : « Le plus grand spécialiste des farāʾiḍ parmi ma communauté est Zayd » s’est vérifiée à la lettre. Les ulémas et les maîtres spirituels de cette époque furent profondément émerveillés par l’intelligence exceptionnelle, la perspicacité, le talent et la capacité de réflexion originale de Hadrat Zayd (qu’Allah l’agrée). Il est également nécessaire de dire quelques mots sur l’étendue de ses connaissances dans les sciences profanes, en plus des sciences de la Loi religieuse. Nous allons ici tenter d’en présenter quelques exemples.

Zayd (qu’Allah l’agrée) apprit l’hébreu et le syriaque sur l’ordre du noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Son intelligence était si vive qu’après seulement quinze jours d’efforts, il maîtrisa suffisamment ces deux langues pour pouvoir écrire aisément des lettres. Puis, grâce à une pratique plus poussée, il progressa au point de devenir un savant des langues de la Torah et de l’Évangile. Al-Masʿūdī a écrit qu’il connaissait également le persan, le grec et l’abyssin. Il les avait apprises auprès des habitants de Médine qui connaissaient ces langues.91

À cette époque, le calcul et l’arithmétique étaient peu répandus en Arabie. C’est pourquoi, au début de l’islam, les comptes du kharāj étaient tenus soit par les Romains, soit par les Iraniens. Les Arabes ne savaient pas compter au-delà de mille, et leur langue ne possédait même aucun mot pour désigner les nombres supérieurs à mille. Pourtant, Zayd (qu’Allah l’agrée) était si habile en arithmétique qu’il résolvait même les questions très complexes et délicates de la science des farāʾiḍ au moyen de calculs. Il savait en outre répartir les biens et les richesses. La bataille de Hunayn eut lieu durant la huitième année de l’Hégire. Près de douze mille hommes y participèrent. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) distribua le butin selon le recensement et les calculs établis par Zayd. Il commença par déterminer le nombre des hommes, puis répartit le butin en fonction de ce nombre. De même, lorsque le butin de la bataille de Yarmūk arriva à Médine, ce fut Zayd (qu’Allah l’agrée) qui le distribua.92

Dans l’Arabie préislamique, l’écriture n’était guère répandue ; les récits des temps les plus anciens étaient conservés de génération en génération dans leur mémoire. Zayd (qu’Allah l’agrée) savait écrire et, à son époque, il était un écrivain renommé. En plus de rédiger divers édits, traités et lettres, il savait également réaliser de beaux dessins.

Sous le califat de ʿUmar (qu’Allah l’agrée), la célèbre famine arabe, l’Année de la Cendre, survint. Pour y faire face, il demanda à ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (qu’Allah l’agrée), gouverneur d’Égypte, d’envoyer des vivres. ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (qu’Allah l’agrée) envoya vingt navires chargés de céréales vers la capitale, Médine. ʿUmar (qu’Allah l’agrée) attendit l’arrivée des navires avec une grande inquiétude. Accompagné de Zayd et de quelques autres Compagnons, il se rendit au port de Jār, situé près de Médine. Lorsque les navires chargés de céréales arrivèrent, il y fit construire deux entrepôts et les y entreposa. Il ordonna à Zayd d’établir un registre contenant la liste des personnes touchées par la famine ainsi que la quantité de céréales attribuée à chacune. Sur la base de cet ordre, Zayd établit un registre et remit à chacun un disque de papier portant, au verso, le sceau de ʿUmar (qu’Allah l’agrée). La fabrication de disques et l’apposition d’un sceau sur ceux-ci constituaient alors une première dans l’islam. Zayd en fut l’initiateur.

Le véritable objectif de l’islam est de parachever les plus nobles qualités morales. Parmi les qualités et traits de caractère qui brillaient en lui figuraient l’amour du Messager, le suivi du Messager, l’amr bil-maʿrūf, le conseil et l’exhortation adressés aux gouvernants, ainsi que le souci du bien-être de la communauté musulmane.

En raison de son amour intense pour le Messager, il se tenait la plupart du temps en sa présence. Dès son réveil à l’aube, il se rendait directement auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) pour le servir. Il lui arrivait d’y aller si tôt qu’il prenait le repas de sahūr avec le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le faisait venir dans sa propre chambre.93

Un jour, il se rendit auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et le trouva en train de prendre le repas de l’aube avec des dattes. Celui-ci lui ordonna également de prendre part au repas. Zayd dit : « J’ai l’intention de jeûner. » Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Nous avons aussi cette intention. » Ce jour-là, Zayd prit donc le repas de l’aube avec le Messager. Peu après, lorsque l’heure de la prière arriva, il se rendit avec lui à la mosquée et pria à ses côtés.94

Zayd s’asseyait la plupart du temps auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci était si familier avec lui qu’il lui arrivait de poser son genou sur la cuisse de Zayd. Un jour, la Révélation descendit alors qu’il se trouvait dans cette position. Zayd a raconté : « À ce moment-là, le genou du Messager d’Allah était devenu si lourd qu’il m’était impossible d’en supporter le poids. J’avais l’impression que ma cuisse allait être brisée et réduite en morceaux. Mais, par crainte de manquer de respect, je ne prononçai même pas un “ouf”. Je restai assis en silence. »95

Il ne tolérait pas la moindre entorse aux instructions du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Un jour, il se rendit en Syrie auprès de l’émir Mu‘âwiya — qu’Allah l’agrée — et lui rapporta un hadith. Mu‘âwiya demanda à un homme de l’écrire. Zayd dit : « Le Messager d’Allah a interdit d’écrire les hadiths. » Puis il effaça ce qui avait été écrit.96

Même devant les émirs et les gouverneurs, il ne gardait pas le silence lorsqu’il s’agissait de diffuser la Sunna du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. À cette époque, Marwân ibn al-Hakam était gouverneur de Médine. Il récitait de courtes sourates pendant la prière du maghrib. Zayd lui dit : « Pourquoi agissez-vous ainsi ? Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — récitait pourtant aussi de longues sourates. »97

Lorsque l’un des Compagnons ou des tâbi‘în accomplissait par ignorance un acte contraire à la Sunna, Zayd l’en avertissait également. Un jour, il vit Ghuraybil ibn Sa‘d — qu’Allah l’agrée — attraper un oiseau au marché. Il s’approcha de lui, lui donna une gifle et lui arracha l’oiseau avant de le laisser s’envoler. Puis il lui dit : « Ô ennemi de toi-même, ne sais-tu pas que le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a déclaré Médine sanctuaire inviolable ? »98

Un jour, le voyant tendre un filet dans un jardin, il se mit à crier : « Il est interdit de chasser ici. »99

Un homme vint de Syrie à Médine pour y vendre de l’huile d’olive. Plusieurs commerçants négocièrent avec lui. Après avoir discuté, ‘Abdullah ibn ‘Umar lui acheta l’huile. Alors que la marchandise se trouvait encore sur place, un second acheteur se présenta. Il dit à ‘Abdullah ibn ‘Umar : « Je vous en offre un tel bénéfice ; vendez-la-moi. » Ibn ‘Umar accepta. Au moment où il allait poser sa main sur celle de l’homme pour conclure l’accord, quelqu’un lui saisit la main par-derrière. En se retournant, il vit Zayd ibn Thâbit. Celui-ci dit à Ibn ‘Umar : « Ne la revends pas maintenant. Commence par déplacer la marchandise de cet endroit, car le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a interdit de conclure une vente de cette manière. »100

Un jour, vers midi, il sortit de la maison de Marwân, le gouverneur de Médine. Ses disciples le virent et pensèrent qu’il s’y était rendu pour une affaire particulière. Ils s’approchèrent et l’interrogèrent. Zayd répondit : « Il m’avait demandé à ce moment-là des éclaircissements sur quelques hadiths. Je lui ai dit que le cœur du musulman ne devait éprouver aucune aversion à l’égard de trois pratiques : œuvrer pour Allah, conseiller les dirigeants et rester avec la communauté. »101

ʿUbāda ibn aṣ-Ṣāmit était un Compagnon de haut rang. Un jour, il se rendit à Bayt al-Maqdis. Là, il demanda à un homme nabatéen de tenir un instant sa monture. Celui-ci refusa. ʿUbāda le réprimanda sévèrement et le frappa. L’affaire parvint aux oreilles du calife ʿUmar. Il dit à ʿUbāda : « Comment avez-vous pu faire une chose pareille ? » ʿUbāda répondit : « Je lui ai demandé de tenir un instant le cheval, mais il a refusé. J’étais quelque peu échauffé et je l’ai frappé. » ʿUmar dit : « Préparez-vous à subir les représailles, c’est-à-dire le qiṣāṣ. » Zayd ibn Thābit était présent. Il ne put supporter qu’un Compagnon soit ainsi humilié. Il dit à ʿUmar : « Allez-vous frapper votre frère en échange d’un esclave ? » Après ces paroles, ʿUmar fixa seulement le paiement de la diya au lieu du qiṣāṣ. ʿUbāda dut s’acquitter de la diya. 102

Voici un autre événement du même genre. Alors que ʿUmar se trouvait en Syrie, il apprit un jour qu’un musulman avait tué un dhimmi. ʿUmar ordonna que le musulman meurtrier soit exécuté. Zayd parvint, non sans grande difficulté, à convaincre le calife et à lui faire accepter le paiement de la diya au lieu du qiṣāṣ. 103

De nature, il aimait rester silencieux. Il entretenait des relations amicales avec les califes. Il était l’un des compagnons et conseillers les plus proches du calife ʿUmar. Ses relations avec le calife ʿUthmān étaient si profondes que les gens l’appelaient l’homme de ʿUthmān ; ʿUthmān l’aimait beaucoup. Malgré le conflit entre ʿAlī et Muʿāwiya, il ne participa à aucune bataille aux côtés de ʿAlī ; pourtant, il l’aimait profondément et défendait sa grandeur et sa dignité. Il entretenait également de bonnes relations avec l’émir Muʿāwiya. Lorsqu’il se rendait en Syrie, il logeait chez lui. 104

Marwān était alors l’un des hommes politiques les plus célèbres du monde arabe. Zayd entretenait avec lui des relations étroites. Toutefois, il ne s’écartait jamais de la politique, quel que fût le contexte. Un jour, il convoqua Zayd ibn Thābit et lui posa quelques questions politiques. Tandis que Zayd répondait, il se rendit compte que certaines personnes, derrière un rideau, écrivaient ses propos. Zayd s’exclama aussitôt : « Pardonnez-moi, tout ce que j’ai dit jusqu’à présent ne représente que mon opinion personnelle. »

Le vénérable ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās lui vouait un très grand respect. Un jour, alors que Zayd allait monter à cheval, Ibn ʿAbbās s’avança pour l’aider en tenant sa monture. Zayd lui dit : « Vous êtes le cousin du Messager d’Allah. Je vous en prie, ne faites pas cela. » Il répondit : « Il nous a été ordonné d’agir ainsi envers nos savants et nos anciens. » Zayd lui dit : « Tendez-moi donc un peu la main. » Lorsque Ibn ʿAbbās tendit la main, Zayd l’embrassa et dit : « Il nous a également été ordonné d’agir ainsi envers la famille et les proches du Prophète. » 105

Marwān ibn al-Ḥakam, qui avait un jour levé son bâton pour frapper un Compagnon de haut rang selon Abū Saʿīd al-Khudrī, lui vouait lui aussi un très grand respect. Lorsque Zayd se rendait à la cour, Marwān le faisait asseoir juste à côté de son siège. Zayd donnait de temps à autre, par lettres, des conseils aux autres Compagnons et aux Tābiʿūn. Il écrivit notamment une lettre de conseil à l’illustre Compagnon Ubayy ibn Kaʿb. Cette lettre est rapportée dans divers ouvrages de sīra et de hadith. 106

Il ne craignait personne lorsqu’il s’agissait de dire la vérité. Al-Ṭabarānī rapporte qu’un jour, le calife ʿUmar apprit secrètement qu’un homme nommé Abū Miḥjan al-Thaqafī buvait du vin chez lui avec un ami. Il se mit immédiatement en route et entra directement dans sa maison. Là, il dit à Abū Miḥjan : « Vous n’avez pas bien agi, car Allah vous a interdit l’espionnage. » Puis ʿUmar, s’adressant à ses compagnons, demanda : « Qu’est-ce qu’il dit ? » Zayd ibn Thābit et ʿAbd al-Raḥmān ibn al-Arqam répondirent : « Ô commandeur des croyants, il a raison. C’est une forme d’espionnage. » ʿUmar le laissa alors et repartit. 107

Zayd était très bienveillant envers sa famille, ses proches et ses parents. Au moment de s’endormir, il faisait cette invocation : « Ô Allah ! Je Te demande le bien-être et l’abondance pour ma famille et mes proches. Et si je venais à rompre les liens de parenté avec l’un de mes proches, je cherche refuge auprès de Toi contre sa malédiction. » En famille, il était très plaisantin, alors qu’il se montrait extrêmement sérieux dans les assemblées. 108

Les Khazradjites de sa propre tribu étaient infiniment fiers de lui. Les deux tribus éternellement rivales de Médine étaient les Aws et les Khazradj. Même après avoir embrassé l’islam, ils revendiquaient parfois les uns devant les autres la noblesse et la supériorité à propos de diverses choses. Ainsi, un jour, les Khazradjites dirent : « Parmi nous se trouvent quatre hommes auxquels nul parmi vous n’est comparable. De leur vivant, ils avaient rassemblé l’intégralité du Coran auprès du Messager d’Allah (ﷺ). L’un d’eux était Zayd ibn Thâbit. »109

Il est impossible de présenter la vie et l’œuvre de Zayd (رضي الله عنه) dans un court article. Les ouvrages de hadith et de sîra contiennent de nombreuses informations à son sujet.

Références :

ʿAmr ibn al-Jamûh (رضي الله عنه)

Le père de ʿAmr ibn al-Jamûh (رضي الله عنه) s’appelait al-Jamûh ibn Zayd. Il était issu des Banû Salima, une branche de la célèbre tribu khazradjite de Médine. C’était un Compagnon ansarite.¹ On ne dispose pas de beaucoup d’informations sur son année de naissance ni sur ses débuts. Ibn Ishâq rapporte dans son Maghâzî qu’il était un dirigeant et une personnalité respectée des Banû Salima, et même de l’ensemble des Ansâr.² De plus, à l’époque antéislamique, il était leur chef religieux et le gardien de leur centre de culte des idoles, leur mutawallî.³

Dans sa maison se trouvait une idole en bois appelée Manât. Il lui vouait une vénération sans limites.⁴ Entre-temps, l’appel de l’islam retentit à La Mecque. Des gens vinrent de Médine à La Mecque, participèrent au deuxième serment d’al-ʿAqaba, puis retournèrent à Médine. Muʿâdh, le fils de ʿAmr, faisait partie de ce groupe.

De retour à Médine, ils commencèrent à appeler très activement à l’islam, et bientôt les ruelles de la ville résonnèrent des proclamations du takbîr. Entre-temps, certains jeunes des Banû Salima avaient embrassé l’islam. Après en avoir discuté entre eux, ils décidèrent qu’il fallait, d’une manière ou d’une autre, faire entrer leur honorable chef ʿAmr sous l’ombre bienfaisante de l’islam. Son fils Muʿâdh ne ménagea aucun effort. À un moment donné, une nouvelle idée leur vint à l’esprit.

Son fils Muʿâdh venait la nuit à la maison avec son ami Ibn al-Haytham — selon une autre opinion, Muʿâdh ibn Jabal — et d’autres compagnons. À l’insu de tous et avec la plus grande discrétion, ils emportaient l’idole tant aimée de ʿAmr et la jetaient dans quelque lointaine fosse à ordures. Le matin, ʿAmr, voyant son idole bien-aimée dans un état si déplorable, en éprouvait une profonde tristesse. Il la récupérait, la lavait, l’essuyait, la parfumait et la remettait à sa place. Ce manège se poursuivit pendant plusieurs jours. Finalement, à bout de ressources, il suspendit une épée à l’épaule de l’idole et dit : « Je ne sais pas qui vous traite ainsi avec tant d’irrespect. Si je le savais, je lui donnerais une leçon mémorable. Voici une épée ; si tu peux faire quelque chose, fais-le. »

Les jeunes gens jouèrent alors à un nouveau jeu. Dans l’obscurité de la nuit, ils emportèrent l’idole, retirèrent son épée, y attachèrent un chien mort, puis la jetèrent dans une fosse à ordures. Le matin, au lieu de s’emporter en voyant une telle profanation de son idole, Amr trouva le chemin de la vérité. La vérité lui apparut clairement et il embrassa l’islam. Il a conservé dans un poème les sentiments qu’il éprouva alors. En voici la traduction de quelques vers.

1. Par Allah, si tu étais une divinité, tu ne serais pas ainsi attachée à un chien par une même corde dans une fosse à ordures.

2. Toute louange revient au Très-Grand Allah, le Généreux, Celui qui pourvoit aux besoins de Ses créatures et qui a prescrit les règles de la religion.

3. C’est Lui qui m’a sauvé avant que je ne sois emprisonné dans les ténèbres de l’incroyance. Dans un autre poème, il dit :

1. Je me repens auprès d’Allah, le Très-Pur et le Saint. Je Lui demande pardon pour le feu d’Allah.

2. Au grand jour comme en secret, j’exprime ma gratitude et mes louanges pour Ses bienfaits.5

Ibn Ishaq rapporte un autre récit concernant la conversion à l’islam d’Amr ibn al-Jamuh. Avec les jeunes gens des Banu Salama, la femme et les fils d’Amr embrassèrent eux aussi l’islam. Un jour, Amr dit à sa femme : « Ne laisse aucun membre de ta famille se joindre à leur groupe avant d’avoir vu comment ces jeunes gens finiront. » Sa femme répondit : « Je peux faire cela ; mais n’entendez-vous pas ce que votre fils dit au sujet de cet homme6 ? » Amr dit : « Il est probablement devenu apostat. » Sa femme répondit : « Non, il était avec les gens de sa tribu ; on l’a envoyé ici. » Puis la femme d’Amr lui demanda : « As-tu entendu quelque chose de cet homme ? » Il répondit : « Oui, je l’ai entendu. » Ensuite, elle lui récita le début de la sourate al-Fatiha. Amr réagit ainsi : « Quelle parole douce et agréable ! Toutes ses paroles sont-elles comme celle-ci ? » Sa femme dit : « Quelle chance tu as ! Il y en a de meilleures encore. Comme les gens de ta tribu, veux-tu toi aussi lui prêter serment d’allégeance ? » Il répondit : « Non, je ne vais pas faire cela. Je veux d’abord consulter la déesse Manat. Voyons ce qu’elle dira. » Les Arabes avaient pour coutume, lorsqu’ils voulaient entendre Manat, qu’une vieille femme se tienne derrière l’idole et réponde en son nom. Lorsqu’Amr arriva auprès de Manat, il dit : « Une vieille femme se tient derrière toi et parle à ta place, tandis que toi, tu restes silencieuse à l’écouter. Cet homme interdit de t’adorer et demande que l’on t’abandonne. Je ne veux pas lui prêter serment d’allégeance sans ton conseil. Dis-moi, que dois-je faire ? » Il lui demanda conseil pendant un long moment, mais Manat ne répondit pas. Alors, furieux, il dit : « Tu es peut-être en colère. Très bien, à partir de maintenant, je n’ai plus aucun lien avec toi. » Il se leva, brisa la statue de Manat et la réduisit en morceaux.7

Il existe encore quelques opinions peu répandues concernant l’époque de la conversion à l’islam d’Amr. Ibn al-Athir dit que, selon un récit, il n’est pas mentionné parmi ceux de la seconde allégeance d’al-Aqaba ni dans les rangs des combattants de Badr.8 Kalbi affirme qu’il fut le dernier des Ansar à embrasser l’islam.9

Lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva à Médine, il établit un lien de fraternité religieuse entre les Ansar et les Muhajirun. Selon une narration, ce lien fut établi entre Ubayda ibn al-Harith et Amr.10

Il existe une divergence concernant la participation de Hadrat Amr (qu’Allah l’agrée) à la bataille de Badr. Toutefois, l’opinion correcte est qu’il n’y participa pas. Pour une raison quelconque, il se blessa au pied et devint boiteux. Malgré cet état, il voulut aller combattre. Ses fils obtinrent la permission du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et le dissuadèrent de son intention. Ils lui expliquèrent que, dans cet état, le jihad n’était pas obligatoire pour lui.

Les tambours de guerre d’Uhud retentirent. Amr appela ses fils et leur dit : « Vous ne m’avez pas laissé aller à Badr. Cette fois, je n’accepterai aucune de vos interdictions. J’irai absolument à cette bataille. » Ibn Ishaq rapporte l’événement de la manière suivante : Amr ibn al-Jamuh était extrêmement boiteux. Il avait quatre fils, semblables à des lions. Ils accompagnaient toujours le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans toutes ses activités et toutes les circonstances. Le jour d’Uhud, ils dirent : « Allah vous a dispensé, en raison de votre incapacité. Vous n’avez pas besoin d’aller combattre. » Amr (qu’Allah l’agrée) se traîna jusqu’au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui dit : « Mes fils m’empêchent d’aller au combat. Par Allah ! Avec ce pied boiteux, je veux aller au Paradis en boitant. » Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit : « Allah vous a effectivement dispensé. Le jihad n’est pas obligatoire pour vous. » Voyant qu’Amr restait malgré tout ferme dans sa décision, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à ses fils : « Ne l’en empêchez plus. Peut-être Allah Tout-Puissant lui accordera-t-Il le martyre. »11

L’imam Suhayli dit : D’autres ont également rapporté qu’en sortant de chez lui, il adressa cette invocation en y mettant toute l’humilité de son cœur :

« Ô mon Seigneur ! Ne me ramène plus jamais à Médine. » Cette supplication ardente fut exaucée auprès d’Allah Tout-Puissant. Il tomba en martyr.12

La bataille d’Uhud commença. Amr combattit lui aussi de toutes ses forces. À un moment de cette bataille acharnée, l’armée musulmane se dispersa. Il lança alors, accompagné de son fils Khallad, une violente attaque contre l’armée des polythéistes. Le père et le fils combattirent avec un courage extraordinaire et tombèrent ensemble en martyrs. Le désir ardent de Hadrat Amr (qu’Allah l’agrée) et la prédiction du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se réalisèrent. Il atteignit le Paradis en y boitant. Cet événement eut lieu en l’an 3 de l’Hégire / 625 de l’ère chrétienne.13

Le corps sans vie de Hadrat Amr (qu’Allah l’agrée) gisait sur le champ de bataille. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) passait à côté. En voyant le corps et en le reconnaissant, il s’arrêta. Il dit : « Allah accomplit certains de Ses serments. Je suis l’un d’entre eux. Je le vois marcher vers le Paradis en boitant. » Le meurtrier d’Amr et de Khallad était al-Aswad ibn Jaun.14

Lorsque la nouvelle du martyre d’Amr (qu’Allah l’agrée) parvint à son épouse, elle fit venir un chameau, chargea sur son dos les corps de son mari et de son frère, Abdullah ibn Amr (le père de Jabir, qu’Allah l’agrée), et les ramena chez elle. Mais il fut ensuite décidé que tous les martyrs seraient enterrés sur le champ de bataille d’Uhud. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) reprit les deux corps à l’épouse d’Amr et les enterra avec tous les martyrs d’Uhud.15 Ibn Ishaq rapporte, d’après plusieurs vieillards honorables de Banu Salima, que lors de l’inhumation des martyrs d’Uhud, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Faites particulièrement attention à Amr ibn Jamuh et à Abdullah ibn Haram. Dans ce monde, ils étaient alignés dans le même rang. Enterrez-les dans la même tombe. »16 Ils furent enterrés ensemble dans une même tombe.

Cependant, l’imam Suhaylî rapporte que les fils d’Amr placèrent sa dépouille sur un chameau afin de la ramener à Médine. L’animal se rebella. Malgré tous leurs efforts, ils ne purent le diriger vers Médine. Ils se rappelèrent alors la dernière invocation de leur père : « Seigneur, ne me ramène plus à Médine. » Ils cessèrent donc leurs vains efforts et enterrèrent leur père à l’endroit même où il avait été tué.¹⁷

L’imam Mâlik rapporte dans son ouvrage al-Muwatta que Amr ibn Jamûh et Abdallah ibn Amr, morts en martyrs à Uhud, furent enterrés ensemble au bord d’un canal. De nombreuses années plus tard, le courant détruisit la tombe et les deux dépouilles en sortirent parfaitement intactes, comme s’ils étaient morts la veille. On les exhuma afin de les enterrer ailleurs. Abdallah avait été blessé et l’une de ses mains était posée sur sa blessure. Ils furent ainsi enterrés de nouveau. Environ 46 (quarante-six) années s’étaient écoulées entre la bataille d’Uhud et cet événement.

Jâbir dit : « Après leur exhumation, je vis mon père comme s’il dormait dans sa tombe. Aucune partie de son corps n’avait subi la moindre altération. On me demanda dans quel état j’avais trouvé leurs dépouilles lors de leur exhumation. Je répondis : “Je vis qu’un morceau de tissu recouvrait le haut de son corps, y compris son visage. Quant à ses pieds, ils étaient recouverts d’une sorte d’herbe appelée harmal.” Ces deux éléments étaient eux aussi restés intacts. »¹⁸

Il a déjà été mentionné qu’Amr (qu’Allah l’agrée) avait quatre fils. Tous participèrent aux guerres et aux événements aux côtés du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Les ouvrages de sîra ne mentionnent les noms que de deux d’entre eux : Mu‘âdh et Khallâd. Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam avant son père et eut l’honneur de participer au second serment d’allégeance d’al-‘Aqaba. Khallâd (qu’Allah l’agrée) fut l’un des martyrs d’Uhud. En outre, un esclave d’Amr (qu’Allah l’agrée), nommé Abû Ayman, mourut en martyr lors de cette bataille.¹⁹ Quel plus grand honneur et quelle plus grande gloire un musulman pourrait-il souhaiter ?

L’épouse fière d’Amr (qu’Allah l’agrée) s’appelait Hind bint Amr. Elle était la sœur d’Abdallah ibn Amr ibn Harâm, l’un des chefs des Banû Salama et martyr d’Uhud, ainsi que la tante paternelle du célèbre Compagnon Jâbir ibn Abdallah (qu’Allah l’agrée).

Amr (qu’Allah l’agrée) était grand de taille et avait le teint clair et lumineux. Ses cheveux étaient bouclés. Il était boiteux.²⁰ L’hospitalité et la générosité sont d’anciennes traditions arabes. En raison de sa générosité, le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le désigna comme chef des Banû Salama. Voici ce qui s’est passé. Un jour, quelques membres des Banû Salama vinrent auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il leur demanda : « Qui est votre chef ? » Ils répondirent : « Jaddâ ibn Qays. » C’est un homme avare. » Après les avoir entendus, le Messager dit : « Il n’existe pas de maladie plus détestable que l’avarice. Votre chef est plutôt Amr ibn al-Jamûh. »²¹ Toutefois, dans une narration de l’imam Zuhri, le nom de Bishr ibn al-Barâ’ est mentionné.²² Un poète des Ansâr a relaté cet événement en vers.²³ Voici la traduction de quelques-uns de ses vers :

1. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit — et sa parole est vérité : « Qui est votre chef ? »

2. Ils répondirent : « Jaddâ ibn Qays, bien qu’il nous dirige, est un homme avare. »

3. C’est un jeune homme qui ne fait aucun geste envers les habitants de la terre et ne tend la main pour aider personne.

4. Il fit donc d’Amr ibn Jamuh le chef en raison de sa générosité. Du fait de sa générosité, c’est à Amr que revenait légitimement le droit au commandement.

5. Lorsqu’un nécessiteux venait le trouver, il lui donnait de ses biens et lui disait : « Prends ceci et reviens demain. »

Il vouait au noble Messager un dévouement et un amour intenses. Chaque fois que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) célébrait un mariage, il organisait lui-même le banquet de noces.24

Sources :

‘Amr ibn Hazm (qu’Allah l’agrée)

Le surnom de ‘Amr (qu’Allah l’agrée) était Abou ad-Dahhak ; selon une autre opinion, Abou Muhammad. Son père, Hazm ibn Yazid, était issu de la branche des Banou an-Najjâr de la tribu Khayâr de Médine, et sa mère était issue de la branche des Banou Saïda.1 Le vénérable Ammar ibn Hazm (qu’Allah l’agrée), qui participa au serment d’allégeance d’Al-‘Aqaba, était mon demi-frère paternel.2

Au début de l’islam et jusqu’à l’Hégire, il était encore mineur. Pour cette raison, il est impossible de déterminer avec certitude à quel moment il embrassa l’islam. Il l’embrassa probablement avec les membres de sa famille.3

N’ayant pas encore atteint l’âge requis pour partir au combat, il ne put participer aux batailles de Badr et d’Uhud. Ibn Hicham dit : En raison de leur jeune âge, le Messager (s.a.s.) n’autorisa pas Oussama ibn Zayd, Abdallah ibn Omar ibn al-Khattab, ibn Thabit, al-Bara ibn Amir, Amr ibn Hazm et Ousayd ibn Jouhayr à participer à la bataille d’Uhud. Ils souhaitaient y aller, mais le Messager (s.a.s.) les renvoya. Il les autorisa à participer à la bataille du Fossé.⁴ Ibn Ishaq rapporte qu’Amr dit : « Il participa à la bataille du Fossé à l’âge de quinze ans. »⁵ Il prit part à toutes les batailles qui suivirent celle du Fossé. La première bataille de sa vie fut celle du Fossé.⁶

Ibn Ishaq dit : Au cours du mois de Rabi al-Awwal ou de Joumada al-Awwal de l’an 10 de l’Hégire, le Messager (s.a.s.) envoya Khalid ibn al-Walid auprès des Banu al-Harith ibn Ka‘b de Najran. Au moment de son départ, il lui ordonna de les inviter trois fois à l’islam avant de leur déclarer la guerre. S’ils acceptaient cette invitation, il devait les laisser tranquilles ; s’ils la refusaient, il devait les combattre. Lorsque Khalid arriva chez eux et les invita à l’islam, ils acceptèrent. Grâce aux efforts inlassables de Khalid, les habitants de Najran embrassèrent l’islam. Khalid resta parmi eux et continua à leur enseigner les différents aspects de l’islam, le Livre d’Allah et la Sunna du Messager (s.a.s.).

À un moment donné, Khalid (r.a.) écrivit au Messager (s.a.s.) pour lui exposer la situation réelle de Najran. En réponse, le Messager (s.a.s.) lui envoya une lettre, dans laquelle il lui ordonnait de venir à Médine accompagné d’une délégation des Banu al-Harith. Khalid vint à Médine avec une délégation. Celle-ci discuta de diverses questions avec le Messager d’Allah (s.a.s.). Ibn Hicham dit : Cette délégation retourna dans son pays à la fin du mois de Chawwal ou au début du mois de Dhoul-Qa‘da. Après son retour, le Messager (s.a.s.) ne vécut plus que quatre mois. Ibn Hicham ajoute qu’après le retour de la délégation, le Messager (s.a.s.) envoya auprès d’eux Amr ibn Hazm, en lui confiant pleinement la mission de leur enseigner la véritable connaissance de la religion, de leur expliquer les fondements de l’islam, de leur enseigner la Sunna du Messager d’Allah (s.a.s.), et de percevoir la zakat et la sadaqa. Avant son départ, le Messager (s.a.s.) lui remit un engagement écrit détaillant l’étendue de ses responsabilités et sa méthode de travail.⁷ Voici le sens de cette lettre :

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Voici une déclaration d’Allah et de Son Messager : Ô vous qui croyez, respectez vos engagements lorsque celui-ci est envoyé au Yémen. Il lui ordonne de craindre Allah en toute circonstance, car Allah Très-Haut lui ordonne de prélever les biens des gens avec vérité, conformément au commandement d’Allah.

Tu annonceras aux gens la bonne nouvelle de leur bien-être et leur ordonneras de faire le bien. Tu leur enseigneras le Coran, tu leur en expliqueras les significations profondes et tu leur interdiras les mauvaises actions. Nul ne devra toucher le Coran autrement qu’en état de pureté. Tu les informeras des droits, des responsabilités et des devoirs des gens. Si les gens sont dans le droit et la vérité, sois doux envers eux ; s’ils sont injustes, sois ferme. En effet, Allah déteste l’injustice et l’interdit. Allah dit : « Attention ! La malédiction d’Allah est sur les injustes. » Tu annonceras aux gens la bonne nouvelle du Paradis et des œuvres qui y conduisent. De même, tu les avertiras au sujet de l’Enfer et des œuvres qui y conduisent.

Tu entretiendras des relations amicales avec les gens afin qu’ils puissent comprendre la religion. Tu les informeras des rites du pèlerinage, de ses sunan et de ses obligations, ainsi que de ce qu’Allah a exposé à ce sujet. Tu leur parleras du grand pèlerinage. Il existe deux sortes de pèlerinage : le grand pèlerinage et le petit pèlerinage. La ‘omra est le petit pèlerinage. Tu interdiras aux gens de prier avec un seul petit morceau de tissu. Lorsqu’un autre tissu est enroulé autour des deux épaules, la tête ne doit pas être exposée au ciel par une ouverture. Tu leur interdiras aussi de nouer une tresse de cheveux au sommet de la tête.

Tu interdiras aux gens d’appeler, sous l’effet de l’excitation, à l’appartenance à une tribu ou à une communauté. Leur appel devra être exclusivement dirigé vers Allah. Si quelqu’un appelle à la tribu ou à la communauté au lieu d’appeler à Allah, coupe-lui la tête avec l’épée, afin que leur appel soit dirigé vers Allah seul. Tu ordonneras aux gens d’accomplir correctement les ablutions, comme Allah l’a ordonné : laver le visage, les mains jusqu’aux coudes et les deux pieds jusqu’aux chevilles, et passer les mains mouillées sur la tête. Tu leur ordonneras d’accomplir la prière à son heure et de faire correctement l’inclinaison et la prosternation. Tu leur ordonneras d’accomplir la prière du matin dans l’obscurité, la prière de midi lorsque le soleil s’incline vers l’ouest, la prière de l’après-midi lorsque le soleil commence à décliner, et la prière du coucher du soleil à l’arrivée de la nuit. Ils ne retarderont pas la prière du coucher du soleil jusqu’au moment où les étoiles apparaissent dans le ciel. Tu leur ordonneras d’accomplir la prière du soir au début de la nuit. Lorsque l’appel à la prière du vendredi sera proclamé, ils cesseront toute activité et se rendront à la prière du vendredi. Ils devront faire leurs grandes ablutions avant d’y aller.

Tout juif ou chrétien qui embrassera sincèrement l’islam et respectera ses règles sera considéré comme un véritable croyant. Il jouira des mêmes droits que les croyants et sera soumis aux mêmes responsabilités et aux mêmes devoirs. Quant au juif ou au chrétien qui restera fidèle à sa propre religion, nul ne devra lui faire obstacle. Dans ce cas, chaque adulte, homme ou femme, libre ou esclave, devra s’acquitter intégralement d’un dinar, ou de son équivalent. Celui qui refusera de le payer sera l’ennemi d’Allah, de Son Messager et de tous les croyants. Qu’Allah répande Sa miséricorde sur Muhammad. Que la paix, la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions soient sur lui.

En plus de la gouvernance de Najran, les responsabilités religieuses et économiques lui furent également confiées. Il assumait aussi la mission d’enseigner et de transmettre le message. Ibn al-Athir dit : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le chargea d’enseigner le fiqh et le Coran aux habitants de Najran, et de percevoir auprès d’eux la zakat et les aumônes. »⁸

Ibn Hajar dit : « Lorsque le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) envoya Amr à Najran, celui-ci n’avait que dix-sept ans. » Ibn Sa‘d a également rapporté cette opinion.⁹ Cependant, cette affirmation ne semble pas exacte. En effet, tous les ouvrages de sîra et d’histoire rapportent qu’il se rendit à Najran durant l’an 10 de l’Hégire. Il est également rapporté qu’il avait quinze ans lors de la bataille de la Tranchée. Ibn Hajar dit aussi dans son ouvrage Tahdhîb al-Tahdhîb (8/9) qu’il participa à la bataille de la Tranchée à l’âge de quinze ans. Or, il est établi que la bataille de la Tranchée eut lieu durant l’an 5 de l’Hégire. Par conséquent, durant l’an 10 de l’Hégire, son âge ne pouvait en aucun cas être inférieur à vingt ans.

Lorsque le vénérable ‘Amr (qu’Allah l’agrée) quitta Médine pour Najran, il emmena également son épouse. Celle-ci s’appelait ‘Umrah. Après leur arrivée à Najran, ils eurent, la même année, un fils. Ses parents le nommèrent Muhammad et lui donnèrent comme kunya Abû Sulaymân. Lorsque cette nouvelle parvint à Médine au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il leur écrivit de donner à l’enfant le nom de Muhammad et la kunya Abû ‘Abd al-Malik.¹⁰ En présentant ce Muhammad, l’imam al-Hâzimî dit : « Abû ‘Abd al-Malik Muhammad ibn ‘Amr ibn Hazm est l’un de ceux qui sont rattachés au Najran du Yémen. On l’appelle le Najrânî, car il y naquit durant l’an 10 de l’Hégire, du vivant du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). À Médine, les Ansar le désignèrent comme gouverneur le jour d’al-Harrah, et il tomba en martyr lors de l’événement d’al-Harrah, en l’an 63 de l’Hégire. »¹¹

Le vénérable ‘Amr (qu’Allah l’agrée) avait deux épouses. La première s’appelait ‘Umrah. Elle était la fille de ‘Abdullah ibn al-Hârith al-Ghassânî. Cet ‘Abdullah était un étranger établi à Médine et l’allié, ou le contractant d’un pacte, de la tribu de Sâ‘idah à Médine.¹² La seconde s’appelait Sawdah bint Hârith.¹³ Elle resta en vie jusqu’au dernier jour de la vie de ‘Amr (qu’Allah l’agrée).

On ne connaît pas le nombre exact des fils de ‘Amr (qu’Allah l’agrée). Toutefois, son fils Muhammad, né du vivant du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), devint célèbre. Il rapporta d’après ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et d’autres. Il montrait aux gens la lettre que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait adressée à son père et disait : « Voici une lettre du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il la lui avait remise lorsqu’il envoya ‘Amr ibn Hazm au Yémen. »¹⁴ Le célèbre mujtahid et jurisconsulte Qâdî Abû Bakr était le fils de ce Muhammad.¹⁵

Il possédait une vaste connaissance, une grande justesse dans ses décisions, un discernement aigu et une maîtrise exceptionnelle des règles de la sharî‘a. Sa nomination par le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) au poste de gouverneur de Najran en constitue la preuve. Assumer, à seulement vingt ans, la lourde responsabilité de gouverner et d’enseigner le Coran et les hadiths témoigne de ses capacités et de ses talents extraordinaires.

De nombreux hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) furent rapportés par son intermédiaire. En particulier, le document écrit que le noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui remit avant son départ pour Najran fut rapporté par Abû Dâwûd, al-Nasâ’î, Ibn Hibbân, al-Dârimî et d’autres spécialistes du hadith. Voici les noms de quelques-uns de ceux qui rapportèrent des hadiths d’après lui :

Son épouse Sawdah, son petit-fils Abû Bakr, son fils Muhammad, Nadr ibn ‘Abdullah al-Sâlamî et Ziyâd ibn Suwaym al-Hadramî.¹⁶

La principale qualité du caractère de ‘Amr (r.a.) était son honnêteté et sa véracité. Jamais la menace de quiconque ne put l’empêcher de dire la vérité. Le célèbre Compagnon ‘Ammâr ibn Yâsir (r.a.), au sujet duquel le noble Messager (s.a.w.) avait prédit qu’un groupe rebelle le tuerait, fut tué à Siffîn par les troupes de Mu‘âwiya (r.a.), alors qu’il combattait aux côtés de ‘Alî (r.a.). ‘Ammâr (r.a.) se rendit auprès de ‘Amr ibn al-‘Âs (r.a.), partisan de Mu‘âwiya, et lui dit : « ‘Ammâr vient d’être tué. Le Messager d’Allah (s.a.w.) a dit à son sujet : “Un groupe rebelle le tuera.” » Puis il se rendit auprès de Mu‘âwiya (r.a.) et lui dit : « ‘Ammâr vient d’être tué. J’ai entendu le Messager d’Allah (s.a.w.) dire : “Un groupe rebelle le tuera.” » Mu‘âwiya (r.a.) répondit : « Tu te trompes dans ton raisonnement. Est-ce moi qui l’ai tué ? Ce sont ‘Alî et ses compagnons qui l’ont tué. Ce sont eux qui l’ont amené devant nos lances et nos épées. »17

Mu‘âwiya (r.a.) était alors calife. Un jour, ‘Amr (r.a.) se rendit auprès du calife et, faisant allusion à son gouvernement, lui rapporta un hadith du Messager d’Allah (s.a.w.). Il dit : « J’ai entendu de la bouche du Messager d’Allah (s.a.w.) qu’au Jour de la Résurrection, le souverain sera interrogé au sujet de ses sujets. »18

Il est rapporté avec une chaîne de transmission authentique dans le Musnad d’Abû Ya‘lâ que, lorsque Mu‘âwiya (r.a.) prêta serment d’allégeance en faveur de son fils Yazîd, il eut un vif échange verbal avec ‘Amr (r.a.).19

Il existe une divergence concernant l’année de la mort de ‘Amr (r.a.). Sa mort a été rapportée pour les années 51, 53 et 54 de l’Hégire. Abû Nu‘aym affirme que ‘Amr ibn Hazm mourut durant le califat de ‘Umar (r.a.). Ibrâhîm ibn al-Mundhir dit également la même chose dans son ouvrage al-Tabaqât. Cependant, parmi les avis selon lesquels il mourut après l’an 50 de l’Hégire, Ibn Hajar en a considéré un comme étant exact. En effet, la querelle qu’il eut avec Mu‘âwiya (r.a.) est rapportée par une chaîne authentique. Il ne peut donc être question qu’il soit mort durant le califat de ‘Umar (r.a.). Il mourut à Médine.20

‘Amr ibn Hazm rapporte : « Un jour, le Messager (s.a.w.) me vit debout sur une tombe et me dit : “Descends. Ne fais pas de mal à celui qui repose dans la tombe.” »21

Références :

Ka‘b ibn Mâlik (r.a.)

Ka‘b (r.a.) était l’un des trois hommes qui, par indolence, s’abstinrent de participer à la bataille de Tabûk et s’attirèrent ainsi le mécontentement d’Allah, de Son Messager (s.a.w.) et des croyants. Puis Allah le Très-Haut révéla des versets annonçant qu’Il avait accepté leur repentir.1 Il naquit à Yathrib en 598 de l’ère chrétienne, vingt-cinq ans avant l’Hégire.2 Plusieurs kunyas, ou surnoms, sont mentionnés à son sujet dans les ouvrages historiques et les livres de sîra : Abû ‘Abdallah, Abû ‘Abd al-Rahmân, Abû Muhammad et Abû Bashîr.3 Selon un récit rapporté par Ibn Hajar, après sa naissance, son père Mâlik ibn Abî Ka‘b ‘Amr lui donna la kunya d’Abû Bashîr. Après sa conversion à l’islam, le Messager (s.a.w.) lui donna celle d’Abû ‘Abdallah. Il était l’enfant unique de ses parents.4 Sa mère s’appelait Laylâ bint Zayd. Ses deux parents étaient issus de la branche Banû Salima de la tribu médinoise des Khazraj.5 C’était un Compagnon ayant participé à ‘Aqaba et à Uhud. Ibn Abî Hâtim dit qu’il était également l’un des membres des Ahl al-Suffa.6 À l’âge de vingt-cinq ans, il participa avec les membres de sa tribu à l’allégeance de ‘Aqaba et embrassa l’islam.7

Ibn al-Athîr dit : Selon presque tous les spécialistes de la sîra, Ka‘b participa à la dernière bay‘a d’al-‘Aqaba. ‘Urwa mentionne son nom parmi les soixante-dix hommes qui avaient participé à al-‘Aqaba.⁹ Dans al-Bukhârî et Muslim, il est rapporté que Ka‘b dit : « J’étais présent avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lors de la bay‘a d’al-‘Aqaba. Nous nous étions engagés envers l’islam. » Cependant, une autre narration rapporte qu’il dit : « Je fus privé de la bay‘a durant la nuit d’al-‘Aqaba. »¹⁰

Le récit d’Ibn Ishâq montre clairement que Ka‘b ibn Mâlik participa à la dernière bay‘a d’al-‘Aqaba. Ka‘b a donné un récit détaillé de cette bay‘a, qui a été rapporté dans plusieurs ouvrages anciens. Dans la Sîrat Ibn Hishâm, ce récit est rapporté intégralement selon les paroles de Ka‘b ; nous en reproduisons ici brièvement quelques passages.

Ibn Ishâq rapporte ce récit par l’intermédiaire de ‘Abdullah et de Ma‘bad, les fils de Ka‘b. Ka‘b quitta Médine en direction de La Mecque avec une caravane de polythéistes appartenant à sa tribu. Quelques musulmans qui avaient auparavant accepté l’islam se trouvaient également dans cette caravane. Ils avaient compris la religion et accomplissaient la prière. Leur chef le plus âgé était al-Barâ’ ibn Ma‘rûr. Un jour, en chemin, il dit : « Je ne veux plus prier en tournant le dos à la Ka‘ba. Désormais, je prierai en me tournant vers la Ka‘ba. » Ka‘b et les autres s’opposèrent à ses paroles et dirent : « Notre Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) prie pourtant en direction de Bayt al-Maqdis, en Syrie. Nous ne voulons pas prier d’une manière qui s’oppose à lui. » Malgré cela, al-Barâ’ resta ferme sur son opinion.

Lorsque vint l’heure de la prière en chemin, al-Barâ’ pria en direction de la Ka‘ba, tandis que Ka‘b et les autres priaient en direction de la Syrie. Ils réprimandèrent al-Barâ’ pour son acte. Mais cela ne servit à rien : il demeura ferme dans son opinion.

À leur arrivée à La Mecque, al-Barâ’ dit à Ka‘b : « Conduis-moi auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Je voudrais l’interroger au sujet de ce que j’ai fait en chemin. Je ne me sens pas bien d’avoir agi à votre encontre. » Ka‘b l’accompagna auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Aucun des deux ne connaissait auparavant le Messager d’Allah ni ne l’avait jamais vu. En chemin, ils rencontrèrent deux hommes de La Mecque et leur demandèrent où se trouvait le Messager d’Allah. Ceux-ci leur demandèrent : « Le connaissez-vous ? » Ka‘b et al-Barâ’ répondirent : « Non. » Ils demandèrent alors : « Connaissez-vous son oncle ‘Abbâs ? » Ils répondirent : « Oui, nous connaissons ‘Abbâs. Il vient régulièrement chez nous pour ses affaires. » Ils leur dirent alors : « Entrez dans la mosquée : vous verrez un homme assis auprès de ‘Abbâs. C’est lui. »

Suivant les indications des deux hommes, Ka‘b et al-Barâ’ entrèrent dans la Mosquée sacrée et virent ‘Abbâs assis avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à ses côtés. Ils les saluèrent et s’assirent près d’eux. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à ‘Abbâs : « Abû al-Fadl, connais-tu ces deux hommes ? » ‘Abbâs répondit : « Oui. Voici al-Barâ’ ibn Ma‘rûr, le chef de son peuple, et voici Ka‘b ibn Mâlik. » Ka‘b dit : « Par Allah ! Je n’ai jamais oublié le ton interrogatif employé par le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : “Le poète ?” C’est-à-dire que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) demanda à ‘Abbâs : “Est-ce bien ce poète, Ka‘b ibn Mâlik ?” ‘Abbâs répondit : “Oui, c’est bien ce poète, Ka‘b.” » Ka‘b raconta ensuite comment eut lieu sa rencontre avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et au sujet de quoi ils lui prêtèrent serment d’allégeance.¹¹ Ka‘b a également conservé dans un poème les noms des douze naqîb nommés par le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ibn Hishâm a lui aussi rapporté ce poème.¹²

À son arrivée à Médine, le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) établit des liens de fraternité religieuse, ou mu’âkhât, entre les Ansâr et les Muhâjirûn. Selon le récit d’Ibn Ishâq, Ka‘b fut lié par ce pacte de fraternité à Talha ibn ‘Ubaydullah (qu’Allah l’agrée), membre des dix promis au Paradis.¹³ Toutefois, il est rapporté d’après ‘Urwa que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) établit un lien de fraternité entre al-Zubayr et Ka‘b.¹⁴ Le jour d’Uhud, lorsque Ka‘b fut blessé, al-Zubayr le porta sur ses épaules alors qu’il était à l’agonie. Si Ka‘b était mort ce jour-là, al-Zubayr aurait été son héritier. Par la suite, cette règle fut abrogée par la révélation du verset 75 de la sourate al-Anfâl : « Ceux qui sont liés par des liens de parenté sont, selon le Livre d’Allah, plus proches les uns des autres et ont davantage de droits réciproques. »¹⁵

À l’exception de Badr et de Tabûk, il participa avec le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à toutes les autres guerres et expéditions. Selon Ibn al-Kalbî, il participa à Badr.¹⁶ Toutefois, cette opinion n’est pas retenue par la plupart des spécialistes de la sîra. En réalité, la décision et les préparatifs de la bataille de Badr furent achevés avec une telle précipitation et une telle rapidité que Ka‘b, comme beaucoup d’autres, fut empêché d’y participer. C’est pourquoi le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne reprocha rien à personne.

Ka‘b dit : Jusqu’à Tabûk, j’ai participé avec le Messager d’Allah (ﷺ) à toutes les expéditions, à l’exception de Badr. Le Messager (ﷺ) ne reprocha nullement à ceux qui n’avaient pas participé à Badr leur absence. En réalité, le Messager (ﷺ) était parti de Médine à la poursuite de la caravane commerciale d’Abû Sufyân. De leur côté, les Quraychites étaient sortis de La Mecque et se retrouvèrent face à Abû Sufyân sans aucune planification préalable. Ka‘b ajoute que Badr est considérée par les gens comme la bataille la plus importante de la vie du Messager d’Allah (ﷺ). Cependant, Badr n’a pour moi absolument pas la même importance que Laylat al-‘Aqaba, lorsque nous avons prêté au Messager d’Allah (ﷺ) le serment d’allégeance à l’islam. Après cela, je ne me suis absenté d’aucune expédition, sauf de Tabûk.¹⁷

Cependant, certains récits indiquent que Ka‘b participa à Badr. Ibn Ishâq a mentionné son nom dans la liste de ceux qui y prirent part.¹⁸ Un autre récit rapporte que Ka‘b dit : « Je me rendis à Badr avec les musulmans. À la fin de la bataille, je vis les cadavres mutilés des combattants polythéistes gisant parmi les martyrs musulmans. Je m’arrêtai un instant et, alors que je m’apprêtais à partir, je vis soudain un polythéiste armé qui avançait parmi les martyrs musulmans. Un guerrier armé semblait également l’attendre. Je m’avançai un peu et me plaçai derrière eux afin d’observer le sort de ces deux hommes. Le polythéiste était de très grande stature. Tandis que je le regardais, le combattant musulman lui porta un coup d’épée si violent à l’épaule qu’il atteignit sa hanche et le fendit en deux. Puis l’homme retira son casque et dit : “Ka‘b, qu’en as-tu pensé ? Je suis Abû Dujâna.” »¹⁹ Toutefois, la plupart des spécialistes de la sîra considèrent comme exacts les récits rapportant son absence à Badr.

Lors de la bataille d’Uhud, Ka‘b donna un exemple du courage de son frère en religion, Talha. Au cours de cette bataille, il porta l’armure du Messager d’Allah (ﷺ), tandis que le Messager d’Allah (ﷺ) revêtit la sienne. Le Messager (ﷺ) lui mit lui-même l’armure. À Uhud, son corps fut atteint en onze endroits.²⁰ Cependant, de nombreux muhaddiths rapportent qu’il reçut dix-sept blessures.²¹

À un moment de cette bataille, une rumeur se répandit selon laquelle le Noble Messager (ﷺ) était tombé en martyr. Cela provoqua un grand tumulte parmi les Compagnons. Dans cette situation, Ka‘b fut le premier à apercevoir le Messager (ﷺ) et cria à tue-tête : « Le Messager (ﷺ) est ici ! Le voici ! Venez par ici ! » Ka‘b se trouvait alors au milieu de la vallée. Le Messager (ﷺ), qui portait son armure jaune, lui fit signe de se taire.²²

Ka‘b (qu’Allah l’agrée) participa avec beaucoup d’enthousiasme et d’ardeur à chacune des batailles qui eurent lieu après Uhud. Il est pourtant étonnant qu’il n’ait pas participé à Tabûk, la dernière expédition, pas plus qu’à Badr, la première bataille de la vie du Prophète (ﷺ). Tabûk fut la dernière expédition militaire de la vie du Messager d’Allah (ﷺ). Pour diverses raisons, on l’appelle également la bataille de la difficulté. Lorsque le Messager d’Allah (ﷺ) décidait de partir en expédition, il n’avait pas pour habitude d’en parler clairement. Mais cette fois, il agit contrairement à son habitude : il annonça ouvertement son départ, afin que les musulmans puissent se préparer convenablement à ce voyage long et éprouvant. Ka‘b prépara deux chameaux pour cette expédition. Selon son propre témoignage, il n’avait jamais été auparavant aussi aisé et capable qu’il ne l’était alors.

La raison pour laquelle le Messager d’Allah (ﷺ) accorda tant d’importance à cette expédition et prit tant de précautions était que l’affrontement devait essentiellement avoir lieu avec l’armée romaine, la superpuissance de l’époque, extrêmement puissante et redoutable. En matière d’équipement, de nombre, d’unité et de moral inébranlable, cette armée était la meilleure et la plus puissante du monde.

Le mois de Rajab de la neuvième année de l’Hégire avait commencé. C’était une saison de chaleur intense. Le Messager (ﷺ) se prépara à l’expédition de Tabûk et ordonna également à tous de se préparer.²³ Pour diverses excuses, fondées ou non, quatre-vingt-trois (83) musulmans capables s’abstinrent de partir pour cette expédition. Certains d’entre eux étaient des hypocrites, c’est-à-dire des musulmans feignant de l’être. Les fruits du jardin de certains d’entre eux commençaient à mûrir et ils ne souhaitaient pas l’abandonner. D’autres craignaient la chaleur accablante et la longue route à parcourir. D’autres encore étaient extrêmement pauvres et ne possédaient aucune monture.²⁴

Ibn Ishâq dit : Ceux qui ne participèrent pas par paresse, et non par doute ou hésitation, étaient au nombre de quatre : Ka‘b ibn Mâlik, Murâra ibn Rabî‘, Hilâl ibn Umayya et Abû Khaythama. Toutefois, Abû Khaythama atteignit Tabûk au tout dernier moment et rejoignit le Messager d’Allah (ﷺ).²⁵ Selon certains, ils s’abstinrent de se rendre à Tabûk en raison de la chaleur accablante.²⁶ Le Messager d’Allah (ﷺ) partit avec son armée en direction de Tabûk. Ka‘b (qu’Allah l’agrée) se préparait chaque jour à partir, mais n’arrivait pas à prendre de décision. Son temps s’écoulait dans l’hésitation. Chaque jour, il se disait intérieurement : « Je pourrai partir. » Puis, l’instant d’après, il changeait d’avis. Il entreprenait les préparatifs du départ, puis s’arrêtait de nouveau. C’est dans cette situation qu’un jour, la nouvelle parvint à Médine que le Messager (ﷺ) était arrivé à Tabûk.

Tous les hommes capables de Médine et de ses environs partirent pour Tabuk avec le Messager d’Allah (s.a.s.). Lorsque Ka‘b (r.a.) sortait dans la ville de Médine, il ne voyait personne, hormis des enfants, des vieillards et quelques hypocrites. Il était accablé de honte et de remords. Bien qu’il fût en bonne santé, robuste et capable, il se consumait sans cesse dans le feu du regret, se demandant pourquoi il était resté en arrière.

L’armée du Messager d’Allah (s.a.s.) ne disposait d’aucun registre. Il n’était donc pas possible de savoir, parmi tant d’hommes, si quelqu’un comme Ka‘b était venu ou non. Seule la révélation d’Allah Tout-Puissant lui permettait de le savoir. Un jour, arrivé à Tabuk, il s’enquit de Ka‘b. Quelqu’un répondit : « Ô Messager d’Allah ! Avait-il seulement le temps de venir jusqu’ici ? » Mu‘adh ibn Jabal se trouvait tout près. Il protesta : « Nous n’avons rien vu de mauvais chez lui. » Après avoir entendu ces paroles, le Messager (s.a.s.) garda le silence.

Le Messager d’Allah (s.a.s.) n’eut aucun affrontement grave avec les Romains. De nombreuses tribus du nord de l’Arabie conclurent des traités en échange du paiement de la jizya. Le Messager (s.a.s.) retourna à Médine. Ka‘b apprit le retour du Messager d’Allah (s.a.s.). Son cœur était alors traversé par toutes sortes de pensées. Il demanda conseil aux membres de sa famille sur le moyen d’échapper au mécontentement du Messager d’Allah (s.a.s.). Il lui vint même à l’esprit de présenter devant lui quelques excuses mêlant le vrai et le faux. Mais, l’instant d’après, cette pensée s’évanouissait comme emportée par le vent. Après avoir ainsi hésité et lutté intérieurement, il décida de s’en remettre à son destin et de ne recourir à aucune ruse ni tromperie. Il dirait la vérité, rien que la vérité.

Entre-temps, environ quatre-vingts hommes du groupe se présentèrent auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et exposèrent leurs excuses pour ne pas être partis à la guerre. Le Messager (s.a.s.) jugea recevables les excuses et les justifications de chacun. Il invoqua Allah afin qu’Il pardonne leurs fautes, puis renouvela leur bay‘a, c’est-à-dire leur engagement.

Ka‘b se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). En le voyant, le Messager (s.a.s.) sourit légèrement et lui dit : « Viens. » Après que Ka‘b se fut assis devant lui, il lui demanda : « Pourquoi n’es-tu pas parti à la guerre ? » Ka‘b répondit : « Que pourrais-je vous cacher ? Si j’avais eu affaire à un roi de ce monde, j’aurais tissé toutes sortes de paroles pour lui plaire. J’en suis capable. Je suis un homme éloquent et habile dans la controverse. Je ne vous cacherai pas la vérité. Il se peut qu’Allah me pardonne ainsi. En revanche, si je mentais, vous seriez satisfait de moi sur-le-champ, mais Allah vous rendrait mécontent à mon sujet, et cela ne me serait nullement agréable. En réalité, je n’avais aucune excuse pour ne pas partir. J’étais en bonne santé, robuste et suffisamment riche pour me procurer l’équipement nécessaire à la guerre. Malgré cela, par malheur, je ne suis pas parti. » Après l’avoir écouté, le Messager (s.a.s.) dit : « Tu as dit la vérité. Va maintenant. Nous verrons quelle décision Allah prendra à ton sujet. »

Après avoir quitté l’assemblée du Messager d’Allah (s.a.s.), quelques hommes des Banû Salima lui dirent : « Vous n’aviez jamais commis de faute auparavant. C’est la première fois que cela vous arrive. Pourtant, vous n’avez pas réussi à présenter une excuse valable. Comme les autres, vous auriez dû invoquer quelque excuse ; le Messager (s.a.s.) aurait prié pour qu’Allah vous pardonne votre péché, et Allah vous aurait pardonné. Mais vous n’avez pas su le faire. » En les entendant, Ka‘b eut envie de retourner auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et de retirer sa déclaration précédente. Après avoir réfléchi quelque temps, il demanda : « Y a-t-il quelqu’un d’autre dans ma situation ? » Il apprit qu’il y en avait encore deux : Murâra ibn ar-Rabî‘ et Hilâl ibn Umayya. Tous deux étaient des serviteurs extrêmement pieux et des Compagnons ayant participé à Badr. En entendant leurs noms, il fut quelque peu rassuré et réprima son envie de présenter une nouvelle excuse.

Le Noble Messager (s.a.s.) interdit de parler aux trois hommes mentionnés précédemment. Cette interdiction resta en vigueur pendant cinquante jours. Les gens les regardaient du coin de l’œil et ne leur adressaient pas la parole. Murâra et Hilâl s’enfermèrent chacun dans leur maison. Jour et nuit, ils ne faisaient que pleurer. Ka‘b était jeune. Était-il possible pour lui de rester assis chez lui ? Il se rendait à la mosquée pour les cinq prières quotidiennes et se promenait aussi dans les marchés. Mais aucun musulman ne manifestait, même par inadvertance, le désir de lui parler.

Ka‘b se rendait à la mosquée et saluait le Messager (s.a.s.) après la prière. Le Messager (s.a.s.) restait assis sur son tapis de prière. Ka‘b observait attentivement si le Messager (s.a.s.) répondait à son salut et si ses lèvres bougeaient. Puis il se mettait de nouveau à prier juste à côté du Messager d’Allah (s.a.s.). Du coin de l’œil, il le regardait peu à peu, et le Messager (s.a.s.) le regardait également du coin de l’œil. Lorsque Ka‘b, ayant terminé sa prière, se tournait vers le Messager d’Allah (s.a.s.), celui-ci détournait son visage de lui.

Le comportement des membres de sa famille envers Ka’b (ra) était également le même. Abû Qatâdah (ra) était le cousin paternel de Ka’b. Un jour, Ka’b monta sur le mur de sa maison et le salua, mais Qatâdah ne lui répondit pas. Ka’b jura par trois fois et dit : « Tu sais pourtant combien j’aime Allah et Son Messager. » La dernière fois, Qatâdah se contenta de répondre : « Allah et Son Messager sont les seuls à mieux le savoir. »

Profondément attristé par cette réponse de Qatâdah (ra), Ka’b (ra) se dit à lui-même : « À présent, il ne reste même plus personne pour témoigner de ma foi. » Des larmes coulèrent de ses yeux. Il se dirigea vers le marché. Entre-temps, un Nabatéen originaire du Shâm le cherchait sur le marché. En voyant Ka’b, les gens le lui désignèrent en disant : « Le voici qui arrive. » Cet homme avait apporté une lettre du roi ghassanide adressée à Ka’b. Ka’b la prit et la lut. Elle disait : « Ton ami (le Messager, paix et bénédictions sur lui) t’a traité avec beaucoup d’injustice. Tu n’es pas le fils d’une famille ordinaire. Viens auprès de moi. » Après avoir lu la lettre, il déclara : « Voilà encore une épreuve. » Puis il la jeta dans un fourneau ardent.

Ainsi s’écoulèrent quarante jours. Au terme de ces quarante jours, un homme envoyé par le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) vint le trouver et lui dit : « L’ordre du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) est que tu restes séparé de ton épouse. » Ka’b demanda : « Dois-je divorcer d’elle ? » Il répondit : « Non, reste seulement séparé d’elle. »

Ka’b (ra) lui dit : « Va chez tes parents et reste-y jusqu’à ce qu’une décision d’Allah à mon sujet nous parvienne. » Le même ordre fut donné aux deux autres, Hilâl et Murârah (ra). Hilâl était âgé. Son épouse se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) et obtint une permission spéciale pour s’occuper de son mari. Les proches de Ka’b dirent également à son épouse : « Va toi aussi auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) et demande la permission de t’occuper de ton mari. » Mais elle refusa en disant : « Je n’irai pas. Qui sait ce que le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) pourrait dire ? »

Le cinquantième jour, après avoir accompli la prière de l’aube, Ka’b (ra) était assis sur le toit de sa maison. Il pensait : « Ma vie est devenue un fardeau. Le ciel et la terre se sont rétrécis pour moi. » Alors qu’il se livrait à de telles pensées accablantes, une voix s’éleva du sommet du mont Sal‘ : « Ka’b, écoute ! Une bonne nouvelle pour toi ! » Il comprit que son invocation et son repentir avaient été acceptés. Aussitôt, il se prosterna et remercia Allah le Très-Haut. Il implora le pardon pour sa faute. Peu après, deux hommes, dont l’un était à cheval, vinrent lui annoncer la bonne nouvelle. Ka’b ôta le vêtement qu’il portait et le leur donna. Comme il n’avait pas d’autre vêtement, il le leur redemanda, le remit, puis se précipita auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui).

Entre-temps, la nouvelle s’était répandue à Médine. Des groupes de gens commencèrent à se diriger vers sa maison. Tous ceux qu’il rencontrait en chemin le félicitaient. Lorsqu’il arriva à la mosquée du Prophète, il trouva le Messager (paix et bénédictions sur lui) assis au milieu des Compagnons. Dès qu’il entra dans la mosquée, Talhah (ra) accourut et lui serra la main. Les autres, cependant, restèrent assis à leur place. Ka’b (ra) s’avança et salua le Noble Messager (paix et bénédictions sur lui). At-Tabarânî rapporte qu’après l’acceptation de son repentir, Ka’b se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui), saisit ses deux mains bénies et les embrassa.²⁷ À ce moment-là, le visage béni du Noble Messager rayonnait comme la lune. Il dit à Ka’b (ra) : « Je t’annonce une bonne nouvelle : depuis ta naissance, jamais un jour aussi heureux que celui-ci n’est venu dans ta vie. »

« M’avez-vous pardonné ? » Le Messager (paix et bénédictions sur lui) répondit : « Ce n’est pas moi, c’est Allah qui t’a pardonné. » Puis il leur récita le verset 117 de la sourate At-Tawbah, qui venait d’être révélé à leur sujet : « Allah a accueilli le repentir du Prophète, ainsi que celui des Muhâjirûn et des Ansâr qui l’avaient suivi à un moment difficile, alors que les cœurs d’un groupe d’entre eux étaient sur le point de dévier. Puis Il accueillit leur repentir. Il est certes Compatissant et Miséricordieux envers eux. » À la fin de la récitation, Ka’b s’écria, dans un immense élan de joie : « Je donne tous mes biens en aumône. » Le Messager (paix et bénédictions sur lui) dit : « Pas tous ; donne-en une partie. » Ka’b donna ses biens de Khaybar. Puis il déclara : « Allah m’a délivré grâce à ma sincérité. Je m’engage à ne dire désormais, le restant de ma vie, que la vérité. »

L’épreuve extrême à laquelle Ka’b et ses deux compagnons furent soumis pour avoir dit la vérité est sans équivalent dans l’histoire de l’Islam. Même face à une si grande épreuve, ils ne perdirent pas courage. Cet état douloureux qui fut le leur est décrit de manière remarquable dans ce verset du Noble Coran :

« Et les trois autres qui avaient été laissés en arrière, lorsque, malgré son immensité, la terre leur parut étroite et que leur existence devint pénible ; et lorsqu’ils comprirent qu’il n’y avait aucun refuge en dehors d’Allah, alors Il se tourna vers eux avec clémence afin qu’ils reviennent à Lui. Certes, Allah est Miséricordieux et Compatissant. Ô vous qui croyez, craignez Allah et soyez avec les véridiques. » (Sourate at-Tawbah, 118-119)

Dans ce verset, il est dit qu’ils avaient été laissés en arrière. Cela ne signifie pas qu’ils étaient restés en arrière de l’expédition militaire. Cela signifie plutôt que la décision les concernant avait été suspendue et qu’ils attendaient la décision du Messager d’Allah, venant de la part d’Allah.

Ka‘b dit : Le verset concernant l’acceptation de notre repentir fut révélé alors qu’il ne restait plus qu’un tiers de la nuit. Umm Salama dit alors : Ô Prophète d’Allah ! Devons-nous annoncer la bonne nouvelle à Ka‘b ? Le Messager d’Allah répondit : Alors les gens afflueront et vous ne pourrez plus dormir.²⁸

Il existe de nombreuses divergences concernant l’année de la mort de Ka‘b. Ibn Hibban affirme qu’il mourut à l’époque du martyre de ‘Ali. Ibn Abi Hatim dit qu’il devint aveugle sous le califat de Mu‘awiya. L’imam al-Bukhari mentionne seulement, à propos de sa mort, qu’il composa une élégie à la mort de ‘Uthman ; nous ne disposons d’aucune information sur son rôle dans le conflit entre Mu‘awiya et ‘Ali. L’imam al-Baghawi dit avoir appris qu’il mourut en Syrie, sous le califat de Mu‘awiya. Abu al-Faraj al-Isfahani rapporte dans son ouvrage Kitab al-Aghani, avec une chaîne de transmission faible, que Hassan ibn Thabit, Ka‘b ibn Malik et an-Nu‘man ibn Bashir se rendirent un jour auprès de ‘Ali et discutèrent avec lui au sujet de l’assassinat de ‘Uthman. Ka‘b récita alors à ‘Ali une élégie qu’il avait composée en l’honneur de ‘Uthman. Puis ils se levèrent et se rendirent directement auprès de Mu‘awiya. Mu‘awiya leur accorda les honneurs qui leur convenaient.²⁹

Selon al-Haytham et al-Mada’ini, Ka‘b mourut en l’an 40 de l’Hégire. Il est toutefois également rapporté qu’il mourut en l’an 51. Al-Waqidi a rapporté qu’il mourut en l’an 50. Cependant, l’opinion la plus répandue et la plus exacte est qu’il mourut entre les années 50 et 55 de l’Hégire (670-673 apr. J.-C.), à l’âge d’environ 77 ans.³⁰

Les ouvrages de sîra mentionnent les noms de ses cinq fils : ‘Abdullah, ‘Ubaydullah, ‘Abd ar-Rahman, Ma‘bad et Muhammad. Vers la fin de sa vie, Ka‘b devint aveugle.³¹ Ses fils le conduisaient en le tenant par la main.³² Ibn Ishaq rapporte, par l’intermédiaire de son fils ‘Abd ar-Rahman, que celui-ci a dit : Vers la fin de sa vie, lorsque mon père devint aveugle, je l’accompagnais. Lorsque je le conduisais à la prière du vendredi, dès qu’il entendait l’appel à la prière, il invoquait le pardon en faveur d’Abu Umama As‘ad ibn Zurara. Chaque fois qu’il entendait l’appel du vendredi, je le voyais toujours accomplir cet acte. La chose m’intrigua. Un vendredi, alors que je l’accompagnais, il entendit l’appel à la prière en chemin et commença à invoquer Allah en faveur d’Abu Umama. Je lui demandai : Père, pourquoi invoquez-vous ainsi en faveur d’Abu Umama chaque fois que vous entendez l’appel du vendredi ? Il répondit : Mon fils, avant l’arrivée du Messager d’Allah à Médine, c’est lui qui nous rassembla et établit le premier la prière communautaire du vendredi. Elle se tenait à l’endroit appelé Naqi‘ al-Khadimat, près du mont Hazm an-Nabit, chez les Banou Bayda, dans la région d’al-Harra. Je demandai : Combien étiez-vous alors ? Il répondit : Quarante.³³

Les recueils de hadiths contiennent au total quatre-vingts hadiths rapportés par Ka‘b.³⁴ Toutefois, l’imam adh-Dhahabi affirme que le nombre de hadiths qu’il a rapportés s’élève à trente. Parmi ceux-ci, trois sont reconnus par al-Bukhari et Muslim ; l’un est rapporté exclusivement par al-Bukhari et deux exclusivement par Muslim.³⁵ Il a rapporté des hadiths directement du Messager d’Allah et d’Usayd ibn Hudayr.³⁶

Parmi les savants qui ont rapporté des hadiths de Ka‘b, les plus éminents sont notamment : ‘Abdullah ibn ‘Abbas, Jabir ibn ‘Abdullah et Abu Umama al-Bahili. Ces trois hommes étaient des Compagnons. Parmi les tabi‘un, on compte notamment l’imam Baqir, ‘Amr ibn Hakam ibn Sawban, ‘Ali ibn Abi Talha, ‘Umar ibn Kathir ibn Aflah, ‘Umar ibn al-Hakam ibn Rafi‘, les cinq fils de Ka‘b et son petit-fils ‘Abd ar-Rahman ibn ‘Abdullah.³⁷

Selon le récit d’al-Balâdhurî, Rahmân ibn Abdallah, chargé de la zakat et de la sadaqa auprès des tribus Aslam, Ghifâr et Juhayna par le Noble Messager, figure notamment parmi les personnes particulièrement remarquables.³⁸

À l’occasion de la mort en martyr tragique de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), Ka‘b (qu’Allah l’agrée) composa une élégie funèbre et la récita à ‘Alî (qu’Allah l’agrée). En voici la traduction de quelques vers :³⁹

1. ‘Uthmân replia ses deux mains, puis ferma la porte. Il avait la ferme conviction qu’Allah n’était pas indifférent.

2. Il dit à ceux qui se trouvaient dans la maison : « Ne prenez pas part au combat. » Qu’Allah pardonne à ceux qui n’ont pas combattu.

3. Après avoir créé l’amitié, comment Allah a-t-Il pu insuffler dans leurs cœurs l’inimitié, la jalousie et la haine ?

4. Et comment le bien leur tourna-t-il le dos pour s’enfuir comme une autruche ? Après avoir entendu le poème, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) fit ce commentaire : « ‘Uthmân s’est sacrifié. Et ce sacrifice fut extrêmement douloureux. Quant à vous, vous fûtes alors pris de peur. Cette peur était de la pire espèce. »

Lors du conflit et de l’affrontement qui eurent lieu entre ‘Alî et Mu‘âwiya (qu’Allah les agrée tous deux), Ka‘b (qu’Allah l’agrée) ne se rangea du côté d’aucun des deux et resta à l’écart de l’un comme de l’autre.

L’honnêteté et la véracité constituaient un trait particulier du caractère de Ka‘b (qu’Allah l’agrée). Beaucoup n’ont pas été capables d’adopter ce trait comme il l’avait fait. Après que son invocation eut été acceptée, il ne recourut jamais, durant toute sa vie, à la moindre forme de mensonge. Il déclara lui-même : « Par Allah ! Depuis le jour où j’ai dit ces paroles au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) jusqu’à aujourd’hui, je n’ai plus dit le moindre mensonge. »⁴⁰ Avant la bataille de Tabûk, sa vie avait été d’une grande pureté. C’est pourquoi, lorsque le malheur de Tabûk s’abattit sur lui, les membres de sa propre tribu, les Banû Salima, purent lui dire : « Par Allah ! Nous ne t’avons jamais vu commettre auparavant la moindre faute. »⁴¹

Ka‘b (que Dieu l’agrée) était l’un des plus grands poètes de son époque. Parmi les poètes arabes de son temps, il était de ceux qui composaient le plus de poèmes. Il s’était déjà acquis une renommée de poète à l’époque antéislamique. Selon les critiques littéraires, ses poèmes étaient d’une très grande qualité.⁴² À Médine, parmi les trois poètes qui, aux côtés du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), formèrent une défense inexpugnable contre les poètes qurayshites et leurs compatriotes, Ka‘b (que Dieu l’agrée) était l’un des trois. Ils infligeaient une réponse cinglante aux poètes hostiles à l’islam.⁴³ Ibn Sîrîn dit : « Ces trois poètes étaient Hassân ibn Thâbit, ‘Abdullah ibn Rawâha et Ka‘b ibn Mâlik. Ils étaient les meilleurs poètes parmi les Compagnons du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). »⁴⁴

Après avoir embrassé l’islam, Ka‘b composa de nombreux poèmes critiquant les divinités des Qurayshites. Dans l’un de ses vers, il dit :⁴⁵

Nous oublierons al-Lât, al-‘Uzzâ et Wadd, et nous leur arracherons leurs colliers et leurs boucles d’oreilles. »

Les trois principaux poètes de la cour du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avaient des thèmes poétiques différents. Le thème essentiel de la poésie de Ka‘b était d’inspirer la peur dans le cœur des mécréants en les menaçant de guerre, et de débarrasser les musulmans de la crainte afin de les rendre fermes et inébranlables. Ibn Sîrîn dit :⁴⁶ « Ka‘b effrayait les mécréants en évoquant la guerre dans ses poèmes. Il disait : “Nous avons fait ceci, nous faisons cela ou nous le ferons.” Hassân décrivait dans ses poèmes les défauts et les vices des mécréants, ainsi que leurs guerres et leurs conflits. Quant à Ibn Rawâha, il les blâmait et les condamnait en mentionnant leur mécréance, leur rejet d’Allah et du Messager, ainsi que leur désobéissance. »

‘Abdur-Rahmân, le fils de Ka‘b (que Dieu l’agrée), rapporte que son père dit un jour : « Ô Messager d’Allah, Allah a déjà révélé ce qu’Il devait révéler au sujet des poètes. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) répondit : « Le véritable combattant lutte avec son épée et avec sa langue. Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, vous lancez sur vos ennemis les pointes de vos flèches (avec votre langue) ! »

Ibn Ishâq rapporte que lorsque furent révélés les versets 224 à 226 de la sourate Ash-Shu‘arâ — « Seuls les égarés suivent les poètes. Ne vois-tu pas qu’ils divaguent dans toutes les vallées » — les poètes Hassân, ‘Abdullah et Ka‘b se présentèrent en pleurant devant le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Ils dirent : « Ô Prophète d’Allah ! Lorsqu’Allah a révélé ce verset, Il savait certainement que nous étions des poètes. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) leur récita alors la partie faisant exception au verset : « À l’exception de ceux qui croient, accomplissent de bonnes œuvres, mentionnent abondamment Allah et se défendent après avoir été opprimés. » Puis il dit : « Vous êtes ceux-là. »⁴⁸

Ka‘b (que Dieu l’agrée) composa de nombreux vers pour dénigrer les Qurayshites, adversaires de l’islam. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) déclara lui-même qu’un de ses vers avait été agréé auprès d’Allah. Il est rapporté de Jâbir qu’un jour le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit à Ka‘b : « Dans le vers que tu as composé, ton Seigneur ne t’a pas oublié. » Ka‘b demanda : « Quel vers ? » Le Messager dit alors à Abû Bakr : « Pourriez-vous réciter ce vers ? » Abû Bakr le récita.⁴⁹ Ce vers a été recueilli dans les anciennes sources arabes.⁵⁰ En voici la traduction : « Sakhîna s’est imaginé qu’elle vaincrait son Seigneur. Le Vainqueur de tous les vainqueurs — Allah — triomphera certainement. »

Ici, « sakhîn » désigne une sorte de nourriture préparée avec de la farine et du beurre clarifié, ou avec de la farine et des dattes. C’était un aliment très apprécié des Qurayshites. Ils en mangeaient également en très grande quantité. C’est pourquoi le poète a appelé les Qurayshites « Sakhîna ». Par cette appellation, il les rabaissait et les insultait essentiellement.⁵¹

Ka‘b (qu’Allah l’agrée) composait des poèmes et les récitait au Messager (que Dieu le bénisse et le salue). Parfois, le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) en corrigeait certains mots en les remplaçant. Ka‘b acceptait humblement ces corrections et s’en estimait honoré.52

Dans la société arabe de son époque, la poésie de Ka‘b (qu’Allah l’agrée) avait réussi à exercer une influence extraordinaire. Lorsque le Noble Messager (que Dieu le bénisse et le salue), après avoir achevé la bataille de Hunayn, se rendit vers Taïf, elle eut un tel impact que ceux qui l’entendirent embrassèrent l’islam. Le sens des deux vers est le suivant :

« De Tahama et de Khaybar, nous avons chassé toute haine et toute rancœur, puis nous avons remis les épées au fourreau.

À présent, nous lui accordons de nouveau le choix entre deux possibilités. Si l’épée pouvait parler, elle dirait : cette fois, c’est au tour de Daws ou de Thaqif. »

Ibn Sirin dit : lorsque la tribu de Daws entendit ces deux vers, elle fut prise de peur. Ses membres dirent : « Il convient maintenant de devenir musulmans ; sinon, notre sort sera pareil à celui des autres. » Ils embrassèrent alors tous ensemble l’islam.53

Depuis sa conversion à l’islam jusqu’au dernier jour de sa vie, Ka‘b (qu’Allah l’agrée) consacra son talent poétique au service de l’islam et des musulmans. De même qu’il saisissait l’épée lorsque les circonstances l’exigeaient, il menait aussi la guerre par la parole. Il relata dans ses poèmes tous les événements de l’histoire de l’islam survenus de son vivant. À la bataille de Badr, Ubayda ibn al-Harith fut martyrisé. Il composa une élégie funèbre en sa mémoire.54 Il composa également de nombreux poèmes sur la bataille d’Uhud et les martyrs de cette bataille. Il écrivit beaucoup de poèmes en mémoire de Hamza (qu’Allah l’agrée), l’oncle du Messager (que Dieu le bénisse et le salue) et l’un des principaux martyrs de cette bataille, le maître des martyrs. À cette époque, il eut une vive rivalité avec les poètes idolâtres de La Mecque. On en trouve un aperçu dans la Sîra d’Ibn Hicham.55

Dans une élégie funèbre composée à la gloire de Hamza, il s’adresse ainsi à Safiyya bint Abd al-Muttalib, la sœur de Hamza :56

1. Lève-toi, Safiyya, ne t’effondre pas. Appelle les femmes à se lamenter sur la mémoire de Hamza.

2. Ne te lasse pas de longs lamentations pour le malheur qui s’est abattu sur le Lion d’Allah et qui a fait trembler le cœur des hommes.

3. Il était un symbole de dignité pour les orphelins. En armes, il était tel un lion.

4. Par toutes ses actions, il ne recherchait que la satisfaction d’Ahmad et l’agrément d’Allah, le Maître unique du Trône et de la gloire.

Lors du massacre cruel des représentants du Messager d’Allah à Bir Ma‘ûna, la voix du poète Ka‘b s’éleva avec force, et il composa de nombreux poèmes pour condamner les meurtriers.57 L’exil de la tribu juive médinoise des Banû Nadîr et le meurtre du chef juif Ka‘b al-Ashraf sont évoqués dans l’un de ses longs poèmes. Il y répondit également aux satires des poètes adverses visant cet événement.58

La bataille de la Tranchée est également évoquée dans ses poèmes. Il composa de longs poèmes pour condamner l’armée et les poètes adverses.59 La bataille des Banû Lihyân y est aussi mentionnée.60 Il se fit également entendre à propos de l’affaire de Dhû Qâr.61 La conquête de Khaybar est elle aussi dépeinte dans ses poèmes.62 Les martyrs de la bataille de Mu’ta laissèrent une profonde empreinte dans son cœur. En leur mémoire, il composa une qasîda pleine d’émotion.63 Ainsi, par sa langue, ce grand poète du Messager d’Allah demeura célèbre dans l’histoire : il fit entendre sa voix à propos de tous les événements et de toutes les batailles de la première période de l’islam, employant comme il se devait le talent qu’Allah lui avait accordé. Certains de ses vers sont devenus des proverbes et des maximes dans la littérature arabe. Rawh ibn Zunbâ rapporte qu’un de ses vers, composé à la louange d’un homme de la propre tribu de Ka‘b, est considéré comme le plus héroïque de la poésie arabe.64

Sources :

Hassân ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée)

Les ouvrages consacrés à la vie du Prophète mentionnent plusieurs surnoms ou kunyas de Hassân (qu’Allah l’agrée) : Abû al-Walîd, Abû al-Madrab, Abû al-Husâm et Abû Abdir-Rahmân. Toutefois, Abû al-Warîd est le plus célèbre.1 Son لقب ou titre était « le poète du Messager d’Allah », ou le poète du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Son père s’appelait Thâbit ibn al-Mundhir et sa mère al-Furay‘a bint Khâlida.2 Ibn Sa‘d rapporte, d’après al-Wâqidî, que le nom de sa mère était al-Furay‘a bint Hurayth.3 Tous deux étaient issus du clan des Banû Najjâr, de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. Parce qu’ils étaient issus des Banû Najjâr, la tribu maternelle du Messager d’Allah, ils étaient liés à celui-ci par la parenté et le sang.4 Sa mère, al-Furay‘a, connut l’avènement de l’islam, l’embrassa et obtint le rang de compagne du Prophète.5 Elle était la cousine de Sa‘d ibn ‘Ubâda (qu’Allah l’agrée), le célèbre chef de la tribu des Khazraj.6 Le vénérable Hassân (qu’Allah l’agrée) a conservé le nom de sa mère, al-Furay‘a, dans l’un de ses vers.7 Le célèbre Compagnon Shaddâd ibn Aws (qu’Allah l’agrée) était le neveu de Hassân (qu’Allah l’agrée).8 Hassân (qu’Allah l’agrée) était un Compagnon, le poète attitré du Messager d’Allah, l’imam de tous les poètes croyants du monde, et son talent poétique était soutenu par l’Esprit saint, Jibrîl.9

Ibn Sallam al-Jumahî dit : le père de Hassân, Thâbit ibn al-Mundhir, était un chef et un homme honoré de son peuple. Son grand-père, al-Mundhir, avait été, à l’époque préislamique, l’arbitre des deux tribus médinoises, les Aws et les Khazraj, lors de la bataille de Sumayya, et avait tranché leur différend. On en trouve une description dans la poésie du poète Hassân. Un jour, le groupe Muzayna captura le père du poète. Lorsque la tribu du poète proposa une rançon pour le libérer, ils la refusèrent. Après une longue période de captivité, il fut libéré grâce à un échange de prisonniers proposé par son père.10 Le grand-père de Hassân, al-Mundhir, était un homme très généreux et épris de paix.

Hassân naquit à Yathrib (Médine) en 563 de l’ère chrétienne, environ soixante ans avant l’Hégire. La forteresse de Fâri‘, située à l’ouest de la mosquée du Prophète construite plus tard, en face de Bâb al-Rahma, était leur demeure ancestrale. On en trouve une description dans la poésie de Hassân.11 Il grandit comme poète et fit de la poésie sa source de subsistance. Il fréquentait les palais royaux de Jillaq et de Hîra, dans l’Arabie ancienne. Il était toutefois particulièrement attaché aux empereurs ghassanides. Une profonde amitié se développa entre Hassân et eux. Il composa en leur éloge de nombreux et magnifiques poèmes. Les critiques littéraires considèrent certains d’entre eux comme faisant partie des meilleurs poèmes de Hassân.12 Les empereurs lui témoignèrent en retour une grande générosité. Leur relation subsista même après l’avènement de l’islam.13

Le dernier empereur de l’Empire ghassanide fut Jabala ibn al-Ayham. Le poète Hassân composa de nombreux poèmes à sa louange. Le déclin de cet empire survint lorsque, sous le califat de ‘Umar, le drapeau de l’islam fut hissé dans toute la Syrie. Après sa défaite, Jabala ibn al-Ayham embrassa l’islam et séjourna quelque temps au Hijaz. Il s’y rendit un jour pour accomplir le pèlerinage. Au cours du tawâf autour de la Kaaba, son pan de vêtement fut accidentellement foulé par un Bédouin arabe ; il le gifla et ‘Umar lui ordonna de subir la même représaille. Jabala se défendit en disant : « Je suis un roi. Comment un Bédouin pourrait-il me gifler ? » ‘Umar répondit : « L’islam vous a placés, lui et toi, sur le même rang. » Jabala demanda un délai, prétendant vouloir réfléchir à la question. Puis, dans l’obscurité de la nuit, il s’enfuit vers l’Empire romain. Il apostasia par la suite et y mourut.14

Alors qu’il se trouvait dans l’Empire romain, Jabala rencontra un jour un envoyé dépêché par Mu‘âwiya. Il s’enquit auprès de lui de la santé de Hassân. L’envoyé répondit : « Il est maintenant accablé par la vieillesse. Il est devenu aveugle. » Jabala lui remit mille dinars destinés à Hassân. L’envoyé retourna à Médine et trouva le poète dans la mosquée du Prophète. Il lui dit : « Votre ami Jabala vous adresse ses salutations. » Le poète répondit : « Alors, donne-moi ce que tu as apporté. » L’envoyé dit : « Abû al-Walîd, comment avez-vous su que j’avais apporté quelque chose ? » Il répondit : « Chaque fois qu’une lettre de sa part arrive, elle est toujours accompagnée de quelque chose. »15

Al-Asma‘î a rapporté ceci : un empereur ghassanide envoya un jour au poète Hassân, par l’intermédiaire d’un émissaire, cinq cents dinars et quelques pièces de tissu. Il avait dit à l’émissaire que, s’il n’était plus en vie, il devait étendre les étoffes sur sa tombe et acheter avec les dinars un chameau qu’il sacrifierait près de sa tombe. L’émissaire arriva à Médine, rencontra le poète et lui rapporta ses paroles. Le poète lui dit : « Tu m’as trouvé mort. »16

Tout comme à la cour royale ghassanide, le poète Hassân jouissait également d’une grande influence et d’un grand prestige à la cour royale de Hîra. Jurjî Zaydân dit : « Parmi les poètes arabes célèbres de l’époque préislamique qui fréquentaient la cour royale de Hîra et y avaient obtenu une place d’honneur grâce à leur talent poétique, Hassân était l’un des plus éminents. »17

Avant l’islam, le poète Hassân servait de porte-parole de sa tribu dans les guerres qui opposaient les deux tribus éternellement rivales de Yathrib, les Aws et les Khazraj. C’est ainsi qu’il se lança dans une joute poétique avec les deux plus grands poètes de la tribu adverse des Aws, Qays ibn Khutaym et Abû Qays ibn al-Aslat.18

Les quatre générations de la famille de Hassân vécurent extrêmement longtemps. Chacune vécut cent vingt ans. Aucune autre famille arabe n’a vu quatre générations successives vivre aussi longtemps : l’arrière-grand-père de Hassân, Haram, son grand-père, al-Mundhir, son père, Thâbit, et lui-même vécurent tous cent vingt ans.19

Lorsque Hassân embrassa l’islam, il était déjà arrivé à un âge avancé. Il se convertit au début de la propagation de l’islam à Médine. Au moment de l’émigration du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) à Médine, Hassân avait soixante ans.20 Ibn Ishaq rapporte, d’après Abd ar-Rahman, le petit-fils de Hassân, qu’au moment de l’émigration Hassân avait soixante ans, tandis que le Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) en avait cinquante-trois. Ibn Sa‘d rapporte en outre qu’il vécut soixante ans à l’époque de la Jâhiliyyah et soixante ans dans l’islam.21

Concernant l’avènement du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam), Ibn Ishaq a rapporté un récit de Hassân. Hassân dit : « J’étais alors un garçon vif et intelligent de sept ou huit ans. Je comprenais tout ce que j’entendais. Un jour, j’entendis un Juif monter sur une tour de Yathrib et crier pour appeler les gens. Lorsque les gens se furent rassemblés, il se mit à dire : “Cette nuit, l’étoile d’Ahmad est apparue. Ahmad sera envoyé aujourd’hui dans le monde en tant que prophète.” »22

Ibn al-Kalbî dit : « Hassân était un homme éloquent et courageux. À la suite d’une maladie, la lâcheté s’empara de lui. Dès lors, il ne pouvait plus regarder en direction d’une bataille et ne participa à aucune guerre. »23 Toutefois, un récit d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) indique qu’il participa à diverses batailles. L’érudit Ibn Hajar al-‘Asqalânî écrit : « Une fois, on annonça à Ibn ‘Abbâs : “Hassân al-La‘în (Hassân le maudit) est arrivé.” Il répondit : “Hassân n’est pas maudit. Il a combattu aux côtés du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) par sa vie et par sa langue.” »24 L’érudit adh-Dhahabî dit que ce récit prouve qu’il participa au jihâd.25

Ce récit contredit tout ce qui est rapporté au sujet de la participation directe de Hassân (qu’Allah l’agrée) aux combats. Lors de la bataille du Fossé — ou, selon une autre version, de celle d’Uhud — le Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) plaça les femmes musulmanes sous la protection de la forteresse de Fâri‘ de Hassân. Hassân se trouvait également avec elles. Parmi ces femmes se trouvait Safiyya bint ‘Abd al-Muttalib, la tante paternelle du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam). Un jour, elle vit un Juif rôder autour de la forteresse. Elle craignit qu’un grand malheur ne survienne s’il découvrait où se trouvaient les femmes, car le Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) était alors engagé dans un combat direct avec son armée. Elle dit à Hassân : “Tue ce Juif, sinon il révélera notre position aux Juifs.” Hassân répondit : “Vous savez bien que je n’en suis pas capable. Si j’en avais le courage, je serais aux côtés du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam).” Safiyya saisit alors un poteau de tente et se jeta sur le Juif, qu’elle tua. Puis elle dit à Hassân : “Va maintenant chercher ce qu’il avait avec lui.” Il répondit : “Puisque je suis une femme et lui un homme, je ne peux pas m’en charger. C’est à toi de le faire.” Hassân répondit : “Ces objets ne sont pas nécessaires.”26

Une autre version rapporte que, après avoir tué l’homme et lui avoir tranché la tête, Safiyya la rapporta à Hassân et lui dit : « Tiens, va la jeter parmi les Juifs, au pied de la forteresse. » Il répondit : « Ce n’est pas mon rôle. » Safiyya jeta alors elle-même la tête parmi les Juifs. Pris de peur, ceux-ci se dispersèrent.27

Hassân (qu’Allah l’agrée), même sans participer physiquement aux combats, combattit le Messager éminent par sa langue. Lorsque, pendant la bataille de Banû Nadîr, le Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) les assiégea et brûla leurs arbres, Hassân composa un poème pour le soutenir. Banû Nadîr et les Quraysh de La Mecque avaient conclu un pacte d’aide et de coopération mutuelles. Il blâma donc les Quraysh dans son poème en disant : « Les musulmans ont brûlé les vergers de Banû Nadîr, et vous ne leur avez été d’aucune utilité. » Lorsque ce poème parvint à La Mecque, le poète qurayshite Abû Sufyân ibn al-Hârith dit : « Qu’Allah vous accorde toujours une telle force d’action, afin que Médine elle-même soit réduite en cendres par les incendies qui l’entourent. Quant à nous, nous resterons au loin à regarder le spectacle. »28

La cinquième année de l’Hégire, alors que l’on revenait à Médine après la bataille d’al-Muraysî‘, un événement inattendu se produisit. Des hypocrites en quête d’occasions amplifièrent démesurément l’affaire. Ils calomnièrent la réputation parfaitement chaste de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Le chef des hypocrites, ‘Abdullah ibn Ubayy, fut le premier à s’engager dans cette voie. Quelques musulmans sincères tombèrent également dans le piège de leur complot, notamment Hassân, Mistah ibn Uthâtha et Hamna bint Jahsh. Lorsque furent révélés les versets du Coran déclarant l’innocence de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) fit appliquer aux calomniateurs la peine prescrite par le Coran, soit quatre-vingts coups de fouet. Cette information est rapportée dans les deux Sahîh d’après l’imam az-Zuhrî.29 Certains ont toutefois nié que cette peine ait été appliquée.30

Cependant, après avoir analysé la vie, les actes et la poésie de Hassân, certains ont soutenu qu’il n’avait en aucune manière été impliqué dans l’affaire de l’Ifk, ou de la calomnie. Comme il s’était tenu aux côtés du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) et avait dévoilé le masque de noblesse des Quraysh polythéistes de La Mecque, exposant clairement leur obstination aux Arabes, les Quraysh qui embrassèrent l’islam par la suite le harcelèrent de diverses manières. Selon eux, Safwân ibn al-Mu‘attal fut à la tête de ceux qui jouèrent un rôle particulier dans l’association du nom de Hassân à l’affaire de l’Ifk. Hassân composa de nombreux poèmes remarquables à la gloire de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Dans l’un de ses vers, il nia l’accusation d’avoir été impliqué dans l’affaire de l’Ifk. Dans un autre, il critiqua sévèrement les émigrés qurayshites qui avaient contribué à associer son nom à cette affaire.31

Les spécialistes de la Sîra ont considéré comme les plus fiables les récits relatifs à son implication dans l’affaire de l’Ifk. C’est pourquoi, par la suite, de nombreux Compagnons et Tabi‘ûn ne le regardèrent pas d’un bon œil. Beaucoup le blâmèrent et le critiquèrent. Toutefois, Aïcha elle-même (qu’Allah l’agrée) et le Messager (ﷺ) lui avaient pardonné. De nombreux récits l’attestent. Il est rapporté d’après Aïcha (qu’Allah l’agrée) que seuls les croyants aiment Hassân, tandis que seuls les hypocrites le haïssent. Elle a également dit : « Hassân est une barrière entre les croyants et les hypocrites. » Chaque fois que quelqu’un disait du mal de Hassân (qu’Allah l’agrée) en présence d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle le lui interdisait.

À la fin de sa vie, après être devenu aveugle, Hassân (qu’Allah l’agrée) se rendit un jour chez Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle étendit un tapis et l’invita à s’y asseoir. Sur ces entrefaites, le frère d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), ‘Abd al-Rahmân (qu’Allah l’agrée), arriva. S’adressant à sa sœur, il dit : « Vous le faites asseoir sur votre tapis ? N’a-t-il pas tenu de tels propos au sujet de votre honneur ? » Aïcha répondit : « Il répondait aux mécréants au nom du Messager d’Allah (ﷺ) et, en répondant aux ennemis, apportait la paix au cœur du Messager d’Allah (ﷺ). À présent, il est devenu aveugle. J’espère qu’Allah ne le châtiera pas dans l’au-delà. »³³

Le célèbre Tabi‘î Masrûq raconte : « Un jour, nous nous rendîmes chez Aïcha (qu’Allah l’agrée) et nous trouvâmes Hassân assis là, lui récitant des poèmes composés à la louange d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il y avait notamment ce vers : »

« Hassânul-râzabûn mâ tuzannu birîbatin » — c’est-à-dire : « C’est une femme parfaitement chaste, dotée d’un grand honneur et d’une forte dignité ; son comportement ne laisse place à aucun soupçon. Elle commence sa journée exempte de médisance. »

Après avoir entendu ce vers, Aïcha commenta : « Mais vous, vous n’êtes pas ainsi. » Je dis à Aïcha (qu’Allah l’agrée) : « Pourquoi lui permettez-vous de venir ici ? Allah, exalté soit-Il, a pourtant déclaré que celui qui a joué un rôle de premier plan dans l’affaire de l’Ifk encourrait un immense châtiment. » (Sourate An-Nûr, 11.) Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Il est devenu aveugle. Il a donc déjà reçu le châtiment de son acte. Quel châtiment pourrait être plus grand que la cécité ? Il a défendu les Quraychites contre le Messager d’Allah (ﷺ) et les a sévèrement blâmés. »³⁴

‘Urwa raconte : « Un jour, j’insultai Hassân, le fils de Furay‘a, en présence d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Aïcha me dit : “Mon neveu, ne renonceras-tu pas à une telle attitude ? Ne l’insulte pas, car il répondait aux Quraychites au nom du Messager d’Allah (ﷺ).” »³⁵

Un jour, quelques femmes critiquèrent Hassân en présence d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Aïcha leur dit : « Ne le blâmez pas. Il a déjà reçu le châtiment sévère qu’Allah leur avait promis. Il est devenu aveugle. J’espère qu’Allah lui pardonnera en récompense des poèmes qu’il a composés à la louange du Messager d’Allah (ﷺ), en réponse aux poèmes du poète quraychite Abû Sufyân ibn al-Hârith. » Sur ces mots, elle récita quelques vers du poème de Hassân intitulé « Hajawta Muhammadan fa ajabtu ‘anhu ».³⁶

Ces récits montrent clairement que la Mère des croyants, Aïcha (qu’Allah l’agrée), avait pardonné au poète Hassân. Jusqu’au dernier jour de leur vie, de bonnes relations subsistèrent entre Aïcha (qu’Allah l’agrée) et lui.

Après le décès du Messager d’Allah (s.a.s.), Hassân (r.a.) resta longtemps en vie. Il existe de profondes divergences concernant la date de sa mort. Selon Ibn Ishaq, il mourut en l’an 54 de l’Hégire. Al-Haytham ibn Adî affirme qu’il mourut en l’an 40 de l’Hégire. L’imam adh-Dhahabî rapporte qu’il se rendit auprès de Jabala ibn al-Ayham et de l’émir Mu‘âwiya. C’est pourquoi Ibn Sa‘d a déclaré qu’il mourut sous le califat de Mu‘âwiya. Toutefois, selon l’opinion la plus répandue, il mourut en l’an 54 de l’Hégire, correspondant à 674 de l’ère chrétienne, à l’âge de 120 ans.³⁷

Abû ‘Ubayd al-Qâsim ibn Sallâm rapporte qu’en l’an 54 de l’Hégire moururent Hakîm ibn Hizâm, Abû Yazîd Huwaytib ibn ‘Abd al-‘Uzzâ, Sa‘îd ibn Yarbu‘ al-Makhzûmî et Hassân ibn Thâbit al-Ansârî. Chacun d’eux vécut 120 ans.³⁸

L’épouse de Hassân (r.a.) s’appelait Sîrîn. C’était une femme copte originaire d’Égypte. Al-Bayhaqî rapporte que le Noble Messager (s.a.s.) envoya le compagnon Hâtib ibn Abî Balta‘a (r.a.) comme émissaire auprès de « Maqûqis », le gouverneur d’Alexandrie. Maqûqis accueillit avec beaucoup d’égards l’émissaire du Messager d’Allah (s.a.s.). À son retour, il envoya des présents au Messager d’Allah (s.a.s.). Parmi ces présents se trouvaient également trois servantes coptes. Mâriya al-Qibtiyya (r.a.), la mère d’Ibrâhîm, le fils du Messager d’Allah (s.a.s.), était l’une de ces servantes. Parmi les deux autres, le Messager (s.a.s.) en donna une à Hassân ibn Thâbit et une à Muhammad ibn Qays al-‘Abdî. La servante offerte à Hassân était la sœur de la Mère des croyants, Mâriya al-Qibtiyya. Elle s’appelait Sîrîn. C’est d’elle que naquit ‘Abd ar-Rahmân, le fils de Hassân (r.a.). Cet ‘Abd ar-Rahmân et Ibrâhîm, le fils du Messager d’Allah (s.a.s.), étaient cousins germains du côté maternel.³⁹

Il a été mentionné précédemment que la forteresse du mont Fâri‘ était la demeure ancestrale de Hassân (r.a.). Lorsque Abû Talha (r.a.) distribua le verger de Bayruha‘ en aumône parmi ses proches, il en reçut une part. Il construisit ensuite sa demeure à cet endroit, qui se trouvait près d’al-Baqî‘. Plus tard, l’émir Mu‘âwiya (r.a.) acheta ce terrain auprès de lui et y construisit un palais, qui devint ensuite célèbre sous le nom de Qasr Banû Hudayla. Certains pensent que le Messager (s.a.s.) lui avait offert cette terre. Mais cela est inexact. L’affirmation que nous avons exposée plus haut est corroborée par un récit authentique d’al-Bukhârî.

Hassân (r.a.) avait une longue mèche de cheveux à l’avant de la tête. Il la laissait toujours tomber entre ses deux yeux. Il était extrêmement éloquent. C’est pourquoi on disait qu’il pouvait faire toucher l’extrémité de sa langue à celle de son nez. Il disait : « Aucun Arabe au parler doux ne peut me satisfaire. Si je pose le bout de ma langue sur les cheveux de la tête de quelqu’un, il deviendra chauve. Et si je la pose sur une pierre, elle se fendra. »⁴⁰

Hassân (r.a.) a rapporté certains hadiths du Messager d’Allah (s.a.s.). Parmi ceux qui ont rapporté des hadiths de lui, les plus remarquables sont notamment : al-Barâ’ ibn ‘Âzib, Sa‘îd ibn al-Musayyib, Abû Salama ibn ‘Abd ar-Rahmân, ‘Urwa ibn Khurayr, Abû as-Sahân, le mawla du Prophète, Nawfal, Khârija ibn Zayd ibn Thâbit, Yahyâ ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn Hâtib, ‘Â’isha, Abû Hurayra, Sulaymân ibn Yasâr, ‘Abd ar-Rahmân ibn Hassân, et d’autres.⁴¹ Ibn Sa‘d a mentionné Hassân (r.a.) dans la deuxième génération.⁴²

Après le décès du Messager d’Allah (s.a.s.), aucune activité politique de Hassân (r.a.) n’est connue sous le califat des deux premiers califes, Abû Bakr et ‘Umar (r.a.). Sous le califat de ‘Uthmân (r.a.), certains signes de nouveau fanatisme tribal apparurent chez lui. Il tenta, en prenant parti pour le calife ‘Uthmân (r.a.), de dresser les Banû Umayya contre ‘Alî (r.a.). Lorsque le calife ‘Uthmân (r.a.) tomba en martyr sous les coups des insurgés, il composa quelques poèmes visant les Banû Hâshim, et en particulier ‘Alî (r.a.).⁴³

La poésie constitue un chapitre distinct de la vie de Hassân (r.a.). Le talent poétique a toujours été apprécié par toutes les nations et tous les groupes. Cette qualité était particulièrement estimée dans l’Arabie préislamique. La pratique de la poésie était un goût très répandu chez les Arabes de cette époque. Dans l’Arabie d’alors, certaines tribus étaient réputées être des pépinières ou des sources de poètes. On peut citer, à titre d’exemple, les tribus de Qays, Rabî‘a, Tamîm, Mudar et Yaman. De nombreux poètes arabes naquirent dans ces tribus. Les deux tribus médinoises des Aws et des Khazraj appartenaient à cette dernière tribu de Yaman. La lignée ancestrale de Hassân (r.a.) rejoignait la leur dans les générations antérieures.

Parmi les tribus mentionnées ci-dessus, certaines familles avaient également hérité de la poésie de génération en génération. La famille de Hassân (qu’Allah l’agrée) était de celles-là. Dans les générations précédentes, son grand-père et son père, et dans les générations suivantes, son fils ʿAbd ar-Rahmân et son petit-fils Saʿîd ibn ʿAbd ar-Rahmân, ainsi que lui-même, étaient tous, à leur époque, des poètes éminents.⁴⁴ Une des filles de Hassân (qu’Allah l’agrée) était elle aussi une poétesse de grand talent. Un soir, dans sa vieillesse, Hassân (qu’Allah l’agrée) s’assit pour composer des vers. Après en avoir composé quelques-uns, il ne parvenait plus à trouver la rime. Comprenant son état, sa fille lui dit : « Père, il me semble que vous n’y arrivez plus. » Il répondit : « Tu as raison. » Elle demanda : « Puis-je composer quelques vers qui riment avec les tiens ? » Il dit : « Tu en es capable ? » Elle répondit : « Oui, je le peux. » Alors le vieillard récita un vers, et sa fille en composa un autre dans le même mètre, en accord avec sa rime. Hassân dit alors : « Tant que tu seras en vie, je ne composerai plus un seul vers. » Sa fille répondit : « Cela ne se peut pas ; pour ma part, je ne composerai plus aucun poème de votre vivant. »⁴⁵

À l’époque préislamique, nombre de poètes arabes étaient connus sous le nom d’« asḥâb al-mudhhahabât ». Le mot « mudhhahabât » dérive de « dhahab », qui signifie « or ». Comme certains poèmes remarquables de ces poètes avaient été écrits avec de l’eau d’or, ces poèmes étaient appelés « mudhhahabât ». Quant au mot « asḥâb », c’est le pluriel de « sâḥib », qui signifie « détenteur » ou « propriétaire ». Ainsi, « asḥâb al-mudhhahabât » désigne les détenteurs ou les auteurs de poèmes écrits en or. Par la suite, le meilleur poème de chaque poète fut appelé un « mudhhahab ». Le premier vers du « mudhhahab » de Hassân (qu’Allah l’agrée) est le suivant :⁴⁶

Ce sera en arabe

(Laʿamru abîkal-khayru ḥaqqan limâ binâ…………..)

Les poètes arabes sont répartis en quatre ṭabaqât, ou catégories : 1. les poètes jâhilites, ou préislamiques ; 2. les mukhaḍram, c’est-à-dire les poètes qui ont connu à la fois l’époque jâhilite et l’époque islamique ; 3. les poètes islamiques, nés après l’avènement de l’islam et devenus poètes ; 4. les muḥdath, poètes abbassides ou des époques postérieures. De ce point de vue, Hadrat Hassân appartenait à la deuxième catégorie. Il a connu à la fois l’époque jâhilite et l’époque islamique.⁴⁷

Par son talent poétique, Hassân (qu’Allah l’agrée) était l’un des plus grands poètes de l’époque jâhilite. L’imam al-Aṣmaʿî dit : « La poésie de Hassân datant de l’époque jâhilite compte parmi les plus grandes œuvres poétiques. »⁴⁸

La vie poétique de Hassân (qu’Allah l’agrée) comportait deux périodes : l’une jâhilite et l’autre islamique ! Bien que ces deux périodes fussent de nature différente, aucune n’était en rien inférieure à l’autre. Durant sa vie jâhilite, il acquit sa renommée en composant des panégyriques et des chants d’éloge pour les rois de Ghassân et de Hîra. Durant sa vie islamique, il devint célèbre pour ses éloges du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), sa défense de celui-ci et ses satires contre les Qurayshites. Il était reconnu comme le plus grand des poètes de sa génération. Il excellait tout particulièrement dans la composition de poèmes satiriques. Abû ʿUbayda dit que la supériorité de Hassân sur les autres poètes reposait sur trois raisons : à l’époque jâhilite, il était le poète des Ansâr ; à l’époque de la prophétie du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il était le « poète du Messager » ; et à l’époque islamique, il était le poète de tout le Yémen.⁴⁹

Dans l’Arabie jâhilite, une fête et un concours littéraires et culturels se tenaient chaque année à la foire de ʿUkâẓ. Hassân participait lui aussi à ce concours. Un jour, le plus grand poète arabe de l’époque, an-Nâbigha adh-Dhubyânî (mort en 604 apr. J.-C.), en était le juge poétique. Le poète Hassân était l’un des concurrents. Lorsque le juge an-Nâbigha déclara al-Aʿshâ meilleur poète que Hassân, celui-ci protesta et revendiqua pour lui-même le titre de meilleur poète.⁵⁰

Abû al-Faraj al-Isfahânî rapporte : Al-A‘shâ Abû Basîr récita d’abord ses poèmes. Puis Hassân et d’autres poètes récitèrent les leurs. Enfin, la plus grande poétesse arabe de l’époque, al-Khansâ’ bint ‘Amr, récita ses poèmes. Lorsqu’elle eut terminé, le juge al-Nâbigha déclara : « Par Allah ! Si je n’avais pas entendu à l’instant le poème d’Abû Basîr al-A‘shâ, j’aurais certainement dit que tu étais le plus grand poète des djinns et des êtres humains. » En entendant ce verdict, Hassân se leva et dit : « Par Allah ! Je suis un poète plus grand que votre père et que vous. » Al-Nâbigha récita alors deux de ses propres vers et dit : « Mon neveu ! Peux-tu réciter deux vers plus beaux que ceux-ci ? » Hassân eut alors honte de ses paroles.⁵¹ Une autre version rapporte qu’en réponse aux paroles d’al-Nâbigha, Hassân récita ses—

Ce sera en arabe

(Lanâ al-jafânât al-ghurru yalma‘na bid-dujâ) Il récita ces deux vers. Al-Nâbigha critiqua alors sévèrement ces deux vers et rejeta la prétention de Hassân.⁵²

Hassân (qu’Allah l’agrée) obtint la reconnaissance de son talent poétique dès la période antéislamique. Dans toute l’Arabie et dans les cours royales voisines, il réussit à inscrire son nom parmi les poètes renommés. Entre-temps, soixante années de sa vie s’étaient écoulées. Puis il reçut l’appel à l’islam. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) émigra à Médine. Le deuxième chapitre de la vie poétique de Hassân commença. En s’acquittant pleinement du droit de son talent poétique, il obtint le titre de « poète du Messager ».

Après que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) eut émigré à Médine, les Qurayshites de La Mecque mobilisèrent toutes leurs forces pour l’expulser de ce refuge. D’un côté, ils l’affrontèrent directement ; de l’autre, ils lancèrent leurs poètes contre lui. Ceux-ci composaient des poèmes diffamatoires et satiriques contre le Messager d’Allah, l’islam et les musulmans, et excitaient les Arabes contre eux. Dans cette affaire, les poètes qurayshites mecquois Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib, ‘Abdullah ibn az-Zib‘arî, ‘Amr ibn al-‘Âs et Dirâr ibn al-Khattâb jouèrent un rôle prépondérant. Leurs poèmes satiriques et diffamatoires troublèrent le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ainsi que les musulmans.

À cette époque, parmi les émigrés de Médine, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) était un poète renommé. Les musulmans de Médine lui demandèrent de composer, de la même manière, des poèmes satiriques en réponse aux poètes mecquois. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) dit : « Si le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) m’y autorise, je peux leur répondre. » Lorsque ces paroles parvinrent au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il dit : « ‘Alî n’est pas fait pour cette tâche. Je ferai de ‘Alî l’auxiliaire de ceux qui m’ont aidé par leurs épées. » Hassân se trouvait présent. Il tira sa langue et dit : « J’accepte volontiers cette responsabilité. » Sa langue ressemblait à celle d’un serpent et portait une tache noire sur un côté. Il la sortit et toucha son menton avec. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui dit alors : « Comment vas-tu satiriser les Qurayshites ? Cela ne reviendra-t-il pas à me satiriser moi aussi ? Je suis moi-même l’un des leurs. » Hassân répondit : « Je vous ferai sortir de mes attaques et de mes satires comme on retire les cheveux et autres impuretés en tamisant la farine. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Tu demanderas l’aide d’Abû Bakr pour les généalogies. Il connaît particulièrement bien la généalogie des Qurayshites. Il te dira quelle est ma généalogie. »⁵³

Jâbir (qu’Allah l’agrée) rapporte : Un jour, lors de la bataille des Ahzâb, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) demanda : « Qui peut défendre l’honneur et la dignité des musulmans ? » Ka‘b ibn Mâlik répondit : « Moi. » ‘Abdullah ibn Rawâha répondit : « Moi. » Hassân répondit : « Moi. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit à Hassân : « Oui, toi. Satirise-les. L’Esprit saint, Jibrîl, t’aidera contre eux. »⁵⁴

Hassân (qu’Allah l’agrée) se rendait auprès d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et lui posait diverses questions sur les différentes branches de la tribu des Qurayshites, ainsi que sur la généalogie et les liens de parenté des individus. Abû Bakr lui disait : « Épargne telle et telle femme ; elles sont les grands-mères du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) du côté paternel. Pour toutes les autres femmes, tu peux en parler. » Hassân composa alors une qasîda pour blâmer les Qurayshites. Dans celle-ci, à l’exception des descendants des Qurayshites ‘Abdullah, az-Zubayr, Hamza, Safiyya, ‘Abbâs et Darrâr ibn ‘Abd al-Muttalib, il adressa de violentes critiques et satires à Sumayya, la mère d’Abû Sufyân ibn al-Hârith — chef polythéiste et poète de cette tribu à l’époque — ainsi qu’à son père al-Hârith.

Il convient de préciser que cet Abû Sufyân ibn al-Hârith était le cousin paternel et le frère de lait du Messager d’Allah (ﷺ). Avant l’islam, il était très proche du Messager d’Allah (ﷺ). Après que celui-ci eut reçu la mission prophétique, leur inimitié commença. C’était un poète qui composait des poèmes pour dénigrer le Messager (ﷺ) et les musulmans. Il embrassa l’islam après la conquête de La Mecque et participa à la bataille de Hunayn. Hassân composa une qasîda remarquable pour dénigrer cet Abû Sufyân. Voici la traduction de quelques-uns de ses vers :55

1. Tu as dénigré Muhammad ; je réponds en son nom, et la récompense en revient à Allah.

2. Tu as dénigré un homme pur, pieux et attaché à la vérité, qui est profondément fidèle à Allah et dont la nature est de tenir ses promesses.

3. Tu le dénigres, alors que tu n’es pas son égal. Que les plus vils des vôtres soient donc sacrifiés aux meilleurs d’entre vous.

4. Que mon père, son fils et mon honneur soient donc consacrés à la défense de l’honneur de Muhammad.

Après avoir entendu ce poème de Hassân (ra), Sufyân ibn al-Hârith déclara : « Il est certain qu’Abû Bakr y est pour quelque chose. » De cette manière, Gabriel (paix sur lui) l’aida à composer soixante-dix vers à la louange du Messager d’Allah (ﷺ) et à la condamnation des mécréants.56

Le noble Messager (ﷺ) était très heureux des efforts de Hassân (ra), qui dressait ainsi une forteresse poétique contre ses adversaires. Un jour, il lui dit : « Hassân ! Réponds au nom du Messager d’Allah. Ô Allah ! Aide-le par l’intermédiaire de l’Esprit saint, Gabriel. »57

Une autre fois, le Messager (ﷺ) dit à Hassân (ra) : « Continue à dénigrer et à railler les Quraysh ; Gabriel est avec toi. »58

Selon un récit, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Je demandai à ʿAbdullah ibn Rawâha de répondre aux satires et aux railleries des poètes quraychites. Il leur répondit brillamment. Je demandai également à Kaʿb ibn Mâlik de leur répondre, et il leur donna une excellente réponse. Puis je le demandai à Hassân ibn Thâbit. La réponse qu’il donna le satisfit lui-même autant qu’elle me satisfit. »⁵⁹

À propos de l’effet que produisaient les poèmes de Hassân (qu’Allah l’agrée) sur les poètes polythéistes de La Mecque, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Les poèmes de Hassân les frappent plus durement que des flèches. »⁶⁰

ʿUrwa rapporte, d’après ʿÂ’isha : « Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit installer dans sa mosquée une chaire pour Hassân. Debout dessus, celui-ci répondait aux poètes mécréants. »⁶¹ Depuis cette chaire, il récitait des poèmes à la gloire et à la louange du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), répondait aux poètes quraychites, et le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les écoutait avec grand plaisir.⁶² C’est pourquoi ʿÂ’isha, voulant un jour décrire le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), dit : « Il était tel que Hassân l’a décrit. »⁶³

La neuvième année de l’Hégire (630 apr. J.-C.), une délégation de soixante-dix ou quatre-vingts personnes de la célèbre tribu arabe des Banû Tamîm arriva à Médine auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Elle comptait notamment le remarquable poète al-Zibirqân ibn Badr, des Banû Tamîm, ainsi que l’orateur éloquent ʿUtârid ibn Hâjir. À cette époque, l’islam s’était répandu dans toute l’Arabie. L’année précédente, La Mecque avait également été conquise. À cette époque, l’islam s’était répandu dans toute l’Arabie. L’année précédente, La Mecque avait également été conquise. Les Banû Tamîm jouissaient alors d’un immense prestige dans toute l’Arabie par leur nombre, leur puissance et leur honneur. Ils se présentèrent devant le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui dirent, conformément à la coutume arabe : « Muhammad ! Nous sommes venus rivaliser avec vous en fierté et en gloire. Permettez à nos orateurs de prendre la parole. » L’autorisation leur fut accordée. Leur plus grand orateur, ʿUtârid ibn Badr, se leva alors au nom des Banû Tamîm et exposa leur gloire et leurs hauts faits. Le célèbre orateur Thâbit ibn Qays répondit au nom du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Puis le poète des Banû Tamîm, al-Zibirqân ibn Badr, se leva et récita une qasîda qu’il avait composée, remplie de leurs gloire et hauts faits. Lorsqu’il eut achevé sa récitation, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Hassân, lève-toi ! Réponds à cet homme. » Hassân se leva et récita un long poème composé sur-le-champ, dans le même mètre et avec les mêmes rimes finales que le poète adverse. Son poème émerveilla profondément les partisans comme les adversaires. Ce jour-là, les auditeurs des Banû Tamîm déclarèrent d’une seule voix : « L’orateur de Muhammad est supérieur à notre orateur, et son poète est supérieur à notre poète. »⁶⁴

Dans sa poésie antéislamique, les thèmes de Hassân (qu’Allah l’agrée) étaient le madîh tribal et personnel (éloge), ainsi que le hijâ’ (blâme, satire et raillerie). Il composa également des élégies, des poèmes décrivant les réunions autour des boissons et le vin, ainsi que des chants de bravoure, de fierté et d’amour. Dans sa poésie islamique, il loua de tout son cœur le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et blâma les polythéistes qui s’étaient montrés hostiles à Allah, à Son Messager et à l’islam.

L’islam apporta à sa poésie sincérité et douceur. Dans ses vers, il exposa et expliqua de nombreux aspects de l’islam. Il y utilisa abondamment des citations du noble Coran. C’est pourquoi il est juste de considérer Hassân comme le précurseur de ceux qui cherchèrent à rompre avec les liens de la tradition et à introduire l’innovation dans la poésie arabe. Il fut le premier à composer des poèmes de louange du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ou naʿt. Parmi ceux qui excellèrent dans la composition du madîh (poésie de louange) durant les périodes antéislamique et islamique de la poésie arabe, Hassân est l’un des plus éminents.⁶⁵

Ibn al-Athîr dit : Pour répondre aux critiques, aux railleries et à la propagande mensongère des poètes polythéistes, les trois plus grands poètes arabes de l’époque vinrent se tenir aux côtés du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine. Il s’agissait de Hassân ibn Thâbit, de Kaʿb ibn Mâlik et de ʿAbdullah ibn Rawâha. Hassân et Kaʿb répondaient aux poètes adverses en évoquant, comme eux, divers événements, les victoires et les défaites des guerres, ainsi que leurs hauts faits et leur gloire. Quant à ʿAbdullah, il les blâmait en mentionnant leur incroyance et leur adoration des déesses. Sa poésie n’exerçait pas une très grande influence sur leurs adversaires. En revanche, les poèmes des deux autres les blessaient profondément.⁶⁶

Hassân (qu’Allah l’agrée) ne les blâmait pas en évoquant la désobéissance des Quraychites envers Allah et Son Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ni leur idolâtrie. Cela n’aurait en effet produit aucun résultat notable. Ils ne croyaient pas au Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et tenaient l’adoration des idoles pour la vérité. Il les blessait donc profondément en exposant leurs tares héréditaires, leurs manquements moraux, leurs défaites à la guerre et d’autres sujets de ce genre. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) l’aidait dans cette tâche en lui fournissant des connaissances et des informations.

Hassan (qu’Allah l’agrée) a exploré tous les sujets variés de la poésie arabe ancienne. Voici, en résumé, quelques caractéristiques de sa poésie :

1. L’originalité des comparaisons : Il est vrai que la poésie ancienne n’est pas née au sein d’une civilisation avancée. Cependant, on ne peut nier qu’elle ait été, dans de nombreux domaines, influencée par de grandes civilisations. La véritable naissance de la civilisation arabe remonte à la révélation du Noble Coran et à l’avènement du Messager d’Allah. Le Coran est le plus grand miracle concret de l’éloquence et des figures de style arabes. Il a laissé nombre de grands orateurs stupéfaits. C’est pourquoi les poètes de cette époque qui embrassèrent l’islam virent naître en eux une nouvelle force d’éloquence et de maîtrise stylistique. Parmi ces poètes, Hassan était le plus éminent. Cette force se manifestait chez lui avec une intensité relativement supérieure à celle des autres.

En décrivant dans le Noble Coran les qualités et les caractéristiques des Compagnons, il est dit :

La marque de la prosternation est clairement visible sur leurs visages. Hassan a utilisé ce verset comme une métaphore pour louer Uthman (qu’Allah l’agrée) et condamner ses meurtriers. Il a dit :⁶⁷

« Ils ont égorgé cet homme aux cheveux mêlés de noir et de blanc, portant sur le front la marque de la prosternation, lui qui passait ses nuits à glorifier Allah et à réciter le Coran. »

Dans ce vers, le poète a décrit le visage d’Uthman comme portant la marque de la prosternation. Dans la poésie arabe de son époque, l’emploi d’une telle métaphore était entièrement nouveau.

2. L’emploi de remarquables symboles : Dans la rhétorique arabe, on trouve un type de figure appelé « tatbî » ou « tajâwuz ». Il consiste pour le poète à s’apprêter à traiter un sujet, puis à l’abandonner soudainement et délibérément pour décrire un autre sujet, de manière à faire ressortir plus clairement le sujet initial. On trouve ce type de symbole ou d’allusion dans la poésie de Hassan.

D’innombrables tribus arabes vivaient dans l’immense désert qui s’étendait jusqu’à l’horizon. Elles étaient nomades. Là où elles trouvaient de l’eau et des pâturages pour leurs bêtes, elles dressaient leurs tentes et établissaient leur campement temporaire. Lorsque l’eau et la nourriture des animaux s’épuisaient, elles se mettaient en route vers d’autres lieux. Ainsi erraient-elles d’un endroit à l’autre. Les poètes arabes ont conservé de diverses manières cette vie dans leurs poèmes. Cependant, la manière dont Hassan a traité ce sujet est particulièrement originale. Il dit : « Les fils de Jafna demeurent auprès de la tombe de leur père, Ibn Marîya, qui était très généreux et prodigue. »

Puisque la personne louée est d’origine arabe, il fit, en la louant, une allusion subtile en disant que, bien qu’ils soient Arabes, ils ne sont pas des nomades, mais des souverains. Sans la moindre crainte ni appréhension, ils vivent aux alentours de la tombe de leur père. Leur demeure est verdoyante et luxuriante. Ils n’ont donc nul besoin d’errer d’un lieu à l’autre.

3. La nouveauté des métaphores : les poètes arabes exprimaient certaines idées de manière métaphorique et indirecte. Par exemple, s’ils voulaient dire qu’un tel homme était très honorable et généreux, ils disaient que ces qualités étaient inhérentes à sa personne. On observe une grande nouveauté métaphorique dans la poésie de Hassân (RA). Ainsi, dans un vers, il veut dire : « Nous sommes très nobles et heureux. » Mais il l’exprime ainsi : « L’honneur et la dignité ont élu domicile dans notre cour et en ont si solidement planté les piliers que, même si les hommes veulent les ébranler, ils ne le peuvent. » Dans ce vers, le fait de bâtir une demeure pour l’honneur et la dignité, d’en ériger de solides piliers et de montrer l’incapacité des hommes à la faire vaciller constitue une nouvelle manière de décrire dans la poésie arabe.

4. On trouve dans sa poésie une beauté étonnante du rythme, de la rime finale et de l’harmonie des sonorités. L’agencement des mots et la construction des phrases sont très solides, dynamiques et fluides. La dernière lettre du dernier mot de la première partie du premier vers se retrouve dans le dernier mot de chaque vers de nombre de ses qasîdas. En métrique arabe, on appelle cela la qâfiya. On n’observe une telle maîtrise artistique de la phrase arabe auparavant que dans la poésie d’Imru’ al-Qays. Après lui, cependant, de nombreux poètes arabes ont mené avec succès diverses expériences artistiques. L’un des plus grands poètes philosophes de l’époque abbasside, Abû al-‘Alâ’ al-Ma‘arrî, a composé une œuvre célèbre intitulée Luzûm mâ lâ yalzam. Dans la composition poétique, il suivait obligatoirement certaines règles qui n’étaient nullement nécessaires à la poésie. Son recueil est une compilation de poèmes de ce genre. C’est l’un de ses recueils les plus célèbres.

5. Une autre caractéristique de la poésie de Hassân est qu’il employait souvent des mots de portée très large. Il voulait peut-être expliciter une idée et choisissait à cette fin un mot qui, en plus du sujet visé, englobait élégamment bien d’autres notions.68

6. L’exagération et l’hyperbole : on peut dire que la poésie islamique de Hassân est exempte de toute exagération et de toute hyperbole. Il est vrai que la poésie ne peut exister sans imagination ni exagération. Il disait lui-même que l’islam interdit le mensonge. C’est pourquoi j’ai totalement renoncé à l’exagération et à l’hyperbole, qui ne sont au fond qu’une autre forme du mensonge.69

Bien plus, cet élément était également très rare dans les poèmes qu’il avait écrits à l’époque de la Jâhiliyya. C’est pourquoi, lorsque le plus grand poète arabe de son temps, al-Nâbigha, déprécia l’un des vers du poète Hassân, une querelle éclata entre eux.70

Le thème principal de la poésie islamique de Hassân était de repousser les attaques des mécréants et de les blâmer. Il a composé de nombreux poèmes satiriques et critiques contre les mécréants. Cependant, aucune obscénité ne souillait ces poèmes. Pour les poètes arabes de cette époque, le hijâ’ désignait l’éloge de sa propre tribu et la satire de la tribu adverse. Cette satire était très acerbe et agressive. C’est pourquoi les poètes exposaient dans leurs poèmes les faits exacts d’une manière pertinente et agréable. Nous observons un style de hijâ’ ou de satire du poète antéislamique Zuhayr ibn Abî Sulmâ dans deux de ses vers. Il a dit en satirisant la tribu de Hisn :71

« Je ne le sais pas, mais je pense que je le saurai très bientôt. Les gens de la tribu de Hisn sont-ils des hommes ou des femmes ? Si ce sont des femmes voilées, chacune d’elles mérite le présent destiné à une jeune fille. »

Ce vers de Zuhayr était l’expression la plus virulente de la satire dans la poésie arabe. C’est pourquoi il infligea une grande souffrance aux membres de cette tribu. Les satires de Hassân ne se limitaient pas aux insultes : elles comportaient également une riposte et une réponse. Son style était remarquable. Le dernier vers d’un de ses poèmes composés contre les Quraysh acquit à cette époque une telle popularité qu’il devint un proverbe. Le voici :

« Je sais que tu as des liens de parenté avec les Qurayshites. Mais ils sont semblables à ceux qui existent entre un chamelon et un petit d’autruche. »⁷²

Plus tard, le poète Ibn al-Mufarrigh employa le premier hémistiche de ce vers pour satiriser l’émir Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée).⁷³ Lorsqu’un prédicateur envoyé par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fut tué dans la région habitée par la tribu d’al-Hârith ibn ʿAwf al-Murrî, le poète Hassân composa un poème pour le satiriser. Il dit :

« Si vous avez violé votre engagement, ce n’est pourtant rien d’étonnant, car violer les engagements est votre nature. Et c’est de la racine de la violation des engagements que germe la violation des engagements. »

En entendant ce poème sarcastique de Hassân, les deux yeux d’al-Hârith se remplirent de larmes. Il accourut auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), lui demanda protection et le pria de faire cesser Hassân.⁷⁴

Hassân (qu’Allah l’agrée) composa de magnifiques poèmes de madîh, ou d’éloge. Parmi les poèmes qu’il composa à la louange des Âl ʿInân, deux vers disent :

« À ceux qui se rendent auprès d’eux, ils font boire l’eau du fleuve Baradî mélangée à un vin limpide. »

Le poète Ibn Qays a composé un vers assez semblable à celui-ci en faisant l’éloge de Musʿab ibn az-Zubayr. Mais l’élément exprimé dans le vers de Hassân est absent de celui d’Ibn Qays.⁷⁵

Dans un autre vers, il a dépeint avec un style remarquable la générosité et l’hospitalité des princes ghassanides : « Leurs maisons sont toujours si remplies d’hôtes que même leurs chiens s’y sont habitués. Désormais, ils n’aboient plus en voyant un nouvel arrivant. »

Trois vers composés par trois célèbres poètes du monde de la poésie arabe sont considérés comme les meilleurs exemples de poésie laudative, ou madîh. Presque tout le monde est d’accord sur ce point. Toutefois, les avis divergent quant au meilleur des trois. Le poète al-Hutay’a considérait ce vers de Hassân comme le meilleur. D’autres, en revanche, estimaient que les deux vers d’Abû Tihân et d’al-Nâbigha étaient supérieurs.⁷⁶ Le calife omeyyade ‘Abd al-Malik était un homme très savant et amateur de littérature. Son verdict fut le suivant : « Parmi tous les poèmes de louange composés par les Arabes, le meilleur est le vers de Hassân. »⁷⁷ Les poèmes qu’il a composés à la louange du noble Messager se distinguent par une grande originalité de style et d’expression artistique. Dans un vers composé à la louange du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il dit : « Dans une nuit obscure, le front béni du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) apparaît lumineux dans les ténèbres, tel la lumière d’une lampe allumée. »

Hassân (qu’Allah l’agrée) a composé de nombreuses élégies funèbres, ou marâthî, durant sa vie antérieure à l’islam comme durant sa vie islamique. Le décès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fut pour les musulmans la plus grande épreuve de deuil et de douleur. Plusieurs élégies composées par Hassân expriment ce chagrin de manière particulièrement remarquable. Ibn Sa‘d a rassemblé ces élégies dans son Tabaqât.

Hassân était un poète expérimenté qui vécut de longues années. Il était en outre un illustre Compagnon. C’est pourquoi ses poèmes contiennent de nombreux conseils et enseignements moraux. Dans ses vers, il exhortait les hommes à acquérir une haute moralité. Voici deux vers sur l’honneur et le respect de soi :

« Je protège mon honneur au prix de mes biens. Quant aux biens qui ne permettent pas de préserver l’honneur, qu’Allah ne leur accorde aucune prospérité !

Lorsque les biens disparaissent, on peut les acquérir de nouveau ; mais une fois l’honneur perdu, on ne peut le recouvrer. »⁷⁹

L’homme devrait toujours rester égal à lui-même. Il a dit dans un vers qu’il ne convient ni de se croire le maître du monde lorsque l’on jouit de l’abondance, ni de s’effondrer lorsque cette abondance disparaît :

« Les richesses et les biens ne m’ont pas fait oublier ma pudeur et mon respect de moi-même. De même, les épreuves et les malheurs n’ont pas perturbé mon bien-être et mon aisance. »⁸⁰

Il a composé un vers sur le fait que l’issue de l’injustice n’est pas heureuse :

« J’évite de questionner et de m’enquérir inutilement sur quelque sujet que ce soit. Le plus souvent, celui qui creuse une fosse y tombe lui-même. »81

Dans un vers, il a conseillé d’ignorer les mauvaises paroles que l’on entend :

« Ignore les mauvaises paroles et comporte-toi comme si tu ne les avais pas entendues. »82

À propos d’une vie menée dans l’humiliation et le déshonneur, il dit :

« Ils répugnent à mourir ; j’ai donc rendu leur pâturage accessible aux autres. Ainsi, les ennemis y ont perpétré leurs méfaits.

Fuyez-vous donc la mort ? La mort dans la faiblesse n’est guère belle. »83

« Abd al-Qahir al-Jurjani a dit : dans tous les vers composés par Hassan, on observe une solide unité et une forte cohésion. Même la phrase entière semble être une corde robuste. »84

Bûtrûs al-Bustânî, l’un des plus grands critiques littéraires de notre époque, dit : « La particularité de la poésie de Hassân ne se limite pas à ses panégyriques et à ses satires. Elle possède plutôt une autre grande particularité : celle d’un historien fidèle des événements de son temps. En effet, il a décrit les guerres et les différents événements de la vie du Messager de Dieu (s.a.s.), et a mentionné dans ses poèmes les noms de nombreux musulmans tombés en martyrs au cours de ces guerres, ainsi que ceux des adversaires qui y furent tués. Lorsque nous lisons ses poèmes, nous avons l’impression de lire l’histoire des débuts de l’islam. »⁸⁵

Les habitants de l’Arabie ancienne se divisaient en deux catégories : les ruraux et les citadins. Les habitants de La Mecque, de Médine et de Taïf étaient des citadins. Les habitants de toutes les autres régions étaient des ruraux ou des villageois. La plupart des poètes célèbres étaient originaires des régions rurales. Quelques-uns seulement étaient nés dans les villes. Parmi eux, Hassân occupait la première place.⁸⁶

Ibn Sallâm al-Jumahî dit : « Dans les villages de Médine, de La Mecque, de Taïf, du Yamâma et de Bahreïn, il y avait de nombreux poètes. Mais les villages de Médine occupaient la première place dans le domaine de la poésie. Les cinq meilleurs poètes de cette région étaient trois membres des Khazraj et deux membres des Aws. Les trois poètes khazrajites étaient Qays ibn al-Khutaym, Abû Qays ibn al-Aslat et Hassân ; parmi eux, Hassân était le meilleur. »⁸⁷ Abû ʿUbayda dit : « Parmi les poètes citadins, Hassân était le meilleur. »⁸⁸ Abû ʿAmr ibn al-ʿAlâʾ a également tenu ces propos. Le poète al-Hutayʾa dit : « Annoncez aux Ansâr que leur poète est le meilleur poète des Arabes. »⁸⁹ Abû al-Faraj al-Isfahânî dit : « Hassân était l’un des meilleurs poètes. » Le Messager de Dieu (s.a.s.) lui-même a dit : « Imruʾ al-Qays est le porte-étendard des poètes voués à l’Enfer, et Hassân ibn Thâbit les conduira tous vers le Paradis. »⁹⁰

L’imam al-Asmaʿî dit : « La poésie est forte et éloquente lorsqu’elle traite du mal et des mauvaises actions, mais elle devient faible lorsqu’elle traite du bien et des bonnes actions. Voici Hassân : il était l’un des plus grands poètes de l’Arabie antéislamique. Après sa conversion à l’islam, la qualité de sa poésie déclina. Sa poésie antéislamique est précisément sa meilleure poésie. »⁹¹

Un jour, alors que Hassân (r.a.) était âgé, on lui dit : « Votre poésie a perdu de sa force et porte désormais les marques de la vieillesse. » Il répondit : « Mon neveu ! L’islam est un obstacle au mensonge. » Ibn al-Athîr dit que Hassân voulait dire par là que la poésie est excellente lorsque son sujet comporte de l’exagération. Or toute exagération est, du point de vue de l’islam, un mensonge qu’il faut éviter. Comment la poésie pourrait-elle donc être bonne ?⁹²

En évaluant la poésie de Hassân (r.a.), Bûtrûs al-Bustânî dit : « Nous constatons que Hassân a bien réussi dans sa poésie antéislamique. Cependant, il n’a pas atteint le rang des meilleurs poètes de son époque. Il a également bien réussi dans certains aspects de sa poésie islamique, notamment dans les poèmes satiriques et les poèmes de fierté. Mais il a montré des faiblesses dans la plupart des autres domaines, particulièrement dans les poèmes composés à la louange du Messager (s.a.s.) et dans les élégies qui lui furent consacrées. Toutefois, ces poèmes sont d’une grande importance du point de vue des informations historiques. Sa poésie islamique présente de nouveaux styles qui n’existaient pas dans la poésie antéislamique. À l’époque islamique, Hassân était à la fois poète, historien et poète réformateur. Dans la défense du Messager de Dieu (s.a.s.), il était le chef de file des poètes politiques. »⁹³

Un jour, le poète Kaʿb ibn Zuhayr se vanta dans un vers : « Après la mort de Kaʿb, quel sera le sort du mètre et de la rime de la poésie ? » Dès qu’il entendit ce vers, Tamrûdh, le frère du célèbre poète arabe al-Sammâkh de cette époque, s’écria : « Vous n’êtes certainement pas un poète comme Hassân, le fils de Thâbit, l’homme à l’esprit pénétrant. »⁹⁴ Quoi qu’il en soit, il est aujourd’hui établi qu’il était un poète de grande envergure.

Tous les poèmes de Hassân (r.a.) furent longtemps préservés dans la mémoire et sur les lèvres des gens. Ils furent ensuite consignés par écrit sous forme d’ouvrage. Il existe un recueil de ses poèmes transmis par Ibn Habîb. Cependant, nombre des poèmes qui y sont compilés sont interpolés. L’imam al-Asmaʿî dit un jour : « Hassân est un très grand poète. » En l’entendant, Abû Hâtim répondit : « Pourtant, beaucoup de ses poèmes sont très faibles. » Al-Asmaʿî répliqua : « Beaucoup des poèmes qui lui sont attribués ne sont pas de lui. »⁹⁵ Ibn Sallâm al-Jumahî dit : « Les poèmes authentiques de Hassân sont nombreux. Comme il a composé abondamment contre les Qurayshites, de nombreux poèmes de qualité médiocre lui furent attribués par la suite. En réalité, il n’en est pas l’auteur. »⁹⁶

Parmi ceux qui ont rapporté des poèmes forgés en les attribuant à Hassân (qu’Allah l’agrée), le plus remarquable est le célèbre spécialiste de la Sîra, Muhammad ibn Ishâq. Dans son ouvrage sur les expéditions militaires, il a rassemblé de nombreux poèmes forgés attribués à Hassân (qu’Allah l’agrée). Plus tard, lorsque Ibn Hishâm compila son as-Sîra an-Nabawiyya à la lumière de l’ouvrage d’Ibn Ishâq sur les expéditions, il prit conscience de cette question. Il consulta alors, afin de les examiner et de les trier, les savants et spécialistes de la poésie arabe ancienne de son époque, notamment Abû Zayd al-Ansârî, célèbre transmetteur et grammairien de Bassora. Il l’interrogeait au sujet des poèmes de Hassân rapportés par Ibn Ishâq : pour certains, celui-ci les déclarait authentiques, tandis que pour d’autres, il affirmait qu’ils n’étaient pas de Hassân. Ibn Habîb a également rapporté certains des poèmes que ces savants jugeaient ne pas être de Hassân. Ils furent aussi rassemblés dans le Dîwân. 97

En réalité, la poésie islamique de Hassân a subi de nombreuses interpolations. C’est pourquoi certains poèmes qui lui sont attribués se révèlent très faibles. En fait, ces poèmes ne sont pas de lui. C’est en constatant cette faiblesse qu’un savant tel qu’al-Asma‘î a lui aussi affirmé que la poésie islamique de Hassân était extrêmement faible.

Un Dîwân de la poésie de Hassân (qu’Allah l’agrée) fut publié pour la première fois en Inde et en Tunisie. Il fut ensuite publié en Angleterre, en 1910, dans la collection commémorative du professeur Gibb. D’anciens exemplaires manuscrits du Dîwân sont conservés à Londres, Berlin, Paris et Saint-Pétersbourg. 98

Vers la fin de sa vie, Hassân (qu’Allah l’agrée) composa un jour, au cœur de la nuit, un poème remarquable. Il monta aussitôt au sommet de la forteresse de Fâri‘ et cria pour appeler auprès de lui les membres de son clan, les Banû Qayla. Lorsqu’ils furent réunis, il leur récita le poème et dit : « Je viens de composer cette qasîda ; aucun poète arabe n’en a jamais composé de semblable. » Ils demandèrent : « Est-ce pour nous dire cela que vous nous avez appelés ? » Il répondit : « Je crains de mourir cette nuit même. Dans ce cas, vous seriez privés de ce poème. » 99

Al-Asma‘î a rapporté : « À cette époque, des spectacles de chant se tenaient sur de petites estrades. Rien d’obscène ne s’y produisait, contrairement à ce qui se passe de nos jours. Un tel divertissement avait lieu chez les Banû Nâbit. Lorsque, dans sa vieillesse, Hassân (qu’Allah l’agrée) devint aveugle, il s’y rendait avec son fils. Un jour, deux chanteuses se mirent à chanter, en donnant de la voix, une chanson qu’il avait composée à l’époque de la Jâhiliyya ; il se mit alors à pleurer. Son fils dit aux deux chanteuses : “Chantez encore, chantez encore.” 100 Les souvenirs de sa vie passée resurgissaient alors dans son esprit. »

Bien que Hassân (qu’Allah l’agrée) fût naturellement timide, son courage moral était immense. Un jour, le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) passa près de la Mosquée du Prophète. Il vit Hassân y réciter de la poésie. ‘Umar dit : « Réciter de la poésie dans la mosquée du Messager d’Allah ? » Hassân s’écria : « Ô ‘Umar ! J’y ai récité de la poésie en présence d’un homme meilleur que vous. » Les imams al-Bukhârî et Muslim ont tous deux rapporté ce hadith par l’intermédiaire de Sa‘îd ibn al-Musayyib. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Tu as dit vrai. » 101

Avant l’avènement de l’islam, Hassân (qu’Allah l’agrée) buvait du vin. Mais après avoir embrassé l’islam, il s’en abstint pour toujours. Un jour, il vit quelques jeunes de son clan boire du vin et entra dans une violente colère. Les jeunes récitèrent alors un de ses vers et dirent : « Nous ne faisons que vous suivre. » Il répondit : « C’est un poème de ma vie antérieure à l’islam. Par Allah ! Depuis que j’ai embrassé l’islam, je n’ai plus touché au vin. » 102

Chez Hassân, nous constatons une crainte révérencielle d’Allah poussée à son comble. Alors qu’il livrait une violente joute verbale aux poètes qurayshites, le verset 224 de la sourate ach-Chu‘arâ fut révélé pour blâmer les poètes. Les trois poètes du Messager d’Allah — Hassân, Ka‘b et ‘Abdullah — se présentèrent en pleurant auprès du Messager d’Allah et lui demandèrent : « Ô Messager d’Allah ! Nous sommes nous aussi concernés par ce verset. Nous pratiquons également la poésie. Quel sera notre sort ? » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leur récita alors la partie finale du verset, c’est-à-dire l’exception, et dit : « C’est vous. » 103

La plus grande distinction de Hassân (qu’Allah l’agrée) est qu’il fut le poète de la cour du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il récitait au Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ses propres poèmes dans la Mosquée du Prophète. C’était un immense honneur. Il reçut à juste titre les titres de « poète de l’islam » et de « poète du Messager ». Depuis sa conversion à l’islam jusqu’au dernier jour de la vie du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il resta à ses côtés et, lançant contre les Quraychites, les juifs et les polythéistes arabes des paroles semblables à des pointes de flèches empoisonnées, il défendit et rehaussa l’honneur du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Lorsque le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) partait en guerre, Hassân (qu’Allah l’agrée) conduisait ses épouses dans le lieu sûr de la forteresse protégée de Fāriʿ. À son retour de guerre, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui donnait une part du butin. Il lui confia même Sîrîn (qu’Allah l’agrée), sœur de Māriya al-Qibtiyya, Mère des croyants. Il jouissait également d’un grand prestige auprès des califes bien guidés. Les califes s’entretenaient avec lui de diverses questions et lui accordaient une allocation spéciale. Si l’on entreprenait d’énumérer une à une les marques d’honneur et de considération dont Hassân (qu’Allah l’agrée) bénéficiait, on en dresserait une longue liste.

Sources :

ʿAbdullah ibn Salām (qu’Allah l’agrée)

ʿAbdullah (qu’Allah l’agrée) était issu de la célèbre tribu juive médinoise des Banū Qaynuqāʿ. Sa généalogie remontait jusqu’à Joseph, que la paix soit sur lui.¹ Il avait deux kunyas : Abū Yūsuf et Abū al-Hārith. Son père s’appelait Salām ibn Hārith. Les Banū ʿAwf constituaient une branche de la tribu médinoise des Khazraj. Une sous-branche des Banū ʿAwf portait le nom de Qawāqil. Selon la coutume de l’Arabie antéislamique, ʿAbdullah ibn Salām était un hanîf, ou allié par pacte, de cette tribu des Qawāqil. Il devint par la suite l’un des Compagnons du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) jouissant du plus grand prestige et l’un de ceux à qui le Paradis fut annoncé.² À l’époque de la jāhiliyya, avant l’islam, son nom était Husayn. Après sa conversion à l’islam, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le changea en ʿAbdullah.³

L’histoire de la conversion à l’islam de ʿAbdullah ibn Salām (qu’Allah l’agrée) est rapportée dans divers ouvrages de hadith et de sîra. Il ressort clairement de ces différents récits qu’avant sa conversion, il s’était acquis une réputation de grand dignitaire religieux juif. Il connaissait les passages de la Torah relatifs à l’époque de la venue du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et à son identité. Comme beaucoup d’autres, il attendait lui aussi le dernier Prophète. Selon le récit d’Ibn Ishāq, lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva à Médine et s’installa d’abord chez les Banū ʿAmr ibn ʿAwf, à Qubāʾ, ʿAbdullah se trouvait au sommet d’un palmier. Un homme lui annonça l’arrivée du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ; il se hâta alors d’aller à sa rencontre et comprit dès le premier regard qu’il était un prophète. Puis, lorsque le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva dans la partie principale de Médine et s’installa chez Abū Ayyūb al-Anṣārī, ʿAbdullah vint de nouveau le rencontrer. Au cours de cette rencontre, il s’entretint longuement avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ces échanges sont rapportés de diverses manières dans les différents récits.⁴ Nous en présentons ici quelques-uns.

ʿAbdullah ibn Salām disait : « J’avais appris de mon père la lecture et l’interprétation de la Torah. Un jour, il me lut un passage concernant l’identité du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ses signes, ses qualités et ses actes. Puis il me dit : “S’il est un descendant d’Aaron, alors suis-le ; sinon, ne le suis pas.” » Il mourut avant l’Hégire du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Un jour, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva donc à Médine. Je cueillais alors des dattes dans un verger, tandis que ma tante Khālida bint al-Hārith ramassait celles qui étaient tombées. À ce moment-là, un homme de la tribu juive des Banū Naḍīr se mit à crier : « Le maître des Arabes est arrivé aujourd’hui ! » En entendant cela, je me mis à trembler et proclamai le takbîr à haute voix. Ma vieille tante, voyant mon état, me dit : « Misérable ! Même si Moïse ibn ʿImrān venait, tu ne serais pas plus bouleversé que tu ne l’es ! » Je lui répondis : « Ma tante ! Il est le frère de Moïse et suit sa même religion. Ce qu’il avait apporté, celui-ci l’a également apporté. »

Je descendis de l’arbre et me rendis auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). J’observai son apparence et le reconnus. Je lui parlai de mon père. J’embrassai l’islam. Plus tard, ma tante paternelle embrassa elle aussi l’islam.⁵

‘Abdullah ibn Salâm rapporte également : Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) arriva à Médine, les gens se pressèrent auprès de lui. J’y allai moi aussi. Dès que je le vis, je compris que ce visage n’était pas celui d’un imposteur ni d’un menteur. Les premières paroles que j’entendis de sa bouche furent : « Ô gens ! Répandez le salâm, nourrissez les gens, préservez les liens de parenté et priez pendant la nuit, lorsque les gens dorment ; vous entrerez alors au Paradis en toute sécurité. »⁶

Il est probable que, dans le récit ci-dessus, ‘Abdullah ibn Salâm ait parlé de sa première rencontre avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), après l’arrivée de celui-ci de La Mecque à Qubâ. Après avoir séjourné trois jours à Qubâ, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se mit en route vers le territoire central de Médine. En dépit des demandes et des insistances de tous ceux qu’il rencontra en chemin, il choisit de résider chez Abû Ayyûb al-Ansârî. À ce moment-là, ‘Abdullah ibn Salâm se présenta de nouveau auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Anas (qu’Allah l’agrée) a rapporté le récit de cette rencontre.

Anas rapporte : Après l’arrivée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à Médine, ‘Abdullah ibn Salâm vint à sa rencontre. Il lui dit : « Je voudrais vous poser trois questions dont seuls les prophètes connaissent les réponses. »⁷

a) Quel est le premier signe ou présage de l’Heure ?

b) Quelle sera la première nourriture des habitants du Paradis ?

c) Pourquoi l’enfant ressemble-t-il à son père ou à sa mère ?

Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Gabriel vient à l’instant de me communiquer ces paroles. » ‘Abdullah ibn Salâm dit : « Parmi les anges, n’est-ce pas précisément Gabriel qui est l’ennemi des Juifs ? » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Le premier signe de l’Heure sera qu’un feu surgira de l’est, poussera les gens devant lui et les rassemblera à l’ouest. La première nourriture des habitants du Paradis sera la partie supplémentaire du foie d’un poisson. Quant à la ressemblance de l’enfant avec son père ou sa mère, elle s’explique ainsi : si le liquide de l’homme sort le premier, l’enfant penchera vers lui ; et si le liquide de la femme sort le premier, l’enfant penchera vers elle. » En entendant cette réponse, ‘Abdullah dit : « Je témoigne que vous êtes le Messager d’Allah. »

Ensuite, Abdullah ibn Salam dit : « Ô Messager d’Allah ! Les Juifs sont un peuple de menteurs. Je suis le fils savant d’un père savant. De même, je suis le fils dirigeant d’un père dirigeant. Appelez les Juifs et interrogez-les à mon sujet. Mais gardez secrète auprès d’eux ma conversion à l’islam. » Conformément à sa demande, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) convoqua les Juifs et leur présenta l’islam. À un moment donné, il leur demanda : « Qui est Abdullah ibn Salam parmi vous ? » Ils répondirent : « C’est le fils de notre ancien dirigeant, et notre dirigeant actuel. Le fils savant d’un père savant. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) demanda : « Eh bien, pourrait-il embrasser l’islam ? » Ils répondirent : « Jamais. »

Pendant ce temps, Abdullah ibn Salam se cachait dans un coin de la maison. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui fit signe de sortir. Il sortit en récitant la profession de foi et dit aux Juifs : « Craignez quelque peu Allah. Vous savez parfaitement que cet homme est le Messager d’Allah et que sa religion est véridique. »

Malgré son appel, les Juifs ne crurent pas. Au contraire, humiliés d’une manière aussi inattendue, ils devinrent encore plus furieux. Ils se mirent à dire à Abdullah : « Tu es un hypocrite, un menteur et un traître. Tu es l’un des membres les plus méprisables de notre communauté. Ton père aussi était un vaurien. »

Abdullah dit alors : « Ô Messager d’Allah ! Vous voyez bien. C’est précisément ce que je redoutais. »⁸ Lorsque les Juifs rejetèrent l’appel du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et s’en allèrent, le dixième verset de la sourate Al-Ahqaf du Noble Coran fut révélé.⁹

Il existe également des divergences concernant la date à laquelle Abdullah ibn Salam embrassa l’islam. Il est rapporté d’après l’imam Al-Chaabi qu’il se convertit deux ans avant la mort du Messager d’Allah.¹⁰ L’imam Al-Dhahabi dit qu’il s’agit d’un récit exceptionnel et rejeté. En effet, il est rapporté dans le Sahih Al-Bukhari qu’il embrassa l’islam au moment de l’Hégire du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et de son arrivée à Médine.¹¹ Ibn Sa’d dit qu’il embrassa l’islam au tout début, après l’arrivée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à Médine. Il était l’un des rabbins ou docteurs religieux des Juifs.¹²

Les spécialistes de la Sîra divergent quant à la participation d’Abdullah ibn Salam aux batailles de Badr et d’Uhud. Selon Ibn Sa’d, il participa pour la première fois à la bataille de la Tranchée. C’est pourquoi il le mentionne avec les combattants de la Tranchée dans la troisième طبقة (classe) des Compagnons. À partir de la bataille de la Tranchée, il participa à toutes les guerres.

Il accompagna le calife Umar (qu’Allah l’agrée) lors de son voyage à Bayt al-Maqdis. Al-Waqidi rapporte qu’il fut l’un des principaux participants à la conquête de Bayt al-Maqdis et de Jabiyah.¹³

Lorsque les insurgés assiégèrent le calife Uthman (qu’Allah l’agrée) dans sa maison et complotèrent pour le tuer, Abdullah lui rendit visite un jour, en ces temps de grande épreuve, et lui dit : « Nous sommes prêts à vous aider. Vous ne devez pas rester ainsi assis dans votre maison. Sortez et dispersez la foule rassemblée. » Après avoir dit cela, Abdullah se plaça lui-même devant la foule et prononça un bref discours. Ce discours a été rapporté dans plusieurs ouvrages. En voici le résumé :

« Ô gens, à l’époque de la Jâhiliya, mon nom était Husayn. Le Messager d’Allah m’a donné le nom d’Abdallah. Ces versets du Noble Coran ont été révélés à mon sujet.

1) Et un témoin parmi les enfants d’Israël a témoigné en sa faveur et y a cru, tandis que vous vous enorgueillissez. (Sourate al-Ahqaf, 10)

2) Les mécréants disent : « Tu n’es pas un Messager. » Dis : « Allah et celui qui possède la connaissance du Livre suffisent comme témoins entre vous et moi. » (Sourate ar-Ra‘d, 43)

L’épée d’Allah est encore au fourreau, et les anges ont fait de votre cité — le lieu de l’émigration du Messager d’Allah (ﷺ) — leur demeure. Craignez donc Allah et renoncez à tuer Uthman. Par Allah ! Si vous avez décidé de le tuer, les anges qui sont vos voisins quitteront Médine. Et l’épée qui est encore au fourreau sera tirée, et elle ne sera plus remise au fourreau jusqu’au Jour de la Résurrection. »

Son discours ne produisit aucun effet sur les rebelles au cœur endurci. Bien au contraire, l’effet inverse se manifesta. Leur malheur et leur obstination s’accrurent encore. Ils dirent : « Tuez ces deux hommes, le Juif et Uthman. »14

Selon une autre version, Abdallah ibn Salam raconte : « Alors qu’Uthman était assiégé dans sa maison, j’allai un jour le saluer. Dès que j’entrai chez lui, il me dit : “Bienvenue, mon frère ! La nuit dernière, j’ai vu le Messager d’Allah (ﷺ) par cette fenêtre. Il m’a dit : ‘Uthman, t’ont-ils assiégé ?’ J’ai répondu : ‘Oui.’ Il a dit : ‘T’ont-ils privé d’eau ?’ J’ai répondu : ‘Oui.’ Puis il m’a donné un seau rempli d’eau. Je bus et étanchai ma soif. Il m’a dit : ‘Si tu le souhaites, je te donnerai la victoire sur eux ; et si tu le souhaites, tu peux rompre aujourd’hui le jeûne avec moi.’ J’ai choisi de rompre le jeûne avec lui. Il fut tué ce jour-là. »15

Lorsque le calife Ali (qu’Allah l’agrée) décida de faire de Koufa sa capitale à la place de Médine, Abdallah lui dit : « Vous ne devez pas abandonner la chaire du Messager d’Allah (ﷺ) dans la mosquée de Médine. Si vous l’abandonnez, vous ne pourrez plus jamais la visiter. » Ali (qu’Allah l’agrée) commenta alors : « Le pauvre homme est très simple et honnête. »16

Selon une autre version, Ali (qu’Allah l’agrée) raconte : « Alors que je mettais le pied dans l’étrier pour monter à cheval, Abdallah ibn Salam vint me trouver et me demanda : “Où allez-vous ?” Je répondis : “En Irak.” Il dit : “Si vous y allez, vous goûterez au tranchant de l’épée.” Je répondis : “J’ai déjà entendu le Messager d’Allah (ﷺ) dire cela. »17

Il ne s’impliqua pas dans la querelle et le conflit entre le calife Ali et Mu‘awiya (qu’Allah les agrée). Il se tint prudemment à l’écart de cette discorde, portant avec lui une épée de bois.18

Tous les spécialistes de la sîra s’accordent à dire qu’il mourut à Médine en l’an 43 de l’Hégire, sous le califat de l’émir Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée).19 Il laissa deux fils, nommés Yusuf et Muhammad. Tous deux naquirent du vivant du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Yusuf était l’aîné. Après sa naissance, le Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le prit dans ses bras, posa la main sur sa tête et lui donna le nom de Yusuf.20

On ne dispose pas de beaucoup de détails sur la vie quotidienne de Abdallah. On sait toutefois qu’en raison de sa faiblesse due à la vieillesse, il se déplaçait avec une canne et s’y appuyait lorsque cela était nécessaire.21 La crainte révérencielle d’Allah se lisait toujours sur son visage.22

La poitrine de Abdallah (qu’Allah l’agrée) était remplie de la connaissance de la Torah, de l’Évangile, du Noble Coran et des hadiths prophétiques. À propos de sa maîtrise illimitée de la Torah, l’érudit al-Dhahabi a écrit :23

« Abdallah ibn Salam était, à son époque, le plus grand érudit des gens du Livre à Médine. »

Après avoir embrassé l’islam, il se consacra au Coran et aux hadiths et devint, par sa connaissance dans ce domaine, une personne en qui tous avaient confiance. Quelle dignité plus grande pourrait-il y avoir que celle-ci : Abu Hurayra — qui était, parmi les Compagnons, le plus versé dans les hadiths — lui demandait lui aussi des hadiths. Un jour, Abu Hurayra se rendit en Syrie. Là, il rapporta à Ka‘b al-Ahbar le hadith suivant : « Le vendredi comporte un moment où, si un serviteur demande quelque chose à Allah, Il le lui accorde certainement. » Après avoir entendu ce hadith, Ka‘b resta quelque temps partagé entre la croyance et le doute. Finalement, il se rangea à l’avis d’Abu Hurayra.

Entre-temps, de retour à Médine, Abu Hurayra raconta l’événement à Abdallah ibn Salam. Après l’avoir écouté, celui-ci fit remarquer : « Ka‘b a menti. » Abu Hurayra répondit alors : « Mais il a finalement accepté ce que je disais. » Abdallah demanda : « Savez-vous à quel moment cela se produit ? » À cette question, Abu Hurayra le suivit et le pria instamment de lui indiquer ce moment. Abdallah répondit : « Entre la prière de l’Asr et celle du Maghrib. » Abu Hurayra dit : « Mais il n’y a aucune prière entre l’Asr et le Maghrib. Comment cela est-il possible ? » Abdallah répondit : « Vous ne savez peut-être pas que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : “Celui qui reste assis dans l’attente de la prière est comme s’il se trouvait déjà dans la prière.” »24

Malgré sa grande maîtrise des hadiths, seuls vingt-cinq hadiths ont été rapportés de lui.25 Parmi ceux qui rapportèrent des hadiths après les avoir entendus de sa bouche figuraient de nombreux Compagnons, tels que Anas ibn Malik, Zurara ibn Awfa, Abu Hurayra, Abdallah ibn Ma‘qil et Abdallah ibn Hanzala, entre autres. Parmi ses disciples les plus éminents figuraient également : Kharasha ibn al-Hurr, Qays ibn ‘Ubad, Abu Salama ibn Abd al-Rahman, Hamza ibn Yusuf (son petit-fils), Umar ibn Muhammad (son petit-fils), Awf ibn Malik, Abu Burda ibn Abu Musa, Abu Sa‘id al-Muqri, Ubada al-Zaraqi, Ata ibn Yasar, Ubaydallah ibn Jaysh al-Ghifari, Zurra ibn Awfa, Yusuf et Muhammad (ses deux fils).26

Parmi les Compagnons, Abdallah ibn Salam jouissait d’un honneur et d’un prestige très élevés. Il comptait parmi les illustres Compagnons savants. Lorsque les derniers instants du célèbre Compagnon Mu‘adh ibn Jabal approchèrent, on lui demanda : « Donnez-nous quelques conseils. » Il répondit : « Je vais quitter ce monde. Cependant, la science ne disparaît pas avec moi. Celui qui la recherchera l’acquerra. Recherchez donc la science auprès d’Abou ad-Dardâ, de Salmân al-Fârisî, d’Abdallah ibn Mas‘ûd et d’Abdallah ibn Salam. » Abdallah était juif, puis il se convertit à l’islam. J’ai entendu le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) dire à son sujet : « Il est le dixième homme promis au Paradis. »27

Sa‘d ibn Abî Waqqâs (رضي الله عنه) a dit : « Je n’ai entendu le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) dire à propos d’aucun homme vivant sur terre, si ce n’est Abdallah ibn Salam : “C’est un homme destiné au Paradis.” C’est à son sujet que fut révélé le verset 10 de la sourate al-Ahqâf. »28

Mus‘ab ibn Sa‘d ibn Abî Waqqâs rapporta de son père Sa‘d (رضي الله عنه) que celui-ci avait dit : « Un jour, on apporta au Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) un bol de tharîd. Après qu’il eut mangé, il en resta quelque peu. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) dit : “Par cette ouverture entrera un homme destiné au Paradis, et il mangera ce reste.” Sa‘d dit : “J’avais envoyé mon frère ‘Umayr faire ses ablutions. Je voulais qu’il vienne manger ce reste. Mais avant lui, Abdallah ibn Salam arriva et le mangea.” »29

Malgré le rang éminent qu’il détenait, Abdallah était très humble. Si quelqu’un le louait ne serait-ce qu’un peu, il se mettait en colère. Qays ibn ‘Ubâd raconte : « J’étais dans la mosquée de Médine lorsqu’un homme arriva, dont le visage portait les marques de la crainte révérencielle d’Allah. Les gens se dirent : “Voici un homme du Paradis.” Il accomplit ensuite deux rak‘as de prière brèves. Lorsqu’il sortit de la mosquée, je le suivis. Il entra chez lui, et j’entrai derrière lui. Après avoir fait sa connaissance en conversant avec lui, je lui dis : “Lorsque vous êtes entré dans la mosquée, les gens disaient ceci et cela à votre sujet.” Il répondit : “Gloire à Allah ! Personne ne devrait dire ce qu’il ne sait pas. Je vais te raconter ceci : après avoir fait un rêve, je le rapportai au Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). Dans ce rêve, je vis un jardin verdoyant. En son centre se dressait un pilier de fer, dont la base était dans la terre et le sommet dans le ciel. Une corde était attachée à son sommet. On me dit : ‘Monte le long du pilier.’ Je montai et saisis la corde. On me dit alors : ‘Agrippe-la fermement.’ Je me réveillai alors que la corde était encore dans ma main. Le matin, je me rendis auprès du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) et lui racontai mon rêve. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) dit : ‘Le jardin représente le jardin de l’islam, le pilier représente le pilier de l’islam, et la corde représente la corde de l’islam. Tu demeureras attaché à l’islam jusqu’à ta mort.’” Le narrateur Qays dit : « Cet homme était Abdallah ibn Salam. »30

Kharâsha ibn al-Hurr a rapporté ce rêve d’une manière quelque peu différente.31 Une autre version rapporte que, après avoir entendu le récit de son rêve, le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) lui dit : « Tu mourras en t’agrippant fermement à la corde de l’islam. »32

De nombreux autres récits de l’humilité d’Abdallah (رضي الله عنه) sont rapportés dans divers ouvrages. Un jour, il marchait en portant sur sa tête un fagot de bois. En le voyant, les gens lui dirent : « Allah vous a épargné d’avoir à faire une telle chose. » Il répondit : « Oui, c’est vrai. Mais par cet acte, je peux briser mon orgueil et ma noblesse, car j’ai entendu le Messager (صلى الله عليه وسلم) dire : “Celui qui possède dans son cœur ne serait-ce que le poids d’un grain de moutarde de kibr, c’est-à-dire d’orgueil, n’entrera pas au Paradis.” »33

Abdallah (رضي الله عنه) possédait un attachement et une force incommensurables pour la vérité et la sincérité. À la fin de sa vie, il disait : « Si vous deviez de nouveau entrer en guerre contre les Qurayshites et que je n’aie alors plus la force nécessaire, faites-moi asseoir sur une chaise et placez-moi entre les deux camps. »34

Il est rapporté d’après Abdallah ibn Salam (رضي الله عنه) que Salmân al-Fârisî (رضي الله عنه) lui dit un jour : « Frère ! Celui de nous deux qui mourra le premier essaiera d’apparaître en rêve à celui qui restera vivant. » Abdallah ibn Salam demanda : « Est-ce possible ? » Salmân répondit : « Oui, c’est possible. L’âme du croyant est libre ; elle peut aller où elle veut sur terre. Quant à l’âme du mécréant, elle demeure captive. » Salmân mourut. Abdallah ibn Salam raconte : « Une nuit, je m’endormis au milieu de la nuit. Salmân vint et me salua. Après lui avoir rendu son salut, je lui demandai : “Abou Abdallah ! Comment avez-vous trouvé votre demeure ?” Il répondit : “Bien. Attache-toi au tawakkul, c’est-à-dire la confiance en Allah. Le tawakkul est une excellente chose.” Il répéta cette parole trois fois. Une autre version rapporte qu’Abdallah lui demanda : “Quelle œuvre avez-vous trouvée la meilleure ?” Il répondit : “J’ai trouvé le tawakkul extraordinaire.” »35

Il est rapporté d’après Abou Bourda. Il dit : Un jour, je me rendis à Médine et rencontrai Abdallah ibn Salam. Il me dit : « Ne viendras-tu pas chez moi ? Viens, je vais te servir du sattu et des dattes. » J’y allai. Il me dit : « Sachez que vous vivez dans une région où l’usure est répandue. Si tu as une créance envers quelqu’un et qu’il t’offre, même en cadeau, un peu de son, tel que du son destiné à la nourriture des animaux, n’accepte pas cela, car ce serait de l’usure. »³⁶ Dans une autre narration, l’événement est rapporté d’une manière quelque peu différente.³⁷

Certains exégètes ont exprimé l’opinion que, outre les deux versets du noble Coran révélés en l’honneur d’Abdallah ibn Salam — respectivement le verset 10 de la sourate Al-Ahqaf et le verset 43 de la sourate Ar-Ra‘d — deux autres versets ont également été révélés à son sujet. Ibn Ishaq l’a rapporté d’après Ibn Abbas. Les versets 113 et 114 de la sourate Al ‘Imran ont été révélés à la louange d’Abdallah ibn Salam et de Tha‘laba ibn Sa‘iya.³⁸ Allah dit à leur sujet :

Ils ne sont pas tous pareils. Parmi les gens du Livre, il en est qui récitent avec constance les versets d’Allah et se prosternent au cœur de la nuit. Ils croient en Allah et au Jour dernier, ordonnent le bien, interdisent le mal et s’efforcent autant que possible d’accomplir les bonnes œuvres. Ceux-là sont parmi les vertueux.

Ainsi, Allah Lui-même a attesté la dignité d’Abdallah ibn Salam. La déclaration d’Allah Tout-Puissant montre clairement quel homme éminent il était.

Références :

Sahl ibn Sa‘d (qu’Allah l’agrée)

Son véritable nom était Sahl. Il avait plusieurs teknonymes, notamment Abou al-Abbas, Abou Malik et Abou Yahya. Son père s’appelait Sa‘d ibn Malik. Il était issu des Banou Sa‘ida, de la tribu médinoise des Khazraj. C’était un célèbre Compagnon ansarite. Son père Sa‘d était également un Compagnon.¹

Il naquit cinq ans avant l’émigration du Messager d’Allah à Médine. Après sa naissance, son père lui donna le nom de « Huzn ». Lorsque le Messager arriva à Médine, il changea son nom en « Sahl ». Ibn Hibban a rapporté cela.² Son père Sa‘d avait embrassé l’islam avant l’Hégire. Il grandit donc en tant que musulman.

À l’époque de l’arrivée du vénérable Messager de Dieu à Médine, il n’avait que cinq ans. Lors de la bataille de Badr, au cours de la deuxième année de l’Hégire, il n’était encore qu’un garçon de sept ans. Alors que les préparatifs de la bataille allaient bon train, son père, le vénérable Sa‘d, décéda. Il devint orphelin de père à l’âge de sept ans seulement. Après la bataille de Badr, le Messager lui attribua également une part du butin à son père défunt, car celui-ci avait eu l’intention de participer à la bataille de Badr.

Lors de la bataille d’Uhud, au cours de la troisième année de l’Hégire, il participa, avec des garçons de son âge, à la garde de Médine. Au cours de cette bataille, le vénérable Messager fut blessé et couvert de sang. Il était présent lorsque ce sang fut nettoyé.³

Lorsque la bataille du Fossé eut lieu, au cours de la cinquième année de l’Hégire, il n’était encore qu’un garçon de dix ans. Malgré cela, il participa au creusement du fossé avec une vive émotion et beaucoup d’enthousiasme, transportant la terre sur ses épaules.⁴ En somme, au moment du décès du Messager de Dieu, au cours de la onzième année de l’Hégire, il n’avait que quinze ans. Il n’avait pas encore l’âge de partir à la guerre.

On ne dispose pas d’informations détaillées sur sa vie à l’époque du califat bien guidé. Au cours de l’année 74 de l’Hégire, il encourut la colère du tyrannique et oppresseur gouverneur omeyyade al-Hajjaj ibn Yusuf. Al-Hajjaj le convoqua et lui demanda : « Pourquoi n’avez-vous pas aidé le calife ‘Uthman ? » Il répondit : « Je l’ai fait. » Al-Hajjaj dit : « Tu ne dis pas la vérité. » Puis il ordonna qu’on apposât sur son cou une marque, symbole d’humiliation et d’avilissement. Même des Compagnons éminents tels qu’Anas et Jabir ibn ‘Abd Allah n’échappèrent pas à cette infamie d’al-Hajjaj. Son objectif était que les gens s’éloignent d’eux et n’écoutent pas leurs paroles.⁵

L’imam al-Zuhri dit : « Au moment du décès du Messager de Dieu, Sahl ibn Sa‘d avait quinze ans. Il mourut à Médine au cours de l’année 91 de l’Hégire. » Selon al-Waqidi, il vécut cent ans. Certains ont dit qu’il vécut quatre-vingt-seize ans, ou un peu davantage.⁶ Selon Ibn Hajar, lorsqu’il mourut au cours de l’année 88 de l’Hégire, il avait plus de cent ans.⁷ Ibn Abi Dawud pensait qu’il était mort à Alexandrie. Il est rapporté d’après Qatada qu’il mourut en Égypte. Ibn Hajar dit que ce ne sont que des hypothèses.⁸ Al-Waqidi dit : « Il est rapporté que le dernier Compagnon mort à Médine fut Jabir ibn ‘Abd Allah. Mais l’opinion correcte est que Sahl ibn Sa‘d al-Sa‘idi fut le dernier Compagnon à mourir à Médine, en l’an 91 de l’Hégire. »⁹ À la fin de sa vie, il ne restait plus aucun Compagnon à Médine. Les autres régions du califat islamique étaient alors elles aussi presque privées de la bénédiction des Compagnons. Il disait lui-même : « Quand je mourrai, il ne restera personne pour dire : “Le Messager a dit.” »

Le vénérable Sahl ibn Sa‘d était l’un des Compagnons renommés. Après la mort des Compagnons éminents, il devint le point de convergence de la population. D’innombrables personnes affluaient auprès de lui, avec une grande émotion et beaucoup d’enthousiasme, pour entendre des hadiths.

Bien qu’il fût encore mineur du vivant du Messager de Dieu, il avait néanmoins entendu de nombreux hadiths. Après le décès du Messager de Dieu, il acquit la maîtrise de cette discipline auprès de Compagnons renommés tels qu’Ubayy ibn Ka‘b, ‘Asim ibn ‘Adi et ‘Amr ibn ‘Abasa. Bien que Marwan ne fût pas un Compagnon, il reçut également de lui quelques hadiths.¹⁰

Beaucoup de Compagnons et de tabi‘un entendirent des hadiths auprès de lui et les transmirent également. Nous ne mentionnerons ici que quelques-uns des plus éminents :

Abou Hourayra, Ibn Abbâs, Sa‘îd ibn al-Musayyib, Abou Hâzim ibn Dînâr, az-Zuhrî, Abou Souhayl Soubhî, ‘Abbâs ibn Sahl (son), Wafâ ibn Chourayh al-Hadramî, Yahyâ ibn Maymûn al-Hadramî, ‘Abdallah ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Jou‘âb, ‘Amr ibn Jâbir al-Hadramî, entre autres.11

Le nombre total des hadiths rapportés par Sahl ibn Sa‘d (qu’Allah l’agrée) s’élève à 188. Parmi eux, 28 sont reconnus unanimement comme authentiques.12

Il aimait profondément le Noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il s’efforçait de suivre chacun des actes et des comportements du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) prononçait le sermon debout, appuyé contre un pilier de bois. Un jour, il parla d’un minbar. Sahl se rendit aussitôt dans la forêt et en rapporta du bois pour fabriquer le minbar.13 Un jour, de ses propres mains, il fit boire au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de l’eau du puits de Bouda‘a. C’est lui-même qui l’a rapporté. Il convient de préciser qu’il s’agissait d’un puits de Médine. Les habitants de Médine y jetaient des déchets et des détritus. Toutefois, le puits était grand et alimenté par de nombreuses sources.14

Dire la vérité était un trait particulier du caractère de Sahl (qu’Allah l’agrée). De son vivant, un homme de la tribu des Marwân devint un jour gouverneur de Médine. Il convoqua Sahl (qu’Allah l’agrée) et lui ordonna d’insulter ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Il refusa catégoriquement d’obéir à l’ordre de ce souverain tyrannique. Alors le gouverneur lui ordonna de dire au moins ceci : « Que la malédiction d’Allah soit sur Abou Tourâb. » Sahl répondit : « Abou Tourâb était le nom préféré de ‘Alî. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) aimait l’appeler par ce nom. » Puis il expliqua au gouverneur pourquoi ‘Alî (qu’Allah l’agrée) avait été surnommé Abou Tourâb, et celui-ci se tut.15

Un jour, Sahl ibn Sa‘d, Abou Dharr, ‘Ubâda ibn as-Sâmit, Abou Sa‘îd al-Khoudrî, Mouhammad ibn Maslama et une sixième personne prêtèrent serment d’allégeance au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), en s’engageant à ne craindre, pour Allah, le blâme d’aucun blâmeur.16 L’histoire de sa vie prouve qu’il resta fidèle à cette allégeance jusqu’à sa mort.

Lorsqu’une personne se montrait indifférente ou inattentive à son cercle d’enseignement des hadiths, il se mettait dans une grande colère. At-Tabarânî a rapporté un épisode de ce genre dans son ouvrage Al-Kabîr. Abou Hâzim raconte qu’un jour, il enseignait les hadiths dans une assemblée. Certains auditeurs parlaient alors entre eux. Il se mit dans une grande colère et dit : « Regardez donc ces gens ! Je leur rapporte ce que mes deux yeux ont vu auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et ce que mes deux oreilles ont entendu, mais ils ne l’écoutent pas ; je ne reviendrai plus jamais. » Je lui demandai : « Où allez-vous ? » Il répondit : « Je vais partir combattre sur le chemin d’Allah. » Je lui dis : « Le jihâd ne vous est pourtant plus obligatoire à présent. Vous ne pouvez plus monter à cheval, vous n’avez plus la force de frapper avec une épée, et vous ne pouvez pas non plus lancer des flèches ou des lances. »

Il répondit : « Abou Hâzim ! J’irai sur le champ de bataille et je me tiendrai dans les rangs. Une flèche ou une pierre inconnue viendra me frapper, et Allah m’accordera ainsi le martyre. »17

Références :

Sahl ibn Hunayf (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Sahl et ses surnoms étaient Abû Sa‘d, Abû ‘Abdillah, Abû al-Walîd et Abû Thâbit. Son père était Hunayf ibn Wâhib et sa mère Hind bint Râfi‘. Il était issu de la tribu médinoise des Aws. C’était un illustre Compagnon ansarite et badrite.¹ Son frère, ‘Abbâd ibn Hunayf, était l’un des principaux hypocrites de Médine. Il faisait partie de ceux qui avaient construit la mosquée de Dirâr.²

Il embrassa l’islam avant même l’arrivée du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à Médine. Après sa conversion, lui et ‘Abdullah ibn Zubayr parcouraient, dans l’obscurité de la nuit et à l’insu de tous, les différents endroits de Médine pour briser les idoles. Après avoir brisé les idoles en bois, ils apportaient ce bois aux demeures des musulmans pauvres afin qu’il serve de combustible. Après sa hijra à Médine, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) séjourna quelque temps à Qubâ, dans la demeure de Kulthûm ibn al-Hadam. Une femme habitait juste à côté. Chaque nuit, il entendait le bruit de la porte de cette maison qui s’ouvrait au cœur de la nuit. Puis il entendait quelqu’un y entrer et en sortir. Un jour, il interrogea la femme à ce sujet. Elle répondit : « Je suis une musulmane veuve. Celui qui vient ici chaque nuit est Sahl ibn Hunayf. Il parcourt la ville la nuit, brise les idoles et m’en laisse le bois pour servir de combustible. »³

Après l’arrivée du Noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à Médine, il établit entre Sahl et ‘Alî (qu’Allah les agrée) un lien de fraternité religieuse.⁴

Il participa à toutes les batailles, notamment à Badr, Uhud et al-Khandaq, aux côtés du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui).⁵ Lors du désastre de la bataille d’Uhud, il fut l’un des quinze Compagnons qui, au péril de leur vie, restèrent fermement sur le champ de bataille auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui).⁶ Ce jour-là, il fit le serment de mourir auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Le Prophète dit alors à ceux qui l’entouraient : « Donnez-lui des flèches, c’est Sahl. » Plus tard, lorsque Sahl se trouvait présent en un moment de crise, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) le considérait comme un présage de bonheur et disait : « Sahl est là, il n’y a rien à craindre. »⁷ Après la bataille d’Uhud, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) vint auprès de Fâtima et lui tendit son épée en disant : « Prends cette épée, elle n’est nullement blâmable. » En entendant cela, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Tu as bien combattu. Cependant, Sahl et Abû Dujâna ont tous deux bien combattu. »⁸

Lorsque ‘Alî (qu’Allah l’agrée) fut choisi comme calife, Sahl se rangea de son côté. Quand ‘Alî (qu’Allah l’agrée) se rendit en Irak, il le nomma gouverneur de Médine.⁹ Un jour, le calife le convoqua et il quitta Médine pour Kûfa.¹⁰ Après la bataille du Chameau, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) le nomma gouverneur de Bassora.¹¹ Lors de la bataille de Siffîn, il combattit aux côtés de ‘Alî (qu’Allah l’agrée).¹² À la fin de la bataille, il partit pour Kûfa. À cette époque, il fut nommé gouverneur de « Fares ».¹³ Cependant, les habitants de cette région se révoltèrent et l’expulsèrent de la ville. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) nomma alors Ziyâd ibn Abîhi gouverneur de cette région à sa place.¹⁴

Après l’expulsion de la tribu juive des Banû Nadîr de Médine, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) distribua aux Muhâjirûn les biens saisis qui leur appartenaient. Lorsque, parmi les Ansâr, Sahl ibn Hunayf et Abû Dujâna Simâk ibn Kharasha exposèrent leur extrême pauvreté, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) leur en donna également une part.¹⁵ Selon l’érudit as-Suhaylî, trois Ansâr au total reçurent une part des biens des Banû Nadîr.¹⁶

Al-Wâqidî et al-Madâ’inî rapportent que Sahl ibn Hunayf mourut à Kûfa en l’an 38 de l’hégire. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) dirigea la prière funéraire. ‘Abdullah ibn Ma‘qil dit : « J’ai accompli avec ‘Alî la prière funéraire de Sahl ibn Hunayf. Au cours de cette prière, il prononça six takbîr. Quelqu’un le lui reprocha, alors il dit : “Hunayf était un Compagnon ayant participé à Badr. Par ces six takbîr, j’ai voulu vous faire connaître la supériorité des gens de Badr sur les autres.” »¹⁷

À sa mort, il laissa deux fils : Abû Qumâma As‘ad et ‘Abdullah. Le premier naquit du vivant du Messager d’Allah.18

Neuf mois après l’arrivée du Noble Messager d’Allah (ﷺ) à Médine, un de ses très chers Compagnons ansârîs, As‘ad ibn Zurâra, décéda. Il était le naqîb al-nuqabâ, c’est-à-dire le chef des douze naqîb désignés lors de la Bay‘at al-‘Aqaba. Après sa mort, le Messager (ﷺ) prit à sa charge l’éducation d’une de ses filles et la maria à ce Sahl ibn Hunayf. C’est de cette union que naquit Abû Umâma ibn Sahl.19

C’était un homme très beau. Une empreinte de pureté se lisait sur son visage. Sa constitution physique était d’une grande beauté. Un jour, au cours d’une bataille, il se trouvait monté sur la même monture que le Messager d’Allah (ﷺ). Il y avait là une source. Il s’y baigna. Quelqu’un s’exclama : « Quelle beauté extraordinaire que son corps ! Je n’ai jamais rien vu de pareil. » Sahl fut alors frappé du mauvais œil. Il tomba malade et fut saisi d’une forte fièvre. Le Messager (ﷺ) demanda quelle en était la cause. Les gens lui racontèrent ce qui s’était passé. Après les avoir écoutés, il dit : « Lorsqu’une personne voit le corps ou les biens de son frère sans invoquer Allah en sa faveur, elle lui porte le mauvais œil. Le mauvais œil est une réalité. »20

‘Allâma Ziriklî mentionne que quarante hadiths rapportés de lui ont été réunis dans les deux Sahîh.21 Il a rapporté des hadiths du Messager d’Allah (ﷺ) et de Zayd ibn Thâbit. De nombreux tâbi‘ûn ont entendu des hadiths de lui et les ont également rapportés. Parmi les plus éminents, on compte :

Abû Wâ’il, ‘Ubayd ibn Sabbâq, ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Laylâ, ‘Ubaydullâh ibn ‘Abdillah, ‘Utba, Sîrîn ibn ‘Âmir, Rabâb, entre autres.22

Il se tenait toujours à l’écart de toutes les dissensions. Après son retour de Siffîn, son élève Abû Wâ’il lui dit : « Racontez-nous quelques événements. » Il répondit : « Que raconterais-je ? La situation est difficile. Lorsqu’on bouche une brèche, une autre s’ouvre. »

Il était extrêmement courageux et énergique. Pourtant, les gens se faisaient de lui une idée différente. À ce sujet, il disait : « C’est leur opinion qui est fautive. Je ne suis pas un lâche. Chaque fois que j’ai levé mon épée pour une cause, je l’ai réglée définitivement. Si combattre le jour de Hudaybiyya n’avait pas été contraire à la volonté du Messager d’Allah (ﷺ), j’aurais été prêt à combattre ce jour-là également. »23

Références :

Nu‘mân ibn Bashîr (qu’Allah l’agrée)

Les ouvrages de la Sîra mentionnent deux kunyas, ou surnoms, de l’honorable Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) : Abû ‘Abdillâh et Abû Muhammad. Il était originaire de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. C’était un émir, un orateur, un poète, un érudit et l’un des éminents Compagnons ansar.¹ Son père, Bashîr ibn Sa‘d, était lui aussi un Compagnon de grande envergure.² Il avait participé à la bataille de Badr.³

Bashîr ibn Sa‘d prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah, lors de la dernière ‘Aqaba, avec soixante-dix — selon une autre version, soixante-quinze — Ansar. Il participa à toutes les batailles aux côtés du Messager d’Allah, notamment à Badr et à Uhud. Après le décès du Noble Messager, lors de l’assemblée réunie à la Saqîfa des Banû Sâ‘ida, à Médine, pour choisir le calife, Bashîr ibn Sa‘d fut le tout premier à prêter serment d’allégeance à Abû Bakr (qu’Allah l’agrée).⁴ En l’an 12 de l’Hégire, il partit combattre, sous le commandement du général Khâlid ibn al-Walîd (qu’Allah l’agrée), le faux prophète Musaylima al-Kadhdhâb. Sur le chemin du retour, il tomba en martyr lors de la bataille de ‘Ayn al-Tamr.⁵

La mère de Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) s’appelait ‘Amra bint Rawâha. Elle était la sœur du célèbre Compagnon poète et commandant martyr ‘Abdullâh ibn Rawâha (qu’Allah les agrée tous deux). Elle eut elle aussi l’honneur d’être une Compagne du Messager d’Allah et de jouir de sa compagnie.

C’est dans une famille aussi pure et noble que naquit Nu‘mân (qu’Allah l’agrée). Ibn Sa‘d rapporte : « Il naquit au mois de Rabî‘ al-Âkhir, quatorze mois après l’Hégire du Messager d’Allah. » Telle est la version des Médinois. Les habitants de Kûfa, quant à eux, soutiennent une opinion différente. Ils ont rapporté de nombreux hadiths de Nu‘mân dans lesquels il disait : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire… » Ils affirment que ces récits montrent qu’il était plus âgé que ne le rapportent les Médinois au sujet de sa naissance. Al-Balâdhurî dit : « ‘Abdullâh ibn az-Zubayr naquit à Médine en l’an 2 de l’Hégire. C’est également cette année-là que naquit an-Nu‘mân ibn Bashîr. Nu‘mân fut le premier enfant né dans les foyers des Ansar après l’arrivée du Messager d’Allah à Médine. » Le Messager d’Allah pratiqua sur lui le tahnîk.⁸ (Le tahnîk consiste à mâcher une datte ou autre chose, puis à en mettre dans la bouche du nourrisson.) ‘Abdullâh ibn az-Zubayr naquit six mois après lui. C’est pourquoi il disait par la suite : « An-Nu‘mân ibn Bashîr a six mois de plus que moi. »⁹ Selon l’imam al-Bukhârî, il naquit l’année de l’Hégire.¹⁰

L’imam adh-Dhahabî, présentant l’honorable Nu‘mân, dit : « Il naquit en l’an 2 de l’Hégire. Il entendit des hadiths de la bouche du Messager d’Allah. Les spécialistes de la Sîra sont unanimes à le compter parmi les jeunes Compagnons. »¹¹

La deuxième année de l’Hégire revêt une importance particulière dans l’histoire de l’islam. Dès le début de cette année, des conflits et des affrontements commencèrent à opposer les musulmans de Médine aux Quraysh de La Mecque et aux autres tribus environnantes. Ils atteignirent leur point culminant lors de la bataille de Badr. Les enfants nés cette année-là furent peut-être marqués par cette époque et ces événements révolutionnaires. C’est pourquoi an-Nu‘mân et ‘Abdullâh dirigèrent chacun, plus tard dans leur vie, de grandes révolutions.

Les parents de Nu‘mân l’aimaient énormément. Son père l’emmenait auprès du Messager d’Allah afin qu’il invoque Allah en sa faveur. Sa mère l’aimait tellement qu’elle voulait, au détriment de ses autres enfants, lui attribuer tous ses biens. Un jour, elle convainquit son époux à ce sujet et désigna le Messager d’Allah comme témoin. Bashîr (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès du Messager d’Allah avec son fils Nu‘mân et lui dit : « Soyez témoin que je donne à cet enfant telle et telle terre. » Le Messager d’Allah demanda : « As-tu également donné à tes autres enfants une part équivalente ? » Il répondit : « Non, je ne l’ai pas fait. » Le Messager d’Allah dit alors : « Dans ce cas, je ne peux pas être témoin d’une telle injustice. » Après avoir entendu cela, Bashîr changea de décision.¹²

Lorsqu’il atteignit l’âge où il pouvait marcher, il se rendait auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Un jour, des raisins arrivèrent de Ṭâ’if pour le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il en donna deux grappes à Nu‘mân en lui disant : « L’une est pour toi et l’autre pour ta mère. » En rentrant chez lui, Nu‘mân mangea les deux grappes en chemin. Une fois arrivé à la maison, il ne dit rien à personne au sujet des raisins. Quelques jours plus tard, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demanda : « As-tu donné les raisins à ta mère ? » Il répondit : « Non. » Alors le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui tira l’oreille et lui dit : « Espèce de trompeur ! »13

Dès cette période de son enfance, Nu‘mân s’intéressa à la prière et aux autres actes d’adoration. Il observait attentivement les différents comportements du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et s’efforçait de les retenir. Assis près du minbar de la mosquée, il écoutait ses exhortations, ses conseils et ses sermons.14 Un jour, il affirma : « Je connais mieux que la plupart des Compagnons la prière nocturne du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). »15 Durant la Nuit du Destin, il veillait avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)) et priait.16

Le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) mourut au mois de Rabî‘ al-Awwal de l’an 11 de l’Hégire. Nu‘mân n’avait alors que huit ans et sept mois. Ainsi, on ne relève aucune activité particulière de sa part sous le règne des premier et deuxième califes. L’histoire nous apprend qu’après que ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) eut été tué par les insurgés, son épouse Nâ’ila (qu’Allah l’agrée) envoya Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) en Syrie avec la chemise de son mari tachée de sang.17 À partir de cet événement, il apparaît comme l’un des personnages marquants de l’histoire de cette époque.

Sous le califat de ‘Alî (qu’Allah l’agrée), son conflit et son affrontement avec Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) commencèrent. Dans cette opposition, il prit le parti de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). Il est étonnant de constater que, parmi l’ensemble des Ansâr, il fut l’un des rares à prendre alors le parti de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). Plusieurs ouvrages mentionnent clairement que l’émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) était son ami proche. Ibn al-Athîr a dit : « Il aimait Mu‘âwiya. » C’est pourquoi il éprouvait de l’attachement pour Mu‘âwiya et pour son fils Yazîd.18 En retour, Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) lui confia de hautes fonctions. Du côté de ‘Alî (qu’Allah l’agrée), Mâlik ibn Ka‘b al-Aḥbâbî était gouverneur de ‘Ayn al-Tamr. Sur ordre de l’émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée), Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) attaqua le dépôt d’armes de cette localité.19

Nu‘mân participa à la bataille de Ṣiffîn aux côtés de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). Après Fuḍâla ibn ‘Ubayd, Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) le nomma juge de Damas en l’an 53 de l’Hégire. Lorsque le Yémen passa sous l’autorité de Mu‘âwiya, après ‘Uthmân ibn Abî Ṣaffâr, celui-ci nomma Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) gouverneur de cette région. Il fut ainsi le troisième gouverneur du Yémen au nom de la dynastie omeyyade.22

En l’an 59 de l’Hégire, Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) le nomma gouverneur de Koufa. Il resta environ sept mois à ce poste. Après la mort de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée), son fils Yazîd accéda au califat. Il fit pression sur l’imam al-Ḥusayn (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et ‘Abdullah ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) afin qu’ils lui prêtent allégeance. L’imam al-Ḥusayn (qu’Allah l’agrée) refusa catégoriquement de prêter allégeance à Yazîd. D’un côté, les lettres des partisans de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) à Koufa commencèrent à parvenir à l’imam al-Ḥusayn (qu’Allah l’agrée). Dans ces lettres, ils s’engageaient à reconnaître l’imam al-Ḥusayn (qu’Allah l’agrée) comme calife. C’est pourquoi l’imam al-Ḥusayn (qu’Allah l’agrée) envoya Muslim ibn ‘Aqîl à Koufa pour observer la situation. Lorsque Muslim arriva à Koufa, la majorité des habitants de la ville déclara sa confiance en l’imam. Près de douze mille personnes prêtèrent allégeance à Muslim. Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) était alors gouverneur de Koufa et recevait toutes les informations ; mais il estima préférable de garder le silence plutôt que de provoquer un affrontement.

Mais lorsque les partisans de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) se réunirent dans la maison de Mukhtâr ibn ‘Ubayd et décidèrent de rompre le pacte d’allégeance envers Yazîd, Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) se tint sur le minbar de la mosquée de Koufa et prononça un discours. L’essentiel de ce discours était le suivant :

« Ô gens ! Craignez Allah. Ne vous hâtez pas de provoquer le désordre et la discorde, car cela entraîne des pertes humaines, des effusions de sang et le pillage des biens. Si quelqu’un ne m’affronte pas le premier, je ne l’affronterai pas. Je ne dirai aucune parole mauvaise et je n’insulterai personne. Je ne poursuivrai personne pour avoir calomnié autrui ou nourri de mauvaises pensées. Mais si vous rompez votre allégeance et vous opposez ouvertement à moi et à l’imam, alors, par Allah, en dehors de qui il n’y a aucune divinité, tant que la poignée de mon épée restera dans ma main, je continuerai à vous combattre. Même si pas un seul homme ne reste à mes côtés, je ne m’arrêterai pas. J’espère toutefois que parmi vous, ceux qui connaissent la vérité seront plus nombreux que les partisans du faux. »

À cette assemblée assistait Abdallah ibn Muslim, fervent partisan et ami des Omeyyades. Attristé de voir le gouverneur du pouvoir adopter une telle attitude de faiblesse envers l’ennemi, il dit avec colère à Nu‘man : « Votre position en cette affaire est extrêmement faible. Ce n’est pas le moment de faire preuve de douceur ; vous devriez maintenant vous montrer ferme envers l’ennemi. » Nu‘man répondit :

« Je préfère être faible dans l’obéissance à Allah plutôt que fort dans la désobéissance envers Lui. Et je ne juge pas convenable de déchirer le voile qu’Allah a tiré. » De retour de l’assemblée, Abdallah ibn Muslim écrivit à Yazid : « Muslim ibn ‘Aqil a pris le contrôle de Koufa. Si vous avez besoin que votre autorité y soit effective, vous serez en mesure d’y faire appliquer vos ordres et vos interdictions. Nu‘man est un homme peureux, ou bien il fait volontairement semblant d’être peureux et faible. » Au même moment, ‘Amr ibn ‘Uqba et ‘Umar ibn Sa‘d ibn Abi Waqqas écrivirent à Yazid des lettres semblables. Après avoir reçu toutes ces lettres, Yazid destitua Nu‘man ibn Bashir de son poste de gouverneur de Koufa et nomma à sa place ‘Ubaydallah ibn Ziyad. Nu‘man partit alors pour la Syrie.²³ Cela se passa en l’an 60 de l’Hégire.²⁴

Yazid le nomma ensuite gouverneur de Homs, fonction qu’il conserva jusqu’à la mort de Yazid. Toutefois, certaines traditions rapportent que Mu‘awiya le transféra de Koufa et le nomma gouverneur de Homs.²⁵

Après la mort de Yazid ibn Mu‘awiya, en l’an 64 de l’Hégire, Nu‘man appela les habitants de Syrie à prêter allégeance à Abdallah ibn al-Zubayr et fut nommé gouverneur de Homs en son nom. Certaines traditions rapportent qu’il prêta allégeance à Abdallah ibn al-Zubayr. Mais elles ajoutent qu’il se mit ensuite à recevoir l’allégeance des gens en se présentant lui-même comme prétendant au califat. Cette version n’est toutefois pas exacte. En effet, si un tel événement s’était réellement produit, il aurait été rapporté dans les ouvrages célèbres d’histoire et de biographie. Or la plupart des livres gardent un silence total à ce sujet.

Comme Nu‘man, beaucoup d’autres prêtèrent allégeance en Syrie à Ibn al-Zubayr. Voyant cette situation, Marwan se rendit en Syrie, y rassembla une armée et l’envoya combattre al-Dahhak ibn Qays. Celui-ci gouvernait plusieurs régions de Syrie au nom d’Ibn al-Zubayr. Informé de la nouvelle, Nu‘man envoya des soldats, sous le commandement de Shurahbil ibn Dhu al-Kilaba, pour porter assistance à al-Dahhak. Les deux camps s’affrontèrent en un lieu appelé Marj Rahit ; al-Dahhak fut vaincu et tué. À cette nouvelle, Nu‘man tenta de quitter Homs dans l’obscurité de la nuit. Marwan envoya alors un groupe de soldats, sous le commandement de Khalid ibn ‘Adi al-Qilā‘ī, pour le poursuivre et le capturer.

Dans un village appelé Burayn, non loin de Homs, il se retrouva face à Khalid. Celui-ci le tua, lui trancha la tête et conduisit sa famille captive devant Marwan. L’épouse de Nu‘man avait été témoin de ses propres yeux du sort cruel réservé à son mari. Elle demanda à Marwan de lui remettre la tête tranchée de son époux afin de la prendre sur ses genoux, en disant : « C’est moi qui ai droit à cette tête. Qu’on me la donne. »

Sur l’ordre de Marwan, ses hommes déposèrent la tête de Nu‘man sur les genoux de son épouse. Cet événement eut lieu au début de l’an 65 de l’Hégire, ou, selon une autre version, à la fin de l’an 64. Nu‘man était alors âgé de 64 ans.²⁶ Ibn Hazm dit : « Marwan inaugura son accession au pouvoir en faisant tuer Nu‘man. »

Ma‘arrat al-Nu‘man est le lieu de naissance du célèbre poète de l’époque abbasside, Abu al-‘Ala al-Ma‘arri. Auparavant, cette localité s’appelait simplement Ma‘arra. Nu‘man s’y rendit un jour en voyage. À cette occasion, l’un de ses fils mourut et y fut enterré. C’est ainsi que, par son association avec al-Nu‘man, la localité devint célèbre sous le nom de Ma‘arrat al-Nu‘man.²⁷

L’épouse de Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) était issue de la tribu arabe des Kalb. Plusieurs ouvrages rapportent à son sujet un récit étonnant. Elle se trouvait autrefois dans le harem de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). Un jour, Mu‘âwiya dit à May­sûn, la mère de Yazîd : « Va donc voir cette femme. » Après l’avoir observée, Maysûn revint et dit : « Cette femme est exceptionnelle par sa beauté et son charme. Mais elle a un grain de beauté sous le nombril. C’est pourquoi elle portera la tête tranchée de son mari sur ses genoux. »

Cette femme épousa d’abord Habîb ibn Maslama. Après leur divorce, Nu‘mân l’épousa. Lorsqu’il fut tué, elle porta, en tant que son épouse, sa tête tranchée sur ses genoux. Ainsi, la prédiction de Maysûn se réalisa.28

Parmi les enfants de Nu‘mân (qu’Allah l’agrée), trois de ses fils, Muhammad, Bashîr et Yazîd, devinrent célèbres. Sa descendance subsista pendant de nombreuses années à Médine et à Bagdad.29

Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) possédait une connaissance approfondie du hadith et du fiqh. Bien que l’exercice d’importantes responsabilités d’État et d’autres occupations l’aient empêché d’assumer pleinement la noble tâche de transmettre le savoir, partout où il exerça la fonction de gouverneur, le lieu devint un centre d’étude du fiqh et du hadith. D’innombrables affaires lui étaient soumises, et il les tranchait grâce à son savoir et à son intelligence.

Bien qu’il n’eût que huit ans au moment du décès du noble Messager (qu’Allah le bénisse et le salue), de nombreux hadiths étaient néanmoins conservés dans sa mémoire. Par la suite, il eut l’honneur de fréquenter la Mère des croyants, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), ainsi que ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Il entendit des hadiths de leur bouche. Il en entendit également beaucoup auprès de son oncle maternel, ‘Abdullah ibn Rawâha (qu’Allah l’agrée).30

Il se montrait extrêmement prudent et réservé dans la réception et la transmission des hadiths. Malgré cela, un total de 124 hadiths ont été rapportés avec sa chaîne de transmission. Parmi eux, cinq sont reconnus unanimement par al-Bukhârî et Muslim ; al-Bukhârî en a rapporté un autre seul, et Muslim quatre autres seuls.31 Il citait des hadiths lorsqu’il rendait ses jugements. Un jour, alors qu’il tranchait une affaire, il dit : « Je trancherai cette affaire de la manière dont le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) avait tranché l’affaire d’un homme. »32

Il répondait aux diverses questions que les gens lui posaient au sujet des règles de la Sharî‘a. La plupart du temps, il répondait sous forme de khutba ou de sermon. Ses khutbas ou sermons étaient de deux sortes : religieux et politiques. C’était un orateur exceptionnel. Ses sermons étaient prononcés dans une langue d’une grande pureté et d’une grande clarté. Simâk ibn Harb a reconnu ainsi sa maîtrise de l’expression et de l’éloquence : « Parmi tous ceux dont j’ai entendu les sermons, Nu‘mân ibn Bashîr m’a paru être le plus éloquent. »33

Dans ses khutbas, il faisait des gestes avec les différentes parties de son corps selon le lieu et les circonstances. Ainsi, un jour, il dit dans sa khutba : « J’ai entendu le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). » En prononçant « J’ai entendu », il indiqua ses deux oreilles avec ses doigts.34 Un jour, dans un sermon, il décrivit ainsi la situation du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) : « Pour apaiser sa faim, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ne trouvait même pas de dattes de qualité ordinaire. Et maintenant, vous ne vous satisfaites plus de rien sans les meilleures sortes de dattes et du beurre. »35

Un jour, il prononça un sermon debout sur le minbar. Dans ce sermon, il présenta la vie en communauté comme une miséricorde d’Allah, et la division comme le châtiment et la malédiction d’Allah. Le célèbre imam al-Bâhilî était également présent à l’assemblée. À la fin du sermon, il se leva et dit à la foule présente : « Il vous est obligatoire de suivre l’As-Sawâd al-A‘zam. »³⁶

Le nombre de ceux qui entendirent des hadiths de sa bouche lors de ses discours est incalculable. Voici quelques noms parmi ses éminents élèves : ash-Sha‘bî, Humayd ibn ‘Abdir-Rahmân, Khaythama ibn ‘Abdir-Rahmân, Sâlim ibn Abî al-Ju‘d, Abû Ishâq as-Suba‘î, ‘Abd al-Malik ibn ‘Umayr Yâsi‘ al-Kindî, Habîb ibn Sâlim (le secrétaire de an-Nu‘mân), ‘Abdullah ibn ‘Abdillah ibn ‘Utba, ‘Urwa ibn az-Zubayr, Abû Qilâba al-Jurmî, Abû Salama al-Aswad, Ghayrâz Abî Sufra, Azhar ibn ‘Abdillah, Muhammad ibn an-Nu‘mân, Abû Sallâm Mamtar, entre autres.³⁷

An-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) était un homme épris de littérature et de poésie. De même que son talent se manifestait dans la prose, il se distinguait également dans la poésie. Il a composé de nombreux poèmes. Certains de ses poèmes ont été recueillis sous son nom dans les ouvrages de sîra. Al-Qurtubî a également compilé certains de ses poèmes dans son ouvrage Al-Istî‘âb. Il existe aussi un dîwân de ses poèmes.³⁸

Bien qu’an-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) ait été mêlé à divers conflits, troubles, bouleversements et révolutions, il détestait absolument l’injustice et la tyrannie. C’était un homme extrêmement compatissant et au cœur tendre. Dans les querelles et les conflits, au lieu de recourir à la dureté et à la force, il gagnait les cœurs par la compassion et la bonté. L’historien at-Tabarî a dit : « C’était un homme clairvoyant, patient et dévoué, qui aimait pardonner aux gens. »

L’affaire de Muslim ibn ‘Aqîl et le sermon d’an-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) à ce sujet, déjà mentionnés, montrent clairement la nature de sa politique tolérante et généreuse. Un jour, il écrivit dans une lettre à Qays ibn al-Haytham : « Quel homme profondément malheureux tu es ! Nous avons vu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et entendu ses hadiths (paroles). Quant à vous, vous ne l’avez ni vu ni entendu de sa bouche. Il a dit : “À l’approche de la Résurrection, des troubles et des désordres successifs apparaîtront. Alors, l’homme sera musulman au matin et redeviendra mécréant avant le soir. Les gens vendront leur religion pour le maigre profit des avantages matériels.”³⁹ Cependant, cette douceur et cette délicatesse ne procédaient ni de la timidité ni de la lâcheté. De même qu’il était incomparable par sa patience et sa tolérance, il était également sans égal par son courage et sa bravoure.

C’était un homme d’une grande générosité. Il s’efforçait de toutes ses forces de soutenir les gens dans l’adversité. Alors qu’il était gouverneur de Hims, le poète al-A‘shâ al-Hamadânî vint un jour le trouver et lui dit : « J’ai demandé de l’aide à Yazîd, mais il n’a donné aucune suite à ma demande. Je suis maintenant venu auprès de vous. Acquittez-vous quelque peu de votre devoir envers vos proches et aidez-moi à rembourser ma dette. » An-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) n’avait alors aucun argent en sa possession. Il jura et dit : « Je n’ai absolument rien. » Puis, après avoir quelque peu réfléchi — il n’avait pas d’argent — il jura de nouveau et dit : « Je n’ai absolument rien. » Après avoir encore réfléchi, il dit : « Hum ! » Puis il monta sur le minbar de la mosquée et s’adressa aux quelque vingt mille personnes réunies. Voici l’essentiel de son discours :⁴⁰

« Ô gens ! Al-A‘shâ al-Hamadânî est le fils d’un de vos oncles. C’est un musulman issu d’une famille noble. Il a besoin d’argent et c’est dans ce but qu’il est venu vous trouver. Que désirez-vous donc faire ? » La foule s’écria d’une seule voix : « Nous écouterons ce que vous direz. » Il dit : « Je ne donne aucun ordre. » Les gens répondirent : « Alors, que chacun de nous ici présents fasse don d’un dinar. » Il leur dit : « Non. Donnez un dinar à deux. » Lorsque tous eurent accepté, il dit : « Je lui avancerai cette somme sur le Bayt al-Mâl. Lorsque les salaires et allocations seront versés, elle sera recouvrée auprès de chacun. » An-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) fit ainsi réunir dix mille dinars pour al-A‘shâ, afin de régler sa dette. Telle est la version rapportée par l’auteur d’Al-Istî‘âb. L’auteur d’Usud al-Ghâba, Ibn al-Athîr, parle, lui, de quarante mille. Le poète al-A‘shâ al-Hamadânî resta reconnaissant toute sa vie à an-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) pour ce geste. Il composa également un poème en son éloge. Voici le sens de quelques vers de ce poème :⁴¹

1. Je n’ai trouvé personne d’aussi généreux qu’an-Nu‘mân ibn Bashîr au moment du besoin.

2. Lorsqu’il prononce une parole, il la tient pleinement. Il n’est pas de ceux qui suspendent aux yeux du peuple la corde de la tromperie.

3. S’il n’avait pas été un Ansarî, j’aurais été comme celui qui se rend quelque part et en revient sans rien avoir trouvé.

4. Si je me montrais ingrat envers al-Nu‘mân, la nature de la gratitude disparaîtrait de mon être. Or il n’y a rien de bon chez l’ingrat.

Dans son enfance, al-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) eut l’occasion de rester très proche du noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ; c’est pourquoi il fut capable de décrire nombre de ses actes et comportements jusque dans leurs moindres détails. Les ouvrages de hadith et de sîra rapportent de nombreux récits de ce genre. Ainsi, en décrivant les dévotions nocturnes du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il rapporte que ses pieds enflaient à force de rester debout.42 Il a également décrit comment le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) alignait les rangs de la prière et l’importance qu’il accordait à leur alignement. Il dit : un jour, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) vit qu’un homme avait la poitrine en dehors du rang. Il dit alors : « Ô serviteurs d’Allah ! Alignez vos rangs, sinon Allah fera naître la discorde parmi vous. »43

‘Umm al-Mu’minîn ‘A’isha (qu’Allah l’agrée) était la fille d’Abû Bakr al-Siddîq (qu’Allah l’agrée). Al-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) rapporte : un jour, Abû Bakr se rendit chez sa fille et son gendre. Après avoir demandé la permission d’entrer, il entendit la voix élevée de sa fille ‘A’isha, qui parlait plus fort que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Dès qu’il entra, il s’apprêta à gifler sa fille en lui disant : « Tu élèves la voix au-dessus de celle du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ! » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) s’interposa rapidement et protégea ‘A’isha des coups. Abû Bakr quitta, furieux, la chambre de sa fille. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit alors à ‘A’isha : « Tu as vu ? Je t’ai sauvée de ton père ! » Quelques jours plus tard, Abû Bakr se rendit de nouveau chez sa fille et son gendre. Il vit que leurs relations étaient redevenues normales. Il dit alors : « Lorsque vous êtes en paix, vous m’autorisez à entrer ; et même lorsque vous êtes en conflit, vous me donnez la permission d’entrer. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) répondit : « Nous avons fait ainsi, nous avons fait ainsi. »44

Un jour, il se tint debout sur le minbar et dit : « Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) s’est tenu debout sur ce minbar et a dit : Celui qui ne se montre pas reconnaissant pour peu ne peut pas non plus se montrer reconnaissant pour beaucoup. Celui qui ne se montre pas reconnaissant envers les gens ne peut pas non plus se montrer reconnaissant envers Allah. Reconnaître les bienfaits d’Allah, c’est Lui en être reconnaissant ; ne pas les reconnaître, c’est être ingrat. »

C’est ainsi que divers aspects de la vie du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) apparaissent à travers ses différents récits.

Bien qu’al-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) ait pris le parti de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) et de son fils Yazîd durant une période confuse de l’histoire, aucune information ne permet d’affirmer qu’il ait jamais commis la moindre injustice envers qui que ce soit. La preuve de son attachement inébranlable à la vérité se trouve dans le fait qu’il prêta serment d’allégeance à ‘Abdullah ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) et donna sa vie pour cette cause. Bien qu’il eût abandonné le pouvoir à Kûfa, il refusa de s’engager dans un conflit avec Muslim ibn ‘Aqîl, le représentant de l’imam al-Husayn. C’est grâce à la bénédiction de la compagnie du noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) qu’il put acquérir une moralité aussi élevée.

Références :

Samura ibn Jundub al-Fazari (r.a.)

Les ouvrages de sîra mentionnent plusieurs kunyas, ou surnoms, de Samura al-Fazari (r.a.). Les voici : Abû Saïd, Abû Abd al-Rahmân, Abû Abdallah, Abû Sulaymân et Abû Muhammad.¹ Il était un Compagnon du Messager d’Allah (s.a.w.). Dans l’histoire, il est célèbre comme un chef courageux.² L’imam al-Dhahabî dit qu’il était l’un des Compagnons savants.³

Samura (r.a.) n’était pas issu de la communauté des Ansar de Médine. Il appartenait en réalité aux Banû Fazara. Ibn Ishaq dit qu’il était un allié, ou ami lié par pacte, des Ansar de Médine.⁴ Son père, Jundub ibn Hilal al-Fazari, était originaire de Bassora. Samura naquit à Bassora. Il perdit son père alors qu’il était encore enfant. Sa mère l’emmena à Médine et exprima le désir d’épouser un autre membre des Ansar. Elle posa toutefois comme condition que celui qui l’épouserait accepte d’assumer entièrement la responsabilité de son fils Samura également. Murrî ibn Shayban ibn Tha‘laba accepta cette condition et l’épousa. Samura (r.a.) grandit sous la tutelle et dans l’affection de son beau-père Murrî ibn Shayban.⁵

Samura (r.a.) embrassa l’islam après l’Hégire. N’ayant pas encore l’âge de partir à la guerre, il ne fut pas autorisé à participer à la bataille de Badr, au cours de la deuxième année de l’Hégire. Au moment de la bataille d’Uhud, il se présenta auprès du Messager d’Allah (s.a.w.) avec quelques autres adolescents ansar, dans l’espoir de partir au combat. Le Messager (s.a.w.) choisit l’un des compagnons de Samura et le renvoya. Samura dit alors : « Vous l’avez choisi et vous m’avez renvoyé, alors que je suis plus fort que lui. Si vous n’en êtes pas convaincu, faites-nous lutter. » En l’entendant, le Messager (s.a.w.) leur ordonna de lutter tous les deux. Au cours du combat, Samura souleva son adversaire et le projeta au sol. En voyant cela, le Messager (s.a.w.) l’autorisa lui aussi à se rendre sur le champ de bataille.⁶ Ibn Hisham dit que le Messager (s.a.w.) avait autorisé Samura ibn Jundub et Rafi‘ ibn Khadij à participer à la bataille d’Uhud. Ils avaient alors tous deux quinze ans.⁷ Après Uhud, il participa à toutes les batailles aux côtés du Messager d’Allah (s.a.w.).

Durant la vie du Noble Messager (s.a.w.), il résida à Médine. Plus tard, il s’installa à Bassora.⁸ La cinquantième année de l’Hégire, après la mort de Mughîra ibn Shu‘ba (r.a.), gouverneur de Koufa, Mu‘awiya (r.a.) confia également à Ziyad ibn Sumayya, en plus de Koufa, la responsabilité du gouvernement de Bassora. Ziyad nomma Samura (r.a.) comme son représentant et son adjoint. Ziyad séjournait six mois à Bassora et six mois à Koufa. Samura assumait également la charge dans les deux villes pendant son absence : lorsque Ziyad était à Bassora, Samura était à Koufa, et lorsqu’il était à Koufa, Samura était à Bassora.⁹

Le gouvernement de Ziyad est remarquable à bien des égards. De son temps, on accordait une telle importance à la discipline et à la sécurité qu’aucune révolte ni agitation ne put apparaître à Bassora et à Koufa. Un groupe de kharijites révolutionnaires, déjà présent dans la région, releva un jour la tête ; il fut alors sévèrement réprimé.

Les kharijites apparurent du vivant du quatrième calife, Ali (r.a.). À une époque, ils étaient eux-mêmes des partisans d’Ali (r.a.). Puis ils se manifestèrent comme un groupe semant le trouble et le désordre, et nombre de leurs vaillants combattants furent tués. Il ne fut toutefois pas possible de les éradiquer complètement. Dès qu’ils en avaient l’occasion, ils relevaient la tête et déployaient l’étendard de la rébellion. De nombreux musulmans innocents, ainsi que beaucoup de Compagnons, ont versé leur sang sous les coups de ces extrémistes. Le calife Ali (r.a.) fut martyrisé par ces extrémistes égarés.¹⁰ Bassora et Koufa étaient leurs principaux centres. Ziyad décida de les éliminer et de rétablir la sécurité. Cette décision rejoignait celle de Samura (r.a.).¹¹ Ibn Hajar dit que Samura était extrêmement sévère envers les kharijites.¹² Les ouvrages d’histoire et de sîra rapportent que Ziyad et son fils Ubaydallah tuèrent près de soixante-dix mille personnes à Bassora. Samura y était également impliqué.¹³ L’imam al-Dhahabî a dit : « Samura (r.a.) a tué de nombreuses personnes. »¹⁴

ʿĀmir ibn Abī ʿĀmir rapporte : « Nous étions assis dans l’assemblée de Yūnus ibn Ḥabīb. Les personnes présentes dirent : “Aucune autre région de la terre n’a absorbé autant de sang que cette terre-ci. Soixante-dix mille personnes y ont été tuées.” Je demandai à Yūnus si cette affirmation était exacte. Il répondit : “Oui.” On lui demanda : “Qui a commis ces actes ?” Il répondit : “Ziyād, son fils ʿUbayd Allāh et Samura.” » L’imam al-Qurṭubī dit : « Lorsqu’un kharijite était amené devant Samura, celui-ci le tuait et disait : “C’est le pire des hommes tués sous le ciel, car ils traitent les musulmans d’infidèles et versent le sang des gens.” »¹⁶

En raison de cette dureté de Samura, les kharijites lui vouaient une profonde hostilité. Ils le considéraient comme mauvais et protestaient contre sa conduite, qu’ils condamnaient. À l’inverse, les savants éminents de Bassora à cette époque, parmi lesquels figuraient des hommes renommés tels qu’Ibn Sīrīn et Ḥasan al-Baṣrī, faisaient son éloge. Ils répondaient aux accusations portées contre Samura.¹⁷

À la lecture de toutes ces informations mentionnées dans les ouvrages d’histoire et de sīra, nous pouvons aujourd’hui nous demander comment la main d’un Compagnon tel que Samura (qu’Allah l’agrée) aurait pu être teinte du sang des hommes. On peut répondre que toutes les données historiques ne sont pas totalement exactes, à la différence des hadiths. Il est possible que cette accusation ait été portée contre lui dans le contexte politique troublé de l’époque. De tels exemples ne sont pas rares dans l’histoire.

En outre, pour comprendre ce chapitre de l’histoire, il nous faut connaître avec exactitude l’origine et le développement des kharijites, leur doctrine et, surtout, l’histoire de leur comportement cruel envers leurs adversaires ainsi que de leurs activités terroristes. C’étaient des extrémistes qui ont tué d’innombrables innocents. Ils massacraient sans discernement leurs opposants. Un grand nombre de Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ont perdu la vie entre leurs mains. Cette vérité apparaît également dans les propos de Samura (qu’Allah l’agrée), déjà mentionnés. En tant que gouverneur, il n’avait donc d’autre choix que de se montrer impitoyable envers eux. C’est pourquoi d’éminents penseurs tels qu’Ibn Sīrīn et Ḥasan al-Baṣrī lui ont accordé leur soutien sans réserve. Nous croyons qu’un éminent Compagnon du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ne pouvait injustement verser le sang des hommes.

Après la mort de Ziyād, en l’an 53 de l’Hégire, certains changements furent apportés à l’administration de l’État. Bassora et Koufa obtinrent le statut de deux provinces distinctes, et un gouverneur fut nommé dans chacune d’elles. Samura devint le gouverneur de Bassora et conserva cette fonction pendant environ un an.¹⁸ En l’an 54 de l’Hégire, il fut destitué de ce poste sur ordre de l’émir Muʿāwiya (qu’Allah l’agrée).

Il existe une divergence concernant l’année de la mort de Samura ibn Jundub (qu’Allah l’agrée). Les années 58, 59 et 60 de l’Hégire ont été citées.¹⁹ Ibn ʿImād al-Ḥanbalī indique qu’il mourut en l’an 60 de l’Hégire.²⁰ Il existe également une divergence quant à savoir s’il mourut à Bassora ou à Koufa.²¹ Certains ont dit qu’il était gouverneur de Bassora et qu’il mourut à Koufa. Il est également rapporté qu’il fut le dernier Compagnon du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à mourir à Koufa.²²

La mort de Samura (qu’Allah l’agrée) survint d’une manière inhabituelle. À la fin de sa vie, il ressentait un froid intense. Pour se soigner, il réchauffait son corps en restant longtemps assis dans de l’eau chaude. Finalement, cela devint une maladie chronique. Un jour, il se mit à ressentir un froid extrême. On alluma des feux tout autour de lui, mais cela ne produisit aucun effet. Il dit : « Comment pourrais-je vous expliquer ce qui se passe dans mon ventre ? » Dans cet état d’agitation, alors qu’il voulait s’asseoir dans l’eau chaude d’une marmite, il tomba dans l’eau bouillante qui frémissait et mourut.²³ Hilāl ibn Umayya rapporte qu’il mourut brûlé par le feu alors qu’il se faisait chauffer, dans un moment d’inattention. Si ce récit est authentique, le sens de la prophétie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) était le feu de ce monde, et non celui de l’au-delà.²⁴ Ibn ʿAbd al-Barr dit que la mort de Samura de cette manière constitua la réalisation d’une prophétie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue).

Une prophétie du Noble Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) concernant la mort de Samura (qu’Allah l’agrée) est rapportée dans les ouvrages consacrés aux biographies des transmetteurs et à la sīra. Anas ibn Ḥakīm al-Ḍabbī raconte : « Je parcourais Médine lorsqu’il m’arriva soudain de rencontrer Abū Hurayra. Avant même que nous échangions un mot, il m’interrogea au sujet de Samura. Lorsque je lui annonçai que Samura était encore vivant, il en fut très heureux. Puis il dit : “Un jour, nous étions dix dans une maison avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). À un moment, il se leva brusquement et fixa attentivement le visage de chacun d’entre nous. Puis, saisissant les deux montants de la porte, il dit : ‘Le dernier d’entre vous à mourir ira au feu ou mourra brûlé par le feu.’ Huit de ces dix hommes sont déjà morts. Il ne reste que Samura et moi. Désormais, rien ne m’est plus cher que de goûter à la mort.” »²⁵ Selon certains récits, ils étaient trois au lieu de dix : Samura, Abū Maḥdhūra et Abū Hurayra.²⁶

Il n’existe aucun doute que, parmi le groupe mentionné, le vénérable Samura fut le dernier à mourir. Toutefois, une divergence apparaît quant à savoir qui, d’Abû Mahdhûra et d’Abû Hurayra — qu’Allah les agrée —, mourut le premier. Certains récits laissent entendre qu’Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — mourut avant. Al-Balâdhurî dit : « Samura était vivant à Bassora et Abû Mahdhûra à La Mecque. Ainsi, lorsqu’une personne du Hedjaz se rendait à Bassora, Samura l’interrogeait au sujet d’Abû Mahdhûra ; et lorsqu’une personne de Bassora se rendait à La Mecque, Abû Mahdhûra l’interrogeait au sujet de Samura. » De cette manière, un jour, Abû Mahdhûra mourut avant Samura.²⁷

Aws ibn Khâlid rapporte : « Je me rendais auprès d’Abû Mahdhûra, qui m’interrogeait au sujet de Samura. Puis je me rendais auprès de Samura, qui m’interrogeait au sujet d’Abû Mahdhûra. »²⁸ Cependant, le récit précédemment cité d’Anas ibn Hakîm ainsi qu’un récit de Tâwûs laissent entendre qu’Abû Mahdhûra mourut avant Abû Hurayra. Tâwûs dit notamment : « Si quelqu’un voulait effrayer Abû Hurayra, il lui disait : “Samura est mort.” Dès qu’il entendait cela, il poussait soudain un cri et tombait inconscient. »²⁹

On ne connaît pas le nombre exact des enfants de Samura — qu’Allah l’agrée —. On sait toutefois qu’il avait deux fils nommés Sulaymân et Sa‘d. Il était l’un des Compagnons savants et très éminents. Bien qu’il fût encore jeune du vivant du noble Messager, il mémorisa un grand nombre de hadiths du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —. L’imam al-Qurtubî dit : « Il était l’un des mémorisateurs de hadith qui rapportèrent le plus de hadiths du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —. »³⁰ Il est dit dans l’ouvrage Tahdhîb al-Tahdhîb qu’une copie écrite des hadiths qu’il avait rapportés se trouvait auprès de son fils.³¹ Ibn Sîrîn dit : « Ce livret était un trésor de connaissance. »³²

Samura — qu’Allah l’agrée — accordait une importance particulière à la mémorisation des hadiths. Il possédait également une mémoire exceptionnelle : tout ce qu’il voulait retenir, il le pouvait. Le noble Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — gardait le silence à deux moments de la prière. Le premier était après le takbîr d’ouverture, lorsqu’il récitait « Subhânaka Allâhumma » ; le second, après la récitation de la sourate al-Fâtiha, lorsqu’il disait « Âmîn ». Samura se souvenait de cette pratique et l’observait lui-même. Mais ‘Imrân ibn Husayn — qu’Allah l’agrée — ne s’en souvenait pas. Un jour, lorsque Samura — qu’Allah l’agrée — suivit dans la prière la pratique du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, ‘Imrân — qu’Allah l’agrée — protesta. Une lettre fut envoyée à Ubayy ibn Ka‘b — qu’Allah l’agrée —, à Médine, afin d’obtenir l’information exacte sur cette question. Il répondit : « Samura a dit vrai. Il s’en souvient correctement. »³³

Un jour, alors qu’il prononçait un sermon, il rapporta un hadith. Parmi les auditeurs se trouvait Tha‘laba ibn ‘Abbâd al-‘Abdî. Celui-ci dit que, lorsque Samura rapporta ce hadith une seconde fois, aucune différence ne se trouvait dans les termes.³⁴ Malgré sa mémoire prodigieuse, il se montrait extrêmement prudent et réservé dans la transmission des hadiths. Il disait : « J’ai entendu beaucoup de choses de la bouche du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —. Mais le respect que je porte aux Compagnons plus âgés que moi m’empêche de rapporter tout ce qu’il a dit. Ils sont plus âgés que moi. Du vivant du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, je n’étais encore qu’un jeune homme. Malgré cela, je retenais dans ma mémoire tout ce que j’entendais. »³⁵

Il lui arrivait de rapporter un hadith et, si un doute quelconque venait à l’esprit de quelqu’un, il y répondait et le dissipait. Un homme, après avoir entendu le récit d’un miracle du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, demanda : « La nourriture avait-elle augmenté ? » Il répondit : « Pourquoi cela serait-il étonnant ? Et d’où cette augmentation serait-elle venue, sinon du ciel ? »³⁶

Samura rapporta directement des hadiths qu’il avait entendus du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et d’Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh. Dans divers ouvrages, un total de 123 hadiths (cent vingt-trois) sont rapportés par sa chaîne de transmission. Parmi ceux qui rapportèrent des hadiths de lui figurent notamment :

‘Imrân ibn Husayn, al-Sha‘bî, Ibn Abî Laylâ, ‘Alî ibn Rabî‘a, ‘Abd Allâh ibn Burayda, al-Hasan al-Basrî, Muhammad ibn Sîrîn, Mutarrif ibn Shukhayr, Abû al-‘Alâ’ al-‘Atârâdî, Qudâma ibn Wabra, Yazîd ibn ‘Uqba, Rabî‘ ibn ‘Umayla, Hilâl ibn Lyâf, Abû Nadra al-‘Abdî, Tha‘laba ibn ‘Abbâd, Abû Qilâba al-Jarmî, Sulaymân ibn Samura.³⁷

Samura (qu’Allah l’agrée) possédait de nombreuses qualités morales. Muhammad ibn Sîrîn dit : « C’était un homme très digne de confiance et véridique. Il aimait de tout son cœur l’islam et les musulmans. »³⁸ Il était un fervent adepte des habitudes et de la Sunna du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue).³⁹

En Arabie, un homme nommé Ahnaf fabriqua un type particulier d’épée, connu sous le nom de hanafiyya. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) en possédait également une. Samura (qu’Allah l’agrée) en fabriqua une copie. Parmi ses disciples, Muhammad ibn Sîrîn en fabriqua lui aussi une copie.⁴⁰

Références :

Abû al-Yasâr Ka’b ibn ‘Amr (qu’Allah l’agrée)

Abû al-Yasâr Ka’b (qu’Allah l’agrée) était issu de la branche des Banû Sâlima de la tribu médinoise des Khazraj. Dans les ouvrages d’histoire et de Sîra, il est mentionné tantôt sous le seul nom d’Abû al-Yasâr, tantôt sous celui de Ka’b, ou sous les deux noms. Son père était ‘Amr ibn ‘Abbâs et sa mère Nusayba bint Azhar al-Murrî. Elle était également issue de la tribu des Banû Sâlima.¹ L’imam al-Dhahabî mentionne le nom de son père comme étant ‘Umar et présente Abû al-Yasâr comme l’un des piliers des Ansâr.²

Il participa au second serment d’al-‘Aqaba et, après avoir proclamé son islam, prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Certains ont rapporté qu’il avait alors vingt ans.³

Il participa aux côtés du noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à toutes les batailles ultérieures, notamment à Badr, la première bataille de l’islam.⁴ Lors de la bataille de Badr, il fit preuve d’un courage et d’une bravoure remarquables. L’étendard de l’armée polythéiste de La Mecque était porté par Abû ‘Azîz ibn ‘Umayr, le propre frère du célèbre Compagnon muhâjir Mus’ab ibn ‘Umayr. Il s’avança avec la rapidité d’un éclair, lui arracha l’étendard des mains et le fit prisonnier.⁵ Au cours de cette bataille, il tua un soldat polythéiste nommé Munabbih ibn al-Hajjâj.⁶ Il captura également al-‘Abbâs et le conduisit devant le noble Messager d’Allah. Le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue), regardant la petite stature d’Abû al-Yasâr et la stature imposante d’al-‘Abbâs, en fut étonné. Il demanda à Abû al-Yasâr : « Comment as-tu fait pour capturer al-‘Abbâs ? » Abû al-Yasâr répondit : « Ô Messager d’Allah ! Pour le capturer, un homme que je n’avais jamais vu auparavant ni après m’a aidé. Il avait cette apparence. » Après l’avoir entendu, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Un noble ange m’a aidé à le capturer. »⁷ L’imam Ahmad rapporta, d’après al-Barâ’ : « Cet homme ne m’a pas capturé. J’ai été capturé par un autre homme qui avait cette apparence. » Après l’avoir entendu, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Un ange l’a aidé. »⁸

Ibn Ishâq a rapporté que, pour transférer à Médine les prisonniers qurayshites de Badr, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) les répartit entre ses Compagnons. Abû ‘Azîz ibn ‘Umayr, le propre frère de Mus’ab ibn ‘Umayr, était parmi les prisonniers. Il fut confié à la garde de Mus’ab et d’Abû al-Yasâr. C’est Abû al-Yasâr qui l’avait capturé sur le champ de bataille. En chemin vers Médine, Mus’ab demanda à Abû al-Yasâr de lier fermement les deux mains de son frère Abû ‘Azîz. En entendant cela, Abû ‘Azîz dit avec tristesse : « Mon frère, as-tu vraiment pu dire cela à mon sujet ? » Mus’ab répondit : « Tu n’es plus mon frère ; désormais, Abû al-Yasâr est mon frère. »⁹ Dans son Târîkh, l’imam al-Bukhârî mentionne la participation d’Abû al-Yasâr à Badr. Ibn Hishâm le compte parmi les gens de Badr.¹⁰ Al-Balâdhurî rapporte qu’il avait trente-deux ans au moment de la bataille de Badr.¹¹ Mais il a été mentionné précédemment qu’il participa au second serment d’al-‘Aqaba à l’âge de vingt ans. Comment aurait-il donc pu avoir trente-deux ans au moment de Badr ?

Abû al-Yasâr participa à la bataille de Khaybar. Plusieurs ouvrages rapportent un épisode de Khaybar qui lui est lié. À un moment de cette bataille, l’armée musulmane assiégeait la forteresse de l’ennemi. Une nuit, quelqu’un demanda : « Qui peut rapporter la viande d’un troupeau de chèvres appartenant à un Juif de l’adversaire ? » Abû al-Yasâr s’écria aussitôt : « Moi, je le peux. » À peine eut-il dit cela qu’il se précipita vers le troupeau. Les chèvres étaient alors en train d’entrer dans la forteresse. Il en attrapa deux par-derrière, les serra sous ses aisselles et les rapporta. Ses compagnons égorgèrent les deux chèvres et les firent cuire.¹²

Lors de la bataille de Siffîn et d’autres événements ultérieurs, il se rangea du côté de ‘Alî (qu’Allah l’agrée).¹³ À cette époque, il était le seul survivant parmi les Compagnons ayant participé à Badr.¹⁴

Il mourut à Médine en l’an 55 de l’Hégire. Certains ont dit qu’il fut le dernier à mourir parmi les Compagnons ayant participé à Badr.¹⁵ Vers la fin de sa vie, il racontait l’épisode de Khaybar et disait en plaisantant : « Prenez de moi, car je suis désormais le seul survivant parmi les Compagnons. »¹⁶ Par ces paroles, il voulait seulement parler des Compagnons de Badr. Au moment de sa mort, il avait plus de soixante-dix ans. Certains ont avancé l’âge de cent vingt ans, mais cela n’est pas exact.

Abû al-Yasâr avait une corpulence robuste et était de petite taille. Cependant, ses muscles étaient durs comme des cordes torsadées. Il avait le ventre volumineux.¹⁷

Il rapportait très peu de hadiths, mais il apportait une vigilance extrême à ceux qu’il rapportait. Un jour, il rapporta deux hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à ‘Ubâdah ibn al-Walîd. Alors, il posa les doigts sur ses propres yeux et ses oreilles et dit : « Cet œil a été témoin de cet événement, et cette oreille a entendu le Messager dire cela. »¹⁸ L’imam Muslim a rapporté ses deux hadiths, dont les numéros sont 3006 et 3007. En revanche, l’imam al-Bukhârî n’a rapporté aucun de ses hadiths.¹⁹

Parmi ses élèves, on peut notamment citer ‘Ubâdah ibn al-Walîd, Mûsâ ibn Talhah, ‘Umar ibn Hakîm ibn Râfi‘, Hanzalah ibn Qays al-Zuraqî, Sayfî, l’affranchi d’Abû Ayyûb al-Ansârî, et Rib‘î ibn Khirâsh.²⁰ C’était un homme très généreux et compatissant. Un membre des Banû Harâm lui devait de l’argent. Un jour, il se rendit chez cet homme pour lui réclamer son dû et l’appela par son nom à la porte de sa maison. Mais il n’obtint aucune réponse. Il pensa que l’homme n’était pas chez lui et repartit. À ce moment-là, un petit garçon accourut vers lui. Il lui demanda : « Où est ton père ? » L’enfant répondit : « Il est caché sous le lit de ma mère. » Alors il cria : « Sors maintenant ! Je sais où tu te trouves. » L’homme sortit et lui raconta sa situation difficile. Le cœur d’Abû al-Yasâr s’attendrit. Il lui demanda l’acte de la dette, en effaça l’écriture, puis dit : « Rembourse-la si tu le peux ; sinon, je t’en ai fait remise entièrement. »²¹

Il croyait qu’il fallait traiter les esclaves et les servantes avec équité et égalité, et il le mettait lui-même en pratique. Un jour, ‘Ubâdah ibn al-Walîd vint le voir pour entendre des hadiths et le trouva assis devant son esclave, avec un tas de livres. Lui-même portait une cape et un pagne, et son esclave était vêtu de la même manière. ‘Ubâdah lui dit : « Mon oncle, il vaudrait mieux que vous ayez chacun deux vêtements du même genre. Prenez son pagne et donnez-lui votre cape, ou bien donnez-lui votre pagne et prenez sa cape. » Après l’avoir écouté, Abû al-Yasâr posa la main sur sa tête et invoqua Allah en sa faveur. Puis il dit : « L’ordre du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est que vous donniez à vos esclaves les mêmes vêtements que ceux que vous portez et que vous leur donniez à manger la même nourriture que celle que vous mangez. »²²

Les imams Abû Dâwûd et al-Nasâ’î ont rapporté, d’après Abû al-Yasâr, une invocation du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) disait : « Ô Allah ! Je cherche refuge auprès de Toi contre la ruine. Je cherche refuge auprès de Toi contre la chute, la noyade, la brûlure par le feu et la vieillesse. Je cherche également refuge auprès de Toi contre les incitations de Satan au moment de la mort, contre le fait de fuir alors que je pars combattre dans Ton chemin, et contre la mort causée par la morsure d’animaux venimeux et d’insectes. »²³

Sources :

ʿÂsim ibn Thâbit ibn Abî al-Aqlah (qu’Allah l’agrée)

Son nom était ʿÂsim et sa kunya, Abû Sulaymân. Son père était Thâbit ibn Abî al-Aqlah Qays et sa mère, al-Shamûs bint Abî ʿÂmir.¹ Ce ʿÂsim était le grand-père maternel du célèbre tâbiʿî ʿÂsim, fils du deuxième calife, ʿUmar ibn al-Khattâb.² Il était issu de la célèbre tribu médinoise des Aws.

Il embrassa l’islam avant l’arrivée du Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine. Les spécialistes de la sîra le citent parmi les Ansâr ayant embrassé l’islam très tôt.³ Lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva à Médine, il établit entre lui et ʿAbdullah ibn Jahsh un lien de fraternité par la mu’âkhât.⁴

ʿÂsim participa aux batailles de Badr et d’Uhud.⁵ Avant la bataille de Badr, le Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) réunit tous les combattants et échangea avec eux au sujet de la stratégie militaire. À un moment donné, il demanda : « Dites-moi donc, comment allez-vous combattre ? » Aussitôt, ʿÂsim se leva, l’arc et les flèches à la main, et répondit : « À une distance de deux cents coudées, je tirerai des flèches. Si l’ennemi est plus proche, je l’attaquerai à la lance, et s’il est encore plus proche, je le frapperai à l’épée. » Après avoir entendu ces paroles, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Voilà la règle du combat. Combattez comme ʿÂsim combat. »⁶

Lors de la bataille de Badr, l’étendard de l’armée idolâtre de La Mecque était d’abord entre les mains de Talha ibn Abî Talha. Lorsqu’il fut tué par ʿAlî, son frère Abû Saʿd ibn Abî Talha le saisit. Après qu’il eut été tué par Saʿd ibn Abî Waqqâs, ʿUthmân — ou Usâma — ibn Talha le leva. Il fut tué par Hamza, puis Musâfiʿ ibn Talha le prit. ʿÂsim ibn Thâbit le tua. Ensuite, son frère al-Julâs ibn Talha — ou, selon une autre version, Kilâb ibn Talha — brandit l’étendard. ʿÂsim le tua lui aussi d’une flèche.⁷

À Badr, ʿÂsim tua également ʿUqba ibn Abî Muʿayt, l’un des hommes les plus honorables de Quraysh. Cet ʿUqba était un homme d’une bassesse extrême. Il comptait parmi les ennemis les plus acharnés du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à La Mecque. Il lui faisait subir toutes sortes de torts. Il remplissait des paniers d’ordures et les déposait devant la porte de la maison du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Un jour, alors que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était prosterné, ce misérable accourut de quelque part et s’assit si lourdement sur sa tête que le Prophète faillit rendre l’âme. Un autre jour, alors que le Prophète était prosterné, ce scélérat arriva de quelque part avec les entrailles d’une chèvre morte sur l’épaule et les déversa sur la tête du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ce pécheur fut capturé par les musulmans à Badr. Sur ordre du Noble Messager d’Allah, ʿÂsim le tua.⁸ Cependant, Ibn Hishâm rapporte que al-Zuhrî et de nombreux autres savants ont dit que c’est ʿAlî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée) qui tua ʿUqba.⁹

Il participa à la bataille d’Uhud. Au cours de cette bataille, il donna un exemple sans précédent de la manière dont il faut risquer sa vie pour l’islam. Au début de la bataille, l’armée musulmane remporta la victoire. Mais les archers postés par le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) sur un col abandonnèrent leur position, désobéissant à ses ordres, et se mirent à ramasser le butin. Profitant de cette occasion, un groupe de soldats idolâtres, commandé par Khâlid ibn al-Walîd, lança une contre-attaque en passant par ce col. Cette attaque soudaine provoqua un terrible désastre dans l’armée musulmane victorieuse. En un instant, l’armée musulmane fut désorganisée et ses soldats furent dispersés loin de leur commandant, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). En ce moment particulièrement critique, quinze mujâhidîn affrontèrent l’ennemi avec une fermeté semblable à celle des montagnes. ʿÂsim ibn Thâbit était l’un d’eux. Ce jour-là, à Uhud, huit hommes prêtèrent serment au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de combattre jusqu’à la mort. Il s’agissait de : ʿAlî, al-Zubayr, Talha, Abû Dujâna, al-Hârith ibn al-Simma, Hubâb ibn al-Mundhir, ʿÂsim ibn Thâbit et Sahl ibn Hunayf. Pourtant, aucun d’eux ne mourut ce jour-là.¹⁰ Ibn Saʿd rapporte que, lorsque tous les autres prirent la fuite à Uhud, il prêta serment au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de combattre jusqu’à la mort.¹¹ Il était l’un des archers les plus habiles de l’armée musulmane lors de cette bataille.¹²

Lors de cette bataille d’Uhud, il tua Mousafi‘ et al-Harith — ou, selon une autre version, al-Julas — les deux fils de Talha ibn Abi Talha, membres de l’armée polythéiste. Il les transperça tous deux de ses flèches avec une grande adresse. Grièvement blessés, ils furent amenés auprès de leur mère, Sulafa bint Sa‘d. Celle-ci posa la tête de Mousafi‘ sur ses genoux et demanda : « Mon enfant ! Qui t’a transpercé le corps de cette manière ? » Il répondit : « J’ai entendu un homme décocher une flèche contre moi en s’écriant : “Prends ceci ! Je suis Ibn Abi al-Aqlah.” » Alors Sulafa jura que, si elle mettait un jour la main sur la tête d‘Asim, elle boirait du vin dans son crâne.¹³ Mais Allah, le Très-Haut, ne lui permit pas d’accomplir ce serment.

À Uhud, Hadrat ‘Asim tua encore un autre scélérat ingrat de La Mecque. Il s’appelait Abu ‘Uzza ‘Amr ibn ‘Abd Allah. Cet homme avait été fait prisonnier par l’armée musulmane à Badr. Il avait alors imploré la clémence du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), en disant qu’il avait la charge de subvenir aux besoins d’une famille nombreuse et qu’il en était l’unique soutien. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se montra magnanime envers lui. Il le libéra en échange de la promesse qu’il ne sortirait plus jamais de chez lui pour combattre le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Pourtant, au moment de la bataille d’Uhud, cet Abu ‘Uzza décida de ne pas quitter La Mecque avec les Quraysh. Il leur dit : « Muhammad s’est bien comporté avec moi et m’a fait grâce. Je ne peux pas lui rendre cette faveur de cette manière. » Mais il ne put rester ferme dans sa décision. Sous la pression de Safwan ibn Umayya et d’Ubay ibn Khalaf, de La Mecque, il finit par se rendre à Uhud avec eux pour combattre. Cruelle ironie du destin, il fut une nouvelle fois capturé par les musulmans. Comme auparavant, il implora la clémence du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Celui-ci lui répondit par une parole remarquable : « Le croyant ne se fait pas mordre deux fois par le même serpent, ni piquer deux fois par le même scorpion. » Pensais-tu qu’en retournant à La Mecque, tu pourrais dire aux tiens : « J’ai trompé Muhammad deux fois » ?

L’historien Waqidi a rapporté, d’après Bukayr ibn Mismar, le récit de la capture d’Abu ‘Uzza à Uhud. Il dit : « Les polythéistes, après s’être retirés d’Uhud, s’installèrent dans la première partie de la journée à un endroit appelé Hamra al-Asad. Quelque temps après, ils en partirent. Mais Abu ‘Uzza dormait encore. Entre-temps, le jour s’était levé. Les hommes de l’armée musulmane qui poursuivaient l’armée qurayshite arrivèrent sur les lieux. Hadrat ‘Asim ibn Thabit y captura Abu ‘Uzza et le conduisit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Celui-ci rejeta sa demande de grâce et ordonna qu’il soit tué. Hadrat ‘Asim lui trancha la tête du cou. »¹⁴ Toutefois, selon une autre version, c’est Hadrat Zubayr qui tua Abu ‘Uzza.¹⁵

Hadrat ‘Asim (qu’Allah l’agrée) tomba en martyr, la quatrième année de l’Hégire, lors de l’affaire d’al-Raji‘, aux mains de membres de la tribu de Hudhayl. Les récits de cet événement présentent quelques divergences entre l’imam al-Bukhari et les autres spécialistes de la Sîra. Nous les exposons brièvement ici :

Al-Raji‘ était le nom d’un puits appartenant à la tribu de Hudhayl. L’événement eut lieu à proximité de ce puits ; c’est pourquoi il est connu dans l’histoire sous le nom d’affaire de Yawm al-Raji‘. L’imam al-Bukhari le rapporte d’après Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée). Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) envoya un groupe de dix éclaireurs sous le commandement de ‘Asim ibn Thabit. Alors qu’ils avaient quitté Médine et atteint un lieu situé entre ‘Usfan et La Mecque, la branche Banu Lihyan de la tribu de Hudhayl les repéra. Elle se lança à leur poursuite avec une centaine d’hommes armés d’arcs. Lorsqu’ils atteignirent l’endroit où le groupe avait séjourné, ils y trouvèrent des noyaux de dattes. À leur vue, ils comprirent avec certitude que le groupe venait de Médine. Ayant trouvé les noyaux, ils se dirent : « Ce sont bien des noyaux de dattes de Yathrib. » Ils poursuivirent rapidement le groupe et l’encerclèrent. Ayant détecté la présence de l’ennemi, Hadrat ‘Asim et ses compagnons se réfugièrent au sommet d’une haute colline fortifiée.¹⁶

On relève une légère différence par rapport au récit précité de l’imam al-Bukhari dans les récits de Muhammad ibn Ishaq, Musa ibn ‘Uqba et ‘Urwa ibn al-Zubayr. Toutefois, dans la science du Maghazi, Muhammad ibn Ishaq est sans égal. C’est pourquoi l’imam al-Shafi‘i a dit que quiconque souhaitait connaître les Maghazi (les récits des guerres et des expéditions) devait s’en remettre à Muhammad ibn Ishaq.¹⁷

Muhammad ibn Ishaq a rapporté d’après ‘Asim ibn ‘Umar : « Après la bataille d’Uhud, des hommes des tribus d’al-‘Adl et d’al-Qarah vinrent à Médine et dirent : “Ô Messager d’Allah ! Certains des nôtres sont devenus musulmans. Envoie avec nous quelques-uns de tes compagnons pour leur enseigner la religion, leur faire réciter le Coran et leur apprendre la loi islamique.” Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) envoya avec eux six hommes. Il s’agissait de : (1) Marsad ibn Abi Marsad al-Ghanawi, (2) Khalid ibn al-Bukayr al-Laythi, (3) ‘Asim ibn Thabit, (4) Khubayb ‘Adi, (5) Zayd ibn al-Dathina, (6) ‘Abd Allah ibn Tariq. Le chef du groupe était Marsad ibn Abi Marsad. Musa ibn ‘Uqba a également rapporté ce récit dans le même sens qu’Ibn Ishaq. »¹⁸

Ibn Ishaq dit : « Ils partirent avec ces hommes. Lorsqu’ils atteignirent, en direction du Hijaz, le puits d’al-Raji‘, près d’al-Had’a, les hommes qui les accompagnaient violèrent leur engagement et se mirent à crier pour appeler à leur aide les membres de la tribu de Hudhayl afin d’attaquer le groupe. Aussitôt, les hommes de Hudhayl sortirent, les armes à la main, et encerclèrent le groupe de toutes parts. Ces quelques hommes saisirent alors leurs armes pour les combattre. Les hommes de Hudhayl dirent : “Par Allah ! Nous ne voulons pas vous tuer. Nous voulons seulement vous livrer aux habitants de La Mecque afin d’obtenir une récompense en échange.”¹⁹ En réponse, Marsad, Khalid et ‘Asim dirent : “Par Allah ! Nous n’accepterons jamais le pacte ni la protection d’un polythéiste.” L’imam al-Bukhari dit qu’à ce moment ‘Asim déclara : “Je ne me placerai pas sous la protection d’un mécréant. Ô Allah, fais parvenir à Ton Prophète la nouvelle de ce qui nous arrive !”²⁰ Ibn Ishaq dit qu’à ce moment ‘Asim récita un poème, dont voici quelques vers :²¹»

« Quelle excuse pourrais-je avoir, alors que je suis un archer fort et habile ?

J’ai aussi un arc dont la corde est solidement tendue.

De son dos s’envolent les pointes de flèches longues et larges. Et la mort ? Elle seule est véritable, tandis que la vie n’est que mensonge.

Ce qu’Allah a décrété arrivera certainement,

et l’homme, lui, retournera auprès de Lui.

Ma mère serait déshonorée—

si je ne combattais pas contre eux. »

D’autres vers de ce genre sont également rapportés dans les ouvrages de sîra.²²

‘Âsim lançait des flèches sur les mécréants tout en récitant des vers de poésie. Lorsque ses flèches furent épuisées, il se mit à manier sa lance. Celle-ci finit par se briser ; il ne lui resta alors que son épée, dont il fit usage. Peu avant de tomber en martyr, il invoqua Dieu :

« Je suis Abû Sulaymân ! Seuls des hommes comme moi lancent des flèches. J’ai hérité cet honneur d’hommes nobles. Marsad et Khâlid sont tombés en martyrs en affrontant l’ennemi.²³

L’imam al-Bukhârî rapporte : Ensuite, ‘Âsim et ses compagnons engagèrent le combat. Criblé de flèches ennemies, ‘Âsim tomba en martyr avec six de ses compagnons. Seuls Khubayb, Zayd et un autre homme restèrent en vie. Ayant obtenu la promesse des mécréants, ils se rendirent. Dès qu’ils les eurent en leur pouvoir, les mécréants violèrent leur promesse : ils défirent les cordes de leurs arcs et leur lièrent les mains et les pieds. Voyant cela, le troisième homme s’écria : « C’est la première trahison ! » Sur ces mots, il refusa catégoriquement de les suivre. Ils le traînèrent et le tirèrent de toutes leurs forces, mais ne parvinrent en aucune façon à l’emmener. Les mécréants finirent par le tuer lui aussi. Les deux autres furent emmenés à La Mecque, où ils furent également tués.²⁴

Après avoir tué le vénérable ‘Âsim — que Dieu l’agrée —, les Banû Hudhayl décidèrent de vendre sa tête à une femme mecquoise, Sulâfa bint Sa‘d. Il a déjà été mentionné que ‘Âsim avait tué les deux fils de cette femme lors de la bataille d’Uhud. Elle avait donc juré que, si elle mettait un jour la main sur ‘Âsim, elle boirait du vin dans sa boîte crânienne.²⁵⁵ Elle annonça également que celui qui lui apporterait sa tête recevrait cent chameaux en récompense.²⁶ En outre, ‘Âsim avait tué à Badr ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt, l’un des grands chefs des Quraysh idolâtres. C’est pourquoi ceux-ci furent eux aussi extrêmement heureux en apprenant la mort de ‘Âsim. Ils se réjouirent en disant : « Enfin, la vie terrestre du meurtrier de ‘Uqba a pris fin ! » Ils voulurent brûler son corps jusqu’à le réduire en cendres afin d’apaiser leur désir de vengeance.²⁷ Mais Dieu, le Très-Haut, n’exauça le souhait d’aucun d’entre eux.

Avant sa mort, le vénérable ‘Âsim avait invoqué Dieu en ces termes : « Ô Dieu ! Qu’aucun polythéiste ne me touche, et que je ne touche moi-même aucun d’entre eux. » Dieu, le Très-Haut, exauça son invocation. Il le protégea du contact des mécréants en envoyant des abeilles ou des guêpes. À ce sujet, le vénérable ‘Urwa rapporte : Dès que les polythéistes s’apprêtèrent à s’approcher de son corps, un essaim d’abeilles sortit d’on ne sait où et se mit à les piquer si violemment qu’ils s’enfuirent, affolés. Ayant échoué en plein jour, ils décidèrent de s’approcher du corps à la faveur de la nuit. Mais avant même que l’obscurité ne tombe, une pluie torrentielle se mit à tomber. Le corps du vénérable ‘Âsim fut emporté par la force du courant de cette crue, et les polythéistes eurent beau le chercher partout, ils n’en trouvèrent aucune trace. Ibn Sa‘d rapporte : Cet événement douloureux d’al-Rajî‘ eut lieu au cours du mois de Safar, trente-six mois après l’Hégire. Lorsque le vénérable ‘Umar apprit que les abeilles avaient protégé son corps, il déclara : « Dieu a protégé un serviteur croyant. Dans la vie comme dans la mort, Dieu l’a préservé du contact des polythéistes. » Puisque les abeilles l’avaient protégé, il est connu dans l’histoire sous le nom de Hamî al-Dabr.²⁸

Après cet événement tragique d’al-Rajî‘, les poètes musulmans de Médine élevèrent la voix pour condamner les Hudhaylites. Des poètes tels que Hassân ibn Thâbit et Abû Zayd al-Ansârî composèrent des poèmes condamnant leur acte criminel et louant les martyrs. Certains de ces poèmes ont été rassemblés dans divers ouvrages, notamment la Sîrat Ibn Hishâm.²⁹ Voici deux vers d’une élégie funèbre de Hassân ibn Thâbit :

« Par ma vie ! Hudhayl ibn Mudrik a commis un crime odieux ; par leur conduite envers Khubayb et ‘Âsim, ils se sont couvert d’infamie.³⁰

Le vénérable Ibn Aqsâs rapporte : Lorsque la nouvelle d’al-Rajî‘ parvint à Médine, les hypocrites déclarèrent : « Ces malheureux n’ont même pas pu rester chez eux, ni transmettre le message de leur chef, et ils n’ont obtenu aucun bien en échange de leur vie. » C’est alors que Dieu, le Très-Haut, révéla le verset 204 de la sourate al-Baqara.³¹

Il y a aussi des gens dont les propos sur la vie d’ici-bas te séduisent, et qui prennent Allah à témoin de ce qu’ils ont dans le cœur. Pourtant, ce sont de redoutables querelleurs.

L’un des fils de Hazrat Asim s’appelait Muhammad. Al-Ahwas, célèbre poète arabe de l’époque, était le petit-fils de ce Muhammad.³²

Une foi sincère, un amour profond pour le Messager d’Allah, un cœur pur, un courage incomparable et d’autres qualités encore constituaient les traits les plus éclatants du caractère de Hazrat Asim.

Anas (qu’Allah l’agrée) a rapporté. Il a dit : Les deux tribus rivales de Médine, Aws et Khazraj, se glorifiaient chacune des hommes éminents issus de leur tribu. Les Aws disaient : Hanzala, que les anges avaient lavé, Sa’d ibn Mu’adh, dont la mort avait fait trembler le Trône, Asim ibn Thabit, dont Allah avait protégé le corps au moyen d’abeilles, et Khuzayma ibn Thabit, dont le témoignage seul équivalait à celui de deux personnes : tous étaient des fils de la tribu des Aws.³³

Références :

Al-Harith ibn Suraqa (qu’Allah l’agrée)

Al-Harith ibn Suraqa était issu de la branche des Najjar, de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. Son père était Suraqa ibn Harith et sa mère, Rabi’a bint Nadar. Sa kunya était Umm al-Harith. Sa mère Rabi’a était une Compagnonne éminente et la tante paternelle d’Anas ibn Malik, Compagnon et serviteur du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).¹

Son père mourut avant l’arrivée du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à Médine. Sa mère était encore en vie ; elle embrassa l’islam et eut l’honneur d’atteindre le rang de Compagnonne. Le fils embrassa lui aussi l’islam avec sa mère. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) établit entre lui et As-Sa’it ibn Uthman ibn Maz’un (qu’Allah l’agrée) un lien de fraternité dans la religion.²

Il participa à la bataille de Badr. Après avoir reçu l’ordre de partir pour Badr, il fut le tout premier à monter à cheval et à se mettre en route.³ Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le garda auprès de lui comme observateur et surveillant.⁴ Alors qu’il buvait de l’eau à une source, assoiffé, il fut atteint par une flèche lancée par Hibban ibn Arafa et mourut en martyr.⁵ Il est rapporté qu’il fut le premier martyr parmi les Ansar. Cependant, certains récits indiquent qu’il mourut en martyr lors de la bataille d’Uhud. Le récit précité est le plus célèbre.⁶

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) revint de Badr à Médine. La mère d’al-Hâritha accourut et dit : « Ô Messager d’Allah ! Vous savez combien j’aime al-Hâritha. S’il est destiné au Paradis, alors je prendrai patience. Sinon, vous verrez ce que je ferai. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui dit : « Que dis-tu donc ? Les Paradis ne sont pas au nombre d’un ou de deux. Les Paradis sont nombreux. Al-Hâritha a obtenu le plus sublime des Paradis, al-Firdaws. »⁷ À l’annonce de cette heureuse nouvelle, sa mère Rabî‘ fut comblée de joie. Elle se leva avec un léger sourire et se mit à dire : « Bravo, bravo, ô al-Hâritha ! Bravo, bravo, ô al-Hâritha ! »⁸

Al-Hâritha était profondément dévoué à sa mère. L’auteur de l’ouvrage Usud al-Ghâba écrit : « Il était extrêmement obéissant et soumis à sa mère. »⁹

Un jour, le noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendait quelque part. En chemin, il rencontra al-Hâritha. Il lui dit : « Al-Hâritha ! Dans quel état t’es-tu réveillé ce matin ? » Al-Hâritha répondit : « Dans l’état d’un musulman véritable. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui dit : « Réfléchis avant de répondre. Chaque parole recèle une signification profonde. » Al-Hâritha répondit : « Ô Messager d’Allah ! Je me suis détourné de ce monde. Je passe mes nuits dans l’adoration et mes journées à jeûner. À cet instant, j’ai l’impression de me voir me diriger vers le Trône. J’ai le sentiment que les habitants du Paradis se dirigent vers le Paradis et que les habitants de l’Enfer se dirigent vers l’Enfer. » Après avoir entendu ses paroles, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Lorsqu’Allah illumine le cœur d’un serviteur, ce cœur ne se sépare plus d’Allah. » Al-Hâritha demanda : « Ô Messager d’Allah ! Invoquez Allah pour que je meure en martyr. » Il invoqua Allah, et cette invocation fut exaucée. Elle se réalisa au moment de la bataille de Badr, où il mourut en martyr.¹⁰

Références :

Al-Hârith ibn as-Simmah (qu’Allah l’agrée)

La kunya d’al-Hârith (qu’Allah l’agrée) était Sa‘îd. Son père était as-Simmah ibn Amr et sa mère Tumâdur bint Amr. Il était issu d’une branche de la célèbre tribu médinoise des Khazraj.¹

Il embrassa l’islam avant l’arrivée du noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à Médine. Une fraternité religieuse, la mu’âkhât, fut établie entre lui et Suhayb ar-Rûmî (qu’Allah l’agrée), symbole de patience et de fermeté.²

Moussa ibn Uqba ibn Ishaq et d’autres le citent parmi les participants à la bataille de Badr.³ Il partit pour Badr avec le noble Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) et, après être arrivé à un lieu appelé Rawhâ’, un os de son corps se brisa pour une raison quelconque ; le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) le renvoya alors à Médine. Toutefois, à la fin de la bataille, il le déclara associé au butin de Badr et à sa récompense.⁴

À un moment de la bataille d’Uhud, lorsque les musulmans furent dispersés, al-Hârith fit preuve d’un courage extraordinaire. Il arracha l’armure, le bouclier, l’épée et les autres équipements d’Uthmân ibn Abdallah ibn al-Mughîra al-Makhzûmî, membre de l’armée qurayshite, puis le tua. Lorsque cette nouvelle parvint au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), il déclara : « Toute louange revient à Dieu, qui lui a accordé cette occasion. »⁵ Il convient de rappeler qu’Abdallah ibn Jahsh (que Dieu l’agrée) avait auparavant capturé cet Uthmân lors d’une patrouille à Nakhlah et l’avait emmené à Médine. Celui-ci fut ensuite libéré contre rançon et rejoignit de nouveau les Qurayshites. À Uhud, alors qu’al-Hârith le tuait, Ubayd ibn Hujayz al-Âmirî l’aperçut. Il frappa soudainement al-Hârith d’un violent coup d’épée à l’épaule. Al-Hârith fut grièvement blessé. Abu Dujâna accourut de loin, attaqua Ubayd ibn Hujayz et le renversa. Puis il le tua et le mit en pièces.⁶ Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) donna à al-Hârith tout l’équipement d’Uthmân tué.

À Uhud, lorsque les musulmans furent dispersés et séparés du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), al-Hârith ibn as-Simmah fut l’un de ceux qui demeurèrent fermement à ses côtés.⁷ Ibn Ishaq rapporte qu’au moment du désastre d’Uhud, lorsque les musulmans apprirent que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) était vivant et purent le reconnaître, ils accoururent tous vers lui. Puis Abu Bakr, Umar, Ali, Talha, az-Zubayr, al-Hârith ibn as-Simmah et quelques autres musulmans l’emmenèrent vers la vallée.⁸

Dans la vallée d’Uhud, le noble Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) était assis, adossé à ses Compagnons qui l’entouraient. À ce moment, le chef idolâtre de La Mecque, Ubayy ibn Khalaf, s’approcha tout près et s’adressa au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) : « Ô Muhammad ! Si tu survis, je ne survivrai pas. » Les Compagnons dirent : « Ô Messager de Dieu ! L’un de nous doit-il lui faire face ? » Il répondit : « Non, ce n’est pas nécessaire. » Lorsqu’il s’approcha davantage, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) prit la lance des mains d’al-Hârith ibn as-Simmah. Puis, se tournant vers Ubayy ibn Khalaf, il lui en donna un léger coup à la gorge. Celui-ci sauta alors de son cheval bien-aimé et s’enfuit en courant.

Ibn Ishaq rapporte que, lorsque le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) rencontrait Ubayy ibn Khalaf à La Mecque, celui-ci lui disait : « Muhammad ! Monté sur mon cheval, que je nourris moi-même, je te tuerai. » Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) répondait : « Non, tu n’en seras pas capable ; au contraire, c’est moi qui te tuerai, si Dieu le veut. » Le coup que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) lui porta à la gorge fut très léger. Après l’avoir reçu, il courut, affolé, vers ses compagnons et se mit à dire : « Par Dieu, Muhammad m’a tué ! » Ses compagnons lui répondirent : « Tu n’as pourtant aucune blessure ; tu dois être devenu fou. » Il dit : « Lorsque Muhammad était à La Mecque, il me disait : “Je te tuerai.” Par Dieu, même s’il m’avait seulement craché dessus, j’en serais mort. » Cet ennemi de Dieu mourut à Saraf, sur le chemin du retour vers La Mecque avec la caravane qurayshite.⁹ En réalité, il avait compris que, si légère que soit la blessure, la parole prononcée par Muhammad deviendrait nécessairement vérité.

À un moment de la bataille d’Uhud, le noble Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) demanda à al-Hârith : « As-tu vu Abd ar-Rahmân ibn Awf ? » Il répondit : « Oui, ô Messager de Dieu ! Il se trouvait au pied de la montagne, au milieu de la foule des idolâtres. J’avais l’intention de me rendre auprès de lui, mais mon regard s’est alors posé sur vous et je suis venu de ce côté. » Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) dit : « Les anges combattent à ses côtés. » Dès qu’il entendit cela, al-Hârith courut vers Abd ar-Rahmân. Il vit devant lui sept cadavres d’infidèles et lui demanda : « Les avez-vous tous tués seul ? » Abd ar-Rahmân répondit : « Arṭât ibn Abd ash-Shurahbîl et celui-ci, je les ai tués moi-même ; quant aux autres, je n’ai pas vu qui les avait tués. » Al-Hârith dit alors : « Le Messager de Dieu a dit vrai. » At-Tabarânî a rapporté ce récit.¹⁰

Vers la fin de la bataille d’Uhud, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) demanda des nouvelles d’al-Hârith. Celui-ci partit aussitôt à sa recherche. Comme il tardait à revenir, Ali (que Dieu l’agrée) partit à son tour le chercher. Ali récitait alors sans cesse les deux vers d’un poème. Leur sens est le suivant :

« Seigneur, al-Hârith ibn as-Simmah est un homme aimable et, parmi nous, un homme digne de confiance. Il a disparu alors qu’il accomplissait une mission importante. Et partout où il va, il recherche le Paradis. »¹¹

Ibn Hicham a rapporté ces deux vers d’une manière légèrement différente. Il a également dit que ces deux vers ne sont pas d’Ali.12

Ensuite, Ali (ra) rencontra al-Harith. Tous deux virent Hamza (ra) gisant, mort, et revinrent informer le Messager (sa). Entre-temps, les infidèles avaient tué ses autres compagnons, mais il ne le savait pas. Il était assis sous un arbre avec ‘Amr ibn Umayya. Soudain, ils aperçurent dans le ciel un oiseau semblable à un vautour. Il comprit que quelque chose s’était produit. Accompagné de ‘Amr, il se dirigea vers cet endroit. Ils virent en un lieu plusieurs corps de musulmans, ensanglantés et couverts de poussière, gisant démembrés. À cette vue, il dit à son compagnon ‘Amr : « Nous devrions maintenant retourner à Médine et l’en informer. Dis-moi donc, quelle est ton intention ? » Al-Harith répondit : « Comment pourrais-je fuir l’endroit où al-Mundhir ibn ‘Amr a été tué ? Les gens diraient : “Al-Mundhir a été tué, tandis que nous sommes revenus en sauvant nos vies.” » Puis il répéta : « Al-Mundhir a été tué ; comment pourrais-je fuir cet endroit ? Les gens diraient : “Al-Mundhir a été tué, tandis que nous sommes revenus en sauvant nos vies.” » Il s’avança alors avec ‘Amr vers l’ennemi. Celui-ci était bien équipé et nombreux. Ils criblèrent tout le corps d’al-Harith de flèches, comme une pluie. Il tomba en martyr sur le champ même. Son compagnon ‘Amr fut capturé par l’ennemi. Lorsqu’‘Amir ibn al-Tufayl apprit que le prisonnier ‘Amr appartenait à la tribu de Mudar, il lui rasa les cheveux sur le devant de la tête et le libéra, car sa mère avait fait le vœu de libérer un prisonnier. Ainsi, ‘Amir accomplit le vœu de sa mère. Cela eut lieu au mois de Safar, trente-six mois après l’Hégire.13

Sa‘d, l’un des fils d’al-Harith, combattit à Siffin aux côtés d’Ali (ra) et y tomba en martyr. La mère de Sa‘d s’appelait Umm al-Hakam Khawla bint ‘Uqba. Il avait un autre frère nommé Abu Juhaym. Celui-ci eut l’honneur d’accompagner le Messager d’Allah (sa) et rapporta également des hadiths de lui. Sa mère s’appelait ‘Utayla bint Ka‘b. Ibn Sa‘d a dit dans son ouvrage al-Tabaqat qu’il existe encore des descendants d’al-Harith à Médine et à Bagdad.14 Al-Harith avait également un talent poétique. Certains de ses vers ont été rassemblés dans divers ouvrages.15

Références :

‘Umayr ibn Sa‘d (ra)

‘Umayr ibn Sa‘d était un Compagnon ansarite de la célèbre tribu médinoise des Aws, qui se tenait à l’écart des factions. En raison de ses qualités morales, il reçut le surnom de Nasij وحدihi. Ce fut le calife ‘Umar (ra) qui lui attribua ce surnom.1

Le père d’‘Umayr, Sa‘d ibn ‘Ubayd, mourut durant son enfance. Après la mort de son père, sa mère épousa en secondes noces Julas ibn Suwayd. Avec sa mère, ‘Umayr alla également vivre sous la tutelle de Julas. Celui-ci l’éleva avec beaucoup d’affection et de soins, comme ses propres enfants. Ibn Hicham dit : « Ce Julas et son frère al-Harith étaient tous deux des hypocrites (des musulmans dissimulant leur incroyance). »2

Il convient de mentionner ici qu’Abu Zayd était l’un des quatre récitateurs renommés parmi les Ansar de Médine. Son véritable nom était Sa‘d ibn ‘Ubayd. Or le père honoré de ce grand Compagnon dont nous parlons s’appelait également Sa‘d ibn ‘Ubayd. C’est pourquoi de nombreux historiens, notamment Ibn Sa‘d, se sont trompés. Ils ont mentionné ‘Umayr comme étant le fils du récitant Abu Zayd Sa‘d ibn ‘Ubayd. C’est une grave erreur de leur part. Ainsi, Ibn al-Kalbi a dit : « Son père, Sa‘d ibn ‘Ubayd, participa à la bataille de Badr. »3 Pourtant, les années de décès des deux Sa‘d sont séparées par un intervalle considérable. De plus, le père d’‘Umayr, Sa‘d, appartenait à la tribu des Aws, tandis qu’Abu Zayd Sa‘d appartenait à la tribu des Khazraj. Le célèbre Compagnon Anas ibn Malik a dit qu’Abu Zayd était son oncle paternel. Or il est établi qu’Anas appartenait à la tribu des Khazraj. En outre, Abu Zayd ne laissa aucun descendant.4

C’est probablement durant la période où il était sous la tutelle de son père adoptif, Julās, qu’il embrassa l’islam. Les spécialistes de la Sîra ont dit qu’il avait certes obtenu le mérite d’être compté parmi les Compagnons (c’est-à-dire d’avoir fréquenté le Messager d’Allah (s)), mais qu’il n’avait pas eu l’honneur de participer à une expédition militaire avec le Messager d’Allah (s).⁵ La raison en est qu’il n’avait pas encore atteint, du vivant du Messager d’Allah (s), l’âge requis pour partir au combat. Certains auteurs ont rapporté que, même s’il ne participait pas aux combats, il accompagnait Julās dans le jihâd. À ce propos, ils mentionnent un épisode de la bataille de Tabûk.⁶

Sous le califat de ‘Umar (r), il participa à l’expédition en Syrie avec le commandant Abû ‘Ubayda. ‘Umar le nomma commandant d’une armée en Syrie. Quelque temps plus tard, il le nomma gouverneur de Hims et de Damas. Il demeura à ce poste jusqu’à la mort de ‘Umar (r). L’imâm al-Zuhrî dit : lorsque Sa‘îd ibn ‘Âmir ibn Hudhaym mourut, ‘Umayr lui succéda. Mu‘âwiya et lui se trouvaient ensemble en Syrie jusqu’à l’assassinat de ‘Umar. Ensuite, le calife ‘Uthmân destitua ‘Umayr et plaça toute la Syrie sous l’autorité de Mu‘âwiya.⁷

Safwân ibn ‘Amr rapporte : après avoir été nommé gouverneur de toute la Syrie, Mu‘âwiya monta en chaire dans la mosquée de Hims et prononça un sermon. Il dit : « Ô habitants de Hims ! Allah vous a comblés de gouverneurs pieux et compétents. Votre premier gouverneur fut ‘Iyâd ibn Ghanm. C’était un homme meilleur que moi. Votre deuxième gouverneur fut Sa‘îd ibn ‘Âmir. Lui aussi était meilleur que moi. Puis votre gouverneur fut ‘Umayr. ‘Umayr est un homme excellent. À présent, je suis votre gouverneur. Vous apprendrez à me connaître. »⁸

Plusieurs épisodes de la période où ‘Umayr (r) résida en Syrie sont rapportés dans divers ouvrages. Nous en présentons ici quelques-uns en résumé :

Un jour, le calife ‘Umar (r) l’envoya en Syrie à la tête d’une armée. Quelques jours plus tard, il se présenta devant le calife et lui dit : « Ô commandeur des croyants ! Entre notre position et celle de nos ennemis se trouve une ville appelée ‘Arab­sos. Ses habitants fournissent à nos ennemis des informations secrètes nous concernant. Sur cette base, nos ennemis nous traitent de telle et telle manière. »

Le calife dit : « Tu proposeras aux habitants de quitter la ville et de s’installer ailleurs. En échange, tu leur donneras deux chèvres pour une chèvre, deux vaches pour une vache, et ainsi deux exemplaires de chaque bien en remplacement d’un seul. S’ils acceptent cette proposition, nous leur donnerons le double de leurs biens, conformément à notre engagement. S’ils refusent, tu leur annonceras l’annulation du traité qui nous lie à eux et tu attendras un an. »

‘Umayr demanda : « Ô commandeur des croyants ! Veuillez me remettre cet engagement par écrit. »

Muni de l’engagement écrit du calife, ‘Umayr retourna en Syrie et entendit dire qu’il avait détruit ‘Arabsos. Il entendit encore bien d’autres propos. Le calife entra dans une violente colère contre lui et fit immédiatement venir ‘Umayr à Médine. ‘Umayr se présenta à la cour du calife à Médine. Furieux, le calife brandit son bâton au-dessus de sa tête et lui dit : « C’est toi qui as détruit ‘Arabsos ! » ‘Umayr resta debout sans répondre. Le calife quitta l’audience et regagna sa maison. ‘Umayr demanda la permission de le rencontrer, entra et lui lut l’engagement écrit que le calife lui avait remis. ‘Umar déclara : « Qu’Allah te pardonne. »⁹

Le calife Omar le nomma gouverneur de Hims. Pendant une année, il ne reçut aucune nouvelle de lui. Finalement, il dit à son secrétaire : « J’ai l’impression qu’il a trahi notre confiance. Écris-lui : dès que ma présente lettre te parviendra et que tu l’auras lue, tu viendras à Médine avec tout ce que tu as perçu des musulmans en impôts, en zakat et autres prélèvements. » À la réception de la lettre, ‘Umayr, sans tarder, remplit une outre de cuir de quelques provisions et d’une coupe d’eau, la suspendit à son épaule, prit son bâton et se mit en route à pied.

La distance entre Médine et Hims est de plusieurs centaines de milles. Lorsqu’il arriva à Médine, ses cheveux avaient poussé et son visage était devenu pâle sous l’effet du soleil, de la poussière et de la fatigue du long voyage. Dans cet état, il se rendit directement auprès du calife et dit : « As-salâmu ‘alayka, ô commandeur des croyants ! — Ô commandeur des croyants, que la paix soit sur toi ! » Le calife leva les yeux vers lui et demanda avec étonnement : « Qu’est-il arrivé à ton état ? » ‘Umayr répondit : « Que voyez-vous donc de changé dans mon état ? Ne suis-je pas en bonne santé ? Les choses de ce monde m’ont-elles touché ? Est-ce que je tire sur les deux cornes de ce monde ? » Le calife avait pensé que ‘Umayr était peut-être venu avec de grandes richesses. Il lui demanda donc : « Es-tu venu à pied ? »

Il répondit : « Oui, je suis venu à pied. »

— Personne ne t’a-t-il aidé en te fournissant une monture ?

— Je n’ai demandé de monture à personne, et personne ne m’en a donné.

— Ils sont devenus de très mauvais musulmans.

— Ô ‘Umayr ! Allah t’a interdit de médire des gens. Je les ai pourtant vus accomplir la prière de l’aube en assemblée.

Le calife ordonna : « Que la nomination de ‘Umayr soit renouvelée. » ‘Umayr dit : « Je n’accomplirai plus aucune responsabilité sous votre autorité, ni à l’avenir sous celle de qui que ce soit. Car je n’ai pas réussi à me préserver du péché. Là-bas, j’ai dit au dhimmî chrétien : “Qu’Allah t’humilie.” Ô Omar, est-ce pour une telle tâche que tu m’avais envoyé ? Je suis resté en vie au lieu de mourir comme les autres Compagnons, et le jour où j’ai commencé à travailler avec vous est le pire jour de ma vie. » Ensuite, avec l’autorisation du calife, il partit s’installer dans un lieu isolé situé à quelques milles de Médine, où il demeura définitivement. Un jour, le calife eut le sentiment que ‘Umayr avait peut-être trahi sa confiance. Pour le mettre à l’épreuve, il lui envoya donc un homme nommé al-Hârith, avec cent dinars. Au moment du départ, il lui dit : « Tu te rendras auprès de ‘Umayr déguisé en invité. Si tu observes chez lui le moindre signe de jouissance et de luxe mondains, tu reviendras immédiatement. Mais si tu le trouves dans une situation très misérable, tu lui donneras ces cent dinars. »

L’homme partit. Arrivé chez Oumayr, il le vit assis près du mur, en train d’enlever la saleté de son vêtement et de le raccommoder. L’homme le salua. Oumayr lui rendit son salut et l’invita à rester. L’homme resta donc.

Oumayr : D’où venez-vous ?

— De Médine.

— Dans quel état avez-vous laissé l’Amîr al-Mu’minîn ?

— Comme un homme vertueux et pieux.

— L’Amîr al-Mu’minîn n’applique-t-il donc plus les hudûd (peines prescrites par la charia) ?

— Il a récemment infligé à l’un de ses fils la peine pour adultère. Le garçon en est mort.

— Ô Allah, aide Oumar ! Je ne connais en lui rien d’autre que ton amour.

L’homme demeura trois jours comme hôte chez Umaïr. Durant ces trois jours, il dut se contenter de mâcher quelques morceaux de pain d’orge. Voyant cette situation, l’homme dit : « Durant ces quelques jours, vous m’avez pratiquement laissé mourir de faim. » Puis il sortit les dinars et les tendit à Umaïr. À peine les eut-il vus qu’il s’écria : « Je n’en ai pas besoin ! » Sur ces mots, il repoussa vers l’homme la bourse contenant les dinars. À ce moment, l’épouse d’Umaïr dit : « Si vous n’en avez pas besoin, distribuez-les donc à ceux qui en ont besoin. » Umaïr répondit : « Je n’ai aucun droit de disposer de ces biens. » Alors son épouse déchira son voile en plusieurs morceaux. Puis elle partagea les dinars, les attacha dans ces morceaux et les distribua aux enfants des martyrs des environs.

Entre-temps, l’homme retourna auprès du calife ‘Umar. Celui-ci lui demanda : « Qu’as-tu fait des dinars d’Umaïr ? » — « Je n’en sais rien », répondit l’homme. Alors le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) écrivit à Umaïr de venir avec les dinars. Umaïr se présenta à la cour du calife. « Qu’as-tu fait des dinars ? » demanda le calife. Il répondit : « J’en ai fait ce que j’ai voulu. En quoi cela vous concerne-t-il ? » — « Non, tu dois me le dire », insista le calife. Umaïr répondit : « Je les ai envoyés à l’avance pour les besoins de mon au-delà. » Le calife ordonna alors de lui donner quelques provisions et deux vêtements. Umaïr dit : « Je n’ai pas besoin de nourriture. J’ai laissé chez moi deux sâ‘ d’orge. Peut-être qu’Allah Très-Haut pourvoira à une autre subsistance pendant que nous les mangerons. En revanche, je peux prendre les deux vêtements, car en venant j’ai vu que la mère d’un tel n’avait pas de vêtements ; elle est presque nue. » Sur ces mots, il prit les deux vêtements sous le bras et retourna chez lui. Peu de temps après, il mourut.10

Les spécialistes de la sîra divergent quant à l’année de la mort de ‘Umaïr (qu’Allah l’agrée). Certains ont dit qu’il s’était établi définitivement à Homs et qu’il y mourut sous le califat de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée), ou, selon une autre version, à l’époque du calife ‘Umar ou de ‘Uthmân (qu’Allah les agrée).11 Selon un récit, il mourut à Médine et le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dirigea la prière funéraire sur lui.12 Un autre récit rapporte qu’ayant appris la mort d’Umaïr, le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) exprima son chagrin et demanda le pardon d’Allah pour lui. Puis il se rendit au cimetière de Médine, Baqî‘ al-Gharqad. Beaucoup d’autres le suivirent. Il leur dit : « Eh bien, que chacun de vous exprime donc son souhait. » L’un d’eux dit : « Si je possédais une grande richesse, je l’utiliserais pour affranchir autant d’esclaves que possible. » Un autre dit : « Si mon corps possédait une force irrésistible, je puiserais de l’eau au puits de Zamzam avec un seau et j’en ferais boire aux pèlerins. » D’autres encore exprimèrent ainsi leurs souhaits. Enfin, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Si je trouvais davantage d’hommes aussi compétents qu’Umaïr ibn Sa‘d, je solliciterais leur aide dans les affaires des musulmans. »13

Un jour, alors qu’il était gouverneur de Homs et qu’il prononçait un discours debout sur le minbar de la mosquée, il déclara : « Sachez que l’islam est à la fois une enceinte protectrice et une porte solidement fortifiée. Le rempart de l’islam est la vérité et la justice. Si le rempart se fissure et que la porte est brisée, l’islam sera vaincu. Mais tant que le gouverneur fera preuve de fermeté, l’islam demeurera protégé. La fermeté du gouverneur ne signifie pas qu’il doit massacrer à coups d’épée ; elle signifie qu’il doit juger conformément à la vérité et s’attacher fermement à la justice.14 » Il laissa deux fils, nommés ‘Abd ar-Rahmân et Mahmûd.

‘Umaïr (qu’Allah l’agrée) comptait parmi les Compagnons éminents et les ascètes (ceux qui se détournaient des jouissances et des plaisirs de ce monde).15 Parmi les Compagnons, il occupait un rang très élevé en honneur et en dignité. Al-Mufaddal al-Ghallâbî dit : « Parmi les Ansar, les plus ascètes étaient au nombre de trois : Abû ad-Dardâ’, Shaddâd ibn Aws et ‘Umaïr ibn Sa‘d. »16 Ibn Sîrîn rapporte que le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée), séduit par la noblesse de son caractère, lui donna le surnom de « Nasîju wahdihi », c’est-à-dire : unique par sa création et ses qualités, sans égal.17

‘Abd ar-Rahmân, le fils d’Umaïr, rapporte : « ‘Abdullah ibn ‘Umar m’a dit : “Parmi les Compagnons, il n’y avait pas d’homme meilleur que ton père.” »18 Ibn Sumay a mentionné le nom d’Umaïr dans la première classe des Compagnons qui se rendirent à Homs.19

Par son caractère et sa moralité, ‘Umaïr (qu’Allah l’agrée) était un modèle accompli. Il était difficile de trouver quelqu’un qui l’égalât en piété et en scrupule religieux. Il possédait une foi ardente. Dès son enfance, son cœur était rempli d’un amour sincère pour le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). En matière de foi et d’amour envers le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il n’y avait en lui pas la moindre trace d’hypocrisie. Un événement survenu lors de la bataille de Tabûk en apporte la preuve. À cette époque, son père adoptif, al-Julas, fit une remarque offensante au sujet du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Umaïr en informa immédiatement le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), bien qu’il eût été élevé et qu’il fût encore sous la protection d’al-Julas.20 Une foi ferme et un amour profond envers Allah et Son Messager étaient, à ses yeux, supérieurs à toute chose.

Divers auteurs, dont Ibn Hishâm, ont rapporté l’épisode d’Umaïr avec al-Julas. Al-Julas était l’un de ceux qui n’avaient pas participé à la bataille de Tabûk. Un jour, en présence d’Umaïr, al-Julas fit cette remarque : « Si cet homme — Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) — dit vrai, alors nous sommes plus vils que des ânes. » En entendant ces paroles, Umaïr dit : « Par Allah, al-Julas, vous êtes pour moi la personne la plus chère de toutes. Votre bienveillance envers moi est la plus grande. Si un malheur ou une épreuve vous atteignait, j’en souffrirais plus que quiconque. Vous avez prononcé une parole. Si je dis que vous êtes plus vils que des ânes, je vous humilierai. Mais si je garde le silence, ma religion sera détruite. La première option m’est plus facile que la seconde. »

La protestation de ‘Umayr irrita profondément al-Julas. Celui-ci jura aussitôt de rompre toute relation avec ‘Umayr. De son côté, ‘Umayr informa immédiatement le Messager (s.a.w.) de l’affaire. Le Messager (s.a.w.) les convoqua tous deux et interrogea al-Julas à ce sujet. Al-Julas jura : « ‘Umayr a menti à mon sujet. Je n’ai rien dit de ce qu’il a rapporté. » Ainsi, al-Julas nia catégoriquement les faits. Mais aucune vérité ne reste cachée au Prophète-Messager. Par la révélation et l’inspiration divine, ils savent tout. Il en fut de même dans le cas d’al-Julas. Allah Tout-Puissant révéla une révélation à Son Prophète et l’informa de tout. Le Messager (s.a.w.) récita alors le verset 74 de la sourate at-Tawba.

« Ils jurent qu’ils n’ont rien dit, alors qu’en vérité ils ont prononcé des paroles de mécréance et sont devenus mécréants après avoir embrassé l’islam. Ils ont convoité ce qu’ils n’ont pas obtenu. Et ils n’ont trouvé à redire que parce qu’Allah et Son Messager les avaient enrichis par Sa grâce. »

Lorsque le Noble Messager (s.a.w.) récita la dernière partie du verset — « Mais s’ils se repentent, ce sera meilleur pour eux. Et s’ils se détournent, Allah les châtiera d’un châtiment douloureux ici-bas et dans l’au-delà » — al-Julas s’écria : « Je me repens. » Ibn Ishaq dit : après cet événement, al-Julas devint véritablement musulman. Aucun manquement ni aucune erreur ne furent plus constatés dans le reste de sa vie. Heureux de voir son repentir accepté, al-Julas reprit ‘Umayr sous sa tutelle et le prit en charge jusqu’à la fin de sa vie. Après la révélation du verset, le Messager (s.a.w.) saisit ‘Umayr par l’oreille et lui dit : « Mon garçon, cette oreille-là avait bien entendu. » ‘Urwa dit : après cet événement, le rang de ‘Umayr s’éleva au-dessus de tous les autres.21

Un hadith du Messager d’Allah (s.a.w.) a été rapporté par ‘Umayr (r.a.). Parmi ceux qui le rapportèrent figurent son fils Mahmud, Abu Talha al-Khawlani, Abu Idris al-Khawlani, Rashid ibn Sa‘d, Habib ibn ‘Ubayd, Zuhayr ibn Salim, entre autres.22

Références :

Rafi‘ ibn Malik ibn ‘Ajlan (r.a.)

Abu Malik et Abu Rifa‘a étaient ses surnoms. Son véritable nom était Rafi‘. Il était issu de la célèbre tribu khazrajite de Médine. Son père était Malik ibn ‘Ajlan.

La communauté des Ansar de Médine était un groupe ou une assemblée particulièrement favorisée. Il s’agissait notamment d’un groupe de soixante-dix personnes — ou, selon une autre opinion, de soixante-quinze. Parmi eux, la préséance dans l’acceptation de l’islam variait également selon le rang. Chez les Ansar, les tribus des Banu Najjar et des Khazraj étaient à peu près à égalité pour avoir répondu les premières à l’appel de l’islam. Toutefois, tout leur honneur, leur prestige et leur noblesse dans ce domaine revenaient à deux de leurs hommes. Ces deux grands personnages étaient Mu‘adh ibn ‘Afra’ et Rafi‘ ibn Malik ibn ‘Ajlan.

Le Noble Messager (ﷺ) continuait d’appeler à l’islam à La Mecque. En particulier, durant la saison du pèlerinage, il s’adressait personnellement aux gens venus des différentes régions d’Arabie et les appelait à l’islam. À une certaine période de la vie prophétique du Messager d’Allah (ﷺ) à La Mecque, six hommes de la tribu des Khazraj de Médine se rendirent à La Mecque pour accomplir la ‘umra. Mu‘âdh et Râfi‘ faisaient partie de ce groupe de six. Ayant appris leur présence à La Mecque, le Messager leur exposa l’appel à l’islam. Ils écoutèrent attentivement et avec calme les propos du Messager d’Allah (ﷺ). Puis, parmi eux, Mu‘âdh et Râfi‘ furent les premiers à prêter allégeance au Messager d’Allah (ﷺ) et à embrasser l’islam.

Il est rapporté dans les Tabaqât d’Ibn Sa‘d que, cette fois-là, seuls Mu‘âdh et Râfi‘ étaient venus de Médine. À leur arrivée à La Mecque, ils entendirent parler de la mission du Messager d’Allah (ﷺ). À un moment donné, ils le rencontrèrent, écoutèrent ses paroles et embrassèrent l’islam. Selon le récit de Sa‘d ibn ‘Abd al-Hamîd, Râfi‘ fut le premier des deux à prêter allégeance au Messager d’Allah (ﷺ). Il ajoute que Râfi‘ fut le tout premier homme de la tribu des Khazraj à embrasser l’islam. Al-Balâdhurî dit : Râfi‘ fut le premier parmi les Ansâr à embrasser l’islam.

Après avoir embrassé l’islam, il retourna à Médine et se consacra avec une grande ardeur à la propagation de l’islam. Ibn al-Athîr dit :

« Lorsqu’ils revinrent à Médine et commencèrent à appeler leur peuple à l’islam, celui-ci se répandit dans toute la communauté des Ansâr. Il n’y avait pas une seule maison où l’on ne parlât du Messager d’Allah (ﷺ). » L’année suivante, Râfi‘ se rendit à La Mecque avec douze hommes, puis, l’année d’après, avec soixante-dix ou soixante-quinze hommes. Il participa ainsi à deux reprises à l’historique allégeance d’al-‘Aqaba et prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah (ﷺ). Lors de la dernière allégeance, il fut désigné naqîb, c’est-à-dire responsable, des Banû Zurayq.

Selon un récit, après que plusieurs habitants de Médine eurent embrassé l’islam, ils envoyèrent unanimement Mu‘âdh et Râfi‘ à La Mecque. Leur objectif était de demander au Messager d’Allah (ﷺ) d’envoyer à Médine, comme il l’avait fait auparavant, un prédicateur qui y enseignerait le Coran. En réponse à leur demande, le Messager (ﷺ) envoya Mus‘ab ibn ‘Umayr à Médine.

Après l’émigration du Messager d’Allah (ﷺ) à Médine, il établit un lien de fraternité religieuse entre Râfi‘ et Sa‘îd ibn Zayd ibn ‘Amr ibn Nufayl.

La période de la vie islamique de Râfi‘ fut très brève. Durant cette courte période, seules deux batailles eurent lieu : Badr et Uhud. Les spécialistes de la sîra divergent quant à sa participation à Badr. Ibn Ishâq ne le compte pas parmi les Compagnons de Badr. Mûsâ ibn ‘Uqba rapporte, d’après l’imam Ibn Shihâb al-Zuhrî, que Râfi‘ participa à Badr. L’information la plus fiable à ce sujet est toutefois la déclaration de Râfi‘ lui-même, recueillie par l’imam al-Bukhârî. Râfi‘ dit : « Je ne préférerais pas avoir participé à Badr plutôt qu’à al-‘Aqaba. » Bien que, par cette déclaration, il ait voulu souligner la plus grande importance d’al-‘Aqaba par rapport à Badr, on peut également en déduire qu’il ne participa pas à Badr. L’historien al-Balâdhurî dit : lorsque le Messager (ﷺ) partit de Médine en direction de Badr, Râfi‘, comme beaucoup d’habitants de Médine, pensa que le Messager (ﷺ) ne partait pas pour une bataille. C’est pourquoi ils ne l’accompagnèrent pas.

Râfi‘ (qu’Allah l’agrée) participa à la bataille d’Uhud, au cours de la troisième année de l’Hégire. Ce fut la première et la dernière bataille de sa vie islamique. Il y obtint le martyre.

Durant la brève période de sa vie islamique, Râfi‘ (r.a.) rendit divers services religieux. Il était un muballigh dévoué (prédicateur). Dès les débuts, il contribua grandement à la diffusion et à la propagation de l’islam à Médine. Après avoir embrassé l’islam, sa seule préoccupation et sa seule réflexion étaient de savoir comment répandre l’islam dans toute Médine. Ainsi, chaque année, il se rendait précipitamment de Médine à La Mecque, rencontrait secrètement le Messager d’Allah (s.a.s.) à ‘Aqaba, puis retournait à Médine muni des orientations et des instructions nécessaires. Lors de l’ultime Bay‘a d’al-‘Aqaba, il s’acquitta avec succès de la lourde responsabilité qui lui avait été confiée en tant que l’un des douze naqîb désignés par le Messager d’Allah (s.a.s.).

Il est rapporté que Râfi‘ fut le premier à apporter la sourate Yûsuf à Médine. Avant toutes les autres mosquées de Médine, le Coran fut récité pour la première fois dans la mosquée de Banû Zurayq, et c’est lui qui le récita. À l’époque où il prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah (s.a.s.) à La Mecque, il écrivit les passages du Coran qui lui avaient alors été révélés, les emporta avec lui à Médine, puis rassembla tous les membres de son clan et les leur récita.

Selon une autre version, il resta à La Mecque après avoir embrassé l’islam. Après la révélation de la sourate Tâ-Hâ, il la mit par écrit et l’apporta à Médine. En somme, il rendit encore de nombreux services de cette nature.

Al-Hâkim a consigné dans son ouvrage Al-Mustadrak un hadith de Râfi‘ ibn Mâlik. Le transmetteur de ce hadith était son petit-fils, Mu‘âdh ibn Rifâ‘a ibn Râfi‘.

Références :

Zayd ibn Dathina (r.a.)

Le père de Hazrat Zayd (r.a.) s’appelait Dathina ibn Mu‘âwiya. Il était issu de la branche des Banû Bayyâda, de la tribu médinoise des Khazraj. On ne dispose d’aucune information précise sur la date à laquelle il embrassa l’islam. Toutefois, les autres événements de sa vie permettent de comprendre qu’il embrassa l’islam dès les débuts de la prédication islamique à Médine. En effet, il participa aux batailles de Badr et d’Uhud aux côtés du Messager d’Allah (s.a.s.) et, après avoir embrassé l’islam, il ne lui fut pas donné de jouir longtemps de cette vie terrestre. Alors qu’il accomplissait, sur l’ordre du Messager d’Allah (s.a.s.), la mission d’appeler à la religion et de la transmettre, il fut tué avec une grande cruauté.

Après la bataille d’Uhud, selon le récit d’Ibn Ishâq, des hommes appartenant aux tribus d’‘Adal et de Qâra vinrent trouver le Messager d’Allah (s.a.s.) et lui demandèrent : « Envoyez chez nous des hommes capables d’enseigner et de former les nôtres au Coran et à la Loi religieuse ; l’islam s’est répandu là-bas. » En réponse à leur demande, le noble Messager d’Allah (s.a.s.) ordonna à six hommes au total, parmi lesquels Hazrat Khubayb ibn ‘Adî et Zayd ibn Dathina, de s’y rendre. Ils partirent de Médine. En chemin, ils furent attaqués par des polythéistes près d’un point d’eau appelé Ar-Rajî‘, appartenant à la tribu de Hudhayl. Hazrat Khubayb et Zayd (r.a.) furent capturés par ces hommes, tandis que les autres furent martyrisés. Les deux captifs furent conduits à La Mecque, les mains liées, puis livrés aux Quraysh en échange de deux prisonniers de la tribu de Hudhayl. Safwân ibn Umayya se réjouit grandement lorsqu’il acquit Zayd ibn Dathina, car il pensait pouvoir venger le meurtre de son père, Umayya ibn Khalaf, tué par les musulmans.

Après mûre réflexion et de nombreuses consultations, les polythéistes de La Mecque décidèrent de tuer Zayd dans un lieu appelé Tan‘îm. Safwân avait un esclave nommé Nistâs. Il lui ordonna de conduire tous deux au lieu de leur exécution. À leur arrivée, ils furent confrontés à une épreuve étonnante. Abû Sufyân s’adressa à Zayd (qu’Allah l’agrée) en ces termes : « Zayd, je te conjure par Allah de dire la vérité. Si Muhammad était amené à ta place et tué, tandis que tu retournais sain et sauf auprès de ta famille, cela te plairait-il ? » Zayd (qu’Allah l’agrée) répondit avec calme et constance : « Je ne souhaiterais nullement qu’une seule épine égratigne le corps de Muhammad, tandis que je demeurerais sain et sauf parmi les miens. »

En entendant cette réponse, Abû Sufyân resta stupéfait. Les mots sortirent spontanément de sa bouche : « Les compagnons de Muhammad l’aiment à un point tel qu’aucun ami au monde n’est aimé à ce point par son compagnon. » Puis, sur leur ordre, Nistâs le tua. Cet événement tragique eut lieu la troisième année de l’Hégire, ou, selon une autre version, la quatrième. Certains récits rapportent que le vénérable Zayd (qu’Allah l’agrée) fut capturé puis martyrisé lors de l’affaire de Bi’r Ma‘ûna. Dans son ouvrage authentique, l’imam al-Bukhârî rapporte, dans le chapitre « L’expédition d’al-Rajî‘ et de Bi’r Ma‘ûna », d’après Ibn Ishâq, qu’il s’agissait d’un événement postérieur à Uhud. Son récit permet également de comprendre qu’al-Rajî‘ et Bi’r Ma‘ûna sont deux événements totalement distincts. Lors de l’affaire d’al-Rajî‘, Zayd fut tué à La Mecque en même temps que Khubayb.

Mûsâ ibn ‘Uqba rapporte dans son ouvrage consacré aux expéditions que Khubayb et Zayd furent tués le même jour. Ce jour-là, à Médine, on entendit le Messager dire : « Wa ‘alaykumâ aw wa ‘alaykas-salâm. »

‘Urwa et Mûsâ ibn ‘Uqba disent que, avant de pendre Zayd, les Quraysh le transpercèrent de coups d’épée afin d’éprouver la fermeté de sa foi. Mais cela ne fit qu’accroître sa foi et son désir de se soumettre entièrement à Allah.

Ibn Ishâq le rapporte d’après Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée). Lorsque les héros d’al-Rajî‘ furent tués dans une telle impuissance, les hypocrites de Médine se mirent à dire : « Quel malheur pour ces misérables, qui ont ainsi péri sans défense ! Ils ne sont demeurés ni auprès de leurs familles, ni n’ont pu s’acquitter de la mission confiée par leur compagnon. » C’est alors qu’Allah révéla le verset 204 de la sourate al-Baqara : « Parmi les gens, il en est dont les paroles sur la vie d’ici-bas te plaisent ; et il prend Allah à témoin de ce qu’il a dans le cœur. En réalité, c’est le plus acharné des querelleurs. »

Au sujet des martyrs d’al-Rajî‘, Allah, exalté soit-Il, révéla le verset 207 de la sourate al-Baqara :

« Parmi les gens, il en est qui se vouent eux-mêmes à la recherche de la satisfaction d’Allah. Et Allah est très bienveillant envers Ses serviteurs. »

Sources :

Qays ibn Sa’d ibn ‘Ubada (qu’Allah l’agrée)

L’histoire rapporte plusieurs surnoms de Qays (qu’Allah l’agrée), parmi lesquels Abû al-Fadl, Abû ‘Abdillah et Abû ‘Abd al-Malik. Ibn Hibban mentionne également le nom d’Abû al-Qasim. Il était un membre éminent de la branche Sa’ida de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. Compagnon ansar, il était le fils du célèbre chef des Khazraj et illustre Compagnon Sa’d ibn ‘Ubada, et de Fukaïha bint ‘Ubayd ibn Dulaym. Ses parents étaient cousins germains. Ses ancêtres comptaient parmi les grands dirigeants et les célèbres serviteurs de la population de Médine. Qays embrassa l’islam avant l’Hégire du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine.

Qays (qu’Allah l’agrée) participa à toutes les guerres et expéditions aux côtés du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). L’imam az-Zuhri dit qu’il était l’un des porte-étendards du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il participa à l’expédition de Jaïsh al-Khabat, au cours de la huitième année de l’Hégire. Cette expédition fut une grande épreuve pour les musulmans. Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrah s’avança vers la côte maritime à la tête d’une troupe de trois cents hommes, parmi lesquels se trouvaient Abû Bakr et ‘Umar. Ils y demeurèrent quinze jours. Les provisions qu’ils avaient emportées s’épuisèrent. Toute l’armée fut confrontée à une terrible pénurie de nourriture. Les soldats, tourmentés par la faim, se mirent à manger les feuilles mortes des arbres. Le mot « khabat » signifie « feuilles mortes ». Comme les soldats de cette armée avaient mangé des feuilles d’arbres, celle-ci devint célèbre dans l’histoire sous le nom de Jaïsh al-Khabat, c’est-à-dire l’armée des feuilles mortes. Dans cette période difficile, Qays emprunta trois chameaux à la fois et les fit abattre. À trois reprises, il emprunta et abattit en tout neuf chameaux, procurant ainsi à toute l’armée suffisamment de nourriture pour survivre. Comme il s’endettait excessivement, le commandant Abû ‘Ubayda (qu’Allah l’agrée) lui demanda de s’abstenir d’agir ainsi. Selon un récit, sur le chemin du retour de l’expédition de Jaïsh al-Khabat, Abû Bakr et ‘Umar (qu’Allah les agrée) furent alarmés en voyant Qays abattre des chameaux avec une telle insouciance. Ils se dirent entre eux : « Si l’on n’empêche pas ce jeune homme, il dilapidera tous les biens de son père. » Puis ils persuadèrent les autres membres de l’armée de se ranger à leur avis et empêchèrent Qays d’abattre davantage de chameaux. À leur retour de l’expédition, lorsque les gens rapportèrent son comportement au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il dit : « La générosité est assurément une caractéristique de cette maison. »

Lors de l’expédition pour la conquête de La Mecque, il accompagnait le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Au moment d’entrer à La Mecque, l’étendard des Ansar se trouvait d’abord entre les mains de Sa’d ibn ‘Ubada. À un moment donné, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le lui prit des mains et le remit à Qays. En plus de porter l’étendard lors de diverses batailles, il devint, du vivant du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), une personnalité importante du califat. À cette époque, Qays fut l’un de ceux à qui furent confiées les responsabilités de l’administration et du maintien de l’ordre.

Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée) dit : « Auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Qays jouissait d’un rang comparable à celui du chef de la police auprès d’un émir. »

Il jouissait également d’un rang particulier auprès de ‘Ali (qu’Allah l’agrée). Ibn Yunus dit : « Il participa à la conquête de l’Égypte et y construisit une maison. Puis ‘Ali (qu’Allah l’agrée) le nomma gouverneur de l’Égypte. Malgré ses multiples oppositions, Mu’awiya (qu’Allah l’agrée) ne parvint pas à provoquer le moindre trouble ni la moindre agitation en Égypte. Finalement, il réussit à exciter les habitants de Koufa et à faire destituer Qays par ‘Ali (qu’Allah l’agrée). À sa place, ‘Ali nomma Muhammad ibn Abî Bakr gouverneur. À ce sujet, Ibn Sirin dit : « ‘Ali (qu’Allah l’agrée) nomma Qays ibn Sa’d gouverneur de l’Égypte en l’an 36 de l’Hégire et le destitua en l’an 37. En effet, les amis de ‘Ali le convainquirent que Qays avait conclu une entente secrète avec Mu’awiya (qu’Allah l’agrée). Lorsqu’il fut destitué et que Muhammad ibn Abî Bakr fut nommé à sa place, il comprit que ‘Ali avait été induit en erreur. Malgré cela, ses bonnes relations avec ‘Ali (qu’Allah l’agrée) se maintinrent, et ‘Ali le consultait dans toutes les affaires. Il devint impossible à Muhammad ibn Abî Bakr de gouverner l’Égypte. Les manœuvres de l’émir Mu’awiya (qu’Allah l’agrée) et de ‘Amr ibn al-‘As (qu’Allah l’agrée) menées contre lui provoquèrent un courant de troubles qui, par la suite, disloqua les liens du califat. »

Qays (qu’Allah l’agrée) quitta directement l’Égypte pour Médine. Marwan se trouvait alors à Médine. Lorsque celui-ci menaça Qays, ce dernier quitta Médine pour Koufa, où il continua à vivre auprès de ‘Ali (qu’Allah l’agrée).

Il participa à toutes les guerres aux côtés de ‘Ali (qu’Allah l’agrée). Durant les jours de la bataille de Siffîn, il se trouvait à l’avant-garde de l’armée de ‘Ali (qu’Allah l’agrée). Pendant ces journées de guerre, il récitait un poème. En voici les deux vers :

Cette bannière que nous avons portée avec le Prophète.

À cette époque, Gabriel était notre soutien.

Nous sommes ce peuple qui, lorsqu’il combat

ne cesse de combattre jusqu’à la conquête du pays,

le bras qui tient son épée ne se relâche jamais.

Auparavant, il avait également participé à la bataille du Chameau. Lors de la bataille de Nahrawân, il se joignit à tous les membres de sa tribu. Au début de cette bataille, conformément à la règle, Ali (qu’Allah l’agrée) envoya Abû Ayyûb al-Ansârî et Qays (qu’Allah l’agrée) auprès des kharijites afin de les appeler à la paix et à la prospérité. Ils eurent une discussion avec Abdallah ibn Sanjar, un kharijite. Celui-ci dit : « L’obéissance à Ali et son suivi ne nous conviennent pas. Si quelqu’un était comme Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée), nous accepterions de le reconnaître comme calife. » Qays (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ali ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée) est parmi nous. S’il y a parmi vous quelqu’un qui lui soit égal, présentez son nom. » Il répondit : « Non, il n’y a personne de tel parmi nous. » Qays dit : « Alors vous devriez prendre garde. Le trouble et le désordre ont pris racine dans vos cœurs. »

Qays (qu’Allah l’agrée) demeura en toutes circonstances un ami de confiance d’Ali (qu’Allah l’agrée). En l’an 40 de l’Hégire, Ali (qu’Allah l’agrée) mourut en martyr. La responsabilité du califat fut confiée à l’imam Hasan (qu’Allah l’agrée). Qays (qu’Allah l’agrée) lui apporta son soutien. Entre-temps, après avoir appris le martyre d’Ali (qu’Allah l’agrée), Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) envoya une armée. Qays (qu’Allah l’agrée) arriva à Anbâr avec une armée de cinq mille soldats, dont chacun avait la tête rasée et qui avaient juré de mourir, afin de résister aux troupes syriennes de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). L’armée de l’émir Mu‘âwiya assiégea Anbâr. Sur ces entrefaites, l’imam Hasan (qu’Allah l’agrée) et Mu‘âwiya conclurent un accord de paix. L’imam Hasan (qu’Allah l’agrée) écrivit à Qays (qu’Allah l’agrée) de remettre la ville d’Anbâr aux troupes de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) et de le rejoindre à al-Madâ’in.

À la réception de la lettre de l’imam, Qays (qu’Allah l’agrée) fut extrêmement irrité. Il rassembla tous les membres de son armée et prononça un discours enflammé. Il leur dit : « Que voulez-vous ? Si vous le souhaitez, je combattrai avec vous jusqu’à la mort. Mais si vous le désirez, je peux obtenir de l’émir Mu‘âwiya un engagement d’amân, c’est-à-dire de sécurité, en votre faveur. » Les soldats répondirent : « Obtenez pour nous un engagement de sécurité. » Il le fit, puis partit avec ses compagnons d’armes pour al-Madâ’in.

Depuis Madaïn, Hadrat Qays (qu’Allah l’agrée) se mit en route vers Médine. Chaque jour, jusqu’à son arrivée à Médine, il égorgeait l’un de ses chameaux pour ses compagnons de route. Une fois arrivé à Médine, il se retira complètement du monde et demeura jusqu’à sa mort entièrement absorbé, avec une concentration absolue, dans le dhikr et l’adoration d’Allah.

Selon le calife Ibn Khayyat, Waqidi et beaucoup d’autres, Hadrat Qays mourut à Médine en l’an 60 de l’hégire, vers la fin du califat de Hadrat Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée). Selon Ibn Hibban, il quitta Médine par crainte de Mu‘awiya, se réfugia ailleurs et mourut en l’an 85 de l’hégire, sous le règne du calife ‘Abd al-Malik. D’après Ibn Hajar al-‘Asqalani, la première opinion est la plus exacte.

Il fut malade pendant quelque temps avant sa mort. De nombreux habitants de Médine lui étaient financièrement redevables. C’est pourquoi les débiteurs avaient honte de venir le voir. Ayant compris la situation, il déclara : « J’annule toutes les créances qui me sont dues. » Dès que cette déclaration se répandit, une foule commença à affluer pour le voir ne serait-ce qu’une fois. Sous la pression de la foule immense, l’escalier de sa maison finit par s’effondrer.

L’un des fils de Hadrat Qays (qu’Allah l’agrée) s’appelait ‘Amir. Il rapporta des hadiths de son père Qays. Hadrat Qays était corpulent et de haute taille. ‘Amr ibn Dinar dit : « Il avait un corps immense et une toute petite tête. Il était si grand que, lorsqu’il montait sur un âne, ses pieds touchaient le sol. » Sa barbe n’a jamais poussé. Les Ansar plaisantaient en disant : « Nous voulons acheter, à nos propres frais, quelques poils pour Qays. »

Il comptait parmi les Compagnons savants. Le principal objectif de sa vie était de diffuser et de propager les hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). À aucun moment de sa vie il ne dévia de cet objectif. Même lorsqu’il était gouverneur d’Égypte, il se tenait sur le minbar de la mosquée de cette région pour rapporter des hadiths. Dans les recueils de hadiths, il rapporte de son père Sa‘d ibn ‘Ubada, de ‘Abdullah ibn Hanzala et d’autres. Ce dernier était plus jeune que Qays. Il rapporta au total seize hadiths. C’est ce qu’a affirmé l’érudit Zirikli.

De nombreuses personnes entendirent des hadiths de Hadrat Qays et en rapportèrent également avec sa chaîne de transmission. Voici les noms de quelques-uns de ses célèbres élèves : Anas ibn Malik, Tha‘laba ibn Abi Malik, Abu May­sara, ‘Abd al-Rahman ibn Abi Layla, Abu ‘Ammar al-Dhahabi, Ghuraib ibn Humayd al-Hamadani, al-Sha‘bi, ‘Amr ibn Shurahbil, ‘Urwa ibn al-Zubayr, Maymun ibn Abi Shayb, Muhammad ibn ‘Abd al-Rahman et Abu Tamim al-Jayshani.

Hadrat Qays était un homme profondément réfléchi. Lorsqu’il devait prendre une décision sur une question, il le faisait après mûre réflexion. Même dans les questions relatives aux prescriptions et aux règles de l’islam, on discernait chez lui la marque d’une pensée libre et lucide. Ainsi, un jour, un homme l’interrogea au sujet de la zakat al-fitr. Il répondit : « Avant que la zakat ne devienne obligatoire, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait ordonné de s’acquitter de la zakat al-fitr. Mais après que la zakat fut devenue obligatoire, il n’a ni renouvelé l’ordre de la zakat al-fitr ni interdit celle-ci. Nous continuons donc à nous en acquitter sur la base de l’ordre antérieur. » Les qualités morales et le caractère du noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avaient profondément marqué Qays. Le service du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), son détachement des plaisirs et du luxe de ce monde, sa piété, sa générosité, sa réflexion et sa méditation, sa bravoure et son courage, sa libéralité, son amour égal pour tous, et d’autres qualités encore constituaient les traits les plus admirables de son caractère.

Avoir servi le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et avoir eu l’occasion de le faire était une félicité dans la religion comme dans ce monde. Tous les Compagnons s’efforçaient de toutes leurs forces et s’appliquaient avec ardeur à obtenir cette félicité. Hadrat Qays (qu’Allah l’agrée) comptait lui aussi parmi ceux qui eurent l’honneur et la félicité de l’obtenir. On trouve dans le Musnad de l’imam Ahmad :

« Son père le plaça au service du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui). L’imam al-Bukhari rapporte dans son Histoire, par la chaîne de Marwân ibn Aswad. Celui-ci dit : “J’ai vu Qays ibn Sa‘d. Il servit le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) pendant dix ans.”

Il vouait au noble Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) une dévotion et un respect sans limites. Un jour, le Messager se rendit chez Sa‘d ibn ‘Ubâda. Au moment du retour, Sa‘d fit amener un âne et étendit une couverture sur son dos. Le Messager monta sur l’âne, tandis que Qays se mit à marcher à ses côtés. Le Messager lui demanda de monter derrière lui, mais Qays manifesta son hésitation. Le Messager lui dit alors : “Monte sur ma monture, ou retourne-t’en.” Qays estima qu’il serait contraire aux convenances de s’asseoir aux côtés du Messager d’Allah. Il s’en retourna donc.

La générosité et la libéralité constituaient un aspect éclatant de son caractère. Les spécialistes de la science des narrateurs ont franchement reconnu la largesse de son cœur. Ibn al-Athîr dit :

« Il était l’un des Compagnons les plus savants et les plus éminents, ainsi que l’un des hommes les plus habiles et les plus généreux d’Arabie. » Cette générosité et cette libéralité étaient profondément ancrées dans sa nature. Toutefois, l’influence considérable de l’environnement et du climat du pays, ainsi que des dispositions propres à ses parents et à son clan, dans la formation de ce caractère, est indéniable. Lorsqu’il revint à Médine après la bataille de Jaysh al-Khabat et raconta à son père que les soldats souffraient de faim et manquaient de nourriture, son père lui dit : “Tu aurais pu égorger des chameaux et leur donner à manger.” Il répondit : “C’est précisément ce que je fais.” Lorsqu’il évoqua une deuxième période de pénurie, son père répéta la même remarque et son fils donna la même réponse. De même, lorsqu’il relata une troisième période de famine, son père lui adressa la même observation. Il répondit alors sur un ton de reproche : “C’est bien ce que je voulais faire, mais on m’en a empêché.” Il est rapporté de Jâbir qu’au cours de cette expédition, il égorgea en tout neuf chameaux. Lorsque les propos tenus par Abû Bakr et ‘Umar au sujet des chameaux égorgés par Qays au cours de cette bataille de Jaysh al-Khabat parvinrent aux oreilles de Sa‘d ibn ‘Ubâda, celui-ci accourut auprès du Messager d’Allah et, se tenant derrière lui, dit : “Répondez donc à cette question : pourquoi Ibn Abî Quhâfa et Ibn al-Khattâb (Abû Bakr et ‘Umar) ont-ils voulu rendre mon fils avare ?” »

Il est aisé d’imaginer quelle générosité pouvait manifester le fils d’un père qui lui avait transmis une telle largesse. L’auteur d’Usd al-Ghâba dit : “De nombreux récits sont célèbres au sujet de sa générosité. Je ne les rapporte pas, car cela allongerait le propos.” Le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a dit : “La générosité est une caractéristique de cette maison.” Selon une autre narration, il aurait dit à son sujet : “Il est issu d’une famille généreuse.”

Al-Dâraqutnî rapporte d’après Yahyâ ibn ‘Abd al-‘Azîz que Sa‘d ibn ‘Ubâda et son fils Qays partaient à la guerre en alternance, une année chacun. Un jour, Sa‘d partit en expédition tandis que Qays resta à la maison. Du front, Sa‘d apprit que de nombreux hôtes étaient arrivés auprès du Messager d’Allah à Médine. Il dit à ses compagnons : “Si Qays est vraiment mon fils, il dira à mon serviteur Nistâs : ‘Montre-moi l’autorisation de ton maître.’ Puis Qays lui donnera un coup de poing sur le nez, lui arrachera les clés et sortira ce dont le Messager d’Allah a besoin.” Le narrateur dit que c’est effectivement ce qui se produisit. Cette fois-là, Qays apporta au Messager d’Allah cent wasaq de nourriture. Il ne serait pas déplacé de mentionner ici un autre épisode illustrant la générosité de Qays. Un homme nommé Qusayr ibn Salt était endetté envers l’émir Mu‘âwiya. Celui-ci écrivit à Marwân : “Achetez la maison de Qusayr. S’il refuse de la vendre, réclamez-lui la somme qu’il me doit. S’il la paie, fort bien ; sinon, vendez sa maison.” Marwân convoqua Qusayr, l’informa de l’affaire et lui accorda trois jours. Qusayr ne voulait pas vendre sa maison et songea à régler lui-même la somme. Mais il lui manquait trente mille pièces. Il se demanda d’où il pourrait obtenir cet argent. Il se rendit chez Qays et lui demanda de lui prêter trente mille pièces. Qays lui prêta la somme. Lorsque Qusayr se présenta chez Marwân avec l’argent et lui raconta toute l’affaire, celui-ci fut touché de compassion. Il lui rendit sa maison ainsi que son argent. Qusayr se rendit ensuite chez Qays et lui restitua les trente mille pièces. Qays refusa de recevoir la liasse, en disant : “Ce que je donne une fois à quelqu’un, je ne le reprends jamais.” Un jour, un vieillard vint trouver Qays et lui exposa son extrême pauvreté et son dénuement : “Il n’y a actuellement aucune nourriture dans ma maison.” Qays lui dit : “Retournez chez vous. Vous y trouverez dès maintenant de quoi manger.” Puis il ordonna que la maison du vieillard soit remplie d’huile, de farine, de beurre clarifié, de viande, de dattes et d’autres denrées. Juwayriya ibn Asmâ dit : “Qays leur prêtait de l’argent et leur donnait à manger.”

Son père, Sa‘d, possédait de vastes biens. Lorsqu’il partit pour la Syrie, Sa‘d répartit tous ses biens entre ses fils et ses filles. Après sa mort, un autre fils lui naquit ; aucune part n’avait été prévue pour lui. Abû Bakr et ‘Umar conseillèrent à Qays d’annuler la répartition effectuée par son père et de partager à nouveau tous les biens. Qays répondit : “La répartition restera telle que mon père l’a établie. Toutefois, je lui cède ma propre part.”

Qays demandait à Allah l’abondance des biens. Il croyait qu’il fallait des richesses pour accomplir de bonnes œuvres et que rien ne pouvait se faire sans elles. C’est pourquoi il invoquait souvent Allah en ces termes : “Ô Allah, accorde-moi des richesses, car aucune œuvre ne peut être accomplie sans elles.”

Dans la prise de décisions judicieuses et les stratagèmes politiques, il comptait parmi les hommes les plus éminents de l’Arabie de son époque. Ibn Shihab dit : « En période de troubles et de confusion, cinq hommes étaient réputés dans toute l’Arabie pour leurs manœuvres et leur habileté politique : Mu‘awiya, ‘Amr ibn al-‘As, Qays, al-Mughira et ‘Abdullah ibn Budayl. Parmi eux, Qays et Budayl étaient aux côtés de ‘Ali, qu’Allah l’agrée. »

Son intelligence et sa ruse étaient telles que, tant qu’il fut gouverneur de l’Égypte, il ne permit à aucune des conspirations et manœuvres de l’émir Mu‘awiya et de ‘Amr ibn al-‘As, qu’Allah les agrée, d’y aboutir. Il disait : « Si l’islam n’était pas venu, j’aurais usé de tromperies si habiles que j’aurais réduit tous les Arabes à l’impuissance. » Dans une autre tradition, on rapporte : « Le trompeur et le fourbe sont voués à l’Enfer. » Si je n’avais pas entendu cette parole du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, je serais devenu le plus grand trompeur de cette communauté. L’imam al-Zuhri a dit qu’il était l’un des hommes les plus rusés d’Arabie. Ses contemporains disaient que, sur le champ de bataille, il était un stratège infaillible, un guerrier courageux, clairvoyant et capable de prendre des décisions justes.

À l’époque du martyre de ‘Uthman, qu’Allah l’agrée, alors qu’un trouble et une agitation extrêmes régnaient dans tout le califat, Habib Maslama vint un jour le trouver à cheval et lui dit : « Monte sur ce cheval. » En disant cela, il se déplaça légèrement sur sa selle pour lui faire une place devant lui. Qays refusa de s’asseoir devant, en disant : « Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit que le propriétaire de la monture doit s’asseoir à l’avant. » Il ajouta : « Je le sais moi aussi. Mais je ne pourrais pas être tranquille en vous faisant asseoir derrière moi. »

Qays, qu’Allah l’agrée, était un homme généreux et impartial. Les différents actes de sa vie en témoignent. Un jour, il était assis à Qadisiyya avec Sahl ibn Hunayf lorsqu’il vit passer devant lui un cortège funèbre. Conformément à la coutume musulmane, il se leva aussitôt en hommage au défunt. Des gens lui dirent : « Vous vous êtes levé inutilement. Le défunt était pourtant un protégé. » Qays, qu’Allah l’agrée, répondit : « Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’était également levé en voyant passer la dépouille de ce Juif. » Lorsqu’on lui dit que le défunt était juif, il répondit : « Cela ne fait aucun mal. C’était tout de même un être vivant. »

Qays, qu’Allah l’agrée, était au service du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Messager le traitait avec beaucoup d’affection et de tendresse, et lui enseignait quantité de choses avec bienveillance. Qays raconte : « Un jour, j’avais achevé deux unités de prière. Alors que le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, passait près de moi, il me toucha doucement du pied et me dit : “Veux-tu que je t’indique une porte du Paradis ?” Je répondis : “Oui, veuillez me la montrer.” Il dit : “Lā ḥawla wa-lā quwwata illā bi-llāh.” »

À maintes reprises, le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, invoqua Allah en faveur du père de Qays, Sa‘d ibn ‘Ubada, qu’Allah l’agrée, ainsi que de ses descendants. Une fois, il dit : « Ô Allah ! Répands Ta miséricorde et Ta compassion sur Sa‘d ibn ‘Ubada et sa famille. »

La piété et la crainte d’Allah de Qays, qu’Allah l’agrée, atteignirent un tel degré qu’après le retrait de Hasan, qu’Allah l’agrée, du califat, il se retira complètement dans la solitude. Il consacra ensuite la majeure partie de son temps à l’adoration et aux actes de dévotion. Il accomplissait toujours correctement les obligations religieuses. Le jeûne du jour de ‘Ashura est surérogatoire. Avant que le jeûne du Ramadan ne devienne obligatoire, tous les Compagnons jeûnaient également ce jour-là. Après que le jeûne du Ramadan fut rendu obligatoire, il n’y eut plus d’obligation à ce sujet. Malgré cela, Qays jeûnait toujours le jour de ‘Ashura.

Qays, qu’Allah l’agrée, était partisan de ‘Ali, qu’Allah l’agrée. Il considérait ‘Ali, puis Hasan après lui, qu’Allah les agrée, comme étant dans leur bon droit concernant le califat. Aussi fut-il profondément attristé lorsque Hasan conclut un accord avec Mu‘awiya, qu’Allah l’agrée, et se retira du califat. Il se retira alors de la scène politique et choisit la solitude. Malgré cela, il ne semble pas avoir accepté de tout cœur le califat de Mu‘awiya, qu’Allah l’agrée. Ses paroles et ses actes en fournissent diverses preuves. Je ne rapporterai ici qu’un seul épisode, mentionné dans plusieurs ouvrages fiables.

Un jour, l’empereur romain envoya un émissaire auprès de l’émir Muʿāwiya pour lui demander de faire parvenir le pantalon de l’homme le plus grand d’Arabie. Muʿāwiya (رضي الله عنه) fit appeler Qays (رضي الله عنه) et lui dit : « J’ai seulement besoin d’un de vos pantalons. » Qays se leva aussitôt, se rendit seul dans un coin, retira le pantalon qu’il portait, le prit à la main et le lança en direction de Muʿāwiya. Muʿāwiya lui dit : « Vous auriez pourtant pu rentrer chez vous et me l’envoyer. » Ḥaḍrat Qays (رضي الله عنه) répondit alors en vers aux paroles de Muʿāwiya (رضي الله عنه). Ces vers exprimaient sa vive émotion, sa supplication et son ressentiment. Plusieurs ouvrages en ont recueilli quelques lignes. Voici le sens de certaines d’entre elles :

1. Je n’ai donné ce pantalon à l’instant que pour que les gens sachent que c’est le pantalon de Qays, et que les représentants de César en soient témoins.

2. Afin qu’ils ne puissent pas dire que Qays a disparu de la scène politique et qu’il ne s’agit que d’un pantalon ordinaire.

3. Je suis le chef d’une tribu yéménite. Or les hommes sont de deux sortes : des chefs et des suiveurs.

4. Les hommes comme moi leur inspirent de la crainte. Pourtant, ma nature et mon caractère se répandent parmi les hommes.

Ensuite, Muʿāwiya (رضي الله عنه) demanda à l’homme le plus grand de son armée de le mettre. Lorsqu’il tint le pantalon jusqu’à son nez, celui-ci tomba jusqu’au sol. Ibn al-Athīr, citant les propos d’Abū ʿAmr, a affirmé que le récit du pantalon de Qays à la cour de Muʿāwiya n’avait aucun fondement.

Sources :

ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn Ḥarām (رضي الله عنه)

Il s’appelait Abû Jâbir Abdallah. Son père était ‘Amr ibn Harâm et sa mère al-Rabâb, fille de Qays. Il était issu de la branche Banû Sulaym de la tribu khazrajite de Médine.¹ Il était le père fier du célèbre Compagnon, le vénérable Jâbir, qui rapporta de nombreux hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il était un chef respecté et un notable des Banû Sulaym. Il était un ‘Aqabî, un Badrî et un martyr d’Uhud.² Al-Balâdhurî dit : « Il était un ‘Aqabî, un Badrî et un naqîb. »³

Avant l’islam, les Arabes se rendaient à la Kaaba de La Mecque pour accomplir le hajj et la ‘umra. Au cours de la treizième année de la mission prophétique, pendant la saison du hajj, une immense caravane de cinq cents habitants de Yathrib se rendit à La Mecque pour accomplir le pèlerinage. À cette époque, outre ceux qui avaient embrassé secrètement ou publiquement l’islam sous la direction de Mus‘ab ibn ‘Umayr (qu’Allah l’agrée), de nombreux idolâtres de Yathrib faisaient également partie de cette caravane. Abdallah en était lui aussi membre. Il n’avait pas encore embrassé l’islam.⁴ Son fils Jâbir participa également à ce voyage en tant que musulman. À ce propos, le Compagnon ansarite Ka‘b ibn Mâlik dit :⁵ « Nous partîmes de Yathrib pour accomplir le hajj. Après notre arrivée à La Mecque, nous convînmes de rencontrer le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dans la vallée d’al-‘Aqaba, au milieu d’une des nuits des jours de Tachrîq. Nous achevâmes le hajj et la nuit fixée pour la rencontre arriva. Abû Jâbir Abdallah ibn ‘Amr était avec nous. C’était un chef et un homme considérable. Nous l’avions également pris comme compagnon de voyage. Nous cachions notre projet aux compagnons idolâtres qui voyageaient avec nous. Peu avant d’aller rencontrer le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), nous lui dîmes : “Abû Jâbir ! Vous êtes l’un de nos chefs et un homme éminent. Si vous mourez dans la croyance que vous professez, vous brûlerez dès demain dans le feu de la Géhenne.” C’est ainsi que, finalement, nous l’invitâmes à embrasser l’islam et l’informâmes du moment fixé pour la rencontre avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à al-‘Aqaba. Il embrassa aussitôt l’islam et participa avec nous à la bay‘a d’al-‘Aqaba. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le nomma naqîb, c’est-à-dire responsable, des Banû Sulaym. »

Al-Balâdhurî dit :⁶ après avoir embrassé l’islam, il ôta les vêtements impurs qu’il portait et revêtit deux pièces d’étoffe données par al-Barâ’ ibn Ma‘rûr. Lors de cette dernière bay‘a d’al-‘Aqaba, le père et le fils eurent l’honneur d’y participer. Abdallah prit part à la bataille de Badr. Il participa également à la bataille d’Uhud, au cours de la troisième année de l’Hégire, et obtint l’honneur éternel du martyre. Cela se produisit au mois de Chawwâl, trente-deux mois après l’Hégire.⁷

Lors de la bataille d’Uhud, Abdallah ibn Ubayy, le chef des hypocrites, s’opposa au fait de sortir de Médine pour affronter l’armée quraychite. Lorsque le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) décida de se rendre à Uhud, il vint trouver ses partisans et leur dit : « Il écoute les paroles de ses jeunes gens au lieu de suivre mon avis. Nous savons pourquoi nous mettrions nos vies en danger pour rien. » Sur ces paroles, il repartit avec ses trois cents compagnons.

À ce moment-là, Abdallah ibn ‘Amr alla à sa rencontre avec quelques compagnons musulmans et leur dit : « Puissiez-vous périr ! N’avez-vous pas honte ? Combattez pour défendre vos femmes et vos demeures. » Il réprimanda et blâma particulièrement l’hypocrite Abdallah ibn Ubayy en lui disant sévèrement : « Par Allah, je vous l’ordonne : ne déshonorez pas votre communauté et votre Prophète en les abandonnant ainsi face à l’ennemi. » Ils répondirent : « Si nous étions habiles à la guerre, nous vous accompagnerions. » Il leur répondit : « Si nous étions habiles à la guerre, nous vous accompagnerions ; nous ne vous aurions pas ainsi livrés aux mains de l’ennemi. » Lorsqu’ils refusèrent catégoriquement de retourner sur le champ de bataille, il dit : « Qu’Allah éloigne ses ennemis ! Allah Seul suffit à protéger Son Prophète de vos mains. » C’est à ce sujet qu’Allah le Très-Haut révéla le verset 167 de la sourate Âl ‘Imrân.⁸

La nuit précédant la bataille d’Uhud, il appela son fils Jâbir et lui dit : « Mon fils, je veux être le premier martyr demain. Après le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), tu es la personne qui m’est la plus chère. Je te laisse à la maison. Sois bon envers tes sœurs et acquitte-toi de la dette que j’ai contractée. »⁹

Dans la journée, une bataille acharnée s’engagea. Le vénérable Abdallah combattit avec une grande bravoure et tomba en martyr. Il fut le premier martyr de ce jour.¹⁰ Usâma ibn ‘Unayd le tua.¹¹ Al-Balâdhurî mentionne Sufyân ibn ‘Abd Shams al-Sulamî comme étant son meurtrier.¹² Les idolâtres mutilèrent complètement son corps.

Jâbir dit : ayant appris le martyre de mon père, je me précipitai sur place et le trouvai recouvert d’un drap. Je découvris son visage et me mis à l’embrasser. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le vit, mais ne me l’interdit pas. Je me mis à pleurer. Les Compagnons du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) tentèrent de m’en empêcher, mais le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne l’interdit pas. Ma tante paternelle, Fâtima bint ‘Amr, se mit à pleurer. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Que tu pleures ou non, les anges le couvriront de leurs ailes jusqu’à ce que vous emportiez le corps. » Il demanda : « Qui pleure ? » Les personnes présentes répondirent : « La sœur d’Abdallah. »¹³

Il fut enterré à Uhud. Les martyrs d’Uhud furent enterrés par groupes de deux ou de trois dans une même tombe.14 Jâbir raconte : Les dépouilles de mon père et de mon oncle maternel, tous deux martyrs d’Uhud, étaient transportées vers Médine. En chemin, ayant entendu l’annonce du Messager d’Allah (s.a.s.) selon laquelle les martyrs seraient enterrés sur le lieu même de leur martyre, on les ramena à Uhud, où ils furent enterrés. Mâlik ibn Anas rapporte : Abdallah ibn Amr et mon oncle al-Jamûh furent enterrés dans le même linceul et la même tombe.15 Dans la version rapportée par al-Bukhârî, le terme « oncle paternel » remplace « oncle maternel ».16 En réalité, Amr ibn al-Jamûh n’était pas le frère d’Abdallah, mais son beau-frère.17 D’après un vieil homme de Banû Salama, Ibn Ishâq rapporte qu’au moment d’enterrer les dépouilles à Uhud, le Messager (s.a.s.) dit : « Veillez particulièrement sur Amr ibn al-Jamûh et Abdallah ibn Amr. Tous deux étaient des amis sincères dans ce monde. Enterrez-les dans la même tombe. »18

Six mois après l’enterrement, le vénérable Jâbir exhuma la dépouille de son père et l’inhuma dans une autre tombe. À l’exception de l’oreille, tout le corps était si bien conservé qu’on aurait dit qu’il venait d’être enterré.19 Quarante-six ans plus tard, la dépouille fut de nouveau exhumée. Jâbir l’a raconté. La tombe se trouvait au bord d’un canal d’eau. Un jour, lors d’une inondation, l’eau y pénétra. On ouvrit la tombe et l’on vit qu’Abdallah avait posé une main sur la blessure qu’il avait reçue au visage. Lorsqu’on lui retira la main, le sang se mit à couler de la plaie. Quand on la remit à sa place, le saignement s’arrêta. Jâbir dit : « Je vis mon père comme s’il dormait dans sa tombe. Son corps n’avait subi aucune modification notable. » On demanda à Jâbir : « Dans quel état était son linceul ? » Il répondit : « Le linceul non plus n’avait subi aucune modification. Il était resté dans le même état, alors que quarante-six années s’étaient écoulées. »

Lorsque Jâbir (r.a.) demanda conseil aux Compagnons au sujet de l’application d’un parfum sur la dépouille de son père, ils refusèrent et dirent : « Ne faites rien de plus à leur sujet. » Ils furent ensuite enterrés en un autre endroit.20

À la mort du vénérable Abdallah (r.a.), il laissa, outre son fils, le vénérable Jâbir (r.a.), neuf filles, dont six étaient encore mineures.21 Il laissa derrière lui de nombreuses dettes. Le Sahîh al-Bukhârî en donne le récit. Le vénérable Jâbir (r.a.) s’acquitta de ces dettes. J’ai exposé en détail la vie du vénérable Jâbir (r.a.).22 Jâbir dit : « Mon père laissa de nombreuses dettes. Après sa mort, je me rendis auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et lui dis : “Mon père a laissé beaucoup de dettes, mais il y a des dattes. Venez donc, afin que les créanciers ne les emportent pas toutes.” Le Messager (s.a.s.) vint, s’assit sur le tas de dattes et appela les créanciers l’un après l’autre pour les payer. Même après cela, il resta une quantité équivalente de dattes. »23

Le vénérable Abdallah était l’un des Compagnons les plus honorés et les plus éminents. Le Messager lui-même (s.a.s.) a reconnu les efforts et les initiatives qu’il avait déployés pour propager et faire progresser l’islam parmi les Banû Salama, ainsi que le dévouement avec lequel il s’était consacré à la cause d’Allah. Il est rapporté dans les Sunan an-Nasâ’î que le Messager (s.a.s.) dit : « Qu’Allah récompense généreusement, de notre part, l’ensemble des Ansâr, en particulier les descendants d’Amr ibn Haram — Abdallah et ses enfants — ainsi que Sa‘d ibn ‘Ubâda. »24 Il est rapporté dans le Jâmi‘ at-Tirmidhî qu’un jour, après la bataille d’Uhud, le Messager (s.a.s.), voyant Jâbir abattu et accablé de tristesse, lui demanda : « Que s’est-il passé ? »

Il répondit : « Mon père est tombé en martyr et a laissé plusieurs enfants. C’est le souci de leur sort qui me tourmente sans cesse. » Le Messager (s.a.s.) dit : « Écoute une bonne nouvelle : Allah ne parle à personne face à face sans voile. Pourtant, Il a parlé à ton père face à face. Il lui a dit : “Ô Abdallah ibn Amr, que désires-tu ?” Ton père a répondu : “Je désire retourner sur terre afin de combattre de nouveau dans Ta voie et de mourir martyr une fois encore.” » Allah dit : « Cela ne se peut pas. Celui qui vient une fois de la terre ne peut plus y retourner. » Il dit alors : « Révèle donc quelque chose à mon sujet. » C’est alors que fut révélé ce verset :

— Ne considérez pas comme morts ceux qui donnent leur vie dans le chemin d’Allah. Ils sont plutôt vivants auprès de leur Seigneur et reçoivent leur subsistance.26

Quelle gloire et quel honneur plus grands le vénérable Abdallah (r.a.) pourrait-il avoir que le fait que, quatorze cents ans plus tard, nous nous souvenions encore de lui ? Peut-être les hommes se souviendront-ils encore de lui de cette manière dans des milliers d’années.

Références :

‘Abdullah ibn ‘Abdillah ibn Ubayy ibn Rasul (qu’Allah l’agrée)

‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) était issu de la branche Hubla de la célèbre tribu khazradjite de Médine. Cette famille était très honorée. L’un des ancêtres éminents de cette famille s’appelait Salim. Son surnom était « Hubla ». C’est de là que cette famille fut appelée « Hubla ». Salim avait le ventre très gros. C’est pourquoi on l’appelait « Hubla ». Par la suite, ce nom devint celui de sa famille.¹ La mère de ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) s’appelait Khawla bint al-Mundhir. Elle était issue de la branche Maghala de la famille des Banû Najjar.²

Il faut se rappeler ici que le père de la personnalité qui fait l’objet de notre étude, ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), était le « chef des hypocrites », ‘Abdullah ibn Ubayy ibn Salul. Ce chef hypocrite est connu dans l’histoire sous le nom d’Ibn Ubayy ibn Salul. À l’époque préislamique, il était l’un des hommes les plus honorés et les plus influents de la tribu khazradjite de Médine. La preuve de son influence, de son prestige et de sa puissance est qu’avant l’Islam, les habitants de Médine envisageaient de le faire roi. Un conflit et une hostilité de longue durée opposaient les tribus Aws et Khazraj. Malgré cela, personne ne s’opposait à ce qu’il devienne roi. ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) était le fils d’un tel homme.³

Le père de ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) était donc Ibn Ubayy ibn Salul. C’était un homme très savant, perspicace et rusé. Pourtant, il resta privé de la grâce de la foi. Lorsque le Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vint à Médine et y établit les fondements du califat islamique, une manifestation étonnante de jalousie et d’hostilité apparut en lui. Ibn Ubayy et certains habitants de Médine qui le suivaient commencèrent à considérer avec jalousie et haine les progrès et l’essor continuels de l’Islam. L’influence et le prestige du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) leur devinrent insupportables. Ils se mirent donc à ourdir complot après complot afin d’expulser l’Islam et les musulmans du sol de Médine.

Finalement, Ibn Ubayy et ses partisans durent extérieurement s’incliner devant la victoire et la puissance des musulmans. Ils rejoignirent le groupe des musulmans en recourant à l’hypocrisie. Les membres de son groupe étaient des hypocrites, et lui-même est connu dans l’histoire de l’Islam comme le chef des hypocrites. Le chef de tous les hypocrites qui naîtront dans le monde est cet Ibn Ubayy ibn Salul. Après l’Hégire, presque toutes les souffrances, épreuves et calamités qui s’abattirent à Médine sur le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) furent, directement ou indirectement, liées d’une manière ou d’une autre à Ibn Ubayy et à ses acolytes. De nombreux versets du Coran furent révélés au sujet de ses agissements et de ceux de son groupe. La sourate « Al-Munafiqun » décrit précisément leurs traits et leur comportement.⁴

On dit : « Moïse dans la maison de Pharaon », ou encore : « Là où il y a Pharaon, il y a Moïse. » Il en fut de même ici : le grand Compagnon ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) naquit d’un ennemi acharné de l’Islam et d’un hypocrite absolu. Il resta totalement préservé de l’influence impure de son père. Un père aussi intelligent ne parvint pas à exercer la moindre influence sur son propre fils.

Cet hypocrite Ibn Ubayy était le cousin maternel d’Abû ‘Amir ar-Rahib, un ascète célèbre de l’Arabie de l’époque. Peu avant l’avènement du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Abû ‘Amir était l’un de ces ascètes arabes qui annonçaient sa venue prochaine et croyaient en lui. À l’époque préislamique, il avait adopté une vie d’ascèse et de renoncement, se détournant des plaisirs terrestres. Mais lorsque le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) apparut comme prophète, il renia ses convictions. À Badr, il s’allia aux polythéistes et combattit le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). C’est pourquoi le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le désigna sous le nom d’Al-Fasiq (le pervers).⁵

‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam avant même l’arrivée du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à Médine. Son nom avant sa conversion était al-Hubab. ‘Urwah rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait pour habitude de changer les mauvais noms qu’il entendait. Un jour, il dit à al-Hubab : « Désormais, ton nom sera ‘Abdullah, car al-Hubab est le nom du diable. »⁶ Ainsi, le père et le fils se retrouvèrent à porter le même nom.

‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) était un Compagnon ayant participé à Badr. Il prit part à la bataille de Badr aux côtés du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Par la suite, on sait qu’il participa à toutes les guerres et expéditions.⁷ Il combattit également à Uhud. Au cours de cette bataille, ses deux incisives furent brisées. Après la bataille, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui dit : « Fais-toi faire deux dents en or. » Cela est rapporté d’après ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Cependant, Ibn Mundah mentionne que ce ne furent pas ses dents, mais plutôt son nez qui fut tranché, et qu’il se fit remplacer le nez par un nez en or. Mais cette opinion n’est pas exacte.⁸

En regagnant son camp après Uhud, Abû Sufyân gravit une montagne et cria : « Notre rendez-vous est pris pour vous retrouver à Badr l’année prochaine. » Ayant entendu cette déclaration, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit à l’un de ses Compagnons : « Réponds-lui : “Oui, notre rendez-vous est pris pour vous retrouver au même endroit.” »⁹ Ibn Ishâq dit que, pour tenir cet engagement envers Abû Sufyân, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se rendit une seconde fois à Badr, au mois de Sha‘bân de la quatrième année de l’Hégire. Cet événement est connu dans l’histoire sous le nom de Badr al-Âkhirah. Ibn Hishâm rapporte qu’à cette occasion, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) laissa ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) à Médine comme représentant en son absence.¹⁰

Au cours de l’expédition de Banû al-Mustaliq — ou, selon une autre version, de la bataille de Tabûk — une dispute éclata entre un Ansâr et un Muhâjir au sujet de l’abreuvement des chameaux et des chevaux. Au cours de cette dispute, l’hypocrite Ibn Ubay, faisant allusion au Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et aux Muhâjirûn, déclara : « Lorsque nous arriverons à Médine, les nobles en expulseront les misérables. »¹¹ Lorsque ces paroles parvinrent aux oreilles du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et se répandirent parmi les autres musulmans, une vive agitation éclata. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se présenta devant le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et dit sans détour : « Si vous m’en donnez la permission, je séparerai sa tête de son corps. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui répondit : « Laisse-le. Sinon, les gens diront que Muhammad tue ses compagnons. »¹²

Les propos extrêmement offensants tenus par Ibn Ubay au sujet du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et de ses nombreux compagnons muhâjirûn, éprouvés à ses côtés, finirent par parvenir aux oreilles de son fils ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée). Celui-ci se présenta devant le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et dit : « Mon père vous a insulté en vous traitant de misérable. Je jure par Allah que le misérable, ce n’est pas vous, c’est lui. » Puis il prononça des paroles tout à fait stupéfiantes et extraordinaires : « Dans toute la tribu des Khazraj, il n’y a pas de fils plus obéissant et plus soumis à son père que moi. Pourtant, si vous voulez sa mort, donnez-moi l’ordre de le tuer et je vous apporterai sa tête. Mais si un autre musulman tuait mon père, son meurtrier deviendrait une épine dans mon œil et je ne pourrais pas le supporter. Je risquerais alors de le tuer à mon tour, et l’Enfer deviendrait ma demeure pour avoir tué un musulman. » Lorsqu’il eut achevé, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Je n’ai ni l’intention ni le désir de le faire tuer. »¹³

Après avoir parlé avec le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) vint se poster sur la route. Voyant son père arriver, il descendit de son chameau, brandit son épée et déclara : « Tant que vous n’aurez pas prononcé de votre propre bouche ces mots : “Je suis le misérable et Muhammad est le très honorable”, cette épée ne rentrera pas dans son fourreau. Vous ne pourrez pas avancer d’un seul pas. » Voyant que la situation devenait critique, son père prononça ces mots : « Que tu sois anéanti ! Muhammad est honorable et moi, je suis le misérable. » Le Messager éminent (paix et bénédiction d’Allah sur lui), qui arrivait un peu plus loin, entendit le dialogue entre le père et le fils. Il ordonna à ‘Abdullah : « Laisse-le. Je jure par Allah que tant qu’il sera parmi nous, nous le traiterons convenablement. »¹⁴ ‘Urwah rapporte que Hanzalah ibn Abî ‘Âmir et ‘Abdullah ibn ‘Abdullah demandèrent chacun au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) la permission de tuer leur propre père. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) les en dissuada.¹⁵

Après le retour du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à Médine, à l’issue de la bataille de Tabûk, l’hypocrite ‘Abdullah ibn Ubay mourut.¹⁶

Les hadiths authentiques ont conduit la communauté de Muhammad à conclure que les versets 80 et 84 de la sourate at-Tawbah furent révélés au sujet de la mort de l’hypocrite ‘Abdullah ibn Ubay et de la prière funéraire accomplie pour lui. Dans le verset 80, Allah le Très-Haut dit : « Que tu implores le pardon pour eux ou que tu ne l’implores pas, cela revient au même. Même si tu implores soixante-dix fois le pardon en leur faveur, Allah ne leur pardonnera jamais. C’est parce qu’ils ont renié Allah et Son Messager. » Les récits des deux Sahîh — c’est-à-dire al-Bukhârî et Muslim — établissent que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) accomplit la prière funéraire pour lui, se tint près de sa tombe et consola son fils ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée). C’est immédiatement après cette prière que fut révélé le verset 84. Il y est dit : « Et jamais tu ne prieras sur l’un d’entre eux qui meurt, ni ne te tiendras auprès de sa tombe. Ils ont renié Allah et Son Messager, et ils sont morts dans la désobéissance. » Après la révélation de ce verset, le Messager éminent (paix et bénédiction d’Allah sur lui) n’accomplit plus la prière funéraire pour aucun autre hypocrite.

Le Messager vénérable de Dieu portait alors deux chemises. Abdallah préféra celle du dessous, imprégnée de la sueur bénie du corps du Messager de Dieu. Le Messager donna cette chemise à Abdallah et lui dit : « Lorsque tu m’auras informé qu’il a été enveloppé dans son linceul, je dirigerai la prière funéraire. » Une autre version rapporte que le Messager vint après que le corps eut été descendu dans la tombe. Il descendit lui-même, plaça le corps sur ses genoux, l’enveloppa de sa chemise et appliqua la salive de sa bouche bénie sur son visage. Puis il se leva pour accomplir la prière funéraire.

Lorsqu’il se leva pour la prière funéraire, Umar ibn al-Khattab tira le vêtement du Messager de Dieu et lui dit avec respect : « Vous accomplissez la prière funéraire pour cet hypocrite, alors que Dieu vous a interdit de prier pour lui. » Le Messager sourit doucement et dit : « Va te placer à ton endroit. » Comme Umar continuait néanmoins à insister quelque peu, le Messager dit : « Dieu m’a donné le choix : invoquer le pardon pour lui ou ne pas le faire. Même si je demande plus de soixante-dix fois qu’il soit pardonné et qu’il obtient effectivement le pardon, je suis prêt à le faire pour lui. »

Ensuite, le Messager accomplit la prière funéraire pour lui et, immédiatement après cette prière, le quatre-vingt-quatrième verset fut révélé. Par cette révélation, Umar reçut l’approbation de son acte et de son opinion. Il fut profondément étonné d’avoir osé agir ainsi.17

Sous le califat d’Abou Bakr, Abdallah fut martyrisé lors de la bataille de Yamama. Cet événement eut lieu au mois de Rabî al-awwal de l’an 12 de l’Hégire.18

Abdallah comptait parmi les Compagnons les plus éminents. Aïcha a rapporté des hadiths à son sujet. Il savait écrire et assuma parfois la responsabilité de mettre par écrit la révélation.19

Abdallah était le fils vertueux d’un père hypocrite. La vie fourbe de son père lui causait constamment de la peine et il en souffrait énormément.20 Il ne ménagea aucun effort pour ramener son père égaré vers la vérité et la juste voie. Malgré l’égarement de son père, il ne négligea jamais, en tant que fils, ses responsabilités et ses devoirs envers lui. Tout en respectant les prescriptions de l’islam, il lui obéit toujours. Même après sa mort, il fit tout ce qu’un fils pouvait faire dans l’espoir de son salut.

Sources :

Râfi ibn Khadîj (que Dieu l’agrée)

Rāfiʿ (qu’Allah l’agrée) naquit en 611, douze ans avant l’Hégire.¹ Il était issu des Banû al-Hâritha, de la célèbre tribu médinoise des Khazraj — ou, selon une autre opinion, des Aws. Son père était Khadîj ibn Rāfiʿ et sa mère, Halîma bint Masʿûd. Il reçut son nom de son grand-père.² Le surnom de Rāfiʿ était Abû ʿAbdillah. L’imam al-Bukhârî rapporte qu’il s’appelait aussi Abû Khâdij.³ Il était le neveu de deux Compagnons renommés du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui), Zuhayr et Muzâhir ibn Rāfiʿ.⁴

Dans l’ancienne Médine, les tribus de ʿAbd al-Ashhal et d’al-Hâritha étaient de force et de puissance équivalentes. Les querelles entre elles, qui dégénéraient en affrontements et en conflits, ne cessaient jamais. Les membres de ces deux tribus tuèrent au cours d’une bataille Simâk ibn Rāfiʿ, le grand-père d’Usayd ibn Hudayr (qu’Allah l’agrée), puis chassèrent de Médine les membres de sa famille. Hudayr, le père d’Usayd, attaqua la tribu d’al-Hâritha pour venger le meurtre de son père, la vainquit et la repoussa jusqu’à Khaybar. Les Banû al-Hârith s’installèrent à Khaybar. Mais Hudayr finit par éprouver de la compassion et autorisa les Banû al-Hâritha à revenir s’installer à Médine.

Les ancêtres de Rāfiʿ ibn Khadîj (qu’Allah l’agrée) étaient les chefs des Banû al-Hâritha. Après la mort de son père et de ses oncles, Rāfiʿ hérita de cette direction et la conserva toute sa vie. À l’époque de l’Hégire du noble Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui), Rāfiʿ n’était encore qu’un jeune garçon. Malgré cela, l’islam avait profondément marqué son cœur. Ses deux oncles, Zuhayr et Muzhir, étaient alors musulmans.

Rāfiʿ avait quatorze ans lors de la bataille de Badr. Désireux de participer à la bataille, il se présenta devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui). Comme il n’avait pas encore l’âge requis pour combattre, celui-ci le renvoya avec les autres garçons. Ainsi, Rāfiʿ ne put prendre part à la bataille de Badr.⁵

Chaque année, les jeunes garçons de Médine étaient présentés au noble Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui).⁶ Il retenait parmi eux ceux qu’il jugeait aptes à participer aux combats. Au cours de la troisième année de l’Hégire, à l’occasion de la bataille d’Uhud, Rāfiʿ fut présenté devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui). Il avait alors atteint l’âge de quinze ans et obtint donc l’autorisation de participer à la bataille. À cette occasion, un épisode amusant se produisit entre lui et son contemporain Samura ibn Jundub. L’événement est rapporté dans presque tous les ouvrages consacrés aux transmetteurs.

Rāfiʿ raconte à ce sujet : « Je me tenais dans le rang et je me haussais sur la pointe des pieds pour paraître plus grand. On avait déjà dit au Messager d’Allah que j’étais un archer habile. Il m’accorda alors la permission de participer. Samura ibn Jundub, qui avait le même âge que moi, dit à son beau-père, Murra ibn Thâbit : “Le Messager d’Allah a autorisé Rāfiʿ ibn Khadîj, mais il m’a renvoyé. Pourtant, je pourrais vaincre Rāfiʿ à la lutte.” Murra dit alors : “Ô Messager d’Allah ! Vous avez autorisé Rāfiʿ et renvoyé mon fils Samura. Celui-ci pourrait pourtant vaincre Rāfiʿ.” Le Messager d’Allah dit : “Luttez tous les deux.”⁷ Ils luttèrent donc, et Samura vainquit Rāfiʿ, obtenant ainsi du Messager d’Allah l’autorisation de participer. Ibn Hishâm dit : “Ils avaient tous deux quinze ans à cette époque.”⁸ »

Au cours de cette bataille d’Uhud, une flèche lancée par l’ennemi atteignit Rāfiʿ à la poitrine. Elle traversa l’os et s’enfonça à l’intérieur. L’imam al-Bayhaqî rapporte à ce sujet qu’une flèche atteignit la poitrine de Rāfiʿ ibn Khadîj le jour d’Uhud ou de Hunayn. Lorsqu’on l’amena auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui), il lui demanda : “Ô Messager d’Allah ! Retirez la flèche de ma poitrine.” Le Messager (paix et bénédictions sur lui) répondit : “Si tu le souhaites, je peux retirer la flèche avec sa pointe. Mais si tu le souhaites, je peux seulement retirer la hampe et laisser la pointe à l’intérieur. Dans ce cas, je témoignerai en ta faveur au Jour de la Résurrection que tu es un martyr.” Rāfiʿ dit alors : “Ô Messager d’Allah ! Retirez donc seulement la hampe et laissez la pointe. Témoignez en ma faveur au Jour de la Résurrection que je suis un martyr.” Il vécut ainsi jusqu’à l’époque du califat de Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée), puis mourut finalement lorsque sa blessure s’infecta.⁹

Rāfiʿ racontait par la suite comment les musulmans furent vaincus à Uhud. Son récit permet de se représenter cette bataille.¹⁰

Il participa à toutes les batailles et expéditions ultérieures, notamment à celle de la Tranchée.¹¹ Lors de la bataille de Ṣiffīn, il se rangea du côté de ʿAlī (qu’Allah l’agrée).¹²

La pointe de la flèche restée à l’intérieur du corps de Rāfiʿ finit, après une longue période, par provoquer une plaie, et il mourut des suites de cette douleur. Il vivait à Médine et c’est là qu’il rendit son dernier souffle.

Les spécialistes de la science des hommes divergent quant à l’année de sa mort. Ils sont toutefois unanimes sur un point : ʿAbd Allāh ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée) dirigea sa prière funéraire. Dans son Tārīkh, l’imam al-Bukhārī rapporte qu’il mourut sous le califat de Muʿāwiya (qu’Allah l’agrée). Dans son ouvrage Tārīkh al-Awsaṭ, il mentionne le nom de Rāfiʿ dans le paragraphe intitulé « Ceux qui moururent entre les années 50 et 60 de l’Hégire ». Ibn Qāniʿ, quant à lui, fixe précisément sa mort à l’an 59 de l’Hégire.¹³ En revanche, al-Wāqidī rapporte, d’après certains enfants de Rāfiʿ ibn Khadīj, qu’il mourut à Médine au début de l’an 74 de l’Hégire, à l’âge de 86 ans.¹⁴ À cette époque, ʿAbd al-Malik ibn Marwān était installé sur le trône du califat.

Il est établi que ʿAbd Allāh ibn ʿUmar dirigea sa prière funéraire. Il est également reconnu qu’au début de l’an 74 de l’Hégire, il se trouvait à La Mecque. C’est pourquoi certains ont dit que la plaie de Rāfiʿ ibn Khadīj s’était infectée auparavant et qu’il mourut en l’an 74 de l’Hégire, après être revenu à Médine. D’autres estiment qu’il mourut en l’an 73 de l’Hégire, avant le départ d’Ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée) pour La Mecque. Ibn ʿUmar mourut cette année-là. C’est l’opinion la plus vraisemblable.¹⁵

On trouve dans le Musnad de l’imam Aḥmad qu’il fut enveloppé dans un linceul puis sorti, et qu’un drap rouge fut étendu sur lui.¹⁶ Une foule nombreuse accompagna la civière funéraire. Les femmes sortirent de la maison en pleurant et en se lamentant. De nombreux récits concernant sa mort et sa prière funéraire figurent dans les ouvrages de sīra et de la science des hommes. En voici quelques-uns reproduits intégralement :

Abū Nuṣra rapporte : « J’ai assisté à la prière funéraire de Rāfiʿ ibn Khadīj. Ibn ʿUmar figurait également parmi les participants. Lorsque les femmes se mirent à pousser des cris et à pleurer, il leur dit : “Taisez-vous ! Ce vieillard n’a pas la force de supporter le châtiment d’Allah.” Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit : “Le défunt est châtié à cause des lamentations et des pleurs de sa famille.” »¹⁷

Shuʿba rapporte d’après Yūsuf ibn Māhak. Yūsuf dit : « J’ai vu Ibn ʿUmar saisir les deux pieds avant de la civière funéraire de Rāfiʿ ibn Khadīj, les poser sur son épaule et marcher en tête jusqu’à la tombe. À ce moment-là, il dit : “Le défunt est châtié à cause des pleurs des vivants.” »¹⁸

Ḥammād rapporte de Bishr ibn Ḥarb. Il dit : « Lorsque Rāfiʿ ibn Khadīj mourut, on dit à Ibn ʿUmar : “Retardons l’inhumation jusqu’au matin, afin d’en informer les habitants de la ville.” Il répondit : “Votre décision est excellente.” » Hishām ibn Saʿd rapporte d’après ʿUthmān ibn ʿUbayd Allāh. Il dit : « Lorsque Rāfiʿ mourut, le corps fut apporté avant le lever du soleil pour la prière funéraire. Ibn ʿUmar dit : “Ne célébrez pas sa prière funéraire avant le lever du soleil.” »¹⁹

On ne dispose guère de descriptions de la constitution et de l’apparence physique de Râfi‘ ibn Khadîj (qu’Allah l’agrée). On sait seulement qu’il portait une fine moustache et se teignait les cheveux au henné. À sa mort, il laissa en héritage des esclaves hommes et femmes, des briques et des biens fonciers.20

Les noms de ses six fils sont connus : ‘Abdullah, Rifâ‘a, ‘Abd ar-Rahmân, ‘Ubaydullah, Sahl et ‘Ubayd. ‘Abdullah était imam de la mosquée de Pitâr. ‘Ubayd était le fils d’une esclave. Les autres fils étaient issus de ses deux épouses, Lubnâ et Asmâ. La descendance de ces enfants subsista pendant de nombreuses générations à Médine et à Bagdad.21

Râfi‘ (qu’Allah l’agrée) rapporta des hadiths du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et de son oncle Zuhayr ibn Râfi‘ (qu’Allah l’agrée).22 Au total, 78 (soixante-dix-huit) hadiths furent rapportés dans les recueils de hadiths avec sa chaîne de transmission.23 Parmi les rapporteurs qui rapportèrent de lui figuraient des Compagnons et des Successeurs. En voici quelques-uns :

Ibn ‘Umar, Mahmûd ibn Labîd, Sâ’ib ibn Yazîd, Usayd ibn Zuhayr, Mujâhid, ‘Atâ’, ash-Sha‘bî, ‘Abâya ibn Rifâ‘a, ‘Umra bint ‘Abd ar-Rahmân, Sa‘îd ibn al-Musayyib, Nâfi‘ ibn Jubayr, Abû Salama ibn ‘Abd ar-Rahmân, Abû an-Najjâshî, Sulaymân ibn Yasâr, ‘Îsâ, ‘Uthmân ibn Sahl, Harîr ibn ‘Abd ar-Rahmân, Yahyâ ibn Ishâq, Thâbit ibn Anas ibn Zuhayr, Hanzala ibn Qays, Nâfi‘ al-‘Umarî, Wâsi‘ ibn Hibbân, Muhammad ibn Yahyâ ibn Hibbân, ‘Ubaydullah ibn ‘Amr ibn ‘Uthmân, entre autres.24

Râfi‘ ibn Khadîj (qu’Allah l’agrée) était l’un des Compagnons jurisconsultes de Médine. Ziyâd ibn Mînâ dit : Ibn ‘Abbâs, Ibn ‘Umar, Abû Sa‘îd al-Khudrî, ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘Âs, Jâbir ibn ‘Abdullah, Râfi‘ ibn Khadîj, Salama ibn al-Akwa‘, Abû Wâqid al-Laythî, ‘Abdullah ibn Buhayna et de nombreux autres Compagnons du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) délivraient des fatwas à Médine et rapportaient les hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ils accomplirent cette tâche depuis la mort de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) jusqu’à leur propre mort.25 L’imam adh-Dhahabî dit : Il fut l’un de ceux qui délivraient des fatwas à Médine à l’époque de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) et après lui.26 Lorsque Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) mourut, Râfi‘ ibn Khadîj déclara : Aujourd’hui est mort un homme dont tous les savants, de l’Orient à l’Occident, avaient besoin.27 C’était un homme du désert. Il était habile dans l’agriculture et l’irrigation.28

Obéissance au Messager et promotion du bien — L’obéissance au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et l’ordonnancement du bien constituaient les traits les plus éclatants de son caractère et de sa nature. Un jour, un esclave de Nu‘mân al-Ansârî arracha un jeune dattier du jardin d’un homme. L’affaire fut portée devant le tribunal de Marwân. Celui-ci allait décider de lui couper la main, en lui imputant un vol. Râfi‘ dit alors : Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : On ne coupe pas la main pour un fruit.29

Un jour, dans son sermon, Marwân déclara : La Mecque est un sanctuaire inviolable. Râfi‘ était présent dans l’assemblée. Il s’écria : C’est exact, la Mecque est un sanctuaire inviolable. Mais Médine l’est également. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a déclaré Médine sanctuaire inviolable. J’en possède le hadith par écrit. Si tu le souhaites, je peux te le montrer. Marwân répondit : Oui, j’ai moi aussi entendu ce hadith.30

Il vouait au noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) une dévotion, une vénération et un amour sans limites. Cela se manifestait dans de nombreuses paroles, actions et attitudes de sa vie. Un jour, son oncle Zuhayr (qu’Allah l’agrée) vint lui dire : Aujourd’hui, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a interdit une chose, alors qu’elle nous aurait quelque peu facilité la vie. Râfi‘ (qu’Allah l’agrée) s’écria aussitôt : Mon oncle, tout ce que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit est vrai.31

Un jour, il était absorbé par des relations intimes avec son épouse. C’est précisément à ce moment-là que le Noble Messager vint l’appeler. Dès que la voix du Messager d’Allah lui parvint aux oreilles, il se leva, se purifia et sortit à sa rencontre.³²

Un jour, Râfi‘ (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et vit qu’une viande bouillait à gros bouillons dans une marmite. Il eut très envie d’en manger. Il en mit un morceau dans sa bouche et l’avala. À partir de ce moment, il souffrit de troubles digestifs et en resta malade pendant un an. Puis, un jour, il parla de cette affection au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Celui-ci lui passa la main sur le ventre, ce qui provoqua chez Râfi‘ des vomissements verdâtres. Dès lors, il recouvra complètement la santé.³³

Râfi‘ (qu’Allah l’agrée) a rapporté certaines des invocations que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) récitait en diverses occasions. Il a notamment rapporté l’invocation que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) récitait à l’apparition de la nouvelle lune.³⁴

En consultant les divers ouvrages de hadith et de sîra, on découvrira de nombreux petits épisodes de la vie de Râfi‘ (qu’Allah l’agrée), qui seront pour le musulman une lumière guidant son chemin dans la vie.

Références :

‘Amr ibn Thâbit ibn Waqsh (qu’Allah l’agrée)

Le surnom de ‘Amr (qu’Allah l’agrée) était Ousayrim, et c’est sous ce nom qu’il devint célèbre. Il était issu de la branche des Banû ‘Abd al-Ashhal, du clan médinois des Aws. Son père s’appelait Thâbit ibn Waqsh et sa mère Laylâ — ou, selon une autre version, Lubâba bint al-Yamân. Elle était la sœur du célèbre Compagnon Hudhayfa ibn al-Yamân (qu’Allah l’agrée). Le martyr d’Uhud, Salâm ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée), était le frère de ‘Amr.¹

Au début, ‘Amr (qu’Allah l’agrée) était extrêmement hostile à l’islam. Presque tous les hommes et les femmes de son clan embrassèrent l’islam grâce aux efforts de Sa‘d ibn Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée). Pourtant, il demeura attaché à ses anciennes croyances et à sa religion. Al-Balâdhurî dit : il était en proie à de profonds doutes au sujet de l’islam. Il embrassa l’islam le jour d’Uhud et mourut en martyr. Bien qu’il n’eût jamais accompli la prière de toute sa vie, il entra au Paradis.²

Lorsque le Messager bien-aimé d’Allah (ﷺ) eut achevé tous les préparatifs de la bataille d’Uhud, un ardent désir de vérité naquit soudain dans le cœur de ʿAmr (رضي الله عنه). Il est rapporté dans les Sunan d’Abû Dâwûd qu’à l’époque de la Jâhiliya, il exerçait le commerce usuraire. Beaucoup de gens lui devaient encore de l’argent. Il décida de recouvrer ces créances, puis d’embrasser l’islam, car l’islam avait interdit les transactions usuraires. Il est probable qu’au moment de la bataille d’Uhud, il eut recouvré les sommes qui lui étaient dues. C’est alors qu’il prit la ferme résolution de devenir musulman.³

Au moment du départ pour Uhud, tous les Compagnons, ainsi que les membres du clan d’Usayrim appartenant aux Banû ʿAbd al-Ashhal, se trouvaient avec le Messager d’Allah (ﷺ). Après le départ des combattants pour Uhud, un silence effrayant s’abattit sur chaque quartier de Médine. Voyant partout un tel silence et une telle solitude, Usayrim rentra chez lui et demanda : « Où sont partis les membres de notre clan ? » On lui répondit : « À Uhud. »

Bien qu’il n’eût pas encore embrassé l’islam, il revêtit néanmoins son équipement de guerre, monta à cheval et prit la route d’Uhud. Il se rendit directement auprès du Messager d’Allah (ﷺ), qui se trouvait à Uhud, et demanda : « Dois-je d’abord combattre ou devenir musulman ? » Le Messager (ﷺ) répondit : « Tu feras les deux. Deviens d’abord musulman, puis va combattre. » Il demanda : « Ô Messager d’Allah ! Je n’ai jamais accompli ne serait-ce qu’une rakʿa de prière de toute ma vie. Si je meurs dans cet état, cela me sera-t-il bénéfique ? » Il répondit : « Oui, ce sera bénéfique. » Il prononça alors la profession de foi et devint musulman.

Après avoir embrassé l’islam, il se dirigea vers le champ de bataille, l’épée à la main. Les combattants musulmans ignoraient qu’il était devenu musulman. Ils lui dirent donc : « Retourne maintenant. » Il leur répondit : « Je suis moi aussi devenu musulman. »

La bataille commença. Il combattit l’ennemi avec un courage et une bravoure extraordinaires. Après avoir pénétré dans les rangs ennemis, il fut lacéré de nombreuses blessures. Elles étaient si graves qu’il resta inerte sur le champ de bataille, incapable même de se relever. Après la bataille, les membres du clan des Banû ʿAbd al-Ashhal partirent à la recherche des martyrs et trouvèrent Usayrim parmi les morts. Il respirait encore. Ils lui demandèrent : « Pourquoi es-tu ici dans cet état ? Serait-ce peut-être l’attachement à ton clan qui t’y a conduit ? » Il répondit : « Non. J’ai embrassé l’islam et j’ai combattu pour Allah et Son Messager (ﷺ). »

On le transporta du champ de bataille jusqu’à sa maison. Toute sa famille fut informée de ce qui lui était arrivé. Saʿd ibn Muʿâdh (رضي الله عنه), le chef du clan des Banû ʿAbd al-Ashhal, l’apprit, se précipita chez lui et demanda à sa sœur ce qui s’était passé. Au milieu de ces allées et venues, il rendit son dernier souffle. Ayant appris sa mort, le Messager bien-aimé d’Allah (ﷺ) déclara : « Il a obtenu une immense récompense pour un faible effort. » Selon certaines traditions, le Messager (ﷺ) aurait dit : « Il appartient assurément aux gens du Paradis. »

Puisque l’événement vécu par ʿAmr (رضي الله عنه) était quelque peu inhabituel, les gens accordaient une importance particulière au fait de s’en souvenir. Abû Hurayra (رضي الله عنه) demandait à ses disciples : « Dites-moi, connaissez-vous le nom d’un homme qui n’a jamais accompli la prière de toute sa vie et qui est pourtant allé directement au Paradis ? » Lorsque personne ne pouvait répondre, il disait : « C’est Usayrim des Banû ʿAbd al-Ashhal. »⁴

À Uhud, son frère Salama ibn Thâbit tomba en martyr sous les coups d’Abû Sufyân ibn Harb, tandis que lui-même fut blessé puis tomba en martyr sous les coups de Dirâr ibn al-Khattâb.⁵

Références :

Rifāʿa ibn Rāfiʿ ibn Mālik al-Zuraqī (qu’Allah l’agrée)

Le surnom de Rifāʿa (qu’Allah l’agrée) était Abū Muʿādh.¹ Il était issu de la branche Hubla de la tribu médinoise des Khazraj. Son père était Rāfiʿ ibn Mālik (qu’Allah l’agrée) et sa mère, Umm Mālik bint Ubayy ibn Salūl. Sa mère était la sœur du chef hypocrite — c’est-à-dire du musulman feignant — ʿAbd Allāh ibn Ubayy.²

Le noble père de Rifāʿa, Rāfiʿ (qu’Allah l’agrée), fut le premier musulman de la tribu des Khazraj. Deux ans avant le Serment d’al-ʿAqaba, il se rendit à La Mecque avec cinq ou six habitants de Yathrib, embrassa l’islam et prêta serment au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Sa noble mère embrassa elle aussi l’islam. Le frère de cette femme, ʿAbd Allāh ibn Ubayy, était le centre de la mécréance et de l’hypocrisie à Médine. Pourtant, sa propre sœur était telle une brillante lumière de vérité et de justice. Rifāʿa (qu’Allah l’agrée) grandit dans une famille aussi éminente. Il se rendit à La Mecque avec son père, participa au deuxième Serment d’al-ʿAqaba et prêta serment de fidélité entre les mains sacrées du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Puis il retourna à Médine.³

Il participa aux côtés du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à toutes les guerres et expéditions. Sa participation à Badr est attestée par un récit de Ṣaḥīḥ al-Bukhārī.⁴ Au cours de cette bataille, une flèche lancée par l’ennemi le frappa à l’œil. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui souffla un peu de salive et invoqua Allah en sa faveur, après quoi il guérit.⁵ Ses deux autres frères, Khallād et Mālik, participèrent également à cette bataille.⁶ Umayr ibn Wahb était l’un des chefs des Quraysh de La Mecque. Il était l’un de ceux qui faisaient subir toutes sortes de sévices au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à La Mecque. À Badr, Rifāʿa captura son fils Wahb.⁷

Lors des batailles du Chameau et de Ṣiffīn, il se rangea du côté de ʿAlī (qu’Allah l’agrée).⁸ La participation de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée), de Ṭalḥa (qu’Allah l’agrée) et d’al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) à la bataille du Chameau rendit la situation extrêmement complexe. Umm al-Faḍl bint al-Ḥārith, l’épouse d’al-ʿAbbās (qu’Allah l’agrée), la tante paternelle du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), informa ʿAlī par lettre, depuis La Mecque, que Ṭalḥa et al-Zubayr étaient partis à Bassora. À cette nouvelle, ʿAlī fut profondément attristé. Il dit avec regret : « Je suis étonné de leur comportement. Après le décès du noble Messager d’Allah, nous, les membres de la famille du Prophète, nous considérions comme plus en droit à exercer le califat. Les gens de ma communauté désignèrent pourtant d’autres personnes comme califes. En considération des querelles et des troubles, nous acceptâmes tout et fîmes preuve de patience. Grâce à Allah, le résultat en fut très heureux. Ensuite, les gens se révoltèrent et tuèrent le calife ʿUthmān, puis le peuple me choisit comme calife sans aucune contrainte ni coercition. Ṭalḥa et al-Zubayr figuraient parmi ceux qui me prêtèrent serment d’allégeance. Un mois ne s’est même pas écoulé, et voilà qu’arrive la nouvelle qu’ils se rendent à Bassora avec une armée. Ô Allah, voyez donc cette querelle et ce désordre ! »

Après avoir entendu le discours du calife ʿAlī (qu’Allah l’agrée), Rifāʿa ibn Rāfiʿ (qu’Allah l’agrée) déclara : « Ô Commandeur des croyants ! Après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), nous nous considérions comme plus en droit au califat, en raison de notre rang et de notre mérite ainsi que de notre soutien à la religion. Alors, vous avez invoqué auprès de nous des liens de parenté étroits avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), votre antériorité dans la foi, l’émigration et d’autres honneurs et mérites insignes, afin de revendiquer ce droit. Nous avons également cru que la vérité et la justice étaient mises en œuvre et que l’on agissait conformément au Livre et à la Sunna. Nous avons accepté votre revendication et remis le califat aux Quraysh. En réalité, c’était ce qu’il convenait que nous fassions. Maintenant que vous avez reçu notre serment d’allégeance, certaines personnes se sont dressées contre vous. Il est certain que vous leur êtes supérieur et, à nos yeux, vous êtes la personne la plus digne d’être suivie. Dites-nous donc ce que vous désirez ; nous attendons vos instructions. »

Lorsque Rifāʿa eut terminé son discours, Ḥajjāj ibn Ghāziya al-Anṣārī s’avança et déclara : « Ô Commandeur des croyants ! Tranchez maintenant cette affaire. Je suis prêt à donner ma vie dans cette voie. » Puis, s’adressant aux Anṣār, il dit : « De même que vous avez jadis aidé le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), aidez maintenant le Commandeur des croyants. Cette aide ultérieure ressemble en tous points à la première, bien que la première fût meilleure et plus honorable. »⁹

Après ce discours, ʿAlî (qu’Allah l’agrée) se rendit en Irak à la tête d’une armée. Rifâʿa (qu’Allah l’agrée) l’accompagnait également.

Il existe une légère divergence concernant l’année du décès de Rifâʿa (qu’Allah l’agrée). Ibn Qâniʿ affirme qu’il mourut en l’an 41, 42 ou 43 de l’Hégire, au début du califat de Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée).¹ À sa mort, il laissa deux fils, Muʿâdh et ʿUbayd.

Un certain nombre de hadiths ont été rapportés de Rifâʿa. Plusieurs de ses hadiths ont été recueillis dans les Sahîh d’al-Bukhârî et de Muslim. Al-Bukhârî en a rapporté trois de manière indépendante.

Outre le Prophète bien-aimé (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Rifâʿa (qu’Allah l’agrée) a entendu des hadiths d’Abû Bakr et de ʿUbâda ibn as-Sâmit. Parmi ceux qui ont rapporté des hadiths de lui, on peut notamment citer Yahyâ ibn Khâlid, ʿAlî ibn Yahyâ, ainsi que ses fils Muʿâdh et ʿUbayd.¹¹

Références :

ʿAbdullâh ibn Zayd (qu’Allah l’agrée)

Le surnom de ʿAbdullâh (qu’Allah l’agrée) était Abû Muhammad, et son titre était « l’homme de l’adhân ». Il était issu de la tribu médinoise des Khazraj. Les spécialistes de la science des hommes ont sérieusement embrouillé les noms de son père et de son grand-père lorsqu’ils les ont rapportés. Ibn Saʿd l’a exposé clairement. Ibn Hajar et l’imam al-Qurtubî ont également signalé cette confusion.¹ En présentant sa biographie, Ibn al-ʿImâd al-Hanbalî a dit qu’il était un Compagnon ayant participé à Badr et celui à qui l’adhân fut montré en rêve.² Il fut l’un des membres de la seconde allégeance d’al-ʿAqaba. Ibn Hishâm, mentionnant son nom parmi ceux qui prêtèrent serment d’allégeance à al-ʿAqaba, a dit qu’il avait participé à Badr et que l’adhân lui avait été montré en rêve. L’imam adh-Dhahabî a également affirmé la même chose.³

Jusqu’à la première année de l’Hégire, aucune méthode particulière n’était en vigueur pour rassembler les gens à la prière. Après que le Prophète bien-aimé (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fut arrivé à Médine et eut fait construire la mosquée du Prophète, il consulta les Compagnons au sujet de l’annonce de la prière. Il reçut diverses propositions. Certains dirent qu’à l’heure de la prière, on hisse un drapeau au-dessus de la mosquée. D’autres proposèrent de sonner une cloche. On proposa également de souffler dans une trompe, d’allumer un feu, et d’autres choses encore. Mais aucune de ces propositions ne plut au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), car elles ressemblaient aux pratiques de communautés religieuses telles que les juifs et les chrétiens. Malgré cela, tous se mirent alors d’accord sur la proposition de signaler l’heure au moyen d’une cloche. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) clôtura la réunion en autorisant, conformément à cette proposition, que l’on sonne la cloche pour appeler les gens à la prière.

Cette même nuit, ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) vit en rêve un homme debout, tenant une cloche à la main. Il lui demanda : « La vendras-tu ? » L’homme demanda : « Qu’en feras-tu ? » Il répondit : « La sonner au moment de la prière. » L’homme dit : « Je vais t’indiquer une meilleure méthode. » Puis il enseigna à ‘Abdullah, en les lui faisant réciter, les mots et les phrases de l’adhân. Dès son réveil, ‘Abdullah se rendit auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui raconta son rêve. Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Ce rêve est véridique. Va donc l’enseigner à Bilâl, afin qu’il fasse l’adhân. » ‘Abdullah enseigna à Bilâl l’adhân qu’il avait reçu en rêve, et Bilâl fit l’adhân. Ce fut le premier adhân de l’islam, et c’est ainsi que l’adhân fut institué.

En entendant la voix de Bilâl (qu’Allah l’agrée) retentir pour l’adhân, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) sortit précipitamment de chez lui, en tirant sa couverture sur lui, et vint se présenter devant le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il dit : « Par Allah ! J’ai moi aussi entendu ces paroles en rêve. » Le Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) remercia Allah pour la concordance des rêves des deux musulmans.⁴ Après l’adhân, les gens se rangèrent pour la prière. Alors que Bilâl (qu’Allah l’agrée) allait prononcer l’iqâma, ‘Abdullah dit : « C’est moi qui prononcerai l’iqâma. »

La raison pour laquelle Bilâl (qu’Allah l’agrée) fut choisi pour faire l’adhân était que sa voix était beaucoup plus forte que celle de ‘Abdullah. Ainsi, il est rapporté dans le Sahîh at-Tirmidhî que, lorsque le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à ‘Abdullah : « Enseigne à Bilâl les paroles que tu as reçues en rêve », il ajouta : « Sa voix est plus forte que la tienne. »

Il convient de remarquer ici que l’adhân, qui constitue essentiellement l’introduction à la prière et représente un symbole majeur de l’islam, fut institué par l’intermédiaire de ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée). Recevoir en rêve, de l’invisible, les mots et les phrases de l’adhân, les voir confirmés par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), puis les voir acceptés à l’unanimité par les musulmans : tout cela constituait pour ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) un honneur et une dignité enviables. Nous estimons qu’il ne serait pas déplacé de dire ici quelques mots supplémentaires sur l’institution et la diffusion de l’adhân.

Certains pensent que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) fut le premier à proposer au Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’institution de l’adhân. C’est ce que semble indiquer un récit du Sahîh al-Bukhârî. Mais, en réalité, ce récit ne mentionne même pas les paroles de l’adhân. Il dit seulement que ‘Umar déclara : « Envoyez parmi vous un homme qui annoncera l’heure de la prière. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit alors : « Bilâl, lève-toi et annonce la prière. »⁵

Selon un récit d’Abû Dâwûd, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) garda son rêve secret pendant vingt jours. Lorsque Bilâl fit l’adhân, il révéla son propre rêve au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demanda : « Pourquoi ne l’as-tu pas dit plus tôt ? » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) répondit : « ‘Abdullah l’avait déjà révélé avant moi. C’est pourquoi j’avais honte. »⁶

Même si l’on écarte le fait que le récit précité soit contraire au trait de caractère de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), cet événement ne concorde pas avec les circonstances environnantes. En effet, parmi tous les récits rapportés au sujet de l’adhân, un élément apparaît dans chacun d’eux : le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) tint une consultation durant la journée, au cours de laquelle une décision fut prise. Le hadith de ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) nous apprend que la décision initiale concernait l’utilisation d’une cloche. Il rentra chez lui après la réunion, vit le rêve durant la nuit, puis l’adhân fut fait à l’aube. Selon cette interprétation, le hadith de ‘Abdullah est l’explication et le commentaire du hadith d’Ibn ‘Umar rapporté par al-Bukhârî. L’imam al-Bukhârî connaissait le hadith de ‘Abdullah ibn Zayd (qu’Allah l’agrée), mais, comme il ne satisfaisait pas à ses conditions établies d’acceptation, il ne l’a pas inclus dans son recueil authentique.⁷

En réalité, ces récits ne permettent pas de déterminer qui fut antérieur ou postérieur. Il est possible que l’imam al-Bukhârî ait délibérément évité cette question pour cette raison. Autrement, selon le récit d’at-Tabarânî, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) vit lui aussi en rêve l’adhân. L’imam al-Ghazâlî écrit dans son ouvrage al-Wasît que plus de dix personnes avaient vu l’adhân en rêve. Dans l’ouvrage Sharh at-Tanbîh, il est fait mention de quatorze personnes. Toutefois, pour les spécialistes du hadith, tous ces récits ne sont pas suffisamment probants pour permettre de trancher. Seuls le récit de ‘Abdullah ibn Zayd et celui d’Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée), transmis par une chaîne de transmission particulière, atteignent le degré d’authenticité et de preuve. Parmi eux, le récit de ‘Abdullah ibn Zayd est rapporté par plusieurs chaînes de transmission, et un groupe de Compagnons a relaté cette histoire.

Quoi qu’il en soit, quelle que soit la personne qui vit la première le rêve de l’adhân, ce rêve et son interprétation ont été associés à ‘Abdullah ibn Zayd. C’est pourquoi il devint célèbre sous le surnom de Ṣāḥib al-Adhân.٨

Même après avoir obtenu un si grand honneur, bien d’autres faveurs l’attendaient encore. La deuxième année de l’Hégire eut lieu la bataille de Badr. Il y participa avec son frère Huwayris ibn Zayd.٩ Par la suite, il prit activement part à toutes les batailles, notamment celles du Fossé et d’Uhud. Il participa à la conquête de La Mecque et portait l’étendard des Banū al-Ḥārith ibn Khazraj. Il participa également au pèlerinage d’Adieu. À cette occasion, lorsque le Noble Messager distribua des chèvres et des chameaux, il se tenait près de lui. Le Messager ne lui donna rien. Mais une autre chose lui était destinée. Lorsque le Messager se rasa la tête et se coupa les ongles, il lui donna quelques cheveux et quelques rognures d’ongles. Il distribua le reste des cheveux et des ongles aux autres. Ces cheveux étaient teints au henné. Parmi les descendants de ‘Abdullah, ces cheveux et ces ongles furent conservés durant de nombreuses générations comme symboles de bénédiction.١٠

Après le retour de l’expédition de Tabūk à Médine, des envoyés arrivèrent auprès du Noble Messager, porteurs d’une lettre des souverains de Ḥimyar. Dans cette lettre, ceux-ci annonçaient leur conversion à l’islam. Le Messager leur envoya une délégation, dirigée par Mu‘ādh ibn Jabal, afin de répondre à leur lettre, de leur enseigner les prescriptions de l’islam et de percevoir la zakāt et les aumônes. ‘Abdullah ibn Zayd faisait également partie de cette délégation.١١

Muḥammad, le fils de ‘Abdullah, rapporte : « Mon père mourut à Médine, la trente-deuxième année de l’Hégire, à l’âge de soixante-quatre ans. Le calife ‘Uthmān dirigea la prière funéraire.١٢ » Cependant, al-Ḥākim et beaucoup d’autres estiment qu’il mourut en martyr à Uḥud. Pour preuve, ils rapportent l’événement suivant : un jour, une fille de ‘Abdullah se rendit auprès de ‘Umar et lui dit : « Mon père était un Compagnon de Badr et il mourut en martyr à Uḥud. » ‘Umar lui demanda : « Que réclames-tu maintenant ? » Puis, lorsqu’elle sollicita une aide, il la lui accorda. C’est le récit d’al-Ḥilya. Toutefois, presque tous les ouvrages consacrés aux transmetteurs, notamment le Musnad, mentionnent l’année 32 de l’Hégire. De plus, bien qu’al-Ḥākim ait évoqué sa mort en martyr à Uḥud, il exprima ensuite une opinion différente dans son ouvrage al-Mustadrak.١٣

On connaît, parmi ses descendants, un fils et une fille. Son fils s’appelait Muḥammad. Il naquit du vivant du Noble Messager. Il a dit : « Mon père n’était ni petit ni grand ; sa constitution était de taille moyenne.١٤ » Il savait écrire en arabe.١٥

Un petit-fils de ‘Abdullah, Shīr ibn Muḥammad, se rendit un jour à la cour de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azīz. En se présentant, il dit : « Je suis le petit-fils d’un homme de ‘Aqaba, compagnon de Badr, à qui l’adhân fut montré en rêve. » ‘Umar récita alors aux habitants du Shām présents auprès de lui un vers de poésie.١٦

L’imam al-Bukhārī a écrit qu’un seul hadith relatif à l’adhân avait été rapporté par sa chaîne de transmission. L’imam al-Tirmidhī l’a également confirmé. Cependant, le ḥāfiẓ Ibn Ḥajar al-‘Asqalānī a trouvé six hadiths rapportés par sa chaîne et a indiqué les avoir compilés dans une section distincte.١٧ L’érudit al-Dhahabī a dit que seuls quelques hadiths figuraient dans sa chaîne de transmission.١٨

Parmi ceux qui entendirent des hadiths de la bouche de ‘Abdullah et les rapportèrent, les plus remarquables sont : son fils Muḥammad, son petit-fils ‘Abdullah ibn Muḥammad, Sa‘īd ibn al-Musayyib, ‘Abd al-Raḥmān ibn Abī Laylā, Abū Bakr ibn Muḥammad ibn ‘Amr ibn Ḥazm, entre autres.١٩

Même dans le besoin et la pauvreté, tout donner dans le sentier d’Allah est une qualité éthique des plus éminentes. Les biens d’Abdullah (r.a.) étaient très modestes et lui permettaient seulement de subvenir aux besoins de sa famille. Il est rapporté qu’un jour, il se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Je fais don de ce jardin en sadaqa à Allah et à Son Messager (s.a.s.). » Aussitôt après, ses père et mère se présentèrent auprès du Messager (s.a.s.) et le supplièrent : « Ô Messager d’Allah ! C’est grâce aux revenus de ce jardin que nous vivons. » Le Messager (s.a.s.) leur rendit alors le jardin. Quelque temps plus tard, après leur décès, leurs deux fils héritèrent de ce jardin.²⁰

Références :

Thabit ibn Qays (r.a.)

La kunya de Thabit (r.a.) était Abou Muhammad ou Abou Abd ar-Rahman. « Khatibou Rasulillah » (l’orateur du Messager d’Allah) était son titre.¹ Il était issu de la tribu des Khazraj de Médine. Son père était Qays ibn Chammâs. Sa mère était Hind, fille de la tribu des Tâ’iyy, ou, selon une autre version, Kabcha bint Wâqid. Abdullah ibn Rawaha et Oumra bint Rawaha étaient ses frère et sœur utérins.²

Thabit (r.a.) était l’un des Compagnons les plus éminents. Il embrassa l’islam avant l’Hégire du Messager d’Allah (s.a.s.). Ibn Ishaq rapporte que, selon une version, le Messager (s.a.s.) l’avait uni à Ammar ibn Yassir par un pacte de fraternité, ou mu’akhât.³

Lorsque le Noble Messager (s.a.s.) entra à Yathrib depuis La Mecque, toute la population de la ville fut transportée de joie à l’idée de l’accueillir. Anas (r.a.) rapporte qu’à cette occasion, Thabit prononça un discours. À un moment de son discours, il dit : « Nous vous protégerons de tout ce dont nous protégeons nos vies et nos enfants. Mais que recevrons-nous en échange ? » Le Messager (s.a.s.) répondit : « Vous recevrez le Paradis. » Alors la foule assemblée s’écria d’une seule voix : « Nous acceptons cet échange. »⁴

Les spécialistes du maghâzî ne comptent pas Thabit (r.a.) parmi les Compagnons ayant participé à Badr. Cependant, Ibn Hajar al-Asqalani a exprimé dans son ouvrage Tahdhîb at-Tahdhîb l’avis qu’il était un Compagnon de Badr.⁵ Les spécialistes du maghâzî ont déclaré que sa première bataille fut celle d’Ouhoud. Il participa ensuite à toutes les batailles et expéditions.⁶ Il prit également part au serment d’allégeance de Ridwân.⁷

La cinquième année de l’Hégire, Thabit (r.a.) participa à la campagne de siège et d’expulsion contre la tribu juive médinoise des Banou Qurayza. Finalement, les Banou Qurayza se rendirent, remettant leur sort entre les mains de leur ancien ami, Sa’d ibn Mu’adh. Sur le jugement de Sa’d ibn Mu’adh, la peine de mort fut prononcée contre leurs hommes coupables. Ibn Ishaq le rapporte d’après Ibn Chihab az-Zuhri. À cette époque, Thabit ibn Qays alla rendre visite à Zubayr ibn Bata al-Qurazi. Celui-ci était un vieil homme juif des Banou Qurayza. Lorsque Thabit fut fait prisonnier pendant la bataille de Bu’ath, à l’époque de la Jâhiliya, Zubayr l’avait libéré. C’est dans l’espoir de s’acquitter de cette dette que Thabit se présenta devant lui en ce moment de malheur. Zubayr était alors devenu très âgé. Il dit à Thabit : « Abou Abd ar-Rahman, m’as-tu reconnu ? » Thabit répondit : « Un homme comme moi pourrait-il oublier un homme comme vous ? Je suis venu aujourd’hui dans l’espoir de m’acquitter de ma dette envers vous. » Zubayr dit : « Un homme noble récompense les hommes nobles. »

Ensuite, Thâbit vint auprès du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Jâbir m’a rendu un grand service. Je veux le récompenser. Donnez-moi son sang. » Le Messager agréa sa demande et dit : « Oui, qu’il en soit ainsi. » Thâbit se rendit auprès de Jâbir et lui dit : « Le Messager m’a accordé ta personne, et je te la rends. » Jâbir répondit : « À présent, je suis un vieil homme sans famille ni proches ; que me servirait la vie ? » Thâbit retourna auprès du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Donnez-moi l’épouse et les enfants de Jâbir. » Le Messager répondit : « Oui, ils sont à toi. » Thâbit retourna auprès de Jâbir et lui dit : « Le Messager a donné à moi ta famille et tes enfants. Je te les rends tous. » Le vieil homme répondit alors : « Comment une famille du Hijâz, dépourvue de toute richesse et de tout bien, pourrait-elle vivre ? » Thâbit revint auprès du Messager d’Allah, lui demanda leurs biens et leurs richesses, puis retourna auprès de Jâbir et l’informa que le Messager d’Allah lui avait rendu tous ses biens.

Le vieil homme dit ensuite : « Ô Thâbit ! Qu’est-il advenu de Ka‘b ibn Asad, ce jeune homme dont le visage ressemblait à un miroir chinois, où se reflétait le visage de toutes les jeunes filles de la tribu ? » Thâbit répondit : « Il a été tué. » Jâbir demanda : « Qu’est-il arrivé à ‘Azzâl ibn Samawâl, celui qui était toujours le premier dans nos joies comme dans nos épreuves et qui nous protégeait lorsque nous prenions la fuite ? » Thâbit répondit : « Lui aussi a été tué. » Jâbir demanda encore : « Quel a été le sort des deux assemblées, c’est-à-dire des Banû Qurayza et des Banû ‘Amr ibn Qurayza ? » Thâbit répondit : « On les a conduits à la mort. » Jâbir dit : « Ô Thâbit ! En échange du bienfait que je t’ai accordé, permets-moi de subir le sort de mon peuple. Par Allah ! Je ne vois aucun intérêt à vivre après leur disparition. Je n’ai pas la patience de continuer à vivre seul, en ne conservant que ma vie.⁸ »

La bataille des Banû al-Mustaliq eut lieu au cours de la sixième année de l’Hégire. Durant cette bataille, Juwayriya, la fille du chef de l’ennemi, rencontra le Messager d’Allah et lui demanda son aide. Le Messager s’acquitta de la somme d’or convenue pour sa rançon et l’affranchit définitivement de l’esclavage. Puis, avec son consentement, il l’épousa et lui conféra le rang de Mère des croyants.⁹

C’est au cours de cette bataille des Banû al-Mustaliq que se produisit l’affaire de l’Ifk, c’est-à-dire la calomnie mensongère et fabriquée. Les hypocrites la propagèrent principalement au sujet de ‘Â’isha, Mère des croyants, et de Safwân ibn al-Mu‘attal. Cet événement plongea pendant quelque temps le Messager vénéré et l’ensemble de la communauté musulmane dans une situation extrêmement pénible. Certains musulmans au cœur simple furent eux aussi troublés par cette fausse propagande. Les ouvrages d’histoire et de science des hommes rapportent que Hassân ibn Thâbit, le poète du Messager, s’y trouva également mêlé. À cette époque, il composa même un poème critiquant Safwân et sa tribu de Mudar. Lorsque les versets du Coran révélant le secret de cette affaire furent descendus, Safwân se précipita un jour sur Hassân, l’épée à la main. Thâbit ibn Qays se trouvait alors tout près. Il saisit rapidement Safwân et lui attacha les deux mains au cou avec une corde. Dans cet état, il le conduisit au quartier des Banû al-Hârith ibn al-Khazraj. Là, il rencontra ‘Abdullah ibn Rawâha. Celui-ci demanda : « Qu’est-ce que cela signifie ? » Thâbit répondit : « Serais-tu satisfait qu’il tue Hassân de son épée ? Par Allah ! Ce Safwân allait bel et bien le tuer. » ‘Abdullah ibn Rawâha demanda : « Le Messager sait-il ce que tu as fait ? » Thâbit répondit : « Non. » ‘Abdullah dit : « Alors tu as commis un acte très audacieux. Libère-le. » Thâbit le libéra. Puis tous se rendirent auprès du Messager d’Allah et lui exposèrent toute l’affaire. Le Messager réconcilia les deux parties.¹⁰

Au cours de la neuvième année de l’Hégire, une délégation de la tribu des Banû Tamîm vint auprès du Messager d’Allah à Médine. Selon les usages bédouins, ils se rendirent directement à la porte de sa demeure et crièrent : « Muhammad ! Sortez ! » Le Messager sortit et s’assit avec eux pour discuter. À un moment donné, conformément à la coutume arabe, ils chargèrent leur orateur éloquent, ‘Utârid ibn Hâjir, de se lever afin de présenter au Messager d’Allah l’honneur et le prestige de leur tribu. ‘Utârid prononça un long discours dans lequel il exposa la gloire et les exploits de sa tribu. Lorsqu’il eut terminé, le Messager ordonna à Thâbit ibn Qays de lui répondre. Thâbit présenta Allah, Son Messager et l’islam dans une langue d’une grande pureté et d’une grande éloquence. À la fin de son discours, la délégation des Banû Tamîm déclara : « Par notre père ! Son orateur est meilleur que le nôtre. » Le Messager et les musulmans furent également très heureux d’entendre son discours.¹¹

À ce propos, Ibn Hichâm rapporte que Thâbit se leva et prononça un discours. Il dit :¹² « Toute louange appartient à Allah, qui a créé les cieux et la terre, qui a déterminé toute chose dans les cieux et sur la terre, et dont le Trône est aussi vaste que Sa connaissance. Rien ne peut advenir sans Sa grâce et Sa miséricorde. C’est par Sa puissance qu’Il a fait de nous des souverains et qu’Il a choisi comme Messager la meilleure de Ses créatures. Il l’a honoré par sa lignée et l’a rendu véridique. En faisant descendre sur lui le Livre, Il a parachevé Sa faveur envers les créatures. Ainsi est-il devenu le meilleur être de toute la création. Il appelle les hommes à croire en lui. Répondant à cet appel, les émigrés de son peuple ont cru en lui. Ils sont les plus nobles par leur ascendance, les plus beaux par leur apparence et les meilleurs par leurs œuvres. Après eux, nous sommes ceux qui ont répondu à l’appel du Messager. Nous sommes les auxiliaires d’Allah et les vizirs de Son Messager. Nous combattrons les hommes jusqu’à ce qu’ils croient. Celui qui croira en Allah et en Son Messager assurera la protection de sa vie et de ses biens contre nous. Quant à celui qui reniera, nous le combattrons à jamais. Il nous est très facile de le vaincre. Voilà tout ce que nous avions à dire. Je demande à Allah le pardon et l’imploration du pardon pour moi-même ainsi que pour tous les musulmans et toutes les musulmanes. Que la paix soit sur vous. »

C’est également au cours de cette neuvième année de l’Hégire que Musaylima al-Kadhdhâb vint à Médine accompagné d’un groupe d’hommes des Banû Hanîfa. Ayant appris la nouvelle, le Messager vénéré se rendit avec Thâbit ibn Qays à la demeure d’al-Hârith ibn Qurayr, où Musaylima avait établi sa résidence. Le Messager vénéré tenait un bâton à la main. Au cours de l’entretien, Musaylima dit : « Si vous me promettez de me nommer calife après vous, je pourrai vous suivre. » Le Messager répondit : « Loin de la califat, je ne juge même pas convenable de te donner ce bâton que je tiens à la main. La décision qu’Allah a prise à ton sujet s’accomplira. J’ai vu ton destin en rêve. Si tu as encore quelque chose à dire, adresse-toi à ce Thâbit qui se trouve ici. Je m’en vais. »¹³

Après le décès du noble Messager, les Ansar de Médine se réunirent à la Saqîfa de Banû Sâ‘ida afin d’élire leur chef, Sa‘d ibn ‘Ubâda, comme calife. Lorsque cette nouvelle parvint à Abû Bakr, celui-ci se rendit à l’assemblée accompagné de ‘Umar et d’autres personnes. Là, Thâbit ibn Qays, comme beaucoup d’autres, prononça également un discours à l’adresse du peuple. En voici un extrait : « Cela dit, nous sommes les auxiliaires d’Allah et les soldats de l’islam. Quant à vous, les Muhâjirûn, vous êtes une petite communauté. À présent, certains veulent nous priver du califat. Voilà qui est vraiment étonnant ! » Abû Bakr répondit : « Ce que tu as dit est juste. Toutefois, le calife doit être choisi parmi les Quraysh. »

Peu après qu’Abû Bakr fut devenu calife, une expédition militaire fut menée contre le faux prophète Tulayha. Le commandant de cette armée était Khâlid ibn al-Walîd. Les combattants mujâhid des Ansar étaient placés sous le commandement de Thâbit.¹⁴

La douzième année de l’Hégire, une expédition militaire fut menée contre le faux prophète Musaylima al-Kadhdhâb. Thâbit y participa également. À un moment de la bataille, les musulmans furent vaincus et l’armée musulmane se dispersa. C’est alors qu’Anas lui dit : « Oncle, vous voyez bien ce qui s’est passé. » Thâbit était alors en train de se parfumer. Il répondit : « Ce n’est pas une manière de combattre. À l’époque du Messager d’Allah, les gens ne combattaient pas ainsi. Ô Allah ! Je désavoue ce qu’ont fait ces gens. »¹⁵ Il ajouta : « Je déplore tout ce qui concerne ces gens, ceux dont ils sont les adorateurs et ce qu’ils ont fait. » Puis il combattit courageusement sur le champ de bataille, tua un soldat ennemi qui se tenait à la porte de la forteresse de Musaylima et obtint lui-même le martyre.¹⁶

L’armure qui couvrait son corps était restée intacte. Un soldat musulman la retira. Une nuit, un autre soldat musulman vit en rêve Thâbit lui dire : « Un tel musulman a retiré mon armure de mon corps. Dis à Khâlid de la lui reprendre et, une fois arrivé à Médine, de dire à Abû Bakr : “Thâbit a telle somme de dettes. Qu’il vende cette armure et règle ses dettes avec son prix. Qu’il affranchisse également tel esclave qui m’appartient.” » Khâlid reprit l’armure à cet homme et Abû Bakr exécuta les dernières volontés de Thâbit. Cet événement est brièvement mentionné dans le Sahîh de Boukhârî. Al-Tabarânî en a rapporté le récit détaillé selon la chaîne de transmission d’Anas.¹⁷

Thâbit (qu’Allah l’agrée) laissa plusieurs descendants. Il avait une fille, mais son nom n’est pas connu. Ses fils s’appelaient Muhammad, Yahyâ, Qays, ‘Abdullah, Ismâ‘îl, Abân et Muhammad. Yahyâ et ‘Abdullah furent martyrisés le jour d’al-Harrah.¹⁸ L’un de ses petits-fils, ‘Adî ibn Abân, était un muhaddith réputé de Koufa.¹⁹

L’épouse de Thâbit s’appelait Jamîla. Elle était la fille du chef hypocrite ‘Abdullah ibn Ubayy ibn Salûl.²⁰ À un moment de leur vie, elle se sépara de Thâbit (qu’Allah l’agrée). L’imam adh-Dhahabî rapporte que Thâbit était l’homme dont l’épouse, Jamîla, vint se plaindre auprès du Messager d’Allah en disant : « Ô Messager d’Allah ! Je ne veux plus rester avec Thâbit. » Le Messager lui demanda : « Veux-tu lui rendre son jardin ? » Elle répondit : « Oui. » Jamîla obtint alors de Thâbit un divorce par khul‘.²¹ Il est rapporté qu’elle était enceinte à ce moment-là. Quelques jours après le divorce, elle mit au monde un garçon. L’enfant, enveloppé dans un linge, fut envoyé à son père Thâbit. Lorsque celui-ci l’emmena auprès du Messager d’Allah, ce dernier lui fit le tahnîk et lui donna le nom de Muhammad. Le père engagea une nourrice pour l’élever.²²

Thâbit (qu’Allah l’agrée) rapporta des hadiths du Messager d’Allah. Parmi ceux qui rapportèrent des hadiths de lui figuraient notamment ses fils, tels que Muhammad, Qays et Ismâ‘îl. Il y eut également Anas ibn Mâlik, ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Laylâ et d’autres personnes éminentes. Un de ses hadiths est rapporté dans les recueils authentiques.²³

Ibn Ishâq dit : « Thâbit (qu’Allah l’agrée) était un homme à la voix forte, à l’élocution pure et à la grande éloquence. » Les Ansar de Médine le choisirent comme leur khatîb (orateur). Le noble Messager lui accorda également le rang de khatîb dans sa cour.²⁵ L’imam al-Qurtubî dit : « Il était le khatîb des Ansar. » Il reçut par la suite le titre de Khatîb ar-Rasûl (l’orateur du Messager d’Allah), de même que Hassân ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée) reçut le titre de Shâ‘ir ar-Rasûl (le poète du Messager d’Allah).²⁶

L’une des plus belles caractéristiques du caractère de Thâbit (qu’Allah l’agrée) était son amour et son respect sans limites pour le Noble Prophète (paix et salut sur lui). Il craignait constamment de commettre, à son égard, quelque impolitesse dont il ne se rendrait pas compte. L’imam Muslim rapporte, d’après Anas (qu’Allah l’agrée), que lorsque fut révélé le deuxième verset de la sourate al-Hujurât : « Ô vous qui croyez ! N’élevez pas vos voix au-dessus de la voix du Prophète et ne lui parlez pas à voix haute comme vous vous parlez les uns aux autres, de peur que vos œuvres ne deviennent vaines sans que vous vous en rendiez compte », Thâbit ferma la porte de sa maison et resta assis à l’intérieur. Il répétait : « Je suis voué à l’Enfer. » Il cessa même de se rendre auprès du Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Un jour, le Messager (paix et salut sur lui) demanda à Sa‘d ibn Mu‘âdh : « Ô Abû ‘Amr ! Qu’est-il arrivé à Thâbit ? Est-il malade ? » Sa‘d répondit : « Non, il va bien. Je ne connais aucune difficulté qui l’affecte. » Sa‘d se rendit alors auprès de Thâbit et lui rapporta les paroles du Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Thâbit dit : « Ce verset de la sourate al-Hujurât a été révélé. Vous savez pourtant que ma voix est plus forte que celle de tous les autres lorsque je parle au Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Je suis donc devenu un homme de l’Enfer. » Lorsque Sa‘d en informa le Messager d’Allah (paix et salut sur lui), celui-ci dit : « Non, il n’est pas voué à l’Enfer ; il est destiné au Paradis. »²⁷ Dans une autre narration, Thâbit (qu’Allah l’agrée) dit : « J’ai une voix forte et je crains que toutes mes œuvres n’aient été réduites à néant. » En l’entendant, le Messager (paix et salut sur lui) lui dit : « Thâbit, tu ne fais pas partie de ces gens-là ! Tu vivras en ce monde dans le bien et la prospérité, et tu mourras dans le bien et la prospérité. »²⁸

Lorsque fut révélé ce passage du verset 36 de la sourate an-Nisâ’ : « Certes, Allah n’aime pas les arrogants et les vaniteux », Thâbit (qu’Allah l’agrée) ferma la porte de sa maison et se mit à pleurer. Le Messager (paix et salut sur lui), ne le voyant pas, envoya quelqu’un à sa recherche. Thâbit se présenta auprès du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! J’aime la beauté et j’apprécie d’être le chef de mon peuple. Je crains d’être concerné par ce verset. » Le Messager (paix et salut sur lui) répondit : « Tu ne fais pas partie de ces gens-là. Ta vie terrestre sera louable, tu l’achèveras en martyr et, dans l’au-delà, tu seras parmi les habitants du Paradis. »²⁹

Muhammad, le fils de Thâbit (qu’Allah l’agrée), rapporte : « Un jour, son père Thâbit dit au Messager (paix et salut sur lui) : “Ô Messager d’Allah ! Je crains de périr.” Le Messager lui demanda : “Pourquoi ?” Thâbit répondit : “Allah nous a interdit de désirer que l’on nous loue pour des actes que nous n’avons pas accomplis. Or j’ai le sentiment d’aimer les louanges. Allah nous a interdit l’orgueil et la vanité. Or j’aime la beauté. Il nous a été interdit d’élever nos voix au-dessus de la vôtre, mais j’ai une voix forte.” Lorsqu’il eut terminé, le Messager (paix et salut sur lui) lui dit : “Thâbit ! Ne souhaites-tu pas vivre dans la louange, mourir en martyr et entrer au Paradis dans l’au-delà ?” Thâbit répondit : “Si, ô Messager d’Allah !” En vérité, sa vie ici-bas fut louée et il mourut en martyr au cours de la bataille contre Musaylima al-Kadhdhâb. »³⁰ Le Noble Messager d’Allah (paix et salut sur lui) dit également à son sujet : « Quel excellent homme que Thâbit ! »³¹

L’amour profond que le Noble Messager (paix et salut sur lui) lui portait apparaît dans plusieurs récits. Un jour, Thâbit (qu’Allah l’agrée) tomba malade. Le Messager (paix et salut sur lui) lui rendit visite et invoqua Allah pour sa guérison en disant : « Ô Seigneur des hommes, soulage Thâbit ibn Qays de son mal ! »³²

Références :

Khubayb ibn ‘Adî ibn ‘Âmir (qu’Allah l’agrée)

Khubayb ibn ‘Adî était originaire du clan des Aws de Médine. C’était un Compagnon ansarî. Il embrassa l’islam avant l’Hégire. Il participa à la bataille de Badr et fut chargé de veiller sur les biens des combattants musulmans.² Au cours de cette bataille, il tua le polythéiste mecquois al-Hârith ibn Nawfal.³ Ibn Sa‘d dit qu’il participa également à la bataille d’Uhud.⁴

Selon al-Wâqidî et al-Balâdhurî, le douloureux incident d’ar-Rajî‘ eut lieu au mois de Safar de la quatrième année de l’Hégire.⁵ Plusieurs éminents Compagnons du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) y subirent le martyre. Khubayb (qu’Allah l’agrée) fut l’un de ces nobles martyrs. Deux versions sont rapportées au sujet du déroulement de cet événement. Nous en présentons ici un résumé.

D’après une transmission d’Abou Hourayra, rapportée par Ibn Chihab, le Noble Messager (paix et bénédiction sur lui) envoya de Médine une troupe de dix hommes en mission de reconnaissance. Il nomma Asim ibn Thabit al-Ansari comme leur chef. Lorsqu’ils arrivèrent dans un lieu appelé al-Hadya (situé entre Ousfan et La Mecque), ils tombèrent sur une branche du clan des Banou Lihyan, de la tribu des Houdhayl, qui y résidait. Près d’une centaine d’habiles archers de cette tribu partirent à la poursuite de cette petite troupe et se mirent à la rechercher minutieusement. À un endroit, ils ramassèrent les noyaux des dattes mangées par les membres de la troupe et comprirent qu’il s’agissait de dattes de Yathrib, et que ceux qui les avaient mangées étaient donc des habitants de Yathrib. Asim se réfugia avec ses compagnons sur une colline sûre. À force de recherches, les Banou Lihyan découvrirent leur position. Ils les encerclèrent de tous côtés et les appelèrent à se rendre, leur promettant faussement de garantir leur vie.

Ibn Ishaq rapporte, d’après Asim ibn Omar ibn Qatada, qu’après la bataille d’Ouhoud, une délégation des tribus Adal et al-Qara vint trouver le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) à Médine. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah ! L’islam s’est répandu dans notre tribu. Envoie avec nous quelques-uns de tes Compagnons afin qu’ils nous enseignent le Coran, les enseignements de la religion et les règles de la loi islamique. » Le Messager (paix et bénédiction sur lui), croyant à leurs paroles, leur confia six Compagnons. Au départ de Médine, lorsqu’ils arrivèrent près d’un point d’eau appelé ar-Raji, appartenant à la tribu des Houdhayl, entre Ousfan et La Mecque, les hommes d’Adal et d’al-Qara poussèrent soudain des cris assourdissants, comme s’ils avaient été attaqués. En réalité, personne ne les avait menacés. Les hommes de la tribu des Houdhayl sortirent l’épée à la main et encerclèrent ces quelques Compagnons sans défense du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui). Ceux-ci dégainèrent également leurs épées et décidèrent de résister. Les ennemis leur dirent alors : « Nous ne voulons pas vous tuer. Nous voulons seulement obtenir des habitants de La Mecque certains avantages en échange de vous. Nous vous jurons par Allah que nous ne vous tuerons pas. » Trois membres du groupe — Marsad, Khalid ibn Boukayr et Asim ibn Thabit (qu’Allah les agrée) — déclarèrent : « Par Allah ! » Ils engagèrent alors le combat contre l’ennemi, et tous trois tombèrent en martyrs.

Les trois autres membres du groupe, Khoubayb ibn Adi, Zayd ibn ad-Dathina et Abdallah ibn Tariq (qu’Allah les agrée), montrèrent une certaine faiblesse face à la mort. Ils rompirent les rangs et se rendirent. Les mécréants détachèrent les cordes de leurs arcs et ligotèrent solidement les mains et les pieds des hommes qui s’étaient rendus. Abdallah ibn Tariq protesta alors contre leur acte en disant : « C’est votre première violation de votre engagement. Par Allah, je ne partirai pas avec vous. » Puis il dit à ses compagnons : « J’ai un modèle de conduite à suivre concernant ces mécréants. » Les ennemis se mirent alors à le traîner. Il continua de refuser de les suivre. Lorsqu’ils atteignirent un endroit appelé Marr az-Zahran, non loin de La Mecque, Abdallah ibn Tariq parvint à se libérer de ses liens et, saisissant aussitôt son épée, se dressa contre l’ennemi. Ceux-ci s’éloignèrent quelque peu de lui, puis le tuèrent d’une flèche. Sa tombe se trouve à Marr az-Zahran.

Ils emmenèrent Khoubayb ibn Adi et Zayd ibn ad-Dathina à La Mecque. Deux hommes de la tribu des Houdhayl étaient détenus par les Qurayshites de La Mecque. En échange de ces deux hommes, ils libérèrent leurs deux prisonniers.6 Toutefois, diverses transmissions rapportent également qu’il ne s’agissait pas d’un échange de prisonniers, mais qu’ils vendirent ces deux hommes aux Qurayshites de La Mecque à un prix très élevé.

Il existe une légère divergence concernant celui ou ceux qui achetèrent Khoubayb. Selon un avis, Oqba ibn al-Harith l’acheta afin de venger le meurtre de son père. Selon une autre transmission, Abou Ihab, Ikrima ibn Abi Jahl, al-Akhnas ibn Chourayq, Oubayda ibn Hakim ibn al-Awqas, Oumayya ibn Abi As-Salt, Safwan ibn Oumayya des Banou al-Hadrami et d’autres l’achetèrent collectivement afin de venger le meurtre de leurs pères, tués à Badr.7 Ibn Ishaq dit que Houdhayr ibn Abi Ihab at-Tamimi, demi-frère de Harith ibn Amir, acheta Khoubayb et le remit entre les mains d’Oqba ibn al-Harith afin que celui-ci puisse le tuer pour venger le meurtre de son père, tué à Badr.8

Il convient de préciser qu’il existe une légère divergence parmi les spécialistes de la sira concernant le nombre de membres du groupe envoyé par le Messager (paix et bénédiction sur lui) depuis Médine et l’identité de son chef. Différentes transmissions mentionnent un groupe de cinq, sept ou dix hommes. Ibn Hicham cite les noms des six hommes mentionnés précédemment et indique que Marsad en était le chef. D’autres transmissions désignent toutefois Asim ibn Thabit comme chef.9 Khoubayb (qu’Allah l’agrée) fut enchaîné et détenu dans la maison d’Oqba ibn al-Harith.10 Un homme nommé Mawhab fut chargé de le surveiller. L’épouse d’Oqba lui retirait ses chaînes pendant les repas.11 Après examen des différentes transmissions, il apparaît que cette femme s’appelait Chabiyya. Certaines transmissions la présentent comme la servante ou la fille de Houdhayr ibn Abi Ihab. Ibn Ishaq a rapporté son récit. Par la suite, cette femme se convertit à l’islam.

Ils gardèrent Khoubayb prisonnier pendant quelques mois. Après l’écoulement des mois sacrés durant lesquels les combats sont interdits, ils commencèrent à préparer son exécution. Comprenant qu’il allait être tué, Khoubayb adressa trois demandes à Mawhab, chargé de le surveiller :12

1. Lui donner de l’eau douce à boire.

2. Ne leur fais pas manger la chair des animaux sacrifiés au nom de leurs divinités.

3. Qu’il l’en informe avant de le tuer.

Il adresse également cette dernière demande à l’épouse d’Uqba. Lorsque la décision de le tuer est prise, elle l’en informe.13 Il lui demande alors un rasoir afin de se purifier. Alors que Khubayb (qu’Allah l’agrée) se rasait, un jeune enfant d’Uqba s’approcha de lui en jouant. Il le prit affectueusement dans ses bras. Voyant un rasoir tranchant entre les mains d’un prisonnier qui allait bientôt être attaché au gibet, et comprenant son état d’esprit, Khubayb, le prisonnier, lui dit : « Tu penses que je vais tuer cet enfant pour venger mon propre sang. Jamais je ne ferai une telle chose. Ce n’est pas notre caractère. »14 Puis, plaisantant quelque peu, il ajouta : « Allah m’a maintenant donné la victoire sur vous. » La mère de l’enfant lui dit : « Je n’attendais pas cela de toi. » Après ces paroles, Khubayb jeta le rasoir devant la femme et dit : « Le voilà, je plaisantais un peu. »15

Les paroles et les actes de Khubayb (qu’Allah l’agrée) eurent un effet profond sur cette femme. Elle se convertit à l’islam après l’exécution de Khubayb. Ibn Ishaq a consigné son témoignage au sujet de Khubayb (qu’Allah l’agrée). Il dit : « Je n’ai jamais vu de meilleur prisonnier que ce Khubayb. Par l’ouverture de la porte du cachot, je le voyais tenir dans ses mains de grosses grappes de raisin ayant la forme de têtes humaines. Il mangeait ces raisins. À ma connaissance, on ne mangeait de tels raisins nulle part au monde. À cette époque, il n’y avait pas non plus de vignobles à La Mecque. De plus, il était détenu les mains entravées par des menottes de fer. C’était certainement une subsistance venue d’Allah. »16

Les forces polythéistes de La Mecque accordèrent une grande importance à l’exécution de Khubayb. Un gibet fut suspendu à un arbre dans un lieu appelé at-Tan‘îm, près du Sanctuaire sacré. À grand renfort de tambours et de publicité, des gens de toutes les catégories — hommes et femmes, enfants et jeunes, vieillards — furent rassemblés. Pour eux, c’était une immense réjouissance et un grand divertissement. Lorsque les gens vinrent le chercher dans la maison d’Uqba, il leur demanda : « Accordez-moi un peu de temps afin que j’accomplisse une courte prière de deux rak‘ahs. Si je prolonge la prière, vous direz que je la prolonge par peur de mourir. » Après avoir achevé cette courte prière de deux rak‘ahs, il se dirigea vers le lieu de l’exécution. Il marchait vers la mort, tandis que ces paroles sortaient de sa bouche :17

Ce sera en arabe

Ô Allah ! Dénombre-les, tue-les un à un et n’en épargne aucun.

Lorsqu’il arriva sous l’arbre d’at-Tan‘îm, on l’entendit réciter un poème dont voici le sens des deux vers :

1. Si je suis tué alors que je suis musulman, peu m’importe de quel côté mon cadavre tombera.

2. Tout ce qui se passe ici se déroule dans la voie de l’amour de l’Être saint d’Allah. S’Il le veut, Il peut répandre Sa miséricorde sur les membres épars de mon corps.

En outre, plusieurs autres vers récités par lui dans les derniers instants de sa vie sont rapportés dans divers ouvrages.18

Avant d’être suspendu au gibet, il fit également cette invocation : « Ô Allah ! Nous avons transmis le message de Ton Messager. Fais parvenir à Ton Messager la nouvelle de ce qui nous est arrivé. »19

ʿUqba ibn al-Ḥārith et Abū Hurayra al-Abdarī le hissèrent ensemble sur le gibet.20 Plus tard, ʿUqba ibn al-Ḥārith nia sa participation à la mise à mort de Khubayb et disait : « En réalité, ce n’est pas moi qui ai tué Khubayb, car je n’étais pas alors assez âgé pour tuer quelqu’un. Abū Maysara plaça donc une lance dans ma main. Puis, tenant ma main avec la lance, il la planta dans le corps de Khubayb et le tua. » Cet ʿUqba se convertit à l’islam et rapporta des hadiths au sujet de l’allaitement.21

Ce récit montre que Khubayb fut suspendu au gibet et transpercé d’une lance. Dans le Maghāzī de Mūsā ibn ʿUqba, il est rapporté que Khubayb et Zayd ibn al-Dathina furent tués le même jour. Le jour où ils furent tués, on entendit le Messager dire à Médine : « Paix à vous deux. » Il annonça également leur mise à mort. Il fut informé de tout par la révélation.22

Le Noble Messager envoya de Médine quelques hommes courageux et habiles afin de récupérer par ruse les dépouilles de Khubayb et de Zayd des mains des mécréants. Il s’agissait de ʿAmr ibn Umayya al-Miqdād et de Zubayr. ʿAmr raconte : « Je me rendis auprès du gibet de Khubayb, le détachai et le déposai à même le sol. Puis, après être descendu et avoir longuement cherché, je n’en trouvai aucune trace. C’était comme si la terre l’avait englouti. »

En revanche, Abū Yūsuf rapporte de al-Ḍaḥḥāk dans son ouvrage Kitāb al-Laṭāʾif que le Noble Prophète envoya de Médine al-Miqdād et Zubayr ibn al-ʿAwwām pour ramener le corps de Khubayb du gibet. Arrivés à Tanʿīm, ils trouvèrent autour du corps quarante hommes ivres qui le gardaient. Profitant de leur inattention, ils descendirent le corps et Zubayr le plaça sur le dos de son cheval. Les gardes s’en aperçurent alors et se lancèrent à leur poursuite. Zubayr abandonna le corps, et la terre l’engloutit. C’est pourquoi Zubayr fut appelé Balīʿ al-Arḍ.23 Personne au monde n’a jamais su où se trouvait la tombe de Zubayr. Mūsā ibn ʿUqba a dit : « Beaucoup pensent que ʿAmr ibn Umayya l’a enterré quelque part. »

Avant son exécution, les polythéistes ne voulurent pas tourner son visage vers la qibla. Mais qui pourrait détourner dans une autre direction un visage qui s’est une fois tourné vers la qibla ? Les polythéistes essayèrent à plusieurs reprises de lui tourner le visage, mais échouèrent. 24

Saïd ibn Amir al-Joumahî (que Dieu l’agrée) avait assisté en spectateur à l’exécution de Khubaïb. C’était avant sa conversion à l’islam. Par la suite, il devint musulman. Le calife Omar (que Dieu l’agrée) le nomma gouverneur de Hims. Peu de temps après, les habitants de Hims formulèrent plusieurs plaintes contre lui. L’une d’elles était la suivante : Saïd ibn Amir tombait parfois dans un état d’inconscience tel qu’on le croyait mort. Le calife Omar lui en demanda la raison. Saïd ibn Amir tombait parfois dans un état d’inconscience tel qu’on le croyait mort. Le calife Omar lui en demanda la raison. Saïd répondit : « À La Mecque, j’ai été témoin de la scène où Khubaïb al-Ansârî fut suspendu au gibet. Les Quraychites découpaient sa chair morceau par morceau. Puis, après l’avoir suspendu à un arbre, ils lui demandèrent : “Accepterais-tu que Muhammad soit amené à ta place ?” Il répondit : “Je serais en sécurité parmi ma famille et mes enfants, et je ne l’accepterais jamais.” Chaque fois que je me souviens de ce jour, un sentiment de culpabilité s’éveille en moi. Pourquoi ne suis-je pas allé l’aider ce jour-là ? Bien que je fusse alors polythéiste, j’ai le sentiment que Dieu ne me pardonnera jamais cette faute. C’est alors que cet état me saisit. » Après avoir prononcé ces paroles, il poussa un grand cri en appelant Muhammad, puis s’évanouit. 25

Mou‘âwiya (que Dieu l’agrée) racontait par la suite : « Comme les autres, j’avais assisté à l’exécution de Khubaïb avec mon père, Abou Soufyan. Craignant la malédiction de Khubaïb, il me maintint presque plaqué au sol. En effet, ils croyaient que si quelqu’un maudissait une personne et que celle-ci, terrorisée, se couchait recroquevillée à ses côtés, la malédiction ne l’atteindrait pas et tomberait ailleurs. » Al-Hârith dit : « J’étais présent. Par Dieu ! Je ne pensais pas que l’un d’entre nous survivrait. » 26-27

L’invocation de Khubaïb (que Dieu l’agrée) fut exaucée auprès de Dieu. Tous les scélérats qui avaient joué un rôle actif dans son meurtre furent tués de la manière la plus atroce avant qu’une année ne s’écoule. 28

Ibn Abbas (que Dieu l’agrée) rapporte : « Après cet événement, les hypocrites de Médine se mirent à dire entre eux : “Ces malheureux n’ont pu rester parmi leurs familles, et ils n’ont pas non plus été capables d’accomplir la mission que leur avait confiée leur ami, le Prophète.” » C’est alors que Dieu, exalté soit-Il, révéla les versets 204 à 206 de la sourate al-Baqara, dévoilant la véritable nature de ces hypocrites, ainsi que le verset 207 à la louange de Khubaïb ibn Adî et de ses compagnons. 29

« Parmi les gens, il y en a dont les paroles concernant la vie d’ici-bas te plaisent, et qui prennent Dieu à témoin de ce qu’ils ont dans le cœur, alors qu’en réalité ce sont de redoutables querelleurs. (204)

Lorsqu’il s’en retourne, il s’efforce d’y semer la corruption, de détruire les cultures et de faire périr les êtres. Dieu n’aime ni la corruption ni les troubles. 205

Et lorsqu’on lui dit : “Crains Dieu !”, son péché l’incite à l’arrogance. L’Enfer lui suffira donc, et quelle demeure détestable ! (206)

Parmi les hommes, il en est qui se vouent corps et âme à la recherche de la satisfaction d’Allah. Et Allah est très bienveillant envers Ses serviteurs (207). (Sourate al-Baqara)

Ce récit bouleversant d’al-Raji suscita une profonde émotion dans le cœur et la conscience des poètes musulmans de l’Arabie de l’époque. Le poète Hassan et bien d’autres composèrent de nombreux poèmes poignants à la mémoire de tous ces martyrs. Ils y faisaient l’éloge des martyrs, d’une part, et révélaient, d’autre part, la véritable nature des polythéistes. On en trouve quelques illustrations dans la lecture de la Sîra d’Ibn Hicham.30

Ibn Ishaq a rapporté ce récit d’après ‘Asim. Il a dit : Khubayb fut le premier à instaurer, pour les musulmans, la pratique d’accomplir deux rak‘ahs de prière avant d’être tué. Telle est sa sunna.31

L’imam al-Suhayli a dit : si les deux rak‘ahs accomplies par Khubayb ibn ‘Adi sont considérées comme une prière de sunna qu’il aurait lui-même instaurée, c’est parce qu’il les a accomplies du vivant du Messager d’Allah, qui a loué cet acte. Il a ensuite relaté un événement merveilleux de la vie de Zayd. Cet événement eut également lieu du vivant du Noble Messager. En résumé, voici ce qui s’est passé :

Zayd ibn Harithah loua à Taïf une mule à un homme, à condition que celui-ci le conduise monté sur la mule et le dépose à l’endroit de son choix. L’homme le fit monter sur la mule, l’emmena dans un lieu désert servant de terrain d’exécution et se prépara à le tuer. Zayd lui dit alors : « Accordez-moi un peu de temps afin que j’accomplisse deux rak‘ahs de prière. » L’homme répondit : « D’accord, accomplis deux rak‘ahs. Vois ces cadavres épars : eux aussi priaient comme toi, mais leur prière ne leur a été d’aucune utilité. » Zayd prononça de nouveau : « Ô Très Miséricordieux des miséricordieux ! » Le même son se fit encore entendre, et l’homme fit exactement la même chose. La scène se répéta ainsi trois fois. Toutefois, la troisième fois, Zayd aperçut un cavalier tenant une lance à la main et ayant des flammes sur la tête. Celui-ci transperça le corps de l’homme avec sa lance et le tua. Puis, se tournant vers Zayd, il lui dit : « Lorsque tu invoquas Allah pour la première fois, j’étais au septième ciel ; lorsque tu L’invoquas pour la deuxième fois, j’étais dans le ciel le plus proche de la terre ; et lorsque tu L’invoquas pour la troisième fois, je vins auprès de toi. »32

Références :


Bibliographie :

1. L’imam al-Dhahabi : (a) Siyar a‘lam al-nubala’, (Beyrouth, al-Mu’assasah al-Risalah, 7e édition, 1990)

(a) Tadhkirat al-huffâz, (Beyrouth, Dâr Ihyâ’ al-Turâth al-Islâmî).

(b) Târîkh al-Islâm wa tabaqât al-machâhîr wa-l-a‘lâm, (Le Caire, Maktabat al-Qudsî, 1367 H.).

2. Ibn Hajar

(a) Tahdhîb al-tahdhîb, (Hyderabad, Dâ’irat al-ma‘ârif, 1325 H.).

(b) Taqrîb al-tahdhîb, (Lucknow).

(c) Al-Isâba fî tamyîz al-sahâba, (Beyrouth, Dâr al-Fikr, 1978).

(d) Lisân al-mîzân, (Hyderabad, 1331 H.).

(e) Fath al-Bârî, (Égypte, 1391 H.).

3. Ibn al-Imad al-Hanbali : Shadharât al-Dhahab, (Beyrouth, al-Maktab al-Tijari).

4. Jamal al-Din Yusuf al-Mizzi : Tahdhib al-Kamal fi Asma al-Rijal, (Beyrouth, Mu’assasat al-Risala, 1re édition, 1988).

5. Abu Yusuf : Kitab al-Kharaj, (Beyrouth, Dar al-Ma’rifa, 1979).

6. Ibn Kathir :

(a) Al-Tafsir, (Égypte, Dar Ihya al-Kutub al-Arabiyya).

(b) Al-Sira al-Nabawiyya, (Beyrouth, Dar al-Kutub al-Islamiyya).

(c) Al-Bidaya wa al-Nihaya, (Beyrouth, Maktabat al-Ma’arif).

7. Ibn al-Jawzi :

(a) A‘lām al-Muwaqqi‘īn, (Delhi, Achraful Matābi‘, 1313 H.).

(b) Kitāb al-Tanbīh wa-l-Ishāf, (Égypte, Matba‘at al-Hasaniyya, 1323 H.).

(c) Kitāb al-Adhkiyā’, (éd. : ‘Abd al-Rahmān ibn ‘Alī, 1304 H.).

(d) Sifat al-Safwa, (Hyderabad, Dā’irat al-Ma‘ārif, 1357 H.).

8. Ibn Sa‘d : al-Tabaqāt al-Kubrā, (Beyrouth, Dār Sādir).

9. Ibn Asākib : Mu‘jam al-Buldān, (Beyrouth, Dār Ihyā’ al-Turāth al-‘Arabī).

10. Yāqūt al-Hamawī : Mu‘jam al-Buldān, (Beyrouth, Dār Ihyā’ al-Turāth al-‘Arabī).

11. Abū al-Faraj al-Isfahānī : Kitāb al-Aghānī, (Égypte, 1929).

12. Ibn Hazm : Jamharat ansab al-Arab, (La Mecque, Dar al-Ma’arif, 1962).

13. Ibn Khallikan : Wafayat al-a’yan, (Égypte, Maktabat al-Nahda al-Misriyya, 1948).

14. Muhammad al-Alusi : Bulugh al-arib fi ma’rifat ahwal al-Arab, (1314 H.).

15. Ibn al-Athir : (a) Usd al-ghaba fi ma’rifat al-sahaba, (Beyrouth, Dar Ihya al-Turath al-Arabi).

(b) Al-Kamil fi al-tarikh, (Beyrouth).

(c) Tajrid asma al-sahaba, (Hyderabad, Da’irat al-Ma’arif, 1re édition, 1315).

16. Al-Baladhuri :

(a) Ansab al-ashraf, (Égypte, Dar al-Ma’arif).

(b) Futûh al-Buldân, (Sîr, Matba’at al-Mawsû’at, 1901).

17. Az-Ziriklî : Al-A’lâm, (Beyrouth, Dâr al-‘Ilm li-l-Malâyîn, 4e édition, 1979).

18. Ibn Hichâm : As-Sîra (Beyrouth).

19. Yûsuf al-Qandhalûbî : Hayât as-Sahâba, (Damas, Dâr al-Qalam, 2e édition, 1983).

20. Sa’îd Ansârî Mawlânâ : Siyer-e Ansâr, (Inde, 1948).

21. Ibn ‘Abd al-Barr : Al-Istî’âb, (annotation marginale de l’ouvrage Al-Isâba).

22. Ibn Sallâm al-Jumahî : Tabaqât ach-Chu’arâ, (Beyrouth, Dâr al-Kutub al-‘Ilmiyya, 1re édition, 1981).

23. Ibn Qutayba : Ach-Chi’r wa-ch-Chu’arâ’, (Beyrouth, Dâr al-Kutub al-‘Ilmiyya, 1re édition, 1981).

24. Dr ʿAbd al-Raḥmān al-Bāshā : Ṣuwarun min ḥayāt al-ṣaḥāba, (Arabie saoudite, 1re édition).

25. Khālid Muḥammad Khālid : Rijāl ḥawla al-Rasūl, (Beyrouth, Dār al-Fikr).

26. Dr Shawqī Ḍayf : Tārīkh al-adab al-ʿarabī, (Le Caire, Dār al-Maʿārif, 7e édition).

27. Dr ʿUmar Farrūkh : Tārīkh al-adab al-ʿarabī, (Beyrouth, Dār al-ʿIlm li-l-Malāyīn, 1985).

28. Jurjī Zaydān : Tārīkh ādāb al-lugha al-ʿarabiyya, (Beyrouth, Dār Maktabat al-Ḥayāt, 3e édition, 1978).

29. Aḥmad ʿAbd al-Raḥmān al-Bannā : Bulūgh al-amānī min asrār al-fatḥ al-rabbānī, (Le Caire, Dār al-Shihāb).

30. ʿAlāʾ al-Dīn ʿAlī al-Muttaqī : Kanz al-ʿummāl (Beyrouth, Muʾassasat al-Risāla, 5e édition, 1985).

31. Dr Muṣṭafā al-Sibāʿī : al-Sunna et sa position dans la législation islamique, (Beyrouth, al-Maktab al-Islāmī, 2e édition, 1976).

32. Hâdjî Khalîfa : Kashf al-zunûn ‘an asmâ’ al-kutub wa-l-funûn, (Beyrouth, Dâr al-Fikr, 1990.

33. Muhammad al-Khadarî Bek : Târîkh al-umam al-islâmiyya, (Égypte, al-Maktaba al-tijâriyya al-kubrâ, 1969).

34. Muhammad ‘Alî al-Sâbûnî : (a) Rawâ’i‘ al-Qur’ân, Tafsîr âyât al-ahkâm min al-Qur’ân, (Beyrouth, Mu’assasat Manâhil al-‘Irfân, 3e édition, 1981).

(b) Al-Tibyân fî ‘ulûm al-Qur’ân, (Beyrouth).

35. Muhyî al-Dîn ibn Sharaf al-Nawawî : Tahdhîb al-asmâ’ wa-l-lughât, (Égypte, al-Tibâ‘a al-Mughîriyya).

36. Imam Ahmad : al-Musnad

37.

38. Le Noble Coran : traduction et édition : Mawlana Muhyî al-Dîn Khân.

39. Divers recueils de hadiths.

40. Dā’irat al-Ma‘ārif al-Islāmiyya (ourdou).

41. Qudāma ibn Ja‘far : Naqd al-shi‘r (Beyrouth).

42. Ibn Rashīq : Kitāb al-‘Umda (Le Caire, 1943).

43. Abū Tammām : al-Hamāsa (Beyrouth).

44. al-Bāqillānī : I‘jāz al-Qur’ān (Beyrouth).

45. al-Jurjānī : Dalā’il al-i‘jāz (Le Caire, 1976).

46. Butrus al-Bustānī : Udabā’ al-‘Arab fī al-jāhiliyya wa-sadr al-Islām (Beyrouth, 1989).

47. Abdur Rauf Danapuri : Asah as-Sirah (Karachi).